La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- TRENTE-HUITIÈME ANNÉE
- 1910
- PREMIER SEMESTRE
- MASSON ET O, ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE PARIS, iîo, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 36° ANNÉE. — N° 1906.
- 4 DÉCEMBRE 1909.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LES DUNES AU PAYS DU SIND
- J’ai pu, au cours d’un voyage dans le Sind (vallée de l’Indus), étixdier en détail la puissance merveilleuse avec laquelle la végétation peut reconquérir un terrain nu, désertique dans toute l’acception du terme, lorsque l’homme, au lieu d’accumuler contre
- en damier de petites palissades de 0,40 m. de hauteur, chaque carré ayant environ 5 m. de côté. - • . t Au centre des carrés on bouture des convoi vülus (Ipomœa, JBiloba)1 qui peuvent vivre pour ainsi'dire' sans eau2. Les résultats sont vrai«tFnT7!.uimrenants.:
- efej »
- Dîmes des environs de Karatchi [Inde), avec plantations de convolvulus.
- elle les moyens de destruction (Hache, Pâturage, Feu), protège les efforts de la nature et mieux encore vient à son aide par la surveillance et la culture.
- Par un phénomène assez curieux, des dunes de sable se sont formées sur la côte de Clifton aux portes mêmes de Karatchi, le grand port d’exportation des blés du nord de l’Inde.
- Ces dunes ont acquis un grand développement et vont se souder au désert de.l’arrière:pays que seule habite une grande alouette des sables, aloemon du désert.
- Ces grandes vagues de sable en marche ont chassé les militaires des baraquements construits sur les collines du front de mer, elles coupent les routes et envahissent les lagunes.
- La municipalité de la ville de Karatchi s’est émue de cet état de choses, et des travaux intéressants ont été, entrepris pour fixer les sables envahisseurs.
- La méthode employée consiste à couvrir de proche en proche et successivement les dunes d’un réseau
- 38° année. — icr semestre.
- À. côté des plants d’Ipomœa, et avant même que ceux-ci ne soient installés définitivement, on voit nombre d’autres espèces arénicoles prendre possession du sol derrière les petites palissades et aussi, il importe de le dire, à l’abri de la dent des chèvres, des ânes et des chameaux, bannis de ces lieux.
- . Déjà dans les plus anciennes plantations de convolvulus qui forment un tapis continu, il serait possible, à la faveur de l’humus qui se forme, d’introduire d’autres plantes, des arbustes, des casuarinées (Filaos). Puis. ensuite, sous? le couvert, léger de ceux-ci, la plantation de palmiers (cocotiers) serait possible sinon celle d’autres arbresc :
- Là ville de Karatchi pourrait ainsi posséder d’ici
- '1 Espèce à fleurs roses et feuilles luisantes glabres qui végète sur les sables les plus secs et que l’on rencontre sur les côtes inclo-chirioises (mer de Chine).
- 2 Dans; la vallée* inférieure de l’Indus l’épaisseur de la lame annuelle des pluies n’atteint plus 15 centimètres (Revue des Eaux et Forêts, 1905).
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- UN BOIS PLUS LEGER QUE LE LIEGE
- peu d’années, si elle le voulait sérieusement, non seulement une merveilleuse promenade de bord de mer, mais aussi, dans un pays où Je bois fait défaut, de sérieux revenus.
- Qu’il me soit permis, l’occasion se faisant, de dire comment et pourquoi il ne pleut pas, il ne pleut plus dans le Sind, placé cependant comme toute l’Inde sous le souffle puissant de la mousson du Sud-Ouest1.
- Dans la zone équatoriale, zone de faible pression, des colonnes d’air surchauffé se forment et, soumises au principe d’Archimède, s’élèvent à la façon des ballons en un mouvement ascendant d’une ampleur difficile à concevoir2.
- Les courants ascensionnels ainsi amorcés, et qui ne sont que le résultat de la transformation des radiations solaires en travail moléculaire de dilatation, ne peuvent se transmettre qu’à la matière, ils tendent donc, au fur ét à mesure que la densité du milieu diminue, à s’infléchir et deviennent ainsi, après s’être élevés, des courants plongeants qui font retour à la surface à des distances plus ou moins grandes du point d’origine3, très bas vers l’équateur en ce qui concerne l’océan Indien. C’est ici la mousson du sud-ouest; rasant la mer, qu’elle soulève, elle se charge d’autant mieux d’eau et ce, jusqu’à un point très voisin de la saturation.
- Ce large courant aérien régulier venu des régions équatoriales transporte ainsi, vers le nord, des millions de tonnes d’eau qu’il est prêt à abandonner sous forme de pluies (diluviennes sur les Gaths de la Côte de Bombay) dès qu’un refroidissement ou la rencontre d’un milieu déjà humide, comme les forêts, l’amènera à saturation.
- Si la mousson aborde et traverse au contraire des régions dénudées, désertiques, déjà surchauffées, comme celles qui se trouvent à l’Est et à l’Ouest de l’Indus inférieur (Déserts de Belouchistan, de Sind, du Rajpoutana), elle ne fait que rendre l’air un peu moins sec sans pouvoir se décharger de la moindre goutte d’eau1.
- Mais, au fur et à mesure que vers l’intérieur l’altitude et la latitude des terres augmentent, la mousson rencontre des milieux moins chauds et aussi plus humides : cultures, forêts. Alors l’on voit se produire des pluies plus ou moins abondantes et ainsi s’amorce la condensation.
- Or il est acquis que les grands massifs boisés; par l’abaissement de température qu’ils produisent (absorbtion de chaleur), par l’humidité qu’ils jettent eux-mêmes dans l’atmosphère (transpiration), sont l'équivalent de véritables montagnes.
- Il paraît donc plus que probable que si, dès la côte, le pays du Sind était couvert sur une largeur de 10 à 12 degrés de longitude et sur moitié de sa surface seulement de bois, de broussailles, de plantations fruitières, il récolterait des pluies par la mousson du Sud-Ouest, et avec celles-ci, viendraient les moissons au lieu et place de la famine.
- La prospérité et la vie renaîtraient de proche en proche sur ce malheureux pays dont les terres très fertiles (immense cuvette alluviale formée des plus riches éléments des roches éruptives) sont stérilisées par le seul manque d'eau.
- La Déforestation, lèpre pour ainsi dire mondiale, menace notre planète. Le Déboisement conduira notre Terre comme Mars à une fin prématurée par dessiccation2. Roger Ducamp,
- Inspecteur des Eaux et Forêts.
- UN BOIS PLUS LEGER QUE LE LIEGE
- Le lac Tchad présente, dans sa partie orientale, cette particularité qu’il est parsemé dé très nombreuses îles, au moins 200, si l’on ne compte que les plus importantes et beaucoup plus si l’on J Jjou te tous les îlots et tous’les bancs sablonneux ou vaseux qui se sont formés dans cette région. De ces îles, il en est une soixantaine qu’habite une population d’environ 55 000'à 40 000 indigènes, appartenant à deux groupes principaux, les Boudoumas, au nord-est, les Kouris, à. l’est qui, los uns et les autres, élèvent des troupeaux de boeufs. '
- Les rivages des îles du Tchad sont, bordés..de joncs qui servent aux habitants à couvrir leurs cases et à fabriquer des pirogues ; il y polisse aussi, dansdes parties inondées pendant les crues, un arbrisseau"'qui offre comme plus remarquable caractère, que son bois a une densité beaucoup plus faible que celle du liège. Les lvouris l’appellent maréa, les Bornouans, fogou, les Arabes, ambach; son nom botanique est : Herminiera elaphroxylon. On le
- 1 La marche rétrograde de la végétation (Revue (les Eaux et Forêts, n° 10 de 1908, p. 294).
- 2 Je ne parlerai pas ici des courants d’air de remplissage provoqués par le vide relatif de la roue équatoriale et qui sont le corollaire de ce phénomène et qui proviennent des régions plus froides et de hautes pressions.
- 3 Dans l’Atlantique vers le 55°.
- .trouve à peu près dans toutes les vases qui bordent le lac Tchad au sud-ouest, au sud ét au sud-est.
- LTlerminiera elaphroxylon est une plante de la famille dés Léguminosées. Elle atteint une hauteur de 4 à 5 m. Son tronc a un diamètre de 20 à 50 cm' à la base et se rétrécit, au sommet en prenant la forme d’un cône allongé. Quelques épines croissent sur le tronc ainsi que sur. les branches. Celles-ci se relèvent vers le sommet de l’arbre à la façon de celles des peupliers. Les feuilles sont composées comme chez les mimosas. Les Heurs sont jaunes, assez grandes et papilionacées.
- Le bois de maréa, dont le capitaine Tilho a rapporté des échantillons, sert aux Kouris de flotteurs pour traverser à la nage les bahrs ou chenaux qui séparent leurs îles. C’est l’un des procédés les plus curieux que puisse présenter l’histoire de la natation et de la navigation des peuples primitifs.
- Pour construire un flotteur, les Kouris équarrissent une pièce de maréa, à laquelle ils donnent une hauteur d’environ 2 m. 20 et un diamètre de 12 à 15 cm ; ils lui don-
- 1 La marche rétrograde de la végétation [Revue des EauX et Forêts).
- 2 Maurice Scnvvou, Bulletin de la Société des Amis des arbres, 1909. — Uogeis Duc.amu. Revue des Eaux et Forêts, 1908.
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- A PROPOS DES NÈGRES PIES
- nent une forme incurvée et amincie à sa partie antérieure.
- Dans Peau, Pinsulaire se met à cheval sur le flotteur et nage avec les pieds ou les mains. La pointe du flotteur émerge de 50 à 40 cm hors de Peau et peut supporter un petit enfant qui s’y cramponne sans frayeur. Les Kouris traversent facilement ainsi des bras de 1200 à 1500 m. de largeur. Le nageur porte sur la tête ses armes et ses vêtements.
- A terre les indigènes portent leur flotteur sur l’épaule. Yont-ils à cheval, ils l’attachent au pommeau de leur selle et son poids est si léger qu’il peut pendre et ballotter sur les flancs de la monture sans la gêner dans sa course.
- Quand ils traversent des canaux, les cavaliers nagent
- sur leur flotteur tout en maintenant à côté d’eux leur cheval par la crinière ou par la queue.
- Les Kouris font aussi avec le bois de maréa des boucliers, appelés galakés, dont la nature fibreuse empêche très bien la pénétration des fers de lance ou de sagaie.
- Ces boucliers sont faits de planchettes de maréa légèrement incurvées, de 5 cm d’épaisseur. Ils sont hauts de 1 m. 75, larges de 55 cm environ, et de forme légèrement arrondie à la partie supérieure et creusés sur les côtés. Les planchettes sont réunies par des coutures faites de lanières de cuir; le bouclier est aussi bordé de cuir. Il est orné de dessins en forme en damiers ou de losange, faits également avec de la peau de bœuf.
- Gustave Regeusperger.
- A PROPOS DES NÈGRES PIES
- 1. Nègres blancs et nègres pies. — Le
- Français, pourtant né malin, au dire de Boileau, est parfois très imprudent. Qui de nous, en effet, n’a promis un Merle blanc en récompense d’une action réputée difficile? Nous croyons éluder à bon compte notre promesse, car, pensons-nous, le Merle blanc est un mythe. Erreur profonde! Le Merle blanc existe bel et bien, et l’on en peut voir des exemplaires très authentiques au Jardin des Plantes, au Musée d’Histoire Naturelle de Nantes1 et dans bien d’autres collections zoologiques. C’est pourtant une grande rareté, que nous aurions sans doute grand’peine à nous procurer, s’il nous fallait effectivement tenir un engagement téméraire.
- Le Merle blanc n’appartient pas, comme d’aucuns pourraient le croire, à une autre espèce que le vulgaire Merle noir à bec jaune (Turclus merula) ; il n’en est pas même une variété géographique ou artificiellement établie, comme c’est le cas pour les
- 1 Ces années dernières, le Musée d’Histoire Naturelle de Nantes a reçu en don la très importante collection ornithologique de M. Jules Vian, président honoraire de la Société Zoologique de France. Secrétaire général de la même Société pendant 22 ans, j’ai été en relations très suivies avec ce très distingué naturaliste et je savais la haute valeur de la collection d’Oiseaux d’Europe qu’il avait constituée dans sa villa de Bellevue, près Paris.
- Une collection de cette importance aurait eu sa place marquée au Muséum d’Histoire Naturelle, si elle n’y avait été précédée par la collection Marmottan. On songeait donc à la vendre et déjà des pourparlers étaient engagés avec de grands Musées de l’étranger, quand j’intervins discrètement auprès de l’un des petits-fils de J. Vian, que je connais très particulièrement. Je lui démontrai sans peine qu’une telle collection ne pouvait quitter la France et, puisque, pour diverses raisons, elle ne devait pas entrer au Muséum de Paris, qu’il me paraissait indispensable de l’offrir à l’un des grands Musées de province. Je désignai nommément le Musée de Nantes, dont le directeur actuel, M. le professeur Louis Bureau, présentait le double avantage d’être un ami personnel de Jules Vian et de s’être lui-même signalé par de très remarquables travaux ornithologiques.
- Mon ami le Dr B. se rendit à mes raisons; il s’en fit l’interprète auprès des membres de sa famille et ceux-ci, avec un désintéressement qui les honore grandement et qui mérite d’être donné en exemple, mirent gratuitement à la disposition du Musee de Nantes la collection très précieuse que l’Angleterre et l’Amérique convoitaient et dont elles offraient une somme élevée.
- Souris blanches ou les Bats blancs, par voie de sélection artificielle : c’est un simple cas d’albinisme ou total ou partiel, c’est-à-dire un simple cas tératologique. Comme on sait, cette anomalie consiste en une atrophie congénitale du pigment épidermique et, communément aussi, du pigment cho-roïdien ; comme conséquence, le fond de l’œil est rouge et le plumage est blanc. L’Oiseau qui se présente sous cet aspect insolite est un monstre, dans le sens scientifique du mot, mais il peut ne pas présenter, d’autre part, la moindre malformation.
- L albinisme ne frappe pas seulement les Oiseaux;
- 11 est répandu chez les animaux supérieurs et se rencontre assez fréquemment, à des degrés divers, dans les différentes races humaines. Il -est peu frappant dans la race blanche, où il se manifeste surtout par la décoloration des cheveux et par la photophobie, mais il excite grandement la curiosité, quand on le rencontre chez les nègres.
- L albinisme .total du negre n’est pas excessivement rare. Sans avoir jamais voyagé en Afrique, si ce n’est en Algérie et en Tunisie, j’en ai observé deux cas. Le premier concernait un homme d’environ 40 ans, originaire du Congo français, qui s exhibait a 1 Exposition de Lyon, voilà quelque
- 12 a 15 ans. Le second est relatif à une femme d environ 50 ans, originaire de l’Afrique orientale allemande, que j’ai vue au mois de juillet dernier dans une baraque de foire, a Amiens1. J’ai observé
- Aux personnes qui ne redoutent pas de se trouver en pi ésence d etres humains ou d animaux présentant des cas telatologiques, je ne saurais trop recommander de visiter les baraques de foire. On y peut faire des observations très intéressantes. Grâce à la fureur des cartes postales illustrées, on on y peut aussi recueillir à vil prix des documents iconographiques qui, à la longue, constituent une collection d’un grand intérêt scientifique. En outre des caries postales, on devra tenter de se procurer aussi des prospectus, des affiches, etc.,' qu’on accompagnera de notes succinctes (date, localité, réllexious personnelles). Ces objets, qu’on peut juger futiles aujourd’hui, prennent rapidement une véritable valeur documentaire. Depuis longtemps j’opère ainsi; j’ai rassemblé petit a petit un grand nombre de documents de ce genre, dont beaucoup m’ont été d’une réelle utilité dans mes travaux.
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- ces deux individus d’assez près pour être sur de leur qualité de nègres non métissés, de leur albinisme intégral et de l’absence de toute supercherie. Ils avaient l’un et l’autre la peau uniformément blanche et rosée, sans teinte* bistrée, ni taches brimes ou noires ; leurs cheveux crépus étaient d’un jaune de soufre. Tous deux m’ont assuré être nés de parents parfaitement noirs et m’ont montré comme étant les leurs des enfants également noirs. Ces renseignements sont très probablement exacts ; toutefois, je ne saurais les garantir.
- Les nègres atteints d’albinisme partiel sont encore plus étranges d’aspect. Chez là plupart d’entre eux, le blanc domine et la peau est parsemée de taches noires, plus ou moins symétriques et de dimension très variable. De tels êtres sont connus sous le nom de nègres pies; ils ont été des objets de haute curiosité,' notamment au xvme siècle, à l’époque où Buffon, dans un célèbre mémoire; relatait l’histoire de Marie Sabina, négresse pie née aux environs de Carthagène, en Amérique. On se demandait alors, non sans une apparence de raison, si de tels jeux de la nature n’étaient pas le résultat du croisement des deux races blanche et noire ; on sait maintenant qu’une telle opinion n’est pas défendable et que les nègres pies ont toujours pour, père et mère des nègres de race pure et sans atteinte d’albinisme,, du moins dans les cas où la qualité des ascendants a pu être établie.
- Jusqu’à la moitié du xixe siècle, et même au delà, on n’a guère connu ce qui concerne l’anthropologie et la médecine des peuplades nègres de l’Afrique qu’en étudiant les gens de race noire transplantés en Amérique. C’est ainsi que la plupart des cas d’albinisme partiel ont été observés aux Antilles. L’ouver-tùr'e de l’Afrique, grâce aux vaillantes explorations dont chacun connaît les héros, a multiplié ces observations ; les Parisiens eux-mêmes ont eu l’occasion récente de voir, chez Barnum, plusieurs individus atteints de cette anomalie toujours singulière, mais qui Èpréellement perdu son ancien caractère de haute curiosité.
- Bien que devenu relativement banal, l’albinisme partiel des nègres africains mérite pourtant de fixer l’attention ; aussi, l’on me permettra de conter aux lecteurs de La Nature Thistoire de deux négresses pies qui m’ont occupé récemment d’une façon plus explicite1.
- 11. Histoire de deux tableaux de Le Ma* surier et d’une statuette de cire. — Si vous montez à la galerie d’anthropologie du Muséum d'Histoire Naturelle, vous remarquerez deux petites toiles représentant une très jeune négresse pie,
- V
- 1 R. Blanchard, Sur un cas inédit de négresse pie au xvme siècle (Zoologische Annalen, I, p. 41-46, pl. I, 1904). — Encore sur les nègres pies. Un cas inédit du début du xixe siècle [Bulletin de la Soc. française cl'histoire de, la médecine, V, p. 210-219, avee deux planches, 1906). —|Nou-velles observations sur les nègres pies. Geoffroy Saint-Hilaire" à Lisbonne (Ibidem, VI, p, 111-135, avec 2 planches, 1907).
- en compagnie de sa mère, une négresse immaculée. Ces deux tableaux, d’une charmante facture, sont appendus dans l’escalier, en arrivant sur le palier du second étage. Ils sont depuis longtemps au Muséum, puisque Isidore Geoffroy Saint-Hilaire les mentionne déjà en 18361 ; pourtant, ils n’avaient fait l’objet d’aucune étude jusqu’en 1885, époque à laquelle j’en ai donné une brève description2. L’un d’eux porte la mention : ad vivurn accuratissime pingebat in Martinica Le Masurier anno 1782.
- Le qualificatif accuratissime est très juste, car les deux toiles sont d’une finesse remarquable : on sent qu’elles sont d’une scrupuleuse exactitude; j’en donnerai, d’ailleurs, la preuve un peu plus loin.
- Les deux tableaux mesurent chacun 0 m. 85 de hauteur sur 0 m. 65 de largeur. Dans chacun d’eux, la fillette est debout sur une table recouverte d’un tapis bariolé; elle est dans une pose charmante et soutenue par sa mère, qui se montre de face à l’arrière-plan. La mère est une belle et jeune négresse, vêtue d’une jupe en cotonnade bleue, d’un corsage blanc et coiffée d’un foulard rouge et blanc. L’enfant est dans la position de la marche, sur l’une des toiles (fig. 1). Sur l’autre, où elle est vue de face, elle essaye de saisir une pamplemousse que lui présente sa mère; elle repose sur la jambe droite; la gauche est repliée et s’appuie mollement sur deux bananes encore vertes, qui gisent sur la table.
- La fillette n’est âgée que de quelques mois. La tête est noire, mais une tache blanche symétrique s’observe sur le menton et descend sur le cou; une autre, tout aussi régulière, se voit sur le front et remonte sur le cuir chevelu. La partie antérieure du tronc est blanche, parsemée de taches noires. Les bras, les avant-bras, les cuisses et la moitié supérieure des jambes sont également blancs, ou plutôt de teinte rosée. La face postérieure est noire; on dirait qu’un voile noir a été tendu sur elle, tandis qu’un voile blanc tacheté de noir était étalé sur la face antérieure. On croirait, en outre, que l’enfant a des brodequins et des mitaines noirs, le bout des doigts de la main étant blancs.
- Voilà donc deux œuvres d’une facture savante, dont l’auteur était incontestablement un peintre de mérite. Et pourtant, le nom de Le Masurier est ignoré et son œuvre est inconnue3.
- J’étais en plein dans mes études sur les nègres pies, quand j’eus l’occasion de faire un voyage dans l’Amérique du Nord (août-octobre 1907). En visitan t le Musée anatomique de l’Université Harvard, à Boston, j’eus l’agréable surprise d’y trouver une statuette
- 1 Is. Geoffroy Saint-IIilaire, Traité de Tératologie. Paris, 1836; cf. I, p. 510.
- - R. Blanchard. Albinisme [La Grande Encyclopédie, I, p. 1174-1181, 1885; cf. p. 1177).
- 3 Ni Siret (1883), ni Bellier de la Chavignerie (1885) n’en font mention dans leurs Dictionnaires des peintres. Naglcr signale son nom, mais il dit ne rien connaître de sa vie ; il en fait un graveur sur cuivre [a).
- [d] G. K. Nagler, Nettes allgemeines Ktinstler-Lexikon. München, 1839; cf. VII, p. 420.
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- A PROPOS DES NEGRES PIES —-.: . ... ±= 5
- en cire représentant une jeune négresse pie (fig. 2).
- Cette statuette, haute de 26 centimètres, est le premier objet de collection qu’ait possédé l’École de
- Sainte-Lucie, en janvier 1782, de parents nègres. Elle avait, à sa naissance, la même couleur qu’au moment où elle lut modelée en cire; elle était d’ail-
- Fig. i. — Jeune négresse pie de la Martinique, d'après l'un des deux tableaux de Le Masurier [1782), appartenant au Muséum cVHistoire Naturelle.
- Médecine de Boston ; elle y est entrée le 11 août 1785. Elle est accompagnée de deux documents qui en indiquent la provenance :
- La fillette, dénommée Madeleine, naquit à l’ile
- leurs d’une santé remarquable. On vint, l’exhiber à la Martinique, où elle fut vendue un bon prix à un personnage non dénommé, qui se proposait de l’emmener en Europe pour l’y exhiber comme un objet
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- 6.-----:::::. :.= A PROPOS DES NÈGRES PIES
- d^curiosité. Entre temps, une statuette de cire en fut faite par un artiste .inconnu ; elle devint la propriété de Mr. Silas C. Brenton, un riche marchand de Boston, qui la rapporta dans son pays et la fit remettre à Ebezener Storer, Esq., professeur à l’Ecole dé médecine E
- En contemplant cette figurine précieuse, que personne n’avait étudiée depuis 124 ans, j’eus nettement l’impression que la jeune négresse qu’elle représentait ne m’était pas inconnue. Ce soupçon se changea en certitude, dès que j’eus entre les mains les documents dont j’ai parlé et que je pus y lire le nom de la Martinique et la date de 1782. Je pris un croquis, que, de retour à Paris, je m’empressai d’aller comparer avec les deux tableaux de Le Ma-surier. Aucun doute n’était possible: la fillette peinte par cet artiste à la Martinique en 1782 était la même négresse pie qu’un sculpteur inconnu avait modelée en cire à la même date, en cette même île.
- Se trouvait-il donc un sculpteur à la Martinique en même temps que le peintre Le Masurier? Nous n’avons à cet égard aucun renseignement. A priori, il est très improbable que, à cette époque où les bons sculpteur^ étaient rares, l’un d’eux fût4 allé chercher fortune aux Antilles. Je crois plus sage d’admettre que, comme Michel-Ange, Gérôme et d’autres, Le Masurier maniait aussi habilement l’ébauchoir que le pinceau et qu’il est l’auteur des deux tableaux qu’il a signés et de la figurine en cire dont l’auteur était jusqu’à présent inconnu. Il avait encore d’autres talents : Nagler ne nous dit-il pas qu’il était un bon graveur sur cuivre?
- De cette histoire, il convient de tirer deux conclusions. D’abord, que les deux tableaux du Muséum de Paris et la figurine en cire du Musée anatomique de Boston représentent un seul et même personnage. Ensuite que Le Masurier était aussi bon sculpteur que peintre délicat. L’oubli où le tiennent ceux qui ont écrit sur l’histoire de l’art nous paraît injustifié.
- 111. Histoire d’un tableau de J . M. da Rocha. — A l’époque déjà lointaine où j’étais étudiant, j’avais remarqué à la Faculté de Médecine un très beau tableau de négresse pie, qu’on avait eu le tort de mettre trop à la portée des cannes et qui était criblé de trous., Ce tableau disparut, quand furent jetées bas les .vieilles lui tisses ; dont il était l’un des principaux ornements..Qu’était-il devenu? Je m’en inquiétai quelques années plus tard, mais sans en retrouver la trace, quand je dus rédiger l’article Albinisme de la Grande Encyclopédie. Sa disparition était d’autant plus regrettable que j’avais la presque certitude qu’il représentait un cas d’albinisme partiel non mentionné par les auteurs.
- 1 En transcrivant les manuscrits qui établissent cette histoire, j’ai lu Ebezener Stever et j’ai, par la suite, imprimé ce nom erroné. Mon ami le Dr H. R. Storer, de Newport, R. I., médecin éminent et numismate très réputé, m’a signalé qu’il fallait lire Ebezener Storer et qu’il s’agissait d’un de ses ancêtres. Il m’est très agréable de réparer ici mon erreur" involontaire.
- Quand je fus nommé professeur, je résolus de faire une enquête au sujet du tableau en question. Personne ne fut en mesure de me renseigner; je cherchai donc moi-même et finalement j’eus la joie de découvrir là "toile tant désirée dans l’un des greniers de la Faculté. En quel état, grands dieux ! Le Doyen m’ayant autorisé à en prendre possession au nom du Laboratoire de Parasitologie, j’en fis,, faire une restauration vraiment très réussie et depuis lors ce tableau remarquable orne mon cabinet. Il est haut de 1 m. 57 et large de 0 m. 97 ; la jeune négresse pie mesure 1 m. 27 du bout des pieds au sommet de la tête (fig. 5). Mon impression était exacte : l’œuvre était inédite, quelque imprévu que cela pût sembler. Je me promis donc de faire connaître à loisir ce cas intéressant; l’occasion ne devait guère se faire attendre.
- Mon ami le commandant Ghaves, directeur de l’Observatoire Météorologique de Ponta Delgada (île de Sào Miguel, Açores), un jour qu’il me visitait à mon laboratoire, fut très étonné d’y trouver ce tableau. « J’en ai vu un tout pareil, me dit-il, au Musée Ethnographique de Madrid; on dirait que c’est le même. » Bientôt après, il m’envoyait une photographie, qu’il avait prise antérieurement dans le Musée ethnographique; on y voyait très nettement le tableau annoncé.
- Le fait était singulier. Peut-être allait-il m’aider à découvrir l’origine de mon-tableau, dont il m’avait été impossible d’établir laH provenance? J’écrivis donc à mon ami le professeur I. Bolivar, directeur du Musée d’Hisloire Naturelle de Madrid, en lui envoyant une photographie et les mesures de ma toile et en le priant tout spécialement de rechercher dans quelles circonstances son tableau était entré au Musée. J’eus bientôt les renseignements que j’attendais : ils étaient par bonheur, aussi complets qu’intéressants.
- « Notre tableau, m’écrivait don I. Bolivar, est la copie exacte du vôtre ; il n’y a que de très petites variations dans le paysage, mais la figure est la même et dans la même position.... Dans les archivés du Musée se trouve cette indication :
- « 1792, 22 septembre. — Don José Pavon présente une collection d’insectes du Pérou et le portrait d’une fille pie, née de parents nègres, remis par le gouverneur de Saint-Domingue. »
- J’ajoute, car c’est un point capital, que les deux tableaux de Paris et de Madrid portent à gauche, sur une pierre, cette signature en langue portugaise : Joaqm Mel da Rocha a peint d’après nature, en 1786.
- Ainsi, ces deux tableaux, identiques l’un à l’autre, sont l’œuvre d’un même peintre portugais, bien connu pour ses peintures religieuses qui ornent un grand nombre d’églises du Portugal. Cette œuvre était inédite. Elle représente une jeune négresse pie, âgée d’environ 14 ans et d’origine incertaine. La traite des noirs n’ayant jamais été pratiquée au Pérou, on peut donc penser que la jeune négresse
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- A PROPOS DES NEGRES PIES ___-. ..7
- est née à Saint-Domingue, qui était alors colonie espagnole. C’est, en effet, très probable.
- On sait par ses biographes que da Rocha n’a jamais quitté le Portugal : la jeune négresse pie n’a donc pu être peinte qu’à Lisbonne et, dans ce cas, on conçoit aisément qu’amenée en Europe, à titre de curiosité, par le gouverneur de Saint-Domingue, elle ait été confiée par celui-ci au pinceau - de J. M. da Rocha, qui jouissait d’une légitime réputation. Apparemment dans le but de satisfaire à deux commandes, l’artiste fit deux tableaux semblables; le professeur Bolivar nous dit comment l’un d’eux est entré, au Musée de Madrid; je n’ai pas eu la chance de découvri r dans quelles circonstances l’autre est entré à la Faculté de Médecine, de Paris. Cette lacune regrettable n’est pas la seule que présente cette histoire. Il est surprenant qu’un cas aussi remarquable, sûrement introduit à Lisbonne, n’ait pas excité la curiosité du public, ou du moins des médecins et des naturalistes, et n’ait été mentionné par aucun auteur. Que faut-il croire à ce propos? Apparemment que la pauvre fille, peu après son arrivée en Europe, est morte de la variole, qui faisait de terribles ravages, ou d’une autre maladie infectieuse à marche rapide.
- Je croyais ,donc élucidée, autant qu’elle pouvait l’être, l’histoire des deux tableaux de J. M. da Rocha; je leur consacrai un travail dont j’adressai plusieurs exemplaires au commandant Chaves, en le priant de les distribuer à sa guise; je pensais, en effet, qu’une œuvre inédite de J. M. da Rocha devait exciter l’intérêt des artistes et des savants portugais.
- Le commandant Chaves présenta l’une de mes brochures au roi dom Carlos et attira son attention sur la belle œuvre du peintre portugais.
- « Je connais ce tableau, dit le roi; nous en avons une réplique au Musée d’Adjuda ». L’observa-
- tion du regretté jnonarque était exacte, si ce n’est que la toile avait été transportée du Musée d’Adjuda au Musée Bocage, de l’École polytechnique.
- Il existe donc jusqu’à, trois états de la toile de da Rocha, mais l’exemplaire de Lisbonne, bien qu’identique aux deux antres-quàntc aux dimensions du personnage et quant à la disposition de ses taches, est plus étroit de marges et d’une peinture plus hâtive, moins achevée; de plus, il n’a pas de signature. C’est donc, selon toute apparence, une simple : étude, d’après laquelle ont été faits les deux * labléaux de Paris et de Madrid.
- Là devrait s’arrêter l’histoire que j’ai entrepris. de conter, s’il ne me fallait maintenant parler d’une polémiqué soulevée par mes deux premières publications sur le" tableau de J. M. da Rocha. Comme on va voir, cette polémique eut un résultat assez inattendu.
- En 1808, alors que J u n o t, duc d’Abrantès, tenait Lisbonne avec une armée française, Napoléon donna l’ordre à Geoffroy Sain t-H ilaire d ’ aller en Portugal pour y rechercher les objets d’histoire naturelle qui pourraient être rapportés à Paris, dans le but d’enrichir les collections du Muséum. Cette mission délicate fut exécutée de la façon la plus scrupuleuse ; les échantillons assez nombreux que Geoffroy rapporta furent volontairement cédés par les Musées de Lisbonne, en échange de spécimens non moins précieux qu’il avait lui-même, dans ce but, apportés de Paris. Or, un professeur de Lisbonne, M. leD' Bethen-court Ferreira, a émis sans l’ombre de preuve l’opinion que le tableau de la négresse pie a été, lui aussi, enlevé d’un Musée de Lisbonne par Geoffroy „ Cette assertion, toute gratuite est absolument inexacte, ainsi qu’il m’est facile de le démontrer. En effet, on a conservé, aussi bien à Paris qu’à Lisbonne, la liste authentique de tout ce qu’a emporté Geoffroy et ces deux listes sont rigoureusement sem-
- Fig. 2. — Figurine \de cire appartenant au Musée Warren, Harvard College, Faculté de Médecine de Boston, Mass.
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- 8 .....A PROPOS DES NÈGRES PIES
- blables : on y mentionne jusqu’à des coquilles ou des Insectes isolés ; le tableau de da Rocha n’y figure pas. Ce grand tableau, d’ailleurs, était inconnu d’Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, qui n’y fait aucune allusion dans son Traité de tératologie, alors qu’il ne manque pas de dire un mot des deux petites
- toiles de Le Masurier. Enfin, tous les objets ramenés du Portugal par Geoffroy sont entrés au Muséum, où il était professeur ; aucun d’eux n’a pris le chemin de la Faculté de Médecine. Je considère donc comme démontré que Geoffroy n’est pour rien dans l’introduction en France de ce tableau, dont il n’a même pas eu connaissance.
- Trop peu documenté sur l’expédition de Geoffroy à Lisbonne pour répondre d’une façon péremptoire à M. le Dr Bethencourt Ferreira, je soumis le cas au professeur Hamy et le priai de me donner quelques renseignements. Il s’intéressa vivement à la question et se mit à la recherche de documents. Les archives du Muséum d’Hisloire Naturelle ne lui fournissant pas des pièces irréfutables, il résolut de chercher ailleurs; il s’adressa donc aux descendants de l’illustre zoologiste et eut par eux communication d’un dossier très important, entièrement inédit. De sa lecture résultait l’absolue conviction que Geoffroy était étranger à l’introduction du tableau de J. M. da Rocha en France.
- Les pièces de ce dossier étaient d’ailleurs si nombreuses et si intéressantes que le professeur Hamy résolut d’écrire l’histoire du voyage de Geoffroy au Portugal. Gette belle étude, qu’il a publiée dans les Nouvelles Archives du Muséum quelques mois avant sa mort, est l’un des derniers travaux qui soient sortis de sa plume active. Elle trouve donc son point de départ dans mes études sur les nègres pies et je suis fier d’en avoir fourni l’occasion, d’autant plus que cet intéressant travail a vu le jour exactement cent ans après l’expédition dont il nous donne le récit.'
- En somme, Geoffroy est hors de cause : ce n’est pas lui qui a rapporté de Lisbonne à Paris le tableau de négresse pie qui orne actuellement mon laboratoire. C’est là un fait acquis ; mais il n’en reste pas moins désirable de connaître les circonstances de celte introduction. À celui qui soulèvera le voile recouvrant ce mystère, si nous promettions, comme récompense, un Merle blanc?
- Raphaël Blanchard,
- Professeur à la Faculté de Médecine de Paris. Membre de l’Académie de Médecine.
- Fig. 3. — Négresse pie, d'après un tableau de J. M. da Rocha, 1786. (Laboratoire de Parasitologie de la Faculté de Médecine de Paris.)
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- SUPPRESSION DU GOULOT DE LA GARE SAINT=LAZARE
- On nous pardonnera de revenir à nouveau sur le goulot de Saint-Lazare, cette bête noire des ingénieurs de la Compagnie de l’Ouest, aujourd’hui des ingénieurs de l’Ouest-Etat et dont les inconvénients ne pourront disparaître que par la suppression du tunnel des Batignolles. Malheureusement cette opération ne peut se réaliser qu’avec des dépenses considérables devant lesquelles on a reculé jusqu’ici, mais qui, cependant, ne devront pas en
- nés que du côté du square des Batignolles. Aujourd’hui ils sont terminés du côté de la rue de Rome et la photographie figure 1 représente cet ouvrage, analogue à celui dont nous avons parlé précédemment.
- En même temps qu’on construisait ces encorbellements, une difficulté sérieuse se présentait du côté du square des Batignolles. Entre ce square et le pont de la rue Legendre et au sommet du talus qui limi-
- Fig. i — Vue en dessous des encorbellements de la rue de Rome pendant les travaux. Au dernier plan
- le tunnel des Batignolles.
- empêcher l’exécution dans un avenir plus ou moins éloigné.
- En attendant, le trafic augmente chaque jour et le nombre des trains suit la même progression. Il faut donc, malgré tout, pour faire face à ces nouveaux besoins, augmenter le nombre des voies entre le tunnel des Batignolles et la station de Batignolles et, pour cela, élargir la tranchée entre la rue de Rome, d’un côté, et le square des Batignolles de l’autre.
- Nous avons, dans un précédent article de La Nature (5 mai 1909) décrit ces élargissements obtenus au moyen d’encorbellements en béton armé dont le porte à faux atteint 7 mètres, reposant sur des murs de soutènement d’un type nouveau dû à M. l’ingénieur en chef Rabut. Au moment où notre article paraissait, ces encorbellements n’étaient termi-
- tait h cet endroit la tranchée, se trouvent deux iim-meubles importants à six étages dont les-fondations, faites presque à l’alignement de la crête du talus, ne descendent qu’à une faible profondeur.au-dessous du sol et bien au-dessus du niveau du fond de la tranchée (fig. 2).
- Comme il était indispensable de faire disparaître ce talus afin de permettre la pose de nouvelles voies, il fallait recourir à l’établissement d’un mur de soutènement de 64 mètres de longueur et de solidité suffisante pour résister non seulement à la poussée des terres, mais aussi à celle due à ces deux constructions importantes dont le poids est de 56 tonnes par mètre de longueur et dont les fondations, comme nous venons de le dire, ne descendent qu’à une profondeur relativement faible dans le sol.
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- SUPPRESSION DU GOULOT DE LA GARE SAINT-LAZARE
- On étudia donc, tout d’abord, un mur de soutènement en maçounerie de 2 mètres d’épaisseur et dé'' 7,22 mètres de hauteur solidement fondé sur le sol. Mais’une difficulté se présentait. Avec cette épaisseur de mur dont le parement intérieur ne pouvait être reculé, puisqu’on se trouvait limité par le mur de fondation des immeubles, il devenait difficile de
- tout en prévoyant l’éventualité de réduire postérieurement l’épaisseur du mur.
- Pour cela, comme le montre la figure 4, un mur de 2 mètres d’épaisseur a été construit en deux parties, l’une en maçonnerie de ;.l,25 m. d’épaisseur sur le parement extérieur, l'autre de 0,75vm. d’épaisseur en béton armé contre les terres.
- On a donné à cette partie en béton armé la - résistance et la stabilité suffisante pour permettre l’enlèvement total du parement en maçonnerie qui rendra disponible le maximum de largeur dont on aura absolument besoin le jour où l’on réalisera l’électrification des lignes de banlieue.
- Dans ces dernières conditions, le travail du béton avec 400 kg de ciment par mètre cube, ne dépassera en aucun point |50|kg par centimètre carré ef celui de l’acier 12 kg par millimètre carré. Le coefficient de stabilité du mur sera de 5,5.
- On remarquera que le mur proprement dit, ainsi que le patin qui répartit sur le sol la résultante des charges, travaillent à la flexion et
- Fig. 2. — Vue des deux immeubles à six étages avant la construction du mur de soutènement. — Au haut du talus on voit le mur de fondation de ces immeubles.
- faire tenir dans la largeur totale de la tranchée le nombre de voies, compliquées de jonctions et de croisements, qui sera nécessaire pour rendre possible l’établissement de la traction électrique sur les lignes de banlieue.
- M. Rabut songea alors
- à remplacer ce mur en maçonnerie de 2 mètres d’épaisseur par un mur
- en béton armé de 0,75 m. d’épaisseur seulement pourvu d’un patin intérieur lui permettant de résister à la poussée des terres et à la surcharge de l’immeuble.
- Mais, comme avec ce genre de construction, il faut un certain temps pour obtenir le durcissement du béton et, par conséquent, donner toute sécurité à l’ouvrage, il y avait à craindre qü’on ne pût disposer du temps nécessaire pour ce durcissement avant la mise en charge de la construction. On prit donc le” parti de construire un mur de 2 mètres d’épaisseur,
- Fig. 3. — Le mur de sotitènemenl pendant sa construction. — Le mur a été construit par sections au moyen de puits blindés qu’on voit sur la figure. En haut du talus le mur de fondation des immeubles.
- sont, en conséquence, armés du côté des terres.
- Cet ouvrage que nous avons cru intéressant de signaler est un nouvel exemple des ressources que les ingénieurs peuvent trouver dans l’emploi du béton armé dont les applications deviennent de plus en plus nombreuses et qui permet de résoudre des problèmes dont la solution serait souvent fort difficile, sinon impossible, avec la maçonnerie ordinaire.
- Un autre travail dont l’importance n’est pas moins grande est sur le point d’être terminé.
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- On sait que le tunnel actuel des Batignolles se I compose de trois tunnels juxtaposés de 530 mètres |
- Fig. 4. — Coupe transversale du nouveau mur de soutènement. — La partie hachurée indique le mur en béton armé et la partie pointillée, le mur en maçonnerie qui sera enlevé afin de permettre l’établissement des nouvelles voies.
- de longueur chacun donnant passage à deux voies, soit six voies en tout.
- C’est par ces six voies que doivent passer les
- trains montants et descendants des grandes lignes, de Versailles, de Saint-Germain, d’Argenteuil et d’Àuteuil ainsi que les machines et le matériel vide en manœuvre. Par suite du trafic excessivement intense de ces lignes, il arrive, à certains moments, que ces voies se trouvent engorgées, ce qui cause des retards dans l’horaire des trains. Il était donc absolument indispensable, en attendant la suppression du tunnel des Batignolles, de prendre des mesures pour décharger ces six voies en établissant un quatrième tunnel. Ce tunnel parallèle aux premiers et de la même longueur, mais construit au-
- Fig. 5. — Coffrages ayant servi à la construction des encorbellements de la rue de Rome. —
- Le mur à gauche sur lequel s’appuie le coffrage est l’ancien mur de soutènement de la tranchée.
- dessous de la rue de Borne, qui sera exclusivement réservé au passage des trains de la ligne d’Auteuil, permettra de réduire dans une proportion notable le nombre des trains qui auront à circuler dans les trois autres tunnels. R. Bonmn.
- NOUVEAUTÉS PHOTOGRAPHIQUES
- Appareil d’agrandissement « Focus ».
- Le « Radiophote » et le « Rêvé » pour tirage sur papier au bromure. —
- Appareil « Focus » toujours au point quel que soit le format de l’agrandissement. — Quand on fait l’agrandissement d’un cliché sur papier au bromure, la question se pose de savoir si on agrandira tout, ou partie de l’image; puis dans quel format : hauteur ou largeur; enfin dans quelle dimension. Pour se rendre compte de l’effet produit, on fait varier la distance du cliché à l’objectif, puis en même temps celle de ce dernier à l’écran qui reçoit l’image agrandie. Mais il faut se livrer à une série de tâtonnements assez fastidieux pour faire coïncider la mise au point avec le format exact qu’on veut obtenir. On sait, en effet, que l’agrandissement est soumis à la loi des foyers conjugués et qu’il existe une relation étroite entre les deux distances en question ; la formule de Newton p p' = p permet de résoudre le problème. En effet p est la distance du cliché au foyer principal antérieur, p' celle de l’écran au foyer postérieur; quand on connaît l’une de ces distances, on peut toujours trouver l’autre,
- Objectifs rapides.
- puisque p est une quantité constante qui est connue.
- Quand on a placé son cliché, une simple division indiquera où il faut placer l’écran. Mais il faut recommencer à chaque déplacement du cliché, ou procéder par tâtonnement. Il serait beaucoup plus facile de n’avoir aucune opération à faire si, automatiquement, la distance du cliché à l’objectif variait de la quantité voulue par le seul fait qu’on ferait varier la distance de l’écran à l’objectif. C’est là le résultat que donne l’appareil « Focus ». Ce n’est pas le premier dans son genre et M. J. Carpentier a construit, il y a une dizaine d’années, un appareil qu’il nomma le châssis amplificateur universel dans lequel ce résultat était obtenu. C’est une chambre à trois corps destinée à l'agrandissement à la lumière du jour; l’objectif est fixe et un système de leviers convenablement placés actionne le châssis porte-papier quand on déplace le cliché. L’appareil « Focus » est destiné à l’agrandissement par la lumière artificielle qui, à notre avis, est le
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- NOUVEAUTÉS PHOTOGRAPHIQUES
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- plus commode à employer, parce qu’on peut opérer en toute saison, à toute heure, et que le temps de pose, une fois déterminé, ne varie qu’avec la densité du cliché et la sensibilité du papier, deux facteurs qui peuvent être constants pour un même opérateur. Le système comporte (fîg. 2) une lanterne L munie de son condensateur D, devant lequel on place le cliché. Une chambre à soufflet porte l’objectif monté sur une planchette verticale qui coulisse le long d’un chariot, sur lequel coulisse aussile châssis porte-papier M..La planchette porte-objectif est reliée à une des extrémités de l’équerre EC qui pivote en E et dont l’autre extrémité porte un galet.
- C’est le châssis porte-papier M qui commande le mouvement de cette équerre. A cet effet, il est monté (fig. 2) sur une planchette horizontale A B qui le suit dans tous ses déplacements et qui est découpée suivant un profil déterminé par le calcul au moyen de la formule citée plus haut. Un ressort, appliqué au système d’équerre EC, tend constamment à faire appuyer le galet sur ce guide, de sorte que l’objectif se déplace toujours de la quantité voulue pour satisfaire à la formule pp' —f'2, c’est-à-dire que la mise au point est constante. En faisant avancer ou reculer le châssis M au moyen du bouton molleté placé à sa base, on passe donc par toutes les dimensions de l’image sans qu’elle cesse d’être nette sur l’écran.
- Tirage des papiers au bromure. — L’obtention d’épreuves positives sur papier au bromure, par contact, au châssis-presse, est le procédé le plus commode pour faire rapidement le tirage d’un cliché à toute époque de l’année; il permet d’occuper les longues soirées d’hiver. Bien qu’aucun dispositif spécial ne soit indispensable, on travaille toujours plus sûrement avec un appareil construit en vue de cette opération.
- Le Radiophote de MM. Lumière est très bien compris pour faciliter ce genre de tirage. La source d’éclairage qui peut être quelconque, gaz, électricité ou pétrole, est montée sur l’extrémité d’une
- tablette dont le châssis de tirage occupe l’autre extrémité (fig. 3).
- Le châssis est monté à charnière et se rabat complètement sur la tablette. C’est quand il est dans cette position qu’on ouvre le volet P pour placer le cliché et le papier ; un coussin de caoutchouc, qu’on remplit d’air par la valve dont il est muni, assure un bon contact entre le cliché et le papier sensible. Pendant cette opération de la mise en châssis, la lanterne est munie d’un verre rouge. Quand le volet P est refermé, on relève le châssis qui prend la position indiquée en haut de la gravure; pendant ce mouvement il tire sur une cordelette qui agit sur un levier R pour déplacer l’écran rouge E, de
- sorte que l’ouverture de la lanterne est démasquée et donne de la lumière blanche.
- Quand le temps de pose est suffisant, on rabat le châssis; l’écran rouge, ramené par un ressort, reprend sa place. On ne risque donc jamais de voiler le papier en oubliant de changer de lumière au moment voulu.
- Le Rêve construit par M. Soulat remplit le même but, mais il est plutôt destiné aux professionnels qui ont des tirages assez importants à effectuer. L’inventeur s’est attaché à simplifier le plus possible les opérations et à donner toujours automatiquement le même temps de pose pour un cliché déterminé.
- L’ajipareil est formé d’un petit meuble qui porte à sa partie supérieure le châssis de tirage C (fig. A) où se placent le cliché et le papier sensible. En dessous se trouvent deux lampes électriques, une rouge R et une blanche D. Normalement, c’est la rouge qui est toujours allumée; mais si on relève la manette M placée sur la droite du meuble, cette lampe s’éteint et elle est remplacée par la blanche qui reste allumée jusqu’à ce que la manette M soit revenue à sa position première. Suivant qu’on veut poser plus ou moins longtemps, on relève plus ou moins la manette dont la course est limitée par un butoir E qui coulisse sur un quart de cercle portant une graduation indiquant le nombre de secondes
- Fig. i. — Appareil d'agrandissement « Focus » donnant la mise au point automatiquement.
- Fig. 2. — Disposition de Véquerre et du guide rendant la position de l'objectif solidaire des déplacements du châssis.
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- que dure l’éclairage blanc. Le système ingénieux qui donne ce résultat est représenté en cartouche sur la gravure.
- Quand on manœuvre la manette M, on fait tourner d’une certaine quantité un disque B portant une encoche dans laquelle vient tomber un levier S quand elle se présente sous lui. On remonte en même temps un ressort, contenu dans un barillet, qui, en se détendant, quand on aura abandonné la manette M à elle-même, fera tourner une série d’engrenages destinés à ramener le disque B à sa première position. Un échappement à ancre régularise ce mouvement qui dure plus ou moins longtemps suivant que la manette aura été placée plus ou moins haut. Dès que le levier S est soulevé de l’encoche pratiquée sur le disque B, il fait basculer légèrement un tube de verre T contenant du mercure qui établit les contacts nécessaires à l’allumage de la lampe blanche. Quand ce levier retombe dans l’encoche il abandonne le tube qui revient de lui-même à sa position première ; le mercure rétablit alors le courant sur la lampe rouge en éteignant la lampe blanche.
- Objectifs rapides. — Il y a depuis longtemps dans le commerce des objectifs à grande ouverture relative. On sait que, pour se conformer aux décisions du dernier Congrès de Photographie, on doit désigner l'ouver-
- ture utile d’un objectif en fonction du foyer, c’esl-à-
- F •
- dire par la fraction -> n indiquant combien de fois
- le diamètre utile du diaphragme est contenu dans la
- F
- longueur focale. Un objectif à - (ou F : 4), par exemple, indique que le diamètre utile du dia-
- phragme est contenu 4 fois dans cette longueur; si elle est de 0,12 m., l’ouverture utile est 0,05m. Plus n sera petit, plus rapide sera l’objectif par conséquent. Un grand nombre d’opticiens ont adopté aujourd’hui cette notation en fonction du foyer; les autres y viendront.
- L’idéal serait d’avoir l’objectif donnant n— 1, c’est-à-dire ayant un diamètre d’ouverture égal à la longueur focale : on n’en est pas encore là ; mais on a des objectifs voisins de F : 5. En général ils sont de construction étrangère et toujours d’un prix élevé. Un opticien français, M. Duplouich, a réussi à
- en établir un dont le prix est beaucoup moins élevé et dont l’ouverture est de F *. 5,8. C’est déjà une très belle rapidité qui nous a permis d’obtenir, en un peu moins d’une seconde, des portraits dans un appartement. Nous avons employé le type qui est destiné à la plaque 9x12 dont le foyer est de 0,12 m. — D’autre part, un reporter photographe, M. Simons, désireux de pouvoir opérer par tous les temps et sans faire la mise au point, autant que possible, a fait établir par un opticien français également, un objectif ayant la même ouverture relative que celui cité plus haut, mais avec seulement 0,10 m. de foyer. Les nécessités de sa profession l’obligent, en eiïèt, à opérer parfois de très près et,
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- NÉCROLOGIE — ACADÉMIE DES SCIENCES
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- pour conserver malgré cela des seconds plans ou même les lointains assez nets, il a dû prendre un foyer assez court. En fait, les résultats qu’il obtient avec son « monoplan » sont très remarquables et ses documents sont presque toujours utilisables sans retouches, ce qui permet d’aller beaucoup plus vite pour leur publication. Le nom de « monoplan » n’a rien à voir ici avec l’aviation, il veut dire dans l’esprit de son auteur, qu’on a nets sur le plan du cliché
- tous les plans de la nature; c’est ce qu’on désigne en d’autres termes par l’expression « profondeur de champ ».
- Nous tenions à signaler ici ces objectifs à grande ouverture parce qu’ils sont tout indiqués pour la photographie des couleurs ; ils permettent d’opérer avec des poses d’un quart de seconde, ce qui est déjà presque de l’instantané.
- G. Mareschal.
- NÉCROLOGIE
- Le Dr Jean Binot. — Une mort suinte vient d’enlever le 25 novembre, à l’âge de 42 ans, un de nos éminents collaborateurs, le D‘ Jean Binot, chef de laboratoire à l’Institut Pasteur, auditeur au Conseil supérieur d’hygiène publique, chevalier de la Légion d’honneur. Le Dr Binot était chargé, à l’Institut Pasteur, de la direction de la collection des microbes vivants et d’anatomie pathologique, la plus importante collection de bactéries qui ait jamais été réunie. Rien n’égalait l’amicale obligeance et l’affable camaraderie avec lesquelles il communiquait aux bactériologistes de tous pays les fruits de ses patientes et habiles études ; il a joue ainsi, avec une rare modestie, un rôle capital connu de bien peu de personnes, et qui a contribué très largement aux progrès de la bactériologie dans ces quinze dernières années. L’Institut Pasteur perd en lui l’un de ses collaborateurs les
- plus dévoués, l’un de ses chefs les plus justement appréciés. Parmi ses travaux il faut citer un mémoire avec la collaboration du professeur R. Blanchard et du D1' Ed. Schwartz, sur une tumeur abdominale d’un type parasitaire des plus rares et des plus curieux et surtout des recherches très délicates sur les bactéries des glaces; le Dr Binot a raconté ici même (n° 1511, 10 mai 1902) comment il est resté cinq jours au sommet du mont Blanc, pour effectuer des séries d’examens et de cultures, qui lui ont fourni de très importants résultats. Comme photographe et astronome il avait été chargé d’une mission, en 1901, pour l’étude du passage de Ténus sur le disque du Soleil. Le prix Janssen de l’Académie des sciences lui avait été décerné à cette occasion.. Tous ses collègues, collaborateurs et élèves regrettent en lui à la fois un maître consommé et un ami véritable.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 novembre 1909. — Présidence de M. Bouchard.
- La planète Mercure. — M. Bigourdan présente une Note de M. Jarry des Loges faite à son observatoire du Massegros (Lozère). Les images de Mercure ont été rarement calmes, mais les taches étaient nettement visibles. En raison de l’obligation où l’on se trouve d’observer Mercure très peu au-dessus de l’horizon, ces images ne sont visibles que pendant un temps relativement court. Comme il n’a. été possible de constater aucun changement d’aspect on conclut que le mouvement de rotation de la planète doit être lent.
- Un poisson parasite. — M. Edmond Perrier résume une Note de M. Pellegrin signalant un poisson parasite. Le parasitisme chez des animaux occupant, comme les poissons, un rang élevé dans la série animale est rare. Aussi ne connaît-on que très peu de poissons parasites. Celui qui est reconnu par M. Pellegrin s’appelle la Yan-dilia; il vit sur les branchies d’un siluridé de grande taille. Sa Louche lui constitue une sorte de ventouse.
- Le noircissement des feuilles des plantes. — MM. Maquenne et Demoussy se sont appliqués à rechercher la cause du noircissement des feuilles des plantes vertes exposées à la lumière électrique. M. Maquenne avait déjà annoncé que le phénomène était dû à la mort des cellules végétales. S’il en était ainsi le noircissement devait avoir lieu sous l’effet de toute cause de mort du protoplasma. Et, en effet, les rayons ultra-violets, comme
- la chaleur ouïe chloroforme,provoquent le noircissement. Il y a seulement des plantes plus ou moins sensibles. Les changements de coloration sont, dans tous les cas, dus à une action diastasique qui s’établit à l’intérieur de la plante, dès que la mort a permis aux sucs cellulaires dè se mélanger. Le noircissement est un phénomène de même ordre que le dégagement d’acide prussique reconnu par M.' Guignard et par d’autres savants dans les feuilles de laurier mortes ou contusées. ;
- Coloration de diamants. — M. Bouty expose les résultats d’expériences de M. Sacerdote sur la coloration des diamants grâce à une exposition à des radiations. Les rayons X ne produisent aucun effet, mais les radiations cathodiques à l’intérieur d’un tube à rayons de cette catégorie provoquent une coloration rougeâtre qui, à la suite d’une action prolongée, vire au brun. Cette coloration paraît se conserver longtemps; toutefois l’intervention d’une température de 500° la fait disparaître.
- Dichroïsme par un champ magnétique. — M. Bouty rappelle que M. Meslin, en opérant sur des liqueurs mixtes constituées avec de la sidérose, a pu montrer le dichroïsme de cette liqueur sous l’effet d’un champ magnétique. Il a réussi à observer directement l’orientation des cristaux très petits au sein du liquide dans les conditions mêmes où se manifeste le dichroïsme magnétique. Au moment où l’on excite le champ, M. Meslin a constaté, à l’aide
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- UNE ILLUSION D’OPTIQUE .... , .= 15
- d’un puissant microscope, que les lamelles rhomboé-driqùes se soulèvent et s’inclinent de façon que l’axe du cristal s’oriente parallèlement au champ magnétique.
- Vaccination tuberculeuse. — M. Chauveau résume une communication de M. Arloing relative aux effets de la vaccination tuberculeuse bovine. Les vaccins qu’il emploie sont des variétés fixes de bacilles bovins indéfiniment transmissibles obtenus par un mode particulier de culture qu’il a décrit à l’Académie en 1900. Ces bacilles ne déterminent pas de lésions appréciables, ils sont sans danger pour les vaccinateurs. La vaccination se fait par injections intra-veineuses ou sous-cutanées ou même par absorption buccale. Pour apprécier les effets de l’immunisation, on a inoculé des bacilles tuberculeux très virulents à un grand nombre d’animaux vaccinés et d’animaux non vaccinés. Sur les premiers, on a constaté 50 pour 100 de succès complet du vaccin, 25 pour 100 de succès relatifs et 25 pour 100 d’insuccès; sur les seconds, on a observé 65 pour 100 d’infections tuberculeuses complètes, 27 pour 100 d’infections partielles
- et 9 pour 100 d’exemptions de toute infection. Les infections se sont en outre montrées toujours beaucoup plus graves chez les animaux non vaccinés. La vaccination veineuse est le mode de procéder qui paraît le plus efficace. L’immunité dure de 20 à 22 mois ; on la prolonge par des injections sous-cutanées inoffensives.
- Régression du cancer chez des souris femelles. — M. .Dastre analyse un travail de MM. Cuénot et Mercier sur la relation entre la greffe des tumeurs cancéreuses et la gestation. Des souris sur lesquelles le cancer avait été greffé étant venues en état de gestation, puis ayant allaité, la tumeur, après avoir passé par une phase de régression, a disparu dans trois cas. De plus, ces femelles se sont trouvées immunisées contre les résultats d’une nouvelle inoculation, mais l’immunisation n’a pas été transmise à leurs petits. On peut s’expbquer cette régression si l’on considère que la greffe se fait sous l’abdomen et qu’au moment du travail des glandes mammaires voisines il y a concurrence entre ces glandes et la greffe pour la nutrition et que les glandes l’emportent.
- Cii. de YrxLEDEi'ir,.
- UNE ILLUSION D’OPTIQUE
- Voici une curieuse illusion, sur laquelle mon attention a été aimablement attirée par M. J. Carlioz, ingénieur des Arts et Manufactures, et dont j’ai été depuis lors le jouet autant que j’ai voulu.
- Lorsqu’on passe le soir sur un des ponts de Paris, on jouit du joli spectacle des lumières blanches ou rouges, qui illuminent les autres ponts. Si, marchant d’un pas ordinaire, on fixe le regard sur le groupe formé par une lumière blanche et par la lumière rouge la plus voisine, on voit ces deux lumières d’abord nettement séparées ; puis, lorsqu’elles sont très proches l’une de l’autre, la lumière rouge disparaît complètement, la blanche restant seule visible ; encore un petit mouvement, et la lumière blanche est complètement absente, la rouge subsiste seule. Si l’on avance encore, les mêmes apparitions se succèdent dans l’ordre inverse, jusqu’au moment où les deux lumières se séparent complètement.
- L’explication du phénomène est simple : les lumières blanches A sont, comme on sait, dirigées vers l’intérieur de chaque pont ; les lumières rouges B marquent, du côté du fleuve, la position des piles, que doivent éviter les bateaux. Pour un observateur situé en C, la lumière A se projette au travers de l’écran rouge B, en môme temps que celle de la lanterne qui le porte. Un petit déplacement, jusque dans les positions D, fait passer le faisceau de lumière blanche au ras de l’écran rouge, mais alors les deux éclats, blanc ef rouge, se trouvent à une distance angulaire inférieure au minimum separabile1, de telle sorte qu’on ne perçoit qu’une image globale ; et, comme le blanc domine de beaucoup le rouge, la teinte rosée que celui-ci donne à l’ensemble n’est pas perceptible. Puis, lorsque l’observateur arrive en E, les deux lumières sortent du minimum separabile, et la plage rouge reparaît. Entre C et D, on peut, par des mouvements de peu d’amplitude, voir la lumière blanche émerger peu à peu de la plage rouge, et l’envahir de plus en plus complètement.
- 1 Ce terme rie doit pas être entendu strictement dans le sens habituel en oculistique; dans le cas actuel, ce minimun est augmenté de l’irradiation de la lumière blanche.
- En dehors de l’intérêt de curiosité qu’elle peut susciter, cette illusion mérite d’être prise en sérieuse considération par tous ceux que préoccupent les signaux optiques.
- Il peut arriver, en effet, qu’un mécanicien conduisant une locomotive jette un rapide coup d’œil.surdes signaux, n’en voie que des blancs, et croie la voie ouverte, alors que le signal rouge lui commandant de s’arrêter était
- l l l » *
- é 6 c b k
- éclipsé et comme avalé par une lumière blanche située plus loin et sensiblement dans la même direction.
- Il suffirait, pour éviter de semblables méprises, d’entourer toujours les signaux rouges d’un écran opaque, masquant toutes les lumières situées au delà dans un périmètre qui excède largement celui du minim um separabile. L’énorme multiplication des lumières intenses (des arcs sous globe par exemple) aux alentours des grandes gares impose de plus en plus cette salutaire précaution. Cii.-Ed. Guillaume..
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- LES ALLIAGES SPONTANÉMENT INFLAMMABLES ET LEUR EMPLOI
- On se rappelle l’intéressante découverte faite récemment par le baron Àuer von Welsbach, le célèbre inventeur des manchons à incandescence par le gaz ; il a observé que les métaux des terres rares, dont se composent les manchons incandescents, acquièrent, par l’addition de petites quantités d’autres métaux (particulièrement le fer) le pouvoir de s’enflammer spontanément. Les alliages ainsi obtenus produisent, lorsqu’on les frotte avec une lime, des étincelles d’autant plus intenses que l’addition de fera été plus considérable et qui finissent par prendre l’aspect d’une gerbe lumineuse éclatante. Un alliage renfermant environ 50 pour 100 de fer est assez sensible pour donner de fortes étincelles au choc le plus léger.
- Ces alliages se distinguent par leur non-oxydabilité presque parfaite, par leur dureté et leur constitution cassante. D’autre part, on a observé que les particules extrêmement menues qu’on détache par un frottement même faible, sont parfaitémènt susceptibles d’allumer sûrement et instantanément les gaz inflammables, les objets facilement combustibles : mèche imbibée d’alcool ou de benzine. En soumettant l’alliage à des efforts mécaniques plus considérables, en détachant par exemple des fragments plus grands, on provoque des flammes d’un éclat brillant, longues de plusieurs centimètres et qui,chose remarquable, ne dégagent qu’une quantité minime de chaleur et de fumée.
- Ces phénomènes devaient nécessairement suggérer des applications pratiques à cette formation spontanée d’étincelles et de flammes. C’est ainsi que, par exemple, on réalise un bec de gaz à allumage spontané, en combinant le robinet d’un brûleur à incandescence ordinaire, avec quelque dispositif produisant, à l’ouverture du robinet, un choc sur un fragment d’alliage, et par suite des étincelles. Un alliage composé de 60 pour 100 de cérium, de 10 pour 100 de terres rares et de 50 pour 100 de fer, se prête parfaitement à la production d’une gérbe d’étincellés et, d’autre part, peut être fabriqué à assez bon marché pour qu’une tige capable de donner quelques centaines d’allumages revienne, a environ 2 fr. 50.
- On a cherché à utiliser une méthode semblable pour l’allumage des lampes de mineurs et la fabrication des briquets de poche.
- M. H. Wunderlich, directeur de l’Usine de gaz, à
- Bec de gaz à incandescence, avec dispositif d’allumage Wunderlich.
- Carlsbad, vient de faire un emploi fort intéressant de cette même méthode, en l’appliquant à l’allumage des réverbères à gaz. On sait, en effet, que la construction de dispositifs pratiques d’allumage des becs de gaz tant pour l’éclairage des maisons que pour celui des rues, constituerait un perfectionnement fort important de la technique du gaz ; la manipulation d’allumettes ou de lampes à alcool est un inconvénient des plus sérieux pour l’éclairage par le gaz et lui fait préférer souvent l’éclairage électrique, bien moins économique dans la plupart des cas.
- La figure ci-contre représente la disposition d’une lampe de, 5 becs à manchon renversé, destinée à l’éclairage des rues et pourvue du dispositif d’allumage Wunderlich.
- La chambre à explosion À est montée en dehors de la lampe : rien n’est donc plus facile que d’adapter le dispositif d’auto-inflammation aux lampes déjà existantes.
- Voyons, en effet, comment s’opère l’allumage par les méthodes ordinaires : le gaz, une lois le robinet ouvert, pénètre par le tube central, dans une chambre supérieure d’où il peut s’échapper par de petits orifices. On l’allume là, "avec une lampe à alcool ou autrement, et.il en sort . sous forme de longues flammes pointues qui, à leur tour, vont allumer les brûleurs et porter les manchons à l’incandescence.
- Avec le dispositif auto-inflam-matëur, les étincelles du morceau d’alliage placé en À jouent le rôle d’allumeurs, et agissent sur le mélange d’air et de gaz ajouté dans le tube C. Du pied du réverbère, on agit sur le levier b qui dégage le passage du tube auxiliaire C, et, du tube central ' principal, on abaisse le verrou d,
- à l’aide du système de levier e. Ce verrou, conjointement avec une came, pousse en bas un cliquet et en même temps soulève un secteur métallique. Pendant que le verrou continue son mouvement descendant, la came dégage de nouveau le cliquet ; en même temps le secteur, abaissé par un ressort, vient choquer violemment une tige de métal inflammable, en produisant une gerbe d’étincelles, qui effectue l’allumage du mélange explosif.
- 1 D1 Alfred Gr’adknwitz.
- ' - Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- LA NATURE. — N° 1907.
- H DÉCEMBRE 1909.
- LES ESSAIS DU M0N0RAIL BRENNAN
- Nos lecteurs n’auront pas oublié les articles que nous consacrâmes il y a deux ans (V. n° 1871) au monorail de M. Louis Brennan, l’inventeur de la torpille qui porte son nom. Il ne s’agissait alors que d’un modèle, expérimenté en mai 1907 devant les membres de la Royal Society. En octobre dernier, l’inventeur voulait bien nous apprendre le succès de ses essais avec un véhicule de 22 tonnes. Réservant ses premiers essais publics aux représentants du War Office, du gouvernement Indien et du gouvernement de Cachemir, qui l’avaient pécuniairement aidé dans ses travaux, il nous annonçait que nous série
- - En haut : Le monorail Brennan vu de l’avant.
- Au centre : Le monorail transporte une vingtaine de personnes sans le moindre danger de rupture d’équilibre.
- En bas : La voiture dans une courbe.
- conviés, avec les représentants de la grande presse anglaise, à des essais définitifs qui auraient lieu dans le courant de décembre.
- Or le 12 novembre, nous apprenions que les essais publics auraient lieu le lendemain sur les terrains de la Brennan Factory, à Gillingham. Que s’était-il donc passé? Comme nous l’apprîmes plus tard, une dépêche
- de Berlin, annonçant les imminents essais d’un monorail gyroscopique d’invention allemande, avait contraint M. Brennan à hâter ses derniers préparatifs pour assurer ses droits de priorité. Nous devons donc faire observer que les essais que nous allons décrire sont loin d’être complets, malgré
- 2. — 17
- 38" année.
- irr semestre.
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- LES ESSAIS DU MONORA1L BRENNAN
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- les résultats très satisfaisants qu’ils ont donnés.
- Rappelons brièvement que la parfaite stabilité du véhicule de M. Brennan est assurée par deux gyroscopes tournant en sens contraire dans une chambre où le vide d’air est obtenu aussi parfaitement que possible. Ces gyroscopes sont montés si délicatement que, si le courant qui les actionne subit une interruption, leur rotation se prolonge pendant des heures sans diminution de rapidité notable, c’est-à-dire que les passagers d’un gyrotrain auraient tout le temps de descendre à terre, si sa stabilité venait à être mise en péril par un arrêt inopiné.
- Comment agit le gyroscope? La Nature a eu, à maintes reprises, l’occasion d’expliquer le fonctionnement de cet appareil. Dans un article paru le 16 janvier 1909, M. Bonnin, à propos des appareils gyroscopiques Schlick, contre le mal de mer, expo-
- Fig. 2.
- Schéma de gyroscope.
- A, volant-, r,r, cadre;
- z,z', axe de rotation.
- sait fort clairement les propriétés essentielles du gyroscope, d’où découlent ses applications principales. Nous croyons utile de répéter ici cette démonstration.
- Le gyroscope (fig. 2) se compose d’un volant A tournant à grande vitesse autour d’un arbre a, a prenant appui sur un cadre r r mobile lui-même autour de l’axe z,z' perpendiculaire à l’axe a, a du volant.
- Toute force MM' appliquée aux deux extrémités de l’axe z,z' et tendant à l’incliner au-dessus ou au-dessous de sa position horizontale primitive sera équilibrée par l’effet gyroscopique du volant. Ainsi, lorsque l’axe z,z', dont les extrémités sont fixées au châssis de la voiture, sera incliné en dessus ou en-dessous de sa position horizontale en suivant le mouvement du véhicule qui s’incline à droite ou à gauche de la verticale sous l’action des forces extérieures qui le sollicitent, le volant A qui, lui-même, deviendra incliné par rapport à sa position primitive et dont les molécules tendront à conserver leur direction première m, n, fera osciller le cadre r,r autour des pivots . Il résultera de cette rotation un couple représenté par des forces agissant à chacune des extrémités de l’axe a,a qui, finalement, seront équilibrées par deux forces agissant aux deux extrémités de l’axe 2,s' mais en sens inverse des forces MM' qui avaient fait incliner le volant en dessus ou en dessous de sa position horizontale. Le véhicule se trouvera ainsi redressé et aura la même stabilité que s’il reposait sur deux rails.
- C’est en appliquant ce principe du gyroscope aux navires que M. Otto Schlick est parvenu à réduire, dansune proportion considérable, les effets du roulis,
- comme l’indiquait M. Bonnin dans l’article cité plus haut et c’est en se basant sur ce même principe que M. Brennan a obtenu la stabilité de marche de sa voiture monorail.
- La voiture Brennan, mise en expérience le 10 novembre dernier à Gillingham (Kent) (fig. 1), a une longueur totale de 12,20 m. et une largeur de 3,05 m. Son poids à vide est de 22 tonnes et elle peut porter une charge de 10 à 15 tonnes. Elle repose sur deux bogies en tandem placés dans l’axe longitudinal de la voiture, mobiles dans le sens vertical et horizontal et dont les roues de 0,915 m. de diamètre sont munies de bandages avec boudins de chaque côté. L’écartement des essieux de chaque bogie est de 1,625 m. et l’entraxe des deux bogies est de 6,10 m. La voie sur laquelle les expériences ont été faites se compose d’un rail Yignole pesant 31,5 kg par mètre et reposant sur des traverses de 1,06 m. de longueur.
- Avant de décrire ces essais, indiquons que la force motrice est fournie, avec intermédiaire de dynamos, pa,r deux moteurs à pétrole développant respectivement 80 et 20 chev. (Notons en passant que le petit moteur a seul fonctionné pendant les essais, l’autre n’étant pas encore en place quand M. Brennan dut précipiter sa démonstration.) Ces deux engins, logés avec les gyroscopes dans une cabine disposée à l’avant du véhicule, fournissent l’énergie électrique aux deux moteurs des bogies, aux gyroscopes, au compresseur du frein Westinghouse, et aux appareils de contrôle. Les deux moteurs électriques sont de 40 chevaux chacun. Ils actionnent les roues des bogies par l’intermédiaire d’un arbre, qui, lui-même, est relié aux essieux des bogies par des bielles et des manivelles.
- Les gyroscopes, qui, dans le modèle 1907, avaient 0,15m. de diamètre, mesurentmaintenant0,929m., et pèsent chacun 750 kg. Les deux roues montées sur billes, dans un plan vertical parallèle à l’axe de la voie, tournent dans un coffre étanche où une pompe pneumatique entretient le vide à une pression de 12 à 15 mm. de mercure. Elles exécutent 5000 révolutions par minute. Délivrées de la résistance de l’air, et aidées par un système de lubrification forcée, qui refroidit l’huile au moyen de radiateurs avant de la refouler à nouveau dans les conduites, elles continuent à tourner rapidement pendant des heures après l’interruption du courant.
- Pour ses expériences publiques, M. Brennan avait construit une voie dont le rail décrivait un cercle de 54 m. de rayon, puis filait par la tangente en offrant une série de lignes droites et de courbes, dont quelques-unes avait un rayon de 11 m. 50, inférieur par conséquent à la longueur du véhicule. En présence des officiers et ingénieurs délégués par le War Office et par le gouvernement Indien, de M. le colonel A. de la Lotbinière, représentant du Durbar de Cachemir, l’inventeur fit d’abord évoluer à vide le lourd véhicule Stupéfaits, les assistants
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- virent s’avancer, à la vitesse de 12 km à l’heure (la seule que permit l’emploi exclusif du petit moteur), une énorme masse de métal qui se tenait en parfait équilibre sur l’unique rail ! on vit le pesant véhicule franchir les courbes les plus accentuées sans que l’horizontalité de son plan s’en trouvât dérangée d’une façon appréciable !
- Après ces premières évolutions, M. Brennan convia les assistants à s’installer avec lui sur la plateforme, où prirent place 45 personnes. Et le mécanicien lança de nouveau le « gyrotrain » sur le circuit. Quand les voyageurs se furent rendu compte que la marche ne provoquait ni balancement ni vibrations, l’inventeur les pria de se masser sur le même bord de la plate-forme, en annonçant gaiement :
- « Voyons maintenant si nous pouvons jouer à la bascule! »
- Conformément à la théorie du gyroscope, ce fut le bord ainsi surchargé qui se releva au lieu de plonger. L’oscillation fut d’ailleurs à peine perceptible, et la pesante voiture reprit aussitôt sa parfaite stabilité.
- Il nous reste à résumer les renseignements complémentaires que M. Louis Brennan a bien voulu nous communiquer après ces très remarquables essais. Le véhicule en service est purement expérimental.
- 11 est entièrement construit en fonte, alors que les trains qui seront livrés à l’industrie seront en acier. Les dimensions des roues gyroscopiques seront réduites ; au lieu d’être montées dans le compartiment-avant (comme le montrent nos photographies), elles seront disposées sous la voiture, à la façon des cylindres à gaz que l’on agence sous les planchers des wagons de chemin de fer. En plaçant ses gyroscopes à l’avant du véhicule expérimental, M. Brennan n’avait d’autre but que de surveiller méthodiquement leur action. Des mécanismes enregistreurs disposés sur la plate-forme lui fournissent de précieux diagrammes sur toutes les forces en jeu.
- Nous avons le devoir d’insister sur ce point que, seul, le moteur de 20 chevaux, exclusivement destiné à actionner les gyroscopes, a fonctionné au cours des essais. Il convient donc de ne considérer qu’à titre d’indication la vitesse de 12 km fournie par le véhicule. Quand l’inventeur aflirme que le monorail pourra marcher à la vitesse de 260 km à l’heure sans faire courir les moindresrisques aux passagers,
- nous pouvons lui faire crédit jusqu’à ses essais définitifs, qui auront lieu dans quelques semaines. La même observation s’applique à la faculté que possède le train de monter et de descendre en vitesse de fortes rampes de 14,5 pour 100. Malgré l’insuf-iisarîce de sa force motrice, le véhicule expérimental a gravi aisément des pentes de 7 pour 100. Les résultats obtenus sont donc plus qu’encourageants.
- Le monorail Scherl. — Nous avons dit que M. Brennan avait précipité ses essais, devant l’apparition d’un autre monorail utilisant également le principe gyroscopique.
- Dans le monorail Scherl, expérimenté à Berlin, le gyroscope est placé sous la voiture. Le véhicule est également mû électriquement; mais le courant, au lieu d’être produit dans la voiture, est amené par le rail de roulement, puis pris par la roue-avant servant de trolley et amené par cette roue à la dynamo motrice (fig. 5).
- Ce véhicule monorail fonctionne journellement au Jardin zoologique de Berlin et, ces jours derniers, a été soumis à des essais officiels en présence du Ministre des chemins de fer, du chef du cabinet maritime, de l’Empereur et du Ministre des Travaux Publics.
- Pour terminer, nous résumerons les avantages qui semblent être l’apanage des chemins de fer monorails gy-roscopiques : économie considérable dans l’établissement de la voie, en raison du rail unique, en raison aussi de la faculté du gyrotrain de franchir les-courbes les plus accentuées, ce qui permet de réduire les travaux d’art au minimum ; rapidité de construction de la voie, puisque le train traversera les lits de rivière et ravins sur un rail suspendu, et que la construction d’un pont ne s’imposera que pour le passage des plus larges obstacles ; confort assuré aux voyageurs aussi bien par la suppression presque totale des cahots et oscillations que par la largeur illimitée des voitures ; possibilité d’aborder en vitesse dans les deux sens des rampes très rapides; possibilité d’obtenir des vitesses excessives sans mettre en péril l’existence des voyageurs ou même diminuer leur confort. Comme nous l’avions déjà indiqué, le gyrotrain rendra d’immenses services à une armée en marche, pour le transport des troupes comme pour celui des pièces, de grosse artillerie. V. Foiuhn.
- Fig. 3. — Le monorail gyroscopique Scherl expérimenté à Berlin.
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- LA TECHNIQUE D’UNE EXPÉDITION POLAIRE
- En l’espace de moins de douze mois, les deux pôles de notre planète auront, soit dit en langage journalistique, . occupé à tour de rôle le premier rang de l’actualité. A peine le monde civilisé avait-il fêté le retour du Lieutenant Shackleton, après sa remarquable exploration du vaste plateau antarctique, que deux navigateurs américains réclamaient simultanément la gloire d’avoir atteint le Pôle Nord.
- Ces divers exploits mettent-ils fin aux expéditions polaires? Bien au contraire. C’est une nouvelle ère d’activité qui leur est ouverte. Et l’on peut prédire dès à présent que l’année 1910 ne s’écoulera pas sans qu’une demi-douzaine d’expéditions ne s’élancent à la conquête de nouveaux lauriers polaires. 11 est donc inté- t
- cessant de se demander cnm-ment s’organise une pareilli expédition. Interrogez sur ce chapitre les plus connus des explorateurs polaires—et ils sont encore légion —, et ils s’accorderont à dire que trois éléments sont indispensables au succès d’une expédition polaire : un bon navire capable de résister à l’étreinte de la banquise; de bons chiens ; un bon équipement. J’ai répété et souligné le même adjectif, car chacun de ces trois éléments doit remplir des conditions s
- Une expédition n’aurait que faire d’un navire à marche rapide, où trop d’espace serait pris par la machinerie. En somme, tout ce que l’on demande à l’esquif, c’est de profiter des quelques mois de mer libre pour se faufiler le long des détroits et des chenaux le plus loin possible vers le Nord, et y servir de quartier d’hiver et de base à l’expédition. Il faut, conséquemment, que l’équipage et le personnel trouvent à bord des chambres assez spacieuses pour s’y mouvoir avec une certaine aisance, afin de supporter vaillamment les longs jours de captivité, quand le froid extrême et les violentes tempêtes de neige les empêchent de sortir à l’air libre. Un vaste atelier de mécanique est indispensable pour la fabrication et la réparation des traîneaux. Si Eétat-major de l’expédition entend poursuivre des recherches scientifiques, il faut qu’il ait à sa disposition des salles de laboratoire. •
- Ce qu’on demande encore à un pareil navire, c’est
- Fig. i — Le navire d'une expédition polaire emprisonné par les glaces.
- d’être construit de telle façon qu’après son ancrage, quand la banquise se referme sur lui, les glaçons le soulèvent et se soudent sous lui, au lieu d’éven-trer sa quille. Nous ne pouvons entrer ici dans une description détaillée sur la courbure que l’on donne aux parois de la quille et sur les matériaux employés. Mais nous devons rappeler que, durant ces dix dernières années, plusieurs expéditions polaires montées à grands frais, notamment celle d’Antonv Fiala et de l’Expédition Anglo-Américaine (avec la Duchess-of-Bedford), durent leur échec à la destruction de leurs navires, mis en pièces par la banquise dès les débuts du voyage.
- Les chiens-traîneurs sont les indispensables auxiliaires de l’explorateur
- polnire, bien que le Lieutenant Shackleton leur ait suscité de redoutables rivaux en employant des poneys jlfî?^. de Mandchourie pour V ' ‘ sa belle avancée vers '} - le Pôle Sud. Mais iJV % il est douteux
- Wf'\ * qu ils rendent j a-mais les mêmes services dans les régions arctiques, où les con-t ditions de voyage
- slj sont très diffëren-
- jjv tes. Notons ici que plusieurs expéditions ont échoué •llf? parce qu’elles n’avaient pas pu se procurer un nombre de chiens suffisant. Ces animaux, apparentés évidemment avec le grand loup arctique, sont parfois décimés par de terribles épidémies. Et la précaution qu’ont eue certains explorateurs de les faire acheter par leurs agents un an à l’avance aux Esquimaux de Groënland est restée sans effet, après une épidémie que ces braves gens n’avaient pas pu prévoir.
- Une expédition bien montée envoie, un an ou même deux ans à l’avance, des agents expérimentés (ce sont généralement des métis, fils de baleiniers de race blanche et de femmes indigènes), avec mission d’acheter aux Esquimaux le’plus grand nombre de chiens disponibles. Ceux des stations groënlan-daises sont les plus estimés ; en Alaska, on trouvait encore, il y a trente ou quarante ans, une excellente race de grands chiens au poil laineux, qui a presque complètement disparu. Quant aux chiens des Esquimaux du Labrador, ce sont des bêtes robustes et endurantes, mais d’une humeur féroce, qui les fait écarter dans l’organisation d’une expé-
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- :.................. LA TECHNIQUE D’UNE
- dition lointaine. Plus d’une fois, des voyageurs ont été dévorés parleur attelage de chiens du Labrador. Perspective qui ne saurait réjouir même un explorateur polaire !
- Le prix de ces chiens varie énormément selon les circonstances. Après une épidémie, il peut dépasser 100 francs par tête. Comme la meute d’une expédition bien montée compte au moins 500 bêtes, on voit déjà qu’elle représente un capital. Il est vrai qu’il s’agit rarement ici d’argent monnayé, mais bien de payement en objets ou provisions (armes et munitions, thé, tabac, coutellerie, etc.)
- IJn chien-guide (celui qui court en avant des attelages, sans être lui-même attelé, ou rarement) n’a pas de prix. Un Esquimau peut en demander de 500 à 1000 francs. Malgré leur résolution de n’acquérir que des bêtes déjà habituées au harnais, les explorateurs sont bien obligés de se contenter, dans le nombre, de jeunes chiens novices, qu’ils dressent d’ailleurs assez aisément. De toutes façons, un dressage méthodique s’impose avant la mise-en-marche, car les chiens doivent s’habituer à voyager par attelage, toujours avec les mêmes compagnons.
- Il est utile de rappeler que, pour la grande majorité des braves bêtes, une excursion polaire ne constitue pas, hélas! un voyage aller-et-retour. Sur 500 chiens emmenés, c’est à peine si une vingtaine reverront les rivages du Groenland. Quelques-uns seront abattusdès les premières semaines , après qu’une patte gelée les aura rendus impropres au service. D’autres succomberont à la diarrhée. Au voyage de retour, quand les vivres se feront rares, les moins vaillants seront égorgés pour servir de pitance à leurs compagnons d’aLtelages, et peut-être à leurs maîtres. Le Lieutenant Cagni et ses trois camarades ne durent leur salut qu’à la viande coriace de leurs chiens, qui fut leur seule nourriture pendant les trois-dernières semaines de leur célèbre voyage.
- Mais c’est encore dans la préparation de l’équipement, de Youtfit, que se révèle la science de l’explorateur. Sa science, oui vraiment ! Pour lui, c’est une question de vie ou de mort, ou, pour ne pas mettre les choses au pire, de triomphe ou d’insuccès. Aussi, ne se fait-il pas faute d’étudier à fond les relations de ses prédécesseurs, qui lui fournissent de précieux enseignements.
- La composition de cet équipement n’a qu’une importance relative tant que les explorateurs n’ont pas quitté leur bord, qui est un véritable bazar flottant.il en est autrement à l’heure où commence le voyage proprement dit, c’est-à-dire la marche à travers la banquise. Ptien ne doit être abandonné au hasard. Le détail en apparence le plus insignifiant peut acquérir avant peu une importance capitale.
- La question de la nourriture est primordiale. Tant mieux si les explorateurs ont la chance de tuer en cours de route un ours blanc, un phoque, un bœuf musqué. Mais ils ne comptent pas sur pareille aubaine qui, pour ne retenir que le cas du
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- plantigrade, leur économiserait une cinquantaine de rations d’homme et le triple en rations de chien.
- Fig. 2. — Attelages de chiens franchissant des barrières de glaçons.
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- Ils calculent approximativement la distance qu’ils ont inscrite à leur programme (700 kilomètres, par exemple), et emportent une quantité de provisions correspondante.
- La grosse difficulté est de n’emporter ni trop ni trop peu. Aux causes d’échecs polaires déjà citées, nous devons ajouter celle-ci, que la majorité des insuccès et des désastres furent causés par le manque de vivres. Il suffit qu’un explorateur proclame à son retour qu’il a accompli souvent des marches de 15 à 20 kilomètres par espaces de vingt-quatre heures, pour que ses émules croient pouvoir faire autant que lui, sinon mieux. Ainsi, calculant qu’ils met-
- d’efforts surhumains résulte en une avancée de 400 à 500 mètres.
- Il est clair qu’une expédition augmente ses chances de succès proportionnellement à la quantité de rations qu’elle peut entasser sur ses traîneaux. Le poids d’une ration (nourriture d’un homme pour une journée de vingt-quatre heures) pèse entre 2 et 5 livres, non compris l’empaquetage, que l’on s’ingénie à rendre aussi léger que possible. La composition de ces rations est variée, mais on choisit les aliments les plus nourrissants sous le plus petit volume : extrait de viande, soupes en tablette, etc. On n’oublie pas quelques stimulants (café, thé, al-
- Fig. 3. — L’assatit de la banquise : les glaçons se resserrent autour du navire.
- tront tant de jours à parcourir la distance fixée, à raison de tant de kilomètres par jour, ils refusent de se charger de trop de rations de peur de fatiguer leurs attelages et de ralentir leur vitesse.
- Mais, dans les terres arctiques comme ailleurs, les années se suivent sans se ressembler. L’état de la glace et les troubles atmosphériques apportent d’une année à l’autre des écarts énormes dans la durée de parcours d’une même distance. Si certaines explorations ont fourni une moyenne d’avancée de 40 kilomètres par jour, il en est d’autres dont la moyenne fut inférieure à 10 kilomètres. Quand les mouvements de la glace, consécutifs aune série de violentes tempêtes, ont barré la banquise de chaînes de monticules dont la hautéur peut dépasser 12 mètres, et qu’un alpiniste exercé ne pourrait escalader sans alpenstock, toute une journée
- cool) en prévision des journées qui exigeront un coup de colier. Enfin, on emporte une quantité de pemmican (viande boucanée et réduite en poudre) pour les chiens, à raison de 500 grammes par tête et par jour, quantité correspondant, comme valeur nutritive, à environ 4kg. de viande fraîche.
- ' Regrettant de ne pouvoir accorder plus d’espace à ce chapitre de l’organisation d’une expédition polaire, nous devons parler maintenant des autres parties de l’équipement, en signalant cette fois encore une autre cause d’insuccès. Il faut rendre cette justice au commandant Peary, qu’il fut le premier à comprendre que les Esquimaux étaient des experts en matière d’exploration polaire. Et c’est à cette découverte qu’il a dû en bonne partie ses succès. Avant lui, les explorateurs s’ingéniaient à se composer un équipement soi-disant scientifique : traîneaux à
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- LA TECHNIQUE D'UNE EXPÉDITION POLAIRE
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- charpente d’aluminium, poêle à pétrole du dernier modèle, tente perfectionnée, etc. Pour avoir vécu des années parmi les Esquimaux, Peary avait fini par accepter leur genre de vie. Et, depuis longtemps, on disait de lui qu’il était le meilleur « voyageur en traîneau » qu’ait produit la race blanche.
- Peary commença par s’habiller à l’Esquimaude, rompant ainsi avec la tradition polaire qui voulait que les explorateurs s’adressassent aux Norvégiens, aux Suédois, aux Finlandais pour la composition de leur garde-robe. Or, les fameuses finnskor (bottes finnoises), pour ne prendre que cet exemple, pèsent de 400 à 500 gr. de plus que les bottes esquimaudes, bien qu’étant moins chaudes. Mais je ne résiste pas à l’envie de soumettre au lecteur d’autres comparaisons. Une simple veste norvégienne en cuir de cerf avec garniture de fourrure, vêtement fort en vogue parmi les explorateurs, pèse à elle seule autant que tous les vêtements externes et internes que porte un Esquimau, y compris les bottes et les gants ! Et elle offre ce désavantage d’être aussi raide qu’une toile à voile mouillée, tandis que les vêtements indigènes restent toujours aussi souples qu’un gant. Un « complet » esquimau (vêtements de dessous, pantalons, blouse à capuchon, bas, bottes) pèse de 4 à 5 kg, soit à peu près le poids d’un de nos complets d’été. Or, avant Peary, un explorateur qui n’entassait pas sur son corps pour 10 ou 12 kg de vêtements et de linge se croyait fatalement destiné à périr de froid !
- Autre question d’importance vitale Quand il fait si froid (jusqu’à — 40° pas le temps de finir la soupe servie bouillante parce que les dernières cuillerées sont déjà congelées, on aime à se garantir, pendant les rares heures de sommeil, contre la rage d’un vent glacial. D’où l’invention de ces sleeping-sacks (lits-sacs) et de ces tentes imperméables qu’une expédition scientifiquement organisée croit devoir emporter. Ces sacs, à la vérité, offrent un confort relatif, surtout quand ils sont assez amples pour que deux ou trois hommes puissent s’y glisser ensemble, et se réchauffer mutuellement. Mais, au matin, la buée des dormeurs, qui imbibe draps et couvertures, se solidifie, et le poids du sac à dormir s’en trouve plus que doublé. Même inconvénient avec la tente : au matin, elle est transformée en un bloc de toile et de glace pesant une quarantaine de kilogrammes, et qu’il est impossible de plier pour l’empaqueter sur un des traîneaux. Il faut ajouter que, même avec l’aide d’un puissant poêle à pétrole, elle n’offre à ceux qu’elle abrite qu’une tempé-
- la literie, qu’on n’a
- Fig. 4. à
- l’Esquimaude
- explorateur
- rature supérieure de 10 à 12° à celle de l’air extérieur. Quand le vent souffle, elle court le risque d’être emportée ou abattue. Enfin, elle exige au moins une heure pour le dressage (après une journée de terribles fatigues) et deux heures pour le démontage et l’empaquetage. C’est ici qu’apparaît l’immense avantage de l’iglos, ou hutte de neige. Dès que la marche est arrêtée et l’emplacement du camp choisi, les Esquimaux, armés de leur couteau à neige (généralement en os), se mettent à découper des blocs en forme de dominos, longs de 0,75 m. sur une épaisseur de 0,10 m. En les posant de champ bout à bout, ils ont vite fait de construire un dôme qui ferait honneur à un architecte, par sa forme parfaite. En une heure, deux hommes peuvent ainsi édifier une maison où huit personnes dormiront à l’aise. Il ne reste plus qu’à tailler une porte au ras du sol, à balayer la neige de l’intérieur, à étendre des peaux sur la glace, et à percer au sommet du dôme, pour aider à la ventilation, un trou dont le diamètre variera entre 0,05 m. et 0,10 m. L’iglos est habitable.
- Il ne tardera pas à devenir très confortable. La neige étant un des plus mauvais conducteurs de la chaleur que l’on connaisse, les lampes à huile de phoque ne perdent pas un atome de leur puissance calorique. L’air se trouve bientôt élevé à une température supérieure à zéro, même s’il fait dehors — 50 ou — 55°. L’air continue à s’échauffer, et la neige du dôme se fond en une eau que les parois boivent comme ferait du papier buvard. Quand elle a pénétré assez profondément pour subir l’influence du froid extérieur, elle se congèle. Et les murailles de neige se transforment ainsi en une glace compacte. La voûte acquiert une telle solidité qu’un ours (ce qui est arrivé souvent) peut l’escalader sans l’effondrer. Inutile d’aligner les lits-sacs dans cette étuve! Se riant de l’effroyable température qui règne dehors, les occupants du palais de glace se dépouillent de leurs vêtements, qu’ils mettent à sécher sur des porte-manteaux improvisés. Les hommes restent et dorment nus jusqu’à la ceinture. Moins pudibonds, les jeunes Esquimaux ne conservent pas grand comme cela de vêtements, sur leur huileuse petite personne.
- Et, au matin, au lieu d’entasser sur leur traîneau une masse de toile et de glace pesant une cinquantaine de kilogrammes, les voyageurs n’auront qu’à passer dans leur ceinture le couteau à neige — qui peut peser un peu plus d’une demi-livre!
- Avec les enseignements qu’ils ont donnés aux explorateurs, les Esquimaux peuvent bien revendiquer un peu de leur gloire !
- Le costume d'un
- J. d’Izier.
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- LA QUESTION DES TROUPES NOIRES
- Il y a quinze jours, la question de la dépopulation de la France a été posée à la tribune de la Chambre. Un député, M. Gauthier de Clagny, renouvelant le cri d’alarme qu’ont déjà fait entendre nombre d’hommes politiques, de chefs de l’armée, de médecins et d’économistes, a signalé une fois de plus le très grave danger auquel la diminution constante de la natalité expose notre pays.
- Les statistiques comparées de ces dernières années sont à cet égard tristement significatives; elles établissent indiscutablement que si, de façon
- naissances qui, si faible fût-il, s’était maintenu du moins jusqu à ces dernières années, s’est transformé en un excédent de 28 205 décès. Il en résulte qu’à la fin de l’année présente, c’est-à-dire dans vingt jours, la population de la France comptera vraisemblablement 50000 habitants de moins qu’au Ie1' janvier dernier. Cela équivaut, comme on l’a dit à la tribune de la Chambre, à rayer de la carte de France une ville comme Versailles.
- Si l’on songe d’autre part que la population des grandes puissances voisines augmente sans cesse,
- Fig. i. — Tirailleurs Sénégalais. — A l’exercice.
- ou d’autre, on ne parvient pas à enrayer le mal, notre situation de grande puissance se trouvera à bref délai définitivement compromise.
- Rappelons brièvement quelques chiffres.
- En 1872, au lendemain des dures épreuves de la guerre avec l’Allemagne, on enregistre 960 000 naissances. En 1905, on en compte seulement 807 000, c’est-à-dire 150000 en moins, ou 16 pour 100.
- La comparaison des décès et des naissances donne lieu à des constatations qui ne sont pas moins navrantes. En 1905,- l’excédent des naissances sur les décès, après avoir fléchi sans cesse pendant vingt ans, est tombé à 57120. Aujourd’hui, la statistique des six premiers mois de 1909 accuse un recul beaucoup" plus inquiétant. Pour cette période, l’excédent des
- que l’excédent annuel des naissances sur les décès est de 500000 en Angleterre, de 560000 en Autriche, de 400000, en Italie, de 860000 en Allemagne, et qu’il est à l’avenant pour d’autres peuples, on peut légitimement craindre que d’ici une quarantaine d’années et peut-être moins, la France ne devienne une proie facile pour les convoitises du dehors !
- Le danger est donc imminent. Et tous ceux que leur situation appelle à étudier attentivement notre organisation militaire et les effectifs que nous pouvons mettre en ligne, déclarent qu’en attendant le remède véritable, — c’est-à-dire le relèvement de la natalité, — il faut, sans tarder, recourir à un procédé de fortune dont la formule se résume ainsi :
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- LA QUESTION DES TROUPES NOIRES
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- Élargir dans nos colonies le recrutement des indigènes et employer les plus-values <de ce rendement exotique à compenser les vides de nos contingents métropolitains annuels.
- On verra par ce qui suit que ce procédé, en tant qu’on ne lui attribue qu’une efficacité de circonstance, répond de la façon la plus satisfaisante aux nécessités immédiates. Mais il serait puéril de se payer de mots et de croire qu’en faisant disparaître momentanément un déficit qui suit une loi de progression croissante, on écartera définitivement les éventualités dangereuses. Il ne s’agit pas seulement de réparer une brèche; il faut encore l’empêcher de s’étendre, s’inquiéter de l’avenir et ne pas laisser s’amoindrir indéfiniment dans notre armée les éléments autochtones qui doivent normalement la constituer.
- En attendant, des initiatives émanant à la fois du gouvernement, de membres de nos assemblées et de personnalités militaires en vue, ont mis au point, presque complètement, on peut le dire, la question des mesures immédiates à adopter pour puiser dans nos contingents coloniaux les ressources en hommes qui sont sur le point de manquer à notre armée métropolitaine.
- Les études faites à cet égard et les propositions qui les ont, suivies sont résumées avec autorité, netteté et précision dans deux documents,qui, par une coïncidence assez curieuse, ont . été distribués à la Chambre le jour même où les dangers de la dépo-
- plet de la question, exposé les thèses qui ont successivement vu le jour, discuté les avantages et les inconvénients des diverses solutions et finalement, indiqué en la justifiant celle qu’il convient d’adopter.
- Fig. 3. — Femmes sénégalaises. — E11 colonne.
- pulation étaient de nouveau signalés à la tribune.
- M. Clémentel dans son rapport sur le budget de la guerre et M. Ajam dans celui relatif au budget des troupes coloniales, ont fait un historique com-
- Fig. 2. — Madame Sénégal. — Cuisine en campagne.
- Il faut écarter tout d’abord cette objection, timidement faite d’ailleurs, que l’emploi de troupes indigènes tà la défense du pays, peut provoquer des représentations diplomatiques, flans les innombrables conférences internationales où les droits des belligérants ont été discutés, aucun plénipotentiaire n’a fait jusqu’eà ce jour de réserves à ce sujet ; personne n’a songé à restreindre le droit d’un peuple à faire participer à sa défense — pourvu que celle-ci soit conforme aux lois dè la guerre — l’ensemble de ses sujets dans toute l’étendue de ses possessions territoriales. « C’est un fait constant, dit M. Clémentel, que tous lès peuples, depuis la plus haute antiquité, ont fait appel pour l’accroissement de leurs forces militaires, à des contingents levés parmi les populations qu’ils avaient conquises et colonisées. » D’autre part, dans une étude très remarquée publiée par la Revue de Paris au mois de juillet dernier, M. le lieutenant-colonel Mangin, à qui l’on doit la conception du projet qui va être soumis au Parlement, cite de nombreux exemples de nations européennes ayant utilisé des troupes noires, soit pour leurs guerres de conquête, soit pour leur défense propre. Que penser maintenant de la valeur
- militaire des deux sortes de contingents : les, Arabes et les Sénégalais, dont on a surtout envisagé l’utilisation?
- En ce qui concerne les premiers, les exemples
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- d’héroïsme et de fidélité donnés par nos Turcos pendant la campagne de 1870 permettent d’affirmer que le passé répond entièrement de l’avenir.
- Les Sénégalais sont moins connus en France et c’est une raison de plus de révéler ce qu’ils sont : des soldats admirables, dont l’intrépidité au feu, l’ardeur dans l’offensive, l’endurance à la fatigue et le dévouement à leurs chefs ne seront jamais surpassés.
- Les témoignages des plus hautes autorités militaires justifient amplement cette appréciation.
- Deux épisodes racontés par le général Gallieni et tirés de l’histoire de la pacification de Madagascar suffiront à illustrer ces témoignages.
- Au commencement d’août 1897, un convoi d’argent de 150000 francs, commandé par le sergent Bruneau de l’infanterie coloniale et composé d’un caporal et de cinq tirailleurs sénégalais, avait été envoyé de Tananarive en pays sakalave pour ravitailler en numéraire une colonne d’opérations en marche vers la côte Ouest. Le 8 au matin, il est attaqué à l’improviste par une centaine de Sakalaves qui, surgissant des hautes herbes, commencent à le fusiller à courte distance. Le sergent Bruneau, avec calme, abrite les porteurs de fonds, tient tête aux agresseurs, commande la première salve, mais tombe mortellement frappé d’une balle au front. Le caporal sénégalais le remplace, continue la résistance, mais un instant après est blessé par une première balle et tué par une seconde. Cependant la petite poignée de braves privée de ses deux chefs ne lâche pas pied ; réduite à cinq hommes, elle redouble son feu sans reculer d’une ligne. Le tirailleur de première classe à qui est échu le commandement reçoit une balle à la jambe; ne pouvant se tenir debout, il continue à tirer à genou, excitant ses hommes et leur donnant l’exemple. En présence de cette crâne attitude et des pertes que leur fait subir un feu nourri, les Sakalaves abandonnent la partie et le petit détachement peut enfin gagner le premier poste français, emportant glorieusement les corps de ses deux gradés et le convoi d’argent intact.
- Quelques années plus tard, à la fin de 1904, un mouvement de rébellion assez grave avait éclate au sud de l’île dans les provinces de Farafangana et de Fort Dauphin. Le sergent Casalonga de l’infanterie coloniale, apprenant par des coureurs qu’un poste éloigné est sérieusement menacé, part pour prêter main forte avec les hommes dont il dispose : dix tirailleurs sénégalais. Mais l’insurrection s’est propagée avec une rapidité inattendue. Au premier village qu’il atteint, le petit détachement est assailli à l’improviste et cerné par quatre à cinq cents rebelles auxquels il n’échappe qu’en se réfugiait dans l’église. Là, dix jours durant, il soutient les assauts furieux de ses agresseurs, leur faisant subir par son feu des pertes sérieuses. Cependant, la lutte était trop inégale, et les rebelles finirent par pénétrer dans le réduit. Mais ils n’y trouvèrent que des morts. Les défenseurs s’étaient fait tuer jusqu’au
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- dernier, après avoir successivement détruit les munitions et brisé les armes de ceux qui tombaient. Ces braves gens n’avaient rien voulu laisser que leurs corps entre les mains de l’ennemi !
- Enfin, deux bataillons de Sénégalais ont été envoyés au Maroc pendant la dernière période des opérations. La campagne touchant à sa fin, les occasions leur ont manqué d’y montrer à nouveau leur bravoure légendaire; mais ils y ont tout au moins prouvé leur vigueur, leur endurance à supporter tous les climats1, leur aptitude à servir dans toutes les circonstances de guerre. Dans les poursuites auxquelles ils ont pris part, on les a vus, comme en se jouant, accomplir en vingt-quatre heures des marches de 50, 60 et même 70 kilomètres!
- Ceci dit, il faut reconnaître que la mentalité spéciale du Sénégalais ne permet guère de l’affecter en temps de paix au service de France. Guerrier par essence, il n’est pas toujours commode dans les relations sociales. C’est un grand enfant, bon, loyal et généreux par nature, mais que l’habitude de s’exalter devant le danger porte quelquefois à faire bon marché des convenances de la vie tranquille de garnison. Sa femme, qui l’accompagne au feu, portant le bagage de la famille et poussant les enfants devant elle, ne pèche pas non plus par excès de modération. A Tananarive, par exemple, les Malgaches qui l’appelaient avec déférence « Mme Sénégal », savaient qu’autant que son mari, elle a le verbe haut, la tête près du bonnet et la main leste. Pour ces raisons, l’installation permanente de Sénégalais dans les garnisons de France pourrait amener des incidents, peu graves sans doute, mais qu’il est préférable d’éviter.
- Après cet aperçu très général de la question, indiquons maintenant les caractéristiques du projet qui doit être discuté au Parlement.
- Deux solutions principales ont été envisagées :
- 1° Établir immédiatement le service obligatoire des indigènes en Algérie et, grâce à l’augmentation des effectifs ainsi obtenue, permettre le rapatriement d’une notable partie des contingents européens du 19e Corps ;
- 2° Ne modifier que progressivement le recrutement indigène en Algérie. Par contre, augmenter immédiatement le recrutement indigène en Afrique Occidentale, accroître le nombre des régiments sénégalais, en transporter une partie en Algérie et procéder au rapatriement partiel des troupes européennes du 19e Corps dans les conditions précédemment indiquées.
- La proposition d’établir le service obligatoire des indigènes en Algérie a été faite pour la première fois en 1907 et son auteur, M. Messimy, a obtenu du gouvernement une étude officielle approfondie à laquelle on doit de connaître aujourd’hui tous les éléments de la question.
- La seconde proposition, dont le principe prévaut
- 1 Pendant leur séjour au Maroc, la température de la nuit s’est souvent abaissée à plusieurs degrés au-dessous de zéro.
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- :::::- LA QUESTION DES
- définitivement aujourd’hui, a fait son apparition il y a quelques mois à peine. Elle a eu pour point de départ la publication dans la Revue de Paris de l’étude du lieutenant-colonel Mangin, dont il a été question précédemment. L’auteur démontre la possibilité et l’opportunité d’utiliser d’une façon beaucoup plus complète les ressources en hommes de l’Afrique Occidentale. D’autre part, il fait ressortir que sa thèse ne comporte aucun désaccord sur le fond avec le projet Messimy. Les deux solutions se complètent l’une par l’autre pour la réalisation du même but.
- L’aspect de la question n’est pas le même, en effet, dans nos deux grandes possessions africaines, Algérie-Tunisie et Afrique Occidentale.
- En Algérie et sur 5 millions d’habitants, nous recrutons chaque année, par engagements volontaires avec prime, de 1500 à 1800 hommes, qui
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- 1° En Tunisie, le recrutement par voie d’appel fonctionne d’une façon très satisfaisante ; il est entièrement passé dans les mœurs des populations indigènes et, dans un laps de temps très court, on pourrait sans inconvénient augmenter d’un tiers le contingent annuel et organiser des réserves. La Régence fournirait ainsi : 12 000 hommes de troupes actives et environ 18 000 hommes de troupes de réserve, soit au total : 50 000 hommes;
- 2° En Algérie où le service obligatoire des indigènes n’est pas établi, il paraît possible d’augmenter le rendement fourni par les engagements volontaires, mais sans cependant qu’on puisse espérer atteindre un chiffre suffisant. La commission en conclut que pour réaliser le projet Messimy, il faudrait, en Algérie comme en Tunisie, organiser le recrutement par voie d’appel et le baser sur le principe de l’obligation du service.
- Fig. 4. — Le 14 juillet. — Défilé des Sénégalais.
- peuvent rester liés au service par rengagements successifs de quatre ans et jusqu’à douze ans de services. On obtient ainsi un effectif indigène permanent de 16 000 hommes environ, qui forment un régiment d’infanterie et un régiment de cavalerie par province.
- En Tunisie, la situation est différente.
- La population est soumise au recrutement par voie d’appel et tout sujet tunisien doit en principe le service militaire. Pour une population de 1500000 habitants, on incorpore annuellement environ 5000 hommes ; la durée du service étant de trois ans, on constitue ainsi un effectif permanent de 9000 hommes.
- Les conditions étant telles, M. Messimy obtint à la fin de 1907 la nomination d’une Commission qui fut envoyée en Tunisie et en Algérie pour étudier sur place les moyens de développer le recrutement dans le sens qu’il avait proposé.
- Le rapport de cette Commission, déposé en mars 1908, formule les principales conclusions suivantes :
- D’autre part, la mise en vigueur de ce mode de recrutement en Algérie a soulevé dans le pays même diverses objections, formulées principalement par les colons. On a fait ressortir que, si militarisés qu’ils soient, si dévoués à leurs chefs qu’ils paraissent, les Arabes restent toujours musulmans, accessibles — surtout dans leur pays — aux excitations à la guerre sainte et que dès lors, instruire dans le métier des armes une trop grande masse de population indigène pourrait constituer un grave danger pour la sécurité de la colonie.
- On craint aussi que quelque jour, en échange de cette charge nouvelle imposée aux Arabes, on ne soit amené à leur accorder la plénitude des droits politiques : ce qui, de l’avis de nos compatriotes algériens, constituerait une menace sérieuse pour la suprématie française.
- Enfin, on objecte que l’extension du recrutement entraînera le renchérissement de la main-d’œuvre et préjudiciera au développement économique de la colonie.
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- Ces objections, passées au crible, ont paru moins sérieuses qu’on ne l’avait pensé tout d’abord, et, dans un rapport sur l’Àlgérie-Tunisie paru au commencement de 1909, M. le Ministre des finances actuel a émis l’avis très net qu’elles n’étaient pas de nature à retarder la réalisation du projet Messimy. M. Clémenceau, alors président du Conseil, adopta ces conclusions et donna des instructions en conséquence aux autorités intéressées. Enfin, les recensements et autres travaux de détail entrepris démontrèrent qu’en appliquant une méthode progressive ne faisant porter le recrutement que sur 2 pour 100 au minimum et 7 pour 100 au maximum des indigènes reconnus aptes au service, on réaliserait au bout de douze ans une augmentation permanente de 24000 hommes sur les effectifs indigènes actuels de l’Algérie.
- Ceux-ci étant d’environ 16 000 hommes, on arriverait ainsi à 40000 hommes sur le pied de paix.
- Enfin, l’organisation des réserves permettrait de doubler au moins ce chiffre en cas de guerre.
- Dans son rapport sur le budget de la guerre, M. Clémentel reconnaît tout l’intérêt des enquêtes et études dont il vient d’être question. Néanmoins, il estime qu’il faut, en Algérie, agir avec la plus grande prudence et que quel que soit l’effectif dont on décider.! l’incorporation par voie d’appel, on ne doit aller au bout du programme que très progressivement, en n’appelant au cours des premières années qu’une faible proportion des jeunes gens recensés. En fait, le rapporteur donne nettement la préférence au projet du lieutenant-colonel Mangin, dont le principe est d’installer des troupes sénégalaises en Algérie, tant pour la garde permanente de cette colonie que pour concourir éventuellement à la défense de la métropole.
- Le rapport de M. Clémentel souligne aussi ce fait caractéristique, que les promoteurs de la solution algérienne, loin de s’offusquer d’une conception qui semble concurrencer leur thèse, ont fait au contraire le meilleur accueil au nouveau projet.
- Analysons maintenant d’un peu plus près les propositions faites et le mode de réalisation prévu.
- Selon le lieutenant-colonel Mangin — et son opinion a été nettement confirmée par M. Merlaud Ponty, gouverneur général de l’Afrique Occidentale française — on pourrait très aisément porter de 1600 hommes, chiffre actuel, à 7000 hommes le recrutement annuel indigène de notre grande possession africaine. En quatre ans, on constituerait ainsi un effectif supplémentaire permanent de 20 000 soldats hors de pair.
- Le régime à adopter pour l’incorporation serait inspiré par les coutumes indigènes et tiendrait à la fois de l’engagement et de l’appel. Il consisterait, à quelques variantes près, à choisir les régions les plus propices et à y opérer par entente avec les chefs de village, le village assurant des secours à la famille de l’appelé. Ce ne serait plus l’engagement volontaire au sens absolu du mot, mais ce ne serait
- pas encore la conscription. Sur les 7000 hommes du contingent annuel ainsi obtenu, 1600 continueront à assurer l’entretien des unités existant actuellement et 5400 environ seront disponibles pour les formations nouvelles.
- Quel doit être maintenant l’emploi de ces troupes de nouvelle création?
- En réalité, il vaut mieux s’abstenir de préciser et dire simplement qu’on constituera ainsi un réservoir de deux magnifiques divisions, dans lequel on pourra puiser des forces selon les circonstances et les besoins. Cette création sera d’ailleurs progressive; on la réalisera au fur et à mesure que l’abaissement de la natalilé diminuera les effectifs métropolitains et rendra des crédits disponibles.
- La garde de l’Algérie pour faire contrepoids au recrutement des Arabes s’il était organisé, la participation à des opérations nécessaires dans d’autres colonies, enfin la défense éventuelle de la métropole, telles sont les principales utilisations à prévoir. Il faut ajouter enfin que, présentée sous cette dernière forme, l’idée de ce réservoir ne date pas d’hier et que, dès 1902, le comité consultatif de défense des colonies avait préconisé « l’organisation d’une force aelive de Soudanais et de Sénégalais, tenue prête à marcher au premier signal ».
- Quant aux conséquences budgétaires, le lieutenant-colonel Mangin évalue qu’après la réalisation complète du programme, les dépenses permanentes d’entretien des nouvelles formations seront ;
- 10 000000 environ pour le budget des colonies;
- 40 000 000 environ pour le budget de la guerre.
- Ces chiffres qui représentent l’entretien d’une armée de 50000 hommes, dont 40000 stationnés en Algérie, ne seraient atteints que dans 12 ans. On se méprendrait en y voyant un accroissement des charges budgétaires; il faut en effet— fort malheureusement nous l’avons dit — faire état de la décroissance delà natalité en France et de la diminution de dépenses qui résultera forcément dans l’avenir de l’appauvrissement des contingents métropolitains.
- D’autre part, en s’en rapportant encore aux évaluations du lieutenant-colonel Mangin, les contingents noirs seront à effectif égal très sensiblement moins coûteux que les formations blanches qu’ils sont appelés à remplacer (la dépense annuelle est de 1157 fr. pour un soldat européen et de 810 ou 850 fr. pour un soldat noir suivant qu’il sert en Afrique occidentale ou en Algérie).
- Enfin, après avoir cité les avis complètement favorables des hautes autorités intéressées : le gouverneur général de l’Algérie, le gouverneur général de l’Afrique occidentale et le général commandant le 19e corps, M. Clémentel conclut cette partie' de son rapport en indiquant que la Commission du budget est. disposée à voter, lorsque le gouvernement lui en fera la demande, un premier crédit de 2 400 000 fr. pour commencer à passer à l’exécution.
- De son côté, le gouvernement est entré dans la même voie et son projet complète celui de la Com-
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- LA DÉCADENCE DE L’ARMURE CHEZ LES ANIMAUX
- mission du budget; le conseil des ministres, saisi de la question le 26 octobre dernier par les ministres de la guerre et des colonies, a décidé qu’à titre d’essai un bataillon de tirailleurs sénégalais serait recruté, équipé et envoyé en Algérie où l’on se rendra compte des services qu’on peut en attendre.
- Les troupes noires seront entièrement dans leur rôle en remplaçant des Européens en Algérie-Tunisie et au Maroc, ou bien, comme l’a proposé le Comité consultatif de défense des colonies, en servant de réservoir pour les diverses éventualités de guerre.
- Mais ce serait une utopie que de songer, en temps normal, aies installer dans les garnisons de France.
- Peut-être aurons-nous à défendre nos possessions ; dans ce cas, les effectifs accrus trouveront, dans leur pays même, leur emploi normal. Et, si nous savons nous y prendre, si nous traitons les populations annexées avec bienveillance, si nous respectons leurs coutumes et leurs traditions, nous n’aurons pas dans nos colonies de meilleur soutien que nos troupes indigènes et nous pourrons sans crainte leur confier la garde du drapeau. Paul Mira.mil.
- LA DÉCADENCE DE L’ARMURE CHEZ LES ANIMAUX
- 11 y a un grand intérêt philosophique à considérer, dans l’histoire des êtres, en faisant à l’occasion un retour vers l’histoire humaine, les causes apparentes de dégénérescence ou de progrès. Sans tomber dans la sentimentalité paléontologique dont on a vu maint représentant trop littéraire, on peut trouver là quelque occasion de s’instruire. C’est une étude de ce genre à laquelle nous a récemment conviés un géologue anglais, Félix Ostwald, en recherchant, comment s’était modifiée, au cours de l’évolution, chez diverses espèces d’animaux, l’armure de défense1.
- Tous les militaires le savent, être trop bien défendu est une condition défavorable pour la lutte et l’on ne triomphe définitivement que par l’offensive. Une armure trop lourde devient vite un encombrement, comme cela se produisit pour les chevaliers du moyen âge, quand la poudre fit son apparition sur les champs de bataille; et, dans le lointain recul des passés géologiques, le jour où le milieu, se modifiant, nécessita une adaptation nouvelle, on vit les animaux empêtrés dans leur cuirasse incapables de survivre, tandis que des espèces analogues, qui, lorsque nous retrouvons leurs squelettes ou leurs coquilles dans les terrains géologiques, nous apparaissent bien moins formidablement armées, se sont montrées suceptibles d’évoluer et de créer une longue lignée de descendants. Il ne faut pas avoir trop d’admiration pour ces bêtes monstrueuses qui sont la parure de nos galeries paléontologiques avec leur luxe de carapaces, de plaques, de cornes, etc. Leur gigantéisme, la perfection même de leurs armes annoncèrent leur extinction prochaine. A peu près toutes ont disparu de la surface de la terre peu après îe moment où elles avaient adopté ce matériel de guerre encombrant; d’autres, pour survivre, se sont dépouillées de leur carapace; et les animaux du même genre qui peuvent exister aujourd’hui, comme les rhinocéros, les tortues géantes, etc., ne sont, pour la plupart, au milieu du monde actuel, que des représentants d’une période
- 1 Science progress, juillet 1909.
- finie, destinés à s’éteindre dans un avenir prochain. C’est même, pour le dire en passant, une cause d’erreur dans la confection des arbres généalogiques qui préoccupe tant nos paléontologues; car, lorsque les termes intermédiaires manquent, on est quelquefois arrêté pour reconnaître, dans un animal carnivore à peine cuirassé et mobile, l’adroit descendant d’un être enveloppé par une
- cuirasse continue qui le rendait inerte. Ces observations ne sont pas spéciales aux mammifères et c’est peut-être même chez les mollusques que l’on peut suivre les séries les plus continues. Mais, pour qui n’est pas bien familiarisé avec les dénominations zoologiques, les exemples tirés des vertébrés ont l’avantage de parler davantage à l’imagination.
- Prenons, par exemple, les amphibies. Us étaient, à la fin du paléozoïque, représentés par les types armés des Stégocéphales, tels que les Labyrinthodontes. Aujourd’hui ceux qui survivent, grenouilles, crapauds, salamandres, ont la peau parfaitement nue; le Ceralophrys, ou crapaud cornu, est un rare exemple de survivance armée. Or, dans le paléozoïque, nous constatons qu’à coté des êtres cuirassés qui avaient attiré d’abord l’attention, il existait aussi des formes nues dont les types actuels descendent : ainsi le Dolichosoma, dont les Apodes modernes forment la suite.
- Les Chéloniens (tortues) sont actuellement un des meilleurs exemples de vertébrés cuirassés ; néanmoins quelques-uns de leurs types les plus actifs et les plus développés, comme la Sphargis, dont on connaît des exemplaires ayant 2 m. 20 sur 5 mètres, n’ont qu’une carapace mince et incomplète. Certains types très spécialisés, carnivores et par conséquent fortement actifs, comme les Trionyx, n’ont pas de boucliers épidermiques et leur plastron est complètement séparé de leur carapace. Des époques géologiques récentes ont, au contraire, assisté à la disparition de tortues extraordinairement défendues par des armures compliquées et massives, comme la bizarre Miolania terrestre du pléistocène d’Australie, qui portait sur son crâne neuf chevilles osseuses formant cornes revêtues de plaques
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- (1) Actæonella gigantea, en partie brisée pour montrer l’épaisseur de la coquille dans laquelle l’animal est caché; — (2) Aplustrum aplustre. Ici la coquille (vite seule en dessous) est munie d’un manteau latéral; — (à) Philine aperta. La coquille est tout à fait enveloppée par le manteau.
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- 30 .....—LE FEU FOLLET
- épidermiques, comme la tortue géante pliocène des Siwa-liks himalayens et d’autres tortues géantes de l’éocène égyptien ou du miocène français.
- De môme les mammifères édentés de l’Amérique du Sud. Le Glyplodon, long de 2 m. 50, avec sa carapace solide sans articulations, son bouclier ventral, son ctui caudal, a disparu. Et les « armadillos » subsistants, dépouillés de leur bouclier ventral, ont une carapace dorsale flexible dont le nombre de pièces arrive à treize. Toute cette série singulière de l’Amérique du Sud n’a pu résister quand les conditions de vie se sont modifiées, peut-être par la soudure établie entre.les deux Amériques autrefois disjointes, quand s’est faite la jonction de l’isthme de Panama.
- Il en a été de môme pour les dinosauriens herbivores à cornes tels que le Triceratops, avec ses deux énormes cornes frontales surmontant l’orbite, sa corne bifide sur le nez, sa couronne demi-circulaire de petites cornes pariétales, pour les colossaux Dinocercis avec leurs trois paires de cornes échelonnées sur le dessus du crâne et leurs énormes canines supérieures, etc. Aucun de ces animaux n’a été protégé ni par sa taille, ni par ses moyens de défense. On a même l’impression, en regardant ces moyens de défense, qu’ils formaient une sorte d’épou-
- vantail analogue à celui dont usent les armées chinoises, plus effrayant de loin par sa complication quelque peu grotesque que réellement utilisable. 11 semble que, dans ce cas, la nature, en accumulant les moyens de défense ait dépassé le but, comme le font peut-être les hommes dans certains de leurs armements maritimes.
- On retrouve les mêmes faits chez les mollusques. Une ammonite du Gault, la Schloetibachia inflata, porte sur sa coquille médiane une véritable corne recourbée comme celle du bélier, ce qui n’a pas empêché l’espèce de disparaître peu après. Les descendants des Belemnitidæ ont réduit leur éperon, si développé pendant le secondaire, à un phrag-mocone, ou à une pièce aplatie et sans résistance comme celle des Sepia. Sans multiplier les noms latins, il suffit d’un coup d’œil sur notre figure pour voir, dans les Gastropodes ophistobranches, la transformation de VAclæonella crétacée à coquille massive et fermée, en espèces carnivores à coquilles légères avec large manteau latéral qu’elles utilisent pour nager, comme l’Aplustrum, ou même comme la Pkiline aperta à coquille interne enveloppée par un manteau qui se colore d’une teinte protectrice. De l’un à l’autre, la coquille, d’abord extérieure, disparaît peu à peu de plus en plus sous le manteau.
- P. Sallioç.
- LE FEU FOLLET
- La science tend à rejeter le l'eu follet dans le domaine de la légende; le manque d’observa lions précises la rend sceptique. Les prétendus témoins, serrés de près, se dérobent derrière la tradition. Les vrais témoins, paysans ignorants et superstitieux, n’offrent guère de garantie.
- Et pourtant il n’est pas de légende sans un fond de vérité. Si le naturaliste, l’artiste ou le poète attardés n’ont pu surprendre l’apparition fugitive, peut-être ont-ils manqué de patience devant l’ombre grandissante, le frisson du serein et l’appréhension des fièvres?Peut-être aussi les conditions premières ne se rencontrent-elles plus ?
- La décomposition d’un cadavre sous l’eau reste toujours l’explication la plus vraisemblable du phénomène. Or, si peu accessibles aux progrès que soient les régions perdues, les intérêts hygiéniques et économiques finissent toujours par les atteindre. La moindre saignée, dans un marais, commence une œuvre d’assainissement qui compromet le phénomène légendaire. Mais il l’est bien davantage encore par le développement de la chasse et l’anéantissement du gros gibier— exposé à s’enliser dans les marais. Quel peut être le mécanisme de la production des feux follets, si réellement ils existent?
- 11 ne semble pas que l’on se soit préoccupé d’en donner une explication scientifiquement satisfaisante.
- Parmi les gaz combustibles qui se dégagent des marais, on ne s’est arrêté qu’au méthane ou gaz dit des marais et à l’hydrogène phosphoré. Le gaz dés marais est hors de cause : sa légèreté le diffuse trop rapidement dans l’air, et il ne rencontre aucun agent naturel de combustion vive. L’hydrogène phosphoré a, d’autre part, des caractères spéciaux : lumière vive et jaune, crépitante, fumée en anneaux qui s’élargissent en se dissolvant dans l’humidité ambiante. Ces caractères l’éloignent du feu follet tel que le rapporte la tradition.
- Un parent qui, dans sa jeunesse, avait vu des feux follets dans les marais de la campine anversoise, nous disait que c’était une flamme bleuâtre allongée au-dessus de l’eau et fugace. Nous avons fait des essais avec l’hydro-
- gène phosphoré, le soir, dans un jardin. Ils ne nous ont rien donné de semblable. Mais nous nous sommes rappelé la combustion de l’hydrogène sulfuré, et, à plusieurs reprises, nous avons expérimenté comme suit, toujours avec les mêmes résultats.
- Dans une boîte à conserves haute d’une douzaine de centimètres et large de moitié, nous avons produit la réaction de l’hydrogène sulfuré à l’aide de sulfure de fer en bâtons morcelés et d’acide sulfurique. L’acide chlorhydrique ne convient pas ; une éprouvette étroite, un récipient trop large, ne nous ont pas réussi. Quand le dégagement offre une certaine activité, nous jetons dans la réaction un menu fragment de phosphure de calcium.
- L’écume produite par la crevaison des bulles d’hydrogène sulfuré semble lumineuse dans le noir de la nuit. Quand l’hydrogène sulfuré se dégage sans hydrogène phosphoré, il reste incolore et odorant. Mais lorsque l’hydrogène phosphoré, dans son dégagement intermittent, vient à l’enflammer, deux phénomènes se succèdent : 1° une flamme bleuâtre, allongée, fugace, sans bruit, comme une exhalaison; 2° l’anhydride sulfureux qui provient de l’oxydation de l’hydrogène sulfureux, amène la précipitation du soufre sous une forme impalpable qui rend la fumée plus apparente.
- Les réactions se traduisent par la succession suivante : 1° — IP-S + 5 0 = S02 + H*0.
- 2° — 2 1PS + SO2 = 2 IPO + 5 S.
- L’anhydride phosphorique provenant de la combustion de l’hydrogène phosphoré, cesse d’apparaître en anneaux. En minime quantité, il se diffuse dans la vapeur d’eau, l’hydrogène sulfuré non comburé le soufre en nuée, et l’ensemble forment un nuage qui fuit en volute allongée, plus ou moins fantomatique. Dans l’air humide et calme, selon lés hasards du dégagement, la forme de fantôme se caractérise davantage.Légère, elle représente la fumée follette et mobile, prise pour le feu follet lui-même; sous de plus amples dimensions, elle légitime l’évocation des légendaires ondines ou demoiselles. L’œil se fait à l’obscu-
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- ACADEMIE DES SCIENCES
- rité et les discerne nettement; mais il se peut que l’expansion des gaz et ce qu’on appelle l’état naissant, leur communiquent une certaine luminosité.
- Or, l’hydrogène sulfuré est un gaz de marais, provenant des matières animales, et beaucoup plus abondant que l’hydrogène phosphoré. Les organes riches en soufre et phosphore sont le cerveau, la moelle épinière et les nerfs ; ils se décomposent sous l’eau à l’abri des oxydations, et les gaz sont momentanément emmagasinés dans le crâne et le canal rachidien. Accumulés sous pression, les gaz sulfurés et phosphores, de densités très voisines, se dégagent ensemble ou se succèdent de près.
- Voilà expliquées les conditions toutes spéciales qui rendent le phénomène impossible en l’absence de gros gibier enfoui, et de victimes d’accident ou de crime. Les apparitions se limitaient tout naturellement aux abords des voies de circulation, les victimes ne pouvant guère
- ACADÉMIE D
- Séance du 6 décembre 1909. -
- Effet de la décharge oscillante. — M. Yiolle présente une Note de M. André Leauté fils, relative à réchauffement d’un conducteur parcouru par une décharge oscillante. Il explique le rôle fondamental de la self-induction et montre comment elle est liée à l’amortissement et à la fréquence. Il montre que s’il n’y a pas de self-induction dans le circuit la volatilisation du fil est explosive.
- L’aspect de Mars. — M. Bigourdan résume une communication de M. Comas Sola, directeur de l’observatoire de Barcelone, sur la planète Mars. La dernière opposition de cette planète a été favorisée, en octobre surtout, des plus belles images. Les grandes lignes topographiques ont été retrouvées sans changement, mais il s’est produit des modifications de détail dus sans doute à des nuages et peut-être à de la végétation. La tonalité de ce que l’on appelle mers et des régions sombres en général est très variable ; par contre la teinte des régions claires est sensiblement constante. Au commencement d’aoùt la grande Syrte n’avait pas de contours marqués et elle apparaissait pâle; à la fin d’octobre, elle était sombre et parfaitement limitée. Près de l’ile de Thulé, à la fin d’aoùt, on distinguait avec la plus grande difficulté quelques lacs pâles tandis que, deux mois plus tard, toute cette région était parsemée de lacs très foncés et rougeâtres. Les taches sombres et les estompages ont offert une structure lacustre surtout lors des très belles images. Enfin les observations de cette opposition ne sont pas favorables à l’hvpothèse du réseau géométrique de canaux.
- Mécanisme des sources thermales. — M. De Launay analyse le mécanisme de la circulation souterraine des sources thermales, pour montrer comment tous les phénomènes en sont explicables dans la théorie artésienne et
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- aller plus loin. C’est pourquoi les ondines fuyaient sous les ramures étalées au-dessus de l’eau, condition qui prévenait la dispersion hâtive de la nuée de soufre.
- Dans le cadavre la lente formation du phosphure de calcium provenant des os est paralysée par l’acidité des eaux et de la vase; il ne pourrait du reste que se montrer longtemps après la disparition de toute matière organique, donc d’hydrogène sulfuré. Aussi est-ce le phosphure d’hy-gène de la matière nerveuse en décomposition qui constitue la cause première de l’inflammabilité de l’hydrogène sulfuré.
- L’instinct populaire ne s’est donc pas égaré autant qu’on pourrait le croire, en assimilant le feu follet aux esprits de la nuit : il est l’exhalaison dernière de l’organe de la pensée, il appartient à la matière morte, et non au psychisme. Léon ücmas.
- Professeur do Sciences à Huy (Belgique).
- S SCIENCES
- Présidence de M. Bouchard.
- ne nécessitent aucune intervention volcanique. Il insiste particulièrement sur cette idée nouvelle qu’une source thermale comporte nécessairement une fracture profonde d’ordre géologique pénétrant directement à 1000 ou 2000 m. de la siirface. Ce qui caractérise la source thermale et ce qui, par contre-coup, détermine sa composition chimique, sa radioactivité, c’est le fait de celte communication directe et rapide avec une zone profonde. En faisant le calcul pour une source moyennement chaude à 55° G., on voit qu’elle a dù pénétrer dans un réseau de fissures ayant, au total, au moins 1,2 m3 de section, s’infiltrer peu à peu pendant six mois, jusqu’à 1400 m. de profondeur, s’y accumuler dans des réservoirs souterrains formant régulateurs et remonter enfin rapidement au jour en 4 heures par une fracture de 500 centimètres carrés. Cette remontée rapide doit surtout, par les frottements qu’elle détermine sur une conduite rocheuse verticale de 1 à 5 km de haut, être un des facteurs physiques contribuant aux propriétés particulières de ces eaux.
- La température des étoiles. — M. Ilamy annonce que M. Nordmann a perfectionné la méthode qui lui a permis d’obtenir récemment les températures de différentes étoiles. Il trouve ainsi pour ç Persée 4500°, pour le Soleil 5520°, pour la polaire 8200°, etc.
- Un oiseau non décrit. — M. Edmond Perrier présente, au nom de M. Grandidier, une Note sur un oiseau provenant de la région du sud-ouest de Madagascar. L’oiseau décrit par M. Grandidier appartient au groupe des Râles, il a de curieuses affinités avec certains oiseaux insectivores de l’Amérique du Sud.
- Cil. DE VlLLEDEUIL.
- VIOLON A AIR COMPRIMÉ
- M. G. À. Parsons, le célèbre constructeur de turbines, vient d’imaginer un violon fort original, dont le son est renforcé par un curieux dispositif à air comprimé. Chaque vibration de la corde, sous l’archet du joueur, provoque, comme nous allons le voir,
- une vibration à l’unisson d’un instrument à vent. Le violon joue du cor. Avant de pénétrer dans cet instrument auxiliaire du violon, le courant d’air qui le fera vibrer traverse un manomètre, représenté dans la figure 2, posé sur le plancher, et un filtre qüi
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- VIOLON A AIR COMPRIMÉ
- retient toutes les impuretés. Une pédale, également visible à la figure, sert à modifier la pression de l’air.
- Le mécanisme acoustique, dit auxé-tophone, consiste en une soupape d’aluminium qui affecte la forme d’un peigne ou d’une série de languettes, analogues à celles des instruments à vent.
- Chaque dent de ce peigne peut vibrer devant une lente correspondante pratiquée dans une petite boîte alimentée d’air comprimé à la pression d’environ 1 1/3 atmosphère. La distance des dents à la fente se règle par des charnières. Plus les dents sont éloignées des fentes et plus le courant d’air sera abondant; inversement, plus elles en sont rapprochées et moins ce Ilux sera intense.
- Cette soupape, on le voit, règle le flux d’air et lorsqu’on lui imprime des vibrations, lance des ondes acoustiques correspondantes dans le cornet.
- Pour appliquer l’auxétophone au violon ou à tout autre instrument à
- En naut Le violon muni de V auxétophone.
- En bas : Cor et violon associés au moyen de Vauxétophone.
- cordes, on relie la soupape au pont de l’instrument par une tige d’aluminium. C’est ainsi qu’on fait vibrer la soupape à l’unisson avec le son caractéristique de l’instrument. Tout en étant identique, sous bien des rapports, avec celui de l’instrument lui-même, le son sortant du cornet est d’un timbre plus riche et d’un volume plus grand, les harmoniques supérieurs étant considérablement renforcés. Ce cornet acoustique est . monté sur un support, à côté de l’instrument, auquel on le relie par un bout de caoutchouc.
- L’auxétophone vient de faire ses débuts à Londres, où lors d’un récent concert, il était attaché à un violoncelle joué en solo. L’impression très profonde qu’il fit sur les auditeurs fait bien augurer de l’avenir de cet ingénieux dispositif.
- Dr Alfred Gradeswitz.
- t.e Gérant : P. Masson.
- Imprimerie Lahdre, rue de Fieurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. - N" 1908.
- 18 DÉCEMBRE 1909.
- UNE CLOCHE-SCAPHANDRE GIGANTESQUE
- La marine allemande vient de faire construire, pour le port de Tsingtau, une intéressante cloche-scaphandre, étudiée pour une profondeur d’immersion maxima de 15 mètres et une amplitude de 4 mètres au maximum entre le (lux et le reflux. Cette cloche, qui peut loger un équipage de 20 hommes, com- . porte un puits
- L’ensemble des installations du scaphandre est commandé par des moteurs électriques.
- Trois compresseurs servent à alimenter le scaphandre en air comprimé ; deux cabestans et deux ; treuils assurent la manoeuvre. La
- cloche est soulevée et abaissée à l’aide d’un système d’engrenages fixes, actionné par un
- La cloche-scaphandre gigantesque de Tsingtau.
- d’entrée avec une écluse d'air et deux puits destinés au levage des matières ; elle est suspendue, en quatre points, par des chaînes multiples, à un cadre qui repose sur deux pontons communiquant entre eux et qui servent pour l’installation des machines et le logement de l’équipage.
- 38° année. — 1er semestre.
- moteur électrique et qui commande les quatre chaînes de levage. Les cabestans, à l’intérieur des puits de manutention, ainsi que les treuils, sont mus par des électromoteurs; le scaphandre, à l’intérieur aussi bien qu’à l’extérieur, est éclairé à l’électricité. Un réseau très étendu de téléphone
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- LES PARADOXES DE L’ACCÉLÉRATION
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- permet aux hommes occupés à l’inférieur de la cloche de communiquer avec l’extérieur. Les dimensions de la cloche sont les suivantes :
- Longueur extérieure. ... 10 mètres
- Largeur — .... 5 —
- Hauteur — .... 2 m. 50
- Les trois puits dont il a été question sont reliés au plafond de la cloche par un moufle solide en fers coudés. Les pontons sont des réservoirs rectangulaires de 16,5 mètres de longueur, sur 4,6 mètres de largeur et 2,2 mètres de hauteur. Ils sont reliés entre eux par des plates-formes et des parois verticales de façon à former un système solide.
- Le cadre supportant la cloche se compose essentiellement de fers doubles en T et en U de différents diamètres, reliés entre eux par des tôles coudées et des fers plats ou coudés. Sur la première plate-forme de ce cadre, se trouve le mécanisme de levage et son électromoteur, et sur la seconde plate-forme, les treuils avec leur moteur, aussi bien que les tubes de raccord des différents puits.
- Sur la plate-forme supérieure est disposé le cadre destiné à loger les chariots desservant les puits. Les électromoteurs actionnant le mécanisme de levage de la cloche, ainsi que ceux qui commandent les deux ascenseurs des puits de levage et les grues rotatoires, sont pourvus de dispositifs de changement de marche. L’écluse d’air du puits d’entrée est pourvue d’un dispositif permettant de régler exac-
- tement la quantité d’air entrant et sortant.
- Les treuils servant pour la manutention des réservoirs de levage sont disposés de façon à atteindre des deux côtés des pontons le centre des bateaux venant accoster ces derniers et, d’autre part, les plates-formes des écluses de levage, ce qui permet une charge et décharge simultanées de matières. Comme les réservoirs de levage sont d’une capacité d’environ 400 litres, la charge brute soulevée avec une parfaite sécurité par ces treuils se monte à environ 1000 kilogrammes. La quantité utile de matières soulevée par jour est d'environ 200 mètres cubes, pour une vitesse de levage d’environ 50 mètres à la minute.
- A l’intérieur du scaphandre l’on a prévu des dispositifs permettant de charger et de décharger les réservoirs contenant les matières soulevées et de les transporter à l’endroit où l’on doit se servir de leur contenu.
- Les dimensions du cadre ont été choisies en vue de pouvoir continuer les travaux malgré les fluctuations du niveau de l’eau dues à la marée et aux différences de niveau du sol, au - maximum de 4 mètres. Comme l’amplitude maxima des marées est de 4 mètres, on a prévu des variations totales de 8 mètres au maximum.
- Ce scaphandre a été construit par la Lübecker Maschinenbauç/esellschaft, à Lubeck.
- f)1 Aï.FRER (tRADENWITZ.
- LES PARADOXES DE L’ACCÉLÉRATION
- Parmi les notions très délicates auxquelles se bute parfois l’enseignement de la mécanique, il n’en est guère qui conduisent, plus que les deux aspects de l’accélération, aux interprétations erronées ; mais il en est peu aussi qui, lorsqu’on en est sorti, soient plus fertiles en enseignements profonds.
- La nature de la question nous apparaîtra nettement lorsque nous aurons réfléchi au problème suivant : a Si un wagon-citerne est arrêté sur une rampe, la surface du liquide sera évidemment horizontale. Mais, si l’on desserre les freins, et que le wagon se mette à rouler librement, les frottements étant négligeables, quelle forme prendra la surface du liquide? ))
- Que l’on pose cette question à des personnes rompues aux calculs de la mécanique, il en est peu qui répondront sans y avoir mûrement réfléchi. Ce problème, tout simple qu’il paraisse, est donc difficile. Nous allons l’entourer d’autres problèmes analogues, et bientôt nous en. comprendrons la raison.
- Il n’est pas donné à chacun d’expérimenter sur un wagon-citerne. Mais tous nos lecteurs pourront marcher le long d’un wagon à couloir au moment de son départ ou de son arrêt. Ils constateront alors un fait singulier : au départ, le plancher semblera relevé à l’avant, à l’arrêt il sera relevé à l’arrière. Dans le métropolitain de Paris, où les accélérations sont considérables, le phénomène est très frappant : marchant vers javant au départ, on a le sentiment de gravir une pent#nssez raide. Cette illusion, dont nous trouverons plus tard l’explication, nous fait
- pressentir la solution de notre problème; mais il faut encore faire un détour pour l’aborder sans difficulté.
- L’attraction de la terre précipite les corps vers elle lorsqu’ils sont libres de se mouvoir. S’ils en sont empêchés, ils exercent sur leur support un effort qui n’est autre que leur poids. Mais combien pèse un corps pendant qu’il tombe? Question délicate et à laquelle on a fait bien souvent une réponse erronée.
- Un raisonnement très simple va nous renseigner. Deux pièces de monnaie superposées sont posées sur une planche que l’on retire brusquement. Aussi longtemps que la planche soutenait la pièce inférieure, l’autre pesait sur elle de tout son poids. Mais en est-il de même pendant la chute? Certainement non. En effet, chacune des pièces tombe avec une accélération égale à g, sous l’action d’une force qui n’est autre que son poids. Supposons que la pièce supérieure pèse encore sur la pièce inférieure ; celle-ci sera sous l’action d’une force plus grande que son poids, l’autre sous l’action d’une force moindre. La pièce inférieure aura donc une accélération plus grande que g, l’autre une accélération plus faible. Les pièces se sépareront donc immédiatement. Ce raisonnement étant vrai, quelque petite que l’on suppose la force mutuelle des deux pièces, on reconnaît qu’en chute libre, elles doivent être sans aucune action réciproque.
- Ces faits sont évidents, et cependant les exemples d’hérésies dans ce domaine abondent.; certains même, très célèbres, sont passés presque inaperçus.
- Pour soustraire les voyageurs sélénites à l’action de la
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- - LES PARADOXES DÉ L’ACCÉLÉRATION
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- pesanteur, Jules Verne les amène au point de l’espace où les attractions de la terre et de la lune se font équilibre. Cela était-il bien nécessaire? Aussitôt libre de se mouvoir, l’obus de la Calumbiad tombait en chute libre vers la terre. Sa vitesse ascendante était considérable, mais son accélération descendante n’en possédait pas moins sa valeur normale. Les voyageurs tombaient avec lui, et n’avaient nul besoin d’arriver jusqu’au point neutre des attractions pour se livrer aux plus folles cabrioles.
- La vérification complète de cette affirmation est malheureusement impossible, mais les vérifications partielles sont fréquentes. Le début de la chute dans un ascenseur de mine est accompagné d'un malaise marqué, tenant à ce que l’accélération, bien qu’encore très inférieure à celle de la pesanteur, est déjà considérable, de telle sorte que nos divers organes exercent, sur leurs supports respectifs, des efforts beaucoup plus faibles qu’à l’ordinaire. Notre estomac, comme suspendu, nous indique nettement qu’il goûte peu ces conditions d’existence ; et, si l’action dure ou se répète fréquemment comme sur une mer agitée, il proteste avec énergie.
- Que fera un pendule si son support cède à l’accélération de la pesanteur? Un raisonnement calqué sur celui qui nous a conduits aux résultats précédents nous dit que, si le mouvement de descente commence au moment où il atteint sa plus grande élongation, il restera dans cette position inclinée tant que la chute restera libre. Si elle débute pendant qu’il oscille, il tournera en cercle avec une vitesse angulaire constante. On pourrait dire que, la pesanteur étant occupée à faire tomber le pendule, ne peut pas, en outre, le faire osciller; ce serait trop lui demander. Mais le langage sera plus rigoureux si nous disons que, n’éprouvant de la part de son support aucune réaction, le pendule n’est soumis à aucun couple, et n’a aucune tendance à modifier sa rotation.
- On comprend aisément maintenant pourquoi les horloges sont très peu affectées dans leur marche par l’attraction luni-solaire. Si la lune tour-nait autour d’une terre immobile dans l’espace, les horloges retarderaient lorsqu’elle est au zénith, et avanceraient dans son passage au nadir, de quantités largement mesurables. Mais la terre et la lune tombent constamment l’une vers l’autre, comme si toute leur matière était rassemblée en leurs centres respectifs. L’action de la lune serait donc rigoureusement nulle sur une horloge située au centre pendules sont à sa surface, l’action de la lune résulte seulement de la différence entre ce qu’elle est au centre età la surface de notre globe ; elle est inférieure à l’ordre de grandeur des quantités aujourd’hui mesurables.
- Ces principes, appliqués aux liquides, prennent une forme très frappante. Voici d’abord un problème simple : une cuve (fig. 1), est séparée en deux parties par une cloison verticale ; d’un côté de la cloison, la cuve contient de l’eau, son autre moitié est vide. On laisse tomber la
- Fig. 2.
- de la terre; mais, comme nos
- cuve, et, en même temps, on retire la cloison, qui laisse l’eau absolument libre de se mouvoir. Que fera-t-elle?
- La réponse est simple : elle ne fera rien du tout ; c’est-à-dire qu’elle continuera à remplir la moitié de la cuve, gardant sa paroi verticale, comme lorsque la cloison était en place, puisque tout tombe ensemble.
- Ce résultat est évident; mais en voici un plus caché, aisément réalisé dans une expérience imaginée par le professeur G. de Metz:, qui la répète chaque année dans ses cours de l’Université de Kief, et qui me l’a récemment confiée.
- Dans un verre d’eau flotte un bou.r chon (fig. 2), relié au fond du verre par un ressort à boudin très faible, et juste suffisant pour augmenter légèrement sa plongée. On laisse tomber le verre ; que fera le bouchon?
- La réponse est surprenante il plongera.
- lin peu de réflexion nous y aurait conduits. L’expérience précédente nous a appris que l’eau ne presse pas sur le vase qui la contient, lorsque celui-ci tombe en chute libre. De même, les diverses couches du liquide ne pressent pas les unes sur les autres; en d’autres termes, il n’existe pas, dans le liquide, de pression interne. Or, comme c’est cette pression qui faisait remonter le bouchon à la surface, celui-ci, soumis seulement à l’action du ressort à boudin, plonge forcément.
- Bien entendu, au moment où le verre touchera le plancher, la pesanteur se rattrapera ; la pression dans l’eau deviendra considérable, et le bouchon émergera violemment.
- Pour les raisons qui viennent d’être indiquées, les bulles qui s’élèvent dans un vin mousseux stationnent si on laisse tomber le'verre qui le contient. Elles montent avec plus de force si on le frappe sur la table.
- N’oublions pas maintenant que nous avons laissé deux questions sans réponse. D’abord celle du métropolitain.
- Expérimenter sur soi-même n’est pas toujours un procédé rapide de découverte. Laissons plutôt choir un décime du plafond du wagon, au moment précis où il se met en marche. La pièce tombera bien certainement dans la verticale; mais, le wagon commençant à marcher, elle semblera descendre obliquement. Le plan horizontal, perpendiculaire à cette ligne de chute, semblera donc descendre vers l’avant du wagon, dont le plancher nous paraîtra ainsi relevé dans le sens de la marche du train.
- Mais notre propre expérience nous apprend un) peu plus, car nous ne nous sommes pas laissé choir. Elle nous dit que l’accélération réelle du train se combine avec l’accélération virtuelle de la pesanteur ( accélération qu’elle nous communiquerait volontiers, mais à laquelle le plancher du wagon nous permet de résister) en une résultante oblique, qui fausse pour nous la notion de la verticale.
- Fig. i.
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- LA PLUIE
- En chute libre, nous l’avons vu plus haut, cette notion n’existe plus; dans l’obus de Jules Yerne, il aurait été bien impossible de dire de quel coté était la terre ; et c’est par cette modification de la notion du haut et du bas que les précédents problèmes se relient les uns aux autres.
- Le wagon-citerne maintenant. Dans le sens du mouvement, l’accélération est libre ;. la notion de la force n’existe donc plus; la seule composante qui puisse se faire sentir par une action mutuelle du wagon et du liquide est celle dont l’accélération vraie est annulée par la voie. La surface du liquide se place perpendiculairement à cette direction, c’est-à-dire parallèlement à la voie, tout comme si le wagon était sur une voie en palier.
- L’application de ce principe est immédiate. On a tenté de construire des indicateurs de pente pour les automobiles- ou les aéroplanes; mais on semble y avoir assez médiocrement réussi jusqu’ici. C’est qu’à l’accélération virtuelle de la pesanteur, dirigée suivant la verticale vraie, s’ajoute l’accélération réelle du mouvement parallèle à la route, et celle-ci, souvent dominante, rend complètement
- fantaisistes les indications de l’instrument. S’il possède, en outre, des pièces mobiles parallèles à la route, l’accélération centrifuge se marque, à tous les tournants, comme le feraient des variations de la pente.
- Telle est aussi la raison pour laquelle les mesures faites à l’aide d’un sextant tenu à la main sur le pont d’un bateau, ont besoin d’être rapportées à l’horizon vrai de la mer, ou à un horizon artificiel, tel que le donne la toupie Fleuriais. Le niveau porté par l’instrument fournit l’horizon instantané, c’est-à-dire le plan perpendiculaire à la résultante des accélérations réelles ou virtuelles. C’est cette difficulté qui a conduit, il y a quelques années, . M. L. Favé à proposer, pour la détermination du point en ballon, l’élégante solution de l’astrolabe barbelé.
- Ainsi, le même principe se retrouvé dans bien des domaines divers; tant qu’on ne l’a pas parfaitement compris, des problèmes d’apparence bien simple causent un réel embarras. Et plusieurs de ces problèmes, d’une grande portée pratique, méritent d’être sérieusement approfondis. , Cu.-Ed. Guillaume, ,
- Directeur adjoint du Bureau International des Poids et Mesures,
- LA PLUIE
- L’observation quotidienne nous révèle que l’atmosphère renferme toujours une certaine quantité de vapeur d’eau. C’est elle, par exemple, qui se dépose sous forme de buée à la surface d’une carafe d’eau frappée ou bien encore qui se condense, en hiver, sur les vitres de nos appartements en produisant des dessins du plus joli aspect, tels que ceux que montrent les figures 1, 2 et 5.
- Cette . vapeur d’éaü provient de l’évaporation spontanée qui a lieu constamment à la surface des mers, des lacs, des rivières, du sol toujours plus ou moins humide et aussi des phénomènes de la végétation. Elle se répand dans l’atmosphère par l’effet des courants de convection qui prennent naissance à la surface du sol et surtout par l’action des vents.
- . Ceci dit, voyons comment se forme la pluie?
- Un grand nombre de théories ont été émises sur ce sujet, parmi lesquelles certaines présentent un caractère qui les fait incontestablement sortir du commun. En voici une, que nous citons à titre de pure curiosité.
- Pour elle, l’Homme est la cause de tous les phénomènes météorologiques! Lèvent souffle, les nuages marchent, le baromètre monte quand les hommes travaillent. Le calme règne, les nuages sont immobiles et le baromètre descend quand les hommes se reposent. C’est là, assurément, une théorie simple, mais elle paraît malheureusement entachée d’un petit grain de... bizarrerie, comme beaucoup d’autres d’ailleurs.
- Mais, laissons de côté ces fantaisies et examinons les idées que la science sérieuse propose.
- La théorie élémentaire enseigne qu’une masse d’air qui se refroidit progressivement devient de moins en moins apte à contenir la vapeur d’eau qu’elle tient dissoute et qu’un moment arrive où elle se trouve exactement « saturée » par celle-ci. On pourrait croire que le moindre abaissement de température suffise alors pour provoquer la condensation d’une partie de cette vapeur.
- En réalité, les choses ne se passent pas aussi simplement.
- Fig, i. — Arborescences de glace sur une vitre.
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- Les expériences de Confier1, puis cellesd’Aitken2, de Melander3, etc.... ont montré que, d’une manière générale, la condensation de la vapeur d’eau dans l’air saturé ne se produit pas en dehors de la présence de quelque « noyau » solide, de « surface libre » préexistant et que les corpuscules de toutes
- Fig. 2. — Etoiles de glace sur une vitre.
- sorte en suspension dans l’atmosphère, les poussières, constituent des centres de condensation.
- E. Mascart4 5 a constaté, en outre, que certains corps, tels que le gaz ozone et les corps nitrés peuvent à eux seuls provoquer la formation des buées.
- De son côté, HelmholtzB a montré que l’électricité exerce aussi une influence sur la condensation de la vapeur d’eau et T. R. Wilson a, sur ce sujet, effectué de véritables expériences de mesure.
- Depuis la découverte de la radio-activité on est porté à penser que les gaz devenus conducteurs, les gaz « ionisés » 6 facilitent la condensation de la
- 1 Journal de pharmacie et de chimie, t. XXII. p. 165
- et 254, '1875. ; •
- 2 Nature, 1. V, p. 57-45, etc. Transactions of the -Noyai Society of Edimbourgh, t. XXXY, L888.
- 3 Sur la condensation de la vapeur d'eau dans l’atmosphère, Helsingfors, 1897. — Ce mémoire, publié en français, résume tous les travaux faits jusqu’à cette date sur ce sujet. A la page 14, Melander a décrit un compte-poussicre de poche qui permet de déterminer le nombre de poussières que contient un volume donné d’air.
- 4 Optique, t. III, p. 405 et suivantes.
- 5 Wied. Ann., t. XXXII, 1887.
- 0 L’étude des phénomènes qui accompagnent le passage de la décharge électrique à travers les gaz a conduit les physiciens à considérer l’atome matériel comme électriquement neutre et constitué par un noyau positif entouré de corpuscules (Thomson) négatifs. Certains physiciens ont donné à cés corpuscules, porteurs de leur charge, le nom A’électron-, d’autres désignent, sous ce nom, la charge môme. Ces corpuscules sont d’ailleurs indépendants de la matière dont ils sont issus.
- Leur masse-mécanique est environ 2000 fois plus faible que
- PLUIE —..............._. . -........ 37
- vapeur d’eau sursaturée. Or, les recherches faites en ces dernières années ne laissent aucun doute sur l’existence d’un certain état naturel d’ionisation de l’atmosphère. Quant aux causes qui occasionnent cette ionisation, elles ne sont encore qu’imparfaite-ment déterminées. On peut toutefois considérer comme établi : 1° que les couches inférieures de l’atmosphère sont, en partie, ionisées par les substances dites radio-actives (radium, thorium, uranium) renfermées dans l’écorce terrestre et par les gaz radio-actifs qui émanent de celle-ci; 2° que, tout au moins, les couches élevées de l’atmosphère sont ionisées par l’effet du rayonnement solaire, principalement des radiations ultra-violettes qui, à ce point de vue, agissent comme les corps radioactifs ; 5° que l’air contient une proportion d’ions d’autant plus grande qu’il est plus pur, plus transparent, et surtout que la radiation solaire est plus intense.
- Les ions atmosphériques apparaissent donc, eux aussi, comme facteurs de la condensation de la vapeur d’eau dans l’air.
- Enfin, des considérations d’ordre thermodynamique (P. Lange-vin) 7 montrent que des gouttelettes liquides peuvent subsister en équilibre au sein d’une atmosphère non saturée si leur diamètre est suffisamment petit. Des observations directes et l’étude chimique de l’atmosphère s’accordent d’autre part, pour témoigner del’exis-tence constante dans Pair, de goût-: telettes liquides ayant un diamètre voisin de: 1/100° de micron environ. Fig. 3. — Cristallisations
- Il est très vrai- de glace formèes Paf du ... givre sur une vitre.
- semblable encore (Phot. de M. Baldet.)
- qu’elles peuvent,
- elles aussi, servir, au même titre que les poussières,
- celle de l’atome d’hydrogène. Il convient de remarquer combien ce résultat est important au point de vue de la constitution de la matière. L’atome n’apparaît plus, en effet, comme la particule limite insécable par les forces physiques et l’unité morcellaire n’est plus l’atome, mais ces fragments d atome, ces demi-milliatomes, tous identiques. Sous l’influence de forces électriques ou autres, im corpuscule peut se détacher, un centre négatif sc trouve ainsi formé, et ce qui reste constitue un centre chargé positivement par compensation. Ces centres électrisés, en s’entourant de molécules neutres, lor-ment ce que l’on nomme des « Ions », soit positifs, soit négatifs.
- 7 Cours du Collège de France.
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- de germes capables de provoquer la condensation de la vapeur d’eau atmosphérique.
- L’abaissement de température auquel est subordonnée en première ligne la condensation de la vapeur d’eau atmosphérique peut s’opérer de plusieurs layons. Il peut d’abord se produire directement lorsque les couches d’air se refroidissent par rayonnement1 ou bien lorsque des masses aériennes, humides et relativement chaudes, traversent une région sèche plus froide2. Il peut aussi résulter du mélange de masses d’air saturées ou non, à températures inégales3. Il peut enfin provenir de la détente que subit une masse d’air qui, pour une cause quelconque, s’élève dans l’atmosphère4 *.
- Les gouttelettes très petites, qui résultent de la condensation de la vapeur d’eau atmosphérique, obéissent aux lois de la gravitation et tombent. Mais, l’observation enseigne que la résistance opposée par l’air au mouvement de descente ralentit d’autant plus la vitesse de chute des gouttelettes, que celles-ci sont plus ténues3. Qn conçoit alors que des sphérules très petites, dont le rapport de la surface au volume est très grand, peuvent se vaporiser complètement avant d’atteindre le sol ou même remonter, sous l’inlluence du moindre vent, plus vite que la pesanteur ne les fait tomber6.
- Mais, si plusieurs gouttelettes viennent à se réunir en une goutte unique soit par suite des pro-
- 1 Le refroidissement pur rayonnement donne naissance aux brouillards que l’on voit se répandre en nappe régulière, par les belles nuits au-dessus des étangs, des vallées humides, des prairies, etc..., (lig. 4).
- 2 Celte cause de condensation se manifeste, eu particulier, dans les parties des circuits atmosphériques qui remontent de 1 équateur vers les pôles. Elle a surtout pour conséquence de renforcer les pluies qui tombent sur les régions au-dessus desquelles cheminent ces courants (Côtes orientales de l’Amérique du Nord, du Japon, du Chili, du Brésil, etc....). Inversement les contrées parcourues par les branches qui descendent des pôles vers l’équateur (Mongolie, Thibel, Tur-kestan, Arabie, Californie, etc...) recevront naturellement des précipitations moins abondantes. Ce sont des régions désertiques.
- 5 Ce mode de refroidissement semble plutôt jouer un rôle important dans la formation des nuages que dans celle de la pluie.
- 4 Ces mouvements ascendants de l'air sont la cause île
- production de la pluie de beaucoup la plus importante. Ils
- peuvent avoir différentes origines, et G. Curlis a classé les pluies qui en résultent en trois catégories correspondantes :
- 1° Les pluies convectives, provoquées par les courants ascendants, conséquence de la circulation générale de l’atmosphère. Exemple : Les pluies des contrées équatoriales. Au-dessus de cês régions, l’air, en raison de son excès de température par rapport aux contrées situées au Nord et au Sud, possède, en effet, par lui-même, durant toute Tannée, un mouvement ascensionnel général. C’est la région que les marins anglais désignent sous le nom de swamp (marais) ou bien encore de Cloud-Rings (anneau de nuages) et que nos marins appellent pot au noir, mots qui dépeignent bien l’humidité permanente qui y règne et l’état du ciel constamment couvert. Les pluies des pays à « moussons » sont également des pluies convectives. En été le vent souffle de la mer vers la terre; il arrive donc très humide sur des continents échauffés, conditions favorables à la production de mouvements ascendants, qui amènent des pluies abondantes. Ex. : Uiiidoustan. — 12° Les pluies orographiques ou de
- grès de la condensation, soit sous l’inlluence de causes d’origine électrique ou autre7, la résistance de l’air devient moins grande, la vitesse de chute s’accroît, et les gouttes atteignent le sol : c’est le phénomène de la pluie (fig. 5) .
- Il est bien évident, que deux régions peuvent recevoir une même quantité totale annuelle de pluie, sans que, pour cela, la répartition s’en fasse d’une façon identique entre les divers mois. Le « régime pluviométrique » de Clermont-Ferrand, par exemple, diffère absolument de celui de Paris. Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter un coup d’œil sur le petit tableau ci-dessous qui donne en millimètres les hauteurs d’eau mensuelles moyennes, pour chacune de ces deux stations. La quantité d’eau que l’on recueille en un an, dans chacune de ces localités, ne diffère cependant pas beaucoup.
- STATIONS
- Clcnnout-Ferrund..
- Les régimes pluviométriques sont très diversifiés. Nous ne pouvons donc songer à les examiner tous et
- relief,• conséquences îles mouvements ascendants qui se produisent mécaniquement toutes les fois qu’un courant aérien souille contre les reliefs du sol. Un coup d’œil jeté sur la carte représentant la distribution moyenne de la pluie en France, par exemple (fig. 10), montre que les régions montagneuses présentent toutes un maximum relatif de pluie par rapport aux contrées environnantes. Par contre ces chaînes de montagne et ces plateaux qui dépouillent d’une partie de leurs pluies les courants qui les abordent sont une cause de sécheresse pour les régions situées sur le versant opposé. Le minimum de la vallée du Rhin derrière le massif des Vosges, le minimum de la vallée de l’Ailier et de celle de la Loire derrière les monts d’Auvergne, etc.... en sont des exemples.— 5° Les pluies cycloniquçs déterminées par les courants ascendants qui régnent toujours dans certaines parties des dépressions. Ex. : la hauteur moyenne de pluie, en Ecosse et en Irlande, contrées qui se trouvent sur la trajectoire principale des bourrasques, est beaucoup plus grande que sur le Nord - de la France. — Curtis. Analysis of the causes of rainfall vvilli spécial relations lo surface conditions. The_ American met. Journ.,K oct. 1895.
- s Pour des particules de meme forme, la vitesse de chute est proportionnelle au carré îles dimensions linéaires (.). G. Maxwell. Theory ofheat, p. 299, London, 1875).
- 1 0 Ainsi s’explique cette apparence qu’ont les nuages de
- flotter dans l’air sans tomber ni descendre. On admettait ; autrefois, pour expliquer celte suspension, que l’eau en se condensant prenait la forme de vésicules creuses remplies d’un gaz plus léger que l’air, analogues à des bulles de savon (Halley), ou encore que la chaleur solaire absorbée dans le sein des nuages dilatait l’air qui séparait les sphérules et faisait d’un nuage une espèce d’aérostat (Fresnel. Bibl. univ., t, XXI, p. 260). La théorie montre, et l’observation confirme, que ces gouttelettes sont non pas creuses, mais pleines, et par suite Vhypothèse de la « vapeur vésiculaire », si longtemps en faveur, doit être abandonnée.
- 7 Brillouin. Vents contigus et nuages. Annales du Bureau central ntéléor. de France, t. I, 1896.
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- nous nous bornerons à indiquer les principaux typesl.
- Aiin de mieux faire ressortir le caractère de
- continents. Ex. : Kajputana (courbe R, fi y. 7) et Salzbourg (courbe Sz, fig. 7). Une saison pluvieuse (été) et une saison sèche (hiver).
- Fig. 4. — Photographie d’un brouillard dans les fossés des fortifications de Paris. (Phot. de M. Quénisset.)
- chacun d’eux, nous les avons traduits par des courbes se rapportant à des stations choisies dans l’hémisphère Nord.
- Les mêmes régimes se retrouvent dans l’hémisphère Sud; mais, naturellement, avec une inversion de six mois.
- Citons parmi les principaux :
- Le régime des ' régions équato r ici Le s.
- Ex. : Bogota (courbe Bg, fig. 6). Deux saisons pluvieuses aux environs des équinoxes, alternant avec deux saisons relativement sèches aux environs des solstices.
- Le régime des contrées tropicales. Ex. :
- Corée (courbe G, fig. 6).
- Une saison humide (été) et une saison sèche (hiver).
- Le régime des pays à moussons et des grands
- 1 A>uot. Météorologie, ]). 23o.
- Le régime maritime. Ex. : Santiago (courbe S, fig. 7). Une période sèche (été) et une période humide (hiver).
- Le passage d’un régime à un autre s'effectue par l’intermédiaire de types de transition. Nous en citerons quelques exemples :
- Le passage du régime équatorial au régime tropical se produit progressivement, à mesure qu’on s’éloigne de l’équateur, par une sorte d’étranglement de la période relativement sèche de la saison chaude. Ex. : Bangkok (courbe BK, fig. 6).
- La transition entre le régime maritime et le régime continental qui lui est exactement opposé s'effectue graduellement par un retard du début et de la fin de la saison des pluies. Ex. : Brest (courbe B, fig. 8).
- Fig. 5. — Photographie d’une chute de pluie. (Phot. de M. Quénisset.)
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- ‘ De même encore, le régime des régions continentales de l’Europe est séparé du régime maritime de la région méditerranéenne (Marseille, courbe M,
- 250
- 200
- J. F. M. A. M. J. Jt A. S. 0. N. D.
- Fig. 6. — Régimes pluvio métriques de Gorëe, Bangkok, Bogota.
- *
- fig. 8) par un type mixte intermédiaire (Milan, courbe Mi, fig. 8) qui participe à la fois aux hivers secs des premières régions et aux étés secs des secondes.
- Ajoutons qu’un même total annuel de pluie ne se reporte pas nécessairement sur un même nombre de jours.
- Pour l’Europe, le maximum de jours de pluie s’observe à l’extrémité Sud-Ouest de l’Irlande (Valentia 12-46 jours) et le minimum se rencontre au Sud-Est de la Russie (Astrakan 60 jours).
- En France, le maximum se trouve à la pointe de la Bretagne (Brest 200 jours) et le minimum le long de la côte méditerranéenne (Marseille 98 jours).
- La carte (fig. 9) donne la répartition annuelle de la pluie à la surface du globe. Cette distribution est extrêmement complexe1 et Tonne peut faire figurer sur une carte tracée, comme celle-ci, à petite échelle, les particularités de détail du phénomène. Dans les "régions montagneuses, par exemple, ou dans une même vallée, les quantités de pluie varient parfois du simple au double entre deux localités peu éloi-
- J. F. NI. A. M. J. JV A. S. 0. N. D.
- Fig. 7- — Régimes pluviométriques de Rajputana, Salzbourg, Santiago.
- gnées suivant leur exposition ou l’orientation de la vallée.
- 1 Voir dans la revue Das Weller, 1889. p.. 218, un article de W. J. van Bebbcr résumant une étude publiée sur ce sujet, par E. Loomis.
- La carte 9 représente donc seulement les régions remarquables soit par la grande quantité de pluie qu’elles reçoivent, soit, au contraire, par leur sécheresse. Ces régions sont limitées par des lignes passant par les points où il tombe respectivement 250 mm, 500 mm, 1000 mm, 2000 mm et au-dessus ; l’énergie des hachures est en rapport avec la hauteur d’eau.
- La carte 10 donne, avec un peu plus de détails, la distribution moyenne de la pluie en France.
- Un coup d’œil jeté sur la carte 9 permet de reconnaître qu’il existe :
- 1° Une zone de fortes pluies dans les régions équatoriales 1 ;
- 2° Deux zones relativement sèches, de part et d’autre de la zone équatoriale;
- 5° Enfin, deux zones à l’intérieur desquelles la pluie, après avoir d’abord augmenté, diminue ensuite
- J. F. NI. A. NI. J. Jt A. S. 0. N. D.
- Fig. 8. — Régimes pl-uviométriques de Milan, Brest, Marseille.
- rapidement à piesure qu’on approche des régions polaires.
- C’est là une première division qui commande l’ensemble mais ne donne pas le détail. A l’intérieur de ces zones la pluie ne se répartit pas, en effet, d’une façon régulière, mais présente, au contraire, des maxima et des minima extrêmement marqués. '
- Les indications contenues dans les notes 2 et 4 (p. 08) suffisent amplement pour se faire une idée des causes déterminantes auxquelles il convient de rapporter, dans ses grandes lignes, la répartition de la pluie à la surface du globe2.
- 1 La bande équatoriale de pluie 11e reste pas absolument fixe dans le cours de l'année; elle suit la zone d’écliaullV-rnent maximum, à laquelle elle est liée comme un elleL à sa cause, dans son mouvement périodique d’oscillation annuelle vers le Nord et vers le Sud.
- 2 L’éloignement de la mer et Une latitude élevée sont évidemment des causes de sécheresse de l’air et, par conséquent, de diminution de l’importance des précipitations. Les régions centrales de l’Europe et les contrées polaires 11e reçoivent, toutes choses égales, que peu d’eau.
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- | de O à. 250.
- de, 2505.500. tlUll! da 5005 1000. WÊÊËk de 70005 2000. WÊÊÊk OU-da'SWS’de2000.
- Fig. 9- — Distribution annuelle de la pluie à la surface du Globe.
- Nous nous contenterons de donner les indications suivantes, réduites aux notions essentielles :
- Le maximum observé à la surface du globe se rencontre à Tcherrapoudji sur les monts Garrows, au Sud de la vallée du Brahmapoutre où la pluie atteint annuellement une hauteur de douze mètres.
- Cette valeur est d’autant plus remarquable que dans cette station la pluie est due aux « moussons » et tombe à peu près exclusivement pendant la saison chaude.
- Le minimum paraît devoir être placé dans l’Amérique du Sud entre le Pérou et le Chili, où la hauteur de pluie, n’atteint même pas 10 mm dans certaines régions.
- Pour l’Europe, le maximum absolu de la pluie se trouve dans le Cumberland (The Styc 4750 mm) et le minimum au centre de la péninsule de Kola, entre la mer
- Blanche et l’océan Arctique (moins de 200 mm). Sir J. Murray1 a calculé la hauteur moyenne
- annuelle de pluie qui tombe sur toutes les terres du globe.
- Le continent où il pleut le plus est l’Amérique du Sud, avec une couche d’eau de 1670 mm, puis viennent l’Afrique (825 mm), l’Amérique du Nord (730 mm), l’Asie (655 mm), l’Europe (615 mm) et enfin l’Australie (520 mm).
- La quantité de pluie qui tombe annuellement sur toute la surface de la Terre, si on l’y supposait répartie uniformément, y formerait une couche de 970 millimètres de hauteur, ce qui représente un volume d’eau de 111 800 kilomètres cubes dont le poids est, par conséquent, de 111 800 milliards de tonnes. J. Loisel.
- 1 Ou Ihc total animal raiufall on llie laud of tlie Globe. Scollish Geog. Mag., 1887.
- ES22Â] de. £00 à. 500 w5r.y. lllÜÜil de 800 à. 10ÔOnv/m/.
- YFfF/g'Â de 500 à 600 '"'/ms. 1ÊÉÊÊÊÊ de ÎOOO à. I500m/rrv. ÜfUi plus de 1500 m7.nu.
- Fig. io.— Distribution annuelle de la pluie en France.
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- LA MISSION PELLIOT AU TURKESTAN CHINOIS1
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- Itinéraire de la mission Pelliot.
- Fig. i.
- Le voyage d’exploration archéologique de M. Paul Pelliot au Turkestan Chinois et en Chine,— dont il exposait lui-mème les plus importants résultats, le 10 décembre, au cours de sa réception solennelle dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne — est certainement jusqu’ici le plus iécond de tous ceux qui, depuis un siècle, aient été
- peler par son nom, ou tout au moins cette chance qui sait épargner son sourire et ne l’octroie qu’à ceux qui sont capables de le faire éclore, ont eu une très grande part dans cette heureuse issue, il est non moins certain que le mérite éminent du voyageur, à la fois comme savant et comme homme, et, à titre égal, celui des mé-
- entrepris en Orient. Et s’il est vrai qu’un heureux concours de circonstances, que le hasard, puisqu’il faut l’ap-
- 1 Voir : La Mission Pelliot en Asie centrale (Annales cle la Soc. de Géographie commerciale. Section indo-chinoise, Hanoï, 1909), et P. Pei.liot : 1° Les populations du Tur-
- thodes et des institutions qui l’ont formé, lui assuraient la possibilité de profiler dans toute leur plénitude de ces
- kes'lan chinois {Bulletin du Comité de l’Asie française, 1908) ; 2° Une bibliothèque médiévale retrouvée au Kan-sou [Bulletin de l'École franc, d'Extrême-Or lent, 1908).
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- LA MISSION PELLIOT AU TURKESTAN CHINOIS ======== 43
- largesses du hasard. Aussi le succès de M. Pelliol et de ses collaborateurs resplendit-il non seulement sur cette jeune École française d’Extrème-Orient qui en si peu d’années a déjà tant fait pour les éludes orientales, mais aussi sur tous ceux, missionnaires ou savants de cabinet, qui ont par leurs travaux permis de poser avec précision les principaux problèmes de ces études.
- Ce sont évidemment , en effet, des raisons toutes théoriques, dérivées de la série entière des recherches poursuivies depuis plus d’un siècle, qui avaient imposé à M. Pelliot le choix du Turkestan Chinois. Cette géante cuvette, encadrée partout de montagnes, dont certaines sont le marchepied des plus hautes cimes du monde, est un désert où le vent règne avec le sable, et où une des populations les plus médiocres de la terre végète dans les rares villes des oasis septentrionales : Musulmans dhrigine étrangère, installés là depuis huit cents ans, et soumis
- à la domination des gouverneurs chinois, les Kachgariens présentent une civilisation pour ainsi dire amorphe, sans pensée, sans artj sans activité industrielle, ni commerciale, ni agricole, sinon celle qui est juste nécessaire à l’entretien, delda vie, de sorte que rien d’eux m de leur pays ne semblerait devoir attirer le voyageur scientifique. Seulement, il se trouve que ce désert est un des nœuds
- de la géographie asiatique et aussi de l’histoire.
- C’est à peu près le centre même de l’Asie, tout au moins considérée au point de vue des civilisations, et si aujourd’hui l'influence de la Russie, s’y rencontre, pour s’y quereller, avec celle de l’Empire chinois, si naguère le monde musulman y est venu installer son langage et ses croyances, auparavant, il y a une dizaine de siècles, c’était l’influence de la culture hindoue qui s’y trouvait en contact avec une population de culture chinoise. De sorte que ce désert, situé au centre même de l’Asie,
- (Copyright Nouette, Mission Pelliot. Reproduction interdite.)
- Fig. 4. — Vue intérieure d’une des nombreuses salles d’un Ming-Uï.
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- 44 = LA MISSION PELLIOT AU TURKESTAN CHINOIS
- apparaît au cours de l’histoire comme un centre de civilisation — mais comme un centre de civilisation singulier, conservant malgré tout un permanent arrière-goût de désert, en ce sens que s’il semble avoir pour fonction de recevoir beaucoup de choses, il se montre incapable de créer jamais rien, et demeure ainsi non original, oscillant parfois de la richesse à la pauvreté, mais seulement suivant la valeur de l’importation étrangère, jamais de son propre effort, — caractère purement réceptif, absence d’originalité qui rend la Kachgaiie précisément originale pour l’archéologue, puisqu’il peut espérer d’y trouver en contact des histoires partout ailleurs isolées. On commençait notamment à savoir que ce désert avait connu une époque de prospérité, à ce moment où la grande religion
- moitié peut-être des langues du vieux continent, M. Pelliot était admirablement prêt à recueillir les richesses présumées.
- Avec un naturaliste, le Dr Vaillant, et un photographe professionnel, M. Ch. Nouette, M. Pelliot quittait Paris le 15 juin 1906, et arrivait à Kachgar le 1er septembre. Au passage, la mission avait pris au Turkestan russe trois cosaques, mis à sa disposition par l’empereur de Russie, et dont deux l’accompagnèrent jusqu’à Pékin. C’est à Kachgar que commencèrent les travaux archéologiques de la mission et ils se continuèrent sans interruption sur les principaux sites traversés, suivant l’itinéraire qui est indiqué par la carte jointe à cet article, et dans le détail duquel il est évidemment superflu d’entrer. 11
- (Copyright Nouette, Mission Pelliot. Reproduction interdite. )
- Fig. 5. — Intérieur d'une grotte des mille Buddha : décoration peinte et bas-reliefs.
- faut se figurer au concret les réalités quotidiennes de cette promenade de deux années au long de milliers de kilomètres pour se rendre compte à peu près de ce qu’elle suppose, dans son accomplissement, d’endurance morale et physique. La caravane se composait de deux parties, d’un côté les hommes, c’est-à-dire les explorateurs, l’escorte cosaque, les guides, des aides divers; de l’autre le convoi, c’est-à-dire les charrettes chinoises, où l’on empilait les bagages, provisions et trouvailles, et la soixantaine de chevaux de la vallée de l’Ili qu’on avait achetés pour servir de bêtes de trait ou de somme. Les hommes et le convoi ne marchaient presque jamais ensemble : les uns étaient toujours en retard ou en avance sur les autres, et quelquefois, comme à Toumchouq, les voitures attendaient deux mois les voyageurs, qui arrivaient enfin, au début de l’hiver, grelottant sous des vêtements de demi-saison. On avançait par les mau-
- errante, le buddhisme, jamais fixé et finissant alors de se déshabituer de l’Inde, avait établi là ses monastères pour quelques siècles, au milieu -de la puissance chinoise, et l’on pensait que l’étude de la Chine, celle de l’Inde et surtout celle de la plus grande aventure religieuse de tout l’Orient, auraient considérablement à gagner à l’étude d’une région assez privilégiée pour leur fournir à toutes les trois des documents. De là — à la suite des travaux des indianistes et des sinologues, et après les recherches récentes de MM. von Lecoq, Grünwedel, Sven Hedin, Stein, etc., qui, en explorant la Mongolie, le Tibet et le Khotan, avaient en quelque sorte encerclé le Turkestan chinois — la mission de M. Pelliot, qui devait s’attaquer directement à ce même Turkestan, c’est-à-dire au centre du cercle et au nœud de tant de questions. Sinologue de profession, déchiffrant ou connaissant presque toutes les écritures de l’Orient et plus de la
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- vaises pistes qui sont les seules routes du pays, tantôt à pied, tantôt à cheval, et tantôt sous un ciel couvrant de lumière et de chaleur un sable lumineux et chaud, tantôt par des froids qui, tombant jusqu’à 55° au-dessous de zéro, unissaient comme une pièce d’armure les barbes et les cheveux au col des pelisses, et gelaient l’encre des stylo-graphes; on mangeait à l’étape du mouton rance, avec du riz et des carottes, on buvait de l’eau, ou du thé, ou du lait de jument fermenté — une boisson qui, d’après M. Pelliot, guérit les Kirghizes malades, mais rend malades les Européens bien portants. Cette longue vie monotone, avec- les haltes plus ou moins longues nécessitées par les fouilles, n’était guère variée que par le séjour dans les oasis rencontrées, où l’on trouvait enfin, avec des fruits et des melons délicieux, la fraîcheur et la verdure. Ou bien encore c’était l’arrêt plus prolongé à Ouroumtchi, la capitale du pays, une ville charmante qui, à la description, évoque des souvenirs d’opérette : on y
- une Histoire grecque et une Ethnographie de l'Europe, et qui sait mêler le vin de Champagne à ses réceptions
- t (Copyright Mouette, Mission Pelliot. Reproduction interdite.)
- rencontre des lettrés, comme ce trésorier provincial Wang Chou-Nan, sans doute à bouton de cristal ou de pierre de lune, qui, parmi de nombreux ouvrages, a écrit
- Fig. 6. — Peintures des salles intérieures d’un Ming-Uï. — En haut : scène religieuse buddhique; en bas : portraits de trois donatrices.
- savantes. C’est aussi le refuge des grands exilés politiques de l’Empire chinois : on y coudoie ainsi, le plus souvent d’ailleurs à la maison et à la table du gouverneur, soit par exemple un aimable et opiniâtre érudit qui accomplit autrefois la formidable tâche de cataloguer Ja bibliothèque impériale, soit un duc célèbre pour la part prise par lui aux luttes contre les Européens, s’adonnant maintenant à la photographie et faisant venir d’Europe des plaques 24-50 et des lanternes d’agrandissement, soit, parmi tant de personnages, dont la plupart furent nos ennemis acharnés et aujourd’hui commentent volontiers la Dame aux camélias, un ancien sous-préfet de Canton, à tempérament de fermier général, exacteur et concussionnaire, mais fort estimé dans tout le monde céleste pour son charme et pour la splendide collection de peintures chinoises qu’il a laissée à Shang-Haï, où son fils, de temps en temps, en vend à bas prix quelque pièce, suivant le
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- rythme de dettes criardes, aux brocanteurs indigènes ou aux amateurs d’Occident.
- Mais les fouilles étaient naturellement la grande affaire de la mission. Sans insister sur un délai! qui ne sera d’ailleurs connu qu’après les publications de M. Pelliot, voici comment on peut résumer ces travaux. Au départ, l’objectif principal du voyage était d’atteindre Koutchar, où, en 1889, le capitaine Bower avait acheté un manuscrit en écriture hindoue, et qui, au moment où le programme de la mission s’élaborait à Paris, était considéré'.comme un champ de recherches encore vierge, sur lequel on pouvait fonder d’autant plus d’espoir que les anciennes histoires chinoises en faisaient le siège d’un royaume dont elles célébraient la civilisation florissante. Mais, en route, la mission apprit qu’elle y avait été devancée par M. Grünwedel et par le voyageur russe Berezovski. Elle
- étudiés par M. Grünwedel, se rejeta sur le site voisin de l’ancien temple de Pouldour-àqour. On y trouva des pièces d’art intéressantes, notamment des bois, mais surtout on y exhuma, merveilleusement conservés dans le sable toujours sec de cette région presque anhydre, une épaisse couche de manuscrits qui s’étaient accumulés sur le sol loi’s de la ruine de l’édifice. Tous ces textes sont dans l’écriture hindoue qu’on appelle la brahmî, et bien qu’ils ne soient pas encore déchiffrés, il est probable qu’ils apporteront des documents importants aux indianistes historiens du buddhisme. Ils étaient accompagnés de feuillets et de pièces détachées, ainsi que d’un rouleau assez volumineux, le tout paraissant appartenir à un idiome encore mystérieux, et d’un certain nombre de planchettes inscrites, de monnaies et de sceaux. Cette belle trouvaille devait être bientôt complètement éclipsée
- (Copj'right Nouette, Mission Pelliot. Reproduction interdite.)
- Fig. — « Scène de chasse », vieille peinture chinoise de la collection de P’ei King-fou.
- eut par contre le bonheur de découvrir, aux environs de Toumchouq, les restes d’un monastère buddhique appelé aujourd’hui Toqqouz-Saraï et dont les ruines, déjà visitées par M. Sven Hedin, qui les avait crues musulmanes, livrèrent, à M. Pelliot, pendant un mois et demi de déblaiement, un grand nombre de sculptures — statues, statuettes, bas-reliefs —; et quelques céramiques, l’ensemble trahissant un « art élaboré déjà par une longue tradition, manquant parfois d’originalité ou d’ampleur, mais conservant des qualités de proportions et de modelé qui trahissent des affinités helléniques ». De là la mission passa à Koutchar, où elle demeura de janvier à septembre 1907; tandis que M. Vaillant dressait la carte et faisait des observations astronomiques, M. Pelliot tenta et réussit la traversée directe du T’ien-chan, en allant de Koutchar à la vallée du Youldouz, traversée que n’avait pas réussie précédemment le capitaine Ivozlow. Au point de vue archéologique, la mission, délaissant les Ming~Uï, ou « grottes des mille Buddha », sanctuaires creusés de main d’homme dans les falaises, qui venaient d’être
- par la formidable découverte qui était réservée à la mission après son départ d’Ouroumtchi.
- En effet, de Koutchar, puis d’Ouroumtchi, la mission était passée à Tourfan, puis à Luktchun, puis à Kouroul, puis à Cha-Tcheou ou Touen-houang, au milieu de bien des recherches et de bien des enquêtes de détail; qui n’aboutissaient pas à de grands résultats, lorsqu’elle prit la plus belle revanche dans ce dernier endroit : d’abord l’étude directe des quelque cinq cents grottes d’un Ming-Uï admirable (le Ts'ien-fo-tong), qui n’avait encore été que rapidement visité par M. Stein, fournit à la mission, grâce au merveilleux talent de M. -Nouette, une documentation photographique de .premier ordre sur un ensemble unique d’inscriptions, de peintures et de statues, évoquant toute la vie buddhique du Tur-kestan chinois entre le vie et le xe siècle de notre ère. Puis et surtout, ce qui me faisait mettre tout à l’heure la mission Pelliot au premier rang de toutes les missions en Orient, il y eut la découverte de la plus prodigieuse bibliothèque, jusqu’alors inconnue, qui se soit offerte
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- aux veilles clés érudits, foisonnante de textes inédits.
- Qu’on se représente une niche, mesurant 2,50 m. dans tous les sens, et où, contre trois côtés, s’empilent, sur deux ou trois profondeurs, quinze à vingt mille rouleaux de manuscrits et de paquets compacts de feuillets, serrés entre deux planchettes reliées par des cordes ! L’émotion du savant qui contemple tout à coup un tel spectacle est à coup sur indicible, et pourtant elle a dû croître encore chez M. Pelliot, lorsqu’il a commencé d’explorer cet océan de documents. Il se mit aussitôt au travail, c’est-à-dire qu’il entreprit de regarder chaque rouleau, de façon à juger de son intérêt et à le mettre de côté pour le garder et l’emporter ou pour le laisser dans la grotte. Au bout de trois semaines il était ainsi parvenu à pouvoir faire de cette bibliothèque une description externe qui promet les plus beaux profits, pour le jour où l’on en viendra à l’étude des textes.
- Tout permet, en effet, d’après M. Pelliot, d’affirmer que la niche a été murée dans la première moitié du xi0 siècle, vers 1035, sous la menace de l’invasion imminente, et que les manuscrits ainsi cachés, en compagnie d’ailleurs de statuettes, de peintures, et d’autres objets, descendent jusqu’à cette date, et remontent jusqu’au vue et au vin6 siècles, auxquels sont assignables les plus beaux exemplaires. Un certain- nombre de ces textes, et M. Pelliot a rapporté tous ceux-là, sont écrits dans l’écriture hindoue qui a déjà été citée plus haut, le brahmi. D’autres sont en dialecte ouïgour, et ils sont d’autant plus importants que les textes de buddhisme ouïgour étaient réduits à quelques rares fragments : ici encore M. Pelliot a rapporté tous les textes de cette nature. Et il a fait encore de même pour tous les textes tibétains, quoiqu’ils fussent de beaucoup plus nombreux que les précédents. Enfin ce sont les textes usuels du buddhisme chinois qui forment la grosse masse delà bibliothèque.
- On y trouve, à maintes reprises, tout d’abord les traductions des œuvres buddhiques sanscrites, qui sont les ouvrages classiques de la religion, Lotus de la bonne Loi, Traité du Nirvana, aux innombrables volumes, traités de morale, Vies de patriarches, puis, ce qui est plus intéressant que ces « Sommes » au bavardage essentiellement insipide, des fragments de Vies de pèlerins ou de Mémoires, des récits de voyage, notamment un Voyage de Houei-Tch’ao dans les cinq Indes, donnant bien des renseignements sur l’état du buddhisme et de la civilisation, au début du vma siècle, dans les diverses contrées de l’Inde, l’Afghanistan, le Turkestan russe et chinois.
- A côté de ces textes, qui intéressent surtout le buddhisme, il faut citer une centaine de rouleaux qui ont pour auteurs |
- des moines taoïstes, appartenant par conséquent à la religion rivale. M. Pelliot observe que ces manuscrits, qui sont indigènes, sont certainement antérieurs aux manuscrits buddhistes et il croit voir là une raison de penser que lorsque les buddhistes tibétains vinrent s’installer dans la région vers la fin du vm6 siècle, ils y succédèrent au taoïsme précédemment établi. Quoi qu’il en soit, et cela est beaucoup plus important pour l’histoire de l’esprit humain, on trouvera dans ces textes de quoi nous renseigner sur la fameuse querelle qui mit si longtemps aux prises buddhistes et taoïstes, jusqu’à ce qu’intervînt au xui6 siècle l’ordre impérial de détruire l’ouvrage qui servait de base à la controverse, chacun des adversaires prétendant en tirer la preuve que le fondateur de sa croyance — Lao-Tseu chez les taoïstes, Çakya-Muni chez les buddhistes — était né antérieurement à l’autre.
- Enfin, pour achever de donner une idée de ces richesses inestimables, il faudrait encore citer, parmi les manuscrits dont M. Pelliot enrichit les études orientales, et qui représentent plus du tiers du contenu de la niche aux livres, outre d’autres textes religieux intéressant d’auLres religions orientales ou même occidentales, et à côté d’un nombre considérable de documents séparés (actes de ventes, etc., correspondances), une littérature laïque considérable, ouvrages qu’on mettait aux mains des écoliers, manuels de géométrie, d’astrologie, traités des songes, pharmacopées, classiques, dictionnaires, compilations géographiques... — tout un monde de littérature.
- Aussi comprend-on que M. Pelliot, ramenant ces trésors avec lui vers la Chine, oii ils devaient susciter l’enthousiasme étonné des lettrés chinois, se soit empressé d’achever son voyage. Avant de s’embarquer pour l’Europe, il consacra cependant encore quelque temps, avec M. Mouette, à étudier et à photographier des peintures chinoises, notamment la série admirable des anciennes peintures réunies par M. P’ei King-fou, le sous-préfet exilé à Ouroumtchi. Puis, ce travail fait, tandis qu’après M. Vaillant, M. Nouette s’embarquait pour la France, convoyant quatre-vingts caisses de sculptures, de peintures et de manuscrits, M. Pelliot demeura en Extrême-Orient.
- Il ne croyait pas avoir assez fait pour ses études. Sans doute il était beau d’offrir en pâture à la science européenne plusieurs milliers de documents originaux, mais il pensa que, pour en tirer parti, il fallait y ajouter une bibliothèque d’imprimés, représentant l’essentiel de l’œuvre accomplie par la pensée chinoise depuis les temps anciens. Et lorsque M. Pelliot eut ainsi pensé, avant de revenir en Europe, il acheta 30 000 volumes pour la Bibliothèque nationale. Jean-Paùl Lafitte.
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- Séance du i3 décembre 1909. — Présidence de M. Bouchard.
- Les qaz rares des eaux minérales. — MM. Moureu et Lepage communiquent les résultats des recherches expérimentales sur les gaz contenus dans les eaux de sources minérales de France. Ils annoncent qu’ils ont trouvé dans les eaux de 26 sources, le Krypton et le Xénon. Ces sources sont celles d’Aix-les-Bains, Plombières, Luxeuil, Maizières, La Bourboule, Bourbon-Lancy, Bussang, Grisy, Saint-Honoré, Néris, Bagnères-dc-Bigorre, Luchon, Ba-gnères-de-Luchon, Dax, Eaux-Bonnes, Cauterets, Salins, Moutiers, Uriage, etc. Ils décrivent la méthode qu’ils ont employée pour déceler la présence des deux gaz qui sont pour la première fois signalés dans des eaux minérales et
- qu’on n’a trouvés que dans l’atmosphère. Ils ont utilisé le charbon à basse température pour fractionner le mélange global des gaz rares. Le Krypton et le Xénon ont été caractérisés ensuite par leurs raies spectrales.
- Le traumatisme des fleurs. —M. Mangin expose que M. Paul Becquerel a réussi à produire par la méthode du traumatisme de curieux changements de coloration et de structure chez les fleurs du Zinnia elegans. Des Zinnias à fleurs rouges lui ont donné des fleurs blanches, d’autres à fleurs blanches ont fourni des fleurs mauves, enfin des Zinnias à fleurs striées ont porté des fleurs non striées. En outre, il a obtenu des fleurs monstrueuses à deux,
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- trois, quatre capitules. Ces expériences intéressent particulièrement la doctrine du transformisme.
- Inflammation des poussières de charbon. — M. Le Chatelicr rend compte des conclusions qu’ont déjà données les expériences entreprises sous les auspices du Comité central des houillères de France, relativement à l’inflammation des poussières de charbon. Ces expériences ont établi que cette inflammation est liée d’une façon étroite à la présence de cendres ou de poussières schisteuses. Cela explique que, dans certaines mines, on n’ait jamais observé d’accidents, car au delà d’une certaine teneur en poussière inerte, la combustion ne se produit plus. De plus, ces expériences ont encore montré que ce sont les galeries ouvertes qui sont les plus dangereuses parce que, si, près de l’ouverture, on détermine l’inflammation, il se produit à l’ouverture une surélévation
- brusque de pression, qui peut atteindre plusieurs atmosphères et avoir par suite des effets destructifs terribles. La pression décroît d’ailleurs, depuis l’ouverture jusqu’au fond de la galerie vers lequel la flamme se précipite avec une vitesse très grande.
- Le spectre du calcium incandescent. — M. Des-landres présente une Note de MM. Hemsalech et de Watteville sur le spectre de la flamme de calcium produit par le chalumeau oxyacétylénique. Ce spectre comble une lacune entre le spectre de flamme et le spectre d’arc; il permet de reconnaître l’augmentation graduelle du nombre de raies accompagnant celle de la température. Ces résultats trouveront leur application en astronomie physique.
- Élection. — Il est procédé à l’élection d’un correspondant de la section de chimie. M. Ladenbourg, de Breslau, est élu. Cii. de Yilledeuit,.
- LES DIRIGEABLES EN FRANCE ET EN ALLEMAGNE
- En présence de l’inquiétude manifestée sur l’avance importante prise par l’Allemagne au point de vue des dirigeables, le Comité directeur de la Ligue Nationale Aérienne, vient de faire des démarches spéciales près les groupes de l’aviation et de l’aéronautique de la Chambre des Députés et du Sénat.
- M. Quinton leur a exposé la situation actuelle et comparative des dirigeables, en Allemagne et en France.
- La France ne possède pas, pour le moment, de grand dirigeable en état de marcher immédiatement, tandis que l’Allemagne a maintenant 10 et comptera 24 unités à la fin de 1910; on sait, par les importantes communications de M. Capazza sur les dernières manœuvres allemandes, que ces dirigeables rendent des services et. que leurs équipages sont très entraînés.
- On dit bien que d’ici un certain nombre d’années l’utilité des dirigeables ne sera plus très grande et que ces derniers seront remplacés, au point de vue militaire, entre autres, par des aéroplanes perfectionnés ; c’est probable. Mais d’ici à cette époque, il faut que, pour répondre à l’organisation de l’Allemagne, nous puissions compter sur une flotte de dirigeables suffisante pour notre service de renseignements.
- Il va de soi que si le Gouvernement pouvait inscrire au budget de la Guerre des sommes équivalentes à celles dépensées pour les dirigeables en Allemagne, qui se mon-tënt à 7 ou 8 millions, il serait facile de réparer le temps perdu. Mais il n’est pas probable que l’on puisse demander au Parlement un tel effort financier.
- C’est pourquoi la Ligue Nationale Aérienne a proposé une combinaison économique qui permettrait d’obtenir le résultat désiré dans des conditions financières infiniment moins onéreuses.
- Il s’agirait de subventionner les constructeurs comme cela s’est fait pour la marine marchande, par différentes sortes de primes accordées aux dirigeables, aux hangars-abris, aux réserves de bouteilles d’hydrogène comprimé et à la navigation aérienne.
- Grâce à ces encouragements à l’industrie nationale, l’autorité militaire aurait, en cas de guerre, la possibilité de mobiliser immédiatement ces dirigeables et tout leur outillage, hangars, etc., de plus, elle trouverait à sa disposition l’équipage de ces dirigeables admirablement en-
- traîné puisque ces ballons, en temps de paix, serviraient à des services de passagers que différentes Sociétés sont en train d’organiser.
- Il est bien certain, en outre, que si l’État subventionnait nos constructeurs de ballons dirigeables, cela inciterait forcément d’autres États, désireux de se constituer eux aussi une flotte aérienne, à faire des commandes à notre industrie nationale.
- Appréciant tout l’intérêt de la combinaison, M. Doumer, au nom de la Commission du budget de la Chambre des députés, lui a prété la plus sérieuse attention ; de son côté le groupe de l’Aviation du Sénat a demandé à la Ligue aérienne de faire établir un inventaire complet de nos dirigeables en construction en France, avec tout leur outillage, situation des hangars, etc., de façon à pouvoir examiner en toute connaissance de cause ce qui, pratiquement, pourrait être fait dans le sens indiqué.
- Et, après une discussion générale, le groupe sénatorial a adopté l’ordre du jour suivant : « Le groupe estime que, quelle que puisse être dans l’avenir la supériorité des aéroplanes sur les dirigeables, le gouvernement ne peut actuellement se désintéresser de ces derniers. Il attire en conséquence l’attention du gouvernement sur la nécessité de comprendre dans son plan général d’organisation de la locomotion aérienne : l°.la construction ou l’encouragement à la construction de dirigeables; 2° l’édification de hangars spacieux tant pour le garage que pour la réparation et la construction des dirigeables; 5° l’utilisation et la centralisation en des points convenables de l’hydrogène pur ; 4° l’organisation du matériel nécessaire à l’embo'uteillage et au transport de cet hydrogène; 5° le recrutement et la formation du personnel nécessaire à la mise en œuvre de ce programme; notamment l’organisation d’un recrutement prenant sa base dans toutes les armes, aussi bien dans l’armée de terre que dans la marine, sous une direction unique et autonome où les deux services connexes des dirigeables et des aéroplanes ne puissent pas être isolés l’un de l’autre, y
- Ajoutons que, par décret du 2 décembre (publié au Journal Officiel du 14 décembre), le ministre de la guerre a été autorisé à accepter, au nom de l’État, la donation, faite par MM. Lebaudy, Panhard-Levassor et Chauvièrc, d’un dirigeable destiné à remplacer le ballon République’.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiitoe, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1909. -........... ---------
- LE PREMIER « DREADNOUGHT
- La mise en chantiers par l’Amirauté anglaise du premier cuirassé, monstre, de tonnage dépassant 18 000 tonnes, a si bien été le point de départ d’une ère nouvelle en fait, de construction navale, qu’il est tout à fait impossible de désigner autrement que sous le nom du prototype de ces mastodontes, le Dreadnought, tous les bâtiments du même modèle que les nations maritimes se sont empressées de mettre à leur tour sur cale.
- L’Allemagne, grâce à l’ardeur extrême qu’elle apporte aux choses de la marine de guerre, ardeur
- ...— 25iDÉCEMBRE 1909.
- » DE LA MARINE AMÉRICAINE
- armement n’auront pas duré 5 ans, et auront, donc été exceptionnellement rapides.
- Les principales dimensions et caractéristiques, sont les suivantes : longueur 157 m., largeur 25,90. nL, tirant d’eau 8,25 m., vitesse avec 23000 chevaux 21 nœuds 4, déplacement en pleine charge 22 000 tonnes. Par une disposition singulière par ce temps de turbines, le Delaware est mû par deux machines alternatives verticales à 4 cylindres et à triple expansion d’une force totale de 54 000 chevaux.
- Sur le pont du nouveau cuirassé se dressent deux
- Disposition de la cuirasse et de la grosse artillerie des cuirassés américains de 22000 tonnes « Delaware » et « North Dakota ».
- puissamment stimulée par l’Empereur lui-même, et admirablement servie par un outillage de premier ordre, s’est lancée aussitôt dans la voie du cuirassé monstre, et ses premières unités de 18 000 tonnes entrent successivement à l’eau.
- Les États-Unis suivent de près le mouvement. Leur premier navire du type Dreadnought, le Delaware, vient de terminer avec grand succès la série de ses essais et est tout prêt à entrer en ligne.
- Ce moment marque une étape importante de la si jeune et pourtant si vigoureuse existence de la marine des États-Unis, et à ce titre, il paraît utile de donner ici quelques détails sur cette nouvelle et puissante unité de combat.
- Le Delaware a été mis en chantiers en 1907 et lancé en février 1909. La construction et son
- 38° année. — icr semestre.
- de ces tours système Eiffel, à fers croisés, dont s’est entichée, on ne sait trop pourquoi, la marine américaine, et qu’on ne verra vraisemblablement pas longtemps. Le but de ces encombrants monuments est de supporter les plates-formes où se tiendront les officiers chargés de la conduite du tir. Ils y seront assurément bien exposés.
- Ces deux tours sont placées dans la partie centrale du navire de façon à dégager complètement le tir de l’artillerie principale dont nous verrons plus loin la disposition. .
- Les tourelles des canons, monte-charges de munitions, ventilateurs, fermetures de cloisons étanches, compresseurs d’air, treuils, cabestans et grues pour les mouvements d’embarcation sont manœuvrés électriquement; le courant nécessaire est fourni par 4 générateurs à turbine de 300 kilowatts.
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- 50 .... :.. .-.~ UNE VOIE STRATEGIQUE ALLEMANDE
- L’armement principal de ce magnifique navire consiste en 10 canons de 505 mm, de 15,75 m. de long places par paires en 5 tourelles. Ces tourelles sont toutes sur l’axe du bâtiment et disposées comme suit : deux sur l’avant, la seconde à un plan supérieur à la première, de façon à pouvoir tirer par dessus, deux sur l’arrière sur le même plan, et une au milieu du navire, tirant par-dessus les deux dernières.
- Pour repousser les attaques des torpilleurs on disposera de 14 canons à tir rapide de 155 mm placés : 10 dans une batterie centrale et 4 en casemates d’angles, et encore de 12 pièces plus petites semi-automatiques.
- La disposition de l’artillerie du Delaware lui permettra donc de tirer par le travers avec ses 10 pièces de 505 mm et 6 pièces de 155 mm, ce qui constitue vraiment une terrible bordée et un avantage sérieux sur le Dreadnought primitif anglais dont les tourelles ont une répartition différente donnant seulement le feu de 8 pièces de 505 mm par le travers.
- En pointe, à l’avant comme à l’arrière, le Dela-ivare pourra user de 4 pièces de 505 mm et de 2 pièces de 155 mm.
- La protection est assurée par une ceinture cuirassée complète à la flottaison de 2,50 m. de largeur, épaisse de 28 cm. Cette cuirasse est sui-montée par une autre de 2,25 m. de hauteur et de 25 cm d’épaisseur.
- La batterie centrale et les casemates sont cuirassées à 127 mm. Quant aux tourelles et au blockhauss du commandant ils sont protégés par un blindage de 50 cm.
- Le Delaware et son frère North Dakota qui en est aux essais, font partie du programme de constructions prévues par le budget américain de 1007. Par une anomalie à remarquer, le Dakota est mù par des turbines du système Curtis alors que le Delaware, comme je l’ai dit, est muni de machines alternatives.
- On sait d’ailleurs que la marine américaine ne s’arrête pas en si beau chemin. D’autres Dreadnought viendront prochainement renforcer les deux premiers et on prépare les plans de deux cuirassés de 50 000 tonnes. C’est, pour le moment, un
- 1 ec0}‘d• Sauvaike-Jouhdan,
- CupiUiine de frégate de réserve.
- UNE VOIE STRATÉGIQUE ALLEMANDE
- Le général Langlois a publié récemment dans Le Temps (Il décembre) une note du plus haut intérêt sur une voie de chemin de fer que les Allemands ont ouverte au trafic au courant de novembre, et qui, pour l’éminent écrivain militaire, a été créée dans un but uniquement stratégique. Il s’agit, en effet, d’une ligne à voie normale s’embranchant à Dannemarie, station frontière sur la grande artère internationale Paris-Bâle par Mulhouse, et se dirigeant vers Bonfol (Suisse) par la station frontière de Pfellerhausen. Ainsi son trajet, enveloppant de très près notre frontière est, à une distance de 10 km, strictement parallèle à celui de la ligne Altkirch-Ferrette, , qui à Altkircli se Branche également sur la voie Belfort-Mulhouse. C’est là un dédoublement qui ne répond de
- toute évidence à aucune nécessité commerciale ni industrielle, et dont le caractère est nettement militaire. Cette nouvelle voie semble significative de modifications dans le plan élaboré par le haut état-major allemand pour notre investissement systématique. En effet, les modifications apportées depuis quelques années à la situation militaire des principales nations européennes, et actuellement le développement donné en Angleterre à l’armée territoriale, suivi de la réorganisation militaire de la Belgique, devaient contraindre à abandonner l’idée jusqu’ici dominante d’enveloppement par le Nord, c’est-à-dire par le territoire belge pour en venir à l’enveloppement par le Sud, c’est-à-dire à l’attaque par Belfort.
- LES NOUVEAUX SQUELETTES MOUSTÉRIENS
- On sait les très curieux résultats auxquels sont arrivés les préhistoriens dans ces derniers temps touchant la connaissance des types humains les plus anciens. L’année dernière, c’était l’homme de la Chapelle-aux-Saints découvert par MM. Bouyssonie et Bardon en plein gisement moustérien ; celui du Moustier, puis la fameuse mâchoire de Mauer recueillie par Schôtensack aux environs d’Heidelberg. Voici que, tout récemment, à la fin du mois de septembre dernier, fouillant en Dordogne comme d’ordinaire, j’ai eu le bonheur, avec mon dévoué collaborateur Peyrony, de retirer de foyers mousté-riens, en position stratigraphique idéale, un squelette humain entier, couché en plein niveau moustérien inférieur.
- Et tout d’abord Peyrony avait débuté, au milieu du même mois, par la découverte près de Sarlat, au
- lieu dit le Pech de l’Azé, dans une petite grotte creusée au milieu d’un abrupt, appartenant à la Compagnie d’Orléans (qui a gracieusement autorisé les foüilles), du crâne écrasé d’un enfant de 5 à 6 ans. Nous avons alors fouillé le gisement et reconnu que ce petit crâne était enfoui sous 5,10 m. de blocs de rochers éboulés, en plein milieu d’une couche de terrain uniquement formée de débris et de résidus de foyers renfermant des os de bisons, cerfs, rennes et les pointes et couteaux-râcloirs en silex caractéristiques du moustérien supérieur (partie inférieure du quaternaire moyen). Était-ce une sépulture, ou bien un reste de repas d’hommes primitifs ou de carnassiers?
- Mais notre découverte la plus sensationnelle a été faite à 52 km à vol d’oiseau, près du Bugue, où Peyrony fouille depuis 10 ans le très important
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- — LES NOUVEAUX SQUELETTES MOUSTER] ENS ===== 51
- gisement préhistorique de la Ferrassie. Ensemble nous y avions reconnu et étudié cinq couches distinctes, chacune contenant les débris d’industrie, avec faune concomitante, de cinq populations quaternaires d’époques différentes qui se sont succédé en ce point durant une longue suite de siècles. Ce sont de bas en haut : 1° les acheuléens; 2° les moustériens ; 5° les aurignaciens inférieurs; 4° les aurignaciens moyens ; 5° les aurignaciens supérieurs. Celte dernière couche se trouve sur et entre les blocs résultant de l’éboulement du plafond de la grotte en ce point. Entre les couches 1 et 2, Peyrony, accompagné de M. Raveau (de Bordeaux), aperçut, le 17 septembre, un tibia et un fémur humains, appartenant à un squelette qui gisait en ce point, recouvert, sans aucun remaniement, par les couches 2, 5, 4, h et l’éboule-ment ; le tout absolument intact et ayant une épaisseur totale de 5,40 m. L’âge du squelette était ainsi parfaitement établi de par la stratigraphie. Il datait du début de l’époque mous-térienne (partie tout à fait inférieure du quaternaire moyen)1.
- Peyrony et moi, en présence et avec le concours de MM. Boule, Cartailhac, Brcuil, Bouyssonie et Bardon que nous avions invités, nous enlevâmes les couches par tranches horizontales, correspondant à chaque niveau archéologique et, avec des précautions infinies, nous découvrîmes le squelette, qui apparut couché sur le dos, les membres inférieurs repliés fortement, le bras gauche le long du corps, le droit un
- 1 Pour bien fixer les idées, voici quelle est la succession des époques admises aujourd'hui en préhistoire par presque tous les préhistoriens (en commençant par les époques les plus récentes) : la Tène (gaulois), Hallstattien, Époque du bronze, Néolithique, Campignycn, Magdalénien, Solutréen, Aurigna-eicn, Moustérien, Achculécn, Chclléeu.
- peu élevé et plié, la tête inclinée à gauche, la bouche largement ouverte. Il put être photographié aisément. C’est la première fois qu’on peut prendre sur place la photographie d’un squelette moustérien. Aulour, sur et sous lui, nous recueillîmes en grand nombre les os des animaux ayant servi à l’alimentation et brisés par les moustériens, puis des dents de bisons, cerfs, chevaux, rennes, des silex taillés : pointes et couteaux-racloirs bien retouchés, disques, marteaux et casseurs d’os en quartz du type moustérien inférieur (c’est-à-dire taillés sur une seule face).
- On peut admettre que le cadavre de ce moustérien avait été placé là, en un coin du grand abri qu’habitait sa tribu, recouvert d’un peu de terre, de pierres, peut-être de branchages. Rapidement tout s’est affaissé; la terre et les débris de la vie quotidienne de ses semblables se sont accumulés sur lui, comme dans le reste de la grotte, lui faisant un linceul que, au moins deux centaines de siècles successifs ont augmenté, jusqu’au jour où nous avons eu le bonheur de le découvrir.
- La restauration, le montage et l’étude du squelette seront faits ultérieurement par nous-Le très grand intérêt de cette découverte résulte de l’antiquité extraordinairement reculée et de l’extrême rareté des squelettes humains moustériens (on n’en connaît jusqu’ici que deux : celui de la Chapelle-aux-Saints si bien étudié par le professeur Boule et celui du Moustier, découverts l’année dernière). Le nôtre a été recueilli dans de telles conditions d’exactitude et en position statigraphique tellement complète et indiscutable que sa valeur documentaire est, de ce fait, considérable. L’exposé ci-dessus l’aura, je pense, très clairement démontré.
- Dr Cafitan.
- (Cliché Lucas.)
- Le squelette de la Ferrassie, couché dans les joyers moustériens, au moment où il vient d'être dégagé.
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- ELECTR0=AI1VIANTS PORTEURS
- Nous avons eu tous entre les mains, dans notre prime jeunesse , de ces barreaux d’acier aimanté, en
- Fig. i. — Manutention de pièces découpées en per.
- forme de fer à cheval, avec lesquels on s’amuse à faire pivoter des plumes métalliques. C’est un peu
- Avec des poids aussi considérables, il ne faut plus songer à employer l’aimant naturel ou le barreau d’acier aimanté, car il faudrait lui donner des dimensions gigantesques; mais on utilise la propriété dite inductive du courant électrique, qui passe dans un fil enroulé sur un barreau de fer doux. Cette bobine et son noyau de métal jouent alors, on le
- Fig. 2. — Électro-aimant de 25 cm de diamètre transportant 3 couvercles de réservoir.
- une expérience du même genre que réalise aujourd’hui l’industrie avec les électro-aimants porteurs ; mais la plume légère d’acier est remplacée par des masses de fer, dont le poids atteint plusieurs tonnes.
- Fig. 3. — Transport de 6 boîtes de clous.
- sait, le rôle d’un véritable aimant, et, plus la force du courant augmente, plus la puissance d’attraction croit. On conçoit donc que, sous un volume réduit, on puisse obtenir une force portante élevée. C’est ce qui se passe dans les électro-aimants porteurs industriels, qui sont employés depuis deux ou trois ans déjà d’une façon générale.
- En principe, ils sont constitués par une caisse d’acier à parois robustes, dans laquelle est enfermée une bobine de fil solidement calée et isolée par du mica. La caisse d’acier constitue la carcasse de l’électro ; elle est ondulée pour dissiper plus facilement la chaleur qui se dégage dans les fils de la
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- : ELECTRO-AIMANTS PORTEURS :v..:... 53
- bobine lors du passage du courant ; un trou central permet quelquefois la circulation de l’air. Sur la carcasse est solidement boulonnée une pièce polaire, sur laquelle viendront se plaquer les pièces attirées.
- Enfin, tout le système est solidaire du crochet d’une grue roulante ou pivotante, ou d’un pont roulant.
- Pour transporter un fardeau avec cet électro-aimant, le système est amené au contact de la pièce à soulever. A ce moment, le courant est envoyé dans la bobine, au moyen d'un interrupteur manœuvré par le conducteur de la grue. L’électro fonctionne, la pièce ne fait plus qu’un avec lui et la grue peut transporter le tout à la place convenable; on ouvre alors l’interrupteur : le courant est coupé, la pièce transportée se détache d’elle-même et se trouve mise en place.
- Cette manœuvre n’exige pas la présence d’un aide à côté de l’appareil; néanmoins, lorsqu’il s’agit de pièces de forces variées, il est prudent de disposer manuellement l’électro à la place convenable.
- L’électro-aimant évite l’emploi de chaînes, lorsqu’on a à soulever des pièces lourdes, et supprime les caisses, lorsqu’on veut manutentionner de grandes quantités de petites pièces; mais on ne peut l’appliquer qu’à des matières faites de métaux magnétiques, principalement en fer, et c’est pourquoi l’électro trouve merveilleusement son application dans les fonderies pour transporter les saumons, qu’il peut retirer directement du sable, ou dans les ateliers de constructions métalliques, car il permet
- de former des piles considérables de tôles. de fer avec une grande rapidité et de placer pour le rivetage, les, pièces usinées. C’est ainsi que cet appareil est utilisé depuis deux ans dans les
- chantiers de constructions navales à Yokohama.
- On donne à la pièce polaire une forme concave, quand il s’agit de transporter de petits matériaux,
- comme des pièces découpées ou des déchets de fil de fer, car alors le champ d’attraction est mieux utilisé ; mais cette forme a un inconvénient pour les pièces plates, en raison du matelas d’air interposé ainsi entre les pièces métalliques.
- La forme des électroaimants est variable, soit ronde, soit carrée; quant à leur force, elle peut aller jusqu’à 20 tonnes, et dans ce cas, d’ailleurs unique, l’aimant a lm,50 de diamètre. En général dans les fonderies, la force de ces appareils est de 10 tonnes, ce qui exige un diamètre de lm,30 et une carcasse qui pèse 2400 kilogrammes. Le fonctionnement électrique nécessite un courant de 55 ampères, sous une tension de 220 volts, ce qui fait approximativement une force de 10 chevaux-vapeur.
- Naturellement la puissance de 10 tonnes, indiquée pour cet électro-aimant, ne peut s’exercer que si l’objet à soulever présente une surface très saine ; aussi, quand il s’agit de transporter des lingots à sur-
- Fig. 4. — Transport de déchets de fil de fer.
- Fig. 5. — Démontage direct de lingots coulés dans le sable.
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- LES ÉTINCELLES D’ACIER
- face rugueuse et quelquefois saupoudrée encore du sabledelalingotière, le poids de 10 tonnes se trouve considérablement réduit. C’est là presque le seul inconvénient de l’électro-aimant porteur, si l’on y joint l’impossibilité de soulever les métaux antimagnétiques, tels que le cuivre; mais, malgré tout, c’est un appareil de manutention souple et écono-
- mique, dont l’emploi s’est généralisé dans les fonderies de fer, dans les forges et dans les aciéries. Un électro de 10 tonnes fait le travail de quatorze manœuvres et manutentionne 800 tonnes en vingt-quatre heures. Une fois de plus, la science a fourni à l’industrie un précieux auxiliaire.
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- LES ÉTINCELLES D’ACIER
- Lorsqu’on choque un fragment d’acier contre un corps dur comme un silex ou un cristal d’émeri, on voit apparaître des étincelles. C’est ainsi que s’illumine sous les sabots des chevaux le dur pavé parisien.
- Entrez dans l’atelier de meulage d’une usine mécanique : vous verrez des ouvriers rectifiant à la meule d’émeri des pièces métalliques ; du disque en rotation s’échappent, en vertu du même principe,
- passe : on aperçoit tout d’abord un trait lumineux plus ou moins long ; c’est la trajectoire de la particule d’acier portée au rouge, qui s’imprime sur la rétine, et, en vertu de la persistance des impressions lumineuses, donne l’impression d’une ligne continue. L’extrémité de cette ligne prend la forme d’une goutte très allongée (la pointe de la goutte en avant dans la direction du mouvement). A un examen attentif, on s’aperçoit que cette pointe s’élargit en
- Fig. i. Fig. 2.
- Étincelles d'acier Étincelles d'acier
- au carbone. au manganèse.
- Fig. 3.
- Étincelles d'acier au creuset.
- Fig. 4.
- Étincelles d'acier au tungstène-chrome.
- des gerbes gracieuses de brillantes étincelles ; elles projettent dans l’atelier un véritable feu d’artifice, spectacle pittoresque qui ne manque pas de séduire les visiteurs étrangers à la vie des usines.
- Un savant, M. Bermann, de Budapesth, s’est plu à regarder de très près ces jolies étincelles, et il a fait des observations à la fois fort curieuses et d’une réelle portée pratique. Il a analysé très finement les diverses phases de la vie d’une étincelle et il a constaté que sa forme caractérisait très nettement la nature de l’acier qui lui a donné naissance. Il en a conclu un moyen très simple et très pratique de se rendre compte si un acier est riche en carbone, s’il contient du manganèse, du tungstène, du nickel, etc., tous corps dont la présence dans le métal a une influence capitale sur ses propriétés.
- L’étincelle naît évidemment du frottement de l’acier contre la meule : des particules d’acier arrachées par l’émeri, rendues incandescentes par le frottement, sont projetées avec la vitesse périphérique du disque mobile. Et voici alors ce qui se
- une deuxième goutte. Puis la première goutte, la plus large, s’étale, et sa partie inférieure, qui est la plus incandescente, fait explosion projetant dans tous les sens une multitude de petits dards lumineux.
- Or cette explosion prend des caractères differents suivant la nature de l’acier. Ainsi, pour un acier au carbone, l’étincelle a l’aspect d’un faisceau d’épines (fig. 1). Avec une teneur en carbone de 0,07 à 0,08 pour 100, le nombre des dards est de deux à trois et ceux-ci paraissent partis de différents points de la goutte incandescente. Le nombre des épines croît avec la teneur au carbone, et semble lui être proportionnel.
- L’acier au manganèse donne une étincelle qu’il est impossible de confondre avec celle d’aucun autre acier; l’extrémité de chacun des dards, issus de la goutte d’acier, présente un phénomène explosif secondaire et l’on croirait voir des nervures de feuille s’irradiant autour d’un centre commun. Le nombre et la densité des dards qui s’échappent de la goutte centrale restent caractéris-
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- LE PROCES DES PERTES DU DANUBE i 55
- tiques de la proportion de carbone dans l’acier (fig. 2).
- L’étincelle de l’acier au creuset donne l’illusion d’une fleur de lilas; dans l’acier au tungstène, les gouttes apparaissent comme des têtes d’épingle brillantes et projettent des lignes à peine visibles (fig. 3). L’acier tungstène-chrome (acier rapide) donne deux sortes de rayons : les uns, rouge sombre très minces, les autres rouges brique plus épais (fig. 4). Certains aciers rapides ne donnent que des lignes lumineuses sans épanouissement.
- Bref, l’aspect des étincelles permet, après une habitude qui s’acquiert aisément, de reconnaître les divers genres d’acier et de fer, et même d’évaluer approximativement leur teneur en carbone combiné, méthode rapide et simple, qui peut évidemment rendre de précieux services.
- Au point de vue physique, l’étincelle de l’acier constitue un phénomène curieux dont il est intéressant de chercher l’explication. C’est ce qu’a fait M. Bermann. Il a constaté tout d’abord, et tout le monde peut vérifier aisément le fait, que la particule d’acier projetée parla meule, continue à s’échauffer, au lieu de se refroidir progressivement comme on pourrait s’y attendre; d’abord rouge sombre, elle passe en un point de sa trajectoire au rouge orangé, puis au rouge blanc; c’est alors qu’elle explose et se ramifie.
- D’autre part, M. Bermann a montré que l’étincelle est liquide au moment de l’explosion. Que s’est-il donc passé? Ceci : le fer s’oxyde dans l’air par sa surface extérieure ; en même temps, dans l’intérieur de la masse, grâce à la température atteinte, le carbone combiné se transforme, puis brûle brusquement à l’état naissant, empruntant l’oxygène à la couche de peroxyde de fer qui l’entoure. La transformation du carbone dégage de la chaleur, en quantité plus ou moins considérable suivant la teneur en carbone : si les calories dégagées sont en nombre suffisant pour faire fondre toute la petite masse d’acier, les gaz intérieurs provenant de la combustion de carbone combiné feront sauter la croûte extérieure de peroxyde, et le contenu liquide sera expulsé en dards lumineux.
- On s’explique alors que la richesse de l’épanouissement de l’étincelle soit liée à la teneur de l’acier en carbone et que, dans certains aciers très pauvres en carbone, l’explosion de la goutte incandescente ne puisse se produire.
- L’explication fort ingénieuse de M. Bermann sera peut-être contestée ; il ne restera pas moins de ses expériences une méthode originale et simple pour distinguer les aciers ; méthode qui sera certainement appréciée dans les ateliers industriels. A. Troller.
- LE PROCES DES PERTES DU DANUBE
- Kilomètres
- Une question des plus curieuses s’est posée depuis longtemps en Allemagne méridionale et atteint actuellement un degré exceptionnel d’intérêt pratique. Elle est d’ordre à la fois juridique, international, industriel, hydrologique et géologique et n’est pas suffisamment connue, surtout en France. C’est celle qui concerne les pertes du Danube dans la partie supérieure de son cours.
- On sait que, entre Donaues-chingen (Bade), et Tuttlingen (Wurtemberg), à mi-chemin d’Immendigen à Môbringen, au lieu dit la Brühl (652 à 656 m. d’altitude), sur une longueur de 1700 m., les calcaires fissurés (Beta Kalken du Jura blanc), font subir aux eaux du Danube des pertes souterraines, véritables saignées, observées dès 1719 par le prélat F. W. Breuninger (Fons Danuhii primus et natu-ralis, 1719); celui-ci supposa très justement, pour l’onde ainsi absorbée, une réapparition à la fontaine d’Aach1 (ait. 485 m.), petite ville sur le versant du lac de Constance. La distance d’un point à l’autre est de 12 km.
- D’autre part, et en amont de
- 1 II y a encore, d’autres pertes au Danube à Zimmern en amont d’Immendingen, etc.
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- Fig. t. — Région de l’Aach.
- Donaueschingen, avec la même différence de niveau, on suppose que la Wutach, affluent du Bhin, est reliée à la Bregà9km. et même au Danube (àNeudingen) à 10 kml/2 avec une différence de niveau de 170 m. L’hypothèse de Breuninger fut vérifiée et reconnue exacte, grâce aux expériences de Knopp et de Ten Brink en 1877 (voir ci-après ; voir aussi Nettes Jahrbitch fur minéralogie und géologie 1878, p. 555). Ainsi il fut avéré que le haut Danube est un affluent souterrain du Rhin.
- Les causes de cette dérivation du Danube par l’Aach sont, bien entendu et tout naturellement, la fissuration des calcaires, leur inégale compacité, leurpendage et l’approfondissement, à un niveau plusbas que le hautDanube, du bassin de Constance. La disparition du Danube se produit, dès que son débit descend à 4000 litres par seconde, dans des entonnoirs en forme de po-nors dalmates; la source de l’Aach est à l’issue de deux vallées sèches et remonte de 12 m. plus bas. Un plongeur aurait reconnu, à cette profondeur, un trou de 1,20 m. de diamètre d’où la force de l’eau l’aurait repoussé. L’ascension de l’eau
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- LE PROCES DES PERTES DU DANUBE
- D’abord
- serait due à l’obstruction de l’ancienne issue par une moraine ou un dépôt fluvio-glaciaire.
- Voici le résumé des expériences de '187 600 kilogrammes d’huile de schiste furent j étés dans les pertes de la Brühl ; l’odeur mit 60 heures à gagner l’Aach. Par ordre du ministère du Commerce Badois le professeur Knopp, du 21 au 28 septembre 1877, fit un autre essai avec 200 quintaux de sel de cuisine. Les premières traces de salure se manifestèrent à l’Aach en 16 à 20 heures, la plus forte teneur en sel en 60 heures et toute salure avait disparu au bout de 90 heures. On calcula que 185 quintaux 1/2 de sel étaient parvenus à l’Aach qui débitait alors 3500 litres par seconde tandis que les pertes absorbaient 1700 à 1800 litres.
- infiltrations du plateau de la Baar) à 10° C. (par 678 m. d’altitude), le Danube aux pertes d’Immendingen à 16°,5 (par 655 m.) et la résurgence de l’Aach à 15° (par 483 m.)
- Fig.
- La Brühl.
- au lieu de 11° à 12° que comporte la moyenne annuelle. Contrairement aux résurgences des Alpes calcaires, l’Aach est réchauffée (en été) par la provenance de ses eaux et par la rapidité de son parcours souterrain (60 heures) ; en hiver, il est certain qu’un renversement doit se produire, et que les infiltrations froides dü haut Danube peuvent faire descendre l’Aach même au-dessous de 11°. Ce point de détail serait facile à vérifier.
- Il est avéré que, depuis 1719, les pertes ne font que
- Fig. 3. — Perte du Danube.
- L’expérience ultérieure de Ten Brink, avec 10 kg de fluorescéine, confirme ces données: apparition au bout de 60 heures; durée 36 heures.
- Le 6 août 1907 une nouvelle expérience fut refaite avec 10 kg de fluorescéine; la coloration apparut le 9 août à 8 heures du soir dans l’Aach, au bout de 75 heures et dura jusqu’à 110 heures après le jet.
- La dissemblance dans la durée du trajet de 187 7 et celui de 1907, provient uniquement des différences de débit au moment des expériences.
- A la fin de juillet 1902, les températures (dont on ne fait pas encore suffisamment usage en ces questions) m’ont permis d’ajouter un argument de plus aux essais de salure et de coloration. J’ai trouvé alors la Donauquelle de Donaueschingen (résurgence des
- Fig. 4. — Perte du Danube.
- s’agrandir et engloutir une quantité d’eau de plus en plus considérable. Il y a deux ou trois siècles le Danube, à l’aval d’Immendingen, était toujours flottable, voire
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- LE PROCES DES PERTES DU DANUBE
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- navigable; maintenant il est sec chaque été pendant de longs jours (140 en 1899, 154 en 1891, 1 72 en 1895),
- alors qu’en amont c’est déjà un fleuve de 55 m. de largeur sur 2 à 5 de profondeur. En 1898 Môhringen fut infecté par la décomposition des amas de poissons laissés à sec. Les 4 et 5 septembre 1909, le professeur Endriss aurait constaté, que le samedi, le Danube avait 1 m. d’eau sur une étendue de 500 m., qui était complètement à sec le lendemain. II aurait vu de nouvelles pertes de 1,50 m. de diamètre et un demi-mètre de creux se former à vue d’œil.
- Il résulte de tout cela que l’Aacli débite de plus en plus d’eau, à la vive satisfaction des usiniers badois, qui utilisent sa force et au grand
- Fig. 5. — Résurgence de VAach.
- dam des Wurtembergeois, de Tuttlingen notamment. Aussi le gouvernement badois avait-il interdit, par une loi hydraulique spéciale, l’obstruction, sur son territoire, des pertes du Danube1.
- Fig. 6. — Sortie de VAach.
- Mais,rdans ces dernières années, les rôles ont été quelque peu renversés : on a reconnu : en aval, qu’en plein sol wurtembergeois à.Frie-dingen, existent d’autres pertes du Danube, déjà reconstitué par des affluents ; l’une d’elles est
- Fig.
- Grotte bouchée.
- une crevasse rocheuse de la largeur du corps d’un homme ; on crut longtemps que, par là, l’eau retournait au Danube en aval; mais il a été établi que ces pertes aussi alimentent l’Aach, distante, là, de 20 km avec 156 m. de dénivellation; la preuve en a été faite comme suit :
- Sur les instances du professeur Endriss, le
- 1 Une difficulté analogue, mais d'intérêt contraire, s’est produite aussi dans le Karst vers 1890. Après les travaux de désobstruction des ponors de Planina, par W. Pulick, pour éviter les inondations de l’IJnz, la ville de Laibach eut à souffrir des recrudescences de débordements qui se manifestèrent à la résurgence de Laibach. On voit, à quelles complications
- pratiques se heurtent toutes ces questions d’eaux souterraines et quels gros problèmes de toutes sortes elles soulèvent.
- Fig. 8. — Résurgence de VAach.
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- 58 —: ...... - LE PROCÈS DES PERTES DU DANUBE
- 26 août 1907, en effet, on y a exécuté l’expérience voulue avec 10 kg de fluorescéine. Le matin du 5 septembre, au bout de 195 heures, l’Àach fut colorée. Celle-ci draine donc toutes les pertes du Danube à l’aval d’Immendingen. Entre Zimmern et Môhringen, le volume d’eau englouti dans la Brühl varie de 4 à 50 m3 par seconde sans compter les pertes inconnues.
- Or l’Aach ne débite que 2 à 4 m3 par seconde en sécheresse, 7 ms en eau moyenne et 20 m3 aux grandes eaux. Même quand la Brühl est à sec, l’Aach débite encore 7 ms par seconde pendant six semaines. On en a conclu à l’existence d’un immense réservoir souterrain d’au moins 7 millions de mètres cubes; mais il faut croire plutôt à l’existence d’un réseau de cavernes très ramifiées, et séparées par d’étroits siphonnements comme dans le Karst.
- C’est le temps nécessaire à la réapparition de l’eau à la source de l’Aach (60 heures) qui avait fait supposer de longs circuits, de vastes bassins ou de grands obstacles intérieurs, puisque la vitesse n’est que de 200 m. à l’heure pour une pente de 1,97 pour 100. — En réalité les progrès récents de l’emploi de la fluorescéine ont établi qu’au contraire cette vitesse doit être considérée comme grande.
- Même l’hypothèse d’une nappe d’eau a été à tort adoptée par le grand géologue autrichien Suess qui dit dans la Face de la Terre (trad. de Margerie, 1.1, p.481).
- « De même que le Rhin et le Danube communiquent par « une même nappe souterraine, il n’est pas impossible « qu’une nappe d’eau saumâtre ait fait communiquer « de tout temps la mer Rouge et la Méditerranée,
- « par Suez. »
- Or la rapide transmission des eaux du Danube à la résurgence de l’Aach (200 m. à l’heure) est exclusive de l’existence d’une nappe. Les variations de la température confirment cette notion.
- C’est donc bien une rivière souterraine (plus ou moins ramifiée et siphonnante) qui réunit les deux points, parce que le terrain intermédiaire est en calcaire fissuré. M. Endriss est dans le vrai en supposant un courant souterrain à travers des fissures. On n’a fait que considérablement embrouiller les explications antérieures, en cherchant à concilier ces phénomènes avec la conception allemande, radicalement fausse, de la Gründwasser, ou nappe d’eau de fond.
- Le Wurtemberg ayant fait boucher les pertes de Friedingen, le retentissement sur l’Aach fut très net; le préjudice subi par les usiniers badois atteignit, pour 1908, 500 000 marks. Comme contre-épreuve on a, en août 1908, déblayé en aval de Friedingen une fissure qui, le 2 septembre 1908, absorbait 200 litres par seconde. Le Wurtemberg tient donc la seconde manche, puisque par Friedingen il peut à son gré diminuer ou accroître le débit de l’Aach; aussi le 11 février 1909, le ministre Dr von Pischek a-t-il déclaré nettement qu’il rendrait les pertes de Friedingen totalement étanches, si Bade persistait dans son refus de détourner en permanence, de ses pertes d’Immendingen, les 250 litres par seconde qui s’engloutissent au plus bas étiage à Friedingen ; c’est-à-dire si ce minimum de 250 litres n’était pas assuré au fleuve entre les deux points !
- Ainsi Bade se trouve acculé à accepter, bon gré mal gré, une réduction de 250 litres par seconde pour l’Aach. Si ces chiffres sont exacts, c’est vraiment bien peu pour une résurgence qui varie de 2 à 20 m® par seconde ; les prétentions du Wurtemberg nous semblent
- bien modestes, et sur de telles bases une entente s’impose.
- Il serait indispensable (et il en est d’ailleurs question) de faire explorer le sous-sol de la région calcaire entre les pertes et l’Aach; il est clair qu’un réseau colossal de cavités immenses y existe ; mais jusqu’ici aucune grotte, aucun abîme, aucune perte pénétrable n’en a révélé la porte. Les vallées sèches ont peut-être assuré jadis une communication subaérienne du Danube à l’Aach, remplacée aujourd’hui par le canal souterrain où l’on n’a pas pu pénétrer jusqu’ici.
- Toute la région des calcaires jurassiques au Nord de l’Aach est sillonnée de ces vallées sèches, où doivent abonder les points d’absorption. Dans les bois qui les séparent on rencontrera certainement des abîmes qu’on devra explorer. Il suffit de passer en chemin de fer de Singen à Immendingen pour se convaincre qu’il y a là toute une zone d’infiltration, certainement riche en manifestations hydrologiques souterraines.
- Endriss cite à 400 m. Nord de la résurgence un grand affaissement, de plus de 200 m. de longueur sur 25 de largeur (bois d’Eggen). En juin 1908 il a découvert aussi dans le bois de Felsteckenhau une dépression caver-niforme jusqu’alors ignorée et non figurée sur la carte topographique. C’est un affaissement de 50 m. de diamètre et de 15 m. de profondeur. De vieux paysans affirmèrent qu’il s’était produit subitement il y a une centaine d’années. C’est évidemment (au Sud-Est de la station de Thalmühle et vers 600 m. d’altitude) une fosse comme celles de la forêt de la Braconne (Charente).
- Enfin on annonce qu’au début de septembre 1909 on a retrouvé à Hattingen, sur le plateau boisé, à 2 km Sud des pertes de Brühl un autre affaissement de 50 m. de diamètre; on se demande si ce n’est pas celui qui se serait produit en 1711 et où trois hommes (en 1715) se seraient fait descendre à 90 m. jusqu’à un écoulement souterrain? Le professeur Endriss préparerait l’exploration scientifique de ces points.
- Le Berliner Tageblatt (du 20 août) auquel nous empruntons ces récents détails, déclare que toute cette situation est sans exemple dans la géographie physique de la terre : c’est là une erreur manifeste. En France seulement on peut citer les pertes du Doubs vers Pon-tarlier, qui vont ressortir à la Loue et provoquent en ce moment de sérieux conflits industriels; celles de la Tar-doire et du Bandiat (Charente) qui alimentent la Touvre et quantité d’autres qu’il serait trop long d’énumérer.
- En tout cas ce procès des pertes du Danube établit l’utilité pratique incontestable qu’il y aurait à étudier et à connaître de mieux en mieux l’hydrographie souterraine générale, encore si pleine de mystères.
- Il semble que le premier mode de pénétration à tenter serait, du côté de l’Aach, la désobstruction d’une cavité très peu profonde, située juste au-dessus de la source et d’où jaillit parfois un fort écoulement en temps de grandes eaux. Le déblaiement de ce trop-plein conduirait peut-être au courant souterrain cherché.
- Quant au désaccord entre Bade et Wurtemberg, il paraît d’un règlement aisé : canaliser le Danube de façon étanche à travers la Brühl et à Friedingen; transformer une portion quelconque de son cours avant Friedingen en réservoir régulateur de crues et étiages; et livrer artificiellement aux pertes les quantités d’absorption nécessaires pour les usiniers de l’Aach, qui, du même coup, se trouverait régularisée aussi dans une très appréciable mesuré. E.-A. Martel.
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- LE TERRAIN HOUILLER DE DOUVRES
- Il y a une vingtaine d’années, la découverte du terrain houiller à Douvres a fait quelque bruit, non seulement à cause de son importance propre, mais aussi pour l'espoir qu’elle avait donné un moment, d’en retrouver le prolongement sur le sol français du côté de Boulogne. Ce nouveau bassin houiller venait, en effet, s’intercaler sur la grande traînée houillère bien connue qui relie le bassin du Rhin, la Belgique, le nord de la France et le Pays de Galles et l’on avait supposé d’abord que le raccord souterrain du bassin du Nord vers Douvres passait à Boulogne. Avec la disette de charbon qui menace de s’aggraver de plus en plus en France, la question prenait pour nous un gros intérêt. Les recherches faites à cette occasion dans notre pays n’ont pas donné ce qu’on en espérait; mais, en Angleterre, on a beaucoup travaillé depuis quelques années et l’on est arrivé à des résultats qui méritent d’être connus.
- En ce qui concerne d’abord le point essentiel, à savoir l’existence de la houille, voici ce que les sondages divers, dont on trouvera l’emplacement sur la carte ci-jointe (iîg. 1), ont prouve.
- A Douvres même, on a rencontré le houiller à 335 m. de profondeur, on l’a traversé pendant 300 m. sans le perdre et l’on a rencontré 13 couches de houille, dont 8 paraissent exploitables.
- A Waldershare, on a atteint le houiller à 450 m. ; puis on y a trouvé : une couche de 0,55 à 600 m. ; une couche de 1,10 à 630 m. ; une couche de 1,50 à 640 m. ; une couche de 1,70 à 800 m.
- A Fredville, on a recoupé le houiller à 400 m. de profondeur et on y a trouvé : 2 couches de 0,40 à 0,50 m. de puissance; une couche de 1,45 à environ 500 m.
- Les autres sondages, marqués sur la carte, sont actuellement en cours ainsi que les charbonnages ou futurs puits d’exploitation.
- Étant donnée la présence de la houille en profondeur, le problème qui se pose est maintenant d’aller l’atteindre : problème technique qui n’est pas sans difficulté par suite de la présence de couches aquifères difficiles à
- Sud
- Douvres Fonçage
- C’est au-dessous que l’on trouve le carbonifère, recouvert transgressivement par les terrains précédents. La constitution de ces terrains supérieurs, en ce qui concerne la présence des eaux, est la suivante :
- Le crétacé supérieur comprend, au sommet, des assises de craie pure très blanche à assises de silex qui recouvrent tout le plateau au Nord-Est de Douvres. Ce terrain très fissuré absorbe les eaux comme une éponge, en sorte
- F Mcriel/ C'a
- Fig.
- Carte des sondages du bassin de Douvres.
- Ellinge
- Sondage
- Nord
- MbJclersliare
- Sondage
- Tilmanstane
- Charbpnnage
- Carbonifère'
- Fig. 2. — Coupe verticale Nord-Sud.
- traverser par puits, mais dont la solution, tout en imposant des dépenses supplémentaires, se ramène aujourd’hui à l’application de méthodes connues. Quelques mots de géologie feront comprendre comment cette question si importante des eaux souterraines se présente.
- Notre coupe (fig. 2) montre, en discordance sur le carbonifère, la disposition du terrain crétacé pendant vers le Nord, qui repose sur le jurassique à inclinaison analogue et disparaît lui-même à une certaine distance sous le tertiaire. Les couches ont, comme le montre cette coupe, une tendance à se terminer en biseau vers le Nord.
- qu’il n’y a plus aucun ruisseau à la surface. Toutes les eaux s’infiltrent et vont former une première « nappe aquifère », autrement dit un réseau de ruisseaux souterrains, dont la présence constitue une gêne sérieuse pour les travaux de fonçage de puits. Au-dessous viennent des calcaires grisâtres, homogènes et peu fissurés, peu perméables aux eaux. Le gault, qui vient plus bas, est constitué de marnes et argiles imperméables, faciles à traverser. Mais il recouvre une nappe aquifère bien connue dans tout le bassin parisien, la nappe des sables verts. Cette couche perméabje affleure à l’ouest de Douvres, où elle pénètre dans la Manche et forme ainsi comme une bouche ouverte pour les infiltrations de l’eau de mer. Elle a causé la ruine de la première affaire constituée pour exploiter le bassin dont nous parlons ici. On avait fait l’imprudence de placer le fonçage (marqué sur notre figure) au pied même de la falaise. De violentes irruptions d’eau dans les travaux forcèrent à les abandonner. On pense aujourd’hui éviter des inconvénients semblables en s’éloignant de la mer.
- Enfin le jurassique (weald, oolithe et lias) comprend seulement des bancs calcaires à intercalations de schistes argileux qui n’offrent pas de difficultés spéciales.
- Il s’agit donc de traverser deux nappes aquifères pour aller retrouver, entre 400 m. et 600 m. de profondeur, des couches de houille d’âge xvestphalien dont la puissance varie de quelques centimètres à 2 m. et le nombre de 5 à 8. C’est ce qu’on commence à réaliser. P. Saixtor.
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- 6o _- : , :.......
- LES FLAMMES RÉVÉLATRICES
- On connaît le principe des flammes de Kônig.
- Une membrane vibrante insérée à ________
- un endroit quelconque, dans la paroi d’une enceinte traversée par une flamme, communique à
- Acétylène
- ' - Membrane
- - - Diapason
- Fig. i. — Diapason faisant i vibrer une flamme d'acétylène.
- cette dernière ses propres vibrations. J La figure 1 représente schématiquement un diapason dont les vibrations sont transmises par l’air à la membrane, de là elles
- vibration de la flamme. La ligure 3 lait voir une de ces images de suie, dues à une flamme dont la membrane subissait l’action d’un diapason de 100 vibrations par seconde. Il va sans dire qu’on
- Fig. 2. — Flamme d'acétylène influencée par les fluclualions du courant électrique d'une bobine d'induction.
- obtient des anneaux pareils par l’action, sur la membrane, d’une source acoustique quelconque, par exemple la voix humaine. Si l’on prononce une phrase devant la membrane, les anneaux de fumée la traduisent en cercles plus ou moins rapprochés.
- 3 6
- Fig. 3. — Images de suie tracées par des flammes vibrantes sur une bande de papier se déplaçant d'un mouvement uniforme. — Le n° i représente la voyelle a, chantée directement devant la flamme; n° 2, images tracées par une flamme influencée par le couran t d’une bobine d'induction ; n° 3, image d’un courant alternatif; nm 4, 5, 6, tracés produits par les battements du cœur.
- se propagent à travers un tuyau de caoutchouc jusqu’à une flamme d’acétylène alimentée par un gazomètre.
- Or, si l’on fait passer d’un mouvement uniforme;, dans la partie supérieure d’une flamme ordinaire oscillante, un ruban de papier comprimant un peu la flamme, on obtient sur ce ruban une bande de suie unie.
- Lorsque cette flamme ordinaire est remplacée par une flamme vibratoire de Konig, nous remarquons, sur le ruban de papier, un anneau de suie pour chaque
- Fig. 4. — Capsule acoustique transmettant à la flamme les battements du cœur.
- Or, M. K. Marbe, professeur à l’Académie de Francfort-sur-le-Main, a fait, au cours de recherches de ce genre, une découverte curieuse, en constatant que la disposition de Konig n’est nullement nécessaire pour modifier les flammes par les vibrations des sources acoustiques. Les flammes ordinaires dégageant de la suie subissent, en effet, directement l’influence des vibrations acoustiques et les rendent graphi-. • quement par des séries d’anneaux
- de suie. Cette simplification du procédé assure du
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- LES FLAMMES REVELATRICES —.........: 61
- reste un nouvel avantage, à savoir que non seulement la fréquence, mais la forme des vibrations originales est reproduite par les flammes vibrantes. La figure 3 (n° 1) représente par exemple la-voyelle
- du courant primaire, une oscillation de la flamme et, par conséquent, un anneau de suie, sur le ruban enregistreur (fig. 5).
- La méthode est susceptible également de nom-
- a a » chantée directement devant la flamme; les différents anneaux d’un groupe donné indiquent les sons partiels ou, ce qui revient au même, les sommets de la courbe caractéristique de la voyelle.
- La disposition décrite ci-dessus se prête à de nombreuses applications d’électricité industrielle. C’est ainsi que de forts courants électriques traversant les flammes les dévient et que les décharges vers les flammes y produisent des fluctuations. Or, tous ces mouvements
- sont fixés graphiquement par des dépôts de suie. En intercalant, par exemple, dans le circuit secondaire d’une bobine d’induction, un éclateur renfermant une flamme d’acétylène touchant presque les électrodes (fig. 2), on obtient, à chaque ouverture
- *
- Fig. 6. — Examen cardiaque au moyen d'un appareil Marbe.
- breuses applications scientifiques. C’est ainsi qu’à son aide on enregistre graphiquement l’allure d’un discours prolongé, ce qui est d’un haut intérêt pour
- la psychologie et . . ; la linguistique.
- Le physicien mesure facilement et exactement, par les flammes révélatrices, le nombre de vibrations des diapasons ou autres sources acoustiques. La même méthode permet de mesurer la fréquence d’un courant alternatif plus exactement et à meilleur compte que par les méthodes
- usuelles. Nous insisterons sur une application particulièrement intéressante du cœur humain.
- On place sur le thorax une petite capsule enregistreuse, se composant d’un anneau métallique de
- l’enregistrement des sons
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- 62 —- . = ACADÉMIE DES SCIENCES
- quelques millimètres d’épaisseur sur lequel est tendue une mince membrane de caoutchouc délimitant un volume gazeux minimum. Derrière cette membrane, pénètrent deux tubes aboutissant en face de la membrane : l’un amène dans le compartiment gazeux le gaz venant d’un générateur d’acétylène, tandis que l’autre le conduit vers un bec vertical.
- Les vibrations et les chocs qui composent, au point de vue physique, les sons dits du cœur, sont transmis à la membrane et, à travers le gaz, à la llamme révélatrice. Il suffit de faire passer un ruban de papier à travers la partie supérieure pour obtenir les inscriptions des sons du cœur.
- M. Marbe fait construire un appareil spécial qui permet l’introduction de ce procédé dans la pratique médicale.
- En tournant une manivelle, on dévide un ruban de papier traversant la flamme à côté de laquelle se trouve une autre llamme qui communique, comme il a été dit en dessus, avec un diapason électrique de 100 vibrations par seconde. Les flammes sont ajustées pour produire leurs images de suie, l’une à côté de l’autre, de façon à permettre la détermination, à des fractions de centième de seconde près, des durées et des intervalles des sons du cœur. D' A. Gmadexwitz.
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance publique annuelle du 20 décembre 1909. — Présidence de M. Bouchard.
- M. le président Bouchard ouvre la séance à une heure par un discours dont le début est un hommage rendu à l’illustre associé étranger, Simon Newcomb, enlevé à la science dans le cours de l’année écoulée :
- « Simon Newcomb est un exemple des entraves qu’apportent au développement de la personnalité, les directions intempestives qui prétendent se substituer à la vocation ; et un exemple aussi de l’inanité des longues cl stériles préparations dans la conquête de sa propre destinée.
- « Son enfance et sa jeunesse ont été tellement décousues et médiocres qu’on n’en connaîtrait rien s’il n’avait écrit les « Souvenirs d’un astronome » où l’on reconnaît, comme chez J.-J. Rousseau et chez Franklin, que ces autobiographies recèlent autant d’orgueil que d’humilité. Né en 1855, à Wallace, dans la Nouvelle-Ecosse, de parents religieux, austères et méthodiques, il fut élevé, un peu à l’abandon, et, en tout cas, sans méthode. 11 lisait volontiers les livres qui lui tombaient sous la main, mais le hasard choisissait mal ses lectures.
- « A 14 ans, il faillit être engagé dans la Marine, mais il resta sur la terre ferme ; il s’assouplit mal au travail agricole et ne réussit pas à apprendre comment on conduit les bœufs. On avait totalement négligé de l’initier aux exercices du corps. Par un revirement d’idées, son père voulut le destiner au barreau et sa mère au sacerdoce. On s’aperçut qu’on avait heureusement oublié de lui apprendre le latin. Des parents, un oncle et une tante, prirent en commisération ce garçon de 10 ans que personne n’aidait à entrer dans la vie; ils vinrent le chercher pour l’amener à son grand-père ; mais la voiture n’avait que deux places, Newcomb fit à pied les 180 km du trajet. »
- Après avoir été occupé par un médecin' quelque peu pharmacien à la préparation des drogues, Newcomb à l’àgc de 18 ans se fit instituteur.
- « En essayant d’instruire les autres, il réussit à s’instruire lui-même. Il y réussit si bien qu’à 20 ans, il écrivait sur les idées de Copernic un article qui fut remarqué ; que, à 22 ans, il était attaché au bureau du Nautical Almanac ; et que, à 25 ans, il était docteur ès sciences. ))
- Puis, M. le Président aborde la grande question de la stagnation de la population de la France. Il examine les causes attribuées au défaut d’accroissement de cette population: la préoccupation des parents de voir leur fortune divisée
- après leur mort, l’exiguïté des habitations, le refus des propriétaires de louer des logements aux familles nombreuses.
- II pose en fait que la fécondité de la race française n’est pas inférieure à la fécondité des races voisines. 11 observe que la population générale de la terre augmente lentement. L’humanité, dit-il, marche vers l’encombrement, car le chiffre de la population augmente plus vile que les progrès agricoles et industriels. La population, ajoute-t-il, peut augmenter sans que la natalité augmente ; il suffit que le nombre des décès, diminue, en d’autres ternies que la longévité augmenté.
- Or, deux faits caractérisent l’époque actuelle, la longévité augmente let le travail diminue. Mais l’homme de l’avenir « mis en possession de meilleures méthodes, armé d'instruments plus parfaits, hôte d’un monde où le travail sera remis en honneur, l’homme verra la production augmenter, les besoins recevoir facile satisfaction, les jouissances se placer à portée des désirs.
- « Ce jour-là l’équilibre sera réalisé, les naissances ne l’emporteront plus sur le nombre des décès. Nous nous acheminons vers ce terme fort éloigné qui est, je crois, dans la destinée de l’humanité. Peut-être avançons-nous d’un pas trop rapide. Il n’est pas prudent d’arriver trop tôt, d’arriver les premiers à cet état où la paix du monde sera assurée par l’égalité des naissances et des morts. Le bien-être a déjà trop amoindri notre puissance numérique. Souhaitons à nos voisins la prospérité qui diminue les naissances et gardons nos colonies qui les augmentent. Le temps présent appartient encore à la Force et la Force est au Nombre. Écoutez encore les moralistes, les philanthropes, v les économistes, les législateurs, si vous-estimez qu’il n’ont pas radicalement échoué dans leurs multiples et diverses tentatives pour augmenter la natalité. Mais si vous êtes persuadés comme moi que le nombre des naissances dépend de conditions sociales qu’il nous est difficile, sinon impossible, de modifier, tournez-vous franchement vers le second terme de la question, celui qui se propose de diminuer le nombre des décès. »
- M. Bouchard fait la constatation suivante qui va servir de base à sa conclusion :
- « L’analyse de la population du monde telle qu’elle résulte des données statistiques vous montre sur quelles catégories de vivants la Médecine peut agir avec prolit pour la conservation ou l’augmentation de la population.
- « Les vieillards au delà de 70 ans ne comptent que pour
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- = LA RECONSTITUTION
- 5 pour 100 dans l’ensemble. Les jeunes êtres qui sont âgés de 0 à 19 ans, qui sont l’humanité en préparation, qui ne produisent pas encore la richesse et ne participent pas encore à la repopulation, comptent pour 50 pour 100. C’est sur ce dernier bloc que doit porter la sollicitude de la Médecine. »
- Cette conclusion est la suivante :
- (( landis que toutes les autorités morales ou législatives ont échoué dans la tentative d’augmenter le nombre des naissances, la Science, la Médecine diminue le nombre des morts et augmente les sources vives de la puissance et de la richesse de la Nation. Nous vous donnons les hommes; faites par l’éducation, par le conseil et par 1 exemple qu’ils deviennent la force et l’honneur de notre race. »
- Il est ensuite procédé à la proclamation des prix dont 1 énumération a été déjà donnée dans La Natuve au fur et à mesure que les listes étaient arretées.
- A ces prix il convient toutefois d’ajouter les récompenses suivantes de nouvelle création : Aviation. Médaille d’or : MM. Louis Blériot, commandant Bouttieaux, capitaine Crocco, Henri Farman, capitaine Ferber, Henri Julliot, comte Charles de Lambert, Hubert Latham, Léon Levavasseur, colonel Charles Renard et commandant Paul Renard (1 médaille), Alberto Santos-Dumont, Rodolphe Soreau, Édouard Surcouf et Henry Kapferer (1 médaille), Léon Teisserenc de Bort, comte Henry de la Vaulx, Gabriel Voisin, commandant Jules Voyer, Orville Wri'dil, Wilbur Wright, comte de Zeppelin. — Médaille° de vermeil : MM. Gustave Hermite et Georges Besançon, Louis Breguet, Léon Delagrange, Robert Esnault-Pelterie,
- L. Marchis, Louis Paulhan, Henri Rougier, Victor Talin.
- Et il faut rappeler encore que l’Académie, sur l’annuité de 25 000 fr. du fonds Roland Bonaparte pour 1900, a attribué : 4000 fr. à M. Cayeux, professeur de géologie à l’École des Mines, pour poursuivre aux États-Unis, sur les gisements les plus anciens de minerais de fer oolithiques, les recherches qu’il a déjà exécutées en France; 4000 fr. à M. Chevalier, explorateur de l’Afrique tropicale, pour accroître les moyens d'action de sa mission en augmentant son personnel indigène; 4000 fr. à
- M. Pérez, professeur de zoologie à la Faculté des Sciences de Bordeaux, pour publier un mémoire intitulé : Recherches histologiques sur les métamorphoses des Muscides; 3000 fr. à M. flouard, docteur ôssciences, préparateur de botanique à l’Université de Paris, pour recueillir en Corse, Algérie et Tunisie les matériaux
- LA RECONSTITUTION
- La maladie de Vencre, ou du pied noir, due au champignon Micelophagus Castaneæ, continue à creuser des vides effrayants dans nos châtaigneraies (27 départements sur 04 sont atteints). Les savants n’ont pu encore trouver de remède radical pour enrayer la marche du fléau.
- D’autre part, l’industrie des produits tannants pratique trop de coupes sombres dans les forêts. « C’est une chevauchée vers la mort », a-t-on dit, d’autant que l’on ne se préoccupe pas assez de combler les vides dans les terrains sains. Quant aux autres, ceux que la maladie a rendus de si triste actualité, on est encore dans l’attente d’un procédé efficace de reconstitution.
- . Là, en effet, il n’y aurait pas d’espoir à conserver, en ce qui concerne l’emploi du châtaignier commun (Casta-nea vesca), car il ne tarde pas à être envahi par le para-
- DES CHATAIGNERAIES — 63
- d’études nécessaires à ses recherches anatomiques et physiologiques sur les Cécidies; 2000 fr. à M. Berget, chargé de conférences a 1 Université de Paris, pour construire un appareil propre à étudier la distribution de l’intensité de la pesanteur ; 2000 fr. à M. Bernard, à l’Observatoire d’astronomie physique de Meudon, pour poursuivre l’étude photométrique des variations du rayonnement solaire et de la lumière du ciel aux environs immédiats du soleil ; 2000 fr. à M. Blaringhem, chargé d’un cours de biologie agricole à 1 Université de Paris, pour continuer ses recherches expérimentales sur la variation des espèces; 2000 fr. à M. Estanave, secrétaire de la Société mathématique de France, pour continuer ses recherches sur la projection stéréoscopique à vision directe, sur la stéréo-radiographie et sur l’autostéréoscopie ; 2000 fr. à M. Mathias, professeur de physique à l’Université de Toulouse, pour poursuivre, au laboratoire cryogène de Leyde et avec M. lvammerlingh Onnes, des recherches sur le diamètre rectiligne des liquides et sur la loi des états correspondants aux très basses températures.
- M. le Secrétaire perpétuel Darboux lit ensuite une notice historique sur le général Meusnier, membre de l’ancienne Académie des sciences.
- (( M’autorisant de l’exemple de mon illustre prédécesseur, je viens aujourd’hui célébrer la mémoire d’un contemporain de Bailly, de Lavoisier et de Gondorcet, d’un membre de cette ancienne Académie à laquelle nous demeurons attachés par tant de liens. Le général Meusnier, dont je vais retracer devant vous la vie et les travaux, s'est distingué par la modestie la plus vraie, unie à l’esprit d’initiative le plus hardi. Élevé dans les croyances traditionnalistes, il s’est laissé gagner, comme tant d’autres, aux idées généreuses qui ont produit la Révolution française. Il a été, à la fois, un grand inventeur et un excellent soldat. Après avoir consacré sa trop courte vie aux recherches les plus neuves, les plus difficiles, les plus fécondes, il a trouvé devant l’ennemi, au siège de Mayence, la mort la plus héroïque. »
- Il expose les travaux de Meusnier comme officier du génie, puis il fait ressortir le mérite du mémoire présenté en 1783 à l’Académie par Meusnier sur les moyens de faire monter et descendre les ballons sans jeter de lest. Enfin il mentionne le mémoire sur la composition de l’eau présenté en collaboration avec Lavoisier. M. le Secrétaire termine en montrant la part active et importante prise par le général Meusnier à la défense de Mayence à côté de Kléber.
- DES CHÂTAIGNERAIES
- site infectieux. En cas d’échec, dit, avec juste raison, M. Prunet, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, on ne peut voir se renouveler les efforts considérables qui auront été faits par les particuliers, les'communes, les départements, l’État. Dans le haut bassin de la Nivelle et dans celui de la Bidassoa, en Espagne, de jeunes arbres plantés en terrain attaqué, ou, même, indemne, ont péri. Dans la Lozère, il a été signalé quelques variétés de châtaigniers plus rustiques, qui résistent mieux aux atteintes du mal. Mais on s’est demandé si ce fait n’est pas dû à l’emploi de la greffe, à une résistance individuelle d’arbres nés de châtaigniers cultivés ou sauvages, qui ont servi ultérieurement de porte-greffes.
- Un certain courant d’opinions s’est tourné vers quelques essences forestières réfractaires aux atteintes du
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- 64 ============ LA RECONSTITUTION DES CHATAIGNERAIES
- champignon. Le hêtre, par exemple, qui, cependant, est délicat,, exigeant en humus, : qui aime les terrains frais, qui craint la chaleur et la sécheresse ; Y aulne, qui ne vit que dans les terres humides, les prairies irriguées. On a eu, un moment, plus d’espoir avec le chêne, qui aurait donné la possibilité de produire des châtaignes dans les terrains calcaires. Le chêne des marais, d’Amérique (Quercus palustris), qu’a recommandé M. Binon, n’a pas retenu longtemps l’attention, pas plus, d’ailleurs, que certains autres chênes exotiques, comme le chêne du Liban, expérimenté par M. Henry. Cet auteur a proposé de faire des essais avec une variété commune a l’Algérie, au Caucase, à la Perse (Q. castcinœfolia), avec ses races locales : Affarez des Kabyles, et Zen. C’est la seule espèce qui réussit à Naudin.
- M. de Vilmorin voudrait des porte-greffes différents suivant qu’il s’agit de châtaigniers a bois ou à fruits et il recommande le chêne pédoncule [Q. pedunculala) de nos régions. M. Binon ajoute aussi le ch. rouvre (Q. robur), dont le bois est plus tendre, et que l’on greffe en flûte.
- Mais il est à remarquer que tous ceux qu’il a greffés en hauteur ont péri. Il préfère la greffe souterraine sur embryon de chêne. Les détails de ce procédé sont très longs et le travail de préparation des greffons demande une série d’opérations. Pour M. Jamin, la greffe à l’anglaise, qui ne mutile pas le sujet, est plus aisée. On opère dès que la végétation du chêne commence à se manifester. Comme les greffons de châtaignier doivent être « en retard », on enterre les rameaux horizontalement, à une faible profondeur, au pied d’un mur, au nord.
- M. Quintàa a réussi la greffe en choisissant un chêne ayant la peau blanche, tigrée, bien lisse, et en opérant les premiers jours de mai. M. Baltet greffe rez de terre, en fente ordinaire, ou sur bifurcation.
- M. Henry est partisan de la greffe par approche sur jeunes pousses obtenues par germination sous verre, en février-mars, de deux sujets, en établissant les contacts par la partie supérieure des radicules.
- Jusqu’ici,1 on n’a pas obtenu de résultat bien pratique avec le chêne. Il existe, il est vrai, au Jardin botanique de Dijon, un châtaignier ainsi constitué, qui date de 1855, mais il est resté infertile. M. Sahut a produit des sujets qui ont péri en moins de 5 à 6 ans après la fructification. Ce qu’il y a de plus à redouter, ici, c’est le décollement du greffon. Or, les châtaigniers sont exposés aux vents, sur les hauteurs. On a fait remarquer, aussi, que le chêne est à croissance lente, ce qui peut apporter un certain retard dans la mise à fruits. N’y a-t-il pas lieu, encore, de craindre une influence défavorable du sujet sur ces derniers, qui pourraient tenir le milieu entre le gland et la châtaigne? On a constaté pareil fait sur la vigne et cer-
- tains arbres fruitiers. En somme, Yaffinité entre notre châtaignier et le chêne commun est mise en doute. Aussi, quelques-uns, comme MM. Durand et Bouquet de la Grye, ne croient-ils pas au greffage sur chêne.
- Pour d’autres chercheurs, il faudrait suivre une voie analogue à celle qui nous a permis de reconstituer nos vignobles atteints par le phylloxéra. On s’est demandé, pour ce faire, si les châtaigniers étrangers, vivant sous un climat pas trop différent du nôtre, ne résisteraient pas à la maladie de l’encre, bien que ne soyant pas atteints dans leur pays d’origine. La vérification serait assez simple, si l’on pouvait isoler — ce qui n’a pu être fait jusqu’ici — l’insidieux parasite, pour le cultiver en dehors de son substratum habituel, et l’inoculer, ensuite, directement, aux plants de contrôle. Pour l’instant, on est obligé cl’opérer en sol naturel.
- Les vues se sont portées sur le châtaignier d’Amérique (C. cnnericana), dont les qualités sont analogues à notre châtaignier : vigueur, rusticité, accommodement
- aux sols maigres. Comme ses fruits sont un peu plus petits et un peu moins sucrés, on s’en servirait comme porte-greffe (deux variétés : le Paragon et le Numbo de Pensylvanie).
- Mais, d’après les semis faits par MM. Prunet et de Gigord, à l’Ecole d’agriculture de Villembitz (Hautes-Pyrénées), la mortalité de ce châtaignier (55,7 0/0) mettrait sa résistance en doute.
- Le Japon nous a fourni, aussi, un sujet(C.japonica) qui présente deux variétés : l’une à petites feuilles, très fertile, qui fructifie dès la deuxième année de plantation ; l’autre, le lam-ba ou mammouth, qui est très précoce, à fruits très gros, qui ont, il est vrai, une enveloppe épaisse et dure. A Villembitz, ce châtaignier s’est mieux comporté que le précédent. Sa mortalité ne dépasse pas la limite que l’on peut admettre, en tenant compte des changements de climat et de sol. Dans sa jeunesse, tout au moins, le châtaignier du Japon paraît être plus exigeant, au point de vue de la fraîcheur du terrain et, peut-être, de l’air, que le châtaignier commun. Mais il conserve une plus grande vigueur que ce dernier et que celui d’Amérique dans les châtaigneraies contaminées. L’avenir démontrera, aussi, quelles pourront être, avec lui, les influences (du greffage et sur le porte-greffe et sur le greffon français.
- Peut-être est-ce là la planche de salut, qui redonnera à nos montagnards si éprouvés « l’arbre à vie », « l’arbre à pain », qu’ils voient disparaître sous leurs yeux et qu’ils ne peuvent secourir.
- Peut-être aussi ce rapide exposé de la question fera-t-il naître quelques initiatives, qui s’attacheront, à leur tour, à la résolution de ce problème, dont l’importance sociale est incontestable. Aktonin Rolet.
- Ingénieur agronome.
- Châtaignier attaqué par la maladie de « Vencre ».
- I,e Gérant : P. Masson. — Imprimerie- Laiiure, rue: de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1910.
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- 1er JANVIER 1910.
- LES PROGRES DU CHALUMEAU COUPEUR
- Nos lecteurs connaissent depuis longtemps les merveilles de la soudure autogène qui sert aujourd’hui à des fabrications et à des réparations courantes, et qui a permis de réaliser, entre autres,
- un à un, puis briser ces énormes pièces par choc. Aujourd’hui, il suffit de quelques semaines au chalumeau coupeur pour réduire en morceaux, de dimensions convenables pour la refonte, les
- Fig. i. — Chalumeau coupeur à essence, coupant un rail obliquement pour en faire une aiguille (dans le médaillon, le résultat obtenu).
- de très importantes économies dans la fabrication et l’entretien des chaudières.
- On a signalé également ici l’apparition des chalumeaux coupeurs, utilisant la chaleur d’une flamme oxydante pour découper, avec une extraordinaire rapidité, des plaques métalliques de toutes épaisseurs. Ce procédé, employé à l’origine pour déboucher les trous de coulée des hauts fourneaux obstrués par le métal refroidi, a été très rapidement appliqué au découpage des masses de vieux fers destinés à la fonderie. La démolition d’un vieux cuirassé et le dépeçage de ses plaques de blindage était autrefois une opération infiniment longue et relativement coûteuse : il fallait enlever les rivets
- pièces les plus colossales et les plus pesantes.
- Un arbre de 50 centimètres de diamètre se coupe en un peu plus de un quart d’heure; un canon de
- un mètre de diamètre extérieur se débite de même, sans difficulté.
- Mais ce n’était là que des débuts : depuis lors, de grands progrès ont été réalisés et le champ des applications du chalumeau coupeur s’est rapidement élargi; aujourd’hui, il a sa place non plus seulement parmi les procédés de démolition commodes, mais parmi les outils les plus précieux et les plus parfaits de l’industrie mécanique moderne.
- Volontiers, nous dirions que c’est là le dernier modèle de machine-outil qui ait été introduit à
- Fig. 2. — Tôles de diverses épaisseurs coupées au chalumeau. (Remarquer la section tout à fait propre.)
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- 66 : ---:-:zr==i LES PROGRES DU CHALUMEAU COUPEUR
- l’atelier, machine de gros débit surtout, mais déjà capable de délicatesse et peut-être destinée bientôt aux besognes de précision.
- . Le principe du chalumeau coupeur est tout entier dans l’expérience classique qui consiste à plonger dans l’oxygène un fil de fer dont l’extrémité a été portée au rouge ; dans ces conditions on voit le métal devenir incandescent, puis les gouttes d’oxyde
- Fig. 3. — Appareil à couper les rails.
- se détachent et tombent rapidement au fur et à mesure que se propage la combustion.
- Pour utiliser pratiquement ce phénomène si simple il fallait, d’une part, porter au rouge le fer à brûler et, d’autre part, amener au point voulu l’oxygène nécessaire à la combustion. 11 fallait en même temps que le jet d’oxygène fût assez mince pour ne détruire qu’une très faible section de la matière à usiner et aussi de façon à ne consommer que le minimum de gaz.
- La réalisation de ces desiderata a été obtenue par différents dispositifs qui comportent tous l’action combinée d’un chalumeau susceptible de porter le métal à une température élevée et d’un jet d’oxygène destiné à le brûler.
- Dans une première catégorie d’appareils les jets se rencontrent en faisant entre eux un angle plus ou moins aigu, tandis que d’autres appareils utilisent deux jets concentriques. Mais, quel que soit le type d’appareil employé, l’effet est le même et, partout où le jet coupeur a passé, le métal présente une fente mince dont les parois sont relativement très propres (fig.. 2) et dépourvues des bavures et des gouttelettes que l’on s’attendrait à rencontrer dans cette façon de procéder par le feu.
- La qualité du métal n’est d’ailleurs altérée que tout à fait superficiellement, sur une épaisseur qui n’atteint pas 1/2 millimètre de part et d’autre de la fente.
- Le chalumeau coupeur a acquis une souplesse tout à fait remarquable, infiniment plus grande que celle des scies, des perceuses et des cisailles qu’il remplace.
- On découpe, avec lui, comme en se jouant, les profils les plus variés, et les plus compliqués (fig. 4). On peut en effet le transformer alternativement et presque instantanément en autant de machines-outils différentes répondant chacune à son but spécial.
- Par exemple, l’appareil de la figure 1 permet tous
- les tracés rectilignes et angulaires, le moteur électrique commande le déplacement longitudinal, tandis qu’un volant produit le déplacement transversal du chalumeau suivant des alignements parfaitement rigoureux.
- Des montages analogues permettent de réaliser les travaux de perçage ou de coupage circulaires les plus variés.
- Mais, en dehors de ces dispositifs d’ateliers destinés en somme aux petits ouvrages, une des supériorités essentielles du chalumeau coupeur consiste dans sa mobilité qui permet d’effectuer très économiquement un très grand nombre de gros travaux.
- La scie, la perceuse, ou la cisaille employées ne peuvent travailler que dans les limites maxima que l’ouverture de leur bâti permet d’atteindre. Au contraire, le chalumeau coupeur est un outil essentiellement mobile qu’il est possible de transporter sans difficulté auprès des pièces à travailler. Les tuyauteries souples laissent d’ailleurs à l’ouvrier une liberté presque parfaite pour l’exécution du travail.
- La dimension de l’outil est indépendante de l’encombrement de la pièce à usiner puisqu’il n’est plus ici besoin de bâti : le point d’appui se prend sur place, là où l’on se trouve.
- Le dispositif de la figure o sert à couper les rails : il suffit pour apprécier l’élégance et l’utilité de l’appareil de songer aux ouvriers que l’on voit sur les chantiers de tramways, scier à longues journées, des morceaux de rails que le chalumeau découpe en quelques minutes.
- Mais les figures 5 et 6 donnent bien mieux encore la preuve de la souplesse et de la merveilleuse facilité d’emploi du nouvel outil; un axe de fortune sert
- Fig. 4. — Coupes à angle droit.
- ici de centre au-coupage circulaire d’une formidable plaque de blindage de près de vingt-cinq centimètres d’épaisseur.
- La même opération, avec les procédés ordinaires, eût exigé la manutention d’un poids formidable et l’emploi de machines énormes par leurs dimensions et leur puissance. Le petit chalumeau remplace tout cela et, à son passage, l’acier le plus résistant cède sans effort comme par l’effet magique d’une merr veilleuse puissance. .
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- LES PROGRES DU CHALUMEAU COUPEUR
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- Un récent perfectionnement a permis de multiplier encore les applications de ce précieux outil. Son principal inconvénient est, sans conteste, l’emploi obligatoire d’oxygène et d’hydrogène ou d’acétylène comprimés, produits que l’on ne se procure pas très aisément en dehors des grands centres. On a réussi à utiliser comme agent combustible et réducteur le gaz d’éclairage ou l’essence de pétrole. Ce dernier produit, depuis les progrès de l’automobilisme, se trouve partout. Notre figure 1 montre un chalumeau à essence en train de couper un rail obliquement pour faire un rail d’aiguille : on voit que l’appareil comporte une bouteille d’oxygène com-
- lui devons, au contraire, l’apparition d’une méthode toute nouvelle et féconde du travail des métaux.
- Jusqu’ici faute d’éléments convenables et en raison du peu de souplesse des lourdes machines employées, le travail mécanique s’est réduit presque toujours à tailler progressivement le métal, par enlèvement successif de copeaux de faible épaisseur. La mécanique ne connaissait guère, jusqu'ici, qu’un procédé général : user la pièce et l’outil l’un contre l’autre. Or, pour la première fois, il devient possible de dégrossir la matière à volonté en une opération simple et rapide. C’est ainsi que l’on fabrique dès maintenant des pièces de formes compliquées,, que la mécanique d’autrefois produisait par soudure, par forgé ou par: une série d’opérations de rabotage, très pénibles, et que le chalumeau taille, pour ainsi dire, à même dans la matière. 11 n’est donc point exagéré de dire que l’industrie a trouvé dans le chalumeau coupeur un instrument précieux qui complète son ouLillage et perfectionne de très heureuse façon
- Fig. 5. — Coupage au chalumeau d'une plaque de blindage sans déplacement de la pièce à usiner.
- primé et un récipient d’essence sous pression, muni d’une petite pompe à main. La pression de l’oxygène à la sortie de la bouteille varie entre 2 et 10 atmosphères suivant l’épaisseur à couper, celle de l’essence est de 2 atmosphères.
- Remarquons en passant l’ingéniosité du dispositif employé pour couper les rails : le guidage du chalumeau à la main eut été pénible et peu sûr : on l’a monté sur un banc rigide et fixé à l’écrou d’une longue vis à filet carré. Cette vis, actionnée par un moteur électrique, peut, grâce à un embrayage, tourner dans les deux sens, assurant ainsi la marche .avant, l’arrêt, la marche arrière du chalumeau.
- La Compagnie des omnibus, qui a effectué des essais comparatifs entre ce mode de coupage et les coupages par action mécanique, a constaté que le chalumeau donnait une rapidité d’exécution 44 pour 100 plus grande que la scie. Mais il faut remarquer que le coupage est loin d’être aujourd’hui la seule des applications réservées au chalumeau. Nous
- Fig. 6. — L'opération terminée.
- scs moyens d’action. Sans doute il reste encore à vulgariser et à perfectionner l’emploi du nouvel outil ; mais de nombreuses applications du chalumeau coupeur, impossibles quand l’oxygène était encore un produit relativement coûteux, deviennent possibles avec l’abaissement progressif du prix de ce gaz. La possibilité d’employer comme combustible, au lieu de l’hydrogène comprimé, des produits moins coûteux comme l’acétylène, l’essence ou le gaz d’éclairage, a été déjà la source de progrès considérables ; avecl’abaisse-ment du prix de revient de l’oxygène, fabriqué aujourd’hui à si bon compte par la distillation de l’air liquide, il est difficile de fixer une limite aux applications possibles du nouvel appareil. J.-C. Séaili.es.
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- LE NIAGARA EN HIVER
- Le Niagara s’est présenté au début de 1909 sous deux aspects absolument différents et tels qu’il n’a peut-être jamais été donné aux générations actuelles de le contempler. Tout d’abord, au mois de février, un vent violent de l’Est souffla sur le lac Érié, qui, on le sait, déverse le trop-plein de ses eaux dans le lac Ontario distant de 10 km. Dans ce trajet, la masse généralement énorme de ces eaux tombe d’une falaise de 56 m. de haut, en formant la cataracte célèbre dont le mugissement a si fort effrayé les premiers pionniers qui parcoururent la région.
- Ce vent d’Est, refoulant l’eau du lac Érié, réduisit dans une proportion considérable l’écoulement du trop-plein. A ce phénomène vint s’ajouter le fait que les blocs de glace, que le cou-rant emporte, quand il est assez fort, vinrent s’échouer sur les bancs de rochers qui garnissent la partie supérieure de la falaise entre l’ile de la Chèvre et la côte américaine, c’est-à-dire au-dessus de la chute appelée Américaine. L’effet de cette sorte de barrage de glaces fut de renvoyer l’eau vers l’autre partie de la cataracte, celle qui se trouve entre l’ile de la Chèvre et la rive canadienne. Si bien que la chute américaine se trouva à peu près à sec. Les promeneurs et les touristes, très nombreux, qu’un événement aussi rare avait attirés en foule purent faire, à pieds à peu près secs, la traversée de la rive américaine à l’ile de la Chèvre, soit 550 m. environ. Quant à la chute canadienne, qu’on appelle aussi le fer à cheval, en raison de la forme concave de la falaise qui la produit, c’est à peine si elle donnait passage à la moitié de la masse d’eau qui s’y précipite d’ordinaire et ceci malgré l’apport du liquide de la rive américaine que le barrage de glace y faisait dévier.
- Fig. x, _ Yue des chutes du Niagara sur la rive américaine (fév. içoq).
- Dans les gorges au-dessous des chutes où l’eau court généralement avec une vitesse vertigineuse1, produisant des vagues énormes et d’effroyables tourbillons, on voyait émerger des blocs de rochers gigantesques que personne n’avait jamais contemplés.
- Au printemps, soit au commencement de mars, un phénomène inverse s’est produit qui a excité au même degré la curiosité générale, et en plus beaucoup d’alarmes justifiées. Le dégel s’étant fait sentir,
- une énorme quantité de glace fut emportée par les eaux qui étaient à ce moment très hautes. Arrivés dans les gorges, ces blocs déglacé, grâce à un vent très fort qui soufflait encore de l’Est,' s’aggloméré a et formèrent, sous le pont de Lewiston, une digue gigantesque derrière laquelle l’eau montant rapidement, s’éleva à 18 mètres au-dessus de son niveau normal, à 8 m. plus haut qu’on ne l’avait jamais observé. Le sommet de la digue de glace atteignait une telle hauteur qu’une personne placée sur son sommet pouvait toucher le dessous du tablier du pont de Lewis-ton et qu’on éprouva pour ce pont, pourtant situé à une belle hauteur, les craintes les plus sérieuses.
- Le résultat de cette élévation des eaux a élé l’inondation et l’arrêt de l’usine hydro-électrique de l’Ontario Power Company qui distribue une énorme quantité de force électrique sur les deux rives du fleuve et très au loin dans l’intérieur.
- La station de l’ascenseur électrique placé sur la rive canadienne a .été détruit ainsi que le pied où accostait le petit bateau à vapeur appelé The maùl of the mist (La Vierge de la brume). C’est à son
- 1 Cette vitesse est de 45 km à l’heure. En certains points de ces rapides la profondeur de l’eau est de 100 mètres.
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- LE NIAGARA EN HIVER -.... .... = 69
- bord que les touristes qui ne craignent pas l’humidité s’en vont, vêtus de waterproofs sérieux, à travers les épais nuages de vapeurs qui fusent vers le ciel, entendre de tout près l’énorme et impressionnant mugissement de la cataracte.
- Le bateau lui-même, porté et soulevé par la masse
- est sûr cependant que cette épaisseur dépasse 6 m., et voici comment on a obtenu cette certitude.
- En 1829, on remplit d’eau jusqu’à ras bord une vieille corvette appelée Détroit qui était un trophée des combats qui se livrèrent sur le lac Érié. Ainsi chargé, le vieux navire calait exactement 6 m. On
- glacée à une hauteur qu’il n’avait jamais connue, a couru les plus grands dangers.
- Quant au délicieux tramway électrique qui court le long des gorges et sur le bord même de l’impétueux et gigantesque torrent, il a été submergé de telle sorte que seules les extrémités de poteaux qui portaient les fils du trolley apparaissaient encore au-dessus du champ de glace.
- On a dû briser à coups de dynamite- cette banquise dont l’accroissement constant constituait un véritable danger pour les constructions échelonnées sur le cours du fleuve.
- On y est arrivé, non sans difficultés, et non sans que plusieurs maisons, placées trop bas, n’aient été emportées.
- L’énorme masse d’eau qui en temps normal franchit en une minute le saut de 56 m. de hauteur est évaluée à 500000 mrv
- L’épaisseur de la magnifique nappe qui se recourbe si gracieusement et si majestueusement sur l’arête du Horseshoe et qui est d’une si admirable couleur verte est estimée de 7 à 10 m. Comme on le pense bien, personne n’a été la mesurer. On
- l’amena avec précaution jusqu’au-dessus de la chute canadiennne, puis devant une foule énorme accourue à ce spectacle impressionnant, on le laissa aller au plongeon. Il franchit l’arête et disparut sans avoir accusé le moindre choc, ce dont on conclut que sa quille n’avait touché nulle part et que le fond n’avait nulle part été inférieur aux 6 m. qu’il calait.
- Les chutes du Niagara offrent cette particularité que les roches de la chute américaine résistent victorieusement à la poussée et à l’érosion des eaux, tandis que celles de la chute canadienne, plus friables et aussi plus éprouvées puisque les deux tiers du volume total y passent, s’effritent et s’écroulent constamment. C’est ainsi que, de 1842 à 1875, le recul mesuré de cette chute a été de 55 m., alors que l’autre n’a que très peu bougé. Si bien qu’on peut prévoir le moment où la chute canadienne, n ayant reculé jusqu’en amont de l’ile de la Chèvre qui divise le fleuve jusqu’aux cataractes, accaparera toute la masse d’eau et laissera la chute américaine à sec.
- À. Sauvaire Jourdan.
- Fig. 3. — Un vapeur pris dans les glaces à la débâcle.
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- LE METROPOLITAIN
- Les travaux de congélation à la Place Saint-Michel.
- La ligne n° 4 du chemin de fer métropolitain de Paris (Porte de Clignancourt-Porte d’Orléans) qui va être livrée à l’exploitation, a donné lieu, dans la traversée de la Seine, à des travaux extrêmement ' intéressants et inédits que nous avons décrits au fur et à mesure de leur achèvement. On se rappelle qu’entre là rue des Halles et l’angle du bou-
- Fig. i. — Schéma d'une sondeuse pour forage horizontal.
- il c h—t——
- ' • . V. ' ' \
- Fig. 2 et 3. — Coupe du carottier de la sondeuse et de sa trousse coupante.
- ligne
- levard Saint-Germain (rue Danton) il a fallu poser des caissons sous là Seine, sous les places Saint-Michel et Saint-André-des-Arts, sous le marché aux fleurs, procéder par ailleurs à un cuvelage métallique, et enfin souder entre elles toutes ces fractions de tunnel établies séparément. La partie la plus délicate à exécuter, de tous ces travaux, était celle comprise entre le caisson elliptique de la place Saint-Michel et le caisson de Seine n° 5, la devant passer sous une partie de la place, les voies du chemin de fer d’Orléans, le quai delà Seine et une partie du lit dû fleuve.
- L’entrepreneur résolut d’utiliser le procédé par congélation qui donne, comme on sait, d’excellents résultats dans le fonçage des puits de mine. Mais, ici, le travail ne se présentait pas dans les mêmës conditions, car les tubes de congélation devaient être posés, non pas verticalement, mais suivant l’axe du souterrain qui, en ce point, descend une pente de 4 pour 100. Le procédé avait donc pour but de former un anneau de glace d’une longueur de 65 m. entre les deux caissons à raccorder. Dans la partie située en Seine, on se proposait
- Schéma de la
- congélation
- verticale.
- de former un énorme bloc de glace constituant un bouchon destiné à empêcher les eaux de pénétrer dans le souterrain enfermé dans l’anneau de glace.
- On pense bien que pour former un bloc de glace étanche, les tubes devaient être suffisamment rapprochés les uns des autres, chacun d’eux donnant naissance à un cylindre plein qui devait se souder, sur une certaine portion, avec ses voisins. Le tunnel du souterrain fut donc entouré de 24 trous servant d’amorces à ces tubes que l’on dirigerait ensuite parallèlement à l’axe. Pour aller vite, on installa deux machines sondeuses sur des. pylônes établis à l’intérieur du caisson elliptique de la place Saint-Michel. Ces pylônes portaient des planchers mobiles dans le sens de la hauteur et dans le sens latéral afin de permettre aux machines de se mouvoir suivant la courbe elliptique du. souterrain et de se placer en face de chacun des trous qu’elles devaient creuser.
- Les sondeuses. — Les sondeuses ont été spécialement construites en vue de ce travail anormal. Chacune d’elles est composée (fig. l)d’un arbre creux A sur lequel est calé un piston hydraulique P permettant à cet arbre d’avancer ou de
- reculer suivant les besoins. Ce premier arbre peut coulisser sur un autre T dans lequel passe la tige de sonde t. L’arbre T est mis en rotation par un moteur électrique surmontant l’appareil; il porte un manchon M qui le rend solidaire de A, et, par le fait, du piston hydraulique P. Enfin un mandrin B
- Fig. 5.
- Schéma de l’installation frigorifique.
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- ..."• LE MÉTROPOLITAIN
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- embrasse ou non ce tube T avec la tige de sonde t. L’eau arrivant sous pression dans l’appareil agit sur le piston et oblige la tige de sonde à avancer pendant que le moteur électrique lui imprime un mouvement de rotation. De plus une petite pompe envoie également de l’eau dans la tige de la sonde qui est creuse. Cette eau a pour but, d’abord de refroidir l’outil, et ensuite de dégager le terrain broyé et de ramener les matériaux en arrière par l’espace annu-
- tube est poussé directement par la machine, sans tourner; étant terminé à l’avant par une trousse coupante, il arase le terrain jusqu’à la profondeur du trou creusé par la sonde. Cela fait, la sonde fonctionne de nouveau pour préparer une nouvelle longueur de terrain, et ainsi de suite.
- On pourrait croire, d’après ce que nous venons de dire, que l’entrepreneur n’ait eu qu’à mettre ses deux machines en route pour percer les trous de
- sonde avec toute la précision qu’ils comportent. Les choses sont beaucoup moins simples dans la pratique, surtout lorsqu’il s’agit de faire passer des tubes à travers une masse de terrain essentiellement hétérogène, sur une certaine longueur tout au moins. La portion inférieure du tunnel, jusqu’à 1 m. environ de la naissance de la voûte, est, en effet, constituée par un mélange de marne et de calcaire très dur, dans lequel on trouve encore du silex, du quartz, etc. Au-dessus on rencontre du sable mêlé de gravier et de silex. Ce défaut d’homogénéité a donc rendu le travail très pénible et le fonçage de chaque tube a présenté des difficultés imprévues qui ont nécessité des modifications ultérieures.
- C’était tout un travail que le percement d’un trou.
- laire compris entre le tube enveloppant T et la tige de sonde.
- La sonde est constituée par une mèche ou carottier (fig. 2) ainsi appelée parce qu’elle peut extraire des cylindres découpés dans le terrain et permet de se rendre compte de la nature de celui-ci. C’est un fort tube de 5 m. de longueur, terminé par une couronne en acier dans laquelle on enchâsse des diamants ou d’autres pierres dures agissant comme des dents de scie. La tige de sonde étant animée d’un mouvement de rotation et de translation, la couronne diamantée obéit à ces deux mouvements, et découpe ou broie le terrain devant elle. Dès qu’un trou d’une certaine profondeur a été creusé, la couronne est ramenée à l’intérieur du tube T, puis ce
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- LE MÉTROPOLITAIN =
- On commençait par poser le tube-guide dans l’une des 24 alvéoles ménagés dans le béton du caisson elliptique autour du souterrain. La sondeuse était ensuite amenée en face, puis après un réglage méticuleux, on introduisait le tube T muni de sa trousse coupante (fig. 5). Dans celui-ci était placé le
- pour le vider. Quelquefois les déblais étaient évacués par l’eau d’injection; dans ce cas on continuait à creuser en ajoutant simplement une longueur de tube-guide égale à la profondeur du trou.
- Souvent les déblais entraînés par l’injection d’eau se laissaiént broyer sans trop d’effort, l’opération
- Fig. 7. — Les travaux de congélation à la place Saint-Michel. La congélation verticale.
- carottier, avec sa couronne diamantée, auquel on fixait la tige de sonde t reliée elle-même avec la pompe d’injection d’eau. La vitesse de la machine atteignait parfois 500 tours par minute ; mais elle tombait fréquemment à 60 lorsque le terrain était par trop résistant. En une seule chasse on creusait 50 cm de terrain et, après six chasses successives, le carottier étant plein de déblais, il fallait le sortir
- marchait alors normalement ; mais lorsqu’on eut attaqué les trous supérieurs dans des graviers et sables contenant de 60 à 70 pour 100 de silex, une difficulté surgit. Ces silex, en effet, s’introduisaient dans l’espace libre autour du carottier et, ne pouvant être broyés, coinçaient et bloquaient celui-ci dans le tube-guide T. Il fallait alors remplacer le carottier par un autre dans lequel l’eau d’injection
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- LE MÉTROPOLITAIN
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- obligeait les débris à rester à l’intérieur. Ce nouveau procédé permit de pénétrer jusqu’à près de 40 m. dans le sol ; néanmoins l’avancement était tellement faible (1 m. 50 à 2 m. par jour) que l’on tenta de faire marcher la galerie en même temps ; mais il se produisit des mouvements de terrain qui faussaient
- seulement dans les graviers. En somme, l’expérience tentée par l’entrepreneur avait échoué.
- Bien plus facile était le forage vertical en Seine. On se trouvait là dans les mêmes conditions que pour l’établissement d’un puits de mine; aussi les trépans eurent-ils vite fait de broyer le terrain. Les
- Fig. 8. — Le Métropolitain à la place Saint-Michel. La perforation horizontale.
- la direction des forages et provoquaient la rupture des tubes-guides et des liges de sonde. À la suite de toutes ces difficultés, le procédé de la perforation horizontale menaçant d’être une entreprise de très longue haleine fut continué par le système courant comportant l’établissement d’une galerie d’avancement convenablement protégée par de solides boisages. On avait percé 260 m. de trous dont 60 m.
- trous furent poussés jusqu’à 18 m. de profondeur, c’est-à-dire à 1 m. au-dessous du radier du tunnel, afin que le bloc de glace offrit une protection absolument parfaite contre les infiltrations inférieures aussi bien que latérales.
- Les tubes descendus dans les trous de sonde, comportaient le circuit de congélation. Notre schéma (fig. 4) montre comment le liquide les parcourait.
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- 74 —...LE METROPOLITAIN .
- Ils étaient terminés par une calotte sphérique L à la hase et en haut par une bride X.
- Sur cette bride on boulonnait un T tubulaire portant une branche Y raccordée à la couronne collectrice de retour du liquide réfrigérant ; l’autre branche
- du T recevait un tube intérieur Z relié à la couronne collectrice d’aller. Le liquide réfrigérant pénétrant dans le petit tube parcourait ensuite la couronne annulaire de bas en haut et sortait par la tubulure Y. Chaque tube était placé à une distance maximum de 1 m. 50 de son voisin: son rayon d’action étant de 1 m. 50 chaque cylindre de glace se soudait avec les voisins et l’ensemble formait un bloc parfaitement isolant. Le procédé eût été le même pour la congélation horizontale si le travail s’était présenté dans des conditions normales.
- La congélation. — Disons également quelques mots de l’usine frigorifique qui encombra durant de si longs mois la place Saint-Michel. Elle comprenait une chaufferie de deux gazogènes alimentant deux moteurs à gaz pauvre de 100 CV chacun. Ces moteurs actionnaient, par l’intermédiaire d’une transmission, le compresseur d’ammoniaque et une dynamo génératrice de 550 a. et 220 v. fournissant le courant aux pompes et aux appareils d’éclairage.
- La machine à froid (fig. 5) comportait deux cylindres C comprimant, d’un côté et évaporant par aspiration de l’autre, Tammoniaque anhydre contenu dans un serpentin S renfermé dans une cuve réfrigérante r contenant une solution de chlorure de calcium. Le gaz ammoniaque aspiré est ensuite refoulé dans un condenseur a et se liquéfie dans le serpentin au contact de l’eau froide; puis, reprenant l’état gazeux par l’aspiration du compresseur, passe dans un robinet de détente et retourne au réfrigérant, abaissant ainsi de plus en plus la température de la solution au chlorure. Celle-ci, ainsi refroidie, est puisée dans les réfrigérants par une
- pompe rotative P et envoyée, à 2 à 5 kg dépréssion, par des tuyaux en fer, dans les couronnes collectrices et de là dans les tubes circuits.
- Deux pompes rotatives actionnées chacune par un moteur électrique assuraient la circulation ininterrompue du liquide. L’une fonctionnait à 2 à 5 kg de pression et l’autre à 15 kg pour empêcher les dépôts de chlorure de se former dans les points bas des tubes-circuits ou des conduites d’aller et de retour. Ces pompes étaient mises en œuvre alternativement. De plus, deux autres pompes rotatives, installées au bord de la Seine, envoyaient place Saint-Michel l’eau de condensation nécessaire (40 m3 à l’heure) pour la liquéfaction de l’ammoniaque. Cette machine était capable de transformer en glace 2000 kg d’eau en une heure. L’eau de condensation avait une température variant entre — 20 et — 25°.
- L’usine installée sur le quai de la Seine pour la congélation verticale différait seulement de la précédente par la puissance de la machine à froid qui fournissait 1000 kg de glace à — 20° ; elle tournait à 75 tours et absorbait 80 CY qui lui étaient fournis par un moteur électrique de 550 a. et 550 v.
- La machine à congélation horizontale ayant été affectée à la congélation verticale, il fallut établir une canalisation entre l’usine de la place Saint-Michel et la Seine; cette canalisation passait sur une
- Fig. io. — La sondeuse horizontale en fonctionnement.
- passerelle au-dessus de la ligne du chemin de fer d’Orléans; de là elle se rendait aux tubes-circuits verticaux et faisait retour par le même chemin à l’usine. On a pu voir, pendant le fonctionnement, les conduits entièrement recouverts d’une épaisse couche de givre.
- Fig. 9. — Les tubes de congélation recouverts de givre dans, les chantiers de la place Saint-Michel.
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- NOUVEAUX PHENOMENES DE TRANSMUTATION ====== 75
- Malheureusement la disposition des lieux n’avait pas permis de placer des tubes-circuits sous la ligne du chemin de fer d’Orléans pas plus que sous le quai : il restait donc, de chaque côté du souterrain, et principalement du côté amont, un endroit où la couche de glace s’était amincie. D’autre part les murs de quai étaient fondés sur les sables mouvants. L’eau se fraya un passage à travers ces sables, coulait contre la paroi du noyau gelé et empêchait la formation de la glace. Une crue de la Seine se produisit, la partie affaiblie céda sous la pression, et l’eau envahit le chantier. On fut obligé, pour aveugler le renard qui s’était formé en amont de l’axe du souterrain, de construire un batardeau de 80 mètres de longueur à l’abri duquel put se faire l’épuisement du souterrain. Pendant toute la durée de ce travail les machines frigorifiques ont été maintenues en fonctionnement, et malgré l’immersion complète des tuyaux de circulation du liquide incon-gelable et du noyau de glace dans les eaux de la Seine, ce dernier est resté entièrement gelé jusqu’à la fin.
- La congélation est le dernier acte de cette gran-
- diose représentation industrielle qu’a été la traversée de la Seine, des deux bras de la Seine, plutôt, par la ligne n° 4 Les trains circuleront prochainement dans ce souterrain si péniblement établi. On a pu critiquer la lenteur des travaux, mais on n’a pas assez réfléchi que les conditions foutes particulières dans lesquelles s’est trouvé l’entrepreneur l’ont obligé à l'aire un saut dans l’inconnu. Les procédés nouveaux ont appelé la création d’un matériel spécial, et les ingénieurs se sont trouvés, à chaque pas, en présence de difficultés insoupçonnées exigeant une solution immédiate. Pour un travail analogue on bénéficiera de l’expérience si péniblement acquise, laissant de côté, par exemple, le système de perforation dans les terrains mouvants, l’employant dans les sols résistants. Rappelons que M. Chagnaud a inauguré, sur ces chantiers, le système de caissons constituant eux-mêmes le tunnel, système que l’on a adopté en d’autres traversées de la Seine. Et l’ensemble de ces fouilles, de ces constructions souterraines, constitue un travail sinon rapide, du moins fort intéressant. Lucien Fournier.
- NOUVEAUX PHÉNOMÈNES DE TRANSMUTATION
- On sait que l’émanation du radium se transforme spontanément en gaz hélium. C’est là un phénomène de transmutation qui paraît aujourd’hui indiscutable, à moins que le radium, au lieu d’être un corps simple, soit un composé. On a cherché à mettre en évidence d’autres cas de transmutation. Sir "William Ramsay, par l’action de l’émanation sur des sulfates et de nitrate de cuivre, avait cru constater la formation de lithium. Mais ses résultats n’ont pas été confirmés par de nouvelles expériences faites par Mme Curie et Mlle Gledilsch, après élimination des causes d’erreur qui ont pu entacher les expériences de Ramsay.
- Sir W. Ramsay signale maintenant une série nouvelle de transmutations extrêmement curieuses. Ses expériences ont porté sur le thorium qui est également radioactif, avec l’idée préconçue de trouver l’hélium dans les produits résiduels engendrés par ce corps. 270 grammes de nitrate de thorium pur furent dissous dans 500 centimètres cubes d’eau et introduits dans un ballon. Par des vides répétés, tous les gaz du ballon furent éliminés. Le col du ballon était capillaire et fermé par un excellent robinet ; pour empêcher toute rentrée de gaz extérieur, on mit un peu de mercure dans le ballon, puis celui-ci fut renversé sur une cuve à eau. Le mercure vint remplir le tube capillaire, formant un bouchon hermétique et empêchant le contact de la solution radioactive et de la graisse du robinet.
- Trois cent dix jours après, on constata que des gaz s’étaient dégagés; pour les analyser, on les sépara par refroidissement dans l’air liquide et l’on reconnut avoir affaire à un mélange d’azote pur et d’ acide carbonique ; on recueillit ainsi 0,022 centimètres cubes d’anhydride carbonique. C’est là un fait extrêmement remarquable et qui,
- s’il ne s’est pas produit à l’insu de l’opérateur une introduction de gaz empruntés primitivement à l’air, tendrait à prouver que le nitrate de thorium engendre de l’anhydride carbonique : autrement dit, que le carbone est un des produits de la dégradation du thorium.
- Dans une autre série d’expériences, sir W. Ramsay expérimenta l’action de l’émanation du radium sur le nitrate de thorium, en prenant comme précédemment de minutieuses précautions pour éviter toute rentrée d’air dans les ballons d’expérience. Il constata encore la formation d’anhydride carbonique.
- L’action de l’émanation de radium fut expérimentée ensuite sur le nitrate de zirconium, le zirconium appartient à la même famille naturelle que le thorium ; l’anhydride carbonique apparut également.
- Avec du chlorate de plomb, Ramsay observa, dans les mêmes conditions, la formation d’une petite quantité d’anhydride carbonique, mais en quantité insuffisante pour être démonstrative.
- L’émanation agissant sur du perchlorate de bismuth , donne lieu, dans ce cas encore, à une formation d’anhydride carbonique.
- Si curieux qu’apparaissent ces phénomènes, il est un peu inquiétant de voir se reproduire ainsi, quel que soit le métal sur lequel on opère, le même gaz, en somme très banal. Pour l’instant, une conclusion catégorique serait donc prématurée. Comme le dit sir William lui-mème : « beaucoup d’autres expériences doivent être réalisées, avant qu’on puisse affirmer, avec confiance, que certains éléments, soumis à l’action de Y énergie concentrée, subissent une dégradation qui les transforme en carbone. » A. T.
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- LES EAUX RADIOACTIVES DE KREUZNACH
- La petite ville allemande de Kreuznach possède des mines .de radium. Ces mines sont, à la vérité, beaucoup moins riches que les célèbres gisements de Joachimstahl situés en Bohême sur l’autre versant de l’Erzgebirge. Elles sont néanmoins extrêmement remarquables par leur nature toute particulière et par le parti original que l’on en a tiré pour exploiter savamment les dernières théories médicales sur le rôle des émanations radioactives dans les eaux minérales. Le radium produit à Kreuznach est utilisé sur place; on l’emploie à produire des boissons et des bains radioactifs, doués, dit-on,
- vertus radioactives, et même elle a fait mieux : car elle permet de régler la radioactivité des eaux ainsi fabriquées.
- Les mines de radium de Kreuznach sont tout simplement les eaux mères des salines que l’on exploite dans cette localité depuis le milieu du xvme siècle. Ces eaux mères contiennent, d’après MM. Elster et Ceitel, et d’après M. Aschoff, du radium, du radiothorium et de l’actinium. Par des traitements chimiques appropriés, on concentre ces eaux mères, on extrait les divers corps qu’elles peuvent contenir, et l’on augmente peu à peu leur
- Fig. i. — Vue générale de Kreuznach et quelques-unes de ses salines.
- d’un vigoureux pouvoir thérapeutique contre nombre d’affections, telles que rhumatismes, gouttes, tumeurs, etc. Sans discuter ici ce qu’il peut y avoir de vrai dans ces affirmations, nous nous contenterons de décrire une très curieuse et complète organisation industrielle d’un caractère absolument nouveau.
- Kreuznach est devenue, maintenant, une grande usine de fabrication d’eau minérale artificielle. Toutes les eaux minérales, en effet, sont radioactives, et l’on est disposé à croire que les propriétés des eaux universellement célèbres de Marienbad et de Karlsbad sont peut-être dues à la présence d’émanation de radium, qu’elles auraient recueillie dans la profondeur. A Kreuznach, la science s’est substituée à la nature pour donner à une eau quelconque les mêmes
- teneur en corps radioactifs. Quand cette teneur est suffisante, les produits actifs ainsi obtenus sont employés pour imprégner d’émanation la boisson ou l’eau destinée aux bains. On a établi à Kreuznach d’importantes installations spéciales à cet effet.
- Bien que certains détails techniques, au sujet du procédé d’activation, soient tenus secrets, nous sommes en mesure de présenter à nos lecteurs des vues de cette originale station balnéaire, et nous pouvons leur exposer les procédés par lesquels on extrait les produits actifs et les emploie ensuite à activer l’eau ordinaire.
- Les Salines. — La lessive, qui renferme, à côté d’autres substances, de l’iode et du brome, fournit par ébullition, 45 litres d’eau mère (du poids spécifique de 1,5) par 100 kg de sel. En raison des
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- LES EAUX RADIOACTIVES DE KREUZNACH
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- grandes quantités d’eau qu’il faut éliminer (environ 98 kg d’eau par 100 kg de solution), cette opération est fort coûteuse et compliquée. Les Salines avaient été pourvues, dès leur installation, d’usines de graduation où la teneur en eau de la lessive était
- d’épines, de façon que la solution, faible à l’entrée de l’usine, acquiert, dès sa sortie, une concentration 8 à 12 fois plus forte. La lessive doit toujours frapper celle des surfaces du mur d’épines qui est exposée au vent, aussi l’opération de l’usine de graduation devient-elle extrêmement laborieuse, lorsque le vent change fréquemment de direction. Ajoutons à cela que 20 à 40 pour 100 de la lessive se perdent par pulvérisation ou entraînement par le vent. 11 est vrai que l’air des environs des Salines, gagne une forte teneur en ozone eten lessive pulvérisée; l’atmosphère de la région est réputée vivifiante et salubre : l’administration des salines, plus privilégiée à cet égard que la plupart des autres Sociétés industrielles, n’est pas éloignée de
- Fig. 2. — La production du radium.. Usine pour processus chimiques grossiers.
- réduite par vaporisation. Tout en étant extrêmement élevé, le rendement de ces usines subit, suivant la saison, la direction et l’intensité du vent, la température et l’humi-
- Fig. 4. — Laboratoire de haute concentration radioactive.
- dite de l’air, des fluctuations très considérables. Chacune des usines de graduation (dont l’ensemble forme une longueur de près de 2,5. km) est divisée, dans le sens de la longueur, en 7 compartiments de longueurs décroissantes. La lessive les traverse successivement et sa concentration saline augmente, grâce à une série de passages à travers des murs
- Fig._3. — Lavoir de substances radioactives chimiquement traitées.
- croire que les ouvriers des salines doivent à ces qualités de l’air une extraordinaire longévité.
- La force motrice nécessaire pour actionner les pompes des usines de graduation est fournie par de nombreuses roues hydrauliques recevan t, à travers un réseau de canaux, l’eau de la rivière Nahe. Des usines de graduation, la solution concentrée se rend, à iravers des conduites, aux réservoirs de la chaufferie. Là elle est vaporisée dans un appareil multiple qui constitue, au point de vue technique et scientifique, une installation parfaite pour l’extraction de l’eau mère et des sels. Cet appareil se compose d’une chaudière et d’une série de vaporisateurs munis de machines pneumatiques. La vaporisation de la solution se fait, en effet, dans le vide, donc à basse température : ce qui évite
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- la décomposition de certains composés précieux.
- Quand la solution a été enrichie suffisamment par vaporisation pour renfermer, par 100 kg, 2.2 kg de sel commun, ce dernier, incapable de se maintenir en solution, cristallise, suivant qu’on l’agite ou qu’on le laisse tranquille, sous la forme de sel fin ou gros. A mesure qu’augmente la concentration de la solution, il se sépare des quantités croissantes de sels d’eau mère, qui donnent au dépôt salin un goût aigre et amère. Aussi les portions de sel précipitées aux concentrations élevées sont-elles utilisées comme sels de bain précieux.
- .Les résidus radioactifs. Une usine de radium. — Le résidu de lessive, restant après la précipitation du sel commun, forme la solution curative. Celle-ci, pour être expédiée à grande distance, sera concentrée ultérieurement dans le vide jusqu’au poids spécifiquede 1,6; à ce point, elle se prend en une masse solide.
- Or, les investigations scientifiques avaient fait voir, il y a déjà plusieurs années, que les sources salines de Kreuznach amènent du sein de la terre des quantités relativement importantes de matières actives. Quand l’eau, pendant le procédé de graduation, vient au contact de l’air, une partie de ces matières se dépose, avec l’oxyde de fer, les carbonates de calcium et de baryum, etc., comme résidu solide, tandis qu’une autre partie, restant en solution dans l’eau, y forme une source permanente d’émanation toujours renouvelée.
- Ce résidu de source renferme, nous l’avons dit, des traces considérables de radium, du radiolhorium et de l’actinum. L’eau mère extraite de la lessive, ainsi que les sels de bain eux-mêmes, s’est également montrée fortement radioactive. Des expériences ultérieures ont fait voir la possibilité d’isoler des résidus, les traces de produits radioactifs qu’ils renferment et de concentrer les sels ainsi obtenus, suivant les procédés indiqués par
- Curie. Or, en raison de la grande production
- annuelle de résidus actifs (plusieurs centaines de quintaux), l’idée se présentait de tenter l’extraction des sels de radium sur une grande échelle. Aussi, d’après une méthode élaborée par M. Aschoff, M. Neumann, directeur des salines, institua-t-il des
- expériences dont les résultats furent assez encourageants pour engager l’Administration des salines à convertir l’une des ailes de la chaufferie en usine à radium. Dans cette usine, l’ensemble des résidus est traité en vue de l’extraction de sels actifs.
- Les composés de radium ainsi obtenus sont utilisés thérapeutiquement de différentes manières, en partie directement sous la forme d’une poudre blanche insoluble, dont la radioactivité suffit pour produire, par 125 gr. et par heure, dans l’élec-troscope d’Elster et Geitcl, une chute de potentiel d’environ 100000 volts.
- L’activation de l’eau. — L’émanation gazeuse qu’émettent continuellement les sels de radium de Kreuznach, trouvera cependant des emplois bien plus étendus. Les expériences de Neumann fournissent, en effet, une méthode pour communiquer à l’eau d’abondantes quantités d’émanation. Il a fallu, il est vrai, des recherches laborieuses pour mettre au point des appareils de dosage suffisamment exact des quantités d’émanation.
- Ces appareils (activateurs) sont, comme le fait voir la figure 5, des vases de laiton ronds de 50 cm de hauteur dont le couvercle amovible sert à l’introduction de l’eau inactive qui, après avoir absorbé l’émanation, est déchargée par le robinet central. L’activation de l’eau s’effectue par le contact des produits radioactifs insolubles qu’on retire des résidus. Comme l’eau n’est chargée que d’émanation, les produits conservent indéfiniment leur pouvoir d’activation. Pour les cures de boisson, on se sert de petits appareils, fournissant, suivant leur construction, 1 à 5 litres d’eau d’emana-lion par jour. L’activation de l’eau de bain s’opère, au contraire, dans de grands appareils fournissant, suivant leurs dimensions, une quantité d’eau d’émanation qui suffit pour activer 44 à 50 bains complets.
- Comme l’eau, dans bien des cas, ne peut être utilisée que quelque temps après sa sortie de l’appareil, on s’est attaché à prouver dans l’Institut radiologique de l’Université de Heidelberg que son activité décroît trop peu, à l’état de repos, pendant la première heure, pour que le fait ait des conséquences pratiques nuisibles. L’eau agitée perd, au contraire, très rapidement son activité. D1' A. Giiadenwjtz.
- Fig. 5. — Activateur pour cuves de boissons et de bains. Système Neumann.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 décembre 1909.
- Les rayons X et le cancer des souris. — M. le Président dépose une Note de M. Contamin (de Lyon) relative à l’action des rayons X sur les tumeurs cancéreuses inoculées aux souris. Les petites tumeurs récemment inoculées se résorbent sous l’action de ces rayons et l’animal survit; les tumeurs volumineuses se résorbent également et très rapidement, mais l’animal succombe. Les petites tumeurs anciennes ne sont pas influencées. M. Contamin conclut : 1° que l’action des rayons X est d’autant plus efficace que le tissu de la tumeur est plus jeune et plus prolifique; 2° que la résorption d’une tumeur un peu volumineuse est toujours mortelle. L’irradiation directe des cellules (avant la réinoculation) a permis de constater que les rayons X agissent bien sur les cellules elles-mêmes et d’autant plus qu’ils sont plus absorbés ; enfin, que cette action influence davantage leur énergie de croissance que leur aptitude à l’inoculation. M. Contamin démontre également que la résorption spontanée, la résorption provoquée par les rayons X confère l’immunité. L’inoculation d’une tumeur en voie de résorption sur l’animal (après irradiation de la tumeur ou mieux de cellules irradiées après ablation) peut également conférer l’immunité, mais le mode et la puissance de l’irradiation ont une importance primordiale. Une irradiation trop intense peut neutraliser le pouvoir immunisant ou même hypersensibiliser.
- La fonte des glaces sur Mars. — M. Bigourdan présente une Note de M. Jarry des Loges relative à la fonte des neiges sur la planète Mars. Lors de la dernière apparition la planète montrait son pôle austral. L’auteur a pu constater que la calotte polaire disparaissait d’une façon fort inégale sur les divers méridiens. Sur le méridien 205 la vitesse de disparition était de 40 km par jour, alors que sur le méridien 105 cette vitesse n’était que de o à 4 km.
- Rapport de la muqueuse nasale et de l’intestin. — M. Delage résume un travail de M. Pierre Bonnier ayant pour but de démontrer expérimentalement l’existence de l’autonomie des centres bulbaires de la diapbylaxie intestinale. Certaines cautérisations de la muqueuse nasale peuvent faire disparaître la fétidité des selles et des gaz indépendamment des autres troubles digestifs. L’auteur rapporte le cas d’un enfant de 11 ans, chez qui la chorée symptomatique, la fétidité des selles et l’incontinence
- — Présidence de M. Bouchard.
- fécale diurne et nocturne ont disparu sous l’effet de cautérisations nasales ; il mentionne également deux cas où des vers intestinaux ont été chassés au bout de 24 heures à la suite d’une seule cautérisation nasale.
- Préparation de miroirs métalliques. — M. Boutv communique une Note de M. llou'leviguc décrivant un procédé de fabrication de miroirs métalliques sur verre par dépôt de métal volatilisé dans le vide. Il recouvre d’abord, par les procédés de la galvanoplastie, un fil de platine avec le métal à déposer en lame mince. Il enroule, ensuite ce fil sur une bobine triangulaire à larges plans,, puis il place cette bobine sous une cloche dans laquelle on peut faire le vide à 1/1000° dé millimètre. 11 place ensuite devant une des faces du prisme une plaque de verre maintenue à quelque distance par un support métallique. Il lance enfin dans le lil un courant de grande intensité. Le métal est volatilisé et se dépose sur la plaque de verre. La pellicule d’or est incolore, l’argent présente une teinte très vive.
- Le lithium dans le soleil. —M. Bouty rappelle ensuite que MM. Hemsalech et de Watteville ont indiqué un procédé qui permet d’obtenir le spectre du calcium. Parmi les raies que présente ce spectre il en est une qui appartient en réalité au lithium. Or cette raie figure dans le spectre solaire où cependant le lithium n’a jamais été signalé. On est donc conduit à penser que le lithium se trouve dans le soleil. •
- Chimie biologique. — M. Baux expose les résultats obtenus par M. Gabriel Bertrand et Holderer dans l’étude de la digestion de la cellulose. Les auteurs ont découvert une nouvelle diastase qui transforme la cellulose préalablement amenée à l’état de cellose en glucose ordinaire.
- La stérilisation par les rayons ultra-violets. — M. Victor Henry et Mlle Cernovodeanu ont opéré des recherches sur le pouvoir stérilisateur des rayons ultraviolets. Ils ont constaté sur deux lampes génératrices actionnées par des courants de 110 et 220 volts que la loi du carré des distances ne s’applique pas à l’action stérili-satrice des rayons ultra-violets. Le maximum d’effet se produit lorsque l’épaisseur du liquide soumis à l’expérience est de 25 cm. De plus les différents microbes nécessitent une exposition de durée variable pour être tués. Enfin les matières organiques du milieu gênent l’elfet des ravons. C11. de Villedeuil.
- NÉCROLOGIE : BOUQUET DE LA GRYE
- À peine le président de l’Académie des Sciences venait-il de féliciter cette assemblée dans sa séance annuelle de n’avoir éprouvé aucune perte pendant un an, que l’on apprenait la mort (22 décembre), d’un de ses membres très appréciés et très aimés, Bouquet de la Grye, ingénieur hydrographe, géographe et astronome, membre du Bureau des Longitudes, successeur d’Y von-Villarceau dans la section de géographie et de navigation et doyen de cette section où il était entré en 1884.
- Le nom de Bouquet de la Grye était surtout devenu populaire par l’ardeur avec laquelle il s’était attaché au projet non réalisé de Paris port de
- mer. Approfondir le lit de la Seine, couper ses courbes par des canaux, créer un vaste port à Saint-Denis, telles étaient les grandes lignes d’un projet, qui pouvait être et qui fut discuté à bien des, égards, mais qu’il ne manqua jamais une occasion de défendre avec une ardeur de missionnaire. Il apporta d’ailleurs en maintes autres occasions la, même ardeur de jeunesse inlassable et de foi et tous les o jeunes camarades » de l’Ecole Polytechnique qui ont eu recours à lui ont pu apprécier la bienveillance spirituelle avec laquelle il leur venait en aide, se laissant détourner de ses propres travaux par le désir de les diriger dans leurs recherches.
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- 80 - NÉCROLOGIE : BOUQUET DE LA GRYE
- Né à Thiers, dans le Puy-de-Dôme, le 29 mai 1827, entré à l’École Polytechnique en 1847, il en sortit comme ingénieur hydrographe.
- Dès 1852, encore jeune ingénieur, il faisait un relevé des côtes de l'île d’Elbe et de la Toscane qui le mettait en évidence; puis, un peu après, une reconnaissance de la Loire maritime, dont la consciencieuse étude a servi de base à nombre de travaux d’amélioration de ce beau fleuve. Ensuite vinrent les relevés des côtes de la Nouvelle-Calédonie (1855 et suiv., 14 cartes); du Banc de Rochebonne (1859); d’Alexandrie (1861). En 1865, il fit une révision des cartes hydrographiques du littoral Ouest de la France. On lui doit des travaux sur l’amélioration de la rade de Saint-Jean-de-Luz, sur la création d’un port au cap Breton, sur les moyens de combattre l’envasement du port de Lorient. Dès 1876, il suggéra et fît mûrir l’idée d’un grand port commercial dans les parages de la Rochelle et l’on sait comment il réussit à faire créer de toutes pièces le si utile port de la Pal-lice.
- Mais il était autant astronome qu’ingénieur et, h ce titre, il a fait partie d’un certain nombre de missions scientifiques importantes. En 1868, il fut un de ceux qui observèrent le passage de Mercure sur le Soleil. En 1874, l’Académie des Sciences le chargea d’aller étudier le passage de Yénus à l’île Campbell. L’état de l’atmosphère empêcha les observations ; mais il fut plus heureux dans une seconde expédition du même genre, et dans le même but, effectuée-au Mexique en 1882.
- La liste de ses travaux est longue.
- Il a rédigé et publié beaucoup de mémoires et de notes qui ont paru dans les Annales hydrographiques, la Connaissance des temps, les Annales des
- ponts et chaussées, la Revue des eaux et forêts. Les Comptes rendus de l'Académie contiennent de nombreuses communications de lui sur l’astronomie, la physique du globe, la géodésie, la navigation. Le dépôt de la marine s’est enrichi, grâce à lui, d’une centaine de cartes. Citons, parmi ces ouvrages, les Passes d'Alexandrie (1869), le Pilote des côtes ouest de la France (1869-1875), un Guide des manœuvres, en cas de cyclone, une Dynamique de la mer, le Port de la Rochelle
- (1882), l'Amélioration de la Seine et Paris port de mer (1884 et 1892), Régime de la Loire maritime.
- Enfin, on peut ajouter qu’en bon observateur il s’attachait à établir lui-même des instruments destinés à faciliter ses observations. Il en a conçu et fait exécuter de remarquables dans leur genre, parmi lesquels un cercle azimutal remplaçant, pour les triangulations, le théodolite répétiteur, une sonde à main à déclic, un sismographe enregistreur, etc.
- Depuis plusieurs années l’âge l’avait atteint sans le briser ni l’arrêter. Les forces physiques semblaient toujours prêtes à l’abandonner, mais la force morale y suppléait et l’on admirait en lui une vivacité d’esprit qui l’a maintenu debout presque jusqu’au dernier jour.,
- Dans toutes les Sociétés qu’il présida, notamment (en 1896) à la Société de géographie, il se montrait partout un collègue aussi obligeant qu’éclairé; avec la profondeur de son savoir, on appréciait la justesse de ses vues et de ses remarques en matière d’administration intérieure. Les membres des conseils auxquels il appartenait seront unanimes à regretter en lui un guide sûr et et un mai dévoué! P. Sallior.
- Bouquet de la Grye.
- Le Gérant : P. Masso.n. — Imprimerie Laihjre, rue de Flcurus, 9, â Paris.
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- LA NATURE. — N° 1911.
- 8 JANVIER 1910.
- LES PROJECTIONS EN APPARTEMENT PAR LA LAMPE NERNST
- Au temps déjà lointain de la lanterne magique on n’était pas très difficile sur le mode d’éclairage à employer pour obtenir une image sur l’écran, et, d’ailleurs, les naïves peintures sur verre alors en laveur se laissaient facilement traverser par les rayons lumineux.
- La photographie est venue qui a rendu la projection plus intéressante, mais aussi les clichés moins transparents et il a fallu songer à éclairer autrement sa lanterne. Parmi les nombreux procédés utilisés, et il en est d’excellents, le plus commode est sans conteste l’électricité; aujourd’hui qu’elle' est d’un emploi usuel presque partout, il convient de choisir, suivant les cas, quel est le genre de lampe à employer. Si l’on veut obtenir sur l’écran de grandes images, et surtout s’il s’agit de plaques en couleurs, c’est la lampe à arc qui s’impose; autant que possible il faudra se servir de
- de combattre en partie ses défauts. Mais parmi ceux qui font de la projection, combien sont nombreux ceux qui peuvent parfaitement se contenter d’images ayant 1 m. ou 1,20 m. de côté; dans un salon, par exemple, où le recul est rarement supérieur à 6 ou 7 m., c’est largement suffisant, et alors la lampe à arc devient tout à fait inutile. On fait en effet aujourd’hui des lampes à incandescence du système Nernst qui donnent jusqu’à 1400 bougies, sur le courant de 220 volts usité dans quelques villes, et 700 bougies sur le courant à 110 volts employé à Paris.
- Ort a d’abord le très grand avantage de pouvoir brancher la lampe sur la canalisation qui existe
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- Lampes Nernst de grande intensité pour les projections en appariement.
- courant continu, car la lumière est toujours moins bonne avec le courant alternatif.
- La condition essentielle d’une bonne projection est en effet d’avoir un point lumineux très petit, mais très brillant et très fixe; c’est ce que donne le charbon positif d’une lampe à arc alimentée par le courant continu; il se forme à son extrémité une petite cavité, dite cratère, où la température est extrêmement élevée et c’est ce point qu’il faut s’efforcer de placer, et de maintenir, au centre du système optique de la lanterne; cela est d’ailleurs facilité par les différents boutons de manoeuvre d’une lampe bien établie. Avec le courant alternatif le cratère ne se forme pas, les deux charbons s’usent également et sont tous deux lumineux sur une certaine étendue ; une partie de la lumière est mal utilisée, en outre l’arc manque de fixité. Malgré cela il faut bien se contenter du courant alternatif quand on ne peut pas faire autrement et différents artifices permettent
- dans l’appartement, à la place d’une lampe à incandescence quelconque; la consommation ne dépasse pas, en effet, 4 ampères. Avec une lampe à arc, au contraire, il faut toujours faire établir une canalisation spéciale, car on consomme au minimum 10 à 12 ampères.
- On connaît le principe de la lampe Nernst, qui est le même que celui du bec Auer1, et on sait qu’il faut user d’un artifice pour l’allumage. Deux modèles spéciaux ont été établis pour les grandes intensités : l’un est à allumage automatique, l’autre s’allume avec une flamme d’alcool. Dans le premier (fig. 1), qui est celui de 700 bougies sur 110 volts, les filaments B sont au nombre de trois placés parallèlement l’un à côté de l’autre; derrière eux se trouve une sorte de gril A en fil métallique destiné à produire leur échauffement ; quand ils sont arrivés
- 1 Voy. n» 1343 du 18 février 1899, p. 182 et' 1474 du 24 août 1901, p. 195. . . i ,
- 38° année.
- Ier semestre.
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- LA FORTIFICATION MODERNE
- à une température suffisante ils deviennent conducteurs, le courant peut les traverser et les porte rapidement à l’incandescence; à ce moment le gril, devenu inutile, est retiré automatiquement du circuit. Le courant suit le chemin de moindre résistance et traverse d’abord le gril qu’il porte à l’incandescence; mais quand les filaments sont chauds, c’est le circuit qui les contient qui est le moins résistant, l’électro E entre alors en fonction et, en attirant son armature H, il coupe le premier circuit. Dans la secondé lampe (fig. 2), qui est de 500 bougies, les filaments À, B, G sont disposés obliquement les uns derrière les autres ; pour les échauffer on se sert d’un petit tampon de coton monté au bout d’un fil de fer et trempé dans l'alcool; au bout d’environ une minute l’incandescence se produit.
- Cette disposition des filaments, si elle ne permet pas l’allumage automatique, nous paraît en revanche très favorable pour se rapprocher autant que possible du point lumineux dont nous parlons plus haut et, bien que cette lampe ne donne que 500 bougies, elle nous semble produire dans la lanterne à projection le même effet que celle de 700 bougies, parce que la lumière est plus complètement utilisée.
- Les brûleurs de chacune de ces lampes sont montés sur un socle en porcelaine P supporté par une tige à crémaillère facilitant le réglage en hauteur. Les résistances, qu’il est nécessaire d’intercaler dans le circuit, sont montées en arrière de ce socle; elles
- sont constituées par de petits tubes de verre R hermétiquement clos, renfermant des fils de fer pur plongés dans l’hydrogène. Elles ont cette particularité d’offrir une moindre conductibilité à mesure qu’elles s’échauffent, contrairement à ce qui se produit ordinairement, et notamment dans les filaments qui, eux, sont d’au tant plus conducteurs qu’ils sont plus chauds. La combinaison de ces résistances et des filaments permet donc d’obtenir à tout instant un équilibre qui se rétablit de lui-même sur des circuits dont le voltage n’est pas tout à fait constant, de sorte que la lumière est toujours très fixe. Contrairement à ce qui se produit pour les lampes à arc, c’est sur le courant alternatif que les lampes Nernst semblent fonctionner le plus normalement. Leur emploi sur le courant continu est très bon aussi, mais il faut quelles soient faites spécialement et qu’on ait soin de repérer toujours le sens du courant; il se produit, en effet, un transport moléculaire d’un pôle à l’autre qui détériorerait rapidement le filament s’il n’était préparé spécialement pour y résister.
- La projection des vues photographiques en noir peut très facilement atteindre 1,20 m. de côté sur un écran opaque; pour les vues sur plaques autochromes, il est préférable d’employer un écran transparent, en papier dioptrique ou en toile à calquer, et de ne pas dépasser 0,80 m. de côté. Dans un appartement, c’est encore très suffisant, et on a l’impression d’avoir sous les yeux de véritables tableaux. G. Mareschai..
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- L’histoire de la fortification est aussi vieille que celle des peuples ; des besoins nouveaux nés des progrès incessants de l’artillerie ont modifié son organisation, mais son but reste toujours le même : permettre au défenseur d’une position de soutenir
- Fig. i. —Plan des sous-sols d’un fort moderne. — a, abris de combat bétonnés; 0, tourelles de mitrailleuses et leurs observatoires o; t, tourelles de ~5 mm et leurs observatoires o; T, tourelles de gros calibre et leurs observatoires o; F, coffres de flanquement des fossés (les flèches indiquent les directions de tir); C, caserne bétonnée avec couloirs contournant les bâtiments; S, communications souterraines (celles qui vont aux coffres passent sous le fossé, elles sont indiquées en pointillé, épaisseur des murs i,5o m.); A, contrescarpe de 2,5o ni. d’épaisseur ; G, grille barbelée [à la gorge c’est l’escarpe qui est bétonnée et la contrescarpe formée par une grille).
- la lutte contre un adversaire dont les forces sont supérieures aux siennes. Pour cela il faut créer un
- obstacle sérieux à la marche en avant de l’assaillant, obstacle constitué par un fossé large et profond, et prévoir, en outre, des locaux permettant à l’assiégé de se mettre à l’abri des projectiles ennemis tout en gardant la faculté de tirer efficacement les siens.
- Yauban avait enserré son fossé entre deux murs épais, l’escarpe du côté de la place, et la contrescarpe
- .. dol_ nature!
- Fig. 2. — Coupe du parapet et du fossé d'un fort
- moderne au-dessus d’un abri de combat. — A, abri de combat, murs en béton de 2,5o m . d’épaisseur ; P, massifs de pierres cassées; G, grille d’escarpe; b, massif de béton; C, contrescarpe.
- du côté de la campagne, et nous retrouvons cette conception dans tous les anciens forts, y compris ceux qui furent édifiés lors de la réfection de notre système défensif après la guerre de 1870 et dont les forts de la ceinture de Paris sont des exemples classiques.
- Les nouveaux principes de la fortification. — Les forts actuels, dans leur conception la plus
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- moderne, présentent un aspect tout différent : on a toujours conservé le fossé derrière lequel le défenseur se propose de tenir jusqu’à la dernière extrémité, mais les énormes terrassements des anciens forts, qui s’élevaient à 10 m. et plus au-dessus de la campagne environnante, ont été jugés trop vulnérables pour le tir très précis des artilleries modernes. Ils ont disparu dans nos places de première ligne, pour faire place à des parapets beaucoup plus épais, mais beaucoup plus bas, dont le relief est juste suffisant pour permettre aux occupants de bien voir le terrain en avant. Les expériences du fort de la Malmaison qui en 1886 suivirent l’apparition de l’obus torpille à forte change d’explosif, ont en effet montré qu’il ne faut pas moins de 12 m. de terre pour se mettre sûrement à l’abri des effets destructeurs de ces terribles engins, et des épaisseurs de 14 à 16 m. sont courantes dans la fortification actuelle. Le fossé lui-même est organisé sur un mode nouveau : on conserve du côté de la campagne une contrescarpe de 4 à 5 m. de hauteur, mais on la construit aujourd’hui en béton de ciment et on lui donne au moins 2 m. d’épaisseur à son sommet; on supprime ainsi les joints de la maçonnerie ordinaire qu’on remplace par un monolithe homogène d’une résistance exceptionnelle, renforcé encore en
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- arrière par un matelas de pierres cassées de 5 m. d’épaisseur environ afin, de créer un obstacle à l’affouillement des projectiles qui tombant en avant de la muraille bétonnée s’enfonceraient dans le sol
- et viendraient éclater au contact de son parement extérieur. L'escarpe a complètement disparu, du moins dans sa forme primitive : les terres descendent suivant leur talus naturel depuis la crête de feu jusqu’au fond du fossé, et une forte grille barbelée scellée dans du béton remplace la muraille des anciens forts trop susceptible d’être détruite par un tir méthodique de l’artillerie ennemie. Enfin comme le défenseur ne peut voir du haut de ses parapets le fond des fossés, on a ménagé à
- l’extrémité des faces dans la con-trescarpe, des chambres en béton à murailles épaisses, appelées coffres de flanquement, qui assurent au moyen de mitrailleuses, de canons revolvers, et autres pièces à tir rapide, un balayage complet du fossé et en rendent le séjour impossible à un assaillant audacieux qui aurait réussi à s’y glisser. Le défenseur a, en outre, plus que jamais le besoin impérieux de se mettre à l’abri du bombardement qui aujourd’hui peut être extrêmement efficace : aussi sous les parapets sont aménagés des locaux spéciaux avec des murs en béton de 2 m. 50 d’épaisseur ou se tiennent pendant toute la durée
- Fig. 3. — Premier type. — Tourelle cuirassée en fonte dure pour 2 canons de i5o mm. Cette tourelle, très apparente au-dessus d u sol, n’est pas à éclipse. On distingue nettement V avant-cuirasse, autour de la tourelle, et en avant le massif en béton.
- [Forts belges de la Meuse.)
- Fig. 4. — Deuxième type. — Tourelle en fer laminé, simplement tournante. La volée des pièces dépasse la calotte cuirassée. (Forts belges de la Meuse.)
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- du tir de l’artillerie ennemie les fractions de service aux remparts. Le reste de la garnison est au repos dans une caserne également en bélon, munie de tous les accessoires indispensables à la vie journalière. Tous ces locaux, coffres de flanquement, abris
- taines circonstances pourvoir à sa défense propre, et qu’il soit en mesure de garder jusqu’à la dernière extrémité, complètement intacts, des canons surveillant un point important, ouvrage d’art ou nœud de grandes voies de communication. On pour-
- Fig. 5. — Troisième type. — Tourelle à éclipse offrant à l’artillerie ennemie le minimum de cible.
- de rempart, caserne, les casemates et les tourelles dont nous parlerons tout à l’heure sont réunis par des souterrains permettant à la garnison de circuler librement pour les besoins du service sans redouter le tir de l’artillerie ennemie. Seules quelques sentinelles veillent sur les remparts dans des observatoires cuirassés pour signaler l’approche des colonnes d’assaut.
- Les, moyens de combat. — Les tourelles.
- — La description très succincte que nous venons de taire montre quel soin et quelle science le défenseur apporte à sa sécurité.
- Il n’en apporte pas moins à l’organisation de ses moyens de combat : la précision du tir actuel condamne toute pièce installée à ciel ouvert dans les forts qui seront les objectifs naturels de l’artillerie ennemie; aussi les canons de gros calibre, installés autrefois dans les ouvrages, sont-ils reportés dans des batteries en arrière de la ligne des forts, et on ne garde dans ces derniers qu’un tout petit nombre de pièces ayant un rôle spécial bien déterminé. Il faut, en effet, qu’un fort puisse dans cer-
- rait installer ces engins dans des casemates en béton, en donnant à leurs murs une épaisseur de 2 m. 50 suffisante pour que les projectiles ennemis soient sans effet sur eux : les ouvertures ménagées pour laisser passer la volée des pièces seraient alors forcément très étroites, sous peine d’être particulièrement vulnérables, et dans ces conditions l’armement ainsi
- mis à couvert ne pourrait être utilisé que dans un très . petit nombre de directions. L’adoption des tourelles cuirassées a donné une solution très satisfaisante, sinon très économique du problème.
- Une tourelle cuirassée se compose essentiellement d’une cage cylindrique en métal à blindages abritant les pièces et les servants, tournant dans un puits en béton où sont aménagés des locaux pour la machinerie et le personnel, et enfin des magasins à munitions.
- Ce puits en béton a des murailles de 5 à 5 m. d’épaisseur suivant les types de tourelle, et est protégé du côté des coups dangereux par l’inévitable matelas de pierres cassées, et un massif de
- Fig. 6. — Capot d’observatoire cuirassé pour guetteurs, ou pour observateurs du tir des tourelles.
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- terre de 10 m. au moins d’épaisseur. Comme on peut craindre qu’un obus arrivant juste à l’orifice du puits détache un bloc de béton qui tombant entre la muraille et la tourelle empêcherait la rotation de cette dernière, cet orifice est constitué par une coquille en fonte dure formant avant-cuirasse qui a, en outre, l’avantage de ménager une galerie de circulation tout autour de l’engin. Les premières tourelles employées en fortification étaient simplement tournantes : elles se composaient d’une calotte en fonte dure de 40 cm d’épaisseur portée par un châssis métallique en tôle d’acier de o à 4 cm. Seule la calotte émergeait au-dessus du massif bétonné offrant aux coups de l’ennemi pour une tourelle armée de deux canons de 150 mm une cible de 5 m. 50 de large sur 1 m. 10 de hauteur environ. Leur rotation se faisait à bras au moyen de pignons d’engrenages, et pour la faciliter on soulevait toute la masse au moyen d’une presse hydraulique agissant sous le pivot de la tourelle de façon que 1/10 seulement de son poids portait sur le chemin de roulement, le reste étant porté par le pot de presse. Avec la généralisation de l’armement cuirassé, et devant les progrès incessants de l’artillerie, les idées se modifièrent et on créa tout d’abord le second type que représente notre figure, beaucoup moins apparent, et constitué par du fer laminé. Puis, on arriva très vite aux tourelles à éclipse, les seules employées aujourd’hui et dont le colonel du génie, Bussières, fut le promoteur. Dans ces engins, les pièces sont complètement rentrées à l’intérieur de la partie cuirassée, et organisées de façon à tourner autour de la bouche pour le pointage ; les embrasures très visibles dans les types primitifs sont totalement obturées et n’apparaissent au-dessus des puits en béton que juste le temps nécessaire à tirer les coups de canon.
- Les tourelles à éclipse modernes sont construites pour abriter soit deux canons de 155 mm, soit un seul de ces canons, soit deux canons de 75 mm à tir rapide, soit enfin deux mitrailleuses. Elles dérivent toutes d’un même type : équilibrage de la masse
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- mobile au moyen de contrepoids qui jouent le rôle d’accumulateurs d’énergie, dispositif qu’on trouvait déjà dans la tourelle Bussières. Mais ce sont les perfectionnements apportés par le commandant du génie Galopin à ce système de contrepoids qui ont fait de la tourelle pour deux canons de 155 mm le remarquable instrument de combat qu’on installe aujourd’hui dans les forts. Les arbres de ces contrepoids roulent sur des rotules cylindriques en acier,
- de sorte que la longueur des bras de levier varie pendant le mouvement, et cette variation est réglée de façon que l’engin arrive à fin de course avec une vitesse nulle. La tourelle étant à sa position d’éclipse, et ne présentant aux coups de l’ennemi que sa calotte métallique, on procède au chargement des pièces et au pointage par la méthode dite du pointage indirect, en prenant toutes les indications de tir sur un plan directeur très précis sur lequel est reporté le but. En même temps on remonte les contrepoids et quand tout est paré, au commandement
- Fig. 7. — Schéma de la tourelle Galopin. — C, cuirasse; AC, avant-cuirasse; T, chambre de tir; MB, massif en béton; El, étage de manœuvre où sont réunis les appareils; s, sellette; G, galets coniques du chemin de roulement; B, rotules; B, balanciers des contrepoids; n, un des contrepoids d’équilibre; P, poutres ou consoles en fer; g, masses de guidage du mouvement ascensionnel.
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- lancez du chef de tourelle, on déclenche le loquet : la tourelle monte; à fin de course la fermeture d*un circuit électrique fait partir les deux coups de canon, et toute la masse redescend automatiquement. Il ne s’écoule guère que 5 secondes entre le commandement lancez et le retour complet à la position d’éclipse, et on compte qu’on peut tirer dans ces conditions une salve par 90 secondes.
- Les tourelles de 75 procèdent d’un principe analogue. Seules les tourelles mitrailleuses sont un peu différentes : plus légères, c’est un simple mouvement de hanches du pointeur qui provoque leur rotation, et la souplesse de leur mouvement est telle qu’elle permet de suivre très facilement toute la crête des glacis pendant l’exécution du leu.
- Les épaisseurs de métal protecteur varient suivant les types de tourelles. Pour les gros calibres, elle est voisine de 50 cm, ce qui les met pratiquement à l’abri des projectiles de siège modernes. Dès 1886, le gouvernement roumain, désireux d’organiser ses places fortes au moyen de tourelles cuirassées, avait fait procéder à des expériences très complètes à Cotroceni, sur une tourelle de Saint-
- Chamond et une tourelle allemande type Grüson. Il fut démontré qu’elles ne souffraient nullement des atteintes des obus d’alors, soit de rupture, soit explosifs. Depuis, la précision du tir s’est beaucoup accrue, mais la puissance n’est pas augmentée d’une façon considérable : on peut donc admettre qu’au-jourd’hui encore les tourelles résistent sans dommages sérieux à l’artillerie de siège. Toutefois des mortiers de gros calibre (27 cm, obus de 250 kg) sont à l’étude dont le tir vertical sera sûrement très dangereux pour les calottes des tourelles à éclipse : mais il faut se rappeler qu’à Cotroceni on tira à moins de 2500 m., 164 coups du mortier rayé de 21 cm (allemand) sur les engins expérimentés sans mettre un seul coup au but. Les types français actuels sont consécutifs à des expériences très sérieuses organisées au camp de Ghâlons en 1887, et beaucoup plus récemment en 1905-1906 sur un de nos forts de l’Est. Ils donnent pleine confiance en ce qui concerne leur résistance, <^t comme leur tir est très précis, ils constituent d’excellentes armes de combat. Malheureusement ils sont coûteux comme toute la fortification moderne. Capitaine L.
- Fig. 8. — cscnema ae ta wureue ae 7a mm. — Celte tourelle ne possède qu’un seul contrepoids. C’est en tournant le treuil T qui commande un train de pignons d’angle qu’on provoque la montée et la descente de la tourelle. Ces maniements n’ont pas besoin d’être aussi rapides que dans la tourelle Galopin, étant donné le rôle spècial de l’engin dans le combat rapproché et pour la protection des forts voisins.
- LA FATIGUE DE LA TERRE
- On sait que la fertilité de la terre n’est pas inépuisable : si les sols vierges des pays neufs peuvent produire plusieurs années de suite de riches récoltes sans fumure, sans engrais, sans repos, les terres cultivées depuis plusieurs siècles s’épuisent vite. La conservation de leur fécondité exige des soins minutieux : on ne doit pas faire succéder à chaque récolte une culture de la même plante ensemencée la première fois. Après deux ou trois années de culture ininterrompue, dont la réunion constitue l’assolement, il est indispensable soit d’abandonner momentanément la terre à la végétation spontanée, —
- ' c’est le système de la jachère employé autrefois | exclusivement, — soit de la fertiliser artificiellement.
- ' Enfin, on ne peut obtenir chaque année des récoltes de poids maximum qu’en fécondant la terre à grand renfort dé fumier, d’amendements et d’engrais chimiques.
- D’où proviennent ces variations de fertilité? La terre est-elle, comme on le prétendait autrefois, à ce point « fatiguée » de produire sans cesse, qu’on la doive laisser reposer? Ou, et c’est la doctrine des grands agronomes du xixe siècle, la culture intensive de plantes à gros rendements provoque-t-elle l’épui-
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- sement du sol en ses constituants assimilables, et doit-on, dès lors, restituer à la terre ces mêmes principes exportés par les récoltes?
- Questions extrêmement intéressantes. On conçoit qu’au point de vue scientifique, il soit de la plus haute importance de résoudre ces problèmes : l’assimilation des principes du sol est, en effet, la source de toute vie. Et pour les agriculteurs, la connaissance exacte du processus de la fertilisation peut seule permettre d’employer rationnellement les engrais, c’est-à-dire d’obtenir le maximum de récolte avec le minimum de frais.
- Les récents travaux des agronomes américains du Bureau of Soils, officiel de Washington, éclairent d’un jour tout nouveau le mécanisme délicat de la fertilisation du sol. Si les théories nouvelles sont très discutées, ce qui d’ailleurs est le sort commun de toutes les nouveautés révolutionnaires, les faits sur lesquels elles furent étayées ne sont pas moins très curieux et intéressants; ils paraissent devoir apporter en agriculture des conséquences de la plus haute importance.
- Les anciennes théories sur la fertilité. — Les idées classiques sur la fertilisation qui, depuis Liebig, s’étaient imposées à tous les agronomes, permettent sans doute d’analyser convenablement le mécanisme du rôle des engrais. Pourtant elles sont impuissantes à éclairer certains faits restés inexpliqués. Et peut-être n’accorda-t-on pas à ces derniers toute l’importance qu’ils méritaient.
- Pans les sciences en général, il arrive trop souvent ainsi que l’on néglige de parti pris certains faits, infirmant en apparence les théories enseignées. Si pédagogiquement le procédé est excellent, au point de vue scientifique, rien n’est plus regrettable. Ainsi la quantité d’éléments « actifs», phosphore, potasse, azote, apportés à la terre par l’engrais est absolument négligeable si on la compare aux quantités de ces mêmes corps préexistants dans le sol. 11 existe dans la partie assimilable d’un hectare jusqu’à 5000 kg d’acide phosphorique, 55 000 kg de potassé, ce qui n’a rien d’étonnant, si l’on songe que les radicelles des plantes cultivées pénètrent jusqu’à un mètre et demi de profondeur. D’où vient, dans ces conditions, qu’une addition de quelques
- centaines de kilogrammes puisse fertiliser le sol?
- On expliquait bien cette anomalie en attribuant aux éléments de l’engrais une solubilité, une faci lité d’assimilation bien supérieures à celles des principes analogues contenus dans la terre ; sans que, d’ailleurs, cela fût jamais bien vérifié; mais c’était fort plausible, puisque selon la nature de leurs combinaisons, le phosphore ou le potassium ont des propriétés très différentes. Au cours de ces dernières années, on fut curieux de soumettre l’hypothèse aux vérifications expérimentales : on constata qu’elle était mal fondée. M. Schlœsing, le savant professeur du Conservatoire des Arts et Métiers, montra d’abord que les plantes pouvaient parfaitement assimiler leur nourriture minérale dans des milieux exccssivementdilués ; il suffit qu’une solution
- renferme moins de un dix-millionième de potasse, par exemple pour que le végétal y puise tout le potassium qui lui est nécessaire. Or, les analyses des sols américains, faites par des méthodes nouvelles excessivement précises, permirent à Milton Whitney d’affirmer que l’on trouvait, dans toutes les différentes variétés de sol, plus de matières minérales solubilisées qu’il n’en fallait pour que les végétaux y puissent vivre. Dès lors, on ne peut dire que les engrais apportent à la terre les principes dont l’avaient épuisée les récoltes précédentes.
- Autre phénomène inexpliqué : les praticiens de l’agriculture ont constaté, depuis des siècles, que l’alternance des cultures stimulait la végétation. C’est ainsi que deux mêmes plantes seront très « épuisantes » si elles sont cultivées plusieurs années de suite sur la même terre, mais non si on fait succéder une récolte de l’une à la récolte précédente de l’autre. Le fait ne peut évidemment être attribué au manque de principes assimilables contenus dans le sol. Cela ressort clairement des expériences des agronomes anglais Lawes et Gilbert, à la célèbre ferme de Rothamstedt ; une même variété de pommes de terre lut cultivée quinze années de suite dans un même champ sans apport d’engrais : on n’obtint finalement, la récolte baissant chaque année, presque aucun développement. La terre était-elle donc épuisée? Non, car il suffit d’y ensemencer
- Fig. i. — Un des poisons de la terre (cristaux d’agroslérol extraits du sol).
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- de l’orge pour obtenir une végétation luxuriante. Enfin, certaines observations nouvelles vinrent
- repe-
- v.'ZM
- I&sÉù:
- Fig. 2. — Plants cultivés dans un extrait toxique de terre renfermant l'acide dihydroxystéarique (i, 2, liquide non dilué, 3, 4, 5, 6, liquide additionné de proportions croissantes d’eau distillée.
- rendre tout à fait insuffisantes les explications de la théorie classique : il existe aux États-Unis d’Amérique des sols singuliers qu’il est impossible de cultiver. Quelles que soient quantités et nature de fumures ou d’engrais que l’on yajoüte, aucune plante ne peut y végéter normalement. D’où provient cette étrange stérilité?
- La réunion de tous ces faits formait un faisceau solide d’objections aux théories régnantes. Ils stimulèrent les recherches, et les agronomes américains, particulièrement intéressés à la solution du problème, devaient mettre en lumière de très intéressantes constatations qui éclairèrent d’un jour tout à fait nouveau la connaissance du processus de la fertilisation.
- Les excréments des plantes. — Dès le début du siècle dernier, l’illustre botaniste, A. de Candolle, avait remarqué que, si l’on plaçait une pensée, par exemple, dans du sable pur et dans un vase transparent, on voyait pendant la nuit des petites gouttelettes suinter de l’extrémité des radicelles. Il pensa que ce pourrait être là des sortes d’excréments ; la plante rejetant ainsi les matières nuisibles toxiques résiduelles qui généraient les réactions de sa vie. « M. Macaire, ajoute le savant, a confirmé par l’expérience ces données de l’observation ; il a vu que les haricots languissent dans de l’eau qui renferme la matière préalablement exsudée par les racines d’autres individus de la même espèce ; tandis que les plants de blé prospéraient dans cette même eau1 ». Ces intéressantes constatations avaient été oubliées et leur étude tout à fait délaissée, quand des expériences analogues les firent exhumer des publications d’antan d’où elles n’avaient jamais été reproduites. Jansen, par exemple, constata qu’une récolte de blé laissait, dans le milieu où avaient 1 A.-P. üe Candolle. Physiologie végétale, Paris, 1835.
- pénétré les radicelles, des matières seulement toxiques pour les végétaux de la même espèce, non pour les autres.
- On voit de suite qu’un important facteur nouveau entre en jeu dans la fertilité de la terre : la présence des toxines végétales nuisibles seulement à certaines espèces et non à d’autres. Et l’on pense de suite à expliquer ainsi que l’alternance des cultures puisse donner de meilleurs résultats que leur tition.
- Cette présence de toxines excrétées par les plantes paraissait tellement bien prouvée, que, dès 1903, Milton Whitney disait dans sa fameuse conférence aux agriculteurs du Maryland : « Nous n’avons pu encore isoler ces poisons, mais j’espère en pouvoir identifier sous peu. » Cette fougue, toute yankee, à laquelle nos savants nous ont peu habitués, fut même alors sévèrement jugée par les partisans des théories classiques, et peut-être en résulta-t-il une suspicion sur les travaux américains : nouvel et imprévu disciple de Wells, le savant ne craignait pas de prophétiser, ce qui est évidemment imprudent. Mais aujourd’hui, et les chimistes agronomes de Washington peuvent être fiers de leur œuvre, la prédic-tions’estréalisée.
- MM. Schreiner et Schorey caractérisèrent la présence dans le sol de matières organiques complexes, mais bien définies : agro-stérol, sels des acides carboxyli-ques, dihydroxystéarique qu’ils surent isoler et identifier par leur forme cristalline vue au microscope (fig. d)avec les mêmes produits obtenus
- synthétiquement. Ces matières possèdent bien les propriétés caractéristiques des toxines; leurs solu-
- Ms
- B.' ;
- frf
- Fig. 3. — Cultivé dans un mélange d’eau mise au contact d’une terre « infertile », le blé se développe d’autant mieux que le mélange contient plus d’eau distillée. N° 3, i/5 eau dist. — N° 4, 2/5 eau dist. — N° 5, 3/5 eau dist. — N° 6, 4/5 eau dist. L’infertilité est donc due non au manque d’aliments mais à la présence de produits nuisibles.
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- tions sont d’autant moins nuisibles à la végétation que diluées davantage (fîg. 2). Des expériences furent répétées dans les conditions les plus différentes et sur des végétaux de diverses espèces : les résultats furent toujours concluants.
- C’est ainsi que MM. Pouget et Chouchak firent, à l’Ecole d’agriculture d’Alger, des essais avec la terre provenant d’une luzernière. Si l’on épuise la matière calcinée par de l’eau distillée, le liquide, quoique contenant de la potasse, de l’azote et du phosphore, ne fertilise pas le sol. L’extrait aqueux de la terre fraîche est nuisible à la végétation : il contient donc des toxines détruites par calcination. Enfin, l’eau de lavage d’une terre en jachère possède un pouvoir fertilisant, elle peut donc neutraliser, détruire les toxines nuisibles.
- Autres intéressants essais dus aux agronomes américains du Bureau of Soils : on cultiva, en pots,, du blé qui fut coupé après six
- Fig. 4 et 5.— Les engrais agissent en détruisant les matières toxiques du sol.
- on en fit pour plus de commodité des extraits aqueux où l’on cultiva du blé. Dans le liquide pur, les racines se développent très peu. Au contraire dans le liquide dilué, la végétation est beaucoup plus active (fig. 3) et elle croît proportionnellement à la dilution : on peut conclure que la fertilité n’est pas fonction de la teneur en sels minéraux, mais de la quantité de produits toxiques.
- Ainsi donc la terre « fertile » n’est pas épuisée comme on le prétendait, sa richesse en éléments minéraux est inépuisable : les constituants, ainsi que l’ont montré Delage et Lagatü, Schlœsing, se dissolvent peu à peu continuellement en quantité
- Dans de Veau artificiellement empoisonnée par de la vanilline, le blé se développe très peu (/), mais une seconde récolte donne de meilleurs résultats (2). La môme eau, assainie par du nitrate de soude (3, 4) ou de la craie (5, 6) donne des résultats même supérieurs à celle de la récolte témoin obtenue dans l’eau-pure (7).
- semaines de végétation. Du blé immédiatement semé à nouveau dans la même terre ne donna, dans le même laps de temps, qu’une récolte moitié moindre que l’on ajoute ou non la quantité de matière minérale exportée par la première récolte (obtenue par calcination de cette dernière). Si, au contraire, on ajoute à la terre, lors du second ensemencement, la première récolte en entier, ou si l’on arrose de purin, la fertilité est conservée : le phosphore ou la potasse des engrais ou du fumier ne sont donc pas nécessairement des fertilisants. Les excréments toxiques des plantes peuvent donc être neutralisés par certaines matières organiques.
- Quant aux terres stériles dont nous avons parlé,
- 7, blé cultivé en milieu toxique. 2, 3, 4, 5, 6, ce même blé dans le même milieu auquel 011 ajouta des doses croissantes de craie. 7, même blé cultivé dans l'eau, pure. 8, culture datis l’eau. additionnée de craie.
- suffisante jusqu’à ce qu’elle soit, après des siècles, entièrement dissoute. Non, la terre stérile est simplement « fatiguée ». De même que dans les organismes les plus élevés de l’échelle biologique, la vie y accumule des déchets, des toxines qu’il est indispensable d’éliminer, de détruire. La terre, comme l’homme, trouve dans le repos, une vigueur nouvelle. Si osée que soit la comparaison, elle n’est pas nouvelle; l’illustre Berthelot avait déjà dit du sol que c’était « un organisme vivant ».
- La fertilisation artificielle. — La fertilisation naturelle, seule employée pendant des siècles, est la a jachère » qui terminait tous les assolements, avant la vulgarisation de l’emploi des engrais chimiques. Mais dans notre siècle de progrès à outrance et de substitution, aux choses naturelles, de moyens artificiels plus rapides, plus commodes, plus économiques, on ne pouvait retourner à la pratique des
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- jachères. La connaissance exacte analytique des faits ne manque pas en général d’ètre suivie bientôt de leur reconstitution synthétique : le mécanisme une fois connu de l’action des excréments toxiques végétaux, on chercha les moyens de féconder la terre autrement que par des cultures alternées ou le repos. D’ailleurs on emploie depuis longtemps d’énormes quantités d’engrais chimiques; il importait, on le conçoit, de déterminer leur rôle dans la fertilisation, tant dans le but de généraliser à tous les cas les nouvelles théories que pour perfectionner la pratique de l’application de ces engrais.
- Du blé fut cultivé dans l’extrait aqueux d’une terre polluée de toxines. Le développement fut naturellement très faible (fig. 4) ; mais si l’on ajoute au milieu des doses croissantes de craie, l’un des amendements le plus souvent employés, la végétation est de plus en plus luxuriante. L’elfet des excrétas toxiques est complètement neutralisé comme permet de le constater la comparaison aux plants cultivés dans l’eau pure additionnée de craie. En polluant artificiellement, au milieu de végétation, par de la vanilline, dont les effets sont semblables à ceux de certaines toxines, on n’obtient qu’une végétation souffreteuse (fig. 5). Mais si le milieu est, au préalable, additionné de craie, fumé aux doses habituelles avec du nitrate de soude ou simplement ensemencé de façon à avoir déjà donné une récolte, les résultats sont bien supérieurs à ceux de la récolte témoin (fig. 5). C’est la reproduction au laboratoire et dans des conditions parfaites desûreté, de facile comparaison, des phénomènes remarqués en pratique culturale sur la fertilisation obtenue sous l’action des amendements, des engrais et de l'alternance des cultures. On peut espérer que cette élégante méthode, appliquée aux multiples cas se présentant en agriculture, permettra d’employer les engrais de façon idéalement rationnelle, après détermination de l’effet constaté.
- Outre qu’elles expliquent ainsi plus parfaitement le rôle des engrais usuels, les nouvelles théories per-' mettent de prévoir la possibilité de leur substituer des fertilisants beaucoup plus actifs et énergiques. Les toxines de la terre fatiguée n’y existant qu’à doses infinitésimales, serait-il possible de remplacer les doses massives d’engrais par de faibles quantités de matières plus actives? Ne pourrait-on neutraliser l’action paralysante des excrétas par des « antitoxines » organiques? Les multiples essais réalisés au cours de ces dernières années, si leurs enseignements sont souvent incertains et contradictoires — conséquence obligée de leur extrême nouveauté, — permettent de prévoir la possibilité certaine de l’emploi de nouveaux fertilisants dont le rôle confirme admirablement les théories nouvelles sur la fertilisation.
- On sait que dans toutes les actions vitales, les synthèses incessamment élaborées dans les phénomènes de nutrition sont provoquées par les dias-
- tases. Or, les travaux de MM. Gabriel Bertrand, Tribot, etc., ont montré que les plus importantes de ces diastases, les oxydases fixatrices d’oxygène pouvaient avoir leur puissance d’oxydation très considérablement augmentée par la présence de certains éléments : le manganèse, le magnésium. D’autre part, les poisons de la terre sont assez facilement oxydables : les façons culturales : labours, hersages, n’ont d’autre but que d’aérer le sol, ce qui provoque l’oxydation des toxines du sol. Il semble qu’en ajoutant à la terre du manganèse ou de la magnésie on la puisse assainir. De lait, l’emploi, entre autres sels de ce genre, du sulfate de manganèse permit aux agronomes japonais Àso et Nagaoka d’obtenir dans la culture du riz des excédents notables de récolte. Des expériences furent ensuite faites dans tous les pays sur différentes cultures : céréales, betteraves, pommes de terre et un grand nombre d’entre elles furent très concluantes. Nous reviendrons prochainement sur ces intéressants essais. D’autre part, les microbes pullulant dans le sol peuvent évidemment, parles multiples réactions chimiques qui résultent de leur vie, avoir une influence heureuse contre les excrétas des plantes. Il est permis de croire que, dans la végétation spontanée assainissant la terre, les toxines sont détruites aussi bien et probablement plutôt par les microbes que par les végétaux supérieurs. Dès lors, de même que l’on immunise un animal en lui injectant un sérum riche en « anti-corps », ne pourrait-on fertiliser la terre en lui ajoutant une culture microbienne? L’emploi des microbes « nitrifica-feurs » que l’on avait préconisé, sans grand succès d’ailleurs, semblerait devenir pratique. MM. Bot-tomley en Angleterre, Stoklasa en Bohême obtinrent récemment des résultats très intéressants en ensemençant sur la terre des cultures de microbes. Sans nier que ceux-ci agissent surtout en fixant l’azote de l’air ou en amenant à l’état assimilable de nitrate les matières azotées organiques, on peut supposer que leur action sur les excrétas doit être connexe de leur action sur l’azote. De nouveaux travaux permettront bientôt sans doute de fixer définitivement leur rôle et de préciser leur mode d’emploi.
- Il est intéressant de constater que, malgré les perfectionnements apportés depuis cinquante ans dans la pratique culturale, les progrès réalisés ne sont probablement que le prélude de bouleversements iDeaucoup plus considérables. L’illustre chimiste anglais Crookes, en un discours célèbre au retentissement mondial, affirmait que l’on pouvait prévoir une époque prochaine où toutes les terres cultivées ne pourraient donner assez de blé pour nourrir la population sans cesse accrue. Il avait négligé — impardonnable oubli chez un savant de son talent — de tenir compte des progrès certainement réalisables en agriculture. La terre nous livre peu à peu ses secrets; un jour viendra où nous les connaîtrons suffisamment pour arracher sans effort les richesses insoupçonnables qu’elle recèle. II. Dousset.
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- LE TROISIÈME CENTENAIRE
- DE LA PREMIÈRE OBSERVATION TÉLESCOPIQUE
- Il y a eu hier, 7 janvier, trois cents ans que, pour la première fois, dirigeant une lunette vers le ciel, Galilée vit ce que nul homme avant lui n’avait aperçu. Ses regards se portant sur la Lune, il y voit des montagnes, des taches plus ou moins brillantes, des plaques circulaires qu’il compare aux yeux de la queue du paon, et que l’on a reconnu depuis comme des cirques et des cratères. En observant les étoiles, il constate qu’elles se multiplient comme par enchantement sous le grossissement optique. On
- Fig. i. — Le quart de cercle azimutal de Tycho-Brahè (i577).
- ne comptait que six ou sept astres dans les Pléiades : telle une baguette magique, sa lunette en fait jaillir plus de quarante. La Voie Lactée ne lui apparaît plus comme un voile blanchâtre et nébuleux, mais comme une poussière d’étoiles, suivant l’expression pittoresque de Milton. La nébuleuse du Cancer ne se présente plus à ses yeux émerveillés comme un nuage imprécis flottant au gré des vents du ciel : il y reconnaît un amas d’étoiles très serrées. Enfin les planètes, et Jupiter en particulier, lui montrent la véritable constitution du système solaire. En un instant, par la puissance des verres optiques, grâce à l’ingéniosité de la lunette d’approche, le ciel se trouve transfiguré, élargi. L’immensité apparaît. L’infini se révèle. Une ère nouvelle commence pour l’Astronomie.
- Nous devons saluer ce glorieux anniversaire, qui marque un des plus grands pas de l’humanité dans la voie du progrès, une des plus nobles conquêtes de l’esprit humain sur la nature.
- Il nous semble donc particulièrement intéressant de retracer ici l’histoire de l’invention de la lunette d’approche, de passer rapidement en revue les dilîé-rentes étapes de l’observation télescopique depuis trois siècles. Mais avant de commencer cet historique, rappelons en quelques mots les observations anciennes, faites à l’œil nu, au moyen d’instruments très primitifs, servant à viser les astres et à déterminer leurs positions, sans amplifier leurs images.
- Fig. 2. — Le quart de cercle azimutal d’Hèvelius (1644).
- Pendant près de deux mille ans, depuis l’antiquité jusqu’à Galilée, la ligne de visée de l’instrument est déterminée par des cylindres creux, ouverts à leurs deux extrémités, ou par une alidade munie de pinnules ; l’instrument est formé de plusieurs cercles, comme les sphères armillaires ou d’une portion de cercle, comme les quadrants, les sextants, les octants.
- À l’aide d’arcs gradués, on obtenait directement la distance zénithale de l’étoile, d’où l’on concluait sa latitude, et on déterminait aussi la distance angulaire de l’étoile à l’astre de comparaison.
- Pour avoir l’autre coordonnée, c’est-à-dire la longitude céleste, il fallait résoudre un triangle sphérique.
- L’astre de comparaison était le Soleil. Pour les
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- observations de nuit, la Lune servait d’intermédiaire. Plus tard, on eut recours aux planètes, à
- Fig. 3. — Les deux lunettes principales de Galilée, conservées au Musée de Florence.
- Vénus en particulier. Le temps était donné par les cadrans solaires, par les clepsydres, par les sabliers.
- On est saisi d’admiration pour les résultats obtenus par les ancêtres de l’astronomie moderne, quand on songe aux moyens si médiocres dont ils disposaient.
- Au if siècle avant notre ère, le grand Hipparque de Rhodes, sans verres ni miroirs, sans autre instrument que Y astrolabe, son fameux « preneur d’astres » qu’il a construit spécialement pour son usage, parvient à déterminer les positions de 1025 étoiles, et à dresser le premier catalogue detoiles. Quelle patience! quelle persévérance!
- Cependant, nous arrivons au xvne siècle. La substitution de la lunette d’approche aux anciennes méthodes, vient transformer l’astronomie.
- À quel homme de génie devons-nous cette heureuse métamorphose?
- I/origine de cette féconde invention reste entourée d’un certain mystère.
- Les uns en rapportent l’honneur à Jacques Me-
- tius, marchand opticien à Àlkmaer, les autres à Zacharie Jansen, lunetier à Middelbonrg, d’autres à Jean Lippershey, également citoyen hollandais. Ce qu’il y a de certain, c’est que personne, avant Galilée, n’eut l’idée, ni la curiosité, de l’appliquer à l’observation des astres. Mais incontestablement, l’illustre astronome florentin n’est pas l’inventeur de la lunette d’approche. Voici, d’ailleurs, comment il raconte lui-même ses premiers essais dans son journal Nuncins Sidereus publié à Venise. « Il y a environ dix mois, écrit-il en mars 1610, que l’on m’apprit qu’un certain Hollandais avait imaginé une lunette (perspicUliim) à l’aide de laquelle il voyait les objets éloignés aussi clairement que s’ils étaient rapprochés; cet instrument servait déjà à faire quelques expériences, auxquelles les uns ajoutaient foi, tandis que les autres les niaient, c’est ce qui me fut confirmé peu de jours après dans une lettre que m’adressait de Paris un de mes amis, Jacques Ba-dovère. Tout cela me fit appliquer entièrement aux moyens d’arriver à l’invention d’un procédé semblable; et j’y parvins, en effet, peu de temps après, à l’aide de la théorie des réfractions. Je me construisis donc d’abord un tube de plomb, aux extrémités duquel j’adaptai des verres de lunettes qui avaient tous deux d’un côté une face plane, tandis que de l’autre côté l’un des verres était convexe et l’autre concave ; puis approchant l’œil de la face concave (oculaire), je voyais des objets assez rapprochés : ces objets paraissaient trois fois plus près et neuf fois plus grands en surface que par la vue naturelle. »
- Ce premier instrument, qu’il offrit au doge de Venise, avait pour objectif un verre convexe de -40 millimètres de diamètre, et pour oculaire, une petite lentille concave. Il mesurait environ 50 centimètres de longueur. Construit au mois de mai de l’année 1609, il avait été aussitôt appliqué à des expériences terrestres. Du haut du campanile de Venise, Galilée montrait à ses amis enthousiasmés
- Fig. 4. — Lune lie du XVIIe siècle à tube de carton, conservée à l’Observatoire Flammarion (juvisy).
- les monuments de la cité de marbre considérablement rapprochés, et les promeneurs éloignés que nul œil humain n’aurait pu distinguer sans le se-
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- cours des verres optiques. Plus tard, ne s’épargnant ni peine, ni dépense, il se fabriqua plusieurs autres lunettes plus puissantes grossissant quatre, sept, quinze et trente fois en diamètre. Ce fut là le maximum qu’il atteignit.
- Le 7 janvier 1610, il dirige une lunette grossissant 30 fois vers Jupiter. Le disque de l’énorme planète lui apparaît sensiblement élargi, et de chaque côté, il y distingue de minuscules étoiles : deux à gauche, une à droite. Le lendemain, il poursuit ses observations; mais,à sa grande surprise, les petites étoiles ont changé de position : elles se trouvent toutes trois à droite de Jupiter. Intrigué par ce déplacement, il veut les étudier à nouveau la nuit suivante. Le ciel reste obstinément voilé. Mais le 10, il peut reprendre ses observations; alors, au lieu de trois étoiles, il n’en voit plus que deux à gauche. Il en fut de même le TI. Le 15, il voit pour la première fois les quatre étoiles errantes toutes ensemble, une à l’orient, les trois autres à l’occident. Le 15, elles étaient toutes les quatre à l’occident.
- À partir de ce moment, il suit minutieusement leurs mouvements, reconnaît leurs orbites et en vient à conclure que ce sont là des satellites gravitant autour du monde jovien, comme la Lune gravite autour de la Terre.
- Galilée trouve dans cette analogie un
- Bientôt, l’Europe entière retentit des découvertes de Galilée, et le 19 avril 1610, l’illustre Képler adresse à l’astronome italien une lettre chaleureuse,
- Fig. 6. — L'oculaire de la grande lunette de l'Observatoire Yerkes.
- argument de plus en faveur du système de Copernic. Dès lors, l’astronomie planétaire lui offre de nouveaux horizons.
- Fig. 5. — La plus grande lunette du monde. La lunette de VObservatoire Yerkes (objectif de j,o5 m. de diamètre).
- par laquelle il lui témoigne tout l’enthousiasme que ses travaux lui ont causé. Képler admire la simplicité de l’instrument merveilleux; il s’étonne surtout que cette application si naturelle de principes optiques, connus depuis des siècles, soit restée si longtemps irréalisée. Lui-même avait touché cette invention du doigt. On sait d’ailleurs comment il la perfectionna pour la science d’Uranie, en substituant à la lunette simple deux verres convergents, afin d’obtenir. un champ d’exploration plus vaste dans l’observation céleste. C’est cette lunette, qui renverse les images, à laquelle on réserve spécialement le nom de lunette astronomique.
- Tandis que Galilée observait à Padoue, un autre astronome, auteur de recherches fort estimées, Simon Marius, scrutait le ciel d’Anspach, en Allemagne, à l’aide d’une lunette qu’il s’était fait venir de Hollande, et découvrait de son côté, le 8 janvier 1610, trois des satellites cfe Jupiter.
- Jean Fabricius, à la fin de la même année, se servait également d’une lunette dans le fond de la
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- Frise et découvrait que la surface du Soleil n’est pas absolument homogène. En Souabe, l’habile observateur, Scheiner, commençait en 1611 ses remarquables études sur les taches solaires.
- L’élan était donné et ne devait plus s’arrêter. À partir de cette époque, les lunettes se multiplièrent. D’abord, la plupart des astronomes les construisirent eux-mêmes. C’est seulement plus tard que des artistes spéciaux, tels que Fontana, Ferrier, Chorez, en firent une spécialité, à l’exemple de Torricelli, qui n’avait pas dédaigné de s’appliquer longtemps à la construction des lunettes.
- Notons toutefois que plusieurs astronomes demeurèrent réfractaires à la nouvelle méthode d’investigation. Riccioli prétendait que les verres détournaient les rayons lumineux de leur marche directe et que les pointages étaient plus sûrs avec les dioptres et les pinnules. Hévélius, lui-même, aussi habile opticien qu’observateur, et qui avait construit plusieurs lunettes d’une grande perfection pour î’époque, leur préférait ces anciens instruments, véritables œuvres d’art, gravés avec luxe. Son fameux quart de cercle azimutal reproduit ici est l’un des plus élégants ; la règle de vision ne mesure pas. moins de 1,59 m. de longueur et permettait une précision de 10".
- Les lunettes construites dans la première moitié du xvne siècle offrent toutes à peu près les mêmes qualités optiques. Les unes ont une monture en plomb; les autres, comme celle dont nous donnons la photographie, et qui est conservée à l’Observatoire Flammarion (Juvisy), sont formées d’un modeste tube de carton, dans lequel sont encastrées les lentilles.
- Les lentilles sont inventées à peine depuis un demi-siècle, qu’une nouvelle invention surgit : celle du télescope.
- La première idée de cet instrument se trouve dans un ouvrage publié à Lyon en 1652, par le père Zucchius, qui annonce que, dès l’année 1616, il avait conçu le projet de remplacer les objectifs de verre par des miroirs concaves, afin d’obtenir par la réflexion les mêmes résultats qu’on obtenait par la réfraction.
- Cependant, ce n’est qu’en 1665 qu’un savant anglais, James Gregory, mit en pratique la théorie du télescope. Cet instrument se composait essentiellement de deux miroirs concaves : un grand, parabolique, placé au fond du tube, et percé d’une ouverture par laquelle on observait les images, et un petit, elliptique, situé à l’autre extrémité, sur lequel on recevait les rayons réfléchis au foyer.
- En 1672, Cassegrain, professeur de physique au collège de Chartres, modifia la forme du télescope de Gregory, en substituant au petit miroir concave un miroir convexe, modification qui avait pour effet de rendre le télescope plus court, moins encombrant, car le petit miroir convexe devait être plus rapproché du grand miroir que le foyer principal de celui-ci.
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- En cette même année 1672, Newton présenta, le jour de son élection à la Société royale de Londres, un télescope exécuté de ses propres mains, dans un système différent du précédent, et dans lequel l’oculaire était placé au sommet du tube.
- Plus d’un siècle après, William Iïerschel réussit à élever un véritable monument à l’Astronomie, en construisant le plus puissant instrument d’optique qui eût jamais existé. Ce fameux télescope, à l’aide duquel le grand astronome fit ses admirables découvertes, ne mesurait pas moins de 12 mètres de longueur et 1,47 m. de diamètre. Sa manœuvre exigeait toute une combinaison d’échafaudages, de poulies et de cordages. Le maniement en était très compliqué.
- .Là, l’observateur tourne le dos à l’astre, qu’il examine, et voit directement l’image formée dans le miroir incliné au fond du tube. C’était, d’ailleurs le principal but d’IIerschel, afin d’obvier à la déperdition de lumière résultant, dans les autres systèmes, de la double réflexion.
- Les proportions gigantesques de cet appareil d’optique devaient être surpassées par l’immense télescope que lord Rosse fit élever au siècle dernier, dans son parc de Parsonstown, en Irlande, et qui mesurait 16,76 m. de longueur et 1,85 m. de diamètre. Le miroir, presque exempt d’aberration de sphéricité, ne pesait pas moins de 5809 kilogrammes et avait coûté 500 000 francs.
- Pourtant ces télescopes géants, et même ceux de dimensions moindres, n’eurent pas une grande vogue. La difficulté d’obtenir un alliage parfait pour la construction des miroirs, et l’altération assez rapide de la surface réfléchissante, sensible à des influences diverses, firent abandonner momentanément les réflecteurs en faveur des réfracteurs.
- D’ailleurs entre temps, d’importants perfectionnements avaient été apportés aux lunettes proprement dites.
- La nécessité de déterminer avec précision les mesures d’angles fit adopter le micromètre, imaginé par Gascoigne, en 1640, mis en pratique par le marquis de Malvasia, en 1642, puis perfectionné par Auzout et Picard, en 1666, et plus tard encore, par Rrewster et Arago, petit instrument servant à diviser le champ de la lunette et à évaluer les grandeurs célestes les plus minuscules.
- En 1700, Rœmer construit la première lunette méridienne combinée avec la pendule sidérale, pour déterminer les ascensions droites, noter le passage d’un astre au méridien.
- Un défaut extrêmement grave, et que l’on croyait irrémédiable, contrariait encore les observateurs : c’était la coloration irisée, le chromatisme des images, produite par la décomposition de la lumière traversant les verres de la lunette.
- En 1758, Dollond y remédie par la construction de lunettes achromatiques avec deux espèces particulières de verre, le flint-glass et le crown-glass.
- Vers la même époque, un ingénieur français,
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- Claude Passemant, dote les lunettes d’un mouvement d’horlogerie qui permet à l’instrument de suivre automatiquement la marche des astres ; et peu après, ['équatorial, capable d’être dirigé successivement vers tous les astres du firmament, de les suivre dans leur mouvement diurne, tout en formant tous les angles imaginables avec l’axe principal (parallèle à l’axe du monde), devient l’auxiliaire indispensable de tous les observatoires qui, depuis les belles découvertes de Galilée, depuis la fondation de l’Observatoire de Paris, en 1671, s’étaient rapidement développés sur l’Europe entière. Au xixe siècle, l’art & optique a pris un
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- et 0 m. 70 d’ouverture. Montée équatorialement et mue par deux moteurs électriques, elle supporte, dans les circonstances atmosphériques les plus favorables, des grossissements de 6000. La lentille seule a coûté 62 500 fr.
- La plus grande lunette du monde est actuellement celle de l’Observatoire Yerkes, à l’Université de Chicago (États-Unis) construite en 1894. Objectif de 1 m. 05 de diamètre; distance locale : 19 m., on peut lui appliquer des grossissements de 5000.
- Deux énormes télescopes sont en ce moment en construction : l’un pour l’Observatoire Lowell, de Flagstaff (Arizona), mesurera 5 m. 50 de dis-
- Fig. 7 — Fa grande lunette de l’Observatoire de Treplow. En haut, l’Observatoire de Treptow.
- essor fantastique, et les méthodes d’investigation se sont considérablement perfectionnées. Le télescope réflecteur, tombé en désuétude, a été remis en faveur par les heureuses modifications que lui a apportées le physicien Léon Foucault, en substituant au miroir métallique, le miroir de verre argenté sur sa surface concave.
- Trois cents années d’efforts, de soins assidus, stimulés par les découvertes incessantes de la science, ont amené les constructeurs à des résultats splendides. L’une des œuvres les plus remarquables de l’optique moderne est la grande lunette de l’Observatoire de Treptow, près Berlin, inaugurée au mois d’avril 1909. Elle mesure 21 m. de longueur focale
- tance focale et 1 m. de diamètre. Agencé spécialement pour la photographie planétaire, pour celle des nébuleuses et des étoiles, il comprendra des miroirs secondaires, donnant des distances focales de 4 m. 70 et 2 m. 50; l’autre plus colossal encore, mesurera 2 m. 50 de diamètre. II est destiné à la Carnegie Institution de Washington.
- Les grands instruments de la Science contemporaine sont comme des portes nouvelles ouvertes sur l’infini. Les merveilleuses découvertes faites surtout depuis un demi-siècle sur les étoiles doubles, les nébuleuses, les comètes et les planètes, ne sont que-les premières étapes des conquêtes futures.
- G. Renaudot.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Présidence de MM. Bouchard et Emile Picard.
- Séance du 3 janvier 1910.
- Les diatomées des eaux salines de Sainte-Marguerite. — M. Zeiller présente une Note de M. Héribaud, diato-miste bien connu de Clermont-Fèrrand, consacrée à l’étude des diatomées des travertins déposés par les sources salines de Sainte-Marguerite. Cette étude a montré que ces sources, qui renferment aujourd’hui 2,25 gr. de sel marin par litre, ont été jadis beaucoup plus salées. La zone inférieure de ces travertins renferme surtout des diatomées marines, qui disparaissent pour la plupart dans la zone moyenne ou s’y montrent des plus rares. Dans la zone supérieure, les diatomées sont à peu près identiques à celles qui sont actuellement dans cette source. La considération des diatomées des travertins, déposés par les eaux minérales de l’Auvergne, peut donc fournir de précieux renseignements sur l’histoire de ces eaux et sur les variations de leur salinité.
- La destruction des insectes par le cyanure de potassium. — M. Henneguy communique un travail de M. Théophile Mamelle relatif à l’action du cyanure de
- potassium comme agent destructeur des insectes phytophages qui vivent sous terre. Ce corps injecté en solution aqueuse dans le sol, s’y décompose en acide cyanhydrique, lequel détruit les animaux vivant aux dépens des racines des plantes. Contrairement aux insecticides utilisés jusqu’à présent, son emploi n’est pas nuisible pour les plantes, même à forte dose; il n’entrave pas les fermentations du sol si utiles pour la fertilisation ou comme moyen de forçage.
- L’atmosphère solaire. — M. Deslandres résume une Note de M. de Grammont, sur les couches supérieures de l’atmosphère solaire. L’auteur a observé que lorsqu’un métal siépuise de plus en plus dans une préparation, certaines raies ont une tendance à persister dans le speclre de ces substances. 11 a composé une liste de ces raies qu’il appelle raies ultimes. En étudiant le spectre des couches supérieures de l’atmosphère solaire, il a constaté l’existence de certaines de ces raies ultimes, ce qui lui permet de conclure à l’existence de traces de vapeurs de certains métaux dans ces couches. C11. de Yiuædeuii,.
- CHRONIQUE
- Ponts-levis électriques. —• On n’ignore pas les inconvénients qui résultent pour la navigation dans les canaux et les fleuves, où ont accès les navires d’un certain tonnage, de la nécessité d’ouvrir à chaque instant les ponts qui font communiquer les rives et barrent la route aux bâtiments. Ces inconvénients ne sont d’ailleurs pas moindres pour la foule des tramways, véhicules de tous genres, et piétons, à qui force est, pour continuer leur chemin et se rendre à leurs affaires, d’attendre que soit terminée l’opération, toujours trop longue à leur gré, qui consiste à ouvrir le passage et à le refermer.
- On a eu l’heureuse idée d’appliquer l’électricité à cette manœuvre jusqu’ici effectuée à bras ou plus rarement hydrauliquement. Cette application a été faite récemment, dit notre confrère américain Shipping Illustration, à cinq ponts-levis qui traversent le canal Gowanus à Brooklyn (New-York). La force électrique est fournie gratuitement, par les Compagnies de tramways qui empruntent ces ponts et sont heureuses à ce prix de voir réduire des arrêts très préjudiciables à leurs intérêts.
- Alors, en effet, que la manœuvre des ponts-levis du canal Gowanus, faite à bras, demandait de 6 à 10 minutes depuis le commencement de l’ouverture jusqu’à la reprise de la circulation, il ne faut pas plus de 45 secondes avec la manœuvre électrique, déduction faite, bien entendu, du temps nécessaire au passage du ou des bâtiments. C’est là, on le voit, un gain sérieux; d’autant plus appréciable que le plus fréquenté des ponts qui nous occupent, s’ouvre en moyenne 6000 fois par an, soit près de 17 fois par jour. C’était donc, avec l’emploi de la force humaine, une interruption dans la circulation, de près de 5 heures par jour, en ne tenant compte que de la manœuvre même du pont; tandis qu’avec le système électrique, on ne perd pas plus de 15 minutes par jour.
- La fièvre jaune à la Havane et à Cuba. — M. L. Bosredon, médecin militaire sanitaire, vient de consacrer une intéressante brochure (analysée dans la Revue d’Hygiène, décembre 1909) à retracer l’histoire de la fièvre jaune à la Havane et à Cuba. L’auteur signale d’abord que, d’après les renseignements historiques, la fièvre jaune fit, pour la première fois, son apparition à
- Cuba en 1648, c’est-à-dire plus de 100 ans après l’arrivée des Espagnols : l’île aurait ainsi joui jusqu’à cette date d’une immunité d’apparence assez singulière, puisqu’elle était au centre d’une zone affectée, mais qui parait bien attestée, et qui s’explique d’ailleurs par la rareté et la difficulté des communications. Quoi qu’il en soit d’ailleurs, l’installation de la maladie fut terrible : de 1648 à 1655 le tiers de la population mourut. Une nouvelle explosion épidémique survint de 1761 à 1764, et, depuis, la maladie ne cessa annuellement de faire des victimes. Cependant en suivant le tableau de la mortalité de la fièvre jaune à la Havane, on voit le chiffre des décès tomber de 510 en 1900, à 18 en 1901, à 0 en 1902. Ce résultat était dù à l’intervention du médecin cubain, le Dr Carlos Finlay, qui depuis 1881 menait la lutte contre le fléau et dénonçait dans le moustique l’agent de transmission de la maladie. Il lui fallut d’ailleurs 20 ans, de 1881 à 1901, — période pendant laquelle la fièvre fit 12 000 victimes! — pour faire triompher sa théorie, dont la vérification, faite enfin, en 1901, par une Commission américaine spéciale, servit de' hase à toute la prophylaxie, et donna les beaux résultats qui viennent d’être indiqués.
- En 1902, 1905, 1904, jusqu’en novembre 1905, la Havane, qui était jusque-là considérée justement comme up des plus intenses foyers endémiques de la maladie, ne présenta plus un seul cas- de fièvre jaune, et il en fut de même d’ailleurs de toute l’île de Cuba.
- Puis quelques cas se produisirent en 1905, et la révolution en 1906 rendit impossible le maintien de l’application des règlements sanitaires. La maladie reparut aussitôt : de juin à décembre 1906, il y eut 162 cas et 55 décès, et 180 cas en 1907. Par bonheur, les mesures sanitaires se trouvèrent rétablies, et, s’il y eut encore 20 cas en janvier-février 1908, la maladie semble éteinte depuis. L’historique de M. Bosredon montre donc, d’une façon très nette, l’excellence des résultats où peut arriver l’hygiène sociale lorsqu’elle s’appuie à la fois sur une connaissance exacte de la pathogénie de la maladie à combattre, et sur une législation ferme et rigoureusement observée.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1912.
- 15 JANVIER 1910.
- NOS FUTURS CUIRASSÉS
- Nous voici, en dépit de discussions stériles et de tergiversations malencontreuses, placés dans la nécessité de suivre nos rivaux maritimes dans la voie des cuirassés de grands tonnages. A la vérité, nous avons trop attendu, et cette fois encore nous retombons dans les conditions fâcheuses au milieu desquelles en 1904 s’élaborèrent les plans et s’exécuta la construction des 6 cuirassés de 18 000 tonnes du type Danton. De toutes parts et dès à présent, les chantiers des nations maritimes, même de celles à qui les grandes ambitions navales semblaient jusqu’à présent interdites, se hâtent à construire de formidables coques de 20 à 25000 tonnes. En Angleterre, en Allemagne, les mises à l’eau de ces monstres se succèdent à des intervalles singulièrement rapprochés, et leurs premières unités seront prêtes au combat avant que la quille des nôtres apparaisse seulement sur les cales de construction.
- Nous serons donc terriblement en retard.
- Il y a à cette situation deux inconvénients, graves tous deux mais dont le premier, majeur, est le suivant. La conflagration dont les armements intensifs et précipités de l’AMgle-terre et de l’Allemagne sont un indice menaçant éclatera peut-être avant que nos gros cuirassés soient achevés. Dans ce cas, quelle figure ferons-nous dans un conflit où seuls les politiques genre autruche, peuvent croire que nous ne serons pas entraînés. Ce sera sinon le désastre, du moins un terrible aléa ! Quant à se consoler en disant que nous avons passé exactement par la même situation pour nos cuirassés de 18000 tonnes actuellement en ligne, et qu’il n’en est pas résulté de dommage, on avouera que c’est se satisfaire à peu de frais et d’une façon un peu légère !
- Le second inconvénient de nos retards perpétuels, à suivre un mouvement inéluctable, a gravé par une trop grande lenteur de construction, c’est, comme il saute aux yeux, de nous donner des navires qui ne seront plus tout à fait à la hauteur des derniers perfectionnements.
- On a pu craindre sérieusement jusqu’à ces derniers temps que la nécessité de construire de gros cuirassés ne parût pas évidente, même au Ministère de la Marine. Il a fallu l’installation rue Royale, d’un marin, d’un vrai, pour que les idées
- 38° année. — Ier semestre.
- simples, nettes et claires reprissent leur empire et que le bons sens l’emportât.
- L’amiral Boué de Lapeyrère va soumettre au Parlement un programme de constructions navales portant sur 6 cuirassés dont la mise en chantier sera échelonnée de 1910 à 1912 à raison de deux par an.
- Le type adopté par le Ministre pour ces bâtiments comporte le tonnage de 23500 tonnes. L’idée générale qui a présidé à la confection de leurs plans tend à les doter de la puissance offensive maximum combinée avec une protection des mieux étudiée. A ce double point de vue les longues et très intéressantes expériences auxquelles a servi Yléna et qui se sont terminées par la destruction délinitive de ce malheureux bâtiment ont donné des leçons extrêmement précieuses.
- Ce seront enœjie-d^sjuirbines qui feront, mouvoir
- nos futurs cuirassés. On peut regretter à ce sujet que, pris par le temps, nous nous trouvions dans la nécessité de commander ces moteurs sans avoir une idée bien nette de ce qu’ils vont donner à bord des cuirassés du type Danton dont aucun n’a encore commencé ses essais. Assurément nous nous appuyons sur l’expérience déjà ancienne des Anglais, qui ne paraissent pas avoir à se plaindre des turbines. puisqu’ils leur restent fidèles, et qui d’ailleurs nous ont donné toutes facilités pour étudier le fonctionnement de ce moteur à bord de leurs dernières unités, mais certains esprits, peut-être exagérément timorés, regardent avec un peu d’inquiétudè du côté de l’Allemagne et des États-Unis où les machines alternatives combattent encore le bon combat. D’autres, il est vrai, pensent qu’il eût été bon d’introduire dans les plans de ces turbines certains perfectionnements qu’on voit poindre.
- Quoi qu’il en soit, les turbines développeront une puissance totale de 30000 chevaux, qui devront donner aux bâtiments une vitesse de 21 nœuds.
- Les journaux anglais suivent avec un intérêt très particulier l’élaboration de notre programme naval et des unités qu’il comporte : il est même quelque peu humiliant de constater que l’espoir et les signes précurseurs de notre renaissance maritime soulèvent plus d’attention et d’intérêt de l’autre côté du
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- Fig. i. — Silhouette probable de nos f uturs cuirassés de 235oo tonnes.
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- détroit que chez nous. Les journaux anglais donc discutent les mérites de notre nouveau type et font observer qu’avec 21 nœuds de vitesse seulement, il cédera le pas aux nouveaux cuirassés italiens et même autrichiens lesquels en marcheront 23, et que par
- canons de ilf. c/m
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- Fig. 2. — Coupe schématique d’un de nos futurs cuirassés.
- conséquent nous perdrons en Méditerranée l’avantage de forcer au combat les escadres qu’éventuellement nous pourrons y avoir à combattre.
- On peut répondre à ceci que les calculs de vitesse sont chez nous faits avec beaucoup de prudence et (jue les résultats obtenus dépassent presque toujours les prévisions. Ce gain a été de plus d’un nœud pour les cuirassés du type Patrie. Il y a donc lieu d'espérer que nos futurs mastodontes prévus pour 21 nœuds en atteindront 22.
- Arrivons enfin à l’armement, cette raison d’être de ces massives et pourtant si agiles citadelles bottantes. C’est sur ce point que se livrent toujours les plus ardentes controverses. 11 importe, en effet, de rendre le bâtiment formidable et de composer et surtout de disposer son artillerie de façon à tirer tout le parti possible du tonnage que l’on a à sa disposition.
- Parmi les nombreux avant-projets que l’on a établis pour nos nouveaux cuirassés, l’avant-dernier daté de septembre 1909 comportait pour la grosse artillerie 12 canons de 505 mm logés en 5 tourelles seulement. Deux de ces tourelles, celles de l’avant et de l’arrière devant renfermer chacune 3 pièces.
- À ce moment l’usage des tourelles triples semblait près d’entrer dans la pratique. On croyait retrouver dans cette disposition -les mêmes avantages qui ont amené l'adoption de la tourelle double. L’Allemagne, l’Italie, la Russie les préconisaient.
- Mais on s’en est arrêté là. Au moment de commander ce genre de tourelles, les deux premières de ces nations y ont provisoirement renoncé. Celles des cuirassés russes ne seront pas de sitôt soumises à des épreuves concluantes. Bref c’est à qui attendra du voisin les premières expériences.
- Dans ces conditions l’amiral de Lapeyrère n’a pas voulu courir une chance dont l’échec eût été désastreux et il a décidé que nos cuirassés ne porteraient,
- comme leurs devanciers et aussi comme les cuirassés anglais et allemands, que des tourelles doubles.
- Donc 12 canons de 305 mm en 6 tourelles, tel sera leur armement principal. De ces 6 tourelles, 4 seront dans l’axe, à l’avant et à l’arrière. Par une disposition nouvelle chez nous, mais expérimentée déjà ailleurs, les tourelles axiales intérieures seront plus élevées que celles des extrémités, de façon à pouvoir tirer par-dessus1.
- Enfin les 2 dernières tourelles seront placées sur les flancs, à la même distance de l’avant.
- Quelques officiers avaient pensé qu’il aurait été bon d’adopter pour ces deux tourelles des flancs, la disposition anglaise qui ne les place pas sur la même ligne transversale2, et qui permet ou doit permettre à ces deux tourelles de faire feu du même bord, l’une d’elles tirant dans ce cas par-dessus le pont. Le ministre n’a pas pensé qu’il fût utile de suivre cet exemple, ce tir par-dessus le pont, paraissant destiné à produire des avaries graves.
- Tout compte fait, le nouveau type pourra utiliser par le travers 10 pièces de 505 mm, 8 en chasse et en retraite. C’est là assurément une puissante répartition du feu. L’artillerie moyenne comprendra 18 pièces de 138,6 mm, groupées de chaque bord en 5 sections de 5 pièces ayant le même champ de tir avant, milieu et arrière. Chaque groupe possédera un projecteur. La sécurité contre les torpilleurs paraît donc assurée dans les meilleures conditions. »
- Toute cette artillerie moyenne est renfermée dans un réduit blindé à 180 mm qui protégera en même temps les bases des cheminées et les manches d’aération. Ajoutons que la vitesse de tir de ces pièces est de 8 à 10 coups par minute et qu’elles lanceront des obus du dernier modèle du poids de 42 kg.
- La protection de la coque sera assurée par une forte ceinture de flottaison assez large pour jouer utilement son rôle par tout état de chargement et de mer et que surmontera la cuirasse du réduit. Les tourelles seront blindées à la même épaisseur que la flottaison.
- Fig. 3. — Disposition du cuirassement et de l’artillerie à bord du cuirassé anglais Neptune.
- Notre confrère Marc Landry donne dans le Figaro une intéressante comparaison de nos futurs cuirassés avec ceux de la même classe que possèdent ou vont posséder les autres nations :
- En fait, avec leurs 12 canons de 30 cm, nos cui-
- 1 Voir croquis n° 2.
- 2 Voir fig. 5. Disposition cle l’artillerie du cuirassé anglais Neptune (d’après le Yacht).
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- PROJECTIONS AUTOMATIQUES PAR LE « C1RCUS » ===== 99
- rassés futurs seront, sous le rapport de l’armement de gros calibre :
- Supérieurs à 16 des Dreadnought anglais, à 6 des Dreadnought allemands, à 4 des Dreadnought japonais, à 6 des Dreadnought américains;
- Egaux à 6 des Dreadnought allemands, à 5 des Dreadnought japonais, à 2 des Dreadnought américains, à 4 des Dreadnought russes, à 2 des Dreadnought italiens, à o des Dreadnought brésiliens;
- Inférieurs à 4 des Dreadnought anglais, lesquels porteront dix canons plus forts que les nôtres, mais qui déplaceront 25 000 tonnes.
- Ajoutons encore que les études de détail et d’emménagement, actuellement terminées, ont été
- faites avec un soin d’où résultera sûrement pour la valeur générale de ces bâtiments une amélioration sensible sur celle du type précédent qui se comporte d’ailleurs fort bien.
- Tels seront dans leurs grandes lignes les navires dont le ministre proposera au Parlement la mise en chantiers, en même temps d’ailleurs qu’il lui soumettra ce plan de constitution organique de notre Hotte dont il ne nous est vraiment plus possible de nous passer. Souhaitons que les Chambres comprennent de quels graves intérêts elles auront à décider ce jour-là et que leur patriotisme nous permette enfin devoir s’arrêter notre chute dans l’échelle des puissances maritimes. Sauvaire Jourdan.
- Capitaine de frégate de réserve.
- PROJECTIONS AUTOMATIQUES PAR LE « CIRCUS »
- Depuis que la publicité utilise les lanternes à projections pour attirer l’attention du public sur les produits qu’elle s’est chargée de lui faire connaître, on a déjà imaginé plusieurs appareils automatiques dans lesquels les clichés à projeter sur l’écran viennent se présenter d’eux-mêmes devant la lanterne.
- Il faut que chaque cliché, après avoir figuré quelques instants sur l’écran, soit remplacé par un autre. En général on a mis les clichés les uns à côté des autres, de manière à former un polygone d’un nombre de côté plus ou moins grand, mais toujours assez limité, par suite de l’encombrement qui augmente rapidement avec le
- nombre des clichés. Dans le « Circus » que vient de construire M. Massiot-Radiguet, on a trouvé moyen de loger 100 clichés du format 8x9 dans un espace très restreint, bien qu’ils soient placés sur un chemin circulaire. Mais au lieu de les juxtaposer bord à bord, comme cela s’était faitjusqu’à présent, on les a placés face contre face (fig. 1) les uns contre
- Fig. i. — Appareil “ Circus et automatique d’une série
- les autres ; ils occupent ainsi la même épaisseur, à peu près, que s’ils étaient empilés les uns sur les
- autres.
- Le chemin circulaire est formé par un double rail II sur lequel roulent de petits chariots BjBjjBg... (fig. 2 et 5) ; chacun d’eux porte, monté sur un pivot, un châssis À dans lequel on encastre le cliché de projection qui peut, par suite, prendre différentes positions. Tous les chariots étant placés les uns contre les autres, il est clair que si l’on pousse l’un quelconque d’entre eux, tous les autres suivent le mouvement.
- Un petit moteur électrique, placé dans le socle de l’appareil, actionne, par l’intermédiaire d’une vis tangente et d’un train d’engrenages, un système de leviers L de façon à lui donner un lent mouvement de va-et-vient en avant et en arrière dans le plan du chemin de roulement. Au moment où ce système atteint l’exlrémité de sa course en arrière, un crochet M de forme spéciale (fig. 5) vient prendre le chariot qui se trouve le plus près du condensateur
- ” pour la projection continue de cent clichés différents.
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- 100 ...........= LA COMÈTE DE HALLEY
- de la lanterne. Dès que la marche en avant se produit, ce chariot est poussé vers le condensateur; au même moment le châssis porte-cliché, qui est fixé
- sur le chariot, s’engage dans une coulisse qui le guide de façon qu’il vienne se placer dans un plan parallèle au plan de l’objectif. Lorsqu’il est arrivé exactement dans la position voulue pour être projeté, la marche en arrière commence à se produire, mais le crochet M est disposé de telle sorte qu’il abandonne le chariot et ne l’entraîne pas. C’est à ce moment que s’ouvre automatiquement l’obturateur qui masquait jusque-là l’objectif, et l’image du cliché est projetée sur l’écran. Cette projection dure pendant tout le temps que le système des leviers mettra à accomplir sa marche en arrière pour venir saisir le chariot suivant DEF (fig. 2), mais à ce moment un second crochet N (fig. 3) viendra remplacer le crochet M sous le chariot qui porte le cliché projeté et, à mesure que l’autre avancera, il
- le poussera en P (fig. 2) en dehors du système optique.
- Un guide fera pivoter le cliché pour qu’il aille se ranger face à face contre ses devanciers, et ainsi de suite indéfiniment tant que le moteur tournera.
- L’obturateur de l’objectif se ferme, bien entendu, avant que se produise le mouvement du cliché et il ne se rouvrira que quand le cliché suivant aura pris sa place et sera devenu immobile.
- La lanterne est munie d’une lampe à arc automatique qui peut brûler pendant huit heures ; c’est beaucoup plus qu’il n’en faut pour l’usage auquel est destiné l’appareil ; les cent vues défilent sur l’écran en trente ou quarante-cinq minutes selon la façon dont le moteur a été réglé. On peut donc compter que les images se succéde-
- e QlQ 0
- Fig. 3.
- ront sans interruption sur l’écran pendant toute une longue soirée d’hiver sans nécessiter la présence d’un opérateur. G. M.
- Fig. 2. — Disposition des châssis et des chariots sur le rail circulaire. M, cliché placé dans son châssis.
- LA COMÈTE DE HALLEY
- Passage probable de la Terre à travers la queue de la comète.
- La comète de ïïalley, dont nous avons annoncé ici même la découverte, augmente plus vite d’éclat qu’on ne le prévoyait. Et les observations faites chaque jour ont permis de calculer une orbite rectifiée d’où il semble résulter qu’en mai prochain la comète passera devant le Soleil et que, probablement, pendant plusieurs heures, la Terre sera plongée dans sa queue!
- La comète, au début, ne pouvait être suivie que par les plus puissants télescopes du monde ; elle devienp accessible aux instruments d’amateurs. Elle était, en effet, notée de 14° grandeur et demie par M. Max Wolf, de
- l’observatoire d’Heidelberg, le 10 octobre. Le 19, au grand réfracteur de 1 mètre de l’observatoire Yerkes, MM. Bur-nham et Barnard l’observaient, le dernier comme une nébulosité de 15e grandeur et demie. Vers le 25, MM. Biesbroek, à Uccle et Newall, à Cambridge, la voyaient comme un petit objet de 15" de diamètre environ, bien défini, avec une condensation centrale.
- A Alger, MM. Gonnessiat et Rambaud, utilisant l’équatorial coudé de 0 m. 32, ont pu la suivre presque tous les jours depuis le 11 octobre. M. Giacobini, à l’observatoire de Paris, l’a observée les 5, G et 7 novembre à
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- : . ' LA COMÈTE
- l’équatorial de la Tour de l’Est. Elle semblait à l’extrême limite de la visibilité avec un petit noyau de la 14e grandeur environ entouré d’une faible nébulosité de 5" à 6" d’étendue. Le 22 novembre, MM. Phillips et Hallis l’estiment de 10e grandeur.
- Toutes les observations révèlent l’accroissement d’éclat de la comète. Elles présentent quelques discordances qui s’expliquent bien par le fait qu’il est très difficile d’évaluer l’éclat d’une masse nébuleuse en fonction de l’intensité lumineuse d’une étoile. En outre, les conditions locales, instrumentales et enfin la manière d’estimer des observateurs jouent dans cette détermination un rôle important en introduisant un grand nombre d’erreurs.
- Le 8 décembre, M. F. Quénisset, à l’observatoire Flammarion de Juvisy, voyait la comète, juste à la limite de la visibilité, dans le chercheur de 0 m. 05 de l’équatorial. L’éclat pouvait être de 9e grandeur. A l’équatorial
- DE HALLEY — , = 101
- de trouver l’astre attendu. Il obtint le 5 mars, les 19 et 50 octobre et le 20 décembre 1908, au moyen d’un objectif double de 0 m. 50 d’ouverture, avec des expositions de 4 à 5 heures, des clichés de la région où se trouvait la comète. Comme celle-ci ne figure pas sur ses clichés, il en conclut qu’à ces dates la comète ne possédait pas un diamètre supérieur à 5", que son éclat n’excédait pas la 17e grandeur, ou alors qu’elle se trouvait à plus de 2° de la position calculée. Ces résultats ont été d’ailleurs entièrement confirmés par les travaux de M. Oliver J. Lee, de l’observatoire Yerkes.
- L’étude photographique de la comète, commencée — on peut le dire — avant sa découverte, se poursuit dans tous les observatoires. Il est à présumer que l’observation visuelle passera au tout dernier plan et n’aura surtout qu’un objet : la satisfaction bien légitime de voir et contempler un astre qui par ses variations d’aspect, ses
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- omette.
- Marche de la comète de Halley dans le ciel du 5 janvier au ig mai igio.
- de 0 m. 24, le même observateur nota la comète comme line nébulosité légèrement allongée, avec condensation centrale assez apparente.
- Ainsi donc, de 17° grandeur au milieu de septembre, lorsqu’elle fut découverte, la comète de Halley, devenue mille fois plus brillante, est aujourd’hui accessible aux petits instruments. Dans le courant de janvier on la verra, très probablement, avec une jumelle.
- On s’est demandé s’il aurait été possible de la décou-vir plus tôt avec les moyens dont disposent, actuellement, les observatoires astrophysiques. Il peut être intéressant de rappeler, à ce propos, maintenant que la comète approche du Soleil à raison de plusieurs millions de kilomètres par 24 heures, les recherches effectuées à une époque, pas très éloignée, où on ne savait si elle reviendrait, fidèle aux calculs astronomiques et à la loi de l’attraction.
- Le professeur J.-H. Metcalf a rendu compte, en effet, dans Popular Astronomy (août-septembre 1909), des recherchés photographiques entreprises par lui à l’observatoire de Taunton (Mass., États-Unis) dans le but
- dimensions, son éclat, a tour à tour répandu la crainte, l’effroi et l’admiration lors de ses passages en vue de la Terre. L’observation photographique et l’étude spectroscopique seront à peu près les seules qui nous apporteront des renseignements utiles et précis sur cet astre. L’étude visuelle sera sans doute limitée aux déterminations de position et au dessin des détails du noyau.
- Nous aurons certainement l’occasion de reproduire ici les photographies de cette comète. Actuellement, celles qui ont été obtenues ont surtout un intérêt scientifique. La comète paraît, avec un appareil photographique de moyenne puissance, comme un point légèrement diffus au milieu des traînées qui représentent les étoiles, traînées produites par le déplacement de la comète que l’instrument suit pendant l’exposition.
- A l’observatoire de Juvisy, un objectif Yoigtlander d’ouverture f/4,5 et un objectif Ilermagis de 0 m. 16 et d’ouverture f/5 environ ont donné de bonnes images à M. Quénisset avec des expositions de 50 minutes seulement. Le 14 décembre, avec une pose de 1 h. 6 m. les clichés ont montré une singulière nébulosité à une petite
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- distance de la masse centrale principale et de forme légèrement elliptique. Cette nébulosité se voyait déjà sur les phototypes obtenus le 8 décembre. De longues poses vont être essayées. Elles sont encore très pénibles à réaliser. En effet, il est nécessaire de suivre la comète à la lunette-guide de 0 m. 24 pendant la pose. Pour avoir autant que possible une image fixe de la comète sur la plaque sensible, on munit cette lunette-guide d’un assez fort grossissement, mais alors la comète, très étalée, devient très faible et il est très difficile de la maintenir à la croisée des fils de l’oculaire, l’œil se fatiguant peu à peu.
- Lorsque la comète aura pris un plus grand développement et sera un bel objet dans le ciel, il sera sans doute possible, moyennant certaines précautions, de la photographier avec les appareils ordinaires de la photographie courante.
- Sans pouvoir encore rien affirmer, l’augmentation rapide d’éclat, et quelques variations signalées, permettent de se demander si nous n’allons pas revoir ici, peut-être très amplifiées, les curieuses variations présentées par la comète Morehouse.
- Quels corps renferme la comète de Halley?
- L’observatoire Lick a publié, dans son Bulletin n° 167, le résultat de l’examen d’une des photographies spectrales — certainement une des premières — obtenue avec le télescope Crosslev de 0 m. 60, télescope particulièrement lumineux, et un spectrographe sans fente. Avec une exposition de 2 heures, la plaque a montré un spectre continu très faible s’étendant de X 575 à X 500. On ne reconnaît aucune trace de bandes ou raies brillantes et il est impossible, vu la faiblesse du cliché, de savoir s’il y a des bandes sombres dans ce spectre.
- A l’Observatoire de Meudon, M. II. Deslandres, directeur et M. A. Bernard ont utilisé, pour obtenir le spectre de la comète de Halley, les appareils déjà employés dans ce but pour la comète Morehouse. Les 6 et 8 décembre, on a pu obtenir le spectre de la comète, le 6 avec une exposition de 2 heures et le 8 avec une exposition de 5 heures.
- Les épreuves de Meudon, malgré la petite dispersion, montrent des discontinuités marquées dans le spectre : sur un fond légèrement continu on voit, surtout du côté de l’ultra-violet, des condensations bien distinctes. Deux condensations de l’ultra-violet ont été trouvées voisines des bandes X 388 et X 391,45 de la comète Morehouse, bandes qui ont été attribuées au cyanogène et à l’azote illuminés électriquement. Ces premières observations spectrales faites à Meudon prouvent que la comète, au début de décembre, brillait déjà d’une lumière propre, due en partie à des gaz incandescents.
- Nous avons fait connaître ici les beaux travaux de MM. P.-H. Cowell et A.-C.-D. Crommelin, grâce auxquels on doit d’avoir retrouvé si tôt cette comète. L’orbite qu’ils avaient calculée est, on le sait, d’une extrême précision, et les savants auteurs viennent d’être récompensés par le prix de 1’ « Astronomische Gesellschaft » attribué à la meilleure éphéméride de recherche.
- Nous donnons d’autre part, dans le Bulletin astronomique, l’éphéméride de la comète, calculée par le Dr Smart, dans l’hypothèse où le passage au périhélie aura lieu à l’époque 1910 avril 19,67, soit le 19 avril 1910, à 16 heures.
- La carte qui accompagne cet article montre la marche de la comète à travers les constellations.
- La comète passera à son nœud ascendant le 17 janvier
- DE HALLEY ......................::......—- '
- 1910, à 21 heures, et à son nœud descendant, le 18 mai, à 14 heures.
- Le 11 mars, à 14 heures, elle se trouvera à une distance du Soleil égale à 1 (moyenne distance du Soleil à la Terre). Elle y reviendra le 28 mai à 17 heures.
- La distance minimum à la Terre aura lieu le 20 mai, à 23 millions de kilomètres.
- La comète sera en conjonction avec la planète Mars le
- 15 janvier, à 10 heures, passant au 1°10' au Sud. Le même jour, elle sera à son minimum de distance de Mars, cette distance étant de 59 millions de kilomètres.
- La comète sera en conjonction avec Saturne le 28 janvier, à 2 heures, à 3°48' au Nord.
- Au début du mois de mars, la comète de Halley se couchera environ 5 heures après le Soleil, on pourra probablement l’observer pendant la première semaine de mars; après elle ne sera sans doute pas visible avant la fin d’avril, mais alors avant le lever du Soleil.
- Comme nous l’avons dit au début de cet article, la comète de Halley pourrait bien nous réserver un spectacle peu banal et qui, si les prévisions sont exactes, aura un retentissement mondial. Ce serait, d’une part, le passage du noyau devant le Soleil et en même temps, comme les queues des comètes sont opposées au Soleil, le passage de la Terre dans la queue de la comète.
- On ne peut pas encore affirmer que ce passage aura lieu, mais il est très probable. Il suffit cependant d’une légère perturbation dans la marche de la comète pour que celle-ci, au lieu de passer juste devant le Soleil, passe un peu au-dessus ou un peu au-dessous.
- Le P. G.-M. Searle, adoptant les valeurs de l’orbite finale de MM. Cowell et Crommelin (The Observatory, XXXII, 402), a trouvé que la conjonction géocentrique en longitude avec le Soleil se produirait le 18 mai, vers
- 16 h. 50 m. La latitude du noyau serait alors de + 4' 15".
- D’autre part, M. F.-E. Seagrave a calculé les positions
- suivantes du Soleil et de la comète au moment approché de la conjonction héliocentrique de la comète et de la Terre. Il trouve pour le 18 mai, 16 h. 20 m. (temps moyen de Greenwich) :
- COMÈTE SOLEIL
- Ascension droite. 3h40m'15s,7 3h40m5%15
- Déclinaison. . . +19<>38,1T,,8 +19»34'10",5
- Ces positions montrent que le noyau passerait à moins de 5' du centre du disque solaire.
- Les éphémérides du Dr Smart conduisent à un résultat analogue.
- Au moment de ce passage devant le Soleil, le noyau sera à 26 millions de kilomètres de la Terre. Or, les queues cométaires atteignent facilement 40, 50, 60 millions de kilomètres de longueur. Il semble ainsi que, pour quelques heures, la Terre pourrait être plongée dans la queue de la comète.
- Ce serait là, pour l’astronomie physique, un événement d’un extraordinaire intérêt. Ce n’est pas la première fois que le fait se produit. Il est arrivé le 26 juin 1819 et a été observé et dessiné par Pastorff (Flammarion, Astronomie populaire). Le noyau de cette comète de 1819 parut plus lumineux que le Soleil. Un passage semblable a dù se produire le 18 novembre 1826, mais le mauvais temps général n’a pas permis de l’observer.
- L’intérêt qui s’attache au passage du 18 mai prochain sera d'autant plus grand que nos méthodes d’observation
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- EXPÉDITION ANTARCTIQUE SHACKLETON —......v:--: 103
- sont bien différentes aujourd’hui de ce qu’elles étaient il y a près de cent ans.
- Quel aspect le noyau présentera-t-il projeté sur le Soleil? Sera-t-il opaque, transparent??
- Et quelle occasion vraiment unique d’obtenir le spectre d’absorption de la comète, vue en quelque sorte par le bout, sur toute l’étendue qui nous séparera du noyau. Quelle sera l’influence de cette absorption sur le spectre solaire?
- Tout en faisant les réserves qu’il convient, nous pouvons nous demander quel spectacle va nous être offert par la comète quelques jours avant et quelques jours après le passage de la Terre dans la queue? Et au moment même de cette traversée quel va être l’aspect du ciel? Sans doute légèrement illuminé de toutes parts et principalement à l’opposé du Soleil? Si le passage devant le Soleil a bien lieu entre 14 heures et 16 h. 20 m. comme l’indiquent les premiers calculs, le phénomène sera surtout réservé au continent asiatique et à la Russie.
- Cependant, il peut arriver que le Soleil se lève, pour la France, avec la comète projetée sur son disque.
- Alors, le spectacle qui s’offrira à nos regards le matin du 18 mai, avant le lever de l’astre du jour, pourra être vraiment extraordinaire et sera de ceux dont on conserve le souvenir dans l’histoire des peuples.
- Que pourra-t-il bien arriver à notre pauvre planète plongée, pendant plusieurs heures, dans l’atmosphère cométaire? Nous n’en savons rien. Mais il y a un précédent de nature à rassurer les personnes inquiètes. La Terre et la Lune ont traversé la queue de la grande comète de 1861 et.... il n’est rien arrivé du tout, ou tout au plus une légère illumination du ciel comparable à une pâle aurore polaire.
- Enfin, répétons-le, les calculs sont très délicats et on ne sera bien fixé que lorsque l’arc observé de l’orbite sera assez étendu. Nous ne manquerons pas de tenir nos lecteurs au courant de tout ce qui se rapportera à cette mémorable comète. Est. Touciiet.
- L’EXPÉDITION ANTARCTIQUE SHACKLETON
- Nous n’avions donné en son temps qu’une information très sommaire (n° 1871, 5 avril 1909, Supplément) sur l’expédition du lieutenant Shackleton
- l’iiivernage de la Discovery. Ses principaux collaborateurs étaient Adams, Brocklehurst, Day, Joyce, Mackay, Marshall, Marston, Murray, Priestley, Maw-
- 300 kilomètres
- O 20 4-0 60 80 100
- Point extrême atteint par Shackleton
- PÔLE S. O. SUD
- Niveau c/e -fa rner
- i i i!
- Fig. i. — Coupe longitudinale du parcours vers le sud.
- tout près du pôle sud, nous réservant de faire connaître avec plus de détails les résultats de cette belle entreprise. Son importance, l’authenticité documentaire de ses rapports et le récent accueil que Paris a fait aux audacieux explorateurs, enfin le beau volume, de lecture particulièrement attachante (Au cœur de VAntarctique), qui vient de paraître ne nous permettent pas de laisser dans La Nature une grave lacune sur ce sujet.
- Parti de Torquay le 7 août 1907, après avoir passé le 4 août la revue de détail du roi et de la reine d’Angleterre, le navire JSimrod quittait Litt-leton en Nouvelle-Zélande, le 1er janvier 1908. L’expédition du lieutenant Shackleton (né en 1874 et le second du capitaine Scott sur la Discovery de 1902 à 1904), hiverna en 1908 au Cap Royds sur les bords du Sound Mac-Murdo à 52 km. au nord de
- son, Armytage, David, Roberts, Mackintosh, Wild.
- En automne 1908 une escouade fit l’ascension du mont Erébus (fig. 2 et 5) ; pendant l’été 1908-1909, trois groupes se partagèrent le travail, l’un vers le sud, l’autre vers le pôle magnétique austral et le troisième vers les montagnes de l’ouest.
- L’escouade du sud comprenant Shackleton, Adams, Marshall et Wild, partit le 20 octobre 1908 et planta le pavillon anglais le 9 janvier 1909, à 179 km. du pôle Sud par 88° 23, de latitude sud (Scott s’était arrêté en 1902 par 82° 17) à 5063 m. sur le grand plateau du Roi Édouard VII, dépassant 3500 m. d’altitude et s’étendant sans doute au delà du pôle. Elle rejoignit son point de départ le 28 février 1909, après avoir accompli une marche de 2776 km. C’est en gravissant l’immense glacier Beardmore descendu de ce plateau que l’on put
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- atteindre le point extrême; 115 pages de l’ouvrage sont consacrées au journal très émouvant de ce raid vers le sud (voir la coupe fîg. 1).
- On eut à subir de nombreuses chutes dans les crevasses, qui plusieurs fois faillirent mettre fin à l’expédition. De distance en distance on laissait des dépôts de vivres pour alléger les traîneaux, au risque de ne pas les retrouver au retour et d’avoir la retraite coupée par la mort de faim. Successivement il fallut abattre les 4 poneys amenés et tirer le
- traîneau à la bretelle. Les sastrugi ou vagues de neige engendrées par de vent constituent un terrible obstacle pour les traîneaux. Mais leur orientation à peu près constante est souvent précieuse pour se diriger.'
- . Le récit raconte les étapes diaboliques, à chaque minute en danger, de mort. : De i belles montagnes (atteignant 4457 m. au Mont Kirkpatrick) accidentent le paysage (fig. 4). Dans le bassin supérieur du glacier, on a reconnu du charbon.
- Le 4 janvier 1909, Shackleton comptait marcher 5 jours encore, mais un chasse-neige de 4 jours fit consommer ce qui restait de provisions disponibles ;
- le 9 janvier, à 9 h. du matin on atteignait 88°25.
- « À perte de vue devant nous rien qu’une plaine blanche de neige, le plateau parait s’étendre sans interruption jusqu’au pôle; quelque regret que nous éprouvions de ne pas arriver au but nous avons la conscience d’avoir fait notre devoir ». La faim interdisait d’aller plus loin; le retour fut un cruel jeûne du 10 janvier au 28 février, aggravé par la dysenterie qu’avait provoquée l’ingestion de viande de poney infestée par des toxines. Miraculeusement on put retrouver tous les dépôts. En ralliant le point de l’hivernage on n’aperçut point le navire qui devait rester jusqu’au 27 février. — La maison de refuge était vide, ce fut une nuit d’angoisses, — mais le 1er mars le navire accourait pour le rapatriement et tous étaient saufs.
- Voici la conclusion :
- ('. L’impression dominante que nous avons rapportée de notre voyage vers le pôle est une faim atroce.... Pour espérer atteindre le Pôle il faut emporter plus de vivres que nous n’en avions ; mais comment résoudre la question des transports? »
- La deuxième escouade ou groupe du Nord (professeur David, Mawson, Dr Mackay) a trouvé l’emplacement moyen du pôle magnétique austral par 72° 25' de latitude Sud et 155° 16' de longitude Est à 2215 m. d’altitude. Son expédition a duré du 5 octobre 1908 au 5 février 1909 (122 jours) et a . parcouru 2207 kilomètres. Elle a reconnu un cours d’eau sous-glaciaire au Sud-Est du Mont Larsen. Et elle dut tâtonner, laborieusement (en proie aux affres de la faim) pour trouver l’emplacement exact, très différent de ceux fixés par Ross et Gauss : car elle constata que si le Pôle magnétique s’est déplacé vers l’Est de 1844 (Sabine) à 1902, il se meut maintenant vers le Nord-Ouest. D’ailleurs Bernachi avait établi que les variations journalières de l’aiguille aimantée sont parfois considérables. Ce centre d’attraction exécute donc une évolution journalière autour d’une position moyenne.
- L’escouade de l’Ouest (Armytage, Priestley et Brocklehurst) a exploré le glacier Ferrar (entouré de
- ASCENSION DE L'EREBUS
- Itinéraire du 6 au 12 Mars /SOS Echelle :
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- Cratère actif actuel.
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- Second Cratè (Caldeira)
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- Troisième Cratère ^ Cône Parasite
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- Camp II
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- Coupe verticale suivant la ligne A.B.
- Fig. 2. — Coupe et plan de VErebus.
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- . ." EXPÉDITION ANTARCTIQUE SHACKLETON :':":.rrr= 105
- montagnes (fig. 5), qui atteignent 5960 m. au Mont I monter sur la glace fixe au moment où le glaçon Lister), et étudié les anciennes moraines ainsi que le | flottant était venu la frôler.
- Fig. 3. — Le mont Erebns, vu de Vhivernage.
- torrent glaciaire qui s’écoule à sa surface (fig. 6). Sa I Enfin l’ascension du mont Erébus par David, branche Nord est prolongée par une vallée sèche. | Mawson, Mackav, Adams, Marshall et Brocldchurst
- Fig. 4. — Campement sur le haut plateau.
- Le 24 et le 25 janvier 1909 ce groupe faillit être emporté en mer et perdu : la glace où il campait se détacha et s’en fut à la dérive. Par miracle on put
- dura six jours du 6 mars 1908 au 12 mars. La montagne a 4055, 4068 ou 4075 mètres de hauteur et se compose de 4 cratère emboîtés à 1800 m,,
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- 5450 m., 5718 m., le dernier au sommet toujours fumeux. On y vit des fumerolles congelées. Le cratère terminal est un gouffre grondant, rempli de fumerolles qui émanent de 5 fentes au fond d’un gouffre de 270 m. large de 500 a 800 m. Les laves de l’Erébus sont d’un type rare connu sous le nom de kénite. Le 14 juin 1908 il s’y manifesta une véritable éruption. Comme au Stromboli, les éruptions sont plus fréquentes quand le baromètre baisse.
- L’emploi des poneys de Mandchourie fut très utile pour le remorquage des traîneaux, mais la voracité
- polaires l’expédition Shackleton a essayé de se servir d'automobiles ; mais sur la neige le fonctionnement fut défectueux et l’instrument ne put être employé pour la grande pénétration au sud ; on ne l’employa bien que pour la confection des dépôts d’approvisionnement.
- On comprend que les incidents, accidents même, n’ont point manqué. Dès le début le débarquement mit tous les approvisionnements en danger, par suite de la rupture de la glace sur laquelle il s’opérait : il fallut un véritable sauvelage pour tout porter en
- Fig. 5. — Chute d’un glacier dans la région de l’ouest (Ferrar).
- de ces animaux n’est pas sans inconvénients. Ils dévoraient leurs harnais, la queue de leurs congénères, les vêtements à leur portée; 1 mois après le débarquement, 4 sur 8 moururent, trois pour avoir avalé sur la plage du sable qu’ils prirent pour du sel, un quatrième succomba à l’absorption de copeaux ayant emballé des produits chimiques.
- Les 4 autres ne purent aller bien loin dans le raid du Sud.
- Les chiens aussi rendaient des services, mais il fallait les attacher pour les empêcher de mettre à sac et à sang les rookeries d’inolfensifs pingouins.
- On sait que pour la première fois dans les régions
- sûreté en terre ferme. Puis ce fut un blizzard de quatre jours qui enfouit les montagnes de caisses sous 1 m. 80 de glace.
- Des soins spéciaux furent apportés à la construction d’hivernage.
- Le 15 août 1908 on eut à subir 44ü G sous zéro. Et d’autre part il se trouva qu’en été « la chaleur du soleil se fit cruellement sentir, même à — 17°C. Il nous arrivait d’avoir une joue gelée, tandis que l’autre attrapait un coup de soleil... le 4 décembre 1908, nous ne gardâmes sur nous que le pantalon et la chemise et nous fûmes brûlés par le soleil avec — 25°. »
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- Sur le plateau de 5000 m. les morsures du froid furent cruelles : chez Shackleton elles déterminèrent, au-dessous du genou, une plaie qui s’envenima « et il fallut finalement faire, avec un couteau, une opération assez pénible ». Quand on revient de ces effroyables randonnées, ce n’est pas toujours en entier : on sait que le duc des Abruzzes dut subir dans son exploration arctique l’amputation d’un orteil gelé.
- Il est assez piquant de remarquer que Shackleton avait « gardé un ardent désir de revoir cet immense continent glacé de neige », parce qu’il avait été ra-
- ies appendices scientifiques. On n’y trouve que le résumé des notes biologiques de M. J. Murray, avec des anecdotes toujours amusantes sur les mœurs civilisées des fameux pingouins, qui « semblent regarder les hommes comme des pingouins d’espèce plus grande ». Les observations géologiques de David et Priestley se rapportent à la glaciologie (la grande Barrière ou banquise, haute en moyenne de -46 m., s’écoule avec une vitesse de 500 m. par an, flotte sur la majeure partie de sa longueur et est formée de couches de ncitre super-
- Fig. 6. — Torrent à la surface du glacier Ferrar1.
- patrie pour cause de maladie avant la fin de l’expédition de la Discovery.
- Le navire de Shackleton, un vieux phoquier de Terre-Neuve, n’avait qu’une qualité, la solidité, il était petit, lent (6 nœuds) et souverainement inconfortable ; cela rendit la traversée des très mauvaises mers du Sud particulièrement pénible.
- Il avait été acheté 125 000 fr., auxquels on doit ajouter 169 705 fr. pour la mise en état. Le prix total de l’expédition s’est élevé à 1 151 280 fr., dont 500 000 fournis par le gouvernement britannique et le reste par de généreux amis.
- U faut regretter que l’édition française ait écourté
- posées), aux roches volcaniques (grands cristaux de feldspath de l’Erebus) et paléozoïques.
- Nous ne pouvons que renvoyer à l’ouvrage et surtout à sa très belle carte, pour convaincre le lecteur que l’expédition Shackleton est sans doute le plus fructueux et glorieux voyage polaire qui ait jamais été exécuté2. E.-À. Martel.
- 1 Les six ligures nous ont été gracieusement communiquées par la librairie Hachette, éditeur de l’ouvrage français.
- 2 Sous réserves, bien entendu, des résultats et des incidents que nous fera connaître Peary. lorsqu'il publiera les détails de sa découverte du Pôle Nord. On sait que le Dr Cook est exécuté, à Copenhague même.
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- LABORATOIRE D’ESSAI POUR LOCOMOTIVES
- Parmi les nombreux problèmes que les ingénieurs de traction ont à résoudre, il en est un qui a une très grande importance ; c’est celui de la détermination de la puissance que peut développer une locomotive déterminée. De plus, il est important de connaître, dans les différentes con- p-—-;
- ditions de marche, la capacité de
- rience, sinon chaque locomotive, tout au moins, chacun des types en service. C’est, du reste, à cette méthode qu’on a généralement recours.
- Dans ce but on attelle à un train en service la locomotive à expérimenter. On place sur chacun des cylindres moteurs de la machine un indicateur de Watt qui, comme on sait, donne la pression de la
- Vue longitudinale du laboratoire d’essai
- Fig. i,
- production de la chaudière, c’est-à-dire la quantité de charbon consommée, ainsi que la quantité d’eau vaporisée par heure et par cheval-heure, le rapport entre les deux premières quantités donnant le coefficient de vaporisation du kilogramme de charbon, c’est-à-dire le rendement économique de la chau- p-dière et celui entre la première et la seconde le rendement de l’ensemble de la machine. On déduit également de ces valeurs la production de vapeur par mètre carré de surface de grille et de surface de chauffe, caractéristiques très utiles pour le constructeur de locomotive.
- Certaines règles résultant de la théorie et de la pratique courante donnent le moyen de résoudre ces questions dans une certaine mesure. Mais les résultats ne sont qu’approximatifs parce que les coefficients dont on se sert, dans ce cas, ne peuvent être que des moyennes ne pouvant s’appliquer que d’une manière très approchée à une locomotive déterminée dont, le plus souvent, les proportions, soit comme chaudière, soit comme appareil moteur' ne sont pas entièrement les mêmes que celles de la locomotive qui a servi de base pour l’établissement des coefficients.
- Le seul moyen réellement pratique de résoudre ces différentes questions est de soumettre à l’expé-
- vapeur sur les pistons à chacun des points de la course de ceux-ci et permet, par conséquent, de déterminer la pression moyenne qui agit sur lui pendant cette même course. Puis, au moyen d’un compteur de tours qui donne la vitesse du piston par seconde, on obtient la puissance en chevaux produite dans les cylindres. En affectant, ensuite, ce résultat d’un coefficient de réduction variant entre 0,85 et 0,90, on obtient la puissance en chevaux développée à la jante des roues motrices, ainsi que l’effort en kilogrammètres produit à la jante de ces mêmes roues.
- Pendant toute la durée de l’essai on mesure soigneusement la quantité de charbon consommé ainsi que la quantité d’eau vaporisée dans la chaudière. On tient également compte des crans d'admission de la vapeur dans les différents cylindres, ainsi que du vide produit par l’échappement de la vapeur dans la boîte à fumée et dans le cendrier.
- En opérant de cette façon avec des trains de poids différents, marchant à des vitesses également différentes, sur divers profils, on obtient tous les éléments du problème que nous avons indiqué plus haut.
- Le plus souvent on intercale également entre le
- Fig. 2. — Coupe transversale du laboratoire d’essai.
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- tender et le train remorqué, un wagon appelé wagon dynamomètre, muni des appareils nécessaires pour mesurer la puissance absorbée pour la remorque des véhicules composant le train. En retranchant de la puissance développée par la locomotive, et obtenue comme nous venons de le dire, celle donnée par le wagon dynamomètre et qui correspond au train remorqué, on obtient le travail absorbé par la locomotive seule.
- Cette méthode qui, comme nous l’avons dit, est le plus généralement employée, donne de bons résultats et permet, surtout, de tenir compte des iniluences climatériques, si souvent variables, telles que celles dues au vent qui, comme on sait, est un facteur extrêmement important de la résistance à la
- des essais dans un atelier au moyen d’une installation spéciale.
- Cette méthode d’essai est déjà ancienne. Elle a été adoptée, pour la première fois, croyons-nous, en 1881, par M. de Borodine qui l’installa dans les ateliers de Kiew du chemin de fer sud-ouest russe, dans le but d’étudier le fonctionnement compound appliqué aux locomotives et de le comparer au fonctionnement à simple expansion.
- A partir de 1891, ce même procédé d’essai a été appliqué par quelques compagnies américaines de chemin de fer, ainsi que par le professeur Goss qui fit dans le laboratoire de l’université de Purdue à Lafayette (Indiana) une installation qui lui permit de faire un certain nombre d’observations intéressantes.
- Fig. 3. — Vue d’une locomotive en expérience.
- marche du train; elle permet de tenir compte de l’état des rails suivant qu’ils sont secs ou humides, ainsi que de l’état de la voie et de l’influence des courbes.
- Mais, à côté de ces avantages réels, cette méthode n’est pas sans présenter un certain nombre de difficultés pratiques. Elle présente certains dangers pour les opérateurs, surtout pour ceux chargés de l’observation des indicateurs de pression dans les cylindres. Les observations qui doivent être souvent répétées, afin de tenir compte des variations de profil et de vitesse de marche, sont souvent difficiles à faire avec exactitude. Quelques-unes même ne peuvent être faites et qui, cependant, seraient fort utiles, telles que celles relatives à la composition chimique des gaz de combustion et à l’état de siccité de la vapeur dans la chaudière.
- On a alors pensé à substituer à l’essai en service
- Mais l’installation la plus complète est celle faite à l’Exposition de Saint-Louis, en 1905, par la Compagnie américaine du Pensylvania R. R., installation qui a permis de soumettre à différents essais un certain nombre de locomotives, tant américaines qu’européennes, exposées à Saint-Louis. C’est cette dernière installation que nous allons décrire brièvement.
- Chacune des roues de chaque essieu (fîg. 1 et 2) moteur, au lieu de reposer sur des rails, prend appui sur des roues a a..., fixées sur un essieu i. Celui-ci est supporté à chacune de ses extrémités par un palier supporté lui-même par un bâti b prenant appui sur le sol au moyen de raifs permettant de placer ces supports à des distances variables correspondant à l’écartement des essieux moteurs.
- Chacune des extrémités des essieux i, sont, de plus, munies d’un frein hydraulique c.
- Quant aux roues du bogie et des essieux non
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- llOj
- moteurs de la locomotive ils reposent sur des rails comme le montre la figure.
- A l’arrière, la locomotive, au lieu d’ètre attelée aux véhicules à remorquer est fixée à un massif en maçonnerie n au moyen d’une barre de traction m dans laquelle est interposée un dynamomètre permettant de mesurer l’efi'ort de traction de la locomotive, comme s’il s’agissait de la remorque d’un train.
- Lorsque la vapeur, prise à la chaudière de la locomotive, agit sur les pistons et actionne les roues motrices, celle-ci, retenue par la barre de traction m fixée au massif de maçonnerie, au lieu d’avancer sur les rails comme à l’ordinaire, reste fixe en entraînant les roues a, en les faisant tourner autour de F essieu i avec une vitesse égale à celle des roues motrices de la machine.
- En agissan t sur les freins hydrauliques c, il est facile de régler la résistance au contact des roues a et des roues motrices et, par suite, de faire varier à volonté l'effort de traction à produire par la machine.
- Des indicateurs de Watt sont disposés sur les différents cylindres de la locomotive, ainsi qu’un compteur de tours donnant la vitesse du piston à vapeur. La puissance de la locomotive est ainsi obtenue. La machine est également munie de tous les appareils nécessaires : pour la mesure du vide produit par l’échappement de la vapeur dans la boite à fumée et dans le cendrier; pour recueillir les gaz de la combustion et les soumettre à l’analyse, ainsi que de tous les appareils nécessaires pour se rendre compte du fonctionnement de la chaudière et de l’appareil moteur. On mesure
- également la quantité de combustible consommé, ainsi que le poids d’eau vaporisée pendant l’expérience.
- On a donc, en résumé, comme dans l’essai en service, tous les éléments du problème et, même, d’une manière plus complète, puisqu’il est possible de faire sur une locomotive à l’arrêt certaines observations qu’il est presque impossible de faire en marche. De plus, toutes ces observations se font
- sans danger et sans aucune difficulté et, comme la locomotive peut être maintenue pendant tout le temps désirable à une vitesse constante, avec une plus grande exactitude qu’en service.
- Mais, par contre, avec ce mode d'expérimentation, par suite de l’état de fixité de la machine, on laisse de coté la résistance de l’air qui, comme nous l’avons dit, est un facteur important de celles du train. De plus, on néglige celle des essieux du bogie et des essieux porteurs, ceux-ci restant immobiles sur les rails. Enfin, on néglige l’influence del’air sur le refroidissement des parois des cylindres et des boîtes à vapeur. Les résultats ainsi obtenus ne sont donc pas ceux qu’on obtiendrait en service. Toutefois, ce mode d’expérimentation présente une certaine utilité en ce qu’il permet d’établir certaines comparaisons entre différents types de locomotives et d’étudier certains organes de celles-ci.
- Dans ces derniers temps, des installations analogues ont été faites en Angleterre, notamment au Great Western, par M. Churchward, son ingénieur en chef, ainsi qu’en Allemagne au laboratoire de Char-lottenbourg à Berlin. R. Boninin.
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- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 janvier 1910. —
- Un indicateur électrique type. — M. Carpentier présente un fréquentiomètre qu’il a construit sur les indications du commandant Ferrie. Cet appareil offre cet intérêt particulier qu’il est un spécimen d’une nouvelle famille d’appareils de mesure, la famille des instruments à deux aiguilles. Ces instruments comportent devant leur cadran, non plus une, mais deux aiguilles rectilignes tournant autour de centres éloignés l’un de l’autre. C’est le point de croisement des deux aiguilles qui sert d’indicateur; au lieu d’une division linéaire, c’est le plan lui-même du cadran couvert de lignes de niveau formant comme un abaque, qui est utilisé pour fournir les déterminations cherchées. Les instruments à deux aiguilles seront avantageusement employés pour la mesure de toutes grandeurs fonctions de deux autres grandeurs indépendantes.
- Nouvelle balance de précision. — M. J. Carpentier présente une petite balance de précision de l’ingénieur Collot. Cette balance a été spécialement combinée de manière à permettre de faire rapidement des pesées de précision. Elle est munie d’un amortisseur perfectionné. Elle n’exige pas l’emploi des séries de poids actuellement en usage, car elle porte, en elle-même, pour ainsi dire, les poids destinés à effectuer la pesée. Ces poids sont attelés au fléau au moyen de boutons extérieurs à la cage. Des chiffres inscrits sur les boutons indiquent quels sont les poids en prise. Une petite échelle divisée, portée par l’aiguille du fléau et observée à l’aide d’un microscope, fait connaître les fractions de poids inférieures au déci-gramme, à 1/10 de milligramme près. L’opérateur n’a qu’à inscrire les poids qu’il a sous les yeux pour connaître le poids cherché. La méthode de pesée revient à celle de la double pesée très modifiée ; elle se fait sous charge constante du fléau et présente toutes les garanties désirables.
- Une maladie à spirilles. — M. Laveran présente une Note de deux médecins des troupes coloniales, dont l’un est M. Thiroux, relative à une maladie fébrile qui atteint le singe des environs de Rayes. Celte maladie est due à
- Présidence de M. E. Picard.
- la présence d’un spirille dans le sang du singe. Ce spirille mesure 15 à 20 microns de longueur. La maladie presque toujours est mortelle ; elle est facilement inoculable aux souris qu’elle tue en 25 minutes et plus difficilement aux rats.
- L’eau du puits de Maisons-Laffitte. — M. À. Gautier résume une Note sur l’eau du puits de Maisons-Laffitte. Cette eau est de même qualité que celle du puits de Grenelle. Elle sort de sables verts reposant sur de l’argile du gault. La proportion des teneurs en potasse et en soude y est identique à celle de ces corps dans les argiles du gault.
- IJoraç/e magnétique du 25 septembre 1909. — M. Deslandres présente une étude sur la relation de l’orage magnétique du 25 septembre avec les phénomènes solaires. La perturbation magnétique du 25 septembre a été non point locale, mais générale. M. Deslandres s’est préoccupé de constater quel phénomène solaire pouvait l’avoir causé. Or, depuis quelque temps avant les perturbations magnétiques, les taches étaient remplacées sur la surface du soleil par des filaments. Ces filaments sont des accidents qui doivent être regardés comme très importants.
- La digestion cle Vinuline. — M. Dastre rend compte d’expériences qui viennent d’être faites sur la digestion de l’inuline. L’inuline se trouve dans des végétaux que consomment les bestiaux. L’auteur a constaté que, contrairement à ce qui a lieu pour les autres hydrates de carbone, la digestion de l’inuline n’est point due à l’intervention d’un ferment; elle se fait par le moyen de l’acide chlorhydrique du suc gastrique. 11 n’en est pas de même chez les animaux inférieurs, l’auteur a trouvé que le suc gastrique de l’escargot contient, en effet, un ferment qui transforme l’inuline.
- Fondation Carnegie. — M. Darboux a été désigné par l’Académie des sciences, dans sa séance du 10 janvier, pour la représenter au Conseil d’administration de la fondation Carnegie. Ch. de Villedeuil.
- CHRONIQUE
- La formation du graphite. — On sait que les carbonates sont des corps qui ne sont susceptibles de se réduire que sous des actions énergiques, telle, par exemple, que celle de la poudre de magnésium. M. Ellis a constaté qu’au cours de cette action, il se produit du carbone constitué par un mélange de carbone amorphe et de graphite et parfois par du graphite seul. La réaction, en effet, est extrêmement vive, ce qui entraîne un dégagement considérable de chaleur et explique la production principale de graphite qui est la forme la plus stable du carbone à ces températures.
- Avec les carbonates alcalino-terreux, de baryum, de strontium, de calcium, de magnésium, l’action est violente et donne lieu, en plus du graphite, à une certaine production de carbone amorphe, quand la poudre de magnésium est employée en excès; avec les carbonates de baryum et de strontium, il se forme aussi des carbures, des azotures et des cyanures; avec le carbonate de calcium, il se fait seulement du carbure en creuset fermé;
- en creuset ouvert, on n’obtient aucun de ces corps secondaires. Enfin, les carbonates de magnésium, d’ammonium et de cadmium produisent du graphite, mais pas d’azo-ture, de cyanure ou de carbure.
- Les meetings d’aviation en 1910. — La fédération aéronautique internationale, après une séance tenue à l’Aéro-Club de France, a arrêté comme il suit la date des grands meetings d’aviation de 1910 : 10 au 25 avril, Nice; 20 au 50 mai, Vérone; 5 au 15 juin, Budapestb ; 28 juin au 10juillet, Reims; 11 au 16juillet, Angleterre; 16 au 2V juillet, Semaine de l’Automobile-Club de France. Paris-Bruxelles, 21 juillet au 4 août; Belgique, 7 au 21, août. Circuit de l’Est. Prix du journal Le Malin (100 000 fr.) : 25 août au 4 septembre, Dauville; 8 au 18 septembre, Grande Semaine de l’Àéro-Clûb à Bordeaux; 24 septembre au 5 octobre, Milan ; 18 novembre au 2 décembre, Amérique (Coupe Gordon-Bennett) au total : près de 4 millions de prix.
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- L’INSTINCT MATERNEL CHEZ LES KANGOUROUS
- Loin de nous la prétention d’apporter notre tribut à la monographie du kangourou, déjà si complète. À peine oserons-nous indiquer qu’à l’encontre des lexiques d’histoire naturelle qui fixent à six le nombre des espèces connues, les zoologistes australiens en comptent au moins une vingtaine, sans parler des espèces gigantesques (tel, le macropus titan) dont on retrouve les restes fossiles dans le sous-sol de l’ile-continent. Ils y sont autorisés par les résultats des récentes explorations, qui ont rapporté des données nouvelles sur la faune de l’intérieur de cette vaste contrée.
- Il nous a paru intéressant de reproduire cette photographie, pour le tableau presque attendrissant qu’elle nous présente. Personne n’ignore que les femelles des marsupiaux (que l’on considère comme les plus anciens des mammifères, puisque leurs débris se retrouvent dans le trias) possèdent une poche ventrale où les petits courent se cacher au moindre indice de danger. Mais il ne nous est pas donné souvent de voir le geste de cette sollicitude maternelle, car les kangourous, relativement communs dans nos jardins zoologiques, se reproduisent rarement en captivité.
- Cependant, deux anciens chasseurs australiens, qui ont entrepris l’élevage du kangourou dans une ferme de l’Essex (Angleterre), ont obtenu des résultats très encourageants. Cinq femelles (sur un troupeau d’une trentaine de têtes) ont mis bas en l’espace d’une année. Quatre des petits sont parvenus à l’âge adulte. C’est précisément sur cette ferme que fut prise notre image, au moment où la mère, alarmée par l’approche du photographe et par l’aspect insolite de son appareil, intima à sa craintive progéniture l’ordre de réintégrer la poche protectrice.
- Le zoologistes australiens ne sont pas d’accord sur l’àge auquel les petits renoncent d’eux-mêmes à s’abriter dans la bourse maternelle ou s’en voient
- refuser l’accès. Les anecdotes contradictoires abondent dans les récits des chasseurs. Il paraît prouvé qu’ils s’y réfugient parfois même après le sevrage.
- On raconte ce trait. Un parti de cavaliers avait surpris un troupeau de kangourous géants (macropus cjiganteus), malgré la vigilance des vieux mâles, postés en sentinelles. Et la bande s’enfuit à travers le bush (jungle de buissons), les plus âgés des petits sautillant derrière les mères.
- L’une d’elles éprouva bientôt un remords de conscience en voyant que son petit, âgé approximativement de huit mois, perdait du terrain. Elle s’arrêta, offrit sa poche. Mais il est à croire que le petit avait renoncé depuis plusieurs semaines à l’abri maternel, car il lui en coûta un effort avant d’y loger son corps trop volumineux.
- La mère se remit à bondir aux trousses du troupeau, mais sans réussir à l’atteindre. Visiblement la pauvre bête n’en pouvait plus, avec sa nouvelle charge. Qui dira le duel qui mit alors aux prises son amour maternel et son instinct de conservation ? Tou-jours est-il qu’après avoir parcouru péniblement plusieurs kilomètres, elle s’arrêta sur ses pattes postérieures, pencha son buste en avant, et contracta de telle façon les muscles de son ventre que le petit dut évacuer la poche.
- Allégée, elle avait déjà exécuté une série de bonds prodigieux, sans plus se soucier, en apparence tout au moins, du sort de sa progéniture, quand l’instinct maternel reprit de nouveau le dessus. Brusquement, elle rebroussait chemin, rejoignait le petit, se plantait bravement entre lui et les chiens, prête à les déchirer. Par exception, un des sportsmen n’était pas un massacreur endurci. Touché de l’attitude héroïque de la malheureuse mère, il rappelait les chiens et les détournait sur une autre piste.
- L’anecdote pourrait figurer en bonne place dans un traité sur la psychologie des bêtes.
- V. Forbin.
- Jeune kangourou réfugié dans la poche ventrale de sa mère.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahore, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1913.
- 22 JANVIER 1910.
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- î|«SüorHf0i)i
- La mise en service d’appareils distributeurs automatiques de timbres-poste n’a pu être étudiée utilement en France qu’après l’abaissement à dix
- Fig. i. — Le distributeur de timbres-poste ouvert.
- de dix centimes et une autre de cinq centimes. Le v*h'> tarif ,à dix centimes a supprimé les deux causes ’v-d’insuccès.
- C’est alors que la Société des appareils distributeurs automatiques Abel présenta à l’administration française quelques-uns de ses appareils qui furent installés à l’Hôtel des Postes de Paris, où ils fonc-
- Fig. 2. — Vue extérieure de l’appareil.
- centimes de la taxe d’affranchissement des lettres ordinaires. L’obligation imposée aux inventeurs de construire un système basé sur l’introduction de deux pièces de monnaie d’un module différent rendait leur tâche très difficile; de plus le public s’en désintéressait à cause, précisément, de la nécessité d’avoir sur soi, pour recevoir un timbre, une pièce 38° année.
- tionnent, depuis lors, avec une régularité parfaite. Il serait à désirer, que le service des Postes se décidât à adopter définitivement le système qui rendrait d’autant plus de services au public que ces distributeurs peuvent être placés n’importe où, en les agençant pour recevoir une boîte aux lettres sous le mécanisme.
- Ier semestre.
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- La construction de ces appareils est assez curieuse pour nous inviter à expliquer, avec quelques détails, le fonctionnement des trois mécanismes essentiels qu’ils comportent : le vérificateur de monnaies, le chariot distributeur et le moteur.
- Vérificateur de monnaies. — Nous avons décrit récemment l’appareil à recommander les lettres inventé par M. Fodor. Cet appareil renferme également un vérificateur de monnaies qui fut trouvé très ingénieux par 1! Académie des Sciences. Les savants ignoraient sans doute que le principe magnétique sur lequel repose le fonctionnement de ce vérificateur est employé depuis de longues années dans les appareils similaires en usage à l’étranger. Le procédé Fodor n’est donc pas une nouveauté. C’est d’ailleurs ce que va nous montrer le vérificateur Abel.
- 11 est constitué par un tube glissière T (fig. o) dont l’ouverture extérieure est parfailement calibrée aux dimensions de la pièce française de dix centimes. Cette pièce passe devant un aimant AA — qui n’a aucune action sur elle, — descend dans la glissière et tombe sur un cylindre d’acier d’où elle rebondit d’une quantité mathématiquement déterminée pour l’obliger à s’engager dans un autre tube glissière qu’elle suit jusqu’à la caisse.
- En cours, de route elle agit sur un levier qui provoque le déclenchement du mécanisme. Si la pièce introduite est de mêmes dimensions que celles de dix centimes, mais faite d’un métal magnétique, l’aimant la saisit au passage et la retient collée contre ses pôles. Pour en débarrasser l’appareil il suffit d’appuyer sur un bouton extérieur, placé à côté de l’ouverture d’introduction des pièces; ce bouton agit sur le levier L lequel, par l’intermédiaire de la tige D, oblige le vérificateur à s’ouvrir par la base en éloignant la portion antérieure A, qui est montée à charnière sur la joue fixe B, de cette dernière. En même temps un cadre mobile C, entourant les pôles de l’aimant, détache la pièce et la laisse tomber dans la canalisation qui la rejette hors du distributeur. La pièce, ou le jeton, introduite peut être faite en bronze ; si son diamètre est un peu inférieur au diamètre normal, l’aimant ne la retient pas, il est vrai, mais elle tombe d’elle-même dans la fenêtre de la partie mobile du vérificateur et va rejoindre la précédente. De même si, étant'de même diamètre, sa tranche est plus mince, elle s’engage dans la rainure ménagée dans ce but par le rapprochement imparfait entre les deux joues du vérificateur et ne peut en sortir sans que l’on appuie sur le bouton extérieur; dégagée, elle est expulsée. Enfin si le jeton parvient à fran-
- chir tous les obstacles que l’inventeur a placés sur son chemin, il demeure encore soumis à l’épreuve d’élasticité sur le cylindre d’acier. Toute pièce en plomb, par exemple, de dimensions absolument égales à la pièce de dix centimes, sera arrêtée là parce que son peu d’élasticité ne lui- permettra pas de franchir le dernier obstacle; elle sera refusée. Et si l’élasticité du jeton est tant soit peu supérieure à celle de la pièce de dix centimes il butera contre l’entrée des pièces et sera encore expulsé.
- Cependant les pièces étrangères de même module que les pièces françaises passent dans l’appareil. On n’avait trouvé comme garantie, jusqu’ici, que le système à disque visible extérieurement D (fig. 1) dans lequel s’engage la pièce de monnaie avant de tomber dans la caisse. Le but de ce disque était de permettre une surveillance sur ces dépôts. Les fabricants ont reconnu que le procédé est peu pratique et ils ont alors imaginé un nouveau trieur encore tenu secret et qui, assurent-ils, donnera toute satisfaction.
- Dès maintenant on peut considérer que le système garantit parfaitement les intérêts de l’État.
- Chariot distributeur. — Le chariot distributeur de timbres-poste est une pièce mécanique de très grande précision; son fonctionnement est tout à fait irréprochable. Il est enfermé entre deux flasques FF (fig. 4) et commandé par un axe A actionné par le moteur. Noire figure le montre ouvert, la contre-partie mobile P ayant été abaissée. L’arbre commande, par l’intermédiaire de pignons dentés, deux paires de molettes MM et NN superposées; on a enlevé à chaque molette un segment de telle valeur que la portion restante de chaque circonférence, qui est striée, soit exactement égale à la longueur d’un timbre-poste. Entre ces molettes sont placés de petits cylindres C extrêmement mobiles, servant de support au timbre. Enfin, dans le but de supprimer les frottements dans la mesure du possible, le timbre glisse sur de petits rails longitudinaux à section triangulaire qui encadrent les molettes et les cylindres. Le groupe d’organes auquel appartiennent les molettes inférieures NN ne comporte pas de cylindres.
- En face, et au-dessus des molettes MM sont disposés deux groupes de griffes GG articulées en O et dont les pointes qui terminent les petites branches viennent s’engager dans les trous de perforation entre chaque timbre. Le levier L de ces griffes sert de contrepoids. Elles régularisent la descente des timbres; si l’un d’eux, par exemple, était d’une longueur différente de la longueur réglementaire, ce qui peut se produire pendant la perforation, les
- Fig- 3. — Vérificateur de monnaies.
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- griffes qui sont capables d’explorer en hauteur un chemin de 22 mm, saisissent le pointillé et le ramènent à sa position normale. Le timbre à détacher présente donc toujours son pointillé en face du couteau qui doit le sectionner.
- Au repos, le premier timbre à détacher occupe cette dernière position, de sorte que la pièce de monnaie est à peine introduite dans l’appareil que le couteau remplit son office et le timbre tombe dans la sébile extérieure S, recouverte d’une glace mobile, où il est à la disposition de l’acheteur.
- L’opération du sectionnement du timbre est assurée d’une manière parfaite par deux petites tiges TT placées l’une au-dessus, l’autre au-dessous, de l’espace E par lequel sort le couteau. Le timbre à détacher et celui qui vient ensuite sont donc maintenus contre la portion mobile P du mécanisme afin d’éviter tout glissement. Les tiges sortent de leur logement un instant avant le couteau.
- Le couteau est une très fine lame d’acier de même largeur que le timbre, au repos il reste dans son logement. La mise en marche du système distributeur actionne un pignon denté engrenant avec la crémaillère qui termine l’axe du couteau. La poussée en avant est très rapide et le retour en arrière s’effectue par un ressort de rappel.
- A la partie supérieure du chariot distributeur est fixé le tambour TA porteur des timbres. Il contient 500 figurines en une bande unique B qui est entraînée par les molettes MM, NN, devant lesquelles appuient d’autres molettes semblables appartenant
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- à la contre-partie P. Si, par hasard, la bande se trouvait déchirée, accident qui peut se produire pendant la fabrication, le vérificateur de monnaie s’ouvrirait automatiquement et l’argent serait rendu au public par l’appareil lui-même, comme «si une pièce fausse avait été introduite. Le même mécanisme entre en fonction dès que la provision de timbres est épuisée. Dans les appareils installés à l’étranger on a ajouté à ce mécanisme une commande électrique qui relie le distributeur au bureau
- le plus rapproché et prévient par une sonnerie de l’arrêt du distributeur qu’elle qu’en soit la cause.
- Moteur. —Le moteur employé ici est un simple mouvement d’horlogerie que l’on remonte de temps à autre à l’aide d’une manivelle. Il comporte deux ressorts actionnant un * tambour T ; celui-ci commande Taxe À du chariot distributeur par l’intermédiaire d’une chaîne Galle.
- Nous pouvons ajouter que les appareils mis à la disposition du public à l’Hôtel des Postes garantis par tous les brevets, rendent de très grands services; les acheteurs de timbres à la pièce préfèrent ce mode parce qu’il est très expéditif. Les administrations redoutent toujours quelque peu l’entrée en fonction des agents mécaniques parce que, jusqu’ici, leur régularité n’était pas parfaite.
- Cependant il faudra bien qu’elles les acceptent, même pour des opérations délicates, car ces agents sont très supérieurs à leurs collègues humains à bien des points de vue.
- Lucien Fournier.
- Fig. 4. — Détails du chariot distributeur.
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- L’AVIATION AU COMMENCEMENT DE 1910
- L’année 1909 aura été celle de l’aviation. Résumons très rapidement les faits qui se sont succédé. Sauf l’aéroplane Gody et celui de l’allemand Grade, aucun système nouveau ne's’est révélé. Le tableau ci-dessous rappelle les principales caractéristiques des biplans et monoplans actuels.
- Après la Semaine de Champagne (Voy. n° 189-4), sur laquelle nous ne reviendrons pas, les meetings d’aviation se sont multipliés en France et à l’étranger, sans produire de performances bien remarquables, auprès de celles réalisées à Reims. Mais partout les aviateurs français, presque seuls concurrents du reste, se sont distingués par leur maîtrise de l’air, et la sûreté avec laquelle ils conduisent leurs appareils. Par elles, l’aviation prend de plus en plus la forme d’un sport. La Grande Quinzaine de Paris s’est déroulée sans entrain et, sauf l’escapade du comte de Lambert sur Paris, aucun fait notable ne l’a illustrée. À Berlin, Rougier s’adjuge le prix de la durée et-de la distance avec 120 km en 2l,58,n185 et Latham le prix de vitesse avec 80 km en 68m 46s. Cependant Rougier s’élève à 158 m. de hauteur. A Spa, Delagrange reste dans les airs pendant 'Jh2m2s. A Vichy, le prix de la durée
- comte de Lambert, parti de Port-Aviation à 4h57, lile sur Paris à la vitesse de 60 km à l’heure. Il monte à 400 m., tourne au-dessus de la tour Eiffel et revient à son point de départ après un voyage de 49“ 59s 2/5 pendant lesquelles il a parcouru 48 km environ. C’est le premier et le seul aéroplane qui ait jamais volé sur Paris.
- Lé 20 novembre, Paulhan exécute deux superbes excursions à bord de son biplan IL Farman. Au cours de la première traverse le camp de Châlons, passe au-dessus de Mourmelon, Baconnes et Sept-Saulx, puis revient à Bouy. Dans la même matinée il s’en fut, à 500 m. de hauteur, jusqu’à Châlons. Durée du voyage 55 minutes, parcours 60 km. Le 22 novembre, Latham invité à une chasse se rend au lieu de rendez-vous, dans la propriété du marquis de Polignac, à Berru près de Reims, avec son monoplan garé à Mourmelon. Distance 50 km. Après la chasse Latham revient à son point de départ par la voie aérienne.
- Vol avec passager. :— Le record français du vol avec passager appartient à If. Farman qui exécuta un vol de IM 7“ à Mourmelon le 1er novembre. Glers Curtiss à
- Types. Poids. Surface Surface Envergure. Longueur. Moteur. Vitesse.
- — — des ailes. du tfouvernail. — — — —
- kS- m2. m2. m. m. cv. km.
- f Voisin 450 40 4 10 10,50 50 50 '
- BIPLANS. . . \ Farman 1 Wright 400 400 40 50 4 8 10 12,50 14 9 50 50 00 . 70
- ^ Curtiss 250 20 4,50 7,80 8 40 78
- ' Antoinette 450 54 1 14,80 10,20 55 71
- MONOPLANS.. ) Blériot (grand modèle). 400 22 2,50 10 10 00 79
- ) Blériot (petit modèle) . 200 15 1,50 8 8 25 55' :
- v Santos-Dumont. . . . 118 9 1,20 5 (i 50 / 90
- est attribué à Tissandier avec l!l 25'“ 59s. A Duncaster, Delagrange a fait 86 km à l’heure sur un tour de piste.
- La hauteur. — A Broocklands, près de Londres, le 50 octobre Paulhan vole à 252 m., puis atteint 275 m. le lendemain et 500 m. le 5 novembre. Le 19 novembre, au camp de Châlons Latham atteint 410 m., et Paulhan 560 m. par un vent de 55 à 40 km à l’heure. Le l*r décembre Latham a accompli, au camp de Châlons, la plus impressionnante prouesse aérienne de l’année. Par un vent de 20 m. par seconde accompagné d’une forte pluie, il décrit d’abord deux 8, puis s’élève à 475 m., hauteur officiellement constatée. Dès les premiers jours de 1910, Latham fait mieux encore, le 7 janvier il s’élevait à 1000 m. et le 12 janvier, Paulhan, à Los Angeles, lui arrache son record en montant à 1524 m.
- Les voyages. — On demande aux aéroplanes d’effectuer des voyages aériens. Plusieurs aviateurs ont prouvé qu’il est possible, sinon aisé, de se rendre d’une ville à l’autre. Cependant aucun d’eux n’est parvenu à enlever le prix de La Nature.
- Le 15 juillet, Blériot va de Mondésir à Orléans après avoir fait une escale de llm 205 près d’Arbonville. Le parcours total : 41,200 km11 a été fait en 44m 50% déduction faite de l’arrêt. Le 25 juillet a lieu la traversée de la Manche, de Calais à Douvres (58 km plus 6 dus aux erreurs de direction, de 4h 41 à 51'15). Le 51 juillet Orville Wright effectue le voyage de Fort Mvers-Alexandra et retour en 10m 105. Son aéroplane est accepté par le Signal Corps. Le 28 septembre, pendant la Semaine de Berlin, Latham se rend par la voie aérienne de Tempelhof à Johannisthal. ^—
- Le 18 octobre, pendant la Semaine de Juvisy, le
- Los Angeles, le 9 janvier 1910, couvre 88,450 km en 1 heure avec un passager, en même temps il bat. les records de vitesse. Le record mondial est toujours détenu par O. Wright avec lu 55“ 47\
- Di stance et durée. — Henri Farman est détenteur du record de distance et de durée avec 222,898 km en 41' 6m25! acquis le 5 novembre au camp de Châlons. En réalité la distance couverte fut de 252 km et le temps 4M 7“ 55%
- La France reste le pays d’élection de l’aviation, néanmoins la nouvelle locomotion a fait quelque progrès à l’étranger. Cody, en Angleterre, a réussi de fort beaux vols; Grade est le premier Allemand qui ait réussi à quitter le sol sur un appareil de son invention. Calderara, en Italie, pilote également avec succès un appareil Wright. En Amérique les Wright sont pleins d’entrain et, après avoir formé des élèves en France, ils luttent avec le biplan Curtiss qui s’est acquis une belle réputation en Champagne.
- N’oublions pas de rappeler qu’une école d’aviation théorique et pratique vient d’être créée à Chalais-Meudon et qu’une chaire d’aviation a été donnée à M. Marchis. Ce sont les deux faits les plus importants de cette fin d’année, ceux qui clôturent d’une manière très intéressante les travaux pratiques sur les aérodromes.
- Enfin un hommage aux morts de l’année : le 7 septembre Lefebvre se tue à Port-Aviation; le 22 septembre Ferber est pris sous son aéroplane à Boulogne-sur-Mer et meurt quelques instants plus tard; Fernandez, le 6 décembre, essayant son aéroplane à Nice, fait une chute mortelle. Delagrange, l’illustre champion des premiers jours, se tue le 4 janvier J 910. Puissent ces victimes être les dernières. L. F.
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- COMMENT SE FERMENT LES PORTIÈRES DE WAGONS
- Tout le monde a remarqué combien il est désagréable, quand on veut sortir d’un compartiment de chemin de fer, d’être obligé d’ouvrir le châssis de glace de la portière et de se pencher au dehors, généralement en se salissant, pour soulever le loqueteau de sûreté au-dessous de la serrure principale. Trois inventeurs différents, tous trois fonctionnaires des chemins de fer mais appartenant à des Compagnies différentes, ont réussi à réaliser des appareils simples et pratiques, permettant aux voyageurs d’ouvrir le loqueteau de sûreté, de l’intérieur même du compartiment et dispensant en outre les employés des gares de la manœuvre de fermeture de
- qui date de cinq ans et qui a été appliqué sur une grande partie du matériel moderne construit par les Compagnies dans ces dernières années, le loqueteau horizontal A (fig. 1, a) reste immobile à la fermeture : quand on pousse la portière M, c’est une butée B à plan incliné (montée à l’extérieur en face la portière), mobile autour d’un axe C, qui est soulevée (position pointillce B') et retombe (par l’effet de la pesanteur seule) en avant du loqueteau, ce qui produit le même résultat que si le loqueteau était passé derrière elle.
- On peut soulever (fig. 1, b) le loqueteau (position pointillée À'), soit directement de l’extérieur par le
- (a)
- Fig i. — Le loqueteau Pottier et son mécanisme.
- ce loqueteau. Il peut être intéressant d’examiner le fonctionnement des appareils qui, pour la sécurité du voyageur, jouent un rôle fort important. ’ 10
- Le problème qu’ils résolvent, présente des difficultés réelles : car tout loqueteau automatique doit passer de lui-même, quand on pousse la portière, derrière un crochet qui constitue sa gâche de fermeture; rester soulevé pendant qu’on ouvre, de l’intérieur ou de l’extérieur, la serrure principale; revenir de lui-même au repos quand la portière est ouverte. Il est encore, sinon indispensable, du moins fort utile et presque nécessaire, que le loqueteau puisse, s’il a été soulevé par inadvertance après fermeture de la portière, être remis dans sa position de fermeture, soit de l’intérieur, soit de l’extérieur. Toutes ces conditions sont remplies dans les trois appareils que nous allons décrire.
- I.— Dans le loqueteau Pottier (Luchaire, const1')
- bouton a dont il est muni, soit de l’intérieur par la poignée intérieure D montée sur son axe E. Dans ce mouvement,la face arrière du loqueteau vient presser contre le biseau inférieur d’un taquet I(, monté sur une lame flexible r en bronze d’aluminium contre la paroi fixe de la voiture, refoule transversalement ce taquet (dans la position pointillée R') lequel, ramené aussitôt à sa position de repos K par son ressort r, sert à maintenir le loqueteau soulevé en A' quand on abandonne celui-ci ; ce loqueteau A' vient en effet reposer sur le biseau supérieur du taquet K qui l’empêche de descendre plus bas. Mais, lorsqu’après avoir tourné la serrure principale, on ouvre la portière, le loqueteau A'D\ après avoir dépassé le taquet K, retombe, en raison de l’excès de poids de la partie extérieure A', à sa position horizontale de repos AD.
- Si le loqueteau a été soulevé en A' D'après ferme-
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- 118 COMMENT SE FERMENT LES PORTIÈRES DE WAGONS
- ture de la portière, on peut le ramener à sa position de fermeture, soit de l’intérieur en tournant la poignée intérieure de D' en I), soit de l’extérieur en abaissant le bouton a ; dans ce mouvement le levier extérieur À' venant appuyer sur le biseau supérieur du taquet K, le refoule en K' et passe en dessous tandis que le taquet est ramené également au repos en K par son ressort.
- II. — Dans le loqueteau Durant y (Coindet, constr), en essai depuis un an aux chemins de fer de l’Etat, le mécanisme d’ouverture du loqueteau (fig. 5) en A'D' (ou de fermeture quand il a été ouvert après fermeture de la portière) est le même que dans le loqueteau Pottier, c’est-à-dire se fait en refoulant transversalement un taquet K à ressort. Mais ce taquet a la forme d’une tige cy’in- |
- voiture, a échappé en L à l’arête intérieure de cette paroi. Afin d’éviter que dans le cas de claquement de la portière, le loqueteau soit projeté au delà du bouton K sur lequel il resterait suspendu, un ressort spiral R a été mis entre le loqueteau A et son axe C.
- Ces deux systèmes de loqueteaux automatiques ont tous deux un petit inconvénient : lorsque le ressort du taquet vient à se rompre ou à s’avachir, ce qui arrive tôt ou tard (M. Duranty assure que son ressort résiste mieux que celui du loqueteau Pottier parce qu’étant moins exposé à l’humidité, il peut être construit en acier au lieu de bronze d’aluminium), le loqueteau, après avoir été soulevé à la main et abandonné à lui-même, n’est plus main-
- fa) Fig. 2. — Loqueteau Durant)'. (b)
- drique renfermant un ressort à boudin et terminée par un bouton demi-sphérique faisant saillie à P extérieur de la voiture.
- La gâche de fermeture (fig. 2, b) a la forme du crochet B des loqueteaux ordinaires. La fermeture automatique est obtenue grâce à une bosse latérale L dont est munie la poignée intérieure D du loqueteau A. Lorsqu’on pousse la portière M, cette bosse II" venant rencontrer en L" la feuillure transversale F de la baie de portière, est refoulée par elle à la manière d’un pêne de serrure, ce qui a pour effet de faire tourner la poignée de D'" en D" (autour de l’axe C) et par suite de soulever en A." le loqueteau (moins haut toutefois que dans la position d’ouverture A' de la figure 2, a). Le loqueteau A" peut alors franchir le crochet B, derrière lequel il retombe par son poids quand la bosse L", après avoir frotté sur toute l’épaisseur de la paroi F de la
- tenu dans cette position par la force du ressort agissant sur le taquet; il refoule très facilement le taquet par son poids et retombe à sa position de fermeture.
- On ne peut plus alors ouvrir la portière qu’en maintenant d’une main le loqueteau dans la position d’ouverture pendant que de l’autre main on ouvre la serrure principale. Les employés des gares au courant des appareils peuvent effectuer cette manœuvre facilement de l’extérieur, mais les voyageurs, ne songeant pas à l’exécuter de l’intérieur, se croient enfermés dans leurs compartiments d’où ils ne peuvent plus sortir avant qu’un employé soit venu à leur secours.
- III. — Le loqueteau Jacquin (Coulaud, conslr), qui date de l’an dernier et n’est à l’essai que depuis quelques mois sur les chemins de fer de l’État belge, est exempt de cet inconvénient, parce que le
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- COMMENT SE FERMENT LES PORTIÈRES DE WAGONS = 119
- taquet, destiné à maintenir dans ce système le loqueteau soulevé à l’ouverture, fonctionne par la pesanteur m lieu de dépendre'd’un ressort. Ce taquet K (fig. 3, a) fonctionne d’une manière analogue à celle des taquets Pottier et Duranty, mais il est refoulé longitudinalement par rapport à la voiture au lieu de l’être transversalement, ce qui permet de le disposer tout en entier à l’extérieur de la voiture, dans le même plan vertical que le loqueteau, en l’articulant autour d’un axe P fixé dans la paroi de la voiture. Cette disposition a permis en outre à l’inventeur d’ajouter au taquet une gâche de fermeture automatique. Ces deux organes, généralement séparés, se trouvent ainsi réunis en une seule pièce dénommée le kangourou à cause de sa forme.
- la portière, on peut le ramener à sa position de fermeture AD, de l’iptérieur ou de l’extérieur : dans ce mouvement, le bout du loqueteau A venant presser contre le biseau supérieur de la bosse K, refoule sur le côté en T' le kangourou, qui reprend aussitôt comme précédemment son aplomb par l’effet de la pesanteur.
- Bien que l’expérience ait montré que les oscillations de la pièce T ne soient pas à craindre en marche, un petit ressort spiral R a été ajouté entre le kangourou K et son axe P, ce qui a l’avantage de rendre la manœuvre d’ouverture du loqueteau plus dure pour des enfants et de prévenir ainsi de redoutables imprudences. Mais il faut bien observer que si le ressort se casse, le fonctionnement de l’appareil
- l«)
- Fig. 3. — Loqueteau Jacquin.
- A la partie inférieure de cette pièce T (fig. 3, a) en acier moulé, est venue de fonte une patte B qui se trouve plus en avant que le reste de la pièce et dont la face antérieure arrondie forme une sorte de plan incliné. Lorsqu’on pousse la portière M, le loqueteau venant rencontrer ce plan incliné est soulevé par lui, monte en A" sur la patte B, la franchit, puis retombe en arrière où il se trouve emprisonné en A; la patte B qui n’a pas bougé joue donc le rôle gâche fixe de fermeture automatique.
- Lorsqu’on amène, de l’intérieur ou de l’extérieur, le loqueteau A (fig. 3, b) dans la position d’ouverture A'D', le bout (au lieu de la face arrière) du loqueteau A venant presser sous le biseau inférieur de la saillie K refoule sur le côté le kangourou (position T') et vient ensuite reposer sur le biseau supérieur de la saillie K ramenée à sa position de repos par la pesanteur. De même, si le loqueteau a été ouvert par inadvertance en ÀTf, après fermeture de
- n’est en rien troublé; il est seulement un peu plus doux.
- Ces divers appareils, qui sont beaucoup plus commodes que les loqueteaux ordinaires, aussi bien pour le personnel que pour les voyageurs, offrent une sécurité presque aussi grande contre les ouvertures intempestives de portière (par des enfants par exemple), car pour ouvrir la portière, il faut tourner deux poignées l’une après l’autre et généralement dans un ordre déterminé. En effet, si la serrure principale est à fermeture automatique, ce qui a toujours été le cas jusqu’à présent sur les voitures munies de loqueteaux automatiques, on doit tourner la poignée du loqueteau avant celle de la serrure principale; si l’on veut faire l’inverse, la serrure retombe à la fermeture quand on abandonne sa poignée. D’autre part il n’y a plus à craindre que le loqueteau ne soit pas fermé par oubli des employés. G. Durasi>.
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- LES CRISTAUX LIQUIDES
- La définition commune d’un cristal est : « un corps solide limité par des faces planes » ; la définition
- Fig. i. — Cristaux d’iodure s’étalant comme de l’huile sous l’action d'un courant électrique.
- scientifique plus précise : « un corps solide, homogène et anisotrope ».
- Homogène, c’est-à-dire que deux points quelconques ou deux directions parallèles jouissent des mêmes propriétés ; qu’un petit cube découpé dans une portion du cristal est absolument identique à un petit cube de même dimension découpé parallèleL ment au premier dans une autre portion; le cristal doit être en outre formé d’une seule espèce chimique de molécules.
- Anisotrope, c’est-à-dire que deux directions distinctes jouissent de propriétés différentes, que les vitesses de propagation de la chaleur, de la lumière, l’élasticité n’y sont pas les mêmes. Enduisons, par exemple* de cire la surface d’une mince plaque de verre et celle d’uiie mince plaque découpée dans un cristal de gypse ; touchons ces deux plaques avec une pointe métallique rougie au feu; la cire fond en découpant un cercle sur le verre parce que la chaleur se propage dans le verre avec la même vitesse dans toutes les directions, en découpant une ellipse sur la plaque de cristal, la vitesse de propagation étant maximum suivant le grand axe de l’ellipse, minimum suivant le petit. Si on fait dans le cristal plusieurs sections parallèles, on obtient avec chacune d’elles des ellipses dans lesquelles le rapport des axes est le “même; si les sections ne sont pas parallèles, le rapport des axes varie.
- Enfin les cristaux sont, dans le sens ordinaire du mot, toujours terminés par des faces planes qui se coupent suivant des angles dièdres convexes et ils s’accroissent suivant des faces planes. Si on taille dans un cristal une sphère et qu’on la plonge dans
- une dissolution sursaturée du même corps, elle grossira en se transformant en polyèdre.
- Cette définition du cristal n’admet pas l’existence de cristaux courbés ou de cristaux liquides.
- On peut, d’autre part, bâtir une théorie de l’édifice cristallin en considérant un cristal comme formé par l’agglomération de molécules sous l’influence de forces attractives et orientantes. Cette théorie trouve un puissant appui dans le fait qu’un cristal jouit d’une élasticité différente suivant les directions considérées, dans le fait qu’en créant artificiellement dans un corps amorphe ces attractions intérieures, par exemple en comprimant un morceau de verre, on y fait apparaître la biréfringence.
- Par le développement logique de cette théorie, on arrive à expliquer de façon très satisfaisante les propriétés des cristaux et à résumer leurs caractéristiques par la même définition que nous avions présentée tout à l’heure comme une conséquence de l’expérience. Cette définition est, pour ces raisons, généralement adoptée. Lorsque!. Lehmann annonça* en 1894, qu’il avait découvert des cristaux liquides* cette déclaration parut contraire à la logique. Lorsqu’on a rangé, dans une même famille, des corps possédant tous un certain nombre de propriétés nettement précisées, il est naturel, si l’on rencontré un corps ne possédant qu’une partie de ces propriétés, de ne point le faire entrer dans la même famille. C’est une question de respect des définitions
- Fig. 2. — a, rencontre et fusion de 2 cristaux liquides; (b), macle ; (c), macle en genou (olèate d’ammonium).
- et il ne saurait être question de discuter sur la plus ou moins grande valeur des caractères absents.
- M. Lehmann, qui s’est rendu compte de l’importance de l’objection, s’est efforcé de montrer que la définition ordinaire du cristal est défectueuse; elle
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- ne permet pas d’expliquer un certain nombre de propriétés appartenant à des corps que tout le monde s’entend à considérer comme des cristaux.
- C’est ainsi que, pour expliquer les formes arrondies des étoiles de neige et des fleurs de glace déposées sur les vitres sans admettre dans ces cristaux une plasticité analogue à celle des liquides, on avait été amené à faire différentes hypothèses que M. Lehmannn a montré être inexactes.
- On admettait que l’édifice cristallin est extrêmement fragile, que toute déformation plastique le transforme et même le détruit complètement pour en faire un corps amorphe. Or il ne semble pas qu’il en soit ainsi : le chlorure d’ammonium, par exemple, pulvérisé sous le marteau, se présente comme formé par une multitude de petits fragments cristallins qui possèdent encore la faculté de se développer ; le fer ne deviendrait pas même amorphe par le forgeage.
- M. Lehmann a reconnu enfin avec certitude qu’il existe des cristaux de nitrate d’ammonium qui sont incontestablement plastiques et qui peuvent subsister
- Fig. 4. — Apparence striée d'un cristal liquide vu au microscope.
- bien que, par suite des déformations, ils ne possèdent plus l’homogénéité physique.
- D’autre part, tant qu’on a cru que le réseau cristallin était fragile, on pensait que les molécules étrangères ne pouvaient s’y introduire sans le détruire. M. Lehmann a trouvé que, dans le chlorure d’ammonium et dans beaucoup d’autres cristaux, une introduction de matières étrangères pouvait avoir lieu ; elle a d’ailleurs une influence nette sur la forme des cristaux en donnant des formes courbées et ramifiées. On a ainsi l’explication de ces formes courbées ; mais on est obligé d’admettre que l’homogénéité chimique n’est, pas plus que l’homogénéité physique, une condition essentielle de l’état cristallin.
- La définition du cristal se réduisait alors à : un cristal est un corps solide, sans discontinuité et anisotrope.
- M. Lehmann, à la suite des découvertes que nous allons exposer, propose de supprimer encore le mot « solide » dans la définition. Cette proposition a rencontré une vive opposition. Sans prendre parti
- Fig. 3. — Gouttes d’un cristal liquide vues à travers le microscope polarisant.
- dans une discussion où, de part et d’autre, on a un peu joué sur les mots, on est néanmoins obligé de reconnaître que M. Lehmann a découvert une classe de corps très intéressants par les aperçus nouveaux qu’ils donnent sur la constitution de la matière et les analogies qu’ils font voir entre la croissance des cellules et le développement des cristaux. M. Lehmann a abordé le premier cette étude et on lui doit la plus grande partie de nos connaissances sur la question. Il faut cependant aussi citer les travaux de Quincke (1894) et Schenk (1899) sur le même sujet. M. Lehmann s’est servi, pour ses expériences, d’un microscope dit de cristallisation, construit pour la première fois en 1872, disposé de manière que l’on puisse chauffer ou refroidir les préparations pour les faire fondre ou cristalliser, les maintenir à température constante, ou même maintenir une différence de température entre deux points de la préparation l
- dans le champ du microscope.
- La grosseur maximum des cristaux est beaucoup trop petite pour permettre, en effet, une observation visuelle directe, leur grosseur possible paraît même décroître très rapidement avec la mollesse croissante de la matière qui les constitue ; ainsi, par exemple, les cristaux microscopiques de savon mou sont encore des géants
- Fig. 5. — Cristal d’oléate d’ammoniaque coupé. Les fragments reprennent d’eux-fnêmes la forme naturelle.
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- vis-à-vis des cristaux liquides du benzoate de cholestérine (substance découverte par Berthelot en 1859).
- Les premières découvertes de Lehmann (1876) se rapportent à l’iodure d’argent cubique dont les cristaux s’étalaient comme de l’huile autour d’une bulle d’air, lorsqu’on faisait passer un courant électrique à travers la solution (fig. 1). Les résultats sont en-
- Fig. 6. — Cristaux liquides en formes de bactéries (phénomènes de vie apparente).
- core plus nets avec l’oléate d’ammonium ; si on laisse refroidir sous le microscope une solution saturée d’oléate dans l’alcool, on voit apparaître des cristaux transparents qui ont la forme de doubles pyramides très allongées (fig. 2) ; ces cristaux sont d’ailleurs difficilement visibles à la lumière naturelle, car leur réfringence est très voisine de celle du liquide. Si l’on fait couler le liquide, on voit les cristaux se déplacer et se déformer en se courbant pour franchir les moindres obstacles tels qu’une poussière ou une bulle d’air : tout se passe comme si ces cristaux étaient seulement une portion du liquide qui serait biréfringente.
- Quand deux de ces cristaux se rencontrent (fig. 2, a), ils se réunissent en un seul individu, comme le feraient deux gouttes d’eau et ce cristal unique prend immédiatement la forme polyédrique des cristaux qui lui ont donné naissance ; nous constatons ici l’action d’une force différente des forces capillaires qui seules agissaient pour réunir les deux gouttes d’eau.
- Si les deux cristaux se rencontrent presque à angle droit, ils se réunissent bien en un seul, mais celui-ci ne reprend pas la forme originale ; il forme une sorte de macle en étoile (fig.. 2, b) ; la même chose peut arriver quand, par suite d’un obstacle, la courbure d’un cristal devient trop forte; il ne peut se redresser et forme alors une macle en genou (fig. 2, c).
- Les deux fragments d’un cristal d’oléate coupé sous le microscope reprennent tous les deux,,dès qu’ils sont libres, la forme polyédrique d’un cristal
- complet (fig. 5). Les cristaux placés côte à côte dans la préparation ont tendance à devenir parallèles ; ils en sont empêchés par le frottement contre le verre ; on peut détruire momentanément cette résistance passive par des chocs. Si on anime par exemple plusieurs fois le couvre-objet d’un même mouvement de va-et-vient, tous les cristaux prennent la même direction et, dans le microscope polarisant, on voit tout le champ s’éteindre d’un seul coup. Lorsqu’on introduit un corps solide, un morceau de verre par exemple, entre le porte-objet et le couvre-objet, au voisinage de cet obstacle, tous les cristaux s’orientent de la même façon et, au microscope polarisant, on voit l’obstacle entouré d’une région homogène sur le fond multicolore de la préparation.
- En pressant l’oléate d’ammonium entre le porte-objet et le couvre-objet, l’aspect multicolore de la préparation disparaît, elle paraît noire parsemée de stries unicolores qui deviennent claires ou sombres quand on fait tourner la platine, le reste de la préparation restant toujours sombre. Un examen attentif montre que tous les cristaux se sont rangés de manière que leurs molécules aient, dans les stries, leurs axes parallèles au verre et, dans le reste de la préparation, leurs axes perpendiculaires au verre.
- On peut réaliser des cristaux mixtes en rapprochant dans le champ du microscope deux cristaux liquides de nature différente, on voit celui des cristaux qui a la tension superficielle la plus faible couler et se répandre sur l’autre cristal.
- Les cristaux dont nous venons de parler présentent encore des formes polyédriques ; c’est la preuve de l’existence d’une limite de l’élasticité de la matière qui les compose; l’existence de cette limite est
- un caractère de l’état solide ; c’est pourquoi M. Lehmann n’ose pas encore prononcer le nom de « cristaux liquides » à propos de ces corps, mais leur donne le nom de cristaux « coulants » ou « apparemment liquides ».
- Vers 1890, M. Lehmann découvrit, dans les liquides troubles provenant de la fusion du parazoxya-nisol et du paraazoxyphénétol, des cristaux qui, sus-
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- Fig. 7. — Cristaux en gouttes sphériques aplaties. Leur réunion (phénomènes de vie apparente'.
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- pendus librement, forment des gouttes sphériques comme les liquides ordinaires.
- Quand on chauffe, par exemple, du parazoxyanisol solide à une certaine température, il passe à l’état franchement liquide, mais c’est un liquide trouble, c’est le liquide cristallin. Si l’on continue à chauffer à une température plus élevée, le liquide s’éclaircit brusquement, les cristaux liquides ont fondu à leur tour. Ces liquides ont une fluidité comparable à celle de l’eau, mais les particules y sont orientées en cercles concentriques autour d’axes de symétrie. Cette disposition spéciale donne lieu à des réfractions singulières ; si on regarde à travers une goutte dans la direction de l’axe de symétrie, elle paraît contenir dans l’intérieur un noyau opaque enveloppé d’une auréole grise. Quand la goutte est examinée perpendiculairement à l’axe de symétrie, le I noyau central prend la forme d’une lentille biconvexe |
- Fig. io. — Fragmentation d'une goutte d'un cristal liquide : (a), 2 gouttes identiques apparaissent (c) [vu à travers le microscope polarisant).
- dont les bords s’appuient sur la périphérie de la sphère (fig. 8 et 9).
- Dans le microscope polarisant on n’obtient pas de couleurs d’interférence, les gouttes sont trop épaisses. Mais si on diminue la biréfringence par l’addition de l’azobenzol, par exemple, et qu’on prenne comme couvre-objet une lentille plane convexe dans la position d’éclairage, le centre noir est alors entouré par des zones circulaires colorées correspondant aux anneaux de Newton.
- Si deux ou plusieurs gouttes se touchent, elles se fusionnent et la goutte résultante prend la structure normale : aussitôt, quand elle est suspendue librement; lentement ou pas du tout, quand elle est en contact avec le verre.
- Dans ce dernier cas, on voit, dans la goutte résultante, deux ou plusieurs noyaux sombres entourés d’une auréole circulaire ; mais, en outre, il se produit d’autres noyaux sombres avec auréole carrée qui correspondent aux points où les gouttes se sont d’abord touchées et parce que en ces endroits il se produit un trouble dans la structure moléculaire.
- Si on partage un cristal liquide en deux parties, la tension superficielle a vite fait de guérir la blessure et on obtient deux gouttes semblables à la pre- |
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- mière; le phénomène peut, par exemple, se produire si dans son mouvement le cristal rencontre une bulle d"air emprisonnée entre le porte-objet et le couvre-objet, le cristal coule de part et d’autre de
- Fig. 8 et 9. — Apparence de 2 gouttes de cristal liquide chauffées [vues à travers le microscope).
- l’obstacle et se trouve ainsi divisé en deux cristaux plus petits. En mélangeant le caprinate de cholestérine avec le paraazoxyphénétol on obtient des cristaux mixtes présentant des formes de passage entre les cristaux liquides polyédriques de la première substance et les gouttes cristallines de la dernière ; ils ont une forme ellipsoïdale ou cylindrique ou forment des macles. Probablement par des mélanges convenables on pourra produire des passages continus entre les cristaux les plus durs et les gouttes de cristaux sphériques.
- Si un cristal liquide d’oléate d’ammonium vient en contact avec une bulle d’air, il se répand sur cette dernière et l’enveloppe finalement d’une couche uniformément épaisse. Une gouttelette d’un liquide étranger joue souvent le même rôle que la bulle d’air et il peut aussi arriver dans ce cas que, au lieu de conserver une forme sphérique, la goutte cristalline s’allonge en des formes très déliées, ver-miculaires, dont l’équilibre n’est jamais atteint parce qu’ils croissent irrégulièrement çà et là (fig. 11 ).
- M. Lehmann a trouvé que si l’on fait cristalliser, dans certaines conditions de température et de concentration , l’éther éthylique de l’acide paraazoxycinammi-que d’une solution saturée à chaud dans une très petite quantité de naphtaline mo-nobromée, on obtient des gouttes sphériques présentant un aplatissement unilatéral et une strie entourée d’un halo allant de la circonférence au centre (fig. 7 ).
- Deux sphères en se rencontrant peuvent former des sphères sans aplatissement ou avec deux aplatissements suivant la manière dont elles se sont réunies. On peut obtenir des globules à beaucoup de facettes et beaucoup de stries par la réunion de plusieurs sphères d’orientations différentes (fig. 7).
- Un bourgeon peut aussi pousser sur la partie
- Fig. 11. — Cristal liquide d’oléate d’arnmo-. nium en contact avec une bulle d’air.
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- 124 ~ - LE TRAVAIL DES MINERAIS DE FER AUX EXCAVATEURS
- aplatie d’une goutte et se séparer quand il est devenu assez gros, reproduisant les phénomènes de la multiplication des êtres vivants par formation et réparation de bourgeons. Les sphères doubles peuvent se transformer en une sorte de bactérie en bâtonnet ou en une sorte de très long serpent (fig. 5).
- Ces formations paraissent croître comme les êtres vivants par une sorte d’emprunt fait à leur propre matière; l’épaisseur reste, en effet, constante tandis qu’au contraire un cristal ordinaire grossit par le dépôt de nouvelles particules sur sa surface. Tout comme les bactéries, ces bâtonnets et ces serpents avancent ou reculent, serpentent ou même tournent sur eux-mêmes.
- Le plus curieux est que, toujours comme les bactéries, ils peuvent se séparer en deux ou plusieurs parties qui ne tardent pas à se comporter comme des individus complets qui, à leur tour, peuvent croître et se multiplier.
- La cause de ces mouvements est sans doute la force de cristallisation qui attire de nouvelles molécules contre celles déjà groupées; en s’orientant, les nouvelles venues écartent et repoussent les premières. Ces expériences montrent que la force de cristallisation peut effectuer un travail mécanique aux dépens de l’énergie chimique; nous assistons à des transformations analogues dans les phénomènes de la vie et c’est là, pour les « monistes », un argument de plus à l’appui de leur croyance. La découverte des cristaux liquides aura, d’autre part, apporté des renseignements nouveaux sur la constitution de la matière et sur les forces qui s’exercent entre les molécules; peut-être nous obligera-t-elle à modifier quelques-unes de nos définitions ou de nos conceptions les plus classiques, mais ce ne peut être une raison pour refuser à M. Lehmann et à ceux qui ont complété son œuvre, la très grande estime que méritent leurs travaux. Maurice Leblanc, fils.
- Agrégé de l’Université.
- LE TRAVAIL DES MINERAIS DE FER AUX EXCAVATEURS
- Le travail d’abatage des minerais peut assez rarement, par suite de son irrégularité, recourir en grand aux engins mécaniques qui ont transformé tant d’autres industries. L’emploi des perforatrices pour creuser les trous de mines, celui de quelques marteaux-piqueurs ou haveuses mécaniques pour le charbon constituent les principales applications de tels engins à l’obtention des minerais dans les exploitations souterraines1. Il existe pourtant une catégorie de mines où le travail est organisé dans de tout autres conditions et où son aspect donne dès la première vue l’impression d’une ?
- 1 Voir L. De Launay, La Conquête minérale (Flammarion), p. 186.' .
- grande industrie moderne; ce sont les exploitations à ciel ouvert, portant sur certaines substances qui
- se présentent par masses, ou par couches très continues, comme les pyrites de fer et les minerais de fer. À cet égard, les mines de fer du Mesa-bi Range, au Minnesota, dans le bassin du Lac Supérieur, mines qui donnent aujourd’hui la principale production de minerai de fer aux États-Unis, sont à retenir comme comportant l’application la plus remarquable que l’on connaisse des excavateurs à un minerai métallique.
- Nous laisserons de côté la géologie de ces gisements qui se présentent tout à fait à la base de la série sédimentaire, dans ce qu’on appelle le précam-
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- LE TRAVAIL DES MINERAIS DE FER AUX EXCAVATEURS
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- brien. Deux horizons très constants de minerai de fer apparaissent dans cette série et donnent lieu aux cinq grands groupes de mines de la région du Lac Supérieur : d’une part, sur l’horizon inférieur, la hase de Marquette et le Ver-milion Range ; de l’autre, sur l’horizon supérieur, le sommet de Marquette, Meno-minee et enfin les seules mines dont nous veuil-lions parler ici, celles du Mesahi Range. Tous ces minerais du Minnesota se présen-tent sous des formes assez spéciales, dont l’origine paraît devoir être cherchée dans des sédiments oolithi-ques ayant subi, d’abord, un métamorphisme profond, puis une altération superficielle, mais dont
- l’aspect est tout d’abord un peu déroutant pour un mineur habitué à nos mines européennes. Au Vermillon Range, ce sont des alternances d’hématite rouge et de jaspe formant ce qu’on appelle des jas-pilites. Au Me-sabi, c’est le plus sou vent une sorte de sable ou même de poussière absolument impalpable, de couleur grise ou brune, qui a commencé par être une hématite finement cristalline, caverneuse , de couleur noir bleuâtre et qui conserve encore en quelques points cet aspect, généralement disparu dans la. zone d’altération, au-dessus du niveau hydrostatique où s’arrêtent jusqu’ici les travaux. Il y a là~un excellent minerai à Ressemer, exempt de phosphore et recherché en conséquence, malgré sa pulvérulence qui
- gêne pour le traiter seul. Tandis que les minerais du Yermilion forment des couches assez continues, ceux du Mesahi constituent des sortes de lentilles à contours généralement capricieux, dont les dimensions peuvent
- considéra-par exem-
- Fig. 2. — Détail de l'excavateur en fonctionnement.
- Fig. 3. — Excavateur Barnhart, à deux moteurs, schéma théorique.
- etre blés :
- pie, à la mine Mountain Iron qui comporte le plus grand découvert du bassin, 1000 m. de long sur 4 à 500 de large.
- Toutes ces exploitations du Minnesota ne sont pas bien vieilles. Le Me-sabi a été découvert en 1891, attaqué en 1892. On l’a particulièrement développé depuis 1899. Il est venu alors un moment où l’on a été amené à y employer une mesure très américaine. On s’était aperçu qu’un bourg de 1500 âmes, Eveleth, était construit sur le minerai. Pour pouvoir louer à une compagnie exploitante la place de leurs maisons, les
- habitants n’hésitèrent pas à monter celles-ci sur des rouleaux et à transporter ainsi tout le village sur une colline voisine comme une simple roulotte de saltimbanques.
- Le mode de travail dans les mines du Ver-milion Range est une exploitation souterraine, analogue, à quelques détails techniques près, à i . , celle que l’on
- pratique, notamment, en; France dans notre grand bassin ferrifère de Meurthe-et-Moselle. Nous n’en dirons donc rien. ,Le Mesabi,' au contraire, se distingue par l’emploi de ce que les Américains' appellent une pelle à vapeur, le slearn shovel, ou exea-
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- 126 == LE TRAVAIL DES MINERAIS DE FER AUX EXCAVATEURS
- Fig. 4. — A droite, Vexcavateur au travail; à gauche, le train emportant le minerai.
- vateur, dont nos figures donnent la coupe théorique et l’image. L’emploi de ces excavateurs, qui est rendu possible par la nature pulvérulente du minerai, constitue la grande originalité de ces mines et le seul point sur lequel nous ayons l’intention d’insister.
- Comme l’indique sa dénomination, la pelle à vapeur travaille à la façon d’une pelle manœuvrée par un terrassier. Elle se compose donc (fig. 2 et 5) d’un récipient à bord tranchant fixé à l’extrémité d’un manche, lequel peut être animé, soit successivement, soit simultanément, de trois mouvements différents :
- 1° Mouvement longitudinal de propulsion permettant d’enfoncer la pelle dans les matériaux qu’elle doit ramasser;
- 2° Mouvement de relèvement de la pelle ;
- o° Mouvement de rotation autour d’un axe vertical servant à orienter l’outil dans un azimut quelconque.
- Ces divers mouvements sont donnés à la pelle par une grue à vapeur qui la porte et la manœuvre.
- L’appareil comprend ainsi deux parties distinctes, dont une seule est vraiment spéciale : l’outil que nous allons décrire sommairement d’après un rapport de M, A. Baehellery,
- ingénieur des Mines. Cet outil comporte un seau cylindrique en tôle, doublé à son extrémité par une pièce en biseau formant bec. Ce bec lui-même est muni de fortes dents de fer forgé qui permettent à l’appareil d’attaquer les terrains de dureté moyenne. Le seau est fixé, sous un certain angle, au manche de la pelle au moyen d’un étrier qui termine celui-ci. Ce manche est une poutre en chêne doublée de plaques de tôle et munie sur sa face inférieure d’une crémaillère en acier. Deux contrefi-ches en fer consolident l’assemblage du seau avec le manche.
- Le fond du seau est mobile autour d’une charnière et assujetti dans sa position normale au moyen d’un fort verrou en fer. Ce verrou peut être ouvert à distance au moyen d’une corde et le seau se vide alors spontanément. La capacité du seau peut atteindre 2,5 m5 pour les grands excavateurs.
- Quand on travaille au minerai, on commence d’ordinaire par ameublir, en forant tous les 8 ou 10 mètres des coups de mine verticaux que l’on tire à la poudre et en remuant à la pioche le front de taille. Le rôle de la pelle à vapeur se borne à ramasser des matériaux meubles ; c’est pourquoi le front de taille est d’abord à l’état d’éboulis. L’excavateur,
- . j
- Fig. 5. — La tranchée ouverte par les excavateurs dans le minerai de fer du Minnesota.
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- r ACADÉMIE DES SCIENCES
- comme le montre la figure 4, y est amené sur une voie provisoire, parallèle à une autre voie plus haute sur laquelle circulent les wagons de dimensions normales, qui peuvent ensuite sans transbordement continuer sur le réseau. On attaque la masse à enlever par gradins d’environ 6 m. de haut : chacun d’eux étant pris par tranches parallèles à sa face et larges de 3 à 4 m. L’excavateur avance ainsi, abattant et chargeant le minerai jusqu’au bout du champ d’exploitation; puis on le, ramène en arrière, on déplace les voies et l’on attaque la tranche suivante. Le simple aspect d’une telle tranchée (fig. 5) montre avec quelle facilité s’opère un travail qui nous semble sans doute très naturel quand il s’agit d’enlever du sable de rivière, où même d’enlever les terrains relativement meubles du canal de Panama, mais qui, appliqué à un minerai de fer semble plus étonnant. Nous reproduisons, à titre de comparaison, une autre mine de fer exploitée à ciel ouvert, classée parmi les plus importantes du monde : celle de Gel-livara dans la Laponie suédoise (fig. 1), où l’on
- abat, suivant la méthode ordinaire, à la mine et au pic. Le rapprochement explique aussitôt le faible prix de revient auquel on peut arriver dans les mines du Mesabi : à peine 0,40 fr. par tonne, y compris les frais généraux et l’amortissement. 11 faut seulement ajouter à ce prix celui du « dépouillement » par lequel on enlève la nappe d’alluvions glaciaires qui recouvre le plus souvent le minerai. Avec une épaisseur de morts-terrains égale à celle du minerai (ce qui constitue pratiquement la limite au delà de laquelle on ne peut travailler fructueusement dans le Minnesota), les frais montent à 0,80 fr. et la tonne de minerai chargée sur wagon à 1,25 fr. Les éléments de ce prix de revient se calculent de la manière suivante. Une machine débite en moyenne 2500 tonnes par poste de 24 heures. On a même atteint le « record » de 5000 tonnes enlevées et chargées par un seul excavateur en 9 heures. L’équipe complète est de 55 à 40 hommes par machine; la dépense de houille de 1,50 fr. par poste de travail. P. Sallior.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du ij janvier 1910. —
- Un nouveau sacre. — M. Maquenne résume une Note de MM. G. Bertrand et NVeswiller sur un sucre qu’ils ont découvert. Ce sucre a été lire par eux de la vesce sauvage vicia an y asti folia par hydrolyse diastasique. Il est de saveur assez faible et n’a pu êlre obtenu qu’en petite quantité à cause de la rareté relative de la plante dont il provient. Il présente cette particularité d’être encore dédoublable par des ferments plus énergiques en deux autres sucs plus simples dont l’un peut être un pentose. C’est le premier exemple d’un sucre hydrolysable produit par action diastasique ménagée et sa composition prouve une fois de plus combien sont variés les modes d’assemblages qu’utilise la nature pour former les innombrables substances organiques. En raison de l’origine indiquée ci-dessus, les auteurs appellent ce sucre vicianose.
- Le saphir artificiel. — M. Lacroix présente une Note de M. Vcrncuil décrivant un procédé de fabrication du saphir. Le rubis est obtenu aisément par la fusion de l’alumine colorée par de l’oxyde de chrome; le saphir jusqu’à ce jour n’avait pu être préparé par synthèse. M. Yerneuil a réussi à produire du saphir cristallisé identique au saphir naturel, par la fusion et la recristallisation dans un milieu réducteur de l’alumine additionnée d’un peu d’oxyde de fer et de titane.
- La volatilisation de Valuminium. — M. À. Gautier décrit les expériences exécutées par M. Kohn-Abrest relatives à la volatilisation de l’aluminium. Lorsque l’on
- Présidence de M. Emile Picard.
- chauffe de l’aluminium dans le vide, on en extrait des gaz à la température du rouge, puis vers 1100 la volatilisation a lieu. Dans un tube fermé, elle diminue peu à peu et cesse au bout de 40 heures. Si l’on examine alors l’aluminium restant, on voit qu’il est hérissé de petites aiguilles; ces aiguilles sont du silicium. Pensant que la nacelle en porcelaine contenant l’aluminium avait fourni la silice, l’auteur a employé une nacelle de graphite. L’effet a été le même et en plus il s’était formé du carbure de silicium. Avec une nacelle d’alumine pure, même dépôt de silice. L’auteur a pensé alors que l’aluminium volatilisé se portait sur le tube de porcelaine et mettait en liberté du silicium qui.se porte sur l’aluminium. U a pu confirmer cette hypothèse en enfermant l’aluminium dans un tube de fer entouré d’un tube.de porcelaine. Dans ces conditions, il n’y a pas eu de dépôt de silicium.
- Les raies ultimes. — M. Deslandres dépose une nouvelle communication de M. de Grammont sur les raies ultimes des spectres. L’auteur donne une répartition des raies ultimes dans les spectres des étoiles, il en tire une confirmation des théories de M. Norman Lockyer sur l’évolution inorganique.
- Carte de Dclos. — M. Poincaré fait hommage à l’Académie d’un ouvrage publié par l’école française d’Athènes dans lequel on trouve une carte topographique de l’ile de Délos, dressée par M. le capitaine Bellot, du service géographique de l’armée. C11. de Villkdeuj..
- VÊTEMENTS MÉTALLIQUES POUR SCAPHANDRIERS
- 11 s’agit d’un vêtement entièrement métallique ; il est fabriqué avec des tôles d’acier ou d’aluminium, très légères. Dans son ensemble — comme on pourra en juger par notre illustration — il ressemble assez à l’armure des chevaliers de jadis. L’appareil se compose de six pièces : les deux jambes, le buste, les deux bras et le capuchon ; elles sont réunies par des
- joints étanches avec rondelles de caoutchouc ou de cuir, dont le serrage se pratique grâce à un procédé spécial. Pour revêtir cette armure, le scaphandrier commence par s’armer des hautes bottes, préalablement déposées de chaque côté d’un chevalet.
- Le buste est ensuite mis autour du corps du patient. Cette partie de l’armure se compose d’un
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- VÊTEMENTS MÉTALLIQUES POUR SCAPHANDRIERS
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- cylindre, dont l’extrémité inférieure est fermée par une calotte demi-sphérique, sur laquelle deux tubulures tamponnées ont été ajustées et rivées. C’est sur la génératrice inférieure de chacune de ces tubulures que viennent se monter les deux bottes. L’emplacement des joints est disposé de telle manière et ceux-ci sont aménagés de telle façon que les jambes peuvent se mouvoir et que l’articulation, placée à la réunion des pièces, permet au plongeur de marcher en avant et en arrière ou de se diriger à droite et à gauche, suivant les besoins de son travail. L’armature du buste est disposée à la partie supérieure pour recevoir le casque, et sur les côtés, sont façonnées deux fortes entailles avec bourrelets et rainures, qui ont pour objet de permettre l’aménagement des bras. Les manches des deux bras sont articulées comme les jambes; elles sont composées chacune d’un cylindre, muni, à sa partie supérieure, d’un manchon, servant au raccordement avec le buste et formant l’épaule de chaque côté du vêtement métallique. Les autres extrémités se terminent par des plaques pleines qui forment l’orifice et sur lesquelles sont montés des instruments, assez semblables aux pinces d’un crustacé.
- Ces pièces sont les défenses du plongeur, elles lui servent aussi d’outils; car, leurs extrémités traversent les plaques pleines dans des joints étanches articulés, le scaphandrier les tient à la portée de ses mains et s’en sert à son gré.
- Le capuchon représente l’organe le plus compliqué de l’appareil ; il se monte sur l’extrémité supérieure du buste ou tronc cylindrique au moyen d’un joint claveté avec forte rondelle en caoutchouc. Deux ouvertures ovales munies de gros verres spéciaux, enchâssés dans des garnitures rivées, permettent au plongeur de voir ce qui se passe, devant lui, dans un certain rayon d’action. Des tubes, des bouteilles et des récipients sont également ajustés sur certains points du capuchon, qui est couronné par une calotte demi-sphérique brasée sur le corps du casque.
- Les tôles des différentes parties qui viennent d’être décrites ont des épaisseurs diverses, variant suivant le travail qu’elles ont à faire; c’est ainsi quey le tronc et le casque sont plus robustes que les
- jambes et les bras qui demandent une légèreté suffisante pour que leur poids ne fatigue pas l’homme revêtu de cette armure.
- L’air respirable n’est pas introduit dans le casque par des appareils extérieurs comme cela se passe avec les vêtements classiques des scaphandriers; il est fourni par les bouteilles et récipients montés sur le capuchon. Des produits chimiques, contenus dans ces vases cylindriques, ont pour mission de produire l’oxygène nécessaire et de renouveler l’air. Des tubes de circulation, montés avec-dés raccords, mettent en communication constante les réservoirs et le casque. Un jeu de: clapets, de valves et de régulateurs complète cette installation et maintient dans des conditions normales, la pression et la quantité de l’air respirable à l’intérieur du capuchon métallique. Le plongeur peut descendre aune grande profondeur sans crainte aucune pour sa sécurité.
- Des agrafes sont rivées sur diverses parties de l’armure; elles reçoivent les crochets du câble servant à remonter le scaphandrier. Ce câble s’enroule autour d’un tambour métallique, placé dans un bateau sur la surface de l’eau ou sur la terre ferme; l’appareil est actionné par un moteur électrique. Le câble sert également de conducteur au courant produit par le moteur et alimen-tan t, pendant la plongée, les organes de l’appareil respiratoire. La communication entre le plongeur et la surface est assurée grâce à un téléphone et à un certain nombre de fils, renfermés dans un tube-enveloppe en caoutchouc. Ces fils correspondent à des ampoules de couleurs différentes, qui s’allument ou s’éteignent pour indiquer les différentes profondeurs de la plongée ou expliquer à la surface la nature des travaux faits par le scaphandrier.
- L’inventeur de cet appareil original a, pour montrer l’utilité et les avantages de son emploi, fait lui-même IJ 5 plongées et a atteint, paraît-il, avec son armure, des profondeurs variant entre 60 et 120 mètres, au-dessous de la surface des eaux, ce qui serait un résultat fort nouveau.
- Will Dauvillé.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- Le vêtement métallique des scaphandriers : habillage du plongeur.
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- LA NATURE. — N° 1914.
- 29 JANVIER 1910.
- LE NOUVEL ICHTYOSAURE DU JARDIN DES PLANTES
- Dans quelques jours, le public pourra voir dans la Galerie de Paléontologie du Muséum un nouveau document qui ne peut manquer d’attirer son attention tant par sa beauté que par l’intérêt scientifique qu’il présente. C’est l’Ichtyosaure que la Société des Amis du Muséum vient d’acquérir avec l’aide généreuse de MM. le. Dr Durand et Van Brock et de donner au Jardin des Plantes. Comme le montrent avec une grande netteté les photographies ci-jointes, qui sont sans retouche, cette pièce est remarquable non seulement par l’état de conservation du squelette, mais aussi par l’empreinte què les parties
- sous le nom d’ère secondaire. À cette époque les Reptiles étaient les maîtres du monde; ils habitaient les continents : les énormes Dinosauriens, tels que les Diplodocus, les Atlantosaurns s’ébattaient librement sur les rives des marécages du Far-West américain; les Bolhriospondylus, eux aussi de taille gigantesque, parcouraient Madagascar et la côte orientale d’Afrique, tandis qu’en Belgique les Iguanodons, aux allures de Kangourou, broutaient dans les forêts d’araucarias etdecycas. Les animaux à sang chaud, c’est-à-dire les mammifères et les oiseaux, n’étaient encore représentés que par des
- Fig. i. — Tête de l’Ichtyosaurus quadriscissus.
- molles du corps ont laissée dans la gangue ; le contour de la peau avec les replis des. nageoires est très net et se détache en noir brillant sur le fond terne et grisâtre du schiste dans lequel l’animal s’est enlisé.
- M. Houff qui l’a découvert en 1907, aux environs de Holzmaden, dans le Wurtemberg, a dû employer plus de deux ans à le dégager de sa gangue : ce qui est un travail si précis et si minutieux qu’il ne peut être comparé qu’à celui des graveurs sur camée.
- A tous les points de vue, ce don de la jeune Société des Amis du Muséum est digne d’elle et du glorieux établissement scientifique à l’enrichissement duquel elle commence à consacrer son activité.
- Les Ichtyosaures vivaient il y a quelques centaines de milliers d’années, lorsque la terre était à cette période de son existence que les géologues désignent
- formes très primitives et minuscules accusant de véritables caractères de jeunesse; les uns par des marsupiaux, les autres par des Archaeopteryx ou des Ichtyornis, oiseaux par leurs plumes et lézards par leurs dents.
- Mais, pendant que la terre ferme était ainsi habitée par de grands sauriens qui y établissaient le règne de la force brutale et par de timides ébauches de nos animaux actuels, une faune' très variée dans laquelle dominaient les reptiles nageurs, tels que les Plesiosaurus et les Ichtyosanrus animaient les océans. L’Europe centrale était alors sous les flots et c’est sur les rivages maintenant émergés de ces mers secondaires, dans les schistes et les marnes, qu’on retrouve les vestiges d’ichtyosaures, vestiges qui font l’ornement des collections de paléontologie, mais dont aucun n’est comparable à celui du Jardin des Plantes. Les restes de ces animaux sont très communs dans les terrains Basiques de l’Allemagne,
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- 38° année.
- icr semestre.
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- 130 LE NOUVEL ICHTYOSAURE DU JARDIN DES PLANTES
- de ]a Russie et de l’Angleterre. Il sont plus rares en France, où à plusieurs reprises on en acependant découvert, notamment en Normandie et dans l’Yonne. L’apparition des ichtyosaures a coïncidé avec le début du trias, ils étaient très abondants pendant la période jurassique et se sont éteints avec le crétacé.
- 11 existe plusieurs espèces d’ichtyosaures de tailles très diverses. Par leur forme, leurs allures et leurs habitats, ces reptiles peuvent, dans une certaine mesure, et sans qu’il y ait aucun rapprochement phylogénétique à établir, se comparer à certains cétacés et parmi eux à ces dauphins qu’on rencontre si communément dans nos mers où pas un voyageur n’a manqué de les admirer se jouant autour des navires en marche. Le fossile qui nous occupe ici, Ylchtyo-saurus quadriscissus, est un individu de taille relativement petite puisque l’animal qui est cependant
- leur digestion, ou coprolithes, qui sont enroulés d’une manière qui indique la présence d’une valvule spirale dans l’intestin. Au point de vue des organes des sens et de l’adaptation au milieu marin, les Ichtyosaures sont très perfectionnés, très spécialisés; ils représentent le type parfait de l’animal carnassier nageur. Leurs yeux, dont la sclérotique était renforcée de plaques osseuses qui se sont généralement bien conservées lors de la fossilisation, sont, comme le dit Buckland, des instruments d’optique d’un pouvoir varié et prodigieux; ils permettaient à l’Ichtyosaure d’apercevoir sa proie à une grande ou à une petite distance, dans l’obscurité de la nuit et dans les profondeurs de la mer. Il faut encore attirer l’attention sur les membres qui forment de remarquables organes de propulsion et de natation.
- Enfin le merveilleux état de conservation du sque-
- Fig. 2. — Ichlyosaurus quadriscissus.
- adulte, ne dépasse guère 1 mètre de longueur.
- Parmi les êtres disparus, l’ichtyosaure est un des mieux connus; c’est un fossile populaire que signalent tous les traités de géologie, même les plus élémentaires II a de plus un titre spécial à notre sympathie de Français, car Cuvier a consacré à son étude plusieurs mémoires importants et a beaucoup contribué à nous le bien faire connaître. On peut donc dire que, maintenant, la biologie de l’Ichtyolaure nous est presque aussi familière que celle d’un animal vivant de nos jours. C’était un reptile carnivore comme le montrent, et ses dents au nombre de 90 de chaque côté, qui sont logées dans une rigole qui occupe toute la longueur des mâchoires, et les vestiges organiques que l’on retrouve dans son estomac : crustacés, petites ammonites et débris de poissons. Les ichtyosaures étaient vivipares, les squelettes de fœtus que l’on remarque fréquemment inclus dans le ventre de leur mère paraissent ne laisser aucun doute à ce sujet. Dans les couches géologiques où les restes de ces reptiles sont abondants, on trouve des résidus fossilisés de
- lette de notre Ichtyosaure confirme une fois de plus l’hypothèse de Richard Owen. Dans presque tous les exemplaires connus, la colonne vertébrale est brisée à peu de distance du bout de la queue. Le célèbre paléontologiste anglais avait pensé qu’une cassure aussi constante ne pouvait être attribuée au hasard, mais qu’elle était due à une forte nageoire à musculature puissante située au-dessus de la queue et dont la masse, lors de la putréfaction du cadavre, rompait par son poids la chaîne régulière des dernières vertèbres caudales ; or, comme il est facile de s’en rendre compte sur les photographies qui accompagnent cet article, cette ingénieuse supposition se vérifie absolument à la simple inspection du nouveau squelette d’ichtyosaure. L’acquisition de ce fossile par les Amis du Muséum et le don qu’ils en ont fait au Muséum National d’histoire naturelle apportent donc un précieux complément à la belle série de documents relatifs à ce curieux reptile que possède déjà notre grand établissement scientifique.
- G. Grandidier.
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- FABRICATION PERFECTIONNEE DU CHOCOLAT
- De nombreux perfectionnements, au cours de ces dernières années, ont été apportés à l’industrie chocolatière, et surtout à son outillage mécanique. Dans ce qui suit, nous ferons connaître les machines nouvelles actuellement employées et nous suivrons la marche des opérations délicates qui transforment en tablettes sucrées et parfumées, les fèves de cacao, venues des tropiques.
- Avant la torréfaction, les graines de cacaoyer subissent un nettoyage et un triage. Jadis ces opérations s’effectuaient dans des tonneaux tournant autour de leur axe et dans lesquels les fèves frottées les unes contre les autres se séparaient des corps étrangers. On les triait et on les nettoyait ensuite à la main. Aujourd’hui on a remplacé les tonneaux à rouler par des tamiseurs mus mécaniquement.
- Un élévateur à godets amène les fèves à l’intérieur d’un cylindre en toile métallique et actionné par un arbre. Les tamis sont tels que les plus petites amandes ne puissent pas les traverser, mais les impuretés, de dimensions moindres, passent aisément au travers. Les grains tamisés tombent ensuite sur une toile sans fin constamment en mouvement et surveillée par deux ouvrières qui, assises à côté, enlèvent les substances étrangères et les fèves avariées. Ces femmes nettoient et trient quotidiennement 2500 à 3000 kg de cacao propre à la torréfaction.
- Les appareils torréfacteurs modernes (fig. 1 ) ne
- ressemblent en rien aux anciennes machines utilisées dans ce but. La torréfaction s’y opère, non pas par le contact du feu avec les amandes, mais par une circulation d’air chaud à travers les grains.
- Un pyromètre placé sur l’appareil indique à l’ouvrier, et cela constamment, la température à laquelle est soumise le cacao, température qui oscille entre 180° et 225°, suivant les besoins. Au moyen d’une sonde, l’ouvrier se rend compte, a tout moment, du degré de torréfaction. Quand il juge celle-ci terminée, il ouvre une porte et la machine se vide automatiquement dans un grand bac rond, perloré d’une multitude de petits trous. Aussitôt une forte aspiration se produit, afin d’empêcher fumées et
- vapeurs de se répandre dans la salle. Par suite de cet appel d’air, le cacao se refroidit rapidement, on le met alors en sac pour le porter au décor-tiquage.
- Les décorti-queuses cassent, divisent et ventilent le cacao. On verse les grains dans une trémie d’où un élévateur les prend pour les mettre sur des cylindres dentés. Après avoir été cassées, les amandes tombent dans un long cylindre perforé divisé en 9 sections. Un ventilateur souffle dans un tube qui présente un échappement d’air en face de chaque compartiment. Les coques et pellicules de cacao beaucoup plus légères que les grains cassés sont refoulés dans la chambre aux poussières et ainsi
- Fig. i. — Torréfaction du cacao.
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- 132 ===== FABRICATION PERFECTIONNEE DU CHOCOLAT
- Fig. 3. — Nouveau type F broyeur Lehmann à 4 cylindres.
- dépourvus de leur enveloppe, les grains tombent directement dans des chariots.
- Les décortiqueuses sont d’un grand rendement et les trois que nous avons vu fonctionner chez MM. Meunier, à Levallois-Perret, suf-iisent pour concasser et ventiler 15 000 kg de cacao par jour.
- Le cacao nettoyé, concassé, ventilé, dégermé arrive dans l’atelier des moulins triples (fig. 2). Versées d’abord dans une trémie, les amandes sont amenées, au moyen d’une chaîne à godets, à une première paire de meules qui les concasse. Sous l’effet du broyage et de la chaleur, ce dégrossissage transforme le cacao en une pâte molle qui coule dans une gouttière sur le deuxième moulin où s’opère une seconde mouture.
- Mais les meules étant très rapprochées, la pâte finit par devenir complètement fluide. Aussi peut-elle descendre facilement par une autre rigole où le même travail se produit. Cette fois le broyage a
- atteint le maximum de finesse.
- Il s’agit maintenant d'incorporer le cacao et le sucre. Les mélangeurs-malaxeurs, employés aujourd’hui à cet usage, doivent être munis d’un système de chauffage, car le mélange ne s’opère bien que si l’on maintient constamment la masse à une température supérieure à celle du point de fusion du beurre de cacao (55 à 40°). D'une charge de cacao liquide et de sucre, travaillée une demi-heure à trois quarts d’heure, l’ouvrier retire une masse de 75 à 80 kg de chocolat. Certains nouveaux modèles de machines plus fortes malaxent même jusqu’à 200 kg de chocolat à la fois et possèdent, en outre, l’avantage de se vider automatiquement.
- À la sortie des mélangeurs-malaxeurs, le chocolat est transporté aux broyeurs à cylindres. Ceux-ci sont de divers systèmes.
- Le dernier type (ûg. 5), créé par Lehmann en 1907, est remarquable par sa puissance de broyage, triple des machines similaires réalisées avant lui.
- La plus grande nouveauté qui le distingue est que, par suite de dispositions spéciales, ses 4 cylindres ne s’échauffent jamais : point essentiel dans un broyeur, car plus le chocolat est surchaullé, plus le parfum et l’arome du cacao se trouvent altérés.
- Lorsque le chocolat est complètement broyé, on le met pendant 48 heures dans une étuve chauffée à 70°, puis on lui fait subir le boudinage, opération
- Fig. 4. — Boudinëuses-peseuses Lehmann.
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- LA DISSYMETRIE DANS LE SOLEIL
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- ayant pour but d’extraire l’air introduit dans la masse du chocolat pendant le broyage. Les nouvelles boudineuses-peseuses (fig. 4), inventées encore par Lehmann, reçoivent la pâte de chocolat et la rendent découpée et divisée en morceaux de 80 à 250 gr. suivant les besoins. Les morceaux pesés par le disque tournant, qui porte des alvéoles réglables, tombent sur un plateau se déplaçant horizontalement : l’ouvrier qui surveille la machine n’a plus qu’à les prendre.
- Au moyen d’une balance disposée à côté de lui, il vérifie, de temps en temps, le poids des morceaux. En faisant varier la vitesse du disque revolver, on approprie le mouvement de la machine à la consistance du chocolat. Avec une précision et une rapidité remarquables qu’il serait impossible d’obtenir à la main, une boudi-
- neuse Lehmann pèse journellement 20 à 25000 tablettes .
- Les morceaux de chocolat, pesés et placés sur des petits plateaux, sont ensuite mis dans des moules reposant sur des machines spéciales dites « tapo-teuses » qui leur impriment des secousses rapides. Celles-ci obligent la pâte à s’étendre et à prendre la forme et les empreintes des moules qui la contiennent. Les tablettes moulées passent alors au refroi-
- Fig. 5. — Tables chauffantes électriques.
- dissoir et, de là, on les remonte au pliage et à l’empaquetage. '
- A cette ' fabrication perfectionnée du chocolat, s’ajoute souvent celle des objets trempés, pralinés et autres, très en faveur depuis quelque temps. Les intérieurs (sucre mou, noix, nougats, etc.) sont enrobés dans une masse de chocolat liquide renfermant plus de beurre de cacao que le chocolat ordinaire. Les ouvrières disposent les corps de ces bonbons sur des ' grilles qu’elles trempent dans des bacs renfermant le chocolat liquide. Pour maintenir fluide le mélange des couvertures, on a imaginé des tables en tôles chauffées électriquement (fig. 5) et sur lesquelles on étend cette masse de chocolat 5 et de. beurre de cacao. :
- Enfin, dans certaines usines, on prépare aussi le . cacao soluble
- ou mieux désagrégé qui, renfermant une quantité moindre de substances grasses, est plus facilement digéré. La description des manipulations qu’on liii fait subir nous entraînerait trop loin. Disons seulement qu’au sortir des moulins, on traite le cacao par les alcalis, on en extrait le beurre à l’aide d’une sorte de presse hydraulique et, après refroidissement, on pulvérise, puis on tamise les galettes débeurrées. Jacqces Boyer. - -
- LA DISSYMETRIE DANS LE SOLEIL
- L’égalité parfaite est un rêve des philosophes. L’observateur ne rencontre dans la réalité que privilège et dépendance. Mais il ne considérerait pas ses efforts comme perdus s’il était amené à constater que le souci d’impartialité, moteur puissant dans les sociétés politiques, commande l’évolution du monde matériel, et que celui-ci est acheminé d’un passent, irrégulier, mais sûr, vers l’uriiformifé.
- Les leçons que nous donne à cet égard le globe tërrêstre sont assez connues. Ses - diverses parties subissent le traitement le plus inégal. D’énormes espaces demeurent ensevelis sousles océans. D’autres sont à l’état de!plateaux arides,: glacés, inhabitables. Et riën n’indique que ces différences soient en voie de s’atténuer. Il est même établi par les recherches
- des géologues que les climats sont actuellement beaucoup plus extrêmes qu’ils ne l’étaient, par exemple, vers le milieu des temps tertiaires.
- Comme toute activité terrestre procède plus ou moins directement du rayonnement solaire, c’est ; l’astre central que l’on est tenté de rendre respon-| sable. Il ne l’est en réalité que fort peu. Géométriquement tous les points de la Terre ont dû avoir, après une année révolue, le même temps d’insolation i et, si tous n’en profitent pas également, la faute en est à notre globe qui ne concède à la plupart d’entre eux que des incidences obliques. La Lune serait fon-: dée tout autant, c’est-à-dire aussi peu, à nous accuser de partialité, sous prétexte que nous éclairons chez elle toujours le même hémisphère.
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- Les différences de climat entre zones de latitude diverse peuvent paraître fondées sur la. nature des choses, et la dynamique nous invite à les regarder comme irrémédiables. Mais la Terre ne s’est pas davantage souciée d’assurer à tous les points d’une même zone un régime équitable. Elle aurait dû, pour cela, en renonçant à être sphérique, demeurer au moins de révolution. C’est ce qu’elle n’a pas fait. Tout le relief de l’écorce terrestre est comme rassemblé au voisinage de trois méridiens espacés à peu près de 120 degrés. L’hémisphère Nord en a d’ailleurs bien plus que sa part légitime. La balance n’est pas mieux établie entre les deux calottes polaires, le pôle Sud tombant au milieu d’un plateau élevé, le pôle Nord dans une mer profonde. Le résultat de ces irrégularités est que le climat d’un pays n’est en aucune façon déterminé par sa latitude et que les courbes isothermes, surtout celles des saisons extrêmes, se conforment aussi peu aux parallèles qu’aux méridiens.
- Mais nous ne nous résignerons pas si vite à traiter la nature de capricieuse. Ce désordre apparent doit dissimuler quelque loi, et, si nous arrivons à la démêler, peut être verrons-nous l’équité satisfaite et la géométrie remise à la place d’honneur que faisaient espérer pour elle les contours, en apparence régulièrement circulaires, des corps célestes.
- Lowthian Green et d’autres savants après lui ont en effet montré que nombre de faits géographiques se coordonnent d’une façon remarquable si l’on admet que les parties saillantes du globe terrestre sont groupées autour des angles solides d’un tétraèdre régulier inscrit, dont un sommet serait placé au pôle antarctique. Chaque région d’un relief notable devrait ainsi avoir pour antipode un bassin déprimé, et c’est en effet ce qui arrive dans la grande majorité des cas.
- On a tenté, sans grand succès à notre avis, de présenter le tétraèdre comme une forme imposée à la Terre primitivement sphérique par les lois du refroidissement. Mais en acceptant l’opposition diamétrale comme un fait, peut-être trouverait-on moins difficile de justifier le choix de l’un des points saillants, de dire, par exemple, pourquoi le Pôle Sud a été mis en relief de préférence au Pôle Nord.
- La Terre, en effet, n’est pas isolée dans l’espace. Elle est liée au Soleil, à la Lune, aux autres planètes, par des relations non seulement de voisinage, mais de parenté, qui ont été autrefois plus étroites. La dissymétrie de notre globe peut être, comme l’a suggéré M. W. H. Pickering, une conséquence de la catastrophe lointaine qui a constitué la Lune à l’état de satellite indépendant. Elle peut aussi, selon la théorie de Sir G. H. Darwin, dater de l’époque où la Terre a conquis sa demi-liber té.
- Faut-il adopter l’une ou l’autre de ces deux solutions ou en chercher une troisième? Ce ne serait pas très difficile, tant la position de la Terre dans le système solaire est modeste et subordonnée. Mais cette discussion nous mènerait sans doute un peu loin,
- DANS LE SOLEIL— —
- et il nous semble préférable de donner quelques indications sur le problème analogue, moins généralement connu et peut-être mieux circonscrit, qui nous est posé par le Soleil.
- On sait que l’astre du jour tourne sur lui-même en 25 jours par rapport au système conventionnel fixe des astronomes, défini par l’ensemble des étoiles. Cette rotation est sans doute l’héritage d’un passé lointain et impénétrable. Laplace, au début de sa mémorable hypothèse, a dû admettre que la nébuleuse primitive était déjà animée d’un mouvement angulaire général, beaucoup plus lent, mais de sens déterminé.
- Cette rotation, même actuellement, ne peut passer pour rapide. Elle fait parcourir à un point de l’équateur solaire un peu plus de dix mille kilomètres par jour ou de cent mètres par seconde. La force centrifuge qui en résulte n’atteint pas la dix-millième partie de la pesanteur, et la déformation qu’elle impose à la figure extérieure du soleil est, en fait, inappréciable. D’habiles astronomes ont dépensé des années de labeur pour rechercher si la figure du Soleil s’écartait en quoi que ce soit de la sphère. Les annonces faites dans ce sens par Hilfiker et Secchi ont été reconnues trop hâtives. Le Dr Auwers, après avoir discuté plus de 26000 observations méridiennes, n’a pu en extraire qu’un résultat négatif, et récemment M. Lane Poor a dû s’arrêter à une conclusion analogue d’après l’ensemble des mesures héliométriques et photographiques.
- D’autre part, la surface solaire est une source prodigieusement abondante d’énergie calorifique, lumineuse et chimique. Elle ne paraît recevoir en échange que d’insignifiantes contributions. Au point de vue physique le Soleil doit pouvoir ignorer le reste du monde, ne connaître ni zones, ni climats, ni saisons. Il est sans excuse s’il ne traite pas les points de sa surface avec une impartialité rigoureuse.
- Il n’en est pas ainsi, cependant. La plus médiocre lunette permet à un observateur assidu de se rendre compte que l’état physique, sur le soleil, dépend de la latitude. Des taches s’y montrent fréquemment, et c’est leur présence qui dénote la rotation de l’ensemble et la fixité de l’axe par rapport à l’écliptique. Ces taches, temporaires mais toujours renaissantes, ne sont nullement des accidents négligeables. Au cours de leur carrière, qui est le plus souvent de quelques jours, mais quelquefois de plusieurs mois, il leur arrive aisément de dépasser les dimensions du globe terrestre. Sur l’emplacement de leurs parties les plus sombres, la radiation lumineuse tombe au dixième, Ta radiation photographique au vingtième de sa valeur habituelle. L’abondance moyenne des taches varie dans la proportion de 1 à 20 au cours d’un cycle assez régulier de onze ans, mais il s’en faut de beaucoup que les taches apparaissent indifféremment sur toute la surface. Elles sont strictement limitées à deux zones situées de part et d’autre de l’équateur. Chacune de ces zones se dilate et se restreint alternativement au cours du cycle. Elle ar-
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- rive, toujours pour peu de temps, à s’amalgamer I sur l’équateur avec la zone symétrique, mais il est j extrêmement rare que des taches vagabondes se ! montrent, dans un hémisphère ou dans l’autre, au j delà du 55e degré de latitude. Ce sont là les grandes lignes du phénomène. L’étude des statistiques révèle encore d’autres particularités notables, telles que: la multiplication du nombre des taches, toujours plus rapide que la décroissance : la supériorité persistante, pendant plusieurs années, de l’hémisphère Nord sur l’hémisphère Sud, ou inversement.
- Le soleil a donc, sans que rien en apparence l’y oblige, des zones, des climats et des saisons. Devant cette constatation indéniable, on se demande si l’on n’a pas estimé trop bas l’influence de la force centrifuge, seule capable, à ce qu’il semble, d’établir une iné-
- à l’un ou à l’autre suivant les cas. Son intervention rend possible les éruptions de vapeurs métalliques, condition préalable de la naissance des taches.
- On objectera qu’un compromis durable aurait dû, à la longue, se réaliser, puisque la force centrifuge n’est pas réversible et constitue pour la pression de radiation une alliée permanente contre la pesanteur. Mais il faut tenir compte, ici comme dans la météorologie terrestre, de la circulation verticale qui établit un perpétuel échange entre les couches superficielles et les couches profondes. Cet échange est imposé, dans le cas du Soleil, par le rayonnement extérieur qui refroidit la surface et en fait le siège exclusif des condensations et des combinaisons chimiques. D’autre part, la circulation verticale a des conséquences différentes au pôle et à l’équateur.
- Fig. 7. — Distribution des taches solaires par f useaux en iqo5.
- galité de régime entre les hautes latitudes et les basses. Nous sommes habitués sur la Terre à considérer l’attraction newtonienne comme le facteur prépondérant, de beaucoup, entre ceux qui déterminent la disposition des matériaux de l’écorce. Mais il peut en être autrement dans la photosphère, où toute cohésion est détruite par l’élévation de température. La gravitation rencontre ici une concurrente redoutable dans la force répulsive qui accompagne la radiation lumineuse. L’une ou l’autre des deux actions l’emporte suivant l’ordre de dimension des particules en cause et la surface qui limite à nos yeux le contour apparent du Soleil est peut-être bien celle où un équilibre approximatif et instable est réalisé. La force centrifuge, négligeable à côté de la pesanteur, ne l’est pas à côté de la différence relativement très faible, qui existe entre la pesanteur et la pression de radiation. Elle devient, entre les deux antagonistes, l’arbitre du conflit, et donne la victoire
- Dans le premier cas les matériaux substitués les uns aux autres ont des vitesses égales ; dans le second cas ils ont des vitesses différentes. Si donc, conformément à la théorie du docteur Halm, les progrès de la condensation amènent un état de tension excessive destiné à se résoudre par une crise, les effets de la crise seront inégalement marqués près de l’équateur et près des pôles.
- Nous voici donc amenés à concéder au Soleil le droit d’avoir des climats et des zones, c’est-à-dire un état physique qui soit fonction de la latitude. On aimerait pouvoir représenter cette fonction par une forme analytique simple, constater par exemple que la fertilité en taches est proportionnelle soit à la distance à l’axe, soit au carré du cosinus de la latitude. Cette satisfaction nous est refusée; la fonction, nulle aux pôles, atteint un maximum dans les latitudes moyennes et passe par un minimum à l’équateur. Ce n’est pas une raison suffisante pour
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- mettre en doute la dépendance. Ici encore la météorologie terrestre peut venir à notre aide et calmer nos scrupules. Personne ne doute que la pluie ne soit un effet de l’évaporation des océans, que cette évaporation ne soit favorisée par une incidence normale des rayons solaires, que cette incidence ne devienne en moyenne d’autant plus oblique à mesure que l’on se rapproche du pôle. Il semblerait donc que le total des précipitations annuelles doit décroître constamment, sinon uniformément quand la latitude augmente. Tout le monde sait qu’il n’en est rien et que, si l’équateur est partout abondamment arrosé, presque partout aussi les tropiques souffrent de la sécheresse. Cela tient à ce que la pluie n’est en aucune manière la mesure locale de l’évaporation. Elle en est une répercussion, souvent fort lointaine, qui marche à l’encontre du phénomène
- Fig. 2. — Les zones de tacites sur le Soleil.
- initial et en réduit les effets. De même les taches, qui sont notées par nous comme le signe le plus apparent et le plus facile à mesurer de l’activité solaire, traduisent sans doute d’amples mouvements oscillatoires dont l’origine devrait être cherchée fort loin. Ces mouvements ont une orientation subordonnée à celle de l’axe de rotation du Soleil. Ils sont capables, sous certaines latitudes, de se combattre et d’interférer.
- Ces ondes, dont la houle océanique ne saurait offrir qu’une bien pâle image, ne sont pas un simple expédient, une vue de l’esprit. Nous sommes obligés d’en admettre la réalité si nous voulons nous rendre compte comment le soleil possède non seulement des climats mais des saisons. Les zones de taches, en effet, ne sont invariables ni en grandeur ni en position. Elles se dilatent et se rétrécissent alternativement dans l’espace de quelques années, dans le même cycle qui préside à la variation du nombre dès taches. Or on n’aperçoit aucune inter-
- vention extérieure qui puisse provoquer ou entretenir ce rythme. Les tentatives faites pour le rattacher à des chocs de météores, à l’action des planètes, des étoiles, d’un milieu ambiant, n’ont donné, comme nous avons cherché à le montrer dans une autre étude1, aucun résultat satisfaisant. 11 faut se résoudre à considérer le Soleil comme un vaste résonnateur qui possède dans sa propre structure la raison de sa période de vibration. A la vitesse angulaire dont il est animé correspondrait une certaine distribution de la matière et de l’énergie entre les diverses zones. Mais cette distribution n’a pas été réalisée dès le principe. L’élasticité moléculaire oblige le système à s’écarter alternativement dans les deux sens d’une figure d’équilibre qu’il atteint, peut-être, mais où il ne peut se fixer. La symétrie par rapport à l’équateur n’est pas ordinairement réalisée à un moment donné. Un long intervalle est nécessaire pour que la compensation s’établisse.
- On s’explique ainsi que chaque zone soit soumise à un régime spécial et variable. Mais il semble, à première vue, plus étrange que le Soleil ne traite pas tous ses méridiens sur le pied d’une parfaite indifférence. La haute température qui règne à sa surface y assure à tous les matériaux une .extrême mobilité. Nous n’avons ici rien de comparable à ces obstacles que crée le relief terrestre et que l’érosion n’arrivp à réduire qu’au prix d’un travail séculaire et acharné. Si le Soleil n’a pas été de révolution dès l’origine, rien, en l’absence d’influences extérieures difficiles à imaginer, ne l’empêche de le devenir.
- Mais rien non plus, peut-être, ne l’y sollicite impérieusement. Jacobi a donné en mathématiques le premier exemple d’une masse fluide, homogène, soumise à la gravitation universelle, tournant autour d’un axe fixe, et demeurant en équilibre relatif, sans être de révolution. Il n’est pas douteux qu’avec une constitution intérieure moins simple d’autres figures encore pourraient être stables.
- En fait, les différents méridiens solaires ne sont pas équitablement partagés en ce qui concerne la production des taches. Voici, à ce sujet, quelques faits résultant de statistiques étendues, dressées sur les documents les plus authentiques :
- 1° Pendant toute la durée du cycle compris entre les années 1889 et 1901, le nombre des groupes de taches apparaissant au bord oriental a surpassé le nombre des groupes disparus au bord occidental. La moitié Est du disque visible s’est montrée constamment plus riche que la moitié Ouest. En d’autres termes il y a toujours eu, sur la partie du Soleil qui regarde la Terre, excédent des disparitions sur les naissances. Pour 594 groupes nés sur l’hémisphère visible, il en a disparu 564.
- 2° Si l’on se représente la surface du Soleil comme partagée en fuseaux équivalents par des méridiens entraînés dans la rotation sidérale, certains de ces fuseaux sont, d’une manière évidente et
- 1 Voir La Revue du Mois, numéros du 10 mai cl'du 10 août 1909.
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- LA DISSYMÉTRIE DANS LE SOLEIL
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- pour de longs intervalles de temps, moins fertiles en taches que leurs voisins.
- Le premier fait a été mis en lumière par Mnie Maun-der sur les collections photographiques de l’Observatoire de Greenwich. Le second a été reconnu par M. Maunder, à Greenwich, pour l’intervalle 1890-1902, qui comprend un maximum du nombre des taches, et par le P. Chevalier, à l’observatoire de Zô-Sé, pour les années 1905 et 1906, qui comprennent le maximum suivant.
- Pour montrer qu’il s’agit d’une inégalité importante, nous reproduirons le tableau ci-dessous, dressé par le P. Chevalier et relatif à l’année 1905. La surface du soleil a été divisée en neuf fuseaux, comprenant chacun 40 degrés en longitude :
- FUSEAUX. Limites Somme des superficies des taches.
- ' ~ en longitude. Hémisphère Nord Hemispi.ère Sm
- I 0° à 40° 12,18 5,86
- H 40° à 80° 55,52 47,01
- III 80° à 120° 21,46 22,55
- IV 120° à 160° 2,80 3,17
- V 16u° à 2u0° 59,68 8,1,6
- VI 200° à 210° 50,22 7,46
- VII 240° à 280° 67,81 17,51
- VIII 280° à 520° 15,19 6,09
- IX 320° à 0° 51,22 86,67
- On voit que, pour l’hémisphère nord aussi bien que pour l'hémisphère sud, les fuseaux I, IV, VIII, comparés à leurs voisins, se sont montrés extrêmement stériles.
- La première constatation, celle què l’on doit à Mme Maunder, doit être considérée comme la plus étrange. Car, si elle répond exactement à la réalité, elle nous oblige à investir la Terre d’un pouvoir spécial et mystérieux, celui de faire disparaître les taches ou d’entraver leur éclosion sur la partie du Soleil qui nous regarde. Mais la valeur de cette conclusion est bien diminuée par le fait que l’observateur n’occupe pas une position réellement impartiale à l’égard des deux moitiés de l’hémisphère visible. La statistique a porté non pas sur les taches considérées isolément, mais sur des groupes dans la définition desquels il entre une part d’arbitraire. Cela suffit pour créer une tendance inconsciente, et nullement négligeable, à l’enregistrement de disparitions fictives et à l’omission de naissances réelles.
- La seconde loi, formulée par M. Maunder et vérifiée par le P. Chevalier, semble à l’abri de toute cause d’illusion. Elle nous conduit à admettre qu’il existe sur le Soleil trois fuseaux à peu près également espacés et réfractaires, dans une grande mesure, à la production des taches. Ces fuseaux occupent pendant une longue série de rotations des positions permanentes, autant qu’il est permis de parler de permanence sur un globe fluide. C’est une irrégularité que nous devons être plus préparés à accepter, après le succès obtenu par l’application de la formule tétraédrique au relief terrestre. Il s’agit maintenant, si l’on veut pousser le parallèle plus loin, de constater qu’une dissymétrie persistante existe entre les deux calottes polaires du Soleil. La prétention peut sembler excessive, puisque nous ne voyons jamais de taches près des pôles. Mais, à défaut de taches,
- nous y trouvons des protubérances, et cela seulement dans les années qui avoisinent le maximum. Or il résulte des mesures du professeur Ricco, directeur de l’Observatoire de Catane, que, pendant l’ensemble des années 1895-1894-1895, la zone située à moins de 20° du pôle Sud a présenté trois fois plus de protubérances que la région antipode.
- Un autre moyen de surprendre la variation d’activité dans les hautes latitudes solaires nous est fourni par l’observation des couronnes lors des éclipses totales. Si l’on considère seulement la couronne intérieure, c’est-à-dire la partie la plus lumineuse de l’auréole, on sait que cette matière presque impalpable forme, aux époques de maximum du nombre des taches, une frange de hauteur presque uniforme sur tout le contour. Dans les années qui suivent, où les taches se font rares, la couronne
- Fig. 3. — Le Soleil photographié dans une année de maximum.
- déserte en grande partie les hautes latitudes et prend sa plus grande extension dans l’équateur. Or sur huit éclipses totales observées pendant une phase de décroissance, de 1871 à 1908, cinq, d’après les clichés que j’ai sous les yeux, montrent que le Pôle Nord dépouille son auréole avant le Pôle Sud. Les trois autres laissent la balance indécise. Aucune ne témoigne en sens opposé.
- Sans nul doute les astronomes tiendront à profiter des éclipses totales à venir, aussi bien que des futures époques de maximum des taches solaires, pour voir si cette loi de distribution tétraédrique se confirme et pour tenter de la préciser. Peut-être arriverons-nous ainsi à savoir si elle est entretenue par le jeu des forces physiques actuellement à l’œuvre sur le Soleil ou s’il faut y voir la conséquence, en voie de s’effacer, d’une catastrophe lointaine qui n’aurait pas eu de témoins.
- P. Puiseux,
- Astronome à l’Observatoire dé Paris.
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- LE VIADUC DES THERMOPYLES
- Ces temps derniers on a ouvert à la circulation des trains (fig. 1) le chemin de fer qui relie Athènes, la capitale de la Grèce,
- avec la frontière Ottomane, ligne qui, lorsqu’elle sera prolongée jusqu’à Salonique, mettra Athènes en communication directe avec les réseaux ferrés de l’Europe.
- Le nouveau chemin de fer traverse une région extrêmement accidentée et a nécessité la construction de nombreux ouvrages d’art, tunnels et viaducs.
- ' Parmi ces derniers, nous citerons celui qui franchit le gouffre d’Assopos entre Lianokladi etDadi, à quelques kilomètres du célèbre défilé des Thermopyles. C’est de ce viaduc intéressant non seulement à cause
- de sa disposition d’ensemble, mais, surtout, par le mode de montage employé par la Société de
- 178 mètres entre les culées et en pente de 19 millimètres par mètre vers Lianokladi, se compose, au-
- dessus du gouffre,
- Fig. i. — Carte indiquant le tracé du chemin de fer entre Athènes et la frontière ottomane.
- d’une travée métallique en arc à trois articulations de 80 mètres de portée entre les articulations de naissance et ayant une flèche de
- 25 mètres.
- Du côté de Dadi,
- l’ouvrage se prolonge par un viaduc formé de quatre travées à poutres droites indépendantes prenant appui, les trois premières sur la culée et sur trois piles en maçonnerie et ' la quatrième, d’un côté sur la dernière pile en maçonnerie et, de l’autre, sur les reins de l’arc métallique. L’ouverture des trois premières travées est de
- 26 mètres et celle de la dernière prenant appui sur l’arc de 25,75 m.
- Du côté de Lianokladi le viaduc se termine par
- ev , G-&
- Tunnel Dadi '
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- Fig. 2. — Élévation et plan du viaduc pendant son montage.
- Batignolles qui a été chargée de sa construction, que nous avons l’intention de dire quelques mots.
- Description du viaduc. — Le viaduc de l’Assopos (fig. 6), à voie unique, d’une longueur totale de
- une seule travée métallique de 25,75 m. de portée s’appuyant d’un côté sur l’arc et, de l’autre, sur la culée.
- La situation toute particulière en plan du viaduc a
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- LE VIADUC DES THERMOPYLES
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- nécessité certaines dispositions intéressantes et nouvelles. Comme le montre la figure 5, le viaduc est en ligne droite depuis la culée Dadi jusqu’au point A situé à droite de la troisième pile du viaduc, c’est-à-dire dans la travée en arc. A partir de ce point, l’axe de la voie décrit une courbe de 400 mètres de rayon.
- Comme il était de toute nécessité de franchir le gouffre d’un seul jet, aucun point d’appui intermédiaire n’étant possible, et que, de plus, l’inscription d’une voie de 400 mètres de rayon sur 80 mètres environ de longueur, dans une travée métallique de largeur constante eût nécessité une largeur inacceptable entre les poutres de rive de cette travée et eût entraîné des dépenses par trop exagérées, M. Paul Bodin :a eu recours à la disposition indiquée sur la figure-3.
- . L’axe, longitudinal de la travée métallique en arc a été placé suivant la corde AB, d’environ 40 mètres dé longueur, de la courbe de 400 mètres de rayon que éuit la voie. Cette partie AB, qui forme la partie centrale de l’arc, a été légèrement élargie afin de permettre l’inscription de la courbe. Puis, on a relié le point A, du côté Dadi, avec le point E correspondant à la troisième pile en maçonnerie au moyen de la poutre droite AE, dont nous avons parlé plus haut, de 25,75 m. de portée et dirigée suivant l’alignement droit du viaduc. Du côté de Lianoldadi, le point B a été relié au point F par une autre poutre droite B F, également de 25,75 m. de portée dirigée suivant la corde B F de la courbe de 400 mètres de rayon. Cette disposition ingénieuse du tablier de l’arc suivant une courbe polygonale a permis de construire la travée métallique en arc sans augmentation sensible de largeur de cette travée et, par suite, sans augmentation de dépense.
- La travée métallique en arc à trois articulations(fîg. 6) est formée de deux fermes inclinées de 14 pour 100
- Fig. 4. — Lyre de réglage servant à opérer le clavage de l’arc.
- sur la verticale et espacées d’axe en axe de 4,95 m. à la clé et de 10,84 m. aux naissances. En ces points chacune des articulations prend appui sur un massif en maçonnerie fondé sur le rocher. Chacune de ces demi-fermes est constituée, à l’intrados, de deux parties en ligne droite raccordées par une courbe et, à l’extrados, à partir des naissances, d’une partie droite inclinée à 45 degrés, suivie d’une partie également droite mais horizontale, d’une longueur d’en-
- viron 20 mètres se terminant à l’articulation de clé et supportant le tablier.
- Ces deux membrures d’extrados et d’intrados, en forme de caisson et de section variable suivant les efforts à supporter, sont reliées par un système de montants et de diagonales de section double T, sauf pour ceux servant de support à l’extrémité des poutres AE et B F, qui doivent être plus
- Dadi
- Côté
- Lianokladi
- Fig. 3. — Plan schématique du viaduc.
- résistants et auxquels on a donné la forme en caisson.
- La solidarité des deux fermes latérales est obtenue par un système de contreventement établi à l’extrados et à l’intrados de l’arc et, entre les points A et B, par les pièces de pont supportant la voie. Un système de contreventement relie également les montants et les diagonales des deux fermes.
- Les articulations des naissances sont constituées par un axe de 500 millimètres de diamètre et celles de clé par un axe de 160 millimètres de diamètre.
- Quoique la stabilité de l’ouvrage soit assurée contre les efforts de renversement dus au vent, par le poids propre de la partie métallique on a, par surcroît de prudence, ancré les fermes avec le massif de maçonnerie de fondation.
- Les travées droites qui servent d’accès à la travée en arc ne présentent rien de particulier. Elles sont, comme nous l’avons dit, indépendantes et à tablier supérieur et sont constituées de deux poutres de rive à treillis double, espacées d’axe en axe de-3 m. avec trottoir en encorbellement, de telle sorte que la largeur totale entre les parapets est de 4,50 m.
- Afin de permettre la dilatation, chaque travée indépendante repose sur une des piles au moyen d’appuis fixes et sur l’autre pile au moyen d’appuis mobiles composés d’un chariot à rouleaux.
- La maçonnerie des piles et celle des culées supportant les retombées des arcs métalliques n’offrent rien de particulier. Elles sont avec parements en moellons têtués avec remplissage en moellons bruts. La pression maximum sur la pierre de taille servant d’appui aux arcs est de 25 kg. par cent, carré, celle sur la maçonnerie de moellon de 10 kg. et celle sur le sol de 8 kg.
- Montage du viaduc. — On a commencé par percer (fig. 2), du côté Dadi, dans le rocher calcaire, une galerie dans le prolongement des travées droites du viaduc, puis, du côté Lianokladi, une autre ga-
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- LE VIADUC DES THERMOPYLES
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- lerie dans le prolongement de l’axe de la travée en arc.
- Dans chacune de ces galeries on plaça des poutres . transversales prenant appui sur les parois de celles-ci au moyen de pierres dures servant à reporter, au moyen de cales en bois, la pression sur le rocher. Aux poutres transversales étaient fixées des tiges d’ancrage destinées au montage du viaduc, qui a été opéré de la manière suivante.
- On amenait d’abord les pièces, au moyen de wagonnets circulant sur une voie provisoire établie dans le tunnel du côté Liano-kladi, à l’extrémité de ce tunnel où une plateforme était installée près de la culée du viaduc.
- Là, ces pièces étaient reprises par un palan suspendu à un chariot circulant sur un câble porteur installé d’une rive à l’autre de la gorge et dans l’axe moyen de l’ouvrage. Un second câble tracteur, placé au-dessous du premier, permettait d’amener les pièces exactement au point où elles devaient être placées. Du reste, comme le montre la figure 2, afin de faciliter la pose des pièces, le câble porteur pouvait être déplacé latéralement, soit à droite, soit à gauche de sa position moyenne, au moyen de câbles A. A... fixés au sol.
- Lorsque la première travée du viaduc, côté Dadi, montée sur échafaudage, fut terminée, on fixa son extrémité amont à la tige d’ancrage dont nous avons parlé plus haut. Puis, à son autre extrémité, on installa un cadre métallique provisoire servant de liaison avec la travée suivante. Après avoir chargé au moyen de poids, l’extrémité amont de cette poutre, on procéda au montage en porte à faux de la seconde travée, puis de la troisième. Quant à la quatrième travée, celle qui relie la troisième pile à
- l’arc, elle n’a été montée en porte à faux que sur une partie de sa longueur, afin d’éviter un trop grand effort sur la troisième pile. Pendant ce montage des travées en porte à faux, celles-ci reposaient sur les piles au moyen de cales en bois, au nombre de deux pour chaque poutre, afin de réduire des efforts tranchants dans le cadre provisoire de liaison entre les travées. . •
- Le montage de l’arc s’est également fait en porte à faux. Pour cela on a tout d’abord établi près des naissances de petits échafaudages (figi 2) qui ont
- permis de monter la tôlerie des naissances et les deux premiers panneaux de l’arc. Arrivé en ce point, on a relié, au moyen d’un tirant, la partie de l’arc ainsi montée avec le premier panneau de la quatrième travée du viaduc. Puis on a continué le montage en porte à faux de l’arc jusqu’à la hauteur du dessous des travées droites et, à ce moment, on a relié celui-ci au moyen d’un tendeur sensiblement horizontal avec le premier panneau de la quatrième travée. Par l’in-termédiairede ces travées rendues solidaires provisoirement, tout l’effort de traction du à l’arc en porte à faux se trouvait ainsi reporté'sur l’ancrage installé dans la galerie Dadi" et dont nous avons parlé plus haut. On a ensuite procédé au montage en porte à faux de là dernière section, de Tare jusqu’à l’articulation de clé. .
- Du côté Lianokladi le montage de la demi-travée de l’arc s’est opéré de la même façon, mais le tendeur horizontal a été soutenu par un échafaudage disposé pour monter ensuite la travée droite qui relie l’arc avec la culée Lianokladi.
- Restait à opérer le clavage de l’arc. Yoici comment on a opéré. Chacun des tendeurs a été muni d’un
- Fig. 5. — Vue du viaduc pendant le montage de Varc, côté Lianokladi.
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- — ...........-....= LE VIADUC DES THERMOPYLES - .................— -...... 141
- appareil (fig. 4) auquel on a donné le nom de Lyre en porte à faux relativement à celle due à sa posi-de réglage. Celui-ci se compose de deux séries de tion définitive, ainsi que de la déformation produite
- Fig. 6. — Vue d’ensemble du viaduc des Thermopyles au-dessus du gouffre d’Assopos.
- balanciers MNO à bras égaux reliés les uns aux autres au moyen de tiges rigides. Les tiges 1 et 2 sont formées de barres plates de sections décroissantes. Quant aux tiges 3 elles sont rondes de 50 mm de diamètre et filetées à une de leurs extrémités sur une faible longueur, tandis que à l’autre extrémité le filetage s’étend sur 700 millimètres de longueur. Les écrous placés sur ce filetage peuvent donc avoir une course suffisante pour faire varier la longueur des tendeurs d’une quantité aussi faible qu’on le désire et, par suite de lamultiplicité des tiges, avec un effort relativement faible.
- On a d’abord amené les quatre fermes à une hauteur un peu supérieure à celle de leur position définitive. Puis, après avoir tenu compte de la déformation de Tare dans sa position
- par les changements de température et de la légère surflèche qu’on a donnée à l’arc, on a pu Calculer
- l’épaisseur de la fourrure à placer entre la tôlerie et le coussinet d'articula^ tion de clé. Puis, après avoir placé cette articulation, on a agi sur les écrous de la lyre de réglage en faisant basculer les deux demi-travées l’une vers l’autre et en les abaissant jusqu’à leur position définitive.
- Il ne restait plus qu’à enlever les tendeurs de support de l’arc et à terminer le tablier.
- Le poids du tablier métallique se décompose comme suit: cinq travées métalliques droites; 200 tonnes; une travée en arc : 200 tonnes. Soit, en tout : 400 tonnes.
- Les travaux commencés en 1905 ont été terminés en 1906, soit une durée de 13 mois. R. Bonnix.
- Fig- 7- — Vue d'ensemble du via-duc pendant le montage de l’arc.
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- UN APPAREIL DE TÉLÉVISION
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- Le problème de la télévision est l’un des plus passionnants qui aient hanté l’esprit humain : nombreuses sont les solutions déjà proposées et les efforts tentés sans résultats. Le dispositif que construit actuellement M. Rühmer a le mérite de donner une solution réelle, incomplète encore, il est vrai, mais susceptible, moyennant une très forte dépense d’argent et d’énergie, de généralisation définitive. Hâtons-nous d’ajouter que l’utilité pratique d’un tel appareil ne justifierait guère cette énorme dépense. Ce ne sera que dans des occasions exceptionnelles comme le sont les foires mondiales, que l’on pourra songer à s’offrir le luxe d’une illusion si coûteuse.
- •Lorsque la transmission téléphonique de la parole, avec tous les détails de ses modulations, vint donner l’illusion d’une conversation directe, l’idée surgit aussitôt, d’utiliser ce même courant électrique pour la transmission des impressions visuelles, en rendant immédiatement visibles, l’une à l’autre, les deux personnes postées aux deux extrémités du fil conducteur. Pour bien nous rendre compte du présent problème rappelons brièvement ce qui se passe dans le téléphone :
- Les vibrations mécaniques de la parole induisent dans l’appareil des oscillations de courant correspondantes, oscillations qui, se propageant le long du fil téléphonique, viennent se reconvertir à l’autre extrémité, en vibrations acoustiques pareilles aux vibrations originales. Or, en théorie, rien ne s’opposerait à une conversion analogue • d’éclairages de différentes intensités, en fluctuations de courant rendant visibles, à la station d’arrivée, les personnes et les objets qui se trouvent au poste de départ. Ce problème a été, en effet, résolu dans un cas spécial, celui de la transmission télégraphique des photographies, dessins et écritures, en reproduisant, l’une après l’autre, en succession plus ou moins rapide, les différentes sections de l’image. r
- Or, pour la solution parfaite du problème, c’est-à-dire, pour la reproduction instantanée de toutes les parties de l’objet, avec les moindres de ses mouvements, la transmission des différentes sections de l’image doit s’effectuer, non plus successivement, mais simultanément, l’une à côté de l’autre. D’autre part, ces reproductions doivent disparaître immédiatement, pour céder la/ place à une
- nouvelle image, dans le cas de la moindre modification ou du moindre mouvement de l’objet. Or, en raison de la lenteur des reproductions et de l’inertie de l’organe vital, la pile photoélectrique au sélénium, ceci est resté longtemps impossible.
- Cet état de choses, nous l’avons dit, vient de changer !
- il existe actuellement un dispositif de télévision, appareil de laboratoire, il est vrai, mais qui fonctionne parfaitement, comme l’auteur a eu l’occasion de s’en convaincre. Cet appareil de démonstration a réussi, et c’est déjà un beau succès, la reproduction instantanée de certains dessins des plus simples. La construction d’un appareil parfait n’est plus désormais qu’une question d’argent. Le dispositif de démonstration a été construit au prix de 6250 francs, l’appareil de télévision complet et définitif, destiné à être le (( clou » de l’Exposition Universelle de Bruxelles, coûtera la bagatelle de 6 millions de francs.
- Les images à transmettre sont divisées en un nombre considérable de sections carrées (fig. 2). Dans le cas de l’appareil complet, destiné à l’Exposition, il n’y aura pas moins de 10 000 sections, assimilables, grâce à leur petitesse, à des points ; l’appareil de démonstration ne comporte que 25 sections et ne rend que les dessins les plus élémentaires, formés de combinaisons de carrés clairs et obscurs.
- Le projecteur, représenté à la fig. 1, produit, sur un écran suspendu au mur, l’image du dessin à transmettre. Cet écran se compose de 25 sections, derrière chacune desquelles se trouve une pile à sélénium très sensible, dont l’inertie a été absolument éliminée par un procédé nouveau. L’inventeur garde encore le secret sur la constitution de cette pile. Il a réussi, affirme-t-il, à en supprimer l’inertie, en en faisant rm organe différentiel, impressionné non par la totalité des intensités lumineuses, mais seulement par les variations de ces intensités. La durée de la transmission se trouverait ainsi réduite à 1/10 de seconde. Les variations de résistance que subit la pile à sélénium de chaque section, produisent des fluctuations de courant, transmises instantanément au dispositif de réception, visible dans la partie gauche de la figure (mais qui évidemment pourrait être placé à une distance quel-
- Fiq\ 2. — Un dessin vu dans l'appareil Rühmer.
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- : ACADÉMIE DES SCIENCES
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- conque). Le miroir du galvanomètre, correspondant à chacune des 25 sections de l’écran récepteur, subit, par conséquent, une déviation plus ou moins grande, suivant l’éclairage de la section correspondante de l’écran de transmission. Ces déviations de miroirs modifieront à leur lour l’éclairage de la section correspondante de l’écran récepteur, de façon à y x'eproduire instantanément le dessin original. 11 en est évidemment dé même des appareils de télévision complets, susceptibles de rendre, avec une grande abondance de détails, les images et les
- scènes les plus compliquées. Comme l’inertie de la pile photoélectrique est entièrement éliminée, l’appareil suit instantanément les moindres déplacements de l’objet original.
- Chaque section, avec sa pile à sélénium, et son galvanomètre, constitue un appareil de précision, que l’inventeur se pique de construire lui-même. Aussi comprendra-t-on quelle somme énorme de travail et de patience implique la construction de l’appareil définitif.
- Dr Alfred G-radenwjtz.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 janvier 1910. — Présidence de M. E. Picard.
- Images changeantes sur plaque autostéréoscopique. — M. Lippmann dépose une Note de M. E. Estanave dans laquelle l’auteur rappelle d’abord qu’il a signalé qu’on pouvait obtenir en projection sur un écran spécial appelé par lui écran stéréoscope deux images changeant d’aspect suivant le point de vue de l’observateur. Ces images étant fugitives, il s’est proposé de les fixer sur une plaque photographique, de telle manière qu’en observant celle-ci par transparence, l’une ou l’autre des images apparaisse exclusivement. Il a ensuite cherché à obtenir sur la même plaque trois images différentes visibles chacune individuellement et exclusivement. Après avoir obtenu ces résultats sur une plaque photographique ordinaire armée d’un réseau ligné, il les a enregistrées sur une plaque du type des plaques autostéréoscopiques dont il a donné la description au début de 1909. Théoriquement il est possible d’obtenir un plus grand nombre d’images différentes sur la même plaque, mais il est à remarquer que la généralisation semble pratiquement limitée, car les images sont de plus en plus incomplètes, puisque les bandes filiformes qui constituent la même image sont de plus en plus éloignées. Dans le cas de deux aspects, les éléments d’une des images sont adjacents à ceux de l’autre. Quand il y a trois aspects, les éléments constitutifs d’une des images sont séparés par deux éléments appartenant chacun aux deux autres images.
- Carie de la terre au un-millionième. — M. Grandi-dier confirme que différents Congrès de géographie ont depuis 1891 exprimé le vœu que les divers gouvernements s’entendissent pour publier une carte de la terre au un-millionième. Actuellement, par suite de la diversité des échelles et des systèmes de projections employés, les cartes publiées par les différentes puissances ne peuvent se superposer et par suite s’assembler ou se compléter. La variété des signes conventionnels exige, pour chaque pays, des notions spéciales, enfin il n’est pas jusqu’aux inscriptions qui pour être faites au moyen d’alphabets différents ne soient une difficulté d’utilisation générale, difficulté que compliquent souvent des différences systématiques d’orthographe. Un Congrès international s’est réuni à Londres au mois de novembre dernier et la difficile question du choix d’une projection a été résolue de même que celle du méridien unique. Conformément à la proposition de l’un des délégués, M. Ch. Lallemand, le Congrès a adopté la projection polyédrique. La terre a été divisée en fragments de fuseau de 6° de longitude et 4 de latitude. Chaque zone comprise dans une fraction de fuseau sera projetée d’après son
- méridien central. L’origine des méridiens a été placée à Greenwich, mais les altitudes comme les profondeurs seront exprimées en mètres. M. Grandidier, en fournissant ces renseignements, demande que l’Académie des sciences ne se désintéresse pas de la question et qu’elle intervienne auprès des pouvoirs publics pour obtenir que la part incombant à la France dans cette œuvre internationale, soit confiée au service géographique de l’armée. Cet établissement a su se tenir au courant de tous les progrès réalisés dans la cartographie et se placer en tête des étabbssements analogues des autres puissances. Ce sont ses cartes qui ont été utilisées pendant la guerre d’Extrême-Orient.
- Variations de la voix dans certaines maladies. — M. d’Arsonval présente une Note de M. le Dr Marage dans laquelle l’auteur expose comment l’enregistrement des vibrations de la voix peut être employé à suivre les maladies du larynx. Il fait chanter une ou deux gammes sur une voyelle au malade, à différentes phases de la maladie. M. Marage produit des photographies de la voix de deux malades. Ces photographies permettent de constater immédiatement à l’œil et non plus seulement à l’oreille la transformation de l’organe vocal.
- Spectroscope perfectionné. — M. Bouly présente ensuite une Note de M. Ch. Fery, décrivant un nouveau spectroscope dans lequel toutes les lentilles sont supprimées. Jusqu’à ce jour les faces des prismes des spectro-scopes étaient planes: M. Ch. Fery les remplace par des faces courbes dont les courbures sont convenablement calculées et dont une est argentée. L’absorption de lumière se trouve réduite au minimum. Un spectroscope ainsi construit, de 1,55 m. de foyer, donne un spectre de 0,17 m. de longueur d’une netteté parfaite.
- Corps nouveau. — M. Haller résume un travail de MM. Moureu et Ch. Bongrand, sur un corps nouveau. En dehors du cyanogène, dont la découverte par Gay-Lussae remonte à 1815, on n’avait pas encore obtenu d’autre composé exclusivement formé de carbone et d’azote. MM. Ch. Moureu et Ch. Bongrand viennent d’isoler un corps qui répond à la formule C4 N8 et qu’ils appellent sous-azoture de carbone. Ils l’ont préparé en déshydratant la diamide de l’acide acétvlène-dicarbonique. Le sous-azoture de carbone est un corps cristallisé fondant à 20° et bouillant à 70°. Il rappelle le cyanogène par quelques caractères essentiels : odeur très irritante, combustibilité avec flamme pourprée. 'Le sous-azoture de carbone possède la propriété de s’enflammer spontanément à l’air vers la température dé 130° ainsi' que le sulfure de carbone à 150°. Cii. de Vii.ledeuil.
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- UNE NOUVELLE GRANDE COMETE
- Au moment où l’on s’intéresse si vivement au retour de la célèbre comète de Halley, voici qu’une nouvelle et inopinée visiteuse s’est montrée presque subitement par suite de la direction de son mouvement, et avec un éclat dont nous avions perdu le souvenir depuis de longues années.
- Elle a été aperçue le 17 janvier au lever du soleil, par M. Drake, à Johannesburg (Transvaal). Celui-ci fit part de sa découverte à l’observatoire de cette
- ris, le 21 janvier, vers 5 h. 50. Ce jour-là le noyau paraissait brillant et la queue courbe développée sur une assez belle longueur, que le crépuscule encore très accentué et les brumes empêchaient certainement de voir dans toute son étendue (voir la figure).
- Le lendemain 22, dans de meilleures conditions, la comète s’est montrée plus belle et plus développée, à peu près telle que dans le cartouche du dcs-
- La nouvelle comète telle qu’elle apparut dans le ciel de Paris, le 21 janvier à 5 h. 3o m. du soir. — En cartouche : aspect de la comète, le 22 janvier.
- ville, dont le directeur, M. R. T. À. Innés, vérifia la position exacte de l’astre errant qui se trouvait à 5° au sud du soleil, et brillait avec un tel éclat que le télescope permit de la voir en plein jour.
- Son mouvement était très rapide. Le lendemain 18, on l’observa à Alger, de l’autre côté du soleil, et par suite de cette grande rapidité — près de 5° par jour dans la direction N.-E. — la comète ne devait pas tarder à se montrer facilement, après le coucher du soleil cette fois. C’est ainsi qu’elle fut très bien aperçue le 20, à 5 h. 20 du soir à Marseille. Le ciel à peu près dégagé de nuages dans la direction du couchant m’a permis de la voir à Pa-
- sin . la queue devait avoir alors plusieurs degrés de longueur et le noyau brillait vivement.
- L’arrivée de la comète de Johannesburg, presque au moment où nous mettons sous presse, ne nous permet pas de donner dans ce numéro d’autres renseignements.
- D’après les premières observations effectuées, le calcul des éléments de son orbite nous fera bientôt connaître la marche exacte de cet astre dans l’espace. Lucien Rudaux.
- Le Gérant : P. Masson.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9.
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- LA NATURE. — N° 1915.
- 5 FÉVRIER 1910.
- LES CRUES DE LA SEINE
- 'J LAZARE
- Trocadcro
- Invalides'*
- rÿp -p ^ : Blv
- Ll'XEMBOWèl
- de Dccerrcbre 1710.
- de Janvier 1802.
- Plan de Paris avec les régions inondées en i658, 1740, 1802 (d'après Bel grand). Les cotes atteintes par ces trois grandes crues ont été :
- Février i658............ Amont de Paris : 35 m. 06 Aval de Paris1 : 33 m. 58
- Décembre 1740........... — 34 m. i5 — 32 m. 60
- Janvier 1802............ — 33 m. 70 — 32 m. 3o
- Les très grandes nomènes assez rares ; elles ont fait l’objet d’études importantes qui ont un caractère pratique indéniable ; en effet, ces phénomènes ne se produisant qu’à de longs intervalles, prennent trop souvent au dépourvu les populations in-téressées. Aussi est-il indispensable que les ingénieurs en gardent la trace dans leurs archives pour que, le moment venu, ils puis-
- 1 Ces chiffres représentent l’altitude absolue au-dessus du niveau de la mer à laquelle se trouvait la surface du ileuve.
- 38e année. —
- crues delà Seine sont des phé- | sent tirer parti des
- enseignements
- Carie schématique du Bassin de Paris, indiquant les régions de terrains perméables et imperméables (en temps depluies persistantes).
- irr semestre.
- du passé et annoncer plusieurs jours à l'avance2, comme ils l’ont fait en 1876 et cette année encore, la hauteur d’eau à laquelle le fleuve doit monter à Paris et dans les diverses localités intéressées.
- La crue de 1910 restera l’une de celles qui aura
- 2 Le Service d'annonces des crues a été organisé par MM. Belgrand et Georges Lemoine. Leurs collaborateurs,M. de Préau-dcau, M. Maillet ont également publié silices questions de très importants travaux. C’est dans ces publications qûc les indications de cet article ont été puisées.
- 10. — 145
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- LES CRUES DE LA SEINE
- laissé les plus tristes souvenirs1. Les campagnes inondées sont plus peuplées aujourd’hui' qu’il y a
- i. Moulée de Veau dans la gare d'Orsay le lundi 24 janvier.
- 2. Sortie de Veau par les soupiraux d'Orsay le mardi 25..
- 3. Rue de Poitiers le mardi 25.
- trente ans et l’importance du sinistre est plus considérable. De plus, notre vie moderne est devenue si complexe que le moindre accroc suffit à fausser tout l’organisme de notre civilisation.
- Mécanisme du phénomène. —-On sait que le bassin de la Seine est, au point de vue géologique, constitué à la fois par des terrains perméables et des terrains imperméables2.
- L’eau qui tombe sur les terrains imperméables ne s’infiltre pas ou s’infiltre peu; aussi les cours d’eau qui coulent sur ces terrains ont-ils un caractère nettement torrentiel.
- Au contraire, l’eau qui tombe sur les terrains perméables s’enfonce en profondeur et elle s’emmagasine dans les couches souterraines en formant un vaste réseau de fissures grandes et petites, qui se déversent assez lentement plus ou moins loin de là pour former des sources. Les cours d’eau de ces terrains sont essentiellement tranquilles.
- Les rivières torrentielles comme l’Yonne montent très rapidement, mais descendent très vite. Les rivières tranquilles montent lentement d’une manière continue; en revanche leur baisse est aussi très lente.
- La Seine à Paris est formée de la réunion de trois cours d’eau principaux : l’Yonne, la Ilaute-Seine et la Marne. Lorsque des pluies générales se produisent, ce qui est presque toujours le cas, la crue de l’Yonne arrive première au confluent au bout de 5 ou 4 jours et elle produit le maximum de la montée. La crue de la Haute-Seine et de la Marne, cours d’eau tranquilles, alimentés surtout par des sources, est, au moins, de 4 ou 5 jours en retard; elle arrive donc à Paris 8 à 9 jours après que s’est produit le phénomène météorologique initial; elle ne fait que soutenir la crue déjà existante.
- Si un nouveau phénomène météorologique se produit dans les parties supérieures du bassin, une
- 1 Les données scientifiques relatives à la crue de la Seine 11c sont pas encore connues. 11 faudra évidemment plusieurs mois au Service hydrométrique pour les condenser. La Nature les fera connaître en temps utile.
- 2 Georges Lemoine. État actuel de nos connaissances sur l’hydrométrie du Bassin de la Seine. Annales de Géographie, 15 oct. 1892.
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- seconde crue a lieu pendant que le fleuve s’écoule ; il fait croître le fleuve d’une façon à peu près continue.
- Il en résulte que, si les affluents éprouvent, dans l’intervalle d’un mois, sept à huit crues successives,
- Ces règles générales permettent de prévoir, plusieurs jours à l’avance, la hauteur'd’eau à laquelle montera la crue à Paris.
- Certaines perturbations peuvent cependant se
- i. Au quai de Billy le mardi 25.
- 2.. Arrivée de l’eau dans la rue de Lyon le mercredi 26.
- 3. Avenue Ledru-Rollin le mercredi 26. — 4. Rue de Bièvre le jeudi 27. 5. Rue de Bercy le mercredi 26.
- 6. Quai de Billy le mardi 25.
- le fleuve à Paris peut monter d’une manière presque continue pendant tout le mois, comme s’il éprouvait une crue unique.
- produire. Il s’agit de l’influence des rivières du groupe du Grand-Morin. Il convient de les expliquer; car on en a beaucoup parlé cette année.
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- Muséum d'Histoire Naturelle: vestibule de la Paléontologie.— Les collections de fossiles des missions Morgan, Mecquennen, Tournoër, etc., préservées par les soins de MM. Boule, Thévenin, Perrin, Papoint et leur personnel.
- Invasion du sous-sol du bâtiment de Paléontologie. Atelier du mécanicien, les tours et dynamos sont submergés.
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- Intérieur de la gare d’Orsay le mardi 25, à n h. du matin.
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- ; Le Grand-Morin, le Petit-Morin, le Surmelin sont trois affluents de la rive gauche de la Marne, qui
- drainent toute la Brie. Ce sont des rivières peu importantes qui, en temps ordinaire, ont un rôle médiocre ; en effet, les terrains qu’elles drainent sont relativement perméables; mais, à la suite de pluies persistantes, ces terrains perméables se gorgent d’eau; ils deviennent incapables d’en absorber de nouvelles quantités et jouent le rôle de terrains imperméables. Dès lors, le Grand-Morin, et les rivières analogues passent de l’état de cours d’eau tranquilles à l’état de cours d’eau torrentiels et une pluie un peu importante en Brie suffit à les mettre en crue. Or, cette crue met à peine un jour et demi à arriver à Paris; c’est dire qu’elle y parvient à peu près en même temps que les avis du Service hydrométrique la concernant; aussi les crues du Grand-Morin peuvent-elles augmenter brusquement de 40 cm les hauteurs d’eau prévues à Paris et par suite déterminer des sinistres, difficilement évitables.
- Les grandes crues anciennes. — Pour que le fleuve s’élève à Paris aux plus hautes limites connues, il faut un concours de circonstances qui se reproduit assez rarement; il faut que les divers affluents soient en crue à peu près en même temps.
- Il est triste deN dire qu’il n’y a pour ainsi dire pas de limite à cette élévation progressive des eaux dans les grandes crues de la Seine. Il suffit, pour les porter au delà des limites connues, d’une série de pluies assez ordinaires, mais extrêmement prolongées, se succédant les unes aux autres à peu d’intervalle, de manière à produire une série de petites crues distinctes sur les affluents torrentiels.
- Il semble, au premier abord, qu’aux époques reculées, les inondations à Paris étaient beaucoup plus nombreuses et plus désastreuses qu’aujourd’hui; mais il ne faut pas perdre de vue que le sol de Paris était alors bien moins élevé. A l’origine, les diverses rues de la Cité étaient aussi submersibles que le sont aujourd’hui les prairies de Maisons-Alfort, et les grandes crues ordinaires de la Seine produisaient des débordements dans la ville. Mais depuis, cette plaine basse s’est exhaussée peu à peu, et aujourd’hui, dans toutes les fouilles
- j. Pont de l’Alma (amont) le mardi 25.
- 2. Pont de l’Alma (aval) le jeudi 27.
- 3. Courbevoie le mercredi 26,
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- d’égout, on la retrouve recouverte de 2 à 5 m. de décombres. Aussi les grandes crues ordinaires devaient-elles s’élever autrefois dans les quartiers bas jusqu’aux fenêtres du rez-de-chaussée et causer des dégâts incalculables, assez comparables à ceux qui se sont produits cette année dans la banlieue.
- Les observations précises sur les hauteurs des crues extraordinaires ne remontent pas au delà de 1649 L
- Février 1649. 25 janvier 1651 . 27 février 1658 ? 1690.
- mars 1711. . 25 décembre 1740 * 9 février 1764 .
- 5 janvier 18021 2 3 4.
- 2 mars 1807. . 18 mars 1807. . 29 janvier 1910
- 7,66 m. 7,85 m. 8,81 m. 7,55 m. 7,62 m. 7,90 m. 7,55 m.(?) 7,45 m. 6,70 m.
- 6.50 m.
- 8.50 m.
- Seules les crues pendant lesquelles la Seine a atteint environ 7 m. au pont de la Tournelle figurent dans ce tableau. Cependant on considère déjà les crues comme graves quand elles atteignent 6 m. à l’échelle du pont de la Tournelle.
- On voit que la crue de 1910 a dépassé toutes les crues connues, sauf peut-être celles de 1658, autant que l’on peut en juger par les récits et les descriptions qui nous sont, parvenus.
- Pour les grandes crues anciennes, leur mécanisme a presque toujours été le même.
- 1 Maurice Champion. Les inondations en France depuis le VIe siècle jusqu'à nos jours, Paris, Dunod. — M. Bklguand. La Seine. Études hydrologiques, Paris, Dunod, 1872. — Belgiund et G. Lemoine. Éludes sur la grande crue de la Seine en mars 1876. Annales des Ponts et Chaussées, p. 435-466, pl. VII.
- 2 Toutes ces observations sont rapportées à l’échelle du Pont de la Tournelle où l’on a fait des observations journalières depuis 1732.
- 3 Ces chiffres qui représentent les maxima sont empruntés à : de Pkéaddeau, sous la direction de Lefébuiie jje T o eue y et G. Lemoine. Manuel hydro'ogiquc du Bassin de la Seine, 1884. Paris, Irnpr. Nationale. Les auteurs y ont révisé et discuté les chiffres fournis antérieurement. On peut considérer les données qui s'y trouvent comme définitives.
- 4 Comme on le voit par ce tableau, il ne semble y avoir aucune périodicité dans ces grandes crues. Aussi me paraît-il oiseux de m’étendre sur les soi-disant lois de périodicité que l’on a essayé de démêler dans ces phénomènes.
- i. Puteaux, île du Pont.
- 2. Devant La Malmaison. — 3. Quai de Bougival. [Le mercredi ,26. janvier.)
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- Les effets des anciennes crues. —- Il e§t inutile le ^décrire ici les résultats de la crue actuelle. On
- les connaît par les récits des journautf; les belles photographies de M. Lucien Rudaux remplaceront toute description.
- Mais il me paraît intéressant de rappeler ce que Belgrand écrivait en 1872 [La Seine, p. 519).
- « Paris est donc sous la menace incessante d’une inondation..., le souvenir des derniers désastres est même si éloigné de nous, que ceux qui.parlent de précautions à prendre pour en empêcher le retour risquent fort d’être traités comme des rêveurs et des visionnaires.
- « La crue de 1658 couvrirait encore 1166 hectares; celle de 1740, 720 hectares; celle de 1802, 455 hectares
- « Pour se faire une idée de ces désastres, il faut se figurer les quartiers de la rive droite, submergés depuis Bercy jusqu’à la rue du Faubourg- Saint-Antoine, jusqu’au canal Saint-Martin, et depuis la place de la Concorde jusqu’aux fortifications avec 2 ou 5 m. d’eau dans les rues basses d’Àuteuil et de Bercy. Qu’on imagine ce lac se développant sur le tracé de l’ancien égout de ceinture à travers le faubourg Saint-Honoré et le quartier de la Madeleine jusqu’au boulevard de Sébastopol. Sur la rive gauche, les quais de la Gare, d’Austerlitz, la vallée de la Bièvre, les rues de Seine, de Lille, de Yer-neuil, de l'Université, l’esplanade des Invalides, le Gros-Caillou et Grenelle seraient entièrement noyés, avec 2 ou 5 m. d’eau aux points bas, notamment à la Chambre des Députés, au Ministère des Affaires étrangères, à Grenelle; les caves à deux étages des' boulevards de Sébastopol, Malesherbes et de la rue de Rivoli seraient remplies d’eau jusqu’au rez-de-chaussée. »
- On croirait lire, à peu de chose près, la description des ravages de la crue de celte année qui a été cependant plus élevée que celle de 1802.
- Les moyens de lutter contre l’inondation. — Belgrand1 a beaucoup étudié les moyens de lutter contre l’inondation à Paris.
- Il pensait que pour préserver les
- . i. Bougival ,vu de l’ile.
- 2. Ile de Croissy [villa Charcot). — 3, Usine des eaux de Versailles 4. Prise d’eau de Versailles.
- (Le mercredi 26 janvier.)
- 1 Belgrand. Sur les crues de la Seine et les moyens de préserver Paris des débordements du fleuve. C. fi. Acad. Sc., LXXXII, 8 mai 1876.
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- Devant la gare Saint-Lazare.
- Cour, place et rue de Rome, le samedi 29 janvier, au maximum de l’invasion des eaux.
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- points,bas des débordements, il fallait tout d’abord rendre les quais insubmersibles et, en temps de crue, intercepter toute communication du fleuve avec les égouts. Ces précautions auraient peut-être été efficaces, cette année, au moins dans les premiers jours, si l’eau n’avait pénétré dans la ville, d'une part par ces égouts, incomplètement isolés du fleuve, d’autre part par les bouches d’appel et les canaux souterrains que forment la ligne d’Orsay-Àusterlilz, celle des Invalides-Versailles et sur toute la portion inachevée des lignes métropolitaines.
- On aura, ajoute Belgrand, une idée de la difficulté pratique de l’application du remède héroïque proposé
- Enfin, le même ingénieur, dans un travail en collaboration avec M. Georges Lemoine1, avait appelé l’attention sur l’intérêt qu’il y avait à construire en amont des réservoirs susceptibles d’emmagasiner l’eau, et par suite sinon de prévenir les maux résultant de l’inondation, tout au moins de les diminuer, en même temps qu’ils conservaient les eaux nécessaires pour les besoins de l’industrie, de la navigation et de l’agriculture2.
- Mais il semble que tous ces palliatifs soient insuffisants quand la crue atteint les proportions de celle de 1910.
- Enseignement géologique fourni par la crue. —
- Au coin de la place Maubert. Déménagement quai des Grands-Augustins Je 27.
- (Le jeudi 27.) Rue des Saints-Pères le 28.
- par les anciens ingénieurs qui consistait à relever convenablement le sol de la ville. Pour le relever de 2 à 5 m. sur certains points, et peut-être en moyenne de 1 m., sur une surface de 1000 à 1200 hectares, il faudrait payer aux propriétaires des indemnités énormes.
- Le moyen proposé au xvne siècle et consistant à creuser un grand canal de décharge au nord de Paris, en suivant à peu près le tracé actuel des canaux Saint-Martin et Saint-Denis, exigerait aujourd’hui des dépenses énormes; un devis fait avant 1870 l’estimait déjà à plus de 50 millions.
- 1 Belgrand et G. Lemoine. Étude sur la région des eaux du Bassin de la Seine pendant les crues du mois de septembre 1866. Annales des Ponts et Chaussées, 1866.
- On s’étonne souvent, en voyant les énormes vallées de la Seine et de ses affluents et l’on se demande comment elles ont pu se creuser et quel fleuve gigantesque a pu les remplir, alors qu’un mince filet d’eau, cantonné dans le fond de la vallée, y serpente seul.
- Or, ce fleuve gigantesque, nous le voyons aujourd’hui dans son lit majeur, dans celui où l’on trouve ses alluvions de l’époque quaternaire.
- C’est là une preuve que, pour expliquer l’activité de jadis de la Seine, il n’est point nécessaire d’invoquer des cataclysmes. Quelques pluies d’automne,
- a Depuis cel te époque, on a construit le réservoir de Porit-et-Massenne, en amont de Semur sur l’Armancon et on a terminé le réservoir des Settons sur la Cure.
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- Quai des Tuileries le vendredi 28. Une fissure dans le parapet du quai, qui est plus bas que le niveau de Veau.
- prolongées, suffisent, comme on le voit aujourd’hui et comme on le savait depuis longtemps.
- Nous voyons sous nos yeux le fleuve affouiller et creuser ses berges et cela malgré les entraves que l’homme apporte à son travail.
- On a fait, en 1876, des expériences fort intéressantes pour déterminer le débit de la Seine à Paris ; la Seine atteignait la cote 6,48 m. au pont de la Tournelle, le débit était de 1600 mr> par seconde. On a calculé que pour une cote de 7,80 m. au pont de la Tournelle, le débit serait de 2100 m3 environ par seconde. Le débit de la Seine, pendant la crue de 1910, a donc été supérieur à ce chiffre. On a pu en déduire qu’en 1876, pendant les 55 jours que la crue a duré, la Seine a débité 4 milliards 231 millions de mètres cubes d'eau.
- Pour se faire une idée palpable de l’immensité de ce chiffre, il faut s’imaginer un . réservoir occupant toute la superficie de la Ville de Paris (7802 hectares). La Seine, pendant la crue de 1876, aurait rempli cet
- Pont de Solférino (amont) le vendredi 28 à midi.
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- 156 ===== l aluminium au point de vue monétaire
- énorme réservoir jusqu’à une hauteur de 60 m., c’est-à-dire environ jusqu’à la hauteur des tours Notre-Dame.
- Cette formidable masse d’eau transporte une grande quantité de matériaux flottants; mais la quantité de matière qu’elle transporte à l’état de suspension, est plus considérable encore.
- L’étude des matières en suspension dans les eaux courantes du Bassin de la Seine n’a malheu-
- i. Sapeurs du génie barrant le quai d'Orsay, du Métropolitain rue Caumariin le 29 janvier
- Quai d'Orsay
- peu trouble, ces chiffres sont peul-être trop forts; en tout cas, il y a lieu d’attendre le résultat des expériences en cours avant d’en faire état.
- Mais les données, que la crue actuelle fournit sur le travail du fleuve en période de hautes eaux, aident à comprendre que la théorie géologique de l’usure terrestre par l’influence du ruissellement, poursuivie pendant des siècles, est une réalité beaucoup plus palpable qu’on ne se l’imagine tout d’abord.
- — 2. Rue Surcouf le 27 janvier. — 3. Entrée . — 4. Immersion de la ligne des Invalides au le 27 janvier.
- reusement fait l’objet que d’un petit nombre de recherches. Aucune n’a été faite en période de crue.
- En période ordinaire le maximum a été trouvé de 515 gr. par mètre cube pour la Marne en 1865 et de 626 gr. pour la Seine en 1866.
- L’eau de Seine étant, à ce moment, relativement
- Aussi cette crue de la Seine comportera-t-elle un enseignement géologique important, à côté des données qu’elle fournira aux ingénieurs et qui leur permettront de poursuivre plus avant l’œuvre de préservation, commencée à Paris depuis des siècles.
- Paul Lemoine.
- Docteur ès sciences.
- L’ALUMINIUM AU POINT DE VUE MONÉTAIRE
- On s’attaque depuis quelque temps à notre vieille monnaie de billon réputée à juste titre pour son incommodité ; on voudrait nous doter, à l’instar de nos voisins, d’élégantes et légères piécettes ; l’administration aurait enfin l’intention d’alléger nos porte-monnaie sans toutefois les appauvrir, en les garnissant d’un des plus légers
- métaux connus, l’aluminium. A la veille de cettre transformation il paraît intéressant d’examiner quelles sont les qualités d’un bon métal monétaire et si le nouveau venu répond bien à toutes les conditions désirables.
- Et tout d’abord quelles sont, au point de vue budgétaire, les différents points à envisager? Lés dépenses
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- L’ALUMINIUM AU POINT DE VUE MONETAIRE
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- inhérentes à toute transformation se réduisent à trois chefs principaux :
- 1° La perte résultant du retrait de la monnaie de bronze; 2° l’achat du poids de métal nouveau nécessaire; 5° les frais de fabrication.
- Les recettes sont de deux sortes :
- 1° La valeur nominale de la nouvelle monnaie; 2° le produit de la vente du métal des pièces sortant de la circulation.
- Telles sont en somme les bases du bilan de l’opération projetée. La plupart sont indépendantes du choix du métal, ce dernier étant déterminé par les deux seules conditions de se prêter facilement au laminage et à la frappe et de fournir pour le moindre prix le poids nécessaire à un nombre déterminé de pièces. A examiner de près ce second point, on voit d’ailleurs qu’il dépend de plusieurs facteurs, à savoir :
- Le volume des pièces, c’est-à-dire leur diamètre et leur épaisseur; la densité du métal et sa valeur intrin- ; sèque. !
- Lë diamètre des pièces doit être fixé 1 a priori, quel que soit le métal, par des raisons de commodité et de maniabilité.
- 11 en est de même pour l’épaisseur : il importe en effet, avant tout, que les pièces ne puissent s’échapper trop facilement des doigts; mais elles ne doivent pas non plus se plier et se tordre sans peine et nous voyons qu’au-dessus d’un certain minimum l’épaisseur dépendra de la résistance du métal. On est donc conduit au simple point de vue économique à faire la balance entre trois caractéristiques des métaux : leur résistance, leur densité et leur prix. Un métal plus léger pourra à égalité de résistance et de valeur permettre une
- V
- d’être amené à modifier sensiblement l’épaisseur des pièces pour parer aux inconvénients que nous avons cités. On redoute une disparition rapide de l’effigie, un « frai » trop considérable, une usure qui oblige à retirer au bout de peu de temps de la circulation un grand nombre de pièces. Toutes ces objections assez justifiées, peuvent être facilement tournées. Il est facile, en effet, de conserver les précieuses qualités de l’aluminium, en évitant ses défauts;il suffit de lui incorporer 5à 4 pour 100 de métaux appropriés pour obtenir des alliages d’égale légèreté mais deux fois plus résistants et infiniment plus durs1. Ces alliages présentent l’aspect et l’éclat de l’alu-
- Les futures monnaies d’aluminium (revers).
- économie, puisqu’un égal nombre de pièces de forme identique pèsera moins ; il pourra entrer en considération même s’il coûte plus cher. Ce sera a fortiori le cas pour un métal à la fois plus léger et plus résistant puisqu’il permettra de réduire l’épaisseur des pièces et par suite le poids total nécessaire à la transformation.
- Dans le problème que nous examinons l’aluminium s’est présenté tout de suite à l’esprit. Sa remarquable légèreté (densité 2,65, densité du billon 8,8), rabaissement de son prix de vente au cours des dernières années (il vaut actuellement 1 fr. 60 le kg et valait 4 fr. 25 en '1906) l’ont désigné le premier à l’attention des réformateurs. Certains métallurgistes sont toutefois inquiets de son adoption éventuelle et ceci tout particulièrement à cause de son peu de résistance et de sa faible dureté. On craint
- Les futures monnaies divisionnaires en aluminium (avers)
- minium et peuvent se laminer et se frapper aussi aisément que le métal pur. Il semble donc que les efforts doivent plutôt se porter de ce côté; l’opération serait d’ailleurs dans l’hypothèse encore plus économique, l’augmentation de résistance compensant largement la différence de prix, pour les raisons exposées précédemment.
- Outre les qualités précédentes, il en est quelques autres auxquelles doit répondre tout métal monétaire et que l’aluminium parfaitement pur et les alliages en question comportent au même degré.
- ...-rr-^ De composition invariable, il doit résister
- ’ à l’attaque de l’air, de l’humidité, des j acides gras, des sels, du sel marin tout j particulièrement. On ne saurait, en effet, ! admettre une monnaie qui ne résisterait pas à une saison au bord de la mer. j Ajoutons enfin que ' la nouvelle pièce ne j doit permettre aucune confusion avec • J celles actuellement en usage, or si l’éclat ; de l’aluminium rappelle celui de l’argent, son incomparable légèreté évitera toute erreur.
- Une autre considération milite également en faveur de ce métal. C’est en France que l’industrie de l’aluminium a pris naissance à la suite des travaux de Sainte-Claire Deville; notre pays possède les plus riches gisements de bauxite d’où on l’extrait généralement et c’est à des ingénieurs
- 1 On est arrivé à réaliser des alliages à 96 p. 100 d’aluminium de densité 2,90 présentant les caractéristiques suivantes :
- IIECUIT ÉCROUI
- Résistance ... 27 kg. Résistance ... 56 kg.
- Limite élastique. 13— Limite élastique. 55 kg, 800
- Allongement . . 18 p. 100 Allongement . . 2 p. 100
- L’aluminium pur donne en moyenne :
- RECUIT ÉCROUI
- Résistance . . . 11 kg. Résistance . . . 23 kg.
- Limite élastique. 5 kg, 600 Limite élastique. 22 kg. 500
- Allongement . . 23 p. 100 Allongement . . 3 p. 100
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- LES UNITÉS DE LA MÉTÉOROLOGIE
- Français que l’on doit les découvertes les plus intéressantes touchant sa fabrication et l’installation des entreprises les plus importantes pour son exploitation. C’est donc un métal essentiellement français.
- Au surplus, tout permet d’espérer que nous serons bientôt dotés de cette monnaie commode et agréable.
- Les types en sont déjà arrêtés; nous devons à l'extrême obligeance de M. Raymond Poincaré, rapporteur du budget des finances au Sénat, d’avoir pu les photographier. La frappe en est fort dégante. Les figures ci-contre permettent d’en apprécier le caractère esthétique. Arxou.
- LES UNITÉS DE LA MÉTÉOROLOGIE
- Le respect d’un long passé, les perturbations qu’en-trainent les changements dans de volumineuses publications, la difficulté de modifier des notions que l’habitude a fortement ancrées, ont, jusqu’à ces dernières années, laissé les météorologistes anglais et américains en dehors de l’unilicalion à laquelle la totalité des hommes de science des autres nations se sont peu à peu ralliés, abandonnant dans l’intérêt de la communauté pouces, grains, livres ou degrés Réaumur.
- Cependant, déjà en Angleterre et aux Etats-Unis, on peut observer des indices très heureux d’un changement prochain. La belle publication du Weathér Bureau de Washington, The monlhly Weather Tieview, contient de nombreuses références aux unités métriques, et on peut dire que l’emploi des unités britanniques s’y restreint de plus en plus aux tableaux classiques des observations immédiates.
- D’un autre côté, le Meteorological Office de Grande-Bretagne a adopté, depuis le commencement de cette année, les degrés centigrades, partant du zéro absolu, pour exprimer les températures de la haute atmosphère, tandis que les pressions dans les mêmes régions sont données en unités C. G. S., c’est-à-dire en fonction de la mégadyne par centimètre carré, unité à laquelle le Congrès international de Physique de 1900, modifiant une proposition que j’avais formulée dès l’année 1889, a décidé de donner le nom de mégabarije. On se souvient que cette pression est représentée très sensiblement, dans les conditions normales de la pesanteur, par celle que donne une colonne de mercure d’une hauteur égale à 750 millimètres.
- Cette décision du Meteorological Office est due, sans aucun doute, au fait que, l’exploration de la haute atmosphère ayant été entreprise simultanément en divers pays par MM. Hildebrandsson, Rotch et Teisserenc de Bort, et poursuivie sous les auspices de la Commission internationale d’aéronautique scientifique, ont toujours été rapportées, par leurs auteurs, aux unités métriques, et que. le simple bon sens commandait de ne pas faire un retour en arrière dans une science nouvelle déjà très vivace et d’un grand avenir.
- Le système métrique ayant ainsi pénétré dans les publications météorologiques officielles du Royaume-Uni, on arrivera forcément à souffrir d’un dualisme obligeant les lecteurs à garder en mémoire deux échelles distinctes; et, comme aux Etats-Unis, on en conclura que la solution la plus simple et la plus
- satisfaisante doit consister à entrer complètement dans le concert des nations.
- D’autres propositions, cependant, ont été tentées par des météorologistes fort distingués. Ainsi, M. A. G. Mac-Adie, tout en adoptant le système métrique pour la vitesse du vent, les hauteurs d’eau tombées, etc., propose de donner arbitrairement à Expression atmosphérique normale la valeur 1000, de telle sorte que toutes les variations de la pression seraient exprimées immédiatement en millièmes de la pression correspondant à 760 millimètres.
- Cette nouvelle convention permettrait de reconnaître immédiatement la déviation de la pression normale à un moment donné; et elle conduirait probablement bientôt à simplifier les indications, dans ce sens que l’on ne donnerait que les excédents, positifs ou négatifs.
- Dans un sens un peu différent, le professeur Koppen, de Hambourg, propose d’exprimer les pressions atmosphériques dans les unités dynamiques ordinaires des mécaniciens, c’est-à-dire en grammes-force par centimètre carré.
- Cette proposition est intéressante; cependant, il ne semble pas qu’on doive la retenir. En effet, l’expression des forces en fonction des poids, avec les unités de pression, de travail ou de puissance qui en dérivent, n’ont été conservées en mécanique que pour ne pas modifier des habitudes qui datent de longtemps, et en vue de l’abandon desquelles il faudra d’abord modifier l’enseignement de la dynamique, tel qu’il est donné aux ingénieurs. Mais l’avenir est certainement aux unités rationnelles, qui partent de la dyne et conduisent au watt et au kilowatt. La mécanique souffre déjà d’un dualisme fâcheux, mais inévitable dans les périodes de transition ; et les efforts de ceux qui en sont pleinement conscients s’accordent pour faire une place de plus en plus large au kilowatt, et pour entraîner tout doucement l’abandon de l’unité irrationnelle qu’est le cheval, tout en faisant provisoirement une place au poncelet, qui doit faciliter la transition, et conduire tout naturellement à l’unité rationnelle de puissance1.
- Mais il faut bien nous rendre compte du fait que le kilogramme-force, et les unités dynamiques qui en dérivent, ne se conservent que grâce au fait que la valeur de g n’est pas très différente aux divers endroits du Globe, de telle sorte que, dans toutes les déterminations et dans tous les calculs où une
- 1 yoy. La Nature, nb 1903 du 13 novembre 1909.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
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- approximation élevée n'est pas exigée, on peut considérer g comme constant. En partant d'un kilo-gramme-foree local, assimilé au kilogramme-force normal, on s'assure d’une solution pratique simple.
- Maislesopérations perdent toute simplicité, lorsque les calculs doivent être assez précis pour tenir compte des différences locales de l’accélération de la pesanteur. Il faut alors réduire toutes les opérations au g normal, et ainsi on ne conserve plus aucun avantage immédiat par rapport au calcul en unités rationnelles; la réduction à celles-ci est un peu plus forte, mais le travail de calcul est le même.
- En météorologie, il a été décidé depuis longtemps de ramener toutes les données au g normal. Si donc on se décide à rapporter les pressions aux unités dynamiques, on ne peut trouver aucun avantage aies fonder sur le gramme-force. Le calcul direct rapporté à la dyne ne donne pas plus de peine, et possède, sur le premier, une grande supériorité théorique.
- On peut, d’ailleurs, remarquer que la pression de 1 kg/cm2 est représentée, dans les conditions normales de la pesanteur, par une colonne de mercure de 755 millimètres de mercure, alors que la mégabarye est donnée, comme je l’ai rappelé, par 750 millimètres, nombre plus simple; que, de plus, ce dernier est plus voisin que l’autre de la pression adoptée comme normale, et entraînerait un moindre changement. Si donc on veut rapporter les pressions atmosphériques à des unités dynamiques,
- ACADÉMIE I
- Séance du 3i janvier 1910. —
- La comète découverte à Johannesburg. — M. Des-landres présente une Note sur la comète découverte à l’Observatoire de Johannesburg. Depuis que cette comète a été aperçue à l’Observatoire de Meudon, son spectre a été suivi. Le 21 et le 22 janvier, il présentait avec une très grande intensité la raie du sodium. Au contraire, les raies ordinaires des comètes étaient faibles. Puis peu à peu, la raie du sodium a perdu de son intensité et a fini par disparaître à peu près et les hydrocarbures ont accusé de plus en plus leur présence. La comète a une queue large et longue. Le 29 janvier, à la fin du crépuscule, cette queue apparaissait droite sur l’horizon et terminée en crochet à son extrémité.
- Dégâts aux terres du bassin de la Seine. —M. Muntz s’est préoccupé de rechercher si l’énorme quantité de matériaux enlevés au bassin de Paris n’allait pas être une cause d’appauvrissement agricole de cette région. Il a calculé que ce limon ainsi enlevé à l’agriculture dans le bassin de Paris ne représente que quelques dix-millièmes de la quantité totale de limon dont elle dispose dans ce bassin. On n’a donc pas à craindre un appauvrissement du bassin par suite de l’entrainement d’une trop forte masse de limon.
- Nouveau procédé de détermination des longitudesr — M. Poincaré fait connaître que M. Eginitis, d’Athènes, ayant saisi le Bureau des longitudes d’une proposition de détermination de la différence de longitude Paris-Athènes, la question a été étudiée par le Bureau des longitudes. Le procédé du transport de l’heure d’une station à
- il n’y a aucun doute sur le changement à proposer, il faut adopter la mégabarye. Mais on peut, d’autre part, reprendre la proposition de M. Mc-Àdie. Et, dans ce cas, au lieu de désigner par 10001a pression représentée par une colonne de mercure de 760 millimètres, il serait beaucoup plus rationnel d’attribuer cette valeur arbitraire à la pression de 750 millimètres de mercure. Le calcul en unités rationnelles prendrait alors le maximum de simplicité.
- La valeur de 760 millimètres proposée par La-place, n’a rien de sacré; elle représente une moyenne assez vague des pressions au bord de la mer, telle qu’on la connaissait il y a un siècle, et arrondie pour la simplicité des calculs. Mais il suffirait de convenir que la pression moyenne est prise à une centaine de mètres d’altitude pour qu’elle correspondit sensiblement à la mégabarye.
- Sur l’intérêt d’un changement, je ne voudrais pas être trop affirmatif, la question de principe devant être résolue par les météorologistes, qui sont les premiers intéressés, et possèdent les compétences, les plus étendues en ces matières. Mais je voudrais résumer ce qui précède en disant que, si l’on se décidait à modifier quelque chose à l’état existant, la solution rationnelle devrait consister à exprimer les pressions en mégabaryes, et subsidiairement à attribuer à la hauteur barométrique de 750 millimètres la valeur 1000. Cü.-Ed. Guillaume,
- Directeur adjoinl. du Bureau international des poids et mesures.
- S'î/gfc
- ES SCIENCES
- Présidence de M. E. Picard.
- l’aulre par signaux enregistrés sur des chronographes et transmis par les lignes télégraphiques ne pouvait être appliqué qu’avec une grosse part d’incertitude à cause de l’absence du fil direct Paris-Athènes et de l’obligation où par suite on se trouvait d’introduire plusieurs relais dans le trajet. On a eu en conséquence l’idée de recourir à la transmission des signaux par la télégraphie sans fil. Des essais avaient d’ailleurs été faits dans ce sens en Allemagne par M. Albrecht, mais à faible distance. On imagina alors de produire les ondes hertziennes à Bizerte et de les enregistrer simultanément à Paris et à Athènes. M. Poincaré résume une Note de MM. Ferrié et Driencourt exposant les expériences préliminaires qui avaient été effectuées par eux dans le but de réaliser ces transmissions. Ces expériences avaient donné un plein succès et tout faisait espérer que pendant la belle saison l’opération pourrait être menée à bien. Mais la crue de la Seine, en détruisant les installations électriques de la Tour Eiffel, sera cause d’un long retard. Pour la môme cause, cette crue retarde le fonctionnement du service de transmission de l’heure aux navires en mer qui allait être inauguré incessamment.
- Désinfection aux feux de paille. — M. Lavcran présente une Note de M. Trillat signalant un procédé simple et. peu cher de procéder à des désinfections de locaux. L’assainissement par des fumées, après avoir été en honneur, avait été abandonné; il a été de nouveau mis en pratique et peut en ce moment rendre les plus grands services, car il suffit, pour obtenir de bons résultats, de
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- LE VIOLON JAVELL1ER
- brûler de la paille dans les locaux à désinfecter. La fumée dégagée contient de l’aldéhyde formique et d’autres produits désinfectants. Il est nécessaire que la paille soit humide et brûle difficilement et de plus que le local soit bien clos. Avec 6 lig de paille pour 100 mètres cubes d’air, l’effet est excellent ; on détruit ainsi le coli-bacille et le bacille de la fièvre typhoïde.
- Le niveau moyen de la mer. — M. Bertin présente une Note de M. Ch. Lallemand sur une erreur systématique dans la détermination du niveau moyen de la mer. Pour mesurer le niveau moyen de la mer, M. Lallemand a imaginé, sous le nom de médimarëmèirc, un appareil très simple, formé d’un tube étanche, fixé verticalement le long d’une jetée et fermé à sa base par un vase poreux. A travers ce vase, l’eau filtre et, à l’intérieur, reproduit, mais infiniment atténuées, les oscillations extérieures de la nappe liquide. En théorie, le niveau moyen devrait être le même de part et d’autre. En fait, depuis nombre d’années, pour tous les appareils en service et sans cause connue, le niveau intérieur était toujours trop bas de quelques centimètres. Une judicieuse observation de M. E. Prévost a fourni la clef de l’énigme. L’erreur provient des quelques gouttes d’eau retenues par la sonde chaque fois qu’on la plonge dans le tube pour y relever le niveau. La dépression anormale
- ainsi créée ne dépasse guère 1 millimètre : mais, le fait se répétant chaque jour, elle croît jusqu’à une limite (elle que, entre deux sondages, la rentrée d’eau correspondante par le filtre compense exactement le volume enlevé chaque fois. L’expérience et le calcul montrent que cette erreur, facile du reste à corriger, peut atteindre de 2 à G centimètres dans les appareils en service, mais n’altère pas l’égalité, précédemment reconnue par M. Lallemand, des niveaux moyens de l’Océan et de la Méditerranée.
- L’inondalion au Jardin des Plantes. — M. Edmond Perrier fait connaître que dès le commencement de la semaine dernière le Jardin des Plantes a été envahi par l’eau par suite de l’éclatement de nombreuses conduites enfouies dans le sous-sol. Mais aucune des collections du Muséum n’a été atteinte ; des dégâts importants ont été causés dans le laboratoire de M. Maquenne. Le sauvetage des ours blancs a présenté de très grandes difficultés, mais a pu être mené à bien ; celui des grands herbivores a également été difficile. Une girafe s’est montrée récalcitrante et a péri ainsi que deux antilopes. Une remarque importante s’est imposée à l’occasion des animaux des pays chauds, c’est la facilité avec laquelle ils ont supporté l’humidité froide.
- Cil. DE VlLLEDEülL.
- LE VIOLON JAVELLIER
- C’est un nouveau violon ou, si vous préférez, un artifice très simple qui s’applique à tout violon, quel qu’il soit, et en facilite singulièrement l’apprenLissage.
- De l’avis de tous les musiciens, rien n’est plus difficile que l’apprentissage du violon.
- Il exige une oreille délicate et musicienne, et en outre une longue patience, une application soutenue.
- On sait que pour donner une note, l’archet doit toucher la corde en un point bien déterminé, mais que seule une longue expérience finit par révéler.
- C’est après avoir donné force fausses notes, que le jeune violoniste, même le mieux doué, finit par jouer juste.
- Au piano, le cas n’est pas le même.
- Dès que l’exécutant sait déchiffrer aisément et qu’il a acquis suffisamment le mécanisme du jeu, il joue juste : ceci ne veut pas dire qu’il joue avec âme; mais enfin c’est déjà un'grand point acquis.
- Pourquoi ne pas procéder de même pour le violon?
- Pourquoi ne pas tracer sur la touche des divisions qui marqueraient les notes, comme font sur le clavier les touches du piano? C’est là l’idée qu’a eue M. Javellier et, qu’il a réalisée dans le violon que reproduit notre photographie.
- Le violon Javellier à touche graduée.
- Piien n’est plus simple, en apparence. En pratique, la mise au point d’un tel violon est un problème fort délicat. Sans doute il existe des règles de physique qui donnent les lois de vibration des cordes tendues : il semble qu’on en pourrait déduire mathématiquement la loi de division de la touche. Mais cette loi fait intervenir à la fois la longueur de la corde et sa tension ; le second de ces éléments est extrêmement variable suivant les exécutants.
- M. Javellier recourt à un procédé purement empirique; il fait marquer les notes sur la touche par un excellent musicien; pour rendre les marques apparentes, le bois est ensuite légèrement entaillé. L’élève qui débute se trouve ainsi constamment guidé par les indications d’un bon maître et sa formation s’en trouve évidemment accélérée.
- Nous ne voulons pas dire qu’avec le violon de M. Javellier le premier venu jouera correctement du violon. Mais les lenteurs fastidieuses du début se trouveront réduites en notables proportions. C’est là un résultat qui mérite d’être pris en considération. Ajoutons que point n’est besoin d’instruments spéciaux : tout violon peut être muni après coup de la commode graduation dont nous venons d’entretenir nos lecteurs. R. Yilliïrs.
- !,e Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1916. =
- 12 FÉVRIER 1910.
- LES MOUVEMENTS DU POLE
- S’il est difficile d’atteindre les pôles de la terre, il est plus difficile encore de les déterminer exactement; autrement dit, planter un pavillon dont la hampe prolongerait l’axe de rotation du globe et fixerait ainsi d’une façon matérielle le pôle, constitue un problème plus que délicat, dont la solution ne serait en outre que toute momentanée.
- Le sujet mérite de retenir notre attention. Il est d’une réelle actualité à propos d’un grand débat qui a agité l’opinion publique et sur lequel nous n’insisterons pas, ces lignes ayant uniquement pour but de considérer une curieuse particularité : les pôles de la terre se déplacent constamment et sont pour ainsi dire insaisissables !
- La position d’un point à la surface du globe est déterminée par l’intersection de deux lignes : la longitude et la latitude. Les longitudes sont fixées par des grands cercles ou méridiens équidistants comptés à partir d’une direction initiale ; ces grands cercles se croisent tous en deux points opposés de la sphère, lesquels sont précisément les pôles. Ils coupent à angle droit l’équateur et les latitudes sont des cercles parallèles à l’équateur.
- La détermination des latitudes est la seule qui nous intéresse ici. On sait qu’elle est obtenue par des mesures astronomiques consistant à prendre des hauteurs d’astres au-dessus de l’horizon à l’aide de théodolites ou de sextants.
- Cependant, rappelons à propos de la question envisagée, que les sextants (instruments à la main) sont susceptibles seulement d’une bonne approximation, et que les mesures exprimées en fractions d’arc de cercle, sont obtenues dans les meilleures conditions à dix secondes près, autrement dit, l’erreur métrique, sur le terrain, est d’environ trois cents mètres. Dans ces mesures de hauteurs d’astres, il faut tenir compte, on le sait, de l’in-
- fluence de la réfraction atmosphérique. Cette influence, il est possible d’en connaître l’importance d’une façon suffisamment exacte. Généralement, on opère sur des astres très élevés; mais si l’on doit observer seulement le soleil (ce qui est le cas pendant les longs jours polaires) au voisinage de l’horizon, c’est-à-dire à travers des couches atmosphériques de densités très différentes, on se trouve en présence d’anomalies souvent très considérables. D’intéressants phénomènes de réfraction ont été observés dans les régions polaires et pour illustrer ces cas, il n’y a qu’à se reporter à la reproduction d’un croquis par Nansen au cours de sa mémorable expédition (fig. 1).
- Après cette petite digression rappelant nettement la difficulté de déterminer d’une façon suffisamment précise la position du pôle par une simple observation effectuée dans des conditions difficiles et augmentant encore plus l’incertitude, examinons de plus près comment il se dérobe encore à l’audacieux qui voudrait y élever un monument commémoratif de son passage. En réalité, les pôles sont instables, nous l’avons dit, et s’il y a longtemps qu’Eeler l’avait pressenti par des spéculations théoriques, ce n’est qu’à une époque très récente que ces déplacements ont pu être mesurés positivement. En effet, la perfection des instruments installés dans les observatoires est devenue telle, que la latitude de ces stations peut être déterminée avec une approximation qui ne comporte pas plus de 0",1 d’arc d’écart, autrement dit 5 mètres.
- Dans ces conditions, le problème, pour la solution duquel les recherches étaient restées sans succès au cours des nombreuses tentatives entreprises de 1812 à 1873, a été repris en 1888 aux observatoires de Berlin, Potsdam et Prague, sous l’im-
- Fig. i. — Déformation du Soleil encore au-dessous de l'horizon sous l'influence de la réfraction atmosphérique. (D'après un croquis de Nansen.)
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- Fig. 2. — Tracé du déplacement du Pôle Nord de i8çç à iço8.
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- pulsion de l’association géodésique internationale. Grâce à la perfection des moyens et des méthodes employés, ces trois observatoires ont relevé une variation identique dans la latitude, se produisant d’une façon continue et périodique, dont l’amplitude atteignait 0",5 à 0",6, c’est-à-dire une quinzaine de mètres environ pour le balancement du pôle.
- Ce premier résultat fut confirmé par de nouvelles séries obtenues en 1891 et 1892, en deux stations opposées comme longitude, Berlin et Honolulu, de telle façon que le balancement soupçonné se traduisît par des variations de sens opposé; pendant que la latitude devait croître d’un côté, elle diminuerait de l’autre : tel fut effectivement le fait enregistré.
- Cette variation des latitudes, il était important de la mesurer exactement, afin de déterminer les lois de déplacement des pôles. Six stations ont été désignées pour suivre de façon continue le phénomène : Mizusawa (Japon), Iscbardjui (Asie centrale), Carloforte (Sicile), Gailhersburg, Cincinnati et Ukiah (États-Unis). Ces six stations sont situées sur la même latitude 39° 8' Nord et étudient le phénomène depuis 1900; il s’y est adjoint, depuis 1906, deux autres stations dans l’hémisphère Sud, sur le parallèle 31° 55', mais à l’opposé l’une de l’autre, Bayswater (Australie) et Oncativo (République Argentine).
- Toutes les observations obtenues ainsi ont été discutées récemment par le professeur Th. Albrecht et elles ont permis de tracer la courbe étrange que nous reproduisons ici : elle représente en sens et
- en grandeur (Y. la légende) la marche du pôle Nord.
- Ainsi un bâton, planté au pôle Nord, accomplirait cette sarabande... en admettant qu’il y reste; mais il faut se rappeler la dérive de la calotte polaire boréale utilisée par Nansen pour l’audacieuse randonnée du Fram, et, de fait, il serait impossible qu’un monument persistât dans ces parages.
- Revenons à notre question pour nous demander l’origine de cette marche curieuse de l’axe du globe. Plusieurs astronomes et physiciens l’ont analysée et, en 1891, Chandler a reconnu qu’elle résultait de la combinaison de deux petits mouvements circulaires, de 12 et 14 mois respectivement. D’après Kimura, cette seconde période elle-même subirait des variations. Ces deux mouvements ont deux causes différentes. Le premier, le plus court, se confondant avec l’année, est sans doute en relation avec les phénomènes météorologiques, tels que l’excès des grandes masses d’air refroidies en hiver au-dessus des continents glacés et se transportant en été au-dessus des océans ; cette ingénieuse hypothèse a été suggérée par le commandant Perrier. L’autre mouvement, dont M. Ch. Lallemand, le savant directeur du Nivellement général de la France, a fait une analyse remarquable '1, est occasionné par des actions cosmiques produisant des marées ou déformation de l’écorce terrestre.
- Cette promenade du pôle offre donc un très grand intérêt, car, outre la connaissance de cette instabilité de notre globe, elle permet aussi d’en mesurer le degré d’élasticité qui est comparable à celui de l’acier. M. Eylert.
- CHRONIQUE
- Courants électriques produits par les arbres, la terre et l’eau. — M. Commelin, dans une Note à la Société des ingénieurs civils, signale quelques expériences faites par lui pour constater que des courants électriques peuvent être produits par les arbres, la terre et l’eau. L’auteur a enfoncé une tige de cuivre dans un arbre, cette tige étant reliée à une borne d’un galvanomètre, l’autre l’étant à une tige de fer enfoncée dans le sol : le galvanomètre accusa une déviation de 4°. Le résultat est proportionnel au nombre des arbres.
- Dans une deuxième expérience une tige est enfoncée dans l’arbre dénudé d’écorce à cet endroit, l’autre tige est enfoncée dans l’écorce : le galvanomètre marque une déviation de 2°. Ces expériences ont été faites sur des hêtres, le peuplier donne des déviations plus prononcées.
- Une lige de fer enfoncée dans le sol a été reliée à une borne du galvanomètre, tandis que l’autre borne était reliée à un fil isolé du sol plongeant par son autre extrémité dans l’eau d’une rivière. On a trouvé une déviation de l’aiguille de 40° à 11 heures du matin, de 25° seulement l’après-midi. Enfin M. Commelin a immergé dans une solution de sulfate de cuivre deux lames de cuivre reliées à deux tiges en fer enfoncées dans le sol à 1 m. de distance ; il a recueilli au bout
- de 408 heures un dépôt de cuivre de 25 milligrammes, qui ne peut provenir que du passage d’un courant électrique.
- Le développement de la sériciculture en France et dans les colonies. — La France, qui, au milieu du xix" siècle, produisait 26 millions de cocons, n’en fournit plus aujourd’hui que 6 millions. Quant à la soie grège,son rapport n’est que de 600 000 kg environ, tandis que l’industrie française en emploie de 6 à 7 millions. La France est, par suite, tributaire de F étranger pour une quantité considérable de soie. En vue de remédier à cet état de choses, une Association séricicole française et coloniale vient d’être fondée à Joinville-le-Pont (Seine), par M. le Dr Rousseau, directeur de l’École pratique du Parangon, et M“e L. Rousseau, dans le but de faire revivre l’élevage du ver à soie dans notre pays et de propager l’enseignement de la sériciculture en France et dans les colonies françaises, de façon à permettre de tisser en France de la soie française. Le mûrier, nécessaire pour le ver à soie, peut être cultivé à peu près dans toute la France, si l’on prend toutes les précautions nécessaires. On se propose d’étendre cette campagne aux colonies dont beaucoup sont tout à fait propres à la production de la soie et à l’industrie séricicole.
- 1 Ann. du Bureau des Longitudes, 1910.
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- LE CAUGNO DE LOS GOFFIOS
- Admis en 1909, comme en 1908, au plaisir de participer, en qualité de météorologiste et dessinateur, aux recherches souterraines confiées à M. Martel dans les Pyrénées par le Ministère de l’Agriculture, nous sommes heureux d’être autorisés à donner aux lecteurs de La Nature la primeur d’une des plus curieuses trouvailles de la campagne de 1909.
- L’Ariège, où les immenses cavernes de Lombrive, Niaux, Sabart, Bédeillac, Lherm, Malarnaud, Mas d’Azil, etc., sont depuis si longtemps célèbres, s’est révélé comme plus riche encore qu’on ne le soupçonnait en nombreux autres phénomènes souterrains ignorés. Parmi ceux-ci, le plus grandiose certainement que nous ayons découvert, est le Caugno de los Goffios, aux environs de Bélesta, sur le territoire de la commune de Rieux-Fourcand. Toute cette région de la crête calcaire qui précède l’axe de la chaîne pyrénéenne est criblée de gouffres plus ou moins importants, la plupart perdus dans les embroussaillements très touffus. C’est ce qui les a maintenus secrets jusqu’ici.
- Le Caugno de los Goffios est un puits de 50 m. de profondeur s’ouvrant au fond d’une sorte d’entonnoir très encombré de végétations et de broussailles qui rendent l’accès et les manoeuvres plutôt difficiles; presque entièrement vertical ce puits semble comblé, à première vue, comme la plupart de ses semblables. Je l’ai exploré en compagnie du Dr Maréchal, avec notre aide Alexis; il nous a fourni un remarquable exemple de la communication des gouffres avec de vastes excavations du sol.
- Arrivé sur le talus d’éboulis du puits nous apercevons une très basse voûte, formant une étroite porte par laquelle s’écoule la cascade des blocs de pierres, qui vient s’étaler, une fois le rétrécissement franchi, sur presque toute la superficie d’une immense salle; c’est un vrai chaos où se rencontrent d’assez nombreuses carcasses d’animaux. Certains blocs sont énormes, recouverts d’un enduit stalagmi-tique, et proviennent de l’effondrement de la voûte. Comme exemple d’abîme non bouché, celui-ci est donc typique.
- Après la première salle interne il faut remonter un talus concrétionné pour pénétrer dans une autre de moins vastes proportions mais plus élevée; en . forme de cloche, elle se perd dans l’obscurité et doit dépasser 50 m. de haut. Ici les concrétions sont nombreuses, de beaux piliers de stalagmite hérissent le sol, recouvert lui-même d’un enduit blanc comme la neige, et l’on entend un filet d’eau s’écouler sur la paroi de gauche.
- A partir de ce point les aspects de la caverne deviennent de plus en plus pittoresques et accidentés, des concrétions immaculées tapissent une suite de salles formant une longue galerie inégale, s’enfonçant vers l’orientation N. W.
- Un peu plus loin une bifurcation conduit dans une longue salle remontante et pourvue d’orgues très belles : sous une voûte grandiose de plus de 50 m. de haut se dresse une merveille souterraine, qui doit prendre rang à côté des arbres de Y Aven Armand, du Clocher de Dargilan et de la Tour astronomique d’Agtelek (Hongrie) : c’est un véritable et bizarre monument mesurant au moins 25 à 50 m. d’élévation. Cette masse stalagmitique nous apparut prodigieuse, quand le premier rayon lumineux qu’elle eût jamais reçu vint en dévoiler les formes (fig. 2) ; sur le sol gisent des tronçons d’une énorme stalagmite, pareils aux colonnes d’un temple abattu. Je laisse au dessin ci-contre le soin de donner une faible idée de cet indescriptible décor. Au delà, la galerie remonte toujours en se rétrécissant et d’étroites cheminées que nous n’avons pas eu le temps d’explorer doivent conduire très près de la surface du sol.
- En redescendant, au contraire, à la bifurcation on arrive très vite dans une sorte d’entonnoir dangereux se terminant par un nouveau gouffre profond, à notre estime, d’une quarantaine de mètres. L’approche en est peu pratique dans ce milieu, entièrement recouvert de concrétions, et la reconnaissance de ce point n’a pu s’effectuer que superficiellement.
- Notre tâche officielle consistait surtout à reconnaître jusqu’à quel degré les régions calcaires des Pyrénées sont fissurées et pourvues d’eaux souterraines utilisables; l’investigation sportive et pittoresque ne devant pas être poussée en détail, nous dûmes laisser à d’autres le soin d’achever la trouvaille annoncée ici et nous en tenir à la constatation scientifique de l’ancienne relation probable du gouffre avec la source actuelle de Fontestorbes.
- L’ensemble de cette admirable caverne, que notre première exploration nous a permis de reconnaître sur plusieurs centaines de mètres de développement, présente comme caractéristique la suite de ses salles, aux voûtes immenses et au sol très accidenté ; nulle part ne se rencontre la trace d’un écoulement actuel et abondant de l’eau.
- Le travail mécanique et chimique de celle-ci s’est effectué surtout dans le temps passé et il serait possible que le gouffre terminal ainsi qu’un autre plus petit rencontré dans la troisième salle, donnent accès à des étages inférieurs, probablement très intéres*-sants aussi. '
- Par rapport à la surface du sol, il est remarquable que l’ouverture du puits d’accès se trouve sur une pente et très au voisinage d’une crête. Les grandes salles ont leur clé de voûte peut-être plus élevée que cet orifice. Or, notre collègue, M. Fournier, ayant reconnu les abords tandis que nous visitions la caverne, a constaté la présence de dolines ou entonnoirs profonds. D’après un repérage approximatif, l’un de ces entonnoirs coïnciderait avec
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- la voûte de notre salle la plus élevée ; cette coïnci-dence une fois admise, le fond de la doline et le sommet de la voûte seraient séparés seulement par un faible intervalle, peut-être de quelques mètres d’épaisseur. De telle sorte que l’on se trouverait en présence d’une excavation intérieure dont les voûtes ne se seraient pas
- effondrées. Il y a des exemples célèbres de cette disposition dans bien des grottes et rivières souterraines, notamment au Grand Dôme de Padirac (Lot) et au dôme du Jubile de Saint-Canzian, hauts tous deux de 91 m. ; à la Grotte Géante (V. La Nature, n° 1895, 18 septembre 1909). C’est une conclusion pratique importante, particulièrement pour les projets de travaux publics, que de voir se multiplier ces spécimens de creux souterrains fort rapprochés de la surface du sol; et ce n’est pas une inutile besogne que de les rechercher et de déterminer leur emplacement, en vue de prévenir les conséquences désastreuses des écroulements qui tôt ou tard s’y manifesteront fatalement.
- Comme autre conclusion pratique, il faut proclamer sans hésitation que la commune
- de Bélesta, qui possède déjà pour les offrir à la curiosité des touristes, les sites remarquables de la fontaine intermittente de Fontestorbes, du gouffre des Corbeaux, du défilé du Frau, du château de Montségur, du pic Saint-Bartbélemy, etc., peut devenir promptement un centre prospère d’excursions, si elle trouve le moyen d’aménager l’extraordinaire gouffre du Caugno de los Goffios.
- A 1 heure et demie à peine de Bélesta et à 20 minutes seulement au-dessus d’une route de voitures, dans un site montagneux étrangement original, cet abîme sera certainement
- classé parmi les curiosités marquantes de la: France, dès le jour où on pourra le visiter sans risque : or, il ne sera ni coûteux, ni malaisé d’y installer le sentier d’accès et les quelque 35 à 40 m. d’escaliers ou d’échelles en fer qui permettront à tout le monde de vaincre sans peine sa très modérée profondeur. Peut-être 10 000 à 20 000 lrancs suffiront-ils. S’il n’y a point là de rivière active comme à Padirac et à Bé-tharram, je ne redoute cependant nulle contradiction future en affirmant que la des-
- Fig. i. — Caougno de los Gouffios. — En haut : Arrivée au fond du premier gouffre. — Au .milieu : Entrée de la galerie. — En bas : Orifice du deuxième gouffre (inexploré).
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- Fig. 2
- La grande galerie latérale el le monument (hauteur 25 mètres)
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- rente du gouffre, l’ampleur des salles et des voûtes internes, la forme et la mise en scène uniques du monument stalagmitique auquel la grandiose caverne sert de châsse, composent un ensemble tellement spécial, que les visiteurs les plus blasés en
- sortiront intensément impressionnés par ce... quelque chose de jamais vu\ Dont avis à la commune de Bêles ta, aux Mécènes qui lui veulent du bien et aux amateurs qui voudraient continuer l’exploration inachevée! Lucien Rudaux.
- LES NOUVEAUX PROCÉDÉS DE FABRICATION DU GAZ D’ÉCLAIRAGE
- L’industrie du gaz d’éclairage est en pleine évolution. Tout le monde connaît la forme classique de l’usine à gaz, résultat de longues années d’expériences; tous les ouvrages d’instruction, même élémentaire, ont vulgarisé cette remarquable fabrication qui peut se résumer ainsi : la houille, chauffée en vase clos, laisse échapper des gaz, mélangés d’hydrocarbures plus ou moins riches, dont la combustion pourra fournir ultérieurement chaleur et lumière. Cette distillation s’est longtemps opérée dans des cornues horizontales en forme de q chauffées par groupe de 6 ou 9 au moyen de fours à gazogène; chargement et déchargement s’effectuaient à la main. Depuis quelques années les modifications et perfectionnements se succèdent avec une extraordinaire rapidité. Il ne sera pas inutile d’expliquer en quelques mots la genèse de cette évolution.
- Dans les deux dernières décades du xixe siècle, les progrès réalisés dans l’industrie du gaz ont porté particulièrement sur les appareils d’utilisation : mise au point définitive du bec d’éclairage à incandescence, des appareils de chauffage domestique et de cuisine, qui ont tant contribué à développer les emplois du gaz; dans la fabrication proprement dite, les progrès ont été au contraire peu importants. C’est qu’à cette époque les conditions économiques de l’industrie du gaz sont restées favorables, les prix de vente anciens durent toujours, les questions de salaire, de discipline du personnel ouvrier n’ont pas encore provoqué de conflit grave. Il s’agit avant tout de développer la consommation, de ne pas se laisser détrôner par l’électricité; c’est la partie commerciale de l’affaire qui attire toute l’attention des exploitants ; du côté de l’usine, on se contente de perfectionner, sans rien modifier d’essentiel1, afin d’assurer une production de gaz,de qualité parfaite et une distribution absolument sûre, sans aléas d’aucune sorte.
- Mais dans ces dernières années, les conditions se sont modifiées, et si le souci d’attirer et de retenir la clientèle reste au premier rang des préoccupations, si les chercheurs continuent avec le succès que l’on sait à perfectionner les appareils d’éclairage (becs renversés, l’éclairage intensif à haute pression, etc.) et les appareils de chauffage (radiateurs, etc.), les problèmes économiques de la fabrication du gaz, posés par les diminutions considérables et excessives
- 1 L’adoption du chauffage des fours par gazogène et récif” pérateur est fait accompli à ce moment; son emploi ne fait que se généraliser.
- parfois consenties sur les prix de vente1 d’une part, par les exigences nouvelles de la main-d’œuvre, d’autre part, nécessitent des solutions urgentes et des modifications radicales dans le mode d’exploitation des grandes entreprises gazières. Dominant toute autre considération, le souci de réduire au minimum la main-d’œuvre inspire les principales modifications et dans tous les essais actuellement poursuivis apparaît la volonté de substituer la machine à l’homme pour les travaux les plus pénibles.
- Un axiome bien connu dans l’industrie du gaz est que : « C’est dans la salle des fours que se fait le dividende. » C’est la distillation de la bouille qui est en effet le point le plus important et le plus délicat de toute la fabrication du gaz, et c’est particulièrement dans l’étude de la distillation que l’ingéniosité des chercheurs s’est exercée avec la double préoccupation de perfectionner les fours existant par la réduction aussi grande que possible de la main-d’œuvre d’une part, et d’autre part, par l’augmentation de la quantité de gaz extrait d’un poids donné de houille, ce gaz conservant toutes les qualités exigibles pour les emplois courants.
- Les fours les plus répandus encore actuellement pour la distillation de la houille, sont les fours à cornues horizontales qui n’avaient subi jusqu’à ces dernières années, d’autres perfectionnements que le chauffage par gazogène et récupérateur.
- Quelques timides essais de chargement et de déchargement mécaniques de ces cornues, furent tentés en vue de diminuer la main-d’œuvre, à l’usine de Marseille (machine Ross, 1885), et en Angleterre, à Glascow (machine hydraulique Fowlis), à Londres (machines hydrauliques ou air comprimé Fowler et West). Mais ces tentatives restèrent isolées et ces machines ne se répandirent pas.
- Les cornues inclinées. — Vers 1885, un Français, M. Coze, présenta la « cornue inclinée o.'Le processus chimique de distillation est ici identiquement le même que dans la cornue horizontale et l’inclmaison n’a d’autre objet, dans l’esprit de l’inventeur, que de faciliter le chargement et le déchargement de la cornue. La pesanteur fait ici le travail de l’ouvrier. C’est une solution aussi habile qu’élégante de la question de la main-d’œuvre. Le four Coze, malgré ses qualités, ne trouva qu’un accueil assez froid en France; il n’en fut pas de même à l’étranger et en Angleterre, en Allemagne, en Suisse,
- 1 A l’occasion des renouvellements de contrats arrivant à expiration.
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- en Italie, la plupart des grandes usines neuves, depuis 1890, furent montées en cornues inclinées.
- Cornues horizontales à manutention mécanique. — Quelques années plus tard, le moteur électrique met un outil nouveau à la disposition des mécaniciens et on revient alors à l’équipement mécanique des fours horizontaux, en le complétant par le système de convoyage d’emmagasinement du charbon cl du coke.
- Cette période (1895-1905), vit naître un grand nombre de systèmes de chargement et de déchargement mécaniques, mais il n’y eut en réalité que peu de solutions satisfaisantes ; la plupart des dispositifs proposés étaient plus ingénieux que pratiques et on peut dire qu’une seule solution a survécu et sera longtemps encore la solution idéale du service des cornues horizontales : c’est le chargeur à projection de Brouwer et le déchargeur à repoussoir modèle de Brouwer ou modèle Sautter Ilarlé (fig. 1).
- Ce système s’est généralisé tant en France qu’à l’étranger et à juste titre, car on avait là un moyen de moderniser relativement à peu de frais les installations existantes de fours horizontaux, la main-d’œuvre étant ainsi réduite dans les mêmes proportions que dans les fours Coze. Mais il était permis d’hésiter entre les deux solutions en présence, fours inclinés ou fours horizontaux avec équipement mécanique, pour l’installation des usines nouvelles. En France, d’une façon générale, on préféra les fours horizontaux, (usines de Gennevilliers 1905-1906, usine de Bordeaux-Bacalan, 1907). Il n’y eut guère d’installations importantes en cornues inclinées que les usines de Lyon-Vaise et de Lyon-La Mouche (fig. 2).
- À l’étranger les fours Coze se maintenaient encore en bonne posture, malgré la concurrence des nouvelles machines pour cornues horizontales.
- Un des motifs qui ont eu le plus d’influence pour le développement des fours horizontaux avec équipement mécanique, malgré l’inconvénient évident de cette machinerie délicate dans les ateliers de fours, les aléas auxquels elle expose pour la régularité du service, c’est que cet ensemble permettait de satisfaire une tendance qui commençait déjà à se manifester, à savoir l’adoption de charges de charbon de plus en plus fortes dans une même cornue, distillant dans un temps plus long.
- Ainsi, pour une cornue horizontale d’un type courant mesurant 6 m. de longueur (2 fours de a m. adossés) et ayant une section elliptique de 64 cm sur 55 cm, on ne peut charger à la main que 500 kg environ. Et c’est un travail fort pénible : tous les écrivains qui ont visité et décrit des usines à gaz, se sont apitoyés sur le sort des ouvriers chargés de manœuvrer devant la gueule incandescente de la cornue l’énorme cuiller en tôle portant la charge destinée à la remplir à nouveau. Plus pénible encore est le déchargement : on ne peut dépasser un certain poids de coke. La distillation d’une telle charge, 300 kg, dure 4 ou 5 heures.
- Avec les machines on peut faire couramment des
- charges de 500 ou 600 kg dans les mêmes cornues. La décharge s’opère très facilement et la distillation dure 6 ou 8 heures.
- On diminue donc, pour un matériel donné, le nombre d’opérations de chargement et de déchargement par 24 heures, ce qui est une nouvelle cause d’économie de main-d’œuvre; de plus, la distillation se produit plus facilement, les cornues étant bourrées de charbon que lorsque l’espace libre entre la charge et le dôme de la cornue est notable. En effet, dans ce premier cas, les produits distillés sont rapidement expulsés de la cornue; dans le 2e cas, au contraire, ils y séjournent un temps appréciable et subissent par l’action de la température, une décomposition pyro-génée préjudiciable à la qualité du goudron et occasionnant des troubles divers dans l’exploitation; on est obligé de limiter la température des fours pour restreindre ces inconvénients. L’adoption des grosses charges permet donc d’augmenter la température de distillation et cette faculté se traduit par une augmentation dans la quantité de gaz obtenu pour un poids donné de houille et par une augmentation de la quantité totale de houille distillée en 24 heures dans une même cornue. La cornue inclinée de Coze ne permettait pas de distiller une plus grande quantité de houille que- les cornues horizontales desservies à la main, le déchargement du saumon de coke devenant difficile lorsque la charge était trop forte.
- Mais, à vrai dire, les cornues horizontales, avec leur équipement mécanique, coûteux et délicat, ne remplissent encore qu’imparfaitement les desiderata des ingénieurs.
- Les cornues verticales. — On a proposé de divers côtés, et à peu près à la même époque, l’adoption de fours à cornues verticales, mais alors qu’en Allemagne on s’en tenait à la cornue verticale à marche discontinue, en France et en Angleterre, on tentait de résoudre en même temps le problème de la distillation continue.
- En principe, la cornue à distillation continue consiste essentiellement en une cornue verticale de section circulaire ou elliptique, recevant automatiquement ou non, d’une façon continue ou à petits intervalles réguliers, une certaine charge de charbon, tandis que par le bas de la cornue, automatiquement ou non et à intex’valles réguliers, le coke est extrait.
- Dans l’intérieur même de la cornue, la masse de houille en cours de distillation doit descendre peu à peu, au fur et à mesure que du coke est extrait par le bas, le niveau supérieur étant maintenu à la même hauteur par l’introduction régulière et en quantité voulue de houille fraîche. On peut à volonté laisser d’une façon permanente au-dessus de ce niveau supérieur un espace libre ou bien tenir la cornue complètement pleine. On le voit : les cornues horizontales, dans le système classique, se redressent à moitié dans le four Coze ; les voici complètement droites dans le nouveau système. C’est bien, et au sens propre du mot, une révolution.
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- Les premiers essais faits en France le furent en 1905-1906 à Marseille et à Lyon, sur le système proposé par MM. Verdier et Teulon. Les opérations de chargement et de déchargement étaient faites automatiquement, à intervalles réguliers; les diffi-
- été soumis à une épreuve rigoureuse, en service normal, il est permis de faire quelques réserves, car on ne voit pas, a priori, pourquoi le charbon en cours de distillation descendrait mieux dans ce modèle de cornue que dans les précédents (fig. 4).
- Fig. 2.
- Fig. 3.
- Fig. 4.
- Fig. i. — Four à cornues horizontales de 6 mètres de longueur avec chargeur de Brouwer. Fig. 2. — Four à cornues inclinées. — Fig. 3. — Four vertical Setlle et Padjield.
- Fig. 4. — Four vertical Woodall-Duckham.
- cultés d’ordre mécanique ne parurent pas insurmontables, mais par contre* le mouvement de descente, à l’intérieur de la cornue, de la masse en distillation (mouvement qui doit être spontané lorsqu’une char-
- ge est extraite par le bas de l’appareil) ne se faisait que très irrégulièrement.
- En Angleterre, le premier système essayé, dû à MM. SettleetPad-field, après avoir donné quelques résultats encourageants, fut abandonné par ses inventeurs, par suite' probablement de difficultés analogues. Dans ce système le char-
- Fig. 5
- Fis-5
- du Docteur Bueb.
- Fig. 6. — Four à chambre * de Munich.
- geinent seul était
- Tout récemment, les journaux spéciaux ont rendu compte des essais d’une nouvelle cornue à distillation continue système Glover-West, à l’usine de Sainte-Hélène (Angleterre). Les résultats sont, dit-
- on, extrêmement
- Four vertical ^ . Fig. 6. encourageants.
- Ici, la cornue est surmontée d'une chambre dans laquelle on emmagasine une quantité de charbon correspondant à 4 heures de marche. On s’expliquerait plus facilement que, dans cette disposition, le poids du charbon ainsi emmagasiné au-dessus de la cornue facilite la descente de la charge en cours de distillation. , Il est bon
- Figures 1 à 6.
- Tableau montrant révolution de la fabrication du gaz d'éclairage. La'cornue horizontale est aujourd’hui concurrencée par des cor- nues inclinées ou verticales et par d’immenses fours inclinés.
- aûtomatique.
- Le système Woodall-Duckam, essayé également en Angleterre, a été soumis à une étude plus approfondie que les précédents, et si l’on en croit les inventeurs, il serait actuellement en état d’assurer une production régulière. Jusqu’au jour où il aura
- cependant d’attendre les résultats d’une marche plus prolongée pour être fixé sur la valeur pratique du système.
- Les cornues verticales discontinues qui ont été proposées en Allemagne par M. le Dr Bueb, ont pu,
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- Fig. — Batterie de fours à cornues verticales du docteur Bueb. — A, Élévateur de charbon; B, Distributeur de charbon; C, D, Goulottes à charbon; E, Gueulard de chargement; F, Gueulard de déchargement; G, Entraîneur-extincteur de coke; Ii, Tuyau de dégagement du gaz; 1, Barillet-collecteur de goudron; J, K, L, Collecteurs de gaz; M, Extracteur de goudron; P, Gazogène»
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- au contraire des préce'dentes, entrer rapidement dans la pratique. Elles ont pris, déjà, chez nos voisins d’outre-Rhin, un très sérieux développement. Ces cornues ont en général 4 m. de hauteur ; leur section rectangulaire est à coins arrondis, elles sont groupées par 10 dans un même four (fig. 5 et 7).
- Le haut et le bas de la cornue sont fermés par des tampons analogues aux tampons de fermeture des cornues horizontales. Le tampon inférieur étant fermé, on fait une charge de 500 kg environ de charbon, et on ferme le tampon supérieur. Le dégagement de gaz commence aussitôt et reste assez constant pendant 7 ou 8 heures ; il diminue fortement pendant les derniers moments de la distillation qui dure en tout de 10 à 12 heures suivant les charbons.
- Vers la fin de la distillation, alors que la cornue contient une masse de coke presque complètement distillée et portée à une très haute température, on peut insuffler par le bas de la cornue, de la vapeur d’eau. Cette vapeur d’eau agit sur le coke rouge et se transforme en gaz à l’eau, cette production de gaz à l’eau constituant ainsi une récupération partielle des calories contenues dans le coke avant son extraction de la cornue.
- Cette période d’insufflation de vapeur peut durer de 1 heure à 1 heure 1/2 et le rendement en gaz se trouve augmenté de 10 à 15 pour 100, par suite de la formation de gaz à l’eau. Les avis sont encore partagés à propos de l’intérêt économique de cette façon de procéder et, certains auteurs prétendent qu’il est plus économique de produire le gaz à l’eau dans un appareil spécial et de les rajouter après coup au gaz de houille pur ; d’autres, au contraire, affirment que 1a production du gaz à l’eau dans la cornue même constitue une économie de calories intéressante; mais il semble bien, à la vérité, que cette insufflation de vapeur en fin de distillation, soit non seulement favorable à la bonne marche des cornues verticales, mais indispensable même en ce qu’elle facilite le déchargement du saumon de coke et brûle une quantité plus ou moins importante du graphite formé en cours de distillation.
- Sur le processus de la distillation dans les cornues verticales, continues ou discontinues, on a émis diverses théories encore mal vérifiées. L’avantage théorique que l’on a recherché dans la cornue continue est le départ facile des produits distillés et le fait qu’une molécule, gaz ou goudron, rendue libre par l’action de la chaleur sur la houille, ne rencontre sur son parcours, en s’échappant de la comue par le haut, que des parties de houille dont la distillation est moins avancée que celle de la partie où elle a pris naissance, ce qui revient à dire qu’elle n’entre en contact qu’avec des matières dont la température est encore inférieure à la température du point où elle a pris naissance.
- On évite ainsi, d’une façon radicale, la décomposition pyrogénée si on a soin de ne pas laisser d’espace libre au-dessus de la charge de charbon.
- Dans les cornues discontinues le processus de la distillation est différent. Ici la température pénètre la masse de charbon progressivement et la distillation commence d’abord par les parties de houille au contact des parois, puis elle pénètre peu à peu le centre de la masse, laissant, jusque vers la fin de la distillation, une colonne de charbon frais, au centre de la cornue. On admet que les produits distillés s’échappent vers le haut de la cornue en traversant cette colonne centrale et se trouvent ainsi soustraits au contact du coke rouge déjà formé. Gomme d’autre part, il n’y a pas d’espace libre dans ces cornues qui sont complètement remplies, les produits distillés sont ainsi à l’abri de toute pyrogénation. Il est vraisemblable qu’en pratique une partie au moins des produits distillés s’échappe à travers les morceaux de coke déjà formés et le long des parois de la cornue, comme semble le prouver la formation de graphite observée sur ces parois.
- Quoi qu’il en soit de ces hypothèses, les cornues Bueb permettent l’application d’une température très élevée; d’après les chiffres communiqués par les usines allemandes qui emploient ces cornues, on atteint et dépasse même dans certaines usines 1400° au bas de la cornue, pour s’abaisser jusqu’à 1050° à là partie supérieure.
- Dans ces conditions les rendements en gaz obtenus dans ces cornues sont notablement supérieurs aux rendements ordinaires des fours horizontaux et atteignent 310 à 530 m3 par tonne de houille, contre 290 à 300 m3 dans les fours horizontaux. Ce chiffre devient même 540 à 560 m3 par tonne si l’on y comprend le gaz à l’eau produit dans les derniers moments de la distillation.
- Il a été construit depuis 2 ou 3 ans un nombre considérable de ces cornues; à Berlin, à Cologne, à Zurich, etc. Dernièrement l’usine de Trieste a construit un four de ce système, modifié par M. l’ingénieur Bolz. Ce four comprend 20 cornues et présente diverses particularités de chauffage intéressantes.
- Les fours à chambre. — Le principe de la distillation de la houille en grandes masses, ainsi mis à l’ordre du jour par le D‘ Bueb, a été appliqué par M. le Dr Ries, de l’usine de Munich dans l’étude de ces fours à chambres (fig. 6).
- La chambre de distillation, qui cette fois est inclinée et non plus verticale, tient 5000 kg de houille. C’est, comme on le voit, un chiffre énorme; la distillation dure 24 heures, ce qui permet de réduire encore le nombre des ouvriers. Chaque four comporte 5 chambres semblables. Le chargement se fait par la partie supérieure et le déchargement se fait par la porte avant de la chambre. Le coke tombe dans un caniveau où il subit l’extinction.
- Le processus de la distillation est le même que dans les cornues verticales; ces fours à chambre ont donné jusqu’ici d’excellents résultats ; il- semble cependant que la qualité du gaz soit un peu inférieure à celle obtenue dans les cornues Bueb; par contre, le rendement serait un peu plus fort, grâce
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- probablement à la plus longue durée de distillation et bien qu’il ne soit pas nécessaire de maintenir des températures aussi élevées que dans le four Bueb. Dans le four de Munich, la température est maintenue uniforme à 1300° environ.
- La main-d’œuvre est ici plus réduite encore que dans le four Bueb; de plus, la distillation durant 24 heures, on peut concevoir la suppression du travail de nuit qui serait réduit à une simple surveillance des appareils.
- On a construit à Hambourg et à Leipzig des fours à chambres de plus grande capacité encore et les premiers résultats paraissent encourageants.
- Ces nouveaux appareils de distillation pour la production du gaz d’éclairage, deviennent en réalité de véritables fours à coke, inclinés ou verticaux pour faciliter les opérations de chargement et de déchargement, mais de dimensions réduites- et de construction très soignée, de telle sorte que leur étanchéité, qui est ici le point essentiel, soit aussi parfaite que possible.
- Ces fours à cornues verticales discontinues ayant déjà reçu la sanction de la pratique industrielle, on peut évaluer d’après les résultats obtenus l’économie de main-d’œuvre qu’il est possible de réaliser en service normal.
- Nous empruntons ces données au rapport de M. le directeur Weiss, de l’usine de Zurich :
- 1 homme pour 8 heures de travail produit dans les l'ours ù cornues
- inclinées............................. 1600 m3 de gaz.
- 1 homme pour 8 heures de travail produit dans les fours à cornues verticales......................*........ 7000 m3 de gaz.
- Les frais de main-d’œuvre sont donc réduits de plus de 75 pour 100 dans ce nouveau mode de distillation.
- Des essais effectués sur les fours à chambre de Munich, il semble résulter que l’on peut compter sur une économie de main-d’œuvre encore plus considérable.
- Un homme pour 8 heures de travail produirait 9000 m3 de gaz, d’après les données de l’inventeur.
- A cet avantage !des nouveaux procédés de distillation, doit s’ajouter l’augmentation de rendement en gaz due à la température plus élevée de distillation.
- Par contre, les fours verticaux et en particulier les fours à chambre nécessitent des frais d’établissement plus coûteux que les anciens fours et d’autre part, le gaz produit n’est pas absolument identique. S’il conserve à peu près le même pouvoir calorifique, ce qui est, à vrai dire, le point important étant donnés les modes d’emploi actuels du gaz (éclairage à incandescence, chauffage, etc.), il possède un « pouvoir éclairant » tel que le définissent les instructions réglementaires en France, de Dumas et Régnault, assez nettement inférieur. Il y a là un écueil qui retardera l’adoption générale de ces procédés économiques dans notre pays, tant au moins que les administrations auxquelles incombent le soin de vérifier le gaz distribué par les compagnies concessionnaires s’en tiendront en France à cette détermination surannée et sans valeur pratique du « pouvoir éclairant » comme critérium de la qualité du gaz distribué aux abonnés. J. Y.
- UN MUSÉE DE MOISISSURES VIVANTES : LA MYCOTHÈQUE DE PARIS
- Dans le laboratoire de cryptogamie de l’École supérieure de pharmacie, on commença dès 1903 à rassembler et à cultiver des Moisissures. Puis, petit à petit, la collection de ces champignons inférieurs s’accrut, grâce aux soins persévérants de leur patient semeur M. Bainier. Malheureusement ces hôtes ne tardèrent pas à devenir encombrants; leurs spores disséminées dans l’air finirent par gêner les expériences de M. le professeur Radais et de ses élèves. Aussi résolut-on récemment de les cantonner dans une salle spéciale où leur ensemble constitue,, sous le nom officiel de Mycothèque, le plus original musée de Paris. Là, se trouvent rassemblées aujourd’hui 107 espèces de Mucédinées vivantes.
- Jusqu’en ces dernières années effectivement, nos connaissances sur le monde des Moisissures se bornaient à des données morphologiques assez vagues. L’exiguïté de ces organismes fongiques et surtout la difficulté de leur conservation rebutaient les mycologues. Et cependant que de variétés dans la forme de ces infiniment petits si intimement liés à notre vie domestique ! Que de richesses dans leurs délicates colorations! Que d’exubérance dans leur mycélium dont les rameaux ténus mesurent seulement quelques millièmes de millimètre de dia-
- mètre et parviennent cependant à tapisser, en très peu de temps, les murs de nos caves, la surface dé nos aliments ou la.trame de nos habits!
- La cryptogamie microscopique n’entra dans une voie féconde que du jour où l’on appliqua à ces végétaux inférieurs les méthodes de cultures imaginées par Pasteur pour étudier les bactéries. Les mycologues devinrent alors des « jardiniers » d’un genre spécial. Ils ne se contentèrent plus de la loupe et du microscope de leurs devanciers, ils délaissèrent quelque peu l’herbier du botaniste collectionneur pour de minuscules « serres » où ils purent conserver des types vivants susceptibles de servir constamment à de nouvelles expériences.
- Voyons comment M. Bainier parvint à réunir les quatre cents échantillons de Moisissures qui ornent les flacons de la Mycothèque et comment il les cultive.
- S’il obtint dans le laboratoire quelques-unes de ses plantes, ses excursions et des échanges avec des industriels ou des amateurs lui fournirent les plus intéressants de ses spécimens. Il visita les feuilles mortes, les vieux arbres, les champignons en décomposition, les cadavres d’insectes, jusqu’aux... crottins de divers animaux et, une ibis de rètour, il
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- déposait tous les matériaux récoltés sur des 'assiettes recouvertes d’une cloche. Quelques jours plus tard, une forêt vierge en miniature avait poussé. Puis bientôt celte première végétation s’épuisant, une multitude de formes très curieuses, parasites sur les premières ou vivant d’une façon indépendante, apparurent.
- A côté de ces détritus, le savant mycologue fit encore moisir du pain, des pommes de terre, des oranges, des pruneaux et mille autres subs tances sur lesquelles ne tardèrent pas à se développer des variétés nouvelles de Mucor ou d'Aspergillus, de Rhyzopus ou de Pénicillium.
- Malheureuse-mentlemycélium des Mucédinées s ’ enchevêtre, elles se trouvent mélangées entre elles et leur existence est précaire. Pour étudier la structure, le développement et les métamorphoses successives de chacune d’elles, on doit les cultiver sur un milieu approprié et les purifier en les isolant.
- À la Mycothè-que.de Paris, on se sert pour lés ensemencements des flacons représentés figures 3 à 6. Ces récipients en verre de Bohême mesurent 20'cm environ de hauteur sur 7 à 8 cm de diamètre et se rétrécissent brusquement à leurs extrémités en un col droit, bouché à la partie supérieure par un tampon d’ouate tandis qu’à la base s’adapte un bouchon en caoutchouc traversé par une tige de verre. Celle-ci débouchant dans l’intérieur du flacon, s’élargit en une cupule où se mettent les tronçons de bois de réglisse, excellent « champ de culture » mucédinique. Enfin l’ensemble de la minuscule « serre » repose sur un socle mobile en bois ou en porcelaine.
- Les racines de réglisse officinale (Glycijrrhiza glabra) qu’on emploie, à cet usage, subissent une préparation préliminaire. On les dépouille d’abord de leur écorce subéreuse avec un canif de façon à découvrir l’aubier jaune dont les tissus renferment la glycyrrhizine, matière sucrée très favorable au développement des Moisissures.
- Avant l’ensemencement, on porte les tubes garnis de réglisse dans une autoclave (fig. 1) qu’on chauffe
- à 120° pendant une heure afin de tuer les spores. Les flacons, une fois refroidis, attendent que M. Bainier procède aux « semailles ». Nous le voyons sur une de nos photographies en train de se livrer à cette opération culturale (fig. 2). Tenant le flacon de la main gauche, il le débouche un instant en l’inclinant, puis il porte prestement sur la réglisse une faible quantité de spores à l’extrémité d’un fil de platine emmanché dans un bâton de verre et préalablement passé dans la flamme d’un bec Bunsen afin de détruire les germes étrangers. Il rebouche immédiatement le flacon qu’on reporte dans une des armoires de la Mycothèque. La plante se développe sous l’œil de son cultivateur, le mycélium s’étend. Tantôt les réglisses se recouvrent d’une abondante chevelure grisâtre de Syncephalas-tnim (fig. 3), tantôt ils s’ornent des rameaux broussailleux de l’Isana felina (fig. 6), tantôt ils se coiffent d’un joli chapeau de feutre blanc de jeune Acrostalagmus roseus (fig. 5), tantôt les Penicilium y dressent leurs filaments fertiles cloisonnés d’abord simples et présentant à leur sommet une ébauche de chapelets ; plus tard on voit naître latéralement, de haut en bas, leurs branches, qui se terminent de
- Fig. i. — Mise des flacons garnis de racines de réglisse dans l’autoclave.
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- UN MUSÉE DE MOISISSURES VIVANTES
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- même par un chapelet de spores vertes, grises, jaunes ou roses et qui, s’appliquant contre le rameau principal, constituent un ensemble en pinceau, d’où leur nom. Chez le Pénicillium claviformis (fig. 4) des gouttelettes d’eau du plus merveilleux ellet se condensent parfois à l’extrémité des pinceaux.
- Mais le rôle de Bainier ne se borne pas à surveiller la croissance de ses pensionnaires. Il faut qu’il purifie cette exubérante végétation et que par un deuxième ou un troisième semis, il arrive à avoir dans chaque flacon une espèce unique.
- Une fois en possession de ce champignon purifié, il devra veiller à sa conservation, car le but principal de la Mycothèque est surtout de fournir au laboratoire de cryptogamie des échantillons vivants, soit pour les démonstrations pratiques du
- qu’une forme spéciale de conservation n’apparaisse. Lorsque la Mucédinée semble avoir achevé son évolution, M. Bainier, sachant expérimentalement et pour chaque espèce, combien de temps les spores gardent leur faculté germinative, les ensemence à
- l’époque voulue. Tous les jours, il sème ainsi des spores de l’une ou de l’autre des 400 variétés de cryptogames inférieurs confiés à ses soins. Certaines espèces de Moisissures conservent leur pouvoir germinatif plusieurs années, d’autres périclitent au bout de quelques semaines.
- À cause de ces dernières, les réensemencements doivent se renouveler fréquemment'
- Grâce à cette méthode culturale, M. Bainier a pu rectifier nombre d’erreurs commises par les mycologues dans leurs descriptions et provenant de ce
- Ensemencement des Moisissures.
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- Fig. 3 à 6. — Quelques types de Moisissures cultivées dans la Mycothèque de Paris.
- 3, Syncephalastrura cinereum ; 4, Pénicillium claviformis ; 5, Acrostalagmus roseus jeune; 6, Isaria felina.
- cours de Radais, soit pour ses expérimentations personnelles ou celles de ses élèves.
- La besogne du gardien de la Mycothèque ne constitue pas d’ailleurs une sinécure. Le milieu nutritif s’épuisant, la Moisissure finit par mourir à moins
- fait qu’ils n’avaient pas isolé les espèces à l’état de pureté complète; aussi avaient-ils attribué à certaines d’entre elles les organes reproducteurs appartenant à d’autres.
- Visitons maintenant les vitrines de la Mycothèque
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- en signalant, chemin faisant, quelques-uns des plus intéressants spécimens qu’elle contient.
- Parmi les 27 espèces de Mucorinées, champignons .à mycélium saprophyte ou parasite soit sur les végétaux, soit sur les animaux, nous distinguerons : la Mucor mucedo qui se rencontre fréquemment sur les excréments des animaux et surtout sur le fumier de cheval; la Chlamij do mucor orizae, qui s’emploie dans la fabrication d’une liqueur javanaise; le Rhizopus orizæ qui détermine la fermentation d’un mélange de mélasse et de farine de riz; YAmylo-myces Bouxii ou levure chinoise rapportée d’Extrême-Orient par Galmette, directeur de l’Institut Pasteur de Lille et dont les Célestes se servent pour préparer l’alcool de riz, en saccharifiant l’amidon. Diverses Moisissures européennes possèdent également la propriété de transformer les glucoses en alcool et de saccharifier les amidons; telle est, par exemple, la Mucor racemosus qu’on observe sur les produits d’origine végétale en décomposition. Ne quittons pas le rayon des Mucorinées sans jeter un coup d’œil sur le Phycomyces splendens aux graciles filaments terminés en boules et sur le Phycomyces nitens qui, brûlant les matières grasses de la cochenille, s’utilise pour aviver la couleur du carmin.
- Dans le groupe des Pénicillium représenté par 17 espèces dans la Mycothèque, nous n’aurons que l’embarras du choix. Arrêtons-nous d’abord devant de vieilles connaissances : le Pénicillium glaucum qui recouvre souvent nos pots de confiture exposés à l’humidité de son encombrant et verdâtre mycélium et les nombreuses races de cette famille qui donnent aux fromages leur goût de terroir : les P. candidum et album, Moisissures du Brie, du Coulommiers, du Camembert; le P. virescens qui se développe à l’intérieur du Roquefort sous forme de marbrures vertes, etc.
- Quant au P. Brevicaude qui vit dans les milieux amylacés arsenicaux, il mérite une mention spéciale.
- Ce champignon jouit de la curieuse propriété de décomposer l’arsenic en produisant de la diéthylarsine, gaz très toxique. Ce phénomène a permis d’expliquer les causes de certains malaises ressentis par des personnes habitant un appartement dont les papiers étaient colorés avec du vert de Schwenfurt. Des experts reconnurent que ce Pénicillium avait poussé entre le mur et le papier de tenture, décomposant à la fois l’amidon de la colle et l'arsénite de la couleur. Il en résultait un lent dégagement du gaz délétère qui venait souiller l’atmosphère des pièces et incommoder leurs habitants. Constatons que la chimie analytique utilise maintenant ce champignon comme réactif excessivement sensible de l’arsenic. Grâce à l’odeur alliacée du gaz développé, il permet d’en déceler des traces imperceptibles.
- Au nombre des 6 espèces à’ Aspergillus de la Mycothèque, nous signalerons l’A. Orizae utilisé au Japon pour tirer du riz la liqueur alcoolique nationale, le Saké, et l’i. fumigatus fréquemment observé dans les mycoses des voies respiratoires chez les oiseaux et qui produit chez les gaveurs de pigeons à la becquée la pseudo-tuberculose, en se développant dans leurs poumons. Notons encore parmi les 15 espèces de Steryg matocystis, le célèbre S. nigra (syn. Aspergillus niger) étudié par Raulin avec une grande précision.
- On voit aussi dans le nouveau musée, diverses Moisissures parasites des insectes ou de leurs larves. Regardons, par exemple, les Botrytis dont une espèce détermine la muscaridine des vers à soie et dont on a cherché à inoculer plusieurs autres aux Hannetons et aux Sauterelles; enfin les Cordiceps qui vivent surtout sur les chenilles et qu’on conserve en exemplaires stérilisés.
- Tel est, en résumé, l’état actuel de la Mycothèque parisienne. Ce curieux musée n’a son pendant qu’à Leyde au laboratoire du professeur Went et encore n’y cultive-t-on qu’un nombre très restreint d’espèces de Moisissures. Jacques Boïek.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 février 1910. — Présidence de M. Emile Picard.
- Les sécrétions des batraciens. — M. Edmond Perrier ' résume un travail de Mmo Phisalix sur les propriétés de la sécrétion cutanée de la muqueuse des batraciens. La sécrétion de la plupart des batraciens serait un venin toxique. Elle tue, en injection, aussi bien les batraciens dont elle provient, que les serpents accoutumés aux proies venimeuses avec des symptômes qui peuvent être rapprochés de ceux du venin de vipère.
- Propriété de l’alliage sodium-potassium. — M. Yil-lard présente une Note de M. Dunoyer qui a repris une expérience importante de M. Thomson d’après laquelle l’alliage sodium-potassium émettrait des corpuscules négatifs, même dans l’obscurité. Pour M. Thomson, il y avait explosion spontanée des atomes, tandis qu’il est beaucoup plus probable que le phénomène est produit par
- des ondes de longues périodes diffractées à travers les petites ouvertures masquées.
- Formation des ooliihes. — M. Michel Lévy présente une Note de M. Cayeux relative aux oolithes. Il résulte des recherches de l’auteur que l’algue intérieure, loin d’être l’agent constructeur de l’oolithe, en est le parasite.
- Une maladie des pommes de terre. — M. Prillieux communique une Note de M. Ilegyi sur une maladie de la pomme de terre connue sous le nom de pied noir qui opère des ravages en Hongrie. On avait pensé que la maladie était propagée par les tubercules. L’auteur constata que toutes les plantes malades portaient à la base des traces d’attaque par des larves de taupins. Celles-ci ne sont pas la cause de la maladie, mais elles ouvrent une porte par laquelle l’infection s’introduit. Il reste à déter-
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- = VOITURE SANITAIRE
- miner si plusieurs bactéries communes dans le sol ne peuvent ainsi produire la maladie du pied noir.
- Effet de la cuisson du lait. — M. d’Arsonval présente un travail deM. Bordas et d’un autre chimiste relatif à la différence existant entre le lait cru et le lait cuit. Le lait cru offre une réaction typique donnant lieu de conclure qu’il renferme des ferments. Le lait cuit ne possédant plus cette propriété on concluait que les ferments avaient été tués par la cuisson. La réaction en question est due à l’état particulier de division dans lequel la caséine se trouve dan6 le lait cru. En pulvérisant un filet de lait cuit on obtient, en effet, un liquide qui se comporte comme le lait cru. Donc il n’y a pas de ferments dans ce lait.
- Vaccination antityphique. — M. Chauveau présente une Note de M. Vincent sur le problème de la vaccination antityphique. Pour éprouver le degré d’immu-
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- nité des animaux vaccinés de différentes manières, il injecte dans la cavité péritonéale des bacilles en même temps qu’une solution hypertonique à 10 pour 100 de chlorure de sodium. Les animaux non vaccinés succombent à la généralisation de l’infection microbienne ; suivant que les animaux vaccinés résistent plus ou moins longtemps, on peut conclure à l’efficacité plus ou moins grande du vaccin employé. La vaccination par la voie digestive a également été essayée. Les vaccins les plus actifs ont été : 1° les bacilles vivants; 2° les bacilles tués par chauffage; 5° l’autolysat-centrifugé de bacilles vivants stérilisé par l’éther ou le chloroforme. Ces trois vaccins augmentent fortement le pouvoir bactériologique, précipitant et agglutinant du sang. Trois injections sont necessaires ; il est meme utile de consolider l’immunité par une quatrième inoculation. La vaccination par ingestion de bacilles a été sans effet. Ch. de Villedeüil.
- VOITURE
- A Paris, dans les grandes villes, la désinfection des locaux et des objets contaminés est aisée, les services municipaux ayant à cet effet créé des organisations spéciales. Mais, dans les petites localités, dans les campagnes, on ne saurait exiger des municipalités d acheter à grands frais un matériel destiné, dans la plupart des cas, à ne jamais servir. Aussi, on a été conduit à organiser des services mobiles susceptibles de répondre aux besoins d’un nombre plus ou moins étendu de localités trop minimes, pour posséder chacune, utilement des installations propres de désinfection.
- De semblables installations sont encore rares. Aussi, nous a-t-il paru particulièrement intéressant de décrire celle qui vient d’être réalisée pour le département de la Seine-Inférieure, d’après les indications fournies par M. le D1' Charles Ott, inspecteur départemental de l’Hygiène publique.
- Les nécessités d’un service départemental obligeant à des déplacements fréquents, longs et exigeant de la rapidité, M. Ott a mis à profit les ressources de l’automobilisme et, dans ce but, il a fait fabriquer, par les constructeurs de Dion-Bouton une voiture sanitaire qui réalise aussi complètement que possible tous les desiderata que l’on peut exiger d’un semblable organisme.
- En ordre de marche, cette voiture, qui pèse avec tous ses accessoires et ses approvisionnements environ 1500 kilogrammes et dont le coût de revient est exactement de 9000 francs, est actionnée par un moteur monocylindrique de neuf chevaux ; elle est munie d’un essieu démultiplicateur. Fort robuste, elle permet d’obtenir aisément une vitesse moyenne de 25 à 30 kilomètres à l’heure.
- Pour les besoins du service sanitaire de campagne, 1 agent desinfecteur adopté dans le département de la Seine-Inférieure, sur l’avis de M. le docteur Charles Ott, est l’aldéhyde formique produit par les cartouches dénommées « Fumigator » et qui sont à base de trioxyméthylène pur. Ces cartouches sont
- SANITAIRE
- donc utilisées pour 1 assainissement des locaux, chaque fois qu’il est possible de les clore complètement, et pour le fonctionnement de l’étuve Gonin servant à la stérilisation des objets variés (matelas,. linges, vêtements, etc.) qu’il est nécessaire de désinfecter non pas seulement en surface, mais aussi en épaisseur.
- Dans tous les cas, très frequents à la campagne, où 1 on ne peut assurer l’herméticité parfaite des locaux à assainir et où, par conséquent, l’on ne peut suffisamment compter sur 1 action des vapeurs d’aldéhyde formique, la désinfection est faite à l’aide de pulvérisations d eau de chaux fraîchement préparée, suivant la formule du Conseil supérieur d’hygiène publique de France.
- Dans ces cas, pour assurer la désinfection des placards et armoires, on recourt à des pulvérisations-lavages au moyen d’une solution forte de crésylol-sodique. Enfin, les planchers et carrelages sont soumis à un lavage minutieux avec de l’eau de jâvel diluée, et, dans le cas où le sol est constitué par une aire de terre battue, on l’arrose largement avec de l’eau de chaux.
- La voiture sanitaire de M. Ott, naturellement, est aménagée de manière à répondre à ces multiples besoins de désinfection ; à cet effet, elle comporte une étuve démontable du système Gonin, montée sur rails et logée dans le double fond qui constitue la partie intérieure de la carrosserie. Dans ce double fond sont encore logés les divers accessoires indispensables au fonctionnement de 1 étuve. Les produits liquides sont contenus dans des flacons carrés d’une contenance de 500 grammes.
- Sur la galerie supérieure de la voiture, sont soigneusement disposés deux pulvérisateurs — l’un pour
- l’eau de chaux l’autre pour le crésylol sodique_un
- réservoir de pétrole destiné à alimenter un petit réchaud, une série de seaux, plusieurs chevalets et enfin une petite étuve portative réservée à la désinfection des vêtements de protection du désinfectéur.
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- Enfin, sur les marchepieds de la voiture et de chaque côté, sont fixés trois coffres renfermant des fumigators Gonin, des enveloppes pour matelas, des blouses, bottes et coiffures pour l’agent désinfecteur et, en plus, les objets de toilette de celui-ci.
- Avec une semblable installation, les opérations de désinfection sont les plus aisées à conduire.
- Une fois arrivé au siège du local à désinfecter, l’agent désinfecteur, avant toute chose, revêt son costume protecteur spécial, costume comprenant une blouse de forte toile, une paire de bottes en toile également et dans laquelle sont introduits le pied chaussé et la jambe revêtue de son pantalon ordinaire, et un couvre-chef semblable au suroit des marins.
- Cela fait, l’étuve , est sortie du logement qu’elle occupe dans la voiture et soutenue à son extrémité libre par un chevalet. Le désinfecteur procède alors à son chargement, la met en marche, surveille le chauffage jusqu’au moment où la température propice est atteinte, puis enflamme les « fumigators » et enfin, règle convenablement l’appareil de chauffage de manière à maintenir la température réglementaire durant les deux heures qui sont reconnues suffisantes et nécessaires pour quelles vapeurs produites d’aldéhyde formique exercent sûrement leur action bactéricide. L’étuve une fois ainsi mise en marche, le désinfecteur peut entreprendre une autre besogne. Il s’occupe donc de désinfecter les locaux, soit en y brûlant des « fumigators » dans le cas où il lui est possible de les clore parfaitement, soit en y faisant des pulvérisations d’eau de chaux, de crésyl-salol et des lavages à l’eau de javel et à l’eau de chaux. . 4
- Quand cette seconde série d’opérations est close, le désinfecteur se lave les mains et le visage, enlève
- ses vêtements de protection, les introduit dans la petite étuve portative que nous avons signalée parmi les objets chargeant la voiture, met ladite étuve en marche, refait une nouvelle toilette, puis alors seulement ouvre la grande étuve de laquelle il retire, parfaitement désinfectés, les objets qui y avaient été préalablement introduits.
- Ces objets une fois rentrés dans le domicile assaini, tout est remis en place sur la voiture sanitaire, y compris la petite étuve qui n’a point été ouverte et dans laquelle les vêtements qui y ont été introduits achèveront, pendant la route, de se stériliser complètement de façon à se trouver en état, à l’arrivée, de servir pour une nouvelle opération.
- D’après l’expérience de M. le Dr Charles Ott, une voiture sanitaire du type que nous venons de décrire peut bon an mal an, et en tenant compte des dimanches et jours fériés, des jours de nettoyage et de réparation, assurer en moyenne 500 désinfections.
- Dans le département de la Seine-Inférieure, département qui sur une population totale de 863 879 habitants comprend 589 361 justiciables du service de désinfection, ce chiffre correspond au tiers environ des désinfections réclamées actuellement. Le système des voitures sanitaires paraît donc être des plus avantageux au point de vue pratique
- Fig. 2. — La voiture sanitaire en service.
- et économique puisqu’il permet pour un faible capital engagé d’assurer de façon complète tout le service de désinfection d’un département important à la fois par sa population et par son étendue géographique.
- Aussi, n’est-il point douteux qu’en raison des commodités qu’elles présentent, ces voitures sanitaires ne reçoivent, dans un avenir prochain, de nombreuses applications. Dr Georges Vitoex.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1917.
- 19 FÉVRIER 1910.
- LA PHOTOSCULPTURE : PROCÉDÉ CARDIN
- L’idée d’employer la photographie pour faciliter la sculpture a suivi de près l’invention de Daguerre. Le premier procédé qui semble avoir été employé est celui de Willème, il y a une cinquantaine d’années. Il consistait à prendre du modèle 24 photographies, au moyen de 24 appareils disposés autour de lui. En découpant ensuite les papiers positifs obtenus on avait une série de profils ; en les coupant en deux, dans le sens de la hauteur, et en rassemblant toutes les parties autour d’un axe commun on pouvait, en remplissant ensuite les intervalles avec une matière plastique, avoir une ébauche assez complète de la reproduction du modèle.
- On pouvait aussi procéder autrement : un bloc de
- directement une sculpture complètement terminée ; elle ne donne qu’une ébauche qu’il faut terminer d’une main experte, mais elle est très pratique parce qu’elle ne nécessite que l’emploi d’un seul appareil photographique. Le modèle est en effet placé devant > trois miroirs orientés de façon à donner une vue de dos et deux de profil, la vue de face étant obtenue directement. Des fils à plomb B, F, placés au-dessus et de chaque côté de la tête permettront ultérieurement un repérage parfait (fig. 2). Il est évident que, par suite de cette disposition, les images nettes se forment à des plans différents sur le verre dépoli D ; mais celui-ci est coupé en quatre parties disposées sur des plans différents ; il en est de même
- terre ou de cire était mis sur une selle de sculpteur portant 24 divisions. On dégrossissait sommairement, puis on suivait avec un pantographe l’un des profils et on obtenait ainsi sur la glaise un sillon qui lui correspondait exactement. En faisant tourner la selle d’une division on obtenait un second sillon correspondant au profil suivant, et ainsi de suite jusqu’à épuisement des 24 profils donnés par la photographie. Il restait ensuite à réunir tous ces sillons, ce qu’une main exercée pouvait seule faire convenablement pour obtenir une ressemblance parfaite du modèle. En somme, il s’agissait plutôt d’un procédé destiné à donner du modèle une ébauche aussi approchée que possible ; les diverses méthodes qui ont été indiquées depuis n’ont pas d’autre prétention. Celle que M. Cardin a présentée dernièrement à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale et à la Société française de photographie n’a pas non plus pour but de donner
- 38° année, — 1er semestre.
- de la plaque sensible qui est également en quatre parties disposées dans un châssis spécial, chacune d’elles correspondant à une des sections du verre dépoli. Il s’en suit qu’on obtient pour chaque image une dimension différente ; mais, par l’agrandissement, en utilisant les points de repère formés par les fils à plomb, on les ramène toutes les quatre à la même échelle.
- Pour utiliser ensuite ces quatre images, M. Cardin a imaginé une selle spéciale (fig. 1) composée d’un socle S en métal, au centre duquel se trouve une tige rigide verticale, et dont les quatre côtés sont munis d’une coulisse. Des patins métalliques, supportant les cadres C où on a placé les photographies, s’engagent dans ces coulisses. Sur deux des côtés à angle droit du socle, on fixe un système articulé portant de longues aiguilles À et B qui peuvent coulisser dans leur support et qui peuvent prendre diverses inclinaisons. On détermine, une fois pour
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- PROCÉDÉS DE FABRICATION DES SUPERPHOSPHATES
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- toutes, celle qui convient pour le travail à exécuter, selon qu’on voudra obtenir de l’image une réduction, un agrandissement ou une reproduction à même échelle; dans ce dernier cas elles devraient être horizontales. Pour se servir de cet appareil on prend deux des photographies, une face et un profil;
- on les amène sur leur coulisse à une place déterminée qu’on limite par urte cale, afin de pouvoir toujours retrouver immédiatement la même position. Sur l’image de lace on choisit un point saillant, le bout du nez par exemple, et on amène la pointe de l’ai-
- guille A à le toucher; on procède de.même avec l’aiguille B pour le même point sur l’image de profil. On enlève alors les deux cadres C et on fait glisser les deux aiguilles dans leur support jusqu’à ce qu’elles se rencontrent : on aura trouvé ainsi le point de l’espace où sera situé le bout du nez. On garnit alors la tige cen trale avec la matière plastique choisie, jusqu’à avoir la réalisation matérielle du point déterminé.
- Les aiguilles sont ramenées en arrière et les cadres remis en place ; on procède alors de la meme façon à la détermination d’un autre point voisin du premier et ainsi de suite pour un très grand nombre de points, ajoutant ou retirant de la matière plastique suivant les besoins. On opère de même pour les deux autres images et on arrive à avoir une ébauche très complète, très poussée, pour laquelle le modèle n’aura posé que quelques secondes. Ce résultat aura pu être obtenu par un ouvrier exercé, la main du sculpteur n’interviendra qu’ensuite pour achever l’œuvre avec le modèle sous les yeux et lui donner le caractère artistique qui lui est personnel.
- G. Mareschal.
- Fig. 2. — Dispositif adopte par M. Cardin pour obtenir les quatre images avec un seul appareil photographique.
- LES PROCÉDÉS NOUVEAUX DE FABRICATION DES SUPERPHOSPHATES
- L’industrie des superphosphates date à peine d’une cinquantaine d’années et .elle a acquis une importance énorme ; plus de 10 millions de tonnes dans le monde entier.
- Ses débuts furent modestes. On versait dans une auge du phosphate ou des os moulus, puis de l’acide sulfurique ordinaire et on malaxait les deux substances avec une gâche à mortier. Tout se passait en effet comme si on avait fabriqué du mortier.
- La température du mélange s’élevait vivement. Une vapeur âcre d’eau et d’acides volatils se dégageait, et, au bout de quelques heures, la pâte abandonnée à elle-même se prenait en bloc. Refroidie, on la désagrégeait et on la pulvérisait tant bien que mal. C’était un engrais assez visqueux difficile à épandre; les rares cultivateurs qui en appréciaient déjà les vertus la recevaient en cet état.
- Successivement on vit apparaître les malaxeurs mécaniques, avec cheminées d’appel pour enlever les buées ; les fosses fermées où la bouillie tombe, durcit, se refroidit; les désagrégateurs qui la
- réduisent en poudres plus ou moins agglutinantes ; les séchoirs qui lui enlèvent son excès d’eau et donnent au produit un état consistant, ferme, facile à pulvériser et à épandre ; enfin les appareils variés de manutention qui suppriment la plus grande partie de la main-d’œuvre : élévateurs, wagonnets, chaînes à godets, rubans entraîneurs, tamis mécaniques, chargeurs automatiques.
- Ainsi se sont constituées des usines nombreuses, quelques-unes considérables qui peuvent fabriquer jusqu’à 100 et même 200 tonnes de matière fertilisante par jour. Toutes, ou à peu près, sont munies des éléments que je viens d’énumérer. Il n’entre pas dans mon cadre de décrire ce matériel connu, répandu universellement, grâce auquel le coût de fabrication est tombé à un prix assez bas, condition indispensable pour un produit de‘faible valeur par rapport à son poids.
- Tel qu’il est, ce matériel est-il perfectible? Pour y répondre, il faut d’abord examiner ses imperfections : elles sont multiples.
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- En premier lieu le détournement, à la main, de la fosse où s’est accumule le superphosphate, d’ahord frais, puis, au bout de quelques heures, agglutiné en forme de gâteau humide, est une opération terriblement pénible. On est obligé de laisser refroidir suffisamment la masse. Les ouvriers doivent travailler à la pioche dans une atmosphère chaude, humide, saturée de gaz délétères; en dépit de ventilateurs mécaniques, il faut relayer les hommes de demi-heure en demi-heure et la besogne avance lentement parce qu’on ne peut y mettre beaucoup de monde à la fois; aussi toutes les usines doivent-elles avoir plusieurs fosses de malaxage. Cette partie de la fabrication est forcément onéreuse.
- L’esprit des techniciens s’est appliqué à faire disparaître ces inconvénients et, depuis très peu d’années, on a vu éclore des appareils nouveaux qui diminuent la main-d’œuvre, suppriment le séchage et le broyage et donnent aux nouvelles usines une allure automatique toute différente de celle des fabriques actuelles.
- Il m’a été donné de voir fonctionner tous ces outils récents, et, comme ils constituent un progrès considérable dans celte industrie, ils méritent de fixer l’attention des fabricants pour qui ceci est écrit.
- Appareils nouveaux de malaxage et de défour -nement. — Le malaxage ne diffère des procér
- Fig. i. — Appareil de dèfournement Milch.
- En second lieu le séchage, obligatoire avec la plupart des phosphates, à cause des exigences légitimes des acheteurs que les maisons bien outillées ont habitués à une marchandise très pulvérulente. Ce séchage demande des appareils énormes, coûteux, dépensant du combustible, d’une faible durée, d’un entretien délicat; de plus il nécessite une manutention supplémentaire.
- Ce n’est pas tout. Si le superphosphate est trop chauffé dans le séchoir, il rétrograde, c’est-à-dire perd de la solubilité; puis, quand il a été ainsi transporté au magasin, il a tendance à se réagglomérer et on ne peut le mettre en sacs et 1 expedier qu’après une dernière désagrégation mécanique. Un instrument de plus à mettre en action et à entretenir.
- actuels que par une plus grande rapidité d’exécution; une à deux minutes suffisent pour un mélange de 500 kg. Ces malaxeurs sont tous à travail intermittent.
- Les systèmes de dèfournement mécanique sont au nombre de trois ; ils procèdent d ailleurs tous trois, comme on va le voir, du même principe.
- Appareil de dèfournement Overmann. — La fosse de malaxage est une tour cylindrique en briques de 5 à 6 m. de hauteur et de plusieurs mètres de diamètre, tel un gros fût de cheminée fermée à son sommet et n’ayant que deux orifices, l’un pour laisser entrer la coulée, l’autre pour faire échapper les vapeurs qui vont se refroidir et se condenser dans une colonne à pluie d’eau ; elle peut
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- contenir une coulée de 50 à 50 tonnes de superphosphate. Sur l’une des génératrices de ce cylindre vertical est une gaine extérieure verticale G qu’une paroi P mince, étanche, sépare de la masse coulée.
- Quelques heures après la coulée, alors que le superphosphate s’est pris en masse friable, plus ou moins poreuse et humide, on commence le détournement mécanique. A cet effet, on met en mouvement une sorte de hache-paille à axe vertical dont les couteaux ou raclettes chicanés peuvent couvrir successivement toute la surface du gâteau de superphosphate.
- Pendant la coulée, la partie tranchante de ce hachoir est maintenue immobile, tout en haut, sous le couvercle de la tour. Son axe vertical, traversant ce couvercle, est formé d’une vis dont la longueur est égale à la hauteur de la tour. Quand, au moyen d’une poulie, on met en rotation le hachoir,
- Danzig. La fosse de coulée est un énorme cylindre en fonte horizontal pouvant contenir une trentaine de tonnes de superphosphates.
- Ce cylindre est monté sur des galets à l’aide desquels il peut se mouvoir, non pas en rotation, mais longitudinalement. La partie supérieure de la surface SS' du cylindre est formée de plaques mobiles; de même la partie inférieure diamétralement opposée. Ces plaques sont en place pendant la coulée, à l’exception d’une seule par où entre la bouillie malaxée, le cylindre étant alors immobile.
- Quand le superphosphate a pris consistance, le cylindre est mis en mouvement à l’aide de deux longues vis de rappel RG tournant dans des oreilles venues de fonte, à droite et à gauche de sa surface extérieure. Il s’avance alors horizontalement; on enlève le fond du cylindre du côté de l’avancement. A un moment donné, la surface de superphosphate
- Fig. 2. — Disposition d'ensemble du dèfourneur Beskow.
- celui-ci descend, à chaque révolution, de la hauteur d’un pas de vis et attaque le gâteau de superphosphate en le grattant ou en le pelant à sa partie supérieure ; par une disposition spéciale, les pelures sont successivement portées à la périphérie de la surface jusqu’à ce qu’elles rencontrent la gaine verticale G dont on a eu soin d’ouvrir de haut en bas la paroi qui la séparait du gâteau cylindrique. Alors, au fur et à mesure que le hachoir descend, le superphosphate pelé tombe librement dans cette gaine.
- Au bas de la gaine une chaîne à godets le saisit et l’élève au droit d’un instrument que je décrirai plus loin. Le détournement s’opère avec une rapidité proportionnelle à la vitesse de révolution du hachoir; il dure environ trois heures. Après quoi, la tour étant vidée, le hachoir est remonté en changeant le sens du mouvement de la poulie. Il existe une seule grande usine en France pourvue de cet appareil.
- Défourncuse Milch. — J’ai vu fonctionner la défourneuse Milch en 1908 dans une grande usine à
- ainsi mise à nu se trouve en contact avec un hachoir analogue à celui d’Overmann, mais à axe horizontal et non fileté. Les plaques inférieures I du cylindre sont enlevées, et, le hachoir étant mis en rotation lente, le superphosphate est détaché du gâteau et tombe verticalement dans une gaine inférieure située au droit du hachoir. Un artifice de construction permet au cylindre de progresser au-devant du hachoir jusqu’à ce que son fond opposé vienne le frôler et que, par conséquent, tout le superphosphate soit évacué dans la gaine, au fond de laquelle un élévateur le recueille et l’emporte à mesure qu’il tombe. Le cylindre vide est ensuite ramené en arrière en faisant tourner la vis de rappel en sens inverse.
- Défournement à l’aide du wagon Beskow. — Le Dr Beskow est un ingénieur suédois. Son appareil, récemment construit en Suède, s’est rapidement répandu en Allemagne où il fonctionne dans plusieurs usines et est en montage dans d’autres. Ces jours derniers je l’ai vu en action dans une fabrique de Hanovre.
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- Le superphosphate malaxé tombe dans un grand wagon rectangulaire dont une des faces verticales est arrondie, qui peut en contenir de 50 à 60 tonnes ; ce wagon à parois de bois et à plate-forme de fonte, est surmonté d’un couvercle mobile à joints hydrauliques percé d’une ouverture pour laisser tomber la bouillie émise par le malaxeur situé au-dessus et d’une cheminée d’appel pour les vapeurs. Le malaxage de 50 tonnes dure 2 heures 1/2.
- Après la prise en masse du gâteau (2 heures environ après la fin du malaxage), on enlève le couvercle, un câble attaché au wagonnet, va s’enrouler sur un treuil situé à une distance convenable et le wagon est entraîné mécaniquement et très lentement. On enlève trois des parois du wagon : celle du fond et les deux latérales. Dès lors, la masse de superphosphate se présente sous l’aspect d’un gâteau reposant sur la plate-forme.
- Devant lui, il va rencontrer la machine qui le découpera en menues tranches. Cette machine à découper se compose d’un arbre vertical armé de longs bras horizontaux; chacun de ces bras porte une raclette ou pelle. L’ensemble de ces pelles chicanées est calculé de façon à pouvoir, dans une rotation complète de l’axe, racler toute la surface du gâteau, et la rotation de l’axe est combinée avec la vitesse du treuil de façon que la surface raclée sur le gâteau soit d’environ 2 cm d’épaisseur. Le
- oerouRtiEft ’_____.
- Fig. 4. — Schéma de l'installa lion du wagon de Beskow, de la dèjourneuse et de la râpe.
- montage de la machine à découper est fait de telle sorte que la plate-forme du wagon puisse passer au-dessous de la crapaudine, mais que le gâteau soit complètement débité sur toute sa hauteur. Quand le wagon arrive au bout de sa course, les parties du
- gâteau qui s’appuient sur le fond arrondi, sont raclées jusqu’à la dernière parcelle, parce que l’arc de la courbe du fond est le même que celui décrit par les pelles. Pendant le découpage les tranches enlevées sont constamment
- entraînées par la plus inférieure des raclettes au droit d’une gaine verticale située sur
- Fig. 3. — Schéma de la tour Overmann.
- Élévation.
- Plan.
- laquelle elles s’engouffrent. Un brin de retour du câble ramène ensuite le wagon sous le malaxeur. Tout l’ensemble est placé sous une hotte à ventilateur qui enlève les vapeurs.
- Ces 5 appareils fonctionnent d’une façon satisfaisante; mais, en qualité d’ancien fabricant de superphosphate, je me permettrai de faire leur critique comparative :
- Au système Overmann on peut reprocher trois choses : 1° la présence constante dans l’intérieur de la tour d’un appareil mécanique en fer qui, soumis aux vapeurs chaudes et acides qui se dégagent, doit être d’une durée assez limitée; 2° les parcelles de superphosphates pelées par les couteaux du hachoir sont entraînées dans un plan horizontal jusqu’à la périphérie et subissent par cela même des frottements qui les compriment; j’expliquerai plus loin l’inconvénient de cette action physique ; 5° le débitage du superphosphate commence par la partie supérieure la plus récemment coulée, pour finir par le fond qui a été coulé le premier. L’inconvénient en est visible. Les premières tonnes découpées sont plus molles que les dernières.
- L’appareil Milch, à mon avis, mieux conçu, a lui aussi quelques défauts. Le cylindre est en fonte, et à ce titre coûteux, très lourd et susceptible de corrosion. Les deux vis de rappel, en acier, étaient au début immergées dans l’atmosphère acide ; il est vrai qu’on y a remédié en les protégeant par une gaine en plomb. Enfin tout l’appareil a une allure compliquée et pesante, où trop de mécanique intervient en contact avec un produit corrosif.
- Aucun de ces défauts n’apparaît dans le wagon Beskow. Toute la partie mécanique, roues, treuil et machine à découper, est au dehors et à l’abri des vapeurs; l’opération du découpage se fait au grand jour, elle est facile à surveiller; wagon et découpeuse sont simples et robustes. La plate-forme du wagon est seule métallique, les parois en bois
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- sont d’un remplacement facile et peu coûteux.
- C’est pourquoi, parmi ces trois instruments ingénieux et pratiques, je n’hésiterais pas à donner la préférence au wagon Beskow.
- Il est d’ailleurs à remarquer que les trois systèmes mettent complètement le personnel à l’abri de vapeurs acides, grâce à un ventilateur qui appelle constamment l’air extérieur et refoule l’air vicié dans une gaine qui le conduit à des chambres de condensation, où l’on a coutume de recueillir de l’acide fluorhydrique, sous-produit d’appréciable valeur.
- Une innovation non moins remarquable, quoique plus ancienne que les défourneuses mécaniques et qui complète dans la plupart des installations modernes est la suppression du séchage grâce au râpage des superphosphates défournés.
- Machine à râper. — C’est un appareil très simple qui se compose d’un arbre vertical métallique, au bas duquel est calée une roue dont les 12 rayons sont des couteaux en acier, tranchant du même côté.
- Cet ensemble est monté sur un plancher de telle sorte que l’arbre soit au-dessus et la roue au-dessous de ce plancher. Deux forts paliers soutiennent le tout et sur la partie supérieure de l’arbre est montée une poulie par laquelle on communique à l’arbre et à la roue une vitesse de 550 à 400 tours. Le diamètre de la roue est d’environ 1,50 m.
- La roue armée de couteaux se trouve ainsi suspendue sous le plafond d’une chambre haute et vaste où elle forme une sorte de rosace.
- Au droit de la roue le plafond est percé d’une ou de plusieurs ouvertures carrées de 20 cm de côté.
- L’arbre et la roue étant mis en rotation, on fait tomber le superphosphate provenant de la défour-neuse mécanique par ladite ouverture. Ce superphosphate est happé au passage par les couteaux de la roue, mis en miettes fines et projeté en parabole par la force centrifuge due à la vitesse des couteaux ; il se répand en neige dans la chambre inférieure, s’y pulvérise, et s’y accumule en silo.
- Dans ce rapide mouvement il n’a subi aucune compression, c’est pourquoi il reste poreux et pulvérulent, tel qu’il tombe il est prêt à être emmagasiné ou expédié.
- Mais ceci n’est qu’une partie des avantages obtenus de la râpe.
- J’ai dit que, dans les appareils nouveaux de fabrication, on laisse séjourner fort peu de temps, quelques heures à peine, le superphosphate malaxé dans la tour, le cylindre ou le wagon.
- La réaction de l’acide sulfurique sur le phosphate provoque une élévation considérable de température ; on s’efforce d’utiliser les calories ainsi obtenues au séchage du produit lui-même.
- Un calcul très simple donnera l’idée du degré de dessiccation que l’on peut réaliser ainsi.
- La température de réaction atteint et dépasse même souvent 100°. Or la capacité calorifique du superphosphate est de près de 0,4 calorie par kilo-
- gramme. En refroidissant de 100° à 50°, 100 kg de superphosphate perdent donc (100-30) 0,40 — 2400 calories.
- Cette quantité de chaleur est capable d’évaporer environ 4 kg d’eau par 100 kg de superphosphate.
- D’autre part tous les ingénieurs qui se sont occupés de séchage savent qu’un corps se dessèche d’autant mieux qu’il est en plus fines parcelles et qu’il se meut plus rapidement dans l’air.
- Or ce sont précisément les conditions que remplit la râpe; elle projette et disperse, dans une chambre haute et aérée, le superphosphate émietté d’une façon continue.
- Au haut de cette chambre est une ouverture qui correspond à une gaine ou cheminée d’appel et, par un orifice ouvert en bas, un courant d’air très vif s’établit de bas en haut pendant que le superphosphate s’égrène de haut en bas, si bien que ce dernier qui afflue à la râpe à une température de 90° environ n’a plus que 50 à 55° quand il arrive au sol ; dans ce parcours il a perdu généralement 5 pour 100 d’humidité.
- Cette dessiccation partielle est suffisante, grâce à la porosité caractéristique du produit ainsi obtenu. Un tel superphosphate, qui a encore 15 pour 100 d’humidité, a une consistance et un aspect aussi pulvérulents que tel autre qui sort d’un séchoir à feu et qui n’en contient que 10 à 12 pour 100.
- Le superphosphate ainsi accumulé dans la chambre y est laissé pendant un jour environ. Pendant ce temps s’accomplit la cristallisation du sulfate de chaux qu’il contient; cette cristallisation, qui s’opère grâce à l’absorption de molécules d’eau par le plâtre, produirait à la longue un léger durcissement de la masse. On l’interrompt en vidant mécaniquement le silo et en portant au bout de 24 heures au magasin général des produits fabriqués le superphosphate râpé.
- Dès lors il ne se réagglomère plus; on peut le laisser là pendant des mois, l’amonceler sur 6 et 7 m. de hauteur; il ne rétrogradé pas et conserve sa conformation pulvérulente.
- Ce sont ces avantages de premier ordre qui ont occasionné la diffusion universelle de la râpe à superphosphate. Près de 90 usines dans le monde entier, dont plus de 40 en Allemagne, l’ont successivement adoptée.
- L’association de ces deux opérations : le défour-nement mécanique et le râpage, a donné lieu, dans les installations récentes, à une perfection de manœuvres véritablement merveilleuses.
- Avec 5 hommes et une machine de 12 chevaux, on produit couramment 60 tonnes de superphosphate par jour, et je ne crois pas qu’il existe une autre industrie qui mette en œuvre de pareilles quantités de produits avec une main-d’œuvre aussi réduite.
- Voici la distribution d’outillage et de main-d’œuvre que j’ai vue appliquée dans la dernière usine qu’il m’a été donné de visiter.
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- Le phosphate moulu est monté par une chaîne à godet G, tout au haut du bâtiment, là il tombe dans une trémie T d’où il est versé, par charges successives, sur une bascule automatique pour chaque opération du malaxeur situé en dessous; un mesureur à acide sulfurique est tout à côté.
- Le malaxeur M verse la bouillie de superphosphate dans le wagon Beskow; le remplissage pour 50 tonnes dure 2 heures et demie.
- Quand ce wagon est plein, on laisse le mélange prendre consistance pendant 2 ou 5 heures; après quoi on commence le défournement qui dure environ
- 1 heure et demie ; à mesure que le superphosphate est débité il tombe par la petite ouverture à travers le plancher sur la râpe qui le disperse dans le silo. Là il reste jusqu’au lendemain matin.
- Ainsi les opérations sont distribuées suivant le schéma que voici.
- Le matin, de 6 heures à 8 heures et demie, les trois hommes sont occupés à monter et à malaxer le phosphate. De 9 heures à midi, ils vident le silo du superphosphate râpé la veille et le portent par wagonnets ou transporteurs aériens au magasin. Le 1 heure et demie à 4 heures ils vident le wagon Beskow et râpent le produit débité; et il leur reste toujours
- 2 heures pour l’entretien et le nettoyage du matériel.
- On peut se rendre compte que le travail de ces hommes est des moins pénibles et l’outil qu’ils ont à manœuvrer le plus communément est un simple balai avec lequel ils rassemblent les parcelles de matière qui s’échappent de la circulation.
- Bien n’est plus saisissant que la différence entre une telle usine sans odeur, sans ouvriers affairés, sans encombrement et sans poussière et nos vieilles fabriques de superphosphates.
- Et la constatation la plus suggestive pour l’exploitant est que le prix de fabrication, qui s’élève chez nous à 15, 20 et même 25 centimes par 100 kg, tombe, avec une telle installation, à 5 centimes.
- Les pays les plus avancés dans l’emploi de ces nouveaux procédés de fabrication sont : l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie, la Suède, le Danemark et le Japon.
- Actuellement, par suite de la multiplicité et de l’accroissement des usines, la concurrence est acharnée entre les fabricants. C’est le cas de leur répéter en forme de conclusion l’adage industriel des Allemands : « il faut profiter des années de dépression pour renouveler son outillage ».
- Victor Cameox.
- Ingénieur des Arls et Manufactures.
- LE GIVRE ET LA NEIGE1
- Lorsque l’air est en mouvement et qu’il contient des gouttelettes d’eau en surfusion (c’est-à-dire liquides bien qu’à une température inférieure à 0°), ou bien encore de la vapeur en état de sursaturation, ces états d’équilibre instable cessent immédiatement par la rencontre. d’aspérités ou de corps faisant obstacle ; les gouttelettes d’eau se solidifient, la vapeur d’eau se congèle brusquement et passe directement de l’état gazeux à l’état solide2. C’est là le givre.
- Le givre qui, dans nos climats, se dépose assez souvent, en hiver, sur les arbres, ne forme d’ordinaire qu’une couche de faible épaisseur. Mais sur
- 1 Voir à cc sujet le mémoire de M. Docrowolski : La neige et le givre, résultats du voyage du « Bclgiea », Anvers, 1905.
- — 2 Le fait de gouttelettes surfondues au sein d’une atmosphère en mouvement rapide ' peut sembler paradoxal, car on sait qu’un simple choc ou bien le contact du moindre cristal suffit pour provoquer immo-
- les montagnes, ce dépôt de glace peut acquérir une importance considérable. B. Assmann en a décrit des exemples remarquables observés par lui au sommet du Brocken. Des poteaux télégraphiques se trouvaient transformés en colonnes de 3 m. de diamètre ! De simples barres de fer portaient des blocs de glace de 4 m. de long sur 2 iïi. 50 de haut et 2 m. de large! (fig. 1).
- Cette couche est constituée par une série de lames minces ou, feuillets verticaux orientés dans le sens du vent ; ces feuillets, séparés les uns des autres par une couche d’air, forment un ensemble d’un blanc éblouissant. Dans chacun d’eux on
- dialement la congélation. Une semblable affirmation n’csl cependant nullement hypothétique. Fournet a constaté au Sommet du mont Àvcnas la surfusion de gouttelettes « pendant, que la tempête était dans toute sa force ». C’est là un fait d’observation, une preuve expérimentale pour ainsi dire.
- Fig. i. — Poteau recouvert par du givre au sommet du Brocken. (R. Bornstein.)
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- LE GIVRE ET LA NEIGE
- distingue de petits cristaux de glace assembles en ramifications offrant une apparence analogue à ces ornements d’une incontestable originalité en même temps que d’une délicatesse de structure extraordinaire qui se déposent, en hiver, sur les vitres de nos appartements. Nous en donnons ci-contre trois spécimens figures 2, 5 et 4.
- La neige est constituée par de fines aiguilles de glace groupées en étoiles de formes plus ou moins complexes, mais qui appartiennent toutes au système hexagonal. Dans leur chute ces étoiles en se rencontrant se soudent les unes aux autres et si, en cours de route, elles traversent des couches atmosphériques dont la température est un peu supérieure à 0°, elles subissent une fusion partielle de sorte qu’elles atteignent le sol en masses irrégulières, spongieuses, ayant l’aspect de duvet; ce sont les flocons.
- Dans une de leurs nombreuses ascensions aéronautiques,
- A. et G. Tissan-dier ont assisté à la formation de la neige et ont pris, pour ainsi dire, la Nature « sur le fait ».
- Voici leur observation telle qu’ils l’ont relatée : « Le dimanche 8 novembre 1868, nous avons exécuté, à l’usine à gaz de la Villette à Paris, une ascension aéronautique au moment où une neige abondante tombait à gros flocons. Grâce à une forte provision de lest, nous avons pu nous élever lentement jusqu’à une altitude de 1800 m., au milieu des flocons de neige qui flottaient autour de la nacelle. À mesure que nous nous élevions dans l’atmosphère, les flocons diminuaient de volume; on les voyait s’accroître en tombant et grossir d’une manière sensible. À 2100 m., maximum de la hauteur que nous ayons pu atteindre, nous nous trouvions pour ainsi dire au lieu même de la production de la neige. L’air était translucide et, tout
- Fig. 2. — Cristallisations dt givre.
- autour de nous, nous apercevions de très petites aiguilles de glace, d’un aspect brillant, irisées comme le mica, qui paraissaient se souder en tombant, pour donner naissance, à un niveau inférieur, à des flocons volumineux. La température était de — 1° ».
- Cette description dispense d’insister plus longuement sur le phénomène de la formation de la neige.
- Dans les régions septentrionales la neige tombe toujours sous forme d’étoiles. Sous nos climats, au contraire, elle tombe le plus souvent sous forme de
- flocons, et ceux-ci peuvent, parfois, atteindre des dimensions relativement considérables. Le
- 7 janvier 1887 à Chepstow (pays de Galles), la neige tomba en flocons d’un volume tout à fait inusité; quelques-uns mesuraient 9 cm de longueur sur 6 cm de largeur et 5 cm. d’épaisseur. Leur fusion ne donnait pas moins de 7 cm3 d’eau1.
- Le 4 décembre 1892, on a observé à Glashutte (Saxe) une chute de balles de neige qui avaient de
- 8 à 10 cm et parfois même jusqu’à 12 cm de diamètre.
- Le 20 avril 1896, à Krasna ( Transylvanie ), on observa des
- flocons de neige qui avaient de 5 à 6 cm de diamètre2.
- M. Plumandon rapporte qu’il en a vu tomber, au Puy de Dôme, de forme grossièrement ellipsoïdale, qui avaient acquis par agglomération pendant la descente de 6 à 7 cm de longueur, sur 3 à 4 d’épaisseur3. Ce n’est que lorsque le temps est calme et froid qu’elle nous arrive sous forme d’étoiles. C’est ainsi que le 23 janvier 1909, par exemple, où ces conditions atmosphériques se sont trouvées réalisées, un observateur attentif a pu remarquer la
- 1 La Nature, 1887, 1er semestre, p. 192.
- 2 Zeilsch. fur Meteor. — 1893, p. 147 et 1896, p. 254.
- 5 Les orages et la grêle, p. 126.
- Phot. Baldet.
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- chute, sur la région parisienne, de myriades de très petites étoiles.
- Ces formes délicates et merveilleuses des cristaux de la neige ont retenu l’attention de savants illustres et d’ingénieux physiciens : Képler,
- Descartes, Bartho-lin, Cassini, Muss-chenbrock, Tyn-dall, Glaisher pour n’en citer que quelques-uns.
- W. Scoresby, qui a fait de longs séjours dans les régions polaires, a décrit et dessiné, dans son ouvrage sur le Nord, un grand nombre de formes d’étoiles de neige. Elles ont été publiées dans la plupart des traités de physique. Malheureusement Scoresby ne possédait pas les ressources et le précieux contrôle de la photographie et ses dessins apparaissent |
- quelque peu « idéalisés ». Mais, depuis cette époque,
- les procédés d’observation sé sont perfectionnés.
- La Monthly Weather Review a donné en 1901, d’après M. À. Bentley de Nashville, de fort belles reproductions d’admirables photographies microscopiques de cristaux de neige dont les figures 5 et 6 sont deux spécimens. La planche ci-contre (fig. 7) donne quelques formes de cristaux d’après des photographies de M. R. Neuhauss (voir R. Bornstein, Leifa-den der Wetter-kiinde, Brauns-chweig 1902).
- Il est bien évident qu’en raison de sa nature même, la neige ne peut tomber, sauf sur les hauts sommets, dans les contrées où la température des mois froids
- Fig. 4. — Étoiles de glace.
- Fig. 6. — Fleurs de glace.
- Fig. 7- — Cristaux de neige grossis 20 à 3o fois. (D'après R. Neuhauss.)
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- reste supérieure à 0° et que son degré de fréquence est en relation immédiate avec les rigueurs de l’hiver. En France, par exemple, il neige moins souvent sur les côtes de la Manche qu’à Paris et à Lyon.
- Au point de vue de l’abondance, les chutes de neige suivent, en général, à peu près les mêmes lois que la pluie1 ; elle est plus grande dans le voisinage des mers que dans l’intérieur des continents. En Russie et en Sibérie, par exemple, la quantité de neige diminue régulièrement de l’ouest à l’est; contrairement à l’opinion commune, elle est même peu abondante relativement dans certaines parties de la Sibérie orientale ou centrale : aux environs de Krasnoïarsk, en particulier, il y en a souvent à
- est, en moyenne, plus basse de 700 m. sur le versant méridional pluvieux (Inde) que sur le versant septentrional sec (Thibet)l.
- Dans le cours de l’année, cette limite se déplace naturellement avec les saisons. Cette variation est à peu près nulle sous l'équateur et s'accentue à mesure qu’on s’en éloigne.
- Toutes choses égales, la limite des neiges perpétuelles descend à mesure que la latitude augmente (fig. 8). Ainsi, tandis qu’en Asie elle réside à plus de 5000 m. sur l’Himalaya, elle s’abaisse à 2750 m. environ dans les Alpes, à 1500 m. en Norvège et tombe à 450 m. au Spitzberg. Au Chili on la rencontre à 5500 m. sous la latitude de 52° sud; elle
- 12 3 4 S 6 7 8 9 1.0 11 12 1,314 15 16 17 13
- Fig. 8. — Limite des neiges perpétuelles. — i, Détroit de Magellan n3o m.; 2, Andes de Patagonie i83o m. ; 3, Andes du Chili 448.3 m.; 4, Andes de Bolivie {Plat, orient.) 4850 m.-, 5, Andes de Bolivie {Plat, occid.) 4640 m.; 6, Andes de Quito 4820 m.; 7, Éthiopie 4800 m.; 8, Cordillère du Mexique 4500 m.; 9, Himalaya 5ooo m.; 10, Karakoram 5~oo m.; 11, Araral 4320 m.; 12, Caucase 33oo m.; i3, Alpes 2~5o m.; 14, Pyrénées 2p3o m.; i5, Alaska 1000 m.; 16, Alpes Scandinaves 1100 m.; 17, Islande ç36 m.; 18, Spitzberg o m. {D'après /'Atlas de Berghaus.)
- peine assez pour permettre de faire circuler des traîneaux2.
- La persistance de la neige à la surface du sol et, conséquemment, la hauteur à partir de laquelle la neige y séjourne en permanence, autrement dit la limite des neiges perpétuelles, est un phénomène très complexe qui dépend de causes nombreuses, telles que la température, l’exposition de la région, le régime des vents, la sécheresse de l’air, etc.... Dans l’Himalaya, par exemple, la limite des neiges
- tombe à 800 m. à 50° de latitude, à 400 m. au Mont Darvin, dans la Terre de Feu, et l’expédition antarctique de la Belgica l’a trouvée au niveau de la mer à la latitude de 67°.
- Enfin, cette hauteur limite semble soumise, comme celle des glaciers, à des variations à longue période2, mais les observations que l’on possède ne s’étendent pas encore sur un intervalle de temps suffisamment long pour permettre de fixer ce point avec quelque précision. J. Loisiu..
- VOITURE=TRAÎNEAU AUTOMOBILE
- A la prochaine grande semaine d’hiver organisée en février 1910 par l’Automobile-Club de France à Gérardmer (Vosges) aura lieu un concours de traîneaux automobiles. C’est la deuxième épreuve de ce genre : en 1909, trois concurrents s’étaient présentés à Chamonix et l’A. C. F. avait accordé son Grand-Prix à M. J. de Besse. On annonce pour l’épreuve du 14 février prochain quatre concurrents sérieux dont une grande marque automobile allemande : deux des traîneaux seraient propulsés par des hélices aériennes, et les deux autres par des roues spécialement établies pour la traction sur la neige et la glace. Jusqu’ici, chacun s’est préparé dans le plus grand silence à ce concours, qui va, paraît-il, nous révéler des engins absolument pratiques pour le tourisme à travers les pays de neige.
- 1 La Nature, n° 1908, 18 décembre 1909.
- 2 À. Angot. — Météorologie, Paris, 1899, p. 245.
- La Nature a obtenu la primeur de la description et des photographies de la nouvelle machine établie par M. J. de la Besse, le vainqueur de 1909, avec la collaboration de l’ingénieur E Girardeau.
- Hâtons-nous de dire que la voiture-traîneau de M. de la Besse n’a pas été construite en vue d’une course, mais bien pour des applications pratiques, immédiates dans les pays froids. Rien n’a été sacrifié au confort, à la commodité, à la facilité d’emploi. L’engin est à double fin : tantôt voiture, tantôt traîneau, et la transformation peut être réalisée en quinze minutes, si bien qu’on l’utilise au cours d’une excursion sans une perte de temps appréciable. Comme voiture, elle se distingue peu d’une automobile ordinaire à quatre places. D’élégante allure, établie dans les meilleures conditions méca-
- 1 A. Angot. — Météorologie, Paris, 1899, p. 245.
- 2 Ed. Brgckner, — Klimaschivankungen, 'Vienne, 1890.
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- niques, c’est à peine si l’on distingue à la partie inferieure du châssis un segment des propulseurs à neige et leurs organes de commande. Et dès sa sortie de l’usine, la voiture-traîneau, équipée en voiture, a accompli par ses propres moyens, le raid Paris-Annecy-Gérardmer, à une vitesse moyenne de quarante-cinq kilomètres à l’heure. Dès que les grandes semaines des Alpes et des Vosges seront terminées, l’auto-traineau gagnéra la Russie où elle doit accomplir de nouvelles performances sur les tracts de neige les plus hostiles à la circulation.ordinaire.
- La facilité de transformation de la voiture en traîneau, et réciproquement, tient au système d’attache des patins et au dispositif de relevage des
- convenir aussi bien aux surfaces glacées, planes et dures des lacs et cours d’eau qu’aux terrains neigeux, irréguliers, crevassés, ondulés et sans consistance. A ces difficultés s’ajoutent celles de la direction, dont on soupçonne toute l’importance au seul souvenir des multiples et graves accidents de bobsleighs.
- Les propulseurs système de la Besse sont des cylindres munis de dents obtenues par l’enroulement autour du cylindre de surfaces hélicoïdales engendrées chacune par un triangle à côtés inégaux, qui, reposant toujours par sa base sur le cylindre, se déplacerait en suivant une hélice tracée sur ce cylindre. De plus, les angles de ces dents sont large-
- L'automobile-traîneau de M. de [la [Besse montée sur ses patins. — En cartouche, la voiture replacée sur ses roues [remarquer sous la voiture le cylindre propulseur .à dents hélicoïdales).
- propulseurs à neige. Ces derniers sont montés sur un châssis oscillant qui peut être complètement relevé et accroché’au châssis de la voiture ; le supplément de poids, causé par le transport de ces mécanismes spéciaux, ne dépasse guère une centaine de kilos. Quant à l’attache des patins elle se fait sur les fusées des essieux, de la même manière que pour les roues, sauf, bien entendu, la possibilité de tourner autour des fusées, qui est intégralement évitée au moyen d’un clavetage automatique à toute épreuve. Les deux patins avec leurs supports ne pèsent pas plus de trente-huit kilos.
- Les problèmes de traction mécanique posés par la route de neige sont délicats à cause du peu de consistance du chemin de roulement et des inégalités du sol. Il faut disposer de propulseurs distincts des organes de supports, lesquels ne peuvent être que les patins, et ces propulseurs doivent pouvoir
- ment abattus, de telle sorte que sur les terrains consistants, c’est le milieu seul d’une dent qui attaque le sol, tandis que les ailes n’interviennent qu’en cas d’enfoncement du propulseur dans la neige. Ce propulseur est doué, en outre, des propriétés suivantes : 1° il donne un chemin de roulement continu ; cela grâce au développement rationnel de ses arêtes (hélices) sur le sol et au recouvrement des dents (lorsqu’une dent quitte le sol, la suivante a déjà commencé de l’attaquer); 2° il empêche la neige de coller au métal, parce qu’il la déplace constamment en la vissant vers l’extérieur du traîneau ; 3° il donne une adhérence d’autant plus considérable que le terrain est moins consistant; et l’attaque se fait dans les meilleures conditions, car l’inclinaison des côtés du triangle qui a servi à engendrer les dents sont celles qui ont été fournies par l’expérience comme les plus avantageuses.
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- La pression d’appui de chaque propulseur est réglée à la volonté du conducteur selon l’adhérence que celui-ci désire obtenir et sans qu’aucune surcharge ne soit imposée aux patins; le conducteur dispose à cet effet d’une manivelle M, située auprès du volant de direction, au moyen de laquelle il peut faire varier la pression des propulseurs sur le sol, par l’intermédiaire élastique de deux barres de torsion. Ces barres sont en acier B. N. D., d’une grande élasticité, de telle sorte qu’elles jouent le rôle d’un ressort très nerveux, possédant les avantages de faible encombrement, légèreté, et simplicité de commande. Pour une torsion de 35°, d’ailleurs inférieure à la limite élastique, on obtient un supplément de pression d’environ 200 kg. par propulseur, ce qui assure le démarrage dans tous les terrains et sur des côtes de 14 pour 100.
- Il a été prévu un dispositif de calage instantané du différentiel pour donner la possibilité de démarrer lorsqu’un seul propulseur prend appui sur le sol.
- En ce qui concerne la direction, elle est excessivement sûre, grâce à la forme et à la disposition des patins. Chaque patin est libre d’osciller dans un plan vertical autour d’une rotule située le plus près possible du sol ; cela permet de passer avec facilité par-dessus les obstacles sans risquer des chocs dangereux. La forme du patin est spéciale : la surface portante est composée de deux plans inclinés formant ailes et séparés par une gouttière centrale; la figure montre cette disposition qui a depuis longtemps fait ses preuves aussi bien sur bobsleighs qu’avec les traîneaux: c’est une des revendications intéressantes des brevets pris par l’inventeur. Il est impossible de déraper avec de tels patins; en 1908, au col du Lautaret, ils furent soumis à des épreuves pour lesquelles on tenta de faire déraper un traîneau en attelant transversalement un cheval qui exerçait son tirage perpendiculairement à la direction de marche, il fut impossible d’obtenir une dévia-
- tion : le véhicule finissait par se soulever, mais il ne glissait pas malgré une vigoureuse sollicitation. La direction est ainsi très sûre; elle est aussi très douce à cause de la courbure des patins. On voit que les constructeurs ont encore réussi à proportionner la surface portante à l’inconsistance du terrain : sur la glace, par exemple, le traîneau n’aurait que de très faibles surfaces d’appui ; dans la neige molle, au contraire, il repose sur les larges ailes de ses patins et sur le développement des hélicoïdes des propulseurs.
- Il a fallu prévoir des dispositifs calorifuges pour préserver le radiateur et le graissage contre les effets des basses températures. C’est ainsi que la circulation d’huile est entièrement protégée du froid par une circulation d’eau chaude établie en dérivation sur la circulation principale. On profite également de la proximité du tuyau d’échappement pour réchauffer la graisse de la boîte de vitesses. Pendant les arrêts, une chaudière située près du radiateur assure la continuité de circulation d’eau chaude ; on ferme alors les volets feutrés qui entourent le moteur très hermétiquement. Au départ il suffit d’éteindre la petite lampe de la chaudière et de relever les volets : le mécanicien n’a aucune peine à mettre en marche, car moteur et carburateur sont restés à bonne température.
- Quant aux freins, on conçoit sans peine quel rôle ils sont destinés à jouer dans les glissades en montagne. Aux freins sur différentiel, qui permettent de caler les propulseurs à bloc, on a joint des freins à griffes, lesquelles s’accrochent fortement au sol près des patins arrière. Ces freins portent quatre crampons d’acier taillés en biseau ; ils sont manœuvres au moyen de puissants leviers et de filins; grâce à l’attache des crampons au moyen d’une fourche oscillante, les quatre griffes épousent les formes dn terrain, ce qui donne l’assurance qu’elles exerceront leur effort toutes les quatre en même temps. Léo Cahly.
- L’HORTICULTURE ET LA CHIMIE
- Le nom du Dr Henry Kraemer est familier à toiis ceux de nos lecteurs qui s’occupent de botanique. On sait que le distingué professeur du Collège de pharmacie de Philadelphie s’est occupé avec succès d’introduire aux Etats-Unis la culture de certaines plantes utiles, telles que le camphrier, dont les produits ont été pour ainsi dire monopolisés par le Japon, depuis sa main-mise sur Pile de Formose.
- Le savant botaniste poursuit actuellement de fort intéressantes recherches sur l’influence que les corps chimiques exercent sur la vie d’une plante, sur son développement, sur la modification de la coloration de ses fleurs. Pour donner à ses expériences une base rigoureusement scientifique, il rejette l’emploi de la terre végétale, d’une homogénéité suspecte, et ne se sert que de sable, qu’il recueille dans une carrière
- et qu’il fait transporter dans son jardin aérien, installé sur le toit du collège.
- En . dosant ce sable avec ses différentes compositions chimiques, qu’il administre soit à letat solide, soit sous forme de solution, il peut étudier les divers effets produits sur des plants de la même espèce. Les résultats qu’il obtient sont aussi curieux que variés. Telle composition amènera la plante à se couvrir d’une" magnifique et abondante floraison, tandis que telle autre poussera à la production du feuillage, sans que le moindre bouton fasse son apparition.
- En changeant ses compositions, l’expérimentateur obtient une incroyable variété de coloration des fleurs, sur des plants de la même espèce. Sollicitée par l’influence des différents corps chimiques mêlés
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- au sable qui lui sert d’assises, la même plante produira des fleurs d’un rouge éclatant, ou d’un bleu vif, ou d’un jaune ardent, nuances qu’elle n’ofl'rirait jamais dans des conditions normales de culture.
- Un des résultats les plus étranges obtenus par le Dr lvraemer est le suivant : après avoir arrosé un plant de rosier de la variété Kaiserine, qui donne de magnifiques fleurs blanches, avec une solution contenant de l’acétate de plomb, du carbonate depotas-
- donc devenues bicolores. Tout en poursuivant scs expériences plus assidûment que jamais, le I)1 lvrae-mer se reconnaît impuissant, jusqu’ici, à expliquer scientifiquement les résultats obtenus. Les compositions chimiquestransportées par la sève, réagissent-elles directement sur un composé déjà présent dans les pétales? Provoquent-elles la formation d’une nouvelle substance? Servent-elles simplement de véhicule à une substance colorante dépo-
- Le Dr Henry Kraemer dosant un de ses élèves.
- sium et de l’hydrate de calcium, il constata que la base des pétales se colorait d’un rouge vif qui ne franchissait pas une certaine limite. Les roses étaient
- sée dans les feuilles ou dans toute autre partie de la plante? L’avenir dira laquelle de ces explications est la bonne. V. F.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 février jgio. — Présidence de M. Emile Picard.
- Transformation du polonium. — M. Lippmann résume un travail de Mmo Curie et de M. Debiernc relatif au polonium. En traitant plusieurs milliers de tonnes de minerai, les auteurs ont isolé un dixième de milligramme de polonium. Ils ont donc pu étudier, dans des conditions très favorables, les propriétés de ce corps. Ils ont vérifié qu’il possède un spectre propre et qu’il se dissocie en donnant de l’hélium et un autre corps inconnu, peut-être du plomb. Cette destruction du polonium est rapide; la moitié de ce corps se transforme dans l’espace de 140 jours, de telle sorte que l’on peut prévoir que sa disparition sera complète dans un an environ. On pourra donc observer la transformation intégrale d’une substance en deux autres substances. Peut-être observera-t-on alors le spectre du plomb et se trouvera-t-on ainsi en présence d’un cas de transmutation de corps simple?
- Nouveau sismographe. — M. Lippmann expose ensuite le principe d’un nouveau sismographe dont il est l’inventeur. Cet appareil se compose essentiellement d’un tube horizontal débouchant à chacune de ses extrémités dans un vase de grand diamètre, de manière à former une sorte de niveau d’eau. En employant des vases de grande section par rapport à la section du tube, la colonne horizontale peut prendre un mouvement d’oscillation à longue période, 200 secondes par exemple. Ce mouvement d’oscillation est décelé par un petit piston en mica placé dans le tube. La tige du piston butte sur une tige verticale mobile autour d’un point fixe et portant un miroir qui révèle les mouvements. Si un mouvement du sol se produit, le miroir subit des déplacements et la courbe lumineuse qu’il fournit présente des altérations. Cet appareil ne peut se dérégler et c’est
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- une supériorité très grande sur les sismographes à pendule horizontal qui subissent aisément des perturbations.
- L’immunisation de l’homme contre la fièvre typhoïde. — M. Chauveau analyse une communication de M. le prof. 11. Vincent sur l’immunisation active de l’homme contre la fièvre typhoïde. L’auteur a essayé, dans ses précédentes expériences sur le cobaye, trois sortes de vaccins : les bacilles vivants, les bacilles tirés à 55°, l’autolysat en eau physiologique à 57° de bacilles vivants prélevés sur gélose* en culture de 24 heures. Quel que soit le vaccin inoculé, trois inoculations ont été nécessaires pour assurer l’immunisation. Le vaccin vivant, le plus actif, ne saurait être recommandé chez l’homme, car il peut être dangereux. Le vaccin tué par chauffage, qui est très protecteur chez l’animal, a donné des résultats favorables chez les soldats allemands et anglais, mais il détermine souvent des symptômes pénibles qui ont empêché l’extension de son emploi. L’autolysat centrifugé puis stérilisé par l’éther est indiqué par M. IL Vincent. Ce vaccin renferme les extraits de bacilles vivants, c’est-à-dire est pourvu de leurs qualités biologiques normales, et, n’étant pas atténué par la chaleur, participe des qualités du vaccin par bacilles vivants qui est le plus actif, sans en présenter les inconvénients. Il a assuré une immunité durable chez les animaux. Contenant peu de corps microbiens, il ne provoque pas de douleur locale. En outre l’action moins brutale des produits d’autolyse ne sollicite pas, comme le font les corps microbiens, l’apparition de la phase dite négative, si dangereuse en temps d’épidémie, car elle rend, pendant une à deux semaines,
- DE LA HOUGUE ' =
- le sujet vacciné hypersensible à l’infection éberthique.
- Une variété d’alumine. — M. Lechatelier présente une Note de M. Jourdain décrivant les propriétés de l’alumine préparé par oxydation de l’amalgame d’aluminium. Celte alumine répond à la formule Al2 O3, 5H20. Ce n’est pas toutefois une combinaison définie; car, par un chauffage modéré, l’eau s’en va. C’est un corps très dur qui polit l’acier trempé, et qui paraît être de l’alumine anhydre ayant condensé de l’eau à sa surface. L’alumine ainsi préparée est extrêmement légère.
- Description d'un céphalopode. — M. Edmond Perrier présente une Note de M. Joubin sur la spirule, céphalopode qui l’appelle les ammonites. Ce céphalopode habite les mers des régions chaudes; ses coquilles sont très nombreuses. Mais l’animal est fort peu connu des naturalistes, quoique les indigènes de la côte de Zanzibar en capturent fréquemment. Le spécimen étudié par M. Joubin provient des dragages opérés dans les parages des lies Canaries, lors de la dernière campagne du prince de Monaco. Cette spirule est fort loin de l’âge adulte; elle ne mesure que 0,005 m. de diamètre. On a donc eu le moyen d’avoir des renseignements sur la forme première de l’animal et de relever les différences qui existent entre cette forme et celle de l’âge adulte. La jeune spirule a quelque ressemblance avec le calmar. Ses yeux sont très différents de ceux de l’âge adulte; les différences doivent correspondre à un changement dans les conditions biologiques de l’animal. On peut s’expliquer ainsi que l’on n’ait capturé jusqu’ici que des animaux adultes.
- Ch. DE VlLLEDEUlL.
- LE MESOPLODON DE LA HOUGUE
- Quiconque a tant soit peu voyagé sur mer, ou simplement séjourné en un point quelconque des côtes est à meme d’apprécier, par le peu qu’il en voit, le nombre considérable de Cétacés qui peuplent les océans. Chacun de nous a présent à l’esprit le curieux spectacle qu’offrent les dauphins et les marsouins poursuivant en troupe dans les baies les bancs de poissons migrateurs ou se jouant à la proue des navires ; et, il n’est aucun naturaliste qui ne se rappelle avoir assisté, une fois au moins, au succès de curiosité qu’ont toujours auprès des habitants du littoral ces Mammifères marins lorsqu’ils viennent s’échouer à la côte.
- Sur notre littoral français, il est un certain nombre de Cétacés qu’on obserx'e d’une façon assez commune. Parmi les principaux, il convient de citer : le Dauphin, bien connu des anciens, et auquel ils prêtaient une si vive affection pour l’homme ; le Marsouin, si redouté des pêcheurs de sardines dont il détruit les filets en poursuivant sa proie; le Glo-bicéphale, reconnaissable à sa couleur uniformément noire, à sa grosse tête arrondie et à ses nageoires pectorales longues et effilées comme les ailes d’une Hirondelle ; le Grampus, souvent désigné sous le nom de souffleur; le Baleinoptère ou Rorqual, le seul cétacé à fanons qui fréquente habituellement nos parages depuis que la Baleine semble les avoir abandonnés.
- Mais, en dehors de ces types, dont certains se
- rencontrent d’une façon presque banale, pourrait-on dire, il arrive que de temps en temps on signale l’échouage ou la capture d’un animal plus rare, et, l’on conçoit que ce soit alors pour les naturalistes une bonne fortune inespérée.
- C’est ainsi que parfois on apprend qu’en un point de nos côtés un Cachalot ou un Hyperoodon s’est laissé surprendre par la marée descendante. C’est ainsi également qu’il y a quelques années, M. Yves Delage eut la bonne fortune de pouvoir observer à Roscoff même un Kogia, cétacé plus rare encore, très peu connu, et, qui, par ses caractères, semble se rapprocher du Cachalot dont il contraste par sa petite taille. Cet animal semblait être venu, comme à dessein, se mettre à la disposition des naturalistes du laboratoire de Roscoff.
- Pour ne point laisser sans doute au laboratoire de Saint-Vaast l’occasion de jalouser son voisin des côtes de Bretagne, un Mesoplodon vient récemment de se perdre à la Hougue, en face le laboratoire de Tatihou.
- L’extrémité de la presqu’île du Cotentin où est situé le laboratoire maritime du Muséum est en quelque sorte un lieu d’élection pour les échouages de Cétacés. Déjà, à la Hougue, échouaient en 1886 deux Ilyperoodons, puis en 1892 un troisième qui procura l’occasion à M. Bouvier d’une intéressante contribution à l’étude des Cétacés ziphioïdes.
- Depuis trois ans, nous avons vu se perdre,
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- LE MESOPLODON DE LA HOUGUE " : 191
- presque à la porte du laboratoire, un grand nombre de Dauphins, un Globicéphale, et, enfin, le Meso-plodon dont il va être question ici.
- Le Cotentin forme dans la mer une pointe avancée qui constitue en réalité une sorte de piège naturellement et sans cesse tendu à ces mammifères marins qui errent soit dans la mer du Nord, soit dans la Manche, une véritable muraille vers laquelle les courants tendent à les pousser.
- Le 2 novembre 1908, M. Ch. Liot, mécanicien au laboratoire, fut prévenu de l’échouage à la pointe de la ïïougue d’un animal d’aspect inaccoutumé pour les pêcheurs de la région. Il se rendit immédiatement sur les lieux. La bête, qui était vivante au moment de son atterrissage, rendait à ce moment son dernier soupir, à la suite d’un certain nombre de coups de couteau déjà distribués par les spectateurs, comme c’est malheureusement toujours et partout l’usage.
- M. Ch. Liot remorqua immédiatement l’animal au laboratoire et me prévint télégraphiquement.
- C’était un Cétacé qui fut immédiatement reconnu pour un Mesoplodon. Son aspect extérieur me fit prononcer sur le coup le nom de Mesoplodon bidens Sow. Mais les recherches déjà avancées que j’ai entreprises sur l’anatomie du Mesoplodon en général et des animaux voisins, ce que j’ai déjà vu du squelette et des organes viscéraux du Cétacé de la Ilougue m’engagent aujourd’hui à réserver ma détermination spécifique jusqu’à l’élaboration complète de mes matériaux d’étude. Il est infiniment probable qu’en fin de compte le Mesoplodon de la Ilougue sera un Mesoplodon bidens Sow., mais outre que, pour pouvoir l’affirmer, il est nécessaire d’avoir étudié, en détails, son squelette, notamment son crâne et son rachis, le peu de renseignements anatomiques que l’on a sur les animaux de ce groupe m’incitent à me tenir sur la plus grande réserve. Une révision anatomique complète des Cétacés ziphioïdes, groupe auquel appartient le Mesoplodon, s’impose, et permettra sans doute de jeter un peu de lumière sur la question nécessairement compliquée, en raison du petit nombre d’individus connus, de la systématique de ces animaux.
- Sa longueur était de 5 m. environ; sa couleur uniformément noire sur le ventre aussi bien que sur le dos, chose assez exceptionnelle chez les Cétacés. La surface de son corps cependant était sillonnée de raies blanches présentant l’aspect d’éraflures récentes que l’animal semblait avoir pu se faire le long des rochers, peut-être au moment même de son atterrissage. Ces particularités ont déjà été vues sur d’autres Mesoplodons, notamment sur un exemplaire échoué sur les côtes de Danemark et dont M. Jungersen m’a envoyé d’intéressantes photographies.
- L’examen du contenu stomacal ne nous donna malheureusement aucun renseignement sur le régime alimentaire de cet animal. L’estomac était absolument vide, contenant simplement quelques
- rares parasites que leur mauvais état de conservation empêcha de déterminer et un petit fragment de matière noirâtre, dure et d’aspect spongieux, qu’après un examen chimique approfondi M. M. Boutin, pharmacien-major de l’armée et un des hôtes habituels du laboratoire de Saint-Vaast-la-Hougue, reconnut être simplement un morceau de coke (!). Cette trouvaille inattendue, bizarre en apparence, ne l’est pas en réalité, car l’on a déjà observé que l’estomac des Cétacés renferme souvent des cailloux en grand nombre dont quelques-uns d’un poids considérable. Le Globicéphale noir échoué à Saint-Vaast-la-IIougue le 25 janvier 1907, portait dans son estomac 9 kg 571 de silex dont le plus gros pesait 540 gr. Ces silex sont d’ailleurs conservés dans les Collections du laboratoire maritime.
- Les Cétacés comprennent, on le sait, deux grands groupes, les Mysticètes ou Cétacés à fanons dont les plus connus sont la Baleine et le Baleinoptère, et les Odontocôtes ou Cétacés à dents. On divise habituellement ces derniers en quatre familles : les Physété-ridés, dont le Cachalot peut être pris comme type ; les Ziphiidés, auxquels appartient précisément le Mesoplodon, ainsi d’ailleurs que l’Hyperoodon et le Ziphius qui furent également rencontrés quelquefois, le second très rarement, sur nos côtes ; les Delphinidés, nombreux à la fois en espèces et en individus, et qui comprennent, entre autres, le Dauphin, le Marsouin, l’Orque, le Globicéphale et le Narval; enfin les Platanistidés, sortes de Dauphins aberrants fréquentant plus particulièrement les estuaires de certains grands fleuves.
- Les Ziphiidés (Mesoplodon, Hyperoodon, Berar-dius, Ziphius) s’affirment comme une famille véritablement à part des autres Cétacés et dont les membres possèdent un ensemble de caractères véritablement synthétiques et d’allure incontestablement ancestrale. C’est ainsi que, et en cela ils se rapprochent davantage des Mysticètes que des Odontocètes parmi lesquels cependant on s’accorde à les ranger, certains détails de leur organisation semblent présenter encore une trace particulièrement nette de l’adaptation terrestre primitive des ancêtres des Cétacés : la présence d’un nerf olfactif signalée depuis longtemps par Eschricht chez l’Hyperoodon (la disparition de ce nerf est considérée comme l’une des conséquences de l’adaptation à la vie aquatique chez les Mammifères) ; une musculature, rudimentaire il est vrai, de la main, caractère que l’on retrouve encore chez les Mysticètes ; un certain degré d’hété-rodontie; enfin la permanence de l’état cartilagineux des côtes sternales.
- Leurs caractères sont tels que, si, par la plupart d’entre eux, ils se rattachent nettement aux Odontocètes, par d’autres ils évoquent l’idée de ce qu’a dû être la forme cétacéenne primitive qui aurait donné naissance à la fois aux Mysticètes et aux Odontocètes.
- Parlant de cette dernière, M. E.-L. Bouvier s’exprime ainsi au sujet des Ziphiidés :
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- « C’est grâce à leurs relations plus immédiates avec cette forme ancestrale que les Ziphioïdes, quoique appartenant au rameau des Odontocètes, présentent avec les Mysticètes des analogies si nombreuses
- Ajoutons à cela que les Ziphiidés sont les moins connus et les plus rares de tous les Cétacés. Parmi les Odontocètes, ils sont surtout caractérisés par la présence de dents fonctionnelles à la mâchoire inférieure seulement, caractère qui les rapproche des Physétéridés, mais alors que chez les Cachalots ces dents sont nombreuses, elles sont chez les Ziphioïdes limitées à une ou deux paires (il existe parfois dans l’une et l’autre mâchoire un certain nombre de dents rudimentaires et non alvéolées). Ils sont encore caractérisés par un long rostre, un os malaire assez voisin de celui des Mysticètes, souvent par une élévation du maxillaire supérieur qui se trouve développée à son maximum chez l’Hyperoo-don, par le nombre de leurs vertèbres qui ne dépassent pas 55, par la longueur des apophyses épineuses de leurs vertèbres dorsales et lombaires, par un nombre de côtes jamais supérieur à 10, par l’état toujours cartilagineux chez l’adulte des £Ôtes sternales, comme il a été dit plus haut, par la forme en croissant concave en avant de leur évent, par la réduction et la forme de la nageoire pectorale et enfin par la présence de deux sillons sous la gorge.
- Le Mesoplodon bidens Sow., espèce à laquelle l’animal de la Hougue doit très vraisemblablement être rapportée, présente un Certain nombre de caractères particuliers. Au point de vue de la couleur il est très variable; tantôt il est noir sur le dos et d’une couleur plus pâle sur le ventre, tantôt uniformément noir comme c’était le cas de l’exemplaire de la Hougue. Son rostre est effilé comme celui du Dauphin, mais'alors que cet animal porte aux deux mâchoires un nombre considérable de dents, le Mesoplodon bidens Sow., comme son nom l’indique, n’en possède que deux placées à peu près au milieu de la mandibule. Ces dents de forme triangulaire sont, chez le mâle adulte, très considérables ; chez la femelle elles sont très réduites. De plus, la mâchoire inférieure dépasse en avant, et d’une façon notable, la mâchoire supérieure. La nageoire caudale, enfin,
- présente (comme l’a montré Aurivillius) en son milieu une convexité au lieu de la concavité que présente celle des Delphinidés.
- Nous avons dit au début de cet article que le Mesoplodon bidens Sow. était un animal extrêmement rare. Glover M. Allen qui, en 1906, s’occupa de rechercher l’indication de tous les exemplaires connus de ce Cétacé arriva au chiffre de 26 en tout et pour tout. Si l’on ajoute à cette liste un exemplaire récemment échoué à Saint-Andrews et l’animal de la Hougue, cela porte à 28 le nombre total des Mesoplodon bidens Sow. observés de par le monde.
- Le premier fut celui rencontré en 1800 sur les côtes d’Ecosse (Elginshire) et que Sowerby décrivit en 1804. C’est le type de l’espèce. Son crâne existe actuellement au Musée anatomique d’Oxford. Des 28 exemplaires connus, 4 furent trouvés sur la côte
- américaine de l’Atlantique et 24 en Europe. De ces derniers, 4 seulement furent rencontrés surla côte française, ce sont les exemplaires du Havre (1825), de Salenelles (1825), de Cap Breton (1888) et enfin de la Hougue (1908). Les 20 autres échouèrent sur les côtes du Royaume-Uni ou des pays Scandinaves. Avant l’échouage de la Hougue, les Collections d’Anatomie comparée du Muséum de Paris ne possédaient aucun squelette complet de Mesoplodon bidens Sow. On y voyait seulement le crâne de l’animal du Havre qui était une femelle. Encore ce crâne présente-t-il avec celui du Mesoplodon de la Hougue un ensemble de différences considérables qui ne semblent pas cà première vue pouvoir être attribuées uniquement au sexe. C’est pour une grande part la comparaison de cette pièce avec le crâne de l’animal de la Hougue qui m’a engagé à réserver ma détermination spécifique jusqu’à ce que j’aie eu le loisir de faire une révision anatomique complète des animaux de ce groupe et d’apprécier la valeur de leurs caractères.
- Actuellement, grâce à l’ensemble de matériaux que lui a procuré l’échouage de la Hougue, le Muséum d’Histoire naturelle de Paris possède le plus bel ensemble de documents concernant la morphologie et l’anatomie du Mesoplodon. ^ ,
- R. ÀM’llOiNY,
- Directeur adjoint du laboratoire maritime du Muséum d’Histoire Naturelle.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1918.
- 26 FÉVRIER 1910.
- UN NID D’ARAIGNÉES EMPLOYÉ COMME PIÈGE A MOUCHES
- quels de nombreux alvéoles et galeries sont ménagés, ce qui donne à la masse un aspect spongieux. » C’est à l’intérieur du nid que vivent plusieurs femelles qui font, entre elles, bon ménage. Les mâles ne semblent pas résider dans l’édifice et n’y faire, de temps à autre, que des apparitions momentanées.
- Outre les légitimes propriétaires, on trouve, dans les nids, un autre petit insecte d’un millimètre, un coléoptère du genre Melanophthalma, auquel semble dévolu le rôle de nettoyeur d’habitation : c’est le valet de chambre des araignées. 11 déchiquèle notam-
- M. L. Diguet, chargé de mission au Mexique, vient de faire connaître1 une singulière coutume que l’on rencontre en diverses localités de ce pays, entre autres dans le Michoacan. Elle consiste à suspendre dans les appartements le nid d’une araignée sociable, nid auquel les mouches viennent se faire prendre, ce qui débarrasse les habitations d’hôtes désagréables.
- L’araignée en question est le Cœnothele gregalis, de la famille des Dictynidées ; ses formes sont massives, trapues; elle ne mesure pas plus de 5 mm. Elle vit surtout sur les chênes croissant à une alti-
- i. Mosqueros (nid d’araignées), et son constructeur (2). — 3. Coléoptère (Melanophthalma). 4. Araignée commensale (Pœcilochroa).
- tude de 2500 m. et enveloppe leurs rameaux de filaments entre-croisés qui ne sont pas sans analogie avec les « bourses » que tissent, chez nous, les chenilles processionnaires. Ces nids — que les indigènes appellent des Mosqueros — sont de dimensions variables. « On en rencontre : qui peuvent couvrir une surface de 2 m2 ; ils sont constitués extérieurement par une enveloppe composée de deux sortes de fils; les uns, sécrétés par les filières, forment les câbles qui, s’étendant d’une branche à une autre, constituent les haubans qui maintiennent l’édifice; les autres, dits calamistrés, plus mous et franchement agglutinants, servent à capturer les proies ; l’intérieur de cette poche est rempli par un lacis de fils inextricablement enchevêtrés entre les-1 Bulletin de la Société d’acclimatation.. 1909.
- ment les proies déjà sucées en partie par ces dernières, les mange et les fait si bien disparaître que le nid est d’une propreté toujours parfaite.
- À côté de ce coléoptère, on trouve un autre commensal. « C’est une araignée errante de la famille des Drassides, le ; Pœcilochroa convictrix, qui, trouvant apparemment une existence facile et bien assurée, s’est fait l’hôte du logis; cette dernière espèce doit, selon toute vraisemblance, bénéficier en temps courant des captures journalières: mais si, pour une cause quelconque, les vivres habituels viennent à manquer, il est probable quelle doit avoir recours pour son alimentation aux Cœnothele, qui lui donnent asile. »
- Chaque année, à l’approche des pluies, les Indiens vont dans les régions boisées des montagnes recueillir
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- des Mosqueros et les rapportent chez eux, sinon tout entiers, du moins en partie; de retour à la maison, ils les suspendent aux plafonds où, dès lors, les araignées continuent à vivre comme si elles étaient chez elles. Ils en placent non seulement dans les pièces où ils fréquentent toute la journée, mais aussi dans les écuries et dans les étables. Les araignées, quoique de taille minuscule, n’hésitent pas à s’attaquer à plus gros qu’elles, par exemple aux taons et aux œstres, qui ne laissent pas les animaux domestiques en repos. Chose curieuse, les nids semblent exercer une attraction irrésistible sur les insectes ailés, ce qu’ils doivent peut-être à leur teinte et à une odeur spéciale que notre odorat, pas assez subtil,
- ne permet pas de percevoir. « Le Mosquero s’accroît concentriquement pour ainsi dire, après chaque capture; lorsqu’un insecte est venu se faire prendre, il est immédiatement saisi et recouvert de toile par l’araignée qui en fait alors sa proie; le Melanoph-talma vient ensuite et bénéficie des restes du cadavre, qu’il fait progressivement disparaître, laissant ainsi une place vide qui devient un nouvel alvéole, qu’occupera ensuite l’hôte du logis. » La colonie ne vit cependant pas indéfiniment ; pendant la période des pluies elle dépérit, sans doute par dessiccation; on doit la renouveler plus tard, lorsque les insectes ailés deviennent, à nouveau, par trop désagréables.
- Henri Coupin.
- LE PUITS ARTÉSIEN DE MAISONS-LAFFITTE
- et la limitation des débits artésiens
- On a terminé le 12 avril 1909, à Maisons-Laffitte, un puits artésien de 576 m. de profondeur; entrepris par M. E. Peroux, ce forage a été exécuté par MM. Lefebvre frères, de Quiévrechain (Nord).
- Deux récentes notes de M. Peroux à l’Académie des sciences (5 et 10 janvier 1910) donnentàce sujet de très intéressants détails.
- Commencé en août 1907 à l’altitude de 20 m. sur la rive gauche de la Seine, le forage a traversé les assises de terrains suivants :
- Jusqu’à 62 m. le sparnacien (d’Épernay, éocène, lignites, argile plastique, marne blanche);
- Jusqu’à 63 m. 87 le calcaire pisolithique ;
- Jusqu’à 356 m. la craie blanche à silex (sénonien) ;
- Jusqu’à 425 m. la craie grise sans silex (turonien) ;
- Jusqu’à 500 m. la craie marneuse (cénomanien) ;
- Jusqu’à 540 m. la gaize (cénomanien) ;
- Jusqu’à 569 m. 75 une argile noire (avec une couche de sable).
- À 570 m. commencèrent les sables verts aquifères avec un débit de 20 à 30 m3 à l’heure qui, à 575 m., atteignait 170 m3 à l’heure.
- « À 574 m. 40 rencontre d’un conglomérat gréseux, constitué de pyrites, de sables et de graviers cimentés, excessivement dur, ayant l’aspect du mâchefer, d’une épaisseur de 1 m. à 1 m. 50. C’est sous cette table gréseuse que le forage de Passy a trouvé son débit maximum. Confiant dans cette expérience, cette couche fut traversée et, le 12 avril 1909, à 576 m., jaillit impétueusement une colonne d’eau formant un paraboloïde de 0,75 de hauteur, chargée d’argile, de sables verts très lins et de morceaux du terrain traversé. Le débit, évalué à 16 000 m3, s’est maintenu depuis à 14t)00 m3 par jour. La température est de 26°, 5. »
- Il y a donc deux nappes, l’une au-dessus, l’autre au-dessous de la table gréseuse. La seconde est de beaucoup la plus abondante. Leur minéralisation est sensiblement la même. On ne sait pas si elles sont séparées sur toute leur étendue ou mélangées par places, la table gréseuse étant due alors à une ségrégation souterraine locale des sables.
- L’eau est limpide, douce, légèrement alcaline; l’analyse a prouvé sa très faible minéralisation et sa grande pureté bactériologique.
- L’entreprise a donc été couronnée du plus heureux succès, en grande partie dû aux bons avis de M. G. Dollfus.
- Mais, au point de vue de l’alimentation humaine, la température de 26°, 5 est un gros inconvénient; sous nos latitudes une bonne eau potable ne saurait dépasser 15°. 11 est vrai qu’au contact de l’air la température des eaux artésiennes s’abaisse notablement. En hiver donc le nouveau puits artésien pourra vraisemblablement être utilisé pour la boisson.
- Mais, en été, il faudrait des conduites très développées et profondément enfouies (10 m.) ou bien des moyens artificiels très coûteux de réfrigération pour communiquer à l’eau du forage une fraîcheur satisfaisante.
- On sait qu’aucun des puits artésiens de Paris n’a jamais pu être employé pour l’alimentation (Grenelle, 548 m., 27°; Passy, 587 m., 28°; Butte-aux-Cailles, 582 m., 28°; La Chapelle, 719 m., 34°; Vincennes, 599 m. ; Raffinerie Say, 580 m., etc.).
- Et à propos du forage projeté pour la prison de Fresnes, M. Michel Lévy a récemment déclaré qu’ « on ne peut à coup sûr refroidir suffisamment l’eau d'un forage artésien des sables verts » (C. R. des séances gu Conseil d'hygiène de la Seine, 7 mai 1909). C’est toujours une grosse dépense et une difficulté.
- A cet inconvénient s’en ajoute un autre qu’il importe de signaler, pour que les municipalités du bassin de Paris ne se lancent pas inconsidérément dans la voie des forages artésiens profonds : c’est l’influence réductrice qu’exerce la multiplication de tels puits sur ceux qui existent déjà.
- Aux Etats-Unis principalement, on a fait sous ce rapport de décevantes expériences. On y a reconnu, par d’innombrables exemples relatés dans la collection des Water-Supply papers de l’U. S. Geological Survey, que les puits artésiens s’affaiblissent réciproquement, quand on en fore un trop grand nombre dans une même nappe. C’est ainsi qu’à Denver (Colorado) on avait, depuis 1884, creusé 400 puits artésiens sur un territoire de 65 km de longueur et 8 de largeur; dès 1888 ils se déprimèrent; à la fin de 1890 il n’y en avait plus que six qui fonctionnassent naturellement sans le secours de pompe1.
- Ici même2, dans une savante étude, M. G. Dollfus, en décrivant les puits artésiens de la Basse-Seine et de Paris,
- 1 Sucutek : Notions of underground Waler. W. Supply paper, n° 67, Washington 1902, p. 44.
- 2 Voy. nos 1690, 14 octobre 1905 et 1692, 28 octobre 1906
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- a rappelé comment le puits de Passy fit diminuer celui de Grenelle.
- Or il y a actuellement une tendance à faire beaucoup de puits artésiens dans l’est du bassin de la Seine, entre Paris et les affleurements de sables verts de l’Àrgonne; c’est là, à l’est de la rivière d’Aisne, que se trouve le siège des infiltrations qui alimentent principalement, selon les idées actuelles, la profonde nappe artésienne parisienne ; c’est ce que les Américains appellent la tête (lhe bead) de ces nappes. Il est clair que, si la totalisation des emprunts, faits à ces réservoirs souterrains par les forages, arrive à excéder l’apport naturel et nourricier des infiltrations de tète, les puits artésiens actuels s’affaibliront de plus en plus, et les insuccès des nouveaux forages s’accroîtront.
- Il paraît d’autant plus opportun de mettre en garde contre ces risques, que déjà des indices précurseurs doivent servir de salutaires avertissements.
- C’est ainsi qu’à Sainte-Menehould et aux environs, il existait deux puits artésiens : l’un à Sainte-Menehould même, au quartier de Cavalerie, l’autre à Vienne-la-Yillc pour l’usine et la ferme Géraudel.
- Un troisième, exécuté pour la ville de Sainle-Me-nehould, a épuisé celui du quartier de Cavalerie.
- Un quatrième, tenté par la commune de la Neuville-au-Pont, entre Sainte-Menehould et Vienne-la-Yille, n’a donné que 9 m3-d’eau par jour (et encore mélangée d’eau de surface par l’écoulement dans le forage) à 152 m. AO au niveau des sables verls; vainement il a été poussé jusqu’à 221 m. 50 1
- 11 serait bon d’ouvrir une enquête sérieuse sur ce qui se fait ou se projette actuellement dans cette région. Et il faut bien retenir que la ressource des nappes artésiennes, souvent commode quand la profondeur est modérée, n’est aucunement sans limites. Comme toutes les eaux potables, elle dérive directement, à plus ou moins longues distances, des pluies, à la proportion desquelles elle est rigoureusement subordonnée.
- Pour qu’on puisse augmenter à peu près à volonlé le nombre des puits artésiens, il faut des étendues beaucoup plus considérables que celle du bassin parisien; par exemple le Sahara algérien, où jusqu’ici le procédé reste merveilleusement efficace, ou l’Australie intérieure qui a des forages de 1200 m. et plus (eau à 55°), etc.
- E.-A. Martel.
- Membre du Conseil supérieur d’hygicne publique de France.
- Ue problème dont parle M. Martel se pose pour la plupart des nappes ascendantes du Bassin de Paris. Il est particulièrement grave pour celle qui circule dans les sables de l’argile plastique. J’ai eu à m’en occuper pour l’instruction géologique des projets d’alimentation en eau dans Seine-et-Marne.
- Dans le seul arrondissement de Meaux, les renseignements qui m’ont été fournis dévoilent une consommation journalière de 1860 m3; on doit doubler ce chiffre pour tenir compte des puits connus et qui, pour une raison quelconque, ne figurent pas sur la liste ; on arrive ainsi à 4000 m3 d’eau de cette nappe consommée par 24 heures dans l’arrondissement. Si l’on réfléchit que la plus grande partie de Seine-et-Marne, une partie de l’Oise, de Seine-et-Oise, de l’Aisne se trouvent dans les mêmes conditions, c’est-à-dire qu’elles peuvent s’alimenter aux mêmes nappes de l’argile plastique, on est amené à penser qu’il peut se consommer par jour environ 50000 m3 d’eaux sparnaciennes dans cette portion du Bassin de Paris.
- Or que faut-il, comme périmètre d’alimentation susceptible d’assurer cette consommation? Dans un pays où il tombe en moyenne 0,60 m. par an d’eau, comme aux environs de Paris, on peut admettre qu’il s’infiltre 1/4 de cette eau, soit 0,15 m. Par suite, sur 1 km2 (1 million de mètres carrés), il s’infiltrera 150 000 m3. Répartis sur une année (500 jours), ces 150 000 m3 donneront un débit journalier moyen d’environ 500 m3. Pour assurer un débit de 50 000 m3 par jour, il faut donc un périmètre d’alimentation de 100 km2.
- Or le périmètre d’alimentation des nappes captives du sparnacien de l’Ile de France doit être à peu près de cet ordre de grandeur.
- Ces chiffres sont très grossiers ; il faudra les reprendre au moyen de statistiques soignées, d’ailleurs difficiles à faire. Il suffisent cependant à montrer que l’on va chercher, dans les nappes captives sparnaciennes, à peu près la quantité d’eau qui s’y accumule annuellement. Pour peu que la consommation augmente ou que la quantité de pluie vienne à diminuer, on doit craindre que ces nappes ne s’épuisent assez rapidement.
- Le jour est peut-être prochain où l’on prendra à ce niveau plus d’eau qu’il ne s’y en infiltre. Ce jour-là, on commencera à prendre les réserves d’eau accumulées dans le sous-sol depuis des siècles, la pression ascendante diminuera dans des proportions considérables ; il ne faut pas croire d’ailleurs que ces réserves soient indéfinies : les calculs, encore très grossiers, que l’on pourrait faire à cet égard montreraient qu’il suffit de quelques années pour les épuiser.
- Il faudra donc songer à bref délai aux mesures à prendre à cet égard, soit que, par des dispositions spéciales, l’État vienne à limiter la consommation, soit plutôt peut-être que l’on ne soit amené à renforcer artificiellement la quantité d’eau infiltrée dans le périmètre d’alimentation.
- En tout cas la question est grave et elle mérite de s’imposer à l’attention.
- Paul Lemoine,
- Docteur ès sciences.
- CHRONIQUE
- De quelle couleur doivent être les ballons?
- — On a fait remarquer la' teinte jaune dont se parent toutes les enveloppes actuelles de ballons, dirigeables ou autres. Ce n’est pas, on le pense bien, le souci de l’esthétique qui a dicté le choix de cette couleur; c’est au contraire une condition capitale de conservation du ballon. M. le lieutenant-colonel Espilallicr l’explique dans un récent numéro de la Technique aéronautique. Les étoffes qui constituent l’enveloppe du ballon sont revêtues d’un
- enduit caoutchouté qui en assure l’imperméabilité, mais à condition que le caoutchouc reste inaltéré. Or le caoutchouc, même vulcanisé, se détériore rapidement sous l’action des rayons violets et ultra-violets de la lumière solaire. Il faut donc l’en préserver par une teinture jaune qui absorbe ces rayons néfastes. En Allemagne, on sé contente d’une couleur d’aniline; en France, on impose généralement l’emploi du chroma te neutre de plomb, facilement reconnaissable à sa couleur plus vive, plus
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- éclatante. Le chromate de plomb a une efficacité beaucoup plus prolongée que les couleurs d’aniline ; par contre, il présente un défaut des plus graves ; il s’applique avant la dernière couche d’enduit de caoutchouc et celui-ci ne peut plus être vulcanisé ; l’opération exige, en effet, l’action de la chaleur qui fait disparaître la couleur jaune du chromate. Cet inconvénient est d’autant plus sérieux que le caoutchouc s’altère bien plus facilement lorsqu’il n’est pas vulcanisé. Il ne s’agit, il est vrai, que de la faible couche étendue sur le tissu externe; les enveloppes de
- ballon comprennent essentiellement une double toile enserrant une couche de caoutchouc intérieure et celle-là est toujours vulcanisée avec soin. Néanmoins l’altération de l’enduit extérieur a une répercussion sur toute l’enveloppe.
- Bref, nos ballons doivent être jaunes, c’est là un point établi; mais il n’existe pas encore, à cet effet, de teinture jaune réellement satisfaisante, aussi les aéro-nautes appellent-ils à grands cris les chimistes à leur secours.
- LA RESISTANCE DE L’AIR
- Nouvelles expériences de M. G. Eiffel.
- Fig. i. — Le laboratoire aérodynamique de M. Eiffel au Champ de Mars.
- Les aviateurs ont conquis l’air ! il leur reste à faire plus intime connaissance avec cet élément, mystérieux encore par bien des points. i L’air oppose une résistance au mouvement des corps et c’est précisément cette résistance qui permet aux aéroplanes de voler, il importe donc d’être fixé avec la plus parfaite exactitude sur sa valeur.
- On sait que la résistance de l’air sur une surface en mouvement dépend de la vitesse de cette surface, de son inclinaison, et aussi de sa forme et de ses dimensions. Si le calcul permet, dans une certaine mesure, d’évaluer la résistance de l’air sur un plan dont on connaît la vitesse et l’inclinaison, il reste impuissant pour toute surface plus complexe ; l’expérience directe seule peut nous éclairer et elle est le seul guide des constructeurs d’appareils d’aviation.
- Encore faudrait-il que ces expériences fussent faites dans les conditions mêmes de la pratique; or elles ne le sont pas ou presque jamais et pour cause : les constructeurs
- d’appareils se contentent d’étudier, en laboratoire, l’action d’un courant d’air de vitesse déterminée sur
- Fig. 2. — Schéma de la disposition générale du hangar : C, chambre close de mesures; S, surface en essai; V, ventilateur ; B, Buse d'aspiration dans le hangar.
- les ailes de la future machine volante maintenue fixe. C’est juste le contraire de ce qui se passe dans la
- réalité où l’aéroplane se garde bien de rester immobile. Peut-on prévoir par l’expérience de laboratoire ce que rendra l’appareil en liberté? Jusqu’ici il eût été bien audacieux de l’aflirmer catégoriquement. Les nouvelles expériences de M. G. Eiffel vont nous apporter une réponse intéressante.
- La Nature a décrit (n° 1811, 4 février 1908)
- les premières expériences de M. Eiffel. Poursuivies avec une science et une patience remarquables, leurs résultats sont aujourd’hui fondamentaux pour l’aérodynamique. Rappelons en quelques mots en quoi elles consistaient : ce retour en arrière nous fera mieux comprendre l’objet et l’importance des recherches actuelles. En 1908, M. Eiffel laissait tomber du haut du 2e étage de la tour de 500 mètres, en chute presque libre, la surface à expérimenter; celle-ci était munie d’un dispositif chronographi-que enregistreur des pressions; le diagramme inscrit sur cet appareil donnait en définitive à chaque instant la vitesse de la surface et la résistance opposée
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- par l’air. Les vitesses réalisées s’échelonnaient entre 15 et 40 m. par seconde. La surface était mobile dans l’air, c’étaient bien les conditions d’une aile d’aéroplane. Par contre il était difficile de varier la forme des surfaces, les angles d’incidence et impossible de déterminer les centres de pression. Ces expériences
- ce célèbre centre de pression, qui a fait couler des flots d’encre sous la plume des théoriciens del’aviation.
- Disons de suite que M. Eiffel a pu constater que les résultats donnés par la méthode de la surface fixe coïncidaient parfaitement avec ceux trouvés en chute libre; il se trouve ainsi autorisé à étendre aux machines volantes en liberté dans les airs, le bénéfice de ses recherches en laboratoire clos.
- Ce curieux laboratoire que nous allons examiner un peu en détail, est situé au Champ de Mars très près de la Tour (Y. fig. 1 et 2). On n’y pénètre pas sans précautions : l’entrée s’effectue un peu comme dans un caisson à air comprimé, par un système de portes à écluses. C’est qu’il importe de ne point troubler le courant d’air qui souffle à l’intérieur du laboratoire; toutes les dispositions ont été prises pour le maintenir rigoureusement uniforme pendant la durée d’une expérience. Ce courant d’air est aspiré par
- Fig. 3. — La chambre d’expériences. Une recherche de centre dépréssion.
- très scientifiques, très précises, mais difficiles à répéter, constituent, si l’on peut dire, des expériences-étalons ; par comparaison, elles permettront déjuger de la précision de toute autre méthode plus pratique ou plus expéditive.
- Et maintenant, munis d’un critérium sûr, nous arrivons à la méthode nouvelle dont la description fait l’objet des lignes qui suivent.
- M. Eiffel a repris, en le mettant scrupuleusement à l’abri des causes d’erreur, le procédé d’expérimentation employé par les constructeurs d’appareils d’aviation et auquel nous faisions plus haut allusion : un courant d’air bien uniforme, sans remous, de vitesse connue frappe la surface immobile, la pression subie par celle-ci est transmise à une balance, de construction spéciale ; on pèse en quelque sorte l’action de l’air, M. Eiffel a imaginé a cet effet une balance qui, par trois lectures, lui fait connaître les composantes horizontale et verticale de la pression, et leur point d’application,
- Fig. 4. — Vue intérieure du hangar où se fait l’aspiration de l'air, montrant l’ajutage d’aspiration.
- un puissant ventilateur de 50 kilowatts (68 chev.-vap.), dans un vaste conduit de 1 m. 50 de diamètre.
- On eût pu placer dans le tube la plaque expérimentée : c’est la méthode dite du tunnel ; elle a de graves inconvénients, car il est impossible de vérifier si la présence de la plaque ne trouble pas les filets extrêmes du cylindre d’air. Aussi M. Eiffel inter-
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- rompt-il les parois du tube sur une certaine longueur, pour les remplacer par une grande’ chambre d’expériences E, par ailleurs hermétiquement close. C’est là qu’est placée la surface en essai, supportée par la balance aérodynamique; celle-ci transmet ses indications dans une pièce supérieure, où elles sont
- Fig. 5. — Étude des pressions aux différents points de la plaque.
- notées par l’observateur, dont la présence ne peut ainsi troubler en rien le courant d’air.
- La disposition d’ensemble est donc la suivante : l’air aspiré dans un hangar par un ajutage à courbure régulière arrive dans la chambre d’expériences ; il y pénètre par le diaphragme cellulaire que l’on aperçoit sur la figure 4, diaphragme en forme de nid d’abeilles pour bien assurer le parallélisme des filets ; il en sort par la buse que l’on aperçoit sur la figure 5.
- Grâce aux précautions prises, la vitesse du courant d’air est parfaitement uniforme dans toute la section et bien constante pendant une expérience; tous les procédés employés pour la mesurer, tube de Pi tôt, anémomètres bien tarés, ont donné des résultats concordants.
- Nous ne décrirons pas en détail la balance aéro-dynamique : elle est disposée de façon à pouvoir être mise en équilibre de trois façons différentes, chacune des positions fournit une équation : l’ensemble permet de calculer la résultante de la pression de l’air en grandeur et direction, et de déterminer son point d’application.
- À titre de contrôle, M. Eiffel a fait l’expérience suivante : il a percé la surface étudiée d’un grand nombre de trous ; dans chacun d’eux fut vissé un écrou affleurant les faces et percé en son centre d’une ouverture de un demi-millimètre de diamètre. La face de l’écrou opposée au vent était reliée à un
- manomètre donnant la pression. Toutes les parties de la plaque ont été ainsi explorées les unes à la suite des autres. La totalisation de ces pressions prises isolément a donné la même résultante que la balance, les résultats obtenus par deux procédés si différents se contrôlent donc d’une façon très remarquable et sont de nature à inspirer une entière confiance.
- Les résultats. — M. Eiffel, dont les expériences sont actuellement interrompues par les inondations, a étudié notamment une plaque rectangulaire de 90 X 15 cm, courbée dans sa longueur avec une flèche de 1/15,5 comme une aile d’aéroplanes.
- Notre figure 7 résume l’étude des centres de pression, faite sur cette plaque soumise, suivant des angles d’incidence variable, à un vent de 10 m. à la seconde; les 7 courbes régulièrement espacées que l'on y aperçoit représentent chacune la section médienne de la plaque; et sur chacune d’elles on a reporté les positions du centre de pression correspondant respectivement aux angles de 10°, 15°, 30°... 90°; ces positions sont réunies par la ligne continue A C.
- On voit que lorsque la surface est horizontale, le centre de pression en occupe le milieu ; il se rapproche sensiblement du bord antérieur pour un
- Fig. 6. — La balance aérodynamique. La chambre de Vobservateur.
- angle de 15°; puis, à partir de ce moment, il s’en éloigne pour revenir vers le centre de la surface qu’il atteint ensuite lorsque cette surface devient normale au vent. Dans une surface plane, représentée en pointillé sur notre figure, le centre de pression est, au contraire, assez rapproché du bord d’attaque lorsque la surface est horizontale ; puis la ligne B D des centres de pression tend ensuite con-
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- stamment à se rapprocher du centre de la surface qui se trouve atteint pour l’angle de 90°. Dans une surface courbe, la poussée est donc maximum lorsquela corde fait un angle de 15° avec l’horizontale, c’est-à-dire lorsque l'angle d'attaque est nul. Dans ce cas l’air agit davantage sur le plan que sous le plan, par aspiration que par compression ; on comprend, en effet, que presque toute la surface supérieure du plan soit sollicitée par la dépression créée par les filets d’air supérieurs arrivant tangentiellement au bord avant.
- Ainsi se trouve établi un fait très important et que bien des aviateurs avaient déjà eu l’occasion de constater sans se l’expliquer très nettement.
- D’autres faits intéressants sont mis en évidence dans nos graphiques 8 et 9, le premier se rapporte à une plaque courbe de
- 10 m. à la seconde; en abscisses sont portés les angles d’inclinaison; en ordonnées les coefficients K qui correspondent à la formule de la résistance de l’air W = KSV2 (S étant la surface et Y, la vitesse). La courbe Ki correspond à la poussée totale unitaire, la courbe Kx à la composante horizontale ou résistance à l’avancement, la courbe Ivy à la composante verticale en sustentation. On voit notamment que la valeur de la composante horizontale augmente constamment avec l’inclinaison de la surface, tandis que celle de la composantè verticale passe par un maximum pour 15°, puis décroît rapidement pour devenir nulle à 90°.
- Ces quelques résultats suffisent à montrer l’importance et la précision des recherches de M. Eiffel; ils font saisir nettement tout le bénéfice que l’industrie et
- A
- Fig. 7. — Position comparée des centres dépréssion sur une surf ace courbe et sur une surface plane : A, plaque courbe; B, plaque plane.
- 0? 5° 10? 16° 20?
- Fig. 8. — Graphique montrant les résultantes et composantes obtenues sur une plaque courbe de goXi5 cm : Ki, Poussées totales unitaires; Kx, Poussées Horizontales unitaires; Ky, Poussées verticales unitaires.
- 0.06------
- 70° 80° 90°
- 10? 209
- 30» 40° 800 60°
- Fig. 9. — Le même graphique obtenu avec une surface plane, plaque de 85Xi5 cm : Ki, Poussées totales unitaires; Kx, Poussées horizontales unitaires; Ky, Poussées verticales unitaires.
- 90x45 cm; le second à une plaque plane de la science aériennes peuvent et comptent retirer de 85x15 cm, toutes deux soumises à un vent de ces belles études. L. Fournier.
- UNE VISITE AU BANC D’ÉPREUVE DES ARMES A SAINT-ÉTIENNE
- Les accidents de chasse sont, hélas ! encore bien nombreux; mais si l’imprudence des chasseurs en est fort souvent responsable, presque jamais par contre l’on n’a à incriminer l’arme à feu elle-même. Les accidents tels qu’explosions de canon, déchirures, sont des plus rares, pour ne pas dire qu’ils n’existent pas.
- C’est que les armes de chasse sont aujourd’hui très
- sévèrement éprouvées avant d’être mises dans le commerce, si bien que le chasseur qui n’emploie que des charges normales peut se considérer comme à l’abri de tout accident.
- Il nous a paru intéressant, avant la période de la chasse, de visiter le Banc d’Épreuve de Saint-Étienne, la grande ville industrielle française où se fabriquent les armes ; et nous en avons demandé
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- Fig. i. — Les canons bruts admis à subir l’épreuve reçoivent un poinçon indiquant leur calibre en millimètres et dixièmes de millimètres.
- l’autorisation à M. Mimard, Vice-Président de la Chambre de Commerce de Saint-Étienne, qui représente cette chambre dans la Commission de surveillance du Banc d’Épreuve.
- Le Banc d’Épreuve actuel est un magnifique établissement. M. Javelle-Magand, qui le dirige, veut bien nous y servir de cicérone, et, avec une inlassable complaisance, nous fait assister à toutes les phases de l’épreuve des armes.
- La première salle dans laquelle nous pénétrons est la Salle de réceptions, où, comme son nom l’indique, un employé est chargé de recevoir les canons apportés par les fabricants. Cette réception se fait par un guichet ; car, à moins d’autorisation spéciale, nul ne peut pénétrer dans l’établissement.
- Epreuves des canons bruts. — De la Salle de réception, les canons sont transportés dans la salle voisine, dite Salle de vérification où a lieu la première visite. Là, un ouvrier les examine avec soin, extérieurement et intérieurement, afin
- Fig. 3. — Le banc d'épreuve. Lorsque les fusils sont placés sur le banc et que la traînée de poudre a été faite, l’ouvrier referme la porte blindée de la chambre à feu et actionne le marteau à ressort.
- de s’assurer qu’ils ne présentent pas de défauts.
- Pour cette première visite, les canons peuvent être simplement meulés ou tournés extérieurement, mais l’intérieur doit être poli et rester dans les limites des diamètres prévus au tableau des calibres. Ceux qui réalisent ces conditions sont admis à subir l’épreuve et reçoivent un poinçon indiquant leur calibre en millimètre et 1/10e de millimètre. Les canons peuvent subir l’épreuve soit en jambes ou tubes, soit assemblés. Ils sont culassés par les canonniers eux-mêmes, opération qui consiste à obturer la partie du tonnerre qui n’est pas encore terminée, à l’aide d’une fausse culasse creusée, dans toute sa longueur, d’une petite rainure longitudinale qui sert de lumière. Lorsque les canons arrivent dans la salK“de chargement, cette rainure est fermée à l’aide d’un épi de seigle, débarrassé de ses grains, qui l’obture complètement.
- Les ouvriers occupés au chargement prennent ces
- Fig. 2. — Dans les canons placés verticalement dans leur râtelier spécial, un ouvrier verse la poudre. D’autres qui le suivent introduisent sur cette poudre une bourre faite d’un tortillon de papier.
- canons et les placent verticalement, le tonnerre en bas, dans un râtelier spécial. Avec une chargette réglée à l’avance, et un petit entonnoir, l’un des ouvriers passe devant toute la rangée, et déverse dans chaque canon la charge de poudre officielle, qui est, pour le calibre 16, de 10 gr. de poudre forte n° 2, et pour le calibre 12, de 11 gr. de la même poudre. Les autres ouvriers, prenant de petits tortillons de papier gris, préparés à l’avance, les introduisent dans chaque canon, et les bourrent sur la poudre à l’aide d’une baguette de bois.
- Le premier ouvrier, muni d’une autre chargette, verse alors dans chaque canon la charge réglementaire de plomb n° 8, 60 gr. pour le calibre 16, 70 gr. pour le calibre 12. Un autre tortillon de papier est alors introduit dans le canon et bourré solidement à l’aide de la même baguette (fig. 2).
- Les épis de seigle, obturant la lumière, ont empêché la poudre de tomber. Pour mettre le feu à cette poudre, il faut maintenant les retirer; mais, la fausse culasse vissée à l’intérieur du canon étant
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- assez longue, il est nécessaire, pour produire la déflagration de la charge, d’établir une communication entre cette charge de poudre, renfermée à l’intérieur du canon, et la flamme extérieure. Pour cela, les canons chargés sont placés horizontalement sur un banc, la lumière en haut. L’ouvrier, assis un autre banc, placé parallèlement au premier, tient sur ses genoux une sébille de bois remplie de poudre. Après avoir retiré l’épi de seigle, il prend une pincée de poudre, la verse sur la rainure de la fausse culasse, qu’il tient au-dessus de la sébille, et, à l’aide d’une petite tige ou aiguille de cuivre, il enfonce dans cette rainure la poudre, fait de même pour la rainure de l’autre fausse culasse, et ainsi de suite pour le tout.
- Quand toutes ces opérations sont terminées; les canons sonts prêts à être éprouvés et portés dans la Chambre à feu. C’est là, à proprement parler, le Banc d'Épreuve. Sur un massif de maçonnerie,
- Fig. 4. — Le banc d’épreuve. Dans les séparations établies à cet effet, les canons sont placés sur le banc de façon que les fausses culasses se trouvent toutes sur la même ligne.
- une longue plaque de fonte est scellée horizontalement. Elle porte, à sa partie supérieure, une série de bourrelets venus de fonte avec elle et qui la divisent en 36 compartiments. Dans chacun de ces compartiments est déposé un canon double, le tonnerre en arrière, et tous ces canons sont placés de telle façon que l’extrémité de leur lumière forme une même ligne droite, celle-ci se trouvant un peu en arrière de l’extrémité des bourrelets formant séparation.
- A l’aide d’une sorte de burette un ouvrier fait sur toute la longueur du banc une tramée continue de poudre qui passe à l’extrémité des trous lumières des fausses culasses, c’est ce qu’on appelle « amorcer » ; il termine cette opération par l’extrémité du banc où se trouve un pistolet d’une construction spéciale destiné à enflammer la traînée de poudre et qui est actionné du couloir extérieur desservant les chambres à feu (fig. 3).
- Derrière les canons est un banc de sable d’environ 1 m. d’épaisseur. En avant d’eux s’élève un mur épais au devant duquel se trouve une autre masse de sable.
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- Au milieu de la salle, dans le sol, on aperçoit l’ouverture d’un ventilateur puissant qui tout à l’heure aspirera la fumée produite. Enfin, la porte de cette salle est blindée de tôle d’acier (fig. 4 et 5).
- Avant de se retirer, l’ouvrier place une capsule sur la cheminée du petit pistolet. Il passe ensuite dans le couloir, ferme la porte, et, à l’aide d’une cordelette, actionne de l’extérieur un marteau à ressort qui vient frapper sur la capsule et, par l’intermédiaire du pistolet, enflamme la tramée de poudre.
- Il est difficile de se faire une idée de la détonation qui, à cet instant, ébranle tout l’établissement. Lorsque le banc est complètement garni, les 72 charges éclatent avec une telle rapidité qu’on n’entend, pour ainsi dire, qu’une détonation, mais une détonation étrange, prolongée, qui fait tressauter infailliblement, même lorsqu’on est averti. C’est qu’il est brûlé là, suivant le calibre des canons, de 720 à
- Fig. 5. — Après la détonation les canons sont chassés en arrière et à demi enfoncés dans la masse de sable. Un seul qui n’a pas résisté et dont le métal a éclaté reste en place.
- 792 gr. de poudre forte, chassant de 4320 à 5040 gr. de plomb, et cela est autre chose qu’un coup de fusil de chasse, tiré avec un calibre 16, par exemple, qui est chargé avec 4 gr. 50 de poudre forte et 28 gr. de plomb.
- Si l’on ouvre la porte immédiatement après la détonation, on ne voit qu’un nuage de fumée, qui vous prend à la gorge et vous fait vivement reculer. Dans la pratique, on n’ouvre pas cette porte, mais on met en marche le ventilateur dont le ronflement fait trembler le sol. Quelques minutes après, toute fumée est disparue. .
- On pénètre alors dans la salle, et l’on peut voir, sur le banc, les canons chassés en arrière par là force du recul et à demi’ enfoncés dans la masse de sablé. Si l’ün d’eux présentait quelque défaut, il est éclaté, et les morceaux de ce canon, le plus souvent, sont fichés dans les murs. Pour ceux qui ont résisté, l’épreuve est une garantie de solidité, car les pressions développées par ces charges atteignent, par centimètre carré, 1510 kg pour le calibre 16 et
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- 1500 kg pour le calibre 12, alors qu elles sont seulement de 520 kg pour le premier et 510 kg pour le second dans le tir normal de chasse.
- Il peut arriver, cependant, qu’un canon qui n’a pas éclaté présente néanmoins quelque détérioration susceptible de rendre son emploi dangereux. Pour cette raison, on ne se contente pas de cet examen
- Nous allons voir maintenant quelles opérations comporte l’épreuve des fusils finis. Une nouvelle série d’épreuves est encore nécessaire avant la mise en vente.
- Les canons en jambes portant le poinçon officiel d'épreuve ont été remis au canonnier qui, certain maintenant qu’ils ne renferment aucune tare, les a livrés au fabricant d’armes pour être montés. Ils subissent alors les diverses phases de la fabrication, ajustage et brasage des crochets, basculage, forage des chambres, lesquelles prennent la place occupée jusqu’ici par la fausse culasse, achevage extérieur et finissage intérieur.
- La retouche, dans ce dernier finissage, doit être faite avec beaucoup d’attention, carie diamètre définitif intérieur, au moment de l'épreuve de l’arme finie, ne doit pas excéder de plus de 2/10 de mm le
- Fig. 6. — Banc d'épreuve pour fusils finis. L’arme qui va être éprouvée est placée sur un support de bois, maintenue par des courroies, la crosse appuyée sur un ressort. Une courroie de cuir passe sur la détente et se termine extérieurement dans le couloir par une petite poignée.
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- Fig. 8. — Les canons examinés extérieurement sont également visités à l’intérieur. M. Javelle-Magand procédant à cet examen.
- superficiel. Les canons, transportés dans la Salle de déculassage, sont débarrassés de leur fausse culasse, nettoyés soigneusement, à l’intérieur, à l’aide de brosses fixées à une baguette et essuyés extérieurement. Il est ensuite procédé à un examen minutieux, à l’intérieur et à l’extérieur, et, seuls, les canons reconnus intacts sont poinçonnés et peuvent être employés pour la fabrication d’un fusil.
- Fig. 7- — Lorsque le fusil est placé, l’ouvrier referme le volet de tôle d’acier de la main droite et, de la main gauche, tire sur la courroie pour faire partir le coup.
- calibre poinçonné sur le canon au moment de la première épreuve. Pendant le cours de ces différents travaux il peut survenir un imprévu de nature à modifier ou altérer la solidité du canon, ou bien il est possible que la bascule trop faible ne résiste pas aux fortes pressions supportées, que les crochets de fermeture soient mal brasés ou mal ajustés, et, dans tous ces cas, l’emploi d’une telle arme présenterait un réel danger.
- Épreuve des fusils finis. — C’est pour celte raison qu’a été instituée, au Banc d’Épreuve, la série d’essais dite « Épreuve des fusils finis ». L’arme qui doit la subir est en premier lieu remise à des employés chargés d’en établir le signalement, si toutefois ce terme peut être employé en parlant de fusils.
- Tout d’abord, comme pour les canons en jambes,
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- il est procédé à un examen minutieux de l’arme. Le diamètre intérieur des canons est soigneusement contrôlé à l’aide d’instruments spéciaux et l’ajustage est vérifié. Puis, l’un des employés dicte à son collègue, chargé des écritures, les caractéristiques du fusil : simple, double ou triple. Il lui dicte ensuite le numéro d’ordre de l’arme qui doit exister sur les canons et sur la table de bascule ; le calibre, dont la vérification se fait aisément à l’œil ; la longueur des chambres, ou logement de la cartouche, qu’on reconnaît au moyen d’un gabarit ; la longueur des canons qui sont mesurés, et le poids de ces canons qui sont pesés à 1 gr. près.
- Il indique ensuite, d’après la demande du fabricant, à quelle poudre l’arme devra être éprouvée.
- Toutes ces indications sont portées, en double, sur un registre à souche et sur le certificat qui sera ultérieurement détaché de ce registre. Il est ensuite procédé à la vérification des détentes.
- se fait trop facilement, il peut arriver qu’un coup parte, et quelquefois les deux, au moindre choc reçu par l’arme, lorsqu’on la referme après le
- chargement, par exemple, lorsque le chasseur saute un fossé, ou lorsqu’il laisse trop brusquement reposer à terre la crosse de son fusil. Dans ces divers cas, ce départ intempestif peut causer un accident.
- Pour cette raison, le fusil étant armé, les détentes sont vérifiées à l’aide d’un crochet de fer auquel est suspendu un poids de 2 kilos. Tout fusil dont le coup part sous cette pesée n’est même pas admis à subir l’épreuve et est immédiatement retourné au fabricant (fig. 9). Lorsqu’il a satisfait à ce premier examen, le fusil, muni d’un bulletin qui indique à quelle poudre il doit être éprouvé, est transporté dans la partie de l’établissement où a lieu l’épreuve proprement dite. Suivons-le, et arrêtons-nous un instant dans la Salle
- Fig. g. — Essai des fusils finis. Lorsque le canon est pesé, il est procédé à la vérification des détentes. Celles-ci doivent supporter un poids de 2 kg, suspendu à une tige de fer formant crochet que Von pose sur chaque détente.
- Tableau indiquant les charges pour les essais de fusil à poudre pyroxylée.
- Calibre 16. — Charges d’épreuve
- Poudre J R M T S2
- Charge de poudre en grammes. . . 4,20 3,30 2.93 2,95 2,93
- Charge de plomb en grammes . . . 30 50 50 30 50
- Pressions én kg par cm2 745 700 680 600 570;
- Calibre 16. — Charges normales.
- Poudre J R M T S2
- Charge de poudre en grammes . . . 2,60 à 2,80 2 à 2,20 2 à 2,20 1,80 à 2 2 à 2,20
- Charge de plomb en grammes . . . 28 à 30 28 à 50 28 à 30 28 à 30 28 à 30
- Pressions moyennes en kg par cm2 . 450 465 500 450 500
- Calibre 12. — Charges d’épreuve
- Poudre J R M T S2
- Charge de poudre en grammes . . . 5,10 4,05 3,46 3,46 . 3,46
- Charge de plomb en grammes . . . 55 56 36 56 56
- Pressions en kg par cm3 600 710 470 520 450
- Calibre 12. — Charges normales.
- Poudre J R M T S2
- Charge de poudre en grammes . . . 2,4 à 2,60 2,4 à 2,60. 2,4 à 2,60
- Charge de plomb en grammes '. . . ........ 34 à 36 34 à 56 54 à 56 34 à 36 54 à- 56
- Pressions moyennes en kg par cm2 . 405 490 410 420 400
- Les pressions données ci-dessus sont des pressions moyennes approximatives, ! leurs variations dépendant de multiples
- facteurs en dehors même des différentes charges employées.
- C’est là un point important. Quelques chasseurs, en effet, exigent pour leur arme des détentes très douces. Cela, malheureusement, ne va pas sans inconvénient. Lorsque le départ d’un fusil, en effet,
- de chargement des cartouches, où un ouvrier, assis devant une petite table, sur laquelle est une balance de précision, pèse inlassablement des charges de poudre et de plomb, remplit des douilles et les
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- sertit. Ces cartouches, de couleur différente suivant le calibre et la poudre employée, sont ensuite portées dans un couloir voisin, près de la salle blindée où a lieu l’épreuve, et rangée par catégories dans des casiers.
- L’ouvrier chargé de l’épreuve prend les fusils qui lui sont apportés, consulte le bulletin qui y est attaché pour savoir à quelle poudre ils doivent être éprouvés, et choisit dans les casiers les cartouches nécessaires. Tirant alors le lourd volet de tôle d’acier, qui roule sur deux roues à gorge, il dirige le canon du fusil vers l’intérieur de la Salle d’épreuve et procède au chargement.
- Il place ensuite le fusil chargé sur une sorte de chevalet où le canon se trouve maintenu, appuie la crosse sur un ressort destiné à amortir le choc produit par le recul — ressort qui n’est autre chose qu’un ressort de voiture très souple — arme le chien droit, si le fusil est à chiens, et passe sur la détente droite une courroie de cuir terminée par un crochet qu’il introduit ensuite dans un anneau fixé à l’une des extrémités d’une seconde courroie. L’autre extrémité, passant par un petit trou pratiqué dans la barre de fer sur laquelle roule la porte, vient pendre dans le couloir à portée de sa main. L’ouvrier referme alors le volet.
- Dès qu’il est à l’abri, sans même quitter de la main droite la poignée de ce volet, il tire sur la courroie de la main gauche, et le cou p part de l’autre cô té (fig. 6 et 7 ).
- Immédiatement, il ouvre de nouveau le volet, décroche la courroie, arme le chien gauche, passe la courroie sur la seconde détente, la raccroche dans l’anneau, referme, et tire le second coup. Il ne lui reste plus qu’à ouvrir, retirer le fusil, qui est éclaté s’il présentait un défaut, ou est resté indemne dans le cas contraire — de beaucoup le plus fréquent — et à retirer les douilles vides.
- Quoique moins forte que la charge d’épreuves des canons en jambes, la détonation est encore formidable. Les charges d’épreuve des fusils finis pour poudre noire se font avec la poudre noire forte n° 2 et sont pour le calibre 16 munies de chambres de 65 mm (longueur usuelle) de 5,75 gr. de poudre et 31 gr. de plomb n° 8 donnant une pression de 720 kg par centimètre carré et pour le calibre 12
- de 6,75 gr. de poudre et 42 gr. de plomb donnant une pression de 760 kg par centimètre carré.
- Les charges normales étant, pour le calibre 16, de 4,50 gr. de poudre et 28 gr. de plomb, donnant une pression de 520 kg et, pour le calibre 12, de 5,25 gr. de poudre et 34 gr. de plomb, donnant une pression de 510 kg, on voit de suite quelle garantie présente une épreuve effectuée aussi sévèrement.
- Les fusils à poudre pyroxylée, si fort à Ja mode aujourd’hui, sont éprouvés avec la poudre qu’ils doivent employer, aux charges indiquées dans le tableau de la page 203.
- Là encore, l’épreuve est très sévère, et le poinçon d’épreuve peut donner toute garantie aux chasseurs.
- Les poudres pyroxylées de chasse généralement employées sont les poudres J. M. T. qui peuvent être utilisées indistinctement dans toute autre arme ayant au moins subi l’Epreuve à la poudre T. La poudre S est une poudre qui dégage de très fortes pressions et son emploi nécessite une arme parfaitement établie et spécialement éprouvée avec cette poudre.
- Les fusils ainsi éprouvés sont transportés dans une autre salle où ils subissent une sévère vérification après avoir été nettoyés à fond. On s’assure que les canons n’ont subi aucune détérioration, gonflement ou éclatement, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Cet examen est très minutieux. Ainsi que nous le montre une de nos gravures, M. Javelle-Magand, directeur du Banc d’Epreuvc, ne dédaigne pas, quelquefois, d’y procéder en personne, et, la haute compétence qu’il a acquise dans la fabrication des canons est une nouvelle garantie de l’importance de ces épreuves (fig. 8).
- Mais le fusil s’est bien comporté. L’examen attentif auquel on s’est livré n’a révélé aucune tare. 11 est alors poinçonné, sur chaque canon et sur la table de bascule, à l’aide du poinçon d’épreuve des fusils finis qui, pour les poudres noires, est le suivant : F surmonté d’une couronne et qui se compose, pour les poudres pyroxylées et suivant les poudres employées, des poinçons P J, PR, PM, PT, PS, surmontés d’une couronne.
- En même temps que chaque fusil éprouvé, le
- BANC nEPREUVE OFFICIELLE
- DESARMES DE CRASSE
- ] dns 7 Nnv.mibri. 1805 ek tthluillefc 1802
- Kproi ive à in POUDRE PiROXYLÉE des Fusils Finie'
- CERTIFICAT
- OÉTACHÉ DU LIVRE A SOUCHES '
- TYPE S
- Poinçon ps>.
- î D«ignfifcO'> MaraoçskV? Calibre | '*?'*'* longueur' d« C ahon-fl' Peéds dfsCa/wns Charge J:i<* Powdt-Q Charge deWombs
- 4^1 s}4 1 o,(f / Me So
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- hrrthrfiét fabnf&nt.
- IÎRIJN-LATKIGS
- Éjbriçjiit ri'Arpm*
- •^evien’nr XLùim
- Cer/i/Jdvon/brni'e ' ;
- Lk Directeur e>u"&ânit Epreuve.
- Fig. io. — Le certificat d’épreuve d'un fusil.
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- A PROPOS DE LA COMÈTE DE HALLEY
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- Banc d’épreuve remet au fabricant le certificat officiel préparé à l’arrivée et revêtu, après l’épreuve, du cachet du Directeur (fig. 10).
- Nous pouvons ajouter, pour terminer, que les épreuves officielles subies par les fusils de chasse au Banc d’épreuve sont plus sévères que toutes celles
- qu’on leur fait subir dans d’autres pays. Les armes qui portent les poinçons français présentent donc le maximum de sécurité, et, grâce au cachet artistique que savent leur donner nos ouvriers, elles peuvent et doivent être préférées à toutes les autres.
- Georges Lanorville.
- A PROPOS DE LA COMÈTE DE HALLEY
- La queue de la comète de Halley balaiera la terre le 18 mai prochain, cela est affirmé par les astronomes comme une quasi-certitude. Et, au sujet de ce rare phénomène, l’imagination peut se donner libre cours, dans des directions fort diverses.
- Au point de vue social, la perspective d’une destruction possible de l’humanité produirait des effets qu’il est impossible de prévoir, mais qu’il est intéressant d’imaginer. Nous ne le tenterons pas, préférant rester plus près des faits précis, et laissant à chacun le plaisir de se demander ce qu’il ferait en ce cas, à quoi se résoudraient ses amis et connaissances. Poser cette question est même devenu un jeu de société qui remplace avec grand avantage le bridge ou le puzzle. Le danger est minime heureusement, bien que, selon toutes les prévisions, la terre doive rencontrer cette fois une matière beaucoup moins ténue que lors de la rencontre avec la comète de 1861.
- Mais, sans entrer dans le domaine de la fantaisie, il reste encore assez de questions d’un captivant intérêt, parmi colles que soulève le passage si près de nous de l’astre chevelu.
- On connaît peu la constitution des queues de comètes; mais une opinion très répandue, fondée sur les résultats de l’analyse spectrale, consiste à admettre qu’elles sont formées d’une matière gazeuse, extrêmement raréfiée, et où le cyanogène est abondant.
- Pour les conséquences qui nous concernent directement dans la prochaine rencontre, les mots qui précèdent s’atténuent heureusement l’un par l’autre. Le cyanogène, qui donne naissance à l’acide cyanhydrique, est un terrible toxique ; mais la raréfaction de la masse gazeuse qui prendra contact avec notre atmosphère enlève par avance, tout ce que la nature de cette matière peut avoir d’effrayant.
- Il n’en est pas moins intéressant d’étudier les conséquences de la captation, par notre atmosphère, d’une quantité appréciable de cyanogène. Et, pour cela, souvenons-nous que sa densité est égale à 1,8 environ, rapportée à celle de l’air; qu’il se liquéfie à — 25° et se solidifie à —5i°; qu’il est combustible, et qu’enfin, il se dissout dans l’eau et s’y décompose rapidement.
- Plusieurs fois déjà, des comètes ont frôlé notre atmosphère. Mais, depuis lors, quelque chose est changé ; c’est la connaissance que nous avons de la composition de l’air, et la possession de procédés très puissants pour en poursuivre l’étude.
- Il y a quinze ans à peine, l’air était, pour tout le monde, un mélange d’azote et d’oxygène, avec des traces d’acide carbonique et une quantité variable de vapeur d’eau. On citait encore pour mémoire les gaz s’échappant des cratères ou des pouzzolanes, mais en ajoutant que leurs traces échappaient à l’analyse.
- Aujourd’hui, l’atmosphère connue comprend une famille nouvelle, celle des gaz nobles, comme on les nomme en allemand, ou des gaz inertes comme nous disons : l’argon, le membre principal de la série, avec ses voisins
- supérieurs, le krypton et le xénon, et les inférieurs, le néon et l’hélium, ce dernier, célèbre pour des raisons particulières ; il est, à la fois, le terme final de la désintégration du radium et le gaz le plus permanent qui existe.
- Les termes exlrêmes de la série, l’hélium et le xénon, existent, dans l’atmosphère, en quantités extrêmement faibles de l’ordre du millionième pour l’hélium et du trois-cent millionième en volume pour le xénon.
- L’hélium se trouve, comme on sait, en abondance relative dans les minéraux radioactifs, ou à l’émergence de certaines sources thermales qui passent dans des terrains radifères ; mais c’est de l’air que l’on a directement extrait les autres gaz inertes ; et leur quantité très faible, si l’on en excepte l’argon, en même temps que leur invincible répugnance à entrer en combinaison, ne devait permettre de les isoler qu’en les triant, pour ainsi dire, par le procédé de la distillation fractionnée. En d’autres termes, l’isolement des nouveaux gaz était lié à la liquéfaction de l’air et à son évaporation systématique.
- C’est encore ainsi que l’on procède lorsqu’on veut obtenir ces gaz rares ; et les installations industrielles de liquéfaction de l’air viennent ici puissamment en aide aux chercheurs. L’exemple le plus probant qui en soit donné est celui d’un ballon de gaz volontiers abandonné par M. George Claude à Sir William Ramsay, à qui cet hommage était bien dù, ballon qui contenait le résidu de la condensation et de la distillation de 100000 m3 d’air atmosphérique. Tout le krypton et tout le xénon contenus dans cet énorme volume d’air étaient demeurés dans l’appareil à liquéfaction ; et ces quelques litres de gaz rares (300 cm3 du second) étaient, pour celui qui les découvrit, un inestimable cadeau.
- Ce que la liquéfaction de l’air a pu faire pour le krypton et le xénon, elle peut le répéter pour le cyanogène. Si, par une diffusion dans l’atmosphère activée grâce à sa densité relativement forte, le cyanogène arrive jusqu’à nous en quantité appréciable, les appareils à liquéfaction le capteront et le retiendront. Et, comme certains appareils fonctionneront à cette époque de façon à livrer par heure 200 mètres cubes d’oxygène, résultant du traitement de 1000 mètres cubes d’air en nombres ronds, un millionième en volume de cyanogène en laisserait chaque heure dans l’appareil environ 2 grammes.
- Or, les appareils à liquéfaction fonctionnant industriellement ne sont pas en marche continue. De temps à autre, on les abandonne au réchauffement pour les débarrasser des corps solidifiés qui s’y sont amoncelés, et finiraient par en obstruer les conduits. C’est pendant un de ces arrêts que l’on pourrait capter, avec les autres corps, le cyanogène cométaire, dont une proportion bien inférieure encore au millionième pourrait être ainsi facilement décelée.
- Se demandera-t-on comment on pourrait se protéger du cyanogène, dans le cas où sa proportion dans l’air deviendrait dangereuse? Rien no serait plus facile. On peut, comme nous l’avons vu, le brûler, le dissoudre ou le coii-
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- 206 ===== ACADÉMIE DES SCIENCES — LE C1NÉPHOTE
- geler, sans compter sa destruction par des, étincelles électriques, de telle sorte que Ton n’a que l’embarras du choix pour la torture à lui faire subir. Et l’on peut imaginer facilement l’histoire d’un physicien ou d’un chimiste avisé qui, le 17 mai, calfeutrerait sa maison dans laquelle il aurait réuni sa famille et ses intimes, et ne laisserait plus entrer l’air que sous l’action d’un ventilateur associé à un appareil de purification. Tandis que l’humanité périrait tout entière sous l’action du terrible gaz, il attendrait avec tranquillité que les orages, les pluies, le froid polaire en eussent débarrassé l’atmosphère. Il deviendrait ainsi le Noé d’une humanité nou-
- velle, au bonheur de laquelle il aura subordonné le choix de ses amis, préparé de longue main; belles santés, intelligences supérieures, nobles aspirations seraient l’apanage de ce petit groupe appelé à de hautes destinées. La bonté serait devenue facile, car les immenses approvisionnements préparés par ceux qui peinent et souffrent aujourd’hui délivreraient pour longtemps les hommes futurs des soucis matériels. La donnée, on le voit, est abondante et ne manque pas d’intérêt; mais il ne convient pas que nous nous éloignions trop ici des faits à peu près positifs. Cu.-Éo. Guillaume.
- Directeur adjoint du Bureau international des poids et mesures.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 février 1910. —
- M. Darboux. — M. Gaston Darboux, l’éminent secrétaire perpétuel pour les sciences mathématiques, est vivement félicité par ses confrères au sujet de son élévation au grade de grand-officier de la Légion d’honneur.
- Institut océanographique. — S. A. S. le prince Albert de Monaco invite l’Académie à se faire représenter aux fêtes de l’inauguration du Musée de l’Institut océanographique qui auront lieu, à Monaco, le 29 mars prochain. L’Académie sera représentée par son bureau.
- Legs. — L’Académie est autorisée à accepter le legs Demolombes, d’une rente de 500 francs pour un prix annuel destiné à récompenser le meilleur ouvrage de géologie ou d’agriculture qui lui sera soumis.
- Les fraudes dans les substances alimentaires. — Par l’intermédiaire de M. Maquenne, M. Backe, chimiste, à Vevey, rend compte à l’Académie d’observations qui intéressent hautement la recherche des fraudes dans les substances alimentaires. Sous l’action combinée d’une diastase particulière et ultérieurement de la torréfaction, il se forme dans les pâtes de farine, croûte de pain, biscuit, etc., une matière extractible par l’éther ou le chloroforme qui donne à très peu près les mêmes réactions colorées que l’acide salicylique et par conséquent peut être confondue avec lui à la suite d’un examen trop superficiel. Il y a déjà eu à ce sujet des contestations qu’il importe de ne pas voir se renouveler. Le corps qui se forme ainsi ressemble au maltol du malt, mais il en diffère par quelques-unes de ses propriétés et par suite doit être considéré comme nouveau.
- L’éclat intrinsèque du Soleil. — M. llamv analyse un intéressant travail de M. Nordmann, astronome à l’Observatoire de Paris sur l’éclat intrinsèque du Soleil.
- Présidence de M. Emile Picard.
- M. Nordmann a déterminé la quantité de lumière émise par la surface solaire et il trouve que chaque centimètre carré de cette surface émet autant de lumière que 519 000 bougies décimales (les arcs électriques les plus puissants qui aient été réalisés ont un éclat inférieur à 20 000 bougies). En tenant compte de l’étendue de la surface solaire on trouve que le rayonnement visible total du Soleil est égal à plus de 180 outillions de bougies, c’est-à-dire un nombre qui comporte 27 zéros.
- Stérilisation intégrale des liquides. — M. Billon Da-guerre adresse une Note sur la stérilisation intégrale des liquides à l’aide des radiations de très courte longueur d’onde (hyper-ultra-violettes) produites par des tubes en quartz contenant des gaz raréfiés traversés par l’étincelle d’une petite bobine d’induction. Le courant nécessaire, de 2 ampères et 6 volts est fourni par 5 accumulateurs ou pris en dérivation sur un secteur électrique. Ces radiations, dont l’action bactéricide est 25 fois plus grande que celles des rayons ultra-violets émis par les lampes à vapeur de mercure, ont permis de stériliser de l’eau de Seine contenant plus de 29 000 bactéries par centimètre cube. Débit de 5 litres à la minute.
- Communications diverses. — M. Armand Gautier continue sa communication sur les caractères différentiels des eaux d’origine météorique et des eaux d’origine ignée. M. Roux analyse un travail de M. Dienert sur la recherche des substances fluorescentes dans le contrôle de la stérilisation des eaux. Cit. de Yilledeuil.
- Erratum. — Le polonium. — Dans notre n° 1917, p. 189, col. 1, ligne 15, au lieu de tonnes, lire kilogrammes.
- LE CINÉPHOTE
- La photographie animée, pour diverses raisons, a dû, jusqu’ici, demeurer réservée aux seuls professionnels. Les difficultés, en effet, sont multiples. Elle exige un matériel encombrant, coûteux, et, par surcroît, elle oblige à des manipulations délicates, inaccessibles à quiconque ne possède pas une installation spéciale.
- Le cinéphote combiné par MM. Huet et O évite ces inconvénients et met ainsi réellement la cinématographie à la portée de tous les amateurs. Du reste, il convient de le noter sans attendre, les vues qu’il est possible de prendre avec le cinéphote n’ont rien de commun avec les scènes considérables que l’on
- enregistre aujourd’hui à l’aide du cinématographe.
- Le but du cinéphote est incomparablement plus modeste; il ne laisse pas, cependant, de comporter un réel intérêt. Avec cet instrument, ce n’est plus l’enregistrement d’actions prolongées que l’on poursuit, mais simplement la prise d’un portrait animé. Avec lui, tout amateur peut aisément obtenir de son ami, de son enfant, une photographie non plus figée dans une unique attitude, mais un portrait qu’il verra revivre sous ses yeux.
- Le cinéphote se compose essentiellement de deux appareils : le premier sert à prendre des vues, le second, à les faire défiler à la vitesse voulue, pour
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- LE C1NÉPHOTE
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- restituer l’image du mouvement. Tous deux, et c’est là l’originalité de l’invention, sont automatiques et leur mécanisme ne tient qu’une faible place.
- La prise de vues s’eflectue, sur un disque de vi-trose sensible de 15 cm de diamètre exactement, et qui reçoit soit 24, soit 75 épreuves successives.
- Contrairement à ce que Ton pourrait supposer, l’automatisme est réalisé par un dispositif assez simple.
- Il est caractérisé par les éléments suivants :
- 1° Le disque présente une succession de perforations ayant entre elles les mêmes distances angulaires que les images accolées les unes aux autres et réparties de façon à décrire la courbe — spirale ou circonférence — suivant laquelle ces images doivent être disposées sur le disque-plaque;
- 2° Un mécanisme spécial d’entrainement fait tourner ce disque, de manière que les régions où doi t s’imprimer une image viennent successivement, et, pendant un temps déterminé, s’arrêter derrière la fenêtre de l’objectif.
- Dans les appareils enregistrant 24 images successives, celles-ci sont réparties suivant une circonférence du disque. On comprend de suite comment l’instrument va être disposé; lé disque est placé dans un châssis
- latéral de va-et-vient ; celle-ci engrène pour ainsi dire avec les perforations ménagées dans le disque sensible et lui imprime la rotation voulue.
- Pour le cinéphote à 75 images, les choses sont un peu plus compliquées : il fallait, afin d’éviter des dimensions disproportionnées du disque, disposer les images en spirale; aussi, n’est-ce plus une simple rotation qu’il faut lui imprimer, mais bien un mouvement hélicoïdal.
- Voici comment il y a été pourvu : la portée dont nous venons de parler n’est plus fixe, mais mobile dans une glissière fixée sur le châssis ; dans ces conditions la pointe de la goupille en engrenant avec les perforations du disque, non seulement fait tourner celui-ci, mais lui imprime simultanément un mouvement vertical, grâce auquel les images peuvent se juxtaposer en spirale.
- Signalons un point intéressant : l’objectif — qui èst ici un objectif Graphor, travaillant à F : 6, ou Eurygraphe, travaillant à F : 5-8, construit spécialement par les établissements Lacour-Berlhiot — est, comme dans tout cinématographe, fermé par un obturateur pendant l’instant où- le disque en mouvement amène derrière l’objectif une région vierge, puis il se démasque pendant la période d’arrêt ; le même
- Fig. i. — Examen direct des vues dans un cadre.
- Fig. 2. — Disposition du cadre pour la projection des vues cinèphotiques.
- Fig. 3. — Le cinéphote. Appareil pour la prise des vues montrant le châssis ouvert.
- photographique muni d’une portée centrale ; le disque peut tourner librement autour de cette portée. En appuyant sur un bouton, on déclenche un ressort, et par lui une goupille animée d’un mouvement
- mécanisme qui assure le mouvement du disque assure synchroniquement la marche de l’obturateur, Notons encore que le disque sensible n’est pas fixé sur l’organe d’entraînement; cette indépendance
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- LE C1NEPHOTE
- permet de le disposer à l’intérieur d’un châssis analogue à ceux des appareils photographiques ordinaires. On peut donc, grâce à l’emploi de cet ingénieux autant que simple procédé d’entraînement, réaliser des appareils photographiques pour prises de vues animées accompagnés de châssis à , double rideau ou encore de magasins renfermant plusieurs châssis et pourvus del’ùn des systèmes d’escamotage habituellement utili-
- ses.
- Enfin, il est important que le meme point dé la surface émulsionnée ne puisse être deux fois impressionné, ce qui arriverait fatalement si le mouvement de l’appareil de prise de vues était continu. Un dispositif spécial assure automatiquement l’arrêt du mécanisme quand le nombre de vues que doit recevoir le disque sensible a été pris.
- Cependant, en matière de cinématographie, ce n’est point tout que d’enregistrer des vues ; il faut encore pouvoir les utiliser à reconstituer les scènes photographiées. Pour cela, un positif des vues prises ayant été réalisé, l’on procède à leur examen direct ou en projection sur un écran.
- Pour la reproduction de ses clichés cinéphotogra-phiques, MM. Huet et Cie ont réalisé deux sortes
- Fig. 4. — Cliché cinéphotique de 24 vues.
- Fig. 5. — Cliché cinéphotique avec ?5 images.
- d’appareils dont les dispositions mécaniques essentielles sont exactement les mêmes que celles des
- appareils de prise de vues.
- Ce sont des cadres à mouvement automatique, assuré par un ressort et destinés aux disques portant 24 ou 75 images et des cadres à manivelle fonctionnant à ;1|i:ü, main et disposés pour recevoir les disques portant seulement 24 images.
- Dans ces derniers appareils, l’obturation est en quelque sorte inverse de ce qu’elle est dans les appareils de prise de vue, c’est-à-dire qu’elle est réduite au seul temps nécessaire à la pointe d’entraînement pour passer d’une perforation à la suivante. On obtient
- ainsi une réduction notable de la vitesse de déroulement sous les yeux des vues successives, ce qui a pour effet de prolonger l’illusion.
- D’autre part, comme, avec les disques à 24 vues, le spectacle serait presque immédiatement interrompu si l’on ne faisait défiler sous le regard qu’une seule fois chaque vue, le déroulement du disque est assuré de façon continue, aussi longtemps qu’on le veut, soit par le ressort commandant le mécanisme d’entraînement, soit en actionnant la manivelle disposée à cet effet. Dr Georges Vitoux.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- — N° J 919. : ---rr=r= 5 MARS 1910.
- NOUVEAU TYPE DE CONVOYEUR ROTATIF
- Au cours des dix dernières années, on a beaucoup perfectionné les méthodes d’extraction mécanique des minerais de fer, principalement dans le Nor-thamptonshire et le Lincolnshire. Auparavant on enlevait, à l’aide de simples brouettes passant sur des planches jetées en travers de la coupe, les matériaux qui recouvraient le gisement. On maintenait la tranchée toujours ouverte le long du lit métallifère, de façon à pouvoir l’exploiter commodément. Aujourd’hui, dans les endroits où l’on utilise des excavateurs à vapeur, on fait usage
- des rayons de tension en fil de fer boulonnés d'un côté sur le pourtour de la circonférence et, d’autre part, sur un léger moyeu d’acier placé au centre. Ces rais sont disposés tangentiellement comme ceux d’une roue de bicyclette.
- L’extrémité inférieure du moyeu repose au centre sur des coussinets à roulettes qui réduisent tellement les frottements qu’un jeune garçon manœuvre facilement la roue non chargée. Dans la pratique, une seule corde, de 0,039 m. de diamètre, passant dans une gorge située au-dessous de la jante de la
- Fig. i. — Le convoyeur rotatif Grossmilh au travail dans une tranchée.
- de divers engins qui transportent les déblais jusqu’au point le plus éloigné de la tranchée, condition essentielle pour laisser libre la voie ferrée où circulent les wagonnets. Dans ce but, on se sert, soit de ponts transbordeurs, soit de convoyeurs à courroie. Toutefois ces machines donnent souvent des mécomptes : les premières sont de faible capacité et les secondes, quoique plus pratique^, coûtent cher à établir et à entretenir.
- Aussi le convoyeur rotatif (fig. 1 ), inventé par M. A. R. Grossmilh et qui fonctionne avec succès, depuis deux ans, aux mines de la « Lloyds’s Ironstone C° » de Gorbyprès de Kettering (Angleterre), mérite une description, car il possède plusieurs avantages sur ses devanciers. Il se compose d’une roue formée par une jante uniquement maintenue elle-même par
- roue, commande l’appareil. Sur cette jante, se déroule une plate-forme annulaire de 0,76;m. de largeur (fig. 2). Lorsque la roue, qui tourne à volonté dans les deux sens, fonctionne, cette plate-formè reçoit sa charge de terre par l’intermédiaire d’une trémie mécanique et elle la conduit à une racle qui l’cn détache d’une façon continue.
- Cette racle constitue une particularité importante de la machine ; car on peut facilement l’ajuster sur un point quelconque de la circonférence de la roué sans qu’on ait besoin d’arrêter cette dernière, ce qui permet de distribuer uniformément la terre sur le lieu de dépôt des déblais. Quant à l’usure de la plateforme, elle est insignifiante, comme les constructeurs MM. Rubery, Owen et C° l’ont constaté. Ainsi, après six mois de marche continue pendant lesquels la
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- 38" année.
- j‘,r semestre.
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- 210 ===== NOUVEAU TYPE DE CONVOYEUR ROTATIF
- machine transportait quotidiennement 305 à 582 m3 de matières sablonneuses, les rugosités des plaques constitutives de la plate-forme n’avaient même pas disparu ; de plus, la racle placée sous une faible incidence remplit sa fonction sans grande résistance.
- À la vitesse de 6 tours à la minute, le convoyeur rotatif peut extraire 580 m3 de terre à l’heure, quantité bien supérieure à celle qu’enlève dans le même temps un excavateur à vapeur du type ordinaire. Il transporte indifféremment toutes les matières depuis la glaise et le sable jusqu’à de gros blocs d’argile pesant près d’une demi-tonne.
- Le modèle ci-contre, y compris le moyeu et la
- Ce type de convoyeur offre sur ses prédécesseurs l’avantage de pouvoir déposer les déblais derrière la machine pendant qu’elle avance le long de la tranchée, ce qui évite le transport de la terre au loin. Quant à la trémie mécanique (fig. 2), qui déverse les matériaux sur le pourtour des convoyeurs en vue d’éviter les engorgements de terre argileuse, elle est animée d’un mouvement continu de rotation sur elle-même.
- Grâce à la description précédente et à nos vues, on s’explique aisément le cycle d’une opération du convoyeur rotatif. Une fois le minerai déchargé dans la trémie, il chemine en rond, jusqu’à ce qu’il rencontre la racle. Après quoi, il est projeté en dehors
- Fig. 2. — La plate-forme annulaire de la roue et la trémie mécanique.
- plate-forme, a un diamètre de 24,583 m., et pèse 7 tonnes. Il est supporté horizontalement par un bras de levier monté sur des tourillons, ce qui permet de soulever ou d’abaisser l’extrémité de la poutre suivant l’épaisseur du banc à exploiter et de laisser passer au-dessous une locomotive et des wagonnets, comme le montre la figure 1. Le sous-châssis qui supporte le bâti principal porte une plaque tournante, dispositif très commode pour les tranchées étroites car toute la machine peut se placer obliquement par rapport à la coupe et quelle que soit la direction de l’avancement. Une chaudière et un moteur actionnent la roue et la trémie et mettent en marche la machine au moyen d’un embrayage.
- par l’ouverture de garde jusque sur la plate-forme de déchargement. S’il s’accumule sur celle-ci une quantité trop grande de matériaux, l’excédent passe au-dessus de la râcle qui n’a qu’une hauteur de 0,15 m. et est amené de nouveau autour de la trémie; en.sorte qu’on obtient un déchargement uniforme.
- Nul doute que cette invention ne trouve d’autres applications dans le Génie civil, soit sur les chantiers exigus, soit lorsqu’il s’agira de distribuer des matériaux sur une vaste surface, soit quand on devra élever ou transporter des substances de consistance variable, d’une manière continue et uniforme.
- Jacques Boyer.
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- LES RAYONS ULTRA-VIOLETS ET LA STÉRILISATION DES LIQUIDES
- On sait ce qu’il faut entendre par rayons ultra-violets : rayons lumineux, mais invisibles, qui prennent place dans le spectre dévié par un prisme, au delà des derniers rayons violets, les plus réfrangibles parmi les rayons visibles.
- On connaît les vigoureuses actions chimiques des rayons
- spectre. Les longueurs d’onde se mesurent en microns (jx), c’est-à-dire en millièmes de millimètre, ou encore en unités angslrom, c’est-à-dire en milionièmes de microns.
- Lampe de quartz à rayons ultra-violets (1905 et 1909). — Le premier appareil de M. Billon-Daguerre n’était qu’une simple adaptation de l’arc électrique écla-
- Fig. 1
- Fig. 2.
- Fig. 1. — Lampe de quartz à rayons ultra-violels.
- Fig. 2. — Lampe de quartz à rayons ultra-violets et à immersion.
- Fig. 3. — Coupe schématique de Vappareil Billon-Daguerre.
- Fig. 4. — Lampe de quartz à rayons ultra-violels. Dispositif schématique pour le soutirage du lait.
- Fig. 3.
- Fig. 4.
- ultra-violets ; leurs propriétés microbicides sont également remarquables; elles sont aujourd’hui nettement établies après les travaux de très nombreux savants. Et l’on songe à en tirer partie pratiquement pour stériliser les liquides. De tous côtés les essais se multiplient, de nombreux chercheurs expérimentent et créent des appareils. Une technique nouvelle se crée qui, on peut l’espérer, sera capable de rendre de grands services à l’hygiène publique et privée.
- Nous allons décrire deux appareils qu’il nous a été donné de voir fonctionner et qui donnent, dès maintenant, des résultats intéressants : les appareils de M. Billon-Daguerre et ceux de la Société Westinghouse.
- Pour l’intelligence de ce qui suit rappelons tout d’abord que les rayons ultraviolets sont extrêmement absorbables par la plupart des corps; on connaît très peu de substances qui leur soient transparentes ; ainsi l’air les laisse difficilement passer; ils ne traversent guère que le quartz, le spath d’Islande, l’eau pure et un verre spécial créé depuis peu par MM. Schott, à Iéna : le verre Uviol.
- Rappelons aussi que les diverses radiations lumineuses dont la réunion constitue une lumière complexe se distinguent les uns des autres par leur longueur d’onde. Cette grandeur est liée intimement quoique d’une façon complexe à l’indice de réfraction, c’est-à-dire en définitive à remplacement respectif que les radiations occupent dans le
- tant dans la vapeur de mercure, source très riche, comme on le sait en rayons ultra-violets.
- Il se composait (fig. 1) du tube A en qiiartz où se produit l’arc électrique générateur producteur des radia-lionsultra-violettes, d’une enveloppe protectrice, égalemen t en quartz B, et d’une armature extérieure C en laiton.
- Le liquide à stériliser pé-fCüO né trait dans; l’appareil en D,
- I glissait dans l’espace annu-
- — laire réservé entre Parmature
- en laiton et l’enveloppe protectrice, sur une épaisseur de 1 mm et sortait en E après avoir subi, pendant un parcours ascensionnel de 80 cm l’action stérilisante des radiations.
- À celte lampe, succéda la lampe de quartz à immersion (fig. 2) elle est constituée par une ampoule cylindrique A en quartz, dans laquelle passe le courant; c’est encore une lampe à vapeur de mercure. Un manchon B également en quartz, soudé aux extrémités de la lampe, l’isole du contact du liquide à stériliser dans lequel elle plonge. Dans l’espace intermédiaire Y, on a fait le vide (vide à 4 mm de mercure).
- L’appareil est complètement immergé dans le liquide à stériliser qui subit toute l’action abiotique de la lampe sans s’échauffer puisqu’il en est isolé par le vide Y.
- Comme le liquide, qui est immédiatement en contact avec la lampe, est absolument exempt de germe, la perfection absolue dans le mode de soutirage, consisterait à recueillir, directement, ce liquide. Yoici comment M. Bil-
- Fig. 5. — Lampe de quartz à rayons ultra-violets et à immersion. Disposition des tubes de soutirage.
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- 212 LES RAYONS ULTRA-VIOLETS ET LA STÉRILISATION
- lon-Daguerre a résolu, pour le mieux, cette difficulté. Un système de siphons (fig. 5), composés par une série de tubes articulés en argent T, vient prélever le liquide sur l’enveloppe extérieure B. Les extrémités de ces siphons, sont coupées de manière à épouser, aussi exactement que possible, la courbure de celle-ci. De cette façon, le liquide stérilisé peut être prélevé aussi près que l’on veut de l’enveloppe extérieure de la lampe.
- Pour le lait, dont l’opacité s’oppose à une stérilisation en profondeur, les tubes T, ont une forte épaisseur (fig. 4), ce qui l’oblige à passer, en lame mince, entre la lampe et le tube de soutirage. Ces tubes peuvent,
- Fig. 6.
- Stérilisation établie directement sur la conduite d'eau.
- d’ailleurs, revêtir différentes formes, ainsi que le montre la figure 5.
- On conçoit qu’en augmentant le nombre des tubes de soutirage, on puisse augmenter, dans une égale proportion, le volume du liquide soutiré. D’après l’inventeur, cette lampe, qui tient dans un bac en verre dont les dimensions sont très réduites (environ 50 cm de longueur sur 20 cm de largeur et 50 cm de hauteur), peut stériliser, avec une dépense électrique de 2 ampères el 110 volts, 5600 litres à l’heure (vin, bière, moûts, etc.) ; pour l’eau claire ce débit peut être porté à 10 000 litres à l’heure.
- Lampe de quartz Billon-Daguerre à radiations hyper-ultraviolettes (18 octobre 1909). — Dans les systèmes précédents, les radiations ultra-violettes sont accompagnées d’autres radiations, appartenant à la région visible du spectre, et dénuées, pour la plupart, de propriétés chimiques, par conséquent de propriétés stérilisantes. Ces radiations n’ont d’autre effet que de diminuer le rendement abiotique de l’appareil. Le liquide, pour être complètement privé de ses germes vivants, doit être expose plus longtemps au rayonnement de la lampe.
- Or, il y a deux moyens d’augmenter le pouvoir micro-bicidc des lampes en quartz (pour une même dépense d’électricité) :
- 1° Éliminer les radiations étrangères à la stérilisation en filtrant, en quelque sorte, lalumière, de manière à ne recueillir que les radiations chimiques violettes et ultra-violettes ;
- 2° Créer un appareil ne produisant exclusivement, ou presque exclusivement, que des radiations chimiques.
- C’est cette voie qu’a explorée M. Billon-Daguerre. En étudiant les tubes de Crookes, Geissler et Moore, contenant les gaz suivants : oxyde de carbone, acide carbonique, hydrogène sulfuré, acide sulfureux, il a constaté, ainsi que l’avaient fait en même temps que lui MM. Bums-lead et Lyman de l’Université d’IIanvard, que les effets photo-chimiques des radiations émises, étaient environ 25 fois plus énergiques que les effets photo-chimiques obtenus avec les seuls rayons ultra-violets1. Les spectres de ces gaz révélaient l’existence de radiations de très faible longueur d’onde (2600 à 1000 unités angstrôm), situées dans la région extrême de l’ultra-violet et que, pour cette raison, il a appelée V hyper-ultraviolet.
- Ces radiations, essentiellement destructrices, possèdent un pouvoir abiotique considérable et permettentlasfé-rilisation instantanée des liquides sur lesquels elles agissent.
- Si donc dans le dispositif précédent (lampe à immersion), on remplace la lampe à mercure par un tube de Crookes, auquel on peut donner les formes les plus variées, on pourra, en conservant le même mode de soutirage, les mêmes dimensions de lampe, augmenter la production du liquide stérilisé et obtenir un rendement d’environ 5000 litres à t’heure pour les liquides colorés ou opaques et 10 000 litres pour l’eau, et cela, affirme
- l’inventeur, avec une dépense électrique de 2 ampères et 5 à G volts.
- Ajoutons que la propriété abiotique est due uniquement aux radiations et nullement à l’ozone ou à l’eau oxygénée qui peuvent se former. Ces corps demandent en effet, pour apparaître, un temps relativement long (plusieurs heures) ; tandis que la stérilisation est instantanée.
- Quant à l’ozone, nous nous rangerons à l’avis du Dr Foveau de Counnelles qui dans l’Année électrique, édition 1909, p. 45, dit ceci : « MM. II. Bordier et T. Nogier, employant la lampe à vapeur de mercure en quartz, ont constaté, ainsi que d’autres physiciens, que l’air irradié prend une odeur comme phosphorée que l’on a d’abord cru pouvoir expliquer par une production d’ozone. Mais celte hypothèse ne saurait être admise, car il est impossible de
- 1 C. B. Académie des Sciences. — ïiote présentée par M. Cailletel le 2 nov. 1909 et insérée dans le C. R. du 8 nov.
- Fig. 8. — Lampe Silica Westinghouse de la Société Westinghouse Cooper Ilewitt, pour réseau no volts.
- Fig. 7. — Lampe de quartz à radiations hyper-ullra-vio-lettes. Différences formes du tube de Geissler.
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- LES RAYONS ULTRA-VIOLETS ET LA STÉRILISATION —- 213
- déceler, dans cet air, la moindre trace d’ozone et, d’autre part, l’odeur se produit de façon identique dans un gaz ne contenant pas d’oxygène, l’azote par exemple. En réalité, le phénomène, purement physiologique, est dû à l’excitation, par les charges électriques que transportent les ions, des filets nerveux olfactifs qui ne peuvent répondre à l’excitation que par une sensation olfactive. Si d’ailleurs, on fait perdre sa charge électrique au gaz, quel qu’il soit, en lui faisant traverser un tube métallique relié au ^ sol, toute odeur disparaît ; celle-ci reparaît immédiatement si on g remplace le tube métallique par un tube de verre. »
- De nouvelles recherches de MM. Courmont, Nogier, Y. Henri, confirment que l’ozone et l’eau oxygénée ne jouent aucun rôle.
- C’est bien à l’action directe des rayons ultra-violets et non à la production d'ozone ou d'eau oxygénée que ces lampes doivent leur . propriété abiotique.
- L’eau, stérilisée par ce procédé, conserve son aération puisqu’elle n’a pas été chauffée; elle reste fraîche et sa saveur n’est aucunement modifiée.
- Le peu d’encombrement de l’appareil et la simplicité de son fonctionnement en permettent l’usage dans les habitations privées, en même temps que sa puissance d’action en indique l’emploi dans les casernes, usines, municipalités.
- Pour ces dernières, une modification intéressante dans le mode d’installation est à signaler :
- On stérilise directement l’eau dans la conduite de la ville, et, afin d’éviter la rupture des lampes qui, si elles étaient disposées dans la conduite, risquerait de se produire, à cause de la forte pression qu’elles auraient à supporter, on les place en dehors de la conduite d’eau; on réserve ensuite, en face d’elles>4leux regards en quartz et, c’est après avoir traversé ces vitres ou ces hublots en quartz, que les rayons ultraviolets et hyper-ultra-violets pénètrent dans l’eau qu’ils stérilisent.
- Lampe Westinghouse. — Dans l’appareil Westinghouse, nous retrouvons la lampe à vapeur^sfe mercure, type
- Cooper ïïewitt; mais ici, cette lampe n’est pas immergée ; elle est maintenue au-dessus et à très faible distance du liquide à stériliser; celui-ci, par une circulation bien comprise, est amené plusieurs fois à proximité de la lampe.
- L’appareil, dont nous donnons une vue d’ensemble dans la figure 10, se compose (fig. 9) d’un récipient métallique émaillé cylindrique A, dans l’intérieur duquel sont disposés deux troncs de cône B C et un tube central D, également métalliques et émaillés. Ces différentes pièces fixes, établies en chicane, sont destinées à agiter l’eau à stériliser, arrivant par le robinet E, en même temps qu’elles l’obligent à passer plusieurs fois devant la lampe stérilisante G. L’eau, privée de ces germes, s’écoule par le tube D. La lampe G est une lampe à vapeurs de mercure, Cooper Hewitt (fig. 8), elle est entièrement en quartz transparent afin de permettre aux rayons ultra-violets de la traverser et de venir ainsi au contact de l’eau à stériliser. Une chaînette extérieure J (fig. 9), adaptée à la lampe, sert à l’allumer en la basculant.
- Le robinet d’arrivée E. au moyen d'un agencemen t spécial, est, en même temps, un robinet de réglage. Ce robinet est établi, ainsi que tout l’appareil, pour un débit maximum de 600 litres à l’heure1, avec une consommation électrique de 110 volts, 5,5 ampères, soit 110=5,5 -f- 585 watts heure; ce qui fait, pour un litre d’eau stérilisée, une dépense d’énergie
- électrique de —jjj = 0,6
- watt heure.
- L’eau ne séjourne pas assez longtemps dans l’appareil pour qu’il puisse se former de l’eau oxygénée ou de l’ozone, aussi n’a-t-elle aucun goût du fait de sa stérilisation. Elle ne contient plus aucune bactérie ni spore, ainsi que l’ont montré les analyses bactériologiques faites sur des eaux contaminées au moyen de plusieurs espèces de microbes pathogènes.
- Cet appareil, d’un encombrement très limité, est d’une installation facile.
- 1 Certains modèles donnent jusqu’à 1200 litres à l’heure.
- +
- Fig. 9.
- Coupe
- schématique
- l'appareil.
- Fig. io. — Vue extérieure de l'appareil Westinghouse.
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- 214 - — ____- LA NOUVELLE USINE A GAZ DU LANDY
- Pour terminer, ajoutons que les rayons ultra-violets ont sur les yeux une action nuisible et qu’ils peuvent déterminer des conjonctivites et des lésions sérieuses. On peut se protéger par l’emploi de verres EujjIios contenant un sel de chrome ou, plus simplement, et plus complètement encore, en se servant de lunettes dont on peut soi-mèmc recouvrir les verres d’une couche de
- gélatine imbibée de picrate d’ammonium qui arrête le violet et l’ultra-violet.
- Ces précautions doivent être prises au cours des recherches de laboratoire, mais sont tout à fait inutiles dans l’emploi des appareils pratiques que nous venons de décrire, où les lampes sont toujours cachées. (p Loucheux.
- Chimiste du Ministère des Finances.
- LA NOUVELLE USINE A GAZ DU LANDY
- La Société du gaz de Paris termine en ce moment aux portes même de Paris, sur l’emplacement de ses anciens établissements du Landy, une nouvelle
- exigé le remaniement. L’éclairage parisien, aussi bien par l’électricité que par le gaz, traverse, on peut le dire, une période révolutionnaire : la popu-
- Fig. i. — L’arrivée du charbon. L’estacade de déchargement. Dans le coin, l’arrivée d’un train de houille sur l’estacade.
- et puissante usine à gaz. La Nature a récemment décrit les diverses méthodes qui président aujourd’hui à la fabrication du gaz d’éclairage : il nous a paru intéressant de montrer l’une d’elles en action. Quoique encore inachevée, l’usine du Landy fournit à Paris quotidiennement plus de 300 000 m3 de gaz. Bientôt elle en fournira 500 000 et ses fours n’absorberont pas moins de 1600 à 2000 tonnes de charbon par jour, ce qui représente le chargement d’un train de 9 à 11 km de long.
- La consommation du gaz à Paris. — Ayant de visiter l’usine du Landy, il ne sera pas inutile de rappeler brièvement les circonstances qui en ont
- lation de Paris, celle de la banlieue, se sont accrues avec une rapidité surprenante : la consommation de lumière par habitant, favorisée par l’abaissement des tarifs, s’est développée dans des proportions imprévues. Les anciennes organisations sont devenues insuffisantes ; et font place à de nouveaux établissements plus modernes, plus puissants. Pour le gaz, le remaniement des services a commencé avec la liquidation de l’ancienne Compagnie parisienne d’éclairage et de chauffage par le gaz, concessionnaire depuis 1855 et dont l’exploitation prit fin le 1er septembre 1907. Encore faut-il noter qu’un service fort important, celui de la banlieue, est
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- devenu indépendant dès 1905 du service de Paris.
- En 4903, pour Paris et la banlieue, la Compagnie parisienne du gaz produisait 561 millions de mètres cubes ; 9 usines y contribuaient : Clichy, le Landy, la Villette, Vaugirard, Ivry, Passy, Saint-Mandé, Boulogne, Maisons-Alfort. En 1906, après la séparation de la banlieue, Paris consommait déjà pour lui seul 552 millions de mètres cubes; en 1907, 389 millions; en 1908, 409 millions. Dans très peu de temps, on atteindra et l’on dépassera le chiffre de 500 millions de mètres cubes.
- De par cette progression extraordinairement rapide, la Ville de Paris et la Société du gaz de Paris, qui administre en régie intéressée, pour le compte de la Ville, les services du gaz, se retrouvent en présence d’une situation exceptionnelle sans doute, mais non sans précédent dans l’histoire même de Paris.
- A ses débuts, entre les années 1855 et 1860 la Compagnie parisienne du gaz, puissante héritière d’un grand nombredepetites compagnies dispersées, chargée du service d’une ville brusquement agrandie par l’élargissement de son enceinte, a à satisfaire des exigences plus soudainement encore multipliées. Elle y réussit en concentrant sa production dans de puissantes usines, dotées de l’outillage, pour l’époque, le plus perfectionné. Et Paris connut alors la gloire d’être la capitale la plus brillamment éclairée du monde. Même situation aujourd’hui, et même tactique. Espérons que le résultat en sera identique. Des 9 usines que la Société Parisienne, en 1907, léguait à la Ville, la plus grande partie vont être abandonnées; elles ne fonctionnent plus que comme usines d’attente : bientôt Paris ne puisera son gaz que dans trois énormes établissements, à Clichy, aü Landy et à la Villette ;
- la gigantesque opération que représente cette rénovation de l’industrie gazière à Paris ne se chiffrera pas par moins de 180 millions de francs.
- L’usine du Landy sera l’un des pivots de la future organisation. Notre visite va nous la montrer en pleine réédification. Une moitié seulement est achevée, mais elle donne une idée fort exacte de ce que sera l’ensemble. L’installation comprendra, en effet, 4 ateliers absolument identiques, juxtaposés, mais rigoureusement autonomes, pourvus chacun
- des organes nécessaires à sa vie propre. En connaître un, c’est les connaître tous quatre.
- L’usine du Landy. — L’usine du Landy occupe au Nord de Paris, au pied des fortifications, un vaste espace à proximité des canaux et des voies ferrées qui lui amènent du Nord, d’Angleterre et de West-phalie, le charbon dont elle a besoin.
- Nous avons indiqué plus haut le chiffre quotidien des arrivages de houille : il faut une véritable gare de marchandises pour faire face au débarquement, et au classement de tout ce combustible. L’usine possède, du reste, des wagons spéciaux, et une dizaine de locomotives.
- Une partie du charbon, à l’arrivée, peut être mise en entrepôt, formant des réserves en prévision de grèves dans les mines, de chômages sur les canaux ou d’accidents sur les chemins de fer.
- Le reste, et c’est bien entendu la majeure partie, est envoyé directement aux ateliers de distillation.
- Il y parvient par l’intermédiaire d’une série d’organes purement mécaniques, combinés de façon à réduire au minimum l'intervention de la main-d’œuvre humaine. C’est la caractéristique du nouvel établissement : les machines y ont remplacé l’ouvrier pour toutes les besognes pénibles ou dangereuses.
- Fig. 2. — Les trémies à charbon et les tapis roulants qui portent le combustible aux broyeurs.
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- * Nous allons le constater en suivant le charbon et les produits de sa distillation dans leur marche à travers l’usine et dans leurs multiples transformations. On connaît les grandes lignes du fonctionnement d’une usine à gaz en général. Le charbon, concassé en morceaux de faible, grosseur, est chargé dans dés cornues d’argile chauffées par des gazogènes; là, sous l’influence de la chaleur, il distille, laissant dans la cornue un résidu de coke qui fera plus tard un excellent combustible. Les produits gazeux, mélanges
- d’hydrocarbures \ t z.~,
- de toute sorte, passent tout d’abord dans un barillet rempli d’eau, où ils commencent à se refroidir et. abandonnent sous forme de goudrons et d’eaux ammoniacales les élér ments lés plus facilement condensables.
- Le refroidissement s’achève dans ces immenses colonnes de fonte exposées à l’air libre, qui ont reçu le nom caractéristique de jeu d’orgue.
- L’élimination des eaux ammoniacales et du goudron y fait un nouveau pas.
- Puis le gaz, déjà partiellement purifié, abandonne tout son goudron dans des appareils laveurs spéciaux, imaginés par les chimistes Pelouze et Audouin. Il se débarrassé dans de vastes salles d’épuration des produits sulfureux qui rendraient son usage désagréable. Enfin il passe dans des compteurs qui enregistrent la production et ' va s’emmagasiner dans lés gazomètres, ou il attend le moment d’être distribué. Rien n’est plus facile que de suivre ces diverses opérations à l’usine du Landy. A chacune d’elles correspond pour chacun des 4 ateliers dont nous avons parlé, un bâtiment spécial ; le croquis (fig. 8) montre que tous les bâtiments sont disposés parallèlement, en colonne pour ainsi dire, suivant l’ordre logique de la fabrication.
- La manutention du charbon. —Le transport du charbon aux salles de distillation constitue certainement l’une des parties les plus originales de l’usine. Les wagons de bouille arrivent directement sur une estacade surélevée, où ils sont pesés, puis déchargés latéralement dans des trémies, sortes de vastes entonnoirs disposés au-dessous de la voie. A partir du moment ou s’ouvre la porte inférieure de la trémie, laissant tomber le charbon qui y est emmagasiné, celui-ci, sans autre intervention que
- celle d’un ouvrier électricien posté devant son tableau de distribution, se met à circuler de lui-même dans l’usine ; il descend au sous-sol pour y être broyé, puis remonte au sommet de l’usine, et de là se répartit dans des tours à charbon à proximité des cornues, prêt à être envoyé à la distillation.
- Grâce à une série de convoyeurs très in-génieusemen t disposés, ces transbordements qui eussent été si pénibles par les anciennes méthodes, s’accomplissent ici automati-quement, sans autre manœuvre que le maniement d’un commutateur électrique.
- Les organes de transport occupent dans chaque usine partielle un bâtiment parallèle au bâtiment des fours ét ayant exactement la même longueur, il$ doivent manipuler dans leur journée un minimum de 600 tonnes.
- Les trémies ont une capacité variant entre 100 à 120 tonnes, les unes reçoivent du charbon maigre, d’autres du charbon gras, d’autres du charbon anglais ; suivant les besoins on recourt à l’une ou à l’autre, de façon à obtenir un mélange de charbon et par suite un gaz de qualité bien déterminée.
- Les trémies sont au nombre de 56 disposées par 12 suivant 5 rangées parallèles, elles débouchent
- Fig. 3. — Une chargeuse de Brouwer circulant entre deux batteries de cornues. C’est une véritable voiture électrique portant un appareil de chargement automatique.
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- Fig. 4. — Le coke, après déjournement et extinction, est transporté automatiquement par l'entraîneur de Brouwer dans de grandes tours rondes où il s’égoutte.
- au-dessus de 6 convoyeurs parallèles au grand côlé du bâtiment et répartis comme l’indique la figure (voy. fig. 2).
- Ces convoyeurs, mus par moteur électrique, sont des tapis sans fin roulant sur des galets ; leur rôle est de porter le charbon à l’appareil broyeur placé à l'étage inférieur. On ouvre l’orifice inférieur de la trémie : c’est là le seul travail où la main humaine intervienne.
- Le charbon tombe sur le tapis; un ingénieux système de va-et-vient, commandé par la chaîne sans fin du convoyeur lui-même, donne un mouvement alternatif à la plaque de fermeture de la trémie, de façon à empêcher le charbon de se coincer dans l’extrémité inférieure de l’entonnoir.
- Les 6 tapis longitudinaux viennent déverser leur charge dans deux autres convoyeurs, d’un mécanisme ana-
- logue, mais disposé à un étage au-dessous et suivant l’axe transversal du bâtiment. Ceux-ci conduisent directement le charbon à 2 broyeurs, appareils hermétiquement clos, où 2 cylindres à dents le réduisent en fragments de la grosseur jugée convenable pour une bonne distillation. Le débit de chacun des tapis est de 150 tonnes à l’heure. Cette disposition transversale a eu pour effet de rapprocher le charbon du bâtiment de distillation, accolé au bâtiment des convoyeurs et point terminus tout désigné de ce voyage du combustible.
- Un convoyeur Hunt, sorte d’immense chaîne sans fin à godets, va ramener le charbon des profondeurs du sous-sol au sommet de l’usine. Cette chaîne, disposée suivant la grande longueur du bâtiment, passe au-dessous des convoyeurs transversaux et des broyeurs ; le char-
- Fig. 5. — Une batterie de cornues. Un ventilateur insuffle un jet d’air pour brûler le graphite . resté dans les cornues. En arrière on aperçoit, dans le bâtiment des convoyeurs, une trémie de chargement.
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- bon sorti de ceux-ci passe dans un cylindre distributeur qui le déverse dans les godets ; le distributeur est muni d’un ingénieux dispositif qui ne laisse tomber dans chaque godet que la quantité de charbon juste nécessaire pour le remplir.
- Nous sommes ici à 2 étages en dessous des premiers tapis transporteurs, à 14 m. environ au-dessous du niveau de l’estacade par où est arrivé le
- Fig. 6. — La machine Saulter-Harlè. Elle sert à défourner le coke des cornues quand la distillation est terminée.
- charbon. Le convoyeur Hunt le remonte à 20 m. de hauteur pour le décharger dans les tours à charbon où il attendra le moment de la distillation.
- Il y a 6 batteries de fours dans le bâtiment de la distillation'; donc 6 tours à remplir ; chacune reçoit 100 tonnes : provision nécessaire pour 24 heures de marche; ces 6 tours sont disposées sur une même rangée, en dessous de la partie supérieure du convoyeur Hunt : rien de plus simple que le chargement d’une tour. Ici encore le travail de l’ouvrier se réduit à presque rien, la manœuvre d’un levier qui relève une came à proximité de l’ouverture, les godets en passant sur la came basculent et laissent tomber leur contenu dans le réservoir placé en dessous.
- Tous ces appareils sont mus par moteur électrique. Un petit tableau de distribution, placé au centre de la pièce, assure la commande de tout ce mécanisme compliqué.
- Chose remarquable : dans ce bâtiment où des tonnes de charbon tombent en cascades, les poussières sont en quantité insignifiante.
- Les fours et la distillation. — Nous arrivons maintenant à la partie vitale de l’usine, à l’atelier de distillation : il comprend-un vaste hall, largement aéré, 6 batteries disposées par rangées parallèles, lais-
- sant entre elles une très large rue qui sert au chargement et au déchargement des cornues et assure en même temps la bonne aération de l’atelier. Chaque batterie forme un ensemble compact, réunissant 6 fours, chacun d’eux contient 7 cornues horizontales sans fond de 6 m. de long. Celles-ci sont chauffées par le gaz issu d’un gazogène Siemens alimenté au coke et placé à l’étage inférieur, invisible du reste dans la salle de distillation.
- Tout le monde connaît l’aspect des ateliers de distillation dans les usines à gaz ancien style. Les cornues y sont chargées toutes les quelques heures à la main ; 2 ou 5 ouvriers, portant à bout de bras cette longue pelle connue sous le nom de cuiller, introduisent dans la cornue 100 à 150 kg de houille par charge. Il faut près de 2 minutes pour cette opération. Les bouffées de gaz s’échappant de la Cornue et la réverbération du coke incandescent, la rendent extrêmement pénible. Plus pénible encore est le déchargement des cornues, la distillation terminée. A l’aide de longs racloirs,. on retire le coke jusqu’au rouge blanc pour le faire tomber dans de petites voitures à bras, et l’amener sous un jet d’eau où il s’éteindra en projetant d’épais nuages de vapeur.
- Tout cet aspect romantique a disparu du Landy, au grand profit de la santé des ouvriers et de la rapidité du travail.
- Les cornues du Landy ont 6 m. de long au lieu de 5, la distillation s’y pratique en 8 heures au lieu de 4; le chargement s’effectue mécaniquement au moyen de la machine de Brouwer qui projette dans la cornue en quelques secondes les 600 à 640 kg de houille qu’elle peut contenir (fig. 5).
- La machine circule sur des rails devant l’ouver-
- Fig. 7, — Wagon métallique pour le transport du coke.
- ture des cornues ; un homme, dont tout le travail se réduit à la manœuvre d’un des leviers de commande d’un moteur électrique, suffit pour opérer le chargement. La cornue s’ouvre à ses deux extrémités ; la dis-
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- tillation achevée, une nouvelle machine, la machine défourneuse, vient prendre la place de la machine à charger. Deux types de défourneuses fonctionnent au Landy : la machine de Brouwer et la machine Sautter. C’est cette dernière que nous avons vu fonctionner. Au moyen d’une longue tige qui pousse en avant une crémaillère, également commandée par moteur électrique, elle repousse devant elle la masse pâteuse du coke; celui-ci vient tomber dp l’autre côté de la batterie, sur un entraîneur de Brouwer, tapis mobile circulant dans un courant d’eiyu continu, c’est pendant quelques instants un véritable ruisseau de feu, qui s’éteint bientôt, tandis qpe la vapeur produite, aspirée par les grandes chemipées, s’échappe à une hauteur suffisante pour ne gêner nullement le travail dans les ateliers.
- Enfin, il est dirigé sur les jeux d’orgue.
- Extraction. Epuration. — Si de là nous suivons les conduits qui l’amènent peu à peu vers les gazomètres, nous arrivons à un bâtiment où fonctionnent les extracteurs ; ce sont des machines qui font en somme office de pompe aspirante et foulante, elles aspirent le gaz issu de l’atelier de distillation pour le refouler sous une pression suffisante à travers les épurateurs et dans les gazomètres. Ces machines sont actuellement 2 extracteurs Beale de 420000 m3 et 2 extracteurs de 5 cylindres à gaz de 90000 m3 chacun. Ils maintiennent au-dessus du barillet une pression inférieure à 2 cm d’eau à la pression atmosphérique.
- Au bâtiment des extracteurs succède celui des épurateurs, vaste salle silencieuse occupée par des
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- Fig. 8. — Le plan de la nouvelle usine à gaz du Landy. On y remarque la disposition des bâtiments par rangées parallèles : au premier plan, les eslacades à charbon et les trémies, puis les ateliers de distillation, les tours à coke, en arrière les bâtiments d'épuration, enfin les gazomètres.
- Toutes ces opérations dégagent à peine quelques jets de flamme, quelques fumées, nullement gênantes du reste, puisque personne ne travaille à ce moment. Les opérations manuelles se réduisent à l’ouverture et à la fermeture des têtes de cornues, parfois au débouchage, à l’aide d’une tige de fer (pince à décrasser), des colonnes montantes par où le gaz se dégage.
- Pour en finir avec le coke, disons que le tapis mobile où il s’éteint, le transporte automatiquement à l’extérieur du hall dans des tours (fig. 4) où il s’égoutte. De là on le laisse tomber dans des wagons pour le porter aux chantiers à coke.
- Quant au gaz, il s’échappe de chaque cornue par deux colonnes montantes disposées l’une à l’entrée, l’autre à la sortie.
- Il passe à travers un barillet de grand volume situé à la partie supérieure du massif de maçonnerie qui contient les cornues.
- caisses méthodiquement rangées ; elles sont de deux sortes : les unes ont la fermeture classique à garde hydraulique, les autres une fermeture rendue hermétique par un joint au caoutchouc. Elles contiennent toutes la matière dite de Laming; c’est un mélange de sciure de bois et du produit obtenu en faisant agir la chaux sur du sulfate de fer ; il semble bien que ce soit l’oxyde de fer formé, dans cette substance qui agisse pour absorber l’hydrogène sulfuré et le cyanogène contenu dans le gaz. La matière est disposée dans chaque caisse sur des claies. En outre, dans chaque salle, un certain nombre de caisses restent en réserve prêtes à se substituer à d’autres en cas d’à-coup ou d’accidents. On vérifie que l’épuration est satisfaisante, lorsque le gaz passant dans une petite cloche de verre, sur une bande de papier imprégnée d’une solution d’acétate de plomb à 1 pour ^100 ne laisse sur celle-ci au bout d’un quart d’heure aucune trace noire.
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- La matière épurante, au bout d’un certain temps d’usage, doit être retirée des caisses: elle récupère ses qualités à l’air libre dans de grandes salles ouvertes où elle est étendue. Après avoir servi plusieurs fois lorsqu’elle est définitivement épuisée, on la traite encore pour en extraire les cyanures.
- Des ponts roulants permettent de manœuvrer aisément les lourdes caisses épurantes.
- N’oublions pas qu’avant d’y pénétrer le gaz abandonne ses dernières parcelles de goudron dans un appareil laveur Pelouze et Audouin. Ce laveur est immédiatement suivi d’un laveur à anthracène qui doit débarrasser le gaz de sa naphtaline, si gênante par moment dans les conduites.
- Là fabrication du gaz est maintenant terminée, les sous-produits sont envoyés à la Villette pour y être traités.
- Le gaz passe dans les compteurs. Ce sont des appareils du même type que ceux qui contrôlent la consommation des particuliers, mais de dimensions géantes. Ils sont 7 : quatre de 40000 m5, trois de 60000.
- Viennent enfin les gazomètres : on utilise encore provisoirement les gazomètres de l’ancienne usine, mais ils sont insuffisants et l’on travaille activement
- LES NOUVELLES RÉSERVES
- L’immense Parc de Yellowstone, constitué par le Gouvernement Fédéral des États-Unis dans les Montagnes Rocheuses (Wyoming), forme un admirable abri pour les fauves de la région. Il est gardé par un détachement de troupes, et défense est faite d’y tirer un coup de fusil. Ours, wapitis, antilopes, etc., ont appris peu à peu qu’ils n’avaient rien à redouter des touristes, et ils se laissent approcher à courte distance. Les ours sont même devenus très familiers. Ils guettent les allées et venues des excursionnistes, et se précipitent à la conquête des miettes et rebuts de leurs collations. Et c’est un spectacle curieux que de voir les énormes plantigrades tourner et retourner les boîtes de conserves abandonnées sur le terrain pour y glaner quelque friand débri.
- La disparition de jour en jour plus sensible du gros gibier dans les pays envahis par la culture, est une des sérieuses préoccupations des chasseurs, des naturalistes et des économistes. Tandis qu’en France les pouvoirs publics semblent se désintéresser de cette question, laissant, dans nos colonies africaines, le champ libre aux trafiquants d’ivoire qui auront bientôt fait d’exterminer l’Éléphant, les autres nations se hâtent de mettre un frein à l’avidité de ces prétendus chasseurs, qui font du plus noble des sports une simple opération commerciale. La faune d’un pays est une richesse naturelle qu’il est impossible de reconstituer, une fois qu’elle a été détruite : l’animal sauvage ne revient presque jamais de lui-
- 3 CHASSE AUX ETATS-UNIS
- à la construction de 5 gazomètres nouveaux. Us seront télescopiques, à 5 levées et leur capacité sera de 150000 m3 chacun. Les tôles de ces immenses caisses de fer n’auront pas moins de 59 mm d’épaisseur.
- Les plates-formes de deux d’entre eux sont actuellement terminées, on dirait d’énormes cirques de 70 m. de diamètre.
- Les autres gazomètres ne seront pas abandonnés, mais on augmentera leur capacité en les rendant eux aussi télescopiques; le mot s’explique de lui-même. Tels des tubes de lunettes, ils seront composés de plusieurs compartiments capables de s’emboîter les uns dans les autres, et de se développer à mesure que la pression s’augmentera.
- Il ne reste plus qu’à assurer le départ du gaz dans les conduites de distribution : c’est le rôle du service de l’émission.
- Des régulateurs de pression donnent au gaz, au départ, une pression déterminée, fixée chaque jour par le service central suivant les besoins prévus.
- Pour terminer, disons que l’usine possède une station centrale électrique qui fournit la force motrice nécessaire aux appareils et même assure les services de l’éclairage. A. Trolt.er.
- DE CHASSE AUX ÉTATS-UNIS
- même dans les pays dont il a été chassé par une guerre sans merci. Les États-Unis d’Amérique ont été les premiers à le comprendre, et chaque année ils font de nouveaux efforts pour conserver et protéger la faune très spéciale de leur beau pays.
- Tout le monde a entendu parler du Grand Parc National de Yellowstone, d’une étendue de 9000 km carrés, situé dans l’angle Nord-Ouest du Wyoming,
- « réservé » par un act du Congrès, en 1872, pour être, suivant l’expression même de la pièce officielle, « un parc public et un lieu de divertissement pour le peuple ». C’est un magnifique amas de montagnes, de lacs, de rivières, de canons, de geysers, où les sommets les plus élevés restent constamment couverts de neige. Outre les animaux qui y vivaient naturellement, on y a cantonné les derniers survivants des Buffalos (Bisons) de la prairie, et d’autres espèces en voie d’extinction, et la chasse y est formellement interdite en toute saison Ce lieu pittoresque est devenu un but d’excursion très à la mode, depuis quelques années, dans la belle saison, une sorte de Suisse au petit pied, un diminutif des Montagnes Rocheuses, auxquelles ses massifs de 5000 à 5500 m. se rattachent au Nord-Ouest.
- Malgré son étendue, supérieure à celle d’un de nos grands départements français, cette réserve n’a pas paru suffisante. La Zoological Society de New-York, dirigée par M. W. T. Hornaday, l’historien du Bison d’Amérique, a pris l’initiative d’un mouvement d’opinion ayant pour but d’installer des
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- LES NOUVELLES RESERVES DE CHASSE AUX ETATS-UNIS = 221
- réserves du même genre sur d’autres points du territoire de la Confédération. Avec l’appui du Congrès de Washington et du Président Roosevelt, en moins d’une année (de mai 1908 à avril 1909), quatre nouvelles réserves de vaste étendue ont été créées sur des points désignés d’avance par leur configuration naturelle et l’absence de culture, suffisamment éloignés, d’ailleurs, du Parc National pour ne pas faire double emploi avec lui. Il en résulte que le nombre de ces réserves est actuellement au moins de douze, sans parler de celles de moindre étendue qui sont disséminées dans les îles, sur les côtes de l’Atlantique et du Pacifique.
- Voici quelques détails sur les grandes réserves de nouvelle formation dont nous venons de parler.
- Le Montana National Bison Range, situé à Ravalli, dans l’État de Montana, sous la 47° de latitude Nord, dans la région des Montagnes Rocheuses, a été institué le 23 mai 1908, par un act spécial du Congrès, sur la demande de Y American Bison Society qui a pris en mains la défense du fameux « Buffalo »
- (le Bison d’Amérique). Cette Société offrait de fournir le noyau du premier troupeau de Bisons que l’on y lâcherait, sachant par expérience qu’il y réussirait parfaitement. Pour la somme de 30000 dollars, on acheta aux Indiens Têtes-Plates un terrain gazonné de 28 miles carrés, et 13 000 dollars furent alloués aux travaux d’appropriation et de clôture. Un troupeau de 54 têtes y a été placé. On y adjoindra, s’il est possible, un troupeau d'Antilopes à cornes fourchues ou « Pronghorn » (Antilochpra americana), la seule antilope américaine, représentant unique d’une famille très intéressante de Ruminants qui forme la transition entre les Cerfs à bois caducs et les herbivores à cornes persistantes. On ne la trouve que dans l’Amérique du Nord.
- Cette jolie espèce, autrefois très répandue, fait l’objet de toute la sollicitude des zoologistes américains qui ont déjà obtenu beaucoup pour sa conservation. Dans le Montana, le Wyoming etl’Arizona, sa chasse est interdite depuis dix ans ; grâce à cette mesure, ces animaux commencent à se montrer de nouveau dans les localités où l’on n’en voyait plus
- autrefois. On estime qu’il en reste au plus 5000 dans toute l’étendue de Paire géographique de l’espèce, et les naturalistes demandent que l’on enseigne dans les écoles que c’est « un crime » (a sin) de tuer une Antilope.
- Le Britisli Columbia's New Game Reserve date du 15 novembre 1908, époque où un act du Conseil législatif de la Colombie Britannique transforma en réserve de chasse 450 miles carrés de territoire entre les rivières Elk et Bull et autour du Lac Monrô.
- Ce territoire correspond, à peu de chose près, ail Goal Mountain Park (Parc de la Chèvre de montagne), pour la conservation duquel MM. Phillips et Hornaday avaient fait depuis deux ans une énergique campagne. Grâce à l’adhésion de tous les principaux sportsmen et naturalistes de la ville de Victoria, y compris celle du garde général A. Bryan Williams, la conservation fut votée.
- Ce résultat est une véritable victoire pour des espèces rares et précieuses menacées d’extinction, telles que la Chèvre des montagnes (Oreamnos mon-tanus), le Mouflon d’Amérique (Ovis canadensis),
- Fig. i. — Carte indiquant les principales réserves de chasse des États-Unis.
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- LES NOUVELLES RÉSERVES DE CHASSE AUX ÉTATS-UNIS
- l’Élan (4/ce gigas), le Cerf mulet (Odocoilem colmnbianits) et l’Ours gris (Vrsus horribilis), qui habitent ces montagnes. C’est surtout un séjour idéal pour la Chèvre sauvage et le Mouflon; il y
- blanche tombant jusqu’aux pieds, et qui rappelle sous ce rapport le Yack du Tibet.
- Depuis au moins six ans les partisans de la protection des animaux sauvages et des forêts, demandaient que le vaste pays montagneux qui environne le mont Olympus, au Nord-Ouest du territoire de Washington, fût transformé en une Réserve nationale de forêts et de chasse. On désirait surtout sauver la belle variété du Wapiti (Cervas canadensis roosevelti) qui n’existe plus que sur ce pic. Par deux fois, des tentatives avaient été faites dans cette intention. Mais, aux États-Unis, comme en France, il existe des hommes qui, par intérêt ou par ignorance, sont les enne-
- Fig. 2.
- Ours de Yellowslone Park.
- existe actuellement un millier de têtes de la première espèce et deux cents de la seconde, sans parler de beaucoup d’autres Mammifères et Oiseaux des Montagnes
- Fig, 4.
- Autre aspect du Yellowslone Park.
- Rocheuses. Le paysage est d’une grande beauté; c’est là qu’en 1905, MM. Osborn et Phillips ont obtenu de magnifiques photographies de la Chèvre des montagnes, si remarquable par sa fourrure
- Fig. 3.
- Cerfs du Y ellowslone Park.
- mis du gibier et des forêts, et par deux fois on avait échoué. Il fallut prendre une voie détournée, et c’est seulement dans la session de 1909 du Congrès, que le Dr Théodore S. Palmer, chef-adjoint du Biolo-gical Survey au Département de l’Agriculture, réussit à faire passer une loi qui donnait au Président des Étals-Unis le droit de prendre sous sa protection « les productions monumentales naturelles qui méritent de l’être dans l’intérêt de l’État ». Le o mars 1909, le Président Roosevelt signait un décret qui rangeait le mont Olympus au nombre des monuments nationaux.
- Ainsi fut créé le Mount Olympus National Monument formant une réserve de 600000 acres
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- LES NOUVELLES RÉSERVES DE CHASSE AUX ÉTATS-UNIS = 223
- (l’acre anglais vaut environ 40 ares), enclavant de magnifiques montagnes, des glaciers, des cours d’eau et des forêts, avec tous les animaux sauvages qui y vivent. L’État de Washington peut se réjouir de posséder désormais un parc aussi beau que celui de Yellowstone.
- La population de l’État de Minnesota demandait depuis des années que l’on abandonnât à la nature sauvage une vaste étendue de pays dans l’extrême Nord, sur la frontière du Canada, là où vivent en nombre les Élans et les Cerfs. Le gouvernement national se contenta d’abord d’interdire l’accès de cette région et de ses cours d’eau en la qualifiant de « réserve forestière ». Ce n’est qu’en avril 1909, que la Législature du Minnesota passa un act décrétant que toute forêt nationale serait considérée comme une « réserve d’État pour la chasse ». Ainsi fut créé le Saperior National Game and Forest Reserve, au nord-ouest du Lac Supérieur. C’est une région sauvage de petits lacs, de marais, de ruisseaux, de landes, de pins rachitiques, sans valeur commerciale. Mais, au point de vue zoologique, c’-est une excellente retraite pour l’Élan (Alce ameri-cana). En 1908, M. Avery, en trois jours, vit 51 de ces animaux, et M. Fullerton, en neuf jours, en vit 1 8.3; ce dernier estime leur nombre total dans l’Etat du Minnesota à 1000 têtes. L’étendue de cette Réserve est de 100 000 acres.
- Au nombre des Réserves de récente création, on peut encore citer le Grand Canon National Game Reserve, dans l’Arizona septentrional, égal en étendue au parc de Yellowstone, comprenant le plateau de Ivaibab, le mont Buckskin, au nord, la première portion du Canon du Colorado et, au sud, une grande étendue de plaines (2 000 000 d’acres, ou 5511 miles carrés). C’est une région inculte et sauvage, en trecoupée de rochers, de collines, de vallées, de broussailles, avec un magnifique plateau tout couvert de Pins des montagnes. C’est là que « Buffalo-Jones » avait loué un terrain pour y établir son troupeau de Buffalos et de « Cattaloes » (hybrides de Bison et de Vache), pour ses expériences de croisement entre le Bison sauvage et les Bœufs domestiques. C’est là aussi, si l’on en croit un livre récent, que ce cowboy a pris vivants, au lasso, jusqu’à neuf Pumas ou Lions d’Amérique.
- Les pentes gazonnées de ce pays peuvent nourrir des milliers de Bisons, et l’on espère que le gouvernement fera l’acquisition du troupeau de Jones et rendra ces animaux à la vie sauvage pour former un troupeau national.
- Outre ces grandes réserves, il existe sur les côtes des deux océans, presque toujours dans des îles à quelque distance du rivage, des refuges pour les Oiseaux de mer, Echassiers et Palmipèdes, qui peuvent s’y reproduire en toute sécurité. Ces refuges sont surtout nombreux sur les côtes de la Floride et du golfe du Mexique.
- On espère, par ces mesures, habituer peu à peu le public à admettre que, dans les Réserves, un animal sauvage ne doit être tué en aucune saison — exception faite pour les « vermines » — et le Congrès de Washington a pris soin de définir ce terme, en disant que « l’on désigne comme vermine tout animal qui ne peut être mangé, par opposition avec le gibier qui est mangeable. »
- A côté de la Zoological Society, il s’est formé une Bison Society qui a pour but spécial de protéger le Buffalo, et dont M. Hornaday est président. Récemment cette Société a ouvert une souscription pour fournir au gouvernement les Bisons que l’on désire lâcher dans les nouvelles réserves. Des sommes de 1000 et 500 dollars ont été souscrites par de riches particuliers et le total monte à 10560 dollars, fournis d’une façon très inégale par les différents États. Les territoires de l’Ouest n’ont presque rien donné, tandis que l’Est figure pour 80 pour 100 de cette somme. Les femmes ont souscrit plus d’un dixième; une dame de Massachusetts a fourni, à elle seule, nn trentième de la somme totale. Cette souscription permettra d’acheter 45 Bisons pour peupler les réserves.
- On voit, par les détails dans lesquels nous venons d’entrer, que c’est surtout l’initiative du public, éclairé et dirigé par les naturalistes, les chasseurs et les amis des animaux, qui peut influencer les décisions des gouvernements. On se demande pourquoi ce qui est possible en Amérique ne le serait pas en France1? En ce moment c’est, avant tout, la magnifique faune de nos colonies africaines qu’il s’agit de sauver d’une destruction qui sera complète avant un demi-siècle. Le seul moyen d’empêcher ce fâcheux résultat, c’est d’établir dans les colonies françaises des réserves semblables à celles que les Anglais, les Allemands, les Belges, en un mot toutes les autres puissances européennes, ont établies dans leurs propres colonies. C’est près du Parlement que l’opinion publique doit agir, et il n’est que temps de le faire, car le danger est imminent, et dans peu d’années il sera trop tard. De toute cette riche faune africaine il ne restera bientôt plus qu’un amer souvenir. E. Trouessart.
- Professeur au Muséum.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Le compte rendu de la séance du 28 février 1910 paraîtra dans le prochain numéro.
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- LES CARRIÈRES ROMAINES
- Chacun sait que, si les Romains cle l’antiquité ont été des artistes médiocres, ils se sont montrés par contre de remarquables ingénieurs. Ayant énormément construit et paré leurs bâtiments avec un luxe qui est resté dans la tradition de leurs plus modernes descendants, ils ont exploité beaucoup de carrières ; partout où leur immense empire contenait des marbres, porphyres, granits, etc., ils y ont ouvert des tranchées. Une énumération de ces carrières risquerait donc d’être indéfinie et fastidieuse; mais on trouvera peut-être quelque intérêt à connaître ce que les derniers travaux épigraphiques nous apprennent sur le mode d’exploitation, l’administration, la législation des carrières. Nous avons à cet égard un excellent guide dans une thèse récente de M. Charles Dubois1.
- Parmi les documents sur lesquels ce travail s’appuie, on peut citer notamment le résultat des fouilles faites depuis 1868 dans le « dépôt des marbres », l’Emporium, que les Romains avaient au pied de l’Avenlin. Là, entre le Tibre, l’Aventin et le mont Testacçio, dans un endroit qui a gardé pendant tout le moyen âge le nom de Marmorata, arrivaient, de tous les pays du monde, les colonnes, les blocs destinés à l’embellissement de la ville éternelle. Avec les marques, les inscriptions, les signes retrouvés sur ces marbres et colonnes, avec ceux du même genre découverts dans certaines de ces carrières mêmes (Chemtou, Synnada, Luna) on a pu asseoir cette étude sur les textes les plus précis.
- Sous la République, les carrières appartenaient aux particuliers ou aux villes. L’Étatisme, qui sévit plus tard sous l’Empire, amena peu à peu toutes les plus belles, par confiscation ou achat, dans le patrimoine des Césars. L’inscription d’un nom de César mis au génitif (Hadriani, Augusti, Cæsaris, etc.), implique le plus souvent cette propriété ; ou bien, dans un. trou creusé à cet effet, le bloc renfermait une médaille de plomb à l’effigie de l’empereur avec une légende analogue ; cette médaille économisait une inscription.
- D’autre part, quand la carrière continuait à appartenu’ à un particulier, on commença vite à percevoir un impôt sur son exploitation ; il fallut même souvent une autorisation administrative pour exploiter le marbre parce qu’on craignait la concurrence faite par les carrières privées aux carrières impériales; l’État s’était adjugé en fait une sorte de monopole. Les procurateurs impériaux dirigeaient eux-mêmes le travail, mais employaient des sortes de fermiers ou d’entrepreneurs dont on trouve le nom (un nom d’esclave habituellement) sur les blocs de marbre, précédé de la formule : ex ratione. Pour les particuliers, le premier occupant d’un chantier, de ce qu’on appellerait dans la langue actuelle des mineurs un « claim », marquait sa prise de possession par un signe et par le paiement d’une taxe. Quant aux ouvriers, c’étaient des esclaves, des soldats (notamment dans les carrières d’Égypte), ou surtout des condamnés (damnciti), des chrétiens à l’époque des persécutions, des juifs réduits à l’esclavage après la prise de Jérusalem, des émeutiers punis après les troubles d’Alexandrie. Les carrières romaines fournissent ainsi un chapitre intéressant à cette question de la main-d’œuvre pénale dans les travaux miniers qui a eu ses épisodes les plus caractéristiques en Sibérie. .
- 1 1 vol. chez Fontcmohig, 1908.
- Certaines carrières étaient spécialement dédiées à une divinité qui y avait son temple. A Thasos, où Ton a retrouvé un temple semblable, il existait, en outre, pour associer la protection des hommes à celle des dieux, une tour de défense fortement armée.
- En tant que technique, les carrières étaient exploitées, ou à ciel ouvert comme à Thasos, au Pentélique, à Chemtou, à Synnada, ou souterrainement, par grottes analogues aux latomies de Syracuse, comme à Paros. Les Romains avaient emprunté beaucoup de leurs procédés aux Égyptiens qui étaient passés maîtres dans l’art d’exploiter les pierres dures, comme le granité à leurs carrières de Syène. Le procédé principal d’abatage, que Ton peut encore voir en usage sur les bords du Lac Majeur, consistait à préparer la fissuration de la pierre par une série de trous alignés dans lesquels on introduisait des coins de bois que Ton faisait gonfler en les mouillant. Il paraît que, par ce procédé, on dégrossissait tout naturellement un des côtés des colonnes dans le sens où elles adhéraient à la montagne : la fissure, verticale à sa partie supérieure là où la préparaient les coins, ayant plus bas une tendance naturelle à s’incurver en une surface convexe.
- Les plus beaux exemples de carrière à ciel ouvert se voient encore à Thasos et au Pentélique, où l’exploitation grecque a été continuée sans modification par les Romains. Aux carrières de Thasos, situées près du cap d’Alki, ce qu’il y a de plus curieux, après la vue des grandes tranchées subsistantes, c’est la façon dont se faisait l’embar-quemenl en amenant les navires par une mer calme, dans les eaux très profondes qui bordent cette côte et descendant directement les blocs au moyen d’une poulie. L’endroit porte encore le nom, moitié turc, moitié grec, de Deinir-Khalca, qui veut dire Anneau ou poulie de fer.
- Comme carrières souterraines on peut citer celles de Paros qui ont fourni tant de statues antiques. Ce marbre d’une éclatante blancheur était exploité souterrainement et s’appelait en conséquence lychnites (extrait à la lueur des lampes). Les carrières, situées dans la montagne à 200 m. au-dessus de la mer, commencent par des grottes, eûtes de Pan et des Nymphes parce que les anciens v avaient sculpté, comme cela se faisait volontiers . dans des excavations semblables, des bas-reliefs dédiés à ces divinités. Plus loin, des salles cToù Ton a pu retirer d’après le cube apparent 50 000 m3 de marbre, descendent dans la montagne jusqu’à 120 m. au-dessus de la mer, soutenues par des piliers. Les parois verticales, les aires horizontales témoignent de l’admirable régularité du travail antique.
- Enfin, pour terminer par un exemple français, les carrières de marbre de Saint-Béat dans la Haute-Garonne ont été, elles aussi, activement exploitées par les Romains. L’une d’elles, d’après les vides laissés, a pu leur fournir environ GO00 m3 dans une tranchée de 40 m. de haut sur 20 de profondeur et 12 de . large, ayant la forme d’un grand puits carré ouvert dans un sens. Des ex-votos innombrables ont été taillés dans ce marbre et dédiés à toutes les divinités locales : Garr, Lixon, Leheren, Abelion, Erge, etc. Des statues sculptées dans le même marbre ont été retrouvées à Nérac, Poitiers, etc. Diverses carrières algériennes montraient également, avant que l’exploitation n’en eût été reprise, toutes les traces du travail antique : les trous pour s’échafauder, les traces des coins ou de la scie, etc. P. Saluor.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° Ï920.
- 12 MARS 1910.
- LE CINÉMATOGRAPHE EN COULEURS
- La photographie animée ne pourra donner une illusion complète de la nature que quand elle reproduira les couleurs ; jusqu’à présent on s’est contenté d’images incolores, et, si parfois les fabricants de bandes cinématographiques ont tenté d’ajouter des colorations, ils n’y sont parvenus qu’en faisant peindre chaque image à la main. C’est un travail forcément imparfait et toujours très coûteux, bien qu’il puisse se faire mécaniquement par le procédé dit « au patron ». Aussi bien des inventeurs ont-ils cherché à appliquer au cinématographe les moyens employés avec succès pour la photographie des couleurs. On sait qu’il y en a deux, qui sont basés tous deux sur les principes de la trichromie : l’un procède par juxtaposition à l’aide de points colorés infiniment petits placés les uns à côté des autres (plaques autochromes, omnicolores, dioptichromes, etc.); l’autre procède par superposition à l’aide de trois images transparentes colorées chacune d’une couleur différente et placées l’une sur l’autre. Si le premier moyen est le seul employé par les amateurs photographes, le second est, par contre, le seul employé dans l’industrie pour l’impression des images en couleurs et il donne des résultats parfaits. C’est également le seul qui puisse être employé en cinématographie, au moins pour le moment, par suite de la difficulté de fabrication et du peu de sensibilité des plaques comportant l’emploi de points colorés. Nous avons eu maintes
- SS" année.
- fois l’occasion d’exposer ici le principe de la trichromie par superposition, nous n’y reviendrons pas.
- Nous rappelons seulement qu’il suffit de superposer l’une sur l’autre trois épreuves d’un même sujet, chacune d’elles ayant été obtenue au travers d’un filtre analyseur d’une couleur différente et étant ensuite teintée de la couleur, correspondant au filtre qui a servi à l’obtenir. Comme moyen de superposition on peut, entre autres, employer la projection sur un écran. C’est celui qui est utilisé dans les cours où l’on fait la synthèse des couleurs sous les yeux des assistants; au moyen de trois lanternes on projette sur le même écran une épreuve bleue, une rouge et une verte; aussitôt que celle-ci arrive sur les deux autres, on voit une image revêtue de toutes les couleurs du modèle, quelque variées qu’elles soient. On conçoit donc que, si on fait cette expérience avec trois cinématographes au lieu de la faire avec trois lanternes ordinaires, on puisse obtenir une image animée reproduisant les couleurs de la nature. En principe cela paraît assez simple ; mais il faut croire que, dans la pratique, on rencontre de grandes difficultés, puisque, depuis plus de dix ans qu’on travaille la question, elle n’a pas encore été résolue de façon satisfaisante. L’un de ceux qui a fait dans cette voie les recherches les plus importantes, M. William Friese-Greene, a déjà montré à Londres en 1898 des résultats intéressants ; mais récemment il a apporté à
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- Fig. i. — Intérieur de Vappareil de prise des vues cinématographiques destinées à la projection en couleurs. A, B, D, H, I, J, ruban filtre; M, C, E, F, G, R, bande sensible.
- Fig. 2.
- Dispositif adopté pour la projection simultanée de deux bandes montrant l’obturateur qui laisse toujours l’un des objectifs découvert.
- ier semestre.
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- 226 LA POSTE EN ÉGYPTE A
- ses appareils des perfectionnements très, ingénieux qui semblent devoir donner une solution encore plus approchée du problème.
- Pour prendre les clichés, ou plutôt les bandes négatives, il utilise des filtres, constitués par du ruban de celluloïd extrêmement mince, qui est en contact intime avec l’émulsion panchromatique que porte la bande sensible. Il évite ainsi tous les effets de réflexion ou de réfraction qui se produisent sur les filtres en verre. Le ruban est divisé en sections ayant chacune la longueur exacte d’une image et chaque section est colorée dans l’ordre rouge, vert, bleu et ainsi de suite indéfiniment. On comprend que, si ce ruban est perforé et passe derrière l’objectif en même temps que la bande sensible, on aura alternativement les images correspondant aux trois couleurs choisies par la. trichromie. Afin de limiter à son minimum la longueur du ruban-filtre, l’inventeur le ferme sur lui-même de façon à obtenir un ruban sans fin qui suit intérieurement les parois de l’appareil guidé par des poulies (fig. 1).
- Quand on tourne la manivelle pour la prise des vues la bande sensible sort de la boîte magasin M, où elle est à l’abri de toute lumière, passe sur la poulie G où elle entre en contact intime avec le ruban-filtres. L’ensemble vient alors se présenter en D E derrière l’objectif et s’arrête au moment où s’ouvre l’obturateur; les dispositions sont prises pour que, à ce moment, l’un des filtres, un rouge par exemple, couvre exactement la surface où se forme l’image. Quand l’obturateur se referme et que le mécanisme fait avancer la bande de la hauteur d’une image c’est le filtre suivant, un vert par conséquent, qui se trouvera derrière l’objectif; ensuite ce sera un bleu, puis de nouveau un rouge et ainsi de suite jusqu’à épuisement de la bande sensible qui peut avoir une longueur quelconque. Elle se sépare du bande-filtres en arrivant à la poulie F pour entrer dans le magasin inférieur R, tandis que le ruban-filtres continue son chemin sur les poulies H,L,J,A,B, etc.
- Avec la bande négative ainsi obtenue on tire, par les procédés habituels, une bande positive. Si on place celle-ci dans la position exacte qu’occupait le négatif dans l’appareil, les filtres se présenteront dans le même ordre et on aura chaque image positive en contact avec le filtre même qui a servi à produire le négatif ; en plaçant un foyer lumineux derrière cette bande positive on pourra donc projeter sur un écran des images dont la couleur sera alternativement : rouge, verte, bleue et si elles se succèdent avec une rapidité suffisante pour mettre à
- LA POSTE EN ÉGYPTE A
- Le Musée impérial des Postes de Berlin vient d’acquérir un document extrêmement curieux et qui paraît unique en son genre. C’est un papyrus grec du me siècle avant J.-C., d’ailleurs connu, publié et traduit depuis
- ]]]' SIÈCLE AVANT J.-C. r.:....... .........:
- profit la persistance des impressions sur la rétine, elles paraîtront superposées, l’œil verra la reproduction de toutes les couleurs du modèle. Afin de pouvoir obtenir une rapidité suffisante dans la succession des images, sans cependant être obligé de donner aux bandes une trop grande vitesse, M. Friese-Greene emploie deux appareils placés côte à côte, aussi bien pour la prise des vues que pour la projection; il dispose les obturateurs de telle sorte qu’il y a toujours un objectif ouvert quand l’autre est fermé. Le ruban-filtres est disposé dans chaque appareil de façon à obtenir la succession des couleurs dans l’ordre voulu, et c’est un mécanisme unique, bien entendu, qui commande le mouvement des deux appareils. Dans la lanterne à projection les deux objectifs sont placés l’un à côté de l’autre (fig. 2), mais l’inclinaison des appareils est calculée de façon à projeter les images au même endroit sur l’écran; un seul obturateur est utilisé par les deux objectifs et il est disposé de façon à fermer l’un d’eux quand l’autre commence à s’ouvrir : il n’y a ainsi jamais obscurité complète sur l’écran et le scintillement se trouve supprimé. La présence de foyers lumineux empêche de disposer les rubans-filtres à l’intérieur des appareils, aussi les a-t-on placés à l’extérieur, l’un près de l’autre, sauf à leur faire faire à un moment donné un changement de position, au moyen de guides appropriés, pour les amener derrière l’objectil contre la bande-images. L’inventeur estime que la présence des deux images, prises sous des angles différents, donne l’effet stéréoscopique : nous ne voyons pas très bien pourquoi si chaque spectateur n’est pas muni d’un système optique spécial. Mais nous pensons qu’en cinématographie, même pour les sujets qui sont pris avec un seul objectif, on a toujours suffisamment la sensation du relief, parce que généralement on opère avec des objectifs à court foyer qui exagèrent l’importance des premiers plans, ce qui est une condition très favorable à l’effet stéréoscopique.
- Nous avons déjà eu l’occasion de voir d’autres systèmes de cinématographes en couleurs, basés sur le même principe que celui-ci; l’un d’eux n’utilise que deux couleurs au lieu de trois et donne déjà d’assez bons résultats, à condition de ne chercher à rendre que des effets peu compliqués comme coloration et à mouvements peu rapides. L’appareil de M. Friese-Greene nous paraît devoir donner de meilleurs résultats à tous les points de vue et réaliser pour le moment la solution aussi complète que possible de la projection animée en couleurs. G. Makksciial.
- IIIe SIÈCLE AVANT J.=C.
- trois ans, et qui a une grande importance pour l’histoire de la poste aux lettres.
- Ce papyrus fait partie de la collection de ceux qui ont été découverts par les membres de la Commission an-
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- LA POSTE EN EGYPTE AU IIP SIECLE AVANT J.-C. 227
- glaise d’exploration de l'Égypte à partir de 1902 à llibeh, localité de la rive gauche du Nil située entre Beni-Souëf et Cheik-Fadl1. Le recto contient un extrait des comptes d’une grande propriété et ne nous intéresse pas. Mais le verso a été utilisé ultérieurement par le service des postes égyptiennes du temps de Ptolémée Philadelphe vers 255 av. J.-C.
- Nous savions qu’il y avait une poste aux lettres et un service de courriers officiels, aux différents moments de sa splendeur du moins, dans l’Egypte pharaonique, ainsi que dans l’Egypte soumise aux Perses. Mais nous ne savions rien sur l’organisation des postes sous les Ptolémées. Or, notre document est une page d’un registre, auquel on donnerait aujourd’hui le nom de catalogue, répertoire ou journal, en usage dans un petit bureau de poste situé quelque part dans le nome Héracléopolite. D’après ce fragment, on constate qu’il y avait une poste officielle, montante et descendante, le long de la vallée du Nil évidemment.
- Notre registre mentionne des employés de ce bureau, que nous appellerions des receveurs ou des agents des postes, qui sont occupés à recevoir et à réexpédier des paquets de lettres cachetés en rouleaux, et des messagers, que nous appellerions facteurs, conducteurs ou sous-agents des postes, qui apportent et remportent les paquets de lettres, les uns pour la Haute-Égypte, les autres pour la Basse-Egypte. Au bureau, nous connaissons les noms de quatre fonctionnaires. Ce qu’il y a de très remarquable, c’est qu’ils tiennent un compte exact des heures de réception ou de livraison de chaque courrier, tout comme on le ferait chez nous en indiquant les minutes en surplus.
- Voici par exemple, en résumé, ce qu’on lit en tète de la feuille de registre, qui contient au total soixante lignes2. Le J6, il a été remis à Àlcxandros un paquet de lettres pour le roi Ptolémée, un pour le ministre des finances Apollonios avec deux lettres attachées au paquet, un pour Ménodoros, un pour le Crétois Antiochos, un pour Chellios, attaché au paquet précédent. Alexandros les a remis le 17 à Nicodemos. Le 17 au malin, Phœnix le Jeune, fils d’Héracléitos, Macédonien, propriétaire, a remh à Aminon un paquet de lettres et il en a payé la taxe à Phanias. Aminon l’a donné à Théochrcstos. Le 18, à la T° heure, Théochrcstos a remis à Dinias trois paquets de lettres de la llaute-Egypte, dont un pour le roi Ptolémée et un pour le ministre Apollonios. Dinias les a donnés à llippolysos. Le 18, à la 6e heure, Phœnix a remis un paquet à Phanias, qu’Aminon a remis ensuite à Timo-crate.
- Et ainsi de suite, jusqu’au 25 au matin. Les expéditeurs et les destinataires sont le roi Ptolémée et le ministre des finances Apollonios (la mention de ce dernier comme exerçant ces fonctions a permis de dater le document comme se plaçant entre 259 et 255 av. J.-C.)yTinspec-teur des finances Théogénès, Zoïlos, directeur de la banque d’État à Ilermopolis, Dionysos, inspecteur des
- 1 Egypt exploration fourni, Gracco-Homan branch. The llibeh-Papyri. Part I (n08 1-171) eclited with translations and notes by Bernaud P. Gueneell and Authcr S. IIdnt. London,, office of the Egypt Exploration found, 1906, in-8°, xiv-410 p., 10 pi.
- 2 Ce papyrus a été publié, traduit en anglais et commenté dans l’ouvrage cité, p. 286-291. Traduction française par A. BoucuÉ-LiseusKCQ, Histoire des Layidcs, I. IV (Paris, E. Leroux, 1903, in-8°), p. 68.
- transports dans le nome arsionilique, un inspecteur des travaux publics, etc. C’est donc surtout de la correspondance officielle.
- Parmi ces paquets de lettres, on en trouve un qui est adressé par Ptolémée à Démétrios, l’officier qui est chargé de l’entretien des éléphants dans la Th[ébaïde]. Ce détail nous montre que la poste remonlait assez haut le cours du Nil. Il attire aussi notre attention sur les relations du roi avec les chasseurs d’éléphants. Nous dirons un mot à ce sujet.
- Les rois d’Egypte de l’époque ptolémaïquc avaient besoin de beaucoup de ces animaux pour leurs armées, comme tous les princes du monde hellénique après les conquêtes d’Alexandre. C’est Ptolémée II Philadelphe (285-249 av. J.-C.), mentionné dans notre document, qui commença à organiser la chasse aux éléphants dans la Thé-baïde, sur le Haut Nil et sur la côte des Troglodytes, à installer des factoreries, de grands dépôts d’éléphants à Bérénice et à Memphis, des services pour leurs transports par terre et par mer. Mais l’organisation fut surtout complète sous son successeur, Ptolémée III Evergète, qui paraît s’en être occupé avec passion.
- La célèbre inscription d’Évergète à Adulis, que nous connaissons par le moine Cosmas (du vie siècle ap. J. C.), mentionne les expéditions des Ptolémées en Asie, avec des éléphants recrutés en Thébaïde et sur la côte troglo-dy tique1. La charge d’officier pour le recrutement et l’entretien des éléphants fut érigée en haut commandement, et les chasseurs organisés en compagnies militaires. Les papyrus nous ont conservé les noms des stratèges qui succédèrent à l’humble officier du temps de Ptolémée Philadelphe. Le transport eut lieu par mer tout le long de la mer Rouge ; le point de départ des grandes battues fut la ville de Bérénice, où l’on faisait tous les préparatifs et où l’on centralisait toute la correspondance relative aux expéditions.
- Nous n’avons pas conservé malheureusement le paquet de lettres mentionné par notre registre des postes et adressé par Ptolémée Philadelphe au capitaine des chasseurs d’éléphants. Mais, dans la collection des papyrus Flinders Pétrie, nous trouvons une lettre privée — ce genre de documents existe aussi — d’un habitant de Bérénice qui écrit à ses compatriotes du Sud, chasseurs d’élépliants. Il parait que les affaires de ces derniers allaient mal. Ils s’attendaient à être relevés de leur mission et remplacés. Mais le navire aux éléphants, qui devait ramener leurs successeurs, avait fait naufrage, et ils se plaignaient de n’avoir plus de blé. La lettre de leur concitoyen répond à leurs doléances ; il leur dit que tout est arrangé maintenant : il y aura un envoi de blé, on va préparer un nouveau navire aux éléphants, et la nouvelle garnison de chasseurs d’éléphants est déjà prête à partir de Bérénice sous les ordres d’un stratège2.
- Ce souvenir méritait d’être rappelé à propos de notre document : on voit que les éléphants paraissaient dans les lettres officielles comme dans les lettres privées.
- A G.-A. Hückkl.
- 1 A. Bouché-Leclercq, ouvrage cité, tome I (1905), p. 261-262.
- 2 Voir : M. Rostowzew. Zar Gcschichte des Osl- und Südhandels im ptolemâisch-rômischen Ægyplen (Archiv fur Papyrusforschung und verwandte Gebiete, Leipzig, B.-fi, Teubnor, t. IV,. 1908, p. 298-315), spécialement p. 301-504. La lettre a été interprétée par MIL Wilcke.n el de
- . WiLlamovitz.
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- UNE MACHINE PNEUMATIQUE NOUVELLE
- et un indicateur de vides spiral.
- La machine pneumatique est l’un des plus indispensables auxiliaires du physicien : elle tient une place capitale dans l’étude de ces mystérieuses radiations : rayons cathodiques, rayons anodiques, rayons X, qui
- Fig. i.
- 1 r. i et 2. — La machine pneumatique.
- Fig. 4.
- L’indicateur de vide vu de face. Coupe diamétrale de l’indicateur.
- prennent naissance dans les tubes à vide, du type des ampoules de Crookes. On comprendra sans peine que de nombreux savants et techniciens se soient ingéniés à perfectionner les constructions existantes ou à imaginer de nouveaux systèmes de pompes à air.
- Celui que vient d’inventer le D1' IJ. von Red en, àFranzburg,près Hanovre, parait des plus ingénieux. C’est une trompe à mercure qui produit le vide, grâce à un mouvement régulier d’oscillation d’une colonne de mercure qui fonctionne alors en quelque sorte comme le piston d’une machine pneumatique ordinaire. Le principe s’en comprendra plus facilement, en se reportant aux figures 1 et 2.
- La machine consiste essentiellement en un tube R (représenté à la figure 1, au 1/9 environ de sa grandeur naturelle) rempli de mercure à moitié environ. Ce tube comporte à ses deux extrémités, des tubes B deux fois recourbés et au milieu, un tube droit C. Les tubes B se raccordent des deux côtés à des renflements F, communiquant par des tuyaux de caoutchouc, avec un tube T recourbé en T et un tuyau I, puis avec la trompe à eau W. La connexion entre le tube rectiligne C et l’enceinte où l’on veut faire le vide D est assurée par un tuyau P. L’ensemble de l’appareil peut tourner autour du point fixe A.
- Après avoir produit un vide préliminaire (à 20 mm près) dans l’appareil et l’enceinte D, à
- Fig. 2.
- l’aide de la trompe à eau W, disposée comme l’indique la figure 1, on lui imprime un mouvement d’oscillation permanente, qui l’amène de la position de la figure 1 à celle de la figure 2 et inversement.
- Le mercure restant dans les tubes recourbés B, fonctionnera comme soupape de refoulement, en empêchant l’air des renflements Fde rentrer dans le tube R, tandis que l’air, qui du vase où l’on fait le vide s’échappe par le tubeC, est chassé par le mercure vers les renflements des tubes B, tantôt à gauche, tantôt à droite respectivement, pour être ensuite aspiré par la pompe à eau.
- Le raccord entre le vase et
- Fig. 5. de vide
- la pompe est formé par des joints spéciaux KiKg en verre rodé (fig. 6), ils comportent des articulations sphériques en verre perforé s’adaptant parfaitement dans une calotte hémisphérique soigneusement polie.
- La figure 6 montre à droite, une turbine actionnant, par l’intermédiaire d’une corde, une poulie qui imprime au tube R un mouvement oscillatoire, par l’intermédiaire d’une minuterie et de bielles.
- Les joints de verre K et Kt conduisent au manomètre spiral S ; le joint I{2 établit la communication avec l’enceinte à raréfier. Le manomètre M à branche courte se trouve diposé en dessous de cette dernière.
- Cette pompe raréfie, en 3 minutes environ, une ampoule renfermant 500 cm5 (où un vide préliminaire aussi parfait que possible a été produit par la trompe à eau), à 1 /100e de millimètre de mercure; en4 minutes, à 1/1000e; en 5 minutes, à l/10000e et en 13 minutes, à 1 /100000e de millimètre de mercure, le nombre de tours de la manette de la commande inférieure étant de 6 à la minute.
- - U indicateur vu de profil.
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- LA « SOUPAPE A SOLEIL » DE M. DALÉN — 229
- Cependant, pour réaliser le vide mentionné en dernier lieu, il convient de chasser entièrement l’air de chacun des deux vides préliminaires f (flg. 0), ce résultat s’obtient en inclinant suffisamment le corps de pompe, pour que le mercure en y entrant, refoule l’air résiduel à travers les robinets h et hv refermés rapidement après que le tube R a été maintenu en oscillation pendant 7 minutes, en mettant la pompe hors de service, pendant un temps très court. Dans certains cas, surtout si la pompe fonctionne pour la première fois, le vide extrême de 1/100000e de millimètre ne s’établit pas d’emblée. Il convient alors, pour atteindre ce vide maximum, d’abandonner la pompe à elle-même, pendant quelques heures, dans un vide aussi élevé que possible, quitte à la faire fonctionner de nouveau, après avoir admis de l’air.
- Ayant établi, dans une ampoule de 500 cm5, un vide de 1/100000e de millimètre, M. von Reden, dans l’une. de ses expériences, a abandonné à elle-même, pendant 7 heures, la pompe communiquant avec l’ampoule. Pendant cet
- intervalle, le vide est tombé à 26/10000es de millimètre.
- La simplicité de construction de cette pompe à air semble présenter de nombreux avantages, en facilitant notamment les nettoyages, ce qui, en raison de l’obstruction possible de la pompe par les vapeurs qui y ont pénétré, est d’une importance particulière pour la distillation dans le vide élevé.
- Fig. 6. — Vue de la machine pneumatique. A droite la turbine, à gauche le manomètre spiral.
- L’indicateur de vide est également nouveau et fort ingénieux, il est représenté aux figures 5, 4, 5 et consiste en un spiral de verre fixé à deux tubes en croix B et D (fig. 5). Le tube B, à gauche, renferme une faible quantité de mercure. Les tubes croisés B, D sont montés sur un joint en verre rodé du type normal.
- Voici comment s’effectue la mesure du vide :
- En tournant le spiral sur l’axe du joint, dans le sens de gauche à droite sur la figure 4, la faible quantité de mercure, représentée à gauche de la figure 4, pénètre dans le spiral, en y comprimant l’air raréfié, jusqu’à ce qu’après des tours multiples, elle parvienne dans le tube recourbé en II de la figure 5, où elle occupera la position indiquée. Le bras gauche du tube en U est gradué de façon que les divisions 0,001 , 0,002,etc., jusqu'à 0,006, limitent l/1000e,2/1000es et jusqu’ à 6/1000es, de la capacité totale du tube en U et du spiral, dans la portion supérieure du tube capillaire; le bras droit du tube en U est gradué en millimètres. Dans le cas présent, l’air raréfié du spiral est comprimé jusqu’à la division 0,001, c’est-à-dire, à 4/1000e de son volume primitif. Dans le bras droit du tube, le mercure marque une dénivellation, de 16 mm. La pression atmosphérique dans l’enceinte à raréfier est le 1/ 1000e de la pression lue sur l’indicateur, sa valeur a donc été de 16/1000es de millimètre.
- Alfred Gradenwttz.
- LA « SOUPAPE A SOLEIL » DE M. DALÉN
- Qu’un phare soit à éclats, ou seulement à feu fixe, il exige toujours un entretien assez coûteux. On s’est donc proposé, comme il est logique, de simplifier le plus possible le mécanisme des appareils qui le constituent et de réduire du même coup le nombre des gardiens chargés de leur conduite. Un Suédois, M. Dalén, a donné une solution très heureuse du triple problème qui se pose à ce sujet :
- 1° Rendre automatiques les allumages et les extinctions ;
- 2° Faire en sorte que les éclats, c’est-à-dire les apparitions périodiques du feu, se produisent aux intervalles prévus, ce qui est indispensable pour qu’un phare puisse être distingué d’un autre ;
- 5° Enfin, obtenir ces résultats d’une façon très économique.
- Dans le phare de M. Dalén, la lumière est produite par la combustion de l’acétylène préalablement comprimé et dissous dans l’acétone. Cette source lumineuse est d’une remarquable intensité ; elle donne des rayons qui traversent aisément la brume. Et il suffit de changer les réservoirs une seule fois par an, opération que l’on fait en même temps pour tous. Un régulateur dépréssion abaisse au point convenable la pression de l’acétylène provenant des réservoirs (laquelle est au plus de quinze atmosphères). - •
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- LES ANIMAUX SAVENT-ILS COMPTER?
- Le système comprend encore : une veilleuse allumée jour et nuit; un brûleur où le gaz arrive, au moment où doit se produire un éclat, pour s’enflammer à la veilleuse; enfin un dispositif connu sous le nom de soupape à soleil et qui est la pièce la plus originale de l’ensemble; car, dès que la lumière du jour atteint une certaine intensité déterminée à l’avance, cette soupape se ferme automatiquement, le gaz ne peut plus arriver qu’à la veilleuse, et le pbare s’éteint. Dans les feux à éclats, il existe de plus un dispositif spécial qui fait arriver le gaz au brûleur, à intermittences réglées.
- En voici le principe : une soupape, commandée par un levier, empêche l’arrivée du gaz au brûleur. Sur un bras du levier agit un aimant dans un sens tel que la soupape soit maintenue fermée; l’autre bras s’appuie contre une membrane. Quand le gaz arrive, celle-ci se gonfle, déplace le levier en triomphant de l’attraction de l’aimant, et la soupape s’ouvre; le gaz se précipite dans le brûleur où un éclat se produit, mais par là même la pression s’abaisse, la membrane retombe, le levier reprend sa position, la soupape se ferme, et le feu s’éteint.
- Et ainsi de suite.
- Occupons-nous maintenant de la soupape à soleil. Elle est construite d'après ce principe : un corps absorbe d’autant plus les radiations calorifiques de la lumière, et par suite se dilate d’autant plus, que sa surface est moins polie.
- L’appareil se compose d’abord d’un cylindre métallique plein A, dont la surface dépolie absorbe la lumière et la chaleur. Cet effet absorbant est d’ailleurs augmenté par la présence d’un manchon de verre a, qui enveloppe le cylindre et empêche de sortir la chaleur que les radiations lumineuses lui ont cédée. Celle-ci, dans le cylindre, est devenue de la chaleur obscure, qui ne peut traverser le verre, comme on le sait. Personne n’ignore que nos serres sont une application de celte loi physique. Autour du premier cylindre et parallèlement à lui sont disposés trois autres cylindres pleins, du même métal, et de diamètre plus faible (l’un d’entre eux est représenté en B). Chacun d’eux est entouré d’une enveloppe c, dont la surface extérieure est polie et dorée. Ils ont aussi chacun un manchon de verre b, qui les empêche de se refroidir plus rapidement que le cylindre central.
- Lorsqu’il fait jour, les cylindres B absorbent moins de
- ij? Brûleur ’u
- Coupe de la « soupape à soleil » A, cylindre dépoli; a, son enveloppe de verre; b, manchon de verre ; c, enveloppe dorée et polie du cylindre B ; 1, levier qui règle l’écoulement du gaz; v, ressort antagoniste; m, cloison métallique; R, ressort desûreté; t, tambour gradué (les graduations indiquées se trouvent à la périphérie du disque t, qu’il faut considérer comme non sectionné).
- chaleur et se dilatent moins que le cylindre A; celui-ci presse alors contre le levier l : le gaz ne peut plus arriver au brûleur. Quand le temps est sombre au contraire, les cylindres, étant à la même température, se dilatent ou se contractent également; le cylindre central cesse de presser autrement que par son poids contre le levier l; sous l’action du ressort v celui-ci bascule, l’orifice du tuyau est démasqué et le gaz, entré par f, peut se rendre au brûleur.
- Une cloison métallique élastique m empêche l’acétylène de passer de la chambre du levier dans le manchon du cylindre A.
- On sait quelle est la puissance des efforts de dilatation.
- Pour éviter la rupture du levier 1, on fait porter la partie supérieure du cylindre A contre un ressort B qui agit en quelque sorte comme une soupape de sûreté dans une chaudière, car il cède aussitôt que la différence des pressions dépasse une certaine limite. On règle l’appareil do telle façon que le levier ne se soulève que pour une intensité lumineuse déterminée de l’espace ambiant. Un tambour gradué t, devant lequel s’arrête un index, permet de retrouver le réglage que l’on veut.
- Ce système d’allumage donne le moyen de réduire au dixième environ la dépense qui serait nécessaire pour maintenir le brûleur constamment allumé. Il s’applique, bien enten-du, aux bateaux-feux et aux ^ bouées lumineuses.
- Étant données la simplicité de ce dispositif et la grandeur des forces mises en œuvre par la dilatation, il nous semble que la « soupape à soleil » pourrait être utilisée pour d’autres usages : par exemple, ouvrir ou fermer à distance la valve de la conduite d’eau qui actionne un moteur hydraulique, une turbine en particulier. Il suffirait pour cela de remplacer la lumière du jour par celle des lampes électriques, placées dans un espace clos et tout à fait obscur, renfermant un] appareil analogue à celui de M. Dalén. On pourrait, à de très grandes distances, à des différences de hauteur considérables, provoquer, au moyen d’un simple fil, l’allumage et l’extinction de ces lampes, et ainsi ouvrir ou fermer l’orifice d’admission de l’eau. A la vérité, le jeu de l’appareil ne serait pas instantané, à cause du temps nécessaire pour échauffer ou refroidir un cylindre ; il serait toutefois assez rapide pour les besoins de la pratique. Etienne Maigre.
- LES ANIMAUX SAVENTMLS COMPTER?
- - La question de savoir si les animaux sont capables d’avoir des notions sur les nombres est fort difficile à résoudre, car il faiit savoir éliminer toutes les conditions accessoires aux expériences que l’on tente, expériences qui, d’ailleurs, n’ont pas encore été suffisamment variées. Un coup d’œil sur la question va nous le montrer et en-
- gagera peut-être nos lecteurs à nous envoyer leurs observations personnelles.
- On assure, par exemple, que, dans certaines mines de charbon du Ifainaut, les chevaux sont si habitués à ne faire que trente fois le même chemin qu’au trentième voyage ils s’arrêtent et vont d’eux-mêmes à l’écurie. Le
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- fait, demande confirmation, car il est fort possible que cet arrêt soit plutôt, causé par l’attitude de leur conducteur. On pourrait faire la même remarque au sujet des éléphants qui, dans l’Inde, refusent de travailler quand l’heure habituelle du repos est arrivée.
- On lit dans les œuvres de Montaigne que les bœufs employés dans les jardins royaux de Suze pour faire tourner les roues auxquelles étaient accrochés des seaux, se refusaient absolument à faire plus de 100 tours, ce qui était leur tâche quotidienne. La chose parait très douteuse.
- M. Timofieff assure avoir connu un chien qui savait compter jusqu’à 26. Voici comment il fut amené à faire cette constatation... un peu hasardée. Ce chien, suivant la coutume de la race canine, avait l’habitude de cacher une partie de la nourriture qu’on lui donnait : il fut ainsi amené à enfouir dans la terre 26 os. Le lendemain, comme on ne lui donnait rien à manger, il se mit à visiter ses cachettes et à déterrer les os pour les ronger. Il avait déjà mangé 25 os lorsqu’il s’endormit; mais, au bout d’un instant, se réveillant en sursaut, comme si une idée lui était venue soudain à l’esprit, il courut directement à la dernière cachette et prit le dernier os qu’il avait oublié.
- L’instruction des chiens en arithmétique ne va généralement pas toute seule, même en y mettant la plus grande patience. «J’ai voulu, raconte Delbœuf, apprendre à compter à une jeune chienne griffon, très intelligente, très remuante, qui avait fait preuve de grandes aptitudes pour les tours d’agilité et même d’intelligence, pour distinguer, par exemple, la main droite de la main gauche. Voici en quoi consistait mon procédé: je mettais devant elle deux assiettes, l’une avec trois morceaux friands (sucre ou foie), l’autre avec quatre. Il lui était permis de manger les trois morceaux, mais non les quatre. Je ne suis jamais parvenu à lui faire faire la distinction abstraite, et, au bout de peu de temps, la pauvre petite bête, quand elle me voyait préparer les assiettes, serrait la queue entre ses jambes et se mettait à trembler. Elle n’avait pas de disposition pour les mathématiques. — J’ai aussi possédé un caniche extrêmement intelligent, auquel je n’ai jamais pu arriver à faire compter jusqu’à quatre. Je mettais devant lui un morceau de foie auquel il ne devait pouvoir toucher qu’après quatre coups tapés sur la table. J’avais commencé par compter, tout haut, un, deux, trois, quatre. Il reconnut bientôt le son quatre et surtout l’intonation que j’y mettais, au point que si je comptais : un, trois, quatre, ou bien un, deux, %m, trois, quatre, le résultat était toujours le même. Puis, je comptais un, un, îm, un, mais en conservant l’intonation finale; même succès. — Je pourrais rappeler également, à cette même occasion, un petit chien (croisé de loulou et d’épagneul). Ma mère se levait de bonne heure et allumait elle-même son feu. Elle avait enseigné à Marquis, — c’était son nom, — d’aller chercher le bois au grenier. Il devait en quérir cinq morceaux, pas plus : c’était la règle. Le petit animal prenait le plus vif intérêt à l’opération, et montait, descendait l’escalier avec une rapidité à s’en briser les reins. Or, il ne cessait d’apporter le bois que lorsque ma mère lui disait : assez ! Un jour même, nous étions partis laissant le chien seul à la maison : que voyons-nous en rentrant? La chambre toute remplie de bois.... Marquis, pour se désennuyer, avait trouvé charmant d’exécuter le manège du matin et il avait vidé le grenier littéralement ! »
- Il semble que les animaux sachent très exactement le
- nombre de leurs nourrissons et, au moment où les femelles nourrissent, il semble que l’on pourrait faire sur elles des observations intéressantes. En voici un exemple intéressant dù au capitaine Marryat. Il s’agit d’une chatte à laquelle on avait confié l’allaitement de deux jeunes chiens, enlevés à leur vraie mère qui avait trop de nourrissons. Bientôt les jeunes chiens purent manger de la viande et, aune époque où leurs trois frères (élevés par la chienne) étaient tout à fait incapables de se suffire à eux-mêmes, eux, pouvaient sans inconvénient, se passer de nourrice, de sorte qu’on ne tarda pas à les donner. La pauvre chatte en fut inconsolable; pendant deux jours, elle n’eut pas un moment de repos et courut la maison de la cave au grenier. Enfin, ayant trouvé moyen de pénétrer dans la chambre où la chienne nourrissait les petits qu’on lui avait laissés, elle crut que c’était la chienne qui lui avait volé ses enfants et leva la patte-sur elle ; mais la vraie mère répondit par un coup de dent. La bataille, une fois engagée, fut soutenue vigoureusement de part et d’autre ; l’avantage resta pourtant à la chatte, qui prit un des petits et l’emporta en triomphe. A peine l’eut-elle déposé en lieu sur qu’elle revint pour en chercher un autre, qu’elle parvint également à emporter, après avoir soutenu un nouveau combat. Le curieux de l’affaire, c’est que ce double succès ne lui tourna pas la tête et qu’elle ne chercha pas à le pousser trop loin. On lui avait pris deux nourrissons, elle en avait pris deux; elle savait fort bien son compte.
- Houzeau assure que l’expérience acquise sur les tramways de la Nouvelle-Orléans prouve que les mules savent compter jusqu’à cinq, car, ayant à fournir cinq trajets d’un bout à l’autre avant d’être relayées, elles en font quatre sans manifestation aucune; mais, à la fin du cinquième, elles se mettent à braire. Romanes, à ce propos, remarque avec juste raison, qu’il y aurait lieu de vérifier l’exactitude du fait, car il se pourrait après tout que l’émotion des mules vint de ce qu’elles voyaient le palefrenier prêt à les dételer.
- M. Timofieff, déjà cité plus haut, raconte aussi le cas curieux d’un paysan qui faisait traîner sa charrue par un cheval et avait habitué celui-ci à avoir un repos tous les vingt sillons. Au bout d’un certain temps, l’animal avait appris à compter et s’arrêtait de lui-même au vingtième sillon sans jamais se tromper.
- M. Jacquot assure que les singes ont appris d’eux-mêmes à compter jusqu’à quatre, mais non au delà. La manière dont il est arrivé à cette conclusion est assez curieuse. Au Transvaal, comme dans toute l’Afrique, les singes détruisent les plantations et on a toutes les peines du monde à les chasser. Dans ce but, les indigènes se cachent dans les cases et sortent au moment où ils supposent que les singes sont en maraude. Mais, en général, cela ne suffit pas, parce que, les singes, très malins, attendent que les chasseurs soient partis pour faire leurs larcins. Or, on a remarqué qu’ils n’arrivent ainsi aux champs à piller que lorsqu’ils ont vu sortir de la cachette quatre chasseurs. S’il n’en sort qu’un, deux ou trois, ils ne bougent pas. Mais les Boers ont trouvé un moyen détourné d’arriver à leur fin. Ils se cachent en nombre supérieur à quatre. Puis quatre chasseurs sortent de manière à se faire voir des singes. Aussitôt le quatrième chasseur parti, les singes qui ne savent compter que jusqu’à quatre, s’imaginent que tous leurs ennemis sont partis. Ils arrivent et se font prendre par les chasseurs dans la cabane. Se non e vero....
- Henri Coi'PIN.
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- LES TRAVAUX DU MÉTROPOLITAIN PLACE DE L’OPÉRA
- De tous les coins de Paris qui ont été bouleversés par les travaux du chemin de fer métropolitain, la place de l’Opéra est celui qui aura souffert le plus longtemps de la présence des ouvriers. La presse quotidienne s’est émue de la durée des chantiers en cet endroit où la circulation est intense. L’entrepreneur n’a peut-être pas apporté toute la célérité désirable; mais il est utile de rappeler que là passent trois voies de chemin de fer à des niveaux différents avec, pour chacune d’elles, une station nécessitant l’établissement d’accès spéciaux et de galeries d’intercommunications pour permettre au public de se rendre de Lune des stations à l’autre. Ces stations, très rapprochées les unes des autres, ont été extrêmement difficiles à établir parce que la totalité presque des travaux de terrassement et de maçonnerie a dû être faite en souterrains. Seuls les puits des ascenseurs débouchaient au-dessus de la chaussée.
- Nos lecteurs se souviennent que le croisement des trois , lignes : ligne n° 5 (Yilliers-Gambetta), ligne n° 7 (place du Palais-Royal, place du Danube) et ligne n° 8 (Auteuil-Opéra), a lieu en face du monument en un ouvrage spécial qui a été décrit ici même (voir n° 1555 du 14 mars 1903). Nous ne reviendrons pas sur ce travail au cours duquel fut construite la station de la ligne n° 3 et dont l’accès a été établi sur le. refuge qui fait face à l’Opéra. Rappelons, pour fixer les idées, que les trois lignes se. croisent au centre de la place, entre les deux refuges actuels en passant l’une au-dessus de l’autre, la ligne n° 3 étant la plus rapprochée du sol. Celle-ci franchit la ligne n° 7 sur un pont biais en acier et la ligne-n0.7 franchit également la ligne n° 8 sur un pont semblable, de sorte que, la ligne n° 5 étant recouverte d’un pont en acier, l’ensemble de l’ouvrage comporte, en dehors de la maçonnerie, trois ponts métalliques superposés.
- Ce travail préliminaire étant effectué, il restait à construire un second escalier d’accès commun aux trois lignes par l’intermédiaire de la salle de distribution correspondante ; puis des ouvrages desservant les deux quais de la ligne 7, ceux de la ligne 8, et erilin '-ceux assurant les échanges entre les quais des trois lignes. Les stations sont situées : celle de la ligneVilliérs-Gambetta sous la rue Auber, à gauche de l’Opéra ; celle de la ligne Palais-Royal, place du Danube sous l’avenue de l’Opéra, au pied du Cercle militaire ; enfin celle de la ligne Auteuil-Opéra sous le boulevard des Capucines, en face le Grand-Hôtel. Elles sont disposées aux trois sommets d’un triangle incliné. Ajoutons encore que le second escalier d’accès sera établi sur le refuge agrandi opposé à celui du premier ei dans l’axe de ce dernier et du monument. C’est la création de ces accès qui fait actuellement de la place de l’Opéra une immense cuvette dont le dessin que nous publions donnera une idée assez exacte.
- Les échanges entre les six quais se feront, avons-nous dit, par des galeries agrémentées d’escaliers. On imagine assez quelles difficultés ont éprouvées les ingénieurs pour établir le plan de ce labyrinthe. Afin de faciliter aux voyageurs la direction qu’ils ont à prendre, on a résolu d’établir une vaste salle d’intercommunication de laquelle le public accédera à tous les quais. De plus deux ascenseurs déposeront les gens pressés au niveau de leurs quais d’embarquement depuis les salles de distribution des billets.
- La grande salle d’intercommunication, située à 7 mètres en contre-bas de la chaussée, mesure 50 mètres de long et 7 mètres de large; elle occupe un emplacement creusé transversalement devant le boulevard des Capucines. De là partent des couloirs et des escaliers aboutissant aux deux quais de chaque station, aux deux ascenseurs et aux deux salles de distribution. Cette sorte de salle des pas perdus constitue le point central des échanges.
- En dehors de ce réseau de communications, des couloirs ont encore été établis pour relier : 1° les quais de la ligne n° 8 avec les deux cages d’ascenseurs; 2° les quais de la ligne n° 8 (direction d’Au-teuil) au quai de la ligne n° 7 (direction de la place du Danube), ce dernier couloir permettant aux voyageurs de se rendre directement de l’un à l’autre de ces deux quais sans être obligés de passer au-dessus de la ligne n° 7. Enfin des escaliers relient encore la nouvelle salle de distribution des billets aux deux quais de la ligne n° 7, dans les mêmes conditions que la salle actuelle est reliée directement aux deux quais de la ligne n° 5.
- Cet ensemble de couloirs et d’escaliers est assez simple en somme, puisqu’il peut toujours ramener les voyageurs à la salle des pas perdus ; mais sa construction a présenté de sérieuses difficultés en raison de la multiplicité des ouvrages groupés dans un espace très restreint et aussi et surtout à cause de l’impossibilité dans laquelle on se trouvait d’ouvrir plusieurs puits pour ne pas entraver la circulation sur la place qui est l’une des plus fréquentées de Paris. Les ingénieurs se sont imposé l’obligation d’exécuter tous les couloirs, escaliers et salle souterraine, à l’aide d’un seul puits : celui au-dessus duquel on voit fonctionner actuellement une grue électrique et qui est situé à l’une des extrémités de l’ouvrage. C’est par ce puits que sortent les déblais et que descendent tous les matériaux de construction. Toutefois, comme le sommet des deux cages d’ascenseur atteint le niveau de la chaussée, on fut obligé d’ouvrir deux autres puits pour creuser les cages, mais ils ne servirent qu’à ce travail. D’autre part la nouvelle salle de distribution a nécessité l’ouverture d’une fouille au-dessus de la ligne n° 7, puisqu’elle est seulement recouverte d’un plancher métallique sur lequel repose la chaussée; ajoutons que la voûte de cette ligne n? 7 a été renforcée en cet endroit pour lui permettre de supporter les charges impor-
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- r
- Direction
- Gambetta
- Ligne n° 3
- Direction
- VUliers
- Direction
- d’Àuteuil.
- Direction de la place du Danube.
- Ligne n° 8.
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- 234= LES PROCÉDÉS INDUSTRIELS DE NETTOYAGE A SEC
- tantes que lui apporteront les points d’appui du plancher.
- Toutes les maçonneries sont exécutées en béton de ciment de laitier ou en meulière et mortier de ciment. Les ouvrages sont foncés dans un terrain formé de sables d’alluvion jusqu’à 10 mètres au-dessous de la chaussée, puis des sables de Beau-champ parsemés de bancs de grès. En temps ordinaire, ce terrain est baigné par la nappe d’eau souterraine qui commence à 11 mètres au-dessous de la chaussée; la base des ouvrages : cages des ascenseurs, couloirs inférieurs, quais de la ligne n° 8, est donc dans l’eau, mais leur construction spéciale les rend complètement étanches.
- La hauteur totale de la cage des ascenseurs est de 19 mètres. Chacune d’elles, qui a 5 mètres de côté, comportera deux ascenseurs effectuant les trajets en sens inverse, l’un montant pendant que l’autre descendra. Chaque ascenseur a une capacité de 5 X 2,50 m. Il sera loisible aux voyageurs d’accéder aux quais par leur intermédiaire. Ajoutons encore que les rails de la ligne n° 8 sont à 15,77 m. au-dessous de la chaussée; ceux de la ligne n° 7 à 10,67 m. et ceux de la ligne n° 3 à 6,25 m. Enfin, pour donner une idée concrète de l’étendue des galeries établies en cet endroit du sous-sol parisien, disons quelles comporteront environ 575 marches d’escalier. En somme, la constitution de ces accès est un véritable casse-tête chinois ayant donné lieu à des projets nombreux sans cesse modifiés et dont
- l’exécution est rendue extrêmement pénible par la nécessité d’effectuer ce travail en souterrain.
- Faisons maintenant un petit voyage avant la lettre. Quel serait le chemin parcouru par un voyageur venant de la place Yilliers et se rendant à la place du Danube? Débarquant sur le quai À, il s’engage dans le couloir faisant suite à ce quai et, par l’escalier B, atteint la salle des pas perdus qu’il suit jusqu’au bout. Il prend ensuite le couloir C, l’escalier D, passe au-dessus de la ligne n° 7 et trouve son quai d’embarquement après avoir descendu l’escalier E. En étudiant bien attentivement le dessin que nous publions, on s’v reconnaîtra de suite si l’on a soin de prendre comme point de départ la salle d’intercommunication reliée aux quais de la ligne 5 par les escaliers B, F, à ceux de la ligne 8 par les escalier G, Il et à ceux de la ligne 7 par les escaliers I), I et K, et enfin aux ascenseurs qui descendent jusqu’au niveau des quais de la ligne 8.
- Nous n’insisterons pas davantage sur ce travail, si ce n’est pour en souligner l’importance. Le public a pu s’impatienter de voir la place de l’Opéra encombrée par les chantiers; mais lorsqu’il pourra parcourir les galeries souterraines de cette place, il pardonnera bien volontiers aux ingénieurs l’encombrement dont ils ont été la cause et qu’il leur était impossible d’éviter. D’ici peu la chaussée aura repris son aspect habituel, avec, en plus, le second escalier d’entrée donnant accès à ce labyrinthe moderne.
- Lucien Fournier.
- LES PROCÉDÉS INDUSTRIELS DE NETTOYAGE A SEC
- Les arts d’autrefois n’ont pu subsister de nos jours qu’en se modifiant, se transformant, s’adaptant aux nouvelles conditions du milieu moderne : en s’industrialisant. C’est le seul moyen de produire beaucoup avec un minimum de main-d’œuvre, un prix de revient très bas, un travail parfaitement exécuté et toujours semblable à lui-même. La transformation peut s’effectuer plus ou moins rapidement : elle suit parfois l’origine même de certaines fabrications, dans d’autres cas, les pratiques traditionnelles subsistent très longtemps. Mais il arrive une période où elles doivent forcément disparaître devant la création de moyens nouveaux infiniment plus perfectionnés. C’est ce qui , se passe actuellement dans l’art du nettoyage à sec des vêtements.
- L’art du détachage des étoffes est connu depuis très longtemps; au moyen âge, la corporation des fripiers avait le monopole du nettoyage et dut, pour défendre cette prérogative contre les agissements des corporations rivales, entreprendre de très longs procès. Outre les argiles employées par les anciens, l’urine putréfiée dont les propriétés étaient dues à la présence d’ammoniaque résultant de la fermentation de l’urée, on utilisait autrefois dans le détachage le savon et les graisses. Les ingrédients à
- détacher étaient le plus souvent préparés par l’artisan sous forme de mélange complexe; d’après Chaptal1, un des meilleurs produits « polychrestes » employés au début du siècle se composait de « savon blanc, dissous dans de bon alcool; on devait ensuite broyer le mélange avec quatre ou cinq jaunes d’œufs, y ajouter un peu d’essence de térébenthine ; puis, dès que la pâte est bien unie, y incorporer de la terre à foulon très divisée et en former des savonnettes. » On remarquera la présence, dans le produit d’un solvant volatil des graisses, d’un savon, d’un corps gras et d’argile ; ces produits sont encore employés maintenant, surtout pour le dégraissage partiel, mais on leur a presque complètement substitué, pour le nettoyage complet, des solvants comme le benzène, l’essence de pétrole... que l’on peut employer sans eau, d’où le nom, d’ailleurs incorrect, de nettoyage à sec. L’eau, en effet, et à plus forte raison les solutions aqueuses de savons ou d’alcalis, altèrent certaines teintures et certains apprêts de telle sorte que l’on ne peut les employer dans la plupart des cas.
- L’usage des benzines dites « de pétrole », « de détachage » est maintenant généralisé presque par-
- 1 Dictionnaire technologique, t. VT, pago 404.
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- tout; ces produits, extraits par distillation fractionnée des pétroles bruts, ne sont pas à vrai dire à base de véritable benzène, mais des mélanges de carbures dont la densité varie de 0,700 à 0,775, la température d’ébullition de 70° à 130° C. et le point d’inflammabilité de —19° à +45n G. Ces propriétés causent de nombreux inconvénients : risques d’incendie tels qu’en Amérique les ateliers de benzinage sont séparés en box métalliques de façon à localiser les nombreux débuts d’incendie; perte considérable de produit volatilisé à la température de l’atelier; insalubrité dangereuse, les vapeurs respirées par l’ouvrier produisant des troubles nerveux (ivresses spéciales pouvant conduire à la folie). Aussi a-t-on essayé de substituer à l’essence de pétrole divers succédanés ; l’essence de térébenthine est employée en Russie, en Suède, à cause de son bas prix, mais l’odeur est désagréable, et outre la causticité, le produit a l’inconvénient de donner une certaine raideur aux étoffes. Le tétrachlorure de carbone est ininflammable et moins volatil que les benzines à détacher, mais le prix est assez élevé et le contact avec les parties métalliques des vêtements provoque l’oxydation. Enfin le benzène proprement dit a les mêmes inconvénients que les essences de pétrole et son prix est beaucoup plus élevé.
- On s’en tient donc à ces dernières auxquelles on ajoute très souvent, surtout pour le nettoyage des blancs où le moindre reste de souillure est très visible, des produits improprement dénommés « savons de benzines », simples mélanges de différents corps gras et savons 1. Mais ne pouvant supprimer les nombreux inconvénients des solvants employés, on s’est attaché à si bien perfectionner les conditions de l’emploi qu’il est maintenant possible d’effectuer le nettoyage à sec par les essences de
- 1 On trouve dans La Nature (n° 1886, p. 54 du Suppl') plusieurs recettes de savons de benzine.
- pétrole sans risques particuliers d’incendie, sans perte importante, et dans des conditions hygiéniques absolument normales.
- Les étoffes à nettoyer, après le « dépoussiérage » manuel ou mécanique par battage en courant d’air, étaient autrefois simplement plongées dans descuves de bois doublées de zinc où on les malaxait et frottait convenablement à la main. Nous ne mentionnons que pour mémoire le procédé des ménagères consistant à brosser l’endroit taché après l’avoir humecté de benzine : il n’y a pas ainsi nettoyage, mais répartition uniforme des taches dans toute l’épaisseur du tissu et toute la partie brossée!— On a remplacé maintenant partout cette manipulation incommode et dangereuse par un traitement en appareil permettant l’agitation mécanique des étoffes dans le solvant. Les machines à laver par la benzine se composent de cylindres à parois constituées par des barrettes, munis ou non d’un ramasseur intérieur (fig. 2). Une porte permet l’introduction des matières à nettoyer, un cylindre concentrique formant auge contient le liquide ; le tout est mû à la main ou mécaniquement (fig. 1). Il existe aussi des appareils « culbuteurs » à cylindre unique mobile sur axe latéral et recevant un mouvement alternatif de rotation : à çhaque demi-tour, les étoffes tombent d’une extrémité à l’autre du cylindre parmi les éclaboussures de benzine (fig. 3).
- Après un premier lavage dans le liquide ayant déjà servi plusieurs fois, on opère un second, puis un troisième lavage en benzines plus propres sont nécessaires de façon à parfaire le nettoyage. Les benzines encrassées sont ensuite nettoyées par filtration sur le noir animal et la soude Solvay, ou mieux, purifiées par distillation. Quant aux étoffes, immédiatement au sortir du dernier bain, elles doivent être essorées dans des appareils centrifuges, de sorte qu’il ne puisse y avoir perte de solvant par évaporation (facilité par
- Fig. 2. — Schéma d'une machine à nettoyer.
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- l’état de dissémination dans les tissus) et par conséquent dépôt partiel des graisses solubilisées. On les sèche finalement à l’air libre ou au séchoir à vapeur.
- Les procédés de nettoyage à sec ainsi perfectionnés ont encore, un à moindre degré, les nombreux inconvénients inhérents à l’emploi des benzines à détacher ; on s’est efforcé de les réduire au minimum par divers perfectionnements dus à de nombreux chercheurs. C’est ainsi que des brevets furent pris successivement par Ducoté (1892) pour la récupération de la benzine par réfrigération des vapeurs de séchage ; par Ram-baüd (1893) pour transformer, après lavage et évacuation du liquide, la machine à laver en séchoir-alambic. Deslandres (1895) surmonte l’essoreuse d’un dôme absorbant les vapeurs qui sont aspirées dans un condenseur et enfin Barbe (1901) imagine un ensemble de perfectionnements qui mis au point les années suivantes, constitue un procédé tout àfait pratique, — il est adopté maintenant dans les plus grandes usines du monde, — et qui, comparé aux procédés usuels, paraît à tous points de vue absolument parfait.
- Dans le nettoyage à sec par le procédé Barbe, les vêtements dépoussiérés sont introduits dans le cylindre en A (fig, 4), semblable à celui d’une machine à laver. L’appareil étant hermétiquement fermé, on y fait le vide à l’aide de la pompe P qui comprime en M l’air aspiré ; l’enveloppe en A est ensuite remplie d’anhydride carbonique venant du réservoir G (simple tube de gaz liquéfié du commerce). Le récipient B contenant de la benzine chargée d’impuretés grasses est alors vidé en A ; on met le cylindre mobile en marche lente alternative; puis, après quelques minutes et après évacuation du liquide en o, la marche. est accélérée de façon à essorer les étoffes en A. On renouvelle ensuite le traitement avec les benzines de plus en plus pures contenues en B' B", les différentes opérations se succédant toujours de
- la même façon ; et les bains étant chaque fois remontés de 0 en B, B', IL' sous l’action de l’air comprimé en M.
- Quoique parfaitement essorés, les vêtements nettoyés contiennent encore une certaine quantité de benzine que l’on élimine en transformant en séchoir la machine à laver-essoreuse.
- Pour cela, on chauffe par un courant de vapeur la double enveloppe du cylindre A et le caloriseur C ; la pompe P fait à nouveau le vide en A, les gaz aspirés passant par le réfrigérant R où les vapeurs de benzine sont condensées, puis par le séparateur S où le liquide est recueilli. L’anhydride carbonique, chauffé en C, repasse en A et circule en circuit fermé jusqu’à élimination de toute la benzine contenue en A. L’opération est alors terminée et les vêtements sont sortis de l’appareil absolument dégraissés et secs; sans aucun danger d’incendie : la benzine étant sans cesse au contact de l’anhydride carbonique; sans perte appréciable puisque l’ensemble des appareils est absolument clos; sans danger pour l’ouvrier qui ne peut respirer de vapeurs ni ne doit toucher aux liquides. Les appareils Barbe se complètent d’alambics reliés à la canalisation, pour la distillation des benzines grasses, de dispositifs mécaniques pour les différentes marches du cylindre. Ils ne peuvent s’appliquer qu’aux importants établissements industriels, le prix total de l’installation étant au minimum d’une quinzaine de mille’ francs. Si élevée qu’elle paraisse, la somme est d’ailleurs très rapidement récupérée par les bénéfices résultant de l’économie de benzine; c’est ainsi que dans les établissements Hallu, de Paris, pour le dégraissage de 52 000 kg de vêtements fait en six mois par le procédé Barbe, on employa 3000 kg de benzine, au lieu de 20 000 kg qu’eût exigés la méthode usuelle. Aussi quoique. n’existant pratiquement que depuis quelques années,.le procédé Barbe est-il en usage
- Fig. 3. — Vue extérieure et détail du mouvement du culbuteur à benzine.
- froide
- Fig. 4. — Schéma des appareils Barbe.
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- Fig. 6. — Vue de profil d'une installation semblable à celle de la figure ci-dessus. (.Établissements Condamine, à Lyon.)
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- dans plusieurs usines françaises et étrangères (fig. 5 et 6). Construits et installés par une maison lyonnaise, ce. qui constitue pour l’industrie française un double succès tant pour l’invention que pour le profit commercial, les appareils Barbe fonctionnent, en effet, en Espagne, en Angleterre, aux États-Unis, dans l’Argentine...
- On a pu noter que dans toutes les grandes villes les petits façonniers du nettoyage étaient peu à peu supplantés par les dépôts de quartier des gros industriels banlieusards. Il y a ainsi, comme nous l’avons dit, économie de frais généraux, possibilité d’employer une force motrice puissante et bon marché, centralisation des travaux de meme genre que l’on peut effectuer économiquement en grand par série. Nous venons de voir qu’en outre, il était ainsi pos-
- sible d’employer des méthodes beaucoup plus perfectionnées permettant un travail économique, dirigé plus rationnellement sous la surveillance de techniciens spécialistes. Il est à prévoir que tous les petits ateliers de dégraissage à sec devront disparaître devant une concurrence impossible. Quelque sympathiques que soient les intérêts lésés du fait de celle évolution, on doit constater qu’elle constitue un heureux progrès : l’ouvrier, gagne généralement mieux et plus commodément sa vie à diriger quelque machine qu’à travailler manuellement dans un petit atelier; le consommateur paie meilleur marché, est servi plus rapidement et uniformément; la collectivité ne peut que gagner à la suppression de tout gaspillage d’énergie.
- A. ClIAPLET.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des 28 février et 7 mars 1910. — Présidence de M. Emile Picard.
- Les lâches de sang en médecine légale. — M. d’Ar-sonval analyse une note du I)r Bordas faisant voir que la méthode courante pour caractériser les taches de sang qui est basée sur la réaction typique de la benzidine n’est pas aussi infaillible qu’on le croit généralement. Cette réaction de coloration bleuâtre peut également être observée avec les taches provenant de certains fruits. M. Bordas recommande de contrôler ce moyen d’analyse par les autres méthodes connues.
- Télémécanique sans fil. — M. Cailletet relate les résultats obtenus par l’ingénieur Gabet avec sa torpille radio-automatique grâce à un nouveau télécommutateur et un radio-combinateur. 11 rappelle que le 7 janvier 1907 il exposa le principe général sur lequel reposent les appareils télémécaniques actuels : principe du « retard au contact » permettant la sélection des commandes. Ces deux nouveaux appareils sont basés sur ce même principe. Cet engin sous-marin a effectué dans le cours de l’été 1909 de nombreuses sorties. Ces essais ont eu lieu à Maisons-Laffitte en présence d’une commission déléguée par M. le Ministre de la marine et n’ont été interrompus que par les crues récentes du fleuve. Le radio-combi-naleur de l’ingénieur Gabet est le premier appareil de ce genre, ayant pour but d’affranchir complètement l’opérateur du soin matériel de la manipulation hertzienne. Il porte 10 touches numérotées correspondant aux « commandes » à effectuer. Il suffit d’appuyer sur une de ces touches pour que la torpille radio-automatique opère à distance la manœuvre désignée.
- Prédominance de Vérosion de la rive droite. — M. Termier présente une Note de M. Jean Brunhes sur la prédominance de l’érosion de la rive droite d’une rivière en temps de crue. On sait que les tourbillons des eaux courantes manifestent dans l’hémisphère Nord, comme les tourbillons atmosphériques, une prédominance de la rotation en sens inverse des aiguilles d’une montre. Cela doit entraîner comme conséquence une attaque plus vive de la rive droite que de la rive gauche, pendant la période de crue d’une rivière. Il y a déjà eu, à ce sujet, des observations de C. Calciati sur les rives de la Sarine. M. Brunhes vient de constater des faits semblables dans quelques vallées du haut bassin de la Seine, pendant les dernières grandes crues. L’attaque de la rive droite a
- été, le long de l’Ozc, affluent de la Brenne, incomparablement plus vive que celle de la rive gauche. Sur 100 points d’attaque caractérisés, il y en a environ 70 sur la rive droite, et seulement 50 sur l’autre rive.
- Lne fonction du pied dans la race jaune. — Le professeur Lannelongue signale une fonction supplémentaire du pied dans la race jaune. Chez les peuples qui la composent, le pied, dit-il, n’est pas enfermé dans une chaussure rigide et étroite qui le déforme; l’avant-pied n’est pas effilé; les orteils ne sont pas infléchis, serrés, raccourcis. Le pied des populations de l’Extrcme-Orient, Inde, Chine, Japon, etc., est nu le plus souvent, ou mis dans un soulier pantoufle large, en étoffe, velours, etc., ou encore dans un bas en fourche qui permet d’introduire un corps étranger entre le gros orteil et les autres doigts. Le pied peut alors se développer et fonctionner à l’aise selon les besoins des altitudes du corps. L’attitude de la veille dans ces contrées est accroupie ou verticale ; il n’v a pas d’attitude assise sur des sièges plus ou moins élevés. M. Lannelongue distingue trois positions dans l’attitude accroupie. Dans l’une le corps s’assoit sur les talons, ostéologiquement les calcanéums (attitude ialon-nière ou calcanéenne), c’est celle des Japonais; dans une seconde le corps s’assoit sur le sol par ses fesses, osléo-logiquement les ischions, attitude terrienne ; dans la troisième, enfin, le corps ne repose si r rien, il reste en l’air, attitude aérienne. Dans l’accroupissement terrien qui a lieu aussi chez les nègres, les membres inférieurs sont fortement fléchis, les genoux forment une saillie angulaire qui souvent donne appui aux mains, aux coudes, etc. ; cette position, favorable au sommeil, est habituelle chez le singe. Mais quelle que soit l’attitude, accroupie ou verticale, le pied est un organe de préhension en même temps que de locomotion. Le pied prenant peut saisir toutes sortes d’objets; il sert aussi à grimper.
- Champignons parasites. — M. Gaston Bonnier présente une Note'de M. Matruchot relative à une nouvelle catégorie de champignons parasites, produisant chez l’homme les maladies dites « Sporolrichoses ». Gès affections, récemment découvertes et étudiées eu France, d’abord par M. le Dr de Beurmann et ses élèves, ont été longtemps confondues avec la tuberculose et d’autres maladies aussi graves. Ce sont au contraire des maladies
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- bénignes qu’on guérit facilement par l’iodure de potassium. M. Malruchot a montré que ces parasites sont des moisissures du genre Sporolrichum.
- Communications diverses. — M. Roux développe une
- Noie de MM. Urbain, Seal et Firges sur la stérilisation de l’eau par l’ultra-violet au moyen d’un arc sans quartz en employant comme mèche un mélange de charbon et d’alumine.
- La dimension du cæcum de l'homme. — M. Lanne-longue présente une Note de M. Robinson sur le cæcum. Sur 50 cadavres, l’auteur a observé 57 cas de cæcum bien développé, 10 cas de cæcum énorme de 600 à 800 cm3 de capacité, et 5 cas de cæcum très petits de 80 à 100 cm3 de capacité. Les gros cæcum sont chez l’homme attribuables à l’excès des aliments carnés, lesquels laissent un résidu peu volumineux et plus toxique.
- Efl'els de Vinjection d'un sel de radium. — M. Bou-chard dépose une Note de MM. Dominici, Petit et Jaboin sur les •effets de l’injection intraveineuse d’un sel de radium insoluble. Les auteurs ont injecté à un cheval, au mois de juillet dernier, un sérum isotonique contenant un milligramme de radium insoluble. L’injection a été supportée sans inconvénient et a exercé une influence favorable sur la nutrition et l’état général du cheval. La radioactivité des urines et du sang a été mesurée à de nombreuses reprises. On a observé que l’injection avait été suivie d’une décharge passagère relativement peu abondante de sel de radium après laquelle l’élimination a suivi une progression décroissante, laissant une partie du sel dans l’organisme. La radioactivité persiste plus de six mois après l’injection.
- Détermination du lieu d’un séisme. — M. Bigourdan analyse une communication du prince Galitzine donnant la solution de rimpoftant problème de sismologie qui consiste à déterminer la position de l’épicentre d’un tremblement de terre-, d’après les données d’une seule station sismographique. Le prince Galitzine indique au-
- jourd’hui les conditions théoriques auxquelles il a assujetti les instruments pour que l’on puisse déduire des observations la direction, c’est-à-dire l’azimut d’arrivée des ondes. Un exemple typique a été fourni par le dernier tremblement de terre important, celui du 22 janvier dernier. Assez longtemps on a ignoré le lieu où il s’est produit et les journaux ont parlé du Caucase ainsi que de l’Asie Mineure. Les conclusions du prince Galitzine indiquaient l’océan Glacial nord. Or on a su depuis, d’une façon certaine, qu’un tremblement de terre a eu lieu au nord de l’Islande.
- Mesure des indices de réfraction des liquides. — M.'Bouty expose le principe d’un réfraclomètre imaginé par M. Fcrv. Dans une lame de verre épaisse on a ménagé une cavité sphérique, puis on a obturé cette cavité par une demi-sphère de diamètre légèrement inférieur de manière à laisser entre la paroi de la cavité et la demi-sphère, un espace vide de mince épaisseur. Cet espace est rempli du liquide à étudier. On fait alors tomber sur la face de la lame opposée à la cavité, mais en face de celte cavité, un faisceau de lumière parallèle. Les rayons lumineux pénétrant dans la couche liquide subissent la réfraction à l’entrée et à la sortie; ils vont donner sur un écran une image ronde. Mais lorsque l’angle limite est atteint, il se forme sur l’écran, autour de la tache, une couronne obscure. En mesurant l’épaisseur de celte couronne, l’auteur peut, en utilisant l’indice de réfraction du verre employé, calculer l’indice de réfraction du liquide. Ch. de Villedeeii,.
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- Il n’y a pas d’autre mot pour désigner le genre d’usure tout spécial que l’on constate depuis un certain temps sur les voies ferrées des divers pays, .et qui n’est pas sans préoccuper tout à la fois les exploitants de chemins de fer et aussi les métallurgistes, dont on accuse la fabrication. On peut juger de l'effet de ces ondulations ou moirures par quelques reproductions ' que nous donnons de rails ayant subi de façon particulièrement intense celte forme d’usure. * '
- L’usure ondulée se manifeste un peu sur toute l’étendue de la voie; cependant, c’est plutôt en dehors des alignements droits, tout particulièrement dans les stations, ique les voyageurs circulant sur le Métropolitain parisien pourront la constater.
- Nous ne croyons pas que l’Administration du Métropolitain de Paris se soit vivement préoccupée de la chose; il en est tout différemment du monde technique anglais. Une publication spéciale, Tramway and Railway World, publiait récemment une série de réponses à une enquête qu’elle a faite à propos de ce mode d’usure sur les voies de tramways. Beaucoup des ingénieurs de Compagnies consultés ont émis l’idée que ces sortes de vagues qui se creusent à la surface du métal sont dues à des
- vibrations du rail; la même opinion était exprimée par M. Dubs dans un Congrès tenu à Milan. Cet auteur avait fait de son côté une enquête auprès de plusieurs membres de l’Union permanente des Tramways; et pour eux, la cause du mal était également les vibrations. Cela entraînerait des variations dans l’adhérence entre la roue et le rail et, par suite, une succession de glissements de la roue sur la table de ce rail, chaque petit glissement causant une sorte d’ondulation.
- Une Compagnie de chemins de fer anglaise, la jNorth Eastcrn, a chargé un de ses ingénieurs en chef, M. W. J. Cudworth, d’essayer d’élucider le problème. (C’est ce qu’on appelle aussi la question des « roaring rails », des rails qui rugissent, tout simplement parce que le roulement des roues à la surface si peu unie de ces rails produit un bruit assez fort et très caractéristique). Les recherches dont il s’agit n’ont pas porté sur une durée de moins de 14 années, ce qui laisserait supposer que leur résultat est des plus nets. Et pourtant, si M. Cudworth a pu indiquer diverses causes qui doivent intluer sur la formation de ces moirures, il n’est pas arrivé à une conclusion nette, à plus forte raison à une explication simple du phénomène.
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- L’attention de la compagnie anglaise avait été précisément attirée par ce bruit auquel nous faisions allusion à l’instant, et qui se produisait au passage des trains dans le tunnel de Bramhope; et c’est en essayant de s’expliquer cette résonance particulière qu’on avait été amené à constater les minuscules vagues qui se manifestaient sur la table de roulement. On aurait pu croire, étant donné le point où la constatation avait été faite, que les conditions spéciales de la voie, une situation déterminée pouvaient avoir une influence marquée sur la « corruga-tion ». Mais on s’aperçut bientôt que les rails ainsi attaqués étaient trop nombreux et trop situés un peu partout pour qu’une explication locale eût
- sont bien plus fréquentes sur les parties de voie en pente; mais on en trouve ailleurs de tout aussi profondes. A ce propos, disons que les creux ainsi formés sur la labié du rail peuvent atteindre une profondeur de 25 mm, et cela explique le bruit que font les véhicules en passant sur ces portions de rails. M. Cudworth semble atlacher une certaine importance, dans la production des ondulations, à une action mécanique due aux vibrations que causent les roues en passant sur les rails : il se produirait quelque chose d’analogue à ce qu’on note dans les tours quand ils « broutent ». Et cette action se ferait sentir particulièrement dans les pentes, quand l’admission de la vapeur est coupée ; il esti-
- Fig. i. — Un rail atteint d’usure ondulée.
- quelque valeur. Alors on dressa des tableaux comparatifs pour tous les rails qu’on avait reconnus atteints de ce mal nouveau, en relevant leur provenance, leur mode de fabrication, leur composition chimique, le procédé de fusion du métal dont ils étaient faits : là encore on ne put arriver à établir aucune relation de cause à effet. On voyait indifféremment des rails en acier faits au procédé acide ou autrement qui se mettaient à rugir, ou qui au contraire gardaient un silence digne d’éloges ; les résultats les plus contradictoires furent fournis par des rails fabriqués de minerais hématite, de provenance américaine ou autre. On ne put davantage accuser nettement les courbes ou les alignements, la nature du ballast, mou ou tout au contraire très dur. Sur quelques lignes, comme le petit embranchement de Malton à Thirsk, on vit des rails dont la moitié delà longueur présentait des « vagues » d’une profondeur relativement considérable, tandis que leur autre moitié en était absolument indemne, alors que pourtant tout le rail devait être fait d’un même métal homogène; au reste, sur cet embranchement, le trafic est modeste, et il se fait à voie unique, ce qui répartit également les efforts d’usure sur les rails. Nous pourrions ajouter encore (sans prétendre donner à nos lecteurs autre chose qu’une idée générale de cette curieuse question) que le poids et les dimensions du rail ne semblent avoir aucune influence sur la formation des moirures, alors pourtant que les rails lourds et volumineux ne doivent pas subir les mêmes vibrations que les rails légers et de section faible. Ce qu’on a noté de façon précise, c’est que les ondulations très marquées
- nierait, d’autre part, que l’effet serait d’autant plus marqué que les rails sont plus durs.
- Comme de juste, il a tenu à faire une série d’essais mécaniques, microscopiques et aussi chimiques sur les rails accusant des ondulations, par comparaison avec d’autres qui n’en montraient pas. Et malheureusement, là non plus, on n’est point arrivé à une conclusion précise. Il semble pourtant que la structure intime du métal ait une importance au point de vue de cette usure des rails : structure qui peut varier suivant les conditions, variables elles-mêmes, de la température et de l’allure auxquelles les rails ont été laminés.
- Dernièrement, M. II. R. A. Mallock s’est préoccupé de l’action que les roues des wagons peuvent avoir sur la surface des rails, et il a apporté un rapport fort intéressant sur ce sujet à l’Institution of Civil Engineers. Et tout en étudiant les aplatissements nuisibles causés par les bandages dans le cas où le diamètre des roues n’est pas établi en due proportion avec le rail, il se préoccupe lui aussi de la formation des ondulations ; et il incrimine les vibrations de torsion qui se manifestent dans les roues, surtout si ces roues sont de diamètre faible. On le voit, la question est encore à l’étude, mais elle est curieuse à connaître dans son exposé même ; et nous espérons bien un jour pouvoir donner l’explication complète et satisfaisante du phénomène qui donne aux rails de chemin de fer l’apparence surprenante dont on peut juger ici. Daniel Bellet.
- Le Gérant : P. JIasson.
- Paris. — Imprimerie L ahuri:, rue de Fleurus, 9.
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- LA NATURE. — N° 1921.
- 19 MARS 1910.
- LA HAUTEUR DU CONTINENT ANTARCTIQUE
- Notre connaissance du continent antarctique se précise chaque jour davantage. Après le raid mémorable de Shackleton vers le Pôle Sud, nous fournissant de très importantes données sur l’intérieur de ce continentale récent voyage de Charcot nous apporte une précieuse contribution à la délimitation de ce vaste territoire. L’expédition française a pu, on le sait, relever une très notable longueur de cotes nouvelles, précisant ainsi les rivages tracés jusqu’ici hypothétiquement.
- Les résultats de ces expéditions ajouteront un bon poids aux recherches entreprises pour estimer l’importance du continent antarctique, qui est certainement très considérable, ainsi que nous allons essayer de le montrer, en établissant une comparaison avec les autres grandes surfaces terrestres de notre globe.
- Les éléments à réunir, pour la solution d'un tel problème, se rapportent à l’estimation de la superficie, qui ne peut être connue que par d’exacts relevés, et à la détermination de l’altitude des massifs montagneux. Le résultat est donc d’autant plus précis que l’exploration de la terre sera complète. C’est pourquoi Humboldt, qui le premier s’est attaqué à cette étude, n’a pu obtenir qu’un résultat incertain; à cette époque, beaucoup de points étaient encore totalement inconnus. Aussi il ne pouvait trouver qu’un chiffre trop faible pour l’altitude moyenne des continents (cette altitude serait celle au-dessus du niveau de la mer, d’un plateau formé par le volume de la masse supposé réparti uniformément sur la superficie continentale). Nous ne nous arrêterons pas à la méthode suivie par Humboldt, et nous reproduirons seulement ses estimations.
- Fig. i. — Altitudes moyennes comparées des continents. Les longueurs des terrasses sont proportionnelles aux surfaces continentales. Les lignes pleines et ponctuées indiquent respectivement les hauteurs moyennes de la terre ferme, avant et après l’addition de l’Antarctique.
- Europe . . . Amérique Nord Amérique Sud Asie ....
- hauteur moyenne
- mètres.
- Ensemble de la terre ferme, hauteur moyenne ....
- 38° année. — icr semestre.
- 205
- 228
- 551
- 555
- 506 mètres.
- La différence est énorme, sauf pour l’Europe, quand on compare ces chiffres aux suivants. Cet essai montre bien la nécessité de connaître les surfaces entrant en jeu, et même pour celle entièrement explorées comme l’étaient nos régions, la nécessité non moins grande de déterminations exactes. A moins que l’on opère, comme nous le verrons pour l’Antarctique, à l’aide d’éléments d’un tout autre ordre, mais qui malgré tout ne peuvent donner qu’un résultat forcément très général.
- Depuis Humboldt, la connaissance presque complète de notre globe et les cartes hypsométriques existantes, très précises, ont permis de reprendre à nouveau le problème avec plus de succès. Cependant la seconde évaluation obtenue, est encore loin de la
- vérité. C’est ainsi que M. Krümmel trouva 440 m. pour l’altitude moyenne de l’ensemble des terres; puis M. de Lapparent, reprenant le problème d’une façon plus complète, indiqua un chiffre d’au moins 600m. Les recherches les plus récentes, toujours basées sur la précision de plus en plus grande de nos connaissances géographiques et topographiques, ont fourni des chiffres encore supérieurs à
- MM. John Murray, Penck, Supan et de Tillo. Ceux de Murray, rectifiés par M. Penck, sont les suivants :
- Europe .... hauteur moyenne 280 mètres. Australie. ... — 280 —
- Amérique Nord . — 600 —
- Amérique Sud . — 650 —
- Afrique .... — 650 —
- Asie ..... — 950 —
- Moyenne générale .... 705 mètres.
- Ces chiffres paraissent très près de la vérité, et permettent d’estimer à 100000000 de kilomètres cubes environ le volume des masses continentales.
- Toutes ces déterminations, dans lesquelles on voit toujours l’Asie tenir le rang le plus élevé, se rapportaient uniquement aux portions connues du globe. Mais les récentes expéditions polaires antarctiques ont changé la face des choses, et il semble
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- maintenant que le continent austral veuillç accaparer la première place et avec une prépondérance extraordinaire, de nature à étonner d’abord plus d’un lecteur. La détermination que nous mettons en parallèle avec les précédentes est due au professeur W. Meinardus1. Ici nous n’avons plus les éléments détaillés que nous réclamions précédemment sur la connaissance exacte de toute la région considérée ; seuls sont connus les points attaqués par les expéditions.
- Le savant allemand a donc cherché la solution du problème dans une autre direction et s’est appuyé sur des données météorologiques. Étudiant la distribution des pressions atmosphériques et l’échange des masses d’air entre les deux hémisphères, il conclut qu’en admettant avec Bruce et Krûmmelune surface continentale de 14000000 de kilomètres carrés, la hauteur moyenne de la masse doit être d’environ 2000 m., avec une erreur probable dé dt 200 m.
- Cette valeur une fois admise — et en réalité les récentes explorations semblent s’accorder très bien avec elle — il en résulterait que le continent antarctique est la masse de terre la plus élevée existant à la surface du globe. Dans le tableau que nous avons tracé (fig. 1), et où la comparaison est établie d’une façon pittoresque, on voit l’altitude moyenne
- de l’Antarctique mettre très loin au second rang la place jusque-là prépondérante du continent asiatique. En outre, l’importance de celte calotte australe a pour résultat de relever notablement le niveau moyen général de la surface terrestre dans son ensemble,qui de705m. passe à 825.
- L’avenir précisera certainement ces premières données, qui, nous le répétons, ne peuvent être que très générales. Mais elles restent fort instructives, et une fois de plus l’intérêt des explorations polaires se justifie par la contribution qu’elles apportent à la physique du globe terrestre. Lucien Rudaux.
- Fig. 2. — Les côtes élevées de l’Antarctique. Chenal de Lemaire, d'après une phot. du Dr Charcot.
- L’AÉROMOBILE COSTANTIN1
- Pendant longtemps encore nous verrons surgir des idées étonnantes en matière de navigation aérienne. Tous les inventeurs ne sont pas subjugués par les formes actuelles du plus lourd ou du plus léger que l’air ; beaucoup en conçoivent de nouvelles qui parfois ne manquent ni de science ni d’originalité.
- M. Costantini vient de présenter à la Commission parlementaire de navigation aérienne, un de ces engins nouveaux auquel il a donné le nom d'aé-romobile. Cet appareil appartient aux deux écoles, étant alternativement plus lourd et plus léger que l’air, à la volonté du pilote. Il est à la fois aéroplane et ballon dirigeable, mais il ne navigue jamais sous le pavillon mixte : il est tout l’un ou tout l’autre.
- Pour qu’un appareil plus lourd que l’air devienne plus léger à un moment donné, en cours de route,
- 1 Petcrmann’s Mitteilungen (nov. et déc. 1909).
- il faut que son volume augmente d’une quantité telle qu’il puisse déplacer une masse d’air dont le poids soit supérieur au sien propre. On y arrive en ajoutant à l’aéroplane une enveloppe de ballon que l’on gonflera en temps utile. Est-il indispensable d’emporter une provision d’hydrogène? Non, assure l’inventeur; il suffit, pour obtenir la force ascensionnelle désirée, de réchauffer de l’air ordinaire. Nous sommes donc en présence d’un retour à la mongolfière. Retour extrêmement facile à concevoir puisque les gaz d’échappement du moteur fournissent les calories suffisantes à ce réchauffement.
- En principe l’appareil est constitué par une enveloppe en métal-liège, de forme allongée constituant le réservoir d’air ordinaire que traverse la tuyauterie d’échappement. De chaque côté de ce réservoir on ajoute une enveloppe de toile spéciale qui se gonfle avec l’air chaud du réservoir. Cet air est porté à la tempérarature de 200° ; il acquiert ainsi îa force ascensionnelle suffisante pour porter l’engin.
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- L’AEROMOBILE COSTANT1N1
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- Théorie. — En somme, le fonctionnement de l’appareil est basé sur le réchauffement de l’air du réservoir par les gaz d’échappement du moteur. M. Costantini s’est livré, à ce sujet, à une étude très approfondie de la question, étude que nous nous permettrons de résumer en quelques lignes.
- La température des gaz de l’échappement à la sortie du moteur est de 800°. Dans un moteur chaque kilogramme de benzine donne un total d’environ 500000 calories à l’instSnt de l’explosion et 150000 à l’échappement. C’est cette dernière quantité de chaleur à la température de 800° que l’on peut utiliser par heure au chauffage de l’air dans
- lorsque leur pression n’est que de quelques centimètres de mercure. Et en admettant qu’il se produise, malgré tout, des pertes de chaleur par rayonnement, celle dégagée par les gaz d’échappement du moteur est suffisante pour réparer ces pertes.
- Pour réchauffer l’air dans le réservoir, on ne pouvait songer à le mettre en contact avec les gaz d’échappement, car il se produirait un mélange trop peu homogène, de densité variable avec la carburation et toujours plus lourd que l’air pur à température égale, ce qui diminuerait la force ascensionnelle. Par conséquent il était indispensable, dans le cas présent, de réchauffer l’air du réservoir par l’intermédiaire d’une tuyauterie faisant suite à l’échappement et pourvue d’ailettes métalliques non polies, recouvertes de noir de fumée, ce corps étant celui qui possède le coefficient le plus élevé de pouvoir diffusif. La totalité de chaleur disponible des gaz de l’échappement étant de 150000 calories, on en déduit que les surfaces des
- Fig. /. — L’aéromobile Coslanhm, gonflé par l’air chaud du moteur, et voguant comme un dirigeable.
- un réservoir clos. Le poids de l’appareil, pilote compris, étant de 500 kg et la force ascensionnelle de l’air à 200° de 555 gr., on conçoit que, les poches étant gonflées avec de l’air à cette température, l’aéroplane devra déplacer environ 1000 m3 d’air au moment où il deviendra plus léger. La capacité du réservoir‘d'air chaud pourrait être gênante. Contenant de l’air à 200", il devrait avoir 200 m3 ; mais on diminuera le volume en augmentant proportionnellement la température qui peut être aisément portée à 4 ou 500". Le volume du réservoir peut donc, pratiquement, ne pas dépasser 200 m3.
- Il importait, dans les calculs précis qui ont été effectués, de tenir compte des pertes de chaleur par rayonnement et par contact de l’air, ces dernières étant très importantes pendant que l’appareil est en vitesse. Elles ont été supprimées en grande partie par l’emploi d’une double enveloppe dans laquelle l’inventeur place un corps athermique : les gaz d’échappement refroidis. On sait, en effet, d’après les expériences de Tyndall, que les gaz composés arrêtent presque complètement la chaleur, même
- Fig. 2. — L’aéromobile dégonflé progresse comme un aéroplane.
- tuyaux nécessaires doivcnL varier de 85 m2 à 48 m2.
- D’autre part, la détente brusque des gaz produisant un énorme abaissement de température, il importe donc d’éviter toute détente et d’obliger les gaz chauds à circuler dans la tuyauterie à une pression égale à celle qu’ils possèdent à leur sortie du moteur. Peut-on obtenir ce résultat sans produire une contre-pression sur les pistons? Pour éviter cette contre-pression il suffit.de se tenir toujours légèrement au-dessous delà pression à la sortie de l’échappement. Il serait encore possible de placer un robinet sur la conduite afin d’emmagasiner dans les tuyaux des gaz d’échappement refroidis, il est vrai, mais conservant la pression désirée. Ün pérorait, au début, la chaleur de quelques cylin-
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- L’AÉROMOB] LE COSTANT1NJ
- drées pour réchauffer ce gaz, mais on ouvrirait ensuite le robinet pour permettre un écoulement de gaz égal à la quantité que l’on y introduit dans l’unité de temps, de façon à tenir constante la pression dans la tuyauterie.
- Enfin une dernière question essentielle reste à envisager parmi toutes celles que comporte le curieux problème posé par M. Costantini : la nécessité de constituer des orifices permettant l’écoulement instantané des gaz du réservoir dans les enveloppes
- lorsque l’appareil doit passer du plus lourd que l’air au plus léger. Ce passage de l’air à 400° peut s'effectuer en trois ou quatre secondes.
- Description (fig. 5-4). — L’appareil comporte une surface sustentatrice de monoplan S, un gouvernail de profondeur P, un gouvernail de direction I), un moteur de 50 CV. M, une hélice II. Le réservoir R, fait en métal-liège (tôle de 2/10 de mm.) pèse 170 kilogrammes. L’ensemble atteint 400 kilogrammes environ.
- Les poches TT flanquent le réservoir. L’air devant être maintenu à la température constante de 400 degrés à l’intérieur du réservoir on allume d’abord les brûleurs B avant de mettre en marche le moteur, puis on laisse aux gaz d’échappement le soin d’entretenir cette température. Les gaz sortent du moteur par le tuyau A, circulent dans l’intérieur du réservoir et vont remplir la chemise C. L évacuation à l’air libre est réglée par le robinet E qui permet d’éviter la compression dans la chemise et d’y maintenir une pression constante.
- Les soupapes G G', très grandes, sont utilisées par le gonflement des poches qui s’effectue instantanément; elles s’ouvrent et se ferment à la commande du pilote.
- A la partie supérieure de chaque enveloppe se trouve encore une soupape qui s’ouvre sous la poussée de l’air extérieur en même temps que celle d’entrée d’air chaud. Le mélange de l’air frais et de celui à 400° prend la température de 200°, les quantités étant égales. Lorsque l’on veut dégonfler les poches, les soupapes supérieures, ouvertes par le pilote, laissent échapper l’air chaud dans l’atmosphère.
- Ajoutons enfin que le volant V actionne le gouvernail de direction, que le siège du pilote est en P et en F' celui d’un passager.
- Au moment du départ, la température de l’air du réservoir ayant été portée à 400° à l’aide de brûleurs, on ouvre les soupapes, les poches se gonflent et l’appareil s’enlève verticalement, comme un dirigeable. L’aviateur sait toujours à quelle hauteur il va s’élever puisqu’il connaît la force ascensionnelle de la masse d’air chaud qu’il possède. S’il veut diminuer la valeur de cet te. force ascensionnelle, il lui suffira d’ouvrir progressivement le robinet de sortie E ; les gaz d’échappement ne circulant plus à pression constante se dilatent, donnent moins de chaleur au réservoir et l’air se refroidit. Si le moteur s’arrête pour une cause quelconque, l’appareil reste en l’air comme un sphérique et le pilote peut choisir son lieu d’atterrissage; il retardera la descente s’il a soin d’entretenir la chaleur intérieure à l’aide des brûleurs qui ont déjà servi à élever à 400° la température initiale à l’intérieur du réservoir, au moment du départ.
- En somme, la difficulté de conduite de cet engin réside uniquement dans le réglage de la sortie des gaz d’échappement du moteur qui doivent être maintenus constamment à une pression très voisine
- Fig. 4.
- Coupc transversale de Vaéromobile.
- de celle qu’ils possèdent à la sortie des cylindres du moteur.
- Un appareil de navigation aérienne, conçu sur ces données, présente un intérêt incontestable puisqu’il supprime les principaux inconvénients que l’on reproche à l’aéroplane : départ sur piste, chute par suite d’arrêt du moteur, vitesse obligatoire, qu’il remplace au contraire par les avantages reconnus au dirigeable : enlèvement et stationnement sur place, atterrissage en un lieu choisi et retardé s’il est nécessaire. La solution est très séduisante et nous attendons impatiemment les premiers essais.
- Lucien Fournier.
- Fig. 3.
- Coupe longitudinale de Vaèromobile Costantini.
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- LA PLANETE MARS — LA QUESTION DES CANAUX
- Parler de la planète Mars, c’est évoquer tout de suite la question de ces fameux canaux, dont la découverte, annoncée par M. Schiaparelli en 1877, intrigua si vivement le monde savant et le grand public. \ers la fin de l’année dernière, Mars est passé à une très faible distance de nous, et les circonstances ont été ainsi des plus favorables pour les observateurs qui se sont attachés à la résolution de ce problème' d’astronomie planétaire. Nombreuses sont les hypothèses mises en avant pour expliquer les apparences singulières d’un réseau géométrique de « canaux » recouvrant le sol de la planète.
- D’aucuns y voient l’œuvre d’une humanité martienne, sœur lointaine de la nôtre, luttant pour la vie en construisant des ouvrages gigantesques destinés à utiliser et distribuer au mieux une eau que la configuration aréographique montre bien plus rare que sur la Terre.
- D’autres y voient des rivières, des bras de mer, de la végétation, des crevasses dans le sol ou la glace, etc.
- D’autres enfin, notamment en ces derniers temps, affirment, au contraire, qu’il n’y a point de canaux sur Mars. Ce que nous apercevons ne serait, en quelque sorte, que l’intégration d’une foule de détails trop petits pour être perçus individuellement, et dont la vision confuse produirait les aspects observés.
- Exposé de la question des « canaux » de Mars. — Rappelons tout d’abord l’état de la question des « canaux » de Mars au début de l’année dernière.
- Âpres l’opposition de 1877, et plus spécialement après celle de 1881-1882, M. Schiaparelli, directeur de l’observatoire de Milan, annonça avoir observé sur Mars, reliant les taches principales dénommées « mers », des lignes sombres, rectilignes, étroites, ayant dés longueurs considérables et s’entre-croisant dans toutes les directions. Ces lignes qu’il baptisa du nom de « canaux », se dédoublaient parfois, en un temps très court, en deux lignes parallèles. C’est le phénomène de la « gémination ». A l’intersection des « canaux » apparaissaient généralement des nodosités que Schiaparelli considéra comme des « lacs ».Pour M.Loxvell, les « canaux » constituent nn système d’irrigation spécial des eaux de fusion
- des calottes polaires. Nous ne voyons pas les « canaux » eux-mêmes, mais la végétation qui en est la conséquence. A l’intersection des « canaux », les nodosités deviennent des « oasis ». Avec M. Lowell le nombre des « canaux » croît extraordinairement et dépasse 400. La planète se recouvre d’un véritable réseau géométrique de lignes fines, nombreuses et serrées comme les mailles d’un filet, et qui la plupart du temps restent droites malgré la rotation de la planète. Ces lignes ont jusqu’à 6000 kilomètres de longueur sur 50 à 500 de largeur. De là à conclure que ce système est l’œuvre d’êtres intelligents, il n’y a qu’un pas, qui est franchi par l’observateur américain.
- Cependant, après lui1, M. Barnard, armé de la
- grande lunette de 0 m. 91 de l’observatoire Lick (celle de M. Lowell a 0 m. 60), ne voit pas sur Mars les canaux de Schiaparelli et de Lowell. W.-H. Pickering, de son côté, ne peut observer aucun phénomène de gémination. « L’astronome milanais, conclut M. André, a certainement aperçu sur le disque de Mars des détails jusqu’alors inconnus et d’ailleurs, sans doute, imprécis; mais, par un effet assez fréquent dans l’observation des détails à la limite de la visibilité, leur aspect réel a inconsciemment été trans-' formé par l’œil et la notion de canal résultant de cette transformation doit être rangée parmi les illusions d’optique. »
- Tel est également l’avis de MM. Maunder et Cérulli, pour lesquels les canaux « sont simplement la somme d’une complexité de détails qui sont beaucoup trop petits pour pouvoir être jamais distingués séparément. »
- Telle est également la conclusion de fort ingénieuses expériences qui ont élucidé ce qu’on pourrait appeler la psychologie du problème et le rôle de l’autosuggestion dans la visibilité de ces fameux canaux.
- MM. Maunder et Evans, expérimentant en Angleterre, en 1905, sur vingt élèves âgés de 12 à 14 ans et Newcomb en Amérique, en 1907, sur les astro-
- 1 Ch. André, Les Planètes.
- Année. 1001
- Opposition. Fév. 22 Diamètre. J 5",8
- Eclat max. 20,9
- 1903 Mars 29 14", 7
- 100.Ï Mai S 11",A 39
- 1907 Juill. 6 22", 9 79
- 1909 Sept. 2 24",0 90
- 1911 Nov. 23 18", 3
- 19 U- 1916
- Jan. 3 Fév. 9-10 13",0 13",9
- 27 21
- Année. 1918
- Opposition. Mars 15 Diamètre. 14", 1
- Eclat max. 22
- 1920 1922
- Avril 21 Juin 10 16",O 20".5
- 51 39
- 1924 Août 23 25",1 100
- 1926 Nov. 4 20",4 60
- 1928 1931
- Déc. 21 Jan. 27 16",0 14", 1
- Mars 1 13",9 21
- Année. 1953
- Opposition. Avril 6 Diamètre. 13",0
- Eclat max. 26
- 1937 1939 1941 1943
- Mai 19 Juill. 23 Oct. 10 Déc. 3 18",4 24", 1 22",8 J7".3
- 44 90 79 39
- 1946 1948 1930
- Jan. 15-14 Fév. 17 Mars 23 14",G 13",8 14",4
- 23 20,9 25
- Fig. i. — Variation de la grandeur apparente du diamètre maximum de Mars pendant les oppositions de iqoi à iç5o.
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- 246 -----—LA PLANÈTE MARS
- nomes les plus habitués à l’étude de Mars (W.-H. Piclcering, E. Barnard, etc.), ont eu l’idée de dessiner dans un cercle blanc des objets quelconques et sans lignes droites. Ces croquis ont été soumis aux dessinateurs, à des distances variables, et presque tous y ont vu des canaux rectilignes. Bien plus, des dessinateurs qui, placés trop loin de l’objet h représenter, y avaient d’abord vu des lignes droites, ont continué à les voir lorsqu’on le leur a fait dessiner une seconde fois à peu de distance. La conclusion de M. André est que « la canalisation de MM. Schiaparelli et Lowell n’a pas plus de base objective que les canaux tracés par les dessinateurs ci-dessus d’après le modèle en papier. »
- Cependant Lowell avait annoncé, en 1905 et 1907, avoir photographié les « canaux » de Mars.
- Or les épreuves photographiques de l’Obser-vatoireLowell (voir figure 11), montrent bien les grands «canaux», tels que l’Indus, les extrémités de l’Hiddekel et du Gehon, la Nilo-syrtis et le Pro-tonilus, le Gange, large et diffus, mais il n’y a aucune trace des fins canaux géométriques. Seuls certains alignements de grains d’argent peuvent donner l’impression de canaux fins, mais ces alignements sont variables d’un cliché à l’autre.
- On le voit, la discussion est loin d'être close. Elle semble pourtant se préciser dans le sens « anti-canaliste », chaque nouvelle période de visibilité de la planète amenant un progrès dans ce sens avec le perfectionnement croissant des moyens d’observations, principalement dans4e domaine de la photographie.
- Opposition de Mars de 1909. — D’importants résultats ont été ainsi acquis en 1909, grâce à la très grande proximité de la planète. On sait, en effet, que, par suite de la disposition des orbites de la
- Terre et de Mars, ces deux planètes arrivent à leur minimum de distance tous les 15 ou 17 ans environ; et si l’opposition de Mars tombant le 24 septembre 1909 n’a pas coïncidé avec le plus grand rapprochement possible, la planète a offert, malgré tout, un disque de 24" de diamètre (le maximum étant 25", 1). Certaines oppositions sont meilleures, comme on peut le voir dans la figure 1, dressée par M. Baldet, et retraçant, d’après M. Enzo Mora \ les oppositions de 1901 à 1950.
- La dernière opposition, pour nos latitudes, a été beaucoup plus favorable que celle de 1892 où la
- distance à la Terre était également minimum. Mais tandis qu’en 1892 Mars ne s’est pas élevé à plus de 18° au-dessus de l’horizon de Paris, il atteignait 57° en 1909.
- Ces conditions avantageuses ont donc permis de réaliser des observations fort importantes : nous ne pouvons qu’en résumer les principales, et notamment les conclusions des travaux faits en France.
- On retrouvera tous les noms des détails martiens cités ici sur la belle carte générale reproduite plus loin (fig. 10).
- Observations de MM. Quénis-set et Antoniadi, à J uvisy. — M. Flammarion, dont on connaît les beaux travaux sur Mars, et auquel on doit, en particulier, deux ouvrages résumant tout ce qui a été fait sur cette planète, a fait procéder, à l’Observatoire de Juvisy, à des observations assidues. MM. Quénisset et Antoniadi ont obtenu une série de dessins, le premier à l’équatorial de 0 m. 24, le second au moyen d’un télescope de Calver de 0 m. 216.
- Un assez petit nombre de « canaux » larges et diffus ont été vus.
- Il est intéressant de noter, en outre, l’extrême
- 1 As-lr'on’omische Ndchrichlen,ün 4579. . '
- J' septembre 1909, 25h IB™. Lacus Solis, Mare Siremnn.
- 5 septembre 1909, 22H3”>. Auroræ Sinus, Lacus Solis.
- fi septembre 1909, 2lh33m.
- Sinus Salæus, Margaritifer Sinus, Auroræ Sinus.
- 7 septembre 1909, 0h10l». Auroræ Sinus, Lacus Solis.
- Fig. 2 à 5. — Dessins de la planète Mars pris aux observatoires de M. Jarry-Desloges par M. G. Fournier. Équatorial de om,37.
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- pâleur des détails martiens, et même leur invisibilité dans la seconde quinzaine d’août, aux endroits où le sol de la planète perdait sa teinte ordinaire pour devenir jaunâtre.
- M. Antoniadi explique cette apparence par un léger nuage (brume, cirrus) recouvrant une partie de la planète et transmettant, par transparence et plus ou moins atténuée, la coloration du sol. Il y a là une confirmation intéressante d’une remarque faite en 1895, par M. W.-H. Pickering, qui concluait de ses photographies que les nuages de Mars étaient jaunes.
- Observations de MM. Jarry-Desloges, G. etV. Fournier, au Revard et au Massegros. — M. Jarry-Desloges a utilisé deux observatoires temporaires munis d’excellents instruments : un équatorial avec
- particulièrement dans Mare Sirenum et Mare Cim-merium.
- En septembre, à certains moments de calme atmosphérique complet, on aperçut, dans quelques régions grises, une multitude de fins détails impossibles à dessiner, tant ils étaient nombreux.
- Beaucoup de « canaux » ont été vus (fig. 2 à 5). Si l’on classe ces « canaux » en o groupes : 1° les larges bandes grisâtres ; 2° les apparences linéaires de moyenne largeur, assez sombres et dont les rivages sont bien délimités ; 5° les lignes fines qui, en général, sont à la limite de la visibilité, les conclusions de M. Jarry-Desloges (Comptes rendus, 26 octobre 1909) sont les suivantes : «... Certaines bandes du premier groupe se voient parfois sûrement; par les meilleurs images, elles semblent
- 10 octobre 1909, 22'* 0">. 20 octobre 1909, 20>‘ 0“.
- Anroræ Sinus, Lacus Solis. Deltoton Sinus. Sinus Sai'æus.
- Fig. 6 et 7. — Dessins de la planète Mars pris par M. IL Crouzel à l’équatorial de om,38 de VObservatoire de Toulouse.
- [Le 20 octobre, une projection était visible sur le limbe ouest qu’elle déformait.)
- objectif de Schaer de 0 m. 57 au Mont Revard, près-d’Aix-les-Bains (altitude : 1550 mètres); et un équatorial de 0 m. 29 avec objectif de Merz, au Massegros, dans la Lozère (altitude 900 mètres). En septembre, avec l’arrivée du mauvais temps, l’observatoire du Revard fut transporté à Toury, dans la plaine de Beau ce, entre Étampes et Orléans.
- M. Jarry-Desloges s’est adjoint comme observateurs MM. G. et Y. Fournier.
- En juin et juillet, les plages assombries delà planète étaient d’une pâleur excessive et différaient totalement de ce qu’elles étaient en 1907 , à l’époque correspondante de la saison martienne. Au début d’août, on observa un renforcement des teintes de certaines régions ; en septembre, les plages sombres avaient repris leur coloration grisâtre habituelle. De nombreuses et très importantes variations de forme, de teinte et d’étendue furent constatées,
- se résoudre en un certain nombre d’éléments. Il en est de même de certains canaux du 2e groupe, en particulier de Coprates et Nilosyrtis, mais ils n’ont pu être résolus en plus fins détails. Quant aux apparences linéaires du 5e groupe, nombre d’entre elles ont été vues simultanément par MM. Fournier au Revard et au Massegros. Reste à savoir si ces apparences, une fois reconnues réelles, sont produites par des lignes droites, ondulées, interrompues, ou par toute autre espèce de détails réels. Je crois prématuré d’émettre un avis à ce sujet ».
- Observations de M. Crouzel, à Toulouse. — Pendant le mois d’octobre, M. H. Crouzel a utilisé l’équatorial de 0 m.* 58 de l’Observatoire de Toulouse. Nous reproduisons (fig. 6 et 7) deux des dessins de cet observateur.
- Les « canaux » de premier ordre y sont seuls visibles : « Les canaux que reproduisent tous mes des-
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- LA PLANETE MARS :
- sins, dit M. Crouzel, ont été Lien visibles, mais leur aspect a présenté de profondes différences. Seuls, Agàthodæmon et le canal qui réunit Àuroræ Sinus à Fons Juventæ sont absolument distincts. D’autres sont indécis et me «semblent dus à la vision imparfaite de détails délicats.... ».
- Observations de M. Antoniadi, à Meudon. — A partir du 20 septembre, M. Antoniadi s’est servi du grand équatorial de 0 m. 85 dé l’observatoire de Meudon, grâce à une aimable.autorisation du directeur, M. Deslandres.
- L’objectif de : cette lunette est d’une rare perfection optique (il est dû aux frères Henry), et, par ses dimensions, il est le troisième du monde1. Yu dans cet instrument, Mars devient une planète « naturelle » présentant des taches quelconques, sans formes géométriques (fig. 8 et 9). Le réseau géométrique
- nous reviendrons plus loin, prouvent que « les taches grises, ainsi que l’a toujours soutenu M. Flammarion, sont sujettes à de vastes modifications de contours, témoin Syrtis Major revenue, après tant de métamorphoses, à son aspect de 1864. »
- Le beau planisphère (fig. 10) résume l’ensemble des dessins pris à Meudon et doit être considéré comme la représentation la plus exacte de la surface de la planète réalisée jusqu’ici.
- Photographies de la planète Mars. — Les belles photographies obtenues en 1905 et en 1907, à l’Observatoire Lowell, par MM. Lampland etTodd (fig. 11), ont engagé, en 1909, les astronomes disposant d’un outillage perfectionné, à réunir un grand nombre d’images de la planète. En France, nous citerons MM. le comte de la Baume Pluvinel et F. Baldet, à l’Observatoire du Pic-du-Midi, M. Idrac à l’Observa-
- S novembre 1909, 20MS™. -Mare Sirenum, Sijmplegades, Mare Cimmerimn.
- 9 novembre 1909, 20h IB™. Mare Sirenum au centre.
- Fig. 8 et ç. — Dessins de la planète Mars pris par M. E.-M. Antoniadi au grand équatorial de om,83 de l'Observatoire de Meudon.
- des canaux s’évanouit comme par enchantement et ces faibles lignes, semblables à des fils d’araignée, que l’on aperçoit par instants de 1/4 ou de 1/5 de seconde avec les instruments plus petits, ne gagnent pas à être vues avec la grande lunette. Et même, lorsque l’image est parfaite, on n’en voit plus aucune. Il y a là uneéclatante confirmation d’une assertion deM. Edwin B. Frost, directeur de l’Observatoire Yerkes, qui déclare la lunette de cet établissement (de 1 m. 05 d’objectif), « trop puissante pour les canaux ». Seuls les « canaux » de premier ordre augmentent d’intensité et certains d’entre eux, représentés jusqu’ici comme lignes fines et droites, sont décomposés en taches isolées. Les détails deviennent si nombreux qu’il est impossible de les représenter.
- Les observations de M. Antoniadi, sur lesquelles
- 1 Yerkes = 1 m. 05 ; Lick : 0 m. 91 ; Meudon • 0 m. 83.
- toire de Meudon; et en Amérique, M. Haie, à l’Observatoire du Mont-Wilson, Barnard, à l’Observatoire Yerkes et Lowell à l’Observatoire de Flagstaff.
- MM. de la Baume Pluvinel et Baldet ont utilisé, à l’Observatoire du Pic-du-Midi, le nouvel équatorial double. Celui-ci se compose d’un réflecteur et d’un réfracteur juxtaposés, réunis dans un corps unique à section rectangulaire. Le miroir du télescope a 0 m. 50 de diamètre et l’objectif du réfracteur 0 m. 25. La distance focale commune est de 6 m. Le télescope a surtout été utilisé pour l’obtention des clichés. L’altitude de l’observatoire (2877 m.) est un facteur très important de réussite étant donnés la transparence et le calme de l’air dans ces hautes régions.
- L’image de Mars au foyer du miroir est extrêmement réduite et il faut pouvoir l’agrandir suffisamment. Au moment de l’opposition, cette
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- ORIENS
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- 180 190 200 210 220 230 240 250 260 270 280 290 300 310 320 330 340 350 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 110 120 130 140 150 160 170 180
- -70
- +40
- +50
- +60
- 180 190 200
- 210 220 230 240 250 260 270 280 290 300. 310 320 330 340 350 0 10 20 30 40 50 60 70 .80 90 100 110 120 130 -^h^/l80
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- Fig. 10. — Carte générale de la planète Mars d'après les observations faites en içoç au grand équatorial de l'Observatoire de Meudon, par M. E.-M. Antoniadi. Abréviations : M. = Mare; S. — Sinus: Fr. — Fretum; L. — LacusyFl. = Fluvius; R. = Regio; I. = Insula; Ch. = Chersonesus; Pr. = Promontorium).
- OCÇIDENS
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- image n’atteignait, en effet, que 0,8 mm, mais l’adjonction d’une lentille divergente a permis d’obtenir des disques variant de 5 à 5 mm de diamètre. Sur chaque plaque, on a obtenu de 16 à 25 images, en déplaçant légèrement l’instrument d’une pose à l’autre. Le nombre des clichés ainsi réalisés en septembre et octobre est de 80 contenant 1550 images de la planète, réparties sur toutes les longitudes. Pour la première fois, il sera possible de dresser un planisphère basé sur les mesures précises des photographies.
- Afin de rendre plus sensible le contraste entre les terres de couleur jaune de Mars avec les régions foncées, la lumière a été filtrée par des écrans colorés. Celui de MM. Lumière pour l’emploi des plaques autochromes a donné d’excellents résultats.
- Les conclusions d’une note préliminaire de MM. de la Baume Pluvinel et Baldet sont particulièrement intéressantes : « Sans vouloir énumérer les détails de la surface martienne qui sont visibles sur nos photographies, nous dirons qu’un observateur connaissant bien la topographie de Mars parvient à identifier, sur nos clichés, presque tous les détails qu’il a observés dans la lunette. Les canaux de premier ordre sont visibles sur nos photographies; citons, par exemple, l’Indus, le Ganges, l’Araxes, le Cy-clops, l’Euphrates, etc.
- Quant au réseau de canaux fins, aux formes géométriques, que certains observateurs ont vu dans l’hémisphère nord, et dont l’existence est encore discutée, nous ne pouvons en retrouver la trace sur nos clichés. »
- Les photographies prises par M. Idrac, à l’aide de l’objectif photographique (diamètre :0 m. 62) de la grande lunette de Meudon, ne permettent pas de porter un jugement sur le réseau géométrique des canaux.
- Celles de M. Haie obtenues à l’Observatoire du Mont Wilson, et qui ont soulevé un enthousiasme énorme lors de leur présentation à la Société royale astronomique de Londres ne montrent pas davantage ce réseau, mais contiennent une foule de détails. Elles sont les plus belles et les plus parfaites réalisées jusqu’à ce jour. Il est vrai qu’elles ont été effectuées à l’aide d’un miroir de télescope ayant 1 m. 50 de diamètre, et d’une exécution absolument parfaite. On aura d’ailleurs une idée de la valeur de cet instrument en songeant que M. Haie y employait couramment pour Mars des grossissements de 800 diamètres révélant une quantité infinie de faibles objets topographiques. Mais aucune structure géométrique n’a pu être constatée.
- Enfin, les épreuves de M. Barnard, prises à l’Observatoire Yerkes, montrent aussi une structure très complexe. Les images ont été agrandies jusqu’à 18 mm de diamètre. Mars, à cette échelle, présente beaucoup plus de détails qu’on ne l’avait imaginé jusqu’ici. Les « canaux » apparaissent comme des taches pâles, en forme d’ombres diffuses et de peu d’étendue.
- Ainsi donc, tes photographies ne montrent pas le réseau géométrique des « canaux ».
- Conclusions des observations de Meudon. — C’est également la conclusion des belles observations visuelles effectuées à Meudon par M. Antoniadi, lequel m’écrivait dernièrement :
- « 1° Le réseau géométrique de M. Lowellest essentiellement subjectif, car il disparaît dans la lunette de Meudon qui montre des détails bien autrement délicats que ceux observés à Flagstaff.
- « 2° Le système des « canaux » de M. Schiapa-relli a, par contre, une base objective, en ce sens que là où l’illustre astronome milanais a dessiné une bande grise, la surface de Mars présente, soit un groupe d’estompages, soit une tache isolée, soit un bord d’estompage. Ainsi la question des « canaux » est élucidée : les régions continentales de la planète sont recouvertes d’une grande quantité de taches grisâtres, irrégulières de forme et de ton, dont les groupements sporadiques donnent lieu, dans les petits instruments, au système des « canaux » de M. Schiaparelli. Ce ne sont pas là des canaux, mais bien les groupements des taches naturelles des déserts martiens, groupements disposés en traînées irrégulières pour une raison aréolo-gique probablement analogue à celle qui a plissé l’écorce terrestre en vallées et chaînes de montagnes. Personne n’a jamais vu un seul véritable canal sur Mars.
- « Il m’est agréable de rendre justice à M. Millo-chau, aujourd’hui astronome à l’Observatoire de Paris, qui a le premier signalé la résolution de ces « canaux » en leurs principaux éléments, résolution qu’il a justement attribuée au grand pouvoir séparateur de l’objectif de Meudon. »
- Nous terminerons en rappelant les conclusions de M. Millochau publiées en 1901, puis en 1905, dans le Bulletin de la Société astronomique de France : « Les canaux, disait-il, qui, dans les lunettes moyennes, se voient comme des lignes légères, assez fines, mais un peu floues, perdent cette apparence dans la grande lunette de Meudon ; ils semblent alors formés de masses sombres, discontinues,
- Sinus Salæus. Sijrtis Major. Ganges, Locus Solis.
- Fig. U. — Photographies directes de la planète Mars obtenues lors de l'opposition de iço~,par M. Lampland, à VObservatoire Lowell.
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- à bords déchique Lés, formant des sortes de chapelets, qui sont réunis en lignes par l’œil lorsque la vision n’est pas concentrée sur un point.... Cet aspect ne doit pas tenir à un défaut de l’objectif employé, car certaines mers apparaissent bordées de rivages aussi nets que s’ils avaient été tracés au tire-ligne, il doit surtout tenir au grand pouvoir
- séparateur de cet objectif qui permet de mieux définir les petits détails. »
- Nous sommes heureux de constater que c’est à l’Observatoire de Meudon et à ses habiles observateurs, que revient l’honneur d’avoir enfin mis au point cette question si controversée des « canaux » de Mars. Em. Touchet.
- LA COLORATION ARTIFICIELLE DES FLEURS
- Ce n’est pas la première fois que La Nature s’occupe de la coloration artificielle des fleurs. En 1875, elle signalait déjà à ses lecteurs que M. Filhol utilisait l’éther ordinaire additionné d’ammoniaque pour modifier par immersion les couleurs des fleurs. Le géranium rose, la pervenche violette, la julienne lilas, la campanule bleue, le myosotis, l’ancolie et l’héliotrope prennent une teinte verte caractéristique. Avec le pois de senteur, l’étendard violet devient bleu foncé, les pétales de la carène étant vert clair. Les roses blanches, la camomille des jardins et la reine des prés ont des nuances jaunes dans l’éther ammoniacal. Le bouton d’or, la giroflée des murailles et le souci des jardins ne sont pas altérés b
- Un autre procédé pour modifier la coloration des fleurs est celui qui consiste à faire pénétrer, dans les tissus des pétales de la fleur, delà matière colorante. On serappelle comment en 1892 une jeune ouvrière de Paris lança les œillets verts qu’elle avait accidentellement obtenus une première fois en plongeant dans un produit tinctorial la tige des œillets qu’elle portait à son corsage. On sait d’ailleurs que les solutions colorées servent parfois en physiologie végétale à mesurer la vitesse avec laquelle s’eflectue le transport de l’eau dans la plante. Ce mode de coloration, bien qu’un peu brutal, présente l’avantage inappréciable de donner des résultats plus rapides et plus variés que les procédés de culture utilisés par les horticulteurs. Certes, on peut avoir ainsi des mécomptes, mais il est possible d’obtenir de cette façon des corolles teintées de la manière la plus délicate. M. Duchaussoy, professeur au lycée d’Amiens, dont j’aurai l’occasion de parler au cours de cet article, m’en a montré dans son laboratoire de fort beaux échantillons.
- La réussite de telles tentatives de coloration est subordonnée à certaines conditions. La première connue résulte des recherches de MM. Planchon et Houdas au laboratoire de-l’École de Pharmacie de Paris4. Ces deux chimistes sont arrivés aux conclusions suivantes : 1° Les matières colorantes basiques ne colorent pas les fleurs par montée ; la matière colorante est immédiatement absorbée par la partie de la tige qui est en contact avec elle et ne chemine pas dans les vaisseaux ; 2° les matières colorantes acides peuvent, en général, servir à colorer les fleurs par montée. La rapidité avec laquelle les différentes malières colorantes pénètrent jusqu’à la fleur est très variable. Les unes, telles que les verts acides, l’éosine, la sùlfo-fuchsine montent avec une grande rapidité. D’autres, principalement les bleus et les bruns, pénètrent assez lentement dans la fleur.
- Quand la matière colorante ne monte pas dans la plante, on a toujours la ressource de tremper directement les corolles dans la dissolution de la couleur ; mais on risque
- 1 Voir La Nature du 25 septembre 1875.
- 2 Voir dans Lu Nature, les articles de (î. Tissandier (1892, I, p. 202 et '571).
- fort de n’obtenir ainsi qu’un détestable maquillage.
- MM. Planchon et Houdas ont également donné les renseignements pratiques suivants : les couleurs qui donnent les meilleurs résultats dans la coloration artificielle des fleurs sont :
- Pour les verts : vert sulfo.
- Pour les rouges : éosine, ponceaux de xylidine et sulfo-fuchsine ;
- Pour les bleus : bleu de triphénylrosaniline trisulfonée.
- Pour les jaunes : acide picrique b
- Ces intéressants résultats ont été confirmés et complétés par M. II. Duchaussoy qui a fait sur ce sujet des milliers d’expériences, utilisant plus de 200 matières colorantes artificielles et opérant sur près de 600 plantes différentes2.
- Voici les résultats des observations faites par M. Duchaussoy sur les fleurs coupées. 11 a reconnu que les fleurs coupées doivent être très fraîches et mises en expérience le plus tôt possible après la cueillette. U explique les insuccès causés par l’inobservation de ces conditions, en faisant remarquer que l’ascension des matières colorantes acides est facilitée par l’évaporation qui se produit à la surface des feuilles el des fleurs, et que, si le rameau est plus ou moins fané, l’évaporation est ralentie ou suspendue, et la couleur cesse démonter. Goppelsrœder — qui s’est également occupé de la question — pense qu’il se forme, sur la section des fleurs cueillies depuis un certain temps, des masses gommeuses qui bouchent les vaisseaux ; de sorte que, même sous une pression importante, aucune matière colorante ne peut pénétrer dans la tige. D’après Goppelsrœder, suivant la constitution des matières colorantes, la sève de la plante — qui contient plus ou moins d’éléments réducteurs — peut hydrogéner celles-ci, de sorte qu’elles ne montent pas comme telles, mais comme chromogènes; ainsi, avec le carmin d’indigo, certains sucs végétaux ont donné de l’indigo blanc ; mais en coupant les tiges, l’action de l’air a régénéré l’indigo bleu.
- Les expériences suivantes, de M. Duchaussoy, méritent d’être rapportées ici : elles intéresseront la plupart de nos lecteurs qui ne manqueront pas d’essayer d’obtenir les colorations les plus délicates et les plus variées sur les fleurs coupées qu’ils ont si souvent à leur disposition. Dans une éprouvette à pied contenant, une dissolution de violet acide SR (O), 5 on met quelques tiges d’iris varie-
- 1 Planchon et Houdas, Sur les fleurs colorées artificiellement [Journal de Pharmacie et de Chimie), 1892, XXV, p. 380!
- 2 Mémoires de la Société linnéenne du Nord de la France, I. XII, 1905-1908.
- 3 Les colorants essayés sont indiqués ici par leur nom technique. — Voir Dr P. Cazeneuve, Répertoire analytique des matières colorantes artificielles. Les fabriques les plus importantes sont désignées par les abréviations adoptées par Léon Lefèvhe : Traité des matières colorantes artificielles.
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- gala : la couleur apparaît en moins de 12 heures dans les pièces du périanthe, le filet des étamines et les lamelles du stigmate pétaloïde. Avec la nivéole d’été et le perce-neige, on obtient de nombreuses lignes parallèles. Dans le muguet de mai, comme dans l’ail des ours, les filets des 6 étamines sont colorés ainsi que la nervure médiane des diverses pièces de l’enveloppe florale. L’effet décoratif est remai’quable avec l’ail de Naples, lorsqu’on utilise des dissolutions de tartrazine, de ponceau spécial, de bleu corsé, de violet acide, de vert de Guinée, ou de Bordeaux S. En faisant monter un noir bleu dans l’ail doré, on obtient des lignes noires. Dans le lis de Saint-Bruno, on colore les 6 filets des étamines et trois nervures parallèles apparaissent dans les six pièces du périanthe. Avec la saxifrage granulée, cinq nervures apparaissent dans chaque pétale. En plaçant un cyclamen à fleurs blanches, dans une dissolution de violet acide B(0), l’ascension de la matière colorante apparaît dès la 2e heure; au bout de 12 heures, la fleur est colorée en violet rouge ; la teinte accentuée est uniforme, sauf une bordure de 2 à 3 millimètres restant blanche. Avec le rouge Bordeaux S, les spathesde l’arum de Richard sont sillonnées de rouge : la coloration, visible après 4 heures, devient intense en moins d’une journée. Les pédoncules, les écailles de l’involuere et les: akènes des composées se colorent rapidement, dans les dissolutions de vert sulfo J, de violet acide R bu d’azogrenadine ; l’effet est très ornemental avec les matricaires et les' anthémis à fleurs doubles, les achillées, coreopsis et pyrèthres des jardins. La nuance obtenue, remarque M. Duchaussoy, peut être une combinaison de la couleur naturelle de la fleur et du colorant employé : en plaçant des jonquilles et des narcisses jaunes dans du bleu carmin V, on voit en vert les ramifications des nervures ; elles deviennent orangées dans le violet acide R ou le Bordeaux S. Une branche d’eucalyptus, un rameau d’echinops, une tige de typha jeune prennent des teintes curieuses dans l’édsine acide, le ponceau spécial, le vert de Guinée ou le bleu carmin. Le staebys laineux, placé dans l’éosine ou la sorbine, a le limbe des feuilles coloré en rouge, tandis que les poils restent blancs. La sauge sclarée donne aussi des feuillages de fantaisie. A volonté, on pourra modifier la couleur des panachures de certaines spirées des jardins.
- Le mélange des couleurs acides permet d’obtenir des nuances variées. Avec la tartrazine et le ponceau spécial, M. Duchaussoy a obtenu toute une gamme de narcisses et de lis orangés, allant du jaune au rouge. On obtiendra des fleurs violettes avec des colorants rouges et bleus. On peut d’ailleurs plonger le rameau dans une première dissolution, puis dans une autre pour avoir des pana-chüres variées.
- Goppelsrœder a trouvé que si l’on mélange un colorant basique et un colorant acide, ce dernier seulmonte. Dans des dissolutions d’acide picrique et de fuchsine, un rameau de groseillier noir (cassis) se colore en jaune ; il est rouge dans un mélange de phloxine et de vert malachite, d’éosine et de bleu soluble, ou d’azorubine et de bleu méthylène. Ainsi, on savait, depuis les expériences de Planchon et Houdas, que les matières colorantes basiques ne montaient pas dans les fleurs et que les colorants acides montaient en général ; on sait maintenant qu’un colorant acide est impuissant à entraîner avec lui, dans la fleur, un colorant basique qui lui est mélangé.
- En expérimentant sur les plantes vivantes, M. Duchaussoy est arrivé à une conclusion fort intéressante ; nous avons vu que, parmi les colorants, seuls les colorants acides peuvent monter dans la fleur; d’après M. Duchaus-
- soy, les colorants acides eux-mêmes ne sont pas absorbés par les plantes vivantes dont les racines sont intactes. R semble que pour obtenir l’absorption du colorant acide, il soit nécessaire de blesser ou de couper quelques radicelles. Voici quelques expériences de M. Duchaussoy qui mettent cette conclusion en évidence : on fait pousser dans l’eau des oignons de jacinthe; lorsque les racines sont bien développées, on les. introduit dans une dissolution de Bordeaux S : au bout de 35 jours, il n’y a pas la moindre trace de couleur dans les feuilles ; pour obtenir l’ascension de la couleur, il faut couper quelques radicelles. Pendant 15 jours, la primevère de Chine est arrosée avec le Bordeaux S et l’on ne trouve pas de colorant ni dans la tige, ni dans les feuilles, ni dans les fleurs. Les crocus blancs donnent aussi des résultats négatifs. On fait alors une incision avec la pointe d’un canif ou une simple piqûre avec une épingle à la base des pédoncules: quelques jours après, la couleur apparaît sous forme de veinules dans les fleurs correspondantes.
- Ces recherches sur l’absorption des matières colorantes par les plantes vivantes méritent d’être reprises et approfondies ; la physiologie végétale ne peut se désintéresser de la question de savoir pourquoi les colorants acides montent tandis que les colorants basiques ne montentpas; peut-être les travaux sur ce sujet contribueront-ils à éclairer le problème du mécanisme de l’ascension de l’eau dans la plante, sur lequel les physiologistes ne sont pas encore arrivés à se mettre d’accord.
- Mais ce sont surtout les applications ornementales qui semblent jusqu’à présent avoir séduit les chercheurs. Les fleurs jaunes seront panachées de vert avec un bleu; elles prendront des nuances orangées avec un rouge. C’est ainsi que la jonquille des jardins, le trolle d’Europe, le populage des marais et le narcisse jaune ont donné de jolies fleurs avec la fuchsine acide (Bv), l’azorubis S (A), le violet acide R, le Bordeaux S, le Ponceau 3R, le bleu carmin V, le vert de Guinée, le vert acide J, le vert bleu S. Des œillets roses sont devenus panachés avec le bleu carmin V. Les mimosa du Midi et Y Acacia Dodoneifolia ont eu leurs pompons verts ou orangés avec le carmin Y, le vert acide JJ et le Bordeaux S; les filets des étamines sont seuls colorés au-dessous de l’or des anthères, le tout d’un effet très gracieux. Des dahlias simples, à fleurs panachées de jaune et de rouge, ont donné des panachures nouvelles, par combinaison des couleurs naturelles avec le bleu carmin Y et le ponceau spécial. Et dans les transformations du coloris des fleurs, le champ d’action est vaste puisque, comme le remarque M. Coupin, les 2802 plantes de la Flore française sont réparties de la façon suivante :
- Jaunes..................................814
- Blanches................................087
- Rouges..................................505
- Vertes..................................313
- Bleues..................................157
- Variables...............................156
- Violettes. . ...........................122
- Multicolores............................ 08
- Les résultats obtenus, dont nous avons donné quelques spécimens, sont d’ailleurs assez encourageants.
- Certes, ces fleurs, ainsi colorées artificiellement, ne feront peut-être jamais l’admiration des artistes : un peintre les jugera peut-être indignes de sa palette, un poète ne se sentira peut-être pas touché par elles; tous deux iront chercher l’inspiration ou les modèles dans
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- LAVAGE MECANIQUE DES BOUTEILLES
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- la nature où la richesse des couleurs et la variété des teintes satisfont les goûts les plus divers. Cependant, si l’Art proprement dit n’a rien à gagner à ces procédés chimiques de coloration des fleurs, il n’en est pas de même de certains arts d’application et, en particulier de l’ornementation, qui procède moins directement de la nature et dans laquelle la fantaisie tient une si large place. Nul n’ignore l’aide apportée au dessinateur et au peintre de mosaïque par le kaléidoscope. La coloration artificielle des fleurs peut rendre des services analogues dans la
- tapisserie, les papiers peints, les carreaux de faïence, les vitraux, etc.... Elle peut donner des indications ingénieuses, pleines de grâce quelquefois,.... en tout cas inédites, et n’est-ce pas l’inédit qui assure à l’Industrie ses plus grandes chances de succès.
- Il ne faut donc pas que l’Industrie se désintéresse de ces procédés artificiels de coloration, mais au contraire qu’elle lâche de les favoriser. LéoN Jaloüstbü.
- Ancien élève de l’Ecole normale supérieure.
- Professeur agrégé de l’Université.
- LE LAVAGE MECANIQUE DES BOUTEILLES
- L’usage des machines s’impose de plus en plus dans une foule d’opérations pour lesquelles on n’aurait pas songé à les employer il n’y a encore que peu d’années : et cela non
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- pas seulement parce qu’on s’efforce d’abaisser constamment le prix de toutes les fabrications et de tous les produits ; mais encore (condition indispensable) parce que l’ingéniosité des constructeurs s’est considérablement développée.
- On arrive maintenant à effectuer mécaniquement les opérations les plus compliquées ; et c’est ainsi qU’après les machines à laver les assiettes, les appareils à laver intérieurement autant qu’extérieure-ment les bouteilles se multiplient de jour en jour.
- Nous avons pu rencontrer la plus belle collection de ces machines à laver spéciales dans une des expositions annuelles anglaises de l’industrie où la bouteille joue peut-être le rôle le plus important : nous voulons parler de l’exposition de la brasserie. Des elïorts plus ou moins heureux avaient déjà été faits dans cette voie, mais les machines diverses exposées se sont montrées nettement supérieures à tout ce qui avait été réalisé jusque-là.
- Voici, par exemple, l’Eclipse, construite par MM. Flower and C°, de Wimborne. En l’examinant, on constate tout de suite qu’elle est commandée électriquement. Elle se compose d’un récipient de trempage, pouvant contenir 72 bouteilles supportées par une chaîne sans fin qui suit dans l’eau un parcours ondulé, avec montées et descentes successives; si bien que les bouteilles sont sorties, puis replongées dans l’eau, celle-ci étant maintenue par une conduite de vapeur vive à une température très éle-
- vée, non susceptible cependant de faire éclater le verre. Les bouteilles passent ensuite une à une sous un piston qui les chasse de la chaîne, et les faittom-
- ber dans un canal spé-
- n *"<# ^ cial ; chacune arrive ainsi à être saisie entre deux plateaux qui la main-" ^/tiennent, tandis qu y
- ^.-pénètre une tige munie
- Vue générale de la machine Nash, à laver les bouteilles.
- à son extrémité d’une brosse montée sur un ressort à boudin ; la tige tourne rapidement et projette la brosse le long des parois de la bouteille, celle-ci se trouvant bien nettoyée grâce à l’eau qui est demeurée dedans. La tige de la brosse se retire et la bouteille va s’enfiler sur une broche formant un des rayons d’une sorte de roue sans jante. La roue tourne de45°; de l’air est envoyé dans la bouteille par la broche, qui est creuse ; l’eau en est chassée et la bouteille, mise dans une position verticale, s’égoutte complètement. Mais voici maintenant que de l’eau bien pure s’échappe par la broche et rince l’intérieur de la bouteille. Un arrêt permet à celle-ci de s’égoutter une seconde et dernière fois, et un mouvement de la broche la jette sur un transporteur qui va l’apporter à l’individu chargé de surveiller l’opération et de recevoir les bouteilles nettoyées, Bien entendu, on alimente la machine de bouteilles sales au fur et à mesure que les bouteilles propres sortent par l’autre extrémité. Nous devons ajouter que l’extérieur du récipient est nettoyé aussi soigneusement que l’intérieur, ce qui peut être important pour l’enlèvement des étiquettes collées sur le verre : dans leur mouvement quatre fois répété de haut en bas, les bouteilles viennent en contact avec des brosses à ressort, s’ajustant à toutes les grosseurs de récipients ; et à mesure que chacun sort de
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- la chaîne porteuse de lavage, une brosse en frotte également le fond. Une machine de ce genre est complètement alimentée par un adolescent, qui enlève aussi les bouteilles nettoyées ; en consommant une puissance de 1 /2 cheval, la machine peut laver 80 douzaines de bouteilles à l’heure.
- Nous signalerons aussi, particulièrement au point de vue de son débit, la machine Automoton de M. Binnington, de Hull, qui lave 40000 bouteilles en dix heures, sous la conduite d’un ouvrier. Les bouteilles y sont placées radialement dans une roue tournant au milieu d’un bain d’eau chaude ; au centre de la roue, est un dispositif de brossage auquel chaque bouteille est livrée ; puis elle subit un rinçage à l’eau pure, et jusqu’à trois fois pour l’intérieur. La machine Invicta, de M. Lumley and C°, se fait dans des tailles variables, dont certaines permettent de traiter 5000 récipients à l'heure; elle laisse tremper chacun de ces récipients dix minutes dans un bain d’eau chaude chargée de soude; le rinçage et le brossage s’exécutent séparément. Nous aurions encore à citer la machine New Century, de la Sterax Co, que l’on donne comme nettoyant 130 douzaines de bouteilles à l’heure.
- Mais nous voudrions insister un peu sur la machine Nash, de la maison du meme nom, et à laquelle, depuis un certain temps, on a apporté des améliorations multiples. Elle consiste principalement dans un réservoir en fonte monté sur pieds, qui est le bassin de lavage. À l’intérieur, se trouve une sorte de monture annulaire qui peut tourner en roulant sur trois rouleaux disposés à sa périphérie interne ; ils la soutiennent ainsi sans qu’elle ait d’axe matériel. La monture annulaire comporte, de part et d’autre du milieu de ce que nous appellerons un peu audacieusement sa jante, deux séries de poches disposées radialement, de logements cylindriques, dans lesquels on place les bouteilles à laver, le goulot en bas, du moins dirigé vers le centre de l’anneau. Ces logements, en acier galvanisé, sont au nombre de 40. Naturellement l’anneau porte-bouteilles est destiné à être mis en rotation; mais sa rotation n’est pas continue, elle subit des arrêts périodiques, qui laissent le temps à une série de récipients de baigner dans l’eau, tandis qu’on enlève les bouteilles déjà propres et qu’on les remplace par une série de sales, dans la partie supérieure de l’appareil. On a combiné un dispositif ingénieux pour obtenir ce mouvement saccadé, qui, en réalité, n’intéresse jamais qu’une bouteille à la fois.
- Un arbre, portant une came, est actionné par une poulie, que met en marche une distribution de force motrice, tandis que la came commande à son tour des leviers qui portent des doigts de rochets pouvant venir prendre appui sur une denture intérieure, à la périphérie, elle-même interne, de l’anneau dont nous avons parlé. En fait, grâce à des demi-rotations successives de la came, durant les-
- quelles les doigts agissent ou au contraire n’exercent aucune poussée, l’anneau avance de l’espace d’une bouteille disposée à son pourtour, après un arrêt équivalant comme temps à l’avancement qui viendra ensuite faire émerger une bouteille hors de l’eau.
- Si nous suivons l’opération du lavage même, nous verrons que les bouteilles sont disposées par une femme qui se trouve à une extrémité de l’appareil ; les récipients arriveront à l’autre bout du bac à la suite d’une série de mouvements saccadés, comme nous en avons analysé un; pendant ce parcours, leur fond frotte sur une brosse épousant la forme demi-circulaire de l’intérieur du bassin ; mais à leur arrivée à l’autre bout de celui-ci, les bouteilles subissent la poussée d’un piston qui les chasse de leur logement, et les oblige à pénétrer dans une brosse cylindrique, au milieu de laquelle la bouteille s’enfonce en se frottant aux crins qüi garnissent les parois du cylindre formant le corps delà brosse. D’autre part, le goulot de la bouteille a été poussé dans une sorte de tube où se trouve une tige garnie d’une brosse : celle-ci pénètre dans l’intérieur de la bouteille et va la nettoyer. Sans insister sur les connexions mécaniques un peu compliquées de cet appareil, nous dirons que, à chaque arrêt de l’anneau porte-bouteilles, les pistons prennent un mouvement qui assure l’expulsion de deux bouteilles et leur arrivée dans les brosses cylindriques; une commande mécanique fait tourner celles-ci à allure relativement lente, tandis que les brosses de lavage interne sont elles-mêmes mises en rotation, mais beaucoup plus vite.
- Après ce nettoyage (qui se fait sous un jet d’eau s’écoulant du haut de l’appareil de rinçage, et qui détache les étiquettes, pour les laisser se réunir au fond du bassin), les bouteilles sont repoussées dans leur logement, et emportées à la partie supérieure de la machine. Alors, durant la période d’arrêt, que nous avons déjà vue utilisée pour d’autres opérations, deux bouteilles vont subir le rinçage dont nous venons de parler. Un tube amène un jet d’eau sur l’extérieur de la bouteille; un autre vient se projeter par le goulot dans l’intérieur ; et l’eau qui a procédé à ce rinçage tombe sur les brosses cylindriques, ainsi que nous l’avons dit. On complète parfois le lavage et l’appareil, par des dispositifs permettant d’injecter de la vapeur dans les bouteilles pour les stériliser ; on peut aussi procéder à leur séchage rapide au moyen de l’air comprimé.
- En somme, toutes ccs machines à laver exécutent le travail aussi consciencieusement et effectivement que la plupart des ouvriers ; et un appareil comme la machine Nash peut laver, en une journée de 10 h., 70 grosses de 11 douzaines de bouteilles. On comprend combien cette rapidité de travail est précieuse pour les industries utilisant quotidiennement un grand nombre de bouteilles.
- PlERRE DE MÈRIEL.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 mars 1510. — Présidence de M. E. Picard.
- Éludes comélaircs. — M. Deslandres annonce qu’il a effectué, en collaboration avec M. Idrac, de nouvelles recherches sur le spectre de la comète qui apparut au début de l’année. Ces recherches ont permis de révéler les raies caractéristiques du cyanogène et des hydrocarbures; M. Deslandres remarque que le spectre des comètes varie au fur et à mesure que la comète s’approche du soleil. Celui de la comète en question est semblable à celui de la comète de llalley. Dans tous les deux, le spectre du cyanogène est très intense.
- L’air vicié et tes microbes pathogènes. — M. Laveran présente une Note de MM. Trillat et Sauton relative à l’influence de l’air vicié par des émanations putrides animales ou végétales sur les microbes pathogènes. Cet air constitue une ambiance très favorable à la conservation des germes de diphtérie, lièvre typhoïde et peste qui peuvent s’y trouver en suspension. Les auteurs ont exposé, dans ides flacons qui contenaient de l’air souillé d’émanations de putréfactions, des bandes de papier stérilisées portant ces microbes, puis, après un séjour dans les flacons, ils1 ont étudié les microbes. Non seulement il y a prolongation de vie des microbes, mais réveil quand ils sont dans un degré d’atténuation assez avancé pour ne plus donner de cultures dans les bouillons.
- Géologie de l’Asie centrale. — M. Douvillé résume une description de la gorge de l’Araxe près de Djoulfa, sur la frontière Russo-Persane par M. et Mme Bonnet. Les auteurs ont découvert une nouvelle couche triasique au-dessus des couches à oloceras et d’un niveau bajocien à oppelia subradiata et parkinsonia parkinsoni. Ces couches sont surmontées en stratification discordante par les grès nummulitiques.
- La fragilité des métaux. — M. Bertin analyse un travail de M. Boudouart sur la fragilité des métaux soumis à un mouvement vibratoire prolongé. Dans ses expériences le mouvement vibratoire continu est interrompu un instant à des intervalles de temps réguliers ; la courbe d’amortissement de la barre abandonnée à elle-même est chaque fois relevée par un appareil enregistreur. L’expérience est poussée jusqu’à la rupture de la barre, ce qui n’exige que quelques heures, bien que l’amplitude des vibrations soit loin de porter la charge jusqu’à la limite d’élasticité statique. D’après les résultats déjà obtenus l’altération moléculaire du métal, sous l’action du mouvement vibratoire, se manifeste nettement par l’augmentation rapide de la vitesse d’amortissement. La forme de la courbe d’amortissement et le nombre des vibrations qu’une barre est capable de supporter sont ainsi en étroite corrélation. L’altération moléculaire apparaît peu dans le grain de la cassure.
- Effets de la respiration de l’air partiellement désoxygéné.— M. Chauveau expose les recherches entreprises par M. J. Tissot sur les combustions intraorganiques chez les animaux respirant de l’air progressivement appauvri en oxygène et sur les procédés de défense de l’organisme contre l’anoxyhémie. Les résultats obtenus
- démontrent que, loin de diminuer quand l’air s’appauvrit en oxygène, les combustions intraorganiques s’accroissent d’une façon progressive jusqu’à ce que la proportion d’oxygène s’abaisse à.5,5 pour 100, tension qui correspond pour ce gaz à l’altitude de 10 500 m. Au delà de ce point la valeur des combustions intraorganiques décroît rapidement si la proportion d’oxygène continue à décroître. Si, dans la première phase, les combustions intraorganiques s’accroissent, c’est parce que les moyens de défense naturels de l’organisme contre l’anoxyhémie nécessitent un travail physiologique supplémentaire qui accroît la dépense normale. Il y a, en effet, accroissement considérable de la ventilation pulmonaire et augmentation de la vitesse de la circulation du sang. M. J, Tissot démontre que, malgré l’énergie de ces moyens de défense, l’organisme est en déficit d’oxygène dès que la proportion de ce gaz dans l’air tombe au-dessous de 8 à 9 pour 100, c’est-à-dire lorsqu’on atteint une altitude voisine de 7000 m.
- Photographies à aspect changeant. —- M. Lippmann dépose une Note de M. Estanave sur des expériences nouvelles de photographie. L’auteur a exécuté des photographies sur des plaques munies d’un réseau de lignes opaques, les unes verticales, les autres horizontales. Les premières lignes permettent d’obtenir un effet de relief, les secondes donnent la possibilité, par un léger mouvement de bascule imprimé à la plaque, de voir successivement deux images différentes. Il en résulte qu’avec ces plaques on perçoit le relief avec images changeantes.
- L’éclat des étoiles. — M. Hamy résume un travail de M. Nordmann sur l’éclat intrinsèque des étoiles. On n’avait jusqu’à présent aucune idée exacte de l’éclat intrinsèque des étoiles; on le supposait égal à celui du soleil. En partant de la mesure des températures d’étoiles qu’il a effectuée et en employant un procédé analogue à celui dont il s’est servi récemment pour déterminer l’éclat intrinsèque du soleil, éclat qui correspond à 519 000 bougies par centimètre carré, l’auteur a pu calculer l’éclat intrinsèque de certaines étoiles. Véga et Sirius ont un éclat 20 fois plus intense que celui du soleil ; il correspond à 6 000 000 de bougies par centimètre carré. La polaire présente 1 900 000 bougies pour la môme unité superficielle. Pour d’autres étoiles, l’éclat au contraire est moindre que l’éclat du soleil. Aldebaran tombe à 22 000 bougies et p Persée à 4000. Il résulte de là que deux étoiles, dont l’une est semblable à Aldebaran et l’autre à Yéga, supposées placées à la même distance de la terre, présenteraient un éclat fort différent. L’éclat intrinsèque de la seconde serait 272 fois plus grand que celui de la première. En réalité cet éclat dépend de la température des étoiles.
- Phosphorescence. — M. J. Becquerel adresse une Note qu’il a rédigée avec M. Kamerlingh Onnes sur la phosphorescence des sels d’uranyle aux très basses températures, jusqu’à —259°. Ce travail a été commencé en 1908 au laboratoire cryogène de l’Université de Leyde et continué au Muséum de Paris. Même aux plus basses températures
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- 256 = UN ESPALIER EN VERRE
- réalisables, les sels d’uranyle émettent, sous l’action des rayons violets et ultra-violets, une lumière propre dont l’étude a été faite par les auteurs. Les caractères de la phosphorescence des sels d’uranyle sont très différents de ceux que présentent les autres substances phosphorescentes et apportent une contribution nouvelle à l’étude des mouvements intra-atomiques.
- Le venin des batraciens. —M. Edmond Perrier résume un travail de Mme Phisalix d’après lequel les batraciens et les serpents possèdent, vis-à-vis du venin muqueux de la peau des batraciens, une immunité naturelle aussi
- grande que celle qu’ils manifestent contre le venin cutané dorsal et en particulier contre la salamandrine. L’immunité des batraciens est due à la présence simultanée dans leur sang de venins antagonistes, et, celle des serpents au pouvoir antitoxique de leur sang qui se manifeste aussi bien vis-à-vis du venin muqueux que vis-à-vis de leur propre venin.
- Élections. — M. Charles Lallemand est élu membre : de la section de géographie et navigation en remplacement de M. Bouquet de la Grye. M. lliltorf est élu associé étranger. Gu. de Vieledeuil.
- UN ESPALIER EN VERRE
- Quand un espalier est orienté au midi, l’autre face du mur se trouve presque entièrement sacrifiée. Aussi divers horticulteurs ont eu récemment l’idée d’employer des murs transparents qui, laissant filtrer les rayons du soleil, permettent même aux arbres, plantés sur la face nord, de donner de jolis fruits.
- Un amateur,
- M. de Choiseul, construisit le premier, dans sa propriété de Viry-Châtillon, un mur en verre long de 10 mètres et haut de 2 mètres contre lequel il adossa 15 poiriers Doyenné d’hiver aux expositions sud et nord. Sur cette surface vitrée de 21,6 m2 il récolta 245 fruits faisant au total
- 76.5 kg. Le côté sud donna 154 fruits pesant
- 41.5 kg, mais sur la face nord on en récolta seulement 109 d’un poids de 55 kg.
- Ces diverses poires, superbes d’aspect, ne présentaient aucune tavelure, et, chose digne de remarque, celles du côté nord étaient plus lisses que celles poussées au midi.
- A la suite de ces essais, les pépiniéristes bien connus MM. Croux et fils, du Yal d’Aulnay, installèrent également chez eux un mur en verre analogue. Comme l’indique la photographie ci-jointe, prise en octobre dernier, ils le surmontèrent d’abris vitrés et ils y plantèrent sur chaque face des vignes, des pommiers Calville, des pêchers et différents poiriers, faisant en sorte que les mêmes variétés se corres-
- pondent.du côté nord et du côté sud afin de faciliter la comparaison.
- Ces arbres donnèrent de beaux fruits dès 1907
- et on ne put remarquer aucune différence entre ceux de l’un et de l’autre côté. Les récoltes de 1908 et 1909 confirmèrent les premiers résultats. Du reste, les différences de température entre la face nord et la face sud sont minimes, la première se trouvant réchauffée et la seconde refroidie par suite de la réflexion moins forte que sur un mur en maçonnerie. Toutefois un espalier en verre n’emmagasine pas de chaleur, tandis qu’un mur en maçonnerie, échauffé par les rayons solaires durant le jour, communique nuitamment aux végétaux une partie de son calorique. Cette dernière observation diminue donc quelque peu la valeur relative des espaliers en verre et il faut attendre des expériences plus prolongées pour se prononcer, en toute sûreté, sur l’intérêt de la nouvelle méthode.
- Sous le rapport du prix, les murs en verre et en maçonnerie s’équivalent. Le verre cathédrale, utilisé par MM. Croux, revient à 50 ou 55 francs le mètre linéaire sur 2,5 m. de hauteur, y compris l’installation d’abris vitrés sur les deux côtés. Un mur en maçonnerie aussi élevé coûte, selon les localités, de 55 à 56 francs avec le double abri vitré, soit à très peu près la même chose. Jacques Boyer.
- Le Gérant : P, Masson. — Imprimerie Lahure, rue cle Fleurùs 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1922,
- 26 MARS 1910.
- LE JUBILÉ DE J.-H. FABRE
- On va fêter dans quelques jours, à Sérignan, près d’Orange, les quatre-vingt-sept ans et la gloire d’un des premiers savants de notre temps, le naturaliste J.-H. Fabre. 11 est difficile de mesurer la renommée d’un homme. Pourtant il est certain que celle de M. Fabre est, par rapport à son mérite, infiniment restreinte. S’il a reçu depuis longtemps l’éloge, l’admiration, l’amitié d’hommes comme Darwin, Duruy et d’autres, si Maurice Maeterlinck — cet autre intelligent amoureux de la nature — s’est incliné devant la supériorité de sa science et l’a magnifiquement célébré dans un récent article du Figaro, si son nom est vanté par les biologistes, connu et aimé d’un certain public, trop de gens cependant l’ignorent de la plus entière façon, tandis que ceux qui le connaissent le méconnaissent trop souvent.
- La vie deM. Fabre est une des plus belles qui puissent être contées. Elle est simple. C’est l’histoire, humble et tragique, d’une lutte obstinée entre deux irréductibles adversaires : d’un côté les plus précaires conditions dans la lutte pour l’existence, de l’autre la puissance d’une vocation, comme rivée à l’être, et qui le contraignait malgré tout à l’observation, à l’étude, et à l’intelligence du monde des êtres animés, et en particulier des insectes. Qu’on se figure le fils de paysans pauvres du Rouergue, élevé aux champs nu-pieds, apprenant à lire et à écrire par hasard, s’acharnant au travail dans le collège où il est admis sous la condition de remporter des prix, puis, retiré de là à cause de la pénurie des siens, poursuivant quand même ses études, de façon à se trouver vers dix-huit ans professeur à l’école primaire supérieure de Carpentras, y apprenant tout seul les mathématiques, pour devenir licencié et professeur de physique dans un collège corse, ensuite revenant enseigner à Avignon, où il passe une trentaine d’années de sa vie, et se retirant
- enfin chez soi, avec femme, enfants, et 1600 francs de retraite — et qu’on se représente le même homme, dont toute la vie est une entrave, trouvant sans cesse le moyen et le temps de satisfaire sa passion entomologique, de faire les plus belles découvertes, et de les relier par un solide réseau de réflexions permanentes.
- Ses premiers travaux, dès le début remarqués par les maîtres de la science, sont publiés dans les Annales des sciences naturelles. D’autres suivent.
- Darwin, dont le triomphe est alors éclatant, les salue tous de son admiration. Cependant, leur auteur en est réduit pour vivre à se livrer à des recherches de chimie industrielle : il parvient à fabriquer avec une pureté toute nouvelle l’ali-zarine, le principe tinctorial utilisé dans l’industrie de la garance, et les: premiers essais lui permettent d’entrevoir, comme suite à sa découverte, quelque gain d’argent, la vie assurée, et l’étude tranquille. A ce moment précis, on découvre par ailleurs la fabrication artificielle de cette même alizarine, fabrication qui lui enlève tout espoir industriel : c’est alors qu’il se décide à demander à sa plume cette assurance de la vie matérielle, que lui ont refusée ses cornues, et qu’il commence à écrire les Souvenirs entomologiques1. Le succès qui en fut considérable et qui se-retrouve à chaque volume nouveau — il y en a maintenant dix — a fait peu à peu de cette série l’œuvre capitale, et, aux yeux de presque tout lé monde, l’œuvre entière de M. Fabre.
- Le sous-titre que M. Fabre a donné à l’ensemble dé* ses Souvenirs en exprime admirablement le caractère : il les présente, en effet, comme des « études sur l’instinct et sur les mœurs des insectes », ce qui annonce tout à la fois des préoccu-
- - 1 Delagravc, édileur.
- 38° année. — «cr semestre.
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- 258 ... ' - LE JUBILE DE J.-H. FABRE
- pations théoriques et des observations. Au premier abord, et à ne juger que très superficiellement, il semble que ces dernières soient l’essentiel de l’œuvre et que l’auteur doive être considéré avant tout comme un admirable anecdotier ou, si l’on veut, comme un chroniqueur des bêtes, — mais on voit vite à la lecture combien de méthode, de choix, de résolution, préside à toutes ces recherches qui peuvent apparaître comme presque incohérentes et qui sont au contraire profondément systématiques et solidement ordonnées.
- Si M. Fabre ne sort pour ainsi dire presque jamais du monde des insectes, il a parmi eux ses préférences. Il s’occupe peu des insectes sociaux, et peu des insectes qui sont surtout remarquables par leur beauté, comme les Lépidoptères. Ceux qui l’attirent sont ceux qui manifestent des aptitudes techniques singulières, en apparence inexplicables, ou qui possèdent des mœurs d’aspect anormal. Nous verrons plus loin la raison de cette attirance. Ceux-là, il les suit de près pendant des années, tantôt dans leur milieu naturel, tantôt au laboratoire. Il s’intéresse à la façon dont ils se nourrissent, à leur attitude envers leur progéniture, à leur vie sexuelle. Si l’on met en dehors quelques sujets accessoires, ce sont là ses trois grandes préoccupations à leur sujet. Savoir pourquoi et comment le Scarabée fabrique pour sa nourriture des boules de tailles diverses faites avec des excréments de mulet, d’âne ou de cheval ou comment tel Cerceris chasse tel Bupreste, et l’emporte dans son antre, où il le garde pour la consommation comme une conserve vivante, paralysé par une injection de poison dans son système nerveux, — observer comment est préparée par la mère la nourriture pour les larves futures, de quelle façon elle dispose son œuf, et de quelle façon celui-ci éclôt, croît, se métamorphose et apparaît au grand jour, en notant quelles sont ses aptitudes à ce moment, — savoir que les divers insectes ont des amours différentes, que celles des Cantharides sont charmantes de courtoisie, tandis que la Scor-pionne, ou la Mante religieuse, plutôt timides et craintives devant leurs prétendants, les tuent ou les dévorent vivants lorsqu’ils sont devenus des époux, — c’est ce qui importe à M. Fabre. Pour arriver à la connaissance vraie des faits dans ces directions, il multiplie non seulement les observations, mais les expériences. Chemin faisant il cherche et trouve les conditions internes ou externes des phénomènes observés, fait des trouvailles admirables de physiologie et les expose dans un style toujours alerte, vif, nerveux, coloré de mots venus du terroir natal ou du pays d’adoption. On parcourt avec lui le plus imprévu et le plus émouvant des mondes, et il semble que cette promenade soit le vrai but et le vrai plaisir du savant.
- Cela est vrai sans doute, mais à condition de ne pas oublier ceci : il y a chez M. Fabre un observateur, tenace et sagace, et il y a un artiste qui sait évoquer pour les autres ce qu’il a été seul à voir, —-
- c’est ce que nous venons d’indiquer, — mais il y a de plus un philosophe, qui veut comprendre ce qu’il voit, qui réfléchit sans cesse sur le spectacle, et qui s’attaque en réalité, par les trois directions dominantes de son observation, aux plus hauts problèmes de la biologie. Il ne faut pas hésiter à dire qu’il le fait en maître. Son sous-titre nous indique fort bien sa pensée fondamentale, la grande question qui l’obsède et qui détermine précisément le choix de ses études : la question de l’instinct. S’il s’attache, en eflet, aux actions des insectes qui semblent le plus possible se rapprocher d’actions intelligentes, c’est qu’il est obligé, de par les faits, de reconnaître qu’en réalité elles ne témoignent d’aucune intelligence, mais seulement d’une aptitude innée à faire ainsi et non autrement, sans qu’on puisse apercevoir à cette aptitude aucune espèce de raison, sinon que c’est une inexplicable fatalité, un instinct.' :
- Il montre, par des exemples surabondants, que rien dans les organes, c’est-à-dire dans les outils de l’insecte, n’exige d’une manière nécessitante qu’il agisse de telle ou telle façon dans une circonstance déterminée, puisqu’en fait des espèces agissent de même qui sont diversement conformées, ou agissent différemment qui sont conformées de même. Il indique encore de nombreux faits qu’il présente, avec tout au moins la plus vigoureuse apparence de solidité, comme d’insurmontables objections à la théorie que les instincts se soient lentement acquis par l’espèce au cours des âges. Et il s’appuie sur toutes ses observations pour affirmer l’instinct comme un caractère essentiellement spécifique, aussi immuable que l’anatomie de l’espèce où il se trouve, apparu tel quel avec elle à son premier jour, destiné à disparaître avec elle à son dernier, sans avoir subi de modification.
- Faut-il voir là une objection irréfutable au transformisme? M. Fabre le croit et le dit. Contentons-nous d’enregistrer celte thèse sans la discuter, quoique à vrai dire elle nous semble fort discutable. Au fond d’ailleurs, la réfutation du transformisme est peut-être, pour M. Fabre, moins importante qu’elle ne lui paraît à lui-même. S’il attaque les explications fournies par celte doctrine, c’est visiblement, surtout parce que dans des cas trop nombreux, elle sert de prétexte à cette sorte de paresse qui se repose sur une explication fournie d’avance et se dispense ainsi d’observer.
- Ce sera précisément le durable honneur de M. Fabre de n’avoir jamais connu aucune paresse de ce genre, ni aucun genre de paresse. Quel homme cependant aurait été plus excusable, devant les duretés de la vie, de s’abandonner à l’engourdissement d’un désespoir résigné, et de courir aux facilités du commerce ou aux douceurs des doctrines toutes faites? Mais lui n’a voulu ni de la vie abondante du marchand, ni de ces commodes certitudes qui, bien mieux que le doute, servent de mol oreiller à plus d’une tête réputée bien faite. Il sentait en lui quelque chose de supérieur à l’ardeur de vivre, la
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- PROTECTION DES EAUX D’ALIMENTATION ====== 259
- présence du génie, et il a tout fait pour satisfaire son hôle% Seul en face de la misère et des ennuis de ce monde, il évoque un antique gardien de leu sacré, dont la vie se passerait à défendre, contre des ennemis toujours présents, le beau mystère de la
- flamme qui ne doit pas s’éteindre. Ainsi M. Fabre entretient une flamme éternelle, qu’il aime et qu’il veut transmettre. Jamais front n’a mieux mérité la couronne de gloire, jamais n’a plus longtemps porté la couronne d’épines. Jean-Paul Lafitte.
- PROTECTION DES EAUX D’ALIMENTATION
- Au Congrès de Nancy (septembre 1909), de l’Association des ingénieurs, architectes et hygiénistes municipaux, l\l. Dabat, directeur de l’Hydraulique et des Améliorations agricoles, délégué du Ministre de l’Agriculture, a fait connaître l’état actuel des efforts poursuivis par le Ministère de l’Agriculture pour la protection des cours d’eau non navigables ni flottables, sources, eaux souterraines et pour l’alimentation des communes en eaux pures et salubres.
- Voici le résumé et des extraits de cet important exposé. La loi du 51 mars 1905 qui a autorisé le prélèvement, sur les fonds du pari mutuel, de subventions en faveur des travaux communaux d’adduction d’eau potable a déjà produit les plus heureux effets.
- Les subventions allouées jusqu’en 1909 s’élèvent à plus de 15 millions de francs.
- En 1905, 71 communes ont reçu 1070 500 fr. ; en 1909, 581 communes ont reçu 5 519 500 fr.
- La progression a été très rapide alors que les ressources restaient les mêmes. Dès 1907 la Commission spéciale dut ajourner près de 150 communes. Le Ministre de l’Agriculture dut demander aux Préfets de ne faire établir des projets que dans les communes où la santé publique était menacée. La Commission, dans sa séance du 5 avril 1909, s’est trouvée en présence de plus de 500 demandes, requérant 9 millions.
- La plus grande partie de ces subventions vont, comme le désirait la loi de 1905, aux petites communes rurales où l’alimentation publique fait défaut. Les communes dont le centime vaut moins de 100 fr., représentent environ les 4/5 du nombre total des demandes. La circulaire du-1er octobre 1904 prescrit au service hydraulique dans les départements de vérifier dans tous leurs détails les projets établis par les communes et de rechercher si la solution présentée est la plus économique. Un assez grand nombre de communes ont éprouvé de graves mécomptes à la suite de captages effectués sans études préalables suffisantes. Les municipalités ne doivent pas hésiter à faire effectuer des études hydrologiques et géologiques, quelque longues qu’elles puissent être.
- Les richesses aquifères souterraines que possède notre pays sont intéressantes à connaître pour l’alimentation humaine, pour les industriels et leurs usines, et pour les agriculteurs en vue de l’irrigation. Le Comité d’études scientifiques de la Direction de l’Hydraulique a rédigé le programme des recherches à entreprendre à titre de premier essai dans une dizaine de départements des différentes régions. Il y sera procédé au recensement des puits publics et particuliers, avec indication de la profondeur du niveau moyen de l’eau et des variations de ce niveau. Un questionnaire à remplir par les communes, sous le contrôle du service hydraulique, demande toutes indications utiles sur la provenance, le régime et la qualité des eaux d’alimentation (sources, drains, galeries captantes). Les renseignements à fournir portent sur les débits, l’altitude, le mode de captage, les températures,
- la composition chimique et bactériologique des eaux, etc.
- Un tableau des sources avec carte annexe donnera la nomenclature par commune.
- L’Administration publiera les résultats dans le Bulletin agricole de l’Hydraulique.
- Pour protéger les rivières et les nappes souterraines contre la pollution et la contamination résultant des déversements des eaux résiduaires d’industrie et de toutes eaux d’égouts, le Ministre de l’Agriculture, dès le 1er juin 1906, a envoyé aux Préfets des modèles de règlement de police, accompagnés d’une circulaire invitant le service hydraulique à veiller d’une manière toute spéciale à la stricte observation des prescriptions concernant la préservation des eaux. Le 26 août de la même année, après entente avec le Ministère du Commerce et de l’Industrie en ce qui concerne les établissements incommodes, dangereux et insalubres, et le Ministère de l’Intérieur en ce qui concerne les égouts communaux, une nouvelle circulaire fut envoyée aux Préfets; elle indiquait les mesures à prendre pour réglementer les évacuations des eaux usées dans les cours d’eau et elle signalait les précautions à prendre dans le cas de l’épandage des eaux d’égout.
- Le Ministre de l’Intérieur de son côté soumet à l’examen du Conseil supérieur d’hygiène publique de France tous les projets d’égout adressés par les communes, dans le but d’obtenir une subvention sur les fonds des jeux. La plupart de ces projets étaient incomplets et insuffisants. La construction des égouts était défectueuse dans la plupart des cas. L’épuration des eaux résiduaires n’était pas prévue ou ne répondait pas aux conditions nécessaires. L’épuration par l’épandage était proposée sans qu’il y eût des études préalables effectuées en vue de préserver les nappes souterraines.
- Une Sous-Commission nommée a élaboré un règlement qui donne des indications très précises aux municipalités relativement à la construction des égouts.
- Il traite d’une façon spéciale la question de l’épuration par l’épandage et la nécessité d’effectuer les études géologiques sur la constitution du sol, l’emplacement choisi pour l’épandage et les précautions nécessaires pour éviter la contamination des nappes souterraines.
- En 1907 fut constituée, auprès de la Direction de l’Hydraulique, une importante Commission chargée de préparer une nouvelle loi pour assurer la police des cours d’eau.
- La Sous-Commission chargée de préparer ce texte de loi vient de terminer ses travaux, et le projet très complet va être soumis à l’approbation de la Commission plénière1.
- Car toutes les dispositions actuelles ne produisent aucun résultat, ainsi que le prouve l’état incontestable de contamination des cours d’eau qui traversent les régions industrielles.
- 1 La commission plénière s’est réunie le 16 mars 1910, sous la présidence de M. Pcyrot, sénateur, et a approuvé le texte préparé.
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- 260 === LA CLASSIFICATION DES COMBUSTIBLES MINÉRAUX
- Le projet de loi vise les déversements dans les cours d’eau non navigables des eaux résiduaires d’industrie et des eaux d’égouts insuffisamment épurées, le déversement dans les puits perdus des eaux résiduaires nuisibles, et enfin il prévoit la réglementation de l’épuration par voie d’épandage.
- Les pénalités prévues consistent en une amende qui a le caractère d’une astreinte. L’industriel devra, dans un délai fixé, mettre en fonctionnement un procédé d’épuration, qui aura au préalable reçu l’agrément de l’Administration préfectorale. L’amende atteindra le mauvais vouloir des industriels et les frappera dans les limites et la durée de leur inaction, selon un système nouveau introduit dans rros lois et emprunté aux principes de la législation anglaise. Le projet propose la constitution d’une Commission supérieure de conservation des eaux auprès du Ministère de l’Agriculture et de Commissions départementales auprès des Préfets.
- En Angleterre, les services sanitaires chargés de la surveillance des cours d’eau agissent d’après les règles posées par la Commission de pollution des rivières.^ En Amérique des Commissions d’Etat et des Conseils de district
- ou des Commissions d’eau spéciales sont chargées des mesures. En Italie et dans plusieurs Etats de l’Allemagne, les questions relatives aux eaux sont soumises à des Commissions composées de spécialistes.
- Les Commissions prévues comprennent un nombre d’industriels égal au tiers du nombre total de leurs membres. C’est une garantie sérieuse aux industriels.
- La création d’un laboratoire est prévue auprès de la Commission supérieure de conservation des eaux pour effectuer les recherches nécessaires et les études d’amélioration des procédés d’épuration.
- Il faut souhaiter que ce projet soit voté sans retard.
- Tel est, dans ses grandes lignes, l’ensemble des salutaires mesures prises, prescrites ou projetées par l’initiative du ministre de l’Agriculture, M. Ruau, et du directeur de l’Hydraulique, M. Dabat. Elles commencent à porter leurs fruits.
- Ajoutons que cinq départements possèdent déjà un inventaire hydrologique à peu près complet : Meurthe-et-Moselle (par M. Imbeaux), Oise (M. Debauve), Marne (M. Monet), Jura et Doubs (M. E. Fournier).
- D1' Ouadiî.
- LA CLASSIFICATION DES COMBUSTIBLES MINÉRAUX
- Les termes, par lesquels on désigne les divers combustibles minéraux, sont d’un usage courant, et leur définition est reproduite dans tous les ouvrages d’enseignement C Néanmoins, le jour où l’on a besoin de renseignements coordonnés à leur sujet, on éprouve à les réunir beaucoup plus de difficulté qu’on ne l’aurait cru. Aucune classification entièrement satisfaisante n’existant, les diverses classifications proposées concordent, mal entre elles. D’autre part, les combustibles pratiques sont toujours plus ou moins cendreux, par interposition de parcelles schisteuses (au moins 5 pour 100 de cendres)2 et, en même temps, hydratés (jusqu’à 4 et 5 pour 100 d’eau hygroseopique dans les houilles, souvent beaucoup plus dans les lignites). Les combustibles théoriques envisagés dans les classifications sont, au contraire, supposés dépourvus de cendres et d’eau : d’où une difficulté de comparaison. On se trouve donc, quand on fait une recherche, en présence de tableaux donnant de longues énumérations d’analyses malaisément comparables entre elles. Le résumé suivant, où nous avons essayé de grouper quelques notions essentielles, pourra donc rendre des services.
- Nous commencerons par un tableau d’ensemble donnant la composition élémentaire et divers autres éléments de comparaison, rapportés autant que possible à des types moyens, mais supposés exempts de cendres et asséchés.
- Notre tableau comprend trois groupes distincts. On y trouve d’abord les combustibles solides classés dans l’ordre de leur teneur en carbone qui correspond à l’ordre croissant de leurs densités, à l’ordre décroissant de leur teneur en matières volatiles. La tourbe, le carbone
- 1 Contentons-nous de renvoyer aux belles leçons de M. Le Cliatelier sur le Carbone. (Dunod, 4909.)
- 2 Ces cendres interviennent non seulement par leur teneur, mais par leur fusibilité (due au mica, au carbonate de chaux, etc.), qui produit des mâchefers encrassant et arrêtant le fonctionnement des foyers. Un point de fusion de cendres supérieur à 1500° augmente beaucoup la valeur d’une houille dans certains cas spéciaux (trains rapides, fours à porcelaine, etc.).
- amorphe et le graphite y ont été ajoutés comme termes extrêmes, montrant les deux aboutissements de la série.
- Puis viennent, également dans l’ordre de leurs teneurs en carbone, les combustibles liquides, utilisés d’ordinaire sous leur forme immédiate : les plus légers comme huile d’éclairage, les suivants comme huile à graisser; On remarquera que la colonne des pouvoirs calorifiques montre ces combustibles liquides continuant, avec un pouvoir calorifique de plus en plus grand, les combustibles solides précédents.
- Enfin, dans un troisième groupe, il m’a paru utile de réunir, en les plaçant dans le même ordre, quelques substances hydro-carburées analogues, ayant d’autres emplois, comme les naphto-schistes dont on extrait de l’huile lampante, les cannel coals et bogheads, sortes de lignites bitumineux employés pour faire du gaz d’éclairage très éclairant, l’ozocérite (ou cire minérale) et les bitumes. L’emploi que nous indiquons pour chaque corps est celui qu’il peut recevoir immédiatement à l’état brut. Mais chacun d’eux est, on le sait, susceptible de donner par distillation une série de produits, dont il suffit de rappeler l’existence *.
- La composition chimique réelle des houilles, c’est-à-dire la proportion et la nature des corps constituants, n’est pas connue. On sait seulement quelle en est la composition élémentaire sans savoir comment se groupent entre eux ces éléments. Tous les corps classés ici nous apparaissent ainsi comme des mélanges de carbures d’hydrogène hydratés (ou oxygénés), dans la composition desquels l’azote, en proportion dépassant rarement I pour 100, paraît intervenir surtout comme un élément adventif emprunté à l’air2, quoiqu’on ait isolé dans les
- 1 Le lignite se sépare de la houille et se rapproche du bois, en ce qu’il donne un peu d’acide acétique à la distillation.
- 2 M. Th. Schlœsing a montré que l’azote de la houille ren-// fermait la même quantité d’argon que celui de l’air (1,1 p.
- 100) et devait donc représenter de T « air fossile », emprisonné dans la houille depuis sa formation. De même, le phosphore et une partie du soufre proviennent des plantes qui ont formé la houille.
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- TABLEAU DES COMBUSTIBLES MINÉRAUX SÉCHÉS ET PRIVÉS DE CENDRES
- c H 0 A z S POUVOIR MATIÈRES TEMPÉRATURE
- COMBUSTIBLES MINÉRAUX DENSITÉ p. 100. p. 100. p. 100. p. 100. p. ICO. calorifique par kg volatiles p. 100. d'inflammation. EMPLOIS
- I. — Combustibles solides. .
- Tourbe 500 à 900 50 à 60 6,50 29 à 35 1,50 5.000 250°
- Lignite 1.200 70 à 75 5,5 13 à 23 0,50 à 2 2,50 à 3 6.000 50 ( Charbon flambant ù coke non f aggloméré.
- Cannel coal 1.200 80 à 85 7 à 8 9 1 5 40 à 60 t Charbon à gaz très éclai-[ rant.
- Houille maigre à longue flamme (houille sèche, splint coal). Houille grasse à longue flamme (houille à gaz, gaz coal) 1.200 à 1.250 80 à 84 5,5 11 à 9 1 0 8.200 8.600 55 à 40 30 a a5 1 Charbon à vapeur (coke à ( peine fritté). t Charbon à gaz (coke aggloméré).
- et houille grasse proprement dite ou maréchal, smitliy>1.200 à 1.250 84 à 88 5 9 à 8 1
- coal) f &
- Houille grasse à courte flamme (houille collante, cakingh ^ j 86 à 90 5 ù 4,5 6 à 4,5 1 I t 1 8.700 16 à 23 Charbon à coke.
- Houille maigre à courte flamme 1.350 à 1.400 90 à 95 4,5 à 3,5 5 à 4 0,50 8.600 6 à 14 r Charbon à poêle (coke à ? peine fritté).
- Anthracite 1.400 95 2 2,50 0,50 , 8.200 3 800° ( ' (Coke non aggloméré).
- Carbone amorphe 1.800 100 8.137
- Graphite 2.250 100 7.910 700°
- II. — Combustibles liquides. (*)
- Huile légère de Pensylvanie 816 82 14,8 3,2 9.960 Huile légère d’éclairage.
- Huile lourde de Virginie 873 83,5 13,3 5,2 de 0,50 à 2 10.180
- — Ohio — Alsace. 887 892 84,2 85,7 15,1 12,0 2,7 2,3 10.539 10.100 < 1 f > Huiles à graisser.
- — Bakou 884 86,3 12,3 1,1 11.400 )
- Mazout du Caucase 910 87,1 11,7 1,2 10.800 1 ( Combustible visqueux, résidu ? de pétrole.
- III. — Produits bitumineux.
- Naphto-schiste de la Nouvelle-Galles (contenant 10 à 2.000 i 74,6 10,5 3,90 9.246
- 12 pour 100 de schistes) <
- Schistes bitumineux d’Âutun 1.250
- Boghead d’Autun 1.180 75 à 82 11 6 1 0,40 55 à 60 1 Charbon à gaz très éclairant.
- Ozocérite de Boryslav 955 85,75 15,15 10.946 Cire minérale.
- Bitume de Peelielbronn 1.000 à 1.500 86,6 10 à 12 0,5 52,80 0,30 à 1 1,40
- (!) Le soufre a été rarement dosé dans les pétroles. 1 Ceux du Canada en contiennent environ 0,50 pour 100. Ceux de la Californie arrivent à 2 pour 100 ; i Santa-Barhara.
- LA CLASSIFICATION DES COMBUSTIBLES MINÉRAUX
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- 262 :.: LA CLASSIFICATION DES COMBUSTIBLES MINÉRAUX
- pétioles des bases azotées de type C”IImAz. Le soufre, dans les houilles, provient surtout de traces pyriteuses ou de sulfate de chaux également adventives, un peu aussi de soufre organique. Dans les lignites, où le soufre atteint 3 pour 100, il intervient, au contraire, comme élément constituant de la substance organique. 11 en est de même dans les cannel coals et dans toute une série de bitumes.
- En nous bornant aux trois éléments principaux (carbone, hydrogène, oxygène), si nous envisageons d’abord les combustibles solides, on voit que la teneur en carbone part de 50 pour 100 dans les tourbes, ou (si l’on veut se borner aux combustibles des étages géologiques plus anciens), de 70 pour 100 dans les lignites pour atteindre 95 pour 100 dans l’anthracite, qui est le dernier terme hydrocarburé avant d’arriver au graphite, ou carbone pur. Ce qui compense cette augmentation de carbone, c’est surtout la diminution de l’oxvgène, tombé progressivement de 30 à 2,50 pour 100 ; puis celle de l’hydrogène, descendu de 6,50 pour 100 à 2 pour 100.
- En même temps, la teneur en matières volatiles s’abaisse de plus en plus, tombant à 3 pour 100 dans l’anthracite avant de disparaître dans le graphite. On prend souvent, comme caractéristique, le rapport P ~j| — ou, plus
- simplement, qui, de 6 dans la tourbe, descend à 5 ou
- 4 dans la lignite, à 2 dans les houilles maigres à longue flamme, à un peu plus de 1 dans les houilles grasses, et parfois à 0,50 dans les anthracites. Dans cette composition élémentaire, on distingue encore l’hydrogène total, l’hydrogène correspondant à la combinaison en eau avec l’oxygène (1/8 du poids de l’oxygène) et enfin l’hydrogène disponible pour la combustion qui est la différence des deux, si l’on suppose, par une pure hypothèse, l’autre déjà combiné en eau.
- Ces compositions chimiques, si variables d’une houille à l’autre, et qui classent ces corps en une sorte de série continue à applications diverses, sont très probablement dues au mélange, en proportion variable, d’un certain nombre de composés définis. Suivant que l’un ou l’autre de ces composés augmente, on conçoit que telle ou telle propriété doit se développer. 11 est singulier que les connaissances chimiques soient si peu développées sur des substances d’un emploi aussi vulgaire et que l’on sache aussi peu de chose sur leur composition réelle.
- Dans l’usage pratique des combustibles, bien des considérations influent, que nous laisserons ici de côté : la teneur en cendres et la nature plus ou moins phosphoreuse de ces cendres (pour les applications métallurgiques), l’état de siccité, la division en fragments plus ou moins gros [pérat de plus de 5 décimètres cubes, gail-lette, menu, tout venant). Si l’on envisage le combustible théorique, supposé exempt de cendres et d’eau, le premier élément important de distinction est le pouvoir calorifique, c’est-à-dire le nombre de calories dégagé par la combustion complète d’un kilogramme : pouvoir calorifique très supérieur à celui que l’on obtient pratiquement dans un foyer plus ou moins bien installé. L’échauffement produit par un combustible résulte à la fois de la combustion de son carbone et surtout de celle de son hydrogène disponible. On a donné, par suite, diverses formules pour calculer ce pouvoir calorifique d’après la composition élémentaire, notamment la suivante (loi de Dulong) : 8.080 x C + 34 462 X (H—0/8) dans laquelle C représente la teneur en carbone, 8.080
- le pouvoir calorifique du carbone, 34 462 la chaleur de combustion de l’hydrogène, II — 0/8 l’hydrogène disponible. Cette formule se vérifie à peu près pour les houilles et pour l’asphalte, fort mal pour les huiles minérales, dont la composition est extrêmement compliquée1. L’expérience a montré qu’il était beaucoup plus simple de déterminer directement ce pouvoir calorifique dans la bombe calorimétrique. Les chiffres moyens que nous donnons montrent comment ce pouvoir calorifique s’élève d’abord de 6000 dans les lignites, à 8700 dans les charbons à coke pour redescendre à 8200 dans l’anthracite, et 7910 dans le graphite. Il y a accroissement avec la teneur en matières volatiles jusqu’à 25 pour 100, diminution au delà. Cela tient à ce que, dans les termes surcarburés, la perte tenant à la diminution de l’hydrogène dont le pouvoir calorifique est très élevé, fait plus que compenser le bénéfice résultant de l’augmentation du carbone. Pour la même raison, les huiles minérales, qui sont toutes très hydrogénées, ont toujours un pouvoir calorifique notablement supérieur à celui des charbons. Ce pouvoir est, chez elles, d’autant plus grand que l’huile est plus dense : ce qui correspond à une teneur en carbone plus forte, avec un peu moins d’hydrogène, il est vrai, mais aussi moins d’oxygène pour saturer celui-ci. On atteint ainsi plus de 11 000 calories.
- Après le pouvoir calorifique, il y a lieu de considérer la température d’inflammation qui facilite plus ou moins l’usage d’un combustible. Ainsi, du bois sec prend feu à 300 degrés, de la tourbe à 250 degrés, du charbon de bois à 250 degrés. Les houilles s’enflamment à 5 ou 600 degrés. Avec l’anthracite chauffée à l’air il faut atteindre 800 degrés et la température théorique pour le graphite est déjà de 700 degrés. Par suite, on a beaucoup de mal à allumer l’anthracite et, une fois allumé, ce combustible ne brûle bien que si le volume en ignition est suffisamment grand. Par contre, l’huile minérale peut s’enflammer à des températures si basses qu’on a dû faire des règlements pour interdire son emploi quand cette température descendait au-dessous de 35 degrés. La proportion de matières volatiles paraît ici être l’élément prépondérant.
- C’est cette proportion de matières volatiles qui, en rendant la flamme plus ou moins longue, rend le combustible approprié à tel ou tel usage. Un combustible est à flamme longue quand il tient plus de 30 pour 100 de matières volatiles. Les flammes longues sont favorables pour les chauffages qui doivent être effectués à une distance un peu forte du foyer, comme dans les chaudières à vapeur ou les fours à réverbère. Au contraire, les houilles les plus pauvres en matières volatiles et, par conséquent, à flamme .courte, seront employées de préférence dans les poêles d’appartement et dans les fours à cuve, parce que les matières volatiles, se dirigeant vers le haut des appareils, c’est-à-dire loin de l’arrivée d’air qui est faite par le bas, distilleraient en pure perte sans être brûlées.
- La température de combustion du carbone dans l’air avec formation d’acide carbonique, est d’environ 2000 degrés; mais, pratiquement, les foyers ne dépassent guère 1300 à 1400 degrés.
- On envisage enfin le pouvoir agglomérant delà houille qui tient à ce qu’elle se ramollit partiellement vers 350 à 400 degrés, de telle sorte que les parties fines se
- 1 Parmi les hydrocarbures gazeux, les uns, comme l’éthylène et l’acétylène, absorbent de la chaleur dans leur formation ; d’autres, comme le formène, en dégagent,
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- LE CHEMIN DE FER DU HEDJAZ 263
- réunissent en une masse compacte, facile à maintenir sur les grilles; c’est cette propriété qui permet de fabriquer du coke. Toutes les houilles se ramollissent à la même température : ce qui tient évidemment à l’intervention d’un composé défini, le même dans toutes; mais la proportion de ce composé est très variable et fait par là varier le pouvoir agglomérant. La faculté de fournir du coke de bonne qualité se développe avec une teneur moyenne en matières volatiles de 16 à 50 pour 100 qui correspond à 85 ou 00 pour 100 de carbone. On a là des houilles dites grasses, dont le pouvoir calorifique est le plus élevé. Des deux côtés de la série, que la
- teneur en carbone s’élève ou s’abaisse, ce pouvoir de donner du coke aggloméré disparaît. M. Le Ghatelier a fait remarquer que ce carbone fusible vers 550 degrés, dont l’étude serait bien intéressante, devait être en même temps susceptible d’une oxydation lente à basse température. C’est sa présence qui fait que la houille, laissée à l’air, absorbe jusqu’à 6 et 8 pour 100 d’oxygène, perdant en même temps de ses qualités comme charbon à coke et charbon à gaz et pouvant donner heu à des incendies spontanés dans les mines, les dépôts, les soutes de navire, etc. L. De Launay.
- LE CHEMIN DE FER DU HEDJAZ
- Tout bon mulsuman doit, comme on sait, visiter une fois, pendant son existence, la Mecque. C’est donc par centaines de mille que les pèlerins se rendent annuellement aux lieux saints. Ceux-ci suivent différentes routes. Les Arabes prennent les chemins des Caravanes qui, soit de la côte, soit de l’intérieur, conduisent à la Mecque. Les Persans et les Indous, venant de l’Est, suivent également le chemin des Caravanes en traversant les déserts de l’Arabie ; mais, d’autres, et en plus grand nombre, suivent la voie de mer et débarqüent à Djeddah, sur la mer Rougèj à 75 km de la Mecque.
- Les pèlerins d’Afrique suivent la voie de terre en passant par la presqu’île du Sinaï, tandis que d’autres, venant par mer, débarquent à Djeddah.
- Djeddah est donc un point très important où se concentrent annuellement un grand nombre de. pèlerins venant de • l’Égypte, de l’Afrique du Nord, des Indes> de la Turquie et de la Russie du Sud.
- Quant aux Pèlerins de Syrie, également très nombreux, ils suivent le chemin des Caravanes qui, en traversant l’Arabie du Nord au Sud, relie Damas avec Médine et la Mecque. Ces pèlerins, après s’être réunis près de Damas, for-
- ment une caravane qu’escortent, contre l’attaque des Rédouins, un bataillon d’infanterie^ une batterie de
- campagne et cela pendant tout le trajet qui est d’environ 1800 km et dure près de quarante jours. Si à celte escorte on ajoute celle formée par une centaine de Bédouins qui ont pour mission de recueillir les pèlerins fatigués ou malades, ainsi que les milliers de chameaux et de mules servant à transporter les bagages et les subsistances nécessaires à l’alimentation de l’escorte et des pèlerins, on comprend toutes les difficultés qu’entraîne là préparation et la mise en marche d’une pareille caravane. Il ne faut pas oublier que, sur tout le parcours, il est de toute impossibilité de se procurer les moyens de subsistance et que, sauf en quelques points rares échelonnés sur le parcours, il en est de même de l’eau potable. Tout doit être transporté à dos de chameau.
- D’un autre côté le prix que coûte ce pèlerinage est très élevé quoique variable suivant les conditions et le confort des pèlerins. Lorsque ceux-ci ont à leur disposition personnelle des chameaux pour leur transport et celui de leurs bagages, le prix de Damas à la Mecqué peut atteindre mille francs. Mais beaucoup d’autres vont à pied et d’autres
- Katràne
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- Fig. i. — Carte montrant le tracé du chemin de fer du Hedjaz. — La ligne pleine, entre Damas et Médine, indique la partie construite. La ligne pointillée, entre Médine et La Mecque, indique la partie actuellement en construction.
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- encore, afin de diminuer leurs frais, servent de surveillants ou s’occupent des bagages.
- Depuis fort longtemps on avait songé à réduire au minimum ces difficultés, ainsi que la durée du parcours en construisant un chemin de fer entre Damas et la Mecque. Mais les choses restaient en l’état lorsque le 1er mai 1900, l’ex-sultan Abd-ul-Ilamid, sur les conseils de son secrétaire Isset Pacha, originaire de Damas, décida par un Iradié la construction du chemin de fer.
- Afin de faire face aux dépenses de construction, qui étaient élevées, le khalife de l’Islam fit appel à ses fidèles et, au bout de très peu de temps, les
- construction du chemin de fer du Hedjaz est due à la main-d’œuvre musulmane.
- Tracé du chemin de fer et orographie de la région traversée. — Le chemin de fer du Hedjaz (fig. 1) suit, entre Damas et Médine, une direction Nord-Sud entièrement parallèle au chemin des Caravanes dont il ne s’éloigne qu’en quelques endroits, afin d’éviter des difficultés de construction. Il se développe, sur la plus grande partie de son parcours, sur un plateau s’élevant graduellement de la cote 898 m. au-dessus du niveau de la mer à Damas, à la cote 1200 m. au kilomètre 888 à partir de ce môme point pour, de.Jà_, redescendre sur Médine qu’il
- %
- Fig. 2. — Ruines d'Amman.
- souscriptions étaient suffisantes pour engager les travaux, en dehors de quelques subventions données soit par l’État, soit par quelques particuliers.
- Comme, d’un autre côté, il était impossible de trouver parmi les indigènes, d’ailleurs très peu nombreux, la main-d’œuvre nécessaire pour la construction du chemin de fer et, en même temps, dans le but de réduire les dépenses, on a eu recours à la main-d’œuvre militaire. Les terrassements ont été exécutés par des soldats d’infanterie, tandis que ceux appartenant aux bataillons des chemins de fer ont été chargés de. la pose de la voie et des maçonneries. D’autres appartenant à des compagnies de pionniers étaient employés comme mécaniciens dans les ateliers et à la pose du télégraphe. En un mot, sauf un ingénieur allemand, M. Meissner, toute la
- atteint à la cote 700 au-dessus de la mer, après s’être abaissé au kilomètre 1126, à Hedie, à la cote 545 m.
- Primitivement le chemin de fer du Hedjaz devait partir de Déra et emprunter, entre Damas et ce dernier point, la ligne antérieurement construite par une Compagnie française qui possédait également le tronçon reliant Déra avec le port d’Haïfa, sur la Méditerranée, tronçon d’une grande importance pour le chemin de fer du Hedjaz puisqu’il mettait son réseau en communication directe avec la mer. Après de longs pourparlers, la ligne de Déra à Haïfa fut rétrocédée au chemin de fer du Hedjaz, mais on ne put s’entendre pour la rétrocession de la ligne principale de Damas à Déra. Le chemin de fer du Hedjaz se trouva donc dans l’obligation de reporter à Damas
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- son point de départ et de construire une nouvelle ligne parallèle à la première entre Damas et Déra.
- Entre ces deux points, le chemin de fer traverse la région du Iiauran, contrée relativement riche qui lut autrefois le grenier de Rome et dont la richesse, grâce à sa fertilité, se développera certainement si, surtout, comme on peut l’espérer, on finit par débarrasser le pays des bandes de pillards qui l'infestent actuellement.
- A partir de Déra, le chemin de fer suit une direction parallèle aux montagnes du Moab qui bordent-la
- nécessaire aux locomotives et à l’alimentation du personnel, difficultés sur lesquelles nous reviendrons. On parvient ainsi à la station de Maan (km 458), oasis avec jardins et palmeraies arrosés
- Fig. 3. — Monuments funéraires creusés dans le rocher à Medain-Salih.
- par deux sources abondantes d’une eau fraîche et limpide. Dans le voi-
- Fig. 4. — Le Wadi d’El-Ula.
- mer Morte et se développe dans une région ondulée couverte de pâturages et parcourue par de nombreux Bédouins suivis de longues files de chameaux. C’est dans cette région
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- Fig. 5. — Castel et citerne découverte' servant à Valimentation des caravanes près de la station de Katrâne.
- sinage de cette station se trouvent
- Fig. 6. — Castel et citerne découverte servant à Valimentation des caravanes près d’El-Muassam.
- que se trouve l’antique ville. d’Amman dont on voit encore les ruines (fig. 2).
- Plus loin, la voie ferrée s’engage dans le désert de l’Arabie Pétrée et c’est à partir de ce point que commencent les difficultés de se procurer l’eau
- les ruines de l’antique ville de Pétra dont La Nature a parlé dans un précédent numéro.
- A partir de Maan jusqu’à El-Ula et Médine, la région traversée change complètement d’aspect. Sa contexture est surtout caractérisée par les hautes montagnes dont quelques sommets atteignent 5000 m. au-dessus de la mer, qui, longeant la mer Rouge, se terminent à pic du côté de la mer et s’abaissent graduellement du côté du désert par des terrasses successives. Des contreforts, coupés par de nombreuses vallées sèches, appelées wadis, prolongent
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- ces terrasses et ces vallées, après avoir pris des directions tantôt perpendiculaires au massif montagneux, tantôt parallèles, viennent se perdre dans le désert. Ces wadis, de largeur très variable, sont
- Fig. 7. — Viaduc en maçonnerie entre Amman et Kassr de 20 m. de hauteur avec 10 ouvertures de 12 mètres de portée.
- quelquefois encaissés, surtout vers le Sud, entre des parois rocheuses dont la hauteur atteint, en certains endroits, plus de 100 mètres.
- C’est le pied de ces contreforts que suit le chemin de fer jusqu’à Médine, en empruntant, partout où cela est possible, les différents wadis dont la direction lui est presque parallèle.
- On a pu ainsi réduire au minimum les dépenses de construction.
- Comme nous l’avons dit, sauf aux oasis de Maan, de Sat-el-Hadsch, Tebuk, Achdar et El-Ula, il n’y a pas d’eau dans la région. De plus, les Avadis sont, sauf quelques rares exceptions, secs même pendant la saison des pluies.
- La saison des pluies, dans ces régions, a lieu pendant les mois de novembre,, de février et de mars et très rarement pendant les mois de décembre et de janvier. Même, pendant les mois pluvieux, la pluie se localise. Certaines régions ne reçoivent jamais d’eau, tandis que d’autres en reçoivent des quantités considérables qui s’écoulent par les wadis, les inondent et ont été la cause de ruptures d’aqueducs pendant la construction du chemin de fer.
- Le climat de ces hautes régions est très bon. Par suite de la sécheresse de l’atmosphère on supporte sans gêne la température de + 55° souvent atteinte pendant les mois chauds de l’été, température rendue, du reste, plus supportable par un vent frais qui souffle presque toute l’année. Ce n’est que dans les wadis très encaissés, comme ceux des environs d’El-Ula, que ces hautes températures deviennent gênantes et sont quelquefois la cause de fièvres. Pendant l’hiver, la température s’abaisse à H- 4°,
- à -4-5° et c’est tout à fait exceptionnel qu’elle descende à 0°.
- Les seules précautions à prendre sont de se prémunir contre les grandes différences de température qui existent entre le jour et la nuit.
- En sortant de Maan, le chemin de fer rentre à nouveau dans une contrée désertique semblable à celle traversée au Nord. Coupée de nombreux wadis peu profonds qu’il a fallu franchir au moyen d’aqueducs en maçonnerie, son sol très résistant est complètement aride et recouvert de cailloux.
- À Batn-ul-Guhl, à 60 km de Maan, après avoir franchi un faîte à la hauteur de 1168 m. au-dessus de la mer, le chemin de fer redescend vers Sat-ul-Hatsch en suivant le Wadi Resem de largeur variable et qui va en s’élargissant à mesure qu’on s’approche de Sat-ul-Iiatsch, oasis composée seulement d’une centaine de dattiers groupés autour d’un vieux castel servant d’abri et de défense contre les Bédouins nomades. Aucune habitation n’existe autour de cette oasis peu importante.
- Le même sol plat et désertique, coupé de place en place de Avadis, se retrouve jusqu’à Tebuk distant de 692 km de Damas, oasis importante composée de plus de mille palmiers, d’un castel de défense et habitée par une population d’environ 500 habitants.
- C’est dans ces régions‘désertiques où l'air sec est surchauffé par le soleil que les jeux de lumière deviennent superbes et que les lignes de paysage, même les plus éloignées, apparaissent avec une merveilleuse netteté. Les collines isolées à l’Est du chemin de fer et les montagnes qui bordent la mer Rouge avec leurs arabesques capricieuses qu’on aperçoit au loin à l’Ouest, se découpent sur le ciel avec une pureté admirable. Au lever et au coucher
- Fig. 8. — Station de Sât-ul-Hadsh : à gauche le bâtiment de la station. — Au milieu le réservoir alimenté par le moulin à ven t qu’on voit à droite et qui puise l’eau dans un puits ou dans une citerne couverte.
- du soleil ces montagnes prennent des couleurs incomparables.
- En poursuivant sa route vers le Sud le chemin de fer du Hedjaz pénètre dans une région encore plate et désertique mais où les wadis, pendant la saison des pluies, reçoivent une quantité d’eau
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- considérable. Aussi a-t-il fallu les traverser au moyen d’aqueducs à grand débouché, notamment le wadi Ethil qui est franchi par un viaduc en maçonnerie de 143 m. de longueur avec 20 ouvertures de 6 m. de portée. C’est l’ouvrage le plus important de la ligne.
- Le tracé se rapproche ensuile du massif montagneux volcanique. Harrat-el-Aueirid dont il traverse un des premiers contreforts au moyen d’un tunnel de 160 m. de longueur, près de la station d’Achdar, pour pénétrer ensuite dans dilférents wadis dont il suit la succession jusqu’à El-Ula distant de 900 km de Damas, après avoir traversé différentes stations dont les plus importantes sont : El-Muas-sam, El-Mutelli, El-Mus-hin et Medain-Salih.
- L’oasis importante d’El-Ula, dont la population est de 3600 habitants, se compose d’une forêt de dattiers et de citronniers d’une longueur de 5 à 6 km et d’une largeur de 500 m.
- Le chemin de fer du Hedjaz se termine actuellement à Médine distant de 1300 km de Damas, mais la partie entre cette dernière ville et la Mecque est en construction.
- Plusieurs projets avaient été étudiés pour cette dernière section : l’un allant directement de Médine à la Mecque, l’autre plus long se rapprochant de la mer. C’est ce dernier tracé, dont la longueur est de 442 km, qui est actuellement en construction. La longueur totale du chemin de fer de Damas à la Mecque sera ainsi de 1754 km.
- Travaux du chemin de fer. Moyens employés pour subvenir au manque d’eau. —— Le chemin de fer du Hedjaz est à voie de 1,05 m. d’écartement. Son profil est peu accidenté; en quelques endroits, seulement, se trouvent des rampes de 20 mm par mètre avec courbes de 100 m. de rayons.
- L’établissement de la voie n’a nécessité que de faibles terrassements et les travaux d’art, sauf deux viaducs en maçonnerie, l’un entre les stations d’Amman et de Kassr (fig. 7) et l’autre sur le wadi Ethil, sont peu importants, mais très nombreux, surtout
- étant donnée la nécessité d’établir, en nombre dœn-droits, des aqueducs au passage de différents wadis qui, secs en été, reçoivent une grande quantité d’eau pendant la saison des pluies.
- Sauf un pont de 15 m. d’ouverture avec tablier métallique, tous les ouvrages d’art sont en maçonnerie; ce qui était tout indiqué étant donné le bas prix de la main-d’œuvre militaire et la facilité d’obtenir à pied d’œuvre la pierre nécessaire.
- Quelques tunnels de faible longueur ont été construits pour franchir le faîte séparant les versants de quelques wadis.
- La voie est constituée par des rails pesant 21 kg le mètre reposant sur des traverses en bois ou . en métal. Au bout de très peu de temps on a dû: abandonner l’emploi de ces premières, par suite de leur dépérissement sous l’action du soleil. Le poids total du mètre courant de voie (y compris rails, travaux métalliques et. accessoires) est de 103 kg. Le ballast est composé de pierres cassées, de basalte ou délavé.
- Les stations principales, peu nombreuses, sc composent d’un bâtiment comprenant les bureaux de l’exploitation et le logement des employés, d’une remise de locomotives, de plaques tournantes, de réservoirs d’eau,; de grues d’alimentation pour les locomotives et, enfin, de voies de garage. Quelques-unes de ces stations sont, de plus, munies d’ateliers de réparation pour le matériel fixe ou roulant.
- Entre ces stations principales, tous les 20 ou 30 km, se trouvent intercalées d’autres stations moins importantes et ne contenant que le bâtiment de la station comprenant le logement des employés et tous les 70 à 80 km on ajoute à ces stations les installations nécessaires pour l’alimentation en eau des locomotives, question capitale et qui, comme nous l’avons dit plus haut., présente de grandes difficultés sur lesquelles nous croyons intéressant de nous arrêter un instant.
- Quelques rares stations ont près d’elles des puits et quelques autres des citernes. Celles-ci, de construction ancienne et établies pour les besoins des
- Fig. g. — Rochers près de la station d'El-Mushin.
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- LE CHEMIN DE FER DU HEDJAZ
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- caravanes, se remplissent d’eau pendant la saison des pluies et servent pendant l’été aux pèlerins et aux Bédouins qui viennent s’y désaltérer ainsi que leurs chameaux. Quelques-unes de ces citernes ont une capacité de 36 000 m5 et même de 70 000 m3. Mais, comme elles ne sont pas couvertes, ont une grande surface et une faible profondeur, l’eau devient au bout de peu de temps nauséabonde, et s’évapore rapidement sous l’action du soleil (fig. 5 et 6).
- Quant aux stations qui ont des puits, le plus souvent peu profonds, ceux-ci se tarissent très vite.
- Ce n’est donc que dans quelques stations, fort éloignées l’une de l’autre, qu’on trouve l’eau en quantité suffisante pour le service des machines et de l’exploitation et cet inconvénient va en s’aggravant à mesure que l’on se rapproche de Médine.
- Pour faire face à ces difficultés, on a d’abord adjoint à la locomotive un tender de grande capacité (12 m5) et, plus tard, on s’est servi de wagons réservoirs destinés à transporter l’eau aux stations d’alimentation.
- Mais ces moyens détournés étaient insuffisants pour un service régulier. On a donc pris le parti de creuser tous les 70 ou 80 km des puits de profondeur suffisante pour alimenter des citernes couvertes.
- Dans les endroits où les puits n’ont pu donner de résultats pratiques, on a établi de grandes citernes couvertes de 6 à 7 m. de profondeur permettant de recueillir l’eau de pluie et de pouvoir s’en servir comme boisson. Dans ce derniers cas, on ajoute à l’installation des appareils de filtrage.
- L’eau des puits ou des citernes est amenée aux points d’alimentation au moyen de pompes à vapeur, mais le plus souvent au moyen de moulins à vent (fig. 8).
- Des essais de puits artésiens ont été faits et quelques-uns ont été forés jusqu’à une profondeur de 110 m. sans rencontrer d’eau jaillissante. Ce fait a été attribué à ce que les eaux qui tombent sur ce plateau élevé de 800 à 1000 m. au-dessus du Jourdain, s’écoulent à travers les nombreuses fissures du terrain vers ce fleuve.
- .. De meilleurs résultats pourront, peut-être, être obtenus en se rapprochant de Médine où l’écoulement
- des eaux se fait dans une direction opposée.
- La Syrie et l’Arabie sont, comme on sait, très pauvres en forêts et n’ont pas de mines de charbon. Quant aux régions que traverse le chemin de fer du Iledjaz, elles en sont complètement dépourvues. Le combustible pour les locomotives, pour le chauffage du personnel, pour la cuisson de leurs aliments et pour l’éclairage doit donc venir de l’étranger et amené, soit de Damas, soit de Haïfa, aux différentes stations jusqu’à Médine, c’est-à-dire à une distance de plus de 1400 km. Le prix de la tonne de charbon devient donc très élevé. Aussi a-t-on mis à l’étude de remplacer ce combustible par des huiles lourdes venant soit de Russie, soit de Mossul, près de Bagdad.
- Quelques dispositions spéciales ont dû être prises pour maintenir en bon état de conservation un certain nombre de remblais. En divers endroits, en effet, notamment vers El-Ula, le chemin de fer traverse des régions dont le sol est formé de sables mouvants. Sous l’action des vents violents qui soufflent à certaines époques de l’année, ces sables sont soulevés, couvrent la voie en l’obstruant et arrachent en même temps les remblais constitués avec ce sable.
- Pour consolider ces remblais on a recouvert les talus et la plate-forme d’une couche de glaise dans laquelle on a interposé des cailloux de dimensions convenables qu’on trouvait aisément dans le voisinage du chemin de fer.
- Matériel roulant. — Le matériel roulant se compose de 43 locomotives, 512 wagons à marchandises et 31 voitures à voyageurs.
- Durée des travaux et dépenses de construction. — Les travaux du chemin de fer du Hedjaz ont été commencés au début de l’année 1900 et viennent d’être terminés jusqu’à Médine sur un parcours de 1300 km, comme nous l’avons dit. C’est donc 140 km de chemin de fer qui ont été construits annuellement. Quant aux dépenses de construction, y compris le matériel roulant et les stations, elles ont été de 35 à 40 000 francs par kilomètre, chiffre peu élevé si on considère les conditions dans lesquelles on se trouvait, mais qui est dû, surtout, à l’emploi de la main-d’œuvre militaire.
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- Le chemin de fer du Hedjaz, au point de vue ottoman, a une importance stratégique et politique très grande puisqu’il reliera, dans un avenir prochain, par une voie ferrée ininterrompue, Constantinople avec une contrée complètement isolée et habitée par une population peu aisée à gouverner. Mais, au point de vue commercial, quels en seront les résultats ? Le transport des marchandises et des voyageurs sera-t-il suffisant pour rémunérer le capital de construction et pour faire face aux dépenses d’entretien qui, il ne faut pas se le dissimuler, seront loin d’être négligeables? Pour des raisons religieuses les pèlerins se rendant à la Mecque, voudront-ils se servir du nouveau mode de transport ou ne préféreront-ils pas continuer à suivre l’ancienne voie des Caravanes ? Autant de questions que l’avenir seul pourra résoudre.
- ïS SCIENCES -........... 269
- Une autre question se pose encore. Le chemin de fer du Hedjaz si, surtout, il est utilisé par les pèlerins, ne sera-t-il pas une route toute tracée pour la propagation du choléra qui, comme on sait, a un de ses foyers à la Mecque ? Le voyage entre ce point et Damas se trouvant réduit à quatre ou cinq jours ne facilitera-t-il pas la propagation de cette maladie, malgré l’établissement projeté d’un lazaret à Tebuk a 700 km de Damas? C’est cette grave question que se sont posée M. le professeur Chantemesse, dans un rapport lu par lui à l’Académie de Médecine1 et M. le Dr Clemow dans une savante étude sur la défense sanitaire du chemin de fer du Hedjaz2.
- Quoi qu il en soit de l’avenir la construction du chemin de fer du Hedjaz est une œuvre importante qui fait grand honneur aux ingénieurs qui en ont conçu le projet et poursuivi l’exécution3. R. Bonjsin.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 mars 1910. — Présidence de M. E. Picard.
- La crue de la Seine en 1910. — M. Lemoine résume une étude de MM. Nouailiac-Pioch et Maillet sur les causes de la crue de la Seine à la fin de janvier 1910. On possède des renseignements très exacts sur les conditions dans lesquelles la crue de 1866 s’est produite. Les auteurs les ont comparées à celles qui se sont trouvées réalisées en 1910. Les différences tiennent à quatre causes : 1° en 1910 le sol se trouvait saturé d’humidité lorsque sont survenues les fontes de neige et les pluies qui ont déterminé la grande et rapide montée des eaux, de telle sorte que celle-ci a reposé sur un niveau plus élevé de 1 m. qu’en 1866; 2° le 25 janvier, alors que la montée avait atteint son niveau supérieur, il y a eu subitement une petite crue des affluents torrentiels du iïeuve; 5° les eaux de cette crue et celles de la crue de la Marne sont arrivées en même temps à Paris ; de plus, il y a eu rencontre à Paris des eaux de l’Yonne et des eaux des sources de la haute Seine qui, en temps ordinaire, n’arrivent à Paris que longtemps après celles de l’Yonne. Enfin les obstacles rencontrés par le fleuve à Paris ont exercé une influence sur son niveau. A Mantes la crue a été moins considérable parce que l’Oise n’a que peu monté; à Rouen la surélévation de niveau a été faible parce que les eaux sont arrivées à un moment de morte-eau.
- Um propriété du foie.— M. Dastrc communique une Note de M. Doyon faisant connaître une propriété du foie inconnue jusqu’à ce jour. Après avoir saigné un animal on fait passer dans le foie de l’eau salée. Puis, on y fait arriver du sang provenant d’un animal qui vient d’être sacrifié. On constate que ce sang ne se coagule plus et même qu’il rend impossible la coagulation du sang. Le foie exerce donc sur le sang une action qui avait échappé jusqu’à ce jour.
- La fièvre typhoïde expérimentale. — M. Melchnikoff expose qu’on avait réussi, au moyen d’injections intra-veineuses ou d’injections dans le péritoine, à communiquer aux animaux une maladie ressemblant à la fièvre typhoïde; mais on n’avait pas réussi à leur communiquer cette maladie par voie d’ingestion de cultures de bacilles. Les essais opérés même sur les grands singes avaient échoué. La réussite
- est importante parce qu’elle doit permettre d’élucider le problème suivant : le bacille typhique seul peut-il déterminer la fièvre typhoïde ou est-il nécessaire qu’il soit associé à un autre microbe? De même la réussite permettra de démontrer l’efficacité de tel ou tel des vaccins proposés pour l’homme. M. Melchnikoff a pensé que si les tentatives avaient échoué, c’était parce qu’on avait fait avaler aux animaux des cultures pures, alors qu’en réalité l’homme contracte la fièvre typhoïde en buvant des eaux contaminées d’excréta. II a donc souillé les aliments d’un chimpanzé de manière à réaliser cette condition. Six jours après l’animal présentait une fièvre violente caractérisée par une température de 40°,5 et par d’autres symptômes typhiques. Il est mort de dysenterie au bout de quelques jours et l’autopsie a permis de reconnaître qu’il présentait les lésions intestinales de la fièvre typhoïde. On a donc désormais le moyen de rechercher si les vaccins proposés pour l’homme peuvent empêcher la maladie d’éclater et si les sérums préparés sont des remèdes efficaces.
- L’arséniate de plomb en viticulture. — M. Schlœsing fils présente une Note de MM. L. Moreau et E. Venet relative à l’emploi de l’arséniate de plomb pour la préservation des vignes. A la station œnologique de Maine-et-Loire, les pulvérisations ont été pratiquées avec un liquide contenant environ 600 grammes d’arséniate de plomb par hectolitre et on a employé 1 hectolitre pour 1000 pieds. Une pulvérisation a été faite le 27 mai, puis le 6 juin; l’examen des grappes, prélevées le 22 juin, le 2 août et le 14 septembre, a montré que la quantité d’arsenic descendait progressivement, mais reste encore importante. Dans la lie humide on a trouvé à l’état d’arséniate de plomb 0,7 milligramme d’arsenic par kilo-
- 1 Bulletin de VAcadémie de Médecine (9). Séance du 2 mars 1909.
- 2 Revue d'hygiène, 20 mars 1910, p. 213-244 (à suivre). P. Masson, éditeur.
- 0 Les gravures de cet article sont établies avec la gracieuse autorisation de l’éditeur d’après le Mémoire récemment publié dans les suppléments des Pelèrmann’s Milteümgen: par Adler-Pacha.
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- 270 LE TRAINEAU AUTOMOBILE RENÉ LE GRAIN
- gramme de lie humide. Mais dans le yin on n’a pas trouvé d’arsenic. Des vignes traitées avec unç bouillie trois fois plus riche en arsenic ont donné un pareil résultat.
- Un aliment pour les diabétiques. — M. le Dr Le Golf adresse un Mémoire intitulé « Sur l’emploi de la graine de Soja Hispida de Chine dans l’alimentation des diabétiques ». La Soja est une légumineuse cultivée en Chine,
- dont la graine appelée pois oléagineux renferme peu d’amidon et beaucoup de matières grasses. C’est un aliment de premier ordre pour les diabétiques. La Soja peut être cultivée dans certaines régions de la France aussi facilement que les pois et les haricots.
- Élections. — M. le professeur Àlbrecht de Potsdam est élu correspondant de la section de géographie et de navigation. Cii. de Yilledeuil.
- LE TRAINEAU AUTOMOBILE RENÉ LE GRAIN
- La Nature a récemment décrit le traîneau automobile de La Besse; voici un autre modèle, dû à M. René Le Grain. Cet inventeur réalise pratiquement la transformation en traîneau, par l’adjonction de patins, de tout véhicule automobile. Il vient de conquérir les plus hautes récompenses du concours de l’Automobile-Glub et du Touring-Club.
- La partie traîneau est constituée par quatre patins, dont deux avant assurent la direction.
- Ces patins en acier sont de même profil. La face de glissement est plane avec des chanfreins à 15°, sur les côtés, elle porte une rainure centrale de guidage; deux tiges d’acier soudées à l’autogène, de part et d’autre de la gorge, prolongent ce guidage sous la face plane du patin.
- À l’avant, les patins directeurs sont montés sous les roues et sont rendus solidaires de celles-ci au moyen d’attaches rapides (fig. 1) et de tirants, formant ainsi un ensemble essentiellement rigide."
- Pour effectuer le montage d’un patin sous une roue, il suffit de soulever la roue au moyen d’un vérin, de glisser le patin sous cette roue après avoir ouvert le flasque mobile, puis de descendre la roue qui vient reposer sur le patin, de refermer le flasque, le boulonner avec le flasque rigide; monter et régler les tirants.
- Ces tendeurs empêchent aussi la roue de tourner autour de son axe, mais il faut toutefois laisser assez de jeu pour permettre une rotation partielle, de manière que le patin obéisse sans choc, aux irrégularités de la route.
- Sur l’extrémité avant des patins directeurs, est monté un chasse-neige destiné à déblayer la neige sur une largeur suffisante, pour préparer le passage des roues motrices et leur permettre de prendre appui sur une neige plus compacte.
- Ce chasse-neige pivote autour d’un axe vertical, le long duquel il peut aussi se déplacer; il est maintenu en position par des ressorts à boudin lui permettant, le cas échéant, de céder sous la poussée brutale d’un obstacle.
- A l’arrière, nous sommes en présence de deux problèmes : la sustentation et la propulsion du traîneau. Le principe de l’invention est d’établir une répartition, facilement réglable, du poids de l’arrière du véhicule, sur les roues et sur les patins. En montée, en effet, l’adhérence doit être plus grande sur les roues motrices qu’en plat, où une adhérence
- relativement faible suffira à la propulsion. En descente, lorsque la gravité suffit à la propulsion, les patins seuls sont utiles. Il fallait donc trouver le moyen de changer facilement en marche, sans ralentir et sans effort, le point d’appui de la voiture en faisant reposer celle-ci tantôt sur les roues, tantôt sur les patins et les roues, enfin seulement sur les patins. Ce principe est réalisé de la façon suivante :
- Les patins arrière sont solidaires de deux consoles •et (fig. 2) montés sur des tubes, qui coulissent dans des glissières fixées aux longerons du châssis.
- Le cadre constitué par la console et les tubes, vient s’appuyer sur un excentrique monté sur l’essieu cardan de l’automobile.
- L’excentrique commande le coulissement du cadre dans les glissières et agit ainsi sur le patin.
- Dans la position de la figure, le patin repose sur le sol au niveau de la roue, il supporte ainsi une fraction du poids de l’arrière de la voiture (les ressorts sont tarés de façon que cette fraction soit le tiers de ce poids). Si l’on fait tourner l’excentrique, au moyen de la commande, vers le haut, les patins se soulèvent laissant alors l’adhérence maxima aux roues motrices. Si l’on fait tourner l’excentrique, en sens inverse, c’est-à-dire vers le bas, les patins reprennent la position de la figure, et si l’on continue le mouvement, les roues arrière se soulèvent et quittent le sol ; les patins remplissant alors l’office d’un cric qui soulèverait l’arrière du traîneau.
- Nous remarquons que, dans ce système, les roues et les patins arrières sont montés sur un même essieu, ce qui présente un grand avantage :
- 1° Au point de vue de la direction.
- On évite, en effet, les réactions longitudinales qui existent forcément quand on a à déplacer un train non articulé d’une voiture, par exemple lorsque les roues motrices sont placées entre les deux trains de patins.
- 2° Au point de vue de la suspension.
- Du fait d’une unité de chocs sur un unique jeu de ressorts, on supprime, en effet, l’inconvénient des réactions possibles entre deux ressorts distincts rapprochés, qui ne travaillent jamais ensemble, incommodité gênante qu’on ne peut éviter lorsqu’un train supplémentaire de roues motrices, est monté entre les deux trains de patins.
- 3° Au point de vue de la course à donner à l’excentrique, qui devrait être trois ou quatre fois plus grande
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- LE TRAINEAU AUTOMOBILE RENÉ LE GRAIN .. ...271
- pour être efficace, si à chaque déplacement de la roue ne correspondait pas le même déplacement du patin et réciproquement. Le patin et la roue, montés sur le même ressort se comportent comme la jante et le pneu. La jante qui est cependant si près du sol ne le touche jamais, car à chaque déplacement du pneu, correspond le même' déplacement de la jante.
- 4° Au point de vue de l’encombrement de la commande des patins sur la voiture : Un simple déplacement du ressort permet le plus souvent [selon les marques) de placer l’excentrique, le cadre et la commande sur le pont arrière en ne prenant sur celui-ci, qu’une largeur de 6 cm entre la couronne du frein sur roue et le patin du ressort, sans que l'on soit obligé pour cela, de changer le pont arrière.
- Après avoir parlé du changement de point d’appui pour obtenir soit la propulsion par les roues, soit le mouvement de glissement des patins, parlons maintenant des roues elles-mê-
- Montage des patins sous la roue avant : du patin se trouve un chasse-neige.
- Fig. 2. — Montage des patins sous la roue arrière. — Position en terrain plat. — Le jeu d’un excentrique permet de faire à volonté reposer la voiture sur ses roues ou sur les patins, ou à la fois sur les patins et les roues.
- mes.
- L’adhérence
- nécessaire à la propulsion est obtenue par des roues jumelées, munies de pneus plats à ventouses pour permettre l’avancement sur glace (sur des lleuves
- moyen d’attaches Parsons. Les roues constituent alors, les roues dentées les plus souples qui puissent exister, ce qui oftre un grand avantage.
- 1° Au point de vue de la propulsion, puisqu’elles s’appuient sur le sol en épousant sa forme ;
- 2° Au point de vue de la suspension, puisque tout autre système de roue dentée ne pourrait supporter, en montée par exemple, tout le poids de l’arrière de la voiture, sans risquer de briser les dents mêmes de la roue et de secouer considérablement le conducteur.
- Les freins, différents de ceux des automobiles, viennent s’appuyer sur le sol. Ils sont situés à droite et à gauche du châssis et agissent séparément en cas de besoin (dans les virages, comme contre-partie de
- la force centrifuge). Un seul levier permet de les faire agir à droite, à gauche ou ensemble.
- Nous voyons donc que deux commandes seulement, viennent s’ajouter à celle de l’automobile et que la conduite de ce traîneau automobile, n’est pas plus compliquée
- que celle d’une automobile ordinaire (fig. 3 et 4).
- Enfin, remarquons que lorsque les patins avant sont démontés et que les patins arrière sont débou-
- Fig. 3 et 4. — Schéma des freins à prise sur le sol. 0Coupe transversale et vue prise sur le côté de la voiture.)
- ou un lac gelés par exemple). Ces pneus ont, sur le sol, un appui de 40 cm. Pour la propulsion sur la neige, ces pneus sont revêtus de chaînes de 1 cm de relief, fixées, de part et d’autre de la jante, au
- lonnés du cadre mobile, ce cadre mobile, reliant l’essieu arrière au châssis par l’intermédiaire de quatre ressorts très espacés, devient la meilleure et la plus robuste des suspensions élastiques.
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- Cette suspension élastique se règle d’après le nombre de personnes qui chargent la voiture et il’suffit, pour obtenir le réglage, de comprimer plus ou moins
- glace ou la neige sans nécessiter un démontage de roues, et, selon la nature du sol rencontré, il avance sur 4 roues ; 4 patins et 2 roues ; 2 patins et 2 roues ;
- Fig. 5. — L'auto-traîneau Le Grain en vitesse.
- Fig. 6. — L’auto-traîneau Le Grain au concours de Gèrardmer.
- les ressorts au moyen de l’excentrique. Elle constitue donc encore la plus sensible des suspensions.
- En résumé ce véhicule peut servir sur le sol, la
- 4 patins; réalisant ainsi toutes les combinaisons possibles entre 4 patins et 2 roues motrices.
- R. Villers.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N* 1923
- 2 AVRIL 1910.
- LES TERMITES CHAMPIGNONNISTES
- On connaît, depuis déjà longtemps, des Fourmis qui cultivent véritablement sur du terreau des champignons, dont elles font ensuite leur nourriture. Des faits du même ordre ont été dernièrement découverts par MM. Henri Jumelle et 11. Perier de la Bâthie1 2 au sujet d’insectes d’une classe tout à fait différente, les Termites, êtres singuliers et très industrieux malgré leur aspect « lourd » et même un peu « benêt ».
- A Madagascar, on rencontre trois sortes de termitières-, les unes construites sur les collines découvertes, les autres bâties sur les arbres, d’autres, enlin, édifiées à la lisière des forêts. Ce sont ces dernières seules qui nous intéressent ici. Elles se présentent sous la forme de cônes de 1 m. à 1,20 m. de hauteur et sont laites avec de la terre de forêt. Sous une épaisse couche de cette terre battue, il y a une vingtaine de chambres assez irrégulières, de 8 à 10 cm. en moyenne dans un sens sur 6 à 8 dans l’autre. La plupart sont,remplies par ce qu’on peut appeler des « meules à champignons », c’est-à-dire des agglomérations de petits granules tendres, humides et friables ; ce sont là des débris de bois mort que les termites, au moment delà saison des pluies, vont chercher parfois à plus de 100 m. en passant par des galeries souterraines s’étendant tout autour de la termitière et transforment en boulettes en les faisant passer par leur tube digestif.
- Sur les parties jaune et noire de ces boulettes, il y a des filaments de champignon abondamment ramifiés, s’entre-croisant en tous sens en un feutrage serré mais très mince, et présentant par place des « pelotes fongiques » d’au plus 1 mm de diamètre, formées de cellules arrondies, qui, à la surface, se dissocient en cellules elliptiques, lesquelles, vraisemblablement, sont des spores. À la face inférieure des gâteaux, il y a, en outre, de courts cordons brunâtres, apparaissant sous forme d’aspérités. Lorsque la termitière vient à être abandonnée (ce qu’il est facile de provoquer en coupant l’arbre qui l’abrite, car les Termites ont horreur du soleil), du voile mince et ras du champignon naissent rapidement des filaments qui se dressent au-dessus de la sur-
- 1 Revue générale de botanique, i. XXII, u° 253, 15 janvier 1910.
- 2 Henri Coupin. Les arts et métiers chez les animaux. Vuibert et Nony, édit.
- Paris, 1909. _
- face des meules en formant un épais duvet de 4 à 5 mm de hauteur et sur lequel naissent de grosses masses noires (sclérotes) en forme d’épines ou de massues : ce champignon paraît appartenir au genre xijlaire, dont nous avons, en France, un petit nombre de représentants.
- Cette modification de la végétation (forme envahissante) ne se produit jamais quand les termites sont encore dans leur nid. C’est donc bien évidemment à leur présence que le champignon doit de conserver l’aspect que nous avons décrit plus haut (forme rase). Comment cela peut-il se faire? On n’en sait absolument rien. Tout ce que l’on peut dire — et le fait est fort curieux — c’est que ce seraient exclusivement les « ouvriers » qui seraient capables de maintenir dans la termitière la « forme rase ». Dans un nid d’où tous les ouvriers seraient sortis, et qu’habiteraient cependant encore les « soldats », les mâles, les reines et les larves, le champignon prendrait la !( forme envahissante », laquelle s’accompagne de l’apparition de diverses
- Fig. i. — Une termitière à Madagascar : coupe montrant les chambres où se trouvent les « meules à champignons ».
- 18. - 273
- 38e année. — ter semestre.
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- 274 =-".—..LES TERMITES CHAMPIGNONNISTES
- moisissures, ou autres champignons accessoires. Ce serait à bref délai la mort de toute la colonie. C’estce qu’on peut constater dans les tubes où l’on introduit des fragments de meules et de termites : le champignon ne se maintient court et pur que lorsque les ouvriers sont en nombre suffisant.
- A quoi servent les filaments du champignon des meules? Des observations et expériences de MM. Jumelle et Périer de la Bâthie, voici ce que l’on croit pouvoir conclure. Les larves très jeunes se nourriraient de ces filaments ou encore des spores des pelotes, que les ouvriers prendraient le soin de leur triturer. Plus âgées, ces larves consommeraient directement les spores. Les adultes, ainsi que les très grosses larves, mangeraient la substance de la meule, du moins dans sa partie jaune clair, qui serait la portion qui, sous l’influence du champignon,
- Fig. 3. — Une espèce de termite voisin du termite champignonniste : le Termes • bellicosus (Afrique, Madagascar): a, le mâle; b, femelle pondeuse ; cc, ouvriers; d, soldat.
- a été modifiée de façon à devenir alimentaire. Naturellement, les filaments qui recouvrent la substance sont aussi ingérés, mais ils ne le sont qu’ac-cessoirement. Les pelotessontaussi, pour ces adultes, tout à fait insuffisantes : ouvriers et soldats meurent lorsqu’ils n’ont pas d’autre nourriture. L’utilisation des pelotes par les larves serait, au contraire, encore démontrée par cette observation que, lorsqu’on met la forme « rase » du mycélium dans un tube en présence de nombreux adultes et de quelques jeunes seulement, les pelotes deviennent , trois fois plus grosses que lorsqu’il y a beaucoup de larves. Celles-ci seraient donc les seules qui toucheraient à ces formations. Ce champignon serait donc, à la fois, un aliment pour les jeunes et un agent de la transformation de la matière des meules pour les adultes et les très grosses larves. Hexhi Courus.
- Fig. 2. — La « meule à champigons » et le champignon des termitières : a, fragment d’une meule à champignons ; b,; extrémité des filaments de pelotes fongiques (vue au microscope) ; c, sclé-rotes formés sur les parois des chambres d’une termitière abandonnée; d, xylaire au voisinage d’une termitière; e, stomas conidiophores à la surface d’une termitière abandonnée.
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- L’EMPLOI DE L’AIR COMPRIMÉ POUR LE SAUVETAGE
- des navires coulés.
- Pour relever du fond de la mer les navires que leur mauvaise fortune y a envoyés reposer, les ingénieurs cherchent toujours à utiliser les moyens de
- llouer le croiseur auxiliaire Yankee de 6200 tonnes, qui s’échoua puis coula dans l’automne de 1908, à l’entrée de la baie du .Buzzard, près de New-Bedford,
- Fig. i. — Le « Yankee » après sa seconde immersion.
- plus en plus perfectionnés que la science met périodiquement à leur disposition.
- La mode est actuellement en celte matière à l’air comprimé qui justifie d’ailleurs sa vogue. Le public français a enregistré avec plaisir les excellents résultats récemment obtenus par ce moyen dans les essais de sauvetage de sous-marins coulés que l’amiral Doué de Lapey-rère, dont l’énergique intervention a enfin secoué l’apathie de notre marine, a fait exécuter à Cherbourg.
- Le procédé n’est du reste pas nouveau. Déjà il a été employé l’année dernière avec un plein succès pour relever le grand vapeur Bavarian de 12 000 tonnes coulé dans le fleuve Saint-Laurent au Canada. La marine américaine s’en sert actuellement pour ren-
- sur les écueils pittoresquement appelés la poule el les poussins.
- Le cas paraissait grave, la coque étant crevée en
- quatre points. Le Département de la marine essaya de remettre le navire à flots en employant les procédés habituels, mais il n’y réussit point et fit alors appel aux Compagnies de sauvetages privées.
- Les conditions dans lesquelles l’opération se présentait étaient si peu favorables qu’une seule offre se produisit, celle de M. John Arbuclde, inventeur du procédé de renflouage par l’air comprimé dont voici l’économie. Avec le système employé antérieurement, aussi bien qu'avec le nouveau, on part du même principe, qui est le suivant : on s’efforce d’enlever de la coque du bâtiment coulé la
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- 276 -. ' ------ LE SAUVETAGE DES NAVIRES COULES
- quantité d’eau nécessaire pour lui donner une flottabilité suffisante en vertu de laquelle il remontera de lui-même à la surface. Avec les deux méthodes encore la partie du navire d’où on chasse l’eau se remplit d’air; mais c’est là qu’intervient une différence capitale. Dans l’ancien système cet air restait à la pression atmosphérique, tandis que dans le procédé Arbuckle il est porté à une pression
- Machines
- et
- Chaudières
- Ca/e/V?4
- Fig. 3. — Le « Yankee » lors de son premier sauvetage. (Les compartiments laissés en blanc sont ceux dans lesquels on a comprimé Pair.)
- égale à celle qui correspond à la profondeur de la déchirure ou du compartiment dans lequel on opère. Dans le premier cas des plongeurs allaient boucher, aussi hermétiquement que possible, les trous qui avaient occasionné le sinistre, avec des plaques de métal, du bois, du ciment, etc. Puis des pompes puissantes aspiraient l’eau des compartiments ainsi rendus étanches. On en enlevait la quantité nécessaire pour redonner à l’épave le moyen de flotter.
- Il arrivait fréquemment d’ailleurs que les trous étaient si nombreux ou les déchirures si importantes que les matériaux employés pour les boucher, manquant de consolidations, ne pouvaient résister à la pression extérieure qui se faisait sentir aussitôt que l’eau intérieure était enlevée et se disloquaient, rendant ainsi le sauvetage impossible.
- Quoique exigeant dans la pratique l’emploi d’une machinerie compliquée et un grand déploiement d’ingéniosité, la méthode de l’air comprimé se présente en principe sous un aspect très simple et très facile à comprendre.
- On ne cherche nullement à boucher les déchirures produites dans les fonds du navire, mais par contre on est obligé de rendre absolument étanches à l’air les plafonds et les parois des compartiments dans lesquels on compte travailler. Des tuyaux y amènent l’air qui se comprime sous l’effort de pompes puissantes, et qui petit à petit chassé l’eau qui les remplissait ; cette eau sort précisément par les trous, qui lui avaient permis de s’introduire.
- On pompe ainsi jusqu’à ce que le niveau de l’eau, dans le compartiment où l’on travaille, ait été abaissé à celui du trou le plus élevé.
- Il est bien évident que l’eau ne pourra rentrer dans la cale tant que la pression de l’air qui y a été comprimé sera maintenue à un chiffre suffisamment élevé.
- En évaluant la capacité des compartiments, et en connaissant le poids du navire, il est facile de
- délivrer l’épave du poids d’eau nécessaire pour qu’il recommence à flotter.
- C’est de cette façon qu’on a traité le Yankee.
- Le pont inférieur avait été soigneusement rendu étanche sur toute la longueur du bâtiment, puis l’eau fut chassée des cales 1, 2, 5 et A (fig. 3) par l’air comprimé. L’eau contenue dans les machines et les chaudières avait été préalablement et simplement pompée.
- L’opération réussit admirablement. Après 45 jours de travaux le navire flotta et, à la remorque, se dirigea vers New-Bedford. Malheureusement, le temps était devenu mauvais. Un des remorqueurs, en accostant le Yankee, creva la coque par le travers du pont, précisément à l’endroit où se trouvaient les appareils qui continuaient à comprimer l’air pour maintenir la pression dans les compartiments de renflouement. La mer entra par» la brèche, stoppa les compresseurs d’air, et l’eau reprit doucement possession des cales d'où on l’avait chassée. Le malheureux Yankee, par suite de cet accident tout à fait fortuit, coula de nouveau à un mille de l’entrée du port de New-Bedford dans la position que montre notre figure 4, l’avant très près de la surface, l’arrière à quelque 10 m. de profondeur.
- On s’est courageusement remis à l’œuvre, mais en adoptant un plan nouveau. Laissant les cales, les machines et la plus grande partie de l’entrepont pleins d’eau, on résolut de vider seulement les' espaces que l’on voit en blanc sur le croquis n° 2. Certaines de ces portions du navire étaient en acier et suffisamment solides pour résister à l’expansion de l’air comprimé, d’autres étaient en bois, et il fallut renforcer solidement ces dernières par tout un système de traverses et d’arcs-boutants. De solides panneaux en acier bien étanches furent appliqués sur les ouvertures des ponts. Ils laissaient passer les tuyaux métalliques par lesquels l’air fut envoyé dans les locaux d’où l’eau devait être chassée.
- Fig. 4. — Le second sauvetage du « Yankee ».
- Le matériel employé pour ce sauvetage sensationnel qui se continue actuellement, comprend une goélette, qui sert de caserne au personnel de l’expédition, un de ces vapeurs de sauvetages, comme on en trouve maintenant sur à peu près toutes les côtes, muni de pompes à comprimer l’air, d’un débit de 140 m5 à la minute, et d’un certain nombre d’embarcations.
- Les difficultés de l’opération sont sensiblement accrues par le manque d’abri du point où se trouve
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- LA REPRODUCTION DES PLAQUES EN COULEURS r;:: :::::.:: 277
- l’épave du Yankee, et les travaux souvent retardés par l’état de la mer.
- Néanmoins, dit notre confrère Scientific American, à qui nous empruntons ces renseignements, on a le meilleur espoir de voir cette opération de
- sauvetage qui devra être comptée double à l’actif de la méthode « air comprimé », se terminer prochainement par un succès définitif.
- Sauvaire Jourdan,
- Capitaine de frégate de réserve.
- LA REPRODUCTION DES PLAQUES EN COULEURS
- Le procédé qui est venu à l’esprit de tout le monde pour reproduire une plaque en couleurs est celui qui consiste tout simplement à la photographier. C’est encore celui qui, après bien des essais, a donné les meilleures
- wvwwwww
- Fig. i. — Reproduction des autochromes à la chambre noire.
- copies à tous ceux qui se sont occupés de la question. Mais il faut se placer dans certaines conditions qui facilitent l’opération et permettent d’obtenir des résultats constants.
- La difficulté de la photographie des couleurs est, comme on sait, de trouver le temps de pose exact : dans la nature, avec l’éclairage du soleil, on n’a pas le choix : il faut prendre ce qu’on trouve et apprécier. Mais, pour une opération de reproduction, on peut avoir recours à la lumière artificielle et la choisir de telle sorte qu’elle soit toujours la même. Peur cela on peut employer, comme l’a fait M. Gimpel, le dispositif des lanternes à projections. La plaque à reproduire À est mise à la place habituelle contre le condensateur C ; comme source de lumière, c’est la lampe Nernst N, à trois filaments, qui est de beaucoup préférable à cause de sa fixité parfaite ; on interpose un verre dépoli D entre elle et le condensateur. L’éclairage ainsi obtenu est très uniforme et suffisamment intense pour ne pas nécessiter une longue pose.
- La plaque ainsi disposée est alors photographiée avec un appareil ordinaire B, en ayant soin de recouvrir d’un voile, soutenu par une feuille de carton F, l’espace compris entre elle et l’objectif, afin d’éliminer toute lumière extérieure. On peut obtenir la reproduction, soit à grandeur égale, soit réduite ou agrandie. Mais il y a auparavant une importante question à résoudre, c’est celle du filtre à interposer sur le trajet des rayons lumineux, devant ou derrière l’objectif. Le filtre jaune qui est employé pour la lumière du jour ne peut servir, il n’est pas approprié aux radiations émises par la lampe Nernst. M. Gimpel, qui a obtenu de très bonnes reproductions par ce procédé, est arrivé à déterminer le filtre convenable en employant deux écrans, un jaune et un bleu, collés l’un contre l’autre au baume du Canada. Il a établi ses écrans au moyen des formules publiées par le baron Yon Hübl1 ;
- 1 Écran jaune : solution de gélatine à 1/15. . 40 c. c.
- — tarlrazine à 1/2500. 5 c. c.
- Esculine à dissoudre dans 57 c. c. d’eau en
- y ajoutant 5 gouttes d’ammoniaque. . . 0 gr. 4
- Écran bleu : Solution de gélatine à 4(45. 40 c. c. Solution de bleu breveté à 4/4000 .... 2 c. c.
- Eau......................................58 c. c.
- On emploie 7 à 8 c. c. de chaque solution par décimètre carré.
- en faisant varier leur teinte suivant la quantité de solutions employée par décimètre carré pour chacun d’eux, il est arrivé, soit à la reproduction exacte de l’original, soit à la correction de celui-ci. Il a pu notamment obtenir d’une plaque autochrome, représentant un paysage à dominante bleue trop accentuée, une copie dans laquelle cette dominante a complètement disparu et qui, par suite, se rapproche beaucoup plus de la réalité. En moyenne le temps de pose a été de 8 à 10 minutes avec un objectif à F : 4,8.
- Cette méthode est évidemment plus compliquée que celle qui consiste à photographier l’original à la lumière du jour; mais, une fois l’installation faite, on opère à peu près à coup sûr.
- Si on ne peut l’employer, on devra éclairer l’original à reproduire par réflexion de la lumière du jour sur un écran blanc mat, une feuille de papier tendue sur une planche à dessin, de façon à obtenir un éclairage doux et uniforme sur toute sa surface. L’emploi d’une chambre à trois corps est tout indiqué ; mais, si on n’en a pas, il est facile d’en constituer une avec un appareil à soufflet ordinaire. C’est le filtre jaune habituel, monté sur l’objectif pour la prise des originaux, qui sera utilisé dans ce cas. La seule difficulté résidera dans la détermination du temps de pose, qui variera à chaque opération suivant l’état du ciel.
- Les procédés de tirage par contact sont beaucoup plus simples; ils peuvent être employés, mais on n’aura jamais autant de finesse dans les détails, parce que le contact intime entre la surface de l’image et la surface sensible ne peuvent pas être obtenus. Il ne faut pas oublier, en effet,
- Fig. 2. —Reproduction des autochromes par contact.
- qu’il est indispensable d’interposer entre elles deux les écrans multicolores et, par conséquent, de placer contre la gélatine de l’original le verre du cliché destiné à recevoir la contre-épreuve. On évite le flou que donnerait une telle disposition dans un châssis-presse ordinaire, en employant un dispositif qui arrête les rayons latéraux et force la lumière à arriver normalement à la surface du châssis. Pour cela on placera celui-ci dans une chambre photographique à soufflet, munie de son objectif mis au point sur l’infini et dirigé vers le ciel, avec le filtre jaune. Ou bien on pourra placer le châssis simplement au fond d’une boîte ayant environ 40 centimètres de long et munie, bien entendu, à son autre extrémité, du filtre jaune habituel. Dans ces deux cas on aura encore l’incertitude du temps de pose qui variera avec l’état du ciel au moment de l’opération.
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- LE ROLE DES ZÉOLITHES DANS L’ÉCONOMIE VÉGÉTALE
- Pour arriver à obtenir un éclairage constant il faut employer la lumière artificielle. C’est ce qu’ont,recommandé dernièrement MM. Lumière, qui ont déterminé un filtre spécial pour l’emploi du magnésium. Le dispositif consiste en une caisse rectangulaire A, d’environ 40 centimètres de long, au fond de laquelle on place le châssis C chargé des deux plaques, comme il a été dit plus haut, et muni à l’autre extrémité du filtre spécial E. La lumière est produite par la combustion d’un fil de magnésium M ; mais il faut prendre certaines précautions pour qu’il brûle régulièrement en ne produisant qu’un point lumineux aussi réduit que possible. Pour cela on prend un ruban de magnésium de 2 millimètres et demi de large, de 15 à 20 centimètres de long, on le plie en deux de façon à le réduire à moitié de sa longueur et on entoure les 2 parties ainsi réunies d’un fil de fer F, de 4 dixièmes de millimètre de diamètre, en formant des spires écartées d’un centimètre l’une de l’autre. On
- introduit l’extrémité dans un support S qui est disposé en face du filtre. Dans ces conditions le magnésium brûle régulièrement en se maintenant rigide et en présentant un point brillant en face de l’appareil; le fil de fer brûle avec lui, c’est pourquoi il est nécessaire de ne pas employer de fil d’un autre métal, ce qui changerait la coloration de la lumière obtenue. Il est bon d’allumer avec une lampe à alcool qu’on tient à proximité pour provoquer le rallumage en cas d’extinction. La longueur du magnésium doit être proportionnée à l’opacité de F autochrome à reproduire, c’est toujours la question du temps de pose, mais une fois celui-ci déterminé il le sera une fois pour toutes pour le même original; si on en tire plusieurs copies le développement sera automatique.
- C’est là le grand avantage de la lumière artificielle pour ce genre de travail ; aussi pensons-nous qu’elle sera toujours préférable à la lumière du jour si on veut avoir des résultats constants. G. Maresciïal.
- LE RÔLE DES ZÉOLITHES DANS L’ÉCONOMIE VÉGÉTALE
- Les zéolithes constituent une classe de minéraux extrêmement nombreux et répandus à la surface du globe; ils constituent en général une partie importante du sol arable dans lequel ils se sont incorporés à la suite des phénomènes d’érosion et de sédimentation qui ont marqué les âges géologiques de notre planète et qui continuent encore à l’époque actuelle d’une façon plus ou moins marquée.
- Ces minéraux forment, au point de vue chimique, une classe de silicates; ils contiennent les éléments de l’eau comme éléments constituants et sont rapidement décomposés par l’acide chlorhydrique avec élimination de silice. La plupart des zéolithes sont susceptibles de former des cristaux bien développés et contiennent, outre la silice et l’eau, de l’alumine et un autre oxyde métallique : soude, potasse, chaux, oxyde de fer. Le minéral « pollux », que l’on rencontre dans l’île d’Elbe, est une zéolithe contenant un élément rare, le cæsium.
- On a pu, ainsi que l’a signalé un récent numéro de La Nature, reproduire ces minéraux artificiellement, notamment en fondant du feldspath avec de la soude ou de la potasse et en traitant la masse fondue par l’eau. Le silicate existant dans cette masse fixe une portion de l’eau qui a servi à la traiter et est converti en zéolithe cristalline. Les zéolithes ont fait, dans ces derniers temps, de la part dè M. le Dr Gans et d’autres auteurs, l’objet, de recherches fort intéressantes qui éclairent d’un jour tout nouveau le rôle qu’elles jouent dans la nature et les phénomènes végétaux d’absorption des matières minérales, assez obscurs jusqu’ici.
- Les zéolithes, en effet, possèdent des propriétés singulières et tout à fait spéciales. La base qu’elles contiennent à côté de l’alumine est facilement remplaçable par une autre base. Ainsi, si l’on met en contact pendant un certain temps une solution d’un sel de chaux avec une zéolithe contenant de la soude, celle-ci est convertie en zéolithe calcique et la soude passe en solution à la place de la chaux. Si on traite le nouveau produit obtenu par une solution d’un sel de potasse, tel que le salpêtre, il se transforme en zéolithe potassique et la chaux qu’il contenait passe dans la dissolution à la place de la potasse. Ce processus peut être répété indéfiniment. La force ou la faiblesse de la base employée ne joue aucun rôle dans
- la réaction, qui est régie entièrement par la loi de l’action de masse, la base présente en excès dans la dissolution déplaçant dans chaque cas celle existant dans la zéolithe.
- Or, les végétaux tirent parti de ces propriétés. Depuis longtemps, on sait que les plantes ne peuvent assimiler les sels minéraux que sous forme dissoute et que ceux-ci pénètrent par les poils absorbants des racines. D’autre part, la terre arable retient la plupart des sels minéraux avec une très grande énergie, malgré le drainage provoqué par les eaux pluviales. Supposons un sol renfermant les sels minéraux habituels et fixés partiellement par les zéolithes qui ne sont jamais complètement absentes dans la terre arable. Les poils absorbants des racines des plantes croissant dans ce sol viendront en contact avec les grains de zéolithe. Les racines étant non seulement des organes d’assimilation, mais aussi d’excrétion, elles apportent ainsi au contact des zéolithes, à l’état dissous, les sels minéraux dont la plante n’a plus d’emploi, sels de soude, de chaux, de magnésie, etc., et qui, dans la plupart des terres, sont en quantités supérieures aux besoins des végétaux. Si les particules de zéolithe en contact avec les racines des plantes contiennent, par exemple, de la potasse, celle-ci est remplacée dans le minéral par une des bases excrétées par la plante, dont les racines s’emparent alors aussitôt de la potasse mise en liberté.
- Quand ce processus s’est répété pendant un certain temps, toute la potasse assimilable a été absorbée par les végétaux et la terre se trouve appauvrie. On peut alors lui rendre sa richesse par un apport d’engrais approprié. Mais celui-ci serait entraîné par les pluies si les zéolithes ne l’emmagasinaient pas sous forme insoluble, ces minéraux, comme on l’a vu, échangeant alors leurs bases, soude, chaux ou magnésie, contre la potasse. Ce cycle de transformations se répète indéfiniment.
- Quand les végétaux n’ont pas à leur disposition une nourriture minérale suffisante en éléments fertilisants, ils se contentent de prendre d’autres bases minérales qu’ils échangent contre la potasse ou d’autres substances nécessaires, sitôt que l’occasion s’en présente. Cette théorie permet d’expliquer pourquoi les plantes assimilent souvent des bases qui ne leur servent que peuoupaspourl’édifica-
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- LA RECONSTRUCTION DE CHICAGO
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- lion de leurs tissus et pourquoi les végétaux peuvent continuer à prospérer longtemps sur une terre laissée sans engrais ou sans apports de matières fertilisantes. Pendant l’hiver, en effet, au moment de l’interruption de la vie végétale, les zéolithes emmagasinent les sels nutritifs existant ou importés dans le sol, sels qu’ils restitueront aux plantes au moment du réveil de la végétation.
- Les zéolithes jouent donc là un rôle qui n’était pas soupçonné jusqu’ici et qui s’étend peut-être à d’autres espèces minérales ; ce rôle semble mettre à néant tous ces mystérieux phénomènes d’ « adsorption » et de « transports colloïdaux » par lesquels on avait expliqué jusqu’ici l’assimilation minérale de la plante.
- Cette propriété des zéolithes, que nous signalions plus haut, de substituer ses bases aux bases d’autres sels avec
- lesquels elles se trouvent en contact, a d’ailleurs été mise à profit dans certaines industries, notamment dans la sucrerie. On sait que, dans ces usines, quand on a obtenu des jus sucrés tout le sucre pouvant cristalliser, il reste de la mélasse, qui contient encore une très grande quantité de sucre dont la cristallisation est rendue impossible par la présence d’une grande proportion de sels de potasse qui se sont accumulés dans ce résidu.
- On a tenté, par l’emploi des zéolithes naturelles ou artificielles, de remplacer, dans ces mélasses, la potasse par d’autres bases, moins susceptibles d’entraver la cristallisation, de façon à récupérer encore une nouvelle partie du sucre contenu dans les jus sucrés. On n’est pas encore fixé sur l’efficacité économique de ces nouveaux procédés, qui sont encore trop récents, mais les résultats obtenus jusqu’ici paraissent assez avantageux. A. Hébert.
- LA RECONSTRUCTION DE CHICAGO
- À l’heure où Paris, à peine remis de ses alarmes, s’apprête à dépenser des millions pour son embellissement, il est intéressant de constater que l’une des plus jeunes et des plus puissantes villes du Nouveau Monde réunit de son côté une somme colossale — plusieurs milliards de francs — pour mettre à exécution un plan qui, en la renouvelant, fera d’elle la plus belle cité de l’Amérique.
- Cette ville est Chicago, à ce point calomniée de par le monde qu’un dramaturge, Français, Anglais, voire Américain, qui met en scène un personnage exotique aux allures vulgaires, se croit obligé de le faire débarquer de Chicago en droite ligne. On ignore, ou on oublie sciemment, que la « Reine des Lacs » vaut mieux que le surnom de Porcopolis qu’elle doit à ses immenses abattoirs. Elle possède une des plus remarquables universités du monde, et il est incontestable qu’elle tend de plus en plus à devenir un grand centre de culture intellectuelle, scientifique et artistique, dont les progrès inquiètent aussi bien New-York, la « Ville-Empire », que Boston, la « Ville-Cerveau ».
- Quand les Chicagoers rêvent de faire de leur ville la métropole de T Amérique, ils nourrissent une ambition que le passé justifie. Le premier homme de race blanche né sur son sol est mort l’an dernier, et c’est une pittoresque façon d’indiquer l’extrême jeunesse de cette énorme agglomération habitée actuellement par près de trois millions d âmes! Un propriétaire a vendu récemment un terrain où l’on va construire un hôtel qui coûtera 55 millions de francs. Or, dans sa jeunesse, il menait paître la vache de la famille sur ce même terrain qui n’était alors qu’un bout de champ marécageux.
- Étant donné que la population est passée de 50000 à 2 050000 âmes en un demi-siècle, que la ville est devenue le plus grand centre de voies ferrées du monde entier, que 50000 km de cours d’eau navigables aboutissent directement à son port, on doit accueillir favorablement la prédiction d’un savant ingénieur, M. Bion Arnold, qui prévoit que la
- population sera de plus de 15 000 000 d’âmes en 1950. C’est en vue de ces brillantes destinées que Chicago a décidé de préparer aux futures générations une cité modèle.
- Le plan s’ébaucha il y a dix-sept ans. Le comité de l’Exposition de Chicago avait fait appel à la collaboration des meilleurs artistes des États-Unis, architectes, peintres, sculpteurs. Un jour d’hiver, tous se trouvèrent réunis à déjeuner dans une vaste salle sur les murs de laquelle étaient cloués les plans des palais commandés à chacun d’eux. A tour de rôle, ils devaient défendre leur œuvre contre les critiques des confrères. Mais l’atmosphère de camaraderie qui régnait autour de la table dépouillait de toute aigreur ces critiques. Et, d’eux-mêmes, spontanément, les architectes modifiaient sur-le-champ leurs épures, en leur désir d’obtenir pour la future exposition un ensemble harmonieux.
- Ce résultat fut atteint, comme purent s’en convaincre les innombrables visiteurs du World’s Fair. La réunion dont nous venons de parler eut une conséquence de plus vaste envergure : celle de former, dans les principales villes de l’Union, des Comités d’artistes qui, d’accord avec les municipalités, consacrèrent leur activité et leurs talents à la « beautification » de leurs petites patries respectives. Cleveland, Boston, Baltimore, Saint-Louis, San-Francisco, Washington, récoltèrent les premiers effets de ce mouvement. Mais Chicago ne voulut rien faire à la légère. Avant de se mettre à l’œuvre, il attendit pendant trois ans les rapports, plans et devis, dont l’élaboration avait été confiée à un comité d’architectes et d’artistes. Il n’est pas inutile de remarquer que la plupart de ces experts, animés d’un louable civisme, refusèrent toute rétribution pour leurs services. Ajoutons que des artistes français, parmi lesquels M. Jules Guérin, le peintre et dessinateur bien connu, siégèrent dans le comité.
- Non seulement ces plans de reconstruction sont terminés dans leurs moindres détails, mais ils sont déjà en voie d’exécution, comme nous le verrons
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- plus loin. Nous ne pouvons exppser ici que leurs lignes principales. L’une des patfiés lés plus intéressantes du programme est celle qui prévoit un empiètement sur le lac Michigan par la création d’îles artificielles et de chaussées dont l’ensemble constituera un magnifique « parc maritime de plaisir ». Une de nos illustrations, communiquées à La Nature par le Chicago Commercial Club, montre l’aspect grandiose que présentera ce parc.
- Autour de la ville, au Nord et à l’Ouest, seront
- Fig. r. — Transformation des vieux quartiers, avec rues concentriques.
- de la cité. Ces boulevards relieront entre eux les parcs et les squares disséminés dans les différents quartiers.
- Enfin, le Parc Grant, créé sur les rives du lac Michigan à l’occasion de l’Exposition de 1895, sera transformé en un grand centre intellectuel et artistique où se grouperont les musées, les écoles de Beaux-Arts, les laboratoires de recherches scientifiques, les collections de tout ordre. Une ville officielle (civic center) lui fera pendant ; on y groupera
- construites quatre grandes avenues en arcs de cercle concentriques, l’arc extérieur atteignant un rayon de 100 km à partir du lac. Une ceinture de parcs, formant un ensemble de 60000 acres de terres boisées, sera constituée en dehors de ce dernier cercle. Oh créera une gare terminus commune où aboutiront toutes les voies ferrées, de façon que passagers et marchandises puissent opérer leur transfert sans avoir à traverser la ville. Tout un réseau de voies souterraines facilitera les transports.
- Dans l’intérieur de la ville proprement dite, des boulevards en forme de cercle, traversés par des artères diagonales qui partiront du centre comme les rayons d’une roue, modifieront" l’aspect actuel
- les monuments et administrations publics, le City-Ilall (hôtel de ville), l’Hôtel des Postes, le Palais de Justice, etc. Ce deuxième centre s’étendra autour de l’intersection de la rue Halsted et de la rue du Congrès. Celle-ci sera élargie, et deviendra l’axe de la ville reconstruite.
- Tel est, exposé dans ses grandes lignes, le plan grandiose de reconstruction que la municipalité, activement secondée par le Chicago Commercial Club, a résolu d’exécuter. Comme nous l’indiquions plus haut, le plan n’est déjà plus à l’état de projet. Depuis deux ans, les terres et matériaux provenant des chantiers de construction ou produits par la percée des tunnels et des voies souterraines, et que
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- Fig. 2. — Vue d’ensemble de la basse ville,
- les barges allaient jadis jeter au large du lac, sont désormais déversés sur ses rives, à l’endroit où le plan prévoit la construction de chaussées et d’iles artificielles. On a la preuve que cette source de matériaux, livrés et transportés gratuitement par les entrepreneurs, permettra de gagner 30 acres par
- année sur le lac, et cela, répétons-le, sans qu’il en coûte un dollar à la municipalité.
- Déjà, le Grant Park, ce vaste domaine qui étend ses pelouses et ses lacs au cœur même de la ville, empiète rapidement sur les eaux du Michigan. Ce futur centre de vie intellectuelle et artistique compte
- Fig. 3. — Le « port de plaisance » prévu dans le plan de reconstruction de Chicago.
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- CHRONIQUE
- déjà de superbes monuments, dont le plus grandiose est à coup sûr l’Art Institute, qui contient de belles collections. Un multi-millionnaire de Chicago, M. Field, a légué récemment 45 millions de francs pour l’érection d’un Field Muséum à construire dans ce même parc. Et c’est encore là qu’on creuse les fondations d’une bibliothèque publique monumentale, établissement qui portera également le nom de son richissime donateur, M. John Crerar.
- Le « centre civique » a reçu, lui aussi, un commencement d’exécution, depuis que le Gouvernement Fédéral a décidé de construire le nouvel Hôtel des Postes à l’encoignure des rues Halsted et Congress. Un referendum organisé en vue de l’achat de terrains boisés pour constituer à Chicago une ceinture extérieure de parcs a réuni plus que la majorité de votes ; mais il aurait fallu, ainsi que l’exige la Constitution de l’Illinois, les deux tiers des suffrages. Loin de se décourager, les partisans du projet ont repris la campagne d’agitation avec plus d’ardeur que jamais; ils réclament maintenant une ceinture de parcs plus vaste que celle qu’ils demandaient tout d’abord. Enfin, des tunnels pour trains de marchandises, qui relient les diverses gares, en passant sous les rues de la basse ville, sont entrés en service l’année dernière. Et l’électrification des lignes urbaines deviendra obligatoire incessamment.
- Malgré l’amplitude du plan de reconstruction, que nous avons à peine ébauché ici, on ne saurait douter qu’il ne soit avant peu mis à exécution dans ses moindres détails par les habitants de Chicago. Ils sont réputés à juste titre pour leur esprit d’initiative et leur enthousiasme civique. Il y a soixante ans, quand Chicago n’était encore qu’un bourg peuplé de quelques milliers d’âmes, ses habitants comprirent que le sol marécageux où ils avaient planté leurs demeures nuirait à son développement. Et ils décidèrent — projet gigantesque pour l’époque —
- d’élever d’un mètre à deux le niveau de toutes les rues comprises entre la rivière Chicago et la Douzième rue, et cela sur une superficie énorme. A peine conçu, le plan entra en voie d’exécution. Tous les édifices en existence furent soulevés de dessus leurs anciennes fondations et élevés au niveau des rues exhaussées.
- Dix ans plus tard, un nouveau plan de reconstruction dotait la ville naissante d’un ensemble de parcs et jardins publics. L’incendie qui la ravageait de fond en comble en 1871 donnait naissance à un troisième plan, et la ville était déjà reconstruite à la fin de 1872. En 1891, on se rendait compte que le lac Michigan, qui fournit à la ville son eau potable, était contaminé par les égouts. Et l’on entreprenait aussitôt la construction d’un vaste canal de drainage, qui coûtait plus de 500 millions. Citons encore le cas de l’Exposition de 1895. Dès que le projet eut été rendu public, des souscriptions s’organisèrent, qui produisirent en quelques jours 100 millions de francs.
- Il suffit d’avoir habité les États-Unis pendant quelques mois pour se rendre compte de l’émulation — j’allais dire de l’animosité — qui règne entre les grandes villes américaines. Boston, la ville universitaire, traite avec mépris les hordes cosmopolites de New-York et ses brasseurs d’affaires. Brooklyn met sa gloire à compter le plus grand nombre d’églises, et Baltimore, les plus beaux édifices. Philadelphie, aigrie par le triomphe de ses rivales, ne se console pas de n’être plus la métropole du Nouveau Monde.
- Chicago, la dernière venue parmi ces ambitieuses cités, croit ardemment en ses destinées. Pour mener à bien ce plan de reconstruction qui reléguera au second rang New-York et son inesthétique forêt de sky-scrapers, les habitants de Chicago n’hésiteront pas à verser les milliards demandés.
- Y. Foriun.
- CHRONIQUE
- Courroies en acier. — Les courroies en acier commencent à se répandre dans l’industrie, surtout en Belgique et en Allemagne. Elles sont faites de bandes d’acier de 2 à 9 mm d’épaisseur, de 2,2 mm à 200 mm de large suivant les puissances à transmettre. Ainsi pour une puissance de 200 chevaux-vapeur, on emploiera une courroie de 6 mm d’épaisseur, de 150 mm de large. La grande difficulté dans l’emploi de ce genre de courroies réside dans le joint des deux extrémités. On l’opère aujourd’hui par soudure, pratiquée à l’usine de fabrication des courroies. Les courroies d’acier semblent offrir de réels avantages : à condition de prendre certaines précautions très simples, elles ne glissent pas ; on garnira la poulie d’unë couche adhérente de liège bien collé, par exemple, afin d’éviter le polissage du bois que provoquerait l’acier. Les courroies d’acier ne se détendent jamais et l’on n’ à* plus à se soucier avec elles de l’opération pénible qui consiste à retendre régulièrement les courroies en cuir. Pour une même force à transmettre, elles sont de dimensions beaucoup moindres que les courroies
- en cuir; elles sont de 4 à 10 fois moins encombrantes. Elles peuvent en outre supporter des vitesses de rotation beaucoup plus considérables. Bien entendu, des mesures de protection sont nécessaires, en cas de rupture; car la. projection des éclats d’acier pourrait être des plus dangereuses.
- Les câbles téléphoniques anglo-français. —
- Ainsi que nous l’avons déjà annoncé, deux nouveaux cables téléphoniques sous-marins vont être posés entre la France et l’Angleterre. L’un deux présentera de remarquables perfectionnements sur les câbles habituellement en usage :4 il permettra de converser sur une distance beaucoup plus longue que celle que permettaient jusqu’ici les câbles sous-marins reliant la France et l’Angleterre; on pourra, en effet, par son intermédiaire, causer directement de Paris à Glasgow. Il sera muni, à cet effet, de bobines d’induction, type Pupin, dont La Nature a déjà relaté les essais sur un câble sous-marin d’étude posé dans le lac de Constance. Le câble anglo-français sera le premier câble sous-marin muni de ce dispositif.
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- LES MACHINES A JET DE SABLE
- . En 1870, M. Tilghmann, physicien de Philadelphie, découvrait qu’un jet de sahle quartzeux lancé contre un bloc de corindon, y perce, en moins d’une
- La joaillerie, pour donner le mat aux bijoux et bronzes ;
- Enfin le jet de sable sert encore au retaillage
- Fig. i. — Installation d’une sableuse. — A, compresseur ; H, sa transmission: I, conduite d’eau ou réservoir pour la circulation d’eau réfrigérante; B, réservoir d’air [horizontal ou vertical); F, conduite d’air; C, Sableuse; D, Tuyau flexible et jet; E, Table de travail. Comme on le remarquera, Vouvrier est coiffé d’un, casque relié au réservoir d’air par un petit tube en caoutchouc.
- demi-heure, un trou de 1 pouce 1/2, soit environ 4 centimètres de profondeur, en employant comme agent d’entraînement du sable, la vapeur a environ 25 atmosphères; le 15 février 1871, le D' Wahl répétait l’expérience à l’Institut Franklin, en dépolissant une plaque de verre au moyen du jet de sable.
- Comme on le voit, il a fallu de nombreuses années pour que cette découverte se vulgarisât, car, même aujourd’hui, un grand nombre d’usines sont encore dépourvues des machines à jet de sable qui leur rendraient cependant de précieux services.
- Elles sont employées dans l’industrie du verre, pour le dépolissage, la gravure, la décoration, le perçage „ des objets en verre les plus
- de l’ouvrier sableur. varies : glaces de devanture, globes d’éclairage, lampes électriques, marquage des bouteilles, etc.;
- Dans les fonderies, pour le nettoyage des pièces, le jet de sable atteint la profondeur des angles rentrants, où la brosse ne pénétrerait que difficilement ; la surface nettoyée est lisse et la peinture y prend un bel aspect;
- Dans les industries du cycle, de galvanisation, de charpente et tôlerie, pour le décapage ;
- La marine les emploie pour nettoyer les coques des navires et les sucreries, maîteries et féculeries, pour le nettoyage des pièces de machines sur lesquelles se sont formés des tartres ou dépôts;
- La céramique, la marbrerie, les chantiers de pierre de taille, pour décorer et graver;
- des limes et à l’affûtage d’outils très durs.
- Le sable employé doit être très dur et exempt de poussières terreuses ; il ne sera donc constitué que par des grains de silice à peu près pure. La grosseur des grains varie entre celles de l’émeri n° 1 et n° 5, selon le genre de travail à effectuer.
- Mais certaines machines dont nous parlerons plus loin peuvent employer, au lieu de sable, de la grenaille d'acier extrêmement dure, dont les grains sont de la grosseur d’une petite tête d’épingle. Le travail de la grenaille d’acier présente sur celui du
- Fig. 3. — Machine Tilghmann : en haut le séparateur de poussières, en bas le mélangeur d’air et de sable.
- sable les avantages suivants : suppression de la poussière, travail plus
- rapide, durée indéfinie de la grenaille qui, grâce à la forme sphérique et régulière de ses grains, donne une surface finie très lisse et exempte de piquage. Les machines à jet de sable procèdent soit par
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- aspiration du sable, soit par son entraînement direct par l’air ou la vapeur sous pression.
- L’expérience a démontré que la vitesse d’écoulement du sable, sous l’in-tluence d’un fluide comprimé, ne peut dépasser une certaine limite, quelle que soit la pression du
- Fig. 4. — Machine portative pour nettoyer les grosses pièces (appareil de Durlach).
- fluide entraîneur, mais cette limite varie avec la nature du fluide. Ainsi, la vapeur produit un entraînement plus rapide que l’air comprimé. Pour les usages ordinaires, l’air, comprimé à des pressions variant entre 0,800 kg. et 2 kg, est suffisant et la vapeur n’est employée que pour des usages spéciaux, le retaillage des limes, par exemple.
- Les machines à sabler sont fixes ou portatives, ces dernières étant employées pour décaper ou nettoyer les grosses pièces de machines dont le transport dans un local spécial serait onéreux et difficile.
- L’installation d’une machine à sabler comporte un com-
- Fig. 5 objets
- Fig. 6. — Machine automatique avec table va-et-vient.
- , — Essablage des petits dans une cabine close.
- presseur d’air, et un réservoir d’air comprimé qui envoie l’air dans la sableuse, d’où il sort chargé de sable; un tuyau de caoutchouc, muni d’un ajutage en forme de lance, permet de diriger le jet sur les pièces à travailler.
- L’ouvrier, enfermé dans une pièce spéciale où se condense la poussière, a. la tête coiffée d’un casque lié sous son menton et alimenté par
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- une conduite d’air comprimé ; il respire ainsi de l’air absolument pur, tandis que celui de la chambre d’essablage est rendu irrespirable à cause des poussières abondantes qu’il contient.
- Le sable est recueilli, tamisé et remis dans la sableuse où il sert indéfiniment.
- Dans les sableuses Tilghmann, l’air comprimé est mélangé au sable et l’entraîne directement; ces machines penvent employer la grenaille d’acier que nous avons mentionnée ci-dessus, et dont les avantages sur le sable ordinaire sont réels.
- Elles se composent d’un réservoir mélangeur placé en sous-sol et d’où part le tube conducteur de sable et d’air comprimé; le sable usagé est ramené par un mécanisme élévateur dans un séparateur et sur un tamis placés à la partie supérieure de la machine d’où il redescend dans le mélangeur pour servir à nouveau.
- Les sableuses allemandes des usines de Durlach agissent
- par aspiration du sable; cette aspiration est produite dans une tuyère spéciale à deux tubes de caoutchouc, l’un amenant l’air comprimé, l’autre le sable; l’aspiration est si énergique que le sable, placé dans un vagonnet ou dans un bac inférieur, est entraîné parfaitement sur l’objet à travailler.
- Quelques constructeurs ont cherché à éviter à l’ouvrier le contact désastreux des poussières qui, malgré les casques protecteurs, ne laissent pas d’être nuisibles à la santé. A cet effet, ils ont inventé divers dispositifs qui méritent d’ètre signalés et dont nos gravures donnent une idée très exacte.
- Dans certains cas, l’ouvrier se place extérieurement à la chambre d’essablage dans la- . ,
- quelle il introduit les objets par une ouverture étroite, il surveille le travail au travers d’une glace, évitant ainsi de respirer les poussières.
- Enfin, dans les sableuses automatiques, les objets à nettoyer sont placés soit dans un tambour rotatif,
- Fig. 7.
- Tambour rotatif dans lequel sont placés les objets à es sabler.
- Fig. 8.
- Machine à plateau tournant.
- Fig- 9- —: Dispositif de tuyère pour Vaffûtage des limes.
- Fig. 10. — Gravure sur pierre.
- soit sur un plateau tournant ou bien une table va-et-vient, qui les présentent au jet de sable produit dans l’intérieur même de la machine, de façon à éviter toute projection de poussière, à l’extérieur.
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- Les machines à jet de vapeur sont d’une construction spéciale : le sable, employé sous forme de bouillie, est amené à la tuyère par un élévateur et le jet de vapeur prend cette bouillie de sable, presque à l’orilice de la lance, pour la projeter sur la lime à alïïïter ou à nettoyer.
- Il nous reste à dire quelques mots des procédés ingénieux employés pour graver au sable : sur l’objet à graver est collée une feuille de papier parcheminé sur laquelle on a tracé au crayon les dessins à creuser. Les parties à attaquer au sable sont découpées dans le papier avec un canif et il ne reste
- plus qu’à promener le jet de sable sur toute la surface du papier ainsi ajouré ; le sable n’attaque pas le papier et creuse, au contraire, profondément la pierre la plus dure avec une netteté et un poli dans les creux qu’il serait impossible d’obtenir au burin. Cette observation a fait supposer que les Égyptiens employaient la gravure au jet de sable pour les inscriptions des obélisques, car le tracé de ces figurines ne présente pas les irrégularités que l’on constaterait forcément dans une gravure au burin, qui arrache les petits cristaux du granit et ne laisse pas un poli parfait. René Cjiami'ia.
- UN TIBÉTAIN A PARIS
- Pour dire commodément des vérités désagréables à ses contemporains, Montesquieu avait imaginé de les attribuer à un Persan de passage à Paris. Le bulletin du Comité de l’Asie française (janvier 1910) vient de publier des Lettres persanes d’un autre genre : elles ont le mérite d’avoir été écrites par un véritable oriental, et elles ne contiennent vraiment rien qui puisse nous déplaire. A vrai dire d’ailleurs il ne s’agit pas de lettrés, mais d’une relation de voyage en France, rédigée à son retour au Tibet, par le tibétain Adjroup Gumbo, fidèle compagnon en Asie et en Europe de l’explorateur français liien connu, M. Jacques Bacot. C’est M. Bacot lui-même qui a traduit les impressions de son serviteur. Elles valaient la peine d’être publiées, car elles constituent un document ethnographique plein d’intérêt, montrant de quelle façon une civilisation comme la nôtre peut être comprise et jugée par un homme d’esprit assez distingué, mais appartenant à une société relativement primitive.
- Ce n’est pas sans hésitation ni sans peine qu’Adjroup fiumbo s’est décidé à quitter le Tibet et à suivre en Europe et en France celui qu’il appelle « le grand chef français Pa ». Rien que pour se résoudre à séjourner dans l’Inde, il lui a fallu un effort visible, et, à chaque nouvelle décision irrévocable pour aller plus avant, il note en termes attendrissants et simples toute la nostalgie du pays natal. Ce n’est pas qu’il se trouve mal où il est; il marche d’émerveillements en émerveillements, et même il pense parfois à demeurer en France : « Mais, écrit-il, ayant réfléchi plus soigneusement, je me souvins que j’avais deux frères et une sœur. Tandis que je serais à mon aise, je ne saurais pas si mes frères et ma sœur souffrent dans ma maison. Alors je résolus de retourner dans ma patrie ».
- Ce qui le frappe le plus au cours de son voyage, et notamment chez nous, — exactement comme c’est ce qui nous frappe le plus en pays étranger, — c’est avant tout notre civilisation matérielle. Le développement de notre technique l’étonne et l’émeut, il n’a jamais rien vu ni rien conçu de semblable, et, s’il n’v soupçonne point de magie, quoique l’idée n’en soit peut-être pas loin de son esprit, c’est que tout ce qu’il rencontre lui paraît excellent. Cette puissance de l’homme sur les choses est, avec la splendeur de notre luxe et la grandeur de nos richesses, l’objet de ses constantes réflexions. Il admire les vaisseaux qui s’avancent sur la mer sans jamais s’arrêter même la nuit, devine que leurs parois doivent être remplies d’eau douce puisqu’après 18 jours de traversée c’est encore de
- celle-ci que l’on donne à boire aux passagers, observe et décrit avec soin nos chemins de fer, qui permettent de franchir en un jour, entre Marseille et Paris, la grande ville où demeure le roi, une distance qui demanderait un mois au Tibet : « La route [le chemin de fer] perce les pierres, les falaises, les montagnes, les forêts, les fleuves. La route est pavée de fer, et pour aller sur cette route, des petites maisons sont posées sur des roues de fer. Et il y a des milliers .de ces voitures. Le feu fait mouvoir les roues. Quand on est monté dans ces voitures, il ne faut laisser dépasser iu dehors ni ses jambes, ni ses bras, ni sa tête. [Un ethnographe, qui noterait une pareille interdiction en pays lointain, y verrait peut-être un tabou : Adjroup Gumbo n’en fait rien].... On entre dans la ville [Paris] par des caves longues de plusieurs lis, dont les murs sont revêtus de porcelaine [gare d’Orsay] ». 11 décrit de même nos maisons avec minutie et enthousiasme, en prenant pour type celle où habite M. Bacot, son maître : elle est de pierre, avec les portes d’entrée en fer, et les portes intérieures en verre; il y a neuf étages depuis le fond jusqu’au sommet et plus de 100 chambres (pour lui 9 et 100 sont de simples synonymes de beaucoup) ; il y a des poutres et des colonnes de pierre, les murs sont revêtus de soie,et de glaces bordées de cuivre; partout il y a des fleurs faites de cuivre, d’argent et d’or, des parquets en bois soigneusement poli, des tapis déroulés pour la marche. II y a dans ces maisons des escaliers semblables aux escaliers tibétains, et qui par conséquent ne l’intéressent pas, mais il revient à plusieurs reprises sur « la petite chambre pour trois personnes qui, le temps d’un cri, les porte au sommet de la maison », c’est-à-dire sur l’ascenseur. Notre richesse l’éblouit ; il la décrit à satiété ; longtemps il est persuadé qu’il n’y a pas de pauvres parmi nous :
- « Dans cette seule ville de Marseille il y a autant d’hommes que dans trois provinces tibétaines. Tous sont riches et il n’est pas de pauvres.... Les hommes ici ne se nuisent pas entre eux.... »
- La cité lui paraît aussi splendide que son habitant : il note « le jardin où les bêtes féroces et tous les animaux de l’Univers sont réunis. Tout le peuple français possède ce jardin, mais un seul maître commande aux animaux » (c’est M. Edmond Perrier) ; il énumère et dénombre les bêtes, admirant ce peuple qui a su collectionner « dix-huit espèces de rats ». Il parle ailleurs de « la maison où l’on s’amuse... [ce qui veut dire le Nouveau-Cirque] une maison toute ronde où l’on va pour rire. Depuis le bas jusqu’en haut des chefs et des hommes de toutes
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- classes par milliers étaient assis », et il décrit avec bonheur les équilibristes, les jongleurs, les danseuses, puis la piste changée en piscine, où viennent plonger les ours. 11 a eu le bonheur de voir le Carnaval et il le raconte à sa manière : « Vers la deuxième lune, il y a un mardi qui est une grande fête. Ce jour-là, les hommes, les femmes et les enfants parcourent la ville en lançant des fleurs en papier qu’ils puisent dans des sacs placés au bord des chemins. Tout le jour les hommes et les femmes se lancent ces fleurs à la figure et le sol en est recouvert. » Bref, il pense de Paris ce qu’il a déjà pensé de Marseille : c’est « la Terre du Sud », le Paradis. Sa plus grande admiration est peut-être exprimée dans ces lignes : « Au centre de la ville, au croisement de douze routes larges comme des fleuves, est une grande porte à neuf étages. Etant arrivé là, comme tous montaient dessus, moi Adjroup Gumho, je suis monté avec eux. Étant arrivé en haut, je regardais et vis toute la ville. Je croyais que c’était la terre du Sud.... Quand on s’est égaré, il est aisé de monter sur cette porte pour reconnaître les hautes églises et les maisons, et ensuite, étant descendu, se diriger sur la bonne route. J’ai fait souvent ainsi pour retrouver ma maison, bâtie près du fleuve, non loin d’une grande place ornée de statues et de fontaines », c’est-à-dire près du Trocadéro. C’est ainsi qu’il explique l’Arc de Triomphe. Sans doute il se trompe, mais il est constant qu’il nous admire.
- 11 admire aussi nos mœurs. 11 était allé un jour au Bon Marché ou au Louvre, acheter de la toile, et, ne connaissant pas les monnaies françaises, il avait emporté sa
- balance chinoise pour peser les pièces qu’on lui rendrait. Il s’y appliqua d’abord en effet, et fort attentivement, mais'il eut vite fait d’y renoncer : « Je vis, dit-il, que les marchands français sont vertueux et ne cherchent pas à tromper, car pour une pièce d’or ils me donnaient plus de vingt fois son poids d’argent et chaque fois je m’en réjouissais ». Il a noté que chez nous les hommes mangent avec les femmes, mêlés autour d’une table ronde, et que pour entrer dans la salle où l’on prend les repas, l’homme croise son bras avec celui de la femme et s’incline devant elle; il. ajoute' : « Les Français aiment beaucoup les femmes, ils les saluent profondément, et quand ifs leur parlent, ils montrent des visages souriants et leur voix est pleine de douceur ». Il ne voit pas que c’est la même chose au Tibet.
- A force de regarder, de réfléchir, et d’imaginer, il finit même par comprendre chez nous ce que le plus souvent nous n’v comprenons nous-mêmes pas du tout. Voici, par exemple, comment il envisage la question sociale. Elle lui est apparue le jour où il a découvert qu’il y a parmi nous des locataires et des propriétaires, et que son maître, qui cependant est riche, n’est qu’un locataire dans la maison où il habite. Et il écrit : (( Cet le maison est grande comme une forteresse et bâtie sur une petite montagne. Mais le Tajen [M. Bacot] n’est pas le chef du pays, car, en France, ceux qui habitent les palais sont devenus les sujets de leurs fermiers. Les pauvres devenus puissants étant élus par le peuple ont laissé leurs biens aux riches. Mais désormais ils désirent s’en emparer. »
- J.-P. Lafitte.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Le compte rendu de la séance du 29 mars 1910 paraîtra dans le prochain numéro.
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- Nombreux sont les observatoires munis d’instruments destinés à l’étude des mouvements du sol, et une statistique récente en comptait 196 répartis sur la terre tout entière. C’est dire l’importance que l’on attache maintenant à cette branche de la science, intérêt trop justifié par les catastrophes de ces dernières années. L’Italie compte 55 stations réparties sur son territoire ; l’Angleterre et ses colonies, 26 ; le Japon, 25, etc. L’Espagne, qui a subi des secousses sérieuses, ne possède encore actuellement que quatre stations, dont la plus récente, celle de Cartùja aux environs de Grenade, mérite de retenir notre attention. Installée par les Pères de la Compagnie de Jésus, elle offre le double intérêt d’être très complète et d’avoir été créée, à l’aide de moyens très simples, grâce à l’activité de son éminent directeur le P. Manuel M. S. Navarro.
- La fondation de cet établissement remonte à la fin de 1902, mais il a reçu de notables additions en 1907-1908, et finalement diverses modifications et perfectionnements y ont été apportés au cours de l’an dernier.
- Jusqu’alors l’Observatoire sismologique de Cartùja comprenait :
- 1° Une paire de pendules horizontaux de Stiattesi construits à Florence par l’inventeur. Masses de 208 kg et 20 à 40 fois d’amplification;
- 2° Un pendule asiatique de Wiéchert, construit par Spindler et Iloyer, à Gottingen. Masse de 200 kg, amortisseur à air, amplification 126 fois pour la composante N.-S. et 75 pour celle E.-W. ;
- 5° Un pendule Yicentini de 125 kg et d’une amplification de 100 fois environ;
- 4° Un pendule bifilaire de 505 kg avec amortisseur à huile de vaseline, avec périodes d’oscillations de 8 à 20 secondes et amplification de 40 à 150 fois;
- 5° Un pendule Omori de 106 kg, également muni d’un amortisseur, et de 50 fois d’amplification.
- Ces trois derniers instruments ont été construits dans les ateliers de Cartùja, par les Pères eux-mêmes, et très pratiquement. C’est ainsi que la masse du Yicentini a été constituée d’une vieille marmite lourdement chargée. Pour la masse de l’Omori, on a utilisé des restes de tuyaux de plomberie. Quant aux cylindres enregistreurs, fabriqués en feuilles de fer-blanc, ils sont mus par un moyen
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- également économique, de simples réveille-matin en ayant fait tous les frais.
- Tout récemment, les masses des deux pendules Stiattesi ont été utilisées pour construire un seul appareil bifilaire du poids de 425 kg, tandis que le pendule Yicentini a été transformé en un microsismographe du type Carlùja de 280 kg de masse, avec suspension à la cardan et 500 fois d’amplification.
- Ce dernier instrument, pour l’étude des tremblements de terre locaux, est actuellement l’un des plus puissants qui existent au point de vue de l’amplification; il n’est surpassé que par le Wiéchert de 17 tonnes à Gottingen, dont l’amplification est de 2200 fois !
- Un si grand nombre d’instruments variés a sa raison d’être si l’on se représente bien la grande diversité des mouvements sismiques ; les uns sont des frémissements rapides et d’une ampleur infinitésimale, les autres sont au contraire des oscillations largement marquées jusqu’à plusieurs centimètres d’ampleur, tandis que d’autres fois se manifestent de lentes périodes de plus de 20 secondes mais avec am-
- ies pendules de Carlùja.
- /. Pendule bifilaire de 3o5 kg et pendule Vicentini de ia5 kg. — 2. Pendule Omori, très modifié, de io5 kg. — Pendule bifilaire de 3o5 kg.
- plitude imperceptible.
- Ainsi chaque instrument a sa désignation marquée et celui du type Omori par exemple est destiné à l’étude des tremblements de terre éloignés ; on jugera de sa sensibilité en rapportant que, lors du désastre de Messine (28 décembre 1907), à plus de 1000 km de Car-tùja, les phases du phénomène ont été traduites avec une ampleur telle que parfois les aiguilles sont sorties de la bande du cylindre enregistreur.
- L’Observatoire de Car-tùja répond ainsi aux dernières exigences de la science sismologique et les travaux qu’il publie font le plus grand honneur à cet utile établissement ainsi qu’à son dévoué directeur.
- Lucien Rudaux.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1924.
- 9 AVRIL 1910.
- LE PRIX D’AVIATION DE « LA NATURE »
- GAGNÉ PAR M. É, DUBONNET
- Le 7 novembre 1908, La Nature fondait un prix de 10 000 francs destiné au « premier aviateur qui accomplira, en France, sur terrain varié,
- Dimanche à 2h50 de l’après-midi, M. Dubonnet prenait son vol; à 4h59m44s il atterrissait avec une précision mathématique au terminus qu’il
- Fig. i. — Le départ de M. Dubonnet de la ferme de Champagne. E11 cartouche, le portrait de M. Dubonnet.
- un trajet aérien de 100 km mesurés en ligne droite et parcourus en moins de 2 heures » ; elle chargeait la Ligue Nationale Aérienne d’en arrêter le
- avait désigné d’avance, réalisant ainsi le plus beau voyage aérien qui ait été accompli jusque maintenant. Assistaient à l’arrivée les commissaires de la
- Fig. 2. — Le monoplan de M. Dubonnet.
- règlement détaillé et d’organiser les épreuves.
- Ce prix vient d’être gagné le 3 avril 1910 par M. Émile Dubonnet. M. Dubonnet s’était fixé le trajet suivant : départ à la ferme de Champagne à Juvisy-sur-Orge; parcours : Arpajon, Étampes, route d’Étampes à Orléans, et atterrissage à la Ferté Saint-Aubin (Loiret), 109 km en ligne droite, sur le pré existant entre la Ferté et Saint-Aubin.
- 38° année.
- Ligue Aérienne, M. Masson, administrateur de La Nature, qui, en une rapide randonnée automobile, avait réussi à suivre l’aéroplane dans sa course, arrivait l’un des premiers pour féliciter chaleureusement le jeune et audacieux aviateur que ce bel exploit classe d’emblée parmi les plus brillants de nos champions de l’air.
- Le trajet ne fut pas dépourvu de péripéties;
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- icr semestre.
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- CHRONIQUE
- M. E. Dubonnet avait très minutieusement étudié et son appareil et sa route; l’appareil se- comporta admirablement; M. Dubonnet devenu, après six mois d’entrainement, un pilote accompli, sûr de soi et de sa machine n’avait jamais eu, au reste, le moindre doute à cet égard... Les difficultés d’orientation lui réservaient, au contraire, quelques surprises désagréables; il avait choisi, avant le départ, des points de repère faciles à reconnaître qui devaient guider sa marche. Mais une brume épaisse survint, couvrant le sol d’un rideau opaque; l’aviateur dut gagner des altitudes allant jusqu’à 500 m. et se dirigea uniquement d’après le soleil. Dans cette marche au jugé, il s’égara vers l’est; il dut même prendre terre un moment, pour s’enquérir de sa situation exacte; il ne reprit enfin la bonne direction qu’en apercevant au loin, dans une déchirure du brouillard, la forêt d’Orléans. Le trajet réel a été d’au moins 150 km.
- Nul terrain, mieux que celui parcouru par M. Dubonnet, ne mérite l’épithète de varié : fleuves et ruisseaux, plaines, vallons, forêts, villes et villages, tout s’y rencontre en suffisante abondance pour, créer quantité de ces remous, si longtemps redoutés des hommes-oiseaux. L’aéroplane qui partage avec M. Dubonnet le mérite de la belle prouesse accomplie est un monoplan Tellier de 11 m. sur il m., avec hélice Tellier et moteur Panhard, de 55 chevaux. 11 se rapproche sensiblement du Blériot, par la forme de ses ailes de gauchissement, par son fuselage et son châssis porteur.
- Quelques heures avant le succès de M. E. Dubonnet, nous apprenions la triste nouvelle de l’accident survenu à Le Dion, nouveau nom à ajouter
- au martyrologe déjà bien long de l’aviation.
- Certains, devant tant de deuils douloureux, oubliant qu’ils sont, hélas ! la rançon du progrès, prêchent à grands cris pessimistes la prudence, sinon le renoncement. Le brillant exploit de M. Dubonnet vient fort heureusement montrer que le péril n’arrête pas les conquérants de l’air, et que leur énergie ne sera satisfaite qu’au jour de la prise de possession définitive.
- A cet égard, l’accomplissement du voyage de 100 km en terrain varié, entre deux points fixés d’avance, marque une date, que nous enregistrons avec une particulière satisfaction; l’aviation n’a point pour fin des exhibitions qui dégénéreront forcément un jour, en tours de force acrobatiques. Elle doit devenir un mode de locomotion pratique, le plus pratique peut-être, en tout cas le plus rapide; elle doit avoir pour but le voyage. Les voyages aériens effectués jusqu’ici sont fort rares; leur énumération n’est pas longue : 20 km de Blériot d’Àrtenay à Toury, en 1908; le voyage de 11. Farman de Chàlons à Reims, la même année; la traversée de la Manche par Blériot en 1909; le voyage Juvisy-Paris et retour par le comte de Lambert; les promenades de II. Farman de Bue à Chartres, quelques petites randonnées de Latham et Sommer, et la liste est close, pour l’instant.
- M. Dubonnet, qui détient maintenant un enviable record, aura, nous en sommes certains, de nombreux émules qui voudront faire mieux encore qu’il n’a fait. Grâce à ces efforts multipliés, les voyages aériens deviendront sous peu chose banale et aisée, et le but que nous visions en créant notre prix sera atteint.
- CHRONIQUE
- Une paire de lunettes antiques. — On fait généralement remonter l’invention des lunettes, pour corriger les mauvaises vues, à la fin du xine siècle. MM. P. Gaudin et F. Régnault ont fait dernièrement à la Société d’Ànthropologie (Bulletins et Mémoires, 1910, p. 7), urie communication qui, si elle est confirmée, devra rec-liilcr cette théorie admise et reporter l’invention à une date de beaucoup antérieure : ils ont en effet présenté à la Société une paire de lunettes, trouvée, disent-ils, dans les fouilles de Smyrne.
- D’après la description et le dessin qu’ils en donnent, la forme de ces lunettes est assez particulière. Au lieu de consister en une seule monture rigide dans laquelle sont encastrés les verres, elles, sont, en effet, constituées par deux montures, contenant chacune un verre, et articulées dans la. partie médiane de l’ensemble, de façon à pouvoir se replier l’une sur l'autre, comme nous replions aujourd’hui un lorgnon. Chacune des montures forme un cercle, qui présente à sa partie interne une rainure où s’emboîtait le verre ; l’un des deux verres, fortement oxydé, existe d’ailleurs encore, demeuré à sa place : c’est un cercle de 5,5 cm de diamètre, présentant
- deux faces convexes comme un verre de presbyte.
- La façon dont ces verres étaient montés mérite une mention détaillée. Aujourd’hui le cercle de métal qui sert à cet usage est formé de deux demi-cercles, articulés d’un côté par une charnière, tandis qu’à l’autre extrémité du diamètre, ils sont réunis par une petite vis. Il n’en est pas ainsi pour les lunettes de Smyrne. Chez elles, le cercle de métal est formé d’une seule pièce, et, pour maintenir le verre, il agissait, semble-t-il, à la manière d’un ressort : ce n’était pas en effet un cercle fermé, une des extrémités de la lame demeurait libre, laissant à découvert un arc de cercle d’à peu près 2 cm. ; pour placer le verre on écartait légèrement la lame, et celle-ci, en reprenant sa position normale, suffisait à assurer une prise solide.
- Il faut ajouter que ces lunettes n’ont pas élé trouvées in situ, de sorte que les auteurs n’osent pas affirmer qu’elles soient d’époque grecque ou d’époque byzantine. Toutefois ils ne semblent pas douter de leur ancienneté, mais il est bien évident que cette petite, découverte n’a encore qu’une valeur toute provisoire et reste sujette à révision. J.-P. L.
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- LA CRUE DE LA SEINE EN 1910 — SES CAUSES — SON MÉCANISME
- Les résultats des observations faites sur la crue de la Seine au cours des terribles inondations de janvier et février 1910 sont mainte- ^ ( r>.
- nant connus. Les chiffres enregistrés^ 1
- par les météorologues et géographes, /q
- vont servir à mettre en lumière scflàçtir;, J
- fiquement, dans les articles qui siiiveniyde™-''''' mécanisme du phénomène.
- Tandis que M. J. Loisel en précise les circonstances météorologiques, M. Paul Lemoine analyse le rôle joué par les divers cours d’eau du bassin de la Seine, dans le grand drame qui s’est déroulé sous nos yeux voici quelques semaines.
- Les photographies jointes à ces articles montreront quelques aspects de la capitale aussitôt après le retrait des eaux. La plupart de ces scènes de désolation, heureusement, ne sont déjà plus que des souvenirs.
- Ils témoigneront de l’activité avec laquelle on s’est mis à l’œuvre de toutes parts, pour remédier aux ravages commis par les eaux. Un long article serait nécessaire, rien que pour résumer les travaux entrepris dès la première heure, afin d’assurer ou de rétablir les services publics menacés dans leurs parties vitales, réfections des voies ferrées, des gares, des voies publiques, épuisement des eaux dans les souterrains, du chemin de fer d’Orléans, du Métropolitain et du Nord-Sud, réparation des câbles téléphoniques, des canalisations électriques, remise en état des usines de force motrice et de lumière, assainissement des caves de tous les immeubles inondés. Tous ces travaux ont été terminés en quelques
- (A) L’Europe le 4 décembre 1909.
- L’épuisement des eaux sur la ligne des Invalides. Les Pompes à vapeur installées sur les wagons ont été amenées sur la voie encore partiellement submergée et aussitôt mises en action. Sur toute l’étendue de la ligne, à- l’intérieur de Paris, fonctionnaient 14 pompes épuisant 35oo m3 à l’heure.
- semaines. Ne pouvant entreprendre de les décrire en détail, nous nous bornerons aux figures ci-jointes, très éloquentes par elles-mêmes. N. D. L. R.
- LA PLUIE
- ET LA
- CRUE DE LA SEINE
- Pour expliquer les circonstances météorologiques qui ont provoqué la crue exceptionnelle de la Seine, il nous faut remonter jusqu’au début de décembre 1909. Pendant la majeure partie de ce mois, la France s’est trouvée soumise à un régime cyclonique persistant, avec toutes les conséquences météorologiques que comporte ce terme : température généralement supérieure à la moyenne, avec prédominance exceptionnelle de basses près-
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- LA CRUE DE LA SEINE EN 1910
- sions et pluies abondantes. Notre carte (fig. A), qui représente l’état del’atmosphère le 4 décembre 1909, au matin, donne un exemple des caractères du régime cyclonique.
- On se fera une idée de l’importance des précipitations dans la région parisienne, pendant le mois de décembre 1909, sachant que, si la pluie tombée était restée à la surface du sol sans s’évaporer ni s’infiltrer, elle y aurait formé une couche de 71 mm d’épaisseur au parc Saint-Maur, de 84,5 mm à Juvisy, alors que, pour chacune de
- ces stations, la normale est respectivement 45 mm et 47 mm. •
- Le début de la crue a coïncidé avec l’apparition de la pluie. On a donc pu être amené à admettre
- entre les deux phénomènes une relation immédiate de cause à effet. Mais cette conclusion, si naturelle qu’elle puisse paraître, eût été trop hâ^ tive et inexacte.
- Si les totaux de pluie recueillie en janvier sont assu-rément élevés (près du double de la normale), ils ne sont pas cependant exceptionnels, car on peut citer, depuis trente-cinq ans, plusieurs années où, pendant la saison froide, ils ont donné , des chiffres bien plus élevés. Dans chacune d’elles il y a
- Le poste des signaux à la;gai:e.des)I-rivalides après l’inondation. Les organes principaux sont restés'îÊçf&cts, mais il a fallu en quelques jours refaire toutes les céni\exions électriques.
- de
- Du 1er au 11 janvier 1910, les pluies ont été, au contraire,' insignifiantes dans tout le bassin supérieur de la Seine. Elles ont été, par contre, relati-
- NOVEMBRE 1882 ! DÉCEMBRE 1882 ! JANVIER 1883
- S'tO.tS 20 2S 30 S 10 tS 20 2S 31 S 10 15 20 25 3l
- DE j SLl'VlïU&ES
- (B) Les pluies et la crue de 1882-1883. Quelques jours de pluie entre le i5 et le 20 décembre eussent suffi à provoquer une crue égale à celle de ïçio.
- vement copieuses pendant les deux dernières décades. C’est ce qui ressort du tableau suivant :
- PLUIE en Janvier 1910 AUXERRE TROYES H Z O 55; . U) ' -<tj 3 LANGUES 5S 3 S SAINT-MAUR JUVISY
- mm. mm. mm. mm. mm. . mm. mm.
- Première décade. . . 0.5 1.3 1.5 5.5 2.0 2.1 1.7
- Deuxième décade . . 98.7 68.9 111.9 129.5 53.7 46.8 36.4
- Troisième décade . . 57.1 27.0 46.7 68.5 55.3 25.5 27.0
- Totaux 156.5 97.2 160.1 205.1 91.0 74.2 84.0
- JANVIER I FÉVRIER
- JMaun
- Chaumont
- (C) Les pluies et la crue de la Marne et de la Seine.
- eu des crues; mais, bien que notables,' elles n’ont pas été comparables à la dernière.
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- LA CRUE DE LA SEINE EN 1910
- L’abondance des pluies de janvier ne saurait donc à elle seule suffire pour expliquer la grande crue du début de l’année.
- La fonte rapide des neiges qui pouvaient exister dans une partie du bassin de la Seine a été également invoquée comme une cause de l’inondation. Admettons, ce qui est manifestement très exagéré, que la vingtième partie du bassin de la Seine en
- 293
- 7,80 m., au pont de la Tournelle, le débit serait de 2100 m3 environ par seconde. On en déduit 'aisément que la quantité d’eau, apportée par la fusion totale de la neige, n’aurait pourvu au débit de la Seine à la cote 7,80 m. que pendant 16 heures seulement. Or cette cote a été dépassée pendant près de cinqjours, et, le 29 janvier,Ta Seine atteignait 8,50 m. au pont de la Tournelle.
- Les chantiers souterrains du Nord-Sud après l’inondation. Le Nord-Sud, envahi à la suite d’une rupture d’égout, a été le premier souterrain de Paris victime de la crue. A gauche, en haut, on voit les boisages des galeries par où s’est fait l’afflux des eaux (rue de l’Université). Ils ont parfaitement résisté.
- amont de Paris, environ 2500 ldlomètres carrés, ait été uniformément recouverte par une couche de neige de 0,50 m. d’épaisseur. La densité moyenne de la neige est voisine de 0,1, c’est-à-dire que la fusion d’une couche de neige d’une certaine épaisseur fournit un volume d’eau de hauteur dix fois moindre. Dans ces conditions, la fusion totale de la couche de neige ci-dessus aurait donné une nappe d’eau de 0,050 m. d’épaisseur.
- Les expériences faites en 1876 pour déterminer le débit de la Seine à Paris ont fourni le chiffre de 1600. m3 à la seconde au pont de la Tournelle et à la côte 6,48 m. On a calculé que; pour une cote de
- La neige n’a donc joué dans la crue qu’un rôle absolument insignifiant.
- On a aussi envisagé, pour expliquer l’inondation, l’hypothèse de l’écoulement des réserves d’eau que les pluies abondantes de la saison chaude de 1909, avaient dû accumuler dans les couches souterraines du bassin de Paris. Il semble bien que eette influence n’ait été encore pour rien dans la crue. Les variations du niveau piézométrique des nappes d’eau souterraines sont, en effet, beaucoup moins rapides que celles des fteüves. Leur débit, par suite, est toujours très faible et la charge ne peut que diminuer en temps de crue. Une saurait donc être
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- la cause déterminante d’une hausse rapide du niveau des fleuves et de leurs affluents. Selon toute probabilité, les pluies de l’été 1909 n’ont contribué à la dernière crue que pour une part à peu près nullel.
- La Seine, à Paris, est formée de la réunion de l’Yonne et de la Marne à la Haute-Seine. En temps normal, sous l’influence de pluies générales, la crue de l’Yonne se fait sentir à Paris, au bout de quatre jours, celles de la Seine supérieure et de la Marne n’y arrivent qu’aprèshuit ou neuf jours. La hausse de janvier dernier a commencé dès le 12 aussitôt après une chute de pluie survenue le H ; elle ne provient donc pas des affluents supérieurs. La crue a été préparée par les pluies de décembre 1909 qui ont eu pour résultat de saturer presque complètement le sol, de sorte que, lorsque les pluies de janvier ont commencé (le 11), elles ont trouvé les couches superficielles dans un "état tel que, pratiquement, tout le bassin de la Seine en amont pouvait être considéré comme à peu près imperméable et incapable d’absorber de nouvelles quantités d’eau. La pluie a donc ruisselé rapidement à la surface du sol, gagné les rivières et les a mises en crue immédiate.
- Quant à l’importance exceptionnelle de la crue, celle-ci est due, en partie, beaucoup moins à l’abondance des pluies qu’à un hasard de mauvaise répartition dans leurs dates.
- Les pluies du 11 au 30 janvier se sont succédé à des intervalles tels que les crues partielles, produites par chaque groupe, se sont rejointes et ajoutées en chevauchant l’une sur l’autre, en faisant croître le fleuve d’une façon à peu près continue comme s’il avait éprouvé une crue unique. Cette mauvaise répartition dans les époques de pluie peut naturellement se faire attendre plusieurs siècles, mais elle peut aussi bien se reproduire à quelques années d’intervalle. Un coup d’œil jeté sur le diagramme (fig. B) où ont été figurées les crues éprouvées par la Seine en décembre 1882 et en janvier 1883, ainsi que les périodes pluvieuses pour chacun de ces mois, montre, d’une façon suffisamment nette pour qu’il soit inutile d’insister davàn-
- 1 Voy. La Nature, n° 1915, du 5 février 1910.
- tage, qu’un changement de quelques jours dans les époques de pluie aurait suffi pour que les deux crues se rejoignent.
- Dans ce cas, il est probable que la cote de 8,50 m., atteinte le 29 janvier 1910 au pont de la Tournelle, aurait été atteinte ou même dépassé1.
- En résumé, il semble que la crue de la Seine qui a provoqué l’inondation de janvier 1910 ne saurait avoir pour véritable cause ni les pluies abondantes de l’été précédent, ni la fusion des neiges. Elle a été préparée par les pluies du mois de décembre qui ont imbibé les terrains perméables ; elle a été provoquée par les chutes de pluies survenues pendant les deux dernières décades du mois de janvier ; son intensité considérable a été la conséquence de la mauvaise distribution des périodes pluvieuses et aussi, comme on le verra ci-après, du barrage que la traversée de Paris constitue dans le lit de la Seine.
- J. Loisel.
- LE MÉCANISME DE LA CRUE
- > Avec les données numériques désormais connues2, on peut essayer de dégager le mécanisme de la crue, essayer de se rendre compte de ses causes et entrevoir le moyen de pallier quelques-uns de ses effets.
- On sait qu’en un certain nombre de points du bassin de la Seine, des observations journalières sont faites par des agents des Ponts et Chaussées qui relèvent le niveau de l’eau. Ces observations sont transmises par carte postale, ou, à partir d’une certaine hauteur, par télégramme au Service central hydrométrique du bassin de la Seine à Paris. Celui-ci centralise les résultats, calcule les hauteurs d’eaux probables plus en aval et annonce les crues par télégramme aux populations intéressées.
- Les chiffres ainsi obtenus devraient faire l’objet
- 1 Ces différentes considérations ont été signalées, dès les premiers jours, par M. Angot.
- 2 Voir surtout : F. Nouailhac-Pioch et Edmond Maillet. Sur les crues de la Seine en janvier-février 1910, C. R. Acad. Sc., 21 mars 1910, pp. 813-816. La crue extraordinaire de la Seine en janvier 1910, Annales de géographie, XÏX, 15 mars 1910, pp. 113-120.
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- LA CRUE DE LA SEINE EN 1910
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- de publications générales à la fin de l’année1.
- Toutes les données relatives à la montée d’une rivière dans une ville déterminée sont généralement condensées en un schéma, analogue à ceux qui ont été reproduits sur la carte ci-jointe. On porte tous les jours des longueurs proportionnelles à la hauteur d’eau observée; on réunit les points ainsi obtenus par une courbe. Cette courbe représente l’allure de la crue au point donné.
- Quand la montée a été extrêmement rapide et brusque, comme à Clamecy sur l’Yonne, on voit la
- De plus, l’examen des schémas relatifs à la Seine et à ses affluents montre immédiatement que la grande crue de 1910 a un caractère très spécial. En général, comme je l’ai exposé dans un précédent article, il résulte des données de Belgrand que les grandes inondations de la Seine sont dues à une série de petites crues des affluents venant se surajouter les unes aux autres. Dans le cas actuel, au contraire, il y a eu, dans les grandes lignes, une montée un peu simultanée de tous les affluents; les crues ultérieures qui ont pu arriver par-dessus n’ont eu, somme toute, qu’une influence secondaire et ont simplement arrêté la décrue.
- Cela est d’ailleurs fort heureux; car, si, ce qui eût été dans les choses fort possibles, une nouvelle crue de l’Yonne était venue s’ajouter à l’inondation du 28 janvier 1910, on ne peut pas prévoir à quelle hauteur les eaux seraient montées dans Paris.
- Vallée de l'Yonne. — Il convient tout d’abord de se rendre compte de ce qui s’est passé dans la vallée de l’Yonne. Cette rivière draine tout le Massif du Morvan,
- Les effets de l’inondation sur le pavage. Pavage en pierre resté intact.
- courbe s’élever aussi brusquement. Quand, au contraire, elle a été lente comme à Bray sur la Haute-Seine, la courbe figurative s’élève lentement ; enfin quand les eaux subissent une série de crues successives, la courbe présente une série d’indentations, comme il apparaît pour le Grand-Morin, à Pom-meuse.
- Ces schémas, placés l’un à côté de l’autre, permettent également de juger du déplacement progressif de la crue et de sa modification au fur et à mesure de sa translation ; c’est ainsi que les profils ci-joints montrent nettement la crue de l’Yonne croissant depuis Château-Chinon jusqu’à Sens;
- On y voit également la part contributive des affluents ; le profil de la Marne à Meaux (Chalifert) montre deux indentations, dues a l’influence des crues du Grand-Morin.
- 1 Malheureusement, depuis quelques années, ces publications qui se faisaient régulièrement pour tous les bassins français ont été interrompues, faute de crédits. Il en résulte que nous connaissons beaucoup mieux les rivières de Hongrie, de Suisse ou des États-Unis que nos rivières de France.
- Les effets de l’inondation sur le pavage. Pavage en bois après le retrait des eaux.
- granitique et imperméable où les chutes de pluies sont les plus considérables et où, par suite de l’imperméabilité du sol, toutes les eaux , tombées ruissellent et vont à la rivière. Il se trouve précisément que nous possédons sur cette région des données précises et détaillées dues à M Breuillé, ingénieur en chef des Ponls et Chaussées à Auxerre et communiquées par lui à la Société des Sciences historiques et naturelles de l’Yonne.
- Une forte pluie est tombée dans le Haut-Morvan les 18 et 19 janvier; on a recueilli 50 cm d’eau le 18 et 1,20 m. du 18 au 21 sur la Haute-Yonne à Château-Chinon ; et 70 cm aux Settons sur la Haute-Cure, onanoté70 cm le 18 et 1,99 m. du 18 au 21.
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- LA CRUE DE LA
- SE] NE EN 1910
- Quoique considérables, ces chiffres ne sont cependant pas exceptionnels, car on avait recueilli en 1876 des quantités de pluie très analogues ; cette pluie détermina immédiatement une crue de tous les petits affluents qui descendent du Morvan. L’Yonne monta à Château-Chinon de 0,80 m. à 1,20 m., soit de 0,40 m.; le maximum se produisit le 20 janvier vers 6 heures du matin. Cette montée est peu de chose ; mais l’Yonne n’est encore là qu’un fort ruisseau, elle reçoit ensuite de nombreux affluents et à Clamecy elle est déjà une
- d’eaux. Le maximum se produisit le 20 janvier à 4 heures du soir à Avallon sur le Cousin (montée de 1,60 m.), un peu plus tard à 7 heures du soir à Saint-Père sur la Cure (montée de 1,40 m. à 5,20 m., soit de 1,80 m.; le niveau des débordements étant à 1,20 m., celui des submersions graves à 2 m.). Dans ces deux points, la hauteur de l’eau dépasse celle de 1866, mais n’atteint pas celle de 1856.
- Les deux rivières de la Cure et du Cousin, une fois réunies, coulent dans les terrains jurassiques;
- (D) Bassin de la Seine avec schéma des crues. — A gauche en bas, schéma de la surélévation des y eaux à Paris. La largeur du grisé est proportionnelle à la montée maximum des cours d’eau.
- grande rivière ; le maximum de la crue y arriva le 20 janvier vers minuit; l’eau monta de 0,60 m. à 2,60 m., soit de 2 m. (cote de débordement 1,45 m.), causant des dégâts graves, dépassant les niveaux dé 1876 et de 1856, mais restant un peu au-dessous des hautes eaux de 1866 et de 1856. Il en fut de même plus en aval à Mailly-la-Ville où le maximum se produisit le 21 vers midi et resta au-dessous de ceux de 1856 et 1866. La crue de l’Yonne proprement dite, quoique considérable, n’était donc pas exceptionnelle.
- Mais, pendant ce temps, le Cousin et la Cure grossis par les pluies tombées aux Settons le 18 et le 19, amenaient également d’énormes quantités
- leur vallée s’élargit notablement vers Vermenion, où des observations ont été faites; le niveau de l’eau y est monté de 1,20 m. à 5,60 m., soit de 2,40 m., dépassant tous les niveaux connus, même celui de 1856i.
- 1 II y a un fait curieux; pris séparément, le Cousin et la Cure n’ont pas atteint le niveau de 1856; une lois réunis, ils le dépassent. Il y a à ce fait plusieurs explications possibles. Tout d’abord les maxima des deux rivières sont arrivés ensemble en 1910; il est possible qu’en 1856 ils soient arrivés l’un après l’autre et que le flot de l’une ait eu le temps de s’écouler avant que celui de l’autre ne soit arrivé. Peut-être aussi, les conditions d’écoulement se sont-elles modifiées à Yermenton depuis 1856 par suite de la construction de ponts, barrages, etc. Enfin, il faudra probablement faire
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- LA CRUE DE LA SEINE EN 1910
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- Quoi qu’il en soit, l’Yonne, ainsi grossie de la Cure, arrive à Auxerre; le maximum s’est produit le 21 à 6 heures du soir ; il semble bien résulter de la comparaison des dates que l’eau de la Cure, qui était à Vermenton le 20 à minuit, avec douze heures d’avance sur l’eau de l’Yonne (21 à midi à Mailly-la-Ville), est arrivée la première à Auxerre, déterminant le maximum et faisant monter le niveau de 1,80 m. à 4 m., soit de 2,20 m., dépassant le niveau des débordements (2,20 m.), celui des submersions graves (2,60) et celui des hautes eaux de 1876, 1856, 1866, atteignant presque le niveau de 1856 (4,16 m.). Douze heures après, arrivait l’eau de la Haute-Yonne qui soutenait la crue et empêchait la descente.
- Au delà, vers Laroche, l’Yonne reçoit le Serein et l’Armançon, deux rivières nées également dans le massif granitique du Morvan ; elles ont subi des crues analogues ; le Serein a certainement eu une crue très forte puisque l’eau a recouvert d’environ 1 m. la place de THôtel-de-Ville à Noyers, et que des dégâts graves ont eu lieu à Chablis; mais je n’ai aucun document précis sur lui. Quant à l’Armançon, on sait qu’elle est montée brusquement à Aisy de 0,80 m. à 5,60 m., soit de 2,80 m., dépassant de beaucoup la crue de 1856, mais n’atteignant pas celle de 1866.
- L’Yonne est dès lors constituée par la réunion des quatre cours d’eau qui la forment, la Haute-Yonne, la Cure, le Serein, l’Armançon.
- Elle va alors passer à Sens, ville d’où l’on a des observations. On sait quelle y est montée de 1,50 m. à 4,50 m. (niveau maximum du 21 janvier), soit de 5 m. environ.
- Elle a atteint et dépassé la cote de toutes les crues connues, de celles de 1856 et 1866.
- La comparaison des cotes, atteintes par l’eau en 1856, 1866,1910, amène à des comparaisons intéressantes pour le Bassin de l’Yonne.
- La Haute-Yonne a eu une crue médiocre inférieure à celle de 1856 et de 1866; le Cousin et la Cure ont dépassé le niveau de 1866, sans atteindre celui de 1856, l’Arman-çon est montée plus haut qu’en 1856, mais cependant moins haut qu’en 1866.
- En somme, aucun des éléments constituants n’a subi de crue véritablement exceptionnelle ; tous sont
- intervenir les affluents de la Cure entre le confluent du Cousin et Yermenton; ils drainent des régions de calcaires perméables jurassiques: ils sont généralement à sec et jouent un rôle à peu près nul. Mais à la suite des pluies persistantes d’automne et peut-être de celles de l’hiver précédent, tous ces calcaires étaient gorgés d’eau et les rivières se sont mises à fonctionner. Celles-ci auraient donc joué vis-à-vis de Yermenton un rôle assez analogue à celui que joue le Grand-Morin et ses satellites vis-à-vis de Paris ; elles auraient apporté leur appoint et accru les eaux de la Cure de telle façon qu’à Yermenton, celle-ci a dépassé le niveau^de 1856.
- restés inférieurs à l’une ou à l’autre des crues déjà connues tout en en approchant beaucoup. Pourtant, à Sens, la crue a dépassé toutes les hautes eaux déjà vues.
- Ce qui a fait la gravité de la crue de 1910, ce n’est pas un phénomène météorologique exceptionnel. C’est la généralité des pluies sur le Morvan, et par suite la simultanéité des hautes eaux dans les affluents torrentiels qui a déterminé le caractère
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- Dégâts de l’inondation rue
- Sl-Honoré.
- Sous-sol envahi par l’eau. Un égout a crevé et la maison voisine s’est lézardée du haut en bas.
- tout à fait exceptionnel de l’inondation de l’Yonne à Sens préparant ainsi celle de la Seine dans la région de Paris.
- Je n’insisterai pas autant sur les autre’s éléments fluviaux qui constituent la Seine à Paris, d’abord parce qu’ils sont moins intéressants et jouent généralement un rôle moindre, ensuite parce que nous avons actuellement beaucoup moins de documents publiés sur eux.
- Haute-Seine. — C’est ainsi que, sur la Haute-Seine, les seules données précises, aujourd’hui connues, sont celles relatives à Bray-sur-Seine, à une vingtaine de kilomètres de Mon ter eau. Les eaux y
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- étaient relativement fort élevées, car, dès le commencement de janvier, elles avaient dépassé le niveau des submersions ; les eaux ne sont montées que de 2 m. à 3,42 m., soit de 1,42 m. Bien que ce soit la plus forte crue connue en ce point, cette montée est lente et minime par rapport à celle de l’Yonne ; il suffira de comparer les deux diagrammes relatifs à Bray-sur-Seine et à Sens. Cela tient, comme il a déjà été dit, à ce que la Seine est un cours d’eau essentiellement tranquille, alimenté surtout par des sources. Elle met très longtemps à atteindre son maximum; mais elle décroît, par contre, avec une extrême lenteur.
- Seine et Yonne réunies. d’eaux réunis font l’objet d’observations à Mon-tereau.
- Une première montée rapide a eu lieu dont le maximum s’est produit le 23, faisant passer le niveau de 1,80 m. environ à4,80m. soit une montée de 3 m. ; elle est évidemment due à l’Yonne. Pardessus est venue se surajouter l’eau provenant de la Haute-Seine qui a produit le maximum du 26 janvier (5,10 m.).
- AudelàdeMon-tereau, la Seine reçoit le Loing; c’est d’ordinaire un cours d’eau calme, venant de pays plats; mais, cette fois, sa crue a été tout à fait extraordinaire. Je n’ai pas trouvé de documents précis sur lui; mais on peut se rendre compte de son influence en considérant la Seine à Corbeil.
- A Corbeil, la montée fut due d’abord à l’arrivée des eaux de l’Yonne et le niveau monta brusquement vers le 24 janvier. Puis, vers le 27, arriva l’eau de la Haute-Seine: comme à Montereau, elle détermina le maximum; le niveau monta de 2,10 m. environ à 5,70 m., soit une hausse de 3,60 m., beaucoup plus élevé que celui de Montereau qui était de 3 m. à 3,30 m. accusant par suite l’influence du Loing.
- Au delà de Corbeil, et avant d’entrer dans Paris, la Seine reçoit la Marne. - -
- Le rôle de la Marne. — Le rôle de la Marne
- paraît avoir été considérable dans cette crue.
- On possède sur elle une série d’observations extrêmement curieuses.
- Elle naît aux environs de Chaumont et de Lan-gres ; la quantité de pluie tombée dans cette région fut assez notable (à Chaumont : 0,79 m. du 18 au 21; 1,54 m. du 9 au 27 janvier. — à Langres : 0,97 m. du 18 au 21 ; 1,97 m. du 9 au 27 janvier), inférieure cependant à celle reçue en 1876 (2,30 m. à Chaumont; 2,20 m. à Langres du 13 janvier au 17 mars). Elle détermina une montée rapide de la Marne à Chaumont (1,64 m. ; maximum le 20 janvier), qui fut extrêmement considérable à Saint-Dizier (4,12 m. ; maximum le 21 janvier).
- Mais, après Saint-Dizier, . la montée diminué et à Vitry, où le maximum arriva le 21, elle n’est plus que de 1,42 m. Cela peut tenir, d’une part, à ce que la Marne àSaint-Dizieraun lit très resserré; mais une telle différence sur une distance aussi faible doit tenir à une autre cause : à l’étalement des eaux dans la plaine entre Saint-Dizier et Vitry et à leur absorption par les couches perméables des sables verts (Crétacé inférieur) qui alimentent, comme on le sait, les puits artésiens dé Paris L
- On retrouve ensuite la Marne au pertuis de Damery, un peu-en aval d’Épernay; la montée y a été relativement peu importante de2m.à4,70m., soit de 2,70 m.; le maximum aété atteint le 27 janvier.
- A Chalifert, près de Meaux, une première cote peu élevée a été atteinte dès le 21 janvier, puis le maximum le plus important s’est trouvé réalisé le 27 janvier, portant le niveau de l’eau de 1,50 m. à 5,30 m. le faisant monter par suite de 3,80 m.
- 1 II serait extrêmement intéressant, au lieu de comparer les montées, de pouvoir comparer les débits, c’est-à-dire' de pouvoir comparer des choses comparables. C’est chose impossible dans l’état actuel de nos connaissances. Bien qu’il existe un service des jaugeages au Ministère des Travaux Publics, il n’y a aucune série d’observations d’ensemble sur les débits de rivières de France aux divers niveaux qu’elles atteignent.
- Les deux cours
- (E) L’inondation dans les quartiers de la Gare de Lyon.
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- LA CRUE DE LA SEINE EN 1910............~-:=— 299
- Ainsi que je l’ai indiqué précédemment, on se rend bien compte sur le profil, en le comparant à celui du Grand-Morin à Pommeuse, de l’influence que cette rivière a eue sur les crues de la Marne en les accentuant par deux fois. On se rappelle que
- Chalifert le 27 et de la Seine à Corbeil le 27 vont arriver à peu près en même temps à Paris.
- La Seine à Paris. — C’est effectivement ce qui se produisit et la montée fut formidable ; alors que, avant la crue, la Seine se maintenait aux environs de
- EAUX AU NIVEAU DU SOL.
- SOUS-SOLS ET CAVES INONDÉS.
- (F) L’inondation dans la région Ouest de Paris.
- cette rivière très calme en temps ordinaire, parce que les terrains qu’elle parcourt sont perméables, devient torrentielle après une longue série de pluies lorsque ces terrains imbibés d’eau deviennent imperméables.
- Il est facile, en jetant un coup d’œil sur la carte, de constater que les deux maxima de la Marne à
- 2 m., elle s’éleva, le 27 janvier, à 8,40 m. montant donc de 6,40 m., ce qui est la montée la plus considérable constatée en 1910 dans tout le Bassin de la Seine.
- En effet, dès la sortie de Paris, à Bezons, la crue a été beaucoup moindre, la Seine n’est montée que de5,50m. environà8m.,soitde4,70m. seulement.
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- 300 LA CRUE DE LA SEINE EN 1910
- Cette anomalie a été signalée pour la première fois par M. Angot*. Elle est bien mise, en évidence par la comparaison des quatre profils de la crue à Montereau, Corbeil, Paris-Austerlitz et Bezons (fig. D).
- La ligne de base représente la surface du fleuve telle qu’elle était le 15 janvier au commencement de la crue. La ligne pointillée représente la surface
- JANVIER 1910 I FÉVRIER i MARS
- Crue dà Mars\l876
- ----Banquettes de haldge
- ____fias-ports de Paris
- (G) La Seine à Paris au Pont d'Austerlitz.
- le 20 janvier; on voit déjà très nettement que Paris forme obstacle à la crue et que l’eau s’accumule en amont. La ligne interrompue indique cette surface le 25 lorsque le fleuve était monté à 7,10m.; enfin la surélévation s’accentue encore le 50 (ligne pleine), alors cependant que le maximum avait déjà dépassé Paris-Austerlitz et se trouvait aux environs de Bezons.
- On voit nettement par là que Paris formait une sorte de barrage empêchant l’écoulement de l’eau et déterminant l’inondation de la capitale et de la banlieue amont.
- Cette surélévation est due en grande partie à l’étroitesse du lit de la Seine dans Paris. Quand la hauteur d’eau est normale, le lit a sensiblement la même largeur à Paris et dans la banlieue ; mais dès que la Seine commence à sortir de son lit, sa largeur devient considérable en banlieue où le débordement peut s’effectuer; elle reste minime à Paris. De plus les ponts de Paris forment également alors obstacle au cours de l’eau; en effet, les voûtes des arches étaient à moitié submergées, ne laissant à l’eau pour s’écouler qu’un passage relativement moins grand qu’à l’habitude. A chaque pont, il se produit de ce fait une légère surélévation et comme il y a 25 ponts dans Paris, celles-ci, en s’additionnant, ne tardent pas à devenir notables.
- C’est cette surélévation artificielle de la Seine dans Paris qui, retardant l’écoulement des eaux, a causé en grande partie les désastres de la capitale et ceux de la banlieue amont.
- Au contraire en retardant le cours de l’eau, elle
- 1 Angot. C. R- des séances de la Soc. météorologique, lcl mars 1910, p. 5.
- a couvert d’une certaine protection la banlieue aval.
- Le rôle de l'Oise. — Le rôle de l’Oise a été peu considérable ainsi qu’on peut en juger par les observations faites à Venelle, près Compiègne; l’eau est montée de 5,20 m. à 5,20 m., soit de 2 m. seulement; le maximum a été atteint le 25 janvier. La crue est donc très inférieure aux crues précédentes.
- La Basse-Seine. — C’est là une chose fort heureuse; car la Seine, à peine grossie de l’Oise, a pu s’étaler dans sa vallée basse sans y causer de dommages trop considérables. Au contraire, si l’Oise avait apporté un gros contingent, comme elle aurait pu le faire, les dommages auraient été considérables.
- Le type de ce que fut la crue dans cette région peut être pris à Mantes; le niveau est passé de 5,20 m. à 8,20 m., montant ainsi de 5 m.; le maximum est passé le 51.
- La crue est arrivée ainsi à Bouen et l’on pouvait craindre qu’elle ne fit, dans cette ville importante et industrielle, des dommages considérables. C’est ce qui aurait eu lieu, sans une circonstance tout à fait heureuse. On sait que la marée remonte jusqu’à Rouen ; or le maximum est arrivé dans cette ville à une heure de morte-eau, à un moment de marée basse; elle a donc simplement pris la place que prend l’eau de mer toutes les douze heures et les dégâts ont été relativement minimes.
- Résumé. — De la revue que nous venons de passer des données acquises sur les crues des principaux cours d’eau du bassin de la Seine, il résulte cette conclusion : grâce à la saturation des terrains, due aux pluies antérieures, les torrents d’eau, tombés du
- Les soupiraux de la ligne souterraine d’Orléans après le retrait des eaux. Ils sont tapissés de détritus de tous genres charriés par le fleuve.
- 18 au 21, pendant quatre jours, ont déterminé une crue exceptionnelle et subite de l’Yonne, duLoinget du Grand-Morin ; elles expliquent les montées rapides de la Seine à Montereau et Paris du 18 au 22.
- En même temps se produisaient des crues extraordinaires de la Haute-Seine et de la Marne ; leurs maxima à marche plus lente ne sont arrivés à Paris que le 28; ce sont elles qui ont causé l’inondation ; mais elles n’auraient pas pu la produire à elles seules, si auparavant l’eau parvenant des autres rivières
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- ACADÉMIE DES SCIENCES ... . 301
- n’avaient pas déjà fait monter le niveau à des hauteurs considérables.
- Il faut ajouter de plus que les pluies du 28 novembre au 9 décembre et du 15 décembre au ol décembre avaient déjà déterminé en décembre des crues ordinaires assez notables, et qu’au début de janvier la Seine et ses affluents étaient déjà relativement hauts. Un coup d’oeil jeté sur les profils montre que le niveau moyen aux différentes échelles était de 2 m. ; il était donc de 1 m. plus élevé qu’au commencement des crues de septembre 1866.
- C’est là encore l’une des causes qui ont rendu aussi grave l’inondation de 1910.
- Ce sont là, évidemment, une série de coïncidences fâcheuses ; mais il faut bien se dire qu’elles peuvent se reproduire et même s’aggraver.
- Si les pluies avaient continué dans le haut Morvan, l’Yonne aurait, après le 28, roulé une nouvelle crue qui serait venue se rajouter aux précédentes à Paris; la Marne aurait pu en avoir une à son tour, etc. Une série de crues se seraient ainsi succédé, montant les unes sur les autres, ce qui est le cas normal indiqué par Belgrand. Elles auraient ainsi amené le niveau à une hauteur encore plus considérable. De plus une crue concomitante de l’Oise aurait causé des désastres immenses dans la Basse-Seine.
- Au lieu de cela, on a eu une crue à peu près simple, d’une grandeur exceptionnelle; il faut donc presque se féliciter de ce que le désastre n’a pas été plus grand.
- Mais, bien qu’un tel phénomène ne se soit pas produit depuis 1658, il faut qu’il soit une leçon pour l’avenir et qu’on cherche dans quelle mesure on peut trouver des remèdes ou des palliatifs à cet état de choses. Pour que cette recherche soit efficace, il faut se rendre bien compte des causes et
- du mécanisme de la crue. La discussion des résultats met déjà en évidence deux faits significatifs : la coïncidence des crues de la Marne et de la Seine qui a déterminé les inondations de la région parisienne, l’engorgement de la Seine dans Paris qui les a aggravées. A cela, on peut assez facilement remédier. Paul Lemoine.
- Une opération de désinfection à Passy (rue Gutenberg). [On voit sur les murs de la maison la hauteur atteinte par les eaux.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des 29 mars et 4 avril 1910. — Présidence de MM. Poincaré et Emile Picard.
- Stabilisateur d'aéroplanes. — M. Carpentier expose le principe d’un appareil destiné à assurer automatiquement la stabilisation des aéroplanes. Cet appareil est dû à M. Regnard. L’auteur a appliqué la propriété du gyroscope de conserver invariable la direction de son axe de rotation. Le gyroscope nécessaire pour la conduite d’un aéroplane n’est point un appareil dans lequel tourne un tore de forte masse, car il n’agit point directement sur l’axe de l’aéroplane pour le main tenir invariable dans l’espace. C’est au contraire un gyroscope de petites dimensions, ne pesant que quelques kilogrammes. Aussi n’a-t-il pour objet que d’établir des contacts électriques dans la cage où il est placé. Ces contacts électriques lancent un courant électrique dans des dynamos qui mettent en mouvement les organes de direction de l’aéroplane de manière à redresser l’axe. Il suffit de deux dynamos. Encore celles-ci ne sont-elles également que d’un petit modèle, c’est-à-dire d’un modèle léger, attendu qu’elles
- n’ont à effectuer que de faibles efforts parce qu’elles agissent au moyen de leviers sur les organes de direction. M. Regnard n’a pas encore eu l’occasion d’appliquer son stabilisateur à un aéroplane, mais il place devant le bureau de l’Académie un aéroplane de 1 m. environ de longueur, reposant sur une caisse renfermant un stabilisateur à gyroscope. M. Carpentier fait remarquer qu’à chaque inclinaison donnée au système, on voit immédiatement se mouvoir tel ou tel organe de direction propre à remettre l’axe dans sa position initiale.
- Le bore dans le vin. — M. Muntz présente une Note de M. Dugast, d’Alger, dans laquelle l’auteur signale 'qu’il a dosé le bore dans la plupart des vins d’Algérie. La même observation a été faite déjà sur des vins d’Italie et d’Amérique. Les vins de cette catégorie ne sont aucunement dépréciés. ^
- Rôle des oxydes catalyseurs. — MM. Paul Sabatier et
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- Mailhes établissent, dans un travail effectué en commun, une assimilation entre l’action des oxydes catalyseurs et la déshydratation de l’alcool sous l’effet de l’acide sulfurique concentré. Cette assimilation conduit à 5 consé-
- quences : 1° application des oxydes comme catalyseurs de l’éthérification; 2° synthèse directe des amines par l’ammoniaque; o° synthèse des thioïs par l’action directe de l’acide sulfhydrique sur les alcools.
- Inauguration du musée océanographique. —M. Emile Picard expose qu’il a représenté l’Académie à l’inauguration du musée océanographique de Monaco. Des délégués de nombreux corps savants se trouvaient à Monaco; M. Emile Picard a pris la parole non seulement au nom de l’Académie des sciences, mais au nom de ces corps savants. Il exprime son admiration pour l’installation magnifique du nouveau musée et fait savoir qu’à côté des collections d’un intérêt si puissant, il y a des laboratoires ouverts aux savants de tous les pays.
- Décès. — M. le Président communique ensuite la nouvelle de la mort de M. Alexandre Àgassiz, associé étranger résidant à Cambridge (Massachusetts). M. A. Agassiz assistait, il y a quinze jours ou trois semaines, à l’une des séances de l’Académie des sciences. Il est mort sur le bateau qui le ramenait en Amérique. Il occupait une place considérable dans la science contemporaine. M. le Président exprime les regrets très vifs que cause à l’Académie la mort de ce savant naturaliste.
- Le bouton dlOrient. — M. Roux résume une Note de
- MM. Ch. Nicolle et Manceau, relative au bouton d’Orient. L’homme contracte cette maladie en septembre ou octobre. L’agent delà transmission est sans doute un insecte, mais existe-t-il des animaux qui conservent la maladie? Pour résoudre la question, les auteurs ont inoculé le virus humain à des singes et au chien. Ils ont constaté, un mois plus tard environ, que ces animaux présentaient tous les signes de la maladie de l’homme.
- Phosphorescence. — M. Haller présente une Note de M. Delepine sur la phosphorescence des éthers thiosulfo-carboniques et des éthers sulfocarboniques. Ces substances exposées à l’air montrent une belle phosphorescence due à leur oxydation.
- Le spectre de bandes de l’azote. — M. Deslandres analyse un travail sur le prolongement, dans l’infra-rouge, du spectre de bandes de l’azote. On avait déjà observé 42 bandes de l’azote qui donnent lieu à une formule à deux termes ayant chaeun un coefficient constant. Cette formule s’étend aux bandes du prolongement dans l’infrarouge. Ch. be Viixedeuil.
- LE LABORATOIRE DE PHOTOGRAPHIE DE L’ÉGOLE DES MINES
- Le laboratoire de photographie de l’École des Mines vient d’être complètement réorganisé par les soins de MM. Pelletan, sous-directeur de l’Ecole et Étienne, professeur de Chimie générale. Quelques appareils, nouvellement installés, présentent des dispositions inédites qu’il nous a paru intéressant de signaler aux lecteurs de La Nature.
- Deux chambres obscures adjacentes permettent d’effectuer à l’aise les manipulations les plus délicates. Une troisième, de très grandes dimensions, renferme un appareil d’agrandissement 30 X 40 construit par Calmels. En raison des trépidations continuelles communiquées à tout le bâtiment par les trains de la ligne de Sceaux et par les trams de Montrouge et d’Arpajon, on a été obligé d’adopter le système usité par les journaux pour l’obtention des similis. La chambre d’agrandissement et le châssis porte-papier sont portés par un même bâti dont l’ensemble est relié par ressorts à quatre piliers légers. On ne cherche plus à éviter les trépidations mais bien à ce qu’elles se communiquent identiquement à l’appareil optique et au papier sur lequel se produit l’agrandissement.
- Un grand appareil 30 X 40, monté sur rails et muni d’un objectif de 30 cm de distance focale, permet la reproduction et les réductions de plans. 11 sert en outre, avec un appareil d’éclairage formé de 2 réflecteurs à arc et une série de trames, à démontrer aux élèves les différentes manipulations de la photogravure industrielle.
- Mais les appareils les plus originaux sont ceux dont nous donnons la reproduction. Ils ont été construits spécialement pour l’École des Mines par la maison J. Ragot, de Saint-Germain-au-Mont-d’Or, près Lyon et sur les plans de Henri Ragot, chef d’atelier du Laboratoire de géologie de la Sorbonne. Ils répondent au desideratum suivant : Photographier le plus facilement et le plus rapidement possible un objet quelconque transparent ou opaque et cela, avec un grossissement déterminé et connu à l'avance.
- Le problème a été résolu au moyen de deux appareils séparés. Le.premier.est,un appareil exclusivement vertical. Il sert pour les réductions, grandeurs nature et faibles grossissements. Le second, qu’on met indifféremment vertical oü horizontal, sert pour les grossissements moyens ou forts.
- Appareil vertical. — L’originalité de cet appareil réside dans les deux dispositions suivantes : 1° La mise au point s’effectue sans toucher au grossissement, 2° elle peut s’effectuer en déplaçant soit la chambre tout entière, soit le porte-objet, et cela, ou bien d’un mouvement rapide, à la main, ou bien d’un mouvement lent par vis et engrenages.
- Mise au point en déplaçant l’ensemble de la chambre. — Le soufflet coulisse sur un premier bâti. On modifie à la main la longueur pour obtenir le grossissement voulu. L’ensemble de ce premier bâti se déplace sur les montants principaux de l’appareil et peut être animé de :
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- LABORATOIRE DE PHOTOGRAPHIE DE L ECOLE DES MINES = 303
- 1° Un mouvement rapide. — On desserre les deux vis (fig. 2) et on déplace à la main l’ensemble du bâti mobile et du soufflet, ensemble équilibré par un contrepoids. Le manchon fileté, visible sur la même figure 2 au-dessus du volant horizontal, peut en effet se déplacer par rapport à la tige centrale que l’on voit entre les deux montants ;
- 2° Un mouvement lent : — On imprime un mouvement de rotation au volant horizontal (fig. 2) qui est solidaire du manchon fileté. On voit sur cette figure que l’écrou de ce dernier fait corps avec le bâti mobile portant le soufflet. En admettant que les deux vis de serrage (fig. 2) aient été bloquées et aient ainsi fixé au bâti la traverse horizontale du
- Fig. i. — Vue d'ensemble de l’appareil vertical
- pignon d’angle, le volant horizontal prend appui à frottement doux et par une gorge intérieure sur cette même traverse et le mouvement de rotation du manchon fileté fait monter ou descendre la traverse mobile supérieure qui entraîne le soufflet.
- Mise au point en déplaçant le porte-objet. — 1° Mouvement rapide. On desserre la vis que l’on aperçoit sur la figure 1 un peu à gauche et au-
- dessus de la glace porte-objet. On déplace celle-ci à la main et on resserre la vis. La traverse horizontale, qui se trouve au niveau de la glace, est en effet folle sur les 2 montants verticaux. Elle engrène avec un manchon fileté creux coulissant sur la tige centrale de l’appareil et que l’on peut bloquer sur
- f - ..... • i
- Fig. 2. — Détail de la commande des deux mouvements lents de l'appareil vertical.
- cette tige en serrant la vis dont nous venons de parler. Le porte-objet est ainsi immobilisé.
- 2° Mouvement lent. — On imprime un mouvement de rotation'à la manivelle (fig. 2), qui, par l’intermédiaire du pignon d’angle, fait tourner la tige centrale de l’appareil. En effet, celui des deux pignons d’angle qui est à axe vertical porte intérieurement un tenon, coulissant dans une rainure de la tige centrale et ne permettant à l’engrenage d’angle que des mouvements verticaux par rapport à cette tige centrale. En tournant, celle-ci entraîne le manchon fileté (puisque la vis de ce dernier a été bloquée) et la rotation du manchon fait monter ou descendre son écrou, solidaire de la traverse du porte-objet.
- Les deux mouvements lents s’obtiennent donc au moyen du volant horizontal ou de l’engrenage
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- d’angle. Cet ensemble, coulissant d’une seule pièce le long de la tige centrale, est solidaire 'du châssis portant le soufflet. Il reste donc toujours au voisinage de la glace dépolie et, par suite, à portée de la main de l’opérateur.
- Appareil de microphotographie. —Les appareils de microphotographie existant dans le commerce sont généralement composés d’un statif de microscope auquel on a adapté un soufflet plus ou moins
- long-
- La mise au point s’obtient en agissant sur la
- Leitz de faible distance focale [5 à 5 cm pour les grossissements moyens (10 à 15 fois pour 100 à 120 cm de longueur de chambre)], soit un objectif de microscope pour les grossissements plus forts. Le pas de vis de 5 mm permet une mise au point aussi facile qu’avec une crémaillère de statif. Une lampe Nernst de 120 bougies et un condenseur permettent de bien éclairer l’objet. Un prisme à réflexion totale combiné avec un oculaire de microscope (constructeur Lemardelev) a été fixé sur le cône porte-objectif [il a été photographié par erreur
- Fig. 3. — L'appareil de microphotographie dans ses deux positions.
- crémaillère du statif, c’est-à-dire en modifiant la distance qui sépare l’objectif de la vitre dépolie. Dans l’appareil de l’École des Mines la mise au point s’effectue, au contraire, exclusivement en déplaçant l’objet, le grossissement est donc indépendant de la mise au point.
- L’appareil, dont l’ensemble repose sur une poutre armée très rigide, peut se mettre indifféremment vertical ou horizontal. Il est en effet des objets très fragiles qu’il est plus commode de poser sur un porte-objet horizontal que d’attacher contre un porte-objet vertical. Quant à l’emploi d’un prisme redresseur, c’est une solution coûteuse et qui absorbe de la lumière.
- Le porte-objet est fixé sur un chariot double. Un premier chariot, le plus grand, prend un mouvement rapide (5 mm par tour) quand on agit sur la mollette visible le plus près du bâti. La tige de cette mollette butte naturellement à frottement doux contre un palier fixé sur ce bâti. Ce premier chariot en porte un second. Quand on agit sur la deuxième mollette (la plus éloignée du bâti), ce deuxième chariot prend un mouvement lent (1/5 de mm par tour) par rapport au premier qui reste immobile, car la tige de la deuxième mollette butte sur un palier fixé au grand chariot.
- L’appareil est équipé avec un cône (pour éviter les» ombres portées) et soit un planar Zeiss ou
- vertical sur la figure 5 alors qu’il doit être horizontal]. En l’introduisant sur le trajet des rayons lumineux on peut amener dans le champ de l’objectif la partie de l’objet à photographier. On ne pourrait pas déplacer l’objet à la main et regarder en même temps sur la glace dépolie pour le placer dans le champ étant donnée la grande distance (140 cm)
- . qui peut parfois séparer la glace dépolie de l’objet. Quant à l’usage d’un écran à projection remplaçant la glace dépolie et placé un peu en arrière, il n’est pratique qu’avec des objets éclairés par transparence. Robert Douvillé.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1925. r=
- 16 AVRIL 1910.
- HISTOIRE D’UN ROI NÈGRE
- Les deux photographies qui accompagnent cet article m’ont été fort obligeamment communiquées par le Royal Anthropological Institute, de Londres,
- D’abord, il est toujours bon de rappeler au grand public, qui l’ignore trop, que les nègres africains, — en prenant le mot nègre dans sa plus large
- La statue du roi Shamba Bolongongo, vue de face et de profil.
- qui les a d’abord publiées dans son bulletin mensuel Man1. Elles représentent la statue d’un roi nègre, Shamba Bolongongo, qui a été sculptée au Congo, pendant la première décade du xvne siècle.
- Elle est intéressante à plus d’un titre.
- 1 T. A. Joyce. On a wooden portrait... [Man. 19i0, 1).
- acception, — ont su s’élever d’eux-mêmes à un niveau de civilisation très remarquable, et que notamment ils ont été dans le domaine des arts plastiques des créateurs bien plus féconds et bien plus originaux qu’on ne le croit et qu’on ne le dit. Les divers musées d’ethnographie, et celui du Tro-
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- 306 —V". -. ' — HISTOIRE D’UN ROI NÈGRE
- cadéro entre autres, possèdent tous aujourd’hui des statues de bois ou de bronze, qui ne laissent à cet égard aucun doute. Peu sont des chefs-d’œuvre il est vrai, mais quelques-unes cependant méritent ce nom, par exemple parmi les admirables bronzes du Bénin qui se trouvent à Londres et à Berlin. La statue de Shamba Bolongongo, qui a été rapportée d’un récent voyage par M. E. Torday et qui se trouve maintenant au British Muséum, prouve qu’au moins à une certaine époque les artisans congolais n’ont pas été inférieurs à leurs confrères septentrionaux. D’après les renseignements donnés dans Man, par M. T. A. Joyce, la statue est en bois, un bois très dur, à grain serré, susceptible de prendre un beau poli- Le roi est assis à la turque, les jambes croisées, la main droite reposant sur son genou, tandis que, de la gauche, il tient ce que l’on appelle dans le pays Yikula, arme de cérémonie dont le port est réservé aux hommes adultes. Sur sa tête on a figuré l’espèce de barrette plate qui était de son temps la coiffure à la mode, et qui est remplacée aujourd’hui par une couronne élevée. De nombreux anneaux décorent les épaules, les bras, les poignets; une large ceinture entoure la taille, et une seconde, plus bas, faite de fibres tressées, est l’insigne du chef : elle soutient un petit tablier, qui retombe derrière l’homme assis. Enfin, tout à fait sur le devant de la statue, faisant saillie sur le socle, est sculptée une sorte de petite table, très décorée : c’est un modèle en petit d’un jeu que les indigènes appellent lela (ou niancala).
- La hauteur de l’ensemble est d’une cinquantaine de centimètres.
- D’après M. Joyce, dont le dire est d’ailleurs confirmé par l’examen des photographies, le mérite esthétique de la statue réside surtout dans la manière très vivante dont est traité le visage du roi. On y retrouve naturellement, comme dans l’œuvre entière, ces proportions et ces détails convenus, qui sont propres à toutes les œuvres barbares (voir par exemple la façon dont sont compris les sourcils), mais cela n’empêche pas que l’ensemble soit d’une beauté simple et franche, atteignant même une très grande expression, remarquable surtout dans le profil de la face, en même temps que les moindres détails témoignent d’une grande sûreté de conception, jointe à une réelle maîtrise technique.
- Mais la statue de Shamba n’est pas seulement intéressante en tant que représentant l’art plastique congolais ni en tant que beau représentant de cet art. L’homme même, de qui elle est le portrait, mérite de retenir l’attention, car il semble avoir réalisé un très curieux type d’humanité, et qu’on est d’abord fort surpris de rencontrer chez les nègres. D’après les renseignements de M. Joyce, il faut en effet considérer Shamba comme ayant uni en lui quelques-unes des qualités d’un Pierre le Grand à celles de M. Frédéric Passv : ce fut, en effet, tout à la fois, un grand organisateur, un créateur de richesses industrielles — et un paci-
- fiste déterminé. D’après la tradition, Shamba Bolongongo était le quatre-vingt-treizième des rois de la nation des BuShongo, ce rang lui étant assigné sur une liste qui part de la création et qui va jusqu’à nos jours, où elle attribue le numéro cent vingt et un au monarque actuel. Son peuple, depuis trois siècles, le considère comme le héros national. Et cependant, ce qui paraît étonnant chez des hommes que nos rapports avec eux nous ont conduits à considérer surtout comme des guerriers, ce n’est pas à la guerre qu’il doit sa gloire. C’est comme homme de paix, comme roi d’intérieur, comme patron des métiers et des arts qu’il est vénéré aujourd’hui encore. Avant de régner, il avait entrepris un long voyage chez les Bapende et les Babunda, situés à l’Occident de son futur royaume, et il en avait rapporté, entre autres choses, la culture du tabac, l’art de tisser, le jeu lela. Devenu roi, il reconstitua toute la hiérarchie des fonctionnaires par qui était gouverné l’empire, et, en même temps qu’il s’attachait à cette réorganisation politique, il faisait installer à sa cour même des représentants des divers métiers. D’autre part, préoccupé d’idées humanitaires, il interdisait à la guerre l’emploi des armes de jet, flèche, lance, etc., et il donnait des instructions à ses soldats pour leur enseigner à blesser l’adversaire, mais à ne pas le tuer. Bien entendu, il est devenu l’objet de légendes nombreuses, et une quantité de ses propos lui ont survécu et sont entrés dans la sagesse de sa nation.
- Ce fut lui qui fit faire la statue grâce à laquelle nous connaissons ses traits aujourd’hui : il voulait ainsi transmettre son image aux générations futures, pour servir, même après sa mort, d’exemple et d’encouragement à son peuple, et peut-être aussi pour ne pas cesser d’être réellement toujours présent à leurs yeux, au moins à la façon des mystiques. Quelques-uns de ses successeurs suivirent d’ailleurs son exemple, et bien que tous ne l’aient pas fait, et qu’il y ait eu aussi des statues dispersées ou détruites, il résulte de cette préoccupation que le British Muséum possède aujourd’hui, en plus de celle de Shamba Bolongongo, trois autres statues en bois de ces princes. Elles sont moins belles, et la personnalité des chefs qu’elles représentent est peut-être moins intéressante. Quoi qu’il en soit, l’ensemble de ces œuvres est fort important : contribution à l’histoire des techniques et des arts dans les civilisations africaines, c’est aussi, par suite des traditions attachées à chacune de ces sculptures, une contribution à leur histoire politique, et celle-ci est pleine d’intérêt et d’enseignement.
- Un mot encore :
- Il pourrait sembler d’un esprit très critique de se demander quelle créance nous pouvons accorder à des renseignements indigènes, sur un roi nègre ayant régné au début du xvne siècle, il y a plus de 500 ans. Mais ce n’est là qu’une apparente sagesse. Sans doute, M. Joyce, dans le travail que j’ai cité, n’indique pas ses sources avec rigueur et n’en fait
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- L’HÉLICE PROPULSIVE DES NAVIRES
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- aucune appréciation, — pourtant il n’y a pas de sérieuse difficulté à croire sur parole ce qu’il nous transmet d’après les traditions des BuShongo. À trop de critique, on montrerait, sous ce masque d’une fausse exactitude, qu’on n’a point une compréhension suffisante des civilisations jeunes. Il est vrai qu’elles n’ont pas d’histoires, au sens de récits écrits que nous donnons trop étroitement à ce mot,
- — mais les peuples qui n’ont pas d’histoire n’en ont jamais eu que plus de mémoire : c’est ce qu’ils appellent la tradition. Souvent organisée chez eux dans la forme d’un solide service social, elle sait merveilleusement préserver pendant des générations le souvenir des faits qui ont intéressé un jour la collectivité. L’ethnographie en est pleine d’exemples.
- Jean-Paul Lafitte.
- i
- L’HÉLICE PROPULSIVE DES NAVIRES ET SON ACTION SUR L’EAU
- Dès le début de l’application de l’hélice à la propulsion des navires, c’est-à-dire vers 1830, nombre d’ingénieurs et de savants se préoccupèrent de déterminer, soit expérimentalement, soit théoriquement des règles permettant aux constructeurs de navires de déterminer les proportions à donner aux hélices afin d’obtenir de celles-ci le maximum de puissance et de rendement pour une vitesse déterminée du navire.
- Malgré toute son ingéniosité, le temps et l’argent dépensés, la méthode expérimentale, soit avec des modèles, soit sur des navires en service, tout en ayant donné nombre de renseignements pratiques d’une réelle utilité, n’a, cependant, fourni que de maigres résultats au point de vue du mode de fonctionnement de l’hélice. Il en est de même des recherches théoriques.
- Dans l’état actuel des choses il n’est pas possible au constructeur de fixer d’avance et d’une manière sûre les éléments d’une hélice devant satisfaire à des conditions déterminées de puissance et1 de vitesse et il n’est même pas rare, après les essais, d’être amené à changer l’hélice dont le diamètre, le pas et la surface des ailes tout d’abord prévus, ne réalisaient pas la puissance et la vitesse exigées par le contrat.
- Ces divergences proviennent, en grande partie, de ce qu’on ne s’est pas suffisamment préoccupé jusqu’ici du mode d’action de l’eau autour d’une hélice en mouvement. Aussi, est-ce pour combler cette lacune que M. Flamm, professeur à l’École supérieure technique de Gharlottenbourg, a entrepris une série d’expériences fort intéressantes qu’il nous semble utile de faire connaître d’après un ouvrage publié par lui et qui a pour titre : L'hélice Marine et son action sur Veau1.
- L’appareil employé par M. Flamm consiste en un bassin rempli d’eau, de 10 m. de longueur, 0,80 m. de largeur et d’une profondeur de 0,60 m. dans lequel peut se mouvoir un modèle de navire aiiquel on a donné la forme d’un fuseau et à l’arrière duquel se trouve une hélice. Ce petit modèle est relié, au moyen de tiges rigides, à un chariot mobile roulant sur les bords supérieurs du bassin et, sur ce chariot, est installé un petit moteur élec-
- 1 Die Schiffsschraube und ihre Wirhung auf das Was-ser, par Oswald Flamm. Yerlug von Ohlenburg.
- trique qui, par un système d’engrenages, actionne l’arbre de l’hélice. A l’avant et' a l’arrière de ce chariot sont attachés de petits câbles qui, après avoir passé sur une poulie fixée à chaque extrémité du bassin, se terminent par un plateau qu’on peut charger de poids. Ce dernier dispositif permet de faire varier la résistance du modèle aussi bien pendant sa marche avant que pendant sa marche arrière.
- Treize types d’hélices ayant des diamètres variant entre 60 et 124 mm ont été successivement étudiés. Les modèles d’hélices correspondent aux divers types employés sur les torpilleurs, sur les navires à marche rapide, ainsi que sur ceux naviguant sur les fleuves. A chaque expérience on relevait automatiquement le nombre de tours de l’hélice, la vitesse du chariot qui représentait celle du modèle, ainsi que le poids placé sur le plateau fixé à l’extrémité du câble attaché au chariot, ce qui permettait de déterminer le travail de l’hélice et le recul de celle-ci.
- Mais le but principal des expériences de M. Flamm était, comme nous l’avons dit, d’étudier l’action de l’hélice sur l’eau qui l’entoure. La photographie seule permettait d’obtenir des résultats et voici le dispositif adopté parM. Flamm. Les parois du bassin étaient formées de plaques de verre et deux puissants projecteurs de 12000 bougies chacun projetaient une vive lumière sur ces plaques et éclairaient en même temps la masse d’eau contenue dans le bassin. Sur le côté opposé de ce bassin était installé un appareil photographique dont l’objectif recevait les rayons des projecteurs et on pouvait obtenir des clichés photographiques avec une pose de 1/1000 de seconde.
- On a pu ainsi relever une quantité considérable de photographies, dont nous reproduisons les plus caractéristiques1, et qui ont permis à M. Flamm de tirer de ces expériences un certain nombre de conclusions que nous allons résumer.
- La première remarque intéressante est celle relative à la formation, à la surface de l’eau et au-dessus
- 1 Les photographies reproduites ci-contre sont extraites, avec la gracieuse autorisation de l’auteur et de l’éditeur, de l’ouvrage : Die Sckiffssraube und ihre Wirkung auf das Wasser, par Oswald Flamm, professeur à la Technische Hochschule de Charlottcnburg. Édité par R. Oldenbourg, â Munich.
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- L’HÉLICE PROPULSIVE DES NAVIRES
- de l’hélice, d’une cavité s’étendant, comme le montre la figure \, à l’avant et à l’arrière de celle-ci et dont la plus grande profondeur se trouve exactement au-dessus de l’hélice. Ce fait se produit aussi bien avec la marche avant qu’avec la marche arrière du modèle. M. Flamm attribue cette cavité au courant d’eau qui, lorsque l’hélice fonctionne, se produit dans l’axe même de celle-ci, en refoulant l’eau à l’arrière et en l’aspirant à l’avant.
- Cette aspiration à laquelle on n’a pas jusqu’ici attaché suffisamment d’attention, a, d'après M. Flamm, une
- la masse d’eau refoulée par l’hélice à l’arrière du navire conserve, tout au moins jusqu’à une assez grande distance de celle-ci, une forme entièrement cylindrique, comme le montrent les figures 2 et 5. Aucune dispersion due à la force centrifuge n’a été remarquée dans cette masse d’eau projetée à l’arrière, comme on l’admet généralement. Les lignes blanches en forme d’hélice qu’on remarque sur les figures, et qui sont dues à l’air aspiré par l’extrémité des ailes pendant la rotation de l’hélice, conservent leur forme régulière quel que soit le type
- Fig. i. v — faible vitesse n = 36oo g — i5 kg
- Fig. 2. v = 3.7 m. sec.
- Il — 2500
- g = 0
- Fig. 3. v = 1.90 m. sec. 11 — 2500 g = 2.0 kg
- Fig. 4. v = 2.70 m. sec. 11 — 2400 g = 3 kg
- Fi
- cr
- v =. 2.4S ni. 11 = e5oo
- g = 4-0 kg
- sec.
- Légende s'appliquant à toutes les figures. — v, représente la vitesse du, modèle en mètres par seconde; —. 11, indique le nombre de révolutions de L’hélice par minute ; — g, est le poids placé sur le plateau disposé à l’extrémité du bassin et représente la résistance à la marche du modèle.
- influence très grande sur le fonctionnement de l’hélice, comme nous le verrons plus loin. Pour lui celle-ci doit être considérée comme un appareil d’aspiration d’eau par les faces avant de ses ailes et de refoulement par les faces arrière. Son étude, d’après lui, doit être faite en se basant sur ce fait1.
- Une seconde observation consiste en ce fait que
- 1 Voir le mémoire lu à la dernière session de VInstitution of Naval Architects, par M. Hexdehson : Some Considérations regarding the phenomena of propulsion.
- d’hélice employé. Il y a donc lieu, d’après M. Flamm, d’abandonner l’idée que l’hélice produit dans la masse d’eau une action centrifuge. Du reste, s’il en était ainsi, cette action deviendrait sensible aux endroits où la profondeur d’eau offre le moins de résistance et tendrait, par conséquent, à faire disparaître au-dessus de l’hélice la cavité dont nous avons parlé plus haut, en relevant le niveau de l’eau à cet endroit, ce qui n’a été remarqué dans aucun cas.
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- L’HÉLICE PROPULSIVE DES NAVIRES 309
- Un autre fait observé et qui, jusqu’ici, n’a reçu qu’une explication insuffisante est une sorte d’ap-
- presque toujours en arrière de l’hélice et dans son axe (fig. 4 et 5).
- V — i. 15 m. sec. Fig. 8. v = faible vitesse Fig. 10. v = 0 m. sec.
- n = 1600 n = 36oo 11 = 2000
- g = 2.5 kg g = 20 kg g — »
- v = i.6 m. sec. Fig. 9. v — 0 m. sec. Fig. 11. v = 1.2 m. sec.
- n — I 200 11 — 3ooo n — 25oo
- g = 2.0 kg II 0 g — 4 kg
- pendice, sous forme de colonne d’air, atteignant I Cette colonne d’air semble due à la formation parfois un mètre de longueur qu’on remarque | d’une cavité que l’eau, refoulée à l’arrière par
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- l’hélice, n’arrive pas à combler assez rapidement et dans laquelle vient s’accumuler l’air que contient cette eau refoulée.
- En introduisant dans cette cavité un petit tube en caoutchouc dont la partie supérieure émerge au-dessus du niveau de l’eau, M. Flamm n’a observé aucun effet d’aspiration. Au contraire, comme le montrent les figures 6 et 7, en insufflant de l’air dans ce tube, on remarque un fort épanouissement de l’appendice.
- Ce dernier fait nous amène à parler de ce qu’on a: appelé la « cavitation ». Lorsqu’une hélice tourne autour de son axe pour faire avancer un navire, célle-ci, comme nous l’avons dit précédemment, réfoule l’eau par sa face arrière, tandis que par les faces avant elle aspire l’eau qui doit combler le vide produit par le refoulement de l’eau à l’arrière, de telle sorte que l’hélice reste complètement noyée. Ce vide est facilement comblé lorsque la vitesse de rotation de l’hélice est faible et que la pression par unité de surface des ailes, due à la poussée, est également faible. Mais, lorsque cette vitesse de rotation et,, par suite la vitesse périphérique des ailes, atteint une certaine limite, on remarque une diminution sensible de la poussée de l’hélice, ainsi qu’une diminution importante du rendement. Ceci provient d’une cavité qui s’est produite à l’avant de l’hélice due à l’augmentation de pression par unité de surface des ailes .^résultant de l’accroissement de vitesse, qui fait que làfpression de l’eau à l’avant de l’hélice devient insuffisante pour donner à cette eau une vitesse suffisante .pour combler le vide > qui se forme à l’avant de l’hélice. Telles.sont les causes auxquelles on attribue le plus ; généralement le phénomène de la cavitation. Le moyen tout indiqué d’en éviter les inconvénients et celui auquel on a recours consiste donc à réduire entre 800 et 900 gr. par centimètre carré la poussée supportée par les ailes de l’hélice à la vitesse maximum et de déterminer sur ces bases le'diamètre de l’hélice et la surface de ses ailes.
- M. Flamm fait remarquer que cette explication ne concorde pas complètement avec les résultats de ses expériences et voici les raisons qu’il donne.
- ! Lorsque la vitesse de rotation de l’hélice augmente, non seulement l’effort de refoulement sur l’eau projetée à l’arrière de l’hélice croît, mais aussi l’aspiration sur la face avant. Ce dernier effet a pour résultat de produire une forte dépression du niveau de l’eau. Il se forme alors (fig. 8) des tourbillons en forme d’entonnoirs au travers desquels l’air est aspiré même avec une épaisseur d’eau dépassant le diamètre de l’hélice. Celle-ci se meut alors dans un mélange d’air et d’eau qui fait que l’aspiration à l’amont de l’hélice et la compression à l’arrière décroissent ainsi que la poussée de l’arbre (fig. 9,10 et 11). On a souvent observé que de petits modèles de navires qui, quoique ayant à vaincre une grande résistance, continuaient, cependant, à s’avancer, prenaient immédiatement une marche rétrograde aussitôt que les petits tourbillons se formaient et
- que l’air pénétrait jusqu’à l’hélice, malgré l’augmentation de puissance exercée. Au moment de la production de ces tourbillons ce mélange d’air et d’eau se trouvait projeté de tous côtés avec bruit, sous forme d’écume.
- Pour démontrer que le fait de l’aspiration de l’air est la cause principale de ces phénomènes, M. Flamm plaça une planche mince au-dessus de l’hélice et au niveau de l’eau. L’effet fut immédiat. L’hélice qui jusque-là n’avait pu faire avancer que très difficilement le modèle, lequel même était sur le point de prendre une marche rétrograde par suite de l’introduction de l’air sur sa face avant, cette même hélice, aussitôt après avoir placé la planche, redonnait au modèle sa vitesse primitive sans accroissement de puissance. Elle pouvait même vaincre une plus grande résistance tant qu’aucune introduction d’air n’était possible. Toutefois, en continuant d’augmenter cette résistance, l’air finissait par pénétrer au-dessous de la planche par son bord avant et la diminution de la poussée axiale se reproduisait comme avant. Le système de planche de dimensions insuffisantes pour recouvrir toute la zone où peut se produire l’aspiration de l’air ne peut donc convenir pour des hélices à grande vitesse.
- L’emploi d’un demi-cylindre en tôle, emboîtant la partie supérieure de l’hélice, qui a été proposé, ne peut, d’après M. Flamm, donner de bons résultats. L’hélice, en effet, aspire l’eau par tous les points de la périphérie de ses ailes. Il faut donc, pour obtenir un bon effet de celle-ci, que l’eau puisse lui arriver sans difficulté. Toute enveloppe au moyen d’une tôle, soit partielle, soit totale, ne pourrait donc donner de bons résultats. L’abri, contre l’entrée de l’air, doit être placé aussi près que possible de la surface de l’eau et l’emploi d’une sorte de nageoire formant prolongement de l’arrière du-navire semblerait,, d’après M.Flamm, être la meilleure solution du problème.
- Toute masse d’eau écumante observée à l’arrière du navire est une preuve évidente d’aspiration d’air et du mauvais fonctionnement de l’hélice.
- La conclusion à tirer de ces expériences est que de grandes vitesses de rotation de l’hélice, si avantageuses pour les navires à turbines à vapeur, ne sont pas inadmissibles à condition que l’on s’oppose à toute introduction de l’air entre la surface de l’eau et l’hélice.
- D’après M. Flamm l’augmentation du nombre de tours de l’hélice ne présente pas d’inconvénients par le fait qu’il se produit une cavité en avant de celle-ci, mais bien parce que l’accroissement du nombre de tours amène l’aspiration de l’air dans cette cavité et que ce mélange d’air et d’eau est la cause principale de la diminution de la poussée et du rendement de l’hélice.
- Le phénomène de cavitation, c’est-à-dire la formation d’une cavité en avant de l’hélice n’a qu’une importance secondaire et n’est à redouter, d’après M. Flamm, que parce qu’il est le prélude de l’aspi-
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- ration de l’air avec tous les inconvénients dont nous venons de parler. C’est cette aspiration d’air qu’il faut donc empêcher. Ses expériences l’ont également amené à reconnaître que la poussée de l’arbre de l’hélice atteint son maximum d’effort lorsque la vitesse de rotation de l’hélice est voisine de celle à laquelle se produit la cavitation.
- Il en déduit que les dimensions de l’hélice doivent être calculées de telle sorte que celle-ci produise sa poussée maximum h la vitesse correspondant au moment où se produit la cavitation. Celle-ci ne se produirait donc plus aux vitesses plus faibles et, lorsque, par mauvaise mer, la résistance du navire viendrait à augmenter, il serait possible de maintenir sa vitesse en poussant la vitesse de rotation de l’hélice jusqu’au moment de la production de la cavitation.
- Telles sont, brièvement résumées, les expériences de M. Flamm, ainsi que les conclusions qu’il en a tirées. Tout incomplètes qu’elles soient, elles sont fort intéressantes. Il y a tout lieu d’espérer que, grâce à sa méthode fort simple, M. Flamm, à la suite des nouvelles expériences qu’il poursuit actuellement, arrivera à résoudre une question d’hydrodynamique qui, jusqu’ici, n’avait été étudiée que très imparfaitement et à poser des règles sûres pour le calcul des dimensions à donner aux hélices propulsives des navires.
- Nous devons ajouter, avant de terminer, que le Professeur Ahlborn, de Hambourg, en se servant d’une méthode différente, poursuit depuis quelque temps des expériences semblables, mais dont les résultats n’ont pas encore été rendus publics.
- R. Bonnin.
- EXPÉRIENCES DE PSYCHOLOGIE ANIMALE
- Grâce aux ressources financières quasi-illimitées dont elles disposent, les grandes universités américaines peuvent entreprendre des recherches que nos propres établissements, moins généreusement dotés, ne sauraient poursuivre avec le même entrain.
- Ainsi, l’Université de Harvard et l’Université John Hopkins ont organisé, depuis quelques années, des laboratoires de psychologie expérimentale et comparée qui, bien qu’encore à leurs débuts, ont déjà fourni à la zoologie une ample moisson de faits et de constatations du plus haut intérêt.
- Nous ne pouvons entreprendre ici d’exposer l’ensemble de ces résultats. Limitons notre tâche à l’examen de ceux de ces résultats qui découlèrenl de l’étude d’une même question dont ces deux laboratoires s’étaient simultanément imposé la solution: l’éducation des animaux s’effectue-t-elle sous l’action rclu don d’imitation, ou n’est-elle attribuable qu’à la force de l’instinct?
- L’étude expérimentale de cette question s’imposait. Sur ce domaine de la psychologie des bêtes, les fables les plus absurdes sont encore admises sans discussion. Le peintre qui, pour se venger d’un singe qui lui a barbouillé son chef-d’œuvre, s’installe à la fenêtre, fait mine de se trancher la gorge, et éprouve le lendemain la joie mauvaise de voir son ennemi se suicider d’un coup de rasoir, voilà l’anec-dote-type qui trouve encore asile dans certains manuels de lecture. J’ignore si le scorpion continue de plus belle à se transpercer de son dard, en un accès de fureur. Mais nos bons quotidiens nous ont émus aux larmes l’hiver dernier, en nous contant l’admirable trait de fidélité conjugale de ce cétacé qui s’échoua volontairement sur une grève normande, après qu’il eut dûment constaté la mort de son conjoint.
- Les savants américains, soucieux de déblayer la science d’un fatras de données considérées comme
- des faits établis, se sont livrés à des expériences dont nous voulons citer les plus caractéristiques. Par exemple, on admet communément que les fonctions naturelles du chat sont de chasser et de tuer la souris. Yoici comment le Dr Berry, du Psychological Laboratory de Harvard, est arrivé à démontrer l’inexactitude de cette théorie.
- Il s’agissait de rechercher si de jeunes chats, mis pour la première fois en présence de souris, les attaqueraient instinctivement, ou si, au contraire, ils attendraient qu’on leur enseignât à les saisir, à les tuer et à les manger. La première hypothèse était la plus vraisemblable. Et ce fut cependant la seconde qui se réalisa.
- L’expérimentateur fit choix d’une chatte qui venait de mettre bas; et il attendit que les trois petits fussent vieux de 5 mois, âge auquel ils seraient de force à tuer même une souris de,forte taille. Il eut soin d’éviter aux trois jeunes félins tout contact avec le monde extérieur. Quand les expériences commencèrent, le fait était dûment établi qu’ils n’avaient jamais vu, et encore moins chassé, une souris. Pour plus de clarté, nous désignerons la chatte par la lettre M, et ses trois petits par les lettres X, Y, Z.
- Quand Z fut introduit dans la cage où l’on avait placé une grosse souris noire, il commença par renifler l’air en exprimant une vague inquiétude. Puis, comme la souris fit un mouvement, il l’aperçut, courut après elle, et la frappa d’un coup de patte. Une interminable partie de cache-cache débutait, durant laquelle le jeune félin ne fit pas entendre un seul grognement, ne sortit pas une seule fois ses griffes. L’heure écoulée, la souris fut retirée de la cage : elle n’avait pas reçu la moindre égratignure.
- A tour de rôle Xet Y, soumis à la même épreuve, se conduisirent exactement comme leur frère : ils jouèrent avec la souris, comme le font tous les
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- jeune chats avec un objet qui remue au contact de leur patte, mais sans chercher à lui faire du mal. Cette expérience initiale établissait nettement qu’aucun des trois chats ne manifestait une tendance instinctive à pourchasser, tuer et manger des souris.
- L’expérience fut renouvelée 6 semaines plus tard, chacun des chats restant enfermé dans la cage avec une souris pendant une vingtaine de minutes. Cette fois, pour rendre l’épreuve plus décisive, on les avait laissés jeûner pendant 24 heures. Les parties de cache-cache se firent plus brutales, et l’on constata que les jeunes félins allongeaient à leurs partenaires des coups de patte plus vigoureux.
- avec la bête. Quelques minutes plus tard, Z venait le rejoindre, et les deux chatons s’en donnaient à cœur joie avec leur jouet vivant. Cependant, quand l’unie tenait entre ses pattes, il laissait entendre un grognement si l’autre faisait mine de l’en déposséder.
- On retira Z pour le remplacer par la mère, qui exécuta prestement la souris. Mais, cette fois, elle permit à X de prendre le cadavre entre ses dents. Le chaton, toutefois, attendit que M eût mis la chair à vif pour y goûter. Mis en appétit, il ne se faisait pas prier pour achever ce festin inattendu.
- Nous ne pouvons pas faire de plus amples em-
- Expérience de psychologie animale: Par l’exemple d’une souris peut-on dresser un'serpent à se promener sur un fil de fer?
- Mais les rongeurs, cette fois encore, s’en tirèrent indemnes, sans la 'moindre écorchure.
- . Il devenait intéressant de rechercher si les chats sauraient profiter des leçons maternelles, s’ils apprendraient facilement à exécuter une série d’actes que leur instinct n’avait pas réussi à leur inspirer. Voici comment cette intéressante épreuve fut organisée.
- Après qu’on eut laissé X jouer pendant 10 minutes avec la souris, la mère M fut introduite dans la cage. Sans plus de formalités, elle se jetait sur la proie, la tuait, la mangeait, sous les yeux attentifs de X. Dès qu’elle eut achevé son festin, on la sortit de la cage, et une nouvelle souris y fut introduite. Insouciant de la leçon maternelle, X se mit à jouer
- prunts au rapport du Dr Berry. Ce que nous en avons cité nous permet de conclure avec lui que ces trois chats, parvenus à l’âge de 7 mois, ne possédaient pas, à l’encontre de ce que l’expérimentateur avait prévu, un instinct qui les poussât à capturer et à manger des souris, mais qu’ils apprirent à accomplir ces actes en voyant leur mère les exécuter, c’est-à-dire par imitation. Le savant professeur se garde bien de généraliser, et il est le premier à admettre que d’autres observateurs puissent enregistrer des faits qui soient en contradiction avec ceux dont lui et ses collaborateurs ont été témoins.
- Mais nous nous permettrons de dire à notre tour que les récits de maints voyageurs corroborent ses
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- observations de laboratoire. La lionne est accoutumée à apporter dans sa tanière de petits mammifères vivants, pour que les lionceaux apprennent sous ses yeux à les attaquer et à les dépecer.
- Exposons brièvement une autre série d’expériences du même savant, exécutées avec les mêmes sujets.
- Des morceaux de viande avaient été placés dans une bouteille à lait, sur une couche de papier qui les élevait à la hauteur voulue.
- Après 4 minutes de tentatj
- ère réussit
- goulot, et mit moins de 2 minutes à retirer les six morceaux de viande.
- A partir de ce jour, il se tira de l’épreuve aussi habilement que ses frères.
- Bref, toute une série d’expériences, dont nous n’avons exposé que les deux plus simples, les autres exigeant l’emploi de boîtes et de cages spéciales que les sujets doivent apprendre à ouvrir pour satisfaire leur faim, tendent éprouver que les animaux s’éduquent par le double procédé de l’imitation instinctive (ou irréfléchie) et de l’imitatiou volontaire.
- Passons maintenant à une catégorie d’expériences beaucoup plus compliquées, poursuivies par un autre collaborateur du même laboratoire, M. Melvin E. Haggerty, avec des animaux réputés pour leur esprit d’imitation et leur intelligence générale : des singes. M. Haggerty s’était procuré une paire de cebus lunatus. Et, pendant qu’ils s'habituaient à leur nouvel environnement, il faisait construire la cage que nous allons décrire.
- à sortir la viande. Y y parvint après 10 minutes d’efforts. Mais Z échoua piteusement, bien qu’il s’entêtât pendant 20 minutes. Le museau enfoui dans le goulot, il cherchait à atteindre la viande en grattant avec ses griffes la paroi extérieure de la bouteille ! Ou encore, il s’acharnait à vouloir introduire simultanément son museau et.ses deux pattes! X adopta la même tactique, qu’il varia comiquement en dansant autour de la bouteille, tout en gardant ses deux pattes fourrées dans l’intérieur du goulot. Plus tard, Z solutionna élégamment le problème .
- Mais X restait lamentablement bouché. Le 5e jour, quand on l’eut laissé s'escrimer vainement avec la bouteille pendant 40 minutes, Y fut enfermé avec lui dans la boîte qui contenait la bouteille. X suivit avec une vive attention les mouvements de son frère, qui eut tôt fait d’extraire les six morceaux de viande.
- Resté seul en présence d’un nouvel appât, X essaya une fois encore de sa vieille méthode. Mais, comprenant qu’elle était décidément inefficace, il adopta, sans plus de fausse honte, le procédé dont il venait d’être témoin, introduisit une seule patte dans le
- Expérience de psychologie animale : en haut : U exemple d'un chien apprend-il à un singe à parler au téléphone ? en bas : apprend-on à danser à des gerboises ?
- Haute de 2 m., large de 1,50 m., profonde de 1 m. elle était fermée sur deux côtés par des planches, sur les deux autres par des grillages. La planche formant le dessus de la cage était percée, près de la paroi en grillage, d’une petite porte de 4 pouces carrés s’ouvrant en dedans,et maintenue fermée par un verrou. Le dessus était percé d’un autre trou pratiqué près de la paroi opposée, et servant au passage d’une sorte de cheminée qui se projetait perpendiculairement de 60 cm. dans l’intérieur de la cage.
- Dans cette cheminée pendait une corde qui, grâce à un agencement de poulies, correspondait au verrou de la petite porte. Gomme dernières com-
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- plications, signalons que le sommet de cette cheminée était obstrué, de façon à intercepter la lumière, et que le bout libre de la corde n’était pas visible de l’intérieur de la cage, car il pendait à 10 cm. plus haut que l’extrémité inférieure de la cheminée.
- En d’autres termes, voici comment le captif devait s’y prendre pour entrer en possession de la nourriture posée sur la petite porte. Il lui fallait grimper à mi-hauteur dp grillage, bondir de là sur la cheminée, se cramponner des trois pattes à la partie inférieure, introduire la quatrième patte dans l’intérieur, tirer sur la corde actionnant le verrou de la petite trappe, et descendre alors sur le sol pour ramasser la nourriture tombée.
- On conviendra que c’était demander bien des choses à un malheureux animal, en échange de quelques noisettes !
- Voyons maintenant comment se tirèrent d’une épreuve aussi compliquée les deux singes, Jack et Jill, au cours d’essais quotidiens d’une durée de trente minutes. Introduit pour la première fois dans la cage le 7 janvier, Jack ne fut pas long à sauter après la cheminée, mais sans prêter la moindre attention à son ouverture. Le lendemain, ses bonds désordonnés imprimèrent à la cage de si violentes secousses que la trappe finit par s’ouvrir, laissant tomber les noisettes, qu’il s’empressa de manger, après quoi il grimpa sur la paroi de grillage, et, s’y tenant avec ses pieds, il empoigna la trappe à deux mains et passa sa tcte à travers l’ouverture. Par une association d’idées, il venait donc de découvrir d’où tombait la nourriture. Il était en bon chemin vers la solution du problème.
- Le 8 janvier, il fit des progrès rapides. Après avoir bondi de droite et de gauche, il en était à son septième saut du grillage à la cheminée, quand l’idée lui vint de se suspendre par la queue et les pattes de derrière et d’introduire sa tête et ses bras dans l’ouverture. Immédiatement, il exerçait une traction vigoureuse sur la corde (qu’il apercevait enfin), et la trappe laissait tomber la nourriture. Jack, qui s’était hâté de la croquer, paraissait bien avoir solutionné le problème. Cependant, durant les vingt minutes qui suivirent, il joua autour de la cage, bondit vingt fois sur la cheminée, mais parut avoir oublié qu’ellç comportait une ouverture inférieure. Trois jours consécutifs, on l’enferma une demi-heure chaque fois dans la cage sans obtenir de résultats. Enfin, le 20 janvier, la solution lui devint acquise, et il actionna le mécanisme dix fois en l’espace de vingt-sept minutes.
- Jill ne montra pas les mêmes aptitudes. Ses essais commencèrent le 7 janvier. Poussé par la faim, il explora minutieusement la cage à la recherche de nourriture et grimpa au grillage, mais sans accorder à la cheminée une seconde d’attention. Durant onze jours, il répéta la même tactique, fouillant les coins de la cage, examinant les moindres fentes du parquet, tout en poussant des grognements de mau-
- vaise humeur. Les témoins constatèrent qu’il n’avait pas sauté une seule fois à la cheminée, bien qu’il eut fréquemment passé à côté, dans ses bonds désordonnés. Il devenait manifeste qu’il ne solutionnerait jamais le problème par lui-même. On lui permit d’essayer encore deux fois, avant de voir quel effet aurait sur lui l’exemple de Jack.
- Le 25 janvier, les deux singes étaient introduits ensemble dans la cage. Avec une agilité et une dextérité admirables, Jack faisait jouer le mécanisme sept fois en dix minutes. Jill avait suivi avec attention deux des opérations, et partiellement quatre autres. On retira Jack, et Jill fut abandonné à lui-même pendant trente minutes. Après avoir bondi çà et là, il se dressa debout sous la cheminée, avec un air de chercher à comprendre ce qu’elle contenait. Puis, il grimpa au grillage comme pour bondir sur la cheminée, mais ne sauta pas. L’exemple de son compagnon ne l’avait pas influencé.
- De nouveau, Jack fut convié à faire manoeuvrer le mécanisme. Et Jill prit avidement sa part de la nourriture tombée de la trappe. Mais, laissé seul, il montra la même stupidité. Ces expériences furent répétées durant seize jours encore, et Jack opéra deux cent cinquante-trois fois en présence de son congénère, sans que ses leçons portassent plus de fruits. Le 6 février seulement, Jill fit une tentative, en se bissant sur le grillage et en avançant ses bras et son buste dans la direction de la cheminée. Mais il ne sauta pas. L’idée ne lui vint pas une seule fois qu’il n’avait qu’à faire un bond vers un but précis et à tirer sur une corde pour voir tomber à ses pieds des noisettes ou un morceau de banane.
- Que devenait l’axiome qui veut que les singes soient les animaux les plus imitatifs du monde?
- Le lecteur nous pardonnera d’avoir allongé démesurément cet article. La difficulté de choisir parmi un très grand nombre de faits et d’observations sera notre excuse. Poursuivant patiemment leur laborieuse enquête, les laboratoires américains prennent maintenant pour sujets des animaux d’intelligence moins développée que les chats et les singes. Comme le montrent nos photographies, ils travaillent désormais avec des animaux d’ordres divers, dans l’espoir de découvrir si l’esprit d’imitation peut se manifester entre espèces différentes. Envoyant des souris marcher le long d’un fil de fer, un serpent ouvrira-t-il son pauvre cerveau de reptile à cette idée qu’il peut, lui aussi, s’aventurer sur ce chemin vacillant dans l’espoir d’y trouver une proie? Après avoir vu un chien aboyer au téléphone et recevoir pour récompense un morceau de viande, un maki répétera-t-il le même acte pour obtenir un tronçon de banane? Et, par des procédés analogues, amènera-t-on des gerboises à exécuter « sur commande » des valses... ou des quadrilles?
- Ces nouvelles expériences n’en sont encore qu’à leur début, et nous devons nous contenter, pour le moment, d’en indiquer le sens général.
- V. Forbtn.
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- NADAR ET L’AVIATION
- Nadar, qui vient de mourir à 90 ans, a sa place marquée dans Thistoire de l’aviation et spécialement, ce qu’on n’a pas assez mis en lumière, dans celle du plus lourd que l’air. Bon, affectueux, original et spirituel dans la conversation, s’il manquait un peu de sens pratique comme beaucoup d’artistes, il mettait au service de ses idées un emballement communicatif qui lui permit en 1865, lorsqu’il s’éprit de navigation aérienne, dégrouper, danssongrand hall du boulevard des Capucines,des savants, des inventeurs, des curieux qui, tous les vendredis, sous la présidence de M. Babinet, le célèbre astronome, venaient exposer leurs idées, communiquer des plans, développer des systèmes dont un grand nombre, il faut le dire, trahissait l’incompétence de leurs auteurs. On fut même bientôt submergé par un flot de projets qui révéla ce que ce problème de la navigation aérienne hantait de cervelles, non seulement à Paris, mais en province et même à l’étranger.
- Le président dut faire appel au concours des hommes sérieux qui venaient aux séances pour les prier de dépouiller ce volumineux courrier et de faire des rapports sur les projets ayant quelque valeur. MM. de Ponton d’Amécourt et de la Landelle, les deux vice-présidents, MM. Silas, deLouvrier,
- Barrai, Engel, Dupuis-Delcourt,
- Huart, etc., se chargèrent de ce travail. On élimina tout d’abord ce qui avait trait à la direction des ballons : beaucoup d’inventeurs ignorant que le groupe constitué par Nadar avait pour but exclusif la recherche des moyens de naviguer dans l’air à l’aide d’appareils plus lourds que l’air, et l’on ne retint que les projets s’inspirant de ce principe. Jules Yerne, qui était un fidèle de ces réunions, s’est souvenu des discussions qu’il y entendit dans la confection de son livre si intéressant Bobur-le-Conquéranl.
- Sur la proposition de M. de Ponton d’Amécourt, il fut décidé que les premières études porteraient sur l’hélice dont on détermina la forme.
- Entre temps, on agitait la question financière, que Nadar proposait de résoudre à l’aide d’ascensions en ballon libre auxquelles on convierait le public, soit au Champ de Mars, soit au champ de courses dubois de Boulogne.
- Cette proposition discutée et acceptée, on décida la construction du Géant, énorme aérostat cubant 6000 m. I)e son côté, M. de la Landelle annonça qu’il allait écrire un volume, L’Aviation, mot proposé par lui pour désigner l’idée nouvelle et adopté par le groupe, dont il destinait le prix de la vente à la caisse de la Société.
- Nadar créa aussi un journal, UAéronaute, où, avec toute la verve endiablée dont il était capable, il fit un appel aux financiers. La presse aida de son mieux, mais toute cette prose resta sans effet. La caisse étant toujours vide, M. de Ponton d’Amécourt, le richard du groupe, se dévoua. Il loua rue Saint-Sulpice un petit atelier où un ouvrier habile, M. Richard, construisit les premiers héli-
- coptères et un petit chef-d’œuvre de mécanique qui permit de constater la force ascensionnelle de l’hélice.
- Cet appareil, composé d’une machine à vapeur verticale en aluminium surmontée de deux hélices tournant en sens contraire, s’allégeait du quart de son poids lorsqu’il était mis en mouvement sur le plateau d’une balance. Ce résultat, bien qu’éloigné du but final à atteindre, provoqua l’enthousiasme du groupe qui comprit que la recherche d’un moteur léger s’imposait. Des discussions fort intéressantes eurent lieu à ce sujet et des calculs établirent que, si l’on disposait d’un moteur ne pesant pas plus de 3 kg par force de cheval, on enlèverait un h omme. Bref, il fut décidé que le premier appareil sérieux à construire serait un biplan à surfaces inclinées dont l’hélice serait mue par un moteur à air comprimé. A cette époque, les moteurs à explosion n’étant pas encore inventés, un ingénieur de la Compagnie de l’air comprimé avait offert d’en construire un léger pouvant marcher deux heures, ce qui avait été accepté. M. de Louvrier, l’inventeur de cet aéroplane, fut chargé de sa construction. Mais comment réaliser ce projet sans argent? C’est alors que M. de la Landelle, qui était rédacteur au Moniteur et bien en cour, demanda une entrevue à Napoléon III qui l’accueillit cordialement et écouta avec attention les détails des travaux exécutés chez Nadar, les projets arrêtés et l’aveu de la pénurie d’argent qui entravait tout. L’empereur se contenta de répondre : « Bien, je vous aiderai, je mets 50 000 fr. à votre disposition. » M. de la Landelle, ravi du résultat de sa visite, remercia chaleureusement et se retira en invitant le souverain à assister au départ du Géant qui devait avoir lieu quelques jours plus tard au Champ de Mars. Lorsque Nadar apprit la démarche de M. de la Landelle, il entra dans une violente colère et parla de trahison. « Quoi, dit-il, vous faites appel à un homme que j’exècre, c’est mal, très mal, et je repousse formellement son concours. »
- Cette déclaration, il faut le dire, jeta un froid dans l’assemblée qui ne partageait pas la haine que Nadar portait à l’Empire.
- Cet incident fut suivi d’une scène plutôt pénible lors de la première ascension du Géant.
- Le ballon était gonflé au Champ de Mars et Nadar s’apprêtait à monter dans la nacelle lorsqu’on lui apprit que l’Empereur, accompagné du général de La Motte Rouge, se dirigeait vers l'enceinte réservée. A cette nouvelle, il devint blême : « Je ne veux pas le voir », dit-il, et, traversant la foule, il alla se réfugier dans un fiacre qui stationnait avenue de Suffren.
- Pendant ce temps l’Empereur et son compagnon examinaient avec intérêt la nacelle très compliquée du Géant.... Cependant, comme l’heure annoncée du départ de l’aérostat était passée depuis longtemps, la foule com-
- Nadar en i863.
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- mençait à murmurer et Nadar, comprenant enfin que cette situation ne pouvait durer, se décida, à regagner l’enceinte réservée où il se trouva bientôt en présence de Napoléon III qui, prenant son air le plus aimable, lui dit: « Monsieur Nadar, je prends grand intérêt aux recherches sur la navigation aérienne qui sont faites sous vos auspices et je suis tout disposé à vous aider de mon concours. » Nadar, les deux mains derrière le dos, l’air agressif, répondit vivement : « Je n’ai besoin du concours de personne ».
- L’Empereur s’inclina et le général de La Motte Rouge, désignant la nacelle du Géant, dit rudement à Nadar : « Embarquez-vous donc, monsieur, il y a longtemps que vous devriez être parti ».
- Nadar ne se le fit pas dire deux fois, il sauta dans la nacelle et bientôt le ballon, emporté par un vent d’Ouest, disparut dans les airs pour aller atterrir à Meaux.
- Quinze jours après, il recommençait ; mais cette fois, emporté jusqu’au Hanovre, la nacelle fut traînée sur le
- sol pendant 1 heure et vint se heurter à un arbre où elle s’arrêta. Le choc violent avait blessé ou contusionné tous les voyageurs ; le plus grièvement atteint fut Nadar qui eut une jambe luxée et l’autre cassée en deux endroits.
- Les recettes de ces deux ascensions n’ayant pu couvrir les frais de construction du Géant, la Société du Plus lourd que l’air resta sans capitaux et, comme on ne pouvait plus compter sur l’argent offert par l’Empereur, le groupe se sépara.
- Mais il sera juste, dans une histoire de l’aviation, de rappeler l’initiative prise par Nadar, les travaux accomplis par les savants et les inventeurs qui avaient répondu à son appel et de regretter que Louis Bonaparte ne fût pas resté Président de la République. Nadar eut sans doute accepté ses 50 000 francs et nous aurions depuis 40 ans des aéroplanes qui actuellement seraient des machines très perfectionnées alors qu’on n’en est encore qu’à la période des essais. Louis Citevolot.
- UNE MOTO=POMPE A GAZ A ACTION DIRECTE
- LA POMPE HUMPHREY
- La pompe que nous allons décrire constitue une remarquable et curieuse nouveauté ; elle fonctionne,
- Fig. i. — Diagramme comparatif de la détente d’un gaz et du refoulement d’un liquide. B AD, représente la force développée à chaque moment par la détente; CD’ l'énergie nécessaire peur le refoulement.
- en effet, avec le minimum d’organes; l’explosion d’un mélange gazeux y agit directement sur le liquide à soulever et assure le mouvement avec un rendement excellent.
- En général il faut, pour élever un liquide à une certaine hauteur, recourir à de multiples intermédiaires entre la source de force motrice et la pompe proprement dite qui l’utilise.
- On produit d’abord un fluide sous pression (vapeffr, air comprimé, explosion gazeuse, etc.), puis on détend ce fluide pour mettre en mouvement un moteur approprié (machine à vapeur, turbine, moteur à gaz) ; ce moteur, à son tour, met en mouvement une pompe (pompe a piston, pompe rotative, pompe centrifuge) qui agit sur le liquide à élever, en lui donnant la pression convenable.
- Sans doute il existe bien des appareils qui transforment directement la détente d’un fluide en travail hydraulique, mais la simplicité de leurs organes s’accompagne malheureusement d’un rendement si
- déplorable qu’il est, dans la plupart des cas, impossible de recourir à leur emploi. Tel est par exemple le pulsomètre dont le principe bien connu consiste à refouler directement, au moyen de vapeur, de l’eau dans un corps de pompe de section croissante en sorte que la surface plus grande de l’eau produit à son tour au moment voulu la condensation et l’aspiration.
- Le faible rendement des appareils directs vient le plus souvent de l’impossibilité d’utiliser toute la puissance que rendrait disponible une détente prolongée. En effet le moteur, grâce à son volant, emmagasine l’excès de puissance disponible au début de l’effort pour le restituer quand cette même puissance devient insuffisante à la fin de la détente.
- La pompe reçoit ainsi constamment la quantité
- Fig. 2. — Schéma de la pompe Iiumphrey.
- moyenne de puissance qui lui est indispensable. Au contraire, dans la plupart des cas, les appareils directs utilisent mal l’excès de puissance disponible dans le fluide moteur, vapeur ou mélange gazeux au
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- début de la détente et n’utilisent pas le travail considérable que représenterait cependant la fin de cette même détente.
- Pour refouler l’eau à 10 mètres, il faut donner sur le piston d’une pompe un effort de 1 kg par cm2 pendant toute la course. Or la pression disponible sur ce même piston est, dans la détente, trop élevée au début, mais trop faible ensuite, ainsi qu’il résulte du diagramme (fig. 1), et, à partir du point A, le mouvement s’arrête bien que la pression moyenne de la détente indiquée soit nettement supérieure au travail à effectuer.
- Le mérite de M. Humphrey est d’avoir vaincu avec une incontestable élégance cette incompatibilité fondamentale entre le travail du refoulement hydraulique et celui de la détente gazeuse, il y est parvenu en utilisant comme volant le liquide même qu’il s’agit de pomper. La figure 2 représente l’appareil construit dans ce but. Le fonctionnement en est facile à comprendre.
- L’appareil se compose essentiellement d’une chambre de compression C, d’une chambre d’explosion et de détente A, d’une soupape d’admission I, et d’une soupape d’échappement E. La chambre d’explosion est reliée par un tuyau D, à un réservoir supérieur de refoulement F et communique par le moyen de soupapes automatiques S avec un réservoir inférieur d’alimentation.
- Supposons toutes les soupapes fermées, et la chambre de compression chargée de gaz frais. Le bas de la chambre et le tuyau sont pleins d’eau.
- Sous l’effet de l’explosion provoquée par la bougie d’allumage, la colonne d’eau est envoyée dans la conduite de refoulement. A partir du moment où se produit l’explosion jusqu’à celui où la pression des gaz équilibre la pression statique de la colonne d’eau, la vitesse imprimée à la masse fluide ne cesse pas d’augmenter, de sorte qu’à la fin de ce temps l’énergie cinétique de cette masse est considérable. Le mouvement de l’eau se continue donc jusqu’à produire une dépression au-dessous des soupapes S, ce qui détermine l’ouverture de ces soupapes. Ceci a lieu lorsque les gaz détendus ont atteint à peu près la pression atmosphérique. Une partie de l’eau du réservoir inférieur suit le mouvement ascendant de la colonne d’eau, tandis qu’une autre partie s’en
- Fig. 3. — Vue extérieure : distribution, chambre de détente et bâche d’alimentation.
- va dans la chambre d’explosion et commence à expulser les gaz brûlés par la soupape d’échappement qui s’est ouverte en même temps que les soupapes S. La force vive de la colonne ascendante est généralement absorbée un peu avant que l’eau ait atteint dans la chambre d’explosion le même niveau que dans le réservoir inférieur. Les soupapes S se ferment alors sous l’action de leurs ressorts et de la pression de la colonne d’eau qui commence à remonle£~-ve;ES la chambre d’explosion ; conti--^N^nuant son mouvement la masse feM’eau vient frapper violemment Vèbntre la soupape d’échappe-vljsMfpent E, qui se ferme. La ^quantité restante de gaz brûlés subit alors une compression dans la partie supérieure de la chambre d’explosion jusqu’à absorber la force vive de la colonne d’eau ; l’énergie ainsi emmagasinée par la masse gazeuse étant supérieure à la hauteur statique du liquide dans la conduite, il se produit une détente qui renverse encore une fois la marche de la colonne d’eau. L’amplitude du mouvement est suffisante pour produire une dépression dans la chambre d’explosion, une nouvelle charge de mélange explosif pénètre alors par la soupape d’admission qui n’est maintenue fermée que par un ressort très faible, et l’admission se continue jusqu’à ce que le mouvement de la colonne d’eau s’arrête encore une fois; comme cet arrêt ne correspond toujours pas à un état d’équilibre du système, il y aura de nouveau mouvement de la colonne d’eau vers la chambre d’explosion, et compression du mélange introduit. Lorsque cette compression atteint sa valeur maxima, une étincelle jaillit, l’explosion se produit et le cycle continue.
- Les dispositifs de commande des soupapes et de l’allumage imaginés par M. Humphrey sont entièrement automatiques. Enfin, dans certaines conditions, il est possible de faire fonctionner l’appareil à deux temps au lieu de quatre comme nous l’avons supposé dans notre description.
- L’intérêt de l’appareil que nous venons de décrire n’est pas tant, nous l’avons dit, dans sa simplicité de fonctionnement que dans le rendement qu’il est possible d’en obtenir.
- Nous avons expliqué qu’il existe déjà des appareils simples mais de mauvais rendement ; au con-
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- UNE MOTG-POMPE A GAZ A ACTION DIRECTE
- traire la pompe Humphrey possède, en raison même de son mode de fonctionnement, l’avantage primordial d’une économie très réelle. En effet pour qu’un moteur à gaz fonctionne dans des conditions satisfaisantes il faut qu’il réunisse théoriquement les trois conditions essentielles suivantes :
- 1° Une forte compression ;
- 2° Une température maxima élevée ;
- 3° Une détente aussi prolongée que possible.
- Or l’appareil Humphrey répond parfaitement à ces différents désidérata puisque la compression peut être aussi importante que dans les meilleurs moteurs à gaz et que la température maxima dépend
- gaz et pompes accouplés, puisque le rendement mécanique de la pompe vient alors diminuer le rendement de l’ensemble.
- La simplicité des organes permet de construire l’appareil Humphrey à un prix de revient réduit et l’économie de fonctionnement qui résulte du rendement élevé et de l’absence totale de graissage permettent d’en envisager l’application non pas seulement au pompage de l’eau, mais encore à la production de la force motrice par l’intermédiaire de turbines hydrauliques. Dans ce cas (fig. 4) une ou plusieurs pompes refoulent l’eau dans un réservoir sous pression d’air comprârrés-.^l’oii cetlc eau
- Fig. 4. — Une installation de force motrice utilisant la pompe Humphrey.
- de la compression et de la perfection du mélange qui peuvent être réglés comme il convient. Mais, c’est au point de vue de la détente qu’apparaît surtout la supériorité du nouvel appareil ; car, alors que dans les moteurs ordinaires la pression à la fin de la course mofrice est souvent de deux et même de trois atmosphères dont le travail reste inutilisé, la pompe Humphrey détend complètement les gaz de la charge jusqu’à la pression atmosphérique.
- En fait, une pompe de 16 chevaux seulement a donné au gaz pauvre une consommation de 475 grammes d’anthracite par cheval-heure, efiectif mesuré par la quantité d’eau élevée, c’est-à-dire un rendement équivalant à celui d’un bon moteur à gaz fonctionnant seul et un rendement bien, supérieur à celui des meilleurs groupes de moteurs à
- passe dans une turbine pour revenir ensuite aux réservoirs d’alimentation des pompes.
- Les turbines ayant un rendement élevé, la combinaison proposée n’cst point absurde. En tout cas il est intéressant de signaler la conception très originale de l’appareil nouveau qui sera peut-être le point de départ d’une orientation nouvelle de l’industrie du moteur à gaz. Il est d’ailleurs curieux de rappeler à ce propos que les premiers moteurs à gaz Otto-Langen à piston volant étaient destinés à utiliser, par un procédé différent mais sur un principe analogue, la détente prolongée des gaz de la combustion au delà même de la pression atmosphérique. Ici donc, comme en bien d’autres matières, on finit par revenir au point même d’où l’on était parti.
- J.-C. Séailles.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 avril 1910. — Présidence de M. E. Picard.
- Étude des vibrations dans les édifices. — M. Bigour-dan présente la description et la théorie d’un appareil iinaging par le prince Galitzine pour étudier l’ébranlement des édifices par les vibrations des moteurs et qui permet aussi d’étudier les vibrations des ponts, navires. L’expérience montre que des moteurs à grande vitesse, comme il en existe tant aujourd’hui, produisent dans les édilices voisins des ébranlements qui en rendent le séjour très désagréable et qui même peuvent en menacer la solidité. Les sismographes ordinaires se prêtent mal à ce genre d’études. L’instrument inventé par le prince Ga-litzine pour la détermination de ces ébranlements a été étudié théoriquement, puis expérimenté au laboratoire de sismologie de Saint-Pétersbourg et enfin mis en application. Voici quelques-uns des résultats obtenus : 1° Dans le voisinage d’un moteur Diesel, les vibrations verticales sont prédominantes ; 2° pour un édifice peu éloigné, les mouvements verticaux et horizontaux sont à peu près de même ordre de grandeur; 5° à la distance de 75 à 100 mètres, l’effet nuisible des vibrations ne se manifeste plus.
- Une machine minuscule. — M. Carpentier montre à l’Académie une machine de Gramme minuscule ne mesurant que quelques centimètres et fonctionnant néanmoins parfaitement. H s’agit là évidemment d’une curiosité, mais la perfection de la construction rend cette machine intéressante. Son inventeur est un ouvrier, M. Trévet. La minuscule dynamo, posée sur un socle en ivoire, ne pèse que 7 gr. Les pivots n’ont qu’un demi-millimètre de diamètre ; le fil des bobines 5 cm de millimètre. Alimentée par un courant de 5 volts et demi sous 0,2 ampère, elle produit une puissance de 0,7 watt..
- Géologie de la Bretagne. — M. Termier présente une Note de M. Jacques de Lapparcnt, préparateur à l’école des Mines, fils du regretté secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences, sur la relation des gabbros de Por-trieux, près Saint-Brieuc, avec les pegmatites qui les traversent.
- Géologie des Alpes. — M. Termier résume ensuite une Note de géologie tectonique tle M. Von Seidlitz, de l’Université de Strasbourg. Celte Note est relative à la présence de granités écrasés à la base de certaines nappes charriées dans la région comprise entre l’Engadine et l’Allgau. Ces phénomènes qui apportent une dernière preuve de l’existence des charriages alpins, sont entière-
- ment analogues à ceux que M. Termier et ses élèves ont découverts et décrits en Corse et à l’ile d’Elbe.
- Stérilisation de l’eau par les rayons ultra-violets. — M. Dastre décrit un appareil imaginé par MM. Victor Henry, André Helbronner et Ch. von Recklinghausen pour réaliser pratiquement la stérilisation de l’eau courante au moyen des rayons ultra-violets. Cet appareil permet de stériliser 125 mètres cubes à l’heure, ce qui suffit pour l’alimentation d’une ville de 20 000 habitants. La dépense d’électricité nécessaire pour produire la stérilisation est de 56 watts à l’heure par mètre cube. L’appareil a été mis à l’épreuve au moyen d’eau préalablement contaminée par divers microbes. L’épreuve a été absolument décisive; la stérilisation était complète. Mais il faut employer de l’eau préalablement clarifiée, car les matières en suspension arrêtent le passage des rayons ultra-violets. L’eau parcourt une série de tubes dans lesquels sont placées des lampes émettant des rayons ultra-violets. Après le passage devant la première lampe, le nombre des microbes était de 5250 par centimètre cube; après la seconde lampe l’analyse indiqua 0 bacilles.
- Transformation de l’aluminium en poudre. — M. Armand Gautier communique, au nom de M. Kohn-Abrest, une Note sur la transformation de l’aluminium en poudre par le chauffage à 600 degrés en un composé mixte d’oxyde d’aluminium et de métal pur.
- Modifications des propriétés de la glycérine. — M. Dastre résume ensuite une Note de M. Dhéré sur la gélatine privée de ses sels par la dialyse prolongée et par un procédé électrique qui complète l’action de la dialyse. La gélatine présente alors des propriétés sensiblement différentes de ses propriétés primitives. Elle était électro-négative, elle devient électro-positive; elle était transparente, elle devient opalescente. Mais en lui restituant une trace des sels qu’on lui a enlevés elle reprend ses pi’opriétés premières.
- Association internationale des académies. — Au début de la séance, l’Académie a accepté les invitations du congrès des « Navals-architects » de Londres pour le 6 juillet prochain et de l’Académie des Lincei à Rome pour la réunion de l’Association internationale des académies. Ch. de Vidledeuil.
- NOUVEAU PHOTOMÈTRE DE PRÉCISION
- Pour la mesure comparative des intensités lumineuses, l’œil humain, si admirable soit-il sous d’autres rapports, n’est qu’un bien imparfait instrument. Que l’on veuille évaluer, même approximativement, la différence d’éclairage de deux systèmes d’ampoules électriques, ou plus simplement, le plus ou moins de « jour » qui pénètre dans les diverses pièces de nos appartements, l’on est forcé de
- constater que l’équation personnelle, là peut-être plus que dans toute autre observation optique, nous conduit à de grossières erreurs.
- M. A. P. Trotter vient d’exposer à l’Imperial College of Science (section de physique), au South Kensington, un ingénieux petit appareil qui semble combler une lacune dans la catégorie des photomètres en usage et
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- qui a servi à faire une quantité d’expériences très intéressantes. Leurs résultats étonneront même quelque peu nos lecteurs et feront certainement réfléchir MM. les architectes, lesquels, faute de données scientifiques précises, continuent, sans le vouloir, à nous construire des habitations, des bibliothèques, des musées où l’on n’y voit pour ainsi dire pas clair en plein midi.
- Me vous récriez pas! A l’aide du nouveau photomètre, M. Percy Waldram, un célèbre physicien anglais, a calculé que la « douce lumière du jour », comme dit Homère, ne pénétrait qu’en fractions infinitésimales dans nos appartements, même les mieux exposés. Dans la salle de travail du BritishMuséum, dont la rotonde aux larges baies fait l’admiration de tous, les lecteurs ne reçoivent que les sept millièmes du jour extérieur ; une école nouvellement construite, selon les principes de l’hygiène moderne, dans . la banlieue Sud de Londres, n’est guère mieux partagée, huit millièmes ; les plaideurs qui fréquentent les Royal Courts of Justice doivent se contenter des cinq dix-millièmes ; les membres de la Chambre des Communes, des huit dix-millièmes; et nombre des locataires des plus modernes hôtels du West-End, de fractions tout aussi minimes de la lumière du jour !
- Contrairement à l’opinion reçue, les larges fenêtres et les bow-windows ne donnent pas beaucoup plus de jour qu’une croisée ordinaire. Le plus ou moins de lumière horizontale importe fort peu; l’essentiel est d’avoir de hautes fenêtres qui captent le maximum de lumière zénithale. — De même pour l’éclairage artificiel, la plupart des sources lumineuses actuellement employées sont ou trop brillantes ou mal distribuées, sur la voie publique comme dans nos habitations. Les lampes à incandescence (gaz ou pétrole), les ampoules électriques (filaments de charbon ou filaments métalliques), les lampes à arc dépassent considérablement, — ces dernières de près de 4000 fois, — la limite normale fixée par les opticiens pour l’intensité lumineuse que peut supporter l’œil sans danger, à savoir 0,75 de bougie Hefner par centimètre carré. Il s’ensuit que ces diverses sortes de lampes devraient toujours être entourées de globes en verre dépoli, ou mieux, être suspendues de telle sorte que leurs rayons, cachés à la vue, soient projetés suivant un cône très évasé, vers le ciel ou vers le plafond.
- Ces théories encore nouvelles aujourd’hui, mais qui seront sans doute la pratique de demain, sont en quelque sorte la résultante des expériences poursuivies pendant de longs mois par plusieurs professeurs et savants anglais avec l’appareil de M. Trotter, qu’il nous reste maintenant à décrire brièvement.
- Il est basé sur le principe de Crova, à savoir que l’intensité relative de deux sources lumineuses, quelles qu’elles soient, vues à travers un écran de couleur jaune, demeure constante. La lumière jaune d’une lampe à incandescence est projetée sur un miroir et réfléchie de là sur un écran mobile. Au moyen d’une roue à molettes, l’observateur peut faire varier la position de ce dernier organe et par suite la quantité de lumière qu’il reçoit du miroir.
- Le faisceau de rayons réfléchis passe par une fente longitudinale pratiquée dans un opercule de carton jaune ; la face extérieure de ce dernier est éclairée par la lumière dont on veut calculer l’intensité. En tournant progressivement la roue à molettes, on arrive assez vite à trouver un point où les deux éclairages — celui de l’écran et celui de l’opercule — étant identiques, la fente dont nous venons de parler devient invisible.
- Ajoutons que les mouvements de l’écran viennent s’inscrire sur un cadran extérieur à l’appareil, où il est facile de lire, en candle-feet, l’intensité correspondante. La lampe standard, qui reçoit son courant de deux batteries d’accumulateurs, est à voltage constant et conserve pour ainsi dire indéfiniment sa même puissance. Le photomètre mesure 0m,22 xOm,18 X 0m,10 et pèse J 800 gr.
- Un dispositif spécial, composé d’une cheminée carrée de 0,25 m. de haut, et d’une lunette inclinée, permet de. déterminer avec la plus grande précision la quantité de jour qui pénètre dans une pièce comparativement à celle qui éclaire la rue au même moment. Ce coefficient spécifique d’illumination, ainsi que l’appelle M. Waldram, obtenu pour chaque partie d’un appartement ou d’un monument public, est indépendant de la saison et de l’état atmosphérique. 11 varie entre 0,001 et 0,0009, suivant les cas, ce qui prouve que, malgré les progrès de l’hygiène et la science des architectes, nous ne savons utiliser, pour l’éclairage de nos maisons pendant le jour, qu’une fraction dérisoire de la lumière solaire. Edouard Bonnaffé.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1926.
- 23 AVRIL 1910.
- . ’Tt'tÿura.Çom,. C C C C Vit . A - C. léoj C chjcrvah^ VKtpl et IL otujomont. exhibent un<i c<un crbünpectiharz Cornette e ^m,Wk a4-£/H,s directe..
- 1L?8B
- Fig. i. — Trajectoire de la comète de Halley en 1607, d'après Képler et Longomoritanus.
- LES COMETES ET LA
- Il avait dit : — Tel jour cet astre reviendra.
- Et soudain, comme un spectre entre en une maison, Apparut, par-dessus le farouche horizon,
- COMETE DE HALLEY
- Une flamme emplissant des millions de lieues, Monstrueuse lueur des immensités bleues,
- Splendide au fond du ciel brusquement éclairci ;
- Et l’astre effrayant dit aux hommes : « Me voici ! »
- Victor Hugo. — La Légende des siècles : La Comète.
- Nous avons à peine besoin de justifier ce numéro spécialement consacré aux-comètes.
- La date fatidique du 18 mai 1910 hante depuis des mois déjà Vesprit de la majorité des habitants de notre planète. Nous savons que ce jour-la nous rencontrerons'à une certaine-place des immensités célestes la mystérieuse voyageuse, depuis des siècles fidèle au rendez-vous quelle nous donne tous les soixante-quinze ans, et ces belles noces de la terre avec l'habitante des espaces, nous ignorons si nous devons les espérer ou les craindre : charmante incertitude des plus humbles rendez-vous terrestres, transportée tout à coup dans l'infini!
- Une seule chose est certaine pour nous en face de cet événement futur, c'est que nous nous sentons incapables d'en supporter Val-tente avec indifférence. Sans doute nous n'en sommes plus à ces époques ou l'arrivée, d'une comète apparaissait comme un solennel présage, paralysait les sociétés tout entières et changeait parfois effectivement le cours des
- destinées humaines : alors on attendait le bouleversement des empires, on prévoyait la mort des rois, les amis de Brutus regrettaient Vassassinat de César, des armées en marche s'arrêtaient, des armées campées se mettaient en marche, la panique descendait au milieu des batailles et démentait le destin des armes; les citoyens étaient remplis d'épouvante et débordants de supplication, les prêtres et les rois accomplissaient les rites nécessaires à Vapaisement du ciel. Nous ne sommes même plus à cette époque plus récente oh un homme comme le grand savant Bernouilli pouvait s'écrier en parlant des comètes : « Si leur noyau n'est pas le manifeste des colères divines, la queue du moins pourrait bien en être le signe terrible ». Aujourd'hui nous ne voyons plus dans les comètes ni des présages, ni des êtres irrités, ni les messagères vivantes ou inertes d'un Dieu courroucé, mais dadmirables phénomènes célestes, soumis à des lois que nous voudrions connaître, et qui nous impressionnent par leur rareté et par leur
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- grandeur. H s'en faut pourtant que toutes les terreurs anciennes soient disparues, complètement de nos esprits : si elles n existent plus
- A • C •
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- Fig. 2. — La comète de 457 {d’après Lubienictzki).
- dans notre élite intellectuelle, il suffit de descendre très peu sur l'échelle sociale pour les retrouver vivaces à des degrés divers. En France même, et à Paris même, oit les Parisiens ont accoutumé de dire que se trouve la plus spirituelle des populations, les récentes crues qui ont désolé le bassin de la Seine ont donné à ces vieilles croyances une occasion éclatante de se manifester : il suffisait de passer quelques minutes dans la rue pour entendre accuser de la catastrophe tantôt le gouvernement et tantôt la comète. Depuis, la comète a continué de faire la conversation des dîners et des salons, on s'interroge pour savoir les dangers courus, et l'on discute sur la conduite à tenir dans le cas d'une « fin du monde ». Ici même on a pu lire une charmante fantaisie de M. Ch.-Ecl. Guillaume, ou notre éminent collaborateur proposait en plai-sentant de profiter de « Voccasion de la comète » pour fabriquer une humanité meilleure : on laisserait mourir dans le cyanogène de la
- C CX LUI
- Fig. 3. — Une comète en 1180, d’après /’His-toria cometarum de Stanislas Lubienictzki.
- queue comètaire les mauvais éléments de notre société, et avec les bons, qui seraient soigneusement choisis et défendus, on continuerait l'espèce régénérée. Enfin ré'est-ce pas du
- « Temps de la comète » que dans un admirable roman, Wells vient de faire dater « l'aube des jours nouveaux ? » Et il est vrai qu'il n'y a guère clans tout cela que des plaisanteries., mais elles supposent pour être dites et comprises le tout récent souvenir des craintes anciennes et même leur existence latente. Celle-ci d'ailleurs s'est manifestée au grand jour dans toutes les régions de l'Europe moins affinées d'esprit que sa population occidentale. Mais à côté de ce réveil superstitieux, le retour de la comète de Halley offre à l'élite d'autres motifs plus élevés de s'intéresser à lui.
- Ce retour, en effet, est avant tout pour nous l'occasion de commémorer une des plus admirables victoires qu'ait remportées l'esprit humain sur le monde des forces inconnues au
- STI M1 R ANT0«
- Fig. 4. — La comète de Halley en 1060, d’après la tapisserie de Bayeux. *
- milieu desquelles il a dit grandir. A peine est-il besoin de rappeler ce grand èpisocle que la Légende des siècles a chanté en des vers dont le rhythme semble emprunté au rhythme des mondes : c'est à la suite du passage de la comète en 1682 que l'immortel Halley, s'appuyant sur les travaux de Newton, prédit scientifiquement quelle reviendrait 75 ans plus tard, vers 1758’. Et elle revint en effet. Halley avait encore dit quelle reviendrait encore de même, chaque fois que se seraient écoulés 75 ans depuis son dernier passage. Et elle est revenue en effet, fidèle, en i835, et la voici encore cette année. Une semblable prédiction réalisée est un des plus grands événements de l'histoire de notre espèce. C'est le plus formidable certificat de la certitude où peut se hausser notre science : il porte en quelcque sorte la signature de l'univers, et jus-
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- tijie tout ce que Pascal a pu dire, après avoir abaissé notre néant, pour exalter notre grandeur. Et si Von réfléchit que la loi qui est vraie pour la comète de Halley doit être vraie pour les autres comètes, si Von pense en même temps à Vimmense parcours cle ces vagabondes, si Von conçoit combien il doit s'étendre loin de notre système solaire pour tracer son ellipse de lumière sur le domaine d'autres mondes, on conçoit combien étaient misérablement erronées les théories de ces philosophes, comme Auguste Comte, qui limitaient notre connaissance du ciel au monde solaire, en nous interdisant le monde sidéral. Quand même nous en serions encore à ignorer les merveilles de l'analyse spectrale, ces messagères de Vimmensité, ces voyageuses de monde à monde, les comètes, ne suffiraient-elles pas a nous prouver que notre monde n'est pas isolé au milieu
- des autres mondes, et que le murmure de nos sphères n'est pas un chant solitaire, douloureusement perdu dans l'infini? Et quand on redescend de ces beaux pensers si plaisamment universels, cpie de grands problèmes offrent les comètes à l'investigation des chercheurs!
- C'est pour dire ce que les comètes ont été pour les hommes et ce qu elles sont pour eux à présent, pour essayer de les définir, cle les décrire et de les comprendre, (pie nous publions aujourd'hui ce numéro spècial. M. Jean Mascart explique d'abord et commente l'importance historique de la comète de Halley. Puis M. L. Rudaux expose l'état de nos connaissances relativement aux comètes. Enfin, Vannée Kjio ayant déjà reçu la visite d'une comète, M. E. Toechet a bien voulu nous donner une notice sur la comète 1910 a.
- L’IMPORTANCE HISTORIQUE DE LA COMÈTE DE HALLEY
- Apparaissant brusquement une nuit, météores à l’aspect fantastique et aux transformations rapides, les comètes étaient bien propres à surexciter l’imagination populaire et à développer le mysticisme le plus craintif : elles semblaient dans le ciel, la terreur aidant, des lances ou des épées sanglantes, des croix enflammées ou des poignards et c’eût été folie que de songer qu’une matière aussi bizarre, lumineuse et chevelue, pût être soumise à des lois et, aussi imperturbable qu’un mort caillou, rentrer dans la discipline d’un système planétaire.
- Quelque magnifique que fût la conception de Ké-pler, son auteur ne prit jamais les comètes que pour des émanations ou des exhalaisons, de la terre ou d’autres planètes, sortes de feu-follets de la matière cosmique, libres de toute contrainte et de règles.
- Parmi ces astres, chargés durant de longs siècles des terreurs et des superstitions de l’humanité, la comète de Halley est assurément la plus intéressante et la plus importante au point de vue historique, parce qu’elle est la première dont le retour ait été prédit avec précision, qu’elle constitue la pierre de
- touche pour établir que les comètes sont bien des astres véritables et non des météores atmosphériques: son histoire est un épisode, et non des
- moindres, de la grande histoire du ciel et l’on peut concentrer sur elle la description du mouvement progressif de la pensée humaine, aussi bien que la genèse de la théorie astronomique de ces astres extraordinaires.
- Les théories de Ké-pler étaient déjà fort hardies : tant par la diminution de l’importance humaine, que par la suppression de tout un système philosophique, basé sur la beauté et la pureté du mouvement circulaire, qui paraissait seul assez régulier pour satisfaire à un idéal de la nature. Encore, les ellipses introduites par Kepler n’étaient-elles pas très excentriques! presques circulaires, elles étaient fort peu inclinées sur l’écliptique ; le sens était commun pour tous les mouvements de rotation; et l’harmonie du plan du système solaire était encore assez grande. Mais, avec Newton, le calcul devint formel : suivant les conditions initiales, qui nous échappent et nous échapperont toujours, on pouvait avoir toutes les ellipses d’excentricités les plus
- 1 JU/N
- Fig. 5. — Marche de la Terre et de la comète de' Halley.
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- variées, toutes les inclinaisons, tous les sens de rotation; et même,ce qui est encore plus troublant, des courbes à branches infinies, paraboles ou hyperboles, laissant planer le plus profond mystère sur la naissance et sur la mort d’astres à l’apparence éternelle, qui n’apparaitraient à nos yeux que pendant un éclair de leur éternité ; et cette origine dans l’infini, avec la rentrée dans le néant, sans espoir de retour, ne tend-il pas cà laisser à ces astres leur caractère troublant d’apparitions capricieuses et éphémères !
- Or quand les comètes deviennent visibles pour nous, quand elles passent près de leur périhélie (sommet de la courbe et point le plus rapproché du Soleil), il est difficile, sur un très petit parcours, de déterminer avec précision par le calcul la nature de leur trajectoire : s’agit-il réellement d’une parabole ? ou bien seulement d’une ellipse très allongée, qui peut être confondue dans cette région avec un arc de parabole? Les calculs sont plus faciles pour une trajectoire parabolique, mais si, au contraire, on est en présence d’une ellipse, la réper-, cussion philosophique est immense : si loin qu’elle aille sur son ellipse, sur son orbite fermée, la comète n’est pas perdue : elle reviendra.
- Halley avait vivement encouragé Newton à publier les Principes, et la comète de 1680 vint leur offrir une occasion favorable pour élucider cette question : Newton et Halley reconnaissent que, si l’on veut représenter d’une façon convenable les observations, il faut admettre que cette comète parcourt une orbite elliptique, très allongée, pour laquelle le temps total de révolution s’élève à 575 ans. Une telle trajectoire oblige l’astre, à son périhélie, à
- passer fort près du Soleil, et Newton y voit l’explication de la mort des comètes, qui finiraient par être arrêtées dans leur mouvement par l’atmosphère solaire pour périr consumées dans l’astre central; puis l’époque éloignée du retour d’une telle comète rendait la prédiction aussi troublante que hasardeuse ! Whiston, prêtre connu comme éditeur des travaux de l’historien juif Josephus, publia en 1696 Une nouvelle théorie de la Terre dans laquelle il
- exposait la coïncidence des passages delà comète de 1680 avec les époques géologiques du livre de la Genèse : sans autre théorie, et se basant sur la période de 575 ans confirmée par Halley, il déclare que le Déluge eut lieu lors d’une des visites régulières de la comète, et annonce qu’elle détruira le monde à son prochain retour *.
- Cependant, ces calculs étaient inexacts : nous savons aujourd’hui que la comète de 1680 a une période de plusieurs milliers d’années. Mais il n’importe: les investigations de Halley n’en sont pas moins remarquables, et elles vont le con-duire, fatalement, à une prédiction plus fameuse encore.
- Pour bien comprendre toute la valeur des recherches de Halley, il nous faut préciser la façon dont les astronomes représentent, comme résultat du calcul, la trajectoire d’une orbite parabolique dont le Soleil occupe le foyer d’après les lois de Newton.
- Le plan de l’orbite est défini par son inclinaison (un angle) sur le plan de l’écliptique, et son orientation par un deuxième angle, dit longitude du nœud, angle que fait la ligne des nœuds avec une origine arbitraire : cette ligne des nœuds est l’intersection
- 1 A New llieory of Uie Eartk, r.olc, p. 103.
- Fig. 6. — Différents aspects de la comète de Halley : /, apparition de i683, d’après un dessin de Vépoque; 2, tête de la comète en février FS36, d’après sir J. Ilerschel; 3, la comète vue à l’œil nu le 28 octobre i835, d’après Arago.
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- du plan de l’orbite avec celui de l’écliptique. Puis il faut « orienter » la trajectoire dans son plan : ceci se fait encore avec un angle (dit longitude périhélie), qui définit la position de l’axe de la courbe. La grandeur même de la trajectoire sera déterminée par la distance périhélie, distance du foyer au sommet, éloignement de l’astre au Soleil au moment où il passe le plus près.de, ce dernier. Enfin, le sens de rotation, sur l’orbite, peut être direct ou rétrograde (sens des aiguilles d’une montre).
- Si l’on voulait, maintenant, passer d’une parabole à une ellipse, alors que ces courbes sont presque identiques dans les environs du sommet, il suffirait de connaître la grandeur de l’axe, ou bien le temps nécessaire pour une révolution complète.
- Halley entreprit de dresser un Catalogue des orbites pour les comètes observées par les anciens astronomes : travail ardu, car la précision du résultat dépend de celle des observations et, trop souvent, les anciennes descriptions sont fort lyriques mais muettes en renseignements scientifiques, Halley n'est pas rebuté : il dresse un tableau aussi complet que possible — fort imparfait -— des éléments des comètes antérieurement observées.
- Une chance inoubliable favorise l’astronome anglais : en 1682, apparaît une belle comète qu’il soumet au calcul comme les autres et, compulsant son catalogue, il remarque l’analogie entre les éléments des comètes de 1607 et de 1682.
- Années Inclinai- Longitude Longitude Distance Sens du — son ou nœud du périhélie périhélie mouvement
- 1682 17°,7 50°,8 301°,6 0,58 rétrograde
- 1607 17°,0 50°,4 302°,3 0,58 rétrograde
- L’opinion de Halley était faite : de telles coïncidences entre des nombres qui peuvent être quelconques constituent un défi au bon sens si l’on veut que deux comètes suivent la même trajectoire. On était donc en présence, non d’une orbite parabolique, mais d’une ellipse, de la même comète revenant au bout de 75 ans environ. Cette opinion devint une inébranlable conviction lorsque, poursuivant ses recherches, Halley put calculer les éléments de la comète de 1531, et trouva :
- 1531 17°,9 49°,4 301°, 7 0,57 rétrograde
- Les petits écarts se conçoivent bien aisément, et par l’incertitude des observations, et par les légères perturbations que les planètes peuvent infliger à une comète dans sa route. Mais la logique l’entraînait beaucoup plus loin...; l’astre reviendrait encore! il était acculé à en prédire le retour pour 1757 ou 1758, ce qu’il fit en publiant, en 1705, le résultat de ses laborieuses recherches.
- 11 est difficile, aujourd’hui, d’imaginer combien l’hypothèse de Halley était hardie et l’enthousiasme qu’elle suscita dans les milieux astronomiques : on sentit confusément qu’il y avait là un grand événement scientifique. Cette prédiction était, en effet, digne d’admiration, et il était téméraire de lancer la comète dans l’espace quatre fois plus loin que Saturne, limite alors du système solaire, avec l’assurance tranquille de son retour près du Soleil. Les plus fameux astronomes se préoccupèrent du retour de cette comèt e et tout le monde connaît les beaux travaux de Clairaut, Lalande et Mme Lepaute pour en calculer les perturbations et préciser la période. Ici, encore, la chance joue un rôle, essentiel. On put prévoir le retour de l’astre juste un mois avant qu’il fût observé : si laborieux qu’aient été les calculs, le résultat suscita un enthousiasme indescriptible. Or la chance, nous venons de le dire, était le facteur principal : en effet, et ces calculateurs dévoués ne pouvaient pas le savoir a priori, les perturbations avaient, cette fois, retardé la comète et allongé son parcours de 618 jours.
- Que serait-il arrivé si, normalement, elle était revenue avant que l’on ne pût en prévoir l’arrivée ? C’était un affront à l’analyse impuissante. Qui sait le retard que cela pouvait apporter aux recherches théoriques ! et la défiance qui en pouvait rejaillir sur les méthodes de l’astronomie !
- Il avait donc été grand temps d’annoncer sa réapparition.
- La comète, visible en décembre 1758, passa à son périhélie le 12 mars 1759.
- Mais, alors, c’est le triomphe le plus éclatant qu’ait jamais remporté la théorie de l’attraction universelle ; c’est la consécration définitive de cette théorie et, par la suite, il semble que les astronomes n’eussent plus à vaincre que les difficultés d’analyse mathématique, ou mieux de simple calcul numérique, pour tout calculer, pour tout prévoir,
- Fig. 7. — Situation des queues comètaires par rapport au Soleil. — Grande comète de 184.3.
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- dans les mouvements des astres : ils n’ont plus à douter de rien.
- Ce n’est pas tout. Un autre devoir s’imposait aux astronomes : puisque l’on peut, quel qu’en soit le labeur, calculer dans l’avenir comme dans le passé les retours d’une comète, il fallait tracer d’une manière inéluctable le curriculum vitæ de la comète de Halley, en interprétant les plus vieilles apparitions. Ici, hâtons-nous de le dire, les: annales chinoises sont supérieures aux chroniques européennes ; on y trouve plus de précision documentaire, moins de symboles, d’allégories redoutables et d’interprétations mystiques.
- C’est ainsi que des hommes tels que Pingré, Burc-khardt, Hind,
- Biot, Laugier,
- Cowell et Crom-melin, pour ne citer que les plus importants, purent retracer l’histoire certaine de la comète de Halley depuis son apparition 1 ’ an 240 avant l’ère chrétienne : après quoi, les doutes sérieux commencent.... Maisn’est-il pas déjà admirable d’avoir pu écrire l’histoire bi-millénaire de cet astre vagabond !...
- Et que de légendes ne sont pas attachées à ces apparitions ! Est-ce à la comète de Halley, aux queues multiples, enl’an66, quel’on peut attribuer l’incendie de Jérusalem? En 837, la chronique fabuleuse lui impute la mort de Louis le Débonnaire — qui mourut 3 ans après. En 1066 « les Normands, guidés par une comète, envahissent l’Angleterre » ; en 12231a comète de Halley annonce la mort de Philippe Auguste.
- En 1456, grâce aux multiples invocations de Y Angélus, elle conjure les maléfices et les abominables desseins des musulmans : le progrès de la
- civilisation est assuré par une sanglante boucherie.
- Après 1759, les travaux analytiques reprennent avec plus d’ardeur et d’activité que jamais ; Lagrange et Laplace ont perfectionné les méthodes ; Damoiseau et Pontécoulant les appliquent avec succès à l’apparition de 1835; les calculs de Cowell et Crommelin ne laissent rien à désirer pour l’apparition de 1910. Et, si l’on tient compte des conditions de visibilité
- spéciale, ou peut dire que, d’après la critique des observations de 1835, l’astre ne s’affaiblit - pas; l’apparition de 1910 paraît devoir être, à ciel nu, un beau spectacle aussi. Que devient, alors, la théorie de la capture des comètes à l’intérieur du système solaire par Jupiter? Théorie captivante, mais bien discutable aujourd’hui. Que devient, d’autre part, l’hypothèse de leur mort par dissémination de la queue? j par rupture comme dans la comète de Biéla? par réduction à une pluie d’étoiles filantes. Et que sont ces queues? Force répulsive, forces électriques, bombardements cathodiques? Autant d’hypothèses qui cachent notre impuissance, car le rôle de la science est de limiter les impossibilités, plus encore que de trouver la genèse de la matière, et les comètes ne paraissent être que des lentilles spéciales, des phares, éclairant les résidus de matière cosmique pour nous permettre de l’étudier. Existe-t-il, réellement, dans leur noyau, du sodium, et, trois jours après, du cyanogène?
- Ce sont là vingt problèmes troublants qu’il faudrait pouvoir étudier séparément, et déjà nous avons été bien longs pour n’exposer que des grandes lignes... alors que les observations sont déconcer-
- Fig. 8. — Comète à queues multiples : la comète de 1744 vue par Cheseaux, à Lausanne.
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- tantes par la variété des aspects, suivant l’observateur, le lieu, les conditions atmosphériques.... II serait téméraire de dire ce que nous pourrons résoudre — ou élucider — cette année; la terre n’évitera pas le danger de passer le 18 mai dans la queue de la comète, et devons-nous dire comme Gregory en 1702 : « Il ne convient pas à des philosophes de prendre trop légèrement ces choses pour des fahles? »
- Ou bien faut-il, plus sagement, attendre un phénomène du même ordre que celui qui s’est produit en 1819 et 1861? Ciel rougi par de la poussière cosmique, ou même quelques étoiles
- Fig. g. — I, dimensions comparées de la Terre (avec l’orbite de la Lune) et de quelques têtes de comètes;
- II, dimension comparée de la comète de i8n,iet du Soleil; III, longueur de queues de quelques comètes célèbres par rapport à la distance de la Terre au Soleil.
- filantes supplémentaires.... La fin d’une humanité avertie ne pêcherait point par les beaux sentiments, il n’y a guère de progrès dans l’ordre social depuis que Àrago écrivait : « Écoutez un seul instant les longs discours
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- 328 . LES COMETES : LEURS ORBITES, LEUR NATURE
- « dont la future comète fournit le texte et, décidez « ensuite si l’on peut se glorifier de cette prétendue « diffusion des lumières.... »
- Le problème des comètes est un des plus ardus qu’aient renconlrés des analystes comme Newton et Laplace; je voulais en exposer la genèse et le développement pour que quiconque, attentif, pût juger les efforts accumulés et les progrès accomplis. Les conquêtes de la science mathématique, elle-même, peuvent servir l’émancipation de la pensée en détruisant lentement, mais sûrement, les vestiges formidables d’un passé de mysticisme et de préjugés; pour cela, il fallait l’œuvre féconde de générations entières d’astronomes, aidés par des historiens.
- Sénèque a dit : « Il naîtra « quelque jour un homme qui « démontrera dans quelle partie « du ciel errent les comètes;
- « pourquoi elles marchent si fort « à l’écart des autres planètes,
- « quelle est leur grandeur, leur « nature. »
- Et cet homme naquit, Newton.
- Mais il fallut les efforts accumulés de bien des hommes, dix-huit siècles durant, pour permettre à Newton de soulever un coin du voile cachant le mystère dont parle Sénèque; et Halley vint couronner cette œuvre par le calcul du retour et de la périodicité des comètes.
- Trois ans avant sa mort, et vingt ans avant le retour cométaire qu’il avait prédit, Halley s’exprime en ces termes :
- « .... Si donc elle revient a encore, suivant notre pré-« diction, vers l’an 1758, la « postérité se souviendra que « c'est à un Anglais que l'on en doit la décou-« verte. » .
- La postérité s’est souvenue : la science a hautement consacré le mérite de Halley en donnant son nom à la première comète dont le retour pério-
- dique, annoncé à T avance, a été confirmé par les événements. Mais, dans son sentiment national très digne, Y Anglais a douté de la postérité et de la générosité avec laquelle la science devait tendre, rapidement, à supprimer, à annihiler les frontières; Halley, Anglais, est un des astronomes qui ont le plus contribué à établir, sur des bases solides et définitives, la théorie des mouvements cométaires; au-dessus, et plus loin que son pays natal, la postérité attache son nom avec reconnaissance à l’une des plus pures conquêtes de l’esprit humain.
- Et c’est bien là ce que je voulais faire comprendre.
- La science est parfois encombrée de conceptions hardies, d’hypothèses brillantes mais éphémères, qui peuvent tout juste assurer à leurs conteurs des avantages immédiats, une gloire vaine et passagère ; on accuse souvent les Français de manquer de méthode, de documentation et de persévérance, de rechercher la popularité plus que l’estime; j’ai voulu montrer que, à la suite de Halley, dans la pléiade des savants qui se sont consacrés à des travaux de longue haleine, utiles et féconds, nous étions dignement représentés par des hommes tels que Clairaut, Lalande, Damoiseau, Pontécoulant, Biot, Laugier.... De plus en plus, l’avenir est à de telles recherches : il faut espérer que nous trouverons encore une source importante d’énergies, d’hommes de science consciencieux qui, patiemment, sauront regarder la vérité en face et, parvenus au terme de longues carrières plus utiles que glorieuses, pourront dire avec le poète à la déesse Uranie :
- « Il existe un bleu dont je meurs « Parce qu’il est dans vos prunelles, s
- Jean Mascart.
- Fig. 10. — Photographie de la comète Borelly et longueur comparée de la partie visible pour l’œil.
- LES COMETES
- LEURS ORBITES — LEUR NATURE
- Qu’est-ce qu’une comète? — Pour le grand public une comète est un astre brillant, doté d’une longue chevelure lumineuse ; pour l’astronome une comète est tout autre chose, et ne se peut définir en quelques mots. La statistique cométaire a enregistré des centaines de comètes observées, cataloguées et distinctes les unes des autres ; or, ces A'oyageuses célestes
- présentent de si grandes diversités d’aspect que seul un observateur de métier peut distinguer entre elles un lien de parenté qui permettra de les classer sous la même dénomination. Il existe des comètes pourvues d’un noyau brillant, et d’une queue, plus ou moins développée, d’un éclat plus ou moins vif; ce sont celles-là que nous étudierons plus particulièrement
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- : .LES COMÈTES : LEURS
- dans les lignes qui suivent ; ce sont celles-là, en effet, qui s’imposent le plus vivement à l’attention du public; la comète de Halley, l’héroïne du jour, est de leur catégorie. Mais il existe aussi des comètes sans queue, il en est même sans noyaux ni queues, comme la comète d’Encke, observée le 24 juin 1865, simple nébulosité, sans condensation apparente de matière lumineuse en aucune de ses parties (voy. fig. 11). D’autres encore sont réduites à des nébulosités ovales ou circulaires, entourant un noyau plus brillant.
- N’essayons donc pas de définir les comètes par leurs apparences trop diverses et changeantes.
- ORBITES, LEUR NATURE ===329
- le sait, imposent aux corps attirés par le Soleil, des orbites ayant la forme de sections coniques, ellipse, hyperbole, ou parabole dont le Soleil occupe un foyer. Mais, à l’encontre des planètes, les orbites cométaires ne sont point groupées dans un plan unique, elles sillonnent pour ainsi dire indifféremment tout l’espace ; elles sont décrites tantôt dans le sens direct, tantôt dans le sens rétrograde; elles peuvent affecter soit la forme elliptique, soit la forme parabolique ou hyperbolique. Dans le premier cas, nous avons les comètes périodiques celles qui, à jour fixe, réapparaissent en un point précis du ciel; dans le second cas, l’astre ne fait qu’une appa-
- Fig. il. — Types de comètes sans queuey. i, 2^3'ija comète d’Encke, le i3 aoiït i838, le g novembre i8~i et le 3 décembre 1871 ; 4, la comète Holmes, le 16 novembre i8ç2.
- Les comètes et leurs orbites. — En réalité, les comètes se caractérisent par leurs orbites : les étoiles semblent fixes dans le firmament, elles sont si éloignées de notre système solaire que leur déplacements nous paraissent presque insensibles et ne se révèlent qu’à la suite de longues et de minutieuses observations : les planètes décrivent autour du Soleil comme foyer des ellipses presque circulaires, toutes situées très sensiblement dans le même plan, le plan de l’écliptique ; toutes tournent autour du Soleil dans le même sens.
- Les comètes présentent dans le ciel des mouvements propres toujours très rapides. Leurs trajectoires ainsi que l’ont démontré les calculs géniaux de Newton, obéissent comme celles des planètes aux lois de l’attraction solaire; ces lois, on
- rition temporaire dans notre monde, qu’il quitte bientôt pour dinsoupçonnables destinées.
- M. Mascart, dans l’article qui précède, a dit toute l’importance théorique des comètes périodiques; leur exactitude aux rendez-vous astronomiques est une preuve presque absolue de la véracité des théories Newtoniennes qui depuis plus deux siècles dominent toute la science humaine.
- Les comètes, périodiques ou non, présentent pour notre humanité un intérêt d’un autre genre, plus vif encore peut-être. Nous venons de voir qu’elles parcourent le ciel dans tous les sens ; les unes viennent de l’infini et y retournent; d’aulres circulent jusqu’aux confins les plus reculés de notre monde planétaire, jusqu’à l’extrême limite de la zone d’influence du Soleil; d’autres encore se con-
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- Fig. 12. — Structure étrange d’une queue cométaire : photographie de la comète Brookes, 21 octobre i8g3.
- nnent dans des régions peu étendues au voisinage de notre planète. Ainsi, alors que la comète de 1680, dans une période de 8813 ans, s’éloigne du Soleil jusqu’à une distance égale à 855 fois le rayon de l’orbite terrestre1, puis s’en rapproche jusqu’à moins de 230000 km., alors que la comète 1864-11, en une période de 2 800 000 ans, s’enfonce jusqu’à des profondeurs de 40405 orbites terrestres, la comète d’Encke, au contraire, accomplit sa révolution en moins de 1205 jours; sa distance au Soleil reste comprise entre 52 et 124 millions de kilomètres.
- Bref, les comètes sont les exploratrices libres de l’espace, et instinctivement il nous semble à nous, terriens rivés à une trajectoire immuable, qu’elles rapportent de leurs voyages de quoi répondre à nos éternelles questions sur la nature du monde où nous sommes plongés.
- Aussi, depuis le milieu du siècle dernier, l’astronomie s’est donnée, avec acharnement, à l’étude de la nature intime des comètes; elle a cherché, comme le dit fort bien Guil-lemin dans son excellent livre Les comètes, « à pénétrer les mystères de leur organisation, à découvrir les
- 1 Le rayon de l’orbite terrestre est d’environ 152 millions de kilomètres.
- causes de leur aspect si étrange, la nature physique et chimiques de leur lumière » ; elle a commencé « à envisager sous son véritable jour, le . vrai rôle qu’elles jouent dans le monde solaire et dans l’univers même. » Ce sont ces études que nous allons chercher à résumer.
- Une première observation s’impose : le public a l’habitude de dire que les comètes trament derrière elles leur queue. Nulle expression n’est plus impropre; la queue cométaire marche tantôt en arrière, tantôt en avant de la comète : en réalité elle est toujours opposée au Soleil. Notre schéma (fig. 7) le montre nettement.
- D’où cette conclusion capitale : les comètes comportent deux éléments essentiellement distincts : le noyau qui obéit à la loi newtonienne de l’attraction solaire, la queue qui fuit toujours devant le Soleil et par suite semble échapper à cette même loi de Newton et la démentir.
- Les noyaux cométaires. — Le noyau est une condensation centrale plus ou moins brillante, définie plus ou moins nettement, entourée en général
- Fig. i3. — Passage de la Terre et de la Lune dans la queue d’une comète, 3o juin 1861.
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- d’une nébulosité à peu près circulaire que nous appellerons l’atmosphère de la comète.
- Parfois plusieurs « noyaux » se voient à l’intérieur du même astre. Rien ne peut laisser croire qu’on puisse avoir affaire (aihsi que le nom semble l’indiquer) à une masse solide, analogue à une planète, par exemple. Il faudrait alors les assimiler à des corps opaques, réfléchissant la lumière solaire, et par conséquent présentant des phases suivant la direction de l’éclairement, par l’astre du jour. Or, malgré une observation favorable dans ce sens, effectuée par Cac-ciatore en 1819, cette assimilation ne paraît pas admissible. La teinte la plus fréquente des noyaux paraît être le blanc verdâtre ou jaunâtre, mais on a vu des comètes bleuâtres ou rouges, ce qui n’était pas pour diminuer la terreur inspirée par ces astres, et, parlant de ceux-ci,
- Sénèque disait : qu’on en voit « d’un rouge de sang, sinistre présage de celui qui sera bientôt répandu ». Il faut citer aussi, quoique ce soit peu explicatif, les deux comètes de la prise de Constantinople « terribles et de couleur noirâtre » vues en 1456 !
- Les noyaux avec leur atmosphère ont des diamètres et des formes extrêmement variables.
- La comète de 1811 paraît être à ce point de vue la plus colossale qui ait été mesurée, et son immense nébulosité de 1 800 000 km de diamètre, ne peut être mise en comparaison qu’avec le Soleil lui-même dont elle était le double en volume! (fig. 9, II). Très respectable aussi s’est montrée la comète de Halley à sa dernière apparition de 1835 avec ses 570 000 kilomètres de diamètre, on en trouvera la comparaison (fig. 9,1) avec la Terre et le développement de l’orbite de la Lune ; cette même image montre aussi la
- dimension presque aussi énorme de la comète d’Encke (comète sans queue), à son apparition de 1828, tandis que celle de 1843, dont l’appendice était si développé, n’avait qu’une atmosphère relativement petite. Pour une même comète, le noyau et son atmosphère peuvent se modifier très rapidement. Ces variations paraissent liées aux changements de distance de l’astre au Soleil.
- La forme des queues de comète. La photographie. — La queue des comètes le plus souvent est unique, mais elle offre les formes et les dimensions les plus diverses. Pour un même astre, elle se modifie parfois très rapidement ; phénomène analogue à celui que nous avons observé pour les noyaux, mais beaucoup plus net. On a vu, plus rarement il est vrai, des comètes à queues multiples. Les comètes de 1807 et 1845 avaient une double queue. La comète de Donati en 1858 avait présenté une queue principale, superbe d’étendue et d’éclat, et deux queues secondaires beaucoup plus pâles.
- . Le plus beau spécimen du genre est certainement la comète dessinée par Chéseaux, à Lausanne en 1744; elle avait six queues en éventail (fig. 8). La grande comète 1861-11 présentait également une queue en large éventail. A l’œil nu, les queues sont tantôt rectilignes, tantôt légèrement courbées, tantôt encore elles affectent des formes tourmentées dont nos figures donnent une idée.
- Aux observations directes, la photographie est venue ajouter une moisson de documents précieux et souvent imprévus. Elle a tout d’abord révélé le. développement des phénomènes comé-taires comme étant beaucoup plus considérable qu’on ne le pensait. En effet, la plaque sensible
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- impressionnée par des rayons ultra-violets que notre œil ne perçoit pas, enregistre des formes insoupçonnées et sur une étendue extraordinaire. Prenons un exemple au hasard : la comète Borelly, en 1903, dont l’aspect comparatif visuel et photographique est reproduit par la figure 10. Cependant cette constatation ne doit infirmer nullement les différences mentionnées dans les diverses comètes, et ceux de ces astres sans queue n’ont rien révélé de plus à l’investigation photographique; celle-ci ne fait donc généralement que prolonger la perception de notre rétine. Mais en même temps elle a montré des phénomènes d’une complexité étrange, et au lieu d’un simple ou de multiples rayons, une structure parfois fort compliquée, sortes de flammes
- des queues semble donc avoir un rapport direct avec l’action solaire.
- Certaines queues de comète atteignent des dimensions gigantesques, témoin l’immense comète 1843-1. Le développement de l’appendice caudal s’étendant jusqu’à la distance énorme de 80 millions de lieues et l’orbite de cette comète était telle que le périhélie était très voisin du Soleil. En vertu des lois régissant les mouvements des astres, il a fallu que la comète précipite sa course à une allure vertigineuse pour vaincre l’attraction de l’astre du jour. « Or, dit Camille Flammarion1, le 27 février 1845, de9h30 à llh 30 du matin, en 2 heures seulement, la comète a contourné tout l’hémisphère solaire situé vers son périhélie, volant avec la vitesse formi-
- Fig. i5. — Rencontre de la Terre et de la comète de 1861.
- fantastiques dont les éléments tordus semblent vouloir se disloquer et se disséminer dans l’espace (fîg. 12). Certaines comètes ont paru se fragmenter comme la comète de Biéla, par exemple, qui par la suite a disparu, et ces évanouissements ne sont pas rares, puisque nombre de comètes périodiques dont le retour était attendu ne sont pas revenues. Il y a des transformations rapides, des changements sensibles parfois à peu d’heures d’intervalle, et il semble dans certains cas que l’on assiste à des mouvements de . la mystérieuse matière cométaire, s’éloignant à grande vitesse du noyau.
- La longueur des queues de comète. — Loin d’être un attribut constant, les queues très souvent naissent et se développent seulement pendant la période de visibilité de l’astre ; elles ne commencent à émerger que lorsque la comète se rapproche du Soleil ; elles croissent progressivement pour atteindre leur maximum en longueur vers le moment du passage le la comète à son périhélie. La naissance
- dable de 550 000 m. par seconde! Le rayon lumineux rectiligne qui formait sa queue a balayé l’espace dans ce même temps! A la distance de la terre seulement à 57 millions de lieues, ce rayon courait avec une vitesse de 64000 km par seconde! »
- Que dire alors du déplacement de l’extrémité même de la queue, qui s’étendait deux fois plus loin!... On a peine à concevoir une telle allure dont la vitesse se chiffrait par un grand nombre de millions de lieues à la seconde ; un corps quelconque qui dans le système solaire serait animé d’un mouvement de 608 km par seconde échapperait à l’attraction du Soleil. La queue de la comète de 1843, en la supposant constituée de molécules matérielles, aurait donc échappé aux lois de l’attraction, et disloquée, aurait vu ses particules fuir par la tangente dans l’infini ! Or la comète a conservé son apparence, immuablement.... Beaucoup de comètes ont présenté des appendices d’une extension 1 Astronomie, fév. 1885, p. 126.
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- presque aussi colossale et dépassant de beaucoup la distance de la Terre au Soleil (fig. 9, III).
- La masse des comètes et des queues de comètes. — Devant de pareilles constatations, on a peine à croire que les queues de comètes soit composées d’une matière, au sens habituel que nous donnons à ce mot et l’on adopterait volontiers la jolie formule de Babinet : « les comètes sont des riens visibles ».
- Les comètes, têtes et queues, sont cependant bien des phénomènes matériels ; car elles ont une masse que l’on a pu calculer, et répartir entre les diverses régions de l’astre; cette masse, il est vrai, estextrê-
- Gette densité est même répartie de façon inégale, et dans les recherches ci-dessus le noyau et l’immense atmosphère avaient leur part respective. Cette dernière aurait été 154000 fois plus ténue que l’air atmosphérique! Dans ces conditions, la transparence et l’absence de phénomènes de réfraction, phénomènes qui faisaient pencher Babinet vers la théorie de l’immatérialité des queues de comètes, se trouvent quelque peu légitimée.
- La lumière des comètes. — L’analyse spectrale. — Les comètes sont lumineuses ; une partie de cette lumière semble être de la lumière solaire réfléchie ;
- Fig. ià. — Pluie d'étoiles filantes, le 27 novembre 1872.
- mement faible et révèle une substance d’une ténuité dont l’on se fait difficilement idée. On sait que l’évaluation de la masse d’un corps céleste peut être calculée d’après rinfluence, qu’en vertu des lois de la gravitation ce corps exerce sur un autre plus ou moins voisin. La suite des recherches de M. Roche, le savant physicien qui s’est beaucoup occupé de la théorie des phénomènes cométaires, a pu attribuer à la belle comète de Donati (1858, VI), une masse comparable à la vingt-millième partie de celle de la Terre. Si faible que ce soit eu égard à ses dimensions, c’est encore un poids de 268 millions de milliards de tonnes ! Il y a loin de cette valeur à celle donnée par Babinet ; mais même en l’admettant nous sommes conduits à conclure que de toutes façons les comètes ont une densité extrêmement faible.
- mais en outre la comète a une luminosité propre : l’analyse spectrale le démontre ; elle révèle, en effet, un très faible spectre continu, qui doit provenir de la lumière solaire, à celui-ci se superpose le spectre, d’une lumière caractéristique de la comète. On sait que la lumière émise par un corps a un lien intime avec la nature chimique et les conditions physiques de ce corps. Les révélations de l’analyse spectrale doivent donc être un auxiliaire précieux pour résoudre l’énigme de la substance cométaire.
- Le spectre rencontré le plus généralement est analogue à celui des hydrocarbures et du cyanogène. Yogel et Hasselberg avaient conclu de leurs observations à un mélange en proportion variable d’oxyde de carbone et d’hydrocarbures, mélange illuminé dans des conditions analogues à celles de la décharge électrique et sous une très faible près-
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- sion. Mais M. de la Baume-Pluvi-nel dont les beaux travaux font autorité, a montré à propos de la comète de 1902, qu’en réalité il y avait seulement ressemblance sans identité absolue, et il estime « que le carbone se trouve dans les comètes dans des conditions bien différentes de celles que nous pouvons réaliser dans nos laboratoires. » Ces conditions varient d’ailleurs avec la proximité de la comète au Soleil. Loin du Soleil la température est peu élevée et le spectre est celui que donnent les hydrocarbures à basse température, puis la comète se rapprochant du Soleil sa température s’élève et on obtient un spectre analogue au spectre de l'arc électrique. Enfin dans le voisinage du périhélie, le spectre des hydrocarbures s’affaiblit et on voit apparaître un spectre continu avec les raies du sodium1. Plus récemment, le même astronome a fait connaître les résultats extrêmement importants de ses observations de la comète Morehouse (1908), révélant le spectre négatif de l’azote, qui, d’après M. Deslandres, serait d’origine électrique et caractéristique de l’illumination produite par les corpuscules cathodiques.
- Théories sur les queues des comètes. — L’action répulsive de la lumière solaire. — Que conclure de tous ces faits dont nous n’avons pu que donner une indication sommaire? De très nombreuses théories ont été émises, au cours des âges, pour donner des apparences cométaires une explication satisfaisant la raison. A quoi se réduisent-elles aujourd’hui?
- Pour les anciens astronomes, les queues des comètes étaient des apparences optiques et Cardan au xvie siècle croyait que le noyau jouait le rôle d’un globe réfractant la lumière du Soleil et illuminant l’espace derrière lui. Mais cette hypothèse réclame la matérialisation de l’espace afin que les rayons solaires puissent l’illuminer. Cependant cette théorie avait au moins une valeur, celle de tenter l’explication de la formation des queues toujours opposées au Soleil.
- Après cela, les particularités observées ont dirigé les recherches dans le sens d’une action ou décomposition occasionnée par la lumière solaire, et enfin l’on est arrivé à l’idée maîtresse d'une force répulsive, dont cette lumière serait douée.
- 1 Bull, de la Soc. Astronorn. de France, mars 1905, p. 120.
- Le savant anglais Maxwell, dans son célèbre travail sur la nature de l’électri-cilé, établit en
- 1875, que les ondes calorifiques exercent une pression sur les corps qu’elles rencontrent. Bartoli, en
- 1876, étendit ce résultat aux radiations de toute sorte ; Lebedelî,
- iNichols et Hull, et tout récemment Poynting ont prouvé par des expériences l’existence de cette pression de radiation.
- La pression de radiation exercée sur un corps dépend de la surface du corps, l’attraction solaire, au contraire, dépend de la masse, c’est-à-dire du volume ; si nous considérons des particules sphériques de diamètre décroissant, on conçoit très bien qu’il arrive un moment où l’effet de surface soit doté d’un coefficient numérique énorme en comparaison de l’effet de volume. La force répulsive des rayons lumineux l’emporte alors sur l’attraction de la matière solaire.
- La théorie de la force répulsive suppose essentiellement que la substance des queues de comètes soit constituée par des particules très ténues, mais d’un diamètre beaucoup plus considérable que celui des molécules d’un gaz. Les queues de comètes seraient donc faites non de matières gazeuses, mais de fines poussières, et celte théorie s’accorde bien avec les observations spectrales, avec le phénomène de la transparence des comètes.
- On met en avant aussi des phénomènes d’ordre électrique et M. Deslandres fait intervenir les rayons cathodiques émanés du .Soleil.
- Les comètes et la Terre. — Qu’adviendra-t-il de notre rencontre prochaine avec la queue de la comète de Halley? Rien de grave très probablement. Le 50 juin 1861, la Terre a déjà traversé sans dommage la queue d’une comète. Il arrive fréquemment, au surplus, que la Terre rencontre non des comètes, mais des débris de comètes, ce contact se manifeste seulement par des pluies d’étoiles filantes.
- Les immortels travaux de Schia-parelli ont prouvé, en effet, que les courants météoriques, dont la traversée par notre globe occasionne ces feux d’artifice célestes, se confondent avec des orbites de comètes. La belle pluie du 27 nov. 1872 (fig. 16) se produisit à la traversée de l’orbite de la comète de Biéla, disparue après son passage de 1852. Lucien Rudaux.
- Fig. i~. — Combat et signes vus dans le ciel en 7 5./“, d'après une gravure sur bois de Conrad I.ycosthènes.
- Fig. 18.
- La comète de Halley en 684.
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- LA GRANDE COMÈTE 1910 a
- La soudaine apparition d’une brillante comète vers la fin du mois de janvier, coïncidant avec une crue désastreuse de la Seine, a conduit un grand nombre de personnes à associer ces deux phénomènes et, pour le public, l’inondation a été causée par la « comète ».
- Nous avons déjà rendu compte, ici même1, de la découverte de cette vaporeuse apparition, faite au Transvaal dans les feux de l’aurore, et en avons rapporté les premières observations. Il nous paraît cependant utile de revenir sur cet astre éphémère qui n’a pas eu son semblable depuis la brillante comète de 1882.
- La grande comète de la fin de janvier 1910 a reçu, tout d’abord, le nom de « Drake », auteur présumé de sa découverte. Or, M. Drake n’existc pas, et ce nom a été donné à la suite d’une erreur de transmission téléphonique pour « Great cornet ».
- La première observation semble en avoir été faite le jeudi 15 janvier, à 2h25m du matin, par des ouvriers de la « Transvaal Premier Diamond Mine », d’après la lettre, datée de Cullinan, 16 janvier, que reçut M. R.-T.-A. Innés, directeur de l’observatoire de Johannesbourg. Ces ouvriers l’auraient revue le vendredi matin. Ils la comparaient à une étoile ordinaire avec une queue, et située un peu à droite du point où le Soleil se lève.
- D’autre part, M. Innés fut informé téléphoniquement, le 15 janvier, par l’intermédiaire du journal The Leader, d’un télégramme du chef de la gare de Kopjes, état libre d’Orange, ainsi conçu : « La comète de Halley a été vue par l’inspecteur Bourke, le mécanicien Tricker et le conducteur Marais, se levant avant le Soleil. Elle fut visible pendant vingt minutes ».
- Le dimanche 16, le ciel fut nuageux, mais le 17, à 5h29m du matin, MM. Worssell et Innés purent la voir un instant dans une éclaircie, et télégraphièrent aussitôt à l’observatoire de Kiel qui, le même jour, avertissait tous les observatoires du monde.
- Ainsi donc, pour fixer un point qui a été discuté, la première comète de l’année est anonyme, et sa désignation est « comète 1910 a ».
- Comme on vient de le lire, les premiers observateurs l’ont pris pour la comète de Halley et un grand nombre de personnes, par la suite, en ont fait autant, ce qui est très excusable après les nombreux articles — la plupart erronés — publiés dans les journaux quotidiens. La comète de Halley n’a pas été jusqu’ici visible à l’œil nu, mais son éclat est allé sans cesse en augmentant. On pourra l’observer bientôt le matin, avant l’arrivée de l’aurore.
- A Paris, la grande comète 1910 a n’a pas été remarquée du public, la brume, les poussières et les lumières ayant affaibli son éclat au point de la rendre presque invisible.
- 1 Voy. N08 1914 et 1916.
- C’est ainsi que nous avons pu la reconnaître, le 29 janvier, du PontrNeuf,.par un beau ciel. Elle était très faible et bien pâle, et il fallait la chercher exprès pour la trouver, alors que le même soir, à la campagne, elle offrait un magnifique développement avec une queue énorme de 45° environ. De toute la France, on était frappé ce sôir-là — qui fut beau presque partout — de son étendue. Et l’on en jugera mieux en disant que le noyau se couchant peu après 6 h. 1/2, la queue était encore visible dans Pégase à 8 h. 1/2 du soir.
- La Société astronomique de France a reçu à cette occasion un nombre considérable d’observations et de descriptions. Elles sont intéressantes par leurs conclusions parce qu’un très grand nombre proviennent d’amateurs ou même de personnes ne pratiquant pas l’astronomie et, par conséquent, se rapprochent davantage de ce que chacun a pu observer et remarquer.
- Au début des observations, le noyau était si lumineux, que le 18 janvier, on put le suivre en plein jour, à l’œil nu, de 8 heures du matin à 5 heures du soir, au Nord-Est du Soleil (observation faite par M. Orellana, à Guatemala). On observa d’ailleurs le noyau en plusieurs observatoires, en plein jour, les 18 et 19 janvier.
- Du 21 au 24 janvier, la comète est décrite comme un astre très brillant, avec un noyau égalant Jupiter ou Mercure, quand ces planètes brillent dans le crépuscule. La queue, brillante et courte, s’étendait, à cause de la lumière du couchant, sur 2° à 5° seulement.
- Ensuite, la comète, s’écartant du Soleil et, par suite, se couchant plus tard, il devint possible de l’observer à la nuit complète. Bien que son éclat diminuât très rapidement, la queue, sur le fond noir du ciel, prit d’énormes proportions, surtout les 29 et 50 janvier, s’étendant sur la moitié de l’espace séparant l’horizon du zénith.
- Elle était de couleur jaune orangé, tout à fait comparable, en couleur et intensité, à la lumière zodiacale qui brillait à sa gauche.
- Le bord droit de la queue (bord nord) était plus brillant, et par suite plus long et plus net que le bord gauche. La queue offrait une courbure prononcée, la convexité étant tournée vers le Nord. Les 29 et 50 janvier, la queue s’infléchissait brusquement à la hauteur de a Pégase en se dirigeant vers [3 Pégase pour se réunir à la lumière zodiacale.
- Des descriptions enthousiastes sont parvenues d’Egypte. Dans la pureté des nuits africaines, le tableau formé par la comète immense, la lumière zodiacale, la Voie lactée et Vénus éblouissante dépassait tout ce que l’on peut imaginer.
- Cette belle comète a eu une durée bien éphémère. Après être passée très près du Soleil, après avoir pris d’énormes proportions, s’être dilatée sur plus de cent millions de kilomètres et avoir brillé en plein
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- jour, elle est tombée, en moins de trois semaines, au rang des comètes télescopiques. Rien supérieur à la lre grandeur le 18 janvier, le noyâu atteignait la lre grandeur vers le 21, la lre grandeur 1/2 lé 25, la 2e le 27, la 5e le 29, la 5e le 31. Le 10 février, il était comparable à une étoile télescopique de 8e à 9e grandeur.
- Le 9 février, il fut impossible à beaucoup d’observateurs de retrouver la comète, faute d’éphémé-rides exactes.
- Les diverses particularités reconnues par l’obser-
- place au spectre des hydrocarbures et du cyanogène. La présence du cyanogène a été également reconnue dans les spectres pris à l’Observatoire de Juvisy par MM. le comte de la Baume-Pluvinel, Baldet et Quénisset.
- Les premières orbites déterminées, par suite de la position défavorable de la comète dans le voisinage du Soleil et du manque d’étoiles de comparaison, étaient très peu précises. Utilisant les observations des 20, 23, 26 et 50 janvier, M. II. Kobold a calculé l’orbite parabolique suivante :
- 24 janvier iqio. 2q janvier igio.
- Fig. iq et 20. — Photographies directes de la grande comète igio a obtenues à l'Observatoire Flammarion de Juvisy par M. F. Quénisset.
- vation directe ont été confirmées par les photographies. Nous pouvons présenter ici à nos lecteurs, grâce à l’aimable autorisation de M. Camille Flammarion, deux des plus belles épreuves obtenues par M. F. Quénisset, à l’observatoire de Juvisy, au moyen d’un objectif de 0m,155 de diamètre et de 0m,565 de distance focale, sur plaques Lumière, étiquette violette. Ces épreuves sont infiniment supérieures aux dessins comme documents d’étude. Elles ne représentent que la partie de la queue la plus voisine du noyau.
- Nous avons déjà rendu compte1 des premières recherches effectuées sur la composition chimique de cette comète, à l’Observatoire de Meudon, d’après lesquelles le spectre du sodium, seul en évidence au voisinage du Soleil, a disparu peu à peu pour laisser
- Passage au périhélie. 17,1255 janvier 1910 (L. de Berlin). Longitude du périhélie. .... 320° 58',64 V Longitude du nœud aseendant. . 88°.47', 14 > 1910,0
- Inelinaison.................... 158° 47', 12 )
- Distance périhélie .. . . . . . . 0,1295
- Ainsi la comète est passée le plus près du Soleil, à son périhélie, le 17 janvier, à la distance 0,1293 (celle de la Terre au Soleil étant prise pour unité). Cette distance correspond à 19140000 km. Elle a augmenté très rapidement, passant à 105 millions de kilomètres le 1er février, à 128 millions le 12 février, à 216 millions le 12 mars, etc. La comète retourne dans l’infini après s’être réchauffée un instant aux rayons ardents du Soleil.
- Em. Touchet.
- Le Gérant : P. Masson.
- 1 Voy. N« 1915, p. 159.
- Paris. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9.
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- LA NATURE. — N° 1927.
- 30 AVRIL 1910.
- LE MUSÉE ET L’INSTITUT OCÉANOGRAPHIQUES
- La Presse quotidienne a rendu compte des fêtes magnifiques données du 29 mars au Ie1' avril par S. A. S. le prince de Monaco pour l’inauguration du Musée océanographique. Si ces réunions furent spécialement goûtées par les privilégiés qui avaient
- Thoulet, de Nancy, a publié les premiers ouvrages généraux relatifs à ce sujet, si longtemps négligé, et si riche en merveilles nouvelles6.
- Le principal collaborateur du prince de Monaco, le Dr J. Richard, aujourd’hui directeur du Musée
- * , r • t, .y
- > ?\yiV:?
- Fig. i. — Panorama de Monaco.
- eu le plaisir et l’honneur d’y être conviés, il ne suffit pas de les considérer comme de belles cérémonies généreusement déroulées dans le cadre merveilleux de la Côte d’Azur. Il importe de signaler aux amis des progrès scientifiques, et par conséquent à tous les lecteurs de La Nature, que ces fêtes ont consacré la donation au public et aux savants d’établissements, d’institutions et de découvertes qui sont une des plus belles pages didactiques du dernier quart de siècle écoulé.
- En quelques lignes et figures, rappelons comment l’océanographie est la science des mers.
- Il faudrait une longue liste pour énumérer ses précurseurs, tels que le comte de Marsigli1, Philippe Buach'e2,
- (1700-1775), A. Fredol3, Carpenler, Gwynn Jelfreys, Wyville Thomson4, IL Filhol3, etc. Le professeur
- 1 Histoire physique de la mer. Amsterdam, in-lolio, 1725-— 2 Yoy. l’article de M. Thoulet dans La Nature, n° 1889, 7 août 1909. — 3 Le Monde de la mer. Paris, Hachette, 1864. — 4 Les abîmes de la mer. Paris, Hachette, 1875 (campagnes sous-marines du Challenger, 1871-1876; du Por-cupine, 1869-1870; du Lightning, 1868). — 5 La vie au fond des mers (Talisman et Travailleur). Paris, Masson,
- Fig. 2. — La « Princesse-Alice II
- 38° année.
- icr semestre.
- océanographique, a condensé dans un parfait volume7, à la fois de vulgarisation et de science documentée, les grandes lignes de l’océanographie elle-même; il y a énuméré aussi les conquêtes techniques réalisées par l’éclairé Souverain qui, depuis 1885, a fait de cette science son domaine particulier, et qui a su adjoindre au principat Ai' De Grimaldi le
- titre de membre associé del’Académie des sciences.
- C’est l’ensemble monumental et fécondement profitable de ces conquêtes, de leurs antécédents, de leurs produits et de leurs résultats qui se trouve désormais collectionné, au grand profit de l’instruction publique et, sous beaucoup de rapports, de la prospérité
- humaine, dans les luxueuses salles du Musée océanographique de Monaco.
- 1885. — Yoy. aussi Perrieii. Les explorations sous-marines. Paris, Hachette, 1886. — 6 L’Océanographie. 2 vol. Paris, Baudoin, 1890 et 1896 et l’Océan, ses lois, ses problèmes. Paris, Hachette, 1904. — Yoy. aussi Kuummel et von Bogus-lan3ki. Randbuchder Océanographie. Stuttgard, 2 vol. 1884-7 et 1907. — 7 L’Océanographie Paris, Yuibert et Nony, 1908.
- 22. — 557
- Cliché Martel.
- pavoisée pour les fêtes.
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- Le D1 Richard lai-même nous a exposé ici il y a 4 ans’, pendant la construction de l’édifice, comment il fut conçu, élevé, distribué. N’ayant rien, sous ce rapport, à ajouter à cette notice, je la compléterai par le résumé des travaux mêmes de son fondateur, travaux qui ont déjà si fructueusement peuplé les salles et vitrines du Palais de la mer.
- Les campagnes scientifiques annuelles du prince de Monaco ont été depuis 1885 effectuées successivement à bord de trois navires différents. Le premier utilisé était une fine goélette de 200 tonneaux, Y Hirondelle. Mais ce bateau n’avait pas été construit spécialement en vue de telles recherches, tant comme aménagement que comme moyens
- Les croisières océanographiques de Y Hirondelle ont duré de 1885 à 1888 dans le golfe de Gascogne et dans la partie de l’Atlantique s’étendant jusqu’aux Açores d’une part et à Terre-Neuve de l’autre.
- La Princesse-Alice I a servi dans la Méditer-^ ranée de 1892 à 1894, et ensuite dans l’Atlantique jusqu’en 1897. A partir de 1898, la Princesse-Alice II a exploré l’Atlantique Nord, le Spilzberg, l’Atlantique jusqu’à la côte du Brésil. En 1904, vint s’adjoindre l’étude des courants de la haute atmosphère (avec le professeur Hergesell). Depuis cette date, ces recherches ont fait partie du programme des expéditions, retournées au Spitzberg
- Fig. 3. — Quelques animaux de grande profondeur. — ;. Alicella Gigantea, Chevreux (péché à 5285 m). — 2. Œginura Grimaldii. —3. Hyaloponticus typicus, Sars {péché à SaSo m.); 4. JPhotosto-mias Gueruei, Colett, poisson à points lumineux (péché à u38 m.).
- d’action; et on reconnut tout de suite que la vapeur était nécessaire pour les longues et dures manœuvres des sondages et pèches ; Y Hirondelle fut donc remplacée en 1891 parla Princesse-Alice I, yacht de 600 tonneaux, et muni d’une machine auxiliaire de 550 chevaux; enfin l’expérience acquise permit de réunir (1898) tous les perfectionnements dans la construction de la Princesse Alice II, magnifique navire en acier (fig. 2) avec une machine de 1000 chevaux. Ce dernier bâtiment est un admirable laboratoire flottant, dont la description et celle des engins qui y sont utilisés a été donnée par le prince lui-même2.
- 1 La Nature, nu 1715, 7"avril 1906.
- 2 Albert Ier prince de Monaco. La carrière d’un navigateur, 596 p. Paris, Plon, 1902. Voir aussi : Dr J. Richard, Les
- en 1906 et 1907. Enfin les deux dernières campagnes de J 908 et 1909 ont sillonné l’Atlantique depuis le Portugal jusqu’en Norvège, etc.
- Quant aux résultats de ces longues investigations, il faut envisager d’abord la somme énorme de Iravail qu’ils représentent, même au simple point de vue matériel; car les manœuvres de sondages et de pêches à grande profondeur, les études thermométriques, les prises d’échantillons dans les mêmes conditions exigent pour chaque opération un temps considérable. Les captures de cétacés, de tortues, les récoltes d’échantillons de faune et de flore Terrestre, et de géologie, etc., se superposent
- campagnes scientifiques de S. T. S. le prince Albert F de Monaco. (Monaco, 1910, xxix-159 p., 116 iig. et bibliographie complote.
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- Fig. 4. — Le matériel de l'Océanographie. — 1. Un lancer de ballons-sondes conjugués, en pleine mer. — 2. Instruments plongeurs (bouteilles, thermomètres, etc,). — 3. Flotteur avec un rouleau d'instructions en plusieurs langues, pour Vétude des courants. — 4. Filets du prince de Monaco avec fermeture rideau, pour la pêche à profondeur déterminée. — 5. Filet pélagique pour pêche de surface par traînage. — 6. Chalut de surface du prince de Monaco. — 7. Filet vertical d grande ouverture [au Spitzberg).
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- à tout ce labeur. La simple descente et remontée d’une sonde à une profondeur de plusieurs milliers de mètres exige à elle seule un grand nombre d’heures.
- L’étude du Gulf-Stream a été faite en 1885,1880 et 1887 à l’aide de flotteurs spéciaux lancés par milliers à la surface de l’Océan. Ces flotteurs, en partie retrouvés, ont fourni expérimentalement de précieuses données sur la marche et l’épanouissement du grand courant marin : les mouvements de ces eauxontété étudiés à des profondeurs variées à l’aide de méthodes très minutieuses, qui ont permis de reconnaître l’existence de courants jusqu’à 1500 m. de profondeur1.
- Les' coups de sonde ont amené de véritables dé-
- fécondes en résultats; les sondages thermométriques ont établi l’écoulement sur le fond de l’Atlantique de l’eau chaude et plus dense de la Méditerranée. L’examen des courants aériens montre que la circulation générale de l’atmosphère se rattache par plus d’un point à l’océanographie proprement dite. A bord de la Princesse-Alice le professeur Hergesell effectue cette étude à l’aide de ballons-sondes et de cerfs-volants. Il en ressort la réfutation de la théorie admise jusqu’ici des vents réguliers de S. W. ou conlre-alisé ; du moins c’est la conclusion qui s’impose pour la région voisine des Canaries, au large des continents.
- La physique du globe terrestre a aussi revendiqué sa part ; pour elle on a récolté des échantil-
- Fig. 5. — Façade du Musée océanographique.
- couvertes principalement dans la partie de l’Atlantique avoisinant les Açores. C’est ainsi qu’un grand banc de 215 km de circonférence a été reconnu au S. W. de ces îles, et ce banc très poissonneux est devenu un centre de pêche très important. C’est un des nombreux résultats pratiques auxquels il est fait allusion ci-dessus. De nombreuses « fosses » ont été trouvées, d’autres simplement rectifiées ou mesurées dans l’Atlantique, la Méditerranée et l’océan Arctique, fournissant une contribution très précieuse à la grande carte bathymétrique des océans publiés sous les auspices du prince.
- Les études sur l’eau de mer ne sont pas moins
- 1 Cette étucle a,été résumée dans La Nature, par Gaston Tissaxdier, au u° 653, 5 décembre 1885 et par le Piunce de Monaco lui-même au n° 676, 15 mai 1886. Voir aussi ii° 789, du U juillet 1888, etc. •
- Ions géologiques, tant sur les grands fonds à l’aide de sondes spéciales que sur les côtes elles-mêmes, et on fait des recherches sur la faune et la flore des îles arctiques, études glaciaires, etc. Mais les nouveautés zoologiques dépassent tout le reste en importance. Elles contribuent pour une part immense au développement de nos connaissances sur les organismes marins ; elles ont amené la découverte d’innombrables espèces ignorées, particulièrement dans les animaux de grande profondeur (jusqu’à 6000 m.). Les, plus ingénieux engins de pêche s’ouvrant et se fermant automatiquement j et dont plusieurs ont été imaginés par le prince lui-même, permettent de capturer à des profondeurs déterminées; et les grands fonds ont révélé que des formes surprenantes s’y développent nombreuses.
- Alors que pendant si longtemps Edward Forbes
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- fit croire que, faute de lumière la vie aquatique ne dépassait pas 200 à 550 m. sous les flots, l’océanographie a établi que cette vie abonde à toutes profondeurs ; — que la faune marine a été spécialisée par des évolutions à longues périodes ; — que l’adaptation due à la pression, à la température, à l’obscurité a produit parfois, comme dans les cavernes, la dépigmentation et l'atrophie des organes visuels avec, en contre-partie, le développement des organes du tact; — qu’ailleurs, au contraire, des animaux pourvus d’yeux ou points phosphorescents, lumineux par eux-mêmes, distribuent une certaine lueur de la faune abyssale, etc., soulevant le problème, jusqu’ici insoluble, de la lumière froide, etc. ;
- — que les yeux non phosphorescents sont souvent hypertrophiés,
- autonome qui évitât la dispersion entre des catégories d’études rendant toute synthèse impossible.
- Non satisfait de donner et d’ouvrir le livre, le prince de Monaco a voulu enseigner à le lire : et le 26 avril '1906, il a prié le gouvernement français (qui le 46 mai suivant déférait à ce magnanime désir) de reconnaître comme d’utilité publique Y Institut océanographique qu’il fondait à Paris (et auquel appartient le Musce océanographique) 1 avec une dotation de quatre millions « pour
- Clichés Martel.
- Fig. 6. — Jardins de Monaco. (Au fond la Tête de Chien.)
- Fig. 7- — Musée Océanographique. (Au fond le Cap Martin.)
- etc.; maintes autres constatations achèvent de prouver que l’ambiance est bien une supérieure loi naturelle et que Y adaptation de Lamarck demeure une triomphante vérité.
- Tels sont les titres des principaux chapitres, dont le Musée océanographique vient de réunir les feuillets épars dans un écrin sans rival!
- On voit que l’océanographie, par la variété et la multiplicité des sujets auxquels elle touche, par la nouveauté inattendue des résultats auxquels elle a déjà conduit, a parfaitement le droit de se considérer comme un corps de science distinct. Il était particulièrement utile d’en concentrer les éléments et d’en codifier les principes, par une organisation
- combler une lacune en établissant moi-même (disait la lettre de S. A. S.) un centre d’études océanographiques..., désireux que cette institution me survive, dans les conditions qui m’ont paru de nature à assurer le service que j’en attends pour le progrès de la science. »
- Ces actes sont de ceux qui se louent assez par eux-mêmes, pour rendre vaine et même déplacée la banalité de trop aises compliments, g Martel
- 1 Sous la direction de M. le Dr Regnard, avec cours pro-, fessés depuis 1906-1907 à la Sorbonne par MM. Berge!., Joubin, Portier. Le conseil d’administration a pour président le Prince de Monaco et pour vice-présidents M. Emile Loubet et le D1' Regnard.
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- LE CINÉMATOGRAPHE ULTRA-RAPIDE
- Récents travaux de l’Institut Marey.
- La cinématographie a pris aujourd’hui un développement considérable. Rien ou presque rien ne lui échappe. Les incidents de la vie courante ne lui suffisent pas. Pour répondre au goût des foules pour les représentations de photographies animées, des industriels spécialistes, actuellement, combinent à grands frais les scènes les plus compliquées, entreprennent même des expéditions considérables.
- Mais, il y a mieux encore. Pour les besoins de la Science et de Renseigne» ment, ainsi qu’on l’a pu voir décrit ici même, il y a peu de temps, le cinématographe a été appliqué à ce que l’on aurait pu croire être le moins du monde cinématographiable, à la reproduction du mouvement des infiniment petits.
- Cependant ce ne sont pas seulement les évolutions
- des hématozoai- ______ _____________________
- res, celles des ^, globules sanguins circulant dans les vaisseaux capillaires, ou encore les multiples phases successives de la segmentation cellulaire que le cinématographe peut servir à enregistrer et à reproduire. Il se prête encore à l’inscription des mouvements les plus rapides ou de durée particulièrement courte, comme le sont, par exemple, les
- battements de l’aile chez la grande majorité des insectes, battements dont la durée est souvent très inférieure au centième de seconde.
- Pour étudier des mouvements aussi brefs, naturellement, les appareils cinématographiques communément utilisés sont tout à fait insuffisants.
- Fig. i. — L’appareil cinématographique ultra-rapide de l’Institut Marey.
- Fig. 2.— Comment on cinématographie un bourdon. — L’insecte en s’envolant du tube de verre où il est emprisonné soulève une porte en mica, et déclenche l’obturateur électrique de l’appareil.
- Ces instruments, en efïet, ne sauraient enregistrer dans ce temps réduit un nombre assez grand d’images pour permettre la reconstitution du mouvement observé. La raison en est simple. Dans les cinématographes des modèles courants, pour la prise de chacune des images, la bande pel-liculaire s’arrête et ne reprend son mouvement qu’une fois l’objectif masqué par l’obturateur.
- Mais, ces arrêts et ces départs successifs du film ne sauraient être multipliés exagérément. Au delà d’une certaine limite vite atteinte, il devient impossible de continuer.
- Quand il s’agit de prendre toute une série d’images en un temps plus court qu’un centième de seconde, condition indispensable pour obtenir les diverses phases du battement de l’aile de l’in-
- _________ _________ ___________ secte — il faut
- donc, de toute nécessité, recourir à d’autres dispositifs.
- Dans le système communément en usage, la nécessité d’interrompre le mouvement de translation de la bande pellicu-laire tient à ce que, malgré leur instantanéité apparente, les temps d,e pose ont une durée très appréciable.
- Dans ces conditions, en effet, si la bande se
- déroulait sans arrêt, les images obtenues fatalement manqùeraient de netteté. Mais, cela étant, on se rend aisément compte que, si l’on pouvait réduire à une durée extrêmement courte le temps de pose, le déplacement de la pellicule sensible pendant l’exposition serait pratiquement
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- LE CINÉMATOGRAPHE ULTRA-RAPIDE - —— 343
- négligeable et ne pourrait par suite compromettre la parfaite correction des vues.
- Depuis longtemps, des recherches en ce sens ont été poursuivies avec des succès divers.
- L’un des premiers, l’expérimentateur allemand Landenfeld, tenta d’utiliser un mouvement continu pour la rapide dissociation des images.
- sensible doit être entraînée à la vitesse de 40 m. par seconde. Mais, comme un déplacement d’un dixième de millimètre durant l’inscription de l’image se traduit déjà par un flou appréciable, le temps nécessaire à la pellicule mobile pour parcourir cette distance de un dixième de millimètre, soit un quatre-cent-millième de seconde, est par suite et
- Fig. 3. — Pour cinématographier une mouche. — L’insecte a la patte saisie dans une pince électro-magnétique qui en s’ouvrant déclenche l’obturateur.
- Fig. 4. — Une libellule. — La règle graduée permet de mesurer sur la bande cinématographique l’espace parcouru par l’insecte.
- Dans son procédé, Landenfeld, à l’aide d’un miroir disposé en arrière de l’objectif de son appareil photographique et mobile autour d’un axe, étalait sur toute la largeur d’une plaque sensible la série d’images fournies par les éclairements successifs de l’obturateur.
- Cette méthode, qui permit à son auteur d’obtenir des fréquences de plus de deux mille photographies à la seconde, présente divers inconvénients. Tout d’abord, elle ne permet de. recueillir qu’un nombre limité d’épreuves ; de plus, celles-ci, en raison de l’obliquité croissante du rayon réfléchi par le miroir sur la plaque sensible, sont inégalement espacées, ce qui fait qu’elles se prêtent mal à la reconstitution du mouvement que l’on veut étudier; enfin, malgré la brièveté du temps de pose, qui était exactement de un qua-rante-deux-millièmes de seconde, les images présentaient encore un certain degré de flou.
- En pratique, pour obtenir des images tout à fait nettes, il est indispensable de réduire notablement cette durée de pose.
- Un calcul fort simple montre que, pour recueillir en l’espace d’une seconde 2000 photographies mesurant chacune une largeur de 2 çm. la surface
- obligatoirement la durée de pose maxima pouvant être utilisée.
- Comment réaliser de semblables vitesses d’éclairement ? Comment en un temps aussi court obtenir une illumination suffisante de l’objet pour que son image soit assez brillante pour impressionner l’émulsion sensible?
- Contrairement à ce que l’on pourrait supposer, ce double problème peut être résolu assez aisément, grâce à l’étincelle électrique qui réunit justement
- les deux qualités les plus essentielles dans l’espèce, à savoir l’instantanéité et la puissance photogénique
- Ces diverses qualités, voici déjà plusieurs années, ont du reste été mises à profit par divers expér imen ta-teurs, en particulier par Mach et Salcher, par Boy, etc., pour obtenir, aux divers points de leur trajectoire, des photographies nettes de projectiles animés de vitesses initiales de plusieurs centaines de mètres à la seconde.
- Reprenant ces indications, M. L. Bull, l’éminent sous-directeur de l’Institut Jlarey, s’est avisé de la plus heureuse façon de mettre à profit ces si précieuses qualités de l’étincelle électrique pour réaliser sur un film sensible l’inscription de mouve-
- Fig. 5. — Schéma du dispositif de cinématographe ultra-rapide : A, Bobine de Ruhmkorff; B, Enveloppe de l’appareil; C, c, Dispositif optique concentrateur; D, Ouverture du viseur; E,Arc électrique; I, Interrupteur; L, Condensateur; M, Miroir viseur; R, Rouleau portant les films; S, Obturateur à rideau. En haut, Schéma -de l’appareil monté pour la stérèoscopie.
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- ments qui, jusqu’à ce jour, en raison de leur trop grande vitesse, n’avaient -pu encore être enregistrés.
- Le dispositif combiné à cet effet par M. Bull permet d'obtenir, par seconde, plus de deux mille images stéréoscopiques régulièrement espacées sur une pellicule et d’une netteté parfaite. Ces images, à l’aide d’un cinématographe ordinaire, peuvent ensuite être utilisées pour reproduire à une allure ralentie le phénomène enregistré, ce qui permet d’en faire l’étude aisément et à loisir.
- Mais, voyons rapidement les détails de l’appareil (fig. lj.
- Celui-ci se compose essentiellement d’une roue susceptible d’être animée d’un mouvement rapide au moyen d’un petit moteur électrique.
- Cette roue, construite en carton fort, d’un diamètre de 54,5 centimètres, reçoit une pellicule de 1,08 m de longueur permettant l’enregistrement de 54 photographies du format communément utilisé en cinématographie. Elle est disposée de telle sorte que la pellicule qu’elle entraîne se déplace exactement au foyer d’un objectif photographique.
- Sur l’axe de la roue se trouve disposé un interrupteur rotatif, capable de produire jusqu’à 2000 interruptions par seconde. Cet interrupteur a pour mission de rompre un certain nombre de fois, pendant chaque tour, le circuit primaire d’une bobine d’induction. Naturellement, chacune de ces ruptures s’accompagne d’une étincelle indirecte qui éclate en arrière d’un concentrateur ayant pour objet de faire converger les rayons lumineux dans l’objectif de l’appareil.
- On voit de suite le fonctionnement du système. Chacune des étincelles produites alors que la roue est en mouvement vient impressionner la portion du fdm sensible qui se trouve au même moment en arrière de l’objectif.
- Dans ces conditions, on se rend aisément compte que, si l’objectif est démasqué exactement durant un tour complet de la roue, la pellicule sensible enregistrera une série d’images de tout objet situé au-devant du concentrateur.
- La roue mobile est renfermée à l’intérieur d’une boîte en bois, de forme octogonale, dont la moitié supérieure est démontable de façon à permettre aisément le changement des pellicules sensibles impressionnées. Cette opération, naturellement,se fait dans le cabinet noir, à l’abri de la lumière.
- Quant à l’objectif, il est monté sur une petite chambre en bois fixée sur la partie antérieure de la boîte octogonale. Cette chambre, grâce à une disposition fort ingénieuse et très simple, cependant, sert en même temps de viseur. A cet effet, elle renferme un miroir pouvant se rabattre au moyen d’une charnière le long de la surface supérieure qui est munie d’un verre dépoli (fig. 5).
- Quand le miroir est abaissé, les rayons lumineux arrivant de l’objectif sont réfléchis sur le verre dépoli, ce qui permet d’effectuer facilement la mise au point. Celle-ci assurée, le miroir est relevé et l’appareil se trouve prêt à fonctionner.
- L’interrupteur, avons-nous dit, est calé sur l’axe même de la roue. Il est situé à l’extérieur de la boîte protégeant la pellicule sensible. De même qu’un collecteur de machine
- Fig. 6. — L’analyse du mouvement d’une libellule.
- — Ces 2 bandes cinématographiques et stéréoscopiques ont été prises au moyen de Vappareil de M. Bull. Placées à la distance de p cm et vues dans un appareil stéréoscopique, elles donnent l'illusion du relief.
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- Gramme, il est constitué par un disque épais, en ébonite, portant sur sa circonférence 54 lames en cuivre isolées les unes des autres. Deux balais métalliques, disposés suivant une des génératrices de l’interrupteur appuient sur celui-ci et, quand il est mis en mouvement, déterminent au passage de chacune des lames de cuivre, une fermeture et une rupture du courant primaire de la bobine, ce qui a pour effet à chaque fois de déterminer la production d’une étincelle induite. Ces étincelles éclatent entre deux électrodes de magnésium, de deux millimètres de diamètre environ et taillées en pointe à leur extrémité.
- Pour accroître l’intensité des étincelles, un petit condensateur est intercalé en dérivation dans le circuit secondaire de la bobine.
- Le concentrateur, en arrière duquel sont disposées les électrodes entre lesquelles jaillissent les étincelles servant de source lumineuse, est en général composé de trois lentilles : une lentille collectrice placée tout auprès de l’étincelle et deux lentilles plan-convexes constituant un système analogue à celui des condenseurs des lanternes à projections.
- Tout ce système optique, ainsi que l'objectif photographique, est construit en quartz et achromatisé avec le spath d’Islande. L’emploi de ces matières présente en l’espèce l’avantage très précieux de ne point arrêter, comme le fait le verre, les radiations ultra-violettes, très abondantes dans les étincelles électriques produites et dont on connaît le haut pouvoir photogénique.
- Naturellement, avec le dispositif que nous venons de décrire, les images obtenues sur la bande pelliculaire ne sont que des silhouettes. Cette particularité crée une difficulté grande d’apprécier l’orientation exacte du sujet, si bien que nombre d’images regardées isolément seront à l’occasion interprétées de deux manières différentes. Pour remédier à cet inconvénient grave, M. Bull s’est avisé du seul artifice permettant de l’éviter et a eu recours à la stéréoscopie. Sur sa bande pelliculaire, il reçoit simultanément non pas une, mais deux images du sujet mobile chronophotographié, au moyen de deux objectifs jumeaux disposés à l’écartement convenable sur la chambre adaptée à la boite octogonale abritant le film sensible.
- Naturellement, en arrière du concentrateur, se trouvent disposées deux sources de lumière, c’est-à-dire en l’espèce deux systèmes d’électrodes de magnésium entre lesquelles éclatent simultanément des étincelles, à chaque interruption du courant primaire (fig. 5).
- Ainsi que nous le notions tout à l’heure, pour éviter des superpositions d’images qui rendraient tout examen inutile, il importe que la pellicule sensible soit exposée à la lumière des étincelles seulement pendant la durée d’une révolution de la roue.
- Pour répondre à cette nécessité, M. Bull a muni son appareil d’un obturateur actionné électriquement, qui s’ouvre, à l’instant précis où doit commencer l’enregistrement des images et se ferme instantanément le tour de roue achevé.
- Cet obturateur, qui est disposé tout contre la pellicule, et fonctionne ainsi à la façon d’un obturateur de plaque, est constitué par une lame de laiton percée de deux fenêtres rectangulaires ayant les dimensions et l’écartement des images. Ces fenêtres, au début de l’expérience, sont masquées par un premier rideau constitué par une lame mince d’acier. Sous l’action d’un ressort, déclenché par un courant électrique au moment propice, ce rideau s’abaisse et l’enregistrement des images a lieu. À l’instant précis où la roue achève sa révolution, sous la commande d’un nouveau courant, un second rideau d’acier sembable au premier, est entraîné à son tour et vient obturer les fenêtres ouvertes. Le courant électrique assurant le fonctionnement de l’obturateur est indépendant de celui de la bobine.
- Fig. 7. — L’éclatement d’une bulle de savon traversée par un projectile. (Cinématographie de l’Institut Marey.)
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- Pour mesurer les intervalles de temps séparant les images, M. Bull utilise un diapason donnant 50 vibrations doubles par seconde. Ce diapason est installé de telle sorte que deux petits prolongements en fil de fer de ses branches soient photographiés au cours de l’expérience. Il suffit donc de compter le nombre d’images prises durant une période de vibration pour avoir, par une simple division, la valeur de l’intervalle cherché. Enfin, pour connaître exactement les espaces parcourus par le sujet photographié, M. Bull dispose dans le champ de l’objectif une règle de verre graduée, si bien que l’on obtient les distances par une simple lecture directe (fig. 4-).
- Ayant ainsi construit son appareil spécialement en vue d’étudier le vol des insectes dont le mouvement des ailes est, d’une façon générale, beaucoup trop rapide pour pouvoir être analysé directement, M. Bull s’est attaché à laisser aux insectes faisant l’objet de ses recherches la liberté parfaite de leurs mouvements, et à cet effet, il ne leur impose qu’une captivité fort courte, de quelques secondes seulement, immédiatement avant l’expérience.
- Pour le succès des essais, il est indispensable, naturellement, que le vol de l’insecte soit dirigé de façon à traverser le champ photographique. L’artifice utilisé pour cela consiste à disposer l’appareil au voisinage d’une fenêtre ; dans ces conditions, les insectes attirés par la lumière, sauf de rares exceptions, s’envolent toujours dans une même direction.
- Une difficulté plus sérieuse à résoudre tenait à ce fait qu’il est indispensable d’obtenir le déclenchement de l’obturateur au moment précis où l’animal traverse le champ photographique.
- Divers procédés ont été imaginés pour y parvenir, le déclenchement tempestif avec la main étant pratiquement irréalisable.
- Un premier système, qui réussit bien avec les agrions et les mouches ordinaires, consiste à maintenir l’insecte captif par une patte serrée dans une
- pince électro-magnétique intercalée dans le circuit de l’obturateur (fig. 5).
- Au moment où le premier volet découvre les fenêtres de l’obturateur, la pince s’ouvre et l’insecte s’envole, forcément dans une situation favorable, c'est-à-dire à l’intérieur du champ photographique.
- Pour les hyménoptères et autres insectes qui hésitent avant de prendre leur vol et qui, lorsque l’on utilise le dispositif précédent, partent presque toujours après le fonctionnement de l’obturateur, M. Bull recourt à une autre méthode dont le principe consiste à demander à l’insecte de fermer lui-même le circuit de l’obturateur à l’instant exact de son départ. Pour cela, l’insecte est introduit dans un tube de verre taillé
- en biseau à l’une de ses extrémités qui est tournée vers la lumière. Cette extrémité est en partie obturée par une petite porte enmicafort légère, maintenue fermée par un ressort très délicat qui, à l’état de repos, complète le circuit de l’obturateur (fig. 2).
- Après avoir introduit l’animal dans le tube par l’extrémité libre, l’opérateur attend pour fermer le circuit dudit obturateur que l’insecte soit venu soulever la porte de mica et par suite empêcher le passage du courant. Quand l’insecte s’envole, la porte de mica retombe, la continuité est rétablie et l’obturateur fonctionne utilement.
- Dans le cas des coléoptères, plus lents encore à s’envoler, M. Bull utilise un dispositif analogue dans lequel la porte de mica est remplacée par une petite bascule en aluminium très mince équilibrée par un contrepoids. La bascule à l’état, de repos établit le contact. Sous le poids de l’insecte, ce contact est interrompu et rétabli instantanément au moment de l’envolée, grâce au contrepoids.
- Ces dispositifs si variés, si délicats et si ingénieux réduisent au minimum les chances d’insuccès. Du moment, en effet, que l’animal ne refuse pas de s’envoler, ce qui est la règle habituelle avec des insectes capturés quelques instants seulement avant l’expérience, on n’a point à redouter un essai inutile..
- Fig. 8. — Appareil pour faire défiler les vues cinématographiques en en réglant à volonté la vitesse.
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- L’ANAPHYLAXIE ET LE MÉCANISME DE L’IMMUNITÉ— - 347
- L’appareil de M. Bull, dont nous venons de noter la description générale et le fonctionnement, permet de prendre jusqu’à deux mille photographies par seconde.
- Pour la reproduction du mouvement, il y a intérêt, si l’on veut pouvoir en suivre et en étudier convenablement les diverses phases, à ne point faire passer devant l’œil les images à une aussi grande vitesse. Les appareils cinématographiques ordinaires dans lesquels on fait habituellement défiler une quinzaine d’images par seconde permettent de corn sidérablement ralentir ce mouvement dont il devient alors en général aisé pour l’œil de suivre toutes les particularités.
- Dans les cas où ce ralentissement se trouve insuffisant, il est possible encore de l’exagérer, soit en augmentant le nombre des photographies prises par seconde, soit, plus simplenlent, en réduisant le total des images que l’on fait passer sous les yeux au cours d’une seconde.
- Pour cela, M. Bull propose l’emploi d’un système dont l’etfet est de prolonger notablement le temps durant lequel l’œil voit chaque image. Par cet arti-
- fice, au lieu de devoir faire se succéder environ 15 images par seconde, on peut arriver à pouvoir n’en utiliser que 2 ou 5 seulement.
- Le procédé fort simple, du reste, consiste à obliger la pellicule portant les images à suivre sur une certaine étendue un trajet en arc de cercle. Au centre de l’arc est disposé un petit miroir plan qui réfléchit l’image dans l’œil de l’observateur. Ce miroir est susceptible de décrire un certain arc de façon que, au fur et à mesure que la pellicule se déplace, l’image considérée paraisse toujours immobile pour l’œil de l’observateur (fig. 8).
- Quand l’image s’est déplacée d’une quantité égale à sa largeur, le miroir est brusquement ramené à sa position première au moyen d’un ressort et l’œil perçoit alors l’image suivante inscrite sur la pellicule.
- Ce procédé très pratique est utilisé par M. Bull pour le fonctionnement d’un appareil stéréoscopique pour l’examen des films chronophotogra-pbiques et donne les meilleurs résultats. Il est susceptible de s’appliquer aussi bien à la projection des images sur un écran qu’à l’inscription même des vues. Dr Georges Vitoux.
- L’ANAPHYLAXIE ET LE MÉCANISME DE L’IMMUNITÉ
- Chacun sait aujourd’hui qu’un certain nombre de maladies infectieuses confèrent l’immunité. Un individu qui a eu la variole est à l’abri d’une nouvelle atteinte de la variole. Suivant la formule plus générale inscrite sur le tombeau du fondateur de l’homéopathie Ilahnemann, on a été amené à « traiter les malades par des remèdes produisant des symptômes semblables à leurs maladies ». C’est par application de cette idée qu’ont été successivement imaginées : d’abord la vaccine de Jenner, puis les vaccinations dérivées de la méthode pastorienne. Il a été constaté que, par l’injection préalable d’une toxine microbienne atténuée, on vaccinait l’animal contre l’injection d’une dose plus forte et qu’en injectant à certains animaux des doses croissantes de toxine, on obtenait un sérum susceptible de conférer l’immunité à une autre espèce. Le sérum est à la fois anti-microbien et anti-toxique. L’organisme est immunisé contre l’infection par le développement, dans ses humeurs, de substances qui empêchent la prolifica-tion de l’agent microbien, et neutralisent ses toxines. D’une façon générale, il existe dans l’organisme une propriété qui consiste dans la production de substances antagonistes : anticorps dérivant des antigènes. Ce sont ces anticorps, dont nous possédons fort heureusement une provision ancienne et dont les vaccinations nous apportent le complément, que l’on s’était habitué à considérer, en toute occasion, comme des bienfaiteurs, produisant l’immunisation. Aussi est-il facile de comprendre la sensation produite depuis quelques années par des expériences montrant que, dans certains cas, l’antitoxine, injectée à un animal, au lieu de l’immuniser contre les effets d’une seconde injection semblable, pouvait rendre celle-ci mortelle. Loin de réaliser l'immunité, on obtient une sensibilité exagérée au poison qu’on appelle Yanaphylaxie. Un mémoire récent du Dr Armand Delille nous permettra S’exposer rapidement l’état de cette très intéressante question1.
- 1 Monographies cliniques sur les questions nouvelles en médecine, n° 56 (Masson, écl.).
- C’est en 1902 que MM. Charles Richet et Portier, étudiant les propriétés de l’actinotoxine, poison isolé des tentacules de l’actinie par M. Richet, constatèrent le fait pour la première fois. Un chien, auquel on avait injecté sans dommage une dose de ce poison, ayant subi, trois semaines après, une injection semblable, mourut très rapidement. Au lieu d’avoir été mithridatisé par la première opération, il en avait donc gardé un excès de sensibilité, une anaphylaxie. Plus tard, Arthus fit une observation analogue. L’injection de sérum de cheval n’étant nullement toxique à raison de 10 cm pour le lapin, si on fait à des intervalles de quelques jours plusieurs injections de ce même sérum, on provoque d’abord un œdème local, puis de la gangrène avec nécrose. En remplaçant l’injection sous-cutanée par une injection dans la veine de l’oreille, on peut provoquer la mort en quelques minutes. Enfin, d’autres faits cliniques observés par MM. von Pir-quet et Schick sont venus encore à l’appui de ces expériences, bien qu’appliquée à l’homme l’anaphylaxie soit beaucoup plus discutable et, en tout cas, plus bénigne. Un enfant ayant subi, au cours d’une scarlatine, une injection de sérum anti-streptococcique, 40 jours après, une injection préventive de 2 cm seulement de sérum antidiphtérique provoqua en quelques heures, avec une intensité considérable, les accidents de la maladie du sérum (urticaire, bouffissure, etc.).
- Comment fonctionne cette anaphylaxie? M. Charles Richet a montré que la sensibilité spéciale subit d’abord une période d’incubation de 2 à 5 semaines, puis croît jusqu’à un maximum et décroît. La période d’incubation montre qu’il ne s’agit pas d’une accumulation de poisons dans l’organisme, mais que l’organisme transforme le poison introduit en une substance nouvelle, non toxique par elle-même et cependant susceptible de devenir extrêmement toxique en présence d’une nouvelle dose de poison. Le travail d’Arthus a montré en outre qu’une substance albuminoïde, non toxique, d’apparence indifférente
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- pouvait, elle aussi, fabriquer dans l’organisme quelque poison analogue, il est possible que certaines,intoxications alimentaires, en particulier par les poissons, par les fraises, etc., auxquelles on attribue une sorte de caractère personnel à certaines personnes (d’idiosyncrasie) aient une origine de ce genre ; par exemple l’intolérance, que certains nourrissons présentent, soit pour le lait maternel, soit pour le lait de vache, serait, d’après M. Ilutincl, une manifestation d’anaphvlaxie relative au lait.
- Des expériences curieuses de M. Richet ont montré que l’anaphylaxie peut se transmettre d’un animal à un autre; en injectant à un chien neuf un peu du sang d’un chien anaphylactisé, on détermine chez le premier la même anaphylaxie. Il devient hypersensible à une première injection de la toxine, comme si celle-ci lui avait été injectée déjà une autre fois. Le sang de l’animal anaphylactisé renferme donc, sous une forme quelconque, le principe qui, sans être nocif par lui-même, est susceptible de le devenir. Enfin le même savant a opéré au laboratoire le mélange du sérum d’un animal anaphylactisé (supposé, par conséquent, contenir ce principe) avec la dose primitive de toxine et, l’injectant à un animal neuf, a déterminé aussitôt les accidents qui habituellement ne se produisent qu’à la seconde injection.
- Si donc on dépouille les explications possibles et proposées de leur appareil technique pour en retenir seulement ce qui est à la portée des profanes, on arrive presque nécessairement à la conclusion suivante :
- La première substance injectée, et toujours non toxique, — que ce soit un sérum, une albumine étrangère, ou un poison d’origine microbienne, animale ou végétale, — agit comme ce que nous avons appelé un antigène et provoque l’apparition d’un anticorps qui demande pour s’élaborer une période déterminée. Cet anticorps, auquel on a donné les noms de toxogénine, sensibilisine, ly-
- ACADÉMIE E
- Séances des 18 et a5 avril 1910,
- La parallaxe du Soleil. — M. Baillaud résume un nouveau travail de M. Hincks sur la parallaxe du Soleil déduite des observations de la planète Eros. Déjà l’an dernier cet astronome avait utilisé ces observations dans ce but, mais il ne s’élait servi que des clichés photographiques. Cette année il a tiré parti des observations visuelles. Celles-ci sont de deux espèces : des mesures micrométriques rapportant la position de l’étoile à celle d’une étoile connue visible dans le champ de la lunette; des différences d’ascension droite notées au chrono-graphe entre la planète et une étoile voisine connue. La première méthode est la plus précise. En combinant les observations par observatoires M. Hincks déduit le nombre 8,808 ; en traitant ensemble toutes les observations sans distinction de provenance il trouve 8",807. La deuxième méthode a été employée déjà par M. Perrotin qui était très habitué à l’usage du chronographe. Il a trouvé le nombre 8",81 qu’il a indiqué sans discussion ; M. Hincks, qui a opéré un examen raisonné des observations, est conduit à un nombre très voisin.
- Parthénogénèse. — M. Delage rappelle que l’on est arrivé à provoquer le développement des œufs de certains animaux en recourant à des actions chimiques ou physiques. Il annonce que M. Bataillon est parvenu au même résultat par une action mécanique. Or il est à
- sine, etc., entre en contact avec l’antigène à la seconde inoculation et il se produit alors, probablement par modification de l’antigène, une substance toxique, ou plus toxique.
- Le fait bien constaté que de faibles doses d’antigène sont seules capables de provoquer l’anaphylaxie s’expliquerait parce qu’avec une dose trop forte, l’anticorps, élaboré lentement, se fixe au fur et à mesure sur l’antigène, en sorte qu’il n’en existe plus en liberté une dose assez forte pour modifier la deuxième dose introduite.
- On arrive alors à l’idée que, tout en étant le contraire de l’immunité, l’anaphylaxie vient du même processus de défense de l’organisme qui tend à l’immunité; car, chez nombre d’animaux à la période d’hypersensibilité succède une période d’immunité, et, dans d’autres cas, on peut, suivant le mode opératoire, obtenir, chez le même animal, ou l’un ou l’autre des deux états. D’après Nicole, l’antigène produirait deux espèces d’anticorps : des coagulines agissant seules et capables d’immuniser, et des lysines pouvant devenir toxiques par l’addition d’un complément dit alexine. La prédominance de l’un ou l’autre groupe amènerait : dans le premier cas, la vaccination; dans le second, l’anaphylaxie. On a essayé d’expliquer le tout par la considération, récemment encore à la mode, des colloïdes.
- Pratiquement, ces phénomènes qui deviennent, comme on l’a vu, mortels chez certains animaux expérimentés, n’ont heureusement que peu de gravité chez l’homme. On s’est néanmoins occupé de reconnaître l’anaphylaxie et même de vacciner contre elle, de produire l’anti-anaphylaxie. Besredka, en faisant à un cobaye anaphylactisé une injection de la toxine primitive (antigène) extrêmement minime, l’a rendu capable de supporter, au bout de quelques heures, une injection intra-cérébrale, qui eut été mortelle pour un autre animal anaphylactisé. A. Latour.
- S SCIENCES
- Présidence de M Emile Picard.
- remarquer qu’il y a au début du phénomène physiologique de la fécondation des œufs une perforation d’enveloppe. 11 a expérimenté sur des œufs de grenouille. Après avoir lavé abondamment l’animal dans de l’eau bichlorurée, stérilisé ses instruments ainsi qu’un récipient il extrait du corps de l’animal les œufs et les reçoit dans le récipient stérilisé. Il pique ensuite ces œufs avec un fil extrêmement fin. Le vitellius est traversé. Cette perforation fait-elle sortir une gouttelette microscopique du liquide? on ne sait. Mais, quoi qu’il en soit, il semble qu’il se produise à l’intérieur de l’œuf une rupture d’équilibre. On observe alors non point un commencement de segmentation, mais une vraie segmentation et l’on peut conduire l’évolution de l’œuf jusqu’à l’apparition d’une larve libre.
- Mouvement dfun liquide dans les tubes étroits. — M. Bouty présente une Note de M. Menneret relative au mouvement des liquides dans les tubes étroits. L’auteur a étudié l’oscillation dans un tube en U. Il y a deux régimes suivant la valeur de l’amortissement ; une vitesse critique caractérise la séparation des deux régimes.
- Effet physiologique des courants alternatifs. —M. Lipp-mann fait connaître une expérience de M. Thompson sur les courants alternatifs. Si l’on introduit la tête à Tinté-
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- LANCEMENT A BORDEAUX DU CUIRASSÉ « VERGN1 AUD » = 349
- rieur d’une bobine parcourue par des courants alternatifs à 50 périodes, on aperçoit des lueurs fugitives. M. d’Arsonval rappelle qu’il a obtenu les mêmes effets en plaçant la tète dans un champ magnétique déterminé par un courant alternatif à 42 périodes. Ces courants auraient donc une action sensible sur l’organisme.
- Dépôt mécanique de métaux. — M. d’Arsonval expose un procédé imaginé par M. Sclioope pour obtenir des dépôts de métaux sur d’autres métaux ou sur d’autres corps sans faire intervenir la galvanoplastie. Ce procédé réussit très bien en particulier avec l’aluminium qui ne peut être déposé par la galvanoplastie ; en raison de la légèreté et des propriétés chimiques de ce métal, on peut
- prévoir des applications sans nombre. L’auteur fait passer l’aluminium fondu par une fdière de un quart de millimètre de diamètre. A la sortie de la filière le métal est pulvérisé par un jet d’azote sous forte pression. Les particules entraînées s’agglomèrent comme sous l’effet du laminoir. On obtient aussi des dépôts d’aluminium, de plomb, ou d’autres métaux sur toute espèce d’objet. Or comme la température du métal se trouve abaissée à 40° environ au moment du dépôt, on peut recouvrir des étoffes, des fruits. L’épaisseur de la couche peut être de 0,n,00002 et atteindre plusieurs centimètres. Le procédé est d’ailleurs très rapide car pour obtenir un dépôt d’une épaisseur de 0m,006 il suffit de 10 minutes.
- La bibliothèque de VInstitut. — M. le Secrétaire perpétuel Darboux présente une brochure deM. Henri Dehé-rain, intitulée : Le classement et les catalogues des ouvrages imprimés à la Bibliothèque de l'Institut. On y voit qu’il existe trois origines de livres dans cette bibliothèque : Y ancien fonds comprenant tous les ouvrages entrés depuis la loi du 15 germinal an IV à l’exception de ceux légués; la nouvelle série ouverte en 1895, faisant suite à l’ancien fonds, enfin les fonds particuliers, c’est-à-dire les livres légués. Tous ces livres sont inventoriés dans des registres par ordre alphabétique des auteurs et des matières; de plus, ils sont l’objet défichés alphabétiques par noms d’auteurs. Cette brochure aura pour effet de faciliter les recherches des personnes qui viennent travailler à la bibliothèque de l’Institut.
- La substance odorante du beurre de coco. — M. Ilaller résume un travail qu’il vient d’exécuter avec M. Lassieur sur l’essence qui rend odorant le beurre de coco brut. Ils montrent que cette essence se rapproche par sa constitution de l’essence de rue, car elle renferme principalement de la méthylhcptylcétone et de laméthyl-nonylcétone, deux célones à odeur forte et pénétrante.
- Les couches supérieures de l'atmosphère solaire. — M. Deslandres rappelle que les recherches faites à l’Observatoire de Meudon ont révélé les couches supérieures de l’atmosphère solaire. Depuis deux ans ces couches sont observées et photographiées chaque fois que l’état du ciel permet de les étudier. Or on sait qu’il n’y a plus de taches dans l’atmosphère solaire supérieure, mais on y voit à leur place des filaments parfois assez larges. Depuis deux ans la surface des taches a été en diminuant alors qu’au contraire la surface des filaments a été en augmentant. L’aire totale des taches est mesurée chaque jour dans les observatoires; il conviendra d’ajouter la mesure de l’aire des filaments. On constate, en outre, qu’il y a en ce moment autour du cercle polaire du soleil une cou-
- ronne de filaments. C’est là l’indice d’une grande circulation méridienne.
- La configuration de Jupiter et de Saturne. — M. Bigourdan analyse une communication de M. Lowell, directeur de l’Observatoire de Flagstaffs, sur la photographie des planètes. L’auteur applique une méthode nouvelle. Il a pu photographier la bande équatoriale de Jupiter et ses filaments, pareillement il a pu photographier l’ombre portée sur le disque de Saturne par l’anneau et même le disque de la planète à travers cet anneau.
- Les canons grêlifuges. — M. André expose que dans le département du Rhône il est tenu dans les mairies des registres sur lesquels on relève le montant des pertes causées chaque année à l’agriculture. En opérant le dépouillement de ces registres on a pu en déduire dans chaque commune le chiffre moyen des dégâts dus à la grêle pendant la période de 20 ans 1881-1900 qui a précédé l’introduction de la pratique des tirs grêlifuges. On a fait la même moyenne pour la période décennale 1900-1910 pendant laquelle les tirs ont été pratiqués. Le tableau général des résultats montre que la moyenne des pertes du second tableau est supérieure à la moyenne des pertes du premier. Ainsi donc l’emploi des canons grêlifuges a été inefficace; la différence n’est pas assez forte pour que l’on puisse la dire nuisible. Or comme l’emploi de ces engins a causé des accidents, il est temps de mettre fin à une pratique inutile. M. Lemoine appuie énergiquement cette manière de voir en observant que des expériences faites dans la haute Italie ont conduit à la même conclusion.
- Les plantes alpestres aux basses altitudes. — M. G. Bonnier présente une Note de M. Léon Maret sur les colonies de plantes alpestres croissant aux basses altitudes. Ces colonies de plantes de hautes altitudes seraient restées dans le bas de la vallée du Rhône depuis la fin de la dernière période glaciaire. Cu. de Villedeuil.
- LANCEMENT A BORDEAUX DU CUIRASSÉ « VERGNIAUD »
- Les cinq premiers cuirassés du type Danton sont à l’eau depuis assez longtemps déjà. La mise à Ilots de la dernière unité de cette série, retardée pour les motifs que nous allons indiquer, a eu lieu le 12 avril à Bordeaux, aux chantiers de la Société de la Gironde.
- Cet établissement se trouve en présence, lorsqu’il entreprend la construction des navires d’une certaine importance, de difficultés spéciales provenant du violent courant de la Garonne, sur la rive gauche
- de laquelle ses cales de construction sont installées. La construction d’un bâtiment comprend, en effet, dans la presque totalité des chantiers de construction navale, deux périodes bien distinctes.
- Dans la première on confectionne, sur cale, la coque, le chaudron, pour employer le terme du métier, très exactement imagé, puisque il s’agit surtout là d’un travail d’assemblage, de rivetage de tôles, d’un travail de chaudronnerie. Puis, cette coque achevée, mise en état de tenir l’eau, on pro-
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- cède au lancement, après lequel le navire amarré le long d’un quai, auprès d’une grue puissante, reçoit successivement les pièces plus ou moins lourdes de son armement, de ses machines, sa cuirasse, en un mot tout ce qui en fera un navire de guerre prêt à courir au combat. Cette dernière période est celle à'achèvement à flots.
- Naturellement, pour procéder aisément à ces travaux divers et notamment à celui de la mise en place des plaques de blindage sur les lianes du bâtiment, il est nécessaire d’opérer en eaux calmes.
- C’est ce que ne permet point la violence du courant de la Garonne. Aussi, jusqu’à présent, lorsque la Société des Ateliers et Chantiers de la Gironde a été appelée à construire des bâtiments de guerre de gros tonnage, et le cas s’est présenté pour le croiseur-cuirassé Kléber, et le cuirassé Vérité, elle confondait en une seule les deux périodes dont nous
- Fig. i. — Le lancement du * Vergniau.i » aux Chantiers .de la Gironde.
- venons de parler, et le bâtiment ne. quittait sa cale que lorsqu’il était complètement achevé; cuirasses, machines, chaudières, tout était en place. Par une sorte de coquetterie qu’autorisait le faible tonnage du navire, le Kléber avait même été muni de son artillerie.
- Mais ce qui était possible avec des bâtiments de 8000 et 15000 tonnes qui, d’ailleurs, ne portant ni leur charbon, ni leurs munitions, ne pesaient encore, au moment de leur lancement, que 6000 et 12 000 tonnes, ne l’était plus avec le Vergniaud; ce bâtiment, poussé au même point que ses prédécesseurs, eût en effet pesé 14 ou 15000 tonnes.
- La cale se serait peut-être refusé à porter une si lourde charge et l’opération de la mise à l’eau serait devenue très délicate.
- Pour résoudre cette difficulté, la Société de la Gironde a décidé de revenir pour le Vergniaud au système de l’achèvement à flots et de créer, à côté de la cale de construction, l’asile en eaux calmes où le cuirassé pourrait être terminé.
- Elle a donc creusé, dans les berges de la Garonne, un bassin de 181 mètres de longueur, 37 mètres de largeur, et de 10 mètres de tirant d’eau, où le
- Faux pont
- Pontblindé supérieur
- ccllu I dire
- Trancha
- épaisse
- Flottaison
- Pont blindé in férieur
- protedtion contne les .
- -..Quille de roulis
- Fig. 2. — Coupe dans le flanc du « Vergniaud » montrant les dispositions de la cuirasse de flottaison et du caisson de protection contre les torpilles.
- Vergniaud a été placé dès sa mise à flots et où il va recevoir ce qui lui manque encore pour être prêt à arborer le pavillon national.
- Mais il a fallu attendre pour lancer le bâtiment que le bassin fût prêt à le recevoir.
- Ces arrangements n’influeront d’ailleurs en rien sur la date de la disponibilité du cuirassé, fixée au mois de juillet 1911. Le Vergniaud sera prêt en même temps que ses similaires.
- Au cours des travaux de creusement du bassin, exécutés par MM. Schneider et Cie et Vigner, on constata qu’à peu de frais il serait possible de transformer le bassin à flots, que l’on avait tout d’abord conçu, en un bassin de radoub, où il serait facile
- Coque
- Fausse quille
- ..Quille do ; roulis
- Glissière
- de construction
- Fig. 3. — Schéma du lancement sur sa'vale employé pour le « Vergniaud ».
- de mettre au sec et de caréner non seulement les navires de 145 mètres de long comme le Vergniaud et ses pareils, mais même ceux qui doivent composer notre future escadre, et dont les deuxpre-mières unités vont être mises en chantiers à Brest
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- LANCEMENT A BORDEAUX DU CUIRASSÉ « VERGNIAUD
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- et à Lorient. Ces bâtiments jaugeant 25 500 tonnes auront, on le sait, une longueur de 165 mètres.
- Ce changement dans le plan était d'ailleurs de nature à augmenter notablement la valeur du port de Bordeaux, puisqu’il le dotait d’un bassin de radoub où les plus grands navires de guerre et la majeure partie des grands navires de commerce pourraient venir se faire visiter et réparer. Pour notre marine de guerre, le fait est d’autant plus important que les seuls-bassins de Brest et de Toulon susceptibles, en raison de leur longueur, de recevoir nos navires du type Danton devront être élargis à la porte pour qu’ils puissent y entrer, et qu’aucun de nos arse-
- turbines que l’on peut voir dès à présent rangées le long du bassin.
- Ces turbines ont été construites à la Seyne près Toulon, aux ateliers des Forges et Chantiers de la Méditerranée.
- Le lancement du Vergniaud s’est elfectué le plus heureusement du monde. Tout au plus aurait-on pu accuser le beau navire d’un peu d’impatience. Aussitôt, en eftet, qu’on a commencé à le débarrasser de ses entraves, il a manifesté, par des craquements sonores et une pression formidable sur la maçonnerie où était noyée la savate, une vivacité qui a permis tout juste d’attendre le mouvement exact
- naux n’en possède encore un seul qui soit capable de recevoir les cuirassés que nous commençons a construire !
- C’est donc un véritable service que la Société de la Gironde a rendu au pays en lui offrant une ressource précieuse que le Ministère.de la Marine n’est pas encore arrivé à créer.
- Un magnifique pont roulant, chef-d'œuvre de légèreté et de puissance, enjambe le bassin et circule sur des rails placés de chaque côté. Construit par MM. Schneider et Cie, il présente entre les pylônes qui le portent une largeur de 47 mètres, et s’élève à 23 mètres de hauteur. Il est capable de soulever des poids de 140 tonnes. C’est par son moyen que seront embarquées à bord du Vergniaud ou appliquées sur ses flancs les plaques de blindage, et ses
- fixé pour la cérémonie et marqué d’ailleurs par l’étale de la marée haute.
- Mais à peine les invités officiels arrivaient-ils à leur tribune, et avant même que les derniers accores aient été enlevés, le Vergniaud, arrachant la moitié de sa savate que la scie venait d’entamer, s’élançait à l’eau d’un mouvement rapide qui fait bien augurer de ses allures futures.
- Tout un peuple massé dans les tribunes sur les rives du fleuve, entassé sur une foule de remorqueurs et d’embarcations, a accueilli, avec l’enthousiasme que ne manque jamais de provoquer cet impressionnant spectacle, la majestueuse entrée à l’eau du futur espoir de notre marine.
- Le système employé pour le lancement-du Vergniaud acte celui dit sur savate, dans lequel le ba-
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- LANCEMENT A BORDEAUX DU CUIRASSÉ « VERGNIAUD »
- timent glisse sur une sorte de rail ou glissière par l’intermédiaire d’une forte semelle ou savate en bois solidement fixée sous la quille. Une épaisse couche d’un mélange suif et savon est introduite, quelques heures avant le lancement, entre la savate et la glissière. Pour le Vergniaud, on n’a pas employé moins de 8500 kilogrammes de ce mélange.
- La savate avait 1,60 m de largeur et une épaisseur de 30 centimètres, la glissière mesurait 1,70 m de largeur.
- Ce mode de mise à l’eau est assez employé parce qu’il est fort économique, mais il présente quelques
- ment supprimés. On libère définitivement le bâtiment en la sciant.
- Pour le Vergniaud, comme je l’ai dit plus haut, la tendance du navire à quitter sa cale était telle que le massif de béton où était maintenue la tête de la savate commençait à faiblir au moment où il fut possible de procéder à l’opération.
- Rappelons en terminant que le Vergniaud et ses similaires porteront un armement composé de 4 pièces de 305 mm, 12 de 240 mm, toutes réparties par paires en tourelles cuirassées.
- Pour combattre les torpilleurs contre lesquels
- Fig. 5. — Le nouveau bassin à flots des Chantiers de la Gironde. Il est construit en béton armé, peut recevoir des vaisseaux de i65 mètres de long, transformable à volonté en bassin de radoub.
- aléas parce que le navire est, pendant toute l’opération, en équilibre sur sa quille. Pour parer d’ailleurs à un accident qui tournerait au désastre si cet équilibre se rompait et si le bâtiment venait à tomber d’un bord ou de l’autre, on place encore sous ses deux flancs, à une certaine distance de la quille, des ventrières longitudinales qui, en cas d’arrêt et d’inclinaison, viendraient porter sur des poutres fixées sur la cale, et s’opposeraient à tout mouvement inquiétant.
- La savate se termine à l’avant par une puissante pièce de bois solidement fixée dans un massif de béton, qui constitue le dernier moyen de retenue du navire lorsque tous les autres ont été successive-
- l’emploi de la grosse artillerie ne serait pas de mise, ces bâtiment disposent de 16 pièces de 75 mm et 10 de 47 mm à tir rapide. On trouve ainsi à leur bord deux tubes lance-torpilles placés sous la ilot-taison.
- La vitesse que doivent leur donner leur 4 hélices, mues par autant de turbines est de 20 nœuds 1.
- A. Sauvaire Jourdan.
- Capitaine de frégate de réserve.
- 1 Pour renseignements plus complets sur ces navires, nous renvoyons nos lecteurs à notre numéro 1776.
- Le Gerant : T. Masson.
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9.
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- 7 MAI 1910.
- LA NATURE. — N° 1928.
- LE FORÇAGE DES BRUYÈRES
- On a décrit à plusieurs reprises dans La Nature quelques-unes de ces méthodes de forçage des plantes, auxquelles donne lieu l’accroissement de la demande commerciale en fleurs, en légumes ou en
- où la température ne s’abaisse jamais au-dessous de 4°. Comme compost, on emploie de la terre dite « de bruyère » riche en humus, récemment extraite si possible et concassée grossièrement.
- Les bruyères se multiplient par semis, bouturage, ou marcottage. Chez nous, on ne sème guère que des graines importées ; au printemps on les répand simplement, sans les enterrer, sur une couche de terre de bruyère sableuse, bien aplanie, qu’on met dans une terrine drainée. On place la terrine, recouverte d’une vitre, sous châssis et sur une couche de fumier; la germination s’opère au bout d’un mois ; on repique ensuite les jeunes plants une ou deux fois,
- Fig. i. — Une serre pour le forçage des bruyères.
- fruits. Les nouvelles photographies que nous donnons ci-contre signalent jusqu’où va l’extension de ces procédés. La plante qu’on y voit soumise au forçage est en effet la
- Fig. 3. — Repiquage des boutures dans les caisses.
- bruyère, dont la culture se propage actuellement dans toute la banlieue de Paris, et qui est même l’unique végétal cultivé dans quélques établissements horticoles, situés aux environs de Vincennes et de Montreuil.
- Pour forcer les bruyères, on les abrite sous des serres assez basses (fig. 1), facilement aérables et
- Fig. 2. —Préparation des boutures.
- toujours sur couche; puis on continue leur culture en plein air.
- Mais le bouturage constitue réellement le procédé le plus employé par les horticulteurs parisiens ; on l’opère de préférence au printemps et à l’été, les jeunes pousses prenant alors racine plus aisément. Toutefois à cause des exigences de la vente, les spécialistes doivent souvent bouturer de décembre à fin février.'On prend des boutures sur des sujets robustes (fig. 2). L’ouvrier choisit les extrémités des pousses les plus récentes, les raccourcit avec un couteau à une longueur uniforme de 15 à 20 millimètres et les dépouille de leurs feuilles basilaires.
- On les repique ensuite soit dans des terrines, soit dans des caisses garnies de terre de bruyère sablonneuse bien tassée (fig. 5). Afin d'empêcher lesvégé-
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- 38° année. — Ier semestre.
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- 354 : LE RIVAL DU
- tâtions cryptogamiques, on répand à la surface des terrines et des caisses une couche de charbon pilé, de sable tamisé ou mieux on les arrose d’une solution cuprique. Après bassinage, on recouvre les terrines de cloches, et les caisses de vitres, si l’on a bouturé l’hiver et on les porte dans la serre à multiplication. Quand on a opéré l’été, on les met simplement sur couche. En tout cas, il faut maintenir l’atmosphère ambiante entre 18° et 20°, ombrager contre les rayons solaires et bassiner légèrement pour entretenir la moiteur de la terre. L’enracinement s’effectue un mois et demi après. On aère alors davantage, on supprime vitres ou cloches et, quelques jours plus tard, on transporte les boutures bien enracinées dans une serre moins chaude.
- Au bout de trois semaines, c’est-à-dire, pour les horticulteurs de la banlieue parisienne, vers mai ou juin, on met individuellement chaque bruyère dans des petits pots de 6 à 7 centimètres de diamètre. Ensuite, on les enferme sous châssis durant le temps nécessaire à la reprise, on aère progressivement de
- LE RIVAL DU
- Plusieurs notices ont été consacrées ici même au boomerang, cette arme mystérieuse des indigènes australiens, qui a l’étrange propriété de revenir vers le lanceur, après avoir décrit dans l’air une série de courbes capricieuses que la photographie instantanée n’a malheureusement pas réussi à fixer. Rappelons simplement que les Australiens emploient divers modèles de boomerangs, qui ne font pas tous retour vers le lanceur. Le boomerang de guerre, en particulier, beaucoup plus grand que le boomerang de chasse (les Aruntas lui donnent jusqu’à 1,25 m. de longueur), ne revient pas en arrière. Il est construit pour ricocher une ou deux fois sur le sol, avant de bondir sur l’ennemi, en tournoyant.
- Parmi les boomerangs de chasse, les uns sont de simples armes de jet, tandis que les autres rebroussent chemin vers leur point de départ s’ils n’ont pas atteint leur but (un oiseau au vol, par exemple).
- Enfin, les indigènes emploient aussi un modèle spécial qui fait retour après avoir franchi une distance de 100 à 150 m., et que l’on ne doit considérer que comme un instrument sportif.
- C’est à cette dernière catégorie qu’appartient le boomerang dit à croix, en usage dans plusieurs tribus australiennes, et qu’un inventeur anglais, M. A. Dash-wood Lang, a réussi à imiter, non sans l’élever à un remarquable degré de perfectionnement. Le modèle indigène est formé de deux morceaux de bois dur, respectivement longs de 15 et de 20 cm, liés ensemble en forme de croix, et dont les bords offrent une combinaison de courbes à 120° environ.—Après avoir pratiqué pendant de longues années le lan-
- BOOMERANG : ' " ......______
- plus en plus jusqu’à l’enlèvement final des châssis qui a lieu en juillet. En France, on peut les conserver en plein air jusqu’au 15 octobre, mais il convient de les rentrer à cette époque afin de les préserver des gelées blanches.
- Pour obtenir la petite bruyère basse, touffue et très ramifiée qu’on vend à Paris, l’horticulteur doit pratiquer, en outre, plusieurs pinçages. On les applique dès la première année et aussi la seconde sur les espèces qui n’atteignent l’âge adulte qu’à deux ans. De juin à septembre, on pince chaque pied deux ou trois fois et la coupe des boutures constitue, en définitive, un deuxième ou un quatrième pinçage.
- Enfin, comme les bruyères adultes fleurissent chaque année, il faut encore les tailler ou les rabattre après floraison, c’est-à-dire supprimer les rameaux défleuris. De la sorte, on provoque, en dessous de chaque branche enlevée, une nouvelle ramification et on conserve à la plante sa forme touffue. Si l’on négligeait cette opération, la bruyère se déformerait. Jacques Boyer.
- BOOMERANG
- cernent du boomerang indigène, M. Dashvvood Lang a fini par produire un jouet bien supérieur à son modèle, et qu’il appelle le curva.
- En apparence, l’objet n’est qu’une croix de bois, dont la plus grande pièce est plus longue d’un tiers que la seconde. Mais il est évident que cette simplicité de forme n’est qu’apparente. On s’en rendra compte en construisant une croix de même dimension et en essayant de la lancer. Elle franchira au maximum une distance d’une vingtaine de mètres, mais sans faire retour.
- Au contraire, si un novice lance le curva vers un but placé à distance d’une trentaine de mètres, il aura la surprise, pour peu qu’il ait tenu compte des instructions reçues, de le voir effleurer le but, puis, décrire une courbe sur la gauche (s’il fut lancé par la main droite), et revenir vers la main du lanceur.
- Le lancement se fait de la façon suivante. Le joueur saisit entre le pouce et l’index l’extrémité du plus long bras, et, tenant l’objet dans le sens de la verticale, le lance avec force devant lui. A peine s’est-il échappé des doigts, qu’il commence à décrire une courbe à gauche, en se couchant progressivement à plat, tout en pivotant sur lui-même avec une rapidité grandissante. Cette vitesse de rotation atteint son maximum au moment où le curva, cessant son mouvement ascensionnel, commence à redescendre vers le sol en se dirigeant vers la main du lanceur.
- Nos trois photographies reconstituent l’ensemble de ce vol étrange. La première nous montre l’inventeur lançant le curva sur une vaste pelouse d’un
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- LE RIVAL DU BOOMERANG
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- parc de Londres. Dans la deuxième, le mystérieux projectile vient de tourner autour de l’homme qui sert de but, et qui n’a pas eu le temps de se redresser (après s’être courbé instinctivement sous le sifflement du boomerang), que, déjà, ce dernier s’est envolé vers son point de départ. Enfin, le troisième instantané mon-tre son retour vers la main du lanceur.
- Nous n’avons pas à rechercher ici quel est l’avenir qui attend ce jouet scientifique. Il offre cet énorme avantage sur le boomerang à forme paraboli-
- étonnamment, dès que le joueur sait mesurer la force de jet, et la combiner avec une torsion du poignet, qui ne s’acquiert qu’avec la pratique. Les courants aériens exercent une curieuse influence sur le vol, mais, et c’est là une constatation singulière, sans l’empêcher de revenir à son point de départ.
- L’inventeur nous a décrit un vol dont un de ses disciples fut le témoin. Le curva était sur le point de rebrousser chemin, quand il rencontra un coup de vent. Il resta en place dans l’air pendant 30 secondes,
- Le mode d’emploi du curva. — De i à 3 : le lancer, le trajet, le retour.
- que présenté il y a quelques années au monde sportif, d’ailleurs sans rencontrer un accueil favorable, qu’il ne nécessite pas une longue pratique. Un débutant arrive aisément à lui faire accomplir dans l’air de curieuses évolutions. Après quelques essais, il obtient du curva deux boucles parfaites avant le retour vers le point de départ.
- Lëk évolutions entre le départ et le retour varient
- tout en tournant rapidement sur lui-même, et comme s’il attendait que le vent se décidât à tomber. Puis, reprenant sa course, il vola vers son lanceur, sans que l’arrêt eût modifié la direction de sa trajectoire.
- En présence de l’engouement que la jeunesse française manifeste pour tout ce qui tient à Déviation, il faut souhaiter que ce jouet aérien s’introduise rapidement chez nous. Y. Forbin.
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- LES CERFS-VOLANTS MILITAIRES MONTÉS
- On a considéré longtemps le cerf-volant comme un simple jouet, puis on s’est avisé de lui faire porter un appareil photographique, aujourd’hui enfin on lui confie une nacelle enlevant une ou deux personnes. De même que l’aérostation comporte
- On avait d’abord pensé qu’un homme pouvait être directement enlevé par l’engin et diverses expériences furent faites avec un certain succès dans ce but, en France par M. Maillot dès 1886; puis en 1894 en Angleterre par le capitaine Baden
- Fig. i. — Le montage d’un cerf-volant Saconney. — Des soldats amènent sur les lieux les cellules démontées et roulées dans des étuis.
- des ballons captifs destinés à faire des observations en temps de guerre, notamment pour le réglage du tir d’une batterie d’artillerie, l’aviation comportera aussi des aéroplanes captifs qui rempliront le même but. Les deux systèmes rivaux du (f plus léger » et
- Potvel; aux États-Unis par M. Lamson, mais il fallait employer des appareils de très grande surface, difficiles à manier et, en somme, offrant peu de sécurité. En Australie, M. Hargrave, l’inventeur du cerf-volant cellulaire, eut l’idée, en 1894, d’em-
- Fig. 2. Montage des éléments qui constitueront le Irain de cerf-volant.
- du (i plus lourd » que l’air se compléteront ainsi pour concourir au même but.
- Quand le vent devient trop fort pour le ballon captif (c’est le cas quand sa vitesse atteint 10 à 12 m. à la seconde) le cerf-volant doit le.remplacer, car c’est précisément le moment où il commence à pouvoir être pratiquement utilisé comme porteur de nacelle, et il se trouve fort bien de vents plus violents, 20 à 50 m. à la seconde, par lesquels sa puissance de sustentation est encore augmentée.
- ployer plusieurs appareils à la fois formant un train, et il fut suivi bientôt par le capitaine Baden Powel qui parvint à plusieurs reprises à s’élever à 90 m. de hauteur. Il fut dès lors prouvé que les trains constitués par plusieurs appareils avaient une très grande supériorité sur les appareils uniques, et ensuite que l’emploi des cerfs-volants cellulaires, pour constituer ces trains,.permettait des surfaces moindres, ce qui rend les manœuvres beaucoup plus faciles. Dans ces dernières années les officiers anglais
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- LES CERFS-VOLANTS MILITAIRES MONTÉS
- et russes ont réalisé d’importants progrès et sont parvenus à s’élever facilement à plus de 600 m. ; le lieutenant Brook-Smith a même atteint 1000 m., par vent ascendant, en ne déroulant que 1350 m. de câble.
- En France, le capitaine Saconney, qui a déjà étudié la question à propos du lever des plans par la photographie (Yoy. n° 1877, du 15 mai 1909, page 576) est parvenu à établir un matériel qui lui a donné toute satisfaction dans les expériences réalisées au Portel, près de Boulogne-sur-Mer.
- Il a pu s’enlever, ayant avec lui dans la nacelle une autre personne et 75 kilogrammes de
- vitesse du vent; on peut donc enlever 120 kg par un vent de 16 m. Il est facile de calculer selon la vitesse du vent quel est le nombre d’engins à employer pour un poids donné.
- Le procédé adopté pour enlever la nacelle offre une très grande sécurité, parce que celle-ci n’est pas attachée directement aux premiers cerfs-volants, mais qu’elle est envoyée en postillon sur le câble tendu par ceux-ci; elle roule pour ainsi dire sur un rail fixe. Voici, en effet, quelle est la série des opérations d’une ascension : on déroule environ 150 m. de câble et on dispose dans le vent un premier cerf-volant, appelé pilote, fixé à son extrémité; il
- Fig. 3. — Lancement d'un des éléments du train porteur. Ce train supportera le câble sur lequel s'attachera ensuite le train de cerf-volant portant la nacelle.
- lest, par des vents de 8 à 17 mètres à la seconde.
- Le cerf-volant qu’il a adopté est du type cellulaire parce que, à surface égale, il porte le double de ce que porterait un appareil plan. Il est constitué par deux rectangles superposés, formant biplan, avec trois cloisons verticales ; chaque plan se termine par un aileron triangulaire fixe. Les matériaux employés sont la toile et le bambou. Démonté, l’ensemble qui pèse environ 10 kg, se loge dans un étui en toile qui a 5,50 m. de long sur 0,20 m. de diamètre. Le montage par quatre hommes exercés se fait en 6 minutes ; chaque cerf-volant une fois équipé mesure 3 m. de profondeur, 2 m. de large et 1 m. de haut; sa surface portante est de 10 m2 et peut enlever 50 kg par vent de 8 m. à la seconde; la force sustentatrice croît comme le carré de la
- s’élève de lui-même d’un bond rapide et plane bientôt en faisant faire au câble un angle plus ou moins grand sur l’horizon, selon que le vent est plus ou moins ascendant. On lance ensuite un second cerf-volant retenu par un petit câble terminé par un anneau dans lequel passe le câble principal ; il s’enlève en suivant ce câble et va rejoindre le pilote. Il est arrêté à une certaine distance de celui-ci par une olive fixée vers l’extrémité du câble. D’autres olives de plus en plus petites sont fixées à une douzaine de mètres de distance les unes des autres de sorte que les cerfs-volants qui sont ensuite lancés de la même façon et dont les câbles sont munis d’anneaux de plus en plus petits, viennent s’arrêter à la suite les uns des autres. Cet ensemble qui est composé de 5, 4 ou 5 cerfs-volants, selon
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- 358 .LES CERFS-VOLANTS MILITAIRES MONTÉS
- la force du vent, constitue le train porteur du câble : c’est pour ainsi dire le point d’attache du rail. On le laisse s’élever à la hauteur convenable, 6 à 800 m. par exemple, et on dispose sur ce rail un petit chariot constitué par deux galets à gorge retenus par une chappe et munis d’un frein automatique de l’invention du capitaine Saconney. La nacelle est suspendue à ce chariot, qui est remorqué au moyen d’un petit câble d’une trentaine de mètres par un train de cerfs-volants.
- Ceux-ci sont munis d’un gréement spécial à palans, que le voyageur peut manœuvrer depuis la nacelle, et qui lui permet d’augmenter ou de diminuer à volonté l’angle d’incidence formé par le plan des cerfs-volants, de sorte qu’il règle ainsi l’effort de traction et peut monter plus ou moins rapidement suivant les besoins.
- La descente s’effectue au moyen d’un câble secondaire emmené par la nacelle et relié à un treuil, à bras pour le moment, mais qui peut être à vapeur et, dans la pratique, sera probablement celui qui sert pour leballon captif.
- Le câble principal sur lequel roule le chariot est éprouvé à la rupture sous une charge de 3600 kg; il n’a jamais à supporter, même dans les plus mauvaises conditions, plus de 4 à 500 kg. Le voyageur placé dans la nacelle n’éprouve ni secousses ni oscillations comme cela se produit en ballon captif où les observations deviennent parfois très difficiles ; ici la stabilité est complète puisqu’on roule sur un câble parfaitement tendu et immobile. On a objecté que si le vent venait à manquer la nacelle tomberait rapidement à terre, mais le vent ne cesse_jamais brusquement surtout dans les hautes régions de l’atmosphère et en enroulant le câble principal sur
- le treuil on peut toujours le maintenir suffisamment tendu pour que la nacelle puisse sans danger être ramenée à temps.
- Les ascensions qui ont été effectuées au Porte! par le capitaine Saconney et par plusieurs officiers ont démontré la parfaite sécurité du système. Pour en arriver là il a fallu beaucoup de travail et de temps. Il est évident qu’on peut toujours, même par des vents assez faibles, enlever des cerfs-volants;
- mais s’ils ne sont pas étudiés et construits judicieusement ils ne peuvent rendre aucun service dans le cas spécial qui nous occupe. Quand il s’agit de créer un matériel sur lequel onpeut compter il ne faut rien laisser au hasard, il faut se livrer à des études théoriques et expérimentales qui permettent de tout établir sur des bases scientifiques. C’est ainsi que, dans l’espèce, le capitaine Saconney a dû déterminer non seulement la forme et la densité qu’il convient de donner aux appareils, le genre de montage le plus favorable pour que le matériel soit facilement transportable à la suite d’une armée en campagne; mais il a dû encore solutionner une foule de questions. Il a dû établir notamment des tables et des graphiques qui permettent de résoudre rapidement les problèmes qui se présentent à tout instant pendant les manœuvres : inclinaison la meilleure de l’appareil, réglée au moyen de brides, selon la vitesse du vent ; calcul de cette vitesse à chaque instant en fonction de l’inclinaison du câble; détermination du nombre des appareils nécessaires pour enlever un poids donné du câble et de nacelle; influence de l’angle d’inclinaison sur les oscillations en cas de variation du vent, etc., etc. ; tout a été prévu et calculé à l’avance. G. Chalmarès.
- Fig. 4. — Le capitaine Saconney enlevé en nacelle au moyen de trains de cerfs-volants. Remarquer le double train, celui qui supporte le câble et celui qui supporte la nacelle. Les plans de ce dernier sont à incidence réglable par Vobservateur.
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- LE PROBLÈME DE L’HÉLICE ET DE LA TURBINE
- Réducteur de vitesse, pour turbines marines.
- Pour obtenir d’une turbine le rendement maximum il faut, comme on sait, que la vitesse de la vapeur agissant sur les aubes et qui leur donne le mouvement de rotation, soit très élevée. Gomme d’un autre côté la vitesse de l’aubage doit être dans un certain rapport avec celle de la vapeur qui agit sur lui, il en résulte qu’il faut pour obtenir cette vitesse élevée de l’aubage, soit donner à celle-ci un grand diamètre, soit lui faire faire un grand nombre de tours à la minute.
- Dans le premier cas, ce grand diamètre augmente dans de notables proportions les dimensions de la
- est donc amené à faire une sorte de compromis entre le rendement maximum de l’hélice et celui de la turbine et à admettre une diminution globale de rendement de l’ensemble des deux appareils, turbine et hélice.
- Afin d’améliorer ce rendement global deux voies sont ouvertes aux constructeurs de navires.
- 1° L’étude d’un type d’hélice pouvant faire un grand nombre de tours à la minute, tout en conservant un grand rendement. Cette question est actuellement à l’ordre du jour et nombre d’ingénieurs s’en préoccupent. Nous avons, dans un pré-
- Sou tes
- Soute
- charbon
- charbon
- Condenseur
- Tl rbine
- ©.© ? pression
- Pompes
- Soute
- à charbon
- Fig. 1. — Installation du réducteur de vitesse Parsons à bord du « Vespasian ».
- turbine et, par suite, son encombrement et son poids. De plus, l’espace annulaire occupé par l’au-bage à l'entrée de la turbine haute pression se trouve réduit à de très faibles dimensions et les fuites de vapeur autour de cet aubage prennent une grande importance.
- Dans le second cas l’hélice qui est actionnée directement par l’arbre de la turbine doit forcément faire comme celle-ci un grand nombre de tours à la minute. Or, la vitesse qui correspond au rendement maximum de l’hélice est inverse de celle qui correspond au rendement maximum de la turbine à vapeur. Si l’hélice tourne à la vitesse correspondant au rendemen t maximum de la turbine, on aura un mauvais rendement de l’hélice. Si, au contraire, l’arbre de l’hélice tourne à la vitesse correspondant au rendement maximum de celle-ci, ce sera le rendement de la turbine qui deviendra défectueux. On
- cèdent numéro de La Nature (16 avril 1910), résumé les expériences fort intéressantes faites récemment par M. Flamm, expériences qui ont jeté une vive lumière sur l’action de l’hélice sur l’eau qui l’environne et permettront, peut-être, lorsque les expériences complémentaires que poursuit actuellement M. Flamm, seront achevées, de résoudre le problème si important de l’hélice à grande vitesse et à grand rendement.
- 2° Etudier un système quelconque de réducteur de vitesse installé entre l’arbre de la turbine et celui de l’hélice, d’un fonctionnement sûr et dont le rendement soit tel que le rendement global de l’appareil, moteur et propulseur, se trouve lui-même augmenté de manière à compenser l’augmentation de dépense résultant de ce réducteur de vitesse, de son entretien et de l’augmentation de poids dû à ce nouvel appareil. Grâce à ce réducteur
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- 360 ...—. LE PROBLÈME DE L’HÉLICE ET DE LA TURBINE
- de vitesse on pourrait alors donner à l’aubage des turbines une vitesse supérieure à celle qu’il est possible de lui donner dans les conditions actuelles; d’où augmentation de rendement de la turbine, diminution du poids de celle-ci et, par suite, diminution des frais de premier établissement. Il est vrai qu’au point de vue de l’hélice, par suite de sa moins grande vitesse de rotation, son poids se trouverait accru ainsi que celui de son arbre. Mais, en fin de compte, il n’est pas douteux que le rendement total serait augmenté.
- Divers systèmes de réducteurs de vitesse ont été
- dement maximum. Mais on sait que le rendement de la turbine diminue lorsque, comme c'est le cas pour les navires de guerre, le navire doit marcher en croisière à des vitesses inférieures à la vitesse maximum. On retrouve alors, quoique à un degré moindre, les mêmes difficultés que celles rencontrées lorsque la turbine était directement attelée à l’arbre de l’hélice. De plus cette disposition ne simplifie pas la question si importante de la marche arrière. Nous rappellerons, à ce sujet, un appareil simple étudié par M. de Laval et qui permet de rendre réversibles les turbines à une roue de
- Fig. 2. — Vue intérieure d’une turbine à vapeur Parsons, montrant la série de disques à aubage qui utilise l’énergie de la vapeur d’eau.
- étudiés dans ces derniers temps. Les uns sont mécaniques, les autres électriques, les derniers, enfin, hydrauliques.
- C’est du premier système dont nous avons l’intention de nous occuper dans cet article.
- Ce type de réducteur mécanique de vitesse se compose essentiellement d’un système d’engrenages composé d’un pignon fixé sur l’arbre de la turbine engrenant avec une roue de plus grand diamètre fixée sur l’arbre de l’hélice et réduisant, par conséquent, dans un rapport déterminé, la vitesse de l’hélice par rapport à celle de la turbine.
- Ce système simple améliore le rendement de l’hélice et de la turbine aux vitesses pour lesquelles celles-ci ont été calculées et doivent donner un ren-
- son système (voir Nature du 6 novembre 1909).
- En résumé, ce type de réducteur mécanique ne semble, dans l’état actuel, trouver son application que sur les paquebots ayant toujours la même allure pendant toute la durée de leurs parcours ou sur les caryo-boats marchant à très faible vitesse et auxquels on n’a pu jusqu’ici appliquer la turbine à vapeur.
- Rappelons à ce sujet que, sur les navires marchant à des vitesses inférieures à 16 ou 17 nœuds on a, dans ces derniers temps, appliqué un dispositif dont nous avons parlé dans un précédent numéro de La Nature (3 octobre 1908). Ce dispositif consiste dans l’emploi d’un système moteur mixte où la turbine, qui ne joue qu’un rôle secondaire.
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- LE PROBLÈME DE L’HÉLICE ET DE LA TURBINE ... 361
- fonctionne en utilisant la vapeur d’échappement sortant du cylindre basse pression d’une machine compound à mouvement alternatif et se rendant au condenseur.
- Réducteur de vitesse Westinghouse. — Un réducteur mécanique de vitesse de ce type, construit par Westinghouse, a été récemment étudié par MM. George, W. Melville, ancien ingénieur en chef de la marine des Etats-Unis, et John Mac-Alpine.
- Ce réducteur de vitesse se compose, comme le montre la figure 5, de deux groupes d’engrenages à denture hélicoidale devant transmettre une puissance de 6000 chevaux, avec une réduction de vitesse dans le rapport de 5 à 1, l’arbre des pignons, commandé directement par la turbine à vapeur, faisant comme celle-ci 1500 révolutions à la minute et celui de l’hélice 500 tours.
- aujourd’hui à tailler les dents d’engrenage et le soin apporté au montage, il est presque impossible d’obtenir un contact parfait sur toute la longueur de la denture, surtout lorsqu’elle est grande; condition, cependant, importante pour tout système d’engrenage et qui devient primordiale lorsqu’il s’agit, comme ici, de transmettre des puissances qui peuvent atteindre 10 et 15 000 chevaux.
- Pour obtenir ce résultat voici le dispositif qui a été adopté et auquel on a donné le nom de « Bâti flottant ». L’arbre sur lequel prennent appui les pignons est supporté, comme le montre la figure 5, par un bâti A très résistant en acier moulé qui n’est supporté qu’en un seul point placé au milieu de la distance qui sépare les deux pignons. Ce support B qui est formé d’une poutre double té est flexible, de telle sorte que le bâti peut se mouvoir
- Fig. 3. — Réducteur de vitesse Westinghouse. — A droite, le réducteur de vitesse ; à gauche la turbine à vapeur motrice.
- Le diamètre primitif des pignons est de 0,556 m. et celui des grandes roues de : 1,778 m. Ces dernières sont munies de 176 dents et les pignons de 55 dents. Le pas est de : 51,75 mm, et, à la vitesse de 50 mètres par seconde, qui est celle du cercle primitif des pignons, la pression sur la denture, avec une puissance de 6000 chevaux, est de 80 kg par centimètre de longueur de la denture.
- Comme on le voit sur la figure, les dentures sont hélicoïdales, c’est-à-dire qu’elles ne sont pas, comme dans les engrenages droits, parallèles à l’axe des arbres, mais inclinées suivant une hélice faisant un angle de 20° avec ce même axe.
- Cette disposition jointe à la faible dimension du pas permet un engrènement des dentures sans choc ni bruit. Mais, comme cette forme hélicoïdale de la denture a pour effet de produire une poussée dans la même direction que l’axe des arbres, on a dû incliner en sens inverse les hélices des dentures des deux groupes d’engrenages, en équilibrant ainsi celte poussée longitudinale.
- Malgré la perfection avec laquelle on arrive
- librement dans un plan vertical passant par l’axe des pignons, mais reste fixe pour tous les efforts dirigés dans une autre direction. De plus, les pignons peuvent se mouvoir longitudinalement sur l’arbre qui les supporte. Toute tendance de la denture à produire un plus grand effort en un point quelconque de celle-ci aura pour résultat de déséquilibrer les poussées longitudinales primitives des deux pignons et ceux-ci, mobiles longitudinalement suivant leur axe, se placeront d’eux-mêmes dans la position équilibrant à nouveau les deux forces inégales et dirigées en sens contraire. L’uniformité de la pression sur les dentures se produira donc automatiquement.
- Si une défectuosité, quelque faible qu’elle soit, existe dans la division de la denture et tend à produire une augmentation ou une diminution de pression sur une des dents pendant une révolution du pignon, cette inégalité de pression sera immédiatement combattue par la flexibilité du bâti flottant.
- En résumé, toutes les forces anormales pouvant
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- 362 ..LE PROBLEME DE L’HÉLICE ET DE LA TURBINE
- se produire dans la denture pendant une révolution de l’engrenage s’équilibrent elles-mêmes par la disposition du bâti flottant et tous les inconvénients pouvant résulter des petites imperfections de la denture qu’il est impossible d’éviter, se trouvent éliminés.
- Ce réducteur de vitesse a été soumis à différents essais ayant pour but de mesurer le rendement mécanique de ce système d’engrenage. Six essais laits à différentes vitesses et avec des puissances variant entre 5712 chevaux et 5927 chevaux ont donné, pour ces engrenages, un rendement qui a oscillé entre 98,5 pour 100 et 99 pour 100, chiffre très élevé mais qui, cependant, concorde avec d’autres expériences récentes.
- M. Parsons, avec un réducteur de vitesse du type de Laval transmettant une puissance de 500 chevaux, fournie par une turbine marchant à la vitesse de 9600 révolutions à la minute, à une dynamo marchant à la vitesse de 4800 tours, a trouvé un rendement de 98 pour 100.
- Une autre expérience récente faite en Angleterre sur un réducteur de vitesse transmettant une puissance de 500 chevaux avec une réduction de vitesse de 2000 tours à 400 tours à la minute a donné un rendement de 98,5 pour 100.
- Réducteur de vitesse Parsons. — La Tnrbinia Works C° vient d’appliquer un réducteur de vitesse du même genre sur un cargo-boat acheté à cet effet par cette compagnie.
- Le navire qui porte le nom de Vespasian et a une longueur de 85,87 m.,une largeur de 11,82 m. et un tirant d’eau de 6 m. était primitivement muni d’une machine pilon à triple expansion actionnant directement une hélice de 4,51 m. de diamètre avec un pas de 4,99 m. et une surface développée des ailes de 6,51 m2.
- Afin de pouvoir se rendre compte exactement des avantages résultant du remplacement de la machine à triple expansion par une turbine à grande vitesse actionnant l’arbre de l’hélice par l’intermédiaire d’un réducteur de vitesse, on fit tout d’abord avec cette machine une série d’essais avec des vitesses progressives sur une base à Hartley et, ensuite, pendant un voyage aller et retour entre la Tyne et Malte.
- Puis, à la suite de ces essais pendant lesquels on a mesuré : la vitesse de marche, le nombre de révolutions de l’hélice par minute, la puissance produite ainsi que la consommation d’eau par cheval-heure, on remplaça sans aucune modification apportée à l'hélice, la machine à triple expansion par une turbine.
- Cette nouvelle machine est représentée sur la figure 1, extraite du Mémoire de M. Parsons1 lu dans la séance du 18 mars 1910 de la dernière session de l'Institution of Naval architects.
- Elle sè compose de deux turbines en série, celle à
- 1 The application of the marine Steam Turbine and Mecha-nical gearing to merchant Ships.
- haute pression placée à tribord et celle à basse pression à bâbord. L’arbre de chacune de ces turbines est relié, au moyen d’un accouplement flexible, à un arbre sur lequel sont placés deux pignons qui engrènent avec une roue de plus grand diamètre dont l’arbre est fixé à celui qui actionne l’hélice.
- A l’extrémité arrière de la turbine à basse pression est placée une turbine pour la marche arrière.
- La turbine haute pression a un diamètre maximum de 0,915 m. et une longueur totale de 5,96 m. ; celle basse pression a un diamètre de 1,169 m. et une longueur de 5,82 m. Cette turbine qui marche à une vitesse de 1400 tours est entièrement semblable aux turbines destinées à actionner les génératrices d’électricité. Elle équilibre seulement la poussée de la vapeur, celle due à l’hélice étant équilibrée par les blocs de butée du type ordinaire placés, comme le montre la figure, directement à barrière du réducteur de vitesse.
- La grande roue d’engrenage est en fonte et le diamètre de son cercle primitif est de 2,529 m. Elle est munie de 598 dents hélicoïdales dont le pas est de 19,95 mm. La largeur totale de la roue est de 0,61 m. et l’inclinaison de l’hélice de la denture sur l’axe est de 20°.
- Les pignons dont le diamètre est de 0,127 m. sont en acier au nickel et chrome. Ils sont munis de 20 dents avec un pas de 19,95 mm.
- Le rapport des engrenages est de 19,9 à 1.
- Aussitôt cette nouvelle installation terminée, c’est-à-dire vers la fin du mois de février dernier, ce navire fut soumis le 11 mars à des essais au large de l’embouchure de la Tyne.
- Pendant ces essais les vitesses ont varié entre 8,4 et 10,66 nœuds, le nombre de révolutions par minute de l’hélice entre 54,5 et 75,5 et celui de la turbine entre 1150 et 1466. Avec une pression dans les chaudières de 10,8 kg la puissance développée par l’arbre de l’hélice a varié entre 456 et 1055 chevaux et la consommation de vapeur a été dans le premier cas de 8,91 kg et, dans le second cas, de 6,56 kg par cheval.
- Ces essais ont été, comme on le voit, très peu nombreux et de très courte durée. Il nous semble donc prudent d’attendre que les expériences actuellement en cours soient terminées pour faire connaître les résultats comparatifs entre les deux modes de propulsion.
- Nous pouvons, cependant, dire qu’il résulte de ces premières expériences que la consommation de vapeur par cheval-heure a été diminuée de 20 pour 100 environ et la vitesse augmentée de 1 mille à l’heure à la suite du remplacement de la machine à triple expansion par la turbine à vapeur avec réducteur de vitesse.
- Le poids des machines alternatives qui était de 100 tonnes a été réduit à 75 tonnes avec la nouvelle installation, d’où augmentation du poids des marchandises pouvant être transportées par le navire. R. Bonnin.
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- LES POUDRES SANS FUMEE
- C’est par analogie avec l’ancienne poudre noire que les poudres sans fumée sont appelées poudres ; car, en réalité, jamais elles ne se présentent sous un aspect pulvérulent. On leur donne la forme de lamelles peu épaisses, ayant 1 à 2 mm de côté, d’apparence cornée, comme la poudre des cartouches du fusil Lebel, ou bien de grains plats, carrés ou cylindriques, ou encore de fils, cordes ou tubes de différents diamètres, ou enfin de peignes.
- Quand ces nouvelles poudres furent adoptées vers 1884, le public fut surtout frappé par un fait secondaire au point de vue théorique et scientifique, sinon quant à ses conséquences militaires et tactiques : l’absence de fumée dégagée par leur déflagration. Ce résultat provient de ce que leur décomposition donne seulement des produits gazeux et de la vapeur d’eau, tandis que la poudre noire engendre des corps solides qui forment des nuages de fumées plus ou moins épaisses.
- Le grand intérêt, au point de vue scientifique, de ces nouvelles poudres réside dans l’emploi pratique des explosifs organiques azotés de grande puissance. Ces produits étaient connus depuis fort longtemps : en 1832, le chimiste Braconnot, de Nancy, trouva la xyloïdine obtenue en traitant par l’acide azotique concentré de l’amidon, des fibres ligneuses, etc. ; en 1845, Duma traita de même le papier et obtint la nüramidine; en 1846, Schœnbein, de Bâle, découvrit le fulmicoton qü’il prépara en plongeant du coton bien purifié dans un mélange d’acide azotique et d’acide sulfurique concentré. A cette époque, on crut pouvoir utiliser ces produits de grande puissance explosive pour le chargement des armes. Mais l’enthousiasme avec lequel ils furent accueillis resta bien éphémère, car leur instabilité les rendait inutilisables pour cet objet.
- Peu après, en 1847, le chimiste Sobrero, de Turin, obtint la nitroglycérine, dont Nobel, le célèbre ingénieur suédois, trouva le mode d’emploi pratique en la transformant en dynamite. Tandis que la nitroglycérine est d’une manipulation des plus dangereuses, la dynamite, corps inerte et poreux imprégné de cette substance, se transporte et se laisse manier sans risques bien sérieux.
- Tous ces explosifs azotés étaient impropres au chargement des armes : non seulement par suite de leur instabilité, à laquelle le chimiste Abel trouva moyen de remédier, en ce qui concerne le fulmicoton, mais encore à cause des effets brisants de leur explosion.
- Aussi la question resta en l’état jusqu’à ce que M. Vieille trouvât, au Laboratoire central des Poudres et Salpêtres, vers la fin de 1884, une méthode générale pour régler le mode de combustion de ces explosifs : elle consiste à les employer sous forme colloïdales. En d’autres termes, on gélatinise le fulmicoton dans l’acétone, la nitroglycérine ou tout autre dissolvant convenable, avec ou sans addition
- de substances propres à influer sur la combustion de l’explosif, la facilité de sa fabrication, la commodité de son maniement, sa stabilité, etc.
- D’une façon générale, les poudres à base de fulmicoton produisent les mêmes effets, donnent la même pression d’explosion qu’une quantité trois fois plus considérable de poudre noire. Pour les mêmes pressions elles accroissent d’environ 100 m. les vitesses réalisables avec l’ancienne poudre. Cela tient à ce que la combustion de la charge de poudre ne se produit pas de façon brusque, instantanée, mais de manière relativement lente et progressive pendant que le projectile se déplace dans l’arme. Un phénomène absolument analogue a lieu dans les moteurs à explosion : la combustion de tout le volume de mélange carburé aspiré par le moteur n’est pas instantanée, mais bien progressive en partant du point d’ignition, bougie, rupteur, brûleur, etc., et se propageant jusqu’aux masses gazeuses proches du piston.
- Le fulmicoton étant transformé en substance colloïdale, on peut modifier, selon l’usage auquel on le destine, la rapidité de sa combustion en faisant varier sa composition, mais surtout la forme sous laquelle on l’emploie. On est ainsi arrivé à régler de façon minutieuse la grosseur des éléments qui constituent la charge, soit d’une cartouche de fusil, soit d’une énorme pièce de marine.
- Il existe d’innombrables quantités de poudres sans fumées qui varient de forme, de couleur, de composition. On les partage généralement en trois classes :
- 1° Poudres ne contenant que delà nitrocellulose, ou fulmicoton, sans addition de nitroglycérine ou d’un hydrocarbure nitré;
- 2° Poudres contenant un mélange de nitrocellulose et de nitroglycérine;
- 3° Poudres contenant un mélange de nitrocellulose et d’un hydrocarbure nitré.
- En France, les poudres B, J et S; en Angleterre, les poudres Kynoch, Schultze; en Allemagne, les poudres Troisdorf, Walsrode ; en Russie, les poudres au pyrocollodion de Mendéléief, etc.., sont des poudres qui se rangent dans la lre catégorie.
- Dans la 2e espèce, on trouve la ballistite italienne et allemande, la filite italienne; la tubéite; la cor-dite anglaise, etc.
- Dans la 3e catégorie, il faut placer la poudre Du Pont et l’indurite en Amérique ; la poudre Nobel à l’amidon nitré en Autriche, etc....
- Il existe encore quelques types de poudres sans fumée qui ne contiennent pas de nitro-eellulose ou composés de ce genre : Robin Hood Powder, etc....
- Presque toutes les poudres de guerre actuelles peuvent être classées dans les deux premières catégories. Celles qui contiennent une forte quantité de nitroglycérine donnent, par comparaison avec les poudres à base de nitrocellulose seule, de plus
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- grandes vitesses initiales avec des pressions moindres ; leur combustion se fait par couches parallèles et de façon plus régulière ; leur fabrication est plus facile, moins coûteuse; étant plus malléables, elles se travaillent plus aisément. Par contre, elles ont des défauts sérieux : leur température de combustion est plus élevée de 500°, elles se décomposent avec production d’acide carbonique, plutôt que d’oxyde de carbone, toutes circonstances qui occasionnent une détérioration rapide des armes.
- Dans les gros canons, dès le dixième coup tiré avec des charges de poudres contenant de la nitroglycérine, on constate la production d’érosions qui, peu à peu, détruisent les rayures des pièces, augmentent leur calibre et les rendent inutilisables après un certain nombre de coups tirés. Elles se congèlent sous un froid peu élevé, ce qui peut occasionner, des ratés et une altération de leurs propriétés balistiques; d’une façon générale, elles sont beaucoup plus sensibles à l’action de la chaleur.
- On a essayé bien des moyens de remédier à ces inconvénients que ne compense pas toujours exactement l’accroissemént de puissance dû à la présence de la nitroglycérine. Ainsi le capitaine Monni, de l’armée italienne, a publié dans le Zeitschrift für das gesamte Schiess und Sprengstoffwesen une étude sur les ellets produits par l’addition de charbon aux poudres de ce genre, et, en particulier, à la ba-listite italienne pour atténuer sinon supprimer ces effets de corrosion. Il se produit ainsi un abaissement considérable de température et l’acide carbonique est remplacé par un volume double d’oxyde de carbone ; mais la poudre perd une grande partie de sa puissance, ce qui nécessite une augmentation sensible de la charge.
- Dans le même but on ajoute presque toujours aux poudres sans .fumée des substances appelées rectificatives qui diminuent en outre leur sensibilité et les rendent plus stables, qu’il s’agisse de poudres colloïdales avec ou sans nitroglycérine; telles sont : les carbonates, le camphre, les huiles, la paraffine,
- la vaseline, la benzine, la phénylaminc, le toluol, l’urée, le lycopode, etc.... Décemment la Société Nobel d’Avigliana (Italie) a tenté avec le plus grand succès d’ajouter à la balistite de la nitroguanidine, produit d’un prix peu élevé, obtenu en partant de l’utilisation de l’azote atmosphérique pour la préparation d’engrais nitratés.
- La fabrication de la poudre sans fumée, à quelque type qu’elle appartienne, est naturellement toujours
- chose délicate. La partie essentielle consiste dans la préparation des nitro-celluloses nécessaires absolument pures. On admet que la cellulose C2iH40O20 peut se combiner avec 1 ou 12 atomes d’azotite pour donner 12 composés différents qui répondent à la formule générale G24 H4°-“ (Az 02)n O20 ; le composé le plus riche en azote, la cellulose dodécanitrique C2iH28(Az09)12020, en contient théoriquement 14,14. En réalité on n’est jamais parvenu à ce maximum de nitrification.
- Comme il est très difficile d’obtenir la série des 12 nitrocelluloses, dans la pratique on les groupe en trois variétés : 1° la mononitrocellulose insoluble dans l’éther acétique où elle se gonfle en une sorte de masse gélatineuse ; 2°la binitrocellulose, soluble dans le mélange d’alcool et d'éther et dans l’éther acétique; la binitrocellulose est d’un emploi très répandu car, en solution dans l’éther, elle constitue le collodion couramment utilisé en médecine et très souvent aussi pour la photographie ; associée au camphre c’est le celluloïd aux applications innombrables; 5° la trinitro-cellulose qui est le fulmicoton, est soluble dans l’éther acétique mais, d’une façon générale, insoluble dans l’alcool, l'éther, l’eau et nombre de dissolvants usuels : nous citerons plus loin les dissolvants les plus en usage pour pratiquer sa gélatinisation.
- Le coton, qui sert à fabriquer le fulmicoton, doit être purifié aussi complètement que possible : on le carde pour faire disparaître toutes matières étrangères telles que graines, poussières, débris de tis-
- Fig. i. — Fabrication de la cor dite. — Salle de fabrication de la nitroglycérine.
- Fig. 2. — Fabrication de la cor dite. Dévidoir à 6o fils de cordite.
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- sus, etc... ; puis on le débarrasse de toutes traces de matières grasses ou résineuses en le traitant par une lessive de potasse caustique à raison de 16 kg de potasse dissoute dans 1200 litres d’eau pure pour 100 kg de coton. Après avoir été égoutté, le coton est lavé toujours avec de l’eau très pure; il est ensuite desséché soit dans des chambres à 65°,.soit dans des cylindres chauffés à 90° par de la vapeur arrivant dans une double enveloppe et traversés par un fort courant d’air produit par un ventilateur. Le coton ne doit pas contenir finalement plus
- qualité convenable il est plongé dans une cuve en fonte à double paroi dans laquelle circule un courant d’eau froide. La cuve contient un mélange d’acide azotique monohydraté et d’acide sulfurique monohydraté très purs et très concentrés, à raison de 1 partie d’acide azotique et de 3 d’acide sulfurique. L’acide sulfurique, en absorbant l’eau, assure à l’acide nitrique le même degré de concentration. Pendant les cinq minutes que dure cette opération, le coton est constamment remué avec une fourche en fonte. Bien égoutté, le coton est mis dans des vases en
- Fig. 3. — Fabrication de la cordile. — Presse pour la cordile de grosse dimension employée dans les canons de 3o5 mm.
- Fig. 4.— Fabrication de la cor dite. — Magasin contenant i5.ooo kilogs de cordite pour canons de 3o5 mm.
- 0,5 pour i 00 d’eau environ. Avant d’être nitrifié, le grès; après avoir été arrosé d’un mélange neuf coton est analysé de façon complète. Reconnu de d’acide azotique et d’acide sulfurique, il est placé
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- dans les fosses de nitrification en ciment dont les parois sont rafraîchies par un courant d’'eau froide. L’opération dure 48 heures, après quoi le produit est essoré pendant cinq minutes dans un vase en cuivre enduit d’ébonite.
- Il ne reste plus qu’à laver ce fulmicoton jusqu’à ce qu’il ait perdu toute trace d’acidité. On le met par petites quantités dans les cuves de lavage pour éviter tout danger. Il est lavé à l’eau froide, puis à l’eau chaude contenant un peu de carbonate de sodium, puis de nouveau à l’eau froide; ces eaux sont constamment renouvelées. 11 est de la plus haute importance, au point de vue de la qualité et de la conservation du fulmicoton, d’employer dans toutes les opérations de l’eau excessivement pure; bien des accidents de poudres sans fumée, demeurés inexpliqués, sont dus à ce que cette condition indispensable n’a pas été observée dans la préparation des fulmicotons ayant servi de matière première.
- Il est admis que 100 kg de coton fournissent environ 150 à 175 kg de fulmicoton.
- Le fulmicoton ne peut être conservé qu’à l’état humide sous lequel il ne présente aucun danger. Mais pour être gélatinisé, pour être transformé en poudre sans fumée, il doit être desséché de la façon la plus complète et contenir moins de 1 pour 100 d’eau. Cette dessiccation est une opération dangereuse. Elle se pratique dans des séchoirs dont le plancher est en linoléum ou en caoutchouc, ne pouvant recevoir aucune étincelle de l’extérieur, maintenus à la température de 60 à 65°; la température du fulmicoton doit toujours être au-dessous de 55°.
- Avant d’être gélatinisé, le coton-poudre est passé au tamis; on lui ajoute les substances rectificatives et les ingrédients quelconques que l’on veut introduire dans la poudre sans fumée et le tout est versé dans un malaxeur qui est généralement une auge en tôle d’acier ou en bronze, selon les produits à employer, à double paroi, pour pouvoir être réchauffée ou refroidie, et dans laquelle les matières sont pétries par deux hélices qui s’entre-croisent et tournent à des vitesses différentes.
- Le dissolvant, destiné à produire la gélatinisation du fulmicoton, est introduit peu à peu ; un couvercle hermétique empêche sa volatilisation. Comme dissolvants, on peut employer : l’acétone, l’acétate de méthyle ou d’amyle, l’éther acétique, un mélange d’éther sulfurique et d’alcool éthylique ou méthy-lique, la benzine, la nitrohenzine, les hydrocarbures azotés aromatiques.
- Un curieux procédé de gélatinisation consiste à mettre sous forme de grains ou de blocs le fulmicoton auquel ont été incorporés les divers produits rectificateurs ou autres. Ces grains sont imprégnés d’une solution de camphre dans de la benzine ou un autre dissolvant. On évapore ce dissolvant d’abord et le camphre ensuite à une température inférieure à 100°. Dans ce processus le camphre a produit sur le coton-poudre une sorte d’action gélatinisante.
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- La gélatinisation achevée il ne reste plus, pour avoir la poudre sans fumée, qu’à mettre le produit sous la forme désirée : fils, tubes, lamelles, grains, dés, peignes, etc.... Les machines à laminer, à mettre en fils, etc..., la poudre sans fumée, sont chauffées à une température un peu inférieure à 60°. Les produits sont séchés à 40° pour évaporer toute trace d’humidité ou de dissolvant.
- Quand on veut préparer des poudres sans fumée contenant de la nitroglycérine, celle-ci est incorporée à la main avec le coton-poudre ; la pâte ainsi obtenue est introduite dans un malaxeur où l’on fait arriver ensuite le dissolvant. Dans ce cas, les arbres portant les palettes doivent avoir un demi-millimètre de jeu à travers la double paroi de l’auge et, pour éviter que des parcelles du produit n’atteignent les tourillons extérieurs, des grattoirs spéciaux nettoient les axes. Bien souvent, pour éviter tout danger, ces appareils sont mis en marche de l’extérieur; à l’aide de thermomètres avertisseurs on règle la marche de l’opération.
- Les poudres sans fumée s’électrisent facilement quand elles subissent un frottement; cet inconvénient est très atténué quand on a la précaution de leur faire subir un lissage au graphite. Après un séjour prolongé en magasin elles peuvent se décomposer lentement. Les catastrophes produites en France par la poudre B en sont la preuve. Cependant un ingénieur du Laboratoire central des Poudres et Salpêtres a pu trouver un procédé de fabrication, tenu secret naturellement, qui assure dorénavant une stabilité absolue aux poudres de guerre françaises. M. Jean-Louis Dumont, qui a annoncé cetle importante découverte, a pu dire que la nouvelle poudre a résisté victorieusement à tous les essais pratiques de laboratoire et à toutes les expériences réalisées dans nos ports de guerre.
- Les essais de poudres sans fumées sont, en effet, très minutieux et portent sur la résistance à l’humidité, à la gelée, à la chaleur, sur leur hygro-métricité, leur température d’inflammation, leur perte de poids à l’étuve à 60°, leur densité, leur puissance balistique, leur analyse chimique, etc....
- La couleur de ces poudres varie selon les substances qui y sont incorporées ; elles peuvent passer de la teinte chamois de la cordite au rouge brun de la balistite. La grosseur des lamelles, grains, fils, etc., est proportionnée au calibre des armes qui les emploient : ainsi le diamètre des fils de la cordite anglaise passe de 0,9525 mm quand elle est destinée au fusil, à 10,16 mm ou 12,7 mm quand elle doit constituer la charge d’un gros canon de marine de 305 mm.
- Mais, quels que soient les mélanges, quelles que soient les formules, toutes les poudres sans fumée actuelles proviennent en somme de la découverte capitale faite en 1884 par M. Vieille, de la gélatinisation de la nitrocellulose et de la possibilité de transformer en poudres lentes et progressives cet explosif puissant, mais dangereux. Louis Serve.
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- LE CIMENT ARMÉ ET LA CATHÉDRALE DE REIMS
- Son utilisation pour la conservation des monuments historiques.
- Une fois de plus, le ciment armé vient de mon- | trer combien souple est son emploi et quel parti on I
- Fig. i. — Grand pignon de la Cathédrale de Reims [enpointillé: remplacement de la poutre de consolidation en béton armé).
- peut en tirer dans les travaux, parfois si délicats, de la consolidation des monuments historiques.
- La façade de la magnifique cathédrale de Reims présentait un état alarmant, la rose centrale avait pris, sous un poids formidable, un bombement qui ne laissait pas detre très inquiétant, le grand fronton qui termine la galerie du Gloria, entre les deux tours, se penchait vers le parvis à tel point que du fleuron couronnant le sommet du triangle, à la base de la balustrade, le devers était de plus de 80 cm.
- En présence de cet état de chose, M. Paul Goût, architecte en chef des monuments historiques, chargé de la difficile mission de restaurer la cathédrale de Reims, imagina d’avoir recours au ciment armé pour maintenir le pignon et décharger Ja rose tout en établissant un chaînage entre les deux tours.
- A 2 m. au-dessus de l’extrados des claveaux de la grande rose existe un arc en décharge, cause initiale de l’état des choses auquel il fallait remédier.
- Mal établi, cet arc exerçait sur les tours une poussée en un point où sa retombée était insuffisamment contrcbutéc. Entre cet arc supérieur et l’arc de la rose était un remplissage pesant de tout son poids inutile et qu’il était facile de supprimer (fig. 2).
- M. Goût conçut son projet de consolidation en établissant une énorme poutre en ciment armé ayant plus de 12 m. de portée, 4 m. de large et 1,80 m. de haut. Cette conception avait l’avantage de supprimer la maçonnerie de rem-plissage dont nous venons de parler, de relier les deux tours par un chaînage des plus puissants et d’empêcher la poussée de l’arc qui dans le projet devait être porté par la poutre. De plus, l’établissement d’une plateforme en arrière permettait de disposer deux grands bras également en. ciment armé venant retenir dans sa position inclinée le grand fronton dont le devers était vraiment inquiétant.
- Deux citernes en ciment armé venaient compléter cet ensemble et, recueillant les eaux des combles, apporter l’appoint précieux de leur cube d’eau en vue de combattre un sinistre toujours à craindre en présence de la véritable forêt de bois qu’offre tout comble des grands édifices.
- Notre coupe (fig. 2) fait comprendre toutes ces dispositions extrêmement ingénieuses et montre comment les grands étais viennent se relier à la poutre À, B, formant ainsi un tout homogène parfaite-
- Fig. 2. — Coupe du grand pignon suivant l’axe de l’église.
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- 368 ...: LE CIMENT ARMÉ ET LA CATHÉDRALE DE REIMS
- ment robusteet doué cependant d’unegrandelégèreté.
- Ce travail, exécuté par la maison Dégainé suivant le procédé Cottancin, a été mené très habilement et
- on voit fort bien la sculpture sur notre figure 5. Ceci a permis de reprendre en soüs-œuvre les maçonneries de la rose elle-même et de lui rendre sa splen-
- son résultat est vraiment impressionnant. Quand on songe au poids énorme (plus de 100 tonnes) qui repose sur cette poutre dont les semelles avant qu’elles ne soient parées, n’avaient que 7 cm d’épaisseur,on reste confondu de la résistance prodigieuse du ciment armé.
- La figure 4 montre le travail de maillage achevé au moment où Ton se disposait à établir le coffrage; enfin sur la figure 5 on voit la poutre terminée. ,Sa robus-, tesse est manifeste en dépit des 1 faibles épaisseurs et l’on est.pleinement rassuré sur la pérennité d’un édifice aussi magistralement consolidé. On remarquera que la semelle inférieure de la poutre passe à environ 15 cm au-dessus de l’extrados des claveaux de la grande rose dont
- deur première. Ce travail, qui fait au talent de M. Paul Goût, le plus grand honneur, montre en même temps quel accueil favorable le ciment armé a reçu auprès
- de la Commission des monuments historiques et comment elle conçoit la restauration. Que de controverses se sont élevées à ce sujet ! Les uns voulaient tout reconstruire, les autres, au contraire, laisser les édifices aller à leur ruine en les étayant cependant d’étrésillons et jambes de force en bois, solution boiteuse et d’une durée toute éphémère. Le ciment armé vient fort à point nous donner l’appui de sa force prodigieuse, de sa souplesse et de sa résistance indéfinie à tous les agents destructeurs. Charles-Henri Besnard.
- Fig. 5. —La poutre terminée; elle porte l’arc en décharge.
- Le Gérant : P. Masson. —Imprimerie Laiiüre, rue de Fleurus 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1929 : •.. - : - • - ~ :: :14 MAI 1910.
- LE DYNAMOMÈTRE D’EFFRACTION DE M. A. BERTILLON
- M. Bertillon vient d’envoyer à l’Exposition de Bruxelles un nouvel et fort ingénieux appareil, dit dynamomètre d'effraction, qui a pour but d’obtenir des données précises sur les efforts musculaires mis enjeu au cours d’une effraction et qui permet de reproduire les diverses traces ou empreintes de pesées relevées sur les meubles ou les portesb
- La Police, comme la science en général, a pour but de rechercher une cause, d’après un ensemble de faits constatés ; donc plus on apportera de soin et de méthode rigoureuse à la recherche, à la constatation et au groupement logique des faits, plus on aura chance de remonter à la vraie cause, c’est-à-dire à l’auteur du crime.
- Or, le dynamomètre (et c’est ce qui rend cet appareil intéressant au point de vue philosophique) ajoute précisément aux observations un fait nouveau : l’appréciation rigoureuse de l’effort musculaire mis en jeu pour reproduire une empreinte constatée.
- Le dynamomètre a été employé partout et continue à rendre les plus grands services dans les nouvelles conquêtes de la science telle que l’aviation par exemple, il était tout naturel de le voir appliqué aussi aux constatations judiciaires. "
- Le nouvel appareil, dont nous donnons ci-contre la photographie (fig. l),se compose : d’un bâti métallique vissé sur une forte table comprenant : un
- 1 Cet appareil a été fabriqué par M. F. Collier, ingénieur-constructeur, à Paris.
- plateau inférieur, mobile d’avant en arrière, deux parties latérales en forme d’arc-boutants et une traverse en acier fortement boulonnée à la partie supérieure. Cette charpente supporte deux dynamomètres de forces inégales; l’un, le plus puissant (maximum 1000 kg), est placé verticalement et
- relié à la traverse supérieure au moyen d’une vis qui permet de l’abaisser ou de le soulever de quelques centimètres.
- Le ressort inférieur de l’instrument est fixé à une forte plaque métallique verticale, tenant toute la largeur du bâti, et muni de tourillons engagés dans deux rainures latérales qui lui permettent de se mouvoir dans le sens vertical sans rendre d’inclinaison.
- La base de cette plaque, rabotée et épaisse de 4 cm, vient s’arrêter quand le dynamomètre est au zéro à 2 cm au-dessus du plateau métallique inférieur.
- Dans cet espace vide, on place la plaquette de bois de 2 cm d’épaisseur qui doit servir aux essais et qui vient ainsi affleurer la base de la pièce métallique verticale reliée au dynamomètre. .
- Pour faire une expérience, il ne reste plus qu’à introduire à force entre ces deux parois l’extrémité d’un outil quelconque de cambriolage, une pince-monseigneur, par exemple, et, par des mouvements de haut en bas ou de bas en haut, d’essayer de reproduire des empreintes semblables à celles qu’on est appelé à étudier.
- Fig. i. — Photographie du dynamomètre d'effraction de M. Alphonse Bertillon. (Ligne d’horizon à i m. 20 au-dessus du sol.)
- 38° année. — Ier semestre.
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- 370 == LE DYNAMOMÈTRE D’EFFRACTION DE M. A. BERTILLON
- L’aiguille du dynamomètre se met alors en marche selon la puissance déployée, et, grâce à une seconde aiguille indicatrice qui reste fixée quand la première revient au zéro, on peut enregistrer l’effort en kilogrammes qui a été nécessaire pour produire telle ou telle empreinte.
- Ce chiffre indique seulement l’effort vertical, dit effort de pression, mais il existe toujours plus ou moins une composante horizontale de l’effort total qu’il peut être intéressant de connaître. C’est à ce but que répond le dynamomètre horizontal, dit « de traction », qui est relié au plateau métallique mobile inférieur et qui enregistre l’effort de traction exercé, dans le sens horizontal.
- Des goupilles d’arrêt permettent d’ailleurs d’immobiliser l’un ou l’autre de ces dynamomètres ou
- Fig. 2. — Spécimens d’empreintes sur bois
- chette de bois, de sorte qu’il devient possible de simuler l’ouverture d’une porte par effraction. En soulevant la vis supérieure du dynamomètre, on peut introduire à la base de la plaque métallique un second bloc de bois qui jouera le rôle de la porte qui s’entr’ouvre tandis que la plaque fixe représentera le chambranle.
- Dans la position normale le même dispositif permettra d’étudier à volonté l’ouverture d’un tiroir, d’un bureau-caisse, d’un bureau à cylindre, etc.
- L’étude des empreintes d’outils a amené M. Bertillon à établir un vocabulaire pour distinguer les différentes empreintes d’outil suivant la partie qui les a produites.
- Ainsi il réserve le mot « foulée » uniquement à l’empreinte faite par l’extrémité de l’outil consi-
- avec enregistrement des efforts déployés.
- de les laisser fonctionner simultanément; on peut ainsi à volonté apprécier l’effort horizontal seul ou l’effort vertical seul, ou bien la combinaison des deux. Les premières expériences ont montré que, dans ce dernier cas, l’effort de traction est toujours notablement plus faible que celui de pression (effort vertical). Le rapport paraît être d’environ 1/4, mais ce chiffre n’a rien d’absolu et varie suivant les circonstances.
- Pour donner une idée de ces efforts disons qu’on a obtenu, en se servant d’un levier de 0,50 m. de longueur, 600 kg d’effort de pression en même temps que 150 kg de traction.
- Pour l’effort seul de pression, un homme vigoureux est arrivé, avec le même instrument, à atteindre 700 kg, en opérant sur une tablette de noyer dur. Mais nul doute que ce chiffre ne pourrait être dépassé dans certaines circonstances.
- La table qui porte l’appareil est susceptible de se renverser de manière à rendre verticale la plan-
- déré ; le mot « écornure » désigne la dépression produite par le corps de l’outil sur une arête ou un angle d’un meuble; le mot « pesée » ne vise que les empreintes faites par la partie coudée de l’instrument appelé pince-monseigneur (fig. 2).
- Sous ce rapport on voit que l’écornure correspondrait à la pesée pour les leviers rectilignes. Il saute aux yeux que, pour la recherche de l’outil, ce sont les traces de foulée qui fourniront les constatations les plus intéressantes.
- L’idée d’introduire le dynamomètre dans l’étude des effractions paraît si simple qu’on est en droit de s’étonner qu’elle n’ait pas été réalisée depuis longtemps. Il est en tout cas curieux de constater que cette idée n’était encore venue à personne.
- Il y a là évidemment un progrès d’ordre scientifique et qui, à ce propos, devait intéresser les lecteurs de La Nature, qui dès l’année 1885 (25 août) avait rendu compte des premiers travaux de M. Bertillon sur les applications des méthodes de l’Anthro*
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- AÉROPLANES ET ORTHOPTÈRES
- pologie au signalement des criminels (Exposition d’Amsterdam).
- Jusqu’à quel point, de ces mesures, peut-on induire que l’effraction n’a pu être commise que par un adulte, ou bien au contraire s’est trouvée à la portée d’un enfant ou d’une femme, ou a été effectuée par deux ou plusieurs complices, c’est au
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- juge qu’il appartient de l’apprécier, et ce sont les détails de la cause qui doivent servir de guide dans ces inductions. Chaque effraction, en effet, comporte une solution particulière basée sur un ensemble de faits, de détails, de raisonnements, qui font partie de la méthodologie policière et dont l’examen sortirait du cadre de cette Revue.
- AÉROPLANES ET ORTHOPTÈRES
- Les brillants résultats obtenus par les aéroplanes tels que nous les concevons actuellement n’ont pas découragé un certain nombre de chercheurs qui prétendent que jamais ces appareils ne permettront de naviguer dans l’air avec sécurité. Les sautes brusques de vent, les à-coups inattendus qui se produisent près du sol, les rendront toujours dangereux.
- Se souciant peu du fait que l’on ne s’est adressé ni à des pattes, ni à des nageoires mécaniques pour avancer sur les routes ou les fleuves, ils dédaignent toute solution qui ne copie pas la nature.
- Cette préoccupation constante d’imiter les mouvements des ailes des oiseaux, se retrouve chez de nombreux ingénieurs (il suffit pour s’en rendre compte de parcourir les journaux techniques d’aviation); elles les a conduits à imaginer des appareils à ailes battantes ou orthoptères; les quelques modèles réalisés n’ont, du reste, jamais pu s’élever de terre.
- Ceci ne les a pas découragés ; ils ont attribué leur échec non à une erreur de conception, mais à l’ignorance dans laquelle nous sommes de la succession des mouvements de l’aile et à la difficulté pratique de leur réalisation.
- N’ayant également aucun chiffre expérimental pouvant leur servir de base, ils croient que la solution du vol par l’orthoptère permettrait de faire des appareils beaucoup plus réduits que les aéroplanes actuels dont ils estiment les dimensions exorbitantes.
- Il est donc intéressant de montrer que c’est le principe même de l’aile battante qui est défectueux.
- Si parfaite que soit leur construction, les appareils à attaque normale donneront des résultats toujours inférieurs à ceux obtenus par les aéroplanes qui attaquent l’air sous une faible incidence.
- En particulier ils n’atteindront jamais les résultats donnés par les aéroplanes actuels qui sont, eux, susceptibles de notables perfectionnements.
- Afin d’être plus à l’aise pour critiquer, étudions les orthoptères et les appareils à ailes tournantes.
- 1. Principe des orthoptères. -— Supposez un plan qui se déplace dans l’air rapidement de haut en bas, puis de bas en haut, effectuant ainsi un mouvement incessant de va-et-vient ; supposez que pendant la première partie du mouvement (descente) le plan soit horizontal, et que, par un méca-
- nisme quelconque, on s’arrange pour que dans la deuxième partie (remontée) il devienne vertical et ne se présente plus à l’air que par sa tranche, très mince. Ce plan n’agira sensiblement sur l’air que pendant sa descente et recevra à ce moment une poussée de bas en haut.
- Le résultat obtenu sera tout à fait analogue à celui acquis par un rameur dans son canot ; les rames effectuent un mouvement : 1° d’avant en arrièredansl’eau ;
- 2° d’arrière en avant hors de l’eau.
- L’eau n’agit sur les rames que pendant la première partie de leur mouvement et agit d’arrière en avant; le canot avance. De même notre plan de tout à l’heure montera.
- Si une force tend à tirer le canot en arrière, par exemple le courant du fleuve, le mouvement des
- rames aura pour effet de maintenir le canot immobile par rapport aux rives ou encore le faire avancer. De même le poids de notre appareil tendra à le faire descendre, mais le mouvement alternatif du plan pourra soit le rendre immobile, soit le faire monter.
- H. Réalisation d’un orthoptère. — Au lieu d’un plan qui se déplace dans l’air, on peut en imaginer plusieurs qui agissent successivement. *
- Un grand nombre des systèmes ont été brevetés; dans la figure 1 les palettes a tournent autour des rayons r. Quand l’axe d’une palette passe par la position OA, la palette tourne de 90°, exerce son effet utile sur l’air puis, à partir de la direction OB,
- Fig. i et 2. — deux appareils orthoptères à palettes.
- Alix.
- RAVI
- BILL
- s’escamole et redevient verticale.
- Dans la figure 2, les palettes peuvent tourner autour d’un axe perpendiculaire au plan de la figure»
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- 372 :.. AÉROPLANES ET ORTHOPTÈRES
- Ces mouvements devant être brusques, sont généralement obtenus par une came dont on peut faire varier la position.
- Les photographies ci-contre représentent un appareil conçu et exécuté par M. Laroue (ingénieur aux ateliers Thomson-Houston) et permettent de comprendre les mouvements. Les deux palettes fixées à l’appareil sont de dimensions beaucoup trop réduites et ne sont placées là que pour l’explication du fonctionnement (fig. 5 et 4).
- On voit déjà, fait important dont nous aurons à tenir compte, que chaque palette ne travaille que pendant une fraction du temps qui est au maximum de 1/3.
- Nous pouvons maintenant calculer d’une façon très simple le rendement maximum que pourrait avoir un de ces appareils et par conséquent le comparer à celui des aéroplanes existant pratiquement.
- Une seule formule nous sera utile, celle de la résistance opposée par l’air à un plan avançant perpendiculairement à lui-même.
- P = KSV2 (1)
- P résistance ; S surface; V vitesse ; K coefficient expérimental égal à 0,07.
- Si le plan est horizontal et si le mouvement se fait de haut en bas, P représente le poids soulevé. '
- La puissance à fournir sera :
- T = PV = KSV3 (2)
- en éliminant V entre les équations (1) et (2) on arrive à la formule établie par le commandant Renard
- p est la puissance à fournir pour soulever 1 kg;
- P
- - le poids soulevé par mètre carré, que nous appellerons densité.
- Par conséquent, plus le poids porté par mètre carré d’ailes est petit, plus la puissance à fournir est faible et, par suite, plus le poids soulevé par cheval est grand.
- On a donc intérêt à employer les plus grandes surfaces possibles, mais celles-ci sont difficiles à construire légèrement.
- En calculant le nombre de kilogrammes soulevés par cheval lorsque le poids porté par mètre carré de surface varie de 10 à 25 kg, on obtient le tableau suivant :
- Poids soulevés par m2 (eu kg).... 10 15 20 25
- Orthoptcre (poids pur cliev.).... 7 kg. 5.5 1.6 4.1
- Aéroplanes :
- Wright. . . . 50 ur 500 kg 25 cliev. 20 kg par cliev.
- Voisin .... 50 — 600 — 50 —- 12 —
- Fannan ... 40 — 000 — 40 — 15 —
- lllériot. ... 15— 510— 25—12 —
- Rep.............10 — 410 — 55 — 12
- Entre les limites, 10 et 25 kg, qui ont été réalisées
- par des appareils de types très différents (biplans pour les faibles densités et monoplans pour les fortes) l’avantage présenté par les aéroplanes apparaît nettement.
- On a déjà un rendement presque triple du rendement maximum que pourra obtenir un appareil attaquant l’air normalement. Les appareils existant actuellement sont cependant bien imparfaits et on peut espérer augmenter dans de fortes proportions la qualité des surfaces sus tentatrices et le rendement des hélices propulsives.
- De plus nous n’avons pas tenu compte dans le tableau du fait que, dans un orthoptère, l’aile ne travaille que pendant le 1/3 ou le 1/4 du temps ; il faut donc au moins trois ailes pour avoir une sustentation continue.
- Si nous comparons l’aéroplane Farman, qui pèse 600 kg avec 40 m2 de surface portante et 40 chev., à un appareil à ailes tournantes de même poids soulevant également 15 kg par mètre carré de surface travaillant :
- La surface de cet appareil devra être au moins 3 fois plus grande (soit 120 m2 au lieu de 40) et la
- puissance du moteur de p-p (soit 110 chev. au lieu
- de 40).
- Un tel appareil serait nettement inférieur et de plus d’une exécution très difficile sinon impossible.
- Fig. 3. — L'appareil de M. Laroue. — Détail de l’attache des ailes et de la transmission du mouvement.
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- AÉROPLANES ET ORTHOPTÈRES
- 373
- En résumé, si l’on veut un appareil soulevant le même poids par cheval, sa surface sera 15 à 20 fois plus grande que celle d’un aéroplane, et, par conséquent, le poids mort considérable.
- Pour 2 appareils de même poids et de même surface totale, l’appareil à ailes battantes exigera un moteur au moins 5 ou 6 fois plus puissant que celui de l’aéroplane.
- Le colonel Renard a depuis longtemps réussi à faire des hélices dont les propriétés sont condensées dans les 2 formules suivantes :
- P = 0.020 w2.r/f (5)
- T — 0.015 irx» . (4)
- x étant le diamètre, n le nombre de tours par seconde.
- Fig. 4. — Appareil à palettes de M. Laroue destiné à mesurer l'effort obtenu au moyen d'ailes battantes.
- 111. Hélicoptères. — Les partisans de l’ortho-ptère font ressortir, en faveur de leur appareil, un avantage que ne pourra jamais posséder l’aéroplane, c’est la possibilité du départ sur place.
- Si cette propriété devenait par la suite presque indispensable, l’aile battante ne serait pas encore nécessaire.
- Il existe d’autres appareils qui, plus simples de construction, permettent l’envol sur place. Ce sont les hélicoptères formés de 2 ou plus de 2 hélices à axe vertical.
- En éliminant n entre les formules (5) et (4) on arrive à
- analogue à celle des orthoptères, mais avec cette différence que S est la surface balayée par l’hélice, environ 4 à 6 fois plus grande que la surface réelle de l'hélice.
- Enfin l’hélice donne son effort constamment.
- Ceux qui veulent donc réaliser l’envol sur place
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- 374 PHOTOGRAPHIE DES COULEURS
- peuvent le faire au moyen des hélicoptères d’une façon plus simple et avec un meilleur rendemènt que par les orthoptères.
- Pour 2 appareils de même poids et de même puissance, l’appareil à attaque normale aura une surface au moins 12 à 15 fois plus grande que celle de l’hélicoptère.
- A égalité de surface le moteur devra être beaucoup plus puissant.
- Une objection se présente immédiatement à l’esprit du lecteur, les calculs précédents sembleraient prouver la presque impossibilité du vol à ailes battantes, et cependant les oiseaux volent.
- La nature semble donner un démenti à ces affirmations. Ce démenti n est qu’apparent.
- Les oiseaux volent parce qu’ils sont petits et légers, le poids soulevé par mètre carré est très faible et la sustentation peut se faire avec une faible dépense d’énergie.
- La chauve-souris, par exemple, ne pèse que 6 gr. pour une surface d’ailes de 1/100e de mètre carré, soit 0,600 kg par mètre carré.
- Si nous pouvions construire un grand orthoptère ne portant comme la chauve-souris que 600 gr. par mètre carré d’aile, nous soulèverions 26 kg par cheval, ce qui serait un résultat excellent, puisque supérieur à celui des aéroplanes actuels.
- Le vautour pèse 7 kg pour une surface d’aile de 1 m2; si nous construisions un appareil sur ce type, le poids soulevé par cheval descendrait à 7 à 8 kg, c’est-à-dire inférieur à celui du plus mauvais aéroplane.
- D’ailleurs, à part ceux de très petite taille, les oiseaux ne se servent de l’attaque normale qu’acci-dentellement. Il suffit de regarder un corbeau s’en-
- voler pour s’en convaincre. Au départ, l’énergie dépensée paraît énorme et le résultat plutôt faible ; au furet à mesure que l’oiseau prend delà vitesse, il attaque l’air sous un angle de plus en plus aigu, l’effet utile augmente et le vol devient.de plus en plus aisé.
- En résumé, si la nature a réussi à faire des oiseaux qui volent, c’est qu’elle a eu soin de les réaliser petits et par conséquent très légers, supportant un faible poids par mètre carré.
- Lorsqu’elle s’est attaquée à des oiseaux lourds et de faible surface alaire (poule, autruche) elle a complètement échoué.
- De même l’homme a réussi à faire de petits appareils à ailes battantes (oiseau mécanique de Penaud), mais ne réussira vraisemblablement jamais à enlever avec ce système un poids aussi lourd que le sien.
- C’est toujours la même remarque de la légèreté relative des appareils de petite dimension, qui fait qu’il est si facile d’exécuter des modèles réduits d’aéroplanes volants avec des surfaces planes, alors qu’il serait pratiquement impossible de soulever quelques centaines de kilogrammes avec des surfaces de même forme.
- Souhaitons donc que les très nombreuses personnes qui s’intéressent à l’aviation, et ne craignent pas de sacrifier à sa cause et leur temps et leur argent, abandonnent l’étude des appareils à attaque normale pour se consacrer au perfectionnement des aéroplanes : champ d’action suffisamment vaste et surtout capable, par les résultats obtenus, de les dédommager amplement de leurs efforts.
- Lucien Bresch.
- Ingénieur E. P. C.
- PHOTOGRAPHIE DES COULEURS : LES PLAQUES DIOPTICHROMES DUFAY
- Le principe sur lequel est basée la solution indirecte du problème de la photographie des couleurs est assez connu de nos lecteurs pour qu’il ne soit pas nécessaire de l’exposer en détail. Nous rappelons seulement qu’il s’agit de juxtaposer les uns à côté des autres, sur la plaque de verre destinée à recevoir ultérieurement l’émulsion sensible, une série de très petits points transparents colorés en vert, rouge-orangé et bleu-violet, qui rempliront l’office de filtres pour la lumière au moment où elle agira sur la plaque sensible et constitueront ensuite, après le développement, les éléments qui donneront la couleur à l’image.
- MM. Lumière sont arrivés à ce résultat au moyen de grains de fécule1; M. Jougla emploie une trame formée de lignes imprimées à angle droit les unes sur les autres2.
- Voici maintenant M. Dufay, qui, avec l’aide des
- 1 Voy. n° 1777 du 15 juin 1907, page 46.
- 3 Voy. n° 1872 du 10 avril 1909, page 298.
- usines Guilleminot, vient de réaliser la plaque diojili-chrome. Sa méthode ingénieuse consiste à imprimer sur la plaque une série de réserves successives qui, en protégeant provisoirement une partie, permettent de teindre le.reste. Par ce moyen, on peut donner à la trame une forme quelconque ; mais, pour le moment, c’est le réseau régulier de lignes se coupant à angle droit qui a été adopté.
- Nous allons en suivre la fabrication au moyen des figures ci-contre.
- Le verre est simplement revêtu d’un substratum transparent, gélatine ou collodion, ne contenant aucune émulsion sensible à la lumière, mais susceptible de prendre la teinture ; toutes les manipulations se font, bien entendu, en plein jour.
- On imprime d’abord, sur la plaque, des bandes A (fig. 1) avec une matière grasse ; les bandes non recouvertes V ont sensiblement la moitié de la largeur des bandes A. Si on trempe la plaque ainsi préparée dans une teinture verte, celle-ci ne prendra que sur les bandes V, soit environ
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- PHOTOGRAPHIE DES COULEURS
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- un tiers de la surface totale. Cela fait, on ctend sur la plaque un vernis non susceptible de dissoudre la matière grasse. Puis, au moyen d’un dissolvant approprié, qui n’a pas d’action sur le vernis, on dissout la matière grasse. Elle disparaît complètement des bandes A, entraînant avec elle le vernis qu’elle supportait et qui ne reste adhérent que sur les bandes vertes qu’il protégera contre toute autre teinture. — On imprime alors sur la plaque, toujours avec la matière grasse, des bandes C, perpendiculaires aux premières, leur largeur est telle qu’il ne reste à découvert qu’environ la moitié de la surface restant à teindre, soit un tiers de la plaque : ce sont les carrés R (fig. 2). La plaque est alors trempée dans la teinture rouge-orangé qui ne pourra prendre que
- V V V V
- l’ensemble des couleurs; elles sont réparties au hasard, l’impression des réserves n’est pas mathématique comme dans la trame quadrillée. Il est très possible cependant que cette voie permette, à un moment donné d’obtenir de très bons résultats ; elle est encore à l’étude. Pour le moment, c’est la trame quadrillée (fig. 5) qui est utilisée sur les plaques qu’on trouve dans le commerce; elle comporte 192 points colorés par millimètre carré, mais pourra en comporter davantage.
- Nous ne nous étendrons pas sur le traitement des plaques dioptichromes; il ne diffère pas sensiblement de celui qui est adopté pour les autres plaques en couleurs déjà connues.
- La pose doit être faite en interposant, sur le trajet
- 1
- 2
- 3
- 4
- sur ces carrés R puisque le reste est protégé soit par le vernis, soit par la matière grasse.
- On recouvre une seconde fois toute la plaque du vernis qui doit protéger la teinture acquise; il se superposera sur les bandes vertes à celui qui a été mis précédemment, mais comme il est parfaitement transparent et incolore, cela n’a pas d’importance.
- Quand on aura fait agir, comme précédemment, le dissolvant de la matière grasse, il ne restera à découvert que les carrés B (fig. 5) qui occupent sensiblement le dernier tiers de la plaque et qu’on teindra par immersion dans la teinture bleu-violet.
- La trame est alors terminée; et il ne reste plus qu’à étendre par-dessus l’émulsion sensible, ce qui se fait par les procédés ordinaires de fabrication des plaques photo- . graphiques.
- La méthode des réserves employées par M. Dufay offre beaucoup de ressources ; elle permettrait d’obtenir des points de quatre ou cinq couleurs différentes si cela était nécessaire et elle se prête à l’emploi de dessins quelconques pour la confection de la trame.
- Nous reproduisons (fig. 4, 5, 6) quelques-uns de ceux qui ont été essayés par l’inventeur.
- On se rendra compte, à l’examen de ces figures, qu’il est assez difficile, dans ces conditions, de bien équilibrer
- des rayons lumineux, soit avant, soit après l’objectif, un filtre de verre jaune; la plaque est placée dans le châssis de façon à présenter le côté du verre à l’objectif, afin que les rayons lumineux qui vont former l’image traversent les points colorés avant d’atteindre la couche sensible.
- Nous ferons remarquer en passant que le verre jaune est d’une teinte assez pâle et que les couleurs employées pour la confection de la trame sont très transparentes, conditions très favorables pour abréger la pose et ensuite pour faciliter les projections à la lanterne.
- Le révélateur recommandé est à hase d’hydroquinone et de métol. Après le premier développement, on procède à l’inversion au moyen du bichromate de potasse acide et le second développement est ensuite obtenu avec le même bain que le premier. Un lavage de quelques minutes termine les opérations.
- Si le temps de pose a été exactement apprécié, l’image est complète en 5 minutes ; on peut en surveiller la venue au moyen d’une lanterne à verre vert, mais en prenant la précaution de faire un examen rapide, surtout au début de l’opération. Les clichés peuvent être, si besoin est, renforcés ou affaiblis par les procédés habituellement employés pour la photographie en noir.
- G. Mareschal.
- Vert
- Rouge - orangé
- nolet
- i, Impression des premières bandes A en vert; — 2, Impression des bandes C perpendiculaires sur A et teinture en rouge des carrés R; — 3, Impression en bleu des carrés B; — 4,5,6, Emploi d’autres dessins pour la trame.
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- LES MINES D’OR D’ANDAVAKOERA A MADAGASCAR
- On a beaucoup parlé de découvertes d’or à Madagascar depuis la conquête de l’île, et souvent on a été désappointé. II s’agit cette fois d’une découverte sérieuse, puisque la production officielle, en deux ans et demi, dépasse sept millions. Ayant passé deux mois dans la région où se trouvent ces mines, j’ai été vivement intéressé par la méthode d’exploitation des Malgaches, et c’est cette méthode que je vais essayer de décrire ici.
- Gisements. —
- La région aurifère en question est située à 130 kilomètres sud de l)iégo-Suarez,par conséquent dans la partie nord de Madagascar. Elle occupe une dépression rectiligne, longue de plus de 100 kilomètres, bordée : au Nord, par des montagnes hautes de 500 à 560 m. à Andavakoera, 800 à 1000 m. vers le sud-ouest; au sud, par les collines beaucoup plus basses.
- Cette dépression est marquée par le contact des micaschistes au sud, des grès et conglomérats basiques au nord1.
- Des roches éruptives sodiques, comprenant des typesànéphéline, ont provoqué la minéralisation de fractures aurifères.
- Le filon aurifère principal affleure sur le sommet, et le long de la pente Ouest d’une colline qui borde au sud la vallée de l’Ambavazour, au pied de la chaîne des monts Andavakoera. Il est accompagné du côté sud par 5 ou 6 fractures parallèles,
- 1 En compagnie d’un savant botaniste de Madagascar, M. H. Perrier de la Bathie, nous avons établi l’existence du trias, à la base du lias, par les couches suivantes : 1° Schistes argileux et à nodules (septaria, poissons et ammonites), à Anton-
- qui renferment également de l’or. Mais cet or est loin d’exister sur toute la longueur des veines; il forme des cheminées très étroites et très irrégulièrement réparties sur leur longueur. La difficulté principale est de localiser ces cheminées qui sont
- parfois excessivement riches, au point que le quartz renferme le tiers de son poids en or.
- Historique.— On n’exploitait dans la région que des alluvions très peu importantes? lorsqu’un jour des Indiens apportèrent à un prospecteur, nommé Mortages, des quartz tout remplis d’or. Mortages se rendit aussitôt à l’endroit d’où provenaient ces quartz, et, en huit jours, avec ses Malgaches, il retira 80 kg d’or. De ce moment, date l’exploitation malgache.
- Exploitation. — L’exploitation est faite uniquement par des indigènes, qui ont pour seule obligation, vis-à-vis du concessionnaire, de lui vendre leur or à un prix convenu.
- Ces mineurs sont des Antai-mours, la race la plus laborieuse de l’île. On les appelle, bien qu’ils soient noirs, les auvergnats de Madagascar. Ils ont affouilléla colline de Ranomafane, où affleurait le filon, sur 600 mètres de longueur, et ils ont déjà dépassé 30 mètres de profondeur, en élargissant de plus en plus la fouille du sommet.
- Pour descendre au fond de cette crevasse artifi-
- gouze et Bérézik. 2° Au-dessous, grès argileux rougeâtres à myophories caractéristiques du trias marin. 3° A la base, grès encore sans fossiles (Antsiasia, Ranomafane). Les fossiles ont fait l’objet d’une note deM. H. Douvillé à l’Académie des Sciences.
- Fig. i. — Un filanzane. Village entouré de manguiers.
- Fig. 2. — Mines d'or d’Andavakoera. Une gorge dans la haute Zoky.
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- LES MINES D’OR D’ANDAYAKOERA A MADAGASCAR l:._.. 377
- ci elle, qui est très étroite, ils ont taillé les parois en forme de gradins, mais ce sont des gradins de géants, hauts de 2 et 5 mètres, et très étroits.
- De plus, travaillant par compagnies ou équipes, ils ont délimité l’espace réservé à chaque compagnie. Pour cela, ils ont laissé une sorte de mur vertical très mince, pour ne pas abandonner trop de minerai riche, entre chaque série de gradins. Mais, à mesure de l’approfondissement des travaux, ces murs s’éboulaient, ou crevaient par le milieu, laissant comme des fenêtres ouvertes dans la crevasse.
- Cet ensemble forme un spectacle ruiniforme inimaginable, rappelant un peu, même à ceux qui
- rejettent au dehors, ou bien préparent l’élargissement de la fente au sommet, dans le but d’atteindre une plus grande profondeur.
- On nous dit qu’après la saison des pluies, les éboulements atteignent de telles proportions, qu’il faut 3 à 4 mois de travail d’évacuation des terres avant qu’on puisse reprendre fructueusement l’exploitation. Il en est de même aux autres mines d’Àndavakoera, groupées autour d’une dizaine de postes centraux, et réparties sur les 18 à 20 km de longueur que possèdent les veines aurifères. Mais Ranomafane, que je prends pour type, est la mine la plus importante comme concentration de l’or.
- Fig. 3. — Comment les Malgaches procèdent à la prospection. (Mines d’or d’Andavakoera.)
- n’en ont vu que des photographies, les champs de diamants de Kimberley, lors des anciennes exploitations.
- Au fond de ces crevasses, des hommes travaillent avec acharnement, les uns à extraire le quartz riche, les autres à le séparer et le remonter à la surface. Là où il y a de l’eau, des noirs, échelonnés sur les gradins, se passent l’un à l’autre des seaux pleins et des seaux vides. C’est le travail purement humain dans toute sa simplicité, sans aucune invention mécanique.
- Le pire, c’est que les éboulements sont fréquents. La roche est tout à fait décomposée de chaque coté du filon, jusqu’à une profondeur de 12 à 15 m. et plus, elle est devenue comme une terre meuble rougeâtre; c’est ce qu’on appelle la latérite. Sans cesse, des hommes la remontent du fond, ou la
- Traitement des minerais. — Ce qui distingue spécialement ce gîte d’Andavakoera, c’est que le quartz qui accompagne l’or est entièrement cristallisé en doubles pyramides, assemblées par la base. L’or est entre les pointes des pyramides, ou bien il crible entièrement des galets de grès quartzeux intercalés dans les fractures, comme s’ils y étaient tombés, et ce phénomène donne au gîte l’apparence d’une brèche.
- Il s’agit maintenant de tirer parti de ces quartz une fois extraits des mines et transportés à la surface. D’abord le quartz riche est séparé à la main à côté de la mine, et le stérile est rejeté. Ce qui est ainsi trié est extrêmement riche, d’après ce que nous avons déjà dit : le stérile ne tient souvent que quelques grammes d’or.
- Après triage, les morceaux de quartz constellés
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- 378 — - : LES MINES D’OR D’ANDAVAKOERA A MADAGASCAR
- de points d’or sont broyés à la main sur une pierre ronde de roche granitique très dure.
- Pour que le quartz n’envoie pas ses éclats au dehors de la pierre, l’homme qui le broie l’entoure d’un morceau de toile tordu sur lui-même. Il frappe le minerai avec une autre pierre dure, et peu à peu la meule se creuse au centre du cercle de toile. Quand le trou est assez profond, cette toile devient inutile. Le trou reste étroit, car les morceaux de quartz sont petits. Quand il devient trop profond, la meule se brise, et on en cherche une autre.
- La seconde opération consiste à écraser les petits grains de quartz obtenus.,Pour cela, les Malgaches emploient une seconde pierre, également très dure, sur laquelle ils écrasent le quartz avec un galet. Peu à peu cette pierre se creuse sur toute sa partie centrale jusqu’à ce qu’enfm elle se casse. Un atelier de broyage malgache comprend 50 ou 60 hommes, même davantage, et les pierres finissent par s’accumuler aux alentours. Ces débris m'en rappelèrent de tout semblables que j’avais vus en 1895 aux vieilles mines du Mashonaland, dans l’Afrique du Sud, mines abandonnées depuis des centaines d’années et que des prospecteurs anglais avaient redécouvertes. Plusieurs de ces mines ont été reprises en profondeur et produisent actuellement.
- Ainsi les pierres polies et creusées des Malgaches indiquaient que leur méthode est exactement celle qui a servi de temps immémorial dans l’Afrique australe. Cependant les Antaimours, ou mineurs malgaches, ne connaissaient pas l’Afrique du Sud, et Madagascar n’exploitait guère de filons de quarlz avant ceux d’Andavakoera; il est probable que la méthode s’impose par sa simplicité. On n’exploitait pas autrement du temps de Sémiramis, ou du roi Salomon, et peut-être les filons d’alors ressemblaient-ils beaucoup à ceux d’Andavakoera : mais il est impossible de le savoir, tous les affleurements ayant été enlevés.
- Une fois le quartz finement pulvérisé, il reste à le laver pour en séparer l’or. Ce lavage se fait à la hâtée, et jes . femmes surtout font cette opération. Le quartz riche est tellement bien trié que le lavage est rapide. On m’a cité la production d’un mois, à une des mines, qui se montait à 117 kg d’or pour 350 kg de quartz, seulement, passé au lavage : il y avait donc-un tiers d’or. Les résidus de triage des Malgaches ne donnent parfois à l’analyse que quelques grammes par tonne. Les résidus de lavage sont encore riches, mais il y en a bien peu, et on les réunit pour les laver dans un courant d’eau.
- Main-d’œuvre. — Les Antaimours, comme je l’ai dit, ont été surnommés les auvergnats de Madagascar. Ils sont solidement bâtis, et endurcis au travail. Leur origine, un peu différente de celle des autres tribus Malgaches, est en partie arabe. Leur pays est fort loin d’ici, dans le centre de l’île. Ils font 6 et 700 kilomètres à pied pour venir à Andavakoera, et beaucoup amènent leur famille. Quand ils ont gagné suffisamment de piastres, ils les emportent chez
- eux, et achètent des bœufs, ou bien enterrent leur argent en cas de besoin.
- L’or est acheté aux Antaimours par le concessionnaire à un franc le gramme. C’est sa seule intervention dans l’organisation de l’exploitation. Pour éviter les vols, on parque les mineurs dans des villages entourés de barrières en bambou, et on les fait surveiller par des Sénégalais, mais on comprend la difficulté de cette surveillance. En fait, les vols sont nombreux; ils sont trop tentants, étant donné le faible prix auquel le concessionnaire achète l’or aux ouvriers. Il est vrai que l’or d’Andavakoera est loin d’être pur : il a une couleur d’un blanc verdâtre, parce qu’il ne tient que 75 pour 100 d’or pur. Le reste est surtout de l’argent. Sa valeur moyenne et réelle est de 2 fr. 40 le gramme.
- Les vols d’or sont donc inévitables, malgré les précautions prises, et ils sont si importants qu’on les estime à 40 ou 50 pour 100 de la production totale : il y a diverses raisons de cette estimation.
- C’est d’abord le grand nombre de Grecs et d’indiens qui ont établi des cantines tout autour de la région d’Andavakoera. Ils achètent l’or contre divers produits, dont l’eau-de-vie, le toc, comme on l’appelle, ou contre des piastres. L’or est principalement destiné à la joaillerie et il est expédié par petits bateaux à Zanzibar et aux Indes. On estime que plus de 500 kg d’or sont partis de cette manière, depuis deux ans. L’or vendu à l’état de joaillerie ne porte plus aucune marque de son ancien état, et personne ne peut plus dire d’où il vient, ce qui contrarie beaucoup les statisticiens et les douaniers.
- On trouve aussi la démonstration des vols dans le fait suivant. Lorsqu’on exige, aux placers malgaches, 20 grammes d’or par semaine et par homme pour venir travailler, on les obtient; donc cette production est possible. Mais, si on déclare simplement qu’on achète la production à tel prix, on a 30 ou 40 hommes au lieu d’un, et la production totale augmente, mais on n’a plus que un gramme d’or par homme et par semaine. Ainsi les vols sont évidents; car quel avantage aurait un homme à vivre avec sa famille pour un gramme d’or par semaine, quand il pourrait gagner autant et avec moins de peine en restant chez lui ?
- Autre preuve. Les diverses mines d’Andavakoera occupent 5000 hommes. Or le calcul montre qu’avec 100 kg d’or par mois (c’est la moyenne depuis deux ans) soit 100 000 francs versés aux Malgaches, ceux-ci n’ont qu’une moyenne de 20 francs par mois. Mais, comme la plus grosse part de l’or appartient à la minorité, on voit que les autres n’ont pas toujours un gramme par semaine. Il faut donc bien qu’il y ait des vols importants.
- La main-d’œuvre Antaimour est excellente pour l’usage qu’on en fait : elle serait moins bonne pour des travaux à la tâche, mais on arrive à l’améliorer ici, comme ailleurs dans le centre de l’île.
- Il serait très curieux d’étudier de près l’organisa-
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- CHRONIQUE
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- tion en équipes des Àntaimours pour les travaux aux mines d’Andavakoera. Ce que j’en ai vu est déjà très intéressant. Leur entente est parfaite : la production est distribuée, non pas seulement à ceux qui extraient le quartz riche, mais à tous ceux qui ont contribué au résultat, depuis les terrassiers du sommet des tranchées.
- Il y a en outre des familles qui répartissent leurs efforts en divers endroits, mais à la condition de partager le résultat entre tous. Comme il n’y a guère de disputes, il faut bien admettre une organisation. Il arrive, par exemple, à un chef de poste de payer 40000 francs à un Antaimour qui a fait une découverte et auquel, sa distribution faite, il ne reste pas 2000 francs : cela prouve beaucoup de confiance et de bonne foi. On m’a même parlé d’une sorte de bourse que les mineurs tiendraient entre eux, absolument comme dans les camps miniers américains.
- Il me resterait à dire quelques mots de la prospection qui amène la découverte des trous riches.
- C’est encore là un travail purement malgache, et qui ne coûte absolument rien au propriétaire ou exploitant. Lorsqu’une région est connue pour être aurifère, ou bien les Malgaches se la partagent eux-mêmes pour la prospecter, ou bien le propriétaire du terrain ouvre telle partie qui lui plaît à la prospection. 11 arrive là des centaines d’Àntaimours (fig. 5) et, en quelques heures, un vaste espace est entièrement examiné, toutes les pierres sont retournées, et la
- terre est fouillée, si c’est nécessaire, à 1 ou 2 pieds de profondeur. S’il y a la moindre chance qu’il se trouve là un quartz riche, il est mis à jour, grâce en partie à l’acuité de vision et à l’habitude des Antaimours.
- Ceux qui ont trouvé, ou cru trouver quelque chose, ne bougent plus de leur place, ils résistent à toute tentative d’expulsion, ils sont comme enracinés, ou bien ils se font relayer par leurs amis jusqu’à ce qu’ils aient commencé à extraire l’or : ce sont les gagnants du gros lot. Parfois ce gros lot se réduit à peu de chose, mais ce peut être aussi, et ce fut plus d’une fois le cas à Andavakoera, le commencement d’une trouvaille de 100 à 200 kg d’or.
- On peut se figurer ce qu’il en coûterait à un prospecteur blanc de faire, à ses frais, une pareille prospection. Mais cette visite Malgache, comme on l’appelle, n’est possible que s’il y a des chances sérieuses
- de succès. Si les Antaimours refu-^ sent de visiter certains terrains, c’est bien un indice que l’existence de l’or est fort peu probable sur ces terrains.
- Depuis juin 1907, jusqu’à la fin de décembre 1909, la production officielle totale des mines d’Andavakoera est presque exactement de trois mille kilos. On a vu que les vols peuvent presque doubler ce chiffre. Cette production provient à peu près uniquement du travail malgache. Mais on est en voie de transformer l’exploitation, par le fonçage de puits, et le broyage au moyen de pilons lourds suivis de tables d’amalgamation. Albert Bordeaux.
- Fig. 4. — Village de mineurs malgaches aux mines d’or d’Antangaine (partie Est des Mines d’Andavakoera).
- CHRONIQUE
- Le nouveau fusil adopté par les États-Unis d’Amérique. — Le nouveau fusil du type Springfield emploie la balle Spitzer. Cette balle, en forme de cigare, a 28 mm de longueur, 7,5 mm de diamètre avec une pointe de 1,25 mm de diamètre; elle pèse seulement 9,72 grammes et est ainsi la balle la plus légère pour fusils de guerre. Cette légèreté du projectile a pour but de pouvoir lui donner une extrême vitesse et d’obtenir une trajectoire très tendue.
- La vitesse de cette balle à la sortie du canon est de 810 m. par seconde. Grâce au système de silencieux Maxim, le bruit de l’explosion est en partie supprimé, mais le sifflement de la balle produit un craquement qui a quelque analogie avec le bruit d’un éclair et qui est perceptible à une certaine distance.
- Le petit projectile tourne sur son axe à une vitesse de 194 400 tours par minute; c’est la vitesse la plus rapide qui soit produite mécaniquement ; elle surpasse singulièrement toutes les vitesses de rotation des moteurs à quatre temps (1800 à 2000 tours), des dynamos (2000 à 3000 tours), des turbines de Laval du plus petit modèle qui fait de 20 à 50 000 tours à la minute. La rayure du fusil Springfield fait un tour sur une longueur de 25 cm de canon. La chemise qui enveloppe la balle est formée d’un alliage cuivre (85 pour 100) et nickel (15 pour 100). Ce métal est très malléable. La chemise a 3 mm d’épaisseur à la pointe. La cartouche Springfield a 84 mm de longueur totale et 12 mm de diamètre. La douille, métallique contenant la charge a 65 mm de longueur.
- N. Lallié,
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- LE NOUVEL ACCUMULATEUR EDISON
- Depuis quelques mois est en pleine activité à Orange, dans l’Etat de New-Jersey, aux États-Unis, une grande usine installée par l’Edison Storage Battery Compagny, pour la fabrication du nouveau modèle de son élément fer-nickel dont M. Edison a récemment achevé la mise au point.
- On se souvient du bruit qui fut fait, il y a cinq ou six ans, à propos de l’apparition de cet élément fer-nickel, qui devait, disait-on, révolutionner l’industrie en général et particulièrement l’automobilisme.
- Indépendamment de l’avantage d’un poids très réduit pour une capacité donnée, cet élément était représenté comme ayant de nombreuses supériorités sur tous les autres.
- L’une des principales, et des plus réelles, provenait de la nature de l’électrolyte employé — une solution de potasse caustique, un alcali -— dont l’entretien ne demandait que des additions d’eau distillée et qui supprimait les vapeurs acides et corrosives des électrolytes à l’acide sulfurique.
- Pour ces deux faits seuls, ce nouvel élément était très avantageux puisqu’il rendait le service beaucoup moins pénible et moins dangereux et qu’il faisait disparaître une source de détériorations des pièces métalliques, soumises aux effets des fumées, qui existe toujours avec les accumulateurs au plomb.
- Quelques compagnies d’automobilisme électrique le mirent immédiatement à l’épreuve, pour des fiacres et des véhicules de remise à domicile, et en furent satisfaites.
- Néanmoins,
- M. Edison ne s’en contenta point et il en fit arrêter la fabrication, se consacrant à partir de ce moment à le perfectionner de façon qu’il fût plus complètement encore approprié à la traction automobile commerciale et industrielle;
- Après un labeur de cinq années, l’inventeur. vient d’aboutir, ànnonce-t-on, au résultat qu’il visait et il a établi, pour la confection de son accumulateur, un matériel spécial, définitif, cette fois, créant en même temps une fabrique des plus modernes et des plus intéressantes.
- Cette fabrique est divisée en plusieurs départements principaux, occupant un vaste bâtiment à quatre étages : le département des boîtes; l’atelier de soudure; le département des grilles; celui des plaques; celui des matières actives; celui du montage; celui d’essais, etc., subdivisés à
- leur tour en sections, sections des électrolyseurs, de dissolution, de remplissage des tubes, de place des viroles, etc., par exemple, dans-les départements pour la préparation des matières la confection des plaques, etc.
- Fig. i. — Les constituants du nouvel élément Edison.
- Lllil
- Fig. 2. — Machines pour le chargement des tubes à hydrate de nickel.
- mise en actives,
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- LE NOUVEL ACCUMULATEUR EDISON ================== 381
- Le nouvel élément — le type A — est actuellement confectionné en deux modèles, l’A-4 à quatre plaques positives et cinq négatives et l’A-6 à six plaques positives et sept négatives.
- Les constituants n’ont pas changé, c’est leur forme et leur mode de préparation qui ont été perfectionnés.
- Les électrodes sont respectivement, l’anode, en nickel et, la cathode, en fer; le récipient est formé d’une boîte de tôle d’acier, à soudure autogène, ce qui rend les fuites et les ruptures pour ainsi dire
- La plaque positive consiste en une grille d’acier, nickelée électrolytiquement, et contenant trente tubes disposés en deux rangées de quinze tubes chacune; ces tubes sont en tôle d’acier très mince, nickelée par le même procédé que les plaques ; ils sont percés de petits trous et contiennent la matière active ; de petites viroles les renforcent ; elles sont au nombre de huit par tube : elles empêchent que les tubes se dilatent et elles maintiennent ainsi le bon contact de la matière active avec les parois du tube, qui la renferme, condition essentielle de
- Fig. 3. — Machines pour la préparation des pellicules de nickel èleclrolytique.
- impossibles et soustrait l’élément aux détériorations que peuvent occasionner les vibrations.
- Les parois de la boîte sont ondulées sur une partie de leur hauteur, de manière qu’elles soient aussi solides que possible avec le minimum de poids ; elles sont nickelées par voie électrolytique et soumises ensuite à une haute température, qui fusionne ensemble le revêtement de nickel et la tôle, les unifiant en quelque sorte; ce niekelage a pour objet de soustraire l’acier à la rouille; il donne à l’élément un plus bel aspect (fig. 1). La confection de ces boîtes nécessite donc plusieurs catégories d’opérations, le découpage, l’ondulage, le montage, la soudure et le niekelage, qui s’exécutent dans autant d’ateliers.
- bon rendement. Le perforage, la mise en place des viroles, se font mécaniquement au moyen de machines nouvelles.
- La matière active est formée d’hydrate de nickel ; elle est préparée dans une section du département de l’électrolyse.
- On la mélange de fines pellicules ou flocons de nickel pur dont le rôle est d’assurer une bonne conductibilité et qui sont obtenus par un procédé électro-chimique nouveau.
- Par électrolyse, des couches, alternativement de cuivre et de nickel, sont déposées sur des cylindres métalliques.
- Les manchons ainsi formés sont enlevés lorsqu’ils
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- 382 ........ LE NOUVEL ACCUMULATEUR EDISON
- ont une épaisseur convenable, puis placés dans des récipients cylindriques où le cuivre est dissous, laissant de minces pellicules de nickel qui servent à la préparation des flocons (fig. 2, 3 et 5).
- La plaque négative comprend vingt-quatre pochettes rectangulaires plates en tôle d’acier mince, nickelée, disposées sur trois rangs dans une grille d’acier également nickelée.
- Lesdites pochettes sont confectionnées à la presse, leurs parois sont, comme les tubes des
- au moyen d’écrous vissés aux deux extrémités.
- Les plaques extrêmes de l’élément sont des plaques négatives ; leur surface extérieure est isolée du récipient par des feuilles de caoutchouc dur ; de plus, des pièces de même matière, spécialement traitées, sont fixées entre le récipient et les bords, latéraux et inférieurs, des plaques ; enfin, des tiges de caoutchouc dur, intercalées entre les plaques, les tiennent à distance; par ces différents moyens, on arrive à une grande robustesse de con-‘
- Fig. 4. — Machines pour le chargement de l'oxyde de fer dans les pochettes.
- anodes, percées de petits trous donnant accès à l’électrolyte; ces pochettes, après avoir été remplies d’hydrate de fer, sont mises en place et fortement serrées dans les grilles de support, dont elles deviennent ainsi en quelque sorte solidaires (fig. 4).
- Dans l’élément, les plaques positives et les plaques négatives sont placées les unes à côté des autres, et alternent entre elles; les plaques de chaque rangée sont fixées à une tige perpendiculaire à la borne formant pôle et solidaire de celle-ci.
- L’écartement exact entre les plaques est maintenu par des rondelles d’acier nickelé enfilées sur les tiges de connexion et fortement serrées
- struction, en même temps qu’à un bon isolement.
- Les éléments montés retournent à l’atelier de soudure, où ils reçoivent un couvercle, soudé également par le procédé de la soudure autogène, de la même façon que les parois et le fond.
- Le couvercle en question porte quatre montures, deux servant au passage des connexions des pôles positif et négatif, la troisième formant évent et la quatrième destinée au remplissage.
- L’évent est muni d’un séparateur qui retient les projections liquides, mais laisse échapper les gaz, de manière à rendre ceux-ci inodores et à éviter toute perte de liquide; l’orifice pour le remplissage est
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
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- fermé par un capuchon que retient un gros ressort et qui est soumis à un second ressort, léger, l’empêchant de rester dans une position intermédiaire ; on a de la sorte toute garantie que l’élément ne peut être mis en place incomplètement fermé.
- Pour constituer une batterie, on réunit plusieurs éléments dans une caisse où ils sont tenus isolés l’un de l’autre par de petits boutons de caoutchouc dur faisant saillie sur le côté intérieur de la caisse et s’emboîtant dans un creux ad hoc ménagé par pression, dans la boîte de chaque élément; de la même façon de petits boutons émergeant d’un bloc de bois fixé sur le fond de la caisse et s’engageant dans les alvéoles des boîtes assurent la fixité de celles-ci; un tablier de caoutchouc isole les éléments du bloc prémentionné.
- Une grande attention a été donnée au montage des caisses, qui sont construites d’une pièce de manière à avoir la plus grande légèreté avec le minimum de poids.
- Les liaisons électriques entre les éléments sont établies à l’aide de gros connecteurs de cuivre nickelé ; chaque connecteur est constitué par un fil de cuivre, terminé par une botte qui s’adapte sur les bornes terminales et donnent, serrées par un écrou,
- un contact électrique parfaitement sûr et stable.
- L’enlèvement et le remplacement d’un élément dans une batterie se font avec la plus grande facilité au moyen d’un petit appareil approprié.
- Pour le remplissage, il est recommandé de faire usage d’un instrument à indication automatique qui rend les opérations rapides et aisées.
- Cet instrument se compose d’un récipient nickelé, en cuivre, muni d’un tube de caoutchouc terminé par un robinet dans le bec duquel aboutissent deux fils reliés à une pile sèche et à une sonnerie ; le récipient contient l’eau distillée ; le bec du robinet étant introduit dans l’orifice de l’élément à remplir, lorsque le liquide arrive à la hauteur voulue le contact est établi et la sonnerie retentit; le robinet est fermé immédiatement.
- La nouvelle batterie Edison ne pèse à égalité de capacité, que la moitié des batteries au plomb ordinaires; elle est, vis-à-vis du premier modèle, ce que celui-ci était à l’accumulateur au plomb ; sa capacité est de 57 watts-heure par kilogramme, de sorte qu’elle convient exceptionnellement bien pour les véhicules automobiles légers que l’on a mis en usage en Amérique depuis quelques années. H. Marchand.
- Fig. 5. — Appareil pour la dissolution du cuivre dans la préparation des pellicules de nickel èlectrolytique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du i mai 1910, — Présidence de M. E. Picard.
- Les canons paragrêles. — M. Violle résume une Note du Syndicat des cultivateurs du Beaujolais répondant aux conclusions de la note déposée par M. André à l’une des premières séances. Le Syndicat sans lutter sur l’exactitude des relevés de dégâts sur lesquels s’est appuyé M. André, traite spécialement du territoire qu’il a entrepris de protéger. Il estime que l’action des canons para-grêles est efficace. M. Violle pense qu’il ne faut pas décourager des tentatives dont les meilleurs juges sont ceux aux dépens de qui elles se font.
- Le flysch de la Suisse centrale. — M. Pierre Termier présente un travail de M. Boussac sur une interprétation tectonique du flysch dit autochtone de la Suisse centrale et orientale. A partir du Titlis vers l’Est, la série oligocène supporte des couches à grandes nummulites qui sont d’àge lutétien et qui sont donc plus anciennes que l’oligocène. Il y a là une énigme stratigraphique qui a
- fait l’objet de longues discussions, surtout entre M. Arnold Hèim et M. Boussac. Les observations de ce dernier géologue, confirmant celles de M. Àrbenz, montrent que ce retour de l’éocène au-dessus de l’oligocène est dû à l’existence, dans la nappe helvétique inférieure, d’un paquet de couches renversées. Ce paquet renversé comprend non seulement du lutétien, mais d’autres termes éocènes et môme des termes jurassiques. L’énigme disparaît et l’on voit s’esquisser une synthèse nouvelle de la distribution des niveaux et des faciès du nummilitique Suisse.
- Transformation des acides gras. — MM. Arnaud et Posternak décrivent dans une Note que présente M. Ma-quenne un procédé permettant de revenir des acides gras acétyléniques, tels que l’acide stéarolique ou ses homologues supérieurs, aux acides éthyléniques (acide élaïdique et homogènes) d’où ils dérivent. La méthode consiste à unir ces composés à une molécule d’acide
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- LA PRUDENCE D UN CASTOR
- iodhydrique et à réduire le composé d’addition ainsi obtenu par l’hydrogène naissant. Cette addition d’acide iodhydrique aux acides de la série stéarolique donne naissance à deux isomères de position que les auteurs sont parvenus dans plusieurs cas à séparer.
- Les diastascs oxydantes, — M. Roux communique une Note de MM. Gabriel Bertrand et Rosenblatt relative à l’action de la chaleur sur les diastases oxydantes. Les auteurs signalent la possibilité de l’existence de plusieurs variétés d’une même diastase ayant chacune une température différente de mort.
- La mesure de la pression artérielle. — M. d’Àrsonval
- résume un travail de M. le Dr Moutier sur le rôle de l’état de la paroi artérielle dans la mesure de la pression artérielle. L’auteur apporte la solution d’un problème, posé depuis longtemps en physiologie ; il montre que la pression artérielle et la tension artérielle ne sont pas équivalentes et qu’en clinique actuellement on ne mesure pas la pression intra-vasculaire, mais bien la tension artérielle ; il fait voir combien cette mensuration est chose délicate à cause de l’état d’excitabilité de la paroi artérielle. La genèse de l’artério-sclérose se trouve donc profondément changée, mais le traitement de cette maladie n’est aucunement modifié. Cii. de Yilledeuil.
- LA PRUDENCE D’UN CASTOR
- L’enclos des castors du Zoological Garden de Regent’s Park présente, depuis quelques jours, un phénomène remarquable : un tronc massif et pesant qui ne repose plus sur sa base que par un mince filament. Le moindre vent en balance le faîte à ce point que les spectateurs éprouvent la conviction qu’il va s’abattre sous leurs yeux.
- Ce prodige d’équilibre n’a qu’une importance relative. 11 est intéressant en ceci qu’il nous apporte une nouvelle preuve de l’intelligence du castor (ou du bièL vre de nos ancêtres). L’habile bûcheron connaît bien son métier : ennemi du gaspillage, il n’attaque pas un arbre pour le seul plaisir de détruire, mais bien pour en construire sa digue ou sa maison semi-aquatique. Et, d’autre part, il n’aime pas le travail inutile, si bien qu’il s’efforce d’abattre le tronc attaqué sur la rive de façon à le faire tomber dans la direction de l’eau.
- C’est bien ce qui s’est produit au Jardin Zoologique de Londres, dont la direction a soin de planter chaque année dans l’enclos un nouveau tronc.
- Le castor, unique habitant du réduit, travailla sans relâche pendant de nombreuses nuits à rogner son tronc, en entaillant plus profondément le côté qui
- fait face au bassin. Mais un problème imprévu se présenta subséquemment : planté trop droit et pourvu d’un coeur aux fibres trop résistantes, le vieil arbre mettait à tomber une mauvaise grâce manifeste!
- Notre castor se montra dès lors d’une prudence extrême ; l’entê-tement de ce tronc massif lui donnait à réfléchir. S’il allait, àl’improviste,lui laisser tomber sur la tête des quintaux de bois dur ! Il s’abstint désormais de le toucher du bout des dents. Et un gardien a conté son amusante mimique. Tous les soirs, après le départ des visiteurs, il sort de sa hutte et s’en vient voir si le vent lui a apporté une utile collaboration.
- Mais il se contente de regarder de loin, sans jamais s’aventurer à une distance égale à la hauteur du tronc.
- Souhaitons que son angoisse de castor prenne fin avec la prochaine tempête ! V. Forbin.
- Le Gérant ; P. Masson. — Imprimerie Lahdbe, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1930. ; :• ::::::::::::::::. ......".....: 21 MAI 1910.
- L’AUTO-TRAÎNEAU DU CAPITAINE SCOTT
- Les dernières explorations polaires, notamment celles de Peary, de Scott, de Shackleton et de Charcot, ont fait ressortir l’importance qui s’attache à la question de la remorque des vivres et du matériel de l’expédition, lesquels doivent pouvoir suivre constamment, partout, les hardis pionniers de ces régions particulièrement inhospitalières .
- Combien d’explorateurs n’ont-ils pas été obligés d’abandonner la marche en avant par suite de l’impossibilité où ils se sont trouvés, à un moment donné, de se faire accompagner par leurs traîneaux.
- Certains, comme Nansen et Peary, pour ne parler que des noms les plus connus, ont eu recours aux chiens du Labrador, de la Laponie ou du Groenland. D’autres, comme le lieutenant Shackleton à qui ils ont rendu les plus grands services lors de ses campagnes de 1902 et de 1909, préfèrent les poneys de Mandchourie, dont la résistance au froid et à la fatigue sont légendaires. D’autres encore, le Dr J.
- Charcot et le capitaine R. F. Scott, ont utilisé avec succès le traîneau automobile qui leur paraît devoir répondre à tous les besoins d’une exploration arctique.
- Ce fut,croyons-nous, Charcot qui, le premier, eut l’idée d’employer pour la conquête du continent austral la traction automobile. Parmi le matériel d’expédition du Pourquoi Pas, à présent en route vers la France après une brillante croisière aux abords du pôle Sud, figurent trois traîneaux pourvus d’un moteur de 4 chevaux et demi, et mesurant 5,50 m. de long; une roue à l’avant, armée de raquettes
- 38° année.
- et de grappins, assure le cheminement du véhicule sur la glace, à l’allure de 5 km. à l’heure environ.
- Au cours de son fameux raid à travers les terres . antarctiques, en . 1907-1909, le
- lieutenant Shackleton, bien qu’ayant eu recours pour ses attelages de traîneaux aux poneys de Mandchourie, n’a pas hésité à se munir d’une automobile à patins qui lui a facilité, dans une grande mesure, le ravitaillement de ses postes de secours échelonnés le long de la banquise.
- Frappé des résultats obtenus par Shackleton, qui fut son second lors de la campagne de 1902, où fut atteinte la latitude de82°15', le capitaine Scott vient de faire construire, sur les dessins de l’ingénieur anglais Belton-Hamilton, par la Wolseley Motor-Car Company (Yickers Sons et Maxim), de Birmingham, un tracteur d’un
- nouveau genre, qu’il compte essayer dans sa prochaine expédition au pôle Sud.
- L’appareil a d’ailleurs été expérimenté cet hiver même en Norvège, où il s’est comporté de la manière la plus satisfaisante, tant sur la glace polie des lacs que dans les terrains accidentés et recouverts de neige. Nous donnons ici deux vues du « motor-sleigh », prises pendant la période des essais, et qui montrent bien l’ensemble du véhicule et son mode de progression.
- Comme il est facile de s’en rendre compte, autour des deux roues motrices de l’arrière, qui, de même que celles de l’avant, sont dentées, s’enroule une
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- Fig. i. — U auto-traîneau du capitaine Scott. Cet appareil va être utilisé au cours de la prochaine expédition vers le Pôle Sud.
- Fig. 2.
- Un essai de Vauto-traîneau dans les neiges de Norvège.
- icr semestre.
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- 386 = LES ORIGINES DE L'INDUSTRIE DES GLACES EN FRANCE
- chaîne sans fin, ou plutôt une véritable courroie métallique, sur la surface de laquelle sont fixés des couteaux et des crocs d’acier.
- Cette chaîne vient s’engrener également dans les roues directrices de l’avant et mord ensuite dans le sol, en passant sous le traîneau qu’elle fait ainsi avancer avec une vitesse égale à celle dont -elle est elle-même animée.
- Le châssis du tracteur est en bois, robuste et léger. Sous le véhicule, un large bouclier d’aluminium a pour double mission, tout en protégeant le mécanisme, de faciliter la marche de l’appareil par la grande surface glissante qu’il présente.
- Derrière le moteur se trouve le siège du conducteur, qui a sous la main les leviers de manœuvre et la direction. Le moteur à 4 cylindres verticaux, développant 12 chevaux, est enfermé dans un coffrage métallique de forme spéciale, au sommet duquel a été logé le réservoir à pétrole. On a supprimé les freins qui, en raison de la faible vitesse du tracteur, — 8 km. à l’heure — ne paraissaient pas d’une réelle utilité. Le système de direction, en outre, a été très simplifié, l’appareil étant destiné avant tout à suivre, sur les ice-fields du continent antarctique, la route la plus directe, et les ci tournants dangereux » devant être plutôt rares sur les vastes plateaux d’altitude croissante de la terre Victoria.
- Certains détails particuliers de construction méri-
- tent encore d’être signalés. C’est ainsi que le carburateur est pourvu d’une petite chaudière à pétrole dont le rôle consiste à réchauffer cet organe au moment de la mise en marche. La lubrification se lait au moyen d’une hui’ic spéciale incongelable aux plus basses températures, que distribue sous pression une pompe automatique. Enfin, il n’y a pas de différentiel sur l’essieu d’arrière, mais ce dernier peut se désembrayer et se mettre en « roue libre », comme une bicyclette, pour soulager le moteur dans les descentes.
- Ceux qui ont vu courir l’auto-traineau sur la glace des fiords norvégiens ont été frappés de ce fait que la partie inférieure de la chaîne à grappins qui touche le sol paraissait immobile, alors que la partie supérieure, suspendue entre les deux roues d’avant et d’arrière, semblait être animée d’une vitesse deux fois plus grande que celle du véhicule. Illusion d’optique facile à expliquer, mais qui n’en est pas moins très curieuse.
- Terminons en disant que le tracteur du capitaine R. F. Scott pourra remorquer 5 ou 4 traîneaux chargés, à lui tout seul, et qu’il a été agencé de façon à rendre tous les services que l’explorateur peut en attendre pour la mission toute spéciale en vue de laquelle il a été construit. L’avenir seul nous dira si celte automobile d’un nouveau genre réussit le record sensationnel entre tous : la conquête du pôle. Édouard Bonkaffé.
- LES ORIGINES DE L’INDUSTRIE DES GLACES EN FRANCE
- L’histoire clés grandes industries, qui a été si rarement retracée et qui est souvent si difficile à écrire, présente un intérêt économique toujours actuel, les problèmes qui se posent à ce sujet restant sous une autre forme toujours les mêmes: notamment, quand l’État y intervient, ceux relatifs au protectionnisme ou à l’Etatisme. Celle dont nous allons donner ici un résumé très bref, intéressante par un monopole d’État prolongé près de deux siècles, de 1065 à 1850, offre en outre un attrait romanesque dont nous ne pourrons malheureusement dire que quelques mots en passant.
- C’est un fait admis dans tous les livres d’histoire que Colbert a rendu à notre pays un service national en y créant l’industrie des glaces, jusqu’alors monopolisée par Venise. On sait moins à quelles difficultés il s’est heurté et peut-être, par contre, exagère-t-on quelque peu le service rendu.
- En deux mots, l’histoire est la suivante. Le secret des premiers miroirs en verre, d’abord fabriqués en Lorraine, avait été dérobé par des Vénitiens au xvG siècle; il en résulta une industrie très florissante, que Colbert au xvii0 siècle enleva à son tour aux Vénitiens, mais qui leur aurait été très probablement soustraite vers le même moment, sans lui, par les industriels français, et que la France défendit ensuite contre les étrangers avec autant d’énergie jalouse qu’elle avait apporté d’ardeur à la conquérir. En notre temps où les secrets industriels durent si peu, on a quelque peine à se représenter, un siècle durant, ces luttes commerciales mettant en mouvement deux grands gouvernements et les décidant à employer
- contre les transfuges, comme dans les mélodrames, le fer et le poison *.
- Vers le début du xvn° siècle, le goût des miroirs, alors uniquement fabriqués à Murano (Mourant, comme on disait à cette époque) près de Venise, avait commencé à se développer en France. Bien vilains miroirs, grands à peine de 40 ou 50 cm et mal étarnés, qu’il fallait protéger contre l’altération par des volets, mais qu’on encadrait précieusement et devant lesquels la nouveauté faisait qu’on s’extasiait. A Paris, une corporation de miroitiers s’était fait attribuer le privilège unique de cette importation qui montait par an, malgré des droits et frais de tous genres, à plus de 200 caisses pesant 60 000 livres. L’idée très tentante d’imiter et supplanter Venise en France même était donc venue à de nombreux verriers et, quoiqu’on en ait dit, quelques-uns d’entre eux commençaient à réussir : il se créait en France une industrie libre et vivifiée par la concurrence intérieure comme celle qui avait fait précisément la fortune de Venise, quand Colbert ruina, paralysa cette industrie naissante par l’établissement d’un monopole, destiné à durer deux siècles.
- Ainsi, à la verrerie de Tourlaville, près Cherbourg, de Nehou, un protégé de M. de Seignelay, fabriquait, dès 1647, des glaces et émaux et même des verres blancs, tandis que ceux de Venise étaient verts. Avant 1667, il avait déjà réussi à souffler une glace de 12 pouces. Ainsi encore, dès 1668, Bernard Perrot, verrier d’Orléans, avait trouvé des procédés de fabrication du verre coloré,
- 1 Voir E. Fremy. Ilist de, la manufacture royale des glaces en France au xVu° et au xvm° siècle.
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- LES ORIGINES DE L'INDUSTRIE DES GLACES EN FRANCE
- pour lesquels il obtint un privilège du roi et, en 1687, le même inventeur découvrit en le faisant constater, comme on pourrait le faire aujourd’hui, par une communication à l’Académie des Sciences, le moyen de couler le cristal ou le verre en tables qui constitue le procédé vraiment neuf et moderne. On n’avait pas encore, en ce temps-là, inventé le « pli cacheté » ; la découverte connue de tous se vulgarisa; dès 1688, une société Thèvart organisa le système dans l’usine de Nehou à Tourlaviile1 et put, en 1691, présenter au Roi les quatre premières glaces coulées. Le plus curieux, c’est que, dans l’intervalle, à partir de 1665, la Compagnie royale des glaces, devenue plus tard la Compagnie de Saint-Gobain, s’était créée, d’abord rudimentairement, par l’appui tout-puissant de Colbert, n’employant, elle, que le vieux procédé primitif des Vénitiens, dans lequel on souffle le verre au bout d’un tube en fer, et que ce fut elle qui, en vertu de son monopole, attaqua Perrot, fit confisquer ses glaces et ses outils. Il y eut procès, à la suite duquel la Compagnie royale garda le droit de continuer à couler les glaces, sauf à payer 560 livres de rente à Perrot, dont le mérite d’inventeur fut solennellement reconnu par l’arrêt. Ces de Nehou et Perrot furent d’ailleurs loin d’être seuls à trouver, indépendamment du Roi et de Colbert, le moyen de lutter contre Venise. Une série d’arrêts, obtenus par la Compagnie royale à ses débuts contre des verriers coupables d’avoir fabriqué des glaces comme elle et malgré son monopole, suffit à montrer que le mérite attribué à Colbert, ici comme dans bien d’autres cas, a pu être singulièrement exagéré.
- L’intervention du gouvernement de Louis XIV a cependant facilité ce qui aurait été difficile sans elle, le débauchage des ouvriers vénitiens dont on avait besoin pour instruire les verriers français et leur protection (très relative) contre la vengeance de Venise. Le gouvernement des Doges avait parfaitement prévu ce qui devait se passer le jour où les Français sauraient fabriquer des miroirs. Ce jour-là, la France commença par fermer entièrement son marché à Venise ; puis elle refoula les produits vénitiens des pays étrangers. Pour éviter ce désastre, on avait défendu, sous les peines les plus sévères, aux verriers de quitter Venise : prison, confiscation de leurs hiens, emprisonnement de leurs proches : et, même en pays étranger, Venise savait atteindre les transfuges, comme pourrait le faire aujourd’hui un groupement de nihilistes. En 1667, à Paris même, deux verriers vénitiens moururent empoisonnés par les soins de l’ambassadeur dont la correspondance ne laisse guère de doute à ce sujet, et un autre faillit périr d’un coup d’épée dans une rixe suscitée à plaisir. Néanmoins Colbert, grâce au zèle de ses diplomates et par l’intermédiaire d’un marchand de bric à brac (mercante cli marzarià), parvint, dès 1665, à faire venir une équipe de verriers de Murano, puis une seconde, partie en contrebande la nuit. Il réussit même, pour les mieux fixer en France, à faire également sortir leurs femmes. Alors, en moins de deux ans, les ouvriers français, malgré le soin mis par les Vénitiens à ne pas former d’apprentis, en surent autant qu’eux; et, le jour où l’on n’eut plus besoin de leurs services, comme ils étaient d’ailleurs insupportables de prétentions et de sans-gêne, toujours prêts à se mettre en grève si on n’acceptait pas leurs exigences, on les laissa retourner dans leur pays. On avait fait avec eux ce que font actuel-
- 1 Tourlaviile devait fermer en 1787, laissant dans le pays un rudiment d’industrie ehimique, repris en 1840 par De Launay dans la fabrication de l’iode et de la soude des varechs.
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- leinent avec les Européens les gouvernements orientaux, le Japon ou la Chine. Dans la lutte diplomatique sournoise qui s’engagea à ce propos, il est piquant de voir Louis XIV et Venise, tout en luttant de toutes leurs forces pour la possession d’une dizaine de verriers, rivaliser en même temps de lésinerie. Attirer ou retenir ces hommes, était une question d’argent; on le savait, mais on ne pouvait se résoudre à ouvrir les cordons de la bourse ; ni l’un ni l’autre gouvernement n’acquittait ses dettes et ne soldait ses comptes.
- Celte lésinerie royale, qui, allant de pair avec un cortège de dépenses inutiles, n’a peut-être pas entièrement disparu des industries d’Etat, s’est traduite dans toute la première histoire de l’industrie ainsi artificiellement implantée et monopolisée à coups de privilèges. Le roi se commandait des glaces pour tous ses châteaux ; mais ce gros client restait plusieurs années sans donner d’acompte. Ce fut l’une des raisons pour lesquelles la Société, bénéficiant de si grands privilèges et en faveur de laquelle on avait arbitrairement révoqué tous les privilèges antérieurs, étant d’ailleurs assez mal gérée et comptant sur une inlassable protection, dut plusieurs fois liquider. Quand son premier directeur du Noyer mourut, en 1679, il était épuisé de lutter contre des injustices imméritées et la Société avait 50 000 livres de dettes. En 1695 et 1702, on fut acculé à la ruine. Les privilèges, accordés pour un nombre d’années limitées, devaient, à chaque échéance être renouvelés à l’aide de pots devin, qui ne se payaient pas seulement en glaces, mais aussi en bon argent comptant, dont l'un de 50 000 livres au maréchal de Noailles, officiellement enregistré sur les livres de 1702. Le système ressemblait à celui de certains états orientaux, où une concession accordée par un sultan ne vaut plus pour le suivant si on ne la rachète une seconde fois. On était très protégé, mais sans aucune sécuri té pour l’avenir : les privilèges les plus formels étant accordés et révoqués dans la même année.
- Cependant les moyens d’assurer le monopole à la Compagnie des glaces étaient draconiens. Nul n’avait le droit de fabriquer une glace en France. On n’avait même pas le droit d’aller en fabriquer à l’étranger, ni d’y exporter les terres et produits susceptibles de pouvoir servir à une telle fabrication. L’importation des verres de Venise n’était permise sous aucun prétexte. Les ouvriers, dont le sort ressemblait singulièrement à celui des nègres sud-africains dans leurs compounds, signaient un engagement de quatre ans (qu’à cette époque on les forçait à tenir), pendant lequel ils ne pouvaient même pas s’éloigner à une lieue de l’usine ; et, même ayant quitté la Compagnie, ils n’avaient pas la liberté de s’engager ailleurs sans son autorisation. Enfin, en 1702, on alla jusqu’à ce point d’autoriser la Compagnie à ne pas payer ses dettes pendant 5 ans. Il est vrai que, deux mois après, sous d’autres influences, on la mettait en demeure de les payer dans les huit jours. Seule, en 1688, la Société Thevart, que le Roi devait plus tard fusionner de force en 1695 avec la Société royale, avait obtenu, grâce à. Louvois, dont l’influence remplaçait celle de Colbert, le droit de fabriquer des glaces plus grandes que celles de Saint-Gobain, avec défense d’en utiliser les. morceaux s’ils venaient à se briser, et elle organisa, à cette occasion, une glacerie, à Paris, sur Remplacement de la gare actuelle du quai d’Orsay. C’est elle aussi qui créa, en 1685, l’usine de Saint-Gobain dont le nom est devenu celui de la puissante Société, rentrée dans le régime commun et de plus en plus florissante depuis 1851.
- P. Salliou, , ,
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- LE NAVIRE MODERNE ET L’ASSAUT DES VAGUES
- Fig. i. — Vaisseau subissant l’assaut d’une forte vague.
- Le temps n’est pas loin où la mer dans ses accès de colère devenait toujours, à un moment quelconque, maîtresse du navire qu’elle portait, ou du moins lui imposait, sous peine de périr, l’obligation soit de fuir devant sa fureur, soit de ralentir sa vitesse au point de ne plus avancer. Les énormes progrès accomplis depuis quelque dix ans dans la construction des bâtiments, la rigidité, la solidité qu’on est arrivé à donner à leurs coques, la puissance gigantesque des machines que renferment leurs flancs, ont changé tout cela. Pratiquement, on peut affirmer que les cas sont devenus rares, où les modernes léviathans qui traversent de nos jours l’Atlantique entre l’Ancien et le Nouveau Monde peuvent être obligés de tourner l’arrière à
- l’assaut des lames, en abandonnant leur route ou même à diminuer leur vitesse dans des proportions considérables.
- Ceci dit d’ailleurs seulement des parages d’où ne sortent guère ces navires, et qui ne font pas partie des zones balayées par les cyclones
- et typhons. Toute affimation au sujet de ce qu’est susceptible de produire la violence de ces terrifiants phénomènes et du front que peut leur opposer le paquebot géant îe plus robuste et le plus massif serait, en effet, singulièrement imprudente.
- L’application de la turbine a marqué le dernier progrès mécanique accompli par l’homme dans la longue lutte contre la mer, celui qui lui a définitivement valu la victoire, et permis à des navires de tracer leur sillon nuit et jour, sans jamais diminuer de vitesse, à travers les plus grosses mers que déchaîne l’Atlantique Nord.
- C’est ainsi qu’en 1908, le Lusi-tania, dans des circonstances atmosphériques variant du coup de vent à l’ouragan, maintint pendant 24 heures une vitesse de 26 nœuds 5 à l’heure. Dans le tumulte de cette lutte effroyable, dit le Scientific American, une anere pesant 10 000 kg fut déplacée, les mâts de charges en acier arrachés et tordus comme des jouets d’étain. En dépit de quoi le bâtiment arriva au port pratiquement intact, et sans qü’un des innombrables rivets de sa coque eût cédé.
- Le plus ordinairement un paquebot transatlantique fera son chemin, en dépit du gros temps, sans éprouver d’autres inconvénients que de voir
- Fig. 2. — Tangage par gros temps d’un cuirassé d’escadre embarquant une lame d'environ 25 tonnes.
- tordre une ou deux épontilles ou bien briser quelques carreaux de la chambre de quart sur la passerelle.
- Mais il se produira, de loin en loin, avec des hauteurs et des longueurs de lames correspondant de façon opportune avec les dimensions du navire, telles circonstances où la coque devra donner son
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- LE NAVIRE MODERNE ET L’ASSAUT DES VAGUES —. — 389
- suprême effort. C’est, par exemple, lorsque le bâtiment étant engagé sur la pente descendante d’une forte vague, avec son avant labourant l’eau. Son étrave se trouve en présence de la vague suivante, dressée comme une montagne abrupte dont le sommet déferle.
- C’est le moment pour l’officier et les gens de quart, en dépit de la hauteur d’où ils dominent la mer en temps ordinaire, de se bien tenir, car il est certain qu’ils auront à supporter le rude choc d’un joli paquet d’eau.
- Dans la nuit du 10 janvier dernier, le Lusitania naviguait par grosse mer d’Ouest, et, en raison des circonstances, les vitres, qui garnissent en temps ordinaire la cabine
- chés des châssis, et ces châssis eux-mêmes, en acier, furent tordus en dedans. Ces débris furent projetés contre la cloison arrière de la cabine qui fut dé-
- Fig. 3. — Lame déferlant sur l'avant d'un vapeur
- foncée. L’homme de barre fut projeté contre le bastingage, tenant à la main la roue du gouvernail arrachée de son axe.
- Le torrent d’eau alla ensuite s’engouffrer dans le carré des officiers le remplissant à mi-hauteur, tout ceci, il faut le redire, se passait à une hauteur de 23 m. au-dessus du niveau de la mer. Un petit calcul permet de supputer, en tenant compte de la largeur du navire qui est d’environ
- Fig. 4. — La lame déferle sur un officier en tournée de surveillance.
- de la passerelle, avaient été rentrées et remplacées par des solides panneaux de bois.
- A un moment précis où l’arrière se soulevait au passage d’une vague et que l’étrave labourait l’eau, comme je viens de le dire plus haut, une lame de dimensions gigantesques se dressa à l’avant.
- La masse d’eau solide passa entièrement par-dessus la cabine de navigation et par-dessus encore le compas (boussole) fixé sur le toit de cette cabine. C’est-à-dire à au moins 24 m. au-dessus de la flottaison. Cette lame avait son mouvement propre, le navire marchait à sa rencontre à une vitesse approchant 12 ou 13 nœuds. Il en résulta que la masse d’eau avait une inertie considérable, ce que l’on vit bien aux dégâts commis.
- Les panneaux en bois de la cabine furent arra-
- Fig. 5. — Le retrait de la lame : inondation du pont.
- 24 m. par le travers de la passerelle, de la distance de cette passerelle à l’étrave qui est de 46 m. et de la hauteur à laquelle s’est élevée la vague, que celle ci a jeté sur la partie avant du navire une
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- VARIATIONS RÉCENTES DU NIVEAU MARIN EN NORVÈGE
- masse d’eau d'au moins 4000 tonnes, le poids d’un de nos croiseurs du;, type Catinal. Une" expression maritime dépeint très pittoresquement la ^situation où se trouvait le Lusitania au moment où cette avalanche se“ précipita sur son pont. Le navire a fait cuillère, mais quelle effrayante cuillerée !
- Il faut avoir le cœur bien trempé du marin, sans jeu de mots, et une belle confiance dans la solidité et la puissance de flottabilité de la poutre creuse qui vous porte pour ne pas sentir; quelque émoi devant un pareil spectacle; mais aussi un peu de fierté est bien permise én constatant la victoire de l’homme, si petit, sur un tel déchaînement de forces gigantesques.
- Le choc d’une pareille masse d’eau eût été très dangereux s’il s’était produit verticalement ou à peu près sur le pont du navire qui, assurément,
- n’était pas en état de le supporter et se serait écrasé comme une coquille d’œuf.
- La hauteur à laquelle se trouve le pont sur le Lusitania écartait ce danger, mais il est certain qu’il subsiste tout entier pour des navires moins
- élevés ou de con struction moins soignée, et le capitaine du paquebot, dans le rapport où il rend compte de ce dramatique incident, n’hésite pas à déclarer qu’à son avis la disparition inexpliquée d’un certain nombre de vapeurs peut être mise sur le compte de lames pareilles à celles qui ont assailli le Lusitania et qui, tombant de leur hauteur sur des ponts trop faibles, les ont crevés et ont noyé le navire, dont le capitaine s’était obstiné à faire route contre la direction de ces vagues gigantesques, dont la rencontre est heureusement fort rare1.
- Sauvatre Jourdax.
- Fig. 6.
- Vaisseaux en mer par gros temps.
- VARIATIONS RÉCENTES DU NIVEAU MARIN EN NORVÈGE
- ! La Scandinavie est, on le sait, une des régions où l’on a'pu constater, avec le plus de précision, les variations récentes du niveau marin. Des explorations de MM. Rekstad et Vogt dans la partie la plus septentrionale du département Nord de Temdhjom viennent de fixer certains traits intéressants de ce phénomène. On constate notamment que les dépôts pléistocènes marins occupent, dans l’intérieur du pays, une série de terrasses montrant les parties qui furent submergées à la fin de la période glaciaire. Ces terrasses, couvertes de limon marin, constituent aujourd’hui les terrains agricoles du pays et leur limite marque celle des établissements humains. Or ces terrasses, jadis déposées sous la mer, ont été portées de 106 à 118 m. d’altitude dans l’archipel côtier et jusqu’à 155 m. dans l’intérieur des terres. Le soulèvement a pris la forme d’un bombement, particulièrement accusé dans l’intérieur du continent et dont la pente vers la mer est de 1 m. par kilomètre. On constate également, jusqu’à ce niveau, les traces manifestes du travail des vagues, sous la forme de galeries analogues à celles, bien connues de Torghâttan. Celle de Leka, perforée en plein granit, a 150 m. de long et son niveau correspond exactement à celui d’une terrasse marine (strandlime).
- Enfin un autre résultat intéressant de cette exploration géologique a été de montrer comment s’était creusé le réseau si compliqué des fjords. Ces bras de mer accusent deux directions orthogonales très nettement caractérisées. On a ainsi des goulets étroits qui peuvent s’allonger, comme le Toscn, prolongement du Bindalsfjord, sur 55 km de long. Or, ces goulets d’érosion ne correspondent nullement, en général, à la présence de roches plus tendres, plus facilement érodables. Ce sont des diaclases, ou même des failles tectoniques qui en ont dessiné le premier croquis, passant avec une direction constante à travers des roches très diverses, calcaires, gneiss ou gabbros. Le processus d’érosion a été préparé par des cassures analogues à celles qui, sur notre Plateau Central, ont provoqué les coudes successifs des rivières, peu à peu encaissées au fond de gorges granitiques ou gneis-siques.
- 1 Les quatre gravures ci-jointes ont été obligeamment prêtées par le Shijiping Illustrated, de New-York. Elles proviennent de photographies prises à bord du steamer Qneen Adélaïde pendant un cyclone rencontré sur la côte Nord de Cuba.
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- LE CANAL DE PANAMA
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- Depuis les derniers articles que La Nature a consacrés à l’état des travaux du canal de Panama, et, en raison des inquiétudes qui s’étaient manifestées, en plusieurs occasions, dans le public et dans la presse américaine, au sujet de l’achèvement du canal et aussi de la dépense totale à prévoir, divers rapports officiels ont été portés à la connaissance du public, qui paraissent apporter des données précises sur la marche du travail, ainsi que sur l’époque où on peut en espérer ï’achèvement.
- Il ne sera pas sans intérêt pour nos lecteurs, de leur faire connaître les caractéristiques principales du projet définitivement adopté par le
- Fig. i. — Les ouvrages du canal de Panama à Gatun. — Un immense barrage vient obstruer la vallée du Rio-Chagres pour créer un grand lac intérieur, duquel le canal débouche vers VAtlantique. Remarquer les écluses à double voie de circulation, afin d'éviter les collisions entre navires.
- celui qu’avait finalement arrêté, en 1899, la Compagnie Nouvelle du canal de Panama, après les études faites sur place par une commission composée d’ingénieurs éminents de plusieurs pays. Le projet américain a, comme ce dernier, adopté le principe du canal à écluses, avec un lac intérieur au niveau du bief de partage, occupant plus de 40 km de parcours, et réalisé par la construction d’un grand barrage en terre et enrochements à établir, sur le versant de l’Atlantique, à Gatun, dans la vallée inférieure de la rivière le Cha-gres, et d’un autre à Pedro Miguel sur le versant du
- gouvernement des États
- Pacifique : ce lac intérieur réalise un immense réservoir de plus de 400 km2 ;-Unis, en le comparant à | de surface, qui doit emmagasiner les crues formi-
- Las Pedro Miguel
- Corozal
- Empire
- K i I omètres
- Fig. 2. — Carte du Canal de Panama. — L'emplacement des écluses se trouve à Gatun d’une part, à Pedro-Miguel et Mirafilores d'autre part.
- Altitude maxima
- à Gold Hill
- Écluses
- Écluses
- Atlantique
- Pacifique
- . MarérsJSfi
- Fond du Canai
- Niveau moyen des Mers
- Kilomètres
- Fig. 3. — Profil en long du canal montrant les déblais exécutés et à exécuter.
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- Fig. 4. — Une excavatrice au travail dans la tranchée de Culebra.
- Fig. 5. — L’excavation pour le canal de décharge au, centre de la digue de Gatun. Vue prise en Mai 1909 (d'après le Cassier’s Magazine).
- Fig. 6. — L’emplacement des écluses de Gatun (versant de VAtlantique).
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- LE CANAL DE PANAMA
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- dables de la saison des pluies (certaines de ces crues ont été évaluées représenter un débit de 2600 mètres cubes par seconde pendant quarante-huit heures), pour en permettre ensuite l’écoulement à la mer par l’ancien lit inférieur de la rivière, et surtout pour faire face à la consommation d’eau nécessaire au fonctionnement des écluses.
- Nous avons porté, dans les deux colonnes du tableau (p.394), les chiffres comparatifs des dimensions adoptées dans les deux projets, pour les diverses parties du canal.
- Les profils en travers et les tirants d’eau ont été, comme on le voit, notablement augmentés, ils représentent un travail colossal et illustrent nettement le gigantesque effort qu’il a fallu ac-complir pour assurer aux plus grands navires un trajet aisé dans les 13 kilomètres environ qu’ils auront à parc ourir dans cette tranchée.
- De l’énorme différence de largeur entre les deux projets, ainsi que de l’abaissement du plafond,
- Fig. 7. — Les écluses de Gatun. — Ces écluses, les plus gigantesques du monde, sont au nombre de 3; les maçonneries latérales se suivent sans discontinuité sur une longueur de 1200 mètres et forment un bloc monolithe de béton. Elles ont exigé 900000 tonnes de ciment. Les 2 figures montrent 2 phases avancées de la construction des murs latéraux de l’écluse. Remarquer dans le mur les conduits d’alimentation . et de. vidange. .En dessous, coupe transversale d’une écluse en construction.
- de 20,75 m, a 12,20 m., résulte une augmentation considérable des déblais à extraire, qui entre pour une
- forte part dans la comparaison des quantités totales. Les dimensions des écluses, elles aussi, font
- voir que le pro- 1 jet américain a été conçu avec beaucoup plus d’ampleur que celui établi en 1899, avant la transmission de la concession au gouvernement des États-Unis.
- La dépense totale à prévoir, basée sur les dernières évaluations qui résultent des cinq années d’exécution de travaux, depuis la r e p r i s e au mois de mai 1904 par les Américains, et comprenant la somme de 200 millions de francs du rachat à la Compagnie française, ainsi que celle de 50 millions de francs versée à la République de Panama, pour prix de la prorogation de la concession, ainsi que pour celui de la zone de terrain de 16 kilomètres de largeur sur toute la longueur du cariai, devenue propriété du gouvernement américain, est estimée actuelle-ment ne pas devoir excéder un milliard huit cent soixante-quinze millions de francs.
- En vue d’accélérer l’exécution du travail, les Américains ont jugé nécessaire d’y attribuer un
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- LE CANAL DE PANAMA
- matériel considérable, en outre de celui que leur cédait la Compagnie française; ils oqt fait construire près de cent puissants excavateurs, dont une forte partie est employée à la grande tranchée; car c’est sur cette section, occupant relativement une faible longueur dans l’ensemble, qu’a été porté le plus grand effort.
- Ce sont ce qu’on appelle ici des « excavateurs à cuiller », comportant, au lieu d’un chapelet de godets, comme les excavateurs Irançais, un seul godet de grande capacité fixé au bout d’un puissant manche, que manœuvre un mécanisme du genre de celui d’une grue; ce godet déverse son contenu dans les wagons qui circulent sur une voie passant derrière l’appareil.
- Ils ont aussi introduit, dans leurs trains de terrassements, un dispositif nouveau, dont nous regrettons de ne pouvoir donner une description, réalisant la décharge des wagons sans les faire basculer, car ils se vidaient difficilement en raison de la nature glaiseuse et collante des déblais.
- Dans les parties
- sont occupées, l’une par la rivière le Chagres, l’autre par le Rio Grande, le travail est exécuté par des dragues avec bateaux porteurs, dont certaines ont été construites en Europe et cédées par la Compagnie française.
- Car, après avoir d’abord fait peu- de cas de ce matériel, les Américains ont fini par reconnaître qu’il leur serait d’une grande utilité, ayant été
- pour une bonne part conservé en bon état d’entretien, malgré les interruptions du travail à diverses époques.
- Depuis leur reprise des travaux, en mai 1904, les Américains ont employé d’abord un an et demi à deux ans, en révision des éludes et en reconnaissance des terrains, ainsi qu’en installations, spécialement au point de vue de l’assainissement du pays, et ce n’est seulement que depuis deux ans que tout le matériel est en service et qu’on peut se rendre compte exactement de la marche normale des travaux ; si nous adoptons, pour montrer le travail fait, de donner les chiffres des déblais pendant des périodes de er mai au 1er mai de l’année sui-
- Fig. 8. — Construction des écluses de Gatun.— Les murs latéraux sont construits par section au moyen de formes en acier. Cette figure montre une section terminée et l’on voit à droite la forme verticale en acier dressée pour l’édification de la section voisine. Au pied les ouvriers commencent le bétonnage (d’après , Scientific American).
- basses des deux extrémités, qui | douze mois, du 1
- CHIFFRES COMPARATIFS DES DIMENSIONS ADOPTEES DANS LES DEUX PROJETS
- Projet français. Projet américain.
- Profil du canal :
- Largeur au plafond : dans les parties maritimes. 50 m. 150 m.
- Largeur au plafond : dans le lac intérieur ... 50 nn. de 150 à 500 m.
- Largeur au plafond : dans la tranchée de la Culebra 56 m. 91,51 m.
- Tirant d’eau 9 m. 13,72 m.
- Écluses : Projet français. Projet américain
- Nombre sur chaque ver-
- sant 4 O
- Longueur utile 225 m. 505. m.
- Largeur entre bajoyers. 25 m. 55,55 m.
- Tirant d’eau surfes seuils. 9 m. 12,57 m.
- Niveau du Bief de partage au-dessus du ni-
- veaiunoven des Océans. 29,75 m. 25,92 m.
- Niveau du plafond du
- Bief de partage . . . 20,75 m. 12,20 m.
- Cube total des déblais restant à extraire . . 50.800.000 m3 135.600.000 m3
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- LE CANAL DE PANAMA ........... r= 395
- vante, nous relevons les totaux successifs suivants : du 1'
- mai 1904 au 1" mai 1905 500.000 m3
- 1905 — 1906 1.650.000 m3
- 1906 — 1907 . 5.100.000 m3
- 1907 — 1908 . . 19.150.000 m3
- 1908 — 1909 . 29.500.000 m3
- 59.900.000 m3
- Faisant un total de.
- En certains mois de la saison sèche, on a pu atteindre 21800000 mètres cubes. T”‘
- Le chiffre de la : dernière période ci-dessus peut être regardé comme celui sur lequel on peut baser des prévisions pour l’avenir; il restait ainsi, en mai 1909, sur le total des déblais estimé à 135600000 mètres cubes, à extraire 77 700000 mètres cubes,qui n’exigeraient pas moins de trois ans pour leur achèvement. Mais, il faut bien tenir compte de ce
- que ce n’est pas seulement la question du déblai, malgré son importance, qui doit être prise en considération : les travaux des. barrages et des écluses,
- Fig. ç. — La construction des écluses en béton à Gatun. Vue de Vextrémité sud (d’après Scientific American). Au premier plan on aperçoit les coffrages en bois destinés à la construction de la dernière écluse. Au centre du mur en escalier, les cylindres d’acier qui formeront les conduits d’alimentation de l’écluse.
- Fig. io. — Un dépôt de matériel à Mount Hope. (D’après le Cassier’s Magazine.)
- déjà commencés, demanderont un délai plus long pour leur exécution. On a évalué que le grand barrage de Gatun, qui doit avoir 2400 m. de longueur, 450 m. de largeur maximum à sa base et 55 m. de hauteur, représente un remblai de 15 000000 m3; les écluses représentent ensemble un cube de 1 500 000 m3 de maçonnerie de béton.
- Les derniers rapports officiels promettent ainsi
- l’ouverture du canal à l’exploitation pour le commencement de l’année 1915.
- Nous ne pouvons cependant passer sous silence que, dans la grande tranchée, se sont à diverses reprises produits des glissements inquiétants : on estime avoir déjà extrait, de ce chef, 677 000 m3, et on a évalué que 765 000 m3 sont encore en mouvement. Il est à souhaiter, qu’à mesure de l’approfondissement des chantiers, le même fait ne prenne pas une plus grande importance.
- Nous croyons devoir attirer tout spécialement l’attention sur les disposi tions qu’ont prises les Américains, pour l’installation matérielle de l’existence des travailleurs, et sur lesquelles insistent les journaux américains avec beaucoup de détails. Comme nous en avons déjà parlé, les Américains, dès leur prise de possession, ont reconnu l’intérêt majeur qu’il y avait à assainir le pays, point auquel
- Fig. ii. — Les baraquements d’ouvriers à Cristobal.
- (D’après le Cassier’s Magazine.)
- les deux Compagnies françaises n’avaient pas attaché assez d’importance. Instruits par l’expérience de leur installation à Cuba, ils n’ont pas hésité à dépenser plus de cent millions de francs, d’une part pour la construction de bâtiments d’habitation dont certains groupements représentent une population dé plus de 5000 habitants, d’autre part pour les travaux d’assainissement et de voirie. Il convient ici de rappeler qu’il n’y a que peu d’années
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- LE CANAL DE PANAMA
- Fig. 12. — Une drague à succion, au travail dans le Rio-Chagres
- qu’on a reconnu que certaines maladies, et en particulier la fièvre jaune, sont transmises par les moustiques; c’est à les détruire, en supprimant les eaux stagnantes, et en défrichant aux alentours des lieux d’habitation, que les Américains se sont tout spécialement attachés. Ces travaux ont eu pour résultat que, depuis décembre
- 1905, soit depuis quatre ans, il ne s’est pas produit, dans la région des travaux, un seul cas de fièvre jaune; ceux de fièvre paludéenne, qui atteignaient chaque année, en 1906 encore, 82 pour 100 de personnel, n’ont plus été que de 28 pour 100 en 1908. Le chiffre
- de la mortalité qui était encore de 42 pour 1000 en
- 1906, n’a plus été, l’année dernière, que de 12 pour 1000, chiffre très bas pour une population industrielle. L’effectif total est maintenant d’environ 50000 habitants, sur la longueur de 70 km du canal; de ce nombre, 6000 sont des Américains du Nord, dont 1500 sont des femmes et des enfants.
- Les campements se composent de constructions en bois, montées sur des piliers en béton et placées à un écartement convenable pour assurer une large circulation d’air; toutes les ouvertures en sont garnies de fines toiles métalliques, pour arrêter les mouches et les moustiques.
- Le long du canal s’échelonnent ainsi 23 villages qui sont chacun un centre de travail.
- Un sujet d’importance capitale, après la question du logement, était celui de l’alimentation de tout ce personnel : pour lui assurer à bon compte une nourriture saine et abondante, on a organisé des économats où les marchandises sont livrées au prix de revient; des cantines, gérées par l’administration, sont aussi installées sur tous les chantiers; et même, pour combattre la tendance reconnue chez beaucoup de travailleurs, d’économiser sur leur nourriture au détriment de leur santé, on a dû en
- Fig. i3. — Cubes des déblais construits par les Français et les Américains, au Ier novembre rçoç.
- venir à les engager leur nourriture comprise, en abaissant légèrement les salaires, et on en a eu un bon résultat. Les denrées alimentaires susceptibles d’avarie sont transportées, depuis le port d’embarquement jusqu’au lieu d’emploi sur les chantiers, d’abord sur des navires avec installations frigorifiques, puis mises à leur arrivée dans des magasins installés de même, et enfin transportées le long du canal dans des wagons organisés de la même façon.
- Un détail assez curieux à noter : les hommes sont tenus de passer au moins une fois chaque jour à l’établissement
- de bains installé à proximité de tous les nombreux chantiers, pour y recevoir un bain ou une douche; des inspecteurs doivent tenir sévèrement la main à l’observation de cette prescription.
- Comme complément de toutes ces dispositions sanitaires, il existe un service médical très soigné. Le grand hôpital, qu’avait construit la Compagnie française, sur le Cerro Ancon, près de Panama, constitue une installation modèle, pour placer les malades à l’abri de toute influence dangereuse : établi sur un point élevé, et bien aéré par les brises du Pacifique, il est bien disposé pour ramener à la santé les travailleurs fatigués. Des wagons-hôpitaux mettent journellement les chantiers en communication avec l’hôpital. Les malades sont envoyés ensuite au sanatorium établi dans l’île de Taboga, à 10 milles au large dans le Pacifique.
- Un des problèmes les plus difficiles a été le recrutement de la main-d’œuvre; on a fait venir, de la Jamaïque et des Barbades, des noirs dont on peut tirer bon parti en sachant les conduire, c’est-à-dire en les traitant avec fermeté et justice; le mieux à faire est de les faire travailler à la tâche. On a enfin fait venir des travailleurs du Nord de l’Espagne, bien que devant les payer plus cher que
- > 25.135.000 nr>
- 1895ài 1904 J gl904à1906
- ^ 1907 } 1908
- 1909
- aulNov.
- 7.620.000 — 2.941.000 — 7.139.865 —
- 13.487.739 —
- 12.042.000 -
- 32.814.535
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- UN DISPOSITIF DE DESINFECTION : .. -...- 397
- les noirs ; mais on en tire aussi un meilleur rendement.
- Comme personnel de race blanche, pour les emplois de direction et de surveillance des chantiers, ainsi que pour ceux d’ouvriers d’état, mécaniciens, charpentiers, ouvriers d’ateliers, etc., il a fallu les faire venir des États-Unis.
- Les travaux sont soumis à une surveillance des plus sévères et à un régime tout à fait militaire; ils sont en effet dirigés par le corps du génie militaire (army Engineers).
- En outre des précautions matérielles, le gouvernement américain s’est encore préoccupé d’ac-croitre le bien-être moral de son personnel, en installant, dans chaque agglomération, des salles de réunion et des bibliothèques, ainsi que des écoles. Dans ces cercles, des conférenciers font des tournées périodiques, pour procurer des distractions au
- personnel. En somme, la zone du canal est devenue partie intégrante du territoire des États-Unis, et leur civilisation y a été transportée tout entière.
- Il nous a paru intéressant d’entrer dans tous ces détails d’organisation, qui font bien voir l’importance majeure que les Américains ont attachée à assurer l’existence confortable du personnel, dont seulement pouvait dépendre une marche régulière des travaux, au contraire de ce qui avait eu lieu dans les périodes qui avaient précédé leur prise de possession.
- Les journaux américains, Engineering News, Scientific American, dont nous avons tiré bien des indications ci-dessus, ne laissent subsister aucun doute sur les résultats obtenus, qui justifient l’espoir de l’achèvement de l’œuvre, dans les conditions de dépenses et de délai que nous avons rapportées plus haut. Ed. Henry.
- UN DISPOSITIF DE DÉSINFECTION POUR VOITURES DE CHEMINS DE FER
- Le nettoyage et la désinfection des wagons de I rature uniforme de 45-50°. Aussitôt que les cous-chemins de fer, constituent l’un des problèmes hy- | sins, etc., du wagon ont atteint cette température,
- L’étuve à désinfection pour wagons. A droite, ouverte; à gauche, fermée. Une grue spéciale manœuvre la porte de fermeture.
- giéniques les plus urgents, à notre époque de transports intensifs.
- La direction des Chemins de fer d’État, à Pots-dam, vient de procéder à l’installation d’un dispositif de nettoyage unique en son genre, imaginé et construit par l’usine Julius Pintsch et qui permet la désinfection et la purification intégrales des wagons, sans qu’il soit nécessaire d’en démonter les coussins et les boiseries.
- Le wagon s’introduit tout d’une pièce dans l’appareil qui est une sorte d’énorme étuve tubulaire, chauffée par la vapeur, et maintenue à une tempé-
- on met en marche une pompe à air (tout en continuant à chauffer), de façon à produire un vide d’environ 70 mm de mercure, dans laquelle l’eau, comme on le sait, bout à la température de 45° C. La haute température suffit à tuer la plus grande partie de la vermine, dont le wagon a pu être infesté ; le vide dessèche les individus plus résistants.
- Lorsque le wagon doit être soumis à une désinfection en règle, on y introduit, par un appareil spécial et après avoir établi le vide le plus avancé, de la formaline liquide, qui s’y vaporise rapidement.
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- UN DISPOSITIF DE DESINFECTION
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- Les vapeurs de formaline remplissent alors l’enceinte tout entière, sans que des traces d’air s’y opposent; lorsque l’air extérieur sera enfin admis de nouveau, il se saturera de vapeurs de formaline, et les entraînera dans tous les interstices.
- L’étuve affecte la forme d’une énorme et robuste chaudière cylindrique horizontale, fermée aux deux extrémités par des plaques de fonte, son diamètre intérieur est d’environ 5 m, sa longueur utile, entre les tampons des wagons, d’environ 25 m.
- La pression totale, qui agit sur cette chaudière quand le vide y est fait, se monte à la somme énorme d’environ 4142000 kg dont 5 750 000 kg, correspondent à l’enveloppe cylindrique et 592 000 k aux deux plaques terminales. Le poids total de l’appareil, y compris la grue, dont il sera question plus loin, est de 155 000 kg.
- Les pieds de l’appareil désinfecleur sont pourvus de rouleaux, permettant un déplacement facile suivant la direction de son axe longitudinal.
- À l’intérieur de la chaudière cylindrique, on a établi une voie de rails.
- L’intervalle entre les rails est occupé par une voie de roulement en plaques de fer. L’ouverture d'entrée se ferme au moyen d’une plaque, d’un poids de 4000 kg, pourvue de marchepieds et d’une passerelle. Elle est serrée par l’intermédiaire d’un anneau de caoutchouc, contre les bords de la chaudière.
- Une grue spéciale, d’une construction remarquable, a été prévue pour assurer le déplacement de cette plaque terminale, formant le couvercle de la chaudière. Cette grue est d’un maniement si facile qu’un seul ouvrier suffit pour appliquer et retirer le couvercle en toute sécurité et avec toute la rapidité voulue. C’est une grue tournante, supportée d’un côté par un tourillon, au milieu de l’enveloppe de la chaudière, et de l’autre, sur un tréteau à deux roues se mouvant sur une voie circulaire. La grue avec le couvercle attaché à son chariot, est mise en mouvement par un cabestan, ce qui dispense de toute nécessité de soulever et de baisser le Couvercle.
- Ce dispositif de désinfection est, nous l’avons dit, chauffé par de la vapeur, fournie par un système de conduites fermées dont les tubes de raccord et de ventilation traversent la paroi de la chaudière. La vapeur entre à travers une conduite supérieure principale, qui traverse toute la longueur de la chaudière et à laquelle ne sont pas reliés moins de 252 tubes semi-circulaires, aboutissant à un tube de
- condensation commun dans la partie inférieure de la chaudière. L’eau condensée est déchargée immédiatement.
- Deux ventilateurs, installés au milieu de la chaudière, assurent le brassage de l’air intérieur, et par suite son contact efficace avec les tubes de chauffage et son échauffement rapide.
- Le vaporisateur, qui reçoit le liquide désinfectant (formaline), est situé au centre delà chaudière, dans sa partie inférieure ; c’est essentiellement un vase à doubles parois ouvert par le haut et où est introduite la vapeur servant à vaporiser la formaline. Ce liquide, nous venons de le dire, se volatilise très rapidement dans le vide établi à l’intérieur de l’appareil.
- Tous les accessoires nécessaires au service de l’appareil, soupapes d’admission et de décharge de la vapeur, manomètres, indicateurs de vides, commutateurs électriques, soupapes d’adjnission et de sortie de l’air, soupapes de remplissage, vaporisateurs, etc., sont accessibles du dehors.
- L’un des thermomètres éclairés par l’électricité, indique la température intérieure maxima.
- Un autre thermomètre, plongé dans un bain d’eau, permet d’apprécier la température des coussins, etc.
- L’intérieur des chaudières est bien éclairé par douze lampes à incandescence électrique.
- La capacité de l’appareil tout entier est d’environ 490 mètres cubes. Une pompe à air, directement accouplée à un moteur triphasé de 20 chevaux (disposé au voisinage immédiat de la chaudière), sert à assurer la ventilation de l’appareil. L’air aspiré de la chaudière, à travers une conduite en fer d’un diamètre intérieur de 175 mm, est lancé dans une conduite reliée à la salle des chaudières et qui se termine au-dessous de la grille d’une chaudière à vapeur de 90 m2 de surface de chauffage, tout en pouvant être, au besoin, mis en communication directe avec la cheminée. On peut ainsi brûler les germes pathogènes et les éliminer d’une façon définitive.
- Cette installation constitue sans contredit un progrès remarquable dans l’hygiène des chemins de fer.
- Il serait à désirer que des installations analogues fussent établies dans tous les pays desservis par le trafic international, de façon à assurer contre les maladies infectieuses une protection vraiment efficace des voyageurs.
- D1' Alfred Gradekwitz.
- Celle pompe à air actionnée par un moteur électrique de 20 chevaux assure la ventilation à l’intérieur de l’étuve.
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- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 mai 1910. — Présidence de M. E. Picatd.
- La couleur rouge des feuilles. — M. G. Bonnier présente une Note de M. R. Combes relative à la coloration rouge que présentent les feuilles soit au début du printemps, soit en automne. Ce rougissement peut être aussi obtenu sur une branche dont on supprime l’écorce à la base. Dans tous les cas, l’apparition du pigment rouge semble résulter d’une oxydation accompagnant l’accumulation de composés sucrés- dans les feuilles.
- Végétations de champiglions inférieurs. — M. G. Bonnier présente un travail de M. Henri Coupin sur la végétation de quelques champignons dans l’huile stérilisée. L’auteur montre que de nombreuses espèces de muco-rinées peuvent vivre sur des substratum variés immergés dans l’huile. Leur végétation se rapproche alors beaucoup plus de celle des mêmes champignons vivant dans l’eau que de celle dans l’air.
- Le rôle des mycorkizes. — M. G. Bonnier résume ensuite une communication de M. Vital Boulet sur les champignons filamenteux appelés mycorhizes que l’on trouve associés aux racines des arbres fruitiers. Contrairement à l’opinion très répandue que ces champignons sont utiles aux racines des arbres, il apparaît que les mycorhizes des arbres fruitiers se comportent comme des parasites. L’attaque des racines par ces parasites peut expliquer de nombreux cas de dépérissement constatés chez ces arbres et dont la cause restait inconnue.
- Polarisation de lalumière de la Lune.— M. Bigourdan expose que M. Landerer, astronome à Valence (Espagne), est l’auteur d’une méthode donnant l’angle de polarisation maximum de la lumière lunaire. L’auteur a appliqué celte méthode à la détermination de la nature des roches qui constituent notre satellite. Il a trouvé ainsi que ces roches ne sont pas couvertes de glace. Pour certains cette méthode pouvait prêter à quelques critiques; M. Landerer complète aujourd’hui la théorie qu’il a édifiée et y ajoute des explications de nature à éclairer la question.
- Augmentation du volume de la voix. — M. d’Àrsonval fait connaître de nouvelles expériences de phonation dues à M. Marage. L’auteur a précédemment montré que l’énergie de la voix est donnée par le produit VII dans lequel V est le volume d’air qui s’échappe des poumons sous une pression IL II a également montré que l’on peut accroître la capacité pulmonaire au moyen de certains exercices du poumon; ses nouvelles recherches portent sur le moyen d’augmenter la pression. Deux causes pourront intervenir pour réduire cette pression : la faiblesse des muscles expirateurs et celle des muscles moteurs des cordes vocales. Les muscles cxpiratcurs les
- plus importants sont les muscles de la paroi abdominale. Pour leur donner de la vigueur, il faut les faire fonctionner de la façon suivante. On se couche sur un plan horizontal, les jambes rapprochées et l’on redresse le tronc sans s’aider des mains, les jambes immobiles. Une dizaine d’exercices de ce genre pratiqués chaque jour suffisent. Pour combattre le défaut de rapprochement des cordes vocales sur la ligne médiane, défaut qui permet un échappement de Pair sans vibration, il faut développer les muscles tenseurs et rapprocheurs de ces cordes, ce qui se fera en chantant des voyelles E et I. Les notes doivent être tenues et non piquées. On peut ainsi corriger le chevrotement de la voix. Ce défaut disparaît plus rapidement lorsque les exercices vont des notes aiguës aux notes graves.
- Tissus chauffants. — M. d’Arsonval présente des tissus fabriqués par M. Ilergolt de Belfort et qui ont pour but de fournir cle la chaleur sous l’effet de la communication avec le courant électrique servant à l’éclairage. Ges tissus sont des tapis, des tricots de toute forme. Ils sont constitués avec un fil de laine sur lequel s’enroule un fil de nickel isolé lui-même au moyen d’un fil de laine. Tous les fils ainsi constitués sont tendus parallèlement et s’accrochent par une extrémité au fil d’entrée du courant et par l’autre extrémité au fil de sortie Etant tous parallèles entre eux et montés en dérivation, ils sont tous au même potentiel, donc pas de court circuit à craindre. On fabrique ainsi des tissus qui donnent une température donnée maxima et qui par exemple peuvent être utilisés pour le chauffage des appariements. La dépense pour un tapis de 0,90 m. sur 0,70 est la même que pour une lampe de 50 bougies.
- La comète de Halleg. —M. Dcslandres rappelle qu’en décembre dernier il a fait connaître à l’Académie le résultat des observations spectroscopiques qui venaient d’être effectuées à l’Observatoire de Meudon sur la comète de llalley. Cette comète donnait alors un spectre continu laissant apercevoir la bande du cyanogène. Aucun autre gaz ne décelait sa présence. Puis, en janvier, en plus des bandes du cyanogène on distingua les bandes des hydrocarbures. Ces dernières allèrent en croissant en importance pendant les mois de janvier et février et enfin en mars devinrent plus importantes que celles du cyanogène. Les traces du cyanogène allaient en s’affaiblissant et enfin dans les derniers jours de mars disparaissaient. Depuis que la comète a pu être observée de nouveau on a réaperçu les bandes du cyanogène. Ces différences dans le spectre de la comète tiennent aux différences de son illumination. C11. »e Yilledeuil.
- CHRONIQUE
- Une expédition allemande à la conquête du Pôle Sud. — D’après Le Tour du Monde, une expédition allemande se prépare à tenter d’atteindre le Pôle Sud en même temps que les Américains avec Pcary et les Anglais avec Scott. Celle expédition sera dirigée par le lieutenant Wilhelm Filchner, qui prendra pour point de départ de sa tentative la mer de Weddel. On sait que la mer de Weddel, qui s’étend à l’extrême limite méri-
- dionale de l’océan Atlantique, a déjà, à plusieurs reprises, servi de champ d’action à des navigateurs antarctiques. Le premier est le capitaine écossais James Weddel, dont elle porte le nom, et qui réussit avec deux petits bâtiments, en janvier 1825, à pénétrer jusqu’à 74°'J 5' de latitude sud et 54° '17' do longitude occidentale. A la même époque, l’Américain Morrell affirma avoir aperçu une terre dans la mer de Weddel. Un peu plus tard,
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- 400 -----: LA RADIOGRAPHIE D'UN FOSSILE
- Dumont d’Urville s'engagea dans les mêmes parages; mais, au contraire de ce qui s’était produit 'pour ses prédécesseurs, il trouva la route barrée par les glaces. Après lui, ce ne fut qu’en 1903 que la mer de Weddel attira de nouveau l’attention d’un navigateur. L’Écossais Bruce en visita alors la partie orientale. Il y retrouva la même facilité de navigation que Weddel avait signalée environ quatre-vingts ans auparavant et, en mars 1904, il y découvrit une succession de côtes. Il leur a attribué sur ses cartes une longueur de 250 kilomètres, entre 72° 18' et 74° de latitude sud, et leur a donné le nom de Coatsland.
- Le revêtement de glace sous lequel leurs abords disparaissent, empêcha l’explorateur d’y accoster. Le lieutenant Filchner a choisi ces côtes pour y hiverner et le
- professeur Penk, de Berlin, partage son avis qu’il pourra y aborder, malgré l’échec de Bruce. Il en donne pour preuve le fait que Scott et Shackleton parvinrent à franchir la ceinture de glace qui défend pareillement l’accès de la Terre du roi Édouard ou les champs gelés de la mer de Ross. Des rives de la mer de Weddel, les explorateurs se dirigeront alors en droite ligne vers le Sud avec des traîneaux et essaieront non seulement d’atteindre le Pôle Sud, mais de traverser de bout en bout tout le continent antarctique. Une expédition accessoire, comprenant un deuxième navire, visitera la Terre de Victoria, y constituera des dépôts de vivres et recueillera les premiers explorateurs pour les ramener en Europe, s’ils ont réussi à traverser toutes les terres antarctiques en passant par le Pôle.
- LA RADIOGRAPHIE D’UN FOSSILE
- Un de nos lecteurs, M. Pierre Goby, de Grasse, a bien voulu nous offrir la très belle épreuve photographique que nous reproduisons ci-contre, et il nous a communiqué en même temps une notice qui s’y rapporte, publiée dans l’ouvrage du savant paléontologiste J. Lambert : Étude sur les Echi-nides de la molasse de Vence (Annales de la Société des Lettres,
- Sciences et Arts des Alpes-Maritimes, t. XX.
- Nice, 1906).
- Cette photographie est en réalité une radiographie. Elle représente, di-vulgé par les rayons X de la même façon qu’ils divulguent le squelette à travers le revêtement des muscles, l’intérieur d’un oursin fossile, un Cly-peaster Laganoides, propre à ce niveau des temps tertiaires que les géologues appellent le burdigalien.
- Ces fossiles sont constitués, au point de vue minéralogique, d’une façon particulière, qui a laissé intacts les organes de l’animal et qui permet de les observer par radioscopie. Leur intérieur est en effet constitué essentiellement par une sorte de pâte composée de petits cristaux de quartz transparents, reliés entre eux par un ciment peu compact. Il s’ensuit que la radiographie présente à la fois l’image de l’enveloppe de l’oursin (ce qu’on appelle le test) et celle, superposée, des diverses parties internes.
- Ainsi, ceux de nos lecteurs qui sont un peu fami-
- liers avec l’organisation des oursins reconnaîtront fort aisément, dans cette image, tout d’abord l’intestin, formant vers l’extérieur de la surface un grand fer à cheval plus clair, et que l’on peut suivre très aisément depuis le périprocte — un petit cercle blanc dans le bas de la figure — jusqu’à l’endroit, en haut et à droite, où il se rétrécit en se dirigeant vers la bouche, qui est centrale. Puis ils reconnaîtront de même le système des lacunes, marqué par une infinité de petits canaux, qui apparaissent en clair, et aussi l’ombre foncée qui, sous la forme d’une étoile, indique, au centre, l’emplacement du très curieux appareil qu’on appelle la lanterne d’Aristote.
- Sans entrer dans plus de détail, on comprend l’intérêt d’une telle radiographie. Depuis longtemps on sait que bien des fossiles ont conservé leur organisation interne, mais en dehors des plaques minces, observables au microscope, on ne savait comment les étudier. La belle initiative de M. Goby montre de quel secours pourrait être, dans cette voie, la radioscopie. Aussi, malgré sa date déjà un peu ancienne, a-t-on cru devoir la signaler ici, d’autant plus que l’insuffisant outillage des laboratoires n’a pas encore permis jusqu’à présent qu’elle trouve des imitateurs. Marcel Blot.
- Organisation d'un oursin fossile : Radiographie de M. P. Goby.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1931. . .28 MAI 1910.
- LES SIGNAUX HORAIRES PAR LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL
- On sait que le « point » ou position d’un lieu est obtenu par la détermination exacte de la latitude et de la longitude de ce lieu. La latitude s’obtient directement en mesurant la hauteur d’un astre donné au-dessus de l’horizon; mais la longitude, comptée à partir d’un méridien initial et conventionnel, ne peut être connue que si l’on possède l’heure exacte.
- Autrement dit, il faut connaître, au même instant, l’heure qu’il est en ces deux lieux différents : l’écart relevé correspondant à la différence des longitudes. On s’est longtemps servi d’observations astronomiques pour ces déterminations exactes, mais l’emploi des montres et chronomètres transportant l’heure initiale s’est généralisé. Cependant il faut veiller précieusement à leur marche, et, en fin de compte, des vérifications s’imposent toujours.
- Aussi, lorsque la télégraphie sans fil a fait son apparition, il est venu immédiatement à l’esprit de tous les observateurs que ce nouveau moyen de communiquer d’un point à un autre du globe rendrait les plus grands services aux marins pour la vérification du point en mer.
- Pour rendre efficace cet échange de signaux instantanés, il fallait pouvoir agir dans un rayon assez éloigné des côtes, tenir compte des heures de jour ou de nuit, puisque l’influence des rayons solaires est contraire à cette transmission; enfin, posséder des instruments émetteurs et récepteurs absolument sûrs.
- Chacun sait quelle merveilleuse antenne est la Tour Eiffel pour la propagation des ondes, et le parti qu’on devait en tirer.
- Une première installation fut faite à la Tour Eiffel en 1903, donnant une portée de 2500 kilomètres avec une puissance inférieure à 10 kilowatts.
- Depuis cette époque jusqu’en 1908, le service de la Télégraphie militaire sans fil fonctionna dans les baraques du Champ-de-Mars ; mais il était bien provisoire, et avait en outre le grave inconvénient de laisser percevoir le bruit des étincelles par les habitants du quartier, et, par conséquent, de rendre illusoire le secret des dépêches. Néanmoins, les services rendus pendant l’expédition du Maroc furent tels que l’administration de la Guerre décida d’établir définitivement son laboratoire dans le sous-sol du Champ-de-Mars à 100 mètres environ du pied de la Tour Eiffel, et la direction en fut confiée aux officiers du Génie.
- M. Bouquet de la Grye suggéra bien des fois, à l’Académie des Sciences, d’utiliser la Tour Eiffel pour envoyer aux navires en mer et aux ports le minuit temps moyen de Paris, et une Commission interministérielle fut nommée pour étudier la question. Elle aboutit à une coopération des Ministères delà Guerre, delà Marine, de l’InstructionPublique, et des Postes et Télégraphes, pour l’installation du service de l’heure entre l’Observatoire de Paris et la Tour Eiffel, par fil télégraphique, et ensuite, entre la Tour Eiffel et les navires en mer par T. S. F.
- Fig. i. — Le poste de télégraphie sans fil de la Tour Eiffel. Les appareils, qui, à Minuit, envoient.l’heure à tous les bâtiments en mer, sont en sou terrain.
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- 402 = LES SIGNAUX HORAIRES PAR LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL
- L’Observatoire de Paris, dès la nomination de son éminent directeur, M. Baillaud, fit exécuter par M. L. Leroy, horloger de la Marine, dans ses ateliers du boulevard de la Madeleine, deux pendules astronomiques exactement pareilles, destinées à conserver exactement l’heure à la seconde afin de la transmettre à la Tour Eiffel. Le système choisi fut le même, très sûr d’ailleurs, qui fonctionne entre l’Observatoire de Besançon , et les 25 principales fabriques d’horlogerie de cette ville, depuis cinq ans.
- Les travaux d’aménagement des pendules, des tableaux d’appel, des fils télégraphiques et téléphoniques furent exécutés par les officiers du Génie sous la direction de M. le commandant Ferrié assisté de MM. les capitaines Brenot et Fracque.
- Pour rendre possible la comparaison et le main-
- les pendules de l’Observatoire. Il fallut, comme conséquence, y transporter les trois pendules réglantles centres horaires de la Ville de Paris.
- Ces déplacements ont été effectués par la maison Breguet et par M. Joseph, l’habile horloger de l’Observatoire.
- M. Boquet, l’astronome titulaire chef du service horaire, dut s’occuper lui-même de tous les réglages si longs, si minutieux, et si délicats, et de l’organisation de la partie astronomique du service.
- Grâce aux soins de tous, les huit pendules sont installées dans trois grandes vitrines construites dans une magnifique salle du rez-de-chaussée de l’Observatoire, absolument saine, dont les murs ont 2,50 m. d’épaisseur. Dans chacune de ces vitrines, la température en une semaine ne varie pas d’un dixième de degré.
- Fig. 2. — Le cercle blanc représente sur une mappemonde la portée des ondes émises par la Tour Eiffel. Elles peuvent être perçues dans un rayon de 3ooo km.
- Fig. 3. — Poste d'appelffl de trans- Fig. 4. — Les deux pendules de Leroy dans
- mission des signatix à VObservatoire. leur cage vitrée à VObservatoire de Paris.
- tien à l’heure légale de ces deux pendules, M. le Directeur de l’Observatoire dut faire transporter, dans la salle où elles se trouvent, les trois pendules sidérales indépendantes de Winnerl, de Fenon et de Joseph, qui servent à la synchronisation de toutes
- L’installation comporte, en outre, des lunettes viseurs permettant à l’astronome qui envoie les signaux de lire l’heure de l’une ou l’autre pendule à distance; elle comprend aussi un tableau téléphonique dit jack, lui permettant d’écouter simultané-
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- LA PRÉVISION DU TEMPS ................. — 403
- ment, par deux microphones, les battements de deux quelconques des huit pendules, de façon à en rendre la comparaison facile et précise.
- Tout était terminé en janvier quand l’inondation du sol du Champ-de-Mars vint arrêter, en la compromettant momentanément, l’installation du service de l’heure.
- Aujourd’hui tout est rétabli, et nous pouvons donner une rapide description de ce service.
- Chaque nuit, vers 11 heures du soir, l’astronome de service établit l’état des pendules, et rectifie leur marche absolue au dixième de seconde près, au moyen d’un système magnétique agissant sur la masse du balancier, sans modifier l’amplitude de celui-ci.
- La coïncidence est constatée à l’oreille par le microphone dont chaque pendule est munie.
- Lorsque la pendule choisie pour envoyer les signaux est au point, on fait une série d’appels conventionnels au poste de la Tour Eiffel, pour qu’il visite ses appareils et les tienne prêts à recevoir et à transmettre les signaux.
- Toute communication cesse avec qui que ce soit pendant une demi-heure.
- A minuit 0 seconde, temps moyen, la pendule envoie un premier contact. A minuit 2 minutes,
- deuxième contact. A minuit 4 minutes, troisième contact.
- Chaque contact dure environ 1/10 de seconde, et produit 5 à 4 étincelles. La transmission est instantanée puisqu’on sait que la vitesse de propagation des ondes est à peu près de 290 000 km à la seconde.
- Les appareils, actuellement employés, assurent la communication avec tous les points situés à une distance de 5000 km environ.
- Des appareils plus puissants vont être installés dans le courant de l’année qui permettront d’atteindre un rayon d’action de 5400 km, c’est-à-dire la côte américaine.
- D’importantes déterminations de longitude pourront être faites par la Tour Eiffel, et ce précieux monument rendra d’immenses services en temps, de paix comme en temps de guerre.
- Nos diverses administrations ont compris ce qu’on pouvait en tirer, et leurs efforts ont été couronnés de succès en ce qui concerne le service de l’heure, comme ils le seront toujours, lorsqu’au sentiment d’amour-propre national s’ajoutera la collaboration intime des savants, et de nos excellents constructeurs d’instruments.
- Lucien Rubaux.
- LA PRÉVISION DU TEMPS
- Les phénomènes dont l’atmosphère est le théâtre et qui déterminent ce que nous appelons vulgaire-
- temps a été posé dès les premiers âges de l’Humanité. Les connaissances des Anciens consistaient surtout
- Fig. i. — Cartes synoptiques du 2 janvier iço5.
- ment le «temps», exercent, à chaque instant, sur notre santé, nos intérêts et nos plaisirs, une influence qui se fait sentir avec trop de persistance pour que chacun de nous ne s’inquiète pas de connaître à l’avance le «temps du lendemain». C’est un besoin inné chez l’homme et le problème de la prévision du
- en un mélange de remarques et de superstitions religieuses. Ce n’est que lorsque la physique générale commença à s’établir, apportant à la météorologie ses ressources et ses méthodes d’observation, que l’on entreprit l’analyse des météores en eux-mêmes. Puis, lorsqu’on eut remarqué que le temps
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- régnant dans une localité n’est pas particulier à cette localité, mais que le beau et le mauvais temps s’étendent sur de grandes étendues de pays, on s’efforça, en procédant par « observations simultanées », de suivre les phénomènes de l’atmosphère dans leurs transformations et l’on rechercha si celles-ci sont
- Fig. 2. — Fiat de l’atmosphère à la surface de l’Europe le 6 octobre IQ04.
- l’effet du hasard ou bien si elles sont rattachées entre elles par des liens intimes et continus.
- A la suite d’une violente tempête qui, pendant la guerre de Grimée, avait surpris la flotte anglo-française mouillée dans la mer Noire, occasionnant de nombreux désastres, Leverrier, à la demande du
- Fig. 4. — État de l’atmosphère à la surface de l’Europe le 7 octobre IQ04.
- maréchal Vaillant, alors ministre delà guerre, entreprit l’étude des conditions dans lesquelles s’était produit l'événement. L’enquête montra que la bourrasque avait lentement progressé du nord-ouest au
- 1 En 1793, Romme avait déjà suggéré l’idée d'employer le télégraphe aérien des frères Chappe pour « prévoir l’arrivée des tempêtes et en communiquer l’avis aux marins et aux agriculteurs ».
- L’emploi du télégraphe électrique fut proposé par Cari
- sud-est, de sorte que si un bureau central avait reçu des observations des différents points de l’Europe, on aurait pu suivre la marche de l’ouragan et avertir en temps utile les flottes alliées du danger qui les menaçait1.
- Napoléon 111 décida alors la création, à l'Observa-
- Fig. 3. — État de l'atmosphère à la surface de l'Europe le 3o décembre 1Q04,
- Loire de Paris, d’un service d’avertissements. Cette «division de télégraphie météorologique» commença à fonctionner en 1856, et, à partir de janvier 1858, elle publia des avis météorologiques internationaux journaliers.
- A la mort de Leverrier, le service de la météoro-
- Fig. 5. — État de l'atmosphère à la surface de l'Europe le 3i décembre IÇ04.
- logie avait pris une importance trop considérable pour rester une simple annexe de l’Observatoire. Un décret l’en sépara en 1878 et institua le Bureau central météorologique qui a son organe quotidien,
- Krcil ce 1842 [Astr. Met. Jahrb. für Prag., 1843, p. 228); mais une semblable entreprise ne pouvait devenir réellement pratique avant que la télégraphie électrique eût établi des communications nombreuses cl rapides entre les principales cités du globe'.
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- LA PREVISION DU TEMPS :.......... . --- 405
- le Bulletin international, continuation du Bulletin de l’Observatoire de Paris.
- En pratique, ce service est organisé de la façon suivante : Chaque matin, le Bureau central reçoit par télégrammes les observations faites en un certain nombre de stations disséminées à la surface de l’Europe. Les matériaux ainsi recueillis servent adresser deux Cartes « synoptiques» qui représentent la distribution des principaux éléments météorologiques sur l'Europe, le matin même.
- La première carte comprend les isobares, c’est-à-dire les lignes réunissant les stations où la pression atmosphérique a la même valeur, tracées de 5 en 5 mm., ainsi que l’indication des vents et de l’état du ciel ; la seconde donne les isothermes, c’est-à-dire les lignes qui joignent les points où la température est la même et tracées de 5° en 5°, la pluie et les orages.
- Enfin, des lignes numérotées en chiffres romains
- Fig. 6. — État de Vatmosphère à la surface de l'Europe le4décembre içoç.
- réunissent les points où la pression et la température ont éprouvé depuis la veille d'égales variations.
- L’élude attentive de ces Cartes et leur comparaison avec celles du jour précédent montrent les modifications survenues dans l’état de l’atmosphère et permettent de préjuger les changements probables qui surviendront dans les vingt-quatre heures.
- Des dépêches de prévision du temps sont alors expédiées aux ports et à divers centres agricoles.
- Le Bulletin international est ensuite confectionné et adressé, dans la soirée, aux correspondants et aux abonnés. Il contient, sous forme de tableaux numériques, l’ensemble des observations reçues dans la matinée et les deux Cartes synoptiques qui sont la représentation graphique des nombres de ces tableaux.
- Un résumé de la situation générale est publié au bas de ces Cartes avec une appréciation sur le temps probable du lendemain (fig. 1).
- Des services analogues existent dans un certain nombre de pays. Le plus complet de tous est celui
- des Etats-Unis, confié au Weather Bureau ; les observations sont rigoureusement simultanées par rapport à l’heure d’un même méridien. En Europe,
- Fig. 7. — Régime du vent dans une dépression (hémisphère boréal).
- au contraire, elles sont effectuées à l’heure nationale de chaque pays ; de là résultent des écarts qui peuvent atteindre jusqu’à 5 heures et pendant lesquels de profondes modifications dans l’état de l’atmosphère ont le temps de survenir.
- Nous ajouterons tout de suite que, dans l’état actuel de nos connaissances, nous ignorons encore quelles règles président à la transformation des événements atmosphériques, que nous ne possédons sur ce point aucune doctrine sûre, et que nous en sommes à peu près réduits à l’empirisme.
- Les prévisions formulées ne doivent donc être considérées que comme des probabilité's et non comme des certitudes. C’est un point capital dontil faut bien se pénétrer.
- Un exemple choisi, entre beaucoup, fera bien entrevoir toute la complexité du problème.
- La carte du 6 octobre 1904 (fig. 2) est comparable à celle du 50 décembre 1904 (fig. 5). On pourrait
- joo 90 Ho 70
- Fig. 8. — Trajectoires moyennes des cyclones sur l'océan Atlantique.
- s’attendre à voir ces deux situations suivies, tout au moins le lendemain, de nouvelles situations à peu près semblables. Si l’on compare les cartes du 7 octobre (fig. 4) et du 51 décembre 1904 (fig. 5)
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- 406 ... LA PRÉVISION DU TEMPS
- on ne constate entre elles aucune similitude.
- Parmi les services que l’on peut attendre de la prévision du temps, l’un des plus importants est, sans contredit, l’annonce des « convulsions atmosphériques », désignées sous le nom de tempêtes ou de. dépressions, sous nos latitudes, de cyclones dans les régions tropicales, de typhons dans les mers de Chine et du Japon. Pour cela il est nécessaire de connaître leurs propriétés-
- La carte (fig. 6) met en relieflaconstitution générale de ces perturbations.
- Les isobares sont des courbes fermées figurant grossièrement des cercles ou des ellipses disposées d’une façon plus ou moins régulière autour d’une région au-dessus de laquelle la pression est minimum pour augmenter naturellement lorsqu’on s’en éloigne dans une direction quelconque. Autour de cette région l’air est animé d’un mouvement tourbillonnaire, centripète dont la rotation (sur l’hémisphère nord) s’effectue en sens contraire du mouvement des aiguilles d’une montre, et la direction est telle qu’en se plaçant de façon à recevoir le vent dans le dos, les basses pressions se trouvent à gauche et un peu en avant (Loi de Buys-Ballot) *.
- La figure 7 représente, d’après les mesures effectuées par Cl. Ley sur un grand nombre de cartes, la circulation du vent dans une dépression. Les flèches en trait plein correspondent aux vents inférieurs, celles en trait pointillé, aux vents supérieurs.
- La vitesse du vent augmente d’abord à mesure qu’on se rapproche de la région centrale et diminue dans son voisinage. Ce caractère est beaucoup moins marqué dans les dépressions que dans les cyclones où la région de calme central est extrêmement nette.
- La comparaison des Cartes synoptiques se rapportant à plusieurs jours consécutifs enseigne que la position géographique des minima barométriques n’est pas invariable, mais que ces grands tourbillons sont, au contraire, animés dans leur ensemble d’un
- * On démontre en mécanique que la rotation de la Terre autour de son axe produit sur la direction des mouvements qui ont lieu à sa surface, une action déviante, effet de l’inertie, qui modifie peu à peu cette direction et l’incline vers la droite dans l’hémisphère nord (vers la gauche dans l’hémisphère sud). C’est pourquoi le vent ne souffle pas du point où la pression est plus haute, vers celui où elle est plus basse, suivant la ligne de plus grande pente barométrique (comme cela se produirait si la Terre restait immobile), mais dans une direction inclinée sur les isobares et en formant un tourbillon spiraliforme dont le sens de la rotation est celui révélé par l’observation. Ce régime du vent conduit à une conséquence importante : autour d’un minimum barométrique, deux fdets d’air voisins se rapprochent nécessairement l’un de l’autre et se compriment mutuellement à mesure qu’ils avancent vers la région centrale. Le vide relatif qui y existe devrait donc être comblé assez rapidement. Or, la permanence des dépressions pendant plusieurs jours malgré l’afflux d’air qui se produit constamment, n’est compatible qu’avec l’existence, dans les régions voisines du centre, d’un mouvement ascendant de l’air se produisant sur une sorte d’hélice qui serait parcourue en sens inverse des aiguilles d’une montre. Cet air est ensuite rejeté en dehors, à une certaine hauteur, ce qui concorde avec l’observation de la direction des nuages élevés (Ley, Hildebrandsson, Clayton).
- mouvement de translation à la surface de la Terre1, en même temps qu’ils éprouvent de continuelles métamorphoses, se creusent ou se comblent.
- En repérant les routes suivies on a remarqué que, malgré de nombreuses irrégularités, ces mouvements tourbillonnaires ont une tendance à se propager dans la direction des mouvements généraux de l’atmosphère. Les cyclones et les typhons décrivent une trajectoire plus ou moins parabolique; les dépressions sont animées d’un mouvement de translation dirigé de l’ouest à l’est 2.
- Les cartes 8, 9 et 10 représentent les principaux types de ces trajectoires s. Mais il convient d’ajouter tout de suite que leur forme est parfois des plus capricieuses comme on peut le voir aussi sur ces mêmes Cartes. Tous ces troubles cherchent en réalité les voies de moindre résistance de l’atmosphère de la même façon que les secousses séismiques se propagent le long des arêtes faibles de la croûte terrestre.
- Ces trajectoires sont parcourues avec une vitesse variable, plus petite en moyenne pour les cyclones que pour les dépressions 4.
- Enfin, la fréquence de ces météores présente dans le cours de l’année une variation bien nette : les premiers prédominent pendant les périodes de calme, les seconds en automne et en hiver.
- Les tempêtes qui s’abattent sur les côtes occidentales de l’Europe, arrivant de l’Atlantique, on a été naturellement amené, dans le but de protéger celles-ci, autant que possible, contre les surprises pouvant venir de l’Océan, à rechercher, dans les
- 1 On a longtemps regardé la translation de ces vastes tourbillons comme un transport d’une même masse d’air « tournant sur elle-même comme une roue ». Une telle conception est inexacte : il n’y a pas transport de matière, mais simplement propagation d’un mouvement tourbillonnaire.
- 2 Sur la figure 7 qui représente, d’après les mesures effectuées par CL Ley sur un grand nombre de cartes, la circulation du vent dans les minima, on voit que dans toute la région située adroite de la trajectoire parcourue par le centre (figurée par la flèche rectiligne horizontale), le vent porte vers l’avant de la dépression, tandis qu’à gauche les vents portent au contraire vers l’arrière. Les marins connaissent bien ce régime. Ils appellent bord maniable le demi-cercle à gauche de la trajectoire, et bord dangereux le demi-cercle de droite.
- 3 Ces trajectoires se déplacent dans le cours de l’année en suivant le mouvement du Soleil en déclinaison. — Le sommet de la trajectoire des cyclones, par exemple, se trouve à une latitude moyenne de 30°,5 au mois d’août et de 27° au mois d’octobre.
- 4 II n’y a aucune relation entre la vitesse de translation d’un tourbillon et la vitesse du vent. Des vents faibles sont observés dans des dépressions qui se transportent avec une grande rapidité. Des vents d’une violence extrême accompagnent généralement les cyclones et les typhons dont la course est d’ordinaire notablement plus lente que celle des dépressions, et rendent parfois ces météores irrésistibles. Leur diamètre étant, en effet, généralement beaucoup plus petit que celui des dépressions, et la pression au centre souvent plus basse, le « gradient », c’est-à-dire la diminution de pression suivant une direction perpendiculaire aux isobares, est donc notablement plus fort que dans les dépressions et conséquemment la vitesse du vent bien plus grande. Lorsqu’un cyclone venu de la mer aborde une côte basse, les ravages des Ilots s’ajoutent à ceux du vent : ce sont les raz de marée.
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- LA PREVISION DU TEMPS
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- observations américaines, des renseignements sur l’arrivée des bourrasques.
- L’expérience n’a pas donné les résultats promis.
- Les études faites sur les cartes quotidiennes à la surface de l’Atlantique ont montré qu’un grand nombre de tempêtes parties d’Amérique se dirigent, en effet, vers l’océan Glacial en passant par le nord de l’Islande (voir carte, fig. 10) et disparaissent dans les régions arctiques sans avoir fait sentir leurs effets en Europe ; que d’autres ayant la même origine se comblent et meurent en route, que d’autres enfin, naissent en mer soit spontanément, soit par segmentation de bourrasques déjà existantes. Ces dépressions secondaires, dérivées de bourrasques principales, amènent des tempêtes souvent plus violentes que celles-ci, car leurs dimensions sont plus petites et la pression au centre est d’ordinaire très basse, de sorte que le gradient est fort et par suite la vitesse du vent très grande.
- Ainsi, « l’itinéraire des perturbations en Amérique et le caractère qu’elles y possèdent ne sauraient fournir matière à des conclusions sérieuses relativement à leur itinéraire sur l’Atlantique et le caractère qu’elles y présentent, et même en rapprochant les observations américaines de celles qui se font actuellement en Europe on ne peut acquérir aucune notion solide sur ce qui a lieu ou se passera sur l’océan Atlantique. »
- En l’absence de renseignements sur l’état de l’atmosphère à la surface de l’Océan, l’étude minutieuse des cartes dressées chaque matin et des variations survenues depuis la veille sont, avec les observations faites à la station centrale, les éléments dont on dispose pour reconnaître l’existence d’une
- faut alors déterminer le chemin qu’elle suivra et la vitesse de son mouvement de propagation.
- Kôppen et J. van Bebber ont dressé une carte des trajectoires moyennes (Ilaupstrassen) suivies par les
- 7TumjdeS J à 20
- Fréquence des dépréssions par an
- I______1
- jo à j5 jJàso 20 0.25
- Fig. 10. — Trajectoires et fréquence moyennes des dépressions sur l’océan Atlantique Nord.
- dépression au large. Au point de vue des avertissements, les côtes occidentales de l’Europe, en particulier celles des Iles-Britanniques et de la France, se. trouvent incontestablement dans des conditions désavantageuses.
- Une fois l’approche d’une bourrasque prévue, il
- Fig. 9. — Trajectoires moyennes des cyclones sur Vocéan Indien, les mers de Chine et du Japon.
- minima barométriques sur l’Europe, en prenant comme point de départ les parages des Iles-Britanniques (fig. 11). Mais, il convient de dire que cette carte, quel qu’en soit l’intérêt, ne peut suffire à nous renseigner sur la route que suivra une bourrasque qui apparaît à l’ouest de l’Europe; car, à l’heure présente, nous ignorons encore pourquoi un minimum s’avance dans une certaine direction, pourquoi il accélère ou ralentit tout à coup sa marche au point de demeurer parfois à peu près stationnaire durant plusieurs jours ou même de rebrousser chemin; tout au plus soupçonne-t-on l’intervention de certaines influences comme celles de io la température et de l’humidité de l’air. En l’absence de règle sûre, c’est surtout en s’aidant de tout ce que l’expérience personnelle a pu apprendre sur ce sujet que l’on peut arriver à se faire une idée assez exacte du chemin que suivra la dépression.
- Ce point établi, les caractères généraux du temps pour une région donnée, soumise à l’influence d’une dépression, se déduisent ensuite de sa position probable par rapport à la trajectoire et de l’in-
- zSci 3o plusdeSo
- fluence combinée de conditions multiples résultant de la situation géographique de la région, des conditions antérieures de l’atmosphère, de la saison, etc. Supposons, par exemple, que pendant l’hiver et après une période de froid,’ une de ces dépressions passe au nord de la France se dirigeant vers l’est.
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- Nous serons soumis (voir fig. 6) au régime des vents de sud-ouest, c’est-à-dire des vents marins. Or, en hiver, l’Océan est beaucoup plus chaud que le continent européen ; la bourrasque nous amènera donc une température douce, un air humide et de la pluie.
- Supposons, au contraire, que le centre de la dépression se trouve au-dessus de la Méditerranée, nous serons soumis à des vents de nord-est (voir fig. 7), venant d’Allemagne et de Russie. Ils nous arriveront donc à une température basse et peu humides. Nous aurons un temps froid, sec et beau.
- Les cartes isobariques nous montrent fréquemment aussi une distribution de la pression et du vent absolument inverses de celles qui caractérisent les mini ma.
- L’ensemble des isobares forme des courbes fermées autour d’une région centrale, au-dessus de laquelle la pression atmosphérique est plus élevée
- Fig. ii. — Trajectoires moyennes des dépressions barométriques à la surface de VEurope (d’après Koppen et Bebber).
- que partout ailleurs, de sorte qu’elle va en baissant à mesure que l’on s’en éloigne dans toutes les directions ; le vent lorme un mouvement tourbillonnaire spiraliforme cenlrifuge (sur notre hémisphère), dans le sens direct des aiguilles d’une montre. Un raisonnement analogue à celui employé plus haut conduirait à cette conclusion, qu’au-dessus d’un maximum-barométrique l’air est animé d’un mouvement général de descente.
- On a donné à l’ensemble d’un semblable tourbillon le nom A'anticyclone.
- LE CHEMIN DE FER DE
- Le chemin de fer de Christiania à Bergen, inauguré le 27 novembre dernier par le roi de Norvège, présente un grand intérêt et mérite plus qu’une simple mention à cause des nombreuses difficultés techniques que les ingénieurs ont eu à surmonter pendant sa construction.
- CHRISTIANIA A BERGEN ==
- De même que les minima, les anticyclones ne restent pas immobiles, mais se déplacent à la surface de la terre (fig. 12). Leur mouvement est plus rapide en Amérique qu’en Europe où l’on en a vu séjourner des semaines entières sur les mêmes régions.
- Enfin, tandis que les dépressions sont accompagnées de vents et de masses nuageuses versant des pluies ou des neiges, les anticyclones sont au contraire ordinairement dépourvus de nuages et caractérisent les périodes de calme et de beau temps.
- En résumé, par l’exposé qui précède on voit que le temps, dans ses aspects divers, dépend du jeu des maxima et des minima barométriques et que la prévision du temps est basée sur la connaissance de la situation générale atmosphérique à uni moment donné à la surface d’une partie notable du globe. Si cette prévision est encore incertaine, cela tient à ce que nous ignorons presque complètement la part d’influence des conditions variables réalisées
- Fig. 12. — Trajectoire (ligne de croix) suivie par un anticyclone du 5 novembre igo3 au 12 novembre iço3.
- à chaque instant dans Yensemble de l’atmosphère ou tout au moins jusqu’à une certaine hauteur, que nous ne savons pas encore quelles causes président à l’apparition, au développement, à Dévolution et à la destruction des tourbillons atmosphériques. Cela ne veut pas dire que la voie dans laquelle on s’est engagé n’est pas la bonne, que le problème restera à jamais insoluble et que la météorologie ne réalisera pas un jour l’éternel désir de l’Humanité : « Savoir pour prévoir, prévoir pour pouvoir. »
- J. Loisee.
- CHRISTIANIA A BERGEN
- Dès 1870, la construction de ce chemin de fer était décidée en principe et, cinq ans plus tard, le Parlement norvégien votait les fonds nécessaires pour la construction du premier tronçon entre Bergen et Yoss (fig. 1), ligne de 110 km de longueur, presque de niveau, et ne nécessitant aucuns travaux
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- LE CHEMIN DE FER DE CHRISTIANIA A BERGEN ; 409
- importants ; car c’est à partir de ce dernier point seulement que commencent les difficultés. Il s’agissait, en effet, de traverser la chaîne de montagne le Dovrefjeld, la partie la plus montagneuse de la Norvège et qui sépare le versant Ouest de la Norvège de son versant Est, faisant face à la baie de Christiania. Du côté de l’Est, le versant est coupé
- taines époques de l’année lorsque, sous l’influence du vent, les sommets ne sont recouverts que d’une faible épaisseur de neige celle-ci, au contraire, s’accumule dans les endroits abrités, comme les vallées, avec des épaisseurs considérables.
- En présence de telles difficultés techniques et climatériques, le choix du tracé à suivre pour l’éta-
- jFig. i. — Carie indiquant le tracé du chemin de fer entre Christiania et Bergen.
- de vallées peu profondes et à pentes relativement faibles permettant la construction du chemin de fer sans grandes difficultés et sans travaux d’art importants.
- Sur le versant Ouest, au contraire, celui qui regarde l’Océan, les vallées sont profondes, encaissées entre des parois abruptes et se terminent à leur extrémité amont prèsque verticalement. Il a donc fallu, afin de conserver des pentes d’une inclinaison raisonnable, établir le chemin de fer sur les flancs à pic de ces vallées souvent à des hauteurs considérables, en exécutant des travaux d’art nombreux et coûteux.
- Une autre difficulté aussi sérieuse, sinon plus sé-
- blissement du chemin de fer ne pouvait se faire qu’après l’étude de différentes variantes (neuf variantes ont été étudiées), études qui durèrent plusieurs années, et ce n’est qu’en 1894 que le Stôrthing décida la construction du chemin de fer entre Voss, extrémité de la ligne déjà construite et Tauge-Yand, point de partage des eaux entre le versant Est et Ouest, situé à 1296 m. au-dessus du niveau de la mer, à 72 km de Yoss et à 182 km de Bergen. Quant au dernier tronçon partant de Tauge-Yand qui suit la Hallingdal, passe à Gulwick et vient aboutir à Roa, il n’a été approuvé qu’en janvier 1898.
- Description du tracé. — A partir de Yoss (fig. 2),
- te O
- VIOds Bergen
- Fig. 2. — Profil en long du chemin de fer entre Voss et Christiania.
- rieuse, était la neige qui couvre presque toute l’année le sommet de la montagne et s’amoncelle en masse considérable dans les vallées. Des observations, faites méthodiquement et d’une manière suivie depuis 1884, ont démontré que sur ces hauts plateaux la neige tombe pendant 62 jours par an et qu’il ne se passe pas un mois sans chute de neige. On a également observé que la chute moyenne annuelle de neige correspond à une hauteur variant entre 5 et 4 m. Enfin, il résulte de ces observations qu’à cer-
- le chemin de fer suit une rampe continue dont le maximum est de 20 mm par mètre jusqu’à la station de Opset distante de 45 km de Yoss et située à 859 m. au-dessus du niveau de la mer. Il entre ensuite dans le tunnel de Gravehale, sur lequel nous reviendrons, long de 5314 m. pour en sortir à Myrdalen. A partir de ce dernier point commence une nouvelle rampe continue de 20 mm par mètre qui se termine à Tauge-Vand situé, comme nous l’avons dit, au point de partage des eaux entre le
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- 410 ^ : LE CHEMIN DE FER DE CHRISTIANIA A BERGEN =====
- nel, il en résulte que la voie, sur une longueur de 40 km, est complètement enfermée. Sur les 60 km restant on a dû construire, latéralement à la voie, des palissades dont la longueur totale dépasse 75 km, non compris 15 km de palissades mobiles qu’on met en place suivant les besoins.
- Pour déblayer la voie dans les endroits non abrités on se sert, outre une locomotive munie à l’avant d’un chasse-neige à soc de charrue représenté figure 5, d’un chasse-neige rotatif à vapeur (fig. 7), du type américain, semblable à celui employé par la Compagnie d’Orléans.
- Ce chasse-neige se compose d’un groupe moteur à vapeur à quatre cylindres verticaux actionnant, au moyen d’engrenages coniques, une turbine placée à l’avant, destinée à faire dans la neige une trouée ayant le profil du gabarit. Une chaudière fournit la vapeur nécessaire au moteur et le tout repose sur un châssis porté par deux bogies.
- En arrière se trouve un tender contenant le charbon et l’eau. Une ou deux puissantes locomotives, suivant l’épaisseur et la dureté de la neige à perforer, poussent le chasse-neige et font pénétrer la turbine dans la masse de neige.
- La vitesse d’avancement du chasse-neige est très variable. Avec une faible épaisseur de neige cet avancement est comparable à celui d’un train de marchandises marchant lentement. Avec une épaisseur de neige de 5 m., la vitesse est de quelques mètres à la minute et lorsque la neige est durcie l’avancement ne peut plus avoir lieu que par élans successifs.
- Tunnel de Gravehale. — Ce tunnel, de 5514 m.
- 1er dans les parois à pic de celle-ci et à des hauteurs considérables au-dessus du fond et prendre des précautions spéciales contre les avalanches de neige et contre la chute des rochers qui, souvent, se détachent des parois en blocs énormes.
- Sur cette section de 72 km, entre Yoss et Tauge-Yand, il n’a pas fallu construire moins de 12 tunnels d’une longueur totale de 19 km représentant environ le quart du parcours du chemin de fer.
- Sur le versant Est, où les pentes suivies par le chemin de fer sont moins accentuées, les travaux d’art sont beaucoup moins importants, sauf deux tunnels, celui de Haverting, situé à 15 km au Sud de Gulsvick et d’une longueur de 2300 m. et celui de Gulsvick de 418 m. de longueur.
- Nous devons ajouter que des précautions importantes ont dû être prises contre l’envahissement de la voie par la neige. Des palissades formant écran, construites parallèlement à la voie, ont été installées en nombre d’endroits. Mais, lorsque, comme dans certaines tranchées ou autres endroits abrités, l’épaisseur de la neige atteint 16 à 18 mètres, on a dû Fig. 4. — Tranchée dans la neige
- construire des abris en charpente complètement clos Près de Kongnuten.
- et très résistants comme ceux représentés figure 6.
- Sur un parcours de 100 km, 25 km sont recou- I de longueur, est le plus long tunnel construit dans verts de cet abri; en y ajoutant les 15 km de tun- | l’Europe septentrionale et, peut-être aussi, un de
- versant Est et Ouest. Sur cette section, et à 2 km à I l’Est du tunnel de Gravehale, se trouve,un second |
- Fig. 3. — Déblaiement d'une tranchée obstruée par la neige au moyen d'une locomotive chasse-neige avec soc de charrue.
- tunnel, celui de Reinunga, long de 1593 m., coupant le contrefort qui sépare le Styvedal du Bodladal. En remontant cette vallée, on a dû établir le chemin de
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- ===== LE CHEMIN DE FER DE
- ceux qui ont présenté le plus de difficultés comme construction. Situé au-dessus de la limite de la végétation forestière qui, elle-même, se trouve à 750 m. au-dessus de la mer, ses deux entrées se trouvent dans une région couverte d’une épaisse couche de neige pendant toute l’année, conditions qui sont venues compliquer singulièrement les installations extérieures nécessaires pour les travaux du tunnel.
- De plus, le massif traversé par le tunnel se compose, sur la presque totalité de sa longueur, d'un granit extrêmement dur recouvert vers les deux têtes par des roches schisteuses également très dures.
- Construit pour une seule voie, le tunnel a une largeur de 4,60 m., une hauteur de 5,90 m. entre la plate-forme et la clé et une section de 24,87 m2.
- En 1895, les travaux lurent adjugés à une entreprise norvégienne pour la somme de 4 025000 francs, ce qui représentait 770 francs par mètre courant, chiffre extrêmement faible étant données la dureté des rochers et les conditions climatériques exceptionnelles dans lesquelles on se trouvait. Dans ce prix, outre le percement du tunnel, étaient comprises : les maçonneries de revêtement de la \oûte où cela serait nécessaire, la construction des abris pour le personnel et des caniveaux pour l’écoulement des eaux, ainsi que la fourniture du ballast. Il était également convenu que le percement se ferait à la main du côté Est et mécaniquement, au moyen de perforatrices, du côté Ouest. L’avancement moyen devait être de 60 m. par mois avec les perforatrices et de 1 5 m. avec le travail à la main.
- Les travaux de percement ont été commencés au mois de février 1896 à la tête Ouest et au mois d’octobre de la même année à la tête Est, ces deux
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- attaques étant faites à la main, en attaquant d’abord la calotte de la voûte, puis ensuite la partie inférieure de la section. Mais lorsque les perforatrices furent mises en service, ce mode de procéder fut modifié, en établissant d’abord une galerie d’avancement à la base, galerie qu’on élargissait ensuite pour lui donner la largeur entière du tunnel. Cette opération terminée on attaquait la calotte sur un ou deux étages suivant les circonstances.
- Pendant cette attaque à la main à la tête Ouest,
- on s’occupa de l’installation de l’usine hydraulique devant fournir la force motrice nécessaire pour la mise en marche des diverses machines servant à la ventilation du tunnel, à son éclairage ainsi qu’à la production delaforce motrice pour les perforatrices.
- L’eau prise à la rivière Gangdal était amenée à l’usine au moyen d’un tuyau de 540 mm de diamètre avec une chute de 120 m. Cette force motrice actionnait deux turbines, l’une de 100 chevaux et l’autre de 120 chevaux, la première mettant en mouvement les pompes servant à comprimer, à la pression de 80 atmosphères, l’eau nécessaire à la mise en marche de deux perforatrices rotatives et à pression d’eau du système Brandt. L’autre turbine actionnait d’abord deux ventilateurs qui, marchant à la vitesse de 1500 tours à la minute, refoulaient dans le tunnel, au moyen de tuyaux de 500 mm de diamètre, l’air nécessaire à la ventilation, puis une dynamo pour l’éclairage du tunnel, des bureaux de l’administration et des logements.
- Quelque temps après le commencement des travaux, on dut modifier cette installation afin d’améliorer la ventilation des galeries et d’obtenir un avancement plus rapide de celles-ci. Trois nouvelles turbines de 20 chevaux chacune actionnaient trois
- Fig. 5. — Entrée du tunnel de Reinunga. En avant de l’entrée on voit l’abri en bois contre les avalanches de neige.
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- ventilateurs au lieu de deux qui fonctionnaient primitivement. La turbine de 120 chevaux qui, tout d’abord, servait à la mise en marche des venti-
- Fig. 6. — Abris en charpentes établis sur le plateau
- de Tauge-Vand pour empêcher Venvahissement de la voie par la neige.
- lateurs et de la dynamo d’éclairage, fut attelée à un compresseur Burckardt et Weiss comprimant 6 ms d’air par minute à la pression de 4 à 5 atmosphères destinés à la mise en marche de quatre perforatrices à air du type Frolich et Kupfel qui devaient servir à l’enlèvement de la calotte de la voûte. Quant à la turbine de 100 chevaux, elle continuait <à actionner les pompes fournissant l’eau nécessaire aux perforatrices Rrandt servant à l’avancement de la galerie de base.
- Ce double système de perforatrices n’était pas sans inconvénients. Mais, pour l’enlèvement de . la calotte de la voûte, la mise en place du bâti des perforatrices Brandt n’était pas sans présenter des difficultés. De plus, les trous profonds et de grand diamètre creusés par la perforatrice Brandt, et qui nécessitaient une charge assez forte d’explosifs, faisaient qu’il était presque impossible d’enlever exactement le volume de rocher correspondant au profil de la voûte, d’où augmentation de dépenses, par
- Fig. 7. — Chasse-neige rotatif à vapeur du type américain.
- suite du cube supplémentaire de rochers à extraire.
- La méthode suivie pour le percement de la galerie d’avancement était la suivante. On perçait au front
- de taille onze trous de 60 à 70 mm de diamètre et de 1,50 m. à 2 m de profondeur. Puis on faisait sauter à la mine cette masse de rocher ainsi perforée en trois étapes : d’abord les trous du milieu, puis les quatre autres les plus voisins du centre et, enfin, les quatre derniers contre les parois de la galerie. L’avancement à chaque operation variait entre 1,40 m. et 2 m. suivant la dureté de la roche, et la charge de dynamite pour les onze trous était de 40 kilogrammes.
- L’enlèvement des débris de rocher durait de 4 h. 1/2 à 6 heures, le temps nécessaire pour le percement des trous était de 5 h. 1/2 à 50 heures suivant la dureté du rocher, et l’avancement avec la perforatrice Brandt n’était que de 1,80 m. par jour; on avait compté, tout d’abord, sur 2 m. et même sur 0 m;
- En résumé, malgré tous les efforts de l’entreprise, l’avancement moyen qui, par le traité, devait être, du côté Ouest, de 60 m. par mois avec la perforatrice n’était que de 52 m. et, du côté Est, où le travail se faisait à la main et où l’avancement
- Fig. 8. — Moteur à vapeur à quatre cylindres actionnant, au moyen d’engrenages coniques, la turbine du chasse-neige.
- moyen devait être de 15 m. par mois, celui-ci, en réalité, n’était que de 9,50 m. à 10 m.
- Cet état de choses, dû à l’extrême dureté de la roche, menaçait de prolonger indéfiniment la durée du percement du tunnel. Il était donc de toute nécessité de remplacer, du côté Est, le percement à la main par la perforation mécanique. On fit un premier essai malheureux de petites perforatrices électriques, actionnées par des moteurs à pétrole, n’exigeant que peu de force (4 à 5 chevaux), elles n’avaient qu’un faible rendement ; on dut les abandonner au bout de trois mois. On prit le parti d’adopter des perforatrices à air du même type que celles employées du côté Ouest; d’autant plus que celles-ci pouvaient servir aussi bien pour la galerie d’avancement que pour l’enlèvement de la calotte de la voûte. Cette dernière condition était d’une grande importance car, à mesure que les travaux avançaient, la difficulté de se procurer la main-d’œuvre nécessaire pour le percement à la main devenait de plus en plus grande.
- La méthode employée pour la perforation a été
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- la même du côté Est que du côlé Ouest pour la galerie d’avancement; seulement, par suite de l’emploi de la perforatrice à air, comme les trous avaient un moindre diamètre (55 à 40 m.) et qu’ils avaient une moindre profondeur, il fallait en percer une plus grande quantité que du côté Ouest. En règle générale le nombre de trous variait entre 21 et 25 : la profondeur était de 1,20 m. à 1,50 m. et chaque avancement était de 1 m. à 1,20 m. La quantité de dynamite employée était de 20 kg. L’enlèvement des débris et la mise en place des perforatrices demandait environ 5 heures et le percement des trous exigeait, de 6 à 12 heures, suivant la dureté de la roche, soit une moyenne de 8 heures : on pouvait donc faire deux opérations par 24 heures. L’avancement mensuel était d’environ 40 m. avec trois équipes.
- Comme du côté Ouest, la galerie d’avancement était élargie de chaque côté et on attaquait ensuite la calotte de la voûte. Les déblais étaient enlevés au moyen de wagonnets traînés par des chevaux sur une voie à écartement de 0,70 m.
- L’installation du côté Est comportait une usine hydraulique alimentée par les eaux de Kjos-Fall, et placée près de cette chute à 2 km de l’entrée du tunnel. Elle se composait de deux turbines de
- 150 chevaux chacune actionnant une dynamo. La moitié seulement de cette force servait au tunnel de Gravehale, l’autre moitié étant réservée au tunnel de Reinunga construit par l’État. Le courant à 2000 volts était transformé à l’entrée du tunnel dans une petite usine et servait à actionner les compresseurs d’air destinés à la mise en marche des perforatrices à air et qui était amené par un tuyau de 60 mm de diamètre.
- Les deux galeries d’avancement se sont rejointes le 4 juillet 1902, mais l’achèvement du tunnel a été retardé d’environ 2 ans, par suite du manque d’ouvriers, ce qui, du reste, n’avait pas une grande importance, les voies qui accèdent au tunnel, construites par l’État, étant loin d’être achevées.
- La plus grande épaisseur de rocher existant entre le niveau des rails dans le tunnel et la surface du sol est d’environ 400 m. Il n’y avait donc pas lieu de redouter une grande élévation de température dans les galeries. En fait, elle n’a jamais dépassé 11° centigrades, ce qui, du reste, est dû, en grande partie, à la très grande élévation au-dessus du niveau de la mer des deux entrées du tunnel, et à leur situation climatérique. Aussitôt après la jonction des deux; galeries d’avancement toute ventilation artificielle fut supprimée. R. Bonmx.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des i 7 et 23 mai 1910. — Présidences de MM. A. Gautier et E. Picard.
- La Comète de Halley. — M. Deslandre présente un mémoire relatif à la possibilité d’une action de la comète de Halley sur l’atmosphère terrestre. C’est une opinion générale que l’approche de la comète a été cause des pluies qui viennent de tomber. L’auteur s’est appliqué à rechercher quelle part de vérité peut receler cette opinion. 11 constate que d’après une hypothèse d’un grand poids, on admet que le soleil est une source de rayons cathodiques. En tombant sur les matériaux de la comète, ils y font naître des rayons X. M. Deslandre a, en effet, vérifié que le spectre de la comète donnait les raies caractéristiques particulières aux basses pressions. Or on sait pertinemment que les rayons X tombant sur un gaz saturé de vapeur y provoquent la condensation de la vapeur. Il n’est donc pas impossible que la comète soit pour quelque chose dans les dernières pluies. M. Eslangon, de l’observatoire de Bordeaux, annonce qu’il a pu au milieu de mai observer la comète dans de bonnes conditions, sa queue s’étendait sur un arc d’environ 25°. M. Ini-guez, directeur de l’observatoire de Madrid, quelques jours plus tôt, a trouvé que la queue couvrait un arc de 50° ; il a obtenu un spectre continu ne révélant pas trace de cyanogène. Dans une Note que présente M. Bigour-dan, M. de iirammont expose qu’il a procédé à des recherches sur le spectre du cyanogène. Il a constaté que les raies caractéristiques de ce gaz apparaissent chaque fois que les éléments dont il est constitué sont en présence dans certaines conditions électriques. Enfin MM. Daniel Berthelot et 11. Gaudechon, dans une Note déposée par M. Iunglleisch, ont étudié les effets chimiques des rayons ultra-violets sur le cyanogène. Ils ont découvert que ces rayons brûlent entièrement à froid le
- cyanogène, en présence de l’oxygène, en donnant de l’azote et de l’acide carbonique. Cette réaction, comme beaucoup de celles qui dépendent de l’ionisation des gaz, est accélérée par la raréfaction. Comme les radiations ultra-violettes émanées du soleil sont particulièrement intenses aux limites de l’atmosphère, il résulte de là que tout le cyanogène contenu dans la queue de la comète sera brûlé dans les couches supérieures de l’atmosphère et que, par suite, ce gaz n’atteindra pas la terre.
- Poids atomique moyen de l’écorce silicalée terrestre. M. De Launay a montré précédemment, par la métallogénie, que la distribution des atomes chimiques s’est faite à l’origine dans la terre encore fluide par zones concentriques dont l’éloignement au centre était en raison inverse de leur densité. Il reprend aujourd’hui la question par une voie toute différente, et, se fondant sur une loi pétrographique due à Rosenhusch, il en déduit le poids atomique moyen de l’écorce silicatée superficielle. Ce poids, oh tenu indépendamment de toute théorie géologique, par la seule comparaison des analyses chimiques, concorde avec la loi métallogénique ; il est de 28,9, soit approximativement le poids du silicium. Le silicium peut donc être considéré comme l’élément représentatif de la zone où s’est faite la scorification et les éléments plus denses, qui y existent exceptionnellement par l’effet de la diffusion, sont contre-balancés par le développement d’éléments légers.
- Action de la Comète sur la l'erre. — Si les observatoires de France n’ont pas été favorisés par le temps en ce qui concerne le passage de la comète, du moins s’est-on appliqué de divers côtés à étudier les indications des
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- instruments magnétiques. Aucune variation notable pouvant être attribuée sûrement à la comète n’a été relevée. Une expérience intéressante a été faite à cette occasion relativement à l'ionisation de l’air. Un condensateur en rapport avec une source d’électricité possède un voltage (pie l’on maintient constant au moyen d’un déperditeur que l’on approche plus ou moins. Une tige métallique effilée plonge dans ce conducteur mais est isolée des parois; son autre extrémité aboutit à un électroscope à feuilles d’or. Dans ces conditions, s’il y a un afflux d’ions négatifs sur le condensateur, celui-ci se décharge partiellement et les feuilles d’or se rapprochent. Tous les mouvements atmosphériques qui ionisent l’air peuvent ainsi être révélés. — M. Bigourdan communique le résultat des observations de M. Eginitis à Athènes le jour du passage et les jours suivants. Le passage de la tète de la comète sur le noyau n’a donné lieu à la constatation d’aucun signe : ni points noirs se projetant sur le disque lumineux, ni affaiblissement de la lumière. Le lendemain vendredi, la comète a été aperçue le matin et le soir. Il
- semble que, par suite de la courbure de la queue, la traversée de cette queue par la terre a dû être retardée ou peut-être n’a pas eu lieu.
- Vitalité clcs spores de champignons. — M. Maquenne communique une Note de MM. Paul Becquerel et Kamcr-ling Onnes sur la résistance des spores de champignon au vide et aux basses températures. Us ont trouvé qu’après dessiccation, des spores de diverses moisissures peuvent séjourner deux ans dans le vide le plus absolu et supporter en même temps la température de l’air liquide, pendant trois semaines, puis celle de l’hydrogène liquide pendant 77 heures sans que leur puissance de germination soit modifiée. Comme dans ces conditions le protoplasma a perdu son état colloïdal, les auteurs concluent que la vie de ces spores a été suspendue. Le principe de la continuité des phénomènes vitaux, si souvent invoqué par Pasteur et d’imminents physiologistes, se serait trouvé en défaut. De même la conception classique que la vie latente des germes est toujours une vie ralentie aérobie apparaît inexacte Ch. de Villedeuix.
- «•SS*
- CANNE A SUCRE, BETTERAVE ET INDUSTRIE SUCRIÈRE EN AUSTRALIE
- L’Australie n’est pas à l’heure actuelle un des principaux pays producteurs de sucre ; mais ses progrès sont constants et il n’y a pas de doute qu’elle tiendra un jour un rang des plus honorables.
- La canne à sucre, originaire sans doute de l’Inde, est une graminée vivace, pourvue de rejets souterrains et qui atteint une taille de 2 à 5 m. Ses tiges, arrondies et ressemblant à celles du roseau, sont divisées par une série de nœuds. C’est par la couleur des entre-nœuds qu’on arrive à classer les innombrables variétés de cette plante en trois groupes : 1) cannes blanches, jaunes ou verdâtres; 2) cannes rayées; 3) cannes rouges.
- Végétant toute l’année, la canne à sucre est très exigeante pour le climat. Il lui faut une grande chaleur (de 20 à 25° et jamais moins de 10), des pluies abondantes pendant la croissance (au moins 1,20 m.) et une sécheresse relative durant l’élaboration du sucre. Les régions de moussons lui conviennent particulièrement, surtout les terrains d’al-luvions des vallées et des deltas des fleuves tropicaux. D’après Engelbrecht, sa limite coïncide à peu près avec l’isotherme de 4- 20°. La culture de la canne est pratiquée en Amérique entre 35° lat. N. (États-Unis orientaux) et -28° lat. S. (République Argentine) ; en Afrique jusqu’à 30° lat. S. (Natal) ; en Asie jusqu’à 30° lat. N. (Chine). Exceptionnellement onia rencontre en Sicile (37° lat. N.), dans le Sud de l’Espagne (57° lat. N.) et en Transcaucasie (4d° lat. N.).
- La canne à sucre fut apportée en Australie par le capitaine Phillip, qui en avait pris quelques échantillons au Cap en allant fonder à Sydney le premier établissement anglais (1788); mais cette culture ne réussit pas, par suite du froid et de la sécheresse (34° lat. S.). En 1822 et en 1838 de nouvelles tentatives furent faites plus au N. par
- Mr. Thomas Scott, d’abord à Port-Maquarie, à l’embouchure de la Hastings River (31°30' lat. S.), puis à Port-Clare (Brisbane Water), près de Gosford(53° 30' lat. S,) ; elles donnèrent des résultats encourageants. Pendant toute sa vie, qui se prolongea 105 ans (1776-1881), Mr. Thomas Scott se fit l’apôtre de l’introduction de la canne en Australie1 ; il eut dans sa vieillesse la satisfaction de voir triompher ses idées. Dans le Queensland, pays en partie tropical (10° — 28° lat. S.), le gouvernement encouragea les agriculteurs par des facilités pour l’acquisition des terres; en 1864, du sucre fut produit pour la première fois.
- En Nouvelle-Galles du Sud, l’opinion commença à s’intéresser à la question en 1865. Des essais systématiques, entrepris dans le N. de la colonie, réussirent parfaitement; et la fondation en 1867 de la Colonial Svgar Refming Co., dirigée par deux illustres pionniers de la colonisation australienne, MM. Morrison et Thomas Mort, donna rapidement à l’industrie nouvelle une grande impulsion.
- Toute l’Australie ne se prête pas à la culture de la canne ; le S. et l’W. ont des hivers trop froids ou des étés trop secs. Seules, la côte du Queensland et la côte nord orientale de la Nouvelle-Galles du Sud (10 — 29° lat. S.) y sont favorables. En Nouvelle-Galles on a dû renoncer à utiliser les bassins de la Hastings et du Macleay et se borner aux terres arrosées par la Tweed, la Richmond et la Clarence. La contrée de la Richmond est particulièrement riche, avec son sol rouge d’origine volcanique : c’est le pays dit Big Scrubs, très apprécié aussi par l’industrie laitière. Le gouvernement de Nouvelle-Galles du Sud y a établi une ferme expérimentale. Pen-
- 1 C’est egalement Mr. Thomas Scott qui produisit, le premier en Australie, des bananes. La culture du bananier est aujourd’hui très florissante dans le Nord.
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- INDUSTRIE SUCRIERE EN AUSTRALIE
- dant longtemps la culture du maïs y a été très prospère; mais, devant la concurrence des autres colonies, on lui substitue de plus en plus celle de la canne. En général, les fermiers se livrent à diverses exploitations, agricoles ou pastorales, et les champs de maïs sont très petits (40 ares environ). Au Queensland, au contraire, les grandes exploitations d’un seul tenant sont fréquentes.
- Les méthodes de culture de la canne sont très simples. On la plante au printemps (août-octobre) en enterrant, dans des trous isolés ou dans des sillons continus, des fragments de la plante comprenant plusieurs nœuds et des bourgeons. Dans le Queensland, chaud et humide, on peut récolter dès le printemps suivant; les tiges sont coupées au niveau du sol et elles donnent une seconde récolte l’année suivante ; on laboure alors et on replante. Dans la Nouvelle-Galles du Sud, la croissance est plus longue et il n’y a souvent que deux récoltes pour trois années.
- Deux difficultés ont quelque peu paralysé l’essor de l’industrie sucrière en Australie : une maladie, appelée la gommeuse, et de terribles sécheresses, presque périodiques et se poursuivant quelquefois sur plusieurs années. La dernière a duré 7 années (1897-1902). Cet inconvénient est particulièrement sensible dans la Nouvelle-Galles du Sud, moins tropicale que le Queensland. C’est pourquoi la superficie des terres consacrées à la canne à sucre, qui n’a fait qu’augmenter au Queensland, a subi, en Nouvelle-Galles, un recul marqué depuis 1896; elle n’est plus que les 2/3 de ce quelle était il y a 10 ans.
- Cette superficie, qui ne dépassait pas 58 ha dans le Queensland et 9 ha dans la Nouvelle-Galles en 1864, a atteint en 1896 respectivement 35 619 ha et 13 322 ha; elle est aujourd’hui de 49 561 ha et 8419 ha, soit au total 57 980 ha. La production par hectare (en tonnes de canne) monte à 25 pour la Nouvelle-Galles et 45 pour le Queensland.
- La canne à sucre, traitée dans des sucreries, raffineries et distilleries, donne du sucre et du rhum, dont une variété, dite tafia, est bien connue dans nos colonies. En Australie, on se contente de fabriquer du sucre. De nombreuses sociétés financières possèdent des usines ; la principale est la Colonial Sugar Refining Co., qui a des établissements en Nouvelle-Galles, dans le Queensland et même aux îles Fiji. Les fermiers vendent leurs récoltes à ces usines, avec lesquelles ils font des contrats à plus ou moins long terme.
- La quantité de sucre produite n’est pas dans un rapport fixe avec le poids de canne ; elle dépend de la viscosité et de la densité du jus, variable avec les variétés de la plante et aussi avec les caractères météorologiques de la saison. On admet en Australie que, moyennement, le poids du sucre représente 11 pour 100 du poids des cannes.
- La quantité de sucre d’origine australienne a varié, au cours des 10 dernières années, de 80 264 tonnes à 215123 tonnes par an. C’est une
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- moyenne de 147 694 tonnes. La Nouvelle-Galles ne représente guère que le quart de la production queenslandaise.
- La dernière récolte (1907) a été de 215125 tonnes valant 14 755 700 l'r. et représentant un rendement moyen de 266 fr. par hectare. La production locale est assujettie à un droit (excise cluty) de 25f,',22 par tonne, quand le travail a été fait par des ouvriers blancs, et de 75fl',66 dans le cas d’emploi de la main-d’œuvre noire.
- Seul, le Queensland produit au delà de ses besoins (191519 tonnes). Il alimente la consommation des autres États, qui sont encore obligés de faire venir du sucre de l’étranger, malgré le droit de douane (Customs cluty) de 15lfr,52 par tonne. La consommation est en effet considérable, comme dans tous les pays anglais; elle atteint 46ks%942 par tête. Le prix de la livre1 de sucre a été à Sydney de 0fr,56 en 1850 et de 0fr,78 en 1857. Elle est actuellement de 0fl,23. Le sucre importé provient surtout de Java, de l’ile Maurice, du Pérou, de l’Egypte, de Hong-Kong et des îles Fiji.
- La production australienne est encore peu considérable, si on la compare à celle des autres pays producteurs. Voici la statistique pour 1907, en millions de tonnes :
- Indes anglaises.................. 2
- Cuba............................. 1,4
- Indes néerlandaises.............. 0,9
- Amérique du Sud et Mexique . . 0,51
- Hawaï............................ 0,5
- Japon............................ 0,5
- Afrique.......................... 0,26
- Australie2.......................... 0,215
- Etats-Unis 3..................... 0,2
- Porlo-Rieo....................... 0,2
- Antilles......................... 0,1
- Divers........................... 0,8
- La production mondiale a été de 7 500 000 tonnes françaises. L’Australie ne représente donc pas tout à. fait 5 pour 100.
- Cependant les nombres relatifs à l’Australie ont besoin d’être interprétés. Les progrès, en effet, avaient été réguliers et constants, grâce aux perfectionnements des méthodes agricoles (engrais, choix rationnel des variétés donnant de bons rendements, etc.). Mais, depuis quelques années, le pays subit une crise économique intense, par suite de l’influence du Labour parly et de l’application sans mesure des doctrines du socialisme d’État.
- Cet état politique a nui tout particulièrement à la culture de la canne. Celle-ci était cultivée par la main-d’œuvre de couleur, Hindous et surtout Canaques des îles du Pacifique. On en comptait en 1901, en Nouvelle-Galles 1010 et, en Queensland, 8850, soit au total 9860. Ils signaient des contrats de durée variable et étaient payés à raison de 2fr,96 par jour. L’économie sur le travail blanc était sensible : une tonne de canne, cultivée par les noirs,
- 1 La livre anglaise (lb) vaut 453,544 gr.
- 2 L'année sucrière en Australie va du 1e‘ avril au 51 mars.
- 3 Avec Cuba, Hawaï et la Louisiane, les États-Unis sont le premier pays producteur du monde (17 millions de quintaux).
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- INDUSTRIE SUCRIERE EN AUSTRALIE
- revient à 5r'',67 et, cultivée par les blancs, à 4lr,50. La lutte était possible avec les autres pays producteurs des tropiques, où règne le travail noir.
- Le parti ouvrier, adepte fanatique des doctrines de la White Austrnlia (TAustralie aux blancs) a fait voter, en 1901, par le Parlement fédéral, le Pacific Islands Labourées Act. Aux termes de cette loi, des restrictions étaient mises à l’entrée des noirs en Australie jusqu’au 31 mars 1904; après cette date ils ne devaient plus être reçus et, à partir du 51 décembre 1906, tous ceux qui seraient établis en Australie devaient être partis, sous peine d’expulsion par la force.
- Une pareille législation était la ruine pour l’industrie sucrière du Queensland, dont les trois quarts du territoire excluent absolument le travail blanc. Aucun ouvrier australien d’ailleurs ne se présenta dans le Nord, malgré le vote d’une forte prime et le Queensland, depuis trois ou quatre ans, subit une crise grave.
- Au reste, devant les réclamations des planteurs — réclamations qui allèrent presque jusqu’à des menaces de sécession, — le gouvernement a dû renoncer à appliquer strictement la loi. En avril 1900. il restait encore en Australie 5000 Canaques, c’est-à-dire plus de la moitié de l’effectif de 1901.
- Comment l’Australie sortira-t-elle de cette triste situation? 11 ne faudrait pas trop compter sur le bon sens du peuple australien, très engagé à l’heure actuelle dans l’expérimentation socialiste. Mais il y a un autre élément qui peut donner beaucoup d’espoir.
- L’intérieur du Queensland, de la Nouvelle-Galles et de Y Australie méridionale constitue un im~
- Wi ^a-^urc's’ dto OiteenslancL .
- UPP] — //------de la. Colles du, Sud*.
- -----Liiniics die Grand bassin, artési&v l'ultérieur.
- jJjjÏÏj] Jugions ne)7b cultivées , trujzs propres ci la culture, de
- Culture de la canne à sucre en Australie.
- mense bassin artésien1. De nombreux essais ont montré que la canne à sucre vient très bien par l’irrigation. Or, dans l’intérieur, le climat est très sec et les blancs peuvent travailler. Le nord du pays artésien sera sans doute un jour le grand champ de culture de la canne et le siège d’une importante industrie sucrière.
- A côté de la canne à sucre, il est juste de mentionner la betterave; mais il n’y a encore actuellement que peu de chose à en dire en ce qui concerne l’Australie. Depuis longtemps on cultive la betterave fourragère, en vue de l’alimentation d’hiver du Bétail, surtout des vaches laitières ; son extension a même fait sensiblement reculer la culture du navet. Mais jusqu’ici on a peu fait pour la betterave sucrière. Des essais ont été tentés en Victoria et, en Nouvelle-Galles dans la région de Tenter-/ze/d,surla Richmond River. Le sol est excellent, au dire des experts; mais l’inexpérience des agriculteurs a fai L échouer ces tentatives, que les Ministères de l’agriculture deVictoria et de la Nouvelle-Galles ont l’intention de reprendre et de poursuivre,
- en accordant aux fermiers de bonne volonté un large appui gouvernemental. La production australienne du sucre de betterave ne complepointen regard de la production mondiale, laquelle monte à 6900000 tonnes françaises (48 pour 100 de la production totale du sucre). Paul Privat-Deschanel.
- 1 V. Paul Piuvat-Deschaael. La pralie/ue de l’irrigation en Australie, « La Sature » a0 1714 (51 mars lt)00). — Les puits artésiens en Australie, « Le Génie civil », 15 septembre 1906, n° 20, t. XLIX. — La e/iteslion de l’eau dans le bassin élu Murray, « Annales de Gcoe/raphie », 15 mars, 15 mai et 15 juillet 1908. .
- Le Gérant ; P. Masson.
- Imprimerie Laiuire, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE
- TRENTE-HUITIÈME ANNÉE — 1910
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Accélération (Les paradoxes de 1’), 34.
- Accumulateur Edison (Le nouvel), 380.
- Aéroplanes et orthoptères, 371.
- Àéromobile Gostantini (L’), 242.
- Aéroplane (Stabilisateur d’), 301.
- Air (La résistance de 1’), 196.
- Air vicié et microbes pathogènes, 255.
- Alliage sodium-potassium (Propriété de 1’), 174.
- Alliages spontanément inflammables et leur emploi (Les), 16.
- Alpes (Géologie des), 319.
- Alumine (Variété d’), 190.
- Aluminium au point de vue monétaire, 156.
- Aluminium (La volatilisation de 1’), 127.
- Aluminium en poudre (Transformation de P), 319.
- Anaphylaxie et le mécanisme de l’immunité (P), 347.
- Animaux savent-ils compter? (Les), 231 •
- Araignées employées comme piège à mouches (Un nid d’), 193.
- Armure chez les animaux (La décadence de P), 29.
- Arséniate de plomb en viticulture (L’), 269.
- Asie centrale (Géologie de P), 255.
- Atmosphère solaire (L’), 96.
- Australie : canne à sucre, betterave et industrie sucrière, 414.
- Auto-traîneau du capitaine Scott (L’), 385.
- Aviation au commencement de 1910 (L’), 116.
- Supplément au n° 1931 de La Nature
- Azote (Le spectre des bandes de P), 302. Azoture de carbone (Sous-), 143.
- B
- Balance de précision (Nouvelle), 111. Ballons (De quelle couleur doivent être les), 195.
- Batraciens (Les sécrétions des), 174. Batraciens (Le venin des), 256.
- Beurre de coco (La substance odorante du), 349.
- Bibliothèque de l’Institut, 349.
- Binot (Dr J.), 14.
- Bois plus léger que le liège, 2. Boomerang (Le rival du), 354.
- Bore dans le vin (Le), 301.
- Bouquet de la Grye, 79.
- Bouteilles (Le lavage mécanique des), 253.
- Bouton d’Orient (Le), 302.
- Bretagne (Géologie de la), 319. Bruyères (Le forçage des), 353.
- c
- Câbles téléphoniques anglo-français, 282. Cæcum chez l’homme (Dimension du), 239.
- Calcium incandescent (Le spectre du), 48.
- Cancer chez des souris femelles (Régression du), 15.
- du 28 Mai 1910.
- Cancer des souris et rayons X, 79.
- Carnegie (Fondation), 111.
- Carrières romaines (Les], 224.
- Carte de la terre au millionième, 143.
- Castor (La prudence d’un), 384.
- Caugno de Los Goffios (Le), 163.
- Céphalopode (Description d’un), 190.
- Cerfs-volants militaires montés (Les), 356.
- Chalumeau coupeur (Les progrès du), 65.
- Champignons inférieurs (Végétation de), 599.
- Champignons parasites, 258.
- Champignons (Vitalité des spores de), 414.
- Charbon (Inflammation des poussières de), 48.
- Châtaigneraies (La reconstitution des), 63.
- Chemins de fer (Un dispositif de désinfection pour voitures de), 397.
- Chemin de fer du Iledjaz, 263.
- Chemin de fer de Christiania à Bergen, 408.
- Chicago (Reconstruction de), 279.
- Chocolat (Fabrication perfectionnée du),
- 131.
- Ciment armé et la cathédrale de Reims (Le), 367.
- Cinématographe en couleurs (Le), 225.
- Cinématographe ultra-rapide (Le) : récents travaux de l’Institut Marey, 542.
- Cinéphote (Le), 206.
- Cloche-scaphandre gigantesque (Une), 33.
- Combustibles minéraux (Classification des), 260.
- Cométaires (Études), 255.
- Comète de Hallcy, 339, 413.
- 27
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-
-
-
- 418 .~ ... -
- Comète de Ilalley (La) : passage probable de la terre à travers la queue de la comète, 100.
- Comète de Ilalley (À propos de la), 205.
- Comètes et la comète de Ilalley (Les', 521.
- Comète découverte à Johannesburg, 159.
- Comète 1910 a (La grande.), 535.
- Comète (Une nouvelle grande), 144.
- Continent antarctique (La hauteur du), 241).
- Convoyeur rotatif (Nouveau type de), 209.
- Courants alternatifs (Effets physiologiques des), 348.
- Courants électriques produits par les arbres, la terre et l’eau, 162.
- Courroies en acier. 282.
- Cristaux liquides (Les), 120.
- Crues de la Seine (Les), 145.
- Crues de la Seine en 1910, 269.
- Crues de la Seine en 1910; ses causes; son mécanisme, 291.
- Cuirassés (Nos futurs), 97.
- Cuirassé Vergniaud (Lancement à Bordeaux du), 349.
- D
- Danube (Le procès des pertes du), 55. Décharge oscillante (Effet de la), 31. Délos (Carte de), 127.
- Désinfection aux feux de paille, 159. Diabétiques (Un aliment pour les), 270. Diamants (Coloration de), 14.
- Diastases oxydantes (Les), 584. Diatomées des eaux salines de Sainte-Marguerite, 96.
- Dichroismc par un champ magnétique,
- 14.
- Dirigeables en France et en Allemagne, 48.
- Douvres (Le terrain houillcr de), 59. Dunes au pays du Sind (Les), 1. Dynamomètre d’effraction do M. A. Bertillon, 569.
- E
- Eàîïx d alimentation (Protection des), 259.
- École des Mines (Le laboratoire de photographie de 1’), 502.
- Electro-aimants porteurs, 52.
- Érosion de la rive droite (Prédominance de I'), 258.
- Espalier en verre (Un), 256.
- Etincelles d’acier (Les', 54.
- Etoiles (L’éclat des), 255.
- Étoiles (La température des). 51. Expédition allemande à la conquête du Pôle Sud, 399.
- Expédition polaire (La technique d’une),
- 20.
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- F
- Labre (Le jubilé de J.-IL), 257.
- Feu follet (Le), 50.
- Feuilles de plantes (Noircissement des),
- 14.
- Feuilles (La couleur rouge des), 599. Fièvre jaune à la Havane et à Cuba, 96. Fièvre typhoïde expérimentale, 269. Fièvre typhoïde (Immunisation de l’homme contre la), 190.
- Flammes révélatrices (Les), 60.
- Fleurs (La coloration artificielle des), 251. Flysch de la Suisse centrale (Le), 585. Foie (Une propriété du), 269. Fortification moderne (La), 82.
- Fusil adopté par les États-Unis d’Amérique (Nouveau), 379.
- G
- Gare Saint-Lazare (Suppression du goulot de la), 9.
- Gaz du Landy (Nouvelle usine à), 214.
- Gaz d’éclairage (Nouveaux procédés de fabrication du), 166.
- Gaz rares des eaux minérales (Les), 47.
- Givre et la neige (Le), 183.
- Glaces en France (Les origines de l’industrie des), 386.
- Glycérine (Modifications des propriétés de la), 319.
- Graphite (La formation du), 111.
- Grêle : les canons paragrêles, 585.
- Grêle : canons grélifuges, 349.
- H
- Hélice et de la turbine (Le problème de 1’), 559.
- Hélice propulsive des navires et son action sur l’eau (L’), 307.
- Horticulture et la chimie (L’), 188.
- I
- Ichtyosaure du Jardin des Plantes (Le nouvel), 129.
- Indicateur électrique type, 111. Inondation au Jardin des Plantes, 160. Insectes par le cyanure de polassium (Destruction des), 96.
- Institut océanographique, 206.
- Intestin (Rapport de la muqueuse nasale et de 1’), 79.
- Inuline (La digestion de F), 111.
- J
- Jupiter et Saturne (Configuration de), 349.
- K
- Kangourous (L’instinct, maternel chez les), 112.
- Kreuznach (Les eaux radioactives de), 76.
- L
- Lait (Effet de la cuisson du), 175.
- Lampe Nernst (Projections en appartement par la), 81.
- Lithium dans le soleil, 79.
- Locomotives (Laboratoire cl’essai pour), 109.
- Longitudes (Nouveau procédé de détermination des), 159.
- Lumière de la Lune (Polarisation delà), 399.
- Lunettes antiques (Une paire de), 290.
- M
- Machines à jet de sable, 283.
- Machine minuscule (Une), 319.
- Machine pneumatique nouvelle et indicateur de vides spiral, 228. Maisons-Laffitte (L’eau du puits de), 111. Maisons-Laffitte (Le puits artésien de), 194.
- Marine américaine (Le premier Drcad-nought de la), 49.
- Mars (L’aspect de), 51.
- Mars (Fonte des glaces sur), 79.
- Mars (La planète), 245.
- Meetings d’aviation do 1910, 111.
- Mer (Niveau moyen de la), 160. Mercure Ta planète), 14.
- Mésoplodon de la Hougue (Le), 190. Métaux (Dépôt mécanique de), 549. Métaux (Fragilité des), 255. Météorologie (Les unités de la), 158. Métropolitain : travaux de congélalion de la place Saint-Michel, 70.
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-
-
-
- Métropolitain : travaux place de l'Opéra,
- . 232.
- Meusnier (Le général;, 63.
- Mines d’or d’Andravakoera à Madagascar (Les), 376.
- Minerais de fer aux excavateurs (Le travail des), 124.
- Miroirs métalliques (Réparation de), 79.
- Monorail Brennan (Les essais du), 17.
- Musée de moisissures vivantes : la my-cothèque de Paris, 171.
- Musée et institut océanographiques (Le), 337.
- Musée océanographique (Inauguration du), 302.
- Mycorhizes (Le rôle des), 399.
- N
- Nadar et 1 aviation, 315.
- Navires coulés (Emploi de l’air comprimé pour le sauvetage des), 275.
- Navire moderne et l’assaut des vagues (Le), 388.
- Nègres pies (A propos des), 3.
- Neige et le givre (La), 185.
- Nettoyage à sec Procédés industriels de), 234.
- Newcomb (Simon), 62.
- Niagara en hiver (Le), 68.
- Norvège (Variations du niveau marin en), 390.
- O
- Observatoire sismologique de Cartuja, 287.
- Oiseau non décrit (Un), 31.
- Oolithes (Formation des), 174.
- Optique (Illusion d’), 115.
- Orage magnétique du 25 septembre 1909, 111.
- Orthoptères et aéroplanes, 571.
- Oxydes catalyseurs (Le rôle des), 301.
- P
- Panama (Le canal de), 591.
- Parthénogénèse, 348.
- Pelliot au Turkestan chinois (La mission), 42.
- Phosphorescence, 255, 302.
- Photographie : appareil d’agrandissement Focus ; le Radiophote et le Rêvé pour tirage sur papier au bromure ; objectifs rapides, 11.
- : INDEX ALPHABÉTIQUE
- photographies à aspect changeant, 255.
- Photographie des couleurs : les plaques dioplichromes Dufay, 574.
- Photomètre de précision, 519.
- Photosculpture : procédé Cardin, 177.
- Pieddans la race jaune (Fonction du), 238.
- Plantes alpestres aux basses allitudes, 549.
- Plaques en couleurs (La reproduction des), 277.
- Pluie (La), 36.
- Poids atomique moyen de l'écorce sili catée terrestre, 414.
- Poisson parasite, 14.
- Pôle (Les mouvements du), 161.
- Polonium (Transformation du), 189.
- Pommes de terre (Une maladie des), 174.
- Pompe Humphrcy (La), 316.
- Ponts-levis électriques, 96.
- Population de la France, 62.
- Poste en Egypte au me siècle avant J.-C. (La), 226.
- Poudres sans fumée (Les), 563.
- Pression artérielle (La mesure de la), 384.
- Prix de l’Académie des Sciences, 63.
- Prix d’aviation de La Nature gagné par M. E. Dubonnet (Le), 289.
- Projections automatiques par le Circus, 99.
- Psychologie animale (Expériences de), 311.
- R
- Radiographie d’un fossile, 400.
- Radium (Effet de l’injection d’un sel de), 239.
- Raies ultimes (Les), 127.
- Rails (L’usure ondulée des), 259.
- Réfraction des liquides (Mesure des indices de), 239.
- Reims : le ciment armé et la cathédrale, 367.
- Réserves de chasse aux États-Unis (Les nouvelles), 220.
- Respiration de l’air partiellement dé-soxygéné (Effets de la), 255.
- Roi nègre (Histoire d’un), 305.
- S
- Saint-Étienne (Une visite au banc d’épreuve des armes à), 199.
- Sang en médecine légale (Taches de), 238.
- Saphir artificiel (Le), 127.
- Scaphandriers (Vêtements métalliques pour), 127.
- Seine (Dégâts aux terres du bassin de la), 159.
- ------- ' ~ 419
- Séisme (Détermination du lieu d’un), 239.
- Sériciculture en France et dans les colonies (Le développement de la), 162.
- Shacldeton (Expédition antarctique), 103.
- Sismographe (Nouveau), 189.
- Soleil (La dissymétrie dans le), 133.
- Soleil (La parallaxe du), 548.
- Soleil (L’éclat intrinsèque du). 206.
- Soupape à soleil de M. Dalén (La), 229.
- Sources thermales (Mécanisme des), 51.
- Spectroscope perl'eelionué, 143.
- Spirilles (Une maladie à), 111.
- Squelettes mousteriens (Les nouveaux), 50.
- Stéréoscopique (Images changeantes sur plaque auto-), 143.
- Stérilisation de 1 eau par les rayons ultra-violets, 319.
- Stérilisation des liquides et rayons ultraviolets, 211.
- Stérilisation intégrale des liquides, 206.
- Stérilisation par les rayons ultra-violets, 79.
- Sucre : canne à sucre, betterave et industrie sucrière en Australie, 414.
- Sucre (Un nouveau), 127.
- Superphosphates (Procédés de fabrication des), 178.
- T
- Télégraphie sans (il (Les signaux horaires par la), 401.
- Télémécanique sans fil, 238.
- Télévision (Un appareil de), 142.
- Télescopique (Troisième centenaire de la première observation), 91.
- Temps (La prévision du), 403.
- Termites champignonnistes (Les), 275.
- Terre (La fatigue de la), 86.
- Thermopyles (Le viaduc des), 158.
- Tibétain à Paris (Un), 287.
- Timbres-poste (Distributeur automatique de), 113.
- Tissus chauffants, 599.
- Traîneau automobile R. Le Grain, 270.
- Transmutation (Nouveaux phénomènes de), 75.
- Traumatisme des fleurs (Le), 47.
- Troupes noires (La question des), 24.
- Tuberculose : vaccination, 15.
- Tubes étroits (Mouvement d’un liquide dans les), 348.
- V
- Vaccination antityphique, 175.
- Vibrations dans les édifices (Étude des), 319.
- Violon à air comprimé, 51.
- Violon Javellier (Lej, 160.
- Voie stratégique allemande, 50-
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-
-
-
- INDEX ALPHABETIQUE
- 420
- Voiture sanitaire, 175.
- Voiture-traîneau automobile, 186.
- Voix (Augmentation du volume de la), 399.
- Voix dans certaines maladies (Variation de la), 143.
- w
- Z
- Wagons (Comment se ferment les portières de), 117.
- Zéolitlies dans l’économie végétale (Le rôle des), 278.
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-
-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Anthony (R.). — Le mésoplodon de la Hougue, 190.
- Arnou. — L’aluminium au point de vue monétaire, 156.
- Bellet (D.). — L’usure ondulée des rails, 239.
- Besnard (Ch.-II.). — Le ciment armé et la cathédrale de Reims, 367.
- Blanchard (R.). — A propos des nègres pies, 5.
- Blot (M.). — La radiographie d’un fossile, 400.
- Bonnaffe' (E.). — Nouveau photomètre de précision, 319. — L’auto-traîneau du capitaine Scott, 385.
- Bonnin (IL). — Suppression du goulot de la gare Saint-Lazare, 9. — Laboratoire d’essai pour locomotives, 108. — Le viaduc des Thermopyles, 138. — Le chemin de fer du Hedjaz, 263. — L’hélice propulsive des navires et son action sur l’eau, 507. — Le problème de l’hélice et de la turbine : réducteur de vitesse pour turbines marines, 559. — Le chemin de fer de Christiania à Bergen, 408.
- Bordeaux (A.). — Les mines d’or d’Andavakoera à Madagascar, 376.
- Boyer (J.).— Fabrication perfectionnée du chocolat, 131. — Un musée de moisissures vivantes : la mycothèque de Paris, 171. —Nouveau type de convoyeur rotatif, 209. — Un espalier en verre, 256. — Le forçage des bruyères, 353.
- Bresch (L.). — Aéroplanes et orthoptères, 571.
- Cambon (Y.). — Les procédés nouveaux de fabrication des superphosphates, 178.
- Capitan (Dr). — Les nouveaux squelettes moustériens, 50.
- Carly (L.). — Voiture-traîneau automobile, 186.
- Chalmarès (G.). — Les cerfs-volants militaires montés, 556.
- Champly (R.). — Les machines à jet de sable, 283.
- Chaplet (A.). — Les procédés industriels du nettoyage à sec, 254.
- Chevolot (L.). Nadar et l’aviation, 315.
- Coupin (IL). — Les animaux savent-ils compter? 231. — Les termites champignonnistes, 273. — Un nid d’araignées employé comme pièges à mouches, 195.
- De Launay (L.). — La classification des combustibles minéraux, 260.
- Darvillé (W.). — Vêtements métalliques pour scaphandriers, 127.
- Dodvillé (R.). — Le laboratoire de photographie de l’École des mines, 304.
- Ducasip (R.). — Les dunes au pays du Sind, 1.
- Dumas (L.). — Le feu follet, 30.
- Durand (G.). — Comment se ferment les portières de wagons, 117.
- Eylert (M.). — Les mouvements du pôle, 161.
- Forbin (Y.). — Les essais du monpraiï Brennan, 17. —L’instinct maternel chez les kangourous, 112.— L’horticulture et la chimie, 188. — La reconstruction de Chicago, 279. — Expériences de psychologie animale, 511. — Le rival du boomerang, 354. — La prudence d’un castor, 384.
- Fournier (L.). — Le métropolitain : les travaux de congélation à la place Saint-Michel, 70. — Distributeur automatique de timbres-poste, 113. — L’aviation au commencement de 1910, 116. — La résistance de l’air : nouvelles expériences de M. Eiffel, 196. — Les travaux du métropolitain, place de l’Opéra, 252. — L’aéromobile Costantini, 242.
- Gradenwitz (Dr A.). — Les alliages spontanément inflammables et leur emploi, 16. — Un violon à air comprimé, 31. — Une cloche scaphandre gigantesque, 53. — Les flammes révélatrices, 60. — Les eaux radioactives de Kreuznach, 76. — Un appareil de télévision, 142. — Une machine pneumatique nouvelle, 228. — Un dispositif de désinfection pour voitures de chemins de fer, 597.
- Grandidier (G.). — Le nouvel ichtyosaure du Jardin des Plantes, 129.
- Guillaume (Ch.-Ed.). — Une illusion d’optique, 15. — Les paradoxes de l’accélération, 54. — L’aluminium au point de vue monétaire, 158. — A propos de la comète de Halley, 205.
- Hébert (A.). — Le rôle des zéolithes dans l’économie végétale, 278.
- Henry (Ed.). — Le canal de Panama, 591.
- Hückel (G.-A.). — La poste en Égypte au me siècle av. J.-C., 226.
- Izier (J. d’). — La technique d’une expédition polaire, 20.
- Jaloustre (J.). — La coloration artificielle des fleurs, 251.
- L. (Capitaine). — Les fortifications modernes, 82.
- Lafitte (J.-P.). — La mission Pelliot au Turkestan chinois, 42. — Le jubilé de J.-H. Fabre, 257. — Un Tibétain à Paris, 286. — Une paire de lunettes antiques, 290. — Histoire d’un roi nègre, 305.
- Lanorville (G.). — Une visite au banc d’épreuve des armes à Saint-Étienne, 199.
- Latour (A.). — L’anaphvlaxie et le mécanisme de l’immunité, 347.
- Leblanc (M.). — Les cristaux liquides, 120.
- Lemoine (P.j. — Les crues de la Seine, 145. — Le puits artésien de Maisons-Laffitte et la limitation des débits artésiens, 195. —Le mécanisme de la crue de la Seine en 1910, 294.
- Loisel (J.). — La pluie, 36. — Le givre et la neige, 183.— La pluie et la crue de la Seine, 291. — La prévision du temps, 403.
- Loucheux (G.). — Les rayons ultra-violets et la stérilisation des liquides, 211.
- Maigre (E.). — La soupape à soleil de M. Dalén, 229.
- Marchand (H.). — Le nouvel accumulateur Édison, 380.
- Mareschal (G.), — Nouveautés photographiques : appareil d’agrandissement « Focus », le « Radiophote » et le « Rêvé » pour tirage sur papier au bromure; objectifs rapides, 11.
- — Les projections en appartement parla lampe Nernst, 81.
- — Projections automatiques par le « Circus », 99. — La photosculpture : procédé Cardin, 177. — Le cinématographe en couleurs, 225. — La reproduction des plaques en couleurs, 277. — Photographie des couleurs : les plaques dioptichromes Dufay, 574.
- Martel (E.-A.). — Le procès des pertes du Danube, 55. — L’expédition antarctique Shackleton, 203. — Le Musée et l’Institut océanographiques, 337.
- Mascart (J.). — L’importance historique de la comète de Halley, 323.
- Mériel (P. de). — Le lavage mécanique des bouteilles, 253.
- Miramil (P.). — La question des troupes noires, 24.
- Ouade' (D'j. —Protection des eaux d’alimentation, 259.
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-
-
-
- LISTE DES AUTEURS
- 422
- Privat-Desghanel (P.). — Canne à sucre, betterave et industrie sucrière en Australie, 414.
- Puiseux (P.). — La dissymétrie dans le Soleil, 153.
- Regelsperger (G ). — Un bois plus léger que le liège, 2.
- Renaudot (G.). — Le troisième centenaire de la première observation télescopique, 91.
- Rolet (A.). — La reconstitution des châtaigneraies, 63.
- Rousset (IL). — La fatigue de la terre, 86.
- Rudaux (L.). — Une nouvelle grande comète, 144. — Le Caugno de los Goffios, 163. — L’observatoire sismologique de Cartuja, 287. — La hauteur du continent antarctique, 241. — Les comètes : leurs orbites, leur nature, 529. — Les signaux horaires par la télégraphie sans fil, 401.
- Sallior (P.).— La décadence de l’armure chez les animaux, 29. — Le terrain houiller de Douvres, 59. — Rouquet de la Grye, 79. — Le travail des minerais de fer aux excavateurs, 124. — Les carrières romaines, 224. — Les origines de l’industrie des glaces en France, 386.
- Sauvaire Jourdan. — Le premier Dreadnought de la marine américaine, 49. — Le Niagara en hiver, 68. — Nos futurs cuirassés, 97. — L’emploi de l’air comprimé pour le sauvetage des navires coulés, 275. — Lancement à Bordeaux du cuirassé Vergniaud, 349 — Le navire moderne et l’assaut des vagues, 388.
- Séailles (J.-C.) — Les progrès du chalumeau coupeur, 65. — Une moto-pompe à gaz à action directe : la pompé Humphrey, 316.
- Serve (L.). — Les poudres sans fumée, 363.
- Touchet (E.). — La comète de Halley : passage probable de la Terre à travers la queue de la comète, 100. — La planète Mars : la question des canaux, 245. — La grande comète 1910 a, 335.
- Troller (A.). — Les étincelles d’acier, 54.— Nouveaux phénomènes de transmutation, 75. — La nouvelle usine à gaz du Landy, 214.
- Trouessart (E.). — Les nouvelles réserves de chasse aux États Unis, 220.
- Y. (J.). — Les nouveaux procédés de fabrication du gaz d’éclairage, 166.
- Villedeuil (Ch. de). — Comptes rendus des séances de l’Académie des Sciences, 14, 31,47, 62, 79. 96, 111, 127,143, 159, 174, 189, 206, 238, 255, 269,301,319,348, 383,399, 415.
- Villers (R.). — Le violon Javellier, 160. — Le traîneau automobile R. Le Grain, 270.
- Vitoux (Dr G.). — Voiture sanitaire, 175. — Le einéphote, 206. — Le cinématographe ultra-rapide, récents travaux de l’Institut Marey, 342.
- Weiss (E.-II.}. — Electro-aimants porteurs, 52.
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués dans cette table en lettres italiques.
- I. - ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Académie des Sciences (Ch. de Yilledeuil) 14, 31, 47, 62. 79, 96, 111, 127, 143, 159, 174, 189, 206, 238,
- 255, 269, 301, 519, 348, 383, 399 .............. 415
- Prix de VAcadémie des Sciences . ... . . 65
- Fondation Carnegie..............................111
- La bibliothèque de l'Institut...................549
- II. - ASTRONOMIE.
- Le troisième centenaire de la première observation té-
- lescopique (G. Renaudot)............................. 91
- La comète de Halley : passage probable de la Terre à travers la queue de la comète (E. Touchet) .... 100
- La dissymétrie dans le Soleil (P. Puiseux)...........155
- Une nouvelle grande comète (L. Rudaux)...............144
- À propos de la comète de Halley (Ch.-Ed. Guillaume) . 205
- La planète Mars : La question des canaux (E. Touchet). 245 Les comètes et la comète de Halley (J. Mascart, L. Ruraux)................................................321
- La grande comète 1910 a (E. Touchet).................335
- La planète Mercure.................................. 14
- La température des étoiles........................... 31
- L'aspect de Mars..................................... 31
- Simon Newcomb....................................... 62
- La fonte des glaces sur Mars......................... 79
- L’atmosphère solaire................................. 96
- La comète découverte à Johannesburg..................159
- L’éclat intrinsèque du Soleil........................206
- L’éclat des étoiles..................................255
- Études cométaires....................................255
- La parallaxe du Soleil.............................. 348
- La configuration de Jupiter et de Saturne............349
- Les couches supérieures de l’atmosphère solaire. . 349
- La comète de Halley..................................599
- Polarisation de la lumière de la Lune................399
- La comète de Halley..................................413
- III. — SCIENCES PHYSIQUES, t. Physique.
- Une illusion d’optique (Ch,-Ed, Guillaume)................ 15
- Les paradoxes de l’accélération (Ch.-Ed, Guillaume). . 34
- Les étincelles d’acier (A. Trollet)........................... 54
- Les flammes révélatrices (Dr A. Gradenwitz)............... 60
- Les cristaux liquides (M. Leblanc).....................120
- Un appareil de télévision (Dr A. Gradenwitz)...........142
- La résistance de l’air : nouvelles expériences de M. Eiffel
- (L. Fournier)...................................... 196
- Une machine pneumatique nouvelle (Dr A. Gradenwitz). 228
- Nouveau photomètre de précision (E. Bonnaffé). . . . 319 Le dynamomètre d’effraction de M. A. Bertillon . . . 369
- Dichroïsme par un champ magnétique.................... 14
- Nouvelle balance de précision..........................111
- Les raies ultimes......................................127
- Speclroscope perfectionné.............................143
- Mesure des indices de réfraction des liquides . . . 239
- Phosphorescence, 255. . .............................. 502
- Mouvement d'un liquide dans les tubes étroits. . . 348
- Dépôt mécanique de métaux..............................549
- 2. Électricité.
- Électro-aimants porteurs (E.-1I. Weiss)................. 52
- Le nouvel accumulateur Edison (H. Marchand) .... 380
- Les signaux horaires par la télégraphie sans fil (L. Rudaux). 401
- Effet de la décharge oscillante......................... 31
- Un indicateur électrique type...........................111
- Courants électriques produits par les arbres, la terre
- et l’eau.............................................162
- Télémécanique sans fil..................................238
- Les câbles téléphoniques anglo-français.................282
- 3. Chimie
- Les alliages spontanément inflammables et leur emploi
- (Dr A. Gradenwitz).................................... 16
- Nouveaux phénomènes de transmutation (A. T.). . . . 75
- Coloration de diamants.............................. 14
- Les gaz rares des eaux minérales...................... 47
- Le spectre du calcium incandescent.................... 48
- Le lithium dans le Soleil............................. 79
- Le saphir artificiel.........'. .....................127
- La volatilisation de Valuminium.................... . 127
- Un nouveau sucre..................................... 127
- Corps nouveau.........................................145
- Propriété de l’alliage sodium-potassium...............174
- Transformation du potassium...........................189
- Une variété d’alumine.................................190
- La fragilité des métaux...............................255
- L’arséniate de plomb en viticulture...................269
- Rôle clés oxydes catalyseurs..........................301
- Le bore dans le vin...................................301
- Le spectre des bandes de l’azote . ...................302
- Transformation de l'aluminium en poudre...............319
- Modifications des propriétés de la glycérine. . . . 319
- La substance odorante du beurre de coco . . . , . 349
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-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES
- 424
- Les diastâses oxydantes..........................584
- Transformation des acides gras...................383
- 4. Photographie.
- Nouveautés photographiques : appareil d’agrandissement « Focus », le a Radiophote. » et le « Rêvé » pour tirage sur papier au bromure; objectifs rapides
- (G. Mareschal).................................... 11
- Les projections en appartement par la lampe Nernst
- (G. Mareschal).................................... 81
- Projections automatiques par le « Circus » (G. M.) . . 99
- La photosculpture : procédé Cardin (G. Mareschal) . . 417
- Le Cinéphote (Dr G. Vitoux)..........................206
- Le cinématographe en couleurs (G. Mareschal) .... 225
- La reproduction des plaques en couleurs (G. Mareschal). 277 Le laboratoire de photographie de l’École des Mines
- (A. Douvillé).....................................302
- Le cinématographe ultra-rapide, récents travaux de
- l’Institut Marey (Dr G. Vitoux)...................342
- Photographie des couleurs : les plaques dioptichromes
- l)ufay (G. Mareschal).............................374
- Images changeantes sur plaque auto-stéréoscopique. 145
- Photographies à aspect changeant.....................255
- IV. - SCIENCES NATURELLES.
- 1. Géologie. — Physique du globe.
- Les eaux radioactives de Kreuznach (Dr A. Gradenwitz). 76 L’Observatoire sismologique de Cartuja (L. Rudaux) . . 287
- La formation du graphite..............................114
- Formation des oolithes...............................174
- Nouveau sismographe...................................189
- Détermination du lieu d'un séisme.....................239
- Géologie de l'Asie centrale..........................255
- Géologie de la Bretagne..............................319
- Le flysch de la Suisse centrale.......................383
- Poids atomique moyen de l'écorce silicatée terrestre. 414
- 2. — Météorologie.
- La pluie (J. Loisel).................................... 36
- Les unités de la météorologie (Ch.-Ejd. Guillaume). . . 158
- Le givre et la neige (J. Loisel).....................183
- La prévision du temps (J. Loisel)......................403
- L'orage magnétique du 25 septembre 1909.............. 111
- Les canons paragrêles...................................385
- 3. — Biologie.
- La décadence de l’armure chez les animaux (P. Sallior). 29 Les rayons ultra-violets et la stérilisation des liquides
- (G. Loucheux) . . 211
- Le jubilé de J.-fl. Fabre (J.-P. Lafitte)...........257
- L’anaphylaxie et le mécanisme de l’immunité (A. Latour) ..................................... .... 347
- Le traumatisme des flem's.............................. 47
- La stérilisation par les rayons ultra-violets .... 79
- Chimie biologique..................................... 79
- Champignons parasites..................... .-'-r- 238
- Une propriété du foie...............................269
- Stérilisation de l'eau par les rayons ultra-violets . 519
- Effets physiologiques des courants alternatifs . . . 348
- Parthénogénèse......................................348
- Le rôle des mycorhizes..............................399
- Augmentation du volume de la voix...................399
- 4. — Zoologie.
- L’instinct maternel chez les Kangourous (V. Forbin) . . 112
- Le Mesoplodon de la Hougue (R. Anthony)...............190
- Les nouvelles réserves de chasse aux États-Unis (E. Troues-
- sart).................................................220
- Les animaux savent-ils compter? (H. Coupin)..............230
- Les termites champignonnistes (H. Coupin)................273
- Expériences de psychologie animale (V. Forbin). . . . 311
- La prudence d’un castor (V. Forbin)......................384
- bn poisson parasite ... 14
- Un oiseau non décrit..................................... 31
- La destruction des insectes par le cyanure de potassium ................................................... 96
- Les sécrétions des batraciens............................174
- Description d’un cépalopode . . . 190
- Le venin des batraciens..................................256
- 5. — Paléontologie.
- Le nouvel ichtyosaure du Jardin des Plantes (G. Gran-
- didier)...............................................129
- La radiographie d’un fossile (M. Blot)...................400
- 6. — Botanique. — Agriculture.
- Un bois plus léger que le liège (G. Regelsperger) . . . 2
- La reconstitution des châtaigneraies (A. Rolet; .... 63
- La fatigue de la terre (H. Rousset)................ 86
- Un musée de moisissures vivantes : la mycothèquc de
- Paris (J. Boyer)................................171
- L’horticulture et la chirhie (V. F.)...............188
- La coloration artificielle des Heurs (E. Jaloustre) . . 251
- Un espalier en verre (J. Boyer)....................256
- Le rôle des zéolithes dans l’économie végétale (A. Hébert) ..............................................278
- Le forçage des bruyères (J. Boyer) ;...............355
- Le noircissement des feuilles des plantes ..... 14
- Les diatomées des eaux salines de Sainte-Marguerite. 9o
- Une maladie des pommes de terre..................174
- Les plantes alpestres aux basses altitudes..........349
- Végétation de champignons inférieurs. . . 399
- La couleur rouge des feuilles. .......... 399
- V. — MÉDECINE. - HYGIÈNE.
- Voiture sanitaire (Dr G. Vitoux).........................175
- Un dispositif de désinfection pour voitures de chemins
- de fer (Dr A. Gradenwitz).............................397
- Régression du cancer chez des souris femelles. . . 15
- Vaccination tuberculeuse................................. 15
- Rapport de la muqueuse nasale et de l'intestin . . 79
- Les rayons X et le cancer des souris ................. 79
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-
-
-
- -...........______ TABLE
- La fièvre jaune à la Havane et à Cuba.............
- Une maladie à spirille............................
- La digestion de l’inuline.........................
- Variations de la voix dans certaines maladies . . .
- Désinfection aux feux de paille...................
- Effet de la cuisson du lait.......................
- Vaccination antityphique..........................
- L’immunisation de l’homme contre la fièvre typhoïde. Les fraudes dans les substances alimentaires. . . .
- Stérilisation intégrale des liquides..............
- Les taches de sang en médecine légale.............
- La dimension du cæcum che% l’homme................
- Effets de l’injection d’un sel de radium . ...
- Effets de la respiration de l’air partiellement désoxy-
- géné...........................................
- L'air vicié et les microbes pathogènes............
- La fièvre typhoïde expérimentale..................
- Un aliment pour les diabétiques ..................
- Le boulon d’Orient................................
- La mesure de la pression artérielle...............
- Tissus chauffants.................................
- VI. — GÉOGRAPHIE.
- 1. — Géographie. — Exploration.
- Les dunes au pays du Sind (R. Ducamp).................
- La technique d’une expédition polaire (J. d’Izier) . . . Le procès des pertes du Danube (E.-A. Martel). . . .
- Le Niagara en hiver (A. Sauvaihe Jourdan)...........
- L’expédition antarctique Shackleton (E.-A. Martel) . .
- Les mouvements du pôle (M. Eyi.ert).................
- Le Caugno de los Goffios (L. Rudaux)................
- La hauteur du continent antarctique (L. Rudaux). . . .
- Le chemin de fer du Iledjaz (R. Bonnin).............
- Le chemin de fer de Christiania à Bergen (R. Bonnin) . Canne à sucre, betterave et industrie sucrière en Australie
- (P. Phivat-Deschanel)............................
- Une voie stratégique allemande......................
- La population de la France..........................
- Carte de Delos......................................
- Carte de la terre au millionième....................
- Nouveau procédé de détermination des longitudes . Le développement de la sériciculture en France et
- dans les colonies................................
- Prédominance de l’érosion de la rive droite .... Une expédition allemande à la conquête du Pôle sud.
- 2. — Océanographie. — Hydrologie.
- La crue de la Seine (P. Lemoine).....................
- Les puits artésiens de Maisons-Laffitte et la limitation des
- débits artésiens (P. Lemoine)....................
- Protection des eaux d’alimentation (D1' Üuadé).......
- La crue de la Seine en 1910 : ses causes, son mécanisme (J. Loisel ; P. Lemoine)......................
- Le musée et l’institut océanographiques (E.-A. Martel).
- Mécanisme des sources thermales......................
- L’eau du puits de Maisons-Laffitte...................
- Dégâts aux terres du bassin de la Seine. . '. .
- Le niveau moyen de la mer............................
- L’inondation au Jardin des Plantes. .................
- La crue de la Seine en 1910..........................
- Inauguration du Musée océanographique................
- Variations récentes du niveau marin en Norvège. .
- MATIÈRES ............... — 425
- VII - ANTHROPOLOGIE — ETHNOGRAPHIE. ARCHÉOLOGIE.
- A propos des nègres pics (R. Blanchard)................. 3
- Le feu follet (L. Dumas)................................ 50
- La mission Pelliot au Turkestan chinois (J.-P. Lafitte). 42 Les nouveaux squelettes moustériens (Dr Capitan) ... 50
- Un nid d’araignées employé comme piège à mouches
- (H. Coupin)............................................. 193
- Les carrières romaines (P. Sallior).....................224
- La poste en Égypte au mc siècle avant J.-C. (G.-A. Huc-
- kel).....................................................226
- Un tibétain à Paris (J.-P. Lafitte).....................287
- Une paire de lunettes antiques (J.-P. L.)...............290
- Histoire d’un roi nègre ((J.-P. Lafitte)....................505
- Une fonction du pied dans la race jaune................238
- VIII. - SCIENCES APPLIQUÉES
- 1. — Mécanique. — Technologie. — Industrie.
- Arts industriels.
- Violon à air comprimé (Dr G- Gradenwiz)............. 31
- Distributeur automatique de timbres-poste (L. Fournier) 112 Fabrication perfectionnée du chocolat (J. Boyer) . . . 151
- Le violon Javellier (R. Yilliers)......................160
- Les nouveaux procédés de fabrication du gaz d’éclairage (J. Y.)..........................................166
- Les procédés nouveaux de fabrication des superphosphates (Y. Cambon)....................................178
- Nouveau type de convoyeur rotatif (J. Boyer) .... 209
- La nouvelle usine à gaz du Landy (A. Troller). . . . 214
- La soupape à soleil de M. Dalén (E. Maigre)............229
- Les procédés industriels de nettoyage à sec (A. Chaplet) 234 Le lavage mécanique des bouteilles (P. de Meriel) . . 253
- Les machines à jet de sable (R. Champly)...............283
- Une moto-pompe à gaz à action directe : La pompe
- Ilumphrey (J.-G. Séailles)..........................316
- Le rival du boomerang (Y. Forbin)......................354
- Les origines de l’industrie des glaces en France. (P. Sal-
- lior)...............................................386
- Préparation de miroirs métalliques..................... 79
- Courroies en acier.....................................282
- Une machine minuscule..................................519
- 2. — Travaux publics. — Art de l’ingénieur.
- Suppression du goulot de la gare Saint-Lazare (R. Bonnin) 9 Le métropolitain : les travaux de congélation de la place
- Saint-Michel (L. Fournier)............................ 70
- Le viaduc des Thermopyles (R. Bonnin)................138
- Les travaux du métropolitain place de l’Opéra (L. Fournier) ...................................... ........• 232
- La reconstruction de Chicago (Y. Forbin). ...... 279
- L’hélice propulsive des navires et son action sur l’eau
- / (R. Bonnin).......................................... 307
- Le problème de l’hélice et de la turbine : réducteur de
- vitesse pour turbines marines (R. Bonnin).........359
- Le ciment armé et la cathédrale de Reims (Cii. IL Bes^"5*,‘h
- nard)............................................... v . ,367
- Le canal de Panama (En. Henry).....................'>:^)391'
- Pont levis électrique.................................... 96
- Élude des vibrations dans les édifices................ . 319
- DES
- 96
- 111
- 111
- 143
- 159
- 175
- 175
- 190
- 206
- 206
- 238
- 239
- 259
- 255.
- 255
- 269
- 270
- 302,
- 584
- 599
- 1
- 20
- 55
- 68
- 103
- 161
- 163
- 241
- 263
- 408
- 414
- 50
- 62
- 127
- 143
- 159
- 162
- 258
- 399
- 145
- 194
- 259
- 291
- 337
- 31
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- 160
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- 302
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-
-
- 426 ___ __;;..:.~:=r TABLE DES
- 3. — Mines et métallurgie.
- Le terrain houiller de Douvres (P Sallior)............ 59
- Le travail desminerais de 1er aux excavateurs (P- Sallior). 124 L'aluminium au point de vue monétaire (àrnou) . . . 156
- La classification des combustibles minéraux (L. De Launay) ...................................................260
- Les mines d’or d’Andavakocra à Madagascar (A. Bordeaux)..................................................576
- Inflammation des poussières de charbon............ 48
- 4. — Transports : Chemins de fer — Automobilisme.
- Les essais du monorail Brennan (V. Forbin)............... 17
- Laboratoire d’essai pour locomotives (R. Boxnin). . . . 108
- Comment se ferment les portières de wagons (G. Durand) ...................................................117
- Voiture-traîneau automobile (L. Carly)...................186
- L’usure ondulée des rails (D. Bellet) .... ... 239
- Le traîneau-automobile R. Le Grain (R. Villers) . . . 270
- L’auto-traîneau du capitaine Scott (Er. Bonnaffé) . . . 383
- 5. — Aéronautique.
- Les dirigeables en France et en Allemagne............. 48
- L’aviation au commencement de 1910 (L. F.j............116
- L aéromobile Costantini (L. Fournier).................242
- Le prix d’aviation de La Nature gagné par M. Dubonnet. 289
- Nadar et l’aviation (L. Chevolot).....................315
- Aéroplanes et orthoptères (G. Bresch).................371
- MATIÈRES
- Le général Meusnier................................... 63
- Les meetings d'aviation en 1910.......................111
- Stabilisateur d’aéroplanes............................501
- De guelle couleur doivent être les ballons? .... 195
- 6. — Marine. — Art militaire.
- La question des troupes noires (P. Mirajul).............. 2i
- Une cloche-scaphandre gigantesque (Dr A. Gradenwitz). 53
- Le premier Dreadnought de la marine américaine (Sau-
- vaire Jourdan)........................................ 49
- Les fortifications modernes (Capitaine L.)............... 82
- Nos futurs cuirassés (Sauvaire Jourdan).................... 97
- Vêtements métalliques pour scaphandriers (W. Darvillé). 127 Une visite au banc d’épreuves des armes à Saint-Étienne
- (G. Lanorville).........................................199
- L’emploi de l’air comprimé pour le sauvetage des navires coulés (Sauvaire Jourdan) .........................275
- Le navire moderne et l’assaut des vagues (Sauvaire
- Jourdan)................................................388
- Lancement à Bordeaux du cuirassé Vergniaud (Sau-
- vaire Jourdan)..........................................349
- Les cerfs-volants militaires montés (G. Chalmarès) . . 356
- Les poudres sans fumée (L. Serve)..........................363
- Le nouveau fusil adopté par les États-Unis d’Amérique..................................................^ 379
- IX. — NÉCROLOGIE.
- Bouquet de la Grye (P. Sallior)........................ 79
- Le Dr Jean Binot....................................... 14
- Numéro spécial : Ce semestre contient, p. 521, un numéro spécialement consacré à : Les comètes et la comète de Halley.
- FIN DES TABLES
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-
-
- ERRATA
- . 295, bas de la colonne II P. 298, haut de la colonne I
- au Lieu de : centimètres, il faut : millimètres.
- P. 390, col. I, lig. 19 du bas, au lieu de : Temdhjom, il faut : Trondhjem.
- Pans.
- Imprimerie Laliure, rue de Pleuras, 9.
- p.427 - vue 431/431
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