La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
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- Paris Un an.................................. 20 fr. »
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- AVEC TROIS TABLES DÉCENNALES
- Paris. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9.
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- TRENTE-HUITIÈME ANNÉE
- I9IO
- DEUXIÈME SEMESTRE
- MASSON ET C% ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE PARIS, 120, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 38° ANNÉE.
- — N° 1932. : : ' ~ ..~ 4 JUIN 1910.
- LA NATURE f!^
- REVUE DES SCIENCES - "
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LA COMETE DE HALLEY
- Tout autant pour les astronomes que pour le grand public, le passage de la comète de Halley à proximité de la Terre aura causé une désillusion.
- Nos lecteurs le savent déjà par eux-mêmes; pour la plupart, la date fameuse de la nuit du 18 au 19 mai n’aura fourni aucune observation impor-
- attendu vainement la comète, a été si grande, que beaucoup d’entre elles ont été jusqu’à supposer que l’astre en question n’existait pas.
- En réalité, la comète de Halley était, avant le 18 mai, particulièrement difficile à observer puisqu’elle se levait très peu de temps avant le Soleil.
- Fig. i. — Avant le passage. — Position et extension de la queue de la comète le matin du 16 mai à 2h3om. Comment le soleil et la comète se trouvaient sous l’horizon au moment où la queue présentait l’aspect ci-dessus.
- tante capable de dissiper un peu l’incertitude de nos connaissances relatives à la nature des comètes.
- De toutes parts, des observations négatives sont parvenues, et, à moins de nouvelles non encore publiées, le passage de la comète devant le Soleil n’aura donné lieu à aucun phénomène spécial. Rien n’a été vu et rien n’a été ressenti ; car les appareils magnétiques des observatoires, de même que ceux de la télégraphie sans fil, n’ont révélé aucune perturbation dans ce domaine spécial.
- Dans ces conditions, la déception des milliers et sans doute même des millions de personnes ayant 38° année. — 2e semestre.
- D’autre part, la queue était d’une grande pâleur.
- Cet appendice s’étendait-il jusqu’à nous? Les premières observations, gênées par les conditions précitées, ne permettaient aucune réponse certaine. Mais, dans les derniers jours, on put constater qu’alors la queue avait une extension énorme : j’ai pu l’apercevoir, le 16 mai au matin le ciel étant extrêmement pur, entre 2h15 et 2h45. L’extrémité de l’immense traînée se développant jusqu’à plus de 60° du noyau, se levait ainsi avant le jour, alors que la tète était proche du Soleil (Yoy. fig. 1 ) et’ c’est ce qui m’a permis de la distinguer, mais
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- LA COMÈTE DE HALLEY
- Fig. 2. — Après le passage. — La réapparition de la comète déjà très éloignée de la terre, dans la lumière du crépuscule, 23 mai (çh3om du soir).
- combien pâle! On ne la découvrait guère que par le sjibterfuge de la vision oblique, et le dessin ci-contre ebt exagéré comme contraste, à cause des nécessités d|e la reproduction. La veille du passage j’ai pu l’apercevoir à nouveau : plus difficilement, car le ciel était moins pur, et le clair de Lune gênait davantage ; mais la queue, étant très rapprochée de nous, était beaucoup plus étendue et surtout plus diffuse.
- Il est certain que cette énorme queue rectiligne avait les dimensions requises pour s’étendre jusqu’à la Terre.
- Cette pâleur d’éclat explique donc bien qu’elle soit restée invisible. Maintenant, de l’autre côté du Soleil, dont elle s’éloigne rapidement, la comète se montre dans le ciel du soir. Le noyau est brillant
- d’un éclat total de 2egrandeur environ (25 mai), mais cette grosse étoile nébuleuse ne présente pas non plus l’apparence que l’on désirait tant contempler !
- Au téleseop e on aperçoit un noyau brillant, d’où part une sorte d’éventail lumineux dirigé vers le Soleil, et contenu à l’intérieur de la courbe harmonieuse limitant les contours de la tête (fig. 5, qui est renversée, comme toute image télescopique) ; à peine un rudiment de la queue, peu visible dans la clarté crépusculaire et celle de la pleine Lune (fig. 2). À la date où paraîtront ces lignes, ia comète sera plus dégagée de la brume et du crépuscule. La Lune n’éclairera plus le ciel et peut-être ver ra-t-on alors la queue, bien réduite par l’éloignement.
- Lucien Rudaux.
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- UN CARROUSEL A MICROSCOPES
- Tous ceux qui ont eu à manier des préparations microscopiques savent combien elles sont d’un emploi incommode pour la projection lumineuse sur écran : en général la projection directe de l’image microscopique est impossible à cause de son peu d’intensité lumineuse, et, en même temps, sa projection indirecte, sous forme de diapositives photographiques, n’est pas plus satisfaisante. D’où une difficulté très grande pour l’enseignement, puisque tous les élèves sont obligés de passer tour à tour devant le microscope lui-même, au lieu que la préparation leur soit
- mentateur peut appuyer ses bras. Au-dessous du bord de la table est disposé un simple appareil de freinage qui, par la pression exercée sur ün bouton, dégage la table de façon à permettre une rotation libre. Ce dispositif de freinage ne devait évidemment contenir aucune roue à déclic pour ne pas donner lieu par son fonctionnement saccadé à des trépidations delà tablé. Près de ce dispositif, on a attaché, au-dessous du bord de la table, un timbre à bouton. De simples manettes, réparties sur la table,-en effectuent ' la rotation et en même temps, servent à délimiter les
- collectivement montrée et commentée par le professeur. C’est pour remédier à ces inconvénients, que M. Neisser, directeur de l’Institut d’hygiène à Franc-for t-sur-Mein, vient d’imaginer un dispositif fort original : le carrousel à microscopes.
- C’est une grande table ronde qui tourne autour de son axe et à la périphérie de laquelle les microscopes sont installés. Cette table, faite exclusivement enfer brasé, se meut dans des paliers sphériques. Un système de douze lampes à manchons renversés, qui prend part à la rotation, sert de source de lumière ; les douilles de ces lampes sont étudiées pour n’en projeter la lumière qu’en bas, sur le miroir du microscope, sans exercer le moindre effet aveuglant. L’extrême périphérie de la table (laquelle est enduite de linoléum) forme un étroit rebord en bois, qui ne prend pas part à la rotation et sur lequel l’expcri-
- différenles places. Le timbre indique le moment de dégager le microscope pour la rotation de la table. Cette dernière sera, immédiatement après, tournée de la distance de T2 places consécutives.
- Comme on le voit par la photographie ci-jointe, ce dispositif se prête facilement à la démonstration très rapide de douze préparations différentes ; d’autre part, la distance séparant les places laisse un espace suffisant pour l’observateur suivant, se tenant debout près de son collègue pour se servir à tour de rôle d’un instrument donné. Enfin, on comprend facilement que douze microscopes permettent l’examen d’un nombre illimité de préparations, pourvu qu’un assistant se charge de renouveler, à son arrivée, la préparation de chaque microscope.
- La table est de 5,70 m. de diamètre et de 0,80 m. de hauteur. À. Gradenwitz.
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- LA PEINTURE CHINOISE AU MUSÉE GUIMET
- 11 y a quelques armées, un cousin de l’empereur de Chine, le prince Taï-Tséh, voyageait en Europe. 11 vint naturellement à Paris. Un jour qu’il visitait le musée Guimet, il remarqua deux sceaux en jade que M. Guimet avait rapportés d’Extrême-Orient, où il les avait achetés après la dernière guerre. Ces sceaux étaient des pièces historiques, des sortes de reliques précieuses pour un Céleste comme peuvent l’être pour nous les objets qui ont servi à nos rois : ils avaient appartenu à l’impératrice douairière Tseu-Hi, et ils étaient tous deux l’œuvre de l’empereur Kien-Long; il avait taillé l’un à soixante-dix ans, l’autre pour célébrer sa quatre-vingtième année.
- Le prince reconnut les sceaux. Il demanda à M. Guimet de les acquérir pour les remettre à l’Impératrice. M. Guimet refusa : ces pièces n’appartenaient pas au musée, mais à sa collection personnelle, — il ne voulait pas les vendre. D’ailleurs il prouva qu’il pouvait les offrir, en allant le lendemain les porter à l’hôtel où logeait le prince. Il y trouva une réception capable de lui montrer l’importance qu’on attachait à cette restitution, — et, quelques mois après, l’impératrice acheva de témoigner sa gratitude au donataire par l’envoi de quatre peintures de haut prix, mises en Chine au rang des chefs-d’œuvre, et dignes d’y figurer en tout pays.
- Trois d’entre elles datent de la dynastie des Song (960-1260), — une époque de paix et d’activité artistique, où la peinture chinoise, à son apogée, offre à l’historien plus de 800 noms de bons peintres en trois siècles. L’une est un paysage de Tcuao Po-Kiü, — une peinture sur soie, de format très allongé sur l’horizontale, au coloris sombre, composé de deux teintes uniformes, du bleu et du vert, séparées par
- des filigranes dorés ou par des traits noirs. Une autre est l’œuvre del’empereur Houei-Tsong : c’était (1082-1155) un amateur d’objets d’art, un peintre remarquable ; il fonda, dès la première année de son règne, une académie de calligraphie et de peinture, qui se recrutait par concours; plusieurs de ses œuvres sont restées célèbres, vantées par les critiques chinois, comme Le rapide d'un fleuve à Hong-K'iau, ses
- Trois chevaux, et celle qui appartient aujourd’hui à M. Guimet : L ’ E mpereur Ming-Houang (685-762) instruisant son fils et que donne la figure 2. La dernière a pour auteur Ma-Lin, le fils d’ un peintre de marines, et représente, dans son format également allongé, les Esprits se réunissant au-dessus de la mer : l’aca-' démicien Yu-Tsi, qui regardait ce tableau au xive siècle, a profité d’un coin où la soie en était découverte pour y décrire l’œuvre et dire son admiration :... « Ce tableau a été exécuté pour être présenté à un empereur à l’occasion d’une fête. C’est un vrai chef-d’œuvre ; on voit dans la peinture que le soleil, qui vient de se lever, est entre la mer et le ciel. La mer est immense, et les vagues y forment des rides. Sur la terrasse, toute de pierres précieuses, des génies font de la musique...'*»
- Et un autre ajouta :
- « Les montagnes sont dessinées de telle façon qu’on y discerne leurs chaînes comme si on se trouvait en face de la nature ; la mer est immense ; les arbres poussent comme des dragons sortant de l’eau ; les collines s’étagent naturellement. Le soleil se tenant à l’horizon éclaire les îlots où se trouvent des grues. Quant aux personnages, ils ont un aspect radieux et indolent. Le secret de l’art consiste à peindre des
- Fig. i. — Peinture de Tcheou Wen Kiu : Déesses (dixième siècle).
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- LA PEINTURE CHINOISE AU MUSÉE GU1MET --------- :_ 5
- scènes ordinaires en y apportant des conceptions élevées; c’est ce que faisait Ma-Lin ; ne doit-on pas le conside'rer avec beaucoup d’égards?... »
- Le quatrième des tableaux offerts par l’impératrice est postérieur aux précédents : il est des débuts de la dynastie des Youan (1260-1568), alors que l’installation des Mongols coïncidait
- avec ces troubles politiques qui ralentissent le développement des arts ; dans un paysage tout en longueur, embrassant une étendue immense, le peintre Tcnxo Moxg-fou y montre « les dieux de la mer qui ferment la nuit leur palais de cristal, et les démons des montagnes qui enroulent leur drapeau de Heurs ». Un jour qu’un possesseur de ce chef-d’œuvre le déroulait pour le regarder, — il neigeait, dit-il — le temps fut soudain éclairci par la peinture.
- C’est autour de ces quatre tableaux que M. Guimet a eu l’idée généreuse de grouper d (autres œuvres que lui-même ou son musée possédait déjà et quelques-unes que lui ont prêtées des- collections particulières, — en tout près de deux cents numéros, qui constituent la première tentative faite en Europe pour donner une idée de la pein-
- Fig. 2, 3, 4 (de haut en bas).
- 2. Empereur IIouei-Tsong : L’empereur Ming-Houang instruisant son
- ture chinoise. Cet ensemble est sans doute peu nombreux, mais il s’y trouve suffisamment d’œuvres, datées d’époques diverses, pour qu’on puisse en retirer une idée générale. En même temps, paraît ces jours-ci un utile catalogue de l’exposition, dû à la double compétence de MM. J. Hackin et Tchang-I-Tchou (.Lapeinture chinoise vu musée Guimet, Paris, Geuthner, 1910), qui nous apporte des renseignements sur les œuvres exposées et sur l’histoire générale de la peinture en Chine.
- Toutes les œuvres exposées sont loin d’être d’un mérite égal. Les critiques chinois distinguaient plusieurs classes parmi les peintures : il y en a ici de la première et de la dernière. De belles compositions, savantes et riches à la fois de pensée, de couleur et de ligne, voisinent avec de petits paysages gracieux et simples, des portraits réalistes ou satiriques, des animaux, ou des fleurs et des plantes, qui ne sont guère que des panneaux décoratifs habilement exécutés. À tous ces divers niveaux de talent, à tous ces genres de sujets, apparaissent cependant des particularités communes : la beauté du trait est une
- fils (douzième siècle). — 3. Tchao Mông-Fu : Chevaux (treizième siècle). — 4. Quatorzième siècle.
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- préoccupation évidente, appliquée sans cesse à saisir le mouvement plutôt que la forme du repos; les couleurs sont peu nombreuses, elles donnent plus l’impression d’un coloriage que d’une véritable peinture, mais elles jouent toujours avec finesse sur un fonds neutre qui assure leur unité; la perspective est grossièrement connue, en même temps que beaucoup d’air, beaucoup d’espace, souvent par des artifices fort simples, baigne les personnages et marque les plans successifs de la composition; d’ailleurs le clair-obscur est inconnu. Si cette peinture est assurément souvent très belle, il faut reconnaître du moins que la technique en est demeurée très 'simple, presque rudimentaire.
- Fig. 5. — Peintures
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- On reconnaît un art plein de finesse, quelquefois de force, mais qui n’est pas allé loin dans la méditation plastique, qui se sert sans doute de lignes et de couleurs, mais qui les manie moins pour le plaisir qu’on peut tirer de leurs combinaisons, que pour servir d’illustration à des idées ou à des sentiments. En somme, cette peinture paraît moins une peinture de peintres qu’une peinture de lettrés, on dirait presque d’intellectuels. Elle est ainsi très loin de la peinture japonaise, telle du moins que la montre sa forme populaire de l’estampe.
- Ce caractère singulier n’est pas sans explication.
- Il résulte très probablement des conditions où a pris naissance la peinture chinoise et où elle s’est développée ensuite. Le peintre semble ne pas avoir existé en Chine, du moins d’une. existence indépendante. Il y est toujours un savant, un poète, un lettré, un maître dans l’art de l’écriture, le mot étant pris
- dans son sens le plus strictement matériel. Au début même un calligraphe est un peintre, un peintre est un calligraphe : le caractère d’écriture représente, non un son, mais un objet; aussi toute écriture est-elle alors toujours un peu une peinture, toute peinture toujours un peu une écriture ; mais, par rançon, la peinture ne se détache jamais complètement, au cours des âges suivants, de la pensée formu-lable par l’écriture : parce que les idées ont été trop mêlées aux images quand on a débuté, les fabricants d’images n’ont pas su, plus tard, se débarrasser des idées.
- Cette ambiguïté d’origine, qui persiste, se manifeste au moment même des plus belles œuvres,
- chinoises récentes.
- d’une façon curieuse, montrant combien lettrés et peintres distinguent peu leurs domaines respectifs : nous voulons parler de ces inscriptions sur les tableaux, dont nous avons déjà donné quelques exemples. Elles sont souvent d’une longueur énorme, donnant des notices, des poèmes descriptifs ou lyriques, des cachets des divers propriétaires, etc. Les inscriptions que porte le tableau de Houei-Tsong, représenté par la figure 2, sont un bel échantillon de cette littérature. Elles tiendraient une colonne de cette revue. On y voit une trentaine de cachets, qui sont ceux des propriétaires successifs ou de connaisseurs. Ils ont tenu à dire leur admiration et ses causes, et cela fait quatre notices descriptives et laudatives, où sont exposés les mérites du sujet et ceux de la manière dont il est traité. Une philosophie, élégamment pédante, souligne sans cesse la noble pensée du peintre, lequel a voulu
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- LA PEINTURE CHINOISE AU MUSÉE GU1MET
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- montrer « qu’un souverain, qui instruit le prince héritier, son fils, fortifie l’empire ». Les gensx d’esprit qui tracèrent à loisir ces en marge sont ainsi visiblement plus touchés par la beauté morale que par la plastique. S’ils critiquent d’un mot la répartition des couleurs, ils s’enchantent de la
- gravité, du sérieux, de l’air __
- respectueux des personnages. yyJL,
- S’il est certain qu’ils se passionnent et qu’ils admirent avec toute leur à me, on croi- l
- rail, vraiment, à les lire, qu’ils ïrtfSf savent à peine se réjouir avec leurs yeux....
- Il aurait été très intéres- ~
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- Fig. 7. — Batelière (dix-huitième siècle).
- sant de connaître assez exactement la technique suivie par les artistes chinois.
- Malheureusement, les renseignements publiés à ce sujet ne semblent pas très utilisables, du moins dans un cadre limité comme celui-ci, et le travail même de MM. Hackin etTchang-I-
- J*"-
- Fig. 8. — Peinture de Chang-Kouan Tcheou (dix-septième siècle).
- Fig. 9. — La deesse Siwang-Mou (dix-huitième siècle).
- Tchou, est très sobre à cet égard.
- On ne saurait néanmoins trop se féliciter que M. Guimet et ses collaborateurs aient tout à la fois réuni un si bel ensemble de documents, qui sont de belles choses, et permis de les étudier, textes en mains.
- . Jean-Paul Lafitte. .
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- NOUVEAUX PROJECTEURS MILITAIRES AUTOMOBILES
- Bien que la question des projecteurs militaires I vaux. L’une de ces voitures porte le groupe électro-ait été étudiée d’une manière très complète en I gène à pétrole et l’autre le projecteur.
- Fig. i. — Le projecteur monté sur son camion automobile.
- France, l’application en est demeurée sans grand L’automobilisme pénétrant dans l’armée sous les développement; une dizaine d’appareils, tout au formes les plus diverses ne pouvait manquer d’être
- Fig. 2. -—La manœuvre des projecteurs. Le projecteur est descendu de son camion au moyen de câbles enroulés sur un treuil que porte la voiture.
- plus, avaient été acquis, jusqu’ici, par le Ministre de la Guerre. Il est vrai que ce matériel spécial ne se présente pas dans des conditions très pratiques. Chaque poste est constitué, en effet, par deux voitures tramées par un attelage de quatre à six che-
- mis à contribution par le service photo-électrique. Les études auxquelles se sont livrées le commandant Cordier et le capitaine Doizan, de la section technique de l’artillerie, ont abouti à la création de groupes photo-électriques montés sur voitures auto-
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- NOUVEAUX PROJECTEURS MILITAIRES AUTOMOBILES === 9
- mobiles, se présentant dans des conditions telles qu’ils répondent aux besoins les plus impérieux d’une armée en campagne. De ces groupes un certain nombre ont été fournis en collaboration par deux des plus importantes maisons spécialistes françaises :
- Le projecteur, avec tous les appareils de commande qui l’accompagnent, est installé sur un chariot à quatre roues tout à fait indépendant de la voiture automobile qui lui sert seulement de transporteur. Lorsque l’ensemble est arrivé à destination
- Fig. 3. — Les projecteurs assemblés avant le départ pour la manœuvre.
- De Dion-Bouton pour la partie automobile, Bréguet pour la partie électrique.
- La voiture proprement dite ne diffère en rien, comme forme générale, des automobiles de Dion-Bouton. Elle comporte un châssis normal pourvu seulement d’une plate-forme en fait de carrosserie. Le moteur de 18 chevaux permet une vitesse de 50 kilomètres à l’heure. La seule différence qui existe avec les véhicules ordinaires réside dans l’emploi d’une dynamo accouplée directement au moteur de la voiture et fournissant 110 ampères sous 90 volts à la vitesse de 1250 tours par minute environ. Pendant la marche l’induit de la dynamo tourne à vide, remplissant ainsi l’office de volant.
- Dès que la voiture est arrivée à destination, on débraye les organes mécaniques et moteur et dynamo constituent un groupe électrogène au service exclusif du projecteur. La dynamo est donc calée directement sur l’arbre du moteur, entre celui-ci et le cône d’embrayage.
- le groupe est descendu de sa plate-forme sur un plan incliné à l’aide de palans. Un câble souple, dont la longueur normale est de cent mètres, mais qui peut être remplacé par un autre plus long si on le désire, relie la dynamo au projecteur.
- Le manipulateur est également. indépendant du groupephoto-éleetrique; l’hommequi le porte demeure
- près de la voiture. Toutes les commandes s’effectuent donc à distance. Et si, pour une raison quelconque un des appareils électriques de commande se refusait à fonctionner, le projecteur se prête .également à la manœuvre effectuée à la main.
- Le projecteur est constitué par un cylindre pourvu à l’arrière, d’un miroir métallique parabolique de90 centimètres de diamètre. Au foyer de ce projecteur se trouve la lampe à arc, devant la lentille ; son régime est de 110 ampères sous 50 à 54 volts. Le cylindre porte à l’avant un appareil d’occultation formé ' de volets verticaux pourvus de leviers sur lesquels agit une crémaillère.
- Fig. 4. — Un projecteur en action. Le château de Bue éclairé par un jet de lumière à 3 kilomètres de distance.
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- 10 : — NOUVEAUX PROJECTEURS MILITAIRES AUTOMOBILES
- Celle-ci est actionnée par un moteur électrique spécial. Normalement les volets sont maintenus ouverts à l’aide de ressorts. Ces volets masquent complètement le feu, ou le démasquent instantanément. Au besoin on pourrait, avec l’appareil, faire de la télégraphie optique. Ajoutons enfin que l’occultation peut être commandée à la main, presque aussi rapidement, avec une simple manivelle agissant sur la crémaillère.
- Le projecteur est monté sur deux tourillons ; des glissières à vis verticales permettent de l’abaisser de cinquante centimètres. Cette manœuvre s’effectue au moment du départ de la voiture; on abaisse ainsi le centre de gravité afin d’augmenter la stabilité de l’ensemble, en cours de route.
- On sait que le faisceau lumineux doit pouvoir être dirigé dans une direction quelconque : balayer l’horizon de droite à gauche ou de gauche à droite, et parcourir une verticale sous un angle assez étendu. Dans ce but le projecteur repose sur une couronne mobile à galets, ces derniers parcourant une autre
- couronne fixe solidaire du chariot par l’intermédiaire de quatre boîtes à ressorts destinés à amortir les chocs que peut recevoir la voiture en marche. L’orientation est commandée par un moteur spécial monté sur le chariot. Enfin sur l’un des montants du projecteur encore installé un autre moteur électrique agissant sur l’inclinaison, c’est-à-dire permettant d’effectuer les déplacements dans le sens vertical.
- Le chariot porte donc trois moteurs actionnant le système d’occultation, l’orientation dans le sens horizontal et enfin les déplacements verticaux. Ces moteurs sont commandés, non pas directement par le courant, mais par l’intermédiaire de relais actionnés par le manipulateur portatif. Notre schéma (fig. 5) montre bien comment le système est conçu. Ajoutons que les relais, comme les moteurs, sont portés par la couronne mobile et par conséquent soustraits aux chocs par les ressorts amortisseurs.
- Le manipulateur portatif est enfermé dans une boîte d’aluminium pourvue d’une courroie et de bretelles qui laissent à l’homme chargé des commandes la liberté absolue de tous ses mouvements : il pèse 4500 kg. Il est pourvu de deux manettes : l’une pour effectuer les mouvements d’orientation,
- l’autre affectée exclusivement aux déplacements dans le sens vertical. Les mouvements de ces manettes sont semblables à ceux que doit effectuer le projecteur, par conséquent aucune erreur n’est possible de la part de l’homme qui pousse à droite ou à gauche la manette de l’orientation et lève ou abaisse celle des mouvements verticaux. Le manipulateur porte encore deux boutons interrupteurs : l’un commandant le moteur d’occultation, l’autre pour allumer ou éteindre la lampe.
- Comme il y a toujours lieu de prévoir la mise hors d’usage des organes de commande pour une cause quelconque, tous les mouvements ont été établis avec une commande supplémentaire à la main. Un volant horizontal est alors affecté à l’orientation, un autre vertical règle l’inclinaison et une poignée ouvre et ferme les volets. Enfin le projecteur peut encore être libéré de toutes ces commandes, dans ce cas il est mobile aussi bien sur ses tourillons que sur sa couronne de roulement, et pour l’orienter et l’incliner, les hommes agissent sur deux poignées fixées à l’arrière du cylindre.
- Nous avons vu que le chariot du projecteur peut être installé à une distance à peu près quelconque de la voiture automobile, tout dépend de la longueur du câble de commande ; il est également possible d’actionner le projecteur, le chariot restant sur la voiture, en cas de mise en batterie urgente. Il suffit alors de l’élever dans sa position de marche et d’effectuer les commandes, soit électriques, soit à la main, comme s’il était descendu du véhicule.
- L’installation électrique se complète par un tableau distributeur logé dans un coffre placé derrière la banquette du siège du conducteur. Ce tableau comporte un interrupteur bipolaire avec fusibles, un commutateur du rhéostat du champ de la dynamo, un autre du rhéostat de la lampe, un voltmètre, un ampèremètre, deux prises de courant pour lampes mobiles et deux lampes fixes formant résistance de self. Deux autres coffres, dont l’un est aménagé sous le siège, reçoivent une lampe de rechange, une bobine, une pile, un poste téléphonique, une jumelle, deux lampes électriques à main, des charbons de recharge, des balais pour les moteurs et la dynamo et enfin dans un tiroir, tout le petit outillage indispensable.
- Les véhicules ont été soumis à une série d’expériences qui ont prouvé leurs remarquables qualités de mobilité extrême, en même temps que le fonctionnement irréprochable des projecteurs.
- Le 18 janvier, par une pluie d’orage, les voitures se rendirent au-dessus de Jouy-en-Josas. Deux minutes après l’arrivée, les projecteurs étaient en batterie et le général Albaut, présent, put voir en pleine nuit, de ce point, le château de Bue parfaite-
- PIclc& dxi^chccriot'j>optant>
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- Fig. 5. — Schéma de la commande électrique du projecteur.
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- LA GRENADE MARTEN HALE
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- ment éclairé sur une distance de trois kilomètres. L’une des photographies que nous publions a été prise à ce moment.
- Ce nouveau matériel photo-électrique est tout à fait à la hauteur du progrès moderne. La partie optique a été étudiée d’une manière tout à fait spé-
- ciale; malheureusement il nous a été impossible de recueillir le moindre renseignement sur les miroirs dorés qui constituent une grosse nouveauté. Nous espérons pouvoir, prochainement, satisfaire la curiosité de nos lecteurs sur ce sujet.
- Lucien Fournier.
- LA GRENADE MARTEN HALE
- L’art de détruire ses semblables fait des progrès constants. L’un des derniers et des plus curieux est réalisé par la « Grenade-shrapnel Marten Haie », perfectionnement considérable de l’antique grenade à main qui fît dès le xvie siècle son apparition sur les champs de bataille.
- La guerre russ o-japonaise valut un regain d’actualité à cette arme si dangereuse, si efficace dans les combats à faible distance.
- Notamment pendant le siège de Port-Arthur il en fut fait un usage considérable. Selon leur forme et leur poids, car il en existe des quantités de modèles, elles peuvent être lancées à la main jusqu’à des distances atteignant 90 m.
- Les Russes et les Japonais s’ingénièrent à perfectionner de leur mieux les moyens déjà connus de projeter le plus loin possible ces petits engins meurtriers. Il semble difficile de faire mieux, à cet égard, qu’un inventeur anglais, M. F. Marten Haie. Son appareil est très simple : il se compose essentiellement d’un tube de laiton un peu fort de 14 cm de longueur et de 3,5 cm de diamètre dont une extrémité est fermée par une plaque fixe où peut être vissée une tige d’acier de 25 cm de longueur : A l’intérieur de cette enveloppe se trouve un autre tube de même longueur, mais de diamètre beaucoup plus réduit. Dans l’espace annulaire situé entre ces deux tubes est disposée la
- charge d’explosif, de la lonile, qui est remarquable par sa puissance et la sécurité de son maniement. La charge normale est_.d!çnviron 115 grammes.
- A la partie su-/ x'*£\périeure du petit ’âtube, du colé op-t'.'d*-^î^âÇliÇS|»)0Séà celui où est Wvissée la tige £>7 d’acier formant la queue de la grenade que l’on peut comparer à une fusée d’artifice munie d’une tige de roseau, est placé le détonateur qui porte une capsule de fulminate de mercure. Ce détonateur fixé au bouchon vissé sur la partie supérieure du corps de la grenade, est transporté à part en temps ordinaire et par mesure de sécurité. Au moment de l’emploi, il suffit de visser le bouchon dans la partie filetée ad hoc.
- L e percuteur est une petite tige d’acier cylindro-conique retenue à l’autre extrémité du petit tube dans lequel elle peut glisser pour venir frapper l’amorce de fulminate. Le percuteur est retenu par une goupille de sûreté que le combattant arrache au moment voulu en tirant violemment la boucle d’étoupille qui lui est adaptée et par un petit fil de cuivre qui est cisaillé par le percuteur à l’instant précis où la grenade rencontre le sol ou l’obstacle contre lequel elle doit faire explosion.
- Vers le tiers supérieur du corps de la grenade est adapté un anneau d’acier divisé en 24 segments. Quand l’engin fait explosion, ces 24 fragments et
- 'K
- Fig. i. — L’emploi de la grenade-shrapnel Marten Haie. Elle est projetée au- moyen d'un fusil ordinaire.
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- 12 ..RESSOURCES DE LA FRANCE EN MINERAIS DE FER
- tous les morceaux de la grenade mise en pièces forment autant de projectiles meurtriers.
- La grenade Marten Haie est remarquable en ce sens qu’elle peut être tirée avec un fusil et même avec n’importe quel fusil ; pourvu, bien entendu, que le diamètre de la tige d’acier formant queue corresponde avec celui de l’àme du canon. Il suffit, en effet, d’introduire cette tige dans le canon pour que la grenade soit projetée à grande distance par la décharge d’une cartouche ordinaire, mais sans balle. Tirant une cartouche à balle on ferait crever de façon presque infaillible le canon du fusil à l’endroit où la balle frapperait l’extrémité de la tige. Avec la cartouche réglementaire contenant deux grammes de poudre, en service dans l’armée anglaise, la grenade est lancée à 150 m. environ. Cette distance peut être doublée en utilisant une cartouche de 5 gr. de poudre. Le fusil ne souffre en rien de tirer le grenade et l’on peut sans inconvénient tirer ensuite la cartouche à balle.
- Pour atteindre une portée de 500 m. la grenade doit être tirée sous un "angle de 35 à 40°. On peut la faire tomber à distance plus ou moins rapprochée en faisant varier cet angle : il est d’ailleurs possible de régler aisément son tir, car on suit de l’œil la trajectoire décrite par le projectile. Le recul produit est très faible, on peut même le supprimer entièrement, si, tirant à genoux, on fait reposer sur le sol la crosse du fusil.
- À l’aide d’une ceinture spéciale, un soldat peut porter très facilement quatre grenades sans être le moins du monde gêné dans ses mouvements; il pourrait même en transporter une dizaine, car leur poids n’a rien d’excessif : 680 gr. environ, charge comprise. Pour le combat à très faible distance, elles peuvent être lancées à la main : il suffit pour cela de dévisser la tige et de la remplacer par une petite tige filetée très courte portant un anneau dans lequel est engagée une corde d’environ 40 cm de longueur. En tenant la grenade à l’aide de cette corde on peut la lancer comme on le ferait avec une fronde.
- Du fait qu’ils portent des grenades sur eux les combattants ne courent aucun risque, surtout s'ils
- ont eu la précaution d’enlever les détonateurs. En effet la tonite est un explosif de sécurité qui ne peut pas détoner par suite d’un choc, il faut pour cela l’emploi du détonateur spécial. On a tiré à balle sur une grenade chargée : aucune explosion n’a été provoquée quoique la charge de tonite ai tété pulvérisée.
- Le bouchon portant le détonateur étant enlevé, si l’on introduit dans la grenade un morceau de cordeau Bickford, elle se prête alors aux mêmes usages qu’une cartouche de mélinite et peut servir à démolir des murs, des ponts, à faire sauter des pièces d’artillerie, des voies ferrées, etc...
- Des expériences nombreuses ont été faites, particulièrement en Angleterre et devant les délégués ou les attachés militaires de la plupart des grandes puissances. A Vienne on fit exploser une' grenade dans une pièce garnie de plaques d’acier : on recueillit 225 fragments. Plus récemment le gouvernement Espagnol, avant d’utiliser la grenade Marten Haie au Maroc, fit plusieurs essais dont un particulièrement saisissant. Dans un énorme cercle boisé de 40 m. de diamètre étaient disposés 90 mannequins représentant des soldats, une grenade fut projetée au milieu d’eux, puis on examina les blessures qu’elle aurait produites : on trouva qu’il y aurait eu 9 tués et 47 blessés.
- Il paraîtrait que l’état-major allemand, après avoir suivi de très près toutes les expériences qui eurent lieu, se préoccupe de l’emploi possible de ce nouvel engin d’autant plus pratique qu’il est d’un prix peu élevé. Son efficacité est multiple, car il ne produit pas seulement des dégâts matériels considérables, mais de plus un effet moral très déprimant sur les troupes assaillies que ne peut manquer d’impressionner fortement le bruit terrifiant causé par les multiples explosions de ces obus en miniature.
- Sans amener une révolution dans l’art de la guerre, il est bien certain que l’ern- a ploi de la grenade Marten Haie modifiera grandement la physionomie du combat aux distances inférieures à 500 m. puisque des troupes dépourvues d’artillerie auront néanmoins à leur disposition de véritables obus shrapnels. Louis Serve.
- Fig. 2. — Vue extérieure de la grenade Marten Haie.
- LES RESSOURCES DE LA FRANCE EN MINERAIS DE FER
- Le Congrès géologique international, qui doit se tenir en août 1910 à Stockholm, présentera un intérêt tout particulier par suite de la mise à son ordre du jour d’une question d’importance mondiale et non encore jusqu’ici complètement résolue. Il avait été décidé en effet, à Mexico, en 1908, lors du dernier Congrès géologique
- qui s’était réuni en cette ville, qu’il serait dressé, pour le Congrès suivant de 1910, un inventaire général des ressources en minerais de fer des différents pays. Ayant été appelé à étudier cette question pour les territoires français, nous venons dans cette note résumer les conclusions générales de notre rapport pour ce qui concerne
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- RESSOURCES DE LA FRANCE EN MINERAIS DE FER : ; :.13
- la France continentale, nous réservant de revenir dans un second article sur celles relatives à nos possessions africaines de l’Algérie et de la Tunisie.
- La France est considérée, non sans raison, comme un pays pauvre en combustibles minéraux et en la plupart des minerais métallifères; il n’en est pas de même, parmi ces derniers, pour ceux du fer dont on peut estimer au minimum à 5500 millions de tonnes les quantités existant dans la France continentale. Les minerais de fer français appartiennent du reste à tous les types : ils sont riches ou moyennement riches, leurs teneurs en fer varient entre 28 et 65 pour 100; le phosphore y est peu ou très abondant, avec, pour les trois gisements principaux, la catégorie phosphoreuse particulièrement apte à la fabrication de la fonte Thomas, que l’on trouve en Meurthe-et-Moselle (département qui contient à lui seul environ 5 milliards de tonnes, soit à peu près 86 pour 100 du total français), la catégorie non phosphoreuse donnant d’excellents minerais Bessemer acides qui se rencontrent dans les gîtes filoniens des Pyrénées-Orientales, enfin la catégorie mixte, à teneur intermédiaire en phosphore, qui convient pour des minerais de mélange et à laquelle on a affaire dans les gisements de Normandie et de Bretagne.
- Au point de vue minéralogique, on trouve 'a peu près de tout : on a des minerais hydroxydes oolithiques prépondérants (extraction en 1908, 8903000 tonnes), dans les départements de Meurthe-et-Moselle, Haute-Marne, Saône-et-Loire; des hématites brunes (570 0001.) extraites en Bretagne, dans les Pyrénées-Orientales, le Yar, le Tarn, etc. ; des minerais hvdroxydés non oolithiques (100 000 t.) obtenus dans le Gard, le Cher, la région du Périgord ; des hématites rouges (280000 t.) provenant du Calvados et de l’Orne, de l’Ariègc, de l’Ardèche ; des minerais carbonatés cristallisés ou non,
- (250 000 tonnes marchandes, après ou sans grillage), donnés par les Pyrénées-Orientales, la Normandie, l’Aveyron et l’Isère ; enfin, comme minerais très peu el
- abondants, du fer oxydulé en Maine-et-Loire et du fer oligiste dans les Pyrénées-Orientales.
- Géologiquement parlant, les minerais de fer se trouvent en France dans des étages très divers ; on les remarque .soit en filons, soit en couches; en filons, on en a dans les micaschistes (Aveyron), dans le silurien et le dévonien (Pyrénées-Orientales), dans le trias (Isère) ; en couches, et c’est là la forme normale de leurs gisements, on en rencontre dans des terrains siluriens (Bretagne, Anjou, Normandie), dans le houiller (Aveyron), dans l’hettangien (Saône-et-Loire), dans le toarcien (Meurthe-et-Moselle), dans le bajocien (Jura, Ardèche, Aveyron), dans le bathonien (Yar), dans le wealdien (Bas-Boulon-nais), dans l’urgonien (Haute-Marne), dans l’oligocène (Berry), etc.
- La production totale de la France en minerais de fer s’est beaucoup accrue en ces dernières années, comme le montre le tableau suivant relatif aux années 1905 à 1908; éHe paraît devoir encore continuer à suivre une marche ascendante du fait de la mise en valeur sur une
- plus large échelle des trois principales régions françaises, Lorraine, Normandie, Pyrénées-Orientales.
- 1905............... 6 220 000 tonnes.
- 1904 .............. 7 025 000 —
- 1905 .............. 7 595 000 —
- 1906 .............. 8 481 000 —
- 1907 ............. 10 008 000 —
- 1908. ..... 10 057 000 —
- Passons maintenant rapidement en revue les principaux districts ferrifères français.
- Meurthe-et-Moselle (Lorraine). — Le gisement lorrain est actuellement le plus important tant au point de vue des tonnages reconnus que de l’extraction annuelle. On le divise en un certain nombre de bassins : le bassin central, celui de Briev, avec ses subdivisions secondaires en districts de Landres, de Tucquegnieux et de l’Orne,
- Carte montrant la répartition l'importance des gisements de fer français.
- correspond à 2 milliards de tonnes de minerais calcaires ; les bassins Nord et Sud, bassin de Longwy prolongé par celui de la Crusne, et bassin de Nancy, donnent au contraire des minerais siliceux dont la quantité totale atteindrait 1 milliard de tonnes. L’extraction totale est passée de 5 282 000 tonnes en 1905 à 8850 000 tonnes en 1908 (soit 88 pour 100 de la production française) et dépassera vraisemblablement 10 millions en 1909 1 ; ce développement remarquable est principalement le fait de la mise en valeur du bassin de Briey, dont la production, entre les mêmes années 1905-1908, s’est élevée de 1205 000 t. à 4 607000, et dont les minerais ont d’une part progressivement remplacé les minerais calcareux, précédemment importés en France de la Lorraine annexée et du Luxembourg, et d’autre part concurrencé d’une façon victorieuse, dans certains pays importateurs comme la Belgique, des minerais plus pauvres et moins avantageux.
- 1 La production de Meurthe-et-Moselle en 1909, a atteint 10684000 tonnes dont 6540000 pour le bassin de Briey.
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- ESPAGNE
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- Normandie. — Le bassin ferrifère normand s’étend sur les trois départements du Calvados, de la Manche et de l’Orne ; on n’y exploite actuellement qu’une seiüe couche interstratifiée dans des schistes anciens, bien que certaines régions, en particulier la région méridionale, paraissent présenter plusieurs couches exploitables. La mise en valeur se fait actuellement et la production qui est passée en 1902 et 1908 de 162009 t. à557 000, est en voie d’accroissement rapide : une partie des minerais est consommée en France dans les départements du Nord et du Pas-de-Calais principalement; la plus grande part est exportée par Caen à destination de l’Angleterre et de la Westphalie, avec transbordement à Rotterdam en ce dernier cas. Les minerais jusqu’ici siliceux sont, soit des hématites avec 46 à 53 pour 100 de fer, ou des carbonates crus que l’on grille aux mines et qui, sous cet état final, tiennent souvent 50 à 51 de métal. Les minerais les plus réputés à l’heure actuelle sont ceux de Saint-Remy et de May, de la Ferrière-aux-Étangs, d’Halouze et de Larchamp. L’estimation du tonnage certain est délicate du fait du pendage presque vertical des couches et de la reconnaissance encore imparfaite du gîte, mais il semble que l’on puisse compter au minimum sur 100 millions de tonnes et que des quantités beaucoup plus considérables sont probables, que d’aucuns portent à plus de 700 millions de tonnes.
- Au gisement normand, se rattachent les gisements angevin et breton. En Anjou, aux environs d’Angers, on connaît une formation métallifère dont l’importance pourrait être grande. En Bretagne on exploite depuis longtemps des minerais de remaniement, sans que l’on ait encore connaissance de couches en place.
- Gisement pyrénéen. — Les minerais très réputés des Pyrénées-Orientales, hématites et carbonates remarquablement purs en phosphore et en soufre, sont utilisés dans les usines sidérurgiques du Sud de la France, et à l’étranger, principalement en Angleterre. La production en voie d’accroissement est passée de 248 000 à 595 00 t. de 1906 à 1908. La teneur en fer dans ces minerais descend rarement au-dessous de 50 pour 100 : les hématites tiennent en moyenne 52, tandis que les carbonates grillés arrivent couramment à 55. Les gîtes sont situés sur les deux flancs Nord et Sud du massif du Canigou : le groupe Nord est souvent dénommé groupe de Prades, on peut y citer la mine de Fillols : le groupe Sud, ou groupe de Batère, avec les mines connues de Batère et las Indis, a la plus forte extraction actuelle. Les mines sont situées à de grandes altitudes variant de 800 à 1600 m., ce qui a nécessité des installations importantes de câbles et voies ferrées de raccordement aux lignes de la Compagnie du Midi. Les estimations de la contenance du gîte sont encore ici assez délicates, à cause de la reconnaissance encore jusqu’ici imparfaite en somme : mais on pense, au minimum, avoir affaire à 50 millions de tonnes. Il faut d’ailleurs de plus associer à ces gîtes, à cause de leur nature analogue, ceux de l’Ariège (Rancié), des Pyrénées-Occidentales (Saint-Etienne de Baigorry dans les Basses-Pyrénées), de Tarn (Alban et Moncouyoul) dont l’extraction sommée de 1908 n’a été que de 65 000 tonnes.
- Haute-Marne. — La Haute-Marne a été jadis une des régions les plus activement exploitées de France au point de, vue des minerais de fer : aujourd’hui son importance a fortement diminué et ses minières, uniquement exploitées maintenant aux environs de Wassy, ne fournissent plus par an à une métallurgie locale qu’une quantité de 130 000 tonnes environ d’un produit, dont une grande
- partie doit subir, avant son emploi en métallurgie, un débourbage pour le séparer de l’argile intercalée : on n’arrive ainsi finalement qu’à 80 à 100 000 t. de minerai utilisable (81 000 en 1998). Les ressources actuellement certaines dans les différents gîtes hauts-marnais seraient de 22 à 25 millions de tonnes marchandes. La teneur y varierait de 58 à 51 pour 100 de fer, la gangue est nettement siliceuse.
- Aveyron. — On connaît, dans le département de l’Aveyron, des minerais de fer appartenant à un certain nombre d’étages géologiques : on ne peut exploiter à cause de la teneur que ceux de Mondalazac (hvdroxydé calcaire, dans le bajocien, quantité reconnue 6 millions de tonnes), du Kaymar (filons dans des micaschistes d’une hématite manganésifère dont des quantités importantes sont en vue), d’Aubin (sphérosidérite houillère, 700 000 t. environ). On aurait alors au total environ 7 milfions de tonnes. La mise en valeur sur une large échelle de ces gisements coïncide avec la création d’une aciérie nouvelle à Decazeville. L’extraction a atteint en tout, en 1908, 64 000 t. de minerais à teneur en fer variant de 26 à 40 pour 100, et plus ou moins phosphoreux.
- Gard. — Dans le Gard, n’existent plus maintenant comme pratiquement exploitables que des minerais un peu arsenicaux que l’on rencontre en maints endroits autour d’Alais, en poches dans les dolomies hettangiennes. Ces minerais tiennent en moyenne 40 pour 100 de fer, et sont à gangue siliceuse ou argileuse : ils sont consommés dans les hauts fourneaux locaux de Tamaris et de Bessèges. La production en 1908 a atteint 41 500 t. : la contenance présumée de ces gisements serait de 5 millions de tonnes, encore à prendre.
- Var. — Au même chiffre de 3 millions de tonnes, correspond le gîte de Beausoleil dans le département du Var, gîte qui va être mis sérieusement en exploitation et dont le minerai à gangue plutôt siliceuse arrive à 56 pour 100 de fer et est intercalé dans des formations bathoniennes.
- Périgord. — Appartenant à un étage géologique assez développé autour du Plateau Central et que l’on a appelé sidérolithique, à cause de la présence toujours constante de minerais de fer, on trouve dans les trois départements du Lot, du Lot-et-Garonne et de la Dordogne, c’est-à-dire dans la région du Périgord, des poches minéralisées dans des terrains argileux, ayant donné, en 1908, 47 000 t. de produits à 45 pour 100 de fer en moyenne, de nature siliceuse, consommés principalement aux usines de Fumei. Les ressources, mal connues, ne paraissent pas en tout cas bien considérables.
- Berry. — Siège comme la Haute-Marne d’une extraction jadis florissante, le Berry est aujourd’hui bien déchu puisque les deux départements de l’Indre et du Cher n’ont plus fourni, en 1908, que 16 000 t. de minerais. Inexploitées aujourd’hui sont les minières voisines de la Nièvre. Les gisements ne contiennent plus d’ailleurs que des quantités insignifiantes.
- Jura. — Les anciennes mines d’Ougney et de Laissey ne sont plus maintenant le siège d’aucune activité. Elles donnaient des minerais pauvres et très calcaires.
- Saône-et-Loire. — Les usines du Creusot achèvent l’extraction dans leurs concessions de Mazenay et de Change (50 000 t. en 1908), où sur les 7 millions de tonnes préexistantes, il ne reste plus que quelques centaines de mille tonnes à prendre.
- Ardèche. — Également à peu près épuisés sont les gisements de l’Ardèche, d’où l’on ne tire plus par an
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- que 20 à 55 000 t. aux environs de Privas : le minerai fortement siliceux tient 40 pour 100 de fer et est consommé par les fourneaux du Pouzin dans la vallée du Rhône.
- Isère. — Des nombreux liions ferrifères des Alpes, seuls sont actuellement exploités ceux de la Taillat près d’Allevard, donnant un carbonate cristallisé (9000 t.) utilisé aux fourneaux d’Allevard.
- Nord de la France. — L’étage wealdien fournit un peu de minerai dans le Bas Boulonnais. Des gîtes qui contiendraient comme sphérosidérites d’àge aachénien 12 millions de tonnes ont été reconnus par sondages dans le département du Nord, dans la région de la Haute-Deule. p ^
- Ingénieur au Corps des Mines, Rapporteur au Congrès Géologique de Stockholm.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du a3 mai 1910 (suite). — Présidence de M. E. Picard.
- Le développement des truffes. — M. G. Bonnier analyse un travail de M. G. Boyer sur le développement et le mode de vie des truffes. Des expériences et des mesures faites par l’auteur, il résulte que, selon toute apparence, les truffes sont en relations très étroites avec les racines des arbres dits truffiers. Elles sont en rapport avec les mycorhizes, filaments de champignons qui entourent les racines. La truffe, une fois formée, continue à s’accroître depuis le début de l’été jusqu’à la fin de l’hiver suivant.
- Géologie du Maroc. — M. Pierre Termier présente une Note de M. Louis Gentil sur les plissements anciens dans le haut Atlas marocain. A la suite d’un nouveau voyage jusqu’à Agadir, l’auteur a fait un essai de synthèse sur la structure de la grande chaîne dont il a parcouru, du côté de l’Atlantique, une étendue d’environ 500 kilomètres. Les vestiges de plissements calédoniens sont encore mal connus ; mais, par contre, la chaîne hercynienne a laissé des traces importantes. M. Gentil montre comment cette chaîne est, comme en Europe occidentale et centrale, d’àge carbonifère supérieur. Elle a été arasée, transformée en une vaste pénéplaine à la fin des temps primaires; puis un morcellement a préparé l’emplacement de la chaîne actuelle, d’abord effondrement permettant l’envahissement des mers jurassiques, puis surrection de ce qu’il appelle le massif central du Haut-Atlas qui forme une île dans la mer du crétacé inférieur. C’est l’embryon de la chaîne actuelle qui prendra sa forme définitive à l’époque tertiaire et après la grande phase du plissement des Alpes. Mais tandis que la communication entre la Méditerranée et l’Océan date du début du pliocène, le chenal sud-marocain serait plus récent, de la fin de cette période ou même quaternaire, postérieur à l’apparition de l’Homme. Cette dernière remarque remet en question l’histoire de YAtlantis, de cette terre dont parle Platon, qui serait actuellement immergée et d’où serait partie l’invasion des Atlantes qui auraient donné naissance aux premiers peuples de l’Europe. Si, contrairement à l’opinion de Humboldt et des philosophes qui ont commenté l’œuvre de Platon, l’histoire de l’Atlantis et des Atlantes n’est pas un mythe, c’est à la géologie qu’il faut s’adresser pour éclairer d’un jour nouveau cette intéressante question.
- Séance du 3o mai 1910. —
- L’eau et la germination. — M. Müntz communique le résultat de ses recherches sur la lutte qui existe dans la nature, pour la possession de l’eau, entre les organismes vivants et les milieux naturels. Il montre que la terre a pour l’eau une affinité qu’il a pu déterminer par réchauffement se produisant lorsque l’on mouille de la terre sèche. L’eau emmagasinée dans la terre n’est pas libre et à la
- La destruction de l’ozone dans l’atmosphère. — M. A. Gautier présente une Note de M. Clausmann relative à l’action de l’ozone sur l’oxyde de carbone. D’énormes quantités d’oxyde de carbone sont journellement déversées dans l’atmosphère et cependant les analyses les plus précises ne permettent pas de trouver trace d’oxyde de carbone dans l’air atmosphérique. Il est donc certain que cet oxyde de carbone est détruit, mais par quel mécanisme? On soupçonnait bien que ce devait être par l’action de la lumière, mais les expériences faites dans ce sens, en exposant à l’action de la lumière un mélange d’ozone et d’acide carbonique, n’avaient donné aucun résultat. M. Clausmann a repris ces expériences et a mis en évidence l’action de l’ozone. Cette action est très lente à se produire ; au bout de plusieurs heures elle n’est pas encore commencée, mais elle est certaine et aboutit au bout d’un temps suffisant à la transformation complète de l’oxyde de carbone en acide carbonique.
- Traitement chirurgical des varices. — M. Labbé expose que les varices constituent pour les personnes travaillant debout une infirmité cruelle ; il ajoute que les résections de veines n’apportent pas une cure définitive de cette infirmité. Il fait connaître que M. Robinson s’est préoccupé de tirer de la chirurgie un procédé curatif plus certain. Pour cela il met à nu la crosse de la veine saphène et enlève un segment à toutes les veines abdominales qui y aboutissent. La veine saphène se trouve ainsi soulagée d’un apport de sang et les varices disparaissent. La guérison paraît être définitive.
- Les gaz rares dans Vatmosphère. — M. d’Arsonval dépose une Note de M. Claude relative aux gaz rares contenus dans l’atmosphère pendant les journées des 18, 19 et 20 mai. II utilise le froid produit dans la liquéfaction de l’air à la séparation des gaz rares qui résistent au froid. II a pu ainsi constater que 1 000 000 de litres d’air atmosphérique contiennent 15 litres de néon et 5 litres d’hélium. La densité du mélange osciBe dans de très étroites limites et si la traversée de la queue de la comète avait introduit des gaz rares dans l’atmosphère, leur présence serait révélée par un changement de densité. Or pendant les trois journées précitées, la densité du mélange des gaz rares atmosphériques n’a présenté que des écarts minimes de l’ordre des erreurs à craindre.
- résidence de M. E. Picard.
- disposition des êtres vivants qui se trouvent ainsi entravés dans leur activité physiologique ce n’est que quand l’activité de la terre est satisfaite et qu’il y a un excès d’eau, que la cellule peut se nourrir et se multiplier. Là où cet excès d’eau n’existe pas la vie animale comme la vie végétale sont souffreteuses ou suspendues, comme on le constate sur de vastes étendues de continents. Cèttc
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- aptitude des terres à retenir l’eau conduit à de curieuses constatations : un hectare ensemencé de Lié peut contenir 500 000 1. d’eau, sans que le grain puisse prendre sur cette énorme quantité les 20 1. dont il a besoin pour germer. Ces faits ont une grande généralité : les aliments, les produits des récoltes ont aussi cette affinité pour l’eau. Aussi longtemps qu’il n’y a pas excès d’eau, les organismes de la fermentation de la pourriture ne peuvent pas s’y développer. Mais, dès que cette affinité est satisfaite, immédiatement ces organismes trouvent l’eau libre nécessaire à leur multiplication. M. Müntz pose cette règle générale que les manifestations vitales ne sont possibles que là où les milieux naturels ont plus d’eau qu’il n’en.faut pour satisfaire à leur affinité spécifique.
- Les gaz volcaniques. — M. À. Gautier a repris ses études sur les gaz des éruptions volcaniques. Ces gaz peuvent-ils tous provenir des roches profondes? Cela n’est pas possible pour tous les gaz, par exemple pour l’acide carbonique qui est décomposé à une haute température. Cela est possible pour l’oxyde de carbone. Sainte-Claire Deville avait indiqué que l’oxyde de carbone se décomposait par la chaleur en acide carbonique et en carbone. Berthelot, qui a repris l’expérience de Sainte-Claire Deville, a trouvé que vers 500° l’oxyde de carbone donnait de l’acide carbonique, mais n’a pas trouvé trace de carbone. M. A. Gautier a repris à son tour la question ; il n’a pas trouvé d’oxyde de carbone. Mais il observe que l’hydrogène agissant sur l’oxyde de carbone donne de l’eau et du carbone, que le carbone se fixe sur l’hydrogène sous la forme CH4 et que l’eau réagissant sur l’oxyde de carbone donne de l’acide carbonique et de l’hydrogène ; il y a donc un cycle de réactions.
- Océanographie. — S. A. le prince de Monaco communique le résultat de sa campagne océanographique de 1909. Il a été constaté que la Méditerranée exerçait un relèvement de température dans les eaux de l’Océan jusqu’à 100 milles du détroit. Cette action se fait sentir de la surface jusqu’à une profondeur de 1500 m. Des squales ont été péchés à une profondeur de 5000; enfin on a utilisé la lumière électrique pour attirer les calmars qui vivent à une certaine profondeur et, pour en capturer. A 500 milles des côtes du Portugal on a découvert une fosse profonde de près de 6000 m. qui s’étend sur une vaste étendue. Les appareils de pèche n’ont donné aucun résultat dans toute cette région; il semble qu’elle soit caractérisée par une extrême pauvreté zoologique.
- Observation de la comète de Halley. — M. Baillaud annonce que la comète de Ilalley a pu être photographiée à l’Observatoire les 25, 24 et 28 mai. Le 25 et le 24 elle était elliptique. Le grand axe de l’ellipse était de 18" et le petit de 14". M. Bigourdan annonce que M. Eginitis, qui dispose à Athènes d’une lunette très puissante de 0,40 m. d’ouverture, a pu voir la queue dans la nuit cpii précéda immédiatement le passage du noyau. Elle couvrait un arc de 120°. Le lendemain encore, peu après le passage du noyau sur le Soleil, la queue a continué de précéder le Soleil et a pu être vue à l’œil nu par un grand nombre de pei’sonnes. Cela montre avec évidence que la rencontre de la Terre avec la queue de la comète n’avait pas eu lieu à ce moment. Si celte rencontre a eu lieu, ce qui n’est pas sûr, elle n’a pu se produire avant le soir du 20 mai, soit presque 2 jours après le passage du noyau entre la Terre et le Soleil. D’autre part, M. Yiolle annonce que, sur sa demande, M. Marchand, au pic du Midi, a procédé à des mesures actinométriques au moment du passage, Or, le 19, il a observé une diminution très sen-
- sible de l’intensité de la radiation solaire. Celte diminution est de 1/6. D’autre part, il semble qu’à la même époque l'atmosphère terrestre se soit chargée de matériaux cosmiques, car la Lune et le Soleil ont apparu entourés de cercles très remarquables.
- L’homme de la Chapelle-avx-Saints. — M. Edmond Perrier présente une Note de MM. Boule et Anthony sur les résultats de l’examen du crâne de l’homme de la Chapelle-aux-Saints, le plus ancien représentant connu des races préhistoriques. En rapprochant habilement les parties de ce crâne, ils sont arrivés à le reconstituer presque entièrement; de plus ils ont réussi à prendre un moulage de la cavité intérieure de ce crâne. Or comme les circonvolutions du cerveau se moulent sur la surface interne du crâne, le moulage reproduit la surface extérieure du cerveau de l’homme de la Chapelle-aux-Saints. Par un certain nombre de caractères et par son volume considérable ce cerveau est du type humain ; mais, par d’autres caractères non moins nets, il se rapproche du cerveau des anthropoïdes. Il révèle, semble-t-il, un être de développement intellectuel faible, de peu d’aptitude au langage, dont la tète devait naturellement pencher, en avant. Ces caractères se rapportent assez au singe. En revanche, un léger excès de dimension de l’hémisphère gauche du cerveau indique que l’homme de la Chapelle-aux-Saints était droitier. D’où l’on conclut qu’il était exercé au maniement de certains instruments dont quelques-uns d’ailleurs ont été retrouvés.
- Analyse et synthèse des phénomènes vocaux. — M. d’Arsonval rappelle qu’il y a une dizaine d’années, M. Marage avait étudié les voyelles en transformant en courbes les tracés en creux du phonographe. L’appareil employé était un instrument de laboratoire difficile à manier. M. d’Arsonval présente aujourd’hui un appareil imaginé par M. Lioret qui permet de faire automatiquement cette transformation. On peut avoir à volonté des courbes agrandies de 10 à 576 fois; les tracés ont des longueurs d’au moins 2 mètres. Les résiütats obtenir confirment pleinement ceux de M. Marage. Les tracés très amplifiés permettent de reproduire aisément la voix. Pour cela on découpe le bord d’un disque circulaire de zinc, par exemple, de manière à reproduire le tracé agrandi. Puis on fait tourner rapidement le disque autour d’un axe par son centre et l’on approche une lame de mica du bord du disque. On entend alors la voyelle. On constate même que le sens de la rotation du disque est indifférent quant à l’effet produit, ce qui prouve bien, comme l’avait dit M. Marage, que le groupement est caractéristique de la voyelle.
- Décès. — La mort frappe à coups redoublés, dit M. le Président, sur nos associés et correspondants étrangers. 11 y a deux mois c’était Alexandre Agassiz qui disparaissait; aujourd’hui c’est Robert Koch de Berlin qui, en 1905, avait remplacé Yirchow comme associé étranger de l’Académie. En 1876 M. Koch s’était .fait connaître par sa découverte des spores charbonneuses; en 1882,par sa découverte du bacille de la tubèrculose; en 1884, par celle du bacille du choléra. Il a fait accomplir de grands: progrès à. la culture microbienne ; on lui doit aussi la découverte de la tuberculine.
- M. Huggins, correspondant depuis 1874 de la section d’astronomie, vient également de disparaître. Cet infatigable observateur s’était voué aux recherches d’astronomie physique ; il laisse, une œuvre considérable à laquelle il convient d’associer le nom de Lady Huggins qui fit un nombre considérable d’observations.
- Cil. DE VlLLEDEUII,.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiurk, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1933. ........................ ---- ------------ U JUIN 1910.
- A PROPOS DU NAUFRAGE DU « PLUVIÔSE »
- Moyens dont on dispose pour relever un sous-marin coulé.
- C’est sans doute un terrible accident que celui I de nos hommes de mer un personnel d’élite qui vient d’enlever à la France 27 de ses meilleurs | sur lequel la France peut se reposer avec confiance.
- Fig. i. — Le lieu, du désastre du « Pluviôse ». La bouée que Von aperçoit au centre de la figure indique Vemplacemenl du sous-marin coule.
- enfants, et à notre marine, avec le Pluviôse, le plus parfait et le plus éprouvé de ses sous-marins. Mais ce serait une erreur
- de croire qu’un j.......
- pareil événement puisse jeter le [
- trouble et faire j
- naître la crainte j ,
- dans le cœur de ;
- nos marins. L’abordage est une de ces fatalités éventuelles, une de ces chances de la mer auxquelles est préparé d’avance tout homme qui se confie aux Ilots, qui en sait les dangers et les affronte avec sérénité. C’est ce sentiment du devoir accompli pour la Patrie, cette lutte de chaque jour contre les éléments, qui, grandissant leur âme, font
- 38° année. — ac semestre.
- Fig. 2.— Le sous-marin « Pluviôse » à Toulon.
- De quels moyens dispose-t-on pour enlever le plus rapidement possible à la mer les sous-marins qu’elle
- a engloutis? Jusqu’à pré--, sent l’Allemagne seule possède un . matériel spécia-
- lement créé et agencé en vue du renflouage des torpilleurs et sous-marins. La Nature a publié, dans son numéro du 6 février 1909, une description détaillée du navire double Vul-kan qui a été construit sur les plans de l’Amirauté allemande pour cette éventualité. Nous nous contenterons d’y renvoyer nos lecteurs. Nous dirons cependant qu’en dehors des
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- 18 :-A PROPOS DU NAUFRAGE DU « PLUVIÔSE »
- essais qui ont été évidemment faits, mais dont les résultats n’ont pas été publiés, le Vulkan n’a pas encore eu l’occasion d’affirmer son aptitude à remplir le rôle pour lequel il a été créé, le petit nombre des sous-marins existant actuellement en Allemagne (4) rendant très faibles les chances d’accidents ; mais il n’y a aucune raison de croire qu’il y faillirait.
- Niveau de Peau ordinaire
- Niveau après — Torpilleur 1 ' V Z-J ' —
- V H H J J
- vidage -aes— Caissons du CfodY1 Caiss )ns à eau $e viiant à volonté
- Fig. 3. — Renflouage d’un torpilleur par un dock flottant pouvant se remplir et se vider à volonté.
- En plus du Vulkan, la marine allemande dispose encore des deux vapeurs de sauvetage Nordsee et Ostsee, appartenant à la Compagnie de sauvetage maritime : Nordeutscher Bergungs Yerein ; ces deux navires ont reçu de puissants apparaux de levage placés à l’arrière et à l’avant de chacun d’eux. Ils opéreraient par paire, en plaçant entre eux l’épave à relever, et leur emploi correspondrait en somme à celui du Vulkan, qui se compose, on se le rappelle, de deux coques séparées par un espace de 10 m. de largeur.
- En France, c’est la quatrième fois que nous avons à renflouer un sous-marin. Certes, la triste expérience acquise en cette opération douloureuse a été, pour les sauveteurs du Pluviôse, éminemment utile; mais n’est-il pas navrant de constater que notre marine, en dépit de dures leçons, ne dispose encore que d’un matériel de fortune, insuffisant à produire, dans un temps admissible, des effets utiles?
- Sous-marin
- Fig. 4. — Renflouement d’un sous-marin au moyen d’un dock flottant. — 1. Des chaînes ont été attachées au sous-marin. O11 a enfoncé le dock en le chargeant d’eau et les chaînes ont été tendues. — 2. Puis 011 rejette au. dehors l’eau des caissons. Le dock émerge et relève le sous-marin.
- Voici, en principe, comment on s’y est pris jusqu’ici pour relever les sous-marins coulés. Pour le. Farfadet et le Lutin, submergés le premier dans le lac de Bizerte en 1905, le second au large
- du même port en 1906, on se servit d’un dock flottant construit en vue du carénage des torpilleurs. Dans les deux cas, le même procédé fut employé. Avec beaucoup de peine, des chaînes furent passées sous la coque du sous-marin, à l’avant et à l’arrière (on n’avait pu encore fixer sur les coques de ces bâtiments les boucles dont la présence à bord du Pluviôse a seule permis de penser à le relever).
- Le dock flottant étant placé directement au-dessus de l’épave, on ouvrit les robinets de remplissage de ses caissons, de façon à lui faire prendre son tirant d’eau maximum. Puis il reçut les bouts des chaînes venant du sous-marin. Ces chaînes, passant sur les flancs du dock comme le montre la figure 6, se rejoignaient au centre où elles étaient solidement attachées, après avoir été convenablement raidies. Pour obvier à la tendance au rapprochement des deux flasques du dock, nullement préparées à supporter l’effort considérable qu’on leur imposait, on avait installé, dans la partie centrale du dock,
- Fig. 5. — Renflouement du Pluviôse par le jeu des marées. — Huit chaînes sont fixées d’une part aux touches du sous-marin coulé, d’autre part tendues à marée basse sur deux allèges. A marée montante, le niveau. se relève de 5 m. et le sous-marin est relevé d’autant.
- tout un système de poutres formant entretoises.
- Ces dispositions prises, au prix de bien des efforts patients et acharnés, on vida par les moyens ordinaires l’eau contenue dans les caissons du dock. L’allègement ainsi produit provoqua le décollement de l’épave et son élévation à une hauteur correspondant à celle dont le dock s’était relevé.
- L’ensemble du système devenait alors un corps flottant que l’on s’empressa de remorquer vers le bassin de radoub préparé pour recevoir l’épave.
- Un seul trajet fut suffisant pour le Farfadet coulé à quelques centaines de mètres du port de Sidi-Ab-dallah. Il n’en fut pas de même pour le Lutin qui en était éloigné de près de 20 kilomètres. Pour ce dernier, le convoi rencontra sur sa funèbre route des fonds sur lesquels le sous-marin suspendu dans le dock ne pouvait, passer, sans s’échouer. Mais c’était là une difficulté facilement surmontable. Le sous-marin amené sur ce fond, on l’y laissait reposer; puis on remplissait à nouveau les caissons du dock flottant, en l’immergeant le plus possible, on raidissait le mou produit dans les chaînes de suspension, on allégeait ensuite le dock en vidant ses caissons et le
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- A PROPOS DU NAUFRAGE DU « PLUVIOSE »
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- sous-marin remontait d’une quantité suffisante pour permettre de parcourir une nouvelle étape vers le port. Cette opération dut être renouvelée trois fois pour amener le Lutin jusqu’au bassin.
- Mais, si l’emploi du dock flottant convenait pour soulever des coques comme celles du Farfadet et du Lutin dont le poids ne dépassait pas 68 tonnes, il devenait tout à fait impossible pour des poids de 400 et 450 tonnes, auxquels atteignent les submersibles comme le Fresnel qui coula à la Pallice en novembre 1908 et le Pluviôse coulé au large de Calais.
- On a eu alors recours à des allèges, sortes de grands pontons, utilisés pour les travaux des ports et qui ont une assez grande flottabilité. Seulement il ne fallait plus songer à employer le procédé de remplissage et de vidage si commode avec les docks flottants, ces pontons n’étant nullement disposés à cet effet. Heureusement on avait la marée, dont l’amplitude est toujours assez forte dans la Manche et qui permettait de recourir en somme au même système, celui des élévations successives de l’épave.
- L’opération relativement facile, pour le Fresnel qui était à découvert en partie à marée basse, a présenté au contraire les plus grandes difficultés pour le Pluviôse. Le Pas de Calais est traversé par des courants violents, entraînant des tourbillons de sable qui ont rendu le travail des scaphandriers extrêmement difficile. Il s’agissait cependant cette fois pour eux, non plus de passer des câbles d’acier ou des chaînes autour de l’épave couchée sur le sable du fond, à une profondeur variant de 18 à 25 mètres, mais seulement d’accrocher, dans les 8 boucles dont taxait été munie la coque du Pluviôse, les chaînes dont l’autre extrémité remontait à bord des allèges fournies par le port de Cherbourg.
- Alors que l’abordage s’était produit le 26 mai, c’est le 5 juin seulement qu’on a pu achever ce travail préparatoire, qui, au premier abord, paraissait cependant si aisé. Dès lors, op pouvait espérer voir le renflouement réussir. Il restait cependant à surmonter une grosse difficulté. Malgré leur excédent de flottabilité, les chalands réussiraient-ils à tirer le Pluviôse de la couche de sable où il s’était forcément un peu enlisé ? Yaincraient-ils l’espèce de succion que ce sable opérerait évidemment sur la coque ; par ailleurs, les boucles du 'sous-marin, les chaînes qu’on y avait fixées avec tant de peine, résisteraient-elles à un effort aussi considérable? On ne pouvait êtresûr, en effet, que les 8 chaînes aient été exact-
- Fig. 6. — Le renflouement du Farfadet à Bizerte en iço5 au moyen d’un dock flottant, visible sur la droite de la figure; au premier plan les amiraux Fournier et Bellue.
- tement raidies de la même façon, et, si l’une d’elles, supportant la plus grosse partie du travail, venait à se rompre, c’était l’échec définitif.
- Le 5 mai, au soir seulement, on se rendit compte qu’on allait aboutir. Mais après quels moments d’angoisse! La marée montante élevait doucement le niveau de l’eau sur les flancs des allèges sur le pont desquels les chaînes se tendaient et grinçaient dans un travail énorme. Elle arriva ainsi jusqu’à leur dernier bordage et on put croire un instant qu’ils allaient être engloutis! Tout à coup, ils se mirent à tourner sur eux-mêmes et à dériver. C’était presque le succès ! Le Pluviôse, avec son lugubre chargement, quittait le fond, et, tiré par 2 remorqueurs, accomplissait sa première étape vers Calais.
- D’étape en étape on a ainsi ramené le Pluviôse vers le port. Mais, au moment où on allait aboutir, un accident est survenu. L’un des chalands a heurté le submersible trop rapproché de lui et a coulé au-dessus, retardant de quelques jours le résultat définitif.
- Quoi qu’il en soit, on ne saurait trop admirer et louer l’héroïque, l’infatigable ardeur, l’inlassable énergie que nos marins accourus de Cherbourg, de la station des sous-marins de Calais, des torpilleurs de Dunkerque, ont déployées dans ces travaux de sauvetage si ardus. Les scaphandriers ont été particulièrement remarquables. Le Ministre de la Marine, le vice-amiral Bellue, préfet maritime de Cherbourg, ont surveillé eux-mêmes toutes ces longues et pénibles opérations, que dirigeait le capitaine de vaisseau Amet avec une science des choses de la mer à laquelle on devra sans doute possible, le succès.
- Il paraît certain que l’amiral Boue de Lapeyreire va faire mettre en chantier incessamment un navire spécialement étudié et conçu en vue du renflouement des sous-marins. Il y a là, en effet, dans notre organisation navale, une lacune à combler au plus tôt.
- L’amirauté anglaise en a également reconnu la nécessité, après la perte du sous-marin Cu, coulé par abordage le 14 juillet 1909, à 50 milles au large de Yar-mouth. Ce sous-marin, qui ne portait pas de boucles, a dù être abandonné après de-vains et longs efforts, avec les cadavres des 11 marins engloutis avec lui.
- La construction d’un navire de sauvetage est prévue au budget de cette année.
- L’Italie suit cet exemple; Qn y a étudié'un nave baccino sommergibile basé sur le principe du Vul-kan allemand. A. Sauvaire Jourdan,
- Capitaine de frégate de réserve. 1
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- L’ARCHÉOLOGIE DU MÉTROPOLITAIN
- Les fouilles entreprises à travers le sous-sol parisien pour l’établissement des tunnels du Chemin de fer métropolitain ont mis à jour, en divers points, des vestiges d’anciennes constructions, dont certaines présentent un grand intérêt pour servir à l’histoire de Paris. La commission municipale du Vieux Paris a eu soin de relever les emplacements de ces vestiges et de disposer au musée Carnavalet les sculptures et les inscriptions sorties de ces fouilles.
- La place de la Bastille, et surtout celle du Marché-aux-Fleurs, ont été particulièrement fertiles en découvertes de cette nature, la première ayant été autrefois occupée par T ancienne forteresse, et la seconde faisant partie de l’emplacement de Lutèce.
- de fouille a été arrêté à environ 10,60 m. au-dessous du niveau de la chaussée, on a trouvé, parmi les couches superposées de sable argileux, de terre végétale et de remblai, une série de murs, de piles en maçonnerie et de pilotis en chênes coïncidant exactement avec l’emplacement de l’ancienne porte Saint-Antoine.
- Un peu plus loin on traversa en biais un ancien mur de contrescarpe à faces verticales, qui est celui qui faisait face aux quatre tours du front oriental du château de la Bastille : il séparait le fossé intérieur du terre-plein du bastion qui commandait autrefois l’entrée du faubourg Saint-Antoine. En pratiquant les fouilles de la station métropolitaine
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- 'dé, % Bourdqn
- Fig-, i. — Plan des travaux du, métropolitain Place de la Bastille et emplacement de l’ancien château.
- Place de la Bastille. — Là passent les lignes n° 1 (de la porte de Vincennes à la porte Maillot) et n° 5 (de la gare du Nord à la place d’Italie). On découvrit tout d’abord les substructions de la Tour de la Liberté qui apparurent au cours de la construction du tunnel de la ligne n° 1 édifié sous la rue Saint-Antoine. Ces vestiges, soigneusement descellés et réparés, ont été réédifiés, tels qu’on les avait trouvés, sur la place Sully, tandis qu’on incorporait dans la maçonnerie du tunnel, en en laissant les parements visibles, les parties d’anciennes maçonneries qui ne pouvaient gêner la circulation des trains. De plus une plaque commémorative a été apposée sur la paroi du souterrain pour marquer cet emplacement. La construction de la station « Bastille » de la ligne n° 5 et du tunnel de cette ligne amena également des découvertes propres à éclairer les investigations des archéologues. Vers le milieu de l’entrée du boulevard Beaumarchais, où le fond
- « Bastille » (on peut voir dans cette station, entourés d’une grille, les vestiges du mur de la contrescarpe du fossé Est de la Bastille qu’une inscription révèle à l’attention du public) on rencontra une double file de piles orientées du Nord au Sud (fig. 2) ayant appartenu au pont dormant qu’on voyait encore jusqu’en 1789, communiquant en zigzag de la forteresse avec le bastion en question et entre lesquelles se trouvait la cuvette du fossé qui allait rejoindre celui de l’enceinte de la ville en traversant la contrescarpe sud du fossé de la Bastille au moyeu d’un dalot. Ce pont dormant, dont il est déjà question en 1465 dans le récit de l’évasion d’Antoine de Chabannes que Louis XI avait fait emprisonner, donnait accès par l’une de ses extrémités aux chemins de ronde d’où les factionnaires surveillaient incessamment les tours, tandis que, sur son extrémité opposée, s’abaissait un double pont-levis servant : l’un pour les piétons (le seul que l’on baissât régu-
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- ARCHÉOLOGIE DU MÉTROPOLITAIN
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- lièrement chaque matin) et l’autre pour les voitures. Une sentinelle était toujours en faction sur ce mur avec mission d’ouvrir ou de fermer à bon escient la porte du château et établissait ainsi une relation constante entre le corps de garde du pont dormant et celui de l’intérieur.
- Un peu avant d’avoir atteint le quai Bourdon, les fouilles à la station Bastille ont rencontré l’ancien mur d’escarpe de l’enceinte de la ville qui joignait la Bastille à l’Arsenal. Enfin signalons encore la découverte de certains signes ou sigles appelés par les archéologues marques de tâcherons ou de tail-
- que cet emplacement appartenait à l’antique Lutèce dont l’histoire est encore entourée de ténèbres. Les ouvriers commencèrent à creuser le sol en août 1905 et mirent à jour successivement trois murs situés : le premier suivant une direction à peu près parallèle à la Seine et à environ 55 m. du parapet du quai ; le deuxième en arrière et au Sud du précédent et le troisième formant mur de fond sur lequel les deux premiers aboutissent perpendiculairement. Ces murs sont faits très grossièrement; on a trouvé,' parmi les moellons qui les constituent, des pierres sculptées provenant de la démolition d’édifices plus
- Fig. 2. — Fondation d’un pont dormant dans'le fossé de l’ancienne Bastille; quelques boulets de fonte et de pierre.
- leurs. Ces signes ont été remarqués gravés à la pointe sud des pierres faisant partie des piles du pont dormant. Nous leur consacrerons prochainement une courte étude.
- C’est encore place de la Bastille, à l’emplacement du fossé Est de l’ancienne prison, que fut trouvée, à 9 m. de profondeur, une statuette d’Osiris en terre cuite de 0,17 m. de hauteur. M. Güimet la croit de fabrication parisienne du ive siècle. (Il existait à Lutèce un temple consacré au dieu Isis). On peut supposer qu’il existait, à l’époque, un cimetière isiaque en cet endroit, ou bien que la statuette a été perdue là par un habitant.
- Marché aux Fleurs. — Les fouilles pratiquées au Marché aux Fleurs ont été suivies avec beaucoup d’intérêt par la commission du Vieux Paris, parce
- anciens. M. Charles Sellier, après avoir cru tout d’abord que ces murs appartenaient aux premiers remparts de Lutèce, a été amené à leur donner une origine plus modeste en reconnaissant qu’ils appartiennent à une époque postérieure à l’époque gallo-romaine. M. Adrien Blanchet, membre du comité des travaux historiques au ministère de l’Instruction publique, admet l’existence, en cet endroit, d’une construction romaine édifiée à la fin du me siècle et incendiée au ive ou au ve siècle; plus tard, un autre édifice aurait été élevé sur les premières fondations. M. Charles Sellier voit, au contraire, dans les édifices ruinés ou désaffectés de l’époque romaine, « autant de carrières d’une exploitation facile et peu coûteuse » où chacun venait puiser au gré de ses besoins. Dans ce cas, les fondations des trois murs
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- ARCHEOLOGIE DU MÉTROPOLITAIN
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- auraient été empruntées à celle du rempart romain que l’on a vainement cherché jusqu’ici, ou à un édifice des temps mérovingiens.
- En creusant la galerie destinée à conduire les déblais du chantier vers la Seine, les ouvriers durent percer le mur du quai actuel, en arrière duquel on a rencontré les restes du quai précédent. Le nouveau quai a été appliqué contre l’ancien en effectuant une liaison entre eux par des arrachements pratiqués dans le second ; on a même démoli les parties les plus défectueuses de celui-ci pour les remplacer par des maçonneries neuves. Enfin, les deux quais ont été établis sur un solide système de pilotis, de 5 m. de flèche. Rappelons qu’antérieu-rement à ce quai se trouvaient en cet endroit des murs de soutènement qui supportaient toutes les maisons en bordure de la Seine et constituaient en quelque sorte l’antique quai de la Cité.
- A dix mètres de la façade nord de la caserne de la Cité, sont également apparus lés vestiges d’une construction romaine formant la partie basse d’une chambre et 5,70 m. à 5,80 m. et dont les murs avaient 0,40 à 0,50 m. d’épaisseur, et, sur une des faces, un mur plus épais livrant un passage à un couloir de 1,10 m. de large. Ces murs enveloppaient un dispositif d’hypocauste constitué par des piliers, sortes de boisseaux circulaires en terre cuite, ajourés de petits trous circulaires, et supportant une surface faite de tuiles plates à rebords recouverts d’une épaisseur de béton de mortier (chaux et sable mêlé de cailloux et de tuile pilée et concassée). Sur cet endroit reposait un dallage en tuile blanchâtre entièrement recouvert de suie. Enfin, dans les murs, apparaissaient des conduites de fumée en poterie. M. Charles Sellier attribue ces restes cà une construction très modeste de l’époque romaine et qui a été incendiée.
- Des murs, dont la présence a été signalée dans les fouilles du Marché aux Fleurs, M. Héron de Ville-fosse a fait retirer plusieurs fragments d’architecture, des monuments funéraires portant des inscriptions ou des reliefs. C’est d’abord une colonne cylindrique '(fig. 5) de 0,40 m. de diamètre et 2,10 m. de hauteur y compris le chapiteau, qui fut rencontrée debout, mais elle ne reposait sur aucune fondation, ce qui prouve qu’elle n’occupait pas sa place primitive.
- Les inscriptions relevées ensuite sont au nombre
- de trois. L’une désignée par M. Héron de Villefosse, dans son mémoire à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, sous le nom d'Ê-pitaphe de Maiq-na, porte (fig. 4) sur une pierre de 1,55 m. de longueur, le texte suivant :
- D(iis) M(anibus) Maianae Majoris fil(iae) et Apriliae matris. Ipsa viva insti(tuit).
- La seconde, nommée épitaphe de Litn gêna, est intéressante par la présence de deux noms gaulois Litn gêna et Bellicovia figurant dans l’inscription.
- Enfin la troi-sème (fig. 5) est un fragment à peu près carré de l’épitaphe d’une femme. Ce dernier fragment ainsi que l’épitaphe de Maiana ne sont pas postérieurs au me siècle.
- Le morceau de sculpture le plus important que l’on ait découvert (fig. 5) « montre, sur sa face la plus large : à droite, la tête et la poitrine d’un homme drapé, les épaules couvertes d’un Capuchon ; il est figuré de profil, s’avançant vers la gauche avec un mouvement de marche très accentué ; il tient un objet de forme arrondie dans ses deux mains tendues en avant. Devant lui apparaît une autre figure plus petite, marchant dans le même sens. Dans l’angle on aperçoit des cordages ». Sur l’autre face apparaît le haut du corps de trois personnages. Ce pilastre provient sans aucun doute de la décoration d’un
- Fig. 3. — Colonne cylindrique trouvée dans les fouilles du Marché-aux-Fleurs.
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- ARCHEOLOGIE DU METROPOLITAIN
- grand édifice; il remonte à l’époque de l’art romain.
- Plusieurs autres pierres sculptées proviennent de tombeaux; l’une des plus intéressantes, brisée en quatre morceaux, forme un carré de 1 m. de côté, et le sujet se développe sur deux registres superposés. Sur le registre supérieur on voit un chariot à quatre roues contenant un coffre sur lequel est assis un petit personnage qui soulève un couvercle à l’avant du coffre. Le chariot est conduit par deux chevaux. Àl’avantdu chariotun second personnageretirelecon-tenu du coffre; enfin un troisième est debout derrière. Le registre inférieur représente un homme drapé assis devant un comptoir de marchandises; en face un acheteur avance la main vers les marchandises. L’inscription qui accompagne ce fragment de tombeau est trop mutilée pour en permettre la reconstitution.
- M. Héron de Villefosse a signalé aussi une grande stèle (fîg.
- 4) de 1,22 m. de hauteur et 0,95 m. de large, montrant trois personnages drapés, placés de face, une femme entre deux hommes, dont les visages sont très endommagés. Une longue robe et un manteau vêtent la femme qui, en outre, porte un collier au cou et des pendants aux oreilles. Les hommes sont à tunique courte et couverts également d’un manteau. En arrière-plan, et d’un relief plus discret, on distingue deux poissons, entre deux têtes; les poissons sont passés dans un anneau brisé et suspendu au mur. M. Héron de Villefosse attribue cette stèle au tombeau de marchands de poissons ou de pêcheurs.
- Trois autres fragments appartenant également à des stèles funéraires ont été retirés des mêmes fouilles.
- Place Saint-Michel, des cercueils de plomb (anthropomorphes) ont été découverts vis-à-vis de l’angle formé par les rues Danton et Suger; les pla-
- ques de cuivre portant des inscriptions ont permis de les identifier. Ces cercueils furent en usage courant à Paris depuis le xvie siècle jusqu’à la Révolution. On en a trouvé aussi place du Marché-aux-Fleurs. Au même endroit (place Saint-André-des-Arts) les fouillés ont mis à jour des pans de suhstruction des murs de façades latérales de l’église Saint-André-des-Arts. Non loin de là on a découvert une sorte de dépôt de pierres ornées de moulures appartenant à la première moitié du xvrie siècle et provenant de la démolition d’une dès chapelles de l’église (fig. 6).
- Boulevard St-Germain furent exécutées, au mois de juillet 1905, des fouilles en vue de la déviation du collecteur de Bièvre nécessitée par la construction de la ligne n° 4. En face des nos 91 et 95 on a trouvé un mur de 1 m. d’épaisseur des-cendantà4,36m. sur du calcaire grossier. Il coïncide avec le mur del’avant-portdes Cordeliers qui se rattachait au mur d’enceinte de Philippe Auguste. ' Boulevard Raspail, — La construction de la ligne du chemin de fer électrique souterrain Nord-Sud a révélé, dans l’axe de la rue de Yarenne, au boulevard Raspail, une construction carrée en briques, à 5,30 m. de profondeur, mesurant 6,80 m. de côté, et composée de quatre galeries parallèles et contiguës, voûtées en plein cintre. La construction de ces galeries semble avoir été faite en souterrain, car elles sont complètement entourées de sables d’alluvion. D’autre part les parements des piédroits et des intrados des voûtes paraissent avoir été soumis à l’action d’une température intense, action ayant coloré ces parements d’une teinte bleutée ou violacée les pénétrant de plusieurs centimètres. Le sable qui se trouve au-dessous du pavage constituant le sol; a également pris une teinte roussatre sur une profondeur de 0,80 à 1 m. causée aussi par la chaleur. Ce
- En bas : Stèle professionnelle (_poissonniers).
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- 24 .. ... . ..... ARCHÉOLOGIE DU MÉTROPOLITAIN - - : • • ........-
- sont d’anciennes galeries de four,s dont on ignore 1865, dans des fouilles creusées près des Tuileries, l’origine, dit M. Charles Sellier qui les a étudiées ; Grâce aux travaux du Métropolitain, le sous-sol
- Fig. 5. — En haut : Fragnië$t de l'épitaphe d'une jemme ; En bas : Fragment de sculpture, de l’époque de l’art romain.
- Fig. 6. — Dépôt de sculptures provenant de l’Eglise Saint-André-des-Arts.
- elles ont dû être affectées à l’industrie céramique, car elles ressemblent tout à fait à celles des fours à poterie de Bernard-Palissy mises à jour, en
- parisien livre de temps cà autre quelques-uns des fragments de l’histoire du passé qui vont enrichir les collections du musée Guimet. E. de L.
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- LES MALADIES CONTAGIEUSES DES MÉTAUX
- Les métaux, comme les organismes vivants, sont exposés à des maladies, qui peu à peu les détériorent et les rendent inutilisables. Et ces maladies se transmettent par contact et fort rapidement d’un échantillon à un autre. Telle est, fort curieuse au point de vue scientifique, fort importante au point de vue industriel et pratique, la conclusion qui se dégage des récents travaux de M. Ernst Cohen, professeur à l’Université d’Utrecht.
- Voici d’abord les constatations déjà anciennes qui ont provoqué ses études :
- Il y a plus d’un demi-siècle, L. Erdmann observait déjà, sur de vieux tuyaux d’orgue en étain, de curieuses altérations moléculaires. Le chimiste alle-
- 1867-1868. Il justifia, du reste, son opinion par des expériences probantes et en relatant les observations analogues faites maintes fois, par des entrepositaires d’étain. '
- Il y décrit, en outre, de façon très exacte, l’état particulier dans lequel il avait trouvé les saumons métalliques. Tantôt les blocs « malades » se présentaient sous un aspect émietté; tantôt il constata un gonflement verruqueux de leur surface en des points séparés; tantôt, sur une partie superficielle plus importante, il vit des boursouflements assez profonds. D’autres fois les morceaux d’étain perdaient leur éclat métallique; leur masse offrait une apparence mate et une structure colonnaire rayonnée. ' •
- mand attribuait ces modifications structurales aux vibrations sonores subies par le métal. Mais il ne poussa pas plus loin ses investigations, que Fritzsche, de Saint-Pétersbourg, ignorait sans doute quand les circonstances suivantes l’amenèrent à s’occuper du môme phénomène en février 1868. Un commerçant vint trouver le professeur russe pour le prier d’examiner quelques blocs d’étain de Banca tombés en délitescence dans un dépôt de douane. Cette démarche remémora au praticien un autre fait similaire dont il avait été témoin. Quelques années auparavant, l’autorité militaire l’avait, en effet, chargé de poursuivre une enquête sur un stock de boutons d’uniforme, également en étain, qui, conservés dans un magasin de guerre, s’étaient métamorphosés en une masse informe pulvérulente, au grand étonnement d’un haut fonctionnaire en tournée d’inspection. Dans son mémoire, Fritzsche donna pour cause de la modification de structure de l’étain la température très basse qui régna en Russie au cours de l’hiver
- Les blocs dont la structure était modifiée, dans toute leur épaisseur, se trouvaient partiellement transformés en une poudre sablonneuse ou en granules fibreux, à liaison lâche et de dimensions variables. D’ailleurs, en refroidissant artificiellement un saumon d’étain, Fritzsche se rendit compte que le froid commence son attaque en des points isolés et que la contagion provoque, à partir de ceux-ci, des altérna-tives de verrues et de colonnettes. Lorsque deux centres d’infection se rencontrent, on voit apparaître" sur la limite, des plis‘qui se changent parfois en cassures mosaïquées. y :
- À la suite des observations du chimiste prêtersbour-geois, de nombreux savants cherchèrent à pénétrer plus profondément la cause du « mal », mais sans en découvrir mieux le processus et le remède. Il nous faut arriver aux recherches de M. Ernst Cohen, pour voir l’existence des Maladies contagieuses des métaux mise hors de doute. Nous résumerons ses travaux, d’après l’importante étude
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- qu’il vient de publier dans la Revue géne'rale des Sciences.
- Les photographies ci-jointes, qu’il nous a obligeamment communique'es, nous permettront d’illustrer cette rapide e'bauche de pathologie et de thérapeutique métallique.
- Par une minutieuse analyse pratiquée sur un bloc d’étain de Banca corrodé, pesant environ 25 M. Cohen se rendit d’abord compte de la présence de deux variétés très nettes d’étain, de composition chimique identique, mais de nature physique d i ff é-rente : l’une, l’étain blanc, constitue le métal sain, utilisable pratiquement; l’autre, l’étain gris, constitue les parties attaquées et les poussières que la maladie a détachées du bloc. Par les procédés physico-chimiques usuels, M. Cohen démontra que la transformation de l’étain blanc en étain gris s’effectue à toute température inférieure à H- 18° et que l’addition de quelques « germes » stannins morbides accélère la réaction, tout comme l’inoculation de certains microbes provoque rapidement une altération spécifique d’un organisme animal. En abandonnant donc à lui-même un de ces objets d'étain d’usage courant fabriqué avec la modification blanche et qui commence déjà à se transformer, ôn le voit s’infecter de plus en plus vite, les corpuscules d’étain gris successivement formés constituant des accélérateurs de la contagion.
- À l’aide de germes d’étain gris ou d’un autre catalysateur, par exemple une solution à 10 pour 100 de chlorostannate d’ammonium, M. Cohen réussit à transformer partiellement en étain gris un bloc d’étain de Banca maintenu à la température de — 5°.
- La photographie ci-contre montre les verrues grises qui parsemaient sa surface au bout de trois semaines.
- Comment se produit le phénomène auquel son sagace observateur a donné le nom pittoresque de peste de Vétain! En voici le mécanisme. Dans la transformation de l’étain blanc en étain gris, le volume spécifique du métal augmente de 25 pour 100 environ. Au cours de la maladie, il se gonfle, se
- déchire et finalement tombe en poussière, d’une extrême ténuité.
- Les antiquaires et les numismates avaient d’ailleurs gémi plus d’une fois sur ces déplorables altérations constatées dans les collections et qu’ils attribuaient à l’humidité atmosphérique ou aux autres influences chimiques. Plusieurs de nos gravures
- fournissent des exemples caractéristiques de cette peste de l’étain. Regardons la médaille ci-contre fondue à Leyde vers la fin du xvne siècle; des verrues énormes et grisâtres s’y sont développées sur la face comme sur le revers. Arrêtons-nous encore devant cette vieille cafetière. Lorsqu’on s’en servait, comme on la chauffait, de temps en temps, au-dessus de 18°, le métal demeura sain. Mais dès qu’on la relégua dans une galerie d’antiquités, la peste s’y mit et la perça en plusieurs endroits. Conclusion pratique. Les salles et les vitrines des musées où se conservent des pièces d’étain devraient toujours être chauffées au-dessus de 18°. Avis aux conservateurs.
- Le toit en étain de l’hôtel de ville de Rothenburg (Bavière), comme en témoigne un autre de nos documents, ne fut pas non plus à l’abri de la peste stannique.
- De son côté, R. von Hasslinger décrivit, le premier, une autre maladie contagieuse des métaux, mais qu’il ne sut pas expliquer.
- L’an dernier, M. Cohen en reprit l’étude et lui donna le nom de maladie de Vécrouissage. Il en démontra d’abord l’évolution sur l’étain.
- Pour cela, il posa des papiers d’étain infectés sur une plaque de fer-étamé et, après divers traitements dans le détail desquels nous ne saurions entrer, il vit les plages en contact avec le papier d’étain devenir mates et cristallines. L’habile professeur d’Utrecht interprète les résultats obtenus de la manière suivante. Il considère l’étain écroui (laminé, fer-blanc ou papier d’étain) comme un produit métastable, autrement dit en voie de recristallisation. A la température ordinaire, le passage à la forme plus stable, qui est l’étain gris, s’opère avec une vitesse très faible. Celle-ci s’accroît
- Fig. 2. — Surface d’un bloc d’étain de Banca parsemée de verrues grises après trois semaines de maladie.
- Fig. 3. — Morceau du toit de l’Hôtel de Ville de Rothen-burg infectée par la peste de l’étain.'
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- LES MALADIES CONTAGIEUSES DES MÉTAUX ======= 27
- considérablement, soit par élévation de température jusqu’à une certaine limite, soit par contact avec la forme la plus stable. En définitive, le fer-blanc et le
- Fig. 4. — Cafetière ancienne percée par la peste de l’étain.
- papier d’étain se trouvent toujours à l’état méta-stable. Ils le sont au-dessus de H- 18° par rapport à l’étain non écroui et au-dessous de cette température aussi bien vis-à-vis de l’étain blanc que de l’étain gris.
- Ces travaux éclairent donc d’un jour nouveau
- Fig. 5. — Feuille de papier d’étain atteinte delà maladie de l'écrouissage.
- bien des phénomènes qui avaient lassé la patience des techniciens.
- M. Cohen a « diagnostiqué » aussi sur d’autres métaux la maladie de l’écrouissage. En voici un cas
- susceptible de se renouveler très souvent. Il s’agit de récipients de lampes en laiton laminé : ces lampes se trouvaient en service depuis près de trois ans, et hors d’usage lorsque le laiton apparut complètement corrodé. Bien que la composition chimique du métal n’eùt pas varié, sa cohésion avait disparu, provoquant de-ci, de-là, des fentes et des trous. L’analyse microscopique prouva que, par suite de recristallisation, le passage de l’état métastable à un état plus stable avait déterminé la corrosion de la matière en certains endroits. Le contact d’une lampe
- Fig. 6. — Inoculation de la maladie de l’écrouissage en divers points d’une plaque de fer-blanc.
- malade suffit à contaminer en peu de temps une lampe saine.
- D’autre part, dans des fabriques d’acide sulfurique, on constate quelquefois que le plomb des chambres devient cassant en plusieurs places sans être chimiquement attaqué. En l’espèce, il s’agit encore d’une recristallisation favorisée par la température de 40° à 60° que supportent ces parois métalliques.
- M. Cohen porte actuellement ses investigations sur la pathologie du fer qu’il ne tardera sans doute pas à élucider. En tout cas, ses originales recherches ouvrent des horizons insoupçonnés aux ingénieurs et aux chimistes. Jacques Boyer.
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- COMMENT ON MESURE LA RADIOACTIVITÉ
- La découverte de la radioactivité a bouleversé les conceptions des physiciens sur la constitution de la matière et ouvert un champ tout nouveau et des plus vastes aux investigations des expérimentateurs. Il paraît intéressant d’indiquer ici sommairement les procédés de recherche qui sont en usage actuellement pour déceler et mesurer les propriétés actives des corps.
- Nous exposerons succinctement, tout d’abord, le principe des méthodes employées le plus généralement dans les laboratoires, et nous signalerons pour terminer le procédé de « dosage du Radium par la mesure de l’émanation dégagée », indiqué tout récemment par Mme Curie h
- On sait que le phénomène de la radioactivité a été découvert par Henri Becquerel en 1896. Ce savant avait disposé une plaque photographique dans un châssis opaque en toile noire, fermé d’un côté par une lame d’aluminium; une lamelle d’un sel d’uranium était assujettie avec des bandes de papier sur le métal ; après une pose de quelques heures dans l’obscurité, on voyait apparaître au développement la silhouette de la lame cristalline sur le cliché; le sel d’argent avait été réduit parles composés d’uranium.
- Ce procédé, presque uniquement qualitatif, est encore employé actuellement pour déceler une source radiante un peu intense. On dispose, dans une boîte en bois noircie intérieurement et bien étanche à la lumière (fig. 1), une plaque photographique : la parcelle du corps à éprouver, soigneusement enveloppée de papier noir pour éviter les actions chimiques au contact, est placée sur la couche sensible. On observe, après des poses plus ou moins longues, s’il y a ou non apparence d’impression au développement.
- Un deuxième procédé, essentiellement qualitatif, consiste à exposer un écran fluorescent ou phosphorescent à l’action de la substance à étudier : la matière révélatrice est constituée, le plus souvent, par du platinocyanure de baryum ou du sulfure de zinc, qui, réduits en poudre, sont répandus sur l’écran, préalablement enduit d’une solution à faible teneur de gomme.
- Pour déceler l’activité d’un corps d’une façon précise, il faut s’adresser aux électroscopes ou aux électromètres.
- L’électroscope habituellement employé est du type « à feuilles d’or ou d’aluminium ». C’est un appareil de démonstration si connu que nous n’en donnerons ni la description ni le mode d’emploi en électrostatique. Pour les recherches qui nous occupent, on ad-
- 1 Le Radium, t. VII, fasc. 3.
- Fig. i.
- L’expérience de Becquerel.
- Une substance radioactive agissant dans l’obscurité sur une plaque photographique.
- joint à l’électroscope un condensateur formé de deux plateaux métalliques À et B (fig. 2). À est en communication avec la tige T qui supporte les feuilles et isolé de la cage C par un bouchon isolant a : le plateau B est relié à la cage, et celle-ci au sol.
- On sait que les substances radioactives ont la propriété d’ioniser les gaz dans leur voisinage, c’est-à-dire de rendre ces derniers conducteurs de l’électricité. Ceci posé, si l’on étend sur le plateau B une couche mince d’un corps radioactif, et qu’on charge l’électroscope, le système, formé par la tige T, les feuilles FF et le plateau À, se trouvera porté à un potentiel élevé, tandis que B sera au potentiel de la cage, c’est-à-dire zéro. L’électricité traversera donc le gaz ionisé de A à B et se répandra dans le sol. On aura ainsi déterminé une fuite dans l’appareil et les feuilles FF, qui divergeaient, retomberont. Plus elles retomberont vite, plus la fuite sera considérable, c’est-à-dire, plus l’air sera ionisé entre À et B, plus la substance déposée sur B sera active. Si l’on a étalonné antérieurement l’appareil avec un corps connu, par exemple l’uranium ou le radium, on pourra déduire de la vitesse de chute des feuilles, la mesure de la radioactivité de la substance étudiée.
- Fig. 2. — Mesure de la radioactivité par l’électroscope à feuille d'or. La substance étudiée est placée sur le plateau B.
- Fig. 3. — L’électromètre à quadrants et son montage pour une mesure de radioactivité.
- L’électroscope est un appareil très simple, facile à construire avec les ressources ordinaires des laboratoires les plus modestes et qui peut donner des résultats très suffisamment précis (à 2 ou 5 pour 100 près) entre les mains d’expérimentateurs habitués à son maniement.
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- COMMENT ON MESURE LA RADIOACTIVITÉ ====== 29
- L’électromètre à quadrants est également un instrument connu dont nous ne rappellerons ici que les parties essentielles : une aiguille d’aluminium G (fig. 3) en forme de 8 est suspendue en son centre de gravité o à un fil métallique f, dont l’extrémité inférieure plonge dans un vase rempli d’acide sulfurique et qui se termine en haut par un crochet C ; ce crochet fixe l’équipage à un bifilaire en fil de coton. L’aiguille G est ainsi mobile autour d’un axe vertical, dans une boîte cylindrique fermée, qui a été coupée en 4 quadrants suivant 2 plans diamétraux rectangulaires. Les quadrants Q1 et (]2, Q2 et (fi, sont reliés entre eux 2 à 2 par un fil. Par l’intermédiaire de l’acide sulfurique conducteur , on porte l’aiguille G à un potentiel élevé au moyen d’une batterie de piles P, dont un des pôles est à la terre. L’appareil est réglé quand, l’aiguille étant chargée, elle ne dévie pas lorsqu’on por te les 2 paires de quadrants à un même potentiel : si le système Q1? Qs est porté à un potentiel diffé-
- rent de celui du système Q2 Q4, l’aiguille dévie d’un certain angle, qui est lu par la méthode optique sur une règle divisée, grâce au miroir M. Un étalonnage préalable permet de transformer immédiatement en volts, la lecture de la règle divisée.
- Le mode opératoire est alors facile à concevoir. La substance à étudier est répandue sur le plateau B (fig. 4] du condensateur (AB) précédemment décrit (fig. 2) : ce plateau B est relié à l’un des pôles d’une batterie P2 dont l’autre pôle est à la terre. Le plateau À est connecté à l’une des paires de quadrants Qt Q3, l’autre paire étant à la terre.
- Au début de l’expérience, l’interrupteur I est fermé ; les 2 paires de quadrants sont au sol. Dès qu’on ouvre, le système Q5 se trouve isolé et reçoit une charge qui lui vient de B par l’air ionisé entre À et B : on note la déviation de l’aiguille G correspondant à l’état d’équilibre; plus la substance déposée sur le plateau B est radioactive, plus la déviation lue sera grande.
- L’électromètre à quadrants est assez difficile à manier, et est d’un prix relativement élevé. Déplus, le modèle type que nous avons décrit est pourvu d’une capacité (acide sulfurique) préjudiciable à la sensibilité. Aussi a-t-il dù subir dans la pratique de nombreuses modifications.
- Avec les appareils les plus perfectionnés, on arrive à déceler des traces de corps que le spectroscope lui-même serait impuissant à révéler ; la sensibilité de la méthode électrique est, en effet, plusieurs milliers de fois supérieure à celle du spectroscope.
- Fig. 5. — Èlectroscope q FF mesurant la radioactivité de Pair chargé d’émanation par son passage sur de l’hydrate de thorium n.
- r ©T r—
- F, Aï
- Tous les procédés de mesure exposés jusqu’ici mettent en jeu le corps à étudier lui-même. On sait cependant que les substances radioactives émettent des produits gazeux qui possèdent des propriétés actives très nettes. Si, par exemple, dans un tube 1.1. (fig. 5), on dispose une nacelle n contenant de l’hydrate de thorium, qu’on insuffle dans ce tube de l’air inactif et qu’on fasse lécher, par ce courant d’air, la boule d’un èlectroscope chargé, celui-ci se déchargera. Ces produits gazeux actifs sont connus sous le nom d’émanations. La solution d’un corps actif dans un liquide est également accompagnée d’émanations.
- L’expérience montre que la quantité d’émanation q, émise par un poids p d’un corps radioactif, est proportionnelle à ce poids : c’est dire que l’on peut écrire : q = K p, K étant une constante.
- Supposons que l’on ait préparé une solution d’un sel de radium contenant un poids P de radium par cm. cube de liquide : elle donnera une quantité Q d’émanation. Si, d’autre part, on recueille une quantité Qr d’émanation provenant d’une solution conte-
- nant un poids inconnu X de radium par centimètre cube, on aura les 2 relations.
- P — K Q ( c’est-à-dire X = P Q'
- X = lv (Y ( ~ Q .
- Tout revient à mesurer les quantités Q et Q' pour obtenir le poids cherché X.
- U | Plusieurs méthodes ont été proposées à cet effet : Mme Curie signale la suivante. On dépose quel-
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- ques centimètres cubes de la solution d’un sel de radium dans un barboteur (fig. 6). Ce barboteur est en relation avec un condensateur à gaz (fig. 6) ; le volume de ce dernier est environ vingt fois celui du barboteur. On reconnaît sur la figure les armatures du condensateur dont l’une est reliée au sol, l’autre à l’un des pôles d’une batterie de piles : l’électromètre est relié à l’aiguille a. On transporte l’émanation du barboteur dans le condensateur à gaz en faisant le vide dans ce dernier. Pour cela on ferme le robinet N et on met le condensateur en communication avec la machine à vide en ouvrant le robinet R. Puis on aspire l’air chargé d’émanation contenu dans le barboteur en ouvrant N après avoir ferme R et M. R restera alors fermé jusqu’à la fin de l’expérience. Une fois l’équilibre établi la pression dans l’ensemble barboteur condensateur est encore inférieure à la pression atmosphérique ; on peut donc en fermant N et en ouvrant M introduire à nouveau de l’air dans le barboteur, et, par la manœuvre des robinets précédemment décrite, faire passer une nouvelle quantité d’émanation du barboteur dans le condensateur. On recommence cette opération un nombre de fois suffisant et, pour terminer, on laisse
- s’établir la pression atmosphérique dans l’ensemble en ouvrant à la fois M et N. Une fois toute l’émanation passée du barboteur dans le condensateur, on établit la différence de potentiel entre les armatures et on note, comme nous l’avons vu plus haut, la déviation de l’électromètre. De la valeur du courant ainsi obtenu, on tire la valeur de la quantité d’émanation recueillie par une formule simple.
- Mme Curie a obtenu de bons résultats en faisant trois aspirations et trois rentrées d’air en cinq minutes, suivies du passage pendant dix minutes d’un courant d’air régulier.
- La méthode qui vient d’ètre décrite permet de doser des quantités de radium de l’ordredelO-3 gr. = Ogr. 000.000.001.
- Ces dernièrs résultats attestent la fécondité de cette science toute nouvelle, qui prenait naissance il y a 15 ans à peine. Non seulement, elle s’est développée par elle-même et dans sa propre direction ; mais, venant en aide aux autres branches de la physique et de la chimie, elle offre déjà des procédés d’analyse dont la sensibilité et la précision semblaient ne jamais pouvoir être atteintes.
- André Conté.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 juin 1910. — Présidence de M, E. Picard.
- La transmission de l'heure aux navires. — M. Poincaré rappelle que le lieutenant de vaisseau Tissot, frappe de ce fait que les caboteurs n’étaient point pourvus de chronomètres, mais de montres, eut l’inspiration d’appliquer la télégraphie sans fil à la transmission de l’heure à ces navires. Actuellement les appareils de la tour Eiffel permettent de transmettre des signaux dans la Méditerranée et dans une partie de l’Atlantique Nord. Ces signaux permettront de régler les montres comme les chronomètres, s’ils peuvent être reçus. Les caboteurs n’étant pas munis d’installation concernant la télégraphie sans fil, M. Tissot a construit un récepteur convenant à ces bateaux et coûtant un prix modique. M. le commandant Guillou, chargé par le bureau des longitudes de mettre en pratique l’idée de M. Tissot, s’est assuré le concours de l’Observatoire. Actuellement les signaux sont lancés chaque soir à minuit, depuis le 25 mai et, coïncidence singulière, à la même date, sans accord préalable, des signaux étaient lancés par un poste allemand situé à Nordreicli sur la mer du Nord. Ce dernier poste envoie l’heure de Greenwich qui diffère de 9m21s de celle de Paris. Il y a donc peu de raisons de croire que les signaux allemands puissent contrarier les signaux français. Néanmoins M. Poincaré comme M. le Secrétaire perpétuel Darboux, estiment qu’il y a là matière à réglementation internationale.
- La comète de Halley. — M. BigoUrdan présente une Note de M. Comas Sola, directeur de l’Observatoire de Barcelone, sur les transformations de la comète de Halley. L’auteur a distingué le 51 mai un amas de matière brillante et diffuse située à une.assez forte distance du vrai noyau. La photographie a montré également cet amas qui fut moins visible le lendemain, peut-être à cause de
- l’état du ciel. Mais le 2 juin, par un ciel pur, il a pu revoir cet amas diffus. M. Baillaud annonce que pareillement M. Giacobini, à l’Observatoire de Paris, a distingué deux noyaux.
- Toxicité du lait sous l'influence de la nourriture. — M. Maquenne résume un travail de MM. Crochetelle et Stoecklin d’Amiens, dans lequel les auteurs signalent la présence accidentelle de divers sulfocyanures dans le lait de vaches. Ces poisons violents sont apparus sous l’effet de l’alimentation. Les vaches recevaient des tourteaux de lin falsifiés avec des crucifères. Ces plantes, au contact de l’eau, dégagent de l’essence de moutarde ou sulfocyanure d’allyle. Il importe donc de surveiller de très près l’emploi des tourteaux, et notamment ceux de crucifères. Les auteurs poursuivent leur étude qui a une certaine importance au point de vue de l’alimentation des nourrissons.
- Roches des environs de Cherchell. — M. Pierre Termier expose les résultats obtenus en collaboration avec M. Jacques de Lapparent relativement à l’étude minéralogique et chimique précise de quelques roches éruptives d’àge tertiaire de la région de Cherchell (Algérie). L’objet principal de la note des auteurs est de rappeler l’attention des lithologistes et des géologues sur cette région, qui constitue une véritable province pétrogra-phique étudiée autrefois, mais trop sommairement par MM. Curie et Flamand et digne d’une, description très détaillée où l’on utiliserait toutes les ressources de la pétrographie moderne. Les roches forment une série assez différenciée dont le type moyen est une monzonite à mica noir et pyroxène.
- Appareil de sauvetage destiné aux matelots dessous-marins. — M. Carpentier décrit, au nom de M. George
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- CHRONIQUE — UNE TURBINE A EAU MINUSCLE : 31
- F. Jaubert, un appareil de sauvetage en usage sur les sous-marins anglais. Il s’agit d’un vêtement en tissu caoutchouté descendant jusqu’à la ceinture muni d’un casque respiratoire très léger. Ce vêtement porte, à la hauteur de la poitrine de l’homme, une boite métallique à deux compartiments réunis par le bas et contenant chacun un panier en tôle perforée destiné à recevoir de l’oxylithe en granules. Un tube en caoutchouc, portant une embouchure que l’homme s’introduit dans la bouche, amène à la partie supérieure de l’un des compartiments
- l’air expiré. Cet air, après avoir passé de l’un dans l’autre compartiment au contact de l’oxylithe, ressort par le haut du 2e compartiment complètement débarrassé d’acide carbonique et enrichi d’oxygène ; il vient s’accumuler dans le casque respiratoire. En cas de naufrage les hommes, après avoir revêtu le vêtement, s’appliquent à ouvrir le « capot » de façon à sortir de la coque du sous-marin. Ils remontent ensuite à la surface tout naturellement. L’appareil, grâce à une poche à air, les aide à flotter.
- Ch. de Villedeuu,.
- CHRONIQUE
- Le transport des poissons et l’automobilisme.
- — On sait que le poisson, denrée périssable, doit être transporté aussi rapidement que possible, afin d’arriver en parfait état de fraîcheur sur les lieux de consommation. Depuis quelque temps, on reçoit à Paris, grâce à l’automobilisme, des truites vivantes pêchées la veille. Mais la difficulté était de transporter le poisson sans avaries, et, pour cela, de le placer dans des conditions lui permettant de vivre comme s’il était demeuré en rivière. Pour ne pas grever le prix de vente, il était indispensable aussi d’effectuer Je transport rapidement et économiquement, dans des réservoirs bien aérés.
- Le problème est résolu, aujourd’hui, par l’emploi de l’aquarium automobile. L’établissement de pisciculture de Bessemont, dans la Côte-d’Or, bien que distant de 250 km de Paris, est parvenu à des résultats très remarquables. Il utilise un châssis automobile de tourisme, moteur de 22 chev., donnant une vitesse moyenne de •40 km à l’heure, sur lequel est placé un réservoir en tôle galvanisée, de grande dimension, pouvant recevoir 100 kg de poisson et même davantage. La truite étant un poisson fragile, hors de la rivière, il lui a fallu lui donner l’illusion de l’existence en pleine eau avec la fraîcheur et l’aération nécessaires à sa parfaite vitalité. Ce résultat a été ingénieusement obtenu à l’aide d’une pompe actionnée par le moteur de la voiture. Cette pompe aspire l’eau à la partie inférieure du réservoir et la refoule en haut, en un jet tumultueux et bouillonnant et forcément aéré, de manière à faciliter, autant que possible, la dissolution de l’air nécessaire à l’existence des poissons qui se trouvent rapprochés pendant toute la durée de leur séjour dans le réservoir.
- L’expérience a parfaitement réussi, ainsi que le rapporte M. Aimé Villet, dans le journal L’Automobile.
- Les poissons ne souffrent pas du voyage, même pendant l’été ; la vitesse de marche de l’automobile rafraîchit suffisamment l’eau ; s’il en était autrement, avec un peu de
- glace autour du tuyau de refoulement, il serait facile d’obtenir la fraîcheur nécessaire.
- A l’arrivée à Paris, les poissons, recueillis à l’aide d’une épuisette, sont portés dans un aquarium à parois de verre transparent, en attendant la vente. Les poissons de mer, généralement moins fragiles, seraient d’un transport plus facile ; on les conserve bien dans la glace ou dans des chambres réfrigérantes. Mais, s’ils arrivaient vivants, grâce à l’aquarium automobile, ce serait pour le consommateur une garantie absolue, et il se peut que ce nouveau mode de transport permette de recevoir des soles et des turbots vivants, des ports de Boulogne et de Dieppe, qui ne sont pas très éloignés de Paris. Il serait de même fort utile aux établissements et stations piscicoles, pour le repeuplement des cours d’eau.
- Une grande muraille préhistorique découverte en Algérie. —- M. L. Jacquot, auquel La Nature doit déjà bien des notes d’archéologie et d’ethnographie algériennes, vient d’accomplir une curieuse randonnée scientifique dans le Sud du département de Constantine. Sachant qu’il existait dans la commune mixte des Rihras les restes d’un mur préhistorique d’un développement considérable. M. Jacquot s’est rendu dans le massif de Bou Thaleb — montagne très connu'e comme on sait, pour ses mines de calamine — et, à cheval, il a suivi pendant quatre jours le fameux mur, appelé par les indigènes Kret Faraoux (Sillon de Pharaon). Il estime que son développement peut être de 100 km ! Ce mur ferait le tour complet du massif du Bou Thaleb et serait encore reconnaissable sur presque tout son parcours. Nous n’avons reçu de l’explorateur qu’une simple note : il dit croire à un mur d’enceinte, de construction pré-romaine, sans cependant s’expliquer encore bien l’utilité d’un aussi gigantesque travail et sans pouvoir fixer avec certitude l’àge de cette immense muraille, qui a cependant précédé sûrement l’époque des dolmens.
- UNE TURBINE A EAU MINUSCULE
- Il n’est personne, je pense, qui n’ait parfois ou souvent songé à utiliser les réserves de force motrice qui se dissimulent dans nos banales conduites d’eau domestiques.
- L’eau qui nous arrive des réservoirs de la Ville possède une certaine pression; lorsque nous ouvrons notre robinet, elle s’écoule avec une vitesse qui dépend de cette pression ; ce sont là des éléments qui peuvent être utilisés pour produire de la force. motrice, ils le sont dans les grandes installa-
- tions industrielles ; ne peuvent-ils l’être, à une échelle réduite, dans nos appartements 1 II ne s’agit pas, bien entendu, d’installer une usine dans une cuisine. Les éléments constitutifs de l’énergie d’une chute, d’eau sont, on le sait ; la hauteur de chute et le débit ; la hauteur de chute dépend ici de l’altitude du réservoir d’où provient l’eau, et de la résistance opposée au mouvement du liquide par les multiples canalisations qu’il traverse; quant au débit il est déterminé par la section du tuyau d’amenée ; cette
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- UNE TURBINE A EAU MINUSCULE
- Le Turbineau. Aspect extérieur.
- section presque toujours très faible, limite strictement l'énergie disponible à une fraction bien réduite de cheval-vapeur.
- Cependant, cette parcelle de force motrice pourrait rendre dans bien des cas de réels services : pour actionner de petits ventilateurs d’appartement, par exemple, sans s’imposer l’ennui d’une installation électrique, ou encore pour faire tourner une petite dynamo capable de recharger des accumulateurs d’allumage pour automobiles; pour mouvoir de petites meules des machines à coudre, voire parfois des machines à calculer, tous appareils qui exigent une très faible force motrice.
- Il est facile de concevoir une turbine capable de fonctionner sous l’action de l’eau coulant d’un robinet.
- Tous les modèles éprouvés aujourd’hui dans la grande industrie sont là pour guider notre inspiration ; malheureusement ceux-ci ont tous été construits pour les puissances élevées ; ces machines considérables ont pu être munies d’organes délicats minutieusement étudiés, exécutés avec tout le soin mécanique possible, et qui assurent un rendement satisfaisant.
- Les" règles de construction des grandes turbines ne peuvent être observées pour de petites machines de dimensions .infiniment réduites, et qui doivent avant- tout, sous peine de n’ètre que des curiosités, être d’un prix abordable.
- Une petite turbine domestique doit être d’une construction très simplifiée, tout en gardant un rendement suffisant. Cette double difficulté a jusqu’ici paralysé la plupart des inventeurs qui ont cherché à créer un appareil de ce genre.
- M. Paul Malleville paraît l’avoir heureusement vaincue dans le « Turbineau » dont les figures ci-jointes montrent les principales caractéristiques.
- Cette petite turbine hydraulique a été étudiée d’après les principes de la roue Pelton. Rappelons en quoi consiste la roue Pelton : c’est essentiellement une roue à axe horizontal, munie d’aubages. Au moyen d’un ajutage, disons mieux d’une lance, disposée horizontalement, en dessous de la roue, l’eau motrice
- frappe, d’un seul jet, au centre des aubages, lorsqu’ils passent sensiblement dans la verticale du centre. Ces aubages ont la forme de deux godets accolés disposés symétriquement par rapport au plan vertical du centre de la roue. Les roues Pelton de la grande industrie exigent des aubages étudiés, construits et montés avec le plus grand soin.
- M. Malleville, . pour réaliser sans trop de frais, les conditions remplies par ces grandes turbines, a établi la roue de son « turbineau », de la façon suivante : elle est emboutie dans deux disques de laiton accolés, et il résout ainsi d’un même coup le problème de la forme rigoureuse des augets, celui de l’absence de rugosité, celui de l’équilibrage parfait de la roue, et enfin celui de la fabrication économique.
- Le disque moteur et l’ajutage d’amenée sont enfermées dans un solide carter en fonte d’une grande stabilité. L’entretien se réduit à regarnir de temps à autre les deux graisseurs à graisse consistante dont sont munis les paliers de l’arbre du disque moteur.
- Le plus petit modèle, construit parM. Malleville, donne une puissance effective de 3 à 4 kilogram-mètres par seconde.
- C’est peu, évidemment, mais déjà suffisant pour
- En haut : le moteur démonté. — En dessous : applications à un ventilateur et à une dynamo.
- . i .- )
- les petites applications domestiques dont nous avons parlé plus haut. R. Villers.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1934.
- 18 JUIN 1910
- COMMENT MIEUX ASSURER LE SAUVETAGE DES SOUS=MARINS
- Les accidcnls auxquels sont exposés les sous-marins ont tout naturellement mis en mouvement l’esprit des inventeurs et on n’en est plus à compter les procédés plus ou moins ingénieux qui ont été proposés pour ramener à la surface les sous-marins ou tout au moins les équipages que la mer a engloutis.
- Il faut d’ailleurs s’en féliciter. Le souci de sauver l’existence de braves gens, agonisant dans une tombe d’acier, est noble et grand, et si l’on peut trouver fastidieux l’examen de cette foule d’inventions, parmi lesquelles un grand nombre manque sans doute de portée, il faut se dire que de cet amas sortira peut-être quelque jour le moyen sûr de diminuer dans de grandes proportions, sinon de faire dispa-
- ses lecteurs1. Voici comment on a opéré pour le Narval. Des scaphandriers ont vissé sur la coque du sous-marin des tubulures qui aboutissaient à de puissantes pompes de compression d’air portées par d’autres sous-marins amenés au-dessus de l’épave. Ces navires en sont régulièrement munis pour chasser l’eau de leurs water-ballast et charger les réservoirs à air de leurs torpilles.
- L’air envoyé par ces pompes refoulait aisément l’eau qui ressortait par les ouvertures, qui lui avaient donné accès. On arrivait ainsi rapidement à délester le Narval d’un poids d’eau considérable que remplaçait une égale quantité d’air sous-pression. Dans ces conditions il devenait facile de relever la coque au moyen des pontons.
- L’appareil Mesnard. — Fig. i. — F, flotteur vertical formant bouée, qui se détache de la coque du sous-marin. T, tringle fixée sur la coque du sous-marin. — Fig. 2. Bouée à échappement automatique. T, tringle fixée sur la coque et capable de supporter l’effort des appareils de relevage. V, volant d’un tampon obtu-rant le passage de la cordelette fixée à la bouée. S, bloc de sucre pouvant se fondre au contact de l’eau introduite dans le sous-marin et libérant la cordelette et la bouée. B, treuil sur lequel est enroulé un fil d’acier faisant suite à la cordelette de la bouée. — Fig. 3. Croc de la chaîne de relevage, s’accrochant . automatiquement autour de la tringle du sous-marin. R, corde servant à manœuvrer les mâchoires C du ;
- croc. — Fig. 4. Le croc refermé sur la tringle T.
- raître, les chances de catastrophes comme celles que la France déplore aujourd’hui.
- Aussi La Nature a-t-elle jugé utile d’examiner quelques-unes des idées qui se sont fait jour à ce sujet.
- Nous avons jeté un coup d’œil, dans un article précédent, sur les procédés dont on a fait ou dont on est prêt à faire usage en France et à l’étranger, pour ramener à la surface de l’eau les sous-marins coulés. 11 en est un autre hase sur l’emploi de l’air comprimé et qui a été l’objet d’intéressantes expériences faites à Cherbourg, sur l’ordre de l’amiral Boué de Lapeyrère, en février 1910. Le submersible déclassé Narval, coulé au fond du port, a été ramené à flots par ce procédé, employé d’ailleurs par un certain nombre de Compagnies de sauvetage dans des circonstances dont La Nature a déjà entretenu
- SS0 année. — 2'-' semestre.
- Mais il est utile de faire remarquer que ce procédé implique que la brèche par laquelle l’eau a envahi le sous-marin est placée dans la partie inférieure de la coque, sans quoi, si c’est la partie supérieure qui est déchirée, l’air comprimé ressortira immédiatement sans produire aucun effet. Or ce dernier cas sera le plus fréquent, l’abordage restant en somme le danger le plus sérieux auquel sont exposés les sous-marins tels qu’ils sont conçus aujourd’hui et devant presque fatalement intéresser le haut de la coque. Il faut encore que le bâtiment porte les installations nécessaires à la mise en place des tubes qui amèneront l’air comprimé. Mais c’est là un détail facilement réalisable.
- 1 Voy. n° 1925 du 2 avril 1910.
- 3. — 55
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- 34 = COMMENT MIEUX ASSURER LE
- Un ouvrier de l’arsenal de Rochefort, M. Fouge-roux, a inventé un procédé par lequel un sous-marin coulé remonte automatiquement à la surface et peut s’y maintenir un certain temps. Les détails de l’invention ne sont pas divulgués, mais il paraît que des expériences sérieuses exécutées tant à Rochefort en février 1910 que dans le bassin des essais de carènes de la marine, à Grenelle, ont donné des résultats satisfaisants.
- Beaucoup d’inventeurs ont cherché a établir un système de bouée ou de signal quelconque qui, se détachant de la coque du batiment coulé, apporterait aux sauveteurs non seulement une indication exacte du point où est située l’épave, mais encore et surtout leur donnerait le moyen, soit de communiquer avec l’équipage par un fil téléphonique, soit de guider jusqu’à l’épave les crocs et autres appareils que l’on cherchera à y fixer.
- Cette partie du problème du sauvetage est d’ail-
- Fig. 5. — Les casques respiratoires employés par la marine anglaise pour le sauvetage des hommes dans un sous-marin coulé.
- leurs résolue, mais non d’une façon entièrement satisfaisante. Tous nos sous-marins portent une bouée de ce genre placée à l’arrière, mais elle doit être délivrée par l’équipage lui-même et de l’intérieur du navire. Dans le cas du Pluviôse, la bouée-téléphone n’est pas venue à la surface, soit parce qu’elle a été détruite par l’étrave du vapeur qui l’a abordé, soit parce que les hommes du sous-marin qui auraient été en position de la faire flotter ont péri dès le premier moment. Quoi qu’il en soit, il semble qu’il serait utile de disposer un de ces engins à l’arrière et un autre à l’avant. De plus il serait très utile d’installer ces bouées de façon qu’elles puissent se détacher automatiquement de la coque, en cas d’accident, sans le concours de l’équipage.
- M. Mesnard, professeur à l’Ecole des Sciences de Rouen, est l’inventeur d’un système de bouée à déclenchement automatique dont nous donnons un dessin (fig. 1 à 4) et qui paraît intéressant. La corde de la bouée est maintenue par un tampon où figure un bloc de sucre qui fondrait au contact de l’eau, au cas où celle-ci aurait envahi l’intérieur de la coque. M. Mesnard a également présenté un système d’accrochage des chaînes de relevage.
- SAUVETAGE DES SOUS-MARINS : ...
- Il faut encore citer les idées qui se rapportent à l’emploi des aimants. On peut l’envisager de deux façons, soit que les aimants servent à rechercher le point précis où gî t l’épave, soit même, comme le suggère la lettre ci-contre, à relever cette épave en appliquant sur elles un certain nombre d’aimants puissants.
- Passons maintenant à l’examen des méthodes préconisées pour permettre à l’équipage de se sauver. La principale est sans doute celle qu’a adoptée la Marine Anglaise. Elle comporte la délivrance à chaque homme d’un casque respiratoire dont le fonctionnement est basé sur un principe découvert en 1898, en France, par M. Georges Jaubert1.
- Ce casque contient des tablettes d’oxylithe; au contact de la vapeur d’eau provenant de la respiration, ces tablettes dégagent de l’oxygène, et laissent un résidu caustique qui avec l’acide carbonique dégagé des poumons forme un carbonate.
- L’air est par suite purifié et réoxygéné et peut se renouveler et resservir indéfiniment.
- De plus, si l’homme muni de cet appareil s’enfonce dans l’eau, celle-ci comprime l’air renfermé dans le casque. On peut ainsi descendre à une profondeur de 10 à 12 m. avant que l’eau atteigne la bouche.
- Pour permettre aux hommes du sous-marin de chercher leurs casques et de les placer sur leur tête en cas d’accidents, l’amirauté munit ses sous-marins d'une cloison longitudinale placée sur chaque côté de la coque et n’en occupant que la partie supérieure. On forme ainsi une sorte d’onglet où l’air se comprime sous l’effort de l’eau et où l’équipage se réfugierait pour revêtir les casques.
- Après quoi, suivant les circonstances, il pourrait chercher à fuir le navire, soit en passant par un panneau que l’équilibre des pressions permettrait d’ouvrir, soit même par la brèche de la coque.
- Se rattachant à cette idée, il faut citer encore les nombreuses propositions tendant à munir les sous-marins de chambres de sauvetage, à sas, par lesquelles les marins munis de scaphandres ou d’appareils comme celui dont il vient d’être parlé passeraient, au moyen d’une double porte, du bâtiment à la mer.
- Malgré leur simplicité apparente, la plupart de ces procédés sont encore, on le voit, d’un emploi assez difficile et exigent des installations bien compliquées. Ce n’est certes pas une raison de les écarter a priori. Mais la sécurité de la navigation, sous-marine doit avant tout être cherchée dans l’amélioration des conditions où elle s’exécute, et, à ce point de vue, d’immenses progrès ont été réalisés. Les chances d’accident provenant du fonctionnement des appareils, dans les navires des derniers modèles sont presque nulles. Il reste les hasards de la navigation. Comptons sur l’habileté et la science professionnelle de nos officiers pour les éviter. Sauvaire Jourdan.
- Capitaine de frégate de réserve.
- 1 Communication à l'Académie des Sciences, par M. Carpentier le 5 juin 1910.
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- LE RENFLOUEMENT DES SOUS-MARINS PAR LES ÉLECTRO-AIMANTS
- à utiliser l’Électro-aimant, dont l’emploi se répand de
- Mous recevons de M. J.-C. Scaillcs l’intéressante lettre ci-dessous1. Elle exprime pour le sauvetage des sous-marins une idée qui paraît très susceptible d’application pratique et qui nous semble mériter un examen attentif.
- Paris, le 9 juin 1910.
- Monsieur le Directeur,
- (t Au moment où se calme à peine l’émotion soulevée par le tragique accident du Pluviôse et où les difficultés et les lenteurs du renflouage sont encore présentes à tous les esprits, peut-être jugerez-vous bon de donner l’hospitalité de vos colonnes à une idée, banale sans doute, mais que je crois de nature à permettre de réaliser beaucoup plus rapidement que par les procédés actuels le relèvement et le renflouage d’un sous-marin naufragé.
- L’intérêt qu’il y aurait à obtenir ce résultat est trop évident pour qu’il soit utile d’y insister et l’agonie du Lutin et du Farfadet sont des exemples malheureusement trop réels de l’importance d’une action aussi rapide que possible pour sauver les survivants, quand il en reste, avant qu’il soit trop tard.
- Sans doute dans le cas de ces deux navires, la difficulté de passer les chaînes sous la coque fut un obstacle considérable, mais l’exemple du Pluviôse vient de démontrer que les boucles de sauvetage sont un remède encore bien insuffisant et que les difficultés du « maillage » et de l’accrochage restent telles que l’on fût sans doute arrivé trop tard, cette fois encore, s’il y avait eu des survivants. La lenteur, l’incertitude et le peu d’efficacité des procédés actuels sont démontrées mieux encore par l’exemple récent du C-Tl anglais que l’on dut renoncer à relever, après deux mois de vains efforts.
- Dans ces conditions, il m’a semblé qu’il fallait chercher un dispositif qui permît de réaliser « l’accrochage » à peu près automatique de la coque quels que soient son état et ses avaries et de commencer instantanément le relèvement du bâtiment naufragé.
- Envisagée de ce point de vue, la question s’est présentée à mon esprit sous cet aspect très simple d’une masse de tôles à soulever et j’ai tout naturellement songé
- plus en plus dans l’industrie, pour le transport des masses de fer, par accrochage magnétique.
- Les avantages de cette façon de procéder seraient multiples, puisque les difficultés du maillage disparaîtraient et que, du même coup, il deviendrait possible d’employer un plus grand nombre de chaînes et d’obtenir ainsi une bien meilleure répartition des efforts. Le rôle du scaphandrier se bornerait à guider l’opération et à donner ou à faire donner le courant, au moment voulu. En cas de naufrage en eaux très profondes, il serait possible même de se passer de son concours.
- Au point de vue technique, le procédé ne se heurte à aucune objection grave : les constructeurs envisagent sans peine la fabrication d’Electro-aimants de 50 et 100 tonnes et la consommation du courant, à peu près nulle en théorie, reste en pratique dans des limites très acceptables.
- D’autre part, la construction d’appareils spéciaux, pour emplois sous-marins, permettrait d’avoir un refroidissement très efficace et par conséquent un effet utile plus grand que dans l’air, à volume égal.
- L’isolement imperméable nécessaire ne présente aucune difficulté. Enfin pour assurer le bon contact entre la coque et les pièces polaires, il serait facile soit d’employer la solution habituelle en éléments à ajustage automatique (type A. E. G. par exemple), soit encore de fabriquer ces pièces polaires en deux parties, l’une fixe, l’autre mobile, de forme appropriée à celle de la coque de chaque sous-marin et à la courbure qui lui est propre. L’équipement de chaque station pourrait ainsi se composer d’un certain nombre d’électro-aimants semblables entre eux, à pièces polaires fixes et d’un jeu de pièces polaires mobiles, propre à chaque type de sous-marin.
- Je crois superflu d’ajouter que je n’attribue point à ma proposition plus de valeur qu’elle n’en saurait avoir. Encore une fois, il s’agit d’une idée que je considère comme tout à fait banale, mais qui vaut probablement d’être discutée.
- Je m’estimerais très heureux si j’avais ainsi contribué, même dans une faible mesure, à rendre moins impossible désormais le sauvetage rapide d’un sous-marin coulé.
- Veuillez agréer, etc. J.-C. Séailles.
- LES SCANDINAVES EN AMÉRIQUE AU XIe SIÈCLE
- On a signalé et commenté ici, l’an dernier, l’inscription runique, découverte aux États-Unis, dans le Minnesota, qui, avec des caractères d’authenticité qui semblent bien établis, atteste la présence d’une expédition Scandinave sur le sol américain en 1562. On ajoutait, d’après M. R. Iloland, qu’il existait en Europe- plusieurs autres documents authentiques relatifs à la découverte précolombienne de l’Amérique.
- Parmi ceux-ci, on ne connaît peut-être pas suffisamment en France le témoignage dont nous allons parler. Trouver en Scandinavie, dans une inscription runique du xi° siècle, une mention authentique de ce fameux Yin-land, tant vanté par les chroniques norroises postérieures, qui correspond à la Nouvelle-Écosse, ce serait corroborer
- 1 Nous avions reçu celte lettre depuis trois jours, lorsque nous avons lu dans Le Journal du 15 juin une proposition analogue émise par M.F.de Marc, bien connu de nos lecteurs et signalée par M. E. Gautier.
- la réalité des expéditions de Leif Eriksson ou Thorium Karlsefne en Amérique à cette époque, par un témoignage contemporain. Or, cette mention existe; ou plutôt elle a existé; car la pierre qui la portait est actuellement, sinon détruite, du moins égarée : ce qui, à première vue, n’encourage pas aux affirmations catégoriques.
- En 1817, on découvrit dans le domaine de Iloenen, paroisse de Norderhov, district de Ringerikei (Norvège), une pierre runique qui disparut quelques années plus tard sans que l’on en ait depuis retrouvé la trace. Par bonheur, on avait conservé une copie de l’inscription à la bibliothèque de Bergen, et on retrouva par la suite à la bibliothèque de Drontheim, en 1858, une description détaillée de la pierre, due à L. D. Kluwer.
- Le déchiffrement et l’interprétation des caractères runiques découragèrent les érudits jusqu’en 1894 : à ce moment, Sophus Bugge, épigrapliiste éminent, après de vains efforts pour retrouver l’original, parvint à restituer
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- le texte et à découvrir le sens mystérieux des runes. L’inscription est versifiée : elle contient 65 lettres, dont quelques-unes difficiles à reconnaître, en six vers vieux norrois dont voici la signification :
- « Ils sortirent au loin et, privés de nourriture et cle linge pour se sécher, ils atteignirent le Vinland dans le désert de glace. La malchance peut nous arracher notre bonheur et nous faire trouver une fin prématurée1 ».
- D’après Bugge, l’inscription contenait, dans une autre partie, des noms propres qui n’ont pas été retrouvés. C’est un monument commémoratif de gens qui sont morts au loin. Il s’agit sans doute de Norvégiens du Ringerike qui ont participé à une des premières expéditions des Scandinaves au Yinland, et probablement à celle de Leif Eriksson au début du xie siècle.
- Le nom de Vinland figure en toutes lettres dans l’inscription. Or, si l’on étudie attentivement les caractères runiques, elle paraît, à n’en pas douter, dater d’entre 1000 et 1050; et MM. Bugge et von Grienberger, runologues éminents, paraissent convaincus de l’authenticité du texte.
- Il semblerait cependant, au premier abord, bien imprudent de faire état d’un témoignage connu dans de
- pareilles conditions : une copie, péniblement déchiffrée, d’un original perdu. D’autre part, on sait que, si les inscriptions runiques du xiv° siècle, telles que l’inscription américaine de 1562, sont difficiles à falsifier, il n’en est pas de même des runes du xe et du xie siècle, qui ne déconcertent pas les faussaires. Ce serait une raison de plus pour nous méfier.
- Mais, outre que l’autorité de Bugge couvre l’inscription du Ringerike au point de vue authenticité, il existe, de cette authenticité, une preuve de bon sens dans le texte même de cette inscription. D’une part, alors que les textes postérieurs parlent avec une emphase suspecte de la fertilité du Vinland, on nous le dépeint miment ici comme un désert cle glace. D’autre part, les mots (( privés de nourriture et de linge pour se sécher », employés pour indiquer un état de complet dénùment, sont trop inusités pour être venus à l’esprit d’un faussaire; ils semblent bien correspondre à la réalité d’un fait; et, malgré ses mauvaises conditions, nous pouvons presque à coup sùr ranger le texte du Ringerike au nombre des témoignages de l’expansion Scandinave en Amérique au xie siècle. G. À. Hückei..
- L’INDUSTRIE DE L’AMBRE
- La petite industrie de l’ambre est intéressante à bien des égards, et, pour ne pas être trop long, nous devrons négliger plusieurs côtés de la question, notamment les problèmes qui se posent à ce propos dans la préhistoire. Bien qu’on ait signalé ce minéral en divers points et qu’on en ait depuis longtemps exploité un peu en Birmanie, son seul centre d’extraction sérieux a toujours été le rivage allemand de la Baltique, et Pline l’Ancien est déjà formel sur ce point : « Il est certain, dit-il, que le succin se produit dans les îles de l’Océan Septentrional et que les Germains le momment glessum.... Il est rejeté par la mer sur la côte.... Un chevalier qu’envoya, pour se procurer du succin, Julianus, entrepreneur des jeux de gladiateurs donnés par l’empereur Néron, rapporta une telle quantité de succin que les filets destinés à protéger de podium contre les bêtes féroces étaient attachés avec des boutons de cette substance.... Le succin, le cristal et le murrhin sont autant estimés que les perles.... Les paysannes de la vallée du Pô en portent des colliers pour se garantir contre les affections du cou et les goitres, etc. » Dans les temps modernes, le droit d’exploiter l’ambre sur les rivages de la Baltique fut d’abord affermé par le gouvernement allemand pour 42000 fr. par an, puis, depuis 1866, pour 875 000 fr. On obtient, par an, environ 200 000 kg. d’ambre qui, à l’état brut, valent 2 250 000 fr. 1500 à 1600 ouvriers sont employés à l’extraction et 250 au sortissage à Kœnigsberg. Ces chiffres montrent l’importance relative de cette petite
- 1 Bugge (Soplnis), Hoenen-Rimer ne fra Ringerike, udgivne af Sophus Bugge. Kristiania, 1902, in-4°, 21 —J— 2 p. ; — V., Eine Runenurkunde über die Normannenfahrt nach Nord-Amerika (Glohus, t. LXXXI, 1902, n° 19, p. 305-506); — vox Griekrerger, Neuere runische Literatur (Gôltinger gelehrtc Anzeigen, 1. CLXX, 1908, p. 412).
- industrie. Nous dirons d’abord quelques mots de la géologie de l’ambre; puis nous passerons à son extraction, enfin à sa manipulation industrielle et à ses emplois.
- Géologie. — Au début du tertiaire, dans l’éo-cène, les conditions favorables au développement du succin ont été réalisées dans une zone très étendue qui part de l’Est de l’Angleterre, touche aux environs de Paris, couvre la Hollande, tout le Nord de l’Allemagne, le Danemark, la pointe Sud de la Suède, une large partie de la Russie depuis le Sud deda Finlande jusqu’à la Mer Noire et s’étend enfin jusqu’au versant Est de l’Oural. Mais, nulle part, il n’en est résulté une production d’ambre susceptible de valoir une exploitation industrielle, ' si ce n’est sur la côte du Samland, aux environs de Kœnigsberg, et accessoirement, dans son prolongement en Cour-lande russe.
- Ces conditions, qui ont amené la fossilisation abondante de cette résine spéciale, l’ambre elle-même nous les enseigne avec clarté par la manière admirable dont elle a moulé les moindres détails de la vie éocène, conservée ainsi pour nous comme la vie romaine sous les cendres d’une Pompéi C La forêt, qui a produit le succin en si grande quantité, était une forêt malade, comprenant au moins quatre espèces de pins, dont deux existent encore au Japon (fig. I et 2). C’est un cas pathologique qui a produit la substance précieuse, comme une maladie produit les perles. II y avait là, en abondance extraordinaire, des pins blessés pour diverses causes, parmi lesquels les individus sains n’étaient plus qu’une minorité et leurs blessures laissaient couler la résine. Les insectes, que l’ambre nous a conservés si nom-
- 1 Voir l’ouvrage : Conyventz. Monographie der baltischen Bernstein baume, d’où sont extraites les figures ci-jointes.
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- INDUSTRIE DE L'AMBRE
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- breux, piquaient l’écorce (fig. 5). Des parasites pullulaient (fig. 4). Des incendies, provoqués par la foudre, ont marqué leur empreinte dans des fragments d’écorce noircis et carbonisés. Des arbres cassés sont représentés par des éclats, de bois à l’intérieur de l’ambre, etc. (fig. 5). Et, dans toute cette foret
- un moule de leur corps, tandis que leur substance meme se consumait en vapeur à travers leur prison vitreuse. Ailleurs, la résine, coulant d’une branche à l’autre, formait de vraies stalactites, etc... Combien de temps a duré cet état de choses? Au moins des centaines d’années d’après les fragments de bois
- r et 2. Inclusions dans l'ambre. Fleur mâle du Pinus Reichiana. Fleur femelle du Pinus Kleinii; — 3. Ambre ligneux, montrant les trous (Fr) creusés par des Buprestides voisins de l’Anthaxia;— 4. Ambre ligneux montrant l'altération par un champignon Polyporus vaporarius; — 5. Ambre montrant des fissures et échardes du bois dues à une brisure de l’arbre. Le même grossi trois fois; — 6. Ambre provenant d’un tronc. Par la transformation d’un parenchyme de l’écorce en résine, celle écorce R se trouve enfermée dans l’ambre; — p. Morceau de racine ayant pris une teinte bleu noir par suite d’une forte décomposition. On voit les traînées de résine verticales.
- malade, l’écoulement de résine a pris une forme anormale que l’on a appelée la succinose (fig. 6 et 7). Des gouttes coulaient, solidifiées d'abord en une masse trouble, puis refondues par le soleil (dont on voit l’action commençante sur certains échantillons). Les insectes, attirés par l’éclat de la résine, venaient s’y engluer et étaient bientôt emprisonnés, laissant
- conservés. Puis le sol s’est alfaissé, la mer est revenue, a balayé les couches à ambre et en a tiré les éléments remaniés des strates de sable glauco nieux, que l’on exploite actuellement à la base de l’oligocène.
- Exploitation. — Les couches à ambre ne sont au niveau du sol qu’à Dirchkeim et Marscheiten.
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- Ailleurs, elles passent au-dessous du niveau de la mer et descendent à i 5 m. au-dessous d’elle, à Palm-nicken où on travaille par mine. Autrefois, on recueillait l’ambre sur le rivage. Puis on a fait des fouilles à ciel ouvert. Plus tard, on a employé trois procédés : travaux de mine ordinaires ; dragage par des filets dans la mer donnant l’ambre de mer (Seestein) ; plongeurs. Tandis que 650 hommes travaillent aux dragues et 500 aux mines, 100 environ opèrent par plongée.
- Traitement industriel. — L’ambre, extraite de terre et séparée par triage, est divisée à Kœnigsberg en trois catégories principales : les morceaux plats, qui sont utilisés pour les ustensiles de fumeurs ; les morceaux ronds, dont on fait des perles et les petits fragments employés à la fabrication du vernis. La proportion est d’environ 2 700 000 fr. pour les fumeurs, 192 000 pour les perles et 238 000 pour les vernis.
- Autrefois les plaques avaient fort peu de valeur. Puis vint, au début du xvme siècle, une période où on en utilisa pour garnir des coffrets, des meubles, et même des parois de maisons. Parmi les perles, il y a toujours une certaine demande pour les boules irrégulières, dites « ordinaires », avec lesquelles on croit éviter les supercheries.
- Les objets d’ambre subissent souvent une série de manipulations. C’est ainsi que, dès le temps de Pline F Ancien, on avait appris à les teindre. On colore beaucoup d’ambre en rouge pour boucles d’oreilles au moyen de la couleur sang de dragon. Quand l’ambre est traversée de parties nuageuses, un ancien artifice consiste à la cuire dans l’huile. L’huile pénètre dans la pierre, en remplit les soufflures et empêche ainsi les réflexions totales. La
- méthode a l’inconvénient que, lorsqu’on cuit trop vite ou trop fort, on peut déterminer des fêlures, dites rayons de soleil. Autrefois, de semblables fêlures ont, par les réflexions lumineuses qu’elles provoquent, fait croire parfois à des inclusions de feuilles d’or. Enfin, vers 1880, on a imaginé un procédé pour faire de grosses pierres avec de petits déchets agglomérés, comme on le fait maintenant pour les rubis. Chauffée à 140 ou 160° dans le vide, l’ambre s’amollit et on peut la mouler en la comprimant à la presse hydraulique. Diverses méthodes permettent d’obtenir ainsi des objets de toutes formes, dits en « ambroïde ». Enfin, quand on tire l’ambre des mines, elle a souvent une sorte d’écorce peu transparente, qui n’existe pas dans les fragments roulés retirés de la mer. En conséquence, on a imaginé, pour améliorer les premiers échantillons, un système qui consiste à reproduire artificiellement l’effet de la mer en commençant par soumettre la pierre à des jets d’eau, puis à un lavage dans des cylindres rotatifs.
- Nous avons dit que les déchets servent à la préparation des vernis. Cette industrie, assez délicate et qui demande une grande expérience chez les ouvriers, est centralisée à Dantzig. Les fragments utilisés doivent être autant que possible de même grosseur, de même forme, d’une couleur et d’une fusibilité analogues. Il faut ensuite fondre, dans le minimum de temps, à la température la plus faible possible, pour obtenir un vernis bien clair et bien transparent. On laisse un peu refroidir, on ajoute la quantité nécessaire d’essence et on agite fortement.
- On fabrique, en outre, avec l’ambre un vernis noir qui protège les métaux contre toutes les actions altérantes. L. Dr Launay.
- LE TÉLÉSTÉRÉOORAPHE BELIN
- Le téléstéréographe que M. Edouard Belin avait imaginé en 1907 pour la transmission des photographies par un fil télégraphique, et que nous avons décrit à cette époque, a fait l’objet de nouvelles recherches qui viennent de donner des résultats particulièrement heureux.
- Nous rappellerons seulement pour mémoire que l’image à transmettre était préparée en relief, enroulée sur un cylindre mobile autour de son axe, le cylindre étant animé, en même temps, d’un mouvement de progression. Le cliché ainsi entraîné présentait successivement tous ses creux et ses reliefs sous .une pointe appartenant à un levier qui amplifiait les mouvements de la pointe. L’extrémité de
- ce levier parcourait un rhéostat permettant l’envoi, sur la ligne, de courants de valeurs variables, ces courants étant reçus dans un oscillographe Blondel qui projetait un faisceau lumineux sur une feuille de papier sensible. Celle-ci, portée par un cylindre semblable au précédent et tournant à la même vitesse, enregistrait l’image.
- Quelque intéressante qu’elle fût, cette reproduction n’était pas parfaite. L’inventeur ne tarda pas à constater que l’inertie du levier, ainsi que les mouvements vibratoires qu’il subissait, entraînaient des imperfections trop graves pour être négligées. De plus, l’emploi de rhéostat révélait aux moins avertis un défaut autrement sérieux. L’intensité du courant
- le couvercle enlevé, on voit les 3 grains de charbon.
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- LE TÉLÉSTÉRÉOGRAPHE B ELI N
- transmis sur la ligne reste constante tant que le levier parcourt une des lames du rhéostat ; mais lorsqu’il
- Fig. 2. — Schéma du poste transmetteur pour la transmission des photographies.
- passe à la suivante le courant prend sans transition une valeur différente. Pour passer du noir au blanc, par exemple, le levier est obligé de parcourir vingt lames, donnant vingt courants différents qui se traduisent, à l’arrivée, en vingt teintes plates se succédant brusquement. Il importait, au contraire, d’obtenir une teinte fondue allant du noir au blanc sans transition, sans échelle de tonalités.
- Les récents travaux de M. Belin sont donc relatifs à l’amélioration du système transmetteur et l’équipage mobile primitivement conçu a été remplacé par un appareillage plus précis et plus ingénieux qui semble devoir donner toute satisfaction.
- Il comporte un microphone (fig. 1) d’une construction spéciale dont le boîtier cylindrique a reçu, comme plaque de fond, un disque de charbon F. Sur ce disque repose une rondelle isolante de peu d’épais-
- micrométrique
- Cylindre
- Fig. 3. — Le poste transmetteur disposé pour la transmission des dessins au trait.
- seur percée de trois couronnes concentriques de trous équidistants, de 2 mm de diamètre. Dans trois
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- de ces trous, choisis aux angles d’un triangle équilatéral, sont placés trois grains de charbon. Enfin, sur ces grains appuie une membrane vibrante de charbon de 90 mm de diamètre et de 0,7 mm d’épaisseur. Une légère lame métallique fixée au boîtier par l’une de ses extrémités, porte à l’autre bout et en face du centre de la membrane, une pointe double s’appuyant d’une part sur le cliché de la photographie à transmettre et d’autre part sur la membrane elle-même.
- Cette membrane, convenablement maintenue sur les bords, est reliée électriquement, par le boîtier, à l’un des pôles du circuit, le second pôle aboutissant à la plaque de fond. Les deux pôles sont donc en liaison électrique constante, les points de contact
- Fig. 4. — Poste téléstéréo,graphique Belin.
- entre les charbons et les deux plaques qui les maintiennent constituant la seule résistance introduite dans le système. Par conséquent, plus il y aura de grains, plus la résistance intérieure sera faible. Nous avons vu que l’inventeur a fixé son choix sur le système à trois granules disposées suivant les angles d’un triangle équilatéral. Grâce à ce dispositif, il obtient d’abord une résistance aussi élevée que possible et ensuite, pour la plaque vibrante un support tel, que celle-ci,’ toujours attaquée en son centre, puisse fléchir sans se rompre et exercer une pression toujours égale sur ses points de tangence avec les grains pour un même fléchissement.
- Lorsque aucune pression n’est exercée sur la membrane, la résistance intérieure conserve constamment la même valeur, et elle diminue d’autant plus
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- que la pression est plus énergique. L’expérience a prouvé qu’une même pression répond toujours à la même variation de résistance et que, revenu au repos, le système reprend toujours sa résistance d’origine. Ces divers desiderata étaient absolument indispensables à réaliser pour assurer une réception parfaite.
- Ce n’est pas tout. Que sont ces variations de résistance comparées à celles que supporte le courant électrique cheminant sur une ligne de grande longueur ?
- Sipeu de chose qu’elles ne se manifesteraient pas à l’arrivée si, même en téléphonie, on n’avait recours à une bobine d’induction. Ici, en phototélégraphie, l’usage de la bobine aurait pour conséquence de confondre les noirs et les blancs : il a donc fallu trouver autre chose.
- M. Belin s’est alors servi d’un stratagème basé sur la méthode du pont de Wheatstone, le récepteur occupant la place du galvanomètre. Dans ces conditions la relation des intensités de courant entre le récepteur et le transmetteur est constamment assurée.
- L’appareil transmetteur se présente tout à fait sous les apparences d’un phonographe ordinaire dépourvu de son cornet acoustique.
- Le cylindre porteur du cliché tourne en progressant devant le microphone et la pointe qui explore ce cliché, épousant les reliefs et les creux, transmet les pressions à la membrane, laquelle intervient à son tour pour introduire les résistances nécessaires à l’envoi de courants variables. fLe poste récepteur est demeuré tel que nous le connaissons. .
- Le microphone est tellement sensible qu’il a fallu constituer un cliché avec des saillies presque imperceptibles ; on a même obtenu de bons résultats avec une épreuve au charbon ordinaire, bien que les reliefs ne soient pas appréciables ' au toucher. En vingt minutes le cliché peut être prêt et la durée de la transmission n’excède pas quatre minutes sur une ligne aérienne de 2000 km. On voit qu’un progrès réel vient d’être accompli ; mais le progrès devient frappant lorsqu’on examine la photographie que nous reproduisons et dans laquelle, choisie avec intention, apparaissent d’une manière saisissante lestons dégra-
- dés produits par les effets de lumière (fig. 5).
- En présence des résultats qu’il a obtenus, l’inventeur n’hésite pas à affirmer que la transmission des images photographiques par les câbles sous-marins est devenue possible. Prochainement, d’ailleurs, il doit effectuer des expériences effectives sur des câbles de grande longueur.
- L’appareil est destiné également à la transmission des dessins au trait et de l’écriture. Dans ce cas, le microphone transmetteur est remplacé par un équipage extrêmement simple que montre notre second schéma (fig. 5). Sur un bâti est fixé un petit interrupteur constitué par une lame rigide L et un ressort très flexible et extrêmement léger R. Ce ressort porte un contact qui, venant s’appuyer sur la lame L, ferme le circuit de ligne. En outre, il est pourvu d’une pointe exploratrice P qui repose sur l’épreuve à transmettre établie en relief, soit par la photographie, soit à l’aide d’une encre spéciale. On comprend de suite que le circuit de ligne reste fermé tant que la pointe ne rencontre aucun relief ; mais si une saillie se présente au cours de la rotation du cylindre, la pointe se soulève, le contact du ressort quitte la lame L, et le circuit est rompu.
- Au poste récepteur, la gamme des teintes est remplacée par un diaphragme percé d’une ouverture très étroite livrant passage à la lumière si le circuit est ouvert, le faisceau lumineux s’éloignant de l’ouverture lorsque le courant passe (ou vice versa). Il est possible, en effet, de régler le réepeteur de telle sorte que, sous l’action du trait, le miroir éclaire la feuille réceptrice ou bien, au contraire, qu’il la laisse dans l’ombre. On obtient ainsi, suivant les besoins, des « téléphotogrammes » positifs ou négatifs.
- Pour terminer, signalons encore la naissance prochaine de deux très intéressantes nouveautés à l’actif du jeune inventeur : un appareil de vision à distance qui semble bien devoir donner le maximum de ce que nos connaissances électriques actuelles nous permettent, et un système télégraphique à très grand rendement. Nous présenterons l’un et l’autre appareil à nos lecteurs, lorsque les premières expériences auront eu lieu. Lucien Fournier.
- Fig. 5. — Photographie de la reine d'Angleterre transmise par l’appareil Belin (d’après cliché original de M. Downeÿ).
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- LA MACHINE FRIGORIFIQUE LEBLANC — MACHINE A VAPEUR D’EAU
- M. Maurice Leblanc vient d’imaginer et de meltre | elle-même économique et d’un emploi très facile, au point une machine frigorifique, d’un type que , Elle est en outre dotée d’un pouvoir réfrigérant très
- Fig. i.— Machine réfrigérante Leblanc installée aux hauts fourneaux de Béthune pour la récupération 'du benzol.
- l’on peut qualifier de tout nouveau. La généralité des machines frigorifiques fonctionnent, comme l’on sait, en utilisant le froid que produit l’évaporation d’un liquide volatil, acide sulfureux, ammoniaque liquéfiés, etc. Le mécanisme de l’opération est le suivant : le liquide re-
- tourne à l’état gazeux en absorbant les calories du corps à refroidir, puis les vapeurs reprises dans un compresseur sont ramenées à l’état liquide, le corps frigorifique décrit ainsi un cycle continu.
- M. Maurice Leblanc emploie comme corps frigorifique l’eau. C’est évidemment une substance par
- Fig. 2. — Un bloc de glace sortant d’une machine Leblanc.
- énergique.. En effet, l’évaporation de ,1 kg d’eau, d’après Régnault, absorbe 557 calories, soit 5,37 fois la quantité de chaleur nécessaire pour porter la même masse d’eau de 0 à 100°. Cette chaleur de vaporisation s’accroît encore au fur et à mesure que la température de vaporisation baisse, et à 0° elle atteint 600 calories par kilog.
- Ainsi que l’explique fort bien M. de Loverdo dans la Revue générale du froid, l’eau occupe à cet égard une place hors de pair parmi les corps susceptibles de produire du froid mécaniquement. L’ammoniaque, à —55°, n’absorbe en se vaporisant
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- que 551 calories par kg; le chlorure de méthyle, à — 25°, n’en absorbe que 200; l’acide sulfureux, à —10°,95 seulement.
- On conçoit donc que l’on obtienne une excellente
- Fig. 3.— Coupe de la machine Leblanc. — A, enveloppe de rèjecteu-r; B, évapora leur ; C, arrivée de la vapeur: D, condenseur; /, tuyères de Laval; J-K, divergent.
- machine frigorifique en faisant évaporer rapidement, en faisant bouillir de l’eau à basse température ; faire bouillir de l’eau à une température inférieure à 100°, cela veut dire que l’on fait le vide au-dessus du liquide ; pour obtenir l’ébullition à 0° ce vide doit descendre à 4,6 mm de mercure. Il existe une belle expérience de physique classique qui montre l’intensité du froid produit par cette ébullition : tout le monde a vu, au collège, la vieille machine pneumatique du cabinet de physique employée à confectionner une carafe frappée : la carafe est adaptée au conduit aspirant de la machine pneumatique ; on fait le vide ; au bout de peu de temps l’eau de la carafe se prend en une épaisse masse de glace. Parfois même c’est une machine spécialement construite dans ce but qui exécute l’opération, c’est la machine de Carré.
- Rien de plus simple donc en apparence que l’emploi de l’eau pour produire le froid, et l’on peut se demander pourquoi on a négligé si longtemps une substance à la fois aussi simple et aussi efficace.
- En réalité, le problème de la machine frigorifique à eau n’est simple qu’en apparence : pour faire le vide au-dessus de l’eau, pour la forcer à bouillir d’une façon continue, il faut absorber les vapeurs
- MACHINE A VAPEUR D’EAU ——-....................
- dès leur formation : on peut recourir à des moyens chimiques, emploi de l’acide sulfurique ou d’autres corps avides d’eau ; mais par là même la machine se complique, est d’un maniement délicat et parfois dangereux, et perd toute supériorité sur les machines à gaz liquéfiés où n’entrent en jeu que des phénomènes purement physiques.
- Il fallait donc chercher à évacuer les vapeurs d’eau par un procédé physique ou mécanique. Ce problème, qui avait paru insoluble à de très nombreux chercheurs, a été résolu de façon extrêmement élégante par M. Maurice Leblanc.
- L’appareil que nous avons vu fonctionner n’était pas destiné à produire de la glace, mais à refroidir une saumure, celle-ci circulait dans des tubes de refroidissement, autour d’un local à réfrigérer. La saumure était une solution de chlorure de calcium, pouvant supporter sans se congeler une température de plusieurs degrés inférieure à 0°. Les propriétés physiques de l’eau ne se trouvent pas autrement modifiées par la présence du chlorure de calcium.
- Ceci dit, voyons comment fonctionne la machine : la saumure, en attente»dans un bac, se trouve aspirée dans le récipient évaporateur où elle doit entrer en ébullition. Dans ce récipient règne un vide de 2 mm de mercure à peine : c’est-à-dire que la saumure, dès son entrée dans l’évaporateur, se met à bouillir violemment et que sa température s’abaisse promptement. Le liquide refroidi est repris par une pompe, envoyé à travers les tubes qu’il doit refroidir, puis, réchauffé, revient dans le bac à saumure.
- L’appareil à faire le vide constitue la partie vitale et originale de la machine de M. Leblanc. On ne pouvait songer à employer des pompes à piston ordinaires ; les énormes quantités de vapeur à évacuer
- Arrivée de vapeur
- Canalisation de la saumure
- 'refroidie
- Refoule
- tenl de la
- Eau de condensation
- Fig. 4. — Schéma d’une installation réfrigérante système Leblanc.
- eussent exigé des machines de dimensions gigantesques.
- Le vide est assuré ici par un éjecteur à vapeur : cet appareil, alimenté au moyen de la vapeur engendrée par une chaudière, fonctionne comme une trompe; la vapeur débouche dans une série de
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- L’ÉLECTRICITÉ DANS PARIS
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- tuyères de Laval, avec une vitesse de 1500 m. à la seconde environ. La vapeur du réfrigérateur est appelée et entraînée par friction avec les vapeurs motrices. À pareille vitesse, on conçoit que l’entraînement de la vapeur puisse se faire sans exiger de conduits d’une section par trop encombrante ; les volumes considérables qu’il faut rejeter au dehors,
- 1 litre à la seconde par frigorie, dans la machine à Leblanc, seront éliminés sans ces machines de dimensions énormes qui constituaient l’obstacle insurmontable à la réfrigération par vapeur d’eau.
- Remarquons le rôle du divergent J. K ; la vapeur s’y comprime en J pour acquérir en diminuant de vitesse une pression suffisante pour vaincre la pression dans le condenseur.
- L’éjecteur débouche, en effet, dans un condenseur, où les vapeurs, vapeurs motrices et vapeurs de réfrigération, reviennent d’elles-mèmes à l’état liquide, par un phénomène purement physique.
- Ce condenseur est du type Westinghouse-Leblanc
- que La Nature a déjà eu l'occasion de décrire en détail.
- Voilà donc une machine frigorifique, où n’intervient aucun corps coûteux, aucun réactif chimique dangereux ; son mécanisme lui-même est d’une
- idéale simplicité : pas de pistons, pas de clapets, organes toujours délicats et d’usure rapide.
- C’est, pour un problème difficile, le modèle des solutions élégantes.
- La machine Leblanc a déjà reçu d’importantes applications ; on l’expérimente dans la marine pour la réfrigération des soutes à munitions.
- Aux mines de Béthune, on l’emploie à réfrigérer l’huile de goudron qui sert à récupérer le benzol dans les gaz de distillation des fours à coke.
- Ajoutons que, ici, la vapeur envoyée dans l’éjecteur est de la vapeur d’échappement provenant d’une machine à vapeur de la mine : les calories qui se seraient perdues inutilement dans l’atmosphère sont employées à produire du froid.
- A. Trouer.
- Fig. 5. — Vue d’une machine réfrigérante Leblanc. A, éjecleur; B, évaporateur; M, moteur à vapeur actionnant les pompes de refoulement et du condenseur.
- L’ÉLECTRICITÉ DANS PARIS
- L’éclairage électrique, le seul qui ne consomme pas à nos dépens une partie de l’oxygène de l’air que nous respirons, et qui ne le vicie pas par les produits toxiques de la combustion, se généralise chaque jour davantage, favorisé dans son essor par l’appui des pouvoirs publics et des comités d’hygiène. De même dans les ateliers, le petit moteur électrique souple, silencieux, commode, tend à remplacer les machines à vapeur; avec son emploi disparaissent, en effet, mille sujétions qui condamnaient la plupart du temps les industriels à reporter leurs usines assez loin des grandes agglomérations et il devient désormais possible de les organiser au centre même des villes. L’ouvrier en chambre y trouve aussi son avantage : il est sûr, en s’adressant à lui, d’avoir toujours à sa disposition une force motrice docile pouvant se prêter aux services les plus variés et nombreuses sont aujourd’hui les petites installations de quelques hectowatts, grâce auxquelles l’ouvrier plus indépendant peut travailler libre-ment chez lui dans des conditions plus agréables et plus confortables que dans nos usines modernes.
- Malheureusement le courant électrique est encore près- I
- que partout vendu à des prix élevés, et l’un des premiers soins des autorités parisiennes, lors de la réorganisation des services électriques de la ville, en 1907, fut d’imposer aux concessionnaires les tarifs réduits de 5 centimes l’hectowatt-heure pour la force motrice, et ’ 7 centimes pour l’éclairage. L’effet de cette mesure devait être d’augmenter de façon sensible le nombre des abonnés, ce qui conduisait à une modification importante du mode de distribution de l’énergie employé jusqu’alors.
- En attendant la mise en œuvre des projets étudiés en 1907, Paris reste jusqu’en 1913, provisoirement réparti entre six grands secteurs principaux constitués de la façon suivante :
- 1° Secteur de la rive gauche. — Chargé d’alimenter toute la partie de la ville située sur la rive gauche de la Seine, cette Société produit du courant alternatif monophasé à 3000 volts à son usine d’Issy-les-Moulineaux. Son réseau de distribution est à 3000 volts et le courant est abaissé à 110 volts pour l’utilisation par des transformateurs statiques prévus,Tour chaque abonné, ou chaque I groupe d’abonnés d’un même immeuble.
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- 2° Secteur des Champs-Elysées. — Le secteur des Champs-Elysées étend son action sur la partie Ouest de Paris comprise entre le Bois de Boulogne, la rive droite de la Seine et une ligne de démarcation que suit la rue de Prony, l’avenue de Messine, la rue Miromesnil, la rue Saint-Honoré, et vient rejoindre la Seine à la place de la Concorde en passant par la rue Royale. Son usine génératrice est située à 2 km des portes de Paris, quai Michelet, à Levallois-Perret; elle fournit du courant alternatif monophasé à 3200 volts ramené à 110 volts par des transformateurs statiques pour le service des abonnés.
- ^5° La Compagnie Parisienne d’air comprimé et
- chacun sur lesquels on branche les abonnés. Ceux-ci, suivant leur importance, ont leurs appareils montés sur 110, 220 ou 440 volts; il suffit pour cela défaire aboutir les fils qui les desservent aux fils de la canalisation limitant les ponts correspondants. L’usine principale est située quai Jemmapes et deux autres stations boulevard Richard-Lenoir et rue Saint-Fargeau concourent également au service.
- 4° Le secteur de la place Clichy. — Ce secteur distribue du courant continu à 5 fils dans les mêmes conditions que la Compagnie de l’air comprimé au moyen de la station de la rue des Dames. Il possédait autrefois dans ce bâtiment une véritable usine très puissante pou-
- » £assc tensions ) çZessentries par* le-
- - Haute tension, ) XéseaxoMiadcipal
- Jïjs'iîb^zru'. (s-t
- Fig. ‘ i. — L’ancien régime de distribution électrique dans Paris. — Paris réparti entre 6 secteurs
- empiétant parfois les uns sur les autres.
- d’électricité qui étend son action sur les quartiers Est de Paris depuis les fortifications jusqu’à la rive droite de la Seine et jusqu’à une ligne de démarcation jalonnée par la place de la Concorde, la rue Royale, la place de la Madeleine, les grands boulevards, de la place de la Madeleine à la place de la République, le quai de Jemmapes et la rue d’Allemagne. Différents empiétements (entre la rue du Temple et la rue d’Allemagne, puis l’ancien secteur municipal des Halles, etc.), ont lieu sur cette vaste étendue à desservir; nous ne nous y arrêterons pas, le but de cette étude étant de présenter schématiquement le mode ancien, et le mode nouveau de distributions du courant dans Paris sans entrer dans des détails qui sortiraient du cadre que nous nous sommes imposé. La Compagnie de l’air comprimé produit du courant continu à 440 volts distribué par une canalisation à 5 fils formant 4 ponts équilibrés de 110 volts
- vant alimenter tout son réseau. Actuellement presque toutes les machines ont été retirées et. il ne reste plus que quelques groupes électrogènes de secours, et de puissantes batteries d’accumulateurs de l’installation primitive. C’est l’usine du Triphasé à Asnières qui fournit au secteur du courant triphasé haute tension transformé rue des Dames en courant continu 440 volts, envoyé dans la canalisation à 5 fils. Son action s’étend de la limite Nord du secteur des Champs-Elysées, aux grandis boulevards et à une ligne passant par la rue de la Chaussée-d’Antin, la rue de Clichy et l’avenue de Saint-Ouen.
- 5° Secteur Edison. — S’étend de la limite Est du secteur de la place Clichy à la rue de Clignancourt et aux boulevards. Reçoit de l’usine Edison, à Saint-Denis, du courant continu en deux ponts de 2200 volts chacun transformé dans des sous-stations en courant continu
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- distribué par une canalisation à 5 fils formant deux ponts de 110 volts. Les principales usines de ce secteur dans Paris sont situées avenue Trudaine, au Palais-Roval et rue Montmartre.
- 6° Le secteur de la Société d’éclairage et de force par l’électricité, recevant de son usine du quai de Seine à Saint-Ouen du courant diphasé à 6000 volts, vient s’enclaver entre les limites des secteurs dont nous venons de parler et distribue dans la région qu’il dessert du courant continu à 110 volts obtenu par transformation du courant diphasé haute tension dans différentes sous-stations au moyen de redresseurs Ilutin et Leblanc.
- La Compagnie Parisienne de distribution d’électricité,
- La nouvelle compagnie, la C. P. D. E. pour la désigner par ses initiales, s’est arrêtée, pour le régime futur de la distribution, à la division de Paris en 3 zones différentes ayant chacune un régime distinct, et qu’il est facile de suivre sur la carte n° 2.
- A) La zone du centre, à population dense, à consommation intensive, tant comme lumière que comme force motrice et qui sera desservie en courant continu à 3 fils ou à 5 fils. Son action s’étend dans toute la partie de Paris limitée à la lisière Ouest du secteur de Clichy (rue de Pronv, rue Miromesnil, place de la Concorde), à la Seine rive droite et à une ligne passant par la rue de Rambouillet, 'la place de la Nation, l’avenue Philippe-
- Fig. 2. — Carie de Paris sous le nouveau régime de distribution électrique. — Une seule compagnie concessionnaire et 3 zones . l’une à courant continu, la 2° à courant monophasé, la 3e à courant triphasé.
- succédant à un régime où s’enchevêtrent tant de modes divers de distribution, ne pouvait songer à entreprendre une unification que rien en somme ne justifiait; c’eût été engager d’immenses travaux nécessitant une immobilisation de capitaux tellement importante qu’elle eût sans doute compromis le succès de l’entreprise et procéder, en outre,, à un éventrement général de tout Paris avec tous les inconvénients et tous les préjudices que l’on devine; on s’en fera une idée exacte en considérant que la seule substitution jugée indispensable du système à 3 fils ou à 5 fils au système b 2 fils sur 56,500 km de canalisation, aura coûté environ 6 000 000 de francs, troublé plus ou moins sérieusement le service de 4500 abonnés, et fait ouvrir 56,500 km de tranchées dans Paris. Or, l’unification totale aurait conduit à faire des travaux analogues sur plusieurs centaines de kilomètres de câbles de distribution.
- Auguste, le boulevard de Ménilmontant, boulevard de la Villette, rue Louis-Rlanc, rue de la Goutte-d’Or, rue Lepic, rue Caulaincourt, place Clichy et avenue de Saint-Ouen. Comme on le voit, cette zone comprend la majeure partie des quartiers desservis en continu sous l’ancien régime, en particulier la totalité du secteur de la place Clichy. C’est celle où les probabilités de développement de l’entreprise sont les plus sérieuses, et il n’est pas sans intérêt de remarquer qu’elle coïncide précisément avec celle où la densité des lignes métropolitaines et des différentes lignes d’omnibus est la plus grande : elle couvre les quartiers les plus actifs de Paris, le véritable centre des affaires.
- E) La zone Ouest et Sud-Ouest, comprenant les secteurs actuels de la rive gauche et des Champs-Elysées, où les espérances des concessionnaires sont moins grandes et qui continuera à être alimentée en courant alternatif
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- monophasé comme elle l'est actuellement. Mais il y a cependant une remarque à faire dans cette zone : au lieu d’avoir du courant monophasé tel qu’il est employé aujourd’hui, la C. P. D. E. disposera en réalité de courants diphasés et les abonnés seront branchés alternativement sur l’une ou l’autre phase. Il faut donc prévoir un moyen d’équilibrer les charges de ces phases, et pour cela il a été prévu trois sous-stations de couplage et d’équilibrage chargées de recevoir le courant à 12 000 volts fourni par les usines dont nous parlerons plus loin et de l’envoyer transformé au réseau à 5000 volts. Ces sous-stations sont situées à la Muette (rue Pajou), rue Récamier (au commencement de la rue de Sèvres), et rue Yésalc, aux Gobclins. Enfin, une quatrième sous-station est prévue aux Ternes.
- C) La troisième zone, qui est la moins favorable à une forte consommation, sera desservie en courants diphasés en deux ponts de 110 volts, mode de distribution qui convient aussi bien à l’éclairage qu’à la force motrice. Cinq centres de couplage principaux enverront le courant à 120 postes de transformateurs statiques destinés à le ramener à sa tension d’utilisation.
- Pour alimenter ces 5 zones, la Compagnie parisienne de distribution d’électricité a décidé de construire deux usines pouvant fournir ensemble 75 000 kilowatts de courant diphasé à 12 500 volts; l’une, près du champ de courses de Saint-Ouen, qui sera entreprise cette année même, l’autre, à Issy-les-Moulineaux, qui le sera un peu plus tard.
- En attendant leur construction, les usines actuelles des secteurs continuent à fournir le courant, aidées par l’usine de la Société d’électricité de Paris à Saint-Denis qui produit du courant diphasé à 12 500 volts. La grosse difficulté pour la concession consistait à modifier le réseau existant, augmenter la puissance des sous-stations et les aménager pour les besoins futurs sans troubler le service des abonnés qu’elles desservent; grâce à la compétence et à l’activité du personnel, le travail est poussé activement sans qu’il en résulte de trouble apparent pour personne et sera sûrement achevé avant l’expiration des délais consentis (1915).
- Quand tout sera terminé, il n’v aura plus dans Paris qu’une seule Compagnie de distribution desservant les trois zones que nous avons sommairement indiquées au moyen de ses deux grandes usines. Les usines actuelles des secteurs seront ou désaffectées ou conservées comme puissance d’appoint destinée à parer aux imprévus. Si on considère qu’il aura fallu, pour parachever cet immense travail, poser environ 450 km de câble armé pour véhiculer le courant haute tension, aménager environ 55 km de grandes galeries maçonnées pour les grouper partout où il est nécessaire de le faire, poser environ G00 km de canalisations des rues, prévoir, monter, essayer et mettre en service courant les transformateurs, convertisseurs, commutatrices nécessaires à toutes les transformations du courant, on voit que c’est là une œuvre colossale qui fait le plus grand honneur à l’activité et au
- À. Martin.
- génie français.
- DÉTECTEUR PORTATIF POUR TÉLÉGRAPHIE SANS FIL
- L’organe essentiel de la télégraphie sans fil est le détecteur qui doit recueillir les ondes hertziennes et déceler leur présence en agissant sur l’appareil récepteur. Les premiers cohé-reurs à limaille dus à notre compatriote Branly, qui furent le point de départ de la télégraphie sans fil, ne sont pas assez sensibles pour la réception à très grandes distances; aussi les efforts des inventeurs se sont-ils portés sur d’autres dispositifs.
- La réception des télégrammes provenant de postes très éloignés se fait au son : un opérateur, entraîné spécialement à ce service, perçoit dans le téléphone des bruits qui correspondent aux points et aux traits de l’alphabet Morse; il saisit même dans ces bruits des nuances qui lui permettent d’éliminer les bruits étrangers, tels que ceux provenant de décharges d’électricité atmosphérique ou d’émissions d’ondes provenant d’autres postes que celui avec lequel il doit correspondre. Les détecteurs à liquide semblaient, jusqu’à présent, être les plus sensibles pour cet usage ; mais on a trouvé plus de sensibilité encore dans un nouveau système basé sur le contact d’une pointe métallique avec un cristal de conductibilité médiocre, tel que le carborundum, ou des pyrites de cuivre, de fer, etc...
- Cependant la construction de ces détecteurs pré-
- sente dans la pratique de grandes difficultés ; en outre, ils sont trop facilement affectés par les vibrations, ce qui limitera leur emploi ; ils sont encore à l’étude et ne sont pas entrés dans le domaine de la pratique.
- Le détecteur à liquide, ou détecteur électrolytique, se compose, comme on sait, d’un tube de verre renfermant de l’eau acidulée sulfurique dans laquelle plonge un fd de platine très fin isolé par un tube de verre et dont la pointe seule est en contact avec le liquide ; un autre fil de platine plus gros est soudé au tube et le traverse de manière à- être en contact avec le liquide. Pour que ce détecteur soit sensible, il faut le relier à une pile par'l'intermédiaire d’un potentiomètre de réglage ; avec ces appareils on arrive à recevoir des radiogrammes émanant de longues distances.
- La nouvelle disposition, imaginée par M. Paul Jégou, ne diffère pas sensiblement, comme aspect, de celle que nous venons d’indiquer ; mais elle permet de supprimer la pile et le potentiomètre tout en conservant une très grande sensibilité. Le fil de platine très fin plonge aussi dans l’eau acidulée; mais le fond du tube est rempli (fig. 1) d’un amalgame de mercure et d’étain pur qui communique avec le gros fil de platine traversant le tube. Les bornes de l’appareil
- Fig. i.— Détecteur électrolytique de M. P. Jégou fonctionnant sans force électromotrice auxiliaire.
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- = ACADÉMIE DES SCIENCES
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- correspondent, l’une au fil, l’autre à l’amalgame et il suffit d’intercaler un téléphone entre les deux, et de relier l’une d’elles à une antenne, pour recevoir les ondes hertziennes émises à de très grandes distances.
- Des différents métaux employés pour amalgamer le mercure, l’étain pur est le seul qui ait donné un bon résultat.
- La présence de cet amalgame en contact avec l’eau acidulée produit évidemment un couple électrolytique, ce qui explique qu’on puisse supprimer la pile. La différence de potentiel produite par ce couple est très faible et elle est difficilement révélée par le galvanomètre, mais on la constate au moyen du téléphone. Étant dépouillé de tout organe accessoire, le détecteur de M. P. Jégou a l’avantage d’être très portatif et toujours prêt à fonctionner ; il est tout à fait insensible aux trépidations et on peut le porter sur soi et marcher tout en percevant les signaux ; il suffit de l’accrocher à une boutonnière
- (fig. 2) ou de le placer dans une poche de côté sans aucune précaution spéciale.
- L’opérateur devra être relié à une antenne, soit qu’il constitue celle-ci simplement par une gaule tenue à la main, s’il s’agit de recevoir des signaux émis à quelques kilomètres seulement ; soit qu’il se rattache à un fil préalablement installé en haut d’un arbre ou d’un clocher.
- L’appareil a été expérimenté officieusement dans différentes stations de l’administration des télégraphes, où il a donné de très bons résultats .
- Son peu d’encombrement, sa facilité d’installation et sa sensibilité le rendront précieux dans bien des cas. Il pourra notamment être très utile dans l’armée pour permettre à une troupe en marche de se tenir constamment en relation avec le commandement, sinon pour lui transmettre des renseignements, au moins pour en recevoir à tout instant. G. Ciialmarès
- Fig 2. — Emploi du dèledeur en campagne.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du i3 juin 1910. — Présidence de M. E. Picard.
- Les gaz des volcans. — M. A. Gautier expose que tous les géologues savent que l’acide carbonique et la vapeur d’eau lancés dans l’atmosphère par les volcans'ne viennent pas des profondeurs du sol. L’acide carbonique comme la vapeur d’eau 11e peuvent subsister dans les laves. C’est l’oxyde de carbone et l’hydrogène qui seuls peuvent donner naissance à l’acide carbonique et à la vapeur d’eau. La réaction se produit à la température de 400°. Il y a aussi production de méthane dans une proportion qui varie de 8 millièmes à 8 centièmes, et enfin production d’aldéhyde formique en faible quantité, quelques millionièmes.
- La comète de Halley. — M. Bigourdan présente une Note de MM. Cirera et Pericas dans laquelle les auteurs exposent les recherches qu’ils ont opérées à Tortosa pour reconnaître si la Terre avait réellement traversé la comète de Ilalley. D’après leurs observations à l’approche du passage, la queue était assez longue pour rencontrer la Terre, mais pas beaucoup plus. Il est d’ailleurs à noter que cette queue a subi un raccourcissement vers la date du passage ; puis, vers le 25 mai, la comète a augmenté d’éclat, mais elle s’éloigne.
- Faune marine. —S. A. le prince de Monaco présente une carte en deux feuilles donnant la répartition des mollusques comestibles dans la baie de Saint-Michel. Cette carte, dressée par M. Joubin, permet de constater que les bancs se détruisent par la périphérie. De plus, elle montre que l’espace connu sous le nom de réserve, dans lequel la pêche est interdite, n’est pas dans une situation très favorable. Il serait préférable de changer la réserve de place au bout d’un certain temps. Enfin, il semble qu’une exploitation modérée est plutôt favorable à l’extension des bancs.
- Synthèse photochimique. — M. Jungfïeisch résume un mémoire de M. Daniel Berthelot sur la synthèse pho-tochimique des composés ternaires. Par suite des combustions, des fermentations, des respirations, le carbone des êtres vivants est sans cesse rejeté dans l’atmosphère et dans le règne minéral sous forme d’un gaz impropre à la vie, l’acide carbonique. Pour le faire rentrer dans le circulus vital, la nature se sert de l’assimilation chlorophyllienne des plantes vertes à la lumière. Cette fonction joue un tel rôle que, sans elle, la vie serait impossible à la surface de la terre. Mais jusqu’ici on n’avait pu reproduire cette fonction des plantes. MM. D. Berthelot et
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- 48 TRANSPORT « RAPIDE » AUX PHILIPPINES
- Gaudechon viennent d’y arriver grâce aux rayons ultraviolets. Ils ont ainsi, aux dépens de l’acide carbonique et de la vapeur d’eau de l’air, réalisé la synthèse photochimique des composés ternaires en commençant par l’aldéhyde formique dont la condensation donne le sucre et l’amidon. Ils ont aussi obtenu la synthèse des composés quaternaires en commençant par l’amide formique, point de départ -des substances albuminoïdes, base des protoplasma et de la matière vivante.
- Amortissement des oscillations des fléaux de balances.
- —- M. Lippmann fait connaître un dispositif qu’il a imaginé pour amortir très rapidement les oscillations du fléau des balances de précision. Il suspend dans la cage de la balance un petit poids de 2 gr. Le fil de suspension est fixé à une pièce mobile que l’on peut déplacer perpendiculairement à l’axe du fléau. On peut ainsi amener le fil de suspension du poids en contact avec le fléau. Il se produit alors un freinage. Après quelques ‘
- courts contacts du fil et du fléau, celui-ci devient immobile.
- Nouveau mode de préparation des extraits végétaux. — MM. Pachou et Perrot communiquent un travail indiquant le moyen de préparer dés extraits végétaux possédant des propriétés particulières. Déjà M. Perrot avec M. Goris avaient montré que si l’on détruit les diastases renfermées dans les plantes destinées aux usages thérapeutiques, on obtient des préparations extractives nouvelles jouissant de toutes les propriétés des plantes fraîches. Cette nouvelle forme d’extraits physiologiques met à la disposition des médecins, des médicaments d’action certaine et souvent très différente de celle des produits cristallisés retirés des végétaux; ces différences d’activité sont parfois très fortes. MM. Pachou et Perrot en fournissent un exemple emprunté à l’extrait physiologique de cale vert, à ceux de la digitale et du muguet.
- Cil. de Yuujuuu.
- <*§'3v&.-5Sl,§£>
- TRANSPORT « RAPIDE » AUX PHILIPPINES
- Nous avons déjà eu lieu de constater combien primitives sont restées les mœurs des différentes races qui habitent les Philippines. Notre curieuse photographie nous en apporte une nouvelle preuve. On chercherait vainement ailleurs un système de transport aussi simple, sauf peut-être dans certains districts montagneux de la Colombie et de l’Equateur, où les voyageurs, installés dans une sorte de hotte, se font porter à dos d’indiens sur de longs parcours.
- Cette voiture-traîneau, ce véhicule sans roues, est encore en usage dans des régions fort éloignées les unes des autres. On s’en sert couramment dans les Iles Canaries et parmi les Zoulous de l’Afrique australe. Les Peaux-Rouges de l’Amérique du Nord lui sont restés fidèles; ils y attellent leurs chevaux quand ils émigrent à travers les plaines du Far-West, et ils ont même imaginé un modèle réduit qu’ils font traîner par un chien. On retrouve dans les provinces écartées de la Chine un véhicule analogue, qui sert indifféremment au transport des voyageurs et des marchandises.
- Dans bien des cas, l’aspect du sol et l’état climatérique semblent avoir imposé ce mode de transport. Quand la terre a été détrempée — et c’est le cas pour les Philippines — par des pluies fortes et
- continuelles, roules et sentiers se transforment en rivières de boue mouvante où bêtes de trait, véhicules et voyageurs se laissent trop fréquemment engloutir. Ce risque est notablement diminué avec la voiture-traîneau, dont le poids se trouve mieux réparti.
- Si primitif qu ’apparaisse l’équipage des paysans philippins, on remarquera sur notre photographie certains détails qui sont autant de perfectionnements. Le coffre est muni d’une sorte de balustrade qui ajoute au confort des occupants en offrant à leurs reins un point d’appui. Au-dessus des patins constitués par l’extrémité des brancards, deux pièces de bois se projettent extérieurement et affleurent le sol de chaque côté, assurant ainsi une plus grande stabilité dans les , passages dangereux.
- Ne terminons pas cette courte notice sans consacrer quelques mots au massif bovidé qui sert ici à la fois de bête de trait et de monture. C’est le représentant d’une variété domestiquée du buffle kérabau, remarquable par sa peau presque entièrement dépourvue de poil, comme par le développement extraordinaire de ses cornes. Les kérabaus sauvages, qui pullulent encore dans la jungle philippine, sont des fauves redoutables dont la chasse est considérée comme plus dangereuse que la chasse au tigre. , Y. Forblx.
- La voiture-traîneau des Philippines, attelée d'un buffle kérabau.
- Le Gérant P. Masson. — Imprimerie Laiujrb, rue de Flcurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1935.
- 25 JUIN 1910.
- RÈGLE A CALCUL GIGANTESQUE POUR LE PARI MUTUEL
- Le pari mutuel, qui est seul autorisé sur les champs de courses français depuis 1891, donne lieu à une série de calculs, peu compliqués il est vrai, mais qui portent sur des nombres importants et doivent être faits très rapidement. Nous rappelons sommairement en quoi consiste ce mode de paris, qui a été imaginé en 1867 par M. Joseph 011er.
- Le joueur peut risquer sa mise de deux façons : ou bien le cheval de son choix doit arriver premier, ou bien il peut arriver placé. De là deux catégories bien tranchées qui donnent lieu à des répartitions tout à fait distinctes : ceux qui jouent gagnant et
- de courses pour les indemniser de leurs frais 4 pour 100. Ce prélèvement opéré on répartit ce qui reste entre les joueurs. Pour ceux qui ont joué gagnant on totalise l’argent qu’ils ont versé et on le divise par le nombre des mises faites sur le cheval arrivé premier; on obtient ainsi la somme à attribuer à chaque mise.
- Pour ceux ayant joué placé, c’est un peu plus compliqué. Sur le total de l’argent qu’ils ont versé on prélève d’abord les mises de ceux qui ont gagné pour les leur rembourser ; on y ajoute ensuite une part de ce qui reste. Pour cela, s’il y a trois chevaux
- Fig. i. — La règle a calcul construite par M. Henry Oller pour vérifier rapidement les résultats de la répartition du pari mutuel.
- pour lesquels compte seul le cheval arrivé premier ; ceux qui jouent placé et pour lesquels comptent, non seulement le premier, mais aussi le second et le troisième, celui-ci ne prenant part à la répartition que s’il y a au moins 8 chevaux dans la course.
- Les mises sont au minimum de 5 francs à Paris ; elles ne se fractionnent pas. Chaque joueur fait autant de mises de 5 francs qu’il le désire sur le cheval de son choix en annonçant s’il le joue gagnant ou placé et les calculs ont pour hase, non pas le nombre des joueurs, mais le nombre des mises. Avant toute répartition, on prélève en tout cas, 8 pour 100 de l’argent verse au profit : des œuvres de bienfaisance 2 pour 100 ; des primes destinées à encourager l’élevage 1 pour 100 ; de l’adduction de l’eau potable dans les communes 1 pour 100; des sociétés 38e année. — a0 semestre.
- placés, on divise ce reste en trois parties, et chaque tiers est divisé par le nombre des mises faites sur chacun des chevaux placés ; les trois quotients obtenus donnent la répartition à laquelle on ajoute le montant de la mise. Bien qu’il s’agisse seulement d’appliquer les quatre règles élémentaires de l’arithmétique, on comprend que les opérations sont assez délicates par suite de la rapidité avec laquelle il faut les faire et de l’importance des nombres qu’elles comportent. Dans une journée comme celle du Grand Prix de la Ville de Paris, les paris se montent à plus de 4 millions.
- Comme tous les chiffres sont ensuite affiché!1; le public peut contrôler les résultats et, s’il y a une erreur, faire une réclamation qui peut être très onéreuse pour la Société des courses. Le cas est
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- 50 :..: REGLE A CALCUL GIGANTESQUE POUR LE PAR] MUTUEL
- extrêmement rare, mais il s’est cependant déjà pro-• duit. Pour faciliter les opérations, M. Joseph 011er avait imaginé en 1868 un compteur totalisateur qui donnait le nombre des mises faites sur chaque cheval et les totalisait pour l’ensemble des chevaux.
- ' Nous reproduisons la photographie qui est annexée au brevet pris à cette époque (fig. 2). On voit qu’il y a 24 cases affectées aux différents chevaux et, en haut, une case où s’inscrit le total général des mises ; à mesure qu’on délivre un ticket relatif à un cheval, on actionne le compteur correspondant. Cette machine n’est plus employée que sur quelques champs de courses de l’étranger. L’inventeur lui a sub-stitué depuis longtemps un système de carnets à souche, dits billets-compteurs, qu’il fournit à la plupart des Sociétés de courses.
- Dans son usine de Puteaux, il en fabrique plus de 75 millions par an et emploie à cet usage environ 70 000 kilogrammes de papier de couleurs diverses.
- Mais si ces ingénieux carnets permettent un contrôle facile, ils ne simplifient pas les calculs de la répartition et, malgré toutes les précautions prises, des rerreùrs peuvent; se produire.'
- Le meilleur moyen de vérification pour les opérations de ce'.genre .est de les faire faire deux fois par des personnes!* différentes et par des moyens différents.
- Tout en laissant , toujours fonctionner la méthode élémentaire, on a essayé plusieurs moyens pour contrôler les résultats. Les machines à calculer n’ont pas rendu de bons services par suite de la complexité des opérations, notamment pour les placés; en outre, elles ne laissent aucune trace permettant de se rendre compte d’une erreur de manœuvre. Les règles à calcul ordinaires demandent beaucoup d’entraînement pour être maniées sûrement et les
- lectures doivent être raisonnées pour apprécier le nombre de chiffres significatifs du résultat, on hésite poulie placement de la virgule, on n’a pas de chiffre précis. Les tracés graphiques demandent trop de temps pour être établis de façon irréprochable. Les barèmes chiffrés pourraient être utilisés ; mais, pour en établir seulement un relatif aux gagnants et répondant aux besoins d’un hippodrome parisien, il faudrait le travail de deux personnes pendant un an et les feuilles de ce barème formeraient 12 volumes
- de format du dictionnaire Larousse. M. Henry Ollcr, ingénieur des arts et manufactures, neveu de l’inventeur du pari mutuel, a étudié de très près toutes ces solutions et il s’est arrêté à l’emploi des tables graphiques, ou abaques, qui depuis quelques années se sont généralisées dans différentes branches de la science et de l’industrie.
- Les opérations à faire étant l’application répétée d’une même formule algébrique, il a construit avec des règles à coulisses graduées et d’un fil élastique, un monogramme à points alignés, qui se compose en principe de deux échelles logarithmiques. - de même module > parallèles et inverses et d’une troisième échelle de module moitié moindre, parallèle aux deux premières et à équidistance de chacune d’elles. Le fil tendu transversalement donne la solution dans, chaque cas. L’appareil se compose (fig. 1) de deux jeux de trois règles graduées, l’un G pour la répartition aux gagnants, l’autre P.pour la répartition aux placés. Pour effectuer une opération il suffit (pour les gagnants, par exemple) de tendre un lil E F d’une division de la règle de gauche G {représentant le nombre des mises gagnantes, à une division de la règle de droite G3 représentant le nombre des mises sur le cheval arrivé premier.
- Fig. 2. — L’ancêtre de-la machine à calculer pour pari mutuel. Le compteur totalisateur créé par M. J, Oller en 1868.
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- 11 croise l'échelle G?, placée entre les deux premières, à l’endroit où se lit la répartition.
- Pour les placés on opère d’une façon analogue : on part de la règle P1; au point où se lit la somme à partager, avec trois fils qui aboutissent sur la règle IL aux endroits B, C, D où se lisent les nombres des mises pour chaque cheval; on lit la répartition aux endroits où le fil rencontre la règle P2.
- Toutes ces règles, qui sont très grandes, se fixent à un cadre métallique scellé au mur. Dans un prochain modèle ce cadre sera muni de pieds et reposera sur le sol de façon qu’on puisse le déplacer facilement.
- Les fils -sont constitués par des cordons de caoutchouc qui tendent une racine de cocon de ver à soie à l’endroit où doit se faire la lecture. L’inventeur a consacré-plus " d’une année à l’établissement des chiffres portés sur les échelles graduées ; elles tien-
- nent compte bien entendu des déductions à faire et: elles peuvent même être utilisées dans le cas où le taux du prélèvement est de 10 pour 100 au lieu de* 8 pour 100, ce qui a lieu sur certains hippodromes.
- Depuis l’automne dernier un premier appareil a été mis en expérience. Dès que les répartiteurs ont terminé leurs calculs, on en apporte les hases à l’appareil et les résultats lus sur les règles ont toujours été en concordance parfaite avec ceux du calcul.
- Le but de M. Henry Oller n’est pas de remplacer le système actuel de la répartition, qui continuera toujours à fonctionner comme par le passé, mais de le contrôler constamment pour éviter les erreurs.' Dans ces conditions, étant données la rapidité et la régularité constatées jusqu’à présent dans son fonctionnement, il est très probable que l’appareil va être adopté par toutes les Sociétés de courses.
- G. Chalmakès.
- LA TRANSFORMATION DE PARIS SOUS LE SECOND EMPIRE
- Nous avons consacré récemment une étude au les grandes villes américaines pourraient se montrer
- gigantesque projet de reconstruction de Chicago. La jalouses. Comme nous le rappelle l’excellente bro-
- Fig. i. — Les transformations de Paris. — Le Pont-Neuf : étal ancien et actuel.
- très intéressante exposition que la bibliothèque delà Ville de Paris vient d’inaugurer à l’hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau, sous l’habile direction de M. Marcel Poëte, remet en lumière ce fait que la reconstruction de notre capitale a été poussée avec une activité dont
- chure que M. Poëte publie au sujet de cette remarquable exposition, dix années, soit de 1858 à 1868, suffirent à transformer Paris de fond en comble.
- Cette transformation avait préoccupé les règnes précédents, mais sans qu’on se décidât à se mettre
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- LA TRANSFORMATION DE PARIS SOUS LE SECOND EMPIRE
- sérieusement à l’œuvre. L’idée d’embellir Paris, de percer des voies alignées à travers son labyrinthe de rues tortueuses, faisait lentement son chemin, mais sans provoquer un bien vif enthousiasme. Quand il est question, en novembre 1776, d’isoler les Tuileries et de construire, future rue de Rivoli, une rue parallèle à la terrasse des Feuillants, les gazetiers ne manquent pas de reprocher aux architectes « de s’évertuer chaque jour à enfanter de nouveaux projets ». Ces projets, la Révolution va leur donner corps.
- Pour la première fois dans l’histoire, une municipalité de grande ville songe à élaborer un plan d’ensemble de reconstruction. Le 21 mars 1791, le corps municipal adopte un rapport énonçant « que la vente des biens nationaux dans Paris est une occasion capable de favoriser l’embel-lissement de Paris ou la commodité des communications ».
- Une commission d’architectes, d’ingénieurs et d’artistes est constituée en 1795. Elle élabore un plan auquel Napoléon III et Ilaussmann feront de nombreux emprunts, soixante ans plus' tard. Mettant en pratique le précepte formulé par Voltaire de « découvrir les monuments qu’on ne voit point », elle demande avant tout la construction d’une rue spacieuse qui, partant de la place de la Révolution (ou de la Concorde) pour aboutir à la place delà Bastille, dégagera le Louvre, les Tuileries, l’Hôtel de Ville, soit le tracé de la rue de Rivoli actuelle.
- Le rêve de Paris port de mer influence les « Commissaires-Artistes », qui prévoient la construction d’un vaste port près de la place de la Bastille, avec un réseau de rues pour le dégagement de ce port. Le souci de l’esthétique leur inspire le dégagement de plusieurs monuments publics au moyen de places spacieuses, et aussi la création de « places rayon-
- Fig. 2. — La rue des Écoles du temps). Aujourd'hui
- liantes », comme celle de l’Observatoire, (qui ouvrent dans différents sens de lointaines perspectives.
- L’époque troublée que le pays traverse retarde la mise à exécution d’un plan que Napoléon Ier fera sien. Avec le percement des rues de Rivoli, de Castiglione, de la Paix, des autres rues avoisinantes, avec la construction des quais des Tuileries et Debilly, de l’Arc de Triomphe, du Pont d’Iéna, de la Bourse, le Paris nouveau prend enfin naissance. Mais la chute de l’empire entraîne l’abandon du « plan des Artistes »,
- et la Restauration se contente de jeter des ponts sur la Seine.
- Avec la Monarchie de juillet, ce plan connaît de meilleurs jours. On s’occupe avant tout de la double ligne des quais et des boulevards. De nouvelles rues facilitent la circulation sur les deux rives, et la rue de Rambu-teau, prévue par les « commissaires-artistes », vient relier directement les Halles au Marais.
- Mais un événement capital se produit : les chemins de fer font leur apparition. Personne ne croit à leur avenir, et l’Etat laisse les compagnies construire leurs débarcadères « au petit bonheur ». La gare de l’Est s’édifie « devant
- des ruelles ignobles où l’espace eût manqué à deux voitures passant de front ». Et le chemin de fer du Nord « a pour tout déversoir une rue de 150 m. de longueur ». On hésite à prolonger l’impasse d’Amsterdam et à percer la rue du Havre, aux abords de l’embarcadère de Saint-Germain-Versailles-Rouen.
- Voici le coup d’État de décembre 1851. Le pouvoir suprême est aux mains d’un rêveur qu’un long séjour en Angleterre a familiarisé avec les grands travaux publics. Comme don de joyeux avènement, il offre à Paris un plan de la ville qu’il A’eut créer, une carte « où il a tracé lui-même, en bleu, en rouge, en jaune
- avant i85o (d'après une eau-forte [d’après une photographie).
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- et en vert, suivant leur degré d’urgence, les différentes voies nouvelles qu’il s’est proposé d’exécuter ». Les grands travaux d’ingénieur ont toujours eu de l’attrait pour lui : pendant son séjour en Amérique n’avait-il pas élaboré un plan de percement du canal interocéanique de Nicaragua?
- La première préoccupation de l’empereur est de dégager les embarcadères des chemins de fer, devenus, selon ses propres paroles, les véritables barrières de Paris, les portes d’entrée de la France et du monde dans la ville capitale. Cette question fait l’objet d’un plan spécial, dont on entreprend activement la réali-
- Fig. 3. — Deux vues de la Cité prises à 5o ans d’intervalle du haut de la Tour Saint-Jacques. En haut, vue prise en 1860; en bas, vue actuelle.
- Il se met aussitôt à l’œuvre. Le préfet de la Seine, M. Berger, recule devant l’aspect colossal de la tâche. Napoléon III le remplace enfin par M. Haussmann (1855), et, dès le lendemain, une armée de Limousins et de Savoyards s’abat sur la capitale. Elle ne déposera la pioche que quinze ans plus tard, quand la ville, éventrée et reconstruite, sera devenue méconnaissable.
- sation. Les gares sont agrandies ou même reconstruites entièrement, ce qui sera le cas de la gare du Nord. On leur ménage de spacieux débouchés : rues de Rennes et de Maubeuge, boulevards du Nord et de Strasbourg, etc. Et on établit un trait d’union entre les différents réseaux au moyen de la ligne de Ceinture, qui entraîne la construction du viaduc d’Àuteuil et du pont du Point-du-Jour.
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- L’exécution des autres plans, dont l’ensemble doit composer la reconstruction de la capitale, est menée de front. La grande Croisée de Paris (la croix formée par la ligne des rues Saint-Denis et Saint-Jacques et par celle dont les rues Saint-Honoré et Saint-Antoine constituaient les deux extrémités) ne suffisait plus à la circulation depuis un siècle. On dote la ville d’une « grande croisée » moderne par le prolongement de la rue de Rivoli et le percement des boulevards de Strasbourg et de Sébastopol, bientôt continués par les boulevards du Palais et de Saint-Michel. Désormais, les quatre points cardinaux de Paris, représentés par les barrières d’Enfer et de la Villette, et par les places de l’Etoile et du Trône, sont en relations directes, au moyen de voies spacieuses.
- , Le projet d’un grand marché central, déjà formulé par la commission des artistes, et mis à l’étude par Napoléon Ier, était tombé dans l’oubli. Cependant, la circulation était devenue impossible dans le quartier des Halles, avec ses ruelles étroites et ses marchés disséminés, si bien que la municipalité avait formé le proj et, en 1842, d’édifier une Halle centrale qui n’eût guère mérité ce qualificatif, puisqu’on lui choisissait un emplacement sur la rive gauche, près de la Halle aux vins.
- A peine le Prince Napoléon avait-il été élu Président de la République, qu’il remettait cette importante question sur le tapis. Le projetBaltard-Col-let, qui consistait à remplacer les anciens marchés épars par huit corps de bâtiments, était adopté, et le Prince Président posait la première pierre du premier bâtiment le 15 septembre 1851. Mais, mécontent de l’aspect lourd de l’édifice, que les Parisiens appelaient déjà le « Fort de la Halle », il faisait suspendre les travaux et demandait un nouveau projet par voie de concours.
- « Ce sont de vastes parapluies qu’il me faut, rien de plus ! » avait déclaré l’empereur, en remettant à Haussmann un croquis dessiné de sa main.
- S’inspirant des vues du souverain, Baltard élaborait un projet qui l’emportait sur ceux de ses concurrents. Trois ans'plus tard, les six pavillons de l’Est étaient inaugurés. Quatre des six autres pavillons dits de l’Ouest ne le furent qu’après un délai de onze ans, soit en 1868.. Les deux autres demi-pavillons à façade curviligne qui devaient encercler la Halle aux Blés, restèrent à l’état de projet. Les 35 millions qu’avait coûtés l’expropriation des immeubles abattus pour déblayer rem-
- placement des Halles avaient à ce point grevé le budget municipal qu’on recula devant de nouvelles expropriations. Le plan grandiose de Baltard restait inachevé. Et sa voie ferrée souterraine, qui devait relier les sous-sols des Halles à la Ceinture et au marché aux bestiaux de la Villette, eut le même sort que celle qu’on avait projetée entre la gare du Nord et la gare Montparnasse.
- La construction des Halles, qui entraîna le percement de la rue du même nom, et des rues du Pont-Neuf et de Turbigo,fit disparaître l’un des quartiers les plus pittoresques du vieux Paris, particulièrement la fameuse rue de la Tonnellerie, dont les artistes regrettèrent les maisons à piliers, et leurs curieuses enseignes. Mais l’œuvre de destruction n’en était qu’à ses débuts. A la nécessité de dégager les gares et de créer un marché central s’ajoutait celle de donner de l’air aux intersections des grandes artères, points où des courants d’humanité se croisaient et se heurtaient.
- ”VLa construction de vaste caserne du Prince-Eugène, aux abords de la petite place où aboutissaient la rue et le faubourg du Temple et le boulevard Saint-Martin, imposa bientôt l’élargissement de cette place, qui devint le type des places-carrefours chères à Haussmann.
- Le fameux boulevard du Temple et ses nombreux théâtres furent livrés aux démolisseurs. Sept grandes artères rayonnent bientôt autour de ce centre. La place de la Bastille est transformée à son tour, avec l’élargissement de la rue de Lyon, et surtout avec l’abaissement du plan d’eau du canal Saint-Martin, qui permet de le recouvrir sur une bonne partie de son parcours. 1
- La place rayonnante, avec son système artificiel d’avenues convergentes, intervient, elleiaussi, dans l’œuvre de transformation. La place de l’Étoile, qui, créée au-xviie siècle, devait son nom à ses cinq branches plantées, de beaux arbres, devient le point d’intersection de douze avenues" monumentales que domine l’Arc de Triomphe. On lui donne pour pendant à l’autre bout de Paris la place du Trône.
- Le théâtre de luxe est un autre facteur de transformation, et non des moins puissants. La décision d’élever le nouvel .Opéra à la jonction des boulevards des Italiens et des Capucines provoque la transformation d’une vaste section de la capitale. Ce théâtre est destiné à devenir un centre de luxe, eton s’occupe, avant d’en creuser les fondations, de lui assurer des
- RÉSEAU DE VOIES FERRÉES SOUS PARIS.
- Fig. 4. — Un projet de chemin de fer souterrain dans Paris dressé en i853.
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- LA TRANSFORMATION DE PARIS SOUS LE SECOND EMPIRE
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- communications directes avec le centre officiel (Louvre et Tuileries) et avec le centre des affaires (Bourse, et Sentier). D’où les projets de percement de l’avenue Napoléon (ou de l’Opéra) et de la rue Réaumur prolongée (ou du 4-septembre). Puis, on dégage les abords postérieurs en prolongeant la rue Lafayette, en perçant les rues Scribe et Méyerbeer.
- Un autre souci imprime son cachet à l’œuvre de transformation. De son séjour en Angleterre, Napoléon III a rapporté l’amour des vastes parcs citadins et des squares. Dès les premières années de son règne, il ordonne les travaux qui font bientôt du Bois de Boulogne la promenade à la mode. Le Bois de Vincennes n’est pas oublié, et les parcs de Montsouris et des Buttes-Chaumont recouvrent de leur pittoresque architecture des dépotoirs qui faisaient honte à la capitale. Le parc de Mousseaux ou Monceaux, créé en 1778, est ouvert au public, et de nombreux squares sèment de jolis coins de verdure sur les deux rives: Sauf de très rares exceptions, tous les squares parisiens datent de cette époque.
- Des différents quartiers de Paris, celui qui paie le plus lourd tribut à l’œuvre de transformation est assurément celui de la Cité. Jusqu’en 1857, l’île qui fut le berceau de la grande ville était restée le théâtre d’une vie intense. Aperçue du haut d’un clocher distant, elle présentait l’aspect d’une forêt de toitures hérissées de cheminées. Tout le long de ses quais, les façades de maisons étaient tellement serrées qu’on distinguait à peine le débouché des ruelles étroites qui serpentaient à travers l’ile. Timidement, et comme honteuses de souiller de leur aspect moderne un pittoresque labyrinthe oû s’étaient incarnés des siècles d’histoire, les rues de la Cité et de Constan-tine avaient inauguré dix ans plus tôt l’éventrement.
- En. 1858? ce vieux cœur de Paris fut livré aux Limousins et aux Savoyards, et l’œuvre de destruc-
- Fig. 5. — Eu haut,Francien quartier des Halles. En bas, plan des Halles nouvelles dressé par Baltard. Une partie en a été exécutée.
- tion, poussée avec une activité fébrile, ne s’arrêta qu’en 1868. De Notre-Dame à la place Dauphine, tout fut rasé impitoyablement, à l’exception de la Sainte-Chapelle et de quelques parties du Palais de justice. Sur le curieux emplacement des vieilles maisons çt des ruelles moyenâgeuses s’élevèrent les bâtiments à l'architecture sévère et banale que nous connaissons : le tribunal de commerce, la caserne de la Cité, le nouvel Hôtel-Dieu, le nouveau Palais de justice. La vieille cité avait vécu.
- Mais, si Yhanssniannimtion de Paris, pour emprunter aux Américains le mot qu’ils ont curieusement forgé, dépouillait de sa vie WBSEtèk S intense le berceau de Lutèce,. elle créait d’autre, part en plein désert une ville nouvelle. Le vaste segment limité par les Champs-Elysées, la Seine et le Bois de Boulogne, formai tun ensemble de terrains où maraîchers et chiffonniers régnaient en maîtres. Les maisons y étaient rares et disséminées. Les abords du Trocadéro, « réceptacle de toutes les immondices de Paris », offraient un voisinage indigne de l’Exposition Universelle que l’Empire organisait au Champ de Mars.
- Avec la rapidité de décision qui le caractérisait, le baron Haussmann résolut de transformer ce quartier comme par un coup de baguette magique. On décida de faire disparaître ce que le peuple appelait la montagne de Chaillot, et de créer sur le Trocadéro une place qui descendrait en pente douce vers la Seine et se terminerait au sommet par « une demi-lüne où déboucheraient neuf boulevards traversant les quartiers de Passy et de Chaillot ».
- Commencés en 1866, les travaux de gros œuvre, poussés avec une activité prodigieuse, étaient terminés dans les douze mois. A coups de mine, on fit sauter la fâcheuse colline. Pour célébrer l’anniversaire du prince impérial, les entrepreneurs convièrent les Parisiens à assister à l’explosion simultanée
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- de 1500 mines ! Une « folie de moellons » semble s’être emparée de la génération, et les nouvelles avenues sont à peine tracées que de somptueux immeubles ou hôtels se dressent déjà sur leurs parcours !
- Tel est, exposé dans ses grandes lignes, le « programme de la transformation de Paris » que Napoléon III avait dressé lui-même, et que le baron Haussmann exécuta en une douzaine d’années. Les Parisiens ont oublié les centaines de millions qu’il coûta, pour ne se souvenir que de l’effort gigantesque qui fit de Paris la plus belle et la plus moderne des capitales du monde. Rendons cette justice à Haussmann qu’il ne se contenta pas de transformer et d’embellir la ville : il la dota d’une distribution d’eau de source qui fut, pour l’époque, une véritable révolution économique, car, avant lui, l’eau ne montait pas plus haut qu’au deuxième étage, dans les maisons. Et il fut aussi l’initiateur personnel du système d’égouts souterrains modernes.
- Ne terminons pas cette notice sans remercier
- M. Marcel Poêle, l’organisateur de l’exposition de l’hôtel de Saint-Fargeau, d’avoir mis à notre disposition des documents qui nous ont permis, dans nos illustrations, de montrer le contraste entre le Paris de 1850 et le Paris actuel.
- Ce sont deux plans du quartier des Halles, dont le premier indique nettement la dispersion des différents marchés et leur manque de spacieux déversoirs, tandis que le second, dressé par l’architecte Bal tard, nous montre le plan de reconstruction parachevé, avec le dégagement complet de l’église Saint-Eustache que nous donneront les prochains travaux.
- Deux vues de la Cité, prises à 50 ans d’intervalle du haut de la tour Saint-Jacques, dépeignent la transformation radicale de l’île, et les deux vùes du Pont-Neuf enregistrent un autre changement de perspective. La comparaison entre l’eau-forte et la photographie du même point de la rue des Écoles n’est pas moins instructive. Y. Forbin.
- UN PROGRÈS EN TÉLÉGRAPHIE SANS FIL
- L’ALTERNATEUR A RÉSONANCE
- Les progrès de la télégraphie sans fil sont si rapides que l’avenir de ce nouveau moyen de communication paraît devoir dépasser les espérances ’
- les plus optimistes.
- Aujourd’hui, on échange des radiotélé-grammes à des distances considérables en utilisant une énergie infime et cela, par tous les temps. On peut converser à 2500 km de distance (Paris-Athènes) en utilisant l’énergie d’un petit moteur d’automobile de 10 à 12 chev.
- Si de tels résultats peuvent être obtenus, c’est que des perfectionnements sont récemment venus transformer la * télégraphie sans fil. Il y a dix-sept ans seulement que Hertz envoya pour la première fois des signaux par ondes électriques à quelques mètres de distance. Cinq ans après, Marconi obtenait des communications à 50 km de distance.
- Depuis, les distances franchies croissaient de plus en plus, tandis que le fonctionnement des postes radiotélégraphiques devenait plus sur, plus régulier et plus économique. A la suite des travaux entrepris par des officiers et des ingénieurs français, un grand progrès vient d’être réalisé dans cette voie
- Fig. i. — Alternateur à résonance pour la production d'ondes hertziennes pures.
- avec l’invention des alternateurs à résonance.
- Nous allons essayer d’expliquer en quoi consiste cet important perfectionnement qui nous assure aujourd’hui la première place parmi les « sans-filistes ». Tandis que les étrangers suivent au jour le jour les travaux de nos radio-électriciens, on ignore souvent chez nous les simples résultats pratiques qui doivent contribuer à la prospérité de notre pays.» On • sait que les ondes de l’éther qui servent aux communications radiotélégraphiques sont produites par les oscillations électriques de fréquence très élevée qu’on fait naître dans une antenne (nappe de fils aériens). Ces mouvements rapides des masses électriques de l’antenne sont provoqués au moyen de la décharge oscillante d’un condensateur1. Dans le système français, ce condensateur est chargé à haute tension (plusieurs milliers de volts) par un transformateur industriel alimenté lui-même par le courant alternatif fourni par ün alternateur.
- Chaque fois que la tension aux bornes du condensateur a atteint une valeur suffisante, une étincelle
- 1 Tous nos lecteurs connaissent la classique bouteille de Leyde, prototype du condensateur usité en radiotélégraphie.
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- se produit à l’éclatcur monté en dérivation sur ce condensateur, et celui-ci, se déchargeant à travers la spire primaire du transformateur Tesla* 1, induit dans les spires secondaires intercalées entre l’antenne et la prise de terre, un courant de haute fréquence qui provoque à son tour, dans l’éther environnant l’antenne, la naissance d’ondes électromagnétiques.
- Le nombre d’étincelles, c’est-à-dire de décharges, à la seconde, ainsi obtenu ne dépasse pas 10 à 15 à la seconde, si l’on utilise un alternateur fournissant un courant analogue à celui des secteurs (40 à 60 périodes). Une série longue d’étincelles forme un trait de l’alphabet Morse, une série courte forme un point.
- Primitivement, on utilisait aux postes récepteurs
- sibles appelés « parasites ». Avec le cohéreur la bande imprimée devenait illisible, les points étant
- TRANSFORMATEUR TESLA
- manipulateur
- 10 000 volts
- h
- —
- JL n d
- ALTERNATEUR A TRANSFORMATEUR RÉSONANCE: 8 KV. A. INDUSTRIEL
- CONDENSATEUR
- Terre
- Fig. 3. — Une station de même puissance avec alternateur à résonance (à la même échelle). On remarque la différence des encombrements et la suppression de la bobine de self-induction dans le 2e cas. L’énergie utilisée dans l’an tenue est plus forte que dans le Ier cas.
- des appareils qui permettaient d’enregistrer sur des bandes de papier ces points et ces traits. Depuis plusieurs années déjà, on ne se sert plus de ces dispositifs écrivants appelés cohéreurs. On reçoit maintenant les signaux hertziens dans des appareils téléphoniques dont la sensibilité et la régularité de. fonctionnement sont de beaucoup supérieures à celle des cohéreurs. C’est le bruit affaibli de l’étincelle d’émission que l’on perçoit alors dans le téléphone.
- Les décharges électriques des orages lointains, les variations d’électrisation de l’atmosphère, produisent dans l’éther des ondes plus ou moins irrégulières
- qui font vibrer les antennes des postes récepteurs. Ceux-ci enregistrent alors des signaux ineompréhen-
- soudés aux traits par ces signaux parasites, dus aux phénomènes électriques naturels. Ces phénomènes perturbateurs qui gênaient les communications dans les climats tempérés, les rendaient impossibles dans les pays chauds où des courants électriques naturels sont très intenses ou presque.
- L’emploi des récepteurs téléphoniques a donné une première amélioration des conditions de réception, parce que le télégraphiste qui reçoit __ peut souvent suivre à l’oreille les émissions de son correspondant, même à travers les bruits des orages lointains, à condition que ces bruits dus aux échanges d’électricité naturelle ne soient trop intenses. Malheureusement les parasites des pays tropicaux sont le plus souvent de véritables bruits de tonnerre, qui couvrent dans les téléphones les émissions des postes radiotélégra-phiques qu’on désire recevoir.
- En Afrique Occidentale, par exemple, les pertur-
- Fig. 5. — Éclateur Telefunken.
- hâtions électriques de l’atmosphère, empêchent Loutc communication radiotélégraphique pendant 15 à 16 heures sur 24. Dans les régions désertiques, sablonneuses, comme au Sahara, il a semblé jusqu’ici impossible de causer par sans fil, tant les bruits électriques du désert sont intenses.
- 1 Le transformateur Tesla (du nom du savant qui Tulilisa le premier) se compose, comme on le voit sur la fîg. 2, de deux simples bobines, soigneusement isolées, de large diamètre, sans noyau de fer, placées dans le voisinage l’une de l’autre, la bobine primaire ne comportant souvent qu’une spire. En pratique il est souvent remplacé par'un dispositif équivalent, de construction encore plus simple, la spire primaire étant formée par une des spires de l'enroulement secondaire même.
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- Tl résulte d'expériences entreprises au Congo par des missions de l’administration française des Télégraphes et par la Compagnie Marconi, que les communications par télégraphie sans lîl n’ont pu encore être établies, même à des distances relativement faibles, pendant la plus grande partie de l’année.
- Or, un nouveau progrès vient de nous donner le moyen de triompher des influences perturbatrices de l’électricité atmosphérique, de triompher « des bruits électromagnétiques du désert ».
- Jusqu’ici, comme on l’a vu plus haut, les points et les traits de l’alphabet Morse entendus dans le téléphone étaient formés par une succession d’ébranlements de l’éther qui se produisaient à des intervalles d’environ 1/10 de seconde.
- Il en résultait dans le téléphone des bruits analogues à celui que produit le déchirement de la toile, bruits qui se distinguaient difficilement de ceux produits par les phénomènes élec-triques atmosphériques. À certains moments et surtout dans les pays tropicaux, les cohéreurs donnent sur les bandes Morse un trait continu, quoique aucune communication par télégraphie sans fil ne soit échangée.
- Dans le téléphone on entend, dans les mêmes conditions, un vacarme qui fait perdre au télégraphiste tout espoir de comprendre les signaux de son correspondant.
- On a trouvé récemment le moyen de correspondre, non pas au moyen de bruits, mais au moyen d’émissions renfermant au moins 5 à 600 séries d’ébranlements de l’éther par seconde, ce qui donne dans le téléphone un son d’une hauteur correspondant à ce nombre" de vibrations. On sait, par exemple, que le « la » normal correspond à 455 vibrations par seconde. Si on télégraphie sans fil avec des émissions de fréquence 870 par seconde, on échange donc à travers l’espace des « la » qui sont les octaves supérieurs du « la » normal donné par le diapason. Il est possible, bien entendu, d’échanger des « si » des « ut », en un mot des notes de hauteurs diverses ; chaque station radiôté-légraphique peut envoyer sa note. Dans un même
- poste, il est d’ailleurs possible de faire varier les hauteurs du son que l’on envoie : chaque poste peut monter sa gamme.
- Le grand avantage de ces émissions de sons musicaux est de se distinguer nettement des bruits provoqués par l’électricité naturelle. Aussi, malgré l’intensité de ces bruits sous les climats tropicaux, on perçoit dans le téléphone, en même temps qu’eux, les notes chantantes ou sifflantes, des stations radio-télégraphiques. Les sons purs triomphent des bruits grossiers qui proviennent de l’atmosphère surchauffée ou extrêmement humide des déserts et des forêts tropicales. On obtient ces émissions musicales soit au moyen d'éclateurs tournants (Marconi), soit au
- moyen d'alternateurs ci fréquence élevée du. type ordinaire à fer tournant (système allemand Telefun-ken) ou du type spécial dit à « résonance » (système français).
- Les éclateurs tournants1 fournissent la multiplication du nom-d’étincelles. Ce procédé consiste simplement à remplacer- les deux masses fixes entre lesquelles se produisait autrefois la décharge (oscillante) des condensateurs par des organes mobiles, par exemple des disques tournant à grande vitesse, munis de tétons. L’étincelle jaillit entre deux tétons au moment où ils passent en face l’un de l’autre, puisque la distance explosive se trouve minimum à cet instant. Comme on dispose de la vitesse de rotation des disques et du nombre de tétons, on peut obtenir le nombre désirable de décharges par seconde, c’est-à-dire un son de hauteur donnée. En pratique, il n’y a pas explosion nette instantanée entre les deux électrodes, mais il se produit un arc de courte durée qui donne au son obtenu une sorte d’enrouement. Le manque de pureté du son nuit beaucoup à sa transmission aux longues distances, le rendement du dispositif au point de vue de l’utilisation de l’énergie est d’ailleurs médiocre.
- 1 Voir pour les éclateurs la communication du commandant. Ferrie à la Société Internationale des Electriciens, février 1910).
- Fig. 6. — Poste automobile de T. S. F. muni- d’un alternateur à résonance. — /, alternateur ' à résonance à ’5oo périodes ;
- 2, excitatrice de Valternateur ; 3, voltmètre; 4,interrupteur de voltmètre; 5, ampèremètre ; 6, lampes de sécurité; 7, manipulateur spécial supprimant le rhéostat compensateur ; 8, transformateur; 9, batterie de condensateurs ; 10, éclateur; 11, bobine de self fixe du cirant oscillant; 12, bobine de. self réglable du circuit oscillant; i3, coupure de transmission; 14, bobine de self de l’antenne transmettrice; 15, rhéostat de l’excitatrice; ià, rhéostat de champ de l’alternateur; 17, bobine de self de l’antenne réceptrice; 18, résonateur à induction; ig, détecteur à cristaux; 20, condensateurs.
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- La Société allemande Telefunken emploie comme éclateur une série de disques parallèles distants les uns des autres d’une fraction de millimètre, et formant ainsi un éclateur à intervalles multiples.
- Elle utilise des alternateurs d’une fréquence généralement comprise entre 400 et 1000 périodes (ce qui veut, dire qu’ils produisent des courants alternatifs qui changent le sens 800 à 2000 fois par seconde) qui sont des machines à fer tournant d’un type ancien, employé jadis dans les distributions d’énergie électrique. Le son ainsi obtenu est plus musical que celui fourni par les éclateurs tournants, mais. la note varie de hauteur pendant l’émission, et le son est parfois accompagné de grincements.
- Le procédé français consiste à employer, pour la charge des condensateurs, des transformateurs sans fuite d’un type rigoureusement industriel, alimentés par des alternateurs dits « à résonance ». Sans entrer dans des détails techniques, nous dirons que ces alternateurs se caractérisent par une réaction d’induit relativement très accusée, et que cette circonstance, qui serait très peu favorable à des applications industrielles pour la distribution de l’énergie, offre au contraire, en radiotélégraphie, des avantages très notables au point de vue de la puissance spécifique et de l’établissement de la résonance électrique, qui a été reconnu indispensable à la pureté du son.
- Lorsqu’il y a résonance, il existe, entre la valeur de la capacité chargée par le condensateur à haute tension et celle de la self-induction des circuits de charge, une relation telle que la tension en charge aux bornes du transformateur peut atteindre une valeur notablement supérieure à la tension à vide. Ce fait paradoxal sur lequel nous ne pouvons nous étendre davantage s’explique aisément sans calculs, par une comparaison grossière avec ce qui se passe lorsqu’une personne en pousse une autre dans une balançoire. Elle arrive à imprimer à la balançoire des mouvements violents tout en ne disposant que d’une énergie restreinte. Chaque fois que l’escarpolette revient près de la personne qui pousse, celle-ci lui communique une nouvelle impul-
- sion : ces impulsions s’ajoutent et le mouvement augmente peu à peu d’amplitude. Il a fallu pour cela donner des impulsions rythmées, et du même rythme que les oscillations de la balançoire1.
- On peut dire qu’il y a résonance entre le mouvement d’impulsions et, le mouvement oscillatoire de l’escarpolette.
- L’alternateur à résonance est constitué pour tirer profit d’un phénomène analogue et sans le secours d’une bobine de self-induction, comme cela est nécessaire avec les alternateurs ordinaires. La particularité qui est au point de vue pratique la plus
- intéressante de l’invention est que les alternateurs qui donnent un tel résultat sont constitués avec des pièces normales de séries industrielles et non avec des éléments spéciaux coûteux ou fragiles. On remarquera, par exemple, que l’alternateur à résonance de la figure 2 a même carcasse qu’un moteur triphasé de 5000 watts ; si l’on songe que cet alternateur, en service à la station radio-télégraphique militaire do la Tour Eiffel, peut fournir 7000 voltampères, on se rend facilement compte des avantages de la machine en tant que poids et encombrement. Un alternateur de même système et de puissance triple fonctionnera bientôt dans la même station.
- L’alternateur à résonance permet la suppression des bobines de self-induction employées jusqu’ici comme correcteurs avec les alternateurs ordinaires pour le réglage de la résonance ; il en résulte une diminution du prix, du poids et de l’encombrement du matériel, en outre d’une simplification.
- Cette invention permettra d’établir des communications régulières par télégraphie sans fil, dans tous les pays et par tous les temps ; il en résultera bientôt d’heureuses transformations dans les procédés d’administration, de défense et d’exploitation de nos colonies, et il en sera ainsi dans toutes les nations des pays tropicaux, qui jusqu’ici profitaient peu de la télégraphie ordinaire et encore moins de la radiotélégraphie.
- 1 Voir Premières notions de télégraphie et téléphonie sans fil, par B. G. B., édition Omnia, 20, rue Duret.
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- Fig. 7. — Le futur réseau de postes de télégraphie sans fil. dans l’Afrique Française.
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- 60 :.............-...LA GÉOLOGIE
- C’est ainsi que nous allonst voir insaller, partout où la télégraphie avec ou sans fil était restée jusqu’ici impuissante, des communications radiotélé-graphiques qui assureront des services aussi réguliers que le service télégraphique Paris-Marseille.
- Il existe de nombreux pays, et particulièrement dans nos Colonies, où les communications télégraphiques par fil sont excessivement coûteuses à établir et à entretenir; souvent même, il est impossible d’y songer.
- En Afrique Equatoriale, par exemple, il faut compter changer les fils au moins tous les 2 ans. Or, la pose du fil qui nécessite l’envoi d’une mission, le percement et l’entretien des tranchées à travers les forêts tropicales, etc., etc., revient à un prix considérable.
- On a toujours reculé devant l’idée d’assurer, par exemple, les communications télégraphiques entre le Congo et le Tchad ou entre l’Algérie et Tombouctou. Le pays du Tchad est administré par le Gouverneur Général de l’Afrique équatoriale en résidence à Brazzaville : Or, une lettre partant de Brazzaville donne lieu à une réponse qui n’est reçue que 5 mois après. On connaît le retard avec lequel on a su en France la mort du capitaine Fiegenschuh et de ses compagnons d’armes. Dans quelques années, grâce à la télégraphie sans fil musicale, produite par les alternateurs à résonance, de pareilles anomalies auront cessé d’exister.
- LA GÉOLOGIE
- Quiconque a, sur un point particulier, une certaine éducation technique, trouve aisément l’occasion de sourire en lisant les œuvres des littérateurs les plus fameux. Pour le tisseur, c’est la trame prise constamment dans le sens de canevas. L’architecte peut s’apercevoir sans remonter à Boileau, que l’on a employé au hasard les festons et les astragales. Ne parlons pas des erreurs courantes qui ne sont que des erreurs de grammaire, et ne nous inquiétons pas de savoir si l’on dit trop souvent, en géologie, comme en d’autres matières, le phalène et la chrysanthème. Laissons également de côté des définitions aussi fameuses que celles du dromadaire, du chameau ou de l’écrevisse dans le dictionnaire de l’Académie et la prétention qu’a cette docte Assemblée d’imposer, contrairement à la pratique uniforme de tous les géologues et minéralogistes, l’orthographe granit au lieu de granité, afin, dit-on, de ne pas confondre une roche et un sorbet.... Le jeu qui consiste à collectionner des « coquilles » est sans doute puéril. 11 serait plus intéressant, à une époque où le culte de la Science est passé à l’état de religion officielle et où la géologie, par exemple, a pris sa place dans les programmes universitaires, de rechercher si, de cette culture nouvelle qui.a éliminé l’ancienne culture littéraire, il reste au moins, dans les esprits de nos contemporains, autre chose que des mots incompris, des amalgames extraordinaires de termes baroques et des prétextes à divagations philosophiques, où l’on s’appuie toujours de préférence sur les hypothèses les plus fantaisistes et les plus hasardéesk Mais cela nous entraînerait à froisser de notables contemporains. Nous
- DES ÉCRIVAINS :: . =
- Des stations vont être e'tablies à Dakar, Port-Etienne, Konakry, Monrovia, Tabou, Grand-Bassam, Cotonou.
- Un grand poste central radiotélégraphique sera construit à Tombouctou qui deviendra un point de transit des télégrammes échangés entre le bassin de la Méditerranée et l’Afrique Occidentale.
- Brazzaville et Léopoldville seront mis en relations avec Dakar, avec le Tchad et la côte d’ivoire, ainsi qu’avec Bizerte, au moyen d’une dizaine de stations radiotélégraphiques intermédiaires placées à des distances comprises entre 1000 à 1500 km.
- On étudie également une communication par ondes hertziennes entre nos possessions de l’Afrique Equatoriale et Madagascar. Un réseau complet est projeté en Indo-Chine.
- Tous ces projets qui semblaient des utopies, il y a seulement 2 ans, paraissent aujourd’hui d’une réalisation certaine, grâce à l’emploi des émissions musicales fournies par les alternateurs à résonance.
- D’autres applications de ces nouvelles machines se font actuellement dans des stations radiotélégraphiques sur voitures automobiles, sur les navires et sur lès ballons dirigeables. La légèreté de ces alternateurs et leur faible encombrement, eu égard à leur puissance1 leur donne des avantages appréciables pour ces divers emplois en outre des avantages fondamentaux qui résultent du principe même de l’invention. R. Villers.
- 'ES ÉCRIVAINS
- nous bornerons donc à chercher très rapidement le rôle joué par la géologie dans les œuvres de quelques écrivains classiques ou assimilables à des classiques.
- Comme littérateurs fameux ayant su réellement un peu de géologie, on peut, sans remonter à Bernard Palissy, se borner à citer Gœthe qui a été étudié ici même à ce propos2 et George Sand, dont on connaît les promenades à la recherche de fossiles jurassiques dans les environs de Noliant et les fréquentes incursions sur ce terrain dans ses livres avec plus de bonne volonté que de compétence, par exemple dans l’Homme de Neige. Ailleurs, dans tout le cours du xixe siècle, on peut dire uniformément que les écrivains n’ont pas la moindre connaissance, ni de ce qu’est la géologie, ni même de ce que signifient ses termes les plus familiers. Et cela est particulièrement sensible chez ceux qui croient parfois devoir y faire allusion ; car il est moins facile qu’on ne le croit, à qui a le goût d’écrire, de laisser simplement de côté ce qu’il ignore. Le très vulgaire mot granité, au sujet duquel nous avons déjà relevé la prétention singulière de l’Académie, semble avoir tout particulièrement porté malheur aux grands écrivains, pour lesquels il constitue le premier degré dans l’initiation aux mystères des termes savants. Il est aisé de voir, qu’ils ont tous, pour ce mot qui leur semble synonyme de toute dureté, massivité, compacité, etc., une malheureuse sympathie. Et toute pierre de taille, à laquelle ils veulent attribuer ces qualités,
- 1 Un alternateur à résonance qui fournit 8 kilovoltampères a pour carcasse celle d’un moteur triphasé ordinaire de 5 kilowatts. — 2 1784. 3 août 1907.
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- CHRONIQUE ......................; 61
- devient pour eux un « granit », comme tout talus à 45° est « abrupt », vertical, vertigineux, etc.
- Contentons-nous, parmi les plus grands, de citer Lamartine qui place en plein granit sa grotte des aigles de Jocelyn : le granit, la roche la plus impropre qui se puisse trouver à contenir une grotte quelconque, et surtout à « distiller des stalactites » :
- « Leurs angles de.granit en mille angles brisés...
- Ces gouttes qu’en tombant leur pente réunit Ont creusé dans un angle un bassin de granit..»
- Lamartine, quoique homme politique, n’avait aucune prétention à tout savoir et ne se posait pas en « descriptif » ; il était d’un temps où, sans le moindre scrupule, on ignorait les sciences comme la géographie, comme un peu plus tôt l’orthographe. Mais, dans une génération postérieure, Théophile Gautier, ou son disciple italien de Amicis, en usent de même. La cathédrale de Yalladolid, entre vingt autres monuments bâtis en calcaire ou en grès, devient une « imposante masse de granit ».
- C’est • surtout chez ces descriptifs de profession, qui ont collectionné des termes techniques à coups de manuel Roret, que l’impropriété constante des expressions choque un professionnel et le met en garde contre les superbes expressions du même genre empruntées par les mêmes auteurs à d’autres métiers. Les « cataclysmes cosmiques antérieurs à l’histoire » reviennent à tout propos pour expliquer, ou bien des phénomènes superficiels, pour lesquels les cataclysmes n’ont joué aucun rôle, ou des formations comme celles des terrains archéens, tellement antérieurs à l’histoire, qu’il est aussi absurde de citer celle-ci à leur propos que de faire allusion à Sémi-ramis dans une chronique sur la troisième République. Gautier, qui est un si merveilleux styliste, et qui trouvera à écrire 85 pages d’architecture sur la banale église de Saint-Isaac, à Saint-Pétersbourg, est absolument incapable de rendre les formes des terrains autrement que par les mots les plus vagues, les plus impropres : « convulsions, escarpements vertigineux, chaos » pour les montagnes, ou, au contraire, « terrains poussiéi’eux, sablonneux, monotones » s’il s’agit d’une plaine. Il y a? par exemple, dans ses œuvres, une description de la traversée des schistes du Simplon qui est tout à fait typique à cet égard, Les seules roches dont il connaît le nom, sinon la définition, sont le granit et le marbre.
- En passant à des écrivains plus récents, nous voyons une certaine vague géologie imprégnée de Darwinisme commencer à pénétrer dans l’éducation littéraire.
- Parmi ceux qui en savent quelque chose, mais qui emploient leur science un peu au hasard, nous pouvons citer l’admirable écrivain Pierre Loti qui, ayant eu la culture scientifique de l’officier de marine, aime à évoquer les « millénaires » écoulés depuis la formation des terrains géologiques. Mais, entre le cambrien et le pliocène, il n’y a pour lui aucune différence et les terrains qui lui donnent l’impression du passé le plus extraor-
- dinaire, celle des « premiers âges géologiques », sont souvent les dépôts tertiaires, c’est-à-dire les plus récents. Comme tous ceux qui ont vaguement entendu parler de la géologie enseignée à la mode ancienne, il aperçoit volontiers, dans les terrains les plus exclusivement sédimentaires, des convulsions causées par le feu. La falaise de calcaire crétacé des bouches de Cattaro devient pour lui «des mornes effrayants, calcinés, ravinés par le feu du monde primitif et restés là tels quels avec leur couleur de braise étreinte ». Les dépôts tèrtiaires d’argiles bigarrées gypsifères qu’il traverse en montant à Ispahan « sentent le soufre et la fournaise, sont saturés de sels toxiques, ont des colorations de choses empoisonnées » ; c’est le «paysage des horreurs géologiques », où son imagination entend gronder des eaux souterraines.
- On est étonné ici encore de constater que des hommes à l’œil si affiné ne voient pas, au sens absolu du mot, ne discernent pas les strates et les contournements si caractéristiques des terrains : les différences qui, dans le dessin et le coloris d’un paysage, traduisent immédiatement la constitution géologique réelle ; ils peignent le tout, comme le faisaient les vieux maîtres milanais pour leurs fonds de montagnes, sous la forme d’un amas confus de scories.
- Un tel manque d’éducation visuelle et de connaissance géologique aurait peu d’inconvénients si l’on ne retrouvait des inexactitudes ou des approximations du même genre en se rapprochant du milieu scientifique pour lire par exemple les travaux des archéologues ou des architectes. Je ne citerai qu’un exemple de la méthode. Il y a quelques années, m’étant trouvé amené à étudier la décoration des tombes à coupole mycéniennes, du fameux tombeau d’Agamemnon, etc., sur lesquels il a été écrit des volumes, je vis, dans l’abondante littérature sur ce sujet, qu’il était partout question de porphyres rouges, de brèches vertes, de basaltes, etc.... M’étant procuré quelques échantillons de ces roches pour les examiner au microscope, je constatai que c’étaient simplement des calcaires plus ou moins siliceux1.
- Faut-il espérer qu’un progrès se réalisera dans l’avenir et que le public acquerra quelques notions de cette science, cependant si intéressante, qui nous raconte l’histoire de notre planète et nous permet de prévoir ce qui existe dans les profondeurs du sol d’après sa superficie? Si on se fiait aux programmes, on pourrait le croire; mais, comme je le disais en commençant, lorsqu’on se trouve amené à interroger des jeunes gens ayant fini leur éducation, on constate avec regret le peu de succès obtenu. La cause en est sans doute dans la forme adoptée pour cet enseignement où, au lieu, de sa substance vivante, on ne leur a fait connaître qu’une terminologie barbare, d’une insupportable aridité. Comme le disait déjà Hamlet, occupé sans doute à lire quelque manuel savant d’examen : « des mots, des mots, des mots !» L. De Launay.
- CHRONIQUE
- La chimie des très basses températures. —
- On s’imagine volontiers que l’effet des basses températures est de diminuer, sinon de paralyser toute réaction chimique. Au fur et à mesure que l’on descend l’échelle des températures, l’activité chimique des divers corps 1 Dernièrement on pouvait constater, dans le rapport d’une importante mission technique envoyée par la ville de Lyon, en
- tendrait vers zéro. Il n’en est rien. Si certaines réactions sont, en effet, paralysées par le froid, d’autres se produisent qui n’ont point lieu à des températures plus élevées. Il y a une chimie spéciale aux basses températures. C’est ce que mettait en évidence le savant anglais Dewar Chine, que certains auteurs ayant à parler de mines, ignoraient, eux aussi, le sens des mots si simples: granit ou cinabre.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- dans une récente conférence. En voici quelques exemples : les couleurs changent avec la température : plongeons de l’iodure de mercure rouge dans l’air liquide, il devient jaune, sous l’action du froid.
- La paraffine solide devient phosphorescente dans l’air liquide, il eii est de même pour la gélatine, les albuminoïdes, l’ivoire, le blanc d’œuf, la zymase de Buchner. La glycérine devient phosphorescente lorsqu’on projette sur elle de l’air liquide. Par contre, le sulfure de calcium, phosphorescent à la température ordinaire, perd cette propriété à la température de Pair liquide. Les radiations ultra-violettès produisent de l’ozone quand elles tombent sur de l’oxygène liquide.
- L’eau pure est un poison. — Dans un récent livre sur la théorie physico-chimique de la vie, M. St. Leduc raconte qu’il existe à Gastein dans le Tyrol une source appelée « Giftbrunnen », source empoisonnée. Cette eau est fortement caustique et produit des effets nocifs très sérieux dans le tube digestif. Or à l’analyse, on peut constater qu’elle est parfaitement pure.. Comment expliquer ce phénomène? M. Leduc invoque des effets osmotiques. On sait ce qu’il faut entendre par osmose. Prenons un liquide, de l’eau par exemple, chargée d’un sel en solution et enfermée dans un récipient à parois
- semi-perméables, ces parois laissent passer librement l’eau et retiennent au contraire le sel; plongeons le tout dans un vase plein d’eau pure ; il se produit un échange du liquide à travers la paroi semi-perméable, échange qui tend à égaliser les concentrations des deux liquides en contact. Puisque le sel dissous ne peut sortir de sa prison, c’est l’eau qui y rentre ; elle gonfle le récipient jusqu’à ce que la pression qui en résulte s’oppose à toute rentrée ultérieure de liquide. C’est un phénomène semblable qui peut expliquer les troubles dus à l’ingéstion d’eau pure de la « Giftbrunnen ». Les cellules épithéliales qui tapissent l’intestin ne sont pas autre chose que des récipients à parois semi-perméables ; au contact d’eau pure, ils se laissent pénétrer par celle-ci, se. gonflent démesurément jusqu’à éclater. Au contraire, l’eau chargée de sels divers, que nous absorbons habituellement, ne produira aucun dégât; car, si, d’une part, elle tend à passer à travers les parois de là cellule, d’autre part, en raison des sels qu’elle-même tient èri dissolution et qui eux aussi ont une force' de diffusion contrariée, l’eau interne de la cellule tend à s’échapper vers l’extérieur. Il y a donc ici un équilibre qui' limite, à une valeur non dangereuse la pression osmotique à l’intérieur de la cellule.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 juin 1910.
- La vie et l'œuvée de M. E. Picard. — M. le secrétaire perpétuel Darboux présente un nouveau volume de la série des savants du jour consacré à la biographie et à l’exposé raisonné des œuvres de M. Émile Picard. Ce volume est dû à M. Lebon. « Comme les volumes précédents, dit M. Darboux, celui-ci se recommande par l’abondance dans les informations et la sûreté dans les renseignements de toute nature qui feront de la collection de M. E. Lebon le guide le plus précieux pour les futurs historiens de là science. J’y signalerai plus particulièrement la charmante notice biographique qui ouvre le volume. Elle nous fait connaître la jeunesse de M. E. Picard, ses belles études et ses succès, puis ses découvertes et les principaux incidents de sa belle carrière scientifique. Elle insiste, comme il convient, sur les incursions que notre président a faites dans le domaine de la philosophie des sciences et plus particulièrement sur le beau rapport qu’il fut amené à écrire en î 900 sur l’ensemble du progrès scientifique, à la demande du commissaire général de l’Exposition universelle internationale, notre confrère Alfred Picard. » En faisant précéder les principales sections de l’ouvrage (biographie, analyse mathématique, fonctions et surfaces algébriques, mécanique analytique et physique mathématique, philosophie scientifique et histoire des sciences) d’appréciations dues à des savants, l’auteur y a introduit des éléments qui font oublier la sécheresse inévitable des suites d’énumération de titres d’écrits. Il a réussi à composer un ouvrage très intéressant pour les personnes qui désirent connaître l’œuvre de M. E. Picard et très utile pour celles qui se livrent à des études dans le domaine si étendu de l’analyse pure et de la théorie des fonctions algébriques.
- Cohésion diélectrique de Vargon. — Récemment, M. Bouty a entrepris de déterminer le coefficient de la cohésion diélectrique du néon et de ses mélanges. Il a même fondé une méthode d’analyse quantitative de ces mélanges sur la mesure de la cohésion diélectrique. 11
- s’est, depuis, appliqué à l’étude de la cohésion diélectrique de l’argon; il a trouvé pour celle-ci le nombre 38. La valeur du coefficient de la cohésion diélectrique de l’hélium est de 18 ; elle est donc moitié de celle de l’argon.
- Les variations d’aspect de la comète de Halley en 1910. — M.Bigourdan présente une Note de M. Comas Sola résumant les observations de cet astronome sur les aspects successifs de la comète de Halley pendant la période du plus grand éclat, c’est-à-dire du 15 avril à ce jour. 11 compare avant et après la conjonction, les aspects de la queue de la tête et du noyau. La queue, bifur-quée avant le passage, formée de deux branches divergentes, était, au contraire, simple après le passage et d’ailleurs beaucoup moins belle. La tête était plus petite avant qu’après, tandis que c’était l’inverse pour le noyau. Mais le phénomène le plus intéressant est celui du 4 juin. A cette date, M. Comas a vu 5 ou 4 petits noyaux secondaires voisins du noyau principal et s’en éloignant dans le sens de la quèue avec une vitesse de 527 km à l’heure.
- Influence de la lumière sur la végétation. — M. G. Bonnier présente le résumé d’un ensemble d’expériences poursuivies pendant plusieurs années par M. Raoul Combes relativement à l’influence de la lumière sur la végétation. Chaque sorte de plante est cultivée dans des conditions naturelles et ces conditions sont toutes absolument identiques, sauf l’éclairement. M. R. Combes a ainsi fait voir que la meilleure lumière favorisant la croissance d’un végétal n’est pas la même pendant tout son développement. D’une manière générale, une lumière un peu atténuée favorise le développement des feuilles et de tous les organes de la vie active, tandis que la pleine lumière solaire directe est préférable pour la production des graines, des tubercules et de tous les organes de réserve. On comprend quelle doit être l’importance cle ces résultats pour l’agriculture. C11. de Yieledeuil.
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- QUELQUES OBSERVATIONS A TÉNÉRIFFE
- Sous les auspices de l’Association internationale contre la tuberculose, dont le président est M. Léon Bourgeois, le secrétaire général honoraire de cette Association, professeur Paunwitz, a organisé une
- mission scientifique dans l’île de Ténériffe. Le programme de l’expédition était très large et comportait l’étude de toutes les radiations qui traversent l’atmosphère terrestre ; bien entendu, la plus grande part des recherches dépendait d’un ordre physiologique; mais, comme l’occasion était favorable, on a bien voulu nous demander de venir étudier la comète de Halley dans une station de montagne et rechercher si les conditions climatériques de l’île se prêteraient à des observations régulières, soit au point de vue météorologique, soit au point de vue physique et astronomique.
- Nous eûmes, tout d’abord, les difficultés d’une préparation hâtive, difficultés qui purent être surmontées en faisant appel à toutes les bonnes volontés éclairées au point de vue scientifique.
- Nous ne pouvons songer ici à nous étendre sur le côté pittoresque de la région, quelque curieux et attrayant qu’il puisse être. En fait, après avoir cherché dans la montagne, nous établîmes un campement sur le mont Guajara, à 2715 m. d’altitude, sommet, le plus élevé du massif après le Pico de Teyde, sur l’emplacement même où Piuzzi Smith vint faire ses remarquables études spectroscopiques en 1858.
- Le lieu est particulièrement favorable : placé au-dessus des nuages normaux de l’île, on a partout à sa disposition l’horizon de la mer, sauf un peu au N. W. vers le pic principal; on voit le Soleil de son lever à son coucher ; il est fort rare que les cirrus viennent entraver les observations, soit le jour, soit la nuit.
- Ainsi, pendant deux mois, par exemple, les nuages nous ont caché le ciel une seule fois; le vent, il est vrai, nous a empêchés plusieurs fois d’utiliser les instruments en plein air.
- Mais, d’autre part, le régime météorologique est très loin de celui dont les ouvrages classiques vous donnent la description : la sécheresse extrême entraîne des exigences, et le nombre des travaux qui pourraient être utilement tentés en.ee point est considérable..
- Outre les recherches normales de météorologie, il faudrait perfectionner l’étude des vents qu’a déjà entreprise le professeur llergesell, car on est dans la région des alizés, dont le régime est beaucoup plus compliqué qu’on ne se le figurait jusqu’alors; mesures aelinométriques dans la montagne, étude du bleu du- La comète de Halley prise par M. Jean
- ciel et de la polarisation atmosphérique, réfraction, électricité Mascart, le 4 Mai îgio. Pose 35 min.
- et magnétisme... toutes ces recherches sont facilitées par un ciel
- constamment serein. On peut encore tenter toutes les observations astronomiques et, particulièrement, suivre le Soleil avec continuité. Pour notre part, nous avons noté de très belles lueurs zodiacales, fait des dessins de la surface de Jupiter, des dessins de la tète de la comète, des photographies de la tête et de la
- L’observatoire de la mission scientifique de T.ènèriffe sur le mont Guajara à 2715 m. d’altitude. La maison vient d’être terminée. De gauche à droite : un officier espagnol., leprof. Paunwitz, M. Mascart, M. Schaper et M. Paunwitz fils, Mme et M. Neuberg. Au-dessous, M. Mascart et M. Schaper édifiant le pilier de l’équatorial.
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- QUELQUES OBSERVATIONS A TENERIFFE
- queue : nous rapportons environ 70 clichés utilisables. Pour les mesures visuelles de la longueur de la queue, nous avons noté 110° le 16 mai : pendant plusieurs jours, Y éclat apparent de la tète fut supérieur à celui de Yénus.
- Dans cette installation rapide, nous avons éprouvé un grand nombre de difficultés, parmi lesquelles deux furent particulièrement graves.
- La sécheresse absolue condamne tous les appareils en bois, dont la matière se fend et s’effrite avec une rapidité surprenante : ce fait entraîne bien des ennuis, notamment avec les appareils photographiques,
- plus belle que jamais ; était-elle mélangée avec un peu de lumière de la queue? C’est possible — et même probable.
- La situation au-dessus des nuages, et la sécheresse, ont d’autres conséquences encore ; la lumière est extrêmement riche en rayons actiniques, violets et ultra-violets. De là une grosse difficulté : il est impossible de juger l’éclairage et très difficile de déterminer le temps de pose — d’où nombre de clichés pittoresques qui furent perdus.
- La comète de Halley, elle-même, n’est pas bien actinique : elle est relativement plus belle à l’œil nu et renferme une grande quantité de jaune.
- C’est le contraire de la comète Morehouse qui, à peine visible, fournit d’admirables photographies.
- Nos documents ne pourront sans doute pas lutter avec ceux que l’on peut obtenir dans de bonnes conditions matérielles, dans des obser-2 vatoires, en laboratoires pour ainsi
- Caravane dans le Canadas. Au fond le Guajara où est installée la mission.
- mais il a des répercussions électriques et se prête à d’intéressantes mesures physiques.
- Puis, pressés par le temps et sans méfiance, nous n’avions pas eu recours à la méthode des hauteurs égales pour orienter notre pilier, avant qu’il fut encore possible de passer la nuit dans la montagne : . la culmination du Soleil ne peut être utilisée, car l’astre est trop haut. Nous avons donc opéré à la boussole en tenant compte de la déclinaison qui pouvait être prévue ; mais, sur les roches volcaniques, la zone est critique et notre instrument ne put être complètement orienté.
- Il était trop tard pour remédier à cet inconvénient sans perdre des nuits précieuses : il en résulte que nos clichés n’ont pas un aspect très régulier, mais ils peuvent néanmoins être utilisés scientifiquement.
- Dans la nuit terrible du 18 au 19 mai, avons-nous traversé la queue? Je le crois. En tout cas, il n’y eut rien de particulier dans toutes nos observations météorologiques : le matin, une lumière zodiacale
- Vue du nouveau cratère de Ténériffe.
- {Éruption de Novembre igog.)
- dire, où tout peut être parfaitement réglé; dès à présent, on sait que les Anglais ont obtenu de très bonnes photographies, soit en Égypte, soit en Inde, à Ivodaïkanal Observatory.
- . Mais nous avons fait de notre mieux à travers tant d’embûches, et il n’est pas sûr, en revanche, qu’on ait obtenu ailleurs une série aussi longue, aussi continue que la nôtre.
- C’est ce qui peut nous réjouir et nous consoler de bien des déboires : nous y aurons notre part si la science française, une fois de plus, apporte une utile contribution à la connaissance des comètes. Jean Mascart.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahube, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1936.
- 2 JUILLET 1910.
- L’INFLUENCE DU MILIEU SUR LES ÊTRES VIVANTS
- Lorsque l’on change le milieu dans lequel vit un être, trois cas peuvent se présenter. Ou bien celui-ci continue à vivre normalement. Ou bien, il meurt. Ou bien encore, il vit, mais en se modifiant légère-
- M. Caullery1, il a été assez heureux pour prouver cette hypothèse d’une façon aussi précise qu’élégante. Pour cela, en effet, il a transporté, à l’été de 1907,sur une branche d’acacia indemne et soigneu-
- Vanessa Urticae. Vanessa Ichnusa. Vanessa polaris.
- ment et ces modifications sont, soit passagères, soit héréditaires. Ce dernier point a, dans ces dernières années, beaucoup attiré l’attention des biologistes; car il touche de près à la théorie de l’évolution et constitue un des premiers facteurs du lamarckisme.
- Chelonia Cctja, type clair.
- sement isolée de toute contamination, des femelles de Lecanium corni prises sur un pêcher. Ces femelles y pondirent un très grand nombre de larves qui se développèrent jusqu’à l’année suivante. Quatre seulement parvinrent à l’état adulte, et vous saisissez
- C. Caja, variété foncée.
- Quelques exemples vont nous en montrer l’intérêt.
- Depuis environ 1880, on trouve sur le Faux-Acacia une cochenille de la grosseur d’un pois, à laquelle on a donné le nom de Lecanium robiniarum. On crut qu’elle venait d’Amérique. Mais M. Marchai1,
- ici les difficultés pratiques de ces expériences où tant d’individus sont anéantis par diverses causes. Ces quatre individus, à l’état adulte, avaient les caractères typiques du Lecanium robiniarum. Nous voyons donc, sur cet exemple, une espèce, Leca-
- Ocneria dispar, normal sur chêne. O. d., sur noyer, O. d., sur pissenlit.
- frappé de ses analogies avec une autre espèce indigène, le Lecanium corni, dont elle ne diffère que par sa surface plus rugueuse, sa coloration et sa taille, se demanda si, par hasard, elle ne proviendrait pas de celle-ci, qui vit normalement sur le Cornouiller, le Pêcher, le Rosier, etc. « Et, dit
- 1 Comptes rendus de la Société de biologie, t. LXY, 1908, et Annales de la Soc. entom. de Fr. 1908.
- nium corni, se modifier quand elle passe sur un végétal nourricier nouveau, l’Acacia, évidemment sous l’influence directe des conditions nouvelles de nutrition auxquelles elle est soumise, c’est-à-dire en vertu de l’action d’un facteur externe, conformément aux idées de Lamarck. Dans ces conditions, il
- 1 Conférence faite à la Société des amis de l’Université de Paris. Fév. 1908.
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- INFLUENCE DU MILIEU SUR LES ETRES VIVANTS
- n’est pas douteux qu’après un certain nombre de générations sur l’Acacia, le Lecanium corni ne forme une variété, puis une espèce autonome. Et d’ailleurs M. Marchai n’a pas pu réussir, en plaçant sur des Rosiers et des Pêchers des Lecanium robi-niarum, pris sur l’Acacia, à obtenir des Lecanium corni, ce qui montre que le retour au type souche présente au moins une certaine difficulté. Nous avons là, sans nul doute, un exemple de l’un des procédés par lesquels se forment, dans la nature, par une variation continue, suivant les lois de La-marck, des espèces nouvelles. Ainsi, peu à peu, divergent insensiblement les formes voisines, les unes par rapport aux autres. »
- Cette influence de la nourriture peut être facilement vérifiée chez les vers à soie. En leur donnant une quantité insuffisante de feuilles de mûrier, ou en remplaçant celles-ci par de la laitue, on produit une réduction de la taille du papillon, réduction qui persiste jusqu’à la troisième génération, même quand les chenilles des descendants reçoivent une alimentation normale. Mais, si, pendant les trois générations, la nourriture est maintenue insuffisante, on arrive à des résultats encore plus nets, c’est-à-dire à avoir une race naine de vers à soie et des papillons minuscules ayant les dimensions des microlépidoptères !
- Les faits que nous venons de rapporter ne sont
- pas isolés, ainsi que M. Pictet1 l’a montré.
- En voici un exemple typique, relatif à un papillon bien connu, que signalent M. Delage et Mlle Goldsmith2. « Dans l’espèce Ocneria dispor, les chenilles se nourrissent habituellement de feuilles de Chêne ou de Bouleau; M. Pictet leur fait manger des feuilles de Noyer auxquelles elles finissent, non sans difficulté, par s’habituer. Les papillons que donnent ces chenilles présentent certains changements dans les dessins et la coloration des ailes, qui s’accentuent si on continue le même régime pendant plusieurs générations. Ainsi, à l’état normal, le mâle est gris-cendré ou brunâtre, avec quatre lignes noires transversales en zigzag aux ailes supérieures ; la femelle est plus claire, d’un blanc grisâtre ou jaunâtre, avec des dessins moins marqués. En nourrissant les chenilles de ce papillon avec des feuilles de Noyer, on
- 1 Mémoires de la Soc. de physique et d'hisi. nat. de Genève. 1905.
- 2 Les théories de l’évolution. 1909.
- Lecanium Corni {Normal) sur Cornouiller.
- obtient, à- la première génération, des individus de taille plus petite, de teinte plus pâle, aux dessins moins accentués; la femelle devient presque transparente. A la génération suivante, la même nourriture continuant, les mêmes caractères persistent. — Voici une autre expérience, dans laquelle l’effet héréditaire se montre malgré le retour à la nourriture normale. La première génération est nourrie de feuilles de Noyer, et manifeste les caractères que nous venons de décrire ; la deuxième et la troisième sont nourries de feuilles de Chêne, mais les caractères dus au Noyer persistent. L’une de nos figures représente le mâle de la troisième génération ; M. Pictet ne donne pas de figure pour la femelle, mais la décrit comme ayant des ailes transparentes, avec quelques indications de retour au type normal (accentuation de certaines lignes). Comment pouvons-nous interpréter ces' expériences? M. Pictet a observé quelques cas où l’accoutumance au Noyer était devenue si complète qu’un retour à la forme primitive avait lieu à* la fin. Ceci semblerait indiquer qu’il s’agit, là aussi, d’un état général défectueux de l’organisme, résultat d’une adaptation imparfaite, et que les caractères/ibservés sont des manifestations générales de cet état affaibli. Le fait que les feuilles de Noyer ont pour effet de diminuer l’intensité de la coloration et d’effacer les dessins semble parler dans sur Robinia, faux-acacia, le même sens. Cependant, d’autres expériences montrent que le changement de nourriture n’a pas toujours cette influence : quelquefois, il a au contraire pour effet de rendre la coloration plus foncée et les lignes plus accentuées. C’est ce que Pictet a observé en nourrissant ses chenilles avec de l’Esparcette et de la Dent-de-Lion. Il combinait aussi les différentes nourritures anormales, en donnant aux chenilles, d’abord du Noyer, puis, pendant deux générations, de l’Esparcette : les caractères dus aux Noyer persistaient malgré son remplacement par l’Esparcette. Nous pouvons supposer, dans ces conditions, qu’il s’agit là de quelque chose de plus que d’un simple affaissement général de l’organisme. »
- La température n’a pas une influence moins nette sur les Papillons, ainsi que l’ont montré, d’une part, M. Standfuss, d’autre part, M. Fischer. En soumettant des chrysalides de la Vanesse de l’Ortie à une température voisine de 0°, on a obtenu des papillons ayant les mêmes caractères que ceux d’une espèce de Laponie, la Vanessa polaris; au contraire, une
- Lecanium Corni Variété Robinarium)
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- LE BLANCHIMENT DES FARINES ... 67
- température de 57°-58° donne une espèce de Corse, la Vanessa ichmisa. Fait encore plus curieux : des températures de — 5° à — 10° donnent des formes analogues à celles que l’on obtient au contraire par le chaud (40° à 42").
- On peut aussi, par une température de 57° à 58°, agissant sur la chrysalide, transformer le papillon Machaon, de Zurich, en une forme de l’Asie Occidentale; et, de meme, transformer le Deilephila euphorbiæ, de nos pays, en h Deilephila tilhijmali, d’Algérie.
- En refroidissant des chrysalides de YArclia caja à —8n, on obtient des papillons aux ailes très tachetées et, ce qui est encore plus intéressant, cette
- anomalie, est héréditaire pour 10 pour 100 des descendants, alors, cependant, que ceux-ci sont soumis à la température normale.
- Ces faits ne sont pas particuliers aux insectes. Ils peuvent aussi se montrer chez des animaux aquatiques. Ainsi M. Ferronièrc, en obligeant un petit ver rouge de nos ruisseaux, le Tubifex, à vivre dans de l’eau saumâtre, l’a vu présenter diverses modifications morphologiques, par exemple, la perte de ses soies. En même temps, il s’est si transformé au point de vue physiologique que, remis dans son milieu primitif, il y est mort. Comme quoi, il n’est pas toujours bon de quitter son élément, et, surtout, d’y revenir. Henri Cour in.
- LE BLANCHIMENT DES FARINES
- Au premier abord, le mot blanchiment appliqué aux farines sonne mal à l’oreille. Derrière ce terme, tout récent dans l’art du meunier, on croit entrevoir quelqu’un de ces procédés de sophistication, si nombreux aujourd’hui, grâce auxquels la chimie réussit à nous faire absorber d’in-nomables produits, déguisés sous une apparence engageante.
- Blanchir les farines, ne serait-ce pas donner à des farines de deuxième et troisième qualité, salies par le son elles débris cellulosiques, la belle et pure blancheur des farines de première qualité? ne serait-ce pas un moyen de faire passer
- comme produits alimentaires de premier ordre, des matières très inférieures au point de vue nutritif? Nullement. Le blanchiment, il est vrai, est une sorte de toilette que le meunier fait subir à ses farines. Mais, par un heureux concours de circonstances, cette toilette ne réussit qu’avec les matières de première qualité : impuissante à voiler les défauts, elle ne peut être soupçonnée d’intentions falsificatrices.
- La pure farine blanche de froment provient de l’amande farineuse du grain de froment; mais dans ce grain, il existe, en outre, des parties voisines de l’écorce qui se trouvent être plus nutritives et surtout plus riches en matières phosphatées que l’amande elle-même : malheureusement elles sont fortement colorées par la présence de substances huileuses ; elles donnent aux farines une teinte foncée, qui force à les exclure des produits de choix.
- Tout le monde aujourd’hui veut manger du pain blanc : on peut regretter ce préjugé, on peut rappeler les vertus de l’excellent pain bis des campagnes, utilisant à merveille les substances huileuses et phosphatées du grain de blé; on ne pourra rien
- contre le sentiment public unanime qui désormais confondra toujours pain noir avec pain avarié. C’est qu’à côté des farines colorées par des matières huileuses, très alimentaires, il y a celles qui doivent leur coloration aux débris de l’écorce du grain, cellulose inutile, sinon nuisible à l’orga-
- Fig. i. — Une installation de blanchiment de farine au moyen du peroxyde d’azote. En haut : l’éclateur électrique dont l’étincelle oxyde l’azote de l’air.
- lljoIïlO •
- C’est ici’ qu’intervient le blanchiment : il ramène l’excellente farine principe du pain bis, à une couleur parfaitement blanche ; mais reste sans action sur les débris de son ou de cellulose.
- Les premiers chercheurs qui ont tenté de réaliser 'le blanchiment des farines se sont adressés à des corps chimiques très oxydants. Le plus énergique de tous, l’ozone, a été employé par Frichot en 1808. Frichot obtint quelques résultats, assez incertains. Il fut trouvé dans la suite que les effets de blanchiment obtenus par lui provenaient uniquement du peroxyde d’azote formé accidentellement, au cours de la préparation de l’ozone.
- A la suite des travaux d’Andrews, le peroxyde d’azote est aujourd’hui la seule substance employée pour le blanchiment des farines; son rôle, du reste, ainsi que permettait de le prévoir l’échec de l’ozone,
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- n’est nullement celui d’une substance oxydante. Le mécanisme d’action du peroxyde d’azote a été parfaitement analysé par M. Fleurent, professeur au Conservatoire des Arts et Métiers1.
- Le peroxyde d’azote est absorbé directement par la matière grasse de la farine, et il en modifie profondément les propriétés optiques sans en altérer les qualités nutritives essentielles, sans en changer le
- y est mis en contact avec les farines à blanchir.
- goût, sans introduire de substances nuisibles au point de vue hygiénique.
- Si la farine contient des débris d’enveloppe ou de son qui lui communiquent leur couleur brune, le peroxyde d’azote est sans action sur eux; bien plus, il devient même inefficace envers les substances huileuses contenues dans la même farine: le son, en effet, sans se décolorer, absorbe le peroxyde avec avidité, et ne lui laisse pas le temps d’agir sur l’huile.
- On pouvait se demander si le peroxyde d’azote n’opérait pas sur la farine un vieillissement artificiel : la farine qui vieillit se charge d’acides gras, fixes, qui détruisent l’élasticité de son gluten, lui donnent une odeur rance et la privent de tout ou partie de sa valeur boulangère. Or, ces acides sont blancs : c’est une propriété bien connue des farines inférieures qu’elles blanchissent en vieillissant, ce qui, du reste, ne les améliore nullement.
- Si le peroxyde eût agi à la façon du temps, en viellissant la farine, il n’eût constitué qu’un agent dangereux de falsification. Mais, nous l’avons dit, ce n’est pas un oxydant ; il ne forme pas d’acides gras; bien au contraire, il empêche leur formation : une farine blanchie au peroxyde vieillit moins vite, elle se conserve mieux. Dans les mêmes conditions, l’acidité de la farine blanchie augmente dans une proportion 8 à 10 fois moindre que celle de la même farine non blanchie.
- En résumé le blanchiment restitue leur valeur marchande à d’excellentes farines, dépréciées par leur ressemblance extérieure avec les mauvaises
- 1 Bulletin de la Société Chimique de France. — Février 1906.
- farines; en même temps, il les préserve contre les dégâts du vieillissement.
- On conçoit que de tels avantages aient assuré au blanchiment un beau développement industriel. Après une période de luttes parfois fort ardentes, il se répand aujourd’hui très rapidement dans les principales minoteries.
- Les brevets Andrews relatifs à l’emploi du peroxyde d’azote sont aujourd’hui exploités par la Compagnie Française de Stérilisation des Farines et nous devons à l’obligeance de M. A. Billy, directeur de cette Société, les renseignements qui suivent sur la fabrication de ce gaz et son emploi.
- On a commencé à fabriquer le peroxyde en faisant passer un courant d’air dans une solution d’acide nitrique et de sulfate ferreux ; l’agent gazeux ainsi obtenu était mis en contact avec la farine dans nn cylindre mélangeur. Plus tard on a eu recours, à la réaction catalytique bien connue du platine sur un mélange d’air et d’ammoniaque.
- Depuis quelques mois, le peroxyde d’azote se prépare par voie électrique ; on fixe l’azote atmosphérique par un arc électrique donnant une flamme de grande surface. C’est le même principe qui préside à la fabrication des nitrates artificiels, à partir de l’azote atmosphérique, dans les énormes usines norvégiennes dont La Nature a entretenu, il y a quelques mois, ses lecteurs.
- L’appareil de fabrication consiste essentiellement en un transformateur à bain d’huile qui porte à une tension invariable de 14 000 volts aux électrodes un courant alternatif de 100 volts sous 10 ampères et
- Fig. 3. — Transformateurs portant le courant à la tension de 14 000 volts, nécessaire pour avoir un arc capable de fixer l’azote.
- 50 périodes. Un fort courant d’air, chassé de bas en haut, traverse les électrodes qui sont recouvertes d’une cloche hermétiquement étanche en aluminium, le peroxyde d’azote se forme et se rend par une canalisation appropriée dans les agitateurs à farine.
- Nos figures sont relatives à une installation traitant 1500 quintaux de farine par jour; chaque transformateur peut traiter 20 à 22 quintaux de farine à l’heure; il prend 2 à 2 1/2 kilowatts.
- R. Yillers.
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- L’ÉCLAIRAGE INTENSIF PAR LE GAZ
- Le besoin d’une lumière de plus en plus vive semble caractéristique de notre époque, nous exigeons aujourd’hui pour nos intérieurs,- nos rues, nos établissements publics, un éclairage dont l’éclat eût stupéfié nos pères. Pour l’éclairage des grands espaces, le seul dont nous allons nous occuper dans les lignes qui suivent, l’électricité a commencé par mettre à notre disposition la lampe à arc, foyer puissant et économique. Le gaz, rival heureux de l’électricité sur bien des terrains, revivifié par l’apparition des manchons à incandescence Auer, est resté longtemps dépourvu de foyers intenses, capables avec un seul appareil d’éclairer de grands espaces et de faire concurrence à la lampe à arc. C’est un problème qui est aujourd’hui résolu, et même de plusieurs façons différentes que nous allons exposer.
- La solution était plus malaisée que l’on ne pourrait croire au premier abord. Pour faire un foyer de gaz puissant, à incandescence, bien entendu, il ne suffit pas d’augmenter les dimensions d’un bec ordinaire : pour que ce gros foyer puisse donner tout l’éclat lumineux dont il est susceptible, il faut que la combustion du gaz s’y effectue dans des conditions bien déterminées, donnant le maximum de chaleur, et élevant au plus haut degré possible la température d’un manchon convenablement placé dans la flamme.
- Rappelons qu’un bec à incandescence, se compose en principe d’un brûleur Bunsen, dans lequel le jet de gaz sortant de l’injecteur sous une certaine pression, produit un appel d’air par les ouvertures disposées à cet effet, pour donner à l’orifice du brûleur une flamme bleue, la plus chaude possible.
- Si l’on se fût borné au modèle ordinaire, la proportion d’air entraîné par l’injection du gaz eût été insuffisante, la combustion dès lors ne peut être complète qu’avec le concours d’une proportion importante d’air extérieur. La flamme s’allonge, son volume augmente et on conçoit facilement que la température localement obtenue soit ainsi plus faible et, par sui te, l’éclat du manchon plus faible aussi, que lorsque la combustion de cette même quantité de gaz se produit plus rapidement, dans une flamme plus courte.
- On a voulu d’abord résoudre le problème indirectement en groupant ensemble plusieurs brûleurs de dimensions ordinaires pour réaliser un foyer de haute intensité, mais ces dispositions n’ont eu qu’une vogue éphémère : l’effet obtenu n’était pas avantageux au point de vue de l’éclairage et l’entretien de tels appareils était coûteux.
- Aujourd’hui les foyers de 500 à 1000 bougies que l’émulation des chercheurs a réalisés sont courants ; on emploie même pour l’éclairage public des foyers de 2000 et 4000 bougies.
- Pour les forts débits, il s’agissait d’obtenir une diminution du volume de la flamme et pour cela une augmentation dans la proportion d’air entraîné
- par l’injecteur de gaz. Cette augmentation a été réalisée par deux méthodes, soit en demandant au bec lui-même la force motrice nécessaire, soit en employant le concours d’une force motrice extérieure.
- La première méthode qui apparaît en principe comme plus rationnelle et plus économique a été appliquée dans les appareils suivants :
- 1° Lampe Lucas, lampe intensive de la Société Chaleur et Lumière. Lampe intensive de la Société Auer, etc. — Dans ce premier groupe d’appareils, on place au-dessus du manchon, une cheminée en tôle de 40 cm à 50 cm de hauteur; le bec étant presque complètement clos, cette cheminée, sous l’influence des gaz chauds de la combustion, provoque un « tirage » qui fait sentir son effet dans tout l’appareil et aide ainsi à l’entraînement d’air aspiré par l’injecteur de gaz.
- Ces appareils ont été établis en plusieurs grandeurs pour des consommations de gaz, depuis 600 jusqu a 1000 litres à l’heure et permettaient d’obtenir des foyers de 600 à 1000 bougies d’intensité.
- Ce genre d’appareils eut une certaine vogue vers 1900-1905, mais leur forme peu élégante ne se prêtait guère qu’aux éclairages floW Æ&flohinet extérieurs, d autre part leur entretien était relativement très coû-teux, enfin, et c est Là le plus grave défaut, les bons rendements du début ne se maintenaient pas longtemps en service courant et le bec avait besoin de fréquents nettoyages1.
- 2° Lampe Scott-Snell. — La lampe Scott-Snell, dont dessin ci-contre, utilise en principe la chaleur dégagée par la combustion pour actionner une sorte de moteur à air chaud placé dans le chapiteau de la lanterne. Ce moteur sert à pomper de l’air atmosphérique et à le comprimer dans un réservoir. De ce réservoir l’air est conduit au brûleur à une pression de 500 à 600 millimètres d’eau. Dans ces conditions il est possible d’obtenir une flamme parfaitement bien réglée.
- La marche de cet appareil est assez régulière; cependant il nécessite un entretien délicat et ne s’est pas répandu.
- 5° Lampe Soleil d’Or. — La Société Française Auer a construit dernièrement une nouvelle lampe autonome utilisant également la chaleur des produits de la combustion. Une pile thermo-électrique,
- 1 Le principe a été repris dernièrement par une société d'appareillage en Allemagne, avec certaines modifications de détails avantageuses. Ces nouvelles lampes seront mises prochainement ii la disposition du public.
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- com poséede lames métalliques soudées deux à deux à chaque extrémité et disposées radialement de façon à former une sorte de disque annulaire, repose
- au-dessus du réflecteur de la lampe, à la base de la cheminée d’évacuation des gaz brûlés. Cette pile, sous l’action de la chaleur de ces gaz, produit un courant qui est transmis à un petit moteur électrique à axe vertical, placé sous le brûleur dans une boîte ' métallique entre deux aimants. La puissance obtenue est d’environ 1 watt et le moteur fait tourner un ventilateur formé de palettes verticales disposées radialement sous la boîte du moteur.
- Ce ventilateur produit une aspiration d’air extérieur et en assure le mélange intime avec le gaz introduit par deux injecteurs. Le mélange est refoulé dans une chambre et de là au brûleur.
- L’appareil peut être alimenté par du gaz à la pression ordinaire de distribution et est réglé une fois pour toutes.
- D’après les renseignements fournis par le constructeur, cet appareil permet d’obtenir une intensité de plus de 100 carcels, ou 1000 bougies, pour une consommation de gaz de 1 mr>, à l’heure.
- La lampe Soleil d’Or a été présentée dans l’été 1909 à Lyon sur la place des Jacobins.
- La deuxième méthode à laquelle nous faisions allusion, utilisant une force motrice extérieure, a donné des résultats remarquables et certains systèmes ont déjà reçu la consécration de la pratique malgré
- la complication de principe. ____
- ’ Une des premières applications de cette méthode remonte à 1894. M. Denayrouze présenta un appareil /
- dans lequel une source d’énergie, extérieure alimentait un petit ventilateur électrique. Il y eut quelques essais au Palais-Royal à Paris et les résultats furent très remarqués à l’époque. On obtint des foyers de 500 à 400 bougies pour une dépense de gaz de 1 litre environ par bougie et par heure.
- La première démonstration à grande échelle de l’éclairage au gaz sous forte pression fut faite à l’Exposition Internationale de 1900. L’installation de la Compagnie Parisienne du Gaz comprenait un ventilateur Farcot aspirant le gaz dans les conduites ordinaires et le refoulant à une pression d’environ 200 mm. dans la canalisation intérieure de l’Exposition. Ce gaz était brûlé dans des becs type Denayrouze ou Àuer, dépensant 350 litres de gaz à l’heure et donnait une intensité d’environ 550 bougies, rendement considéré comme remarquable à ce moment. Ces becs furent groupés dans des lanternes spéciales par 2, 5 ou 10 à la fois et l’éclairage obtenu était d’un très bel effet.
- Ce principe de la suppression du gaz a été repris depuis et perfectionné pour l’obtention de foyers composés d’un seul bec d’une puissance lumineuse beaucoup plus considérable. Nous allons passer en revue les principaux systèmes actuels.
- 1° Le système Keith, applicable aussi bien à
- Fig. 3. — La lampe Scotl Snetl.
- l’éclairage public qu’aux installations particulières, comprend un surpresseur à gaz, pouvant être actionné par un moteur hydraulique, électrique, à gaz, à air chaud, à essence, etc. Le type du surpres-
- Fig. 2. — Lampes intensives à tirages.
- A gauche : lampe Auer; à droite : lampe Kern.
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- ECLAIRAGE INTENSIF PAR LE GAZ
- seur est variable suivant la nature de la force motrice que l’on veut utiliser. Nous donnons ci-contre une vue d’un surpresseur rotatif pouvant être commandé directement par un moteur électrique ou par l’intermédiaire d’une courroie, et employé spécialement pour les gros débits.
- Ce surpresseur aspire le gaz dans une conduite de distribution ordinaire et le comprime à la pression que l’on désire, depuis 200 mm. jusqu’à 1 m. de hauteur d’eau, pour le refouler dans les conduites de l’installation.
- Le gaz ainsi comprimé est utilisé dans des becs spéciaux. La Compagnie exploitante avait établi d’abord des becs droits de 150, 300 et 1000 bougies utilisant une pression de 2 à 300 mm. d’eau, la consommation de gaz était d’environ 1 litre par bougie, d’après les constructeurs.
- Le résultat n’avait à vrai dire rien de bien remarquable pour les faibles intensités jusqu’à 150 bougies. De bons becs marchant à la pression ordinaire donnent des résultats au moins aussi avantageux; mais la solution apportée par la lampe Keith poulies foyers de 1000 bougies devenait fort intéressante.
- Des applications de cet éclairage ont été faites à Londres, et en particulier sur le pont de Londres avec grand succès.
- Les résultats obtenus avec les becs droits ont été notablement surpassés dans les becs renversés du même système,, fonctionnant avec du gaz à une pression de 1400 mm.
- Dans ces becs l’air secondaire est chauffé en descendant entre le globe extérieur et le globe intérieur et l’air primaire en montant entre l’enveloppe extérieure et la cheminée avant son entrée dans le tube de mélange. Le mélange air et gaz descend dans une
- chambre convexe où il rencontre d’abord des chicanes, puis doit passer par de petits trous percés sur les bords d’une cloison centrale.
- La haute pression de 1400 mm. a surtout pour but d’assurer le passage de la cloison; le réglage est
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- des plus simples : il s’effectue par une seule vis réglant à la fois l’air et le mélange.
- Ce nouveau bec a été établi pour des intensités variables, depuis 60 bougies jusqu’à 1500 bougies.
- Fig. 4. — Lampe Soleil d’Or.
- Le bec de 1500 bougies a eu un énorme succès, en particulier à l’Exposition Franco-Britannique de 1908 où 230 de ces appareils ont assuré l’éclairage d’une partie des jardins.
- La consommation de gaz est de 700 litres par heure pour ces becs, soit moins de 1 demi-litre par bougie. Ce résultat est le meilleur qui ait été pratiquement reconnu pour,un foyer à gaz.
- 2° Le système Pharos, assez analogue au précédent, présente deux variantes : 1° Système à gaz comprimé; 2° système à air comprimé.
- Le système à gaz comprimé est particulièrement indiqué dans les installations neuves, là où il n’y a pas encore de canalisations existantes ; l’installation comprend un compresseur rotatif, d’une construction particulière, silencieux et un mécanisme régulateur destiné à maintenir une pression très constante, indépendante du nombre de becs en service.
- Ce gaz est omprimé à 1400 mm. de pression. Dans le système à air comprimé, le plus généralement employé, on comprime une certaine proportion d’air (1 volume à 1 volume 1/2 pour un volume de gaz) à une pression d’environ 1400 mm. nt on
- Fig. 5. — Bec et appareil à gaz comprimé, système Keith.
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- conduit cet air au bec par une canalisation spéciale. Le bec est alimenté en gaz pris dans la conduite existante et à la pression ordinaire.
- Les deux systèmes sont équivalents au point de vue des résultats et suivant l’importance des foyers qui sont établis en becs droits ou en becs renversés et pour des intensités variant de 80 à 1500 bougies, la consommation de gaz ressort de 0,5 litre à 0,7 litre par bougie et par heure.
- Le système Pharos a reçu de nombreuses applications, en particulier à Stuttgard, dans la rue principale de la ville, éclairée par des foyers de 1500 bougies,à Brême, à Iéna, etc.
- En dehors de l’éclairage public, le système Pharos a été également installé dans quelques grands établissements; la lumière obtenue est très agréable à l’œil, et ne nécessite pas l’emploi d’un globe dépoli.
- 3° Le système Sel as diffère des précédents en ce que l’appareil moteur comprime non plus le gaz ou l’air, mais un mélange de gaz et d’air dans le rapport de 1 volume de gaz pour 1 volume et demi d’air, le tout à une pression de 250 millimètres environ.
- Les partisans de ce système font ressortir divers avantages de principe sur la surpression pure et simple du gaz seul. Tout d’abord il n’est plus nécessaire que le mélange sortant de l’injecteur aspire autant d’air puisqu’il en contient déjà une partie ; de plus, sa vitesse à la sortie de l’injecteur est plus grande, ce qui occasionne moins de perte de force vive par frottement.
- Il en résulte que, à l’inverse des procédés au gaz comprimé, il n’est pas nécessaire, dans le cas des becs de faible débit, de donner à l’injecteur un orifice extrêmement petit, ce qui fait perdre en grande partie l’avantage de la surpression en augmentant les pertes par frottement; en pratique les becs Selas donnent en effet très sensiblement le même résultat
- économique pour des becs de 50 bougies que pour des becs de 2000 ou 3000 bougies.
- Voici comment fonctionne une installation Selas : elle est actionnée par une dynamo. Le gaz arrive du mélangeur par une tuyauterie et l’air est puisé à l’extérieur. Des lumières de diamètre convenable, et facilement réglables à la main, mesurent la proportion de gaz et d’air admis. Le tout est aspiré par un ventilateur et. refoulé à une pression de 250 millimètres dans la tuyauterie de l’installation, un régulateur empêche la pression de s’élever si vite non à
- fermer quelques-uns des. becs alimentés par “ la tuyauterie et le mélange non utilisé repasse indéfiniment dans le ventilateur qui n’a plus alors à aspirer de gaz et d’air du mélangeur.
- Toute variation de la composition du mélange est impossible une fois l’appareil réglé.
- La force motrice dépensée reste extrêmement faible; 1 cheval suffit pour une installation comportant 60 000 bougies. Le coût delà compression reste donc absolument négligeable.
- La Compagnie Selas a établi également des becs renversés pour toute intensité de 25 à 3000 bougies. On a pu voir à Lyon, en 1909, pendant le Congrès de l’Industrie du gaz, 4 lampes Selas, dans la rue de la République. Ces lampes, d’une puissance lumineuse de 3000 bougies, consommaient 1700 à 1800 litres de gaz, soit 0,5 litre à 0,6 litre par bougie-heure.
- Le système Selas a été employé concurremment avec d’autres systèmes pour l’éclairage public des grandes rues de Berlin, par foyers donnant jusqu’à 5000 bougies de puissance (en 2 manchons accouplés) et paraît avoir donné des résultats particulièrement encourageants.
- Les différents systèmes que nous venons dépasser succinctement en revue et qulques autre analogues (Lampe Graetzine, etc.) n’ont pas encore acquis droit
- Fig. 6. — Bec et appareil de compression Pharos.
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- L’AVIATION EN JUIN 1910
- de cité en Frànce où tout s’est borné jusqu’ici à quelques timides essais.
- Il semble cependant que pour l’éclairage public, le gaz comprimé s’est acquis des titres indiscu-
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- d’Allemagne et dans certaines villes anglaises, l’éclairage public par gros foyers à gaz a remplacé à son tour les arcs électriques qui avaient détrôné autrefois les becs ordinaires. Et à voir l’eclairage piteux
- tables et que, en dehors de la question économique, la qualité de la lumière obtenue devrait suffire à le faire adopter. Dans la plupart des grandes villes
- de nos grands boulevards, il est à souhaiter que la Yille-Lumière se lance résolument dans cette voie et... sans trop tarder1. J. Y.
- L’AVIATION EN JUIN 1910
- Dans quelques jours, le meeting de Reims va s’ouvrir. Qu’il soit ou non favorise par le temps, il n’en constituera pas moins l’événement le plus important de l’année aérienne, par le nombre et la diversité des aéroplanes qui vont s’y disputer des prix imposants. Après le succès de ce même meeting l’an dernier, celui qui va commencer sera comme le bilan de l’aviation rendu sensible à tous les yeux, par l’essor simultané d’un grand nombre d’appareils nouveaux ou nouvellement transformés et qui ont ouvert leurs ailes, pour la première fois, au printemps de 1910. C’est pourquoi il convient d’examiner dans une vue d’ensemble où en est exactement l’aéroplane, de mesurer le chemin parcouru par l’aviation et de prévoir, si c’est possible, où va cette industrie si neuve, la plus heureusement douée parmi celles qu’a créées l’esprit fertile des hommes du xxe siècle.
- Classification des aéroplanes de 1910. — Dans
- le nombre des aéroplanes qu’on verra à Bétheny, nombre considérable puisqu’il dépasse 70, il n’y a guère que cinq ou six types présentant entre eux des différences assez accusées pour qu’on puisse en faire des chefs de fde de familles distinctes. Encore est-il nécessaire d’entrer dans l’examen des détails, pour trouver matière à former autant de classes. A première vue, il n’y a que deux classes d’aéroplanes réellement différents, les monoplans et les biplans.
- Les biplans ont tous l’hélice à l’arrière de la cellule portante, une queue d’empennage et, en outre, un stabilisateur, à une ou deux surfaces placé à
- 1 Nous croyons savoir d’ailleurs que des essais très sérieux vont cire faits prochainement et que la Société du gaz de Paris va installer en différents points de Paris, sur les grands boulevards (entre la rue Drouot et le Crédit Lyonnais) à.la place de la Concorde, avenue des Champs-Elysées et au boulevard du Palais, une douzaine de foyers puissants des différents types que nous venons de décrire afin de permettre aux services municipaux de faire un choix motivé.
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- l’avant. Leurs mouvements suivant la verticale ont lieu par la manœuvre de ce stabilisateur. Tels sont les appareils Wright, Voisin, H. et M. Farman, Sommer, etc.
- Les monoplans ont tous l’hélice et le moteur à l’avant de leur surface unique; ils ne possèdent pas de stabilisateur avant, et tous leurs mouvements suivant la verticale sont commandés par un gouvernail de stabilisation situé à l’arrière de l’appareil. Tels sont les appareils Antoinette, Blériot, Hanriot, Tellier, etc.
- Les différences que nous venons de constater sont fondamentales, car elles contribuent à donner au biplan et au monoplan, outre la silhouette absolument spéciale à chacun d’eux, des aptitudes distinctes. Par sa construction même, la cellule des appareils biplans, sorte de poutre armée, est rigide et indéformable, à l’exception des régions marginales dans l’appareil Wright par exemple. Il en résulte tout d’abord que les ailes des biplans sont beaucoup plus légères par mètre courant et plus robustes que celles des monoplans; elles n’ont en revanche aucune faculté de déformation, et sont plus exposées par suite aux effets des sautes de vent. Par contre, la présence du stabilisateur fournit au pilote un moyen plus satisfaisant de contrôler sa trajectoire et l’apprentissage en est sensiblement facilité; c’est, du moins, ce qu’enseigne l’expérience quotidienne.
- ^1. Les biplans. — Dans cette classe d’appareils, les aéroplanes de 1910 présentent déjà une variété remarquable de dispositifs. Nous en rappellerons succinctement quatre, savoir : le Wright à roues et à stabilisateur, du capitaine Etévé ; l’appareil Voisin, et, très analogues entre eux, les appareils H. Farman et Sommer.
- Wright. — Celui-ci, qui a reçu des roues vers la fin de 1909, contrôle sa stabilité transversale par le gauchissement des surfaces portantes. Ce procédé est directement inspiré de l’aile de l’oiseau ; on peut lui reprocher d’être peu mécanique, d’une construction délicate et d’un fonctionnement sujet à caution. Le capitaine Étévé a ajouté au gouvernail arrière, qui était formé de deux plans verticaux dans l’appareil des frères Wright, un stabilisateur horizontal biplan, commandé par une girouette se plaçant automatiquement dans le lit du vent et pouvant être mue par le pilote. L’usage de cet organe, dont l’effet vient s’ajouter à celui du stabilisateur avant, a beaucoup amélioré l’allure autrefois onduleuse de l’appareil Wright, que les roues porteuses ont enfin affranchi du pylône primitif.
- Voisin. — L’appareil Voisin, qui existe en divers modèles, a été allégé sensiblement en 1910. Le châssis dü type de course est simplifié; la queue, dont la forme n’est pas définitivement arrêtée, est allégée également. Des ailerons latéraux ont été ajoutés à l’arrière du plan supérieur de la cellule-; celle-ci porte encore deux cloisons verticales au lieu de quatre autrefois employées.
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- H. Farman et Sommer. — II. Farman présentera à Reims un biplan allégé lui aussi. Le plan inférieur de la cellule est plus court de 5 m. que le plan supérieur, ce qui dégage en même temps l’aspect de l’aéroplane. La queue repose sur le sol par une sorte de crosse à ressort, fonctionnant comme un patin-balancier. Quatre roues, réunies deux à deux et munies de patins relevés à l’avant, supportent la machine. Le pilote, assis à l’avant du plan inférieur, commande avec un seul levier les mouvements en profondeur par le stabilisateur avant, et l’équilibre transversal par les ailerons. Ses pieds reposent sur la barre de direction horizontale. L’empennage est formé de deux plans horizontaux entre lesquels se meut le gouvernail vertical.
- Sommer, l’un des premiers et des meilleurs élèves de H. Farman, devenu constructeur à son tour, a simplifié encore le type précédent, postérieur au Voisin qui l’avait inspiré et déjà plus simple que son modèle. Le biplan Sommer repose sur deux roues très écartées, au lieu*de quatre; les patins se sont allongés et recourbés vers le haut, jusqu’à venir former le soutien du stabilisateur. La queue, cruciforme, porte sur un patin en bois courbé, la légèreté de l’appareil est encore accrue, sans préjudice de sa robustesse.
- II. Les monoplans. — Il est avéré que le monoplan constitue la solution française du problème de l’aviation. Ce sentiment instinctif explique en partie la faiblesse que la foule éprouve manifestement à son endroit. Mais il faut bien reconnaître aussi que la pureté de ses lignes, la simplicité de sa conception, à la fois naïve et rationnelle, en font une machine qui reflète exactement notre propension pour les solutions claires et sobres.
- Les monoplans de 1910 peuvent se rattacher à deux types, qui forment comme les deux pôles de la classification et qui sont le Bleriot et XAntoinette.
- Blériot. — Le monoplan Bleriot, dont la surface n’est que de 16 mètres carrés environ, est un des plus petits, sinon le plus petit, des appareils volants. Il a été raccourci récemment par L. Blériot, qui a transformé également l’empennage arrière et le gouvernail de profondeur. Il est caractérisé par la concentration des masses à l’avant de l’appareil, lequel possède ainsi un aspect ramassé, favorable à la solidité, quoique un peu nuisible à l’aspect d’ensemble et, peut-être, à la stabilité dans une atmosphère agitée.
- Antoinette. — Le monoplan Antoinette, à l’autre extrémité de notre classification, avec ses 12,50 m. d’envergure, ses 12 m. de longueur, avec le V très sensible de ses ailes, offre au contraire l’exemple de la dispersion des masses. Une distance de .5 m. environ y sépare le pilote du moteur et de l’hélice. Le châssis de roulement est muni d’une béquille destinée à protéger l’appareil contre les atterrissages brusques. Enfin, M. Levavasseur, un des plus compétents techniciens de l’aviation, a réalisé dans
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- Monoplan Antoinette monté par Latham.
- Monoplan Hanriol en plein vol.
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- Y Antoinette la condition théoriquement nécessaire et suffisante de la stabilité longitudinale, c’est-à-dire la position sur un même axe du centre de traction, du centre de gravité et du centre des résistances à l’avant. Il ne faut sans doute pas chercher ailleurs les causes de la rectitude de ce monoplan sur sa trajectoire et de son aptitude à tenir le vent.
- Hanriot, Tellier, etc. — Intermédiaires entre les types précédents sont les appareils Hanriot et Tellier. Le premier rappelle un peu- plus Y Antoinette, le second un peu plus le Blériot, dont ils diffèrent chacun par les dimensions réelles.
- Réservons, avant de clore cette revue rapide, une mention spéciale à l’appareil Bréguet, au biplan qui possède, avec l’hélice à l’avant, une indépendance complète des deux moitiés gauche et droite des surfaces portantes, chaque moitié se comportant ainsi comme une aile unique de monoplan. Cet appareil, un des plus récents, est vraisemblablement appelé à donner bientôt d’intéressants résultats.
- III. Les moteurs et les hélices. — Pour la propulsion des aéroplanes, bien des moteurs ont été étudiés déjà. Quoi qu’ils soient tous inspirés du moteur d’automobile, ils s’en séparent par un souci justifié de la légèreté. Jusqu’ici les meilleurs résultats pratiques ont été fournis par les moteurs à refroidissement par l’air.
- Celui d'Anzani, qui a, le premier, traversé la Manche, appartient en effet à cette classe. De même, le Gnome, qui est monté sur un grand nombre d’appareils et possède sur ses concurrents une avance de près d’un an, puisque c’est avec un Gnome que
- Paulhan et Henry Farman se sont illustrés à Bé-theny en 1909. Formé de 7 cylindres à ailettes en acier de 110-120 mm disposés en étoile autour d’un carter cylindrique, le moteur Gnome appartient au type rotatif. Son arbre est fixe et le bloc formé par les cylindres et le carter tourne autour de lui. Le poids, total n’atteint pas 90 kg et il fournit aisément 50 chevaux effectifs.
- Le Panhard et Levassor, dont est muni le monoplan Tellier, est au contraire un quatre-cylindres du type vertical à refroidissement par l’eau. Il fournit près de 40 chevaux pour un poids de 110 kg, y compris l’eau de refroidissement.
- Le moteur Antoinette, prototype des moteurs dits en .Y, actionne les monoplans du même nom. Il possède huit cylindres de 80 cm d’alésage, disposés 4 par 4 dans deux plans rectangulaires à 450 sur l’horizon. Il fournit 50 chevaux pour un poids de 140 kg environ, y compris un appareil de condensation en tubes d’aluminium très original.
- Il y a nombre d’autres moteurs, plus ou moins désignés à l’attention générale par les résultats qu’ils ont fournis. Tels sont le moteur E. N. Y., à 8 cylindres en Y, comme Y Antoinette, le Renault, du même type, mais dont le refroidissement est obtenu par un ventilateur forçant l’air à circuler dans un carter léger qui entoure les cylindres; le Labor-Picker, le Clerget, etc.
- Ces divers moteurs actionnent, la plupart du temps en prise directe, des hélices à deux branches. Les unes sont en bois, telles l’hélice Normale de Ratmanoff, Y Intégrale de Chauvière, etc. ; les autres
- _____________________________1910________________;____________
- 298 km 27-28 Avril — L. Paulhan Londres-Manchester. [biplan H. Farman)
- 180 km 18 Avril — L. Paulhan Chevilly-Pouan.
- (biplan H. Farman)
- 105 km 3 Avril — Emile Dubonnet Juvisy-La-Ferté-St-Aubin. [monoplan Tellier)
- (PRIX OE LA NATURE)
- ____________________________1909 -_____________________
- 80 km 9 Décembre — H. Farman Bue à Chartres.
- [biplan H. Farman)
- 60 km 20 Novembre — Paulhan Bouy-Châlons’ et retour. [biplan H. Farman)
- 55 km 18 Octobre — Comte de Lambert Juvisy-Paris-Juvisy. [biplan Wright)
- 42 km 25 Juillet — L. Blériot Traversée de la Manche. [monoplan Blériot)
- 40. km 13 Juillet — Blériot Étampes-Orléans.
- [monoplan Blériot)
- (PRIX DU VOYAGE)
- _____________________________ 1908 ___________________________
- 27 km 30 Septembre — H. Farman Camp-de-Châlons-Reims. [biplan Voüin)
- 16 km 31 Septembre — Blériot Toüry-Artenay. i [monoplan Blériot)
- 1908 1909 1910
- Le record du voyage.
- 298 km
- PRIX DE LA NATURE 105.
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- L’AVIATION EN JUIN 1910 -...............— 77
- ï . _________________ 1910 ___________________________
- 17 Juin Brookins (biplan Wrighl) à New-York.
- 12 Janvier L. Paulhan (biplan H.Farman) à Los Angeles
- (Californie)
- 7 Janvier Latham (monoplan Antoinette) Camp-dc-Châlons
- ________________________1909_____________________________
- 1er Décembre Latham (monoplan Antoinette) Camp-de-Châlons
- 18 Novembre Latham (monoplan Antoinette) Camp-de-Châlons
- (PRIX LAZARE WEILLER)
- 29 Août Latham (•monoplan Antoinette) à Bétheny
- —-______________________ 1908 ___________________________
- 18 Décembre W. Wright Le Mans
- 13 Novembre W. Wright Le Mans
- ,e record de hauteur.
- __________________________ 1910 __________________________
- 232 km en 4 h. 17 — 6 Novembre H. Farman, Châlons
- (biplan Farman)
- 180 km en 3 h. 4 — 27 Août H. Farman, Bélheny
- (biplan H. Farman)
- 154 km en 2 h. 17 — 26 Août Latham, Bétheny
- (monoplan Antoinette)
- 133 km en 2 h. 43 — 25 Août Paulhan, Bétheny
- (biplan Voisin)
- ___________:______________ 1909 __________________________
- 124 km en 2 h. 20 — 31 Décembre W. Wright, Auvours
- (biplan Wrighl)
- 66 km en 1 h. 31 — 21 Septembre W. Wright, Auvours
- {biplan Wright)
- 24 km — 6 Septembre Delagrange, à Issy
- (biplan Voisin)
- 19 km — G Juillet H. Farman, à Issy
- [biplan Voisin)
- 17 km — 31 Mai Delagrange, à Milan
- (biplan Voisin)
- __________________________ 1908 __________________________
- 2 km 500 — 21 Mars H. Farman, à Issy
- (ibiplan Voisin)
- 771 m — 26 Octobre H. Farman, à Issy
- (biplan Voisin)
- Le record de distance sans escale.
- ques ci-joints permettent d’en juger sans effort et nous éclairent sur ce qu’on peut attendre des soixante aéroplanes engagés à Bétheny. Ils renouvelleront certainement, si le soleil s’y prête quelque peu,les prouesses antérieures. La plupart des records de durée, de distance sans escale, de hauteur, etc., seront battus. Et, en effet, ils dépendent presque tous de l’endurance ou de la valeur des moteurs d’aéroplanes et de l’audace des pilotes. En pure vitesse, au contraire, il ne semble pas que des progrès notables soient réalisés. On n’a pas gagné 10 km à l’heure, depuis deux ans. Les raisons en sont complexes, mais la plus importante, c’est que, chronologiquement, ce problème est le dernier auquel on puisse s’attaquer. Ceux de la stabilité, de Bapti-
- sent en acier, telles les hélices Voisin, Antoinette, etc. Elles ont en général de 2,20 m. à 2,60 m. de diamètre et tournent à 1000 tours par minute avec des pas de 0,80 m. à 1,10 m. De grands progrès ont été réalisés récemment dans la construction des hélices aériennes. Incriminées quelquefois à la légère, elles constituent en moyenne des transformateurs excellents, parfaitement dignes des moteurs actuels.
- Les progrès de l’aviation. — Nous venons de résumer l’état de l’aviation au moment précis où cette industrie va être appelée à fournir pour ainsi dire des preuves solennelles des progrès qu’elle a faits depuis un an. Ces progrès sont indéniables et presque déconcertants par leur rapidité. Les graphi-
- Mètres
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- tilde à l’essor et aux atterrissages, sont autrement pressants. Mais, les voici à peu près résolus; l’heure va donc sonner, où il faudra accéle'rer l’allure des -appareils d’aviation; le développement de cette industrie est à ce prix. Or, la vitesse maxima enregistrée l’an dernier à Bétheny a été de 77 km, au cours d’un essai officieux que fit L. Blériot après que Curtiss eut gagné la coupe Gordon-Bennett. Je ne pense pas qu’on enregistre plus de 85, cette année, à moins d’une révélation que nous réserverait un appareil dont les caractéristiques seraient demeurées secrètes. On voit que c’est bien de ce côté, puisque la sécurité et la maniabilité des aéroplanes sont déjà satisfaisantes, qu’il faut souhaiter des progrès sérieux. Le meeting de Reims va nous permettre d’apprécier les efforts des constructeurs.
- En réservant cette question qui demeure entière, nous pouvons escompter à l’avance les résultats suivants.
- La distance franchie sans escale peut être portée à plus de 500 km. En effet, un appareil comme celui de Sommer, qui enlevait récemment trois passagers, enlèvera aisément 150 litres d’essence, soit 7 heures de marche au moins. Le record de la hau-
- teur peut être porté à plus de 1500 m. Plusieurs appareils possèdent déjà des moteurs capables de tourner sans faiblir à pleine admission pendant une demi-heure au moins, ce qui est suffisant pour atteindre l’altitude considérée. Des nouvelles non encore confirmées sont d’ailleurs parvenues des États-Unis, indiquant que l’aviateur Brookins sur un appareil Wright aurait atteint près de 5000 pieds.
- Ilàtons-nous d’observer qu’outre la machine, il y a l’homme qui la monte. Sa part est prépondérante dans les résultats. Mais, c’est précisément parce que nos aviateurs nous ont habitués à les voir tout oser, que nous ne concevons pas, au domaine de l’aéroplane, d’autres limites que le souffle des moteurs. C’est à eux qu’il appartiendra donc de dire le dernier mot à Bétheny. C’est de leur régularité, de la confiance qu’ils auront justifiée, de leur réglage éprouvé que dépendra le succès de la marque victorieuse. Il est agréable de constater, qu’après deux ans d’exemples donnés au monde, la mécanique française, qu’on accuse volontiers de timidité et de routine, n’a pas encore trouvé d’émules pour s’engager derrière elle dans la voie audacieuse où elle est entrée. Elle fera walk-over à Bétheny. Étienne Taris.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 juin J910. —
- Présidence de M. E. Picard.
- La comète cle Halley. — M. Bigourdan présente une Note de M. Iniguez de l’observatoire de Madrid sur les variations du spectre de la comète de Halley. Au début, ce spectre présentait trois bandes des hydrocarbures, puis vers la fin sept. Les bandes supplémentaires étaient dans la partie violette. Après le passage de la comète entre la terre et le soleil, les trois premières bandes se sont dédoublées. Or, à ce moment, le noyau se dédoublait; on est donc conduit à penser que les trois premières bandes correspondent à l’un des noyaux et les sept autres au second noyau. M. Iniguez a vu également un amas de matière s’éloigner dans le sens de la queue de la comète et former ainsi une petite comète naissant de la grande. M. Bigourdan présente encore une note de M. Eginitis sur les différences d’aspects de la comète avant et après le passage. Il expose qu’avant le passage la teinte de la queue était sombre, donnant l’impression d’une fumée; après le passage, elle était bien plus brillante. Il y a une raison à cette différence d’éclat, c’est qu’avant le passage on apercevait la queue du coté non éclairé par le soleil, tandis que plus tard elle présentait aux regards des observateurs la queue du côté où elle recevait la lumière du soleil. Enfin il fait connaître que la lumière des étoiles ne subit pas de réfraction en passant au travers de la queue. M. Hamy résume un travail de M. Nordmann sur la photométrie du noyau de la comète de Halley. Il montre que la répartition des intensités dans le spectre du noyau est identique à celle des intensités dans le spectre solaire. De là, l’auteur conclut que le noyau ne donne que de la lumière réfléchie.
- La transmission du typhus. — M. Roux résume les résultats de nouvelles recherches de MM. Nicolle et Conseil sur la transmission du typhus exanthématique de
- l’homme aux singes inférieurs. Il rappelle que les auteurs avaient déjà réussi à opérer cette transmission, mais en recourant à un intermédiaire, le chimpanzé. Aujourd’hui ceux-ci font connaître qu’ils ont réussi à inoculer directement le typhus exanthématique de l’homme au ma-cacus sinicus. Le succès paraît lié à la virulence du liquide injecté et dépend de la quantité de ce liquide.
- Virus rabique. — M. Roux présente ensuite une Note de M. Marie dans laquelle Fauteur expose qu’il a réussi à extraire de la substance du cerveau de divers animaux, une matière bien déterminée qui jouit de la propriété de retirer au virus rabique ses propriétés.
- Le chloroforme dans le sang. — M. Dastre présente une Note de M. Nicloux sur la transformation du chloroforme fixé dans le sang pendant l’anesthésie. Les auteurs ont déjà montré que la moitié du chloroforme absorbé reste fixé dans le sang. Que devient ce chloroforme? En étudiant iti vitro le sang d’un animal anesthésié additionné d’une faible solution alcaline, ils ont reconnu que ce sang laissait échapper de l’oxyde de carbone et qu’il se formait dans le verre du chlorure alcalin. L’apparition de ces deux substances s’explique fort bien si l’on se reporte à une réaction du chloroforme en milieu alcalin indiquée par M. Desprez.
- Les propriétés du germanium. — M. Haller communique un travail de M. Urbain sur le germanium. Ce métal, découvert en 1885 par Wenckler, est peu connu parce qu’il n’a été signalé que dans l’argyrodite provenant d’une mine proche de Freiberg. M. Urbain s’est appliqué à rechercher le germanium dans les blendes. Sur 64 échantillons examinés, 38 ont été reconnus porteurs de traces de germanium. La teneur des plus riches échantillons ne dépassait pas 1/100 000e. Quoi qu’il en soit,
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- LE RAID MOURMELON-V1NCENNES 79
- M. Urbain a traité plus d’une demi-tonne de minerai et est ainsi parvenu à préparer 5 gr. de sulfure de germanium. 11 en a tiré l’acide germanique et un sel à base d’argent. M. Urbain a étudié les propriétés de ce métal.
- La vaccination des bovidés. — MM. Calmette et Guérin communiquent un mémoire sur la résorption des bacilles de la tuberculose chez les bovidés, à la suite de l’injection des mélanges de sérums d’animaux hvpervac-cinés et de bacilles cultivés sur la bile. Depuis Behring, les procédés de vaccination permettent à peu près de conférer aux animaux un certain degré de résistance plus ou moins longue, soit à la contamination naturelle, soit à l’infection artificielle, par des bacilles virulents d’épreuve. Mais aucun n’aboutit à la résorption rapide et intégrale de ces derniers. Il ne s’agit donc pas d’une véritable immunité, mais d’une simple tolérance de l’organisme vis-à-vis des bacilles tuberculeux, lesquels, restant vivants et virulents dans les tissus de l’animal, font de ce dernier un porteur permanent et un semeur dangereux de germes. Par un artifice qui consiste à cultiver les bacilles sur la bile de bœuf, MM. Calmette et Guérin sont parvenus à produire une race de microbes virulents faci-
- lement résorbables, qu’on peut injecter dans les veines et à des doses progressivement croissantes. Le sérum des animaux ainsi traités devient prodigieusement agglutinant pour les bacilles. Un tel sérum, mélangé aux bacilles cultivés sur bile de bœuf et injecté aux bovidés, favorise la résorption rapide des bacilles, même les plus virulents, de telle sorte qu’en moins de deux mois ceux-ci sont complètement résorbés et ne se retrouvent plus. Il est donc permis de prévoir que la question de la vaccination des bovidés contre la tuberculose entrera très prochainement dans la phase pratique. Pour que cette vaccination fut pratique, il était indispensable que les sujets vaccinés exposés à la contamination ou à l’infection artificielle ne conservent pas dans leurs organes des bacilles virulents, même provisoirement inofïensifs. Cette condition semble réalisable.
- Nouveau sismographe. — Le prince Galitzine décrit un appareil de son invention destiné à enregistrer la composante verticale des séismes, c’est-à-dire les mouvements du sol dans le sens de la verticale. Cette composante, avec la composante horizontale, donnera la direction des rayons sismiques. Cm de Villedeuil.
- LE RAID MOURMELON=VINCENNES
- La Nature a signalé déjà le beau raid du lieutenant Fe'quant et du capitaine Marconnet effectuant en 2 heures le trajet Chàlons-Vincennes ; elle a donné les grandes lignes de leur itinéraire. Il nous paraît utile cependant d’insister davantage sur cet important voyage et de montrer avec quelques détails les conditions dans lesquelles il s’est effectué. Il marque, en effet, une grande date dans notre histoire militaire : celle de l’avènement de l’aéroplane comme auxiliaire des armées en campagne, il servira sans doute à établir les premières règles d’une tactique nouvelle, la tactique aérienne.
- Le départ s’est effectué le 9 juin à 4 h. 40 du matin. On sait que cette heure matinale est la préférée des aviateurs, et mainte discussion s’est élevée sur les causes de ce choix. Est-ce l’apparition et la disparition du soleil qui empêchent la création des courants aériens? Cette explication paraît la seule plausible, bien que certains facétieux aient invoqué plutôt le désir des aviateurs d’éviter la foule et de décourager les paresseux.
- Cette heure est cependant assez fréquemment celle du brouillard et les aviateurs ne tardèrent pas à s’en apercevoir. Partis sur 20 m. de hauteur, c’est-à-dire sur une distance qui constitue presque le record du monde, ils s’étaient élevés d’ahord à 40 m., puis à 200; le brouillard existait aux deux altitudes, et il ne fallait pas songer à monter plus haut que 500 m., pour pouvoir se diriger.
- Se diriger : tel était le grand problème, compliqué encore par la brume. Tel est le sujet des réflexions de tous ceux qui désirent prévoir l’avenir de l’aviation, et qui se sont attachés, dès les exploits de Blé-riot, à expliquer par exemple sa dérivation de 7 km dans la traversée de la Manche : parti sans boussole, sans aucun instrument de mesure, manquant
- de points de repère, il ne pouvait que difficilement trouver son chemin; et les aviateurs qui renouvelèrent son exploit dérivèrent à peu près autant.
- Le problème était autre dans le raid Mourmelon-Vineennes. Il existait des repères, formés par des cours d’eau, tels que la Marne ; et par les clochers des villes et des villages; mais cela suffisait-il?C’est ce que nous avons demandé au capitaine Marconnet lui-même. Sa réponse a été que la direction est excessivement facile pour qui a l’habitude des cartes d’état-major : pour nos officiers, particulièrement. On reconnaît les routes à leur direction, et elles sont de la plus grande utilité, sauf à ne pas les confondre avec les chemins de moindre importance. •
- Mais le procédé le plus étonnamment précis, fut de se servir du soleil pendant la plus grande partie de la route; le capitaine disait : « Il suffit de conserver le soleil sur l’épaule gauche, puis de tourner à Louvercy » et ces très simples remarques suffirent presque à l’orientation.
- Comme dispositif particulier, le capitaine Marconnet employait un liseur de cartes bicvlindrique, permettant de les dérouler. Le dos du lieutenant Fé-quant servait de support.
- Un baromètre anéroïde servait à la mesure des hauteurs; un appareil photographique était fixé en dessous du siège; enfin, les communications verbales entre les deux officiers, que le bruit du moteur aurait rendues impossibles, étaient facilitées par des écouteurs portés par le lieutenant Féquant.
- Quel était l’appareil qui servait à réaliser le plus beau raid aérien de ces derniers temps? Chacun connaît le biplan Farman et le moteur Gnome, déjà détenteurs de bien des records. Mais ces appareils sont assez fréquemment modifiés par le célèbre
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- 80 : LE RA1D-MOURMELON-VJNCENNES
- constructeur. Il existe aussi bien des types différents, en particulier le type course, que réalise le biplan de Martinet, rival de nos deux officiers pilotes pour les vols à travers champs. Yoici donc la description complète de l’appareil utilisé par eux.
- Les surfaces portantes sont à l’écartement vertical ordinaire de 2 m., et de même profondeur, comme à l’habitude. Mais au lieu d’ètre un appareil dit carré, c’est-à-dire d’envergure égale à la longueur totale, il a été, par les soins des deux officiers, augmenté notablement en envergure.
- Une cellule centrale est encadrée de chaque côté par deux cellules un peu moins haubanées Cette cellule centrale porte : à l’avant, le siège du conducteur (lieutenant Féquant) ; au milieu, le siège de l’observateur (capitaine Marconnet) ; à barrière, le moteur et l’hélice, accompagnés des réservoirs d’essence (70 litres) et d’huile (30 litres).
- Au-dessous de la cellule centrale, sont les patins d’atterrissage, reliés aux roues par des joints élastiques — le système patins-roues pare à peu près à tous les dangers d’atterrissage.
- Enfin, aux extrémités, se trouvent les deux cellules ajoutées par les officiers, qui, étant fixes, servent simplement à renforcer les portions sustentatrices.
- Nous arrivons ainsi aux parties importantes et d’inventions la plus récente : ce sont les 6 volets verticaux, de 1,50 m. de largeur. environ sur 0,50 m. de hauteur, et qui, mobiles autour de charnières métalliques, se relèvent horizontalement pendant le vol, et peuvent être abaissés par le conducteur de l’aéroplane. La souplesse, la fragmentation de l’effet, sont admirablement réalisés par ces organes séparés, qui remplacent les anciens ailerons. Ces volets régnent en haut et en bas sur presque toute la longueur de l’aéroplane, sauf aux extrémités et à la cellule centrale.
- Sur cette cellule centrale vient se greffer le fuselage arrière, plus développé qu’il ne l’était autrefois dans ces appareils : 3 cellules intermédiaires, 2 paires de haubans, 4 longerons.
- Ceci nous conduit à l’extrême arrière, comprenant une cellule sustenlatrice entretoisée par 6 haubans, terminée par un gouvernail de direction composé de
- 2 panneaux verticaux. Deux panneaux horizontaux complètent l’effet du gouvernail de profondeur, et sont manœuvres par les mêmes commandes que celui-ci. Une crosse à joint élastique atténue les effets d’un atterrissage trop rude.
- Enfin, à l’avant, le gouvernail de profondeur proprement dit, panneau mobile autour d’un axe, et relié au corps par un fuselage triangulaire.
- Les commandes sont : au pied, un axe à bascule, qui agit sur les gouvernails de direction ; à la main droite, un levier, pour manœuvrer les volets, quand on le manie de droite à gauche, et pour agir sur le gouvernail de profondeur, s’il va d’avant en arrière ; à la main gauche, une manette 'et un levier pour régler le moteur. Un regard pour l’huile est tout près.
- En résumé, ce qui est à remarquer, dans cet
- appareil, et ce que nous avions admiré dans les premiers biplans Wright, c’est le nombre considérable de parties mobiles détachées, qui assurent à l’appareil une souplesse incomparable : le supériorité du Farman sur les récents engins américains est tout à fait remarquable, elle éclatait dans le hangar de Vin-cennes où les deux appareils se faisaient face, représentant l’un le passé, l’autre le présent. Lequel figure l’avenir?
- Comme résultats purement documentaires, ajoutons que la hauteur moyenne du voyage était de 500 m., la vitesse de 61 km à l’heure. Les photographies des sites, le relevé du terrain furent assez facilement exécutés. Le voyage fut moins fatigant pour les deux camarades qu’il ne l’eût été pour un aviateur isolé : question d’effet moral, sans nul doute.
- De tels exploits se généraliseront-ils? Notre ferme conviction est que cette belle randonnée ne restera pas isolée dans les fastes de l’aviation. Mais il convient de signaler d’autant plus les initiateurs du grand mouvement qui va porter, au-dessus des villes et des campagnes, nos officiers désireux de perfectionner sans cesse l’un des plus importants services de l’armée en cas de guerre, celui de l’exploration et des renseignements.
- Capitaine E.-R. Colin.
- Professeur à l’École Supérieure (l'Aéronautique.
- Le dispositif liseur de cartes et les écouteurs employés par le capitaine Marconnet et le lieutenant Féquant.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiure, rue (le Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1937.
- 9 JUILLET 1910.
- LES SOUS-MARINS ET L’INDUSTRIE PRIVEE
- Il y a longtemps déjà que les chantiers privés de constructions navales à l’étranger mettent sur cale et délivrent, à qui veut les leur acheter, des sous-marins de tous modèles.
- Il n’en est point de meme en France. Jusqu’à l’année dernière la construction des sous-marins est restée monopole d’État et les maisons qui s’occupent de construire des navires n’avaient pas eu la possibilité de se livrer à cette branche spéciale de leur industrie. Ceci paraît assez curieux et quelque peu paradoxal dans un pays qui se targue d’avoir inventé la liberté, et d’en appliquer le principe sous toutes ses formes. Voici ce qui s’est passé à ce sujet.
- C’est chez nous, on ne l’ignore pas, que, grâce aux recherches patientes et à l’esprit inventif de nos officiers et ingénieurs de la marine, la navigation sous-marine a pris son essor définitif et pratique. Nous avons
- la confection ne présentait en somme aucune difficulté spéciale, des délais de construction oscillant autour de cinq ans et allant souvent jusqu’à six.
- Cinq ans pour un sous-marin alors qu’Anglais, Allemands et d’autres achèvent un Dreadnought en un an!
- En vain, nos chantiers privés de construction navale s’offraient à construire des sous-marins, tout comme les autres espèces de navires de guerre, dans des conditions fort différentes de celles des arsenaux. On leur répondait : « Impossible, il y a là un secret
- Fig. 2. — Le sous-marin S Cu après son lancement aux chantiers du Petit-Creusol.
- en conséquence, et pendant quelques années, gardé en cette matière une belle avance sur nos rivaux maritimes. A ce moment, il est bien certain que la construction des sous-marins comportait une foule de particularités qu’il y avait grand intérêt à garder secrètes. Mais cette période a bien vite passé. Les études auxquelles se sont livrés immédiatement les marins et les constructeurs étrangers, entraînés par nous dans une voie où s’ouvraient de si belles perspectives, ont assez vile abouti à des résultats tels que le secret est devenu très rapidement celui de tout le monde.
- Dès ce moment, le monopole que nos arsenaux maritimes s’étaient adjugé devenait non seulement inutile, mais nuisible. On y a, en effet, appliqué les méthodes d’apathie coutumières, et il en est résulté, pour des navires jaugeant de 100 à 400 tonnes, dont
- SS" année. — 2e semestre.
- Fig. i. — Le sous-marin S G',, quelques instants avant son lancement par le travers:
- qui touche à la défense nationale! » et nos sous-marins continuaient à dormir de longues années sur les cales officielles !
- Cet abus du confidentiel a, tardivement, mais heureusement pris fin. Certes, la marine n’en est pas arrivée du premier coup — c’eût été beaucoup demander à sa sereine tradition de routine — à confier à notre industrie nationale la construction de quelques-uns de ses sous-marins, par exemple de ceux qui prévus aux budgets successifs de 1907, 1908, 1909, au nombre de 21, n’ont même pas encore été mis en chantiers. Elle continue à se les réserver.
- Mais enfin, on a levé l’espèce d’interdiction qu’au nom du patriotisme on faisait peser sur nos établissements privés et, depuis un an et demi, on leur a permis de construire des sous-marins pour le compte de qui voudrait leur en demander.
- C’est en vertu de quoi on a lancé le 15 juin aux chantiers du Petit Creusot, à Chalon-sur-Saône, un submersible dont les plans ont été établis par M. Laubeuf, ingénieur du génie maritime, qui s’est spécialisé, avec la distinction que l’on sait, dans l’art de la navigation sous-marine et qui, notamment, est le créateur du type de submersible, forme sous làL
- 6. — SI
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- 82 ===== LES SOUS-MARINS ET
- quelle le sous-marin est définitivement adopté dans la marine française et dans nombre d’autres.
- Le submersible du Petit Creusot porte les indications S CA (Schneider, type C première unité). En dehors de l’intérêt qu’il présente comme étant le premier navire de son genre construit par l’industrie française, il offre encore celui d’être très vrai-
- Fig. 3. — Disposition des cloisons dans l'intérieur du S C±. — i et g, ballast; 2, poste de l'équipage; 3, accumulateurs ; 4, chambre des officiers; 5, poste central de manœuvre;
- 6, moteurs à pétrole; 7, moteurs électriques;
- B, poste arrière; a. a. a, cloisons étanches percées d'une porte ; b. b, cloisons étanches pleines ; c. c, cloisons non étanches.
- semblablement le dernier mot du progrès en fait de sous-marin.
- Comme idée générale, le S Ci reproduit les dispositions principales du type auquel le malheureux Pluviôse avait donné son nom, type dont l’excellence a été prouvée par maintes épreuves, notamment par une période d’exercices de guerre, extrêmement sévères, qui ne dura pas moins de six semaines (5 mai au Tl juin 1909), et au cours de laquelle les bâtiments qui y prirent part exécutèrent plus de 100 plongées sans aucun incident.
- Les dimensions et le tonnage du S Ci sont cependant un peu moindres que celles de ces navires.
- Avec 46,25 m. de longueur totale il jauge, en effet, 500 tonnes en surface et 440 en plongée, alors que le Pluviôse en jaugeait 400 et 540 dans les mêmes conditions avec 54 m. de longueur.
- La question du déplacement qu’il convient de donner aux sous-marins est, on le sait, très controversée, et beaucoup d’officiers estiment que le tonnage de 450 tonnes en plongée est à peu près celui qui donne les plus grandes facilités de manœuvres, alliées à de très bonnes conditions de navigation, d^endurance, et une habitabilité suffisante.
- Le S Ci a été mis à l’eau par le travers ; il était porté par un berceau reposant sur 6 glissières et a gagné le lit de la Saône avec beaucoup de décision.
- Comme aspect extérieur, il ressemble à un torpilleur; deux manches d’aération jouent assez bien, d’ailleurs, le rôle des cheminées ; un périscope surmonte chacune d’elles. Ce doublement des périscopes est, maintenant, universellement adopté. L’un de ces deux instruments est d’un diamètre plus fort. Il assure une visibilité meilleure et s’emploie lorsqu’on est encore loin de l’ennemi. Mais il compense ses avantages en laissant à la surface de la mer un sillage trop facilement visible. Aussi, lorsqu’on approche de l’adversaire, le rentre-t-on. On se sert alors-du périscope n° 2, sensiblement plus étroit et plus discret.
- L’INDUSTRIE PRIVEE -...........................-.
- Deux moteurs Diesel, d’une force totale de 800 chevaux, fonctionnant au pétrole lourd, servent pour la marche à la surface. Ils imprimeront au navire une vitesse de 14 nœuds. L’approvisionnement de pétrole est suffisant pour permettre de parcourir, à vitesse économique, près de 2000 milles, soit 5800 kilomètres.
- Pour la marche en plongée, 200 éléments d’accumulateurs Fulmen, fournissent l’électricité nécessaire à deux moteurs de 400 chevaux qui actionnent deux hélices, montées sur deux arhres. La vitesse qu’il est possible d’obtenir sous l’eau est de 9 nœuds. Lorsqu’on marche en surface, ce qui est et doit être, ne l’oublions pas, la situation normale d’un bâtiment de ce type, une partie de la force, développée par les moteurs Diéscl, peut servir à recharger les accumulateurs.
- La coque proprement dite est, comme dans tous les bâtiments de ce genre, entourée d’une enveloppe qui assure la flottabilité et augmente la sécurité en s’offrant la première aux chocs accidentels ; elle renferme encore la majeure partie de la provision de pétrole. O11 voit, par le croquis ci-contre, qu’elle entoure complètement la coque principale, contrairement à ce qui se passe pour d’autres types, le Pluviôse, par exemple.
- La coque extérieure porte des cloisons étanches, dans lesquelles sont percés des trous d’homme, permettant la visite de l’espace libre. Les deux coques sont en acier au nickel.
- L’intérieur du bâtiment est divisé, comme le
- Pont Pont
- Type
- Pluviôse
- Na rva
- S. C.
- Fig. 4. — Disposition de la double coque dans les principaux types de sous-marins.
- montre notre croquis, en 7 compartiments séparés par de fortes cloisons étanches. Les deux cloisons des extrémités sont pleines et ferment les pointes du navire qui peuvent être ainsi défoncées, sans qu’il en résulte grave dommage.
- Les 4 autres sont percées de portes permettant la communication d’un bout à l’autre du sous-marin. Tous les organes de manœuvre qui traversent les cloisons passent dans des presse-étoupes.
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- LA CUISINE AUTOMOBILE DE L’EMPEREUR D’ALLEMAGNE = 83
- Le compartiment du milieu et celui de l’arrière, sont divisés en deux parties, par de simples cloisons non étanches.
- Le bâtiment possède des réservoirs d’air comprimé à 180 kg (par centimètre carré) et une machine spéciale pour les recharger, des pompes pour l’épuisement de l’eau, 5 ventilateurs, une cuisine électrique, un guindeau pour la manœuvre de l’ancre et toutes les installations pouvant assurer à l’équipage (20 hommes) un confortable relatif.
- En plus des ballasts, pouvant contenir 150 tonneaux d’eau, organes principaux de l’immersion du navire, le S Ci porte encore 5 paires de gouvernails horizontaux appliqués sur l’avant, la partie centrale et l’arrière de la coque et qui servent à déterminer l’immersion en marche. Des appareils spéciaux, très ingénieux et d’une extrême exactitude, placés sous l’œil du commandant, indiquent à tout moment la profondeur et l’assiette du navire.
- L’armement comporte 4 appareils lance-torpilles, d’un système nouveau, placés sur le pont et disposés de façon à tirer deux en chasse, deux en retraite. Ces tubes sont faits pour lancer des torpilles de 450 mm de diamètre munies des derniers perfectionnements grâce auxquels elles sont en état de fournir une trajectoire parfaitement rectiligne
- jusqu’à 2500 m., avec une vitesse de 50 nœuds. Ce sont, on le voit, des armes autrement redoutables que les anciennes torpilles du même genre, qui se comportaient plus ou moins correctement jusqu’à 400 m. et n’avaient plus aucune efficacité au delà de cette distance.
- Le S Ci porte comme appareils de sécurité des masses de plomb mobiles logées dans des cavités ménagées sous la coque, une bouée téléphonique et 8 ceintures de relevage embrassant la coque intérieure et terminées par autant de boucles.
- Cette courte description permet de se rendre compte de la valeur de ce sous-marin qui fera sans nul doute honneur aux chantiers du Petit Creusot qui l’a construit, et à l’auteur de ses plans, M. Lau-beuf.
- Les bâtiments de mer, lancés à Chalon-sur-Saône, ne trouvent pas assez d’eau dans cette rivière, puis dans le Rhône, pour qu’il soit possible de les faire descendre par leurs propres moyens jusqu’en Méditerranée. Les contre-torpilleurs que le Petit Creusot a déjà fournis à la marine ont été conduits à Saint-Louis-du-Rhône sur un chaland spécialement construit à cet effet. Le même procédé sera employé pour le SCjquâ sera vraisemblablement amené à la mer vers le mois de septembre. Sauvée Joeedae.
- Capitaine de frégate de réserve.
- LA CUISINE AUTOMOBILE DE L’EMPEREUR D’ALLEMAGNE
- Quelques années à peine ont suffi pour faire adopter l’automobile par les armées des principaux pays européens, et peu à peu les applications du moteur à explosion se développent, réduisant d’autant le rôle du cheval.
- L’empereur d’Allemagne, fervent automobiliste, vient à son tour de dételer définitivement ses cuisines de campagne jusqu’ici à traction chevaline, et de les remplacer par un train automobile, à la fois plus rapide et plus confortable. Ce train automobile, construit par la Daimler-Motoren-Gesellschaft à Untertürkheim, se compose de l’automobile-cuisine proprement dite, et d’une voiture du type omnibus pour transporter les hommes de service.
- Chacune de ces voitures comporte un châssis Mercédès à moteur de 45 chevaux.
- L’automobile-cuisine proprement dite ressemble à un omnibus fermé. Des plaques mobiles à charnières, disposées sur la moitié antérieure des parois latérales de cette voiture, servent de tables pliantes auxiliaires. L’intérieur de la voiture reçoit sa lumière par de grandes fenêtres glissantes, pratiquées dans les parois antérieure et postérieure, tandis que les parois latérales ne contiennent que de petites fenêtres de ventilation. Le toit est d’une hauteur suffisante, dans sa partie centrale, pour permettre à un homme se tenant debout de faire, en route, le service du fourneau et de la cuisine. Des deux côtés de la voi-
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- 84 LA CUISINE AUTOMOBILE DE L’EMPEREUR D’ALLEMAGNE
- ture on peut abaisser, du toit fixe, un toit de tente démontable qui, surtout en cas de mauvais temps, rendra de réels services.
- Les différents objets formant l’équipement de la voiture sont disposés de façon à réduire leur en-
- Les ustensiles de cuisine, extrêmement nombreux, sont attachés aux parois intérieures, de façon à rester bien en place même aux vitesses de marche les plus grandes.
- Outre les ustensiles de cuisine et la vaisselle, cette
- Fig. j. — La cuisine automobile de VEmpereur d’Allemagne. L’automobile-cuisine, l’omnibus à provisions, la tente démontable.
- combrement au minimum. Les outils et pièces de rechange, etc., sont disposés au-dessous du siège du conducteur et dans le magasin aménagé à l’arrière de la voiture. Dans la paroi antérieure se trouve, au-dessous de la grande fenêtre, le fourneau de cuisine à cinq becs d’alcool, pourvu d’un réservoir à eau chaude; au-dessous de ce fourneau sont disposés deux grands réservoirs à glace pour les provisions de viande, de beurre et de vin, complétés par deux réservoirs' métalliques à fermeture hermétique pour recevoir les provisions de légumes, de condiments et de tous autres aliments. De côté et d’autre sont installées des armoires destinées à loger l’argenterie, dont chaque pièce a sa place spéciale. Cet aménagement est complété par plusieurs paniers à pain et à linge ainsi que par deux réservoirs métalliques pouvant contenir environ 60 litres d’alcool. D’autre part, deux réservoirs à glace sont disposés à l’extérieur de la voiture; au-dessous, du côté gauche du siège du conducteur, se trouve un lavabo.
- automobile sert à transporter une grande tente pour douze personnes, analogue à celles dont on se sert dans les colonies. Cette tente ovale est de 6 m. de longueur, sur 4 m. de largeur ; la hauteur, au milieu, est de 5,0 m. et sur les côtés de 2,1 m. Elle s’installe en quelques minutes sur un terrain quelconque, et ne pèse que 100 kg. La tente s’accompagne d’une table ovale de 4,50 m. de longueur, sur 1 m. de largeur, d’un poids de 65 kg, pliante bien entendu, le tout complété par douze chaises de hois pliantes, de construction spéciale.
- La voiture accompagnant cette cuisine volante est un omnibus automobile à châssis Mercédès de 45 chevaux. Il contient, à l’intérieur, des bancs pour 8 ou 10 personnes, tandis que le siège du conducteur est destiné à 2 personnes.
- Il porte des provisions, des bagages et même un lit de campagne complet disposé dans le sens de la longueur de la voilure.
- D1' Alfred Gradenwiïz.
- Fig. 2.
- Vue intérieure de l’automobile-cuisine.
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- LES GROTTES PEINTES DU SOUDAN FRANÇAIS
- Les telles trouvailles que M. de Zeltner a faites en Afrique, au cours d’un récent voyage, ont été dernièrement signalées aux lecteurs de La Nature (n° Informations). Je n’ai pas à revenir sur leur détail qui, dans cette note, a été suffisamment indiqué, et dont il est facile à chacun de consulter l’exposé primitif dans les Comptes rendus dé l’Académie des sciences (50 mai 1910, p. 1401). Ceux que la question intéresse plus particulièrement attendront en outre, comme moi, le mémoire que M. de Zeltner me dit devoir prochainement paraître dans l’excellente revue VAnthropologie.
- Par anticipation sur ce mémoire, M. de Zeltner a bien voulu me communiquer quatre des photographies qui doivent l’illustrer et m’autoriser à les publier dans La Nature, ce dont je le remercie. Par elles-mêmes, et en les rapprochant de ce qui a déjà été dit ici, elles ont assez de netteté pour me dispenser d’avoir à les décrire à nouveau. Voici simplement quelques observations à leur sujet.
- 11 n’est à aucun degré étonnant de trouver au Soudan des peintures sur rocher : la pictograplue est un phénomène universel, reconnu dans toutes les parties du monde; en Afrique on en connaît des exemples au nord du Soudan, dans le Sahara, et au sud, chez les Bantou,
- Fig. 2. — Peintures blanches de la grotte n° 4.
- les Bosclnmans, etc. La seule raison qui pourrait faire s’étonner de leur existence au Soudan serait une con-
- ception erronée de la civilisation en Afrique. Le Soudan est maintenant occupé par des populations musulmanes;
- Fig. j. — Peintures rouges de la grotte n° 5.
- on pourrait croire qu’avant elles, celles qui occupaient le pays n’étaient pas arrivées à un degré de culture suffisant pour posséder un art pictographique. Mais ce serait bien à tort, au moins pour deux raisons : d’abord parce que l’art pictographique appartient certainement à un niveau de culture encore très bas, ensuite parce que plus on avance dans l’étude des sociétés africaines, plus on doit reconnaître qu’à peu près dans toute l’étendue de leur continent, elles sont arrivées, avant le désastre de la contamination européenne, à un niveau de culture beaucoup plus élevé qu’on ne le supposait d’abord, rarement inférieur, souvent égal, quelquefois supérieur, par exemple dans l’organisation politique, au niveau moyen des populations nord-américaines. Il est donc normal qu’on trouve par toute l’Afrique une pictographie comparable à celle d’Amérique.
- Ce qui paraît plus curieux, du moins à mes yeux, c’est que cette pictographie ne soit pas plus évoluée et, pour tout dire, qu’on n’ait pas trouvé en Afrique d’écritures phonétiques indigènes. Je crois démontrable que l’évolution de l’écriture est conditionnée par ce qu’on peut appeler la morphologie sociale, c’est-à-dire l’extension géographique, le nombre des individus, la complexité d’organisation des tribus ou des peuples. Au point de vue politique, l’Afrique, dans son ensemble, a connu des formes sociales bien plus élevées que celles d’Amérique, dans leur ensemble : la monarchie s’y est, plusieurs fois, haussée à des allures d’empire, avec des territoires assez vastes, des contingents d’hommes assez nombreux, en un mot une morphologie sociale suffisante, semble-t-il, pour donner naissance à une écriture supérieure à la pictographie. Cependant on voit de la. pictographie, et pas d’écriture supérieure. Une découverte comme celle de M. de Zeltner souligne donc combien il doit y avoir de nuances et de facteurs à considérer, pour établir une théorie sociale des origines et des variations de l’écriture.
- M. de Zeltner remarque dans ses peintures soudanaises des ressemblances avec les peintures sur roche françaises et espagnoles. Ces ressemblances sont indéniables. Mais il ne faut pas se laisser hypnotiser par elles. Il y a dans ces pictographies d’autres ressemblances, qu’on ne peut désigner que par le mot « universelles ». Et il serait peut-être plus urgent, pour le moment, de
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- è6 • ...L’AVIATION
- rechercher dans ces dessins les types universels plutôt que les types locaux ou propres à des provinces définies. L’art pictographique semble nettement, comme l’a montré
- Fig. 3. — L'abri sous roche de Bamako, vue d'ensemble.
- M. A./J. Evaiis dans une des conférences de Anthropology and the Classics (Londres, 1908), concomitant avec la prépondérance du langage par gestes. Un trait essentiel de celui-ci est son universalité. M. de Zeltner, avec qui je m’entretenais de ces questions, me racontait par exemple que des Peaux-Rouges, se rencontrant avec des sourds-muets au cours d’un Congrès, étaient parvenus à « causer )) avec eux, au moyen de gestes, ce qui leur eût été impossible par la parole. La science de l’écriture fera des progrès considérables quand on la prendra par le bout universel, au lieu du bout local — et c’est peut-être en partant des signes dont la diffusion est la plus banale qu’on arrivera à déchiffrer les systèmes les plus singuliers et les plus locaux, comme par exemple les mystérieuses écritures mexicaines.
- Ces considérations doivent rendre très sceptiques a priori sur les trop faciles hypothèses d’origine ou d’emprunts des signes que l’on observe. Faute de les avoir prises en garde, on se laisse facilement entraîner, comme cela a été fait, à chercher en Bretagne la source des gravures rupestres de la Nouvelle-Calédonie. M. do Zeltner n’encourt pas un tel reproche.
- Elles doivent rendre non moins sceptiques a priori sur les interprétations de signes qui ne sont pas abso-
- L’AVIATION ET
- On a dit a juste titre que l’automobile a seule permis l’aviation : c’est en effet le moteur à .essence employé pour nos voitures qui, léger et puissant, a ponné l’essor aux oiseaux mécaniques.
- Mais on est trop tenté de croire que le moteur extraléger est encore maintenant indispensable aux aviateurs.
- Les progrès accomplis depuis deux ans sont tels que la manière de construire a évolué, ou du moins, aurait dû évoluer complètement. Le moteur léger n’est plus maintenant une nécessité.
- Nous n’en voulons pour preuve que le récent exploit de Sommer, qui a enlevé récemment trois passagers, soit un poids utile d’environ 200 kg. Le moteur aurait donc pu peser notablement plus, que l’appareil aurait pu encore emmener son pilote et un passager.
- LES MOTEURS ........ —-
- lument imposées par le caractère réaliste de ceux-ci. Malgré de prudentes réserves, M. de Zeltner pèche un peu sur ce point, très secondaire d’ailleurs pour l’intérêt de sa découverte. Dans quelques-uns des tracés que montrent les photographies ci-jointes, il suggère qu’on peut reconnaître le chameau, le myriapode, etc. Sans doute cela se peut. Mais de quel prix sont les possibilités, dans une étude où il y en a toujours une profusion de possibles; et où une bonne méthode scientifique doit n’attacher de valeur qu’à la certitude, fùt-elle réduite à celle de l’ignorance? La seule chose intéressante serait de savoir comment les indigènes actuels comprennent un signe, quand ils le voient — s’ils le comprennent! A défaut de cela, on n’aura que deux voies vers les probabilités : soit qu’on suive, étape par étape, les dégradations et les stylisations d’une image réaliste déterminée avec certitude (et dans ce cas il faudra bien se méfier des hiatus (missing links) et des rapprochements hasardeux; on a fait par exemple clans ces dernières années des études sur la représentation du poulpe, où il y a certainement beaucoup de bon, mais où la science et la probité des auteurs n’empêchent pas qu’on se méfie grandement de cet animal à tout faire) ; soit qu’on induise dg; fait qu’un signe donné possède, dans tel endroit, telle
- Fig. 4. — L’abri de Bamako : peintures sur roche.
- signification connue, la conclusion qu’il la possède aussi ailleurs, ce cpii ne demande pas moins de prudence.
- J.-P. Lafitte.
- LES MOTEURS
- Est-ce à dire qu’on doit rejeter les moteurs légers et abandonner toute étude dirigée dans ce sens ? Loin de nous cette pensée. Le moteur léger, qui a permis l’envol des premiers appareils, va maintenant rendre leur vol plus sûr, et presque exempt d’aléa.
- On sait trop que toute panne de moteur amène à un atterrissage rapide et immédiat. Or, cet atterrissage peut être fort dangereux.
- Aussi, voit-on les rares aviateurs qui se risquent à effectuer des vols au-dessus de la campagne, choisir avec soin leur terrain, et se maintenir très haut : de Lambert, qui n’est cependant'pas, d’ordinaire, coutumier des hautes altitudes, fut obligé de monter à 500 m. quand il plana au-dessus de Paris.
- En allégeant le moteur, on pourra arriver (et
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- L’AVIATION ET LES MOTEURS
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- c’est là probablement la solution de l’avenir), à munir l’appareil de deux moteurs, capables, individuellement, d’assurer la marche de l’aéroplane.
- En marche normale, les deux moteurs seraient attelés sur l’hélice, au moyen d’un embrayage double, chacun d’eux donnant seulement la moitié de sa puissance. — L’un d’eux vient-il à avoir une défaillance, le pilote le débraye, et son compagnon, tournant à pleine puissance, permet de continuer la route assez longtemps pour qu’un point d’atterrissage facile puisse être atteint.
- On objectera sans doute
- la consommation exagérée des deux moteurs tournant à demi-charge : on sait en effet que le rendement d’un moteur à explosions diminue assez vite quand on le fait marcher trop au-dessous de sa charge normale. Mais, on pourra utiliser, pour la régulation, des procédés un peu moins primitifs que ceux
- qui sont employés sur les appareils actuels. La régulation par variation de levée de la soupape d’échappement, par exemple,
- Les soupapes du moteur Panhard et Levassor. Les deux soupapes sont commandées par une seule tige. La soupape d'échappement E, concentrique à la soupape d’admission a la forme d’un tube terminé par un pavillon. — A, cylindre; B, chemise d’eau; C, collecteur d’aspiration; D, soupape d’aspiration; E, soupape d'échappement; F, grand collecteur ouvrant l'échappement ; G, H, petit culbuteur ouvrant l'admission; J, tige de soulèvement des culbuteurs; K, collecteur d’échappement; L, ressort de rappel de la soupape d’échappement; M, ressort de rappel de la soupape d'aspiration; O, galet; P, came à double profil commandant les collecteurs.
- employée depuis si longtemps sur les moteurs de Dion, donne d’excellents résultats au point de vue
- rendement.
- La consommation. —-La consommation d’essence et d’huile prend en effet aujourd’hui une importance primordiale, qu’on était encore loin de soupçonner il y a seulement deux ans.
- On ne se contente plus maintenant de faire des vols de quelques minutes : l’heure a été dépassée par bien des pilotes et on peut envisager sans trop de présomption le moment probablement prochain où l’aéroplane sera un appareil de tourisme.
- L’atterrissage restant, quoi que l’on fasse, toujours délicat, les aviateurs chercheront à avoir à se ravitailler en essence aussi rarement que possible Comme le poids réservé au combustible sera forcément limité, il faudra alors s’attacher à avoir un moteur à faible consommation. Quelques chiffres feront saisir cette nécessité.
- Un moteur à essence consomme environ 1/2 litre de combustible au cheval-heure. Considérons un
- Fig. 2. — Vue intérieure du moteur Panhard-Levassor.
- Fig. 3. — Balancier el soupapes du moteur.
- Le moteur d’aviation P. L. est un type de moteur d’automobile allégé : 4 cylindres verticaux; poids sans eau de refroidissement : 95 kilog. ; puissance : 35-45 chev. (Ce moteur Panhard fonctionnait sur le monoplan Tell ter de Dubonnet, vainqueur du prix de La Nature.)
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- aéroplane dont le moteur développe constamment une puissance de 50 chevaux et marchant à une vitesse moyenne de 60 km à l’heure, conditions qui sont celles de la plupart des appareils actuels.
- tourisme. Il est légitime de penser qu’un pilote pourra chercher à voler par exemple 500 km sans s’arrêter. Il devra donc emporter 45 litres d’essence et 12 litres d’huile, qui pèseront ensemble, avec
- Fig. 4. — Le moteur Gnôme. — (Moteur rotatif à 7 cylindres). — 1. L’un des pistons a une bielle munie d’une tête circulaire à roulements à bille sur laquelle s’articulent les 6 autres bielles [Nm 1 et 3). — 2. Soupapes d’échappement, elles sont commandées par un double culbuteur équilibré, mû lui-même par une tringle montée sur un excentrique. — 3. Schéma du fonctionnement du moteur Gnôme. — 4. Les 7 bielles. — b. La maîtresse bielle et son piston. — 6. Vue d’ensemble du moteur. Les cylindres à ailettes de refroidissement ont été, pour les nécessités d’un parfait équilibrage,
- tournés directement dans la masse.
- La consommation horaire sera de 15 litres, soit 25 litres aux 100 km. Ajoutons à cela environ 4 litres d’huile, et nous serons encore au-dessous de la réalité.
- Le tourisme en aéroplane sera forcément dû grand
- leurs réservoirs, environ 60 kg, presque le poids d’un passager !...
- Notons, d’ailleurs, que la consommation de la plupart dès moteurs actuels est sensiblement plus élevée. D’autant plus élevée, pourrait-on dire, que
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- L’AVIATION ET LES MOTEURS :......... —t:: ::: 89
- le moteur a été plus étudié en vue d’une extrême légèreté.
- C’est ainsi qu’un des moteurs extra-légers de la première heure consommait 1 litre et demi d’essence au cheval-heure, au dire même de son constructeur.
- Ce moteur ne pesait guère plus, d’ailleurs, de 1,500 kg au cheval.
- Un 50-chevaux, par conséquent, donnant seulement 50 chevaux en marche normale, pèserait 75 kg et exigerait, pour un voyage de 500 km, un approvisionnement de 155 litres d’essence et au moins 20 litres d’huile, pesant en tout, avec les réservoirs, environ 140 kg. Le poids total moteur -h essence -h huile, arrive ainsi à 215 kg.
- Le moteur dont nous citions plus haut la consom-
- Fig. 5. — Moteur Anzani à a cylindres en étoile.
- V
- mation ne pèse que 2,500 kg à 5 kg au maximum par cheval, soit 150 kg. Le poids total arrive dans ce cas à 210 kg.
- La conclusion s’impose de par la simple comparaison des chiffres.
- Le moteur léger. — Quoi qu’il en soit, il est intéressant de voir comment on peut arriver à alléger un moteur. C’est ce que nous allons étudier dans les lignes qui suivent.
- Pour alléger un moteur, on peut procéder de trois façons principales :
- 1° Allègement séparé de chacun des organes du moteur;
- 2° Par un agencement convenable des divers organes, arriver à supprimer certains d’entre eux;
- 5° Augmenter la puissance du moteur sans augmenter son poids dans la même proportion.
- Etudions successivement les 5 classes de procédé :
- 1° Allègement des organes. — La difficulté réside en ce fait qu’il faut alléger sans diminuer la solidité. Aussi, le nombre des organes qui peuvent être allégés n’est-il pas très grand.
- ' Les cylindres. — Les cylindres qui, dans les moteurs d’automobile, sont entièrement en fonte,
- Fig. 6. — Moteur d'aviation Renault.
- pourront être construits beaucoup plus légèrement en acier.
- L’acier, plus résistant, pourra être beaucoup plus mince. D’autre part, dans la coulée des cylindres, on est obligé de réserver des surépaisseurs assez notables pour parer aux défauts de fonderie.
- Fig. 7. — Moteur Dutheil-Chalmers à 2 cylindres opposés.
- En séparant du cylindre sa chemise d’eau et en plaçant les soupapes dans la culasse, le cylindre peut être complètement usiné sur le tour, à l’extérieur comme à l’intérieur.
- Quant à son épaisseur, on ne peut la réduire autant que le permettraient les calculs de résistance des matériaux : la paroi doit conserver en effet une épaisseur suffisante, dans les cylindres refroidis par ^ l’eau, pour que la chaleur des gaz explosifs ne
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- s’échappe pas trop vite : il s’en suivrait une diminution notable du rendement.
- Le fait de placer les soupapes dans le fond du cylindre a au contraire pour conséquence de favoriser le bon rendement, la chambre d’explosion ayant ainsi le minimum de la surface de parois.
- Pour arriver à avoir des cylindres complètement de révolution, on a été conduit (R. E. P., Panhard,
- S
- Fig. 8. — Courbe pleine : Efforts transmis au volant par le moteur. — Courbe pointillée : Efforts restitués par le volant dans un 4-cylin-dre. — L’aire hachurée représente le travail restitué par le volant à la voilure, Paire quadrillée le travail emmagasiné par le volant sous forme d'énergie cinétique.
- Pipe) à placer les deux soupapes concentriquement dans l’axe.
- La chemise d’eau sera faite en cuivre ou aluminium, sertie et soudée sur le cylindre. On a eu pas mal de difficultés à rendre durable sa jonction avec le cylindre : la différence de dilatation des deux métaux occasionnait des fuites fréquentes.
- Il semble cependant que les résultats obtenus par le sertissage suivi de la soudure à l’argent, ou même par le dépôt galvanique, soient durables et pratiques.
- Les cylindres de certains moteurs (Antoinette), étaient autrefois fabriqués partie en acier, partie en aluminium. Ce mode de construction a d’ailleurs été abandonné aujourd’hui.
- Le piston. — Le piston peut subir le même allègement que le cylindre : la fonte peut être remplacée par l’acier, ou même l’aluminium. Le gain de poids n’est pas bien considérable, relativement à l’ensemble du moteur, mais il permet de donner au moteur une grande vitesse de rotation, ce qui, comme nous le verrons tout à l’heure, augmente la puissance massique.
- Carter. — Le carter a pu être considérablement allégé dans certains moteurs, par suite de la disposition spéciale adoptée pour les cylindres : c’est ainsi que, dans le moteur rotatif Gnome, il est réduit à sa plus simple expression.
- Volant. — Il a été facile de gagner du poids sur le volant, sans diminuer son moment d’inertie. Il a suffi pour cela de rejeter sa masse à sa périphérie et d’augmenter son diamètre. Dans le moteur Dutheil et Chalmers, par exemple, il est constitué par une jante en acier, réunie à l’axe par des rayons métalliques analogues à ceux d’une roue de bicyclette.—
- Organes accessoires. Appareil refroidisseur. —
- L’appareil refroidisseur a été l’objet de bien des tentatives de simplification.
- Beaucoup de constructeurs, adoptant le refroidissement par l’air seul, le suppriment à peu près complètement. Il est réduit alors, au maximum, à un ventilateur qui refoule l’air dans une chemise en tôle enveloppant les cylindres.
- Dans les moteurs rotatifs (Gnome) le déplacement relatif de l’air et des cylindres suffit pour assurer un refroidissement convenable.
- Dans les moteurs refroidis par l’eau, le radiateur avec sa provision de liquide offrait un poids considérable. On l’a réduit fortement, d’abord en construisant des radiateurs spéciaux extra-légers, qui se placent soit sous les ailes (Santos-Dumont), soit sur la carène (Antoinette) de l’aéroplane, puis en réduisant au minimum cette quantité d’eau.
- C’est ainsi que, dans l’appareil Antoinette, le radiateur sert non pas à refroidir l’eau, mais à condenser la vapeur qui sort de la double enveloppe des cylindres.
- Yoibà tà peu près tous les allègements que l’on peut espérer réaliser sur les organes d’un moteur : les bielles, les soupapes, les cames, ont été poussées par les constructeurs de moteurs pour voitures, à la limite de la légèreté, il n’y a, comme on dit en argot de mécanicien, rien à gratter sur elles.
- Passons maintenant à la seconde catégorie de procédés :
- 2° Suppression de certains organes. — Le moteur d’automobile, tel que nous le connaissons, ne comporte aucun organe superflu. Chacun d’eux a son rôle bien déterminé et, si l’on supprime un seul d’entre eux, tout va s’arrêter.
- Fig. 9. — Diagramme des efforts transmis au volant et des efforts restitués par ce volant dans le cas d’un moteur à 6 cylindres. On voit, par comparaison avec la figure 7, P amélioration de la régularité.
- Pour arriver à l’allègement par voie de suppression, il fallait donc agencer les diverses pièces du moteur de façon telle que l’une d’elles puisse remplir les fonctions dévolues auparavant à plusieurs autres.
- On n’a pu, d’ailleurs, aller très loin dans cette voie, forcément hérissée de difficultés.
- Accessoires non indispensables. — On a supprimé d’abord, purement et simplement, les accessoires non strictement indispensables : tels le pot et la tuyauterie d’échappement. Le carburateur même
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- a dispara dans certains moteurs et, avec lui, la tuyauterie d’admission (Antoinette, Wright) : on se contente d’injecter directement l’essence au-dessus des soupapes.
- Ce n’est d’ailleurs pas Clinique souci de l’allègement à outrance qui a poussé les constructeurs de ces deux moteurs à cette suppression radicale. Le carburateur subit en ce moment les assauts de nombreux ennemis qui en font volontiers leur bouc émissaire. Est-il aussi coupable que veulent bien le dire ses détracteurs? Il est permis d’en douter.
- Volant. — Le volant, déjà allégé dans certains moteurs, a été complètement supprimé dans beaucoup d’autres. On sait que son rôle est de régulariser l’action du moteur à explosions dont le couple est très variable, d’autant plus variable que le moteur comporte moins de cylindres.
- Le volant cesse d’être théoriquement nécessaire pour les moteurs à six cylindres : leur couple est en effet toujours positif et ne s’annule jamais.
- A fortiori, les huit-cylindres s’en passeront... encore que quelques-uns d’entre eux en restent sagemfent munis.
- La suppression du volant ne va pas, en effet, sans inconvénients.
- Il n’est supprimé que virtuellement : l’hélice, calée sur l’arbre vilbrequin, prend son lieu et place et encaisse, non sans protester parfois (hélices métalliques) les à-coups provenant des variations brusques du couple moteur.
- Une meilleure solution est fournie par les moteurs rotatifs (Gnome, Burlat). Dans ces moteurs, c’est la masse des cylindres qui tourne, et qui remplace par conséquent le volant.
- Il n’y a plus suppression pure et simple, mais simplement remplacement d’un organe par un autre, qui outre ses fonctions propres, assure celles du premier.
- Vilebrequin. — Le vilebrequin a été, non pas complètement supprimé, mais réduit à presque rien dans les moteurs rotatifs ou les moteurs à cylindres en étoile : toutes les bielles sont calées sur un ou au maximum deux manetons. D’où réduction du poids du vilebrequin et aussi des têtes de bielle, confondues souvent en une seule.
- Cames et soupapes. — M. Esnault-Pelterie n’a pas jugé négligeable le poids des cames et des soupapes. Dans son moteur à sept cylindres, une came unique assure toute la distribution. Les soupapes, concentriques, sont allégées et disposées de telle façon que leur refroidissement soit facilité.
- 5° Augmentation de la puissance massique.. — L’augmentation de la puissance massique est loin d’être un problème nouveau : les constructeurs des voitures de course destinées à la coupe Gordon-Benett, où un maximum de poids était imposé, l’ont étudié à fond. Il ne restait donc plus
- LES MOTEURS ...... : 91
- grand’chose à faire pour les moteurs d’aviation.
- La grande puissance massique est liée par bien des points au bon rendement. Par d’autres côtés, elle s’en sépare nettement. Un choix éclairé, dans ces conclusions contradictoires, est donc nécessaire pour produire un moteur à grande puissance massique et à bon rendement.
- Sans entrer dans la discussion de toutes les données de la question, nous nous contenterons d’énoncer les résultats.
- On connaît la forme de la courbe appelée caractéristique d’un^moteur à explosions : elle exprime la puissanc edu moteur en fonction de sa vitesse angulaire (fig. 10).
- Gomme il est aisé de le voir, la puissance croît d’abord avec la vitesse, passe par un maximum, puis décroît rapidement si la vitesse continue à augmenter.
- La vitesse Î2 correspondant au maximum de puissance P est dite vitesse de régime. On conçoit que, plus on pourra rejeter vers la droite la position du maximum M, plus la valeur de ce maximum sera considérable. On cherchera donc, en d’autres termes, à avoir des moteurs à grande vitesse.
- Le bon rendement demande, lui, une grande vitesse de piston : donc, à la fois grande vitesse angulaire et longue course : l’allongement de la course alourdit le moteur sans lui faire gagner beaucoup de puissance. Aussi, voyons-nous sur cette question le rendement sacrifié : presque tous les moteurs d’aviation se rapprochent du moteur dit carré : alésage égal à la course. L’emploi d’une compression élevée améliore le rendement et aussi la puissance massique. Malgré cela, il ne semble pas que, jusqu’alors, la question ait été poussée bien loin dans cette voie pour les moteurs d’aviation : on se tient encore loin du maximum de 6,500 kg ou 7 kg qu’on peut à la rigueur atteindre avec l’essence. Cela tient sans doute à la difficulté de refroidir un moteur à haute compression, quand on l’emploie comme moteur d’aviation.
- Le régime de température des moteurs d’aviation, aussi chaud que possible, est encore favorable au rendement. Il se traduit par contre par une consommation d’huile exagérée : un juste milieu, en cela comme partout, doit être conservé.
- En résumé, le moteur léger sera un moteur à grande vitesse, de compression moyenne. Ses cylindres seront en acier, à ailettes ou à chemise d’eau rapportée. Il comportera au moins six cylindres, généralement davantage, pour pouvoir se passer de volant.
- Nous étudierons, dans un prochain article, la réalisation pratique de ces conditions chez les divers constructeurs, et pour un essai de classification de leurs moteurs. Henri Petit.
- Ancien élève de l’École Polytechnique
- P NI
- Fig-, jo.— Courbe caractéristique d’un moteur à explosions ; en abscisses : la vitesse angulaire du moteur; en ordonnées : la puissance.
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- LE BOUILLAGE DU LINGE
- Toutes nos coutumes familières ont été créées et se sont transformées peu à peu selon les exigences et circonstances diverses du moment et du milieu. Aussi diffèrent-elles le plus souvent d’un pays à l’autre et se modifient-elles par perfectionnements successifs. C’est ainsi que dans le blanchissage du linge, par exemple, les procédés modernes sont tout à fait différents des méthodes utilisées lors des civilisations gréco-romaines. A la saponaire ou aux herbes analogues encore utilisées exclusivement chez certaines peuplades sauvages, aux argiles à fouler des anciens, aux urines putréfiées qu’un empereur romain imagina de taxer pour combler (déjà!) le déficit budgétaire, on a substitué presque absolument les lessives alcalines. Transformation qui remonte au moyen âge : la
- pays du bassin méditerranéen, on sait depuis des siècles transformer les alcalis, solvants des impuretés grasses du linge en savons d’emploi beaucoup plus commode. Marseille, par exemple, a conservé en savonnerie une partie de la supériorité due autrefois à l’emploi des cendres de plantes du littoral et d’huiles des oliviers de Provence. Il fut donc possible de compléter le lessivage par un savonnage des parties du linge plus particulièrement souillées. Dans les contrées du Nord, au contraire, les savons ne furent connus que beaucoup plus tard ; et le traitement du linge par des lessives à base de cendres de bois dut être suffisamment énergique pour éliminer complètement toutes les matières grasses du linge et par conséquent les poussières et impuretés diverses qu’elles y fixaient.
- Fig. i. — Machine américaine à changement
- description que donne Olivier de Serres du blanchissage, dans son fameux Théâtre cl’agriculture et Mesnacje aux champs, diffère très peu de celle des procédés usuels modernes.
- Dans les pays de race latine, on opère le blanchissage du linge par lessivage précédant le savonnage, c’est-à-dire par épuisement des impuretés solubles dans les alcalis, une lessive chaude circulant à travers la colonne de linge empilé. Chez les peuples de souche germaine ou anglo-saxonne : Allemagne, Angleterre, Belgique, Etats-Unis... le lessivage est remplacé par un « bouillage » consistant en un traitement du linge par une solution alcaline non plus simplement chaude, mais bouillante. Les matières à blanchir ne sont pas entassées mais baignent librement dans une grande masse de liquide porté à l’ébullition ; elles sont remuées continuellement, non seulement par l’incessant dégagement de bulles de vapeur, mais par un dispositif d’agitation mécanique.
- D’où provient cette différence? C’est que dans tous les-
- automatique du sens de rotation (Dehaître).
- Depuis l’industrialisation du blanchissage et l’application d’un machinisme perfectionné aux traitements du linge, la méthode de bouillage semble devoir se répandre généralement. On emploie, en effet, aux Etats-Unis, des appareils où le linge une fois introduit dans le tambour de la machine subit toutes les opérations du blanchissage sans aucune manipulation. L’économie considérable de main-d’œuvre ainsi réalisée, la simplicité des installations, la commodité et la rapidité du travail ont fait que les machines américaines à bouillir sont maintenant employées dans presque toutes les blanchisseries importantes. Aussi est-il intéressant d’examiner le principe des opérations du bouillage, les avantages et inconvénients de ce procédé de blanchissage mécanique.
- En Belgique, en Allemagne, aux États-Unis d’Amérique, on emploie d’ailleurs des machines à bouillir non seulement en blanchisserie industrielle, mais dans les ménages. Les appareils employés à cet effet, qui malgré quelques tentatives commerciales d’importation sont peu ou pas
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- LE BOUILLAGE DU LINGE . = 93
- Fig. 2. — Vue d'ensemble du schéma d’une machine ménagère a bouillir.
- connues en France, sont en principe de même genre que les plus grands modèles ; les dimensions sont seulement bien moindres, la construction plus légère et rustique, les dispositifs de commande automatique, marche arrière, etc., naturellement supprimés. La machine dite « Universelle », par exemple, se compose d’une roue à laver (fig. 1) en tôle perforée fermée par deux portes à charnière (a et b) mobile sur son axe (c) et mù par manivelle (ni).
- Le cylindre se place dans une cuvette placée au-dessus d’un foyer, et le tout recouvert d’une seconde cuvette renversée formant couvercle.
- Comme on voit, le tout peut se monter et démonter très facilement.
- Le linge sec à laver est introduit directement dans l’appareil dont la cuve inférieure contient de l’eau ou de la vieille lessive; on tourne cinq minutes environ, le foyer étant allumé. On arrête ensuite, vide, remplit d’eau, puis tourne à nouveau le cylindre pendant deux minutes, après quoi l’on procède à la vidange, puis au bouillage proprement dit. On introduit alors dans la cuve une lessive contenant environ par litre d’eau 5 à 10 gr. de carbonate de soude cristallisé et si possible 2 à 5 gr.
- Fig. 3. — Machine américaine à chauffage direcl pour le bouillage dans les petites blanchisseries.
- de savon noir; proportions naturellement susceptibles de varier selon la quantité et la malpropreté du linge à laver.
- On fait bouillir la lessive et tourne très doucement la roue à laver pendant environ vingt minutes : le linge est blanc.
- On termine par deux rinçages à l’eau tiède, précédé ou non d’un rinçage dans l’eau savonneuse ; le tout est terminé en moins de deux heures.
- En blanchisserie industrielle le traitement est identique à quelques détails près; mais les appareils diffèrent notablement. Tous se composent de deux cylindres concentriques; l’enveloppe extérieure est fixe ou ne tourne que pendant la période de vidange pour le déchargement automatique du linge dans un chariot ad hoc amené en dessous.
- Le cylindre intérieur en cuivre ou en fer perforé de nombreux trous est mobile sur son axe et mù de l’extérieur par poulie de transmission ; la rotation produit l’élévation et la chute continuelle du linge sans cesse ainsi naturellement battu dans le liquide bouillant. Certains modèles (fig. 2) comportent des dispositifs automatiques de changement du sens de rotation, ce qui augmente l’efficacité de l’agitation et évite l’emmêlement du linge en paquets. Le tourillon de l’axe mobile est creux et sert à l’introduction pendant la marche des divers agents : lessive, eau, vapeur. Dans d’autres modèles plus petits (fig. 5) se rapprochant des machines ménagères, le chauffage est produit par foyer inférieur. Enfin, dans certains appareils destinés au blanchissage aseptique du linge de pansement, d’hôpital, de malades à affections contagieuses ; l’enveloppe extérieure constitue un autoclave capable de résister à la pression de vapeur nécessaire pour la stérilisation. Dans ce cas, le traitement se complète d’un chauffage à 115° C. ayant lieu non pas avant le bouillage, ce qui coagulerait sur les fibres l’albumine des taches de sang et de pus ; mais après la fin des opérations du blanchissage.
- Nous reproduisons, d’après M. Yereîel *, les durées
- 1 Le blanchissage du linge, in-12. Paris, 1905.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- comparatives de chaque opération du blanchissage effectué par lessivage ou par bouillage :
- NATURE LESSIVAGE ROUILLAGE
- DES OPÉRATIONS Nombre. Durée en min. Nombre. Durée en min.
- Chargement et es-
- sangeuge .... 2 5 1 5 à 7
- Lessivage, encuvage, décuvage. . . Lavages mccani- 2 180 à 240 55 à 40
- ques 12 à n 11 à 12
- Rinçages, azurage, déchargement. . 2 14 à 16 1 14 à 17
- Soit, au total : 3 ii. 1/2 à 4 h. 1/2 1 heure à 1 h. 1/2
- La substitution du bouillage au lessivage amène donc une importante économie de temps et une grande sim-pbffcation du travail. Par contre, on doit employer des quantités un peu plus fortes de vapeur et de produits chimiques. Aussi, après essais comparatifs sur une grande quantité de serviettes, déclarait-on à la Chambre syndicale des blanchisseurs de la Seine, ne vouloir employer le blanchissage dit (( américain )) que pour le traitement rapide et dans certains cas spéciaux (service des voyageurs d’hôtels, linge « à la minute », etc.). Ces essais, il est vrai, datent du début de l’introduction en France des machines à double enveloppe et peut-être les résultats constatés proviennent-ils de l’inhabileté du personnel à cette époque. On y avait, en effet, constaté l’usure plus forte du linge bouilli; ce qui est inadmissible : d’après Bailly1, à Bruxelles, où l’on emploie généralement le bouillage, les loueurs de linge comptent qu’une serviette doit subir au moins 110 à 120 blanchissages, tandis qu’à Paris la même serviette est hors d’usage après 70 à 80 blanchissages au maximum. Sous le rapport de l'inaltération du linge, le bouillage peut donc
- avantageusement soutenir la comparaison au lessivage.
- 11 est à souhaiter que de nouveaux essais, conduits rationnellement avec toutes garanties d’impartialité et d’exactitude, viennent trancher la question et décider du mode plus avantageux de blanchissage ménager ou industriel. On doit même regretter qu’au lieu et place de ces trop nombreuses expositions, on n’organise pas quelquefois des concours où l’on apprécierait rationnellement la valeur des produits et appareils exposés avec le secours du contrôle chimique, de dynamomètres enregistreurs et de tous les procédés rigoureusement exacts. On ne connaît pas, on n’étudie pas assez les choses de la vie usuelle et journalière. Le blanchissage, par exemple, est d’une importance hors de proportion avec l’attention qu’on lui accorde. En supposant que chaque Français dépense par semaine 2b centimes de frais de blanchissage, ce qui est un minimum généralement et heureusement dépassé, la somme annuelle ainsi calculée dépasse le total énorme de quatre cent millions! Dépense qui pour n’èlrc pas effectuée chez les travailleurs ruraux, par exemple, où la ménagère blanchit elle-même le linge de la maison, n’est pas moins réelle : elle correspond au prix du temps employé. Dès lors, le moindre perfectionnement réalisé dans les procédés du blanchissage donnerait pour toute la France des millions écono-misables.
- Intéressons-nous donc davantage aux applications humbles et quotidiennes de la science ! La plupart des procédés ménagers sont appliqués si peu rationnellement que l’on peut souvent les perfectionner et simplifier très heureusement. Il suffit pour cela de s’y intéresser, de mieux connaître mécanique et chimie usuelles. Il convient d’autant mieux de le faire que les principes scientifiques de la technologie ménagère, outre que leur connaissance est plus utile, sont d’étude aussi intéressante, aussi profitable, et d’ordre aussi élevé que les abstractions de la science pure les plus éloignées de toute applica-
- A. Ciiaplet.
- lion intéressée i.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 juillet 1910.— Présidence de M. E. Picard.
- Réactions à l'intérieur des volcans. — M. A. Gautier rappelle que récemment il a étudié l’action de l’hydrogène sur l’oxyde de carbone et montré qu’elle fait apparaître l’acide carbonique, la vapeur d’eau et le gaz des marais. Il était bien intéressant de rechercher quelle pouvait être également l’action du fer et de l’oxyde de fer sur l’oxyde de carbone, puisque ces matières existent dans les profondeurs ignées. Divers auteurs, Bell, Grunner, avaient remarqué que l’oxyde de carbone, agissant sur le fer ou le sesquioxyde de fer, donne un charbon ferrugineux. M. A. Gautier et M. Clausemann ont observé qu’à 800°, il y a dégagement d'acide carbonique et augmentation de poids du fer. L’augmentation constatée est presque égale à celle qui peut être calculée. A 650° seulement, du charbon se dépose indéfiniment. Le fer perd sa cohésion, il augmente de volume et prend un aspect pulvérulent; il présente deux carbures. Soumis à la vapeur d’eau au rouge, ces deux carbures donnent de l’hydrogène, du gaz des marais et une substance pétrolinique. Ces corps se sont ainsi formés dans les conditions mêmes où ils se forment dans la nature, quand, dans les régions profondes
- 1 Le blanchiment et le blanchissage, in-12. Paris, 1896.
- du globe, se rencontrent à la fois, à la température du rouge, l’oxyde de carbone, le fer et la vapeur d’eau. Il paraît probable que la pression intervient pour compléter ces réactions et produire les hydrocarbures cycliques des pétroles.
- Métallogénie. — M. 'fermier présente une Note de MM. L. De Launay et G. Urbain sur la métallogénie des blendes. Au moyen du spectrographe, ils ont pu étudier un très grand nombre de blendes pour y chercher les traces de métaux divers que l’analyse chimique ordinaire aurait été impuissante à déceler. Ils ont pu ainsi mettre en évidence le lien qui rattache la présence de tel ou tel métal accessoire à certaines conditions de cristallisations déterminées, et, par suite, fournir un moyen de reconstituer ces conditions de cristallisation elles-mêmes. Comme influences essentielles intervenues dans la forma-
- 1 M. II. Roussel remarquait récemment de façon très juste que l’enseignement de cette science était et seul utile, et seul profitable : on oublie, par exemple, la chimie des livres et du laboratoire; non celle des choses que l’on voit se renouveler journellement toute la vie. (Cosmos, 1909, p. 577.)
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- UNE MISSION SCIENTIFIQUE AU SAHARA .. 95
- l-ion des filons sulfurés métallifères, ils ont ainsi examiné tour à tour : 1° le rôle de la profondeur originelle, liée elle-même à Page géologique ; 2° les conditions de cristallisation plus ou moins rapides, en milieu plus ou moins épuré; 5° les possibilités d’une évolution ultérieure analogue à celle qui se produit pour les substances radioactives; 4° les altérations, éliminations et apports. Des résultats particulièrement intéressants ont été obtenus en ce qui concerne la présence de Pétain dans les blendes anciennes et profondes, de l’antimoine et du mercure dans les blendes récentes superficielles; du cadmium dans les échantillons bien cristallisés ; de Pindium dans les minéraux confus, de l’indium et du manganèse dans les produits d’altération.
- Les rayons ultra-violets et les spores.—M.Maquennc présente une Note de M. Paul Becquerel relative à l’action stérilisante des rayons ultra-violets sur les spores et les bactéries. L’auteur a reconnu que cette action s’exerce même lorsque les spores et les bactéries sont desséchées dans le vide et soumises à la température d’ébullition de Pair liquide. Elle est moins rapide que dans les circonstances ordinaires ; mais, après six heures d’exposition au rayonnement de la lampe électrique à vapeur de mercure, elle lue Paspergillus niyer et la bactéridie charbonneuse qui comptent parmi les micro-organismes les plus résistants. Ces résultats sont loin d'être favorables à l’hypothèse d’une origine cosmique de la vie à la surface de la terre, puisque l’espace est sans cesse traversé par les rayons ultra-violets qui émanent des astres incandescents.
- Les variations des glaciers. — M. Ch. Lallemand présente une monographie des glaciers des grandes Rousses (Dauphiné), publiée par les soins de la Direction de l’hydraulique et des améliorations agricoles au Ministère de l’Agriculture. Le travail a été exécuté par MM. G. Flusin et Charles Jacob, pour le compte du Service des grandes forces hydrauliques des Alpes, dirigé par MM. de la
- Brosse, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées. Ce Service a fait procéder, dans la vallée de la Romanche supérieure, au lever à grande échelle des appareils glaciaires, dont les écoulements procurent la force motrice à de nombreuses usines, afin d’être en situation de noter les variations d’étendue que les agents climatiques font subir à ces appareils. M. Ch. Lallemand appelle particulièrement l’attention sur la carte du massif des Grandes Rousses jointe au fascicule qu’il présente et qui constitue une œuvre unique en son genre. Jamais auparavant un massif glaciaire aussi étendu n’avait été levé à une aussi grande échelle.
- La production industrielle de la nicotine. — M. Schlœsing fils étudie dans un Mémoire les conditions de la production de la nicotine dans le tabac. En présence de la demande de nicotine pour les besoins de l’agriculture, il a essayé de rechercher le moyen de produire en abondance cet alcaloïde. Des essais ont été faits dans les départements de l’Ille-et-Vilaine et du Lot. La quantité d’alcaloïde élaborée à l’hectare dépend principalement du nombre de feuilles laissées après écimage à la plante. De G feuilles à toutes feuilles, quoiqu’on augmente Je poids de la récolte de feuilles, on réduit le rendement en nicotine à l’hectare dans le rapport de 4 ou 5 à 1. Le rendement moyen a été dé’157 kg pour du tabac du Lot cultivé à G feuilles. Etànf.donné le prix de vente du tabac et la valeur de la nicotine, on ne peut songer à entreprendre en France la culture du tabac dans le seul but d’en tirer l’alcaloïde. Le prix de revient de cette substance dans les conditions les plus favorables dépasserait encore de beaucoup les prix de vente.
- Les ions des flammes. — M. Bouty présente une Note de M. de Broglie dans laquelle l’auteur signale le dispositif à observer pour que dans les flammes des hydro-. carbures les ions acquièrent la mobilité des ions du radium. Ch. de Yilledeuil.
- (.4 suivre.)
- UNE MISSION SCIENTIFIQUE AU SAHARA
- L’influence des perturbations solaires sur les phénomènes météorologiques.
- Je me rendis en mission au désert du Sahara, au mois de mars dernier, dans le but d’aller observer, dans ces régions chaudes et sèches, l’influence que les perturbations solaires pouvaient exercer sur la physique et la météorologie locales.
- Il paraissait effectivement très intéressant de chercher à déterminer cette action particulière du Soleil sur l’atmosphère saharienne, et de chercher à en comparer les effets à ceux que l’on observe dans les mêmes circonstances, dans nos climats humides et tempérés d’Europe.
- Dans ce but, j’avais transporté, un bagage scientifique, renfermant divers instruments de mesure du champ magnétique et du champ électrique terrestres, ainsi que divers appareils d’optique et de météorologie.
- Des calculs préalables m'avaient permis de prévoir une perturbation à la surface du Soleil, sous l’influence du passage de la Terre entre l’astre du jour
- et la planète Jupiter, pendant la période comprise du 26 mars au o avril.
- J’eus effectivement, la satisfaction de voir ces prévisions se réaliser, car un orage magnétique fit son apparition dès le 26 mars. Cet orage dura sans interruption jour et nuit jusqu’au 1er avril, date à laquelle il cessa brusquement de se manifester à Il heures du matin. Les perturbations dans le magnétisme terrestre paraissaient avoir duré pendant tout le temps où la Terre fut soumise à la double influence du Soleil et de Jupiter.
- La charge électrique du sol et des couches basses de l’atmosphère du Sahara subit, pendant cette même période, des perturbations continuelles et ininterrompues qui concordèrent avec celles du magnétisme terrestre. Ces perturbations présentaient une intensité cinq fois plus élevée lorsque le ciel était découvert que pendant les journées nébuleuses. Je constatais, d’autre part, qu’il se produisit un
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- accroissement continu dans la quantité de vapeur d'eau atmosphérique. La précipitation de la vapeur commença dès le 1er avril, et de fortes pluies tombèrent le 2 avril ; elles furent suivies d’un vif abaissement de la température. Ces phénomènes présentèrent d’autant plus d’intérêt qu’ils sont extrêmement rares au Désert.
- Les températures relevées à l’ombre et au soleil,
- La lumière zodiacale à Biskra le 2 avril à 8 h. 1/2 du soir.
- allèrent constamment en diminuant. La température la plus élevée fut du 46° au soleil, le 26 mars à 1 heure de l’après-midi, et la plus basse fut de 7° C à l’ombre, le 2 avril à 7 heures du matin. Pendant la même période de troubles, il se produisit des séismes dans la province d’Alger en même temps qu’à Messine et en Portugal. De violents orages éclatèrent aux environs de Constantine, et l’on entendit gronder le tonnerre à Biskra le 51 mars, au vif étonnement des indigènes qui sont peu habitués à ces phénomènes météorologiques. En Europe, les troubles de l’atmosphère furent aussi prononcés qu’en Afrique.
- De forts orages sévirent sur la Méditerranée et dans le Midi de la France ; ils furent accompagnés de chute de grêle et de neige, et ils amenèrent un vif abaissement de la température en Provence et en Languedoc.
- L'éruption de l'Etna augmenta sensiblement d’activité durant la période troublée.
- Enfin les observatoires de Christiana et de Stockholm notèrent l’apparition de belles aurores boréales accompagnées de rayons.
- Pendant que les perturbations précédentes se produisaient sur notre planète, on put observer l’apparition spontanée de groupes faculaires à la surface du Soleil, qui furent l’indication de perturbations solaires. Les foyers d’activité solaire durèrent pendant tout le temps des troubles magnétiques électriques et atmosphériques de la Terre.
- Je terminais ma mission scientifique en observant la lumière zodiacale, le 2 avril à 8 heures et demie du soir. ...
- Je m’installais, dans ce but, sur un point culmi-
- nant de Biskra, d’où je pouvais contempler à loisir le merveilleux spectacle de la voûte étoilée de ces régions australes !
- L’éclat de la lumière zodiacale était réellement remarquable; il semblait être égal à environ trois fois celui de la voie lactée.
- Les habitants de nos régions tempérées, même ceux du Midi de la France et d’Espagne, ne peuvent réellement se faire qu’une bien pâle idée du magnifique spectacle que présente une nuit étoilée au Sahara !
- Bref, le but de ma mission fut rempli au delà même de mes souhaits, car des circonstances favorables me permirent de saisir sur le vif l’action solaire au Sahara et son influence directe sur les troubles magnétiques et électriques locaux, ainsi que les perturbations météorologiques qui en dépendirent.
- 11 me fut, en outre, permis de comparer ces effets à ceux qui se produisirent par l’action solaire dans l’Afrique du Nord, en Europe et dans les régions arctiques.
- Il fut possible de conclure de ces observations comparées, que les troubles solaires provoquent des perturbations simultanées sur des points du globe très éloignés les uns des autres, et présentant de profondes différences au point de vue climatologique.
- Ces premières observations d’ensemble démontrent leur grande importance au point de vue météorologique et l’intérêt qu’il y aurait à les renouveler à l’aide d’une centralisation rapide des résultats obtenus dans des observatoires répartis sur divers points du globe.
- L’emploi de la télégraphie sans fil pourra rendre
- M. Nodon el ses instruments météorologiques ' à dos de chameau.
- de précieux services dans l’organisation de ce service centralisateur, ainsi que dans le service d’information mondiale.
- Souhaitons qu’une nation ou qu’un bienfaiteur de l’humanité, veuille bien prendre l’initiative de cette œuvre scientifique qui touche à la fois aux plus grands intérêts de la navigation, de l’agriculture et du commerce. p, ^ODon.
- Président de la Société astronomique de Bordeaux.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1938.
- 16 JUILLET 1910.
- LES COUPS DE POUSSIERES DANS LES MINES
- Les moyens préventifs de M. Taffanel.
- La terrible catastrophe survenue le 10 mars 1906 aux mines de Courrières est encore présente à toutes les mémoires : on n’a pas oublié la douloureuse stupéfaction qu’elle provoqua dans tous les milieux. Jusqu’alors, on avait cru fermement, en France, que le grisou constituait la principale, pour ne pas dire la seule cause d’explosion à redouter dans les mines; on pensait cpi’une fois le grisou réduit à l’impuissance, tout péril explosif disparaissait d’emblée et les mesures prises à cet effet sont, dans toutes nos mines, si parfaites que l’on pouvait se croire à peu près en sécurité.
- Or, la mine de Courrières n’était pas grisouteuse,
- poussières : nous l’avons décrite en détails dans le n° 1854 du 5 décembre 1908, et fait connaître les premiers résultats obtenus par son habile directeur, M. Taffanel.
- Depuis cette époque, M. Taffanel a continué la série méthodique de ses expériences, et il a abouti à des conclusions du plus haut intérêt pratique. De ses études résulte, en effet, une série de moyens très simples, en même temps que très efficaces, pour supprimer tout risque de coup de poussière généralisé.
- Ses premières observations lui ont permis d’analyser avec précision le mécanisme du coup de pous-
- Fig. i. — Une explosion de poussières dans la galerie d'essais de Lièvin.
- et, au reste, la lutte contre le grisou y avait été fort bien organisée, au moyen d’une énergique ventilation.
- L’enquête démontra clairement que la catastrophe était due à une toute autre cause, à un coup de poussières. On reconnut alors1 que les poussières de charbon, en suspension dans l’air, pouvaient s’enflammer sans l’intervention d’un mélange gazeux explosif, et, de proche en proche, porter rapidement la flamme d’un bout à l’autre de la mine. Le danger, on le A?oit, menace toutes les mines de houille, quelles qu’elles soient, et il a été fortement aggravé précisément par les puissantes ventilations pratiquées contre le grisou.
- . Il était urgent d’organiser la lutte contre cet ennemi nouveau ; on ne perdit point de temps : une station, d’essais fut créée à Liévin avec mission d’entreprendre toutes recherches utiles sur les coups de
- 1. Voir n° 1778, 22 juin 1907. Le rôle des poussières dans les explosions de mines.
- sières : « Le phénomène, dit-il1, comprend deux « phases bien distinctes : la mise en suspension des « poussières et leur combustion. Nous supposerons « qu’à l’origine du phénomène, une cause unique « qui pourra être une petite explosion de grisou et « qui sera, en l’espèce, la détonation de dynamite-« gomme dans un mortier d’acier sans bourrage, « produit un ébranlement d’air assez fort pour « mettre instantanément les poussières en suspen-« sion aux alentours du point initial et une flamme « assez chaude, volumineuse et durable pour com-« muniquer le feu au nuage immédiatement soute levé. L’inflammation n’est d’ailleurs possible que « si les poussières en suspension satisfont à cer-« taines conditions de quantité, composition, pute reté, etc., qui définissent les limites d’inflamma-
- 1. Compte rendu Sommaire des essais sur les inflammations de poussières exécutées de juin 1909 à avril 1910 dans la galerie de 250 mètres : Publication du Comité central des Houillères de France. Mai 1910.
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- « bilité et que diverses séries d’essais antérieurs ont « permis de déterminer. »
- Voici donc le coup de poussière amorcé : quand et comment se propagera-t-il ? Si la combustion des poussières est lente, la flamme progresse avec une faible vitesse, jusqu’à la limite du nuage soulevé dès le premier instant, puis elle s’étend faute d’aliment. Elle n’a pas, en effet, la force de soulever d’autres nuages, les poussières en dépôt sur le sol et les parois sont incapables de transmettre la flamme.
- Mais si, au contraire, la combustion des poussières soulevées par la détonation initiale est rapide, il y a une brusque augmentation de pression dans la galerie au point initial ; l’atmosphère de la galerie est mise en mouvement par des ondes comprimées, les poussières peuvent alors être soulevées et la flamme se propager indéfiniment.
- Cet exposé, laisse entrevoir que les conditions propices à la formation d’un coup de poussières se trouveront rarement réunies ; mais l’on voit aussi
- Dans la galerie d’expériences, il amorce une explosion en répandant, sur une certaine longueur du sol, des poussières de charbon d’une finesse rigoureusement déterminée; puis il laisse l’espace libre, sans poussières, ou arrosé, que devra franchir la flamme; après cet espace, nouveau gisement de poussière de finesse connue, qui s’enflammera si la zone protectrice n’a eu aucun effet. M. Taffanel a constaté ainsi qu’une zone rigoureusement dépoussiérée d’une longueur de 100 mètres n’arrète pas une explosion bien amorcée, qu’une zone de 100 mètres arrosée à raison de 6 litres au mètre courant, une heure ou deux avant l’expérience, a une influence modératrice sensible, mais l’efficacité du procédé n’est pas absolue : et, dans de nombreuses circonstances, la flamme franchit la zone de protection.
- Donc, dépoussiérage, arrosage, ne constituent pas de suffisantes mesures de protection, à moins de les appliquer à toute la mine, travail difficile et même dangereux dans le cas de l’arrosage, qui développe
- Fig. 2. — Dispositijs d’accumulation de poussières incombustibles, imaginés par M. Taffanel pour empêcher les coups de poussières.
- qu’une fois le phénomène amorcé, la quantité de gaz brûlé s’accroît, la vitesse des chasses d’air qui précèdent la flamme s’augmente rapidement, le soulèvement des poussières se généralise et gagne en intensité, l’explosion prend progressivement plus de violence, et la catastrophe peut dès lors se propager de proche en proche sur tout un réseau de galeries. « Le coup de poussières généralisé se déclenche difficilement; une fois déclenché, il semble qu’il ne connaisse plus de limites ».
- Les premières séries d’expériences de M. Taffanel avaient eu pour but de préciser les conditions dans lesquelles peut se déclencher un coup de poussières. Les expériences que nous allons résumer dans les lignes qui suivent ont pour objectif l’étude des moyens propres à arrêter le coup de poussières déclenché.
- C’est le problème même de la sécurité dans les mines.
- Il sera évidemment résolu si l’on réussit à supprimer tout aliment à la flamme qui se propage; un moyen se présente de suite à l’esprit : supprimer complètement toute poussière combustible dans certaines zones de protection : ce résultat peut être obtenu directement ou au moyen de l’arrosage ; M. Taffanel, pour se rendre compte de la valeur de ces remèdes, a procédé de la façon suivante :
- comme l’on sait, l’ankylostomiase, terrible maladie des mineurs.
- Les poussières schisteuses, ou d’une façon générale, incombustibles, mêlées aux poussières de charbon, empêchent, on le sait, le départ d’un coup de poussière. Empêcheront-elles aussi sa propagation? M. Taffanel a expérimenté, au lieu de zones neutres comme précédemment, des zones de protection garnies de poussières incombustibles de diverses natures ; ces poussières étaient répandues sur le sol, pures ou mélangées à des poussières de charbon : là encore, avec les explosions bien amorcées, le remède s’est montré inefficace.
- Il fallait chercher autre chose : au lieu de créer des zones de protection, M. Taffanel eut l’idée de réaliser en quelque sorte des barrages devant la flamme et ceci de la façon suivante : il accumulait des dépôts de poussières incombustibles que les flammes font soulever en nuage à lent passage : et il examine si le nuage ainsi formé était susceptible d’entraver la propagation du coup de poussières.
- L’expérience cette fois fut nettement affirmative.
- Les dispositifs expérimentés furent de quatre sortes, représentées sur les dessins ci-contre :
- 1° Accumulation des matériaux incombustibles sur le sol de la galerie (fig. 2, n° 1).
- 2° Accumulation de matériaux incombustibles der-
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- rière un garnissage sur les côte's de la galerie, garnissage capable de s’écrouler aux premières poussées violentes (fig. 2, n° 2).
- 5° Accumulation de matériaux sur des planchettes longitudinales placées en étagères sur les côtés de la galerie (fig. 2, n° o).
- 4° Accumulation des matériaux incombustibles vers des planches transversales fixées sous le plafond de la galerie (fig. 2, n° 4).
- Le premier dispositif, incompatible avec le roulage des wagonnets sur le sol de la galerie, est évidemment peu pratique : il s’est montré efficace contre le coup de poussières lorsque le barrage obstruait le tiers de la section. Le deuxième dispositif cause encore une obstruction considérable difficilement compatible avec le service de la mine ; au surplus les poussières n’y sont pas libérées assez rapidement.
- Le troisième dispositif s’est montré d’une parfaite efficacité pour arrêter les explosions violentes, les mieux amorcées; mais chose curieuse il laisse passer les flammes à progression très lente; c’est que cette flamme, ou mieux les ondes qui la précèdent n’ont pas la force de soulever les poussières amassées sur les planchettes et celles-ci ne peuvent exercer leur rôle protecteur; on peut dire du reste que des coups de poussière de cette lenteur, dans une véritable mine, se trouveraient presque nécessairement arrêtés en un point ou un autre de leur course, le procédé des planchettes latérales garnies de poussières incombustibles et disposées de loin en loin dans les galeries peut être regardé comme un excellent dispositif de sûreté.
- Mais voici mieux encore : le quatrième dispositif, comportant 10 planches doubles, larges de 56 cm, fixées au plafond et garnies de matériaux incombustibles, s’est révélé d’une efficacité pour ainsi dire absolue : expérimenté, comme les précédents, avec une série d’explosions ayant tous les degrés de violence, il les a toutes arrêtées. La distance du dispositif au point initial d’inflammation a pu aller jusqu’à 150 et 170 m. Les matériaux sur les planchettes sont en tas de 20 à 25 cm d’épaisseur; au-dessus d’eux est un intervalle libre pour amorcer le soulèvement ; les planchettes peuvent être placées côte à côte ou espacées jusqu’à 1 m les unes des autres.
- Enfin un dispositif d’une nature un peu différente, a été également essayé avec le plus grand succès : dans le système précédent, M. Taffanel substitue aux matériaux incombustibles de l’eau contenue dans des bacs ; toutes les explosions se sont trouvées de même arrêtées (fig. 5).
- En résumé, il résulte très nettement des travaux de M. Taffanel, que l’on peut désormais enrayer d’une façon absolue une propagation des coups de poussières dans les mines, en disposant de place en place, soit sur des planchettes latérales, soit, ce qui sera mieux, sur des planchettes sous le plafond, une accumulation de matériaux incombustibles ou de bacs à eau. La zone de protection couverte par un de ces dispositifs sera d’environ 150 m.
- Voici donc des procédés simples, peu coûteux, qui semblent devoir mettre les mineurs à l’abri des terribles surprises comme celles de Cour-rières. A. Trolleb.
- Fig. 3.
- Emploi de bacs à eau contre les coups de poussières.
- SCHIAPARELLI
- Scliiaparelli, né en 1835 à Savigliano (Piémont), est mort à Milan, le 4 juillet 1910.
- Après avoir fait ses premières études dans sa ville natale, Scliiaparelli vint suivre les cours de l’Université de Turin ; puis, suivant une excellente habitude abandonnée aujourd’hui, il fut attaché comme élève astronome aux observatoires de Berlin et de Poulkovo, puisant une science rare auprès des maîtres de l’astronomie. Il revint à Milan en 1860, comme astronome à l’Observatoire Brera ; nommé, très jeune, directeur de cet établissement, en 1862, il ne devait prendre sa retraite qu’en 1902.
- Scliiaparelli est une des plus belles figures de l’astronomie dans la seconde moitié du xix° siècle. Sa carrière, assez longue relativement, fut d’une incroyable fécondité, et rien de ce qui intéresse l’étude des astres ne lui fut étranger : recherches théoriques, études historiques, observations et mesures. Il avait acquis une autorité mondiale qui était légitime, et par ses connaissances étendues, et par une rare bienveillance. L’énumération de tous les travaux de Schiaparelli tiendrait une place considérable et, pour mieux faire comprendre la variété d’un esprit aussi curieux, nous croyons devoir grouper
- un peu ses études les plus importantes, au lieu de nous tenir à un ordre chronologique étroit.
- Si l’on remonte aux connaissances astronomiques du milieu du xix° siècle, on voit combien les données étaient succinctes en ce qui concerne les étoiles filantes et les bolides : on sait, notamment, le beau travail que Le Verrier suggéra à Grucy à propos d’un bolide. Mais les observations étaient discontinues et sans méthode ; les résultats, sans lien ni systèmes. Schiaparelli intervient utilement dans la création d’une petite Société dont le but est l’observation systématique et continue des étoiles filantes : il coordonne les résultats, calcule et groupe les observations, et bientôt après, publie une méthode pour déterminer avec précision la vitesse des météores. Cette méthode élégante est devenue classique, et son usage est encore journalier.
- Mais Schiaparelli devait mettre en évidence un point encore plus important : dès 1866, dans son étude sur les orbites des étoiles filantes, il découvre que les orbites de certains essaims coïncident avec celles de quelques comètes connues. La fécondité de cette idée n’est pas encore épuisée : les étoiles filantes sont-elles des débris de comètes, comme on le pense pour la comète de
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- Biéla? sont-elles, au contraire, des éléments de comète en voie de constitution, comme le veulent certains astronomes? Naissance et mort des comètes, tel est le grave problème auquel Schiaparelli a su apporter une contribution essentielle : il n’a jamais cessé d’être attiré par cette question et ses principaux mémoires concernent l’analogie des fdantes du 14 novembre avec la comète du il janvier 1866, des Pei’séides du 10 août avec l’orbite de la comète de 1862, etc. Citons, avant tout, ses publications : Relation entre les comètes et les étoiles filantes (1866) ; Notes et réflexions sur la théorie des étoiles filantes (1871); La stella cadente, con appendice sulla grande pioggia di stelle cadenti del 27 novembre 1885 (radiant des météores du 27 novembre), etc_____
- Dès 1877, Schiaparelli signalait l’existence des canaux martiens qui semblent unir entre elles les mers et la surface de la planète, et il décrit ses observations dans un important travail, Observations sur le mouvement de rotation et la topographie cle la planète Mars (1878). Après quoi, il revit ces mêmes canaux avec un étrange phénomène d’image ou de dédoublement : c’est le phénomène connu sous le nom de gémination des canaux de Mars, qui n’a pas encore reçu d’explication satisfaisante, et qu’il a observé pendant toutes les oppositions ultérieures, et particulièrement confirmé en 1883-1884, en 1888, etc..,.
- Les observations de Schiaparelli ont confirmé les variations réelles dans la configuration de la surface de Mars, à partir de 1881 : à cette époque, parlant d’apparences neigeuses qu’il observe dans l’atmosphère de la planète, sous forme de bandes spirales partant du pôle Nord, visibles sur les continents, invisibles sur les mers, il ajoute que « cet aspect donne l’idée de courants aériens réguliers et moins troublés par des circonstances accidentelles que ceux de notre atmosphère ». D’après ses calculs, également, les mers de Mars devraient refléter le Soleil comme une étoile de 3e grandeur; ses calculs ont été vérifiés par d’autres astronomes. Mais, comme le phénomène n’a jamais été constaté, on a pensé pouvoir conclure à l’absence de mers sur la planète.
- De 1877 à 1900, Schiaparelli a publié six importants mémoires concernant ses observations de Mars, notamment, en 1895, sur des Changements importants constatés à la surface de Mars et, en 1898, un mémoire original sur La vie sur la planète Mars. Ennemi de toute surenchère, de toute hypothèse hardie ou téméraire, Schiaparelli sut écrire des chapitres qui sont encore impeccables aujourd’hui. On sait, cependant, la vivacité des polémiques actuelles en ce qui concerne Mars; or, un seul point gêne les auteurs qui nient l’existence des canaux : le témoignage de Schiaparelli. Ce dernier doute, cette réserve, est le plus bel éloge peut-être que l’on puisse faire de Schiaparelli, de sa probité scientifique et de sa haute compétence, unanimement reconnues et respectées.
- Yénus, également, devait attirer l’attention de Schiaparelli. Alors que certains observateurs, tels que Trouve-lot, lui assignent une période de révolution de 24 heures environ, le savant italien déduit de ses observations une durée de rotation sensiblement égale à celle de sa révolution autour du Soleil, observation que confirme Perro-tin, et dont Schiaparelli maintient encore la conclusion dans deux mémoii’es de 1890 et 1895.
- De 1882 à 1889, Schiaparelli fait à l’observatoire de Milan des observations suivies de la planète Mercure, qu’il suit encore pendant le jour : depuis longtemps il avait
- remarqué sur le disque de l’astre des taches immobiles en apparence, et il peut conclure que la durée de rotation de Mercure est égale à celle de sa révolution autour du Soleil. Mercure tourne autour du Soleil comme la Lune autour de la Terre, en lui montrant toujours la même face : il en résulte qu’un hémisphère est constamment éclairé, l’autre toujours obscur, avec, cependant, une assez forte libration en longitude, car l’excentricité de Mercure est assez grande et le mouvement de révolution n’est pas aussi uniforme que la rotation. D’où l’existence d’une zone mixte, tantôt éclairée, tantôt obscure, le long du cercle d’illumination, et des différences de température considérables entre les deux hémisphères. Un des plus importants mémoires sur la rotation de Mercure fut publié en 1890.
- En ce qui concerne Uranus, Schiaparelli a donné en 1884 une valeur du diamètre 3",90 et l’aplatissement 1/14 qui diffèrent fort peu des mesures modernes les plus précises; en 1885, il publie une importante étude sur l’aspect de la planète.
- Dans le système de Jupiter, Schiaparelli a cru pouvoir confirmer l’ellipticité du premier satellite, suivant les vues de Brener; mais ces mesures sont en contradiction avec des observations plus récentes de Barnard.
- Bien n’est étranger à l’activité de Schiaparelli dans le domaine des observations : en 1861, il découvre le 61e astéroïde, la petite planète Hespérie; il observe les comètes de 1882 (I) et 1882 (II),Pons-Brooks 1884 (I), etc... et les Notes sur l’aspect physique de la grande comète 1882 (II), publiées en 1890, constituent une étude physique de premier ordre. En 1883, il fait des mesures pour les déterminations de différences de longitudes, et publie une note importante Variazone dell' asse di rotazione (Club Alpino, 1883), note qu’il complétera heureusement par son mémoire De la rotation de la terre sous l’influence des actions géologiques (1889).
- Dans les questions d’ordre général, Schiaparelli a remarqué que les étoiles de la première à la neuvième grandeur manifestent une tendance à se grouper vers les parties lumineuses de la voie lactée ; au point de vue historique, il fit des recherches de premier ordre parmi lesquelles il faut citer Les sphères homocentriques d’Eu-doxe, de Calliope et d’Aristote (1875), Les précurseurs de Copernic dans l’antiquité (1876), l’impression des œuvres du baron Dembowski sous les auspices de l’Académie des Lincei (1885), L'astronomie dans l’Ancien Testament (1903), ouvrage traduit en anglais et en allemand.
- Nous n’avons pas encore parlé des importantes mesures de Schiaparelli sur les étoiles simples, effectuées pendant 25 années sans interruption : de 1875 à 1885, il a mesuré 465 systèmes, et le volume qu’il publia à ce sujet en 1888 est devenu rapidement indispensable à tous ceux qui s’occupent de pareilles mesures ; l’année dernière, en 1909, il publiait ses observations de 1886 à 1900. Deux volumes aussi importants eussent suffi à un autre savant, et il est heureux que Schiaparelli en ait pu achever la publication.
- Schiaparelli était sénateur du royaume d’Italie ; la plupart des Académies, après lui avoir décerné des prix, étaient heureuses de le compter parmi leurs membres ; il eut une vie bien remplie, toute de labeur et de dévouement à la science ; sa haute situation était bien méritée, basée sur l’estime et, à tous, il imposait le respect et l’affection.
- L’Italie perd un grand savant : cette perte sera vivement ressentie par tous les astronomes. Jean Mascart.
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- ENREGISTREMENT DES VARIATIONS ÉLECTRIQUES DU CŒUR
- M. Bull, sous-directeur de l’Institut MareyàParis, vient de perfectionner la très originale méthode due à Einthoven, professeur de physiologie à l’Université de Leyde, pour enregistrer photographiquement les variations électriques du cœur.
- Jusqu’ici, en effet, les procédés graphiques d’exploration cardiaque ne fournissaient aux cliniciens que de très vagues indications. Grâce au sphygmographe , on obtenait bien des tracés du pouls mais assez peu exacts. D’autre part, les cardiogrammes représentent seulement le choc du cœur contre la paroi thoracique, cet organe n’étant pas directement accessible. Au contraire, le nouveau dispositif fournit une image fidèle de l’activité cardiaque. Il repose sur des phénomènes électro-physiologiques antérieurement constatés par divers observateurs et qu’il nous faut rappeler avant de le décrire.
- Si l’on place, sur un cœur de grenouille ou de tortue récemment extrait du corps de l’animal, deux électrodes qu’on relie à un galvanomètre, on voit l’oreillette puis le ventricule entrer successivement en mouvement, et l’instrument accuse des variations d’intensité électrique qui correspondent à la série des battements.
- Toutefois comme la'durée de ces manifestations est très courte, on ne saurait observer directement les variations de l’instrument, sans compter que l’équipage mobile du galvanomètre possédant une certaine inertie, ses
- mouvements ne concordent qu’imparfaitement avec les fluctuations du courant électrique.
- Afin de tourner ces difficultés techniques, les physiologistes durent non seulement employer des appareils rapides , sensibles et reproduisant avec fidélité les variations électriques, mais il leur fallut encore, en s’adressant à l’enregistrement automatique, éliminer les erreurs de lecture directe. Avec T électromètre capillaire, Marey et Lippmann purent ainsi obtenir des tracés représentant les battements d’un cœur de tortue tnis à nu. Peu après, Waller explora électriquement non plus un organe isolé, mais le cœur d’un sujet vivant.
- Chez l’animal ou chez l’homme, les variations électro-cardiaques se transmettent effectivement par conductibilité aux tissus voisins puis, de là, au corps entier. Alors, en appliquant deux électrodes sur la poitrine, l’une située près de la pointe, l’autre plus rapprochée de la base du ^cœur, celui-ci transmet à chacune de ses contractions, ses variations électriques à l’appareil dont les oscillations traduisent la forme de ces fluctuations.
- On peut même opérer plus commodément comme le fit M. Einthoven.
- Le sujet dont on étudie les phénomènes électrocardiaques prend simplement chacune des électrodes dans l’une de ses mains, car on peut considérer ses bras comme prolongeant les fils conducteurs de l’appareil enregis-
- Fig. i. — Galvanomètre à corde d’Einthoven.
- Fig. 2. — Enregistreur photographique Bull.
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- 102 = ENREGISTREMENT DES VARIATIONS ÉLECTRIQUES DU CŒUR
- treur et les e'iectrodes comme rattachées théoriquement à ses épaules. En outre, le physiologiste hollandais a remplacé F électromètre capillaire par
- y trace une courbe correspondant fidèlement aux variations électriques transmises à l’appareil.
- M. Bull a apporté de nouveaux perfectionnements
- Fig. 3. — Dispositif pour l'enregistrement photographique des variations électriques du cœur. (Expérience de M. Bull, sous-directeur de l'Institut Marey).
- un instrument d’une très grande sensibilité. Le galvanomètre à corde (fig. 1) dont il se sert se compose d’un fil en quartz argenté extrêmement léger, ayant seulement 2 à 4 millièmes de millimètre de diamètre et tendu entre les pôles d’un puissant électro-aimant.
- Sous l’influence du moindre courant, le milieu du fil, dont les extrémités sont reliées aux électrodes exploratrices, se déplace dans le champ. magnétique. Un microscope projette une image très agrandie du fil sur une fente perpendiculaire à la direction de ce dernier. Derrière cette ouverture, pratiquée dans un écran opaque, se déroule verticalement une feuille de papier photographique, lorsque le fil se meut, le point portant ombre sur la surface sensible
- à la prise des électro-cardiogrammes par la méthode d’Einthoven. Ainsi que l’indiquent nos gravures (fig. 2 et 5), il emploie un enregistreur photographique (analogue à celui qui lui servit à cinématogra-phier les insectes et que nous avons précédemment décrit (n° 1927,30 avril 1910), un galvanomètre à corde et une lampe à arc comme source lumineuse. Le patient, s’assoit confortablement dans un fauteuil et plonge chacune de ses mains dans un vase rempli d’eau salée relié au galvanomètre. Les oscillations du fil de quartz, en concordance avec les battements du cœur, vont alors s’inscrire sur le papier photographique de l’enregistreur. Celui-ci comprend une roue ajourée en cuivre sur laquelle s’enroule une
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- Fig. 4. — Cardiogramme d'homme sain.
- Fig. 5. — Cardiogramme d’un malade atteint d’endocardite.
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- LES INDIGÈNES DE L’ALASKA .... ....— 103
- pellicule photographique. Sur l’axe de la roue se trouve disposé un interrupteur rotatif rompant un certain nombre de fois, durant un tour, le circuit d’une bobine d’induction.
- D’autre part, un artifice particulier permet de tracer un quadrillage sur la plaque sensible, en meme temps que l’électro-cardiogramme s’y inscrit. Les divisions horizontales correspondent au temps, les verticales à l’intensité des courants, autrement ditàl’éner-gie des contractions cardiaques. Les diagrammes ci-contre ont été pris àTInstitut Marey. Le trait le plus gros illustre les battements du cœur chez un sujet normal (fig. 4) et les oscillations les plus fines de la figure 5 traduisent ceux d’un malade atteint d’endocardite. Les électro-cardiogrammes obtenus déjà par M. Einthoven ou M. Bull ont mis hors de doute l’in-
- térêt de la nouvelle méthode. Aussi les praticiens ne tarderont pas à l’appliquer couramment pour faciliter leur diagnostic, lorsqu’on connaîtra parfaitement les courbes caractéristiques des diverses lésions du cœur bien observées cliniquement. D’autant plus qu’on peut éviter tout déplacement aux sujets en observation. Pour cela il suffit de relier par une ligne télégraphique le galvanomètre aux vases d’eau salée dans lesquels plongent les mains du malade.
- Ainsi à Leyde, le laboratoire d’Einthoven communique de la sorte, avec l’hôpital par un câble long de 1 kilomètre et demi. Un téléphone met, en outre, les deux établissements en communication et facilite la prise des électro-cardiogrammes.
- Jacques Boyer.
- LES INDIGÈNES DE L’ALASKA
- La péninsule de l’Alaska est si vaste (trois fois plus étendue que la France), son ouverture à l’activité humaine est de date si récente, son climat est si rigoureux, que les quatre cinquièmes du territoire peuvent être considérés comme des terres inexplorées. C’est dire que l’étude ethnographique de l’ancienne possession russe est encore fort incomplète. Seules, les tribus côtières ont été étudiées de près par les missionnaires. Quant aux tribus de l’intérieur, beaucoup n’ont été visitées que par les chercheurs d’or et les chercheurs de précieuses fourrures, les uns et les autres plus avides de butin que d’observations scientifiques.
- Le dernier recensement, celui de 1900, indiquait .pour l’Alaska l’existence de 29 556 autochtones, y compris les Esquimaux. La précision de ce chiffre est d’autant plus trompeuse que de nombreuses peuplades n’ont jamais été dénombrées, soit en raison de leurs mœurs nomades, soit à cause de l’inaccessibilité de leurs territoires. En outre, une effroyable mortalité, causée par l’importation de nos maladies européennes lors de la découverte des placers du Klondyke, a décimé les indigènes, à ce point que des villages ont été complètement dépeuplés en quelques jours par la petite vérole. La phtisie, la syphilis, l’alcoolisme — cet infernal trio auquel l’expansion des races blanches est redevable de tant de conquêtes définitives — ont parfait l’œuvre de la variole, l’implacable faucheuse des races trop neuves. Il est peu probable que les Indiens de l’Alaska comptent actuellement plus de 25000 âmes.
- On est convenu de les diviser en six tribus principales : les Chilkats, les Stickenes, les Yakutats, les' Haïdahs, les Aléoutes et les Aulcs. Un autre groupe ethnique, celui des Déne's, dont l’immense habitat s’étend entre la baie de Hudson et le Yukon, déborde dans l’Alaska central. Mais cette classification, basée sur une connaissance encore imparfaite des idiomes, sera sujette à révision, quand l’anthropologie aura étudié ces peuplades aussi sérieusement
- qu’elle l’a fait pour les tribus des États-Unis proprement dits. Au reste, les indigènes de l’Alaska présentent entre eux un tel air de famille, tant au point de vue des mœurs qu’à celui de l’aspect physique, qu’il est possible de leur consacrer, comme nous allons le faire, une étude d’ensemble.
- Les partisans de la théorie qui veut que tous les indigènes du Nouveau Monde soient d’origine mon-golique, que leurs ancêtres soient venus du continent asiatique en traversant le détroit de Behring ou en empruntant la longue jetée naturelle des Aléou-tiennes, n’ont pas manqué d’aller chercher des arguments en Alaska. Il est certain que le grand courant d’eaux tièdes qui vient réchauffer les rivages de la péninsule, après avoir enveloppé l’archipel des Nippons, a servi souvent de véhicule à des naufragés asiatiques. En 1855, une jonque japonaise vint ainsi s’échouer sur la côte, à la grande joie des indigènes, qui pratiquaient alors le cannibalisme, et dévorèrent l’équipage.
- Mais on a désormais la preuve que l’Amérique en général, et l’Alaska en particulier, furent habitées par des races humaines dès les âges les plus reculés de la Préhistoire. La question paraît être définitivement résolue. Rien dans les mœurs des indigènes de l’Alaska, dans leurs langues, dans leur aspect physique, n’autorise à leur attribuer une origine asiatique.
- Il va de soi qu’en parlant de ces peuplades, nous devons les considérer dans leur vie propre, en faisant abstraction, autant que possible, des habitudes qu’elles ont contractées depuis leur entrée en contact avec les blancs. Elles avaient déjà atteint un certain degré de civilisation, quand les premiers traficants moscovites débarquèrent sur leurs rivages.
- Plus avancées que les véritables Peaux-Rouges, qui se contentent encore de nos jours d’habitations primitives, faites de peaux de bêtes sauvages, et tout juste assez grandes pour abriter une famille', elles avaient inventé la maison, le home permanent, assez
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- LES INDIGENES DE L’ALASKA
- vaste parfois pour me'ri-ter le nom d’édifice. Bien que la plupart des indi- • .
- gènes, surtout dans les ' -r-fi
- districts côtiers, aient fini par adopter le système du chalet ou cottage de l’homme blanc, on rencontre encore de ces immenses maisons, longues de 100 à 200 m., larges de 15 à 20 m., qui pouvaient servir de demeure à de nombreuses familles.
- Mais l’architecture n’avait pas assez évolué pour inventer la fenêtre. Ces vastes casernes ne comportaient qu’une ou deux portes pour toutes ouvertures ; et les trous pratiqués dans le haut des murailles servaient à la fois à laisser passer la fumée des foyers et la lumière du jour. Elle n’avait pas davantage imaginé le toit à double pente ; la toiture formait une terrasse légèrement inclinée pour assurer l’écoulement de la pluie, et servait de tribune aux harangues, les jours de fête.
- Ces maisons étaient construites de planches épaisses, obtenues d’une variété de cèdre qui se fend aisément à l’aide de coins. Ignorant l’usage du fer, les Indiens se servaient de cornes de wapiti ou de coins en bois d’érable. Pendant l’hiver, ils tapissaient de nattes de roseaux la face interne des murailles. Des nattes, suspendues à des cordes, formaient des cloisons mobiles, entre lesquelles chaque famille pouvait s’isoler.
- On pense bien que l’ameublement, réduit à sa plus simple expression, n’encombrait pas ces vastes demeures. Une plate-forme basse, établie tout le long des murs, recevait la literie, qui consistait en un entassement de nattes relevées au chevet en guise d’oreiller. Des peaux de gibier tannées et des couvertures en poil de chèvre-antilope ou de chien (espèce indigène à laine frisée qui a presque complètement disparu) tenaient lieu de draps.
- Mais il est un meuble spécial à ces tribus, qui vaut quelques lignes de description : il nous donnera une idée de l’ingéniosité de ces prétendus sauvages. Dépourvus de clous et d’outils, ils réussissaient cependant à fabriquer des coffres longs d’un mètre, larges de 60 à 70 cm, profonds de 70 à 80 cm, et si habilement assemblés qu’ils étaient parfaitement étanches. Voici, d’après le récit d’un missionnaire, comment ils s’y prenaient.
- Pour le corps, ils prenaient une planche de cèdre, qu’ils entaillaient de telle façon qu’ils la pliaient en
- Fig. i. — Le chef Cow-Dick-Ney, costumé pour danser le potlatch.
- quatre faces, sans briser ou fendiller le bois. Ils obtenaient ainsi trois des coins du coffre. Pour le quatrième coin, ils rapprochaient les deux extrémités de la planche, qu’ils cousaient à l’intérieur, avec des nerfs de cerf, après avoir obtenu un ajustage parfait. Pour le fond, ils préparaient une planche légèrement creusée en forme d’auge, qu’ils enfonçaient dans l’intérieur, et dont les bords s’adaptaient exactement aux côtés de la boîte, auxquels ils étaient cousus à leur tour. Ces points ou coutures étaient si habilement faits qu’ils ne laissaient pas de traces à l’extérieur.
- Le couvercle, qui s’ajustait sur le bord supérieur des côtés à l’aide d’une rainure, complétait ce chef-d’œuvre d’ébénis-terie. Quand l’artisan avait sculpté sur les faces les totems de sa famille et ceux de son clan, il ne lui restait plus qu’à colorier les symboles : la malle était prête à recevoir les trésors de la famille, costumes de cérémonie, fourrures, etc.
- Dans les régions particulièrement exposées aux rigueurs de l’hiver, les indigènes avaient imaginé un système d’habitations semi souterraines et circulaires, probablement inspirées de l’iglou des Esquimaux, et qui pouvaient abriter de 20 à 30 personnes, le diamètre variant entre 10 et 20 m. On ne pouvait y pénétrer que par le trou d’aération ménagé au sommet de la hutte, et que l’on gagnait à l’aide d’une solive entaillée. Enfin, toutes les tribus avaient adopté l’étrange coutume (que j’ai observée pour ma part dans les Amériques du Centre et du Sud et que les ethnographes ont signalée à peu près dans toutes les régions du monde) de construire dès habitations provisoires pour les jeunes filles qui parvenaient à l’âge de la puberté. Les femmes se retiraient, elles aussi, dans des abris temporaires pendant leurs périodes.
- L’industrie de ces Indiens était restée primitive, sauf dans la fabrication de la vannerie, qu’ils avaient poussée à un grand degré de perfection. Ils avaient inventé un métier à tisser, qu’il serait trop long ici de ( décrire, et qui leur servait à fabriquer des étoffes d’une durabilité extrême. La matière première était fournie par l’écorce du cèdre, dont ils savaient tirer des fibres qu’ils mélangeaient à la laine de la chèvre antilope et au poil laineux du
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- chien auquel nous avons fait allusion plus haut. Avec l’élan ou orignal, qu’ils attelaient parfois à leurs traîneaux, ce chien était leur seul animal domestique. Ils le tondaient périodiquemant, comme nous faisons du mouton, et le dressaient à traîner des fardeaux et à chasser.
- La vannerie de l’Alaska jouit d'une grande réputation auprès des collectionneurs. Les paniers fabriqués par les Indiennes sont si finement tressés qu’ils peuvent servir de seaux ou de cuvettes, sans qu’on ait à faire intervenir la gomme ou la poix pour assurer leur étanchéité. La matière première varie selon les tribus. Les paniers et corbeilles tressés avec des fibres tirés des racines du cèdre sont préférés, autant pour leur finesse que pour leur résistance à l’humidité; ces objets restent en usage constant dans une famille pendant un demi-siècle.
- La partie artistique de cette industrie nécessiterait une longue description. Les femmes qui fabriquent ces articles ont recours, pour les orner, de motifs parfois très compliqués, à un procédé dit d'imbrication et qui paraît être spécial à cette partie du monde.
- Mais nous ne pouvons nous étendre plus longuement sur ce chapitre de l’industrie, pressé que nous sommes de montrer l’organisation sociale et les coutumes de ces peuplades.
- Elles étaient toutes soumises au régime du matriarcat, la descendance comptant exclusivement du côté maternel.
- Dans plusieurs tribus, l’autorité du père ne s’exerçait qu’à l’occasion du mariage de ses filles ; il pouvait refuser l’époux agréé par la mère. La question de parenté entre époux était différemment envisagée dans chaque tribu, les unes favorisant le mariage entre cousins germains, les autres l’interdisant entre membres du même clan. Le mariage prenait parfois l’aspect d’un contrat temporaire.
- Ainsi, une coutume encore en vigueur permet à un homme qui a des vues sur la femme du voisin de la conquérir légalement sans grande difficulté : il n’a qu’à provoquer son rival en un combat singulier auquel l’absence d’armes enlève tout caractère sanguinaire.
- L’homme qui fait toucher les deux épaules à son adversaire reste ou devient le maître et seigneur de la belle. Si l’époux, avouant son infériorité physique, refuse de se mesurer avec son rival, celui-ci ordonne à la femme de le suivre, et l’annexe purement et simplement à son harem.
- Les conjoints s’unissent sous le régime de la séparation, et ne peuvent posséder rien en commun. Quand l’un d’eux meurt, ses parents enlèvent de la
- maison les moindres objets qui lui appartinrent.
- Si le mariage est dissous par la mort de la femme, ses parents ne se contentent pas de reprendre ses biens, meubles et immeubles, mais ils exigent ^ du veuf de riches pré-3^'-sents, qui les consoleront^ de la perte de leur jpà-rente. Ù.
- Il y aurait intérêtVà, suivre l’Indien depuis sàv, <* naissance jusqu’à sa mort, si les dimensions de cet article nous le permettaient. Indiquons rapidement plusieurs coutumes curieuses ou caractéristiques. Quelques semaines avant sa délivrance, la mère se retire dans une hutte spécialement construite, en compagnie de trois ou quatre vieilles femmes. Dès sa naissance, après un bain tiède et une friction à la poussière de cèdre, l’enfant est installé dans une sorte de hotte, berceau portatif qui peut s’accrocher à une traverse de la maison ou à une branche d’arbre et que la mère suspend à ses épaules, quand elle voyage. On ne l’en sort qu’une ou deux fois par vingt-quatre heures, pour sa toilette de corps ; il ne le quitte même pas pendant les tétées. Quand il l’abandonne pour appren-
- Fig. 2. — Un guide indigène de 'VAlaska équipé pour une expédition.
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- dre à marcher, au cours de sa deuxième anne'e, la mère va l’accrocher dans la forêt voisine, en guise d’offrande aux génies tutélaires de l’enfant.
- Chez les trihus qui pratiquent encore la déformation crâniale, privilège de la caste noble, on commence à comprimer la tête du nouveau-né entre des bandes d’écorce dès le troisième jour. Plus tard, la famille organise une fête à l’occasion de son « baptême », cérémonie qui consiste dans le choix d’un nom. L’éducation du petit Indien commence bientôt. Dès qu’il a quatre ans, on l’oblige à prendre un bain froid chaque matin et chaque soir dans la rivière, l’hiver comme l’été. Et, pour mieux l’aguerrir aux sensations physiques, on le fustige auparavant, sur tout son corps nu, avec des verges, façonnées parfois avec des baguettes durcies au feu.
- Quand il atteint la dixième année, on l’oblige à passer des nuits entières couché tout nu sur le sol, loin de la maison, pour qu’il s’habitue à supporter le froid. Plus tard, on lui demande de s’allonger sur le rivage d’un lac de montagne et de garder un bras dans l’eau glaciale du coucher au lever du soleil. Après la migration du saumon, quand les rives des lleuves sont encombrées de cadavres de poissons en putréfaction, il lui faut passer la nuit couché dans le charnier. C’est ainsi que le jeune Indien se prépare à la grande épreuve finale qui lui vaudra d’être initié aux secrets de son clan et de recevoir son totem individuel, trait d’union qu’on lui assure avec son « ange gardien », avec son esprit tutélaire.
- Ce détail nous amène à parler des croyances et pratiques religieuses de ces races, qui ne s’élevèrent jamais à la conception de dieux supérieurs, et encore moins à celle d’un Etre Suprême. Leur imagination peuple l’univers, animé et inanimé, d’une multitude d’esprits. Chaque créature (animaux, plantes, brins d’herbe), chaque objet (pierres, maisons, instruments de chasse ou de pêche, ustensiles de cuisine), possède un esprit, qui lui survit, après sa mort ou sa destruction. Et il s’agit, pour le malheureux Indien, de vivre en bonne intelligence avec ces hordes de génies. D’où d’étranges pratiques"qui compliquent singulièrement son existence.
- Par exemple, chez les tribus chasseresses, on se garde bien de dépecer malproprement le cerf qu’on vient d’abattre, de laisser perdre son sang, d’abandonner ses entrailles aux carnassiers. L’esprit du mort irait vivement avertir tous les cerfs de la région de l’indigne traitement imposé à sa carcasse, et ils s’entendraient pour fuir loin dans les montagnes. Ils se sentiraient également outragés si les quartiers étaient introduits dans la maison par la porte commune, car les femmes en ont franchi le seuil, et la femme est l’ennemie totémique du cerf. Un père dont la fille vient d’être séquestrée à l’occasion de sa puberté fera sagement de garder le logis, car les cerfs fuiront à son approche.
- Un chasseur qui part à la recherche d’un grizzly lui adresse auparavant une singulière requête : il le supplie de se conduire en bon et brave ours, de ne
- DE L’ALASKA : ................ :
- pas essayer de le tuer, d’avoir pitié de lui et de se laisser abattre. C’est que l’esprit d’un ours est au moins aussi redoutable que ses terribles griffes, et il convient de l’assurer à l’avance qu’il ne regrettera pas sa bénévolence, après qu’il aura permis au chasseur de le tuer. Aussi, l’Indien qui vient d’abattre un grizzly s’empresse-t-il de se peindre la figure et de chanter une « chanson d’ours » pour le remercier. La tète est mangée en premier. Interrompant le festin, les convives mâles se peignent la face et vont accrocher le crâne aussi haut que possible sur un jeune arbre. Les ours sont honorés de voir le crâne d’un des leurs traité avec autant d’égards, et ils ne rechignent pas à se laisser tuer.
- Tous les animaux sauvages sont l’objet des mêmes égards. Un Indien ne parle qu’avec respect de la bête qu’il projette d’abattre ou de prendre au piège. Et il ne criera pas son intention par dessus les buissons. C’est à voix basse qu’il conviera ses compagnons, de peur que l’esprit de la victime surprenne le projet. Et il usera d’une obscure et respectueuse périphrase : « Peut-être pourrions-nous essayer de rencontrer un daim, ou une antilope, ou un ours? »
- La récolte des fruits sauvages (mures, framboises, etc.) est toujours précédée de cérémonies d’un caractère religieux, présidées par les chamans ou magiciens, et qui ont pour but d’honorer l’esprit, du framboisier ou celui du mûrier, qui est supplié de fournir une abondante récolte. Pendant que ces prêtres récitent des prières de circonstance, les anciens surveillent les assistants et frappent à coups de verges ceux qui osent ouvrir les yeux avant que les prières soient terminées.
- L’arrivée des premiers saumons donne lieu â une cérémonie très curieuse, ces poissons occupant une place considérable dans l’alimentation des tribus du versant du Pacifique-Nord. Dès qu’un pêcheur a capturé le premier saumon de la saison, il l’apporte cérémonieusement au chaman en le tenant posé sur ses deux bras, car il n’a pas le droit de le toucher avec les mains. Le prêtre le dépose respectueusement sur un lit de branches de sapin fraîchement coupées. Puis, choisissant comme assistant un des anciens de la tribu, il range à terre un certain nombre de baguettes qui portent chacune les noms totémiques des anciens.
- L’une après l’autre, en commençant par la baguette qui symbolise le plus âgé des anciens, le prêtre les dépose sur la nageoire latérale droite du saumon, qui est considérée comme sa main droite, et procède aux présentations :
- — « J’ai le plaisir de vous présenter Un-Tel, qui désire vous souhaiter la bienvenue et vous serrer la main. »
- Après que tous les anciens, représentés par leurs totems, ont fait connaissance avec le saumon, on le fait bouillir cérémonieusement dans une marmite neuve, et sa chair est distribuée aux assistants.
- Les anciens apportent ensuite des saumons fraîchement capturés, dont ils font présent au chaman,
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- et qui sont cuits aussitôt, pour être offerts à tous ceux des membres de la tribu auxquels leurs totems n'interdisent pas la chair de ce poisson. Et des danses religieuses, dirigées par le chaman, terminent la fête.
- L’importance sociale de ces chamans est considérable. Ils sont les intermédiaires attitrés entre l’Indien et la multitude d’esprits qu’il redoute ou qu’il révère. La dignité est généralement héréditaire, et l’influence ancestrale a développé en eux un tempérament psychique comparable à celui des médiums,
- Nous ne pouvons qu’effleurer ici le chapitre du totémisme, qui mériterait de donner lieu à une élude plus complète. C’était bien à tort que les premiers explorateurs moscovites avaient pris pour des idoles ces gigantesques bois sculptés plantés devant les maisons indiennes, ou aux abords des villages.
- Ce n’était que des blasons, indiquant l’ascendance de la communauté, de la famille ou de l’individu, et dérivés tous de trois symboles primaires : le Poisson, l’Oiseau, le Mammifère.
- Fig. 3. — Totems plantés aux abords d'un village, pour indiquer le clan de ses habitants.
- et qu’ils cultivent par la pratique. Le jeûne, les vomissements provoqués, l’absorption de certains narcotiques, les aident à tomber à volonté en un état de catalepsie durant lequel ils ont d’extraordinaires visions qui s’élèvent parfois à un réel don de double-vue. Les témoignages des missionnaires et des voyageurs ne laissent subsister aucun doute à ce sujet. Outre leurs fonctions quasi-sacerdotales, les chamans exercent la profession de médecin. Mais la connaissance des simples ne joue qu’un rôle secondaire dans leur art de guérir, et l’exorcisme leur apparaît le plus sûr moyen de chasser de gré ou de force les mauvais esprits, néfastes engendreurs des maladies.
- En somme, le totem, dont l’usage est répandu sur tout le versant du Pacifique-Nord, sert à la fois d’enseigne et de lettre d’introduction. Un Indien en voyage peut pénétrer hardiment dans la maison au seuil de laquelle il aura reconnu son totem : il sait qu’il a en commun avec les hôtes un ancêtre qui fut voué au loup ou au renard, ou à quelque autre animal.
- Et le cordial accueil qu’il recevra le portera à révérer plus que jamais l’esprit tutélaire de la créature de qui son clan emprunta le nom, et qui lui apparaît comme un ancêtre lointain, mais réel.
- V. Forbin.
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- COMMENT ON PEUT CONSERVER DES GRÊLONS EN ÉTÉ
- Jusqu’à ces derniers temps, l’étude de la microstructure des grêlons, en été, était très difficile, sinon impossible : j’ai conçu l’idée de construire un appareil pour la conservation des grêlons jusqu’à l’hiver. Cet appareil (fig. 1) consiste en trois cylindres coaxials; l’espace inté-
- Fig. i.
- rieur est destiné aux grêlons, dans l’espace intermédiaire on met un mélange de glace et de sulfate de cuivre (approximativement dans la proportion qui correspondrait à l’eutectique, t =—1°,6) et l’espace intérieur sert pour la glace et forme une sorte de manteau protecteur.
- Pendant les étés de 1908 et 1909, je n’ai eu qu’une seule fois la chance de voir grêler : c’était le 2/15 août en mer, pendant mon trajet d’Aland à Saint-Pétersbourg. La grêle dura environ 5 minutes, les grêlons étaient très petits (de 2 à 5 mm de diamètre), mais néanmoins j’ai eu le temps d’en recueillir de 200 à 300 gr. et de les mettre dans les cylindres en verre contenant (pour empêcher la congélation des grêlons) un mélange — en parties égales — de benzol et de toluol que je supposais avoir la même densité que les grêlons, mais qui se trouva plus léger. Ces grêlons furent ensuite transportés à Tomsk (Sibérie), et puis, en décembre, à Moscou, au XIIe Congrès des naturalistes et médecins russes. Cela prouve pleinement la possibilité de la conservation et du transport des grêlons. Mon essai montra aussi qu’il serait préférable de conserver quelques dizaines de grêlons, mais bien séparément l’un de l’autre, que d’en conserver un nombre beaucoup plus grand, mais congelés en partie, particulièrement dans les couches inférieures. Pour atteindre ce dernier résultat,, les grêlons doivent être plongés dans un liquide dont la densité peut n’être qu’assez approximativement égale à la leur, mais qui soit très visqueux (huile à cylindres, vaseline, huile de ricin).
- Pour l’étude de la microstructure d’un grêlon isolé, M. W. Dudecld et moi en faisions une plaque mince en polissant d’abord un côté quelconque au papier à l’émeri ou en le fondant par la chaleur du doigt. Ce côté était mis sur un porte-objet et fixé par la congélation après avoir frotté pendant quelque temps l’autre côté du porte-objet avec le doigt. L’autre côté du grêlon était
- ensuite poli de la même façon que le premier jusqu’à ce qu’on eût atteint l’épaisseur voulue. Ces opérations furent faites à l’air libre à des températures au-dessous de 0° et sont d’autant plus faciles que la température est plus basse. Néanmoins nous avons trouvé qu’il est possible de polir les grêlons dans le laboratoire à des températures ordinaires, si l’on refroidit au préalable les porte-objets, le papier à l’émeri, etc., dans des vases à parois doubles contenant des mélanges réfrigérants.
- Pour l’étude optique des plaques minces, nous nous servions à l’air libre d’un microscope polarisant et au laboratoire d’une lanterne de projection. Dans ce dernier cas (fig. 2), la plaque mince fut posée dans un vase à parois doubles et à fond double formé (pour empêcher la condensation de la vapeau d’eau de l’air ambiant), par deux plaques de verre plan-parallèle; l’espace entre les parois contenait un mélange de glace et de Na Cl. L’image réelle de la plaque mince fut projetée sur un écran ou sur une plaque photographique (autochrome).
- La plupart des grêlons étaient formés d’un seul individu cristallin. La même structure se manifestait chez les « grêlons artificiels », gouttes d’eau congelées dans un mélange d’huile de canelle et d’huile de lin de densité correspondante. Les grêlons composés de plusieurs individus cristallins ne montraient aucune régularité, ni dans la forme des surfaces des individus cristallins, ni dans les angles entre des surfaces des individus cristallins, ni dans les angles entre ces surfaces, ni dans les directions de leurs axes tant relativement aux directions des axes des individus cristallins voisins, que par le rapport au noyau laiteux du grêlon. Ce noyau montrait dans les plaques minces un agglomérat de bulles d’air de différentes dimensions.
- Je serais bien heureux si ma tentative devait provoquer des recherches du même genre et si d’autres avaient la chance de conserver ou d’étudier des grêlons plus gros
- Fig. 2. — L, lanterne de projection ;
- P. polarisateur; M, miroir; R, vase pour réfrigérations; O, objectives;
- A, analysateur. ,
- ou d’une structure plus particulière que ceux recueillis par moi. A mon avis, c’est .un des plus puissants moyens de compléter nos connaissances bien insuffisantes sur l’origine de la grêle et sur les particularités de sa forma-
- rï°n‘ Boris Weinberg.
- ; Laboratoire de physique
- de l’Institut technologique de Tomsk.
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- UN TRANSPORTEUR MÉCANIQUE A TAPIS D’ACIER
- L’industrie moderne, dont la tendance essentielle est de substituer, partout où cela est possible, le travail des machines au travail de l’homme, se devait de perfectionner tout particulièrement les appareils transporteurs.
- Un nouveau et remarquable progrès vient d’être réalise', créant un nouveau type de transporteur, à côte' des appareils convoyeurs bien connus à chaînes ou à courroies.
- L’usine sidérurgique Sandviliens Jernverks ! Aktiebolag à Sandviken (Suède), vient d’adopter sous un convoyeur des courroies en acier trempé de première qualité. Ces courroies, préférables sous tous les rapports aux courroies et aux chaînes jusqu’ici en usage, se fabriquent en lon-
- remarquable résistance à la tension et à l’usure; grâce à leur faible épaisseur, elles possèdent une flexibilité surprenante. Comme leur surface très uniforme prend un poli parfait, après quelque temps de service, le frottement sur le support se trouve réduit à un minimum. Elles s’usent lentement et en cas de rupture,
- 1 peuvent être réparées par l’insertion d’un morceau riveté. Le très faible coefficient de frottement de la surface d’acier, réduit à un minimum la consommation de force motrice. La facilité avec laquelle les matières transportées se déchargent d’un point quelconque, à l’aide de gratteurs d’une construction très simple, constitue un autre avantage de ce système.
- Les poulies sont de préférence faites en bois ; leur périphérie estgarnied’une courroie de caoutchouc de 3-4 mm d’épaisseur. Quoique d’un prix de
- Élévateur de bois en Suède formé d'une courroie d'acier Sandwik de 410 mm de large.
- Transporteur de charbon de bois à courroie d’acier.
- gueurs considérables (jusqu’à 100 m.), en largeurs de 0,2-0,4 m., et en épaisseurs de 0,8-1 111m; elles se
- rivettent facilement l’une à l’autre, de façon à constituer des transporteurs de toutes longueurs. Pour établir des transporteurs d’une largeur spéciale, on n’a qu’à disposer, l’une à côté de l’autre, deux ou plusieurs courroies d’acier. Ces courroies se meuvent dans des chéneaux en bois ou sur un autre support convenable, sous l’action de poulies commandées, si possible, par des moteurs électriques; comme pour les convoyeurs ordinaires, ce sont des courroies sans fin.
- La fabrication de courroies d’acier de dimensions convenables, dut nécessairement soulever d’énormes difficultés, qu’on n’a pu vaincre qu’après des expériences minutieuses. Faites d’acier au bois de toute première qualité, les « courroies Sandvik », comme les appellent leurs constructeurs, présentent une
- Transporteur à courroie Sandwik et sa poulie motrice.
- revient plus élevé, les poulies en fonte s’emploient également bien, pourvu qu’on les munisse à leur périphérie d’une garniture de bois et de caoutchouc, compensant, en partie, l’effet bossant des matières qui s’engageraient entre elles et la poulie. Les paliers des poulies sont ajustables et indépendants l’un de l’autre, ce qui permet de donner à la courroie la tension voulue, mais surtout d’orienter la poulie suivant la direction de marche du convoyeur.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Les poulies sont d’un diamètre d’au moins 1000-2000 mm. A environ 10 m. de distance, on insère des rouleaux de support pour la partie retournante de la courroie et, à environ 5 m. de distance de la poulie postérieure, un rouleau analogue guidant la courroie retournante. Ces rouleaux de support, plus petits que les poulies, n’ont que 400-500 mm de diamètre.
- leur largeur. Plus la vitesse est petite et plus se réduira l’usure due au frottement, et plus la largeur de la courroie devra être considérable. La vitesse la plus convenable, dans les conditions ordinaires, est de 50 m. par minute, bien que dans certains cas on puisse aller jusqu’à 100 m.
- La consommation d’énergie dans les installations
- Courroie d'acier de 400 mm de large, 80 m. de longueur, pesant 226 kg.
- Il va sans dire que le rendement de ces convoyeurs d’un nouveau genre, varie en raison directe de leur vitesse et approximativement en raison du carré de
- jusqu’ici établies, n’est que de quelques chevaux-vapeur, c’est-à-dire presque négligeable.
- Dr À. GllADENWITZ.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 juillet 1910 (suite). — Présidence de M. E. Picard.
- Mode d’action du venin de Cobra. — M. Dastre résume un travail de M. Maurice Arthus sur le mode d’action du venin de Cobra. On admet que le venin paralyse les centres nerveux respiratoires. L’auteur pense qu’il n’en est point ainsi et que le venin de Cobra supprime l’action entre les nerfs et les muscles. Comme il ne tue pas instantanément des animaux intoxiqués à doses moyennes, on peut pratiquer sur eux la respiration artificielle. Dans ce cas, il y a survie et non point pendant quelques moments, mais pendant plusieurs heures. Si dans cette situation on injecte à l’animal une dose de sérum antivenimeux, celui-ci agit sur le venin
- de Cobra comme in vitro et l’animal peut être sauvé.
- Récepteur pour la télégraphie sans fil. —M. Bigour-dan décrit un appareil destiné à être utilisé par les marins pour la réception des signaux horaires émis de la tour Eiffel. Cet appareil peut d’ailleurs être utilisé à terre. Il a été construit par MM. F. Ducretct et E. Roger. Il est du modèle à grande sensibilité créé par eux pour la télégraphie sans fil. Le détecteur est à contact solide utilisant une substance cristallisée dont la composition bien homogène présente une sensibilité régulière en tous ses points, évitant ainsi les tâtonnements et les réglages que nécessitent ordinairement la plupart
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- : .. UNE ÉCOLE
- des cristaux employés dans ce Lut. Ce corps est une variété de carbure de silicium obtenue au four électrique.
- Le détecteur est intercalé dans un circuit de très grande résistance comprenant une petite pile sèche à faible débit et un récepteur téléphonique. Un interrupteur met la pile hors circuit lorsque l’appareil n’est pas en service.
- Un dispositif d’accord, placé à portée de la main, permet de régler exactement la condition de résonnance de l’antenne. Ce circuit possède un amortissement très faible et influence un circuit dérivé comprenant le détecteur et le téléphone dont les résistances très élevées produisent, au contraire, un très fort amortissement. On a ainsi l’avantage de ne pas avoir besoin d’un condensateur; un seul curseur suffit pour le réglage. Cet ensemble consti-
- DE CHASSE r—...............— m
- tue un petit poste récepteur complet de télégraphie sans fil qui, en dehors de son emploi pour la réception des signaux horaires, peut également être utilisé pour la ré • ception de tous autres messages. Pour mettre l’appareil en service, il suffit de relier un bouton marqué L à l’antenne et la borne marquée T à la terre. Abord, l’antenne sera fixée à l’extrémité de l’un des mâts. La terre sera constituée par la coque du navire. Pour la réception de l’heure dans Paris, aucune antenne extérieure n’est même nécessaire. La borne L sera simplement reliée à la conduite de gaz de la maison et la borne T recevra un fil conducteur quelconque d’une longueur de 12 à 15 m. déployé à l’intérieur de l’habitation ou fixé au mur à la manière ordinaire. Cii. de Vuxedeuil.
- UNE ECOLE DE CHASSE
- Ou naît chasseur, comme Fou naît artiste : c’est une disposition naturelle, que l’on porte en soi, héritage inconscient de l’homme primitif. Elle ne s’acquiert point; et aucune école n’en pourra jamais
- les plus durs. Vous êtes en rase campagne, un lièvre débouche devant vous filant à toute vitesse ; une perdrix s’échappe brusquement d’un sillon, est-ce sur de pareils buts que vous pourrez, tireur néophyte,
- doter qui"en est dépourvu. Mais ceux-là memes qui sont chasseur s-nés, n’arrivent pas d’emblée à l’épanouissement de leurs qualités : l’obscur instinct des premiers hommes doit s’accommoder des armes perfectionnées qu’a créées la science moderne; et l’adaptation ne se fait pas sans peine. Pour devenir chasseur et bon chasseur, un apprentissage est nécessaire.
- On devient chasseur en chassant, dira-t-on : rien n’est plus inexact; l’on n’apprend pas à sauter en abordant du premier coup les obstacles
- affermir l’habileté acquise dans la tranquillité des stands !
- Pour arriver rationnellement et sûrement à être bon tireur de plein air, il faut s'être exercé méthodiquement sur des buts de difficulté croissante, se rapprochant progressivement des conditions exactes delà chasse. Nous reconnaissons volontiers que l’organisation de cet apprentissage est chose malaisée.
- Un armurier du Mans, M. Mousseaux, que nos lecteurs connaissent déjà, pour son procédé de ré-
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- 112 -....: :::.:..: = UNE ÉCOLE
- glage des armes de chasse (Voir La Nature, n° 1840, 29 août 1908), vient de résoudre très ingénieusement ce problème spécial de pédagogie.
- Il a imaginé un appareil à cibles mobiles, qui donne à des silhouettes lès mouvements les plus variés, se rapprochant presque jusqu’à l’identité des mouvements naturels du gibier : les coups sont enregistrés, et l’on se rend compte ainsi des corrections à apporter à son tir, pour l’amener peu à peu et sûrement sur le but. L’entraînement s’effectue en tir réduit; rappelons à ce sujet queM. Mousseaux a imaginé un tube correcteur qui s’adapte à l’extrémité du fusil de chasse, et le transforme d’une façon fort pratique en carabine avec laquelle on peut étudier et analyser aisément son tir.
- M. Mousseaux a organisé au Mans un fort curieux
- DE CHASSE ..:
- silhouette décrira une circonférence concentrique (fig. 1). Si, au contraire, la silhouette se meut en même temps le long du rayon, sa course sera figurée par une courbe dont la forme, fonction de la vitesse et du rayon et celle de la cible elle-même, peut varier à l’infini, dans le plan du cercle. Si l’on ajoute encore le déplacement du cercle, on voit que la silhouette pourra décrire dans l’espace toutes les courbes possibles ; et elle le fera avec toute une série de vitesses que l’on pourra graduer méthodiquement.
- L’appareil est représenté sur la figure 1 ; il est d’une grande simplicité. Une roue métallique à gorge À, mobile autour d’un pivot central, supporte une tige rigide B, disposée suivant l’un de ses diamètres. Cette roue est mue par un cordonnet qui passe dans sa gorge et dans deux petites poulies de
- Fig. 3. — L’école de chasse organisée au Mans par M. Mousseaux avec tout un jeu de cibles mobiles.
- stand qui est une véritable école de chasse; on y voit des lièvres de carton qui déboulent devant l’élève-tireur, des bécasses qui s’envolent brusquement, des perdreaux voletant de côté et d’autre : les difficultés vont croissant à mesure des progrès de l’élève qui est bientôt capable d’affronter la pleine campagne.
- Quelques détails maintenant sur l’appareil à cibles mobiles, que chacun peut aisément installer chez soi dans un jardin de quelque étendue.
- C’est un cercle mobile autour de son diamètre horizontal; dans le plan de ce cercle se meut un rayon B, le long duquel peut se déplacer la silhouette-cible. Le plan du cercle étant fixe et la cible-silhouette immobile sur le rayon, si ce dernier décrit une demi-circonférence, la cible-
- renvoi C, C\ d’où les brins c, c' se dirigent vers les extrémités d’un levier de manœuvre.
- Le tourniquet F fixé sur ce levier commande par l’intermédiaire d’un autre cordonnet h, tendu au moyen d’un poids, les mouvements de la silhouette. Celle-ci sur un chariot coulisse le long de la tige B.
- Un aide, manœuvrant le levier et le tourniquet donne donc à la silhouette tel mouvement, jugé utile pour entraîner l’apprenti tireur. On commencera par des mouvements simplement verticaux, puis des déplacements rectilignes suivant un angle plus ou moins incliné pour continuer par des trajectoires plus complexes. Ceux, probablement fort rares, qui après cette progression resteront mauvais tireurs, n’auront plus qu’à renoncer définitivement à toute ambition de chasse. B. Villers.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahoke, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- — N° 1939. ..23 JUILLET 1910.
- LA DETERMINATION DES LONGITUDES PAR LA T. S. F.
- On sait que la télégraphie ordinaire, le fil'télé-
- graphique, plutôt, est largement mise à contribution pour la détermination des longitudes. Mais on ne trouve pas de conducteur partout; quant à installer une ligne spéciale en vue d’effectuer une opération géodésique, il n’y faut pas songer.
- La télégraphie sans fil, par contre, s’adapte merveilleusement à ces sortes de travaux.
- L’inconvénient que l’on est obligé de lui reconnaître quant au secret de la correspondance par suite de la dispersion des ondes dans tous les sens, devient ici une précieuse qualité puisqu’il est possible d’actionner les récepteurs d’autant de postes qu’on le désire.
- C’est pourquoi le Bureau des Longitudes, en particulier son président, M. Poincaré, a cherché à réaliser cette application de la télégraphie sans fil, application qui nécessite, il est utile de le souligner, une précision aussi grande que possible.
- La transmission de l’heure, en effet, peut être entachée d’une erreur de une demi-seconde ou même d’une seconde sans inconvénient, puisqu’une différence de quelques centaines de mètres dans la longitude, lorsqu’un navire fait son point, est insignifiante. Il serait seulement utile de donner l’heure absolument exacte à un navire qui voudrait entrer dans un port par un brouillard intense rendant invisibles les feux de la côte. Dans ce cas, le navire se contente de stoper en attendant qu’il puisse reconnaître sa route.
- Les opérations géodésiques demandent, par contre, une rigoureuse précision. Toute erreur apportée dans la détermination d’un lieu géographique a une importance capitale, car celle de la plupart des autres lieux avoisinants en dépend. Qu’en plein centre^ africain, dans les pays encore inexplorés, une erreur se produise et soit rectifiée par une mission étrangère, elle peut donner lieu à une source de conflits que la diplomatie devra apaiser.
- Les premières expériences effectuées en vue de l’emploi de la télégraphie sans fil en géodésie eurent lieu entre Paris et Brest sous la direction de M. Guyou ; elles furent tout à fait concluantes. Le Bureau des
- Longitudes chargea alors le commandant Ferrié de lui établir un système d’émission d’ondes qui fut suffisamment précis pour se plier aux rigueurs de cette science; en même temps, le commandant Ferrié était également chargé de résoudre le problème de la. transmission de l’heure sur les continents et les mers. Nos lecteurs savent comment ce dernier a été solutionné, nous n’y reviendrons pas.
- Pour ce qui concerne le service géodésique, on a utilisé un pendule à entretien électromagnétique établi d’après les données de M. Lippmann, auquel on a appliqué un dispositif spécial représenté par une légère lame métallique fixée à la partie supérieure du pendule, participant ainsi à ses mouvements. A la même hauteur, de chaque côté du pendule, sont disposés deux légers ressorts en argent reliés à un circuit de pile et rapprochés l’un de l’autre, d’une quantité telle que la lame métallique les touche très légèrement lorsque le pendule occupe la position verticale. Ce double contact établit une communication entre eux et le circuit de pile, effectuant l’envoi d’un courant de très courte durée dans un relai ; celui-ci provoque à son tour l’éclatement d’une étincelle entre les deux électrodes de l’appareil transmetteur. Nous disons d’une étincelle. Il s’agit, en effet, d’une étincelle unique, émettant un seul train d’ondes afin d’obtenir au moment voulu l’envoi d’un seul signal aussi bref que possible. C’est là une des conditions les plus indispensables à réaliser.
- Le pendule, installé dans un poste de télégraphie sans fil quelconque, rapproché autant que possible des lieux à déterminer si les appareils ne peuvent fournir que des ondes de faible longueur, ne bat pas la seconde. Il est réglé de manière à être en avance ou en retard d’une fraction de seconde bien déterminée, 1/100 par exemple. Nous verrons plus loin pourquoi.
- Supposons maintenant que nous ayons à déterminer la longitude de deux points À et B, éloignés l’un de l’autre d’une distance quelconque, notre poste de télégraphie sans fil, pourvu de son pen-
- 8. — m
- Pendule à entretien électromagnétique de la station de la Tour Eiffel.
- 38" année. — a0 semestre.
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- 114 HALAGE ELECTRIQUE A L EMBOUCHURE DE LA WESER
- dule, étant capable de les atteindre l’un et l’antre, À chacun de ccs points on installe un récepteur téléphonique de T. S. F. et un chronomètre pourvu d’un microphone. On comprend dores et déjà que les battements du pendule seront perçus distinctement dans le récepteur téléphonique puisque, en somme, ils constituent une simple transmission d’un point du système morse. En même temps le chronomètre à plaque vibrante est disposé de telle sorte que ses battements soient encore perçus dans le même récepteur. Une oreille attentive entendra donc à la fois le tic-tac dn pendule et celui du chronomètre, mais à des instants différents puisque le second bat exactement la seconde, tandis que le premier bat la seconde plus ou moins un centième de seconde, par exemple, avec, à des intervalles de temps égaux, une coïncidence entre les battements.
- Qu’un opérateur soit au téléphone de chacune des stations réceptrices. Le premier, celui du poste A, constatera une coïncidence au 65e signal, par exemple, son chronomètre marquant 2h5m15s. Le second poste B constate la coïncidence au bout de 75 batte-
- ments et il est 2h 5m 8S à son chronomètre. Dans ce deuxième poste, au 65e signal, il était par conséquent 2h 5m 8S — 12 f l 1 /100). La différence [2h 5™ 8S —12 (1 -+-1/100)] — 2h 5m 15s ou lm40s88 donne donc la longitude qui est 25m 15s 20.
- Pour obtenir une telle précision, il est indispensable que les chronomètres donnent l’heure exacte du lieu ; aussi chacun des postes doit-il être muni des appareils astronomiques nécessaires, lunette méridienne ou astrolabe, par exemple.
- Les études relatives à la réalisation de cette méthode ont été faites par MM. Driencourt, ingénieur, Claude, astronome à l’Observatoire du parc Mont-souris et le commandant Ferrié. Un certain nombre d’expériences ont eu lieu dans cet observatoire et dans celui de Paris qui recevaient les battements du pendule installé à la tour Eiffel; elles ont permis de reconnaître que la méthode n’est pas sujette à une erreur de plus de 1/100 de seconde de temps.
- Les installations électriques nécessaires à la détermination des longitudes par ce procédé entre Paris, Brest, Bizerte, Alger, etc., sont actuellement en cours d’exécution. Lucien Fournier..
- LE HALAGE ÉLECTRIQUE A L’EMBOUCHURE DE LA WESER
- La ville libre de Brême, lors des travaux de correction et d’approfondissement de la Weser inférieure, s’était engagée, en raison des grands avantages que l’essor nouveau de la navigation ne manquerait pas d’apporter à la ville et à la campagne, à créer un barrage pour remédier aux effets nuisibles de l’affaissement du lit dans le cours supérieur du fleuve.
- Ces travaux importants, dotés d’un crédit de 10 millions, comportaient l’installation de deux barrages, chacun de 54 mètres de longueur : ceux-ci comme les portes d’écluse, sont actionnés automatiquement par la pression de l’eau dans le bief supérieur, une fois que leur réglage a été opéré. Les turbines, disposées entre les doubles barrages et les écluses, utilisent l’énergie rendue disponible par les premiers, soit 16 000 chev. pour les usines d’électricité de la ville de Brême.
- Pour ne pas entraver la navigation si animée du lleuve, on a prévu l’installation de deux écluses juxtaposées, l’une de 70 mètres, l’autre, plus grande, de 550 mètres de longueur ; celle-ci peut recevoir un train remorqueur tout entier avec des bateaux remorques de 750 tonnes.
- Cette installation faite à la frontière Est du territoire de Brême mérite de fixer l’attention, non seulement par ses dimensions fort imposantes, mais par le nouveau système de halage électrique, qu’on a eu l’occasion de mettre en œuvre en cette occurrence.
- Les écluses ne pouvant donner passage qu’à un nombre limité d’embarcations (entraînées, soit par leurs propres moyens, soit par des remorqueurs), on a songé d’abord, pour accélérer le trafic et la vitesse de passage, à recourir à l’emploi des locomotives de halage électriques.
- Le mur de 6,5 m. de largeur, situé entre les deux écluses, et qui en limite le côté nord, devait servir de chemin de roulement à la locomotive remorqueuse, mais il aurait fallu, dans le cas d’une locomotive de halage du système courant, installer deux voies parallèles reliées par une voie d’évitement.
- On aurait dù, par suite, renforcer considérablement la couronne du mur, ce qui ne serait pas allé sans majorer considérablement les dépenses d’installation.
- Un obstacle plus sérieux encore était la délimitation du profil libre par les nombreux dispositifs de commande des portes d’écluses, et le danger très considérable introduit, dans le trafic sur le mur, par la présence de rails si nombreux.
- C’est pourquoi l’Allgemeine Elekricitàts-Gessell-schaft, chargée de cette installation, a renoncé à l’emploi de locomotives du type ordinaire, en employant à leur place les engins en forme de portail représentés aux figures 1 et 2, et dont la hauteur suffit pour permettre le passage libre de tous les organes de commande, cabines de mécanicien, poteaux de ligne électrique, etc. Les constructeurs
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- LES PENDULES A LONGUE MARCHE
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- ont aussi dù assurer le passage libre au-dessous d’une passerelle qui sera construite dans un prochain avenir.
- plees entre elles, de façon à utiliser entièrement la force d’adhérence totale. L’effort tractif de 1500 kilogrammes, exigé aux termes du contrat, a été fourni sans peine, lors des expé-' riences officielles.
- L’avantage principal de l’engin, c’est qu’il permet de réduire à deux le nombre de rails couvrant la couronne du mur.
- Comme, du reste, ces rails se trouvent disposés aux bords extrêmes de la couronne, aux endroits les plus résistants (grâce à la ma-
- Fig. i. — Portique roulant servant de locomotive électrique sur le canal du Weser.
- Comme les parois latérales (d’une largeur maxima de 700 millimètres) ne comportaient pas l’espace nécessaire pour loger le moteur, il fallait le disposer en haut, au niveau de la poutre transversale.
- C’est un moteur à courant triphasé entraînant la locomotive-portail, par l’intermédiaire d’un engrenage et de deux paires doubles de roues coniques. Les deux roues de chaque côté de la locomotive sont accou-
- Fig. 2. — Le portique remorquant un train de bateaux dans une écluse.
- connerie des deux côtés), le haut du mur est presque entièrement dégagé de rails et ne nécessite aucun renforcement. D1 A. Gradejnwitz.
- LES PENDULES A LONGUE MARCHE
- Augmenter la durée de marche des montres et des horloges, c’est un problème à la solution duquel se sont attelés de nombreux chercheurs. Ces essais ont eu des fortunes diverses.
- L’académicien de Camus a donné dans son Traité des forces mouvantes, publié en 1722, la description d’une pendule à poids de son invention marchant un an sans avoir besoin de se remonter. Les poids pesaient -41 livres. Une trentaine d’années plus tard le mécanicien de Rivaz construisit une pendule à ressort marchant également un an, et en 1758 l’horloger Romilly, Genevois établi à Paris, présenta à l’Académie une montre pouvant aller 578 jours sans être remontée.
- Cette montre n’employait comme moteur qu’un ressort à peine plus fort que ceux ordinaires. La durée extraordinaire de sa marche —théorique — était la conséquence de l’emploi d’un balancier à vibrations lentes permettant à l’une des aiguilles de marquer réellement la seconde au lieu de sautiller comme font encore les trotteuses de nos jours. Les roues et les pignons étaient calculés dans le rouage de manière à produire 52609 200
- vibrations avec les 8 tours trois quarts de fusée que le ressort permettait de développer. Ce nombre de vibrations correspondait à celui des jours de marche indiqué plus haut.
- On ne sera pas étonné d’apprendre, qu’en fait, la montre de Romilly ne pouvait même pas marcher six mois. La force motrice était tellement faible que les résistances inhérentes au fonctionnement des- organes arrivaient facilement à l’annihiler.
- Il en fut de même des pendules annuelles do Rivaz. Elles auraient cependant pu réussir, dit Rerlhoud dans son Histoire de la mesure du temps, si l’auteur « eût été plus versé dans la pratique de l’art )).
- Le peu de succès de ces tentatives lit laisser de côté pendant de longues années le problème qui ne fut repris industriellement que dans le dernier quart duxixc siècle1.
- 1. Il y eut cependant, dc-ci de-là, quelques tentatives individuelles assez heureuses. C’est ainsi que le Conservatoire des Arts et Métiers possède 2 régulateurs annuels, l’un de Ferdinand Berlhoud, l’autre de Jacob.
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- 11 y a vingt ans environ, Meister produisit sur le mar- I ché des pendules annuelles dans lesquelles il semblait |
- Fig. i. — Tube thermomètrique de compensation d’une pendule annuelle. — Fig. 2. — Le tube de compensation en place, vue en plan. — Fig. 3. — Le tube de compensation en place, vue en élévation.
- qu’on eût enfin réalisé, de la façon à la fois la plus ingénieuse et la plus simple, les desiderata des anciens chercheurs.
- Dans ces pièces, la durée de marche était obtenue avec un mouvement et un ressort de pendule ordinaire, grâce à la lenteur des oscillations d’un balancier à torsion 20 fois moins rapide que les balanciers ordinaires. Ce balancier était constitué par une sorte de disque métallique lourd suspendu à un fil d’acier et animé d’un mouvement de va-et-vient horizontal.
- Construites en Allemagne, après la ruine de Meister, mais d’une façon rudimentaire, ces pendules dites « 400 jours » se vendirent très bon marché. Mais on ne fut pas long à s’apercevoir qu’elles donnaient aux températures des écarts véritablement formidables. On n’était pas obligé de les remonter toutes les semaines, mais il fallait les remettre à l’heure à chaque instant !
- La variation du module de torsion de l’acier employé entraînait des écarts qui n’étaient pas inférieurs à 15 secondes par degré et par 24 heures. Une simple variation de 6 degrés dans la température d’une chambre, du soir au matin, se traduisait ainsi par un écart de une minute et demie, dans les meilleures conditions.
- Il était impossible de songer à corriger un pareil écart par un système compensateur.
- L’introduction dans le domaine de l’horlogerie des aciers au nickel, qui ont rendu de si importants services à la chronométrie, a permis d’obtenir enfin cette compensation.
- M. Grivolas qui depuis quelque temps-déjà cherchait à établir en France des pendules à longue marche de meilleure qualité .que celles d’Allemagne, si défectueuses comme réglage, eut un jour l’idée que les alliages Guillaume, aux propriétés si singulières, pourraient solutionner une question dont il commençait à désespérer.
- Des études faites par M. Ch.-Ed. Guillaume, il résulte que trois causes de variation existent dans les pendules employant comme régulateur un balancier horizontal et se traduisent par un retard considérable au chaud. Ces trois causes sont la dilatation de l’organe de suspension, la variation du module de torsion
- de cet organe et la ddatation de la masse oscillante.
- Les deux dernières agissent en sens opposé à la première. Mais la somme de leurs effets est bien plus considérable que celui de dilatation de la lame de suspension. Il ne saurait donc y avoir de compensation possible de ces effets les uns par les autres. Du moins avec l’acier ordinaire.
- Le module de torsion de cet acier diminue à mesure que la température augmente et cela justement alors que la dilatation de la masse oscillante contribue à augmenter la résistance de l’air ambiant aux oscillations.
- On voit que, pour avoir chance de réaliser une compensation il faudrait constituer la suspension en un métal ou alliage dont, au contraire, le module de torsion augmenterait à mesure que la température monterait.
- Or cet alliage existe. C’est l’acier au nickel renfermant entre 30 et 46 pour 100 de nickel.
- Et l’on peut toujours constituer le ruban ou fil de suspension d’un alliage de ce genre tel que la variation du module de torsion, tout en étant très petite, soit de sens convenable pour que la masse oscillante, faite d’un métal ou d’un alliage usuel, réalise la compensation thermique. L’alliage en question se trouve au voisinage des teneurs de 30 et 46 pour 100 en nickel.
- Lorsqu’il s’agit de pièces de précision, on peut chercher la réalisation mathématiquement exacte de la compensation, soit en choisissant un alliage la donnant automatiquement, soit en aboutant deux sections métalliques différentes, l’une constituée par un alliage à module
- Fig. 4. — Une pendule annuelle vue par derrière. En B suspension demi-cardan du fil A. La plaque C peut se dévisser pour toucher à l’échappement dont les dents pointues apparaissent en D.
- quelconque positif, l’autre faite d’acier ordinaire à modifie négatif qui servira de correcteur.
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- Le réglage se fera en modifiant les longueurs respectives des deux sections.
- Lorsqu’il s’agit de pendules ordinaires, dans lesquelles on désire autant que possible réduire les frais de construction, M. Grivolas procède de la manière suivante.
- Sa suspension est constituée par une lame d’acier au nickel simplement susceptible de donner un réglage approché. La compensation complémentaire est obtenue par le déplacement, à l’intérieur de la masse oscillante, d’une goutte de mercure se rapprochant automatiquement du centre ou s’en éloignant sous l’influence des variations de température.
- La figure 1 représente la forme fondamentale du tube thermométrique. Le liquide très dilatable est en À, le mercure en B, D est le réservoir central qui permet le déplacement de l’extrémité de la colonne mercurielle.
- Les figures 2 et 5 donnent la vue en plan et en élévation dans la masse oscillante du tube convenablement replié dans les coudes II et 0 duquel le mercure doit toujours être amorcé1.
- Dans la pratique, les tubes affectent une forme un peu différente de celle schématique indiquée par les gravures, forme imposée par l’obligation de satisfaire à certaines lois de la physique.
- La figure 4 représente la disposition à l’arrière du mouvement du fil de suspension A accroché en B au
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- moyen d’un système demi-cardan. La plaque C, amovible, permet d’enlever l’ancre et de faire défiler le rouage comme celui d’une pendule ordinaire lorsqu’on a quelque vérification à faire au mouvement. On voit d’ailleurs en dessous de cette plaque, en D, les dents pointues de la roue d’échappement dans l’une desquelles est engagée une des levées de l’ancre. L’aspect général extérieur des nouvelles pendules 400 jours est très varié. Le balancier lui-même se prête à la décoration et les cabinets peuvent s’harmoniser de tous les styles.
- Ces pendules ainsi établies et dont le réglage peut être assuré et conservé, grâce à la collaboration de MM. Guillaume et Grivolas, sont maintenant entrées vraiment dans le domaine de la pratique. On peut les abandonner sur une cheminée sans crainte d’avoir à noter des écarts formidables d’un jour à l’autre comme on en constatait sur les modèles rudimentaires que nous envoient encore nos voisins d’outre-Rhin.
- Il est intéressant de constater que les résultats ainsi obtenus l’ont été scientifiquement. Ce n’est que par une rigoureuse application des lois physiques que le principe des oscillations lentes du balancier horizontal a pu sortir ses conséquences utiles.
- Une fois de plus l’horlogerie a démontré que si elle constitue un art merveilleux, elle ne peut vraiment faire de progrès sans le secours d’une science rigoureuse.
- L. Reverchon,
- CHRONIQUE
- La main droite et la main gauche. — La question de savoir pourquoi l’homme est droitier, et non gaucher ou ambidextre, a été très souvent discutée. La plupart du temps on a voulu voir dans cette dyssymétrie de fonctions le résultat d’une dyssymétrie biologique, mais c’est là une opinion qui a été non moins souvent réfutée : les animaux les plus proches de l’homme sont en effet des ambidextres. M. R. Hertz, qui vient de reprendre la question dans la Revue philosophique, en trouve dans une. autre direction une solution originale. Pour lui, ce qui détermine la prédominance universelle d’une main sur l’autre, c’est l’état des croyances religieuses de l’homme primitif.
- Pour celui-ci, le monde est conçu sur un plan essentiellement dualiste : il oppose le sacré au profane, le haut au bas, l’homme à la femme, le jour à la nuit, le droit au gauche. Tout ce qui est dans la première catégorie est noble, tout ce qui est dans la seconde est vil : on en restreint le plus possible l’usage qui est dangereux. Ainsi, chez certains peuples, la main gauche est liée pendant tout le cours de l’enfance. Cette polarisation retentissant fatalement sur le corps humain, il a suffi entre les deux mains de la plus légère dyssymétrie organique pour servir à déterminer le sens de cette différenciation entre les mains, qu’elle n’aurait pas suffi seule à créer sans l’intervention de cette conception religieuse.
- LE COMMERCE DE LA GLACE AU CANADA
- Nous n’en sommes plus à l’époque où tout Français admettait comme un dogme indiscutable que le Canada n’était qu’une vaste solitude neigeuse et glaciale, parsemée çà et là de quelques villes dont les habitants ne survivaient que par miracle aux rigueurs de leur hiver. — liais la légende est tenace. Le voyageur provoque encore bien des sourires d’incrédulité quand il se hasarde à remarquer que l’été est plus chaud au Canada que dans le centre de la France. Voulez-vous taquiner un Canadien? Vantez avec enthousiasme les beautés de son
- 1. C’est à l’illustre horloger français Pierre Le Roy, qui posa, il y a cent cinquante ans, les principes de la chronométrie moderne, qu’est due la première idée de l’application des tubes thermomêtriques à deux liquides à la compen-
- hiver! Il protestera que son pays n’est pas .une succursale des terres arctiques, bien qu’elles* lui soient limitrophes. Et il vous conviera à revenir au Canada dès la fin d’avril, quand les immenses prairies revêtent en quelques jours, brusquement, leur manteau d’herbe tendre et de fleurs.
- De fait, dès la mi-mai, la glace serait introuvable dans tout l’Est et le Centre du Canada, si l’on ne prenait pas la précaution d’en emmagasiner de grandes quantités au cœur de l’hiver. Et c’est là une industrie des plus prospères, qui a donné naissance
- sation des chronomètres. Il l’appliqua à l’horloge marine de sa construction que l’on peut voir à notre Conservatoire des Arts et Métiers. Il y renonça plus tard et remplaça ce système par le balancier à serge bimétallique.
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- à de puissantes usines, comme celle de Arctic Ice Company installée aux environs de Winnipeg.
- La récolte de la glace ne commence guère que dans la seconde quinzaine de novembre, quand les lacs de la région sont assez profondément congelés pour fournir des blocs d’une épaisseur de 0,60 m. à 0,80. C’est aussi le moment où les cultivateurs, renonçant au travail des champs, viennent offrir aux usines une main-d'œuvre à bon marché.
- Fig. i. — Une charrue creuse des sillons sur la surface congelée.
- La première opération (fig. 1) consiste à labourer la surface du lac, à l’aide d’une charrue à traction animale dont le soc comporte sept ou huit couteaux d’un acier dur et coupant, qui creusent un sillon d’une profondeur de 0,55 m. à 0,40 m. C’est, en somme, la partie la plus délicate de la besogne, car l’ouvrier qui l’exécute doit tracer les sillons
- Fig. 2. — Fourche spéciale poulie découpage de la glace.
- en lignes rigidement droites, la forme régulière des blocs facilitant la manutention et l’emmagasinage. Quand il a fini de tracer les sillons dans un sens, à intervalles de 0,45 m., il en creuse d’autres à angles droits, à intervalles de 1,20 m. La surface du lac présente maintenant l’aspect d’un vaste damier, aux cases rectangulaires.
- Des hommes s’occupent alors à
- Fig. 3. — La glace amenée à l’élévateur par des chenaux.
- découper le damier par tronçons de 20 blocs, en se servant d’une fourche dont les deux dents (fig. 2) sont longues, plates et coupantes. Malgré son épaisseur, la glace se fend avec une facilité incroyable, sous les coups secs appliqués au creux du sillon. Les ouvriers détachent ainsi des masses compactes de 20 blocs qu’un seul homme est de force à faire flotter dans la direction del’usine.Unnouveau découpage sectionne ces masses en tronçons de 5 blocs, qui, sous la
- Fig. 4. — Élévateur avec plan incliné et chaînes de transmission.
- poussée d’un autre ouvrier, s’engagent dans un chenal (fig. 5). A mesure qu’ils passent devant lui, un homme, armé de la fourche que nous venons de décrire, achève le sectionnement. Et, détachés les uns des autres,
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- les blocs s’acheminent vers l’élévateur.
- Celui-ci consiste en un plan incliné le long duquel une chaîne sans fin hisse les blocs et les expose à l’action de deux lames coupantes qui débarrassent leur face supérieure de la couche de neige durcie qui la recouvrait. Une autre chaîne sans fin, que l’on distingue nettement sur l’une de nos photographies (fig. 4), transporte col le neige sur le rivage du lac ou de la rivière, où elle forme bientôt de véritables collines, jusqu’à ce que les chaleurs du
- Fig-. 5. — Transport de i3 tonnes de glace.
- printemps la fassent fondre. La glace est maintenant d’une limpidité parfaite; elle est prête pour l’emmagasinage. Des ouvriers la font glisser sur un plan incliné ; et les blocs viennent se ranger sur de longs traîneaux d’une capacité de transport de 15 tonnes. Aidés par des rainures pratiquées dans la glace, et dans lesquelles les patins courent comme sur des rails, deux chevaux traînent aisément cette énorme charge (fig. 6),
- Les blocs sont amenés au pied d’un nouveau plan incliné ; et une chaîne sans fin les hisse dans l’inté-rieur du storage-liouse (entrepôt), où ils attendront la fin de l’hiver pour acquérir une valeur marchande. L’entrepôt (fig. 7) de l’Àrctic I,ce Company emmagasine une vingtaine de mille tonnes, auxquelles le 'voisinage de Winnipeg, dont la population a triplé en moins de dix ans, et qui compte actuellement plus de 120 000 âmes, assure un constant débouché.
- Même au cœur de l’hiver, les habitants de Winnipeg font une grande consommation de glace, et les traîneaux de livraison de la compagnie leur en apportent quotidiennement des quantités. Notre correspondant, M. W. Carver, nous explique cette anomalie : les ménagères de Winnipeg ont
- Fig. 6. — Manipulation des blocs.
- rem arqué que l’eau obtenue par la fon te de cette glace lave mieux le linge que l’eau fournie par les réservoirs municipaux. Et l’économie de savon leur permet de récupérer amplement le cent (un sou) que leur coûtent 2 kilogrammes de glace.
- Mais la consommationde glace prend des proportions inouïes pendant l’été. Les plus pauvres familles possèdent une glacière que Yiceman réapprovisionne chaque matin. Des œuvres de bienfaisance distribuent de la glace aux indigents. Et le voyageur qui s’embarque sur un train, même pour puiser à discrétion à la fontaine d’eau g
- Fig. 7. — Aspect d'ensemble de l’usine à glace de Winnipeg.
- un trajet de quelques minutes, compte parmi ses privilèges celui de lacée disposée dans un coin du wagon. V. Forbin.
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- LES GARGANTAS DU HAUT=ARAGON
- La vieille Europe n’a pas fini de livrer les secrets de sa géographie physique à ceux qui veulent bien se donner la peine d’en scruter les détails encore ignorés ; nous disons peine, terme des plus appropriés, car ce n’est pas sans un rude labeur et souvent même un formel péril que l’on découvre, depuis peu d’années, d’admirables sites, et même de nouvelles lois hydrauliques, au fond des cluses des Alpes, comme au fond des gargantas et des barrancos pyrénéens.
- Pour ces derniers, M. Lucien Briet s’est, depuis dix ans, acquis la spécialité d’interroger, l’une après l’autre, les mystérieuses gorges jusqu’à présent à peu près impénétrées du revers méridional du Mont-Perdu, dans la partie du Haut-Aragon qui s’étend entre l’Ara, le Gallego, le Cinca et les plaines del’Èbre.
- Là, en effet, se cachent des merveilles, des paysages de toute splendeur, des phénomènes géologiques et hydrologiques du plus haut intérêt, dont l’étude complète et rectifie, principalement dans leurs détails, les travaux orographiques de MM. Mallada, Wallon, Saint-Saud, Schrader et A. Tissandier.
- A diverses reprises, M. Briet nous a donné ici même1 des aperçus de ces grandes curiosités, et si nous n’avons pu, faute de place et à cause de la similitude des sujets, poursuivre actuellement la publication de sa série de recherches, du moins nous semble-t-il aujourd’hui nécessaire d’attirer l’attention sur l’ampleur qu’elle est arrivée à prendre.
- L’investigation du bassin supérieur du rio Yero notamment constitue une « véritable découverte ».
- 1. Voir dans La Nature les tables des années 4902, 4905, 1904,4905 et 4906 ; puis celles du Cosmos, années 4907 et 4908.
- Là, cinq défilés se succèdent, la garganta de Lecina, le défilé de los Oscuros, le défilé de las Clusas, la garganta de Villa Cantal et la garganta de Alquézar, ayant chacun un cachet spécial, et où affluent des barrancos absolument extravagants, dits delà Choca, de la Fuente, de las Gargantas, etc. Dans le défilé de los Oscuros, comme au Pas de l’Imbut du canon du Verdon, ou comme au lac sombre du canon d’Ol-hadibie, on ne sait plus si l’on se trouve dans une
- caverne, au sein d’un entassement de ruines, ou à l’intérieur même d’un courant d’eau.
- La quantité de chaudrons que renferment les gorges du rio Yero, dit M. L. Briet, est quelque chose de prodigieux. On ne saurait trop insister sur ce côté de leur caractéristique, résultat d’un labeur tour-billonnaire intense.
- « Au niveau de l'eau nous nous trouvâmes dans une situation critique, tout passage semblait interdit, d’énormes blocs créant une barricade peu commode à doubler..., en marchant, de façon à éviter une chute, qui pourrait tourner au tragique, car il existe des interstices, des crevasses, rebelles à un sauvetage imprévu et pleines d’eau noire ».
- On sort par-dessous un surplomb exagéré, mais qui affectait toute la grâce d’une œuvre d’art, le rio Yero s’échappant comme de la bouche d’une caverne.
- « L’usure infatigable de l’eau se décelait plus particulièrement à même un étroit chenal de 2 m de profondeur que l’on enjambait sans difficulté. Sous ce surplomb et sous cet éboulement, si intimement entrelacés, existaient, comme au cœur d’une pyramide, des salles, des cryptes, des cachettes, exiguës ou spacieuses, qui se succédaient, qui s’embrouil-
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- Fig. 2. — Eslrecho de las Clusas.
- laient, reliées par des porches, des boyaux, tout un I nous contentant, à tout hasard, quand il faisait trop système artériel, que nous pûmes parcourir, en I nuit, de brûler des allumettes.
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- « Un pont naturel servait d’apothéose et jetait au-dessus du chaos de los Oscuros comme un arc triom-
- « Les gorges du rio Vero sont des cluses achevées. Le torrent qui les parcourt ne mérite plus, en raison de sa faiblesse, d’élre considéré comme un agent d’érosion sérieux.
- Dans leur profil en long, ces gorges accusent une dénivellation de, 124 m. sur 12 km de distance, soit 10,45 m. pour 1000, comptés depuis la fontaine de Lecina (Br. 687 m.), jusqu’au pont del Molino (Br. 565 m.).
- On n’y rencontre que des rapides et deux ou trois sauts ne dépassant pas chacun 2 m.
- Il n’en était pas de même à l’origine du quaternaire. Lorsque le bassin de Lecina était encore un lac, un formidable Niagara tonnait dans les
- Fig. 3. — Ctteva Cocineta.
- phal. Dans l’intérieur de cette arcade, et circonscrite par elle, une deuxième arche se recourbait. »
- Hors du vestibule de los Oscuros, le rio Vero déviait, et, glissant sur une banquette défoncée, par le moyen d’une insignifiante cascade, tombait dans un couloir entre les parois duquel ses eaux s’enfuyaient, sombres et verdâtres, étreintes comme par un étau.
- Au bout se trouvaient la jonction,
- Fig. 4. — Los Oscuros.
- Fig. 5. — S alto de Roldan.
- jusqu’alors ignorée, avec la cluse de la Cueva Cocineta.
- Selon M. Lucien Briet:
- gorges du rio Vero. Le souvenir de cette chute plane sur l’estrecho de las Clusas où des terrasses étagées marquent des crans de descente et où d’immenses girations ont excavé et rongé effroyablement le calcaire ! Et il ne faut plus invoquer les crues modernes à l’appui d’un sürcreusement ou de grandes ablations à venir, attendu que la rareté des pluies dans la région les rend de moins en moins fréquentes. »
- Le croquis schématique joint à cet article représente le bassin supérieur du rio Vero et la vallée de Rodellar.
- Ces bassins sont parcourus par des torrents desséchés, contrairement au long couloir étroit qui les sépare et qui, quant à lui, contient un torrent, l’Isuela de Barced, cou-
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- lant sans relâche depuis son extrême origine. Ce n’est qu’à la base même de leurs bassins supérieurs que les lits du rio Yero et du rio de Mascun commencent à offrir un courant, émané de deux splendides sources vauclusiennes, résurgences manifestes des eaux infiltrées au-dessus d’elles.
- Ceci est d’autant plus curieux que, beaucoup plus à l’ouest, le bassin supérieur du rio Flumen présente un phénomène analogue.
- « Creusé en plein calcaire éocène, comme les bassins supérieurs du rio de Mascun et du rio Yero, le bassin supérieur du rio Flumen ne manque pas, lui aussi, d’absorber ses eaux superficielles, mais avec cette différence que le phénomène de capture, totalement accompli chez les deux premiers au profit des résurgences de Lecina et de Mascun, est resté en voie d’opération à Santa Maria, où le Flumen coule encore pour un tiers dans son lit extérieur.
- Des excavations percent les falaises qui encadrent le défdé à son début; il serait à souhaiter que la principale de ces grottes, la cueva de Toro, dont l’exploration s’impose, renfemât quelque abîme
- en communication avec le mystérieux courant de la fontaine de Cien-fuens.
- Ce cas hydrologique ne confirme-t-il pas une fois de plus la théorie de l’enfouissement progressif des eaux de la périphérie terrestre?
- Il viendra sûrement un jour où les ravins de Lusira et de Àscaso seront aussi arides que le Barranco de Belsué1 ».
- Terminons en disant que l’auteur de ces études projette de les réunir en un ouvrage géographique et descriptif, sur les gar-gnatas et les barrancos du Haut-Aragon.
- Nous souhaitons vivement voir paraître au plus tôt cette monographie de l’étrange région des cluses espagnoles.
- A. Stiîryat,.
- SOBRARBRE Bassin, du Rio Ara
- Fig. 6. — La région des Gargantas du Haut-Aragon.
- L’INDUSTRIE DES FRUITS SECS
- La dessiccation des fruits constitue un procédé de conservation d’autant plus pratique et avantageux que la culture fruitière est le jouet des saisons, et que l’irrégularité des récoltes entraîne avec elle d’énormes variations de cours.
- Le séchage vient donc faciliter la conservation et la vente des produits, sauver la récolte, lorsqu’il y a surproduction, et lui donner -une réelle plus-value.
- Par suite de la réduction de poids et de volume, les fruits, perdant 75 à 80 pour 100 de leur poids, peuvent atteindre tous les marchés, même les plus éloignés, grâce à la réduction notable des frais de transport.
- La vulgarisation de l’industrie du séchage, industrie qui peut être rurale ou urbaine — suivant que la récolte est traitée par le producteur ou dirigée sur des usines spéciales — est donc appelée à rendre de très grands services, au triple point de vue agricole, économique et alimentaire; et si l’on considère, d’une part, le chiffre sans cesse croissant de l’exportation
- des fruits secs des États-Unis, du Canada, de Californie en France, et d’autre part les débouchés considérables qui s’offrent aux producteurs français, notamment en Angleterre où l’importation des fruits secs de toutes sortes se chiffre par 5 525 770 £, soit 85 142 750 fr. annuellement, on peut se rendre compte des profits que procurerait cette industrie développée dans toutes les régions de production fruitière.
- L’industrie de la prune sèche, prune d’Ente ou d’Agen, dans le Lot-et-Garonne, se traduit, bon an mal an, par plus de 20 millions de francs; dans les départements voisins, la production se chiffre par environ 40 millions de francs. Ces simples chiffres donnent une idée des bénéfices qui pourraient être
- 1. Voir Lucien Briet : la crevasse d’Escoaitr, le Paso de los Devotas (1903) ; le long du rio Ara ; le défilé de VEn-tremon (1904); la vallée de Vio (1905); le bassin supérieur du rio Vero (1906) ; les gorges du Flumen et le sallo de Roldan (1907); les grottes de Baslaras; autour de la Sierra de Guara (1908).
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- réalisés par le séchage des pommes, poires, abricots, pêches, prunes, raisins, figues, pratiqué dans les pays favorables au développement des cultures fruitières et des industries de transformation des pro-
- duits de ces cultures. Tandis qu’en France, on vend, par les années d’abondance, les fruits à des prix dérisoires, parfois à 2,50 fr. les 100 kg et que même on donne de très beaux fruits, des pommes Reinette grise et Reinette dorée, aux porcs, faute de pouvoir les vendre, ce qui eut lieu, notamment, en 1904, les Allemands préparent la pomme sèche en quartiers (schnitzen), qui se vend 1,80 fr. le kg, et les Américains nous envoient leurs white fruits (pommes désséchées en disques ou en quartiers), et leurs chops (pommes sèches en tranches), que nous appelons, en France, pommes amirales, et avec lesquelles nous fabriquons du cidre dit de pommes sèches. On voit que, par intérêt autant que par amour-propre national, nous devrions développer cette industrie des fruits secs qui, d’ailleurs, ne nécessite pas de connaissances très spéciales ni de gros capitaux. En Californie et en Espagne, les séchoirs sont de véritables édifices comprenant deux chambres de 25 à 50 mètres de longueur sur 2 m. 50 à 5 mètres de largeur et autant de hauteur. A l’une des extrémités est placé un puissant calorifère; dans les cloisons des chambres sont installés deux ventilateurs appelant l’air chaud et le refoulant dans ces chambres oh pénètrent des wagonnets portant des claies char-
- gées de fruits. Une installation de ce genre permet de dessécher, en cinq jours, 100 à 125 tonnes de fruits.
- En France, on a fait usage, jusqu’à présent, des fours et des étuves qui ne donnent qu’une dessiccation très imparfaite, car la distribution et la circulation de l’air chaud se font mal, l’opération est relativement longue, et souvent le fruit est cuit et recuit. Mais de sérieuses améliorations ont été apportées à la pratique de la dessiccation. Dans le Calvados, on a imaginé, pour le séchage des pommes, une installation qui consiste en une machine à vapeur mettant en mouvement un ventilateur qui chasse l’air, déjà réchauffé par une chaudière, dans un appareil tubulaire comprenant 155 tubes de 50 millimètres de diamètre. Sur une cheminée de 1 mètre de côté et 5 mètres de hauteur, et à chaque angle, se trouvent quatre chaînes sans fin posées sur des tourillons. Les pommes, préalablement coupées en morceaux de 5 millimètres d’épaisseur, à l’aide d’un hache-pommes, sont étalées sur des claies à claires-voies, lesquelles sont placées de haut en bas sur les tourillons de la cheminée et transposées au nombre de dix. Au bout de dix minutes, l’air chaud
- Fig. 2. — Évaporaleur horizontal, à débit moyen (type du Dr Ryder).
- ayant agi sur les pommes à raison de 25 mètres cubes par minute, à une température de 90° à 100°, on retire la claie inférieure portant les pommes sèches, on la remplace en haut par une autre claie chargée de fruits frais, et ainsi de suite. Les pommes
- Fig. jc. — Une installation de séchage comprenant deux évaporateurs accouplés (type du Dr Ryder).
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- ainsi traitées ont tous les éléments de la pomme fraîche, et peuvent se conserver en barils plusieurs années; 25 à 28 kg de pommes sèches renferment autant de principes constituants que 100 kg de pommes fraîches.
- Cette méthode de dessiccation exigeant un certain emplacement et des frais assez élevés de premier établissement, ne pourrait être appliquée partout; aussi est-il plus avantageux d’employer les évaporateurs à débit variable, suivant l’importance que l’on désire donner à cette industrie. Ces appareils sont facilement démontables et transportables. Les principaux types d’évapora-teurs, ceux de Waas, de Reynold, de Trit-schler et du Dr Ryder, fonctionnent d’après le même principe. On doit, évidemment, s’adresser à ceux qui • utilisent le mieux la chaleur. Le séchoir à fruits comprend deux parties principales : le calorifère ou foyer et le séchoir proprement dit; ce dernier est tantôt vertical, tantôt horizontal. Le système imaginé par le Dr Ryder (fig. 1 et 2) est composé d’un foyer à double enveloppe et d’une caisse légèrement inclinée reposant sur le foyer par sa partie la plus basse. L’air sec et chaud venant du foyer traverse la caisse, entre en contact avec les fruits, entraîne sous forme de vapeur une partie de l’humidité, qu’ils contiennent, et sort par l’ouverture située à l’extrémité supérieure de la chambre de séchage. L’air chaud monte d’autant plus facilement que l’air frais rentre continuellement par le bas ; il y a donc un tirage continu et très énergique sans l’aide de ventilateurs ou aspirateurs. Les compartiments de la caisse contiennent un certain nombre de claies. La température dans les deux compartiments diffère légèrement. Avec une température de f00° C. dans le compartiment supérieur sur le foyer on a environ 80° près de la sortie. Dans le compartiment inférieur, la température est plus’ basse dans la même proportion de 10° à 20°. On peut ainsi faire agir la chaleur sur le produit, à volonté, d’une façon plus ou moins forte, en augmentant ou diminuant, et régler la température dans la caisse. Les gaz provenant de la combustion s’échappent par un tuyau latéral.
- Les petits évaporateurs peuvent être placés n’importe où, même en plein air, quand le temps est sec, et pourvu que le vent ne repousse pas l’air s’échappant de l’appareil.
- Les évaporateurs à grand débit peuvent être installés sans aucun travail de maçonnerie, mais il est recommandable de faire cette installation dans un local permettant de placer les fourneaux en cave ou
- en sous-sol par exemple (fig. 1).
- Les claies sont formées par des cadres en bois auxquels est fixée une toile métallique en fil de fer étamé. Avec le séchoir du Dr Ryder, on peut, suivant le débit, sécher de 120 à 2250 kg de pommes fraîches en vingt-quatre heures, à la température de 80° à 90° C. Les 100 kg de pommes fraîches donnent environ 15 kg de pommes sèches.
- Dans d’autres évaporateurs (fig. 6), le jeu de claies est disposé verticalement entre les montants fixés au-dessus du calorifère; un cadre mobile, extérieur aux montants, est muni de taquets qui s'engagent au-dessous des oreilles fixées aux claies ou tiroirs, et, par l’intermédiaire de chaînes reliées au cadre, et d’un petit treuil, toute la colonne de tiroirs peut être soulevée pour dégager les claies inférieures chargées de fruits séchés; on place alors, à la partie supérieure, des claies garnies de fruits frais. Une trémie renversée, mobile, s’ajustant sur le tiroir supérieur, assure un meilleur tirage pour l’air chaud ;
- au moyen d’un thermomètre on surveille la marche de la dessiccation. Pour déterminer le moment favorable à la progression des claies, on divise le temps nécessaire à la dessiccation par le nombre de claies. Ainsi, avec un évaporateur à douze claies et une durée de six heures pour le séchage, chaque claie devra progresser toutes les demi-heures.
- On convient que pour réduire les frais de main-d’œuvre, dans cette industrie, il y a avantage à se servir d’appareils mécaniques permettant de préparer rapidement les fruits à sécher. Pour les pommes on emploie une machine cà peler, qui enlève aussi les pépins (fig. 5), et une machine à couper, petit appareil composé de neuf lames, avec lequel on débite les pommes en ronds entiers de 7 mm
- Fig. 3.
- Machine pour peler les hommes.
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- d’épaisseur (fig. 4). On a constaté qu’il est très utile, dans beaucoup de cas, d’étuver les fruits avant de les passer au séchoir ; par ce procédé on accélère la dessiccation et on améliore la qualité du produit. L’étuveur est composé d’un générateur et de la caisse destinée à recevoir les fruits. Un tuyau conduit les vapeurs du générateur à l’étuveur, d’où elles sortent par une ouverture spéciale ; l’étuveur doit être hermétiquement clos pendant l’opération (fig. 5).
- Avec un évaporateur de famille, par conséquent à petit rendement (fig. 6), on peut sécher 100 kg de pommes en douze heures. L’appareil chauffé au coke ne dépense que 0 îr. 75 auxquels s’ajoutent 2 fr. 50 de main-d’œuvre et 0 fr. 50 pour amortissement de l’appareil, soit pour 100 kg de pommes séchées, une dépense totale de 5 fr. 75 aü maximum. Les 100 kg de pommes fraîches donnent 12 à 15 kg de pommes sèches, d’une valeur moyenne de 12 fr. Les pommes fraîches se trouvent donc vendues à raison de 8 fr. 25 le quintal, prix qui n’est pas atteint dans les années d’abondance.
- En employant un évaporateur à débit moyen, séchant à 80°-90°, en trois heures et opérant sur 150 kg de fruits frais, en une journée, on obtient de 10 kg de fruits frais, 2 kg 078 de fruits secs. Le séchage revient à 5 fr. les 100 kg, qui, évalués à raison de 15 fr., font ressortir à 22 fr. 50 le prix des fruits frais; 150 kg de ces derniers donnent 50 kg 420 de fruits secs vendus 59 fr. 55 au prix moyen de 1 fr. 50 le kg; en déduisant 22 fr. 50 d’achat et 5 fr. pour le séchage, le bénéfice net ressort à 12 fr., soit 0 fr. 40par kg.
- Un évaporateur à grand débit peut sécher 550 kg de fruits en une journée et en moins de temps; ces 550 kg donnent 70 kg 980 de pommes sèches; la dépense est de 61 fr. 60, et tous frais déduits, le bénéfice s’élève à 0 fr. 44 par kilogramme. Pour les poires, les frais de dessiccation s’élèvent, en moyenne, à 5 fr. 20 par 100 kg rendant 18 kg de poires sèches. On vend ainsi les fruits frais, en se basant sur un prix variant de 150 à 250 fr. les 100 kg de fruits secs, 24 à 42 fr. Les déchets servent à fabriquer des marmelades et des pâtes de poires.
- Les abricots donnent 1 kg de fruits secs pour 5 à 6 kg de fruits frais. Un hectare d’abricotiers peut produire 20 à 50 quintaux d’abricots secs, vendus 1 fr. à 1 fr. 60 le kg. La main-d’œuvre étant évaluée à 5 fr. 10 par 100 kg, le bénéfice est d’environ 15 à 25 fr. par quintal. Les pêches procurent à peu près le même résultat.
- Ces chiffres permettent d’apprécier l’intérêt qu’offre l’industrie des fruits secs.
- Quant à la pratique du séchage, elle nécessite une mise en œuvre variable suivant les catégories de fruits à traiter. Le blanchiment des fruits coupés est nécessaire, car la chair noircit sous l’action oxydante de l’air.
- Le traitement par les vapeurs sulfureuses fait disparaître le noircissement désagréable à l’œil et
- pouvant diminuer la valeur marchande du produit.
- Les abricots et les pèches sont plongés d’abord dans l’eau chaude ou dans une lessive alcaline bouillante, pendant quelques secondes, afin d’enlever la peau; on se sert d’un panier en fil de fer ou en tôle galvanisée percée de trous. Le lessive est composée de 0 kg 500 à 1 kg de carbonate de potasse pour 10 litres d’eau ou de 1 kg à d kg 500 de carbonate de soude; on plonge ensuite dans l’eau froide courante ou renouvelée très souvent. Les fruits sont ensuite coupés en deux; les pêches sont dénoyautées. Ces moitiés de fruits sont placées sur des claies, du côté plat, et portées dans une sorte d’armoire ou boîte à blanchir, où on brûle du soufre à raison de 20 gr. par mètre cube, en laissant séjourner les fruits pendant 2 à 5 heures. Les abricots deviennent transparents et prennent une belle couleur ambrée ; on soumet à l’évaporateur, à 60° à 70° C. et on laisse refroidir les fruits après chaque période de dessiccation.
- Pour préparer les poires évaporées, on les pèle et on les coupe en tranches ou en quartiers que l’on blanchit en les plongeant dans une solution composée de 50 gr. de sel par 10 litres d’eau, pendant 15 à 20 minutes. Soumises à l’étuve, les poires deviennent dures, elles passent alors à l’évaporateur à 110° à 120° C., en faisant avancer les claies par intervalles de 10 à 15 minutes.
- Quant elles sont à moitié sèches, on les comprime entre deux planches, munies de rainures intérieurement, mais en ayant soin de ne pas déformer le fruit ; on remet sous claies pour achever la dessiccation. Le fruit est encore un peu souple mais à point, car le sucre concentré le conserve parfaitement. Le rendement est de 15 à 20 pour 100. Ce traitement par compression est analogue à la pratique ayant pour but la préparation des poires et pommes tapées, qui consiste à dessécher au four les fruits placés sur des plateaux de tôle galvanisée, de manière qu’une sorte de peau artificielle se forme, et à presser les fruits, avant complet refroidissement, soit entre le pouce et l’index, soit à l’aide de deux petites planchettes réunies par une charnière en cuir, pour soumettre de nouveau au four, pendant 5 à 6 heures. Comprimer encore les fruits en réduisant leur épaisseur de 1 cm environ, faire sécher une troisième et dernière fois au four, trier et mettre en boîtes.
- Les pommes à sécher se préparent comme les poires, mais la température de dessiccation doit s’élever progressivement de 60° à 90°, sans jamais atteindre 100°. Les pommes fermes donnent un meilleur produit que les pommes farineuses; les fruits mous et juteux exigent plus de soins. Les pommes aigres-douces sont celles qui donnent les meilleurs résultats; dans tous les cas, le fruit doit être mûr mais sans excès, et autant que possible pour obtenir un produit uniforme, il faut employer toujours la même variété de pommes. La dessiccation est terminée quand les pommes sont cassantes et
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- Fig. 5. — Ètuveur pour la préparation des fruits avant le passage à l’évaporaleur.
- sonores comme du bois; on les étend dans un endroit où elles absorbent un peu d’humidité atmosphérique, elles redeviennent alors souples et bonnes pour la consommation.
- Les prunes, de même que les cerises et les raisins n’exigent pas de préparation spéciale avant la dessiccation. Cependant, on enlève parfois les noyaux de prunes, en se servant de petits appareils spéciaux. Les fruits sont d’abord chauffés à 115°
- C., mis à refroidir, introduits de nouveau dans l’éyaporateur, refroidir une seconde fois et séchés définitixemont. Dès que le sucre est assez concentré, la dessiccation est suffisante. Le rendement est de 20 à 22 pour 100.
- MM. Grouvelle et Arquemhourg ont inventé un évaporateur spécial, de 15 m. de longueur sur 11 m. de largeùr, divisé en six compartiments pouvant recevoir 5 chariots de 60 claies chacun ; 20 claies contiennent 750 kg de prunes vertes, soit 750 kg de pruneaux par compartiment.
- La durée du séchage est de 12 heures.
- L’appareil complet produit 180 quintaux de pruneaux en 24 heures.
- Dans une galerie souterraine sont disposées trois batteries de tuyaux à ailettes envoyant l’air chaud dans les compartiments. L’air est fourni par un ventilateur aspirant soit au dehors, soit dans l’étuve même, sa température est de 100° en entrant et de 65° à la sortie; des surfaces de chauffe permettent d’atteindre 105°; à l’aide de registres de réglage et de robinets, on modifie à volonté la température de l’étuve, en se guidant à l’aide de thermomètres à » % contact électrique.
- Le prix de revient de cette installation est d’environ 120 000 fr., chiffre qui paraît élevé, mais en tenant compte du travail produit, on constate que la dessiccation d’un quintal de prunes ne coûte pas plus de 0 fr. 65, alors qu’elle coûte 5 fr. environ par les anciens procédés,.
- Après séchage, les prunes sont triées à l’aide d’un crible mécanique composé d’une longue et étroite
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- Fig. 6. — Évaporateur vertical poicr petites el moyennes exploitations (type Vermorel).
- table rectangulaire inclinée, à laquelle est imprimé un mouvement d’oscillation rapide. Du haut en bas, cette table est percée de trous de différentes dimensions, disposés par séries, les plus petits étant en haut. Le classement a pour hase le nombre de fruits au demi-kilogramme.
- Une expérience comparative sur la distillation et le séchage des prunes, faite par M. Gomien, de Nancy, a montré que lorsque 1487 kg de prunes donnent parla distillation, 151 fr. 19 de bénéfice net, un poids égal de prunes procure,
- par la dessiccation, un bénéiiee net de 257 fr. 05, soit une plus-value de 85 fr. 86, en faveur de la dessiccation.
- Les cerises sont traitées comme les prunes, avec cette différence qu’il suffit de faire évaporer l’eau pour condenser le sucre du fruit.
- Le rendement est de 25 pour 100. Les queues de cerises, dont on connaît l’usage, sont très recherchées et bien payées ; 50 kg de cerises donnent 2 kg de queues qui, séchées, se réduisent à 1 kg.
- Les fraises, les framboises, les myrtilles qui ont un important débouché en confiserie, doivent être desséchées à une température ne dépassant pas 40° G.
- Le rendement est de 16 à 20 pour 100 environ.
- On peut également préparer la figue sèche par les procédés qui viennent d’être décrits.
- L’industrie des fruits secs, encore trop peu pratiquée en France, devrait être vulgarisée ; c’est une ressource précieuse en ce qu’elle évite les pertes de fruits frais résultant du défaut de conservation, la vente à vil prix.
- Par cette transformation simple et facile, on restreindrait les importations de fruits secs, et les producteurs français recueilleraient les bénéfices que s’attribue la concurrence étrangère..
- Henri Blin.
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- Séances des n et 18 juillet
- La densité de Vémanation du radium. — M. Haller expose que S. YV. Ramsay et M. Gray ont entrepris de déterminer directement la densité de l’émanation du radium, afin d’en tirer la valeur du poids atomiqué de cette substance. Les expériences des auteurs ne leur ont pas coûté moins de deux ans, parce qu’il leur a fallu construire une balance donnant le demi-millionième de milligramme. C’est qu’en effet, il fallait opérer sur des quantités d’émanation dont le volume a varié de 58,5 millionièmes de millimètre cube à 75,5 et le poids de 564 à 716 millionièmes de milligramme. Les valeurs du poids atomique obtenues sont comprises entre 216 et 222, ce qui vérifie le résultat trouvé par M. Debiernepar une voie tout autre. Les auteurs proposent de donner à l’émanation le nom de Nitton.
- Traitement des tissus cancéreux par l'électricité. — M. d’Arsonval expose que la destruction de la virulence des cellules cancéreuses peut être obtenue à l’aide des courants de haute fréquence et de basse tension, avec un dispositif qu’il a imaginé. Mais cette application de l’électricité produit l’électro-coagulation et l’élimination d’une certaine épaisseur de tissus. M. Doyen a cherché un procédé pour éviter cet inconvénient et l’a obtenu en interposant entre l’électrode et les tissus de l’eau salée isoionique. Les effets de ce bain thermo-électrique sont très efficaces. L’échauffement des tissus est suivi au thermomètre centigrade à alcool, de telle manière qu’on produit exactement l’effet utile, c’est-à-dire la température de 55 à 58°, sans léser les tissus normaux. La température de l’eau peut d’ailleurs être abaissée par un courant d’eau salée froide sans que réchauffement des tissus soit empêché. Le bain thermo-électrique réalise en médecine et
- — Présidence de M. E. Picard.
- en chirurgie un progrès considérable, car il permet de détruire la plupart des cellules pathologiques sans altérer les tissus normaux plus résistants à la chaleur. En chirurgie, il prévient la réinoculation des cellules cancéreuses dans la plaie. M. d’Arsonval ajoute que ce mode d’utilisation de l’électricité connu sous le nom de trans-thermie et qu’il faudrait appeler endothermie, a donné en Allemagne, entre les mains de M. Nagelschmidt et de M. Bernd, des résultats extrêmement heureux pour le traitement, notamment des douleurs fulgurantes du tabes.
- Gisements de zéolilhes. — M. Lacroix présente une Note de M. Gourdon, géologue de la mission Charcot, signalant la découverte de deux gisements de zéolithes, l’un dans l’ile du Roi Georges, l’autre dans l’île Jenny. La première île (Shetlands du Sud) présente de hautes falaises de tufs basaltiques constellés d’amygdales qui contiennent du quartz, de la calcite et des zéolithes. Celles-ci sont représentées par de la stilbite blanche ou jaunâtre dont les éléments ont jusqu’à 5 cm ; de la heu-laudite en cristaux incolores ou d’un beau jaune orangé, le plus remarquable minéral de ce gisement ; de l’anal-cime d’un blanc laiteux en trapèzes de 2 cm de diamètre, de l’apophylite, puis de nombreuses zéolithes fibreuses, mésotype, scolésite, mésolite. Pour la variété, l’abondance, la beauté des échantillons, ce gisement peut être comparé aux gisements classiques des Feroë. L’ile Jenny est le point le plus méridional où l’expédition ait recueilli des roches en place. Constituée par une montagne de 500 m., elle est formée de dioriteset de grabbos traversés par un large sillon d’andésite dont les fentes sont tapissées par de larges rosettes de stilbite blanche à éclat nacré.
- ACADEMIE DES SCIENCES
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- La résistance des cellules chlorophylliennes. — MM. Maquenne et Dcmoussy, en s’appuyant sur leurs recherches antérieures, ont réussi à fonder sur l’observation du noircissement des feuilles, une nouvelle méthode permettant d’étudier facilement l’action des substances toxiqnes sur la cellule chlorophyllienne. Il font flotter la feuille sur un liquide de composition connue et notent le temps au bout duquel elle commence à noircir. On trouve ainsi que le chlorure de calcium à la dose de 1 pour 100 est presque sans effet, que les nitrates alcalins sont légèrement nocifs, et surtout que les sels ammoniacaux, même à la dose de un dix-millième, sont rapidement mortels. Cette toxicité reconnue déjà pour les plantes entières est d’autant plus remarquable que les sels ammoniacaux, en très faible proportion, il est vrai, constituent un excellent aliment pour la végétation.
- La structure de la sclérotique. — M. Joannès Chalin remet un mémoire sur les variations de la structure de la sclérotique dans l’embranchement des vertébrés. C’est à tort qu’on représente la sclérotique des vertébrés comme une membrane fibreuse et conjonctive; en réalité, elle est tantôt conjonctive, tantôt osseuse, tantôt cartilagineuse.
- L’hémogrégarine du python. — MM. Laveran et Petit ont entrepris des recherches sur le mode de multiplication de Vhæmogregarina sehai du python sebai. Ayant eu à leur disposition deux pythons très infectés, ils ont été à même d’effectuer les expériences les plus complètes. Au moment de la multiplication, l’hémogrégarine du python disparaît du sang, prend une forme ovoïde et se
- loge dans les vaisseaux capillaires des viscères. C’est pour cette raison qu’on ne la retrouve pas dans le sang Les auteurs ont imaginé une méthode qui permet d’obtenir à profusion les petits kystes. Les serpents sont sacrifiés, les viscères sont retirés, broyés et mélangés d’eau. Le liquide est ensuite soumis à la force centrifuge. On décante, et l’on n’a plus qu’à prendre quelques gouttes de liquide.
- La flore du Cantal. — M. Zeiller présente une Note de M. Marty sur un nouveau gisement de végétaux fossiles qu’il a découvert sur les flancs du grand volcan du Cantal, vers 1200 m. Cette flore comprenant un mélange de plantes arborescentes et de plantes herbacées, est très analogue dans l’ensemble à celle qui existe aujourd’hui vers 600 m. d’altitude dans la même région. Il y a donc eu abaissement des zones de végétation sur une hauteur de 600 m. et refroidissement de 4° depuis l’époque plutoniennc.
- Les remous de l’air clus au mouvement d’une hélice. — M. Deslandres décrit les expériences effectuées par M. Tanakadate, professeur à la Faculté de Tokio, relatives aux déplacements d’air que provoque le mouvement d’une hélice. L’auteur dirige sur l’hélice un filet d’air froid et un fdet d’air chaud qui se mêlent, puis il fait tomber sur les filets un faisceau de lumière parallèle fournie par une étincelle courte et forte. Derrière se trouve disposée une plaque photographique. Chaque envoi de lumière donne sur la plaque ulie image des filets; on peut donc suivre les mouvements imprimés à ceux-ci.
- Ch. de Yilledeuil.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE — N° 1940
- 30 JUILLET 1910.
- L’OPÉRA RADIO-TÉLÉPHONIQUE
- On a souvent essayé de rendre accessibles à un il y a quelque temps, l’attention des milieux indus-
- public plus nombreux, les représentations théâtrales, triels par l’invention d’un transmetteur ou micro-
- Fig. i. — Une station de téléphone sans fil sur les toits de l'Opéra.
- surtout celles de grands opéras, en reliant la scène I phone d’une sensibilité inouïe. Cet appareil, dit au réseau téléphonique. Mais l’absence de transmet- | « dictographe » dont La Nature a entretenu ses
- Fig. 2. — Le radiotéléphone dans la vie de bureau. Celte installation réunit deux stations l’une à New-York, l’autre à Newarck à 12 lieues de distance.
- teurs téléphoniques suffisamment sensibles, a empêché la généralisation des téatrophones.
- Un ingénieur américain, M. lv. M. Turner, attirait,
- 38° année. — 20 semestre.
- lecteurs en son temps, était destiné d’abord, comme son nom l’indique, à la transmission des dictées : disposé à un endroit quelconque, par exemple sur
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- la table de travail du chef de bureau, il servait à transmettre des communications téléphoniques et des dictées entières, à un ou simultanément à plusieurs bureaux, sans qu’on dût l’approcher de la bouche. D’autre part, caché aux regards indiscrets, il pouvait fonctionner comme espion et renseigner le maître de la maison, le chef d’une industrie sur toute conversation tenue dans son immeuble ou ses ateliers.
- Grâce à une combinaison ingénieuse de cet appareil avec le système téléphonique sans fil de Forest, on vient de réussir à transmettre à travers l’espace les représentations théâtrales. Les effets acoustiques du chant peuvent en effet être portés au loin par la téléphonie sans fil, et les paquebots pourvus de rébepteurs radio-téléphoniques peuvent aujourd’hui offrir à leurs passagers le plaisir d’un opéra parfai-teinent joué. Les dispositifs mécaniques nécessaires à fcet effet sont d’une grande simplicité et, pour la partie installée sur la scène, presque invisibles.
- Immédiatement en face de la scène se trouvent, cachés aux spectateurs, deux dictographes aux dimensions d’une carte à jouer, recevant les ondes acoustiques et les convertissant en ondes électriques. Sdtis cette forme, elles parviendront au fil aérien d’une station transmettrice installée sur le toit du théâtre et d’où elles rayonneront librement dans l’espace. Partout où, dans les environs du théâtre se trouve une station réceptrice accordée au poste transmetteur, les sons de l’opéra pourront donc être entendus.
- La disposition' de la station transmettrice installée sur le toit du Metropolitan Opéra Ilouse, â New-York, est la suivante :
- Une dynamo à courant continu d’environ 250 volts alimente un arc voltaïque passant entre deux électrodes respectivement en cuivre et en charbon. L’électrode en charbon est reliée à une bobine de self-induction, disposée en série avec un condensateur, et l’autre électrode. C’est ainsi qu’on produit un courant alternatif dont la période est portée à plus de 100 000 alternances par seconde, en introduisant l’arc voltaïque dans la vapeur d’une lampe â alcool. Voici, en gros, l’explication de ce phénomène bien connu. Immédiatement après la fermeture du circuit, le courant électrique se rend dans la dérivation formée par le condensateur et la self-iriduction en chargeant le condensateur et en privant l’àrc voltaïque de son courant, de façon à augmenter la résistance entre les électrodes. Or, en raison de cët accroissement de résistance, le condensateur reçoit des quantités croissantes de courant et par
- conséquent, se charge à une tension dépassant sa capacité normale. Aussi le condensateur ne tarde-t-il pas à se décharger â travers l’arc voltaïque en accroissant l’intensité de courant de ce dernier et en diminuant la résistance entre ses électrodes. Comme cependant la décharge du condensateur se poursuit trop loin (au delà du point d’équilibre), ce même processus se répète toujours de nouveau, c’est-à-dire que le condensateur est alternativement surchargé et sous-chargé, en engendrant un courant dont la fréquence dépend de la résistance de l’arc voltaïque. Ce circuit est disposé à proximité d’une bobine reliant au sol le fil aérien de la station à travers le transmetteur microphonique. Aussi le courant à haute fréquence produit-il dans cette bobine, par induction, un courant alternatif analogue, et ces alternances de courant parviennent an fil aérien de la station transmettrice, pour provoquer dans l’espace une série d’ondes hertziennes.
- Si l’on parle devant l’appareil de transmission, on influence la résistance électrique du circuit par les vibrations de la membrane du microphone. Ces variations de résistance se superposent sur les variations dues à l’arc voltaïque, de façon à modifier les ondes .hertziennes dans l’espace, d’accord avec les ondes acoustiques.
- Chaque poste récepteur comporte des dispositifs recevant ces ondes hertziennes, pour les reconvertir en ondes acoustiques.
- Ces dispositifs, dits Audions, ont été dès leur apparition décrits dans La Nature.
- Une expérience préliminaire, destinée à démontrer la possibilité d’une transmission radio-téléphonique d’opéra, a eu lieu le 24 février au laboratoire du D1' de Forest, à Park Avenue, New-York. Avant de transmettre au loin une véritable représentation théâtrale, les inventeurs ont jugé bon d’enregistrer par la radio-téléphonie le solo d’un artiste. M,n0 Ma-zarin, qui à cette époque jouait: à l’Opéra Métropolitain, se chargea de chanter devant le transmetteur un air de « Carmen », et les personnes installées sur le troit du Métropolitan Life Insurance Building, où se trouvait un poste récepteur, purent apprécier son chant dans toute son harmonie et sa puissance vocale. Après cette expérience préliminaire, M. de Forest n’a pas hésité à essayer par le même appareil la transmission au loin d’une représentation tout entière de l’Opéra Métropolitain, en mettant ce dernier en relation avec plus de vingt stations radio-téléphoniques, quelques-unes très éloignées. L’épreuve a été couronnée de succès.
- Dr A. Gradeiwitz.
- LES ÉTALONS INDUSTRIELS DE LONGUEUR
- La fabrication des pièces interchangeables est réglée au moyen d’étalons dont la précision ne le cède en rien à celle des étalons scientifiques, si l’on en excepte ceux que l’on destine aux travaux les
- plus délicats. On peut cependant établir, dans l’usage de ces deux catégories d’étalons, une différence fondamentale : les étalons scientifiques servent à déterminer la valeur numérique d’une longueur existante ;
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- les étalons industriels doivent être copiés dans la construction des pièces mécaniques ; et cette différence sc traduit immédiatement par la disposition même des étalons ; ceux de la science sont à traits
- Fig. i. — Étalons industriels de diverses formes : tige à surfaces terminales sphériques ; calibre à faces planes ; jauge et manchon pour trous et pièces cylindriques.
- (échelles divisées) ; ceux de l’industrie à bouts (étalons d’épaisseur).
- Trois formes ont été données aux étalons industriels (fig. 1) : prismes définissant une longueur par la distance de deux faces planes opposées ; cylindres dont le diamètre sert d’étalon; tiges d’une forme quelconque, cylindriques en général, et que terminent deux calottes sphériques, entre les centres desquelles est prise la longueur qu’ils définissent. Pour ces derniers, le fait que les calottes sont généralement centrées sur le milieu de la tige permet de s’écarter de l’axe longitudinal, si les mesures sont faites entre deux plans parallèles. Géométriquement, ces étalons ne sont pas autre chose que des sphères dont on a enlevé toute la matière qui, par son volume et son poids, serait nuisible à leur maniement.
- Entre ces trois formes principales, le choix s’établit suivant l’usage que l’on veut faire des étalons, ou des outils de vérification dont on dispose. On peut dire toutefois, d’une façon générale, que les lames ou prismes à faces parallèles répondent bien aux faibles dimensions, et les broches à bouts sphériques aux grandes longueurs; les cylindres seront réservés aux dimensions moyennes, de l’ordre de quelques centimètres, avec recouvrement partiel des deux autres systèmes.
- La réalisation d’un étalon plan est certainement plus difficile que celle d’un cylindre ou même d’une surface sphérique; cependant la Maison Bariquand et Marre en fait depuis longtemps de très satisfaisants, et M. Johansson à Eskilstuna est parvenu à les établir en grandes séries d’une remarquable perfection. Ainsi, fortement refoulés dans ces dernières
- années par ceux des deux autres systèmes, les étalons à faces planes sont en passe de rentrer en faveur, au moins pour les faibles longueurs.
- M. Johansson nous a fait, au moyen de ses étalons, des démonstrations étonnantes. D’abord, leurs plans sont si parfaits qu’on peut, en frottant légèrement l’une sur l’autre les surfaces de deux étalons en contact, en assurer l’adhérence à tel point qu’elles ne peuvent plus être séparées que par un effort considérable, qui, dans certains cas, aatteint 18,5 kg/cm2. Ce phénomène a fait quelque bruit après que M. Carpentier en eut rendu témoin l’Académie des Sciences, en avril dernier. Mais, chose peut-être plus surprenante encore pour un métrologiste, et plus directement utilisable pour un constructeur, on peut empiler toute une série d’étalons Johanssen
- Fig. 2. — Calibres Johansson à faces planes : longueur combinée et becs formant calibre femelle; outil pour le serrage des becs.
- sans que la longueur totale définie par la distance des faces terminales de ce prisme composite diffère de façon appréciable de sa valeur nominale ; pour un assemblage d’une dizaine de lames, cette longueur est encore représentée avec une précision de l’ordre du micron ; au moins c’est la conclusion à laquelle conduisent des essais encore peu nombreux, et qu’il faudrait répéter pour en assurer mieux le résultat.
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- Celte possibilité d’associer des étalons à faces planes en rend l’emploi extrêmement fécond. Avec un nombre relativement restreint de pièces, on peut en effet réaliser toute une gamme de longueurs, progressant par intervalles extrêmement petits. M. Johansson pense réaliser ainsi tous les microns successifs jusqu’à 200 mm, c’est-à-dire qu’il obtient pratiquement la continuité.
- Admettons un peu d’illusion, réservons l’examen plus approfondi de ses procédés ; il n’en reste pas moins un ensemble tout à fait remarquable, et auquel industriels et savants prêteront une grande attention.
- Aux calibres Johansson sont joints quelques outils fort simples, et qui permettent d’en utiliser toute la précision. En associant, à un étalon unique ou à une pile d’étalons, deux becs qui le débordent (fig. 2), on aura réalisé un calibre extérieur permettant de mesurer directement une pièce en fabrication. Et, si l’on veut être garanti contre le défaut d’adhérence des étalons, toujours possible, on peut serrer la pile et les becs auxiliaires dans une monture dont on se sert ensuite comme d’un pied à coulisse, avec l’avantage d’une précision décuple.
- Mais, indépendamment de la difficulté de leur fabrication, que M. Johansson a su vaincre récemment, les étalons à faces planes ne répondent pas à tous les usages ; ils sont impropres à la mesure d’un trou cylindrique, pour lequel il faut un tampon cylindrique lui-même; et, d’autre part, ils s'adaptent mal aux grandes longueurs. De telle sorte que, si ces étalons ont gagné du terrain dans ces dernières années, on peut affirmer cependant que leur usage sera toujours restreint par celui des deux autres types.
- La Section technique de l’Artillerie de l’Armée française s’est attachée, depuis une quinzaine d’années, à l’étude des étalons à bouts en vue du réglage de la fabrication des armes de guerre, et elle a accompli, dans cette direction, une œuvre extrêmement remarquable. Le comparateur du colonel Hartmann, que j’ai décrit autrefois ici même1 a été, peut-on dire, le levier de toute cette organisation. Le Bureau international des Poids et Mesures a contribué pour sa part à son achèvement, en déterminant l’échelle des types créés par la Section technique. Et des copies de ces étalons, acquis par divers pays, a permis de répandre très largement les bienfaits d’une unification des mesures, à laquelle un bon nombre d’industriels français avaient déjà eu recours.
- Les étalons delà Section technique appartiennent, comme ceux que réalisent également avec une grande perfection quelques constructeurs américains, aux types cylindrique et à bouts sphériques. Sur les dimensions accessoires de ces étalons, on est à peu près d’accord. Mais une question reste litigieuse à propos des étalons à bouts, c’est celle de leur température de définition. Et c’est là que surgit une deuxième différence entre les étalons industriels et les étalons scientifiques. Faire une mesure et la rapporter qui Mètre, c’est-à-dire à la longueur repré-
- 1. La Nature, n°1284 du 8 janvier 1898.
- sentée par le mètre prototype international à 0°, est une opération mathématiquement définie ; mais rapporter les pièces d’une machine à un étalon dont la température est quelconque, copier sur l’étalon ces pièces dont la température changera aussitôt, semble contenir de terribles aléas.
- Tel est du moins l’aspect superficiel de la question ; mais les besoins de la pratique la simplifient immédiatement.
- Ce n’est pas, en effet, la concordance rigoureuse entre la cote du dessin et les dimensions réelles d’un organe de machine qui importe; c’est le fonctionnement de cette machine, intimement lié à la concordance des dimensions des pièces appelées à assurer ce fonctionnement. Il est de peu de conséquence au point de vue mécanique, qu’un arbre ait 100 mm, ou 100,1 mm; mais il faut que les poulies et manchons destinés à être chaussés sur lui s’y adaptent dans les limites de tolérance qui assurent un bon serrage.
- Or, de plus en plus, l’industrie ne fait usage, pour la construction des machines, que de métaux ferriques : fer doux, fonte ou acier, et, point important pour la question qui nous occupe, ces métaux possèdent des dilatabilités variant entre d’étroites limites.
- On peut donc dire que, si les pièces d’une machiné sont ajustées entre elles à une température déterminée, elles le sont encore à une autre température ; si, de plus, les étalons sont eux-mêmes en acier, il suffira de les copier à une température quelconque, pourvu que celle de la pièce soit sensiblement la même que celle de l’étalon. Les organes de la machine n’auront les dimensions réelles correspondant aux cotes du dessin qu’à la température même à laquelle les étalons possèdent leur valeur nominale ; mais le fonctionnement de la machine est assuré quelle que soit la valeur de cette dernière.
- Cela posé, on comprendra que la température d’ajustage des étalons soit jusqu’à un certain point arbitraire; qu’il ne s’agit pas d’un principe, mais d’une convention, et qu’il est, a priori, indifférent de pouvoir dire : les organes d’une machine déterminée possèdent leurs dimensions nominales à 0U ou à 15° ou à 20°. Mais une chose est absolument essentielle, c’est que tous les organes de la même machine aient leur valeur nominale à la même température ; et comme dans l’industrie mécanique, le monde entier tend à devenir un grand atelier dans lequel toutes les constructions sont solidaires, on devra attacher un grand prix à ce que tous les organes des machines, et par conséquent tous les étalons industriels soient ajustés à leur valeur nominale à une température unique, celle de leur définition.
- Ces principes semblent n’avoir pas été suffisamment compris par les mécaniciens, dont beaucoup exigent, en plus, la concordance entre les cotes nominales et les valeurs réelles à une température usuelle : 15° ou 20° par exemple, à l’exclusion du zéro.
- Eh quoi, disent-ils, nous ajustons avec le plus grand soin les pièces d’une machine à leurs cotes précises, et il se trouverait que ces cotes seraient
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- réalisées seulement à une température que la machine n’aLteint que très exceptionnellement!
- Cette objection ne supporte pas l’examen. S’il est vrai que la tempe'rature des ateliers est plus voisine de 15° que de 0°, en revanche il ne faut pas oublier que, dans leur fonctionnement, un grand nombre de machines, et en particulier tous les moteurs à vapeur ou à explosion, toutes les machines frigorifiques, dont le nombre va croissant, s’en écartent tellement que, pour elles, la notion de température ordinaire n’a plus aucun sens, et que pour les autres, en dehors des nécessités de la pose sur un massif, personne ne s’inquiète, la machine une fois finie, de ses dimensions exactes, au dix-millième près, à la seule condition que cette machine fonctionne d’une manière satisfaisante.
- Mais, dira-t-on, comment s’accorderont, aux températures ordinaires, les pièces de bronze des machines à bâti d’acier? La réponse est simple : on les ajustera à la température ordinaire, sur des étalons d’acier ; elles ne posséderont pas leur valeur nominale à 0°, mais elles auront, à la température de leur ajustage, la valeur qu’elles posséderaient si elles étaient, à la fois, ajustées à 0° à leur valeur nominale, et si elles possédaient la dilatabilité de l’acier.
- L’étalon d’acier devient ainsi, pour toutes les températures, un étalon de référence, dont la valeur vraie se modifie, mais dont la valeur nominale reste celle à laquelle on rapportera toutes les pièces de la construction mécanique : échelle que l’on considérerait comme variable s’il s’agissait de faire des mesures conduisant à des valeurs numériques, mais que l’on devra, au contraire, envisager comme constante s’il s’agit de la reproduire sur des organes de machines.
- Jusqu’ici, j’ai seulement voulu montrer que le fait d’ajuster les organes des machines à la valeur de leur cote nominale pour une température éloignée de celle qui règne ordinairement dans les ateliers n’entraîne aucun inconvénient sérieux. Il reste à trouver quelques avantages à la température de la glace fondante.
- Tout d’abord, cette température est celle à laquelle le mètre prototype représente la longueur de 1 mètre. En l’adoptant pour les étalons industriels, on leur assure donc la même définition que celle des étalons dérivés du prototype, c’est-à-dire la grande majorité des étalons scientifiques. Ensuite, le zéro n’admet qu’une définition, alors que toute autre température exige l’indication de l’échelle à laquelle elle est rapportée (thermomètre à hydrogène, thermomètre à mercure). Enfin, et c’est là peut-être le plus gros inconvénient des températures usuelles relativement au zéro, aucune convention ne fixe celle à laquelle il faut s’arrêter. En fait, toutes les températures, depuis 15° jusqu’à 20°, ont étéproposées et employées comme températures usuelles.
- Ce n’est donc pas à la. légère, mais après mûre réflexion que la Section technique de l’Artillerie
- adopta, il y a 15 ans, la température de la glace fondante, imitant en cela la Commission des Poids et Mesures à laquelle revient la gloire de la création du Système métrique, ainsi que la Commission internationale de 1872, qui a simplement ratifié ses décisions. La Maison Bariquand et Marre avait précédé, dans l’établissement de ses étalons, l’initiative de la Section technique. La Marine française s’y est ralliée; et sur le conseil du Bureau international, la Société genevoise a suivi pour ses machines à mesurer, ainsi que M. Joliansson pour ses étalons.
- Ainsi, lorsque, dans sa session d’avril 1909, le Comité international des Poids et Mesures eut à se prononcer dans le débat, il se trouva en présence d’une situation de fait concordant avec l’opinion qu’il avait toujours défendue. Il put alors, certain de donner sur le terrain de l’accord international une nouvelle impulsion à un courant déjà créé, prendre la résolution suivante : « Afin de permettre îa réalisation d’une unification que le développement de la précision dans l’industrie rend urgente pour l’uniformité de la construction mécanique dans tous les pays, le Comité international des Poids et Mesures recommande instamment que la température de la glace fondante soit celle pour laquelle on ajuste désormais les étalons industriels le plus près possible de leur valeur nominale1 ».
- A la suite de cette résolution, dont le bien-fondé a été aussitôt affirmé à nouveau dans les commentaires qu’en a donnés la presse technique, divers constructeurs restés, faute d’une déclaration officielle, attachés à une température dite usuelle, l’ont abandonnée en faveur du zéro, qui rallie déjà le groupe le plus important d’adhérents.
- L’action du Bureau international contribuera puissamment à la diffusion des mesures rapportées à la température de la glace fondante. Les étalons livrés à la Chambre centrale des Poids et Mesures de l’Empire russe, au National Physical Laboratory du Royaume-Uni, à la Section technique de l’Artillerie de l’Armée espagnole serviront, par les copies qui en seront faites, à répandre l’échelle internationale industrielle, déjà exclusivement employée en France dans les ateliers de l’État et dans ceux qui en dépendent pour leurs fournitures. Il n’est donc pas douteux que l’on voie diminuer rapidement l’importance des étalons rapportés à d’autres températures.
- Par une large publicité donnée aux recommandations du Comité international, par des déclarations au sein des sociétés techniques, par l’adhésion formelle des grands constructeurs, l’unification, devenue nécessaire, serait fortement activée; et, dans peu d’années, la. construction mécanique serait unifiée dans la réalité et non dans une trompeuse apparence, comme par le multiple système actuel.
- Cit.-Ed. Guillaume.
- Directeur adjoint du Bureau international des Poids et Mesures.
- 1. Procès-verbaux du Comité international des Poids et Mesures, session de 1909, p. 112. , .
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- LES PÊCHERIES DE SAUMON DU NORD=PACIFIQUE
- On pèche le saumon à l’embouchure de tous les fleuves de l’hémisphère boréal, en Europe, en Asie, en Amérique. Mais c’est principalement sur le rivage américain du Pacifique septentrional que cette industrie s’est développée depuis une dizaine d’années. Dans les deux États de Washington et d'Orégon, la valeur de la production annuelle en saumons séchés, fumés ou conservés, est de 50 millions de francs, et l’Alaska à lui seul en exporte annuellement pour une valeur de 50 millions. Dans ce même territoire, la pèche et la préparation du saumon occupent de quatorze à quinze mille hommes, 150 steamers,
- 65 voiliers de fort tonnage, et quantité d’autres voiliers. Ces chiffres donnent une idée de l’importance de cette industrie.
- Ne nous attardons pas à décrire les différentes variétés sous lesquelles se présente le saumon du Pacifique.
- Les deux principales sont le chinook,
- pousse mâles et femelles à retourner en eau douce pour l’époque du frai. Par bancs innombrables, ils se présentent à l’embouchure des rivières, prêts à franchir tous les obstacles pour satisfaire cet instinct . Durant les quatre mois d’été, de juin à septembre, l’exode amène de telles quantités de poissons à ces embouchures que le voyageur hésite à s’appesantir sur le sujet, dans la crainte de passer pour un Gascon ; car c’est alors comme dans la Garonne de la légende : plus do poisson que d’eau! Plongé dans l’eau jusqu’à la ceinture, l’Indien capture à la main
- Fig. i et 2. — Palissades construites en travers des fleuves pour la capture des poissons.
- propre aux parages du fleuve Columbia, et le saumon-roi, qui fréquente les eaux de l’Alaska. Les mœurs du saumon américain étant identiques à celles de son congénère d’Europe, nous ne les rappellerons que sommairement. Le poisson passe son enfance dans les rivières, en montrant une préférence marquée pour celles qu’alimentent les glaciers ou les ruisseaux de montagnes couvertes de neige.
- Vers la fin de leur première année, les saumons se dirigent vers la mer, où ils restent pendant cinq ou six ans. Ils ont maintenant atteint leur complet développement, et c’est alors que se produit ce mystérieux phénomène, souvent décrit, mais Ijni reste encore inexpliqué. Un instinct irrésistible
- autant de saumons qu’il désire. Et je cite un chiffre authentique en disant qu’il n’est pas rare qu’un seul coup de seine amène 50 000 saumons, dont un bon nombre pèsent de 50 à 60 livres.
- L’arrivée des premiers bancs est un événement auquel on se prépare longtemps à l’avance, car il importe de profiter du moment pour capturer les saumons. Les pêcheurs négligents qui les laissent remonter la rivière compromettent les résultats de la campagne. Dès que le poisson entre en contact avec l’eau douce, il perd ses qualités comestibles. L’absence des minéraux en dissolution dans l’eau de mer semble détériorer sa chair. De fait, il diminue rapidement de volume, en même temps que ses flancs se couvrent de taches blanchâtres, et qu’une sorte de végétation parasitaire fait son apparition autour de la bouche. Huit ou dix jours après son entrée en eau douce, il n’est plus bon à manger.
- Comme la très grande majorité des saumons meurent peu de temps après le frai, on ne peut, répé-tons-le, qu’admirer l’instinct qui les pousse à franchir tous les obstacles pour regagner l’eau douce après cinq ou six années de séjour dans l’océan, qui les amène même à bondir dans l’air au-dessus des barrières établies aux embouchures. Nous assistons
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- PÊCHERIES DE SAUMON DU NORD-PACIFIQUE — . — 135
- ici à un duel étrange et quasi-mystique entre l’instinct de conservation individuelle et l’instinct de conservation de l’espèce. En se dirigeant obstinément vers le lieu de sa naissance après des années d’absence, le saumon s'achemine en même temps vers le lieu de sa mort., mais aussi vers le lieu où il procréera la progéniture qui assurera la continuation de son espèce. Ce phénomène de migration est probablement unique dans les annales de la nature ; et l’on ne saurait lui comparer la conduite des autres animaux migrateurs, oiseaux, phoques, etc., qui se rendent, comme le saumon, dans un milieu précis pour y engendrer une descendance, mais qui rega-
- Les tribus fixées près des embouchures choisissaient l’endroit où le lit de la rivière était le moins profond, et élevaient une sorte d’estacade contre laquelle les saumons s’amassaient en rangs serrés. Les Indiens les harponnaient et les jetaient par centaines sur le rivage. Ce procédé est maintenant interdit. Il arrivait souvent que le poisson s’accumiiT lait en masses si compactes contre ces barrières que les Indiens pouvaient traverser la rivière « à pied sec! » Des quantités de saumons mouraient) étouffés ! ;
- En amont de l’embouchure, les tribus se serr vaient de nasses et de filets de toutes sortes. La
- gnont ensuite, leur milieu d’origine, avec ou sans leur progéniture.
- Telle qu’elle se pratique actuellement, et malgré son aspect industriel, la pêche au saumon n’est que le perfectionnement de procédés que les blancs ont empruntés aux Indiens. Il est donc intéressant d’examiner comment ces derniers procèdent encore. Ceux qui habitent les nombreuses îles échelonnées le long du rivage se préoccupent de prélever un tribut sur les bancs, au moment où ils quittent les profondeurs de la mer pour se diriger vers les embouchures de rivières. Dans ce but, ils ont imaginé dévastés filets de forme particulière, qu’ils tendent sous l’eau, entre les récifs immergés. Ils se servent aussi de seines, que manœuvrent et remorquent deux pirogues.
- nasse, devenait parfois une véritable trappe, aux proportions gigantesques. Les rangs serrés des poissons s’engageaient dans des séries d’ouvertures en col de bouteille pratiquées dans une palissade, et qui, par des canalisations immergées, aboutissaient toutes à un vaste réservoir où ils venaient s’entasser. Une seule de ces trappes en pouvait capturer plus de cent mille dans la même journée.
- Mais le butin, si abondant qu’il fut, n’était pas gaspilllé, car le saumon jouait chez ces tribus le rôle que remplit le pain chez les races blanches. Sitôt capturé, le saumon passait dans les mains des femmes, à qui incombait le soin de le préparer. Sans autre outil qu’une baguette, qu’elles passaient par l’une des ouïes et par la bouche, elles arrachaient
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- la tête d’un habile coup de poignet. Celle-ci était mise de côté, pour en tirer l’huile. A l’aide d’un couteau fait d’une coquille aiguisée ou d’une lame d’ardoise, le corps était ouvert dans toute sa longueur, et l’arête dorsale était réservée pour la nourriture des chiens. Et, maintenu ouvert avec deux petites baguettes, le saumon était suspendu sous un hangar, pour y sécher dans l’air et le soleil.
- La peau des plus gros poissons, que les femmes enlevaient comme nous retournons un gant, était nettoyée soigneusement à l’aide de poussière de bois 'bien sèche, puis, huilée avec de la graisse de
- 2000 mètres, sont manœuvrées par des bateaux à vapeur qui les tendent en circuit de façon à barrer entièrement l’embouchure d’une rivière. On laisse passer plusieurs heures, et la seine est amenée lentement au moyen d’un cabestan à vapeur. A jnesurc qu’il se rétrécit, l’intérieur du filet présente un aspect de plus en plus animé, les saumons faisant des efforts désespérés pour s’échapper de leur prison. Mais, déjà, les pêcheurs ont mis à l’eau leurs petites barques, et ils pénètrent dans la masse grouillante, où ils se contentent d’abord de puiser à l’aide de filets à manche. Quand l’espace s’est encore rétréci,
- Fig. 4. — L’impressionnant aspect que présente une seine, au moment où ' les cabestans l’amènent sur le rivage.
- daim. Retournée dans le sens naturel, elle devenait une outre parfaite, que l’on remplissait dfhuile de saumon. Il ne restait plus qu’à coudre la bouche et à la cacheter avec unë sorte de poix produite par le frai du même poisson. Et cette huile, obtenue par un procédé qu’il serait trop long de décrire, pouvait désormais se conserver indéfiniment.
- En s’industrialisant avec la colonisation de ces régions, la pêche au saumon n’a fait, comme nous l’avons dit, que perfectionner les procédés indigènes. Dans les eaux de l’Alaska, elle a été rapide^-ment monopolisée (trusted, selon le mot américain) par de puissantes compagnies qui capturent le poisson, le préparent et l’exportent., sans recourir à des intermédiaires. Leurs seines, longues de 1800 à
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- la masse de poissons devient si compacte qu’on les recueille à pleins paniers. Enfin, on tire la seine à terre, et les derniers saumons sont pris au trident.
- Sur les rivières de l’Orégon et plus spécialement sur la Columbia, les petites compagnies et les particuliers ont recours à un procédé de capture-qui mérite quelques mots de description. Une roue à palettes, assez semblable à celle d’un moulin à eau, et dont la largeur varie entre 10 et 15 mètres, est montée à quelque distance du rivage. Actionnée par le courant, elle cueille les saumons à mesure qu’ils avancent, les retient sur ses palettes pourvues de larges rebords, et les élève pour les rejeter dans une canalisation de bois qui les déverse dans un réservoir contigu. Depuis quelques années, on a eu
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- l’idée de monter ces roues sur de vastes chalands qui peuvent s’avancer jusqu’au milieu du lit et changer leur ancrage. Au plus fort du run (l’épo-
- décèle leurs approches à des lieues à la ronde.
- Depuis deux ou trois ans, les plus puissantes de ces compagnies ont organisé un service de vapeurs
- que de la migration), c’est par milliers que ces engins capturent les poissons.
- Nous avons vu quel parti l’Indien sait tirer de cette manne maritime, dont il célèbre solennellement l’apparition •annuelle en ' des fêtes mystiques que nous ayons . décrites dans un précédent article.
- II. nous reste à-examiner les modes d’exploitation employés par les florissantes compagnies auxquelles nous avons fait allusion plus haut.
- Renonçant à la formule d’usage, nous ne prierons pas le lecteur de nous suivre dans l’intérieur d’une cannery, ou fabrique de conserves, de l’Alaska ou du Fraser. Ce sont Là des établissements qu’il faut se contenter d’étudier à longue distance, quand on se méfie de son estomac. L’odeur épouvantable qui s’en dégage — ils ne fonctionnent qu’au plus fort de l’été —
- et de trains rapides qui permet d’expédier le saumon frais dans les villes les plus lointaines du continent, à San Francisco, Saint-Louis, Chicago, New-York. Le boucanage à l’Indienne (séchage à l’air libre, intensifié parfois par l’enfumage en lieu clos)
- est pratiqué sur une vaste échelle, pour donner satisfaction à la clientèle chinoise et japonaise, qui préfère le saumon séché au saumon conservé en boîtes. Aussi, peut-on voir dans toutes les villes de l’Alaska des files interminables de saumons suspendus au soleil à des cordes tendues le long des rues. Le procédé généralement employé consiste à ouvrir le poisson, à retirer les arêtes, et à obtenir un premier séchage à l’air.
- On l’expose alors à de la fumée de paille ou de bois vert pendant une dizaine de jours, après quoi
- Fig. 6. — Des milliers de poissons sont capturés en un seul coup de seine.
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- il est bon pour l’exportation ou pour l’emmagasinage.
- Un autre procédé consiste à entasser des poissons nettoyés et désossés dans des barils contenant de la saumure, que l’on expédie en Europe par la voie de mer, c’est-à-dire par le Cap Horn. Le long voyage provoque un commencement de fermentation qui donne un goût tout particulier à la chair. Ces saumons sont très recherchés par les populations de l’Europe centrale, surtout en Allemagne.
- Mais la conserve en boîte assure à l’industrie son principal débouché. Dans la seule province de l’Alaska, 55 usines (ou canneries), appartenant à 50 Compagnies différentes, et pourvues de l’outillage le plus perfectionné, travaillent nuit et jour pendant cinq ou six mois de l’année, en employant une main-d’œuvre composée presque exclusivement de Chinois, de Japonais et d’indiens, placés sous les ordres de contremaîtres chinois.
- C’est par un vestibule sombre et malpropre que le roi des poissons- fait son entrée dans le lugubre palais élevé à son intention. Un plan incliné amène la masse grouillante dans une chambre de 50 à 40 mètres carrés (le bin), construite au-dessus de l’eau. Enfonçant jusqu’aux genoux dans l’entassement de moribonds, des hommes piquent leurs
- transportés dans une salle voisine où une machine, qui comporte tout un agencement de lames, les écaille, les coupe en long, et enlève les entrailles. Ils sont alors entraînés dans de vastes récipients où de puissants jets d’eau, lancés avec force, les dépouillent de leurs impuretés. Au cours de cette opération, des ouvriers trient les poissons et jettent au rebut ceux dont la chair offre un aspect douteux.
- La deuxième partie de, la fabrication est exé-
- Fig. 8. — Vue d'ensemble d’un chaland à capturer le saumon, sur la Columbia.
- harpons dans les corps gluants et les déposent sur une courroie sans fin qui les conduit sur les tables des bouchers. En un instant, ceux-ci ont tranché la tête, les nageoires et la queue, les débris étant remportés par une autre courroie qui les jette à la mer, à la grande joie des mouettes et des petits poissons aux aguets. Ces butchers, Chinois et Indiens apportent à leur besogne une dextérité surprenante; la capacité moyenne de chaque homme est de 400 saumons par heure, et les experts portent ce chiffre à 500.
- Par le même moyen mécanique, les saumons sont
- Fig. / — La roue à aubes qui capture le saumon.
- cutée entièrement à l’aide de machines, et sa rapidité est merveilleuse. Les poissons nettoyés sont placés sur deux courroies parallèles ascendantes, entre lesquelles fonctionnent des couteaux rotatifs qui découpent les saumons en sections dont la longueur est exactement égale à celle des boîtes qu’elles doivent remplir. D’autres courroies amènent ces boîtes en un point où elles rencontrent les sections de chair. Celles-ci tombent dans l’intérieur de la boîte, et y sont comprimées par une sorte de bélier. Une autre machine place le couvercle, une seconde le soude. En une minute, 80 boîtes sont préparées.
- Elles sont alors transportées dans une étuve oû la vapeur surchauffée atteint 125°, et y restent une heure. A leur sortie, un Chinois perce le couvercle à l’aide d’un poinçon, laisse les gaz s’échapper, soude les ouvertures, et renvoie les boîtes dans une autre étuve chauffée à 155°. On les laisse refroidir, pour les laver à grande eau. 11 ne reste plus qu’à s’assurer si elles sont hermétiquement soudées, et à coller les étiquettes, avant de les empaqueter à raison de
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- 48 boîtes par caisse. Exception faite de ces étiquettes, imprimées à Seattle, les Compagnies de pêcherie se suffisent à elles-mêmes, car elles fabriquent sur place les boîtes de fer-blanc, et leurs propres scieries débitent les planches des caisses d’emballage.
- Ajoutons qu’elles sont obligées par une loi récente d’établir et d’entretenir une frayère artificielle par usine. Comprenant que le développement rapide de cette industrie menaçait le saumon d’une extinction de l’espèce, le gouvernement américain contraint les
- Compagnies à produire dix petits pour un adulte capturé. Des inspecteurs sont chargés de faire observer cette sage ordonnance. En outre, les pêcheries sont tenues de chômer 56 heures par semaine durant la saison.
- Mais, de l’avis des experts, ces prudentes mesures seront inefficaces pour la conservation de l’espèce. Et l’on devra édicter avant peu des règlements plus sévères, si l’on ne veut pas que le saumon, roi du Pacifique, ait tôt ou tard le même sort que le bison, l’ancien roi de la Prairie. V. Forbix.
- LA PHOTOGRAPHIE METEOROLOGIQUE
- La photographie, aujourd’hui si répandue, constitue un moyen de recueillir avec exactitude et impartialité, des documents authentiques dont personne ne récusera l’importance.
- Simple curiosité au début, elle est devenue l’auxiliaire de toutes les sciences où la précision documentaire est nécessaire; dans quelques-unes elle a même été le point de départ de méthodes nouvelles qui ont ouvert de vastes horizons aux chercheurs; enfin, elle est devenue pour beaucoup une occupation intelligente.
- La photographie des météores atmosphériques est à la portée de tous les amateurs photographes. Dès les premiers essais, et sans apprentissage préalable, on obtient des résultats qui dépassent certainement toute attente, à la condition de prendre quelques précautions que nous allons résumer très brièvement. Nous nous bornerons d’ailleurs aux conseils essentiels, car l’expérience acquise par quelques essais préalables vaut mieux que les instructions écrites les plus développées et, en apparence, les plus explicites.
- En principe, tous les appareils utilisés pour la photographie des paysages conviennent.
- Ajoutons qu’il est bon de disposer la chambre noire sur un pied avec tête à inclinaison variable, de façon à pouvoir pointer l’appareil à toutes les hauteurs depuis l’horizon jusqu’au zénith.
- Il est prudent aussi d’avoir à sa disposition plusieurs châssis chargés, afin de pouvoir prendre sans difficulté et en peu de temps, dans les cas intéressants, un certain nombre de clichés.
- Enfin, la mise au point devra être repérée pour l’infini, une fois pour toutes.
- Mais avant de faire usage d’un appareil, il n’est pas superflu d’en étudier l’objectif et d’en rechercher les défauts rédhibitoires. Au premier abord, il semble que l’on puisse se fier à 1’ « habileté » du fabricant, et que toute vérification ne doive amener aucune indication utile. La prudence commande, au contraire, de ne s’en rapporter qu’à soi-même, et pour cela, de procéder à l’examen des qualités optiques de l’objectif.
- Nous ne pouvons songer à décrire ici, même d’une façon succincte, les procédés en usage pour une
- étude détaillée d’un objectif. Cet exposé ne présenterait, pour le but que nous nous proposons, aucun intérêt. Nous indiquerons seulement la manière de mesurer, d’une façon simple et pratique, pour des amateurs qui n’ont pas à leur disposition les ressources et l’outillage d’un laboratoire, les principales constantes d’un objectif, de déterminer les défectuosités dont il peut être affecté et d’en apprécier l’importance pratique.
- Distance focale. — Lorsqu’un faisceau de rayons lumineux tombe sur une lentille L, parallèlement à son axe principal AA' (droite qui joint les centres de courbure des faces), l’expérience apprend qu’après avoir traversé la lentille, les rayons vont très sensiblement concourir en un point unique F : ce point est le foyer principal (fig. 1).
- Les catalogues donnent, le plus souvent, sous le nom de distance focale, tantôt la distance du foyer principal au diaphragme, tantôt la distance du foyer à la face postérieure de l’objectif. La connaissance de ces grandeurs n’offre qu’un intérêt secondaire ; ce qu’il importe de connaître, c’est la distance focale absolue.
- Dans une lentille, il existe un point C (fig. 2) appelé centre optique, tel que tout rayon IF RR' qui passe par ce point ne subit pas de déviation, mais éprouve seulement un déplacement latéral. Les points N et N' où l’axe principal est coupé par les prolongements des rayons IF et RR' sont les points nodaux.
- La longueur focale absolue est la distance N' F' du point nodal d’émergence N' au foyer principal.
- Pour mesurer cette quantité, sur une surface blanche bien plane, on trace à l’encre de Chine une circonférence dont on marque le centre par deux petits traits en croix. On fait alors la mise au point sur un objet situé à une distance très grande (environ cinq à six cents fois la longueur focale indiquée sur la monture de l’instrument ou mesurée grossièrement) et l’on marque la position du bord antérieur du cadre qui porte la glace, sur la glissière le long de laquelle il se déplace. On dispose ensuite la mire bien parallèlement à la glace et de façon que leurs centres soient sur l’axe de l’objectif. On vise la mire et on règle les positions de telle sorte que
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- la mise au point étant faite sur la croix centrale, l’image de la circonférence se superpose avec une circonférence d’égale grandeur tracée sur la glace dépolie et ayant comme centre celui de la glace1. On
- Fig. i. — Foyer principal d’une lentille.
- marque un nouveau trait indiquant la position du bord antérieur du cadre. La distance des deux repères mesure la longueur focale principale.
- L’opération devra être faite sans diaphragme.
- Ouverture utile. — On définit Youverture d’un objectif par le diamètre du diaphragme qui lui est adapté. Dans les objectifs composés, le faisceau, au moment où il rencontre le diaphragme qui le limite, est devenu conique par suite de la réfraction à travers le système optique (fig. 3) et son rayon est plus grand que celui du diaphragme. On appelle ouver-
- Fig. 2. — Centre optique et Joints nodaux d’une lentille.
- ture relative utile, le rapport admis:
- Dire que l’ouverture relative utile est 6,8 par exemple, signifie que le diamètre du faisceau admis vaut p fois la distance focale. Pour mesurer le diamètre du faisceau incident parallèle à l’axe principal qui peut traverser le diaphragme, on enlève l’objectif, et, appuyant sur la face antérieure les pointes d’un compas, on ouvre les branches jusqu’à ce que l’on cesse d’apercevoir l’image de ces pointes en re-
- Fig. 3. — Ouverture utile d’un objectif.
- gardant à travers le système de lentilles. Pour éviter de rayer le verre des lentilles on passera à la lampe les pointes du compas.
- 1 On sera averti que la glace et la mire ne sont pas bien parallèles par ce fait que, dans ce cas, la superposition des circonférences ne sera pas possible.
- La valeur du rapport précédent doit être inscrite sur les diaphragmes.
- Champ. — En général, quand on diaphragme très peu l’objectif et que l’on met au point au centre
- (Angle de
- F
- Fig. 4. — Angle de champ.
- de la glace, les bords de l’image manquent de netteté. La portion de l’espace comprenant tous les points qui peuvent donner simultanément une image nette sur la glace dépolie définit ce que l’on nomme le champ (le netteté. Il ne faut pas le confondre avec le champ cle visibilité.
- Pour déterminer la valeur du champ de netteté, on mesure, avec un compas, suivant l’une des diagonales de la glace dépolie, l’écartement des images pratiquement nettes. Puis, sur une feuille de papier,
- Fig. 5. — Aberration de sphéricité.
- on construit un triangle isocèle ABF (fig. 4) dont la base AB représente l’écartement mesuré et la hauteur OF, la distance focale f de l’objectif. L’angle AFB est l’angle de champ. On en détermine facilement la valeur à l’aide d’un rapporteur.
- Aberration de sphéricité. — Lorsqu’un faisceau lumineux tombe sur une lentille, les rayons marginaux sont plus déviés que les rayons centraux et le foyer P, correspondant au faisceau périphérique, est plus voisin de la lentille que le foyer G des rayons centraux (fig. 5). Il en résulte que les images manquent de netteté.
- Fig. 6 (a). Fig. 6 (b).
- Détermination de l’aplanétisme.
- C’est en cela que consiste Vaberration de sphéricité. L’expérience enseigne que l’adjonction d’une lentille diminue l’aberration, et qu’en combinant convenablement plusieurs lentilles, on arrive à détruire pratiquement l’aberration et à produire Y aplanétisme du système.
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- Pour apprécier l’aplanétisme, on diaphragme l’objectif 0 sur le tiers environ de son rayon (fig. 6 a) et Fort met au point sur un objet éloigné présentant des détails bien nets. La mise au point étant repérée, on ouvre à toute ouverture en masquant la région centrale de la lentille au moyen d’une rondelle opaque que l’on fixe avec un peu de cire d’abeille (fig. 6 b) et l’on fait de nouveau la mise au point.
- Si l’objectif est aplanétique, la mise au point ne doit pas changer.
- L’aberration sphérique est acceptable jusqu’à 2 pour 100 de la longueur focale pour les ap-
- Fig. 7. — Aberration chromatique.
- pareils dont le format n’excède pas 15x18.
- Aberration chromatique. — Les diverses couleurs élémentaires dont est formé un faisceau de lumière blanche sont inégalement déviées par leur passage à travers une lentille et forment des foyers différents dont les principaux sont rouge, orangé, jaune, vert, bleu, indigo, violet, le rouge étant le plus éloigné et le violet le plus rapproché du sommet de la lentille (fig. 7). Il en résulte que les contours des images paraissent irisés.
- Ce défaut est désigné sous le nom à'aberration de réfrangibilité. On le corrige à l’aide de lentilles de substances différentes et dont les courbures sont convenablement combinées. Un tel système est dit achro-
- Fig. 8. — Objectif corrigé de l’aberration chromatique.
- matique. Or, il y a dans la lumière blanche trois espèces de radiations : les radiations calorifiques, les radiations lumineuses, les radiations chimiques. C’est dans le jaune qu’a lieu le maximum d’intensité de la lumière, tandis que le maximum d’action chimique se trouve dans le bleu. Il y a donc un foyer chimique différent du foyer lumineux, de sorte que lorsque l’on est au point sur l’image lumineuse, on ne l’est pas pour l’image chimique. Pour la photographie, il est essentiel que les deux foyers soient en coïncidence. Un bon objectif devra superposer le jaune et le violet (fig. 8).
- L’essai d’achromatisme se fera de la façon suivante : sur une feuille de papier blanc, on trace à l’encre de Chine un quadrillage formé de traits verticaux et horizontaux bien nets, équidistants
- (de 5 en 5 mm par exemple) que l’on numérote. On colle la feuille sur une petite glace de Saint-Gobain. On dispose la petite mire ainsi constituée, bien verticalement, mais dans une position inclinée
- j4ppare£L Æïre, obliques
- Fig g. — Essai d’achromatisme.
- (fig. 9) sur l’axe de l’appareil. On photographie alors la mire en vraie grandeur après avoir effectué la mise au point à la loupe, sur l’une des lignes, celle numérotée zéro par exemple. Si après développement le maximum de netteté se retrouve sur la ligne zéro, l’objectif est parfait au point de vue chromatique. Si, au contraire, le maximum de netteté ne coïncide plus avec la ligne choisie, l’objectif a un foyer chimique. Supposons, pour fixer les idées, que la ligne la plus nette soit celle numérotée
- Objectif
- Fig. io. — Détermination de Vachromatisme.
- 5. Il est facile d’évaluer sur la glace dépolie une ligne telle que OH (fig. 10). D’autre part, on connaît 01, puisque chaque intervalle de la mire vaut 5 mm. On en déduit immédiatement
- IH^v/OI2 — 0HS.
- Supposons III = G mm. Le trait 5, le plus net, est alors en retrait de 5 mm, autrement dit MN = 5 mm. Dans les conditions où l’on s’est placé (reproduction en grandeur égale), la distance qui sépare la mire du foyer principal est égale à 4 fois
- fFj
- b-- -L-n
- Fig. ii.
- Distorsion en croissant.
- Fig. 12.
- Distorsion en barillet.
- la distance focale principale. Dans l’exemple choisi, Y allongement du foyer chimique est donc de :
- MN__3
- 4 4
- dè
- millimètre = 0,75 mm.
- Si le foyer chimique atteint 0,5 mm en valeur
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- absolue, l’objectif est acceptable; s’il atteint I mm, il est médiocre et ne peut être considéré comme objectif de précision ; s’il dépasse 1 mm il est tout à fait défectueux.
- Ces conclusions doivent s’entendre pour les objectifs dont le format ne dépasse pas 15 X 18 qui sont ceux le plus ordinairement utilisés par les amateurs.
- Fig. i3. — Photographie d'un arc-en-ciel.
- Dans le cas d’objectifs plus grands, on pourra admettre approximativement une tolérance croissant Cbmme la racine carrée de la longueur focale.
- Astigmatisme et courbure de champ. — L’objec-lif étant non diaphragmé ou très peu diaphragmé, on fait la mise au point au centre de la glace dépolie, sur la petite mire quadrillée. En déplaçant la glace dépolie, ou bien on arrivera à obtenir la netteté sur les bords en la perdant au centre, et l’objectif présente dans ce cas de la courbure de champ, ou bien les images resteront floues sur les bords quelle que soit la position donnée à la glace dépolie, et l’objectif présente de Y astigmatisme. C’est là un défaut grave.
- Distorsion. — La distorsion a pour effet de déformer les images sur les bords du champ. On constatera la distorsion en photographiant la petite mire quadrillée placée bien normalement à l’axe optique de l’objectif. Lorsque les lignes sont convexes vers le centre, la distorsion est en croissant ou en dehors (fig. Tl); lorsqu’elles sont concaves vers le centre, la distorsion est en barillet ou en dedans (fig. 12).
- Toutes ces opérations n’offrent aucune difficulté et ne demandent qu’un peu d’attention. Comme elles sont le plus généralement ignorées, j’ai cru intéressant de les décrire ici.
- Nous allons maintenant donner quelques indications sur la photographie des météores de l’atmosphère.
- Nuages. — Le bleu du ciel, extrêmement photogénique, agit presque aussi énergiquement sur les plaques sensibles ordinaires que la lumière des nuages formée en grande partie de rayons jaunes et verts. Il faut donc éteindre ou diminuer autant que possible cette action du fond bleu du ciel. On peut obtenir ce résultat par un double moyen :
- 1° En interposant sur le trajet des rayons un écran coloré en jaune, fixé devant l’objectif bien
- perpendiculairement à l’axe optique, soit sur le parasoleil de l’objectif, soit en arrière de celui-ci. Il peut être constitué par une petite cuve parallélépipédique contenant une solution de bichromate de potasse ou bien encore par une lame de verre à faces parallèles.
- 2° En employant concurremment avec ces écrans, des plaques dites orthochromatiques sensibles au jaune et au vert (ne pas confondre avec les plaques sensibles au rouge et au jaune).
- On obtient aussi des résultats excellents par l’emploi, sans écran, des plaques lentes utilisées pour l’obtention des positifs, telles que les « Lactate Guil-leminot », les « Étiquettes rouges Lumière », les « Ilford spécial lantern », etc.
- La durée de pose doit être toujours très faible, en général instantanée. On ne peut évidemment fixer de règle à cet égard ; elle variera bien entendu suivant l’éclat du nuage et l’ouverture de l’appareil. En principe, une pose trop longue est préférable à une pose trop courte, car il est plus facile d’améliorer un cliché trop posé qu’un cliché qui ne l’est pas assez. (Voir les photographies que j’ai données dans le n° 1879.)
- Pluie. — Pour photographier les pluies telles que celles que l’on observe parfois, au loin, à l’époque des giboulées ou des orages, on emploiera les plaques lentes et l’on fera une pose modérée. (Une photographie d’averse a été reproduite dans le n° 1908.)
- Grêlons. — On obtiendra de bonnes photographies de grêlons en disposant ceux-ci sur une étoffe noire. On les reproduira, autant que possible, en grandeur naturelle ou bien on les placera contre un décimètre. Il sera bon de les peser et de noter, en même temps, les diverses particularités que l’on pourra y observer.
- Phot. Ferquin, Juvjsy
- Fig. 14. — Photographie d'un éclair.
- Phénomènes optiques. — La photographie peut également fournir d’utiles renseignements sur les phénomènes optiques de l’atmosphère.
- Pour Y arc-en-ciel, on emploiera les plaques lentes et l’on fera un instantané modéré (fig. 13).
- Le même procédé est applicable aux halos (arcs de cercle plus ou moins étendus que l’on observe autour du Soleil), aux colonnes'lumineuses, etc.
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- Trombe. — Si l’on observe une trombe, on devra, si c’est possible, en prendre un certain nombre de clichés aux diverses périodes de son développement. Ceux-ci pourront constituer des documents d’une grande valeur pour la théorie encore bien obscure du phénomène. La figure 15 est la reproduction d’une photographie de trombe.
- Eclairs. — Enfin, les éclairs ouvrent le champ à une autre série de photographies extrêmement intéressantes, et l’on ne devra jamais négliger aucune occasion de les obtenir, ce qui ne présente pas de difficulté lorsque les orages éclatent la nuit (fig. 14).
- Il suffit de diriger l’appareil réglé pour l’infini,
- intérêt de pouvoir en prendre quelques clichés.
- Nous attirons encore l’attention des amateurs possédant deux appareils sur l’importance que présentent les photographies stéréoscopiques, et, en particulier, celles des éclairs.
- La photographie ordinaire enregistre seulement la projection de l’étincelle atmosphérique sur le fond des nuages. Les photographies stéréoscopiques fourniront la vision en relief et les clichés étudiés par les procédés de la photogrammétrie permettront de déterminer là forme des éclairs dans l’espace et leurs dimensions.
- Une distance de 4 à 5 m. entre les appareils paraît
- Phot. Mackenstein.
- Fig. i5. — Trombe observée à Dieppe le iç Septembre iüq? à ih de l’après-midi. On remarque parfaitement l’état d’ébullition de la mer (le buisson), à l’endroit correspondant à la trombe et se déplaçant avec elle sur une hauteur appréciée à environ 200 m. La trombe marchait à la vitesse d’un express. Épreuve d’après un cliché d’instantané obtenu par Son Excellence Wullèrt, Président de la Société photographique de Moscou.
- vers la région du ciel où les éclairs semblent être les plus nombreux. On laisse l’obturateur ouvert jusqu’à ce qu’un éclair se produise dans cette direction. On ferme alors l’objectif et on expose une nouvelle plaque. La seule précaution à prendre est de changer la plaque dès qu’un éclair a jailli, car si on la laissait impressionner par plusieurs éclairs successifs, il serait ensuite difficile, sinon, impossible, de retrouver la forme de chacun d’eux.
- La photographie des habitations, des animaux, des arbres foudroyés sera autant de sujets intéressants.
- Si on avait la bonne fortune d’observer ce que l’on appelle la foudre en boule, il serait d’un grand
- être suffisante pour obtenir le relief etl’onpourraplacer ceux-ci commodément près de deux fenêtres d’un appartement. Si les appareils ne sont pas identiques, il sera toujours possible de ramener les épreuves à la même échelle par réduction ou agrandissement,
- Ajoutons en terminant qu’il est important d’inscrire sur chaque cliché la date et l’heure à laquelle il a été pris, la direction, la distance focale de l’objectif, l’ouverture du diaphragme et le temps de pose.
- On peut, par la photographie des météores de l’atmosphère, se créer un passe-temps agréable et réunir aisément une collection de documents dont l’utilité ne saurait être contestée. J. Loisei,.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du i5 juillet 1910.—
- Action lente de l’eau de mer sur les métaux. — M. Lacroix a étudié les effets de l’action de l’eau de mer pendant un temps très long sur les métaux. Ayant eu l’occasion d’examiner les produits de transformation de morceaux de plomb et de cuivre provenant d’une galère romaine coulée devant Mahdia (Tunisie), il a reconnu que le plomb avait donné un chlorure qu’on retrouve dans les fumerolles du Vésuve et qui est différent des oxychlorures qui se sont produits dans les scories-immer-gées des mines de Laurium. La différence tient sans doute à ce que la galère reposait sous 40 m. d’eau, et aussi à ce que le bois du vaisseau a fourni une matière organique ayant un pouvoir réducteur. Les clous de cuivre ont donné des sulfures identiques aux sidfures des filons métallifères.
- La comète de Halley. — M. Bigourdan décrit les résultats des dernières observations de M. Eginitis, directeur de l’observatoire d’Athènes, sur les apparences présentées par la comète de Ilalley, aujourd’hui définitivement trop éloignée pour pouvoir encore fournir des données, au moins quant à sa constitution physique. Les variations d’éclat et d’aspect, tant de la tête que de la queue, conduisent M. Eginitis à penser que la queue est constituée par un gaz et par des particules solides de nature inconnue, et que la tête présente des phases dont il faut tenir, compte quand on veut calculer le coefficient de l’éclat apparent, tandis qu’à l’ordinaire on a égard seulement aux variations des distances de l’astre à la terre et au soleil. L’auteur explique ainsi la constance d’éclat de la tête pendant presque un mois avant le passage du noyau sur le soleil, éclat qui resta toujours aux environs de la 2e grandeur stellaire, contrairement à ce que le calcul fait par la méthode ordinaire donnait lieu de prévoir. Ce calcul indiquait un éclat 50 à 40 fois plus grand. D’autre part, MM. Deslandres et Bosler font connaître qu’en présence du fait que la terre ne semble pas avoir traversé la queue de la comète de Halley, ils ont entrepris des calculs ayant pour objet de rechercher si, en raison des dimensions et de la forme de cette queue, la traversée a eu lieu, oui ou non. D’après les observations les meilleures de 1910, comme d’après les observations du précédent passage de la comète entre le Soleil et la Terre, la queue était droite ou tout au moins de faible courbure. Dans ce cas, la traversée devait avoir lieu 11 heures et demie après le passage du noyau sur le Soleil. Si la queue avait une courbure plus accentuée et répondait au 2e type de l’astronome Brédichin, le retard aurait été de un jour et demi. Puisque la traversée n’a pas eu lieu, on est conduit à rechercher quelles causes peuvent rendre le phénomène impossible. Ces causes sont au nombre de deux : la pression de radiation de la Terre et la force répulsive électrique. La première cause paraît n’avoir pu produire qu’un effet trop faible pour avoir joué un rôle de quelque importance; mais il en est tout autrement de la seconde. Il suffit d’admettre que les particules de la queue de la comète et de l’atmosphère terrestre étaient chargées d’électricité de nom contraire. Or, il est à remarquer que cette hypothèse s’impose dans certaine théorie des comètes.
- Action chimique des rayons ultra-violets.—M. Dastre présente une Note de MM. Bierry, Victor Henry et Ranc relative à l’action des rayons ultra-violets sur certains hydrocarbures. Le lévulose exposé en solution à Faction
- Présidence de M. E. Picard.
- de ces radiations donne de l’acide carbonique, de l’aldéhyde formique, de l’alcool méthylique et un corps réducteur. C’est une transformation presque sans exemple. Les auteurs ont étudié également: Faction des radiations ultra-violettes sur le glucose, le galactose et l’arabinose.
- La furonculose des jjoissons. -—M. Dastre présente une Note de MM. de Bouville et Mercier signalant l’apparition en France de la furonculose des poissons. Depuis assez longtemps cette maladie sévissait en Allemagne et en Autriche où elle a été étudiée et décrite; elle est due à un microbe qui a été isolé. L’apparition de la furonculose des'poissons est un événement important qui n’est comparable par les ravages qu’il présage qu’à la peste des écrevisses. La maladie provoque des petites tumeurs qui se transforment en ulcères. L’animal meurt rapidement; si on l’ouvre on constate des hémorragies musculaires, de l’entérite. La furonculose atteint la truite, les salmonidés et même les brochets et les carpes.
- La constitution des lichens. — M. Mangin analyse un travail de M. l’abbé Hue, une Note sur la constitution des lichens. On savait que, dans chaque lichen, le même champignon est toujours associé à une seule et même espèce d’algue. M. l’abbé Hue a trouvé, dans le genre Solorina, une espèce curieuse où le champignon est associé à la fois à deux espèces d’algues, l’une verte, l’autre bleue. C’est un cas curieux qui vient encore confirmer la théorie algolichéniquc.
- Propriétés de la callose. — M. Mangin présente,ensuite de nouvelles observations sur la callose, substance fondamentale très répandue chez les thallophytes. Il montre que cette substance forme, à l’état de pureté, le thalle du Bornetina et que sa composition est semblable à celle du cellulose. Elle se distingue de la chitine et de la cellulose par un ^ensemble de réactions très nettes, notamment par certaines réactions colorantes très importantes dans les recherchés microchimiques.
- Inconvénients de la surélévation du plateau du Nil. — M. Roux dépose un rapport de l’Administration des domaines de l’État égyptien sur des expériences relatives à l’influence de la nappe d’eau souterraine dans la basse Égypte. Ce rapport est accompagné d’une note explicative concernant des expériences faites sur la culture du cotonnier dans des terres humides à l’excès. M. Audebeau bey, ingénieur en chef des Domaines, a été chargé de ces études qui sont poursuivies celte année encore. Des constatations faites, il résulte que la diminution de production du coton qui s’accuse de plus en plus chaque année pour toute l’Égypte,- est la conséquence de la surélévation du plateau du Nil au barrage du delta et dans tous les canaux qui sillonnent la basse Égypte. Le but de ces travaux exécutés au cours de ces dernières années, avait été de fournir de l’eau d’irrigation par simple gravitation, pour remplacer le puisement dans les canaux par des moyens mécaniques onéreux. Mais l’eau, maintenue sur, des terrains imperméables, a causé des infiltrations qui ont rendu stériles, sur chaque rive, de larges bandes de terrain jusque-là très fertiles et du même coup provoqué l’exhaussement de la nappe souterraine. Ce phénomène se fait surtout sentir à l’époque de la floraison des cotonniers; il paraît être la cause d’une énorme déhiscence de fleurs et de capsules, sans doute par suite de l’asphyxie des racines.
- Cn. de Yiixedeuil.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahore, rue de Fleurus, 9, à Taris.
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- LA NATURE. — N° 1941. --:..... : : :::— —— 6 AOUT 1910.
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- LES ANIMAUX ET LA MÉTÉOROLOGIE
- Deux animaux experts en météorologie : •
- Les Chenilles processionnaires du Pin sortant de leur nid et les Gèotrupes à la recherche de bouses.
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- 146 .........LES ANIMAUX ET
- Les animaux sont certainement plus sensibles que nous aux variations barométriques, électriques et hygrométriques du milieu ambiant ; un observateur sagace pourrait avec sûreté prévoir quelques jours d’avance le temps qu’il fera ultérieurement, rien qu’en observant leurs allures. Les exemples les plus connus sont ceux de l’hirondelle qui vole bas lorsque le temps est à la pluie, parce qu’à ce moment aussi les insectes dont elle fait sa nourriture sont plus près de la terre; la poule qui, sentant venir le froid, s’enfonce la tête frileusement dans ses épaules ; la pintade, qui, par son grincement de scie limée, annonce l’arrivée prochaine des ondées; le coq, qui, chantant à des heures indues, annonce le retour du beau temps ; les moineaux, qui, par temps lourd, ont un pépiement bien spécial; le chat qui, d’un geste gracieux, passe sa patte mouillée de salive par-dessus son oreille, quand il va pleuvoir; les fourmis, qui, lorsque le temps menace de tourner « au vilain », ferment les orifices de leurs fourmilières ou les oblitèrent partiellement; les mouches, qui deviennent insupportables par temps orageux ; les abeilles, qui ne quittent leur ruche que lorsque le temps est sûr.
- Tous ces cas, bien que familiers, sont assez mal connus, et je ne sache pas qu’ils aient été l’objet d’observations suivies. Celles-ci pourraient bien, d’ailleurs, modifier nos idées à leur égard. C’est ce qui est arrivé aux légendaires Rainettes, que le « père Biigeaud » emportait toujours avec lui en Algérie, tant il avait confiance en leur valeur barométrique. M. von Lendelfeld, professeur à l’Université de Czer-noAvitz, a observé les montées et les descentes de ces gentilles petites bêtes en les plaçant dans une vaste cage contenant une échelle de vingt échelons numérotés. Des points de repère, marqués sur les vitres, permettaient d’évaluer rapidement la position des Rainettes, qui ne se trouvaient pas sur les échelons. Le nombre des animaux étant de dix, chaque « lecture » se faisait de la manière suivante : en multipliant les numéros d’ordre de chaque échelon par le nombre des batraciens qui étaient posés sur celui-ci, et en additionnant ces produits partiels, on obtenait finalement la courbe du « baromètre à rainettes ». Pour la pression atmosphérique, sur quarante-huit jours, les courbes ont concordé avec celles du baromètre 26 fois; elles ont fourni des indications contraires 22 fois. Pour l’état hygrométrique, les courbes ont concordé 22 fois; elles ont fourni des indications contraires 26 fois. Conclusion : la Rainette n’est ni un baromètre, ni un hygromètre.
- Si la réputation de cet élégant batracien a été surfaite, par contre nous avons appris à connaître d’autres animaux plus intéressants au point de vue qui nous occupe ici. Nous le devons à J.-H. Fabre, l’admirable entomologiste que l’on fêtait dernièrement.
- L’un de ces animaux est une chenille, la Processionnaire du pin, qui vit en colonie et enveloppe les rameaux des pins d’une toile à l’abri de laquelle elle
- LA MÉTÉOROLOGIE ................—:
- peut dévorer les feuilles. Les Processionnaires ne sortent de leur « bourse » que la nuit pour aller se promener dans les environs. Elles prévoient le mauvais temps, ainsi que Fabre a pu le constater en examinant des chenilles laissées au dehors, et, en même temps, d’autres, élevées en serre. Voici quelques faits observés : Le 15 décembre, à la nuit, contrairement à leur habitude, les chenilles ne descendent pas de dessous leur tente. Les cartes météorologiques que publient les journaux en donnèrent l’explication. La région se trouvait sous une dépression énorme. Venu des Iles Britanniques, un effondrement aérien, comme la saison n’en avait pas encore connu de pareil, se propageait vers nous, nous atteignait le 15 et persistait, plus ou moins accentué, jusqu’au 22. À Avignon, le baromètre descendait brusquement de 761 à 748 millimètres le 15; plus bas encore, à 744, le 19. Pendant cette période d’une dizaine de jours, aucune sortie des chenilles sur les pins du jardin. Il est vrai que le temps était variable. Il y avait quelques ondées d’une pluie fine, des coups violents du mistral; mais il y avait plus fréquemment encore des journées et des nuits à ciel superbe, à température modérée. Les prudentes recluses ne s’y laissent pas prendre. La faible pression persiste, menaçante; il est prudent de rester au logis. Dans la serre, les choses se passent de façon un peu différente. Des sorties ont lieu, alternant avec des réclusions plus nombreuses encore. On dirait que les chenilles, émues d’abord par les choses insolites qui se passent là haut, se rassurent et reprennent le travail, n’éprouvant rien, sous leur couvert, de ce qui les aurait atteintes dehors, pluie, neige, furieux assauts du mistral, puis de nouveau suspendent leurs occupations, si les menaces de mauvais temps s’aggravent. Il y a, en effet, concordance assez exacte entre les oscillations barométriques et les décisions de la colonie. La colonne mercurielle remonte-t-elle un peu, on sort ; baissera-t-elle davantage, on reste chez soi. Ainsi, le 19, soirée de la moindre pression, 744 millimètres, aucune ne se risque dehors.
- Autre exemple : d’après une carte météorologique, une dépression dont le centre est au voisinage des îles Sanguinaires, à l’entrée du golfe d’Ajaccio, se propage vers Sérignan (Vaucluse) le 9 janvier avec minimum de 750 millimètres. Il se lève une bise tempétueuse. Pour la première fois de l’année, la glace fait sérieuse apparition. Ce temps sauvage dura cinq jours. Sur les pins battus par telle bourrasque, les chenilles, naturellement, ne sortent pas. Mais, ce qui est remarquable, c’est que les chenilles de la serre ne s’aventurent pas non plus hors des nids. Pour elles, cependant, pas de rameaux dangereusement secoués, pas de froid trop piquant, il ne gèle pas sous le vitrage. Ce qui les retient ne peut être que le passage de l’onde déprimée. Le 15, la tourmente cesse, et le baromètre se maintient entre 760 et 770 millimètres le reste du mois et une bonne partie de février. Pendant cette longue période,
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- sorties tous les soirs, surtout dans la serre. Le 25 et le 24 février, autre brusque réclusion sans motif apparent. Des six nids à l’abri du vitrage, deux seulement ont, en dehors, quelques rares chenilles sur les rameaux de pin, tandis que, pour les six, on voyait, avant, chaque nuit, le feuillage ployer sous l’innombrable multitude. Averti par ce pronostic, Fabre inscrit dans ses notes : quelque forte dépression va nous atteindre. Et son diagnostic est exact. Deux jours après, en effet, le bulletin météorologique d’un journal indique qu’un minimum de 750 millimètres, venu du golfe de Gascogne, le 22, descend sur l’Algérie le 25 et se propage sur les côtes de Provence le 24. Le neige tombe à gros flocons à Marseille le 25. Voici certainement la bourrasque que pressentaient les chenilles quand elles refusaient de sortir la veille et l’avant-veille; voilà le centre de perturbation qui se traduit à Sérignan par une bise violente et glaciale le 25 et jours suivants.
- Le deuxième animal barométrique dévoilé à ce point de vue par Fabre, est le géotrupc, gros coléoptère lourdaud, aux formes arrondies, au ventre brillant d’un éclat métallique, qui vit dans les bouses de vaches ou de chevaux, où il est fort commun. Fabre a pu se rendre compte des faits et gestes des géo-trupes en en élevant quelques-uns dans une volière. Ces gros insectes ne quittent leurs terriers qu’après le coucher du soleil. Aux premières lueurs du soir, si l’air est calme et la température douce, ils vagabondent d’un vol sonore et bas, en recherche des matériaux que l’activité du jour peut leur avoir préparés. S’ils trouvent ce qu’ils désirent, ils s’abattent lourdement, culbutés par un essor mal contenu; ils plongent sur la trouvaille et dépensent à l’enfouir la majeure partie de la nuit. Une condition indispensable pour cette opération : il faut une atmosphère tranquille et chaude. S’il pleut, les géotrupes ne bougent pas. Ils ont sous terre les ressources suffisantes pour un chômage prolongé. S’il fait froid, si la bise souffle, ils ne sortent pas non plus. Dans les deux cas, les volières restent désertes à la surface. Écartons ces périodes de loisirs forcés et considérons seulement les soirées où l’état atmosphérique se prête à la sortie, ou, du moins, paraît devoir s’y prêter.
- Voici les trois cas qui se présentent :
- Premier cas. Soirée superbe, les géotrupes s’agitent dans les cages, impatients d’accourir à leur corvée vespérale. Le lendemain, temps magnifique. Le pronostic n’a rien que de très simple. Le beau temps d’aujourd’hui est la continuation du beau temps de la veille. Si les géotrupes n’en savaient pas plus long, ils ne mériteraient guère d’être cités ici....
- Second cas. Belle soirée encore. L’état du ciel semble annoncer un beau lendemain. Les géotrupes sont d’un autre avis. Ils ne sortent pas. Qui des deux aura raison? L’homme ou l’insecte? C’est l’insecte, qui, par la subtilité de ses impressions, a pres-
- ,A MÉTÉOROLOGIE :: —— 147
- senti, flairé l’averse. Voici qu’en effet, la pluie survient pendant la nuit et se prolonge une partie de la journée.
- Troisième cas. Le ciel est couvert. Le vent du midi, amonceleur de nuages, amènera-t-il de la pluie ? Tout le monde le croit, toutes les apparences semblent l’affirmer. Cependant les géotrupes volent et bourdonnent dans leurs cages. Leur pronostic dit juste et l’homme se trompe. Les menaces de pluie se dissipent, et le soleil du lendemain se lève radieux.
- La tension électrique de l’atmosphère paraît surtout les influencer. Dans les soirées chaudes et lourdes, couvant l’orage, on les voit s’agiter encore plus que de coutume. Le lendemain éclatent de violents coups de tonnerre. Fabre cite, à ce sujet, un fait bien curieux. Les 12, 15, 14 novembre 1894, les géotrupes des volières sont dans une agitation extraordinaire. Fabre n’avait pas encore vu et n’a pas revu pareille animation. Ils grimpent, comme éperdus, au grillage; à fout instant, ils prennent l’essor, aussitôt culbutés par un choc contre les parois. Ils s’attardent dans leurs inquiètes allées et venues jusqu’à des heures avancées, en complet désaccord avec leurs habitudes. Au dehors des cages, quelques voisins libres, accourent et complètent le tumulte. Que se passe-t-il donc pour amener ces étrangers, et surtout pour mettre les volières en pareil émoi? Après quelques journées de chaleur, fort exceptionnelles, en cette saison, règne le vent du midi, avec imminence de la pluie. Le 14 au soir, d’interminables nuages, fragmentés, courent devant la face de la lune. Le spectacle est magnifique. Quelques heures avant, les géotrupes se démenaient affolés. Dans la nuit du 14 au 15, le calme se fait. Aucun souffle d’air. Ciel gris uniforme. La pluie tombe d’aplomb, monotone, continue, désespérante. Elle semble ne devoir jamais finir. Elle ne cesse, en effet, que le 18. Les géotrupes, si affairés dès le 12, pressentaient-ils ce déluge ? Apparemment oui. Mais aux approches de la pluie, ils ne quittent pas habituellement leurs terriers. Il doit y avoir des événements bien extraordinaires pour les émouvoir de la sorte. Les journaux apportèrent le mot de l’énigme. Le 12, une bourrasque de violence inouïe éclatait sur le nord de la France. La forte dépression barométrique, cause de la tempête, avait son écho dans le midi, et les géotrupes signalaient ce trouble profond par d’exceptionnelles inquiétudes. Avant le journal, ils signalaient l’ouragan.
- Si l’on voulait s’en donner tant soit peu la peine, il est certain que l’on pourrait faire de nombreuses observations analogues rien qu’en regardant autour de soi. Il suffit, en somme, de s’attacher à l’étude d’une espèce bien déterminée et de noter concurremment les manières dont elle se comporte et les divers bouleversements atmosphériques, dont depuis quelques années surtout, nous sommes abondamment pourvus. Henri Coupin.
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- ' L’APPAREIL ADOPTÉ EN ANGLETERRE
- POUR SAUVER LES ÉQUIPAGES DES SOUS-MARINS COULÉS
- Il a été question, dans un récent article de La Natiwe (n° 1934) d’un procédé adopté par l’Amirauté anglaise pour permettre à l’éqüipage d’un sous-marin coulé de quitter le navire envahi par l’eau et de remonter à la surface.
- Je tiens à répéter ici que le principe sur lequel est basé ce procédé a été découvert par un Français, M.
- Georges Jaubert, comme il résulte de la communication faite à F A cadémie' des sciences le 5 juin 1910, parM;Carpentier.
- Ceci établi, il est très intéressant de voir quel parti on a su tirer en An- . gleterre de cette invention et d’étudier en détails l’appareil aujourd’hui réglementaire sur tous les sous-marins anglais. Notre confrère Naval and Military Record nous en fournit le moyen.
- Dès quelle pensa à introduire le sous-marin dans les rangs de la Hotte anglaise, l’Amirauté se mit à la recherche de l’appareil qui permettrait en cas de naufrage de sauvegarder l’existence des hommes formant lequipage. Au lieu de s’entêter dans la méthode qui a prévalu jusqu’à présent chez nous, consistant à tenter le sauvetage du navire lui-même avec l'espoir qu’on trouvera F équipage encore vivant, méthode qui, il faut bien le reconnaître, a donné, dans tous les cas où elle a été employée2, de si négatifs et fâcheux résultats, l’Amirauté a bien vite dirigé ses recherches vers le sauvetage des existences.
- Elle a considéré, ce qui est l’exacte vérité, que les progrès apportés à la construction et à l’installa-
- 1. Les phot. de l’article ont été prises par M. Cribb à Southsea.
- 2. Lutin, Farfadet, Pluviôse.
- tion générale des sous-marins, bornent les seuls risques auxquels ils soient actuellement exposés, aux abordages ou chocs contre un rocher ou un obstacle quelconque. Dans ce cas, il y a voie d’eau, et le plus généralement, envahissement plus ou moins rapide du navire par cette eau, dont le poids est suffisant
- pour annuler la réserve de flottabilité et tous les moyens qu’on possède pour l’augmenter, tels que pompage des ballasts, libération des poids de sécurité.
- Donc, il fallait donner à l’équipage le moyen de sortir d’un navire envahi par l’eau et reposant sur le fond, tout en le mettant à l’abri des émanations meurtrières des vapeurs dégagées par les accumulateurs envahis par l’eau de mer.
- Plusieurs inventions furent étudiées et expérimentées, et finalement le choix de l’Amirauté se fixa sur un appareil présenté par un officier de marine, qui unissait aux qualités d’efficacité requises, celles d’une simplicité relative.
- C’est une sorte de demi-scaphandre automatique, dont les détails ont été suffisamment décrits dans l’article du n° 1934, pour qu’il soit inutile d’y revenir.
- Je rappellerai seulement qu’il se compose d’un casque en métal auquel est attachée une veste imperméable serrée à la ceinture et à l’intérieur de laquelle est fixé un appareil grâce auquel l’air enfermé dans le casque se purifie et se renouvelle presque indéfiniment.
- Mais le fait que le vêtement doit être endossé au moment où l’eau envahit le navire, implique qu’il existe dans le batiment un espace facilement acces-
- Fig. i. — La chambre à air de la cuve d'exercice de Haslar ’ commençant à descendre. [On aperçoit les mains de l’apprenti qui y est enfermé.)1
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- POUR SAUVER LES ÉQUIPAGES DES SOUS-MARINS COULÉS —— 149
- Fig. 2. — La chambre à air prête à gagner le fond de la cuve avec
- sible aux hommes de l’e'quipage, et où l’eau ne pourra pas pénétrer. On a donc été amené tout d’abord à créer à bord une chambre où l’air séjourne en toutes circonstances. Cette chambre est formée par la partie supérieure delà coque et une portion de cloison étanche longitudinale appuyée elle-même sur une des cloisons transversales. Lorsque l’eau fait irruption dans le bâtiment, une certaine quantité d’air s’accumule dans cette chambre d’où il lui est impossible de s’échapper, et le niveau de l’eau ne peut s’y élever que jusqu’à la hauteur correspondant à l’équilibre des pressions.
- Les derniers sous-marins anglais portent deux de ces pièges à air. Les plus anciens qui n’en étaient pas munis sont en transformation pour en recevoir.
- Les casques, auxquels le vêtement est attenant, sont suspendus en nombre égal à ceux des membres de l’équipage dans la chambre à air, le long de laquelle est installée une banquette permettant aux
- Vinstructeur et l’élève.
- hommes de s’asseoir pour procéder à leur toilette.
- Dans chacune des chambres à air débouche un tuyau provenant des cylindres qui renferment une provision d’oxygène. Les hommes assis sur la banquette ont à leur portée la valve qui ferme l’orifice de ce tuyau.
- En cas d’accident, l’équipage gagne immédiatement les chambres à air ; chacun, endossant la veste et coiffan t le casque, opération qui ne demande pas plus de 30 secondes, se trouve en état de circuler sous l’eau comme dans l’air et est prêt à sortir du sous-marin par un des panneaux.
- Une importante condition doit cependant être réalisée avant que la sortie soit possible:
- Il faut tout d’abord, pour qu’il soit permis aux sinistrés d’ouvrir le panneau par lequel ils quitteront leur prison, que la pression de l’eau dans l’intérieur de la coque soit égale à celle qui agit sur l’extérieur, en d’autres termes que le navire soit plein d’eau.
- Fig. 3. — Schéma montrant la disposition des chambres à air et des appareils de sauvetage' dans les sous-marins anglais : a, a, chambres à air; b, b, casques et habits suspendus; c, c, niveau de l’eau dans'les chambres à air; d, d, banquettes; f, f, cloisons longitudinales des chambres à air; g, panneau du kiosque; h, échelle.
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- 150 :__- POUR SAUVER LES ÉQUIPAGES DES SOUS-MARINS COULÉS
- S’il ne l’est pas, le premier soin de l’équipage dévra donc être de le remplir. L’air emmagasiné et comprimé dans le kiosque s’opposera évidemment à la montée de l’eau dans l’intérieur du spus-marin, mais par le fait même qu’il est sous une pression égale à celle de l’eau extérieure, cet air facilitera l’opération d’ouvrir le capot, et il s’évacuera aussitôt, laissant l’eau gagner toutes les parties du navire, à l’exception bien entendu des chambres à air d’où cet air n’a aucun moyen de s’échapper.
- Tous ces mouvements, tous ces travaux que l’équipage exécute tantôt dans l’air, tantôt dans l’eau, dans un accoutrement assez incommode en sdmme, demandent du sang-frjoid et de l’adresse, mais ils ne présentent aucune difficulté sérieuse.
- L’homme muni du casque voit l’air qui y est contenu incessamment renouvelé et purifié par l’action des tablettes d’oxylithe renfermées dans le sac cousu à l’intérieur de la veste et qui se décomposent lentement sous l’humidité de la respiration. Il est donc à ce point de vue fort à son aise et peut travailler de ses deux mains, ayant l’assurance d’une sécurité complète pour environ deux heures.
- Dès que le panneau est ouvert, les hommes s’y présentent successivement. L’air contenu dans le casque et la veste est à la pression de la chambre où l’habillage s’est produit, c’est-à-dire à une pression assez élevée pour que l’ensemble du système possède une flottabilité considérable, en vertu de laquelle il monte rapidement à la surface.
- Cette provision d’air est même suffisante pour
- ramener au jour un groupe de deux personnes.
- Une fois à la surface, l’homme, continuera à flotter jusqu’à ce qu’il ait été retiré de l’eau par les embarcations accourues sur le lieu de la catastrophe.
- Toute cette manœuvre, je le répète, exige une jolie dose de calme, et l’amirauté a estimé que le meilleur moyen de procurer ce calme aux équipages de ses sous-marins consisterait à les familiariser
- avec l’usage de l’appareil de sauvetage, et de leur en démontrer ainsi l’efficacité.
- Dans ce but, elle a fait construire et installer à la station des sous-marins de Haslar, une grande cuve en tôle qu’on remplit d’eau et dans le fond de laquelle est fixée une carcasse représentant une partie (|e coque d’un souS-marin, avec son kiosque et son capot.
- Tous les hommes désignés pour prendre du service à bord d’un de ces bâtiments, officiers aussi bien que matelots, sont tenus d’apprendre l’usage de l’appareil de sauvetage au moyen de ce dispositif. Suspendue à une grue au-dessus de la cuve, se trouve une chambre à air, semblable à celle que portent les sous-marins. Le néophyte assis dans cette chambre est descendu avec elle jusqu’au fond de la cuve ; il se trouve donc exactement dans la situation d’où il lui faudrait se tirer en cas de naufrage. Un instructeur qui l’accompagne dans ce voyage pittoresque lui apprend à revêtir casque et habit, accrochés dans la chambre à air.
- Leur toilette terminée, l’apprenti et l’instructeur quittent la chambre à air, en passant sous la cloison verticale et se frayant un chemin sous l’eau à travers la carcasse du navire, gagnent le dôme central, se
- Fig., 4. — Matelot portant l’appareil de sauvetage. (Le hublot du casque est ouvert.)
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- POUR SAUVER LES ÉQUIPAGES DES SOUS-MARINS COULÉS —: 151
- Fig. 5. — Équipage de sous-marins anglais apprenant le maniement de l’appareil de sauvetage dans la cuve de Haslar.
- hissent par l’e'chelle en fer qui s’y trouve, ouvrent le panneau et remontent'automatiquement à la surface.
- . On a trouvé qu’une série de cinq exercices suffit à familiariser parfaitement les marins avec l’usage de cet appareil vraiment très ingénieux.
- Le casque et la veste empaquetés occupent un très petit espace ; le poids total de l’appareil, en y comprenant le générateur d’oxygène, ne dépasse pas 11 kg.
- L’emploi qu’on peut en faire ne se borne d’ailleurs pas à celui qui vient d’être indiqué. L’appareil est utile également pour pénétrer dans des locaux envahis par la fumée, et pour remplacer le scaphandre ordinaire dans des travaux à exécuter dans des eaux peu profondes, comme par exemple pour la recherche d’objets tom-
- bés au fond des rades, le nettoyage des hélices, etc.
- Les bords du casque sont incurvés de façon à le faire reposer sur les épaules; les mains sont nues,'
- ce quipermetl’ac-complissement de besognes un peu délicates, comme le dévissage des écrous qui retiennent les panneaux. Tel est ce système dont le fonctionnement, éprouvé tous les jours, donne aux équipages des sous-marins anglais, sinon la sécurité absolue dont il serait chimérique de les leurrer, au moins le maximum de sécurité compatible avec les circonstances.
- Il est permis de penser que c’est beaucoup, et j’estime qu’un semblable dispositif serait aussi bien à sa place sur nos sous-marins que sur ceux de nos voisins. Sauvaire Jourdan.
- Capitaine de frégate de réserve.
- Fig. 6. — Matelot muni de l’appareil de sauvetage maintenu à la surface de l’eau par la flottabilité de l’appareil.
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- LA TRACTION ÉLECTRIQUE SUR LES CHEMINS DE FER
- Dans ces dernières années, les moteurs électriques, soit à courant continu, soit à courant alternatif monophasé ou triphasé, ont reçu de tels perfectionnements qu’au point de vue technique leur application à la traction des trains sur les grandes lignes de chemins de fer donne des résultats concluants. Or, on sait que la traction électrique présente sur la traction à vapeur des avantages qui, dans certaines circonstances, ne sont pas sans valeur. Elle supprime la fumée ; elle permet des démarrages plus rapides que ceux qu’on obtient avec la locomotive à vapeur, d’où augmentation de la vitesse moyenne de marche pour les trains à arrêts fréquents, comme
- lement indiquée pour des réseaux à trafic très intense où circulent de nombreux trains à arrêts fréquents comme les Métropolitains, par exemple, ou les lignes de banlieue, comme celle de Paris à Juvisy, appartenant à la Compagnie d’Orléans, ou la ligne des Invalides à Versailles, faisant partie de l’Ouest-Etat. C’est dans le même ordre d’idées qu’ont été électrifiées en Angleterre la ligne suburbaine de Liverpool à Southport, celle qui entoure Newcastle et, tout récemment, le South London qui relie la station de London Bridge avec celle de Victoria.
- La traction électrique est également indiquée pour la traction des trains sur des sections spéciales,
- Locomotive à vapeur et locomotive électrique du Simplon comparées.
- Fig. i. —
- ceux des métropolitains ou des lignes de banlieue. De plus, le moteur électrique étant un moteur rotatif donnant des couples moteurs constants, on évite les mouvements de recul et de lacet qui se produisent avec la locomotive à vapeur par suite des mouvements alternatifs des pistons actionnant les roues motrices. Il est, toutefois, bon de remarquer que ce dernier inconvénient a disparu en grande partie avec l’emploi des locomotives à quatre cylindres équilibrés.
- Mais, à côté de ces avantages, il y a la question financière. La traction électrique est-elle plus économique ou plus coûteuse que la traction à vapeur. Cette question est très controversée, et beaucoup d’ingénieurs compétents admettent que, si, dans quelques, cas spéciaux, elle permet une économie dans les dépenses d’exploitation, elle est, cependant, sensiblement plus coûteuse que la traction à vapeur. De l’expérience acquise à l’heure actuelle, il semble résulter que la traction électrique est plus spécia-
- notamment lorsque sur ces sections se trouvent de longs tunnels dont l’aération est souvent difficile avec la traction à vapeur. C’est le cas du tunnel du Simplon entre les stations de Brigue et d’Iselle distantes de 21 km, du tunnel du Mont-Cenis et de la section de 10 km de longueur du chemin de fer de Gênes à Turin et Milan, entre Ponte-Decimo et Busalla sur laquelle se trouve un tunnel de grande longueur. D’autres exemples analogues pourraient être cités.
- Nature du courant à employer. — Etant admis la traction électrique sur un réseau ou sur une section spéciale de celui-ci, quelle est la nature du courant à employer? Sera-t-il continu, alternatif, triphasé ou monophasé? Tout d’abord, quelle est la tension maximum du courant à admettre? Au point de vue économique, elle doit être aussi grande que possible afin de pouvoir transmettre l’énergie électrique à grande distance sans donner au fil d’ame-née du courant de trop grandes sections augmentant
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- le poids du cuivre et, par suite, les dépenses de construction. D’un autre côté, elle ne doit pas être trop élevée afin d’éviter que le contact des appareils soit dangereux pour le personnel. A ce dernier point de vue, les expériences nombreuses faites dernièrement démontrent qu’avec les fréquences généralement employées dans la pratique de 14 à 150 périodes à la seconde, le courant alternatif devient dangereux à partir de 120 volts et le courant continu à partir de 400 volts. Mais ces tensions étant trop faibles pour être employées pour la traction électrique, on a dû les élever et prendre toutes les précautions nécessaires pour garantir la sécurité du personnel et des voyageurs.
- Pour le courant continu, la tension maximum admise varie entre 500, 600 volts et atteint même 750 volts en Suisse. Pour les courants alternatifs, cette tension maximum varie entre 400 et 5000 volts, comme à la Yaltéline, au Simplon et en Italie. Nous ne parlerons que pour mémoire de la tension alternative de 10 000 volts employée directement aux essais de traction à grande vitesse de Zossen, en Allemagne.
- Le moteur électrique en série à courant continu jouit d’une grande souplesse ; sa vitesse de marche s’adapte automatiquement à l’effort résistant et, au démarrage, il produit un couple moteur très grand. Au moyen de résistances intercalées dans le circuit, du shuntage des inducteurs et par la combinaison, soit en série, soit en parallèle, de deux moteurs électriques on obtient aisément les variations de vitesse utiles en pratique. Ce moteur offre donc de grands avantages. Mais, comme il ne peut supporter que des tensions ne dépassant pas 750 volts, il exige de grandes intensités de courant. Lorsque les charges à remorquer sont importantes et que plusieurs trains se trouvent sur la même section, il faut alors donner aux conducteurs d’amenée du courant (troisième rail en général pour les chemins de fer) une forte section et les points d’alimentation de ce conducteur doivent être peu éloignés l’un de l’autre si on ne veut pas avoir une trop grande perte de charge dans ce conducteur. De plus, comme ces sous-stations d’alimentation sont généralement assez éloignées de l’usine centrale génératrice d’électricité, celles-ci sont reliées à l’usine centrale au moyen de câbles qui y amènent des courants triphasés à haute tension (généralement 5 à 6000 volts) produits à cette usine et qui sont ensuite transformés aux sous-stations en courants continus à 6 ou 700 volts au moyen de commutatrices, appareils assez délicats et nécessitant une surveillance constante. Mais, par contre, il ne faut qu’un seul fil de ligne, le retour du courant se faisant généralement par les rails.
- Les moteurs à courant triphasé sont plus simples de construction que ceux à courant continu et, même, semble-t-il plus légers. Mais ils n’ont qu’une seule vitesse économique voisine du synchronisme, et les démarrages ne se font que par l’insertion de résistance dans l’induit de .ce moteur; d’où perte de
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- Vue du châssis et des appareils moteurs de la locomotive électrique du Pennsylvania R. R.
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- rendement. Pour obtenir d’autres vitesses économiques, différents dispositifs ont été étudiés; l’un consistant à modifier le nombre des pôles, l’autre à coupler, tout d’abord, deux moteurs, puis, ensuite, en isolant l’un d’eux, l’autre seul fonctionnant alors avec une vitesse double de celle obtenue avec le premier groupement (couplage en cascade). Cette limitation de vitesse offre des inconvénients pour la traction sur les chemins de fer.
- Par suite des tensions élevées pouvant être admises avec les moteurs triphasés (5000 volts), comme nous l’avons dit plus haut, les intensités de courant nécessaires sont plus faibles, les sections des conducteurs d’amenée de courant moins grandes et les sous-
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- courant continu doit être plutôt employé sur les lignes à trafic très intense et le courant triphasé sur des lignes à très fortes rampes et à faible trafic, quoiqu’il y ait des exceptions à cette règle, comme nous le verrons tout à l’heure.
- Depuis quelque temps on commence à employer le courant alternatif monophasé. Avec ce courant, le moteur employé jouit des mêmes propriétés de souplesse et de simplicité que le moteur série à courant continu. La tension maximum du courant qui alimente ce moteur est voisine de 750 volts, mais peut être abaissée progressivement, suivant l’effort à produire, au moyen d’un transformateur statique placé sur la locomotive. De son côté, ce transfor-
- Fig. 3. — Locomotive électrique du Simplon.
- stations d’alimentation peuvent être plus éloignées. Néanmoins, avec cette nature de courant, trois fils conducteurs sont nécessaires, deux aériens et le troisième formé par les rails. Ces deux fils aériens sont une complication réelle, surtout aux croisements et aux stations.
- Le courant triphasé à haute tension produit à l’usine centrale génératrice est amené, comme avec le courant continu, aux sous-stations où sa tension est seulement abaissée au voltage admis pour les moteurs, au moyen de transformateurs statiques fort simples et qui n’exigent aucune surveillance.
- Tels sont brièvement et impartialement résumés les avantages et les inconvénients de la traction par moteurs à courant continu ou triphasé. De l’expérience acquise, il semble admis par un grand nombre d’ingénieurs que, à cause de sa souplesse et de la simplicité de ses organes, le moteur électrique à
- mateur est alimenté par un courant alternatif monophasé à haute tension (6 à 7000 volts) produit à l’usine centrale et amené directement aux locomotives par un seul fil aérien, le retour du courant se faisant par les rails. C’est ce mode de traction qui est appliqué en Angleterre au chemin de fer électrique de Lancastre cà Hesham, appartenant au Midland, ainsi que sur le South London, entre London Bridge et Victoria, qui vient d’être mis en exploitation. Il a été également appliqué, tout dernièrement, sur une petite ligne des chemins de fer Fédéraux suisses entre Seebach et Wittingen par la Société Œrlikon. Ce système de traction jouit donc de l’avantage des hautes tensions dans les fils d’amenée du courant, comme avec le courant triphasé, tout en n’exigeant, cependant, qu’un seul fil aérien, contrairement à ce qui se produit avec celui-ci. Il est donc plus simple et plus économique comme dépense d’établissement.
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- De plus, il jouit des avantages de souplesse des moteurs à courant continu. Si les essais qui se poursuivent actuellement donnent des résultats pratiques, il n’est pas douteux que le mode de traction par courant alternatif monophasé aura fait faire un grand pas à la traction électrique sur les chemins de fer.
- Transmission de l’effort moteur aux roues. — Reste une dernière question indépendante de la nature du courant employé, celle du mode de transmission de l’effort produit par la ou les dynamos motrices aux roues de la locomotive. Cette question qui est à l’étude depuis quelque temps déjà, et qui n’est pas encore complètement résolue, a amené les
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- atteindre 4 à 700 tonnes. Or, la charge que peut supporter un essieu est limitée par des règlements et ne peut dépasser en Europe 17 à 18 tonnes. Il en résulte que, pour obtenir le poids adhérent suffisant pour la remorque de ces lourdes charges, on est amené à faire reposer la machine sur trois, quatre et cinq essieux moteurs. Comment alors actionner ces différents essieux par les moteurs électriques?
- Les premières locomotives électriques avaient autant de moteurs que d’essieux et les moteurs qui actionnaient ces essieux, soit directement, soit par l’intermédiaire d’engrenages, reposaient ou bien en totalité, ou bien en partie sur eux. Il en résultait
- Locomotive électrique des chemins de fer italiens.
- Fig. 4. —
- constructeurs à présenter différents dispositifs nouveaux sur lesquels nous croyons intéressant de nous étendre un peu plus longuement.
- Tout d’abord, sur les lignes de chemins de fer à grand trafic, par suite de la composition variable des trains qui, le plus souvent, sont formés de véhicules provenant de réseaux différents et, par suite, aussi du poids très considérable de ces trains, la traction de ceux-ci au moyen d’automotrices, soit à unités simples, soit à unités multiples, serait impossible. C’est à la locomotive électrique qu’il faut avoir recours.
- D’un autre côté, cette locomotive, comme la locomotive à vapeur, doit avoir un poids tel que l’adhérence de ses roues motrices sur les rails soit suffisante pour vaincre sans glissement l’effort résultant de la charge à remorquer qui, dans certains cas, peut
- une augmentation du poids non suspendu de la locomotive et des chocs aux joints des rails aux vitesses élevées. De plus, par suite de la position des moteurs au-dessous du châssis et au niveau des essieux, le centre de gravité de la machine se trouvait fortement abaissé et le roulement était très dur aux grandes vitesses. Enfin, par suite du peu d’espace disponible, la puissance des moteurs était limitée.
- Afin d’obvier à ces inconvénients, on chercha à diminuer le nombre des moteurs en divisant le nombre des essieux en groupes dont les essieux couplés sont actionnés par un seul moteur électrique. De plus, on a fixé ces moteurs au bâti de la locomotive de manière que leur poids ne repose plus sur les essieux. De ce fait, ils se sont trouvés quelque peu relevés ainsi que le centre de gravité de la machine.
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- MOTEUR \
- l4tonnes 14tonnes 24tonnes 24tor,nes
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- Fig. 5. — Locomotive électrique du Pennsylvania R. R. (courant continu).
- C’est aux locomotives du chemin de fer électrique de la Yalteline que ce nouveau dispositif a été, croyons-nous, appliqué pour la première fois. Depuis, il a été reproduit sur un certain nombre d’autres locomotives, notamment sur celles qui remorquent les trains à la traversée du tunnel du Simplon, entre Brigue et Iselle et qui sont représentées sur les figures 1, 2 et 6.
- Ces locomotives ont un poids de 68 tonnes également réparties sur quatre essieux moteurs disposés en deux groupes. Afin de faciliter la circulation dans les courbes, les essieux extrêmes avant et arrière ont un jeu latéral de quelques, millimètres, et les deux autres essieux espacés de 4,60 m. sont fixes. Les roues de chaque groupe, de 1,25 m. de diamètre sont accouplées, et chacun des groupes est actionné par un moteur électrique fixé au bâti de la locomotive et dont les manivelles actionnent, au
- moyen d’une bielle, les essieux couplés du groupe. Une bielle évidée, qu’on voit sur la figure, relie les manivelles des deux moteurs électriques et rend uniforme la vitesse de rotation des essieux des deux groupes.
- Les moteurs triphasés à 3000 volts et 14 périodes ont une puissance de 1000 chevaux. Ils peuvent donner quatre vitesses (25-35-54 et 73 km à l’heure) par changement du nombre des pôles. L’effort de traction de ces locomotives à la barre d’attelage est de 10000 kg à la vitesse de 35 km et de 4800 kg à la vitesse de 73 km.
- A la traversée du tunnel du Simplon elles remorquent des trains de voyageurs pesant 550 tonnes à la vitesse de 70 km à l’heure, sauf sur la rampe de
- 7 mm par mètre où la vitesse est de 55 km à l’heure et des trains de marchandises pesant 650 tonnes à la vitesse de 35 km à l’heure.
- Une locomotive d’un type analogue vient d’être construite pour la remorque des trains de marchandises sur la ligne italienne de Ponte Decimo à Busalla, longue de 10 km, avec rampe moyenne de 27 mm par mètre et rampe maximum de 55 mm. Le rayon minimum des courbes est de 400 m. Gette locomotive, représentée figure 4, est à cinq essieux
- MOTEUR MOTEUR
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- 17tonnes 1?tonne$ i JT70_ i r?2o
- Fig. 6. — Locomotive électrique du Simplon (courant triphasé).
- couplés en un seul groupe. De chaque côté de l’essieu médian se trouve un moteur suspendu au bâti de la machine et les manivelles de ces deux moteurs sont reliées par une bielle évidée qui actionne, en son milieu, les manivelles de l’essieu médian et, par suite, les quatre autres essieux reliés à lui par des bielles.
- Les essieux extrêmes espacés de 6,45 m. ont un jeu latéral total de 30 mm, et les roues de l’essieu médian sont dépourvues de boudins pour faciliter la circulation dans les courbes. Les roues motrices ont un diamètre de 1,07 m. et le poids de la machine en service est de 60 tonnes.
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- Fig. 8. — Locomotive électrique des chemins de jer du Midi [courant monophasé).
- TRANSFORMATEUR
- TRANSFORMATEUR
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- Fig. 7. — Locomotive électrique du chemin de fer du Lotschberg [courant monophasé).
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- CHRONIQUE =
- Les moteurs sont à courant triphasé à 3000 volts et 15 périodes. Ils peuvent donner, au moyen de la méthode en cascade, deux vitesses, l’une de 45 km à l’heure et l’autre de 22,5 km, c’est-à-dire moitié de la première. Avec un courant de 320 ampères et une tension de 3000 volts, la puissance totale produite par les deux moteurs est de 2000 chevaux, ce qui représente une puissance de 33 chevaux par tonne de poids de la locomotive.
- Ces machines remorquent une charge de 190 tonnes à la vitesse de 45 km à l’heure sur la rampe de 35 mm et avec une locomotive électrique en tête du train et une en queue, une charge de 380 tonnes à la même vitesse et sur la même rampe. Au démarrage sur cette même rampe, la vitessse de 45 km est obtenue au bout de 200 secondes, ce qui correspond au 1/5 du poids adhérent.
- Les dispositifs que nous venons de décrire permettent de réduire le nombre des moteurs électriques et, comme ceux-ci sont suspendus au bâti de la machine, le poids non suspendu ne se trouve plus augmenté comme dans les premiers types. Mais le centre de gravité, quoique un peu surélevé, se trouve encore très bas, et on sait l’intérêt qu’il y a à le relever afin d’obtenir une grande douceur de roulement et un meilleur équilibre aux grandes vitesses.
- C’est dans le but d’obtenir ce dernier desiderata que la Compagnie américaine de Pennsylvanie R. R. vient de faire construire la locomotive électrique représentée schématiquement figure 5.
- Cette locomotive dont la longueur totale entre tampons est de 19,72 m. est divisée en deux groupes reliés par une articulation permettant la circulation dans les courbes. Chaque groupe est supporté par deux essieux moteurs accouplés dont les roues ont un diamètre de 1,73 m. et par un bogie avec roues de 0,91 m. de diamètre. Le moteur repose, au moyen de ressorts, sur le plancher de la cabine et au-dessus d’un des essieux moteurs. Il actionne, par l’intermédiaire de bielles et de manivelles, un arbre intermédiaire situé dans le plan horizontal des essieux couplés. Ce dernier, à son tour, actionne, au moyen de bielles, le groupe des deux essieux couplés. Ce mode de transmission
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- de l’effort moteur aux essieux qui a, du reste, beaucoup d’analogie avec celui employé pour les locomotives à vapeur, permet de surélever le centre de gravité et d’obtenir ainsi, comme nous le disions tout à l’heure, une grande douceur de roulement. Dans ce type de locomotive, le centre de gravité se trouve à 1,62 m. au-dessus des rails. Les moteurs électriques, les manivelles et les bielles n’ayant que des mouvements rotatifs, et aucun organe n’étant soumis à un mouvement alternatif, il ne peut se produire, aucun mouvement de lacet, de recul ou de tangage. Quant aux mouvements rotatifs., ils peuvent être facilement équilibrés par des contrepoids.
- Chaque moteur à courant continu à 600 volts peut produire avec une intensité de courant de 2900 ampères, une puissance de 2000 chevaux, soit pour les deux 4000 chevaux. La locomotive pèse en service 149 tonnes dont 96 servent pour l’adhérence. Avec une puissance totale de 4000 chevaux, cela représente 27 chevaux par tonne de poids de la locomotive.
- Cette locomotive peut démarrer une charge de 450 tonnes, non compris la machine, sur une rampe de 20 mm par mètre et peut remorquer cette même charge à la vitesse de 80 à 90 km à l’heure sur les sections en palier.
- Deux locomotives électriques du même type ont été étudiées par F « Allgemeine-Elektricitâts Gesell-schaft ». L’une (fig. 7), est destinée au chemin de fer du Lôtschberg. Elle se compose de deux groupes indépendants reliés par une articulation. Chacun des groupes est actionné par un moteur de 800 chevaux. L’effort total de traction est de 13 500 kg, et la vitesse peut atteindre au maximum 75 km à l’heure. Le poids sur chacun des essieux moteurs est de 16 tonnes, et sur chacun des essieux porteurs avant et arrière de 13 tonnes.
- L’autre locomotive (fig. 8) est destinée aux chemins de fer du Midi. Deux moteurs monophasés de 800 chevaux chacun actionnent, au moyen d’un essieu auxiliaire, un groupe de trois essieux couplés. Le courant monophasé à 10000 volts a sa tension abaissée sur la locomotive au moyen d’un transformateur placé au centre de celle-ci. La charge par essieu moteur est de 18 tonnes. R. Bonnin.
- CHRONIQUE
- Une exploitation de gaz d’éclairage au fond d’un lac. — Notre confrère Le Gaz rapporte, d’après le Gas Journal of Canada, que le fond du lac Erié est en train de devenir un champ d’exploitation de gaz naturel. Une Compagnie a sollicité à cet effet une concession du Gouvernement. On a fait des forages à un mille environ du l’ivage, et lorsqu’on a trouvé des sources qui donnaient suffisamment, on les a captées avec des tuyaux qui conduisent le gaz jusqu’à des distances assez grandes et que l’on espère pouvoir prolonger un jour ou l’autre jusqu’à Toronto même. Les sources semblent être inépuisables dans tout le district d’Ontario ; chaque ferme y a son forage; quelques-unes en ont plusieurs. Dans les en-
- virons de Selkirk, on vend le gaz naturel 0 fr. 15 les mille pieds cubes (soit un peu plus de 0 fr. 02 1/2 le mètre cube) et ceux qui ont le bonheur de posséder une source font leur fortune. Bien des fermiers ne s’occupent même plus de culture et s’enrichissent avec la seule vente de leur gaz ; cela devient la « culture » du gaz naturel. Comme conséquence, la propriété a acquis une plus-value énorme; on cite un individu qui avait acheté 500 dollars un acre de terrain pour y établir une scierie et qui, ayant rencontré du gaz, en a refusé 15 000 dollars. Tous les terrains environnants ayant été accaparés, cela a donné l’idée de fouiller le sol du lac Erié, peu profond à cette distance du rivage.
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- INCERTITUDE SUR LA HAUTEUR DES ANCIENNES INONDATIONS DE PARIS
- Dans une récente conférence à la Société de Géographie, M. Clouzot, bibliothécaire de la Ville de Paris, a fait connaître sur ce sujet de nouveaux détails qui expliquent certaines incertitudes et contradictions :
- Pour apprécier les hauteurs diversement évaluées, du moins avant le xixe siècle, les repères font en réalité défaut. Les échelles des ponts de la Tournelle et Royal, graduées en mètres, sont postérieures à la Révolution. Toutefois, on peut tabler sur les concordances établies entre les anciennes et les nouvelles échelles, au moins jusqu’à 1719, date où le zéro de l’échelle de la Tournelle a été déterminé aux basses eaux. Mais antérieurement au xvme siècle, les plus grandes réserves doivent être faites. Les calculs de De L'isle cadet en 1719 et Deparcieux en 1764, sont basés sur des repères plus ou moins dignes de foi. Certains de ces repères, dont aucun n’existait déjà plus en 1807, apparaissent aujourd’hui comme nettement apocryphes; par exemple celui « d’un passage étroit qui va du Port au Blé à la rue de la Mortellerie », à la date du 11 juillet 1615. Surélevé de 27 pieds et demi au-dessus des plus basses eaux, il indiquerait une crue de plus de 9 m., c’est-à-dire l’inondation la plus formidable que Paris aurait jamais eu à subir. Or, aucun contemporain ne mentionne ce désastre.
- D’autres furent placés après coup par à peu près. Certains sont fort ambigus. Le seul qui ait été conservé, dans le mur de façade de l’hôpital des Quinze-Vingts, rue de
- Charenton, n’est nullement précis: «Le 25 décembre 1740, la pointe de la rivière est venue vis-à-vis de cette pierre », lit-on : 855 mm au-dessus du trottoir. « Vis-à-vis cette pierre » ne peut fournir aucune donnée. Le repère de 1910 est, en effet, bien au-dessous, à 20 cm environ du trottoir, alors qu’il est de notoriété publique que l’inondation de 1740 a été de 60 cm inférieure à celle de 1910.
- Voilà pourquoi il est impossible de savoir si l’inondation de 1658 a été plus ou moins étendue que celle de 1910. L’interprétation de Belgrand donnant la priorité à la crue de 1658 ne se pose pas sur des bases assez sures.
- Bref, pour se faire une idée des inondations de Paris avant 1719, il faut s’en rapporter uniquement aux relations des chroniques et mémoires. Aucune précision scientifique ne peut être fournie à ce sujet1.
- M. Clouzot est partisan de l’hypothèse si controversée d’un ancien bras ou lit majeur de la Seine, dupont d’Austerlitz au pont de l’Alma selon la courbe des grands boulevards actuels. Elle est prouvée d’après lui : 1“ par l’existence le long de ce tracé d’une couche de tourbe de 200 à 500 m. de largeur ne dépassant nulle part l’altitude de 51 m. ; 2° par les inondations de 558 (récit de Grégoire de Tours), 1256 (récit d’un religieux de Sainte-Geneviève), 1452, 1658, 1802 et 1910, dont toutes les infiltrations établissent la tendance de l’ancien bras de la Seine à se reformer. C’est la thèse exposée ici même par M. Vilain, dans La Nature, il y a quelques années.
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- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du ier août iqio.— Présidence de M. E. Picard.
- La mensuration nouvelle de l’arc équatorial. — M. le général Bassot présente le premier fascicule de la publication des travaux de la Mission du Service géographique de l’armée qui, de 1899 à 1906, à la denqande de l’Association géodésique internationale et sous le haut contrôle de l’Académie des sciences, a mesuré au Pérou et sur le territoire de la République de l’Equateur, un arc équatorial. Cet arc est destiné à remplacer l’arc dit du Pérou mesuré au xvme siècle par les académiciens Godin, Bouguer et LaCondamine et à intervenir désormais dans toutes les équations de haute géodésie relatives à la forme et aux dimensions de notre planète. On se rappelle que cette longue et pénible entreprise, poursuivie au milieu de difficultés nombreuses, n’occupa pas moins de 11 officiers pendant sept ans. Des observations géodésiques durent être effectuées à une altitude de 4500 m., c’est-à-dire à une altitude voisine de celle du sommet du Mont-Blanc. Un crédit de 100 000 francs a été voté par le Parlement l’an dernier pour la publication des travaux de calcul et de mise au net, qui sont activement poussés à la Section de géodésie du service géographique de l’armée sous la direction de son chef, le colonel Bourgeois, ancien chef de la mission, tandis que les collections d’histoire naturelle rapportées par la mission sont étudiées au Muséum. Le fascicule de géodésie aujourd’hui paru est consacré aux angles azimu-taux de la chaîne méridienne. Il est l’œuvre du capitaine Perriei qui a pris la part la plus importante aux opérations de la mission. Ce fascicule renferme la description des instruments employés pour les mesures d’angles, l’exposé des méthodes d’observations, les résultats numériques de toutes les observations, ainsi qu’une discussion approfondie de ces résultats, d’où ressort la haute pré-
- cision de ceux-ci, puisque l’erreur moyenne d’une direction adoptée dépasse à peine 0"5. D’autre part, M. Bouvier présente un autre fascicule contenant la description des collections de mollusques, annélides et oligochètes rapportées par M. Rivet, médecin de la mission. La publication complète, qui durera plusieurs années, ne comprendra pas moins de 10 volumes divisés en 50 fascicules et marquera une époque de l’histoire de la science géodésique.
- L’origine du pétrole. — M. A. Gautier expose que l’on discute toujours sur l’origine du pétrole dans l’écorce terrestre. Les uns voient en lui un produit de transformation de carbures d’hydrogène, les autres un produit de destruction de matières organiques enfouies. M. A. Gauthier penchait pour la première hypothèse. Il a, en conséquence, recherché les conditions dans lesquelles certains carbures peuvent donner du pétrole, afin d’examiner ensuite où ces conditions sont réalisées dans la nature. Or, si l’on chauffe de l’oxyde de carbone et de l’hydrogène, gaz des profondeurs de la terre, à la température du rouge, ils ne donnent pas de charbon, mais si l’opération a lieu en présence de fer et de nickel, il y a du charbon mis en liberté et formation de carbure métallique. Si la vapeur d’eau intervient alors, on recueille, à la sortie du tube d’expérience, de petites lamelles qui présentent toutes les propriétés du pétrole et qui d’ailleurs en ont T odeur caractéristique. Ce sont les carbures des roches très chaudes qui, en présence de l’eau, doivent donner naissance au pétrole.
- La vitesse des matériaux de la queue de la comète de Halley. — M. Bigourdan communique une Note de
- 1. Pour plus de détails, voy. le Journal officiel du 5 juillet 1910, p. 5809.
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- ..: .., = LE PORT DE
- M. Comas Sola, de Barcelone, dans laquelle l’auteur explique qu’il a un soir constaté que des amas globulaires de matériaux s’éloignaient rapidement de la tète dans la queue de la comète. Ces globes ont cessé d’ètre visibles quelques jours plus tard, mais la photographie a permis de les retrouver dans les images obtenues à Madrid par M. Inigucz. M. Comas a pu constater que les globes grossissaient au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient de la tète, jusqu’à devenir diffus, et, qu’en outre, leur vitesse allait en augmentant. Il a réussi à déterminer l’accélération de leur mouvement. L’auteur expose qu’on peut s’expliquer cette accélération, si l’on considère que la force répulsive est proportionnelle à la surface, et que la surface des globes s’accroissait au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient de la tète.
- L’atmosphère de la planète Vénus. — M. Deslandres présente une Note de MM. Antoniadi, Baldet et Quénisset, relative à une occultation d’étoile par la planète Vénus. Ce phénomène rarement observé, a donné beu de constater que l’immersion n’était pas instantanée. Elle a
- LE PORT DE
- Comme la côte peu étendue de la Roumanie manque de ports naturels vraiment importants, le gouvernement du pays, désireux d’encourager le commerce et l’industrie, a créé, près de la ville de Constantza, un imposant bassin artificiel, qui vient d’entrer en service.
- Ce bassin, qui comporte bon nombre de quais, de grandes usines mécaniques, des docks et des silos étendus, est entouré par des môles de plusieurs kilomètres de longueur, qui, s’avançant dans l’eau, le protègent contre les tempêtes de la mer Noire.
- Les installations grandioses de ce port, avec leurs magasins à blé d’une capacité de 75000 kg, œuvre de G. Luther, à Brunswick, sont les plus étendues du Continent. Comme, en dehors du blé, le pétrole est l’article d’exportation le plus important du pays, tout a été prévu pour assurer la manutention, sur une grande échelle, de ces deux marchandises.
- Les installations destinées au trafic du blé comportent :
- 1° Deux magasins de 225 silos chacun, susceptibles de contenir chacun 55 000 tonnes de blé;
- 2° Des dispositifs mécaniques permettant le déchargement immédiat du blé (sans l’intermédiaire des silos), depuis les wagons de chemin de fer dans les navires ;
- 5° Un cadre en fer de 575 m. de long, longeant le quai des silos, le quai Nord et le quai du môle du blé, où sont disposées des trémies; ce cadre porte le blé amené par des courroies, à des tubes télescopiques et, de là, dans les vaisseaux. Ce cadre, relié par des structures transversales avec chacun des magasins, sert à charger le blé emmagasiné dans les silos, aussi bien que celui qui arrive directement par le chemin de fer ;
- 4° Des quais de 570 m. de longueur où touchent les vaisseaux destinés à recevoir le blé. Ces quais permettent le chargement simultané de 5 et
- CONSTANTZA — 159
- duré 1 à 2 secondes, ce qui donne lieu de penser que la planète a une atmosphère d’une épaisseur de 80 à 110 km. Par une autre voie, M. Bouquet de la Grve avait indiqué le chiffre de 126 km. Une occultation d’étoile par Vénus a également été observée à Marseille.
- Action catalytique du sulfate d’alumine. — M. Lemoine résume un travail de M. Senderans sur l’action catalytique du sulfate d’alumine. L’auteur montre l’influence catalysante de ce corps dans les deux préparations classiques de l’éthylène et de l’éther ordinaire, tous deux produits par l’action de l’acide sulfurique sur l’alcool. Avec 5 pour 100 de sulfate d’alumine, la réaction est le plus rapide et se produit à plus basse température. Le rôle de cette substance parait dù à la formation éphémère d’un sulfate double d’alumine et d’éthyle, réaction qui s’ajoute à la réaction classique d’après laquelle il se forme d’abord du sulfate acide d’éthyle. Celte réaction, outre son intérêt théorique, est susceptible d’ètre utibsée dans la pratique.
- Cu. DE VlLLEDEUIL.
- CONSTANTZA
- même de 10 vaisseaux disposés en deux rangs.
- Chaque magasin à blé (fig. 1 et 2), d’une hauteur de 51 m., recouvre une superficie d’environ 5000 ms. Les déplacements du blé sont effectués en direction horizontale par des courroies et en direction verticale par des élévateurs.
- Dans les magasins, construits entièrement en béton armé, on opère, non seulement l’emmagasinage du blé arrivant par le chemin de fer et le transfert du blé emmagasiné dans les vaisseaux, mais le nettoyage, la ventilation, le mélange ainsi que le transport des différentes sortes de blé d’un silo à l’autre. Chaque appareil et chaque groupe de nettoyeuscs assurent un rendement de 150 tonnes par heure, qui peut être porté à 500 tonnes.
- Les installations destinées à la réception, à l’emmagasinage et au déchargement du pétrole sont situées dans la partie Ouest du port. L’arrivée des trains amenant le pétrole se fait dans une station spéciale, construite près de la côte, à 55,50 m. de hauteur, elle comporte six voies d’amenée, chacune de 550 m. de longueur. Entre ces six voies, on a prévu, pour le transfert du pétrole, quatre conduites reliées à des tubes flexibles, dont les extrémités opposées communiquent avec les robinets de décharge des wagons pétroliers. Chacune de ces conduites permet de décharger un train tout entier, à condition qu’il ne soit chargé que d’une matière unique (benzine, pétrole raffiné, pétrole distillé, résidus de pétrole) ; chacune débouche dans un réservoir de 700 m3.
- 25 réservoirs de 22 m. de diamètre, de 15,40 m. de hauteur et de 5000 cm5 de volume, ont été prévus pour l’emmagasinage des produits de pétrole. Ces réservoirs communiquent avec les récipients par trois conduites de 200 mm de diamètre. Quatre bassins spéciaux sont réservés aux résidus ; le déchargement des huiles, des récipients dans les réservoirs-magasins, est effectué par une pompe, à travers une
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- 160 ——--- ,. — LE port de constantza
- conduite souterraine de 250 mètres de diamètre.
- Presque toutes les machines de ce port sont actionnées par l’électricité, engendrée dans une station centrale spéciale au voisinage immédiat du port.
- Cette station comporte actuellement quatre groupes générateurs, produisant du courant contins de
- transbordement. Les trains de chemin de fer arrivant de l’intérieur sont amenés au port par des locomotives électriques.
- Les transferts des produits de pétrole est effectué par cinq pompes à double effet, commandées par trois moteurs à essence.
- &
- : filSUOTHHÇIJCS
- Fig’, i. — Trémies de 3^5 m. de long pour le chargement du blé à Constantza.
- 440 volts pour la force motrice et alimentant, pour l’éclairage, un circuit à trois conducteurs de 2 X 220 volts, qui s’étend sur la surface tout entière
- Les vaisseaux à pétrole, qui, avant d’entrer dans le port au pétrole (séparé du reste des bassins), doivent éteindre leurs feux, sont remorqués par des cabestans
- du port. Chaque dynamo est accouplée directement à un moteur Diesel de 400 chevaux. Un système de signaux électriques permet une surveillance et un contrôle rigoureux des travaux de passage.
- Tout, du reste, fonctionne électriquement à Constantza : courroies transbordeuses, élévateurs, dispositifs de nettoyage et de classement, cadres de
- électriques jusqu’à l’emplacement qui leur est réservé.
- Un ascenseur électrique permet la réparation de vaisseaux de petites dimensions. Des docks plus étendus seront installés incessamment.
- Les plans et devis de cette grandiose installation sont dus à M. Saligny, directeur général des Chemins de Fer de Roumanie. Dr A. G.
- Le Gérant : P. Massos. — Imprimerie Lauuiie, rue de Fleurus, (J, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1942.
- 13 AOUT 1910.
- LA TONTE MÉCANIQUE DES MOUTONS
- Certains travaux agricoles auxquels la mécanique a apporté une solution élégante et rapide, sont encore effectués avec les moyens primitifs presque partout. Les appareils, en général assez coûteux, ne conviènnent, en effet, qu’aux grandes exploitations, de sorte que la masse des petits propriétaires doit se passer de leurs services.
- Cependant, dans certains cas, on a pu faire bénéficier ces derniers du progrès mécanique en leur permettant d’en user selon leurs besoins. Le bouilleur de crû ambulant, le premier peut-être, a com-
- animal, à moins qu’un moteur électrique ne soit chargé d’actionner l’appareil. Malgré tout le travail s’accélère : en 1 heure un cheval est tondu et un mouton en 5 minutes. De plus l’opération garantit l’animal contre les blessures dont il était accablé avec les anciens procédés.
- Le moteur à explosion, que l’on trouve maintenant partout, a permis, de ce côté également, un sérieux progrès. N’est-il pas capable d’actionner tout un groupe de tondeuses constituant un atelier permettant le traitement de plusieurs moutons à la
- Fig. i. — Atelier mécanique ambulant pour la tonte des moutons.-
- pris l’intérêt d’une telle organisation. Aussi voit-on à peu près partout, des machines à battre mise au service de tout un village, opérant dans lès mêmes conditions que les entrepreneurs de sciage du bois de chauffage.
- La tonte des moutons elle-même a donné lieu à une organisation analogue; on construit un atelier complet de tonte qui en une journée effectue le travail de plusieurs semaines. Cette nouveauté mérite une courte description.
- Les tondeuses mécaniques pour les chevaux et même pour les moutons sont en usage depuis longtemps chez les propriétaires. Ce sont des appareils à transmission llexible. Un homme tourne la manivelle de commande et un autre procède à la tonte. En tout : deux ouvriers immobilisés sur le même
- 38° année. — ac semestre.
- fois? A raison de 5 minutes pour chaque mouton, une journée de 10 heures fournit un travail de 120 tontes par appareil.
- Un constructeur de voitures de Taissy, dans le,département de la Marne, a fabriqué un char spécial, véritable atelier ambulant, comportant 4, 6 ou même 10 tondeuses mécaniques. Le char de Taissy qui opère sur les troupeaux champenois, a été exposé au récent concours agricole et il a vivement excité la curiosité. C’est un camion ordinaire à quatre roues,- comportant une simple plate-forme sur laquelle sont installés tous les appareils.
- Un petit moteur à essence, de cinq chevaux, repose sur la plate-forme bien suspendue de ce camion ; il actionne un arbre de transmission horizontal sur lequel chaque tondeuse prend son moult. — 161
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- 162....:.__: BLANCHIMENT ÉLECTRIQUE DES TEXTILES
- veinent. Le tout est surmonté d’une tente démontable et pourvu de bancs destinés à recevoir les moutons.
- L’organe principal est la tondeuse automatique
- Fig. 2.
- La commande de la tondeuse.
- construite par les ateliers Bariquand et Marre. Ces tondeuses sont fixées deux à deux de chaque côté de l’atelier et reliées à leur support par une série de leviers convenablement articulés pour permettre le mouvement dans tous les sens. Un câble sans fin est dissimulé à l’intérieur de ces leviers qui sont tubulaires ; il passe sur une poulie reliée elle-même par une courroie à l’arbre de transmission et aboutit à!la tondeuse. Notre figure 2 montre bien la disposition de ces différents organes. On voit que l’ensemble des leviers est porté par un bras rigide B solidaire de l’axe de la poulie de commande et prolongé par un contrepoids C faisant équilibre à l’ensemble. Les autres leviers D et E sont reliés entre eux, au levier principal D et à la poignée de la tondeuse, par des articulations mobiles dans tous les
- sens permettant la manœuvre de la tondeuse. Ajoutons enfin que l’embrayage est automatique. Lorsque la tondeuse est au repos, le tube D prend une position presque verticale, et la poulie P cesse d’être reliée mécaniquement à la poulie Q actionnée par la courroie R. L’embrayage s’effectue dès que l’on descend le levier D en approchant la tondeuse T du corps de l’animal. On voit d’autre part comment le câble de commande de la tondeuse parvient jusqu’à celle-ci en s’engageant dans les tubes-leviers après avoir franchi les deux petites poulies À solidaires de l’articulation principale F.
- Quant à la tondeuse elle-même, elle est portée par un solide manche tubulaire livrant passage aux deux brins du câble.
- Ceux-ci passent sur une poulie portant un excentrique qui s’engage entre les deux branches d’un levier L (fig. 5) ; ce levier étant rapidement poussé vers la droite et vers la gauche, communique son mouvement au peigne P.
- Enfin les deux galets G et H servent de guide aux brins de câble.
- En dehors de ces organes essentiels, l’atelier comporte également un lapidaire permettant l’affûtage des peignes des tondeuses ; il est commandé mécaniquement. Divers outils, des bancs, etc., complètent l’installation.
- Le char que représentent nos deux photographies a été construit pour M. Cagniard, entrepreneur de tonte à Taisy. Nous avons dit quel est le rendement par tondeuse : un mouton en 5 minutes. Le char comportant six tondeuses, on voit qu’un troupeau de quelques milliers de têtes ne résiste pas longtemps à la tonte. Lucien Fournier.
- Fig. 3.
- La tondeuse.
- LE BLANCHIMENT ÉLECTRIQUE DES TEXTILES
- Ce qu’on appelle, d’ailleurs assez improprement, le blanchiment « électrique » n’est autre que le procédé usuel de traitement des fibres textiles à blanchir par des solutions de chlorures décolorants ou hypochlorites. La différence consiste uniquement dans le mode d’obtention des bains blanchissants : au lieu de les préparer avec du chlorure de chaux ou de l’extrait de Javel, on les fabrique en électro-lysant une solution de chlorure de sodium ou de magnésium.
- Le procédé n’est pas nouveau : llermitte l’a imaginé et préconisé avec un succès passager vers 1880. Toutefois son emploi ne prit pas alors d’extension
- par suite du mauvais fonctionnement des électroly-seurs en pratique industrielle : les appareils, après une bonne marche dans les premiers temps de la mise en route, ne donnaient plus ensuite que des rendements inférieurs. Comme pour tant d’autres inventions françaises, le blanchiment électrique fut perfectionné et appliqué à l’étranger, d’où il nous revint ensuite; les Allemands construisirent les premiers appareils pratiques et la plupart des électro-lyseurs employés maintenant dans le blanchiment, nous viennent d’outre-Rhin.
- Il existe un grand nombre de ces appareils, tous d’ailleurs construits sur le même type, sans dia-
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- BLANCHIMENT ÉLECTRIQUE DES TEXTILES ===== 163
- phragme, à électrodes bipolaires en charbon ou en platine. Ce dernier corps est généralement préféré à cause de la rusticité des électrolyseurs ainsi construits; on ne risque pas, comme avec des électrodes en charbon, de détériorer l’appareil en y élec-trolysant des solutions impures. Par contre, on conçoit que le platine étant maintenant assez notablement plus cher que l’or (cours actuel : 5 fr. 60 le gr.), de tels appareils soient de prix fort élevés, celui représenté figure 4, par exemple, vaut plus de 5000 fr. ; le métal d’ailleurs ne s’use pas sensi-siblement et même hors d’usage, l’électrolyseur conserve la plus grande partie de sa valeur.
- Dans l’appareil Schoop, par exemple (fig. 4), très répandu en Allemagne — où du reste le blanchiment électrique est beaucoup plus employé qu’en France, — les électrodes sont formées de petites feuilles de platine disposées dans la rangée de canaux d’un bac d’ébonite, de façon que le courant passe à travers le liquide, de la lame centrale à l’autre électrode qui épouse les parois du canal (fig. 2).
- Chaque feuille tapissant ainsi le pourtour de chaque rigole, est libre d’un côté et s’engage de l’autre dans la plaque d’ébonite, où elle est mastiquée ; elle ressort de façon à former électrode centrale dans le canal voisin (fig. 2). De cette façon, chaque feuille de platine est fixée au bac-support, et l’ensemble conduit le courant d’une extrémité à l’autre du récipient.
- Chaque cuvette est légèrement inclinée, de manière que le liquide, entrant d’un côté, ressorte de
- l’autre, après avoir subi l’action de tous les éléments électrolyseurs delà rigole.Dans les appareils à faible production, pour que la transformation du chlorure soit complète, le liquide repasse plusieurs fois dans l’électrolyseur; quand on veut obtenir de plus grosses quantités d’hypochlorite, on monte en séries étagées plusieurs cuvettes (fig. 4).
- Le système Kellner (fig. 5), construit par la Société Siemens et Ilalske et également fort répandu, se compose de bacs en grès reposant par des saillies extérieures sur une monture métallique. À l’intérieur, sont placées des feuilles de verre sur lesquelles sont enroulées des feuilles de platine iridié. Des canaux d’arrivée et de sortie
- permettent d’assurer le mouvement du liquide.
- Comme on le voit, les dispositifs de construction peuvent varier beaucoup : le principe est toujours le même. Les conditions générales de fonctionnement sont également communes à tous les systèmes d’électrolyseurs : les solutions de sel marin (dénaturé par addition de carbonate sodique en .faible proportion pour éviter de payer au fisc les droits de consommation) sont peu concentrées (4 à 8° B). On peut même employer l’eau de mer quand les conditions permettent de le faire avec avantage. La tem-
- pérature doit être maintenue assez basse, le moindre échauffement pouvant provoquer la formation de chlorates, ce qui diminue d’autant le rendement. Aussi, quand on fait repasser plusieurs fois le liquide dans l’électrolyseur, y a-t-il interposition sur le circuit d’un récipient de grande capacité, de façon que réchauffement se répartissant sur une quantité de liquide, il n’y ait pas élévation notable de température.
- Dans ces conditions normales, le courant provoque la dissociation du sel en ions chlore et sodium : Na Cl = Na H-Cl ; le potassium réagit sur l’eau pour donner de la potasse : 2 H2 O -h 2 K = 2 K OII -b 2II ; laquelle s’unit au chlore pour donner un hypochlo-rite : K0H + C1 = K0 Cl4-II.
- Les électrolyseurs des usines de blanchiment sont toujours installés sur un système de bassins reliés par des canalisations permettant de régler facilement le travail. Le dispositif le plus simple consiste à placer l’appareil au-dessus de deux cuves en ciment étagées (fig. 1) flanquées d’un troisième récipient (5) dans lequel on opère la dissolution du chlorure. Le sel étant placé en S sur un fond perforé, ce qui évite d’agiter pour assurer la dissolution, on emplit le bassin d’eau ; dès que la concentration voulue est atteinte, la pompe P permet de faire arriver le liquide dans le bac régulateur B, en charge sur les électrolyseurs et muni d’un trop-plein (T), de façon à rendre le débit très régulier. Le liquide hypochloré passe en 1 ; quand il est en quantité suffisante, la pompe est disposée de façon à monter le liquide en B ; on peut, si besoin est, refroidir par le réfrigérant R. Enfin la I valve V permet de faire passer en (2) le liquide
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- 164 — - ..BLANCHIMENT ÉLECTRIQUE DES TEXTILES
- électrolysé ayant atteint sa teneur régulière en chlore décolorant.
- Comme nous consommons annuellement en France plus de 25 000 tonnes de chlorures décolorants (eau de Javel et chlorure de chaux) valant plus de 5 millions de francs et dont la presque totalité est employée dans les industries du blanchiment et du blanchissage, on conçoit que la question dé préparation des solutions décolorantes soit de toute première importance. Évidemment le succès des procédés de blanchiment électrique devait dépendre de la valeur et des propriétés des hypochlorites obtenus par électrolyse, comparativement à celles des chlorures de chaux et des extraits de Javel. Aussi a-t-il été publié, au cours de ces dernières années, surtout en Allemagne, de nombreux travaux concernant les chlorures décolorants divers et leur action sur les fibres végétales.
- On sait, en effet, que les composés du chlore sont employés seulement pour ces dernières, principalement les cotonnades; parcon-tre,laineetsoiene peuvent supporter l’action des hypochlorites, et la toile est le plus souvent blanchie par lessivages et exposition « sur le pré ».
- Tous les hypochlorites sont instables, mais on peut réduire de beaucoup les pertes en chlore par la conservation à l’obscurité et par l’emploi de solutions exemptes d’impuretés catalytiques (oxydes et sels métalliques). Quant à l’action décolorante, il est difficile de donner pour chaque produit des chiffres précis et concordants, le blanchiment des textiles, par exemple, variant selon la finesse et la torsion des fils, la température; au demeurant, on ne peut davantage apprécier exactement le degré de blancheur d’un tissu. On peut admettre néanmoins, d’après les nombreux essais faits dans toutes les conditions sur toutes les matières, des textiles les plus divers aux pâtes de papeterie, qu’à degré chlorométrique égal, les diverses solutions hypochlorées ont le même pouvoir blanchissant.
- De même elles exercent sensiblement la même action sur les fibres, la ténacité n’étant notablement diminuée
- que par long séjour dans des bains trop concentrés.
- C’est donc finalement — puisque toutes autres choses égales — le prix de revient du chlore qui doit guider pour le choix des divers hypochlorites. A cé point de vue, les travaux modernes, faits depuis la parfaite mise au point des électrolyseurs employés maintenant, sont tous concordants, et leurs auteurs unanimes à mettre au premier rang le chlore électrolytique coûtant de 0 fr. 40 à 0 fr. 45 le kg, au lieu de 0 fr. 50 dans le chlorure de chaux etO fr. 90 dans l’eau de Javel.
- Les industriels chez qui la quantité de chlore consommée peut justifier l’installation de dynamo et électrolyseur, doivent donc préparer à l’usine leurs
- bains décolorants. Même dans les petites usines, il y a le plus souvent avantage à adopter l’électro-lyse : la dynamo qui servira pendant la journée à préparer une réserve de bain décolorant, peut être employée le soir pour l’éclairage. Et dans ces conditions, les frais de premier établissement sont relativement faibles et seront rapidement amortis. 11 est à remarquer en outre que, pouvant ainsi ne transformer qu’au moment de l’emploi, le chlorure stable en hy-pochlorite instable, on évite toutes pertes de chlore. Enfin, la bonne marche de l’électrolyseur ne pouvant se faire qu’avec un contrôle chimique constant, leur emploi amène naturellement à la détermination fréquente du degré chlorométrique des bains de blanchiment : on ne risque pas de perdre inutilement du chlore, ni d’employer inefficacement des solutions trop pauvres, et ce qui semblait être une complication devient un précieux avantage.
- Aussi depuis quelques années, les installations de blanchiment « électrique » se multiplient-elles de plus en plus. Il est à prévoir que non seulement les usines de blanchiment adopteront toutes le nouveau procédé, mais que les blanchisseries importantes où il existe déjà des dynamos pour l’éclairage, et où l’on fait une grande consommation d’eau de Javel, auront avantage à préparer électriquement le produit. A. Chaplet.
- Fig. 4. — Batterie d'électrolyseurs Schoop.
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- FREINS POUR NAVIRES DE GUERRE
- Il y a quatre ou cinq ans, un jeune inventeur, de nationalité canadienne, proposa de munir les navires à vapeur de freins qui pourraient les arrêter pres-
- de façon que son bord supérieur affleure à la ligne de flottaison. Deux de ces volets, quel’invén-teur appelle assez justement des nageoires (fins),
- que instantanément en pleine vitesse. On se rendra compte de l’importance pratique de l’invention, si l’on se rappelle que la plupart des catastrophes maritimes sont précisément causées par l’impuissance des navires à arrêter brusquement leur élan pour éviter une collision avec un autre navire en marche, ou même à dévier assez rapidement de leur course pour s’écarter de l’obstacle.
- D’après les essais préliminaires, exécutés avec des vapeurs, de faible tonnage, l’invention semble répondre à cette double nécessité. Elle consiste en une sorte de volet en tôle d’acier, monté sur charnières au flanc du navire,
- Le frein pour navire de guerre installé sur le cuirassé américain Indiana.
- En haut, à gauche : le frein ouvert; à droite : le frein à la position de repos.
- En bas : vue d’ensemble du cuirassé.
- se font opposition de chaque côté de la coque, leurs charnières fixées en plein par le travers. Une commande électrique permet d’ouvrir instantanément soit les deux volets à la fois, soit l’un d’eux, selon qu’il s’agit d’arrêter le navire en pleine marche ou de dévier brusquement sa course.
- Nos trois photographies montrent le dispositif (ouvert, fermé, et vue d'ensemble pour proportions) , tel qu’il a été récemment installé sur les flancs de Y Indiana, cuirassé américain. Il reste à savoir comment il se comportera avec un vaisseau de cette puissance, et si les volets ne seront pas arrachés de la coque, quand on les ouvrira en pleine vitesse.
- L’ÉCLAIRAGE AU
- L’éclairage des trains, qui était bien médiocre lorsqu’il était assuré par de simples lanternes à l’huile est devenu, depuis quelques années, très bon, voire luxueux : sur tous nos grands trains et même sur beaucoup de trains de banlieue, on peut lire sans fatigue de toutes les places des compartiments. Cet heureux résultat est obtenu dans toutes les Compagnies, sauf à la Ceinture et à l’Orléans où l’éclairage électrique est appliqué en grand, par l’éclairage au gaz.
- L’application de ce.mode d’éclairage sur les trains, qui paraît très simple à première vue, présente en
- GAZ DES TRAINS
- réalité des difficultés assez importantes et qui n’ont été résolues complètement que - depuis peu. Tout d’abord, il y a lieu de remarquer que des brûleurs à gaz enfermés dans des lanternes accrochées au plafond de wagons se trouvent dans des conditions bien plus défavorables, que des becs brûlant dans un local fixe. Pour qu’ils donnent une flamme fixe malgré les courants d’air et le remous de la marche, il faut que l’arrivée de l’air à la flamme et l’évacuation des gaz de la combustion aient lieu suivant des vitesses et des parcours convenables, déterminés par l’expérience bien plus que par la théorie.
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- Mais, la difficulté principale est d’emmagasiner sur des véhicules déjà surchargés de toutes sortes d’appareils de traction, de suspension, de freinage, de chauffage, une réserve de gaz suffisante pour permettre des parcours de longue durée sans rechargement. L’idée vient tout de suite à l’esprit de comprimer le gaz à de fortes pressions (plusieurs atmosphères) dans des réservoirs solides disposés sur les véhicules, puis de le détendre, à la pression usuelle, supérieure de quelques décimètres d’eau (ou centièmes d’atmosphère) seulement à la pression atmosphérique, pour le hruler dans des becs semblables à ceux des installations fixes. Si, par exemple, on comprime dans un réservoir de 400 litres du gaz à la pression de 7 atmosphères, ce gaz comprimé fournira un volume 7 fois plus fort, soit 2800 litres, lorsqu’il aura été ramené à la pression atmosphérique utilisée dans les brûleurs.
- Néanmoins, avant la découverte des manchons Àuer à incandescence, il ne fallait pas songer à employer de cette manière le gaz ordinaire de houille, parce que, brûlé dans des becs ordinaires à flamme, son pouvoir lumineux n'est pas grand (il exige une consommation de 75 litres par heure pour donner une intensité de 10 bougies quand il est produit et consommé à la pression atmosphérique, et davantage même quand il est détendu après avoir été comprimé, parce que la compression lui fait encore perdre une partie de ses éléments éclairants). On n’aurait donc pu, même en le comprimant à des pressions de plus de 10 atmosphères, en emmagasiner dans des réservoirs de wagons une quantité suffisante pour assurer le nombre d’heures d’éclairage voulu.
- La maison Pintsch, de Berlin, tourna la difficulté, dès 1880, en faisant usage d’un gaz provenant de la distillation des huiles de schiste et qui est bien plus riche que le gaz de houille en carbures d’hydrogène éclairants, d’où le nom de gaz riche (ou aussi de gaz d'huile) sous lequel il est désigné quelquefois; en outre, ce gaz jouit de la propriété précieuse de ne rien perdre de son pouvoir éclairant par la compression. Comme il donne une intensité de 6 à 7 bougies dans un bec ne consommant que 30 litres de gaz, on peut, en le comprimant à 7 atmosphères dans un réservoir de 1200 litres de capacité, obtenir une réserve d’éclairage de 280 becs-heures (soit 28 heures s’il y a 10 becs dans la voiture).
- C’est de cette manière qu’ont été éclairés pendant de longues années, depuis 1880, presque tous les trains allemands. Un peu plus tard, le même système a été appliqué en France sur la grande majorité des trains du P.-L.-M. et sur une partie du matériel de l’Est.
- Ce système, que l’on peut voir encore fonctionner sur quelques petites lignes du P.-L.-M. et de l’Est, s’est largement répandu, à cause de sa grande simplicité. Il faut évidemment, pour desservir un grand réseau de chemins de fer, faire marcher en plusieurs points d’importantes usines de production de gaz
- d’huile et établir en ces points des canalisations étendues amenant le gaz à des bouches situées sur les principaux quais de stationnement des trains. Mais tout le reste de l’installation est extrêmement simple à établir et à conduire.
- L’équipement d’une voiture comprend : un ou deux solides réservoirs en tôle À (fig. 1), d’une capacité variant de 400 à 1200 litres, disposés généralement sous le châssis du véhicule (quelquefois aussi sur le toit) et portant une bouche de chargement Y à robinet ; un détendeur B (sorte de soupape à diaphragme) entièrement enfermé dans un récipient en fer de petite dimension fixé sous le châssis, une canalisation principale CD en tuyau de fer se rendant sur le toit du véhicule et desservant, par de petits branchements f\ /'2 f-, des becs de gaz renfermés dans des lanternes Hj, H2, H3, placées, comme les lanternes à huile, sur le toit, au milieu des compartiments.
- Le brûleur à gaz à flamme (dont la figure 2 donne le détail) est constitué par un simple tuyau L M N en forme de col de cygne renversé, articulé souvent sur le branchement F par une genouillère permettant de le relever au dehors de la lanterne ouverte, et terminé par un bec en stéatite N du type dit Manchester à 2 trous, donnant une flamme en forme de papillon. Les lampes à gaz ne pouvant produire, comme celles à huile, des suintements du liquide, les coupes en verre T qui les renferment peuvent être pourvues d’un dispositif d’ouverture à charnière GG'G" permettant d’accéder au bec de l’intérieur du compartiment ; toutefois on préfère généralement faire, comme pour les lampes à huile, l’allumage par le toit, en ouvrant la lanterne II, afin dé ne pas déranger les voyageurs. L’air de l’extérieur pénétrant par les ouvertures At garanties des poussières par un recouvrement à la base du chapiteau, puis par des trous percés dans plusieurs cloisons, arrive au brûleur en passant par de grandes ouvertures O ménagées sur la collerette supérieure du réflecteur en tôle émaillée S reposant dans le fond de la lanterne ; les gaz de la combustion s’échappent par une cheminée en tôle T' montée au centre du réflecteur, puis par la cheminée Ts et par les trous extérieurs Y du chapiteau (monté à charnière sur le toit de la voiture). Un robinet R, placé sur le branchement d’amenée du gaz, permet au personnel d’isoler de l’intérieur du compartiment chaque lanterne. Mais on s’en sert rarement; le gaz est ordinairement envoyé avant l’allumage dans toutes les lanternes à la fois par l’ouverture (à l’aide d’une clé spéciale à eanon) du robinet principal extérieur R (fig. 1), disposé au départ de la canalisation principale C D ; il suffit ensuite de fermer ce robinet pour éteindre d’un seul coup toute la voiture.
- Un manomètre, branché sur les réservoirs près de la bouche de chargement Y, indique à tout moment la pression du gaz dans ceux-ci en kg par cm2 (c’est-à-dire en atmosphères). En multipliant le nombre de kg lu par la capacité du réservoir
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- ÉCLAIRAGE AU GAZ DES TRAINS
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- on a le volume de gaz disponible. Si au passage dans une gare de chargement, on voit que ce volume est devenu insuffisant pour assurer un nouveau voyage du wagon, on procède à son rechargement. Pour cela on relie, par un tuyau en caoutchouc G, la bouche V du réservoir à la bouche G1 de quai la plus voisine; on ouvre les robinets de ces deux bouches. Le gaz, qui est à la pression de 9 kg dans les conduites de gaz, se répand dans le réservoir A qui est rempli lorsque sa pression (indiquée au manomètre) est montée à 7 kg.
- Les becs ordinaires à gaz d’huile constituaient évidemment un progrès sensible sur les lanternes à huile fumeuses, mais ils ne fournissaient pas encore un éclairage bien brillant : un brûleur de 50 litres donnant 7 bougies produisait dans un com-
- Ce perfectionnement de l’éclairage au gaz à été rapidement appliqué à tous les trains circulant en Allemagne, et, un peu plus tard, à ceux duP.-L.-M., parce qu’il n’a exigé absolument aucun changement dans l’appareillage et le chargement des voitures (on n’a même pas eu recours aux becs spéciaux en usage pour l’éclairage ordinaire à l’acétylène; on a conservé les anciens becs qui se sont seulement encrassés un peu plus vite). Il a suffi d’ajouter, dans les usines de production du gaz riche, un générateur d’acétylène à basse pression, par conséquent inolîensif, et un compteur mélangeur. On a pu ainsi doubler environ l’éclairement des compartiments (12 bougies par bec, soit 24 pour un bec double), tout en conservant la même capacité d’éclairage dans les réservoirs, mais on a en même
- Fig. i. — Voiture de chemin de fer éclairée au gaz, vue en chargement.
- partiment un éclairement d’ensemble convenable, mais insuffisant pour lire sans fatigue d’une manière continue. Pour obtenir ce résultat, on employait quelquefois, en Angleterre et en Allemagne, des lanternes renfermant 2 et même 5 brûleurs de 50 litres par compartiment; mais on n’avait plus alors sur le véhicule, malgré l’emploi de réservoirs aussi grands que possible, qu’une réserve d’éclairage de faible durée; en outre, l’éclairage du train devenait très coûteux, car le gaz d’huile revient cher (0 fr. 60 au moins le mètre euhe).
- Un premier progrès, dû encore à la maison Pintsch de Berlin, a été réalisé vers 1898 en employant, au lieu de gaz d’huile, le gaz mixte, mélange de 75 pour 100 d’acétylène et de 25 pour 100 de gaz d’huile, qui possède un pouvoir éclairant double de ce dernier, et qui ne présente pas comme l’acétylène pur le danger d’explosion, même comprimé à 10 atmosphères.
- temps doublé à peu près les dépenses afférentes à la consommation de gaz, à cause du prix élevé de l’acétylène.
- Un peu plus tard, vers 1902, une véritable révolution a été apportée dans l’éclairage au gaz des trains, par l’emploi des becs à incandescence; et, cette fois, nous avons le plaisir d’enregistrer que ce perfectionnement est né en France, par l’initiative et les études de la Compagnie des chemins de fer de l’Est qui a réuâsi, de concert avec la Société Auer, à établir des brûleurs à manchons fonctionnant régulièrement dans des lanternes de wagons et résistant bien aux trépidations de la marche, résultat sur lequel on ne comptait plus, à la suite de quelques essais infructueux exécutés ailleurs antérieurement.
- Le progrès réalisé par l’emploi des brûleurs à incandescence est considérable et a fait disparaître rapidement les anciens procédés d’éclairage au gaz
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- par brûleurs ordinaires (même avec emploi du gaz d’huile mélangé d’acétylène) ; comme dans les installations fixes, on obtient, en effet, une lumière trois fois plus forte avec une consommation de gaz réduite de moitié. On peut ainsi fournir dans les compartiments un éclairage brillant tout en dépensant près de moitié moins; d’autre part, on obtient, avec les mêmes réservoirs, une durée totale d’éclairage double, atteignant 40 à 60 heures. Enfin, la consommation des brûleurs étant très réduite, on peut faire usage du gaz ordinaire de houille fortement comprimé, d’autant plus qu’avec les becs à incandescence un affaiblissement du pouvoir éclairant intrinsèque du gaz n’a plus d’importance puisque c’est, on le sait, son pouvoir calorifique qui est utilisé pour porterie manchon à l’incandescence.
- Les Compagnies françaises de l’EstetduP.-L.-M. et lesCies allemandes, qui possédaient déjà des usines à gaz d’huile, ont conservé ce gaz, qui donne 16 à 18 bougies pour un bec brûlant 15 litres à l’heure et qui n’est comprimé comme précédemment qu’à 7 atmosphères dans les réservoirs de voitures.
- D’autres compagnies, telles que l’Ouest et le Nord, qui n’avaient pas du tout d’éclairage au gaz, ont fait usage du gaz de houille ordinaire, comprimé dans les réservoirs à la pression de 15 atmosphères parce qu’il faut brûler 40 litres environ de ce gaz pour obtenir le même éclairement de 16 à 18 bougies.
- Le gaz de houille coûte moins cher que le gaz d’huile, mais comme il en faut le double, la dépense de gaz est sensiblement la même; son seul avantage est qu’il se trouve presque partout et qu’il suffit, pour créer un poste de chargement dans une gare, d’y installer un petit compresseur alimenté par un moteur électrique ou à gaz.
- Les seuls appareils à changer, pour appliquer l’incandescence au gaz, sont les becs des lanternes, d’une construction analogue aux becs Auer des installations fixes. Le gaz, au lieu de se rendre directement au brûleur, sort par un éjecteur Bunsen dans un tube, où il se mélange avec de l’air appelé du dehors, et à la sortie duquel il fournit une petite flamme très chaude qui porte au blanc un manchon en tissu réfractaire. La Compagnie de l’Est français, qui a été la première à essayer et à appliqué?
- ce système, après avoir, dans des expériences préliminaires, monté les manchons sur des suspensions élastiques de diverses formes, dans le but de les soustraire aux trépidations de la marche, reconnut que ces liaisons élastiques étaient plus nuisibles qu’utiles et que les manchons reliés rigidement à la monture du bec peuvent circuler souvent pendant un mois dans des trains sans se briser.
- L’éclairage au gaz avec manchon incandescent se développe de plus en plus en France où toutes les Compagnies, à l’exception de l’Orléans et de la Ceinture, l’ont appliqué successivement, soit à la place de l’éclairage au gaz d’huile mélangé d’acétylène, soit à la place de l’éclairage à l’huile. Il a été ensuite appliqué progressivement en Allemagne (à la place de l’éclairage au gaz mixte) où maintenant on le trouve sur presque tous les trains. Il a commencé à se répandre également en Angleterre, dans ces dernières années. Toutefois, dans ce dernier pays, son succès a été moins rapide que sur le continent malgré la grande économie qu’il procure, probablement parce que, d’après nos impressions de voyage, on aime surtout, dans les chemins de fer anglaisées choses robustes pouvant être au besoin ma-nœuvrées brutalement.
- Deux dispositifs se disputent la faveur des Compagnies de chemins de fer : le premier en date, le manchon droit, a été employé d’abord par l’Est, puis par le P.-L.-M., le Nord et le Midi ; à l’Ouest et en Allemagne, on fait usage du manchon renversé. La figure 3 représente une lanterne à manchon droit. Le gaz, qui arrive par le tuyau AB, sort par la petite ouverture du Bunsen G, dans lequel se produit, par deux ouvertures D, un appel de l’air venant à la manière habituelle de l’extérieur par le corps de lanterne et passant par des ouvertures O ménagées sur le pourtour du réflecteur B. L’ensemble du brûleur affecte, comme dans les lanternes à gaz ordinaires, la forme d’un col de cygne renversé. Le mélange de gaz et d’air s’enflamme à l’Extrémité E de la tubulure F, à l’intérieur du manchon M suspendu par le haut à une tige potence L, serrée par une vis Y, sur la tubulure'F; le Manchon M, qui se brise toujours par le haut, tombe, lorsqu’il se détache de la collerette supérieure de la potence, dans une petite galerie K
- Fig. 2. — Lanterne à gaz à bec ordinaire à flamme.
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- .. ..——..... = ÉCLAIRAGE AU
- ajourée en laiton et continue souvent à éclairer ainsi encore longtemps avec un éclat presque aussi vif qu’avant sa décapitation. Les gaz de la combustion s’échappent par le centre B' et la cheminée P du réflecteur, puis par le haut de la lanterne, à la manière ordinaire; l’entrée de l’air par le chapiteau a lieu également comme dans la lanterne à gaz ordinaire. L’allumage se fait généralement en ouvrant la lanterne par le toit ; mais le remplacement des manchons sc fait toujours de l’intérieur du compartiment (la coupe X s’ouvrant à charnière), parce que le col de cygne À B E sans genouillère ne peut se relever. Le tuyau d’arrivée de gaz A porte
- GAZ «DES TRAINS ... 169
- une aiguille T manœuvrable par une vis. Les becs à manchon renversé ont à peu près la môme consommation et la même intensité lumineuse que les hecs à manchon droit ; ses partisans invoquent en sa faveur l’avantage de mieux éclairer le compartiment, parce qu’il émet tous ses rayons vers le bas, tandis qu’une partie des rayons émis vers le haut par le manchon droit, sont perdus dans la cheminée, ce à quoi les partisans de ce dernier répliquent que le manchon renversé envoie presque Lous ses rayons dans la direction verticale, de sorte que s’il éclaire mieux le centre du compartiment, il en éclaire plus mal les coins. En tout cas, si le manchon renversé donne un rendement un
- Fig. 3 et 4. — Lanternes à gaz à manchons incandescents.
- A droite : à manchons droits ; à gauche : à manchons renversés.
- comme d’hahitude un robinet d’isolement R manœuvrable de l’intérieur du compartiment.
- Les becs à manchon renversé présentent une disposition différente. Le manchon en boule M (fig. 4) est fixé sur une collerette M', en magnésie, à 3 pattes, que l’on engage par un mouvement à baïonnette sur un cône en porcelaine N ; celui-ci est fixé à l’extrémité du brûleur Bunsen renversé F (donnant une flamme descendante) , lequel pénètre au centre de la cheminée P du réflecteur B. L’air entre directement dans les ouvertures D du brûleur Bunsen au-dessus du réflecteur B ; l’air, qui passe sous le réflecteur par les ouvertures 0, sert au besoin à augmenter l’incandescence du manchon en le frappant sur sa face extérieure. Le gaz, qui arrive par le tuyau À T, s’échappe par une tubulure C dont l’ouverture est réglable par
- peu supérieur à celui du manchon droit, il est d’un réglage plus délicat (ainsi qu’en témoigne l’aiguille de. réglage de l’ajutage qui, après avoir été employée dans les premiers becs à manchon droit, a été reconnue inutile pour eux), et d’une durée moins grande ; en outre, dès qu’il se détache de sa collerette, il ne peut plus être laissé en service comme le manchon droit, car, bien que recueilli dans ce cas par une sorte de muselière K, formée de 2 fils croisés, il n’éclaire plus alors qu’en veilleuse.
- Enfin, une autre critique que l’on pouvait adresser à l’éclairage au gaz (en dehors d’ün certain danger d’incendie qu’il présente toujours et dont sont exempts les systèmes d’éclairage électrique, en dehors surtout de la chaleur excessive développée au sommet des compartiments), d’exiger une ma-
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- nœuvre d’allumage longue et même dangereuse (quand elle se fait par le toit), est en passe de disparaître. C’est encore à la Compagnie de l’Est qu’on le doit : après une série d’essais effectués avec divers appareils, construits par la Société Auer, elle a commencé l’application, sur un certain nombre de voitures, de dispositifs permettant d’allumer simultanément toutes les lanternes d’une voiture en
- quelques secondes, par la simple rotation d’une manette. La description de ces dispositifs nous entraînerait trop loin, nous nous bornerons à dire qu’ils reposent sur l’utilisation des étincelles produites par une machine magnéto-électrique ou par des piles ; le gaz n’a donc pu réaliser ce dernier succès qu’en faisant appel au concours bienveillant de son concurrent l’électricité. Ch. Jacquin.
- L’EXPOSITION ANGLO=JAPONAISE DE LONDRES
- A côté du Japon des fins bibelots, des temples convaincre le visiteur que le Japon pacifique, s’il
- magnifiques, des kakémono1 et des gentilles musme, fait peu de bruit, fait beaucoup de bonne besogne.
- Le kasaya : fabricant de parapluies en papier huilé. (Cliché Waltham.)
- cher aux artistes et aux collectionneurs ; à côté du Japon européanisé et militarisé, terreur de ceux que hante le « péril jaune», il y a un autre Japon, fort intéressant et encore très peu connu en Europe : celui des savants, des industriels et des travailleurs de la pensée, celui des gens pacifiques. C’est surtout ce Japon-là que les organisateurs de l’Exposition qui s’est ouverte à Londres le 12 mai dernier ont voulu faire connaître. Ils y ont réussi, et une courte visite à la White City de Shepherd’s Bush suffit pour
- 1. Pour la transcription des mots japonais, nous avons employé le système de la Rômajika (Société pour la propagation des caractères romains) qui est Universellement adopté au Japon par les Européens, par les Japonais parlant une langue européenne et par les lexicographes dans les dictionnaires bilingues; il a un caractère quasi-officiel. Dans ce système, purement phonétique, on s’est proposé de rendre
- Comme l’Exposition franco-britannique qui s’est tenue au même endroit il y a deux ans, l’Exposition anglo-japonaise devait représenter de façon équivalente et en quelque sorte parallèlement, dans toutes les branches de l’activité humaine, les productions des deux pays alliés : l’Empire britannique et l’Empire du Japon. A vrai dire, seuls les Japonais ont fait effort et un très grand effort ; les exposants anglais sont en effet peu nombreux, moins nombreux qu’il y a deux ans à l’Exposition franco-britannique,
- aussi exactement que possible les sons, très simples, du japonais en faisant les conventions suivantes : les voyelles se prononcent comme en italien, les consonnes ou groupements de consonnes comme en anglais; il n’y a pas de diphtongues; les voyelles longues sont indiquées par un accent circonflexe ; il n’y a pas d’accent tonique; les lettres y et w sont des consonnes. La langue japonaise n’a ni genre, ni nombre.
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- EXPOSITION ANGLO-JAPONAISE DE LONDRES ===== 171
- moins nombreux même qu’à l’Exposition impériale britannique qui se tenait dans les mêmes locaux l’année dernière et que les Londoniens, un peu blasés, ont fort délaissée.
- Du côté anglais c’est toujours l’exhibition banale des grandes expositions : ou bien les formidables canons, les énormes projectiles et les épaisses plaques de blindage, ou bien les savons, les boîtes de cirage et les menus objets que tout visiteur est en droit d’acheter. Il n’y a à signaler comme nouveauté que le chemin de fer monorail à gyroscopes stabilisateurs du système L. Brennan qui fait l’objet d’une attraction.
- Tout l’effort des Anglais s’est porté sur l’Exposi-
- tion sensationnelle. Il y a cependant quelques exceptions; les plus notables sont deux jardins japonais ornés d’ishidoro (lanternes de pierre ornementales) où serpentent des ruisseaux capricieux au milieu des rocailles et celui des deux villages japonais qui est attenant aux Arènes et qui constitue l’attraction payante dénommée Japanese F air. Mais aucun personnage en kimono et chaussé de geta, n’anime les jardins; les Japonais, très aimables, qu’on trouve auprès des stands sont presque tous vêtus à l’européenne et s’expriment généralement en un anglais impeccable. On voit cependant passer de temps à autre des Japonais vêtus d’un uniforme aux couleurs voyantes qui rappelle celui denosfantassins ; c’est celui
- Ekctki, eshi : dame artiste peignant un kakémono. (Cliché Waltham.)
- tion de Bruxelles à laquelle — c’est même la première fois qu’il le fait — le gouvernement britannique participe officiellement.
- Les exposants japonais, au contraire, agissant de concert, avec leur gouvernement ou indépendamment, ont concentré tous leurs efforts sur Londres. De leur côté, l’exposition est parfaitement réussie et le grand public ne s’y est pas trompé : pour lui, l’exposition de Shepherd’s Bush de cette année, c’est l’exposition japonaise.
- Il ne faudrait pas croire cependant que le pittoresque et la couleur locale s’y étalent à profusion : il faut les chercher, car on a malheureusement beaucoup trop respecté les bâtisses en staff de la White City, et rien n’annonce aux yeux que l’une d’elles abrite des merveilles d’art ou quelque attrac-
- d’une musique militaire, très agréable d’ailleurs et dont les programmes voient alterner, comme chez les nôtres, les polkas et les œuvres des grands maîtres1.
- La Japanese Fair représente vraiment un coin du Japon quand le soleil veut bien se mettre de la partie; les maisons tout en bois et en papier ont été construites par des charpentiers japonais, et leurs habitants s’y sentent bien chez eux. On y voit d’habiles artisans exerçant leurs métiers en se servant de moyens et d’outils toujours très simples et souvent très différents de ceux dont l’Européen fait usage. Cette façon d’opérer, . presque en toutes choses, à l’inverse de la nôtre, n’est pas sans causer
- i. Les premiers instructeurs de l’armée japonaise ont été des officiers français; les sonneries militaires japonaises sont encore les mêmes que.les nôtres.
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- quelque étonnement au visiteur non prévenu.
- Nous ne ferons point autant d’éloges de 1’ « Uji village » non pas que les habitants en soient moins aimables, mais parce que les maisons n’y ont pas été construites par des Japonais et ne représentent absolument rien de typique. Aussi les habitants, pauvres reclus, étonnés, d’être un objet de curiosité, ne se sentant pas chez eux et souffrant du froid, y manifestent-ils quelque regret de se voir là, pour peu qu’on sache gagner leur confiance.
- Quelques autres coins intéressants sont ceux où s’exhibent les acteurs, les acrobates et les très habiles prestidigitateurs japonais ; le village aino, le village formosain. Les Ainos sont les aborigènes de l’île Yezo que les Japonais ont combattus et réduits aujourd’hui à un très petit nombre. Ils sont grands et forts, très chevelus et très barbus; par coquetterie, les femmes, assez belles, se peignent des moustaches sur la lèvre supérieure. Les habitants de Formose exhibés, sont des seiban, les fameux coupeurs de têtes. Ce sont des Chinois grands et bien bâtis, aux allures souples, aux attitudes dignes, beaucoup plus beaux sans contredit que les deux terribles officiers de police japonais chargés de les surveiller.
- Nous signalons pour mémoire les séances de jujitsu auxquelles le public parisien a eu maintes -fois l’occasion d’assister, mais nous recommandons plus particulièrement la visite du hall des lutteurs japonais.
- On n’y voit pas les sumô magnifiques, énormes colosses tout en muscles, aux attaches fines et très beaux, que les flots du Pactole seuls auraient décidés à venir en Europe ; on y voit tout au plus ceux que les Japonais, grands amateurs de lutte, appellent dédaigneusement des fundoshi katsugi (ceux qui portent leur ceinture de lutteur sur l’épaule) ; mais ces hommes, grands et gros, représentent déjà un très beau type, et leur façon de lutter est amusante ; à noter en particulier la grande courtoisie dont ils font preuve entre eux et la façon dé vaincre l’adversaire. Il suffit qu’il cesse de toucher le sol par les pieds ou qu’il soit sorti d’un cercle de paille à l’intérieur duquel les lutteurs doivent demeurer.
- On trouve aussi quelque pittoresque dans le long boyau, de 800 m. de longueur et sans vue aucune sur l’extérieur, qui réunit les deux entrées principales d’Uxbridge Road (Shepherd’s Bush) et de Wood Lane, et dans le grand hall qui conduit de cette dernière entrée au terrain principal. On trouvera là : deux grànds nio (sortes de démons gardant l’entrée des temples) en bois peint, des groupes en bronze pour la décoration des jardins, des shida shinobu, fougères disposées en forme d’animaux, des arbres nains, vieux de plusieurs siècles, des jardins miniatures, avec, au milieu de tout cela, le tintement des fürin (clochettes de verre dont le battant est terminé par une bande de papier que le vent fait osciller). 'T'--
- Puis, ce sont : la reproduction en dioramas de scènes typiques des quatre saisons au Japon, des vues photographiques et stéréoscopiques, très belles, des sites les plus beaux de l’Empire du Soleil Levant ; le tôri (porte de temple en bois) de Nara ; la reproduction, sous forme de tableaux à figures de cire, des principales périodes de l’histoire du Japon qui remonte à plus de 2500 ans.
- On trouvera encore un peu de pittoresque avec de semblables figures de cire et des tableaux historiques dans le pavillon de l’armée et de la marine.
- Les halls où se pressent les produits de l’agriculture et de l’industrie sont plus intéressants encore. Les visiteuses admireront les meubles, les laques, les bois sculptés et les broderies magnifiques ; les techniciens s’arrêteront étonnés devant le résultat de l’activité et de l’ingéniosité déployées par les Nippons, depuis 40 ans.
- L’organisation de l’enseignement — tout s’enseigne au Japon — fait l’objet des soins du gouvernement dans toutes les branches de l’activité humaine; c’est pourquoi un grand nombre de stands peuvent montrer des produits de toute première qualité ou des installations représentant les tout derniers perfectionnements. D’autre part, le gouvernement subventionne toutes les entreprises intéressantes et encourage toutes les tentatives. Citons parmi les curiosités les plus saillantes : la machine Miye à faire les filets de pêche ; les objets tressés en fanons de baleine ; des sardines à l’huile qui peuvent rivaliser avec nos meilleures marques ; les ingénieux procédés employés pour représenter les plus riches gisements de houille et de minerais de cuivre du Japon; un appareil anti-casse employé pour le chargement du charbon à bord des cargos ; les perles naturelles obtenues par le procédé de culture de l’huître perlière de M. Mikimolo ; la « diges-tine » du Dr K. Okazaki; les appareils géodésiques imaginés de toutes pièces par T. Ino et avec lesquels il fit la carte, très exacte, du Japon de 1800 à 1816 ; les inventions mécaniques, si simples, si ingénieuses et si curieuses, du professeur Inokuchi de l’Université de Tôkyô ; les séismographes et les appareils de séismologie expérimentale de la Commission des Temblements de Terre et en particulier ceux qu’a imaginés M. Omori.
- Enfin, les artistes ne manqueront pas d’aller voir les magnifiques collections rassemblées dans le Palais des Beaux-Arts. Il y a là des pièces uniques qui sont sorties du Japon pour la première fois . et qui n’en ressortiront jamais plus, des pièces provenant de musées privés ou des collections particulières de l’Empereur, pièces que le voyageur ne peut pas voir en allant au Japon. Ces pièces ont été prêtées en si grand nombre que la place manque pour qu’on puisse les exposer toutes en même temps ; d’ailleurs pour quelques-unes, non faites pour être longtemps exposées à l’air, le climat de Londres est plutôt pernicieux. C’est pourquoi ces pièces sont présentées
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- en séries et change'es. Malheureusement, pour un grand nombre on ne s’était guère préoccupé aux débuts de l’Exposition de les mettre en valeur, sans doute à cause du caractère provisoire de la présentation.
- Il y avait là pourtant de purs chefs-d’œuvre, des pièces uniques et de toute beauté, datant du ixc et même du vne siècle, c’est-à-dire remontant à une époque où nos ancêtres étaient loin d’avoir des pré-
- occupations artistiques. Or, quelques pièces n’étaient même pas protégées; en tout cas, rien ne les signalait à l’attention du visiteur qui, souvent, passait indifférent.
- Signalons toutefois que ces critiques, maintes fois formulées par les admirateurs de ces chefs-d’œuvre de l’art japonais, ont eu pour effet d’apporter quelque amélioration à leur présentation et à leur protection. Eugène Lemaire.
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
- LES BOIS DE LA CÔTE D’IVOIRE
- L’étude des conditions d’exploitation rationnelle des ! suite que depuis une quinzaine d’années les prix des bois bois de la Côte d’ivoire intéresse au plus haut point l’in- | ont augmenté de 50 à 40 pour 100. C’est par milliards
- dustrie de la métropole en même temps que la mise en valeur de cette colonie. Aujourd’hui que par suite de déforestations intensives on peut craindre de voir s’épuiser les richesses forestières considérables que possédaient les pays de l’hémisphère Nord, c’est aux régions tropicales que ceux-ci doivent songer à demander les bois qui peuvent leur faire défaut. A cet égard, la France est particulièrement favorisée, car elle possède dans ses colonies de la Côte d’ivoire et du Gabon des réserves presque inépuisables.
- Cette crainte de voir diminuer, jusqu’à s’anéantir même un jour, les ressources forestières de l’hémisphère Nord, est loin d’être chimérique. Les applications sans cesse croissantes du bois amènent une consommation qui n’est plus en équilibre avec la production. Le développement de l’industrie de la pâte à papier a notamment accru la consommation dans d’énormes proportions. Il en est ré-
- que se chiffre aujourd’hui le commerce des bois dans le monde.
- Dans les principaux pays exportateurs de bois, l’Au-triche-IIongrie, les États-Unis, le Canada, la Suède, la Norvège, la Russie, le capital forestier a été entamé par des coupes irrationnelles, et les mesures prises n’ont pu arrêter la destruction. Le jour n’est pas éloigné où les États-Unis seront obligés de restreindre leur exportation et d’augmenter leur importation en s’adressant vraisemblablement au Canada. L’Angleterre, qui importe annuellement pour plus de 700 millions de -bois, dont une grande partie venant du Canada, sera obligée de faire appel à l’Europe quand les produits du Dominion auront pris une autre direction.
- En présence des difficultés qu’éprouvent, sur le marché mondial, les pays fournisseurs du bois aussi bien que les pays consommateurs, l’attention s’est trouvée attirée
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- 174 LES BOIS DE LA COTE D’IVOIRE
- sur les immenses forêts vierges que possède l’Afrique et qui s’étendent des rivages de l’Océan au cœur de ce continent.
- L’Afrique occidentale présente une vaste zone littorale couverte par une forêt dense aux essences variées. Les Allemands et les Anglais en ont commencé l’exploitation dans leurs colonies. Dans la Côte d’ivoire, elle s’étend sur une épaisseur de 200 à 500 km depuis la côte et couvre une étendue de plus de 120 000 km2; elle se poursuit à travers la république de Libéria d’un côté, et à travers la Gold Coast de l’autre. Les arbres sont reliés les uns aux autres par d’épais rideaux de lianes qui forment des voûtes s’élevant à 50 ou 55 m. de hauteur en moyenne; mais, çà et là, émergent des arbres ayant jusqu’à 40, 50 et 00 m. de hauteur.
- La mission Iloudaille donna la première, en 1900, des renseignements précis sur la richesse forestière de la Côte d’ivoire1. Ils furent complétés depuis par les études de M. Auguste Chevalier qui fut chargé en 190(3, par M. Roume, alors gouverneur général de l’Afrique occidentale, d’une mission d’études botaniques dans cette colonie pour une durée de dix années. A la suite de demandes de renseignements faites auprès de M. Roume par des industriels français, il fut prescrit à la mission d’orienter ses recherches et ses études du côté des essences utilisables par les diverses industries qui font usage du bois.
- De sa première campagne, en 1906-1907,
- M. Chevalier rapporta, en même temps que des études botaniques sur les divers bois de la Côte d’ivoire, des renseignements économiques et pratiques dont l’industrie n’avait plus qu’à profiter. La collection d’échantillons de bois qu’il avait réunie fut installée, avec l’herbier qu'il avait constitué durant ce voyage et au cours de ses précédentes explorations, dans une salle spéciale, au Muséum, où les personnes intéressées purent aller se renseigner.
- M. Chevalier établit un classement pratique des bois, basé sur des considérations tirées de leur utilisation industrielle : bois d’ébénisterie, bois de menuiserie et de charpente, bois pouvant servir pour la carrosserie et pour les traverses de chemin de fer, bois très légers convenant pour la fabrication de la paie à papier. Il les présenta aussi d’après leur densité et d’après leur couleur.
- Parmi les bois d’ébénisterie originaires de l’Afrique'
- 1. Lieutenant Macaire, La richesse forestière de la Côte d’ivoire (Revue des cultures coloniales, 20 janvier 1900, p. 53-42). — Capitaine IIoudaille, Etude sur les propriétés et l’exploitation des bois de la Côte d'ivoire (Ibid., 5 mars 1900, p. 131-136). ^"
- occidentale, on n’a guère exploité jusqu’ici que des acajous. On sait qu’on désigne sous ce nom des bois ayant des origines botaniques très variées; l’acajou de cette colonie est surtout produit par des arbres de la famille des Méliacées, principalement par le Khaya ivo-rensis A. Chev. et par quelques espèces du genre Entandrophragma. Actuellement, l’Afrique occidentale exporte par an en Europe 75 000 tonnes de ces bois, ce qui représente la moitié environ de l’acajou consommé dans le monde civilisé, et la Côte d’ivoire, à elle seule, en fournit 15 000 tonnes. Mais beaucoup d’autres espèces mériteraient d’être exportées aussi pour l’ébénisterie, comme certaines essences rappelant le teck, le gaïae ou le palissandre et d’autres présentant de jolies couleurs, jaunes, roses ou rouges de tons divers.
- Pendant longtemps, on n’avait d’ailleurs songé à
- exporter que les bois précieux. Mais l’examen des bois de la mission Hou-daille, présentés à l’Exposition Universelle de 1900, avait fait entrevoir déjà tout le parti que l’on pourrait tirer même des bois réputés les plus ordinaires. M. Chevalier montra à son tour que les bois de la Côte d’ivoire peuvent être rangés par catégories commerciales et être appropriés à une quantité d’industries diverses.
- Si aux arbres fournissant des bois précieux ou susceptibles d’un emploi industriel courant, on ajoute ceux qui donnent des produits d’une autre nature que le bois, arbres et lianes à caoutchouc, kola-tiers, palmiers à huile, palmiers raphias, on voit quelles immenses richesses renferme la zone forestière de la Côte d’ivoire.
- M. Chevalier estime qu’il n’y a pas moins de 600 espèces d’arbres dans tout l’Ouest africain, et il a rapporté des documents sur environ 550. Il a commencé à en dresser un inventaire détaillé et, dans un ouvrage où il a exposé les conditions d’exploitation des bois à la Côte d’ivoire, il a donné une étude spéciale de 160 espèces, contenant des indications précises sur leur valeur commerciale et leurs possibilités d’utilisation 1.
- Reparti en novembre 1908 pour une nouvelle campagne, M. Chevalier qui ne va pas tarder à rentrer en France, a parcouru en divers sens l’Afrique occidentale et poursuivi ses travaux sur les bois de la Côte d’ivoire; il a étudié encore 50 espèces de bois dont il a envoyé en France des échantillons.
- Les documents réunis par M. Chevalier ne devaient pas tarder à être le point de départ de recherches d’un
- 1. Les Végétaux utiles de l'Afrique tropicale française. Fascicule V. Premières études sur les bois de la Côte d'ivoire, par Aug. Chevalier. Paris, A. Challamel, 1909, in-8°, 514 pages.
- Fig. 3. — Un fromager, sur les bords du Comoé.
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- caractère plus exclusivement pratique. Un certain nombre d’industriels français, parmi lesquels MM. Gillet, Chollet, Ménétrier et quelques autres, constituèrent une Société d’études qui fut chargée de compléter les renseignements fournis par M. Chevalier. La Société de Géographie s’intéressa à la question et organisa une mission géodésique et forestière qui, sous la direction du capitaine Gros, de l’artillerie coloniale, s’embarqua pour la Côte d’ivoire en octobre 1908, afin d’y entreprendre l’étude scientifique et technique des principales régions forestières susceptibles d’exploitation.
- La mission, qui est rentrée en France en juin 1909, a visité les contrées boisées que traverse le chemin de fer de pénétration actuellement en construction et celles qu’arrosent les bassins du Comoé, du Bandama, de la Sassandra et du San Pedro. Elle a reconnu que si les diverses régions forestières sont sensiblement aussi riches les unes que les autres et si elles s’équivalent au point de vue de la répartition des essences, quelques-unes d’entre elles présentent plus de facilité pour l’exploitation, ce sont celles du chemin de fer, de la Mé et de l’Akapless, qui possèdent des voies de communication commodes avec les lagunes et la mer. Par contre, la région de la Sassandra, qui est aussi riche que les autres, est cl’une exploitation plus difficile à cause de l’innaviga-bilité du fleuve qui est barré presque depuis son embouchure. La question de l’exploitation des richesses forestières de la Côte d’ivoire est donc intimement liée à celle du développement et de l’amélioration des voies de communication.
- La mission Gros ne s’est pas bornée à prendre des échantillons des divers bois, elle a rapporté aussi des pièces de dimension suffisante pour être débitées et essayées par l’industrie. A l’Exposition de Bruxelles à laquelle elle a pris part, on peut voir, à côté des échantillons,
- des spécimens d’objets fabriqués avec les divers bois. Il est d’autant plus intéressant de bien connaître l’emploi possible de chacun d’eux que l’exploitation forestière, comme l’a fait observer le capitaine Gros, ne peut être rémunératrice qu’à la condition de porter à la fois sur toutes les essences utilisables qui existent dans une même région.
- La forêt peut d’ailleurs être exploitée dans de bonnes conditions. La main-d’œuvre se trouve partout en quantité suffisante et elle est susceptible d’un bon rendement.
- Mais bien des améliorations doivent être apportées dans les procédés d’exploitation. Il est indispensable notamment, pour faire sortir les billes de la forêt, d’abandonner la méthode actuelle qui consiste à les tramer à bras, en les faisant glisser sur des chemins de rondins; à ce système primitif il faut substituer des moyens mécaniques. Il importe aussi de débiter les bois sur place comme on le fait d’ordinaire dans les pays d’exploitation forestière et de n’exporter que des bois marchands qui sont d’une vente plus facile et plus immédiate. La mission Gros, à laquelle nous devons les photographies qui accompagnent cet article, a fait de tous les points se rapportant à l’exploitation et au transport des bois une étude d’un caractère essentiellement pratique, et elle a établi des devis très précis qui fourniront d’utiles indications à l’industrie.
- Si, comme on peut l’espérer, des établissements forestiers, installés d’une façon rationnelle, sont créés à la Côte d’ivoire, non seulement la colonie leur devra un puissant élément de mise en valeur et de colonisation, mais la France y trouvera l’avantage de ne plus payer aux pays étrangers une somme annuelle de 200 millions pour les bois qu’elle leur achète actuellement et que son sol colonial peut lui fournir facilement.
- Gustave Regelspergeu.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 août 1910.
- Une maladie des truites. — MM. Laveran et Pettit présentent une Note sur une maladie parasitaire des truites, qui a fait son apparition dans un établissement de pisciculture. Cette maladie est différente de la furonculose; elle entraîne peu à peu la suppression fonctionnelle du foie et du cœur. La propagation se fait par les matières fécales. On y trouve, en effet, les formes jeunes du micro-organisme. Les lésions que cause le parasite sont tellement graves, qu’on ne peut songer à traiter les animaux atteints. Mais on peut formuler, à l’égarcl des établissements de pisciculture, diverses prescriptions ayant un caractère prophylactique : sélection des reproducteurs, nettoyage soigné des bacs.
- Mesures de défense contre Vinondation de Paris. — M. A. Picard dépose le recueil des documents divers établis par la Commission des inondations. Il montre également un plan de Paris indiquant les zones inondées en 1910 et rappelant les limites atteintes par la plus grande crue dont on ait gardé le souvenir, celle de 1608 ; il montre également un plan des environs de Paris figurant le champ d’inondation.La crue de 1910 est intermédiaire entre celle de 1658 et celle de 1740 ; le niveau de l’eau s’est élevé à 8,42 m. à l’échelle du pont de la Tournelle. Elle doit être principalement attribuée à l’extrême pluviosité de la saison chaude en 1909, à la succession de deux périodes de pluies abondantes en janvier 1910 et à la coïncidence des premiers niveaux maximum de la Seine
- Présidence de M. Boussinesq.
- et de la Marne avec le second flot venant du bassin de l’Yonne. Malgré la faible différence entre les crues de 1658 et de 1910, la situation des quartiers bas de Paris a été sensiblement meilleure cette fois [qu’il y a 250 ans. M. Picard en explique les causes. Parmi les questions dont s’est préoccupée l’opinion figure celle de l’annonce des crues. Sans toucher à l’économie du système actuel inauguré par Belgrand en 1854 et successivement perfectionné depuis, la Commission a conseillé des dispositions complémentaires, telles que le doublement des observateurs pluviométriques ou hydrométriques par des appareils enregistreurs, et la transmission automatique des indications de ces appareils au service central de Paris. Les investigations minutieuses de la Commission ont porté sur tous les ouvrages concourant à la défense locale de Paris, sur tous les services publics atteints ou menacés en 1910 (quais et égouts; évacuation des gadoues et des matières de vidange ; ponts ; chemins de fer urbains, ligne de la gare d’Austerlitz au quai d’Orsay, ligne des Invalides, tramways, grandes voies ferrées aboutissant à la capitale; télégraphes et téléphones ; distribution de la lumière et de l’énergie). Pour les uns et pour les autres, elle s’est attachée à formuler des propositions très précises. Ses études se sont étendues à 70 communes suburbaines. Après avoir parcouru le cycle des opérations locales susceptibles d’une prompte réalisation, mais dont 011 ne saurait attendre une protection complète, elle
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- BARRAGE GIGANTESQUE SUR LE MISSISSIPI
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- aborde les opérations plus vastes, propres à assurer cette protection par un abaissement du niveau des crues : boisement et gazonnement; forage de puits d’absorption; création de réservoirs en montagne ou dans la plaine; aménagement de certains cours d’eau pour empêcher les superpositions d’ondes, qui sont le facteur le plus actif des grandes crues ; dérivations de la Seine et de la Marne tournant la capitale ; approfondissement de la Seine. Finalement, elle a conclu à l’élargissement du bras de la Monnaie, à la reconstruction de quatre ponts (pont de la Tournelle, pont de l’Archevêché, pont au Double, Petit-Pont), à l’approfondissement de la Seine entre Suresnes et Bougival, à une_ dérivation de la Marne partant d’Annet et aboutissant à Epinay, dérivation qui serait ouverte à la navigation. L’État et les collectivités intéressées se partageraient la dépense, évaluée à 222 millions. Cette dépense ne serait pas hors de proportion avec les avantages à en retirer.
- Cartographie. — M. Grandidier offre au nom de
- M. le général de Schokalsky, président de la section de physique de la Société Impériale de Géographie russe, la 2“ édition de sa carte de la Russie d’Europe au 1/2 000 000 qu’il a refondue et mise à jour. Les villes y sont indiquées par des signes montrant leur population d’après le dernier recensement de l’empire russe. De nombreux signes conventionnels désignent les monastères, les églises, bureaux de poste, ports, phares, etc.
- L'immunisation contre le typhus exanthématique. — M. Roux présente une Note de M. Nicolle relative à l’immunité naturelle que confère le typhus exanthématique aux singes qui ont été atteints de cette maladie et qui y ont résisté. Il a démontré que le sang de l’homme était virulent pendant toute la durée de la maladie et même pendant un peu de temps après celle-ci. Cette observation est importante, étant donné que la maladie peut être transmise à l’homme par le pou. M. Nicole ajoute que l’animal qui a guéri de la maladie n’est immunisé que si l’atteinte de la maladie a été grave. Ch. de Ailledeuil.
- UN BARRAGE GIGANTESQUE SUR LE MISSISSIPI
- Si, à l’exemple des anciens, il nous prenait fantaisie de dresser un catalogue des merveilles du monde, il faudrait y classer en bonne place le barrage gigantesque que les Américains construisent
- tenir constant en toutes saisons le niveau des eaux en arrière du barrage.
- Le barrage sur 1520 m. est tracé suivant une ligne droite rigoureuse; sur cette partie rectiligne,
- Vue d’ensemble de la future installation hydroélectrique de Kèo-Kuk sur le Mississipi.
- actuellement sur le Mississipi près deKéo-Kuk, dans l’État de l’Iowa. Il fait partie des travaux d’une formidable usine hydro-électrique de 200 000 chevaux empruntant au fleuve la puissance motrice des eaux.
- Seuls, les célèbres barrages du Nil pourront disputer au barrage du Mississipi le record de l’audace et des dimensions. On va pouvoir en juger par les quelques données qui suivent et que nous empruntons à notre confrère Scientific American.
- Le barrage est en ciment armé : il mesurera 1410 m. de long y compris les culées; il aura 15 m. de large à la base et s’élèvera à 11 m. au-dessus du niveau du fleuve. Au-dessus des fondations seront disposées 11.6 portes déversoirs en acier, dont notre figure montre le curieux aspect. Ces portes seront manœuvrées électriquement. Elles serviront à main-
- qui constitue le barrage proprement dit, vient se souder à angle droit une digue latérale parallèle aux rives, longue de 420 m., large de 57 m. et qui portera l’usine hydro-électrique. L’infrastructure, faite en béton massif, contiendra les conduites d’amenée des eaux et les chambres des turbines. Au-dessus seront installés les générateurs électriques, les transformateurs et les tableaux de distribution. L’usine comportera 50 unités génératrices.
- Les glaces flottantes qui, en certaines saisons, pourraient menacer l’usine seront arrêtées à l’entrée du canal d’amenée par une immense jetée en béton, longue de 840 m. Une large écluse sera ménagée pour les besoins de la navigation.
- L’énergie ainsi empruntée au Mississipi est destinée, pour une bonne part, à la grande ville de Saint-Louis située à 272 km du barrage.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus 9, à Paris.
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- LA NATURE — N° 1943.
- 20 AOUT 1910.
- N%03 *
- DANGER DE L’EXPLOITATION DES GALETS DES CÔTES NORMANDES
- Une récente étude de M. Cloez1 a jeté le cri d’alarme sur un nouveau danger qui menace les côtes françaises de la Manche, particulièrement entre la Baie de Somme et le Bourg d’Ault. Il s’agit du dégarnissage de la digue de galets de silex qui protège cette côte contre l’invasion de la mer.
- Une exploitation intense de ces galets est née de ce que beaucoup (surtout les bleus ronds, dits bittes) sont en silice pure, sans calcaire ni fer, précieux (depuis 1865) pour l’industrie des faïences fines (terre de fer des Anglais, Sarregue-mines), des carreaux en grès cérame ; on emploie aussi ces galets comme broyeurs pour pulvériser les substances qui redouteraient le contact de billes de fer;
- environ 50 centimètres par an, on trouve qu’il doit s’ébouler sur leurs falaises plus de 2 229 600 mètres cubes de craie, contenant au maximum 1/16 de silex, soit environ 159 350 mètres cubes de silex,
- Êtretat. Erosion du pied de la falaise du Petit Port et partie dégarnie de galets.
- devenant
- Il se produirait donc annuellement 46450 à 69 676 mètres cubes, soit entre
- Cap d’Antifer.
- même la poudre blanche de cette silice remplacerait, par son adhérence, la poudre de riz pour la toilette !
- On a soin de ramasser ces galets à marée descendante, bien lavés par l’eau, pour être sûr qu’aucun clou de chaussures ne les aura tachés d’oxyde de fer.
- Leur valeur varie de 4 fr. à 20 fr. la tonne (le mètre cube pèse 2 t. 6). La quantité enlevée est évaluée pour 1907 à 120807 tonnes, dont 98 882 exportées en Angleterre, aux États-Unis, en Allemagne, au Mexique et au Transvaal.
- Le péril sur lequel M. Cloez attire l’attention provient de ce qu’on exploite annuellement autant de galets qu'il s'en forme.
- En estimant le recul moyen des côtes normandes à
- 1. Bulletin mensuel An groupe parisien des anciens élèves de l’École Polytechnique, décembre 4909 (confér. du 24 novembre).
- 38e
- 2° semestre.
- Érosion de falaise entre Ètretat et le Cap d'Antifer.
- 116125 et 174190 tonnes de galets, probablement 145 000 tonnes1.
- Et on en retire 121 000 tonnes, auxquelles il faut ajouter la quantité de galets employés dans les constructions, pour la fabrication du béton.
- i. Les évaluations de Delesse dans sa Lithologie du fond des mers sont trop faibles.
- 12. — 177
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- 178 —===== L’HEURE JUSTE
- De plus, lés épis, brise-lames, jetées-promenades, très multipliés depuis 1880, provoquent des dépôts énormes de galets. La plage de Mers, depuis la construction du boulevard Maritime en 1900, s’encombre de galets par masses énormes.
- Jadis ces galets, entraînés par les courants vers le nord à partir du cap d’Antifer (fig. 2), s’accumulaient dans la Baie de Somme et protégeaient les Bas-Champs, vaste triangle de territoire à plusieurs mètres au-dessous du niveau des hautes mers, de la pointe du Hourdel à Ault.
- Maintenant, les galets n’arrivent plus jusque-là. Prochainement, leur digue, n’étant plus renforcée naturellement, cédera. Et 3000 à 4000 hectares des Bas-Champs seront envahis par la mer ; pour les protéger, les travaux coûteront bien plus que le ramassage des galets n’aura rapporté.
- Nous pouvons ajouter que les côtes picardes ne sont pas les seules menacées par cette imprévoyance.
- A Étretat, entre Fécamp et Le Havre, nous avons pu voir en 1906 plusieurs exploitations intenses de galets, notamment au Petit Port de Jean-Bourg (pour des constructions sur le plateau) et à la plage de Bruneval (pour l’exportation en Amérique). Ces deux points sont précisément séparés par le cap d’Antifer, qui divise les courants de la Manche et fait descendre une partie des galets vers la baie de Seine ; et il est
- LE MONO=RA
- En consacrant dans La Nature plusieurs notices au mono-rail gyroscopique de M. Louis Brennan, nous laissions prévoir que l’invention rendrait les plus grands services aux régions accidentées. Elle va recevoir une première application en Alaska, où M. Bellaine a acquis par contrat le privilège de construire dans toute l’étendue
- A LA CAMPAGNE ...........=
- clair que si l’extraction du galet devient, en ces parages, supérieure à sa production, la protection des petits ports d’échouage comme Etretat, Yport, Petites et Grandes Dalles, etc., sera fortement compromise. A Étretat même, la digue de galets de l’admirable plage paraît en voie d’amincissement, et plus d’une fois, en ces dernières années, les tempêtes l’ont surpassée pour se ruer dans le bourg. Les ports à bassins comme Fécamp, Dieppe, le Tréport, pourront pâtir aussi du trouble apporté à l’ancien état de choses.
- Enfin, les assises argileuses des falaises, de Saint-Jouin au cap de la Hève, ne céderont que plus facilement aux coups de mer et provoqueront des éboulements de plus en plus graves et fréquents, si l’on amincit outre mesure le rempart de galets qui en défend la tranche si friable (Voy. La Nature, sur l’éboulement du 7 sept. 1905).
- M. Cloez a eu grand raison d’appeler l’attention sur cette nouvelle manifestation de l’imprévoyance humaine, qui appelle une sérieuse réglementation. Il ne suffit pas d’interdire localement la récolte du galet, comme on l’a fait entre Onival et Cayeux. On doit la restreindre rationnellement.
- Ou bien il faut construire toute une digue artificielle (comme celle d’Ostende) de Cayeux au Hourdel, sur la Baie de Somme. E.-A. Martel.
- , EN ALASKA
- de l’Alaska des lignes de mono-i’ail. La construction d’une première branche de 170 km va être entreprise immédiatement pour relier Seward au port le plus proche. D’autres sections aideront à l’exploitation des districts miniers, partout où le trafic ne pourrait pas donner lieu à la construction de chemins de fer ordinaires.
- L’HEURE JUSTE A LA CAMPAGNE AVEC LES CADRANS SOLAIRES FIXES
- « La meilleure montre se dérange ; le soleil ne se dérange jamais ! » La vérité de cet adage éclatait autrefois ; à présent, il a perdu de sa force, sans cesser d’être exact souvent. Tout le monde actuellement possède et consulte des montres; il y a des horlogers dans les moindres bourgades, et d’ailleurs par le bureau de poste ou la station voisine, on peut toujours connaître l’heure nationale avec une exactitude médiocre, bien que suffisante à la rigueur, pour l’usage quotidien.
- ( Néanmoins, il est souvent avantageux d’économiser une course à la poste ou à la gare, de'dissiper une confusion ou de trancher une incertitude provoquée par la marche capricieuse des horloges communales. Par exemple, à l’Est de Paris, dans les bourgs industriels, la reprise ou la cessation du travail devrait, théoriquement, se rattacher à l’heure légale ; en fait, les périodes d’activité ne peuvent tout à, fait s’affranchir de la marche du soleil, et lorsque les écarts de l’équation du temps et de la différence des méridiens s’ajoutent, comme il arrive en octobre en Lorraine ou en Provence, le conflit devient aigu et l’horloge, manipiüée au petit bonheur, bat la breloque. L’heure nationale, quoi qu’il en soit,est à présent
- enracinée dans nos habitudes et son emploi ne présente pas de graves inconvénients dans une zone de plus de 200 km de large, de part et d’autre du méridien de Paris. Donc un cadran solaire, pour être utile, devra indiquer à première vue non l’heure locale, mais l’heure légale.
- Si un cadran ancien, équatorial et rigoureusement établi, ce qui est rare, peut être descellé sans grand travail, il suffira- de le faire tourner tout d’une pièce d’un angle convenable et de le fixer de nouveau.Mais si les anciennes divisions sont peintes sur un mur vertical il faut se résigner à les tracer à nouveau, en se servant des lignes primitives. Enfin le plus souvent, celles-ci sont peu précises ou effacées en partie; dans ce cas, ou dans celui d’un gnomon, neuf à installer, après avoir vérifié le parallélisme du style et de l’axe du monde, on graduera empiriquement, au moyen de procédés astronomiques connus ou d’une montre bien réglée, en traçant des points de repère aux environs des dates auxquelles l’équation du temps s’annule : 15 avril, 16 juin, 1er septembre. Les deux premières époques conviennent particulièrement, car alors le soleil progresse pendant plusieurs jours d’un mouvement très uniforme. Du 13 au 18 de ces deux mois les résultats
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- L’HEURE JUSTE A LA CAMPAGNE
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- s’équivalent en précision du jour au lendemain. Théoriquement, la Noël conviendrait aussi pour ce repérage ; mais, à l’époque des fêtes, les ouvriers chôment volontiers, le soleil d’hiver ne se dégage pas toujours des brumes et l’équation du temps reprend vite une valeur sensible.
- Une fois les lignes de base provisoires indiquées d’une façon claire et sure, l’opérateur, peintre professionnel ou amateur, pourra dessiner à loisir son faisceau de lignes horaires ; il fera bien de vérifier le tracé en suivant le précepte de Boileau :
- Ajoutez quelquefois et souvent effacez.
- Mais pendant ce temps-là la course du soleil se sera
- Ret. du temps vrai
- tant, pour la seule clarté de nos explications, une colonne à droite, inutile à inscrire en pratique :
- 25 décembre1 0 . . . 50 jours
- 25 janvier, 25 février . . 14“R. . 50 —
- 15 avril 0 . . . 50 —
- 15 mai 4”A. . 50 —
- 15 juin 0. . . 50 —
- 16-51 juillet ...... ô-R. . 50 —
- 1er septembre 0 . . . 50 —
- 20 octobre, 15 novembre . 16mA. . 40 —
- 25 décembre 0 . . .
- Nous décomposons ainsi l’année : trois périodes stationnaires assez longues durant lesquelles l’écart persiste invariable, ce qui est pratiquement exact à quelques fractions de minute près : huit périodes de corrections où la rectification linéaire par calcul proportionnel est d’autant plus aisée qu’elle se rapporte, comme le montre la colonne de droite, à un nombre rond de jours 50, 40 ou 50.
- Appliquons à divers exemples nos calculs approchés :
- 6 janvier, 12 jours depuisle 25 décembre.Date
- !<0
- Av. du temps vrai
- Fig. i. — Courbe figurative de Véquation du temps. (Tracé approximatif.)
- affranchie de sa passagère uniformité, et l’on ne peut plus négliger l’équation du temps. Oui, sans doute, mais la divergence n’a pas l’importance qu’on serait tenté de lui attribuer. Pendant toute la belle saison, c’est-à-dire du 25 mars au 20 septembre, l’écart du temps vrai au temps moyen, l’un et l’autre ramenés à là longitude de Paris, n’atteint au maximum que 6 minutes, moins que l’erreur ordinaire d’une montre passable. La différence est pratiquement nulle en avril, nulle en juin, nulle avant et après le 1er septembre; elle atteint péniblement 4 minutes au milieu de mai, C minutes le 26 juillet et n’a plus ou n’a pas encore grande importance fin mars ou après le 15 septembre. Dans l’intervalle des périodes énumérées notre correction s’estimera au jugé à 2 minutes près. Donc en France, comme dans tout l’hémisphère boréal, les cadrans solaires sont pratiques en été : comme utilisables souvent d’abord et comme très sensiblement réguliers.
- Mais au cours du semestre d’hiver, alors que le soleil s’éclipse souvent et que l’activité des travaux agricoles se ralentit, l’équation du temps devient j notable et irrégulière. Il faudrait consulter après la lecture les tables de Y Annuaire du bureau des longitudes, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde, ou tracer sur le cadran la courbe de l’équation du temps, ou inscrire à côté, de 15 en 15 jours au moins, es corrections additives ou soustractives. A dresser une table il la faut complète, cela ferait une inscription permanente un peu longue, d’autant qu’on devrait la compléter par des dates critiques intercalaires comme celles du 25 décembre (équation nulle) du 8 février (retard maximum de l’ombre). Quant à la fameuse courbe en 8, outre que son tracé n’est pas commode et exige un modèle spécial de style, elle ne rendra des services qu’à un observateur assez instruit.
- Sans entrer dans de fastidieuses explications nous condamnerons aussi comme trop grossière la méthode qui réussit pour l’été, consistant à calcifier les avances d’automne ou les retards d’hiver par un calcul de proportion. Inutile d’exposer le principe, même simple, d’une règle insuffisante et d’en faire valoir les défauts.
- Bornons-nous aux neuf inscriptions suivantes en ajou-
- I J
- comprise dans un intervalle de 50 jours. Retard ^ x 14"’,
- soit de 5 à 6,n. Nombre rigoureux d’après Y Annuaire, 5m.
- 18 mars, 27 jours avant le 15 avril. Intervalle 27
- 50 jours. Retard p— x 14"’, soit 7 à 8ra. Nombre exact,
- OU
- 8m 1/2.
- 1er octobre ^xl6m, soit 9 à 10m d’avance. 50
- Théorie, 10ra.
- 55
- 20 novembre 7-7 x 16ra, soit 14m. Théorie, 14m 1/2.
- 40 ‘
- On arrondira, pour simplifier les calculs, le nombre de jours écoulés ou à écouler; on substituera au besoin 15m à 14m ou à 16m.' Les divergences, à raison des erreurs d’hypothèses ou des négligences de calcul, n’atteindront pas 2m. Cette approximation suffit et au delà, pour la pratique.
- Ret. du temps vra
- 16JÛÜI. 3tJui
- Fig. 2.
- I it
- Av. du temps vrai
- Polygone de correction. [Tracé approximatif.)
- Notre petite correction empirique se traduira géométriquement de la manière suivante. A la courbe en 8 sera substitué un tracé polygonal voisin, dissymétrique et d’ailleurs parfaitement inélégant. Trois des arcs de courbe seront remplacés comme le montre notre figure par des ponts ou trapèzes et quant à la période avril-juin un triangle isocèle aplati suffit ; le dernier des ignorants peut apprécier de tète le petit taux d’avance à déduire de l’heure observée. Calcul aussi facile et exact pour le fort de l’été (juin, août). Il est impossible enfin, grâce aux lettre A et R, de se tromper sur le sens de la correction. Antoine de Saporta.
- 1. Il va sans dire que dans l’inscription les noms des 12 mois peuvent s’abréger ainsi Jl'FM,A1MJ”J’ÀtSON et D.
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- UN NOUVEAU GENRE DE MÂTS EXTENSIBLES
- Ces mâts ont été révélés au public à l’Exposition Internationale d’Aéronautique, de Francfort-sur-Mein : extensibles, de hauteur variable à volonté, s’allongeant et se rétrécissant avec une facilité remarquable, sans qu’il fût jamais possible de noter la moindre solution de continuité sur leur longueur parfaitement homogène, ils intriguèrent vivement les spectateurs. Ces mâts, en dehors de leur propre poids — qu’ils supportaient parfaitement — enlevaient des charges fort respectables, ce qui montrait à l’évidence tout le parti
- qu’on pourrait en retirer dans les travaux de construction et pour d’autres buts des plus variés.
- Les mâts Fontana, comme les appelle l’inventeur, M. Alexandre Siewert, à Berlin, se composent d’éléments perpendiculaires à leur axe longitudinal, évitant les raccords lourds ou compliqués entre les parties superposées. Parallèlement à leur axe longitudinal, sont disposées plusieurs bandes d’acier à ressort de première qualité, combinées avec les disques horizontaux en un profil fort résistant aux pressions. Les bandes glissent â travers ces disques (dont la périphérie comporte des encoches correspondant au profil voulu) ; les disques profilés se répartissent automatiquement, pendant l’élongation du mât, sur toute la hauteur de ce dernier.
- Le déplacement des bandes métalliques entrant dans la composition de ces mâts est effectué de différentes façons, suivant les dimensions. Pour les constructions légères, on utilise un engrenage à friction; pour les mâts les plus grands, des pignons dentés manœuvrés à l’aide d’une manivelle, et pour les poutres très lourdes destinées à être dépliées sous des charges considérables, on emploie un cabestan à déclic spécial.
- Pendant l’élongation du mât, les bandes métalliques traversent, comme il a été dit, en les entraînant, les disques superposés, assurant le profil voulu et que des articulations spéciales retiennent aux distances appropriées. En faisant varier ces distances on accroît à volonté la solidité du mât ou de la poutre.
- Quelques minutes suffisent pour étirer un mât Fontana même de hauteur considérable et sous des charges très lourdes.
- Parmi les avantages spéciaux de ces appareils, signalons, en première ligne, leur encombrement minime à état replié, tous les éléments étant réduits au minimum d’espace possible (les bandes d’acier, par l’enroulement sur des tambours et les disques profilés, par leur superposition immédiate). C’est ainsi qu’un mât de 25 mètres de hauteur se réduit, à l’état replié (fig. 2), à la hauteur de 1,5 m, la superficie de sa base n’étant que
- d’environ 1,50 m2. Un autre avantage, c’est l’extrême légèreté de la structure, légèreté due à l’absence des raccords lourds et à la bonne qualité des bandes d’acier. La facilité de transport, simplicité de fonctionnement et la rapidité de montage — sans l’aide d’aucun dispositif auxiliaire — fait de ces mâts un nouvel organe de construction très pratique. Mentionnons qu’on a pu remonter en dix minutes un mât expérimental de 25 m. de hauteur (fig. 1), renversé trois fois de suite, sans qu’il se soit produit le moindre dégât.
- Les mâts Fontana rendront encore des services dans les travaux de sauvetage; on les utilisera, par exemple, comme dispositifs de transport, en mettant à profit leur cavité longitudinale pour y loger des tuyaux de caoutchouc attachés à une pompe d’incendie. Un mât incliné servira de glissoire pour les objets et même les personnes dont il s’agit d’opérer le sauvetage. Les mêmes mâts permettront probablement le montage de cheminées provisoires pour prévenir l’invasion, par la fumée, des enceintes devant être débarrassées pendant les travaux de sauvetage.
- Une autre possibilité d’applications, c’est d’employer les mâts Fontana comme supports d’antennes pour les stations transportables ou stationnaires de télégraphie sans fils, comme vedettes pour l’artillerie, mâts de combat pour forteresses ou vaisseaux de guerre, etc. Dr Alfred Graderwitz.
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- LES BUREAUX TÉLÉGRAPHIQUES MODERNES
- Le développement dn téléphone n’a pas nui, en Europe tout au moins, à la prospérité du télégraphe, et dans les grandes villes, le bureau télégraphique, dont l’organisation autrefois était relativement simple, devient une installation fort complexe et imposante. Nous ne parlerons pas des appareils, qui comme le Baudot permettent d’obtenir d’une même ligne son maximum de rendement, nous voulons seulement consacrer quelques mots à une nouvelle et intéressante méthode de distribution des lignes, qui donne aux bureaux télégraphiques modernes un aspect très comparable, toutes proportions gardées, à un bureau téléphonique.
- Le problème à résoudre est le suivant. Comme une ligne télégraphique aboutissant à un bureau n’est pas constamment utilisée pour la transmission des dépêches, il est inutile que chaque ligne soit reliée à un appareil transmetteur spécial; l’économie exige que l’on réduise au minimum le nombre de ces appareils en créant un organe capable de réunir chacun d’eux aux lignes très rapidement et à volonté. Le commutateur téléphonique, le multiple comme l’appellent les gens du métier, répond admirablement à ce désidératum.
- Depuis longtemps, on emploie, en France, de petits commutateurs Mandroux auxquels aboutissent une dizaine de lignes.
- En Allemagne, l’administration des télégraphes a adopté dans le même but un commutateur spécial construit par la maison Siemens et Halske et qui réalise la centralisation d’un grand nombre de lignes. Celui de Nuremberg groupe 120 lignes Morse distribuées en trois tableaux; 20 appareils par tableau sont suffisants pour assurer le service, au lieu de 40 que nécessitaient les installations habituelles.
- Chaque ligne aboutit à un relais d’appel dirigeant le courant local à une fiche semblable à celles que l’on emploie en téléphonie, chaque appareil étant relié, d’autre part, à un jack disposé sur l’avant du tableau.
- Lorsqu’un appel, émanant de l’un des bureaux correspon-
- dants arrive au commutateur, une lampe blanche s’allume; l’employé place sa fiche dans le jack indiqué afin de mettre cette ligne en relation avec l’un des récepteurs Morse dont il dispose. Cette opération a pour effet de couper le circuit de la lampe d’appel qui s’éteint.
- L’appel se fait par l’intermédiaire d’un relais retardateur commandé par celui d’appel. Ce relais retardateur est construit de telle manière que les courants Morse ordinaires n’ont aucune action sur lui, à cause de leur faible longueur. Il est donc nécessaire, pour demander une communication, que le bureau correspondant envoie un courant d’une durée minimum de 5 secondes ; c’est à cette condition seulement que le relais retardateur fonctionne et que la lampe blanche s’allume.
- L’échange des télégrammes entre les deux stations correspondantes étant terminé (on peut relier, à l’aide de ce commutateur, deux bureaux éloignés du bureau central aussi bien qu’un bureau éloigné et un récepteur Morse du bureau central), le correspondant donne le signal de fin de communication en appuyant pendant 5 secondes sur son manipulateur; une lampe rouge s’allume, l’employé chargé de la distribution des lignes retire la fiche, et la lampe s’éteint.
- Ce commutateur a été divisé en 3 tableaux de 30 lignes chacun pour permettre à 3 agents de le desservir sans perte de temps; de plus, si le trafic télégraphique l’exige, un tableau supplémentaire peut être ajouté aux autres sans aucune difficulté. Enfin l’action de chaque ligne dans le multiple reçoit un milliampèremètre permettant à chaque instant
- de vérifier l’état
- un parleur pour reconnaître les appels.
- Pour faciliter le service de nuit, un autre type de commutateur a été établi. C’est une table horizontale à 3 divisions à chacune desquelles aboutissent les lignes des bureaux ayant un service de nuit. Dans les grands centraux, il arrive fréquemment que les postes de nuit sont disséminés dans des salles
- Fig. i. — Commutateur multiple télégraphique de Nuremberg. A, lampes à voyants; B, relais d’appel; CD, jacks donnant la communication entre les lignes; E, fiches; F, manipulateur.
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- très vastes. Gomme le trafic n’est pas considérable, un seul employé a plusieurs postes à desservir, de sorte qu’il est souvent obligé de courir de l’un à l’autre.
- Le nouveau meuble commutateur permet de grouper sur une seule table l’arrivée de tous les fils desservant des postes à service de nuit. Ces postes sont divisés en 3 groupes : ceux desservis par les appareils Morse, ceux desservis par les Sounders (lecture au son), et enfin ceux au Hughes. Dans ce commutateur, qui permet comme le précédent d’amener sur un appareil unique successivement l’un quelconque des fils, les appels et les fins de communication allument également une lampe blanche et rouge, mais il n’existe pas de relais re-lardateur.
- Ces commutateurs peuvent se prêter à tous les modes d’exploitation des lignes et à leur distribution suivant le trafic qui est variable avec les heures de la journée. À Rio-de-Janeiro, on emploie un meuble représenté par notre seconde figure et qui est destiné à desservir 40 lignes seulement groupées en 4 tableaux de 10 jacks chacun. Un appareil Morse est placé sur la droite du meuble et trois Sounders le surmontent; le premier est destiné à recevoir les appels et les seconds servent au contrôle des transmissions. Ces commutateurs rendent de très grands services dans les bureaux télégraphiques. D’ailleurs le principe auquel ils appartiennent vient d’être adopté au Central télégraphique de Paris où il remplace l’ancienne rosace distributrice des fils. L. Fournier.
- Fig. 2. — Petit multiple télégraphique de Rio de Janeiro. A, récepteur au son; B, sonnerie d’appel; C, commutateur ; D, voyants; F, jacks; G, ampèremètres; H, fiches; I, manipulateur Morse.
- LES « ARMÉES DE MILLIONS »
- 'En ce moment, dans toutes les garnisons de France, nos troupes se préparent et s’entraînent pour les prochaines manœuvres d’automne. Et ce n’est pas seulement l’armée qu’intéressent ces exercices annuels. Un public nombreux se tient au courant des thèmes et en suit le développement sur le terrain ; pendant les opérations, il discute les mouvements exécutés et risque parfois des observations, dont la critique des chefs vient ensuite confirmer la justesse..
- Cette attention prêtée par les civils à ce qu’on est convenu d’appeler Y image de la guerre, témoigne que, dans notre pays, et dans tous les milieux, on songe au conflit possible et à l’impérieuse nécessité de s’y préparer sans cesse.
- Est-ce à dire cependant que le spectacle des manœuvres annuelles, même lorsqu’il met en branle deux ou trois corps d’armée, puisse donner des idées exactes sur la guerre de l’avenir?
- Oui, sans doute, si l’on veut simplement se rendre
- compte de ce que seraient, dans une zone restreinte, les marches d’approche et le combat.
- Non assurément, si laissant de côté le détail, on recherche une vue d’ensemble des opérations futures et du vaste théâtre où se réaliseront la concentration, le déploiement et le choc des masses énormes, les « armées de millions », comme disent les Allemands (Millionenheere) qui viendront y jouer une décisive partie.
- A cet égard, on ne peut trouver, ni dans les manœuvres annuelles des grandes puissances européennes, ni dans l’histoire militaire des deux derniers siècles, ni même dans la guerre récente d’Extrême-Orient, des exemples caractéristiques et des éléments certains d’appréciation. La figuration de la guerre moderne sur le terrain exige un cadre beaucoup trop vaste pour.que les crédits limités des manœuvres puissent y pourvoir. Enfin, la conception exacte de cette guerre ne peut résulter que d’une étude appro-
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- fondie, embrassant non seulement les questions militaires relatives à la mobilisation et à la lutte elle-même, mais encore toutes celles qui se rapportent aux relations politiques, à l’état social et au développement économique des nations susceptibles d’entrer on conflit.
- Depuis trente ans, les conditions matérielles delà guerre se sont profondément modifiées à deux points de vue principaux : 1° Les effectifs, qui entreront en ligne ; — 2° Les moyens techniques nouveaux que les progrès de la science mettront à la disposition des belligérants.
- Nous ne nous occuperons ici que de la première de ces deux questions ; encore la concision qu’implique un article de revue nous amène-t-elle à n’indiquer queles grandes lignes.
- Nous avons assisté dans ces dernières années à ce spectacle curieux et vraiment suggestif : les chefs d’Etat et les gouvernements célébrant les bienfai ts de la paix, encourageant de la façon la plus louable la campagne entreprise un peu partout pour la suppression de la guerre et, d’autre part, ces mêmes conducteurs de peuples multipliant les moyens de défense et augmentant sans cesse les effectifs à mettre en ligne dans les combats de l’avenir. Si bien qu’un écrivain militaire allemand a pu récemment dire avec juste raison : « Nous jetterons dans la balance notre dernier homme et, s’il le faut, notre dernier grosschen ».
- Engagées dans cette voie depuis une vingtaine d’années, les grandes puissances continentales européennes ont été forcément amenées à rendre, à quelques variantes près, le service militaire obligatoire pour tous, et à prolonger sa durée.
- En France, où cette durée est de 25 ans et où le contingent anrtuel représente environ 220 000 hommes, la mobilisation pourrait mettre sur pied près de 4 millions de soldats.
- En Allemagne, la durée totale du service n’est que de 19 ans; mais, par suite de l’excédent considérable des naissances sur les décès, la population qui, au lendemain de la guerre de 1870, était sensiblement la même que celle de la France, la dépasse aujourd’hui de près de 50 pour 100 (65 millions contre 59 millions). L’infériorité du nombre des classes astreintes au service se trouve largement compensée, et l’Empire germanique pourrait ainsi nous opposer en chiffres ronds 5 millions d’hommes.
- Dans les conditions Ier® Armée actuelles de leur
- organisation militaire, l’Autriche et l’Italie mobiliseraient respectivement, la première environ 1500000, la seconde environ 1200 000 hommes.
- Enfin, dn fait d’une organisation moins avancée et malgré le chiffre de sa population bien supérieur à celui des autres puissances européennes, la Russie ne pourrait déverser qu’envi-ron 2 800 000 hommes sur les champs de bataille européens.
- En tenantcompte des alliances présentes, la récapitulation des chiffres ci-dessus donne en chiffres ronds : pour la France et la Russie : 7 000 000 d’hommes ; pour la Triple-Alliance : 7500000 hommes.
- La différence est, on le voit, peu sensible ; elle n’est même rien à côté des changements importants, en plus ou moins, que peuvent y apporter les relations politiques des pays intéressés.
- Avant de chercher à donner une idée de l’emploi possible de pareilles masses, il convient de rappeler d’abord quelques-uns des principes constitutifs des armées modernes.
- Chez toutes les grandes puissances — et le Japon est venu depuis 1905 en compléter la liste — l’organisation d’ensemble est sensiblement la même.
- A la base est le corps d'armée renfermant les trois armes (infanterie, cavalerie, artillerie) et comprenant en [chiffres ronds : 25 bataillons de 1000
- IIIe Armée
- II® Armée
- 3®Corps
- 10e Corps wÂ% Services de l'avant
- 5a.Cor
- orps
- St°nmagasin (PC3 Armée)
- s de rassemb/em ynagasin
- et de répartition ^ÉIOArméeU ( ICPCorps)
- 't°PHalte repas
- Gare de rassemblement et de répartition
- li/fotjxir ÇpK_ j
- Fig. i. — Répartition des services d’un groupe d’armées.
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- LES « ARMÉES DE MILLIONS »
- hommes, 2 régiments de cavalerie à 600 chevaux et 120 à 150 pièces de canon.
- À l’échelon au-dessus, plusieurs corps d’armée (de 5 à 6) et deux ou trois divisions de cavalerie (de A à 6 régiments chacune), constituent une armée placée sous le commandement d’un général d’armée.
- Plusieurs armées réunies forment un groupe d'armées placé sous les ordres d’un généralissime. Au groupe d’armées correspond sur le terrain un théâtre d'opérations. Enfin, suivant le plan général de campagne adopté et le nombre de théâtres d’opérations qui en résulte, la totalité des forces d’un pays est répartie en un ou plusieurs groupes d’armées.
- D’autre part, il ne suffit pas de combattre, il faut aussi assurer avec méthode et régularité l’alimentation, le ravitaillement en munitions et en matériel, l’évacuation des blessés et, d’une manière générale, toutes les communications entre les théâtres d’opérations et le territoire national.
- Pour cela,
- P ensemble des régions où s’accomplissent les multiples opérations que comporte la conduite des hostilités, se subdivise en deux grandes zones :
- A) La zone de l’intérieur (en territoire national) soumise exclusivement à l’autorité du Ministre de la guerre.
- B) La zone des armées soumise à l’autorité du généralissime.
- La limite entre les deux zones, toujours nettement définie, est appelée ligne de démarcation et quelquefois aussi base d'opérations.
- La zone des armées se subdivise elle-même en deux bandes : 1° La zone de l'avant, ou territoire
- occupé et exploité directement par les corps d’armée et les divisions de câvalerie ; — 2° La zone de l'arrière. La soudure entre les deux zones se fait, sur les lignes de chemin de fer, aux gares de ravitaillement et sur les routes, aux têtes d'étapes.
- C’est aux gares de ravitaillement et aux têtes d’étapes que les équipages et services de l’avant viennent, d’une part, prendre livraison de tout ce qui est destiné aux armées, d’autre part effectuer
- les évacuations vers l’arrière.
- Un mot maintenant sur l’organisation générale des services.
- a) Dans la zone de l’avant, le corps d’armée est la véritable unité de combat et comprend une organisation complète de tous les services.
- On y distingue : l°lesgrands services : artillerie, génie, intendance, santé; 2° les petits services : trésorerie et postes, service vétérinaire, gendarmerie, justice militaire, remonte, détachements du train chargés de l’alimentation, escortes.
- b) Dans la zone de l’arrière, les services de l'arrière ont pour objet d’assurer la continuité des relations et des échanges entre les armées (services de l’avant) et le territoire national. Les services de l’arrière comprennent deux ou, éventuellement, trois grandes subdivisions : 1° le service des chemins de fer ; 2° le service des voies navigables (éventuellement) ; 3° le service des étapes. La haute direction des services de l’arrière est assurée par les principales autorités ci-après.
- Au quartier général du groupe d'armées. — Le Directeur de l'arrière, qui a mission de relier et de coordonner, pour l’ensemble du théâtre d’opérations, les services de l’arrière des différentes armées.
- 111R
- Castel
- Zone, occupée/ par la/ 7eTe armée/ .
- Zone occupée, par laj JeTe' armée des réserve/. jVurnéro de, corps d'armée/.
- ]\fu/ncro de corps d'armée de, reserve . forces aZlemcuxdes. forces françaises. forces belges
- fHi?isxon/ dr, canaZ&rie, alZemand.es dùrisiorh de, cavalerie, française,.
- Concentration des groupes d’armées.
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- Son action s’exerce suivant la règle hiérarchique habituelle, par l'intermédiaire du généralissime et des commandants d’armée. Toutefois, le service des voies navigables, lorsqu’il fonctionne dans plusieurs des armées du groupe, relève directement de lui pour l’ensemble du théâtre d’opérations.
- Le Directeur des chemins de fer, qui est placé dans une situation spéciale et exerce directement son autorité sur tout le réseau des chemins de fer du théâtre d’opérations.
- Au quartier général d'une armée. — Un Directeur des services et des étapes dépendant directement du commandant de l’armée.
- Le fonctionnement d’ensemble et les organes principaux des trois services, énumérés précédemment (chemins de fer, voies navigables, étapes), sont indiqués par le croquis (fig. 1).
- L ’ exploitation des voies ferrées comporte : 1° au moment de la mobilisation, et en principe pour chaque armée, une ligne ferrée appelée ligne de transport-, 2°des gares de rassemblement, généralement une par corps d’armée du temps de paix, qui constituent les points de réunion des expéditions en provenance d’une même région de corps d’armée; 3° des stations halte-repas aménagées pour l’alimentation des hommes et des chevaux en cours de route; 4° des stations-magasins, entrepôts des ravitaillements destinés aux armées, reliées aux arsenaux et aux gares de groupement du bétail et du foin pressé ; 5° une gare régulatrice (en principe une par armée) sur laquelle sont dirigés tous les transports en provenance ou à destination des gares de ravitaillement ; 6° des gares de ravitaillement où les équipages et services des corps d’armée viennent prendre leurs
- livraisons et effectuer leurs évacuations vers l’arrière.
- Les transports par voie ferrée étant les plus rapides et offrant les meilleurs rendements, le service des étapes n’est en principe organisé que lorsque les chemins de fer ne fonctionnent plus, ou lorsqu’ils sont trop éloignés pour que les équipages des corps d’armée puissent venir s’y ravitailler.
- Le service des étapes comporte des lignes d'étapes routières qui fonctionnent par armée et comprennent : 1° des gîtes ordinaires d'étapes, distants de 25 km environ les uns des autres et dont le plus rapproché des troupes prend le nom de tète d'étapes-, 2° des gîtes principaux d'étapes, de quatre étapes en quatre étapes (100 kilom.); 3° Éventuellement, des dépôts d'éclopés, des dépôts de chevaux malades, des infirmeries d'étapes.
- Le service des voies de navigation lorsqu’il est organisé comprend : 1° des ports - magasins analogues aux stations-magasins ; 2° des ports de ravit ai llement analogues aux gares de ravitaillement.
- D’après ce qui précède, on com prend que, sur un même théâtre d’opérations, certaines armées pourront être desservies par le réseau ferré jusqu’au contact immédiat ; pour d’autres, trop éloignées de ce réseau, il devra être organisé une route d’étapes partant de la gare origine d’étapes et se terminant à la tête d’étapes ; enfin, d’autres armées pourront disposer, dans les conditions précédemment indiquées pour les voies ferrées, d’un réseau de navigation complété ou non par une route d’étapes.
- Pour terminer cet aperçu sur la composition et l’organisation modernes des forces d’un grand pays sur le pied de guerre, il reste à donner une idée de
- I R S A K Première* ti/v/u-c cic réserve allemande cl, S corps d"armée*
- • 6 A K Troisième* aj'/nee fieiriccusc à* G corps d'armée* et 3 corps
- 3 R K d'armée* de* réserve*
- \ o ‘Verdun Zone**fbrtifiée/^française*
- Fig. 3. —; Dispositif des groupes d'armées au moment du choc.
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- ce que pourrait être chez deux adversaires, disposant sensiblement des mêmes effectifs, la situation de ces forces correspondant à deux phases également importantes de la période des hostilités, savoir : 1° le moment, antérieur au contact, où la concentration des armées s’achève; 2° le moment où le contact s’étant produit sur tout le front, une action décisive est sur le point de s’engager.
- Il ne peut évidemment être question des prévisions réelles des nations intéressées; il s’agit simplement ici d’une donnée imaginative, d’un kriegspiel de grande guerre, permettant de placer sur la carte un dispositif auquel on demande seulement d’être logique, conforme aux principes et applicable à l’hypothèse créée de toutes pièces qu’on a pu se donner.
- C’est un dispositif de ce genre qu’indiquent les deux cartes ci-contre. Il est emprunté à une étude très complète, récemment publiée en Allemagne sous le titre : Der grosse Krieg der Jetztzeit et due à l’un des écrivains militaires les plus autorisés de ce pays, le général Freiherrn von Falkenhausen.
- La première carte montre le dispositif des forces allemandes (parti A) et françaises (parti B) au moment de la concentration.
- Cette concentration s’est opérée de part et d’autre sur un front de 500 km qui s’étend pour les armées A, entre Wesel au Nord, et Memmigen au Sud, et pour les armées B, entre Hertogenbosch (Hollande) au Nord et la frontière suisse au Sud.
- La distance entre les éléments se faisant face varie dans la situation indiquée sur la carte entre 100 et 150 kilomètres.
- D’ÉLECTRO-CULTURE ' .............:
- Le parti A met en ligne 5 armées (dont quatre à 6 corps d’armée et une à 5 corps d’armée) et o armées de réserve (dont deux à 5 corps d’armée et une à 5 corps d’armée), soit en tout : 42 corps d’armée.
- La composition du parti B est sensiblement la même, à cette différence près, qu’une partie des forces B est employée à la défense des places de l’Est et aux sièges de Metz, Thionville et Neufbrisach.
- La seconde carte figure le dispositif au moment où le choc décisif va se produire. Elle fait ressortie pour le parti A : d’une part, sur un front N.O.-S.E. de 150 km, 6 armées en première ligne avec une armée en réserve à l’aile droite; puis, à 50 km au Sud-Est, une huitième armée détachée du reste des forces et ayant un objectif spécial.
- Au parti B, que d’ailleurs les hypothèses de l’auteur ne favorisent pas, le front est constitué au Nord, par trois armées seulement —- dans lesquelles, il est vrai, sont venues se fusionner en partie les armées de réserve — et par la ligne des places fortes Yerdun-Toul. A 50 km au Sud-Est, le parti B possède une autre armée qui couvre Épinal et fait face à l’armée A opérant dans cette région.
- Il n’est pas besoin d’entrer dans plus de détails sur ces dispositifs ; un simple coup d’œil fait ressortir le développement considérable de leurs fronts et l’importance. des masses qu’ils mettent en présence. On peut se rendre compte ainsi de la lourde tâche qui s’imposera au commandement suprême, chargé de manier ces « armées de millions » et de les amener jusqu’au choc sur les champs do bataille de l’avenir. Paul Miramjl.
- . NOUVEAUX ESSAIS D'ÉLECTRO-CULTURE
- Dès les premières expériences faites pour l’étude des phénomènes, électriques de l’atmosphère, plusieurs chercheurs se préoccupèrent de déterminer l’influence possible exercée par l’électricité sur le développement des végétaux. En 1785, Bertholon, ami de Franklin, inventait un « électro-végétomètre » pour capter les effluves atmosphériques et les faire agir sur les plantes. Depuis, le botaniste russe Spichnew, le frère Paulin, l’agronome japonais N. Yodko, Pinot de Morieu, répétèrent les expériences d’électro-culture en obtenant les uns des résultats négatifs, les autres une fertilisation très nettement constatée. Cependant aucun des dispositifs préconisés pour capter l’électricité atmosphérique et stimuler ainsi la végétation ne fut adopté en pratique. C’est que l’action de l’électricité sur la végétation est capricieuse et incertaine, et qu’une condition sine qua non, pour l’application généralisée d’un procédé cultural quelconque, est une sûreté relative d’effet.
- Rien d’ailleurs que de très normal dans cette apparence contradictoire des résultats constatés. La complexité des phénomènes physiologiques est telle qu’il est extrêmement difficile de faire agir seule-
- ment, au cours d’une expérience, tel ou tel facteur influent sur le développement d’une plante surtout, et c’est le cas pour l’électricité, quand la nature de l’agent est inconnue, ainsi que le mécanisme de son action. Pourtant, après de multiples essais, on obtint des enseignements utilisables. C’est ainsi qu’au cours de ces dernières années, des essais culturaux poursuivis méthodiquement au jardin militaire d’Angers par M. Basty, lieutenant au 135e d’infanterie, lui donnèrent des résultats remarquables qui méritent de retenir l’attention de tous les botanistes et agriculteurs.
- Essais avec mise en œuvre d’électricité tellurique. — En électro-culture, l’usage est de désigner sous ce nom le courant simplement capté dans l’atmosphère, le nom d’électricité statique étant au contraire réservé au fluide obtenu par des machines à haute ou à basse tension. Les appareils employés par tous les expérimentateurs se composent d’un réseau métallique plus ou moins complexe placé au-dessus du champ à fertiliser. Spichnew se servait dans ce but de poteaux bien isolés répartis uniformément à la surface du champ et surmontés de couronnes mé-
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- NOUVEAUX ESSAIS D ÉLECTRO-CULTURE
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- talliques à pointes de cuivre doré ; les éléments étant reliés entre eux par des conducteurs métalliques, le champ se trouvait ainsi placé sous un réseau d électricité positive. Le capteur Paulin se composait d’une perche plantée dans le champ et pourvue d’un til métallique terminé en haut par une aigrette de paratonnerre, le fil se ramifiait inférieurement en plusieurs conducteurs en contact du sol. L’appareil Markewitsch est du même genre, il consiste en une perche de 10 m. de haut portant au sommet une couronne de pointes de cuivre nickelées, reliées à la base par un fil métallique se terminant dans le sol où il est
- tivée. Voici, en effet, les dates comparatives de germination observées sur des graines semées le 17 avril et dans des parcelles électrisées, et dans les parcelles témoins :
- Lin 23 avril. 27 avril.
- Laitue 29 — 1er mai.
- Choux 29 — 2 _
- Sainfoin 23 — 29 avril.
- Pommes de terre . . 7 mai. 12 mai.
- Haricots de Soissons . 8 mai. 13 mai.
- Lentilles 49 mai. 11 mai.
- En soumettant les graines, avant les semailles, à
- Fig. i. — Un coin du jardin d’essais de M. Basty (remarquer les petites tiges des paratonnerres).
- fixé à une plaque de zinc qui assure un parfait contact.
- Le paratonnerre F. Basty est beaucoup plus simple : il se compose d’une tige métallique terminée par une pointe recouverte de métal inoxydable; la hauteur varie selon les espèces de plantes cultivées : elle est de 2 m. pour les céréales, le chanvre, et de 80 cm pour les plantes à basses tiges comme les fraises, les betteraves ; d’autre part, le paratonnerre doit se prolonger dans le sol jusqu’à profondeur normale des racines. La zone d’action est approximativement égale au cercle dont le centre est au pied du paratonnerre et dont le rayon est égal à la hauteur de la partie aérienne de la tige.
- Sous l’influence des courants telluriques captés par cet appareil, la végétation est très nettement ac-
- l’action du courant (une heure par jour pendant cinq jours consécutifs, avec un courant continu de 6 volts et 0,4 ampère), on obtient des différences de rapidité germinative parfois encore plus prononcées :
- Trèfle . . 31 mars. 5
- Chanvre. . . . . . 29 — 2
- Radis . . 29 — 29
- Orge . . 50 — 5
- Betterave. . . . . . 5 avril. 15
- Oignons . . . . . . 8 — 15
- Carottes . . . . 5 — 10
- Blé 5
- Avoine. . . . . . . 51 — 5
- La différence persiste pendant toute la durée du développement des plantes, et les espèces électrisées
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- sont beaucoup plus hâtives que celles cultivées dans les parcelles témoins. Epinards et petits pois sont
- Fig. 2. — L’action de Vélectricité sur des oignons : A, oignons soumis à l'action électrique; B, végétation normale.
- récoltés le 15 mai, alors que le 2 juin les témoins n’avaient encore rien donné. Les fraises soumises à l’action de l’appareil donnèrent des fleurs le 25 avril et des fruits le 19 mai, les dates correspondantes étant les 18 mai et 3 juin pour les fraisiers non électrisés. Aussi le simple aspect des parcelles montre-t-il une surabondance de végétation extraordinaire chez les végétaux électrisés (fig. 4).
- Les quantités de récolte sont également bien supérieures pour les plantes électrisées ; dans les cas les plus favorables, on put constater des quantités doubles (salade), triples (épinards), et même quadruples (fraises). Naturellement, la qualité des produits électriques ne le cédait en rien à celle des végétaux autres. Et leur aspect était bien plus flatteur
- (fig- 2)-
- Expériences faites sous l’influence de l’électricité statique. — Dès 1901, M. Basty avait soumis à l’action du courant produit par une petite machine Ramsden, des pots de verre contenant des grains d’orge et de blé. Les vases réunis entre eux recevaient le courant deux heures par jour ; naturellement, pots témoins et pots d’essai furent rigoureusement placés dans les mêmes conditions de chaleur, de lumière et d’humidité. Le quatrième jour après la germination, on put constater une différence très
- appréciable déjà entre plantes électrisées ou non électrisées, différence qui alla ensuite en s’accentuant comme on en peut juger d’après les mensurations faites successivement :
- Dimension- BLÉ MAIS
- i'euilles. Électrisé. Non électrisé. Électrisé. Témoin.
- Après 8 jours. 18 cm 12 cm 9 cm 4 cm
- Après 15 jours. 29 cm 20 cm 17 cm 8 cm
- Le succès de cette tentative devait provoquer de nouveaux essais. Quand M. Basty put disposer d’une énergie électrique suffisamment puissante, il entreprit des expériences faites cette fois dans des conditions tout à fait analogues à celles de la grande culture ; les résultats répondirent pleinement à ses expériences.
- Le courant mis en œuvre était celui d’une station de force (5000 volts) porté à la tension de 30 000 volts par un transformateur ; il se répandait dans un réseau métallique formé de fils de fer galvanisés entre-croisés de façon à former de grandes mailles de 10 à 12 m. de côté. Les fils étaient fixés aux extrémités de perches pourvues d’isolateurs en porcelaine placés à 3 m. environ du sol. Tous les trois mètres, des fils de fer pendaient librement, leurs pointes s’arrêtant à 1 m. du sol; à l’une des lisières du champ, le réseau métallique était relié à la terre par quelques fils, de façon à rendre impossible tout court-circuit. Le pôle positif de la canalisation venant du transformateur fut relié au réseau métallique, le pôle négatif, à la terre.
- Le champ d’expériences fut ensemencé avec de l’orge, de la luzerne et de la betterave. On fit agir l’électricité, pendant le jour seulement, par les temps lourds, orageux, froids et secs; au contraire,
- Fig. 3. — Plants de blé à diverses périodes de végétation : A, jeune plant électrisé ; B, plant du même âge non électrisé; A'B', les mêmes à un stade plus avancé de végétation.
- tout traitement fut suspendu pendant les temps pluvieux ou très chauds. Au cours de la végétation comme lors de la récolte, on constata que l’électri-
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- = UN PRÉCURSEUR DE PASTEUR
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- cité provoquait une fertilisation très appréciable. Sans entrer dans le détail des poids de grains, de fourrages et de racines obtenus, il nous suffira de remarquer que le bénéfice résultant de la surabondance de récolte, suffisait et au delà pour amortir en une seule année le prix de l’installation électrique.
- Si l’on considère que M.
- Rasty, qui poursuit ses essais depuis plus de dix années, obtint à plusieurs reprises, sur toutes sortes de plantes cultivées dans des conditions très différentes, de notables excédents de récolte sous l’inlluence des courants électriques produits artificiellement ou captés dans l’atmosphère ; si l’on rappelle qu’avant lui Pinot de Noirat, Narke-witsch-Yodko obtinrent des suppléments de récolte
- atteignant, pour la pomme de terre, 50 et même 67 pour 100, on jugera que la fertilisation électrique mérite d’être mieux et surtout plus généralement étudiée qu’on ne l’a fait jusqu’à présent. La fabrication synthétique des nitrates obtenus électriquement de l’azote et de l’oxygène aériens, fut saluée par les agriculteurs comme un grand progrès, rendant possible l’emploi en quantités illimitées d’engrais indigènes meilleur marché que les produits importés d’Amérique.
- Qui sait s’ils ne pourraient pas utiliser bien plus simplement encore cette énergie électrique, maintenant répandue dans quantité de petits centres ruraux, pour la fertilisation directe de leurs récoltes ?
- H. Rousset.
- UN PRÉCURSEUR DE PASTEUR
- Dans le volume pour 1707, de VHistoire de VAcadémie Royale des Sciences, année MDCCV1I, avec les Mémoires de Mathématiques et de Physique pour la même année, tirés des registres de cette Académie, MDCCXXX, avec privilège du Roy, à la page 8, dans le résumé historique rédigé par le secrétaire des travaux présentés à la Compagnie et non destinés à être publiés sous forme de mémoires, se trouve le passage suivant :
- « Un philosophe, ami de M. Carré, et dont nous avons « déjà parlé plusieurs fois dans les histoires précédentes, « croyoit sur. quelques expériences qu’il avoit faites, que « les animaux qui se voient dans l’eau avec le micro-« scope, n’y multiplioient point et qu’ils venoient de « petites mouches invisibles qui déposaient leurs œufs « dans l’air. En effet, comme ces animaux sont des « espèces de petits vers, il seroit assés naturel qu’ainsi « que beaucoup d’autres vers, ils vinssent de quelque « espèce ailée. Il a fait boüillir de l’eau et du fumier « mêlés ensemble et en a rempli deux fioles égales qu’il « a laissé refroidir jusqu’à ce qu’elles fussent tièdes. 11 a « mis dans l’une de ces fioles deux petites gouttes d’eau « qu’il avoit prises dans un vase dont l’eau étoit remplie « d’animaux, et 8 jours après, il a trouvé cette fiole rem-« plie d’une quantité innombrable d’animaux de la même « espèce que ceux des deux gouttes d’eau. Pour l’autre « fiole, il n’y apperçut rien, quoique le fumier eut pu « apparemment produire quelques animaux. Toutes les « deux avoient été très exactement bouchées. Voilà donc « la multiplication des petits animaux de l’eau assés bien a établie, mais elle l’est encore mieux s’il est bien vrai (( que ce philosophe les ait vus s’accoupler, il l’est du « moins qu’il les a vûs s’unir deux à deux. On pourrait « croire que c’est pour se battre, mais ne se battroient-ils « jamais que deux à deux? »
- En lisant les lignes précédentes, on est frappé de la ressemblance de ces expériences du « Philosophe, ami de
- M. Carré » avec celles qui plus d’un siècle et demi plus tard devaient, en apportant de si immenses bienfaits à l’humanité, immortaliser le nom de Pasteur. Rien n’y manque : l’origine aérienne des microbes, pour donner à ces « animaux » visibles au microscope le nom qu’ils portent aujourd’hui, leur forme, le mode de confection des bouillons de culture, la stérilisation des récipients destinés aux cultures par l’ébullition et suppression de tout accès de l’air, la méthode d’ensemencement par introduction d’une ou deux gouttes du liquide habité, l’identité des individus nouveaux et de ceux introduits dans le bouillon, l’emploi de flacons témoins où la complète stérilité sert de contrôle à l’expérience d’ensemencement, la quantité innombrable des êtres créés. Certes, ce n’est pas cette expérience que l’illustre savant, la plus pure et la plus grande gloire française du xixc siècle, eût traité d’expérience mal faite et caractérisée, comme il le fit tant de fois verbalement ou dans ses écrits, avec cette franchise, cette vigueur de défensive parfois même un peu brutale où résidait une partie de sa force à l’égard de ses contradicteurs. La non-spontanéité de la génération est aussi nettement affirmée et démontrée en 170 7, qu’elle le sera 150 ans plus tard. Inventions et inventeurs ont leurs destins, et le « Philosophe ami de M. Carré » prouve encore indirectement cette vérité dont l’importance devient de nos jours sans cesse plus considérable, que le microbe né de parents semblables à lui, sa formidable puissance de multiplication et le reste ne constituent qu’un seul côté de la question et que la semence n’est rien ou presque rien à moins qu’elle ne rencontre des conditions de milieu favorables.
- Sous Louis XIV, l’esprit public et même celui d’une élite comme celle des membres de l’Académie des sciences, n’était pas disposé à comprendre cette magnifique loi naturelle si grosse de conséquences; les idées scientifiques n’étaient pas suffisamment mûres pour en saisir la
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- portée. La destinée, elle aussi, est souvent brutale et elle n’est pas embarrassée pour formuler et démontrer pratiquement une loi sociale aussi vraie qu’un axiome de mathématiques, variante du féroce Væ soli! — que c’est avoir tort que d’avoir raison tout seul et trop tôt. Faut-il s’étonner que tant de découvertes soi-disant modernes soient en réalité très anciennes? Si les applications de la science, combinaisons plus ou moins complexes des principes scientifiques, sont infinies parce qu’elles sont éminemment actuelles, les principes eux-mêmes qui constituent en définitive la véritable science, celle des savants et non des sachants, sont au contraire peu nombreux, et il y a, par conséquent, dans leur champ limité, tout lieu de s’attendre à ce qu’à des siècles d’intervalle, l’esprit d’investigation des chercheurs trouve bien rarement des filons inexplorés.
- Quel était donc ce « Philosophe » tellement désireux de garder l’anonyme? Si rien ne permet d’affirmer son nom, il ne paraît pas impossible d’obtenir à son sujet une indication assez inattendue. Il est probable, en effet, que c’était non un homme, mais une femme.
- Carré, son ami et son porte-paroles, ce membre de l’Académie des Sciences, qui, ainsi qu’on le dirait aujourd’hui, se chargea de présenter à ses collègues la note dont il s’agit, naquit le 26 juillet 1665, à Clofontaine, près de Nangis-en-Brie. 11 était « fils d’un bon laboureur )), humble origine qui, quoique sous l’ancien régime, ne fut pas plus pour lui que pour tant d’autres, un obstacle à la conquête d’une situation honorable et honorée. Son père, sans doute grâce à une assistance qui, autrefois comme aujourd’hui, manquait rarement au vrai mérite, réussit à lui faire donner une solide instruction, et le destina à la carrière ecclésiastique. Mais l’enfant, bien que poursuivant consciencieusement ses études théologiques, éprouvait pour elles une invincible répugnance et leur préférait de beaucoup les mathématiques et la philosophie auxquelles il se livrait avec une telle ardeur que le philosophe Malebranche, membre lui-même de l’Académie des Sciences, le prit pour secrétaire. Or, ces connaissances conduisent rarement à la fortune, et Carré
- en fut réduit, pour vivre, à donner des leçons en ville, à « courir le cachet ». Chose étrange, ce mathématicien, malgré toute sa gravité, ce philosophe qui savait à peine écrire en français ainsi qu’en fait foi une anecdote assez piquante, eut un réel succès auprès des femmes. Ses écoliers étaient des écolières, et parmi elles plusieurs religieuses, savantes honteuses, tenant absolument à cacher leur science avec une modestie qui nous semble actuellement bien extraordinaire. En tout cas, Carré était digne de la confiance mise en lui, car publiant les travaux qu’on lui communiquait, il taisait le nom de leurs auteurs et ne se les attribuait point à lui-même. Plus tard, apprécié par le célèbre mathématicien Yarignon, il fut choisi par lui, en 1697, comme son élève à l’Académie, titre officiel équivalant alors, en quelque sorte, à celui d’apprenti académicien. Carré, ainsi en partie débarrassé des plus gros soucis d’argent, n’en travailla qu’avec plus d’ardeur. Il écrivit des traités relatifs à divers sujets de mathématiques et de physique et particulièrement, en 1700, un mémoire de calcul intégral intitulé Méthode pour la mesure des surfaces, la dimension des solides, leurs centres de pesanteur, de percussion et d'oscillation qui lui valut de devenir membre associé et, peu après, d’être agréé comme pensionnaire. Son labeur excessif nuisit à sa santé, et pendant plusieurs années il eut à souffrir de si i-ntolérables douleurs d’estomac qu’il dut cesser ses leçons, et comme les émoluments qu’il tirait de sa place de pensionnaire lui devenaient insuffisants, il accepta l’hospitalité généreuse que lui offrit dans sa maison, un M. Chauvin, conseiller au Parlement. C’est là qu’il mourut le Tl avril 1711. 11 vit approcher le moment fatal avec sérénité, et fidèle jusqu’au bout à la discrétion dont il avait toute sa vie- donné tant d-e preuves, « deux heures avant sa mort, il fit brûler en sa présence beaucoup de lettres de femmes qu’il avoit». L’une d’elles emportait certainement le secret du nom du « Philosophe » ou plutôt de la « Philosophe » qui avait exécuté les expériences décrites précédemment. Le successeur de Carré à l’Académie des Sciences fut le célèbre Réaumur.
- J. Tiioulet.
- LE TITANE EN MÉTALLURGIE
- Le titane est, au point de vue des applications, le dernier venu de cette lignée de petits métaux : vanadium, tungstène, molybdène, etc., dont l’emploi judicieux a fait faire tant de progrès à la sidérurgie.
- Il est connu depuis 1794 et se trouve très répandu dans la nature^ notamment en Suède, en Norvège, au Canada et aux Etats-Unis. Il se présente principalement sous forme d’oxyde, de formule TiO2, et prend alors le nom de rutile : ce sont de beaux cçistaux prismatiques d’une admirable couleur rouge.
- Depuis 50 ans environ, on avait remarqué que les fers fabriqués à Troy (état de New-York) présentaient des qualités exceptionnelles de résistance et de dureté; mais on ignora, jusqu’à ces dernières années, pourquoi. On le sait aujourd’hui : c’est que le minerai emplojé à l’usine, qui provenait des Adirondacks, au nord de l’Etat de New-York, était un minerai titanifère.
- A la suite de cette découverte, il y a environ quatre ou cinq ans, on a commencé une série de recherches sur l’emploi du titane dans les aciers et les résultats en sont dès maintenant assez probants pour que l’on se préoccupe de généraliser ses applications. C’est donc une
- question qui vient d’entrer de plain-pied dans l’actualité scientifique et c’est à ce titre que nous en entretenons nos lecteurs.
- L’application la plus en vue pour le moment est celle de la fabrication des rails. D’après des expériences récentes, les rails en acier au titane ont présenté au bout de six mois de service une usure inférieure d’un tiers à celle que présentaient des rails en acier ordinaire après quatre mois seulement de service.
- Dans une autre série d’essais (décrits dans la revue allemande Slahl und Eisen) effectués sur une courbe du 7 octobre 1908 au 2 février 1909, les rails ordinaires ont subi une usure de 2,07 kg par mètre courant et les rails au titane une usure de 0,72 kg seulement.
- Aussi M. Slocum pouvait-il évaluer récemment à 26 000 000 fr. l’économie que réaliserait de ce fait une compagnie de chemins de fer sur une commande de 90 000 tonnes de rails.
- Ce sont là, on le voit, des résultats du plus haut intérêt et il est à prévoir que de nouveaux progrès vont être faits dans la voie qui vient de s’ouvrir aux investigations des ingénieurs.
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- Actuellement on ne produit pas industriellement du titane pur, c’est encore un produit de laboratoire. Ce qu’on fabrique c’est un alliage de fer et de titane, appelé ferro-titane, qui est jeté directement dans la poche de coulée de l’acier.
- Le titane combat énergiquement la ségrégation et les soufflures qui peuvent se produire dans la masse d’acier au moment de la solidification et qui sont causées par l’ascension de petites quantités de gaz cherchant à se dégager. Il semble que le titane, formant avec l’azote et l’oxygène des combinaisons solides, réduise sensiblement ce dégagement de gaz. Peut-être ajoute-t-il aussi une action sui generis, encore mal déterminée.
- Les aciers au titane sc distinguent par une grande dureté et une grande résistance au choc : aussi commencent-ils à être recherchés et les applications du titane sont dès maintenant assez importantes et ont mis ce métal assez en vue pour qu’un marché ait pu s’établir.
- Les principaux fabricants de ferro-titane sont : en Amérique la Titan-Alloy Manufacluring Ce établie aux chutes du Niagara, et en Europe : la firme Golclschmidl à Essen, la Titan-Gesellschafl à Dresde et les usines Paul Girod en France, à Ugine (Savoie). On l’obtient soit par l’aluminothermie, soit par le four électrique : la teneur la plus habituelle du ferro-titane commercial varie de 10 à 50 pour 100.
- Quant à l’acier au titane, il contient seulement 0,5 pour 100 de ferro-titane. La dose de titane pur arrive donc à n’ètre que de 0,05 pour 100, soit 5 dix-millièmes ! On voit quelle infime quantité suffit à transformer les qualités de l’acier.
- Actuellement le prix du ferro-titane à 25 pour 100 est de 6 fr. le kg. Cela fait ressortir le prix du titane pur à 25 fr. le kg environ.
- Jean Tmbot-Laspièke.
- Ingénieur civil des Mines.
- CHRONIQUE
- La synthèse industrielle des résines. — Après les matières colorantes et les parfums, allons-nous voir cet autre groupe de produits naturels être remplacé par des succédanés préparés chimiquement ? L’Américain Bake-land obtint au cours de ces dernières années, en partant de la formaldéhyde et du phénol, toute une série de produits de consistances diverses ; les Allemands Blumer et Linguen préparèrent récemment des produits résineux avec de la formaldéhyde et du goudron ou des phénols ; voici maintenant qu’un de nos compatriotes, M. Duche-min, fabrique industriellement des résines avec les sous-produits de la distillation des bois. Nous reproduisons, d’après le Bulletin de T Association des chimistes, la méthode qu’il imagina et qui est maintenant appliquée pratiquement avec succès.
- En chauffant le bois en vase clos, on obtient de l’acide acétique ou pyroligneux et de l’alcool méthylique (esprit de bois) avec de moindres proportions d’acétone, d’huiles, de goudron. M. Duchemin recueille une partie de ce» impuretés en intercalant, entre la cornue et le réfrigérant, une série de barboteurs contenant une solution de carbonate de soude. Dès que le liquide devient acide (quand tout l’anhydride carbonique est chassé par l’acide acétique), il se dépose un magma plastique noir, qui, chauffé à 200° G, donne une résine à cassure conchoïdale. Non seulement on transforme ainsi les impuretés phéno-
- liques difficilement utilisables en un produit de valeur, mais on améliore, en l’épurant, l’acétate obtenu : la solution donne par cristallisation des cristaux plus blancs que ne le sont généralement les sels non raffinés.
- Gomme les résines naturelles, les résines synthétiques sont susceptibles de fort nombreuses applications : préparation des vernis, des produits plastiques succédanés du celluloïd, des apprêts, des isolants, etc. Et leur fabrication est d’autant plus avantageuse que tous les produits résineux sont en général de prix relativement élevé.
- Pouilles en Egypte. — Le musée Guimet vient de recevoir une soixantaine de caisses contenant des monolithes, des statuettes, des pierres gravées, bref une grande quantité de documents historiques et d’objets d’art, provenant des fouilles pratiquées au cours de leur voyage en Égypte par MM. le capitaine Weill et Adolphe-Joseph Reinach, fils du député des Basses-Alpes. Au nombre des monolithes s'en trouve un particulièrement beau, qui porte le cartouche de Touthmès 111. Il y a aussi d’intéressantes « chartes d’immunisation » concédées à des temples célèbres, et qui exonéraient le clergé de ces temples de certains droits. Ces derniers documents seront d’une étude précieuse pour les historiens du mouvement religieux dans l’Égypte antique. Les collections de MM. Weill et Adolphe-Joseph Reinach seront exposées au musée Guimet, prochainement.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- La séance ayant été reculée, le compte rendu paraîtra dans le prochain numéro.
- APPAREIL DE GYMNASTIQUE EN CHAMBRE
- Les appareils de gymnastique en caoutchouc, habituellement connus sous le nom d’exerciseurs, ont conquis depuis quelques années la faveur du public, et ce n’est que justice, car un tel appareil est un véritable petit gymnase de chambre, qui permet d’exécuter un grand nombre de mouvements.
- L’usage, cependant, des appareils élastiques en avait fait ressortir quelques inconvénients. C’est
- ainsi que le caoutchouc, matière fragile que la chaleur et l’humidité altèrent au point de détruire l’extensibilité, ne permettait pas un dosage du travail musculaire, la résistance n’étant jamais comparable à elle-même; par ailleurs, il pouvait exister quelque danger provenant d’une rupture, de l’arrachement du crochet d’attache, de l’abandon brusque de la poignée de traction, etc. Mais ces inconvénients*
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- matériels ont dû s’affacer devant des considérations d’un autre ordre — c’est que les appareils élastiques (caoutchouc ou ressort) ne sont pas conformes à la vérité scientifique. Ce sont en effet des appareils dans lesquels : 1° La résistance varie pendant toute la durée du mouvement (le brin de caoutchouc devient plus résistant à mesure qu’on l’allonge) ; 2° la résistance est la même pour tous et pour tous les muscles, quelle que soit leur force (car si l’on ajoute un deuxième brin, la résistance double instantanément et se trouve trop forte, il n’y a pas de dosage progressif) ; 5° il faut, après l’effort de traction, dit effort dynamique, équilibrer la tension du caoutchouc par un effort musculaire, dit effort statique, et enfin retenir l’appareil jusqu’au retour à la position de départ par un effort frénateur.
- Or, de récents travaux de physiologie musculaire, et notamment ceux du Dr Paul de Champtessin, en collaboration avec le Dr E.
- Rochard, chirurgien de l’hôpital Saint-Louis, secrétaire général de la Société de Chirurgie, et le professeur Paul Berger, de l’Académie de Médecine, travaux qui ont fait l’objet de nombreux mémoires, articles, communications aux sociétés savantes, particulièrement à l’Académie de Médecine,
- 20 mars 1906 et 12 février 1907, à la Société de Chirurgie, 12 décembre 1907 et 15 juin 1910, à la Société de Médecine militaire française, 4 novembre 1909, ont démontré que le travail musculaire, le seul utile et efficace, devait remplir les conditions suivantes : 1° travail musculaire contre une résistance constante pendant la durée du mouvement ;
- 2° travail musculaire contre une résistance progressive et dosable dans la série des mouvements;
- 5° travail musculaire en contraction dynamique (effort de traction) avec suppression de la contraction statique (effort d’équilibration) et de la contraction frénatrice (effort de retenue).
- Il est facile de voir que les appareils élastiques ne répondent pas complètement à ces principes de physiologie musculaire. C’est pourquoi le Dr P. de Champtessin a cherché à concilier les exigences delà pratique avec la théorie, et c’est ainsique par un dispositif ingénieux, il a réalisé un appareil permettant, sous un très petit volume et un très faible poids, d’ob-
- tenir des résistances uniformes, rigoureusement dosables et progressives.
- Le « Rationnel-Exerciseur » repose sur le principe du frottement des cordes. Il se compose essentiellement d’une poulie, fixe en marche avant, et libre en marche arrière, d’une corde enroulée autour de la poulie et terminée en bas par un contrepoids et en haut par une poignée de traction.
- Lorsqu’on exerce une traction sur la corde, la poulie bloquée par le cliquet de la roue à rochet ne tourne pas ; la corde glisse à frottement dans la gorge de la poulie, produisant une résistance dont la valeur est proportionnelle au contrepoids multiplié par le coefficient de frottement. Les diamètres de la corde et de la poulie, ainsi que l’angle de frottement, ont été calculés pour obtenir un coefficient de frottement égal à 50. Le contrepoids de 1 kg donne donc à la traction une résistance de 50 kg.
- Quand l’effort de traction est terminé, le mouvement étant accompli, la poulie devient libre en marche arrière, et le contrepoids descend sous l’action delà pesanteur. L’effort de retenue est très faible, puisque le contrepoids maximum atteint seulement la valeur de 1 kg pour un effort dynamique de50kg et, pratiquement, il est permis de considérer l’effort de retenue comme nul. Ainsi se trouve supprimé le travail musculaire en contraction frénatrice, (effort inutile et qui constitue de la dépense énergétique sans rendement).
- Cette suppression de l’effort frénateur, tout en constituant une économie de fatigue très appréciable, permet en plus, après chaque effort dynamique, le relâchement musculaire, notamment des muscles fixateurs des membres sur le thorax, et par suite le repos circulatoire et respiratoire.
- Le « Rationnel-Exerciseur » se fixe par une petite plaquette dans le chambranle d’une porte ou d’une fenêtre. Il comporte des accessoires très bien étudiés pour permettre le mouvement à une main ou à deux mains, ou encore avec le pied. Il permet donc dé faire tous les mouvements du corps dans les attitudes physiologiques convenables.
- Pesant avec son contrepoids environ 2 kg 500, le « Rationnel-Exerciseur » représente un poids d’haltères de 500 kg (de 250 gr.) en série progressive.
- R. Villers.
- A, poulie sur laquelle la corde CD glisse à frottement.
- B, poulie de guidage.
- E, contrepoids réglable.
- F, G, encliquetage rendant la poulie folle dans un sens et immobile dans l’autre.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1944.
- 27 AOUT 1910.
- LE NOUVEL HOTEL DE VILLE DE NEW=YORK
- m
- La ville de New-York, une des trois plus peuplées du monde, éprouvé le besoin de posséder un nouvel hôtel de ville, adapté aux exigences d’une administration qui, on le conçoit, est fort nombreuse et se multiplie rapidement. Les services actuels se trouvent disséminés dans de nombreux bureaux, à travers la ville ; il est logique et pratique de les concentrer tous en un seul édifice. Or c’est toute une armée de fonctionnaires dont il s’agit d’hospita-liser les bureaux ; le bâtiment municipal devra donc avoir d’imposantes dimensions. Dans la vieille Europe, on construirait un palais d’une immense superficie ; à New-York, au lieu d’étaler le bâtiment en surface, on cherchera en hauteur l’espace nécessaire ; et le nouveau palais municipal sera un de ces immenses buildings ou gratte-ciel caractéristiques des grandes cités yankees.
- Il ne sera pas sans intérêt, à propos de la gigantesque construction projetée par l’édilité newyorkaise, d’examiner les règles générales d’organisation de ces extraordinaires agglomérations que M. J. Pillet nomme si justement des cités verticales.
- Voyons d’abord les caractéristiques du futur hôtel de ville ; New-York se devait de construire un monument sans précédent! il s’élèvera à 170 m. 60 au-dessus du sol ; d’autres gratte-ciel montent plus haut, mais
- les fondations de celui-ci s’enfonceront à 43 m. 87. Elles seront parmi les plus profondes du monde et coûteront, à elles seules, 6215000 francs. L’édifice entier coûtera 50 millions de francs, et pourra abriter 8000 personnes, toute l’administration new-yorkaise. Notre figure, reproduite d’après Scientifiç American, montre quelle en sera l’architecture ; malgré sa hauteur démesurée, on voit que l’ensemble de la façade ne manque pas d’une certaine majesté.
- Le nouvel Hôtel de Ville de New- York. La coupe montre la profondeur des fondations s'enfonçant jusqu’à 44 m. dans le sol. On aperçoit les lignes du tramway souterrain qui desservent l’édifice. La hauteur du bâtiment au-dessus du sol est de i~o m. ôo.
- Nos lecteurs savent les causes qui ont fait surgir les buildings dans toutes les grandes villes d’affaires américaines : aux Etats-Unis plus que dans tout autre pays du monde, le temps est de l’argent, et le yankee est sordidement avare de son temps. La concentration est le plus efficace moyen de gagner du temps, dans les affaires ; réunir dans l’espace le plus réduit toutes les personnes, toutes les sociétés susceptibles d’entrer en relations, tel était donc le problème, problème qui se pose du reste également dans nos villes européennes, mais que nous n’avons pas su résoudre aussi catégoriquement. En France, à Paris, en particulier, nous voyons les négociants d’une même profession se grouper par quartiers. Nous avons à Paris un quartier de l’industrie du livre, un quartier de l’industrie des cuirs et peaux, un quartier de petite industrie mécanique, etc. Ce que nous mettons dans un quartier, les Américains le rassemblent en quelques buildings. Ainsi le Railway Ex-change Office de Chicago réunit 5 compagnies de chemins de fer et le matériel qui en dépend : locomotives, wagons, charbon, etc. La partie la plus intéressante d’un building est sans contredit son sous-sol ; car on a concentré là tous les organes mécaniques nécessaires à la vie de la paradoxale cité : on y trouve de véritables usines fournissant la lumière, la force motrice nécessaire aux ascenseurs, le chauffage, en été de l’air froid, distribuant l’électricité etlaforce motrice exigées par les ateliers.
- On imagine aisément la quantité de marchandises de toutes sortes qui pénètre chaque jour dans un building, vivres, charbon, produits commerciaux ; ici la concentration risquait de présenter un défaut rédhibitoire: le déchargement de toutes ces marchandises sur un espace restreint devait provoquer
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- un encombrement formidable, mais les chemins de fer souterrains à marchandises sont venus fort heureusement décongestionner la voie publique tout en permettant l’alimentation rapide des sky-scrapers.
- La construction d’un building constitue un problème technique des plus intéressants. Une récente conférence de M. J. Pillet nous donne à ce sujet de très instructifs détails.
- La résistance de l’édifice est assurée « par un squelette d’acier », sorte de cage immense montant sans discontinuité depuis les fondations jusqu’aux combles. Le squelette comprend des piliers, des poutres maîtresses, des poutres secondaires, et des planchers séparant les étages, des pans de fer intérieurs pour les ascenseurs et pour les entretoisements, tous ces éléments étant rendus absolument solidaires les uns des autres.
- Cette carcasse est revêtue de parois protectrices et décoratives, d’un «gilet de flanelle», suivant le mot pittoresque deM. Pillet, constitué en bas par du granit, plus haut par de la pierre, du marbre, des briques émaillées.
- Les efforts dont il faut tenir compte pour le calcul des membrures sont de deux sortes : il y a tout d’abord le poids supporté par chaque pièce ; il y a également l’effort du vent qui doit être calculé avec le plus grand soin : pour le Yving-Building, de New-York, tandis que la carcasse d’acier pesait 9100 t., la surcharge due au venta élé évaluée à 5750 t.
- Notons que tous les fers sans exception doivent être enrobés dans le ciment ou revêtus d’isolants en terre cuite : ceci est une précaution imposée par les règlements en vue de rendre moins désastreux les effets de l’incendie; le fer ainsi protégé contre les flammes ne se déforme pas ; et les dégâts ne prennent pas la proportion d’une catastrophe.
- Les fondations constituent la partie la plus difficile de la construction : les fondations du nouvel Hôtel de Ville, par ce fait qu’elles compteront parmi les plus importantes et les plus coûteuses que l’on connaisse, méritent qu’on s’y attarde quelques instants.
- Nous avons dit qu’elles descendent jusqu’à 44 m, environ, profondeur nécessaire pour trouver le terrain solide. Elles seront exécutées au moyen de caissons et à l’air comprimé. La loi américaine ne per-
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- Plusieurs naissances intéressantes se sont produites dans ces derniers temps à la ménagerie du Muséum d’Histoire naturelle de Paris : c’est d’abord un jeune Cheval sauvage (Equus prjewalskii), actuellement dans sa deuxième année et déjà aussi grand que sa mère, puis tout récemment un jeune Zèbre, produit du croisement de deux formes assez différentes de ces Solipèdes africains. Le père est un Equus burchelli pococki Brasil, et la mère un Equus burchelli chapmanni Gray.
- Ce n’est pas, d’ailleurs, la première fois que des
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- met le travail des ouvriers dans l’air comprimé que jusqu’à la limite de 50 livres par pouce carré, limite atteinte à 34 m. 70 au-dessous du niveau de la mer, soit, dans le cas actuel, à 44 m. en dessous du sol. Les caissons seront au nombre de 68.
- Au-dessus du roc, le sol est constitué principalement par un lit de sable, avec très peu de graviers. À un endroit le sol solide s’enfonce rapidement jusqu’à 54 m. de profondeur. Il est impossible de travailler à pareille profondeur par le procédé pneumatique. On a décidé, pour cette partie de la construction, d’employer de larges fondations s’appuyant sur le sable et répartissant le poids de la construction à raison d’un maximum de 6,4 kg. par centimètre carré.
- Le béton des fondations a les proportions que voici : 1 de ciment, 2 de sable, 4 de gravier. Les fondations sont construites de la manière suivante : les chambres de travail en bois, béton armé et acier sont descendues progressivement ; des ouvriers travaillent à l’intérieur, sous pression; le sable et les matériaux enlevés sont évacués par les sas à air. Une fois le roc atteint, le caisson est noyé dans le ciment et le puits de travail rempli de ciment du haut en bas. Ces fondations, terminées aujourd’hui, ont été effectuées sans le moindre accident de personnes. Il est vrai que la Foundation Cy, chargée du travail, avait créé un hôpital « d’air comprimé » et enrôlé plusieurs médecins chargés d’examiner avec attention tous les hommes travaillant dans l’air sous pression. L’achèvement complet de l’édifice ne tardera pas désormais : le montage des « buildings » est en effet une opération extrêmement rapide, une fois les fondations terminées ; les études préparatoires en sont faites, avec le plus grand soin; toutes les pièces ont leurs dimensions exactes calculées d’avance par les architectes : les fers sont préparés dans les forges, les pierres taillées d’avance dans des chantiers spéciaux : il ne reste plus qu’à assembler le tout. C’est ainsi que la superstructure du Yving-Building, malgré ses 29 étages, ses 117 m. de hauteur, ses 15000 tonnes de fer, a été terminée en 4 mois seulement.
- New-York, pourra donc sous peu jouir de son « Sky-scraper » municipal. R. Villers.
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- ZÉBROÏDES
- croisements de ce genre ont pu être observés à la ménagerie du Jardin des Plantes ; on a même pu y voir, et l’on y voit encore, de véritables hybrides entre deux espèces bien distinctes : Equus burchelli et Equus zébra. Une belle femelle de cette dernière espèce, qui est le « Zèbre » de Buffon, et qui vit depuis plus de 15 ans au Muséum, accouplée avec un Zèbre de Burchell, a produit successivement trois pouliches très intéressantes à étudier au point de vue du mélange des caractères qu’elles tiennent de leurs deux ascendants.
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- On sait que les animaux que l’on confond communément sous le nom de « Zèbres », constituent en réalité plusieurs espèces, bien distinctes par leur distribution géographique, mais dont les caractères différentiels ne sautent pas immédiatement aux yeux des personnes qui ne voient dans le Zèbre qu’un « cheval rayé ».
- Ces chevaux rayés sont propres à l’Afrique au Sud du Sahara, mais on n’en trouve pas sur toute l’étendue de ce vaste continent. C’est seulement dans la partie située à l’Est des Grands Lacs, depuis le Somali jusqu’à la colonie du Cap, et dans la partie méridionale, au Sud du Congo, qu’on les rencontre en troupes plus ou moins' nombreuses. Toute la région au Nord de ce grand fleuve en est dépourvue, et, dans le Soudan, ils ne dépassent pas, à l’Ouest et au Nord-Ouest, les plateaux élevés qui enserrent les sources du Nil. Les Zèbres, en effet, comme tous les Equidés sauvages, sont des habitants des steppes, c’est-à-dire des plaines sèches et herbeuses ou des montagnes rocheuses : on ne les trouve ni dans les forêts, ni dans les vallées humides, et c’est ce qui explique leur absence de la vaste dépression qui forme le bassin du Congo.
- On distingue actuellement quatre ou cinq espèces de Zèbres, facilement reconnaissables à leur mode de coloration, c’est-à-dire à la disposition des rayures de leur pelage, alternativement claires et foncées.
- Celle qui a la répartition géographique la plus étendue, est le Zèbre de Burchell (Equus burchelli), que l’on trouve depuis le « British East Africa » et le Lac Rudolf jusqu’au Natal. C’est l’espèce que les Hollandais, et après eux les Anglais, désignent vulgairement sous le nom de Quouagga ou Bonte-Quouagga, et à laquelle on applique à tort en France le nom de Daw qui appartient au véritable Zèbre dont nous parlerons plus loin. En raison de sa vaste dispersion, cette espèce présente des variétés nombreuses dont on a fait des sous-espèces désignées par des noms particuliers.
- La forme la plus parfaite de cette espèce, — bien qu’elle n’en soit pas le type, comme nous le dirons tout à l’heure, — est le Zèbre de Grant [Equus burchelli grand De Winton), qui habite l’Afrique Orientale Anglaise et Allemande, depuis les lacs Rudolf et Stefania jusqu’au mont Kénia. Nous le figurons ici d’après un beau mâle qui a vécu récemment à la ménagerie du Jardin des Plantes (fig. 4). Il est entièrement rayé jusqu’au sabot, et, par l’élégance de ses formes, la petitesse de ses oreilles, la netteté des bandes noires qui ornent sa croupe, se détachant sur un fond d’un blanc presque pur, on peut dire que c’est le plus beau de tous les Zèbres, se rapprochant par ses proportions harmonieuses de celles que nous aimons à voir au cheval de race. Il n’est pas de très grande taille, si on le compare aux autres Zèbres, et l’on remarquera que son habitat est précisément sous l’Equateur, ce qui peut donner l’explication des belles teintes de son pelage.
- D’ailleurs, il présente nettement le mode de
- coloration qui caractérise l’espèce : si on l’examine attentivement, on voit que sa robe est formée de deux parties distinctes : toute la partie antérieure du tronc porte des raies verticales ; au contraire la partie postérieure porte des raies horizontales ou obliques qui se rencontrent avec les précédentes au point où serait placée la selle, si l’animal portait un cavalier. En outre, et ceci est un caractère propre à la sous-espèce Grand, toutes les raies noires sont larges, surtout sur la croupe, et il n’y a pas trace des raies intercalaires plus pâles que l’on remarque sur d’autres formes plus méridionales de l’espèce, notamment sur YEquus burchelli chapmanni Gray
- (fig- 2).
- Près de la forme que nous venons de décrire, viennent se placer plusieurs sous-espèces qui ne s’en distinguent que par des particularités secondaires. Telles sont Equus burchelli crawshayi De Winton, que l’on trouve au Sud et à l’Ouest du lac Nyasa et Equus burchelli zambesiensis Trouessart, que le voyageur hongrois Holub a rencontré dans les steppes du Maroutzé (ou Barotzé) au Nord du Zambèze. Tous ces Zèbres ont, comme le Grand, les jambes rayées, ou plutôt cerclées, jusqu’au sabot et ne présentent pas de bandes intercalaires plus pâles sur le tronc et le haut des membres.
- Il n’en est plus de même lorsque l’on passe au Sud du Zambèze. Les formes que l’on trouve ici présentent ces « bandes d’ombres » intercalaires [shadow stripes des Anglais), d’une façon très nette. De plus, le fond du pelage, au lieu d’être d’un blanc crème, comme chez les Zèbres que nous venons de décrire, passe à un isabelle plus ou moins teinté d’orangé; enfin les bracelets foncés des jambes ne s’étendent plus jusqu’au sabot et souvent même ne dépassent pas le jarret, les pattes étant entièrement blanches sur une étendue plus ou moins considérable. Tel est Y Equus burchelli chapmanni Layard qui habite le Matabélé, et que l’on exporte, par Zanzibar, pour les jardins zoologiques d’Europe : c’est, depuis 20 ou 25 ans, la forme la plus commune dans les ménageries, où les sous-espèces du Nord du Zambèze, notamment le Zèbre de Grant, commencent seulement à se montrer depuis que Mombaza est devenu le centre principal du trafic sur la côte orientale d’Afrique.
- Près du Zèbre de Chapmann viennent se placer les sous-espèces Equus burchelli wahlbergi Pocock, du pays des Zoulous et Equus burchelli antiquorum H. Smith, du Damara : ce dernier s’étendrait vers le Nord-Ouest jusqu’au Benguela, mais les Zèbres de cette région (l’Afrique Occidentale Portugaise) sont très peu connus, et il n’en existe pas, paraît-il, d’exemplaires authentiques dans les Musées d’Europe. C’est également à ce groupe qu’appartient Y Equus burchelli pococki, récemment distingué par M. Brasil1 d’après un spécimen conservé au
- 1. Brasil et Pennetjer, Le Zèbre du Musée d'Hisloiré naturelle de Rouen (Mém. de la Soc. Linnéenne de Normandie, XXIII, p. 97, pl. VI et VII).
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- Musée de- Rouen, et dont on ignore l’origine.
- C’est à cette dernière sous-espèce que je crois devoir rapporter le mâle, père de notre jeune Zèbre, dont nous donnons la photographie (fig. 1), et que
- Fig. i. — Equus Pococki mâle, père du jeune métis.
- la ménagerie du Muséum a acquis, il y a environ un an, d’Hagenbeck. Malheureusement la patrie de ce dernier n’est pas mieux connue que celle du spécimen du Musée de Rouen. Notons, en passant, combien la forme de la queue est variable chez les Zèbres : le spécimen du Musée de Rouen n’a qu’une queue d’âne, à touffe terminale ; celui qui vit actuellement au Jardin des Plantes de Paris porte une queue touffue dès la base, comme celle du Cheval.
- Quant au véritable type du Zèbre de Burchell (Equus burchelli Gray), c’est une forme actuellement complètement exterminée, et dont il n’existe plus que quelques peaux bourrées, conservées dans les principaux musées d’Europe. À l’époque où le voyageur Burchell parcourait les plaines au Nord de la Colonie du Cap, c’est-à-dire vers 1820, ce Zèbre vivait en grandes troupes sur la rive septentrionale du fleuve Orange. Si l’on en juge d’après les spécimens montés, qui sont tout ce qui en reste, et qui sont loin d’être tous identiques, il différait notablement des formes que l’on désigne actuellement sous le même nom. Le spécimen du musée de Bristol, figuré par Pocock1, est peut-être celui qui montre le mieux ses caractères distinctifs. Les jambes sont entièrement blanches
- 1. Pocock. The Species and Subspecies of Zébra (Ann. and Magaz. of Nat. History, XX, 1897, p. 41).
- jusqu’à l’épaule et la cuisse, le ventre est de la même couleur, tandis que le dessus du corps est d’un isabelle tirant plus ou moins sur le brun clair. Sur ce fond se détachent des bandes noires verticales qui deviennent plus étroites sur la croupe ; mais ce qui frappe surtout, c’est que ces bandes restent sensiblement parallèles, même sur la partie postérieure du tronc, de telle sorte qu’il n’y a plus trace de cette apparence disparate entre l’avant-train et l’arrière-train que nous avons signalée chez les sous-espèces plus septentrionales de l’espèce.
- Ce mode de coloration rapproche le Zèbre de Burchell du véritable Couagga [Equus quaqcjci Gmelin), autre forme également éteinte de Zèbre, qui habitait encore plus au Sud, c’est-à-dire sur la rive méridionale de l’Orange et dans les plaines de la Colonie du Cap, à l’époque où les Hollandais prirent possession de cette partie australe du Continent africain.
- Sur le Couagga, les caractères que nous venons de signaler chez le Zèbre de Burchell, s’exagèrent encore. Le fond du pelage passe au brun-châtain et, par suite, les bandes noires verticales, encore bien visibles sur la tête, le cou et les épaules, s’éteignent et disparaissent peu à peu sur le dos et n’atteignent pas la croupe ; le ventre et les jambes restent blan-
- Fig. 2. — Equus Chapmanni femelle et son poulain, métis rf’Equus Pococki mâle.
- ches et sans rayures comme chez le Zèbre de Burchell.
- Ce n’est donc pas sans raison que M. Pocock a supposé que ccs deux formes n’étaient que des sous-espèces d’une seule et même espèce; et comme le
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- nom à'Equus quagga Gmelin, qui date de 1788, a de beaucoup la priorité, toutes les variétés d’Equiis burchelli, dont nous avons précédemment parlé, devraient se rattacher au Couagga sous les noms d'Equusquagga burchelli, E. quagga pococld, E. quagga granti, etc. |
- Cette identité spécifique, cepen- , ,
- dant, n’est pas admise par tous les naturalistes, et c’est en vain que l’on chercherait un critérium plus certain dans les caractères ostéologiques, notamment dans la forme et les proportions du crâne. A part les dimensions , variables nécessairement suivant la taille de l’animal, un crâne de Zèbre ne se distingue pas de celui d’un Ane ou d’un Cheval. Cette ressemblance presque absolue dans les formes ostéologiques des Equidés, doit nous rendre très prudents lorsqu’il s’agit d’apprécier le degré de parenté existant entre les diverses espèces de cette famille.
- Quoi qu’il en soit, les différences de pelage qui distinguent les Zèbres du groupe Quagga-Burchelli sont très intéressantes à étudier. C’est sous l’Equateur que se montre la coloration la plus vive représentée par Equus granti. A mesure que l’on s’éloigne vers le Sud on voit cette coloration s’atténuer les bracelets des jambes s’effacent, les bandes pâles intermédiaires apparaissent, puis se fondent
- rope et de l’Asie. Il est impossible d’interpréter ces faits autrement qu’en admettant l’influence des rayons du soleil sur les cellules pigmentaires du derme qui donnent leur couleur au pelage des mammifères.
- Fig. 4. — Equus Granti mâle.
- dans la teinte isabelle à'Equus burchelli; enfin Y Equus quagga à pelage alezan ne garde de bandes foncées que sur la partie antérieure du corps :
- ,c’est un acheminement vers le pelage uniforme des chevaux qui habitent les régions tempérées de l’Eu-
- Fig. 3. — Hybride zébroïde A’Equus Chapmanni mâle et A’Equus caballus jemelle (2 ans).
- Il nous reste à dire quelques mots des autres formes de Zèbres qui, de l’avis de tous les naturalistes, constituent des espèces bien distinctes. La plus septentrionale est le Zèbre de Grévy (Equus grevyï) décrit et figuré pour la première fois dans La Nature1, d’après un spécimen envoyé, en 1882, par le Négus Méné-lick au Président Grévy. Il habite le Somali, le Choa, dans le Sud de l’Abyssinie, et le pays des Gallas, et par suite, c’est l’espèce qui se rapproche le plus des rivages de la mer Rouge. C’est très vraisemblablement d’après lui que les auteurs grecs et latins ont parlé du Zèbre ou Hippotigre. En l’an 202, un certain Plau-tianus, alors préfet du prétoire, et qui étant né en Afrique connaissait l’existence des Zèbres, envoya des centurions « dans les îles de la mer Erythrée pour y enlever les Chevaux du Soleil qui étaient semblables aux Tigres ». Ces Zèbres, transportés à Rome, figurèrent dans les jeux de l’amphithéâtre, et l’empereur Cara-calla se donna le plaisir de tuer l’un d’eux de sa propre main, ce qui n’était pas un exploit bien brillant, étant donné le caractère timide de ces animaux.
- Le Zèbre de Grévy est entièrement rayé jusqu’au
- 1. E. Odstalet. Une nouvelle espèce de Zèbre, le Zèbre de Grévy (La Nature, 10° année, 1882, p. 12.avec 2 %.).
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- sabot, et c’est l’espèce dont les rayures sont le plus nombreuses et le plus serrées. En outre la rencontre entre les raies verticales des flancs et les raies transversales du membre postérieur se fait très en arrière, sur la croupe, de telle sorte qu’il n’y a pas trace de cet aspect bipartite qui caractérise le Zèbre de Burchell.
- Une seconde espèce plus méridionale est le Zèbre de Foà (Equus focii Trouessart), qui habite les régions montagneuses du pays des Angonis, près de Têts, sur la rive septentrionale du Bas-Zambèze. Elle n’est encore connue que par l’unique spécimen, rapporté par Foà de son dernier voyage au Mozambique, et qui fait partie des collections du Muséum de Paris. Elle est bien caractérisée par le grand nombre de ses rayures qui rappelle le Zèbre de Grévy, mais la rencontre entre les raies verticales des flancs et les raies transversales de la croupe a lieu exactement au-dessus du pli de l’aine, caractère qui ne se retrouve chez aucune autre espèce de Zèbre, et qui différencie nettement celle-ci de toutes les variétés connues du Zèbre de Burchell.
- Plus au Sud encore, dans les montagnes au Nord de la Colonie du Cap, on trouve le véritable « Zèbre », c’est-à-dire l’espèce qui a été la première connue, — presque en même temps que le Couagga, — des naturalistes du xvme siècle, notamment de Linné et de Buffon, d’après des individus vivants rapportés par les Hollandais du Sud de l’Afrique. Sa robe est également rayée jusqu’au sabot, mais les raies sont moins serrées que sur les deux espèces précédentes, et la rencontre entre les raies verticales des flancs et les raies obliques de la croupe a lieu un peu en avant du pli de l’aine, de telle sorte que l’aspect bipartite du pelage est beaucoup moins marqué que sur le Zèbre de Burchell. Mais ce qui caractérise essentiellement cette espèce, c’est la présence sur la partie médiane de la croupe de raies transversales en forme de « gril » (giridon des Anglais) qui manquent aux autres espèces, où les raies obliques de cette région viennent presque rejoindre la raie foncée qui marque l’épine dorsale. Cette espèce, comme le Couagga et le Zèbre de Burchell typique, est actuellement très rare dans les jardins zoologiques et probablement en voie d’extinction dans son pays d’origine.
- A plusieurs reprises on a essayé de domestiquer les différentes espèces de Zèbre. Les voyageurs rapportent qu’à la fin du xvme siècle on voyait des Couaggas attelés à des charrettes dans les rues de la ville du Cap. Un peu plus tard, on a vu de véritables Zèbres, attelés à des voitures légères, à Lisbonne, à Londres et même à Paris. La Nature a déjà donné plusieurs fois des détails à ce sujet. Il est certain que le dressage du Zèbre, pourvu qu’on le commence avec des animaux jeunes, ne présente pas plus de difficultés que celui du Cheval.
- Actuellement les efforts des éleveurs se portent d’un autre côté. On sait combien la question des transports retarde les progrès de l’agriculture dans
- toutes les colonies africaines. La piqûre de la mouche Tsétsé inocule à tous les animaux domestiques importés d’Europe une maladie parasitaire (Trypanosomiase) désignée sous le nom de « Nagana », et qui les décime avec une rapidité effrayante. Les Chevaux, les Mulets, les Anes, les Bœufs et même les Chiens, succombent à cette affection, partout où l’on trouve la Tsétsé. Parmi les animaux acclimatés, on cite les Anes du Masaï1 comme étant réfractaires à la maladie. Quant aux espèces sauvages indigènes elles jouissent d’une immunité au moins relative, car c'est dans leur sang que la Mouche puise les Trypanosomes qu’elle inocule ensuite aux animaux domestiques.
- C’est en se basant sur l’observation de ces faits que l’on a pensé qu’en croisant le Cheval avec le Zèbre africain, on obtiendrait des Mulets présentant une résistance suffisante à l’inoculation du Nagana, en même temps plus grands et plus robustes que les Anes du Masaï, capables en un mot de fournir des animaux de charge ou de trait dans l’Afrique centrale.
- L’hybride entre le Zèbre et la Jument, appelé « Zébrule » ou « Zébroïde », est assez facile a obtenir, et l’on en voit dans la plupart des Jardins Zoologiques. Le baron de Parana au Brésil, le professeur Cossar Ewart à Edimbourg, enfin M. Frédéric Falz Fein, dans son grand parc des steppes d’Askania Nova, au Nord de la Crimée, ont obtenu de magnifiques produits qui ne le cèdent en rien pour la force et la beauté aux Mulets si renommés d’Espagne et du Sud de la France (fig. 5). Reste à savoir si, transportés au Congo,—où le Zèbre sauvage n’existe pas comme nous l’avons dit plus haut, —ils résisteraient mieux que les Mulets ou les Chevaux algériens à la piqûre de la Tsétsé, car l’expérience est encore à faire.
- Dans tous les cas, il y aurait peut-être lieu de commencer l’expérience avec l’une ou l’autre des espèces de Zèbres qui habitent l’Afrique Orientale, puisque ces animaux, pris jeunes, se dressent facilement. Foà, dans l’un de ses récits de chasses2, confirme le dire des anciens voyageurs en nous apprenant que les Boërs du Transvaal ont tiré parti de ces animaux. Les voitures publiques faisant le service entre le Transvaal et Fort Salisbury (dans le Mashonaland), ont souvent été attelées avec des Zèbres de l’espèce Equus burchelli.
- Tout récemment, on a pu voir au Jardin d’Accli-’matation de Paris, des Zèbres de Grévy qu’une tribu de Gallas avait amenés à sa- suite. Ces animaux, parfaitement apprivoisés, se laissaient monter avec la plus grande facilité. Tout semble indiquer que la domestication du Zèbre, en Afrique, ne présenterait pas de grandes difficultés.
- E Trouessart.
- 1. Il est à noter que l’Ane sauvage (Equus tœniopus) est originaire de l’Afrique Nord-Est.
- 2. E. Foa. Mes grandes Chasses dans l’Afrique Centrale? 1905, p. 114.
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- LES NITRATES DU CHILI
- Au moment, où l’industrie des nitrates artificiels prend un développement considérable et, de jour en jour, attire davantage l’attention, il est intéressant d’étudier l’industrie minérale, à laquelle cette industrie électrique nouvelle vient faire concurrence, et de rechercher dans quelle mesure les nitrates du Chili, qui avaient, jusqu’ici, détenu le monopole du marché, sont destinés à l’alimenter encore dans l’avenir.
- On sait quel est l’usage des nitrates en agriculture. Les plantes ont besoin d’azote pour vivre et, à mesure que l’exploitation agricole tend à devenir plus intensive, on est amené à fournir de plus en plus au sol, par des moyens artificiels, cet azote, que la végétation peut, d’autre part, puiser directement dans l’air.
- Par exemple, la France, avec ses 14 millions d’hectares de terres en céréales, ses 24 millions de terres en culture, aurait, calcule-t-on, besoin chaque année de 600 000 tonnes d’azote correspondant à plus de 4 millions de tonnes de nitrate. En tenant compte de la fixation directe, il lui faudrait environ 2 millions de tonnes de nitrate minéral ou artificiel. C’est à peu près sept fois ce qu’elle consomme actuellement. La consommation mondiale, qui est de 2 millions de tonnes (280 000 t. d’azote), peut un jour s’accroître dans les mêmes proportions.
- Jusqu’à ces toutes dernières années, ce nitrate était fourni exclusivement par le Chili, qui est la seule région du globe, où se soient constitués des gisements nitratés d’une importance considérable. Ces gisements, signalés à titre minéralogique dès 1821, ont été mis en exploitation en 1827. Après de premiers essais malheureux, la production est montée à 5000 tonnes en 1850, à 15 000 en 1850, à 477 000 en 1875, à 800 000 en 1890, et enfin à 2 000 000 en 1908 et 1909. En même temps, les prix avaient subi, dans ces dernières années, une hausse progressive de 18,60 francs les 100 kg. en 1895 à 28 fr. en 1907.
- C’est à ce moment qu’a commencé à se manifester une crise intense, dont nous dirons quelques mots en terminant, après avoir examiné
- rapidement les conditions de dépôt et d’exploitation.
- Répartition géographique des gisements. — La région à nitrates du Chili est située entre la Grande Cordillère des Andes et la Cordillère de la Côte, dans une zone qui, au Sud du Chili, forme la pampa riche et cultivée, mais qui, en arrivant vers le Pérou, à l’Ouest de la Bolivie, dans le désert d’Atacama et la pampa de Tamarugal, prend un caractère désertique. On la trouve entre le 18e et le 26e degré de latitude, sur un vaste plateau situé entre 1000 et 1600 m. d’altitude. Ce pays, qui appartenait jadis au Pérou, a été, en 1880, l’occasion d’une guerre, à la suite de laquelle il a été conquis par le Chili.
- Il est desservi, du Nord au Sud, par les ports de Pizagua, Iquique (région de Tarapaca), Patillos,
- Tocopilla, Mejil-lones, Antofagas-ta et Taltal (désert d’Atacama), dont chacun forme l’aboutissement d’une voie ferrée, mais surtout par les ports d’Iqui-que et d’Antofa-gasta, où se fait la grande exportation des nitrates. Une seule de ces lignes, celle d’Antofagasta, après avoir traversé la région des nitrières, s’élève vers les hauts plateaux boliviens (IJuanchaca, Oruro, etc). La région de Tarapaca (Lagunas, etc.) est la plus importante. Ensuite viennent Antofagasta, Taltal, Toco et Aguas Blancas. Les conditions toutes spéciales du climat, où, pendant 4 à 5 ans, il ne tombe souvent pas‘une goutte d’eau, ont déterminé la formation d’une série de bassins d’évaporation, désignés, suivant les cas, sous le nom de salares et de nitrières, dans lesquels on trouve, comme nous allons le voir, des matières salines diverses formant des croûtes durcies, que Ton est obligé de faire sauter d la mine.
- Origine des gisements. — L’origine de ces gisements a été très discutée. On y a vu une ancienne plage soulevée lors du plissement des Andes : plage, sur laquelle se seraient décomposées des accumulations de plantes marines. Cette théorie se fonde surtout sur la fréquence de l’iode et, au contraire, sur l’absence du phosphore dans les gisements de nitrates. On en a conclu que ces nitrates venaient forcément de plantes, et non de dépôts de guano, auxquels on a également songé. Mais il est à remar-
- Fig. i. — Le gisement avant son exploitation. Sondages, ouvriers et outils.
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- qucr que les oiseaux de mer, nourris d’algues et de mollusques marins, ont des guanos chargés d’iode.
- Pissis avait, d’autre part, invoqué des actions d’effluves électriques pour expliquer un emprunt direct de l’azote nitrique à l’atmosphère.
- La théorie de la plage soulevée a le très grand défaut qu’elle ne repose sur aucun fait géologique.
- Les sels minéraux dont il s’agit reposent, sans aucune autre interposition qu’un peu d’argile, sur un fond de roches primitives. Rien là n’indique un dépôt marin, dontlage devrait être presque con-temporain de nous, et rien non plus, dans la zone de 75 kg qui sépare les nitrates de la mer, ne confirme cette idée. On pourrait plutôt songer, soit à un dépôt de guano, soit à l’assèchement d’une dépression marécageuse intérieure, ayant été autrefois le théâtre d’une abondante végétation et devenue désertique par la transformation du climat. Quant à l’origine de la soude combinée avec ce nitre, il faut, en toute hypothèse, la chercher, comme celle de la potasse, de la chaux, de l’alumine associées, dans les roches feldspa-thiques qui forment le soubassement des gisements et qui les entourent. Cette soude a formé du chlorure de sodium, dont la réaction sur le nitrate de chaux, résultant de la décomposition des matières organiques, a produit le nitrate de soude.
- Description des gisements. — Pratiquement, on
- ne considère comme exploitables que les gisements tenant au moins 17 pour 100 de nitrate brut dans la couche à nitrate, dite calichc1. Tout ce qui est au-dessous de cette teneur est laissé de côté. C’est Là évidemment une limite destinée à s’abaisser si,
- avant l’épuisement complet des nitrates riches, l’extraction directe de l’azote de l’air n’est pas devenue assez économique pour ruiner cette industrie.
- Dans une ni-trière ordinaire, les couches que l’on trouve de haut en bas sont les suivantes : A la surface, on rencontre d’abord une couche de sable avec fragments de gypse, dite clmca. Au-dessous vient une sorte de conglomérat de graviers à peine roulés (costra), avec ciment de sulfates divers et de chlorure de sodium. Des efflorescences salpétrées y annoncent déjà souvent la présence du nitre qui tend à dominer vers la base : d’abord dans le congelo, qui ressemble à de la terre gelée ; puis surtout dans la caliche, qui est le minerai exploité. L’épaisseur recouvrant la caliche est ainsi de 1 à 3 m. Cette caliche, dont la couleur varie du gris sale au blanc, peut contenir au maximum 50 p. 100 de nitrate de soude : le reste étant formé de chlorure de sodium, sulfates de potasse, soude et chaux, sels de magnésie, nitrate de potasse, iodate de potasse et borates. Cette caliche peut avoir 0,20 à 2 m. d’épaisseur. Elle repose sur une couche
- 1 Vers 1885, on exigeait même 20 pour 100.
- Fig. 3. — Étangs de cristallisation, l’un rempli de solution, Vautre pendant le remplissage, el le troisième vide.
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- d’argile [cola], sous laquelle vient le fond de roches primitives.
- Il est, en outre, arrivé qu’une remise en mouvement des nitrates les ait dissous et transportés dans un nouveau bassin, où ils ont recristallisé dans des conditions un peu différentes (Salar del Carmen, près Àntofagasta).
- Exploitation. — La mise en exploitation de ces gisements présente, par suite des conditions climatériques, des difficultés très grandes, dont la première est l’impossibilité de se procurer l’eau potable. Les nitrates n’affleurant pas, on commence par forer des trous de sonde jusqu’à la coba, située à la base de la caliche (fig. 1). On fait alors sauter avec une poudre à action lente, fabriquée dans les usines à nitrates elles-mêmes, afin d’ouvrir et de déchirer le terrain sur une aussi grande étendue que possible (fig. 2). On enlève ensuite le terrain supérieur, on extrait la caliche et on la transporte aux usines « officinas », où elle est concassée, puis traitée dans des chaudières de dissolution (fi g. 4) afin d’extraire par des cristallisations répétées le nitrate à l’exclusion des autres sels nuisibles. La solution chaude s’écoule par des canaux dans des étangs de cristallisation (fig. 5) ; puis les eaux mères en sont extraites et employées encore à la fabrication de l’iode, pour lequel elles ont aujourd’hui presque un monopole.
- Le produit marchand est un nitrate gris pour engrais chimique, tenant 95 pour 100 de nitrate de soude, 2 pour 100 de chlorure de sodium, 0,6 de sulfates et 2,3 d’humidité. On peut encore obtenir un nitrate blanc pur à 96 pour 100, dit nitrate raffiné.
- Situation industrielle. — La situation industrielle du marché des nitrates est, nous y avons fait allusion en commençant, déplorable actuellement. De 1903 à 1907, les exportations du Chili sont constamment restées supérieures à la consommation mondiale.
- Depuis 1907, les stocks totaux se sont accrus au point d’atteindre les deux tiers d’une consommation annuelle. Par suite, du cours de 26 fr. 75 atteint en 1908, on est redescendu à 21 fr. en 1910.
- Cet état de choses tient moins, comme on pourrait le croire d’abord, à la concurrence des nitrates artificiels, limitée jusqu’ici, qu’au développement exagéré des sociétés chiliennes et à la rupture d’une entente, dite « combinaison », qui avait pour but de limiter la production. Cette combinaison a été dénoncée le 31 mars 1909. Les cours des grandes valeurs nitratières, telles que le Lagunas et le Lautaro, ont baissé en conséquence, de moitié ou du tiers. Aujourd’hui, les producteurs espèrent y remédier, à la fois en restreignant la production et en poussant au développement de la consommation, qui pourrait être, disent-ils, dans le monde, sept ou huit fois ce qu’elle est.
- On peut se demander si ce surplus de consommation ne sera pas progressivement absorbé par l’industrie des nitrates artificiels, dont la capacité de production, actuellement limitée à un million de tonnes, est susceptible de s’accroître considérablement dans l’avenir, d’autant plus que, si les réserves de minerais pauvres sont abondantes au Chili, il en est tout autrement des minerais riches, seuls réellement^productifs.
- L. De Launay.
- Fig. 4. — Chaudières de dissolution.
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- LE PONT FLOTTANT DE MECHRA BEN ABBOU, DANS LES CHAOUIA
- Le pont flottant de Mechra ben Abbou, construit sous les ordres du lieutenant Godlewski par les sapeurs du génie, aidés des légionnaires du lieu- - ~
- tenant deFéraudy,
- est une des œuvres ,
- les plus utiles que les Français aient exécutées en Chaouïa. L’oued Oum-er-Rbia forme actuellement la limite du pays occupé par nos troupes; véritable torrent jusqu’à son embouchure, il descend du Moyen-Atlas entre deux murailles de rochers et son lit, parsemé de seuils qui ont donné naisssance à des gués, n’en reste pas moins difficile à franchir en raison de crues subites, de la vitesse et de la force du courant. Les caravanes allant ou s’en revenant de Casablanca à Marrakech devaient, soit rester sur les berges en attendant le moment favorable, soit avoir recours à des passeurs qui profitaient de la situation pour exagérer le prix de leurs services. Pour remédier à ces inconvénients, le général Moinier décida d’établir un pont flottant qui assure en tout temps les communications entre les rives Chaouïa et Rehamna.
- On demandait aux constructeurs un bac important : aussi le lieu désigné se trouve-t-il un peu à l’écart de la grande route habituelle, mais sur un raccourci, car placé dans sa position logique à Mechra el Ouassa, à 1 km en amont, on n’eût pas rencontré la profondeur d’eau suffisante. A Mechra ben Abbou la profondeur varie
- de 1,25 m. à 0,00; le volume d’eau roulé est de 70 m3 par seconde aux basses eaux; sa vitesse, qui atteint
- 1,25 m. est en moyenne de 0,95. A 200 m. en amont de l’endroit choisi, le fleuve fait un coude, puis il va s’élargissant et atteint 75 m. à la hauteur du bac. Un faisceau de câbles en acier est solidement fixé dans la partie concave de la rive gauche et soutenu hors de l’eau, de 50 en 50 m. par de petits radeaux formés de deux tonneaux accolés ; le radeau principal, auquel vient, s’attacher le câble, est composé de deux grandesMiarquesI à fond plat reliées par un plancher de madriers ; un ingénieux dispositif de passerelles basculantes, assurant la jonction du plancher et de la rive, facilite l’embarquement des voyageurs et des animaux tandis qu’elles se relèvent pendant la traversée pour former barrière et prévenir tout accident; enfin des rampes d’accès en pentes douces ont été aménagées sur chaque berge. Un seul homme, armé d’une longue rame, suffit à conduire l’engin : la manœuvre est des plus simples : dès que, les voyageurs installés
- Fig. 3. — Schéma du dispositif des passerelles : DDD, charpente supportant les câbles; AA', passerelles mobiles. La passerelle A' est inclinée sur la rive pour faciliter l'embarquement; a a', position des passerelles relevées pendant la. traversée; cc câble d'acier joignant les passerelles ; E, charnières autour desquelles évoluent les passerelles; F, garde-fou; g, barques à fond plat.
- et la passerelle relevée, la machine a été livrée à elle-même, la rame servant de gouvernail est inclinée selon
- Fig. 2. — Schéma du pont flottant : A, point d’attache;
- BB, radeaux formés de deux tonneaux accolés et soutenan t le câble c; D, pont flottant; E, rame gouvernail.
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- LE TIR CONTRE LES BALLONS
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- l’angle voulu; le radeau, entraîné vers le large mais retenu par le câble, oscille à la façon d’un pendule et, grâce à un second coup de rame, vient se ranger le long de la rive opposée. Quelques minutes suffisent, temps d’embarquement compris, pour transporter quatre chameaux et leurs conducteurs. Le tarif demandé est minime : un guerch1 par piéton ou par quatre têtes de petits animaux (moutons, chèvres...), deux grouch par cavalier avec sa monture ou par chameau avec son conducteur. Malgré ces exigences modestes les recettes augmentent chaque jour : elles atteignaient déjà, pendant la 6e semaine après la mise en service (24 mars 1910), le chiffre de 200 francs. Ces sommes sont destinées à amortir la dépense de premier établissement, qui s’est montée à 5000 fr., et à l’entretien du bac. Pendant les premiers temps le service était effectué par des sapeurs du génie; mais très rapidement ceux-ci formèrent des indigènes, choisis par moitié parmi les riverains chaouïa
- et rehamna, qui maintenant s’acquittent fort bien de cet emploi.
- Ce pont flottant rend et est appelé à rendre d’énormes services, car, même en cas de traversées faciles, les risques étaient assez grands pour les laines et les autres marchandises périssables que le moindre faux pas des animaux jetait à l’eau, sans compter les droits de transbordement et de nzala que les populations limitrophes s’étaient adjugé le pouvoir de créer sans aucun titre la plupart du temps. Tous ces inconvénients ont disparu aujourd’hui, grâce à la science et à l’habileté de nos officiers et de nos soldats ; et les indigènes apprécient à ce point notre initiative que ceux qui, généralement par avarice, ne veulent pas recourir au pont flottant, n’empruntent pas l’ancien gué de Mechra ben Abbou, mais font un détour et traversent le fleuve en amont ou en aval, en se cachant pour éviter les moqueries de leurs J. Ladreit de Lacharrière.
- coréligionnaires.
- LE TIR CONTRE LES BALLONS
- La Nature a déjà exposé avec détails, dans un précédent article, la question du tir contre les ballons (Y. n° 1898, 9oct., 1909, p. 290. Le tir contre les ballons dirigeables, par L. Fournier). On trouvera dans cet article la description du matériel créé par Krupp pour lutter contre les véhicules aériens, et l’indication des difficultés très nombreuses qui risquent de rendre bien souvent inefficace le tir contre les ballons. Le ballon est mobile, et il est très difficile d’apprécier sa distance et sa hauteur; la possibilité de réglage d’un tir aérien paraît au premier abord très problématique. On sait que les artilleurs règlent leurs tirs terrestres par encadrement de l’objectif entre des coups courts et des coups longs. Comment,, lorsqu’un projectile éclate dans les airs, apprécier si le coup est court ou long? Le tir sur ballons s’effectuera presque toujours sous de grands angles et les artilleurs savent que dans ce tir le pointage est beaucoup plus difficile à régler que dans les tirs sous de faibles angles. En outre, il comporte une inconnue de plus.
- Quand l’axe du canon est faiblement incliné sur l’horizontale, les éléments sur qui l’on agit pour régler un tir sont uniquement l’inclinaison et la direction du canon. Mais lorsque le canon tire sous de grands angles, un troisième élément intervient : la charge de poudre. La charge de poudre nécessaire pour faire atteindre au projectile un but situé à une distance déterminée du canon, varie, en effet, avec l’angle de tir. Il reste la ressource de mettre toujours dans la douille du projectile une charge suffisante pour lui faire dépasser le but ; par exemple, si l’on veut pouvoir commencer le tir à 2 km., avoir des projectiles suffisamment chargés pour porter au moins à cette distance ; suivant l’angle ils pourront aller beaucoup plus loin, mais jamais moins. C’est se condamner à n’avoir que des coups longs. Comment se fera le réglage, déjà bien aléatoire?
- Ce n’est pas tout : il ne suffit pas qu’un obus 1. Petite pièce de monnaie marocaine valant environ 0 fr. 15.
- atteigne le ballon, à moins, s’il s’agit d’un dirigeable, qu’il ne le touche dans ses œuvres vives, au moteur ou à l’hélice : un obus qui traversera l’enveloppe d’un ballon ne paralysera pas le navire aérien. Pour que le projectile soit efficace, il faut qu’il éclate dès son contact avec le ballon ; l’enveloppe déchirée dans tous les sens ne pourra plus retenir le gaz, et l’aéronef viendra s’écraser sur le sol.
- Outre ces difficultés techniques, il y a encore les difficultés tactiques ; comment effectuer la poursuite du dirigeable, rechercher la bonne position de tir, combiner l’action de plusieurs pièces de canon, voire de plusieurs batteries?
- On le voit, le tir aux ballons demande la solution de problèmes ardus. Mais les progrès rapides de la navigation aérienne militaire exigent que ces problèmes soient résolus à bref délai. Une arme nouvelle est née, il faut trouver contre elle une nouvelle arme. Il semble que ce soit surtout en Allemagne que les études du tir d’artillerie contre les ballons ont été poussées le plus activement. Néanmoins on s’en préoccupe aussi en France, et nous croyons savoir qu’aux prochaines grandes manœuvres une voiture automobile, munie d’une pièce de canon spéciale, recevra pour mission de pourchasser dirigeables et aéroplanes.
- Les photographies ci-contre ont été prises au cours d’expériences de tir faites par la maison Krupp sur de petits ballons captifs. On se rendra compte • en les examinant de la façon dont a été rendu possible le réglage du tir. Le projectile tiré est un obus fumigène dont la trajectoire reste en quelque sorte inscrite dans l’atmosphère et permet de reconnaître assez aisément si le projectile passe plus haut ou plus bas que le but, à droite ou à gauche. Les flammes et la fumée qui rendent la trajectoire visible en permanence ont en outre pour effet ide mettre le feu à l’enveloppe du ballon qui vient bientôt s’abîmer sur le sol.
- Si le dirigeable descend trop près de l’ennemi, ou
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- LE TIR CONTRE LES BALLONS
- Canon Krupp pour tir contre les ballons monté sur un camion automobile
- La trajectoire d’un obus fumigène tiré contre un ballon.
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- LE TJR CONTRE LES BALLONS
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- Le tir contre un ballon. 4
- Le ballon prend Jeu.
- Le ballon atteint le sol où il achève de brûler.
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- PHOTOMICROGRAPHIES DES GRÊLONS
- se laisse surprendre par lui en train de manœuvrer contre le vent ou la pluie, il est certain qu’il offrira au tir de l’artillerie un objectif des plus vulnérables. En revanche, s’il s’empresse de regagner les hautes altitudes au moment du danger, l’efficacité du tir au canon paraît bien problématique. L’aéroplane
- plus souple, moins volumineux et moins fragile que le dirigeable, filant de 60 à 80 km à l’heure, offrira aux coups ennemis une cible bien plus difficile encore à atteindre et qui se jouera assez facilement, semble-t-il, des canons rivés au sol, fussent-ils montés sur automobiles.
- PHOTOMICROGRAPHIES DE GRÊLONS
- Fig. i.
- Photo d'une coupe ultra-mince.
- Dans notre n° 1938, du 16 juillet 1910 (p. 108), M. Boris Weinberg a expliqué par quels moyens l’on pouvait en été conserver des grêlons. La question présente uu vif intérêt : il est important, en effet, de pouvoir étudier à loisir les grêlons, et examiner leur structure : nous savons, en somme, peu de choses sur la grêle, et nos connaissances se réduisent pour la plupart à des hypothèses mal vérifiées. L’examen méthodique des grêlons peut permettre de percer le mystère qui plane encore sur l’origine et le mode de formation de la grêle.
- M. Boris Weinberg nous adresse de bellesphotomicro-graphies de grêlons recueillis par lui à Tomsk, lors d’un le 51 mai-12 juin dernier.
- Fig. 3. — Même plaque que fig. 2 pliôto-micrographièe entre niçois croisés.
- court orage à grêle survenu 11 a prélevé sur ces grêlons
- Fig. 2. — Plaque mince photomicrographièe entre niçois parallèles.
- des coupes minces qu’il a photographiées à travers son microscope polarisant suivant le procédé décrit par lui dans l’article cité plus haut.
- Comme on pourra le constater sur les reproductions ci-contre de ces microphotographies, les grêlons observés étaient formés d’une multitude d’individus cristallins, de grandeur et de forme très variées. Entre ces grains on constate des interstices également très irréguliers ; même irrégularité encore dans l’orientation des axes optiques des grains cristallins. Aucune ï'elation, donc, entre la structure cristallographique et la structure physique (couches sphériques tour à tour laiteuses et transparentes, découpées radialement par des raies de bulles d’air, souvent de forme oblongue dans la direction des rayons).
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des i6 et i% août 1910. — Pré
- Les oscillations de la tour Eiffel. — M. le général Bassot présente une Note du colonel Bourgeois sur le mouvement diurne de la tour Eiffel. Le sommet oscille au cours de chaque journée, et cette oscillation est due à la chaleur solaire qui agit différemment sur les quatre piliers aux diverses heures de la journée. L’oscillation, dont l’amplitude est d’une dizaine de centimètres, se produit en été dans le sens Est-Ouest et en hiver dans le sens Nord-Sud. Cette différence très nette dans le sens du mouvement, suivant les saisons, s’explique en considérant la position du petit cercle de la sphère céleste que décrit le soleil, à la latitude de Paris, en été et en hiver. Les études relatives aux oscillations diurnes de la tour Eiffel ont été faites par les officiers du service géographique de l’armée en 1896, 1908 et 1910. De 1896 à 1908, la projection de la position moyenne du pied du paratonnerre sur le sol n’a pas varié. Elle n’a subi, en outre, aucune variation de 1908 à 1910 par suite des inondations dernières. Cette stabilité remarquable de la tour tient à ce que ses fondations, lors de la construction, ont été descendues au-dessous du plus ancien lit de la Seine.
- Décomposition des corps organiques par les rayons ultra-violets. — M. Wallerant présente une Note de M. Daniel Berthelot relative à l’action des rayons ultraviolets sur les corps organiques. Les auteurs ont constaté, en étudiant successivement les alcools, les aldéhydes et les acides que la décomposition photochimique est aussi profonde que la décomposition électrolytique et qu’elle peut servir aussi facilement à caractériser les corps. Par suite, l’énergie photochimique paraît appelée à rendre aux chimistes des services comparables à ceux fournis par l’énergie électrique.
- idence de MM. Bouchard et E. Picard.
- Enumérations de communications. — M. le secrétaire perpétuel Van Tieghem énumère dans l’ordre suivant les communications directement adressées par les auteurs, ou déposées par les membres de l’Académie : Mémoire de M. Paul Sabattier, correspondant de la Section de chimie, sur la préparation catalytique de dérivés des phénols ; Observations de la comète Metcalf à l’équatorial coudé de l’Observatoire de Nice, présentées par M. le général Bassot; Note de M. Fekete sur un Lhéorème de Landau, déposée par M. E. Picard; Mémoire de M. Kotaro Honda intitulé : Loi de variation du coefficient spécifique d’aimantation des éléments sous l’effet de la température, envoyé par M. Lippmann ; Note de M. Guillaume, astronome de l’Observatoire de Lyon, sur les taches du Soleil pendant le 2° trimestre 1910; Note de M. Maltezos sur les images réelles de Purldnje envoyée par M. Yiolle; Résumé d’analyses chimiques se rapportant à la composition des oeillets à tige souple et à tige rigide de MM. Fondard et Gauthier déposée par M. Ilenneguy; Description d’un parasite des sangsues, par M. liesse, déposée par M. Perrier; Description d’un bimbex hyménoptère chasseur des glossines, par M. Roubaud, adressée par M. Bouvier.
- Décès. — M. le Président annonce la nouvelle de la mort de M. Eugène Rouché, membre libre de l’Académie. M. Rouché, dit-il, débuta dans la science par des mémoires d’analyse sur les séries de Lagrange. La mécanique analytique exerça ensuite son activité, puis le calcul des probabilités. L’un des mémoires de Rouché sur une question dépendant de ce calcul était fréquemment cité par Joseph Bertrand. On lui doit également des traités de statique graphique et de stéréotomie qui, à cause de leur clarté, sont d’excellents ouvrages. Ch. de Villedeuil.
- CHRONIQUE
- L’immunité dans le paludisme des Oiseaux.
- — II est admis par la plupart des auteurs que le paludisme provoque, chez les hommes qui en ont été atteints, un certain degré d’immunité. Celle-ci n’est pas absolue, mais relative : les vieux paludéens soumis à des réinfections présentent des accès, mais d’ordinaire très bénins. MM. Et. et Ed. Sergent se sont demandé (Acad, des Sciences, lor août 1910) s’il ne serait pas possible de mettre de suite les sujets exposés au paludisme dans cet état d’immunité relative, en leur évitant l’épreuve dangereuse de l’infection primitive. Pour résoudre ce problème, le paludisme humain se prêtant mal à l’expérimentation, ces deux savants ont fait porter leurs recherches sur le paludisme des Oiseaux, qui a déjà servi de
- sujet d’études à Ronald Ross, quand il démontra la transmission du paludisme par les Moustiques. De leurs minutieuses recherches, effectuées sur des canaris avec des germes (ou sporozoïtes) d’un microorganisme de la fièvre paludéenne, il résulte les deux conclusions suivantes :
- 1° Les canaris acquièrent, après une première infection paludéenne, une immunité relative, comme les hommes paludéens (acclimatement des vieux colons au paludisme) ; 2° il est possible d’éviter les risques que fait courir l’infection primitive inoculée par la trompe des moustiques, en inoculant aux sujets des sporozoïtes conservés in vitro, c’est-à-dire de véritables vaccins préparés au laboratoire. L’infection vaccinante est alors très faible ou même nulle.
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- UN HYGROMÈTRE D’UN NOUVEAU GENRE
- On sait que le psychromètre est le seul instrument qui permette de déterminer avec toute la précision voulue l’humidité de l’air atmosphérique. Or, comme cet instrument exige l’intervention de tables spéciales, on n’a pu l’employer jusqu’ici que dans les laboratoires scientifiques, tandis que les appareils à lecture directe, en dépit de leur infériorité éclatante, sont, dans la pra-
- tique courante, seuls appelés à fournir les données hygrométriques.
- On a essayé, à différentes reprises, de créer un hygromètre possédant toute la précision voulue, et néanmoins d’un maniement assez simple pour être employé dans les usines, telles que tissages, filatures, manufactures de tabac, etc.
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- Le Dr À. Katz, à Waiblingen (Wurtemberg), a cherché à faire du psychromètre bien connu, un instrument à lecture directe; il lui a donné la forme représentée à la figure ci-dessous.
- Pour mieux faire comprendre le fonctionnement de cet instrument, rappelons brièvement le principe psychro-mé trique :
- On sait qu’un thermomètre mouillé marque une température d’autant plus inférieure à celle d’un thermomètre sec que le pourcentage d’humidité dans l’air environnant est moins considérable. De nombreuses recherches faites par les physiciens ont démontré que la tension de la vapeur suspendue dans l’air peut être calculée par une formule très simple, qui comporte les indications de deux thermomètres humide et sec respectivement, ainsi que la tension de la vapeur saturée à la température indiquée par le thermomètre mouillé. L’humidité relative se détermine facilement à l’aide de ces données, concurremment avec la tension de la vapeur saturée à la température du thermomètre sec.
- Or, M. Katz a utilisé les tables de Jelinek, basées sur ces mêmes formules, pour tracer un système de courbes sur lesquelles l’index de son instrument indique d’emblée l’humidité relative de l’atmosphère. Gomme cette humidité est donnée, comme fonction de deux variables : de la température du thermomètre mouillé et de la différence des deux températures, il n’avait qu’à emprunter à ces tables, tous les points d’égale humidité relative et à les relier par des courbes. Les variations de la pression barométrique, tout en jouant un certain rôle dans ces phénomènes, n’exercent sur la valeur de l’humidité qu’une influence si faible que les données correspondant à une pression atmosphérique moyenne représentent avec une approximation très grande l’humidité vraie de l’air, indépendamment de toutes fluctuations du baromètre.
- Après avoir déduit des tables psychrométriques, toutes les températures du thermomètre mouillé et les différences de température qui correspondent à une humidité relative donnée, par exemple 50 pour 100, M. Katz a inscrit ces valeurs dans un système de coordonnées conçu de la façon suivante : il porte les indications du thermomètre mouillé comme coordonnées verticales (ordonnées) et les différences psychrométriques comme coordonnées horizontales (abscisses). Après avoir relié ces différents points par une courbe continue, il ne
- restait qu’à tracer des courbes analogues pour 55 pour 100, 60 pour 100, etc.
- Pour plus de clarté, le constructeur a cru bon de supprimer les lignes verticales du système de coordonnées, en employant un index susceptible d’un déplacement horizontal (perpendiculairement aux abscisses) avec un arc de cercle divisé, comprenant un intervalle de 10°. En faisant tourner cet index, on voit sa pointe supérieure se déplacer sur l’échelle mobile, qui correspond aux différences de température, en même temps que son extrémité inférieure se meut sur le diagramme de courbes. Cet instrument, tel que le représente la figure,
- comporte deux thermomètres psychrométriques concordant parfaitement entre eux. La cuvette de mercure est mouillée par une enveloppe l’entourant et qui plonge dans un flacon à eau suspendu en bas. Ce thermomètre mouillé, nous venons de le dire, marque une température inférieure à celle du thermomètre sec. La différence des deux indications est d’autant plus grande que l’air est plus sec.
- Or, pour déterminer l’humidité relative qui correspond à 10° C. marqués par le thermomètre sec et à 8° C., marqués par le thermomètre mouillé, on n’a qu’à faire tourner l’index, jusqu’à ce que l’extrémité supérieure pointe vers 2 (10-8), après quoi on la déplace en direction horizontale, jusqu’à ce que son extrémité inférieure vienne coïncider avec le cercle d'ordonnées 8. La courbe à proximité de laquelle se trouve alors l’extrémité inférieure de l’index, indique l’humidité relative de l’air (dans le cas présent 75 pour 100). En somme, la lecture se fait au moyen d’une abaque de maniement très simple.
- Afin de vérifier la précision des données ainsi fournies, M. Katz a comparé bon nombre d’indications de son instrument avec les valeurs déterminées par calcul d’après les tables originales : les différences maxima(de 0,5 pour 100) ont été négligeables, la précision des tables elles-mêmes ne dépassant pas 0,5 pour 100 pourvu que les indications des thermomètres soient exactes à 0,1° près.
- L’instrument décrit ci-dessus se substituera avec avantage à l’hygromètre de Saussure et aux autres instruments à lecture directe, qui, abstraction faite de leur précision limitée, présentent l’inconvénient d’un maniement excessivement délicat.
- D1 Alfred Gradenwitz.
- Psychromètre à lecture directe, du Dr A. Katz.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiuiie, rue de Fleurus 9, à Taris.
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- LA NATURE.
- N° 1945.
- 3 SEPTEMBRE 1910.
- HOPITAL POUR POISSONS
- On a créé dans les grandes villes de France et de l’étranger de nombreux établissements où l’on soigne nos compagnons à quatre pattes et les hôtes de nos volières.
- Dans ces « infirmeries » vétérinaires, d’habiles praticiens s’efforcent d’alléger les souffrances physiques des pauvres chiens blessés, des chats ou même des singes atteints de maladies,—voire des oiseaux à la santé souvent chancelante en captivité. Mais jusqu’à ces derniers temps, croyons-
- Fig. i. — Ablation partielle d’une nageoire.
- nous, (( l’hôpital pour poissons )) n’existait pas encore. L’oncle Sam, toujours à la tête du progrès, vient heureusement de combler cette lacune en annexant à l’aquarium de New-York un service de chirurgie et de médecine piscicoles.
- Dans les institutions piscicoles, on rencontre souvent, en effet, de nombreux spécimens d’espèces rares qu’on a grand intérêt à sauvegarder, soit pour le repeuplement des cours d’eau, soit en vue d’études biologiques. On s’efforce de mettre ces poissons dans des conditions d’existence identiques à celles qu’ils rencontrent dans la nature. Mais cela ne suffit pas. Il faut encore les soigner afin d’éviter une mortalité trop importante, et surtout isoler les malades, le cas échéant, pour empêcher la contamination des sujets sains.
- Visitons donc ce curieux bassin-hôpital et relatons les observations intéressantes qu’on y a faites pour le plus grand bien des habitants des eaux douces ou salées. Dans les salles de cette pittoresque « clinique » aquatique, on a aménagé des cuves à opération et des bassins servant à isoler les malades ou les convalescents. On a constaté, du reste, que les « bains de mer » achevaient la guérison des poissons de rivière fatigués. Ainsi une carpe ou une truite malade revient promptement à la santé quand on la met durant quelques jours dans l’eau salée et vice vei’sa pour les hôtes de la mer : une petite « cure » d’eau douce les rétablit très vite. Le changement de milieu s’effectue graduellement. On commence par mettre le patient dans un liquide légèrement saumâtre, maintenu à une température un peu plus élevée que celle des eaux où il vit habituellement. On tire, en particulier, grand avantage d’une telle thérapeutique pour guérir les fongosités qui atteignent souvent les petites espèces captives.
- Ces excroissances fongueuses proviennent, la plupart du temps, des meurtrissures que les poissons attrapent en se cognant sur les parois de verre ou en se bat-
- tant avec leurs compagnons. On utilise également avec succès le changement de milieu pour combattre un champignon parasite de la famille des Saprolégnies qui décime fréquemment les aquariums d’eau douce.
- Pour quelques autres maladies peu redoutables, on applique quelquefois du formol aux poissons ; mais pour certaines affections de leurs pensionnaires, les conservateurs de l’aquarium de New-York'doivent s’adresser au bistouri. Là résidait la difficulté. ' Naturellement ils ne purent étendre la sole ou le brochet à soigner sur une table d’opération comme de malheureux humains ou les entraver dans un appareil spécial tels des chevaux, il leur fallut porter le pauvre poisson a charcuter dans un caisson particulier. Puis le chirurgien le saisit de la main gauche, tandis que de la droite il manie son instrument.
- Les opérations pratiquées couramment dans l’établissement américain sont les curettages et les raclages qui se terminent presque toujours par une guérison. On coupe souvent aussi les extrémités de nageoires endommagées par des végétations cryptogamiques (fig.l), et on fait des ponctions à la vessie natatoire distendue. Ce dernier accident se produit quand on extrait le poisson trop brusquement hors de l’eau. Arrivé à la surface, il avale une trop forte provision d’air sans avoir chassé le liquide emmagasiné dans sa vessie. Celle-ci ne fonctionne plus, et l’animal se congestionnne si l’on ne le secourt pas rapidement. Pour cela, on met le patient sur une planche inclinée, de façon que sa tête demeure immergée, et on le frictionne aux alentours des ouïes, ce qui détermine l’évacuation de l’air emmagasiné dans la vessie. Si ce massage ne suffit pas, le chirurgien doit pratiquer une
- Fig. 2. — Ponction de la vessie natatoire.
- ponction au moyen d’une aiguille qu’il enfonce dans la vessie derrière la nageoire pectorale (fig.2).L’air s’échappe alors par cet orifice.
- Enfin, parmi les victoires du bistouri remportées a l’aquarium de New-York, et que signale notre excellent confrère Scientific American, nous retiendrons l’extraction d’excroissances fongueuses sur les nageoires d’un requin mesurant 5 pieds de longueur et un greffage de peau sur une anguille. Puissent ces encourageants succès chirurgicaux, amener les établissements de pisciculture et les laboratoires de biologie maritime à installer des hôpitaux semblables où leurs aquatiques malades pourront recouvrer la santé. Jacques Boyer.
- 38e année. — ae semestre.
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- RECOUPEMENT D’UN ABIME PAR LE TUNNEL DU MONT ORSO (ITALIE)
- Sur une nouvelle ligne cle chemin de fer qui doil relier Rome et Naples, on creuse en ce moment, sous le mont Orso, près Sonnino, un tunnel qui aura 7 km de long. Le 1 1 mai dernier, à 2700 m. environ de l’entrée Nord (côté Rome), un coup de mine de la galerie d’avancement déboucha soudain dans un vide naturel énorme. Peu s’en fallut que des ouvriers n’y tombassent en le découvrant subitement! C’est en réalité un gouffre, assez incliné sur l’horizon, qui paraît descendre jusqu’au niveau de la mer (et a 51 m. (?) de profondeur). Il aurait 60 m. (?) de largeur et la galerie l’a traversé un peu de côté. L’abondance des fissures dans les roches du mont Orso fait craindre de rencontrer d’autres accidents analogues.
- Cette manifestation est toute naturelle : la Speedwell-Mine en Derbyshire (Angleterre) a recoupé ainsi un gouffre dé plus de 100 m. de haut; sous le Larzac, le chemin de fer de Tournemire au Yigan a franchi d’amples vides en traversant la grande faille du Larzac ; deux tunnels entre Brive et Cahors ont percé des grottes; et d’autres exemples ne sont point rares. Ce qui est plutôt surprenant, c’est que ce fait ne se produise
- pas plus souvent dans les terrains fissurés, et sillonnés d’eaux souterraines, des calcaires.
- L’importance du gouffre du mont Orso va gêner considérablement les travaux : on devra d’abord contourner la cavité pour les poursuivre de l’autre côté. On parle de combler ensuite le vide lui-même : il serait imprudent d’opérer ainsi sans en avoir bien exploré les profondeurs, sans s’être assuré qu’il n’est pas en relation plus ou moins directe avec quelque cours d’eau souterrain ; en effet, si un tel courant existait, son action érosive ne tarderait pas à miner à la base le remplissage du gouffre ; il pourrait en résulter des tassements qui risqueraient d’aboutir à la dislocation de la voie ferrée sur ce point et sans doute à quelque accident. Il y aurait lieu d’attirer l’attention des entrepreneurs sur ce point. En tout cas, ce fait prouve une fois de plus la nécessité de reconnaître sou-terrainement les sols, dans la mesure du possible, pour les travaux de tunnels : le Simplon et le Lôtschberg l’on t déjà établi. C’est surtout pour la traversée du Jura que cette précaution devra être prise, si on y met à exécution un projet quelconque de long tunnel. •
- NOUVEAU PROCÉDÉ DE FABRICATION DES FILS MÉTALLIQUES
- Les fils dorés et argentés dont on fait un si grand emploi dans la passementerie, sont préparés en enroulant une fine bande métallique autour d’un fil ordinaire. Le procédé est assez compliqué, partant coûteux; et il ne permet d’obtenir que des brins hétérogènes, l’enveloppe métallique pouvant s’écailler, se découper, se dérouler. Les techniciens des usines Bayer viennent d’imaginer une méthode beaucoup plus élégante : on incorpore les poudres métalliques à un apprêt dont sont enduits les fils à dorer ou à argenter, ainsi enrobés dans une gaine brillante qui fait corps avec les fibres textiles. Comme cet apprêt est une solution (dans le chloroforme ou un dérivé chloré de carbures) d’un sel cellulosique (de pré-
- férence un acétate), on conçoit que la couche superficielle fasse corps avec la substance dès fibres, le tout formant un ensemble solide. En outre, les pigments brillants métalliques étant enveloppés de cellulose, sont abrités du contact de l’air, d’où possibilité d’employer des bronzes et similis, or ou argent divers qui garderont longtemps leur éclat. Le brillant et la solidité sont d’autant mieux assurés que le traitement dans la première solution cellulosique mélangée de poudres métalliques est suivi d’un passage dans une seconde solution analogue, colorée ou non, mais ne contenant pas de poudres; il se forme en quelque sorte un vernis protégeant le premier apprêt, augmentant l’éclat et permettant de -nuancer les teintes.
- RÉSULTATS SCIENTIFIQUES DE LA
- Une expédition polaire comme celle du Pourquoi-Pas? grâce à la valeur de son chef, entouré des collaborateurs qu’il avait réunis, ne pouvait manquer d’être brillante. La première campagne, si fructueuse, du Dr Charcot, était un sur pronostic de ce (|ue serait la seconde, dont le programme si bien tracé a été tout aussi bien exécuté dans les limites extrêmes du possible.
- Sur les conditions dans lesquelles s’est organisée la deuxième expédition antarctique française, nous n’avons pas à revenir ; les caractéristiques du Pourquoi-Pas? ont été données ici-même (Y. n° 1835) ainsi que tous les détails relatifs au programme et au départ de nos courageux compatriotes.
- On sait qu’après deux campagnes d’été et un hivernage, ils ont repris contact avec le monde civilisé en février dernier, et sont rentrés en France dans le courant de juin.
- 1. Toutes les photos de cet article sont de M. Charcot, prises avec un Kodak.
- SECONDE EXPÉDITION CHARCOT1
- Tout de suite, les découvertes effectuées ont été connues, mais d’une façon générale. Maintenant, grâce à la publication qui vient d’être faite des premiers rapports1, il nous est possible de faire connaître l’importance des résultats scientifiques obtenus. Et quoique nous les indiquions seulement dans leurs grandes lignes, et d’une façon forcément très résumée, ils sont tellement nombreux que le côté pittoresque ne saurait avoir sa place en même temps ici. Au surplus, l’histoire de l’expédition du Pourquoi-Pas? a déjà été narrée plus ou moins complètement.
- Le domaine de la géographie tout d’abord s’est enrichi de connaissances nouvelles très considérables. Les rapports du Dr Charcot disent qu’après avoir reconnu les régions précédemment explorées par le Français, on a précisé en grand nombre des détails topographiques encore mal connus. Par exemple,
- 1. Rapports préliminaires sur les travaux exécutés dans VAntarctique par la mission commandée par M. le D1' Charcot, de 1908 à 1910. Gauthier-Yillars. Paris.
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- les côtes de la terre de Graham, et de la terre Loubet, seulement indiquées jusqu’alors, ont été relevées avec soin, et à partir de cette dernière, c’est l’inconnu qui a été mis en lumière.
- Car bien que deux ou trois points de ces parages se trouvaient déjà mentionnés, comme l’île Adélaïde, jadis aperçue par Biscoë, et la terre Alexandre, on peut dire que leur véritable importance s’est trouvée révélée par la mission Charcot. Ainsi l’île Adélaïde que l’on croyait petite, d’environ 7 milles de longueur, possède en réalité une extension de 140 km! Au Sud de cette région, une immense baie, la baie Marguerite, dont l’étude géographique et hydrographique a été faite soigneusement, s’ouvre dans les terres reliant la terre Loubet à celle dont fait partie la terre Alexandre Ier. Puis, au Sud encore de cette dernière, on a relevé de nouveaux groupes d’îles, la prolongeant jusque dans la grande banquise dont l’infranchissable muraille empêche d’aborder par là le continent antarctique.
- Voilà pour la première campagne d’été. Après l’hivernage à la terre Petermann, la seconde fut entreprise dans les régions inexplorées du Sud et de l’Ouest. C’est ainsi que de grandes terres insoupçonnées ont été reconnues, sans que la banquise permît d’y aborder, par 77° de longitude W. et 70° de latitude A. Après de nouvelles reconnaissances à la terre Alexandre Ier, la navigation fut poursuivie vers l’Ouest, en contournant l’île Pierre Ier dont la situation, indiquée jadis par Bellinghausen, se trouve exacte. Dans cette exploration très périlleuse à travers des glaces exceptionnellement abondantes, le Pourquoi-Pas? a poussé jusqu’au 126° de longitude W., reconnaissant ainsi un vaste contour inexploré de l’Antarctique. L’ensemble des terres nouvelles découvertes s’étend sur 2000 milles (5700 km) de longueur.
- La dernière partie de la croisière s’est trouvée
- Fig. 2. — La glace au large de la terre Alexandre Ier.
- arrêtée par l’épuisement rapide du charbon, par suite des conditions particulières de cette navigation difficile, et aussi en raison de la santé générale à bord. Sans ces obstacles devant lesquels les volontés les plus énergiques sont obligées de s’incliner, nos vaillants explorateurs pouvaient espérer arriver jusqu’à la terre Edouard VII, et relier ainsi de sûre façon deux points bien connus du continent Austral.
- A côté de ces résultats géographiques si considérables les observations de toutes sortes, accumulées pendant les marches ou les stations, ont été tout aussi importantes.
- M. le lieutenant de vaisseau Bongrain était chargé des travaux d’hydrographie, ainsi que des observa-
- Fig. i. — Le sommet de Vile Jenny.
- tions relatives à l’étude de la pesanteur et des mouvements sismiques. Il a déterminé les positions géographiques, effectué des transports de temps chronométriques, et les points à la mer dans dix stations, depuis l’île Petermann jusqu’à l’île Pierre I01'; en même temps il a repéré avec le plus grand soin les roches.
- Notons aussi que des sondages nombreux ont été pratiqués avec MM. Rouch et Godfroy, enseignes de vaisseaux, et que parmi bien des données intéressantes ils ont permis de reconnaître une fosse profonde inconnue, au voisinage de l’île Pierre Ier : 3030, 4000, pas de fond, 4350, 4050, telles sont quelques-unes des grandes profondeurs rencontrées dans ces parages. Au milieu des îles, près des côtes des terres Graham, les fonds se tiennent très variables, de quelques centaines de mètres ; les points plus relevés sont assez rares.
- Les cartes suivantes ont été exécutées : carte générale de la terre de Graham et des îles voisines, jusqu’à 70° de latitude; carte de la côte Ouest de cette terre, entre 60° 50' et 70° avec cartes détaillées des baies Marguerite et Matha ; cartes de secteurs visibles des stations d’hivernage du 65° au 66° ; carte de l’île Wandel au cap des Trois-Perez ; plan du cratère de l’île Déception, de la baie de l’Amirauté ; enfin carte de l’itinéraire des deux campagnes d’été 1908-1909 et 1909-1910.
- Les autres recherches du même observateur, les déterminations de la pesanteur faites un peu partout ne sont pas encore entièrement réduites ; mais les premiers résultats calculés semblent accuser quelques différences avec la théorie. Enfin l’enregistrement de phénomènes sismiques, pendant huit mois principalement au lieu d’hivernage, a donné l’indication de deux tremblements de terre, de cinq tempêtes sismiques ainsi que de nombreux frémissements du sol.
- Ces dernières particularités nous amènent tout
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- naturellement à parler de la nature des terrains, déterminations confiée à M. Gourdon, laquelle faisait
- Fig. 3. — Lancé d’un ballon météorologique.
- déjà partie de la première expédition. Aussi ces recherches faisaient-elles suite aisément à celles déjà entreprises par lui, et il les a largement complétées.
- Les formations volcaniques sont fréquentes, particulièrement aux Shetlands du sud, ainsi qu’à la baie de l’Amirauté qui en est entièrement constituée. A l’île Déception, formée de tufs et de basaltes, des fumerolles ont été notées. Aucun terrain sédimen-taire n’a pu être rencontré, mais en certains points comme à l’île Jenny (baie Marguerite), des cordons littoraux et une haute terrasse de galets montrent ainsi la trace d’anciens niveaux marins, dénotant des mouvements importants dans toute cette région dont l’allure caractéristique est la suivante : relief alpestre, direction générale des chaînes N.E.-S.W. avec des côtes extrêmement découpées, laissant des canaux parallèles dans cette même direction avec des coupures perpendiculaires. Les nombreux sondages effectués d’autre part montrent l’existence d’un plateau continental.
- M. Gourdon a étudié aussi les glaciers de la terre de Graham et en a fait la topographie, en même
- Fig. 5. — La banquise dans la baie Marguerite. Les hautes terres de Vile Adélaïde.
- temps que des repères soigneusement établis permettront aux expéditions futures de préciser la marche de ces glaciers. ; i—
- Dans ces parages les marées sont importantes; elles ont fait l’objet des recherches de M. l’enseigne de vaisseau Godfroy, qui a enregistré à l’île Peter-mann 225 journées d’observations et 18 à l’île Déception, ainsi que quelques séries destinées à étudier la propagation de l’onde de marée de l’An-tarctique. Les calculs définitifs ne sont pas encore achevés, mais dès maintenant on peut reconnaître la concordance des amplitudes des ondes diurnes et semi-diurnes lunaires avec celles théoriques ; ces calculs montrent aussi que la grandeur relative des ondes solaires par rapport à celles lunaires est considérable, et qu’il y a une forte amplitude relative aux ondes à longue période. Enfin, à Port-Circoncision a été notée l’action des variations de la pression barométrique sur le niveau de la mer.
- M. Godfroy (qui s’est occupé aussi des levés de plans) a fait de nombreuses prises d’échantillons d’air et d’eaux météoriques conformément au programme tracé; ces échantillons feront l’objet d’études ultérieures par des spécialistes, et nous
- Fig. 4. — Arcade de glace.
- renseigneront sur la composition de l’atmosphère dans ces parages.
- Quant à l’étude directe des variations de celle-ci, elle était poursuivie par M. Rouch, enseigne de vaisseau, qui avait pendant l’hivernage installé deux observatoires complets, l’un au niveau de la mer, l’autre à 35 m. d’élévation. Au cours des campagnes d’été, l’observatoire était installé à bord.
- Donner le détail de ces longues séries d’observations serait impossible dans un cadre aussi restreint, mais on peut affirmer que l’ensemble sera des plus précieux,, particulièrement pour l’étude des mouvements aériens, coups de vents et tempêtes si fréquents dans ces régions. Cependant, relevons les chiffres principaux. La pression barométrique moyenne annuelle est de 739,57 mm oscillant entre les deux extrêmes observés de 765 mm, et 705,1 mm en septembre 1909. La température moyenne a été trouvée égale à —2®,78 ; minimum absolu — 23°,9 en juillet et maximum 4-8°,6 en mars 1909. La nébulosité se tient à un chiffre élevé, la moyenne étant de 8,1, en représentant par 10 un ciel entière-
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- ment couvert. Les jours de précipitations sont en I meme temps très nombreux : 240 sur les 517 jour- I nées d’observations. Pendant cette même durée, les coups de vent s’étendent sur 59 jours, et c’est à 127 que peuvent se compter ceux où les vents ont soufflé avec une vitesse de 40 km. En général c’est du Nord 50° Est que soufflent les vents.
- En même temps que ces observations, M. Rouch s’est occupé de l’électricité atmosphérique dont la variation annuelle s’est trouvée nettement marquée avec un minimum en juin.
- Quant à l’étude si importante du magnétisme terrestre, c’est M. Senouque qui s’en était chargé. Ces intéressants travaux donnèrent les déterminations absolues des trois éléments du champ terrestre aux points suivants : île Déception, Port-Locltroy, île Petermann, île Jenny, baie Matha, baie de l’Amirauté.
- Au cours de l’enregistrement des éléments magnétiques, pendant l’hivernage, les perturbations ont été très nombreuses, excepté en juin et juillet ; cepen-
- Fig. 7. — Port-Circoncision : station d'hivernage du Pourquoi-Pas ?
- dant aucune aurore polaire importante n’a été vue. I
- M. Senouque a entrepris également des recher- | ches actinométriques, et elles ont démontré que l’atmosphère dans cette portion du globe était bien plus transparente que dans les régions tempérées. En effet, tandis qu’à Paris (Parc Saint-Maur) le maximum enregistré est de lcal,16 on trouve à l’île Déception lcaI,55.
- Enfin, en plus de toutes observations, leur auteur était chargé de la photographie ; il a réuni ainsi une très importante collection de clichés scientifiques, vues de côtes éloignées prises au télé-objectif, tours d’horizon au photothéodolite, cristallisation de la banquise et reproductions d’animaux.
- P’our clore la série de ces belles recherches, il faut parler des travaux de zoologie et de botanique, dont MM. le Dr Jacques Liouville et Gain étaient chargés.
- Leur liste trop longue serait difficile à faire, et nous ne pouvons que mentionner la nature de ces travaux. Aussi bien ce sont surtout des pièces et des échantillons rapportés, dont l’étude se poursuivra,
- maintenant dans les laboratoires. M. Liouville revient ainsi avec d’énormes collections de peaux,
- Fig. 6. — Port-Circoncision : la glace se forme autour du bateau.
- de squelettes, parasites, pièces pathologiques, préparations, concernant les invertébrés marins ; il faut y ajouter les résultats des dragages, les éléments recueillis dans les boues profondes, puis les frottis destinés aux études bactériologiques.
- M. qui Gain, partageait ces recherches zoologiques, s’est occupé à lui seul delà botanique. Il a réuni des collections d’algues très importantes, de cryptogames cellulaires, mousses, lichens, etc., sans compter des cultures de neige verte. Enfin il faut noter la récolte, jusqu’au 68e degré de lat. S. des deux seuls phanérogames antarctiques, colobanthus crassifolius et aira antarctica rencontrés fleuris.
- Avons-nous pu montrer l’importance de l’œuvre de l’expédition du Dr Charcot? Sans doute dans ce très bref résumé, outre les documents non encore mis au point, quelques omissions ont pu se glisser. Mais alors ces lacunes ne font que montrer davantage l’importance des résultats acquis.
- De la riche moisson recueillie dans de telles conditions la science française peut être fière, et elle
- Fig. 8. — Port-Circoncision : cabane pour le sismographe, avec le poteau du fil électrique.
- témoignera sans réserves sa reconnaissance aux savants audacieux qui ont lutté pour son éclat toujours plus grand. Lucien Rudaux.
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- UN CONGRÈS SOLAIRE A DEUX MILLE MÈTRES D’ALTITUDE
- L’Observatoire du Mont-Wilson
- Lundi prochain, 29 août, le quatrième congrès international pour les recherches solaires va s’ouvrir à l’Observatoire du Mont-Wilson (Californie) sous la présidence de M. G. E. Haie, et réunir jusqu’au 6 septembre les delegués des divers observatoires du monde.
- Le seul fait qu’une quarantaine de savants européens parcourent un tiers de la circonférence du globe pour aller discuter les résultats acquis en ces dernières années par l’étude méthodique et coordonnée du Soleil, et élaborer le programme des investigations futures, ce seul fait prouve assez l’importance de ce Congrès. Mais celui-ci, outre sa portée astronomique, offre une certaine originalité : c’est, en effet, la première fois qu’une assemblée scientifique internationale se tient à une pareille altitude, au sommet d’une montagne, à près de 2000 m. au-dessus de l’océan Pacifique. A tous les points de vue, ce congrès mérite donc une attention spéciale.
- Si l’observation du Soleil a, dès l’antiquité la plus reculée, captivé l’attention des astronomes, des philosophes et des penseurs, ce n’est qu’au commencement du xvne siècle, avec l’invention des lunettes et l’observation télescopique des taches par Galilée, qu’un premier pas a été fait vers l’étude de la physique solaire, et voici à peine un demi-siècle que notre connaissance de la constitution du Soleil est entrée dans une voie décisive. Mais depuis cette époque, elle s’est développée avec une singulière rapidité et elle a pris une remarquable ampleur : le problème solaire constitue une véritable science encyclopédique, qui comprend l’observation télescopique, les mathématiques, la photographie, la physique et la chimie, la mécanique, la spectroscopie, la météorologie, etc.
- En présence de l’étendue et de la variété des recherches solaires, M. George E. Haie comprit la nécessité de grouper les efforts et d’organiser entre les observatoires disséminés sur la surface entière du globe, une sorte de vaste réseau d’observations méthodiques, afin d’obtenir un examen ininterrompu, continu, d’heure en heure pour ainsi dire, des phénomènes solaires, but impossible à atteindre pour un seul observatoire, qui est forcément tributaire de l’état variable de l’atmosphère dans sa région.
- Il lança donc un appel international, qui fut sympathiquement accueilli. Un congrès préparatoire eut lieu à Saint-Louis (États-Unis) en 1904, afin de fixer les bases de cette organisation internationale. La première réunion du congrès permanent se tint l’année suivante (1905), à Oxford (Angleterre). Ce premier congrès effectif s’occupa spécialement de la détermination des repères fondamentaux pour la mesure des longueurs d’onde, de la mesure de l’inten-
- sité du rayonnement solaire, en différents lieux et à des altitudes également différentes, et des divers phénomènes solaires1.
- Le troisième congrès se réunit à la fin de mai 1907, à l’Observatoire de Meudon, sous la présidence de l’illustre astronome français Janssen ; 70 savants de toutes nationalités y prirent part et discutèrent notamment les questions relatives aux taches et à la constante solaire, celle-ci étant de la plus haute importance pour l’humanité tout entière, toutes les manifestations de la vie terrestre étant sous l’influence du rayonnement solaire, car si élevée que soit la température du Soleil, évaluée, d’après les mesures les plus récentes, à 6500° G. vers la surface, la déperdition continuelle d’un centième de degré devrait fatalement ramener sur la Terre une nouvelle période glaciaire.
- Le programme du quatrième congrès, qui aura lieu ces jours-ci au Mont-Wilson, contient la discussion des photographies du Soleil, obtenues quotidiennement en divers pays avec le spectrohélio-graphe; la révision du plan de l’étude coopérative du spectre des taches solaires, qui sera adapté aux conditions nouvelles résultant des récentes découvertes; enfin, les travaux effectués à l’Observatoire du Mont-Wilson, particulièrement ;la variation de la loi de rotation du Soleil à différentes altitudes de son atmosphère, et la découverte par M. G. E. Ilale, de champs magnétiques dans les taches solaires.
- L’Observatoire du Mont-Wilson. — Cet observatoire de physique solaire, véritable modèle du genre, dû à l’intelligente munificence du milliardaire américain, Andrew Carnegie, mérite une description détaillée.
- Il a été fondé en 1904 en Californie, à 1800 m. au-dessus du niveau de la mer, sa position géographique est de 34° 13' 26" en latitude nord et 118° 3' 40" en longitude ouest (méridien de Greenwich). Ce choix est justifié par la pureté de l’atmosphère de cette région, dont la transparence n’est troublée par aucun nuage pendant de longues périodes et qui, pendant la plus grande partie de l’année, se caractérise par l’absence de vents et de perturbations atmosphériques. La haute altitude de cette cime permet aux observateurs de dominer les brumes et les poussières des couches aériennes inférieures. En outre, le site est admirable, la nature s’y présente sous ses aspects les plus variés, la montagne abrupte et boisée domine le vaste azur de l’océan Pacifique. Au pied du mont sont couchées, dans la vallée, les deux villes jumelles et très modernes de Pasadena et Los Angeles, animées d’une vie intense.
- La direction du nouvel observatoire a été confiée au professeur Haie, ancien directeur de l’Observatoire
- 1. Compte rendu du Bulletin delà Société astronomique de France, décembre 1905, p. 529.
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- UN CONGRES SOLAIRE A DEUX MILLE METRES D’ALTITUDE = 215
- Yerkes, auteur de remarquables travaux et decouvertes en physique solaire, qui s’est entouré de collaborateurs éminents, parmi lesquels les professeurs Ritchey, Kapteyn, Douglass, etc.
- De plus, ce temple d’Uranie ouvre libéralement ses portes aux travailleurs de toutes nationalités dont les recherches s’harmonisent spécialement avec celles qui ont cours au mont Wilson et avec cette installation. Plusieurs de nos compatriotes y ont déjà fait des stages. D’ailleurs, le principe de la Carnegie Institution à qui il est attaché est d’assurer une large et généreuse protection aux chercheurs dignes d’intérêt qui, pour une raison quelconque, ne peuvent trouver ailleurs — dans les Universités ou dans les Observatoires — les moyens de mener à bien leurs investigations. À ceux qui se présentent à elle avec des garanties suffisantes, elle fournit laboratoires, appareils et instruments, matières premières, chauffage et éclairage, et une pension qui les met momentanément à l’abri des soucis matériels de la vie.
- Ce n’est pas sans un sentiment d’admiration que l’on songe que la fondation Carnegie a, dans une seule année, versé 50 000 fr. au savant botaniste Luther Burbank pour ses expériences d’horticulture et 500000 fr. à divers astronomes pour leurs études sur la physique du globe, sur le soleil, etc.
- Le plan de l’Observatoire a été conçu dans un but essentiellement pratique. Pas de luxe architectural ou décoratif, mais de bons instruments, façonnés avec tous les perfectionnements de l’optique moderne.
- L’un des principaux est le télescope Snow, construit dans les ateliers dépendant de l’Observatoire Yerkes, avec l’aide généreuse de miss Snow, de Chicago.
- Il se compose d’un cœlostat, formé de deux miroirs plans mesurant 0 m. 76 et 0 m. 60 de diamètre, et installé sur une plate-forme à l’extrémité sud du bâtiment qui couvre le télécospe. Le premier de ces miroirs, monté de façon que le plan de sa surface argentée soit exactement parallèle à l’axe terrestre, et mû par un mouvement d’horlogerie, réfléchit les rayons solaires sur le second miroir. Par le jeu de ces réflecteurs, les rayons lumineux sont dirigés sur un miroir concave de 0 m. 60 de diamètre, placé à une distance de 29 m. au nord du cœlostat, dans une maison d’acier, à l’abri des variations de température et de toute influence perturbatrice extérieure. Ce miroir projette à son tour les rayons solaires à 18 m. vers le sud, en un point où se forme une image solaire de 0 m. 18 de diamètre. En inclinant le miroir concave de 90°, on fait coïncider cette image avec la fente d’un spectrographe de 5 m. 50 de longueur focale, ou avec celle d’un grand spectrohéliographe.
- Dans le courant de l’année dernière, 1180 photographies solaires ont été prises avec le spectrohéliographe de 1 m. 52 adapté à ce télescope. L’examen de ces plaques a montré que les nuages — ou floc-
- culi d’hydrogène de la chromosphère — obtenus avec la ligne Eta, varient si rapidement dans leurs formes que des photographies prises à des intervalles de huit à dix heures ne peuvent servir à l’étude de la rotation solaire. Ces changements peuvent être suivis dans le détail sur des photographies prises de minute en minute.
- Un autre grand télescope de 1 m. 52 de diamètre, très différent du précédent, et construit sous la direction du professeur G. W. Ritchey, par les soins de la Carnegie Institution, est en service depuis le 15 décembre 1908 au mont Wilson. Suivant les circonstances, il peut être employé : 1° comme un télescope newtonien de 7 m. 60 de longueur focale pour la photographie directe ou la spectroscopie, un spectrographe étant alors placé au foyer; 2° comme un télescope de Cassegrain de 50 m. 50 de longueur focale, également pour la photographie directe; 5° comme un télescope de Cassegrain de 24 m. 40 de longueur focale pour les recherches spectroscopiques, avec un grand spectrographe attaché à l’extrémité inférieure du tube ; 4° comme un Cassegrain coudé pour les observations spectroscopiques, avec un très grand spectrographe monté sur des piliers dans une chambre souterraine à température constante. On obtient ainsi l’équivalent d’une longueur focale de 45 m. 50.
- Six miroirs différents correspondent à ces divers usages : 1° le miroir parabolique de 1 m. 52 de diamètre, avec une longueur focale de 7 m. 60 ; son épaisseur est de 194 mm sur le bord et de 175 mm au centre; il pèse 865 kg; 2° un miroir plan newtonien à contours elliptiques, mesurant 502 mm de-longueur, 568 mm de largeur et 79 mm d’épaisseur ; 5° le miroir plan pour l’appareil coudé, également elliptique, mesurant 565 mm de longueur, 518 mm de largeur et 92 mm d’épaisseur; 4° trois miroirs hyperboliques convexes de 406 mm,426 mm, et 445 mm de diamètre, ayant chacun une épaisseur de 76 mm.
- Pendant sa première année d’exercice, c’est-à-dire en 1909, ce grand télescope a donné des résultats très satisfaisants. Avec l’arrangement newtonien, un nombre considérable de photographies d’étoiles ont été prises par le Dr Àbetti et M. Babcock. D’après les mesures d’une série de clichés, le professeur Seares conclut qu’avec cet instrument, les parallaxes stellaires peuvent être déterminées avec une erreur possible n’excédant pas 0"016. Avec la combinaison du télescope Cassegrain, de remarquables photographies de nébuleuses ont été prises par le professeur Kapteyn.
- Par une ingénieuse disposition qu’il serait trop long de décrire ici, M. Adams a poursuivi les recherches commencées en 1901 par M. Ilale, à l’Observatoire Yerkes, dans le but de déterminer la pression existant dans les atmosphères stellaires. Les investigations concernant le beau soleil Arcturus sont sur le point d’aboutir et les résultats en seront prochainement publiés. Enfin, le professeur Kapteyn
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- s’est servi de ce même télescope pour continuer, en 1909, ses travaux relatifs l’absorption de la lumière dans sa transmission à travers l’espace. Dans l’hypothèse d’une absorption lumineuse produite par l’existence d’une matière inconnue répandue uniformément dans l’immensité interstellaire, les étoiles doivent paraître d’autant plus rouges qu’elles sont plus éloignées. Les recherches effectuées sur 1400 étoiles dont le spectre, le mouvement propre, la grandeur visuelle et photographique sont connus avec une rigoureuse précision, indiquent que l’absorption est très faible et sa détermination quantita- |
- sommet de la tour, porté sur des rails qui permettent de le faire glisser du nord au sud, et mû par un mouvement d’borlogerie qui lui fait suivre la marche apparente du Soleil, réfléchit les rayons lumineux sur un second miroir elliptique de 565 mm de longueur sur 524 mm de largeur, qui renvoie la lumière verticalement à travers une lentille de 505 mm de diamètre et 18 m. 20 de longueur focale, pointée directement sur le zénith. L’image du Soleil ainsi formée en un point situé à 1 m. 50 au-dessus du niveau du sol, tombe sur la fente d'un spectro-graphe, à travers laquelle les rayons lumineux arrivent
- Fig, i. — Cœlostat avec le deuxième miroir du télescope Snow.
- tive extrêmement difficile, car les valeurs des étoiles les plus petites, qui seraient les plus utiles pour cette étude, n’offrent pas des garanties de précision suffisantes pour être appliquées à cette investigation. Le degré de rougeur, exprimé par la différence entre l’éclat photographique et l’éclat visuel, augmente seulement de 1 pour 100 (0,009 grandeur) pour une distance de 100 années de lumière.
- Mais l’appareil le plus curieux de l’Observatoire du Mont-Wilson est assurément le télescope-tour, dans lequel le tube métallique traditionnel servant à la monture, est remplacé par une légère tour d’acier, verticale et immobile, qui s’élève dans les airs à 19 m. 82 de hauteur. Un miroir de 452 mm de diamètre, monté en cœlostat sur la plate-forme du
- sur une lentille de 152 mm de diamètre, placée dans une chambre souterraine à une profondeur de 9 m. sous la tour, et pénètrent dans un réseau de Rowland (575 lignes par mm) qui se trouve immédiatement en dessous; enfin, la lumière repasse à travers l’objectif qui dirige les images spectrales au foyer du spectrographe, où elles sont photographiées. Gn obtient ainsi des spectres qui mesurent environ 0 m. 45 de longueur.
- Les avantages présentés par cette combinaison nouvelle de télescope vertical fixe sont, paraît-il, si considérables, que la Carnegie Institution s’occupe actuellement d’ériger un second appareil analogue, mais plus colossal encore, dont la tour d’acier mesurant près de 50 m. de hauteur (exactement
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- -.....: UN CONGRÈS SOLAIRE A DEUX
- 48 m. 80) sera totalement emboîtée dans une seconde tour, la protégeant du vent et lui assurant une stabilité absolue.
- Le sommet, auquel on accédera par un ascenseur, sera couvert d’un dôme, qui abritera le cœlostat et autres pièces de l’appareil. Le spectrographe-spec-trohéliographe combiné de 25 m. de longueur focale, sera installé dans une chambre souterraine de 25 m. 80 de profondeur, en sorte que la construction complète ne mesurera pas moins de 72 m. 60 de hauteur !
- Cette merveilleuse installation va être complétée
- MILLE MÈTRES D’ALTITUDE —------------------: 217
- 20 km de l’Observatoire et muni d’un outillage parfait.
- Bien qu’il soit d’usage de diviser en deux camps nettement tranchés la science expérimentale et la science d’observation, M. Haie pense au contraire que le laboratoire est le complément indispensable de l’observatoire, les expériences faites dans le creuset, de même qu’avec l’arc et le four électriques, devant contrôler et aider à élucider les résultats télescopiques et photographiques.
- Je n’insisterai pas davantage ici sur l’installation de ce laboratoire qui, à elle seule, mériterait un article
- Sjftef'ÿ
- Fig. 2. — Le télescope-tour vert Wilson, A l’arrière plan, le
- par le gigantesque réflecteur de 2 m. 54 de diamètre, 0 m. 60 d'épaisseur et 15 m. 24 de distance îoôale, actuellement en construction, grâce au don généreux de M. J. D. Hooker, de Los Angeles, qui a déjà versé plus de 225000 fr. à l’Observatoire solaire du Mont-Wilson, pour la réalisation de ce miroir monstre.
- Cependant, nous ne traduirions pas absolument l’idée directrice du plan de cet établissement astronomique, si nous omettions de signaler le laboratoire de physique et de chimie de Pasadena, situé à
- "al de V Observatoire du Mont-télescope Snow (horizontal).
- spécial. Constatons simplement qu’il s’est montré un précieux auxiliaire dans les recherches effectuées en ces derniers temps au sommet du mont Wilson.
- En effet, parmi les travaux les plus importants accomplis en cet observatoire solaire, il convient de citer spécialement la récente découverte de M. Haie, sur l’existence de champs magnétiques dans les taches du Soleil. Dans un prochain article, nous expliquerons en quoi consiste cette découverte capitale. G. Renaudot.
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- LE PÉLICAN DANS L’ÉGYPTE ANCIENNE
- Quoique rendues avec une extrême simplicité, les images égyptiennes que nous possédons du Pélican (fig. 1) sont cependant assez caractéristiques, pour permettre leur identification avec le Pelecanus Onocrotalus Linn.
- Cet oiseau est aussi grand qu’un cygne et mesure 1,50 m. de longueur, on compte 2,45 m. pour son vol. Il habite l’Europe méridionale, le Danube, la mer Noire, la Caspienne, la Syrie et le Nord de l’Afrique. Sur les lacs de l’Égypte, sur le Nil, la mer Rouge, de même que dans les régions avoisinant le Nil Blanc et le Nil Bleu, les Pélicans sont si prodigieusement abondants, qu’ils recouvrent parfois le quart ou la moitié d’un carré de deux lieues; l’œil ne peut en calculer le nombre. Cette espèce se retrouve au Nord de l’Asie et peut-être jusqu’à l’Est du Japon1.
- La couleur de son plumage est d’un blanc argenté, légèrement nué de rose tendre, seules les rémiges sont noires. Deux bouquets de longues plumes s’enlèvent, en jaune d’or, l’un sur l’occiput en manière de crête, l’autre sur le jabot; l’œil est rouge vif, le bec grisâtre, les pieds sont couleur de chair.
- Ce palmipède se distingue, en outre, par une tète relativement petite, un corps allongé sur des jambes basses, des pieds munis de quatre doigts palmés. Mais sa principale caractéristique consiste surtout dans un long bec dont la mandibule supérieure est onguiculée à son extrémité, et l’inférieure composée de deux branches flexibles réunies à la pointe et reliées, sur toute leur longueur, par une membrane qui forme une énorme poche jaune paille, tombant sur la gorge2.
- Cette besace lui sert à mettre en réserve le produit de sa pêche ; quand elle est pleine, il la presse contre sa poitrine pour en faire sortir les aliments, acte fort naturel qui, sans doute, a donné naissance à la fable d’après laquelle le Pélican se déchire le sein pour nourrir sa famille languissante; légende facile à accréditer, puisque de tous les oiseaux, il est celui qui témoigne le plus d’attention à ses petits; si grand pour eux est son attachement, qu’il en oublie sa propre sécurité3.
- Son nid contient de trois à cinq œufs de couleur bleuâtre, il se trouve communément au bord des eaux et posé à même contre terre ; aussi n’est-il point à l’abri des incursions du serpent, qui ne manque jamais d’y exercer ses ravages4.
- L’Onocrotale se nourrit habituellement de poissons, il est d’une voracité extrême et engloutit, dans une seule pêche, de quoi fournir au repas de
- 1. Tkistram. The Fauna and Flora of Palestine, p. 108 (1884).—Brehm. La vie des animaux illustrée. Les oiseaux, t. II, p. 857 (édit, franc.). — Dresser. A History of the Birds of Europe, t. YI, p. 194.
- 2. Gourd. Birds of Europe, vol. Y, pl. 405.
- 3. Brehm. Les Oiseaux, II, p. 859,
- 4. Bei.on. L'histoire de la nature des oiseaux, p. 154 (1555).
- six hommes, on l’a vu même happer au passage de jeunes canards se trouvant à sa portée.
- Fort réglé dans ses habitudes, cet oiseau chasse régulièrement le matin et le soir, sa dernière pêche dure jusqu’au coucher du soleil ; il va alors manger et digérer à l’aise jusqu’au lendemain. Son naturel paisible lui permet de vivre en bonne intelligence avec les autres animaux et de supporter la captivité. Sur les lacs côtiers de l’Egypte, il n’est pas rare, aux environs des villages de pêcheurs, de rencontrer des Pélicans apprivoisés, qui sortent le matin pour aller à la pêche et rentrent le soir1.
- Dans les inscriptions hiéroglyphiques, le Pélican est représenté par le syllabique us1 ; la même expression servait aussi à désigner un endroit désert, dévasté2.
- Chez les Hébreux, cet oiseau était également associé aux idées de ruine, de désolation; sous le nom de Kaath3, on le trouve, à plusieurs reprises, mentionné dans la. Bible, comme l’hôte des solitudes, des lieux abandonnés : « Et il étendra sa main vers l’aquilon et perdra Assur, et il fera de la cité magnifique une solitude..., et se coucheront au milieu d’elle toutes les bêtes des nations ; et Yonocrotale et le hérisson demeureront sur ses linteaux4. » Sa. chair, considérée comme immonde, était prohibée par la loi mosaïqueH.
- Si par sa taille et son organisme spécial, le Pélican est, pour les naturalistes, un intéressant sujet d’étude, c’est surtout à la fable dont il a été l’objet, qu’il doit sa plus grande célébrité.
- De tous les oiseaux évoquant une idée d’emblème, il est celui dont le rôle symbolique a eu la plus longue durée. Créé dès les temps pharaoniques, le symbolisme du Pélican est, en dépit de transformations successives, arrivé jusqu’à nous avec l’empreinte de sa première origine.
- Voici d’après Horapollon, les appréciations portées sur cet oiseau dans la vallée du Nil.
- Les Egyptiens voyaient dans l’Onocrotale l’image de l’insensé, parce que au lieu de "cacher ses œufs en des lieux élevés, comme font les autres oiseaux, il les pose sur le sol à la portée du chasseur qui, venant à les découvrir, les entoure de bouse sèche à laquelle il met le feu. En voyant la fumée, l’oiseau accourt pour éteindre l’incendie, mais n’arrivant qu’à exciter la flamme et à brûler ses ailes, en les agitant autour du foyer, il devient une proie facile à capturer. A cause de ce courage, dont il fait preuve pour sauver ses petits, les prêtres ne croyaient point devoir se nourrir de sa chair ; mais l’autre partie de la population ne se faisait pas faute d’en
- 1. Brehm. Les Oiseaux, t. II, p. 860. .
- 2. Brugsch. Dict. hiéroglyphique et démotique, 1. I, p. 284. — Gramm. Hiérogl., p. 121, n° 218.
- 3. Le mot hébreu Kaath signifie vomir, par allusion, sans doute, à l’habitude qu’a le Pélican de dégorger sa nourriture.
- 4. Sophonie, II, 15, 14.
- 5. Lévilique, XI, 18. — Deutéronome, XIY, 18.
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- manger, attribuant à la stupidité, plutôt qu’à la prudence, le moyen employé par cet oiseau pour garantir sa progéniture1. Ces croyances, basées sur des causes naturelles, contiennent des éléments qui, à travers les siècles, se maintiendront dans le symbolisme chrétien.
- Des mythes de F Egypte, le Pélican pénétra dans le christianisme; peut-être même y fut-il introduit par le gnosticisme alexandrin2. Toutefois sa symbolique en fut quelque peu transformée et enrichie de quelques-unes des merveilles dont les anciens avaienL doté le Vautour. Suivant les Egyptiens, ce rapace servait à désigner le Miséricordieux , parce que durant la période qu’il passe à élever ses petits, il ne vole presque point, étendant exclusivement sur eux, sa sollicitude. Si la nourriture vient à manquer, il s’ouvre la cuisse pour apaiser leur
- faim avec son sang3. Fig. i. — Pélicans.
- Trouvant, sans doute, un pareil (Peinture thébaine de la XVIII" dynastie),
- dévouement peu compatible avec la
- nature du Vautour, les écrivains chrétiens le reportèrent sur le Pélican. Mais le nouveau symbole n’avait point alors le sens qu’on lui attribue aujourd’hui. 'Le Pélican n’était pas considéré comme nourrissant
- ses enfants de sa propre substance, ce qui représenterait l’Eucharistie, on le voyait plutôt leur rendant la vie, par l’effusion du sang qu’il répandait pour les sauver. Sa vraie signification, qu’il conserva jusqu’au xve siècle, nous est révélée par les vieux bestiaires. D’après ces recueils, dès que les petits du Pélican sont assez grands, ils se rebellent contre leur père et, voltigeant autour de lui, le frappent si fort de leurs ailes, qu’ils le blessent aux yeux. Prenant l’offensive, le père les frappe à son tour et les tue. Le troisième jour la mère arrive au nid, se pose sur ses oiselets morts et, s’ouvrant le côté, les ressuscite en répandant sur eux son propre sang, lequel est bu avidement par les petits, au fur et à mesure qu’il sort du sein maternel4.
- Citant ensuite ce verset du prophète Isaïe : « Cieux écoutez ma voix, et toi, terre, prête l’oreille, car l’Éternel a parlé disant : J’ai nourri des enfants, je les ai élevés, mais ils se sont rebellés contre moi3 », les vieux manuscrits ajoutent que le Pélican pardonnant à ses enfants ingrats, est l’emblème de Jésus-Christ expirant sur la croix où il eut le côté ouvert et répandit
- 1. IIorapollon. Hiéroglyphes, I, 52. — 2. 11 est bien entendu que cette hypothèse est purement gratuite; elle nous a été suggérée par l’origine du Pélican, si prodigieusement abondant en Egypte et par les éléments égyptiens qui ont contribué à la formation du symbole chrétien. — 3. IIorapollon. 1, 11. — 4. D’après Eusèbe et d’autres écrivains ecclésiastiques, les petits du Pélican ne seraient point tués par leur père, mais par la morsure du serpent. — 5. Isaïe. I, 2.
- R Hippolyte-^Boussac del-
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- son sang pour la rémission de nos péchés. Ce symbole est représenté par un Pélican entouré de sa piété1, et qui, du bec, se frappant la poitrine, en fait jaillir du sang vers lequel se précipitent ses petits.
- Depuis les premiers siècles du christianisme jusqu’à nos jours, cette image a peu varié de forme. Reproduite de mille manières, nous la voyons figurée sur les vitraux des cathédrales : à Bourges, à Chartres, à Tours, au Mans, etc.; tissée d’or et de soie, elle s’étale sur les dalmatiques, les chasubles (fig. 2) et autres vêtements sacerdotaux ; les nappes d’autel nous la montrent élégamment harmonisée avec leurs fines broderies ; ciselée dans les métaux précieux, elle contribue à l'embellissement des vases sacrés; les imagiers du moyen âge en ont, sous des aspects divers, illustré leurs bestiaires; l’art du blason ne la méconnut point, et dans les armoiries multiplia cet emblème.
- Il n’est pas sans intérêt de constater combien était parfaite, chez les sculpteurs du xme siècle, leur connaissance du Pélican, oiseau cependant assez rare dans nos contrées. L’image qu’ils en ont laissée, sur la balustrade de l’une des tours Notre-Dame, estun chef-d’œuvre de vérité et d’exécution (fig. 3).
- En Angleterre, l’Ono-crotale fut quelquefois substitué à l’aigle dans les supports des livres liturgiques. Le chœur de la cathédrale de Norwich possède encore un spécimen de pupitre de ce genre, et avant l’époque de la Réformation, il y en avait un semblable dans la cathédrale de Durban2.
- L’esprit émancipateur du xvie siècle conduisit à donner au symbolisme du Pélican une interprétation différente. Dans son enthousiasme pour T antiquité, considérant comme non avenu tout ce qui existait déjà, la Renaissance s’appliqua à le répudier pour le rétablir sur d’autres bases, d’après les plus anciens modèles. La publication des Hiéroglyphes
- 1. On désigne ainsi les petits du Pélican groupés devant lui. Pendant toute la durée du moyen âge, jusqu’au xve siècle, leur nombre n’a jamais excédé quatre. On a vu plus haut que la couvée du Pélican comporte de trois à cinq œufs.
- 2. L’abbé Bourassé. Dict. d’Archéoloqie sacrée, t. II,
- p. 519.
- d’Horapollon1 ne pouvait manquer de faire tenir au symbolisme du Pélican un autre langage. S’en rapportant au texte du vieil hiérogrammate. qui faisait du Vautour une excellente mère, dont l’abnégation allait jusqu’à rassasier ses enfants de sa propre substance, connaissant ' en outre l’habitude qu’a le Pélican de dégorger sa nourriture en frappant le bec contre sa poitrine, les novateurs ne voulurent, dès lors, voir dans cet oiseau que le plus admirable exemple d’amour maternel et l’emblème d’un dévouement sans limites.
- Voilà de quelle manière, depuis quatre siècles, la symbolique du Pélican est comprise du plus grand
- nombre. C’est donc avec son rôle faussement interprété, que cet oiseau a été choisi comme symbole par l’ancienne Faculté de médecine, placé en tête des livres scientifiques, introduit dans la littérature et a parfois aussi inspiré de très beaux vers2.
- Nous ferons toutefois observer, qu’en dépit de cette altération, on s’est conformé au vieux symbolisme, lors de l’exécution du Pélican qui, à Saint-Pierre de Rome, surmonte le siège du grand pénitencier.
- Chez les Musulmans, l’Onocrotale a également conservé, jusqu’à nos jours, un caractère religieux. Ils croient que Dieu se sert de cet oiseau pour désaltérer les pèlerins qui, allant à la Mecque, ne trouvent point d’eau dans le désert, comme il fit jadis du Corbeau en faveur du prophète Elie3. Suivant une de leurs légendes, pendant qu’on élevait le temple de la Kaaba, le manque d’eau ayant obligé les ouvriers à suspendre le travail, Allah envoya des milliers de Pélicans qui, dans leurs gosiers, apportèrent
- 1. Durant les cent années qui suivirent l’édition princeps (Aide 1505) de cet hiérogrammate, plus de dix-huit éditions le reproduisirent soit en grec ou en latin; soit en français, en ilalien ou en allemand ; ou bien encore sous forme de commentaires.
- 2. « Le sang coule â longs flots de sa poitrine ouverte;
- En vain il a des mers fouillé la profondeur :
- L’Océan était vide et la plage déserte ;
- . Pour toute nourriture il apporte son cœur. »
- (Alfred de Musset. La Nuit de Mai.)
- 3. Chardin. Voyage en Perse, t. II, p. 30 (1711).
- Fig. 3. — Pélican sur la balustrade de l’une des tours Notre-Dame.
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- aux maçons de l’eau en abondance. Le nom arabe du Pélican est Djemel-el-Bahr, Chameau de rivière ; le Koran défend de manger sa chair; mais, malgré les prescriptions de Mahomet, ses sectateurs lui font la chasse pour s’en nourrir.
- Il n’y aurait point lieu d’être surpris que la Grèce ait possédé jadis, sur le Pélican, quelque vieille légende
- dont, peut-être, il faut voir l’écho dans Aristophane.
- La comédie des oiseaux, nous montre les Pélicans comme de très habiles charpentiers. Lors de la construction de Néphélococcygie1 ce sont ces palmipèdes qui, avec leurs becs, e'quarissaient les portes, faisant un bruit semblable à des coups de hache dans un chantier naval. P. Hippolyte Boussac.
- NOUVEL APPAREIL DE LEVAGE
- La Nature a décrit déjà à maintes reprises divers I la machine qui va être décrite, et que nous avons vue appareils de levage, remarquables par leur puissance, I fonctionner dans une grande usine de la banlieue
- Fig-, i. — Le pont-roulant'Sohier. — Le chemin de roulement circulaire sur lequel roule la poutre portant les appareils de levage.
- et c’est à dessein qu’elle a insisté sur ce sujet : c’est en effet en matière de manutention des lourds fardeaux que s’affirment le mieux l’audace et l’ingéniosité de l’industrie moderne : aucun grand travail aujourd’hui n’est possible sans engins mécaniques, à la fois puissants et souples, capables de remplacer la bête de somme humaine. Partout le progrès commande impérieusement que l’on fasse plus grand et plus vite : la première condition est. d’avoir des outils adaptés à ces exigences : grues, ponts-roulants, bigues, derricks, etc., vont donc en se perfectionnant sans cesse, et chaque jour voit naître une machine herculéenne plus puissante que ses semblables.
- Mais notre intention n’est pas d’entretenir aujourd’hui nos lecteurs d’un nouveau record de puissance,
- parisienne, a une puissance de soulèvement relativement modeste de 10 tonnes ; mais elle nous a semblé inaugurer en quelque sorte une tactique nouvelle, digne d’être signalée.
- L’appareil construit par M. G. Sohier est un pont-roulant tournant; il comporte une grande poutre de fer horizontale et mobile placée à une certaine hauteur au-dessus du sol, et qui porte l’appareil de levage proprement dit : cette poutre tourne autour d’un pivot fixe, placé à une de ses extrémités, tandis que l’autre extrémité se déplace sur un chemin de roulement circulaire aérien, porté par quelques poteaux. L’appareil de levage proprement dit, treuil actionné par moteur électrique, peut
- 1. Néphélococcygie, ville des Nuées et des Oiseaux.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- d’autre part se mouvoir tout le long de la poutre. Nos figures montrent la disposition de l’engin. Voici le problème que résout cette construction inusitée : dans l’usine où elle est installée, le chemin de fer amène chaque jour de grandes quantités de poutrelles et barres de fer de toute sorte ; il faut commencer par les décharger. Cette première opération doit être effectuée le plus vite possible ; elle a pour résultat de laisser les matériaux en vrac au pied du wagon ; il s’agit maintenant de les reprendre pour les amener aussi simplement et commodément que possible aux ateliers où ils seront utilisés ; or, ces ateliers sont répartis de façon assez irrégulière autour d’une cour d’entrée exiguë; impossible d’installer un pont-roulant ordinaire à voies de roulement rectilignes ; une grue tournante eut résolu le problème : mais la grue avec son porte-à-faux énorme exige un contrepoids encombrant ; elle absorbe donc un emplacement précieux, et de plus est fort coûteuse.
- La solution du chemin de roulement aérien et circulaire, par contre, est parfaite : on voit de suite que l’on peut porter les fardeaux à tel endroit que l’on veut à proximité d’ateliers, répartis même irrégulièrement; bien mieux, en surélevant suffisam-
- ment ce chemin de roulement, on peut, sans la moindre gêne, passer les fardeaux au-dessus de
- bâtiments ou d’ateliers qu’il aurait sinon fallu démolir pour permettre la circulation des pièces lourdes.
- L’encombrement de l’appareil est réduit au minimum, puisque l’on peut disposer de tout l’espace situé sous la poutre ou entre les poteaux de support du chemin de roulement.
- Ces quelques considérations suffisent à montrer que le pont-roulant de M. Sohier, imaginé pour un cas tout particulier, peut trouver dans bien des circonstances d’heureuses applications.
- C’est bien, comme nous le disions au début, une tactique nouvelle dans la manutention à l’intérieur des usines.
- Aj outons que l’appareil, économique par son encombrement réduit et son grand champ d’action,l’est encore dans sa construction, puisqu’il ne présente aucun porte-à-faux, et dans sa consommation d’énergie : le moteur électrique qui fait déplacer le pont sur son chemin aérien, agissantàl’extrémité du bras de levier se trouve dans les meilleures conditions pour une bonne commande mécanique; il suffit d’un moteur de o chevaux pour produire ce mouvement de rotation. À. Troller.
- Fig. 2. — Le pont-roulant Sohier. — Vue de la poutre pivotante. Elle tourne autour d'un pivot porté par un léger pilier métallique. Le treuil de levage peut se déplacer à volonté le long de cette poutre.
- Fig. 3. — Schéma montrant les services que peut rendre le pont-roulant. Un fardeau chargé dans une cour exiguë peut être transporté à un atelier éloigné malgré des bâtiments qui empêcheraient le fonctionnement d'une grue pivotante.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 août 1910. —
- Retour de la comète d’Arrest. — M. Baillaud annonce que M. Gonessiat, directeur de l’Observatoire d’Alger, a observé le 26 août, vers 9 h. 1/2 du soir, une comète qui est certainement la comète d’Arrest que l’on n’avait point aperçue lors de son précédent passage à proximité de la Terre en 1904. La comète occupait presque exactement le point que lui assignait la théorie dans le Ciel.
- Présidence de M. A. Gautier.
- En visant ce point avec la lunette l’astre se trouvait dans le champ de l’instrument. L’écart entre les coordonnées observées et les coordonnées calculées n’est, en effet, que de lm,18s en ascension droite et 5' en distance polaire. Les coordonnées sont dR= 16hP = 99 (Nord). On voit donc que l’astre se trouve voisin de l’équateur, un peu au Sud. Il apparaît sous la forme d’une nébu-
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- CHRONIQUE
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- losilé de 2' de diamètre; son éclat ne dépasse pas actuellement celui d’une étoile de 14e grandeur.
- L'amertume du vin de Bourgogne. — M. A. Gautier résume une Note de M. Yoisenet, professeur à la Faculté des Sciences de Dijon, sur une altération dont les vins de Bourgogne sont parfois atteints pendant un certain temps. Cette altération est due a une déshydratation de la glycérine du vin sous l’action de ferments. Cette déshydratation donne naissance à de l’acroléine ou aldéhyde allylique qui en se polymérisant produit la résine d’acroléine, substance blanche d’une saveur très amère, insoluble. Par suite il arrive qu’au bout d’un
- certain temps cette résine tombe avec la lie. Le vin redevient bon.
- La sclérotique des oiseaux. — M. J. Chatin présente le résultat de ses nouvelles recherches sur l’œil des vertébrés. Il a étudié les variations de la structure de la sclérotique chez les oiseaux et chez les reptiles où cette sclérotique est tantôt fibreuse, tantôt osseuse ou cartilagineuse.
- Poids atomiques. — M. A. Gautier dépose ensuite un Mémoire de M. Hinrichs sur les poids moléculaires de l’oxygène et de l’argent. L’auteur démontre que ces poids sont exactement 16 et 108 si l’on admet pour l’hydrogène le nombre 1. Ch. de Yilledeuil.
- CHRONIQUE
- Nouvelle maladie à trypanosomes. — On sait aujourd’hui que la maladie du sommeil est due à des trypanosomes, classe de parasites microscopiques qui se multiplient dans le sang humain. La maladie du sommeil se transmet par la piqûre de la mouche tsé-tsé. Yoici un nouveau méfait à l’actif des trypanosomes, sinon nouveau, du moins récemment dévoilé. Le Dr Chagas vient de découvrir au Brésil une nouvelle espèce de trypanosome, qu’il a nommée : trypanosoma cruzi, elle vit dans le sang humain et provoque chez les enfants surtout des troubles, souvent mortels. Les principaux symptômes de cette maladie sont de l’anémie, de l’œdème général ou localisé, l’enflure des glandes lymphatiques, des troubles du système nerveux. Le développement de l’enfant est paralysé. L’issue fatale est le plus souvent précédée de convulsions que l’on regardait en général comme la cause efficiente de la catastrophe. La façon dont le Dr Chagas a découvert l’origine de cette maladie est fort curieuse : Il avait constaté que les maisons de la province de Minas-Geraes, surtout les habitations pauvres, sont infestées par des punaises de l’espèce Conorhinus megistus, insupportables parasites, suceurs de sang, qui troublent fortement les nuits des malheureux habitants. Le Dr Chagas fit collection d’un certain nombre de ces punaises, les emporta à Rio de Janeiro, où elles furent disséquées et examinées dans le laboratoire de l’Institut Oswaldo Cruz. On aperçut dans les voies digestives de l’insecte des organismes ayant la forme caractéristique des trypanosomes, c’est-à-dire munis d’une queue longue, fine et très mobile. Cette découverte suggéra immédiatement l’idée que les désagréables punaises pouvaient être au surplus de fort dangereux compagnons. On leur fit piquer des cochons d’Inde, ceux-ci périrent dans les 5 à lü jours suivants. Après ces constatations imprévues, le D' Chagas s’empressa de retourner à Minas-Geraes, pour y étudier sur place le sang des êtres humains exposés aux mêmes piqûres. Il y rencontra effectivement des trypanosomes semblables à ceux qui provoquent la mort rapide du cochon d’Inde, et il put se rendre
- compte que ces microscopiques parasites avaient également une influence néfaste sur fa santé humaine. Il se livra à une étude complète de ces trypanosomes, étude qui révéla nombre de faits des plus curieux et fait le plus grand honneur à la perspicacité de son auteur. Il s’en dégage une importante conclusion pratique : pour combattre la maladie autrefois mystérieuse qui décime les enfants du Minas-Geraes, il suffit de faire aux punaises Conorhinus megistus une guerre acharnée.
- L’utilisation de la tourbe au Canada. — Le Canada possède dans ses provinces centrales d’immenses tourbières encore inexploitées. Or, ces mêmes provinces sont très éloignées de tout gisement de charbon : il y aurait donc pour elles un intérêt considérable à tirer parti de leurs tourbières comme d’une source de combustible à bon marché, capable de créer et de développer une activité industrielle considérable dans la région. Le gouvernement canadien l’a bien compris ; il a fait l’acquisition d’une tourbière et a créé à proximité une station d’essai : on y expérimente toutes les méthodes en usage en Europe pour l’extraction et la mise en valeur de la tourbe ; on y poursuivra toutes les recherches nécessaires pour améliorer ces procédés, s’il y a lieu. Les méthodes actuellement en usage se ramènent toutes à l’extraction de la tourbe, et à sa dessiccation à l’air libre. Il y a certainement beaucoup mieux à faire ! la tourbe séchée à l’air libre contient encore une très forte proportion d’eau qui diminue singulièrement sa valeur comme combustible. Le problème suivant se pose donc aux chimistes : trouver un procédé permettant de débarrasser la tourbe de toute son eau et par suite d’en faire un combustible équivalent au charbon. Les efforts tentés dans cette voie par de nombreux chimistes n’ont pas jusqu’ici abouti. Mais même dans les conditions actuelles, M. le professeur llannel qui vient, dans une magistrale conférence tenue à Ottawa, d’exposer d’une façon parfaite l’état de la question, estime que dans le Manitoba, l’emploi de la tourbe, à égalité de calories dégagées, assurerait, par rapport au charbon, une économie d’un tiers.
- LA TOUR PENCHÉE DE PISE EST-ELLE EN DANGER?
- La tour penchée de Pise jouit d’une célébrité universelle. Tout le monde a vu la reproduction de ce magnifique édifice, si étrangement incliné.
- Cette inclinaison a de tout temps très vivement intrigué les savants, les artistes et les curieux. Les anciens écrivains de Pise, dans leur chauvinisme un peu naïf, voyaient dans le défaut de verticalité de la tour un effet voulu par l’architecte, un tour
- de force destiné à mettre en évidence son habileté de constructeur. Comme la première pierre de la tour a été posée en 1174 et que la construction, assez intermittente, ne s’est terminée que 200 ans plus tard, il est assez difficile d’être documenté sur les intentions réelles des auteurs de la tour. Mais, malgré tout on a peine à croire qu’ils aient prémédité cette inclinaison plus qu’audacieuse.
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- L’hypothèse qui a priori paraît la plus plausible, est celle qui attribue rinclinaison de la tour, non à une fantaisie d’architecte, mais bien au défaut de solidité d’un sous-sol très instable.
- Le gouvernement italien a nommé une Commission chargée d’éclaircir la question; il résulte de ces travaux que, si la tour penche, la faute en est bien au sous-sol peu solide. Grave révélation : ce sous-sol, toujours en mouvement, menace de se dérober davantage ; en effet, peu à peu l’inclinaison de la tour augmente, et si l’on n’y prend garde, elle pourrait bien quelque jour venir s’abattre tout d’une pièce sur le sol.
- D’après Nature, de Londres, les recherches de la Commission ont révélé les faits suivants :
- 1° La tour repose, en ses fondations, sur un plateau dont le diamètre ne dépasse pas celui de la superstructure;
- 2° Les fondations, que l’on avait toujours crues à une profondeur de 8 m., ne descendent pas, en réalité, à plus de 3,60 m. au-dessous du sol;
- 3° Une source suinte au contact des fondations avec le sol perméable situé au-dessus d’elles. L’eau qui en jaillit cause de sérieux dommages aux fondations elles-mêmes. Un réservoir fut creusé en
- 1839 près de la tour pour assécher le bassin qui existait alors, et pour maintenir ainsi en bon état la base de la tour. Mais ce réservoir fut creusé très
- profondément et l’eau qui s’y trouvait fut brutalement pompée. Il en résulta pour la tour de dangereux affouille-ments ;
- 4° L’inclinaison de la tour mesurée avec soin en 1829 par Cresy et Taylor, entre le premier et le septième étage, avait été trouvée égale à 86,5 mm par mètre de hauteur. L’inclinaison actuelle mesurée optiquement par le professeur Pizetti, et au fil à plomb par les ingénieurs Cuppari et Ber-nieri, est de 92 mm par mètre.
- L’inclinaison a donc augmenté de 5,5 mm par mètre. La Commission n’a pu décider si le phénomène s’était produit graduellement au cours du siècle, ou brusquement lors des affouil-lements de 1859, ou encore en 1846, année où Pise fut éprouvée par un violent tremblement de terre ; un historien de l’époque rapporte que la tour se mit à osciller de terrifiante façon.
- La Commission estime que la tour de Pise possède encore pour l’instant une stabilité satisfaisante. Mais il est certain que si l’Italie veut se conserver cette merveille d’architecture, elle fera bien de prendre de sérieuses mesures de protection.
- Coupe et perspective de la tour de Pise.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiidre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1946.
- 10 SEPTEMBRE 1910.
- L’AVIATION AUX GRANDES MANŒUVRES DE 1910
- Une expérience d’une haute importance va être tentée pour la première fois par l’armée française, au cours des grandes manœuvres qui vont se dérouler en Picardie du 12 au 18 septembre. Quatre ballons dirigeables et douze aéroplanes vont être rassemblés pour opérer avec les armées en présence; il est certain qu’il se dégagera de ces évolutions un précieux enseignement, capable de tracer la voie dans laquelle devront s’engager l’aéronautique et l’aviation militaires.
- Jusqu’ici on ne possède encore que des données
- Aussi était-il de toute urgence de tenter une expérience d’ensemble, aussi importante que celle qui va avoir lieu.
- Certains quotidiens ont déjà donné tout un plan de détail, tout à fait précis, indiquant la répartition, que l’état-major aurait adoptée, des divers engins
- assez imprécises sur l’emploi des dirigeables, car la seule expérience réellement sérieuse qui ait été faite est celle du ballon République, de si tragique mémoire, aux grandes manœuvres de 1909. Pendant plusieurs jours, cet auto-ballon a pu évoluer au-dessus des troupes engagées, et communiquer au généralissime un certain nombre de renseignements. Mais les résultats obtenus sont insuffisants pour créer une doctrine, et l’apparition foudroyante de l’aéroplane est venue encore augmenter l’indécision.
- 38e année.
- requis entre les deux armées. Mais en raison même de l’indécision dans laquelle on se trouve encore, comme nous venons de le voir, il est peu probable qu’une telle répartition ait été déjà décidée.
- Avant de faire opérer Fun contre l’autre en quelque sorte des organes aériens, il paraît indispensable d’étudier d’abord comment on peut coordonner leurs efforts et leurs qualités vers un but commun.
- Aussi reste-t-il probable que, tout au moins pendant les premiers jours, les dirigeables et une partie
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- 2e semestre.
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- des aéroplanes resteront groupés à la disposition du généralissime, qui les emploiera, soit pour le compte d’un des partis, soit pour exécuter des missions déterminées ; le reste des aéroplanes serait seul réparti par moitié entre les deux armées adverses.
- Avant d’analyser ce que pourra être la mission de ces divers engins, nous rappellerons très brièvement les caractéristiques de chacun d’eux.
- Les quatre auto-ballons qui doivent se trouver en présence sont :
- d° Le dirigeable Liberté, construit par la Société Lebaudv sur les plans du République, et jaugeant plus de 4500 m3.
- C’est un ballon du type semi-rigide, comportant un châssis plate-forme métallique démontable. La stabilité longitudinale est assurée par un empennage cruciforme lixé à l’arrière de la carène, et dont le but est de supprimer complètement les coups de tangage, si redoutables pour les auto-bal-
- 5° Le dirigeable Bayard-Clé ment II, qui jauge plus de 6000 m3, est aussi du. type souple avec poutre armée de grande longueur. 11 n’a pas d’empennage mais possède à l’arrière un stabilisateur cellulaire. De forme dissymétrique, il marche le gros bout en tête. Le moteur actionne une hélice placée vers l’avant.
- Il a été précédé du Bayard-Clément. Ier qui a exécuté un certain nombre de voyages, parmi lesquels il faut citer le transport par voie aérienne de Levallois à son hangar près de Pierrefonds.
- 4° Enfin le petit dirigeable Zodiac, que le comte de la Yaulx a établi spécialement de petites dimen-
- sions, pour le présenter comme un éclaireur. Il ne jauge que 700 m3. Son enveloppe, en coton très léger, est enduite à l’intérieur d’un vernis spécial; elle est dissymétrique et disposée pour s’avancer le gros bout en avant. Il porte un empennage à l’arrière et une quille stabilisatrice entre P envo-
- lons. Deux gouvernails de profondeur ou ailerons, permettent les changements d’altitude sans jets de lest, ni coups de soupape. Un ballonnet intérieur, placé sous la dépendance d’un ventilateur, assure la permanence de la forme. Le moteur actionne deux hélices latérales, et un gouvernail arrière assure la direction.
- Les exploits passés du Lebaudy, du Patrie et du République, témoignent de la qualité de ce type de dirigeable.
- 2° L’auto-ballon Colonel-Renard, construit par la Société Àstra, jauge plus de 5000. m3. Il est du type à carène souple, supportant une poutre armée de grande longueur. L’empennage est formé par quatre ballonnets allongés, placés à l’arrière, et tendus par le gaz intérieur lui-même. Entre l’enveloppe et la poutre armée, deux gouvernails de profondeur bi-plans, jouent le rôle des ailerons 'dans le type précédent. Le moteur actionne une hélice unique placée à l’avant, et un gouvernail arrière assure la direction.
- De nombreux modèles antérieurs, parmi lesquels nous citerons le Ville-de-Paris, ont fait ressortir les qualités de cet engin.
- loppe et la poutre armée. Cette poutre, de grande longueur, se démonte facilement; elle porte le moteur tqui actionne une hélice unique placée à l’arrière. Un dispositif spécial remplace le ballonnet pour conserver la permanence de la forme. Le gouvernail de direction est placé immédiatement derrière la quille stabilisatrice.
- Des ballons de ce type jaugeant 600,700 et ! 000 m3, ont déjà accompli de belles performances.
- Quant aux aéroplanes, ils comprendront : des biplans des types Farman et Sommer, et des monoplans Blériot, tous entraînés par une hélice unique actionnée par un moteur Gnome à 7 cylindres rotatifs de 50 chevaux ; un biplan Wright muni de deux hélices commandées par chaînes et actionnées par un moteur Clerget à quatre cylindres verticaux de 50 chevaux.
- Au point de vue militaire, ces divers engins ont des qualités assez différentes.
- Les dirigeables, qui évoluent en général de 300 à 600 m. de hauteur, peuvent adopter facilement en cas de besoin une hauteur de marche de 1000 à 1500 m. et s’élever exceptionnellement aussi haut qu’un ballon libre quelconque. Leur vitesse propre
- Fig. 2. — Les aéroplanes aux manœuvres : de gauche à droite : Biplan Wright; Monoplan type Blériot; Biplan type Sommer.
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- est comprise entre 10 et 15 m. par seconde suivant les modèles ; ils peuvent rester sur place pour observer, et il est facile de les munir d’organes de télégraphie sans fil.
- Leur capacité de transport est considérable, et on peut espérer leur confier des missions de destruction, soit de parcs d’approvisionnements, soit même d’ouvrages d’art.
- En revanche, ils sont de grandes dimensions, très vulnérables, très fragiles et explosibles, ils résistent mal au vent violent, et exigent des hangars très sérieux pour les abriter. Leur destruction par l’artillerie est certaine, dès qu’ils auront commis la faute de se trouver dans le champ de tir d’un canon à tir rapide. Cependant ils n’ont à peu près rien à craindre du feu d’infanterie, et leur enveloppe, même criblée de balles, pourra encore assurer leur retour au port.
- Les aéroplanes se tiennent en général entre 200 et 600 mètres d’altitude, mais certains virtuoses ont déjà dépassé des hauteurs de 2000 mètres; leur vitesse varie entre 16 et 50 mètres par seconde. Il leur est impossible de rester sur place pour observer, et on ne peut songer pour le moment à rester en rapport avec eux par la télégraphie sans fil. En raison de leur vitesse et de l’exiguïté de leurs points vulnérables, ils seront extrêmement difficiles à atteindre efficacement par le feu d’infanterie et même par le canon. Grâce à leur peu d’encombrement et à la facilité de leurs évolutions, ils pourront constituer l’engin par excellence des reconnaissances de champ de bataille pendant l’action même. Il est acquis aujourd’hui que ces appareils peuvent opérer même par grand vent, et que l’on peut les faire camper dehors sans aucun abri.
- Il résulte de ce que nous venons de dire, que l’emploi combiné de ces deux familles d’engins pourra se faire de la manière suivante : adjoindre à un groupe de dirigeables un certain nombre d’aéroplanes qui auront pour mission de servir de pilotes aux ballons en leur apportant des premiers renseignements, soit, avant le départ, sur l’état exact de l’atmosphère, soit, au cours de la reconnaissance, sur les positions d’artillerie à éviter pour leur sécurité ; réserver aux auto-ballons les missions de grande envergure dont la durée sera forcément assez importante, et prévoir avec eux la communication con-
- stante par télégraphie sans fil. C’est ainsi qu'on pourra les charger de reconnaître les dispositions stratégiques de l’ennemi, les dispositifs intérieurs de ses armées, l’emplacement de ses réserves, de ses parcs, et la direction de ses lignes de communication. On pourra leur confier aussi des missions de destruction, incendies des réserves de fourrages, des magasins d’approvisionnements, détruire un pont, etc.
- Quant à l’aéroplane, il pourra remplir toutes les missions précédentes, quitte à revenir chaque fois en arrière pour donner les renseignements ; mais en plus de ces missions de grande envergure réservées aux aéroplanes d’armée, il faut prévoir les missions plus particulières que l’on fera remplir par des aéroplanes de corps d’armée, au-dessus même des troupes immédiatement au contact. Ces missions comparables à de nombreux coups de sonde, comprendront : la reconnaissance de la position des batteries ennemies, de la marche de ses colonnes vers un point déterminé, des effets du tir des batteries amies, de la position des réserves, de l’effectif des défenseurs d’un point d’appui, et du dispositif intérieur de l’ennemi en un point particulier.
- Plus tard seulement, lorsqu’on sera fixé sur l’efficacité de ces engins d’investigation, on pourra songer à les opposer les uns aux autres en étudiant les moyens de les détruire, soit par les canons placés à terre, soit en les laissant se combattre entre eux dans une véritable guerre aérienne.
- Il est probable que, dans cette nouvelle phase de la lutte, l’aéroplane restera le maître incontesté !
- Il a pour lui la vitesse qui le laisse maître de l’heure ; grâce à sa petitesse il échappera aux coups des défenseurs du ballon, et libre de s’approcher à loisir, il atteindra du premier coup l’immense but qui lui sera offert, au moyen des projectiles spéciaux dont il pourra être muni, flèches incendiaires, grenades fulminantes, etc. Il est bon de remarquer d’ailleurs que, s’il peut surmonter le ballon, il devient invulnérable en raison de l’angle mort considérable que crée dans l’espace l’enveloppe elle-même pour les passagers du ballon. Quant au ballon, il essaiera de monter très haut* mais tôt ou tard il lui sera impossible d'éviter la descente, et la plupart du temps d’échapper à sa perte. Capitaine D.
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- Séance du 5 septembre 1910. — Présidence de M. Bouchard.
- Occultation d’étoile par une. planète. — MM. Guillaume et Merlin, de l’observatoire de Lyon, adressent une Note sur une occultation de l’étoile r\ Gémeaux par la planète Vénus, aperçue par eux le 26 juillet dernier.
- Préparation du radium métallique, — Mra° Curie et M. Debierne adressent une Note relative à la préparation du radium métallique. Les auteurs ont suivi la méthode employée pour la préparation du baryum métallique. Ils
- ont procédé à la décomposition électroly tique d’un sel de radium en employant une cathode de mercure. Ils ont ainsi obtenu un amalgame de radium. Cet amalgame, altérable à l’air, a été ensuite placé dans une nacelle de fer et introduit dans un tube de quartz. La distillation s’est faite dans une atmosphère d’hydrogène maintenue à pression convenable. L’hydrogène employé était purifié par un procédé spécial, car l’hydrogène tel qu’on le
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- purifie habituellement altère l’amalgame. L’opération a été poussée jusqu’à 700°. A cette température, la volatilisation du mercure a cessé. La nacelle est apparue recouverte d’une couche de métal brillant. Ce métal c’est le radium métallique. Il noircit à l’air, sans doute par formation d’un azoture. Une parcelle détachée tombant sur une feuille de papier le noircit. Il décompose l’eau et disparaît par dissolution, ce qui semble indiquer la formation d’un oxyde soluble.
- L’origine des nerfs du bras et de la main. — M. Joan-nès présente une Note de M. Robinson, dans laquelle
- l’auteur expose qu’ayant disséqué, après injection de silicate coloré, les nerfs de l’aisselle, il a constaté un grand nombre de variations d’un individu à l’autre, et même d’une aisselle à l’aisselle opposée. Tantôt les nerfs sont plus ou moins irrigués par les artères, tantôt les veines les enlacent de manière à rendre difficile leur fonctionnement. Ces faits, démontrés par quelques belles figures que M. Chatin expose, amènent l’auteur à une déduction physiologique, d’après laquelle la raison de la dextérité ou de la sinistrosité résiderait dans les variations multiples des nerfs et des vaisseaux. Cn. de Yilledeuil.
- SUR L’ORIGINE DU CULTE D’HÉPHAISTOS
- M. Adolphe J. Reinach nous adresse de Thasos, en date du 27 juillet, une fort curieuse observation de météore faite par lui et M. Charles Picard, à Lemnos : elle paraît susceptible de jeter quelque lumière sur un ancien culte grec. Nous publions l’essentiel de celte lettre :
- « Le 21 juillet, au cours d’un voyage archéologique dans l’Archipel thrace, nous remontions, mon collègue Ch. Picard et moi, de Kokkino vers Paléopolis (Iléphaistia) par le plateau qui s’élève au fond de la baie de Pournia, marchant donc du Sud-Ouest au Nord-Est. Il était 7 h. 1/4 du soir et, quelques minutes plus tard, nous apercevions la lune, extraordinairement rousse, s’élever au-dessus du Kastrovouno. La lumière était encore très claire et le ciel encore teinté de bleu. C’est sur son fond que nous avons vu se détacher avec une rare netteté un météore lumineux. Il était formé d’une étoile, dont la grosseur semblait bien quintuple de celle de Vénus, et d’une queue, qui paraissait formée d’étoiles plus petites, et dont la longueur donnait l’impression d’ètre près de vingt fois celle de l’étoile de tête. La lumière de celle-ci était d’une blancheur d’argent; celle de la queue d’un jaune rosé. La trajectoire était très peu tendue et semblait très proche de terre. Comme le phénomène nous apparut au-dessus de la chaîne de hauteurs dont fait partie le Kastrovouno et qu’il disparut à notre vue caché par le promontoire de Glas, qui sépare la baie d’IIéphaistia (Hékaton-Képhalès) de celle de Pournia, je crois pouvoir dire que la trajectoire était dirigée du Nord-Est au Sud-Ouest.
- « Je ne sais trop quel intérêt ce phénomène peut présenter aux yeux des météorologistes. Mais, pour un archéologue, dans cette région de Lemnos, où le nom d’IIéphaistia atteste qu’elle était particulièrement consacrée au culte d’IIéphaistos, n’évoque-t-elle pas un de ces phénomènes qui, chez les anciens, ont pu amener à croire que le dieu du feu avait été précipité du ciel au milieu des Sintiens? Dans cette région Est de l’île l, qui s’étend
- 4. On pourrait presque dire : dans cette île Est, car, sauf l’étroite chaîne de collines où l’on place le Moschylos et qui s’étend de Kondopouli à Kokkino et à Yaros, les baies profondes de Pournia au Nord et de Mondros au Sud ne sont séparées que par les terrains d’alluvion qui se sont déposés dans leur fond et continuent à les combler. Ne serait-on pas autorisé à admettre qu’au début de l’époque quaternaire un bras de mer, dont ces baies sont les témoins irrécusables, séparait Lemnos en deux îles ? La surrection des collines qui les relient aujourd’hui ne serait-elle pas due à un de ces mouvements de bascule si fréquemment constatés en géologie? Les collines se seraient élevées à l’Ouest pendant que s’enfoncaient à l’Est les terres de la grande péninsule qui forme aujourd’hui les bas-fonds portés sur les cartes sous le nom
- d’IIéphaistia au Nord, centre probable du culte d’IIéphaistia, à Kaminia au Sud, où a été trouvée la fameuse inscription préhellénique que l’on peut rapporter à cette peuplade thraco-phrygienne qu’étaient les Sintiens, quand on quitte Kokkino (qui doit son nom à la terre rouge, la fameuse terre lemnienne, qu’on recueille au-dessus, sur le flanc de collines où l’on a voulu voir le Moschylos qui portait le feu sacré d’IIéphaistos), et que l’on se dirige vers cette chaîne de hauteurs trachytiques qui va du Kastrovouno, avec sa chapelle souterraine où l’on a cru reconnaître le Labyrinthe lemnien, au Mont de Romano où l’on continue à tailler des pierres noires d’apparence carbonisées, au milieu de ce pays où il n’y a de verdure que dans les marais que l’ensablement développe au fond de toutes les baies et qui tend à les combler, ne se trouve-t-on pas en présence de tous les éléments qui peuvent y expliquer la genèse du culte du dieu du feu en l’absence de tout phénomène volcanique d’époque actuelle? Sol aride et brûlé, roches d’aspect carbonisé, terre rouge du Moschylos, n’est-ce pas le milieu où un pareil culte doit se développer naturellement? Il suffit de supposer qu’un dégagement de carbure d’hydrogène dans quelque faille du sol y entretenait un feu perpétuel. Ce serait autour de cette flamme sortant de terre que le culte d’IIéphaistos se serait fixé. Mais pourquoi le dieu du feu était-il censé tomber du ciel dans l’île? M. De Launay a rejeté, avec grande raison je crois, l’idée qu’IIéphaistos fût une personnification de l’éclair. Il représente le feu de la terre et non celui du ciel, et il n’y a d’ailleurs pas, dans Lemnos, de hautes montagnes où la fréquence des orages ait pu développer le culte d’un dieu de la foudre. Mais n’aurait-on pas, dans une antiquité très reculée, constaté la chute d’un bolide ardent ou d’un météore lumineux aux entours de la fente d’où sortait le feu sacré? Et l’origine de. la légende, déjà connue d’IIomère, ne serait-elle pas à chercher dans l’interprétation par des primitifs d’un phénomène sembable à celui que nous avons observé? »
- Adolphe J. Reinach.
- Membre de l’École d’Athènes.
- de : banc de Mythonès (cf. les noms préhelléniques Méthôné, Méthymna). On nous a affirmé, comme à d’autres, que des murs et des colonnes avaient été vus par les pêcheurs d’éponges sous 1 à 3 m. d’eau au cap Kavallaris (au Sud de la grande saline côtière d’Aliki), et l’opinion des érudits locaux y place celte île de Chrysé qui se serait enfoncée sous les eaux à l’époque historique. Comme une tradition veut que ce soit à Chrysé qu’ait été relégué Philoctète, tandis qu’une autre le fait déposer à Lemnos, ne pourrait-on pas les concilier en supposant que Chrysé est l’adaptation grecque du nom (le Iiryssa préhellénique?) que portait la moitié orientale de Lemnos avant sa transformation d’île en presqu’île par l’enfoncement du banc de Mythoncs et la surrection des collines qui la rattachent à la partie occidentale ?
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- LES PONTS DE PIERRE
- Nous aimons nos vieux ponts, comme nos vieilles églises, parce que leurs pierres noircies par le temps nous parlent du passé qu’elles ont vu. Ils se souviennent des marchands du moyen âge qui se rendaient aux grandes foires, des bandes armées du xvie siècle qui se disputaient leur possession à coups
- d’arquebuse, des lourdes diligences qui les fran-chissaient au galop de leurs chevaux! Leur masse imposante, dressée au-dessus du fleuve qu’elle contraint à se resserrer pour trouver passage sous
- leurs voûtes, semble éternelle comme lui.
- Un pont moderne est parfois leur voisin. Celui-là nous étonne par son audace ; il est passé d’un seul bond là où. son ancêtre avait dû faire trois enjambées. S’il prend appui dans la rivière, c’est si légèrement, qu’il semble avoir craint de troubler le cours de l’eau.
- Quelle différence entre les ponts construits par nos ingénieurs actuels, et ceux qu’édifiaient au xme siècle les confréries de moines maçons. L’architecture des ponts est aussi variée que celle des palais et des temples. Ici des arches en plein cintre : les naissances se perdent dans l’eau, et la ligne du parapet forme un dos d’âne dont le sommet délie les plus fortes crues. Là, des voûtes en anse de panier ou en arc de cercle surbaissé ont réduit au minimum la saillie de l’ouvrage au-dessus des eaux. Ici la surface des murs de tête est nue, et les arches semblent des trous dans un rempart ; ailleurs une élégante archivolte impose au regard le bandeau de la voûte, et nous révèle cette robuste échine qui ne
- craint aucun fardeau ; les pierres de clé sont ornées d’élégants cartouches; en même temps la plinthe, robuste moulure romane ou capricieux dessin gothique, projette son ombre sur les tympans. Parfois ceux-ci sont ajourés au droit des piles, ou au-dessus de la voûte, dont l’œil peut alors mesurer l’épais-
- ____ seur. Le courant se brise sur les
- piles, contre des avant-becs circulaires, triangulaires, parfois ogivaux; ces avant-becs s’élèvent jusqu’à mi-hauteur du pont, coiffés de chaperons en cône, ou jusqu’au couronnement, dont ils rompent la ligne en fournissant la place de refuges pour les piétons. Certains vieux ponts ont conservé les tours fortifiées et les parapets crénelés qui servaient jadis à les défendre.
- Beaucoup ont porté des maisons : le Ponte : :;,i Vecchio de Florence possède un étage de boutiques, et au-dessus un passage particulier reliant deux palais. Plus originaux
- encore sont les
- ,*r
- Clichés H.-R, '• d'Allemagne.
- Fig. 1,2 et 3. — Trois ponts persans. —En haut : le pont Ali Verdi Khan à Ispalian, construit sous le règne de Shah Abbas le Grand [seizième siècle), — Au centre : Le vieux pont de Tus (treizième siècle).— En bas : Le pont de Laouchçmsky sur le Shah-Rud (Roule de Téhéran à Enzeli).
- ponts persans, tels que celui d’Hassan-Bey à Ispahan. Au centre est un pavillon élevé qui contient, à des niveaux différents, plusieurs salles où les promeneurs peuvent se reposer et jouir de la fraîcheur produite par la rivière. Aux extrémités sont deux pavillons plus petits. Sur la plate-forme régnent des galeries, aux balustrades ornées de mosaïques de faïence.
- Où trouver les causes de cette étonnante variété d’aspects? Dans la construction des ponts, comme
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- Fig. 4. — Pont à tour fortifiée et parapet crénelé.
- dans celle des autres monuments, les exigences du climat, les nécessités sociales, le goût artistique d’une génération ont déterminé une partie des dispositions des ouvrages. Mais, là comme dans les autres branches de l’art de bâtir, l’évolution des formes essentielles a toujours suivi celle des procédés de construction, et ce fait apparaît d’autant mieux que la construction des ponts comporte des difficultés exceptionnelles.
- Le constructeur engage la lutte contre un ennemi puissant et perfide.
- Il doit d’abord donner à l’ouvrage un débouché qui assure l’écoulement des eaux des plus fortes crues,
- Pont cT Or liiez.
- ce qui l’oblige à faire de grandes voûtes; et les piles qui supportent ces voûtes doivent être fondées
- assez solidement pour que les eaux, en afîouil-lant leur base, n’en provoquent pas l’effondrement. Établissement des fondations, montage des grandes voûtes, c’est à résoudre ces deux problèmes que travaillent depuis des siècles tous les constructeurs de ponts.
- La difficulté des travaux de fondation provient de ce que le lit des rivières comporte ordinairement une forte épaisseur de vases, sables et graviers sans consistance, sur lesquels il est difficile d’asseoir directe-
- Fig. 5. — Un vieux pont turc. — Le pont de Vezir-Keupreu, près de Prizrend {Turquie).
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- Fig. 7. — Vieux pont ogival, près de Barcelone.
- ment les piles. Il faut donc creuser à de grandes profondeurs pour trouver un terrain incompressible et inaffouillable. Jusqu’au xixe siècle on n’a connu aucun procédé pour les atteindre sûrement. La légende conte que Sémiramis, construisant un pont sur l’Euphrate, fit creuser un immense lac pour recevoir les eaux du fleuve pendant la durée des travaux : méthode radicale, mais dont s’accommoderaient mal sans doute nos budgets modernes. Pour faire à sec depuis le fond solide la maçonnerie de leurs piles, les Romains employèrent des batardeaux à l’intérieur
- desquels ils draguaient et épuisaient, mais leurs machines élévatoires étaient faibles, et le plus souvent ils se contentèrent de couler sous l’eau des massifs d’enrochements, dont la surface dressée avec soin recevait les piles. Ce procédé et celui des fondations sur pilotis, furent à peu près les seuls employés jusqu’à la fin duxvm0 siècle. Les fondations ne pouvaient supporter que de faibles pressions ; il fallait donc de larges massifs qui gênaient l’écoulement de l’eau. Les accidents étaient fréquents : le pont de Capodarso en Sicile dut être reconstruit six foisf De’plus, on voulait que chaque
- Fig. g. — Le Ponte-Vecchio, à Florence.
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- LES PONTS DE PIERRE
- arche pût se maintenir par elle-même; pour cela l’épaisseur des piles atteignait le cinquième de l’ouverture des voûtes. Le débouché nécessaire aux eaux s’obtenait alors en forçant la hauteur du pont, les arches étaient des pleins cintres auxquels on donnait des ouvertures croissantes des arches de rive à l’arche centrale, et la chaussée formait dos d’âne. Sur certains ponts (pont de Saint-Affrique) les rampes étaient si fortes que les charrettes passaient de préférence à gué.
- C’est le grand ingénieur français Perronet qui, vers la fin de l’ancien régime, conçut et réalisa un nouveau
- temporains, puis elle excita leur enthousiasme, et le roi Louis XV assista solennellement, avec la cour, les ministres et les ambassadeurs, au décintrement
- Fig. io. — Un pont construit par Perronet. — Le pont de la Concorde.
- du pont de Neuilly en 1772. Les proportions adoptées par Perronet
- Fig. ii. — Le pont de Gignac (1774)-
- type de ponts. Il estima qu’il fallait utiliser l’appui mutuel que se prêtent deux voûtes voisines, en réduisant l’épaisseur des piles à ce qu’il faut pour porter le poids de l’ouvrage,
- Fig. i3. — Un pont moderne à tympans évidés. — Le pont d’Orléans.
- sans craindre leur renversement, et il donna aux voûtes la forme d’arcs de cercles aplatis, de manière à obtenir un large débouché sans élever la chaussée autant que le faisaient ses devanciers. La hardiesse des ouvrages de Perronet effraya d’abord ses con-
- Fig. 12. — Le Pont-Royal à Paris, photographié pendant la crue de la Seine, en janvier iqio.
- sont devenues à peu près classiques, les voûtes se font en forme d’arc de cercle surbaissé, ou d’ellipse, et les ponts bas, à piles minces, ont remplacé les ponts élevés, à piles épaisses. D’autre part, au xixe siècle, l’emploi des massifs de béton immergé, et surtout celui des caissons foncés à l’air comprimé, qui a permis de descendre jusqu’à trente mètres sous l’eau, ont résolu complètement le problème des fondations. On peut donc dire que la forme générale donnée actuellement aux ponts sur rivière, et leur mode de construction, sont tout à fait rationnels.
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- A la suite de Perronet, les études des ingénieurs se sont orientées dans la voie qu’il avait ouverte; on faisait autrefois les ponts lourds pour qu’ils fussent résistants ; on sait aujourd’hui les établir assez solidement pour que leur renversement ne soit pas à craindre, et on cherche à les faire légers. Diminuer le poids du remplissage entre les murs de tête, et réduire au minimum l’épaisseur de la voûte dans chacune de ses parties, c’est imposer une fatigue moindre au sol de fondation, et au cintre qui soutient la voûte pendant son montage : c’est réaliser, à sécurité égale, une économie de matériaux. On rapporte qu’un ouvrier anglais, ayant entrepris de construire, à Pont-y-Pridd dans le pays de Galles, un pont voûté de 42 mètres d’ouverture, vit par deux fois son ouvrage s’écrouler après dé-cintrement ; il reconnut qu’il lui fallait en diminuer le poids, et y fit trois évidements circulaires. C’était la preuve expérimentale que, pour la construction des grandes arches, des élé-gissements de la masse s’imposent, et cette pratique est devenue constante pour ce genre d’ouvrages, dont l’établissement des réseaux ferrés suscite de plus en plus la construction depuis une quarantaine d’années : la chaussée repose sur de petites voûtes, dont les piliers s’appuient sur la grande, et le pont apparaît ainsi ajouré comme une dentelle.
- Malgré leur légèreté relative, la grosse difficulté de la construction des grandes arches est de les établir sur un cintre assez solide pour qu’au cours du montage ce cintre ne soit pas rompu par l’effet de la masse qu’il supporte ou par la violence du vent, et pour qu’il ne subisse pas de tassements qui
- déformeraient l’arc. Ces tassements effrayaient tellement les anciens constructeurs, que les deux plus beaux ponts du xvme siècle, ceux de Gignac et de Lavaur, furent édifiés sur des cintres en maçonnerie, dans lesquels de petites arches laissaient passage à la rivière. Nos ingénieurs ne connaissent plus ces craintes ; soutenus par des appuis intermédiaires, ou retroussés, c’est-à-dire appuyés seulement aux culées, leurs cintres en charpente ne se déforment pas sensiblement. Aussi leur audace va-t-elle
- croissante; le
- ... ; .....pont de Montan-
- ges, récemment achevé dans le département de l’Ain, a 80 mètres d’ouverture au-dessus d’un ravin profond de 65 mètres, et le pont Adolphe, à Luxembourg, franchit une portée de 84 mètres.
- C’est dans cet ouvrage que l’ingénieur français Séjourné a réalisé pour la première fois son idée des ponts à deux anneaux jumeaux, la plus belle qui ait été conçue en la matière depuis Perronet. L’intensité de la circulation sur les voies modernes exige que les ponts de nos grandes villes soient larges. Mais comment réaliser des largeurs minima de 12 à 15 mètres sans dépense exgérée? Séjourné y parvient en construisant deux ponts jumeaux de faible largeur, entre lesquels il laisse un fort intervalle, et sur lesquels il établit un tablier en béton armé portant la chaussée. Le même cintre sert successivement à la construction de deux voûtes jumelles. On comprend que ce système soit économique, et c’est le triomphe de l’élégissement des ponts; au pont de Toulouse, construit récemment, une largeur totale de 22 mètres est obtenue avec deux anneaux de 3 m. 25 seulement, laissant entre eux un vide de 10 mètres, et surplombés extérieurement
- Fig. 14. — La plus grande voûte de France : Le pont de Montanges. En bas, en construction; en haut, terminé. La voûte a 80 mètres d’ouverture, le ravin 65 mètres de profondeur.
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- par des trottoirs en encorbellement de 2 m. 25.
- Les constructeurs de ponts doivent-ils croire maintenant que la matière de leurs recherches est épuisée, et qu’en présence d’un obstacle à franchir ils n’au-
- avec les constructions en pierre. Mais nous possédons, depuis une trentaine d’années, un type nouveau de maçonnerie, le béton armé, dont la solidité paraît au moins égale à celle de la pierre. L’emploi du béton
- Fig. i5. — Vue du Pont des Amidonniers, à Toulouse.
- ront plus qu’à faire leur choix parmi des formes consacrées? Certainement non, et leur maître actuel, Séjourné, vient de leur en donner lui-même la preuve, en construisant, dans le Roussillon, un pont complètement original, où les deux branches d’une ogive franchissent un ravin comme les jambes areboutées d’un géant, et portent le pilier central d’un rang supérieur de voûtes, sur lequel passe la voie ferrée. De plus, la pierre paraissait, jusqu’à ces dernières années, la matière par excellence des ouvrages durables. Sans parler des ponts en charpente, qui n’ont qu’une vie éphémère, les ouvrages métalliques, si précieux qu’ils soient pour la solution des multiples problèmes de franchissement que posent les travaux modernes, exigent des soins constants et ne peuvent rivaliser pour la durée
- armé, exclusif ou combiné avec celui de la pierre, introduit dans la construction des ponts des formes et des aspects que nos ancêtres ne pouvaient concevoir, et par là même il exige des procédés nouveaux de décoration. Ainsi le champ des recherches ouvertes à nos constructeurs, loin de se rétrécir, s’élargit de jour en jour. Nous conclurons en disant que la construction des ponts est œuvre scientifique, ce qui nous garantit que ses progrès continueront dans l’avenir — et que son privilège est d’être en même temps œuvre artistique, ce qui fait que les hommes chercheront toujours à réaliser dans ces ouvrages leur conception de la beauté, ce qui leur assure l’admiration des générations futures, aussi longtemps que la prévoyance de leurs auteurs aura permis qu’ils subsistent. E. Poupet.
- Fig. 16. — Un pont à anneaux jumeaux. — Le pont des Amidonniers, à Toulouse (Pont Séjourné).
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- ÉTUDE, CAPTAGE, ADDUCTION ET
- Souvent ici on a dit comment depuis plus de 20 ans les constatations nouvelles des épidémiologistes, hygiénistes et géologues ont compliqué la question des eaux potables, si capitale pour la santé publique, et cause des maladies désastreuses que transmettent les eaux polluées.
- Les pouvoirs publics ont prété la plus vigilante attention aux graves problèmes d’hygiène publique ainsi soulevés, et les commissions, circulaires et règlements se sont multipliés depuis dix ans, depuis la circulaire du 10 décembre 1900, aux ministères de l’Intérieur, de l’Agriculture, de la Guerre, de la Marine, des Travaux Publics. Il reste seulement deux lacunes à combler, l’une par le ministère de l’Instruction Publique, pour les eaux potables des écoles ; l’autre par le ministère des Travaux Publics, pour les eaux des gares, stations, ateliers et surtout les puits des passages à niveau des chemins de fer.
- Des complexes dispositions ainsi élaborées et prescrites par divers services des administrations supérieures, on peut actuellement dégager les principes généraux suivants, que nous croyons devoir résumer, parce qu’il ne se passe point de semaine sans que des renseignements nous soient demandés sur ce sujet.
- Provenance des eaux potables. — Dans l’ordre de la plus favorable utibsation, on peut demander l’eau potable aux sources, cours d’eau, lacs, étangs, pluies (citernes), nappe phréatique (puits), puits artésiens, drainage ou infiltration, galerie filtrante.
- Eau de source. — Il faut déterminer son siège et son mode de captage : le captage de « surface » dans les terrains meubles qui surmontent le vrai gisement est généralement mauvais; dans le captage « géologique », c’est-à-dire dans la roche d’où elle émerge, l’eau est recueillie comme pour les sources thermales.
- Il importe d’étudier le débit, la limpidité, les variations de température suivant les saisons, l’influence que peuvent exercer les pluies prolongées et la chaleur estivale.
- La nature du terrain, les causes de souillures (habitations, fosses fixes, fumier, purins, engrais employés, étables, lavoirs, abreuvoirs, terrains cultivés ou d’épandage, cimetière, usine, puisards et puits perdus), la distance de ces foyers d’infection hydrique ; le périmètre de protection de la source, prescrit par application de l’art. 10 de la loi du 15 février 1902 (ce qui est toujours une délicate question de cas particulier), la nature des terrains adjacents (boisés ou en friche), la présence de fissures, failles, mardelles, bétoires, effondrements, par lesquels peut se faire l’infiltration des matières organiques ou excrémentielles, ou de l’eau de pluie, sont des considérations capitales.
- L’eau des émergences est en effet assez souvent affectée de contaminations produites à plusieurs mètres ou kilomètres de distance, par l’intermédiaire de ces fissures. Certaines eaux dites de sources sont des réapparitions, des résurgences non filtrées et dangereuses, de cours d’eau infectés et qui se sont perdus dans le sol parfois à de grandes distances.
- Les expériences de coloration à la fluorescéine (phta-léine de la résorcine) permettent de constater ces sortes de redoutables correspondances qui peuvent, d’une perte à une émergence, véhiculer les germes de la fièvre typhoïde, si des selles de malades ont été jetées simplement sur le sol !
- La fluorescéine doit être projetée à l’état de solution : 1 kilogr. dans 50 litres d’eau, additionnée d’une petite
- PROTECTION DES EAUX POTABLES
- quantité d’ammoniaque pour neutraliser l’action décolorante de l’acide carbonique de l’air et du sol. Il faut en employer 1 kilogr. par kilom. de distance prévue, et beaucoup plus si le débit est considérable.
- Les prélèvements de l’eau supposée correspondante seront fréquents : toutes les heures et pendant plusieurs jours. L’emploi délicat du fluoroscope facilite le contrôle de la matière colorante. Toutefois, les résultats des expériences à la fluorescéine ne donnent souvent que des indications d’ordre secondaire, parce que tant de causes peuvent en entraver la réussite, qu’en principe, on ne doit rien conclure d’une expérience négative.
- Dans les terrains tourbeux, la fuchsine acide est préférable à la fluorescéine.
- On peut aussi utiliser le sel marin en forte quantité, décelable par l’analyse chimique, ou la levure de bière (saccharomyces cerevisiæ) qui sera retrouvée par l’analyse bactériologique.
- Cours d’eau. — L’auto-épuration due à la lumière solaire, l’action de l’oxygène et la sédimentation des germes et de l’humus qu’ils renferment laissent néanmoins subsister dans des cours d’eau des facteurs permanents d’infection. Aussi faut-il connaître les villes, villages, lavoirs, abreuvoirs, cimetières, établissements hospitaliers, asiles, casernes, égouts, usines ou établissements industriels existant en amont ou à proximité de la prise projetée.
- Leur discussion raisonnée fera autoriser ou refuser le captage.
- Lacs, étangs et réservoirs artificiels créés par des barrages. — Les mêmes précautions sont indiquées. La pureté des lacs est subordonnée au déversement des immondices et des déjections des rives et des bateaux.
- Il semble que l’on doive établir la prise à une profondeur moyenne, l’eau de la surface étant toujours contaminée, de même que celle du fond.
- Citernes et réservoirs d’eau de pluie. —l’eau de pluie peut être contaminée par les surfaces de ruissellement qui la récoltent (toitures, gouttières) ; par les récipients qui la recueillent et où s’accumulent les matières organiques ; par les poussières pénétrant par fermeture non hermétique; par les infiltrations du voisinage (égouts, fosses fixes, fumiers, cours d’eau, fossés).
- Les matériaux de construction des citernes, leur étanchéité, leur nettoyage et au besoin leur désinfection, le rejet automatique des eaux qui tombent au début de l’averse, l’établissement d’un citerneau à filtre souvent nettoyé et remplacé, doivent, au premier chef, attirer l’attention.
- Eaux de puits (nappe phréatique). — Rien de plus dangereux qu’un mauvais puits. Il faut considérer son diamètre qui dépendra de la profondeur et de la nature du sol traversé, la quantité d’eau approximativement fournie, la rapidité de son renouvellement, les oscillations suivant les saisons et les variations de température, la nature du fond, la présence de dépôts vaseux ou organiques, le degré de perméabilité du sol au voisinage du puits, la situation qui ne doit jamais être soit dans une. déclivité où peuvent s’accumuler les eaux de surface, mais toujours dans un point élevé ou en pente, abrité contre cette stagnation et d’où les eaux peuvent diverger, le périmètre de protection du puits, les causes d’infiltrations de surface dans la profondeur.
- A moins que le terrain traversé ne soit rigoureusement imperméable, le puits devra être maçonné jusqu’au niveau
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- aquifère ; la couverture doit être suffisamment protectrice. Le puisage devrait être fait de préférence avec une pompe; en tout cas jamais le seau de puisage ne devra être posé sur le sol et il faudra toujours le maintenir extrêmement propre. La profondeur ne constitue pas une garantie de salubrité. Les niveaux phréatiques, même au-delà de 100 m. de profondeur, sont sujets à contamination dans le calcaire ou la craie fissurés.
- Dans ces terrains la rencontre de l’eau est subordonnée à la position et à la taille des fissures, c’est-à-dire au hasard.
- Puits artésiens. — Originellement et théoriquement pures, les eaux artésiennes, d’après les examens bactériologiques, se sont parfois montrées contaminées, soit par la nappe du premier niveau supérieur hydrostatique, soit par d’autres impuretés, quand le tubage n’est pas établi avec étanchéité dans le forage. Le tubage, d’ailleurs (simple ou double), empêche les pertes de l’eau de la nappe artésienne ; si l’eau est jaillissante au-dessus du sol cette condition est plus favorable au point de vue hygiénique que si l’eau se borne à demeurer ascensionnelle jusqu’à une certaine hauteur dans le tubage. Au delà de 200 mètres de profondeur (en France), l’eau artésienne, réchauffée de 6° et plus, peut demander l’opération du refroidissement artificiel pour être agréablement potable (7 à 15°). Il y a toujours un grand risque dans les entreprises de puits artésiens, et il importe de traiter à forfait avec les foreurs.
- Les eaux de drainage et de galeries filtrantes sont les moins recommandables de toutes, parce que, en raison de leur origine superficielle, elles véhiculent aisément les impuretés de la surface du sol.
- Aussi se troublent-elles après les pluies. Les précautions pour mettre les drains à l’abri de la contamination par les eaux superficielles, la nature des terrains, l’étendue du périmètre de protection, les causes de souillure, devront être l’objet de soins particuliers. Les pays granitiques, comme le Limousin et la Bretagne, n’ont en général pas d’autre eau potable que celles des drains (ou des cours d’eau) à leur disposition.
- Les mêmes objections s’appliquent aux eaux des galeries filtrantes à proximité des rivières.
- Le niveau de l’eau de ces galeries, de la nappe phréatique et du cours d’eau situé au voisinage, leurs oscillations comparées, l’influence qu’exerce sur ces niveaux l’action des saisons et de la pluie, la rapidité ou la lenteur de renouvellement de l’eau, seront étudiés avec précision. Il faut que les galeries filtrantes soient protégées contre les crues des cours d’eau.
- Souvent on a pris pour une nappe en communication avec les cours d’eau, des nappes réellement indépendantes et de bien meilleure qualité : tel est le cas des nappes captées à Nevers (sous la Loire), à Fontainebleau et à Croissy (pour Versailles) sous la Seine.
- Canalisation. — Que l’arrivée soit souterraine ou par acqueduc, on surveillera l’établissement des conduites (maçonnerie, ciment armé, fonte), leurs joints, les pertes ou infiltrations qu’elles peuvent comporter ; la vitesse du courant, les regards qui la mettent en communication avec l’extérieur (et qui ne doivent pas laisser pénétrer les poussières, la terre, les végétaux, les débris organiques, les matières fécales de l’homme et des animaux), la surveillance des conduites et le contrôle de leur étanchéité seront assurés.
- La profondeur des conduites enfouies est au moins de 80 centimètres en conditions normales. On devra la porter à 4 m. 50 dans les pays à étés chauds et hivers
- EAUX POTABLES ~
- froids, pour que les variations de température extérieure ne retentissent pas trop sur la température de l’eau.
- Propriétés physiques et organoleptiques de l’eau. — C’est l’étude des coiffeurs, transparence, température, saveur, odeur. La prise de température, en diverses saisons, est importante pour apprécier préliminairement le degré probable de la pureté des émergences, résurgences ou nappes souterraines. Dans nos climats, la température de l’eau peut varier, pour les vraies sources (de 0 mètre à 1500 mètres d’altitude) de 15 à 7 degrés. La fixité thermométrique d’une eau est, en général, l’indice d’une absence de contamination et de son origine souterraine profonde. Les variations thermiques des eaux de source doivent être spécialement enregistrées aux périodes de maximum et de minimum de débit.
- Une eau géothermiquement équilibrée avec le sol, et dont les variations de température ne dépassent pas 0°,5, paraît pouvoir être considérée comme une vraie source, surtout lorsqu’elle émerge de terrains sablonneux ou détritiques. Mais ceci n’est qu’une grossière indication préalable, qui devra être confirmée par les précisions des analyses bactériologique et chimique.
- Le défaut de transparence d’une eau est dû aux sables, argiles, algues, matières organiques, diatomées. Il faut rechercher si la pluie détermine la turbidité de l’eau et après combien de temps ; la couleur de l’eau brunâtre ou noirâtre implique la présence soit de particules tourbeuses, soit de résidus industriels qui rendent l’eau impropre à la boisson. L’odeur de vase, de marais, de poisson, doit aussi faire condamner l’usage d’une eau.
- Mais les eaux troublées uniquement par des sables ou argiles (spécialement dans les montagnes) sont souvent meilleures que d’autres eaux très limpides et remplies de microbes pathogènes aussi invisibles que dangereux.
- L’étude bactériologique indiquera les oscillations quantitatives et qualitatives (l’analyse quantitative seule ne suffit pas) dans la teneur bactérienne de l’eau potable, la nature des germes qu’elle renferme, la présence ou l’absence du colibacille, la proportion par centimètre ou par litre de ce dernier microbe, l’existence des autres bactéries suspectes, telles que celles de la putréfaction, la rareté ou l’abondance des anaérobies, l’action exercée sur la composition microbienne de l’eau potable, les saisons, les pluies.
- Une même eau peut offrir des variations bactériennes parfois considérables. Aussi l’appréciation exacte de la valeur alimentaire d’une eau ne peut-elle être fondée sur le résultat d’une seide analyse microbiologique. Il convient de faire surtout les analyses à toutes les périodes où l’on peut soupçonner l’invasion de l’eau par des germes suspects ou pathogènes, notamment après les périodes de pluie prolongée.
- En général, on peut dire que l’analyse doit être répétée tous les 15 jours, au minimum tous les mois.
- Les procédés et précautions d’analyse bactériologique (et aussi d’analyse chimique, v. ci-après), ont fait l’objet d’instructions spéciales rédigées par le Conseil supérieur d’hygiène publique (ministère de l’Intérieur), par le service de santé de la Guerre, par le ministère de la Marine (circulaire du 15 septembre 1909, Journal officiel du 16 septembre 1909, p. 9495).
- L’analyse chimique comprend : 1° 1 examen de la potabilité ; 2° celui de la minéralisation.
- Les variations considérables que certaines eaux peuvent présenter dans leur composition chimique, exigent que l’appréciation de la valeur alimentaire d’une eau ne soit
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- CHRONIQUE
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- pas fondée sur les résultats d’une seule analyse. Il faudra des analyses répétées aux différentes saisons, notamment après les périodes de pluie prolongée.
- Filtrage. — Quant au filtrage, à l’épuration, à la stérilisation des eaux trop impures pour être livrées à la consommation, les procédés demeurent multiples, inégaux, tous plus ou moins chers ou imparfaits.
- L’ozonification paraît le plus sur, mais n’est applicable qu’à des eaux claires; elle exige donc, la plupart du temps, une opération de clarification préalable ; son installation, coûteuse, est une véritable usine que doit diriger un compétent ingénieur.
- Les filtres à sable non submergé n’ont pas été, jusqu’à présent, appliqués à de très grands volumes d’eau (800 mètres cubes à Ghàteaudun). Il leur faut aussi de l’eau limpide.
- Les filtres à sable submergé, quel qu’en soit le système, n’éliminent pas le colibacille aussi complètement que le déclarent les. réclames commerciales, bien qu’ils aient constitué un très utile perfectionnement.
- Les filtres domestiques et de petit débit (Lepage, Vaillant, Geneste-Scherer, etc.), reviennent assez cher et ne fournissent pas assez.
- Les filtres Cbamberland (système Pasteur) ne conservent quelque efficacité que si on les entretient avec le plus grand soin (ébullition au moins une fois par semaine, changement fréquent de la bougie).
- Les rayons ultra-violets ouvrent une nouvelle voie qui s’annonce comme bonne, mais qui n’est pas encore bien frayée, tant au point de vue du prix de revient que de la manipulation pratique. L’ordre du jour, sous ce rapport, n’est pas épuisé. E.-A. Martel.
- CHRONIQUE
- Une ligne de transport de force électrique paralysée par un insecte. — Voici un cas curieux d’accident sur une ligne de transport de force électrique ; il s’agit d’une ligne américaine de la Névada-California Power C°, fournissant d’énergie électrique la plupart des villes de l’Etat de Névada. La transmission du courant se fait à 52 000 volts. Un beau jour, le courant fut brusquement arreté sur tout le réseau ; on inspecta la ligne, on constata qu’un court-circuit s’était produit sur un parafoudre à corne, organe destiné à protéger la ligne contre les effets de l’électricité atmosphérique. Un examen plus approfondi montre que ce court-circuit avait été provoqué par un gros insecte connu dans le pays sous le nom de (( Snake-feeder ». L’insecte s’était imprudemment engagé entre les cornes du parafoudre et avait créé un contact entre les deux branches ; aussitôt un arc électrique s’était produit dont la répercussion s’est fait sentir instantanément sur une région entière. Petite cause, grands effets !
- L’accroissement de la circulation à Londres et à Paris. — Une récente communication de M. Ca-doux à la Société de statistique de Paris explique comment les embarras de la rue ne font que croître, à Paris et à Londres. Les causes ne sont pas identiques dans les deux villes : à Paris, il y a trop de chantiers sur les voies publiques, et un manque de qualités professionnelles chez les conducteurs de véhicules. A Londres, un rapport de Sir Kerbert Jekyll, contenant une étude de M. W. Ilarbutt Dawson sur les transports expose que le « plus grand Londres )) renferme 7 557 000 habitants sur 695 milles carrés, alors que la Seine n’a que 5 908 000 habitants, sur 185 milles carrés. L’organisation des transports en commun est, d’autre part, différente dans les deux villes : libre concurrence à Londres, concession réglementée à Paris. L’éxode de la population vers la périphérie est plus ancien et plus ample à Londres qu’à Paris; la City autour de Saint-Paul a perdu 170506 habitants de 1881 à 1908. Des courants intenses de circidation en résultent, le matin vers le centre, et le soir vers la périphérie; le chiffre de 270 millions de voyageurs en 1881 est passé à 972 millions en 1905 et à 1577 millions en 1908, soit 188,1 voyages par habitant et par an en 1908. Ce développement a été facilité par l’établissement de nouvelles lignes de tramways électriques, par l’extension du service de banlieue des chemins de fer, et par de notables abaissements de tarifs. Mais le plan défectueux des rues de Londres contribue à aug-
- menter l’encombrement. A Paris, le nombre des voyageurs par jour, pour les transports en commun, est d’environ 5555000 contre 4 600 000 à Londres, ce qui élève le nombre des voyages annuels par habitants à 276,2. En 1908, il était de 7695 fiacres à chevaux et 4527 automobiles : pour Londres, les chiffres correspondants atteignent 8475 et 2805. Le nombre des accidents de voitures augmente d’une manière inquiétante; en 1908, à Londres, il y a eu près de 14 500 victimes, dont
- 15 950 blessées et 525 tuées. Dans Paris, en 1909, 229 accidents mortels et 18 854 blessures.
- L’origine asiatique du maïs. — Nous faisions allusion dans notre dernier numéro (L’origine du haricot) à la doctrine généralement admise qui considère actuellement notre maïs comme une plante originaire de l’Amérique du Sud. Voici justement qu’une découverte faite dans l’intérieur de la Chine par un missionnaire semble de nature à rouvrir la question. Le nouveau maïs chinois dont on nous révèle pour la première fois l’existence est si différent des variétés actuellement cultivées qu’on peut le considérer comme une espèce spéciale. S’il n’est pas indigène à la région chinoise où le missionnaire l’a découvert (ce qu’on ne pourra établir qu’après une enquête longue et minutieuse), il a dû être importé bien des siècles avant le voyage de Colomb, car il ne pourrait pas avoir acquis ses caractères en quelques centaines d’années. C’est une plante naine, dont la hauteur dépasse à peine I m. Les épis, longs de 125 mm, contiennent de
- 16 à 18 rangs de petits grains qui, lorsqu’on les coupe par le milieu, présentent un aspect céreux. Us contiennent un amidon très différent de caractère de celui du maïs connu. Les feuilles s’échelonnent en un même plan vertical des deux côtés de la tige, et leur arrangement assure aux fleurs nouvellement écloses une protection efficace contre les vents chauds et secs soufflant de régions désertiques. Ces feuilles forment en leur point d’attache une sorte de cornet où s’accumule le pollen, à bonne portée des fleurs femelles, qui sont fertilisées à coup sur. L’obtenteur de la nouvelle espèce a fait parvenir des grains au Ministère de l’Agriculture des Etats-Unis, qui s’occupe activement d’acclimater la plante dans les régions sèches du Sud-Ouest, où la culture du maïs commun a donné jusqu’ici des résultats désastreux, les fleurs se desséchant avant l’époque de la pollinisation sous l’action du vent chaud. On cherche à croiser cette espèce naine avec les variétés à gros grains. Ces recherches ne sauraient laisser indifférents nos agronomes coloniaux.
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- LA CALORIMÉTRIE HUMAINE : LE LABORATOIRE DE NUTRITION A BOSTON
- Depuis le célèbre mémoire où Lavoisier et Meunier démontrèrent que la respiration n’est autre chose qu’un phénomène de combustion s’exerçant aux dépens des aliments ingérés par l’organisme, la comparaison entre le corps humain et une machine thermique est devenue classique. L’énergie mécanique, mise en jeu dans le fonctionnement de nos organes : battements du cœur, travail des muscles, provient de l’énergie de combustion des aliments; de même que dans une machine à vapeur, le travail produit par le piston provient d’une transformation de la chaleur développée par la combustion du charbon sous la grille de la chaudière.
- En réalité, cette comparaison est des plus sommaires et 'ne rend compte des faits que très imparfaitement : il y a bien à l’intérieur de notre corps combustion des aliments, mais dans des conditions toutes différentes des combustions observables dans la pratique; pour brûler les mêmes substances que notre corps transforme dans les limites de température comprises entre 56 et 58°, il faut au laboratoire atteindre des températures fort élevées. La combustion qui s’effectue à l’intérieur de nous-mêmes a donc nécessairement un mécanisme tout distinct de ce que nous appelons combustion dans une machine à vapeur. Une machine thermique exige, pour fonctionner avec un rendement suffisant, une différence de température considérable entre une source de chaleur, le foyer dans le cas de la machine à vapeur par exemple, et une source de froid relatif, le condenseur ou l’atmosphère. Carnot a prouvé que le rendement d’une machine de ce
- q __. q
- genre ne pouvait dépasser le rapport —L——- T* dé-
- f o
- signant la température absolue de la source chaude,
- T0 celle de la source froide. Dans le cas du moteur humain, la source froide ne pourrait être que l’atmosphère ; il est facile de constater que le rapport de Carnot aurait toujours une valeur dérisoire, qui n’est pas d’accord avec les faits.
- La conclusion de ceci s’impose : l’énergie prend, dans notre organisme, une forme toute différente de la forme calorifique. Se présente-elle sous forme chimique? Il faudrait admettre alors des transformations directes d’énergie chimique en énergie mécanique, ce qui n’a jamais été observé jusqu’ici en laboratoire. L’énergie électrique semble également devoir être mise hors de cause, et nous en sommes réduits à imaginer une nouvelle forme d’énergie, celle que le regretté Bernard Brunhes nommait énergie physiologique. Nos connaissances sur cette forme particulière d’énergie sont encore fort incomplètes; l’énergétique humaine et animale est cependant l’un des chapitres de la science qui présente
- Fig. 2. — Coupe de la paroi du calorimètre montrant les parois en zinc et en cuivre et l’enveloppe extérieure A en amiante; B, couche de feutre; H, entretoise creuse traversée par le boulon I; D, entretoise creuse traversée par le boulon E; W, fil électrique chauffant, réglant la température de la couche d’air comprise entre le feutre et le zinc; F, isolateur en porcelaine; C, tube pour l’eau de refroidissement.
- Matelas cl 'air
- Matelas
- la nourriture
- Fig. i. — Section horizontale du calorimètre humain : A, première paroi en cuivre; D, seconde paroi en zinc; E, feutre; F, amiante. — Remarquer les orifices d’entrée et de sortie de l’air; ceux d’entrée et de sortie de l’eau, chacun muni d’un thermomètre ; le sas C pour l’introduction de la nourriture; au centre la chaise et, en pointillé, l’orifice d’entrée du sujet.
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- pour 1 humanité 1 intérêt le plus vif et le plus direct. On comprendra donc aisément que de vigoureux elïorts aient été tentés en ces dernières années pour éclairer un peu une région restée fort obscure. En France, les beaux travaux de M. Chauveau et
- Fig. 4. — Le calorimètre humain disposé pour une
- pesée. Iransl'ormalions of Man. 1 vol, publié par la Carnegie Institution of Washington, 1910.
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- 240 --:--: LA CALORIMÉTRJE HUMAINE
- monts assimilés. Ce sont ces expériences que le laboratoire de nutrition de Boston s’est proposé de reprendre, en leur donnant plus d’envergure et de précision.
- Le laboratoire de Boston s’est outillé à cet effet d’un certain nombre de calorimètres, d’une construction fort remarquable. Notre figure montre la section horizontale de l’un d’eux : c’est une boîte absolument étanche à la chaleur ; étanchéité assurée par une enveloppe en matière isolante et un double matelas d’air; la chaleur dégagée par le sujet est absorbée par un courant d’eau circulant d’une façon continue; on en mesure très fréquemment la température à l’entrée et à la sortie et l’on pèse l’eau qui
- res, intimement liés à l’assimilation de la nourriture.
- Ils se trouvent donc amenés à mesurer et analyser, après chaque expérience, l’air restant dans le calorimètre. La précision des mesures dépend de l’exactitude avec laquelle sont connus le volume gazeux et la température en chaque point du calorimètre ; il importe donc de maintenir cette température aussi uniforme que possible, et pour cela réduire le volume intérieur du calorimètre à sa plus faible expression.
- La paroi intérieure de la chambre calorimétrique est faite avec de larges feuilles de cuivre étamé sur les deux faces ; vient ensuite une deuxième paroi en zinc; puis autour de celle-ci une enveloppe d’air for-
- Fig. 5. — Le laboratoire calorimétrique de Boston.
- sort de l’appareil ; ces éléments permettent de mesurer la quantité de chaleur dégagée à l’intérieur du calorimètre. On s’arrange de façon à arriver à un état d’équilibre ; la température initiale de l’eau est réglée de façon que la température de l’intérieur de la chambre calorimétrique reste invariable : dans ces conditions, la chaleur dégagée par le sujet, par radiation ou conduction est exactement égale à celle qu’entraîne l’eau à sa sortie de l’appareil. Le sujet trouve dans l’intérieur du calorimètre un confortable rokhing-chair suspendu au fléau d’une balance très précise : le patient pèut ainsi rester plusieurs heures assis.
- Le volume total du calorimètre ne dépasse pas 1400 litres ; c’est à dessein que l’on a réduit au minimum sa capacité : les expérimentateurs de Boston se sont proposé d’étudier, en même temps que les transformations alimentaires, les échanges respiratoi-
- mant encore matelas contre les variations thermiques, enfin une paroi intérieure faite d’une gaine de papier enfermant du feutre et recouverte d’amiante. Pour éviter radicalement toute radiation, on a eu recours à un dispositif imaginé par Rosa et qui permet de maintenir rigoureusement la paroi de zinc à la même température que la plaque de cuivre. Une résistance électrique en fil de manganèse est placée à l’intérieur du matelas d’air, enroulée sur un isolateur en porcelaine ; un courant électrique envoyé dans cette résistance l’échauffera et portera le matelas d’air et la paroi de zinc rigoureusement à la température voulue. Un couple thermo-électrique permet de se rendre compte des différentes températures qui surviendraient entre la paroi de cuivre et celle de zinc, et de juger l’apportunité de chauffage de cette dernière au moyen du courant électrique. R. Villers.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue cle Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1947.
- 17 SEPTEMBRE 1910.
- LES RÉCENTS PROGRÈS DE LA MACHINE A VAPEUR
- Dans toute machine à vapeur la distribution de celle-ci dans les cylindres s’obtient, dans la grande majorité des cas, au moyen d’un distributeur appelé Tiroir de disposition plus ou moins variable
- lorsqu’elle s’échappe dans l’atmosphère et à une température encore plus basse lorsqu’elle s’écoule au condenseur. Il en sera de même pendant toute la course rétrograde du piston de 4 à 5 (période d’é-
- Fig. i. — Locomotive à marchandises à quatre essieux couplés, construite par les ateliers Vulcan, de Stettin et munie de la distribution de vapeur à courant parallèle.
- et dont le mode de fonctionnement est le suivant :
- Le cylindre (fig. 5) est muni de trois lumières dont deux latérales A aboutissent aux extrémités du cylindre et d’une lumière centrale C communiquant soit avec l’atmosphère, soit avec un condenseur. Ces trois lumières débouchent dans la boîte à vapeur sur une surface plane bien dressée sur laquelle glisse le tiroir D actionné par un dispositif approprié.
- Lorsque le piston est à fond de course en 1 le tiroir D découvre l’ouverture À de gauche et laisse pénétrer la vapeur de la chaudière dans le cylindre à la pression de celle-ci (période d’admission), en poussant le piston.
- Lorsque celui-ci est arrivé en 2, le tiroir ferme la lumière A gauche et la vapeur ainsi renfermée dans le cylindre continue à pousser le pis-, ton en augmentant de volume et en abaissant sa température (période de détente). En 3 le tiroir met en communication la lumière A avec celle C, et la vapeur prenant une direction inverse de celle qu’elle avait primitivement s’échappe par la lumière A, soit dans l’atmosphère, soit au condenseur à une température voisine de 100°
- 38° année. —- a0 semestre.
- chappement). Sous l’iniluence de cet abaissement de température de la vapeur, les parois du cylindre et des lumières se refroidissent notablement et, lorsque la vapeur venant de la chaudière viendra à être introduite à nouveau derrière le piston en 1 pour lui faire reprendre sa course directe, celle-ci, se trouvant en contact avec des parois à une température de beaucoup inférieure à elle, se condensera sous forme de rosée sur ces parois refroidies en élevant leur
- température sur une épaisseur très faible, mais suffisante, cependant, pour emmagasiner une quantité notable de chaleur. Ce sera donc une pure perte de vapeur sans aucun travail produit par elle pendant une cylindrée. Ces condensations de vapeur qui, dans certains cas, peuvent atteindre 40 et 50 pour 100-du poids de la vapeur fournie par la chaudière, sont une des principales causes de la mauvaise utilisation de la vapeur avec le fonctionnement par vapeur saturée et simple expansion.
- Nous avons, dans deux articles précédents (13 mars et 10 avril 1909), indiqué les deux modes de fonc-
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- Fig. 2. — Distribution de vapeur à courant parallèle dans un cylindre. Ensemble du dispositif.
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- tionnement employés, ces temps derniers, pour éviter ce grave inconvénient.
- Le premier procédé employé a été le fonctionnement compound caractérisé, comme on sait, par la détente de la vapeur en deux étages au moyen d’un petit et d’un grand cylindre. Les écarts de température entre l’admission et l’échappement de la vapeur se trouvant, par ce fait, diminués dans chacun des cylindres, une des causes principales des condensations de vapeur est elle-même diminuée sans être, cependant, annulée.
- Le second mode de fonctionnement tout récent et qui se développe de plus en plus, est l’emploi de la vapeur surchauffée. Si, avant son introduction dans le cylindre, on chauffe la vapeur saturée, en maintenant sa pression constante et égale à la pression de celle-ci, on obtient un nouveau fluide jouissant des
- propriétés d’un gaz. Si, par une cause quelconque, la température de cette vapeur surchauffée se trouve abaissée entre celle de la surchauffe et celle de son point de saturation, aucune condensation de vapeur ne se produira. Il y aura seulement abaissement de température et diminution du volume de vapeur. Pendant la course rétrograde du piston les parois du cylindre s’étant refroidis, si, au moment où celui-ci, arrivé à fond de course, va reprendre sa marche directe, on introduit derrière lui de la vapeur surchauffée, celle-ci aura simplement sa température abaissée, mais sans condensation sur les parois du cylindre. Pour obtenir ce résultat une température de surchauffe de 300° est nécessaire.
- Un troisième mode de fonctionnement a été étudié dernièrement et c’est de celui-ci dont nous nous occuperons plus spécialement.
- Comme nous venons de le voir (fig. 5), avec le mode actuel de distribution, la vapeur sortant de la chaudière, à une température élevée, pénètre dans le cylindre par la lumière À, puis pousse le piston
- en se détendant et en abaissant sa température jusqu’à celle du condenseur. Pendant la course rétrograde du piston cette vapeur à basse température prend une course inverse et traverse à nouveau la même lumière A en refroidissant les parois du cylindre et des lumières. C’est à ce mouvement alternatif de la vapeur circulant à des températures différentes dans le cylindre et les lumières que sont dues les condensations dont nous parlons. Si donc, au lieu de ce mouvement alternatif de la vapeur, il était possible de lui donner une direction toujours dans le même sens, de telle sorte que la lumière À ne reçoive que de la vapeur chaude venant de la chaudière, les condensations de vapeur seraient par le fait annulées. C’est dans cet ordre d’idées qu’a été étudié le nouveau dispositif.
- La vapeur vive (fig. 4) est amenée par B dans
- le plateau du cylindre qui forme enveloppe pour de là se rendre dans ce dernier par A après avoir passé dans le distributeur à soupape C actionné par un dispositif approprié représenté fig. 2. Vers sa fin de course cette vapeur, au lieu de prendre une course rétrograde pour s’échapper, comme à l’ordinaire, par la lumière d’admission A, s’échappe directement, soit dans l’atmosphère, soit au condenseur par les ouvertures D ménagées autour du cylindre en son milieu et qui se trouvent découvertes par le piston en 2 un peu avant la fin de course. Grâce à cette marche directe de la vapeur, les parois du cylindre et des lumières conservent une température constante contrairement à ce qui se produit avec le mode ordinaire et, de ce fait, les condensations de vapeur sont annulées.
- Comme le montrent les fig. 2 et 4 le piston a une longueur égale à la moitié de celle du cylindre ; il a donc une grande surface d’appui sur les parois de celui-ci, ce qui permet de supprimer les contre-tiges employées généralement avec des cylindres de grand diamètre.
- Ce nouveau mode de distribution dont l’idée première se trouve dans un brevet anglais de 1886 a été étudié, ces temps derniers, par M. Stumpf, professeur à l’Ecole supérieure technique de Charlot-tenbourg.
- Il vient d’être appliqué à deux locomotives à mar-
- Fig. 3. — Locomobile munie de la distribution de vapeur à courant parallèle.
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- chandises à quatre essieux couplés et à vapeur surchauffée, construites par les ateliers Vulcan de Stettin (fig. 1). Ces locomotives ont été soumises dans l’été de 1909 à différents essais, et voici les résultats obtenus, d’après le rapport de M. Steinbiss au dernier Congrès des chemins de fer tenu à Berne.
- Les courbes d’indicateur relevées sur les cylindres ont montré: une haute pression continue de 11,2kg dans la boîte à vapeur (en B, fig. 4), la pression dans la chaudière étant, en moyenne, de 12,5 kg; une compression toujours égale dans les cylindres dont les espaces nuisibles correspondent à 50 pour 100 de la cylindrée. Le vide dans la boîte à fumée était relativement faible et correspondait à une colonne d’eau variant entre 48 et 70 mm. Ce faible vide suffisait, cependant, à la production de la vapeur dans la chaudière. La consommation de charbon a été de 25,67 kg par 1000 tonnes kilométriques et la consommation d’eau de 155 kg également pour 1000 tonnes kilométriques.
- Par suite de la faible dépression dans la boîte à fumée l’accumulation de fraisil dans celle-ci était faible, et aucune projection de flamèches n’a été observée. Les coups d’échappement brefs de la vapeur dont on pouvait craindre les effets sur le feu du foyer n’ont présenté aucun inconvénient. Du reste, il serait toujours possible d’en amortir les effets en donnant une forme spéciale à quelques-unes des fentes de sortie D ménagées dans les parois du cylindre et en agrandissant l’espace compris entre la tuyère d’échappement et le cylindre.
- Malgré leur large surface de frottement les pistons ont donné de bons résultats. Au bout de peu
- Tige, dey Tige, de,
- la, soupape, la soupape,
- Soupape,
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- Fig. 4. — Schéma montrant le dispositif d’une distribution de vapeur à courant parallèle dans un cylindre.
- de temps ils se rodent sur une large surface. Quant au poids élevé des organes à mouvement alternatif, il ne semble pas, paraît-il, avoir donné lieu à des incidents. La locomotive conservait une allure douce à toutes les vitesses et admissions.
- Telles sont les observations de M. Steinbiss qu’il résume ainsi. Avec ce nouveau type de distribution on obtient : un bon rendement thermique dù au
- courant parallèle de la vapeur et, par suite, une faible consommation d’eau. Les courants parallèles ont, de plus, l’avantage de nettoyer automatiquement le cylindre. En effet, avec le type ordinaire, de distribution, les cylindres forment un cul-de-sac d’où il faut retirer à la main, après enlèvement du
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- Fig. 5.
- — Schéma de la distribution de la va-
- peur dans un cylindre au moyen d’un tiroir.
- couvercle, les corps étrangers qui s’y sont introduits, tandis que, avec la distribution Stumpf, la vapeur entraîne ces corps par les fentes d’échappement.
- En outre, les organes servant à la distribution de la vapeur se trouvent simplifiés, l’échappement de celle-ci se faisant sans l’intervention d’aucun organe spécial et, de plus, si la soupape d’admission vient à fuir, la vapeur ne peut plus s’échapper directement dans l’atmosphère sans faire un travail puisqu’elle doit traverser le cylindre en produisant ce travail.
- Nous croyons savoir que la O du Nord vient d’appliquer à une de ses locomotives à marchandises à quatre essieux couplés la distribution à courant parallèle Stumpf. Il sera intéressant de suivre ces essais, afin de savoir si les résultats qu’on obtiendra seront aussi favorables que ceux obtenus sur les chemins de fer Prussiens-Hessois que nous venons de résumer.
- Ce nouveau système de distribution de vapeur a courant parallèle n’a pas été seulement appliqué aux locomotives. Il a été également employé sur des machines à vapeur fixes à condensation ainsi que sur des locomobiles (fig. 5). M. Stumpf propose même de l’appliquer aux machines marines. ni> \
- La lutte entre la traction électrique et la trac* tion à vapeur sur les grands réseaux de chemins de fer se poursuit avec plus d’acuité que jamais. Du côté électrique, des perfectionnements importants ont été apportés aux appareils producteurs de l’énergie électrique par l’application, de la turbine à vapeur. Les courants alternatifs monophasés dont l’emploi semble aujourd’hui prévaloir, ont simplifié le mode de transmission de cette énergie. Enfin, les moteurs destinés à la mise en marche des locomotives électriques ont été, perfectionnés et simplifiés dans leur mode d’action sur les roues
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- ÉVOLUTION ET STABILITÉ
- motrices (voyez La Nature du 6 août 1910).
- Du côté vapeur, les ingénieurs de chemins de fer n’ont cessé également de perfectionner la locomotive et il n’est pas douteux que, si elle n’est pas encore arrivée à l’état de perfection que l’avenir paraît lui réserver, les améliorations récentes dues, surtout, à l’emploi de la surchauffe, lui permettent de pouvoir lutter, à l’heure actuelle, avec la locomotive électrique, tout au moins pour la traction des trains sur les grands réseaux à déclivités modérées.
- 11 y a donc, pour les ingénieurs de chemins de fer, un intérêt réel à suivre avec soin les résultats qu’on obtiendra en service par l’application de la distribution de la vapeur à courant parallèle dont nous venons de parler, car si elle donne les bons résultats qu’on escompte, elle apportera, outre ses avantages thermiques, une simplification importante au mode de distribution de la vapeur dans les cylindres des machines à vapeur et ce sera encore une nouvelle conquête à son actif. R. Bonnin.
- ÉVOLUTION ET STABILITÉ
- Les espèces cfètres vivants viellisscnl-elles? Ou, du moins, au cours des siècles, ne perdent-elles pas peu à peu de leur plasticité, n’acquièrent-elles pas une stabilité de plus en plus grande, rendant toute variation nouvelle extrêmement difficile, voire même impossible? Telle est la question que soulève et que résout positivement M. Le Dantec dans un livre récent1.
- La théorie de l’évolution domine actuellement la biologie ; les grandes lignes en sont connues de tous, encore est-il nécessaire d’en rappeler les points principaux et de préciser certaines appellations. La plupart des naturalistes philosophes ne considèrent plus, en effet, l’espèce comme une entité indépendante du monde extérieur, persistant indéfiniment fixe et semblable à elle-même. Ils entendent désigner sous le nom d’espèce une collection d’individus descendant d’une même lignée et se trouvant, au moment considéré, dans un certain état d’équilibre. Les individus qui composent une espèce ne sont pas isolés du monde; ils en font partie au même titre qu’un caillou, un phénomène thermique ou lumineux. Tout ce qui les entoure agit sur eux, comme ils peuvent agir sur tout.
- Considérons, par exemple, un couple d’animaux vivant à la surface de la terre et soumis par conséquent à un éclairage diurne régidier, supposons que, par suite d’un mouvement du sol, ces animaux soient plongés dans une caverne, à l’ahri de la lumière. Ils se trouveront dans des conditions nouvelles de température, d’humidité, d’éclairage, etc.
- Envisageons seulement le facteur absence de lumière : ce facteur agira sur les êtres vivants et produira avec le temps une modification profonde de ces êtres. Cette modification pourra être telle que les animaux mourront ou au contraire continueront à vivre, mais différents de ce qu’ils étaient auparavant. Si le facteur absence de lumière agit longtemps et sur plusieurs générations, les descendants seront dans un état d’équilibre différent de celui dans lequel se trouvaient leurs parents : ils auront subi une variation. La modification introduite pourra être assez profonde pour que ces descendants meurent, si on les remet à la surface du sol, dans les conditions primitives. Si la modification intime produite dans ces êtres se traduit extérieurement par des caractères morphologiques nouveaux (disparition des yeux, décoloration des téguments, transformation des appendices, etc...) les classificateurs n’hésiteront pas à considérer ces individus cavernicoles comme appartenant à une espèce distincte de l’espèce à laquelle ils rapportent les individus parents.
- Toutes les fois qu’un être vivant est ainsi soumis à une
- 1. F. Le Dantec : La stabilité de la vie. 4910. F. Alcan, éditeur.
- action extérieure, il se produit une réaction dans cet organisme. Mais les réactions peuvent être différentes suivant les individus, car ceux-ci, même s’ils descendent d’une même femelle, ne sont jamais identiques. Leur éclosion peut en effet s’être produite plus ou moins tôt et, par suite, dans des conditions différentes; l’acquisition de la nourriture a été souvent plus facile pour les uns, plus difficile pour les autres : ils n’ont pas subi les mêmes vicissitudes. Leur état, à un moment donné, est la résultante de tous leurs états antérieurs; aussi lorsqu’un même facteur externe agit au même instant sur des individus en apparence identiques, la réaction de chacun d’eux peut être différente. Cette réaction sera telle, par exemple, que les uns mourront, tandis que d’autres subiront une modification plus ou moins compatible avec la survie, dans les conditions nouvelles où ils se trouvent. Ceux qui auront subi la modification la plus adéquate auront plus de chances de survivre et de se multiplier que les autres : en cela consiste la sélection naturelle.
- Cette conception de la façon dont les espèces descendent les unes des autres, n’est pas purement hypothétique. Nombreux sont les faits d’observation et d’expérience qui montrent comment les êtres vivants sont modifiés-, lorsque survient un changement dans le milieu où ils se trouvent, et comment cette variation devient héréditaire et peut se manifester extérieurement par des caractères nouveaux. Je ne rappellerai que l’expérience récente réalisée par M. Marchai. On trouve sur le Pêcher une Cochenille, le Lecanium corni et on connaît depuis 1880 une autre espèce, vivant sur le Faux-Acacia, Le Lecanium robiniarum. M. Marchai eut l’idée de placer des femelles de Lecanium corni sur des branches de Faux-Acacia. Les descendants de ces femelles moururent pour la plupart; quelques-uns arrivèrent à l’état adulte, mais présentèrent tous les caractères de l’espèce de l’Acacia, du Lecanium robiniarum. Dans ce cas exceptionnel, dès la première génération, la transformation était opérée et définitive; car, remis sur le Pêcher, ces descendants n’ont pas redonné la forme du parent, du Lecanium corni.
- C’est d’ailleurs un fait général que les modifications intervenues dans une espèce ne sont pas réversibles. 11 semble qu’à chaque variation les êtres vivants descendent une marche, qu’ils ne peuvent remonter. C’est là un des meilleurs arguments de fait que l’on puisse produire en faveur de la nouvelle conception introduite par M. le Dantec.
- La vie, nous dit en effet M. le Dantec, est un phénomène qui continue. Nous ne voyons pas la vie commencer, elle se transmet. Or les phénomènes ne continuent que s’ils se passent dans certaines conditions, que nous pou-
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- vons déduire de l’analyse d’un fait banal : une allumette qui brûle.
- Le phénomène initial est la combustion de la pâte phosphorée garnissant l’extrémité de l’allumette, c’est-à-dire la combinaison du phosphore rouge avec l’oxygène de l’air. A la température ordinaire, nous pouvons laisser indéfiniment cette pâte phosphorée à l’air libre, elle ne prendra pas feu. Il faut que nous fournissions à cette pâte, par frottement ou en l’approchant d’une source chaude, une certaine température, au-dessous de laquelle elle ne peut brûler. Mais pour que cette combustion se propage du point échauffé au reste de la pâte, il faut que ce point dégage en brûlant un excès de chaleur capable d’élever à la température nécessaire les parties voisines. De même le soufre ne brûlera, que si la combustion du phosphore a été accompagnée d’un dégagement de chaleur suffisant pour élever le soufre à la température à laquelle il peut entrer en combustion. L’excès de chaleur dégagé par la combustion du soufre échauffera le bois qui prendra feu à son tour.
- Soit maintenant un vase clos, renfermant un milieu nutritif stérilisé, du bouillon par exemple. Aucun être vivant n’y apparaîtra, si longtemps que dure l’observation. Introduisons dans ce milieu une bactérie. Celle-ci va se multiplier avec une grande rapidité et le bouillon, au bout de quelques heures, renfermera des milliards de bactéries. L’introduction d’une bactérie a amorcé un phénomène qui continue : c’est le frottement qui a échauffé la pâte phosphorée de l’allumette. Mais, puisqu’il continue, « ce phénomène qui avait besoin pour s’amorcer d’une certaine quantité d’activité vitale, dégage plus d’activité vitale qu’il n’en consomme. » De même la combustion d’une allumette continue parce que chacune de ses parties dégage en brûlant plus de chaleur qu’elle n’en a absorbé.
- Or cette quantité d’énergie spécifique (énergie thermique dans le cas de l’allumette, activité vitale dans le cas d’un être vivant) mesure la stabilité du phénomène. Un système, qui est le théâtre d’un phénomène qui continue, passe par une série d’états de plus en plus stables. Si donc, en présence de conditions nouvelles, un organisme survit en variant, la variation produite sera, en vertu de la loi des phénomènes qui continuent, celle qui dégagera le plus d’énergie, qui sera la plus stable.
- De même qu’un fleuve s’écoule en vertu d’une différence de niveau, entre chacun des points de son lit, et, d’une région élevée, gagne petit à petit le niveau de la mer, ainsi les espèces sont descendues au cours des temps, par petites chutes successives ou par bonds plus étendus depuis la stabilité minima qu’elles avaient au début jusqu’à une stabilité de plus en plus grande. L’évolution d’une espèce ou d’une série d’espèces descendant les unes des autres peut être représentée par une courbe, dont l’ordonnée correspondrait 5 une stabilité croissante et l’abscisse aux temps. Cette courbe exprime la marche d’ensemble, composée d’une infinité de chutes plus ou moins considérables consistant en autant de variations subies.
- Ces changements de niveau n’ont lieu que lorsque survient une action extérieure, capable de rompre l’équilibre de l’organisme et de modifier cet organisme qui acquiert alors un état d'équilibre nouveau et plus stable. Ces actions extérieures n’ont pas été les mêmes pour les divers organismes. Tandis que quelques-uns ont subi peu de variations et ont une stabilité relativement faible, d’autres ont reçu des nombreuses vicissitudes qu’ils ont
- traversées, une stabilité beaucoup plus grande. J’emprunterai encore une comparaison à M. le Dantec qui rend saisissante cette diversité dans la position relative des êtres vivants : « Au haut d’une montagne sont un grand nombre de petits cailloux; sous l’influence de causes naturelles, ces cailloux, s’ils se déplacent, ne peuvent que descendre. Quelques-uns descendent vite sur un flanc de la montagne ; d’autres descendent plus lentement par un autre chemin. Ils divergent tous sans cesse. A un moment quelconque, ils sont répartis à des hauteurs différentes tout autour de la montagne et très éloignés les uns des autres ou réunis par groupes assez voisins. Chacun est, pour le moment, à une place donnée où il a trouvé un asile provisoire; mais tous ne peuvent que descendre ! A mesure qu’ils arrivent plus bas, la pente de la montagne s’affaiblit, leurs chances de continuer à descendre sont plus faibles ; quelques-uns sont peut-être à bout de course et ne bougeront plus jamais, d’autres au contraire sont encore très haut, dans une situation provisoire qui dure depuis des siècles, et étonneront un jour le monde de leur descente rapide. Ce n’est là qu’une image, mais elle représente assez nettement, à mon avis, l’état actuel des règnes animal et végétal ».
- A côté de tant de formes disparues dont nous ne connaissons que les restes fossiles, et dont on peut suivre parfois assez exactement les multiples transformations à travers les divers âges, il existe quelques groupes qui ont depuis longtemps attiré l’attention des naturalistes par leur persistance presque sans modifications pendant des périodes de temps considérables.
- On trouve plusieurs exemples de ce fait remarquable parmi les Brachiopodes. C’est ainsi que les Lingules sont des Brachiopodes sans charnière qu’on rencontre dans les premières couches fossilifères connues, dans les schistes à Olenellus du Cambrien inférieur du pays de Galles, de l’Amérique du Nord, de la Suède. On retrouve des Lingules dans tous les sédiments déposés ultérieurement et quelques espèces, telles que Lingula anatina Brug., vivent encore actuellement dans les mers chaudes à de faibles profondeurs.
- Les Crania, les Bhynchonella sont des Brachiopodes actuels, ^ qui existent depuis le Silurien moyen. Les Terebrcùula, qui vivent encore dans la Méditerranée, font leur apparition dans le Dévonien.
- Je citerai aussi le cas des Nautiles : ce sont des Céphalopodes tétrabranchiaux qui se rencontrent dès le Silurien et vivent encore dans l’océan Pacifique : On mange le Nautile aux îles Moluques. Ces exemples nous montrent que certaines formes peuvent persister sans grandes modifications, pendant des durées immenses; mais nous ne savons rien de leur histoire antérieure à cette longue période d’immobilité. Pour reprendre la comparaison de tout à l’heure, rien ne nous permet de dire, si elles sont au sommet de la montagne, arrêtées à mi-côte, ou si elles gisent dans la plaine.
- Plus la stabilité d’un être vivant est grande, moins il est susceptible de variations : telle est peut-être la cause des difficultés que rencontrent souvent aujourd’hui les expérimentateurs. Il faut parfois faire agir sur des êtres vivants un facteur externe d’une façon intense et pendant plusieurs générations, pour obtenir une modification qui paraît peu importante : changements dans l’intensité ou la disposition des coloris,modifications de la taille par exemple.
- Certes, il est des formes vivantes qui paraissent à l’heure actuelle plus malléables, plus variables que
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- d’autres. Mais les changements que l’on peut observer, si infimes qu’ils paraissent, sont cependant considérables, car ils traduisent une rupture de l’équilibre de l’organisme. Cefte modification de la constitution physico-chimique de l’être vivant, nous ne la connaissons que par le retentissement qu’elle peut avoir sur sa forme extérieure et sur sa structure. La morphologie est en effet le témoin, mais combien lointain et infidèle, des variations d’un organisme. Faut-il rappeler que des transformations considérables peuvent s’opérer dans un organisme, sans qu’il en résulte aucune modification sensible de sa structure ou de sa forme. Les animaux peuvent acquérir l’immunité vis-à-vis de telle ou telle infection ; leur sang peut acquérir des propriétés vaccinantes, séro-thérapiques ou destructives pour les hématies d’un autre animal : ces modifications si profondes, si intimes soient-elles, la morphologie seule ne les peut révéler ! Aussi convient-il d’être prudent et de ne pas juger de l’intensité d’une variation d’après l’ampleur de la transformation morphologique.
- Il ne faudrait pas croire, en outre, qu’un facteur externe quelconque, à une intensité quelconque, puisse rompre à coup sûr l’équilibre d’un être vivant. C’est ainsi qu’une moisissure verte, commune, Y Aspergillus niger, peut croître dans des conditions très variables d’humidité, de température, d’éclairage. Nous pouvons modifier dans une large mesure la teneur en sucre, en potasse, en soude, du milieu nutritif sur lequel elle végète ; mais il
- suffit d’une trace impondérable d’argent, par exemple de mettre ce milieu nutritif dans un vase d’argent, pour que la moisissure cesse de se développer. Par contre, sans une trace de zinc, elle ne peut prospérer. Il y a ainsi certains facteurs variables suivant chaque organisme en quantité et en qualité, qui ont une action modificatrice prépondérante.
- On conçoit que les êtres primitifs, peu différenciés, aient été capables de variations nombreuses et dans des sens très variés. Mais, par suite de la complication graduelle des organismes, les différentes parties de ces organismes sont devenues de plus en plus solidaires les unes des autres. Une action extérieure s’exerçant localement retentit sur le tout: les diverses parties sont unies les unes aux autres par des liens multiples : vasculaires, nerveux, chimiques (sécrétions internes) énergétiques (aliments, réserves). La modification d’une partie peut être compensée par une suppléance fonctionnelle exercée par un autre organe. Si de ce fait, l’organisme jouit d’une indépendance plus grande vis-à-vis des actions directes et locales du monde extérieur, il en résulte aussi pour lui une plus grande difficulté à continuer à vivre, si les conditions multiples et complexes de son état d’équilibre viennent à être rompues. Ces corrélations de plus en plus serrées entre les organes, cette adaptation de plus en plus exacte des parties à un tout ne mesurent-elles pas précisément la stabilité d’un organisme ?
- Dr Emile Guyf.not.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 septembre 1910. —
- L'arrêt des navires en marche. — M. Bertin présente une Note sur la distance que parcourent, en vertu de leur vitesse acquise, les navires en marche, lorsque l’on arrête le fonctionnement de la machine ou lorsque l’on fait machine en arrière. La question ne semble pas encore avoir été étudiée expérimentalement ou théoriquement, et cependant elle est d’un grand intérêt. Le calcul relatif au cas du simple stoppage se fait assez exactement en attribuant à la résistance de l’eau à chaque instant, la valeur qui ressort de la formule empirique servant à déterminer la vitesse en fonction de la puissance développée. En admettant que l’arrêt est complet pratiquement, au moment où la vitesse est tombée à 1 nœud, soit 0,50 m. par seconde, on trouve qu’un grand cuirassé avance pendant 52 min. et parcourt 5000 m. ; qu’un grand paquebot moderne avance pendant 1 heure 1/4 et parcourt 7500 m. Avec la machine à toute vitesse arrière, la longueur parcourue avant l’arrêt
- Présidence de M. Bouchard.
- ainsi défini, paraît voisine du double de la longueur du navire. Si la puissance développée dans la marche en arrière n’est que d’un quart de la puissance développée machine en avant, le parcours serait de quatre fois la longueur. Ce dernier résultat s’applique aux navires à turbines qui ne développent machine arrière qu’un quart de la puissance de propulsion machine avant.
- Un type de guêpe nouveau. — M. Bouvier présente une Note de M. Roubaud relative à une guêpe du genre Belanogaster que l’auteur a observée au Dahomey. Ces guêpes construisent des nids à la façon des guêpes de France, mais leurs associations sont mal définies, sans division du travail ni différenciation des femelles qui sont tout à la fois pondeuses et couveuses. A ces divers titres il convient de voir dans ces guêpes africaines, la forme originelle la plus typique des guêpes sociales, c’est-à-dire la forme la plus voisine des guêpes solitaires.
- Cii. de Villedeuil.
- MARÉE SISMIQUE
- M. Jean Bertho, chef du service des Ports et Rades à la Pointe-des-Galets (île de la Réunion), a communiqué à la Société astronomique de France une curieuse observation de marée, d’origine probablement sismique, et qui, quoique assez ancienne, est fort intéressante, le phénomène étant plutôt rare.
- Le 4 janvier 1907, à la Pointe-des-Galets, à 4h20m du soir, au moment de la pleine mer, par un temps absolument calme et la mer très belle, sans aucune houle, ni vagues, on vit l’eau monter assez rapidement dans le port et atteindre 60 à 70 mm au-dessus du niveau des plus hautes marées; puis tout à coup, sans transition, se reti-
- rer assez rapidement au-dessous du niveau des plus basses mers. Ensuite l’eau remonta, pour redescendre encore, ce mouvement se produisant régulièrement, en un rythme parfait, de 10 minutes en 10 minutes, ainsi que le maré-graphe l’a enregistré. Toutes les 10 minutes, comme si le fond du port se fût soulevé, puis abaissé, l’eau montait, puis descendait, l’amplitude totale du niveau de l’eau, d’après l’échelle au fond du port, atteignant 1 m. 70. Ce flux et ce reflux causèrent dans le port un courant tellement violent qu’un grand vapeur se disposant à sortir du port dut y renoncer et s’amarrer très solidement. Le courant résultant de cette élévation, puis de l’abaissement
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- APPAREIL POUR MESURER LES TEMPÉRATURES STELLAIRES =247
- des eaux, formait aux pointes du chenal de communication du port à avant-port des remous et des tourbillons avec mouvement giratoire très rapide, de plus de 5 m. de diamètre, se creusant de plus de 1 m. au centre. Le marégraphe du chenal, dont les variations dans le niveau de l’eau sont un peu amorties, étant en communication moins directe avec la mer, a donné des différences continuelles, avec période de 10 minutes, l’oscillation atteignant 1 m. 20 à 1 m. 50. Dans les plus grandes marées de sizygies, la mer ne varie que de 0 m. 90 à la Pointe-des-Galets. Le plus curieux est que ce phénomène dura deux jours, jusqu’au 6 janvier au soir, avec plusieurs
- recrudescences de violence : le k janvier, de 10 h. à minuit; le 5 janvier, à 2 h. du matin et de 8 h. à 10 h. du matin ; et enfin dans la nuit du 5 au 6 janvier, de fl h. à 11 h. du soir. Puis le phénomène diminua peu à peu d’intensitc, et, le 6 au soir, il avait disparu. M. Ber-tho fait remarquer que le phénomène fut d’abord observé aux îles Saint-Paul, Amsterdam, puis aux îles Rodrigues, de la Réunion et Maurice et enfin aux Seychelles, où il fut observé le A janvier, à 0 h. du soir. L’auteur en conclut, d’après le système de propagation de la première onde marine, que le centre de cet immense ébranlement terrestre devait se trouver dans les environs du Pôle Sud.
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- « O étoile envoie-moi un de tes rayons et j’écrirai ton histoire! » écrivait poétiquement l’illustre Janssen entrevoyant les immenses progrès que les méthodes spectroscopiques feraient accomplir à l’astronomie physique.
- Les recherches que vient d’entreprendre M. Charles Nordmann confirment à nouveau ces prophétiques paroles.
- Grâce à son photomètre stellaire hétérochro-me (fig.-2), il a pu obtenir, entre autres résultats remarquables, la mesure de la température effective du Soleil et de certaines étoiles.
- Par ce mot de température effective, il faut entendre, comme l’a proposé M.
- Violle, la température que devrait avoir un corps de pouvoir émissif égal à l’unité pour nous renvoyer des radiations de même intensité que l’astre considéré.
- Le photomètre Nordmann est un perfectionnement de celui qui servit à Zôllner pour mesurer l’éclat des étoiles par comparaison avec une étoile artificielle dont l’éclat varie à volonté. À l’intérieur du tube du photomètre Zôllner se trouvent 5 prismes de Nicol et une plaque de quartz. L’ensemble de ce
- système optique donne de la lumière complètement polarisée; il peut tourner autour de son axe et
- l’angle de rotation se lit sur un index que porte la surface du cylindre. Lesrayons d’une lampe placée en face de l’ouverture traversent les prismes, la plaque de quartz et la 1 entille divergente, puis sont réfléchis vers l’oculaire de la lunette portant l’appareil. L’astronome aperçoit deux points lumineux dont le plus brillant (étoile ar-tificielle) provient des rayons réfléchis par la face antérieure de la glace de la lunette. Zôllner rendait la couleur et l’éclat de ce point lumineux égaux à ceux de l’étoile observée qui apparaissait dans le champ visuel de l’appareil auprès de celte étoile artificielle. Le nouveau photomètre de M. Nordmann consiste en un dispositif latéral qu’on met également à l’oculaire d’un équatorial (fig. 2). Il permet, comme l’instrument de Zôllner, de juxtaposer à l’image focale de l’astre étudié celle d’une étoile artificielle; mais cette partie de l’appareil comporte seulement deux niçois, M. Nordmann ayant supprimé le troisième nicol et
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- la lame de quartz du dispositif de Zôllner; de plus, entre le foyer et l’oculaire, normalement à l’axe de l’équatorial et sur le trajet commun des faisceaux lumineux de l’étoile observée et de l’astre artificiel, se trouve un barillet mobile dans une glissière et portant des cuves remplies de liquides colorés rapidement interchangeables. On a de la sorte des séries d’images monochromatiques de l’étoile étudiée et de l’étoile artificielle. Pour exécuter des mesures (fig. 1) il suffit de réaliser l’égalité d’éclat des deux images, au moyen des deux niçois pourvus de cercles gradués et qu’on dispose sur le trajet des rayons de l’astre artificiel.
- Cet astre artificiel, jouant le rôle d’étalon secondaire, s’obtient par la condensation de la lumière qu’une lampe Osram, à filament métallique (de 4'volts sous 1 ampère) projette sur une ouverture circulaire. Des accumulateurs alimentent cette petite
- source . lumi- !___— _____
- neuse, qu’on.rè- ,'v '{LJ
- gle au moyen d’un rhéostat et d’un voltmètre de précision. Le savant: astronome a pu s’assurer qu’on maintient aisément le voltage aux homes de la lampe constant; à 1/100 de volt près, en touchant au rhéostat une ou deux fois seulement par heure; or, cela correspond à une variation insensible d’éclat de l’astre artificiel. Quant aux écrans, grâce aux dérivés colorés de l’aniline, M. Nordmann a réussi facilement à composer des liquides ne laissant passer que des radiations comprises entre telles ou telles longueurs d’onde. Jusqu’ici, il a employé trois écrans, constitués par des solutions vertes, rouges et bleues incluses dans des cuves à glaces parallèles de 5 mm d’épaisseur intérieure. L’écran vert laissait passer la partie du spectre comprise entre 1 — 0^,59 et X = 0^,49 environ; l’écran rouge la partie située de X = 0^,59 au rouge extrême et l’écran bleu de X = 0^,49 au violet extrême.
- D’autre part, l’étalonnage du photomètre (fig. 3) s’effectuait au moyen de pointés sur les âmes de fours électriques portés à diverses températures comprises entre 1400° et 3600°, températures mesurées également à l’aide de pyromètres Féry.
- Des premières déterminations faites au petit équatorial coudé de l’Observatoire de Paris avec le photomètre hétérochrome, il semble résulter que cette méthode des images monochromatiques four-
- nit, d’une manière simple et indépendante des causes d’erreurs subjectives inhérentes aux procédés antérieurs, la mesure et les rapports des lumières globales des étoiles.
- Elle permet, en outre, de s’attaquer à un certain nombre de problèmes d’astronomie physique et en particulier de mesurer les températures des étoiles. Ces constatations reposent sur le fait que si les spectres de deux sources possèdent une intensité identique dans leur partie médiane mais manifestent de grandes différences d’éclat à leurs extrémités, la source dont l’éclat est prépondérant dans le bleu a la température la plus élevée et quand on les compare, comme l’a fait M. Nordmann, à des flammes de température connue, il s’ensuit un procédé simple pour la mesure optique des températures astrales. Ainsi, le sagace observateur a constaté que la température du Soleil égalait 5320°, c’est-à-dire
- bien supérieure à celle de l’arc électrique (3600°). Ce nombre concorde sensiblement avec ceux obtenus précédemment par les méthodes acti-nométriques ou pyrhéliométri-ques .(5 773° d’après Wilson, 6200° d’après Scheiner et 5360° d’après Féry-Mil-lochau).
- Quant au tableau suivant, il réunit quelques-unes des premières déterminations de températures d’étoiles.
- Température observée au photomètre
- Nom de l’étoile. hétérochrome.
- p Persée......................... 2 870°
- Ç Céphée......................... 4 260°
- y Cygne.......................... 5 620°
- R X Hercule...................... 7 350°
- Polaire.................. 8 200°
- a Lyre.......................... 12 200°
- p Persée........................ 13 300°
- Y Lyre.......................... 14 500°
- e Persée........................ 15 200°
- o Persée........................ 18 500°
- X Taureau....................... 40 000°
- Indépendamment de ces indications thermiques, la photométrie hétérochrome permet, conjointement avec l’analyse spectrale des étoiles, de se représenter les divers stades de leur développement. Ces énormes températures expliquent que le spectroscope décèle seulement dans certaines d’entre elles des corps simples comme l’hydrogène ou des mélanges d’azote
- Fig. 2. — Photomètre stellaire hétérochrome de M. Nordmann, monté sur le petit équatorial coudé de VObservatoire de Paris.
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- ou de carbone et leur composé, le cyanogène, indécomposable par la chaleur.
- Du reste le nouvel appareil de M. Nordmann ouvre bien d’autres horizons à l’astrophotométrie, science encore dans l’enfance, sauf en ce qui concerne le Soleil. Et cependant la mesure exacte des rayonnements astraux ne constitue-t-elle pas, comme celle de leurs positions, la base indispensable à la connaissance de l’univers stellaire?
- Les Observatoires de Harvard (États-Unis) et de Potsdam (Allemagne), en publiant de grands catalogues photométriques d’étoiles, commencèrent à
- il aura, dans l’autre, la valeur f E environ et réciproquement. Ces discordances systématiques semblent dues à deux genres de causes. La première, d’ordre exclusivement physiologique, tient à ce fait que les sensations colorées proviennent de l’excitation des filets terminaux du nerf optique tapissant la rétine et qui sont de trois espèces différentes respectivement et presque exclusivement sensibles les unes aux radiations rouges, les autres aux vertes, les troisièmes aux bleues et violettes. Or, cette sensibilité relative varie beaucoup selon les individus, témoin le daltonisme, un des exemples les plus
- jalonner cette route que les astronomes croyaient moins pénible à parcourir.
- Pour mesurer les grandeurs des étoiles qu’ils étudièrent, les observateurs américains et allemands se contentèrent de mesurer au photomètre la lumière globale de chacune d’elles. Or, ces astres étant diversement colorés, les chiffres obtenus se trouvent affectés d’erreurs d’ordre physiologique. On avait, du reste, remarqué depuis longtemps que les estimations d’éclat des étoiles variables (surtout lorsqu’il s’agissait d’étoiles rouges) manifestaient des différences individuelles importantes. Ainsi l’examen comparé des catalogues de Harvard et de Potsdam montre que l’éclat d’une étoile rougeâtre rapporté à une étoile blanche, diffère dans les deux documents; s’il a une valeur donnée E dans l’un,
- typiques de ces cas pathologiques. La sensation lumineuse produite par un astre donné ou source des excitations de ces trois sortes de filets rétiniens différera donc d’un astronome à l’autre.
- La seconde cause paraît être le phénomène découvert par Purkinje et qu’on, peut énoncer ainsi : Quand un œil estime également brillantes deux sources, l’une bleue, l’autre rouge, si l’on diminue dans la même proportion l’éclat des deux sources, la rouge paraîtra moins brillante que la bleue. Il en résulte que, pour un même observateur, l’estimation de la couleur d’une étoile dépend, toutes choses égales d’ailleurs, de la grandeur de l’astre et de l’ouverture de l’instrument employé. Sans compter que le changement d’âge de l’astronome, la position de son œil, sa fatigue plus ou moins
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- grande, etc., interviennent encore pour compliquer la question. Heureusement le nouveau photomètre de M. Nordmann, éliminant ces causes d’erreurs dans les déterminations de la lumière globale, permettra l’étude colorimétrique des étoiles aussi bien que
- celle de la dispersion lumineuse dans l’espace interstellaire; et il ne tardera sans doute pas à nous renseigner sur le mécanisme intime des étranges et mystérieuses transformations des étoiles variables de divers types. Jacques Boyer.
- LE CROISEUR CUIRASSÉ « LION >. (MARINE ANGLAISE)
- On a lancé le 6 août, à Devonport, le plus grand et le plus puissant des navires portant cuirasse qui soit encore à flots. C’est le croiseur cuirassé Lion, de 26000 tonnes, dont l’apparition mérite au premier chef d’être signalée parce qu’elle caractérise une ère nouvelle dans l’histoire de la marine de guerre.
- C’est d’ailleurs une matière dans laquelle il convient de réserver son admiration, l’avenir étant susceptible de nous ménager d’autres surprises.
- L’ère du Dreadnought jaugeant 18 000 tonnes
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- Schéma du Lion avec les huit pièces d'artillerie.
- date de quelques années à peine. Il semblait à ce moment qu’on avait atteint la limite permise, et que, tout au moins pour un temps assez long, le bâtiment si avantageusement imaginé par l’Amirauté, resterait un modèle qu’on ne chercherait pas à dépasser.
- Il n’en a rien été. Aux Dreadnoughts ont succédé presque immédiatement les Super-Lreadnought, et en attendant les monstres de 50 000 tonnes que les constructeurs des Etats-Unis préparent pour la République Argentine et celui de 52 000 tonnes, dont la quille vient d’être posée et qui est destiné au Brésil, l’Angleterre se maintient en tête du mouvement par la mise à flots de son Lion, de 26000 tonnes.
- Si on considère qu’il y a quinze ans, le tonnage de 12 000 tonnes était universellement considéré comme un maximum pour les cuirassés, et que ce tonnage est actuellement doublé, il est permis de dire qu’on marche, en fait de construction navale militaire, à pas de géants.
- Mais le Lion n’est pas seulement remarquable par ses dimensions, il l’est bien davantage encore par sa vitesse, qu’on s’attend à voir atteindre
- 30 nœuds1 ! et surtout par son armement à propos duquel l’Amirauté vient de dévoiler un secret qu’elle avait jusqu’à présent conservé jalousement et avec un succès assez étonnant par ce temps d’information à outrance.
- Cette innovation porte sur la mise en service d’un canon nouveau du calibre de 542 mm, très sensiblement plus puissant par conséquent que le canon de 505 mm, dont sont armés tous les bâtiments de ligne actuellement en service, tant en Angleterre qu’ailleurs. Sur ce point encore, l’Amirauté a su prendre une avance considérable. Elle possède effectivement ces canons au sujet desquels les autres nations en sont encore aux discussions et aux projets.
- Le Lion portera 8 de ces canons de 542 mm placés en 4 tourelles disposées comme le montre notre croquis.
- Voici d’ailleurs les caractéristiques principales de la magnifique unité qui vient de renforcer la marine britannique, déjà si puissante : Longueur, 219 m. ; largeur, 27 m. ; force des machines, 70 000 chevaux; vitesse, 50 nœuds (ou 28); approvisionnement de charbon, 5500 tonnes.
- La protection de la cuirasse s’étend sur tout le flanc depuis le pont supérieur jusqu’à environ 2 m. au-dessous de la llottaison.
- La disposition des tourelles permettra d’utiliser les 8 pièces de 542 mm d’un bord ou de l’autre et d’obtenir une bordée d’une puissance formidable et inconnue jusqu’à ce jour.
- Le dernier croiseur cuirassé anglais, Yjndefati-gable, qui précéda immédiatement le Lion, jaugeait 18 750 tonnes. Sa vitesse était de 25 nœuds avec une force de machines de 45 000 chevaux. Le Lion. en portera 70 000 pour 28 nœuds (du contrat). On estime donc qu’autour de 25 nœuds une augmentation de 5 nœuds exige 27 000 chevaux.
- Malgré l’étiquette de croiseur cuirassé sous laquelle il entre dans les rangs de la marine anglaise, le Lion est en réalité un cuirassé croiseur, ou mieux encore un cuirassé rapide, capable de tenir le premier rang dans n’importe quelle flotte. Il est de beaucoup, par sa vitesse jointe à une formidable artillerie, le navire le plus puissant du monde, et les journaux spéciaux anglais considèrent comme très peu probable qu’aucune autre puissance cherche à Limiter.
- Sauvatre Jourdan.
- Capitaine de frégate de réserve.
- \. La vitesse stipulée par contrat est de 28 nœuds, mais on compte qu’elle sera largement dépassée.
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- BOITES DE CONSERVES ET NOUVEAUX PROCÉDÉS DE FERMETURE
- La boîte de conserve joue un rôle considérable dans l’alimentation moderne. Sa production se chifïre annuellement en France par plus de 1 20 millions de boîtes et en Amérique par 700 millions environ. La conserve est une industrie importante
- stances animales et végétales », mais la découverte une fois connue dans ses détails, il n’en retire aucun profit et meurt pauvre vers 1840. La théorie du procédé est exposée par l’inventeur en termes fort remarquables pour l’époque : « L’action du feu, dit-il, détruit ou tout au moins neutralise tous les ferments qui, dans la marche ordinaire de la nature, produisent ces modifications qui, en changeant les parties constituantes des substances végétales, en altèrent les qualités. »
- Le procédé Appert dans l’application donnait lieu à des déboires ; ce fut Joseph Colin de Nantes qui le rendit pratique et fut ainsi le véritable initiateur de l’industrie des conser-
- en Espagne, en Angleterre. En France, dans la région de Nantes et de Paris, à Bordeaux, au Mans, dans le Périgord et certains départements du Midi, des centaines de produits alimentaires de genres très différents, viandes, poissons, légumes, fruits, sont conservés en boîtes de fer-blanc.
- Les inventeurs de la conserve, véritables bienfaiteurs de l’humanité, sont des Français dont les noms mériteraient d’être plus connus. Appert, confiseur dans la rue des Lombards, commence ses essais dès 1796; vers 1804, il découvre le procédé de conservation des substances alimentaires qui consiste à les enfermer dans des bouteilles ou bocaux bouchés avec soin et à chauffer le tout dans un bain-marie porté à la température de l’eau bouillante. En 1834, une commission officielle émet un avis favorable. En 1836, Appert publie « Part de conserver pendant plusieurs années toutes les sub-
- Fig. 2. — Sertisseuse automatique Bernard.
- ves alimentaires. Colin fit ses premiers essais en 1809 ; mais, seulement en 1824, il put entreprendre une fabrication industrielle et pratiqua la conserve de sardines par la friture dans l’huile. Un perfectionnement essentiel est dû à Colin : c’est la substitution des boîtes en fer-blanc aux vases de verre dont se servait Appert.
- La production au début fut limitée; elle se bornait à des fournitures pour les colonies et pour la table des navires qui recevaient des passagers. Bien-
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- 252 = BOITES DE CONSERVES ET PROCÉDÉS DE FERMETURE
- tôt, à l’exemple de Colin, de nouvelles fabriques s’installèrent à Nantes et menèrent de front les conserves de sardines, de légumes et de viandes. Les petits pois furent les premiers légumes mis en boîte. Cette conserve eut d’abord un si grand suc-
- Fig. 3. — Les opérations successives de la-machine à sertir. (A, Couvercle de la boîte appliqué sur le corps-, B, Enroulement du bord; C, Formation de l’agrafe; D, Serrage final.)
- cès, que la production maraîchère n’y suffisait plus et la municipalité de Nantes dut prendre des mesures pour assurer l’approvisionnement des marchés de la ville. En 1844, la maison Philippe et Canaud recevait un brevet de Fournisseur du Roi. Les usines de conserves se sont multipliées à Nantes, puis en Bretagne ét ont émigré dans toutes les parties du monde. L’Amérique compte 962 fabriques de conserves dont les exportations en 1908 se sont élevées à plus d’un milliard de francs.
- Pour une bonne conservation des produits alimentaires, une étanchéité parfaite des boîtes est indispensable. Grâce aux perfectionnements actuels, cette condition peut être remplie par trois modes de fermeture : le soudage à la main, le soudage mécanique, le sertissage.
- Toute boîte de fer-blanc est composée de trois parties : le corps, le fond et le couvercle. Le corps est constitué par une plaque découpée à la machine à la dimension voulue, puis ourlée sur les bords. Cette plaque est recourbée en forme cylindrique ou cubique à coins arrondis par son passage entre des rouleaux convenablement disposés. Il ne reste plus qu’à souder latéralement pour joindre les deux extrémités de la feuille repliée sur elle-même ; cette opération est exécutée à la main ou mécaniquement. Dans ce dernier cas, les corps sont enfilés sur un axe. Leurs bords passent sous des brosses qui y déposent l’acide nécessaire au décapage. Par un mouvement de l’axe, des bandes de soudure sont posées à l’endroit du joint à faire, puis fondues par un fer à souder chauffé au gaz. Ce corps est alors bordé à ses extrémités en haut et en bas par une rotation entre des rouleaux.
- Le fond et le couvercle sont formés et plissés par un emporte-pièce qui les découpe dans line feuille de fer-blanc et du même coup les estampe
- dans une matrice gravée en creux. Le fond est soudé le premier et c’est par le fond que s’ouvrira ensuite la boîte s’il s’agit, par exemple, d’une boîte de sardines à ouverture facile, dont on enlève le fond non plus en l’éventrant avec un outil tranchant, mais simplement en enroulant au moyen d’une clef livrée avec la boîte, soit une mince bande de fer-blanc, soit la plaque de fond elle-même qui a l’un de ses coins terminé en languette.
- Afin de faciliter le travail du soudage, la boîte est fixée sur un tourniquet, sorte de plateau horizontal qui ressemble à un tour de potier. L’ouvrier donne avec le pied au tourniquet le mouvement voulu pour déplacer la boîte au fur et à mesure qu’avance le soudage ; d’un main il applique sur le bord de la boîte une mince baguette de soudure, tandis que de l’autre il manie son fer chaud de façon à faire couler le métal fondu dans la rainure ménagée entre le corps et le fond. La manière d’opérer est la même pour la fermeture de la boîte avec son couvercle lorsqu’elle est remplie de poisson et d’huile. Un bon ouvrier soudeur peut ainsi fermer par heure de 60 à 70 boîtes de sardines d’un format ordinaire. Dans une période de pêche abondante, on conçoit dès lors qu’il puisse être difficile de souder des milliers de boîtes sans les faire trop attendre sur les tables d’huilage. Par contre, le soudage à la main donne toute sécurité au fabricant de conserves pour une bonne fermeture, car les boites sont vérifiées et l’ouvrier est responsable des malfaçons. Le soudage à la main réclame une certaine habileté de la part de l’ouvrier pour que l’huile ne coule pas des boîtes pleines et que la soudure soit régulière. Dans ce but, Colin avait imaginé de laisser dans le couvercle de la boîte un petit trou
- Fig. 4. — Couvercles de boîtes à conserves de formes irrégulières, de fabrication italienne.
- qui était bouché d’un grain de soudure l’opération terminée.
- Depuis longtemps déjà on a cherché à souder mécaniquement. Dans ce but le soudage est décomposé en plusieurs opérations distinctes qui sont : 1° dépôt d’une mince couche de soudure sur le bord de l’une des deux pièces à souder; 2° rapprochement
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- et serrage de ces pièces l’une contre l’autre; 3° contact sur les bords de la boîte d’une masse métallique chaude qui, en faisant fondre la soudure, forme le joint.
- La première opération s’exécute de façons diverses. Le procédé américain ou le procédé Asche consiste à tremper le bord de la boîte dans un bain de soudure liquide qui a quelques millimètres d’épaisseur. Suivant un autre procédé, le procédé Besse et Lu-bin, on commence par appliquer à froid avec une machine spéciale sur le couvercle des boîtes une bague mince constituée par un filament de soudure. Le fabricant de conserves reçoit donc les boîtes toutes baguées. En outre le couvercle de la boîte est percé d’un petit trou de 2 mm de diamètre pour l’échappement de l’air dilaté pendant le soudage et l’introduction de l’huile dans la boîte. La boîte est remplie de poisson sans huile. Le fond ou couvercle servant à la fermeture est posé dessus, puis le tout est placé sur le plateau de la machine. Une forte plaque de bronze chauffée au gaz vient s’appliquer automatiquement sur le couvercle, l’échauffe suffisamment pour faire fondre la bague de soudure et joindre les deux parties ; à ce moment la plaque de bronze se soulève, le plateau se déplace d’une fraction de tour, la boite soudée est enlevée tandis qu’une autre lui est substituée et ainsi de suite.
- Le petit trou laissé à dessein dans le couvercle a déjà facilité le travail du soudage; l’air dilaté a pu s’échapper sans chasser la soudure sur les bords. Le petit trou a une autre utilité, il permet d’introduire l’huile dans les boîtes très rapidement et très simplement en se servant du bac à huiler par le vide. C’est là le complément du procédé Besse et Lubin. Le bac est un réservoir étanche généralement en fonte émaillée, dans lequel on arrime les boîtes ; on les couvre d’huile, puis on fait le vide avec une pompe à air dans le îjac et par conséquent dans
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- les boîtes. Il ne reste plus qu’à laisser rentrer l’air dans le bac, la pression atmosphérique a bientôt fait d’introduire l’huile dans les boîtes. En quelques minutes, 600 à 800 boîtes sont remplies. Le petit trou utilisé pour l’entrée de l’huile est rapidement bouché avec un point de soudure. Une machine à souder Besse et Lubin ferme par heure 1000 boîtes quel que soit le format, et, avec un personnel de 7 hommes ou femmes, exécute le même travail qu’une équipe d’une quinzaine d'ouvriers soudeurs et à moindres frais. Concurremment avec le soudage mécanique, un autre procédé de fermeture des boites métalliques de conserve s’est perfectionné et a été mis en pratique, c’est le sertissage. Ce procédé est particulièrement curieux en raison de la simplicité des moyens mis en œuvre. Il consiste à replier le rebord du couvercle sur le rebord du fond de la boîte, à rabattre les deux rebords après qu’ils sont agrafés et enfin à les serrer fortement. On voit la difficulté ou pour mieux dire l’impossibilité pratique avec des feuilles de fer-blanc souples et minces, de faire mécaniquement et avec une grande rapidité un tel joint serré métal sur métal. Comment empêcher les fuites 7 On a cherché à résoudre ce problème ardu en insérant à l’intérieur des rebords formant joint une étroite bande d’un composé élastique. Ce composé, constamment comprimé, assurera l’étanchéité. Le sertissage fut d’abord pratiqué avec succès pour la fermeture des boîtes de petits pois et légumes à l’eau, mais on s’aperçut bientôt qu’on ne pouvait l’utiliser pour les boîtes de conserves à l’huile. L’huile est un dissolvant du caoutchouc et décompose le joint fait avec cette matière. Ce fut affaire aux chimistes de s’ingénier à trouver mieux. Aujourd’hui il existe des compositions gardées secrètes par leurs fabricants, qui sont suffisamment insolubles dans l’eau et dans l’huile, ( même aux températures de 110° à 115° usitées parfois pour
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- ces
- la stérilisation des produits à conserver. Ces compositions se présentent sous diverses formes : bagues (probablement caoutchouc et cellulose) préalablement collées à chaud sur le rebord des couvercles; enduits siccatifs contenant en suspension de la poudre de liège ou de cellulose ; enduits siccatifs que l’on saupoudre de poudre de liège ou d’une matière plastique après application.
- Quel que soit le genre de joint employé, le sertissage s’opère le plus généralement suivant deux méthodes :
- 1° La boîte est maintenue immobile entre deux plateaux, le couvercle appuyé sur le corps, comme on le voit en À (fîg. 3). Une molette en acier trempé se déplace rapidement en suivant le contour extérieur de la boite B, et, par une pression graduelle sur le rebord du couvercle, rabat le fer-blanc sous le du corps boîte, et ensuite bas
- rebord de la replie vers le
- deux rebords. À ce moment, la première molette quitte le contact de la boîte tandis qu’une seconde molette, animée du même mouvement, vient serrer fortement l’agra-fure en G dans laquelle se trouve
- déjà emprisonnée la garniture qui assure l’étanchéité. Dans la figure o, le sertissage est plus lâche que dans la réalité afin d’en mieux montrer la disposition.
- Le sertissage des boîtes carrées demande un dispositif spécial. La boîte carrée est fixée au centre de l’appareil. Les molettes tournent sur des axes qui décrivent une circonférence; mais leurs contours sont excentrés de façon qu’elles s’appuient d’une façon continue sur les bords de la boite aussi bien le long des parties droites que sur les angles. En modifiant convenablement la forme des molettes, on peut sertir des boîtes de formes irrégulières,
- Fig. 6. — Machine à souder Besse et Lubin à grand débit pour boîtes de tous formats.
- comme sont celles de la figure 4, qui sont de fabrication italienne.
- 2° La boite, au lieu d’être immobile, reçoit un rapide mouvement de rotation. Les molettes ne tournent plus autour de la boite, elles ont seulement un mouvement latéral peu étendu permettant d’exercer sur le bord de la boite la pression nécessaire au sertissage.
- Les deux systèmes donnent des résultats semblables. La machine à sertir se compose d’un bâti vertical soutenant deux axes mobiles dans le prolongement l’un de l’autre. La figure 1 représente le type Max Ams, de New-York. L’axe E porte le plateau sur lequel se pose la boîte ; l’axe supérieur D est animé par courroie d’un très rapide mouvement de rotation. Dès que la boîte est soulevée par le déplacement de l’axe E, elle se met à tourner, entraînée par la pression de l’axe D et le sertissage se produit. Dans la machine Bernard (fig. 2) un mouvement de pédale règle la marche; l’ouvrier a ainsi les deux mains libres pour le travail. D’autres machines à très grande production portent des plateaux multipliés qui rendent le travail continu. Avec ces dernières machines le rendement varie de 4 à 15000 boîtes par jour selon leurs formes et la diligence de l’ouvrier. La simple machine à sertir sertit de 300 à 800 boîtes à l’heure.
- La sertisseuse qui fait tourner les boîtes est d’un mécanisme simple et robuste, mais elle a l’inconvénient de projeter l’huile contre les bords des boites par l’effet centrifuge. Il est facile de tourner la difficulté en huilant les boîtes seulement après le sertissage, comme on l’a xru, après le soudage. Le
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- LA DÉCAN1SATI0N A CONSTANTINOPLE ===== 255
- joint dans ce cas se fait par sertissage dans les meilleures conditions.
- Il est incontestable que le soudage mécanique et le sertissage présentent des avantages sur le soudage à la main tant au point de vue de l’économie de main-d’œuvre que de la rapidité du travail. On peut reprocher sans doute au sertissage de ne pas écarter complètement le danger des fuites; à cet égard le soudage est plus sûr; il n’en est pas moins vrai que les appareils à sertir se multiplient rapidement dans les usines à conserves. Comme le dit très bien M. Foulon : « Il faut bien se persuader que les jours, du soudage à la main sont comptés1 ».
- A une époque de concurrence acharnée, comme est la nôtre, la plus petite économie de main-d’œuvre ne tarde pas à s’imposer. On se rappelle cependant les regrettables violences, faits de grèves
- et de sabotage, dont les côtes de Bretagne, notamment Douarnenez et Concarneau, ont été le théâtre, durant la dernière saison de la pêche à la sardine
- et au thon. Les ouvriers. soudeurs ont prétendu s’opposer à l’entrée dans l’usine de conserves des machines à souder et à sertir. Et c’est là même ce qui donne à ces machines un intérêt d’actualité. Quoique puissent dire les soudeurs à la main* les machines à gros rendement sont avantageuses en suivant les exigences variables de la production. Fabricants de conserves et pêcheurs sont intéressés à profiter des journées de pêche surabondante. On ne saurait barrer la route au progrès, même s’il fait des victimes dans sa marche ; lorsqu’il s’est nettement manifesté et que son heure est venue, la force des choses aide à l’implanter.
- Norbert Lallié.
- pojij
- Fig. 7- — Bac emplisseur des boites après soudage.
- CHRONIQUE
- i Les tigres de Vladivostock. — D’après the Field, le tigre régnait en maître, autrefois, dans les forêts de la province de l’Ussuri. L’arrivée des Russes a jeté une certaine perturbation dans sa souveraineté. Pour les naturels, Chinois et autres, et pour les immigrants coréens, le tigre était un dieu. Aussi tout naturellement respectaient-ils religieusement ses volontés sans chercher ai se défendre : ils laissaient enlever les troupeaux et même lorsqu’ils la rencontraient, par malheur, sur leur route, ils étaient très flattés de se laisser dévorer par leur divinité. Les tigres ont fait surtout de terribles hécatombes de Chinois, ceux-ci fréquentant assez assi-
- dûment la forêt pour y trouver des herbes médicinales. Mais peu à peu les Russes s’infiltrèrent dans ces contrées ; leur premier soin fut de déboiser afin de créer des terres cultivables : en même temps d’énergiques chasses au tigre furent organisées ; l’homme blanc non seulement savait se défendre contre le terrible dieu, mais bien souvent il devenait même l’agresseur. Le tigre sans doute s’en est rendu compte et il en est arrivé à établir une différence fondamentale entre l’homme blanc et l’homme jaune : car s’il continue à faire ses repas du second, chaque fois que l’occasion se présente, il évite au contraire l’homme blanc avec soin.
- LA DECANISATION A CONSTANTINOPLE
- Parmi les réformes en cours dans l’empire ottoman, il en est une. qui provoque, depuis le printemps dernier, des appréciations fort diverses. C’est celle de la décanisation, autrement dit de la suppression des chiens qui encombrent, en toute liberté, sans lieu ni maître, toutes les voies publiques des villes. Partout les chiens errants pullulent en Turquie; et à Constantinople, en particulier, leur nombre doit
- 1 Voir la très intéressante étude de M. Foulon, ingénieur à Nantes, sur la fermeture des boîtes de conserve, présentée au Congrès national des pêches maritimes des Sablcs-d’01onne,1909.
- être de 60 000 à 80 000 ; on l’a évalué à 150000, ce qui est certainement exagéré. Ils y sont devenus tyrans de la rue où ils entravent prodigieusement la circulation.
- On a fini par reconnaître qu’ils n’avaient pas l’utilité qu’on leur prêtait et qu’au contraire ils présentent de graves inconvénients. Quoique rare, la rage chez eux n’est nullement absente. En sept ans, le Dr Remlinger a traité par la méthode pasteurienne 1455 personnes mordues à Constantinople; « les inoculations du lapin ont montré que le traitement
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- 256 ===== LA DÉCANISATION A CONSTANTINOPLE
- se trouvait justifié dans 57 pour 100 des cas, avec 7 décès, soit 0,48 pour 100. En province, pour le même temps, 4397 mordus et traités ont fourni 75 cas de mort1.
- « Les kystesJ^faüqpies sont fréquents à Constan-
- Chiens de rue à Stamboul.
- tinople. Il y a de nombreux jardins maraîchers où circulent beaucoup d’égouts à ciel ouvert dont l’eau, véhiculant forcément des excréments de chiens, sert à arroser directement tous les légumes, y compris ceux destinés à être mangés crus.
- « La tuberculose sévit aussi sur les chiens de rue et paraît avoir assez souvent une origine digestive, par suite de l’ingestion de reliefs d’aliments contaminés f/ar les phtisiques.
- « Le rôle du chien errant, comme agent de la voirie, est une légende qui ne mérite même pas la réfutation. Comme partout, à Constantinople, une infime partie des ordures ménagères se trouve être mangeable par les chiens, qui disséminent le reste. Les excréments de cette multitude canine, chargés de parasites très divers, constituent aussi pour la chaussée une souillure importante. »
- Comme inconvénients d’ordre secondaire, il faut citer les morsures banales, les chutes nocturnes et les accidents de voiture causés par ces bêtes indolentes, qui ne se dérangent que sous le coup de
- 1. La décanisation à Constantinople, par le Dr P. Rem-linger, directeur de l’Institut Pasteur ottoman (L’hygiène générale et appliquée, 1910, p. 153, analysé par F.-1I. Renault dans la Revue d’hygiène et de police sanitaire, 20 juillet 1910, t. XXXII, n-> 7, p, 735. Paris. Masson).
- fouet, que nul cocher musulman n’ose appliquer d’ailleurs avec force; il détournera plutôt son véhicule au risque de le faire verser ; enfin les aboiements incessants se faisant écho de quartier en quartier rendent impossible tout sommeil tranquille.
- Malgré'tant de griefs, la question de la suppression des chiens de rue ne s’est posée sérieusement à Constantinople qu’au mois de mai 1910; la population protège les braves bêtes, fort 'douces'certes, et à qui nul ne se risquerait à faire aucun mal; tout en s’abstenant de caresser l’impur animal. Ce qui fait que l’Européen, ne craignant pas de flatter les pauvres toutous, est l’objet principal de leurs amicales et gênantes démonstrations.
- Au lieu de procéder à la destruction progressive des chiens, on s’était borné au début à en faire des rafles et à les enfermer dans un clos, dans le quartier des Tziganes, à l’intérieur des vieilles murailles, vers la porte d’Andrinople.
- Mais les abois forcenés de ce chenil incommodèrent tellement les voisinsqu’il fallut trouver autre chose. On eut recours en juin à la déportation dans l’île inhabitée d’Oxios (archipel des îles des Princes,
- Chiens de rue à Stamboul.
- mer de Marmara). C’est là qu’on porte aux infortunées bêtes une pitance insuffisante, et qu’un mauvais puits étanche mal leur soif. Finira-t-on par les laisser mourir d’inanition ou se dévorer entre eux? — En tout cas une exécution en masse eût été plus charitable, si l’on veut s’en débarrasser, que cette mort lente à laquelle les malheureux chiens semblent inévitablement condamnés. Dr Ouadé.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1948.
- 24 SEPTEMBRE 1910.
- MACHINES AMÉRICAINES POUR LA FABRICATION DES BILLETS DE BANQUE
- Deux machines, récemment installées dans les machines à cacheter et les machines à diviser se ateliers du Trésor à Washington, vont révolutionner manœuvraient à la main, M. B. R. Stickney, expert la fabrication du papier-monnaie car elles réalisent du Bureau de la gravure et de l’impression de la de grandes économies de temps et de main-d’œuvre. Monnaie des États-Unis, a imaginé de les alimenter Ces merveilles de précision, .numérotent, estam- automatiquement. Grâce à ces organes disposés au pillent, tirent, collationnent automatiquement les sommet de la machine, les billets sont pris un à un
- sur une pile de 9000 feuilles (56000 billets), logée, dans le compartiment-réserve. À la vitesse moyenne, cette quantité de papier suffit pour trois heures et on peut renouveler l’approvisionnement sans avoir besoin d’arrêter la machine.
- Le mécanisme numéroteur appose tous les chiffres de là 100 000 000 et imprime successivement les numéros de séries à n’importe quel endroit sur un côté ou l’autre des billets et en encres diversement colorées. On conçoit l’ingéniosité qu’a dù déployer l’inventeur pour créer des engrenages, roues et pignons susceptibles d’accomplir rapidement toutes ces besognes sans l’intermédiaire de mains humaines! La nouvelle presse composite ne centralise pas seulement les opérations diverses d’un groupe de machines, mais en exécute d’autres qu’on n’avait
- Fig. i. — Nouvelle presse composite Stickney pour la fabrication des billets de banque.
- billets de banque, et chacune d’elles accomplit la besogne de trois des machines employées antérieurement, en exigeant seulement un opérateur ou au plus un homme assisté d’une ouvrière, tandis que jusqu’ici il fallait deux hommes et quatre femmes pour effectuer la série complète des mêmes travaux. La nouvelle machine (fig. 1) avec l’aide d’un instrument pourvoyeur (fig. 2) exécute toutes les phases de la fabrication du papier-monnaie, sauf la première impression de la face et du verso des billets. En un mot, le nouvel appareil prend les feuilles quand elles sortent de la presse à main qui y met les inscriptions initiales. Puis après les avoir rangées et numérotées en séries, elle y appose le cachet officiel et les compte par paquets de 100, tout prêts pour l’émission par les banques d’État.
- Le mécanisme qui apporte les feuilles (4 billets par feuille) à la nouvelle presse composite, en constitue la partie la plus intéressante. Alors que dans l’ancienne fabrication, les machines à numéroter, les
- Fig. 2. — Pourvoyeur automatique effectuant Varrangement préparatoire des billets.
- pu effectuer mécaniquement jusqu’ici. Par exemple, après la division des billets cachetés et numérotés, elle les réunit en les plaçant dans le même sens aussi habilement et beaucoup plus vite qu’une personne ne le ferait. En outre, avant leur sortie, elle compte les billets et les place par paquets de 100, ce qui antérieurement s’opérait à la main. Notons de plus, que le cycle entier de ces opérations* dure moitié moins longtemps qu’une d’entre elles avec les anciens procédés : le numérotage seul par exemple. Malheureusement, le ministère des Finances des États-Unis, qui a bien voulu autoriser notre correspondant américain à photographier ces chefs-d’œuvre de mécanique, ne nous a fourni que des
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- = ORGANISATION DE LA DÉCOUVERTE
- notes succinctes sur leur disposition, et force nous est de ne pas nous étendre plus longuement sur cette ingénieuse presse. Revenons toutefois à son associé, sans le travail préparatoire duquel la nouvelle machine ne saurait jouer son rôle avec précision et rapidité. La principale fonction de cet instrument consiste à égaliser chaque billet sur les 4 côtés. Dans l’ancien procédé, les feuilles de papier, après leur passage dans les presses à numéroter et à cacheter, n’étaient rognées que sur les 2 côtés de la plus grande dimension. L’alimentation s’effectuant à la main, les feuilles pouvaient présenter de légères différences dans leur longueur, tandis qu’avec les nouveaux « pourvoyeurs » automatiques, une telle latitude n’est plus de mise. Toutes les feuilles rigoureusement égales doivent se trouver à la môme place pour recevoir les impressions successives, à l’endroit voulu. La combinaison de ces organes ne fut pas la partie la moins ardue de la tâche de M. Stickney <4
- car, en raison de l’humeetage et du séchage alternatifs auxquels se trouve soumis le papier durant son passage à travers les rouages de la machine, les feuilles sont souvent recroquevillées quand elles parviennent à la lin de leur parcours, et il faut que les traces de contraction soient effacées sur ces feuilles avant leur mise dans la nouvelle presse automatique.
- Le Gouvernement américain vient de commander 15 de ces presses et 40 pourvoyeurs pour la somme globale de 400000 francs environ. Mais l’oncle Sam n’engage pas de dépenses sans s’assurer des bénéfices ultérieurs qui, en l’occurrence, seront appréciables. On estime effectivement que la substitution de ce matériel à l’ancien fera réaliser au trésor yankee une économie de salaires et de courant électrique de 700 000 francs par an. L’administration pourra licencier 100 employés, remplacer totalement 70 anciennes machines et... louer môme une partie
- des ateliers devenus inutiles. Jacques Rover.
- L’ORGANISATION DE LA DÉCOUVERTE DANS LES USINES AMÉRICAINES
- Malgré la distance et les tarifs protecteurs, malgré la cherté de la main-d’œuvre, les Anglo-Américains possèdent, sinon le monopole, du moins une incontestable suprématie dans la fabrication de certains objets : machines agricoles, machines à coudre, à écrire. Cela résulte évidemment de la supériorité de leurs conceptions, de leur construction, de leurs procédés commerciaux ; il suffit d’examiner de près quelqu’une de leur production pour admirer la perfection et le rationnel du mécanisme. Il n’est jusqu’au moindre objet qui ne puisse être quelquefois une manière de chef-d’œuvre.
- Dans un grand nombre d’usines américaines cette ' perfection est acquise par un service spécial de découvertes, conçu avec cet admirable esprit pratique yankee, et qu’il est d’autant plus intéressant d’étudier, qu’aucune organisation analogue n’existe en France. L’industriel américain a recours à la collaboration de tout son per-. sonnel, des employés aux ouvrières et aux apprentis,
- , pour la recherche incessante des perfectionnements de toute nature. « Les propositions sont librement données,
- ^ dit M. Mosely, examinées périodiquement et si elles sont ‘admises, leur auteur reçoit de suite une petite-somme; pour celles dont l’expérience montre la valeur pratique et que l’on adopte ultérieurement, l’auteur reçoit une rémunération sous forme d’une participation aux bénéfices.... Chacun dans l’usine cherche constamment à découvrir un perfectionnement au régime existant simplement parce que cela lui rapporte un bénéfice personnel1. »
- Tant pour provoquer ces « suggestions » que pour les examiner dans des conditions d’impartialité, chaque usine possède une organisation spéciale. Quelquefois, on affiche dans l’atelier les points particulièrement intéressants dont ont recommande l’étude; souvent il existe des « boîtes aux lettres » pour le dépôt des propositions (à la Compagnie Eastman Kodack, par exemple) que le directeur ou chef de service reçoit ainsi sans intermédiaire. Dans la plupart des cas, « on assigne un numéro
- 1. M. Ai.fassa. Conditions de la vie ouvrière aux Etats-Unis-
- à chaque ouvrier nouvellement embauché, numéro inscrit dans un registre particulier que garde sous clef le chef de l’entreprise. Lorsqu’il a fait une proposition, l’ouvrier n’inscrit pas son nom et se borne à rappeler son numéro; par suite, lors 'de l’examen périodique des propositions, nul ne sait de qui émane chaque idée; il ne peut y avoir jalousie des contremaîtres1. »
- Les idées ainsi recueillies ont une valeur moyenne d’autant plus élevée que dans les usines où le travail est intelligent — c’est le cas pour les industries mécaniques et surtout celles de précision, — on emploie un personnel d’ouvriers cultivés et intelligents. « A la. National Cash Enregistrer de Dayton, dit M. Rob. Holmshaw, on emploie 300 jeunes filles dont un grand nombre sont diplômées des écoles primaires supérieures, et, à en juger par les choses auxquelles elles s’intéressent, par le « magazine » qu’elles publient, elles peuvent viser à des situations élevées ». Non seulement l’industriel américain accueillera bienveillamment les idées nouvelles, parce qu’elles ont ainsi de la valeur, mais parce qu’il n’hésite pas à adopter toute nouveauté lui paraissant profitable, quelqu’en puissent être les conséquences. « Vous autres, Européens, disait un yankee, vous employez les choses tant qu’elles peuvent durer, nous, Américains, nous les jetons de côté dès que nous en trouvons de meilleures, et cela quelle que soit leur valeur2 ! »
- Enfin, le choix définitif des perfectionnements a lieu d’une façon idéalement pratique, sans spéculations oiseuses, sans discussions, sans perte de temps. M. André A. Villard rapporte qu’un ouvrier d’une usine de l’Illinois ayant conçu une nouvelle forme de « rabatteur » pour moissonneuse, deux experts furent envoyés dans le Missouri pour essayer la valeur des modifications en coupant l’herbe sur des marais gelés, — conditions les plus défavorables qui puissent se rencontrer. — « Cinq modèles de la pièce changée avaient été faits en fonte grise, et trois en fonte malléable. Ces pièces étaient toutes de forces différentes ; la plus faible, cassée au
- 1. Mosely. Editorial du compte rendu de la mission Mosely.
- 2. .1. Foster-Fraser. L’Amérique au travail.
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- — ORGANISATION DE
- premier essai, fut remplacée par la seconde et la troisième qui eurent le même sort ; la quatrième résista en travail ordinaire, mais fut cassée dans un choc ; la cinquième seule subit avec succès toutes les épreuves; de cette façon, les experts étaient sûrs de ne pas avoir adopté une pièce trop solide, par conséquent, de ne pas perdre de métal inutilisé1. ))
- Il convient de remarquer que perfectionnements et découvertes ne s’appliquent pas seulement comme on pourrait le croire à des conceptions mécaniques; mais aux sujets les plus divers. C’est ainsi que dans les grands magasins Marshall Field de Chicago, il existe un service de suggestions. C’est ainsi qu’aux usines de Dayton on distribue, en outre, des prix attribués aux perfectionnements de machine et de marche des ateliers ; des gratifications dont la somme annuelle varie de 200 à 2000 fr., pour la décoration de l’usine, les projets d’affiches, les jardins ouvriers, les dessins de l’aspect extérieur des machines, les idées concernant la réclame. Le propriétaire des gigantesques minoteries de Chicago, M. Pillsbury, a l’habitude d’adresser à ses employés des lettres circulaires lors des gratifications du nouvel an, par exemple, où il fait directement appel à leur initiative. « Nous vous donnons une partie de nos bénéfices nets, dit l’industriel au cours d’un de ces messages, dans l’espoir qu’ainsi intéressés à l’affaire, vous vous efforcerez de réaliser, par tous les moyens possibles, des économies dans la fabrication.... Aucun d’entre vous ne peut imaginer combien on peut diminuer les frais dans la marche d’un moulin lorsque les efforts de tous tendent vers ce but.... )) Dans le seul but de chercher des procédés inédits de réclame, l’un des directeurs d’un grand magasin de Pennsylvanie reçoit le public un jour par semaine pour accueillir les propositions qui lui sont faites, et « acheter » celles qui lui plaisent ; interviewé, il répondait : « Sans doute, j’entends le plus souvent des choses déjà connues, irréalisables, saugrenues : j’ai quelquefois affaire à des fous; mais il suffit que dans cent de ces idées, il y en ait une ou deux intéressantes et pratiques pour que j’estime n’avoir perdu ni mon temps ni ma peine. »
- Dans tous les cas, le moyen employé par l’industriel pour stimuler l’effort des chercheurs consiste en une distribution de primes aux propositions accueillies. Le plus souvent, il est vrai, les allocations ainsi distribuées sont minimes. Aussi a-t-on reproché aux patrons américains d’exploiter ainsi leur personnel et de se procurer pour quelques dollars des idées qui leur en rapportaient des centaines ou des milliers2. Le reproche est évidemment injuste : aux usines de la National Cash Registrer par exemple, il y eut en 1903, 5078 suggestions, dont 1569 furent adoptées; aucune firme, si importante soit-elle, ne peut dans ces conditions payer d’une forte somme toutes les idées qu’elle adopte. Ainsi dans ces usines, le budget annuel des gratifications données pour les seules propositions du personnel s’est élevé successivement à 8600, 8860, 4350 et 25 600 fr. pendant les. années 1900 à 1905. Les découvertes d’une certaine importance sont d’ailleurs payées plus largement que celles relatives à quelque détail secondaire. « Une idée valut 2000 fr. à l’ouvrier qui l’avait eue, dit M. Yillard, elle devait économiser plus de 25 000 fr. par an à la Compagnie manufacturière. . » Si l’on trouve que même dans cet exemple, il y a disproportion entre le service
- 1. Bulletin de la Société des Agriculteurs de France, 1902.
- 2. M. II. Gojiier, par exemple, dans ses relations de voyage :
- Le peuple du xx° siècle.
- LA DÉCOUVERTE -------- ------259
- rendu et la rémunération, il convient de remarquer que ce qui constitue en grande partie la valeur pratique d’une invention, ce sont les perfectionnements que lui font subir les services d’études, la façon de l’appliquer, la manière de prendre les brevets, de la « lancer » au point de vue commercial, toutes choses dues plus à l’industriel qu’à l’inventeur. Et d’ailleurs n’est-il pas dans l’intérêt de l’ouvrier de recevoir ainsi une faible somme d’une idée qu’il n’aurait peut-être pas eue sans le stimulant de l’industriel ou peut-être même qu’ayant eue — et c’est malheureusement le cas pour un grand nombre d’inventeurs, — il n’aurait su que faire?
- Mais outre les gratifications, l’ouvrier qui s’est signalé ainsi ne manque pas d’être récompensé de façon plus encore profitable par un avancement d’une rapidité inconnue en Europe, avancement qui ne dépend ni des relations, ni de la faveur du chef d’atelier, ni de l’àge. ni des diplômes ; c’est le fabricant ou le directeur qui choisissent eux-mêmes, et ils s’inquiètent seulement des facultés de travail et d’intelligence. Une des plus importantes usines de machines agricoles « est dirigée par un manager de vingt-huit ans, et un assistant manager de trente-trois ans. Ce dernier est entré comme ouvrier à l’usine à vingt-deux ans, il gagne actuellement 55 000 fr. par an1 ». On pourrait multiplier de tels exemples. « Le meilleur moyen d’avoir de l’avancement, dit M. Benoît-Levy, c’est d’avoir l’esprit inventif, c’est de suggérer des améliorations2.... »
- Si l’étude des procédés anglo-américains de découvertes est intéressante, l’exposé de leurs conséquences l’est plus encore, surtout, il peut être profitable. La recherche incessante des perfectionnements de toute nature a permis aux industriels yankees d’employer les méthodes de production les plus intenses, des machines-outils à grand travail, les moyens automatiques propres à économiser cette main-d’œuvre qui leur coûte si cher.
- Tous les visiteurs d’usines américaines sont unanimes à admirer cette suppression de travail humain partout où il est possible de la réaliser. Les usines Baldwin, où l’on fabrique les locomotives à la douzaine « font l’effet d’une ville déserte. Cela tient à leur immensité et à ce que l’on n’y aperçoit que des groupes de deux ou trois hommes dirigeant de puissants et merveilleux outils ». Dans les tissages, un ouvrier conduit quatre métiers au lieu de deux en France. Aux usines Dayton « une seule personne surveille à la fois quatre machines-outils qu’il lui suffit d’alimenter de barres métalliques brutes ». Dans la chaufferie de la station centrale de Chicago, dit M. Richard3 « fournissant une puissance moyenne d’environ 25 000 chevaux, il n’y avait pour le service que deux chauffeurs habillés tout en blanc, puis un troisième placé à l’extrémité de la galerie dans une sorte d’observatoire munis de touches électriques au moyen desquelles il signalait celles des cheminées fumant un peu. » On trouve des descriptions analogues dans les relations de visites à toutes sortes d’usines : « packing-house » de Chicago et filatures du Tennessee, ateliers de construction de locomotives et fabriques d’appareils photographiques.
- Parallèlement aux procédés de fabrication, les produits fabriqués sont constamment perfectionnés, « la machinerie américaine change et s’améliore sans cesse » et
- 1. Yillard. Luc. cil.
- 2. Benoit-Levy. Cités d'Amérique.
- 3. G. -Richard. Revue générale des Sciences, 1896.
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- LA DÉFENSE MILITAIRE DES ALPES
- cela s’explique aisément, a Si chaque année, 1569 améliorations sont apportées dans le fonctionnement de la Caisse enregistreuse, dit M. Benoît Levy, on comprend aisément que cette compagnie ait acquis un monopole qu’elle doit, non pas à des combinaisons financières ou à clés trusts, mais à la seule coopération de ses collabo-
- rateurs. Lorsque dans un établissement industriel, il y a, au beu d’une personne, le chef, 5415, c’est-à-dire tout le personnel cpii travaille constamment dans l'intérêt de la firme, il est inévitable que celle-ci acquière une suprématie difficilement contes Labié. J]..
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- \r*\
- VI
- LA DEFENSE MILITAIRE DES ALPES
- Bien que les relations entre la France et l’Italie se soient, au cours de ces dernières années, sensiblement améliorées et semblent même devoir prendre à la longue, de par les affinités de race et la communauté des intérêts, un caractère de plus en plus amical, le temps n’est ; certes pas encore venu où l’on pourra appliquer au long massif montagneux, qui nous sépare de notre voisine, le mot légendaire de Louis XIV au sujet des Pyrénées.
- Auj our d’hui que la nation tout entière se trouve en quelque sorte associée à la défense du pays, il pourra paraître intéressant aux lecteurs de La Nature de savoir comment, en cas de conflagration européenne, cette portion de notre frontière serait défendue de part et d’autre, et de connaître dans leurs grandes lignes, aussi bien l’ensemble des dispositions prises par les ingénieurs militaires pour renforcer les points faibles de la barrière naturelle qui nous protège, que l’organisation des troupes chargées d’en assurer la défense.
- La frontière franco-italienne est constituée par une partie des Alpes Occidentales. Elle commence au mont Dolent à l’Est du massif dû Mont-Blanc, pour se terminer à quelques kilomètres au-dessous du col de Tende. Sur presque toute cette étendue,
- 1. Les principales de ces vallées sont, en suivant la chaîne du Word au Sud :
- Versant français. — Bassin du Rhône : Vallées de • l’Arly, du Doron, de l’Isère (Tarentaise), de l’Arc (Maurienne), de la Clarée, de la Guisane, de la Durance, du Guil, de l’Ubàye et du Verdon. — Bassins côtiers de la Méditerranée : Vallées du Var et de ses affluents la Tinée et la Vésubie.
- 500 kilomètres environ à vol d’oiseau, elle suit très exactement la chaîne des Alpes, qui prennent successivement les noms d’Alpes Grées, du massif du Mont-Blanc au nœud du Mont-Thabor, d’Alpes Cot-tiennes du Mont-Thabor au nœud de l’Enchastraye,
- d’Alp es Maritimes, du nœud de l’Enchastraye à la mer.
- A partir de Colla Lunga, la frontière abandonne les sommets de la chaîne, qui s’infléchit brusquement vers l’Est, et, laissant tous les points culminants à l’Italie, elle se tient à une distance de 5 à 10 km sur le versant français, jusqu’au méridien du col de Tende qui reste également e n territoire italien. Elle se dirige alors vers la mer, parallèlement à la petite rivière de la Roya.
- Sur tout ce parcours, la chaîne principale et ses contreforts (Alpes de Savoie, Alpes du Dauphiné, etc.) donnent naissance, tant sur le versant italien que sur le versant français, à de nombreux cours d’eau formant tout autant de vallées plus ou moins profondes et plus ou moins abruptes. Ces vallées1 sont généralement reliées entre elles par des sentiers et quelquefois môme par des routes carrossables, qui utilisent pour le franchissement de la chaîne les points de dépression ou cols, qui forment des
- Versant italien. — Bassin du Pô : Vallées de la Dora Baltea, de la Cernischia, de la Dora Riparia, du Chisone, de la Germa-nesca, du Pellice, du Pô, de la Maira, de la Grana, de l’Àrma, de la Stura, du Gesse, de la Yermenagna, de l’Ellcro, du Negrone et.du Tanaro.
- Bassins côtiers de la Méditerranée. — Vallées de la Roya, de la Nervia, de la Taggia, de l’impero, de l’Arroscia et de la Neva.
- Fig. i. — La tèlèphotographie prend à grande distance les vues des ouvrages au delà de la frontière.
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- LA DEFENSE MILITAIRE DES ALPES —.... 261
- points de séparation entre les différents massifs.
- Ce sont ces cols, situés le plus souvent eux-mêmes à une altitude très élevée qui, aux différentes périodes de l’histoire, ont livré passage aux grands conquérants conduisant leurs armées à travers les hauts massifs des Alpes; ce sont ces voies qu’ont successivement suivies Bellovèse, Annibal, César, Auguste et Napoléon, et qui, de nos jours plus facilement encore que par le passé, ouvriraient à des armées envahissantes l’accès des deux pays, si une organisation défensive appropriée n’était venue suppléer à ces points faibles de la ligne de défense naturelle.
- La configuration de la ligne frontière, enveloppante du côté de l’Italie, a d’ailleurs amené les deux puissances limitrophes à comprendre et à réaliser, chacune d’une façon différente, cette organisation défensive. Tandis que du côté français les vallées sont longues et divergentes, du côté italien elles sont très courtes et convergent toutes vers Turin. Il suffirait donc aux Italiens de concentrer leur armée de défense à Turin, et de porter par les voies les plus courtes leurs forces disponibles vers les points menacés, pour être en mesure d’écraser avant leur réunion les diverses colonnes de l’assaillant. Aussi ont-ils renoncé à construire de grandes places à proximité de la frontière, dans la crainte que, ces places étant investies dès le début des hostilités, ils ne se trouvent privés de prime abord des ressources importantes qu’elles pourraient renfermer, et qu’une fois' prises, elles ne servent elles-mêmes de points d’appui aux opérations de l’ennemi. Ils se sont bornés, comme défenses permanentes de première ligne, à des forts de barrage.
- Les conditions topographiques de la région française avoisinant les frontières, ont exigé un mode
- Fig. 3. — Fort du Gondran près Briançon.
- différent de défenses et ont amené la création de plusieurs camps retranchés, qui commandent à une certaine distance de la frontière, les principales voies d’accès.
- En dehors des sentiers muletiers uniquement praticables cà des troupes légères et à de l’artillerie de montagne, on compte comme voies principales, dans la partie montagneuse de la frontière, cinq routes
- Fig. 2. — For de V Olive et col de l'Échelle près Briançon.
- carrossables et une voie ferrée, et le long de la côte, la voie ferrée et la route de la Corniche, sur lesquelles viennent se brancher les routes et les voies ferrées reliant les différents points de la côte ligurienne à l’intérieur du Piémont.
- Ces routes sont, en suivant la frontière du Nord au Sud :
- Dans la région savoisienne :
- 1° La route du col du Petit-Saint-Bernard (altitude 2192 m.), qui relie la vallée de la Dora Baltea à la haute vallée de l’Isère (Tarentaise). C’est cette voie que suivit le premier Consul en 1800, pour aller tomber avec son armée sur les derrières de l’armée autrichienne commandée par Mêlas.
- En Italie, la route est barrée près de la frontière par les ouvrages de la Belle Vallette, du Belvédère, du prince Thomas, et plus loin, au débouché de la vallée, par le célèbre fort de Bard, qui faillit arrêter Bonaparte. Ce fort est aujourd’hui entièrement remanié et complété par des ouvrages qui empêchent de le tourner (batterie de Champrocher, fort de Machaby).
- Du côté français la défense est assurée par le camp retranché d’Albertville, qui commande tout à la fois les- vallées de l’Arly, du Doron (vallée de Beaufort) et la haute vallée de l’Isère (Tarentaise). Les ouvrages qui en dépendent sont, outre le fort de Lestai et le bloclcaus de VAlpettaz, situés à 7 km environ au Nord d’Alberville, le fort du Mont et les hlockaus du Laitelet et des Têtes; les ouvrages de Confions, composés des batteries du Vieux-Fort, du Château-Bouge et de l'Esplanade ; le fort de T amie, le fort de Villard-Dessous et la batterie des Granges; la batterie de Lançon.
- 2° La route du col du Mont-Cenis (altitude
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- LA DÉFENSE MILITAIRE DES ALPES
- DÉFENSES MILITAIRES.
- DE LA FRONTIÈRE FRANCO-ITALIENNE.
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- Fig. 4. — Défense militaire des Alpes : Carte d’ensemble.
- 2064 m.), entre la -vallée de la Dora Riparia et la vallée de l’Arc (Maurienne), qui conduit de Turin et Suze à Saint-Jean-de-Maurienne, Chambéry et Lyon
- Le col forme un vaste plateau que la ligne frontière laisse tout entier à l’Italie, et dont les Italiens ont fait une véritable place d’armes offensive au milieu du territoire français. On n’y compte pas moins de quatre forts (fort du Chat, fort Roncia, fort la Cassa, fort Vari-zello), appuyés eux-mêmes par de nombreuses batteries. Plus en arrière, au débouché de la route dans la vallée de la Dora Riparia, se trouvent les ouvrages de Suze (3 forts et 5 batteries).
- Sur le versant français, la route est barrée par les forts de VEsseil-lon, situés près de Lanslebourg, par la position de Modane, cette dernière commandant en outre directement le débouché du tunnel du mont Fréjus, et par le camp retranché de Chamousset. Les ouvrages, dont se compose le camp retranché de Chamousset, dominent les vallées de l’Arc et de l’Isère et défendent le débouché de la Maurienne, battant la route et la voie ferrée vers Modane. Ce sont, sur la rive droite
- de l’Arc, le fort de Montperché et la batterie du Crêpa, le fort d'Alton et les batteries de Fontpertuis et de la Tête Noire; sur la rive gauche de l’Arc, le fort de Montgilbert et sa batterie, près desquels au Sud et à l’Est, sur une crête plus élevée sont les ouvrages de la Tête Lasse, composés des blockhaus cle Roche-brune, de la Tête Lasse, du Foyatier et de la batterie des Plachaux.
- Nous ne citons que pour mémoire le vieuxfortBarrault, situé beaucoup plus en arrière sur la rive droite de l’Isère, au Nord de la vallée du Gré-sivaudan, qui eut autrefois son importance, mais qui n’en a plus aucune aujourd’hui, dominé qu’il peut être des hauteurs voisines avec les pièces d’artillerie actuelles.
- 3° La voie ferrée de Paris à Turin, qui fait communiquer la France et l’Italie par les vallées de l’Arc et de la Dora Riparia, et qui traverse la chaîne des Alpes au tunnel du mont Fréjus (12 233 m. de long.).
- Le débouché du tunnel en territoire italien et les nombreux sentiers muletiers, qui aboutissent dans le saillant de Bardonnèche, sont barrés par le
- fort de Bramafan et la batterie de Fig. 5. — Mont Cenis, Briançon.
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- Millaures, qui battent le débouché du tunnel, et par les ouvrages du massif des Rois Mages, de la crête de la Mulatière et du Colomion, qui commandent les principaux débouchés du saillant de la Clarée et les cols de Fréjus, de la Roue, etc.
- Du côté français, les deux forts de Sappeg et du Replaton, qui constituent la position de Moda-ne, barrent complètement l’entrée du tunnel situé à 800 mè-Lres du premier et à 500 mètres du second. Il suffirait donc de quelques coups de canon dès
- plosion de quelques cartouches; de dynamite,' pour rendre cet ouvrage d’art absolument impraticable et y causer des dégradations nécessitant plusieurs mois de réparation. (
- La défense de première ligne de la région Savoi-sienne est complétée par le fort du Télégraphe, situé sur la rive gauche de l’Arc, au Sud-Est dè Saint-Jean de Maurienne, et qui barre la route du Galibier unissant, par le col de ce nom, le col du Lautaret à Saint-Jean de Maurienne, par où passe la route de Grenoble àBriani-
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- Fig. 8. — Frontière franco-italienne an-dessus de la Clairée, vue de VEnlon, vers 2600 m. [Briançon).
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- LA DÉFENSE MILITAIRE DES ALPES
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- 2700 m.
- Col de l’Étroit du Vallon 248.S m.
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- Col des Thures 2195 m.
- Pointe Balthasar 3162 m.
- Pointe Melchior 2959 m. [ S (Aiguille Rouge \
- ( 2549 m- j
- Pointe Gaspard 2659 m.
- Col de l’Échelle 1 775 m.
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- Sommet de Guion 2604 m. Pas des Rousses 2587 m.
- Rocher de Barabas 2047 rn.
- 31ont Jafïerau 2783-290.3 m. (Italie).
- Col de la Chaux d’Acles 1 2230 m.
- Pointe de Charra 2832 m.
- Pas des Aiguilles 2695 m. Sommet de Bonvoisin 2767 m.
- Pas de l’Ours ou col de la Grande Hache 2492 m.
- Dans la région Dauphinoise :
- 1° La route du col du mont Genèvre (altitude 1875 m.), conduisant de Briançon à Turin et reliant la vallée de la Durance aux vallées de la Dora Riparia et du Chisone, qui ont toutes les deux leur origine au col même.
- Sur le versant italien, la route est barrée, à proximité du col, par une coupure palanquée (à Clavières) et par les batteries étagées du Chaberton1. En arrière, dans la vallée de la Dora Riparia, les ouvrages d'Exilles (4 forts), et, dans la vallée du Chisone, le fort de Champlas-Seguin et l’ancienne place aujourd’hui remaniée de Fe-nestrelle, barrent chacune des deux branches de la route après sa bifurcation. Le massif de l’Assiette, situé entre les deux vallées et couronné par de nombreux ouvrages, forme réduit de tout le système. Son action est complétée par celle du massif de l’Albergian, sur lequel ont été construits plusieurs abris et les deux batteries de Ferrera, destinées à battre le débouché de la Germanesca. L’ensemble de tous ces ouvrages constitue une position des plus fortes et défie toute attaque de front.
- De l’autre côté de la frontière, la ligne des défenses françaises est également très forte. Elle est constituée par la position de Briançon, clef du bassin de la Durance et pivot de la défense des Alpes, et par l’ensemble des ouvrages qui forment le camp retranché de cette place. Les conditions topographiques de la région ont conduit à fixer les emplacements de ces ouvrages ainsi qu’il suit : à 11 km au Nord de Briançon, l'ouvrage du Rocher de l'Otive, le plus avancé des défenses de Briançon, qui domine le cours de la Clarée et qui' com-
- 1. Voy. La Nature, n° 1822, du 25 avril 1908.
- Pointe du Cloutzau 2754 m.
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- mande les cols de l’Échelle, des Àcles, des Désertes et delà Lauze; à 5 km à l’Est, à peu de distance des sources de la Durance, couronnant le massif du Gondran, l'ouvrage du Janus, les ouvrages du Gondran, et la ligne de batteries à 2514 m. d’altitude qui battent au Nord-Est le col du Mont-Genèvre et à l’Est les sentiers conduisant aux cols de Gimont et de Bousson; à 7 km. Sud-Est, l'ouvrage de la Lauzette, flanqué lui-même par le fort de la Croix de Bretagne et les ouvrages formant la ligne de défense de la Grande Maye; au centre, à o km à l’Est, le fort et la ligne de défense de l'Infernet en arrière desquels se trouvent, à des distances du corps de place variant entre 1000 et 1600 m., les anciennes défenses de Briançon, la redoute des Salettes, le fort Dauphin, le fort des Têtes et la communication Y, le fort et la redoute d'Anjou, le fort du Randouillet.
- Tous ces ouvrages sont à des altitudes très élevées, variant entre 1400 et 2400 m.; l’un d’entre eux, la batterie du Chenaillet est à plus de 2500 m.
- Un pareil développement de fortifications défendues par une garnison nombreuse exigerait un siège en règle qui ne pourrait être entrepris, en raison de la rigueur du climat, que pendant quatre ou cinq mois de l’année. On peut donc considérer pratiquement la place de Briançon comme imprenable.
- 2° La route du Col de Larches ou de l’Argentière (altitude 2019 m.) entre la vallée de l’Ubaye, affluent de la Durance, et la vallée de la Stura, qui va de Barcelonette à Coni.
- Les défenses italiennes sont : près de la frontière, un fort au défilé des Barricades, et plus en arrière, la place de Vinadio qui a été récemment remaniée et complétée et qui barre la vallée de la Stura.
- Les défenses françaises sont : en première ligne, la position de Tournoux, qui commande les vallées de l’Ubayette et de l’Ubaye et dont l’ensemble comprend le fort de Tournoux, les batteries de la Tête de Viraysse, de Malemort, du Cuguret, du Clos des Caures et du Vallon-Claus, la batterie et la redoute de la Roche-la-Cruix; en seconde ligne le fort Saint-Vincent situé près du confluent de l’Ubaye et de la Durance et qu’on a renforcé récemment par plusieurs nouveaux ouvrages, la redoute
- du Chaudon et les batteries du Châtelard et de Colbas. .u.,
- Reliant les positions de Briançon, et de Tournoux, les deux, anciennes forteresses, fort Queyras et Mont-Dauphin, qui commandent la vallée du Güil, pourraient servir de points d’appui à des troupes appelées à manœuvrer dans la région.
- Dans la région provençale :
- 1° La route du col de Tende (altitude 18.77. ni.);, qui relie les vallées de la Roya et de la Stura et conduit de Nice à Turin.
- Du côté italien, la route est interceptée près de la frontière par le poste de San Dalmazzo et par les ouvrages de la position de Tende (6 forts, nombreuses batteries).
- Du côté français, la défense est assurée par les ouvrages de l’Authion (ouvrages de Millefourches
- et de la Fora), »! - "‘-y* - ’ barrant la route
- à 4 km 1/2 de la frontière et par le fort du Barbonnet situé à 2 km au Sud-Sud-Ouest de Sospel.
- La défense de la région montagneuse des Alpes-Maritimes est complétée sur le versant français par l'ouvrage de la Haute-Tinée qui bat les sentiers descendant des cols de Pour-riac et .du. Fer sur la vallée de la Tinée, par l'ouvrage de Picciavert et la redoute de Bauma Negra, enfin par les anciennes places fortes de Colmars et d'Entrevaux, situées, la première sur la rive gauche du Verdon, la deuxième sur la rive gauche du Var, et qui auraient pour mission de servir de points d’appui aux troupes évoluant dans les vallées de là Durance et du Var.
- 2° La route et la voie ferrée de la Corniche qui suivent le littoral, reliant Nice à Gênes.
- Prévoyant le cas où une armée ennemie utiliserait celte voie pour prendre à revers les défenseurs des Alpes, les Italiens ont fortifié tous les : passages à l’Est du col de Tende, qui conduisent de la ,côte Ligurienne à l’intérieur dû Piémont. Us ont établi notamment une série; d’ouvrages importants aux cols dé Tanarello, de Nave et en .avant du col de San Bcrnardo, dans le but d’arrêter les colonnes qui, s’appuyant sur un point de la côte, voudraient profiter d’une des routes remontant, les vallées ;cô-tières pour venir déboucher dans la vallée, du Tanaro. . U i; . ' \ .
- La défense de la frontière des Alpes est étroite-
- Fig. 9. — Camp derrière un col frontière.
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- ment liée, du côté français, à celle de la côte par le camp retranché de Nice, dont le front de terre est constitué, à l’Est, par les forts de la Tête de Chien, de la Révéré, du mont A gel, les batteries des Feuil-lerins et de la Drette, qui commandent la route et la voie ferrée de la Corniche ; au Nord et à l’Ouest, par les deux forts du Mont-Chauve d’Aspremont et du Mont-Chauve de Tourette et Y ouvrage de Colomars, qui commandent la vallée du Var.
- Outre les routes carrossables que nous venons de citer, routes que devrait suivre forcément une armée d’invasion qui chercherait à passer de France en Italie ou d’Italie en France, il existe un grand nombre de sentiers et de chemins muletiers traversant la frontière ou conduisant à la ligne de faîte. L’énumération en serait trop longue; nous nous bornerons à signaler ce fait que, sous le rapport de ces voies de communication praticables pour des troupes légères munies de pièces de montagne, le versant italien est beaucoup mieux pourvu que le versant français.
- La surveillance de ces sentiers, par où un ennemi audacieux pourrait essayer de tenter des diversions dangereuses, sur le flanc et sur les derrières des ouvrages fortifiés qui défendent les routes carrossables, et, d’une façon générale, la défense mobile des vallées supérieures des Alpes et des chemins y aboutissant, est assurée, aussi bien en France qu’en Italie, par des troupes spéciales.
- Les Italiens nous ont précédés dans cette voie. Depuis longtemps déjà, ils recrutent ces troupes avec le plus grand soin parmi les hommes nés au milieu des montagnes et habitués au climat des pays alpestres. Ces hommes sont exercés à la marche dans les Alpes et subissent un long entraînement. Ils séjournent tout l’été dans les vallées qu’ils sont appelés à défendre en temps de guerre ; ils connaissent toutes les positions et les moindres sentiers. Leurs officiers, choisis spécialement, explorent continuellement le pays, complètent et rectifient les cartes, apprennent à estimer le temps nécessaire pour franchir les distances dans les montagnes, et à apprécier à leur juste valeur les difficultés qui, au premier abord, peuvent sembler insurmontables à un homme étranger au pays. Ce sont d’excellentes troupes, très aptes à surveiller la frontière et à profiter des obstacles qu’on y trouve. A la défense de toute leur frontière des Alpes, tant pour la partie qui confine à la France que pour les parties limitrophes de la Suisse et de l’Autriche, les Italiens ont affecté : 7 régiments (22 bataillons), soit environ 23500 hommes, 38 compagnies de milice, soit 6500 hommes, et 75 compagnies de milice territoriale groupées en 22 bataillons, soit 19000 hommes, en tout 49000 hommes, auxquels il faut ajouter un régiment d’artillerie de montagne et des pionniers.
- Nos troupes Alpines, bien que de création plus récente, ne le cèdent aujourd’hui en rien aux troupes italiennes. L’organisation défensive de la région frontière a conduit à répartir cette région, au point
- de vue de la défense mobile en 12 secteurs, 7 dépendant du 14e corps d’armée, et 5 du 15e corps d’armée. A chacun de ces secteurs est affecté un groupe comprenant un bataillon1 de 6 compagnies et une batterie d’artillerie de montagne. Ces troupes qui sont doublées d’autant d’unités territoriales sont pourvues d’effets d’habillement et d’équipement spéciaux appropriés an climat, à leur genre de vie et aux conditions de la marche en pays de montagne. Pendant l’hiver elles tiennent garnison dans une des places du corps d’armée dont dépend le secteur auquel elles sont affectées; mais, dès le mois de mai, elles viennent occuper leurs cantonnements d’été sur la frontière. Pour faciliter leur mission, on a construit en plusieurs endroits, à des altitudes plus ou moins élevées, des baraquements qui leur permettent de faire un séjour prolongé dans les régions inhabitées, ainsi qu’un certain nombre de postes-vigie pour de petits groupes d’hommes chargés de surveiller les points de passage.
- Telle est, dans ses grandes lignes, l’organisation défensive de notre frontière des Alpes. Cette organisation a été complétée en seconde ligne par la création des deux grands camps retranchés de Grenoble et de Lyon et par l’extension considérable donnée aux défenses du front de terre de la place de Toulon, qui font de notre port de guerre méditerranéen une place forte de première importance. Une armée ennemie, qui aurait réussi à forcer les formidables défenses qui garantissent notre frontière, aurait d’abord à lutter contre notre armée des Alpes formée des troupes des 14e et 15e corps d’armée. En la supposant victorieuse, elle viendrait fatalement, si elle voulait pénétrer plus avant dans l’intérieur de notre territoire, se heurter contre une de nos places fortes de seconde ligne, que leur importance ne lui permettrait pas de négliger ou de laisser, sans les masquer, sur ses derrières. Elle serait ainsi amenée à entreprendre un siège régulier, qui distrairait pendant plusieurs mois une grande partie de ses forces, et permettrait à notre armée de se reconstituer en arrière de la seconde ligne de défense.
- En résumé et comme conclusion, nous pouvons dire que, dans la situation que font aux deux pays leurs alliances respectives du moment, la région frontière des Alpes ne serait, en cas de guerre générale, qu’un théâtre d’opérations plutôt secondaire. Si une attaque de notre part contre la partie Nord de l’Italie ne semble guère avoir de chances de réussite, une attaque venue du côté de l’Italie ne serait guère plus à redouter pour nous et ne pourrait avoir d’autre effet que d’immobiliser une partie très restreinte de nos forces. C’est ailleurs, sur une autre partie de nos frontières, que se jouerait la partie décisive. A. R.
- 1. Onze de ces bataillons sont des bataillons de chasseurs à pieds, le douzième est un bataillon d’infanterie de ligne dont les hommes ont le même équipement que les chasseurs alpins.
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- LA PECHE DES ÉPONGES ET LA SPONGICULTURE EN TUNISIE
- Une éponge est une colonie animale de consistance gélatineuse disposée sur un squelette calcaire, siliceux ou corné. C’est ce squelette qui, débarrassé par le lavage de sa matière vivante, constitue l’éponge du commerce.
- Dans les premiers temps de leur vie, les éponges sont libres; les larves, apparues de fin mars à fin juin en nombre considérable (un centimètre cube de matière vivante contient jusqu’à 400 œufs) mènent pendant quelques jours une vie indépendante ; puis elles se fixent sur un corps solide quelconque. . — En un an environ l’éponge atteint sa grosseur commerciale.
- Pêche des éponges. — Les éponges abondent en Tunisie dans le golfe de Gabès et près des îles Djerba et Kerkennah. La température de l’eau dans ces régions est en effet couramment de +13° au printemps et à l’automne; c’est, ainsi que l’a
- haut pour éclairer le fond de la mer ; ils s’aident généralement pour explorer le fond de la mer d’un tube muni à son extrémité inférieure d’une plaque de verre et connu sous le nom de miroir Kamaki. Les indigènes ne pratiquent que la pêche noire, c’est-à-dire qu’ils vendent leurs éponges sans leur faire subir aucune préparation. Au contraire les pêcheurs italiens ont pour centre de ralliement un bateau dépôt, autour duquel opèrent une quinzaine de barques. Les éponges sont lavées à bord et débarrassées de leur matière vivante.. C’est ce qu’on appelle la pêche blanche. La ganyava, utilisée par les Grecs et par les Italiens, est une sorte de drague. La pêche au scaphandre n’est exercée que par les Grecs ; mais le nombre des pécheurs est relativement restreint en raison du prix élevé de la patente et de l’appareil lui-même.
- Fig. i. — En haut : le laboratoire de biologie maritime de Sfax. — A gauche : bateaux de pêcheurs d'éponges au scaphandre. — A droite : appareils de spongiculture par fragmentation, premiers appareils en bois employés au laboratoire.
- constaté M. Allemand-Martin, la température optima pour le développement de ces spongiaires. D’ailleurs le planklon, qui constitue leur principal aliment, est très abondant sur la côte tunisienne.
- Les bancs spongifères sont visités chaque année, de janvier à novembre par les scaphandriers et les ganga-viers, d’octobre à fin février par les Siciliens et de mi-juin à mi-septembre par les indigènes. Aux Italiens on peut joindre les Grecs.
- Les procédés de pêche sont assez variables. La plongée constitue le moyen primitif. Les indigènes et les Italiens pêchent au trident, quand, le soleil est suffisamment
- 1. Yoy. E. de Fages et C. Ponzevera. Les pêches maritimes de la Tunisie, 2e éd. mise à jour par Bourge, Tunis, G. Picard, 1908. 1 vol. in-8°, 327 p., 65 gravures et 1 carte. — À. Allemand, dit Allemand-Martin. Étude de physiologie appliquée à la spongiculture sur les côtes de Tunisie, Thèse de l’Université de Lyon, Tunis, G. Picard, 1 vol. in-8°, 1906, 195 p., 13 pl. phot., 1 pl. graphique, 5 pl. cartes et coupes. — Henri Blin. Nouvelles recherches sur la reproduction et la cidture des éponges, « La Nature », Variétés, 56° année, n° 1850, 7 novembre 1908, p. 181-182.
- Au cours de ces dernières années, M. l’abbé Raoul, de Tunis, a fait des essais avec un petit sous-marin, mesurant à peine 3 m, de forme ovoïde, manœuvrant à l’électricité et muni d’une sorte de main articulée.
- Classification des éponges commerciales. — Les éponges pêchées sur les côtes de la Régence sont fournies par diverses espèces appartenant aux deux genres Euspongia et Hippospongia.
- Chez Y Euspongia les mailles du squelette fibreux sont petites. C’est à ce genre qu’appartiennent les éponges fines de toilette, dites du Levant, de Venise, oreilles d’éléphant. Celle-ci se trouve sur les côtes septentrionales de la Régence, où elle est pêchée par les scaphandriers grecs.
- L'Hippospongia est divisée par de larges espaces ves-tibulaires. L’espèce Hippospongia equina, variété elas-tica, fournit la plupart des éponges commerciales communes pêchées sur les bancs tunisiens.
- L’éponge de Tunisie est classée dans le commerce en quatre types dénommés Kerkenni, Djerbi, Zarzis et Hadjemi.
- L’éponge Kerkenni, brune, souple et résistante, est
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- 268 ... .........— LA PÊCHE DES ÉPONGES
- appréciée pour les usages domestiques (lavage des chevaux, des voitures, des appartements).
- L’éponge Djerbi, variété blonde, en général de petites dimensions, se vend comme éponge de toilette bon marché. La variété brune, souple, veloutée et résistante, est très recherchée dans le commerce et est connue sur le marché de Paris sous le nom de Moustapha.
- L’éponge Zarzis, fine et souple, fournit quelques éponges de ménage, mais surtout des éponges de toilette qui peuvent presque rivaliser avec l’éponge de Syrie.
- En général l’éponge Hadjemi, de contexture serrée, compacte et souvent pierreuse, a besoin d’un énergique traitement par la chaux ou les acides pour prendre une valeur commerciale, d’ailleurs minime. Cependant, sur les. bancs dès Kerkennab, elle fournit des éponges de toilette, au reste peu durables.
- Les éponges lavées sont, pour la plupart, expédiées en Europe, Où elles subissent un deuxième lavage. Puis les éponges destinées à la toilette subissent une série de préparations chimiques, bains dans des solutions de permanganate de potasse, d’acide sulfurique ou muriatique, d’hyposulfite de soude et finalement de cristaux, opérations à la suite desquelles elles .prennent cette couleur crème sous laquelle les acheteurs les connaissent généralement. Mais, brûlées par les acides, elles s’usent rapidement.
- Il a été pêché en 1906 sur les côtes de la Régence 150 000 kg d’éponge valant 2 620 000 fr. Les pays importateurs sont la France pour la plus grande partie, l’Italie, la Hollande, la Belgique, l’Angleterre, la Grèce, etc.
- Réglementation de la pêche.— Pendant longtemps, la richesse que représente pour l’état la pêche des éponges, a été véritablement gaspillée. Tantôt les beys touchaient des droits fort irréguliers; tantôt le droit de pêche était donné en concession gratuite; une de ces concessions a duré de 1846 à 1869.
- Aujourd’hui la pêche est réglementée, d’une façon très stricte, par une série de décrets datant de 1888, 1892, 1894, 1897 et 1906.
- Le droit de pêche n’est concédé que contre le paiement de certaines patentes renouvelables annuellement; les produits de ce fermage sont déclarés revenus publics. Le montant des patentes, qui a varié plusieurs fois, a été fixé ainsi qu’il suit à partir du 1er juin 1907 : 40 fr. pour la pêche ordinaire, 100 fr. pour la pêche au trident, 400 fr. pour les gangavas, 1000 fr. pour chaque scaphandre. Un moment (1897-1906) pour les scaphandres, le droit avait été de 3000 fr. L’administration avait été émue par les plaintes des pêcheurs qui prétendaient que l’emploi du scaphandre dépeuple rapidement les bancs.-
- Pour cette même raison, l’usage du scaphandre et de la gangava est interdit en deçà de la ligne des fonds de
- 10 m, ainsi que dans tout le canal de Kerkennah.
- D’autre part, le laboratoire de biologie maritime, fondé à Sfax en 1903, ayant démontré que les éponges se reproduisent au printemps, la pêche de l’éponge est formellement suspendue, au moyen de la gangava et du scaphandre, pendant les mois d’avril et de mai.
- Les droits de sortie sont de 10 fr. par 100 kg pour les éponges non lavées et de 20 fr. pour les éponges lavées.
- Spongiculture. — La demande commerciale de l’éponge va sans cesse en croissant. Par contre les bancs en exploitation ont tendance à s’appauvrir. Les constatations devaient conduire à l’idée de la culture des éponges.
- Dès 1861, Lamiral avait tenté sans auccès d’acclimater l’éponge de Syrie sur les côtes de Provence. Mais les tentatives les plus intéressantes furent faites sur les côtes de Dalmatie, de 1863 à 1872, par 0. Schimdt et et G. Buccich. Elles montrèrent que l’éponge est parfaitement susceptible de se reproduire à la volonté
- de l’homme. Malheureusement les pêcheurs inquiets détruisirent, à plusieurs reprises, les châssis de ces savants qui finirent par se décourager. Des essais tentés en Floride ne donnèrent pas non plus de résultats pratiques.
- Dès 1897, l’administration, en vue de l’étude de la reproduction des éponges, avait fait construire 3 parcs à Sfax, à Cherki (Kerkennah) et à Ad jim (Djerba). Mais les résultats furent, pour ainsi dire, nuis. Alors, en 1905, fut créé le laboratoire de biologie maritime de Sfax, qui commença ses recherches en mars 1904. En raison des difficultés que présentait l’étude in situ de YHippospongia equina, on entreprit des essais de culture en bacs ou aquariums. Mais les éponges ne résistèrent pas à l’élévation de la température de l’eau des bacs pendant l’été et ce genre de culture dut être abandonné.
- Parallèlement à la culture en bacs, l’examen microscopique de Y Hippospongia equina et l’étude de sa chimie biologique étaient. activement poussés. Le tissu élastique et le liquide vulgairement appelé lait d’éponge étaient soumis à une observation régulière et leurs variations d’aspect soigneusement notées, le tout en vue d’arriver à la détermination de l’époque de l’essaimage. Cette étude permit de fixer les 2 points suivants :
- 1° Époque de l’émission des larves. Trois stades ont été constatés correspondant à trois époques de l’année : formation des embryons en novembre, décembre et janvier, maturité des embryons en février et mars, émission des larves du milieu de mars au milieu de juin.
- 2° Rapidité de la croissance des éponges à partir de la fixation des larves. L’éponge croît rapidement pendant les six premiers mois de sa vie. L’hiver le développement se ralentit. L’animal n’atteint sa taille commerciale (0 m, 30 de circonférence) qu’à la fin de sa deuxième année d’existence.
- Fig. 2 et 3. — Appareils pour la fixation des jeunes éponges. (Communiqué par M. A. Allemand.)
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- LA PÊCHE [DES ÉPONGES
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- De là découlent les principes d’une spongiculture rationnelle.
- Il convient avant tout d’établir quels sont les meilleurs procédés de pêche, la résistance vitale de -l’éponge, les soins à apporter pendant le transport, le pouvoir
- La première catégorie comprend la pèche au scaphandre, à la plongée, à pied ; la deuxième la pêche au trident et à la gangava. Le procédé de pêche au scaphandre, quoique le plus coûteux, est de beaucoup le plus avantageux et le seul qui permette une récolte
- Fig. 4. — 1, Euspongia officinalis, variété mollissima, dite dans le commerce Cap Bon; 2, Euspongia officinalis, variété mollissima, dite dans le commerce' Oreille d’éléphant ou Ile plane; 3, Hippospongia equina (éponge du commerce) variété dite Ketef; 4, Hippospongia equina (éponge du commerce) variété dite Sidi Garous; 5, Hippospongia equina (éponge du commerce) variété dite Zarzis. (Communiqués par M. A. Allemand.)
- régénérateur de l’animal et les meilleurs emplacements pour la culture.
- Au point de vue de la spongiculture, les procédés de pèche peuvent être classés en deux catégories, suivant qu’ils ne déchirent point les tissus ou qu’ils les abîment plus ou moins.
- rationnelle. Le scaphandre et la plongée doivent être seuls employés pour la spongiculture par essaimage. Les trois premiers procédés peuvent être utilisés pour la spongiculture par fragmentation et la conservation des éponges en corbeilles et en caisses. Quand on a employé le trident, il est indispensable d’éliminer avec
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- CHRONIQUE
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- précaution les parties blessées. Quant au procédé de pèche à la gangava, il n’est jamais à recommander.
- Le récipient le plus pratique pour élever les éponges est une corbeille à triples parois, dont les deux parois externes sont remplies d’herbes et d’algues. Dès que l’éponge est enlevée du sol avec le support sur lequel la larve s’est fixée, elle est placée au centre de la corbeille et immobilisée, soit à l’aide d’une toile grossière, soit au moyen d’herbes et d’algues marines. Puis la corbeille est mise dans une grande caisse ou cuve remplie d’eau fréquemment renouvelée.
- La résistance vitale de l’éponge est très grande, mais à condition que la pèche et le transport aient lieu à une température de 12 à 15°.
- Pour les transports à petite distance (42 heures), on peut employer la caisse, le bac ou la corbeille. Pour les grandes distances, la corbeille est préférable, à condition qu’on évite soigneusement les compressions et les chocs ; l’emballage dans des herbes fréquemment arrosées suffit à maintenir les éponges bien vivantes.
- Des éponges transportées dans ces conditions de Sfax à Tunis, par une température de 12% sont arrivées en excellent état et se sont régénérées rapidement en eau vive dans le lac de Tunis.
- L’éponge se reproduit, non seulement par essaimage mais aussi par fragmentation ou gemmation. Si on divise, dans un milieu de culture approprié, une éponge en fragments, la cicatrisation s’effectue et chaque fragment redevient une éponge complète.
- L’emplacement choisi doit réaliser les conditions biologiques du milieu où les éponges sont généralement pêchées. Les fonds doivent être tapissés d’algues et de zostères; en dehors des supports artificiels, les rhizomes de ces plantes marines permettront aux larves errantes de se fixer. Il faut aussi qu’il se trouve en un point oii les courants de marée se font sentir, afin que les eaux, constamment renouvelées, apportent le plankton nécessaire à l’alimentation des spongiaires. Enfin il est nécessaire qu’à marée haute l’extrémité supérieure des branches de palmiers servant de clôture à l’emplacement ne soit pas complètement immergée ; faute de cette précaution des larves pourraient s’échapper. Sa profondeur la plus favorable est de 5 à 4 mètres à marée basse et de 4 à 5 mètres à marée haute.
- Un parc rectangulaire de 100 mètres de côté complètement entouré de branches de palmiers, solidement fichées dans le sol, paraît suffisant pour une petite exploitation de début.
- En résumé, grâce aux travaux déjà anciens de Lamiral, de Schmidt et de Buccich et aux études récentes de M. Allemand-Martin, sous-directeur du laboratoire de Sfax, études conduites sous la haute direction de M. le professeur Raphaël Dubois, de l’Université de Lyon, on peut espérer que la pêche des éponges, aujourd’hui sagement réglementée, et surtout la spongiculture rationnelle et méthodique seront une source précieuse de richesse pour la Tunisie et pour la France.
- Paul Privat-Deschanui..
- CHRONIQUE
- Un vin de deux mille ans. — Au cours des fouilles qui se poursuivent activement dans le cimetière gallo-romain de Saint-Seurin, à Bordeaux, on a découvert dernièrement un énorme sarcophage, remontant au premier siècle de notre ère. A côté d’un squelette couché dans ce sarcophage, on a trouvé une longue fiole de verre mesurant 45 cm et d’une forme inconnue jusqu’ici dans les Gaules. Elle contenait des résidus que M. Denigès, directeur du laboratoire de la •Faculté de Médecine de Bordeaux, a analysés. Les vestiges certains de tanin, qu’il y a relevés, l’ont convaincu que cette fiole contenait du vin, sans doute excellent. Déjà en 1877, M. Berthelot communiqua l’analyse du vin dont on avait trouvé le résidu aux Aliscamps d’Arles.
- D’après M. Clermont-Ganneau, cette forme spéciale de fiole en verre caractérise, avec certitude, les verreries de Syrie, d’où il eut jadis l’occasion d’apporter quelques spécimens conservés au Musée du Louvre. M. Jullian, qui a signalé la trouvaille à l’Académie des Inscriptions, précise qu’en effet des inscriptions, concernant des Syriens, ont été trouvées à Bordeaux. Il semble donc qu’on puisse être assuré que la fiole du sarcophage est d’origine syrienne, puisque il y avait autrefois des rapports commerciaux très suivis entre la Syrie, dont les vins étaient fort renommés, et toute la région bordelaise.
- Les oiseaux lumineux. — Le fait, assez curieux, est signalé par un correspondant du Chasseur français. Se trouvaut, par une matinée très sombre, sur un plateau des Pyrénées, il vit dans le ciel deux clartés ayant l’intensité d’une lampe électrique de 5 ou 6 bougies, avançant assez vite et avec un bruit de fort ronflement! D’abord, il crut à des aéroplanes, mais bientôt il vit que c’étaient
- des,oiseaux de la grosseur d’une forte poule. Des patres, rencontrés et interrogés peu après, déclaraient qu’il s’agissait bien d’oiseaux et qu’ils les avaient souvent vus. Le Bulletin de la Société d'acclimatation èt la Revue d’Or-nithologie, de MM. Denise et Ménégaux, ont signalé des cas semblables. Des observations faites récemment, en Angleterre, permettent de savoir quels étaient ces oiseaux. M. R.-J.-W. Durdy, a en effet raconté, dans les Transactions of the Norfolk and Norwich Naturalises Sociehj, vol. YIII (1908), les nombreuses observations qu’il a faites lui-même ou qu’on lui a rapportées, sur les oiseaux lumineux qui furent aperçus, par de nombreuses personnes, du 25 février 1907 à mai 1908. Ces oiseaux étaient des Effrayes. On ignore si la luminosité ne se présente jamais que chez cette espèce ; mais il est assez probable que les Effrayes n’en ont point le monopole. D’autres oiseaux de nuit doivent pouvoir la présenter aussi.
- Ce n’est point, d’ailleurs, une affaire d’espèce, l’oiseau lui-même n’étant pas lumineux. La lumière est une clarté attachée au plumage et qui persiste après la mort de l’animal. Elle tient sans doute à quelques microbes lumineux pris par l’oiseau à des matières envahies par ces microbes; matières animales ou végétales en décomposition, ou bien de l’amadou. On voit que le polypore amadou est parfois phosphorescent, et l’on a pu voir, au bord de la mer, des poissons morts,, envahis par des microbes, devenir lumineux. Il arrive facilement à un oiseau de se barbouiller une partie du plumage avec .des substances diverses, et une Effraye, qui vit dans un trou d’arbre, peut fort bien, en entrant chez elle, ou en en sortant, se- frotter contre de l’amadou, par exemple. Il ne semble pas, en tout cas, que la luminosité soit le Il fait de l’oiseau lui-même.
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- ACADEMIE DES SCIENCES
- Le phénomène observé en Espagne et en Angleterre ne doit pas être nouveau et a dù être remarqué en tout temps; ceci expliquerait ces nombreuses légendes de lueurs fantastiques circulant dans l’atmosphère pendant la mût, lesquelles ont donné lieu à des explications surnaturelles, enregistrées, par Sébillol, dans le Folk-tore de la France.
- Le niveau des lacs dans l’Asie centrale. —
- M. de Schokalski donne dans les Annales de géographie des détails sur les variations de niveau des lacs de l’Asie russe. Ils sont intéressants à relever parce qu’on considère actuellement l'Asie centrale comme une région en voie d’assèchement. En fait, il semble bien que la nature se'charge de donner un démenti à cette doctrine. Déjà, en 1898, MM. Berg et Ignatov avaient constaté que quelques lacs, et en particulier la mer d’Aral, sont dans une période de crue marquée, crue qui a été observée dans toute la contrée qui s’étend du Transsibérien au Tian-Chan, c’est-à-dire du 56° au 60° latit. N. La crue de la mer d’Aral a commencé en 1885, celle des lacs des districts d’Oekmohusk et d’Àtbasar coïncide avec elle. Le lac Tcbang est dans le même cas, lui qu’on citait jadis comme le type du lac en voie de dessèchement. De même pour le lac de Topotone, qui fut à sec de 1880 à 1890 : l’eau y est reparue, et en 1898 on y trouva beaucoup de poissons. Dans le cas de la mer d’Aral on observe une alternance de crues et de décrues : baisse de 1780 à 1790; état stationnaire jusqu’en 1800; baisse jusqu’en 1825; crue jusqu’en 1840; état stationnaire de 1855 à 1875; baisse jusqu’en 1885; et depuis crue, de sorte qu’il est aujourd’hui plus haut qu’en 1780. Pareil-‘ lement le lac Balkach est dans une période de forte crue et le niveau du lac Issyk-koul, qui baissait très sensiblement, augmente depuis 1900.
- La « fièvre de l’or » au Canada. — La Colombie britannique, où l’on a déjà découvert d’assez nombreux gisements aurifères, vient d’être le théâtre d’une découverte que les premiers rapports ont décrite comme particulièrement sensationnelle. On a été jusqu’à parler d’un filon d’or « qui aurait les dimensions d’une chaîne de montagnes )). Ce filon est aux environs immédiats de
- Steward, petite ville située au pied occidental des Montagnes Bûcheuses, à une quarantaine de lieues du rivage du Pacifique, et à la même latitude que les îles de la Princesse Charlotte. Quelques mots sur la fondation de cette ville montreront qu’on savait déjà que la région était riche en minéraux. Steward (ou Stewart) n’existait pas, il y a deux ans. Un prospecteur, nommé Pigott, et ses trois compagnons, qui avaient dressé leur camp au pied de la montagne, constatèrent à fleur de terre d’abondantes traces de cuivre, d’argent et d’or. Ils prirent aussitôt des concessions, et leur exploitation se développa si rapidement que, dès l’été dernier, la ville naissante comptait 200 habitants. La nouvelle de leurs succès gagna de proche en proche, si bien que'des centaines de chercheurs d’or accoururent à la curée. Au printemps de 1910, la population était montée à 5000 âmes, et une compagnie se formait dans le but de construire un chemin de fer à voie étroite. C’est alors que se produisit la découverte : un filon d’or d’une grande richesse et dont les affleurements se retrouvaient sur une longueur de 52 km. La découverte fut gardée secrète le plus longtemps possible par ses auteurs, qui avaient tout intérêt à ne la divulguer qu’après qu’ils auraient régularisé leurs concessions. Mais la nouvelle s’ébruitait rapidement, et les centres de population (petites villes ou camp miniers) se vidaient comme par enchantement dans un rayon de 100 kilomètres, pressés qu’étaient leurs habitants d’arriver des premiers dans le nouvel Eldorado. Depuis le 15 juin, des centaines de prospecteurs, venus des ports de l’Alaska, de la Colombie Britannique et de l’Ouest des Etats-Unis, arrivent à Steward, où les vivres et articles d’équipement sont déjà hors de prix. Sans attendre la confirmation officielle, des milliers d’aventuriers partent de l’intérieur du Canada et même des régions de l’Atlantique, pour aller tenter la fortune dans ce coin perdu des Rocheuses. La fièvre de l’or a gagné l’Europe, et l’agence londonienne de la Colombie Britannique est assaillie chaque jour par des centaines de personnes, appartenant à toutes les classes sociales, anxieuses de savoir quel est le moyen le plus expéditif et le plus économique de se rendre dans cette lointaine région.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 septembre 1910. — Présidence de M. A. Gautier.
- Le filtrage des eaux en terrain calcaire. — MM. Van den Broeck et Martel présentent une Note relative aux conditions du filtrage efficace des eaux en terrains calcaires. Ils concluent que les eaux des sources vauclu-siennes de Belgique sont parfois meilleures qu’elles ne paraissaient devoir être. .
- La géologie et la climatologie du Yunnan. — M. Douvillé présente un travail de MM.Deprat et Mansuv, intitulé : Résultats stratigraphiques généraux, obtenus par la mission géologique du Yunnan. Us ont recueilli de nombreuses séries de fossiles qui leur ont permis de distinguer 14 étages tous caractérisés par leur faune, depuis le cambrien jusqu’au trias supérieur. Plusieurs de ces étages, ont même pu être divisés en horizons distincts. M. Deprat a stationné pendant la saison chaude, au Yunnan même, à Mong-Tseu. Cette localité, depuis l’ouverture du chemin de fer, n’est plus qu’à 50 heures d’Hanoi, compte tenu d’une nuit d’arrêt à Lao-Kay. La température y est très régulière et n’a pas dépassé 24° en juillet; les nuits sont toujours fraîches. M. Deprat a
- battu le pays dans tous les sens et a poussé même jusqu’au Sze Tehouen tibétain. Il a reconnu une partie du Fleuve Bleu, non encore atteinte par les Européens. Il a traversé des cols à 5200 m. et 5600 m. d’altitude par une température très froide.
- Action des rayons ultra-violets sur certaines plantes. — M. Guignard adresse une Note de M. Pouguet, relative à l’action des rayons ultra-violets sur certaines plantes contenant des glucosides. MM. Guignard et Mirande, l’année dernière, ont montré que, sous l’influence du gel, certains glucosides contenus dans les plantes subissent une décomposition rapide en donnant naissance à des composés caractéristiques, tels que l’acide cyanhydrique chez le laurier-cerise, les essences sulfurées chez les crucifères. Dans les mêmes conditions, les plantes à coumarine dégagent leur odeur caractéristique. M. Jean Pouguet est arrivé à des résultats analogues. Les radiations produites par la lampe èn quartz à vapeur de mercure donnent lieu aux mêmes décompositions que le gel ou les agents anesthésiques. Cn. de Vuledeuii,.
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- MOMIE BRÉSILIENNE
- Un explorateur italien, M. Enrico Schivazzappa, a rapporté de l’intérieur du Brésil une collection ethnographique qui contient plusieurs objets d’une réelle valeur. Nous plaçons au premier rang une tête embaumée, provenant de la tribu des r~ * — -----
- Mundurucus, lugubre trophée de guerre qui mérite quelques lignes de descriptions.
- C’est une coutume qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours parmi les Indiens du haut bassin de l’Amazone que de trancher la tête d’un ennemi tué à la guerre, de l’embaumer, de l’enjoliver, et de le conserver comme trophée.
- Dans le cas qui nous occupe ici, on voit que la tête fut ornée de longs pendentifs fabriqués avec des plumes d’oiseaux. Pour combler la cavité des yeux, l’embaumeur y a logé les incisives d’un gros rongeur semi-aquatique, à défaut de verroterie . Les cordelettes qui pendent de la bouche ont une signification toute spéciale : leur mission est de retenir immobiles les lèvres du défunt, pour le cas où l’idée viendrait à son àme d’insulter son meurtrier.
- Nous manquons de renseignements précis sur la façon dont les Mundurucus procèdent à la préparation de ces trophées, qui peuvent se conserver intacts pendant plusieurs générations. Il est incontestable que les Indiens de l’Amérique du Sud ont des secrets de fabrication que les voyageurs ont vainement cherché à connaître. Ainsi, parmi certaines tribus de l’Ecuador, les têtes d’ennemis sont momifiées de telle façon que leur volume se trouve réduit à la grosseur du poing, sans que l’expression de la phy-
- et les rares poils des lèvres et du menton conservent leur longueur, mais les os et la peau se recroquevillent sur eux-mêmes, pour ainsi dire, les traits du visage conservant leur position relative et leur
- symétrie. Il y a une quinzaine d’années, il était relativement facile de se procurer de ces petites têtes momifiées, dans l’intérieur de l’Ecuador, et même à Quito, où des colporteurs les offraient aux touristes, aux portes des hôtels.
- J’en acquis ainsi une paire qui, si j’ai bonne mémoire, me coûta de 80 à 100 francs. Mais ces trophées sont devenus introuvables, à la suite de circonstances que nous allons exposer.
- Le commerce des petites lêtesv avait pris soudain une telle extension que le gouvernement Ecuadorien finit par s’en inquiéter. Une enquête, menée de front par la police et par les missionnaires, prouva que les prix rémunérateurs offerts par les intermédiaires avaient éveillé la cupidité des Indiens de la province d’Orientc, qui, manquant de prisonniers de guerre, n’hésitaient pas à se dresser mutuellement des embuscades pour se procurer des têtes à embaumer ! L’archevêque de Quito commença par excommunier les commerçants qui feraient trafic de ces momies, et les autorités vinrent à la rescousse en en interdisant la vente sous peine d’amende et de prison.
- Nous aimons à croire que ces mesures n’ont pas été éphémères, et que les pourvoyeurs de têtes embaumées, découragés par la mévente, ont tourné leur activité vers un but moins macabre.
- ‘ Y. l'oitnix.
- sionomie en soit notablement altérée. Les cheveux
- Le Gérant. : P. Masson. —; Imprimerie Lahure, rue de Flcurus, 9, à Paris.
- Momie brésilienne. (Collection E. Schivazzappa.)
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- LA NATURE.
- N° 1949.
- 1er OCTOBRE 1910.
- LES PROCÉDÉS D’IRRIGATION DANS LA PLAINE DE MARRAKECH
- Marrakech, capitale marocaine du Sud, tire en partie sa richesse de la plaine dont elle est entourée. Les terres d’alluvions, qui la constituent,
- rivières paraissent souvent desse'chées, parce que leurs eaux ont été captées au pied même du massif. Des canalisations les amènent à travers la plaine et
- Fig. i. — Environs de Marrakech. Puits d’aération sur une Rettara [conduite artificielle d'irrigation).
- représentent les cônes de déjections formés par l’oued Tensift et ses affluents sortis de l’Atlas et sont, sur de larges espaces, extrêmement fertiles; mais cette fertilité est en relation directe avec les irrigations possibles.
- Alors qu’au nord du Tensift, seuls les jardins sont irrigués, toutes les cultures (céréales, figuiers, oliviers, vignes doivent l’être ici et, grâce à ce mode d’exploitation, cette plaine, dont la latitude est sensiblement plus méridionale que celle de Fi-guig ou d’Ouar-gla, ne présente en rien l’aspect désertique de ces régions. En effet une eau abondante descend des montagnes, couvertes de neige pendant plusieurs mois chaque année, et s’écoule dans le Tensift par l’oued Nfîs, l’oued Bou Ghas, l’oued Ghichaoua... Ces
- Fig. 2. — Débouché d’une Rettara, aux environs de l’Oued Chichaoua. On aperçoit au fond la lumière.provenant d'un des puits d’aération.
- des saignées latérales, des seguia, servent à arroser les champs sur le parcours. La conduite, appelée Rettara, qu’il ne faut pas confondre avec la K’attara-du Mzab1, n’est pas, comme la fo-gara saharienne, un canal d’adduction, de drainage et de préservation de l’eau contre l’évaporation, mais un simple aqueduc souterrain présentant au reste la même technique que la îogara. Gela n’a rien d'étonnant, puisque ces travaux ont été exécutés, sinon par des ouvriers, du moins toujours sous la direction de mallem draoui2. L’eau coule sur un lit dont la pente est juste suffisante pour empê-
- 1. Voy. n° 1582, du 19 septembre 1903.
- 2. « Mallem draoui » signifie : contremaître originaire des bords de l’oued Draa, ileuve qui limite au Sud le Maroc et
- 18.
- Fig. 3. — Tameslouhot. Vue des colonnes élévatoires.
- 38° année.
- a0 semestre.
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- PROCEDES D’IRRIGATION DANS LA PLAINE DE MARRAKECH
- cher la stagnation, précaution dont le but est de maintenir le niveau de l’eau le plus près possible de la surface. La voûte, creusée à même le sol, est suffisamment haute pour qu’un homme puisse y circuler et, tous les o ou 5 mètres, des puits d’aération servent à l’évacuation des éboulis et aux curages. Ces travaux présentent une utilité incontes-
- Fig. 4. — Disposition schématique d’une Ret-tara par rapport au Thalweg d’un Oued. —
- T, Thalweg; R, cheminement souterrain de la Rettara; F, puits d’aération et de curage; S, sèguia de distribution; D, débouché de la Rettara.
- table, car la force torrentielle des oued a profondément affouillé les thalwegs et les eaux, coulant très en contre-bas delà plaine, ne pourraient être utilisées, sans ce procédé, pour les irrigations latérales, alors que la rettara combat cet inconvénient en maintenant un niveau favorable. '
- vignes et aux importantes olivettes dont il est propriétaire.
- Ce système est basé sur la théorie des vases communicants et a pour inventeur , et constructeur un mallem du lieu. En voici le fonctionnement tel qu’il m’a été expliqué sur place par un aimable compagnon de route, M. Proveux, ingénieur attaché à l’IJnion des Mines Marocaines et sur les indications du Chérif lui-même.
- Dans un vallonnement assez prononcé qui se trouve au nord de la ville, on remarque une ligne de colonnes carrées, de hauteurs inégales, construites en pierres, et sans utilité semble-t-il. Ce sont les organes essentiels de cette irrigation : une canalisation souterraine capte une source en A et l’amène en B; elle est rigoureusement étanche, sauf au pied de chacune des colonnes 1, 2, o, 4..., celles-ci sont creuses et contiennent un tuyautage en poterie T ; en F des sortes de vannes, qui s’ouvrent à volonté, mettent en communication l’intérieur de la colonne et la canalisation, enfin en D, à la hauteur voulue, une autre prise distribue l’eau dans des séguia d’irrigation, tandis que la canalisation AB est fermée en un point V. Un exemple fera mieux saisir le fonctionnement : supposons que le point à arroser par la colonne 2 se trouve à 12 mètres au-dessus de la canalisation et que l’écart d’altitude entre A et B soit de 25 mètres (je n’ai pas eu le loisir de prendre des mesures précises). L’eau, tendant à reprendre son niveau, montera dans la
- EJTop&ëv,!.3^.
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- T , J •T Jf
- " F D: F D:
- A Tameslouhot, agglomération
- berbère importante, située à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Marrakech, se remarque un mécanisme élévatoire, sans doute unique en son genre et qui n’a jusqu’ici été signalé par aucun voyageur. Le saint et très riche
- Fig. 5. — Tameslouhot. Coupe schématique du système élévatoire. A, source; C, canalisation souterraine ; B, débouché de la canalisation; 1, 2, 3, 4, colonnes; T, tuyautage en poterie; F, vanne fermant l’accès des colonnes; D, prise d’eau alimentant les séguia d’irrigation; V, vanne obstruant la canalisation principale.
- Fig. 6. — Coupe d’une Rettara. — R, canalisation creusée à même le sol; P, puils d’aération.
- personnage qui domine le pays, Si Moulaye Saïd, a résolu d’une façon originale, encore que compliquée, le problème de l’eau nécessaire aux
- «jiii se jetle dans l’océan Atlantique au Sud du cap Noua après un lefng parcours à travers le Sahara. Les indigènes de ces régions sont renommés pour leur habileté à construire cl leur science de l'aménagement des eaux. Leur émigration vers le Nord n’est pas sans analogie avec celle des maçons limousinants vers Paris.
- colonne 2 dont on aura préalablement ouvert la communication F et elle en ressortira en D à une hauteur suffisante pour qu’une séguia en pente douce, l’amène au point souhaité.
- Le Chérif et son entourage sont très fiers de cette invention, mais Si Moulaye Saïd reconnaît qu’elle ne donne pas encore tout le résultat désirable, et il se proposait de se rendre à Casablanca pour acquérir une éolienne.
- Mais les efforts du Chérif de Tameslouhot ont peu d’imitateurs, et il faudra qu’une fois encore, et, comme elle l’a fait déjà dans d’autres conditions et avec d’autres moyens dans le Sahara, dans l’Oued-Rirh notamment, la France apporte, à cette plaine de Marrakech, le secours de ses capitaux et de sa direction, afin de tirer parti de toutes les richesses trop négligées ici par l’insouciant fatalisme des indigènes.
- J. Ladreit de Lacharrière.
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- LA GYMNASTIQUE RESPIRATOIRE
- On parle beaucoup ces temps-ci dans les diverses sociétés médicales, de la gymnastique respiratoire; le sujet a fait, à Pâques dernier, l’objet de nombreuses communications au Congrès de physiothérapie. C’est qu’en effet cette question a une importance pratique considérable. Beaucoup de personnes respirent mal ; et si l’éducation de la fonction respiratoire est fréquemment utile chez l’individu qui paraît normalement conformé, elle devient nécessaire dans un grand nombre d’affections.
- Les principaux justiciables de la gymnastique respiratoire sont ce qu’on appelle les adénoïdiens, les enfants opérés pour les végétations adénoïdes, affection si fréquente malheureusement de nos jours. Très souvent, à la suite de l’ablation des végétations adénoïdes, le résultat est splendide, l’enfant se transforme rapidement, sa poitrine prend un jeu régulier et ample; mais il n’est pas rare de voir les enfants conserver l’habitude de respirer par la bouche et d’une façon restreinte. A côté de l’adénoïdien il faut placer le pseudo-adénoïdien, type clinique que l’on rencontre fréquemment, c’est l’enfant ou l’adolescent au teint pâle, à la bouche entr’ouverte, à l’orifice des fosses nasales rétréci, aux épaules étroites et ramenées en avant. Si ces deux catégories d’enfants sont soumis à des exercices gymnastiques bien réglés, on voit apparaître une dilatation remarquable de la cage thoracique, l’inspiration devient plus ample et plus profonde, l’expiration plus complète. Par suite, il se produit une notable suractivité de la nutrition générale, comme on peut facilement le constater à l’augmentation du poids et de la taille. En même temps, la colonne vertébrale se redresse, le maintien devient correct, la démarche plus assurée. Chez l’adulte comme chez l’enfant, la pneumonie, la pleurésie laissent souvent après elles des territoires de poumon fonctionnant mal, soit par induration pulmonaire,'soit par adhérences pleurales plus ou moins étroites : dans ces cas, il est indispensable de faire pratiquer la gymnastique respiratoire pour rendre aux poumons leur jeu complet.
- Dans le traitement de Y asthme bronchique, l’éducation de la respiration peut amener un énorme soulagement, sinon la guérison, aux patients.
- En dehors des maladies de l’appareil respiratoire, des affections telles que certaines maladies du foie, l'obésité, peuvent être influencées fort heureusement par les exercices respiratoires et les modifications circulatoires qu’ils entraînent. De même dans le traitement de certaines difformités du thorax, cyphose, scoliose, l’éducation respiratoire a une place marquée. Ces derniers temps, divers auteurs ont fait ressortir les résultats heureux que donnait ce mode thérapeutique dans le traitement de cette affection si tenace et si pénible qu’est Yozène.
- La gymnastique respiratoire est une gymnastique simple que chacun doit connaître au moins dans ses grandes lignes et dans ses principaux exercices.
- Les bases physiologiques de la gymnastique respiratoire. — La gymnastique de la respiration doit être une gymnastique active. Le but à atteindre est la dilatation de toute la cage thoracique lors de l’inspiration ; un resserrement très complet de ce même thorax lors de l’expiration ; il faut que dans l’inspiration les diamètres thoraciques soient maxima, qüe dans l’expiration ils soient minima.
- Le muscle principal de la respiration est le diaphragme. En prenant point d’appui sur les côtes, le diaphragme, en se contractant, abaisse les viscères et augmente les dimensions verticales de la cage thoracique, c’est la respiration purement diaphragmatique, respiration qui manque d’ampleur.
- Supposons, au contraire, que les viscères soient immobiles : le diaphragme, en se contractant, prendra point d’appui sur la masse viscérale dont la convexité s’adapte merveilleusement à la surface concave du muscle. En raison de la forme toute particulière du point d’appui présenté par les viscères abdominaux, les fibres musculaires du diaphragme conservent en partie leur courbure naturelle qui leur permet d’agir sur les côtes diaphragmatiques dans une direction presque verticale et, en conséquence, de les attirer en haut et en dehors.
- L’écartement des côtes inférieures par la contraction du diaphragme augmente en raison directe de la résistance des viscères ou des parois abdominales. Cette résistance, en s’opposant à l’abaissement du diaphragme, empêche ou entrave l’agrandissement du diamètre vertical de la cavité thoracique, mais Y expansion transversale, plus grande que la poitrine, gagne alors, compense largement cette diminution. La musculature de l’abdomen est indispensable au libre jeu du diaphragme.
- Dans la respiration, outre le diaphragme, dont le rôle est prépondérant, entrent en jeu d’autres muscles qu’on nomme les inspirateurs auxiliaires. Ce sont surtout les scalènes, le sterno-cléido-mastoïdien, le trapèze, le grand dentelé, le rhomboïde, les pectoraux.
- Pour que les scalènes, le sterno-cléido-mastoïdien, la portion claviculaire du trapèze puissent exercer leur action inspiratrice, il faut que la tète et le cou soient maintenus dans l’extension sur le tronc. De même Duchenne, de Boulogne, a démontré que le grand dentelé est un inspirateur énergique, quand il prend son point fixe sur l’omoplate; mais pour que ce muscle mette en mouvement les côtes sur lesquelles il s’insère, il est nécessaire que l’omoplate soit préalablement maintenue d’une manière solide par la contraction synergique du rhomboïde.
- Les notions de physiologie musculaire que nous venons d’exposer, permettent de comprendre facilement les exercices respiratoires qui sont le plus aptes à développer la poitrine. Il faut : 1° que les parois abdominales aient une tonicité suffisante pour maintenir les viscères abdominaux et fournir au
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- diaphragme un bon point d’appui ; 2° que la tète et la colonne vertébrale soient maintenues dans l’extension pour fournir un point d’appui aux inspirateurs auxiliaires; 3° que les omoplates soient maintenues fixes par le rhomboïde et le trapèze pour fournir un point d’appui aux grands dentelés.
- On obtiendra un fonctionnement respiratoire parfait : 1 0 en apprenant au sujet à contracter ses muscles inspirateurs : c’est Y éducation des centres nerveux respiratoires ; 2° en fortifiant ces muscles inspirateurs par des exercices appropriés : c’est Y entrainement des muscles inspirateurs; 3° en donnant du jeu, de la souplesse, aux multiples articulations qui unissent les vertèbres entre elles, et les vertèbres aux côtes ; cest l'assouplissement des articulations.
- Education des centres nerveux respiratoires. — La rééducation respiratoire consiste essentiellement à enseigner à un sujet : à inspirer lentement et profondément; à expirer complètement; dans les deux temps à respirer par le nez.
- La voie nasale est indispensable à une bonne respiration, l’excitation de la muqueuse nasale par le passage de l’air, transmise par voie centripète au centre nerveux respiratoire, provoque par voie ré-llexe l’excitation motrice de la respiration, de même que l’arrivée des aliments dans l’estomac provoque la motilité stomacale et la sécrétion gastrique. Le premier point à obtenir est donc l’excitation de la muqueuse nasale. Nous avons vu que le muscle principal de la respiration est le diaphragme. Au début de toute rééducation respiratoire, il faut habituer le sujet à mouvoir régulièrement et volontairement son diaphragme, à se servir à volonté de la respiration diaphragmatique, abdominale, et de la respiration costale supérieure.
- Le premier exercice devra être un mouvement de respiration diaphragmatique dans le décubitus dorsal. Les enfants qui ont de la difficulté à respirer par le nez, sentent généralement cette difficulté augmentée quand ils sont couchés sur le dos; il importe de les rendre capables de respirer par le nez dans cette position.
- Le sujet se mettra dans le décubitus dorsal sur une table ou sur un lit dur. Les mains seront pla-
- Fig. i. — Respiration diaphragmatique. Le ventre se soulève lors de l'inspiration.
- cées en arrière de la tête, la main sera en extension sur l’avant-bras, les coudes reposeront sur le plan delà table (fig. 1). Dans cette position, latêtepeut fournir un point d’appui aux scalènes et aux sterno-cléido-mastoïdiens, les omoplates peuvent fournir un bon point d’appui aux grands dentelés. Le moniteur debout près du sujet lui explique, lui montre, en quoi con-
- siste la respiration nasale, puis lui ordonne d’exécuter cinq ou six respirations, l’inspiration et l’expiration se faisant par le nez. Les parois abdominales doivent se soulever d’une manière synchrone à chaque dilatation inspiratrice du thorax et se creuser lors de l’expiration. Le moniteur expliquera avec soin à son sujet que l’abdomen doit se soulever lors de l’inspiration et s’abaisser lors de l’expiration. Il réglera le rythme respiratoire en levant la main pendant l’inspiration, en l’abaissant pendant l’expiration; ces mouvements doivent être assez lents.
- Après avoir ainsi exercé la respiration diaphragmatique, on passera au développement delà respira-
- Fig. 2. — Respiration costale supérieure. Le ventre est creusé lors de l’inspiralion.
- tion costale supérieure (fig. 2). On expliquera au sujet que pour la respiration costale supérieure, c’est non pas le ventre, mais la partie supérieure du thorax qui doit se soulever à chaque inspiration, tandis qu’à l’expiration le thorax doit s’aplatir. Au besoin, les premiers temps, pour compléter l’expiration, le médecin pressera sur les côtes, comme il fait dans la respiration artificielle en cas de syncope chloroformique.
- Après avoir exercé la respiration dans l’attitude couchée, on l’exercera dans la station debout. On habituera le sujet à contracter, en même temps que les muscles inspirateurs, les muscles auxiliaires des muscles respiratoires, grand com-plexus et splénius pour la tête, trapèze et rhomboïde pour les épaules. Trois exercices sont particulièrement recommandables : la respiration dans la station debout, le mouvement de respiration avec flexion et extension des coudes, le mouvement de respiration avec abduction des bras et élévation sur la pointe des pieds.
- Respiration dans la station debout. — On ordonnera au sujet de se placer dans la position militaire de « fixe » (« Stallning » des Suédois). Le sujet se tient debout, le ventre rentré, le cou bien tendu, la tête haute, la bouche fermée, les épaules en arrière et effacées, en s’efforçant de plaquer bien exactement les omoplates au thorax, les bras retombant naturellement. Dans cette position qui, pour être correcte, exige un effort musculaire considérable des muscles de la nuque, des muscles fixateurs de l’omoplate et des muscles abdominaux, le sujet pratiquera de longs et calmes mouvements d’inspiration et d’expiration à la cadence de 16 à 18 fois par minute (fig. 3).
- Mouvement de respiration avec flexion et extension des coudes. — Le sujet place les mains à la poitrine, à la hauteur des clavicules, la paume en bas, les coudes à la même hauteur, aussi en arrière
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- que les omoplates le permettent ; dans cette position, il exécute le mouvement de lancer les bras en arrière et de les remettre devant la poitrine en faisant de profondes respirations : inspiration quand il lance
- clés de l’abdomen, trois mouvements simples sont à recommander.
- Position couchée sur le dos, élévation des jambes tendues. — Le sujet se couche sur le dos, tête,
- Fig. 3. — Respiration dans la position de fixe.
- Fig. 4 et 5. — Mouvement de respiration avec flexion et extension des coudes.
- les bras en arrière, expiration quand il les ramène en avant (fig. 4 et 5).
- Mouvement de respiration avec abduction des bras et élévation sur la pointe des pieds.— Partant de la position de fixe, le sujet s’élève sur la pointe des pieds et porte les bras latéralement à la hauteur des épaules, en faisant une profonde inspiration, puis repose les talons et abaisse les bras en faisant une profonde expiration. L’élévation sur la pointe
- Fig. 6. — Mouvement de respiration
- avec abduction des bras et élévation sur la pointe des pieds.
- des pieds s’accompagne de contractions des muscles abdominaux (fig. 6).
- Entraînement des muscles qui servent directement ou indirectement à la respiration. — Nous avons vu que la deuxième partie du programme d’une rééducation respiratoire complète comprenait l’entraînement progressif des muscles qui servent directement ou indirectement à la respiration. Il faudra donc par des exercices appropriés exercer les muscles de l’abdomen, les muscles fixateurs de l’omoplate, les muscles de la nuque. Pour les mus-
- tronc et jambes dans la même ligne, il fait alors le mouvement d’élévation des jambes, jusqu’à ce qu’elles forment un angle droit avec le tronc, ensuite il les abaisse très lentement jusqu’à terre, er
- Fig. 7- — Position couchée sur le dos, élévation des jambes tendues.
- conservant la position de la tête, du tronc et des bras intacte, les jambes doivent rester tendues el jointes pendant le mouvement (fig. 7).
- Position couchée sur Je dos, mouvement de flexion
- Fig. 8. — Position couchée sur le dos,
- mouvement de flexion du tronc sur les cuisses.
- du tronc sur les cuisses. — Le sujet couché sur le dos les membres inférieurs tendus, les pieds engagés soui un meuble ou maintenus par la main d’un aide, le: mains aux hanches, cherche à s’asseoir. Ce mouvemen exerce puissamment les muscles de l’abdomen (fig. 8)
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- Flexion du tronc en avant avec les bras en position élevée. — Ce mouvement s’exe'cule en quatre temps ; dans le premier temps, partant de la position de fixe, le sujet lève les bras de chaque côté de la tête, s’incline en avant à 45°, le dos bien droit. Dans le deuxième temps, le sujet, poursuivant le mouvement, fait le gros dos, les mains se rapprochant du sol le plus possible. Dans le troisième temps, il revient à la flexion à 45°, les bras toujours bien tendus. Dans le quatrième temps, il revient à la position de fixe. Ce mouvement exerce puissamment au début les muscles fixateurs de l’omoplate, et dans le mouvement de flexion extrême, il met en jeu le transverse de l’abdomen qui refoule les viscères (fig. 9).
- Assouplissement des articulations. — On combinera avec avan tage des mouvements qui exercent les muscles fixateurs de l’omoplate avec des mouvements qui mettent en jeu la mobilité des articulations vertébrales.
- arrière possible, sans toutefois que la tête cesse d’être bien droite. Dans cette position des mains et des bras qui exige un effort musculaire considérable des muscles fixateurs de l’omoplate, le sujet exécutera, avec les jambes légèrement écartées, des mouvements de flexions latérales à droite, à gauche, en maintenant toujours les épaules et les bras dans le même plan que les hanches. On pratiquera égale ment des mouvements de rotation du tronc (fig. 11). Le sujet, les mains à la nuque, tournera lentement et énergiquement vers la droite tout le haut du corps qui pivotera sur les hanches maintenues immobiles, puis le sujet ramènera le tronc en avant, le tournera vers la gauche tout en maintenant le corps vertical et les hanches immobiles. Ces exercices sont à la fois très simples et très efficaces ; en les faisant pratiquer aux enfants régulièrement tous les matins, on assiste parfois à une véritable transformation .
- Il est très utile de conduire les enfants à
- Fig. C). — Flexion du tronc avec les bras en position élevée.
- Fig. io. — Mains à . la nuque, flexions latérales du tronc.
- Fig. ii. — Mains à la nuque, rotation du tronc.
- On fait mettre le sujet les mains à la nuque (fig. 10) ; pour cela le sujet porte les bras en extension latérale, les mains se placent en haut et en arrière, derrière la nuque, la paume de la main sera dirigée en avant, la main étant en extension sur l'avant-bras, les épaules effacées et. les coudes le plus en
- la mer ou à la montagne ; mais encore faut-il qu’ils puissent profiter des réserves d’oxygène pur que la grande nature met à leur disposition : il est indispnsable qu’ils sachent respirer convenablement, s’ils ne le savent pas il est urgent de leur apprendre. D1' P. Desfosses,
- LE MOTEUR SANS SOUPAPES KNIGHT
- Les premiers moteurs à explosion, ceux deLenoir et de Otto, avaient été conçus d’après le principe des machines à vapeur auxquelles ils avaient emprunté la distribution par tiroir. Plus tard, naquirent les soupapes ; elles ont régné pendant de longues années sur tous les moteurs ; mais, actuellement, on semble vouloir revenir à la solution première.
- Il existe, en effet, un certain nombre de moteurs relativement nouveaux dans lesquels les soupapes sont remplacées par des tiroirs ne rappelant en rien, il est vrai, ceux des machines à vapeur et
- dont la commande n’est pas laissée au piston.
- Le procès des soupapes n’est plus à faire. Rappelons qu’on les accuse d’être la cause de nombreuses pannes provenant de la rupture de leur tige, du collage sur leur siège; de plus, elles étranglent l’arrivée des gaz et font trop de bruit. Il est vrai que certains moteurs qui en sont pourvus demeurent parfaitement silencieux. La plupart de ces reproches s’adresseraient donc aux constructeurs plutôt qu’à l’organe lui-même; il n’en reste pas moins exact que, lorsque le moteur tourne très rapidement,
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- les soupapes s’affolent, ne peuvent plus suivre le profil des cames et c’est à ce moment que la courbe de puissance du diagramme descend rapidement.
- La mode est donc, aujourd’hui, au moteur à tiroir. Signalons, sans nous y arrêter, le moteur Hewit, le moteur Bingham à pistons-soupapes, le moteur à tiroir tournant Mercedes, qui sont des solutions neuves et parlons avec quelques détails du moteur Knight qui se coustruit dans les usines les plus réputées : Minerva en Belgique, Panhard-Le-vassor en France, Mercédès en Allemagne, Daimler
- fixes aux temps voulus. Chaque manchon (fig. 5) est actionné par un excentrique calé sur l’arbre secondaire À, lequel est commandé lui-même par l’arbre vilbrequin C ; les deux arbres sont reliés par une chaîne ne varietur. Les excentriques de l’arbre À actionnent de petites bielles qui obligent les manchons à s’élever et à descendre. L’une commande le manchon extérieur M (fig. 2) et la bielle F, plus petite, actionne le manchon intérieur N. Ces manchons ont une course moins longue que le piston ; celle de ce dernier étant de 130 mm, par exemple, dans un moteur de 35 CV, la leur n’est que de
- Fig. i. — Le Moteur Minerva-Knighl.— Position des pistons : i, échappement ; 2, explosion; 3, aspiration; 4, compression; B, bielles de commande des manchons-tiroirs intérieurs; C, vilebrequins de Varbre moteur; D, arbre secondaire commandant le mouvement des manchons-tiroirs par l'intermédiaire des bielles B et F; F, bielles de commande des manchons-tiroirs extérieurs.
- en Angleterre. La mise au point de ce moteur est actuellement parfaite.
- Le moteur Minerva-Knight est à quatre cylindres en fonte, accolés deux à deux. Chaque cylindre est percé, à sa partie supérieure, de deux ouvertures reliées : l’une avec l’arrivée des gaz A, l’autre avec la tuyauterie d’échappement E (fig. 2). Comme dans tous les moteurs, les cylindres sont entourés d’une circulation d’eau. A l’intérieur peuvent se mouvoir, dans le sens Averti cal, deux autres cylindres, ou manchons, dont le jeu permet l’ouverture et la fermeture de l’aspiration et de l’échappement par deux larges fentes qui viennent se placer en face des ou\rertures
- 25 mm. Chaque manchon marche donc onze fois moins vite que le piston et, grâce à la largeur des ouvertures, les gaz trouvent, pour leur entrée dans le cylindre et leur sortie, un passage bien supérieur à celui que pourraient leur laisser des soupapes.
- Voyons comment s’effectuent l’aspiration et l’échappement. Le piston étant en haut de sa course, pour produire l’appel des gaz frais, les ouvertures de gauche du cylindre et des manchons coïncident. Dès que le piston descend, le mélange gazeux est aspiré et pénètre dans le cylindre pendant que dure la descente. L’échappement demeure obturé. Au début de la compression (remontée du piston), ces ouver-
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- turcs se ferment et elles demeurent dans cet état pendant la compression et l’explosion, bien que les manchons soient animés de mouvements verticaux; mais ces mouvements sont combinés de telle sorte que, si l’ouverture de l’un est démasquée, l’autre présente en face une surface pleine obturatrice. Les ouvertures d’échappement, à droite du cylindre, se démasquent au moment de la remontée du piston et s’obturent un instant,,après que celles d’aspiration se sont ouvertes, cela,’ afin que les gaz frais aient le temps de chasser les derniers gaz brûlés. Le cycle à quatre temps est donc respecté dans toute sa rigueur.
- Ce moteur, que nous avons essayé sur une voiture, est absolument silencieux, surtout en plein travail ; sa souplesse est telle qu’il permet de marcher à toutes les allures, en agissant seulement sur l’admission, le changement de vitesse n’étant indispensable que pour le démarrage et pour la marche arrière. Il est un avantage sur lequel nous devons particulièrement insister : la constance de la compression, qui n’est obtenue que difficilement dans les moteurs à soupapes parce que celles-ci occasionnent des fuites. Le carburateur fonctionne mal et la puissance du moteur s’en ressent. Dans le moteur Ivnight, la compression est absolument constante, c’es t la raison pour laquelle on obtient une régularité de marche absolue, car les explosions ne peuvent se produire à des temps rigoureusement égaux que si la compression conserve constamment la même valeur dans tous les cylindres. Pour cela, il faut d’abord qu’il ne se produise pas de fuites, puis que toutes les chambres d’explosions soient de même volume.
- En fonderie, il est impossible de réaliser ce desideratum, et, dans ce cas, l’équilibrage est imparfait. Ici, toutes les chambres sont travaillées à dimension, et polies; elles ne présentent aucune saillie retenant des parcelles de carbone qui, devenant incandescentes, peuvent allumer prématurément le mélange.
- Le graissage s’effectue par barbottage, l’huile pénétrant par capillarité entre les surfaces frottantes et s’y maintenant dans des rainures entourant les manchons, Dans ces conditions,5 la largeur de l’intervalle entre les manchons, entre eux et'le
- cylindre, n’a qu’une importance très relative, à la condition cependant qu’il n’y ait pas d’exagération. La compression est maintenue, en effet, par un léger segment S (fig. 2), disposé dans le bas de la culasse, sur lequel agit constamment un ressort pour l’obliger à appuyer sur le manchon intérieur ; toute fuite de gaz est rendue ainsi impossible, lorsque les orifices sont arrivés derrière le segment. De plus, il existe toujours une légère couche d’huile entre le segment et la surface des manchons.
- La partie vitale du moteur réside dans la commande des manchons par l’arbre à excentrique qui tourne à la moitié de la vitesse du vilebrequin. Lorsque le moteur tourne à 1200 tours — vitesse normale du 55 CV, — les manchons voyagent à raison de 30 m. 50 à la minute, l’effort de traction sur l’axe de l’oreille du manchon intérieur, au début du temps moteur, est de 28 kg, et il descend à 18 kg au bas de la course, à cause du déplacement angulaire de la bielle. Pour le manchon extérieur, l’effort dans le haut est de 15 kg, et dans le bas de 11 kg. Ces chiffres, comparés aux milliers de kilogrammes que supporte l’axe du piston au moment de l’explosion, permettant d’admettre que ces efforts sont insignifiants et qu’aucune rupture n’est possible.
- L’usure des manchons est également inappréciable;. voyons ce qu’elle peut être. La portion de ces manchons supportant la pression latérale du piston pendant le temps d’explosion a une surface de 290 cm2. La pression initiale de l’explosion étant de 25 atmosphères, la poussée est de 407 kg, soit 1,4 kg par centimètre carré. Les manchons travaillent donc à une pression trois fois moins forte que les pistons et à une vitesse dix fois moindre. Toute crainte d’usure rapide est donc sans valeur. D’autre part, ces manchons n’absorbent rien de la puissance motrice pendant leurs déplacements, car, au temps moteur, ils descendent avec le piston et, dans ce cas, la poussée latérale du piston a pour effet d’aider les manchons au lieu de les faire résister à l’effort de l’axe excentrique. Les manchons se déplacent seulement en sens contraire du piston pendant l’échappement et l’aspiration, mais à ces moments il n’existe pas de pression latérale notable.
- Fig. 2. — Coupe transversale dans un cylindre de moteur Knight. A, arrivée du gaz; E, échappement; M., manchon-tiroir extérieur; Fl, manchon-tiroir intérieur; P,piston; S,segment empêchant . les fuites de gaz.
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- Ajoutons enfin, ceci encore à l’avantage des manchons, que, étant solidaires des excentriques, ils ne sont . sujets à aucun affolement aux plus grandes vitesses; les lumières s’ouvrent et se ferment toujours mathématiquement aux moments voulus, et comme leurs sections sont beaucoup plus grandes qu’il ne serait nécessaire, on remarque que plus le moteur va vite, plus il développe de puissance.
- Voici une com-paraison entre deux moteurs à soupapes et sans soupapes. Le premier, de 85 mm d’alésage, arrive à peine à 25 GV à 2000 tours, tandis que le second, de 82 mm d’alésage, atteint 30 CV. Dans le second exemple, les courbes sont encore plus caractéristiques, le moteur sans soupape de 102 mm d’alésage, passant rapidement à près de 45 CV à 1800 tours, tandis que l’autre, de 106 mm d’alésage, arrive avecpeine à 35 GV.
- Fig. 4.
- Schéma montrant le passage du gaz. — A gauche : dans un moteur sans soupapes; A droite : dans un moteur à soupapes. Les gaz dans le premier cas passent directement ; dans le second, au contraire, ils sont laminés par les saillies des soupapes et des culasses.
- cylindres mobiles; G, arbre vilebrequin-, F, bielle actionnant le cylindre extérieur; H, magnéto; J, distributeur d'allumage; K, axe du distributeur de courant; N, tuyauterie d'admission ; P, bougie d'allumage; RR, circulation d'eau; T, échappement ; U, les cylindres mobiles présentent leur fenêtre d’admission ouverte; W, piston.
- à 13 pour 100 seulement ; le rendement du moteur serait donc de 87 pour 100 (chiffre fourni par l’inventeur) . Remarquons aussi que l’on a donné à la chambre d’explosion une forme hémisphérique parce que les gaz déflagrant dans une surface de paroi minimum par rapport au volume, gardent leur chaleur et leur pression plus , longtemps que si / ' cette chambre,* comporte des an-\ gles. C’est également pour cette raison que la surface du piston est concave. On obtient ainsi une souplesse comparable à celle de la vapeur.
- Ce moteur a été soumis à de nombreux essais et il a donné des résultats surprenants. C’est ainsi qu’un modèle, tournant à 1140 tours, fournissait 55 CV au début de l’expérience, tandis que une heure
- après il avîÿt gagné un cheval à 1180 tours. Un moteur de 38 CV (124x130), ayant tourné à
- D’après les essais faits au moyen d’une dynamo pour mesurer la puissance absorbée par le moteur tournant à vide, on a reconnu que cette perte s’élève
- 1200 tours au banc d’essai pendant 5 jours, 14 heures et 5 minutes sans arrêt, a développé une puissance constante de 55,3 CV avec une consommation de
- xfçFitrf
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- 282 = LE SERVICE DES FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES EN BELGIQUE
- de 0,386 litre d’essence par cheval-heure. Placé ensuite sur une voiture de 1800 kg, il a fait 3467 km, à raison de 68,235 à l’heure, en moyenne. La consommation a été' de 13,700 litres par 100 km. Remis au banc d’essai pendant 5 heures, il a accusé à 1200 tours une puissance moyenne constante de 57,25 CV avec une consommation de 0,340 litre par cheval-heure. Il avait donc gagné 3 chevaux à l’usage.
- Les moteurs sans soupape, en particulier celui dont nous venons de parler, constituent donc un réel progrès en automobilisme, progrès qui apparaît au moment même où l’on croyait que le moteur à explosions avait donné son maximum. Tel qu’il nous apparaît il ne peut être dépassé que par la turbine.
- Lucien Fournier.
- LE SERVICE DES FOUILLES ARCHÉOLOGIQUES EN BELGIQUE
- Le service des fouilles archéologiques de l’État belge, institué en 1903 et rattaché à la section « Belgique ancienne » des Musées royaux du Cinquantenaire, possède, à l’Exposition universelle de Bruxelles, un stand qui mérite une mention spéciale. Cet organisme y prouve non seulement sa vitalité, mais aussi son aptitude à produire un sérieux rendement scientifique. Dès l’abord on se rend compte que la tendance prédominante de ce service est de mettre l’archéologie des périodes anciennes de la préhistoire et des époques romaines et franques, à la portée de tous.
- La vulgarisation d’une science parfois si ardue qu’est l’archéologie des premiers temps de l’histoire de l’homme nous engage à consacrer ici quelques lignes à l’organisation de ce service et au but qu’il poursuit.
- Son personnel est composé d’un directeur et de son adjoint, d’un préparateur et d’un conducteur des travaux de fouilles. Ces fonctionnaires ont pour mission de faire des recherches ou de surveiller les travaux pouvant amener des découvertes d’objets intéressant l’ethnologie ou l’archéologie, de recueillir et d’assurer la conservation des objets, et de faire l’étude du gisement1.
- A la suite de toute découverte signalée, soit par l’intermédiaire de la Presse, soit par les correspondants de ce service, qui se trouvent dans de nombreuses localités de la Belgique, soit même par des particuliers, des membres du personnel se rendent immédiatement sur place et s’efforcent tout d’abord d’empêcher la destruction du gisement à étudier et la dispersion des objets mis au jour.
- Avant tout travail de fouille, les lieux sont photographiés en l’état et repérés très exactement; puis commence l’étude soigneuse du gisement.
- Au cours de la recherche, conduite très méthodiquement, des plans et des coupes détaillés sont levés, des photographies sont prises aux divers états d’avancement des travaux, de manière à pouvoir restituer, aussi fidèlement que possible, le milieu étudié.
- Si la découverte est jugée importante, des spécialistes, archéologues, anthropologues, géologues, etc., sont invités à assister à la fouille et à faire les constatations nécessaires. En un mot, le personnel de ce service
- s’efforce toujours de faire appel aux lumières des personnalités les plus compétentes, dans le but de s’entourer du plus de garanties possible, dans l’intérêt de la vérité scientifique.
- Les objets, étiquetés et emballés très soigneusement, sont ensuite transportés dans les ateliers du service, où ils sont nettoyés, solidifiés, restaurés et photographiés.
- Tout objet intéressant est moulé, de manière à pouvoir en fournir des reproductions aux musées provinciaux ou étrangers, aux établissements d’enseignement supérieur et aux particuliers.
- Les nombreux documents pris sur place permettent à ce service de continuer son action par des leçons de choses, en restituant dans la section « Belgique ancienne » des musées du Cinquantenaire, les milieux dans lesquels les objets ont été trouvés.
- Des maquettes — déjà au nombre d’une vingtaine — ont été exécutées de manière à reproduire, le plus fidèlement possible, le milieu tel qu’il existait. Ajoutons que ces restitutions ne constituent qu’une partie de l’ensemble de ce travail que ce service se propose de mettre sur pied.
- Un certain nombre de ces restitutions archéologiques se trouvent en ce moment à l’Exposition internationale de Bruxelles (groupe de l’Enseignement supérieur). On y remarque, notamment, divers types de tombes (dolmens, marchets, tombelles, tumulus romains), un oppidum ou camp de refuge belgo-romain, ainsi qu’une maquette figurant, en leurs complets détails, les substructions d’une villa belgo-romaine avec ses hypocaustes, ses bains, etc.
- Cette exposition est complétée par des notices explicatives claires et précises, par des documents graphiques et photographiques et par des peintures documentaires ne visant pas à produire un effet artistique mais à représenter la réalité.
- Il nous a paru utile de signaler ici en quelques lignes non seulement la bonne organisation de ce service, mais aussi de souligner le but final de ses travaux, qui est de mettre en lumière et de vulgariser la science archéologique.
- CHRONIQUE
- Du danger de fumer à proximité des appareils à acétylène. — De l’instructif rapport de M. Paul Adam, sur les Opérations du service d’inspection des établissements classés pendant l’année 1909,
- 1. Il serait extrêmement désirable qu’un sérvice semblable fût organisé en France, principalement pour la coordination et la sauvegarde des fouilles préhistoriques, trop souvent effectuées sans méthode et avec précipitation, ou interprétées
- nous extrayons le fait suivant qui intéresse tous les propriétaires ou usagers, chaque jour plus nombreux, d’appareils à acétylène. Le patron d’un lavoir du quartier de la Maison-Blanche, s’étant vu refuser par l’administration,
- avec un parti pris et une fantaisie qui n’ont rien de scientifique. Ces questions ont d’ailleurs préoccupé le Sous-secrétariat des Beaux-Arts, qui a récemment nommé, pour les étudier, une commission spéciale des monuments préhistoriques.
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- PROTECTION DES BERGES ET DES DUNES = —• 283
- l’autorisation d’installer un appareil à acétylène, avait néanmoins passé outre. Pour déjouer la surveillance de l’inspecteur, il plaça l’appareil dans un endroit différent de celui pour lequel il avait fait la demande, en le dissimulant derrière une épaisse cloison de bois. Le 29 novembre 1909, à 5h25, le patron et son fils nettoyaient l’appareil. Le fils fumait une cigarette; il n’y avait pas de lumière, pas d’allumette enflammée. Une explosion se produisit cependant : elle blessa grièvement les deux hommes qui durent être transportés à l’hôpital. Cet accident eut une conséquence administrative, celle de modifier la réglementation générale relative aux appareils à acétylène : elle interdit bien, en effet, de pénétrer avec une lumière dans le local renfermant l’appareil ; mais cela ne suffît pas : car beaucoup de personnes croient qu’une cigarette ne peut allumer un mélange d’acétylène et d’air. Voici désormais la réglementation arrêtée par le Conseil d’hygiène : « Les manipulations pour le chargement et le déchargement de l’appareil se feront à la clarté du jour. Il est interdit d’introduire, dans le local contenant l’appareil, du feu sous une forme quelconque et notamment d’y fumer. )) Avis aux fumeurs obstinés.
- Le chemin de fer de Bangkok à la Malaisie britannique. — Ce chemin de fer doit relier Bangkok au terminus septentrional des voies ferrées de la Malaisie britannique, c’est-à-dire mettre en communication le Siarn avec Singapour. C’est avec de l’argent prêté par les États fédérés malais, protectorats lointains, que le gouvernement de Bangkok doit exécuter ce grand travail. D’après le Mouvement géographique (18 septembre), le tracé de Petchaburi à la nouvelle frontière anglaise comporte environ 920 kilomètres. Il s’en détache trois embranchements : l’un à l’est sur Nakon Sritammarat (Ligor) de 30 kilomètres environ; le second, également à l’est, sur Singora (20 kilomètres), et le troisième à l’ouest sur le port de Trang. On avait songé tout d’abord à couper la ligne principale par une traverse Singora-Trang. Mais on a du renoncer à ce tracé en raison delà nature accidentée du terrain et emprunter, pour le parcours Singora-Trang, une section de la ligne principale. Trois chantiers ont été ouverts, à Petchaburi, Singora et Trang. Les travaux de terrassement sont entrepris sur une longueur de 300 kilomètres environ. L’activité se porte surtout sur la ligne Singora-Trang, que l’on pense
- pouvoir inaugurer en 1914. L’ensemble des travaux durerait environ sept ans. Lorsque la ligne complète sera terminée, Trang ne sera guère qu’à 50 heures de Bangkok, et comme Trang est en relations étroites avec Penang, il sera possible au Siam de recevoir les malles d’Europe en dix-neuf ou vingt jours par cette voie, soit un gain de quatre ou cinq jours sur le trajet actuel.
- La station expérimentale de U Association française du froid. — L’Association française du froid a inauguré récemment à Chàteaurenard (Bouches-du-Bhône) une station frigorifique expérimentale. Cet établissement, le premier du genre en Europe, présente un vif intérêt et, on peut l’espérer, contribuera puissamment au développement dans notre pays des applications du froid industriel. Le but principal de la station est d’effectuer des expériences sur la conservation des denrées périssables, primeurs, fruits, fleurs, viandes, etc., pendant le transport par voies ferrées, et de chercher à expédier ces denrées le plus loin possible, soit à l’aide de wagons réfrigérants de tous systèmes, soit à l’aide simplement de wagons isolés, soit à l’aide de simples fourgons. Les essais sont gratuits pour tous les membres de l’Association. La station est ouverte à tous les essais de wagons frigorifiques. En outre, elle est à même de mettre à la disposition des expéditeurs des pièces artificiellement rafraîchies dont l’usage a donné déjà à San Remo, de si bons résultats en horticulture, notamment pour le triage et l’expédition des fleurs. Notons, en outre, que la station procédera à des essais de conservation de tous les produits agricoles périssables de la région, ainsi qu’à des essais d’application du froid à la vinification. Le choix de Chàteaurenard pour y édifier la station est particulièrement heureux; cette ville est en effet un très grand centre d’expéditions de primeurs et fruits. La station expérimentale a été construite sur les plans dressés par M. de Loverdo, secrétaire de l’Association française du froid, et sous la direction de MM. Saint-Père et Ripert, ingénieurs agricoles. L’établissement comporte essentiellement 3 chambres froides, et une remise à wagons refroidie, pouvant contenir deux wagons. La réfrigération de l’air est obtenue par une machine Dyle et Bacalan à acide carbonique de 50 000 frigories-heure, mue par un moteur à gaz pauvre. Ajoutons qu’un ozonateur Simonnet mêle à l’air refroidi une certaine proportion d’air ozonisé.
- PROTECTION DES BERGES ET DES DUNES
- Dans ces derniers temps, l’emploi de la vapeur pour la propulsion des bateaux sur les rivières et les fleuves et la traction électrique sur les canaux a pris une extension considérable. Par suite de l’accroissement de vitesse dù à ce mode de traction, il se produit dans le sillage des bateaux de petites vagues qui détériorent les berges et leur enlèvent des parcelles qui viennent se déposer sur le fond et qu’on est obligé d’enlever par des dragages. Lacon-solidation des berges devient donc d’une nécessité absolue.
- Sur le bord de la mer nombre d’endroits du littoral sont bordés de digues ou de dunes qu’il est nécessaire de défendre contre les érosions pendant les tempêtes, afin d’éviter leur destruction et les envahissements par la mer de terrains, souvent d’une étendue considérable, que ces digues ou dunes protègent.
- Dans différents articles de La Nature on a indiqué divers modes de consolidation des berges et dans le n° du 25 avril 1908 on a décrit le procédé de défense des
- côtes, système Murait, employé en Belgique pour la pro-. tection des dunes dans la province de Zélande.
- Dans cet article nous nous occuperons d’un procédé employé, dans ces derniers temps, par M. Decauville et qui est un perfectionnement de celui imaginé par l’ingénieur italien Ailla et décrit dans le n° du 16 janvier 1909 de La Nature.
- Ce système de protection peut s’appliquer aux berges, aux digues et à la défense des dunes. Il consiste en une sorte de cuirasse flexible formée de briques assemblées par des fils d’acier que l’on applique sur les berges ou sur les dunes afin de maintenir les terres et d’empêcher les éboulements.
- Ces briques sont en béton composé de 500 kg de ciment par mètre cube de sable graveleux. Elles peuvent être fabriquées sur place au moyen de presses portatives facilement transportables ; une équipe de quatre hommes peut aisément, en dix heures, fabriquer 1000 à 1200 bri-
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- ques qu’on peut employer au bout de 5 à 6 jours (fig 1).
- Les briques (fig. 2) de 0,26 m. de longueur sur la grande face, de 0,22 m. sur la petite face et de 0,12 de hauteur, ont une épaisseur de 0,12 m. et pèsent 5 kg.
- Elles sont percées de deux trous de 18 millimètres servant au passage de fils de 2 milbmètres en acier galvanisé ou de 2,6 millimètres eu cuivre suivant qu’il s’agit de pose en eau douce ou en eau salée. Les trous ont un diamètre de beaucoup. supérieur à celui du fil, afin de permettre l’enfilage rapide des briques et pour obliger celles-ci à se serrer les unes contre les autres.
- La pose de ces briques se fait de la manière suivante.
- Lorsque le talus a été réglé suivant la pente convenable on dévide les rouleaux de fils sur un dévidoir placé au sommet du talus et on coupe ceux-ci à la longueur voulue.
- Puis, au bas du talus, on fixe les fils (fig. 5), au moyen
- enfiler facilement. Chaque clavier a 5 m. de longueur et maintient 25 fils. Il est peint en rouge et blanc afin d’éviter les erreurs dans le lancement des briques qui doivent alterner, grande face et petite face.
- Chaque équipe de pose (fig. 6) se compose d’un lanceur et de son aide placés debout derrière les claviers. Puis, d’un poseur travaillant en s’appuyant sur les briques si la hauteur ne dépasse pas 1,50 m., ou, si la hauteur est plus grande, sur un petit échafaudage mobile soutenu par deux palans, comme le montre la ^ figure.
- Le poseur reçoit chaque brique sur un balai amortisseur et la met en place avec un petit maillet en bois. Lorsqu’il s’agit de protection de berges, le poseur, au moyen d’une truelle de maçon, et de sable graveleux, cale les briques contre le talus, afin d’éviter le délavage de celui-ci par les eaux,
- ' = ' ; ï.
- Fig. i. —Press , portative pour la fabrication des briques.
- Fig. 2.
- Mode d'assemblage des briques.
- Fig. 3.
- . Attache
- des fils verticaux avec le câble inférieur.
- Fig. o
- d’une boucle, à un câble formé de trois fils tordus boucles doivent être un peu lâches afin de permettre le glissement des fils sur ce câble et assurer le contact des briques.
- Le premier rang de briques doit être posé bien horizontalement.
- Lorsque les fils ont été attachés au câble du bas on les maintient par le haut au moyen d’appareils simples auxquels on a donné le nom de claviers (fig. 6) avec pupitres en bois sur lesquels on pose les briques pour les
- Les | Lorsque le revêtement est arrivé
- Fig. 4. — Revêtement des dunes de Soulac pendant sa construction.
- à sa hauteur définitive, on retire les claviers et on réunit les fils en faisceaux qu’on enroule ensuite autour de grosses poutres faisant l’office d’ancres.
- Lorsque le revêtement se fait sur des remblais récemment rapportés, on protège le bas du revêtement au moyen d’un petit vannage empêchant l’infiltration des eaux au-dessous du revêtement.
- Ce système de protection a déjà reçu un certain nom-
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- Fig. 5. — Vue montrant les différentes phases de la construction du revêtetnent des berges de V Yonne, près de l'écluse de Monèteau.
- bre d’applications, tant pour la consolidation des berges des rivières et des canaux que pour la protection des dunes. Nous décrirons brièvement quelques-unes de ces applications.
- Défense des berges. — La cuirasse flexible a été appliquée pour défendre contre le batillage et le clapotis une longueur de 500 mètres de berges au canal de la Sensée, près d’Arleux où la circulation par traction électrique est très intense.
- Une autre application intéressante est celle faite à Asnières, à l’île des Ravageurs, où se trouve le cimetière des chiens.
- Depuis plus de dix ans la pointe de cette île était érodée par les eaux de la Seine sur une longueur de plus de 60 mètres. Ces érosions menaçaient l’île et tout dernièremen t de grands peupliers tombaient dans la Seine et obstruaient le chenal. Il était donc de toute nécessité d’aviser et de protéger cette pointe de l’île des Ravageurs (fig. 7). Mais une difficulté se présentait, car il s’agissait non plus seulement d’établir un revêtement avec talus de 45° et de 6 m. de hauteur, mais aussi de reconstituer le talus primitif en terre qui devait soutenir le
- revêtement et qui avait été entraîné par les eaux. Le travail a donc été fait- en deux parties, en établissant d’abord la partie inférieure de la cuirasse de 2,50 de hauteur (fig. 8) sur un talus formé avec les terres disponibles dans l’île, puis la deuxième cuirasse de 4,50 m. de hauteur [posée au-dessus de la première et s’appuyant
- sur un talus constitué au moyen de terres provenant des dragages de la Seine (fig. 9).
- La base du revêtement a été défendue contre les affouillements, comme le montrent les figures, par un petit vannage en bois formé de [planches clouées sur de petits pieux en chêne de 2m.de longueur et espacés de 0,90 m.
- Ce système de protection a été également adopté par le service de la Ville de Paris pour le revêtement des berges du bassin de la Vallée de Vaux, près de Pontoise.
- Une autre application intéressante est celle faite pour protéger les berges de l’Yonne, sur une longueur de 160 mètres, près de l’écluse de Monèteau. La cuirasse a une hauteur de . 5,50 m. dont 1,50 m. au-dessous de l’eau. La photographie (fig. 5), qui représente l’ensemble des
- Fig. 6. — Installation pour la pose 1 des briques de la cuirasse flexible.
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- PROTECTION DES BERGES ET DES DUNES
- travaux, montre le revêtement pendant les différentes phases de sa construction.
- Défense des dunes. — La première application de la cuirasse flexible à la défense des dunes a été faite par le
- de’protection pour la dune de Soulac très exposée aux violentes tempêtes de l’Océan.
- Pour la construction de ce revêtement de 280 m. de longueur et de 6 m. de hauteur, il a fallu tout d’abord fabriquer les 54 000 briques nécessaires. Celles-ci étaient fabriquées avec du sable graveleux qu’on trouvait par poches de 1 à 2 m5 sur l’estran. Le sable extrait de ces poches était ensuite amené, au moyen d’un câble transporteur aérien, au sommet de la dune où on avait installé un hangar démontable dans lequel se trouvait tout l’outillage nécessaire pour la fabrication de ces briques. Celles-ci, après leur fabrication, restaient deux ou trois jours sur les séchoirs, et, à mesure qu’elles sortaient du hangar, elles recevaient un bain d’eau douce avant leur mise en tas ou leur conduite sur la dune.
- Pendant qu’on fabriquait les briques, la Direction des Forêts préparait le talus qui devait recevoir le revêtement, talus de 6 m. de hauteur auquel on avait donné une pente parabolique dans le but de briser la lame.
- Aussitôt le règlement de ce talus terminé, il fut recou-
- Fig. 7, 8, 9.
- En haut : Pointe de Vile des Ravageurs avant les travaux.
- Au centre : Revêtement terminé sur 2,5o m. de hauteur. En bas : Revêtement complètement terminé.
- service Maritime de la Gironde pour la défense de la dune Saint-Nicolas, à Pointe de Grave. Le revêtement, de 50 m. de longueur et de 12 m. de hauteur, a été terminé en juin 1908.
- A la suite de ces travaux qui ont donné toute satisfaction, l’administration forestière a adopté le.même mode
- vert de carton bitumé très fort qu’on fixait provisoirement au talus au moyen d’épingles en fer. Puis, les claviers, installés au sommet de la digue, on coupa à la longueur de 8 m. les fils de cuivre qu’on attachait à la base à un câble formé de 3 fils de cuivre. Quant à la pose des briques du revêtement, elle a été faite suivant la méthode ordinaire dont nous avons précédemment parlé et qu’on voit sur la ligure 4. On a pu arriver à poser dans ces conditions 2400 briques par 10 heures, soit une surface d’environ 80 m2. Le pied du revêtement a été défendu contre les érosions des lames au moyen de pilotis en pin.
- Ce travail, qui a été terminé le 50 janvier 1909 et qui a subi l’épreuve de plusieurs tempêtes, doit être prolongé par un nouveau revêtement du même type de 1100 m. de longueur.
- Une question intéressante et très importante était de savoir quelle serait l’influence de la gelée sur les briques. Des expériences faites au laboratoire de l’École des Ponts et Chaussées ont démontré qu’après 25 gels et dégels successifs on n’avait pu constater à la surface des briques ni fissures, ni effritements. Elles paraissaient intactes extérieurement. R. Bonnin.
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- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 septembre 1910. — Présidence de M. Bouchard.
- L’immunisa lion contre le typhus. — M. Roux présente une Note de MM. Nicolle et Conseil sur l’immunisation contre le typhus exanthématique et sur le traitement de cette maladie. MM. Nicolle et Conseil ont essayé dans ce double but des injections de sérum de sujets récemment guéris du typhus exanthématique. En opérant sur des singes, qui sont très sensibles au virus de cette maladie, ils ont pu établir que des singes ayant reçu l’injection de sérum ne pouvaient plus prendre le typhus par inoculation, et que des animaux malades étaient guéris. Ainsi le sérum du sang du singe récemment guéri du typhus exanthématique est non seulement préventif, mais encore curatif, pour le singe. Mais il convient de prendre des animaux dont la guérison ne remonte pas à plus de trois semaines. Passé ce temps, le sérum est inefficace.
- Nouveau médicament pour le traitement des trypanosomiases. — M. Laveran présente une Note sur l’emploi d’un émétique d’arsenic et d’antimoine dans le traitement des trypanosomiases. Ce corps a été essayé sur des cobayes atteints du trypanosome du sura, du trypanosome gambiensis (maladie du sommeil), et trypanosome congolensis ; il a été injecté en solution aqueuse à raison de 5 injections par animal, espacées de 4 à 5 jours. Sur 15 cobayes traités, Il ont guéri sans aucun retour de maladie à aucun moment, 4 autres ont guéri après avoir subi une rechute. Les émétiques offrent malheureusement l’inconvénient de provoquer des irritations locales ; il convient dès lors d’opérer des injections intraveineuses. On ne sait si l’homme supportera l’injection intra-musculaire, le singe la supporte.
- La transmission des signaux de temps par câbles. — M. le général Bassot décrit un procédé imaginé par M. le colonel Bourgeois pour l’utilisation des câbles sous-marins à la transmission de signaux de temps utilisables pour la détermination de la différence de longitude existant entre deux localités éloignées reliées par un câble. La faiblesse des courants lancés dans les câbles sous-marins de grande longueur ne permet pas de les employer, comme les courants des fds aériens, pour actionner la plume d’un chronographe. M. le colonel Bourgeois a tourné la difficulté en recourant au siphon recorder.
- Les poussières des routes goudronnées. — M. Bouchard dépose une Note de MM. Truc et Fleig relative aux inconvénients des poussières des routes goudronnées. Ces poussières sont plus offensives que les poussières des routes non goudronnées; elles exercent une action nuisible sur les yeux. Elles provoquent le catarrhe de la conjonctive, et déterminent des points ulcéreux sur la cornée qui, après guérison, laissent subsister des leu-comes non transparents. Des expériences probantes ont été faites sur des animaux. M. le Président conclut qu’il est de l’intérêt des voyageurs comme du conducteur de porter des lunettes d’automobilistes qui protègent très efficacement les yeux.
- Décès. — M. le Président fait part de la nouvelle de la mort de Mme Pasteur et ajoute que l’Académie s’associe à la douleur de la famille, des élèves et des disciples de Pasteur. Ch. de Yilledeuil.
- UN NOUVEAU TYPE DE LOCOMOTIVE AMÉRICAINE
- La Southern Pacific Railway Company, qui dessert toute la région sud-ouest des États-Unis et dont certaines lignes, au profil accidenté, sont sillonnées par des trains directs de très long parcours (de 3 à 4000 km.), vient de faire construire par les ateliers Baldwin, de Philadelphie, une série de locomotives monstres d’un type absolument nouveau.
- Tout d’abord, la cabine du mécanicien, au lieu de se trouver à l’arrière, comme d’habitude, a été placée à dessein à l'avant de la machine, afin d’assurer aux pilotes une meilleure vue de la voie et des signaux. En outre, ces mastodontes de cuivre et d’acier pesant en ordre de marche i 96 670 kgr., sont montés sur dix paires de roues et 11e brûlent que de l’huile minérale.
- Ils constituent donc, à divers points de vue, une innovation dans l’industrie des chemins de fer, et c’est à ce titre que nous croyons intéressant de donner quelques détails inédits relativement à leur construction et à leurs éléments caractéristiques.
- Jusqu’à présent, pour des raisons évidentes par elles-mêmes et notamment la nécessité de mettre le mécanicien et le chauffeur à proximité du tender,
- qui contient la provision indispensable d’eau et de charbon, les ingénieurs avaient toujours placé la cabine, avec les appareils de manœuvre, à l’arrière delà locomotive. Il existe bien, sur quelques lignes des États-Unis, un certain nombre de machines dites « Camel », à cause de leur apparence, où la cabine se trouve au milieu même et pour ainsi dire à cheval des deux côtés de la chaudière. Mais, dans l’immense majorité des cas, les locomotives américaines, comme les nôtres, sont construites suivant le type que tout le monde connaît et qui paraissait bien devoir rester immuable.
- Les techniciens du Southern Pacific Railway ont été amenés à « changer tout cela » par suite de ce simple fait que la hauteur et le diamètre exceptionnels des chaudières, aujourd’hui employées de l’autre côté de l’Atlantique, finissaient par masquer presque complètement la vue de la voie aux agents chargés de la conduite de la locomotive.
- Le problème se posait même d’une manière impérieuse, le corps cylindrique des nouvelles machines mesurant 2 mètres de diamètre et ne permettant que rétablissement de deux étroites lucarnes à
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- droite et à gauche de la partie supérieure de la cabine.
- Pour tourner la difficulté, un seul moyen se présentait : construire une locomotive faite — si l’on peut s’exprimer ainsi — pour marcher normalement en arrière. La chose était, d’ailleurs, possible, les machines en question devant brûler non pas du charbon ou du bois, mais du pétrole. Il n’y avait donc plus nécessité absolue de placer le chauffeur à portée des soutes à combustible : une simple conduite devant suffire à amener à l’entrée du foyer
- manière que le mécanicien puisse rester face à la direction de marche du train.
- La machine 4004, comme les quinze autres de la même série, étudiées par M. Vauclain, ingénieur en chef des ateliers Baldwin, est du type compound à deux paires de quatre cylindres situés tant à l’arrière qu’au milieu du corps cylindrique. Elle pèse 196 tonnes, et 304 tonnes en comprenant le tender.
- Portée sur dix essieux, se décomposant en huit essieux moteurs et deux bissels, — elle est munie
- La nouvelle locomotive cupétrole du Southern-Pacific-Railway avec la cabine du mécanicien à l’avant.
- l’huile minérale emmagasinée sous pression dans les réservoirs du tender.
- Celui-ci, monté sur deux bogies à deux essieux chacun, peut emporter dans ses caisses une provision de 40000 1. d’eau et près de 13 000 1. de pétrole, assurant ainsi le ravitaillement pour les plus longs parcours de la locomotive à laquelle il est attelé.
- Placée à l’avant, comme le montre la figure, la cabine des pilotes, qu’on a faite spacieuse et presque confortable, domine le cow-eatcher. De larges haies vitrées permettent d’observer sans difficulté la voie et les signaux dans quelque position que ce soit. Tous les organes de commande ont'été disposés de
- d’une énorme chaudière haute de 2 m., longue de 14,60 m. dont la surface de chauffe n’est pas inférieure à 575m. carrés, soit plus du double de la surface de chauffe des locomotives ordinaires.
- Aussi sa puissance, représentée par un effort de traction égal à 42 750 kg., lui permet-elle de remorquer à une grande vitesse des trains de 5 à 600 tonnes, même sur les profils accidentés qui sont si fréquents dans la zone des Montagnes Rocheuses et de la Sierra Nevada. Ce sont là des prouesses qui classent les nouvelles machines du Southern Pacific parmi les plus intéressants, spécimens de l’industrie des chemins de fer au Nouveau Monde.
- Édouard Bonnaffé.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1950.
- 8 OCTOBRE 1910.
- LE CRABE DES COCOTIERS
- Les auteurs de romans d’aventures ont le tort de ne pas être suffisamment renseignés sur l’histoire naturelle, car les animaux leur fourniraient facilement le moyen de varier les péripéties de leurs récits.
- Voyez, par exemple, le crabe des cocotiers, qui vit aux Moluques ; peut-on imaginer un être plus pittoresque? Il l’est, d’abord, par sa grande taille, ainsi qu’on peut s’en rendre compte par une de nos gravures, qui le représente, photographié à côté d’une monnaie anglaise d’une demi-couronne. Il l’est ensuite par sa forme, car c’est un être intermédiaire entre les véritables crabes,-les homards et les bernard-l’hermite. Il l’est, enfin, et surtout, par ses mœurs.
- Contrairement à ses confrères, il est terrrestre et se cache, la plupart du temps, dans des creux du sol, qu’il a trouvés tout faits ou qu’il a confectionnés lui-même, car, de même que les bernard-l’hermite que je viens de citer, il a l’abdomen assez mou et a besoin de le cacher. En général, les crabes des cocotiers ne sortent de leur terrier que la nuit, sauf dans les localités où il y a des rats en abondance, rats qui leur livrent une guerre sans merci, les obligeant alors à sortir au grand soleil. C’ést alors un spectacle presque terrifiant que de les voir se glisser entre les herbes, dans les buissons, agitant leurs pinces et leurs antennes comme des animaux fantastiques faisant, lorsqu ils sont nombreux, un bruit assourdissant comme s’il tombait d’énormes grêlons. Ce spectacle 38e année. — 2e semestre.
- est, d’ailleurs, difficile à contempler, car lesdits crabes sont d’une nature très timide et se « terrent » à la moindre alerte.
- Leur alimentation est également bizarre. Au lieu de manger, comme les autres crabes, des animaux ou, tout au moins, des débris d’animaux, à eux.il leur faut des plantes. Ce sont des végétariens de la
- plus belle eau, et même des frugivores convaincus. Ce qu’ils préfèrent, pardessus tout, ce sont les noix de coco, alimentation qui cadre aussi peu que possible avec leur aspect. On n’était pas sûr jusqu’à aujourd’hui si les crabes se contentaient de récolter les noix tombées à terre ou s’ils grimpaient aux arbres pour aller les chercher in situ : la photographie que nous publions lève tous les doutes à cet égard, car elle montre que les crabes des cocotiers sont des gymnasiarques émérites, pour lesquels les troncs des palmiers sont des mâts de cocagne des plus pratiques et des plus fructueux. Mais ce n’est pas tout que d’avoir des noix de coco, il faut encore les manger, et, ce qui serait pour un homme même une grosse difficulté, n’est pour eux qu’un jeu d’autant plus attrayant que dans ces parages les distractions n’abondent pas. Ils se cramponnent aux fibres avec leurs pattes et les déchiquettent avec leurs pinces, de sorte que bientôt une brèche est ouverte — surtout au pôle de la noix — et par elle, le crabe hume le « lait » et attire à lui la pulpe blanche cV odeur de noisettes, mets délicieux, qui fait craquer leur carapace de plaisir.
- 19. — 289
- Fig. i. — Crabes des cocotiers, à Chrisimas Island : l’un d’eux est sur le flanc d’un sagoutier. (Par autorisation de la Zoological Society (Londres); photographie du Dr C. W. Andrews, F. R. S., F. Z. S.)
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- 290 :—— RECENSEMENTS ÉTRANGERS : AMÉRIQUE - ALLEMAGNE
- Les crabes des cocotiers, ne se contentent pas d’ailleurs, de manger des noix de coco, car leurs mandibules, si solides qu’elles soient, ne résisteraient pas longtemps à pareil traitement. Ils dévorent aussi toutes sortes de fruits, depuis ceux également coriaces du sagou, jusqu’à des baies ou des drupes à la pulpe molle.
- Ils ont aussi la singulière manie d’emporter toutes sortes d’objets bizarres dans leur tanière, par exemple des vieux vêtements, des chaussettes, des bottines, des tessons de bouteilles, voire même des armes, des couteaux « chipés » au camp voisin : c’est de là que lui vient son nom latin de Bwgus latro, c’est-à-dire de Crabe voleur. Voyez-vous d’ici les péripéties que l’on pourrait tirer de ce fait pour « corser »
- une histoire d’aventures !
- Le crabe des cocotiers est également très intéressant au point de vue de la biologie pure. En sa qualité de crustacé, il possède des branchies et, comme tel, semblerait ne pouvoir respirer que dans l’eau En réalité, par une adaptation fort curieuse, sa cavité respiratoire est transformée en un véritable fourreau spongieux, dont les mailles s’imbibent à la moindre rosée, et qui, humectant les branchies, leur permettent d’effectuer leur rôle respiratoire de la même façon que s’il vivait dans l’eau, le milieu qu’habitaient certainement ses ancêtres, gens calmes, et qui n’avaient pas encore la manie de grimper au sommet des cocotiers, comme l’original dont nous venons de parler. Henri Coupin.
- Fig. 2. — Crabe des cocotiers grimpant à un arbre; en bas : une pièce anglaise d’une demi-couronne (,grandeur d’une pièce de deux f rancs).
- LES RECENSEMENTS ÉTRANGERS : AMÉRIQUE . ALLEMAGNE
- La' plupart des États effectuent cette année, ou se pré- J parent à effectuer, l’année prochaine, la périodique opération du recensement de leurs populations. Partout, en effet, s’est peu à peu introduit l’usage de ces dénombrements périodiques, de ces sortes d’inventaires des ressources vives du pays, et les années dont le millésime se termine par 0 ou par 1 sont communément choisies pour y procéder. Quand les recensements sont quinquennaux, il y en a toujours un sur deux qui se fait dans l’une de ces années-là. C’est le cas en France où nous devrons répondre en mars prochain aux questionnaires que nous avons vus pour la dernière fois en 1906. Cette périodicité de cinq ans, adoptée aussi en Allemagne et dans divers États américains, tend d’ailleurs à se généraliser, et elle est réclamée là où elle n’existe pas, comme en Angleterre, où on ne recense encore que tous les dix ans.
- Ce n’est aussi que tous les dix ans que se faille census fédéral des États-Unis d’Amérique, indépendamment des recensements particuliers aux États. Mais c’est là une opération extrêmement vaste, tant par la grandeur du territoire auquel elle s’étend que par la quantité des renseignements recueillis et par la puissance des moyens mis en œuvre. On vient d’y procéder le 15 avril dernier. Jusqu’ici la date choisie était le 1er juin ; on a pensé qu’en avril on rencontrerait plus sûrement les habitants à leurs domiciles habituels. C’est là une des raisons qui ont fait choisir en France Je mois de mars, mais aux États-Unis on pouvait craindre que la rigueur du climat
- à cette époque, dans certains États de l’Union, ne rendît pénibles les travaux des agents. Pourtant l’exemple du Canada où les recensements se font en avril, a décidé les Américains.
- Le personnel chargé de recueillir les renseignements comprend 65 000 enumerators surveillés par 550 super visor s. Ces enumerators, dont le service dure une quinzaine de jours, reçoivent environ trois dollars par jour dans les campagnes, un peu plus dans les villes (à peu près le salaire d’un ouvrier mécanicien ordinaire).
- Chacun d’eux est affecté à une circonscription déterminée. Tandis qu’en France l’agent recenseur dépose simplement dans chaque maison des bulletins que les habitants remplissent eux-mêmes et se borne à les vérifier autant qu’il le peut, en Amérique l’enumerator doit inscrire lui-même sur une liste nominative tous les renseignements demandés. Ces renseignements sont à peu près les mêmes, mais plus nombreux qu’en France ; nom, sexe, âge, état civil, instruction, profession, etc., etc. Une question fort importante pour les Américains, est celle de la couleur ou de la race.
- A côté de ce dénombrement général de la population, obtenu au moyen de listes nominatives, on fait en même temps aux Etats-Unis un recensement spécial des établissements agricoles et industriels. Il n’existe rien de tel en France. Le recensement industriel, qui double depuis 1896 nos recensements quinquennaux, a pour seules bases les questions posées sur le bulletin individuel de chacun, touchant sa profession, sa qualité de patron, ou-
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- Recensements étrangers : Amérique - Allemagne rx—- 291
- vrier ou employé et le nombre de personnes occupées par lui s’il est patron. La Commission chargée en 1894 de préparer le recensement de 1896 avait recommandé le système de l’enquête industrielle spéciale. Des raisons d’économie l’ont fait abandonner, à regret.
- Nous sommes loin, avec notre seule répartition des établissements par nature et par importance, de la riche moisson de renseignements fournie par le census américain.
- Aux Etats-Unis, les questions posées à chaque ferme, à chaque fabrique, à chaque mine, remplissent trois grandes pages. C’est la description économique complète de chaque affaire : date de la fondation, genre de l’industrie, capitaux engagés suivant leurs natures, personnel employé par catégories et pour chaque mois et salaires payés, durée de la journée de travail, matières mises en œuvre, dépenses pour loyer, impôts, assurances, produits fabriqués dans l’année, forces motrices. Si pareille enquête était tentée en France, on pourrait garder quelques doutes sur la valeur des réponses qu’on . obtiendrait. En Amérique même, encore que les industriels y soient moins que sur le continent soucieux du secret de leurs opérations, on a dû prendre quelques précautions. Les agents spéciaux chargés de ce recensement remplissent eux-mêmes les questionnaires. Mais toute feuille d’établissement industriel est contresignée par celui qui a fourni les renseignements, et au-dessus de cette signature il est rappelé que, si l’agent doit garder secrètes les informations qu’il a obtenues sous peine d’une amende de 500 dollars, tout directeur ou employé quelconque qui refuse de répondre ou fait des réponses inexactes, est passible d’une amende pouvant s’élever à 10 000 dollars et à laquelle peut venir s’ajouter un an de prison. C’est de quoi faire réfléchir les industriels les plus rebelles à toute enquête d’intérêt général. Pour le recens 3ment général aussi, pour les réponses à faire à l’énumérator qui vient remplir sa liste nominative, pareille précaution a été prise. Mais là il n’y a pas de résistance sérieuse, il suffit d’effraver quelques mauvais plaisants ou quelques grincheux, et l’amende ne peut dépasser 100 dollars.
- Toute la masse de renseignements ainsi recueillie doit être dépouillée et publiée avant le l" juillet 1912. Une telle rapidité peut être enviée en France où s’achève seulement la publication du recensement de 1906. Mais comment l’obtient-on en Amérique? Pendant les trois années qui s’étendent du 1er juillet 1909 au Ie'' juillet 1912, qui constituent la « période du census décennal » [decennial census period), le Census Office se transforme comme une armée mobilisée en temps de guerre. Le directeur du Census a alors une indépendance qu’un statisticien américain, M. Walter F. Willcox, compare à celle d’un général en chef devant l’ennemi. Au personnel ordinaire viennent s’ajouter un « assistant director »,un chef statisticien, et, sous les ordres de huit chefs de division, autant d’employés des diverses classes qu’il peut clrc nécessaire. La dépense prévue pour la période est de 14 millions de dollars (72 520 000 fr.).
- En France on met, il est vrai, trois ans au lieu de deux ans, pour dépouiller le recensement d’une population moitié moins nombreuse. C’est un personnel fixe qui est chargé de ce dépouillement, — on évite ainsi d’avoir à licencier en masse des centaines d’employés, et ce personnel fixe, plus habile, peut être moins nombreux. Le recensement en France coûte un million (sans compter les indemnités aux agents recenseiirs qui sont à
- la charge des communes). Les Américains appliquent, en le retournant, le classique « time is money ».
- Ces soixante douze millions que les États-Unis mettent à la disposition de leur Census Office ne permettent pas seulement d’aller vite,mais encore, nous l’avons dit déjà, de recueillir et de publier sur l’ensemble de l’agriculture et de l’industrie américaines une collection de renseignements du plus haut intérêt qui manquent absolument en France, comme dans la plupart des pays européens. L’Amérique est le seul champ d’expérience possible pour les économistes qui veulent illustrer leurs théories de quelques précisions numériques et en tenter la vérification. Les économistes en abusent même parfois et manient les chiffres des Census, en dépit des avertissements formels du Census Office, avec d’insuffisantes précautions.
- On peut rapprocher pourtant des Census américains les recensements allemands des professions et des industries. Ces recensements sont complètement indépendants des recensements généraux de la population qui se l'ont tous les cinq ans en décembre (le prochain aura lieu dans six mois). En 1875 on s’était borné à développer sur les bulletins du dénombrement les questions relatives aux professions. Mais cela parut insuffisant pour donner une hase solide aux lois qu’on préparait alors sur l’assurance et les retraites ouvrières, et en 1882 on fit la première enquête d’ensemble portant spécialement sur les professions et les exploitations agricoles et industrielles. De telles enquêtes ont été renouvelées en juin 1895 et en juin 1907. C’est donc ici une période de douze ans qui paraît avoir été adoptée. La méthode employée pour recueillir les renseignements est absolument la même que pour le recensement général de la population. Un agent recenseur, qui ne doit pas avoir plus de cinquante ménages dans sa circonscription, remet à chacun d’eux un bulletin. Il remet en outre des questionnaires spéciaux aux chefs d’établissements agricoles et industriels. La feuille de ménage donne la liste de tous les membres du groupe familial, la date et le lieu de naissance et la religion de chacun, ses professions principale et accessoires. En'outre en 1907 plusieurs questions étaient posées sur l’application des lois d’assurance obligatoire. Yis-à-vis des cultivateurs et des industriels, on se montre en Allemagne moins indiscret qu’aux États-Unis. Aucune question sur l’état financier de l’entreprise, sur les résultats de l’exploitation, tout cela n’éveille point la curiosité de l’enquêteur. On ne demande en somme que la consistance de l’établissement en personnel et en matériel : superficie des terres cultivées suivant la nature de la culture, nature de .l’exploitation, ouvriers et employés occupés selon l’àge et le sexe et le genre de travail, bétail par espèces, nombre etgenre des machines. Tous ces renseignements sont inscrits par les patrons sur des formulaires de trois modèles différents : la « Land und Forst wirtschaftskarte » pour les exploitations agricoles, le « Gewerbe formulai’ » pour les petits établissements industriels et commerciaux de moins de trois personnes, le « Gewerbebogcn » pour les entreprises plus importantes. Le « Gewerbebogen » comprend six grandes pages, chaque question étant accompagnée d’explications détaillées et d’exemples, ce qui est tout à fait indispensable quand les recensés doivent remplir eux-mêmes les questionnaires.
- Les renseignements ainsi recueillis sont réunis et dépouillés par les bureaux de statistique des différents États,.j *— ou par l’office impérial de statistique pour les étals j
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- qui le demandent, — mais toujours selon des méthodes uniformes. Les résultats sont publiés par l’Office impérial. Les volumes relatifs à 1907 ne sont pas encore tous parus. On trouvera sans doute dans les derniers une étude sur les migrations intérieures, sujet particulièrement intéressant pour un état fédéral et que l’on s’est promis d’examiner cette fois.
- Un tel recensement, extrêmement précieux par la précision et le détail des données sociales qu’il fournit, est loin pourtant d’atteindre à la généralité du census américain qui ne se borne pas à présenter le tableau des moyens de production, mais s’efforce de montrer aussi leur mise en œuvre. Le prix n’est pas le même non plus : le crédit alloué en Allemagne pour le recensement de 1907 est de 4 500 000 marks, soit 5 535 000 francs. Dans ce chiffre ne figurent pas les frais des opérations du
- dénombrement qui sont, comme en France, à la charge des administrations communales.
- Quelques autres pays ont fait dans ces dernières années des recensements analogues. L’Autriche, en 1902, a pris pour base de son enquête agricole et industrielle la statistique des patentes. En Belgique, la population active a été recensée en 1896, en dehors du dénombrement ordinaire, grâce aux registres de population. En général, on se contente, en Europe, de questions sur l’état du personnel et du matériel des exploitations. G est peut-être le plus sage quand on vise à atteindre toute la population. Il ne faut pas trop demander, si l’on veut des réponses suffisamment exactes. En France, c’est en 1892, qu’a eu lieu la dernière enquête « décennale » agricole, et il faut remonter à 1840 et 1860 pour trouver une statistique assez complète de notre industrie. Marcel Lekoik.
- LE GRAPHITE ARTIFICIEL
- Le graphite, on le sait, se trouve à l’état naturel dans des gisements relativement assez rares dont les principaux sont à Ceylan, en Sibérie, en Bohême et au Canada.
- Il est utilisé depuis fort longtemps, sous le nom de mine de plomb pour la fabrication des crayons, où il en est consommé une grande quantité. Il sert encore à fabriquer des creusets réfractaires utilisés en métallurgie. On l’emploie en galvanoplastie pour rendre conductrices le surfaces des moules. Il constitue un excellent lubrifiant ; broyé et mélangé aux huiles de graissage, il assure la conservation des coussinets exposés aux frottements métal sur métal, et se comporte un peu à la façon d’un albage antifriction.
- — Mais nous allons voir qu’à cet égard le graphite artificiellement fabriqué présenté encore une très notable supériorité.
- En effet, le graphite naturel est toujours mélangé de diverses impuretés, calcaires ou siliceuses, dont la proportion varie de 25 à 50 pour 100 et dont il est assez difficile de le débarrasser complètement. Ces impuretés ont paralysé le développement de bien des applications du graphite; elles ont poussé les inventeurs vers la recherche de graphites artificiels, opération au premier abord assez paradoxale, étant donné que le graphite naturel est un produit bon marché et que les réactions chimiques donnant du graphite apparaissent au contraire quelque peu compliquées et coûteuses.
- Mais la possibilité d’avoir du graphite rigoureusement pur permet de tirer très avantageusement parti de ses précieuses qualités. L’industrie du graphite artificiel, de
- très récente création, est déjà importante et a su se créer de nouveaux et intéressants débouchés.
- Ce sont surtout la fabrication des lubrifiants, celle des peintures, et celle des balais et électrodes pour l’industrie électrique.
- L’arsenal chimique ne manque pas de formules permettant de préparer artificiellement du graphite pur. Deux seulement sont entrées dans la pratique, celle de Girard et Street en France, celle de Acheson aux Etats-Unis.
- MM. Girard et Street réalisent au four électrique la transformation allotropique du charbon en graphite; ils emploient un charbon déjà très pur, ne contenant que 2 pour 100 de silice ou d’acide borique dont la présence, tolérée à dessein, favorise la transformation du charbon; celui-ci provient de coke de cornue aggloméré avec du goudron de gaz, et moulé de façon à présenter la forme de la pièce à fabriquer. On produit ainsi des charbons de lampe, des balais pour dynamo, d’une conductibilité remarquable, en même temps que d’un grain très fin : ces pièces en graphite peuvent se travailler, tourner, ajuster, tarauder comme du métal.
- M. Acheson part au contraire de produits renfermant, outre le charbon, une quantité notable d’impuretés, qui se trouvent éliminées au cours de la réaction. Il opère également au four électrique. Son objectif est de préparer du graphite pulvérisable, très recherché pour la lubrification, et depuis quelques années pour la fabrication de peintures.
- Nous avons déjà eu l’occasion de signaler ce que Acheson
- Four électrique Acheson pour la fabrication du graphite artificiel.
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- L’AVIATION AUX MANŒUVRES DE 1910 EN PICARDIE : 293
- appelle graphite défflocculé \ graphite en poudre extrêmement ténue que l’on mélange soit à de l’huile, soit même à de l’eau, et dont une quantité infime assure un parfait graissage antifriction : le graphite à l’eau en particulier paraît un agent lubrifiant de tout premier ordre ; l’eau possède une chaleur spécifique très élevée, l’agent de graissage dont elle constitue un élément absorbera donc d’une façon parfaite la chaleur développée par le frottement. Il faut bien entendre que la température reste assez basse pour ne pas porter l’eau à l’ébullition. 11 est à remarquer que les arbres graissés au graphite à l’eau ne rouillent pas.
- Quelques mots sur les peintures au graphite : elles sont très peu connues encore en Europe, en France tout au moins, bien qu’elles aient déjà fait leurs preuves aux Etats-Unis où l’on en consomme de grandes quantités pour revêtir les ouvrages métalliques. Les peintures au graphite ont une action protectrice remarquable contre tous les agents d’oxydation : M. Camerman, ingénieur des chemins de fer de l’État belge, au récent Congrès d’essai des matériaux (Copenhague, 7 septembre 1909), les classait au premier rang des peintures efficaces contre la rouille. On le comprend aisément : le graphite est un corps simple, neutre, et les agents oxydants n’ont prise sur lui qu’à des températures élevées. Les peintures graphitiques ont un pouvoir couvrant élevé qui les rend économiques, et elles ont sur le traditionnel minium l’avantage précieux de ne pas être toxiques.
- Les usines Acheson au Niagara produisent actuellement 5800 tonnes de graphite par an. Voici, d’après la Revue industrielle, comment s’effectue cette préparation :
- La matière première est de l’anthracite contenant une proportion élevée (25 à 30 pour 100) de cendres. Elle est soumise dans des fours réfractaires à la température
- de l’arc électrique, 5000° environ. Les fours de 6 m. 50 de long sur 2 m. 50 de large sont construits en briques réfractaires; la chaleur volatilise l’impureté de l’anthracite ; elles s’échappent à travers les parois du four formées à dessein de briques non jointives et viennent brûler à l’extérieur, le charbon de l’anthracite se transforme en graphite. M. Acheson attribue dans cette réaction un rôle essentiel à la présence des impuretés.
- Les parois de briques n’ont pour but que de maintenir en place la matière à traiter. L’opération terminée, on laisse refroidir, puis on démolit le four pour en retirer le graphite.
- Manipulation délicate : car il faut éviter l’introduction de toute impureté dans le graphite. On commence par préparer les récipients ; ils sont en fer galvanisé, munis de couvercles à fermeture hermétique, leur propreté doit être impeccable. Quatre hommes de confiance se mettent en devoir de le remplir de graphite ; le premier indique jusqu’à quel endroit le four doit être découvert ; les deux autres entassent rapidement à la pelle le produit dans divers récipients numérotés, correspondant aux différents points de la section du four. Le rôle du quatrième ouvrier n’est pas le moins délicat ; il doit ouvrir les bidons et les refermer aussitôt remplis, avec le maximum de célérité.
- Le graphite est ensuite broyé en poudre grossière, puis passé dans un séparateur qui élimine les grains dépassant une grosseur déterminée. On procède alors à l’analyse : la teneur en cendres ne doit pas dépasser 1 pour 100 pour les graphites destinés aux peintures, et 0,5 pour 100 pour les graphites de lubrification. Si le lot examiné répond aux conditions de pureté exigées, il est broyé à nouveau, réduit en poudre impalpable et mis en fûts. R. VlLLERS.
- L’AVIATION ET L’ENSEIGNEMENT DES GRANDES MANŒUVRES DE 1910
- EN PICARDIE
- Dans le n° 1946, nous avons indiqué ce que devait être, selon nous, le programme des expériences d’aviation, que le ministre de la guerre avait l’intention de tenter au cours des grandes manœuvres.
- Non seulement ces expériences ont eu lieu conformément à nos prévisions, mais elles se sont déroulées avec un tel succès, que l’on peut en tirer de nombreux et très intéressants enseignements.
- Dans cette rapide étude, nous nous proposons d’examiner ce qui a été fait, de comparer les divers engins entre eux et d’essayer d’en déduire quelques conséquences.
- Ainsi que nous l’avions indiqué, quatre ballons dirigeables et douze aéroplanes avaient reçu l’ordre de se rendre sur le théâtre des opérations. On avait fait construire à Briot et à Formerie, dans l’Oise, les hangars destinés aies abriter, et constitué les approvisionnements en combustible, huile et hydrogène nécessaires à leur fonctionnement.
- Tous ces divers engins ont répondu à l’appel, et ont pu exécuter, presque toujours, les diverses mis-
- sions que le commandement a pu leur confier.
- Il ressort nettement des expériences retentissantes qui viennent d’avoir lieu, que dès maintenant, l’armée se trouve en présence d’un nouvel auxiliaire très important qu’il faut se préparer à utiliser judicieusement, et aussi d un nouvel adversaire très indiscret, qu’il va devenir urgent de combattre avec la plus grande énergie.
- En ce qui concerne l’emploi, il est indiscutable aujourd’hui, que l’on peut faire exécuter, par ces divers engins, des missions de grande envergure disposant de beaucoup de temps, et des missions d’un caractère plus immédiat dans une zone plus rapprochée, telles que nous les avons détaillées dans l’étude précédente.
- On a pu en effet, au cours des manœuvres, envoyer des auto-ballons de Briot à Issy-les-Moulineaux, et un aéroplane de Briot à Rouen, soit pour établir des liaisons éloignées, soit pour porter des ordres à une armée de secours, soit pour effectuer une reconnaissance stratégique. Ces missions ont été remplies avec succès et sans aucun retard.
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- Sur le champ de bataille meme, on a pu faire exécuter des reconnaissances tactiques, en parcourant un itinéraire arrêté d’avance, et en notant les
- pig_ x. __ Nouvelle arme contre les aéroplanes.
- Voiture automobile munie d'un canon à tir rapide.
- effectif s'aperçus, leur emplacement, la direction de leur marche, etc.
- Toutefois, il est juste de faire observer que pour ces dernières missions, les aéroplanes se sont montrés très nettement supérieurs aux dirigeables. Ils sont sortis toutes les fois que le temps était assez clair pour observer, et sans tenir compte du vent ils ont opéré à des hauteurs suffisantes et assez vite, pour que Ton puisse les considérer comme ayant rempli leur mission dans des conditions de vraisemblance raisonnables.
- Les dirigeables, au contraire, ont été gênés par le vent, et notamment, le 15 septembre, on a dù rentrer dans son hangar le Bayard-Clément, qu’un vent de 15 mètres par seconde commençait à malmener de façon inquiétante; lorsqu’ils évoluaient au-dessus des troupes, ils se tenaient à une hauteur tellement faible que, dans la réalité, leur sort aurait été vite réglé par le canon. En raison de la lenteur relative de leurs évolutions et de l’absolue nécessité où l’on se trouve de s’approcher pour voir, nous ne croyons pas que l’on puisse se servir de ballons dirigeables en permanence, au-dessus du champ de bataille, sans les vouer à une destruction certaine.
- En ce qui concerne les aéroplanes, l’avantage de l’appareil léger à moteur puissant, s’est nettement fait sentir. On a pu facilement se rendre compte, par exemple, de l’extrême souplesse d’évolution qu’obtenait le lieutenant Bellanger, sur son monoplan à une place, par rapport à la lourdeur relative des biplans à deux places.
- Il ne faut pas en conclure que l’on doive préférer le monoplan au biplan, ou l’appareil à une place à l’engin à deux places, mais seulement qu’il faut, chercher à doter les appareils de moteurs plus en rapport avec leur poids. *—
- Presque tous avaient le moteur Gnome à 7 cylindres, de 45 à 50 chevaux, mais leurs poids respec-
- tifs étaient très différents L’aéroplane de guerre doit pouvoir s’abaisser pour mieux voir et remonter très rapidement pour échapper aux coups de l’ennemi, il doit posséder une grande souplesse de marche; il lui faut par suite un excès de puissance. Dans ces conditions, grâce à sa vitesse, à l’exiguïté de sa taille, au caprice de sa marche, et à son peu de vulnérabilité, l’aéroplane pourra très bien évoluer au-dessus des troupes engagées, à une hauteur assez faible pour pouvoir observer sérieusement.
- En ce qui concerne la défense contre les engins aériens, on a expérimenté une mitrailleuse et un canon montés sur automobile.
- La mitrailleuse du type ordinaire était installée sur un châssis automobile d’une puissance de 60 chevaux, capable de réaliser sur route en palier une vitesse voisine de 100 km à l’heure. Toutefois, cette vitesse ne pouvant être utilisée que sur bonne route, on ne doit pas espérer réaliser une poursuite efficace, mais seulement se borner à atteindre rapidement un emplacement favorable, d’où on essaiera d’arrêter l’ennemi par le tir.
- L’auto-canon était constitué par un châssis de-camion de Dion d’une puissance de 55 chevaux, sur
- Fig. 2. — Mitrailleuse en batterie contre un aéroplane.
- lequel on avait installé un canon de campagne à tir rapide de 75 m/m, auquel on avait apporté les quelques modifications nécessaires pour lui permettre de tirer sous de très grands angles et dans toutes les directions, Des crics spéciaux permettaient de sou-
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- lever l’arrière du camion lors de la mise en batterie, pour soustraire l’essieu aux percussions du tir.
- Nous ne croyons pas beaucoup au tir de la mitrailleuse contre l’ae'roplane, parce que cette arme donne un tir trop groupé et impossible à régler dans ces conditions. Tout au plus pourrait-on espérer, dans le tir dispersé d’un grand nombre d’hommes tirant ensemble, obtenir une balle heureuse sur le pilote ou sur un organe essentiel (commande de gouvernail, ou tendeur important, etc.). Le canon à tir rapide au contraire, avec ses schrapnells, aura peut-être plus de chance de réussir s’il est employé avec à propos. Il faut essayer, au moyen d’un appareil télémétrique, d’avoir à tout instant une idée approchée de la distance, puis ouvrir le feu en pointant directement le canon sur le but avec des hausses successives permettant de battre systématiquement, avec des obus réglés pour éclater en l’air, une zone très étendue comprenant sûrement l’aéroplane. Par exemple, si on a apprécié que l’engin est à 3800 m., on tirera le plus.vite possible par bonds de 100 en 100 m. ou de 200 en 200 m. sur tout l’espace compris entre 2800 et 4800, la dimension de cet intervalle étant choisie suivant les circonstances. Le
- Fig. 3. — La chasse aux aéroplanes. Mitrailleuse montée sur automobile.
- canon à tir rapide pouvant tirer 20 à 25 coups à la minute, ce tir sera effectué en un temps compris entre 30 et 60 secondes pendant lesquelles l’aéroplane aura pu parcourir de 500 à 1000 mètres avec quelque chance d’échapper. Si on dispose de deux
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- canons, on pourra ouvrir le feu simultanément avec les deux pièces, l’une partant de la hausse la "plus forte et l’autre de la hausse la plus faible, de ma-
- Fig. 4. — Aéroplane en reconnaissance au-dessus d’une colonne d’artillerie.
- nière à resserrer sur l’aéroplane une sorte de tenaille.
- Néanmoins, tout ce qui précède est bien près de conclure à la quasi invulnérabilité de l’aéroplane •devant les armes actuelles. Et il faut, dès maintenant, se préoccuper de la manière de le combattre au moyen d’un aéroplane même, lancé à sa poursuite, et armé pour le détruire.
- Quant au ballon dirigeable, nous ne le considérons que comme un engin de transition appelé à disparaître des champs de bataille. Ainsi que nous l’avons déjà expliqué, ses grandes dimensions, sa vulnérabilité considérable, la lenteur relative de ses évolutions et son explosibilité possible l’empêchent absolument de se risquer dans la zone d’action de l’artillerie. Dans un combat aérien, pour les mêmes raisons, il sera à la merci d’un aéroplane quelconque lancé à sa poursuite et qui se fera un jeu de le détruire.
- En résumé, c’est le plus lourd que l’air qui doit rester l’engin de l’avenir, et nous nous bornerons à dire un mot du personnel qu’il convient de lui affecter.
- S’il est vrai que le lieutenant Bellanger, par exemple, a pu piloter seul son appareil, exécuter une reconnaissance détaillée, écrire même en l’air et
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- lancer à terre des notes détaillées, il paraît difficile d’admettre que l’on puisse compter sur de pareils tours de force. La règle sera vraisemblablement l’appareil à deux places, mais avec un moteur assez puissant, comme nous l’avons dit, pour réaliser l’aisance de manœuvre nécessaire. Beaucoup d’accidents sont arrivés à des appareils à deux places, par suite de l’impossibilité où ils se trouvaient de monter assez vite pour passer pardessus un obstacle.
- Ceci admis, que seront les deux occupants?
- L’observateur doit" forcément être un officier ayant reçu l’instruction spéciale qui convient pour apprécier l’effectif d’une troupe, pour juger une formation, et pour coordonner une série de renseignements. Il doit indiquer au pilote l’itinéraire général de la reconnaissance, mais ne donner aucun ordre impératif à ce dernier pour l’exécution même de l’étape.
- Le pilote doit être autant que possible un officier, précisément pour lui laisser, vis-à-vis de l’officier observateur, une indépendance suffisante, et lui permettre d’exécuter les ordres reçus dans des conditions de sécurité dont il doit rester seul juge.
- Quant au choix de ces deux officiers, il est clair qu’il s’agit là de missions extrêmement périlleuses et très délicates, on doit par suite ne les confier qu’à un personnel d’élite exactement comme on le prévoit dans la cavalerie pour certaines reconnaissances d’officier d’un caractère particulièrement dangereux.
- Quelle sera l’influence de ce nouvel engin de reconnaissance sur la tactique future? Si un seul des partis en disposait, elle serait énorme; mais comme il faut prévoir que demain toutes les armées
- en seront dotées, il ne faut pas s’en exagérer l’importance.
- Il faudra prévoir un plus sûr défilement des troupes, faire un plus large usage des marches de nuit pour changer le dispositif de ses forces, employer même parfois des ruses de formations pour
- la marche. Pendant le combat, masquer les réserves dans des bois ou dans des couverts, etc.
- Mais il ne faut pas se dissimuler que la victoire restera encore à l’habile tacticien s’il dispose des meilleures troupes. Un mauvais joueur d’échecs a beau examiner le jeu de son partenaire, cela ne l’empêche pas d’être battu.
- Jusqu’ici l’organe principal de reconnaissance dont disposait une armée était la cavalerie ; aujourd’hui elle possède, en outre, l'aéroplane. La cavalerie, pour voir, était presque toujours obligée de combattre en force pour percer le rideau ennemi ; l’aéroplane, qui dispose de tout l’espace, passera
- plus facilement, mais il sera lui-même demain harcelé par les engins adverses, et les jours de brouillard, de pluies et de tempêtes, on ne pourra pas compter sur lui.
- Néanmoins, l’armée française,, grâce aux nombreux aviateurs civils et militaires, possède à l’heure actuelle, une avance considérable sur toutes les autres armées étrangères.
- Il nous reste à travailler avec ardeur à conserver cette avance en
- augmentant le nombre de nos pilotes, en per-
- fectionnant les appareils, et en augmentant leurs moyens d’action.
- Mais il faut aussi dès maintenant se mettre à l'œuvre pour trouver également l’engin le plus propre à les détruire. Capitaine D.
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- L’EXPOSITION UNIVERSELLE DE BRUXELLES
- Les Expositions universelles qui ont été organisées en Belgique depuis 1885, date de l’Exposition d’Anvers, ont toutes obtenu un grand succès. Gela tient à ce que la Belgique, par sa position géographique, constitue en quelque sorte un trait d’union entre les grands centres producteurs de l’Europe, auxquels elle offre un admirable champ de concours. Le peuple belge paraît avoir compris que, puisque tout espoir d’un développement politique lui est interdit, sa destinée est d’être un peuple « de marchands », sachant mettre à profit les influences qui l’environnent, et, s’y appliquant de tous ses efforts, il semble s’être fait, depuis quelques années, une spécialité de ces grands tournois économiques.
- Comme ses aînées, l’Exposition actuelle consacre
- voies de communication permettant aux visiteurs, accédant par l’entrée principale sise avenue Jeanne, de monter vers les halls.
- Quant aux halls de l’industrie, que. se partagent les pays étrangers, ils sont bâtis sur le territoire d’Ixelles, ainsi que le hall international des machines et celui des chemins de fer.
- La façade principale en style classique, conçue par l’architecte de l’Exposition, M. Àcker, était certes l’une des œuvres les plus réussies du genre, que nous ayons vues. Établie en face du bois de la Cambre sur un plateau situé à quelques mètres au-dessus du niveau de la grande entrée, à laquelle vient aboutir l’avenue Louise prolongée, sa longueur totale était d’environ 260 m. et sa superficie atteignait 6500 m2. Elle
- Fig. i. — Parties détruites des sections française et néerlandaise.
- un événement d’une importance capitale pour le pays ; elle est, en quelque sorte, l’illustration de la voie de la colonisation dans laquelle la Belgique est entrée en reprenant le Congo, en même temps qu’une manifestation imposante de l’activité déployée dans tous les domaines par nos voisins, pendant ces vingt-cinq dernières années. L’enclos principal de l’Exposition de 1910 comporte 85 hectares sur les territoires de Bruxelles et d’Ixelles son faubourg, le long du bois de la Cambre, promenade favorite des Bruxellois et dont les frondaisons majestueuses lui font un cadre admirable de verdure.
- A cette véritable annexe à la capitale, il faut ajouter l’Exposition coloniale belge, qui est à Ter-vueren, et l’Exposition de l’Art ancien, qui occupe le vaste palais du Cinquantenaire.
- Les halls de la section helge ont été édifiés sur le territoire de Bruxelles, et leur façade, plantée parallèlement au bois de la Cambre, domine de grands jardins à travers lesquels on a aménagé de larges
- constituait, à vrai dire, la façade delà section belge; chacun de ses angles était occupé par un pavillon formant avant-corps. Le premier à gauche donnait accès à la plus grande des salles de la section belge, qui communiquait avec un vaste hall réservé à la section anglaise, dont le prolongement débouchait dans la section française, laquelle était située sur le territoire d’Ixelles. Le pavillon de droite était relié aux autres halls de la Section belge par un élégant portique qui constituait l’entrée d’une avenue bordée de pavillons d’architectures diverses, et qui passé de plain-pied au-dessus de l’avenue du Solbosch, au moyen d’un pont. Prises dans leur ensemble, les façades principales de la section helge se développaient sur une longueur de près de 570 m.
- Cette belle partie de l’Exposition ne devait mal-heusement pas être conservée longtemps à notre admiration. Le 14 août, dans la soirée, après la fermeture des halls, un incendie, dont les causes sont encore inconnues, se déclara soudain dans le palais
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- principal-, et se transforma immédiatement en un désastre effroyable. En l’espace de trois heures, presque toute la section belge, la section anglaise tout entière, le palais de l’alimentation française, le Pavillon de la Ville de Paris qui y faisait suite, et tout le joli quartier de « Bruxelles-Kermesse » furent entièrement rasés. Il ne faudrait cependant pas exagérer l’étendue du dommage; les trois quarts de l’Exposition sont restés intacts, et, en attendant qu’on eût remplacé par des installations de fortune ce qui avait été anéanti, les sinistrés purent trouver place ailleurs. Quant à la façade principale, elle a été remplacée par une œuvre moins monumentale certes, mais néanmoins très jolie et qui masque très heureusement le vide créé par l’incendie.
- Les halls des machines et de l’industrie font suite à la section française ; leur superficie ' comporte 75000 m2. Comme d’habitude, les galeries des machines et des générateurs abritent les produits des exposants belges groupés à côté de ceux des exposants étrangers; quant aux produits généraux de l’industrie belge, ils étaient au contraire exposés dans le palais principal, qui a été incendié.
- Par suite de la situation des terrains, les halls des machines et de l’industrie présentent deux niveaux; la galerie des machines a son plancher moins élevé que celui des halls de l’industrie. Cette disposition a permis d’établir, à la sortie des halls de l’industrie, une galerie-balcon qui domine de plus de 4 m. le plancher de la galerie des machines et offre ainsi aux visiteurs un superbe point de vue d’ensemble des installations mécaniques.
- Des espaces considérables ont été réservés à l’aménagement des jardins. Ceux qui sont situés devant la façade principale de la section belge, actuellement reconstruite, composent un cadre grandiose à l’œuvre de l’architecte qui les domine. De larges escaliers d’eau, alimentés par des cascades et bordés de sculptures dues aux meilleurs artistes belges, descendent de la grande terrasse longeant la façade monumentale jusqu’à l’esplanade qui s’étend devant l’entrée principale. L’aménagement de cette partie des jardins a été confié à un groupe d’horticulteurs qui se sont engagés à renouveler continuellement, suivant les saisons, les fleurs qui ornent les parterres disséminés dans ce vaste hémicycle. Plus de 200 000 tulipes et jacinthes égayaient cette partie des jardins de leurs floraisons variées, le jour de l’ouverture.
- La participation de la Belgique était digne de la place prépondérante que ce petit pays a su conquérir parmi les nations industrielles; elle avait groupé environ cinq mille exposants et présentait un tableau très complet de son activité et des remarquables progrès qu’elle a su réaliser pendant ces dernières années.
- Plusièurs groupements d’exposants ont des pavillons isolés dans les jardins. Parmi ceux-ci : citons : les Pavillons de la Femme, du Génie civil, de la Lumière, de la Fermière, des Eaux et Forêts, de
- l’Agriculture et de l’Horticulture, et ceux de nombreux exposants isolés dont les plus importants sont ceux de MM. Solvay et Cie, de l’Union Charbonnière, de la Compagnie des Conduites d’eau de Liège, de l’Association des Gaziers Belges, des Savonneries Lever frères, de la Fabrique Nationale d’armes de guerre de Herstal, etc., etc.
- Les grandes villes de la Belgique sont également représentées d’une façon brillante. Leurs pavillons respectifs s’alignent le long de la grande allée qui traverse le territoire de Bruxelles. Celui de la Ville d’Anvers est une reconstitution archéologique précieuse du célèbre atelier de Rubens, à laquelle ont collaboré les artistes et archéologues les plus réputés de la grande métropole commerciale; tout à côté, le pavillon de la ville de Liège, construction pittoresque en style mosan ; enfin, plus loin, le monument de la ville de Gand, reconstitution d’un groupe important de maisons de corporations du xvie siècle, dominées par un beffroi. Quant à la ville de Bruxelles, elle a fait construire sur une petite éminence, à droite de la façade principale de l’Exposition, un palais qui caractérise l’art architectural national. L’ensemble des constructions de la section belge se complète par une Salle des Fêtes qui peut recevoir 5500 spectateurs.
- Parmi les participations étrangères, celle de la France occupe le premier rang, comme elle l’a occupé aux précédentes expositions organisées en Belgique. Il n’en saurait, du reste, être autrement, étant donnés les nombreux liens historiques et ethnographiques qui nous rattachent à nos voisins, et les influences économiques, artistiques et commerciales qui concourent à faire de . la France la marraine politique et intellectuelle de la Belgique. La France a réuni plus de 6000 exposants, et sa participation s’étend, en comprenant son merveilleux jardin et ses pavillons coloniaux, sur 80000 m2. Tout ce que produisent nos industries de luxe, notre métallurgie, notre machinisme le plus moderne, notre agriculture et nos arts divers, est représenté là en un ensemble imposant qui prouve une fois de plus que la France entend rester à la tête des nations dans tous les domaines. Les organisateurs de la Section française ont voulu donfter un éclat particulier à l’Exposition coloniale, et la France lointaine a répondu avec enthousiasme à l’appel de la mère-patrie : l’Algérie, la Tunisie, l’Indo-Chine, l’Afrique Occidentale, Madagascar, le Dahomey, la Martinique, la Guyane, la Réunion, la Côte française du Somalis, Saint-Pierre-et-Miquelon, exposent, dans de coquets pavillons, leurs produits les plus recherchés et les plus intéressants.
- De leur côté, l’Allemagne et l’Angleterre ont voulu faire, cette fois, également grandement les choses, l’Allemagne surtout. La participation allemande occupe, en effet, près de 38 000 m2 ; elle comporte un ensemble imposant de constructions en néo-style, établies, sur un plan très heureusement conçu, dans la partie Est de l’Exposition, contre le
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- parc du Solbosch, dans lequel l’Allemagne a fait édifier un hall spécial réservé uniquement à son exposition du matériel de chemins de fer, qui est particulièrement importante. L’Allemagne, avec un évident souci de plaire, semble avoir voulu éviter, cette fois, toute manifestation de sa puissance militaire, et ne lutter ici que comme grande nation industrielle. Elle n’a rien négligé pour donner au visiteur une haute idée de l’énergie et de l’habileté de ses techniciens et assurer à son commerce des débouchés nouveaux. Ses puissants moteurs, ses formidables engins de levage, ses machines-outils, ses locomotives, alternent avec les produits de sa petite métallurgie et laissent une vive impression de force, d’ordre et de travail.
- Quant à l’Angleterre, dont la participation à une exposition étrangère avait, pour la première fois, un caractère officiel, elle avait réuni dans un immense hall de 200 m. de longueur, des réductions de ses plus beaux navires, les produits de ses industries chimique, textile et de luxe; actuellement, il ne lui reste plus que son exposition dans le hall international des Machines, dont elle occupe, toutefois, plus du tiers. Le gouvernemen t anglais, voulant donner une preuve de plus de sa sympathie pour la Belgique, a décidé de réédifier immédiatement ailleurs les installations qui ont été anéanties par l’incendie. La salle des fêtes de la Section belge a été mise à sa disposition, et une nouvelle Section anglaise vient d’être inaugurée.
- L’Italie est représentée dans les halls de l’Industrie et des Machines, ainsi que dans la galerie internationale des Chemins de fer. Un pavillon, en style renaissance polychrome, abrite ses collections artistiques.
- La Hollande et ses colonies occupent un palais à deux étages, précédé d’un jardin où l’on trouve les fleurs rares qui font la réputation des horticulteurs néerlandais.
- Pour donner une idée complète de l’Exposition de Bruxelles, il faudrait parler aussi des participations du Brésil, du Canada, de l’Espagne, de la Principauté de Monaco, de la République de l’Uurugay, du Nicaragua, de la Chine, de Haïti, du Pérou, du Guatémala, etc., qui occupent chacune un pavillon dans les jardins, et qui, toutes, rivalisent de richesse et de goût.
- Il faudrait passer également en revue les expositions de l’Autriche, des Etats-Unis d’Amérique, de la Suisse, de la Perse, de l’Égypte, de la Turquie et du Japon, que l’on admire dans le grand hall de l’Industrie.
- Citons, pour terminer la « plaine des Attractions »
- où l’Américanisme le plus ingénieux offre aux amateurs d’émotions fortes, des sensations ultra-modernes, et « Bruxelles-Kermesse », recon-stitution fidèle de quartiers du Vieux Bruxelles avec leurs ruelles tortueuses, leurs maisons basses et leurs ponts de bois reliant de minuscules places publiques sur lesquelles circulent des gardes vêtus de l’uniforme de 1840, et qui retentissent chaque soir des vieux airs brabançons. Ce joli coin de l’Exposition avait été complètement détruit par l’incendie, mais il a été en grande partie promptement reconstitué.
- Telle est la physionomie générale de l’Exposition de Bruxelles, dont le réel succès est un nouvel encouragement pour l’industrieuse Belgique et ses aspirations d’expansion mondiale. L. Ramakers.
- Fig. 2. — La nouvelle façade de VExposition de Bruxelles.
- LA MACHINE A ALLUMETTES « AUTOMAT ROLLER »
- Depuis plus de vingt ans, les spécialistes ont cherché à grouper autour d’un même châssis les opérations délicates que nécessite la fabrication des allumettes. De nombreux essais ont été tentés dans ce sens, avec des fortunes diverses. Nous allons décrire aujourd’hui une machine continue qui, à en juger par ses états de service aux usines de Pantin de la Direction des Monopoles français, semble avoir résolu victorieusement le problème. H s’agit de
- « l’Automat » que les ateliers de construction A. Roller ont établi sur les plans primitifs de M. Cahen Sévène, dont ils ont acquis le brevet, et qu’ils ont perfectionné et mis au point. La machine conduit automatiquement, dans un cycle continu, les opérations suivantes : isolement des tiges, paraffinage, trempage, séchage, et mise en boîte des allumettes. Nous décrirons successivement le mode de travail de la machine pour chaque phase de la fabrication.
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- Isolement des tiges. — Les tiges, disposées en rouleaux d’environ 380 mm de diamètre, sont placées d’abord dans une trémie, qui peut recevoir
- duit les allumettes debout en bout de la fabrication.
- L’introduction des tiges dans les plaques perforées par l’intermédiaire de ce pont a l’avantage d’éviter
- Fig. i. — La machine à fabriquer les allumettes « Aulomal Roller ».
- quatre rouleaux à la fois. Le fond de la trémie est constitué par une plaque à rainures dans lesquelles un mouvement de va-et-vient range les tiges. Un système d’aiguilles, analogue à celles en usage dans les autres machines, amène les tiges sur un pont mobile. Un plan incliné, placé sous le pont, chasse ensuite les tiges, et les fait se fixer dans des alvéoles de diamètre correspondant, ménagées dans une plaque d’isolement. Ceci fait, le pont revient en arrière et reçoit de la trémie des tiges nouvelles qu’il portera, de la même façon,^ une autre plaque d’isolemènt, qui est venue dans l’intervalle remplacer la première. Ces plaques perforées sont reliées entre elles, et forment une chaîne sans fin qui con-
- le faussage ou la rupture des aiguilles. Souvent, dans les machines analogues, les tiges se brisent ou se placent de façon inclinée. Il faut alors, pour les
- introduire dans les plaques, une pression qu’elles ne peuvent supporter, et qui, d’ailleurs, excède également la résistance des aiguilles.
- Dans la machine « Àutomat », les aiguilles ne servant qu’à mener les tiges sur le pont, travaillent extrêmement peu; quant aux tiges elles-mêmes, elles ne se brisent que très rarement puisqu’elles reposent par toute leur surface sur le plan qui les chasse, et que, par conséquent, la pression se répartit également sur toute leur section.
- Paraffinage. — Pour augmenter leur capacité
- Fig. 2. — La ligne pointillèe représente la chaîne sans fin qui transporte les liges. Elle se déplace dans le sens des flèches. A, isolement des tiges; B et C, paraffinage et trempage dans la pâte; D, ventilateur ; F séchoir (ventilateur et tubes à ailettes); G, mise en boîte; entre x et y, la chaîne est toujours vide: D et F', ventilateurs.
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- d’absorption, les tiges isolées dans les plaques perforées sont alors chauffées, avant de subir le bain de paraffine. Elles passent à cet effet au-dessus d’un serpentin de vapeur, maintenu à la température convenable. On a quelquefois ajouté un isolateur en amiante, mais cette précaution n’est pas indispensable. La marche et les dimensions de l’appareil sont calculées de façon que la durée de passage soit de 45 secondes environ. Le paraffinage s’effectue ensuite, dans un bassin qu’alimente un réservoir où la paraffine est maintenue en fusion au moyen d’une tuyauterie de vapeur, en spirale. Le trempage dans la paraffine se gradue à volonté, et le réservoir peut être alimenté pendant la marche.
- Trempage. —Le trempage dans la pâte s’effectue ensuite au moyen de rouleaux canelés qui tournent dans une auge contenant le mélange inflammable. Les tiges sont amenées, par soubresauts isochrones et de même amplitude, en contact avec les rouleaux, et la tête qui se forme ainsi est d’une régularité parfaite.
- Cette régularité est due en grande partie aux canelures dans lesquelles la pâte se fixe sans couler, c’est-à-dire en évitant les inconvénients qui avaient fait renoncer au trempage par rouleau lisse. La durée du contact, bien entendu, se règle à volonté. Un agitateur alternatif est disposé dans le fond de l’auge, de manière à éviter les dépôts des matières ou les dissociations d’éléments. Le mécanisme de cet agitateur est indépendant du reste delà machine, de manière à rester en mouvement en cas d’arrêt de fabrication. De plus, l’auge est montée sur galets et sur rails, pour pouvoir être rapidement retirée aux fins de nettoyage, après achèvement du travail.
- Séchage. — Les opérations du paraffinage et du trempage ont conduit les allumettes à l’extrémité de la machine. Maintenant, les plaques qui les portent vont revenir à leur point de départ. Elles contournent donc un premier ventilateur, qui commence le séchage terminé plus loin par un second, tournant derrière des tubes à ailettes. Ceux-ci peuvent être chauffés à volonté, pour obtenir un courant d’air chaud, si la température extérieure ou l’humidité atmosphérique l’exigent. Toutefois, cette partie de l’appareil n’a pas lieu d’exister dans les machines
- destinées à la fabrication des allumettes phospho-riques, celles-ci devant être mises en boîtes à l’état un peu humide, à cause des dangers d’inflammation. Dans des conditions ordinaires, le passage des allumettes devant les appareils de séchage s’effectue en 45 minutes, environ, temps qui a paru suffisant pour obtenir, en toute saison, des têtes complètement sèches et dures ; sans que la qualité de la pâte ait eu à souffrir en quoi que ce soit.
- Emboîtage. — Une fois séchées, les allumettes sont chassées de la plaque perforée par des aiguilles qui les font tomber sur un plateau animé d’un mouvement alternatif, et creusé d’alvéoles en forme de coins, de dimensions telles qu’elles puissent recevoir 5 allumettes. Au-dessous passent les tiroirs à remplir, entraînés par un chemin mobile qui les arrête de deux en deux alvéoles, en démasquant le fond de la cavité intéressée. Les boîtes se remplissent donc par 5 allumettes à la fois, et comme, dans la machine « Automat » normale, les tiroirs en mouvement dans l’appareil à remplir sont au nombre de 26, emmenés par 15 intervalles de temps, ils contiennent donc à leur sortie 5x13 = 65 allumettes. On peut diminuer ce chiffre, en supprimant, proportionnellement au nombre désiré, une partie des aiguilles de dégarnissage. Mais, en tout état de cause, la régularité d’emboîtage est telle que les fabricants peuvent garantir un minimum d’allumettes par boîte.
- Après qu’un petit marteau, frappant sur le côté des tiroirs, a égalise les allumettes, les tiroirs sont poussés dans les fourreaux. Une gouttière les déverse enfin au dehors, et deux par deux, ainsi que le faisait prévoir le système à enjantement de la mise en boîte.
- La machine « Automat » n’exige pour son service et la surveillance que trois ou quatre personnes. Elle mesure 7 m. 50 de longueur, 4 m. 50 de largeur, 2 m. 50 de hauteur, et pèse une douzaine de tonnes. La transmission principale tourne à 45 tours, et la force employée est de 2 1/2 ch. v. Enfin, elle peut fournir 50000 boîtes, contenant 5 millions 1/4 d’allumettes, par jour. Ces chiffres donnent une idée des économies de toutes sortes qu’elle permet de réaliser. Jacques Larjianjat.
- CHRONIQUE
- Archéologie de l’ancien Cambodge. — M. E. de
- la Jonquière vient de faire récemment dans la Géographie (15 septembre), le récit de son dernier voyage au Siam, où il a pu recueillir les documents nécessaires à l’achèvement de son admirable Inventaire descriptif des monuments de l'ancien Cambodge, dont deux volumes sont parus depuis 1900 sous les auspices de l’École française d’Extrême-Orient, et qu’un troisième va prochainement compléter. Dans ses premiers volumes, M. de la Jonquière s’était limité au territoire strict de l’ancien Cambodge ; cette fois, dans le but surtout de préciser les rapports de l’art cambodgien avec l’art hindou d’où il
- dérive, il s’est au contraire tenu volontairement hors de ces limites, et a fait porter ses recherches sur : les trois provinces rétrocédées par le Siam à la France par le traité de mars 1907, les provinces du Siam proprement dit, la province malaise, les Straits Settlements et les états confédérés malais en grande partie, quelques points de la partie sud du district hirman d’Amherst, et enfin, à pur titre comparatif, l’Inde du Sud. C’est dans ces régions que M. de la Jonquière a poursuivi le travail d’inventaire proprement dit. Il y a catalogué (en prenant des plans, des croquis, des photographies) près de 400 monuments, ce qui porte à 900 le nombre des nu-
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- méros do Y Inventaire descriptif. Selon M. de la Jon-quière, son voyage, en dehors du pur intérêt de description et de protection des monuments, permettrait de rectifier, en certains points, les idées émises sur l’art et notamment l’architecture du Siam. On tendait jusqu’ici à considérer les régions énumérées comme ayant, été directement soumises à l’influence cambodgienne étayant reçu d’elle les principes de leur civilisation. Cette conception serait trop simpliste : il y aurait eu, il est vrai, dans ces régions, comme au Cambodge, une période hindoue, mais les divers établissements par où pénétrèrent les civilisations et les religions de l’Inde cisgangétique n’auraient été en réalité que pour peu de temps et en minime partie sous la domination des Kambudjas (rois du Cambodge). — A côté du travail d’inventaire, M. de la Jonquière a consacré quelques mois aux monuments d’Àngkor. Suivant les diverses missions qu’il avait reçues à leur sujet, il a pu faire commencer le débroussaille-ment des ruines (par M. Cornouailles, depuis conservateur d’Angkor), faire dresser une carte de la région, qui est à l’impression, prendre des dispositions de protection et de commodité pour le tourisme : il a proposé notamment la délimitation d’un périmètre d’environ 50 km de diamètre autour d’Angkor-Thom, de façon à constituer un parc réservé, qui comprendrait tous les grands monuments de la région et serait sous la surveillance de l’école fi’ançaise d’Extrême-Orient; on reconstituerait d’autre part l’ancienne chaussée cambodgienne qui reliait Angkor à la rive gauche du Mékong.
- Ce que deviennent les vieux sacs. — Les vieux sacs en jute ayant servi à transporter du café, du charbon, du riz, etc., gardent encore, paraît-il, une certaine valeur. Car on les métamorphose en matelas. Ils sont effilochés mécaniquement, lavés, blanchis au chlorure de chaux, rincés, essorés et séchés à l’étuve. Le produit, mélangé à de vieilles laines, sert à la confection de matelas bon marché.
- Musique et serpents. — S’il faut en croire les conclusions basées par M. Barnard sur des observations récemment faites par lui tant à Ceylan qu’au Zoological Garden de Londres, le fameux « amour de la musique » qu’on a si souvent célébré chez les serpents — notamment chez les cobras — serait un pur et simple mythe, sans aucun fondement. D’après M. Barnard, en effet, le cobra n’est nullement sensible à la musique, mais simplement à toute sorte de bruit, musical ou non, suffisamment élevé sur l’échelle sonore; par contre, il ne prête aucune attention aux basses notes, ni sur la flûte, ni sur le tambour. M. Barnard affirme qu’il faut ranger de même parmi les fables le prétendu pouvoir de fascination exercé par les serpents sur les oiseaux.
- Le bilan de la foudre. — Une statistique officielle allemande porte à 14 le nombre des personnes tuées par la foudre en une seule semaine de juillet dans la seule province de Silésie. A la date du 51 août, la foudre avait tué 65 personnes en Allemagne depuis le commencement de l’été.
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 octobre 1910. -
- Décès. — M. le Président donne connaissance de la mort de M. Maurice Lévy, membre de la section de mécanique. Il lit ensuite quelques fragments du discours qu’il a prononcé aux obsèques. L’Académie décide que le discours entier sera publié dans les comptes rendus des séances.
- L’asymétrie humaine. — M. Laveran présente une note de M. Paul Godin sur l’asymétrie normale des organes binaires de l’homme. M. Godin s’occupe depuis longtemps de cette question ; ses premiers travaux ont été l’objet d’un mémoire déposé par M. Marey'en 1900. Depuis cette époque, il a effectué beaucoup de recherches, groupé beaucoup de faits et essayé de dégager quelques lois. Il établit qu’à l’âge de 15 ans le bras et l’avant-bras droits sont plus longs et plus gros que le bras et l’avant-bras gauches. Mais au contraire la cuisse et la
- Présidence de M. E. Picard.
- jambe gauches remportent sur la cuisse et la jambe droites en longueur et en grosseur. Il y a donc asymétrie croisée. De 15 à 18 ans ces asymétries augmentent. Elles sont d’origine fonctionnelle d’une part, car l’homme est presque toujours droitier, ce qui explique la prédominance du membre supérieur droit; d’autre part, pendant la marche, le membre inférieur gauche travaille davantage que le membre inférieur droit, d’où prédominance du membre inférieur gauche sur le droit. La loi est renversée à l’égard des gauchers. U y a donc avantage pour les enfants et les adolescents à travailler des deux mains pour éviter des déformations du squelette. Une certaine déformation est d’ailleurs devenue héréditaire, car, chez les nouveau-nés, les os du membre supérieur droit sont plus développés que les os correspondants du côté gauche. Cu. de. Yilledeüil.
- LA SOURCE DU COULOMP (BASSES=ALPES)
- Le Coulomp, dont le nom a été écrit de façons fort diverses (Golomp, Coulomb, Colomb, Coromb; le Dictionnaire Géographique de Joanne porte Coullomb), mais doit désigner sans doute un cours d’eau coulant d’une manière continue, n’a qu’un bassin de 6644 hectares; utilisé seulement pour le flottage à bûches perdues, dont l’usage tend heureusement à dispai'aître, l’arrosage et la pêche, car il ne meut en outre que 2 ou 5 moulins à farine, il a des bords presque entièrement solitaires,, dominés à peine par quelques villages bâtis à une hauteur plus ou moins grande et n’atteignant guère, en tout, le
- chiffre de 700 âmes. Alors que le Dictionnaire de Joanne donne à cette rivière 22 à 24 ldi. de longueur, celle-ci n’est que d’environ 14kil. (pente moyenne 5,7 pour 100). Quant au débit, il serait de 267 litres à l’étiage, 889 à l’ordinaire et 169 mètres cubes dans les crues, mais le chiffre de l’ordinaire me semble vraiment trop bas.
- Sans compter qu’on peut aller presque partout à dos de mulet : un piéton, tant soit peu exercé, ne perdra pas son temps, en visitant cette vallée si peu connue. Le Club Alpin a réalisé sous de parfaites conditions le tour du Grand-Goyer (2700 m.), montée par Méailles ou
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- LA SOURCE DU COULOMP (BASSES-ALPES)
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- Peircse et descente par Auront, en ' deux jours (aller et retour) de Nice. En venant de Braux, par la rive gauche, au delà de la cote 1590, on a tout à coup une vue saisissante sur le cirque désolé d’Aurent. C’est un paysage qu’on s’attendrait à trouver dans le Maroc ou en Abyssinie, mais qui étonne même dans les Basses-Alpes, ce département le pliis pauvre de France; sans compter qu’il suffit de se retourner pour voir la Belle forêt de Braux. Comment des hommes ont-ils songé à se fixer dans ce coin perdu? Aurent, dont le nom d’allure provençale indique, sans doute une localité exposée aux fortes « aures )) ou Bises qui apportent la neige (l’abBé Fe-raud avait cru pouvoir dériver le nom d e h o r r e n d u m, effrayant), ne paraît guère avoir d’histoire. La population, dans le siècle dernier, est tombée de plus de '100 à une cinquantaine; mais aussi, pouvons-nous nous faire une idée de ce que pouvait être cette vallée avant les progrès du déboisement et les ravages des trop nombreux troupeaux? L’historien Bouche raconte à ce sujet un fait probant. Sur le territoire de Méailles existait une forêt renfermant des sapins d’une beauté e t d’une hauteur exceptionnelles, tellement que De la Londe appela l’attention du Roi sur l’intérêt que son exploitation présenterait pour la marine; en 1662, le gouverneur de Provence, duc de Mer-cœur, et le premier président du Parlement, baron d’Oppèdc, la visitèrent personnellement. Les troncs abattus furent amenés à grands frais par terre jusqu’au Coulomp, puis (sans doute par le chemin venant de Chabrières) à Castellet, où on les abandonna au Var; de l’embouchure, on les amena à Toulon.
- La source du Coidomp est, par un mauvais sentier, à trois quarts d’heure à l’ouest d’Aurent (à 1220 m. de distance, d’après M. A. P., mais il doit y avoir au moins 2 Ml., au fil de l’eau). On ne la trouve sur aucune carte (y compris celle du Service géologique au 1/80 000e) ; ni les grands guides, ni le Dictionnaire géographique de Joanne n’en parlent, quoiqu’elle soit fort connue dans le pays ; les guides-réclame des syndicats d’initiative de la
- région la mentionnent brièvement, et on y trouve la reproduction d’un cliché de M. Autran, d’Annot. M. Jules Sion, dans sa belle thèse sur le Haul-Var (1908), parle un peu vaguement d’une source vauclusienne située près d’Aurent dans un ravin désigné, sur la carte de l’État-Major, sous le nom de Rolbuon (c’est « le Colomp T1 » qu’il faut lire); enfin, quelques détails dont la source nous est inconnue se trouvent dans l’article d’un touriste belge, M. A. P. (Le Haut-Verdon et le lac d’Allos; Revue du Touring-Club de Belgique, février 1908).
- C’est sous une énorme paroi de calcaire (crétacé supérieur), vers 1400 mètres d’altitude, que la rivière sort tout entière d’étroites fissures, au pied d’un banc de strates ; en arrière, il n’y a plus qu’un fond incliné rempli d’éboulis, à travers lesquels d’autres sources considérables jaillissent lors des grandes crues. A l’époque de ma visite (juin 1909), après une forte journée de pluies et la fonte des neiges n’étant d’ailleurs pas encore terminée, une résurgescencc assez considérable se montrait de ce côté, nettement distincte par son eau iinpou grisâtre, alors que les filons pérennes étaient parfaitement limpides. Toute cette eau, divisée en quelques bras d’une dizaine de mètres de largeur totale, se précipite aussitôt par-dessus un ressaut rocheux, en formant des cascades d’un grand effet, pouvant dépasser 30 mètres en tout.
- La rivière forme encore, sur d’autres ressauts, des rapides et des cataractes moins remarquables avant d’arriver, vers 80 m. au-dessous de la source, au fond de l’étroit ravin qu’elle emprunte jusqu’à Aurent; ce ravin se continue d’ailleurs en amont, sous le nom de Gros-Vallon; seulement son talweg, toujours profond, y est plus resserré et normalement à sec. Le débit de la source du Coulomp doit être, sauf dans les crues, à peu près égal à celui de la rivière au confluent de la Vaïre, ce qui donnerait une moyenne de près de 1 me par seconde. En octobre 1908, je l’ai estimé néanmoins à plus de 2 me, et il était évidemment plus considérable en juin 1909.
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- : LA SOURCE DU COULOMP (BASSES-ALPES)
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- En somme, la source du Coulomp est certainement la plus abondante de tout le bassin du Yar, et elle fait encore bonne figure, sous ce rapport, parmi les fontaines vauclusiennes de France ; mais c’est son site extraordinaire qui la rend unique dans son genre.
- Quel "peut bien être le bassin de réception de cet exutoire? La plus grande partie des eaux doit provenir du bassin des Fouës, torrent d’environ H Jdl. de long (10 pour 100 de pente moyenne), qui occupe le fond de la vallée principale au nord d’Aurent, et dans le large lit duquel le Coulomp fait irruption au pied de ce village. Plusieurs ravins, tous aussi normalement à sec, débouchent dans les Fouès; le plus important est celui de Cormarègne.
- Nous avons là un bassin torrentiel où il n’y a, en temps ordinaire, aucune eau superficielle, et dont l’extension, peu inférieure à la moitié de tout le bassin du Coulomp, suffit amplement à alimenter une grosse source vauclusienne, sans compter que tout autour les crêtes atteignent 2200 à 2700 m. Il y a probablement lieu d’admettre que les canaux souterrains commencent en dessous du lit des Fouès, à une altitude un peu supérieure à la grande source ; il pourrait y avoir aussi des siphons naturels.
- Il n’en reste pas moins extraordinaire que l’exutoire des eaux souterraines de cette vaste région, par une combinaison d’apparence capricieuse, se trouve dans une position aussi excentrique, sur une pente rocheuse séparée de son bassin de réception par la grosse masse calcaire du Bausse-Bérard ('1898 m.), sous laquelle la rivière doit passer par des canaux mesurant plus de 2 ldi., s’ils sont en ligne droite. Comme décor grandiose, Bramabiciu est peut-être comparable à notre source, mais là s’arrête la comparaison.
- Dans nos régions, je n’ai rien 'trouvé d’analogue, si ce n’est trois résurgescences sur le versant piémontais des Alpes Liguriennes, à l’est du Col de Tende. Le Negrone, artère-mère du Tanaro, se perd dans un entonnoir et réapparaît plus bas, dans son lit même ; mais il y a latéralement, sur la paroi rocheuse, une étroite caverne
- d’où sort une partie des eaux, en temps de crue. Le Pesio et YEllero présentent des sources abondantes au pied d’énormes parois calcaires, où s’ouvre dans les deux cas une caverne à voûte très élevée, d’où se précipite une cascade lors des hautes eaux; si le « Pis di Pesio » n’est que l’exutoire normal d’une vaste région de lapiaz très accidentés et très crevassés qui le dominent, on ne trouve par contre, au-dessus des sources de l’Ellero, qu’une haute crête gazonnée, l’alimentation devant donc être fournie par un réseau assez compliqué de canaux latéraux, provenant sans doute surtout d’une région de lacs sans émissaire superficiel, à 2 à 3 ldi. à l’est (le
- plus considérable de ces lacs, qui peut mesurer ô à 10 hectares, disparaît complètement par infiltration, au cours de chaque été) ; pour voir ces sites dans toute leur grandeur, il faut évidemment y aller au printemps, lorsque les cascades sont abondantes.
- Certes, la source du Coulomp est, géologiquement parlant, bien jeune; l’étroitesse extrême des fissures qui l’alimentent, dans une roche pourtant assez facile à entamer, et le creusement tout à fait rudimentaire du lit qui en descend jusqu’au fond du Gros-Vallon suffisent à le prouver. Dans le cours des temps, Coulomp élargira sans doute ses exutoires et approfondira son lit en aval; il finira par apparaître au bas du vallon, et peut-être à Àurent même, où sourdent déjà, au bord du lit des Fouès, de petites sources, ayant sans doute une même origine, car on a observé qu’à la suite des grandes pluies, et cela seulement après une journée d’intervalle, elles deviennent troubles en même temps que celle "du Coulomp. Mais s’il est probable que les premiers hommes qui se fixèrent à Aurent aient déjà trouvé la grande source à peu près telle qu’elle, nous n’avons également pas lieu de craindre un changement important dans son fonctionnement, si ce n’est après bien des siècles, le travail à accomplir par les eaux étant à peine ébauché. En attendant, il est juste que la source du Coulomp sorte enfin de son oubli relatif, pour prendre la place qu’elle mérite parmi les merveilles naturelles de France. F. Mader.
- Fig. 2. — Cascades immédiatement en dessous de la source du Coulomp par petite crue.
- Le Gérant : P.'Masson. — Imprimerie Lahure, rue cle Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1951. : . ------— 15 OCTOBRE 1910.
- L’AÉRODROME EN CHAMBRE BRIANNE
- Quel magnifique jouet! pense-t-on en voyant pour la première fois évoluer les aéroplanes en miniature de M. Brianne. Sur un terrain de 4 m. de côté environ, ces petits modèles roulent, prennent leur vol et se maintiennent dans les airs, exactement à la façon des grands aéroplanes, dont ils reproduisent, du reste, très exactement, en réduction, les diverses dispositions.
- C’est déjà un très beau résultat que de réussir un ingénieux jouet inédit. Le jouet tient une place glorieuse dans l’histoire de l’aviation. N’est-ce pas l’hélicoptère de Penaud qui, le premier, a révélé la possibilité de construire des machines volantes
- marine de guerre, un bassin d’essai spécialement outillé à cet effet. Rien d’analogue jusqu’ici pour la navigation aérienne. Les essais d’un appareil nouveau ne se peuvent exécuter que sur l’appareil lui-même, équipé de son moteur. On conçoit dès lors combien la mise en pratique d’une idée, en matière aéronautique, exige d’efforts coûteux et de risques, dont une partie serait économisée par l’expérimentation sur modèles réduits. Pourquoi celle-ci est-elle impossible? Parce que si l’on peut aisément construire des aéroplanes à petite échelle, il n’en est pas de même pour le moteur; nous n’avons pas de
- L’aérodrome réduit de M. Brianne. — De petits aéroplanes y évoluent, mus par une hélice qui reçoit de l'extérieur, par un flexible, la force motrice nécessaire. — En cartouche, aéroplane constitué par
- des ailes et une queue de corbeau.
- sans ailes battantes ? Les innombrables jouets aériens qui actuellement enthousiasment enfants et jeunes gens, leur infusent, tout en les amusant, une précoce expérience des choses de l’air et nous préparent de belles générations de pilotes et d’inventeurs.
- Mais l’aérodrome de M. Brianne est beaucoup mieux encore qu’un jouet, car il se prête, comme nous allons le voir, à de très instructives expériences sur modèles réduits, et, à ce titre, il rendra les plus grands services aux inventeurs et aux constructeurs de machines volantes.
- Les constructeurs de navires, avant de se risquer à mettre en chantier un bâtiment d’un type nouveau, se livrent à de nombreux et minutieux essais sur des modèles réduits. Il existe a Paris, pour la
- 38e année. — ae semestre.
- moteurs pour les aéroplanes en miniature ; l’action du ressort en caoutchouc, qui actionne tous les aéroplanes-jouets, n’est ni assez longue, ni assez régulière pour se prêter à des essais de quelque valeur. M. Brianne a tourné cette difficulté du moteur d’une façon très simple et très ingénieuse, et du même coup, il a comblé une grave lacune de la technique aérienne actuelle.
- Il supprime délibérément tout moteur sur l’appareil d’essai; la force motrice nécessaire à l’hélice est fournie du dehors par un moteur électrique fixe et transmise par un flexible. Rien de plus simple, on le voit. Néanmoins, le montage du flexible sur le moteur fixe d’un côté, sur l’aéroplane en mouvement de l’autre, a exigé des dispositifs très ingé-
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- 306 —:........... LE SCORPION SE SU1C1DE-T-JL ?
- nieux dont la mise au point fort délicate fait honneur à l’inventeur.
- On comprend de suite les services qui peuvent être demandés à l’aérodrome réduit de M. Brianne. Les petits aéroplanes, sous l’effort de l’hélice, s’envolent et tiennent l’air exactement pour les mêmes raisons que les machines volantes de la réalité, ils soulèvent une certaine charge représentée par leur poids propre, le poids du flexible et lçs surcharges dont on peut les gratifier. On sait qu’en mécanique, il est assez délicat de conclure, avec une rigueur mathématique, du modèle réduit à la machine de grandeur réelle; néanmoins la façon de se comporter d’un aéroplane sur le manège de M. Brianne donnera un certain nombre d’indications précieuses sur la stabilité de l’appareil, sur la bonne répartition des masses, la résistance aux remous, sur l’efficacité de tel ou tel dispositif nouveau. Le procédé par comparaison surtout sera fécond en enseignements. Voici par exemple la réduction d’un Blériot, type traversée de la Manche. On connaît très exactement la façon dont le modèle se comporte dans les airs; voici, au contraire, la réduction d’un appareil nouveau, jamais expérimenté; la comparaison sur modèles réduits des vols du Blériot et du nouvel aéroplane donnera à l’inventeur de très utiles indications. Tout cela, sans risque, presque sans dépenses.
- Signalons encore à titre de curiosité, une intéressante application faite par M. Brianne avec son appareil : l’étude du vol plané des corbeaux. M. Brianne a monté sur une carcasse en fil de fer
- les ailes éployées et la queue d’un corbeau, dans la position même qu’occupent ces organes chez l’oiseau en vol plané ; puis il a disposé une hélice à l’avant de cet original aéroplane et il a cherché à le mettre en mouvement. Il a fort bien réussi à obtenir le planement, en employant un moteur électrique de 1/20° de cheval; c’est évidemment une donnée des plus utiles pour l’étude du vol de l’oiseau.
- M. Brianne compte réaliser d’autres applications encore : sur le même principe, il se propose de construire un aérodrome de grandes dimensions où seraient mis en mouvement des planeurs de la taille des aéroplanes véritables. On pourrait ainsi enlever un homme, deux peut-être, et les passagers goûteraient, sans aucun danger et sans peine, une partie des charmes de l’aviation réelle. Au surplus, ce serait un excellent début dans l’apprentissage de la navigation aérienne.
- Mais avant tout, l’idée directrice de M. Brianne a été de créer un instrument d’études pratique, peu dispendieux, et sans péril. Nul ne niera que le besoin ne s’en fasse impérieusement sentir : presque chaque jour survient une nouvelle catastrophe provoquée par un appareil insuffisamment au point ; le martyrologue de l’aviation s’allonge désespérément. Les progrès de la navigation aérienne sont trop chèrement achetés. L’étude rationnelle et approfondie des modèles réduits peut économiser bien des existences; pour s’être efforcé d’organiser cette étude d’une façon efficace, M. Brianne a bien mérité de l’aviation. À. Troixer.
- LE SCORPION SE SUICIDE=T4L ?
- Nous avons reçu d’un de nos lecteurs, M. J. M. Pivaud, curé de l’ile Rodrigues — en même temps qu’un jeune scorpion conservé dans l’alcool —une lettre très curieuse sur les mœurs de cet animal.
- On sait que l’on a longtemps répété que le scorpion se tuait, se suicidait dans certaines circonstances, et que le fait est aujourd’hui généralement révoqué en doute.
- Selon M. Pivaud, l’affirmation remonterait à l’antiquité : « J’avais lu le fait dans Pline le Naturaliste ou Aulu Gelle, je ne me rappelle plus. Ce vieil auteur nous dit que le scorpion, lorsqu’il se voit entouré de feu, se donne la mort en se perçant de son dard1 ».
- « J’y ajoutais si peu de foi, ajoute M. Pivaud, que quoique j’eusse rencontré beaucoup de scorpions au Sénégal et sur tout au Soudan français, l’idée ne me vint même pas de vérifier les dires de l’auteur ancien par une expérience. »
- Il advint cependant que M. Pivaud fit l’expérience, et celle-ci, d’après lui, donnerait l’aison à Pline (ou à Aulu Gelle) : le suicide des scorpions ne serait pas une fable. Yoici le récit que nous fait notre correspondant :
- « Un jour que de passage en France je causais de cela avec un de mes confrères, ancien missionnaire d’Afrique, et qui avait été aussi curé de Rodrigues, il m’assura avoir
- 1. Nous avons en vain cherché dans Pline et dans Aulu Gelle le texte visé par notre correspondant, et de même , nous en avons vainement cherché l’écho dans les encyclopédies de nos jours. Avis aux chercheurs!
- fait lui-même l’expérience, et que le scorpion s’élait, en effet, piqué et tué. Je connaissais le caractère sérieux de mon confrère et sa compétence scientifique bien au-dessus de l’ordinaire ; je n’avais aucune raison de douter ; néanmoins je me promis de refaire l’expérience à la première occasion.
- « Elle me fut fournie récemment par mon confrère, le R. P. Veillet, qui réussit à prendre vivant un jeune scorpion sans le blesser. Aussitôt nous disposons un cercle de braise assez large pour que le scorpion ait tout l’espace pour aller et venir, et, nous, le temps de l’observer. Or voici ce qui s’est passé. A peine en liberté, le scorpion s’est mis à courir lestement droit devant lui, jusqu’à ce qu’il ait rencontré la ligne de charbons enflammés. A ce moment il se retourne promptement et revient jusqu’au bord opposé du cercle; là, se voyant encore arrêté, il revient, toujours par le même chemin, jusqu’au milieu du cercle, sur une petite feuille de papier qui se trouvait là par hasard; il s’y arrête et... se frappe une seule fois de son dard, sur la nuque, mais d’un coup prolongé, appuyant et remuant la queue comme un cordonnier fait de son alêne en perçant un morceau de cuir dur. La queue s’est détendue et l’animal est mort sans avoir fait un pas, presque instantanément. Ce petit drame n’a pas duré plus d’une minute. Je m’attendais à'une lutte plus longue et à quelques hésitations, mais non, il n’y a eu rien de cela. » Joseph Delsaux.
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- L’INDUSTRIE CHIMIQUE ALLEMANDE
- On connaît peu d’exemples d’industries récentes qui n’aient cesse' d’être prospères. L’industrie chimique allemande est de celles-là. Elle n’a guère plus de trente ans d’existence et depuis vingt ans de'jà ses produits sont répandus dans le monde ; ils y sont réputés et recherchés et elle s’y est conquis un véritable monopole. Cette industrie est aussi la seule qui n’ait pas trop souffert des terribles crises économiques qui ont frappé l’Allemagne en 1900 et en 1908-1909. C’est là une preuve de grande vitalité.
- Il est difficile d’évaluer l’importance économique de l’industrie chimique allemande parce que les statistiques officielles ne rattachent pas aux industries chimiques certaines industries dans lesquelles la chimie joue cependant le rôle principal : telles sont la sucrerie, la brasserie, la fabrication des boissons, des liqueurs et des produits alimentaires, la papeterie, la verrerie, la céramique, la fabrication des chaux et ciments, les industries métallurgiques. Si on écarte cependant quelques-unes de ces dernières industries, on trouve comme chiffre annuel de production la somme fantastique de 1 milliard et demi de marks, près de 2 milliards de francs; plus d’un tiers des produits fabriqués vont à l’étranger. La seule exportation des matières colorantes synthétiques dépasse 200 millions de marks dont 56 pour l’indigo. L’Allemagne fabrique à elle seule les trois quarts des matières colorantes produites dans le monde !
- Le haut degré de développement atteint par l’industrie chimique allemande n’a été révélé au grand public que lors de l’Exposition de Paris en 1900 ; ce fut pour nous une révélation douloureuse, car rien ne semblait prédestiner l’Allemagne au rôle de grande nation industrielle qu’elle joue maintenant, si bien qu’on a pu dire, avec quelque ironie mais non aussi sans quelque justesse, que cette exposition fut surtout le triomphe de l’industrie allemande et, en particulier, de son industrie chimique. Bien que depuis cette époque cette industrie ait continué à progresser à pas de géant, il est facile de voir cependant à certains signes qu’elle est bien près aujourd’hui de toucher à son apogée. Il a suffi d’une crise générale comme celle de 1908-1909 pour faire diminuer de beaucoup les exportations allemandes et en même temps les dividendes distribués aux actionnaires; or ces dividendes étaient allés constamment en croissant depuis 1897, date des premières statistiques générales bien faites. Ce point faible de l’industrie chimique allemande, comme de presque toutes les autres industries de l’Allemagne d’ailleurs, de dépendre de la faculté d’absorption des pays étrangers, est mis en évidence par le tableau suivant1.
- Le recul de 1908 par rapport à 1907 est considérable ; il est général et les dividendes sont inférieurs à ce qu’ils étaient en 1904, même pour une industrie aussi stable que celle des allumettes, même
- pour la fabrication des produits caoutchoutés, et bien que le développement pris par l’automobilisme ait été considérable partout.
- Déjà, depuis plusieurs années, des mesures à brève ou à longue échéance ont été prises dans les pays concurrents pour prévenir l’invasion des produits chimiques allemands et il n’est pas douteux que tôt ou tard elles conduiront au succès et cela malgré la vitesse acquise considérable de l’Allemagne, malgré son organisation commerciale formidable. On sait, en effet, très bien aujourd’hui ce qu’il faut faire pour réussir, et quelques pays possèdent même certains éléments du succès comme les richesses naturelles, les chutes d’eau, et aussi certaines qualités, qui manquent aux Allemands. Le déplacement d’une industrie aussi rémunératrice que la fabrication de certains produits chimiques est d’ailleurs extrêmement facile.
- La grande prépondérance de l’industrie chimique allemande a des causes multiples qui peuvent se ramener à deux : une excellente organisation, des circonstances favorables.
- Les circonstances favorables sont : 1° la possession des riches mines de sels potassiques et autres, de Stassfurt, qui a permis à l’Allemagne de s’affranchir de l’Angleterre pour les produits de la grande industrie chimique (acides minéraux, soude, chlorures décolorants, sels minéraux, engrais). Toutefois, cet affranchissement ne devint possible que lorsque le procédé Solvay pour la fabrication de la soude à l’ammoniaque, eût été inventé. Alors qu’en 1873, par l’ancien procédé Leblanc, l’Allemagne ne produisait encore que 52 000 tonnes de soude, dix ans plus tard, grâce au procédé Solvay, elle en produisait 115000 tonnes; en 1893, elle en fabriquait 210000 tonnes (dont 40000 seulement par le procédé Leblanc) et, à partir de 1884, elle en exportait; en 1908, elle en a vendu pour 6 millions et demi de francs, soit 62 000 tonnes;
- 2° La possession de richesses végétales et minérales variées qui ont permis de trouver sur le territoire national presque toutes les matières premières et les produits auxiliaires (Ilülfprodukte) nécessaires au développement parallèle de toutes les industries, chimiques. C’est ainsi que l’Allemagne, qui était autrefois tributaire de l’Angleterre pour les goudrons de houille, matière première de l’industrie des matières colorantes artificielles, a pu trouver
- 1. DIVIDENDES DISTRIBUÉS DANS LES DIFFÉRENTES INDUSTRIES CHIMIQUES EN ALLEMAGNE, DE 1901 A 1908
- 1904 1905 1906 1907 190S
- Grosso industrie chimique .... 8,66 8,92 9,25 8,75 8,11
- Produits pharmaceutiques et pho- 8,84
- tographiques 9,67 9,55 9,98 9,71
- Matières colorantes artiliciclles. . 11,68 15,54 16,72 17,07 11,49
- Explosifs 10,40 11,96 12,65 10,75 8,59
- Allumettes 5,21 5,82 5,85 5,54 5,20
- Produits en caoutchouc . . . 8,02 7,05 7,58 7,68 8,00
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- chez elle ,1a houille qui devait la lui fournir ; ce n’est point, il est vrai le goudron des usines à gaz qu’elle .emploie ainsi, mais celui qu’on retire dans la fabrication du coke métallurgique en récupérant les sous-produits. Toutefois, pour récupérer ces sous-produits il a fallu imaginer de toutes pièces les procédés 'd’extraction du benzol. Le développement considérable pris par son industrie métallur-
- industries chimiques font qu’elles se pénètrent l’une l’autre. Il en résulte que, dans son ensemble, l’industrie chimique présente un enchevêtrement extrême, tout à fait caractéristique et qu’on ne retrouve dans aucun autre pays. C’est cet enchevêtrement quasi-inextricable que montre le graphique de la figure 1 dû au professeur Dr. Ost, de Hanovre.
- Cet enchevêtrement est une grande force ; il favo-
- zjfoxœvr.aî. Produits marchands
- Fig. i. — Graphique montrant la connexion étroite des diverses industries chimiques allemandes.
- gique donne aujourd’hui à l’Allemagne un excédent de benzol qu’elle exporte en partie à l’état raffiné et qui est vendu comme combustible; il tend en effet de plus en plus à se substituer à l’essence de pétrole, qui devient rare et chère, dans les moteurs à explosion et notamment dans les moteurs d’automobiles. - i
- La possession de toutes ces matières premières ou auxiliaires et le développement pris par toutes ces
- rise l’association des intérêts, la constitution des syndicats, des trusts, les échanges de vues entre industries connexes, l’unité d’action soit pour faire des recherches, soit pour défendre des intérêts communs; il atténue les fluctuations de prix. Grâce à cette interdépendance, rien ne se perd : ce qui est le sous-produit d’une industrie devient la matière première d’une autre, qui à son tour joue le même rôle à l’égard d’une troisième, et ainsi de suite;
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- Fig. 2. — Vue d'ensemble des usines de Leverkusen (Anciens établissements Bayer et Cie).
- l’Allemagne est donc devenue le pays où triomphent les sous-produits, et comme c’est un pays pauvre, ses habitants, contraints à la parcimonie et habi-
- tués à tirer parti de tout, ont trouvé tout naturellement, dans l’industrie chimique, le moyen d’exercer des facultés d’économie acquises au cours
- Fig. 3. — Salle des pompes élévatoires des usines de Leverkusen des établissements Friedrich Bayer, und Ges.
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- 310 • L'INDUSTRIE CHIMIQUE ALLEMANDE
- des siècles. C’est là line des causes de leur succès.
- La bonne organisation de l’industrie allemande date de l’époque où Liebig, retournant en Allemagne, en 1827, après avoir séjourné trois ans en France, alors haut foyer de culture, crut utile d’y introduire ce qui, à son avis, faisait la supériorité de l’industrie chimique française à cette époque. En ce temps-là, en effet, nos grands savants, nos professeurs en Sorbonne, ne croyaient point déchoir en dirigeant des usines, et les chefs d’industrie ne croyaient pas être maladroits en ouvrant toutes grandes les portes de leurs usines à des savants comme Fourcroy, Yauque-lin, Gay-Lussac. C’est cette collaboration des savants et des industriels, des universités et des usines qui fait aujourd’hui la force de l’industrie chimique allemande. A vrai dire elle n’eût point donné de si bons résultats si les idées de Liebig n’avaient pas trouvé un terrain tout préparé dans la nation alle-niande. Les Allemands ont la soif des connaissances, le cTé.$ir de s’instruire en toutes choses, le culte du savoir et des sciences. Ils ont aussi, depuis 1871, un profond orgueil national et s’efforcent d’être supérieurs en tout aux autres nations.
- ; Le gouvernement, les savants, les industriels ont encouragé cet amour de l’étude, ce besoin de se perfectionner. Et, à tous les degrés, à tous les âges, dans toutes les situations -sociales, l’Allemand peut continuer à s’instruire.
- Aussi les instituts chimiques, les écoles techniques supérieures, d’où sortent tous les ans des légions d’excellents chimistes, sont-ils organisés pour que leurs élèves en sortent avec non seulement des connaissances théoriques et des aptitudes immédiatement utilisables dans l’industrie, mais encore avec le désir de continuer à s’instruire ; ce désir est satisfait par l’industriel qui laisse le plus souvent à ses chimistes toute latitude pour orienter leurs recherches dans telle direction qui leur plaît et qui met à leur disposition, non seulement son laboratoire avec toutes ses ressources, mais aussi une riche bibliothèque où ils trouvent tous les journaux spéciaux du monde entier pouvant les intéresser et les tenir au courant des progrès réalisés dans tous les pays.
- L’industriel allemand va plus loin : il a fort justement remarqué qu’une découverte enrichit généralement non pas celui qui la fait, mais celui qui l’applique et il a pensé qu’il avait tout intérêt à avoir connaissance le premier de ces découvertes, à les favoriser par conséquent chez ses employés et à donner à ceux-ci une bonne part des bénéfices qu’elles lui font réaliser.
- D’autre part, si l’industriel, dans un but de réclame, ne craint pas de placer un procédé ou un produit nouveau sous le patronage d’un grand savant, d’un professeur, celui-ci ne manifeste aucune susceptibilité à voir son nom servir de réclame, et à toucher des émoluments pour des travaux qu’il a vraiment faits. - ’ -•K—'-"
- C'’ësr'gfacé~à des "encouragements de" cette~sorte~ qu’ont été réalisés les plus beaux travaux de syn-
- thèse chimique et les plus difficiles problèmes de chimie industrielle des temps modernes, travaux dont la chimie allemande peut être fière : ce sont la synthèse de l’alizarine et de l’indigotine ; la fabrication de l’acide sulfurique par les procédés de contact; celle de l’acide azotique au moyen de l’azote atmosphérique. Ces recherches ont duré dans certains cas une dizaine d’années et ont coûté des sommes fabuleuses, des dizaines de millions. La synthèse du caoutchouc vient d’être trouvée au laboratoire, et il n’est pas douteux que, dans quelques années, elle sera réalisée dans l’industrie.
- Les qualités des chimistes allemands, patience, exactitude, esprit de recherche, orientation vers des problèmes d’intérêt pratique, expliquent pourquoi on les demande à l’étranger ; leur connaissance des langues étrangères fait aussi qu’ils y trouvent de très belles situations. C’est là tout bénéfice pour la mère-patrie, car l’expatrié ne manque pas d’introduire les procédés et les produits allemands dans le pays qu’il habite.
- La quantité de faits expérimentaux accumulés par les chimistes allemands est considérable; tout est noté et trouve application à son heure. Le cas s’est présenté plusieurs fois déjà, notamment pour des médicaments tirés de sous-produits considérés autrefois comme sans valeur. On nous citait aussi celui d’une grande maison de matières colorantes qui, depuis vingt ans, est en possession d’un procédé pour la fabrication economique d’une sorte de résine minérale tirée de sous-produits sans valeur. Cette résine entre aujourd’hui dans la fabrication d’un nouvel isolant électrique.
- Nous n’avons pas idée en France du nombre et de la nature des publications dont disposent les chimistes allemands; il y a des revues à la fois scientifiques, industrielles et commerciales, comme la ClieraiIter-Zeitung, qui paraissent plusieurs fois par semaine ; des revues spéciales de chimie appliquée, analytique, organique, minérale, colloïdale, d’électro-chimie, de chimie physique, d’appareils employés dans l’industrie chimique, etc. Toutes ces revues sont faites avec soin; elles se complètent et ne font pas double emploi. Chaque année en voit naître de nouvelles qui sont aussi prospères et aussi bien faites que leurs aînées."
- Leur succès s’explique : tout chimiste qui a fait une petite découverte, qui sait quelque chose de nouveau, ne manque pas de faire un long mémoire très détaillé sur ses travaux. Il en fait libéralement profiter les autres, mais comme les autres font de même, chacun tire profit de cette manière de faire.
- Ces articles, ces mémoires ont presque toujours un intérêt de nouveauté, car le chimiste allemand est érudit et ne slengage pas dans une voie sans s’être assuré de tout ce que ses prédécesseurs ont fait sur la même question. A ce titre encore, ces travaux de compilation sont extrêmement précieux car, faits avec science " et conscience, ils représentent une somme de connaissances et de travail considérable.
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- Cette organisation a abouti naturellement à une spécialisation assez étroite, quant à la nature des produits fabriqués, mais la méthode est la même :
- besoin et à très bas prix. Les réactifs purs pour analyse consommés en France sont pour la plupart fabriqués en Allemagne et plus d’un laboratoire
- Fig. 4. — Atelier d’empaquetage des produits pharmaceutiques à Leverkusen.
- l’industriel allemand fait grand et n’emploie pas les petits moyens ; c’est ainsi qu’il recourt aux procédés physiques (dissolution, fusion, distillation, etc.), bien plus qu’aux procédés chimiques pour les préparations et les épurations. Cela suppose des frais d’installation considérables en raison du matériel mis en œuvre, mais cela se traduit aussi par un prix de revient très bas du produit dès que le matériel est amorti; on comprend que, dans ces conditions, seules les grosses sociétés puissent réussir.
- Elles ne rencontrent d’ailleurs aucune difficulté pour se fonder, les capitaux allemands n’étant pas très.exigeants, et, comme tous les produits sont fabriqués en Allemagne, on y trouve tous ceux dont on a
- industriel français aurait intérêt à les en faire venir directement, surtout quand il s’agit de produits peu communs.
- C’est ainsi qu’à l’époque où tous les chimistes
- cherchaient à faire de nouveaux manchons incandescents, certains sels de terres rares furent obtenus par retour du courrier par un chimiste français qui s’était adressé en Allemagne. Il les avait trouvés tout simplement indiqués dans un catalogue rédige | en français, comme produits courants d’un grand marchand de produits chimiques allemand. Or, la meilleure maison similaire française à laquelle il s’était adressé tout d’abord, lui en demandait un prix fabuleux, n’en garantissait pas la pureté et
- Fig. 5. — Pompe centrifuge en grès pour liquides acides pouvant débiter jusqu’à 125 mètres cubes par heure et tournant à 1200 tours bar minute.
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- se réservait de les fournir dans un délai très long.
- Les figures 2, 3 et 4 donnent une idée de l’importance considérable des usines allemandes et de leur spécialisation étroite. Elles sont relatives aux seules usines de Leverkusen des « Fabriques de couleurs F. Bayer » (Farbenfabriken vormals Fried. Bayer und Ges.), mais qui en réalité fabriquent aussi les gros produits chimiques dont elles ont besoin et des produits pharmaceutiques. La Société a d’autres établissements : à Elberfeld et à Barmen. Elle occupe près de 8000 ouvriers ou employés parmi lesquels plus de 300 chimistes et près de 400 ingénieurs ou techniciens. La figure 5 représente les pompes élévatoi-res pour le seul service des eaux à Leverkusen, et la figure 4, l’atelier d’empaquetage des produits pharm aceuti-ques, qui ne sont que des sous-produits.
- L’organisation commerciale n’est pas moins parfaite que l’organisation scientifique et industrielle. Celles des usines allemandes ,qui ne sont point assez riches pour avoir leur propre représentant, s’associent pour en avoir un en commun. C’est ainsi que toutes sont représentées à l’étranger, en permanence dans les grandes villes, d’une façon temporaire dans les autres.
- Ces représentants, ces commis-voyageurs, sont aussi des savants et des hommes d’affaires habiles, ce sont tous des Allemands ; ils savent parfaitement la langue et le métier de leur clientèle ; ils leur indiquent la manière d’employer les nouveaux produits qu’on leur propose et, au besoin, mettent la main à la pâte. C’est grâce au concours de semblables, représentants que les matières colorantes allemandes sont employées presque partout par le plus petit teinturier.
- Les mesures législatives prises en France et en
- Angleterre pour encourager ou protéger l’industrie chimique nationale n’ont eu, n’ont et n’auront qu’un effet insignifiant : celui d’amener la création de succursales allemandes en France et en Angleterre ; mais ces succursales, malgré leur raison sociale, sont purement allemandes; capitaux, matières premières, matériel, procédés, personnel dirigeant, ouvriers et jusqu’aux manœuvres, tout y est Allemand.
- Depuis quelques années, quand une maison allemande lance un nouveau produit dont la consommation doit être mondiale, elle a soin, pour en
- dissimuler la nationalité, de lui donner une marque de fabrique, un nom à tournure internationale, titan, cyclone, continental, par exemple, et de créer des sociétés nationales dans chacun des pays de consommation.
- La libéralité et la générosité des grandes maisons allemandes sont d’ailleurs très grandes; elles distribuent sans compter les carnets d’échantillons d’étoffes teintes, de véritables traités de teinture; des échantillons copieux des matières colorantes elles-mêmes, non seulement à ceux qui les emploient, mais encore à ceux qui, à un titre quelconque, peuvent aider à propager la vente de leurs produits. C’est ainsi qu’un préparateur d’une grande école d’ingénieurs de Paris reçut un jour, sur la demande de quelques échantillons de couleurs, plusieurs envois représentant une dépense de plusieurs centaines de francs; le tout constituait un véritable petit musée bien ordonné, aux objets et produits parfaitement classés, présentés et étiquetés.
- De même qu’il y a des publications purement techniques, il y en a d’autres purement commerciales : tous les ans paraissent des livres d’adresses en cinq langues, pour l’Allemagne et ses clients, donnant tous les renseignements de nature à inté-
- Fig. 6. — Ventilateur en grès pour gaz ou vapeurs acides.
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- L’INDUSTRIE CHIMIQUE ALLEMANDE ........ ....... 313
- resser les fabricants, les agents, les consommateurs et les constructeurs des industries connexes.
- Ces industries connexes, créées de toutes pièces en Allemagne, et en Allemagne seulement, sont destinées à fournir le matériel spécial, approprié, qui convient aux industries chimiques. C’est en Allemagne que se fontles pompes, les ventilateurs, les conduites, les condenseurs, les colonnes d’absorption en grès ou en alliages inattaquables par les fluides acides (fig. 5 à 7), les appareils en platine, en quartz fondu, etc. On se montre, dans ces industries, d’une complaisance extraordinaire, et il suffit de poser un problème
- fait au Patentamt, de tous les brevets demandés, la garantie accordée par le gouvernement donnent de la valeur au brevet et sont une source de profits pour le pays si l’inventeur est allemand, parce qu’il ne cède les licences, le plus souvent, qu’à condition d’employer du matériel et des produits allemands. Pour la même raison, un grand nombre d’inventeurs étrangers recherchent le brevet allemand.
- Si l’invention est bonne et susceptible de donner de gros bénéfices, elle est de suite remarquée par les industriels allemands qui ne manquent pas de se mettre en rapport avec l’inventeur en vue de
- Ventilateur Pompe rotative Boulet- Crépine Pompes à piston Monte-acides
- soupape et tuyau
- d’aspiration
- Fig. 7. — Appareils en grès pour l’industrie chimique, construits par les Deutsche Ton und Steinzengwerke, de Charlottenburg.
- pour qu’immédiatement on en cherche la solution. Celle qu’on trouve est généralement bonne.
- Elle représente souvent une somme de travaux considérable, mais le constructeur a la quasi-certitude que les dépenses faites seront amorties rapidement par les bénéfices réalisés sur une quelconque des grandes fabrications qui en résultera pour lui. Le matériel construit par ces industries s’exporte aussi en grandes quantités.
- Enfin, la législation relative aux brevets d’invention compte pour beaucoup dans la prépondérance de l’industrie chimique allemande ; elle est excellente. L’examen préalable, très scrupuleux, qu’on
- s’assurer les bénéfices de son exploitation. Ils savent d’ailleurs au besoin faire appel aux capitaux étrangers s’il s’agit d’une grosse affaire. C’est un cas analogue qui s’est produit pour la fabrication des nitrates au moyen de l’azote atmosphérique par les procédés Birkeland et Eyde. Ce sont des maisons allemandes qui dirigent techniquement en Norvège les usines hydro-électro-chimiques qui fabriquent des nitrates, mais elles ont été montées avec des capitaux français. Et c’est ainsi que l’étranger, lui aussi, contribue à l’essor de l’industrie chimique allemande. Eugèïîe Lemaire.
- Ingénieur des Arts et Manufactures.
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- LA POTERIE DANS LA NIGÉRIE DU SUD
- Les hait photographies que nous donnons sur la page ci-contre n’apportent pas une contribution nouvelle aux connaissances générales acquises sur la technique primitive de la poterie. Mais elles constituent une belle démonstration par l’image d’un des procédés dominants de cette technique ; c’est pourquoi, grâce à l’obligeance de la revue anglaise Man et deM. N. W. Thomas, qui les y a d’abord publiées ‘, nous les mettons sous les yeux des lecteurs de La Nature.
- On admet généralement, depuis les travaux du bon technologiste ethnographe américain, Otis Tufton Mason2, résumés clairement sur ce point par M. J. Deniker3, qu’il y a trois grands types de la technique primitive de la poterie. Ce sont : l°le modelage à la main ; 2° le moulage ; 5° la fabrication par boudins.
- 11 n’est pas nécessaire de décrire les procédés du simple modelage, faciles à concevoir : ils appartiennent aux sociétés les plus basses par la civilisation matérielle. Par poterie de moulage, on entend le mode de fabrication qui consiste à fabriquer le pot d’argile par revêtement, soit intérieur, soit extérieur, d’un moule de même forme, qui est très généralement un panier ou un autre objet de vannerie : lorsque le revêtement argileux est achevé, on soumet tout l’ensemble à la cuisson, qui brûle le moule de vannerie et laisse subsister le pot d’argile. Cette pratique explique beaucoup de particularités de forme et de décor observées sur les poteries primitives, le fait, par exemple, que les vases présentent une section quadrangulaire et non pas, comme les nôtres, une section circulaire, le fait encore que l’ornementation linéaire des vases soit fréquemment un dessin en treillis, qui est tout simplement le contretype du treillis de la vannerie. Cela ne veut pas dire que tous les vases présentant ces caractères aient été obtenus par moulage sur vannerie : en fait, cette technique peut avoir depuis longtemps disparu, et que la routine continue à conserver la forme et le-décor qu’elle avait déterminés. Comme exemple de la technique par moulage on peut citer, d’après M. Deniker, la poterie iroquoise qui a été étudiée par Cushing. M. Deniker en donne également un exemple remarquable4 : c’est la poterie des Guayakis, chasseurs sauvages très arriérés qui sont cantonnés au nombre de quelques centaines entre le Parana et la chaîne centrale du Paraguay : elle consiste en paniers tressés, recouverts d’une couche de cire, qui les rend imperméables. C’est là soit une dérivation du procédé du moulage, soit, ce qui est peut-être plus probable, un type très primitif de ce procédé, représentatif d’un stade où le moule de vannerie n’était pas brûlé.
- 1. N. W. Thomas. Pottery-making of the Edo-speaking peoples, Southern Nigeria (Man. 1910, 53).
- 2. 0. T. Mason. Origins of inventions. Londres, 1895.
- 5. J. Deniker. Les races et les peuples de la terre. Paris, 1900, p. 183-185.
- 4. Deniker. Id., p. 650-651, note.
- La fabrication par boudins est extrêmement répandue. Les photographies de M. Thomas, empruntées aux populations de langue édo de la Nigérie du Sud (Binis et Oras) donnent une fort claire idée de ce procédé. L’opérateur — ou plutôt l’opératrice, car ici c’est une femme — a préparé son argile la veille en la broyant dans l’eau. Elle commence son travail en faisant de cette argile de gros boudins qu’elle dispose à côté d’elle sur un plateau, après quoi elle se met à l’œuvre. Elle fait d’abord une boule d’un de ces boudins, puis elle aplatit cette boule en disque, et elle étale ce disque peu à peu, de façon à lui faire épouser la forme intérieure d’un fragment de vase brisé, qu’elle tient entre ses jambes, la concavité tournée vers le haut (fig. 1). Cette première base étant établie, elle enroule peu à peu les boudins les uns à la suite et au-dessus des autres, de façon à faire peu à peu monter les flancs du vase, qui tourne naturellement sur la base de poterie ancienne pendant tout le cours du travail, et qui peut affecter ainsi une forme circulaire (fig. 2 à 6). L’ouvrière a soin, bien entendu, de mettre une épaisseur d’argile plus forte là où c’est nécessaire, au reploiement du col par exemple (fig. 6) ou aux parties qui doivent porter une décoration annulaire (fig. 5 et 5). Lorsque ^ l’œuvre est terminée, et que le dernier poli a été donné au vase en le frottant soit avec la main, soit avec une feuille humide, on le fait cuire sur un feu de bois (fig. 8).
- Cette technique, très simple, n'est pas particulière d’ailleurs à la Nigérie du Sud, puisque, à des différences secondaires près, sur lesquelles il n’y a pas à insister ici, elle est identique à celle que M. A. J. N. Tremearne décrit, également dans Man, à propos de la Nigérie du Nord1. Mais elle ne laisse pas, dans sa simplicité, de présenter au moins un trait remarquable : c’est la présence de cette poterie-support qui sert à l’ouvrière à asseoir sa première ébauche, et qui lui sert ensuite de support pendant toute la fabrication. M. Deniker signale, d’après Cushing, la même particularité chez les Zunis des Pueblos de l’Amérique du Nord, qui font également leur poterie par enroulement de boudins : ils commencent leur œuvre dans un petit panier en forme d’écuelle. Les Ouolofs du Bas-Sénégal, observés par M. Deniker, ont recours à un accessoire analogue. De même les Cafres disposent leur argile, pour commencer à édifier le vase en fabrication, sur un disque ou une écuelle de bois. Ces rapprochements conduisent à une conclusion qui n’est pas douteuse : c’est que le procédé de fabrication par boudins est un dérivé de la fabrication par moulage; dans ce sens la poteries-support de Nigérie, l’écuelle de bois des Cafres, le petit panier des Zunis, sont autant de survivances du moule primitif; dans le cas précis des Zunis, on n’a
- 1. A. J. N. Tremearne. Pottery in Northern Nigeria (Man. 1910, 57).
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- —................ LA POTERIE DANS
- pas seulement conservé la forme première du moule, mais sa matière même, puisque le support est un ouvrage de vannerie.
- Les stades de la fabrication d’un
- D’autre part, ce support, survivance du moule primitif, est en même temps un point d’appui sur lequel l’ouvrier fait lentement et peu à peu pivoter sa pièce au fur et à mesure qu’il la. construit.
- LA N1GÉR1E DU SUD ======= 315
- Comme l’ont fort bien remarqué Mason et M. Deni-ker, le système formé par les mains du potier et par le support constitue en somme la forme pre-
- pot d’argile en Nigérie méridionale.
- mière, le type le plus rudimentaire du tour. A strictement parler donc, on a commencé à tourner • la poterie aussitôt qu’on a cessé de la fabriquer par moulage. Jean-Paul Lafitte.
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- LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL SUR BALLONS DIRIGEABLES
- Pour la première fois, en France, aux dernières grandes manœuvres de Picardie, un ballon dirigeable a été muni de la télégraphie sans fil. Des essais semblables avaient déjà été réalisés en 1909
- allemandes : au moyen
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- aux grandes manœuvres d’un matériel pesant plusieurs centaines de kilogrammes, un dirigeable, type militaire Parseval, avait pu se tenir en communication constante avec l’état-major jusqu’à une distance de 50 km. Aussi, le correspondant militaire du Temps, M. Ré-ginald Kahn, écrivait-il en août 1910, dans les colonnes de notre confrère quotidien, que les ballons dirigeables allemands avaient sur les nôtres le grand avantage de posséder des postes de télégraphie sans fil, ce qui améliorait considérablement leur valeur comme organes d’exploration en campagne. Quelques semaines après la publication de cet article, les radio-télégraphistes français donnaient la mesure de leur science et montraient aux pays que nous possédions un matérielpour ballons dirigeables plus perfectionné que celui de nos voisins.
- Le matériel complet d’émission et de réception installé sur le Clé-ment-Bayard, pèse en effet 60 kg seulement et il a pu émettre constamment, pendant les ascensions, des radio-télégrammes qui ont été enregistrés très nettement à plus de 100 km de distance. Bien entendu, le poste récepteur d’un type ordinaire permettait de recevoir des communications émises par des stations ordinaires situées à des distances beaucoup plus grandes. L’installation d’un récepteur à bord d’un ballon ne présente d’ailleurs aucune difficulté et ne nécessite aucun dispositif spécial ; elle offre moins d’intérêt que l’émission, puisque le but est d’envoyer du bord des radio-télégrammes renseignant le commandement sur les positions ennemies, le fait de recevoir les réponses ou les ordres du
- ...—-OA
- commandement étant accessoire. Or, c’est précisément le montage d’un poste émetteur de portée suffisante, àbord du dirigeable, qui présente des difficultés sérieuses et même des dangers. Ces obstacles ont été surmontés grâce au commandant Ferrie', le savant
- chef de nos radio-télé-graphistes militaires et à l’appareil émetteur de la Société française radio-électrique.
- Tout d’aïjord, comme on se proposait d’établir un ensemble pouvant être installé immédiatement sur n’importe quel dirigeable et que, d’autre part, on limitait volontairement la puissance mise en jeu, il était naturel de prendre comme source d’énergie une batterie d’accumula-
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- tq
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- Fig. i. — Le poste de télégraphie sans fil du ballon dirigeable en position de transport. On remarquera les dimensions réduites de cette station dont la portée d’émission est cependant de ioo km.
- Fig. 2. — Schémas de la Disposition des appareils de télégraphie sans fil à bord d’un dirigeable. — A gauche, type « Clément-Bayard » : la « mise à la terre » de l’antenne est remplacée par la liaison à la carcasse métallique de la nacelle. — A droite, type « République », la « mise à la terre » est remplacée par un « contrepoids » métallique.
- teurs légers. Ceux montés sur le Bayard-Clé-ment étaient au nombre de dix pouvant fournir ainsi une tension de 20 volts, le régime de décharge ne dépassant pas 5 ampères. La source d’énergie étant ainsi définie, il était nécessaire pour exciter l’antenne d’employer une bobine de Ruhm-korff transformant le courant continu à basse tension
- fourni par la batterie en courant à haute tension, suivant le principe bien connu. D’un autre côté, la valeur maxima de cette haute tension était limitée afin d’éviter tout risque d’inflammation des fuites d’hydrogène du ballon au contact de l’antenne ou des fils accessoires. Pour pouvoir néanmoins utiliser avantageusement la puissance dont on disposait, on était donc amené tout naturellement à le nombre fourni à la
- augmenter
- d’étincelles (c’est-à-dire de décharges) seconde par la bobine de Ruhmkorff, en limitant leur longueur ; ceci ayant en outre comme grand avantage celui de permettre la production d’un son musical dans le téléphone du poste de réception1. Dans ces condi-
- 1. Voir La Nature, 25 juin 1910, page 56 et suiv., la description du système d’émission musicale avec alternateurs à résonance applicjué également par la Société radio-éleclriquc.
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- TÉLÉGRAPHIE SANS FIL SUR BALLONS DIRIGEABLES
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- tions, il fallait d’abord réaliser un interrupteur de courant capable de donner au moins 250 à 500 interruptions à la seconde, alors que les interrupteurs ordinaires de bobines, même les plus rapides, ne dépassent pas 100. En second lieu, toutes les étincelles (aussi bien celles servant à obtenir des décharges oscillantes que celles produites éventuellement aux divers r contacts servant à assurer le fonction- , nement, l’arrêt ou la mise en route du système) devaient se produire dans des enveloppes closes ou munies de regards avec toiles métalliques, suivant le principe classique des lampes de mineurs dites « de sûreté ». L’appareil essayé ’ sur le Clément-Bayard réalise complètement ce programme difficile. L’organe principal est l’interrupteur Y, breveté (S. G. D. G.) étudié par l’ingénieur J. Bethenod et le commandant Ferrie.
- disposé sur ce diapason interrompt périodiquement le courant lancé dans la bobine spéciale B dont on remarquera les faibles dimensions. Le vibrateur a pu réaliser jusqu’à 500 interruptions par seconde.
- Quand le vibrateur est en fonctionnement, il se
- Fig. 4. — Poste de télégraphie sans fil du ballon dirigeable Clément-Bayard. Poids total du poste : 60 kg. Vue du poste en fonctionnement. Portée diurne d'émission : 100 km. B, bobine spéciale; E, éclateur; M, manipulateur ; C, récepteur téléphonique.
- Il est désigné plus justement sous le nom de « vibrateur » et sa constitution est assez particulière; on peut le comparer, en somme, à un gros diapason dont les vibrations sont entretenues au moyen d’électroaimants et de contacts auxiliaires reliés par un circuit dérivé à la batterie d’accumulateurs. Un contact
- Fig. 3. — Poste de télégraphie sans fil du ballon dirigeable Clément-Bayard. Vue du poste, l’enveloppe de sûreté du vibrateur étant enlevée. Les appareils récepteurs sont dans l’intérieur de la boîte. B, bobine spéciale; C, commutateur pour passage de la réception à l’émission et vice versa; E, éclateur; Y, vibrateur mécanique à fréquence élevée.
- trouve complètement enfermé dans une boîte (visible sur la figure) qui possède sur une de ses faces un regard muni de toile métallique et servant à contrôler la marche de l’ensemble. Deux boutons de manœuvre situés de part et d’autre, sur les faces latérales de la boîte, servent l’un à la mise en route, l’autre à l’arrêt du vibrateur. Tous les contacts pouvant donner lieu à des étincelles de rupture sont donc ainsi localisés dans cette boîte.
- Quant à la fermeture du circuit de la bobine, c’est-à-dire à l’émission des signaux, elle est réglée par le télégraphiste au moyen d’un manipulateur très réduit M, la rupture du contact s’effectuant dans un godet (visible sur la figure) rempli de liquide isolant, pour prévenir encore tout danger.
- Le même souci a conduit à entourer l’éclateur à
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- haute tension E branché aux bornes secondaires de la bobine, d’une enveloppe cylindrique en verre maintenue entre deux plateaux métalliques munis également de regards d’aération avec toiles métalliques de sûreté.
- Enfin, un commutateur G permet de passer rapidement de la transmission à la réception ou vice versa.
- Telle est, dans ses grandes lignes, la constitution du poste d’émission expérimenté avec succès sur le Clémen t-Bayard.
- L’emploi d’une station radiotélégraphique de 100 km de portée à bord d’un ballon dirigeable, modifie complètement les conclusions généralement admises en France, relativement à l’emploi de ces engins à la guerre. Un dirigeable non muni de la télégraphie sans fil était obligé de revenir vers le quartier général pour fournir les renseignements qu’il possédait; or, on sait que la vitesse et la direction de marche d'un dirigeable sont trop incertaines pour que la transmission des résultats d’observation soit assurée, si elle est subordonnée aux circonstances de retour, surtout sur un théâtre d’opérations de guerre. Et même, si le dirigeable a la chance de regagner son hangar sans incident, les renseignements qu’il apporte ne sont connus du chef que tardivement, au moment où les dispositifs ennemis sont déjà changés. Ces inconvénients s’aggravent naturellement à mesure que la distance d’exploration s’accroît.
- Le même ballon, muni de la télégraphie sans fil, fait plus que doubler la sécurité de ses informations, et au lieu d’apporter l’histoire du passé, d’un passé récent, mais dont l’intérêt est cependant très diminué à cause de la mobilité des escadrons et batteries ou même bataillons, le dirigeable sans-filiste disperse instantanément Yactualité, c’est-à-dire l’élément le plus précieux désiré par le chef. Ajoutons que les renseignements acquis par ce moyen sur l’ennemi, même à grande distance, peuvent être facilement transmis en langage chiffré selon un
- ACADÉMIE I
- Séance du 10 octobre 1910. -
- Les limons glaciaires de la vallée de la Seine. — M. Douvillé a recherché l’origine du limon qui constitue la terre à brique très abondante dans les environs de Paris et dans le Nord de la France. C’est un produit d’inondation qui s’est déposé à la fin de la période glaciaire. A cette époque les vallées étaient entièrement creusées. Or le limon atteint la cote de 124 m. à Ville-juif et 180 m. à Rouen. Les inondations n’ont pu monter à ce niveau que si la vallée de la Seine était comblée par les glaces. Si l’on considère que, pendant la période glaciaire, la vallée du Rhône était comblée par les glaces, ainsi que le démontre l’existence de blocs erratiques alpins sur les hauteurs de la rive droite du Rhône, on est conduit à admettre aisément que la vallée de la Seine était également remplie par la glace. La neige couvrait alors les plateaux et la région était devenue inhabitable.
- code secret dont la clef peut changer souvent.
- Nous savons qu’on ne s’arrêtera pas en si beau chemin, et que nous verrons bientôt sur des dirigeables français des postes légers communiquant à 150 ou 200 km de distance. On comprend combien grande devient la valeur militaire d’un outil qui pourrait aller évoluer au-dessus de Carslruhc, Stutt-gard, et Mannheim et envoyer au fur et à mesure des renseignements sur les mouvements de concentration à nos stations de Toul, Epinal, Verdun.
- Malgré leur prix d’achat très élevé (600 à 650 000 fr.) et les difficultés de leur emploi, les ballons dirigeables munis de la télégraphie sans fil sont aussi indispensables à une armée que les services d’aviation, grâce à leur grand rayon d’information radiotélégraphique, à la commodité d’observation, à la possibilité de rester à peu près immobiles au-dessus des endroits intéressants, de dessiner, de photographier à l’aise, d’observer à plusieurs.... On a beaucoup dit que le prix d’un dirigeable était 25 fois plus élevé que celui d’un aéroplane, mais on a trop oublié d’ajouter que le prix d’entretien d’un seul aéroplane était équivalent à celui d’un dirigeable. Le meilleur moteur d’aviation ne peut guère tourner plus de 150 heures, après quoi sa carrière a pris fin. Les bris de matériel, l’usure rapide, le remplacement de pièces coûteuses... font que chaque aéroplane demandera annuellement 80000 fr. au budget pour son entretien. Fort heureusement, il est probable que ce chiffre s’affaiblira à mesure que la fabrication des moteurs et des appareils se perfectionnera.
- D’ailleurs, nous allons voir bientôt des aéroplanes militaires munis d’appareils radiotélégraphiques. Le premier poste français d’aéroplane a déjà subi ses essais à terre et a parfaitement fonctionné, bien que son poids soit seulement de 12 kilogrammes! Comme nous le disait un de nos aviateurs militaires les plus éminents « nous devons à ce prix, ou plutôt à ce poids minime, donner la parole à tous nos oiseaux mécaniques ». R. Villers.
- iS SCIENCES
- Présidence de M. E. Picard.
- Plus tard, à la fin de la période glaciaire, la fusion des neiges a produit des inondations qui ont eu pour conséquence un dépôt de limon sur les points atteints par l’eau. Dans le cailloutis à la base du limon, on trouve partout des silex taillés de formes très variées et presque toujours en bon état. Ce ne sont donc point des objets de rebut. Ce sont encore moins des objets perdus ; ils représentent en réalité l’outillage d’une civilisation locale disparue brusquement, car les populations de cette époque n’auraient pas abandonné volontairement leurs outils et [eurs armes représentant la meilleure partie de leur richesse. La disparition de ces populations ne peut être attribuée qu’à l’extension progressive des glaces et des neiges descendant à la fois des Vosges et du Massif Central. Les conditions de l’existence sont devenues de plus en plus précaires pour les habitants de la région, et ils
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- ~.... : LA CATACOMBE DE
- ont fini par succomber au froid et à la faim. Leurs
- dépouilles ont disparu, emportées par les courants, lors
- dés inondations. Seuls, les silex taillés, épars sur le sol,
- ont été incorporés ou cailloütis de la base du limon.
- Le blanc du chêne. — M.. Guignard présente une
- Note de M. Yillemin sur la maladie du chêne connue
- sous le nom de blanc du chêne ou oïdium du chêne.
- Cette maladie est apparue en 1907; elle s’est étendue en
- 1908 dans toute l’Europe et même dans l’Asie. Le vent
- en transporte facilement les spores à de grandes distances.
- Des hivers doux et pluvieux ont favorisé l’extension.
- Actuellement, en 1910, les ravages du blanc du chêne
- ° . %'
- CHAMPL1EU (OISE) ::::............. ......— 319
- paraissent en voie de pleine régression. On constate qu’un champignon s’attaque au mycélium du blanc du chêne.
- Les gaz des métaux. — M. Le Chatelier résume un travail de M. Charpy sur l’action catalytique des gaz inclus dans les métaux. Cette action est parfois considérable, par exemple, dans la cémentation. L’auteur a exécuté sur le carbone et l’oxyde de fer une série d’expériences dans lesquelles il a abaissé la'pression jusqu’à l’extrême limite.
- Décès. —: M. le Président annonce la mort de M. Mel-chior Treub correspondant de la section de botanique. M. Guignard remet une notice sur la vie et l’œuvre de ce savant. Cir. de Yilledeuil.
- LA CATACOMBE DE CH AMPLI EU (OISE)
- Au cours de l’anne'e 1909, une curieuse découverte archéologique a été faite à Champlieu (Oise), à la lisière sud de la forêt de Compiègne. Dans le petit jardin d’une modeste habitation récemment acquise par eux, M. et Mme Osselin ont trouvé un souterrain en partie naturel, en partie construit, qui présente réellement le plus haut intérêt. Un escalier assez large descend à une dizaine de mètres de profondeur, sous une voûte à trois aspects différents. D’abord elle est en petites pierres sèches, nullement taillées, mais préparées en minces claveaux, très habilement disposés pour former un beau plein cintre intérieur; puis, des arceaux à profil anguleux, et bien taillés au contraire, renforcent le plafond naturel formé par la roche calcaire; enfin cette roche elle-même constitue par places le toit naturel. Le toit aboutit à la crypte en belles pierres bien jointoyées que représente notre gravure. Au fond, un vide de plus grand diamètre est de nouveau dans le sol naturel : plafond et haut des côtés en roche du calcaire grossier parisien, partie inférieure et sol dans les sables fins et jaunes dits nummulitiques de Cuise ou du Soissonnais (niveau de Pierrefonds au point en question).
- Les particularités suivantes sont tout à fait remarquables : c’est à la suite de grands orages qu’un affaissement du sol aurait fait présumer l’existence d’une cavité qui fut découverte en effet dès le premier essai de fouille.
- Un couloir naturel dans le sable s’ouvre au fond de la crypte, avec un diamètre un peu supérieur au corps d’un homme.
- En plusieurs points du plafond calcaire, des cassures et crevasses d’aspect récent indiquent nettement que la roche a lléchipar suite du départ, de l’évidement des sables ; c’est l’effet d’une circulation d’eaux souterraines autrefois intense, et actuellement encore temporaire sans doute, qui a dû creuser là un réseau d’aqueducs naturels dont la suite des fouilles révélera certainement l’extension. D’ailleurs un niveau d’eau alimentant les sources des vallons voisins existe au sein même de ces sables.
- Parmi les objets très disparates déjà retrouvés, on remarque avec surprise des ossements d’Ursus spœleus, notamment une tête et un. bassin parfaitement conservés. L’animal n’a donc pu pénétrer ni
- être entraîné, que dans un vide existant déjà à l’époque pliocène.
- La présence, en ce point, d’une véritable caverne d’origine hydrologique est ainsi absolument certaine. Elle n’est pas pour surprendre les géologues, qui connaissent dans cette région et dans ces mêmes /terrains tertiaires les pertes et gouffres de la forêt : de Villers-Cotterets et de la rivière l’Authonne. Des phénomènes spéléologiques analogues se rencontrent aussi dans la forêt de la montagne de Reims (gouffres de Germaine, de Y'erzy, etc.).
- Passant aux considérations archéologiques, il faut noter ce qui suit :
- Le nouveau souterrain de Champlieu est absolument contigu aux ruines romaines bien connues (né et me s. ap. J.-C.), de ce nom, comprenant les restes de bains, d’un théâtre, d’un temple, d’un camp et de villas. On sait que 25 localités de la forêt de Compiègne ont fourni des vestiges de l’occupation romaine.
- Les parties construites du souterrain ont un caractère archaïque des plus nets.
- On y trouve, sur ou dans les murs, des niches qui, selon certains indices, dénoteraient peut-être la place de sarcophages ou sépultures qu’on va rechercher; une grande croix; un autel grossier en pierre ; une pierre creuse percée en dessous de trois trous qui pouvaient servir à la poser sur des pieds, peut être un bassin lustral ou baptistère (?) et surtout, gravés avec une pointe, de petits poissons d’une dizaine de centimètres, qui rappellent les figurations similaires, les e/Jjioq des catacombes chrétiennes de Rome. 11 est impossible aussi de ne pas se remémorer, à ce sujet (et sans suggérer d’ailleurs aucune hypothèse), ceux que MM. Car-tailhac et l’abbé Rreuil ont trouvé sur le sol argileux de la grotte de Niaux (Ariège), et qu’ils croient d’àge paléolithique. Enfin les déblais déjà effectués ont fourni des silex taillés, des poteries et urnes de diverses époques, des morceaux de sarcophage, des os, beaucoup de monnaies romaines, etc., etc.
- Quant à présent, il serait prématuré de dire si l’on a mis la main à Champlieu sur une chapelle mérovingienne ou sur un refuge secret de chrétiens à une époque de persécution romaine. La seconde hypothèse est la plus vraisemblable.
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- LA CATACOMBE DE CHAMPLIEU (OJSE)
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- Mais pour le moment, on ne saurait affirmer qu’une chose, c’est l’existence primitive de cavités naturelles, ultérieurement utilisées et aménagées, probablement à plusieurs époques différentes.
- Les heureux 'propriétaires de cette trouvaille ont jusqu’ici effectué toutes les fouilles avec leurs propres moyens et comptent les continuer : on ne peut que les encourager dans cette voie. Mais c’est ici l’occasion de rappeler ce que nous disions dans une récente note sur le service des fouilles en Belgique1. Il importerait au plus haut degré qu’en France, lorsqu’une trouvaille de l’importance de celle de Champlieu se produit, sa mise en œuvre ne fût pas laissée uniquement au bon vouloir, souvent
- qu’à tout prix il n’en fallait rien faire, reçut cette topique réponse : « C’est un architecte qui nous l’a conseillé : Mais c’est peut-être bien pour avoir les travaux! Et nous suivrons votre conseil. » Tout commentaire serait superflu!
- Le second projet était de continuer les fouilles dans le sable, en dessous du calcaire fendillé, pour aller à la recherche des autres galeries ou sépultures présumées ; si l’on ne prend pas la précaution de boiser la fouille, d’étayer l’avancement, bref d’évider le dessous de la roche avec la plus grande circonspection, des éboulements sont inévitables et de graves accidents assurés pour les travailleurs dans ce sous-sol, absolument dangereuxl. Là encore
- La Catacombe de Champlieu (Oise).
- trop inexpérimenté des propriétaires, même les mieux intentionnés : il faudrait que, sans léser aucunement les intérêts de ceux-ci, bien entendu, et, tout au contraire pour les sauvegarder, une aide compétente leur fût fournie pour continuer les fouilles avec une bonne méthode scientifique, un grand souci artistique et archéologique, et une sûre prudence technique.
- En l’espèce, le propriétaire nous avait manifesté deux intentions déplorables : la première était de revêtir de plâtre, pour la consolider, la voûte de pierres sèches qui couvre l’escalier de descente : notre objection que cela supprimerait désastreusement un caractère archaïque des plus curieux et
- 1. Yoy. n° 11)49, du 1er octobre 1910, p. 282.
- il a été pris bonne note de notre observation, mais dans quelle mesure effective en sera-t-il tenu compte?
- Bref, nul exemple ne saurait être mieux choisi que celui-ci pour affirmer une fois de plus qu’il appartient vraiment à l’administration des Beaux-Arts de prendre, en matière de fouilles archéologiques et préhistoriques, et sur l’exemple de la Belgique, de très sérieuses mesures de conservation et de protection.
- Le difficile sera de les assurer à la fois libérales et efficaces ! E. -A. Martel .
- 1. Dans les fouilles de grottes préhistoriques, les accidents dus aux imprudences de ce genre ont été fréquents, et il y a peu d’années encore un instituteur français a péri, écrasé par la chute d’un bloc sous lequel il avait trop témérairement creusé !
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiuiuî, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 1952.
- 22 OCTOBRE 1910.
- OUVERTURE DE LA LIGNE MÉTROPOLITAINE NORD=SUD DE PARIS
- Une nouvelle ligne métropolitaine électrique, traversant Paris du Nord au Sud, de Montmartre à Yaugirard, vient d’être ouverte à l’exploitation sur une grande partie de sa longueur, de la porte de Versailles à Notre-Dame-de-Lorette (voir plan ci-dessous). Le restant de la ligne principale, de Notre-Damc-de-Lorette à la place Jules-Joffrin, sera ouvert par tronçons d’ici un an environ. Une ligne secondaire qui part de la gare Saint-Lazare et gagne la porte de Saint-Ouen en passant par la Fourche (intersection des avenues Saint-Ouen et de Clichy)
- grandes profondeurs. Ce projet a été abandonné ensuite et elles ont été construites de la même manière que les lignes du Métropolitain, sous forme d’un tunnel à double voie, en maçonnerie, à voûte elliptique, construit à une faible profondeur sous terre, sauf dans la partie située sous la butte Montmartre, où des ascenseurs ont été imposés par le cahier des charges dans toutes les stations ayant des quais à plus de 12 m. au-dessous du sol. Contrairement à ce qui existe pour les lignes du Métropolitain, l’infrastructure des lignes du Nord-Sud a été
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- Lignes du. Nord. -Sud. . ProlengemtînLpréenc die Nord, - Sud,.
- PTE D’ORLEANS
- Plan de la nouvelle ligne métropolitaine Nord-Sud.
- sera ouverte dans un mois environ ; un embranchement qui part de la Fourche pour se rendre à la porte de Clichy sera om ert dans le milieu de l’année prochaine; enfin un prolongement sera probablement construit plus tard de la place Jules-Joffrin à la porte de la Chapelle. Cet ensemble de lignes, qui représente une longueur totale de 15 km, sans compter le prolongement de la Chapelle, appartient à une société distincte de la Compagnie du Métropolitain, mais qui a l’obligation d’accepter l’échange des voyageurs du Métropolitain, aux sept gares où les réseaux se croisent et où des passages ont été établis entre les stations des deux Compagnies.
- Les lignes Nord-Sud, dans l’esprit de leur promoteur, M. Berlier, devaient tout d’abord être établies sous formes de tubes métalliques posés à de
- 38° année. — a° semestre.
- établie par la Compagnie exploitante et à ses frais, moyennant une réduction dans la redevance payée à la Ville de Paris sur les recettes.
- Le Nord-Sud est alimenté, comme le Métropolitain, en courant continu à 600 volts, provenant de sous-stations convertisseuses recevant des courants triphasés à haute tension (10 000 à 15000 volts) de 2 usines centrales distinctes : l’usine de Saint-Denis de la Société d’électricité de Paris et l’usine d’Ivry de la Société générale de distribution d’électricité. Mais le réseau étant plus petit, les sous-stations ne sont qu’au nombre de 2 ; l’une a, située passage Tivoli près de la gare Saint-Lazare et l’autre b, impasse de l’Enfant-Jésus, non loin de la gare Montparnasse
- L’équipement électrique du Nord-Sud diffère
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- 322 ..LES PÂTES
- notablement de celui du Métropolitain, aussi bien pour le matériel roulant que pour la voie. Le circuit électrique de traction, au lieu d’être constitué simplement, comme au Métropolitain, par un rail conducteur isolé relié à un pôle positif à 600 volts des sous-stations et de la voie de roulement, jouant rôle de conducteur de retour au potentiel zéro de la terre, comporte un rail isolé relié à un pôle positif à H- 600 volts des sous-stations, et un fil aérien en cuivre non monté sur isolateurs relié à un pôle négatif à — 600 volts des sous-stations et enfin la voie de roulement reliée au potentiel zéro de la terre. Ce dispositif, qui forme ce qu’on appelle une distribution à 5 conducteurs et à 2 ponts, procure une grande économie dans la section des conducteurs, parce qu’elle équivaut à une distribution ordinaire à 2 fils à 1200 volts; il y a, en effet, une différence de potentiel de 1200 volts entre les 2 conducteurs de retour; en outre, le courant de retour passant par la voie et par suite les courants vagabonds se répandant dans le sol sont réduits fortement.
- L’équilibrage des 2 ponts ou répartition égale du courant pris sur les 2 ponts est réalisé d’une manière très simple : chaque train comprend 2 voitures motrices dont l’une est branchée entre le rail conducteur ou 5e rail et la voie, et l’autre entre le fil aérien ou fil de trolley et la voie, et comme ces 2 motrices sont commandées simultanément par le système à unités multiples Sprague, Thomson-Houston, elles absorbent presque exactement la même quantité de courant. Ce mode d’utilisation ne permettant pas de mettre plus de 2 voitures motrices par train (au Métropolitain, il y en a sou-
- LES PATES
- Les jolies sculptures de ce nom dont chacun a pu admirer les effets de coloration dans la masse qui ajoutent beaucoup à la valeur du modèle, ne sont guère connues que depuis une vingtaine d’années. La matière ne diffère pas d’ailleurs comme composition des verres coloriés de la gobeletterie, mais la méthode de travail est toute différente.
- Le verre moulé s’obtient en appliquant la matière chauffée jusqu’au point de fusion dans des matrices de forme convenable. On ne peut dans ce cas provoquer des effets de teintes qu’en décorant superficiellement après moulage, ou en gravant dans le verre formé de plusieurs couches différemment coloriées : c’est, de la sorte que le grand artiste nancéen, Gallé, obtenait de si jolis vases. Ce procédé, employé industriellement dans la plupart des usines, est connu depuis l’antiquité. Mais outre les verreries obtenues ainsi, on sut faire autrefois d’autres variétés de produits; les verres myrrhins, par exemple, dont les anciens parlaient avec enthousiasme, et dont Pline vante la « variété des couleurs qui circulent par plaques pourpres et blanches... les verres de feu qui passent en illuminant le pourpre et le blanc laiteux... »
- 11 n’existe actuellement aucun exemplaire connu de ces verres, de sorte qu’on ne peut affirmer que ce soient les premières « pâtes de verre », mais tout donne à le supposer. C’est par moulage à froid que s’obtiennent les vé-
- DE VERRE _ :..........................
- vent ô), chaque motrice a été pourvue de quatre moteurs de 125 chevaux, au lieu de deux.
- Le système de block-system du Nord-Sud présente avec celui du Métropolitain des différences importantes, dont la principale est qu’il comporte à l’entrée des stations un signal vert dit permissif, autorisant le train qui se présente à entrer en gare à une allure modérée dès que le train précédent a dépassé la gare d’une certaine quantité, tandis qu’au Métropolitain, si un train reste en panne avant d’avoir atteint une station, l’entrée de la gare quittée se trouve bloquée par un signal d’arrêt absolu ; le même phénomène se répercutant de proche en proche en arrière, tous les trains se trouvent arrêtés dans le souterrain ; le Nord-Sud estime avec raison préférable que les trains soient arretés dans les gares où ils peuvent débarquer leurs voyageurs.
- Le matériel roulant, pour lequel la Ville a imposé un gabarit identique à celui du Métropolitain, est composé de voitures à bogies analogues à celles des derniers types du Métropolitain. Toutefois, la ventilation y est mieux comprise : elle se fait par un lanterneau et par des ouvertures ménagées tout en haut des parois du véhicule, et qui se trouvent ainsi au-dessous des voyageurs, au lieu d’être au niveau de leur tête. Les trains comprendront, suivant l’importance de la ligne et du moment, une, deux, ou trois voitures de remorque comprises entre les voitures de tête et de queue, qui sont toujours motrices. Ces voitures motrices portent à la fois sur le côté du châssis des sabots destinés à la prise du courant sur le rail isolé et sur le toit en archet sur le fil de trolley.
- DE VERRE
- ritables pâtes, et leur inventeur —- ou le rénovateur des anciennes verreries myrrhines — est le sculpteur Henri Gros qui, en '1884, fit ainsi un médaillon de sa nièce en utilisant pour tout matériel le foyer de son poêle. Devant la beauté des résultats obtenus, il continua ses essais et devint, avec Dannnouse et quelques autres sculpteurs, un des maîtres du nouvel art.
- La matière de la « pâte » est du verre réduit en poudre à la façon habituelle, par chauffage et trempe brusque dans l’eau, puis parfois pulvérisation à la molette. L’artiste possède un choix de ces poudres provenant de verres différemment teintés : il les imbibe ou non d’agglutinants tels qu’une solution aqueuse de silicate de soude (verre soluble) ; puis, à l’aide d’une spatule de bois, il garnit le moule de façon à former des effets de dessin, de coloris et de teintes vues par transparence dans la masse translucide. Finalement, après séchage, on chauffe au moufle à une température telle que le verre atteigne juste le point de fusion, la chaleur restant insuffisante pour qu’il puisse y avoir mélange de diverses couches. On défourne et démoule après refroidissement lent.
- Les procédés industriels de fabrication de pâtes de verre (chryso-cérame, système Jonkergomv) ne diffèrent pas en principe de la méthode Cros ; mais les pièces sont fabriquées en séries, et les moules garnis de poudres déjà dosées et moulées par coloris. A. C.
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- LA LOCOMOTIVE SYSTÈME GARRATT
- Le réseau des chemins de fer de Tasmanie est à voie à écartement de 1,05 m., sauf sur une section de montagne où l’écartement de la voie est réduit à 0,60 m. et où on a dû admettre des rampes de 40 mm par mètre et des courbes de 50 m. de rayon.
- Comme la traction des trains sur cette li<me diffi-eue est à vapeur, on a du étudier un type de locomotive à la fois puissante et pouvant aisément circuler dans des courbes d’aussi faible rayon. C’est dans cet ordre d’idées que M. W. R. Deeble a fait construire par les établissements Beyer Peacok etCie, de Manchester, le type de locomotive représenté ligure ci-dessous et étudié par M. II. W. Garratt.
- Cette locomotive se compose d’une chaudière fixée à un bâti très robuste prenant appui, à chacune de ses extrémités, au moyen de pivots, sur un bogie.
- DES CHEMINS DE FER DE TASMANIE
- qui correspond à une surface de grille de 1,79 m2. Le cendrier est muni de portes latérales, et sa boîte à fumée d’une trémie permettant l’enlèvement du fraisil.
- Les cylindres haute pression ont un diamètre de 0,275 m. et ceux basse pression un diamètre de 0,405 m. La course commune des pistons est de 0,400 m. Les tiroirs cylindriques sont actionnés par une distribution Walschaerts, ceux pour les cylindres haute pression étant à admission intérieure et ceux pour les cylindres basse pression à admission extérieure.
- La vapeur prise par le régulateur au-dessus de la chaudière est amenée, au moyen d’un tuyau, au-dessus du centre du bogie postérieur où par un tuyau vertical, elle est conduite à un joint sphérique disposé immédiatement au-dessus du centre
- Locomotive, système Garratt, des chemins de fer de Tasmanie fonctionnant sur un réseau à voie de o m. 6o, avec rampe de 40 millimètres par mètre et courbe de 3o mètres de rayon.
- Ces bogies sur lesquels sont^ disposés les réservoirs d’eau et de charbon, reposent chacun sur deux essieux accouplés actionnés (le fonctionnement étant compound) pour le bogie, d’arrière par les cylindres haute pression et, pour le bogie d’avant, par les cylindres basse pression.
- Le poids de cette locomotive en service est de 00 tonnes également réparti entre les deux bogies, ce qui représente pour chaque essieu une charge de 8,26 tonnes. À vide, le poids de la locomotive est de 28 tonnes.
- Cette disposition a permis de donner à la chaudière une grande puissance de vaporisation et, en cas de réparations importantes soit de la chaudière, soit des bogies, par suite de leur indépendance, de remplacer l’une ou l’autre de ces parties constitutives de la machine sans immobiliser la locomotive.
- La chaudière, d’une longueur de 2,10 m. et d’un diamètre de 1,195 m., contient 170 tubes en laiton de 44 mm de diamètre extérieur. Le foyer a une longueur de 1,49 m. et une largeur de 1,20 m., ce |
- du bogie. A partir de ce joint sphérique les conduits se bifurquent et amènent la vapeur aux cylindres haute pression extérieures.
- La vapeur d’échappement de ces cylindres est amenée au moyen d’un tube en Y à un joint sphérique central d’où une longue conduite servant de réservoir intermédiaire la conduit vers le bogie antérieur à un joint sphérique d’où elle se rend aux deux cylindres extérieurs basse pression. De ces cylindres la vapeur d’échappement est amenée par une seule conduite à la tuyère d’échappement.
- Un robinet manœuvré par le mécanicien permet d’envoyer aux cylindres basse pression, soit la vapeur d’échappement des cylindres haute pression (fonctionnement compound), soit de la vapeur vive empruntée à la chaudière (fonctionnement à simple expansion). La locomotive est munie de freins pneumatiques, de freins à vapeur et de freins à main, et une sablière à vapeur permet d’envoyer un jet de sable sous chacune des roues de la locomotive.
- D' À. Guadejnwitz.
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- L’APPROVISIONNEMENT DE PARIS ET LES CHEMINS DE FER
- La solidarité sociale est stricte dans une grande ville. Chaque citoyen est tenu sous la dépendance de tous les autres par une division du travail poussée au plus haut degré, tous sont tributaires de l’extérieur où se produit tout ce qu’ils consomment. La coupure, même partielle, des voies d’accès à une cité telle que Paris pourrait faire craindre de graves conséquences. De ne plus recevoir de briques ou d’étoffes, on ne souffrirait pas immédiatement. On peut habiter de vieilles maisons, porter des vêtements usés. Mais il y a des objets dont la consomma-tion^ continue impose le renouvellement. Il nous faut chaque jour nous alimenter, alimenter les chaudières de nos usines électriques, de nos usines à gaz. Nous allons indiquer brièvement par quelques exemples comment Paris pourvoit en temps normal à ces besoins essentiels.
- Blé et farine. — Le pain est en France la base de l’alimentation. Pour approvisionner les boulangers parisiens, la province envoie chaque année à Paris un million de quintaux de blé et deux millions et demi de quintaux de farine (en 1909 : 1 095 957 et 2 591 466, soit environ 10 000 quintaux de blé et farine par jour). Pour ce transport, l’importance du réseau de l’Ouest est capitale. C’est par les voies de l’Ouest qu’arrivent près <du tiers des expéditions, plus d’un million de quintaux.'Par chacun des réseaux de Paris-Orléans, du Nord et de l’Est passent 5 à 600 000 quintaux. Le P.-L.-M. ne fournit guère plus de 250 000 quintaux, et l’ancien réseau de l’État n’arrivait pas à 100 000. Enfin les voies d’eau débarquent annuellement à Paris 100 000 quintaux de blé et 500 000 quintaux de farine. — Le graphique ci-dessus où les surfaces des cercles sont proportionnelles aux quantités
- PAR EAU
- (MORD
- 1S%
- OUEST
- 29%
- ORLEANS
- 17%
- Les arrivages de blé et farine à Paris.
- totales de blé et de farine transportées en 1909 par les divers réseaux illustre les chiffres que nous venons de donner.
- Viande. — En 1909, on a consommé à Paris environ 190 millions de kilogrammes de viande (soit 520 000 kg par jour). La presque totalité provenait des abattoirs de La Fillette et de Yaugirard : 145 millions ; 40 millions étaient arrivés des départements par chemin de fer, 5 de la banlieue et de la ville. C’est donc presque uniquement sous forme de bêtes sur pied que Paris s’approvisionne de viande. D’ailleurs, les abattoirs municipaux ne fournissent pas seulement Paris, il en sortit aussi en 1909
- 58 millions de viande à destination de l’extérieur. Les animaux abattus comprenaient 252 000 têtes de gros bétail, 294 000 veaux, 1 900 000 moutons et 459 000 porcs. Tous ces animaux sont généralement amenés à Paris par voie ferrée. Cependant le marché aux bestiaux de La Fillette, où près de la moitié des animaux exposés en vente sont destinés à l’extérieur de Paris, en reçoit un certain nombre par les portes de la rue d’Allemagne. Par cette voie passent 100 000 boeufs, 55 000 veaux, 1 200 000 moutons, 50 000 porcs. Ces chiffres ne comprennent pas seulement les animaux venant des fermes de la banlieue, mais encore les animaux venant des diverses gares de Paris et des environs autres que la gare de Paris-Bestiaux.
- Pommes de terre. — Le graphique que nous donnons ci-dessous indique la répartition par réseau des 900 000 quintaux de pommes de terre qui arrivent chaque année à
- NORD
- OUEST
- ETAT 2°/o .
- ORLÉANS
- P. L. M.
- Les arrivages de pommes de terre.
- Paris (916 595 en 1909). C’est encore l’Ouest qui arrive en tète, amenant à Paris 500 000 quintaux (554 000 en 1909 pour l’Ouest-État), suivi par le P.-L.-M. et l’Orléans qui transportent chacun plus de 200 000 quintaux (242 000 pour le P.-L.-M., 202 000 pour l’Orléans). Le réseau de l’Est, qui figurait en 1907 pour 210 000 quintaux, a vu son trafic baisser à 122 000 en 1908, à 79 000 en 1909. Le Nord envoie régulièrement un appoint de 60 000 quintaux, l’ancien réseau de l’État moins de 20 000.
- Sucre. — C’est dans le Nord de la France que se trouve groupée toute l’industrie sucrière. Aussi le réseau du Nord est-il à peu près le seul à alimenter Paris de sucre. Sur les 1 162 000 quintaux de sucre arrivés à Paris en 1909, 1 075 000 avaient été transportés sur les lignes de ce réseau, 50 000 par l’Est et 51 000 par l’Orléans. Il est à remarquer ici que la localisation géographique est telle que c’est toute la France que le réseau du Nord tient sous sa dépendance pour l’alimentation en sucre. Mais le sucre est une marchandise dont on peut avoir à l’avance de grands approvisionnements.
- Lait. — Le lait, tout au contraire, ne peut guère se conserver. Les arrivages doivent suivre de très près la consommation. Comme le montre le graphique ci-dessous, les réseaux se partagent le transport du lait à Paris presque exactement comme le transport du blé et de la farine. En 1909, sur lés 321 millions de litres arrivés à Paris, 127 venaient de l’Ouest-État (dont 16 envi-
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- LE MINERAI DE FER EN ALGÉRIE ET TUNISIE 325
- ron de l’ancien réseau de l’État, 56 du P.-L.-M., 50 de l’Orléans, 44 de l’Est et autant du Nord.
- NORD
- OUEST
- ETAT
- P.L.M.
- ORLEANS
- Les arrivages de lait.
- Combustibles minéraux. — Sans tenir compte du charbon brûlé par les Compagnies de chemins de fer
- NORD
- 2 2°/o
- OUEST
- PAR EAU
- 67 °/o
- Les arrivages de houille à Paris.
- d’intérêt général, le département de la Seine consomme annuellement quatre millions et demi de tonnes de com-
- bustibles minéraux. Le bassin houiller du Nord et du Pas-de-Calais fournit à lui seul 2 600 000 tonnes, 1 100 000 tonnes sont importées d’Angleterre, 700 000 de Belgique, 100 000 d’Allemagne. C’est par les canaux qu’arrivent les deux tiers de ces quantités. Le reste est transporté par le réseau du Nord qui amène du bassin de Valenciennes et de Belgique un million de tonnes, et par le réseau de l’Ouest sur lequel passent 500 000 tonnes de charbon anglais.
- Une étude-semblable faite pour chaque denrée lasserait vite le lecteur le plus patient. Aux exemples précédents nous ajouterons seulement quelques chiffres globaux relatifs à l’alimentation parisienne : A côté des 100 millions de kilogrammes de viande consommés
- ANGLETERRE 24% ,
- BELGIQUE
- 16°/o
- iLLEIYIAGNF
- BASSIN DU NORD
- 57 °/o
- Schéma montrant la contribution des bassins houillers dans l’approvisionnement de Paris.
- annuellement, il faut placer 50 millions de kilogrammes de volaille et gibier, et 4 millions de kilogrammes de poissons. Nous avons parlé de 521 millions de litres de lait, mais Paris consomme aussi 25 millions de kg de beurre, 57 millions de kg d’œufs, 9 millions de kg de fromage, 22 millions de kg de sel. — Pour la boisson, il faut introduire chaque année à Paris 6 millions et demi d’hectolitres de vin et 100 000 hectolitres d’eau-de-vie et liqueur. Tout cela, Paris doit le recevoir des départements, le recevoir régulièrement, et le recevoir vite. A la population actuelle de Paris un service parfaitement sûr et stable de communications par voie ferrée est indispensable. Marcel Lenoir.
- LES RESSOURCES DE L’ALGÉRIE ET DE LA TUNISIE
- EN MINERAI DE FER
- Si les gisements de fer de France que nous avons passés rapidement en revue dans un précédent article sont, par rapport à ceux que l’on connaît à l’heure actuelle dans nos diverses possessions coloniales, d’une importance tout îi fait prépondérante, il ne faudrait pas croire pourtant que l’on n’ait pas à considérer ces derniers à propos de l’approvisionnement en matières premières des usines sidérurgiques; seuls dans nos colonies sont exploités aujourd’hui, ceux qui se trouvent dans le Nord de l’Afrique, en Algérie et en Tunisie et l’enquête générale faite au Congrès de Stockholm sur les ressources mondiales en minerais de fer, ne devait pas les laisser de côté.
- Des deux régions indiquées, l’une, l’Algérie a fourni depuis de nombreuses années des quantités annuelles de minerais supérieures à 500000 tonnes; en 1907 et 1908, on a même dépassé 900 000 tonnes avec le maximum en 1907 de 970 000; la Tunisie, où l’exploitation ne fait que commencer, arrivera d’ici peu d’années à un total analogue.
- Si nous nous occupons d’abord de l’Algérie, nous pouvons citer comme gisements les plus importants en allant de l’Ouest à l’Est, Rar-el-Maden et Beni-Saf non loin d’Oran, Kristel, Ténès, Temoulga, Rouina, Zaccar entre Oran et Alger, Timezrit, Marouania près de Bougie et de Bône, pour ceux exploités, et l’Ouenza et Bou-lvadra parmi ceux reconnus, mais non encore mis en œuvre.
- Le plus gros producteur est maintenant1 Beni-Saf qui donne en moyenne en ces quatre dernières années 400 000 tonnes annuellement d’une hématite rouge associée à des calcaires d’àge encore un peu incertain au point de vue géologique, et répartie en une série d’amas plus ou moins considérables. Comme la plupart des minerais que nous aurons à décrire en Algérie et en Tuni-
- 1. Toutes les données sont arrêtées avec les chiffres officiels de production connus à l’heure actuelle par les dernières statistiques parues en 1908.
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- 326 —— — LE MINERAI DE FER EN ALGÉRIE ET TUNISIE
- sie, le minerai cle Beni-Saf est de teneur assez élevée en fer (58 pour 100 au minimum), et ne contient que des traces de soufre et de phosphore; c’est donc dire que l’on a affaire à des produits tout à fait convenables pour les fontes Bessemer acides. Les principales lentilles ou amas exploités à Beni-Saf sont désignés sous les noms de Baroud, Bou Hamedi, Sidi Brahim, Dar Rih et Camerata. Le gisement est possédé par la Société bien connue de Mokta-el-IIadid dont le siège primitif d’exploitation en Algérie, celui de Mokta, est aujourd’hui épuisé.
- A cette même société appartient encore le gîte de Ténès ou du Djebel Iladid, où l’exploitation, commencée en 1907, a donné près de 100 000 tonnes par an; ce dernier gisement est relié au port d’embarquement de Ténè> par un câble aérien, tandis qu’à Beni-Saf les minerais, par une ligne à voie étroite de quelques kilomètres seulement de longueur, se rendent aux appontements. Le gisement de Ténès est malheureusement déjà épuisé.
- Comme importance après Beni-Saf, vient Zaccar (120 000 tonnes) à 9 km de la ligne d’Oran à Alger à laquelle la relie un petit embranchement à voie étroite de 9 km : sur cette même ligne d’Alger à Oran, sont à des distances au maximum de 5 km, les deux autres gîtes de Témoulga et de Rouina produisant environ par an 60 000 à 70 000 tonnes. Les minerais sont pour ces gisements et pour celui de Ténès également, des hématites tenant de 48 à 56 de fer, pauvres en soufre et en phosphore, sauf dans celui de Rouina où l’on fait deux catégories de minerais, des purs à 0,01 et des phosphoreux à 0,05 de phosphore. Se présentant également.comme les précédents en amas dans les calcaires, nous pouvons citer Timezrit, sur la ligne de Bougie à Alger (40 000 tonnes environ) et Rar-el-Maden (30 000) à l’Ouest de Beni-Saf sur la frontière marocaine : pourtant dans ce dernier cas, le gisement est un peu différent au point de vue géologique, car il se trouve exactement au contact de calcaire et de schiste. Rar-el-Maden a son port particulier d’embarquement auquel le relie un câble de 7 km : le minerai se rapproche assez de celui de Beni-Saf comme composition, mais avec cette particularité qu’une partie du fer, pouvant aller à 6 pour 100, est remplacée par du manganèse.
- Marouania près de Bône est une mine encore récente qui donne 80 000 tonnes par an d’hématite pure et riche se présentant toujours comme amas dans les calcaires. Quant à Kristel, c’est une mine de même formation géologique, à teneur un peu plus faible, environ 45 de fer, mais à gangue calcaire, tandis que dans les minerais antérieurs la silice dominait dans la gangue.
- Enfin, nous pouvons aussi signaler, par suite de sa particularité de donner un minerai oxydulé, Ain-Oudrer qui se présente en poches dans des schistes anciens et fournit par an 40 000 tonnes d’un produit à 50-55 pour 100 de fer.
- A côté de ces mines en exploitation, existent un certain nombre de gisements reconnus et dont la mise en valeur ne paraît pas devoir tarder. Parmi eux, les deux
- plus célèbres sont ceux de l’Ouenza et de Bou Kadra : l’Ouenza, qui est le plus important, est situé à quelques 200 km au Sud de Bône ; il paraît contenir, d’après les dernières estimations, une quantité de 40 000 000 de tonnes d’une hématite pure en soufre et en phosphore, où la teneur en fer atteint 58 pour 100 et celle en manganèse 1,5 en moyenne, hématite répartie en plusieurs amas dont le plus considérable est celui de Sainte-Barbe. Le Bou-Kadra se présente dans des conditions analogues, mais sans avoir un tonnage aussi considérable ; il est situé un peu au Sud du précédent.
- En Tunisie, l’extraction des minerais de fer n’a pas été très importante jusqu’ici par suite du manque de voies ferrées permettant de transporter les minerais jusqu’aux ports d’embarquement. Mais la construction d’un réseau de chemins de fer met successivement, les unes après les autres, les mines de fer en état d’èlre exploi-lées et, par suite des contrats passés entre les concessionnaires et l’administration, on peut compter que d’ici environ trois ans, un million de tonnes seront extraites annuellement du sol tunisien.
- Les régions de la Tunisie les plus importantes à signaler sont celles du Djcbel-DWissa, de Nebeur et des Nefzas.
- La première, située à 200 km en ligne droite à TOuest-Sud-Ouest de Tunis, presque sur la frontière algérienne, comprend, comme gîtes, ceux du Djebel-Djerissa proprement dit, du Djebel-Slata et du Djebel-IIameima, tous reliés par des embranchements à la ligne du Kalaat-es-Senam à Tunis. Le Djerissa, dont l’exploitation a commencé en 1908, avait déjà expédié en cette année 60 000 tonnes au port de Tunis, la Goulettc ; les exportations atteindront bientôt 400 000 tonnes par an d’une hématite titrant de 55 à 65 pour 100 de phosphore et 2 à 5 pour 100 de manganèse. Au Slata et à l’Hameima,: les teneurs sont de 58 à 59 de fer et de 1 à 1,7 de manganèse; tous ces gisements sont purs en soufre et en phosphore, sauf à l’Hameima où ces deux éléments sont en proportion plus notable. Les estimations du service des mines de la Régence de Tunis attribuent respectivement des contenances de 16, 4 et 8 millions de tonnes au Djerissa, au Slata et à l’Hameima. Le Slata et l’Hameima paraissent devoir expédier par an chacun 200 000 tonnes.
- Tandis que les formations ferrugineuses affectent, dans ces trois giseûients tunisiens, la forme habituelle d’amas dans les calcaires, à Nebeur on a affaire à une série de sept couches, réparties sur une hauteur verticale de 75 m., d’une hématite manganésée à 50-52 pour 100 de phosphore et 5 à 5 de manganèse; la contenance du gisement est estimée à 4 à 5 millions de tonnes dont 120 000 tonnes au minimum par an doivent être transportées par Bizerle, après l’ouverture prochaine au trafic de la ligne de Nebeur à Mateur (point sur la ligne de Tunis à Bizerte) ; de la mine au port, il y a environ 170 km cle voie ferrée dans une direction Nord-Est.
- Enfin, le gisement de Kroumirie ou des Nefzas contient deux séries de minerais : la première série com-
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- Carie des gisements de jer algériens et tunisiens.
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- LE MAGNÉTISME ET LES TACHES SOLAIRES ======= 327
- prend ceux des Nefzas proprement dits, succession do lambeaux minéralisés paraissant tenir au total 5 millions de tonnes d’une hématite ou d’une oligiste, toujours un peu arsenicale, mais sans soufre ni phosphore appréciables, dont la richesse en fer atteint 50 à 60 pour 100, dont celle en manganèse varie jusque 2 et 5 pour 100, et dont 500 000 tonnes par an seraient extraites à partir de 1911 après l’ouverture au trafic de la ligne de Tabarka à Bizerte par Mateur; la seconde série comprend la concession du Chouchet-ed-Douaria à 80 km de Bizerte seulement et sur la même ligne, tandis que les Nefzas proprement dits en sont distants de 95 à 100; le minerai y est un mélange d’hématite rouge et brune manganési-fère, titrant de 54 à 56 pour 100 de métal : 200000 tonnes
- par an paraissent devoir en être extraites après ouverture de la ligne précitée; la contenance est au minimum de 7 000 000 de tonnes.
- Les estimations précédentes donnent un total de minerais reconnus en Tunisie de 40 millions de tonnes environ. Si on y ajoute les quantités existantes en Algérie, tant dans les mines en exploitation que dans celles seulement reconnues par des travaux de recherche, on arrive à un total général de 125 millions de tonnes de minerais extractibles, dont la grande majorité à haute teneur en fer et à grande pureté en soufre et en phosphore, comme représentant les ressources de nos possessions du Nord de l’Afrique. p ]yTIC0U)
- Ingénieur au Corps des Mines,
- LE MAGNETISME ET LES TACHES SOLAIRES
- D’après les travaux de M. G. E. Haie
- Quand le spectrohéliographe commença à être méthodiquement appliqué aux recherches solaires, en 1892, par M. H. Deslandres, à l’Observatoire de Meudon et en même temps par M. Haie, à Chicago,
- une photographie due aux procédés ordinaires, on constate que nos yeux — malgré l’aide du télescope
- Fig. i et 2. — Nuages de calcium de la chromosphère solaire, dans le voisinage des taches. (Photographies spectrohéliographiques obtenues par M. Haie, à l’Observatoire du Mont-Wilson).
- les premières images monochromatiques du Soleil lurent obtenues avec les lignes H2 et K du calcium1. Si l’on compare une de ces images avec un dessin ou
- 1. Bulletin de la Société astronomique de France, juillet 1898, p. 506.
- — ne voient pas du tout le Soleil tel qu’il est en réalité1. On remarque que la chromosphère est parsemée de nuages incandescents, produits vrai-
- 4. Bulletin de la Société astronomique de France, octobre 1905, p. 460.
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- semblablement par les vapeurs du calcium qui flottent dans l’atmosphère solaire, à plusieurs milliers de kilomètres de hauteur, principalement au-dessus des taches et des facules. Les contours de ces nuages, qui ont reçu le nom de « floc-culi »;de calcium, rappellent ceux des cumuli de notre propre atmosphère et changent très rapidement de formes
- Toutefois, ni les épreuves spec-trohélio graphiques prises. pâr l’éminent directeur de l’Observatoire de Meu-don, II. Deslan-dres, avec la raie K, ni celles obtenues par Ilale avec la raie II2 du calcium, n’avaient révélé une rotation bien nette soit dans les floceuli, soit dans les taches ou les facules.
- En 1905, furent photographiés pour la première fois les nuages ou « floceuli » d’hydrogène qui, depuis, ont été souvent enregistrés avec les lignes
- champ magnétique et suggère l’idée que quelque puissante force de cet ordre doit agir Là. Un peu plus tard, en 1908, la ligne Iloc de l’hydrogène a,
- pour la première fois, été appliquée à la photographie des « floceuli » au Mont Wilson. Les clichés résultant de cette méthode indiquent une structure nettement cyclonique des taches. Des photographies prises à la fin de mai et au commencement de juin 1908 furent particulièrement caractéristiques à cet égard. Dans cette période, on vit un grand flocculus d’hydrogène sombre s’avancer vers le bord du tourbillon d’une tache, à une vitesse moyenne de 100 km par seconde, comme s’il subissait l’attraction de ce tourbillon, et s’engouffrer vers son centre. Ce curieux phénomène ouvrit de nouveaux horizons à M. Haie. Partant de la célèbre expérience de Rowland,
- Fig. 3. — Photographie du Soleil montrant les nuages ou « floceuli » de calcium, invisibles par l’observation directe.
- Fig. 4. — Tache solaire et floceuli d’hydrogène (IF). (Photographie prise par M. Haie, le 29 mai 1908). Diamètre du Soleil: om,3o.
- Fig. 5. — La même tache photographiée le 2 juin 1908, indiquant un mouvement tourbillonnaire et les transformations qui en résultent.
- H6, Hy ou HS de l’hydrogène. Sur ces épreuves spec-trohéliographiques, l’aspect de certaines images fait songer à la distribution de la limaille de fer dans un
- d’après laquelle le mouvement tourbillonnaire de corps électrisés doit nécessairement produire un champ magnétique dont les lignes de force sont parallèles à
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- LE MAGNÉTISME ET LES TACHES SOLAIRES === 329
- l’axe de la spirale, son étendue étant proportionnelle à la vitesse du tourbillon, au diamètre de celui-ci et à la tension électrique, le savant directeur de l’Ob-
- On se souvient qu’en 1896, le professeur Zeeman observant dans un grand spectroscope les deux raies jaunes du sodium dans une flamme brûlant entre les
- Fig. 6 et 7. — Photographies d’une région solaire, montrant le mouvement d’un flocculûs d’hydrogène vers Une tache.
- servatoire du Mont Wilson en vint à se demander si les cyclones solaires ne devaient pas, eux aussi, donner naissance à des champs magnétiques. De fait, si une quantité suffisante de particules électrisées étaient animées de mouvements tourbillonnaires dans les taches, il en résulterait fatalement un champ magnétique.
- Or, nous avons tout lieu de penser que la matière solaire est fortement électrisée. Les tourbillons solaires étant reconnus, enregistrés par la photographie, il n’y avait qu’un pas à faire pour admettre l’existence de champs magnétiques dans le Soleil.
- Mais comment vérifier cette hypothèse ?
- Seul, l’effet de Zeeman peut nous fournir une preuve expérimentale, et en cette circonstance M. Haie a triomphé, puisqu’il lui a été donné de démontrer le rôle prépondérant que peut jouer le laboratoire auprès de l’observatoire.
- pôles d’un gros électro-aimant, découvrit que, dans la direction des lignes de force, chaque raie- se dédoublait. L’expérience renouvelée permit de déterminer que la distance des deux composantes est proportionnelle à l’intensité du champ magnétique et au carré de la longueur d’onde. Enfin, ce qui distingue Ces doublets des lignes, doubles produites par d’autres phénomènes connus, c’est que les lumières des deux composantes sont polarisées circulairenient, mais en sens inverse. Par conséquent, si nous rencontrons dans le spectre d’une substance quelconque un doublet qui nous paraît provenir d’un champ magnétique, cette origine sera décelée par la polarisation circulaire et inverse. Ces déductions, appliquées aux taches solaires, ont été couronnées de succès. En disposant devant la fente d’un puissant spectroscope, un nicol et un rumb de Fresnel, M. Ilale a constaté
- Fig. 8. — Doublet et triplet correspondant aux lignes du fer, dans deux spectres de taches solaires, montrant des champs magnétiques de 2900 et 4800 gauss.
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- qu’en tournant le nicol de 90°, les raies semblaient changer de position.
- Les mesures des déplacements comparés à ceux observés dans les expériences effectuées au laboratoire de Pasadena par M. King, ont montré que l’intensité magnétique varie dans les taches solaires, de 2900 à 4500 gauss.
- Dans son rapport annuel pour l’année 1909, M. Haie conclut que de grands phénomènes électriques et magnétiques jouent certainement un rôle considérable dans’le Soleil.
- Dans le spectre des taches, la plupart des raies de Fraunhofer sont élargies, quelques-unes sont transformées en doublets (incomplètement résolues en quadruplets) et plusieurs en triplets. En ce cas, la composante centrale du triplet est polarisée
- en surface plane, les deux autres sont polarisées elliptiquement. Et il ajoute en terminant que, dans l’état actuel de nos connaissances, de pareils champs magnétiques ne peuvent s’expliquer que par un mouvement tourbillonnaire très rapide de corpuscules électrisés, d’où il suit que les taches solaires doivent être des tourbillons électriques.
- On conçoit l’importance de cette admirable découverte qui est peut-être un premier pas vers l’acheminement de nouvelles vérités qui, dans l’avenir, annihileront nos plus belles théories actuelles, et seront, relativement à celles-ci, ce que les découvertes de Galilée, de Newton et de Ké-pler, ont été par rapport à l’astronomie d’Hipparque ou de Ptolémée.
- G. Rexaudot.
- vs
- Fig. g. — Tourbillons solaires photographiés. La tache et les Jlocculi d’hydrogène visibles en bas de cette figure, vers la droite, sont animés d’un mouvement tourbillonnaire en sens inverse de celui de la tache et des nuages d’hydrogène situés au-dessus et à gauche.
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- Nous ne rappellerons que pour mémoire l’importance considérable que le caoutchouc a prise depuis quelques années dans l’industrie. Qu’on lui conserve ses propriétés élastiques (enveloppes de ballons, pneumatiques d’automobiles, instruments de chirurgie, etc.), ou qu’on le transforme par des procédés chimiques en éhonite, vulcanite, etc., ses applications industrielles, déjà innombrables, se multiplient d’année en année. N’a-t-on pas proposé un jour de le substituer au macadam et à l’asphalte pour l’entretien des routes?
- Au cours de l’année 1910, le rôle joué par cette substance a amené la spéculation à se jeter sur elle. On a vu alors un mouvement de cours tout à fait inusité. En 1908, la livre de Para se vendait 3 fr. 40 sur le marché de Londres. En janvier 1909, elle était à 9 fr. 45. Trois mois plus tard, elle atteignait le prix de 15 fr. 45. Une telle hausse constituait un phénomène presque sans précédents dans les annales du commerce, et les mouvements de fonds qu’elle a entraînés ont revêtu, dans certains cas, un caractère extraordinaire. Nous n’en citerons qu’un : celui d’un petit rentier qui avait acheté en 1906 pour 12 500 francs d’actions d’une plantation de caoutchouc de Birmanie, et qui les revendit en mars dernier pour 8 millions de francs! Mais la réaction, fatale en pareil cas, n’a pas tardé à se faire
- sentir, et actuellement, la livre est retombée à 7 fr. 50, après avoir été sensiblement plus bas.
- Malgré le rôle prépondérant de la spéculation dans ce mouvement, il n’en est pas moins vrai que les exigences toujours croissantes de l’industrie y ont contribué de leur côté. Quoiqu’il ait été créé de nombreuses plantations dans diverses contrées tropicales, au Mexique, en Amérique Centrale, au Brésil même, mais surtout dans les colonies britanniques asiatiques (Indes, Birmanie, Malacca), la récolte brésilienne, qui constitue 54,3 pour 100 de la production mondiale, exerce une influence considérable sur les cours. Qu’elle soit en déficit de plusieurs milliers de tonnes, et c’en est assez pour provoquer une hausse sur les marchés d’Europe et d’Amérique.
- En consacrant une étude au caoutchouc (corruption française d’un mot indien), nous accorderons donc une attention toute spéciale à celui que produit la grande République sud-américaine. Il est fourni par le latex de diverses essences, qui abondent dans le vaste bassin de l’Amazone, et dont les principales appartiennent au genre hevea, de la famille des euphorbiacées. Les heveas (que les indigènes appellent des seringueiras) sont de beaux arbres de 25 à 30 mètres de haut, avéc un diamètre qui peut atteindre à la base 2 m. 50. Le tronc s’élève droit
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- et dénudé jusqu’aux deux tiers de la hauteur, et la frondaison qui le couronne est plutôt mesquine. Cette circonstance semble favoriser la récolte, car le latex, le plus riche en carbures d’hydrogène, s’accumule dans la partie inférieure du tronc, jusqu’à une hauteur d’environ 2 mètres.
- Ces heveas produisent la qualité la plus estimée, connue commercialement sous le nom de Para, qui est celui de la province brésilienne qui en récolte la plus grande quantité. Mentionnons rapidement les autres essences qui jouent un rôle important dans l’exportation. C’est d’abord une autre euphor-biacée, le Micrandra syphonoides (désigné par les indigènes sous les noms de tapuni, curupita, etc.), arbre touffu de 25 m. de haut et d’un diamètre moyen d’un mètre, qui abonde dans les terrains marécageux, tout en partageant parfois l’habitat des heveas. Son latex, très abondant, fournit un caoutchouc que le commerce appelle tapuru, et qui est presque aussi estimé que le seringa, ou Para. Seuls, les experts savent faire la différence entre les deux produits.
- La variété appelée caucho est moins estimée, car elle exhale une odeur désagréable, et offre une coloration hétérogène. Cette gomme est produite par ' une antocarpacée, le Castilloa elastica, propre-aux forêts voisines de la Colombie et du Pérou. C’est un bel arbre d’une hauteur de 12 à 15 m., d’un diamètre qui ne dépasse guère Om. 75. Nous citerons .encore le mangabeira, que produit YHancor-nia speciosa, arbuste haut de 5 m. à 5 m. 50, dont le latex offre souvent une plus grande riches.se en gomme que celui des heveas, et enfin le manicoba, fourni par une euphorbiacée à habitat peu étendu. Cette dernière catégorie de caoutchouc se prête particulièrement à la vulcanisation ; mais elle n’obtient sur les marchés que des prix inférieurs, car elle est livrée avec un excédent d’humidité. On lui reproche aussi de contenir souvent des corps étrangers, notamment de la terre et du sable.
- La récolte du caoutchouc ne constitue pas une industrie bien compliquée. Les procédés d’exploitation n’ont pas varié depuis l’époque pré-colombienne, alors que les Indiens savaient déjà extraire la précieuse gomme, dont ils fabriquaient des balles élastiques et autres objets. L’outillage est resté des plus primitifs. Mais parlons d’abord de la façon dont s’organise la récolte.
- Qu’ils agissent pour leur propre compte ou pour celui de puissantes compagnies, elle est dirigée par des blancs, en majorité de race portugaise, qui ont chacun sous leurs ordres de 100 à 500 ouvriers, appelés selon la région seringueiros ou caucheros. L’élément nègre domine dans leurs rangs, que grossissent des Indiens à demi civilisés, et aussi des aventuriers recrutés dans les ports, et appartenant aux nationalités les plus diverses. D’une façon générale, ce sont des individus redoutables, peu respectueux de la discipline et des engagements pris, prompts au vol et au meurtre.
- Comme le chômage dure pendant toute la saison des pluies, soit de janvier à la fin d’avril, les organisateurs de bandes sont tenus de faire de gros sacrifices pour s’assurer les services d’un certain nombre de caoutchoutiers. Ils les nourrissent durant ces quatre mois de chômage, leur font des avances en espèces ou en nature (vêtements, tabac, etc.). Et il n’arrive que trop souvent que les débiteurs s’esquivent au bon moment, pour aller s’engager au service d’un autre entrepreneur, dans un district éloigné.
- Le départ de la caravane a lieu généralement dès la baisse des eaux. Le saindoux, d’importation américaine, enfermé dans des boîtes de fer-blanc qui serviront plus tard de marmites, le riz, le sel son Ta peu près les seules provisions que l’on empile dans les pirogues. Les chasseurs attachés à l’expédition, abondamment pourvus de poudre et de plomb, assureront le ravitaillement en viande dans les forêts giboyeuses. Et une cartouche de dynamite, lancée au beau milieu d’une rivière poissonneuse, permettra à l’occasion de varier le menu.
- Est-il besoin de rappeler que les cours d’eau sont les seules routes qui sillonnent les grandes forêts amazoniennes? La caravane, que composent de dix à vingt pirogues, remonte le plus rapidement possible la rivière, en pagayant quand elle le peut, mais, la plupart du temps, en se servant de la perche. Il importe de devancer les autres expéditions, d’atteindre avant elles les districts vierges ou incomplètement explorés et exploités. La sève des arbres gommifères appartient aux premiers arrivés.
- Parfois, il faut ainsi remonter péniblement le cours d’une rivière pendant deux ou trois semaines avant de rencontrer une région propice, devant les flots mugissants qui êntraînent des arbres énormes. Le chef de l’expédition se préoccupe avant tout de choisir un emplacement pour le camp. En quelques heures, l’éphémère village prend naissance : des huttes de feuillage sur pilotis se dressent entre les troncs gigantesques. Et, dès le lendemain, les seringueiros se mettent à l’œuvre.
- Répartis par bandes de 10 à 15 têtes, ils entassent dans une pirogue des vivres pour trois ou quatre semaines, leurs couvertures et leurs hamacs, et leur outillage, qui comprend : une hachette pour inciser les arbres ; des godets de fer-blanc ou des calebasses pour recueillir le latex et un seau pour le transporter ; enfin, un fourneau portatif, des spatules de bois, une bassine. Chacun possède généralement un fusil, compagnon précieux dans ces forêts hantées de fauves et d’indiens sauvages, et aussi un sabre à lame courte et large, pour trancher les lianes épineuses et vénéneuses tendues partout dans les sous-bois.
- Chaque bande fait choix d’un des affluents de la rivière, et le remonte aussi loin que possible. Elle établit son camp, que chaque homme garde à tour de rôle en faisant office de cuisinier, et les autres partent de grand matin à la recherche des heveas et
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- autres essences gommifères. Leur instinct de primitifs, développé par la pratique, leur est un guide merveilleux. Alors qu’un blanc, trompé par un rideau de buissons, passera dix fois dans le voisinage d’un bosquet d’heveas sans soupçonner sa présence, un seringueiro suffisamment entraîné s’engagera sans hésiter, et en droite ligne, à travers le fouillis de lianes et de ronces pour atteindre l’arbre qu’il a senti à distance.
- Si l’hevea cultivé est exploitable dès sa cinquième année, l’hevea spontané ne donne de bon produit qu’à partir de la dixième. Les lois brésiliennes interdisent la saignée des jeunes arbres, car c’est les
- augmenté, bien qu’au détriment de la qualité.
- Laissant le latex s’écouler goutte à goutte dans les récipients, l’homme procède au saignage d’un arbre voisin. S’il a eu la chance de tomber sur un bon district, sur un seringat, il a tôt fait de localiser une cinquantaine d’heveas et de les mettre en exploitation simultanément. Chaque jour, il rendra visite à ses arbres, videra les godets dans un seau, et sera de retour au camp trois heures avant le coucher du soleil, temps qu’il mettra à profit pour effectuer la coagulation du latex. Comme un arbre fournit par jour une moyenne de 500 grammes de caoutchouc, la récolte quotidienne d’un homme actif
- Fig. i. — Le saignage d’un caoutchoutier sur une plantation malaise.
- condamner à mourir. Mais le seringueiro ne s’occupe pas du code. Tous les plants gommifères lui sont bons, et sa hachette entre en jeu dès qu’il a découvert un arbre. Il taille en pleine écorce, jusqu’à une hauteur de 2 mètres, des sillons profonds de 2 à 3 centimètres, qui se croisent en forme de losanges, et. aboutissent à des rigoles centrales, à l’extrémité desquelles il assujettit un récipient, godet de fer-blanc s’il est outillé à la moderne, coupe taillée dans une calebasse, s’il demande son équipement à Dame Nature. Les ouvriers négligents renoncent à cette complication; ils se contentent de creuser au pied de l’arbre des cavités qu’ils tapissent de feuillage. Tant pis si le caoutchouc recueilli dans ces trous se mélange à de la' terre, ou plutôt tant mieux! Le poids de la récolte s’en trouvera
- peut varier entre 25 et 30 kg. S’il travaille assidûment pendant toute la saison de la récolte, soit de juin à octobre, il se voit, quand il rentre au village, le possesseur d’un capital important. S’ils n’étaient pas criblés de dettes, la plupart des ouvriers caoutchoutiers posséderaient en fin de saison de 20000 à 50000 francs. Mais la main-d’œuvre serait bientôt introuvable si tous ces aventuriers faisaient fortune en quelques années. Et les tripots et autres mauvais lieux les convient à un gaspillage effréné, dès leur retour en « pays civilisé ». Un mois s’est à peine écoulé, qu’ils contractent de nouvelles dettes et se vendent pour la prochaine saison.
- Il faut procéder séance tenante à la coagulation du latex, sous peine de le voir tourner et produire un caoutchouc dont les granulations manquent de cohé-
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- sion, et qui perd toute valeur marchande. Sur les plantations, on a tenté d’industrialiser cette importante opération, mais sans rencontrer le succès attendu. Pour provoquer cette coagulation, on a eu recours à des dissolutions d’alun, de chlorure de sodium, de bi-chlorure de mercure, de sulfate de magnésie, ou encore à l’intervention de machines centrifuges dont le rôle consistait à extraire les globules de latex, que l’on soumettait ensuite à la compression.
- Dans les colonies asiatiques, on a cherché, au moyen de l’ammoniaque, à retarder au contraire la coagulation afin de pouvoir transporter le latex liquide dans des usines
- Fig. 2. — Piles de bolachas (boules de caoutchouc) attendant leur embarquement sur un vapeur de l’Amazone.
- à traitement scientifique. Mais, presque partout, il a fallu revenir au procédé antique des Indiens, c’est-à-dire au procédé dit de la fumaison.
- : L’opération est des plus sommaires. Le latex est versé dans une ' •
- grande bassine et porté à la température de 40 à 45°; on obtient ainsi la séparation des impuretés végétales tombées dans le liquide, au cours de la récolte. Pendant que cette opération préliminaire se poursuit, on allume dans un fourneau de forme spéciale, appelé boiâo, un feu de bois vert, qui, alimenté avec les noix de Yurucuri, palmier qui abonde
- dans le bassin de l’Amazone, produit bientôt une épaisse fumée, dont on règle la direction à l’aide d’une cheminée (boulhâo) placée sur le fourneau. D’après un chimiste, M. Biffen, qui a analysé les fumées produites par les fruits de l’urucuri, elles contiennent des vapeurs de créosote et de déri-
- Fig. 3. -dans la
- vés de pyridine qui, agissant comme antiseptiques, empêchent la fermentation du latex et activent conséquemment sa transformation en gomme.
- Quand le jet de fumée est devenu régulier, l’ouvrier puise dans la bassine et verse une petite quantité de latex sur une palette de bois munie d’un
- long manche, qui lui permet, en le i roulant sur ses genoux, d’imprimer à la palette un mouvement rotatif rapide, tout en la main-^Uenant au-dessus SIBUOMpèSjde la fumée. Le "ait se coagule en 2 ou 3 minutes, en produisant une sorte de crêpe, sur laquelle on verse une nouvelle quantité de liquide, qui se solidifie à son tour ; et ainsi de suite. Le résultat final prend la forme de galettes ou biscuits (bolachas), qui pèsent de. 3 à 4 kg, et dont l’aspect change selon la qualité. Le triage se fait subséquemment entre la borrachci fina (caoutchouc fin), préparé avec du
- latex pur et frais, et convenablement fumé, la borracha. entre-fina, obtenue avec du latex qui a subi un commencement de fermentation, et la borracha gros-sa, provenant du mélange de différents latex additionnés d’impuretés. On distingue enfin le ser-namby, composé des déchets de la coagulation, et qui s’exporte sous forme de lanières ou de gouttes.
- Nous ne saurions prétendre à donner ici une monographie complète de l’exploitation des essences gommifères spontanées. Précisons que ce que nous en avons dit s’applique plus spécialement aux heveas. Le latex du castilloa, par exemple, s’extrait de façon plus brutale. Sous le fallacieux prétexte que l’arbre
- - Culture de graines d’hevea serre d’un jardin colonial.
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- ne résiste pas à des saignées répétées, les caucheros le coupent au ras du sol. Ce procédé radical leur fournit un plein sceau de latex par arbre adulte, soit environ 60 litres, qui produisent un lingot de caoutchouc de 20 kg. Ainsi traitée — ou maltraitée — cette essence a presque entièrement disparu des forêts sud-américaines. Alarmées par le rapide déclin de l’exportation, plusieurs républiques de l’Amérique tropicale ont entrepris la création de vastes plantations de castilloa. Mais des années s’écouleront avant que les désastreux résultats du vandalisme des caucheros soient compensés par le rendement des essences cultivées.
- Il nous reste bien peu de place pour parler de la culture rationnelle des arbres gommifères, sujet qui nécessiterait toute une étude. Les procédés varient selon les pays, comme aussi selon les essences choisies. Au Brésil, on s’est peu occupé jusqu’ici de cultiver l’hevea, on préfère y encourager la culture du mangabeira et du maniçoba, qui donnent des résultats plus rapides. Dans nos colonies françaises
- d’Afrique, et en Nouvelle-Calédonie, les plants fournis (en grande partie tout au moins) par le Jardin Colonial de Nogent ont déjà donné naissance à des plantations prospères. Mais il faut bien reconnaître que les étrangers, et surtout les Anglais, ont pris une grande avance sur nous dans cette direction, en comprenant à temps que le caoutchouc subirait tôt ou tard une hausse avantageuse. Dans la seule presqu’île de Malacca (Fédération des États Malais), on ne compte pas moins de 500 plantations montées par des compagnies anglaises, et qui commencent à. exporter annuellement une quantité de caoutchouc d’une valeur de 4 à 5 millions. Ces plantations ont été constituées avec des graines importées du Brésil, et leur produit n’est guère inférieur au meilleur Para.
- Mais il est certain que la culture des essences gommifères ne réussit nulle part aussi bien qu’au Brésil. Et c’est là une industrie d’avenir où l’esprit entreprenant des jeunes Français pourrait trouver un fructueux débouché. Y. Forbix.
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 octobre 1910.— Présidence de M. Emite Picard.
- École Polytechnique. — M. Gaston Darboux procède au dépouillement de la correspondance et donne lecture d’une lettre du ministre de la Guerre invitant l’Académie à désigner deux membres du Conseil de perfectionnement de l’Ecole Polytechnique. L’Académie procédera à cette désignation au cours d’une de ses prochaines séances.
- Botanique expérimentale. — M. Gaston Bonnier résume les expériences de M. de Rufz de Lavison relatives à l’absorption des sels par les plantes. Ces expériences prouvent qu’une tige sectionnée absorbé les sels comme une simple mèche de coton, c’est-à-dire dans la proportion où ces sels lui sont présentés en solution; au contraire, la plante intacte, munie de ses racines, fait un choix parmi les sels qui lui sont offerts. Cette action du choix de la nourriture minérale par la plante semble donc devoir être attribuée, non à la tige feuillée, comme on l’admet ordinairement, mais exclusivement aux racines.
- Médecine expérimentale. — M. Bouchard expose les grandes lignes d’un travail du professeur Landouzy, doyen de la Faculté de médecine de Paris, sur « les arthrites bacillaires expérimentales ». L’auteur s’est livré à diverses séries d’expériences sur le lapin. La première porte sur la tuberculisation, par injection intra-veineuse de cultures de bacilles homogénéisés. Dans trois cas il a obtenu une arthrite des genoux. Celle-ci est caractérisée par un liquide séreux qui, injecté à un nouveau lapin, donne de la tuberculose. Les synoviales enflammées qui ont été inoculées, sous la peau d’un lapin lui donnent aussi la tuberculose. Chez les lapins, tuberculisés par injection intra-veineuse de cultures, qui bnt fait l’objet des expériences de la deuxième série, on a procédé à une injection intra-articulaire de tuberculine. Il été a constaté que, dans ce cas, on détermine facilement une arthrite bacil-
- laire, la tuberculose semblant appelée sur la jointure sensibilisée par la tuberculine.
- La résistance à l’écrasement des aciers. — M. Le Chatelier analyse une Note pleine d’un grand intérêt scientifique de M. Robin intitulée « Variation de la résistance à l’écrasement des aciers en fonction de la température ». L’auteur fait voir que certains aciers, en particulier les aciers austénitiques et quelques aciers martensitiques présentent à la température ambiante une résistance aux effets statiques bien plus grande qu’aux effets dynamiques, contrairement à ce qui a lieu dans les .aciers perlitiques, de sorte que l’action delà vitesse dépend du métal expérimenté.
- La stérilisation des eaux. —- M. Dastrc entretient l’Académie des dernières recherches effectuées par MM. Y. Henri, André Helbronner et Recklinghausen pour la stérilisation des eaux par les rayons ultra-violets. L’appareil qu’il décrit est en fontionnement à Marseille depuis le 19 août, sans interruption jour et nuit. La lampe à mercure utilisée est enfermée dans une boîte dont trois parois sont formées par des glaces., de quartz ; le quatrième côté de la boîte reste libre et permet facilement l’introduction de la lampe et sa surveillance. Ce dispositif permet, en outre, l’utilisation des trois quarts des radiations ultra-violettes et évite les graves inconvénients delà lampe directement immergée. Avec la consommation de 600 watts-heure de la lampe, il a été possible de stériliser à Marseille 600 m3 d’une eau contenant de 50 à 1000 bacilles-coli par litre, ce qui met la stérilisation à 26 watts-heure par mètre cube. En comptant le kilowatt à 10 centimes, la stérilisation reviendrait donc à un quart de centime par mètre cube.
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- Histoire naturelle. — M. Bouvier communique un travail de M. Daday de Dées, professeur à l’Ecole Poly-
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- technique de Budapest, sur la Branchinecti Gaini découverte par M. Gain, membre de la mission Charcot, dans les flaques id’eau glaciaire des îles Petermann. L’auteur a découvert des crustacés d’eau douce très voisins du branchippe de nos pays.
- Communications diverses. — M. Lippmann analyse un travail de M. Hemsalech sur la durée relative des raies spectrales. L’émission dure à peu près un dix-millième de seconde. M. Lippmann présente, en outre, une étude de MM. Jacquerod et Tourpaian intitulée
- « Application du principe d’Archimède à la détermination exacte des densités gazeuses ». M. Michel Lévy expose un travail de M. Iielbronner sur « les triangulations géodésiques complémentaires des hautes régions des Alpes ». M. Tannevy offre à l’Académie le second volume sur « la théorie des fonctions d’une variable ». Après l’exposé de quelques autres communications d’ordre trop technique pour être analysées, parmi lesquelles il convient de citer notamment une étude sur la parthéno-génèse analysée par M. Delage, l’Académie est entrée en Comité secret. Cir. ns Villedeuil.
- UNE INNOVATION EN RÉCLAME LUMINEUSE
- La publicité lumineuse s’est développée rapidement dans nos grandes villes d’Europe. Mais on ne saurait s’étonner que ce genre de réclame ait rencontré son principal champ d’activité dans lès villes des États-Unis. À New-York, où les façades des principales artères sont couvertes d’enseignes lumineuses, on a tellement abusé du procédé, qu’il faut qu’une de ces réclames revête un aspect extraordinaire pour attirer l’attention des passants.
- Et c’est le cas de celle qui vient d’être installée au cœur de la ville, sur le toit de l’hôtel de Normandie, à 24 m. au-dessus du pavé de Broadway. Ses dimensions sont déjà significatives, puisqu’elle présente une surface de 50 m. sur 20 m. Mais elle comporte une innovation qui est réellement remarquable.
- Le but de l’exhibition est indiqué par l’inscription qui la couronne : Leaders of ihe World. Entendez par là qu’elle se propose d’attirer l’attention publique sur les leaders commerciaux du monde, sur les marques dont le nom apparaît en lettres lumineuses au-dessus du spectacle que nous allons décrire.
- La scène représente un stadium romain, et le spectateur est supposé, assistant à une course de chars ; on lui demande même de tourner en imagination autour de l’arène, en. suivant le premier char, le leader, qui galope à toute vitesse dans la pous-
- sière, tandis que deux autres attelages s’efforcent vainement de le rattraper.
- Pour obtenir cette impression, les inventeurs ont
- appliqué en grand un procédé théâtral employé depuis longtemps dans les pièces qui comportent des scènes de courses ou de navigation : les chars restent en place, tandis que les parties qui devraient être immobiles, c’est-à-dire le stadium, les murs de l’arène et la piste, défilent derrière eux à toute vitesse. L’illusion est encore assurée par les mouvements des chevaux et de leurs conducteurs, qui exécutent à la perfection les mouvements requis, pendant que les roues tournent avec une telle rapidité que leurs rayons deviennent invisibles. Non seulement les coursiers galopent follement, en agitant queues et crinières, mais leurs sabots font lever des nuages de poussière chaque fois qu’ils touchent le sol. Penchés sur leurs bêtes, les cochers les excitent du geste, en laissant flotter leurs vêtements dans le vent. Et, dans le lointain, des cavaliers annoncent aux spectateurs l’approche des coureurs.
- Pour compléter l’aspect théâtral du spectacle et lui assurer une certaine perspective, les constructeurs ont adopté le système des plans parallèles. Le rideau, où les noms des marques se succèdent rapidement de trois en trois secondes, occupe le premier plan. Le leader des chars galope à 1 m. en
- Fig. i. — Aspect général de l'enseigne lumineuse animée.
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- arrière. Les deux autres chars et les cavaliers forment le troisième plan, et le quatrième est occupé par le mur de l’arène et par'le stadium: L’effet produit est supérieur à celui que pourrait donner une surface unique.
- Donnons maintenant quelques détails sur l’agencement de cette gigantesque enseigne, dont l’éclairage est assuré par 20000 lampes à incandescence d’une puissance moyenne de 2 . bougies, consumant environ une force de 600 chevaux.
- Pour obtenir le mouvement de galop, qui est le clou de l’exhibition, on a procédé de la façon sui-
- observation analogue s’applique aux vêtements des cochers, dont les pans de toge, dépourvus de tout mouvement rythmique, semblent s’agiter follement dans le vent.
- La façon dont sont produits les nuages de poussière est fort ingénieuse. Des rangs de lampes électriques, arrondis comme le sont les. lignes d’un tourbillon de poussière, sont disposés derrière d’épaisses vitres aux reflets opalins; et les lampes ont des rayonnements qui assurent une illusion complète. C’est grâce à un système analogue de lampes et de verres opalins qu’on assure à la piste un déplacement apparent, qui se fait dans le sens opposé à. la direction suivie par les chars. Il en est de même du mur de l’arène, dont les motifs ornementaux (corniches et guirlandes) sont illuminés par des lampes minuscules. Mais la face de ce mur est éclairée par réflexion au moyen de lampes puissantes, qui, placées derrière le cocher de premier plan, donnent à cette muraille un aspect convexe. Mentionnons, enfin,
- Fig. 2. — Détails du conducteur du char, avec les plis de sa toge gigantesque.
- vante : Les corps des chevaux sont stationnaires, et le cheval de premier plan est seul pourvu de jambes, détail qui échappe au spectateur,, tout en assurant plus de netteté au spectacle.
- Ces jambes du cheval de premier plan sont profilées dans huit positions différentes, qui s’illuminent successivement avec une telle rapidité que l’œil ne peut se rendre compte du changement, de sorte que ces jambes ont l’air de s’agiter en un temps de galop. À leur tour, crinières et queues sont parsemées de lampes qui s’allument successivement, de façon à produire des ondulations lumineuses. Il en est de même pourries harnais.
- L’inventeur a eu grand soin de rendre le galop des chevaux aussi naturel que possible. Les mouvements sont souples et n’ont rien de mécanique. Ils ne sont pas non plus, rythmés, mais varient légèrement, comme ceux d’un cheval.vivant. Cette préoccupation est surtout évidente dans l’allure des attelages du deuxième plan, qui ont l’air, véritablement, de donner des coups de collier pour rattraper le char vainqueur ^ et qui semblent parfois sur le point de s’abattre, comme des bêtes hors d’haleine. Une
- Fig. 3. — Rangs de lampes électriques silhouettant les chevaux.
- les deux énormes torches flanquées de chaque côté de la scène; les flammes qu’elles émettent ont l’air de s’agiter dans le vent.
- . On conçoit que cette grandiose et ingénieuse enseigne amasse chaque soir dans Broadway des foules énormes, venues de loin pour en admirer la réelle beauté. Le rideau comporte trois lignes capables d’exposer chacune 18 caractères ou signes. Chaque lettre a une hauteur de 1 m. 50, et c’est dire que les mentions qui se succèdent sur le rideau au cours d’une série qui dure de 8 à 9 minutes pèuvent se lire de fort loin. Une autre mesure permettra mieux de se rendre compte des proportions dû tableau : la roue du premier char a 2 m. 50 de diamètre.
- Y. F.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahurk, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1953. : .. . — .- ..- 29 OCTOBRE 1910.
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- nouveaux (nous ne parlons pas de ceux qui sont de pures copies) ressemblent singulièrement dans leurs grandes lignes aux appareils anciens. Mais que l’on regarde de près, on verra de très réels et considérables progrès. Les formes générales, sans doute, restent les mêmes, et c’est là une nécessité imposée par la nature même de la machine; mais examinez en détail les ailes, leur forme, leur haubanage, l’hélice, les commandes, les chaînes d’atterrissage, vous saisirez l’effort des chercheurs en vue de réaliser les dispositions les plus rationnelles, les plus simples et les plus efficaces. Grâce à eux, l’architecture
- Fig: i. — Les Blériot et VAntoinette. — i, Blériot XI bis, 25 CV, moteur Grégoire-Gyp. — 2, Blériot militaire XI 2 bis, à 2 places, moteur Gnôme 5o CV. — 3, Blériot XI bis, moteur Gnôme. — 4, Uappareil de Leblanc dans le Circuit de l’Est. — 5, Monoplan Antoinette, moteur Antoinette 5o CV.
- La deuxieme exposition internationale de locomotion aérienne, qui se tient actuellement au Grand Palais, est en fait consacrée presque exclusivement à l’aviation, disons mieux, à l’aéroplane. Si nous mettons à part le seul ballon automobile, le Zodiac, bien connu de nos lecteurs, l’unique hélicoptère Vuitton, l’immense nef du Grand Palais, ses bas-côtés, une partie de son premier étage, ne sont remplis que d’aéroplanes, monoplans ou biplans de marques diverses. Cette étonnante profusion de machines volantes, trois ans seulement après les premières et timides envolées de Farman, met clairement en évi-
- dence l’effort énorme et continu déployé par la France dans la voie que lui ont tracée les héroïques travaux des Delagrange, des Ferber, des Blériot, des Voisin. Il existe aujourd’hui une industrie de l’aviation, qui manifeste au Grand Palais sa puissante vitalité : elle a une clientèle bien établie : l’armée et la marine tout d’abord, pour qui l’aéroplane devient un auxiliaire chaque jour plus précieux, les concurrents de meetings, attirés par la pluie d’or qui, si généreusement, arrose tous les champs d’aviation, les sportsmen désintéressés enfin, dont le nombre s’accroît avec la sécurité des appareils. Encore quelques progrès et les touristes à leur tour viendront à la locomotion nouvelle.
- La première impression d’un visiteur du Salon sera sans doute celle du déjà vu ; même les appareils
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- de l’aéroplane s’est rapidement précisée : dès maintenant l’on entrevoit des types qui seront sous peu définitifs, et réaliseront, en même temps qu’une entière sécurité, le maximum de puissance compatible avec le principe de l’appareil.
- Monoplans ou biplans? — Telle était la grande question qui se posait à la dernière exposition. Après les éclatants succès remportés par les monoplans dans la plupart des épreuves de 1910, la réponse ne semblait plus douteuse. On s’accordait volontiers à regarder le monoplan comme l’appareil vite et souple, par excellence. Mais le biplan ne paraît pas avoir dit son dernier mot : il a été très travaillé et les nombreuses améliorations apportées à sa construction pourraient fort bien le ramener au niveau de son concurrent; ce qui fait la supériorité actuelle du
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- monoplan, ce qui lui permet de réaliser des vitesses plus grandes, c’est sa moindre résistance à l’avancement! moins de surfaces de toiles, pas de montants, moins de tendeurs ; on ne saurait trop exagérer le rôle néfaste de toutes les résistances passives ! une résistance passive de 1 kg équivaut à une perte de poids utile de 7 kg environ ; et quand on voit la forêt de fils qui encombre certains biplans illustres, on se rend complexe la puissance qu’ils perdent inutilement. Il y a.donc beaucoup à gagner à une étude mécanique de ces surfacés'de résistance passive. Cette étude a été faite d’une façon particulièrement remarquable surle biplan Bréguet (fig. 4, n° 1) qui n’a que 4 montants verticaux, avec un poids de 475 kg, peut porter 320,. 575 kg à la vitesse de 80 à 85 km. Signalons aussi au même point de vue les biplans Türcat-Mery4, n°2), le biplan Goupy aux ailes déportées et aux montants fuyant vers l’arrière (fig. 4, n° 5). Le biplan à cet égard semble susceptible, dé par sa structure, de plus de progrès que le monoplan; l’aile d’un monoplan est une construction lourde dont l’attache en porte-à-faux sur le fuselage exige impérieusement les plus minutieuses précautions mécaniques. Il sera toujours impossible de dépasser une certaine envergure sous peine de compromettre la solidité de l’appareil, ou de le paralyser par un excès de tendeurs et de contrevente-ments. Cette limitation est moins stricte pour le biplan qui peut donc espérer devenir l’appareil de grande puissance de l’avenir. Par contre pour les petits appareils à grande vitesse et de faible poids, il semble impossible de faire mieux que le Blériot, ouïe Nieu-port ; ce dernier (fig. 5, n° 2) a certainement réduit au minimum les résistances passives; en dehors des ailes et du fuselage, l’appareil ne porte qu’un châssis d’atterrissage très réduit, et chaque aile 4 tendeurs seulement. Le monoplan a réalisé à Reims des vols très remarquables avec un moteur de 20 chevaux seulement.
- Le hiplan s’est encore allégé de diverses façons ; en diminuant son entoilage, le biplan Farman a ses plans inférieurs de près de 2 m. moins longs que les supérieurs. Goupy n’a que 6 m. d’envergure et, néanmoins emporte 250 kg. Beaucoup ont supprimé aussi le plan stabilisateur avant, qui offre une grande résistance et une prise dans les remous : ce plan mobile sert au pilote à rétablir l’équilibre longitudinal et à assurer la direction en profondeur ; Bréguet, Voisin, Goupy, Turcat-Mery l’ont délibérément supprimé, reportant sur les empennages de queue, comme dans les monoplans, ce rôle de stabilisation et de direction.
- Cette suppression a permis en même temps de mettre le moteur à l’avant avec hélice tractive.
- Un appareil très étudié dans ses formes peut sé permettre sans risque un surcroît de poids, et par suite une construction mécanique plus solide ; c’est le cas du biplan Voisin (fig. 4, n° 7), du Bréguet, dont les montants et les armatures des ailes sont en acier.
- Les surfaces portantes. — On sait, en principe, comment est constituée une aile d’aéroplane ; elle se compose le plus souvent de 2 surfaces arquées, formées par des toiles caoutchoutées tendues sur des longerons en bois, et séparées l’une de l’autre par des nervures d’un gabarit déterminé qui donnent à l’aile sa courbure ; le profil et la largeur des ailes varient beaucoup d’un modèle à l’autre. La construction d’une aile est évidemment beaucoup plus simple et plus facile pour un biplan que pour un monoplan, les efforts dans le premier sont sensiblement les mêmes d’un bout à l’autre de l’aile ; dans le second ils varient suivant la section, et l’aile doit être étudiée en conséquence. La plupart des surfaces portantes de biplan ont un profil renforcé vers l’avant, et effilé vers l’arrière, c’est le profil indiqué par la balistique pour un bon projectile; ajoutons que le bout effilé a une certaine souplesse et par suite, sous l’effort de propulsion, l’extrémité de l’aile s’infléchira vers le haut à la façon d’une aile d’oiseau. Cet effet a été accentué de parti pris dans certains appareils comme le biplan en bois souple de M. Coanda (fig. 2); l’aile a un profil caractéristique à cet égard. L’aile souple du biplan Bréguet, dont les nervures reposent sur les longerons par l’intermédiaire d’un ressort, est également des plus intéressantes. Elle présente encore une autre disposition heureuse; afin de bien égaliser les filets d’air sur le dos de l’aile, le bord d’entrée de celle-ci a été recouvert d’une garniture en aluminium poli. Le Turcat-Méry offre un profil arqué sur toute sa longueur.
- Toute différente de ces ailes épaisses, est celle des appareils Fabre et Paulhan; nous pourrions la qualifier infiniment mince ! elle est simplement formée d’une double toile à voile, ornée de fines nervures en bois et tendue en avant sur poutre en bois, de construction spéciale, cette poutre formée de 2 semelles à entretoisements triangulés qui lui donnentune grande résistance (fig. 4, n° 8) ; ces entretoisements ont en outre pour effet de diviser l’air en filets bien réguliers sur le dos de l’aile.
- Les monoplans se sont copieusement inspirés des ailes Blériot, à gros bord antérieur fortement incur-.vées et d’une assez grande largeur. Beaucoup ont exagéré cette largeur, comptant avec de larges surfaces concaves, réaliser, en cas d’accident, une espèce de parachute. L’aile Antoinette (fig. 1) a eu moins d’imitateurs, sans doute par suite de sa construction délicate; elle reste un chef-d’œuvre d’élégance et de solidité; pour 25 m2 de surface, elle ne pèse que 30 kg. Son maître-couple est au milieu, ce qui rend l’aile droite et la gauche interchangeables.
- Les gouvernails. — Ils ont été très simplifiés et de façon fort heureuse. En principe, la conduite d’un aéroplane est assurée par des plans verticaux mobiles donnant l’orientation, par des plans horizontaux mobiles donnant la direction en profondeur et la stabilité longitudinale. Le gauchissement des ailes ou des ailerons mobiles règlent la stabilité transversale. Lais-
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- sons pour l’instant de côté gauchissement et ailerons. I lisateur à incidence variable, obtenu par la manœuvre La tendance générale est de rassembler sur la queue I d’un volant autoloqué placé à la gauche du pilote.
- Fig. 2.— Le biplan Coanda, surfaces en bois souple. IJhélice est remplacée par une turbine aspirante. La résistance à Vavancement est réduite au minimum.
- de l’appareil tous les organes de direction et de stabilisation longitudinales, et de les réduire au minimum de poids et encombrement. Antoinette n’a pas eu à modifier son arrière à empennage, qui dès le début atteignable maximum de simplicité (fig.
- 5, n° 3). Le Blé-riot XI (fig. 3, n° i), le célèbre vainqueur du circuit del’Est, comportait à l’arrière une surface portante fixe, bâtie comme une aile et pourvue de deux ailerons latéraux mobiles pour la profondeur ; un plan vertical pour l’orientation ; le type militaire XI bis (fig. 2, n° 2) a remplacé la surface portante par un large empennage mince terminé par un plan à charnière.
- La queue du Sommer comporte deux gouvernails verticaux, l’un au-dessus de l’autre, et un plan stabi-
- Fig. 3. — Types divers de queues. — i, Blériot XI bis: A, surface portante fixe; B, ailerons mobiles; C, gouvernail de direction. —
- 2, Blériot militaire : A, empennage fixe; B, volet-gouvernail de profondeur; C, direction. — 3, Antoinette : AC, empennages fixes horizontal et vertical; B, volets mobiles horizon taux.tet verticaux pour la direction. — 4, Wright modifié: AA, plans d’orientation; B, stabilisateur arrière. — 5, Farman : AA, plans stabilisateurs fixes; B, aileron mobile conjugué au stabilisateur avant ; C, direction. — 6, Bréguet : r A, gouvernail de profondeur ; B, quille verticale directrice solidaire F de C. L’ensemble pivote horizontalement ou verticalement au moyen.
- d’un cardan.
- Henri Farman (fig. 3, n° 5) conserve une queue cellulaire; deux plans verticaux mobiles pour la
- direction, deux plans horizontaux fixes; un aileron mobile pour la stabilisation longitudinale, conjugue au stabilisateur avant : c’est pour celui-ci la préface de la suppression totale. Disposition analogue sur le Maurice Farman.
- La Demoiselle Clément-Bayard a simplement deux plans à assemblage cruciformes solidaires l’un de l’autre ; cet empennage est monté sur cardan et peut se mouvoir dans tous les sens, remplissant alternativement ou simultanément le rôle d’équilibreur et de gouvernail vertical. Dispositif analogue sur le Bre'guet (fig. 3, n° 6). Signalons encore la disposition originale de l’ar-
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- rière de l’appareil Coanda : 4 plans en bois à 45° sur l’axe de l’appareil forment empennage fixe ; ils
- permet la montée, la descente et la direction. Remarquons qu’il n’y a plus d’appareils sans queue. Le Wright lui-mème offre un embryon de queue avec son stabilisateur horizontal arrière (fig. 5, n° 4) qui se
- Fig. 4. — i. Biplan Bréguet : a, plans porteurs ; b, bord d’aile en aluminium ; c, fuselage à
- formes fuyantes. — 2. Biplan Turcat-Mery quatre ailes à double courbure. — 3. Biplan Goupy : à montants inclinés, ailerons latéraux. — 4. Biplan Farman militaire. a, stabilisateur avant conjugué au gouvernail de profondeur arrière; b, plans porteurs, remarquer l'envergure diminuée du plan inférieur. 5. Bicurve Sioan : a, surface cylindrique stabilisatrice ; b, aile à double courbure. — 6. Biplan Astra. — 7. Biplan militaire Voisin armé d’une mitrailleuse. — 8. Machine Paulhan : a, poutres longitudinales formant le bâti de l’appareil; b, ailes souples; c, stabilisateur avant; d, poutre armée Fabre; e, joint à
- rotule déformable.
- sont termines par 4 volets mobiles que le pilote commande au moyen de 2 volants agissant sur un différentiel; l’inclinaison variable de ces 4 volets
- transformera prochainement en une queue semblable à celle des appareils français.
- Pour la stabilisation transversale, le gauchisse-
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- ment et les ailerons se partagent la faveur des inventeurs; gauchissement sur l’immense majorité des monoplans et sur les biplans Wright, Coanda, ailerons à l’extrémité postérieure des plans portants
- Les commandes. —De la simplicité, de la manœuvre facile des commandes dépendent la rapidité de l’apprentissage du pilote débutant, sa confiance en l’appareil. Le perfectionnement des dispositifs de
- Fig. 5. — Quelques modèles de châssis d’atterrissage. = I. Bréguet : A, béquille formant frein; B, roue d’avant orientable; C, tube amortisseur à ressort; Y), freins oléopneumatiques; E, patins; G, barre de commande de la roue A; F, axs du châssis fixe. — 2. Hanriot : A, patin unique; B, ressort à lame servant d’axe aux roues; C, montants en bois; c, tendeurs des ailes. — 3. Blériot : A, B, C, châssis articulé en acier ou cuivre; D, amortisseurs en caoutchouc. — 4. Antoinette : A, patin en bois; B, longeron en bois; C, tube amortisseur à ressort; D, montants en acier. — 5. Sommer : grands patins en bois, roues à pneumatiques montées sur un essieu relié aux patins par des ressorts
- en caoutchouc.
- pour les biplans Sommer, Voisin, H. F annan, M. Farman, Turcat-Méry; ailerons aux extrémités latérales pour le biplan Goupy.
- commande importe au plus haut degré au développement de l’aviation. De très grands progrès ont été réalisés. Nous sommes bien loin des leviers de l’ap-
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- pareil Wright, d’un maniement si délicat; ils apparaissent aujourd’hui comme un mécanisme quelque peu barbare ; on s’est efforcé de réaliser des dispositifs dont le maniement ne fasse appel qu’à des mouvements réflexes. Blériot a gardé sa cloche devenue classique : mouvements latéraux pour le gauchissement, longitudinaux pour la commande du gouvernail de profondeur; une barre au pied pour la direction. H. Farman, Sommer, commandent au pied également la direction ; un levier manœuvré latéralement agit sur les ailerons ; longitudinalement, il actionne les équilibreurs. Voisin semble avoir eu une inspiration moins heureuse en faisant commander les ailerons par une barre au pied.
- Enfin des dispositifs plus perfectionnés encore réunissent en un seul appareil tous les organes de commande ; c’est le cas du Bréguet : le mécanisme comporte un levier mobile dans tous les sens et terminé par un volant ; mouvement latéral du levier : le gauchissement, en avant, descente; en arrière, montée. Le volant, d’autre part, porte une chaîne qui actionne l’empennage arrière ; en tournant le volant, on assure la direction tout comme dans une automobile.
- Le moteur et l’hélice. — Les types de moteurs sont extrêmement nombreux. La question du moteur d’aéroplanes a été exposée dans La Nature récemment par M. II.
- Petit. Nous n’y reviendrons pas, nous réservant de décrire ultérieurement quelques types de moteurs nouveaux apparus à ce Salon. Le moteur est à l’avant pour tous les monoplans et pour un grand nombre de biplans; l’hélice est accouplée sous l’axe le plus souvent directement, sans démultiplication. Nous n’avons vu que 3 appareils à 2 hélices et à commande par chaîne, le Wright, le Lioré, le Gangler. On sait le terrible danger que fait courir le risque de bris d’une chaîne ; on s’explique donc le peu de faveur rencontrée par le dispositif des frères Wright.
- Cependant, dans l’appareil Lioré (fig. 7, n° 4), des considérations théoriques intéressantes ont amené l’inventeur à concevoir la nécessité de 2 hélices, et à courir le risque impliqué par la chaîne. L’engin est un monoplan à larges ailes et les 2 hélices sont à l’avant, travaillant à hauteur du milieu de chaque aile. M. Lioré voit à cette disposition l’avantage suivant : tout le front d’attaque des ailes est soumis au courant d’air produit par les hélices; la sustentation reste donc la même sous les deux ailes, quelle que soit la trajectoire décrite, en particulier dans les virages. La force de sus-
- tentation, à vitesse constante des hélices, resterait constante, indépendante de la vitesse de translation de l’appareil : d’où possibilité de montées et descentes presque verticales. Signalons encore sur cet appareil, à la disposition du pilote sur son siège, le dispositif de mise en marche du moteur. Nul doute que cet exemple n’inspire nos autres constructeurs; il importe, en effet, que l’appareil militaire ou de tourisme puisse se mettre en marche de lui-même, et n’ait pas besoin à chaque départ d’un auxiliaire qui peut faire défaut en rase campagne.
- Le châssis d’atterrissage. — Organe encombrant et gênant, dont on ne peut malheureusement se passer. Il alourdit nos appareils volants d’un énorme poids mort : mais il est nécessaire à l’envol et il amortit les chocs à la prise de contact avec le sol. Il y a beaucoup à faire encore pour simplifier cette partie des aéroplanes tout en lui conservant son efficacité ; certains appareils ont des châssis fort
- volumineux qui absorbent certainement, par leur résistance à l’avancement, une puissance précieuse. Notre figure montre quelques-uns des plus simples et des plus efficaces : tout d’abord le Blériot, devenu classique ; le châssis Antoinette, très simple et très sûr aussi avec son patin amortisseur, fixé à l’arrière à un essieu porté sur 2 roues à pneumatique, essieu qu’un tube à ressort relie au fuselage. Voici le châssis Farman, avec 2 patins reliés chacun à un train de roues par l’intermédiaire d’un fort ressort en caoutchouc. Maurice Farman a un châssis analogue à celui de Blériot, précédé par de grands patins de bois qui protègent bien l’avant de l’appareil. Sommer a des patins analogues à ceux de Henri Farman, mais prolongés jusqu’à l’équilibreur d’avant. Le Bréguet a un chariot d’une conception mécanique remarquable; il est porté sur 2 roues fixes et relié au fuselage par une série de tubes d’acier; deux d’entre eux constituent frein oléopneumatique et amortissent parfaitement les chocs en avant; une troisième roue orientable protégée par un patin; grâce à elle, le pilote sur le sol dirige aussi simplement son aéroplane qu’une automobile.
- Après cette revue, pour ainsi dire analytique, des organes essentiels des machines volantes, il nous reste à donner quelques détails sur des appareils; fort curieux qui n’ont pu entrer complètement dans le cadre de la description précédente.
- Aéroplane marin Fabre. — Nous avons déjà signalé la constitution des ailes de cet appareil, ainsi que les poutres spéciales qui sont sa caractéristique
- Fig. 6. — Le monoplan marin Fabre.
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- ainsi que celle du biplan Paulhan. L’aéroplane marin Fabre est un monoplan capable de prendre son départ et ses atterrissages sur l’eau. Il se compose essentiellement d’un châssis vertical de 7 m. de long, constitué par 2 poutres Fabre et sur lequel sont fixés de l’arrière à l’avant : le moteur Gnome, la surface portante de 1,20 m. de large et 14 m. d’envergure, puis le siège du pilote au milieu, et enfin les gouvernails de profondeur et direction ainsi que le stabilisateur. Le moteur a une attache indépendante et élastique. L’ensemble repose sur trois flotteurs, l’un à l’avant, les deux autres à
- automatique et de sécurité, apparaît dans le bicurve Sloan, avec ses larges ailes de monoplan surmontées d’une surface cylindrique à forte courbure. L’appareil a une silhouette des plus curieuses (fig. 4, n°5).
- De Pischof. — L’autoplan de Pischof est un monoplan remarquable par son aile unique d’une seule pièce (fig. 7,n° o) gauchissable. Le moteur estàl’avant, l’hélice à l’arrière, ce qui exige une chaîne. Le moteur et le pilote sont très bas au-dessous de la surface portante, comme dans la Demoiselle démentis ayard.
- l’arrière sous les ailes ; sur terre on peut leur substituer un train de roues (fig. 6).
- Signalons encore dans cet appareil comme dans le Paulhan l’emploi tout nouveau du cuir et de joints à rotules déformables pour la liaison entre elles des principales pièces de l’appareil.
- Turcat-Méry. — Nous avons déjà mentionné plusieurs particularités de cet intéressant biplan. Il nous reste à signaler sa faible envergure de 8 m., et la concavité de ses ailes en Y, destinée à lui assurer une stabilité quasi automatique dans les remous ou sautes brusques de vents, si redoutables aux pilotes.
- SJoan. — La môme préoccupation d’équilibre
- Coanda. — C’est un biplan tout en bois, même les ailes, avec armature intérieure acier; deux montants seulement réunissent les plans inférieurs ; et la diminution des résistances passives est poussée très loin. Nous avons déjà indiqué le mécanisme de direction. L’appareil présente une autre particularité remarquable : à l’hélice est substituée une turbine aspirant l’air à l’avant et le rejetant à l’arrière. L’engin en ordre de marche ne pèse pas plus de 420 kg. C’est, sans conteste, le clou du Salon. Ses surfaces, toutes fuyantes et très étudiées, donnent de ses qualités aériennes la meilleure impression. Nous attendons ses prochaines performances.
- À. Troller.
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- ÉTALONS DE RADIUM
- L’un des résultats les plus importants du dernier Congrès de radiologie tenu à Bruxelles du 15 au 15 septembre 1910, a été la décision prise relativement à la préparation d’un étalon international de radium et à la création d’une unité de quantité d’émanation.
- La réalisation d’un tel projet présente un double intérêt scientifique et pratique. Dans ces derniers temps, des mesures précises ont été effectuées dans le but de déterminer des constantes importantes de la radioactivité, telles que le volume d’émanation dégagée par un poids donné de radium, le volume d’hélium formé et sa loi de production, le dégagement de chaleur, la loi d’émission des rayons a et p. Les nombres obtenus dépendent de la teneur en radium du produit qui sert à la mesure. Seuls quelques laboratoires privilégiés possèdent des échantillons convenablement étalonnés, sans toutefois présenter les garanties nécessaires pour que les résultats obtenus soient rigoureusement comparables. C’est ainsi qu’il existe des divergences dans les nombres qui expriment la quantité de chaleur dégagée par un poids donné de radium. Ces divergences peuvent s’expliquer, au moins en partie, par les différences d’étalonnage des préparations de radium employées. Il y a donc le plus grand intérêt à ce que les résultats obtenus dans les différents laboratoires soient exprimés en fonction d’une commune mesure. De plus, les préparations commerciales pourront être comparées directement ou indirectement à l’étalon international, évitant ainsi à l’expérimentateur des déceptions souvent désagréables.
- L’époque du Congrès de Bruxelles, qui a réuni les physiciens s’occupant de radioactivité les plus distingués du inondé iditier, semblait très favorable à la discussion d’une Semblable question. Aussi le Comité organisateur du Congrès avait-il chargé M. Rutherford de Manchester de rédiger un rapport résumant les desiderata des physiciens sur la question des étalons1. Après lecture de ce rapport à l’une des séances plénières du Congrès et approbation des conclusions par les membres présents, il a été décidé qu’une commission internationale composée de physiciens serait chargée de la discussion des détails concernant la préparation de l’étalon et le choix de l’unité de quantité d’émanation.
- Actuellement, deux méthodes sont employées pour doser le radium : la méthode des rayons y et la méthode de l’émanation.
- La méthode des rayons y repose sur l’observation suivante : la quantité de rayons y émise par un échantillon de radium en équilibre radioactif est proportionnelle au poids de radium (élément) qu’il contient. Si l’on connaît la quantité de rayons y émise par un poids donné de radium, on pourra connaître la teneur en radium d’un
- 1. Ce rapport a été publié dans Le Radium, tome Vil, septembre 1910.
- 2. Cette méthode suppose que l’échantillon considéré ne contient que du radium; s’il renferme d’autres substances émettant des rayons y (actinium, thorium), les résultats n’ont plus aucune signification en ce qui concerne le dosage du radium.
- 5. Sur ce sujet, Mme Curie a rédigé un travail d’ensemble publié dans Le Radium, tome VII, mars 1910.
- 4. La loi d'accumulation de l’émanation produite par un poids donné de radium est compliquée par le fait qu’à chaque instant une partie de l'émanation accumulée se détruit suivant une loi bien connue (de moitié en 3,86 jours). Ainsi,
- échantillon quelconque par la comparaison des quantités de rayons y émises par les deux échantillons. Cette comparaison peut se faire très simplement au moyen d’un même électroscope convenablement établi. La méthode est extrêmement précise ; elle permet d’effectuer . des dosages sans être obligé de sortir le radium du récipient qui le contient2. L’essentiel est de posséder une source de rayons y produite par un poids bien connu de radium.
- Dans ce but, la commission a décidé de préparer un étalon international de radium, constitué par une petite quantité d’un sel (20 milligrammes de radium élément, environ). Ce sel rigoureusement pur sera placé dans un tube scellé convenablement choisi. La préparation de cet étalon a été confiée à Mme Curie.
- Comme le transport d’un tel étalon ne pourrait se faire sans danger, la commission a décidé que celui-ci sera conservé à Paris et que les grands laboratoires nationaux pourront acquérir des étalons secondaires comparés à l’étalon primaire. Les étalons secondaires pourront à leur tour servir à préparer d’autres étalons.
- Grâce à la libéralité de M. Armetde Lisle, qui a offert le radium pur destiné à la préparation de l’étalon international, il est probable que sa réalisation sera faite à brève échéance.
- La méthode de l’émanation permet d’effectuer des dosages de radium dans d’excellentes conditions; son principe est le suivant : La quantité d’émanation produite par un échantillon radifère est fonction du temps et proportionnelle au poids de radium (élément) contenu dans l’échantillon. Si on connaît la quantité d’émanation produite dans un temps donné par un poids connu de radium, on pourra, par la comparaison des quantités d’émanation produites dans le même temps, par des échantillons quelconques, déduire la quantité de radium contenue dans ces échantillons. D’autre part, l’expérience a montré que les ionisations produites dans un même appareil de mesure, un électroscope par. exemple, étaient proportionnelles à la quantité d’émanation . introduite dans l’appareil. On a donc là un moyen simple et précis d’effectuer un dosage3. Celui-ci n’aura de valeur que si l’étalonnage de l’appareil a été fait avec soin et au moyen d’un étalon d’émanation bien connu4.
- La Commission a également décidé de créer de petits étalons d’émanation constitués par exemple par une solution titrée d’un sel de radium soluble dans l’eau et placée dans un récipient convenable. La préparation, le transport et l’utilisation de telles solutions présentent de sérieuses difficultés. L’emploi d’un sel radifère titré et spécialement choisi, permettra sans doute d’arriver à une solution satisfaisante.
- Il importait également de définir une unité de quantité
- deux heures après le début de l’accumulation, la quantité d’émanation présente n’est pas double de celle qui existait après une heure d’accumulation. On appelle temps réduit le temps nécessaire pour produire la quantité d’émanation réellement présente si l’on supposait qu’elle s’accumule sans destruction. Cette différence s’accentue lorsque la durée d’accumulation augmente. Pratiquement, 30 jours après le début de l’accumulation, la quantité produite à chaque instant par le radium est égale à celle qui se détruit spontanément. On dit que l’émanation présente est en équilibre radioactif avec le radium qui lui a donné naissance. M. L. Kolowrat a dressé des tables qui donnent le temps réduit pour diverses durées d’accumulation [Le Radium, tome VI, juillet 1909).
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- d’émanation pour uniformiser les nombres représentant ces quantités (teneur en émanation des eaux minérales, par exemple). En Allemagne, on utilisait l’unité Mâche ou Mâche modifiée (Lenard), exprimée par la chute de tension produite dans un temps connu, par un conducteur de capacité connue, placé dans un récipient contenant l’émanation.
- En France, les résultats étaient exprimés en fonction de la quantité d’émanation produite par 1 milligramme ou 1 gramme de bromure de radium pur en une heure, une minute ou une seconde. La Commission a adopté comme unité de poids de radium (élément) le gramme, et comme unité de quantité d'émanation, celle qui est en équilibre radioactif avec 1 gramme de radium (élément). Sur la proposition de M. Rieckc de Gôttingen le nom de « Curie )> a été donné à cette unité. Ainsi la
- quantité d’émanation en équilibre avec 1 milligramme de radium, sera appelée un millicurie1.
- Pour exprimer la quantité d’émanation contenue dans les eaux minérales, ou pour évaluer la quantité de radium contenue dans les roches par exemple, cette unité est trop grande, aussi la commission discutera ultérieurement s’il y a lieu de donner un nom à une quantité de radium plus petite (10~12 gramme, par exemple), et à celle de l’émanation en équilibre radioactif avec elle.
- Enfin, sans qu’il en ait été question, il est très désirable que la Commission s’occupe également des conditions dans lesquelles devront s’effectuer les dosages. En effet, la technique et la nature de l’appareil employé influent d’une façon appréciable sur les résultats obtenus.
- Jacques Danne.
- L’ACTION DE LA LUMIÈRE SOLAIRE SUR LES VÉGÉTAUX
- C’est du soleil que nous vient toute vie, sa lumière et sa chaleur permettant seules la formation de toutes les choses de la nature organisée. Ces choses
- laquelle le carbone minéral du gaz carbonique de l’air est engagé dans une des myriades de combinaisons qui forment la substance des êtres vivants.
- Fig. i. — Plants de blé aux différents stades de végétation, ayant reçu des quantités croissantes de lumière.
- elles-mêmes, nous le savons depuis les découvertes merveilleuses de la physique contemporaine, ne sont qu’aspect et variétés différentes d’une même énergie. Le soleil provoque réchauffement du milieu terrestre, porté entre les températures extrêmes où la vie devient possible ; il agit encore directement pour rendre possible la synthèse élémentaire par
- Dans ces conditions, on conçoit que la connaissance exacte de l’influence des rayons lumineux sur la végétation, offre un intérêt considérable. Aussi
- I. Pour des quantités plus faibles ou prendra comme unité de poids le millionième de gramme, par exemple (le microgramme). La quantité d’émanation en équilibre avec un microgramme de radium s’appellera un microcurie.
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- l’étude a-t-elle été faite déjà par un grand nombre de chercheurs. Mais la complexité du problème est telle qu’il reste encore beaucoup à faire. M. Combes le montre bien, qui vient de publier une thèse
- vurn, Tropæolum ma jus, Saponaria officinalis, Amarantus reflexus, Solarium tuberosum; parmi celles vivant habituellement à une intensité lumineuse très forte : Salsola hall, Alriplex crassi-
- Fig. 2. — Développement comparé du radis à des âges différents sous l’action de quantités croissantes de lumière.
- extrêmement intéressante, consacrée à la détermination des intensités lumineuses optima pour les végétaux à différents stades de leur développement.
- Tandis que la plupart de ses devanciers avaient opéré avec des rayons de diverses couleurs — tel Flammarion à l’observatoire de Juvisy — ou par emploi de verres captant la chaleur obscure, M. Combes s’est placé dans des conditions plus voisines de la réalité. Les plantes furent cultivées en plein air, les écrans réglant la quantité de lumière reçue laissant libre passage à tous les vents; les rayons solaires ne furent pas interceptés par des matières plus ou moins transparentes qui eussent pu retenir certaines radiations, mais par des tissus de fils opaques.difîéremment écartés selon l’effet à obtenir. Aussi pendant toute la durée des essais, la température et l’état hygrométrique à l’intérieur des cages de végétation, furent-ils les mêmes qu’en plein air.
- Les plantes soumises aux essais furent choisies parmi celles vivant dans la nature à une lumière solaire d’intensité moyenne : Triticum vulgare, Mercurialis annua, Raphanus sativus, Pisum sati-
- folia ; et enfin dans les variétés croissant sous une faible intensité lumineuse : Teucrium, Scorodonia. Toutes furent semées en avril (à l’exception du Solanum obtenu en partant des tubercules), sous cinq éclairements croissant et à l’obscurité. Les déterminations furent faites à des périodes spéciales pour chaque variété de plantes et fixées, non par une date, mais par un certain état de développement facile à caractériser. Pour le Triticum par exemple (en l’espèce, du blé Chiddam de mars), les cinq stades choisis furent : plante ayant une seule feuille développée; plante ayant cinq feuilles développées ; plante en fleurs ; fruits développés ; plante flétrie. Pour apprécier l’influence du plus ou moins d’intensité lumineuse, on détermine pour chaque plante et à chaque stade de développement : 1° le développement général et la morphologie : 2° le poids total de récolte; 3° le poids, en quelque sorte, « net », obtenu en calculant la production de matières sèches d’après la teneur en eau des tissus.
- Le simple aspect des plants de blé ainsi obtenus (fig. 1) montre très nettement l’influence de l’éclai-
- Obscurité Ecrans gradués Lumièresolaire
- - '— ------—— ------------- totale
- Fruits mûrs
- Plante en fleurs
- Début
- de la floraison
- Quatre feuilles développées
- Germination (pC.
- Courba de l'optimum/ :
- ___pour la, maJièr'e .yrriir .
- —h — +• „ Juï/drur des tiges .
- -----—--------- largeur des JeuiïZes .
- ----------„---- h’/Wf/eue. __ „__ .
- —--------------longueur des racines .
- ...... — le poids totaX .
- Fig. 3. — Graphique des optima lumineux du radis.
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- ACTION DE LA LUMIÈRE SOLAIRE SUR LES VÉGÉTAUX
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- rage sur le développement du végétal. Après la germination (À), on voit que la lumière n’aide pas à la végétation, au contraire; toutefois, la supériorité de développement des plantes placées à l’ombre n’est qu’apparente, car dans tous $£s cas, le poids de récolte est le même, et il est inférieur au poids delà graine; puisqu’il n’y a pas eu d’assimilation, on comprend que l’action de la lumière soit inutile.
- Dès le second stade (B), les plantes ayant reçu le plus de lumière sont nettement les mieux développées, et la même différence peut être observée aux troisième (C) et quatrième (D) stades. On remarquera cependant que la lumière faiblement atténuée est plus favorable que la lumière non modifiée, cet optimum étant plus sensible encore si on compare les poids de matières sèches des différents plants ; à noter également
- ses mesures : longueur des racines, des tiges, largeur des feuilles, poids de matières sèches, etc. (fig. 3).
- Nous ne pou-vous nous étendre sur les détails observés au cours de la végétation du pois, de la saponaire, de la capucine, du trèfle et autres plantes cultivées. Les courbes caractéristiques obtenues, diffèrent très notablement et présentent toutes sortes d’aspects irréguliers.
- En général, on peut observer que l’ombre et l’obscurité exercent une influence favorable au commencement de la végétation, influence qui ne persiste pas ensuite. On peut également remarquer que poulies plantes adultes, l’action des rayons solaires est tout à fait opposée selon que le végétal est d’une
- Fig. 4. — Photographies montrant l’action inverse d’éclairements de plus en plus intenses, 2, 3, 4, 5, d’une part sur une plante T adaptée à l'ombre (Teucrium Scorodonia), et, d’autre part, sur une plante A adaptée à un fort éclairement (Amarantus retroflexus).
- que l’optimum est constant pendant les stades suivant la germination, ce' qui, comme nous le verrons, n’est pas le cas pour beaucoup d’autres végétaux.
- Le Raphanus salivum par exemple, le radis vulgaire présente des optima très différents selon qu’il s’agit de l’une ou l’autre période de végétation (fig. 2). Les différences sont bien visibles à l’aspect des plantes ; mais elles le deviennent beaucoup plus encore si, comme l’a fait M. Combes, on trace sous forme de graphique les chiffres des intensités lumineuses optima correspondant aux différents stades, et déterminés par diver-
- espèce habituée à vivre à l’ombre, ou d’une variété sciaphile; on en
- peut juger par les photographies représentant l’action
- Eclairage
- Fig. 5. — Graphique des optima lumineux par les poids de matières sèches.
- inverse d’éclairement de plus en plus intenses 2, 3, 4 et 5 (fig. 4) d’une part sur le Teucrium scorodonia, adaptée à l’ombre, d’autre part sur Y Amarantus retroflexus, habituée à un fort éclairement.
- En résumé, M. Combes conclut de ses essais que l’influence exercée par la lumière sur une plante varie au cours du développement : l’optimum lumineux pour ce phénomène n’est pas représenté par une même intensité lumineuse pendant toute la durée de la végétation. Les courbes des variations des optima lumineux diffèrent également, non seule-
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- ment selon les genres de plante, mais selon le phénomène physiologique considéré dans chacune.
- En ce qui concerne le poids sec absolu, chiffre qui pratiquement offre la plus grande importance, puisqu’il correspond à la quantité de matières élaborées au cours de la végétation, et à la récolte nette qu’on peut obtenir en jardinage ou en agriculture; l’éclairement donnant le maximum ne reste constant pendant toute la durée de la végétation que dans la Salsola et YAtriplex; il varie au contraire pour le blé, le radis, le pois et les autres plantes soumises aux essais (fîg. 5). Toutefois, on doit remarquer que les résultats s’appliquent au poids sec des plantes entières; or, en pratique, ce poids importe souvent beaucoup moins que ceux de la véritable récolte qui ne se compose, selon les cas, que des seuls fruits ou des racines. Les optima concernant ces parties de la plante ne se confondent nécessairement pas avec les optima généraux : le maxipum de rendement en fruits ou en racines correspond généralement à une lumière plus intense que.celle provoquant une récolte totale supérieure.
- En général, la lumière dans laquelle les plantes sont habituées à vivre dans la nature représente l’éclairement qui leur est le plus favorable, au moins dans la dernière période de développement; ce qui se conçoit parfaitement, les plantes croissant-spontanément quand les conditions de végétation sont favorables, et étant adaptées aux différentes actions de leur habitat type. On peut encore remarquer, ce qui confirme les expériences faites par Berthelot à ce sujet, que la teneur en eau des tissus végétaux est d’autant plus grande que les plantes sont exposées à une intensité lumineuse plus faible. Cette quantité d’eau est inégalement répartie dans les différentes parties de la plante; quel que soit l’éclairage, pour les plantes sciaphiles, il y a proportionnellement moins d’eau dans les racines que dans les parties aériennes, le contraire existe dans le radis. Pour toutes les autres espèces, il y a plus d’eau dans les racines que dans le reste, au début de la végétation; mais, à partir d’un stade plus ou moins avancé, la racine devient moins riche en eau que l’appareil aérien.
- Les tiges sont d’autant plus rameuses et plus épaisses que le développement a lieu à une intensité lumineuse plus forte. Les organes de réserve souterrains, comme les tubercules du radis et de la pomme de terre, croissent proportionnellement à l’intensité lumineuse. Le fait avait été mis depuis longtemps en lumière par Aimé Girard au cours de ses célèbres expériences sur la culture des pommes de terre et de la betterave industrielles ; il est tout naturel, puisque ces réserves sont formées dans la feuille d’où ils viennent chaque jour sous l’influence de l’assimilation chlorophyllienne directement provoquée par la lumière. De meme la floraison, la quantité de fruits et la rapidité de maturation sont maxima dans les plantes exposées aux rayons solaires sans interposition d’aucun écran.
- M. Combes continue actuellement ses essais, — les plantes expérimentées furent cultivées au cours de 1909, — sur d’autres variétés, en particulier celles croissant surtout à l’ombre ; les nouveaux faits à constater devant lui permettre de fixer plus exactement des lois mieux généralisées. Mais, dès à présent, malgré le petit nombre de plantes examinées et outre la constatation des faits exposés déjà, très intéressant au point de vue botanique, certains résultats obtenus deviennent pratiquement applicables.
- C’est ainsi que les espèces dont les graphiques d’optima passent d’un extrême à l’autre (la mercuriale, par exemple), jouissent d’une plus grande faculté d’adaptation aux diverses intensités de luminosité que les plantes, comme la saponaire, dont les différents optima s’écartent peu d’une moyenne. On pourra donc tenter d’acclimater avec beaucoup plus de chances de succès les végétaux du premier type.
- Les fortes intensités lumineuses provoquant chez les végétaux l’accumulation de composés nutritifs élaborés dans les parties vertes, et favorisant par conséquent la formation des organes de réserve (rhizomes, tubercules, fruits) ; tandis que les éclai-rements faibles déterminent au contraire Yutilisation des substances nutritives et accélèrent par conséquent la formation des organes de vie active, -comme les tiges, les feuilles; les horticulteurs pourront, en réglant l’éclairage de leurs serres, agir à coup sûr pour modifier le développement des plantes et obtenir, soit des feuilles, soit des fruits.
- C’est d’ailleurs sans doute ce qu’ils font déjà. Bien souvent les acquisitions scientifiques ne sont ainsi que des mises au point de choses connues des artisans. N’en concluons pas cependant que le travailde laboratoire soit d’utilité médiocre. L’étude scientifique diffère du savoir traditionnel d’abord en répandant bien mieux les connaissances, toujours plus ou moins jalousement conservées par les professionnels; ensuite et surtout parce qu’elle permet de fixer plus exactement la nature des phénomènes étudiés, de les faire connaître plus intimement, de permettre l’application des données acquises de façon mieux réglée, plus facile. Ainsi le jardinier se sert maintenant d’un thermomètre dont les indications lui sont évidemment bien plus précieuses que l’habitude longuement acquise qu’il peut avoir d’apprécier au toucher le degré de chaleur ou de froid. Peut-être utilisera-t-il un jour l’actinomètre pour régler mieux qu’il ne le fait actuellement le développement de ses plantes. Même en agriculture, où il n’est pas évidemment possible de régler la quantité de lumière reçue par les végétaux, les travaux du genre de ceux de M. Combes pourront recevoir des applications pratiques très importantes. Le cultivateur pourra choisir rationnellement la variété à adopter selon les heures de soleil que son champ reçoit en moyenne, et obtenir ainsi, par la réunion de toutes les circonstances favorisant le plus possible la végétation, des plantes plus vigoureuses et de plus riches moissons. H. Rousset.
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- stmmssmssmssimisi ============= 349
- AU PÔLE EN BALLON
- Les préparatifs du comte Zeppelin pour atteindre le pôle en dirigeable et la tentative récente de Wellmann (qui, avant Zeppelin, fit un essai analogue) pour traverser l’Atlantique, prêtent un double intérêt d’actualité à l’histoire des expéditions entreprises précédemment par Andrée et Wellmann pour gagner le pôle en ballon à partir du Spitzberg.
- On trouvera ici quelques notes prises récemment sur place à l’endroit d’où s’élevèrent ces deux explorateurs.
- On sait que le voyage au Spitzberg, poussé jusqu’au 80e degré de latitude, c’est-à-dire presque à un millier de kilomètres du pôle, tend à se banaliser et donne aujourd’hui aisément sans risques le plaisir d’une expédi tion polaire.
- Aussi l’idée a-t-elle tout naturellement dû venir d’utiliser ce pays si particulièrement favorisé par les conditions climatériques comme point de départ d’expéditions polaires employant les ressources nouvelles de l’aérostation.
- A cet égard, la tentative qui coula la vie au malheureux Andrée était singulièrement prématurée. A cette époque, en 1896, on ne dirigeait pas encore les ballons et, pour gagner le pôle, Andrée comptait seulement sur un système de son invention, dans lequel il combinait l’usage d’un guide-rope traînant sur la glace avec une voile placée sur le ballon, pour arriver à marcher à environ 50 degrés de la direc-
- tion du vent. Son expédition était donc presque certainement vouée à l’insuccès. Elle n’était cependant pas complètement absurde. Les éléments sur lesquels comptait Andrée étaient : d’abord la perpétuité du jour ; puis la constance relative de la température dans cette région lorsque le régime barométrique est établi, ce qui diminue les variations de densité de l’air et, par suite, les pertes de gaz. Mais, ce
- qu’il ne savait pas, c’est que, dans cette zone polaire, lèvent souffle à peine trois ou quatre jours par an dans la direction du Nord, et jamais d’une façon stable.
- En 1896, ayant réussi à intéresser quelques personnes à son projet, il arriva, sur le navire la Virgo, au
- Fig. 1. — Le havre de la Virgo. A droite le hangar du dirigeable de Wellmann.
- A gauche, sa maison d’hivernage. On voit, sur la colline au fond, lesjignaux.
- point voisin de l’île des Danois, qui porte, depuis ce temps, le nom de havre de la Virgo, et que représente notre fig. 1. Un sporlsman, qui avait fait construire là une cabane pour venir parfois l’été chasser les phoques, l’avait autorisé à s’en servir. Il y passa tout l’été, attendant un vent favorable qui ne vint pas une seule fois et dut se rembarquer cette première année, à l’automne, sans avoir rien fait. On avait dressé sur la colline voisine, au point où existent encore des signaux de pierres, une girouette qui marqua obstinément, pendant trois mois, la direction inverse de celle quel’on attendait. En 1897, Andrée revint. 11 retrouva les mêmes conditions atmosphériques. Enfin, énervé par l’attente et par l’idée des plaisanteries qu’il prévoyait, un jour où le vent était à peu près convenable, le 11 juillet 1897, il se décida à partir. Presque aussitôt son guide-rope s’accrocha et fut perdu. Le ballon passa par-dessus l’île d’Amsterdam et disparut. On n’a jamais su exactement ce qu’il était devenu. On a seulement reçu un message envoyé par pigeon-voyageur au moment du départ et retrouvé une bouée jetée presque au même instant. Jamais la mer n’a rejeté aucune épave du ballon : épaves qui
- Fig. 2. — Glaciers de la baie de Smerenburg où est allé tomber le dirigeable de Wellmann.
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- auraient été faciles à reconnaître, car chaque pièce portait le nom d’Andrée. Il est évident que le ballon a été se perdre en mer ou sur la banquise, mais on n’en a jamais eu la preuve directe.
- Huit ans après la mort d’Andrée, une seconde tentative a été faite à partir du même point pour atteindre le pôle, cette fois en dirigeable, si l’on peut réellement qualifier d’expédition arctique ce qui n’a été en réalité, suivant toute vraisemblance, que la très adroite réclame d’un journaliste américain.
- On sait le talent qu’apportent, même les véritables explorateurs yankees à monnayer les résultats de leurs voyages en conférences, interviews, cinémas, livres, etc. A plus forte raison ceux qui n’ont d’explorateurs que le nom.
- En 1906, la nouvelle fut répandue avec grand fracas qu’un certain Wellmann se proposait d’atteindre le pôle en dirigeable. Ce Wellmann n’avait à peu près aucune notion, ni de l’aérostation, ni de la mécanique, ni de la météorologie. Il était seulement connu pour avoir, en 1904, comme correspondant de Chicago Record Herald, conduit dans les glaces un bateau qui fut brisé. Mais peu importait au fond le résultat définitif de l’expédition nouvelle. L’important était qu’on en parlât quelque temps, et cela valait bien une certaine mise de fonds. L’entreprise de Wellmann fut, en effet, pour tout ce qui regardait le décor extérieur et l’impression à produire sur le public, savamment organisée. On voit encore, au havre de la Yirgo, l’immense hangar, semblable à une grande salle de bal soigneusement parquetée et recouverte de cintres en charpente qui ressemblent à une carcasse de baleine, où le ballon devait être remisé. A côté, l’installation d’hivernage très soigneusement et confortablement conçue, avec cloisons multiples, salle de bain, etc. Trois ingénieurs furent employés à la construction. Quand, par hasard, il passait des touristes dans le pays, on leur faisait volontiers une conférence sur les beautés du projet, etc. Finalement, en 1907, le ballon partit et alla, Comme il était facile de le prévoir, se perdre presque immédiatement sur un des glaciers voisins que représente notre fig. 2. Satisfait sans doute de s’en être tiré à aussi bon compte, Wellmann n’insista
- pas et revint bien vite à son bureau de rédaction, laissant épars sur la plage tout son beau matériel, qui reste à la disposition des explorateurs futurs, sauf à être pillé progressivement par les marins ou chasseurs de passage. C’est le même homme qui vient, toujours comme réclame pour des journaux, le Daily Telegrajjh, de Londres, et le New-York Times, d’organiser un essai sensationnel et téméraire de traversée de l’Atlantique en dirigeable, au cours duquel il a eu la chance d’être recueilli en pleine mer par un navire fort heureusement rencontré.
- Actuellement, on le sait, une nouvelle tentative, plus sérieuse que les précédentes, est organisée par le comte Zeppelin pour gagner le pôle en dirigeable, toujours en partant du Spilzberg. Au lieu du havre de la Yirgo, on a adopté cette fois, paraît-il, comme point de départ, la Cross-Bay, qui est peut-être le point le plus pittoresque de cette côte ouest du Spitzberg, mais qui, à part cet agrément, ne semblait pas d’abord naturellement désignée comme station de dirigeables, étant presque entièrement entourée d’un cercle de pics alpestres, d’où descendent d’immenses glaciers jusqu’à la mer. La nouvelle de ce choix, qu’il m’a été impossible de vérifier sur place, n’ayant vu ni à la Cross-Bay ni à la Kings-Bay aucun préparatif, me semble donc douteuse. On a d’ailleurs pu lire, à ce sujet, dans les périodiques, une information du plus haut comique, d’après laquelle les Allemands auraient acquis les terrains nécessaires à leurs constructions. Acquérir des terrains au Spitzberg, dans cet immense territoire glacé qui n’appartient encore à aucun pays et où, depuis deux ou trois ans à peine, ont commencé à hiverner quelques mineurs attirés par les mines de charbon de l’Advent bay, est l’opération la plus économique du monde. La difficulté ne commence que pour y amener de loin tout ce dont on peut avoir besoin, le pays ne fournissant pas un arbre ni un brin d’herbe. Quant à atteindre le pôle à partir de ce point, c’est un raid d’environ 2500 km aller et retour, dépassant par conséquent notablement ce qu’on a fait jusqu’ici ailleurs, dans des conditions beaucoup plus favorables. Il y a donc bien des chances pour que cette tentative, cette fois encore, soit prématurée. L. De Latjnay.
- PHOTOGRAPHIES DE DÉCHARGES ÉLECTRIQUES
- Parmi les phénomènes si nombreux qui démontrent une différence essentielle entre les électricités positive et négative, ceux qui accompagnent les décharges sur les plaques photographiques sont peut-être les plus intéressants.
- M. Alfred W. Porter, professeur à l’University College de Londres, lors de ses recherches sur ces phénomènes, s’est servi de plaques sensibles ordinaires, dont le côté postérieur était placé sur une plaque de cuivre constituant l’une des électrodes de décharge; l’autre électrode était formée par un con-
- ducteur de différentes formes (fil, tige ou plaque) se trouvant au contact du centre de la surface sensible. Après le passage d’une décharge unique, l’expérimentateur développe la plaque, ce qui lui donne les belles figures représentées par nos illustrations.
- La figure 1 représente l’effet qu’on obtient en choisissant une plaque triangulaire comme électrode positive; la figure 2 représente ces mêmes effets quand la plaque devient l’électrode négative. Dans le premier cas, la décharge s’échappe des angles ; dans le second cas, elle passe perpendiculairement
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- Photographies de décharges électriques.
- i. Décharge photographiée sur une électrode triangulaire placée au pôle positif. — 2. Décharge sur la même électrode placée au pôle négatif. — 3. Décharge négative dans Pair à la pression atmosphérique. — 4. Décharge négative dans Pair à la pression de 17 cm. — 5. Décharge négative dans Pazote à la pression atmosphérique. — 6. Décharge négative dans le gaz d'éclairage à la pression atmosphérique. — 7. Aspect de la décharge lorsqu'on envoie un courant d’air sur l’électrode.
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- aux côtés. Le caractère de la de'charge est bien différent dans les deux cas. Lorsque la plaque triangulaire est positive, la décharge se compose de serpentins semblables aux cours de rivières qui se joignent ; lorsque, au contraire, la plaque est négative, les lignes principales présentent plutôt l’allure des trajectoires de projectiles éclatant en l’air. Il paraît probable que la décharge se compose de particules négatives lancées par l’électrode négative et qui, après avoir ionisé le gaz environnant, vont se réunir sur l’électrode positive d’une façon analogue aux rivières d’un système fluvial, dont la jonction formerait un grand fleuve tombant à son tour dans l’Océan. Les figures en éventail qui caractérisent la décharge négative, ressemblent aux figures tracées dans leur vol rapide par les fragments d’un obus qui éclate. Chacune des lignes fines d’un éventail correspond à l’une des nombreuses particules formées par la désintégration d’une molécule. Des figures analogues s’observent du reste pendant les feux d’artifice.
- La figure 3 représente une décharge négative très caractéristique au sein de l’air.
- Lorsque la plaque est enfermée dans une boîte, on peut faire cette expérience en faisant varier la pression de l’air ou encore en remplaçant l’air par d’autres gaz. À une pression d’environ 17 cm (c’est-à-dire, après avoir chassé environ 3/4 de l’air atmosphérique) on observe les effets remarquables que représente la figure 4. Il s’agit de deux espaces obscurs récemment découverts ainsi que d’une mystérieuse décharge par jet, qui pénètre dans un effluve plus ou moins prononcé. 11 est impossible jusqu’ici d’expliquer ces phénomènes.
- En choisissant, au lieu de l’air, une atmosphère d’azote, on observe la décharge négative si caractéristique que représente la figure 5; la figure 6 représente la même décharge au sein du gaz de houille.
- Eh faisant passer pendant la décharge un courant d’air sur la plaque photographique, on n’agit que sur la décharge centrale, laquelle s’étend vers les
- bords de la plaque. La figure 7 représente cette décharge étirée en bande large. L’action d’un champ magnétique perpendiculaire à la plaque est de la même espèce ; aussi la figure 7 ne saurait-elle être distinguée d’une figure représentant l’action d’un champ magnétique intense.
- Le champ magnétique, chose remarquable au point de vue de la théorie électronique, ne dévie aucune des lignes de décharges. Il paraît presque nécessaire d’admettre que ces lignes représentent les trajectoires de particules non chargées ou que chaque ligne est à la vérité un long spiral très mince ou enfin, que les particules se déplacent à une vitesse se rapprochant de celle de la lumière. Dans ce dernier cas, les explosions qui se produisent devraient être sensiblement de la même nature que la désintégration des substances radioactives. M. Rutherford a fait voir que les particules projetées par les corps radioactifs sont sans effet sur les plaques photographiques si leur vitesse reste au-dessous d’une A'aleur donnée, relativement très élevée. Les bords des décharges en éventail représenteraient alors la région où la vitesse des électrons doués d’un mouvement très rapide serait réduite à une valeur éliminant toute possibilité d’une action sur la plaque. Cette explication s’applique à chacun des cas examinés par Porter.
- Les grandes différences entre les décharges négatives au sein de différents gaz doivent être attribuées à de grandes différences dans la désagrégation des molécules. Faisons observer que les décharges positives sont essentiellement identiques dans tous les gaz jusqu’ici examinés; ceci concordant avec la théorie précédente en vertu de laquelle il n’y aurait pas d’ionisation ultérieure sur les trajectoires rejoignant l’électrode positive.
- Dans un mémoire publié dans le fascicule de janvier de la Revue anglaise Journal of the Roentgen-Society , M. Porter indique de nouveaux et nombreux exemples de ces remarquables phénomènes.
- Df Alfred Gradenavitz.
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 octobre 1910. — Présidence de M. E. Picard.
- M. Blaserna, président de la Société dei Lincei, assiste à la séance.
- L’épuration des huîtres contaminées. — M. Henneguy expose les recherches exécutées par M. Fahre Domergue sur l’épuration des huîtres ayant vécu dans les eaux contaminées des estuaires. L’auteur a constaté que les huîtres pouvaient subsister pendant 8 jours et même 15 jours dans de l’eau de mer fdtrée et par conséquent privée de toute particule alimentaire. L’huître ne dépérit pas; sa vitalité reste entière. La coquille augmente légèrement de poids. M. Fabre Domergue estime que les huîtres des eaux des estuaires, après avoir été soumises à ce traitement, peuvent être consommées sans inconvénient.
- Une cause de destruction des trypanosomes. — M. Roux résume une Note de M. Roubaud sur une cause
- non soupçonnée de destruction des trypanosomes. Certains trypanosomes continuent de se développer dans la trompe des mouches dites glossines. L’auteur a pu constater que de brusques variations de l’humidité du milieu font périr ces trypanosomes dans la trompe des glossines. Des expériences faites sur des animaux, ne laissent subsister aucun doute.
- Hérédité de la tuberculose. — M. Landouzy expose le résultat de ses investigations sur l’hérédité maternelle de la tuberculose. Il a effectué à ce sujet un grand nombre d’expériences sur des cobayes, des lapins et des chiens. R ressort de ces expériences que l’infection est héréditaire, qu’une mortalité énorme-existe sur les jeunes sujets et que les malformations congénitales sont fréquentes chez eux. Ch. de Yilledeuil.
- (A suivre.)
- Le Gérant': P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1954.
- 5 NOVEMBRE 1910.
- LE SUBMERSIBLE FRANÇAIS « ARCHIMEDE »
- Notre Hotte vient de s’augmenter d’une unité dont l’entrée en ligne mérite à tous points de vue d’être signalée. Le submersible Archimède, dont il est question, représente en effet, par ses dimensions, un type jusqu’à présent inusité dans notre marine, et l’utilisation qu'on compte en faire constitue également une innovation dont les suites peuvent être de grande importance.
- VArchimède est purement un submersible du type créé par l’ingénieur des constructions navales Laubeuf, type dont il est désormais bien difficile de croire qu’on pourra s’écarter sensiblement. Sa construction est due à une circonstance que La
- plongée, ce qui donne un coefficient de flottabilité de 50 pour 100. Sa longueur est de 60 mètres.
- Il est mù en navigation à la surface par deux machines à vapeur du système alternatif développant au total une force de 1700 chevaux. La vapeur leur est fournie par deux chaudières chauffées au mazout. En plongée, deux moteurs électriques remplacent les moteurs à vapeur ; l’électricité leur est fournie par des accumulateurs. La vitesse obtenue est de 15 nœuds en surface, de 10 en plongée. Il faut remarquer ici l’accroissement important de cet élément, résultat de l’augmentation du tonnage.
- La disposition de la double coque est identique à
- Fig-, i. — Le sous-marin Archimède, à Cherbourg.
- Nature a rapportée dans son numéro du 10 mars 1907. A cette époque, le ministre de la Marine prescrivit la mise en chantier de 4 sous-marins de grand tonnage (800 tonnes), mais conçus tous les quatre suivant les idées personnelles d’un même nombre d’ingénieurs des constructions navales, MM. Hutter, Radiguet, Bourdelle et Maurice. L’Ar-chimède est le premier prêt de ces quatre bâtiments1. Il a été construit à Cherbourg, sur les plans de M. Hutter qui s’est simplement contenté d’agrandir les caractéristiques des submersibles Laubeuf, sans innover, ce en quoi il est vraisemblable qu’il a agi très sagement. Le tonnage de l'Archimède est de 575 tonneaux en surface, de 810 en
- 1. Le sous-marin de M. Maurice, construit à Toulon cl qui est muni d’une chaudière récupératrice, a été également lancé récemment et . va entreprendre des essais que son appareil évaporatoire rendra particulièrement intéressants.
- celle des submersibles du type Pluviôse dont la description a été donnée (n° du 16 mars 1907). Elle renferme les water-ballast et l’approvisionnement de mazout. Le pont, très dégagé comme le montre notre gravure, porte cependant une superstructure assez élevée pour permettre à l’équipage de séjourner au grand air, à l’abri des embruns, lorsqu’on navigue à la surface. Les quatre panneaux qui donnent accès aux différents compartiments du navire débouchent sur cette.superstructure. Comme tous les sous-marins récents, Y Archimède possède deux périscopes.
- L’armement se compose de 6 tubes lance-torpilles.
- Conçu pour supporter de longs séjours à la mer, Y Archimède a été spécialement étudié au point de vue de l’habitabilité. Son grand tonnage a d’ailleurs permis d’améliorer beaucoup à son bord les conditions d’existence de l’équipage.
- La vie sur les sous-marins de 400 tonneaux du
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- type Pluviôse était déjà possible. Trois bâtiments de ce type ont pris une part très active aux manœuvres de mai et juin 1909, et ont montré quels énormes services les navires de ce tonnage pourraient rendre en temps de guerre. Ils mirent en quelque sorte aux abois l’escadre de l’amiral Jauréguiberry contre .laquelle ils opéraient. Mais néanmoins, après 5 ou 6 semaines de manœuvres, très sévères il esterai, les équipages, malgré leur merveilleux entrain, étaient à bout de force. Sur l’un de ces navires le poids moyen des hommes avait baissé de près de 5 kg.
- L’équipage de Y Archimède est logé dans un grand poste, bien aéré et éclairé en surface, et placé à l’avant. La nuit, ce poste se garnit de couchettes pour une partie des marins, de hamacs pour les autres, de tables à l’heure des repas.
- Les maîtres ont également un local vaste et confortable où ils sont tout à fait chez eux.
- Les officiers, au nombre de trois, ont chacun leur chambre. Les repas se prennent dans le poste central qui sert de pièce commune. Le commandant possède meme un bureau. Sur les sous-marins de 400 tonneaux, il n’y avait qu’une chambre omnibus, le plus souvent d’ailleurs, constituée par un simple couloir.
- Le. diamètre relativement considérable du bâtiment (5 mètres environ), a permis d’établir au milieu une cloison horizontale. Le matériel, accumulateurs, etc., occupe la moitié inférieure de la coque, les logements, la partie supérieure.
- L’installation de la cuisine a été tout particulièrement soignée. Il est en effet de toute nécessité que des hommes soumis au rude métier que l’on devine, vivant dans des conditions hygiéniques qui, malgré tout, laissent à désirer, trouvent en toutes circonstances, une nourriture chaude et soigneusement préparée. Lorsqu’on est en surface, le fourneau se chauffe au mazout, comme les chaudières ; en plongée, le pétrole est remplacé par l’électricité. Le café est préparé dans un percolateur.
- On trouve encore à bord, un office, trois water-closet, etc. Le cubage de Y Archimède est suffisant pour qu’on envisage la possibilité de rester 12 ou 14 heures sous l’eau sans renouveler l’air, mais c’est une ressource dont il vaut mieux ne pas Abuser ; l’atmosphère se vicie assez rapidement, et après une plongée de cette durée, l’équipage éprouve une fatigue qu’il est plus sage de lui épargner. Il est à remarquer d’ailleurs qu’on ne voit pas bien les circonstances qui pourraient forcer un sous-marin à rester immergé 14 heures. U n’y a guère que le cas d’un accident. Quoiqu’il en soit, nous ferions peut-être bien de suivre, en cette matière, l’exemple que nous donnent les marines étrangères. Presque toutes se préoccupent de fournir aux équipages de sous-marins le moyen de purifier, de régénérer l’air pendant les longues plongées. L’oxylithe, dont il a déjà été question ici à plusieurs reprises au sujet du sauvetage des équipages de sous-marins, fournirait très vraisemblablement la solution du problème.
- . L’Archimède possède d’ailleurs un moyen de
- renouveler son air, tout en restant sous l’eau, à-faible distance de la surface, il est vrai. On peut, dans ce cas, pousser de l’intérieur du navire une manche à vent. Par cette manche aspire un ventilateur qui refoule l’air frais dans une canalisation courant d’un bout à l’autre du navire avec débouchés dans chaque compartiment.
- Quand le navire est en surface, la ventilation s’opère alors parfaitement. Un second ventilateur double celui dont je viens de parler, et un troisième a pour unique fonction d’aspirer l’air vicié qui s’accumule dans la partie inférieure des compartiments et de le refouler à l’extérieur.
- Les officiers de marine ne sont point unanimement d’avis qu’il y ait avantage ou intérêt à pousser les sous-marins vers les gros déplacements. Certains font remarquer que le sous-marin de petit déplacement tient mieux la plongée qu’un grand ; il peut rester à 6 m. de profondeur, par exemple, alors que le grand, par un même état du temps et de la mer, ne tiendra qu’à 9 ou 10 m. Être forcé de s’enfoncer davantage pour tenir la plongée et éviter d’être hume' vers la surface par la houle, c’est avoir besoin d’un périscope plus long, partant moins clair.
- Le petit sous-marin sera encore moins visible. Enfin, il coûte moins cher. A ces arguments, les partisans des gros tonnages réponden t que le fait de se tenir à une immersion de 9 ou 10 mètres met le sous-marin à l’abri de tous les accidents d’abordage par un navire qui passe au-dessus de lui, ce qui n’est pas le cas; quand on se tient à 5 ou 0 mètres. Ce serait donc plutôt un avantage.
- Il faut observer de plus qu’une bonne et confortable navigation à la surface ne peut être assurée que par un grand déplacement et une forte réserve de flottabilité, et que, somme toute, c’est en surface que s’exécute la plus grande partie de la navigation des sous-marins. Qu’enfin, on ne peut songer, si on ne donne à l’équipage des conditions d’habitabilité que seules comportent les coques longues et larges, à lui demander de tenir la mer longtemps. Et c’est à de sérieuses traversées, à des croisières relativement longues qu’on tend de plus en plus à destiner les sous-marins.
- Il est bien certain qu’une partie notable de notre flotte sous-marine, celle à qui est réservée la défense immédiate de nos côtes et ports, devra comprendre des unités de tonnage moyen, dont le rayon d’action pourra rester médiocre comme leur habitabilité et leurs qualités de navire de mer.
- Mais pour le rôle qu’on destine au sous-marin du large, au croiseur sous-marin, au torpilleur sous-marin, quel que soit le nom qu’on lui donne, le grand tonnage qui, seul, admet et permet grand rayon d’action, bonne tenue à la mer, faculté pour l’équipage de vivre à bord sans fatigues exc&ssivcs, est de rigueur.
- L’Archimède, et mieux encore, les navires qui le suivront, sont destinés à jouer ce rôle de sous-marin du large, à gagner les estuaires des rivières, les
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- ports ennemis lointains, à s’établir en croisière devant eux, à bloquer les forces qui s’y seront réfugiées, et à les détruire si elles tendent d’en sortir, à surveiller et à barrer les passages des mers resserrées, les routes maritimes comme celles qui longent nos côtes de l’Océan et de la Méditerranée, à plus ou moins grandes distances, toutes opérations qui exigeront, avec des vitesses considérables, toutes les autres conditions énumérées plus haut.
- Le Ministre de la Marine a d’ailleurs des ambitions encore plus hautes.
- Il voudrait fondre en un seul type de navires, le torpilleur arme de nuit, et le sous-marin arme de jour, et ses efforts tendent à réaliser le torpilleur sous-marin, assez rapide pour agir de nuit comme un véritable torpilleur, c’est-à-dire en surface, et capable, de jour, de rendre les mêmes services en se cachant sous les eaux.
- Rien ne s’oppose à la réalisation de ce programme, dès que l’on se décide à atteindre des tonnages encore plus élevés que celui de Y Archimède.
- C’est en suivant cet ordre d’idées que le Ministre a fait établir les plans et vient d’ordonner la mise en chantiers de deux sous-marins dont le déplacement en plongée approchera de 1000 tonnes (700 en surface) et qui donneront en surface la vitesse de 20 nœuds. L’un de ces bâtiments perpétuera le nom’- glorieux de Gustave Zédé, l’éminent officier du Génie maritime qui fut, enFrance, l’apôtre de la navigation sous-marine. Si ces bâtiments promettent ce qu’on en attend, et les résultats acquis jusqu’à présent ne laissent guère de doute à ce sujet, nous aurons en eux des navires capables d’accompagner nos escadres pour lesquelles ils seront des auxiliaires formidables.
- En attendant, Y Archimède vient d’accomplir une série d’essais au cours desquels ses qualités diverses, et la résistance de son équipage ont été mises à de rudes et concluantes épreuves. Le dernier de ces essais a duré 5 jours et a consisté en une navigation continue sur le trajet Cherbourg-Dunkerque-Rochebonne (entrée de la Gironde)-Cherbourg, soit
- près de 2400 km. Le rayon d’action de Y Archimède est de 680 milles à 15 nœuds, et 2500 milles à 10 nœuds en navigation à la surface, et en plongée de 14,50 milles a 10 nœuds et 100 milles à 5 nœuds (le mille étant de 1852 m.).
- À la fin de ce raid exécuté en surface à 10 nœuds, Y Archimède a effectué une plongée de 7 heures consécutives, puis a lancé les torpilles qui avaient fait, à leur poste de combat, tout ce long voyage. Elles ont donné des trajectoires parfaites.
- Et le voilà prêt à remplir, en cas de guerre, toute mission qui lui serait confiée, fùt-ce, dit son commandant, à aller bloquer New-York.
- Pendant que nous travaillons nos sous-marins, on ne s’endort pas chez nos voisins. J’aurai quelque jour le loisir de signaler aux lecteurs de La Nature ce qui se passe, à ce point de vue, à l’étranger. Mais je veux dire dès aujourd’hui que l’Angleterre vient d’armer la première unité d’une série, dite série D qui ne le cède en rien à notre Archimède. Le Dt déplace 600 tonnes en surface, 850 en plongée avec une flottabilité de 28 pour 100. Jusqu’à ce jour, l’amirauté anglaise s’en était tenue aux sous-marins de faible flottabilité, ceux de la classe À ayant il pour 100, les R, 12 pour 100, les C, 12 pour 100. On voit qu’avec les D elle se rallie à l’idée du submersible Laubeuf.
- Elle renonce également pour ces nouveaux sous-marins aux moteurs de surface à essence, qui lui ont donné tant d’accidents et de déboires et place à leur bord des moteurs à combustion interne (Diésel). La vitesse obtenue paraît être de 16 nœuds en surface, 10 en plongée. Pour la première fois on a vu, avec le Dt, un sous-marin muni d’appareils de T. S. F.; des expériences ont été faites entre le Dt immergé et le cuirassé Bellerophon. Il est très intéressant de noter que, non seulement le a pu recevoir les communications du cuirassé, mais encore a pu télégraphier, en immersion, à une distance assez considérable. Sauyairk Jourdan.
- Capitaine de frégate de réserve,
- Fig. 2. — Télégraphie sans fil sur sous-marin : Le sous-marin D, de la marine anglaise.
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- LA DÉCOUVERTE DE NEPTUNE
- La Nature a signalé, il y a peu de temps, le décès, survenu à jPotsdam, le 10 juillet dernier, à l’âge de 98 ans, de l’astronome Gottfried Galle connu surtout pour avoir découvert, le 25 septembre 1846, d’après les indications et calculs de Le Verrier, la planète Neptune.
- Cette circonstance donne un intérêt spécial à un article que vient de publier le savant astronome américain T.-J.-J. See dans Popular astronomy au sujet de la fameuse lettre par laquelle Le Verrier annonçait à Galle le résultat de ses travaux et qui conduisit l’astronome allemand, le soir même de sa réception, à la découverte de la lointaine planète.
- Cf ..La lettre entière, dit M. See, n’a jamais été publiée. Elle me fut communiquée par le Dr Galle, il y a cinq ans, pour.un travail sur le système planétaire que je préparais alors, mais dont la publication est encore remise à plus tard. »
- Voici, dans son texte original, la lettre de Le Verrier :
- « Paris, le 18 septembre 1846.
- « Monsieur
- . (( J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et d’attention la réduction des observations dé Roemer, dont Vous avez bien voûlu m’envoyer un exemplaire. La parfaite lucidité de Vos explications, la complète rigueur des résultats que Vous nous donnez, sont au niveau de ce que nous devions attendre d’un aussi habile astronome. Plus tard, Monsieur,, je Vous demanderai la permission de revenir sur plusieurs points qui m’ont intéressé, et en particulier sur les observations de Mercure qiu y sont renfermées. Aujourd’hui, je voudrais obtenir de l’infatigable observateur qu’il voulût bien consacrer quelques instants à l’examen d’une région du Ciel, où il peut rester une Planète a découvrir. C’est la théorie d’Uranus qui m’a conduit à ce résultat. Il va paraître un extrait de mes recherches dans les Ast. Nach. J’aurais donc pu, Monsieur, me dispenser de Vous en écrire, si je n’avais eu à remplir le devoir de Vous remercier pour l’intéressant ouvrage que Vous m’avez adressé.
- (( Vous verrez, Monsieur, que je démontre qu’on ne peut satisfaire aux observations d’Uranus qu’en introduisant l’action d’une nouvelle Planète, jusqu’ici inconnue : et ce qui est remarquable, il n’y a dans l’éclip tique qu’une seule position qui puisse être attribuée à cette Planète
- LA RÉSURRECTION
- Nous avons plus d’une fois signalé les intéressants efforts qui sont actuellement tentés pour rendre aux diverses régions de l’Asie Mineure leur ancienne activité. En particulier nous avons exposé les projets relatifs à la Mésopotamie.
- Voici que le Mois Colonial et Maritime signale (octobre) un mouvement actuel ayant pour objet la Palestine et qui a reçu un commencement d’exécution. Tout porte à croire que cette région, qui semblait à jamais endormie dans la désolation et la pauvreté à la suite des croisades, des invasions musulmanes et des longs siècles de domination turque, va sortir de sa torpeur et renaître à la vie. Tout dernièrement, en effet, le Gouvernement turc a accordé à une Compagnie internationale la concession des immenses terrains désolés qui entourent la mer Morte. Le projet, peut-être téméraire, de cette compagnie est de créer en cet endroit un centre commercial, industriel et agricole. Les ingénieurs européens, qui ont exploré la région, y ont reconnu des gisements importants de bitume, d’asphalte et de sel. La compagnie, qui a reçu cette concession du gouvernement turc, se propose de re-
- perturbatrice. Voici les éléments de l’orbite que j’assigne à cet astre :
- Demi-grand axe de l'orbite.................. 36,154
- Durée de la révolution sidérale..................217 ans,587
- Excentricité..................................... 0,10761
- Longitude du périhélie........................... 284u 45'
- Longitude moyenne : 1" janvier 1847..............518° 47'-
- .. 1
- Masse............................................ ........
- 9500
- Longitude hclioccnlrique vraie au 1" janvier 1847. 526° 52'
- Distance au Soleil............................... 53,06
- (( La position actuelle de cet astre montre que nous sommes actuellement, et que nous serons encore, pendant plusieurs mois, dans des conditions favorables pour le découvrir.
- « D’ailleurs, la grandeur de sa masse permet de conclure que la grandeur de son diamètre apparent est de jtlus de 3" sexagésimales. Ce diamètre. est tout-à-fait de nature à être distingué, dans les bonnes lunettes, du diamètre fictif que diverses aberrations donnent aux étoiles.
- « Recevez, Monsieur, l’assurance de la haute considération de Votre dévoué serviteur
- « U.-J. Le Verrier.
- « Veuillez faire agréer à Mr. Encke, bien que je n’aye pas l’honneur d’être connu de lui, l’hommage de mon
- profond respect. . . r n
- r «A Monsieur J. Galle
- Astronome à l’Observaloire Royal de Berlin., à Berlin. »
- Expédiée de Paris le 18 septembre, cette lettre parvint à Berlin le 25. Le soir, le ciel était clair et Galle ne tardait pas à découvrir, à la longitude 527° 24', la planète dont l’attraction perturbait la marche d’Uranus.
- Les circonstances qui ont présidé à la découverte de Neptune sont bien connues et données, avec juste raison, comme un exemple remarquable de ce que peut le calcul appliqué à l’Astronomie. Mais la publication, pour la première fois en France, croyons-nous, de la lettre qui a motivé la découverte' visuelle de Neptune, valait la peine d’être faite à titre de contribution à l’histoire de la science du ciel.
- La place de cette lettre nous parait être le musée de l’Observatoire de Paris où elle pourrait prendre place à côté de tant d’autres souvenirs se rattachant au développement de l’Astronomie. E. T.
- DE LA PALESTINE
- cueillir à Londres, à Paris et à Berlin des capitaux importants destinés à l’entreprise de ce gigantesque travail et au développement graduel de la région. Les mines de sel seraient les premières exploitées, pour les besoins de la Palestine qui doit actuellement s’alimenter en Égypte ou en Angleterre. Notre confrère affirme, d’autre part, que cette compagnie aurait l’intention de se mettre d’accord avec le parti sioniste pour introduire dans le pays la main-d’œuvre juive et concourir ainsi à la colonisation israélite de la région. Il est intéressant à ce propos de signaler que le repeuplement israélite de la Palestine, pris à tâche par les sionistes, fait des progrès rapides : il y a trente ans, on comptait 35 000 israélites en Palestine, aujourd’hui ils sont 110 000. Us parlent l’hébreu, ont quatre journaux quotidiens et hebdomadaires, possèdent un collège et sont sur le point de fonder une école polytechnique ou, pour mieux dire, d’arts et -métiers, dont la direction sera confiée au professeur Schatz, qui.a fait toutes ses éludes à Paris; il est même question d’un théâtre.'
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- LES ASSOCIATIONS VÉGÉTALES
- L’extension des études biologiques nous montre, de plus en plus, l’adaptation des êtres vivants au milieu qu’ils habitent, comme Lune des grandes lois de l’univers. C’est à cette branche de l’histoire naturelle qu’Ernst Hæekel appliqua, en 1866, le terme d'Écologie1. Nous pouvons dire, avec le professeur Flahault : « L’adaptation se révèle en tout ce qui vit et l’hérédité fixe les caractères adaption-nels. Tout organisme vivant subit, à tout instant, l’influence des milieux pendant toute la durée de
- a insisté sur la nécessité de l’approfondir, H. Lecoq a distingué un grand nombre d’Associations dans les plaines et les montagnes de l’Europe. Enfin, plus récemment : Kerner, Warming, W. Schimper ont précisé la question et l’ont rendue classique. Ces études reçoivent actuellement, en France, une impulsion nouvelle, grâce à l’ardent zélateur qu’est le professeur Ch. Flahault, de Montpellier.
- Qu’est-ce donc que l’Association végétale?
- Si peu versé que nous soyons dans l’étude des
- Fig. i. — La forêt d'arbres feuillus à feuilles caduques : A, futaie de chênes, à Cosker-Vraz en Saint-Evarzec (Finistère); B, futaie de hêtres (Finistère).
- son évolution individuelle. Tous les individus de la même espèce ont subi ces mêmes influences pendant la durée de leur évolution spécifique2. »
- Quelques aperçus ayant trait à l’adaptation chez les végétaux nous ont semblé tout indiqués pour faire suite à nos esquisses symbiotiques.
- Ces phénomènes acquièrent toute leur ampleur dans la notion, relativement récente, des Associations végétales: :
- C’est Al. de Ilumboldt qui, au commencement du siècle dernier, appela le premier l’attention sur l’importance du sujet. Plus tard, A. P. de Candolle
- 1. De oîy.oç = demeure et ).oyoç = science.
- 2. Ch. Flahault. Préface du Lac de Grand-Lieu, monographie phytogéogr. par E. Gadeceau. Nantes. Dugas, 1909.
- plantes, pourvu que nous ayons le goût, disons l’instinct de l’observation, nous avons pu remarquer que les grandes lignes du paysage changeant sont constituées par certains végétaux qui, par leur fréquence et par leur aspect physionomique, lui impriment un caractère particulier. Tout le.monde connaît la Chênaie, la Châtaigneraie, la Pinède, la Saulaie, la Roselière. Ce sont autant d’Associations dont le Chêne, le Châtaignier, le Pin, le Saule, le Roseau, représentent les dominantes, toujours accompagnées de toute une série de plantes, d’un aspect moins frappant, de sorte que quand les premières nous apparaissent on peut prévoir, presque à coup sûr, quelles espèces secondaires vont ; sa joindre, comme comparses, à la dominante.-.
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- VAssociation végétale est un groupement spontané qui se compose d’un ensemble de formes spécifiques parfois très éloignées les unes des autres dans nos classifications systématiques, mais dont la structure anatomique révèle, cependant, des adaptations biologiques communes. Comme l’a dit Warming, tous ces commensaux, quoique servis à la même table, ne se nourrissent pas forcément des mêmes aliments. Ils vivent les uns à côté des autres « suivant la conformité ou la diversité d’exigences qui trouvent leur satisfaction, soit dans les conditions mêmes du milieu, soit dans les conditions déterminées par la présence d’autres végétaux1 ».
- Ces Associations expriment, de la façon la plus exacte, les conditions physiques et biologiques qui régnent dans une région déterminée. On a pu dire, sans exagération, que celui qui sait lire, sur un sol quelconque, les éléments des Associations végétales qui le couvrent, est, par là même, fixé sur les cultures qui peuvent y prospérer et sur ses conditions d’habitabilité.
- Toute modification dans les conditions topographiques, édaphiques2 ou climatiques de la Station se répercute sur la composition du groupement végétal. De là, on aperçoit qu’une même Station peut être habitée par des Associations différentes ou même par plusieurs Associations.
- Les conditions générales du milieu créent, en s’uniformisant de plus en plus, des groupements de plus en plus étendus, auxquels le génie du langage populaire a imposé souvent des noms spéciaux. Ainsi, en France, pour ne parler que de ceux-ci, les noms de Lande, Garigue, Maquis, évoquent tout de suite à l’esprit un aspect paysagiste déterminé : ce sont des Groupes d'Associations.
- Ces groupes eux-mêmes appartiennent à une seule Formation, constituant, sur de vastes étendues, le fond même du paysage. Toute la Région tempérée de l’Europe occidentale, à laquelle la France se rattache en majeure partie, représente comme type primitif de végétation la Forêt d'arbres feuillus à feuilles caduques, aujourd’hui presque détruite, et dont l’expression la plus parfaite réside dans le Chêne et le Hêtre. La Forêt de Conifères s’étend surtout dans les Régions septentrionales et sur les montagnes. La Région méditerranéenne est comprise dans la Formation de la Forêt d'arbres feuillus à feuilles persistantes caractérisée surtout par le Chêne vert, l'Olivier, mais où l’on trouve aussi quelques Conifères tels que le Pin Pignon, le Pin d’Alep.
- La Forêt vierge, qui n’a pas. été influencée par l’intervention de l’homme est rare, même en Amérique, à plus forte raison en Europe. D’après War-ming, les plus belles forêts de Hêtres se voient en Danemark et en Allemagne. Les forêts de Chênes
- . 1. Ch. Flahault. Premier essai de nomenclature phyto-géographique. Extr. Bull. Soc. Languedoc, de Géogr. Montpellier, 1901, tir. à p., p. 17.
- 2. de : êSaapbç = sol.
- anciennes et bien conservées sont devenues plus rares encore. Grisebach cite parmi les plus magnifiques qu’il ait vues celles de la rive de l’Elbe dans les duchés d’Anhalt.
- Il est plus difficile encore de se faire aujourd’hui une idée de la Forêt de Chênes verts typique, qu’il ne l’est de retrouver des lambeaux de la Forêt d’arbres à feuilles caduques. Actuellement, les bois de Chênes verts du Languedoc passent tous, plus ou moins, à la garigue. Ce sont des taillis clairières, où les cépées de chênes forment des buissons volumineux1. De même la Forêt de Chênes à feuilles caduques a passé à la Lande.
- A côté de la Forêt se place une autre Formation : la Prairie.
- La prairie naturelle, la prairie vierge, n’existe plus en Europe, où les opérations culturales ont modifié complètement la physionomie primitive du tapis végétal. Ce n’est plus guère qu’en certaines parties de l’Amérique du Nord ou de la Russie d’Asie qu’on peut encore étudier ce type primordial de végétation. Dans le Sud de l’Afrique, le Natal présente, d’après W. Schimper, un climat typique de Prairies. Dans les vallées abritées, les flancs des collines sont occupés par les prairies2.
- Toutefois, le climat de l’Europe est également favorable à la Formation de la Prairie et à celle de la Forêt, ainsi que le prouvent les superbes pâturages que l’homme y a pu établir, sur beaucoup de points, et d’après Schimper, il serait fort possible que la végétation naturelle de l’Europe eût présenté, à l’origine, cet aspect de parc, cette alternance de Forêts et de Prairies (park landscape), qu’on retrouve encore dans certaines parties de l’Amérique du Nord, par exemple dans les Montagnes Rocheuses. VY. Schimper compare ingénieusement la Forêt et la Prairie à deux nations, également puissantes, mais ennemies, lesquelles, au cours des siècles, ont fréquemment combattu, l’une contre l’autre, pour la possession du sol.
- Les Steppes herbeuses et les steppes salées de la Russie, les plaines d’Alfa des plateaux algériens, les prairies du Minnesota et de l’Australie appartiennent à une même Formation : la Prairie.
- Nous avons défini Y Association végétale : un groupement offrant, dans ses éléments, un certain nombre d’adaptations biologiques communes. Il nous faut donc savoir quels sont les facteurs qui créent le milieu variable auquel les plantes doivent s’adapter.
- Le plus important de tous est Y Eau.
- L’Eau. — La Terre et l’Eau nous montrent presque la même richesse, la même variété de végétation, mais la différence capitale de ces deux milieux biologiques détermine chez leurs habitants des différences organiques considérables. Nulle part les phénomènes d’adaptation ne sont aussi frappants que dans les plantes aquatiques. Parmi ces Hydrophytes,
- 1. Marcel Hardy. Géogr. et végêt. du Languedoc. Montpellier, 1905.
- 2. W. Schimper. Pflanzengeographie, Gêna, 1898,
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- LES ASSOCIATIONS VEGETALES .......... 359
- il en est qui mènent une existence amphibie : terrestre pendant la période d’assèchement, purement aquatique pendant le reste de l’année, et leurs organes de végétation suivent la meme évolution saisonnière, l'in général, les Ilydrophytes se distinguent par un ensemble de caractères anatomiques tout à fait en rapport avec la vie au sein des eaux.
- lin dehors de l’adaptation plus ou moins complète à la vie terrestre ou aquatique, la sécheresse ou l’humidité impriment à la Station un ensemble de caractères physiographiques qui modifient sensiblement son peuplement. Il y a, par exemple, des bois secs et des bois humides, des landes rocailleuses, sablonneuses ou marécageuses, des prairies basses ou élevées, plus ou moins arrosées ; des dunes errantes ou fixées, toutes conditions qui retentissent sur l’Assocm-tion.
- Les types de structure qui répondent à l’influence capitale de l’eau sur la végétation ont été dénommés Hygro-phytes, Xérophytes et Tropophytes*.
- W. Schimper résume, comme suit, dans son magistral ouvrage, ces adaptations physiologiques :
- La structure de certaines plantes favorise la sortie de l'eau qui a été absorbée, celle d'autres plantes la contrarie.
- Les combinaisons qui favorisent la sortie de l’eau sont caractéristiques des Hygrophytes, c’est-à-dire des plantes dont les conditions de vie excluent tout danger de dessiccation, tandis que la stagnation des liquides nutritifs peut être à craindre pour elles. D’un autre côté, les difficultés d’obtenir un approvisionnement d’eau, dans certaines conditions écologiques conduit à la formation de procédés favorisant l’absorption et limitant la transpiration. Les Xérophytes sont pourvus de combinaisons de ce genre. Enfin, les Tropophyles comprennent toutes les plantes dont les conditions de vie sont, selon les saisons de l’année, alternativement celles des Iiygro-
- 1. De y ypoç = humide et : çyxov = végétal ;
- De Çv]po; = sec et : çyxov = végétal ;
- De xpoTuOç— tour et : çyxov = végétal qui suit le mouvement des saisons. ................
- phytes ou des Xérophytes. La structure de leurs parties pérennantes est xérophytique et celle de leurs parties qui n’existent que pendant la saison humide, ou favorable à l’absorption, est hygrophy-tique. Les arbres à feuilles caduques, par exemple, sont des Tropophyles, de même que les plantes bulbeuses.
- La pluie a aussi son influence sur les végétaux. Ils la supportent plus ou moins bien. De là, Wies-ner 1 a distingué les ombrophobes2 et les ombro-philes3.
- En général, les xérophytes sont ombrophobes, tandis que les hygrophytes sont ombrophiles. Ni' pas confondre avec les héliophiles, qui recherchent la lumière, et les héliopkobes, qui la fuient ainsi que nous le montrons plus loin. Par exception, la jolie Balsamine sauvage des basses montagnes de l’Europe moyenne (Impatiens noli tangere), serait ombrophobe bien qu’hygrophyte, probablement en raison de la délicatesse de son tissu foliaire.
- Les autres facteurs qui influent sur l’organisation physiologique de la plante, et par suite sur la composition des Associations végétales, sont : la lumière, la chaleur, l’air, le sol, les animaux. Nous nous bornerons ici à quelques indications so'mmaires, les adaptations auxquelles ces facteurs donnent lieu, devant faire l’objet, chacune, d’articles spéciaux.
- La lumière. — L’importance de ce facteur vient immédiatement après celle de l’Eau. On sait que la synthèse chlorophyllienne ne peut avoir lieu que sous l’influence de la lumière. La formation de la chlorophylle, elle-même, l’assimilation des nitrates dépendent du même facteur. Les tiges et les feuilles développées à l’obscurité sont étiolées. L’exposition au soleil ou à l’ombre gouverne à un haut point la conformation des végétaux, il y a des plantes hélio-
- 1. Wiesner J. Ueber ombrophile und ombrophobe Pflan-zenorqane. Sitz. (1er Wiener Akademic Bd. Cil. Abtli I (1895).
- 2. De oyëpo? — pluie et çoësîv, craindre.
- 5. De oyëpoç — pluie et çt).oç, ami.
- Fig. 2. — La forêt d’arbres feuillus à feuilles persistantes : bois de chênes-liège, dans la plaine . de Saint-Martin de Londres (Hérault).
- (Pliot. Hardy).
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- pluies Pt; des plantes héliophobes'. Les feuilles d'un bon nombre de plantes se replient l’une contre l’autre pendant la nuit. Certaines fleurs se ferment graduellement à son approche, tandis que d’autres s’ouvrent. Beaucoup ne développent leur odeur que pendant la'nuit.
- La différence de longueur des jours, de l’Équateur au Pôle, a une très grande influence sur la vie des plantes. Les longues journées éclairées du pôle malgré l’illumination moins intense, développent une très rapide évolution du tapis végétal pendant lacourte saison d’été. On sait que les fleurs sont plus colorées dans les hautes altitudes, étant plus directement exposées à un vif éclairage. '
- La chaleur. — Chaque espèce a une zone climatique comprise entre un maximum et un minimum
- lents. L’action du vent sur les plantes est en partie directe, par la force de la tension et par la pression, et en partie indirecte par l’accroissement de la transpiration. Cette dernière action est la plus importante ; elle détermine des procédés de protection très variés. L’action desséchante du vent entraîne la limitation de la végétation arborescente aussi bien vers les pôles que dans une direction verticale. Les vents ont aussi une grande importance pour la dissémination des semences et aussi comme agents pollinateurs.
- Le sol. — Il est presque inutile d’insister sur l’importance de ce facteur. Toutefois, la. façon dont il agit a donné lieu à des divergences de vue considérables entre les partisans de la prépondérance des propriétés physiques et les défenseurs de l’influence
- Fig. 3. — La lande : Colline de Kesraby, anse de Saint-Laurent ^Finistère).
- thermométrique. Si l’une de ces limites est dépassée, elle.meurt au bout de quelques jours. La mort par le froid paraît causée surtout par le manque d’eau qui résulte de sa congélation dans les tissus. La mort par excès de chaleur semble due à une transpiration excessive. Au demeurant, dans les deux cas, nous retrouvons l’influence de l’eau.
- L’air. — La structure des plantes aquatiques est grandement • influencée par la difficulté qu’elles éprouvent à se procurer de l’air ; la diffusion se faisant très lentement, surtout dans les eaux, tranquilles, il en résulte que l’oxygène y est rare. De Là, de nombreux procédés d’adaptation pour s’en procurer.
- Chacun a pu observer, dans le voisinage des côtes maritimes, la fréquente inclinaison des arbres du côté opposé aux vents dominants et souvent ' leur rachitisme dans les lieux très exposés aux vents vio-
- 1. De T)Xïoç= soleil ; cpb.oç = ami ; <poge;v, craindre.
- chimique du sol. Le débat ne nous paraît pas clos d’une façon définitive. Les deux influences existent incontestablement, mais leur mode d’action appelle encore de nouvelles observations.
- L’humus, qui est le produit de la décomposition des animaux et des plantes, joue un rôle très important : suivant qu’il est doux ou acide, il favorise telle ou telle végétation ou lui nuit.
- Les animaux. — Nous ne reviendrons pas sur les rapports des plantes avec l’environnement animal. Ce sujet ayant fait l’objet de la plupart de nos précédentes études.
- Outre les facteurs climatiques et édaphiques que nous venons d’énumérer, un autre élément, de première importance, intervient dans la constitution de VAssociation : c’est la Concurrence vitale, dont le rôle apparaît de plus en plus considérable lorsqu’on scrute attentivement toutes les causes qui influent sur la dispersion des végétaux.
- À ce point de vue, on distingue deux sortes d’Às-
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- r LES ASSOCIATIONS VÉGÉTALES
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- Fig. 4. — La garigue : Garigue de Lavit, au nord de Montpellier.
- sociations : les Associations ouvertes et les Associations fermées. Les premières sont celles où le sol, vu sa contexture ou sa composition, n’est occupé
- que par les seules espèces capables d’y prospérer, en dépit des conditions défavorables pour les autres espèces. De telles espèces étant relativement peu
- Fig. 5.— Le maquis : Maquis entre Alaerma et Lindos (Ile de Rhodes). (Piiot. De 1..)
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- LES ASSOCIATIONS VÉGÉTALES
- nombreuses laissent une large place disponible, et il n’y a pas, à proprement parler, de lutte entre les compétiteurs. Telles sont, par exemple, les Associations qui habitent les rochers nus, les dunes mouvantes, les vases fluentes, ces terrains constituent, au point de vue de la nature physique du substratum, un milieu où peu de plantes peuvent subsister. Telles sont aussi, en raison de la nature chimique du sol, les Associations des terrains calcaires (calci-philes) ou des terrains salés (halophiles).
- Il est aujourd’hui reconnu que certaines espèces ne doivent leur prépondérance, dans de tels sols,
- Le Désert est aussi peuplé par des Associations ouvertes. Beaucoup de graines ne peuvent y germer, et les semis succombent souvent à l’inclémence du climat. Beaucoup de plantes meurent ainsi et leurs places ne sont pas occupées de nouveau. Il y a toujours beaucoup d’espaces vacants dans le désert.
- On voit souvent des espèces appartenant à d’autres Associations, ou bien étrangères à la région, profiter de l’absence de concurrence pour s’installer dans les Associations ouvertes, mais le plus souvent elles disparaissent au bout de peu de temps et ce n’est que très rarement qu’elles se naturalisent définitivement.
- Fig. 6.— La prairie sud-africaine (Transvaal).
- qu’à l’immunité dont elles jouissent par rapport aux éléments chimiques qu’ils contiennent,, On reconnaît par exemple, de plus en plus, que les plantes dites calciphiles, dans certaines régions, sont indifférentes sur la nature du sol dans des régions climatiques différentes ; soit qu’elles ne recherchent dans les sols calcaires que la seule influence physique du terrain, soit qu’elles ne puissent supporter, sur des sols à peu près dépourvus de chlorure de calcium, la concurrence de la masse des espèces qui végètent sur de pareils terrains. Il y aurait donc, à proprement parler, plutôt des calcifuges cédant la place dès qu’apparaît l’élément chimique dont elles ne peuvent s’accommoder. Tout ceci s’applique tout aussi bien aux plantes des terrains salés qu’on peut cultiver sur des sols privés de chlorure de sodium, pourvu qu’on les préserve de la concurrence vitale.
- Les Associations fermées, au contraire, se composent de plantes qui se trouvent dans les meilleures conditions pour elles, par rapport à tous les facteurs externes, ce qui leur permet de triompher de leurs nombreux compétiteurs. Les Forêts et les Prairies donnent lieu à des Associations fermées, des éléments supplémentaires ne pouvant y être admis et de nombreuses semences périssant continuellement dans le conflit général.
- Nous nous contenterons, dans ce premier article, d’avoir exposé les généralités du sujet, nous réservant d’étudier en détail, dans la série qui suivra, les phénomènes d’adaptation chez les végétaux et les principales Formations. Emile Gadeceau.
- Les figures 2 et 4 sont tirées de l’ouvrage de M. Marcel Hardy, toc. cit. Les clichés figure 1 (A) et figure 5 ont été obtenus par M, le Dr Ch. Picquenard, de Quimper.
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- LE CINÉMATOGRAPHE BALISTIQUE
- Grâce aux travaux de Marey, le cinématographe est devenu, non seulement un excellent appareil de démonstration, mais un instrument précieux d’investigation scientifique, qui, en décomposant les phénomènes même les plus rapides, permet d’étudier le mécanisme intime du mouvement. Rappelons, parmi les résultats les plus remarquables à cet égard, les photographies du vol des insectes et les roentgenogramm.es animés, que viennent d’obtenir les savants attachés à l’Institut Marey.
- On sait que pour photographier le vol des insectes, M. Lucien Bull se sert de l’étincelle électrique afin de réaliser une suite rapide de vues individuelles. Or, M. C. Cranz, professeur à l’École du Génie militaire de Berlin-Charlottenbourg, indépendamment du savant français, a imaginé une autre méthode de cinématographie par l’étincelle électrique, méthode qui permet d’aller encore plus loin, en produisant en 1/10 de seconde 500 vues individuelles (c’est-à-dire 5000 vues par seconde), d’une pose variant suivant la netteté des vues, entre 1/100 000 et 1/10 000 000 de seconde. Tout en étant essentiellement destiné aux recherches de balistique, ce procédé s’applique aussi à l’investigation de tout autre mouvement rapide.
- Le dispositif de M. Cranz rappelle, sous certains rapports, les appareils de télégraphie sans fil; le primaire d’une bobine d’induction est traversé par un courant alternatif, engendrant dans le secondaire, entre les électrodes d’un éclateur, une suite rapide et régulière d’étincelles. Celles-ci servent à éclairer l’objet mobile, un miroir concave concentrant sur un objectif de petite distance focale le plus possible de leur lumière. Le passage de chaque étincelle produira par conséquent, sur la pellicule tournant à grande vitesse une silhouette bien définie, ayant les dimensions d’une vue cinématographique ordinaire. Comme la durée de chaque étincelle, nous l’avons dit, est de moins de l/d 000 000 de seconde, le déplacement de la pellicule qui se déroule ne nuit aucunement à la netteté des images. Cette bande de film s’enroule sur deux cylindres d’acier,
- dont l’un comporte un dispositif d’ajustage, tandis que l’autre est commandé par un moteur électrique.
- Afin d’empêcher une portion donnée de la pellicule d’être exposée plusieurs fois, la série d’étincelles n’est déclanchée qu’immédiatement avant le commencement du phénomène balistique, pour être interrompue immédiatement après sa fin. À cet effet, M. Cranz se sert d’un interrupteur spécialise composant d’un pendule retenu au début par un électro-aimant et de quatre barres métalliques circulaires et parallèles sur lesquelles se déplacent cinq contacts électriques. Immédiatement après avoir interrompu le courant de l’électro-aimant, on voit ce pendule se mettre en mouvement, et heurter le premier contact, qui interrompt le courant
- d’un second électro-aimant, et déclanche le phénomène balistique. En continuant ses oscillations, le pendule fermera ensuite le contact 2, qui détermine le passage des étincelles. Arrivé au contact 3, le pendule interrompra la série d’étincelles, etc.
- L’éclateur est relié en parallèle à un condensateur réglable, permettant de régler la suite et l’intensité des étincelles.
- La figure 4, a reproduit, en partie, une pellicule représentant le fonctionnement d’un pistolet à chargement automatique, pendant le tir. Au commencement, on voit le chien se fermer lentement en même temps que sortent des gaz de poudre et qu’apparaît Fonde acoustique correspondant à la détonation, après quoi le projectile sortant du canon, la plus grande partie des gaz s’échappe d’un coup. En même temps, l’obturateur du pistolet se découvre, en faisant reculer le piston obturateur et en déchargeant la cartouche vide, puis le piston obturateur avançant lentement, une nouvelle cartouche s’introduit dans le pistolet. Toutes ces différentes phases du tir sont exactement analysées dans tous leurs détails.
- La figure 4, b représente d’une façon analogue le percement d’une houle d’argile humide librement suspendue : le projectile se rapproche graduellement, puis vient s’enfoncer dans la boule creuse, en pro-
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- 364 .;. :..::: LE CINÉMATOGRAPHE BALISTIQUE
- jetant immédiatement au point de contact, des particules d’argile. Après avoir traversé la boule, le projectile s’éloigne d’un mouvement fluctuant, en même temps que les gaz de poudre s’échappent à l’arrière du canon. Cette série d’images reproduit parfaitement l’allure progressive du phénomène d’explosion.
- dans l’argile humide et les vases remplis d’eau, l’écrasement des os frappés par un projectile, le. choc élastique des boules d’acier, le vol des insectes et tant d’autres phénomènes analogues; reproduits sur l’écran de projection, ces mouvements semblent avoir eu lieu très lentement, et permettent l’étude approfondie de toutes leurs phases.
- Fig.
- Mesure de la vitesse d’un Projectile au moyen du cinématographe.
- La figure 4, c représente le percement d’une ampoule de caoutchouc remplie d’eau et librement suspendue. Sous l’action du projectile, elle s’étire énormément et se pulvérise en éclatant.
- La figure 4, cl montre enfin un tube de plomb comportant dans sa paroi, une série de petits trous. Ce tube, rempli d’eau, est fermé, à ses extrémités, de membranes de caoutchouc et traversé par la pleine charge d’un pistolet à chargement automatique: la projection graduelle d’eau à travers les perforations de la paroi permet de suivre exactement la propagation des pressions à l’intérieur du tube. Les membranes de caoutchouc se gonflent fortement,' phénomène d’une importance spéciale pour l’étude des effets du tir, surtout du percement des os. Ce phénomène explosif demande environ 300 images pour être représenté dans sa totalité.
- Le procédé décrit ci-dessus a été appliqué à enregistrer, avec tous les détails possibles, le fonctionnement des armes à chargement automatique, les effets explosifs des projectiles d’infanterie modernes
- Fig. 3. — Pistolet à chargement automatique éjectant sa douille (pellicule cinématographique agrandie).
- D’autre part, ce procédé permet de déterminer, avec une grande précision, la vitesse de vol d’un projectile au voisinage de la bouche du canon.
- A cet effet, on roule une bande de pellicule photographique sur un cylindre d’acier tournant, pourvu d’une fente étroite parallèle à son axe. En passant
- devant ce tambour, le projectile au vol produit, à travers la fente étroite, une série d’images photographiques ayant les d i m e n s i o n s d’une vue cinématographique; en mesurant les distances horizontale et verticale entre les première et dernière images du projectile, on établit fa-cilementla vitesse-moyen ne du vol (fi g. 2). Toute oscillation du projectile peut, de cette façon, être contrôlée et mesurée. D’autre part, en installant, en face du milieu du tambour, une plaque a percer et en mesurant la vitesse du projectile en avant et en arrière de celle-ci, on obtient la perte de vitesse due au passage à travers la plaque. Pour établir les pertes de vitesse dues à la résistance de l’air et à d’autres facteurs, on détermine, d’après le même procédé, au commencement
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- (a) (b) (c) (d)
- Fig. 4. — (a) Cinématographie d’un pistolet à chargement automatique ; — (b) Projectile traversant une boule d'argile humide; — (c) Projectile traversant une ampoule de caoutchouc remplie d’eau; — (d) Projectile traversant un tube de plomb perforé d’une série de petits trous.
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- 366 ::._ LES MINERAIS DE FER
- et à la fin d’une trajectoire considérable, la vitesse du projectile, en employant un double dispositif comportant deux, bobines d’induction, deux éclateurs, deux tambours et deux miroirs concaves symétriquement placés. Après avoir lâché le pendule, on produit la décharge du pistoletau contact 1, après quoi le passage d’étincelles commence au contact 2, quitte à être suspendu au contact 3, après 20 étincelles environ. En même temps que le projectile continue sa course, le pendule continue d’os-ciller; une fois arrivé au contact 4, il détermine un nouveau passage d’étincelles, interrompu au
- DU JURA FRANCONIEN_____________..........
- contact 5, après une nouvelle série d’environ 20 étincelles.
- La figure 5 donne une vue agrandie d’un pistolet à chargement automatique en fonctionnement. Même en employant la munition ordinaire, on voit, fait surprenant, apparaître à la bouche du canon quelques feuilles de poudre, lesquelles, comme les autres particules solides déchargées du canon, suivent presque immédiatement le projectile. La figure 1 représente enfin un projectile suivi d’un courant de particules de poudre, à proximité de la bouche d’une arme à feu. - D‘ À. Gradenwitz.
- LES MINERAIS DE FER DU JURA FRANCONIEN
- Les gisements de fer du Jura franconien ont, depuis 1908, attiré très vivement l’attention. Une campagne de sondages, où l’on a perforé le sol en plus de 400 points, a permis de reconnaître l’extension des minerais sur environ 10 000 hectares, et les inventeurs, avec ce don d’amplification qui caractérise l’Allemagne industrielle moderne, estiment déjà le cube des minerais reconnus à plus de 1500 millions de tonnes. Même en faisant une très large part à l’exagération, il y a donc là une question d’un grand intérêt général et qui mérite d’être étudiée avec quelques détails.
- Quand on. regarde une carte géologique de Bavière, on voit, immédiatement à l’Ouest des terrains cristallins qui constituent le massif hercynien de Bohême, commencer une zone jurassique en forme d’ellipse Nord-Nord-Ouest-Sud-Sud-Est pouvant avoir 60 km de long sur 50 de large : ellipse autour de laquelle reparaît, au Nord-Est, au Nord et à l’Ouest, dans les vallées du Main et de la Regnitz, son soubassement triasique. C’est l’extrémité Nord du Jura franconien, zone limitée ici par les villes de Amberg, Baireuth, Bamberg et Nuremberg, qui, plus au Sud, se coude dans le sens Nord-Est-Sud-Ouest, le long du Danube, vers, les carrières classiques de Solenhofen et qui, sous le nom de Rauhe Alb, se prolonge par Ulm jusqu’à Schaf-fhausen et jusqu’au Jura septentrional.
- On a là, entre 400 et 600 m. d’altitude, un grand plateau ondulé de calcaires et dolomies jurassiques, que limitent souvent des parois escarpées. Ce plateau est, en grande partie, recouvert par des dépôts crétacés et tertiaires qui en égalisent généralement la surface, sauf dans es vallées sèches où la dolomie reparaît. Si on pouvait enlever ce manteau et reconstituer par conséquent l’état de choses qui existait au début du crétacé supérieur, on verrait une sorte de karst ou de Montpellier-le-Vieux, extrêmement accidenté, aux profils ruiniformes, qui, aussi bien par cet aspect caractéristique que par la transformation habituelle des calcaires en dolomie, accuse de la façon la plus nette le métamorphisme continental dû à. une très longue période d’émersion. C’est dans les cavités irrégulières de cette superficie bizarre que se présente un minerai de fer, dont l’allure d’ensemble rappelle par conséquent, trait pour trait, aussi bien les minerais de fer du Berry que les minerais de fer et de manganèse de la Lalin ou les phosphorites de Quercy.
- Quand on examine la coupe d’un de ces gisements, on voit d’ordinaire le dépôt ferrugineux reposer presque directemént' sùr là“ddlÔmiëî dont 'le*'sépare seulement lin mince défit argileux, dit Spiegelletten. Lui-même est formé surtout d’hématite brune poudreuse, avec gros fragments
- creux à écailles concentriques, renfermant parfois des croûtes de gœthite. En même temps se présentent des morceaux d’hématite compacte, allant de la grosseur d’un pois à celle d’une noix, qui, d’après les descriptions, n’auraient pas la structure concentrique des minerais en grains, mais sei’aient à bords anguleux. C’est, en moyenne, un minerai à 58-40 de fer, sensiblement phosphoreux (0,5 à 0,8 pour 100 de phosphore), très fortement siliceux (22 pour 100 en moyenne), avec 7 à 11 pour 100 d’alumine et, en moyenne, 0,5 de manganèse.
- Par-dessus cette limonite viennent, en se mélangeant d’abord avec elle, des sables quartzeux, à teintes vives, surtout verts ou jaunes, tantôt fins, tantôt grossiers, parfois aussi soudés en un grès, dont le mélange contribue à la forte teneur en silice du minerai. Ces sables ont été considérés par certains auteurs (Kloekmann, etc.), comme tertiaires, et leur aspect est conforme à cette idée. Mais des observations plus précises semblent montrer que leur base tout au moins se rattache à du cénomanien authentique, étudié par Kohler.
- En ce qui concerne l’extension du gisement, il faut d’abord remarquer que la forme même du gisement exclut toute possibilité d’un cubage précis. Cependant, le nombre des sondages, déjà très grand, permet de faire une moyenne approximative. La seule compagnie Wit-telsbach, qui a pris l’initiative des recherches et qui possède la majeure partie des concessions, a foré 580 sondages. Généralement ceux-ci ont été placés de manière à' avoir chance de rencontrer le minerai à une profondeur minima, par conséquent sur les bords des sortes de cuvettes formées par la dolomie, ou près des points où le minerai apparaissait déjà au jour, ou encore au voisinage des très nombreuses fouilles que des mineurs anciens, peut-être préhistoriques, avaient déjà creusées, probablement pour aller chercher des minerais facilement fusibles. Quelquefois on n’a pas rencontré du tout de minerai. Le seul examen de la surface montre d’ailleurs que, là où la dolomie affleure au jour, le minerai manque ordinairement au-dessus. Il a été enlevé là par l’érosion ou ne s’est jamais déposé. Dans ces conditions, nous citons, uniquement pour montrer comment les calculs ont été faits, l’épaisseur moyenne de 1 m., qui, sur 750 km2 de superficie appartenant à la Compagnie Wittelsbach, a conduit à admettre 1500 millions de tonnes.
- Industriellement, il faut encore remarquer que, si l’exploitation paraît devoir, être très facile (en partie à ciel ouvert) ,~lc mmëràfëst d’ùhë qualité très inférieure, à moins que l’on n’arrive à l’épurer en silice par triage.
- L’origine géologique de ce gisement a donné fieu à
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- ACADÉMIE DES SCIENCES — CHRONIQUE ===== 367
- beaucoup cl’hypothèses. Certains auteurs ont repris, à ce propos, l’idée des « failles nourricières », et d’une métallisation par apports hydrothermaux internes, qui était autrefois généralement admise pour les minerais de fer du type Berry. D’après Kohler, Ilolzappel et Beck, la formation ferrugineuse serait arrivée de la profondeur postérieurement aux sables, en partie au moins tertiaires, qui la recouvrent aujourd’hui et ses enrichissements seraient en rapport avec les zones de dislocation. Il y aurait lien avec les manifestations volcaniques telles que les basaltes, et cette action interne aurait transformé le calcaire en dolomite au voisinage des minerais. Pour nous, ces minerais sont, au contraire un produit d’altération continentale et la dolomitisation, que nous considérons, en effet, comme liée, dans les pays les plus variés, à des formations métallifères très diverses, est un phénomène d’altération connexe de la transformation ou de la concentration opérée sur les minerais -eux-mêmes. Il est assurément difficile de dire aujourd’hui quelle est l’origine précise de ces minerais remaniés. Est-ce simplement un résidu de. l’attaque des calcaires jurassiques, suivant l’idée de Klockmann? Ôn a objecté, non sans raison, que la
- dolomie intacte tient à peine 0,08 à 0,10 de fer et les calcaires voisins à peu près autant, en sorte que, pour obtenir 1 m. d’épaisseur de minerai, il aurait fallu dissoudre 500 m. de calcaires. Il est donc plus vraisemblable que des terrains supérieurs, enlevés par l’altération même, sont intervenus et peut-être qu’il y aura eu remaniement d’un premier gisement sédimentaire ferrugineux, jurassique ou crétacé. On doit, d’ailleurs, admettre en toute hypothèse que le minerai primitif a dù subir des transformations, auxquelles on donne généralement le nom de méta-somatoses.
- Contre la limite Est de la formation jurassique, qui est bornée par une grande, faille Nord-Ouest-Sud-Est, les couches jurassiques sont parfois très redressées et disloquées, les minerais prennent alors une allure un peu différente, formant des amas redressés comme les couches elles-mêmes, mais toujours recouverts en discordance par le crétacé; c’est sur l’étude de ces gisements que s’est surtout appuyée la théorie hypolhermale.il y a eu là une ancienne exploitation à Amberg et une plus récente à la mine Leoni, près Auerbach, où le minerai se trouve coincé le long d’une fente de dislocation. L. De Launay. :
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 octobre 1910 (suite). — Présidence de M. E. Picard.
- Mesure des petits déplacements. — M. Bouty dépose une Note de M. Yiley dans laquelle l’auteur décrit un appareil de son invention destiné à mesurer les très petits déplacements. L’auteur a utilisé le principe sur lequel est fondé son micro-manomètre. La sensibilité de l’appareil qu’il a construit est si grande que l’on peut évaluer 1/500 de frange.
- La conductibilité électrique des liquides isolants. — M. Bouty expose les recherches faites par M. Carvallo sur la conductibilité électrique des liquides isolants. Cette conductibilité est extrêmement difficile à déterminer à cause des traces de matières conductibles que peuvent contenir les liquides. En opérant sur l’anhydride sulfureux, M. Carvallo a constaté qu’au bout de huit jours les résultats des expériences devenaient réguliers. Le nombre trouvé par lui pour la conductibilité de cet anhydride, diffère de beaucoup de celui qui a été indiqué. Ce résultat montre que de grandes erreurs peuvent être commises par les procédés usuels.
- Monstre acéphale. — M. Edmond Perrier présente une Note de MM. Magnan et Perilliat sur un monstre humain acéphale. Ce monstre était accompagné d’un jumeau normal. Le monstre avait l’aspect d’un sac que supportaient deux jambes à peu près normales. Seuls les pieds présentaient une particularité. En ouvrant le sac, on
- trouva le corps du monstre qui contenait bien une colonne vertébrale mais qui ne renfermait ni cœur, ni poumons. 11 y avait un intestin, mais point de région céphalique et brachiale.
- L'essence de Coco. — M. Haller résume un travail qu’il a entrepris avec le concours de M. Lassieur sur l’essénc.e de.Coco. Il montre que ce produit à odeur très désagréable renferme, outre les cétones déjà décrites, de la méthylundécylcétone, ainsi- que des alcools, le méthylheptylcarbinol et le méthylnonylcarhinol. Ces deux derniers corps sont les inverses optiques de ceux qui existent dans l’essence de rue.
- L'état actuel de la Chimie appliquée. — M. Yieille présente à l’Académie un ouvrage de M. Colson intitulé l’Essor de la Chimie appliquée: Celle œuvre de vulgarisation est, selon l’appréciation de M. Yieille, comparable aux lettres de Liebig sur la Chimie. Ecrit par un savant qui a longuement pratiqué l’industrie, le petit livre de M. Colson s’adresse à tous ceux qui désirent connaître le développement et l’avenir des questions les plus variées d’industrie chimique, d’agronomie et d’hygiène. Par sa clarté et sa précision, il mérite d’avoir en France l’in-fluénee qu’obtint l’œuvre de Liebig sur l’industrie allemande. Cn. DE VlLLEDEUlL.
- CHRONIQUE
- Le vernissage des dents chez les Annamites.
- .— M. J. Laurent, pharmacien des troupes coloniales, donne dans le Journal de Pharmacie et de Chimie d’intéressants détails sur cette curieuse coutume annamite.
- Le vernissage des dents est une coutume très suivie en Annain et au Tonkin où il est pratiqué par les deux sexes, dans.toutes les classes de la société. 11 consiste à fixer sur les dents, dans un but esthétique plutôt que conservateur, un enduit stable et très adhérent de gomme laque, puis à le colorer en noir- au moyen de tannate de fer.
- Contrairement à une opinion assez répandue en Europe, la coloration noire obtenue n’a aucun rapport avec l’emploi immodéré du bétel. Les Annamites laquent leurs dents vers l’àge de 15 ans et toujours en hiver, car cette saison se prête mieux à l’opération. Le vernissage comporte une série d’applications dont l’ensemble exige une huitaine de jours. Dans l’immense majorité des cas, il est définitif : un vernissage bien fait persiste pendant la vie entière et dispense l’opéré de recourir à de nouvelles manipulations pour augmenter l’épaisseur du dépôt ou améliorer la teinte.
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- LA FACULTÉ D’AUDITION CHEZ LES ENFANTS
- La question de l’ouïe joue un grand rôle dans l’éducation de l’enfant. S’il est aisé de découvrir chez lui des défauts de prononciation ou de vision, et d’y remédier dans la mesure du possible, le maître le plus vigilant, le plus consciencieux, éprouve plus
- (New-Jersey), a comblé cette lacune, en établissant, après plusieurs années d’études et de recherches, une petite machine qui permet de déterminer exactement les facultés auditives des enfants.
- Elle consiste en une boîte métallique, large d’environ 10 centimètres, et qui renferme un timbre au son argentin, sous le contact d’un petit marteau. Un mécanisme, commandé par une vis extérieure, permet de régler la hauteur d’où retombe le marteau, ce qui a pour effet de donner plus ou moins d’intensité au son du timbre. Quand l’appareil est mis en communication avec les oreilles du petit patient à l’aide de tubes stéthoscopiques, l’opérateur tourne la vis progressivement, en demandant à l’enfant s’il entend encore le son, dont l’intensité diminue
- Fig. i. — Mesure de la sensibilité auditive d’une enfant, avec l’appareil de M. Mac Callîc.
- de difficulté à se rendre compte du pouvoir d’audition de ses élèves. Or, cette question est d’une importance capitale. Gomme me l’exposait le Directeur de l^KcoIe annexe d’Àuteuil, considérée à juste titre comme la première école primaire de France, M. Émile Langlois, qui fait autorité en matière de pédagogie, il arrive souvent qu’un enfant, qui passe pour un paresseux ou un distrait, et est traité comme tel, endosse en réalité les responsabilités de son ouïe défectueuse. Relégué dans les derniers rangs, il n’entend qu’imparfaitement les paroles du maître. Qu’on l’avance aux premières tables, près de la chaire, et le « cancre » devient bientôt un élève appliqué.
- Une expérience, adoptée par plusieurs établissements scolaires, en France comme à l’étranger, permettait de se rendre compte approximativement de l’état des organes auditifs d’un enfant. On se servait d’une règle graduée, en bois dur, dont l’extrémité était appuyée contre l’oreille du petit patient. En promenant une montre le long de cette règle, on notait jusqu’à quelle distance il percevait le tic tac. Mais l’enquête était forcément défectueuse ; en tout cas, elle ne se prêtait pas à des observations d’ordre général, car deux montres n’ont pas exactement le même mouvement.
- Un pédagogue américain, M. le professeur Mac Callic, directeur de la Centennial School, à Trenton
- Fig. 2. — Procédé plus simple : mesure avec une montre et une règle graduée.
- à mesure que la roue tourne, jusqu’à devenir à peine perceptible. Une aiguille extérieure indique sur un cadran le minimum d’intensité perçu par l’enfant.
- Grâce à cet ingénieux instrument , il est possible d’examiner correctement 60 enfants par heure et de soumettre à l’observation l’une ou l’autre oreille, ou les deux à la fois. Enfin, l’opérateur peut, à l’aide de tubes supplémentaires, surveiller lui-même l’émission des sons. V. Forbin.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 1955. : ••--------------- ------- 12 NOVEMBRE 1910.
- LA TRAITE ÉLECTRIQUE DES VACHES
- L’idée de remplacer la traite manuelle par un procédé mécanique remonte à plusieurs dizaines d’années; une méthode rudimentaire, sinon barbare, et consistant à favoriser l’écoulement du lait en introduisant un tuyau de paille dans le.tétin, donna lieu d’abord à quelques essais d’appareils à tubes, qui furent heureusement peu accueillis; vers 1870 apparurent des appareils mieux compris, imitant les pressions de la main sur la mamelle; en 1878, une fermière de Newark songea à aspirer le lait au moyen d’une sorte de pompe à eau, idée qui fut reprise par quelques autres ; mais le système le plus parfait et le plus efficace est celui que créa J.-P. Martin, en 1883, en imaginant la machine à vide pulsa-toire. C’est cette machine qui a servi de point de départ aux suivantes, et notamment à celle que réalisa, dix ans plus tard,
- R. Withell, en Nouvelle-Zélande. Le principe en est conservé, mais avec des améliorations de construction considérables, dans les appareils actuels, dont nous donnons la description ci-dessous, en nous rapportant aux machines exécutées par la Liberty Cow Milker Company, d’après les brevets de M. Th. Umrath, de Chicago.
- La machine à traire Umrath se compose essentiellement d’un récipient et de la machine proprement dite, celle-ci fixée sur celui-là au moyen d’un couvercle convexe, s’appliquant avec un joint de caoutchouc sur l’ouverture du réservoir.
- La machine même est formée d’un bâti, d’une petite pompe à deux cylindres et d’un électro-moteur d’un sixième de cheval actionnant les deux pistons et agissant aussi sur un mécanisme qui met en mouvement un système de deux soupapes doubles dont le rôle sera expliqué plus loin. Un petit manomètre à aiguille indique le degré de vide produit par la pompe et qu’un robinet conique permet de régler; les deux soupapes doubles sont logées chacune dans une monture munie d’une tubulure sur laquelle s’adapte un tuyau de caoutchouc, de 1 m.
- de longueur aboutissant à une fourche de verre qui reçoit les deux tuyaux de suçoirs d’aluminium, très légers, garnis d’un bourrelet de caoutchouc. Il y a deux tubes par soupape double, soit quatre en tout, et huit suçoirs, par conséquent.
- Le fonctionnement de la pompe, sous l’action du moteur, produit un vide qui, les suçoirs se trouvant appliqués sur les pis, tend à aspirer le lait et à le faire passer dans le récipient. Mais, il a été constaté que la seule aspiration ne suffit pas à faire sortir efficacement le liquide et qu’il faut imiter les succions pulsatoires naturelles de l’enfant ou de l’animal à la mamelle. C’est le but des doubles valves prémentionnées d’arriver à ce résultat; ces valves, mises en mouvement en même temps que la pompe, consistent en un cylindre creux qui met alternativement le tube du suçoir en communication avec la pompe aspirante et avec l’atmosphère, de sorte que le pis est soumis à la pression atmosphérique après avoir subi une succion, et ainsi de suite.
- Les soupapes doubles, qui ont un rôle essentiel dans le fonctionnement, sont très simples et elles peuvent être facilement nettoyées, grâce à des capuchons vissés qui les ferment de gauche et de droite : la transmission entre le distributeur cylindrique et l’arbre coudé du moteur est entièrement protégée ; les tubulures sont pourvues de robinets; les soupapes ont un filtre à air.
- Les tubulures, les coupelles des suçoirs, le bâti sont en aluminium de qualité extra; les autres parties, en bronze phosphoreux, mais nickelé ou étamé avec le plus grand soin ; le nettoyage est des plus faciles et le lait, qui est soustrait au contact de l’air extérieur, dans,le récipient, ne doit donc passer que dans des pièces que l’on peut entretenir parfaitement; l’aluminium a permis d’obtenir des coupelles de suçoir très légères, facilement maintenues contre le pis ; il a de plus l’avantage de ne pas retenir le lait.
- Les tubes de chaque suçoir sont munis d’une
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- Fig. î. — Machine électrique à traire.
- 38® année.
- 2e semestre.
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- 370 ========= LA TRAITE ELECTRIQUE DES VACHES
- fermeture qui permet de couper la communication avec la pompe, de façon que la mamelle ne soit pas inutilement fatiguée par une application prolongée du vide; la traite se fait alternativement pour les deux pis, droits et pour les deux pis gauches, conformément à la pratique courante dans la traite manuelle, qui imite d’ailleurs les opérations de l’allaitement naturel. Comme il y a deux paires de suçoirs de chaque côté, on trait deux vaches à la fois, la machine placée entre elles. On constate que la traite mécanique est facilement supportée par la 'vache, qui s’y accoutume rapidement. Comme le service est tout à fait simple, un homme peut desservir cinq machines à la fois et traire dix vaches. 11 vaut mieux cependant ne pas exagérer et employer un homme pour trois machines. La traite achevée, on lave, les suçoirs à l’eau, en les plongeant dans un baquet et en faisant fonctionner la pompe, pour faire passer le, liquide danslestuhes.Ce lavage à l’eau froide est suivi d’unlavageàl’eau tiède,additionnée de 10 pour 100 de sel commun; on peut aussi laisser séjourner les suçoirs et les tubes dansune saumure à 10 pour 100 de sel. La soupape double peut être nettoyée à la brosse, par les ouvertures latérales et par la tubulure inférieure, mais comme les parois internes ne présentent pas de saillie et qu’elles sont parfaitement éta-mées, ce nettoyage n’est nécessaire qu’exceptionnellc-ment. Les récipients sont lavés delà façon habituelle. On vend des récipients à deux compartiments, permettant d’isoler le lait des deux vaches que l’on trait simultané-ment.Lacontenance totale des récipients est de451itres.
- La machine à traire présente, comme on le voit, dans sa forme actuelle, de sérieuses qualités ; ajoutons à celles qui ressortent clairement de la description qui précède, les avantages d’un rendement plus grand, car la traite mécanique est meilleure et plus complète que la traite manuelle, d’une propreté de beaucoup supérieure; d’autre part, l’influence de l’emploi des machines à traire sur l’état sanitaire de l’étable est des plus favorables; la traite se fait rationnellement, méthodiquement, sans douleur pour les bêtes ; les pis ne sont pas salis par le contact des doigts de l’aide chargé des opérations ; ils échappent à tout danger de contamination ; le lait, mieux tiré, est meilleur, plus riche en crème et en graisse.
- La seule hésitation que l’on pourrait avoir à adopter des appareils de ce genre dans la ferme est qu’il faut, pour les actionner, du courant électrique; mais ce n’est plus là un obstacle sérieux aujourd’hui; les machines n’absorbent que peu d’énergie ; elles sont fournies pour fonctionner sous 110-120 volts, ou à une autre tension indiquée par l’acheteur; s’il n’existe pas déjà de distribution, un groupe électrogène de 1 kilowatt suffit largement pour en actionner plusieurs, et un tel groupe peut être fort utile pour nombre d'autres usages, comme l’éclairage, l’action-nement de machines-outils, de séparateurs-écrémeurs, de machines frigorifiques, etc. Les machines se relient en groupe générateur soit directement, soit par l’intermédiaire de prises de courant au moyen de conducteurs souples: on peut s’arranger pour que la Irai te se fasse sur le pâturage.
- Généralement, lorsque l’on est amené à installer
- un groupe électrogène spécial, le mieux est d’employer un petit groupe formé d’une dynamo et d’un moteur à combustion interne, à gazolinc par exemple ; ce matériel est d’ailleurs étudié par les fabricants de la machine à traire ; le groupe à gazo-line est très économique, transportable, il se prête aux divers usages (jue l’on peut avoir à en faire, et ce n’est pas pour la traite seule qu’il est utilisable ; dans une ferme ordinaire, on peut évaluer que le kilowatt-heure avec un tel groupe ne coûte pas plus de trois à quatre centimes, tous frais compris, et la dépense d’énergie pour la traite est donc négligeable. Un groupe de 1 kilowatt, à gazoline, monté sur un brancard, est facilement transporté par deux hommes.
- Les illustrations ci-contre montrent bien les différents organes que nous avons mentionnés. La première représente le type normal de la machine ; on voit comment le bâti du mécanisme est fixé sur le récipient ; de part et d’autre se trouvent les soupapes doubles, avec leurs robinets, les tubes et les suçoirs; à gauche est placé le moteur ; une enveloppe d’aluminium recouvre la transmission ; on voit, de côté, la boîte du manomètre, ainsi que le câble souple avec la prise de courant ; la deuxième photographie montre deux vaches dans un travail et soumises à la traite ; la prise de courant est faite à un socket portant une lampe indicatrice. H. Marchand.
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- LES NOUVELLES RECHERCHES SUR LA FERMENTATION ALCOOLIQUE
- Le phénomène de la fermentation alcoolique, par lequel le sucre dissous dans l’eau ou dans le jus des fruits est transformé en alcool et en acide carbonique, est sans doute l’un des premiers phénomènes chimiques qui aient fixé l’attention des hommes; il a une importance égale pour les tribus sauvages et pour les peuples civilisés, puisque c’est à lui que les uns et les autres doivent l’extraordinaire variété de liqueurs alcooliques auxquelles ils ont recours pour noyer leur soif, et qui tiennent une place si éminente dans leurs préoccupations et jusque dans leur budget.
- On sait que Pasteur a prouvé, d’une façon irréfutable, que la fermentation alcoolique se faisait grâce à la présence d’un organisme vivant, la levure de bière. C’est cette levure (dont il existe beaucoup de'races différentes, à propriétés héréditaires) qui, présente sur les grains de raisin au moment de la maturité, les fait fermenter aussitôt qu’on les écrase. C’est elle qui transforme en cidre le jus de pommes ; c’est elle que les brasseurs ajoutent à leur moût sucré pour en faire de la bière, et c’est elle encore que les boulangers ajoutent à leur pâte quand ils veulent faire un levain neuf. Cette levure est un organisme très simple, puisqu’elle se compose d’une seule cellule de d/100 de millimètre environ : elle n’en a pas moins tous les caractères des êtres vivants puisqu’elle respire, se nourrit et se reproduit indéfiniment, avec une vitesse telle qu’une seule cellule de levure, ensemencée dans un liquide convenable, peut en donner des millions au bout de 24 heures.
- C’est cette levure qui transforme le sucre en alcool et en acide carbonique. Mais comment? Pendant longtemps les savants n’ont pas été d’accord sur ce point, même après les découvertes de Pasteur : on peut, en effet, concevoir les phénomènes et les expliquer de deux manières.
- On peut, tout d’abord, supposer que le sucre, avant de se transformer en alcool et en acide carbonique, fait partie des tissus de la levure, que celle-ci l’assimile : c’est-à-dire, en d’autres termes, qu’elle en prend le carbone, l’hydrogène et l’oxygène pour en former des composés différents, par une suite de réactions tout à fait comparables à celles qui se produisent dans la digestion des animaux supérieurs. Si nous cherchons, en effet, ce que deviennent les aliments ingérés, nous voyons qu’ils sont tout, d’abord décomposés, c’est-à-dire transformés en combinaisons plus simples; puis, ces combinaisons entraînées, à l’état de dissolution, par le sang, se répandent dans les organes, y brûlent, par le jeu même de la vie, au contact de l’oxygène apporté par le sang, et donnent en brûlant de l’eau et de l’acide carbonique que l’organisme ne peut utiliser et qu’il rejette. On peut très bien concevoir que le sucre, absorbé et digéré par la levure, se comporte de la même manière que nos aliments : il suffit d’admettre que le carbone n’en est pas complètement brûlé et qu’une partie, échappée à l’action de l’oxygène, est exhalée sous forme d’alcool. Il n’y a là rien d’impossible : aussi cette théorie de la fermentation que je désignerai sous le nom de théorie physiologique (parce qu’elle fait intervenir la physiologie de la cellule de levure) est-elle dans l’ensemble assez vraisemblable.
- Mais nous pouvons aussi considérer (et c’est là la deuxième théorie) les phénomènes comme purement chimiques, et chercher à les expliquer par les propriétés singulières des substances appelées diastases. Les dias-tases sont, comme on sait, des corps qui, par leur seule
- présence, et sans se détruire eux-mêmes, peuvent transformer certains composés en d’autres. Telle est par exemple l’amylase, la plus anciennement connue des diastases, que l’on retire de l’orge germée : il suffit de mettre cette amylase en contact avec un empois d’amidon pour que cet amidon se transforme très rapidement en une substance analogue au sucre, le mallose. Une autre diastase, la sucrase, agit sur le sucre ordinaire, toujours sans se détruire elle-même, et en fait du sucre interverti, mélange de glucose et de lévulose. On connaît un grand nombre de ces diastases (une cinquantaine) dont la plupart jouent un rôle important dans la physiologie des êtres vivants : en fait, les fonctions principales de la vie s’exercent par l’intermédiaire de diastases qui ont été isolées et bien étudiées. Aussi a-t-on, depuis longtemps, émis l’hypothèse que la fermentation du sucre pouvait, elle aussi, être causée par une diastase existant dans la levure, et capable par sa seule présence de briser la molécule du sucre. Celle-ci (C,2II220u) contient 12 atomes de carbone, 22 d’hydrogène et 11 d’oxygène : en y ajoutant une molécule d’eau ll-’O on a 12 atomes de carbone, 24 d’hydrogène, 12 d’oxygène, c’est-à-dire juste ce qu’il faut pour constituer quatre molécules d’alcool (C-H°0) et 4 d’acide carbonique (CO2) : l’action de la diastase consisterait donc à arranger différemment les atomes, à établir entre eux des permutations comme il s’en produit dans toutes les réactions chimiques. Le rôle de la levure se trouverait alors beaucoup simplifié; chacune de ses cellules devrait être considérée seulement comme un petit sac renfermant de la diastase, c’est-à-dire un réactif chimique.
- Les deux théories, physiologique et chimique, sont toutes deux fort anciennes. Pendant longtemps on a pu les soutenir toutes deux par des arguments également vraisemblables et également peu décisifs ; la théorie-physiologique avait cependant un certain avantage, car toutes les recherches faites pour isoler la diastase supposée avaient échoué, et elle demeurait une pure hypothèse. Mais dans les dernières années la théorie chimique a repris l’avantage, car un savant allemand, Buchner, est parvenu à isoler la diastase cherchée, qu’il a appelée la zymase.
- La préparation de celte zymase n’est pas difficile, puisqu’elle consiste simplement à écraser la levure et à en extraire le suc; mais elle demande un certain tour de main et ne peut être menée à bonne fin qu’avec des appareils assez puissants, dont on ne dispose pas généralement dans les laboratoires. Il faut mélanger la levure avec du tripoli et du sable fin, broyer le mélange farineux ainsi obtenu jusqu’il ce qu’il soit transformé en pâte plastique par suite de l’écrasement des cellules de levure (ce qui n’est pas très aisé; le pilon que l’on emploie d’ordinaire pour cette opération est en fer et pèse environ 20 kg), puis soumettre le tout à une presse hydraulique dont on fait monter la pression jusqu’à 500 kg par centimètre carré. Il s’écoule alors un liquide jaune clair, assez dense et épais, qui contient en dissolution la diastase cherchée. Si, en effet, on ajoute à ce suc de l’eau sucrée, on voit après quelques minutes une fermentation active s’établir. Le liquide mousse, par suite du dégagement de l’acide carbonique, et si, une fois que la mousse est tombée, on distille le liquide, on obtient de l’alcool en quantité équivalente à celle de l’acide carbonique. Comme il n’y a, dans le suc de levure,
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- aucune cellule vivante, ni par suite aucune fonction vitale, ce n’est pas à des phénomènes d’assimilation ou de désassimilation qu’on peut attribuer la disparition du sucre; il faut donc qu’il y ait dans le suc de la levure une substance, une diastase, qui transforme le sucre en acide carbonique et en alcool.
- La victoire reste donc, à la suite des travaux de Buchner, à la conception chimique des phénomènes de fermentation. Cependant, pour être tout à fait exact, il faut reconnaître que plusieurs objections n’ont pu être encore levées. Sans les discuter tout au long, on peut les résumer en disant que la zymase de Buchner n’a pas été isolée. On n’a pas encore pu la retirer du mélange très complexe où elle se trouve; c’est donc un corps encore un peu hypothétique, ou, si l’on préfère, un peu mystérieux, dont les propriétés sont encore inconnues; et l’on peut penser que la démonstration serait meilleure si l’on pouvait nous présenter dans un flacon cette diastase que personne n’a encore vue et qu’on ne connaît que par un de ses effets. Mais comme des difficultés du -‘même ordre se sont présentées dans l’étude de toutes les diastases et ont été progressivement levées, il y a tout lieu de croire qu’il en sera de même dans celui de la zymase : ce sera seulement plus difficile.
- On prévoit, d’ailleurs, que les prochaines recherches sur cette question auront plutôt pour effet de l’embrouiller que de l’éclaircir. Il semble probable qu’il y a. non pas une zymase, mais deux ou plusieurs; que la molécule assez complexe des substances sucrées ne se brise pas du premier coup en molécules beaucoup plus simples d’alcool et d’acide carbonique, mais qu’il existe un produit intermédiaire qui se forme directement aux dépens du sucre et qui est détruit ensuite. Peut-être même y a-t-il plusieurs produits intermédiaires, car il est difficile d’en trouver un qui satisfasse à toutes les conditions exigées; les chances paraissent actuellement être à peu près également partagées entre la dioxy-acélone et l'aldéhyde glycérique qui sont deux corps isomères, c’est-à-dire présentant la même composition chimique brute C3II603. On a aussi parlé de l’acide lactique qui est encore un autre isomère (c’est l’acide qui se forme dans le .lait aigri), mais il semble maintenant qu’on doive l’abandonner pour l’un des deux premiers. Comme on le voit, si la question de la fermentation alcoolique a récemment fait un grand pas en avant, il lui en reste encore beaucoup à faire.
- J. Duccaux,
- Chef de Laboratoire à l’Institut Pasteur (Paris|.
- PHOTOGRAPHIES DE LA COMÈTE DE HALLEY
- On n’a pas oublié la curiosité générale soulevée par le retour de la comète de Halley. L’observation dés comètes est certainement pour l’astronomie un des moyens d’investigation les plus féconds sur les mystères des espaces interplanétaires, et la comète de Halley ne pouvait manquer d’être photographiée et spectro-graphiée dans tous les observatoires outillés à cet effet. Malheureusement, dans nos contrées, la perpétuelle nébulosité du ciel a privé nos astronomes des beaux documents photographiques qu’ils espéraient consacrer à la voyageuse. Les documents,reproduits ci-contre et remarquables par leur netteté, nous viennent de l’Observatoire de M. Lowell dans l’Àrizona (États-Unis), et nous ont été communiqués par M. P. R. Burlingham. La pureté de l’atmosphère a permis, d’avril à juin, de
- prendre presque chaque jour un grand nombre de photographies et de spectrogramnes de la comète. Ces pièces offrent par elles-mêmes un très vif intérêt; de plus, elles constitueront, dans 76 ans, au retour
- de la comète, un ensemble historique d’une importance capitale.
- Les photographies ci-contre ont été prises eu avril et mai ; elles offrent des particularités dignes de remarques ; on aperçoit dans la queue deux espèces d’irrégularités ; par place, se montrent des régions plus brillantes, accumulations de matières diffuses, des nœuds ; à d’autres endroits au contraire, il semble y avoir raréfaction de la matière cométaire. Des observations analogues ont été faites déjà sur la comète Morehouse par MM. Baldetet Quénisset (Yoy.LaNature, n° 1853, 28 nov. 1908). On s’est livré, à l’Observatoire Lowell, à des
- Fig. i. — Spectre de la télé et de la queue. (Phot. Slipher).
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- Fig. 2, Fig. 3.
- Fig. 2. — Spectre pris le 3o avril, montrant la raie du sodium et les bandes d’hydrocarbure. Le spectre de la comète est au centre, encadré par des spectres de comparaison. (ph0t. siipher). Fig. 3. — Photographie de la comète de Halley prise le i3 mai içio à l'observatoire Lowell. A droite, la planète Vénus. La raie qui apparait comme une égratignure à travers la queue
- de la comète est due à une météorite.
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- AÉRONAUTIQUE VÉGÉTALE
- mesures très précises concernant la modification de forme de la queue de la comète; on a pu constater que les « nœuds », dont nous venons de parler, se déplacent à travers la queue, en s’écartant du noyau cométaire, et à des vitesses d’autant plus grandes que les distances augmentent. C’est une preuve à l’appui de la théorie de la répulsion, théorie qui a été exposée ici (Yoy. n° 1926, 25 avril 1910, p. 534). Les radiations lumineuses émanées du soleil exercent, sur les particules infiniment ténues de la queue de la comète, une pression qui l’emporte sur l’attraction newtonienne et se manifeste par une répulsion d’autant plus énergique que les particules sont plus éloignées.
- Voici quelques chiffres relevés à l’Observatoire Lowell :
- distance ni: noyai;
- Nœud'J. . . 1°,28
- — 2. . . 5U,12
- — 5. . . 4°,36
- — 4. . . 6°,15
- L’étude spectrale a
- VITESSE DE DEPLACEMENT t5,ü miles par sec. ou 2lk,9 par sec. 17,2 miles par sec. ou 27k,7 par sec. llJ,7 miles par sec. ou31k,7 par sec. 29,7 miles par sec. ou 47k,8 par sec.
- révélé également des détails
- des plus intéressants. Le spectre de la tête de la comète et celui de la queue sont absolument différents. Les gaz qui dominent dans la tête sont rares dans la queue et vice versa. Le cyanogène et les hydrocarbures dominent dans la tète, tandis que 5 curieuses bandes, très atténuées dans la tète, forment les constituants essentiels de la queue. Ces 5 bandes sont identiques à celles que donne à l’analyse spectrale l’oxyde de carbone, à très faible pression, 1/1.000.000e d’atmosphère et soumis à l’effluve électrique. La queue présente aussi des bandes d’hydrocarbure, mais relativement faibles. L’oxyde de carbone semble le principal élément constituant de la queue de la comète de Halley. C’est là une révélation fort curieuse et qui semble appelée à changer bien des idées sur la formation et la constitution des queues de comètes.
- Au voisinage du périhélie, les raies du sodium apparurent très nettement, pour s’effacer ensuite, de même que celles des hydrocarbures et faire place aux bandes de l’oxyde de carbone.
- AÉRONAUTIQUE VÉGÉTALE
- La dispersion des graines a lieu souvent à des distances considérables de la plante mère. Ce transport est plus ou moins favorisé par le vent et par une forme spéciale de la graine. L’étude de cette forme est intéressante par les rapprochements qu’elle perniet avec la forme des organes du vol des animaux volants et aéroplanes; que la matière soit inerte, ou animée, sa forme est toujours adéquate à la fonction. Le mécanisme de l’adaptation est particulièrement obscur dans les graines volantes ; je tâcherai seulement de montrer que cette adaptation existe, et qu’elle est parfaitement d’accord avec nos connaissances d’aviation et d’aérodynamique. Nous étudierons successivement la structure et la fonction des parachutes, des monoplans et des moulinets. Voyons d’abord les formes.
- Graines à aigrette. — La graine est portée par une aigrette de poils, tel un aéronaute suspendu à un parachute. Ce type est très répandu chez les Composées. On voit dans les prairies, vers la fin juin, deux espèces de Pissenlit à feuilles épaisses, velues. L’aigrette de l’une a un diamètre de 15 à 17 mm, et la graine proprement dite est reliée à l’aigrette par un manche de 11 mm; dans l’autre espèce (P, fig. 1), l’aigrette a un diamètre de 24 à 25 mm et un manche de 20 mm. Le manche est légèrement ondulé, la graine est allongée, à gros bout en haut.
- Les poils sont implantés à l’extrémité du manche ; ils rayonnent dans des plans différents. Dans un plan diamétral passant par le manche, il n’y a jamais que deux poils ; une projection verticale montre un angle de 60° environ entre le plus haut et le plus bas, et il semble bien que le lieu des
- extrémités forme une ligne convexe vers le bas ; les poils sont barbelés, et on peut en compter une quarantaine. Les poils les plus longs sont dans l’étage supérieur, les plus courts en bas; leur épaisseur est de 0,05 mm au maximum.
- Le poids des petites graines est de 1 milligramme,
- celui des grosses de -y de milligramme.
- L’aigrette des Laiterons (Sonchus) (S, fig. 1) est franchement conique; les poils sont très nombreux,
- très fins mm environ^ > d’une longueur de 8 à
- 9 mm. La graine est aplatie avec une épaisseur de 0,10 à 0,15 pour 100, largeur, 0,8, longueur 2,2 mm. Elle est dissymétrique de haut en bas et de droite à gauche. Le gros bout est en haut comme chez le Pissenlit, mais les poils s’insèrent directement sur la graine, sans l’intermédiaire d’un manche.
- Le type Laiteron est un des plus répandus, en plus petit, ou en plus grand format. On le rencontre du reste dans d’autres familles que les Composées (Epilobium, Typha, par exemple). L’ensemble des graines forme une houle sphérique ou im panache chez les Composées, un cylindre chez Typha ; elles sont alignées les unes au-dessus des autres chez Epilobium dans une sorte de silique qui s’ouvre à 4 battants, et les graines s’envolent. En général, les poils s’arrachent facilement, pris isolément, mais leur ensemble se cramponne aisément au moindre objet.
- Un deuxième type est le suivant : une seule rangée de poils barbelés, légèrement concaves vers le bas, s’insérant directement sur la graine (G, fig. 1) ;
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- celle-ci est comme toujours aplatie, dissymétrique, mais avec gros bout en bas. On ne saurait mieux comparer la coupe verticale des poils qu’à la section frontale d’un oiseau en train de se laisser tomber (G', fig. d). Les poils comme les ailes présentent leur concavité tournée vers le bas et en dehors,
- Fig. i. — T: graine de Salsifis (Tragopodon pratensis). P: graine de Pissenlit. S, G, G': graines de Lutterons.
- tandis que dans le parachute, elle est en bas et en dedans.
- Chez le Tragopodon nous avons une seule rangée de poils, mais au lieu d’être indépendants comme dans les deux types précédents, ils sont réunis par un réseau à mailles très fines, comme une toile d’araignée (T, fig. d); l’ensemble forme une coupe à convexité tournée vers le bas. La graine est suspendue par un manche assez long.
- Bignonia (echinata). — C’est une plante exotique ; les graines sont empilées par centaines dans une coque allongée de 15 cm de longueur; la coque s’entr’ouvre et les graines s’échappent en vol plané.
- Chacune d’elles est formée d’une partie centrale (A, fig. 2) épaisse, à contour circulaire, d’une expansion cardiforme moins épaisse, très mince et transparente; de fines nervures s’irradient à partir de la masse centrale et servent de support à la membrane. Prenons un rectangle de papier de 65 mm X 25 mm ; arrondissons les angles à coups de ciseaux et nous pouvons reproduire assez exactement le contour de la membrane : c’est une ovale dissymétrique par rapport au grand axe. Celui-ci divise l’ovale en deux moitiés, l’une (nous verrons plus loin que c’est le bord antérieur) à courbure moins prononcée que l’autre. Le centre de gravité de la graine est sur le petit axe, au tiers antérieur.
- Le profil médian par le petit axe a une forme ondulée (mn, fig. 2) ; le reste de la membrane est plan, si bien que l’ensemble de la graine est comparable à un monoplan, où les parties lourdes (moteur, aviateur) seraient concentrées sur la voilure même. Seulement chez le Bignonia l’aile droite
- n’est pas toujours égale à l’aile gauche; parfois le distum est légèrement retourné en haut, comme les extrémités des rémiges d’un voilier (C, fig. 2).
- Chaque graine pèse 35 milligrammes, dont 5 pour la membrane; la surface totale est de 14 cm2. Un aéroplane Bignonia de 13 m. d’envergure, c’est-à-dire 200 fois plus que la graine, pèserait 264 kg et aurait 56 m2; avec une telle voilure, un biplan genre Voisin ou Farman porterait plus du double, et les monoplans le quadruple. Une graine de Bignonia ayant l’envergure d’un Milan pèserait 264 gr. pour une surface de 0,56 m2 seulement, tandis que le Milan pèse plus de 600 gr. avec une surface (projection horizontale maximum) de 0,28 m2. La graine de Bignonia est donc d’une légèreté sans exemple chez les oiseaux, les hommes volants, et même les graines à aigrette.
- Érable. — Les figures 5 et 5 bis montrent la forme de la graine en projections horizontale II, et de profil. La graine proprement dite a une forme globuleuse à gros bout arrière de 6 mm de hauteur sur 7 à 8 de large. L’expansion aliforme ressemble à certaines ailes d’insectes (aile antérieure d’abeille, de cigale, figure 5 bis) ; la charpente est formée de nervures divergentes à partir de la base; le maximum d’épaisseur est sur le bord convexe OAD. La surface est parfois plane sur les deux faces ; d’autres fois, elle est ondulée, ayant par exemple un creux au proximum, et une convexité au distum. La projection frontale du bord antérieur est parfois courbe, à simple ou double courbure, avec ou sans torsion. Ces déformations dues à la dessiccation sont très variables ; je ne me risquerai pas à donner une épure précise. Il n’est pas besoin du reste de ces déformations pour expliquer les mouvements delà graine.
- n
- La courbure du bord antérieur en projection horizontale est constante avec des chiffres voisins de ceux de la Cigale.
- AB OB AC
- od od od
- Érable. . in 0.6 0.4
- Cigale . . 1/7 0.57 0.55
- Le rapport de l’épaisseur maxima à l’envergure
- Fig. 2. — La graine d’un Bignonia (Pithecoctenium echinatum). A : en plan; B : coupe m n; C : profil en long.
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- od varie de 0.025 à 0.05 comme dans les ailes de beaucoup d’insectes et d’Oiseaux.
- Le poids moyen des graines est de 240 milligrammes ; l’aile sectionnée et pesée à part donne 20 à 22 milligrammes, c’est-à-dire que l’aile membraneuse pèse -|-j- du poids total, comme chez Bignonia.
- Fig'. 3. — La graine de VÉrable :
- les lettres renvoient au texte.
- La surface de l’aile a une moyenne de 5 cm2 ; une graine 10 fois plus longue aurait 500 cm2 de surface;, et pèserait 240 grammes. C’est à peu près le rapport de la surface d’une seule aile de Mouette au poids total de l’animal. Chez la Mouette, j’ai quel-1
- quefois trouvé pour le rapport du poids d’une aile au poids total.
- La droite qui joint le centre de gravité à la pointe
- Les bords sont épaissis, mais également des deux cotés; de même, les 2 faces paraissent identiques. La projection horizontale montre cependant une absence de symétrie chez une espèce de Frêne ; il y a une moitié plus longue que l’autre; le profil distal mnp est légèrement ondulé.
- La surface de cette graine n’est pas celle de l’hélice géométrique; elle n’est pas non plus réglée comme certaines surfaces du 2e degré. On ne peut guère y appliquer que 2 droites, le grand axe (o/), et le petit axe (ef) oblique sur (ol). Les sections qui ont le maximum de courbure occupent une position intermédiaire : ce sont les lignes (ab) concave dans un sens, et (kd) concave en sens contraire. Cette opposition de courbures est le caractère des selles de cheval-, mais la selle de Frêne n’est pas celle d’un hyerboloïde.
- Un autre caractère intéressant de cette graine est la forme en 8 de chiffre du contour facial; ce n’est pas non plus une Lemniscate; les deux moitiés n’ont qu’un axe de symétrie, la droite (ol).
- Physiologie du vol. — Les graines à aigrette tombent plus ou moins verticalement en air calme, mais le moindre souffle les emporte horizontalement; la chute est oblique; parfois il n’y a pas chute, mais ascension. On est parfois étonné d’observer le vol à voile des aigles sans battements d’ailes, par un calme presque absolu ; mais une graine de Laiteron vous échappe des doigts, et monte à perte de vue : le calme n’était donc qu’apparent. Les graines à aigrette constituent d’excellents ballons-
- 0
- distale forme les - environ de l’envergure totale de la graine ; dans une section de profil, le centre de gravité est au ~ antérieur.
- Frêne. — La figure 4 montre la graine sous divers aspects (horizontal, face, profil).
- Longueur ol = 55 à 57 mm.
- Largeur mnp= 9 à 10 mm.
- ^ = 2/5.
- ol
- OC
- Centre de gravité —ï = 0.58.
- D ol
- L’amande occupe presque la moitié de la longueur de la graine; c’est naturellement la région de l’amande qui est la plus épaisse; mais le rapport de cette épaisseur à l’envergure ol ne dépasse pas 2 pour 100.
- La figure de profil (P) montre le caractère remarquable de cette graine ; elle est franchement tordue : la torsion totale varie de 68° à 78°. Si on embroche la graine avec une épingle par son centre de gravité et qu’on tienne la corde de profil (ef) horizontale, le distum fait 58° avec l’horizontale et le proximum 40°. Comme le bras oc est beaucoup plus court que cl, il en résulte que l’inclinaison sur l’horizon croît plus rapidement sur ce bras.
- Fig. 3 bis. — A: La double.graine de l'Érable; B: une aile supérieure d’Abeille [grandie); C : une aile supérieure de Cigale.
- sonde, surtout quand l’aigrette est séparée de son lest, de la graine proprement dite. Celle-ci est l’analogue d’un aéronaute pendu à un parachute; mais le parachute végétal, comme je vais le montrer, est plus stable, et à surface égale donne une plus grande résistance aérienne que le parachute des aéronautes.
- Il est plus stable, parce que sa convexité est en bas. Voyons pour la résistance aérienne :
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- Soit p le poids total d’une graine, S la surface des poils ; on pourrait poser :
- (1) = KSv* cp (a)
- v étant la vitesse uniforme de chute en chambre, dans le calme le plus parfait possible. Nous avons par exemple :
- p ----- ~milligr. v -- 0,40 m. S = 0,24 cm2
- pour une graine de Pissenlit. La surface S est l’ensemble des sections planes axiales des poils; nous avons ici une quarantaine de poils, ayant au maximum-” mm, faisant avec la verticale des angles a
- variables avec chaque poil. Si donc je néglige o (v) j’obtiendrai une valeur :
- K — 0.57
- chiffre certainement au-dessous du chiffre réel. Comparons cette valeur avec celle d’un disque plan équivalent, d’un cône, d’une hémisphère concave ou de fils cylindriques1.
- K
- Cône.....................0.015
- Hémisphère concave. . . 0.084
- Fils cylindriques de 10mm. 0.055
- — — 2 0.057
- — — 0,5 0.061
- Aigrette de poils. — — 0,05 0.57
- On pourrait conclure de ce tableau que le coefficient de résistance d’un cône devient 25 fois plus grand, lorsqu’au lieu d’une surface continue, on adopte le système aigrette2. Celui-ci est cinq fois supérieur au parapluie concave ; jamais ce dernier n’est employé dans la nature, sauf sous la forme animale décrite plus haut, c’est-à-dire avec la concavité tournée en dehors; mais, même dans ce cas, nous avons le dièdre de stabilité, c’est-à-dire les bras levés au ciel.
- On pourrait faire un rapprochement entre la résistance de fils cylindriques, et celle de lanières rectangulaires, étroites. Nous savons que la résistance est, du moins aux faibles angles, plus grande sur des rectangles étroits que sur des carrés. On a ainsi obtenu de bons résultats dans le yachting, en divisant une voile unique en plusieurs lanières qui se suivent. Pourquoi ne pas appliquer le même principe au perfectionnement des parachutes ? et au lieu d’une surface continue, employer une série de couronnes d’étoffe, espacées les unes des autres? On aurait ainsi une série d’échappements circulaires, en plus du trou supérieur circulaire. Les angles successifs des lanières, les unes par rapport aux autres,
- '1. Les coefficients du cône et de l’hémisphère concave sont extraits.d’un travail d’Eiffel; ceux des fils cylindriques d’un mémoire de Tsioulkovski (Yozdouxoplavalel, 1908).
- 2. Dans un article Sur la danse du ventre en aviation, .j’ai comparé la queue à poils de certains Sphingides à la queue à plumes des Oiseaux. Beaucoup d’insectes volent très bien sans cet organe; mais, lorsqu’il existe, son action sur 1 air doit être très efficace.
- ainsi que leurs distances seraient déterminées par l’expérience1.
- Les graines du Bignonia descendent en vol plané dans un plan vertical, si les deux moitiés droite et gauche sont identiques : elles se dirigent le gros bout en avant ; le bord antérieur est celui qui est le plus près de la partie renflée. L’incidence sur l’horizon est de 50° environ, et la vitesse verticale est 40 à
- 50 cm, quand l’air est calme; le vent peut les transporter à des kilomètres de l’arbre. Lorsque les deux moitiés ne sont pas identiques, c’est le cas le plus fréquent, la trajectoire n’est plus plane : les graines décrivent des orbes descendantes ou des orbes ascendantes si le vent est ascendant. La vitesse verticale de chute en air calme est de 50 cm seulement, moindre par conséquent qu’avec la trajectoire plane. La graine tombe toujours sur la même face, la face convexe ; si on lâche la graine, la face concave en bas, elle se retourne i mmédiatement, pour mettre le concave en haut. Si on applique le bord antérieur contre un mur vertical, la graine descend le long du mur, sans jamais le quitter2.
- La graine d'Erable est animée d’un mouvement de rotation très rapide qui retarde sa chute. Il n’est pas rare dans l’intérieur des villes de voir les graines, saisies par un vent ascendant, tournoyer au-dessus des toits.
- 51 en chambre on veut lancer une graine au plafond, il est rare qu’elle y parvienne; elle tournoie avant d’y arriver, sa vitesse verticale de chute est de 1 m. environ; cependant, lorsque la graine a ses deux faces identiques, il peut arriver qu’elle ne tourne pas, et alors elle fend l’air avec une vitesse bien supérieure. Dans beaucoup de graines, on ne peut distinguer une face dorsale d’une face ventrale ; tantôt, elles tombent sur une face, tantôt sur l’autre : cela dépend de la façon de
- 1. Nous avons déjà à ce sujet quelques données expérimentales, dont l’exposition dépasserait le cadre de cet article.
- 2. M. Barbaudy a construit de petits modèles d’acroplanes, formés d’un rectangle de papier, à bord antérieur épais, à retroussement conique aux deux extrémités, et qui, appliqués contre un mur, se comportent de même. Le convexe du cône est tourné vers le bas, ce qui donne une glissade sans roulis.
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- les lancer. Deux faits sont constants : 1° la graine d’Érable tombe toujours sur la face qui a le plus de convexité; 2° elle tourne toujours, le bord épais en avant. Ce sont là des principes universels, applicables à tous les corps en mouvement, animés ou inanimés.
- Une Mouette qui veut faire une pirouette n’a qu’à se laisser tomber, une aile complètement repliée ; elle est alors comparable à une graine d’Érable. Elle vire du côté de l’aile repliée. Ne pas confondre ce virage vent dessous avec le virage vent debout, qui a lieu en sens inverse.
- Si on jette par la fenêtre une graine de Frêne, on la voit d’abord tomber rapidement, puis (après 1 m. de chute) elle tournoie et sa vitesse verticale de chute est raléntie ; elle est cependant supérieure à celle de la graine d’Erable. On peut l’estimer à 1,25 m. à 1,50 m. Si on embroche la graine par son centre de gravité sur une longue aiguille, ou épingle à chapeau, et qu’on souffle sur la face inférieure de la graine, on la voit tourner rapidement comme les ailes d’un moulin à vent. On peut régler le souffle de manière à faire tourner la graine au point fixe; dans ce cas, le souffle fait exactement équilibre au poids de la graine. En soufflant plus fort, on fait monter la graine sur l’épingle. Qu’elle monte ou qu’elle descende, le sens de rotation est toujours le même : celui des aiguilles d’une montre placée sous l’œil de l'observateur. La graine tombe tantôt sur une face, tantôt sur l’autre; il n’est guère possible de distinguer un bord antérieur d’un bord postérieur, ni une face ventrale d’une dorsale, et tout ceci est d’accord avec la géométrie de la graine.
- L’axe de rotation paraît traverser la graine d’Érable au 1/7 interne, et celle de Frêne au 2/5 interne. Dans les deux cas, le grand axe de la graine n’est pas perpendiculaire à la verticale ; il est légèrement incliné sur l’horizon la partie renflée en bas, si bien que la surface engendrée par ce grand axe est une sorte de cône hélicoïdal. Pour se faire une idée assez simple de cette géométrie, il n’y a qu’à se figurer ces graines tournoyant très rapidement (10 à 15 tours à la seconde) au point fixe; dans ce cas le grand diamètre, plus exactement le plus long bras, décrit un cône de 140° à 150° d’ouverture, tournée en haut. Nous avons donc ici comme pour les graines de composées le convexe en bas1.
- L’incidence susdite du grand bras de rotation sur l’équateur pourrait s’appeler angle facial. Les théoriciens de l’hélice n’ont jamais considéré cet angle : le moulin à intégrer n’est pas fait pour les moulins à vent. On pourrait réserver le terme d'angles de profil, pour les incidences sur ce même équateur des sections alaires faites par des cylindres concentriques et parallèles à l’axe de rotation. Les ailes d’Érable et de Frêne ont les deux angles, le
- 1. J’ai construit des hélices aériennes avec inclinaison du grand bras en arrière, de manière à former par sa révolution une sorte de proue convexe en avant (Voy. Zooptèrcs, par Amans, 1909).
- facial et celui de profil ; l’angle de profil est souvent constant chez l’Érable, tandis qu’il varie avec le rayon chez le Frêne. Le profil a joué et joue encore un rôle important dans les théories d’hélice et d’aéroplane; on discute toujours quelle est dans chaque section le meilleur profil à adopter, pour avoir le maximum de poussée pour le minimum de puissance. La différence entre l’angle de profil distal et le proximal dans l’hélice géométrique, et même dans les moulins à vent, est négative ; c’est là le principe universellement adopté par les constructeurs. Dans la nature, c’est l’inverse qui a lieu : qu’il s’agisse d’une aile de Frêne ou d’une élytre (1, lig. 4) de Lucane, la torsion est positive1 (5 — a > o).
- On peut faire la démonstration de ces divers angles’ très simplement, au moyen de papier et de cire à modeler. Prenons de la cire, la grosseur d’un pois, et posons-la au centre d’un rectangle de papier rigide ; si on le lâche dans une position horizontale, il gardera cette position, et descendra .verticalement. Si nous plaçons la boule de cire en dehors du centre de figure, la descente n’est plus verticale. Il faut ici distinguer o cas suivant qu’on met la cire : 1° sur la droite qui joint les milieux des grands côtés ou petit axe du rectangle ; 2° sur le grand axe ; 5° en dehors des axes. Dans le 1er cas, le rectangle descend obliquement, le grand côté en avant, comme les aéroplanes et les graines de Bignonia; le côté antérieur est celui qui est le plus près de la boule, c’est-à-dire du centre de gravité, le poids de la boule étant choisi 10 fois supérieur à celui du papier. L’angle de la trajectoire avec l’horizon varie avec la position du centre de gravité. L’angle est d’autant plus faihle que le centre de gravité est plus rapproché de l’avant. Même observation dans le 2e cas, seulement c’est un des petits côtés qui devient le bord antérieur. On pourrait photographier la trajectoire, et construire une courbe des positions du centre de gravité en fonction de l’angle du rectangle, avec la trajectoire; cette courbe serait en même temps celle des centres de poussée2. On admet, en effet, que dans tous ces cas, il y a équilibre lorsque le centre de poussée et le centre de gravité se trouvent sur la même verticale (parachute) ou coïncident (Bignonia).
- La graine de Frêne est une modification du 2e cas. Sur un rectangle ayant 1/4 d’oblong découpons une figure semblable à celle d’une graine développée sur un plan, et plaçons notre boule sur le grand axe,
- OC
- vers le bout pointu au point o tel que — = 58 pour
- 1. J’ai proposé la torsion-positive aux constructeurs d’aéroplanes, à la fois pour la voilure et pour les hélices aériennes (Voy. Zooptôres, Paris, 1909; Recherches sur le centre vélique, Aéronaule, 1910).
- 2. Cette courbe a été obtenue par divers expérimentateurs et par moi-même au moyen de balances aérodynamiques spéciales, en plaçant les corps à étudier dans une rivière homogène de vitesse constante (Voy. Recherches sur le centre vélique, ibid.). Ces recherches montrent que la formule de Loessel n’est pas juste.
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- COMMENT MESURER LA SOLIDITÉ DES COULEURS
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- 100. Cette aile plane descendra sur l’horizon en trajectoire rectiligne. Prenons maintenant les extrémités o et l entre le pouce et l’index de chaque main, de manière à tordre la surface ; il n’est guère possible avec un plan d’imiter la surface véritable du Frêne, mais nous obtenons quand même la descente avec rotation rapide. On peut ramener toute la résistance aérienne à une force verticale qui équilibre le poids, et à un couple horizontal de rotation. La graine a une tendance à piquer sa tète à l’incidence voulue par sa position de son centre de gravité; mais sa descente est spirale.
- Si, reprenant le rectangle, nous plaçons la boule en dehors des axes, nous obtenons soit les grandes orbes des Bignonia à ailes dissymétriques, soit la chute à rotation rapide des graines d’Erable.
- En opérant sur certaines rémiges d’oiseaux, j’ai obtenu un mouvement plus complexe la rémige tourne sur elle-même comme les graines d’Erable et
- de Frêne, d’un mouvement plus lent ; mais, en même temps, son centre de gravité décrit une spirale, ou plutôt une sorte de ligne brisée gauche. On croirait voir voler un gros Lépidoptère. C’est une combinaison des mouvements de l’Érable et du Bignonia, une sorte de mouvement planétaire.
- Si, au lieu d’un rectangle plan, on se sert d’un rectangle ondulé, on peut obtenir une chute en looping the loop ou Pigeon culbuteur. On a une rotation très rapide autour d’un axe horizontal perpendiculaire au plan de la trajectoire.
- Je me bornerai à ces exemples, mais le lecteur peut varier l’expérimentation à l’inllni, et puiser des idées très saines sur les rapports de la voilure avec la pesanteur et la résistance aérienne. Il peut aussi, en utilisant les données des graines volantes, construire des jouets genre Bignonia, Frêne, Érable1, et essayer les parachutes du type Pissenlit et Trago-podon. Dr Amans.
- COMMENT MESURER LA SOLIDITÉ DES COULEURS A LA LUMIÈRE
- Jusqu’à présent, les techniciens 11e savaient guère mesurer la solidité que présentent les couleurs vis-à-vis de la lumière. Pour donner une idée de la résistance d’un échantillon teint, peint ou imprimé, ils disaient qu’il pouvait supporter tant de jours ou tant d’heures d’insolation sans se faner. On se rend compte aisément de ce qu’une telle expression a d’illusoire. L’action décolorante du soleil dépend, en effet, non seulement des qualités de la substance soumise à l’essai, mais encore de la saison, de la latitude, de la pureté du ciel et de l’incidence sous-laquelle les rayons frappent l’échantillon soumis à l’insolation; autant de facteurs qui compliquent singulièrement la question.
- Un coloriste distingué, M. l’ingénieur P. Dosne, vient d’apporter quelque lumière (sans jeu de mots) dans ce domaine. 11 expose l’échantillon à analyser en plein midi, sur un plan normal au soleil (variable suivant l’époque de l’année et dont il règle l’orientation, une fois par semaine), puis avec un appareil actinométrique, il note la valeur des radiations lumineuses reçues à cet endroit pendant la durée de l’exposition. Une analyse chromatique avant et après l’insolation lui permet de chiffrer, dans les deux cas, l’intensité lumineuse de l’objet coloré de façon à voir de combien il s’est éclairci et la nuance vers laquelle la force détériorante du soleil l’a fait virer, ce qu’on détermine sur une échelle chromatique facile à construire.
- Sachant désormais évaluer numériquement les éclaircissements, il suffit, pour donner à une couleur quelconque un chiffre matricule représentant sa résistance aux rayons solaires, de dégrader par insolation toutes les couleurs jusqu’à une limite arbitraire mais bien déterminée et de prendre comme mesure de la solidité les unités actinomé-triques fournies par l’appareil qu’on laissera fonc-
- tionner pendant toute la durée de l’insolation, cause de la dégradation. Bref, la résistance de l’échantillon sera mesurée par la quantité de lumière par unité de surface nécessaire pour en dégrader la couleur jusqu’à la limite conventionnellement adoptée comme base.
- M. Dosne emploie le nouvel actinomètre à distillation de MM. Besson et Thurneyssen2 constitué par un tube à 2 renflements sphériques. À la partie inférieure, une enveloppe protectrice vide d’air entoure une boule en verre bleu contenant de l’éther et qui absorbe les radiations lumineuses parce que colorée. En haut se trouve une autre sphère de verre incolore, également pleine d’éther, mais au centre de laquelle débouche un tube servant à la fois de cheminée d’évacuation pour les vapeurs distillant de la boule absorbante et de trop-plein à cette dernière. Quand un rayon de soleil illumine l’instrument, le réservoir inférieur prend par absorption une température plus grande que celle du récipient supérieur et, par suite, une certaine quantité de liquide suinte par le trop-plein pour refluer ensuite dans l’autre boule. Mais, au cours de leurs pérégrinations, ces gouttes tombent sur l’extrémité d’un petit levier métallique relié d’une part à une source électrique et de l’autre à un enregistreur mis lui-même en communication avec un petit godet rempli de mercure qu’une tige solidaire du levier touche en s’abaissant. De la sorte le courant se trouve fermé à chaque goutte.
- Pour totaliser les gouttes qui passent en un temps
- 1. On peut construire des graines géantes de Frêne et d'Erable de 20 à 15 cm et s'exercer à les jeter le plus loin et le plus haut possible. On peut encore les munir, comme certains boomerangs de chasse, de sifflets à l’extrémité des grands bras, et les projeter vivement dans l’espace par un tourniquet à licelle.
- 2. Yoy. La Nature, n° 1896, du 25 septembre 1909.
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- COMMENT MESURER LA SOLIDITÉ DES COULEURS
- déterminé et dont le nombre, variant proportionnellement à l’intensité des radiations solaires, permettra d’évaluer en chiffres l’action actinomé trique, l’inventeur utilise simplement un podomètre à cadran mis en contact avec l’armature mobile d’un électro-aimant au moyen de son balancier prolongé. Il inscrit leur nombre en fonction du temps, grâce à un tambour horaire dont il suspend le crayon à un fil tendu s’enroulant sur son axe de rotation. Jusqu’à ce qu’il tombe une goutte, ce style laisse une trace hélicoïdale continue sur la feuille de papier. Mais, à ce moment, l’armature mobile d’un électro-aimant soulève le fil tenseur et force le crayon à tracer un crochet. Ce signe se répétant à
- lation, notre échantillon avait subi la dégradation jusqu’à la limite convenue, le nombre des contacts
- Fig. 2. — Examen d'un échantillon coloré au moyen de la toupie chromatique.
- chaque goutte tombée, il suffit de les compter pour achever la mesure actinométrique. Si durant l’inso-
- Fig. i. — Dispositij expérimental de M. Dosne.
- (A la fenêtre : Actinomètre et au-dessous le châssis d’exposition pour l'échantillon; sur la table, le totalisateur actinométrique et le compteur horaire.)
- exprimerait justement la solidité de sa couleur à la lumière.
- Mais l’expérience n’est pas aussi simple et il faut préciser avec rigueur le degré de fanage. C’est là une besogne délicate qu’on ne saurait abandonner au jugement trop peu sûr de l’œil. M. Dosne fait appel à la toupie chi'omatique. Cet appareil se compose essentiellement d’une série de disques diversement colorés auxquels on imprime une vitesse angulaire de 1200 tours à la minute pour que la rétine d’un observateur ne perçoive plus qu’une seule sensation colorée. Le moteur électrique servant à les actionner, solidement maintenu à l’une de ses extrémités par un pied articulé, constitue la partie centrale d’une boîte cylindrique soigneusement tapissée de velours noir à l’intérieur. La façade de la boîte porte une ouverture circulaire bordée d’une couronne munie d’une double graduation (100 parties et 360 degrés). L’axe du moteur sert de noyau à un tube concentrique sur lequel on enchâsse les disques nécessaires pour l’analyse. L’opérateur met la machine en marche au moyen d’un simple bouton de sonnerie ou mieux d’un bouton à pédale, afin d’avoir les mains libres.
- D’autre part, M. Dosne choisit les couleurs des disques parmi celles qui, selon les théories modernes, représentent les couleurs fondamentales, c’est-à-dire, d’après M. Rosensthiel et selon la notation du cercle de Chevreul, le 5e bleu, le 5e jaune vert et l’orange. À égale intensité de coloration, ces trois couleurs sont les seules donnant l’impression du blanc, quand elles tournent. On peut, en outre, obtenir du blanc par la rotation d’une couleur quelconque associée avec deux d’entre elles convenablement choisies et
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- COMMENT MESURER LA SOLIDITE DES COULEURS
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- de surfaces déterminées. La luminosité d’un blanc ainsi réalisé se traduit à l’œil de l’opérateur par un gris neutre et se mesure en déterminant par laton-
- Fig. 3. — Construction chromatique de Rosensthiel.
- nement la surface d’un secteur blanc qui, en rotation, devant du noir absolu, donnerait un gris semblable. Enfin, comme l’a montré Rosensthiel, on doit figurer, à des intervalles égaux, sur les côtés d’un triangle équilatéral dont les trois couleurs fondamentales occupent les sommets (et non sur un cercle ainsi que le faisait Chevreul), les couleurs intermédiaires équidistantes à la vue; en ce cas, le centre géométrique de figure jouit de la curieuse propriété d’être le point de rencontre de toutes les lignes rejoignant deux couleurs respectivement complémentaires, notées sur cette construction chromatique.
- Partant de ces données, M. Dosne cherche avec un secteur de 60° d’une couleur non insolée quelle surface il faudrait de chacune des deux couleurs fondamentales destinées à former sa complémentaire pour donner du gris par rotation. Il répète la même expérience avec la couleur pâlie par une forte insolation et virée à une autre nuance. Les surfaces des deux couleurs fondamentales-étalon nécessaires pour arriver au gris neutre ne sont plus les mêmes, et pour préciser de combien la couleur a pâli, il lui faut faire tourner concentriquement une certaine surface de secteurs blancs sur le noir absolu du fond de l’appareil jusqu’à ce qu’il donne un gris identique au précédent.
- Supposons qu’avec la couleur insolée, le gris ainsi imité ait nécessité 56° de blanc, soit 56/560 de l’intensité d’un blanc absolu et dans le second cas 54°, soit 18° de blanc en plus, on en conclura que la luminosité nouvelle provient du fait que la couleur de l’échantillon s’est éclaircie dans la proportion de 56 à 54, soit de 50 pour 100.
- Pour mesurer de combien la couleur a viré vers une autre nuance, on s’adresse à la construction chromatique de Rosensthiel qui consiste à placer, sur les côtés d’un triangle équilatéral divisé en 100 parties, et dont les sommets, comme nous l’avons dit plus haut, représentent les trois couleurs fondamentales, tous les mélanges possibles de ces couleurs 2 à 2. Pointant alors sur le triangle la place du mélange des 2 couleurs formant complémentaire dans le premier cas, soit par exemple 60 pour 100 de jaune et 40 pour 100 d’orange, on en déduit la position de la couleur expérimentée. En répétant la même opération avec la couleur insolée, on note un autre degré sur l’échelle chromatique, et le déplacement de la ligne passant par le centre de figure et allant toucher l’autre côté du triangle, indique de combien d’unités centésimales la couleur a viré vers Lune ou l’autre des couleurs fondamentales.
- Cette méthode conduit à des formules du genre suivant, par exemple : un échantillon d’étoffe exposé à l’insolation, pendant une activité solaire mesurée par 250 unités actinométriques, s’éclaircit de 12,5 pour 100 et a viré vers le jaune de 4 pour 100. En dégradant toutes les couleurs à la lumière jusqu’à ce qu’elles accusent le même pâlissement (12,5 pour 100 pris pour unité de fanage), la solidité de l’échantillon ci-dessus mentionné s’exprimerait par 2 <0 ; un autre teinté plus solidement serait coté par un chiffre plus fort, tandis qu’une coloration plus fugace, examinée de la même façon, occuperait un rang moins élevé dans l’échelle chromatique. M. Dosne est donc parvenu à. un résultat
- Fig. 4. —’ Cercle chromatique de Chevreul.
- pratique d’un très haut intérêt. Grâce à son ingénieux procédé, on peut dresser la liste de résistance spécifique à la lumière d’une couleur peinte, teinte ou imprimée, et, par suite, évaluer numériquement
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- la solidité des produits colorés dont on a besoin de connaître de façon précise la sensibilité vis-à-vis des radiations lumineuses. Le langage et la précision scientifiques vont pénétrer dans toute une série
- d’industries importantes, au plus grand avantage des consommateurs qui pourront déterminer avant achat la qualité des objets vendus par leurs fournisseurs. Jacques Boyer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des 3i octobre et 7 novembre
- Géologie du Maroc. — M. Termier dépose une Note de M. Louis Gentil sur la géologie du massif de Kebdana (MarocSeptentrional). Il est formé de plis couchés superposés poussés du Nord au Sud et déversés jusqu’au delà de l’horizontale. Les charriages sont d’àge probablement helvétien ; en tout cas, le miocène supérieur les recouvre transgressivement.
- Les huîtres des eaux contaminées. — M. Ilenneguy remet un travail de M. Fabre Domergue, inspecteur général des pêches maritimes, sur la nourriture de l’huître et le mécanisme de sa contamination en eau souillée. Utilisant les bassins à eau Filtrée installés par lui au laboratoire de Concarneau, l’auteur a constaté expérimentalement que l’infection de l’huître par les matières ster-corales se produisait beaucoup plus sous l’effet de l’introduction directe de celles-ci dans le tube digestif du mollusque que par suite de leur pénétration dans la cavité de la coquille. 11 en conclut que le contrôle bactériologique des huîtres suspectes porterait plus efficacement sur le contenu de l’huître elle-même, que sur l’eau des parcs soupçonnés de contamination, le degré d’infection de cette eau variant d’un instant à l’autre et étant pour cette raison difficilement appréciable.
- Un sucre nouveau. — M. Jungfleisch communique une Note de MM. Bourquelot et Bride! sur un nouveau sucre qu’ils ont retiré pur et cristallisé de la racine de bouillon blanc (verbascum thapsus), plante bisannuelle bien connue qui ne fleurit que la seconde année. L’intérêt de ces recherches réside surtout dans la méthode employée par les auteurs, méthode reposant sur l’emploi, comme réactifs, de ferments solubles et qui non seulement les a conduits à la découverte de la matière sucrée, mais leur a permis de constater que celle-ci n’existe en abondance que dans la racine de la première année. Ce sucre, que MM. Bourquelot et Bridel ont appelé verbascose, donne à l’hydrolyse, par les ferments solubles et par les acides, du lévulose, du glucose et du galactose.
- La préparation des gaz rares. — M. Claude adresse un mémoire sur la préparation de l’argon. Parmi les gaz et l’atmosphère qui avaient longtemps passé inaperçus des chimistes, M. Claude a déjà réussi à isoler en grande quantité le néon et l’hélium; il s’attaque aujourd’hui à l’argon. Il montre que l’oxygène obtenu par liquéfaction de l’air, qu’on peut maintenant se procurer couramment, contient beaucoup d’argon et permet d’obtenir ce gaz dans les laboratoires très simplement.
- Le rôle de l’eau dans le sol. — M. Müntz expose la suite de ses travaux sur la lutte pour la possession de l’eau que se livrent dans la nature les organismes et les matières inorganiques. Appliquant ses principes à l’ensemencement des terres, il montre que la germination ne peut avoir lieu que quand l’affinité de la terre pour l’eau est satisfaite, car alors seulement la terre cède au grain l’eau qui lui est nécessaire. Quand cette affinité n’est
- 1910. — Présidence de M. E. Picard.
- pas satisfaite, la terre refuse l’eau au grain et même lui enlève celle qu’il renferme et la levée ne peut se produire. Cette forte affinité de la terre pour l’eau est due à l’argile et à l’humus qu’elle contient et augmente avec leurs proportions; elle a une influence prépondérante sur les manifestations vitales à la surface des continents.
- La comète de Hallcg. — M. le général Bassot, directeur de l’Observatoire de Nice, expose que la comète de llalley, dont le retour a été signalé en septembre 1909, a cessé d’être visible en juin 1910. Il annonce qu’elle vient d’être réaperçue à l’Observatoire de Nice; elle apparaît maintenant une heure environ avant le lever du Soleil. Ce n’est plus qu’une nébulosité sans noyau.
- Effets des pressions sur les iid>es. — M. Bertin résume un Mémoire de M. Ch. Dayère sur la fatigue d’un tube de profil quelconque soumis extérieurement à des pressions variables en chaque point suivant une loi déterminée. Le problème du calcul des charges par flexion, par traction ou compression et par cisaillement est abordé dans toute sa généralité. Comme conclusion, M. Dayère indique les tubes les mieux appropriés pour résister aux pressions dans chaque cas. C’est un chapitre en grande partie nouveau et très important de la résistance des matériaux.
- Variations du niveau de la mer. — M. Poincaré présente un Mémoire de MM. Favé et Drieneourt, ingénieurs hydrographes, donnant la description d’un appareil permettant de mesurer en pleine mer les variations du niveau de l’eau sous l’effet de la marée. On ne mesure actuellement que les variations du niveau dans les ports ou sur les côtes, parce que là seulement on dispose de repères fixes; on n’avait aucun moyen de mesurer les variations du niveau de la mer loin des côtes. Or, sur les côtes ces variations sont gravement altérées par la configuration des lieux. Les indications fournies par les marégraphes sont donc imparfaites. MM. Favé et Drien-court ont imaginé un appareil qui indique les changements du niveau de l’eau dans les points où la profondeur ne dépasse pas 200 m., et ils vont perfectionner leur appareil de manière à pouvoir l’installer sur des fonds de 1000 m. Pour mesurer les changements de niveau, ils font équilibre à la pression de la colonne d’eau de mer par la pression d’un gaz dans un tube et ils enregistrent les déplacements.
- Parallaxes d’étoiles. — M. Poincaré présente ensuite une Note de M. Nordmann sur une méthode nouvelle de mesure des parallaxes de certaines étoiles. Cette méthode utilise les indications fournies par le pyromètre stellaire inventé par l’auteur; M. Nordmann montre qu’on peut en déduire les parallaxes de toute une classe d’étoiles du type d’Algol. La méthode repose sur la connaissance de l’éclat intrinsèque qui, comme il l’a établi, peut se déduire assez facilement de la température des étoiles. Appliquant cette méthode à p Persée, il a trouvé une distance correspondant à 59 années de lumière, nombre
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- qui concorde d’une façon satisfaisante avec celui que l’on tire des procédés anciens de mesure des parallaxes. Pour o Balance qui, à cause de son éloignement, avait échappé à toute évaluation, il a trouvé une parallaxe qui correspond à 22 000 000 de fois la distance du soleil à la terre et à une durée de 555 ans pour le parcours de la lumière.
- Traitement chirurgical des varices. — M. Labbé résume un nouveau travail de M. R. Robinson sur les résultats fournis par le traitement chirurgical des varices suivant la méthode que l’auteur a découverte. Pour M. Robinson les varices sont le résultat de l’augmentation de la pression sanguine dans les branches afférentes de la crosse. L’auteur propose un procédé opératoire qui, appliqué depuis 4 ou 5 mois sur plus de 50 malades, a donné des résultats excellents tant en France qu’à l’étranger. La guérison est radicale.
- Les abîmes des Pyrénées. — M. E.-A. Martel expose que ses recherches de 1908 et 1909, prescrites par le Ministère de l’Agriculture, ont fait connaître 84 abîmes sur le versant Nord des Pyrénées. Ils présentent les mêmes caractères et inconvénients que leurs similaires de toutes les régions calcaires. Il y aurait un grand intérêt pratique à continuer cette enquête, qui n’a pu être qu’ébauchée.
- Les bourdonnements d'oreille. —M. d’Arsonval dépose
- une Note de M. Marage dans laquelle l’auteur étudie la cause du phénomène bien connu des bruits de l’oreille. A l’état physiologique, l’organe auditif ne fonctionne qu’au moment où il est impressionné par une vibration sonore ; à l’état pathologique, il n’en est pas ainsi. Les malades croient entendre tantôt des sifflements extrêmement aigus, tantôt des bruits de cigale, de grillon, des chants d’oiseau, tantôt les battements de leurs artères. Nuis dans la surdi-mutité, rares lorsque la surdité est due à un écoulement ancien, les bourdonnements sont très fréquents chez les artério-scléreux. M. Marage a étudié mille cas de surdité. Selon lui, les sifflements, bruits les plus fréquents, sont dus à une mauvaise position de la chaîne des osselets ; on peut les produire en raréfiant l’air dans une oreille normale et les faire disparaître à volonté au moyen des vibrations de la sirène à voyelles. Toute autre est la cause des battements artériels qui sont dus à des troubles des nerfs vaso-moteurs ; les courants de haute fréquence ont sur eux la plus heureuse influence. Enfin les autres bruits : cloches, chants d’oiseaux, etc., seraient dus à l’excitation persistante des centres auditifs . on continue à entendre la vibration parce que, comme dans un radio-conducteur, les éléments solides des fibres et des cellules nerveuses ont conservé la position de conduits qu’ils avaient prise au moment où le son correspondant s’est produit pour la dernière fois à l’extérieur et a été entendu. Ch. de Vii.ledeüil.
- L’ÉLÉVATEUR BESSONNET-FAVRE
- Les appareils imaginés pour élever les liquides sont tellement nombreux qu’il semblait difficile de trouver une nouveauté dans ce genre. Depuis les pompes les plus vulgaires jusqu’aux pompes centrifuges et aux chaînes à godets ou à clapets, la collection d’appareils paraissait ne plus pouvoir s’enrichir d’un modèle nouveau et surtout inédit.
- Cependant M. Bessonnet-Favre, constructeur à Chatellerault, a su apporter une solution très neuve et très originale à ce problème qui ne se signalait plus à l’attention des chercheurs. C’est à l’observation qu’est due la découverte.
- Si un fil métallique tendu horizontalement est immergé, dans une nappe d’eau puis soulevé doucement, on aperçoit, le long de ce fil, une sorte de chapelet de gouttes liquides qui adhèrent assez fortement au métal. En répétant l’expérience avec deux fils parallèles-rapprochés, le phénomène se reproduit, mais le liquide est comme emprisonné entre les deux fils qui, en somme, ont puisé une certaine masse d’eau. Ce phénomène intéresse les lois de la capillarité.
- Ce simple fait a suffi à l’inventeur pour concevoir son élévateur qui est constitué par un fil métallique hélicoïdal dont les spires sont très rapprochées les unes des autres. C’est, en somme, un ressort à boudin dont chacune des spires, se comportant comme un fil horizontal, se charge de gouttes d’eau. Les gouttes se maintiennent entre les spires pendant l’ascension et sont ensuite chassées par la force centrifuge pour être recueillies à la partie supérieure de l’élévateur.
- La spirale métallique passe, à cet effet, sur une poulie à gorge de 20 centimètres de diamètre environ, que l’on fait tourner à l’aide d’une manivelle et qui entraîne la spirale sans fin reliant l’appareil à la nappe d’eau. Le mouvement rectiligne vertical du brin montant se change donc en mouvement circulaire, et c’est à ce moment que les gouttes, subissant l’action de la force centrifuge, sont chassées d’entre les spires.
- On réalise la vitesse nécessaire par une multiplication du mouvement de la manivelle. Celle-ci appartient à un volant qui commande un train d’engrenage multipliant cette vitesse dans le rapport de 1 à 5. L’eau est enfin recueillie dans un récipient pourvu d’un tuyau d’écoulement.
- Si l’appareil était simplement construit comme nous venons de le dire, les spires ne tarderaient pas à s’écarter les unes des autres et les gouttes ne seraient plus maintenues entre elles ; le mouvement de la spirale suffirait d’ailleurs à faire tomber celles qui auraient consenti à s’élever. Pour éviter cet inconvénient, une chaîne a été engagée à l’intérieur dans le but d’éviter l’allongement. Elle remplit, en même temps, une autre fonction en augmentant la capacité de l’ensemble. L’eau est en effet emprisonnée non seulement entre les spires, mais encore entre celles-ci et les chaînons. Chaque spire se comporte, dans ces conditions, comme une sorte de godet, puisant l’eau dans le réservoir. Tous les vides du système, par adhérence et par capillarité, se remplissent, de sorte que l’appareil élève en réalité une colonne liquide sans le secours de tuyau.
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- En principe, la bailleur à laquelle l’eau peut être ] à tous les points de vue : absence de réparations, ainsi élevée est illimitée. La pratique a révélé que I pas de crainte de gel à l’intérieur de tuyaux, facilité
- 2
- Fig. i. — L’élévateur installé sur la margelle d’un puits.
- Fig. 2. — Schéma du système élévateur Bessonnet-Favre; A, chaîne intérieure; B, spirale métallique. Fig. 3. — L’élévateur Bessonnet-Favre dans sa monture hermétique. Les brins passent dans les colonnes portant le mécanisme.
- cette hauteur atteint facilement 25 mètres avec les appareils à bras, ce qui paraît largement suffisant dans la plupart des cas, les puits dépassant cette profondeur étant rares. Un moteur à pétrole ou électrique, ou même une éolienne, donneraient un meilleur résultat et permettraient, dans tous les cas, l’emploi d’une chaîne-hélice de plus grand diamètre, ou même de deux chaînes placées côte à côte afin d’obtenir un grand débit.
- k Dans l’appareil à bras, les deux brins ne sont éloignés l’un de l’autre que de 20 centimètres seulement; un simple forage suffirait donc pour atteindre l’eau.
- L’élévateur est monté sur des pieds, sur des colon-nettes ou sur un bâti permettant son installation au-dessus des puits. Ceux-ci sont complètement clos par des plaques en tôle ou en fonte qui empêchent la chute de corps étrangers et, par conséquent, la pollution des eaux.
- L’extrême simplicité de l’appareil est avantageuse
- de mise en place, suppression des tiges mobiles, etc. Los installations actuellement effectuées ont donné des résultats tout à fait remarquables; le débit a été de 5600 litres à l’heure sur un puits de 11 m., 2400 litres sur un puits de 15 m., 2000 litres sur un puits de 15 m., 1700 litres sur un puits de 21 m., 1500 litres sur un puits de 25 mètres.
- Avec une chaîne double, de 40 mm. de diamètre, le débit a atteint 4000 litres à 8 mètres de profondeur, l’appareil étant actionné par une femme.
- Un moteur Japy de 5/4 de cheval a permis d’obtenir un débit à 2 m. de hauteur de 4500 litres à l’heure avec une chaîne de 52 mm. ; 6000 litres avec une chaîne de 55 mm. ; 7500 litres avec une chaîne de 40 mm.
- Certaines installations fonctionnent parfaitement au-dessus de puits de 40 m. de profondeur. Cet élévateur est, on le voit, des plus intéressants. Lucien Fournier.
- poyet
- Fig. 4. — Installation de Vélévateur sur les puits profonds.
- Le Gérant
- P. Masson. — Imprimerie Laiiüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 1956.
- = 19 NOVEMBRE 1910.
- NIMES=LE=VIEUX (LOZÈRE)
- Tout récemment, M. P. Àrnal, pasteur à Yébron (Lozère), secrétaire général du Club Cévenol, décou-
- pas comme à Montpellier-le-Yieux un groupement d’enceintes closes (profondes de 100 m.) ciselées autour d'un massif rocheux central, mais un front de falaise, un ressaut de la surface du Causse Méjean qui présente une grande longueur de demi-cirques tout hérissés de centaines de rocs dolomitiques, troués, taillés, sculptés. On a donné des noms plus ou moins fantaisistes, et inutiles à rapporter, aux principaux de ces accidents qui atteignent de 10 à 50 m. de hauteur. Les vues ci-contre montrent suffisamment leur similitude avec les cités rocheuses
- vrait à l’angle Sud-Est du Causse Méjean, à 2 km du col de Perjioret (1031 m., qui rattache ce plateau calcaire au massif granitique de l’Ai-goual), toute une série de chaos ro-
- de même genre, déjà décrites ici à diverses reprises (Montpellier-le-Yieux, Ro-quesaltes le Rajol, dans l’Aveyron; Bois
- cheux, dont nulle géographie et nul guide n’avaient encore fait mention.
- Par analogie avec le site célèbre de Montpellier-le-Yieux (sur le Causse Noir dans l’Aveyron), il lui donna le nom de Nimes-le-Vieux, aucune appellation spéciale ne désignant ces rocs autrement. En août dernier, j’ai eu le plaisir de constater, en compagnie de l’auteur de la trouvaille, que celle-ci est réellement fort intéressante.
- Des hameaux du Veygalicr et d’Hon jusqu’à la Borie de Galy et à la Fontaine d’Aurès, elle se développe à l’altitude moyenne de 1100 m. sur près de 4 km d’étendue. Ce n’est
- 38e année. — 2e semestre.
- Rochers de Nîmes-le-Vieux [Lozère).
- de P aï olive, dans l’Ardèche; cl Torcal et Cuenca, en Espagne; colonnes de Dikilitach en Bulgarie, etc.).
- 25. — 585
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- 386 COMMENT ON MESURE L'ALTJTUDE DES AÉROPLANES .....................................-
- Sans insister sur le détail de ces formations tou- de galets quartzeux, jalonnant les anciens lits ter-
- jours étranges, mais toujours semblables entre elles, tiaires du Tarn et de la Jonte, qui coulaient là-haut
- avant le creusement quaternaire des canons, est venue corroborer, de la plus convaincante manière, l’origine torrentielle des villes de rochers. Il n’y a plus là-dessus de discussion possible. Je renvoie pour plus de détails, à une étude comparative que je viens de publier sur ce sujet à propos des grès de Fontainebleau1.
- Les rochers de Nîmes-le-Yieux sont donc, tant pour le touriste que pour le savant, une attraction de plus à ajouter à toutes celles qui rendent déjà si extraordinaire la région des Gausses. Un peut s’y rendre en une demi-heure du col de Perjuret (à pied ou en voiture légère),
- Ni/nes-le-Vieux.
- il faut faire remarquer que celle-ci confirme une fois de plus la théorie qui les attribue, non pas au simple travail des pluies, mais surtout aux érosions d’anciens courants d’eau violents depuis longtemps disparus. A Nîmes-le-Yieux particulièrement, la disposition en longueur, au pied d’une sorte de rempart rocheux, fait sauter aux yeux, précisément, que ce rempart fut jadis, sans doute à l’époque tertiaire, la berge d’un tout-puissant torrent. L’autre berge (Sud-Est), pourvue aussi de quelques accidents du même genre, est le revers du grand escarpement doloinitiquc (la Couronne) du Causse, coupé à pic sur le Tarn. Il y a là une sorte de gouttière, qui fut le lit de l’ancien torrent; une quantité de points d’absorption naturels explique comment le torrent fut peu à peu soutiré jusqu’à disparition complète, dans les entrailles du sous-sol tissure. La foret de rocs qui remplit la gouttière n’est que la ruine d’un ancien lapiaz, érodé et sculpté par ce torrent, selon le procédé mécanique qu’emploient encore de nos jours la Yalserinc au Pont des Ouïes (Ain), le Fier à la sortie de sa fameuse cluse (Haute-Savoie), le Ycrdon dans plusieurs points de son grand canon. D’éminents géologues ont contesté cette manière de voir; mais la découverte, précisément sur les hauteurs du Causse Noir et du Causse Méjean entre 800 et 1100 m. d’altitude, de traînées
- La couronne du Causse Méjean.
- qui est traversé par la grande route de Meyrueis à Llorac par Yébron. E.-A. Martec.
- COMMENT ON MESURE L’ALTITUDE
- Il est intéressant de connaître exactement l’altitude atteinte par un appareil d’aviation, ne fùt-ce que dans les concours de hauteur, pour décerner le premier prix.
- Le procédé, employé au début, consistant à faire passer l’aéroplane au-dessus d’une ligne de ballonnets captifs n’est pas sans présenter de nombreux inconvénients.
- ATTEINTE PAR LES AÉROPLANES
- D’abord, la hauteur est forcément limitée. Puis, en cas de vent, la méthode est inapplicable. Enfin, en tout état de choses, elle ne donne qu’une limite inférieure de la hauteur atteinte.
- 1. L’érosion des grès de Fontainebleau, Bulletin des Services de la carte géologique, n° 127, 1910, in-8° 40 p. et 28 fig. Béranger, édit. Prix : 2 francs.
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- COMMENT ON MESURE L’ALTITUDE DES AÉROPLANES = 387
- Le Baromètre. — On devait fatalement penser à employer le baromètre. En fait un aviateur partant pour une envolée de grande hauteur ne manqua jamais d’emporter un baromètre enregistreur.
- L’appareil donne bien, et à chaque instant, l’altitude atteinte ; mais la sensibilité et même la justesse des appareils portatifs, laissent beaucoup à désirer.
- On ne peut guère songer à avoir pratiquement une approximation qui dépasse 25 mètres. Ce n’est pas suffisant pour permettre d’établir le classement d’un concours.
- Procédés géométriques. — Il a fallu alors avoir recours à des procédés géométriques.
- Dans toute sa généralité, le problème se pose ainsi :
- « Déterminer « chaque instant la hauteur atteinte par un aéroplane pendant son vol. »
- Ce problème n’est pas insoluble : on en voit immédiatement la solution suivante :
- Imaginons deux observateurs A et II (fig. 1), munis chacun d’un théodolite enregistrant à la fois les angles
- M
- Fig. i. — Les deux théodolites placés en A et B permettent de mesurer les éléments du tétraèdre ABMII, en l’espèce, les angles a, fi, a', jï'.
- mesurés horizontalement et verticalement ; les mouvements d’horlogerie actionnant les tambours enregistreurs sont réglés l’un sur l’autre'.
- Soit M la position de l’aéroplane à un moment quelconque. L’appareil A donne la valeur des angles a et p, l’appareil B les angles a et (3'.
- On connaît la longueur de la base A B. Rien de plus facile par conséquent que de construire le triangle ABU (II,
- M
- Fig. 2. — La mesure des angles a, a', la base AB étant connue, permet de diminuer la hauteur MH du triangle.
- La méthode fournit une vérification, par les constructions du triangle BHM.
- Dans la pratique, cette méthode serait bien délicate à appliquer. Sans parler de la réalisation de théodolites
- Fig. 3. — Un sitomètre (figure schématique). Fig. 4. — Ce qu’un observateur voit en regardant dans son sitomètre.
- enregistreurs, les opérateurs auraient quelque peine à maintenir constamment un pointé exact de leur lunette.
- Le procédé que l’on applique est une simplification du précédent.
- On ne mesure l’altitude que quand l’aéroplane passe dans le plan vertical qui contient les opérateurs (fig. 2).
- Ces derniers mesurent simplement les angles a et a', et la construction d’un seul triangle suffit pour donner la hauteur cherchée.
- Le Sitomètre. — Pour faciliter la mesure de ces angles, on a substitué aux lunettes mobiles devant un limbe un instrument d’un emploi infiniment plus simple, connu généralement sous le nom de sitomètre.
- Altitudes
- S° 80
- Fig. 5. -—Abaque donnant, par simple lecture, la hauteur correspondant à deux angles quelconques a, a', lus dans le sitomètre.
- pied de la perpendiculaire abaissée de l’appareil sur le sol).
- Connaissant AII, on en déduit le ü'iangle A UH, et par conséquent la hauteur cherchée IIM.
- Une lentille constituée par une sphère de verre, a son centre optique en 0. Sur une bande circulaire concentrique ABC est tracée une graduation eh degrés, dont le zéro est en B (fig. 5).
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- 388 =..... ; AFFUT DE CAMPAGNE A DEUX DEMJ-FLÈCHES
- L’observateur À, tenant son appareil à hauteur de l’œil, fait constamment passer le zéro de sa graduation par l’œil de l’opérateur B. Au moment où l’aéroplane entre dans son champ visuel, et vient se projeter sur la graduation de son collimateur, il lit la division correspondante. L’observateur B en fait autant. Nous avons donc ainsi mesuré les angles a et a'.
- La figure 4 montre ce que chaque observateur voit dans son appareil : la graduation se trouvant au foyer de la lentille, son image virtuelle est rejetée à l’infini, et aucun effort d’accommodation n’est utile pour voir distinctement et simultanément l’aviateur et les chiffres. - On pourrait construire le triangle ABM. Il est plus aisé de se servir de l’abaque représentée par la figure 5.
- Elle donne, à une certaine échelle hauteur mb.
- Son emploi est tellement simple que toute explication est superflue.
- Ajoutons que le silomètre est gros comme une montre, peut très bien être' tenu à la main et donner des résultats très suffisants comme exactitude.
- Le principal inconvénient de la méthode est de ne donner la hauteur de l’aéroplane qu’au moment où il traverse le plan vertical qui contient les deux opérateurs.
- Mais son exactitude, très supérieure à celle du baromètre, l’a fait adopter à peu près partout où il y a des « grandes semaines ».
- Détermination des grandes altitudes. — L’audace de plus en plus grande des pilotes-aviateurs les a conduits à des altitudes telles que les procédés exigeant, comme ceux que nous venons de décrire, que l’appareil soit vu du sol, deviennent en général inapplicables.
- On est donc réduit à l’emploi du baromètre enregistreur pour la détermination des grandes altitudes.
- Pour être à peu près rigoureuse, cette méthode exigerait qu’on comparât les indications données par l’appareil enlevé sur l’aéroplane, avec celles d’un autre baromètre placé sur le sol. — De plus, on doit faire des corrections à cause des variations de température et d’état hygrométrique de l’air.
- En somme, on voit qu’un aviateur devrait emporter avec lui une véritable petite station météorologique. Aussi, a-t-on proposé avec raison d’arrondir au chiffre inférieur des centaines de mètres l’altitude déterminée à l’aide du baromètre seul, quand il s’agit d’un record à homologuer. Sinon, on arrive à des semblants de précision qui font sourire : N’a-t-on pas fixé officiellement un record récent à 2682 mètres !... Pour un peu, on aurait indiqué les centimètres. Henri Petit.
- Ancien Élève de l’École polytechnique.
- j directement la
- AFFÛT DE CAMPAGNE A
- POUR CANON
- On sait, que pour réaliser le canon à tir rapide de campagne, on a dû adopter des affûts à déformation élastique, dont une partie reste, aussi inva-
- DEUX DEMI-FLÈCHES
- A TIR RAPIDE
- Jusqu’ici deux solutions seulement ont été appliquées dans la pratique courante.
- Dans la première (fig. 1),le canon, ainsi que l’or-
- Canon
- Petit affût mobile autour d 'un axe vertical
- !Yla ni ve/le de pot étage en hauteur
- Volantdepointage [
- en direction" '\\\i
- ’ F rem
- è récupérateur
- Grand affût fixe
- Roue
- Fig, i, — Schéma d’affût à déformation du canon de 120 court, modèle 1890 français.
- riablement que possible, fixée au sol pendant le tir.
- Avec un tel système, après le premier coup, le pointage en direction ne peut plus se faire par le déplacement de la flèche de l’affût, comme cela avait lieu avec les anciens canons à affûts rigides, qu’il fallait ramener en batterie à bras après chaque coup et complètement repointer. On a dû organiser les nouvelles pièces, de manière à pouvoir modifier à tout instant la direction du canon, sans rompre la liaison déjà acquise avec le sol.
- gane élastique (frein avec récupérateur) sont supportés par un petit affût qui repose lui-même sur un grand affût. Le petit affût est mobile sur le grand affùl, autour d’un pivot vertical placé à l’aplomb de l’essieu, tandis que le grand affût, au contraire, reste fixé au sol pendant le tir, grâce à une bêche de crosse.
- Cette solution, qui fut dès le début appliquée en France par le colonel Baquet, dans son canon de 120 court, et qui est aussi celle que les Allemands
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- : ... = AFFUT DE CAMPAGNE
- ont adoptée pour leur canon de campagne actuel, présente un inconvénient assez grave.
- Dès que l’axe du canon fait un certain angle avec l’axe du grand affût, la percussion du tir tend à faire tourner tout le système autour de la bêche de crosse. Si, après un premier coup, un déplacement de ce genre s’est produit, il faut, pour repointer la pièce sur le but, faire tourner le petit affût d’un angle égal à ce déplacement, dans le sens opposé à la flèche. De sorte qu’après repointage, l’axe du canon fera avec l’axe du grand affût un angle plus grand que précédemment. Il en résulte que la tendance marquée au dépointage latéral ira sans cesse en augmentant, jusqu’au moment où il deviendra nécessaire de déplacer tout le système, pour ramener les choses dans l’ordre.
- De plus, le recul ne se produisant pas dans le sens de la flèche, si l’axe du canon faisait un angle important avec l’axe du grand affût, on pourrait avoir le renversement de la pièce. Aussi, limite-t-on forcément le champ de tir horizontal du petit affût par rapport au grand, à un angle total de quelques degrés (6 à 10 environ).
- Dans le canon de campagne français de 75 mm, le colonel Déport a adopté une autre solution qui consiste à faire coulisser l’affût sur l’essieu en prenant comme centre de rotation la bêche de crosse elle-même. La figure 2 montre le principe de ce coulissement. De cette manière, le recul se fait toujours, quel que soit le pointage, dans la direction de la bêche de crosse, sans aucune tendance au déplacement latéral. Aussi ce canon a-t-il une très grande stabilité pendant le tir. Mais, comme pour le précédent, le champ de tir horizontal reste très limité, en raison même du peu d’amplitude que peut donner
- '•) Flasque ' de l'affût
- Couvre essieu
- Entretoise .
- avec Joint
- Essieu
- fileté
- Ecrou de commande' 1\j
- (Fk.
- Fig. 2. — Schéma du principe du coulissement de Vaffût sur l’essieu dans le canon de p, modèle 1897 français.
- le déplacement sur l’essieu. En réalité, il n’est aussi que de six degrés.
- Cet angle de 6 degrés correspond à un déplacement horizontal qui permet de balayer un front égal aux 100 millièmes de la distance, c’est-à-dire 200 m. de large à 2000 m., ce qui est assez faible.
- Aussi a-t-on cherché depuis longtemps à augmenter ce champ de tir par d’autres moyens.
- Le colonel Déport vient précisément de faire breveter un affût à deux demi-flèches, qui permet
- A DEUX DEMI-FLÈCHES ===== 389
- d’augmenter dans des proportions considérables le champ de tir horizontal de la pièce qu’il supporte.
- Cet affût comprend un grand affût, et un petit affût mobile autour d’un axe vertical porté par le premier.
- La figure 5 donne le schéma du grand affût : sur l’essieu DD' sont articulées en BB', au moyen de
- N /
- Platefoçmé\
- Articulation
- B/'b1 (1
- [' A s
- Articulation
- Fig. 3. — Schéma d’affût de campagne à deux demi-flèches pour canon à tir rapide.
- manchons à tourillons, deux demi-flèches BC, B'C' munies chacune d’une bêche de crosse.
- Ces deux demi-flèches supportent une traverse TT', qui peut coulisser à chacune de ses extrémités dans une boîte à rotule sphérique. Ce coulissement permet de passer de la position de route à la position de tir, ou inversement, en laissant la faculté de. réunir ou de séparer les deux demi-flèches. Quant à la boîte à rotule, elle rend possible la mise en batterie sur tous les terrains, malgré les dénivellations.
- Une plate-forme A, munie d’un pivot vertical P, repose sur l’essieu et sur la traverse TT', elle est réunie à cette dernière par une articulation, qui permet une rotation de droite à gauche et un glissement d’avant en arrière.
- Cette plate-forme sert de base au petit affût, qui peut pivoter à son tour autour de l’axe P, lorsque l’on pointe la pièce en direction.
- Grâce aux diverses articulations dont nous venons de parler, il est possible d’installer la pièce, d’aplomb sur un terrain quelconque; les bêches de crosse ont été organisées, pour cette raison, de manière à pouvoir coulisser dans leur logement, et à être enfoncées dans le sol, avant le tir, à coups de masse.
- Il est facile de voir qu’avec un tel système, on pourra faire tourner le petit affût horizontalement d’un angle très considérable par rapport à l’axe du grand affût, sans risquer que le tir amène des dépointages ou des dangers de renversement.
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- 390 : ' " ' MT-:-'MOTEUR A COMBUSTION DIESEL
- En pratique*, on peut tirer dans la direction de chacune des ^bêches de crosse, et réaliser de cette manière un ehamp de tir horizontal d’au moins 50°. Il est facile en outre d’organiser un tel affût pour le tir sous de grands angles.
- Toutefois, il est bon de remarquer que la moindre cause de dissyme'lrie a pour effet de déformer tout le système; aussi, pour cette raison, ce matériel exige-t-il une stabilité longitudinale beaucoup mieux
- assurée que le matériel à coulissement sur l’essieu. Cela revient à dire que l’influence de l’inclinaison du terrain sera beaucoup plus sensible.
- Quoi qu’il en soit, l’affût à deux demi-flèches est une idée réellement originale et très intéressante; elle trouverait parfaitement son application pour l’établissement d’un canon de cavalerie qui exige une très grande facilité pour les changements d’objectifs. Capitaine D.
- LE MOTEUR A COMBUSTION DIESEL
- Le moteur thermique à gaz ou à combustible liquide se compose, dans la plupart des cas, d’un cylindre fermé à une de ses extrémités et ouvert à l’autre dans lequel se meut un piston formant glissière fixé à une bielle qui, : au moyen d’une manivelle, actionne l’arbre du moteur.
- Le plus généralement, le fonctionnement de ces appareils est à quatre temps et se fait de la manière suivante. Pendant la première course du piston ‘ le mélange détonant est aspiré, puis, pendant la course inverse, ce même mélange est comprimé à une pression variant entre 4 et 10 kg suivant la richesse du mélange détonant. Au moment où le piston, pendant cette marche rétrograde, est arrivé à fond de course, le mélange, sous l’influence d’une flamme ou d’une étincelle électrique, s’enflamme en produisant une détonation. Il en résulte une augmentation considérable de pression du gaz qui pousse le piston en se détendant jusqu’à la fin de la troisième course. Pendant la quatrième et dernière course du cycle, les gaz brûlés sont expulsés au dehors. Il résulte de ce mode de fonctionnement que, sur les quatre courses du piston, une seule actionne l’arbre moteur et que c’est par l’intermédiaire d’un volant de poids suffisant qu’il est possible de régulariser l’allure du moteur.
- Il existe un autre mode de fonctionnement offrant de nombreux avantages qui, depuis quelques années, s’est considérablement développé. Le moteur fonctionne toujours à quatre temps. Pendant la première course, le piston aspire seulement le comburant,
- c'est-à-dire l’air, puis, pendant la seconde, cet air est comprimé à une pression très grande; sa température se trouve donc no lablemer 11 augme n tée. A ce moment on introduit dans le cylindre le combustible qui, mis en contact avec de l’air très chaud, brûle graduellement et sans détonation en poussant le piston pendant une petite partie de la course. Puis, à la suite de cette combustion graduelle, le gaz, en se détendant, continue à pousser le piston jusqu’à la fin de la troisième course.
- Pendant la quatrième et la dernière, les gaz brûlés sont évacués.
- C’est sur ce principe qu’est basé le moteur à combustion Diesel dont nous nous occuperons dans cet article.
- Les figures 2 et 5 représentent un moteur Diesel à un seul cylindre. On voit en M le cylindre dans lequel se meut le piston N auquel est attachée la bielle O qui, par l’intermédiaire d’une manivelle, actionne l’arbre moteur R. Sur le couvercle qui ferme le cylindre à sa partie supérieure se trouvent : la soupape A d’échappement des gaz brûlés, la soupape E d’aspiration de l’air, celle B qui sert à introduire dans le cylindre le combustible ; enfin la soupape Y qui sert au démarrage du moteur.
- Ces différentes soupapes sont maintenues fermées au moyen de ressorts et sont ouvertes, suivant les périodes de fonctionnement du moteur, par des leviers qu’on voit sur la figure actionnés par des cames fixées sur l’arbre H mis en mouvement, au moyen d’engrenages coniques et d’un arbre vertical
- Fig. i. — Premier moteur Diesel construit en i8q3 par la Maschinen Fabrik d’Augsbourg.
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- MOTEUR A COMBUSTION DIESEL
- 391
- par l’arbre moteur R. Cet arbre H fait exactement la moitié' du nombre de tours de l’arbre moteur R.
- On voit en P la pompe qui refoule le combustible liquide dans la soupape d’introduction R et en L une pompe à air mise en mouvement par la bielle
- course, cette soupape E reste ferme'e et l’air introduit dans le cylindre est comprimé à fin de course à une pression de 50 kg et sa température est portée à 5 ou 600°, c’est-à-dire à une température plus que suffisante pour la combustion du liquide pulvérisé. A ce moment, la soupape R s’ouvre et le com-
- Fig. i et 3. — Moteur Diesel à un seul cylindre. M, cylindre moteur actionnant l’arbre R; A, sou-pape d’échappement des gaz brûlés; E, soupape d’aspiration de l’air; B, soupape d'introduction du combustible dans le cylindre; V, soupape de démarrage ; P, pompe de refoulement du combustible; L, pompe à air. W, réservoirs d’air sous pression.
- motrice par l’intermédiaire des bras de levier qu’on voit sur la figure. Voici à quoi sert cette pompe. Pour obtenir une bonne combustion du liquide dans le cjlindre, il est nécessaire que celui-ci pénètre dans ce cylindre à l’état pulvérulent. Cette pompe a pour but de comprimer de l’air à une pression un peu supérieure à celle qui existe dans le cylindre à la fin de la seconde course et de l’envoyer dans celui-ci en même temps que le combustible liquide à pulvériser qui, lui aussi, est comprimé à la même pression, dès que l’aiguille qui ferme l’ajutage central de la soupape B est soulevée par la came de distribution. Cette pompe refoule également de l’air dans des réservoirs W qui servent de réserve au moment du démarrage.
- Le fonctionnement du moteur Diesel est le suivant. Pendant la première course du piston, la sou-pape E est soulevée par la came de distribution et l’air est aspiré dans le cylindre. Pendant la seconde
- bustible pulvérisé par l’air comprimé et envoyé dans le cylindre à une pression supérieure à celle qui y existe, c’est-à-dire 50 kg, brûle graduellement à une température d’environ 1800°. La pression atteint alors une valeur de 55 kg jusqu’au moment où l’ajutage de la soupape R vient à se fermer, soit par un régulateur, soit par un dispositif spécial. A partir de ce moment, le piston continue à être poussé par le gaz qui se détend jusqu’à la fin de la troisième course. Pendant la quatrième course du piston, l’organe de distribution ouvre la soupape A et les gaz brûlés s’échappent; un nouveau cycle semblable au premier recommence alors. Comme pour les moteurs à explosion, un volant régularise l’allure de la machine.
- Pour refroidir le cylindre moteur échauffé par la haute température des gaz, on envoie autour de celui-ci de l’eau fournie par un réservoir alimenté par une pompe centrifuge. La consommation d’eau
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- 392
- MOTEUR A COMBUSTION DIESEL
- de refroidissement est d’environ 10 à 12 litres par cheval-heure en pleine charge avec de l’eau à 10°, ce qui est de beaucoup inférieur à celle ne'cessairc avec les moteurs à explosion.
- Pour obtenir le démarrage du moteur après un arrêt, il suffit d’envoyer de l’air comprimé pris au au réservoir W dans le cylindre. Cet air comprimé pousse le piston et met en marche le moteur. Pour cela, on met la manette G dans la position horizontale, ce qui isole la soupape B d’introduction du combustible, tandis que la soupape Y d’introduction de Pair comprimé se trouve actionnée par l’arbre R
- soupape B d’introduction du combustible et de l’air comprimé dans le cylindre, il est possible de faire varier la durée d’injection du combustible et, par suite, la puissance du moteur suivant l’effort à produire. La figure 4 montre l’effet de ces admissions de durée variable, ainsi que l’augmentation de la surface du diagramme qui en résulte. C’est là un avantage indiscutable du moteur à combustion Diesel sur le moteur à explosion.
- Par suite de la régularité de la combustion du liquide, la marche du moteur est d’une grande douceur. De plus, ce mode de fonctionnement supprime
- Fig. 5. — Deux groupes de moteurs Diesel d’une puissance totale de 5oo chevaux de l’usine centrale électrique de Friednau.
- de distribution. Lorsque la mise en marche est obtenue, il suffit de remettre la manette G dans sa position verticale, et le moteur reprend son fonctionnement normal.
- Avantages du moteur Diesel. — Le rendement thermique du moteur Diesel, c’est-à-dire le rapport entre la chaleur fournie par le combustible et celle utilisée par le moteur, est très élevé. Si, pour une machine à vapeur de grande puissance, à triple expansion et vapeur surchauffée ce rendement est de 15 pour 100, et pour un moteur thermique à explosion de 50 pour 100, avec un moteur à combustion Diesel ce rendement atteint 55 pour 100.
- En réglant, au moyen d’un dispositif approprié, l’ouverture graduelle de l’aiguille d’injection de la
- les difficultés de carburation et d’allumage que présentent les moteurs à explosion.
- Le moteur Diesel peut fonctionner avec les combustibles les plus variés. Mais ce sont les huiles lourdes, qu’on emploie le plus généralement.
- La consommation d’huile lourde pour le moteur Diesel est de 0,180 kg par cheval effectif pour les moteurs de grande puissance et de 0,220 kg pour les petits moteurs, lorsque ceux-ci marchent à pleine charge. Pour la demi-puissance la consommation est un peu plus grande, mais dans de faibles proportions.
- Développement du moteur Diesel. —- C’est en 1895 que le premier moteur Diesel, représenté figure 1, a été construit. Il n’était alors qu’à ses
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- MOTEUR A COMBUSTION DIESEL .... —t: 393
- débuts. C’est ce moteur qui a servi aux nombreux essais et aux divers tâtonnements qui ont permis, en 1898, de mettre définitivement au point ce moteur dont le principe et la théorie ont été le sujet de discussions très vives dans le monde technique1. A partir de 1898, le moteur Diesel a pris son essor et la Masckinen Fabrik d’Àugsbourg, qui s’était spécialisée dans la construction de ce moteur et avait supporté tous les frais des débuts, a, à l’heure actuelle, construit près de 2000 moteurs Diesel représentant une puissance d’environ 200000 chevaux, comme moteurs fixes, bien.entendu.
- Cette installation, d’une puissance totale de 2400 chevaux, se compose de six groupes de moteurs Diesel. Chaque groupe de 400 chevaux de puissance effective est constitué par quatre cylindres de 450 mm de diamètre et de 650 mm de course. La vitesse de rotation de l’arbre moteur est de 140 tours à la minute. Chacun des groupes actionne une dynamo à courant continu. Ces moteurs consomment 0,508 kg de pétrole lourd par kilowatt-heure, ce qui, au prix de 5,62 fr. les 100 kg, représente une dépense de combustible de 0,017 fr. par kw-h. La consommation d’eau pour le refroidissement du
- Fig. 6. — Six groupes de moteurs Diesel d’une puissance totale de 2400 chevaux de l’usine centrale électrique de Kiew.
- Il nous serait impossible de décrire, même brièvement, les différentes installations du moteur Diesel. Nous nous contenterons d’en indiquer quelques-unes parmi les plus importantes et les plus récentes.
- La figure 5 montre deux groupes de moteurs Diesel à deux cylindres ayant une puissance de 250 chevaux effectifs par groupe, soit une puissance totale de 500 chevaux et actionnant des dynamos destinées à fournir l’énergie électrique à la ville de Friednau, près de Berlin.
- La figure 6 montre l’installation de l’usine centrale d’électricité des tramways de Kiew, en Russie.
- I. Voir article de M. À. Bociiet, dans les Mémoires de la Société des Ingénieurs civils, nov. 1908.
- cylindre est de 10 litres par cheval-heure effectif, et celle de l’huile de graissage de 5 grammes par cheval-heure.
- Nous croyons savoir que la Maschinen Fabrik d’Àugsbourg va prochainement installer à Paris, aux galeries Lafayette, deux groupes de moteurs Diesel à trois cylindres chacun, chaque groupe produisant une puissance de 420 chevaux.
- Un autre moteur Diesel à quatre cylindres, d’une puissance de 250 chevaux, doit être installé dans une imprimerie du boulevard Voltaire. Enfin, la maison Panhard-Levassor doit monter dans ses ateliers un moteur Diesel à un seul cylindre d’une puissance de 12 chevaux.
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- 394 .:. '. ' POTEAUX ET TUBES CREUX EN BÉTON ARMÉ
- Nous ne nous sommes occupés dans cet article | temps déjà, on en a fait l’application à la naviga-que de l’application du moteur Diesel aux machines lion. Aussi, nous proposons-nous de revenir dans fixes. Mais ce moteur thermique à combustion a un 1 un prochain article sur cette nouvelle application champ beaucoup plus étendu et, depuis quelque I appelée à un grand avenir. 1!. Ronnin.
- FABRICATION MÉCANIQUE DES POTEAUX ET TUBES CREUX EN BÉTON ARMÉ
- Les poteaux et tubes creux en béton armé présentent de nombreux avantages. Ils coûtent peu et offrent une résistance à toute épreuve. Aussi trouvent-ils dans le génie civil des applications chaque jour plus nombreuses. Les poteaux s’emploient comme
- dans le poteau en ciment se trouve, de plus, la spirale qui permet de poser des isolateurs ou autres pièces transversales dans une direction quelconque. Enfin, ces poteaux peuvent se fabriquer sur place, vu la simplicité de la méthode que nous allons dé-
- piliers, comme mats pour supporter des conducteurs électriques et des lignes télégraphiques; les tubes servent de conduites souterraines pour l’adduction ou l’évacuation des eaux, pour isoler les cables électriques, etc.
- Les poteaux en bois pourrissent, en effet, assez rapidement et les craintes qu’inspirent en tous pays les déboisements rapides contribuent encore, fort heureusement, à ralentir quelque peu leur emploi ; d’autre part les tubes en fer s’oxydent en dépit des couches de peinture fréquemment renouvelées. Tandis que dans les supports et tubes en béton armé, l’armature métallique est protégée par le ciment qui l’entoure. En outre, le poteau en béton est mieux constitué au point de vue de la résistance; le poteau en bois n’a que des fibres longitudinales, alors que
- crirc. Dans ce procédé, un outillage mécanique [spécial remplace avantageusement l'ouvrier et pour la rapidité et pour le fini du travail. La machine à rotation système Otto et Schlosser (fig. 1), qu’on utilise dans ce but, est basée sur l’action centrifuge qu’exercent, sur leur contenu plastique, des moules tournant très vite. On alimente donc l’appareil de béton additionné d’une faible quantité de fibres d’amian te pour augmenter la cohésion du sable et du ciment qui habille l’ossature métallique. On obtient ainsi des poteaux en béton semblables et de longueur désirée, grâce à des moules en bois revêtus de tôles de dimensions convenables, et à l’intérieur desquels on a préalablement disposé l’armature nécessaire pour résister aux efforts prévus. Cette carcasse métallique (fig. 2) se compose de barres rondes longitudinales en acier
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- POTEAUX ET TUBES CREUX EN BETON ARME
- laminé Martin-Siemens renforcées transversalement par une spirale en fer qui les relie extérieurement et intérieurement d’une manière rigide, de distance en distance.
- Comme nous l’apprend notre confrère Le Ciment, cette armature se réalise elle-même mécaniquement de façon à assurer l’équidistance des barres et des spires entre elles. Du reste, ces distances respectives se trouvent maintenues par de petits plots en béton attachés aux barres longitudinales qui servent de gabarit durant le montage et de soutiens pendant la marche de la machine à force centrifuge qui met en œuvre le mortier.
- Cette machine se compose elle-même d’une série d’organes identiques juxtaposés à des distances convenables l’un de l’autre. Chacun de ces éléments possède deux parois latérales robustes présentant au milieu une ouverture circulaire. Trois arbres équidistants, mobiles dans le sens radial et sur chacun desquels se trouvent monlées deux roues, sont ajustés concentriquement autour de cette échancrure. Entre les trois paires de roues tourne un corps tubulaire pénétrant à travers les orifices centraux des deux cloisons verticales et pourvu latéralement d’appareils tendeurs à cintrage automatique semblables à des mandrins de tours.
- Une transmission unique commande ces diverses machines individuelles exactement alignées et les mandrins tournant entre les roues de chaque groupe servent de poulies. En outre, devant et derrière la
- machine, ainsi qu’entre ses divers éléments, on a ménagé des voies de galets à glissement. Les premières et les dernières sont stationnaires, tandis que les intermédiaires sont disposées sur un cadre commun qu’un levier permet de déplacer verticalement.
- Voici maintenant les manœuvres successives qu’exige la fabrication. On commence par introduire le moule grâce au système de rouleaux, dans les corps tubulaires centraux. Cela fait, on règle les
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- appareils tendeurs pour qu’ils saisissent solidement le moule et le cintrent exactement. Puis on abaisse la glissoire centrale pour que le moule soit uniquement supporté par les mandrins en rotation. Le démarrage de la machine s’effectue à l’aide d’un moteur électrique qui l’actionne, selon les cas, à la vitesse de 500 à 1000 tours par minute. Alors lan-
- Fig. 2. — Poteaux et tubes inachevés laissant voir leur ossature métallique.
- cée par la force centrifuge contre la carcasse métallique, la masse plastique renfermée à l’intérieur du moule finit par former une enveloppe solide autour de l’ossature. Tandis que l’eau s’échappant de la masse, en vertu de sa moindre densité, se trouve refoulée vers l’intérieur du moule et frappant constamment, la paroi en béton la rend par suite étanche.
- En définitive, le mouvement de rotation détermine un double résultat : le moulage par pression et la déshydratation de l’échantillon. Au bout de 10 à 15 minutes, on arrête la machine, on soulève la voie de glissement, on dégage les appareils tendeurs et on retire le moule pour le remplacer, à l’extrémité opposée, par une autre que les ouvriers ont eu le temps de préparer. On abandonne ensuite, pendant 12 à 24 heures, le poteau ou le tube dans son moule, puis on l’en retire et on continue encore à le laisser durcir pendant 5 ou 4 semaines sous une couche de sable maintenue humide.
- Les poteaux en béton armé (fig. 5) se fabriquent actuellement à l’usine Otto etSchlosser de Meissen (Saxe), jusqu’à une longueur de 14 mètres, en une seule pièce. Mais rien ne paraît s’opposer à la réalisation de poteaux d’une dimension supérieure, d’autant plus que les inventeurs perfectionnent chaque jour leur procédé. Ils cherchent actuellement à obtenir des tubes coniques, à enveloppes polygonales, à collets et autres modèles, qui répondent à tous les besoins de la pratique. Jacques Boyer.
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- LE SCORPION SE SUICIDE-T-IL?
- On se rappelle que nous avons posé la question dans notre numéro du 15 octobre (1951) à propos d'une très intéressante lettre de M. Pivaud, curé de l’îleRodrigues, nous racontant une expérience faite par lui et qui nous semblait bien confirmer le fait rapporté par un auteur ancien (que nous n’avons pu identifier), que le scorpion se suicide lorsqu’il est entouré d’un cercle de feu. Nous avons reçu sur la question un certain nombre de lettres fort intéressantes, qui semblent confirmer de point en point l’observation de M. Pivaud, mais qui aussi, du moins l’une d’elles, on le verra plus loin, permettent peut-être de conclure que si l’observation est vraie, l’interprétation en est illégitime. Passons d’abord la parole à nos obligeants correspondants.
- M. P. Berner (La-Chaux-de-Fonds), nous écrit :
- « Dans son Histoire naturelle de la Santé et de 7a Maladie (lrB édition, 1845), Raspail s’exprime à ce sujet, ainsi qu’il suit :
- « On m’a souvent rapporté, dans le midi de la France, (( que, lorsqu’on place un scorpion au centre d’un cercle « composé de charbons incandescents, l’insecte cherche « d’abord à trouver une issue pour se sauver et se sous-« traire à la chaleur de cette couronne de feu, et que, « désespéré de ne pas en rencontrer, et ne pouvant « plus supporter cette chaleur qui le dessèche, il retrousse « sa queue, et s’en implante le dard dans la tête, pour « se suicider. J’ai répété cette expérience, mais sans « obtenir ce résultat. » — D’autre part, l’auteur du Monde des Alpes, le naturaliste F. de Tschudi, nous apprend que « le peuple des Grisons et du Tessin croit « qu’un scorpion placé au milieu d’un cercle de char-« bons allumés se donne lui-même la mort, ce qui s’expli-« quait du reste parfaitement, dit l’auteur précité, par « le mouvement que doit se donner la malheureuse bête « et par les brûlures involontaires qui en sont la consé-« quence ». Il est tout au moins curieux de constater, ajoute fort judicieusement M. Berner, que, sur ce point de l’histoire naturelle du scorpion, la même opinion se retrouve dans des milieux très éloignés, dont les habitants n’ont probablement jamais eu de rapports, et ce fait vient à l’appui, ce me semble, de l’intéressante communication adressée à La Nature par M. Pivaud. »
- Cette sorte d’universalité des témoignages est, en effet, très frappante et semble d’abord très probante. Elle résulte manifestement des lettres suivantes :
- M. A. Pailhès (Toulon), écrit :
- « Le hasard me fait trouver, dans le livre d’un voyageur italien, qui parcourait le monde dans les dernières années du xvn6 siècle, les lignes suivantes que je transcris littéralement :
- « Entre les choses naturelles du Japon, je ne trouve « rien de plus étonnant que le combat qui se fait entre « les fourmis et les scorpions ; et cela, quoique saint « Ambroise en ait fait mention, aurait delà peine aujour-« d’hui à être cru, si les Hollandais ne l’avaient pas vu « eux-mêmes. Les campagnes de ces pays-là sont court vertes d’un nombre effroyable de scorpions qui troublent « la tranquillité et le travail des industrieuses fourmis. « Ces dernières sortent de tems en tems de leurs trous « à millions, et donnent avec tant d’intrépité sur leurs « ennemis, qu’elles les mettent en fuite en moins d’un « quart-d’heure, et en font un très grand carnage; les « obligeant à se percer eux-mêmes avec ces pointes mor-« telles, qui donnent ordinairement la mort aux autres :
- « et c’est un grand plaisir de voir après cela les four-« mis traîner les cadavres de leurs ennemis en triomphe « jusques dans leurs tanières. » (Voyage autour du monde, traduit de l’italien de Gemelli Cat.eri, par M. L. N., nouvelle édition, t. Y, p. 588. Paris, chez Etienne Ga-neau, 1727.)
- Même note (moins affirmative) dans l’extrait suivant du très bon naturaliste Latreille qui nous est fourni par M. Defrécheux, sous-bibliothécaire à l’Université de Liège :
- « On a dit que le scorpion, lorsqu’on le renferme dans « un cercle de charbons allumés, et qu’il se voit hors « d’état d’échapper à l’action de la chaleur, se pique lui-« même et se donne ainsi la mort. Maupertuis, d’après « quelques expériences, a combattu cette opinion. « D’autres observations, que M. Léman m’a fait l’amitié « de me communiquer, viennent à son appui. M. le « comte de Senneville, grand référendaire de la chambre « de Paris, a fait, à cet égard, et en présence d’un « grand nombre de personnes, plusieurs expériences « dont le résultat confirmerait l’opinion populaire. )) (Nouveau Dictionnaire d’histoire naturelle applupiée aux arts, à T agriculture, etc.... Paris, 1819, t. XXX, p. 452.)
- M"e M. Belèze (Montfort-L’Amaury) nous .apporte d’autre part le témoignage de son père G. Belèze, le célèbre auteur du Dictionnaire de la vie pratique, qui était de Montpellier : « Mon père m’a raconté bien souvent que Lorsqu’on prenait un scorpion dans la maison, et qu’on l’entourait d’un cercle de braise incandescente, dans lequel on l’enfermait, celui-ci courait, furieux, en rond, et, au paroxysme de la colère, se piquait avec le dard qui terminait sa queue, se faisant ainsi mourir volontairement. Mon père, dans sa jeunesse, avait été bien des fois témoin du fait curieux raconté dans La Nature. »
- Enfin, et entre bien d’autres, mais il faut choisir! ce récit très net de M. E. Henry, conducteur des Ponts et Chaussées à Péronne :
- « En 1874 au mois d’octobre le 2e escadron du 5e chasseurs d’Afrique dont j’avais l’honneur de faire partie allait de Bône à Constantine et campait près du village de « Clauzel )) dans un terrain réservé à cet usage. C’était un terrain herbé et très pierreux et on prévint les cavaliers de faire bien attention en nettoyant l’emplacement des tentes, car le sol était infesté de scorpions. On se livra alors à une chasse en règle et on avait raison, car chaque pierre cachait un ou deux scorpions et quelquefois un véritable nid, on les écrasait sans pitié. On avait allumé les feux pour faire le frichti quand il vint à l’un de nous l’idée de vérifier le fait attribué aux scorpions à savoir qu’ils se suicidaient lorsqu’ils se rendaient compte que pour eux la mort était inévitable. On fit un cercle de braises incandescentes. Quelques instants après, le mot étant donné, une dizaine de scorpions le corps gros comme le petit doigt, étaient apportés et déposés au milieu du cercle par les camarades. Aussitôt dans le cercle, ces scorpions qui étaient vigoureux se précipitaient devant eux, mais arrivaient bientôt au feu, faisant demi-tour; ils se précipitaient dans une autre direction dans laquelle ils trouvaient le même obstacle, après déuxou trois tentatives nous vîmes les scorpions dresser au-dessus de leur tête leur queue, leur dard, et d’un coup rapide se crever le crâne et s’allonger immédiatement
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- CHRONIQUE
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- raides sur le terrain. La lecture de votre article dans votre n° de La Nature du 15 octobre, dont je suis un fidèle lecteur, m’a donné l’idée de confirmer le fait qui est un des souvenirs de ma jeunesse et qui m’est resté très vivant dans la mémoire. »
- On voit que nous avions bien raison tout à l’heure de trouver très juste la remarque de M. Brener : il s’agit évidemment là d’observations dispersées sur une aire géographique très vaste, et d’observations directement faites, ce qui paraît rendre impossible toute idée d’une erreur collective. D’autre part, il y a encore un point sur lequel quelques-uns des textes ci-dessus (et celui de M. Pivaud, qui a suscité les autres), sont d’accord étroitement et donnent l’impression de la vérité : c’est dans la façon dont ils affirment que le scorpion se frappe et dans la description qu’ils donnent de ce coup. Celle de M. Pivaud notamment est remarquable. « Le scorpion, dit-il, se frappe une seule fois, sur la nuque, d’un coup prolongé, appuyant et remuant la queue, comme un cordonnier fait de son alêne en perçant un morceau de cuir. » Il s’agit évidemment là d’une observation, et d’une observation faite sérieusement. De même M. Henry a suivi l’opération avec soin et en décrit les phases : « Le scorpion dresse un dard au-dessus de sa tète, il s’en frappe d’un coup rapide [c’est M. Henry qui souligne], il se crève le crâne. )) D’autre part, dans le texte du Voyage autour du monde, cité par M. Pailhès, si le suicide n’est pas décrit, il est question des cadavres de scorpions utilisés par les fourmis, et avec une précision qui dénote un bon observateur.
- Ainsi, comme après la lettre de M. Pivaud, la conclusion qui parait s’imposer irrésistiblement, c’est que l’auteur ancien — quel qu’il soit — qui a affirmé le suicide du scorpion, a eu raison.
- Seulement...
- Il y a, en effet, un « seulement » et qui est considérable. Ce « seulement » — j’en dois la connaissance à M F. Uargue l, de Brest, — c'est que l’éminent naturaliste dont on a célébré dernièrement le jubilé à Sérignan, et qui est bien connu de nos lecteurs, M. J.-II. Fabre1, l’homme de ce monde qui connaît le mieux les insectes et les types voisins, ne croit pas au suicide du scorpion, n’y croit pas, précisément parce qu’il a fait les expériences décrites ci-dessus et parce qu’elles ont réussi! Pour résumer brièvement son argumentation, il nous dit : « Le scorpion ne se suicide pas : il simule simplement la mort : et la preuve, c’est qu’une heure après, il ressuscite. » Voici d’ailleurs le texte même de M. J.-II. Fabre, qui se trouve dans le tome VII des Souvenirs entomo-logiques, p. 59 et suivantes :
- « Arrivons au suicide, tel qu’on nous le raconte. Entouré d’un cercle de braise, l’animal, à ce qu’on dit, se poignarde de son dard et trouve dans la mort volontaire la fin de sa torture. Ce serait bien beau de la part d’une brute, si c’était vrai. Nous allons voir.
- « Au centre d’une enceinte de charbons allumés, je dépose le plus gros sujet de ma ménagerie. Le soufflet active l’incandescence. Aux premières morsures de la chaleur, l’animal tourne à reculons dans le cercle de feu. Par mégarde, il se heurte à la barrière ardente. C’est alors, d’un côté, de l’autre, au hasard, recul désordonné qui renouvelle le contact cuisant. A chaque essai de fuite, la brûlure reprend plus vive. L’animal est affolé. Il avance et se rôtit ; il recule et se rôtit. Désespéré, furieux, il brandit son arme, la convolute en crosse, la détend, la couche, la relève avec telle précipitation et tel désordre qu’il m’est impossible d’en suivre exactement l’escrime.
- « Le moment serait venu de s’affranchir de la torture par un coup de stylet. Voici qu’en effet, d’un spasme brusque, le torturé s’immobilise, étendu à plat, tout de son long. Plus de mouvement, l’inertie est complète. Le scorpion est-il mort? On le dirait vraiment. Peut-être s’est-il lardé cl’un coup d’aiguillon qui m’a échappé dans le tumulte des derniers efforts. Si réellement il s’est poignardé, s’il a eu recours au suicide, il est mort à n’en pas douter ; nous venons de voir avec quelle promptitude il succombe à son propre venin.
- « Dans mon incertitude, je cueille au bout des pinces l’apparent trépassé, et je le dépose sur un lit de sable frais. Une heure plus tard, le prétendu mort ressuscite, vigoureux comme avant l’épreuve. Je recommence avec un second, un troisième sujet. Mêmes résultats.
- (( Il est à croire que ces inventeurs du scorpion se suicidant ont été dupes de cette brusque défaillance, de ce spasme foudroyant où la haute température de l’enceinte plonge la bête exaspérée. Trop vite convaincus, ils ont laissé le patient se rôtir. Moins crédules et retirant assez tôt l’animal de son cercle de feu, ils auraient vu le scorpion, mort en apparence, reprendre vie et affirmer ainsi sa profonde ignorance du suicide.
- « En dehors de l’homme, nul des vivants ne connaît l’ultime ressource d’une fin volontaire, parce que nul n’a connaissance de la mort. »
- On voit que l’expérience de M. Fabre est au moins aussi démonstrative que les précédentes, et sans doute personnelle va hésiter à lui donner raison.
- Seulement, je soulève à mon tour un « seulement » : si le scorpion ne se suicide pas, il ne se frappe donc pas de son dard? Comment se fait-il alors que des gens, qui semblent de bons observateurs, aient affirmé qu’il se frappe, et aient décrit avec tant de soin la façon dont il se frappe ? Faut-il croire que l’idée préconçue a été assez forte pour les troubler à ce point ? Ou bien faudrait-il admettre que, quelquefois, le scorpion se suicide en effet? On pense bien que je ne vais pas prendre sur moi de répondre à la question. Mais M. Fabre va lire cet article, et en même temps qu’il le recevra, il recevra de La Nature une lettre où on lui demandera de vouloir bien nous tirer d’embarras : j’espère publier prochainement sa réponse. Joseph Delsaux.
- CHRONIQUE
- Une corrélation biologique curieuse : les cornes et les pattes des Cervidés. — On a remarqué depuis longtemps chez divers Cervidés, le Cerf, le Chevreuil par exemple, une corrélation entre l’état des pattes et celui des cornes. Quand les premières sont •l.Voir l’article de J.-P. Lafitte : Le Jubilé de J.-IL Fabre, n° 1922, du 26 mars 1910.
- lésées en quelque façon, les cornes croissent mal et avec difficulté. Cette corrélation, jusqu’ici mystérieuse, semble s’expliquer par une observation intéressante faite récemment par M. Ericli Bergstrom (Uruschau, 18 juin 1910) sur des rennes du Nord de la Suède. Lorsque M. Bergstrom les observa, les mâles, qui étaient au pâturage, avaient déjà rejeté leur vieille ramure et les bois nouveaux com-
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- mençaient à pousser. De temps en temps, on voyait les botes s’arrêter de paître, lever une des pattes de derrière et parvenir au prix de grands efforts à poser leur sabot sur les rudiments de cornes. Puis, rejetant la tète en arrière, elles frottaient ces cornes contre leurs reins : elles étalaient ainsi sur la surface des cornes une secrétion produite par une glande particulière, que
- M. Bergstrom reconnut située entre les sabots des pattes de derrière, glande qu’on connaissait d’ailleurs mais dont on ignorait le rôle jusqu’à présent. Si l’animal possède quelque lésion à l’une des pattes, il ne parvient pas à se tenir en équilibre ou à atteindre son front, et les cornes, privées du lubriiiant qui semble sinon nécessaire au moins utile, se développent très difficilement.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 novembre 1910. — Présidence de M. E. Picard.
- Décès. — M. le Président, sitôt après le dépouillement de la correspondance, prend la parole pour constater que l’Académie vient encore d’être frappée d’un nouveau deuil en la personne de M. Tannery, membre libre depuis 1902. Il rappelle ensuite les principaux travaux malhématiques de M. Tannery, et insiste sur le côté philosophique de l’œuvre de ce savant qui fut un lettré, un confrère aimable, un causeur spirituel dont le commerce offrait le plus grand charme. Il lui adresse un souvenir ému au nom de l’Académie.
- La transformation du haricot. — M. Bonnier dépose une Note de M. Daniel, dans laquelle l’auteur expose qu’il a réussi à transformer une espèce de haricot annuelle en une espèce vivace à parties souterraines très développées pouvant être maintenue par rejets.
- Le laminage des terrains sédimentaires. — M. P. Ter-mier présente une Noie de M. Granjean sur une méthode nouvelle et fort ingénieuse de mesure du laminage des terrains sédimentaires dans les régions plissées du globe permettant d’apprécier l’intensilé des déformations subies par ces terrains. Cette méthode est fondée sur l'observation des cristaux de tourmaline, que les sédiments renferment toujours et que l’on isole aisément par l’acide fïuorhvdrique. La tourmaline, pendant le laminage du calcaire ou du schiste qui la contient, s’est allongée exclusivement dans la direction de son axe, d’une quantité que l’on peut mesurer grâce à un changement dans les propriétés physiques du minéral. On constale ainsi que le laminage est nul dans les roches des bassins tranquilles, où les efforts tectoniques n’ont pas agi; qu’il est, au contraire, considérable dans toutes les roches des pays de montagne; qu’il atteint, enfin, des valeurs comparables, dans les roches de diverses chaînes plissées, à des époques très différentes et que, par exemple, les ardoises d’Angers, plissées avant le permien, ont le même coefficient que les calcschistes bajociens de La Grave-en-Oisans laminés à l’époque du tertiaire.
- La vie et l'œuvre de M. Appcll. — M. Darboux présente la 4e notice de la collection intitulée Les savants du jour, dontM. Ernest Lebon a entrepris la publication. La nouvelle notice, dit-il, est encore consacrée à un géomètre et j’ajoute à un de nos confrères les plus sympathiques, Paul Appell, doyen et professeur de mécanique à la Faculté des Sciences de Paris. On y remarque le même soin, la même compétence, la même disposition et la même exactitude que dans les notices précédentes. J’y dois signaler tout particulièrement la biographie qui ouvre le volume; elle contient les détails les plus touchants sur la vie et la famille de notre confrère, Alsacien d’origine, et qui a toujours conservé au fond du cœur l’affection la plus ardente pour le pays où s’est écoulée sa jeunesse et où il prend tant de plaisir à retourner chaque année. Ce nouveau volume est une contribution précieuse à l’histoire des sciences, et l’on doit
- désirer que M. E. Lebon continue avec la même ardeur l’œuvre si utile et si française à laquelle il s’est consacré. En faisant précéder les sections d’analyse et de géométrie d’appréciations dues à des savants, M. E. Lebon a introduit dans son travail des éléments qui font oublier la sécheresse inévitable des énumérations de titres d’écrits, bien q'üe ces titres soient le plus souvent accompagnés d’explications sommaires.
- La phosphorescence polarisée. — M. Poincaré résume un mémoire de M. J. Becquerel dans lequel l’auteur montre que les cristaux phosphorescents de rubis et d’émeraude possèdent deux spectres de phosphorescence et étudie les relations entre le dichroïsme de phosphorescence et le dichroïsme d’absorption. Il établit que les deux spectres de phosphorescence se produisent toujours à la fois quelle que soit l’orientation de la vibration lumineuse qui excite la phosphorescence.
- Emploi des explosifs à base cle nitrate d'ammoniaque. — M. Le Chatelier expose les résultats de recherches effecluées par M. Talfanel concernant les con-Hitions de l’emploi des explosifs à base de nitrate d’ammoniaque. Ces explosifs sont considérés comme avantageux parce qu’ils dégageraient un excès d’oxygène accompagné de gaz non inflammables et qu’ainsi ils paraissent peu propres à déterminer la déflagration du grisou. M. Talfanel a constaté qu’au moment de l’explosion il se produit d’abord une très petite flamme qui ne dure qu’une fraction extrêmement courte de seconde mais qui est suivie d’un jet de flamme de gaz très combustibles qui proviennent des enveloppes paraffinées. De là résulte la nécessité d’adopter pour ces -explosifs un autre mode d’utilisation en employant par exemple des enveloppes métalliques.
- Le goût de vase. — M. Edmond Perrier expose que M. Léger, professeur à la Faculté des Sciences de Grenoble, s’est préoccupé de rechercher quelle était la cause qui donnait à la chair de certains poissons un goût particulier que l’on appelle goût de vase. Ce goût est fréquent chez les tanches, les anguilles et les poissons herbivores, on l’attribue communément à la présence de vase dans l’étang. Mais l’odeur de la vase et celle de ces poissons est en réalité différente. On a également incriminé la Chara, plante fétide des marais de nos climats. Or la Chara n’est en réalité pour rien dans le phénomène. Ce sont des algues très répandues connues sous le nom d’oscillaires, qui communiquent à la chair du poisson le goût de vase. Ces algues ont des thalles formés d’un filament recouvert d’une matière gélatineuse. Ces filaments encombrent les eaux et les poissons les avalent avec leur nourriture. M. Léger a effectué des expériences comparatives sur des poissons placés dans une eau chargée de vase et dans une eau contenant des oscillaires. Jamais le goût de vase n’apparaît quand il n’y a pas d’oscillaire.
- Clt. DE Vn.LEDEUU.,
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- LE BILBOQUET HUMAIN
- Il y a quelques années, tout music-hall qui voulait faire de bonnes recettes devait avoir dans son programme un « nume'ro » sensationnel qui tenait le spectateur haletant pendant une minute ; aussi l’acrobate, qui e'tait parfois une femme, risquait chaque fois sa vie. Après le fameux « looping the loop », qui permit pour la première fois à un cycliste de rouler sur sa machine avec les roues tournées vers le ciel, on imagina diverses manières de lui faire prendre des positions d’équilibre invraisemblables ou de le lancer à une vitesse vertigineuse pour
- La boule est en osier, seule substance qui offre assez d’élasticité pour résister au choc considérable que provoque l’arrêt brusque à l’arrivée ; un siège est ménagé à l’un des pôles pour recevoir la jeune femme, et, à l’autre pôle se trouve la cavité qui viendra coiffer le piquet. Une armature en fer, placée à l’intérieur de la boule, supporte des galets de roulement dispersés de chaque côté; l’ensemble pèse 550 kg. Pour opérer le lancement de cette boule dans l’espace, on pouvait employer divers procédés.
- Les ressorts, ou même la poudre à canon, qui ont
- Le Bilboquet humain.
- lui permettre d’accomplir un immense saut dans l’espace. De là sont nés le Cercle de la mort, la Flèche humaine, l’Auto-bolide, etc. Mais tout lasse, et, depuis cinq ou six ans, on semblait avoir abandonné ce genre d’exercice devenu banal..
- Il vient de renaître sous une autre forme qui ne manque pas d’originalité.
- L’inventeur s’est proposé de lancer dans l’espace une énorme boule, sur laquelle se tient une jeune femme, et de la recevoir sur un piquet placé à quelques mètres plus loin, tout comme une boule de bilboquet, mais en lui faisant accomplir un tour complet sur elle-même pendant le trajet.
- C’est un problème de balistique qu’il est parvenu à résoudre avec beaucoup de sûreté.
- élé déjà employés dans des circonstances analogues, ne donnent pas assez de précision ; il faut que la vitesse initiale soit absolument constante pour assurer l’arrivée sur le but dans une position telle que la cavité ménagée au pôle sud soit juste au-dessus du piquet.
- L’effet de la pesanteur, qui est toujours constant, a permis d’arriver au résultat d’une façon certaine.
- On a disposé sur un échafaudage de 16 mètres de haut une sorte d'escarpolette constituée par deux rails courbes sur lesquels la boule vient se reposer par les galets dont elle est munie.
- On la fixe dans cette position, les pôles étant placés suivant la verticale. On fait ensuite pivoter l’escarpolette en arrière, au moyen d’une corde tirée par un treuil, jusqu’à ce que la ligne des pôles soit
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- NÉCROLOGIE : DÉSIRÉ GERNEZ
- horizontale, et on l’arrête dans cette position. Quand tout est ainsi disposé, l’émotion du spectateur est à son maximum, on n’attend plus, dans le grand silence, que le commandement qui ordonnera le déclanchement.
- Aussitôt l’escarpolette, abandonnée à elle-même, décrit sa courbe ; mais, quand elle est au bout, la boule profite delà vitesse acquise pour rouler sur les rails courbes ; elle prend ainsi l’impulsion nécessaire pour accomplir un tour sur elle-même, pendant que la vitesse initiale lui fera accomplir une trajectoire, exactement connue, au bout de laquelle on a placé le piquet destiné à la recevoir. Celui-ci est muni de
- ressorts amortisseurs qui lui permettent de céder mollement sous le choc ; il est en outre monté sur un chariot garni de roues, et peut se déplacer dans le sens de la marche pour achever d’absorber toute la force vive qui lui est communiquée. On voit que rien n’est livré au hasard et que, si le matériel est en bon état, tout a été prévu et calculé pour qu’aucun accident ne puisse arriver.
- La force mise en action ne dépend que du poids et de. la hauteur de chute qui peuvent être toujours identiques ; les conditions de l’arrivée doivent, par suite, être toujours constantes. G. Chaljiarès.
- DÉSIRÉ GERNEZ (1834=1910)
- La physico-chimie française vient de déplorer la perte de l’un de ses représentants les plus appréciés : Désiré Gernez s’est éteint doucement la semaine dernière, laissant derrière lui une chaude unanimité de sympathies. Aussi, jeudi dernier, nombreux furent les amis du défunt qui tinrent à rendre au savant et à l’homme de bien qu’il fut le suprême hommage.
- Né à Valenciennes en 1854, Gernez fut successivement nommé maître de conférences de chimie, professeur à l’École Centrale des Arts et Manufactures, et directeur du laboratoire de l’Ecole normale supérieure ; il faisait partie de l’Institut depuis quelques années. Tous ses élèves se souviennent de son enseignement si remarqué et de sa conscience de professeur. Ses travaux sont nombreux, et les mémoires correspondants sont en grande partie restés classiques; la plupart sont relatifs aux phénomènes irréversibles, encore si peu connus aujourd’hui; sans théories ni hypothèses préconçues, il est parvenu à éclaircir de façon durable certains faits, avant lui obscurs, tels que les changements d’état physique.
- Élève de Deville et de Pasteur, il avait reçu d’eux cette technique précise et rigoureuse qui ne laisse aucune prise à la suspicion des résultats; aussi lui restera-t-il toujours une réputation parfaitement légitime de probité scientifique. Son premier travail important a montré que les liquides organiques actifs en lumière polarisée émettent des vapeurs également douées du pouvoir rotatoire, fait fondamental pour l’édification des doctrines stéréochimiques. Puis, s’attaquant à un ordre de questions tout différent, il met en évidence, par l’étude précise de l’ébullition et du dégagement des gaz dissous dans les solvants liquides, le mécanisme élémentaire de l'ébullition. Il faudrait plusieurs pages de cette revue pour énoncer les applications théoriques et pratiques de ces recherches sanctionnées par l’emploi universel de sa fameuse clochette dans les distillations au laboratoire.
- • Préparant ainsi la voie aux travaux de Tammann, il poursuivit l’étude de la cristallisation spontanée des solutions sursaturées et des liquides surfondus. 11 montra que toujours l’existence d’un germe est nécessaire et en déduisit un procédé très précis de reconnaître l’isomorphisme des • deux matières différentes ; il appliqua également sa découverte à la séparation, par voie purement physique, des acides tartriques droit et gauche, par ensemencement d’une solution sursaturée de l’acide racémique avec un cristal droit, ou avec son énanti-moi’phe. Dans le cas des liquides surfondus, il fit les premières déterminations précises de la vitesse > linéaire
- de cristallisation des deux variétés allotropiques principales du soufre et fit voir que, dans les mêmes conditions de température et de pression, la variété la moins stable cristallise le plus vite, lorsque toutes deux peuvent se former simultanément. C’est probablement un cas particulier d’une loi très générale, en vertu de laquelle tout déclenchement qui fait passer un système primitivement en équilibre par une série d’équilibres successifs l’amène d’abord au moins stable parmi tous les équilibres possibles, la vitesse de formation de cet équilibre le moins stable étant la plus grande.
- Il appliqua. aussi les mesures de pouvoir rotatoire à l’étude des réactions chimiques en solution, et montra ainsi que les combinaisons ne se font pas, comme cela semblait résulter d’expériences antérieures, en proportions quelconques, quelque complexes que soient les corps que l’on met en contact.
- Il s’est attaché assidûment à l’étude des variétés allol tropiques des corps simples ; il a découvert une modification cristalline du soufre à aspect nacré tout à fait différente des modifications octaédrique et prismatique antérieurement connues. Le dernier en date de ses mémoires est relatif au phosphore noir, c’est-à-dire à du phosphore devenu spontanément noir et qu’on regardait quelquefois comme une variété spéciale de cette matière; Gernez a prouvé que ce phosphore est constitué par une émulsion de mercure en quantité très faible dans du phosphore blanc. Citons enfin son étude sur la triboluminescence, c’est-à-dire sur la luminescence émise par certaines matières cristallisées lorsqu’on brise leurs cristaux dans l’obscurité. Ce phénomène, considéré autrefois comme presque exceptionnel et qu’on observe très facilement sur le sucre de canne ou sur la blende, est extrêmement général; Gernez a eu le mérite de prouver expérimentalement cette généralité, en montrant les conditions optima du phénomène, et prouvant la fausseté des explications anciennes de cette émission de lumière.
- Pour nous résumer, nous dirons que l’activité scientifique de Gernez a permis de résoudre certains problèmes très importants, mais que, de même que tout travail bien exécuté, ceux-ci en ont posé d’autres qui nécessiteront des recherches longues et patientes. Ce double critérium permet d’apprécier à sa juste valeur la carrière de ce savant, et il. y a souvent beaucoup de mérite à faire naître un problème nouveau, surtout lorsqu’il est clairement posé. A ce point de vue, il est certain que beaucoup des chercheurs futurs se réclameront de ses idées, mais ne parviendront pas à les faire oublier.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- 26 NOVEMBRE 1910.
- LA NATURE. — N° 1957.
- UNE MINE POLAIRE
- La mine la plus septentrionale du monde est aujourd’hui celle que des Américains exploitent sur la côte Ouest du Spitzberg, dans l’Adventbay, sous le nom à'Arc tic Coal Cy.
- Cette région était connue depuis longtemps par les géologues pour ses terrains charbonneux riches en plantes tertiaires, et l’on sait le rôle joué dans nombre de théories scientifico- philosophiques par ces fameux végétaux à caractère tropical qui, il y a relativement peu de temps, pouvaient vivre en ces
- quelque influence dans les décisions diplomatiques futures.
- À vrai dire, on avait déjà fait avant eux un premier essai d’exploitation sur la rive Nord de l’Advent-bay; mais on l’avait abandonné après échec, et c’est en 1904 seulement qu’un Américain de Boston, J. M. Longyear, a organisé l’Arctic Mine.
- Quelques mots seulement sur la constitution géologique du pays. Quand on ne connaît le Spitzberg que pour l’avoir vu minuscule tout en haut des cartes de géographie, on s’imagine volontiers, d’après son nom, des montagnes hérissées de pointes. Et c’est, en effet, sous un aspect accidenté, qu’apparaît la côte ouest, avec ses montagnes noires en dents de scie, que séparent de blancs glaciers descendant jusqu’à la mer. Les terrains de cette côte sont des terrains primaires plissés appartenant à la série, peut-être
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- Fig. i. — Le câble-porteur et l’embarcadère de l’Adventbay avec bateau charbonnier.
- parages, aujourd’hui envahis par les glaces. Mais, entre la connaissance du charbon au Spitzberg et l’idée de l’exploitation.en grand, il y avait un pas difficile à franchir. Le Spitzberg n’est pas, en effet, un pays d’aspect affable. Seuls, les rennes sauvages et les lagopèdes trouvent moyen d’y passer l’hiver en cherchant leur nourriture dans les lichens. Pour les hommes, 30° de froid sont peu attirants. Notre vue, prise par nous le 20 juillet, montre la baie encore encombrée de glaces, quoique accessible. Aussi, quoiqu’on ait hiverné à diverses reprises au Spitzberg pour des travaux scientifiques, le pays est-il resté complètement inhabité, et, jusqu’au jour où l’on a commencé à y exploiter le charbon, on ne s’est même pas occupé de l’attribuer à un pays quelconque. Le Spitzberg est une des rares contrées du monde où l’on échappe à toute espèce de loi et de gouvernement. Profitant de cette situation, les Américains, le jour où ils ont voulu exploiter le charbon, sont venus tout simplement s’installer sans avoir rien à demander à personne; ils ont ainsi créé une situation de fait, généralement peu connue et qui pourra avoir
- 38° année. — 2° semestre.
- , — L’Adventbay avec l’estacade de chargement. La mine est derrière la colline de droite.
- archéenne, dite d’Hecla Hook. Mais, dès qu’on pénètre dans l’intérieur du pays vers l’Est, on trouve un aspect tout différent, bien plus caractéristique des régions arctiques : celui de terrains horizontaux formant des montagnes tabulaires (fig. 5). Découpés en blocs et dénivelés par des failles, ces terrains sont, suivant les points; d’âge très différent. Mais, que ce soit le carbonifère de la Skansbay, le jurassique de la Sassenbay, le tertiaire charbonneux de l’Adventbay, l’aspect est toujours exactement le même. Ces terrains horizontaux, que ne protège aucune végétation, sont constamment soumis à une érosion formidable, qui, agissant partout dans les mêmes conditions, sur des matériaux analogues, est arrivée à les découper avec une régularité géométrique
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- UNE MINE POLAIRE
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- et il en est résulté des aspects si caractéristiques que, sans en chercher la cause, les premiers explorateurs les ont comparés à des monuments architecturaux (montagne du Temple, etc.) Pratiquement, la conséquence est que, lorsqu’un de ces terrains renferme une substance d’aspect caractéristique comme le charbon, ce charbon dessine des bandes noires horizontales, immédiatement visibles de très loin sur le liane de la montagne.
- A l’Adventbay, on utilise deux couches : l’une à 180 m. de haut au-dessus de la mer, épaisse de 2,40 m.; l’autre à 240 m., épaisse de 1,50 m. à 1,60 m. Ces deux couches de charbon miocènes sont intercalées entre des grès assez durs et
- partant du jour avec galeries transversales, établi un câble aérien, un plan incliné descendant à la mer, une estacadepour l’embarquement, et construit enfin, pour les ouvriers, une dizaine de maisons, avec magasins, etc., un rudiment de ville d’hivernage. On est tout surpris, en ce pays désolé, de rencontrer cet aspect industriel.
- Les ouvriers, pour la plupart norvégiens, sont au nombre de 150 et payés 8 à 9 francs par jour. Ils travaillent maintenant toute l’année, quoique l’ingénieur chargé de les diriger vienne seulement de juin à octobre. Ils vivent de conserves et se fournissent parfois un peu de viande fraîche par la chasse aux rennes sauvages qui, autrefois très nombreux dans
- Fig. 3. — L’Adventbay encombrée de glaces an 20 juillet iqio.
- compacts sans intercalations schisteuses. Aussi n’est-ce pas dans la mine même, mais à quelque distance de là, que l’on trouve les empreintes de plantes classiques. Ces couches, inclinées d’environ 4° vers W. S. W., sont très légèrement ondulées sans être Paillées. Le charbon est une sorte de houille sèche d’assez bonne’ qualité.
- Actuellement l’exploitation n’en est encore qu’aux travaux préparatoires ; elle a seulement produit 5 à 6000 tonnes cet été et ne sera vraiment en marche qu’en juin 1911. On se propose alors de fournir du charbon à la Norvège qui ne possède pas de mine de houille.
- Les Américains ont fait les choses largement. Ils ont tracé dans la mine deux niveaux d’exploitation, une galerie de 60 m. de profondeur
- ces parages, en auront vite disparu. La baie est bloquée par les glaces du 1er novembre au 1er juin. Pendant les autres mois, il vient quelques navires norvégiens chercher du charbon. Et, cet été, le navire du Congrès géologique suédois, qui avait échoué dans la baie et dû jeter son combustible à la mer pour se délester, a été très heureux de pouvoir y prendre la houille nécessaire à son retour.
- Le fait le plus original, dans cette mine de charbon arctique, est la blancheur inattendue des galeries. La température, même au cœur de l’été, reste, en effet, voisine de zéro. Il en résulte, sur toutes les parois noires, une blanche couche de givre cristallisée en arborescences, qui scintille aux lumières et qui se reforme vite dès que l’on interrompt les coups de pic. L. De Launay.
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- LE DIRIGEABLE « CLÉMENT-BAYARD II »
- Le dirigeable Clément-Bayard II est le plus moderne de tous les dirigeables français actuels. Ses essais préliminaires étaient à peine terminés, qu’il prenait part aux manœuvres de Picardie et provoquait l’admiration des états-majors. Ses qualités sont dues à une construction spéciale, résultat d’études prolongées ayant entraîné l’introduction d’organes nouveaux et de dispositifs inédits. On verra combien ce beau croiseur aérien diffère des anciens types de dirigeables que nous avons décrits, et on jugera par là des progrès que le plus léger
- ballonnets de 1000 m3 chacun, séparés par une cloison verticale. On peut envoyer de l’air dans l’un ou l’autre par la manœuvre d’un registre placé à la sortie du ventilateur et actionné par le pilote.
- Sous l’équateur est cousue une ralingue renforcée par une série d’autres placées sous la première ; les pattes d’oie en chanvre y sont attachées à la manière habituelle. Des câbles d’acier relient les premiers cordages à la nacelle ; ils sont fixés à chaque raccord des tubes et comportent un petit treuil à réglage très ingénieusement conçu.
- Fig. i. — Le dirigeable « Clément-Bayard » au moment de son atterrissage à Londres.
- que l’air a faits pendant que l’attention était accaparée par les machines volantes.
- Le nouveau dirigeable appartient au type souple : la nacelle n’étant reliée au ballon par aucune pièce rigide et ce dernier n’en comportant aucune.
- Ballon. — Le ballon peut être considéré comme un vulgaire flotteur, une bouée à gaz présentant le moins possible de résistance à l’air. L’enveloppe est faite de deux tissus séparés par une épaisseur de caoutchouc et disposés en droit fil; une couche de caoutchouc intérieur la rend aussi étanche que possible et une application extérieure de chromate de plomb la protège contre la lumière. Sa longueur est de 76 m. et son diamètre au maître-couple — placé au quart avant — est de 13,20 m. Son volume est de 7000 m3. A la partie inférieure se trouvent deux
- Ce treuil est une nouveauté. Un petit tambour métallique creux T, est porté par deux flasques en acier, réunies à leur partie supérieure par une en-tretoisè E et à leur base par une seconde servant d’axe à un galet mobile à gorge, permettant l’arrêt du brin B. Le tambour porte une roue à rochet R dans laquelle s’engage le cliquet C, et il se termine par un boulon de serrage P. La suspente d’acier est donc faite de deux tronçons : l’un B, de longueur invariable, relie le treuil à la nacelle; l’autre À, de longueur réglable, est attaché à la patte d’oie, s’enroule sur le tambour du treuil, suit sur ce tambour une gorge G qui lui permet de pénétrer à l’intérieur pour passer ensuite sur l’écrou P ; le boulon de serrage permet de rapprocher les deux branches flexibles FF et de serrer fortement la boucle du
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- LE DIRIGEABLE « CLEMENT-BAYARD II »
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- cable qui se trouve ainsi maintenue. Le brin libre revient ensuite sur lui-même et sort du tambour par l'extrémité oppose'e. Cette dernière est à section
- Fig. 2. — Le" « Clémenl-Bayard » sortant de son hangar de la Motte-Breuil. (Photo Hulin).
- carrée; il suffit donc d’y introduire une clé de même section pour tirer, en agissant sur la cle', sur le brin À et régler sa longueur. Il existe un treuil semblable sur chacune des 76 suspentes du ballon.
- Poutre et nacelle. — La poutre d’acier qui court à 5 m. sous le ballon présente une forme spéciale, qui lui donne presque l’aspect, avec son empennage de queue, ses plans horizontaux et ses deux hélices latérales, d’un énorme saurien ailé. La partie centrale seule, qui forme la nacelle, est horizontale; l’avant et l’arrière se relèvent afin de leur éviter tout contact avec le sol. La nacelle en effet, pourvue de quatre amortisseurs pneumatiques, est appelée à supporter le choc d’un atterrissage trop brusque. L’avant et l’arrière sont à section triangulaire et les dimensions diminuent au fur et à mesure que l’on s’éloigne de la nacelle. L’ensemble mesure 45 m. de longueur.
- Chacun des éléments de la poutre, chaque tube a été étudié en vue de travailler autant que son voisin. Aussi le diamètre de chacun d’eux diffère-t-il suivant la place qu’il occupe, c’est-à-dire suivant l’effort qu’il est appelé à supporter, les efforts ayant été déterminés par les épures.
- La partie centrale, la nacelle, a 14,50 m. de longueur. Elle comprend : la chambre des mécanismes, celle des mécaniciens, des pilotes et des passagers. La première a 2,50 m. de large, tandis que celle des passagers mesure seulement 1,30 m. ; la hauteur est la même partout :2 m.
- La chambre des mécanismes a reçu deux groupes
- moteurs entièrement indépendants l’un de l’autre afin d’éviter les pannes dans la mesure du possible. Chaque groupe comporte un moteur de 125 C. Y., une boîte d’engrenages, une transmission et un mécanisme de commande de l’hélice. Les moteurs sont à quatre cylindres verticaux avec chemises de circulation d’eau rapportées, englobant une paire de cylindres ; les bougies d’allumage sont à 45° et les culasses hémisphériques. Les tubulures d’aspiration ont été placées du côté intérieur de la chambre, tandis que l’échappement se fait à l’extérieur. Enfin, signalons encore, comme particularité, le mode de mise en marche automatique qui se fait par l’allumage, un système spécial, permettant d’envoyer, dans les cylindres, du gaz que la première étincelle enflamme. Chaque moteur est installé sur un châssis à ressorts, semblable à ceux des automobiles. Mais ce châssis est suspendu aux tubes supérieurs de la nacelle par quatre points, au lieu de reposer directement sur le plancher.
- L’embrayage s’effectue à l’intérieur du volant et le mouvement est transmis par un arbre à la boîte d’engrenages qui porte un volant permettant au mécanicien d’effectuer les changements de vitesse nécessaires, les engrenages fournissent deux vitesses ; quand on marche avec un seul moteur on démultiplie au 1/5, tandis qu’avec les deux moteurs en marche on démultiplié au 1/4. Dans ces conditions les hélices fournissent toujours le même rendement,
- Les hélices sont placées à droite et à gauche de la nacelle, entre elle et le ballon, à l’extrémité de bras éloignés de 7 m. l’un de l’autre. Chaque hélice est portée par un pylône fait de tubes d’acier qui se
- Boulon
- Secbon intérieur^ du tambour
- Cable
- Fig. 3. — Le treuil de réglage des câbles
- d’acier reliant à la nacelle les cordages de la suspension du ballon.
- dresse obliquement et dans l’intérieur duquel court le gros tube servant de carter à l’arbre de transmission. Ces hélices sont en bois et mesurent 6 m. de diamètre. À 250 tours elles donnent une vitesse de
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- 50 km à l’heure et à 500 tours elles font 55 km. L’hélice de droite est pourvue d’un système de transmission hydraulique relié à un appareil enregistreur placé dans la cahine du pilote et qui indique à chaque instant la valeur de la traction. Cette nouveauté montre bien jusqu’à quel degré a été poussée l’étude des organes mécaniques du dirigeable. Les moteurs faisant 100 CV, on embraye les hélices à 250 tours; lorsque ces moteurs donnent 125 chevaux chacun, leur vitesse est portée à 500 tours.
- Les deux moteurs sont indépendants l’un de l’autre; cependant ils comportent un dispositif permettant à chacun d’eux d’actionner indifféremment l’une ou l’autre hélice, ou même les deux hélices à la fois. En règle générale, ils marchent simulla-
- à l’arrière de la poutre, des manomètres indiquant la pression intérieure du ballon et des ballonnets; un baromètre, un clinomètre, un altimètre et la commande du registre du ventilateur. Ce dernier appareil est actionné constamment et indifféremment par l’un ou l’autre des moteurs par l’intermédiaire d’un arbre placé sur le côté extérieur de chaque carter. Cet arbre reçoit son mouvement par des poulies à courroies et actionne de la même manière les ventilateurs des radiateurs et celui des ballonnets. Le registre permettant l’envoi de l’air dans les ballonnets est solidaire d’une tringle que le pilote pousse ou tire à lui selon qu’il veut envoyer de l’air à l’avant ou à l’arrière.
- La chambre des passagers mesure 8 m. de lon-
- Fig. 4. — Vue de la nacelle du « Clèment-Bayard » et des hélices. (Photo Mutin.)
- nément et les deux hélices ne sont confiées à l’un d’eux qu’en cas de panne de l’autre. Cependant on marche avec un moteur unique lorsque l’on désire augmenter le rayon d’action du dirigeable en économisant de l’essence. Au-dessus des moteurs se trouvent les deux réservoirs d’huile.
- A la chambre des moteurs fait suite celle des mécaniciens (un par moteur), placée près de celle du pilote; les deux logements sont reliés par un système de commande électrique à cadran semblable à ceux en usage sur les navires; le pilote sonne le mécanicien qui lit sur son récepteur l’ordre qui lui est donné.
- ' La chambre du pilote est surélevée sur une plateforme qui lui permet de voir nettement la route à suivre. Le pilote a à sa disposition : un volant du gouvernail de direction, un volant du gouvernail horizontal, un volant actionnant l’équilibreur placé
- gueur; elle est entourée de plaques de tôle, ainsi d’ailleurs que tous les autres compartiments de la nacelle.
- Cette longue poutre-nacelle n’est pas sans présenter une certaine résistance à l’air. Il importe cependant de remarquer que ces dimensions permettent d’offrir une large base à deux grands pylônes portant côte à côte deux hélices de très grande surface dont l’excellent rendement fait plus que compenser la perte pour l’avancement due à la poutre-nacelle. En outre, le confortable résultant de ce système, est un autre avantage non à dédaigner. En quittant la nacelle, la poutre redevient triangulaire, se relève fortement vers l’arrière où sont disposés les systèmes de stabilisation et de direction. C’est là la caractéristique essentielle de ce nouveau dirigeable : tout est sur la poutre, rien sur le ballon.
- Le stabilisateur est constitué par trois grands
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- plans horizontaux réunis par des cloisons verticales ; ces plans s’opposent au tangage, tandis que les cloisons et l’entoilage de queue donnent la stabilité dans le plan horizontal. Cet entoilage n’est pas tendu sur les deux faces obliques de la poutre ; il est intérieur à cette poutre, perpendiculaire à sa base et s’étend au-dessus de l’arête supérieure pour constituer un plan de grande surface. Aux deux extrémités du triplan sont disposés deux plans mobiles verticaux constituant le gouvernail de direction ; au-dessous, un plan horizontal supplémentaire complète les plans horizontaux dont il est indépendant. Cet ensemble comporte 85 m2 de surfaces horizontales et 60 m2 de surfaces verticales.
- La direction dans le sens de la hauteur est donnée par la manoeuvre du biplan placé au-dessus de la poutre, au centre de gravité du système. Il importe de ne pas confondre les actions produites par le triplan de queue, qui est un simple stabilisateur, avec celles du biplan central lequel, seul, est un gouvernail horizontal.
- Tous ces plans appartiennent au plus lourd que l’air; le dirigeable moderne les lui a empruntés pour faciliter ses évolutions.
- L’aménagement du Clément-Bayard II se complète par l’éclairage électrique dont le courant est fourni par une dynamo et une batterie d’accumu-
- LE RAFFINAGE I
- L’extension croissante des applications du caoutchouc est telle, que la production est devenue insuffisante pour faire face aux demandes des consommateurs. C’est ainsi que le Para par exemple, valait récemment deux et trois fois plus qu’il n’était coté il y a deux ou trois ans. Aussi, de toutes parts, la hausse du caoutchouc a-t-elle suscité les efforts des chercheurs soucieux de remédier à l’état de chose. On a signalé, dans La Nature, la récente production du caoutchouc synthétique, effectuée par les chimistes allemands des puissantes usines Bayer, à Elberfeld ; malheureusement, la synthèse, quoique réalisée au laboratoire, n’est pas encore industriellement applicable. D’autre part, on crée de toutes parts, surtout au Brésil et en Malaisie, des plantations d’arbres à latex caoutchoutifère ; mais la production actuelle est bien faible encore, et comme un pied à'hevea ne commence guère à donner de récolte qu’au bout de six années; on ne pourra profiter des plantations faites depuis l’an dernier, que dans un assez long laps de temps. On s’est efforcé de perfectionner les procédés de préparation des « factices » fabriqués depuis longtemps et qu’au cours de la fabrication on ajoute souvent, en forte proportion, aux caoutchoucs manufacturés ; mais jusqu’à présent, huiles siccatives, oxydées par divers agents ou produits résultant de la coagulation de gélatines, se sont montrées à tous points de vue par trop inférieures aux gommes naturelles pour
- S CAOUTCHOUCS
- lateurs; dix lampes à incandescence sont distribuées sur la nacelle dans les diverses chambres.
- La manoeuvre à terre de ce beau croiseur aérien nécessite la présence de 40 hommes groupés en trois équipes. Elle est facilitée par l’emploi d’un point d'amarrage placé très à l’avant et fixé par câbles à la poutre d’une part, et à l’enveloppe d’autre part ; il permet l'orientation dans la direction du vent.
- Au moment où le dirigeable est prêt à sortir de son hangar, on passe une corde dans un anneau placé à côté du point d’amarrage et deux équipes d’hommes en tiennent les extrémités; le ballon étant abandonné par l’équipe de la nacelle, il s’élève et, n’étant plus maintenu qu’en un point, se place dans le vent. Parvenu à 25 m. de hauteur, une des équipes lâche l’extrémité de la corde; celle-ci glisse dans l’anneau au fur et à mesure que le navire aérien s’élève et tombe ensuite sur le sol.
- Pour l’atterrissage, c’est la corde du guide-rope qui, fixée au point d’amarrage, entre en jeu; les hommes en saisissent l’extrémité et, avant de rentrer au hangar, le ballon est encore maintenu, par ce moyen, dans la direction du vent.
- La Nature a déjà relaté les brillants débuts de l’aéronef et donné des détails circonstanciés sur le voyage de La Motte-Breuil à Londres.
- Lucien Fournier.
- ;s CAOUTCHOUCS
- soutenir la moindre comparaison. Enfin, il existe de nombreuses méthodes pour la dévulcanisation des vieux caoutchoucs usagés, ce qui permet de les réutiliser; mais là encore, les produits obtenus sont loin d’avoir les qualités du véritable caoutchouc.
- Il n’en est pas de même d’une autre variété de gomme, qu’après des années de recherches, on est maintenant parvenu à obtenir de façon constante : ce sont les caoutchoucs naturels trop impurs pour pouvoir être ainsi manufacturés et qu’on ne peut employer qu’après raffinage convenable. On connaît une grande quantité de végétaux à latex plus ou moins caoutchoutifières ; comme on pratique d’autre part de fort nombreux modes de coagulation de ces latex, il existe dans le commerce des caoutchoucs naturels de toutes variétés : tandis qu’on vend le Para à 20 francs le kilogramme, des produits ne trouvent preneur qu’à 2 ou 5 francs le kilogramme. Certaines de ces gommes ne sont pas d’ailleurs de véritables caoutchoucs et ne contiennent que des produits en approchant plus ou moins; d’autres, au contraire, sont bien à hase de véritable caoutchouc, mais souillé d’une forte proportion de matières étrangères : sable ou débris végétaux ajoutés par les nègres au moment de la récolte pour augmenter frauduleusement le poids, résines contenues naturellement dans les sucs des plantes à latex. Dans le premier cas, les opérations du déchiquetage et du laminage que subissent les caoutchoucs à leur entrée
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- LE RAFFINAGE DES CAOUTCHOUCS —- —— 407
- en usine, suffisent à une épuration mécanique suffisante; il n’en est plus de même dans le second, où l’on doit mettre en œuvre divers ingénieux procédés
- Fig. i. — Raffinage du caoutchouc par la méthode Worms-Flament.
- de raffinage dont nous allons exposer le principe et les détails d’application.
- À première vue, l’épuration des caoutchoucs résineux semble de réalisation très facile. Il existe, en effet,, des liquides comme l’alcool méthylique pro-
- Fig. 2. —-Raffinage du caoutchouc par la méthode Worms-Flament perfectionnée.
- venant de la distillation des bois, l’alcool éthylique ordinaire, l’acétone, qui possèdent la propriété de dissoudre les résines sans attaquer le caoutchouc. En faisant digérer dans ces solvants les caoutchoucs impurs, on devrait donc provoquer la dissolution des impuretés, ensuite facilement éliminées par pression. Mais opérée de la sorte, l’opération ne donne aucun résultat : les résines sont trop intimement incorporées au caoutchouc, et la masse n’étant pas perméable, le liquide ne peut exercer son action dissolvante à travers la partie insoluble qui englobe
- la résine. Divers brevets furent pris à l’effet de réduire les caoutchoucs résineux en feuilles extrêmement minces avant de faire agir le solvant, ou de leur incorporer des matières inertes poreuses telles que ponce en poudre par exemple pour faciliter la pénétration de l’alcool ou de l’acétone ; mais ces modifications n’ont pu rendre le procédé d’emploi pratique.
- Force fut de chercher une autre voie. On crut l’avoir trouvée en traitant les produits naturels impurs par des liquides capables de dissoudre à la fois et le caoutchouc et les résines, ce qui est le cas pour les essences de pétrole et de térébenthine, , le sulfure et le tétrachlorure de carbone. La dissolution ainsi préparée est ensuite additionnée d’une quantité d’alcool ou d’acétone telle, que le caoutchouc
- Fig. 3. — Malaxeur pour le traitement des caoutchoucs résineux par les solvants.
- soit complètement précipité : les résines restent en solution. Cela serait parfait si le caoutchouc ainsi traité conservait ses propriétés primitives ; mais il est loin d’en être ainsi ; si bonne que soit la qualité du produit primitif, le seul fait de la dissolution suivie d’une précipitation suffit à faire perdre à la matière une partie de son élasticité, de son « corps » ; visqueux et mou, le caoutchouc récupéré est de qualité très inférieure.
- Malgré son apparente simplicité, le problème était', comme on voit, difficile à résoudre et l’on ne parvint que récemment à trouver des procédés convenables de dérésinage. Appliqués maintenant industriellement avec succès, ils consistent à faire agir simultanément les solvants des résines et ceux du caoutchouc, dans des conditions telles qu’il y a dissolution des unes sans altération des autres.
- C’est Worms etFlament (Brev. fr. 1906), qui innovèrent cette méthode. Ils employèrent un mélange d’un
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- solvant du type benzine, dissolvant le caoutchouc, avec un liquide, comme l’acétone, ne dissolvant que les résines, constitué en proportions telles que le réactif capable de précipiter les solutions de caoutchouc dans l’autre liquide, soit en quantité suffisante — mais sans excès — pour insolubiliser tout le caoutchouc pouvant être dissous. En faisant agir un tel solvant à limite de précipitation snr les masses à épurer, le caoutchouc n’est pas dissous, mais il devient perméable à l’action dissolvante du mélange liquide, dans lequel les résines peuvent se dissoudre.
- Industriellement, le traitement s’effectue dans un extracteur E (fig. 1), où les caoutchoucs à traiter sont placés sur une série de claies étagées ; la solution s’écoule à la partie inférieure dans un alambic À chauffé par double enveloppe à vapeur. Tandis que les résines extraites s’accumulent en À, les vapeurs passent en C dans une colonne rectificatrice analogue à celles des distilleries d’alcool. Elles barbotent sur une série de plateaux dans des liquides de richesse variable, recueillis dans un ordre donné selon leur composition, la condensation étant terminée dans le réfrigérant R. Les liquides récupérés, mélangés en proportion convenable (ce qui, étant données les diverses températures d’ébullition des solvants, est d’ailleurs assez difficile à effectuer), après avoir été éventuellement réchauffés, de façon à augmenter la capacité dissolvante, repassent à nouveau sur l’extracteur, le circuit étant ainsi continué jusqu’à complète élimination des résines.
- Pratiquement, cet emploi de solvants mélangés à limite de précipitation, offre des difficultés provenant surtout de la récupération; le traitement nécessaire pour arriver à la complète extraction est long. Aussi les procédés Worms-Flament ont-ils été récemment perfectionnés. Ils purent l’être d’autant mieux qu’on avait reconnu (Brev. fr. Caoutchouc Cy Ld 1909) que le dosage exact des solvants n’était pas absolument nécessaire : il suffit de traiter au préalable la masse de caoutchouc résineux par une petite quantité de benzine ou de sulfure de carbone juste suffisante à amener un état gélatineux sans dissolution, pour la rendre perméable à l’action dissolvante de la résine ou de l’alcool.
- Dans ces conditions, il suffit de traiter les caoutchoucs impurs par un peu de benzine de pétrole
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- (essences bouillant à 75-90° C.), puis de les malaxer avec de l’alcool ou de l’acétone, ce qui abrège de beaucoup la durée du traitement, pour provoquer la dissolution des résines. On opère dans des auges contenant deux arbres à palettes mises en sens contraire du même genre que les malaxeurs usuels, mais à mouvement de culbute, à double enveloppe pour le chauffage par la vapeur, et à couvercle hermétique s’adaptant par boulons au moment de la marche (fig. 5).
- Après malaxages dans un premier liquide, on évacue la solution a ; on traite une seconde, puis au besoin une troisième fois, finalement on chauffe un peu plus pour chasser le liquide restant, on vide le malaxeur en le faisant basculer et on obtient le caoutchouc. D’autre part, les solutions de résine passent dans un alambic d’où elles sont distillées (A fig. 2), les vapeurs condensées dans le réfrigérant R sont recueillies à l’état liquide avec classement des produits « de tête » et « de queue » dans différents récipients en charge sur le malaxeur où ils peuvent être vidés. Des indicateurs de niveau et des robinets de prise d’essai permettent de réduire, d’après la densité par exemple, la composi-sition des liquides, et de les doser en quantités convenables pour que le mélange dans le malaxeur soit au titre voulu.
- Quant aux résines résiduelles, elles sont recueillies et employées à de nombreux usages ; fabrication des vernis, des toiles cirées, des « gums » à mâcher, chères aux Américains. Les usines de raffinage ne s’occupent d’ailleurs pas de cela, elles vendent leurs produits aux spécialistes.
- Quoique la technique du raffinage des caoutchoucs résineux soit très peu connue, ce qui tient à l’extrême nouveauté de l’industrie et au secret dont s’entourent les fabricants, elle n’est pas moins, depuis quelques années, l’objet de très importantes applications. Il existe aux environs de Paris plusieurs établissements de dérésinage dans lesquels on transforme des produits naturels coûtant 2 à ht francs le kilogramme en gommes cotées comme les Congo ou les Brésil dont elles offrent l’apparence et possèdent les propriétés. Aussi, surtout depuis la hausse considérable des caoutchoucs, ces usines sont-elles extrêmement prospères. A. Chapi.et.
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- La foudre est la décharge électrique brusque, sous forme d’étincelle qui éclate à travers l’air entre deux nuages chargés en signes contraires ou bien entre un nuage électrisé et le sol1; Y éclair est le
- 1. En général on s’imagine que l’éclair est toujours descendant, que la foudre tombe sur les objets terrestres. Diverses raisons permettent de supposer que, parfois, ils doivent s’élancer, au contraire, d’un point du sol vers les nuées. (M. Tôpler. Blitzspurcn an Felson. Met. Z S 481-486 ; 1901).
- trait de feu, le plus souvent de couleur blanche, quelquefois de teinte rougeâtre ou violacée; le tonnerre est le bruit qui l’accompagne.
- Dans une classification restée dans la science, Arago1 a distingué trois classes d’éclairs : les éclairs en zigzag, les éclairs vagues, les éclairs en boule.
- Les éclairs de la première classe sont constitués par un trait de feu bien net et tout à fait semblable,
- 1. Arago. Notice sur le tonnerre.
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- aux dimensions près, aux étincelles électriques de nos machines. Ceux de la deuxième classe sont des lueurs diffuses qui illuminent un nuage dans toute sa masse et ne paraissent accompagnés d’aucun bruit1, ou ne produisent qu’une sorte de « roulement bourru ». Les éclairs de chaleur sont des lueurs analogues aux éclairs de deuxième classe qui apparaissent à l’horizon, parfois en l’absence de tout nuage; ils ne sont que le reflet dans le ciel, j’éclairs appartenant à des orages trop lointains pour que le tonnerre arrive à notre oreille. La troisième classe d’éclairs, les plus étranges de tous, comprend les éclairs en boule, globes de feu qui après s’être lentement promenés dans l’air ou sur le sol dispa-
- diverses, le long duquel partent des ramifications.
- Souvent le trait de feu est simple (fig. 2, gauche), mais souvent aussi il se bifurque en plusieurs parties (fig. 2, droite) ou bien encore il présente de nombreuses ramifications (fig. 1).
- Une classification des éclairs d’après leur forme est particulièrement délicate car, ce que nous observons n’est que la projection de l’éclair sur le fond du ciel. La figure 4 est un dessin d’éclair « rayonnant », c’est-à-dire semblant partir d’un centre unique1; cet éclair, observé le 51 juillet 1902 dans les Alpes, a présenté la forme « d’une splendide plante de feu ». Des éclairs en « chapelets », c’est-à-dire composés de traits lumineux séparés par des
- Fig. i. — Éclair avec ramifications : Photographie Rudaux'[ç septembre 1902).
- raissent subitement, tantôt en éclatant avec bruit, tantôt silencieusement. Leur existence, longtemps mise en doute, paraît aujourd’hui incontestablement établie ; mais leur nature reste encore inexplicable dans l’état actuel de la science. Les seuls faits dont on puisse les rapprocher sont les globules lumineux réalisés dans certaines conditions par M. Planté.
- Les photographies d’éclairs obtenues dans ces dernières années nous les montrent sous un aspect beaucoup plus complexe qu’il ne semble à première vue. La décharge apparaît sous la forme d’un sillon de feu sinueux affectant les apparences les plus
- 1. Peut-être parce que le bruit qu’ils font est trop faible ou bien se produit à une trop grande distance pour être perçu par l’oreille.
- intervalles obscurs, ont été aussi observés d’une façon certaine2, mais je n’en connais aucune reproduction.
- La foudre se compose ordinairement, non d’une seule décharge, mais d’une série de décharges se succédant à de courts intervalles en suivant dans l’espace à peu près le même chemin3. La figure 5 est la reproduction d’un éclair quintuple photographié par M. E. Touchet. C’est à cette multiplicité de décharges que quelques savants ont cru pouvoir attribuer l’aspect vacillant de certains éclairs.
- 1. Bulletin de la Société astronomique de France, 1902.
- 2. Bulletin de la Société belge d’astronomie, mars 1908.
- 5. On peut les observer directement en remuant la main
- devant les yeux.
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- Divers éclairs, notamment ceux d’une grande intensité, semblent suivis d’un « résidu d’illumination » qui persiste quelques secondes après l’explosion de la décharge et que Liais a comparé à la traînée d’un bolide. C’est vraisemblablement un
- résultat d’un phénomène d’ordre chimique? Aucune explication satisfaisante n’a été encore donnée.
- Enfin, la durée des éclairs est très variable ; elle paraît être comprise entre l’instantanéité et une seconde. Lorsque l’on se trouve près de l’endroit où- jaillit
- Fig. 2. — A gauche : Photographie d’éclair linéaire (12 avril IQ04), photo de M. G. Pinte; A droite : Photographie d’éclair bifurqué, photo de M. G. Pinte (12 avril IQ04, Paris).
- phénomène de ce genre que montre la photographie ligure 6.
- Des photographies ont été obtenues qui révèlent des éclairs noirs. Nous reproduisons ci-après deux de ces curieuses épreuves. Sur Lune (fig. 4),
- l’étincelle, le bruit de la décharge est généralement bref et sec ; à une certaine distance il se traduit par un roulement continu qui s’affaiblit et se renforce tour à tour.
- Les causes de ce roulement sont très complexes.
- Fig. 3. Fig. 4.
- Fig. 3. — Éclair arborescent (observé le 31 juillet /902, par M. G. Isely, sur les Alpes). Fig. 4. — Photo montrant un éclair noir et un éclair brillant. (Photo Lockyer.)
- prise par M. W. J. S. Lockyer, l’éclair principal se présente sous l’aspect d’une ligne noire avec un sillon central blanc ; sur l’autre (fig. 5, droite), due à M. G. Mesmer, l’éclair principal est blanc et les ramifications qui en partent sont noires.
- Quelle est la nature de ces éclairs ? Ont-ils une existence objective ou bien leur obtention est-elle le
- Une première raison est que les différentes parties de l’étincelle sont inégalement éloignées de l’observateur et que celui-ci n’en perçoit pas le bruit au même moment; une seconde raison est un phénomène d écho, le bruit de l’étincelle se réfléchit sur le sol et les nuages. Enfin, un nuage orageux doit être considéré non pas comme une masse unique
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- chargée à la surface seulement, mais plutôt comme un ensemble de masses ayant leur charge propre; lorsqu’une décharge a lieu, l’équilibre entre les différentes parties de la masse nuageuse est momentanément rompu, et des décharges successives s’opèrent entre celles-ci jusqu’à ce qu’un nouvel équilibre électrique soit établi. Ce sont ces décharges qui jouent un rôle dans la prolongation et les renforcements du tonnerre et que l’on entend parfois avant l’éclat principal sous forme de grondements sourds ou de crépitements moins vigoureux.
- En multipliant la vitesse du son (533 m. par se-
- Le bruit du canon s’entend de beaucoup plus loin. Arago rapporte qu’on entendit le canon de Waterloo jusqu’à Creil qui en est distant de 200 km. Le canon tiré par la Hotte britannique dans la rade de Portsmouth, à l’occasion des funérailles de la reine Victoria, a été entendu à 154 km1.
- Si, en même temps que l’on évalue la distance de l’éclair, on peut estimer l’angle apparent de ses extrémités, il est possible, à l’aide de ces éléments, de calculer approximativement sa longueur. On a trouvé ainsi que certains éclairs peuvent couvrir plusieurs kilomètres. M. W. Prinz rapporte2 que Liais, au
- Fig. 5. — En haut : Éclair quintuple (Photographie Touchet, 2ç juillet içoo). En bas : Éclair avec incandescence de l'air (Photographie Touchet, 12 avril IÇ04). A droite : Éclair brillant avec ramifications noires (Photographie Mesmer, 12 avril 1904).
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- conde) par le nombre de secondes qui s’écoulent entre l’instant où l’on perçoit un éclair et celui où l’on entend le tonnerre, on obtient la plus courte distance de l’éclair à l’observateur. La plus grande distance à laquelle on peut entendre le bruit du tonnerre est très variable ; elle paraît dépendre des conditions atmosphériques, de l’orographie de la région qui sépare le lieu au-dessus duquel se produit l’orage de celui où se font les observations, et de l’intensité du tonnerre. Le maximum de cette plus grande distance paraît être 45 km1.
- 1. M. Ltjizet. Association française pour l’avancement des Sciences. Congrès de Lyon 1906.
- Brésil, en mesura un de 15 km; mais ce chiffre paraît toutefois exagéré.
- Nous n’insisterons pas ici sur les effets produits par la foudre5. Nous dirons seulement que, d’après la statistique, « le feu du ciel a tué plus de dix mille personnes, en France seulement, pendant le xixe siècle. Un tel fait mérite d’attirer l’attention ». Il faut remarquer que ce sont là les individus tués net. « Il y a environ cinq fois plus de personnes atteintes. »
- 1. La Nature. Numéro du 7 février 1901.
- 2. W. Pnmz. Étude de la for?ne et de la structure de Véclair par la photographie. Bruxelles-Hayez 1903.
- 5. Yoir C. Flammarion. Les caprices de la foudre.
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- Nous terminerons en signalant l’intérêt que présente la photographie des éclairs. Cette opération ne présente d’ailleurs aucune difficulté lorsque les orages éclatent la nuit. Il suffit pour cela de braquer un appareil photographique (mis préalablement au point pour l’infini), vers la région du ciel ou se manifeste le phénomène, d’ouvrir le châssis et de laisser l’objectif à découvert jusqu’à ce qu’un éclair se produise dans la direction visée. On changera alors la plaque et on en exposera une nouvelle. La photographie aujourd’hui si répandue est à la portée de tous. « Elle est devenue l’auxiliaire indispensable de toutes les sciences où la précision documentaire
- est nécessaire; dans quelques-unes même, elle a été le point de départ de méthodes nouvelles qui ont ouvert des horizons aux chercheurs. Elle constitue un précieux moyen d’investigation en permettant de recueillir avec exactitude et impartialité des documents dont l’utilité ne saurait être contestée1. » Nous attirons aussi l’attention des personnes possédant deux appareils, sur l’importance que présente l’obtention de photographies stéréoscopiques'2. « De tels clichés, étudiés par les procédés de la photo-grammétrie, permettront de déterminer la véritable, forme de l’éclair dans l’espace et d’en connaître les dimensions exactesr\ » J. Loisei..
- NOUVELLES PRESSES ROTATIVES A GRAND DEBIT
- Le nouveau quotidien illustré Excelsior, entrepris par l’Éditeur Pierre Lafitte, est intéressant à bien des points de vue.
- lablement découpé au format voulu. Les premières, au contraire, sont animées d’un mouvement continu : le papier leur est fourni, enroulé en de
- Fig. i. — La première presse rotative Marinoni de 186*1.
- Il marque, entre autres choses, une date dans les annales de l’imprimerie : nous voudrions présenter, de façon succincte, la ' physionomie d’une de ces presses colossales, qui permettent, de tirer, en quelques heures, des centaines de milliers d’exemplaires de journaux à.8, 10, 16 et même 32 pages.
- Chacun sait que l’impression des journaux quotidiens a déterminé l’invention et l’emploi de machines spéciales, dites « presses rotatives », par opposition aux « machines à plat », servant à l’impression des livres. Celles-ci sont animées d’un mouvement alternatif, à vitesse très limitée par conséquent (deux mille feuilles à l’heure) et emploient du papier préa-
- grosses bobines, pesant de 4 à 500 kilos : il est coupé et plié par la machine elle-même, après impression.
- Nous donnons ici, à titre documentaire, une vue de la première rotative, construite en 1867 par Ilip-polyte Marinoni : cette presse employait 8 ouvriers, pour une production de 16000 exemplaires de
- 1. J. Loisel. Guide de l'amateur météorologiste.
- 2. Plusieurs mètres de distance paraissent nécessaires pour fournir un relief suffisant en vue de celte étude.
- 3. E. Toüchet. Bulletin de la Société astronomique de France, 1905. Une partie des figures de cet article a clé empruntée^! cette publication.
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- 4 pages, à l’heure. Ajoutons que le type courant des machines actuellement en service, dans les ateliers du Petit Journal, par exemple, n’emploie que 2 ouvriers et produit, en moyenne, 25 000 exemplaires de 8 pages à l’heure. Le journal sort de la presse encarté, plié, collé et prêt à être expédié : chaque appareil, en outre, enregistre automatiquement sa production, et dispose les journaux par paquets de 50.
- La vogue toujours grandissante des illustrés a amené les usines Marinoni à créer un nouveau type de machines à très grande vitesse, permettant d’imprimer en noir ou en couleurs, des journaux de 8 à 52 pages, présentant des simili-gravures très soignées : une gravure ci-jointe
- Fig. 2 et 3. — En haut : la rangée des 3 presses rotatives li’Excelsior, chacune de ces presses mesure 8 m. 5o de long, 3 m. de large et 4 m. 5o de haut.
- En bas : une presse du Petit Journal donnant 25 000 exemplaires de 8 pages à Vheure. Nos deux photographies, à la même échelle, permettent de comparer les dimensions relatives des deux presses.
- représente une vue de ces presses monumentales.
- Chacune de ces presses se compose de quatre étages, constituant, chacun, un groupe imprimant complet; c’est-à-dire qu’il comporte : la hobine de papier avec ses dispositifs de fixage et de mise en place ; les cylindres portant les clichés; les cylindres dits « de blan-chets », servant de supports au papier au moment de l’impression et tournant au-dessus des premiers ; les encriers alimentés par des pompes à encre électriques; les cylindres coupeurs, les cylindres plieurs, les appareils de distribution et de comptage.
- Chaque presse mesure 8,50 m. de longueur, 3 m. de largeur et 4,50 m. de hauteur. Leur poids total est d’environ 40 tonnes. Enfin, le moteur électrique qui les mène est de 60 chevaux et leur permet de donner les rendements suivants : 50000 exemplaires à l’heure jusqu’à 8 pages; 25000 jusqu’à 16 pages; 12 000 jusqu’à 32 pages.
- En outre, à l’aide d’un dispositif spécialement imaginé pour ces appareils, on peut imprimer un certain nombre de pages en 5 couleurs. Ces différents résultats montrent clairement la
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- perfection mécanique qu’il a fallu réaliser, pour que des organes aussi compliqués puissent tourner à des vitesses aussi grandes, avec un personnel aussi restreint. Toutefois, la plus grande difficulté à vaincre était assurément l’adaptation à ces presses à grande vitesse, d’encrages aussi parfaits que ceux qui étaient jusqu’ici réservés à l’impression des illustrations de grand luxe. C’est le difficile problème qu’on a résolu pour la nouvelle publication en obtenant, avec le record de vitesse auquel on tenait par-dessus tout, la finesse des gravures, la netteté des oppositions, l’absence complète de bavures, de taches ou de décalquages. II est agréable de constater, une fois en passant, que cette supériorité de matériel et d’exécution appartient à une industrie bien française.
- Au point de vue du public, la grande innovation d'Excelsior est de donner presque instantanément par l’image, l’histoire des événements qui se sont déroulés la veille, souvent fort loin. Ce résultat n’avait pas été obtenu, jusqu’ici, d’une façon aussi complète. On sait, en effet, que la suite des opérations à réaliser pour la reproduction des photographies est fort longue, et réclame des soins très spéciaux. Nous allons en donner brièvement une idée.
- Chacun des cylindres d’impression, sous lesquels se déroule la bande de papier, est recouvert de deux surfaces hémicylindriques en métal d’imprimerie qui se nomment « clichés ». Ce sont ces clichés qui, convenablement encrés, reproduisent les dessins ou les textes. ,
- Comment ces clichés sont-ils obtenus? Dès leur arrivée dans les bureaux du journal, les photographies sont reportées en gravures, par des procédés chimiques bien connus, sur une feuille de zinc
- plane. Le dessin y apparaît alors en creux et reliefs. Si la plaque, à l’essai, est reconnue satisfaisante, c’est-à-dire si les noirs sont bien apparents, les blancs bien réservés et, en général, les oppositions bien nettes, elle est envoyée au nickelage pour donner à sa surface la résistance nécessaire. Cette plaque devient alors le type qui servira à la fabrication des moules, dans lesquels on coulera le métal d’imprimerie.
- Ces moules sont établis de la façon suivante : on bat sur la plaque de zinc, à l’aide d’une brosse en crins, une feuille de carton spécial, épais et humide. Le carton prend exactement l’empreinte du zinc gravé : le tout est envoyé sous une presse hydraulique dont le plateau supérieur, creux, est chauffé par de la vapeur. On l’y laisse un quart d’heure environ. Le carton sort durci de cette étuve : les dessins s’y distinguent très nettement, par creux et bosses. C’est ce carton, que l’on force de manière à lui faire épouser la forme intérieure d’un moule hémicylindrique, et sur lequel on fond ensuite le métal d’imprimerie, pour obtenir le cliché. Celui-ci, brut de fusion, est alors travaillé à la main, pour faire tomber les bavures et corriger les irrégularités provenant du coulage. Enfin, il faut encore assurer l’ajustage parfait du cliché sur le cylindre d’impression. On arrive à faire toute cette série d’opérations en cinq heures.
- Ce court aperçu suffit pour donner une idée de l’effort nécessaire pour obtenir des reproductions soignées de photographies. C’est seulement par une répartition judicieuse du travail, et l’heureuse coordination de tous les effets, qu’on a pu atteindre la rapidité d’édition vraiment surprenante à laquelle on est parvenu de nos jours. André Conté.
- LE PRIX NOBEL POUR LA PHYSIQUE
- Le professeur
- Le prix Nobel, fondé en 1896, était décerné l’année dernière pour la physique à l’an des plus illustres représentants de la science française, le professeur Lippmann, bien connu par sa découverte d’une solution du problème de la photographie des couleurs par la matérialisation des phénomènes d’interférence. Cette année, l’aréopage de Stockholm vient de donner ses suffrages à un savant hollandais, membre associé de l’Institut de France, le professeur Van der Waals, l’un des physiciens les plus réputés de notre époque.
- M. Van der Waals, né à Leydc en 1855, est devenu célèbre à la suite de sa découverte d’une équation qui permet, mieux que ne le flisaient les formules de Kan-lune et de Hirn, d’exprimer la relation caractéristique des fluides, c’est-à-dire la relation qui unit le volume spécifique, la pression et la température. 11 a montré quelle expression il convient de substituer, pour chaque gaz, aux lois de Mariotte et de Gay-Lussac, quand on cherche à se rapprocher de la réalité; pour y parvenir, il a eu.l’idée féconde d’étendre aux.gaz les considérations sur lesquelles Laplace avait édifié sa théorie de la capillarité. La méthode suivie par le savant hollandais pour diriger Te calcul en combinant des procédés d’investiga-
- Van der Waals
- | tion très variés dénotait une rare profondeur de vues ; j elle est particulièrement attrayante pour ceux qui étu-! dientau point de vue philosophique la genèse des grandes i théories de la physique moderne, j Grâce à Van der Waals, le parallélisme que l’on avait observé dans les liquides au sujet de certaines propriétés spéciales dans des conditions définies de température et qui ne traduisait que des états comparables, ce parallélisme a pris un caractère général pour tous les fluides, qu’il s’agisse de liquides ou de gaz, et une signification claire. Ainsi que l’a fait remarquer’ M. L. Poincaré, le physicien de Leyde a donné aux mots (( états correspondants )) un sens parfaitement précis ; il a prouvé que les constantes spéciales à chaque corps disparaissent dans l’équation caractéristique lorsqu’on prend pour unités les valeurs correspondantes aux points critiques, et que, sous des états correspondants, deux fluides quelconques ont exactement les mêmes propriétés. On peut remarquer d’ailleurs, comme l’ont prouvé d’abord M. Ladislas Natanson et ensuite Pierre Curie, que le théorème des états correspondants n’implique pas nécessairement l’exactitude de la formule de Van der Waals. Mais ce dernier ne s’est pas contenté d’étudier la statique d’un
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- llaicle unique ; il a envisagé les fluides mêlés, comme formés d’un grand nombre de particules et il a établi alors une équation caractéristique des mélanges, qui repose non plus sur des idées thermodynamiques, comme on pourrait le supposer, mais sur des hypothèses mécaniques; cette équation a fait l’objet d’une savante étude critique de M. Daniel Berthelot. Enfin Yan der Waals a porté ses recherches sur les substances anormales, celles qui sont associées ou dissociées. Mais un exposé plus complet de ces questions qui appartiennent encore actuellement au domaine de la théorie pure ne serait pas à sa place ici. Revenons à des considérations plus utilitaires.
- Un des grands mérites de Yan der Waals, est d’avoir compris, à une époque où personne n’y prenait garde, tout l’intérêt du mémoire qu’un physicien américain, W. Gibbs, avait publié en 1876 « sur Véquilibre clés substances hétérogènes ». C’est en attirant l’attention des savants sur ce mémoire ardu, demeuré presque ignoré pendant quinze ans et dont l’intérêt semblait se réduire à une suite indigeste de théorèmes d’algèbre, que le physicien de Leyde a rendu à la science, et par contrecoup à l’industrie, un service de premier ordre. A cette révélation, l’émotion fut grande, qui s’empara du monde savant, grâce à l’autorité déjà reconnue de Yan der Waals; les physiciens et les chimistes hollandais furent naturellement les premiers à la ressentir, je ne citerai parmi eux, en dehors de M. Bakhnis Roozenboom, que le plus célèbre d’entre eux, le professeur Yan’t Iloff, auquel le Prix de la Science vient d’être décerné il y a un mois, à l’occasion des fêtes du jubilé de l’Université de Berlin.
- Le mémoire de Gibbs contenait la statique thermodynamique presque entière, et c’est à ce titre que les industriels doivent à Yan der Waals pour l’avoir « exhumé », autant de reconnaissance que les physiciens. N’est-ce pas, en effet, d’une étude approfondie de ce mémoire, que sont sorties les multiples applications de la thermodynamique, notamment la liquéfaction des gaz? Si certaines recherches biologiques ont pris un essor considérable et conduit même à des conclusions du plus haut intérêt au point de vue des hypothèses cosmogoniques sur le froid de l’espace, que d’analogies échapperaient, dans le domaine immédiat des sciences appliquées, si l’on ignorait encore la fameuse loi des phases et la notion d’eutexie que Guthrie y a rattachée! C’est leur emploi qui permet de contrôler et de vérifier des faits complexes, tels que
- l’équilibre entre un ou plusieurs corps et le dissolvant qui les touche, et, plus généralement, d’obtenir un guide sùr dans les examens critiques de la mécanique chimique. Il ne faudrait pas croire que ces questions, d’apparence si théoriques, n’intéressent pas les praticiens. De même que les mesures cryoscopiques et tono-métriques fournissent aux expérimentateurs la solution aisée de problèmes d’hygiène très délicats, comme le contrôle du lait ou d’autres substances alimentaires ; de même que l’isotonie .joue en médecine et en physiologie un rôle de plus en plus important, comme le montre l’étude des sérums, de même la loi des phases facilite l’étude des équilibres dans les solutions liquides ou solides, telles que celles des équilibres complexes entre les sels de l’eau de mer, l’étude des aciers et alliages métalliques, l’étude des pétroles, des verres, des ciments, des mortiers hydrauliques. Si le physicien trouve un intérêt scientifique capital à la relation qui définit l’équilibre des systèmes gazeux homogènes, l’ingénieur, de son côté, n’a-t-il pas tout avantage à s’en servir, puisqu’il peut en tirer, par exemple, une connaissance précise des phénomènes de la réduction des minerais dans les fours à gaz ?
- Les travaux de Yan der Waals ont fortement contribué à établir qu’il existe un passage continu pour la matière entre l’état liquide et l’état gazeux. C’était là un point aussi important pour le philosophe que pour le savant. Peut-être n’a-t-on pas encore acquis le même degré de certitude en ce qui concerne la continuité supposée entre l’état liquide et l’état solide ; mais les doutes qui peuvent subsister sur la légitimité de cette conception sont assez faibles pour qui connaît les résultats des recherches sur la cristallographie et la mécanique moléculaire des milieux symétriques que d’éminents physiciens, et plus particulièrement parmi eux le professeur 0. Lehmann, ont poursuivies depuis une trentaine d’années.
- Par son esprit pénétrant, par ses raisonnemenl s précis, par ses prévisions hardies que l’expérience a justifiés, Yan der AYaals a pris une place prépondérante parmi les savants de tous les pays. Il est juste que le retentissement du prix Nobel fasse connaître au public éclairé le nom de ce théoricien qui, par le développement de considérations cinétiques,'a si largement contribué à ouvrir à la science des voies nouvelles, tellement fécondes par les applications qui s’y rattachent, que l’industrie commence seulement à en pressentir l’importance des bénéfices. Cte de Bailleiiacue.
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- Séance du novembre 1910.
- Les poussières des routes goudronnées et la végétation. — M. Guignard dépose une Note de M. Mirande relative à l’action des poussières des routes goudronnées sur la végétation. Cette action a été signalée comme nocive ; on a cité comme exemple des arbres et massifs de l’avenue du Bois-de-Boulogne. Comment le goudronnage est-il nuisible? L’auteur explique que les poussières des routes doivent être mises hors de cause. Mais il en est autrement des vapeurs d’hydrocarbure que dégage le goudron, même solidifié. L’action directe ou non du soleil et l’agitation de l’air au contact des vapeurs, sont dès lors des facteurs importants de la question. Au contact de ces vapeurs, les feuilles se comportent comme en présence des anesthésiques. Elles montrent plus ou moins vite des taches rousses ou noires, conséquence de l’allé-
- Présidence de M. E. Picard.
- ration ou de la mort du protoplasme cellulaire. La chaleur et la tranquillité de l’air favorisent les altérations.
- L’éclipse totale de Lune. — M. Baillaud rend compte des observations faites dans les observatoires de Besançon et Marseille ainsi que dans l’observatoire privé de llem, lors de l’éclipse de Lune du 16 novembre. Le temps a été peu favorable. On a pu cependant noter les instants de quelques occultations d’étoiles et constater, comme il arrive habituellement, des variations de couleur du disque lunaire qui est passé du gris au rouge sombre. A Besançon, l’éclipse a été marquée par une particularité. Une étoile filante est apparue comme une superbe fusée qui serait partie de la Lune et a décrit vers le Nord-Est un arc de 30°.
- Aérodynamique. — M. Cailletet dépose une Note de
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- 416 :::: CHRONIQUE
- M. G. Eiffel résumant des expériences effectuées à son laboratoire du Champ-de-Mars, sur la loi de la résistance de l’air frappant une surface plane obliquement. Cette loi est encore très mal connue. M. Eiffel a construit des graphiques qui indiquent pour des plaques rectangulaires d’allongement et d’inclinaison variables la pression rapportée à ce qu’elle serait sur une plaque normale identique. Il a obtenu clés résultats nouveaux. Le plus remarquable est la valeur élevée et presque paradoxale de la pression pour une plaque inclinée à 37° sur la direction du vent. Cette pression est, en effet, une fois et demie plus grande que sur une plaque carrée normale. Pour les diverses formes de rectangles, les courbes sont très différentes de celles que représentent les formules usuelles. Ce graphique est complété par un autre donnant la position des centres de poussée.
- Plantes fossiles de Nubie. — M. Zeiller communique un travail de MM. Coujat et Fridel relatif à des empreintes végétales découvertes par le premier d’entre eux, dans le grès de Nubie aux environs d’Assouan. Ils ont reconnu parmi elles diverses espèces de dicotylédones, juglan-dites, protoficus, magnolia, étroitement alliées à des formes soit du paléocène de Sézanne, soit du crétacé des Etats-Unis. L’une des plus remarquables et des plus abondantes est un Nelumbium nouveau, Nel. Schwein-furthi très voisin pour le moins du Nel. provinciale des lignites des Bouches-du-Rhône et dans lequel on serait tenté de voir l'ancètre du lotus d’Égypte. Les auteurs assimilent, en fin de compte, le grès de Nubie, dont l’âge a été souvent discuté, à l’étage fuvélien du crétacé supérieur.
- La dimension des pores des bougies filtrantes. — M. Roux analyse une étude de M. Francisque Grenet relative à la porosité des bougies filtrantes. Pour apprécier le diamètre des pores, Fauteur recourt à la capillarité. Il remplit une bougie de mercure et la surmonte"’ d’un tube de 2 m. scellé sur cette bougie. Il plonge "ensuite la bougie dans l’eau. Celle-ci se précipite au travers des pores et vient presser le mercure qui monte dans le tube. Si les pores sont larges, l’ascension est peu considérable; Mais l’auteur a pu expérimenter sur des bougies dont les pores étaient tellement fins que l’eau montait à une hauteur de 2 m. et s’y maintenait. En employant les
- L’industrie du cheveu. — Le cheveu humain est devenu un article industriel; effet de la mode! Il donne lieu à un commerce fort important qui se centralise principalement dans le Sud-Est de la Bohême aux . environs d’Irhow-Kamenitz, Chotebor, Chrast et Raubovitz. C’est là qu’on traite les cheveux de toutes provenances pour en faire ces ornements capillaires aujourd’hui indispensables à l’élégance féminine. La matière première a deux sources principales, la Chine et la Bohême elle-même. De très grandes quantités de cheveux sont importés de Chine, viâ Trieste et Hambourg. Les cheveux sont blanchis chimiquement par l’eau oxygénée, assortis par longueurs, puis teints. Les longueurs varient de 15 cm à 85. Le travail de classement est fait par des jeunes filles et des femmes ; le blanchiment et la teinture par des hommes.
- Les cheveux chinois servent surtout à faire des filets pour coiffures de dames. En 1908, on a exporté pour plus de 1 250 000 francs de ces filets. Le cheveu destiné
- formules de la capillarité, on peut calculer la dimension des canaux des pores. Cette expérience permet de se rendre compte des divergences d’opinions sur la barrière que les bougies filtrantes opposent au passage des microbes. Si l’on prend, en effet, une bougie sèche que l’on met en contact d’une eau contenant des microbes, ceux-ci sont entraînés, lant est violent l’effort qui se produit. Mais si l’on place d’abord la bougie dans une eau stérilisée, il n’en est plus de même et les microbes sont arrêtés. Ainsi l’inefficacité des bougies provient d’un mauvais emploi.
- Un parasite de guêpes africaines. — M. Bouvier présente une Note de M. Roubaud sur un parasite des guêpes sociales africaines du genre belonogaster qui ont été déjà de sa part l’objet d’une communication. Les nids de cette guêpe sont fréquentés par une mouche vivipare, qui malgré, la surveillance dont elle est l’objet, pénètre dans les nids et dépose ses larves sur les œufs ou les larves contenus dans les alvéoles. Les larves de la mouche pénètrent dans le corps des larves de guêpes et s’y nourrissent, sans que l’évolution de ces dernières soit arrêtée. Elle attaque d’abord le plasma sanguin, puis, quand la larve parasitée a fermé d’un cocon de soie l’alvéole, elles s’attaquent aux téguments proprement dits, après quoi elles abandonnent le corps de leur hôte et vont se réfugier au fond de l’alvéole close. Cette dernière serait une prison mortelle pour la future mouche sans la voracité des guêpes qui ouvrent l’alvéole pour se repaître des restes de la larve. La mouche parasite des belonogaster est très meurtrière pour les guêpes de ce genre, mais ses ravages sont limités, parce qu’elle est elle-même victime d’un petit hyménoptère. Ce chalcidien enfonce sa tarière dans la larve des guêpes attaquées par les larves de la mouche. Il dépose ainsi un grand nombre d’œufs dans ces dernières larves qui seront dévorées par les larves provenant de la ponte. Si la tarière manque la larve de la mouche, les larves de chalcidiens se nourrissent mais elles sont à leur tour dévorées par les guêpes lorsque celles-ci ouvrent l’alvéole pour dévorer les débris de larves de guêpes.
- Élection. —M. Francotte, de Bruxelles est élu correspondant de la section d’anatomie et zoologie en remplacement de M. Van Beneden. Cii. de Vilijedeuil.
- à la confection des perruques, postiches, etc., provient de Bohême, de Moravie et de Silésie. La Moravie et la Bohême fournissent les qualités supérieures.
- La récolte des cheveux ne manque pas d’originalité : elle est l’apanage de marchands ambulants, dûment patentés. Ces commerçants, accompagnés de leur épouse, font de grands voyages à travers la campagne, vont de maison en maison, et dépensent des flots d’éloquence pour amener femmes et jeunes filles au sacrifice total ou partiel de leur chevelure. Les plus persuasifs peuvent, dans une tournée de 4 à 6 semaines, récolter jusqu’à 7 kg de cheveux. Les prix payés dépendent de la longueur et surtout de la couleur des cheveux. Ce commerce comporte des transactions fort curieuses; beaucoup de femmes traitent leur chevelure comme une forêt ; elles en adjugent l’exploitation à un marchand et celui-ci procède par coupes partielles espacées de 4 ans. Le prix d’une chevelure peut varier de 10 fr. à 100 fr. La Bohême exporte annuellement plus de 6000 kg de cheveux.
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- CHRONIQUE
- Le Gérant : P. Masson. —Imprimerie Lahure, rue de Flcurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE
- TRENTE-HUITIÈME ANNÉE — 1910
- DEUXIEME SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Acétylène (Du danger de fumer à proximité des appareils à), 282.
- Aciers : résistance à l'écrasement, 534.
- Aérodrome en chambre lîrianne (L’j, 505.
- Aérodynamique, 410.
- Aéronautique végétale. 57 l.
- Aéroplanes (Comment on mesure l'altitude atteinte par les), 586.
- Alaska (Les indigènes de 1’), 105.
- Alpes (La défense militaire des), 260.
- Alternateur à résonance (T. S. F), 56.
- Ambre (L’industrie de F), 56.
- Amérique au xi" siècle (Les Scandinaves en), 55.
- Animaux et la météorologie (Les), 145.
- Appcll : Vie et œuvre, 598.
- Arc équatorial (Mensuration nouvelle de F), 158.
- Argon : cohésion diélectrique, 62.
- Armées de millions (Les), 182.
- Associations végétales (Les), 357.
- Asymétrie humaine (L’), 502.
- Audition chez les cnïanls (La faculté d’), 568.
- Aviation aux grandes manœuvres de 1010 (L*), 215. _
- Aviation en juin 1910, 73.
- Aviation et les moteurs (L’), 86.
- Aviation et l’enseignement des grandes manœuvres do 1910 en Picardie (I/), 293.
- B
- Balance (Amortissement des oscillations des lléaux de), 48.
- Supplément au n° 1957 de La Nature
- Ballons (Tir cou Ire les), 205.
- Barrage gigantesque sur le Mississipi, 176.
- Berges et dunes (Protection des), 283. Billets de banque (Machine américaine pour la fabrication des), 257. Bilboquet humain, 599.
- Blanchiment des farines, 67. Blanchiment électrique des textiles, 162. Bois de la Côte d'ivoire, 175.
- Botanique expérimentale, 351.
- Bougies filtrantes : dimensions des porcs,
- 416. '
- Bourdonnements d’oreille, 585.
- Bureaux télégraphiques modernes, 181.
- c
- Cadrans solaires fixes (L’heure juste à la campagne par les), 178.
- Callose : propriétés, 144.
- Calorimétric humaine (La) : le laboratoire de nutrition à Boston, 258.
- Cambodge ancien : archéologie, 501.
- Cancer : traitement par l'électricité, 128.
- Canon à tir rapide : affût de campagne à deux dcmi-llèchcs, 388.
- Caoutchouc : raffinage, 406.
- Caoutchouc, son exploitation, sa culture (Le), 530.
- Cartographie, 176.
- Châmplicu (Oise) (La catacomhe de), 519.
- Charcot (Résultats scientifiques de la seconde expédition), 210.
- Chasse (Une école de), 111.
- Chemin de fer do Bangkok à la Malaisie britannique, 285.
- Cheveu (Industrie du), 416.
- Chimie appliquée (L étal actuel de la) 367.
- du 26 Novembre 1910.
- Chimie des très basses températures, 6l.
- Chloroforme dans le sang, 78.
- Chlorophylle : résistance des cellules chlorophylliennes, 128.
- Cinématographe balistique (Les), 365.
- Circulation à Londres et à Paris (I/ac-croisscmcnt de la), 237.
- Coco (I/csscncc de), 567.
- Cœur (Enregistrement des variations électriques du), 101.
- Comète de d’Arrest, 222.
- Comète de Ilallev, 1, 16, 50, 47, 62, 78, 144, 382."
- Comète de Hallcy : vitesse des matériaux de la queue, 158.
- Comète de llalley : photographies. 372.
- Conductibilité électrique des liquides isolants, 567.
- Congrès solaire à 2000 m. d’altitude. 214.
- Conserves et nouveaux procédés de fermeture (Boîtes de), 251.
- Constantinople (La décanisalion à), 255.
- Constantza (Le port de), 159.
- Couleurs à la lumière (Comment mesurer la solidité des), 579.
- Coulomp (Basses-Alpes) (La source du), 302.
- Crabe des cocotiers (Le), 289.
- Croiseur cuirassé Lion (marine anglaise), 250.
- Cuisine automobile de l’Empereur d'Allemagne, 85.
- D
- Découverte dans les usines américaines (L'organisation de la), 258.
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- Déleclcur portatif pour télégraphie sans fil, 46.
- Dents chez les Annamites (Le vernissage des), 567.
- Déplacements (Mesure des petits), 567. Dirigeable Clément-Bayard II, 405.
- E
- Eaux potables (Étude, captage, adduction et protection des), 255.
- Eau pure est un poison (I/), 62.
- Eau : rôle dans le sol, 582.
- Eaux : stérilisation, 554.
- Eclairage au gaz des trains, 165.
- Egypte : fouilles, 191.
- Electricité dans Paris, 45.
- Elcclrocullurc(Nouveaux essais d’), 187. Elévateur Bessonnel-Eavrc, 585. Éponges et spongieulture eu Tunisie, 267.
- Explosifs à base de nitrate d'ammoniaque, 398.1
- Etalons industriels de longueur (Les), 130.
- •Étincelle (Action d’un champ magnéLiquc sur 1’), 416.
- Étoile : occultation par une planète, 227. Étoiles (Parallaxes d’), 382.
- Évolution et stabilité, 244.
- Exposition anglo-japonaise de Londres,
- 170.
- Exposition de locomotion aerienne (L’), 557.
- Exposition Universelle de Bruxelles (L’), 297.
- Extraits végétaux : préparation, 48.
- F
- Farines (Le blanchiment des), 67.
- Faune marine, 47.
- Fermentation alcoolique (Nouvelles recherches sur la), 371.
- Fils métalliques (Nouveau procédé de fabrication des), 210.
- Filtrage des eaux en terrain calcaire, 271.
- Flore du Cantal, 128.
- Foudre : bilan, 502.
- Foudre et éclairs, 408.
- Freins pour navire de guerre, 115.
- Froid (Station expérimentale de l’Association française du), 285.
- Fruits secs (L’industrie des), 123.
- Furonculose des poissons, 144.
- G
- Galets des côtes normandes (Danger de l’exploitation des), 177.
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Garganlas du Haut-Aragon (Les), 120. Gaz d’éclairage au fond d’un lac (Exploitation de), 157.
- Gaz des métaux, 519.
- Gaz des volcans, 47.
- Gaz : éclairage intensif, 69.
- Gaz rares : préparation, 582.
- Gaz rares dans l’atmosphère, 15.
- Gaz volcaniques, 16.
- Géologie des écrivains, 60.
- Germanium (Propriétés du), 78. Germination et eau, 15.
- Gerncz (Désiré), 400.
- Glace au Canada (Le commerce de la), 117.
- Glaciers : variations, 95.
- Graphite artificiel (Le), 292.
- Grêlons (Photomierographies de), 206. Grêlons en été (Gomment on peut conserver des), 108.
- Grenade Marlen Haie (La), 11.
- Grottes peintes du Soudan français, 85. Guêpe nouveau (Un type de), 246. Guêpes africaines, 416.
- Gymnastique en chambre : appareil, 19F Gymnastique respiratoire (La), 275.
- H
- Ilalagc électrique à l’embouchure de la Wcscr, 114.
- Haricot : transformations, 398. Hémogrégarine du python, 128. Héphaistos (Sur l’origine du culte d’), 228.
- Heure : transmission aux navires, 50. Homme de la Chapcllc-aux-Saints, 16. Hôpital pour poissons, 209.
- Huggins, 16.
- lluitrcs contaminées (Épurationdes), 552. Huîtres des eaux contaminées, 382. Hygromètre d’un nouveau genre, 207.
- I
- Industrie chimique allemande (L’), 507. Inondations de Paris (Incertitude sur la hauteur des anciennes), 158. Inondations de Paris : mesures de défense, 175.
- Ions des llammcs, 95.
- K
- Koch, 10.
- L
- Laboratoire de nutrition à Boston (Le), 238.
- Lacs dans l'Asie centrale (Le niveau des), 271.
- Lait : toxicité sous l'influence de la nourriture, 50.
- Levage (Nouvel appareil de), 221.
- Lichens : constitution, 144.
- Limons glaciaires de la vallée de la Seine, 518.
- Linge (Le bouillage du), 92.
- Locomotive américaine (Nouveau l.vpe de), 287.
- Locomotive système Garnill des chemins de fer de Tasmanie, 525.
- Longitudes : détermination par la T. S. F., 115.
- Lumière sur la végétation (Influence de la), 62.
- Lune (L’éclipse totale de), 415.
- M
- Machine à vapeur (Les récents progrès de la), 241.
- Machine frigorifique Leblanc, 41.
- Magnétisme et les taches solaires d’après les travaux de Paie (Le), 527.
- Main droite cl main gauche, 117.
- Maïs (L'origine asiatique du), 257.
- Maladies contagieuses des métaux, 25.
- Marée sismique, 246.
- Maroc : géologie, 15, 582.
- Marrakech (Procédés d’irrigation dans la plaine de), 273.
- Mâts extensibles (Un nouveau genre de), 180.
- Médecine expérimentale, 554.
- Mer (Variations du niveau de la), 382.
- Métallogénie, 94.
- Métaux (Action lente de l’eau de mer sur les), 144.
- Métaux (Maladies contagieuses des), 25.
- Métropolitain (Archéologie du), 20.
- Métropolitain : ouverture de la ligne Nord-Sud, 321.
- Microscopes (Un carrousel à), 5.
- Milieu sur les êtres vivants (L’influence du), 65.
- Mine polaire, 401.
- Minerais de fer du Jura franconien, 566
- Minerais de fer : ressources de l’Algérie cl de la Tunisie, 525.
- Minerais de fer : ressources de Ha France, 12.
- Momie brésilienne, 272.
- Monorail en Alaska (Le), 178.
- Monstre acéphale, 567.
- Moteur à combustion Diesel, 590.
- Moteur sans soupapes Kuighl, 278.
- Moutons (Tonte mécanique des), 161.
- Muraille préhistorique eu Algérie, 51
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- N
- Navires en marche (L’arrêt des). 24G. Neptune (La découverte de), 356. New-York : le nouvel Hôtel de Ville, 193. Nicotine : production industrielle, 93. Nil (Inconvénients de la surélévation du plateau du), 144.
- Nimcs-lc-Vicux, 583.
- Nitrates du Chili, '199.
- O
- Observatoire du mont Wilson, 214. Océanographie, 16.
- Oiseaux lumineux (Les), 271.
- Opéra radiotéléphonique (!/), 129.
- Or au Canada (ta fièvre de 1’), 271. Ozone dans l'atmosphère (Destruction de
- n, i5.
- P
- Palestine. (La résurrection de la), 556.
- Paludisme des oiseaux (Immunité dans le), 207.
- Paris et les chemins île fer (L'approvisionnement de), 524.
- Paris sous le second empire (La transformation de), 51.
- Fastcur (Un précurseur de), 189.
- Peinture chinoise au Musée Guirnet (La), 4.
- Pélican dans l’Egypte ancienne, 218.
- Pendules à longue marche (Les), 115.
- Perturbations solaires et phénomènes météorologiques, 95.
- Pétrole (Origine du), 158.
- Phosphorescence polarisée, 598.
- Photographies de décharges électriques, 550.
- Photographie météorologique, 159.
- Picard (E.), 62.
- Fisc : la tour penchée est elle en danger ? 225.
- Plantes fossiles de Nubie, 416.
- Poids atomiques, 225.
- Poissons et l’automobilisme (Le transport des), 31.
- Pôle en ballon (Au), 349.
- Pont flottant de Mechra ben Abbou, dans les Chaouia, 202.
- Ponts de pierre (Les), 229.
- .Poteaux et tubes creux en béton armé : fabrication mécanique, 594.
- Poterie dans la Nigèric du Sud (La),514.
- Poussières dans les mines (Les coups de), 97.
- Poussières des routes goudronnées, 287.
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Poussières des routes goudronnées et la végétation, 415.
- Presses rotatives à grand débit, 412. Pressions sur les tubes (Effets des), 582. Prix Nobel pour la physique : M. Vau der Waals, 414.
- Projecteurs militaires automobiles, 8. Pyrénées : abîmes, 583.
- R
- Radioactivité (Comment ou mesure !a), 128.
- Uudium (Densité de l’émanation de), 128.
- Radium (Etalons de), 544.
- Radium métallique : préparation, 227.
- Rage : virus rabique, 78.
- Raid Mourmclon-Vinccnues (Le), 79.
- Lavons ultra-violets : action chimique, 144.
- Rayons ultra-violets : action sur certaines plantes, 271.
- Rayons ultra-violets (Décomposition des corps organiques par les), 207.
- Rayons ultra-viole ts et les spores (Les), 95.
- Recensements etrangers (Les) : Amérique, Allemagne, 290.
- Réclame lumineuse (Une innovation en), 555.
- Règle à calcul gigantesque pour le pari mutuel, 49.
- Remous de l’air dus au mouvement d’une hélice, 128.
- Résines : synthèse artificielle, 191.
- Roches des environs deCherchcll, 50.
- S
- Sacs (Coque deviennent les vieux), 502.
- Sahara (Mission scientifique au), 95.
- Saumon du Nord-Pacifique (Les pêcheries de), 154.
- Scandinavcsen Amérique au xr; siècle, 55.
- Scluaparelli, 99.
- Sclérotique des oiseaux, 223.
- Sclérotique : structure, 128.
- Scorpion se suicidc-t-il ? (Le), 506, 596.
- Serpents et musique, 502.
- Service des fouilles archéologiques en Belgique (Le), 282.
- Sismographe, 79.
- Sous-marins : à propos du naufrage du Pluviôse, moyens dont on dispose pour relever un sous-marin coulé, 17.
- Sous-marin : appareil de sauvetage pour les matelots, 30.
- Sous-marins (Comment mieux assurer le sauvetage des), 55.
- Sous-marins coules (L’appareil adopté eu Angleterre pour sauver les équipages des), 148.
- Sous-marins et l'industrie privée (Les), 81.
- Sous-marin : le submersible français Archimède, 355.
- .... •---......... 419
- Sous-marins : renflouement par les électro-aimants, 55.
- Sucre, nouveau, 382.
- Suifals d’alumine : action catalytique, 159.
- Synthèse photochimique, 47.
- T
- Télégraphie sans lil : i'alterualeur à résonance, 56.
- Télégraphie sans fil : récepteur, l it).
- Télégraphie sans fil sur ballons dirigeables (La), 316.
- Téléstéréographe Belin, 38.
- Températures stellaires (Appareil pour mesurer les), 247.
- Temps : transmission des signaux par câbles, 287.
- Ténérilfe (Quelques observations à), 65.
- Terrains sédimcnlaircs : laminage, 598.
- Tigres de Vladivostock (Les), 255.
- Tir contre les ballons, 205.
- Titane en métallurgie (Le), 190.
- Tour Eilfel (Oscillations de la), 207.
- Tourbe au Canada (L’utilisation de la), 225.
- Tract’on électrique sur les chemins de fer, 152.
- Traite électrique des vaches, 569.
- Transport de force électrique paralysée par un insecte (Ligne de), 257.
- Transport, rapide aux Philippines, 48.
- Transporteur mécanique à tapis d’acier, 109.
- Truffes : développement, 15.
- Truites : maladie, 175.
- Trypanosomes (Cause de destruction des), 552.
- Trypanosomes (Nouvelle maladie à), 225.
- Trypanosomiases : nouveau traitement, 287.
- Tuberculose (Hérédité de la), 552.
- Tunnel du Mont Orso (Recoupement d’un abîme par le), 210.
- Turbine à eau minuscule, 51.
- Typhus exanthématique : immunisation, 176.
- Typhus : immunisation, 287.
- Typhus : transmission, 78.
- V
- Vaccination des bovidés, 79.
- Van der Waals, 414.
- Varices: traitement chirurgical, 15,583. Vase (Le goût de), 598.
- Végétaux (Action de la lumière solaire sur les), 547.
- Venin de cobra : mode d’action, lit). Vénus': atmosphère, 159.
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- INDEX ALPHABETIQUE
- Verre (Les pûtes de). 522.
- Vin de deux mille ans (Un), 270.
- Vin île Bourgogne (L’amertume du), 225. Voix : analyse cl synthèse des phénomènes xocaux; l(i.
- Volcans fÜéarlions a l’intérieur des), 94.
- Vunnan : néologie et climatologie, 271,
- Zèbres et zébroïdes, 194. Zojlithes (Gisements de), 12S.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Amans (Dr). — Aéronautique végétale, 574.
- Baili eiiaciie 'Comte de). — Le prix Nobel pour la physique : le professeur Van der Waals, 414.
- Ilux (IL). — L’industrie des fruits secs, 123.
- IIoxxa’ i'k 'L.).— Un nouveau type de locomotive américaine. 287.
- Bonnes (R). — La traction électrique sur les chemins de fer, 152. — Les récents progrès de la machine à vapeur, 241. — Protection des beiges et. des dunes, 283. — Moteur à combustion Diesel, 590.
- Boussac (P.-IL). —Le pélican dans l’Égypte ancienne, 218.
- Boyer (.1.). •— Les maladies contagieuses des métaux, 23. — Enregistrement des variations électriques du cœur, 101. — Un hôpital pour poissons, 209. — Appareil pour mesurer les températures stellaires, 247. — Machines américaines pour la fabrication des billets de banque, 179. — Comment mesurer la solidité des couleurs à la lumière, 579.— Fabrication mécanique des poteaux et tubes creux en béton armé, 594.
- Ciialmaiiès (G.). — Détecteur portatif pour télégraphie sans til, 46. — Règle à calcul gigantesque pour le pari mutuel, 49. — Le bilboquet humain, 599.
- Ci'Api.et (A.). — Le bouillage du linge, 92. — Le blanchiment électrique des textiles, 162. — L’organisation de la découverte dans les usines américaines. 158. — Les pâles de verre, 522. —• Le raffinage des caoutchoucs, 406.
- Colix (Capitaine E.-R.). — Le raid Mourmclon-Vinecnncs, 79.
- Conté (A.). — Comment on mesure la radioactivité, 28. — Nouvelles presses rotatives à grand débit, 412.
- Courut'(H.). — L’influcncc du milieu sur les cires vivants, 65. — Les animaux et la météorologie, 145. — Le crabe des cocotiers, 289.
- D. (Capitaine) — L'aviation aux grandes manœuvres de 1910, 225. — L’avialien et renseignement des grandes manœuvres de 1910 en Picardie, 293. — Alfùt de campagne à deux demi-llècbcs pour canon à tir rapide, 588.
- Danxe (J ).— Etalons de radium, 544.
- De Launay (L.). — L’industrie de l’ambre, 36. — La géologie des écrivains, 60. — Les nitrates du Chili, 190. — Au pôle en ballon, 349. — Les minerais de fer du Jura franconien, 366. — Une mine polaire, 401.
- Delsaüx (J.). — Le scorpion sc suicidc-t-il ? 506, 530.
- Desfosses (Dr P.). — La gymnastique respiratoire, 275.
- Duclaux (.1.). — Les nouvelles recherches sur la fennenta-tion alcoolique, 571.
- Foucix (V.). — Transport rapide aux Philippines, 48. — Les transformations de Paris sous le second Empire, 51.— Les indigènes de l’Alaska, 103. — Le commerce de la glace au Canada, 117. — Les pêcheries de saumon du Nord-Pacifique, 134. — Momie brésilienne, 272. — Le caoutchouc, son exploitation, sa culture, 330. — Une innovation en réclame lumineuse, 535. — La faculté d’audition chez les enfants, 568.
- Fournier (L.). — Nouveaux pro;ecteurs militaires automobiles, 8. — Le téléstéréograpbe Bclin, 59. — La détermination des longitudes par la T. S. F., 115. — La tonte mécanique des moulons, 101. — Les bureaux télégraphiques modernes, 181. — Le moteur sans soupape Knight, 278, — L’élévateur Bcssonnet-Favre, 383. — Le dirigeable ClcniKti(-Bayard II, 403.
- Gaueceau (E.). — Les associations végétales, 557.
- Graoenwitz (D1' A.) — Un carrousel à microscopes, 3. — La cuisine automobile de l’empereur d’Allemagne, 85. — Un transporteur mécanique à tapis d’acier, 109. — Le lialage électrique à l’embouchure de la YVVscr. 114. — L’opéra radiotéléplinnique, 129. — Le port de Gonstantza. 159 — Un nouveau genre de mâts extensibles, 180 — Un hygromètre d’un nouveau genre, 207. — l a locomotive système Carrait des chemins de 1er de Tasmanie, 323. — Photographies de décharges électriques, 551. — Le cinématographe balistique, 565.
- Guillaume (Ch.-E.). —Les étalons industriels de longueur. 130.
- Guyexot (TJr É.). — Évolution et stabilité, 244.
- J acquis (Ch.). — L’électricitc dans Paris, 43. — L’éclairage au gaz des trains, 165.
- IIlckel (G.-A.). — Les Scandinaves en Amérique au xic siècle, 55.
- L. (E. de). — L’archéologie du métropolitain, 20.
- Larreit de Laciiariuèke (J.). — Le ponL flottant de Médira ben Abbou, dans les Chaouia, 202. — Les procédés d’irrigation dans la plaine de Marrakech, 275.
- Lafitte (J.-P.). — La peinture chinoise au musée Guimct, 4.
- — Les grottes peintes du Soudan français, 85. — La poterie dans la Nigénc du Sud, 514.
- Lallié (N.). — Roîtes de conserve et nouveaux procédés de fermeture, 231.
- Laumaxjat (J.). — La machine à allumettes « Automal-Rol-ler », 209.
- Lemaire (E.).— L’exposition anglo-japonaise de Londres, 170.
- — L’industrie chimique allemande, 507.
- Lenoir (M.). — Les recensements étrangers : Amérique, Allemagne, 290.— L’approvisionnement de Paris et les chemins de fer, 574.
- Loisel (J.). — La photographie météorologique, 159. — La foudre et les éclairs, 408.
- Mader (F.).— La source du Coulomp (Basses-Alpes), 502.
- Malliivnd (U.). — La traite électrique des vaches, 569.
- Martel (E.-A.). — Danger de IcxploiUtion des galets des côtes normandes, 177. — Élude, captage, adduction cl protection des eaux polables, 235. — La cataeombo de Cliamplicu (Oise), 519. — Nîmcs-le-Yieux (Lozère), 585.
- Mascart (J.). — Quelques observations à Ténériffe, 63. — Schiaparclli, 99.
- Miramil (R.). — Les « armées de millions », 182.
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- LISTE DES AUTEURS
- 422
- Nicou (['.). — I.os ressources de la France en minerais de fer, 12. — Les ressources de l’Algérie et de la Tunisie en minerais de fer, 525,
- Nobox (D‘j.— Une mission scientifique au Sahara, l'influence des perturbai ions solaires sur les phénomènes météorologiques, 95.
- Oüahé (D1'). — La décamsalion à Constantinople, 255.
- Petit (IL). — L’aviation et les moteurs, 86. — Comment on mesure l’altitude atteinte par les aéroplanes, 586.
- Poupet (Ë.). — Les ponts de pierre, 229.
- Piuvat-Deschanel (P.).— La pêche des éponges et la spongi-culturc en Tunisie, 267.
- R. (A.). — La défense militaire des Alpes, 260.
- Ramackers (L.). —L’Exposition universelle de Bruxelles, 297.
- Regelsperger (A.). — Les bois de la Côte-d’Ivoire, 175.
- Reixach (À.-.I.). — Sur l’origine du culte d’Hépliaistos, 228.
- Renaudot (G.). — Un Congrès solaire à 2000 m. d’altitude. L’Observatoire du mont Wilson, 214. — Le magnétisme et les taches solaires, d’après les travaux de M. G. Haie, 527.
- Reverchox (G.). — Les pendules à longue marche, 115.
- Rousset (IL). — Nouveaux essais d’électro culture, 186.
- Rousset (H.). — L’action de la lumière solaire sur les végétaux, 345.
- Rudaux (L.). — La comète de Halley, 1. — Résultats scientifiques cle la seconde expédition Charcot, 210.
- Saporta (A. de). — L’heure juste à la campagne avec les cadrans solaires fixes, 178.
- Sauvaiiie-Jourdax (A.). — A propos du naufrage du Pluviôse, moyens dont ou dispose pour relever uu sous-marin coulé, 17. — Comment mieux assurer le sauvetage des sons-marins, 53. — Les sous-marins et l'industrie privée, 81.— I/appareil adopté en Angleterre pour sauver
- les équipages des sous-marins coulés, 148. — Le croiseur cuirassé Lion (marine anglaise), 250. — Le submersible français Archimède, 353.
- Seaua.e (J-C.;. —• Le renflouement des sous-marins par les électro-aimants, 55.
- Serve (L.). — La grenade Marlen llale, 11.
- Steuvai, (A.). — Les garganlas du Haut-Aragon, 120.
- Taris (E.) — L’aviation en juin 1910, 75.
- Thoci.et (J.). — Un précurseur de Pasteur, 189.
- Touciiet (E.). — La découverte de Neptune, 356.
- Tridot-Laspière (J.). — Le titane en métallurgie, 190.
- Troi.ler (A.). — La machine frigorifique Leblanc, machine à vapeur d’eau, 101. — Les coups de poussières dans les mines, les moyens préventifs, de M. Talfanel, 97.— Nouvel appareil de levage, 221. — L’aérodrome en chambre. Briannc, 305. — L’exposition de locomotion aérienne, 537.
- Tuouessabt (E.).— Zèbres et zébroïdes, 194.
- Y. (,!.). — L'éclairage intensif par le gaz, 69.
- Yili.edeuu, (Ch. de). — Académie des sciences, séances hebdomadaires, 15,30, 47, 62, 78, 94, 110, 128, 144, 158, 175, 207, 223, 227, 246, 271, 287, 502, 334, 552, 567, 382, 398, 415.
- Vim.ers (R.). — Une turbine à eau minuscule, 31. — Un progrès eu télégraphie sans lil, l’alternateur à résonance, 56.— Ue blanchiment des farines, 67. — Une école de chasse, 141. — Appareil de gymnastique en chambre, 191,
- — Le nouvel Hôtel de Yillc de New-York, 195.-— La calori-mélrie humaine : le laboratoire de nutrition à Boston, 258.
- — Le graphite artificiel, 292. — La télégraphie sans lil sur ballons dirigeables, 316.
- Weixberg (B.).— Comment on peut conserver les grêlons en été, 108.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués dans cette table en lettres italiques.
- I. — ACADÉMIE DES SCIENCES.
- Académie îles Sciences (Cn. de Yilledeuil). . 15, 50,
- 47, 02, 78, 94, 110, 128, 144, 158, 175, 207, 22"n 227, 246, 271, 287, 502, 334, 352, 307, 582, 398, 415
- Désiré Cernez......................................400
- La vie et. l'œuvre de M. F. Picard................. 62
- La vie et Vœuvre, de M. A. Appell..................598
- II. — ASTRONOMIE.
- La Comète de Halley (L. Ruraux)..................... 1
- Quelques observations à Ténériffe (.1. Mascart) , . . . 63
- Scbiaparelli (J. Mascart)........................... 99
- Un Congrès solaire à 2000 m. d'altitude : l’observatoire
- du mont Wilson (G. Renaudot)........................214
- Appareil pour mesurer les températures stellaires
- (J. Boyer)........................................ . 247
- Le magnétisme cl les taches solaires, d’après les travaux
- de il. G.-E. Ilalc (G. Renaüdot).................527
- La découverte de Neptune (F. T.)....................556
- Photographies de la Comète de Halley................572
- Observation.s de la comète de Halle;/............... . 16
- La Comète de Halley.................................... 30
- La Comète de Halley. . ................................ 47
- Les variations d’aspect de la Comète de Halley . . 62
- La Comète de Halley.................................... 78
- La Comète de Halley....................................144
- La Comète de Halley....................................582
- JA atmosphère de la planète Vénus......................159
- La vitesse des matériaux de la. queue de la- Comète
- de Halley...........................................158
- Retour de la Comète de d’Arrcst........................222
- Occultation d’étoile par une planète...................227
- Parallaxes d’étoiles...................................382
- L’éclipse totale de Lune...............................415
- III. - SCIENCES PHYSIQUES.
- 1. Physique.
- Un carrousel à microscopes (A. Gradenyvitz)............. 5
- Les maladies contagieuses des métaux (J. Boyer) ... 25
- Comment on mesure la radioactivité (A. Conté). ... 28
- Les pendules à longue marche (L. Reyerciiox) .... 115
- Les étalons industriels de longueur (Ch.-E. Guillaume). 130 Un hygromètre d’un nouveau genre (A. Gradenyvitz) . 207
- Les récents progrès de la machine à vapeur (B. Boxxix). 141
- Etalons de radium (J. Danne). ..........................544
- Le cinématographe balistique (A. Gradenyvitz) .... 563
- Comment mesurer la solidité des couleurs à la lumière (J. Boyer)................................................579
- Le prix Nobel pour la physique : le professeur Y an der
- AYaals (Comte de Baili.eiiaciie)....................414
- Amortissement des oscillations des fléaux de balance ................................................ 48
- La densité de l’émanation de radium....................128
- Action lente de l’eau de mer sur les métaux .... 144
- Les oscillations de la tour Eiffel.....................207
- Préparation du radium métallique.......................229
- La résistance à Vécrasement des aciers.................534
- Mesures des petits déplacements........................567
- Effets des qn'essions sur les tubes....................582
- La phosphorescence polarisée ..........................598
- Dimension des pores des bougies filtrantes.............416
- Aérodynamique..........................................416
- 2. Électricité.
- Le téléstéréographe Bclin (L. Fournier)................... 58
- L’électricité dans Paris (Cn. Jacquin)............... 45
- Détecteur portatif pour télégraphie sans fil (G. Ciial-
- jiarès)................................................ 46
- Un progrès cn télégraphie sans lil, l'alternateur à résonance (R. Yillers)......................................... 56
- La détermination des longitudes par la T. S. F. (1,. Fournier) .................................................. . 113
- I/opéra radiotéléphonique (A. Gradenyvitz).............. . 129
- Les bureaux télégraphiques modernes (L. Fournier). . 181
- Photographie de décharges électriques (A. Gradenyyttz). 350
- Les ions des flammes...................................... 95
- Récepteur pour la .télégraphie sans fil................. . 110
- Une ligne de transport de force électrique paralysée
- par un insecte....................................... 257
- La transmission des signaux de temps par câbles . 287
- Le bilan de la foudre.....................................302
- La conductibilité électrique des liquides isolants. . 507
- Action d'un champ magnétique sur l’étincelle . . . 416
- 3. Chimie
- Le graphite artificiel (I\. Yillers)..................292
- Synthèse photochimique ............................... 47
- Nouveaux modes de préparation des extraits végétaux ................................................. 48
- La chimie des très basses températures................ 61
- Cohésion électrique de l'argon........................ 62
- Les propriétés du germanium........................... 78
- Action chimique des rayons ultra-violets..............144
- Propriétés de la callose..............................144
- Action catalytique du sulfate d'alumine...............159
- La synthèse industrielle des résines..................191
- Décomposition des corps organiques par les rayons
- ultra-violets......................................207
- L’amertume du vin de Bourgogne........................227
- Poids atomiques.......................................225
- L’essence de coco.................................... 367
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-
-
-
- 424 — TABLE
- L étal actuel de la chimie appliquée.........
- La préparation des gaz rares.................
- Un sucre nouveau.............................
- Emploi des explosifs à hase de ni (raie d’ammoniaque ......................................
- IV. - SCIENCES NATURELLES.
- 1. Géologie. — Physique du globe.
- La géologie clés écrivains (L. Dr Latjvay).........
- Géologie du Maroc..................................
- Les gaz volcaniques..............................
- Roches des environs de Chercliell..................
- Les gaz des volcans................................
- Réaction à l’intérieur des volcans...............
- L’origine du pétrole...............................
- La géologie et la climatologie du Yunnan...........
- Géologie du Maroc..................................
- Le laminage des terrains sédimcntaircs.............
- 2. Météorologie.
- Une mission scientifique au Sahara, l’influence des perturbations solaires sur les phénomènes méléorolo-
- giques (Dr Nodon)...............................
- Comment on peut conserver des grêlons en été (B.
- Wei.yrerc)......................................
- La photographie météorologique (J. Loisei.)........
- Les animaux et la météorologie (H. Courix).........
- Photomicrographic de grêlons.......................
- La foudre et les éclairs (J. Loisel)...............
- La destruction de l'ozone dans l’atmosphère .... Les gaz rares dans l’atmosphère....................
- 3. Biologie. — Physiologie.
- L'influence du milieu sur les êtres vivants (II. Coupin). Enregistrement des variations électriques du cœur
- (J. Boveh)......................................
- Un précurseur de Pasteur (J. Thoulet)..............
- Évolution et stabilité (E.. Guyekot)...............
- Les nouvelles recherches sur la fermentation alcoolique (J. Duclaux).................................
- Analyse et synthèse des phénomènes vocaux . . . .
- Le chloroforme dans le sang........................
- Les rayons ultra-violets et les spores.............
- Mode d’action du venin de cobra....................
- L’immunité dans le paludisme des oiseaux...........
- L’asymétrie humaine................................
- Une corrélation biologique curieuse : les cornes et
- les pattes des cervidés.........................
- Les transformations du haricot.....................
- 4. Zoologie.
- ‘*>4 *
- Les pêcheries de saumon\du Nord-Pacifique (V. Fournis).
- Zèbres et zébroïdes (E. FroÙ&ab^) . . ,...........
- Hôpital pour poissons (J. Boyer) . . « ...........
- La pèche des éponges cl la spongiculturè en Tunisie
- (P. Privat-Deschanel)...................... .
- Le crabe des cocotiers (H. Coüpin).......-....
- Le scorpion se suicidc-t-il? (J. Delsaujc), 306 Y.
- Faune marine..................................
- La vaccination des bovidés.........................
- L’hémogrégarine du python..........................
- La structure de la sclérotique.....................
- La furonculose des poissons........................
- Une maladie des truites..............................
- La sclérotique des oiseaux.........................
- MATIÈRES
- Un type de guêpe nouveau............................240
- Les tigres de Vladivostock........................ 255
- Les oiseaux lumineux................................270
- Musique et serpents.................................502
- Monstre acéphale....................................567
- Le goût de vase.....................................598
- Un nid de guêpes africaines . . ....................416
- 5. Botanique.
- Le caoutchouc, son exploitation, sa culture (V. Forbik). 550 L’action de la lumière solaire sur les végétaux (II. Rous-
- set).................................................545
- Les associations végélales (F. Gadeceal)................557
- L’eau et la germination................................. 15
- Le développement des truffes........................... 15
- Influence de. la lumière sur la végétation.............. 62
- La résistance des cellules chlorophylliennes .... 128
- La flore du Gaulai..................................... 128
- La constitution des lichens.............................144
- L’origine asiatique du maïs.............................237
- Action des rayons ultra-violets sur certaines plantes. 271
- Le blanc de chêne.......................................519
- Botanique expérimentale................................354
- Les poussières des routes goudronnées et la végétation............................................. 415
- Plantes fossiles de Nubie...............................416
- V. — MÉDECINE. — HYGIÈNE.
- Appareil de gymnastique en chambre (R. Yu.lers). . . 191
- Élude, captage, adduction cl protection des eaux potables (E.-A. Martel)...............................255
- La calorimélric humaine : le laboratoire de nutrition à
- Boston (R. Yillers)..................................258
- La gymnastique respiratoire (P. DeskossesI.............275
- La faculté d’audition chez les enfants (Y. Forrin) . . . 568
- Traitement chirurgical des varices..................... 15
- Toxicité du lait sous l’influence de la nourriture. . 50
- L’eau pure est un poison................................ 62
- Virus rabique.......................................... 78
- La Iransmissi) u du typhus.............................. 78
- Traitement des tissus cancéreux par l’électricité. . 128
- L’immunisation contre le typhus exanthématique. . 176
- L’origine des nerfs du bras et rie la main.............228
- Marée sismique.........................................246
- L’immunisation contre le typhus........................287
- Nouveau médicament pour le traitement des trypanosomiases ....................................... 287
- La stérilisation des eaux.............................334
- Médecine expérimentale.................................334
- L’épuration des huîtres contaminées....................352
- Une cause de destruction des trypanosomes.............552
- Hérédité de la tuberculose . . 552
- Les huîtres des eaux contaminées.......................3S2
- Traitement chirurgical des varices.....................385
- Les bourdonnements d’oreille...........................385
- VI. — GÉOGRAPHIE
- Les gargantas du Haut-Àragou (A. Stery.u.'...........120
- Le port de Constantza (A. Gradenwitz)................159
- L’exposition anglo-japonaise de Londres (E. Lemaere). . 170
- Les bois de la Côte d’ivoire (G. Regrlsperger, .... 175
- Danger de l’exploitation des galets des côtes normandes
- (E.-A. Martel).......................................177
- Recoupement d’un abîme par le tunnel du mont Orso
- (Italie)............. ...........................210
- Résultats scientifiques de la seconde expédition Charcot
- (L. Rodaux)................ .................... • 210
- La décanisation à Constantinople (Dr Oeadé)............255
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- ..... . :------TABLE DES
- J,os procédés d'irrigation dans la plaine de Marrakech
- (J. Ladreit de Laciiareière)......................275
- Les recensements étrangers : Amérique. Allemagne
- (M. I.enoir) .......................... . 2!)0
- I/cxposilion universelle de Bruxelles VJ. Ra.mackers) . . 297
- La source du Gnulomp (Basses-Alpes) (F. Maher) . . . 302
- Nimes-le-Vieux (F.-A. Martei.)......................... 385
- Océanograph ic.......................................... 16
- Nouveau sismographe..................................... 79
- Les variations des glaciers............................ 95
- Inconvénients de la surélévation du plateau du Nil. 141 La mensuration nouvelle de l'are équatorial. . . . I3S
- Cartographie........................................170
- L'utilisation de la tourbe au Canada....................223
- L'accroissement de la circulai ion à Londres cl à
- Paris.................................................257
- Le filtrage des eaux en terrain calcaire................271
- La fièvre de l’or au Canada.............................271
- Le. niveau des lacs de l’Asie centrale.............. 271
- Les limons glaciaires de Ia vallée de la Seine ... 518
- La résurrection de la Palestine.........................556
- Variations du niveau de la mer..........................382
- Le rôle de l'eau dans le sol............................582
- Les abîmes des Pyrénées.................................385
- VII - ANTHROPOLOGIE - ETHNOGRAPHIE. ARCHÉOLOGIE.
- La peinture chinoise au musée tiuimel (J.-P. Lafitte). 4
- L’archéologie du métropolitain (K. de L.)............. 20
- Les Scandinaves en Amérique au xi* siècle (G.-A. lli 35
- Transport rapide aux Philippines (Y. Forbin).......... 48
- Les grottes peintes du Soudan français J.-P. Laeittej . 85
- Les indigènes de l’Alaska (V. Forbin).................... 103
- Le pélican dans l’Fgvplc ancienne (P. 11. Boussac). . . 214
- Sur l’origine du culte d’Ilcphaïstos (A.-J. Reinach) . . 228
- Momie brésilienne (Y. Foriüx).............................272
- Le service des fouilles archéologiques en Belgique. . . 282
- La poterie dans la Nigérie du Sud (J.-P. Lafitte). . . 314
- La calacomhe de Champlieu (Oise) (E.-A. Martei.). . . 519
- L’homme de la Chapelle-aux-Saints.......................... 16
- Une grande muraille préhistorique découverte en
- Algérie............................................... 51
- La main droite et la main gauche..........................117
- Fouilles en Egypte....................................... 191
- Un vin de 2U00 ans........................................270
- Archéologie de l’ancien Cambodge..........................501
- Le vernissage des dents chez les Annamites .... 567
- L’industrie du cheveu.....................................416
- VIII. - SCIENCES APPLIQUÉES
- 1. — Mécanique. — Technologie. — Industrie. Arts industriels.
- Une turbine à eau minuscule (B. Yii.i.ehs)............... 51
- L’industrie de l’ambre (L. Dr: Launay)...................... 56
- J,a machine frigorifique Leblanc, machine à vapeur
- d’eau (A. Trouer)......................................... 41
- Règle à calcul gigantesque pour le pari mutuel (G. Ciiau-
- marès)................................................. 49
- Le blanchiment des farines (A. Chapeet)..................... 67
- L’éclairage intensif par le gaz (J. Y.) ........ 69
- Le bouillage du linge (A. Chapeet)....................... 92
- Un transporteur mécanique à tapis d’acier (A. Giu-
- DENWITZ.)..............................................109
- Le commerce delà glace au Canada (Y. Fordix) ... 117
- L’industrie des fruits secs (II. Blin)......................125
- La tonte mécanique des moutons (L. Fournier). . . . 161
- Le blanchiment électrique des textiles (A. Chapeet,. . 162
- MATIÈRES - ...425
- L’heure juste à la campagne avec les cadrans solaires
- (A. m: Sapokta'i....................................178
- Un nouveau genre de mâts extensibles (Dr G. Grades witz)...............................................180
- Nouveaux essais d’électro-culture (11. Rou.-set) .... 186
- Nouvel appareil de. levage (A. Trouer).................221
- Boîtes de conserves et nouveaux procédés de fermeture (N. Lai.i.ié)......................................251
- Machines américaines pour la fabrication des billets de
- banque (J. Boyer)...................................257
- L’organisation de la découverte dans les usines américaines (A. Chapeet).....................................258
- Le moteur sans soupapes Knight (L. Fournier) .... 278
- La machine à allumettes « Automat Roller » (J. Laiuian-
- jat)................................................299
- L’industrie chimique allemande (E. Leaiaire)...........507
- Les pâles de verre.....................................522
- Une innovation en réclame lumineuse (V. Fordix). . . 555
- La traite électrique des vaches (II. Marchand) .... 569
- L’élévateur Bessonnet-Favrc (L. Fournier)..............585
- Le moteur à combustion Diesel (R. Bonnes)..............590
- Fabrication mécanique des poteaux et tubes creux en
- béton armé (J. Boyeii)..............................594
- Le. bilboquet, humain (A. Cualmauès)...................599
- Le raffinage des caoutchoucs (A. Ciiapi.et)............406
- Nouvelles presses rotatives à grand débit (A. Conté). . 412
- La production industrielle de la nicotine................ 95
- Nouveau procédé de fabrication de fils métalliques. 210 Du danger de fumer à proximité\des appareils à
- acétylène...........................................282
- La station expérimentale de L association française
- du froid............................................285
- Ce que deviennent les vieux surs.......................502
- 2. — Travaux publics. — Art de l’ingénieur.
- La transformation de. Paris sous le second Empire
- (Y. Forbin)........................................... 51
- Le hnlagc électrique à l'embouchure de la VYescr (A. Giu-
- denavitz)..............................................114
- Le nouvel Hôtel de Ville de New-York (R. Yiu.ersj . . 195
- Le pont Bottant de Mechra lien Abbou, dans les Chaouias
- (J. Ladreit de Laciiarrière)...........................202
- La tour penchée de Pise est-elle en danger? .... 225
- Les ponts de pierre (E. Poüpet)...........................229
- Protection des berges et des dunes (R. Bonnes) .... 283
- Ouverture de la ligne métropolitaine Nord-Sud de Paris. 521
- Pue exploitation de gaz- au fond d’un lac................157
- Incertitude sur la hauteur des anciennes inondations
- de Paris............................................. 158
- Mesures de défense contre Les inondations de Paris. 175
- Un barrage gigantesque sur le Mississipi.................176
- Les poussières des roules goudronnées....................287
- 3. — Mines et métallurgie.
- Les ressources de la France en minerais de fer (P. Ntcou). 15 Les coups de poussières dans les mines, les moyens
- préventifs de M. Tajïanel {A. Troller)........... 97
- Le titane en métallurgie (J. Tribot-Laspière)........190
- Les nitralcs du Chili (L. 1)e Launay)..................194
- Les ressources de l’Algérie et de la Tunisie en minerais
- de fer (P. Nicou). \ . ".........................528
- Une mine polaire (L. De Launaï)........................401
- Les minerais de fer du Jura franconien (L. De Launay). 567
- Métallogénie.......................................... 94
- Gisements de zoolilhes.................................128
- 4. — Transports : Chemins de fer. — Automobilisme.
- La cuisine automobile do l'empereur d’Allemagne (A. Cradenwitz)...................................
- 83
- p.425 - vue 429/431
-
-
-
- 426 .......: ..—........= TABLE
- La traction électrique sur les chemins de fer (II. Box-
- xin): ............................................
- L’éclairage au gaz des trains (Ch. Jacquin)..........
- Un nouveau type de locomotive américaine (E. Bonxaffé). La locomotive système Garratt des chemins de fer do
- Tasmanie (A. Gradeswitz)..........................
- L’approvisionnement de Paris et les chemins de fer
- (M. Lenoir).......................................
- Le transport des poissons et l'automobilisme. . . .
- Le monorail en Alaska................................
- Le chemin de fer de Bangkok à la Malaisie Britannique. ..............................................
- 5. — Aéronautique.
- L’aviation en juin lü 10 (E. Taius)..................
- Le raid Mourmelon-Vinccnnes (Capitaine E.-li. Colin).
- L’aviation et les moteurs (H. Petit)............
- Le tir contre les ballons............................
- L’aviation aux grandes manœuvres de 1910 (Capitaine D.)............................................
- L’aviation et l’enseignement des grandes manœuvres de
- 1910 en Picardie (Capitaine I).)..................
- 1/aérodrome en chambre Briannc (A. Trom.er) .... La télégraphie sans fil sur ballons dirigeables (11. Yil-
- lers).............................................
- L’exposition de locomotion aerienne (A. Troller) . . .
- Au pôle en ballon (L. De Launay).....................
- Aéronautique végétale (Dr Amans).....................
- Comment on mesure l’altitude atteintc par les aéroplanes (II. Petit)...................................
- Le dirigeable Clément Bayard II (L. Fournier) . . . Les remous de l'air dus au mouvement d’une hélice.
- MATIÈRES =====
- 6. — Marine.
- A propos du naufrage du Pluviôse : moyens dont on dispose pour relever un sous-marin coulé (A. Sau-
- vaire-Jourdan) . ..................................... 17
- Comment mieux assurer le sauvetage des sous-marins
- (A. Sauvairk-Jouruan)................................. 53
- Le renflouement des sous-marins par les électro-aimants
- (J.-C. Seailt.es).................................. . 55
- Les sous-marins et l’industrie privée (A. Sauvaire-
- Jourdan).............................................. 81
- L’appareil adopté en Angleterre pour sauver les équipages des sous-marins coulés (A. Sauvaire-Jourran). 148 Le croiseur cuirassé Lion (marine anglaise) (A. Sau-
- y a ire-Jourdan)................................... ‘259
- Le submersible français Archimède (A. SauVaire-Jourdan).............................................. 555
- La transmission de l’heure aux navires................... 39
- Appareil de sauvetage destiné aux matelots des
- sous-marins . ... .................................... 59
- Freins pour navires de guerre............................195
- L'arrêt des navires en marche...........................‘249
- 7. — Art militaire.
- Nouveaux projecteurs militaires automobiles (L. Fournier) ................................................... 8
- La grenade Marten Haie (L. Serve.......................... . 11
- Une école de chasse (II. Yiu.ers).........................111
- Les « armées de millions » (P. Miramii.,.................182
- La dél'ense militaire des Alpes (A. R )..................209
- Affût de campagne à deux demi-flèches pour canon à tir rapide (Capitaine I)).....................................588
- DES
- 152
- 165
- 287
- 523
- 524
- 31
- 178
- 285
- 73
- 79
- 86
- 293
- 225
- 293
- 305
- 316
- 537
- 549
- 574
- 586
- 403
- 128
- LIA DLS TABLES
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- PALtIS, IMPRIMERIE GÉNÉRALE LAI1URE 9, Rue de Fleuras, 9
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