La Nature
-
-
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- p.n.n. - vue 1/432
-
-
-
- LA NATURE
- BEYHE DES SMEJBES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- ABONNEMENTS
- Paris. Un an...................... 20 fr. *> Départements. Un an........
- — Six mois...................... 10 fr. » — Six mois....
- Étranger : le port en sus.
- Les abonnements d’Alsace-Lorraine sont reçus au prix de 25 fr.
- 25 fr. » 12 fr. 50
- Prix du numéro : 50 centimes
- Cobdeil. — Typ. et stér. Cbétb.
- p.n.n. - vue 2/432
-
-
-
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- HONORÉ PAR M. LE MINISTRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE d’uNE SOUSCRIPTION POUR LES BIBLIOTHEQUES POPULAIRES ET SCOLAIRES
- RÉDACTEUR EN CHEF
- GASTON TISSANDIER
- ILLUSTRATIONS
- DESSIN ATE URS
- MM. BONNAFOUX, FÉRAT, GILBERT, E. JUILLERAT, A. TISSANDIER, etc.
- GRAVEURS
- MM. BLANADET, DIETR1CH, MORIEU, SMEETON-TILLY PÉROT, etc.
- G. MASSON, EDITEUR
- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- 120, BODLEVARD SAINT-GERMAIN
- Page de titre n.n. - vue 3/432
-
-
-
- T V;
- 'Wmëv
- %M0"
- "vafe
- •>'»•• •<*'••
- .à.#?' *' •*
- „ V *:•*••*
- ’ -vl, 41 ^
- '‘-iït'ïjï
- " ’ '• ;
- "'.iSij'v '/ ;‘
- . r
- '•" 'r"
- ’p,.
- •- „ * '>-r< ••-
- ;.,2.:.«v. t <
- •.«y’.-
- •,$'• 7Kï
- M,
- Z'#*?.
- , ' y. -,-^Ti
- T^.
- ,v*v.
- -V i-,v
- À'.} :' '
- : ••
- WH*
- 1:'
- .... :.
- .•'
- -:~:Y y ’.,.
- ’*• f'.’.. •- ',, '. <?.-' ‘K-' • ‘ L" .-. '"' "• L K-*» ’- '
- 'a^vf
- -T.-j
- v*
- .s*1;--'
- '£W’
- ‘-k
- ' ;.;/ «Pi'*,'
- ••.:'• ).'&'$&i
- p.n.n. - vue 4/432
-
-
-
- 5* ANNÉE. — N° 183.
- 2 DÉCEMBRE 1870.
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE l’ÉPOQÜE TERTIAIRE.
- NOTIONS PRÉLIMINAIRES.
- C’est à l’aide de débris épars des anciens organes, entraînés jadis au fond des eaux, tantôt recouverts de matières sédimentaires plastiques, tantôt encroûtés par le dépôt de substances minérales variées, et conservés à l’état d’empreinte ou bien encore incorporés à la rocbe elle-même, que les botanistes-paléontologues ont essayé depuis un demi-siècle, mais surtout dans le cours des vingt dernières années, de reconstituer les éléments de la végétation qui a recouvert la surface du globe aux diverses époques de la formation de son écorce. Ces dernières expressions sont empruntées aux premiers travaux d’Adolphe Brongniart, une de nos gloires nationales, dont la botanique fossile, qu’il avait eu l’honneur de fonder en France, a déploré récemment la perte1. On conçoit que l’eau ayant été le véhicule principal et des sédiments et des végétaux dont les sédiments ont empâté les fragments et gardé les vestiges, les empreintes fossiles se soient multipliées de préférence au fond de certaines lagunes et de certains estuaires, dont les bords étaient à la fois favorables au développement des plantes et à l’apport des argiles, de la vase ou du sable fin, dans lesquels ces plantes ont pu aisément laisser tomber leurs feuilles, leurs fleurs, leurs fruits ou des portions de leur tige, entassés à l’état de résidus. L’idée d’attribuer cette conservation à des déluges, à des catastrophes subites, à des destructions violentes et universelles, a été abandonnée à mesure que les fossiles végétaux ont été examinés de plus près. Les lits qui recouvrent ou accompagnent les charbons minéraux de toutes les époques sont généralement riches en empreintes végétales, non pas par l’effet de quelque submersion rapide de l’ancien sol où elles crois-
- 1 Voy. 4e année 1876, 1" semestre, p. 337.
- S5 année. — 1er semestre.
- saient, mais uniquement par la raison que les combustibles tirés du sol : anthracites, houilles ou lignites, n’ont pu se produire qu’à la façon de nos tourbes par l’accumulation lente, au sein de vastes marécages, de tous les débris carbonisés des plantes qui les encombraient. Lors donc qu’un terrain se trouve riche en lits de charbon, il faut simplement en conclure que la région au sein de laquelle ces charbons se sont formés était couverte à un moment donné de lagunes peuplées de plantes aquatiques et que l’état de choses qui favorisait le développement de ces plantes eut autrefois une durée suffisante pour permettre aux détritus provenant de leurs débris décomposés de s’accumuler au fond des eaux. Ces résidus se sont ensuite convertis, au moyen d’une opération chimique bien connue, favorisée par la présence de l’eau, en un lit plus ou moins épais de combustible. Si d’autres lits, schisteux ou compactes, ont recouvert les premiers et renferment des empreintes, c’est qu a l’action des seuls végétaux livrés à eux-mêmes, s’entassant et se décomposant peu à peu, est venue se joindre celle d’un apport de sédiment, susceptible de recouvrir les végétaux vivants ou récemment détachés et de les soustraire à la destruction, en leur fournissant un moyen de conservation.
- Il est parfaitement naturel que les terrains et les dépôts dont nous parlons aient attiré l’attention avant les autres, non-seulement comme les plus riches, mais aussi comme ayant été l’objet d’explorations et de travaux suivis, entrepris dans un but d’utilité pratique. C’est ainsi que les houillères et les plantes si nombreuses et si curieuses qui les accompagnent ont été connues depuis très-longtemps et étudiées, alors que les espèces des terrains plus récents étaient encore ignorées ou négligées comme insignifiantes.
- L’histoire du globe et des êtres vivants qu’il renferme remonte à une antiquité prodigieuse;, les siècles se comptent par milliers, peut-être même par centaines de milliers, dans la succession de ces
- 1
- p.1 - vue 5/432
-
-
-
- 2
- LA NATUHE.
- sortes d’annales; la végétation s’est modifiée lentement et graduellement à travers les âges ; elle s’est enrichie et complétée peu à peu ; d’autre part, elle a perdu, en se complétant, des types qu’elle possédait originairement,pendant que se déroulait la durée immense des périodes successives. La végétation est maintenant plus complexe, plus variée qu’elle ne l’était dans les époques primitives, mais elle ne comprend plus depuis longtemps la plupart des végétaux, simples de structure, grandioses de stature, originaux d’aspect, qui lui servaient alors d'ornement; leurs descendants amoindris, ceux du moins qui les représentent dans la nature vivante, sont réduits à n’être plus que des herbes humbles et subordonnées ou bien si l’on en rencontre encore quelques exemples, ce ne sont que des exceptions et des singularités, perdues au milieu de la foule de nos végétaux modernes, plus parfaits comme organisation, doués d’un tempérament plus robuste et en tout moins exigeants que ceux des premiers temps.
- On a souvent parlé des cryptogames et des gymnospermes, des prèles, des fougères, des lépidoden-drées, des sigillariées et dernièrement des cordaï-tées de l’époque des houiiles; on a également décrit à bien des reprises les cycadées, les conifères et les fougères des temps secondaires. Mais on a plus rarement insisté, pour la répandre et la vulgariser, sur la physionomie revêtue par la végétation dans un âge moins reculé, je veux parler de l’âge tertiaire, c’est-à-dire d’un temps où la flore se composait à peu près des mêmes éléments que de nos jours, où les arbres et les plantes, sur le penchant des montagnes, dans les plaines, dans le fond des vallées ou sur le bord des eaux se trouvaient combinés comme maintenant, mais où l’Europe cependant était loin encore de ressembler à ce qu’elle est devenue, puisqu’elle gardait un climat relativement chaud et que longtemps elle posséda des palmiers jusqu’au delà du 55e degré de latitude nord.
- Dans un court et modeste article je ne saurais avoir la prétention de tout dire ni de tout expliquer. 11 me faut bien élaguer et choisir, tellement la moisson des faits est immense ; je veux examiner quelques-uns d’entre eux, parmi les plus saillants et les moins obscurs. Dans ce que je dirai, le lecteur trouvera certainement des traits qu’il ne soupçonne pas, des détails qui l’étonneront, des phénomènes à peine entrevus par les hardis pionniers de la science : c’est que la botanique fossile, loin d’être enfermée dans un cadre immuable, l’agrandit et le déplace chaque jour. Elle voit ses aspects varier, ses perspectives s’étendre, ses horizons s’écarter pour en découvrir d’autres plus éloignés, destinés à fuir à leur tour un peu plus tard. Cette science mobile obéit à l’éternel devenir du philosophe Hégel ; elle est en train de se faire ; mais, tout en cheminant avec elle et sans chercher à l’arrêter, ceux qui s’intéressent à ses progrès peuvent en résumer l’enchaînement et la portée. C’est bien ce que je vou-
- drais essayer, n’ignorant pas combien il est difficile d’effleurer tant de choses, en m’efforçant de n’être pas trop technique. Il faut bien, malgré mon désir d’éviter les développements, procéder par ordre et poser les termes de la question, avant d’en aborder les détails. — L’époqne tertiaire, dans laquelleje vais me renfermer, a succédé à celle de la craie, dernier terme de la série secondaire. Celle-ci comprend trois grandes divisions, le trias, le jura et la craie ; le jura se partage en deux divisions : le lias et l’oo-lithe, subdivisés eux-mêmes en un certain nombre d’étages. La craie a été également sectionnée en étages; je ne les mentionnerai pas ici et j’ajouterai que cette mention serait inutile. Dès que l’on se propose uniquement de suivre la marche et de décrire les manifestations de la vie, il ne faut pas attacher à ces noms d’étages et de terrains une signification trop absolue, comme s’ils répondaient vraiment à des barrières entre lesquelles les divers êtres ou collections d’être auraient été parqués de manière à ne pouvoir les franchir. En réalité, ce sont là des chapitres de l’histoire du globe, des périodes plus ou moins habilement limitées par le génie parfois heureux, souvent étroit et systématique, de l’homme, à qui il faut des sections, des lignes divisoires, des commencements et des fins; tandis qu’en dehors de lui, sous le regard de l’infini, la nature marche librement, à pas inégaux, sans entraves, continuant son œuvre, poussant la vie dans le labyrinthe des sentiers multiples où elle s’engage insouciante, se faisant un jeu des catastrophes partielles, avançant toujours vers le terme qui fuit incessamment devant elle, mais vers lequel, sans se lasser, elle gravite éternellement.
- En considérant les choses de près, on reconnaît qu’il n’y a pas d'étages nettement limités, pas d’âge qui débute ni qui se termine; il y a des êtres vivants et, en dehors de ces êtres, des phénomènes physiques. Les premiers sont influencés par les seconds; ils avancent ou reculent selon les circonstances, luttant ensemble, s’excluant ou s’associant, profitant pour s’avantager de tous les incidents qui favorisent leur essor, se modifiant dans des proportions dont la mesure nous échappe, ou b en s’arrêtant pour traverser presque sans varier des périodes entières. Finalement une portion de ces êtres finit par succomber et disparaître à jamais. Au dehors d’eux cependant, le ciel, les climats, les agents physiques, le sol, les continents et les mers, tout change, tout varie, tout se modifie, sans doute sous l’empire d’une loi générale, dont il n’est pas impossible que nous ne finissions par saisir le secret.
- Avant l’époque tertiaire, le règne végétal, longtemps pauvre et monotone, bien que puissant par intervalles, s’était cependant complété par l’adjonction de la classe des Dicotylédones angiospermes, et, à côté de cette classe, celle des Monocotylédones, longtemps faible et subordonnée, avait également grandi, quoique dans une moindre proportion. Au
- p.2 - vue 6/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 5
- moment où s’ouvre celte grande époque, le climat est tempéré plutôt que très-chaud ; l’hiver est encore nul ou presque nul ; la mer échancre l’Europe sur bien des points d’où elle s’est ensuite retirée. Notre continent est plus découpé que de nos jours ; pourtant l’Europe est déjà une terre continentale d’une étendue considérable. La grande chaîne qui constitue actuellement son ossature pi'incipale n’existe pas ou ne forme encore que des hauteurs presque insignifiantes; peut-être à sa place d’autres montagnes, maintenant ruinées, élevaient-elles leur cime; mais ce sont là des conjectures que les recherches futures auront pour tâche de confirmer. Ce qui est certain, c’est que peu de temps après le début des temps tertiaires, c’est sur la ligne des Alpes et le long des Pyrénées que la mer s’établit et s’avance, laissant des îlots, comme pour jalonner la direction selon laquelle se prononceront plus tard ces massifs, dont le rôle et l’aspect ont si fort changé depuis lors.
- Pendant la durée des temps tertiaires, non-seulement l’Europe est découpée par des mers qui la pénètrent à plusieurs reprises et dans plus d’un sens, mais elle se couvre de lacs dont l’emplacement varie, comme celui des mers elles-mêmes, et dont il est difficile, justement à cause de cette circonstance, de dresser la carte, puisque beaucoup d’entre eux n’ont pas existé simultanément et que souvent, dans les oscillations qui se produisaient, il s’est trouvé que le fond d’un lac, soulevé, a servi de littoral et de terre ferme, soit à une mer, soit à un autre lac, venant occuper la place de ce qui n’avait été jusque là qu’un sol émergé. Ces mouvements oscillatoires, comparés à ceux d’une char* nière, sont bien connus des géologues, et, quant aux lacs tertiaires, la Botanique fossile leur doit, de même qu’aux tufs ou calcaires concrétionnés, aux cendres volcaniques consolidées ou cinérites, ainsi qu’aux divers limons déposés par les cours d’eau, la conservation des plantes fossiles de chaque couche ou étage successifs, dont la réunion constitue la série des formations tertiaires. C’est à l’aide de ces moyens que l’on a pu recomposer la chronologie des phases par lesquelles la végétation a passé, en retrouvant à chacun des échelons de la série, au moins quelques vestiges des plantes que possédait l’Europe contemporaine. C’est un ensemble presque sans lacunes que l’on obtient de cette façon, puisqu’il n’est pas, pour ainsi dire, d’étages ni de sous-étages qui n’aient fourni quelques spécimens ; mais cet ensemble est inégal et imparfait en ce sens que nos connaissances ne s’appuyent que sur des documents partiels, que le hasard seul a mis entre nos mains et qui font succéder, sans raison apparente, à une profusion parfois étonnante, une pénurie presque absolue, faite pour désespérer, sans que l’on ait pour cela le droit d’en être surpris.
- Longtemps on ne s’est enquis ni des causes véritables, ni de la signification réelle de cette pénurie ntermittente. On recueillait des espèces pour les
- enregistrer et les décrire, mais sans leur attribuer un sens autre que celui qui résulte du fait même de leur existence. Parfois on a poussé l’esprit de système jusqu’à croire que les empreintes fossiles traduisaient exactement le passé et qu’une flore appauvrie ou des spécimens clair-semés étaient l’indice de l’indigence de la végétation contemporaine. Enfin on a également admis, sans preuves et comme de confiance, qu’une flore fossile locale nous faisait connaître l’association de plantes qui couvrait alors tout un pays et que ce pays ne possédait pas une foule d’autres espèces, à côté de celles dont on observait les vestiges. De cette manière de raisonner sont nécessairement sorties une quantité d’appréciations erronées, que les recherches et les découvertes futures redresseront peu à peu. Dans les détails que je vais donner je suivrai une marche et j’adopterai une méthode bien différentes. Je m’efforcerai avant tout de particulariser les découvertes et d’appliquer aux divers dépôts d’où proviennent les plantes fossiles le sens vrai qu’ils comportent, celui de représenter autant d’associations d’espèces végétales, localisées et restreintes, dont il s’agit avant tout de fixer la physionomie et de définir la portée, en évitant toutes les tendances exagérées.
- Au point de vue exclusif des modifications que la végétation a éprouvées, l’époque tertiaire prise dans son ensemble se partage en cinq divisions ou périodes secondaires, désignées dans l’ouvrage d’un éminent paléophytologue1, à partir de la plus ancienne, sous les noms de Paléocène, Êocène, Oligocène, Miocène, Pliocène. Ce sont là des phases précédées ou suivies de passages et de liaisons, n’ayant elles-mêmes rien d’absolument fixe dans leur physionomie d’un bout à l’autre de leur durée; mais enfin ces phases mobiles, si peu nettement limitées qu’on les suppose, sont cependant des étapes qui marquent le chemin que la nature végétale a suivi en Europe, dans sa marche à travers les temps tertiaires. Elle ne l’a pas accomplie cette marche si longue, sans éprouver des vicissitudes de toutes sortes, sans se modifier peu à peu ; elle a remplacé successivement chacune des formes qu’elle possédait à l’origine par des formes voisines, alliées de près à leurs devancières et cependant différentes de celles-ci à certains égards; puis, à partir d’un certain moment, sous l’influence d’une température qui devenait insensiblement plus froide et moins égale, la végétation européenne s’est vue dépouiller peu à peu de ses éléments les plus précieux, d’une foule de types dont la présence ne lui laissait rien à envier aux pays méridionaux les plus richement favorisés; alors seulement un âge est venu où, par l’effet des progrès lentement accomplis de cette élimination, la flore de notre continent est restée telle que nous la connaissons, peuplée d’espèces appropriées aux exigences climatériques de la zone tempérée froide dans le Nord et le
- 1 Schimper, Traité de pal. vég., t. Ht, p. 680 et suiv.
- p.3 - vue 7/432
-
-
-
- 4
- LA NATURE.
- entre, moins dévastée dans le Midi on l’on ren- ' contre encore çà et là un certain nombre de types éehapppés à la destruction, réfugiés sur quelques points et attestant par leur persistance le souvenir d’un état de choses depuis longtemps changé, mais dont ils furent pourtant les témoins.
- Chacune des cinq périodes que je viens de signaler, malgré le peu de précision de leurs limites respectives, revêt pourtant une physionomie saisissa-ble et se rattache à une configuration spéciale du sol européen, souvent très-différente de ce qu’elle était dans la période antérieure ou suivante et souvent aussi bien éloignée de ce qu’elle est maintenant sous nos yeux. Mais il convient d’ajouter pourtant que l’ensemble des terrains tertiaires répond à une si longue durée, qu’il serait inexact de croire que la distribution des terres et des mers soit demeurée stable dans l’intérieur de chaque période ; le contraire est vrai, du moins pour quelques-unes d’entre elles, et pendant Téocène, comme pendant le miocène et le pliocène, les mers ont changé de lit et d’assiette à diverses reprises, ou même les nappes lacustres ont été remplacées par des bassins marins et réciproquement, sur les mêmes lieux, sans que ces variations, immenses lorsqu’on les considère en elles-mêmes, aient entraîné dans la végétation contemporaine aucune perturbation assez sensible pour justifier l’établissement d’une période à part, correspondant au temps précis où elles s’accomplirent. C’est ainsi que dans le cours du miocène, la Suisse fut d’abord couverte de lacs (étage aquitanien), puis envahie par la mer de la mollasse (étage molas-sique ou helvétien), dont le retrait partiel donna plus tard lieu à l’établissement, de nouvelles nappes lacustres (étage œningien).
- Malgré ces vicissitudes, dont le midi de la France reproduit également le tableau, la végétation miocène conserva assez d’unité et les traits caractéristiques de sa physionomie sont assez persistants, assez uniformes d’un bout à l’autre de la période, pour qu’il n’y ait ni avantage ni motif sérieux à vouloir la scinder; il est probable en effet que malgré ces alternatives d’envahissement et de retrait des eaux les conditions régulatrices du climat européen restèrent à peu près les mêmes, sauf une légère diminution de la chaleur primitive. Celle-ci tendit constamment à s’abaisser par l’effet du temps écoulé et par suite d’un phénomène d’un ordre, à ce qu’il semble, purement cosmique et dont la vraie cause n’a pu être saisie jusqu’à présent. Mais les réflexions seraient interminables et la pensée s’égarerait à la poursuite d’une multitude de détails, si je ne me hâtais de rentrer au cœur du sujet et de revenir aux lignes principales, en reprenant une à une les cinq périodes dont j’ai parlé. J’essayerai donc de les passer en revue et d’en tracer au moins une légère esquisse. Clc G. de Saporta
- ‘ Correspondant de l'Institut.
- — La suite prochainement, —
- LA
- FABRICATION DE LA DYNAMITE NOBEL
- l’usine suisse d’isueten
- (lac DES QUAT RE-CANTONS.)
- La découverte des nouveaux corps explosifs, dont la réputation devait grandir si vite, au point de détrôner, au moins dans les usages industriels, l’antique poudre noire, ne date que d’une trentaine d’années. En 1846 seulement, Schonnbein étudie, au point de vue pratique, le fulmi-coton, que Pelouze avait déjà annoncé, huit années auparavant, plutôt comme produit de laboratoire que comme substance susceptible d’application sérieuse. Vers le même temps, Sobrero découvre la nitroglycérine, la première de cette longue et terrifiante série des composés nitrés détonants, dont plusieurs, comme la vigorite, ont été dotés par leurs inventeurs de noms singulièrement expressifs.
- Le nombre des corps explosifs qu’a engendres la chimie moderne est aujourd’hui considérable. L’immense retentissement qui suivit la découverte et les applications merveilleuses de la dynamite ne pouvait manquer de stimuler le zèle des chimistes, et de diriger leurs études vers ces composés nitrés dont l’adoption dans l’industrie pouvait devenir une source de réputation et de richesse. C’est ainsi que, successivement, nous avons vu proposer, comme rivaux delà substance explosive aujourd’hui populaire : l’amidon nitré ; la fibre de bois nitrée; la dualine, mélange de sciure de bois nitrée et de nitroglycérine; le lithofracteur ; la vigorite, ou canne à sucre nitrée, autour de laquelle quelque bruit, s’est fait ces derniers temps, mais dont, à la vérité, quelques cartouches ont seulement été essayées en Suède; et, enfin, le fulmi-coton, remanié par Abel, et auquel les récentes études du savant anglais semblaient avoir reconquis, dans la série des corps détonants pratiques, le rang que lui avaient fait perdre des explosions attribuées généralement à une combustion spontanée.
- La dynamite est cependant restée seule jusqu’à ce jour l’agent explosif par excellence. Les grands travaux en cours d’exécution dans les deux Mondes en consomment des quantités considérables. Le grand tunnel du Saint-Gothard, dont nous retracions à cette place, dans les numéros précédents l’histoire scientifique, en consomme par jour une moyenne de 500 kilogrammes, près de 200 tonnes par an! Le récent message de la Direction du chemin de fer du Golhard au Conseil fédéral suisse estime à 4 millions de kilogrammes la quantité de dynamite nécessaire pour l’achèvement des travaux de la ligne ferrée qui doit être livrée à l’exploitation le 1er octobre 1881. De 1867 à 1874, le produit annuel des fabriques établies sous la haute direction de l’inven-
- 1 Yoy. ilnns la Nature (2* semestre; 1876, n” 158, 161, 162 et 106), nos articles sur le Tunnel du Saint-Gothard.
- p.4 - vue 8/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 5
- teur Nobel s’est élevé de il tonnes de 1000 kilogrammes à plus de 5500 tonnes. Sans crainte de trop s’avancer, on peut dire que l’introduction de la dynamite dans les travaux d’art a opéré une véritable révolution dans le mode et l’économie de leur exploitation. Nous ne pourrions choisir un exemple plus frappant de comparaison qu’en rappelant les conditions de percement des deux grands souterrains transalpins du Mont-Cenis et du Saint-Go-thard. Dans les couches schisteuses d’une dureté moyenne du col de Fréjus, on devait, pour l’explosion du front d’attaque de la petite galerie, percer environ huit à dix trous de mine par mètre carré de surface pour le sautage à la poudre noire, tandis que dans la roche granitique du Saint Go-thard, d’une dureté exceptionnelle , il a suffi de trois à quatre trous par mètre pour le sautage à la dynamite. On voit qu’en dehors des perfectionnements apportés, depuis l'ouverture du premier passage des Alpes, dans les machines perforatrices servant au creusement des trous de mines, l’augmentation remarquable du progrès quotidien d’avancement revient, pour une bonne part, à l’explosif Nobel.
- La dynamite, dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs *, est un mélange, en certaines proportions variables avec la force qu’on réserve à l’explosif, de nitroglycérine et d’un absorbant inerte, la silice de Hanovre ou kieselguhr, terre poreuse composée d’infusoires, retenant le liquide détonant à la manière d’une éponge.
- La nitroglycérine étant obtenue par l’action des acides sulfurique et nitrique sur la glycérine, et l'acide azotique nécessaire à cette préparation étant fabri-1 Voy, la Nature, l18 année 1873, p. 273.
- Fig. 2. — Baraque à dégeler la dynamite installée sur les chantiers du grand tunnel du Suint-Guthard. — F. Fourneau à foyer extérieur. — RRilîg. 1). Rayons en bois sur lesquels sont déposés les paquets de cartouches. (Échelle 1/10.)
- Fig. 3. — Seau à double paroi servant à dégeler les cartouches de dynamite. — E E. Eau à 30° centigrades. — D. Récipient où sont placées les cartouches de dynamite. (Échelle 1/10.)
- que à l’usine même, on voit que les matières premières tirées du dehors se réduisent, pour la fabrication de la dynamite, à la glycérine, à la silice, et aux deux substances employées dans la préparation usuelle de l’acide nitrique, l’azotate de soude et l’acide sulfurique. C’est ce que nous montrent, du reste, les centaines de tourilles que nous rencontrons tout d’abord, côte à côte avec les tonnes de glycérine et les sacs de terre poreuse. Adossés au bâtiment où se prépare l’acide nitrique, les amas blancs et friables de bisulfate de soude, résidu de la fabrication de l’acide azotique, témoignent d’une consommation considérable.
- En dehors de la fabrication de l’acide nitrique et de la nitroglycérine, les autres manipulations par lesquelles passent successivement les corps composants, avant de former un produit explosif livrable au commerce, sont purement mécaniques. Elles peuvent se classer de la manière suivante, si on y joint les deux opérations principales : — fabrication de l’acide nitrique, — traitement de la silice absorbante, — préparation de la nit roglycérine, — brassage du mélange de nitroglycérine et de silice, donnant la dynamite , — tamisage de ce mélange, — confection des cartouches, leur mise en paquets et en caisses. Nous essayerons de résumer ces dilférentes phases de la fabrication, telle quelle est installée à l’usine suisse d’Isleten, sur les bords du lac des Quatre-Cantons.
- De toute cette série de manipulations chimiques et mécaniques, l’opération principale est la préparation ile la nitroglycérine. Tous les procédés employés jusqu’à ce jour rentrent dans la formule donnée par Sobrero, lors de sa précieuse découverte :
- p.5 - vue 9/432
-
-
-
- 6
- LA NATURE.
- « Dans un mélange refroidi de deux volumes d’acide sulfurique de densité 1,851, et un volume d’acide nitrique de densité 1,525, on verse, en agitant, 1/2 volume de glycérine épaisse. Le mélange est refroidi, sans qu’il soit nécessaire d’aller au-dessous de 0°. Après agitation, il se sépare une couche oléagineuse, que l’on étend de 15 à 20 fois son volume d’eau froide. La nitroglycérine formée tombe rapidement au fond ; par des lavages répétés à l’eau, on la débarrasse des acides et de la glycérine non transformée; puis on la sèche dans le vide. » Le rapport sur l’Exposition de Vienne décrit le procédé Rud-berg, employé par M. G. Mowbray, lors du percement du tunnel du mont Hoosac (Massachusets) ; c’est toujours la réaction de Sobrero perfectionnée par une installation mécanique.
- « On peut dire, d’une manière générale, écrit à ce sujet un auteur compétent, que les diverses méthodes pour préparer la nitroglycérine ne diffèrent entre elles que par un choix plus ou moins judicieux des matières premières, et par les aménagements qui rendent plus ou moins facile et complet le mélange de ces matières, tout en évitant les causes de danger provenant de l’élévation de température. Les perfectionnements que l’on peut introduire en ce sens sont, du reste, assez importants pour faire varier considérablement les rendements, et changer du simple au double le prix de revient *. »
- La méthode employée à l’usine d’Isleten, comme dans toutes les fabriques Nobel, semble avoir réuni toutes les conditions d’économie et de sécurité désirables. Dans une première cuve doublée de plomb, où l’on a préalablement fait arriver le mélange des deux acides, on verse goutte à goutte la glycérine, jusqu’à ce que la réaction ait atteint une certaine température, que l’opérateur lit sur un thermomètre annexé à la cuve. Le mélange est refroidi artificiellement dans toute sa masse pendant toute la durée de la nitrification. Cette première opération terminée, la nitroglycérine, qui contient alors un excès d’acides, est transvasée dans un second réservoir, où on la laisse reposer le temps voulu; elle se sépare de l’excès d’acides auxquels elle était mélangée. Il ne reste plus qu’à la laver avec beaucoup de soin; on la noie pour cela dans l’eau, et le lavage est activé par un jet d’air comprimé. On vérifie, de temps à autre, le degré de neutralité qu’atteint l’huile explosive, qui n’est transportée hors de la baraque que lorsque le papier de tournesol a démontré qu’elle était parfaitement exempte d’acides et propre à être mélangée à la silice dans les proportions voulues.
- Le calcul des équivalents montre que, pour 100 grammes de glycérine, il faudra 250 grammes d'acidc azotique et 500 grammes d’acide sulfurique. A cette proportion correspond un rendement théorique de 246 grammes de nytroglycérine ; mais,
- ’ Fabrication des explosifs modernes, par M. Louis Roux, ingénieur des poudres.
- dans la pratique, on obtient au plus 200 grammes de matière explosive.
- Les lavages répétés qu’on fait subir à la nitroglycérine, afin de la purger entièrement de l’excès d’acides qu’elle contient, ont pour résultat la perte sèche des acides dilués dans l’eau des cuves. Les récentes recherches de M. Trauzl ont permis d’opérer la revivification de ces acides. On comprendra l’importance de cette opération, qui peut de prime abord paraître secondaire, en songeant que, dans la dernière année d’exploitation des usines Nobel, la quantité d’acides retirés par séparation directe du mélange a été de près de 2 millions de kilogrammes. Le mélange ainsi obtenu contient surtout de l’acide sulfurique, que les fabricants d’engrais peuvent utiliser pour la purification du noir animal. Lorsqu’on aura obtenu un produit plus concentré, il pourra être utilisé à l’usine même pour la fabrication de l’acide nitrique nécessaire à la préparation de la nitroglycérine.
- Avant d’être mélangée à la nitroglycérine, la silice de Hanovre, qui joue le rôle d’absorbant inerte, est réduite en poudre impalpable. Elle est tout d’abord écrasée sous un broyeur-ramasseur, puis calcinée, et enfin tamisée, soit à la main, soit mécaniquement.
- On serait tenté de croire que le choix de la matière inerte est indifférent : il est loin d’en être ainsi. La px'oportion de nitroglycérine restant la même, deux dynamites fabriquées avec des absorbants différents peuvent avoir des forces très-inégales. MM. Roux et Sarrau, dans les remarquables essais qu’ils ont entrepris au dépôt central des poudres et salpêtres de l’État, pour apprécier la force relative des diverses matières explosives, ont constaté, dans des dynamites à 30 %> une force de rupture variant du simple au double, suivant la matière absorbante employée.
- Une dynamite est d’autant plus forte qu’elle est plus facile à enflammer par le choc. Lorsque l’inflammation est facile, l’effet de percussion produit par l’amorce se transmet immédiatement dans toute la masse : tel est le cas des dynamites préparées avec des sables quartzeux. Quand, au contraire, la substance est difficile à enflammer par le choc, l’action se transmet incomplètement ; une partie seule de la masse détone, le restant agit par explosion simple. On obtient cet effet avec des dynamites préparées au moyen de matières plastiques, l’ocre, par exemple.
- En cherchant les charges de ruptures par lesquelles on produit l’éclatement de bombes d’épreuve en fonte présentant toujours sensiblement la même résistance, MM. Roux et Sarrau ont pu comparer les deux ordres d’explosion que nous venons de signaler. Dans le premier ordre d’explosion, 1 de nitroglycérine correspond à 10 de poudre ordinaire, tandis que, dans le second ordre, 1 de nitroglycérine correspond seulement à 2 de poudre. La kieselguhr ou silice de Hanovre employée comme absorbant dans les usines Nobel détermine dans la dynamite le premier ordre d’explosion.
- p.6 - vue 10/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 7
- Les proportions du mélange de nitroglycérine et de silice dépendent de la qualité de dynamite qu’on veut obtenir. A l’usine d’Isleten, on prépare en majeure partie de la dynamite n° \, contenant 75 % de nitroglycérine. Celte dynamite est destinée aux travaux de percement du tunnel du Saint-Gothard, situé à environ 55 kilomètres de la fabrique.
- L’opération du brassage, comme toutes les manipulations qui vont suivre, s’effectue dans une baraque en planches légères, entourée de solides cavaliers en terre végétale. Cette disposition est adoptée en cas d’accident, afin d’amortir le choc des gaz de l’explosion. Deux ouvriers apportent une auge en bois aux trois quarts pleine de silice, on pèse 1 absorbant, on y verse le poids d’huile explosive correspondant aux proportions adoptées dans le mélange, soit 75 % pour la dynamite n° 1, et on brasse ensuite à la main, comme on le ferait pour une pâte quelconque, jusqu’à ce que la nitroglycérine et la silice se soient entièrement pénétrées. Cette pâte explosive, après qu’elle a été passée au tamis, afin de la rendre entièrement homogène et pulvérulente, est prête à être mise en cartouches.
- L’usine d’Isleten compte une dizaine decartoucheries, construites en planches légères, sur deux lignes parallèles, à environ 3 mètres en contre-bas du niveau du terrain (fig. 5). Ces deux rangées de cartoucheries sont séparées l’une de l’autre par un fort cavalier en terre de 5 mètres d’épaisseur et 6 à 7 mètres de hauteur. Chaque cartoucherie est ensuite séparée de celle qui la précède et de celle qui la suit par un cavalier protecteur. L’installation complète des cartoucheries, cavaliers compris, est renfermée dans un quadrilatère de 60 mètres de long sur’20 mètres de large. A l’une des extrémités se trouve le bâtiment affecté au tamisage de la pâte explosive ; à l'extrémité opposée, les cartouches déjà préparées en boudins sont enveloppées, mises en paquets, et finalement en boîtes.
- Chaque cartoucherie, mesurant 3 mètres en largeur et hauteur, contient deux appareils à fabriquer les cartouches. La poudre explosive homogène sortant de l’atelier de tamisage est, au moyen d’une disposition fort ingénieuse, refoulée dans un petit tube en cuivre du diamètre assigné aux cartouches ; elle ressort de ce tube façonnée en boudins que l’ouvrière, préposée à la préparation, casse à mesure, à la longueur voulue. L’appareil exige seulement deux ouvrières qui se remplacent mutuellement pour le foulage de la poudre et le cassage des boudins, qui sont portés de là à l’atelier de paquetage.
- Chaque cartouche, enveloppée dans un papier parchemin, est longue d’environ 0m,12 avec 0ra,022 de diamètre, et pèse 90 à 100 grammes. Elles sont mises en boîtes de 25 environ, la boîte pesant 2 kilogrammes 500. Dix de ces petites boîtes en carton recouvertes de papier goudronné, forment la caisse ordinaire de 25 à 30 kilogr. Avant de clouer les caisses, on insère dans chacune d’elles une circulaire en trois langues, française, italienne et allemande,
- rappelant au consommateur les propriétés spéciales de la dynamite, la confection des cartouches-amorces, les méthodes de chargement des trous de mines, le débourrage des coups ratés, et surtout le moyen de dégeler les cartouches lorsqu’elles ont été exposées à une température de -f- 6°, point de congélation de la nitroglycérine.
- Les déplorables accidents qu’on attribue dans le public à la substance explosive elle-même sont, pour la plus grande partie, dus à la négligence qui préside en général à cette dernière opération, malgré les recommandations réitérées faites à ceux qui emploient la dynamite. Les cartouches gelées doivent toujours être dégelées au bain-marie ; dans aucun cas, on ne doit les placer en contact avec un corps chaud, sur un poêle par exemple ; cette imprudence amène presque toujours l’explosion. Les fabriques de dynamite livrent aux entrepreneurs, pour l’opération du dégelage, des sceaux à double paroi, dans lesquels, comme les montre notre figure (fig. 3), le vase intérieur destiné à recevoir les cartouches qu’on veut dégeler est entouré d’une couronne d’eau chaude dont la température ne doit guère surpasser 30° centigrades.
- Au grand tunnel du Saint-Gothard, où la consommation moyenne de dynamite est de 15 à 20 tonnes par mois, le dégelage des cartouches serait trop long au moyen des sceaux à eau chaude. On a donc établi à cet effet une baraque en planches dont les parois sont remplies par du charbon pulvérisé (fig. 1 et 2). Sur l’un des côtés de la baraque est installé un petit fourneau de pierre se chauffant par l’extérieur. La partie du fourneau située à l’intérieur est recouverte d’un toit à plans très-inclinés, afin que les ouvriers ne puissent point y déposer des cartouches pour les faire dégeler directement. A chacune des trois parois opposées au fourneau on a fixé des étagères en bois sur lesquelles on place les paquets de dynamite, dont on a préalablement retiré l’enveloppe goudronnée. La température de la baraque est maintenue à 21° ou 22°. Lorsque les cartouches sont dégelées, on les réintègre dans les caisses, qu’on emporte dans le tunnel, roulées dans des couvertures. La température intérieure du souterrain, qui varie entre 20° et 30°, suffit largement à les maintenir dégelées. Une disposition analogue est affectée à la baraque qui sert à la fabrication des cartouches-amorces ; lorsqu’on travaille la nuit, on a soin de placer les lumières entre la fenêtre et le volet extérieur.
- La fabrique suisse d’Isleten, établie en 1875 sur les bords du lac des Quatre-Cantons, au pied de parois de rochers à pic qui s’appuient sur le massif de l’Urirothstock, est une des quatorze usines qui composent aujourd’hui l’installation entière des fabriques de dynamite Nobel et qui sont les suivantes :
- Date de la fondation.
- lüt>5 Vinterudken, près Stockholm. Suède.
- p.7 - vue 11/432
-
-
-
- 8
- LA N AT U HE.
- 18H6 Christiania........................Norvège.
- 1865 Krümmel, près Hambourg. . Allemagne. 1868 Zamky, près Prague .... Autriche. 1872 Schlebuch, près Cologne. . . Allemagne.
- 1874 Presbourg..........................Hongrie.
- 1872-73 Isleten, canton d’Uri . . . Suisse.
- 1872- 73 Avigliana, près Turin. . . . Italie.
- 1872 Galdacano, près Bilbao . . . Espagne.
- 1873- 74 Trafaria, près Lisbonne . . . Portugal.
- 1871 Ardeer, près Glasgow. . . . Écosse. 1870-71 Paulilie, près Port-Vendres . France. 1868 San-Francisco......................Amérique.
- 1873 New-York.....................Amérique.
- Ces usines ont livré au commerce, en 1874, o millions 1/2 de kilogrammes de dynamite. La
- plus importante est celle de Krummel, dont la fabrication a atteint 600 000 kilogrammes. Viennent ensuite les fabriques de Zamky, d’Ardeer et de San Francisco, qui fabriquent chacune de 400 000 à 500 000 kilogrammes. L'usine de Paulilie, près Port-Vendres (Pyrénées-Orientales), établie pendant la guerre franco-allemande, est aujourd’hui en pleine activité.
- L’installation de la fabrique suisse d’Isleten est représentée sur notre gravure (fîg. 5). Les bâtiments situés au bord du lac renferment la fabrique d’acide azotique, le broyeur pour la silice, les fours à calciner, les machines à tamiser, et le compresseur d’air utilisé dans le lavage de la nitroglycérine acide. Ces
- Fig. 4. — Fabrique de dynamite d’Isleten, en Suisse.
- Baraque où se fabrique la nitroglycérine sur le bord d’un torrent. (D’après une photographie.»
- appareils sont mis en mouvement par une roue hydraulique alimentée par l’eau d’un torrent qui descend de la vallée d’Isenlhal, située au pied de l’Uri-rothstock. On voit à droite, à fleur de terre, les toits des cartoucheries et des baraques à tamisages, situées en contre-bas du terrain, entourées de leurs cavaliers protecteurs. La fabrique de nitroglycérine est représentée ci-dessus (fig. 4).
- Comme nous venons de le voir, le nouvel explosif, dont la puissance n’a jamais fait de doute pour personne, est aujourd’hui implanté dans les deux continents. Sa consommation ne peut que croître de jour en jour, à mesure que disparaîtront les derniers préjugés qui ont encore cours en ce moment sur le danger que présentent sa manipulation et surtout son transport. De récentes expériences pu-
- bliques, faites, les unes à Genève, le 30 avril dernier, à la jonction de l’Arve et du Rhône, le 28 août, à Avigliana (Italie), en présence du général Fuiozzi et des officiers du premier régiment de bersagliers, ont cependant mis au jour, en même temps que l’incomparable énergie de la dynamite, sa parfaite innocuité, lorsqu’elle n’est point soumise aux circon stances spéciales qui déterminent son explosion.
- Une caisse de 25 kilogrammes, lancée du haut d’un rocher de 30 mètres, subit sans détoner un choc formidable. Posée à terre, et enflammée par la capsule à fulminate, une caisse semblable creusa, par la détonation, un trou conique de 3 mètres environ de diamètre sur 1 mètre de profondeur. Trente grammes de substance brisèrent en mille morceaux une plaque de fer de 6 millimètres d’épais-
- p.8 - vue 12/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 9
- seur. Un paquet de 8 kilogrammes, placé sous l’eau sans plus de précautions, détona en soulevant, à plus de 100 mètres, une énorme gerbe liquide. Ce sont là, du reste, des faits connus depuis longtemps; aussi, plusieurs pays étrangers ont-ils résolu, en faveur du nouvel explosif, la question de transport par voie ferrée, en supprimant même l’escorte affectée en pareil cas aux transports de poudre noire ordinaire. Il serait véritablement temps que la France, dans l’intérêt des nombreux travaux d’art qui se construisent sur son territoire, accordât à la dynamite les mêmes latitudes de transport, permettant ainsi aux fabricants de réduire d’autant leur prix de vente.
- Le rapport officiel sur les matières explosives à l’Exposition de Vienne constate que, pendant les deux années qui ont précédé l’Exposition, la préparation d’environ 25000 centners (1 400 000 kilogrammes) de dynamite, entraînant la fabrication de plus de 15 millions de cartouches, n’a occasionné aucun accident. La fabrique d’isleten, depuis son installation (1872-73), n'a encore subi, dans les nombreuses manipulations que nous avons décrites, aucune explosion. Depuis quatre années que, — sur la route du Gothard, jusqu’à Gœschenen, embouchure nord du grand tunnel, et par-dessus le col (la cote de l’hospice étant 2100 mètres au-dessus du niveau de la mer) iusqu’à Airolo, entrée
- Fig. 5. — Vue d'ensemble de la fabrique de dynamite d’isleten, installée sur le bord du lac des Quatre-Cantons.
- (D’après une photographie ',)
- sud, — on charrie journellement la dynamite nécessaire au percement, aucun accident n’est venu donner raison aux craintes dont nous parlions tout à l’heure.
- C’est qu’à ce jour, de nombreuses et conscien-
- 1 Le plus grand des bâtiments situés sur le bord du lac est la fabrique d’acide azotique ; dans le même bâtiment on broie et on pulvérise la silice. A gauche, soutenue sur des piliers en maçonnerie, une conduite d’eau en bois aboutit à ce bâtiment et met en mouvement une roue hydraulique, conduisant les broyeurs et autres appareils. A droite, sur le premier plan du dessin, on voit les cartoucheries où se confectionnent les cartouches de dynamite. Ces cartoucheries, au nombre de 10, dont ‘2 grandes et 8 petites, sont enfoncées en terre, séparées l’une de l’autre par de solides cavaliers en bourrées et terre meuble. On n’en aperçoit donc que le toit. Le rôle des cavaliers est d’amortir le choc en cas d’explosion de l’une des cartoucheries, pour localiser le désastre.
- cieuses études ont enfin triomphé des propriétés dangereuses que possédait, au début de sa carrière, lorsqu’elle était employée sans mélange d’absorbant inerte, l’huile explosive liquide, base de la dynamite. Elles ont définitivement fixé un mode de fabrication qui donne au corps détonant une sécurité véritablement supérieure à celle de la poudre noire, sans qu’il abandonne rien de sa merveilleuse puissance.
- En dehors des soins tout spéciaux apportés dans les diverses manipulalions qui concourent à la fabrication de la dynamite, l’expérience a démontré en outre la nécessité de certaines précautions élémentaires que nous voyons minutieusement remplies à l’usine d’isleten. Le chauffage des cartoucheries se fait par un courant d’eau chaude ou de vapeur c:r-
- p.9 - vue 13/432
-
-
-
- 10
- LA NATURE.
- culant dans des conduites en fer qui parcourent toute l’installation ; tous les ustensiles servant aux manipulations, vases, cuillères, etc., sont en gutta-percha; chaque soir, le parquet des cartoucheries est râclé avec soin, et le résidu jeté au lac, au cas où il renfermerait de la nitroglycérine ou de la dynamite renversées par mégavde ; toutes les baraques, cartoucheries ou autres, pouvant servir à la fabrication ou au dépôt des matières explosives, sont peintes en blanc, afin d’amoindrir, pendant les grandes chaleurs, le pouvoir absorbant de la surface chauffée par le soleil.
- Gi'âce à cette savante et attentive exploitation, la dynamite Nobel est devenue, entre les mains de son inventeur et des directeurs qu’il a choisis pour le représenter, l’agent explosif de l’avenir. Moins de vingt années ont suffi, en effet, pour transformer un produit de laboratoire, classé tout d’abord au nombre des découvertes souvent improductives, quoique dignes d’admiration à tous égards, de la science moderne, en une substance usuelle, d’un maniement facile, d’une sécurité à toute épreuve, d’une force jusqu’ici inconnue. Les avantages que l’on retire de son emploi sont tels, que le coût de la matière explosive est plus que couvert par l’excédant du travail produit, ce qui justifie l’appréciation qu’on trouvera peut-être un peu louangeuse, malgré qu’elle soit exacte, d’un maître mineur : La dynamite ne coûte rien.
- Déjà usuelle dans les travaux de mines et de constructions, où elle n’en est plus à compter ses conquêtes, — témoin la récente explosion du rocher sous-marin de Hell-Gate, — la dynamite tend également à s’implanter dans les opérations militaires. La dernière guerre nous a montré de quel secours elle était pour le sautage des ponts, la destruction des souterrains, la mise hors de service des voies ferrées et du matériel d’exploitation des chemins de fer. Le nouvel explosif, non content de détrôner la poudre, sa rivale dans les arts de la paix, songerait-il encore à la supplanter dans son antique domaine, après les ciuq siècles de gloire parcourus par elle depuis Berthold Schwartz et Roger Bacon jusqu’à la découverte des nouveaux composés nitrés, depuis Grécy et Metz (1324) jusqu’aux défaites douloureuses inscrites dans nos dernières annales militaires? Maxime Hélène.
- APPAREIL PRÉVENTIF
- CONTRE LE DÉVELOPPEMENT DES INCENDIES.
- Le chef de gare de Saint-Omer, M. Baudry, a récemment inventé un petit appareil d’une extrême simplicité, fort ingénieux pour cette raison même, destiné à avertir au lieu même que l’on désire de tout commencement d’incendie. Le système se compose tout simplement d’une sonnerie électrique ordinaire (comme celle d’un télégraphe ou d’une sonnette d’appartement), dans le circuit de laquelle est
- intercallé un thermomètre à mercure. Deux bouts de fil de platine pénètrent dans le thermomètre; l’un plonge dans la boule, l’autre descend du haut du tube jusqu’au 35e degré : tant que l’appareil est dans un local à température moyenne, il reste muet, mais qu'un commencement d’incendie augmente la chaleur du lieu où le thermomètre est placé, le mercure en se dilatant atteint, à 35 degrés, le fil de platine supérieur, ferme le circuit, et la sonnerie du thermo-révélateur —comme l’appelle M. Baudry — retentit tant que la température ne s’est pas abaissée.
- 11 n’y avait qu’une difficulté pratique, c’est que les appareils, qui ne doivent fonctionner que très-rarement, risquent de ne pas être en bon état au moment nécessaire; l’inventeur pare à ce danger d’une façon doublement bonne : le thermo-révélateur sert en temps normal de sonnette électrique, et cet usage journalier assure constamment le bon entretien de la pile et de ses fils. Le thermo-révélateur a donc une triple utilité, il sert : 1° d’avertisseur des incendies ; 2° de sonnette d’appel sous la pression d’un bouton ; 3° de thermomètre centigrade donnant à chaque instant la température du lieu où il est placé. Un grand nombre de ces petits appareils placés dans les différentes parties d’un navire, d’une usine, d’un théâtre, peuvent faire converger leurs fils dans la cabine du capitaine ou le cabinet du directeur et là ils aboutissent à une sonnerie capable de réveiller, et à un tableau indiquant par un signe convenu, un numéro, l’endroit d’où part le signal.
- Avec deux thermo-révélateurs gradués sur verre, plongés dans des liquides qui doivent être évaporés ou distillés à un degré fixe, à l’aide de deux sonneries de timbre très-différent, dont l’une doit constamment rester muette et l’autre toujours résonner, le surveillant est toujours prévenu que la température est maintenue dans les limites voulues.
- Le petit thermomètre n’étant pas gradué au delà de 40 degrés, pour qu’en cas d’incendie, un échauf-fement plus grand ne le fasse pas éclater, ce qui interromprait le courant et la sonnerie d’alarme, le tube se termine en haut par une ampoule vide dans laquelle s’épanche le mercure dilaté par la chaleur.
- Charles Bcissay.
- RECHERCHE DE LA FUCHSINE
- DANS LE VIN.
- Ayant eu l’occasion d’examiner différents échantillons de vin dans le but d’y rechercher de la fuchsine, j’ai été conduit à employer un procédé qui me paraît supérieur à tous ceux qui ont été publiés jusqu’à présent, tant par la facilité et la rapidité de son exécution que par la netteté des résultats qu’il fournit.
- Voici comment j’opère: Je prends dix centimètres cubes de vin, que j’agite vivement pendant quelques secondes, avec dix gouttes ou un centimètre cube d'ammoniaque pure, dans un tube à essai. J’ajoute au mélange
- p.10 - vue 14/432
-
-
-
- LA NATURE.
- il
- de cinq à dix centimètres cubes de chloroforme. J’agite de nouveau en renversant plusieurs fois sur lui-même le tube tenu fermé avec le pouce, et je verse le tout dans un entonnoir de verre à robinet. Lorsque le chloroforme a gagné le fond de l’entonnoir, j’ouvre le robinet et jé recueille le chloroforme dans une capsule de porcelaine, que je place sur un bain de sable; je mets dans le chloroforme un petit morceau d’étoffe de soie blanche, et je chauffe ; à mesure que le chloroforme se volatilise, la fuchsine apparaît (si le vin en contient) et colore la soie en rose. Vers la fin de l’opération, j’ajoute un peu d’eau, et je continue à chauffer ; j’arrive ainsi à fixer toute la matière colorante sur l’étoffe de soie ; celle-ci prend une coloration rose plus ou moins foncée, suivant que le vin renferme plus ou moins de fuchsine. Lorsque l’on expérimente avec du vin pur, la soie ne se colore pas en rose. On peut s’assurer que la coloration est bien due à la fuchsine; il suffit pour cela de mettre le morceau de soie dans un peu d’ammoniaque; la coloration rose ne tarde pas à disparaître, et elle reparaît si l’on chauffe pour chasser l’ammoniaque. Le procédé d’analyse que je viens de décrire permet de déceler dans les vins une quantité très-petite de fuchsine ; on pourrait même arriver à découvrir une quantité presque infinitésimale, en concentrant le vin avant de le soumettre à l’analyse, et en fixant la fuchsine sur un très-petit morceau d’étoffe1.
- LÀ TEMPÊTE DU 10-11 SEPTEMBRE 1876
- EN AUSTRALIE.
- VITESSE EXTRAORDINAIRE DU VENT.
- Une tempête terrible s’est déchaînée sur les cotes de l’Australie; elle a continué avec une violence qui ne s’est pas ralentie pendant toute la journée des 10 et 11 septembre et a causé des désastres effroyables. C’est la plus grande tempête dont on ait le souvenir à Sydney. La force du vent dans la matinée de lundi dépassait tout ce que les observations précédentes avaient constaté.
- Beaucoup de savants refusent de croire que le vent atteigne jamais une rapidité plus grande que 160 kilomètres par heure; la plus grande rapidité connue a été marquée par l’anémomètre de Liver-pool, pendant le coup de vent du 1er février 1868; quelques rafales ont atteint alors la vitesse de 160 à 190 kilomètres à l’heure, égale à une pression de 72 livres anglaises par pied carré \
- A Sydney, la plus grande vitesse qui jusqu’ici eût été constatée a été de 140 kilomètres le 6 septembre 1874, égale à une pression de 38,7 livres anglais par pied carré, et à celte époque aussi de grands désastres ont eu lieu.. Mais, dans la nuit du dimanche 10 septembre au lundi 11, le vent dans quelques-unes de ses rafales, qui duraient une ou deux minutes, a atteint la rapidité extraordinaire de 246 kilomètres par heure, égale à 117 livres par
- 1 Comptes rendus de V Académie des sciences. — Séance du ‘20 novembre 1876.
- - 1 kilogramme — 2,679 livre anglaise.
- pied carré ; pendant douze minutes, de minuit dix-huit minutes à minuit trente minutes, sa rapidité a été de 180 kilomètres par heure. Peut-être la raison qui empêche de plus grandes vitesses d’être constatées sous les tropiques vient de ce que les anémomètres y sont construits avec légèreté et se brisent généralement quand le vent souffle en tempête.
- A l’observatoire de Sydney, le baromètre n’avait pas cessé de baisser depuis le 7 septembre. Le dimanche soir, à six heures et demie, il commença à indiquer une grande perturbation atmosphérique, qu’on avait pu reconnaître déjà à l’aspect des nuages pendant toute la journée et qui éclata à neuf heures cinquante minutes avec un violent changement dans la direction du vent : après avoir soufflé toute la journée du S. S. 0., il souffla subitement de l’O. Sa rapidité, qui n’était que de 140 kilomètres à l’heure, s’éleva tout à coup à 110.
- Le changement de veut amena une pluie torrentielle pendant neuf minutes. La direction du vent resta S. S. O. pendant le reste de la nuit avec la rapidité que nous avons indiquée plus haut. La force du vent paraissait empêcher la pluie de tomber. Presque tous les fils télégraphiques ont été brisés et il en est résulté d’innombrables désastres à Sydney même et dans les faubourgs. Des maisons ont été renversées ou se sont effondrées.
- Les effets de cette tempête n’ont pas été moins terribles en mer que sur terrel.
- SUR LÀ RESPIRATION DES RACINES
- Les végétaux sont le siège de deux fonctions com plétement différentes qu’à tort on a souvent confondues : la respiration et l’assimilation. Chez les animaux, aériens, au moins, une semblable confusion est impossible, l’alimentation n’a lieu que par l’introduction dans les organes digestifs de matières solides et liquides, tandis que la respiration exige la pénétration dans les poumons du gaz comburant de l’atmosphère, l’oxygène; chez les végétaux, au contraire, la fonction de nutrition comporte non-seulement l’introduction par les racines de substances solubles dans l’eau, telles que les nitrates, les sels ammoniacaux, les phosphates, mais aussi celle du gaz acide carbonique par les feuilles; celles-ci empruntent aussi de l’oxygène à l’atmosphère et si la plante cesse de s’accroître quand elle ne trouve pas d’acide carbonique dans l’atmosphère où elle séjourne et si cette privation peut entraîner la mort par inanition, la plante périt également quand elle est privée d’oxygène, mais cette fois elle meurt par asphyxie.
- Les feuilles jouent donc dans la plante le double rôle d’organe d’assimilation et d’organe respiratoire, mais les deux gaz qui pénètrent dans les tissus s'y
- 1 D’après le Moraine/ Herald de Sidncy.
- p.11 - vue 15/432
-
-
-
- 12
- LA NATURE.
- comportent très-différemment : aussitôt que les feuilles sont éclairées par les rayons du soleil, elles décomposent l’acide, et émettent de l’oxygène, le carbone reste dans la plante, où on le retrouve uni avec l’eau et constituant ces composés, tels que la cellulose, l’amidon, le sucre, qu’on désigne souvent sous le nom d’hydrates de carbone.
- La pénétration de l’acide carbonique dans les feuilles, la décomposition par les rayons lumineux qu’il y subit sont donc nécessaires à l’accroissement de la plante, ils constituent un phénomène d’assimilation.
- L’oxygène pénètre aussi dans les feuilles, mais le rôle qu’il y exerce est moins bien k connu. Comment se fait-il que la plante périt lorsqu’elle ] en est privée, c’est ce qu’on ne saurait encore préciser, aussi ce n’est pas sur le rôle de l’oxygène que nous voulons insister, c’est sur la nécessité de sa présence pour tous les organes végétaux ; en effet l’oxygène est non-seulement nécessaire aux organes aériens, tels que les feuilles, les rameaux et les fleurs, ce qu’on sait depuis longtemps, mais il l’est également aux organes souterrains, aux racines.
- C'est pour suivre l’action qu’exercent les racines sur l'atmosphère du sol où elles s’enfoncent, que M. Yesquc et moi nous avons disposé les expériences dont les figures 1 et 2 donnent une idée exacte.
- Pour savoir si les racines consomment de l’oxygène comme les autres organes végétaux, nous avons fait reprendre des boutures de lierre, de véronique, de cy-tliise, dans des flacons remplis de pierre ponce concassée; il nous fallait, en effet, un sol absolument dépourvu de matières végétales pour qu’il nous fut possible d’affirmer que les changements qui survenaient dans l’atmosphère des racines étaient bien dus à ces organes, et non à l’oxydation des matières carbonées qui existent dans les terres arables ; quand nos plantes furent bien reprises dans des vases à trois tubulures semblables à celui que représente la figure 1, nous avons monté l’appareil tel qu’on le voit dessiné ci-dessus.
- Le vase A porte à sa partie supérieure trois tubulures, l’une laisse passer la plante, qui est fixée
- Fig. 1. — Appareil de MM. Dehéraiu et Vesque pour l’étude de l’action des racines sur l’atmosphère du sol.
- à 1 aide d’un bouchon de caoutchouc et de caoutchouc fondu, la seconde, c, est munie d’un bouchon et d’un robinet, la troisième porte un thermomètre, a, et un manomètre à mercure, b; on fait pénétrer l’eau d’arrosage par la tubulure d. Cette eau est versée par l’entonnoir C et, pour éviter que les mouvements de trompe qui se produisent si souvent dans les tubes n’entraînent de l’air dans l’éprouvette A et ne viennent modifier la composition de l'atmosphère, on dirige l’eau dans le ballon B où s’arrête l’air entraîné; l’eau s’écoule ensuite par le tube n et pénètre dans l’éprouxrette par le robinet d. On la laisse couler jusqu’à ce que l’éprouvette A soit remplie, et qu’elle s’écoule par l’ouverture c, puis on ferme le robinet d et on ouvre le robinet e, l’eau s’écoule alors dans un verre placé au-dessous de la table qui est percée pour laisser passer le prolongement du tube m, mais la pierre ponce en conserve suffisamment pour les besoins de la plante.
- Quand on veut prélever une certaine quantité d’air du vase A pour en faire l’analysé, on emploie la disposition indiquée dans la figure 2. Le vase D en verre est mastiqué à l’extrémité d’un canon de fusil, on le remplit de mercure, puis on y enfonce une de ces pipettes à robinet de verre qui sont très-employées aujourd’hui dans les laboratoires. On chasse ainsi tout l’air contenu dans la pipette, pendant qu’elle est sous le mercure, on y adapte l’extrémité d’un tube de caoutchouc lié à un tube capillaire qui est fixé à son autre extrémité au robinet c (il est représenté dans la figure lié à un manchon contenant les feuilles, mais il a été employé également pour prendre l’air de l’éprouvette A renfermant les racines) ; le lecteur doit se figurer que la pipette Ë est attachée au robinet c de la fig. 1. Quand la pipette est ainsi en communication avec le robinet c, on ouvre les robinets c (fig. 1), et i (fig. 2), et on élève la pipette, le mercure descend, il se fait un vide dans la pipette et l’air de A s’y précipite ; on ferme les robinets c, d, i; on remplit un tube de mercure, on le retourne sur la cuvette D, on place au-dessous l’extrémité de la pipette, on tourne le robinet i et l’air passe dans le tube, où on peut l’analyser.
- p.12 - vue 16/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 13
- Cet air, recueilli comme nous l’avons indiqué, est toujours appauvri en oxygène, mais il renferme une petite quantité d’acide carbonique. L’acide carbonique émis étant une faible fraction de l’oxygène consommé, il y a diminution du volume d’air contenu dans le flacon renfermant les racines, c’est au reste ce qu’indique le manomètre.
- Ainsi, comme les feuilles, comme les rameaux, les fleurs, les racines respirent et l’oxygène consommé n’est pas intégralement remplacé par de l’acide carbonique.
- Il est facile à l’aide de l’appareil (fig. 1) de remplacer l’air ordinaire par de l’oxygène pur; quand on laisse ainsi les racines plongées dans ce gaz, on voit que l’absorption est considérable, le mercure du manomètre indique que les racines font un vide partiel dans l’appareil où elles séjournent: on trouve encore qu’elles ont émis de l’acide carbonique. La plante vit très-bien quand ses racines sont ainsi plongées dans l’oxygène, mais il n’en est plus ainsi quand elles sont dans l’azote ou dans l’acide carbonique. Dans ces conditions, la plante périt, l’expérience a été faite sur un lierre et une véronique, la mort a été plus rapide dans l’acide carbonique que dans l’azote; ainsi il ne suffit pas que la partie aérienne d’une plante soit dans l’air pour que celle-ci puisse se développer, il faut encore que ses racines elles-mêmes soient plongées dans une atmosphère oxygénée.
- Ainsi la fonction respiratoire de la plante n’est pas localisée dans un organe, et il faut pour qu’elle vive que toutes ses parties soient en contact avec l’oxygène; l’oxygène pris par les feuilles dans l’air n’arrive pas jusqu’aux racines; chaque organe respire séparément. 11 est remarquable au reste que l’émission d’acide carbonique ne soit pas liée à l’absorption d’oxygène ; quand on examine le gaz
- azote dans lequel les racines ont été maintenues pendant quelque temps, on y trouve de l’acide carbonique.
- La nécessité où est la plante de rencontrer dans le sol de l’oxygène montre bien l’utilité incontestable du drainage dans les terrains marécageux. Eu effet, quand l’eau séjourne à une faible profondeur dans le sol, elle empêche l’accès de l’air, et les racines restent dans les couches superficielles, où elles peuvent encore trouver de l’oxygène; quand
- au contraire le sol est sillonné par les drains, l'air pénètre partout et les racines s’enfoncent dans le sous-sol où elles trouvent encore l’oxygène nécessaire à leur respiration. Ce dernier point est loin d’être indifférent ; j’ai reconnu , il y a déjà plusieurs années, que deux terres inégalement fertiles diffèrent plus par leur épaisseur que par leur composition; de telle sorte que, lorsqu’on draine un sol marécageux, qu’on l’aére, qu’on permet ainsi aux racines d’y pénétrer, on augmente la masse de terre dans laquelle elles cherchent leurs aliments, et par suite on active leur développement; c’est comme si on substituait à une terre médiocre, par suite de son peu d’épaisseur, une terre plus profonde et par suite plus fertile.
- Ainsi que nous l’avons dit en commençant, la racine est bien certainement un organe d’absorption de matières solubles, est-elle aussi un organe d’absorption pour l’acide carbonique; et si ce gaz est pris dans le sol, peut-il arriver jusqu’aux feuilles, et s’y décomposer en servant ainsi à l'alimentation du végétal ? C’est ce que l’appareil représenté (fig. 2) permettra de savoir; on voit, en effet, que les leuilles et les racines sont placées dans deux atmosphères isolées, et qu’en donnant de l’acide carbonique aux racines, on pourra reconnaître s’il arrive jusqu’aux feuilles pour s’y décomposer et charger ainsi d’oxygène le
- Fig. 2. — Appareil de MM. Dchérain et Vesque pour l’élude comparée de l’atmosphère du sol et de l’atmosphère des feuilles.
- p.13 - vue 17/432
-
-
-
- 14
- LA NATURE.
- gaz du manchon C; ces recherches sont commencées, mais elles n’ont pu encore être terminées et nous en rendrons compte dans un autre article.
- P.-P. Dehërain.
- CHRONIQUE
- Le plu» grand baromètre du monde. — Le
- magnifique baromètre que vient d’installer M. Redier au chevet de l’église Saint-Eustache, à Paris, est le plus grand baromètre connu. Il mesure lm,80 de diamètre dont lm,50 de cadran éclairé la nuit par une couronne intérieure de 8 becs de gaz. L’aiguille pèse 1500 grammes et a une longueur totale de lm,10. Un double rouage d’horlogerie entraîne cette aiguille à droite ou à gauche, suivant les indications d’un petit baromètre anéroïde qui devient l’âme de l’instrument. La boîte barométrique qui dirige le tout n’a que 8 centimètres de diamètre. Si l’aiguille de ce cadran devait être conduite sans le secours du rouage d’horlogerie, il faudrait une boîte barométrique dont le diamètre atteindrait 50 mètres, c’est-à-dire quelque chose, comme le grand bassin des Tuileries. Si on voulait échapper au double rouage en multipliant les boîtes barométriques, il en faudrait un chapelet de 450 000, soit une longueur de 15 kilomètres, la distance entre les deux points les plus éloignés de la capitale.
- La mouche qui mange le» crapauds virants.
- — 11 existe à Cayenne une mouche, nommée Lucilia hominivorax, qui s’introduit dans les fosses nasales de l’homme et a parfois fait périr des forçats, rongés par les larves du diptère dans des organes si prompts à s’enflammer. Une espèce du même genre vient d’être observée dans le département du Nord, près de Valenciennes, et a des habitudes analogues, mais sur une tout autre victime. Les lucilies sont ces mouches dorées ou bronzées, bleues ou vertes, avec éclat métallique et au vol si rapide, qu’on voit s’abattre de toute part sur une viande coupée, du sang versé, des matières putrides ou sterco-rales, aussitôt que ces objets sont exposés à l’air, et leurs larves forment en majeure partie les asticots des pêcheurs à la ligne.
- D’autre part, les crapauds sont avides d’insectes et d’utiles auxiliaires de nos jardins sous ce rapport. Us saisissent toutes les proies à leur portée. Une lucilie semble chargée des vengeances de toute la gent entomologique. Elle pond ses œufs sur les yeux des crapauds, et ses larves, en forme de vers annelés et blancs, sans pattes, rongent les yeux du batracien, son nez et ses joues. Peu après la connaissance de ces mœurs si bizarres, on trouva en Belgique, dans une caverne près de Dinant, un crapaud dont la face, à demi dévorée, contenait des larves de près d’un centimètre de longueur. Une personne qui recherche aux alentours de Paris les reptiles et les batraciens, dans un but commercial, se rappelle avoir rencontré deux fois des crapauds aveugles et à face déchiquetée par des plaies, l’un à Auteuil, l’autre à Fontainebleau, et, à leur aspect, elle les croyait atteints de chancres. Ces animaux au reste ne paraissent pas souffrir des morsures do ces larves, émules du vautour de Pro-méthée, et continuent à vaquer à leurs fonctions. L’un d’eux était dans une mare, occupé à déposer son frai.
- Nous désirons que ces lignes éveillent l’attention des curieux de la nature, et les engagent k bien observer la
- physionomie des crapauds qui se trouves ont sur leur chemin. C’est en élevant les batraciens ainsi attaqués qu’on pourra se procurer cette singulière mouche nommée Lucilia bufonivora par M. Monier, à qui on en doit la découverte. M.G.
- Digestion des myriapodes. — Les animaux articulés de cette classe sont ceux qui se rapprochent le plus des insectes par leurs pièces buccales, leur structure intérieure, leur circulation en grande partie lacunaire et leur respiration toujours aérienne et s’effectuant par des trachées; ce n’est qu’assez récemment que les naturalistes en ont fait une classe spéciale, dégradation évidente de celle des insectes, en raison do leurs très-nombreuses paires de pattes, régnant tout le long du corps, et qui ont valu à ces animaux le nom vulgaire de Mille-pieds.
- A la suite de son remarquable travail sur la digestion chez les insectes, le savant professeur de zoologie de l’université de Gand, M. Félix Plateau, a examiné les phénomènes de même ordre dans la classe des Myriapodes *. Les résultats ont été analogues à ceux obtenus pour les insectes. Les Myriapodes, sous le rapport digestif comme au point de vue anatomique, se divisent en deux groupes. Les uns, les Chilopodes, à pattes latérales, animaux coureurs et agiles, sont des carnassiers, et vivent d’araignées, de lombrics, de petits insectes, adultes ou en larves, saisissant leurs victimes entre leurs crochets ou forcipules, et les tuant par une double piqûre empoisonnée. Les effets du poison des Lithobius sur les mouches domestiques sont presque aussi rapides que ceux de la morsure des araignées, et les grandes Scolopendres des régions tropicales passent pour fort dangereuses, même pour l’homme. Les autres Myriapodes sont phytophages; ce sont les Chilognathes, à pattes rassemblées sous la ligne ventrale, articulés, beaucoup plus lents à se mouvoir, souvent roulés en cercle, comme on le voit pour l’Iule terrestre et l’Iule des sables, communs dans nos forêts. Leur alimentation se compose de végétaux décomposés {Iulus, Polydesmus), de bois mort (Pollyxenus), de cryptogames verts, comme les mousses, les hépatiques, etc,, chez les Glomeris, Myriapodes qui ressemblent à des Cloportes (Crustacés isopodes), Ces Myriapodes à nourriture végétale avalent de la terre ou humus azoté, comme les carnassiers du groupe précédent, mais en quantité beaucoup plus grande.
- La paire de glandes antérieures qui, chez tous les Myriapodes, s’ouvre dans la bouche, sécrète un liquide incolore, neutre ou légèrement alcalin, et non venimeux, même chez les Myriapodes carnassiers, à morsure délétère; on peut leur conserver le nom de glandes salivaires, bien que leur sécrétion, du moins dans les genres examinés, n’ait pas la propriété caractéristique de la salive vraie des Vertébrés et des Insectes, celle de transformer l'amidon en glucose.
- C’est presque exclusivement dans l’intestin moyen, comme chez les insectes, que s’effectuent les phénomènes chimiques de la digestion, l’intestin postérieur, qui lui succède, n’étant qu’un réservoir stercoral. Les matières avalées y sont imbibées d’un liquide abondant, jaunâtre ou brunâtre, sécrété par la couche épithéliale. Ce liquide
- 1 F. Plateau ; Recherches sur les phénomènes de la digestion et sur la structure de l'appareil digestif chez les Myriapodes de Belgique; Mém. de l’Acad des sciences, lettres et beaux-arts de Belgique. — Bruxelles, 1876.
- p.14 - vue 18/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 15
- est neutre, parfois légèrement alcalin, et n’a été trouvé légèrement acide, c’est-à-dire analogue au suc gastrique des Vertébrés, que chez les Iules. Donc, en général comme chez les insectes, ce liquide n’est pas analogue au suc gastrique des Vertébrés, ne fait pas cailler le lait, dissout les graisses, et, au moins chez les Myriapodes carnassiers, les matières albuminoïdes ou azotées. Toutes les matières dissoutes, de n’importe quelle origine, passent, par une action d’endosmose, à travers les parois minces de l’intestin moyen, dont la surface est généralement énorme, eu égard à la taille de l’animal, et se mélangent au sang pour être assimilées.
- De même que beaucoup d’insectes, certains genres de Myriapodes (Himanlarium, lulus, etc.) peuvent résister longtemps à la privation de nourriture. Maurice Girard.
- Le chemin de fer littoral de Dunkerque à Calais. — Nous avons parlé jadis {la Nature, 2e année, 1er semestre, p. 27b) du chemin de fer de Boulogne à Saint-Omer, le premier de la compagnie du Nord-Est, et qui a été ouvert le 15 juin 1874. Depuis cette époque, cette compagnie a rétrocédé l’exploitation de ses lignes à celle du Nord, et c’est cette dernière qui a inauguré, le 10 août 1876, la ligne de Calais à Dunkerque, primitivement concédée à la compagnie du Nord-Est. La nouvelle ligne se compose de deux sections nouvelles : Dunkerque à Bour-bourg (18 kilomètres), Gravelines à Saint-Pierre (21 kil.), réunies à deux sections anciennes : Bourbourg à Gravelines (6 kil.) et Saint-Pierre à Calais (5 kil.). Le chemin, d’une extrême monotonie, longe la mer juste d’assez loin pour ne pas la laisser voir un instant. Il complète une ligne littorale directe qui s’étend de la frontière belge (Ghyvelde) à Saint-Valery-sur-Somme ; il serait très-désirable qu’il fut prolongé jusqu’au Havre par un rail-way côtoyant les falaises et reliant les ports et les stations de bains de mer, C. B.
- Le cours de Démographie et de Géographie
- médicale du Docteur Bertillon commencera samedi 2 décembre, à 5 heures.
- Il aura lieu à l’École pratique, au rez-de-chaussée, amphithéâtre n° 3, et continuera le mardi et le samedi de chaque semaine, à la même heure et au même lieu.
- Programme des cours :
- Statistique des peuples et des races ; influence des climats et des altitudes; pathologie comparée des races humaines.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séatice du 27 novembre 1876.
- Présidence du vice-amiral Paris.
- Séance extrêmement courte, l’Académie s’étant bien avant quatre heures constituée en comité secret.
- Élude barométrique. — D’après M. Wittersheim, ingénieur des mines, les oscillations barométriques seraient beaucoup moins irrégulières qu’on ne croit généralement. Ainsi la moyenne des observations faites à une heure quelconque du jour pendant tout un mois est constante ; la moyenne de l’année est également constante, etc.
- Manuscrit de Mallebranche. —Il s’agit d’un écrit mathématique dans lequel Mallebranche chercherait à démontrer le célèbre théorème de Fermât (x“ + y‘ = zn). Cet écrit conservé à la bibliothèque nationale fait partie d’une collection renfermant d’autres travaux analogues du même auteur. En le déposant sur le bureau de l’Académie, M. Bertrand fait remarquer qu’il n'est peut-être pas très-urgent de le publier. Il faudrait d’abord être bien sûr de son authenticité, et d’un autre côté, la démonstration n’étant point exacte, la renommée de Mallebranche ne gagnerait peut-être pas grand’chose à cette addition à ses œuvres. On sait que le célèbre philosophe à qui on doit cet aphorisme malheureusement méconnu par certaines gens aujourd’hui : « Il faut tendre à l'infaillibilité sans y prétendre », on sait que Mallebranche était très-versé dans l’étude de la géométrie. Témoin sa célèbre discussion avec Regis à l’occasion du diamètre apparent de la lune, où il démontre que les mathématiques seules ne peuvent pas rendre raison de l’augmentation de volume que paraît prendre notre satellite en approchant de l’horizon et qu’il faut faire intervenir des considérations physiques et physiologiques.
- Composition du coton poudre. — Des discordances se sont produites récemment entre les chimistes qui ont cherché à établir la formule du coton poudre. M. Abel est parvenu à des résultats complètement différents de ceux publiés par nos compatriotes, MM. Champion et Pellet; mais le chimiste anglais donne la raison du désaccord. Il montre en effet aujourd’hui qu’il n’y a pas comme on le croyait un seul coton poudre, mais qu’il en existe deux, mélangés en proportions diverses dans les différents échantillons et dont les propriétés sont très-spéciales. L’un d’eux renfermant trois équivalents d’acide azotique et méritant le nom de trinitro cellulose est excessivement explosif, mais ne se dissout pas dans les réactifs éthérés. L’autre, qui ne contient que deux équivalents d’acide, est la base du collodion. Cette distinction est de nature à élucider beaucoup de difficultés rencontrées jusqu’ici dans l’étude de ces substances.
- Répulsion cométaire. — Si l’on approche la main ou un corps conducteur d’un tube de Gessler où le courant électrique développe de la lumière, on voit une attraction très-nette. Mais d’après deux savants autrichiens dont le nom ne parvient pas jusqu’à nous, si le tube a contenu, avec l’expérience, du brome ou du perchlorure d’étain, le phénomène d’attraction est remplacé par une répulsion très-nette. D’un autre côté, lu lueur étudiée au spec-troscope donne des raies tout à fait analogues à celles des composés carbonés et, par conséquent, à celles qu’on a noté dans l’étude prismatique des comètes. Parlant de là, les deux expérimentateurs indiquent les grands traits d’une théorie cométaire, où la force répulsive signalée par M. Faye est non-seulement admise, mais pour ainsi dire expliquée.
- Kjokkeumôddings au Brésil. — Il paraît qu’il existe aux environs de Rio de Janeiro et dans la provincô de Sainte-Catherine des amas énormes de coquilles d’huitres rappelant, sur une échelle considérable, les kjokkeumôddings du Danemark, ils ont de 6 à 12 mètres de hauteur sur 60 mètres de diamètre. Quelques-uns ont servi de sépulture ; tous renferment des débris de l’industrie humaine, tels que des fragments de poterie et des vestiges de foyers.
- p.15 - vue 19/432
-
-
-
- 16
- LA NATURE.
- Gallium. — M. Wurlz présente, au nom de M. Lecoq de Boisbaudran, des tubes contenant des cristaux en forme d'octaèdres surbaissés, consistant en gallium.
- Ces tubes doivent être maniés avec précaution, car dans le sable le métal est, comme on sait, tout près de son poids de fusion. Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- l’iIVGROMÈTRE a PELARGONIUM.
- Sulina. le 3 novembre 1870.
- Monsieur le Rédacteur,
- Au commencement de cette année, M. L. Viscovich, consul d’Autriche-Hongrie en cette ville, appela mon attention sur l’appendice contourné en hélice qui surmonte la graine des Pélargonium, et il me fit remarquer que cet appendice se déroulait ou s’enroulait sous l’influence des changements atmosphériques.
- Il me vint immédiatement à l’esprit l’idée d’utiliser cette propriété pour construire, je ne dirai pas un hygromètre, le mot serait peut-être trop ambitieux, mais au moins un hygroscope, réunissant à l’avantage du bon marché celui beaucoup plus considérable d’indiquer d’une manière très-suffisante le degré d’humidité contenue dans un milieu donné.
- Je crois que l’appareil que j’ai construit pourra remplir , l’indication. Quoi qu’il en soit, voici la disposition instru- I
- mentale que j’ai adoptée. — La figure 1 représente à gauche une coupe de l’appareil : E, support de la spire végétale, enfoncé dans un bloc de bois, AB. — F, celte spire elle-même.—G, extrémité du bec delà spire.—GS, aiguille légère en bois ou fétu de paille fixée à l’extrémité du bec au moyen de collodion. Son extrémités, tourne sur un cercle divisé dont on voit la coupe en CD et le plan en C’L»’.—Surce cercle, zéro correspond à la plus grande humidité, 100 degrés à la plus grande sécheresse-, entre les deux extrêmes, j’ai tracé sur la figure cinq tours de spirale complets ; il est possible que ce nombre doive être changé; toutefois, dans mes expériences, je n’ai pas vu l’instrument' s’enrouler plus de quatre fois sur lui-même, — mais je n’ai pas eu à ma disposition les moyens nécessaires pour le placer dans un milieu parfaitement sec.
- Ai-je besoin maintenant d’ajouter que, pour lire les indications de l’instrument, il faut considérer que chaque tour de spirale tracé sur le cercle commence au diamètre; zéro cent, et correspond aux tours de spire du pélargonium ; par exemple, l’appendice faisant deux tours et demi, on lira le degré indiqué sur le troisième tour de spirale marqué sur le cercle et on verra que l’aiguille y indique 50 degrés.
- Je dois faire remarquer encore que la production végé-
- tale qui constitue mon instrument était assez fragile ; il faut renfermer l’appareil dans une enveloppe permettant lalibre circulation de l’air, tout en donnant une protection suffisante et en laissant la possibilité de compter avec facilité les tours de sphère. — Quelques fils de cuivre entre-croisés et formant une voûte au-dessus de l’appareil, me semblent la disposition la plus simple qu’on puisse adopter pour remplir ce but. Dans fig. 1, HH’ représente l’un de ces fils.
- Ci-joint je vous envoie la représentation graphique de
- quarante-cinq observations prises simultanément avec Y Hygroscope Pélargonium et l’Hygromètre de Mason. La concordance des indications est frappante (fig. 2).
- Je vous prie, monsieur le rédacteur en chef, d’agréer l’assurance de mes sentiments les plus distingués.
- Dr Valentin Vionard.
- Médecin de la Commission européenne du Danube, Hôpital de la Marine, Sulina.
- L’intéressante lettre que l’on vient de lire nous a rappelé l’usage de deux hygroscopes fort peu connus que
- Fig. 3.
- nous a signalés notre habile constructeur, M. Redier, et qui bien que paraissant être des puérilités, donnent cependant des résultats précis. Le premier se compose d’un gâteau de pain d’épice AB (fig. 5), fixé en AC sur un support de bois Cette galette de pain d’épice est très-sensible aux variations de l’humidité de l’air; quand l’air est très-humide elle s'infléchit et tend à prendre la position indiquée en CB'; quand l’air est sec, elle se redresse vers CB. On peut y implanter un petit fétu de paille qui sert de flèche.
- Le second hygroscope se compose d’une corde à boyau attachée à un clou C (fig. 4), et à laquelle on fixe un bouchon B, muni d’une petite tige servant de flèche. La corde à boyau est soumise à des torsions qui varient avec les quantités d’humidité contenues dans l’air. La petite flèche fixée au bouchon tourne donc dans un sens ou dans l’autre suivant que l’atmosphère est plus ou moins sèche. — Ces deux petits hygroscopes peuvent être gradués au moyen d’expériences préliminaires.
- G. T.
- §-
- I
- Fig. i.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandièr.
- COüBEIL. TVP. ETSTÉR, CRÉTÉ.
- p.16 - vue 20/432
-
-
-
- N* 184. — 9 DECEMBRE 1870.
- LA NATURE
- 17
- L’AÉROTHÉRAPIE
- M. le docteur Junod semble être le premier qui, vers 1830, songea à expérimenter dans un but thérapeutique l’action de l’air à des pressions moindres que celles du niveau de la mer, sur des personnes atteintes de certaines affections pulmonaires. Après lui, Tabarié (1850), puis Pravaz, de Lyon, 1850, se sont occupés des effets qu’une pression plus considérable que celle de l’air au niveau de la mer est susceptible de produire sur l’organisme humain. En 1855, M. le docteur Berlin a publié un intéres-
- sant travail, où il tend à prouver, d’après de nombreuses expériences, que les bains d’air comprimé doivent être considérés comme un puissant moyen thérapeutique. Malgré ses efforts renouvelés, les pratiques qui ont pour base l’application de l’air comprimé sont longtemps restées dans l’isolement.
- Dans sa séance publique du 22 mars 1852, l’Académie des sciences, adoptant les conclusions d’une Commission composée de MM. Velpeau, Flourens, Roux, Andral, Rayer, Magendie, Lallemand, Dumé-ril et Serres, chargée dans la distribution des prix Montyon de désigner les travaux de médecine et de chirurgie dignes de récompense, décernait à M. Ta-
- L’établissement aérothérapique du docteur Carlo Fornanini, à Milan.
- barié une récompense de deux mille francs, et une autre, également de deux mille francs, à M. Pravaz, pour les premières applications de l’air comprimé aux traitements des affections dont « les organes de la respiration peuvent être le siège ».
- C’était le premier encouragement officiel accordé à la thérapeutique pneumatique. Depuis, un certain nombre de médecins se sont exclusivement consacrés à l’étude de l’air comprimé, comme agent thérapeutique, et il existe actuellement en Allemagne, en Suède, en Danemark, en Russie, en France, un certain nombre d’établissements médico-pneumatiques*.
- Les plus célèbres de ces établissements sont ceux
- 1 Dr Fontaine, Nouveaux appareils pour administrer le bain d’air comprimé. Une brochure in-8°. — Paris, 1872.
- de M. Rud de Viveuot, à Vienne, et du docteur San-dhal, à Stockholm. Ceux de M. Bertin, à Montpellier et de M. Pravaz, à Lyon, jouissent d’une juste renommée. Il existe enfin deux établissements pneumo-thérapiques à Paris, rue Malesherbes et rue de Châteaudun.
- On peut affirmer que la pneumo-thérapie n’a pas trouvé de détracteurs ; aucun praticien ne nie son efficacité dans le traitement de l’asthme catarrhal, des bronchites chroniques, des laryngites, dans la phthisie pulmonaire, etc., et tout récemment les belles recherches de M. Paul Bert sur les effets physiologiques de l’air comprimé1 ont en quelque sorte
- 1 Voy. 2a année, 1874, lef semestre, p. 300, 355 et 402
- 2
- S» année. — 1er semestre.
- p.17 - vue 21/432
-
-
-
- 48
- LA NATURE.
- remis à l’ordre du jour cette importante question de la médecine pneumatique.
- En 1872, M. le Dr Fontaine a fait, au Congrès scieutifî()ue de Bordeaux une remarquable communication sur des chambres à air comprimé, qui offraient de grandes analogies avec celles que l’on emploie à l’établissement de Montpellier, et dans une note insérée dans les Comptes rendus de l’Association française (lre session, p. 1047), note à laquelle nous faisons quelques emprunts, il a appelé de nouveau l’attention sur ce précieux agent thérapeuüiique. On ne saurait trop encourager de semblables efforts, dont l’intérêt publique est incontestable ; aussi ne manquerons-nous pas de signaler à nos lecteurs les nouvelles tentatives faites dans cette voie, en Italie, par le docteur Fornanini, qui a installé, à Milan, un fort bel établissement aérolhéra-pique.
- Les chambres à air, précédemment usitées en Allemagne, en France, sont formées de cylindres verticaux, dans l’intérieur desquels le malade séjourne, sous l'inlluence d’un air comprimé à l’aide d’une pompe, l es chambres du docteur Fornanini sont, au contraire, horizontales. Notre gravure en montre la disposition. On a supprimé dans le dessin la paroi delà chambre de droite, afin de laisser voir sa disposition intérieure.
- Le malade est assis dans cette chambre somptueusement meublée, dans laquelle on introduit de l’air, chimiquement pur et maintenu à une température uniforme, la pression étant, grâce à l’emploi de la vapeur, plus forte que la pression atmosphérique ordinaire.
- L’établissement de Milan est remarquablement installé; il est muni de tous les moyens nécessaires pour constater la nature et la gravité de la maladie qu’il s’agit de guérir. Dr Z.
- RÉSULTAT BOTANIQUE
- DES EXPÉRIENCES FAITES A ROTHAMSTED SUR LES PRAIRIES.
- Toutes les personnes qui s’intéressent à la physiologie végétale connaissent au moins de nom le parc le Rothamsted et les belles expériences qu’y poursuivent depuis de longues années MM. Laws et Gilbert sur l’inlluence des engrais minéraux sur la végétation. Des résultats qui nous ont paru intéressants ont été oblenus sur les prairies naturelles et méritent d'être brièvement rapportés ici.
- Le champ d'expérience mesurait environ 2 hectares 80 ares ; c’était une prairie naturelle sur sol un peu argileux existant depuis plusieurs siècles et n’ayant pas reçu de semences nouvelles depuis environ quarante ans. Les essais ont commencé en 1856 et la prairie a été, pour cela, divisée en lots de 10 ares dont les uns ne recevaient aucun engrais, tandis que les autres étaient fumés chaque année
- avec différentes combinaisons de sels minéraux. L’examen approfondi des plantes qui croissaient spontanément dans ce champ a montré l’existence de
- 95 espèces, réparties comme suit:
- Dicotylédones...............54
- Monocotylédones............ 54
- Acotylédones................15
- Sur ces 95 espèces, un certain nombre ne se rencontraient qu’accidentellement ou en très-petites quantités, et l’on peut évaluer à 60 le nombre de celles qui se trouvaient dans chacun des carrés de 10 ares de surface. Elles appartenaient aux familles les plus communément répandues dans les prés ; les graminées y jouent naturellement un grand rôle. Voici, du reste, le produit d’un carré non fumé après vingt années d’expérience.
- Surface, 10 ares. Récolte, moyenne 25 quintaux de foin par hectare. 60 espèces. Sur 100 parties en poids de foin, on trouve :
- Graminées............. 68 66
- Légumineuses.......... 8 98
- Familles diverses .... 22 56
- 100 —
- Un carré voisin d’une surface également de 10 ares a été fumé annuellement comme suit :
- Sulfate de potasse. ..... 525 kil. parhect.
- Sulfate de soude.............125 » »
- Sulfate de magnésie......... 125 » »
- Superphosphate de chaux. . 400 » »
- Sels ammoniacaux............ 1000 » »
- La récolte moyenne a été de 75 quintaux par hectare; mais il n’y avait plus que 18 espèces représentées, et sur cent parties de foin on trouve :
- Graminées................ 98 84
- Légumineuses............. 0 01
- Familles diverses. ... 1 15
- 100 — ~
- Parmi les graminées 6 espèces, Alopecurus pra-tensis, Agrostis vulgaris, Holcus lanatus, Avena ela-tior, Poa pratensis, Dactylis glomerata, ont donné, en 1872, entre elles 96,55 pour cent de la récolte ; le Dactylis glomerata fournit à lui seul 59,28 pour cent.
- Dans un carré voisin, la fumure ne différait de la précédente que par l’emploi de 680 kilos de nitrate de soude à la place des sels ammoniacaux ; la prédominance des graminées fut la même, seulement ce sont deux espèces : le Poa trivialis et le Bromus mollis, à peine représentées dans le cas précédent, qui prennent le dessus et fournissent entre elles 66,86 pour cent de la récolte.
- Dans un autre cas, avec une fumure moins intense (500 kilos sels ammoniacaux et 400 de superphosphate de chaux par hectare), la Festuca ovina et l'Agrostis vulgaris fournissent respecti vement 49,29 et 20,59 pour cent de la récolte. Elles étaient également à peine représentées dans le premier carré fumé.
- p.18 - vue 22/432
-
-
-
- LA NATURE.
- i9
- Enfin les légumineuses sont surtout sensibles aux sels potassiques, et en donnant à ceux-ci la prédominance sur les autres, on peut en faire monter la proportion jusqu’à 40 pour cent de la récolte totale. Quant aux plantes appartenant à diverses familles et répandues communément dans les prés, telles que Ranunculus acris, bulbosus, Pimpinella saxifraga, Centaurea nigra, Achillea millefolium, Rumex ace-tosa, Plantago Ianceolata, etc., elles cèdent, en présence d’un excès de sels ammoniacaux invariablement le pas aux graminées1. M. M.
- LES
- VARIATIONS DE CLIMAT DU SAHARA
- ET LES SCULPTURES ANTIQUES DE SOUS.
- A l’une des dernières séances de la Société de géographie de Paris, M. Henri Duveyrier, l’explorateur du Sahara et du pays des Touaregs, a fait une communication du plus vif intérêt sur la découverte de sculptures antiques qui montrent des changements considérables dans le climat du nord de l’Afrique, à une époque relativement récente. Ces sculptures se trouvent dans la province de Sous, au Maroc, région de l’Ouadi Dhra’a, entre 28° et 29° de latitude septentrionale et 11° et 13u de longitude ouest de Paris. Un juif indigène, le rabbin Mardochée, chargé d’une mission à l’intérieur du pays par le consul de France, vient de rapporter des empreintes de ces sculptures, dont nous reproduisons ici quelques spécimens dessinés au trait. On y remarque des figures d’animaux parmi lesquelles il est facile de reconnaître l’éléphant, le rhinocéros, le cheval, la girafe, l’autruche, la grue et peut-être l’outarde. La figure de l’homme manque sur ces sculptures, d’un art encore bien primitif; mais elles représentent divers objets de l’industrie humaine ; une sandale, un harnais de cheval, un bouclier, un autel, une arme offensive. Tous ces dessins ne présentent pas cependant une ressemblance également satisfaisante. Tantôt le trait d’un même dessin est profond et net, tantôt il est large et indécis comme s’il provenait du simple frottement d’une pierre. Leur origine paraît remonter à peu près à la même époque, et ils doivent être l’œuvre de la première civilisation qui s’est développée dans le nord-ouest de l’Afrique.
- Les estampes n° 1, 2, 5, que nous reproduisons, représentent quatre éléphants, parmi lesquels celui du n° 3 seul a une de ses défenses visiblement indiquée. L’estampage n° 4 représente un rhinocéros, gravé suivant toute probabilité par un homme qui a eu sous les yeux des animaux de ces espèces, ou tout au moins était habitué à en voir dans le pays où lui-même vivait et travaillait. Ces dessins, bien
- 1 Helmsley. journal of botamj. — Revue suisse, novembre 1876.
- imparfaits sans doute, sont cependant d’une vérité frappante. Si l’éléphant et le rhinocéros bicorne n’avaient pas vécu dans le Sous à l’époque de l’artiste, celui-ci aurait trahi son ignorance par quelque faute commise soit dans la forme, soit dans la pose d’animaux, dont il aurait voulu graver l’image, de mémoire ou d’après les dessins d’étrangers. En pareil cas, selon la remarque de M. Duveyrier, l’éléphant de l’estampage n° 2, figuré en arrêt, la trompe menaçante, n’aurait pas eu la queue horizontale, comme il arrive quand l’animal attaque ou quand il est effrayé.
- Pline signale d’ailleurs, aux livres V et VIII de son histoire naturelle, l’existence de l’éléphant en Mauritanie. Les rives de l’Ouad Guir, les environs de Salé comme ceux de Tanger étaient occupés par ces animaux. Alors les eaux du fleuve Dhra’a nourrissaient aussi des crocodiles. Ne peut-on pas admettre aussi que les hommes de cette contrée, à la même époque, appartenaient à une race différente de celle qui y vit maintenant, à la race qui peuplait le Sous au commencement de l’ère actuelle? Pline appelle les habitants du bassin de la rivière Dhra’a Getules Dariens et Éthiopiens Daratites. Il établit qu’au commencement de notre ère des rameaux de ces races noires indigènes, dont les derniers rejetons existent encore dans l’Ouad Righ, le Nefzaoua et le Fezzan, peuplaient aussi alors .le Sahara marocain. Selon toute vraisemblance les Daratites de Pline furent parents, peut-être les ancêtres directs des nègres Azer et Kadjaga que nous voyons aujourd’hui placés géographiquement le plus près de l’Ouadi Dhra’a, et que l’histoire nous montre d’abord vaincus par les Soûsous, puis refoulés au moyen âge du côté du sud par la race blanche, dans l’Adrar et dans les villes d’El-Hôdh, aujourd’hui au sein du désert. La langue azer parlée maintenant dans ces pays au nord du Sénégal possède des mots tout à fait propres à désigner l’éléphant qui avait été réduit à l’état domestique par les populations indigènes et qui maintenant ne vit plus dans la contrée.
- Depuis les temps historiques, un changement de climat considérable a eu lieu dans toute l’étendue du Sahara, du moins par rapport aux pluies et au régime des eaux. La présence de nombreux troupeaux d’éléphants et de rhinocéros exigeait une végétation susceptible de les nourrir et partant un climat plus humide, Gomme dit fort bien M. Duveyrier: « à l’époque où les crocodiles chassaient dans les ondes de l’Igharghar, qui n’est plus qu’une vallée desséchée, où un naturaliste africain, le roi Juba, faisait déposer et conserver vivant dans le temple d’Isis, à Gherchel, un de ces reptiles capturé dans un lac de la Berberie, à l’époque où le bœul était la bête de somme par excellence des Gara-mantes, sur la route commerciale de Fezzan au pays Haoussa, l’éléphant^ trouvait indubitablement un milieu qui lui convenait, dans l’Adrar comme dans le bassin du Dhra’a, et le changement très-notable, au point de vue hygrométrique, qui s’ôàt
- p.19 - vue 23/432
-
-
-
- 20
- LA NATURE.
- opéré dans le climat du Sahara, pendant la période historique, explique à lui seul, croyons-nous, et la décadence des établissements nègres, fixés au sol et non nomades, comme étaient les Éthiopiens Dara-tites, et la disparition de l’éléphant, du rhinocéros, de la girafe et du crocodile dans le bassin du Dhra’a. »
- D’autres dessins gravés du Sous représentent le rhinocéros à deux cornes, notamment au bas de l’estampage n° 4. Le rhinocéros à deux cornes, Rhynoceros africanus de Cuvier, a disparu du Sahara et de la Berberie pour se retirer dans la partie sud de l’Afrique. En examinant bien le dessin de Sous, on remarque une forme particulière de la deuxième corne, et, sur les flancs de l’animal, des traits qui doivent représenter des plis du cuir. Or, des deux espèces vivantes de rhinocéros décrites par Cuvier, le Rhynoceros sumatrensis ou de Sumatra a seul le cuir plissé. La figure d’une girafe paraît sur l’estampage n° 5. Malgré l’usure de la pierre à l’endroit du cou, l’es pèce de ce ruminant dessiné sur le rocher semble indiscutable. De nos jours la girafe se montre encore dans la partie du Sahara, voisine de l’Ahir et du Niger, mais non plus dans l’ouest. Sur l’estampage n° 6 il y a un cheval nu, sur l’estampage n° 7 un cheval harnaché. Fort bien conservée, cette dernière sculpture montre la bête attachée par un pied à un tronc d’arbre. Une selle plate est posée sur le dos du cheval, selle de forme irrégulière, faite probablement par une simple peau ou par une natte. La partie du ventre qui touche aux cuisses est enveloppée dans une large bande d’étoffe ou de cuir, destinée sans doute à garantir contre les piqûres des insectes les endroits dont la peau est la plus délicate. Cette gravure nous montre le harnais des chevaux des anciens habitants du Sous beaucoup plus compliqué que celui des anciens Numides de la province de Constantine, si l’on peut s’en rapporter pour la comparaison à l’intéressante sculpture d’Ahizar, publiée par le 'général Faidherbe et par le Dr Reboud. Tous ces dessins ressemblent à ceux gravés par nos ancêtres de l’âge de la pierre en France.
- Nous ne nous étendrons pas davantage sur la curieuse collection de sculptures et de moulages du rabbin Mardochée. On ne peut mettre en doute l’existence d’un climat plus humide au Sahara à l'époque dont datent les dessins gravés du Sous. Même témoignage fourni par les sculptures découvertes dans l’est, dans le sud des chemins de Mourzouk à Rhat, à Telizzarghén et à Aghabar j
- Aman Semmeden, c’est-à-dire la rivière aux eaux fraîches qui n’est plus qu’une vallée sans eaux courantes. Les monuments de l’art s’accordent avec les faits géologiques pour démontrer des changements climatériques considérables survenus dans la contrée sous les yeux de l’homme. L’éléphant sculpté sur les rochers du pays de Sous se retrouve avec ses ossements dans les dépôts d’alluvions récents associés à ceux de l’hippopotame et du buffle. Nous avons rencontré les restes de VElephas africanus dans les sédiments modernes du nord de l’Algérie. Lorsque ces animaux vivaient dans le Sahara, il y avait une riche végétation, des rivières aux eaux abondantes, maintenant taries. Alors l’igharghar et le Djeddi, dont les flots réunis formaient le Gir de Ptolémée, le Niger, des géographes romains, se déversaient dans la dépression du Gholl Melghigh, le fond de la mer intérieure projetée dans le sud de l’Algérie jusqu’au golfe de Gabès, une mer où nous inviterons nos lecteurs à chasser au canard dans une prochaine excursion.
- Non-seulement le climat du Sahara a été plus humide, plus pluvieux, il y a deux ou trois mille ans, mais tandis que certains naturalistes y voient le fond d’une ancienne mer, d’autres ont cru y découvrir des traces d’anciens glaciers. Lors de mes voyages en Algérie, j’ai étudié les terrains quaternaires de la lisière du Sahara. Malgré la meilleure volonté du monde je n’ai pu y voir de dépôt marin récent, ni de vestiges d’anciens glaciers. Le sol superficiel se compose d’alluvions fluviatiles comme celles du Rhin ou du Rhône avec la seule différence minéralogique des cailloux roulés. Les sillons qu’un de mes confrères en géologie a pris pour des stries glaciaires sur les galets sahariens proviennent de la corrosion de certaines mousses, pas autre chose du tout. En ce qui concerne la mer intérieure supposée, on a attribué à sa disparition l’origine du foehn, ce vent chaud qui fait fondre la neige des Alpes et à l’apparition duquel on a attribué la retraite des grands glaciers de ces montagnes, en même temps qu’on a craint que le retour de la mer dans le Sahara nous menace d’une nouvelle marche en avant des glaciers. Nous nous réservons de montrer plus tard que le foehn des Alpes ne vient pas de l’Afrique et que la création d’une mer intérieure en Algérie ne risque pas de provoquer une invasion des glaciers alpins à Lyon, à Bâle ou seulement à Berne.
- Charles Grad.
- Logelbach (Alsace), 23 novembre 1870’
- Sculptures antiques Je la province marocaine du Sous.
- p.20 - vue 24/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 21
- LES BÉLEMNITES ÉTIRÉES
- DU MONT LACHAT.
- Qui ne connaît les bélemnites? 11 suffit d’aller visiter la craie à Meudon ou à Bougival pour en recueillir en abondance, sinon en place, au moins dans les mains des ouvriers qui les cèdent à vil prix ; les paresseux peuvent même s’en procurer sur nos quais auprès de ces bouquinistes de la nature qui disputent le parapet aux brocanteurs de vieux livres. Ce sont des corps cylindriques, terminés en pointe par un bout, généralement brisés à l’autre, offrant à l’intérieur une structure radiée et doués d’une couleur blonde et d’une demi-transparence qui rappellent l’ambre ou le sucre d’orge.
- Le nom des bélemnites ([Sshpvov, trait) a son origine dans les idées superstitieuses que les anciens y avaient attachées, alors que la méthode scientifique n’existait pas encore et que les maîtres pouvaient faire accepter leurs suppositions comme articles de foi.
- Nombre de gens regardaient comme évident que les bélemnites étaient un produit du tonnerre, peut-être même la matière de la foudre; aussi l’estimaient-ils beaucoup et lui reconnaissaient-ils des propriétés merveilleuses. A l’égal des objets sacrés des sauvages contemporains, les bélemnites préservaient leurs heureux possesseurs des étreintes de la maladie et des fulgurations du ciel et, dans certaines régions ou même chez nous pour certaines intelligences échappées jusqu’ici à la contagion scientifique, leur miraculeuse puissance est loin d'être épuisée. Il en est d’ailleurs de même de beaucoup d’autres objets ; j’ai récemment reçu au Muséum la visite d’un vieux marin qui se vantait de posséder un talisman également efficace contre le choléra et contre les coups de fusil. C’était une hache antique en silex poli et recouverte, comme d’une patine, d’une couche continue de crasse. La preuve qu’elle était tombée du ciel, c’est qu’on l’avait trouvée en creusant la terre sur un point récemment foudroyé — la preuve que cette pierre merveilleuse garantissait du choléra, c’est que notre marin, qui la porte toujours sur lui, n’avait point été malade lors d’une des dernières épidémies où plusieurs de ses proches ont succombé — la preuve enfin que les balles de fusil étaient détournées par l’objet magique, c’est que le soldat qui l’avait dans son sac n’avait jamais été blessé durant les longues campagnes qu’il avait fournies. Que faire contre un
- entendement aussi étranger à nos procédés de recherche de la vérité? — Ai-je été atteint du choléra? Ai-je été blessé? Eh bien, vous voyez donc, etc.
- Hélas ! — Mais revenons aux bélemnites. On a fini par en reconnaître la vraie nature, mais cela n’a pas été sans peine. C’est seulement après y avoir vul’uriue pétrifiée du lynx, des stalactites, des jeux de la nature (lusus naturœ) des dattes pétrifiées, du bois fossile, du succin durci, des dents de Nar-wall, de cachalot, de crocodile, des épines ou des vertèbres de poisson, des queues d’écrevisse, des baguettes d’oursin ou des branches d’étoile de mer, des holothuries ou des polypes, des vers, des dentales ou des serpules; c’est seulement après avoir constaté l’inexactitude de toutes ces suppositions et de bien d’auti'es, qu’on découvrit enfin dans chaque bélemnite l’osselet interne d’un mollusque céphalopode, exactement comme est l’os, si connu, de la seiche commune.
- Les espèces diverses de bélemnites, localisées dans l’énorme série des terrains secondaires, qui les ont vues éclore et disparaître, sont innombrables et leur monographie remplit de gros volumes. Ici n’est point la place de les décrire, ni de les énumérer, ni même d’en mentionner une seule avec détail. Notre but, en montrant toute l’attention que ces corps singuliers ont éveillée chez les savants, est de préparer à comprendre ce qui concerne spécialement les bélemnites du mont Lâchât, dans les Alpes, dont la forme est reproduite ci-contre.
- A nos yeux de moderne, leur puissance est bien plus merveilleuse que celle attribuée jadis si gratuitement à leurs congénères des pays de plaine, car elles sont de taille à nous révéler une foule de choses qu’on pourrait croire à l’abri de toute investigation, s’étant passées un nombre incalculable de siècles avant la création des hommes.
- Ce qui distingue ces bélemnites de celles qui nous occupaient tout à l’heure, c’est qu’elles sont débitées en une série de segments disposés bout à bout mais écar tés les uns des autres et séparés, ou plutôt réunis, par des concrétions blanches de calcaire cristallin : c’est ce que montre bien la figure. Chaque bélemnite est donc allongée de toute la longueur de ces concrétions calcaires et elle a manifestement subi un étirement parallèlement à son axe. C’est à cause de cette particularité que ces fossiles permettent comme, on va voir, de refaire en détail l’histoire géologique des régions où on les recueille ; de remplacer des suppositions gratuites par des explications certaines; d’évaluer, pour ainsi parler, l’éner-
- Bélemnites étirées et tronçonnées des schistes liasiques du mont Lâchât (Haute-Savoie). D après les échantillons exposés au Muséum de Paris. (1/2 grandeur naturelle.)
- p.21 - vue 25/432
-
-
-
- 22
- LA NATURE.
- gie des actions dont s’est accompagnée la production des chaînes de montagnes.
- Nos bélemnites alpines appartiennent à des couches du lias. Mais ces couches, au lieu d’être constituées par des argiles, des calcaires et des grès, ainsi qu’on l’observe loin des montagnes, sur tout le pourtour du bassin parisien, par exemple, consistent en schistes, en marbres et en quartzites, c’est-à-dire en roches analogues à celles des strates les plus anciennes. De plus, au lieu d'être horizontales, comme elles l’étaient nécessairement au moment de leur dépôt au fond des eaux, ces assises basiques sont, comme toutes les formations avoisinantes, redressées, contournées et élevées à des hauteurs considérables. Pour tout dire en un mot, ces terrains ont subi le métamorphisme et celui-ci est en rapport direct avec le fait même de la production de la montagne.
- Si l’on examine la constitution intime des grands massifs montagneux, on reconnaît qu’ils comprennent un axe de roches cristallines de part et d’autre duquel sont appliquées, comme des contre-forts, les couches redressées des formations aqueuses qui composent le sol des deux plaines latérales. Ces couches se correspondent terme à terme des deux côtés de la chaîne, et l’axe de celle-ci étant supprimé par la pensée, on conçoit qu’on les puisse rétablir, par un développement sur le plan horizontal, dans leur situation et dans leur continuité premières. Mais si, par cette opération, on détruisait tout le relief dont le massif cristallin occupe le centre, on ne saurait, ainsi, faire disparaître les caractères minéralogiques acquis par les couches maintenant remises en place, et la conclusion c’est que le métamorphisme permanent qu’elles ont subi est l’œuvre même du noyau cristallin au voisinage duquel il s’est produit. Notion confirmée d’ailleurs par trop de faits pour qu’on la puisse mettre en doute, mais qui laisse encore sans explication beaucoup de particularités offertes par les montagnes et que nos bélemnites étirées vont contribuer à élucider.
- L’idée première qu’on se soit faite, quant à la formation des chaînes de montagnes, a été de voir dans la roche cristalline de l’axe le produit d’une éruption, s’insinuant à la façon d’un coin dans une fissure des assises superposées et les soulevant en d’os d’àne, c’est-à-dire suivant deux plans opposés plongeant à droite et à gauche vers les plaines. Mais cette manière de voir n’a pu résister longtemps à l’observation directe des faits.
- D’abord, en ce qui concerne cette disposition présumée des couches dms les montagnes, on reconnaît qu’elle est précisément inverse de celle qui se présente réellement. Le plongement des strates est, partout où on peut l’observer, centripète, c’est-à-dire dirigé vers l’axe et non vers les plaines, de telle sorte que, pour employer l’expression même de Saussure, la chaîne tout entière est disposée en éventail. Le diamètre du noyau cristallin est donc plus grand à une
- certaine hauteur qu’au niveau même du pied de la chaîne, et c’est comme si, étant sorti par une fente étroite, il s’était dilaté aussitôt qu’il échappait à la pression des deux lèvres de cette issue. On verra tout à l’heure si cette comparaison est fondée.
- En second lieu, quand on relève, couche par couche, la structure du flanc des montagnes, on trouve souvent que des assises restées parfaitement parallèles entre elles se succèdent dans l’ordre remersé de la chronologie géologique. C’est-à-dire que les plus anciennes (le trias par exemple) reposent sur de plus récentes (le lias) qui, elles-mêmes, ont comme soubassement des terrains crétacés ou tertiaires. Un coin insinué de bas en haut ne saurait donner lieu à une telle disposition qui suppose forcément, outre l’effort vertical nécessaire à l’élévation, des actions mécaniques horizontales fort puissantes.
- Enfin, le fait même que nous avons spécialement en vue, de la schistosité acquise par les couches redressées et de l’étirement avec tronçonnement des fossiles et spécialement des bélemnites qu’elles contiennent, ne sauraient s’accommoder de l’hypothèse ancienne. Elle fait comprendre, à la rigueur, un soulèvement aussi grand, un redressement aussi complet qu’on voudra, mais non pas un laminage comme il apparaît si nettement que les terrains stratifiés des Alpes, des Pyrénées et d’ailleurs en ont subi.
- Pour lever tous les doutes à ces deux points de vue et pour asseoir définitivement la théorie des montagnes, la vraie méthode consiste à recourir à l’expérimentation synthétique qui, convenablement subordonnée à l’observation, conduit sûrement à des résultats certains. C’est ce qu’a fait récemment M. Daubrée dans un travail dont nos lecteurs nous sauront gré de leur donner un rapide résumé.
- Le procédé mis surtout en usage par l’auteur consiste à soumettre à l’action d’une presse hydraulique des plus énergiques, des prismes d’argile à demi desséchée, renfermés entre des parois où l’on avait ménagé une ouverture étroite et allongée. Comme on voit, l’argile représente ici les roches plus ou moins plastiques à l’origine, qui constituent l’axe et les premiers contre-forts des chaînes de montagnes, et l’ouverture simule la faille par laquelle s’est faite, dans la nature, l’éruption des masses profondes. Dès que la presse hydraulique agit, un vrai ruban d’argile, aussi long qu’on le veut, sort par l’ouverture. Sa structure est éminemment feuilletée comme celle des schistes à bélemnites des Alpes et les feuillets sont parallèles à la grande longueur de l’ouverture, comme, daus la montagne, ainsi que nous l’avons dit, les feuillets sont parallèles à la longueur de la chaîne, ou si l’on veut, à la direction même de la faille primitive.
- Mais la reproduction des phénomènes naturels a pu être poussée beaucoup plus loin, etM. Daubrée est arrivé à faire de la structure en éventail de véritables miniatures parfaitement exactes. Pour cela, voici comment l'expérience a été conduite : « De
- p.22 - vue 26/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 23
- l’argile, préalablement bien malaxée et à peu près 1 desséchée, a été coupée sous la forme d’un prisme carré. Après l’avoir placée entre deux plaques de fer carrées de même dimension que la base du prisme, on a soumis ce prisme à l’action de la presse hydraulique. Dans cette opération, il sort de chacune des quatre faces latérales une bavure dont la forme évasée par suite du changement de pression se raccorde aux faces du prisme. La masse ainsi déformée présente, dans sa cassure transversale, une texture essentiellement schisteuse, qui est ainsi disposée : dans toute la partie serrée parles deux plaques, les feuillets sont parallèles aux deux parois ; mais dès qu’on passe à la partie qui dépasse ces plaques, on voit les feuillets s’infléchir et s’éloigner de l’axe de manière a être parallèles aux deux faces extérieures du jet qui vont elles-mêmes en s’écartant de plus en plus. Le feuilleté est surtout prononcé à proximité des deux surfaces externes ; en général, il l’est beaucoup moins vers la partie centrale. » Ceci est, comme on voit, le fac simile de la structure en éventail dont l’origine se trouve par cela même très-vivement éclairée.
- En outre, les fossiles déformés et spécialement les bélemnites étirées ont préoccupé aussi M. Dau-brée, qui a précisé les conditions auxquelles sont dus leurs déformations et leurs étirements. « La résistance d’une bélemnite ordinaire était trop grande, dit-il, pour qu’on pût la tronçonner au milieu de l’argile, au moins dans les conditions de pression dont on pouvait disposer. Pour remédier à cette difficulté et obtenir une rupture sous un moindre effort, on a taillé dans de la craie une série de cônes très-allongés ayant la forme d’une bélemnite ordinaire. Ce sont ces imitations de bélemnites en craie qui ont été l’objet d’une série d’expériences dans lesquelles on a fait varier, d’une part, la consistance de l’argile, d’autre part, son mode d’écoulement ou d’écrasement. Toujours les cônes de craie ont été comme les fossiles du mont Lâchât, tronçonnés et écartés. Plusieurs expériences par voie d’écrasement ont été faites, du reste, sur des bélemnites réelles qui avaient été très-exactement enchâssées, au moyen du moulage, dans une masse de plomb en forme de parallélipipède. La pièce de plomb était chaque fois soumise à une pression d’environ 50,000 kilogrammes. On a obtenu ainsi des bélemnites tronçonnées dont les fragments sont plus ou moins espacés et qui, par conséquent, ont augmenté en longueur, exactement comme les types naturels que l’on avait en vue. » En même temps l’auteur a reconnu que pour que la masse enveloppante ne pénètre pas entre les tronçons, même sous forme de bavure, de façon à faire des chambres vides où la concrétion du calcaire pourrait ensuite avoir lieu, il faut que cette masse ne soit plus pâteuse, mais à peu près à l’état solide.
- 11 résulte donc de ces belles expériences dont nous voudrions pouvoir donner plus en détail les conséquences principales, que la plupart des conditions qui ont accompagné le soulèvement des chaînes
- de montagnes se reproduisent quand on pince une masse plastique qui peut s'écouler d’un côté par une fissure préalablement ouverte. On parvient donc, comme nous le disions, à reconstituer l’histoire des massifs montagneux, et à remplacer par des données exactes, les pures suppositions dont il fallait bien se contenter jusque-là.
- Que les masses profondes aient été injectées de bas en haut au travers des assises superposées, c’est ce que tout le monde admet, mais il faut préciser la cause d’où dérive la force motrice et la pression. Or cette cause ne saurait être autre que la contraction du globe sur lui-même, corrélative de son refroidissement progressif. Il en résulte des deux côtés d’une faille donnée, l’exercice de pressions horizontales dirigées l’une vers l’autre, perpendiculairement à cette faille et donnant lieu à un véritable pincement des régions situées entre elles. La matière plastique du fond qui tend à sortir est donc là très-fortement comprimée, et elle prend la structure schisteuse en même temps que les fossiles qu’elle contient sont étirés. Une fois qu’elle a, dans son mouvement ascensionnel, dépassé la zone où la compression est la plus forte, elle se gonfle comme par une sorte de réaction et prend la forme en éventail. Getie réaction horizontale centrifuge peut même être assez énergique pour que les couches repoussées à droite et à gauche passent les unes sur les autres, etque l’ordre ordinaire de superposition soit ainsi renversé.
- Comme on le voit, toutes les particularités du phénomène naturel reçoivent de celte façon l’interprétation la plus évidente, et il y a peu de cas où la méthode expérimentale ait donné des résultats moins susceptibles detre discutés. Par ses nouvelles recherches, M. Daubrée a certainement enrichi la science de notions fondamentales définitivement acquises. Stanislas Meunier.
- DESTRUCTION D’HELL GATE
- RÉCIFS DE LA RIVIÈRE DE L’EST, PRÈS DE NEW-VORK.
- On sait que la rivière de l’Est (East River) avant de traverser le port de New-York, est divisée en deux bras qui entourent une île, Long Island. La pointe de cette île se prolonge en un récif connu sous le nom de Hallet Reef; les eaux glissent en cet endroit à la surface de rochers, formant des écueils si redoutables pour les navigateurs, que ce chenal étroit a été désigné sous le nom de Porte-d’Enfer (llell Gale); il s’y forme, au moment du reflux, des tourbillons périlleux qui entravaient le passage des navires, sur une grande voie, ouverte entre New-York, la Nouvelle-Angleterre et le Nord Est du continent américain.
- Depuis de longues années les Américains ont résolu de détruire ces récifs qui opposaient de si sérieuses entraves à leur marine. Après sept années
- p.23 - vue 27/432
-
-
-
- 24
- LA NATURE,
- d’efforts, les écueils de la Porte-d’Enfer viennent d’être anéantis; ils se sont effondrés subitement sous le choc formidable de la dynamite. Ce résultat a vivement impressionné le monde savant et le public, de l’autre côté de l’Atlantique. L’importance des travaux préliminaires, la hardiesse des moyens employés, le succès complet qui a couronné l’expérience finale, nous ont engagé à retracer, d’après le Scientific American , de New-York, l’histoire de cette gigantesque entreprise.
- En 1848, MM. Davis et Porter, lieutenants de la marine des Etats-Unis, ont pour la première fois appelé l’attention du gouvernement américain sur les écueils de Hell Gâte.
- Dans un rapport remarquable, ils recommandaient d’ouvrir un passage au milieu du chenal, en y faisant sauter les rocs, de manière à lui donner une profondeur suffisante pour que les navires à voiles et les bateaux à vapeur puissent y circuler sans danger. Ils insistaient sur les
- avantages dont la ville de New-York se trouverait dotée par ce travail, tant au point de vue commercial qu’en ce qui concerne la défense des côtes en temps de guerre. En 1852, le Congrès alloua 115000 francs pour l’exécution de cette entreprise; le major Fraser, du corps des ingénieurs, commença
- les opérations, et à l’aide d’espèces de torpilles remplies de poudre à canon , et descendues au fond de l’eau sous les rochers, il put faire sauter les massifs les plus saillants et accroître la profondeur de l’eau de 18 à 20 pieds.
- Voici tout ce qu’on put laire j usqu’en 1868, lorsque la question fut confiée à l’étude du général de génie des États-Unis, M. Newton. Les progrès accomplis dans l’art de perforer les roches permirent au général Newton de concevoir un projet grandiose. Il résolut de creuser un puits dépassant sous terre le fond de la rivière d’une profondeur de 12 mètres, d’ouvrir des galeries sous les eaux sur une super-
- Plan des galeries souterraines creusées sous le récif d’Hell Gâte.
- Vue à vol d’oiseau de la poiute de Ilaliet avec l’affleurement du batardeau.
- ficie de 1 hectare et demi, en ménageant une série de piliers dans cette excavation, comme dans les carrières, de manière à soutenir la croûte superficielle, dont l’épaisseur varierait de 4 à 10 mètres, puis, à la fin de ces travaux de perforation, de faire voler en éclat d’un seul coup, avec le concours de la dynamite et de l’électricité, l’énorme masse de rocher qui reposerait sur les piliers.
- Les opérations commencèrent au mois d’août 1869. On construisit un batardeau de bois, fortement attaché aux rocs par des boulons traversant la
- charpente. Le batardeau fut épuisé par la pompe vers le milieu d’octobre et les opérations nécessaires pour creuser le puits furent commencées dans les premiers jours de novembre et continuées jusque vers la mi-juin 1870, époque où les travaux se trouvèrent interrompus, les fonds alloués étant épuisés. A ce moment on avait enlevé 484 yards cubes de rochers (le yard vaut 914 millimètres) au prix de 5 dollars 75 cents (29 francs 60 centimes) le yard. Dans la dernière moitié de juillet, les travaux furent repris et, pendant cette année fiscale, le puits
- p.24 - vue 28/432
-
-
-
- LA NATURE
- 25
- fut poussé jusqu’à la profondeur désirée de 33 pieds au-dessous du niveau de la mer basse. Les orifices de dix tunnels furent ouverts à des distances variant
- de 51 à 126 pieds. Deux des galeries transversales avaient de môme été ouvertes. On creusa cette année un total de 8306 yards cubes de roc, et tout le
- forage fut fait à la main. L’année suivante, le forage travail avança plus rapidement. On creusa, en 1871, à vapeur remplaça en partie le forage manuel, et le 1653 pieds de tunnels et 653,75 de galeries trans-
- Puits principal et entrée îles galeries creusées sous le récif d’Ilell-Gate (États Unis)
- varsales. La quantité de rochers déblayés fut de 8293 yards cubes.
- En employant six perforatrices Burleigh, on fora
- par mois 235 pieds de galerie. Jusqu’en juin 1873, on avait employé des perforatrices à main ; toutefois 20 160 pieds avaient été forés avec la perforatrice
- p.25 - vue 29/432
-
-
-
- 26
- LA NATURE.
- Burleigh et 7000 avec la perforatrice à diamant.
- Une fois les trous de mine creusés, on faisait sauter le roc; puis on déblayait les blocs en les chargeant sur des wagons qui se rendaient par une voie ferrée au puits d’extraction, d’où on les enlevait jusqu’à la surface de la rivière.
- Quand l’œuvre du percement des galeries souterraines fut terminée, on fora des trous de mine dans la voûte de la vaste excavation dont la surface supérieure formait le fond de la rivière.
- Lors du travail des creusements de haut en bas, l’infiltration de l’eau marine était de 300 gallons (1350 litres) par minute; lors du creusement de bas en haut, les infiltrations furent de 500 gallons par minute (2250 litres), parce qu’il était impossible d’empêcher continuellement la formation de fissures. Pour remédier à cet inconvénient, on boucha les trous où des fissures s’étaient manifestées. La galerie extérieure et l’entrée n° 4 (voy. le plan p. 24) furent creusées plus profondément, pour former une rigole et conduire l’eau infiltrée jusqu’au puits, d’où on l’extrayait au moyen de pompes afin aë la reverser dans la mer.
- Ces travaux immenses ont été terminés dans les premiers jours de septembre 1876. Il ne restait plus qu’à faire sauter les piliers et la voûte de la grande excavation souterraine.
- Les 4462 trous de sonde qu’on y avait forés furent chargés comme des trous de mine; il fallut employer pour les remplir 28 900 livres de dynamite, 9000 livres d’une autre matière explosible que les Américains désignent sous le nom de Ren-drock, 14452 livres de poudre Vulcan, c’est-à-dire en totalité plus de 52 000 livres des matières explosibles les plus puissantes de la chimie moderne, n’attendant plus pour agir que le passage du courant électrique.
- Les trous de mine avaient été perforés méthodiquement d’après les plans du général Newton et suivant des sections bien définies.
- Les charges des différents trous de mine de chaque section furent reliées entre elles, et une fusée composée des matières les plus explosibles, mettait en communication les charges de toutes les sections. Le passage de l’étincelle électrique dans un petit nombre de centres d’explosion allait ainsi suffire pour tout le système.
- Le jour de l’explosion finale fut fixé au dimanche 24 septembre 1876. Ce fut un jour de fête pour New-York. Dès la matinée, plus de deux cent mille spectateurs couvraient les rivages de l’East River.
- À 2 h. 25 le signal va être donné; on entend un premier coup de canon, qui résonne comme une sorte de garde à vous lancé par la bouche d’acier. Un second coup de canon est tiré à 2 h. 40. Le silence règne au milieu de la foule attentive et émue. La batterie électrique qui va déterminer l’explosion est installée sur le rivage. Le général Newton se tient auprès de l’appareil avec sa femme et sa petite fille, âgée de 3 ans.
- A 2 h. 30, on entend le troisième et dernier coup de canon La pelite lille du général touche un bouton de métal placé sous sa main; le courant électrique est établi. Un grondement souterrain se fait entendre, un frémissement agite le sol, une immense gerbe d’eau jaillit eu écume, jusqu’à quarante pieds de hauteur et retombe avec fracas *. Le silence se rétablit. Le récif de Hell Gâte n’existe plus.
- Aussitôt après l’explosion la navigation a été ouverte; les steamers ont défilé successivement le long du rivage désormais sans danger, et jusqu’au soir d’innombrables embarcations ont sillonné la surface du fleuve2.
- Il faudra environ deux ans pour draguer les débris de Hell Gâte et d’un autre écueil, que le général Newton s’occupe déjà à faire sauter. Cette roche sous-marine, nommée Flood rock, a une superficie de 3 heetares, et nécessitera l’emploi de deux fois plus de dynamite que le récif d'Hell Gâte.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 17 novembre 1876.
- M. Lippmann résume les recherches qui ont été faites sur le mouvement des solides dans l’air raréfié sous l’influence de la lumière. La cause du mouvement serait intérieure au radiomètre, car lorsqu’on suspend l’instrument par un fil sans torsion, on le voit tourner en sens inverse du mouvement du moulinet intérieur, si le moulinet est mobile ; et il n’y a pas de mouvement si le moulinet est solidaire de l’enveloppe. Du reste, comme l’a montré M. Salet, un disque mobile horizontal, en présence d’un moulinet fixe, tourne en sens inverse du mouvement que prendrait le moulinet.
- De plus le mouvement est occasionné par le gaz qui reste dans l'instrument : en effet un disque de mica fixé sur le moulinet mobile entraîne peu à peu un disque indépendant parallèle. En laissant dans le radiomètre des quantités d’air décroissantes, on reconnaîtque, sous la pression atmosphérique, il y a une faible attraction vers la direction d’où vient la lumière, puis, la pression diminuant, l’effet est nul; pour des pressions inférieures à 1 millimètre on observe une répulsion qui croit quand la pression diminue, jusqu’à un certain maximum, après lequel elle devient plus faible ; enfin, dans le vide absolu fait par des procédés chimiques, ou sous l’influence delà chaleur, comme l’a montré M. Alvergniat, il n’y a plus d’action.
- Ces particularités du phénomène peuvent s’expliquer en admettant qu’à un certain degré de raréfaction les gaz cesseraient de transmettre les pressions ordinaires; elles seraient une conséquence de la théorie de J. Bernouilli.
- M. Jabloschkoff présente à la Société sa nouvelle lampe électrique formée de deux baguettes de charbon de cornue mis en communication par la base avec les pôles d’une pile ou d’une machine Uraumie et qui se dressent verticalement sur un support isolant. On les entoure d’une gaine cylindrique dans laquelle on verse une substance
- * Le bruit fut tellement considérable qu’on l’entendit à Wes-port, à 70 kilomètres de là.
- * New-York Herald.
- p.26 - vue 30/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 27
- isolante pulvérisée, telle que kaolin, verre pilé, etc. On réalise ainsi une sorte de bougie électrique. Pour l’allumer on réunit les deux extrémités supérieures des charbons par un conducteur, et lorsque le courant passe, l’arc voltaïque s’établit entre les deux extrémités des charbons qui s’usent de la même quantité si les sections des baguettes sont convenables ; en même temps la matière isolante fond, et devient conductrice seulement par la surface qui est liquéfiée.
- Dans le même circuit électrique, l’auteur dispose deux appareils semblables qui donnent deux sources lumineuses présentant le même éclat et les mêmes particularités ; il réalise ainsi le problème de l’alimentation de plusieurs foyers lumineux par un courant unique.
- TROMBES DESCENDANTES
- Du grand hôtel du Cap, situé à la pointe occidentale du promontoire d’Antibes, voici ce dont j’ai été témoin le ‘21 novembre 1876. Sur la Méditerranée, à une distance qui semblait d’environ 40 kilomètres, à l’endroit même où se lève le soleil, à gauche de la Corse, apparaissait un banc nuageux, dont la tète atteignait l’axe prolongé du cap, et dont l’extrémité se perdait dans les profondeurs de l’est. Près de la tête se dessinaient trois colonnes descendantes, noires comme de l’encre, sur le ciel empourpré par les feux du soleil levant. Puis venait une large zone gris sombre, qui unissait à çet endroit le nuage à la mer, indice d’une pluie torrentielle. Enfin à l’extrémité de cette zone et en dehors, une autre colonne, courbée à la partie supérieure, se projetait sur un ciel ardoisé. A 7 heures 25 minutes la première colonne diminua, se retira peu à peu vers le nuage, restant unie à la mer par une gaine lumineuse, nettement définie. La tète de cette gaine était identique à celle des vapeurs légères qu’éclaire le soleil en se couchant derrière les cimes de l’Esterel. — A 7 heures 30 minutes la deuxième colonne, la plus puissante, éprouva le même phénomène de retrait. La masse noire, en reculant vers le nuage, se rattachait à la mer par une gaine lumière croissante. A 7 heures 35 minutes, deux points se condensent dans le banc nuageux et s’allongent en descendant ; ce sont deux nouvelles trombes qui se forment. L’une éprouve un moment d’arrêt, mais la seconde descend toujours. Elle va rejoindre certainement la mer, lorsque soudain, de la zone pluviale jaillit un immense éclair : la trombe s’ai'rête, elle s’effile, le cylindre noirâtre se retire peu à peu vers le nuage, sans laisser de gaine lumineuse. La pluie gagne la région orangée où se déroulaient ces météores ; l’obscurité dérobe le spectacle aux yeux. Quant à la trombe située à l’arrière de la zone pluviale, elle a éprouvé des changements internes, tantôt mince comme le tronc d’un jeune arbre, tantôt prenant un assez fort diamètre, mais toujours courbée à la partie qui touche au nuage. Elle était toute formée quand elle m’est apparue. Je ne l’ai point vue, comme les deux dernières, se former dans les nuages, descendre vers la mer. Ce qui me parait donner à cette observation un caractère original, c’est la projection des trombes'naissantes et descendantes sur un fond rouge-orangé qui permettait de discerner les détails du météore et d’en suivre les phases1.
- E. Ferrière.
- 1 Comptes rendus de l'Académie des sciences. Séance du 27 novembre 187<>.
- L’ALBERT BRIDGE, A LONDRES
- Depuis notre premier séjour à Londres, il y a vingt-cinq ans, la ville s’est considérablement agrandie. Si nos souvenirs n’avaient été fort précis, l’étude comparative des plans levés à diverses époques nous eût suffisamment renseigné à cet égard. En concordance avec une loi qui a été vérifiée pour un grand nombre de villes importantes, c’est du côté de l’ouest (West End) que le développement s’est accentué : la rive droite de la Tamise prend également un développement rapidement croissant. Aussi les anciennes communications entre les deux bords de la rivière sont-elles devenues insuffisantes: en certains points, deux kilomètres, et plus, séparaient les ponts les plus rapprochés, et cette distance, admissible lorsqu’il s’agissait de la banlieue, pour ainsi dire, est devenue trop grande pour des quartiers de la ville. Aussi la construction d’un pont entre les ponts de Chelsea et de Battersea fut-elle dès longtemps jugée nécessaire ; ce pont situé à l’extrémité de Batter-sea-Park et qui réunit Albert-Road et Oakley-Slreet a reçu le nom d’Albert Bridge (Pont-Albert) ; sa construction, décidée en principe dès 1864, fut retardée par diverses circonstances, et ce n’est qu’en 1872 que les travaux furent commencés; mais, poussés avec rapidité, ils furent promptement terminés et le pont fut livré au public le 23 août 1873.
- L’Albert Bridge est un pont suspendu de 213 mètres de longueur, formé de trois travées, deux travées latérales de 46m,50 chacune, et une travée centrale de 120 mètres : il y a donc deux piles eu rivière. La largeur du pont, au niveau de la chaussée, est de 12 mètres environ, la chaussée ayant 8m,10 et chacun des trottoirs l,n,95; le tablier qui au droit de chaque culée est à 3 mètres au-dessus du niveau moyen des eaux, est à 6m,30 au-dessus de ce niveau sur l’axe, ce qui correspond à une rampe moyenne de 0"\031 par mètre.
- Les dimensions de ce pont ne présentent, en somme, rien de bien extraordinaire, et il n’y aurait pas lieu d’insister, si cet ouvrage n’était 1 application d’un système peu connu en France : le système Ordish. Les deux premiers ponts construits en Europe remontent aux années 1868 et 1869, ils sont jetés sur la Moldau: le premier, qui se trouve à Prague, est le plus considérable, il est connu sous le nom de pont François-Joseph.
- Avant de décrire l’Albert Bridge, il nous paraît nécessaire de rappeler en quelques mots le principe sur lequel repose la construction des ponts suspendus, tels qu’ils furent adoptés tout d’abord.
- On sait qu’une corde pesante dont les extrémités sont fixées en deux points situés à la même hauteur, prend sous l’inlluence de son poids une certaine courbure : la courbe décrite est connue sous le nom de chaînette. Cette corde exerce sur les points auxquels elle est fixée une tension qui dépend de la flèche de la chaînette c’est-à-dire du rapport entre
- p.27 - vue 31/432
-
-
-
- 28
- LA NATURE.
- la distance du point le plus bas aux points d’appui et la distance horizontale des points d’appui. On peut concevoir qu’au lieu d’être fixée en ces points, la corde pesante ne fasse que s’y appuyer pour se continuer au delà et aller se fixer au niveau du point le plus bas (ou à peu près), à des massifs solidement encastrés dans le sol. On peut trouver là une résistance à peu près aussi considérable qu’on le désire.
- Si, maintenant, en des points également espacés de cette corde, on suspend des poids, par des tiges verticales, la forme de la courbe changera quelque peu ; mais, d’une manière générale, les considérations précédentes subsisteront. Ces tiges verticales peuvent être utilisées pour supporter des traverses sur lesquelles on fait reposer les pièces d’un tablier de pont. Un pont suspendu ainsi constitué consiste donc en une corde, câble, chaîne, fixée invariablement dans le sol à ses deux extrémités, s’élevant en décrivant une courbe jusqu’à passer au sommet d’une pile en rivière, pour redescendre ensuite puis remonter au sommet de la pile suivante, et ainsi de suite, s’il y a plusieurs piles. A cette chaîne de suspension sont fixées des tiges de fer verticales dont chacune supporte une partie du tablier qui se trouve ainsi constitué par une suite de pièces distinctes.
- Les inconvénients de ce système sont faciles à concevoir: d’une part, possibilité de déformations transversales du tablier, sous l’influence de vents violents soufflant dans la direction de la vallée; d’autre part, changement dans la forme du câble lox’squ’un poids notable vient à reposer en un point quelconque, le câble se redressant plus ou moins entre le point d’appui fixe et le point d’application du poids. Si le poids est mobile, la déformation se déplace; si la charge se reproduit au fur et à mesure qu’elle se déplace, comme c’est le cas lors d’un convoi de voitures se succédant, d’une troupe, etc., il se produit des déformations périodiques. Ces déformations augmentent considérablement les tensions aux divers points, en même temps que devenant périodiques, elles produisent des vibrations qui diminuent la résistance des matériaux ; d’où la possibilité de ruptures de câbles ou de tiges de suspension et d’accidents graves ; l’exemple ancien du pont d’Angers n’est sans doute pas ignoré des lecteurs de la Nature. Ces considérations expliquent le discrédit dans lequel sont tombés, parmi nous, les ponts suspendus.
- Les États-Unis furent l’un des premiers pays où se produisit une réaction : les ingénieurs de ce pays introduisirent dans la construction des ponts suspendus des modifications qui amélioraient les conditions de résistance. D’abord l’emploi pour le tablier de parties rigides qui diminuaient considé- .
- rablement les oscillations latérales aussi bien que les déformations locales sous l’influence de charges isolées, en rendant solidaires toutes les parties de ce tablier; d’autre part, l’établissement des câbles inférieurs placés dans le plan du tablier, de haubans rattachés à la rive à diverses distances, annula presque complètement les oscillations transversales.
- Pour éviter d’augmenter le diamètre ou le nombre des câbles de suspension à mesure que les ponts devenaient plus considérables, les ingénieurs américains employèrent des haubans qui, fixés au sommet des piles à une extrémité vont par l’autre extrémité, s’attacher en différents points du tablier qu’ils supportent ainsi, soulageant d’autant le câble de suspension. On sait que les Américains ont assez de confiance dans la solidité des ponts suspendus modifiés de cette façon, pour ne pas hésiter à les faire servir au passage des trains de chemin de fer.
- Comme dans les ponts américains, il y a un câble de suspension et des haubans dans les ponts du système Ordish ; mais leur rôle a été quelque peu modifié et il en est résulté une amélioration notable, comme nous allons l’expliquer.
- Imaginons en effet (fig. 1) une tige rigide AB (tablier du pont) fixe en A et supportée en B par un hauban BC, dont l’extrémité C est maintenue fixe ; une charge pesante P passant sur le tablier tendra à abaisser le point B.. Si le hauban CB est rectiligne, ce déplacement ne poura se produire qu’à la condition que ce hauban s’allongera, et il faudra une force considérable pour produire un faible déplacement, si la section de CB est suffisante. Mais, en réalité, les choses ne se passent pas ainsi : le hauban qui est aussi pesant prend une forme curviligne CMB et, sous l’influence de la charge, le point B peut s’abaisser par un simple redressement de ce hauban sous un effort relativement faible. On conçoit facilement par cette remarque que les déformations du tablier seraient considérablement diminuées, si l’on pouvait obtenir que les haubans fussent rectilignes ; or, c’est là le caractère principal des ponts du système Ordish et c’esi ce qui constitue leur avantage spécial.
- Dans ces ponts, il y a un tablier rigide AB, (fig. 2), un câble de suspension GMN et des haubans CB : le câble est relié au tablier par des tiges de suspension MM", NN" qui le supportent en partie; mais ces tiges ont un autre effet : elles traversent les haubans en M', N', et ceux-ci, lors de la construction, peuvent être tendus jusqu’à être sensiblement rectilignes, des vis de pression qui les fixent contre les tiges verticales les maintenant dans cette situation. De sorte que le câble sert à donner aux haubans cette position rectiligne qui, nous l’avons
- p.28 - vue 32/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 2D
- expliqué tout à l’heure, est particulièrement avantageuse, en ce qu’elle diminue les mouvements verticaux du tablier pour une charge donnée.
- L’Albert Bridge présente en outre quelques dispositions particulières qui ont pour but de parer aux inconvénients qu’on reprochait aux pont suspendus. D’abord les deux câbles de suspension sont plus écartés .à leur partie supérieure, au niveau des points d’appui sur les piles, qu’au niveau du tablier (fig. 3) : il résulte de là que les tiges de suspension et les haubans sont situées, pour un même coté, dans un plan notablement incliné sur la verticale ; cette disposition jointe à la rigidité du tablier a pour effet d’annuler à peu près les oscillations latérales.
- D’autre part, les câbles ne sont pas amarrés à leurs extrémités dans- des massifs maçonnés construits en arrière des quais. La rigidité du tablier, qui est très-grande, a permis de fixer l’extrémité du câble à l’extrémité du tablier qui se trouve ainsi suspendu entièrement aux points d’appui qui se trouvent sur les piles; les rives du fleuve, les quais, pourraient disparaître, sans que le tablier cessât de se maintenir en équilibre. Disons cependant que, pour diminuer l’étendue des oscillations des extrémités du pont, un boulon d’assez grande longueur, fixé à la poutre métal-
- lique d’un côté, est ancré d’autre part dans le massit de la culée.
- Pour terminer ce qu’il nous paraît intéressant de dire sur ce pont, dont nous croyons le principe susceptible d’utiles applications, nous pensons devoir donner les renseignements numériques suivants :
- Chaque pile est formée de deux colonnes métalliques séparées dans toute leur hauteur et reliées seulement au sommet par un arc en fonte. Ces colonnes sont, éloignées de 16m,5Û d’axe en axe ; chacune d’elles consiste en un tronc de cône servant de base et reposant sur le London Clay,à 11 mètres au-dessous du niveau des hautes mers ; le diamètre, qui est de 7m,50 à la partie inférieure, n’est plus que de 4m,50 au sommet ; ces troncs de cône sont remplis de béton. Au-dessus et sur une hauteur d’environ 25 mètres s’élèvent des tours constituées par une partie centrale en fonte creuse, entourée de huit colonnettes en fonte; l’ornementation, qui est assez riche, se rapporte au style gothique. Le cable est en fil d’acier, son diamètre est de 0“',150. La flèche de la courbe qu’il décrit est de 18m,15, soit environ 1/7 de la distance des piles, 120 mètres (fig. 4); les tiges de suspension sont espacées de 6 mètres ; ce sont des cylindres en fer de 0m,09 de diamètre. Les haubans sont au nombre
- Fig. 5. — Coupe du tablier. Élévation d’une pile.
- Fig. 4. — Élévation de l’Albert-Bridge.
- de quatre de chaque côté, se terminant au tablier à distances égales, de 12 en 12 mètres; ces*haubans, de section rectangulaire, sont constitués par des feuilles de tôle superposées : ils sont formés de deux parties entre lesquelles passent les tiges de suspension; aux points d’intersection, comme nous l’avons dit, il y a réunion à l’aide de vis de pression.
- Le tablier est supporté par deux poutres en tôle de 213 mètres de longueur et de 2m,25 de hauteur; ces poutres, auxquelles se fixent le câble en son milieu et à ses extrémités, les tiges de suspension et les haubans, participent à l’inclinaison générale de
- ces derniers, qui est de 1/7 sur la verticale, de telle sorte que, écartées de 12m,35 à la partie supérieure, elles ne le sont que de 11m,70 à la partie inférieure : leur forme générale est celle d’un double T ; elles sont réunies par des entretoises de 0m,75, de môme forme, qui supportent le tablier.
- Ces poutres reposent à leurs extrémités sur les culées et au premier et au troisième quart environ sur les piles, sans qu’il y ait en ces points, de liaison intime ; ce sont en quelque sorte des poutres armées, d’une forme spéciale.
- On le voit, d’après ce qui précède, le principe
- p.29 - vue 33/432
-
-
-
- 50
- LA NATURE.
- premier des ponts suspendus a été notablement modifié dans son application à l’Albert Bridge; il nous paraît que, sous cette nouvelle forme, ces ponts sont susceptibles d’être employés avantageusement et très-dignes d’être signalés. X.
- Ingénieur des ponts et chaussées.
- —
- CHRONIQUE
- Curieuse action de l’huile pour calmer les vagues de la mer pendant la tempête. — Un journal de Bombay nous rapporte un récit très-intéressant sur l’application de 1 huile pour calmer la fureur de la mer et secourir ainsi un navire pendant la tempête. Le King Cenric, navire de 1490 tonneaux, était parti de Liverpool pour Bombay, au mois de juin dernier. Après avoir doublé le cap de Bonne-Espérance, il fut pris par un fort coup de vent du nord-ouest, qui dura quelque temps. Des vagues terribles s’abattaient sur le navire, envahissant les écoutilles, balayant le pont et tout ce qui s’y trouvait, brisant les cabines et détruisant celles du capitaine et des officiers. Un jeune mousse fut enlevé par-dessus le bord et il fut impossible de le sauver.
- La tempête dura près de cinq jours ; bien que le navire fit bonne résistance, il fut impossible de réparer les dégâts, les vagues ne cessant pas de balayer le pont. Un des officiers, M. Bowyer, eut l’inspiration de tenter de jeter de l’huile sur la mer. On se munit de deux sacs de toile qui furent remplis chacun de deux gallons (9 litres environ) d’huile fine. Les sacs avaient été légèrement percés de petits trous et jetés de chaque côté du navire. Le résultat fut magique, les vagues ne vinrent plus se briser sur la poupe et les côtés du navire, et à quelques mètres de distance, là où l’huiles’était répandue sur la surface, autour delà poupe et dans le sillage du navire, se trouvait un vaste circuit de mer calme. L’équipage put alors commodément faire les réparations nécessaires et le navire fut remis en état. Les deux sacs durèrent deux jours, et la mer s’étant calmée dans l’intervalle, il ne fut pas nécessaire de se servir d’autre huile.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 décembre 1876.
- Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- Magnétite artificielle. — M. de Chancourtois écrit à l’Académie au sujet d’une intéressante communication faite, lundi dernier, par M. Boussingault. Il s’agit d’un bel échantillon de fer oxydulé, rencontré dans une lézarde des parois d’un four à griller, dépendant des forges de Ria (Pyrénées-Orientales). Ce sont des octaèdres réguliers avec faces en trémies ; leur poussière est noire; ils sont magnétiques sans polarité. Ces cristaux, assez volumineux, sont implantés sur une croûte de fer oligiste à structure cristalline. M. de Chancourtois fait remarquer, si nous comprenons bien, qu’il a déjà signalé des faits de ce genre.
- Réclamation. — A l’occasion du Mémoire de M. Secchi sur une chute remarquable de grêle en Italie, et que nous avons mentionné dans un précédent numéro, M. Faye réclame la priorité pour la théorie générale du phénomène que le savant romain résume en peu de mots.
- Succès du Frigorifique. — Une dépêche de M. Charles
- Tellier annonce à l’Académie que le Frigorifique est arrivé à Pernambouc, au Brésil, le 50 novembre, dans les medleures conditions. On se rappelle que le Frigorifique est le steaine” qui est parti de Rouen le 20 septembre pour la Plata, d’où il se propose de rapporter en Europe de la viande de bœuf conservée intacte grâce au froid qu’elle subira durant tout le voyage, et que pour utiliser la première traversée il porte dans l’Amérique du Sud des quartiers de boucherie originaires de Paris. Nous empruntons à notre savant et sympathique confrère, M. le docteur Pietra Santa, directeur du Journal d'hygiène, quelques détails sur la première partie du voyage qui est en train de s'accomplir si heureusement.
- Après une traversée de huit jours, traversée des plus accidentées, par la violence des vents contraires, et par les cahotements, dune mer non-seulement houleuse, mais surtout menaçante par le travers du Golfe de Gascogne, le steamer a jeté l’ancre dans les eaux du Tage.
- Pendant tout le temps de cette relâche forcée, la population intelligente du pays (agriculteurs, économistes, banquiers, hygiénistes, diplomates) s’est empressée de visiter le navire dans tous ses détails: le gouvernement s’est associé à ce mouvement bienveillant d’opinion, et le roi Don Luiz a remis au chef de l’expédition, M. Ch. Tellier, la croix de San-Thiago, réservée d’ordinaire aux découvertes et aux conquêtes de la Science.
- Depuis le départ de Rouen, et pendant le séjour à Lisbonne, l’étal-major et l’équipage [en tout 51 personnes) se sont nourris de la viande [7 bœufs et 15 moulons) qui avaient été embarqués à ce moment.
- Du premier jour au dernier, les viandes ont été utilisées quelque temps après leur sortie des magasins frigorifiques, et constamment elles se sont trouvées de bonne qualité, conservant toutes les conditions d’apparence extérieure, d’odeur, de goût, de succulence, de fermeté.
- Le gigot et le filet qui ont été servis sur la table de notre très-distingué Chargé d’affaires en Portugal, M. le baron de Meynard, ont été trouvés excellents par toutes les personnes compétentes invitées pour la circonstance.
- Règle en platine iridié. — M. Matthey (de Londres) envoie une règle en platine iridié destinée aux opérations de la Commission internationale géodésique et qui, malgré de grandes difficultés d’exécution, se présente avec des caractères de perfection remarquable. Elle â 4 mètres de longueur, et sa densité est égale à 21,51. L’analyse faite par M. H. Deville y montre 89,4 de platine, 10,16 d’iridium, 0,1 de rhodium, 0,1 de ruthénium, et 0,6 de fer.
- Paléontologie parisienne. — Le terrain lacustre connu sous le nom de travertin de Sainl-Ouen, et jusqu’ici très pauvre au point de vue paléontologique, vient de fournir à M. Paul Gervais le sujet d’une découverte importante. En étudiant des ossements recueillis par M. Reboux dans Paris même, au voisinage du parc de Monceaux, le savant anatomiste y a reconnu les vestiges d’un grand édenté appartenant à un genre tout à fait nouveau.
- Devitrification des roches vitreuses. — Un Mémoire que nous avons récemment soumis à l’Académie sur ce sujet et qui a été mentionné ici même, a éié de la part de M. Lévy l’objet de critiques qui nous paraissent avoir leur origine dans une méprise, l'auteur najanl pas saisi ce que nous voulions dire. Nous répondons aujourd’hui par l’envoi d’une photographie obtenue au microscope par M. Molteni et par la description de divers échantillons d’obsidienne qui montrent bien la devitrification naturelle des verres volcaniques prise sur le fait.
- p.30 - vue 34/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 51
- Étoile nouvelle. — Un astronome bien connu, M. Julius Schmidt, d’Alhènes, annonce l’apparition d’une étoile de 3» grandeur, dans la constellation du Cygne (près de p de celle constellation). M. Le Verrier a lui-même observé l’étoile dans des rares éclaicies que laissent les nuages par ce temps de tempête et on a même pu observer le spectre du nouvel astre. Cette observation est d’autant plus intéressante, qu’elle reproduit presque exactement celle de l’astronome Janssen en 1600. Alors aussi il apparut subitement une étoile et elle était également de la 3e grandeur; elle disparut en 1621, après avoir subi des variations successives. Elle reparut en 1655, époque où Cassini la suivit, puis en 1665 d'après les observations d’Hévélius. Elle est maintenant connue comme étoile permanente mais variable et portée dans les catalogues sous la lettre 1‘ de la même constellation du Cygne où se montre aujourd’hui également l’étoile de M. Schmidt. St. Meunier.
- LA MÉTÉOROLOGIE
- DU MOIS DE NOVEMBRE 1876
- Les cartes quotidiennes du temps que publient les observatoires des pays civilisés sont la base fondamentale des prévisions météorologiques. Les lignes isobares qui joignent les points d’égale pression barométrique, ont fourni à la science la notion des centres de dépression autour desquels s’effectue le mouvement circulaire des courants aériens. L’examen de ces cartes successives, dressées de jour en jour, a fait voir que ces centres de dépression se meuvent constamment à la surface de la terre, et a contribué à jeter un |Our tout nouveau sur l’étude du mécanisme atmosphérique, il nous a semblé qu’il y avait un intérêt capital à répandre ces faits, jusqu’ici cantonnés dans un domaine spécial et à mettre sous les yeux du public, afin qu’il s’habitue à se les rendre familières, les Cartes du temps publiées par notre Observatoire national, sous la direction de M. Le Verrier.
- Nous avons d’abord été arrêté dans notre projet, par l’impossibilité de la reproduction de ces cartes dont la surface est chaque jour égale à celle d’une page de notre revue. Mais, après quelques tâtonnements, nous sommes parvenu à réduire les trente caries mensuelles de l’Observatoire (placées les unes à côté des autres, elles occupent une surface de 1 mètre carré environ), de telle lagon, qu’elles se trouvent toutes comprises dans une de nos pages, et cela sans rien perdre de leurs caractères saillants, comme l’atteste notre premier spécimen. 11 fallait, pour compléter cette innovation, que notre planche lut accompagnée d'un texte sûr, destiné à mettre en relief les enseignements qu’on en peut tirer, les conséquences qu’il faut en déduire.
- Nous avons utilisé pour cela les documents publiés par l’Observatoire de Paris et en particulier les résumés dressés par M. Fron, chef du service météorologique.
- Nous publierons dans l'année, en 12 pages de la Nature, c’est-à-dire dans un espace assez restreint pour ne rien sacrifier de notre rédaction habituelle, des documents qui ne comprennent pas moins de 565 pages gr. in 8 du Bulletin international de F Observatoire de Paris. En outre nos petites cartes du temps permettront de suivre les mouvements des centres de dépréssion à la surface de l’Europe, avec beaucoup plus de facilité qu’on ne l’avait fait jusqu’ici en condensant dans un même tableau l’histoire météorologique d’un mois tout entier. Gaston Tissandikr.
- Les caractères les plus saillants du mois de no-
- vembre 1876 sont : une période de sécheresse et de froid qui a régné pendant les dix premiers jours du mois et s’est accentuée surtout les 10 et 11, une période de pluie et de chaleur intense qui lui a succédé très-rapidement et a été marquée surtout du 14 au 16; enfin une période de temps variable plutôt froid, signalée pendant les dix derniers jours.
- Chaque décade correspondant à 2 colonnes horizontales de notre planche, il est très-facile de suivre cette division, qui est presque pour ce mois une division naturelle.
- Les dix premiers jours du mois, le baromètre est très-élevé sur l’Europe occidentale. La zone de fortes pressions (770mm, voir carte du 2) d’abord concentrée sur la France et l’Angleterre, se transporte peu à peu vers le nord de l’Europe et se trouve à la fin de la première décade en Laponie.
- Pendant ce temps, des dépressions barométriques traversent l’Europe orientale; l’une (745““) qui se trouve le 1er dans les environs de Saint-Péter-bourg et se propage vers le sud; la seconde (750““) venant le 3 du golfe de Bothnie gagne l’est ; et la troisième (755““) qui apparait le 6 en Danemark, séjourne le 7 sur l’Allemagne du Nord, puis marche comme la première vers l’Adriatique.
- Dans ces conditions, les vents du nord dominent sur toute l’Europe occidentale et centrale, et la température est très-basse. Le froid atteint le 9 les stations du Centre, où il est considérable.
- Le seconde décade présente un caractère tout différent. Les fortes pressions se sont propagées de la Laponie vers la Finlande, amenant le froid dans ces régions.
- Au contraire, les basses pressions barométriques (750““ sur la carte du 11,740““ sur la carte du 12) se montrent sur l’Europe occidentale. Elles apparaissent au large le 11, ce qui permet d’annoncer la fin des froids, et amènent des vents du sud, violents par places, avec pluies et très-grande élévation de la température.
- Deux dépressions accusées par la forme des courbes sont remarquables : l’une, venue des Açores, se montre le 11 en présence du Portugal, elle marche du sud au nord et se trouve le 15 au nord de l’Irlande. Une tempête qui sévit violemment au large étend son action jusqu’aux côtes du Portugal, de France et d’Angleterre. L’autre suit la même marche, agit du 15 au 17 sur nos côtes, et se trouve le 18 au nord de l’Irlande. Tout ce temps, le baromètre est bas à Paris, la température bien au-dessus de la moyenne , et des orages sont signalés le 14 dans l’ouest, et le 16 dans l’est et le sud-est de la France.
- Pendant la troisième décade, les fortes pressions barométriques séjournent en Russie et une dépression (751““) venue d’Ecosse le 20, traverse l’Europe du nord-ouest au sud-est, et se trouve le 22 vers la Grèce. Son arrivée dans ces parages amène un abaissement de température en France.
- Une autre dépression (755““) apparaît le 23 à
- p.31 - vue 35/432
-
-
-
- LA NATURE
- Si!
- l’ouest de l'Irlande ; elle marche vers l’est le 24, atteint le 25 l’Angleterre (750“m); elle produit sur la Manche une tempête d’entre S.E. et S.O.
- A cette dépression en succède une autre qui ap-
- paraît le 26 au nord de l’Ecosse (745mm), et disparaît vers le nord. Elle est enfin suivie d’une dernière le 27 qui nous atteint par l’Irlande et se propage vers la mer du Nord (745mm le 28). A partir du 27,
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN NOVEMBRE 1876.
- (Si B ü§ WMk' y* Æf
- Samedi 11 Dimanche 12 Lundi 13 Mardi 14- Mercredi 16
- §gg SU ü§ ÏH m
- J Jeudi 16 Vendredi 17 Samedi 18 Dimanche 19 'Lundi 20
- m jjjt fSS j§§
- Mardi 21 Mercredi 22 Jeudi 23 \ Vendredi 2k Samedi 25
- ! s pu? bï41*9 \ !«* „ • - te
- Dimanche 26 Lundi 27 Mardi 26 Mercredi 29 * Jeudi 30
- D'après le Bulletin iniefnational de V Observatoire de Paris• (Réduction J/8)*
- le baromètre reste au-dessous de la moyenne à Paris, et la température, d’abord supérieure à la moyenne, s’abaisse de plus en plus. Toutefois dès le 29, l’inflexion des courbes vers le sud dans le voisinage du Portugal annonce l’arrivée d’une dépression encore très au large ; le 50 la forme des cour-
- bes montre qu’elle se rapproche de nos côtes, et nous la verrons sévir en effet dès le 1er décembre sur nos régions, bouleversant la Manche et l’Océan.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier*
- COllUKIL, TYP. RT STLR. CRETE.
- p.32 - vue 36/432
-
-
-
- N° 185. — 16 DÉCEMBRE 1876.
- LA NATURE.
- 33
- LES HALOS
- TjU 29 NOVEMBRE AU 1er DÉCEMBRE 18761.
- Les premiers jours de ce mois ont été signalés par une des plus fortes dépressions barométriques qui aient été constatées depuis longtemps ; elle n’a pas tardé à se manifester par des bourrasques et des tempêtes sur toutes nos côtes. Cette forte dépression et ces tempêtes ont été précédées de halos qui, pendant trois jours de suite, ont chaque soir apparu autour du disque de la lune. Les halos, comme nous l’avons souvent dit, dénotent la présence des nuages de glace dans les hautes régions de l’atmosphère, ils sont la conséquence de changements de température; et se
- montrent fréquemment comme les précurseur d’importantes modifications du temps à la surface de la terre. Aussi est-il toujours intéressant d’y apporter quelque attention.
- Le halo du 29 novembre a été un des plus remarquables que l’on puisse observer; son diamètre atteignait des proportions cpi’on ne lui voit que rarement dans nos climats et dépassait certainement de plus de vingt fois celui de la lune. L’auréole, sur tout vers dix heures du soir, était d’une grande pureté; elle se détachait sur un fond sombre extérieur, qui formait un frappant contraste avec le cercle bleu clair de la partie du ciel qu’elle enceignait.
- Le phénomène a été aperçu sur presque tous les points de la France, et les journaux de Bordeaux,
- [Ialo observé à Paris, le 29 novembre 1876. 10 h. soir. D'après nature.)
- Halo observé au Hâvre, le vendredi 1" décembre 1876. 9 h. soir. (D’après nature.)
- de Rennes notamment, en ont publié la description, qui ne diffère que très-peu de celle que nous venons d’en faire. «L’auréole, lit-on dans la Gironde, se dessinait vivement sur le fond bleu du ciel, puis un immense cercle, parfaitement circulaire sans lacune et occupant environ 38 degrés sur la courbe céleste, enveloppait une aire d’un bleu pur au centre de laquelle brillait la lune auréolée. Ce beau cercle allait en se fendant à l’extérieur sur une largeur de 7 à 8 degrés, et laissait ensuite réapparaître le bleu du ciel, de telle sorte que ce gigantesque halo, malgré son immense développement, se montrait dans tout son ensemble. »
- « Le 29 novembre, dit un correspondant de Rennes, la lune était entourée d’un cercle lumineux de grande dimension parfaitement distinct. Le ciel à cet endroit était bleu de nuit, sans nuages caractérisés ; on sentait seulement dans la partie bleue qui
- 1 Voy. 4e année 1876, 1er semestre, p. 257.
- 5“ année. — ter semestre.
- touchait à la lune qu’il y avait une sorte de vibration produite par de petits cirrhus en voie de se former. »
- Le halo du 29 novembre était tout à fait comparable à ceux que l’on observe si fréquemment dans les régions polaires; il avait notamment une ressemblance frappante avec celui que MM. Payer et Wevprecht ont observé dans le courant d’octobre 1872 à bord du Tegetthoff, et dont le diamètre mesurait environ 16 fois celui de la lune. Contrairement au premier, le halo polaire enceignait un cercle plus foncé que la surface extérieure du ciel, comme le montre le dessin du phénomène que les courageux explorateurs autrichiens ont publié dans le récit de leur voyage.
- Le lendemain 30 novembre, le même phénomène s’est reproduit à Paris ; le cercle du halo est apparu dans les mêmes proportions que la veille, mais avec beaucoup moins d’éclat; on eût dit que l’effet de lumière était voilé sous une brume un peu confuse.
- 3
- p.33 - vue 37/432
-
-
-
- U
- LA NATURE.
- Le surlendemain 1er décembre, un troisième halo j lunaire a été observé sur plusieurs points, et notamment au Havre, où mon lrère, M. Albert Tissan-dier, en a fait un croquis très-exact. L’auréole avait alors un diamètre beaucoup plus petit que les jours précédents; il ne dépassait pas six fois celui de la lune. Le fond du ciel était bleu; dans les parties avoisinantes, on voyait se détacher de légers cir-rlius. L’horizon de la mer était très-noir, et sillonné d’éclairs. Gaston Tissandier.
- MOVEN DE GUÉRIR LE CORYZA
- Dans le catarrhe aigu de l'alcoolisme, aussi bien que dans les formes les plus chroniques du catarrhe gastrique, le bismuth soit seul, soit associé à la morphine, agit d’une manière très-efficace. L'application topique du bismuth sur la muqueuse nasale me parut donc devoir amener un résultat avantageux.
- La veille du joui' où je devais parler en public, je ressentis assez tard dans la soirée les symptômes du coryza : irritation des narines, éternuements, yeux larmoyants, commencement d’un flux de sécrétion muqueuse, etc. Ayant alors sous la main un peu de trinitrate de bismuth, j’en pris plusieurs pincées comme des prises de tabac en aspirant fortement, de manière à le bien porter jusque dans l’intérieur des narines. En très-peu de temps le chatouillement des narines disparut, les éternuements cessèrent, et le lendemain matin toute trace de coryza avait disparu.
- Ainsi le bismuth à lui seul a démontré son efficacité. Mais ce corps est lourd, difficile à aspirer, et pourtant il est nécessaii’e qu’il forme une couche continue sur la muqueuse. Il est donc avantageux de le combiner avec la poudre dégommé acacia qui augmente le volume et rend la poudre plus facile à aspirer ; en outre, la sécrétion des narines amène la formation d’un mucilage adhérent qui agit comme excellent calmant sur les surfaces enflammées. L’effet sédatif est de beaucoup augmenté par l’addition d’une petite quantité d'hydrochlorate de morphine qui calme promptement la sensation d’irritation et contribue à arrêter la sécrétion réflexe des larmes.
- La formule que j’ai trouvée la meilleure, après plusieurs essais, est la suivante : chlorhydrate de morphine, 2 grains; poudre de gomme acacia,
- 2 drachmes ; trinitrate de bismuth, 6 drachmes.
- Prendre dans les vingt-quatre heures le quart ou la moitié de cette poudre en prises par le nez.
- Les inhalations doivent être commencées aussitôt que les symptômes du coryza apparaissent : elles doivent être fréquemment répétées au début, de manière que l’intérieur des narines soit bien recouvert. Aussitôt que l’on s’est mcuché, on doit prendre une nouvelle prise. Pour agir efficacement et pour éviter de perdre beaucoup de poudre, il est bon de la placer sur un petit morceau de papier formant gouttière et introduit à rentrée des narines et d’as-l uer fortement.
- Généralement, un peu de la poudre arrive jusque dans le pharynx, et elle y agit comme topique efficace. S’il y a en même temps un peu de catarrhe pharyngé, cette poudre n’amène aucune sensation perceptible. 11 peut y avoir une très-légère cuisson si la muqueuse est très-irritée et enflammée ; mais cela disparaît rapidement. Après quelques prises de la poudre, on constate une amélioration des symptômes, qui peuvent disparaître complètement en quelques heures si l’on continue la médication1.
- Dr David Ferrier.
- Médecin-adjoint de l’hôpital de King’s College de Londres.
- —#•<><—
- LES COULEURS
- REPRODUITES EN PHOTOGRAPHIE2.
- Si, à l’aide d’un prisme, on décompose la lumière solaire, on obtient une bande diversement colorée, qu’on appelle le spectre solaire. Cette bande présente les couleurs suivantes : violet, indigo, bleu, vert, jaune, orange' et rouge. Parmi ces couleurs, trois sont simples ; le bleu, le jaune et le rouge; ces trois couleurs sont appelées les couleurs primitives; les autres sont composées :
- Le violet, de rouge et de bleu ;
- L'indigo, de violet et bleu;
- Le vert, de bleu et de jaune ;
- L'orangé, de jaune et de rouge.
- On voit par là qu’il n’existe en réalité que trois couleurs : le bleu, le jaune et le rouge, qui, par leur mélange et les combinaisons variées à l’infini qu’elles peuvent former entre elles, constituent toutes les nuances qu’on rencontre dans la nature. Pour reproduire les couleurs d’un tableau, il suffit donc de reproduire le bleu, le jaune et le rouge qui figurent sur ce tableau, et, si l’on arrive à réunir en une seule épreuve la reproduction isolée de chacune de ces trois couleurs, on obtient une image représentant exactement les couleurs du modèle. C'est sur ce principe que repose le procédé dont nous nous occupons. Examinons maintenant comment on peut isoler les trois couleurs fondamentales.
- Si l’on place devant un appareil photographique un tableau enluminé, ce tableau viendra se peindre sur la glace dépolie de l’appareil avec toutes les couleurs qui le composent ; mais si l’on interpose
- 1 Journal des connaissances utiles.
- i M. Eug. Dumoulin vient de publier sous ce titre un très-in tére-sant volume dans la Bibliothèque des Actualités scientifiques, de la Librairie Gauthier-Villars. Après avoir rappelé les premières observations de M. Edm. Becquerel, de Niepce de Saint-Vicfor, de Poitevin, l’auteur décrit la pratique des méthodes imaginées par M. Ch. Cros, M. Ducros du Hauron, etc. Nous empruntons à ce nouvel ouvrage un chapitre, qui explique très-nettement comment on peut obtenir les épreuves de photographie en couleur, qui, depuis quelque temps, commencent à sc répandre. Nous ajouterons que l’auteur publie, avec amples détails, les procédés opératoires des nouvelles méthodes.
- p.34 - vue 38/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 55
- entre l'objectif et la glace dépolie un verre de couleur, transparent, de couleur verte par exemple, qu’arrivera-t-il? Les rayons verts, et par conséquent les rayons bleus et les rayons jaunes (le vert étant le mélange de ces deux couleurs), passeront au travers de ce verre, et les autres, étant annulés, ne le traverseront pas. Or, d’après ce que nous avons vu, les rayons, autres que ceux bleus et jaunes, ne peuvent être que des rayons rouges, puisqu’il n’existe que ces trois couleurs. Donc tous les rayons rouges seront arrêtés, et, si l’on remplace la glace dépolie par une glace sensible, cette dernière ne recevra que l’action des rayons bleus et des rayons jaunes ; par conséquent, on obtiendra une épreuve négative où tous les points rouges ou contenant du rouge du modèle auront laissé des transparences, et si alors on lire de ce cliché une épreuve positive (en rouge), on aura la représentation de tout ce qui est rouge, ou contient du rouge dans le modèle. Voilà donc la première couleur obtenue.
- On opérera d’une façon analogue pour la couleur bleue, mais ici on remplacera le verre de couleur verte par un verre de couleur orangée, lequel, ne laissant passer que les rayons rouges et les rayons jaunes et par conséquent les rayons orangés, annulera les autres, c’est-à-dire les rayons bleus, et on obtiendra un cliché qui fournira, en le tirant en bleu, tout le bleu du tableau à reproduire.
- Pour la reproduction du jaune, on procédera de même, mais en remplaçant le verre orangé par un verre de couleur violette qui interceptera tous les rayons jaunes, et en définitive on aura obtenu trois épreuves positives monochromes, dont l’une rouge, l’autre bleue et la troisième jaune, qui, réunies et confondues ensemble, formeront par leur mélange 'a reproduction fidèle du modèle avec toutes ses nuances et ses dégradations de teintes.
- Au premier abord, on pourrait croire que les blancs et les noirs du tableau à reproduire ne se traduiront pas sur l’épreuve définitive avec leurs valeurs respectives. Il n’en est rien; elles seront intégralement représentées, et voici pourquoi : les rayons de lumière blanche émanant des parties blanches du modèle traverseront chacun des trois verres de couleur, en se colorant, bien entendu, de la teinte de çes verres, mais en conservant néanmoins une action photogénique, et cette action sera indiquée sur chacun des clichés par des opacités qui, sur les épreuves positives monochromes, seront représentées par des transparences, et, lorsque les trois monochromes seront superposés sur une feuille de papier blanc, le fond blanc du papier apparaîtra librement aux endroits représentant les blancs de l’image.
- Quant aux noirs ne renvoyant aucun rayon lumineux,ils seront indiqués sur chacun des trois clichés par des transparences et par conséquent marqueront sur chacun des trois positifs monochromes avec le maximum d’intensité, et, lorsque ces trois épreuves positives monochromes seront superposées, le rouge,
- le bleu et le jaune par leur mélange formeront du noir précisément aux endroits qui sont noirs dans le tableau à reproduire.
- La superposition des trois monochromes qui, par leur mélange constituent l’épreuve définitive, n’est qu’un simple tour de main qui, grâce aux perfectionnements apportés successivement aux manipulations de ce procédé, s’exécute aujourd’hui avec la plus grande facilité; les épreuves monochromes sont oh tenues par le procédé dit au charbon1, qui per met de tirer en toutes couleurs des épreuves inaltérables, et l’adhérence de ces monochromes sur la feuille de papier qui sert de support a lieu au moyen de la gélatine.
- Dans le principe, les trois monochromes étaient obtenus séparément sur des lames de mica, puis simplement superposés ; le résultat laissait à désirer : le mélange des couleurs n’était pas assez intime, et les épreuves ne pouvaient se voir que par transparence; les épreuves à la gélatine telles qu’elles se font aujourd’hui peuvent au contraire être vues aussi bien par réflexion que par transparence. Au surplus, la méthode de tirage des épreuves que nous décrivons à la partie manuelle du procédé n’est pas exclusive, et d’autres systèmes de tirage pourraient y être appropriés, tels que, par exemple, le tirage aux encres grasses ou la photoglyptie.
- On pourrait encore, en appliquant les procédés connus, obtenir des héliochromies émaillées ou vitrifiées.
- La difficulté la plus sérieuse que présentait le procédé à l’origine était d’arriver à diminuer le temps de pose. Cette difficulté a été surmontée. Au début, leclichédu verre orangé n’était obtenu qu’au moyen d’une pose excessivement longue, malgré l’emploi d’un collodion fortement bromuré; c’est grâce à la coralline incorporée au collodion qu’on est arrivé àdiminuer considérablement le temps de pose ; cette substance, en effet, possède la propriété de communiquer au collodion une sensibilité particulière pour les rayons rouges et verts.
- Un dernier perfectionnement qui consiste à remplacer d’une part la coralline par la chlorophylle, et d’autre part le développement ordinaire par le développement alcalin, a permis de diminuer encore le temps de pose et d’obtenir enfin, en quelques minutes, le cliché du verre orangé, qui autrefois nécessitait plusieurs heures. Eüg. Dumoulin.
- ASCENSEUR HYDRAULIQUE
- Le dessin ci-joint représente un ascenseur usité aux États-Unis. U est décrit par le Scientific American, et offre, comme on va le voir beaucoup d’a-nalogie avec les systèmes usités de ce côté de l’Atlantique. La force motrice de cet appareil se compose
- 1 Voy. l'ouvrage de M. Vidal, Photographie au charbon. — I’aiis, Gaulhicr-Villara.
- p.35 - vue 39/432
-
-
-
- 30
- LA NATURE,
- (lu poids d’une colonne d’eau et de la normale de l’atmosphère. Ces forces sont appliquées à l’élévation des voyageurs,bagages, etc., au moyen d’un piston mobile placé dans un tube vertical, et relié à un appareil convenablement approprié.
- La plate-forme où se tiennent les voyageurs est attachée à un système de cordes passant par la gorge d’une poulie fixe représentée à la partie supérieure de notre gravure; de là, elle s’enroule sur la poulie à sonnette d’une chèvre. Le poids ou sonnette de la poulie constitue le contrepoids avec le piston du tube hydraulique.
- Ce piston est attaché à la poulie de chèvre ; il est visible dans notre figure, grâce à l’arrachement que le dessinateur a pratiqué dans la représentation du tube. Lorsque le train à convoyer se trouve dans la partie inférieure de sa course, le piston est à la partie supérieure du tube.
- Pour obliger le train de s’élever, la corde, qui le traverse et que tient en mains l’homme de l’intérieur, est tirée pour ouvrir une valve inférieure, par laquelle l’eau est introduite dans le tube, au-dessus du piston, en même temps qu’est ouvert un tube de décharge, pour que l’eau qui se trouve au-dessous du piston puisse s’écouler. Le poids du train ayant son contre-poids, que nous avons indiqué, la résistance à surmonter se réduit à la charge ajoutée en plus à l’inertie des diverses par-
- Contre cette résistance nous avons d’abord le poids de l’air, au-dessus du piston; on l’obtient par la décharge de l’eau, le tube fournissant une colonne d’eau d’une hauteur suffisante. On a en outre, le poids absolu de l’eau qui agit sur ^le piston. Enfin, comme force variable et qui dépend de circonstances extérieures, il faut considérer la pression de l’eau dans les conduites de la cité, ou celle qui provient des différences de niveaux entre le haut du tube et un réservoir placé dans la partie supérieure de l’édifice. Le résultat de cet état de choses est nécessairement la descente du piston et l’élévation du train, tandis que l’eau inférieure passe dans les égouts ou est amenée dans un réservoir, d’où elle peut être pompée par un procédé convenable jusqu’au réservoir supérieur et être utilisée de nouveau.
- Pour descendre le train, nulle force extérieure n’est nécessaire ; c’est un des avantages de ce système sur les élévateurs à vapeur qui dépensent une force considérable de vapeur pour maintenir la charge dans la descente. La corde de valve est tirée en sens inverse de la manœuvre d’ascension ; l’eau à la partie inférieure du piston s’écoule ; le train descend alors doucement, sans bruit, sans oscillation ni secousse.
- —-
- pression | ties de la machine.
- Ascenseur hydraulique employé aux États-Unis.
- p.36 - vue 40/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 57
- LES OISEAUX D’HrVER
- La plupart de nos lecteurs et surtout ceux d’entre eux qui habitent la campagne ont pu remarquer que certains oiseaux nous quittent à l’approche de la mauvaise saison, tandis que d’autres font, précisément à la même époque, leur apparition dans nos contrées. Un grand nombre d’espèces de volatiles entreprennent, en effet, tantôt chaque année, à des époques fixes, tantôt à des intervalles irréguliers, des voyages plus ou moins lointains et, quittant le pays qui les a vus naître, vont s’établir pendant quelques mois dans une autre région.
- Les causes de ces déplacements ne sont pas toujours faciles à saisir, mais le plus souvent elles consistent dans le défaut de nourriture et dans les changements de la température, changements que l’oiseau, plus qu’aucun être vivant, a le don de pressentir. Aussi, pour les habitants des campagnes, le passage de certaines espèces, telles que les corneilles, les étourneaux et les grues, est un indice certain de l’approche des grands froids, tandis que le retour au printemps des hirondelles et des cailles est le présage des beaux jours. Nous n’avons pas à discuter ici la valeur des indications météorologiques fournies par les phénomènes de cet ordre, et nous voulons rappeler simplement que les oiseaux de nos pays, à l’exception de quelques espèces sédentaires, peuvent se partager en deux grandes catégories, les oiseaux d’été et les oiseaux d’hiver. Parmi ces derniers, il en est plusieurs qui rendent des services signalés à l’agriculture en détruisant des insectes nuisibles et en aidant à la propagation de certaines plantes, et qui égayent les journées d’hiver par la douceur de leurs chants, la vivacité de leurs mouvements et la beauté de leur plumage. Sous ce rapport, le Jaseur de Bohême (Ampelis garrula) est assurément l’une des espèces les plus remarquables (fig. 1). Cet oiseau, qui visite parfois nos contrées pendant la mauvaise saison,
- n’est pas, comme son nom l’indique, originaire de la Bohême; sa véritable patrie est l’Europe septentrionale et le nord de l’Amérique, où il est cependant moins commun que le Jaseur du cèdre (Am-pelis cedrorum). Il mesure à peu près 21 centimètres de long, c’est-à-dire qu’il est sensiblement plus grand qu’un moineau commun : son plumage, lisse et soyeux, est d’un gris-rous-sâtre, assez foncé sur le dos, tournant au brun sur le front et sur le croupion, et au blanchâtre sur le ventre, avec le menton, la gorge, la ligne nasale et les sourcils noirs ; les grandes pennes des ailes ou rémiges sont noires et marquées à l’extrémité d’une tache double, jaune et blanche, en forme de Y, les pennes suivantes ou secondaires sont d’une teinte analogue et offrent pour la plupart à la pointe une plaque ornée d’un rouge vif, ressemblant à une gouttelette: de cire à cacheter; enfin ms pennes caudales ou rectrices sont noires avec une bordure terminale d’un jaune doré. La femelle porte une livrée un peu plus claire que le mâle et a les taches rouges des ailes ou palettes un peu moins développées, et les jeunes sont revêtus d’un plumage terne mélangé de roux et de brunâtre.
- Les Jaseurs habitent d’ordinaire les grandes forêts de pins et de bouleaux des régions septentrionales ; mais ils les abandonnent parfois, quand la disette se lait sentir, et entreprennent de longs voyages : ils se montrent alors en Russie, en Pologne, en Scandinavie, en Allemagne, en France, en Autriche, et même en Italie. Dans un Mémoire adressé à Buffon, le prince d’Aversperg rapporte que les Jaseurs passent tous les trois ou quatre ans en automne des montagnes de la Bohème et de la Styrie dans l’Autriche ; et c’est sans doute parce que les habitants de cette dernière contrée voient toujours ces oiseaux venir de la Bohême qu’ils lui ont assigné ce pays pour patrie et donné les noms A'Oiseaux de Bohême, de Jaseurs de Bohême, adoptés parGessner et par Brisson dans leurs ouvrages. Au mois de février 1530
- p.37 - vue 41/432
-
-
-
- 58
- la nature.
- à l’époque où Chnrles-Quintse faisait couronner à Bologne, les Jaseurs apparurent en très-grand nombre en Italie; ils revinrent en 1551 et en 1571,etlepeuple ne manqua pas de considérer leur arrivée inopinée comme le présage de grands malheurs. Dans beaucoup de pays, du reste, ces oiseaux, malgré la beauté de leur plumage, ont été longtemps persécutés comme des êtres de mauvais augure annonçant la peste, la guerre et la lamine. En France, quelques individus de cette espèce furent pris, à une date assez récente, aux environs même de la capitale, et des passages considérables eurent lieu à diverses reprises dans les départements du Nord et aux environs de Falaise, en 1829, 1854 et 1835.
- Presque toujours les Jaseurs arrivent dans nos contrées au mois de novembre et s’en retournent au commencement de mars; pendant toute la durée du voyage ils forment de petites bandes et séjournent dans un endroit aussi longtemps qu’ils trouvent à s’y nourrir, volant de côtés et d’autres et explorant les buissons chargés de baies et de fruits sauvages. Parfois ils ne craignent pas de pénétrer dans les villes et dans les villages, sans s’inquiéter de la présence de l’homme; mais quand ils ont été poursuivis ils deviennent méfiants et ne se laissent plus approcher avec la même facilité. Ces oiseaux sont loin d’être stupides, comme on l’a prétendu; à terre ils semblent gauches et empruntés, mais sur les arbres ils se meuvent avec agilité et grimpent fort adroitement le long des branches. Leur vol est assez rapide, mais légèrement ondulé, parce qu’il résulte de battements d’ailes tantôt lents, tantôt précipités. Leur cri d’appel ressemble, d’après le pasteur Brehm, au grincement d'une roue mal graissée, mais leur chant n’est pas dépourvu d’agrément et se compose d’une série de notes lancées avec beaucoup d’entrain.
- En été, les Jaseurs se nourrissent d’insectes et particulièrement de mouches qui sont, comme chacun sait, fort abondantes dans les pays du Nord pendant la belle saison ; mais en hiver ils se contentent de baies et de petits fruits qu’ils vont cueillir sur 'es branches ou qu’ils ramassent sur le sol. On les prend facilement au collet, comme les grives, ou dans des pièges amorcés avec des fruits de sorbier, sur lesquels ils se précipitent toujours avec avidité, et dans les premiers temps du passage leur confiance est si grande, qu on peut s’emparer successivement de toute la bande, la capture de l’un d’eux n’effarouchant nullement ses compagnons.
- En cage cet oiseau vit assez bien, et n’est pas difficile dans le choix de sa nourriture ; il préfère la quantité à la qualité, et, si l’on en croit Brehm, sa voracité est telle, qu’après avoir rendu des aliments à peine digérés, il les avale de nouveau. En dépit de ses habitudes dégoûtantes, il ne souille jamais son plumage, qui reste toujours net et brillant; aussi beaucoup d’amateurs excusent-ils ses défauts et l’admettent-ih, dans leurs volières au milieu d’autres oiseaux, avec lesquels il vit en bonne harmonie. On le nourrit d’ordinaire avec de la pâtée de
- grives, du pain blanc, de la semoule, des pommes de ferre, de la salade, etc.
- Pendant longtemps le mode de propagation du Jaseurest resté complètement inconnu, et ce n’est qu’eu 1857 qu’un naturaliste anglais, nommé Wolley, parvint à découvrir en Laponie le nid et les œufs de cette espèce, qu’il rapporta à grands frais en Angleterre; mais l’année suivante, à son instigation, les Lapons se mirent en campagne et récoltèrent près de 800 nids dans une seule saison. Ces nids, toujours placés sur des pins, à une faible élévation, sont, revêtus extérieurement de lichens et tapissés intérieurement d’herbes, de brindilles et de plumes; ils renferment de quatre à sept œufs, d’un bleu plus ou moins rougeâtre, parsemés, surtout au gros bout, de points bruns, noirs ou violets.
- Le nom vulgaire du Jaseur lui vient évidemment de son ramage, presqu’aussi bruyant que celui d’un geai; quant à son nom générique d'Ampelis, imposé par Aldrovande, il doit plutôt faire allusion, suivant nous, aux teintes vineuses du plumage decet oiseau qu’à son goût plus ou moins prononcé pour le fruit de la vigne Quoi qu’il en soit, pour la
- plupart des ornithologistes modernes, le Jaseur est devenu le type d’une petite famille que l’on rapproche tantôt des Loriots de nos pays, tantôt des Parda-lotes australiens, tantôt des Cotingas américains.
- Dans un tout autre groupe de l’ordre des Passereaux se placent les Mésanges qui sont représentées en France par plusieurs espèces, telles que la Mésange charbonnière, la Mésange noire ou petite charbonnière, la Mésange bleue, la Mésange barbue ou moustache, et la Mésange à longue queue (fîg. 2). Cette dernière seule (Orites caudalus) .mérite d’être considérée comme un oiseau d’hiver, car elle ne se rencontre pas comme les autres dans nos pays pendant la belle saison, et dans ses migrations elle ne s’avance pas beaucoup vers’ le Sud ; elle n’arrive en Espagne que fort rarement, et est très-commune, au contraire, dans le nord de l’Europe et de l’Asie. Elle séjourne en France et en Allemagne, même pendant les hivers rigoureux, et se tient de préférence dans les bois de conifères et dans les bouquets d’arbres semés au milieu des campagnes. Comme tous ses congénères, c’est un oiseau remuant et actif, grimpant avec agilité et se suspendant avec adresse à l’extrémité des branches. Son cri de joie est un sifflement clair et bref, son cri d’appel peut se rendre par la syllabe ti deux fois répétée, et son cri d’avertissement consiste dans un trille rapide exécuté sur des notes très-élevées. En outre, le mâle fait entendre parfois un petit gazouillement assez harmonieux. D’après M. Gerbe, la Mésange à longue queue est peut-être l’espèce la plus sociable de tout le groupe; elle se désespère quand elle se trouve isolée, et fait tous ses eff orts pour rejoindre ses compagnes ; elle monte sur les branches les plus élevées pour explorer l’horizon, et à défaut de la bande dont elle taisait partie, elle fait choix d’une nouvelle troupe qui l’accueille sans difficultés. Quand une de ces Mésan-
- p.38 - vue 42/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 39
- ges a été démontée par un coup de fusil, les autres, loin de prendre la fuite, accourent auprès de la blessée, l’entourent en poussant des cris plaintifs et s’efforcent de l’entraîner avec elles.
- Cette espèce est de taille très-exigiïe; elle n’a pas plus de 16 centimètres de long, y compris la queue qui, à elle seule, mesure près de 10 centimètres ; cependant elle semble toujours un peu plus grosse qu'ellenel’est en réalité, ayantl’iiabitude, lorsqu’elle est au repos, de se mettre en boule, en hérissant ses plumes. Le mâle et la femelle adultes portent tous deux à peu près la même livrée; ils ont la tète blanche, le dos noir, le ventre d’un blanc roussâtre, les ailes et la queue noire avec quelques-unes des pennes marquées de blanc sur les barbes externes ; le bec, très-court et fortement bombé, noir comme les pattes, l’œil brun avec le bord de la paupière rouge. Dans les jeunes, au contraire, le bord de la paupière est d’un jaune vif, les côtés de la tète, le dos et les ailes sont d’un noir mat, le ventre et le sommet de la tête d’un gris blanchâtre. #
- Le nid de YOrites caudatus n’est pas suspendu comme celui de la Rémiz ; il est posé sur une branche avec laquelle il se confond aisément à une certaine distance, grâce aux lichens qui le recouvrent. Pendant plusieurs semaines le mâle et la femelle travaillent avec ardeur à la construction de ce petit édifice, qui est de forme ovoïde avec une ouverture placée sur le côté. Us emploient comme matériaux de la mousse, des lichens et de l’écorce de bouleau, qu’ils assujettissent avec des fils d’araignée et qu’ils tapissent intérieurement avec des poils, des plumes et de la laine. La ponte a lieu au mois d’avril et se compose de 9, 12 ou même 15 petits œufs, à coquille très-mince, d’un blanc légèrement rosé, avec des points d’un rouge ferrugineux. Ges œufs remplissent la plus grande partie du nid, qui n’a que 19 centimètres de haut et qui n’est pas plus large que la main; aussi pour couver la femelle est-elle obligée de se tenir accroupie la queue repliée latéralement; mais c’est bien pis encore lorsque les petits ont vu le jour et lorsqu’ils commencent à grandir ; alors les parois de l’édifice, distendues outre mesure, craquent sous les efforts des jeunes qui sont entassés les uns sur les autres, et par les brèches des parois on voit passer leurs longues queues qui donnent au nid un aspect des plus bizarres.
- Les Mésanges à longue queue se nourrissant exclusivement de petits insectes sont très-difficiles à élever en captivité. Cependant M. Goury parvint à en conserver une paire pendant six ans. E. Oüstalet.
- — La suite prochainement. —
- ESSAI D’UNE SUBSTITUTION
- DE CONSTELLATIONS CHRÉTIENNES AUX CONSTELLATIONS PAÏENNES ET d’üNE MÉTAMORPHOSE
- DE LA SPHÈRE CÉLESTE TENTÉE AU XVIIe SIÈCLE.
- U y a quelques mois, passant devant la librairie d’un vieux bouquiniste du quai des Grands-Augus-
- tins, une certaiue odeur d’antiques parchemins et de cette vénérable moisissure que les siècles déposent sur les reliures fleurdelisées, m’attira sous ces plafonds vermoulus (qui, je le crois, ont cédé ces jours derniers sous le poids des ans) et me fit indiscrètement fouiller du regard les rayons variés et bizarrement peuplés qui tapissaient tous les murs. Déjà j’avais mis la main sur quelques vieilleries astronomiques — ou même plutôt astrologiques et cabalistiques — lorsqu’un magnifique in-folio tout neuf, relié en parchemin blanc orné d’écussons d’or m’apparut, debout, blanc comme la neige au milieu d’une armée sombre, et ressortant si singulièrement, qu’on aurait pu penser qu’il était étonné lui-même de se trouver là. Cette idée latente du livre se transmit sans doute magnétiquement au marchand lui-même, car celui-ci s’approcha respectueusement de l’in-folio, le caressa doucement, le retira de cette société et le prit entre ses bras comme on prend une idole ou un saint en me disant : « Tenez, voilà, je crois, le livre que vous êtes venu chercher. » Rien n’était plus vrai, puisque je remportai ce livre sous mon bras et le casai le soir même à la meilleure place de ma bibliothèque. Cet ouvrage si neuf, si blanc, si soigné, si jeune encore en apparence, était un in-folio imprimé à Amsterdam, chez Jansson, en l’an de grâce 1661, c’est-à-dire il y a 215 ans.
- Il se compose de 234 pages, imprimées sur deux colonnes, en caractères élégants, sur un papier vergé qui n’a subi aucune piqûre ni aucune tache, et de 29 doubles planches gravées, peintes, enluminées, argentées et dorées, représentant les phases principales de l’histoire de l’astronomie et les différents systèmes imaginés pour l’explication de l’univers. Son titre est :
- HARMONIA MACROCOSMICA seu Atlas universalis et novus totius universi creati cosmographiam generalem et novam exhi-bens, etc. etc.
- Il serait long de transcrire tout entier ce titre mirobolant ; cependant la fin n’est pas à dédaigner : Opus novum, antehac nunquam visum, cujuscun-que condilionis hominibus utilissimum, jucundissi-mum, maxime necessarium. Voilà, j’espère, une recommandation complète.
- L’auteur est — les bibliographes ont déjà son nom sur les lèvres — André Cellarius.
- Le livre est dédié à « Charles II, roi de Grande-Bretagne, de France et d’Irlande. »
- Nous n’avons pas l’intention de faire ici la description de cet ouvrage, qui prend de très-haut l’histoire de l’astronomie, puisqu’il la commence à la création du monde et la poursuit à travers la Bible, les Grecs, les Romains et les peuples modernes, pour s’arrêter à Yhypothèse de Copernic. dont on n’osait encore s’avouer franchement partisan. Chacun des admirables tableaux qui illus— J trent cette encyclopédie astronomique mériterait une
- p.39 - vue 43/432
-
-
-
- io
- LA NATURE
- description spéciale. Notre but ici est seulement de faire connaître exactement un essai curieux de réformation des constellations, qui a été tenté au dix-septième siècle, a eu un instant de succès, et depuis, est tombé dans l’oubli le plus complet — ce qui était d’ailleurs tout à fait naturel, comme on va le voir.
- Deux planches, mesurant, comme toutes les autres, 52 centimètres de largeur sur 45 de hauteur,
- représentent le ciel des constellations païennes métamorphosé en ciel de constellations chrétiennes. Nous en reproduisons ci-contre la réduction exacte. Au lieu de divinités plus ou moins vertueuses, au lieu d’animaux de toutes formes plus ou moins fantastiques, on y contemple les élus, apôtres, saints, pnpes, martyrs, personnages sacrés de l’Ancien et du Nouveau Testament, noblement assis dans la voûte céleste, vêtus de riches costumes de toules
- Carte des constellations chrétiennes de Schiller, d’après André Cellarius. Hartnonia macrocosmica (1661).
- couleurs rehaussés d’or, soigneusement installés à la place de tous ces héros païens qui depuis tant de siècles régnaient au ciel.
- L’auteur de cette métamorphose se nommait Jules Schiller, et c’est en l’année 1627 qu’il l’a mise au jour. Sa dissertation est précédée d’un titre curieux dont voici seulement la partie principale :
- Cœltjm stellatüm christianum Ad majorem Dei omnipotentis, sanitœ que ejus tam triumphantis quam mililantis Ecclesiœ gloriam, obductis genti-lium simulachris, eidem domino et Creatori suo postliminio quasi restitutum humili conatu et voto
- Juin Schillerii et Johannis Bayeru — Augustæ Vindelicorum, MDCXXVII.
- Augusta Vindelicorum est le nom latin d’Augs-bourg. Jean Bayer était un jurisconsulte de cette ville, et Jules Schiller paraît avoir été son compatriote. Mais il n’a pas laissé dans la république des lettres un souvenir comparable à la renommée de son illustre homonyme le poëte Schiller. 11 ne me semble pas que Bayer ait été vraiment collaborateur de Schiller dans cette transformation du ciel, car il était à la fois jurisconsulte et astronome, avait construit lui-même des cartes astronomiques, et avait
- p.40 - vue 44/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 41
- créé plusieurs constellations sur le mode ancien (le Paon, le Taureau, la Grue, le Phénix, la Dorade, le Poisson volant, l’Hydre mâle, le Caméléon, la Mouche, l’Oiseau de Paradis, le Triangle austral et l'Indien), constellations ajoutées dans le ciel austral pour nommer les étoiles découvertes par Améric Yespuce et ies navigateurs. C’est à lui que nous devons l’introduction des lettres de l’alphabet grec pour désigner les étoiles, perfectionnement
- apporté par lui en 1603 sur des cartes admirablement dessinées, mais qui eût pu être d’une plus grande valeur, s’il avait pris soin de suivre exactement l’ordre d’éclat des étoiles dans l’application des lettres successives de l’alphabet. Nous ne chargerons point sa mémoire de l’innovation dont nous faisons ici l’historique,‘et nous penserons que sa collaboration dans cette œuvre n’a été que le soin de vérifier si les étoiles étaient exacte-
- Carte astronomique des constellations chrétiennes de Schiller, d'après André Cellarius. Harmonia macrocosmica ( 1661).
- ment cl tservées à leur place et à leur grandeur.
- Schiller commence sa dissertation en montrant combien les constellations païennes sont ridicules, contraires au sentiment chrétien et même au simple bon sens. 11 cite les textes des Pères de l’Église qui les désapprouvent formellement : Isidore qui les traite de diaboliques, Lactance qui réprouve la séduction du genre humain ; Augustin qui en envoie les héros en Enfer, etc., etc. Puis il entre bientôt dans sa description et son explication.
- Les planètes ont la première place, y compris le soleil et la lune. (Il va sans dire que l’auteur reste
- dans le système de Ptolémée et du moyen âge, autrement son ciel chrétien n’aurait aucune excuse). Voici la première métamorphose :
- Le So.'eil s’appelle désormais le Christ
- La Luna —
- Saturne — —
- Jupiter — —
- Mars — —
- Vénus — —
- Mercure — —
- la Vierge Marie. Adam.
- Moïse.
- Josué.
- Jean-Baptiste.
- Élie.
- Et l’auteur explique pourquoi : Jésus-Christ est le vrai soleil, le vrai rot du ciel et de la lumière;
- p.41 - vue 45/432
-
-
-
- 42
- LA NATURE.
- la vierge Marie avait déjà la lune sous ses pieds, elle est blanche et pure et resplendit par la lumière du Christ; Adam est bien le vieux père qui contient tout dans son orbite ; Moïse est le Jupiter du peuple de Dieu et de la sainte cause; Josué en est le Mars vainqueur, puisqu’à sa voix le Soleil lui-même a obéi, et même mieux : « Obediente Domino voci hominis » et qu’il a pourfendu tous ses ennemis; quant à Jean le baptiseur remplaçant Vénus, j’ai été quelques minutes avant d’en bien saisir le motif, quand j'ai compris qu’en effet il a été « l’étoile matutinale de Jésus, le précurseur du Soleil; enfin le prophète Élie remplace Mercure parce qu’il a été enlevé au ciel dans un char de feu, puis placé avec Moïse dans la scène de la Transfiguration, et qu’il sera le messager de la fin du monde.....
- Passons maintenant au zodiaque.
- cession des métamorphoses de l’hémisphère austral.
- La Baleine s’est dédoublée en S Joachim et sainte Anne.
- L’Éridan est devenu La mer Rouge.
- Orion est remplacé par Saint Joseph.
- Le Lièvre — La Toison de Gédéon.
- La Colombe La Colombe de Noë.
- Le Grand Chien — L’Agneau pascal.
- Le Petit Chien — L’Arche de Noë.
- Le Navire — Le Jourdain.
- L’Hydre — L’Arche d’alliance.
- Le Corbeau — Abraham et Isaac.
- Le Centaure — Le Patriarche Jacob.
- Le Loup — L’Autel sacré.
- L’Autel — Le Diadème de Salomon.
- La Couronne australe Aurore.
- La Grue et le Phénix Aaron.
- L’Indien et le Paon Job.
- Le Caméléon — Ève.
- Le Triangle austral Tour mystique.
- Le Poisson volant Abel.
- L’Hydre et le Coucou L’Ange Raphaël.
- Le Bélier devient Saint Pierre.
- Le Taureau — Saint André.
- Les Jumeaux — Saint Jacques-le-Majcur.
- Le Cancer — Saint Jcan-l’Évangéliste.
- Le Lion — Saint Thomas.
- La Vierge — Saint Jacques-le-Mineur.
- La Balancé — Saint Philippe.
- Jje Scorpion — Saint Barthélémy.
- Le Sagittaire — Saint Matthieu.
- Le Capricorne — Saint Simon.
- Le Verseau — Saint Thadée.
- Les Poissons — Saint Mathias.
- nous ferons grâce au lecteur des explications, ainsi que des vers latins sous lesquels ces nouvelles dénominations sont enfermées, et nous arriverons tout de suite aux constellations des deux hémisphères. Les fac-similé des figures de Schiller que nous publions ici sont certainement très-réduits; cependant leur exactitude et leur finesse permet de comparer sans grande dilficulté les anciennes constellations païennes à ces nouvelles constellations chrétiennes. Signalons d’abord les constellations boréales, en commençant au pôle.
- La Petite Ourse est devenue Saint Michel.
- La Grande Ourse — La Nacelle de saint Pierre.
- Le Dragon — Les Enfants innocents.
- Céphée — Saint Etienne.
- Le Bouvier — Saint Sylvestre.
- La Chevelue — Le Fouet du Christ.
- La Couronne — La Couronne d’épines.
- Hercule — Les trois Rois Mages.
- La Lyre — La Crèche.
- Le Cygne — La Croix.
- Cassiopée — Marie-Madeleine.
- Peisée — Saint Paul.
- Le Cocher — Saint Jérome.
- Le Serpentaire — Saint Benoît.
- Le Serpent — Les Épines de s. Benoît.
- La Flèche — Les Clous et la Lance.
- L’Aigle — Sainte Catherine.
- Le Dauphin — L’Urne des noces de Cana.
- Pégase -- L’Ange Gabriel.
- Le Petit Cheval . La Rose mystique.
- Andromède — Le Sépulcre du Christ.
- Le Triangle -- La Mitre de Saint Pierre.
- Ainsi l’archange saint Michel occupe le pôle boréal; son collègue l’ange Raphaël a retu en donation le pôle austral. Voici, à partir du zodiaque, la suc-
- Ces dernières constellations, qui sont dues à Bayer, prouvent bien qu’il n’est pour rien dans la substitution, et que Schiller seul l’a faite sur les cartes astronomiques de Bayer. Telles sont les métamorphoses des deux hémisphères célestes.
- Les explications sont si bizarres, que nous voudrions pouvoir signaler ici les principales. Mais, pour ne pas abuser de la patience du lecteur, contentons-nous de remarquer, entre autres, que saint Michel archange a été placé au pôle parce qu’il a combattu le Dragon et s’est fait le soutien, l’axe de l’Eglise; que la nacelle de saint Pierre a pris la place de la Grande Ourse parce qu’elle symbolise l’Église catholique, règne sur les peuples du Nord et plane au-dessus des nues et des persécutions; — que le pape saint Sylvestre est placé là à juste titre, attendu qu’il avait essayé de son temps de remplacer les noms païens de la semaine par des fériés, comme notre auteur essaye aujourd’hui de remplacer les constellations païennes par des chrétiennes, etc., etc. Le Cygne, qui a réellement la forme d’une croix, est devenu la croix du Christ, portée par sainte Hélène, mère de Constantin, qui l’a découverte, la voie lactée est le chemin des Bienheureux, le fleuve Éridan est devenu la mer Rouge traversée à pied sec par les Hébreux, et comme Adam était transformé en planète, Eve fut assise sur un beau nuage, près du pôle austral, en compagnie de son fils Abel et de l’ange Raphaël. On a mis aussi Job dans cette région; mais il n’y paraît guère à sa place. On aurait pu supposer qu’en substitution à la place de la Baleine, l’auteur aurait mis Jonas; mais il a cru mieux faire d’y installer « le grand’père et la grand’mère de Dieu », saint Joachim et sainte Anne, « beatissimi conjuges, quorum viscera felicis-simam illam virginem ediderunt. »
- Comment ce curieux essai de substitution céleste a-t-il été reçu des contemporains? Il semble qu’une partie de la société enseignante, notamment les disciples d’Ignace de Loyola, aurait dû applaudir à ceLte tentative et réunir tous leurs efforts pour la faire réussir. La raison de l’avortement de cette
- p.42 - vue 46/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 45
- petite révolution astronomique est bien simple. Si une telle substitution avait été opérée avant le seizième siècle, elle aurait pu réussir, et elle aurait probablement réussi. Mais depuis l’immortelle date de 1545, il était trop tard.
- Le système de Copernic démontré, tout essai de ce genre devenait infructueux, et les meilleures raisons pour l'adopter glissaient sans laisser de trace. Dans le véritable système du monde, sur les orbites idéales suivies par les planètes et par la Terre dans leurs cours, au sein du vide infini peuplé de soleils et de mondes, il n'y a plus de base pour cette image du ciel empyrée peuplé de personnages pétrifiés dans des stalactites étoilées.
- Ajoutons qu’il n’y a jamais eu, et qu’il n’y aura jamais aucune raison sérieuse de modifier les noms des constellations ni des planètes. Ces noms et ces figures datent de la plus haute antiquité de l'humanité pensante, et renferment dans leur étymologie les premières impressions ressenties par l’âme humaine isolée au milieu de la nature. Ce Jupiter, cette Vénus, ces pléiades, cet Orion, cette Andromède, n’ont jamais été ni des héros ni des dieux : ce sont des astres que les Aryas nos ancêtres, les Chaldéens, les Égyptiens, observaient et interprétaient réellement comme astres du ciel, dans leurs rapports avec le jour et la nuit, les saisons et les temps, et dont les noms primitifs, dégénérés, traduits, transformés, se sont effacés sous ceux qu’ils portent aujourd’hui, mais en conservant les vestiges du rôle à la fois céleste et terrestre qu’ils remplissaient. Il faut les conserver précieusement, ces noms et ces figures : ce sont les plus anciens titres de noblesse de l’humanité, et les plus antiques sont intimement liés aux origines mômes des religions et des histoires. Ils sont du reste relativement immortels, car ils subsisteront aussi longtemps que l’astronomie, c’est-à-dire que l’humanité, et si nous avons fait ce petit voyage rétrospectif vers une tentative de substitution, c’est à cause de la curiosité et de la rareté du fait dans l’histoire des sciences. 11 serait superflu d’ailleurs de remarquer pour nos lecteurs que dans la pratique de l’astronomie nous ne nous servons plus depuis longtemps de ces figures devenues purement historiques et symboliques, et que les contours seuls des constellations restent avec les noms dans l’uranographie moderne.
- Camille Flammarion.
- CORRESPONDANCE
- SUR l’explosion d’hELL-GATE, AUX ÉTATS-UNIS.
- Paris. 9 décembre 1876.
- Monsieur le Directeur,
- Une des choses les plus intéressantes, dans l’explosion du Hell-Gate, que vous signalez dans votre dernier numéro (p. 23), c’est la précision avec laquelle le général Newton a su proportionner les charges de dynamite aux effets qu’elles devaient produire.
- Les 23 620 kilog. de dynamite, renfermant environ 75 0/0 de nitroglycérine, équivalent, en prenant les chiffres de M. Berthelot, à environ 25 625 x 8 = 189 000 kil. de poudre de mine ordinaire faisant explosion à sec, et non pas sous l’eau. Le boulet du canon de 100 tonnes qui pulvérisa la fameuse plaque d’acier du Creusot avait, d’après les mesures données par le Times, uneénergie de 7773 tonnes-mètriques au sortir du canon, il était chassé par l’explosion, incomplète forcément des 146 kilog. de poudre. Partant de là, admettant la même utilisation des forces chinai ques au Hell-Gate que dans le canon d’Armstrong, on arrive au chiffre des
- 189 000kx 7773*“. 146k
- 10062308*“.
- soit 10 000 000 de tonnes-mètriques pour l’énergie mise instantanément en jeu pour l’explosion. C’est un peu plus que la chute d’un cube de fer, densité 8, de 26 mètres de côté tombant du haut du Panthéon, 70 mètres.
- Or, cette énergie mise en liberté, n’a rien fait que ce qu’elle devait faire : pas une vitre cassée, pas de bruit ; d’après VA merican Mining and engineering journal. « Those « on the water at a distance not conceding 1/4 ofa mile, « (400™) did pot perceive the least shock and but a slight « report even the glass in the house standing within but « a few feet of the shaft was not broken and but a very « slight vibration wass felt throughout the Cities of New-« York and Broklyn. » Le grand bruit dont parle votre note, entendu à 70 kilomètres, n’était pas dans l’air, mais dans le sol. Le général Àbbot avait placé des observateurs, oreilles contre terre, tout le long de Long-Island. Le bruit et la vibration, quoique faibles, se propagèrent très-loin dans le sol, très-vite et, autant que j’en puis juger d’après un résumé très-incomplet du mémoire présenté à ce sujet le 20 octobre à l’Académie des scienes de New-York, en manière d’onde ou de vague comme l’électricité dans les câbles sous-marins, à cause de l’induction de l’eau qui les environne.
- Voici, et c’est le but de ma lettre, la formule employée par le général Newton pour donner la charge de dynamite.
- p = L3xO,38: 0.75
- p.= Charge de dynamite en livres anglaises.
- L. = Ligne de moindre résistance en pieds. Ici c’était la distance virtuelle du fond de la mine à la surface du rocher.
- 0‘,058. Le coefficient numérique représentant le poids en livre de nitroglycérine nécessaire pour rompre un roc ayant une ligne de moindre résistance longue de 1 pied.
- 0,75 donne la proportion de nitroglycérine dans la dynamite, 75 p. 100.
- Ceci donne une mesure française en prenant.
- L en mètres, p en kilogrammes, p=L3 x Uk,810.
- Cette formule n’est appliquable, bien entendu, qu’aux cas où l’on aurait affaire à une roche analogue à celle du Hell-Gate et par la même méthode.
- Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de mes sentiments les plus distingués. G. Richard.
- Ingénieur des mines.
- P. S. — Les éléments de la transformation pour la formule de Newton sont :
- lffl3=35,316 581 pieds cubes l‘=0k,4536.
- p.43 - vue 47/432
-
-
-
- 44
- LA NATURE.
- INAUGURATION
- DU CANAL DE LA MER DU NORD
- Le commerce d’Amsterdam, qui n’acquit de l’importance que lorsque les Espagnols eurent ruiné Anvers, se contenta longtemps de parvenir à l’océan Atlantique par la route indirecte du Zuyderzée. Mais à mesure que les navires prirent de plus fortes dimensions et que, relativement, la profondeur du Zuy-
- derzée diminua, cette route fut trouvée incommode, et Amsterdam vit le commerce maritime lui échapper au profit, de Rotterdam, sa rivale, placée plus au midi. Comme les habitants de la capitale de la Hollande ne tenaient pas à partager le sort des villes mortes du Zuyderzée, ils s’émurent, et, en 4819, ils ouvrirent le canal qui, sur une longueur de 50 milles (81 kilomètres), relie Amsterdam au Helder, pointe septentrionale de la Hollande du Nord. Le roi Guillaume Ier aurait préféré un canal plus court, débouchant dans la mer d’Allemagne ; mais des in-
- Inauguration du canal de la mer du Nord. — Ouverture des écluses de mer, 1" novembre.
- térêts provinciaux l’emportèrent, et leur victoire retarda de plus d’un demi-siècle la réalisation des vœux d’Amsterdam. La voie du Ilelder, bien que préférable à celle du Zuyderzée, prenait beaucoup de temps, car il fallait alléger les navires d’une partie de leur cargaison, à Nieuwe-üiep, avant d’oser entrer à Amsterdam.
- Le canal actuel, dont nous avons parlé précédemment1, a été commencé en mars 4 865. Feu le ministre Thorhuke, le président de la Compagnie M. Jitta,' les ingénieurs, sir John Hawkshaw, et
- 1 Voy. 3* année 1875, 1” semestre, p. 129.
- M. Justin Dirks, d’Amsterdam, enfin les entrepreneurs, MM. Henri Lee et fils, de Wisminster, ont été les chevilles ouvrières de ce grand travail. Le canal n’est pas tout à fait aussi large qu’il le sera plus tard, et le port est loin d’être achevé. Il est destiné à contenir trois cents grands navires, et il sera très-utile sur cette côte orageuse, qui est, pour le moment, dépourvue d’un port de refuge. Toutefois un certain nombre de petits bateaux pêcheurs a déjà pu y trouver un asile durant une tempête récente.
- Ce canal a coûté largement plus de 2 millions de livres sterling (50 millions de francs); mais on regagnera aisément la moitié de cette somme en des-
- p.44 - vue 48/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 45
- séchant les lagunes et les marais qui en bordent l’une et l’autre rive ; on les a convertis en de fertiles polders, valant en moyenne 80 livres sterling l’acre (plus de 4900 francs l’hectare). On retire aujourd’hui d’excellentes récoltes de froment, de colza et de légumes, de terres qui, il y a trois ans, constituaient le fond de lagunes. Le canal a été creusé au moyen de la drague, excepté la partie qui traverve des dunes ou monticules de sable; là on se servit d’abord de la bêche et ensuite de la drague. De Schellingwoude Locks, à l’est d’Amsterdam, jusqu’à la mer, le canal
- a 16 milles (près de 26 kilomètres) de longueur. Au fond du lit, sa largeur est de 88 pieds; mais comme les bords sont en talus, la largeur à la surface est de 207 pieds. La profondeur est telle qu’elle suffira à des navires ayant 23 pieds de tirant d'eau. 11 y a dix petits canaux parallèles, dont les longueurs réunies sont égales à celles du canal principal. Les travaux, polders y compris, ont embrassé un espace de 40 milles (plus de 64 kilomètres) de longueur, et les déblais ont déversé à droite et à gauche du canal 13 millions de mètres cubes de vase.
- Vue de l’embouchure du canal de la mer du Nord.
- On espère qu’un élégant établissement de bains de mer ne tardera pas à être fondé sur les dunes solitaires de l’extrémité occidentale du canal. Le nouveau port a été nommé Ymuide, c’est-à-dire embouchure de l'Y, rivière ou lagune qui s’étend à l’ouest d’Amsterdam, et dont le fond est devenu le lit du canal de la mer du Nord.
- Le canal a été inauguré le 1er novembre 1876, en présence du roi des Pays-Bas, des ministres, du corps diplomatique, et d’un grand nombre de personnages venus de tous les points de la Hollande. Ce travail gigantesque, qui rappelle sous plusieurs rapports le percement de l’isthme de Suez, a été terminé en
- moins de quinze ans. C’est, sans contredit, une des entreprises les plus grandioses de notre temps.
- CHRONIQUE
- ! La glacière naturelle près de Dobschan. —
- J Le docteur Joseph A. Krenner, du musée national de Bude-I Pesth, raconte ainsi la visite qu’il fit, durant le printemps ! dernier, à la fameuse glacière, près de Dobschau. La j grotte est située dans la vallée de Goellnifs et creusée | dans le calcaire triassique. Dès l’entrée, on commence à
- p.45 - vue 49/432
-
-
-
- 46
- LA NATURE.
- descendre une forte masse de glace stratifiée, plus ou moins transparente, plus ou moins opaque, formant la base des parties les plus hautes et les plus larges, tandis que de nombreuses stalactites et stalagmites de glace (les premières, creuses) ornent la voûte et les parois, en formant d’espace en espace des groupes extrêmement pittoresques. On trouve des cascades gelées vers le fond incliné de la grotte. La glace, qui sert de base ou de 1 lancher, est si compacte et si unie, que l’on pourrait aisément y patiner. L’eau, qui ne gèle pas, se précipite vers la déclivité, au milieu d'une masse de débris et forme une source sur le flanc de la montagne qui recèle la grotte. De nombreuses observations donnent à la grotte, comme température moyenne, 0\86 centigrades, tandis que la température intérieure est de + 5°,55 centigrades. Le docteur Krenner énumère les raisons qui rendent si basse la température de la grotte et y entretiennent une glace perpétuelle : l’entrée de la grotte est étroite; la déclivité de l’intérieur est constante, d’un bout à l’autre; l’eau, qui n’est pas gelée, peut s’éloigner sans rester stagnante et sans fondre la glace ; les rayons du soleil ne pénètrent jamais dans la grotte, qui doit donc nécessairement rester plus froide que ses alentours. Gomme d’ailleurs elle est percée, elle est continuellement traversée par un courant d'air (probablement du nord au sud), qui ne peut qu’abaisser la température.
- Bibliothèques de Paris. — Voici, d’après le dernier recensement, ce que contiennent les principales bibliothèques de Paris :
- Bibliothèque nationale, 1 700 000 volumes imprimés, 80,000 manuscrits, 1 000 000 d’estampes, cartes et gravures, 120 000 médailles. — Bibliothèque de l’Arsenal, 200 000 volumes, 8000 manuscrits. — Bibliothèque de la Sorbonne, 80 000 volumes. — Bibliothèque de l’École de médecine, 55 000 volumes. — Bibliothèque Mazarine, 200 000 volumes, 4000 manuscrits. — Bibliothèque Sainte-Geneviève, 160 000 volumes imprimés, 550 000 manuscrits.
- Total : 2 575000 volumes, 442 000 manuscrits et 1 120 000 estampes, médailles, etc.
- Le cours de Démographie et de Géographie médicale du Dr Bertillon, dont nous avons déjà annoncé l’ouverture, se fera désormais dans le local même de la Société d’anthropologie.
- Il aura lieu tous les samedis, à 5 heures.
- Dans la prochaine séance de samedi prochain, 16 décembre, il continuera à traiter de l’influence comparée du célibat, du mariage et du veuvage sur la mortalité, et commencera l’importante question des mariages consanguins
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 décembre 1876.
- Prétidence du vice-amiral PÀbis.
- Guetlard. — La ville d’Étampes annonce à l’Académie son intention d’ériger un monument à la mémoire d’un de ses enfants, Guettard, qui compte parmi les fondateurs de la géologie. G’est à lui qu’on doit les premières notions
- sur la nature volcanique des montagnes de la France cen • traie, et sa ville natale s’honorera en lui rendant hommage, comme elle s’est honorée déjà en élevant à Geoffroy Saint-Hilaire la statue qui décore l'une de ses places principales. 11 semble malheureusement que l’entreprise présente des difficultés, un portrait authentique de Guettard paraissant manquer.
- Horloge de précision. — Voici une idée des plus ingénieuses émise parM. Redier pour augmenter la peifection des horloges. 11 s’agit de parer aux irrégularités causées par les variations de pression et, par conséquent, de densité de l’air : pour cela le balancier est suspendu à la plaque d’un baromètre anéroïde. La pression vient-elle à augmenter, la plaque se soulève et le balancier se raccourcit; il s’allonge dans le cas inverse. Il ne semble pas d’ailleurs que cette idée ait été soumise à l’expérience.
- Candidatures. — La place laissée vacante par le décès de M. Brongniart tente un certain nombre de botanistes. M. H. Bâillon etM. Van Thiegem posent leur candidature et adressent la liste de leurs titres scientifiques.
- Nécrologie. — Le dernier associé étranger que l'Académie se soit adjoint, M. de Baër est mort à Dorpat le 20 novembre dernier.
- Alluvion aérienne. — M. Dumas signale un mémoire de M. Gaston Tissandier sur une pluie de poussière tombée le 9 octobre à Boulogne-sur-Mer, et recueillie par M. Vaillant-Lcfranc. Cette poussière se signale par 10 pour 100 environ de matière organique consistant en petites algues microscopiques, et ces algues se retrouvent dans des sables divers parmi lesquels l’auteur cite celui du désert de Sahara. Nul doute que les algues en question n'aient été enlevées sur le littoral de la mer par le vent qui, à la manière des cours d’eau et toute proportion gardée, charrie constamment de véritables allu-vions qui, accumulées dans certaines régions convenablement abritées, édifient peu à peu de véritables formations géologiques.
- Eau chaude et phylloxéra. — D’après M. Balbiani l’œuf du phylloxéra si résistant vis-à-vis d'une foule de réactifs, est infailliblement tué par l'application d’une température de 42 à 45 degrés. Comme il est certain que l’eau chauffée, même à 60 degrés, ne produirait sur les ceps de vigne aucun effet fâcheux, on entrevoit dans cette remarque l’origine d’un traitement qui pourrait présenter dans la pratique de très-grands avantages.
- Verre antique. — On a, en général, admis que les anciens fabriquaient le verre par les procédés que nous employons nous-mêmes, et que la composition des matières vitreuses n’a pas varié depuis l’antiquité. M. Peligot montre qu’il n’en est pas ainsi. Le verre primitif ne contenait presque pas de chaux, et ce n’est que récemment qu’on a reconnu définitivement les propriétés vitrifiantes de cette terre. De même, le cristal ou verre plombeux paraît n’avoir pas été connu dans un passé très-reculé.
- Mer intérieure d'Afrique. — Par l’intermédiaire de M. de Lesseps, M. le capitaine d’état-major Roudaire dépose son rapport sur le projet d’établissement d’une mer au sud des Ghotts algériens. Les conclusions tendent à la prochaine exécution des travaux.
- Analyse végétale. — M. le professeur Fremy expose la méthode qu’il a imaginée pour réaliser l’analyse immédiate des tissus des végétaux. Ces tissus renferment des principes
- p.46 - vue 50/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 47
- variés dont l’auteur donne l’énumération. Ce sont d’abord les corps cellulosiques. Ils comprennent : la cellulose de l'ayeu, qui se dissout dans l’acide sulfurique bihydraté en donnant de ladextrine et du sucre et dans le réactif ammo-n'aco-cuivrique, et qui constitue le coton ainsi que le tissu ulriculaire de certains fruits ; — la paracellulose, qui forme la base du tissu ulriculaire des racines, et qui ne se dissout dans le réactif cuivrique qu’après avoir subi longtemps l’action des acides ; — la métacellulose, sur laquelle le même réactif cuivrique n’a jamais d’action, et dont le tissu des champignons est entièrement formé.
- En second lieu se présente la vasculose, substance qui relie les cellules et les fibres entre elles et reste comme résidu après que l’acide sulfurique a agi sur les tissus végétaux. M. Frerny pense que c’est de ce corps que dérivent l’esprit de bois et les produits ulmiques. La vasculose se dissout dans les acides oxydants et dans la potasse sous pression : c’est sur cette dernière propriété qu’est fondée l’industrie maintenant très-active qui consiste à faire de la pâte à papier avec du bois ou de la paille.
- La cutose est la base de la cuticule. Elle se dissout immédiatement dans les lessives alcalines.
- On rencontre ensuite la pectose, puis des pectates, dont le plus connu est le pectate de chaux, qui relie les cellules de la moelle des arbres.
- 11 faut enfin, pour être complet, mentionner les matières azotées et les corps minéi’aux qui font partie de tous les tissus végétaux.
- On conçoit qu’une fois les propriétés de ces divers principes caractérisés d’une manière aussi nette, il devient facile de les isoler les uns des autres par l’emploi de réactifs peu nombreux et tout à fait analogues à ceux qui servent en chimie minérale. Stanislas Meunier.
- LA NOUVELLE
- GALERIE DU MUSÉE D’ARTILLERIE
- a l’hôtel des invalides.
- C’est demain dimanche, 17 décembre, que la nouvelle galerie du Musée d’artillerie doit être inaugurée à l’hôtel des Invalides. Cette galerie, qui est l’œuvre personnelle du conservateur actuel, M. le lieutenant-colonel Le Clerc, est destinée à présenter aux visiteurs, en un vaste ensemble, la synthèse de l’histoire des armes, dont les différentes collections spéciales, précédemment organisées dans d’autres salles, forment la partie analytique.
- On avait fait successivement entrer dans le cadre adopté sous les administrations précédentes, tous les objets qui ont figuré dans la vie militaire des divers peuples, et des Français en particulier, instituant pour chaque catégorie de pièces une série particulière, disposée autant que possible dans un ordre chronologique, de manière à faire ressortir leurs transformations successives. C’est ainsi qu’on avait fait la collection des armes de trait, des armes d’hart, de taille, d’estoc, etc., et que tout dernièrement M. Le Clerc, s’aidant des travaux de M. Desjardins, directeur des archives au ministère de l’intérieur, avait restitué la série de nos anciens drapeaux nationaux.
- Mais pour reconstituer le guerrier d’une époque quelconque, le visiteur se trouvait obligé d’aller successivement examiner, dans chaque collection spéciale, les armes offensives et défensives réunies en si grand nombre, que la recherche devient parfois difficile, quoique le musée soit classé dans le plus bel ordre. L’étude des accessoires lui était èr peu près impossible, le temps n’en ayant, en tout cas, respecté qu’un fort petit nombre, et il se voyait obligé de retourner aux sources d’informations habituelles, trop souvent insuffisantes.
- C’est cette lacune que M. Le Clerc, qui est à la fois un savant et un artiste, s’est efforcé de combler. Il a fait exécuter dans les ateliers du musée, tantôt en les créant de toutes pièces, tantôt en les réunissant et en complétant d’anciens morceaux qu’il s’était procurés, une série de types successifs de guerriers habillés, armés, équipés et tout prêts pour le combat.
- La collection dont il s’agit comprend, dès à présent, trente-six personnages, échelonnés du règne de Charlemagne à celui de Louis XIV, appartenant par conséquent à toute cette période de l’histoire où les armes défensives jouent un rôle essentiel. 11 faut espérer que son auteur voudra bien plus tard y joindre les quelques types qui conduiront sa précieuse exhibition jusqu’au commencement de notre siècle. Nous croyons savoir, du reste, qu’il ne considère pas son œuvre comme terminée, et qu’au moment de l’Exposition Universelle, il doit montrer au public toute une galerie ethnographique conçue dans le même esprit que celle dont il nous ouvrira demain les portes.
- Des trente-six combattants de la galerie nouvelle, les plus intéressants, à nos yeux du moins, sont sans contredit les plus anciens. On s’imagine difficilement tout ce qu’il a fallu de peines pour restituer, au grand complet, le guerrier du temps. de Charlemagne qui se présente aux yeux le premier, avec sa cotte d’armes à plaques rivées sur un corsage de cuir, sa jupe de cuir plissée, reproduisant presque le kilt écossais, son casque composé de quatre plaques formant angle à la hauteur des oreilles et reposant sur un capuchon de cuir, les mentonnières de fer, son épée cannelée et un peu arrondie du bout, etc. Que de difficultés à surmonter aussi pour retrouver dans ses détails ce contemporain de Hugues Capet à la cotte de cuir treillissée de bandes couvertes de clous rivés, au casque en forme de bombes, etc. La tapisserie de Bayeux a lourni les renseignements relatifs au troisième, qui représente un des conquérants de l’Angleterre ; le célèbre émail du Mans de Geoffroy Plantagenêt a donné les éléments du quatrième guerrier; les grands sceaux de Mathieu de Montmorency, de Mathieu II de Lorraine, de Hugues de Ghâtillon, dont M. Demay avait déjà tiré si bon parti dans ses études sur le costume militaire d’après les sceaux des archives nationales, ont permis de reconstituer les gens de guerre du douzième et du treizième siècle.
- p.47 - vue 51/432
-
-
-
- 48
- LA NATURE.
- Voici plus loin un homme de pied, du règne du roi Jean, puis un chef des milices urbaines de la ville de Paris, créées par Étienne Marcel; plus loin encore le Dauphin qui fut plus tard Charles V, Du-guesclin, Xaintrailles, Charles d’Orléans, le duc d’Albret, le connétable de Richemont, La Hire, Bayard, etc., etc.
- On descend ainsi de siècle en siècle, de personnage en personnage, jusqu’à l’époque de l’organisation définitive de l’armée française. L’uniforme a été donné aux troupes en 1670, ainsi qu’un armement exécuté d’après un modèle commun. C’est à cette date que M. Le Clerc a cru devoir provisoirement s’arrêter.
- Un excellent catalogue, dressé par le savant et zélé conservateur, donne de chaque costume une description à laquelle on ne peut reprocher que d’être Irop sommaire.Des notes historiques succinctes aident à saisir les transformations subies par les costumes, et forment en même temps un résumé très-clair des modifications successives de nos armées. Des indications bibliographiques, jetées çà et là au bas des pages, permettront aux visiteurs qui voudraient approfondir davantage ces intéressantes études, de recourir aux sources dont M. Le Clerc s’est fait l’interprète si habile et si heureux.
- E.-T. Hamy.
- CHUTE DE GRÊLE REMARQUABLE
- OBSERVÉE A GROTTA-FERRATA i.
- Dans les nombreuses occasions que j’ai eues d’observer le phénomène de la grêle, j’ai toujours été frappé des mouvements tourbillonnaires qui l’accompagnent et qui paraissent inséparables de sa production. Ces tourbillons se produisent, tantôt autour d’un axe horizontal, tantôt autour d’un axe vertical, mais, dans tous les cas, ils doivent contribuer à déterminer une descente rapide de l’air froid des régions supérieures, et, par conséquent, à produire la source de froid nécessaire à la rapide congélation de l’eau malgré la chaleur développée par la descente et la compression de l’atmosphère.
- Je puis citer des phénomènes très-curieux, constatés par desaérouautes qui auraient observé de semblables tourbillons, même dans un ciel serein, à des hauteurs peu considérables, et avec un froid très-intense. Postérieurement à la publication d’un premier travail à ce sujet, j’ai pu observer une chute de grêle très-intéressante à Grotta-Ferrata, à la fin de septembre; elle a contribué à confirmer mes idées sur le phénomène.
- Le nuage à grêle se forma avec une étonnante rapidité; il divisait le ciel en deux moitiés, du nord-ouest au sud-est, et se propageait en avançant et se déroulant comme une immense balle de laine ou de
- 1 Voy. Gréions extraordinaires. 1876, 2e semestre, p. 290.
- coton. Le mouvement tourbillonnaire y était évident. Les premières gouttes de pluie eurent une dimension extraordinaire, au moins 1 centimètre cube. La pluie fut suivie d’une grêle épouvantable, dont les grêlons étaient formés de groupes de cristaux, assemblés autour d’une petite masse irrégulière de glace. Je joins ici une figure faite sur place. L’apparence était celle de groupes de cristaux de quartz, la plupart à quatre ou cinq et six pans, terminés par une pyramide. Les groupes pesaient de 40 à 60 grammes. Certains blocs furent pesés à Marino: leur poids atteignait 300 grammes. On n’observa qu’un très-petit nombre de grains ronds à couches concentriques, à Grotta-Ferrata. La forme cristalline représentée ici me paraît avoir une grande importance.
- Le nuage à grêle produisait un bruit terrifiant et tout particulier ; c’était une espèce de pétillement
- Grêlon cristallisé pesant 60 grammes, trouvé le 27 septembre 1876, à Grotta-Ferrata, au pied du Monte-Cavo.
- semblable à celui que produirait la simple collision de corps durs. Les décharges électriques étaient continues au sein du nuage et avaient une très-grande intensité.
- Heureusement, à Grotta-Ferrata, le phénomène dura très-peu de temps : une minute ou deux environ. Mais à Marino, en quelques points, la grêle pointue, comme on disait, arriva à l’épaisseur de 10 et même 20 centimètres, elle produisait une véritable dévastation. La direction de la propagation du fléau fut celle du sud-est au nord-ouest.
- Les cristaux qui formaient les grêlons avaient de 10 à 45 millimètres de diamètre et de longueur, et ils ont dû se former dans des masses assez considérables d’eau congelée instantanément et se souder ensemble. L’électricité développée dans cette circonstance était probablement la cause du pétillement qu’on entendait à l’approche du nuage. Je pense qu’en général l’électricité n’est pas la cause, mais l’effet de la grêle1. A. P. Secciii.
- 1 Comptes rendus de l’Académie des sciences. Séance du 27 novembre 1876.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmeh.
- CoKBML, TVP. ET ST SB. CRST A.
- p.48 - vue 52/432
-
-
-
- N» 186.
- ‘23 DÉCEMBRE 1876.
- LA NATURE.
- 49
- HISTOIRE DE LA YERRERIE
- VERRERIE DE LUXE ET VERRERIE COMMUNE.
- GOÜELETERIE EN VERRE ET EN CRISTAL1.
- Historique. — Tout le inonde connaît le récit de Pline sur l’origine du verre : des marchands phéniciens étant descendus à terre, près de l’embouchure du fleuve Bélus, tirèrent* de leur navire des blocs de natron pour supporter le vase qui devait servir à cuire leurs aliments ; l’action du feu ayant fondu ces blocs avec le sable sur lequel ils étaient posés, il en résulta un liquide transparent qui était du verre*.
- Nous n’avons pas à nous attarder longtemps sur cette histoire; Pline lui-même ne la donne que comme un on-dit : fama est... Strabon,qui écrivait un siècle avant Pline, n’en fait aucune mention, bien qu’il signale les sables du fleuve Bélus comme propres à la fabrication du verre. Ainsi que le fait observer M. Dumas dans l’article si remarquable qu’il consacre au verre dans son Traite' de chimie,
- « quand on connaît la température nécessaire à la préparation du verre le plus fusible et qu’on a vu seulement l’intérieur d’un four de verrerie en activité, on conçoit combien ce récit est invraisemblable. »
- Il me sera permis de faire une autre remarque : le texte de Pline peut donner lieu à des interprétations fort différentes , en raison du sens qu’il convient d’attribuer au mot nitrum.
- Est-ce du nitre, c’est-à-dire du salpêtre, de l’azotate de potasse que vendaient ces marchands, ou bien est-ce du natron, c’est-à-dire
- 1 Sous empruntons ce chapitre au remarquable ouvrage, Le Verre, que M. E. Peligot vient de terminer, et que la librairie Masson a mis en vente cette semaine.
- 2 Voici le texte latin (livre XXXVI, § 65) :
- Fama est, appulsa nave mercatorum nitri, cum sparsi per littus epulas parèrent, nec esset cortinis altolendis lapidum occasio, glebas nitrie nave subdidisse, guibus accensis permixtâ arenâ littoris, translucentes novi liquoris fluxisse rivos, et hanc fuisse originem vilri.
- 5* année. — 1M semestre.
- de la soude, du carbonate de soude hydraté1? Le lieu de la scène rend cette dernière hypothèse assez vraisemblable. Mais, d’un autre côté, on comprend mieux la fusion de blocs de nitre sous l’influence d’une température peu élevée (fusion donnant un liquide, le cristal minéral, qui n’est pas du verre, mais simplement du nitre fondu), que la vitrification du sable par la soude en plein air, dans les conditions indiquées par l’historien latin. Aucun traduc* teur, il est vrai, n’hésite à traduire nitrum par nitre. Mais les verriers et les chimistes admettront plus volontiers que ce mol signifie soude, d’autant mieux que celui de natrum, la soude, que connaissaient les anciens, ne se trouve dans aucun dictionnaire latin. L’auteur de la préface du Traité de l'art de la verrerie d’Antoine Neri, le baron d’Holbach, adopte une version amplifiée ; il suppose qu’à l’endroit où s’arrêtèrent ces marchands, « il se trouva une grande quantité de l’herbe communément appelée kali, dont les cendres donnent la soude et la rochette; il s’en forma du verre, la violence du feu ayant uni le sel et les cendres de la plante avec du sable et des pierres propres à se vitrifier. » Il n’est nullement question de cendres dans le récit de Pline.
- Sans insister davantage sur cette légende* les explorations des archéologues ont établi par les témoignages les plus certains que l'art de fabriquer le verre était connu et pratiqué dès laplus haute antiquité. C’est ce qu’attestent les bouteilles et autres objets de verre trouvés dans les nécropoles de l’Égypte et aussi les célèbres sculptures des grottes de Beni-Hassan représentant des verriers thébains accroupis devant leurs fourneaux et soufflant dans des cannes (fig. 1). Deux mille ans avant l’ère chré-
- 1 Le dictionnaire de la langue française deM. Littré, si précieux pour résoudre des difficultés de ce genre, est peu explicite à ce sujet:
- Nitre... Étïm. provenç. nitre ; espag. et ital. nitro; dii latin nitrum; grec vltpùv, qui vient de l’hébreu noter, nitre, natron, du verbe netar, faire effervescence.
- Fig, 1. — Verriers de Thèbes.
- Fig. 2. — Vase de Naples.
- 4
- p.49 - vue 53/432
-
-
-
- 50
- LA NATURE.
- tienne, l’industrie du verre était déjà tellement avancée, que plusieurs des spécimens trouvés dans les fouilles n’ont pu encore être reproduits. Telles sont diverses pièces de notre Musée égyptien (salle civile, vitrine L), notamment les amphores et les petites bouteilles à long col sur piédouche, garnies d’ornements en verre de couleur ajoutés pendant la fabrication, alors que la matière était encore molle.
- Dès les temps les plus reculés, le verre était pour les Phéniciens l’objet d’un commerce important. Leurs établissements de Tyr et de Sidon, à l’embouchure du fleuve Bélus, aujourd'hui Narhr-Halon, échangeaient leurs verreries contre des métaux ou des minerais avec les peuples du bassin de la Méditerranée, des côtes de l’Océan et de la Grande-Bretagne ; on a même trouvé en Danemark des verroteries auxquelles on attribue une origine phénicienne.
- De l’Égypte et de la Phénicie, l’art de faire le verre se propagea en Asie Mineure et en Assyrie : les fouides du palais de Nemrod ont amené la découverte de plusieurs vases de verre qui sont actuellement au Musée britannique; sur l’un d’eux est gravé, d'un côté, un lion, et, de l’autre, une inscription cunéiforme portant le nom de Sargon, roi d’Assyrie, qui vivait au huitième siècle avant Jésus-Christ.
- C’est de l’Inde que les Égyptiens tiraient les minéraux qui leur servaient à colorer le verre. Les verreries de ce pays, très-anciennes aussi, nous sont peu connues; au dire de Pline, elles étaient les plus estimées et leur supériorité était due à la pureté du quartz dont se servaient les Indiens.
- Les Éthiopiens, d’après Hérodote, étaient aussi fort habiles à faire le verre; mais c’est aux Grecs que l’on doit les produits les plus parfaits. « Je renonce, dit M. de Laborde dans sa Notice sur les émaux du Louvre, à citer les pièces en verre de travail grec que les collections publiques et particulières offrent à l’étude. Il y a des médaillons d’une beauté, de petites sections de filigranes d’une finesse de dessin, des masques de théâtre d’un comique,
- : des bas-reliefs d’une élégance qui surpassent tout ce que l’on doit attendre du goût le plus épuré, associé aux procédés les plus ingénieux. »
- L’invention des millefiori, dont le Musée de Grégoire XVI au Vatican offre de remarquables spécimens, est généralement attribuée aux Étrusques; mais les germes de cette fabrication se retrouvent dans divers produits d’origine grecque de la même époque. Ce n’est que dans les dernières années de la République que des verreries s’établirent à Rome. On sait qu’Auguste imposa à Alexandrie un tribut considérable en verre, tribut qui, loin de nuire aux fabricants, leur procura d’importantes commandes et assura la vogue de leurs produits.
- Verrerie romaine. — Pline, dans son Histoire naturelle, donne de précieux détails sur la composition et les procédés de fabrication du verre chez les anciens. Nous les résumerons en peu de mots.
- Les Romains se servaient de sable blanc, recueilli à l’embouchure du Vulturne; ils le mélangeaient avec du natron ou du nitre; quelquefois, ils ajoutaient à la composition des coquilles de mollusques et de la craie fossile avec un peu de manganèse ou même des rognures de cuivre. L’analyse permet de retrouver facilement ces matières, entre autres le cuivre qui donne aux verres antiques leur teinte bleuâtre.
- La fonte s’opérait par le procédé de double fusion dans des fours contigus. On faisait d’abord une fritte appelée ammonitrum avec le sable et le natron. Celle-ci était portée dans un autre creuset où s’opérait l’affinage1. C’est dans cette seconde partie de l’opération qu’on introduisait les agents décolorants ou les oxydes, s’il s’agissait de verre coloré. Le combustible était du bois léger et sec. Les objets étaient façonnés par le soufflage et taillés au tour.
- On voit que ces procédés diffèrent peu des procédés modernes ; il n’y a pas longtemps que la fritte n'est plus en usage; aujourd’hui même, elle est encore pratiquée pour plusieurs sortes de verre.
- Dans les temps anciens, les verreries étaient situées pour la plupart sur les bords de la mer, à l’embouchure des fleuves. La question du combustible, qui préoccupe les verriers modernes, avait alors moins d’importance que l’abondance et la qualité du sable; ils tenaient compte en même temps des facilités que la proximité de la mer donnait à l’écoulement des produits fabriqués. D’après Stra-bon, les sables d’Égypte étaient fort estimés; il en était de même de ceux de Cunes, à l’embouchure du Vulturne; les sables du fleuve Bélus, le berceau présumé du premier verre, ont joui pendant bien des siècles d’une réputation universelle; si bien qu’au moyen âge les Vénitiens avaient encore l’habitude d’en lester leurs navires pour approvisionner leurs verreries de Murano.
- Les verres les plus appréciés chez les Romains étaient blancs et imitaient le cristal de roche2 ; on les préférait pour les usages de la table aux vases d’or et d’argent. Mais les verres de couleur étaient également fabriqués par eux en grande quantité.
- Parmi les verres antiques les plus célèbres qui ont résisté à l'action destructive du temps et des hommes, nous citerons le vase de Naples, conservé dans le Musée de Naples; le vase de Portland, du British Muséum, et le vase réticulé, qui existait avant la guerre de 1870 dans la bibliothèque de Str asbourg. Ces vases, qui sont probablement d’origine grecque, sont représentés dans les figures 2, 3 et 4.
- Le vase de Naples (fig. 2) a été trouvé en 1839 dans un sépulcre de Pompéï ; connu sous le nom de vase de Naples, il est exposé dans le musée de cette
- 1 Dein miscetur tribus parlibus nitri pondéré vel men-sura, ac liquata in alias fornaces transfunditur. ]bi fit massa, quœ vocatur animonilrum; atque hœc recoquitur, et vitrum purum ac massa vitri candîdi. (Histoire naturelle, livre XXXVI.)
- 2 Maximus homos in candido translucentibus quam proxima crystalli similitudine. (Pline.)
- p.50 - vue 54/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 51
- ville. Sa hauteur est de 50 centimètres; les figures en relief, en émail blanc, d’un dessin et d’un fini très-remarquable, paraissent avoir été ciselées dans une couche de verre blanc qui recouvrait la masse vitreuse qui est transparente et d’un bleu foncé. Le pied de ce vase a été cassé. Quelques auteurs pensent que cette amphore a été laite pour être montée sur un socle en métal. On fait remonter sa fabrication au règne de Trajan.
- Le vase (lig. 5), désigné successivement par les archéologues sous les noms de vase Barberini et de vase de Portland, a été pendant plus de deux siècles le principal ornement du palais des princes Barberini, à Rome ; il a été adjugé dans une vente à la duchesse de Portland pour le prix de 1 800 guinées (46800 fr.) Déposé au musée de Londres, il y a été brisé en mille morceaux par la canne d’un fou, mais il a été rétabli avec une incroyable habile!é.
- Ce vase unique, qui est présumé de l’époque des Antonins (l’an 158 environ avant Jésus-Christ), a été trouvé, vers le milieu du seizième siècle, aux environs de Rome, dans un sarcophage en marbre qu’on suppose être celui d’Alexandre Sévère.
- Il est orné de figures blanches opaques, en relief, qui se détachent sur un fond bleu foncé. Avant que sa véritable nature fût établie, plusieurs auteurs l’ont décrit comme étant un camée antique en pierre dure, en onyx, en calcédoine ou en améthyste; le dessous du pied de ce vase est également gravé.
- C’est un verre à deux couches, admirablement gravé. Le sujet qui le décore a donné lieu à de nombreuses controverses. Un archéologue autorisé, Millingen, suppose qu’il représente le mariage de Thétis et de Pélée. Beaucoup de copies de ce vase en porcelaine de Wedgwood existent en Angleterre.
- Le vase de Strasbourg (fig. 4) témoigne, par la difficulté de la fabrication, d’un art très-avancé. La coupe est entourée d’une sorte de réseau en verre rouge; elle porte une inscription en verre vert qui, bien qu’incomplète, le haut du vase ayant été cassé par maladresse, permet de reconnaître le nom de MAX1MIANVS AVGVSTVS; c était probablement l’empereur romain Maximilien Hercule, mort à Marseille en 510. Ce vase a été trouvé, en 1825, dans un cercueil déterré par un jardinier auprès des glacis de Strasbourg. Il n’est nullement établi, d’ailleurs, ainsi que l’ont avancé plusieurs auteurs, que ce vase soit de fabrication gauloise.
- Parmi les découvertes faites dans ces derniers siècles dans diverses parties de l’Europe, on admire des coupes en verre admirablement taillées à jour. La plupart ont été trouvées dans des tombeaux. C’étaient les vasa diatrela des Romains. Chacun de ces vases portait, au gré de son possesseur, une inscription latine ou grecque, en lettres de verre, distantes d’un centimètre environ de la coupe à laquelle elles étaient fixées par de petites colonnes droites ou obliques : une ou deux bordures, merveilleusement taillées à jour et ne formant comme
- l’inscription qu’un tout avec le verre, complétaient l’ornementation de ces vases.
- Ces verres, ainsi que les vases irisés, imitant l’opale qu’on appelait allassontes, étaient foi t recherchés et d’un prix très-élevé; parfois ces derniers ont été donnés en présent par des empereurs romains à de hauts personnages ou à des membres de leur famille. On lit dans une lettre adressée par l’empereur Adrien, mort en 158, au consul Ser-vien, son beau-frère : « Je t’envoie des vases irisés de diverses couleurs que m’a offerts le prêtre du temple ; ils sont spécialement destinés à toi et à ma sœur pour l’usage des repas, les jours de fête; prends garde que notre Africanus ne les casse. »
- Plusieurs vases diatreta, dont la fabrication date de quinze à dix-huit siècles, sont conservés entiers ou en fragments au Cabinet impérial de Vienne et au Musée de Pesth1; les Romains attachaient à leur possession une importance particulière; car il en est fait mention dans le code de Justinien. On lit, en effet, dans le Digeste :
- « Si tu as donné à faire un vase diatretum et si il est cassé par maladresse, il sera tenu compte du dommage causé; mais si il n’est pas cassé par maladresse, mais parce qu’il était déjà fêlé, l’excuse peut être admise 2* »
- Quant aux vases irisés, il est difficile de dire aujourd’hui quels étaient leur nature et leur mode de fabrication; à moins qu’en raison de la composition défectueuse de leur verre, les anciens ne soient parvenus à développer à volonté et rapidement sur leurs produits cet aspect chatoyant et irisé que le temps a donné à un grand nombre de verres retrouvés dans leurs monuments funéraires.
- On peut invoquer aussi, en faveur de l’habileté des verriers de l’antiquité, le témoignage de Pline. L’historien latin s’emporte contre le luxe scandaleux de l’édile Marcus Emilius Seaurus lequel, du temps du grand Pompée, fit construire un immense théâtre soutenu par trois rangs de colonnes ; le rang du milieu était en verre3. Entre les colonnes étaient placées 5000 statues en bronze. Le même auteur raconte que, sous le règne de Tibère, on imagina une mixture qui donnait un verre malléable et que toute la fabrique de l’artiste fut détruite pour em-
- 1 Le docteur Pantotsck, de Zlatno (Hongrie), en s’inspirant de la vue de ces précieux spécimens, avait envoyé aux Expo sitions universelles de Paris et de Vienne une imitation de vase diatretum qu’il était parvenu à reproduire à la suite d’essais restés longtemps infructueux ; cette pièce unique, d’une fabrication très distinguée, était estimée par lui 10,000 fr.; aucun tailleur de cristaux n’avait voulu entreprendre ce travail : ce vase était le seul qu’il ait pu terminer sans accident sur trente-quatre pièces brutes qu’il avait fait souffler par le plus habile ouvrier de la verrerie de Zahn, à Zlatno.
- 2 Si calicem diatretum faciendum dedisti, si guidem imperiliâ fragit, damni injuria tenebitur; si vero non imperitiâ fragit, sed rimas habuit vitiosas, potest esse excusatus. (Code de Justinien. Ulpien., Dig, 9, 2. 27, ad finem.)
- 3 Prima pars scenœ e marmore fiât; media e vitro, inau-dito eliam poslea genere luxuriœ.
- p.51 - vue 55/432
-
-
-
- 52
- LA NATURE.
- pêcher l’avilissement du cuivre, de l’argent et de l’or. « Ce bruit, ajoute-t-il, a été longtemps plus répandu que le fait est certain; mais qu’importe? Du temps de Néron, on a trouvé un procédé de vit ri-fication qui fit vendre 6 000 sesterces ( i 260 fr. ) deux coupes assez petites qu’on nomme ptérotes (ailées). »
- Tous ces témoignages mettent hors de toute contestation l’incomparable habileté des anciens verriers. « Mais, dit M. H. de Fontenay dans les notes qu’il m’a remises, ces spécimens, types des diverses formes que l’art antique a su revêtir et qui nous en donnent une si haute idée, ne suffisent pourtant pas à éclaircir certains textes dans lesquels sont mentionnés et décrits des verres tout différents, plus estimés encore et dont il ne nous reste aucune trace. De ce nombre étaient les vases murrliins que fabriquaient les Parthes1 et aussi les petites coupes « ptérotes »
- (ailées) qui se vendaient, sous Néron, 6 000 sesterces la paire; suivant M. A. Deville, ces verres étaient d’une grande ténuité et l’épithète d’ « ailés » ne leur était donnée qu’à cause de leur extrême légèreté. Nous ferons remarquer, d’une part, que le verre mince était désigné par les Romains sous le nom de, nuage de verre, nimbus vitreus (Martial, ép. 112, liv. IV); d’autre part, que la fabrication des verres minces ne présente pas
- Fig. 3. — Vase de Portland.
- de grandes difficultés; on rencontre dans les fouilles nombre de fragments ayant appartenu à des verres très-minces; ceux-ci n’étaient pas rares à Rome, surtout ceux en moulé soufflé. Les petites coupes dont parle Pline avaient certainement d’autres mérites qu’une légèreté qui ne suffit pas pour expliquer leur prix. Aussi l’opinion de M. A.
- Deville ne nous paraît pas très-plausible et nous sommes plutôt porté à croire que ces verres étaient des objets artistiques, dans le genre des verres de Venise, garnis d’anses ou de supports en forme d’ailes. »
- On fabrique, dit Pline, un verre rouge teint dans
- 1 D’après divers auteurs, les vases murrliins étaient en
- Fig. 4. — Vase de Strasbourg
- la masse « totum rubens vitrum et opaque appelé verre hématin, « atque non translucens hœmatinon appellatum. »
- Le musée du Louvre a acquis récemment un petit vase en verre hématin, trouvé dans les fouilles de Constantine, qui répond exactement à la description de Pline. On voit aussi au musée de Sèvres de petits cubes de mosaïque provenant du temple de Jupiter à Rome, qui sont aussi en verre hématin.
- Enfin, M. Bulliot a décon-vert au Mont-Beuvray de nombreux fragments de ce même verre, dont les Gaulois se servaient pour émailler leurs bronzes1.
- Ces trois échantillons, de provenances différentes, mais de même composition chimique, montrent que cette sorte de verre, que nous ne connaissons plus, était appliquée par les anciens à plusieurs usages.
- La plupart des couleurs mises en œuvre par la verrerie moderne étaient connues des anciens; ils connaissaient même le rose obtenu par l’or, coloration dont la découverte a été attribuée à tort à Kunckel. Nous avons dit que, pendant notre première révolution, Darcet sauva à grand’ peine de la destruction, des vi -traux rouges qu’on voulait fondre pour en extraire l’or : mais douze cents ans auparavant, un fait analogue s’était déjà produit. Grégoirede Tours, qui vivait au VIe siècle, raconte qu’un voleur, s’étant introduit dans une basilique, en brisa les vitres, qu’il fit fondre, pensant y trouver de l’or; comme celles de Darcet, elles ne contenaient que du cuivre. Mais on voit que la croyance populaire était bien ancienne, et elle n’était pas absolument sans fondement ; car, outre la tradition , nous avons des preuves apportées par des fouilles récentes qui ne laissent ancun doute sur la connaissance qu’avaient les anciens du mode de coloration des verres par l’or.
- spath fluor, en opale ou en ambre On sait, par les récits de Pline, la valeur énorme que leur attribuaient les Runains.
- 1 MM. Bullot et H. de Fontenay ont publie récemment un travail fort intéressant su” l'Art de l’émaillerie chez le»
- p.52 - vue 56/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 53
- « L’art de la verrerie, ajoute M. H. de Fontenay, tombé en décadence sous les règnes de Gallien et de ses successeurs, se relève quelque peu sous celui de Tacite. L’antique beauté des formes avait fait place à des conceptions bizarres ou priapiques. Martial nous apprend qu’on recherchait à Rome des verres appelés « verres de savetier », fabriqués d’après l’image d’une espèce de bouffon de Bénévent que Néron affectionnait particulièrement.
- Commode , comme plus tard le' czar PierreleGrand, aimait à boire dans des coupes en forme de phallus. Ailleurs, nous lisons qu’Hélio-gabale offrit un jour à ses parasites affamés un festin composé de mets de verre, imitant à s’y méprendre les mets naturels. Nous nous bornons à ces exemples, qui témoignent tout à la fois de la déca dence des mœurs et de l’habileté extraordinaire des ouvriers de l’empire romain. »
- En terminant cette appréciation de la verrerie ancienne , il n’est pas superflu de faire observer que les anciens ne connaissaient le verre que sous la forme d’objets de luxe d’une grande valeur, figurant dans leurs fêtes, servant à décorer leurs palais et les temples des dieux;
- Éduens avant 1ère chrétienne. 1875. La composition qu’ils donnent de l’émail des orfèvres gaulois est la suivante :
- Fig. 5. — Verreries grecques
- Silice............
- Oxyde d’étain. . Oxyde de plomb. Oxyde de cuivre.
- Alumine...........
- Oxyde de fer. . .
- Chaux.............
- Soude (par diff.).
- 42,89
- 2,25
- 28,30
- 6,41
- 2,75
- 2,45
- 8,28
- 6,67
- 100,00
- ces objets étaient déposés, comme hommages pieux, dans la tombe des morts ; sans cette coutume, que les disciples du Christ ont à leur tour empruntée aux païens, aucun de ces verres antiques que nous admirons ne serait venu jusqu’à nous. Ainsi, pour les anciens, le verre, de même que les poteries, avait un mérite purement artistique. La verrerie usuelle,
- qui, par son bas prix et par la variété de ses formes, a pénétré dans tous nos ménages, leur était absolument inconnue. On ne peut indiquer d’une manière précise l’époque à laquelle le verre devint réel lement commun ; au moyen âge, Venise ne produisait encore que des objets de luxe. Il sem-ble probable que les verreries de la Gaule et celles de la Bohême ont beaucoup contribué par le bon marché de leur fabrication à
- vulgariser l’emploi du verre.
- Verrerie chrétienne.—-Le christianisme naissant, ayant pour règle la simplicité, évita les raffinements décoratifs dans les ustensiles de verre. Le calice de l’autel , d’abord en bois, fut fabriqué an verre, sous le pape Zephirin (197-217). Néanmoins, l’usage des calices en verre fut interdit par le concile de Rheims en 803 : plusieurs de ces vases sacrés ont été conservés et sont décrits par Seroux d’Agincourt dans son Histoire de l'art par les monuments. On a rencontré dans les catacombes des premiers chrétiens un grand nombre de vases en verre, notamment des lacrymatoires ou des urnes funéraires ; ces objets portent souvent des inscriptions gravées ou moulées en relief.
- Un genre de décoration, déjà en usage chez les païens, et qui fut continué pendant le moyen âge jusqu’au quatorzième siècle pour renaître en Bohême
- Poisson en verre, du musee dAutun.
- p.53 - vue 57/432
-
-
-
- 54
- LA NATURE.
- an dix-huitième, était fréquemment employé par les verriers chrétiens des premiers siècles. « Sur une feuille d’or appliquée au fond d’un verre à boire, on traçait légèrement, avec une pointe très-fine, des lettres, ou bien on dessinait des figures.... on appliquait par-dessus une couverte de verre, de manière que, soudés au feu l’un contre l’autre, les verres laissaient voir les figures et les inscriptions (d’Agin-court). »
- Ce même procédé a été souvent et est encore employé pour les petits cubes de verre doré, servant à faire les mosaïques.
- D’Agincourt et Boldetti ont décrit des coupes ainsi faites, qui servaient probablement pour les agapes, dans le fond desquelles est représentée la figure du Christ, celle des principaux apôtres, la résurrection de Lazare, etc.; on a découvert pareillement, dans l’église Sainte-Ursule, à Cologne, toute une série de vases à sujets bibliques dans le genre de ceux qu’on a trouvés dans les catacombes.
- A la verrerie chrétienne, il convient de rattacher le singulier vase en forme de poisson trouvé dans un polyandre et déposé au musée d’Autun. La figure 6 représente ce vase d’après une photographie que je dois à M. de Fontenay.
- Le poisson, dont le nom grec est le monogramme du Christ, était, comme on sait, le symbole du chrétien des premiers âges. On suppose que ce vase servait soit à baptiser, soit à contenir les saintes huiles. E. Peligot.
- — La suite prochainement. —
- LES NOUVEAUX LABORATOIRES
- DU MUSÉÜM DE PARIS1.
- ERPÉTOLOGIE ET ICHTHYOLOGIE.
- Depuis de longues années, les laboratoires de zoologie du muséum, établis dans de vieux bâtiments croulants de toutes parts, n’étaient plus à la hauteur de la science moderne ; le laboratoire d’erpétologie et d’ichthyologie, en particulier, situé dans la partie basse d’un bâtiment destiné autrefois à l’Administration, était tout à fait insuffisant. Un emplacement se trouvait tout naturellement indiqué: l’étage construit au-dessus de la ménagerie des reptiles ; aussi l’un des premiers actes du nouveau professeur, M. Vaillant, fut-il d'y transporter le nouveau laboratoire qui a été ouvert au commencement d’octobre.
- Le pavillon élevé au-dessus de la salle des venimeux est occupé par les cabinets du professeur, de l’aide-naturalisle et d’un préparateur-dessinateur; au-dessus de la salle des aquariums de la ménagerie s’étend le laboratoire proprement dit.
- L’établissement est accessible à tous les travail-
- 1 Voy. 1873, lte année, p. 5.
- leurs qui désirent consulter les collections ayant servi de type pour les ouvrages demeurés classiques sur Pichthyologie et l’erpétologie. Ces deux branches des sciences zoologiques, on ne l’ignore pas, sont nées en France, grâce aux travaux de Cuvier et Valenciennes, de Duméril et Bibron. Le laboratoire est pourvu de tous les moyens d’étude que réclame la science moderne; atlas et ouvrages méthodiques permettent d’arriver à une détermination rapide des espèces, loupes et microscopes, d’étudier plus à fond leurs caractères intimes.
- Grâce à une fiche spéciale à chaque individu, il est facile d’ailleurs de retrouver son état civil, pour ainsi dire. Dans le cabinet du professeur se trouve, en effet, le catalogue de la collection. Chaque fiche porte un numéro correspondant à un numéro sur parchemin dont est muni chaque poisson; dans l’angle droit de la fiche une lettre indique la grandeur du bocal dans lequel est contenu l’animal, le défaut de place ayant forcé à ne pas suivre dans les galeries un ordre méthodique pour le classement; au-dessous du numéro est inscrit le nom de l’espèce, l’habitat, le nom du donateur et toutes les indications relatives à l’exemplaire. Les étiquettes authentiques écrites de la main de Valenciennes ou du créateur de l’espèce, sont soigneusement reportées sur la fiche; les fiches sont classées par genre et par familles. Le catalogue fait pour les espèces décrites dans les sept premiers volumes de l’Histoire générale des poissons comprendra, lorqu’il sera mis à jour, environ 40 000 fiches.
- Nous nous permettrons de présenter ici une observation. De l’avis de tous les zoologistes, la collection d’ichthyologie du muséum d’histoire naturelle est la plus précieuse et la plus riche de toutes, non-seulement par le grand nombre de types qu’elle possède, mais encore par son abondance en espèces restées rares encore dans les autres musées d’Europe. Beaucoup de ces espèces, décrites d’une manière insuffisante par Valenciennes, sont chaque jour méconnues par les savants étrangers; il en résulte de nombreux doubles emplois qui ne font que surcharger la synonymie, déjà si compliquée. Tandis qu’en Angleterre, le British muséum a publié en huit volumes un catalogue méthodique de sa collection ichthyologique qui sert, on peut le dire, de vade-mecum aux naturalistes s’occupant de l’étude des poissons, le muséum de Paris n’est connu que de ceux qui, doués d’un esprit de critique vraiment scientifique, viennent consulter par eux-mêmes les types des auteurs. Il serait, dès lors, très désirable, que reprenant, en la modifiant toutefois, l’œuvre d’Auguste Duméril, à qui la mort n’a permis que de décrire les poissons appartenant aux groupes des cartilagineux, des dipnoi, des ganoïdes et des lopho-branches, l’on publiât un catalogue méthodique de la collection ichthyologique do notre muséum. Outre les types deLacépède, de Cuvier et Valenciennes, cette collection renferme, en effet, les poissons en herbier des collections classiques de Commerson,
- p.54 - vue 58/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 55
- de Sonnerat, d’Adanson, si souvent cités dans l’histoire générale des poissons.
- Outre le catalogue sur fiches que nous venons d’indiquer, nous avons surtout remarqué dans le laboratoire une série qui, à notre connaissance, n’existe nulle part. Trois meubles à tiroirs, semblables à des médaillers, contiennent des préparations microscopiques d’écailles de poissons ; cette collection se composera d’environ 14 500 préparations. Si incomplète qu’elle soit actuellement (elle ne contient, en effet, que des écailles des poissons décrits dans les sept premiers volumes de l’œuvre de Cuvier et Valenciennes), cette série est des plus intéressantes.
- I/étude de cet appareil de sens spécial connu sous le nom de ligne latérale des poissons, a donné lieu, dans ces dernières années, à d’intéressants travaux et permettra, sans aucun doute, de trouver de bons caractères toxonomiques pouvant conduire à la détermination plus exacte des espèces, probablement même des genres. Quelques recherches, non encore terminées, font même prévoir que, grâce à l’étude de ces écailles, il sera possible de mieux délimiter certaines des familles qu’admettent les ichthyolo-gistes, et de réunir les différents genres en des groupes plus naturels et plus conformes à leurs affinités zoologiques.
- Remarquons toutefois, que certains types semblent se répéter dans différentes familles, comme si les genres de ces familles formaient des séries linéaires et parallèles. Les caractères tirés de l’examen des écailles coïncident avec diverses particularités organiques justifiant les équivalences que l’on peut établir entre les genres représentatifs dans un autre hémisphère ou dans un autre continent, lorsqu’il s’agit d’espèces fluviatiles.
- Mais revenons au laboratoire dont cette digression nous a quelque peu éloigné,
- A la suite du laboratoire général dans lequel sont rangées les familles dont l’étude se fait au moment présent, est un couloir qui mène par un escalier à la ménagerie, de telle sorte que tous les services sont centralisés. A la droite de ce couloir est la salle de mise en alcool des animaux ; à gauche s’ouvre la salle des animaux en observation et en expérience. Sur des colonnes de fonte est établie une double rangée d’aquarium reposant sur des bâtis doublés de plomb et inclinés pour faciliter l’écoulement de l’eau; des robinets et des syphons permettent de remplir ou de vider les aquarium à volonté. Un appareil spécial construit par M. Alvergniat, laisse tomber goutte à goutte de l’eau à une température voulue dans les aquarium; la pièce est d’ailleurs chauffée, et un thermomètre à niazima et à minima, dù à M. Alvergniat, permet de se rendre compte de la température à chaque instant ; grâce à des stores établis extérieurement., telle partie de la salle peut être laissée dans une obscurité relative. L’on suit dès ce moment le développement comparatif d’axolotls, éclos aux mois de mars et d’avril dernier et de
- jeunes axolotls, nés à la même époque, de parents transformés. Des aquarelles sont faites chaque fois que ces animaux offrent quelque modification soit dans la forme, soit dans la coloration, de telle sorte que pour la première fois il sera possible de savoir, non-seulement par quelles transformations passe l’axolotl pour devenir amblystome, mais encore ce que deviennent les individus nés d’amblystomes, individus qui, à l’état jeune, ne peuvent se distinguer en rien d’axolotls du même âge. Dr Z.
- — La suite prochainement. —
- LES RÉSERVOIRS D'EAU
- DANS LES VALLÉES DE L*ALSACE.
- A la suite des désastres causés par les dernièr es inondations1, l’attention publique se porte naturellement sur les moyens propres à prévenir ou à atténuer ces maux. Toute la difficulté se réduit à modérer, dans la mesure possible, les afflux d’eau excessifs et subits des torrents qui descendent de nos montagnes. Deux moyens se présentent à nous sous ce rapport avec une incontestable efficacité : le reboisement des montagnes et la construction de réservoirs d’eau dans les vallées. Les réservoirs arrêtent les eaux et permettent d’en régler l’écoulement à volonté. Les forêts prolongent le temps de la fonte des neiges et ralentissent beaucoup la déperdition de l’eau des pluies, en la retenant plus longtemps dans le sol des pentes escarpées. Par le reboisement des montagnes comme par la construction des réservoirs d’eau, la hauteur des crues diminue dans les rivières et le niveau s’abaisse moins lors des sécheresses ; en un mot, le régime des cours d’eau se trouve régularisé, et présente un moindre écart entre ses variations de débit.
- On s’occupe d’une manière très-active en Alsace du reboisement et de l’établissement des réservoirs. Des milliers d’hectares de forêts nouvelles sont créés peu à peu sur la cime et les pentes de la chaîne des Vosges dépouillées pendant les deux derniers siècles. Partout où les forêts reparaissent, les sources taries depuis longtemps jaillissent de nouveau, et, sous les massifs de sapins et de jeunes hêtres, une nouvelle couche de terre végétale se forme sur les rochers dénudés par les pluies torrentielles. En même temps un certain nombre de barrages ont été construits dans les vallées, non pas précisément comme un remède préventif contre les inondations, mais afin de ménager à l’industrie des réserves d’eau pour ses moteurs pendant les sécheresses de l’été. Ces réservoirs retiennent le produit de là fonte des neiges et des pluies surabondantes. Ils assurent aux fabriques des forces motrices qui seraient impossibles en été, sans ces réserves. Tels sont notamment les réservoirs
- 1 Voy. 1870, 1er semestre, p. 586, et Tables des matières des précédents volumes.
- p.55 - vue 59/432
-
-
-
- 56
- LA NATURE.
- de Soultzeren, dans le val de la Fecht, ceux du Sternsée et du Neuweyer, dans la vallée de la Doller, celui du Bâlon, au-dessus de Guebwiller, les lacs Noir et Blanc, près d’Orbey.
- Les lacs d’Orbey occupent un des plus beaux sites des Vosges. Qu’on se figure deux cirques magnifiques découpés dans les flancs des montagnes à 1000 métrés de hauteur au-dessus du niveau de la mer, formés par des parois à pente rapide ou par des escarpements à pic. D’énormes éboulements de rochers entourent les lacs comme une ceinture au pied des escarpements, ou bien remplissent ou recouvrent le débouché des gorges comme une chaussée cyclopéenne.
- Quelques pins rabougris, de chétifs arbustes végètent seuls sur ce sol âpre et ingrat. Quand le soleil de midi frappe le lac Blanc de ses rayons, le regard ne peut supporter le miroitement des eaux, ni l’éblouissante blancheur de son bassin rocheux ou
- de ses plages de sable à la fin de l’été. Quand l’orage gronde sur les sommets, des nuages sombres en-vahissentles cirques et tourbillonnent en se déchirant sur leurs parois déchiquetées avec une furie sauvage. Avant la construction des barrages actuels, les afflux d’eau produits par les pluies excessives se dissipaient
- en quelques heures, sans changer sensiblement le niveau des lacs. Dans la vallée inférieure, le torrent donnait lieu pendant trois mois à des débordements préjudiciables, suivis pendant neuf autres mois de sécheresses plus ou moins intenses.
- La disposition naturelle des lieux a beaucoup favorisé la transformation en réservoirs des lacs d’Orbey. Elevés à l'entrée des couloirs qui livrent passage aux eaux, les barrages construits mesurent l’un 25, l’autre 50 mètres de développement, sur une épaisseur de 10 mètres et une hauteur de 6 mètres au lac Blanc et de 11 mètres au lac Noir, au-dessus du niveau naturel. Ils se composent de deux murs secs en blocs de granit. L’intervalle entre ces deux murs a été rempli avec des rochers, du sable, de la terre provenant de la décomposition du granit. Un massif de béton hydraulique traverse la digue à 5 mètres du parement qui fait face au lac, afin d’empêcher les filtrations. Pour éviter la dislocation du mur vertical du côté du lac sous l’effet de la gelée, on l’a garanti par un talus de gros blocs simplement juxtaposés. Quant à l’écoulement des eaux, il s’opère à l’aide de tuyaux en fonte, solidement fixés à la base du barrage. Du côté du lac, la conduite
- Ktvcau' dêfmà&f to'jjûmçL.
- Massif en terre, et gros blocs.
- Chambre
- Coupe suivant CD du plan.
- débouche dans une cage ménagée dans le mur de soutènement. Du côté opposé, elle est munie d un ajutage avec une vanne qui s’ouvre et se ferme au fond d’une chambre destinée aussi à mettre ce mécanisme à l’abri de la gelée. Le canal d’écoulement à murs parallèles se prolonge en dehors de la chambre. Le canal d’amenée s’évase vers le lac sur toute sa longueur. Tout le réservoir vient-il à se remplir, les eaux surabondantes s’écoulent par un déversoir de superficie, arrasé à un mètre au-dessus du niveau du barrage et revêtu d’un dallage solide afin d’éviter les affouillements. De plus, un parapet d’un mètre
- également, élevé du côté du lac, protège l'ouvrage contre le choc des vagues que les vents du sud et de l’ouest soulèvent parfois avec violence à la surface des eaux. J’ai vu telles de ces vagues atteindre deux mètres d’élévation et plus contre les parois de la digue du lac Blanc.
- Tous les deux barrages sont construits de même, avec cette différence que le travail atteint une plus grande élévation au lac Noir qu’au lac Blanc, pour contenir un afflux d’eau plus considérable. Ensemble ils assurent une réserve d’environ trois millions de mètres cubes, soit 1 800 000 pour le lac Noir et
- p.56 - vue 60/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 57
- 1 200000 pour le lac Blanc, le bassin d’alimentation du lac Noir étant de 228 hectares environ et celui du lac Blanc de 165. Année moyenne, la hauteur d’eau fournie par les neiges et les pluies équivaut dans cette partie des Vosges à 1500 millimètres, avec des variations de 1000 à 2000 millimètres. Entre les eaux tombées à la surface du bassin de réception des deux réservoirs et celle retenue par les barrages, la proportion est de deux à un. Cela veut dire que les barrages ne retiendraient que la moitié des eaux tombées, si ces eaux arrivaient d’un coup. Mais dans l’intervalle des pluies, une partie des eaux recueillies peut être âchée à volonté. Cette année nous avons vu le lac Blanc déverser de l’eau,
- par le canal établi à cet effet à la crête du barrage, depuis le mois de février jusqu’à la fin de juin. 11 serait facile d’y faire une réserve de 500 000 à
- 600 000 mètres cubes de plus, pendant les années humides, à condition de porter le niveau du déversoir de 6 à 8 mètres, avec une élévation de 2 mètres seulement. Cette réserve suffit j our assurer aux usines la force motrice nécessaire en temps de sécheresse, tout en servant encore pour l’irrigation des prairies de la vallée pendant l’été, alors que, sans les barrages, les lacs ne déverseraient plus rien. Tout cela avec une dépense de 50000 fr. seulement pour les frais de constructions primitifs, plus 3000 à 4000 francs pour les frais annuels de garde et d’entretien.
- le lac Blanc, après les travaux destinés à arrêter les eaux pour prévenir les inondations,
- Après ces résulats magnifiques, pourquoi ne I prises analogues? Depuis la construction des reser-voyons-nous pas se multiplier davantage les entre- | voirs d’Orbey, les industriels de Guebwiller et ceux
- p.57 - vue 61/432
-
-
-
- 58
- LA NATURE.
- de la vallée de Masevaux ont bien transformé en réservoirs les lacs de Neuweyer, du Sternsée et du Bàlon.
- On a construit au-dessus de Soultzeren, dans le val de la Feclit, les réservoirs du lac Vert et du Fohrenweyer. Mais il serait fort aisé d’établir un plus grand nombre de ces bassins dans les vallées des Vosges. D’une part l’opposition des populations agricoles, de l’autre la crainte de la responsabilité en cas de rupture des digues, entravent l’exécution de ces ouvrages éminemment utiles. Les cultivateurs d’Orbey ont vu d’un œil défiant et se sont longtemps opposés à l’endiguement des lacs, sous prétexte de préjudice pour leurs prairies; mais depuis qu’ils éprouvent les effets utiles des retenues d’eau pour leurs irrigations, ils reviennent de leur opposition primitive et ils demandent la multiplication des réservoirs. Quant au danger des ruptures, on se l’exagère beaucoup et il est facile de l’écarter par une bonne exécution des travaux. Au lieu de grands bassins, on peut se contenter d’exécuter de petits réservoirs étagés dans les vallées, de distance en distance, selon l’abondance des eaux, selon les dispositions da terrain. C’est le système que nous appliquons dans les Vosges, système qui présente des avantages évidents pour l’irrigation des prairies comme pour les moteurs des usines, sans donner lieu comme les réservoirs de grande dimension à des risques graves. Ne voyons-nous pas, d’ailleurs, les barrages construits par les Maures depuis plusieurs siècles, pour les irrigations du midi de l’Espagne, bien conservés aujourd’hui encore, malgré un entretien assez négligé. En Algérie, le barrage de l’Habra résiste fort bien aussi, malgré une réserve de 35 000 000 de mètres cubes d’eau et une élévation de 3 J mètres. Lors de sa dernière session, le conseil général de la haute Alsace a émis le vœu que le gouvernement mette à l’étude un projet de loi susceptible de faciliter la construction ou l’établissement des réservoirs, en dégageant la responsabilité directe des constructeurs. Probablement l’administration se chargera de ces travaux avec le concours pécuniaire des plus intéressés, en vue de la régularisation du régime de l’ill, toute la population de la plaine d’Alsace trouvant avantage à l’entreprise.
- De fait, l’idée des réservoirs d’eau n’est pas du tout nouvelle, même en Alsace. Nous avons sous les yeux une vieille carte d’Alsace du seizième siècle qui porte l’indication de digues nombreuses, formant autant de réservoirs étagés les uns au-dessus des autres dans toutes nos vallées. Par malheur la plupart de ces ouvrages ont été détruits pendant la guerre des paysans. Ceux de ces réservoirs qui rendaient l’ill navigable jusqu’à Altkirch, ceux qui régularisaient le cours de la Thur, n’existent plus depuis ces tristes temps. Maintenant l’attention se porte de nouveau sur le rétablissement des barrages.
- A l’exemple des industriels du val d’Orbey, les
- propriétaires d’usines et de fabriques de la vallée de Saint-Amarin ou de la Thur ont fait étudier des projets de réservoirs à établir sur cinq points différents, dont un seul, situé en aval du château de Wildeustein, serait susceptible de donner une réserve de 3 000 000 mètres cubes environ. Dans la vallée de Munster, nous avons déjà reconnu l’emplacement de sept bassins nouveaux, susceptibles de permettre une retenue de 8 500 000 mètres cubes environ en sus du volume d’eau fourni par les réservoirs du lac Vert et du Fohrenweyer.
- On a commencé par établir les réservoirs qui présentaient le plus de facilité d’exécution, en endiguant les lacs avec leurs retenues naturelles. C’est le cas des réservoirs d’Orbey, du lac Vert, du Sternsée sur le versant alsacien des Vosges, du lac de Blanchemer et du lac du Corbeau, aux environs de la Bresse, en Lorraine.
- Au lac du Bâlon, dont l’ancienne digue construite par Yauban avec de simples remblais en terre s’est rompue en 1740, l’écoulement des eaux se fait au moyen d’un canal creusé dans le roc et réglé par une vanne à 18 mètres du niveau du lac. La plupart de nos lacs des Vosges, pour ne pas dire tous, doivent leur origine à des digues morainiques déposées par les anciens glaciers des Vosges. Élie de Beaumont attribuait l’origine du lac Noir et du lac Blanc à des « écroulements qui ont eu lieu dans des cavités situées dans l’intérieur des montagnes, à l'occasion des dernières secousses qui s’y sont fait sentir, et peut-être à l’époque des éruptions volcaniques qui ont produit à leur pied, dans la plaine du Rhin, le massif du Kayserstuhl et les petits îlots basaltiques de Richewihr et de Gundershofen ». Par leur aspect cralériforme, certains lacs des Vosges, le Sternsee de la vallée de Masevaux surtout, ressemblent bien aux lacs avec amphithéâtre de Meerfeld, de Gillen-feld et de Daun, dans l’Eifel, ou bien encore au lac Pavin, en Auvergne. Néanmoins, je n’oserais cependant aftirmer que la formation ou l’apparition de nos lacs vosgiéns résulte d’effondrements, leur origine morainique est trop manifeste sur la plupart des points.
- Même au lac Noir et au lac Blanc, l’action et les traces des glaciers se reconnaissent aisément. Les rives immédiates des lacs sont recouvertes d’amas de gros blocs, de sable et de cailloux sans aucun vestige de stratification. Le barrage du lac Noir est fixé dans un sol sablonneux, mêlé de limon fin comme la boue glaciaire. Le sable paraît très-compacte, difficile à entamer par le pic, au point de faire feu quelquefois, sous les coups un peu forts. Jusqu’à dix mètres et plus de profondeur, on n’a pu découvrir la roche en place, eu creusant la tranchée pour la construction du barrage; mais des galets et de gros blocs granitiques de plusieurs mètres cubes sont disséminés dans le sabie. En arrière du lac, la gorge qui domine la cascade a le faciès des roches moutonnées des Alpes. Un courant
- p.58 - vue 62/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 59
- d’eau violent aurait nécessairement entraîné le sable et les blocs sur les pentes rapides au débouché des lacs, et leur dépôt ne s’explique que par l’intervention d’un glacier. En considération de la grande profondeur des lacs d’Orbey, on ne saurait affirmer que toute la digue qui ferme l’ouverture des bassins provient entièrement d’un dépôt morainique, car j’ai trouvé au lac Blanc des profondeurs de plus de 60 mètres, tandis que le bord oriental est recouvert de blocs erratiques jusqu’à 80 mètres au-dessus du niveau du lac. Cependant tout l’aspect du sol environnant rappelle les formations glaciaires, les moraines qui constituent sans aucun doute les digues qui ont donné naissance aux autres lacs des Vosges, aux lacs de Gerardmer et de Longemer, aux lacs de Blanchemer, du Corbeau et de Fondromaix, aux lacs de Soultzeren et de Seewen. Toutes ces nappes d’eau remplissent des vallons à fond plat, barrés par des digues de débris erratiques, d’anciennes moraines frontales, que j’ai décrites en détail dans les Bulletins de la Société géologique de France, années î869 et 1872, et sur lesquelles je ne puis revenir ici. Plusieurs de ces lacs sont envahis par la tourbe, et la plupart des bassins, aujourd’hui à sec, qui se prêtaient à l’établissement de réservoirs d’eau doivent leur origine à des moraines.
- En résumé, les réservoirs d’eau créés en Alsace et dans les Vosges ont été établis jusqu’ici dans un but purement industriel et leur effet utile compense immédiatement les frais d’établissement. Néanmoins l’influence de ces réservoirs sur l’amélioration du régime des cours d’eau ne laisse plus aucun doute, et le gouvernement d’Alsace - Lorraine se montre disposé à utiliser ces constructions pour régulariser le régime de l’ill, la rivière qui arrose le pays de Mulhouse à Strasbourg. En France aussi l’attention se porte de nouveau sur la construction des réservoirs dans les pays de montagnes. Les désastres causés à Toulouse et dans la contrée environnante par les débordements de la Garonne, au mois de juin 1875, se sont élevés à 75 millions de francs, sans compter la mort d’un millier de personnes. Or, la lame d’eau nuisible de la Garonne, cause du désastre, n’a guère dépassé 100 millions de mètres cubes : trois ou quatre réservoirs comme celui de l’Habra, en Algérie, qui a coûté de 4 à 5 millions de francs, auraient suffi pour retenir cette lame d’eau si funeste ; ce qui prouve d’une façon manifeste que la construction des barrages-réservoirs, grands ou petits, sera toujours une dépense rémunératrice.
- Charles Grad.
- Logelbach (Alsace), décembre 1876.
- L’ÉPIDÉMIE DE FIÈVRE TYPHOÏDE
- L’épidémie de fièvre typhoïde qui vient de sévir sur Paris est entrée dans sa phase de décroissance, et
- l’on peut impunément en discuter l’origine et les causes. Plusieurs journaux l’ont fait déjà, sans doute un peu prématurément; car, dans ces maladies de nature dépressive, il est au moins inopportun d’alarmer le public.
- En comparant les tableaux statistiques des décès dus à la fièvre typhoïde, dans les années 1875 et 1876, pour des périodes correspondantes, on voit que, jusqu’à la fin du mois de juillet, l’année 1876 avait été favorisée, tandis que l’année 1875 présentait, pour Paris des chiffres relativement élevés.
- On s’en convaincra en mettant en parallèle des septénaires analogues du mois de juin et du mois de juillet, et en se rappelant, dans l’examen du tableau suivant, que Paris, qui représente une population de 1 851 792 habitants, doit, toutes choses égales d’ailleurs, présenter un chiffre de décès inférieur à Londres, dont la population est de 3 400 428 habitants.
- Les décès pour juin et juillet ont été :
- Périodes septénaires du 28 mai au 30 juin.
- Z 11 III IV V XI VII vin IX
- ( 1873... 19 26 21 20 16 18 21 18 18
- Paris ( _ „ _ .. . ' .
- ( 1876. . 7 15 14 14 6 15 i:. 21 40
- f 1873. . 13 13 15 19 14 8 8 13 U
- Londres. . . .( — — — — — — — — —
- j 1876. . 12 4 13 8 8 11 1 12 14
- A la fin de juillet 1876, la mortalité alteint à Paris le chiffre de 40 décès par semaine. En août elle monte à 82 et 87, pour se maintenir dans les quatre septénaires de septembre à 78, 72, 61, 59, chiffres relativement élevés, quand ou les compare à ceux des périodes correspondantes de 1875 : 15,19, 25, 19.
- En octobre, la moyenne des décès s’abaisse; à Londres, que nous prenons volontiers pour comparaison, il s’abaisse d’une manière encore plus sensible. Voici les chiffres des décès dans les deux capitales, du 1er au 29 octobre :
- SEPTENAIRES
- i 11 III IV
- Paris . . . . i 1875. . 12 52 41 55
- 1 1876. . 55 44 29 40
- Londres. . . < 1875. . 18 18 22 19
- ’( 1876. . 19 24 7 1
- C’est en novembre que l’épidémie acquiert le plus de gravité. Elle décroît dans le deuxième septe naire de décembre. Voici encore les chiffres de décès
- p.59 - vue 63/432
-
-
-
- 60
- LA NATURE.
- pour Londres et Paris, du 29 octobre au 31 décembre :
- SEPTENAIRES
- I II III IV V VI VII Vl!t IX
- Paris 1 . 1875. . 52 19 21 27 29 21 57 53 24
- ! 1876. . 59 171 150 103 103 86
- Londres. . . .j 1875. . 14 18 12 18 18 20 18 15 (?)
- [ 1876. . 5 2 2 (?) 4 :(?)
- Quoique ces chiffres soient empruntés aux statistiques officielles, nous n’y attachons pas une importance exagérée. Ils n’en sont pas moins curieux et utiles à consulter, d’autant plus que cetle épidémie présente une gravité exceptionnelle et que les oscillations des chiffres de décès marquent assez bien ses phases. Suivant le rapport de M. E. Bes-nier à la Société médicale des hôpitaux, la mortalité était de 25 pour 100 malades dans les années antérieures, la moyenne trimestrielle des cas observés étant de 363. Cette année, le nombre des cas observés dans le troisième trimestre est de 7i4 typhiques, et la mortalité s’élève à 35 pour 100.
- C’est à la sécheresse et à l’élévation de température observées dans les mois de juillet et août que ce savant médecin rapporte l’origine de l’épidémie, se ralliant en cela à l’opinion de Virchow, Lieber-meister, Buhl, Léon Colin, etc. Dans cette opinion, le dessèchement du sol et l’abaissement de la couche d’eau qui l’imprégne favoriseraient l’infection, soit parce que l’eau en quittant les couches superficielles charrie dans la nappe profonde et les puits qu’elle alimente les matières fermentées, soit, comme le pensent Buhl et Pettenkofer, que l’abaissement des eaux concentre la fermentation et favorise le dégagement des gaz à travers le sol devenu plus poreux.
- Cette opinion se concilie difficilement avec ce fait que la fièvre typhoïde est surtout une maladie de l’automne, dont les exacerbations coïncident avec le froid humide. Dans les villes de garnisons, elle sévit souvent, à cette époque, chez les conscrits surmenés par les exercices militaires et surpris par les conditions d’une vie nouvelle.
- Il ne paraît pas douteux, au moins, que la transmission s’opère par les déjections intestinales charriées par les égouts. En Angleterre cette opinion s’est établie assez bruyamment. Chez nous, elle est acceptée. 11 faut remarquer cependant que ces épidémies se localisent dans certains cas. Il n’est pas raie de les voir sévir avec une grande intensité dans certaines caserhes, que l’on ne parvient pas à débarrasser de cette imminence morbide, alops que les populations de villes en sont préservées. Par contre, elles s’étendent avec la plus grande, facilité à tout,le personnel de la même maison ; et si l’on met en regard de ces faits cette observation que M. Vulpwm rappelait dans
- la dernière réunion de l’Académie des sciences, à savoir que le personnel des hôpitaux de Paris est demeuré absolument indemne dans l’épidémie actuelle, comme dans d’auties épidémies antérieures, on trouvera que le problème de l’infection typhoïde est plus complexe que les assertions de certains auteurs ne le feraient supposer. Dr Ad. Nicolas.
- LE CANON DE 100 TONNES
- A LA SPEZZIA.
- Nous avons décrit récemment l’énorme canon qu la maison Armstrong, d’Elswick, a construit pour le cuirassé italien Duilio, the Iiing Gun, le Roi Canon, comme disent les Anglaisl. On conçoit que la fabrication de cette pièce, la plus puissante et la plus pesante qui soit au monde, ait nécessité non-seulement un outillage spécial, mais encore des moyens de transport particuliers. Pour la manier, la maison Armstrong a dû construire deux grues, l’une pour ses chantiers, l’autre pour l’arsenal italien. La première peut soulever des poids de 120 tonnes; la seconde, que représente notre dessin, des fardeaux de 160 tonnes. Elle est montée sur une plateforme tournante, à galets, de 43 pieds de diamètre. A l’arrière de cette plate-forme est disposé un contre-poids de 350 tonnes qui équilibre le poids des bigues et de la charge, de façon à ne produire aucun effet de torsion sur le pivot. Cet appareil repose sur un piédestal en maçonnerie de 7 mètres de haut et de 16 mètres de diamètre, qui porte à sa partie supérieure la circulaire sur laquelle roulent les galets ; le milieu laisse un vide pour la chambre des pompes et des chaudières.
- La grue est mise en action au moyen d’une presse hydraulique renversée, suspendue au balancier à la tête des bigues. Les pompes agissent directement, sans l’interposition d’un accumulateur, sur la presse de hissage et sur les appareils rotatifs. Ces derniers sont mus par une seconde machine hydraulique qui actionne en même temps un guindeau sur lequel est enroulée une chaîne, passant dans une poulie de tête et servant pour soulever les poids ordinaires. La quête de la grue est de 19 mètres, ce qui lui assure un grand cercle d’action : avantage précieux lorsqu’il s’agit de masses semblables à celles des canons de 10Q tonnes. On l’a bien vu lorsqu’on a tiré de YEuropa celui que la maison Armstrong a fourni à l’Italie.
- Nous nous bornons aujourd’hui à cette description sommaire du transbordement de ce formidable canon de 100 tonnes; nous donnerons de plus amples détails sur les curieux essais auquels il a été soumis. L. Renard.
- — La fin prochainement. —
- 1 Voy. 4876. 2° semestre, p. 276,
- p.60 - vue 64/432
-
-
-
- Transbordement du canon de 100 tonnes à la Spezzia, en Italie.
- p.61 - vue 65/432
-
-
-
- 62
- LA NATURE.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 1" décembre 1876.
- M. Mouton fait connaître les expériences qu’il a entreprises pour -vérifier la formule donnée par M. Mascartdans son Traité cTélectricité, comme représentant le momen du couple qui tend à dévier l’aiguilie mobile de l’électro-mètre deM. Thomson. L’auteur a étudié deux conséquences de cette formule : l’une est relative au cas où l’on charge les deux couples de conducteurs fixes de l’appareil successivement avec chacun des deux pôles d’une pile, l’autre étant en communication avec le sol, puis mettant en relation avec le sol le milieu de la pile ; la formule dont il s’agit donne pour valeur du moment, dans ce dernier cas, la moyenne des deux autres valeurs : ce résultat est en parfait accord avec l’expérience.
- La deuxième conséquence est relative au cas où l’on fait communiquer l’aiguille d’abord avec le pôle positif d’une pile dont le pôle négatif est en contact avec le pôle négatif de la même pile, pendant que le pôle positif est en relation avec le sol; la demi-somme des deux moments, donnée par la formule, est proportionnelle à la différence des potentiels. L’auteur indique des vérifications expérimentales de ce résultat.
- M. Gariel indique devant la Société comment il utilise un phénakisticope de projection à 8 lentilles, pour réaliser diverses expériences devant un nombreux auditoire :
- 1° Mélange des couleurs.—On projette à travers le système de lentilles deux images colorées quelconques lorsque le disque tourne, chaque image donne une bande colo rée. Si l’on s’est arrangé de manière que les deux images-empiètent l’une sur l’autre quand le disque est au repos, on obtient, lorsqu’on le met en mouvement, trois bandes dont l’intermédiaire résulte du mélange des deux couleurs extrêmes. Avec les deux images colorées données par un faisceau polarisé qui traverse un quartz et est reçu par un analyseur biréfringent, la bande intermédiaire est teujours blanche;
- 2° Recomposition de la lumière blanche.—Un spectre projeté dans les mêmes conditions donne, sitôt qu’on fait tourner le disque, une image blanche à l’endroit où l’on observait une image nuancée de toutes les couleurs.
- 5° Projection des flammes manométriques.—Une flamme de l’un des appareils de M.. Kœnig étant placée derrière le phénakistocope de manière à donner une image nette sur un écran, si l’on fait tourner le disque, on observera une bande brillante et uniforme tant que le tuyau sur lequel est montée la capsule inanométrique ne parlera pas; mais sitôt que l’on fera vibrer la flamme, la bande lumineuse se découpera en festons qui ont les mêmes apparences que dans le miroir tournant, avec cette différence que l’intensité lumineuse sera beaucoup plus grande que lorsqu’on fait usage de cet appareil.
- --CK>0--
- CHRONIQUE
- De l’échange des gaz dans la caisse du tympan 5 considérations physiologiques et applications thérapeutiques. — En cas d’obstruction de la trompe d’Eustache, cause très-fréquente de surdité, la quantité d’air contenue dans la caisse et ses annexes subit une diminution, qui force la membrane du tympan, et f
- avec elle la chaîne des osselets, à s’enfoncer en dedans td’une façon sensible. L’insufflation d’air par la trompe d’Eustache est alors indispensable pour désobstruer ce canal, et pour rendre à l’oreille moyenne le volume d’air nécessaire. On est unanime à attribuer cette diminution de l’air à une absorption; or, selon M. Lœwenberg, cette opinion est en contradiction avec la physique et la physiologie ; une simple absorption ne saurait avoir lieu que si le sang était dépourvu de gaz; mais comme, au contraire, il en contient considérablement, il doit y avoir échange par diffusion, ayant pour conséquence la diminution du volume des gaz contenusdans l’oreille meyenne. M. Lœwenberg utilise ces considérations physiologiques pour proposer deux procédés nouveaux destinés à prévenir cette diminution, ou du moins à la retarder :
- 1° L’insufflation d’air ayant été inspiré et expiré, alternativement quatre ou cinq fois, lequel doit rester inerte en présence des gaz du sang ;
- 2e L’insufflation d'hydrogène. Ce gaz est éminemment réfractaire à l’échange respiratoire des poumons et peut servir également pour obtenir le but que poursuit l’auteur.
- Les résultats thérapeutiques confirment les prévisions de l’auteur et corroborent, par conséquent, ses vues physiologiques; car les deux méthodes servent à obtenir une durée plus longue de l’amélioration due aux insufflations d’air, qui constituent le remède Je plus universellement utile dans le traitement des affections si fréquentes de l’oreille moyenne.
- Un fusil & magasin en f K9 S. — Parmi les questions qui s’agitent en ce moment au sein des comités techniques de la guerre et de la marine figurent en première ligne celles des armes à répétition : les armes dites revolver et les armes dites à magasin.
- On connaît le revolver. Le fusil à magasin diffère de celui-ci en ce que les cartouches, placées à l’avance dans une partie de l’arme, qu’on nomme le magasin, viennent se placer d’elles-mêmes dans le canon lorsqu’on ouvre la culasse, et il n’y a plus qu’à fermer cette dernière pour être prêt à faire feu. On supprime donc le mouvement de prendre la cartouche et de la placer dans l’arme, ce qui est sans contredit le plus long de tous ceux qu’exige la manœuvre.
- Si original que paraisse ce système, jl n’est pas nouveau. En 1775, un sieur Charrière, arquebusier, demeu-x’ant à Paris, place du Louvre, avait imaginé un fusil avec lequel on pouvait « tirer et recharger dix fois dans une minute, » et dont la description, conservée aux Archives de la marine, ne laisse aucun doute sur la nature de son système. Ce document est accompagné d’une appréciation très-favorable de ce fusil, où nous lisons que « plusieurs preuves en ont été faites en présence de MM. les officiers généraux, qui ont approuvé l’invention.» Puis nous perdons sa trace. Nous pensons que de nouvelles expériences ayant eu lieu, on aura rejeté le fusil Charrière, dont le principe, en somme, nous semble dangereux. Ce principe se résume en ceci : plusieurs cartouches, les unes sur les autres dans le même canon, sont séparées par une cloison mobile, ce qui empêche le feu de se communiquer d’une charge à celle qui est au-dessous. Cela est assurément très-ingénieux, mais n’offre réellement pas une sécurité suffisante, quoique Charrière ait placé cette sentence en tète de sa description :
- « S’il est glorieux de porter les armes pour la patrie, il ne l’est pas moins de veiller à la sûreté de ses défenseurs. » L. R
- p.62 - vue 66/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 63
- Variations du climat étudiées pendant cent quarante ans. — « Les indices du printemps », tel est le titre d’un ouvrage communiqué à la Société Royale, en 1789, par M. Robert Marsham. Ces indices élaien basés sur des observations, commencées en 1736, par Robert Marsham et continuées jusqu’en 1812 par ses descendants et homonymes. Le journal, repris en 1836, fut continué jusqu’à ce jour par le révérend II. P. Marsham. Ce mémorial, de cent quarante ans, que nous devons à la famille Marsham, nous a conservé d’innombrables notes, relatives à des phénomènes de botanique, zoologie, etc. Il a été fait, le plus souvent, avec un grand soin, le premier M. Marsham étant un naturaliste passionné pour l’étude de la campagne. Un résumé de ses observations vient d’être présenté par M. Thomas Soulhwell à la société des naturalistes de NorfalketNonvich, qui constate de nouveau que nos vieux hivers sont partis, que les printemps sont plus tardifs. Il prit la moyenne des années 1763-1774 inclusivement et nota, durant ce temps, vingt-cinq phénomènes de végétation différents, caractérisant les saisons. Il en fit autant pour les dix années finissant avec 1874 et il trouva que pour le dix-huitième siècle, les vingt-cinq phénomènes se réalisaient, le sept avril et, pour le dix-neuvième siècle, le vingt-huit mars. Ainsi les printemps de notre siècle seraient de neuf jours en avance sur ceux du dix-huitième. Les deux dates reposent, l’une sur cent quatre-vingt-seize, l’autre sur cent quatre-vingt-une observations. Il n’est pas possible que la différence pro vienne d’une erreur d’observation ; mais elle est peut-être due au drainage et à la culture. Quant à l’extrême variabilité du climat de l’Angleterre, elle est expliquée par certains phénomènes, classés par dates. Ainsi les navets étaient en fleur le vingt-cinq décembre 1846 et le quatorze mai 1784. L’anémone des bois fut vue en fleur, le neuf mars 1775 et le trente avrill837. La moyenne des jours, pendant lesquels M. Marsham nota ces phénomènes, est de soixante-dix environ (Transactions of the Norfolk and Norwich Naturalist Society.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 décembre 1876.
- Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- Séance exceptionnellement courte à cause d’un comité secret commencé de très-bonne heure, et consacrée à peu près à l’énoncé des litres des communications reçues.
- Origine des roches. — Un géologue bien connu, M. de Chancourtois, développe l’opinion que les roches grani-toïdes se sont produites sous l’influence du cyanogène. Nous ignorons jusqu’ici sur quelles preuves l’auteur appuie sa manière do voir.
- Fabrication du sucre. —D’après MM. Hermann et Ber-nard, on a tout avantage à substituer la magnésie à la chaux dans l’opération connue sous le nom de défécation du jus de betterave. La liqueur n’est pas ainsi rendue alcaline, ce qui rend inutile l’emploi d’acide pour la neutraliser, et d’un autre côté la magnésie ne se constituant pas comme la chaux à l’état de sucrate, on gagne 5 ou 6 pour 100 du produit fabriqué.
- Application de la Sirène. — Pour faire saisir à un nombreux auditoire l’arrêt instantané que subit, dans l’expérience de Foucaud, le disque mobile mis en rotation entre les branches de l’électro-aimant, M. Bourbouze fait de ce disque l’une des plaques d’une sirène. Le son émis
- par celle-ci cesse brusquement à l’instant où les bobines sont traversées par le courant.
- Manomètre. — Nous avons déjà décrit les expériences de M. Cailletet sur la compression que peuvent supporter du dehors au dedans des récipients de verre, et nous avons résumé les faits qui portaient l’auteur à regarder cette propriété comme de nature à être utilisée dans la construction de manomètres tout nouveaux. Le projet est aujourd’hui réalisé, et l’appareil est déposé sur le bureau de l’Académie. La diminution de volume de ce vrai thermomètre de la pression est exactement proportionnelle à l’effort qu’il supporte, et cela jusqu’à la limite de 250 atmosphères. Dès que la pression cesse, le vase reprend sa dimension centrale, et le mercure qu’il contient revient au zéro. Le manomètre de M. Cailletet servira non-seulement pour les machines où de la pression est développée, mais aussi dans les recherches relatives à la profondeur de l’Océan et, à ce second titre, il mérite également de fixer vivement l’attention.
- Analyse des betteraves. — La betterave est sucrée de haut en bas; ses feuilles ont donné à M. Corenwinder un jus qui renferme 2 grammes de sucre par décilitre. Les côtes des feuilles sont les portions les plus riches.
- Lithologie. — M. C. Vélain lit une note sur l’analyse microscopique des roches volcaniques de File de Nossi-bé, voisine de Madagascar. Nous regrettons de ne pouvoir, après une simple audition, analyser ici ce travail.
- Stanislas Meunier
- LES OISEAUX D’HIVER
- (Suite. — Voy. p. 57.)
- A la suite des Mésanges nous devons natureîie-nient placer le Troglodyte mignon, improprement connu sous le nom de Roitelet. C’est, comme dit Be-lon, un petit oiseau, allègre et vioge, ayant la queue troussée comme un coq, et sans cesse occupé à fureter dg.ns les tas de fagots et dans les trous des vieux murs pour y chercher les larves d’insectes et les araignées dont il fait sa nourriture. C’est même de cette habitude que lui vient son nom générique de Troglodyte ou habitant des cavernes. Les Grecs l’appelaient Tpoyjlo<; (sabol, toupie), à cause de l’agilité de ses mouvements et de la forme ramassée de son corps qui ne mesure pas plus de 10 centimètres du bout du bec à l’extrémité de la queue. Son plumage, d’un brun plus ou moins foncé, avec le ventre grisâtre, est relevé, comme celui d’une bécasse, par des raies transversales noirâtres ; ses ailes sont arrondies et ne permettent qu’un vol court et tournoyant, et sa queue, très-réduite, est presque toujours relevée ou même inclinée du côté du dos. On le trouve dans toute l’Europe, en Asie et dans l’Afrique sep-tentrionale, et il est très-commun en été dans le nord et en hiver dans l’est, le centre et le midi de la France. Pendant la belle saison, il habite les vallées couvertes de buissons et arrosées par de petits cours d’eau, mais à l’approche des grands froids, il se rapproche des habitations, et cherche un asile pour la nuit dans les hangars, et sous les toits do
- p.63 - vue 67/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 64
- chaume. Le Troglodyte, nous dit encore Belon, est un oiseau qui n'est jamais mélancolique, toujours prêt à chanter; aussi l'oit-on soir et matin de bien loing, et principalement en temps d’hiver, lors il n'a son chant guère moins hautain que celui du rossignol. Ce chant se compose en effet de quelques notes claires et rapides, sidiriti, sidiriti, et se fait entendre surtout quand il a neigé le soir ou quand le froid doit redoubler pendant la nuit. Grâce à son activité incessante le Troglodyte ne semble du reste nullement souffrir des rigueurs de l’hiver, et mérite bien le nom de Roitelet de neige, de Roi de froidure qui lui sont donnés dans certaines parties de la France. Ailleurs, on l’appelle bœuf par antithèse, à cause de sa petitesse , ou compte - fascines , ratilleuse, à cause de l’agilité avec laquelle il s’insinue dans les fagots et les tas de bois mort.
- La collection du Muséum d’histoire naturelle renferme un nid de Troglodyte , découvert au Jardin des Plantes, et qui, comme d’ordinaire , est singulièrement volumineux. 11 est formé de mousse entrelacée dans des fascines, muni d’une ouverture étroite, et garni de plumes à l’intérieur. Dans cette chaude demeure la femelle dépose 9 ou 10 œufs d’un blanc terne, ornés de points rougeâtres, plus nombreux au gros bout qu’à l’autre extrémité. Les petits que l’on prend au nid sont très-difficiles à élever en captivité. Brehm conseille de les nourrir avec du cœur de mouton et de veau haché menu, et avec quelques mouches. Les Roitelets, ainsi nommés à cause de la couronne d’un jaune d’or qui orne le sommet de leur tète, sont plus petits encore que les Troglodytes, et tout aussi agiles. Comme eux ils se rapprochent en hiver des habitations, et vont chercher jusque dans leurs retraites les insectes dont ils font leur nourriture; mais ils offrent dans leur plumage des teintes plus gaies et plus variées; ils ont le dos vert, la gorge blanche, le ventre d’un gris clair, les ailes rayées de blanc, et sur leur tête
- s’étend une bande tantôt d’un jaune safran, tantôt d’un rouge-feu. Cette bande n’est bien apparente que lorsque l’oiseau est en mouvement, lorsqu’il hérisse les plumes de sa tête; elle est limitée de part et d’autre par une raie noire dans le Roitelet huppé, et par un trait blanc, suivi d’une bande noire dans le Roitelet triple bandeau. Les deux espèces diffèrent d’ailleurs par la coloration de la huppe, qui est plus dorée et moins rouge, et par la taille, qui est un peu plus forte dans le Roitelet huppé; mais elles ont à peu près les mêmes mœurS et nichent toutes deux dans nos contrées et jusque dans les environs de la capitale. Le nid, placé dans une charmille, ou dissimulé , sous les feuilles aciculai-res, à l’extrémité d’une branche de pin, est en forme de boule, et construit avec de la mousse maintenue avec des fds d’araignée ; il présente, comme celui du Troglodyte, une ouverture latérale et est garni de duvet ou de poils à l’intérieur : les œufs, au nombre de six ou sept, sont gros comme des pois et piquetés de points gris sur fond blanc.
- Les Roitelets se plaisent sur les ormes, les chênes, les pins, les sapins et les genévriers, et sautent rapidement de branche en branche ou se suspendent à la manière des mésanges. Outre un cri d’appel doux et flùté, les mâles possèdent un chant très-harmonieux. Ils se livrent des combats violents, au temps des amours, mais en hiver ils se montrent fort sociables et se mêlent parfois aux troupes des Sittelles. Aussi, pour les conserver en captivité, ce qui est loin d’être facile, est-il nécessaire de ne pas les tenir isolés : on leur donne à manger des œufs de fourmis, des mouches, de la pâtée de rossignol, des concombres hachés et des graines concassées.
- E. Oüstalet.
- — La suite prochainement. —
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Le Troglodyte (troglodytes parvulus).
- COBBKIL, TVP. ET STEB. CRETE.
- p.64 - vue 68/432
-
-
-
- N° 187. — 30 DÉCEMBRE 1876.
- LA NATURE,
- 65
- HISTOIRE DE LÀ VERRERIE
- VERRERIE DE LUXE ET VERRERIE COMMUNE GOI5ELOTERIE EN VERRE ET EN CRISTAL.
- (Suite et fin. —Voy. p. 49 )
- Verrerie de la période romano-gauloise. — Pline nous apprend que des verreries à l’imitation de celles de Rome existaient de son temps dans la Gaule et en Espagne. Les fouilles ont, en effet, mis à découvert, sur divers points, d’anciens verres de l’époque gallo-romaine. L’une des plus importantes, celle d’Arles, a fourni à M. Quiche-rat l’objet d’un travail fort intéressant. (Revue archéologique, juillet 1874.)
- Les verroteries d’Arles recueillies en très-grand nombre sur le même emplacement, à la pointe du Delta du Rhône, sont de beaucoup postérieures à la Conquête; antérieurement, les Gaulois connaissaient le verre; mais il ne paraît pas qu’ils s’en servaient pour les besoins usuels de la vie.
- Parmi les verreries extraites des tumulus celtiques, les uns sont de provenance phénicienne, notamment celles des menhirs de Carnac (Morbihan), les autres sont grecques ; d’autres sont gauloises ; les ornements quadrillés, composés de lignes droites ou brisées en chevrons, sont caractéristiques pour ces dernières. On en a trouvé en .France dans d’autres localités et aussi en Autriche dans le riche polyandre celtique de Hallstadt.
- Les Gaulois se servaient de houles de différentes couleurs qui désignaient les rangs et les classes : ces boules se retrouvent en assez grande quantité dans les dolmens, les menhirs et les oppidum; avec quelques bracelets, elles constituent tout ce qui nous reste de la verroterie gauloise.
- La connaissance qu’avaient les Gaulois de la composition du verre, de la manière de le colorer et de lui donner de l'opacité, ressort clairement des objets en émail hématin appliqués sur bronze, ainsi que des fours, ustensiles, déchets de fabrication, etc., trouvés dans les fouilles de l’oppidum du mont Beuvray; ces objets, ainsi que ceux qu’on rencontre journellement dans les sépultures, démontrent que, contrairement à l’opinion de Loyset, l’industrie verrière existait chez les Gaulois.
- « Toutes les fois qu’on rencontre dans notre sol un cimetière de cette période, on est assuré d’y trouver, si petit qu’il soit, un nombre considérable
- 5" année. — 4e* semestre.
- de vases de verre, de formes variées et parfois d’un travail très-soigné... Le territoire des Pictons, pays très-boisé et très-bien pourvu des matières premières qui servent à composer le verre, en a, par exemple, possédé plusieurs dont l’emplacement est encore désigné soit par des dénominations caractéristiques, soit par la présence de scories vitreuses, des restes
- de fourneaux ou des fragments de creusets....... les
- lieux nommés jndis verreria vitreria, verreriœ, vitrinœ, appelés depuis la verrerie, les vieilles verreries, la voirie, ver rières, voirières, verrines, etc., ont du leurs dénominations à des manufactures de verres, dont plusieurs remontent au deuxième ou au troisième siècle. » (M. Fillon.)
- Les localités de l’ancien Poitou où l’on a trouvé le plus de verres antiques sont Poitiers et Ecuré, dans la Vienne, et Rezé, dans la Loire-Inférieure. La plus ample moisson provient du tombeau de la femme artiste de saint Médard-des-Prés , qui date du milieu du troisième siècle. Il en contenait à lui seul près de quatre-vingts. M. Fillon a donné, dans le chapitre de Poitou et Vendée, la description détaillée de cinquante-six de ces vases et la gravure des principaux types. Le verre en est verdâtre, parfois bleuâtre et d’une médiocre transparence : il est de même nature que celui de nos bouteilles. Parmi ces verres, quelques-uns sont en émail ou en cristal à base de plomb ; néanmoins, comme l’analyse complète de ces verres n’a pas été faite, il n’est pas bien établi, ainsi que nous le dirons plus loin, que nos ancêtres connaissaient le cristal, bien que les émaux riches en plomb, servant à faire des imitations de pierres précieuses, des perles pour bracelets, des incrustations dans le bronze, etc., leur fussent connus. D’autres verres sont bleus ou jaunes ; quelques-uns sont translucides, ou présentent des dessins ou des torsades en émail rouge, vert ou bleu.
- Les verres avec ornements en relief, provenant des fouilles de Rezé, rappellent, quant au procédé de fabrication, le fameux vase de Portland. Mais le monument le plus curieux qu’ait fourni le sol poitevin est, sans contredit, la coupe de verre jaune, ornée de combats de gladiateurs, trouvée dans une sépulture de gladiateur au Cormier (Vendée), dont le dessin est représenté fig. 4.
- Cette coupe est en verre moulé ; des bavures qui se sont (produites aux points de jonction du moule
- 5
- Fig. 1. —Coupe de verre jaune trouvée au Cormier (Vendée).
- Fig. °2. — Coupe m verre transparent.
- p.65 - vue 69/432
-
-
-
- LA NATURE.
- Cô
- indiquent que celui-ci était de deux pièces. Au-dessus de chaque figure de gladiateur est son nom.
- Il y en a huit : COLVMBVS, CAL AM VS, HOLES, etc., etc.
- Des coupes analogues ont été découvertes aux environs de Chambéry, à Autun, à Trouville-en-Caux, àHartlip, dans le comté de Kent (Angleterre). Il en existe aussi des spécimens au cabinet des antiques de Vienne, en Autriche, et à Wiesbaden. La ressemblance frappante de fabrication et de style qui apparaît dans toutes ces coupes indique qu’elles ont été faites sur un modèle convenu et qu’elles avaient une destination déterminée. Les sujets qu’elles représentent, assauts de gladiateurs, jeux du cirque, courses de chars, rappellent les hauts faits de combattants et d’automédons aimés du public, et que leur courage, leur force ou leur adresse avaient rendu célèbres. Tout démontre donc qu’elles étaient offertes, à titre de récompense, à ceux qui marchaient sur la trace de ceux-là. Elles doivent remonter au premier ou au deuxième siècle. Reste à savoir en quel pays elles ont été faites. (M. Fillon.)
- Ces coupes étaient l’objet d'art qu’on donne aujourd’hui dans nos concours hippiques, agricoles et autres.
- Verrerie juive. — Dans le Traite' des eaux et fontaines, de Bernard Palissy, on lit ce qui suit :
- « Aucuns disent que les enfants d’Israël ayant mis le feu en quelques bois, le feu fut si grand qu’il échauffa le nitre avec le sable jusque à faire couler et distiller le long des montagnes et que dès lors on chercha l’invention de faire artificiellement ce qui avait esté fait par accident pour faire le verre. » C’est, comme on voit, une variante de la légende de Pline : 'mais il n’en est pas moins certain que les Israélites savaient fabriquer le verre bien avant Père chrétienne.
- Eraclius, dans son traité : Quomodo pingitur in vitro, parle du verre de plomb, qu’il appelle le verre juif (plumbum vitrum, judœum scilicet). Au moyen âge, les Juifs se livraient, surtout en Italie, à une sorte d’industrie clandestine consistant à imiter les pierres précieuses naturelles. Certains auteurs ont conclu de là qu’il faut accorder aux Juifs l’invention des verres à base de plomb. Mais M. H. de Fontenay, en analysant le verre hématin, d’une origine différente et beaucoup plus ancienne, a constaté que ce verre renferme aussi beaucoup de plomb ; d’un autre côté, Pline insiste sur ce fait qu’il était très-difficile de distinguer les pierres vraies d’avec les fausses que l’on fabriquait à Rome en grande quantité; ces dernières, ajoute-t-il, étaient plus tendres : ces imitations ne pouvaient guère être faites qu’en ajoutant à la composition de grandes quantités de plomb.
- Les verreries de la Palestine subsistèrent pendant une très-longue période, et Martineau, dans ses voyages, en retrouve encore à Hébron. L’ancienne verrerie juive a beaucoup de rapports avec la ver-
- rerie vénitienne ; ce sont les Juifs qui ont apporté cette industrie à Venise ; c’est à eux qu’on doit la conservation de la plupart des procédés de la verrerie des anciens.
- Verrerie chez les Grecs du Bas-Empire. —Lorsque Constantin transporta le siège de l’empire à Byzance, il appela les artistes les plus renommés en tous genres et notamment des verriers qui, de Rome, vinrent à Constantinople. Les verriers furent exemptés de tout impôt personnel par une loi du code Théodosien. Au dixième siècle, dans l’énumération des présents envoyés par l’empereur romain Lécapène à Hugues, roi d’Italie, figurent des vases de verre à côté de coupes en agate et en onyx. Des verreries existaient à Thessalonique, en Macédoine et aussi à Alexandrie et en Phénicie. Après la conquête arabe, elles continuèrent à prospérer, et, pendant tout le moyen âge, le? établissements d’Orient, arabes ou byzantins, furent seuls en possession de la fabrication des verres de luxe et en particulier des vases dorés et émaillés.
- Les produits des verreries grecques, comme ceux de la Syrie et de l’Égypte, étaient désignés ?u moyen âge sous le nom générique de verreries de Damas.
- Verreries du moyen âge et de la Renaissance. — Bien que la fabrication du verre ait perdu beaucoup de son activité à partir de la seconde moitié du quatrième siècle, un certain nombre de vases d’une fabrication assez distinguée ont été recueillis dans diverses localités, notamment dans les cimetières mérovingiens.
- Les musées de Saint-Germain, de Rouen, de Nîmes, renferment beaucoup de verres, la plupart, à la vérité, d’une teinte verdâtre et d’une fabrication assez vulgaire, dont la fabrication toute locale remonte à l’époque mérovingienne.
- Il en fut ainsi en France pendant toute la durée du moyen âge. Les vases décorés venaient de l’Orient et provenaient des fabriques juives, arabes ou byzantines.
- Parmi les objets remarquables par leur fabrication, mais dont l’origine est incertaine, on peut citer une coupe en verre transparent, vert foncé, avec filets et bordures jaunes, décrite par M. Fillon ; le mot inscrit en relief sur la panse, est formé de baguettes et d’émail blanc (fig. 2). Elle a été trouvée, en 1862, dans le cercueil d’une femme, à Grues (Vendée), avec plusieurs autres objets en verre. Sa fabrication remonte, selon toute probabilité, à la seconde moitié du sixième siècle.
- Au temps de saint Louis, on se servait de vases de verre pour les usages de la table. « Le comte d’Eu dressait sa Bible du long de nostre table et nous brisait nos pos et nos vouerres. » (Joinville.)
- Au douzième siècle, les verreries de Vendôme (Loir-et-Cher) avaient déjà un certain renom ; celles de Flandre et de Montpellier sont mentionnées dans les chroniqueurs, les comptes royaux et les inventaires. Vers la même époque, Humbert 1er imposait aux verriers du Dauphiné certaines redevances an-
- p.66 - vue 70/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 67
- nuelles moyennant lesquelles il leur accordait pleine protection.
- Beaucoup de verreries, dont plusieurs sont encore en activité, furent fondées pendant le quatorzième et le quinzième siècles. Chaque province mériterait une histoire particulière, ainsi que cela a été fait pour le Poitou par M. Fillon, et par M. l’abbé Cochet pour la Normandie.
- A mesure que nous nous rapprochons des temps modernes, les documents écrits se multiplient et leur nombre dépasse de beaucoup celui des verres qui sont venus jusqu’à nous ; en ce qui concerne le Poitou, M. Fillon cite une foule de chartes et de lettres antérieures au quinzième siècle, qui établissent l’importance des verreries dans cette province. Sous le règne de Henri II, les verrerries se multiplièrent et les manufactures du Poitou eurent à soutenir la concurrence de celles du Limousin, de l’Angoumois et de la Saintonge. Au nombre des verres de cette époque, M. Fillon mentionne un drageoir dont le pied et le bord du plateau sont bleus, tandis que le reste est blanc avec des ornements qui sont exécutés en or; l’écusson royal de France, peint au milieu du plateau, a été calqué sur celui d’un écu d’or du temps de Charles VIII. Il donne aussi le dessin d’un joli verre à côtes, avec lettres en émail blanc en relief. Ce verre paraît dater de la première moitié du règne de François Ier. L'industrie du verre existait en même temps en Normandie ; elle y avait pris un assez grand développement.
- Quant aux appareils et aux procédés pour travailler le verre, ils ont peu varié dans leur ensemble, tout en recevant du temps et de l’expérience des perfectionnements considérables. La figure 3 est un fac-similé réduit de l’intérieur d’une verrerie ; il est tiré de l’ouvrage d’Agricola De re metallicâ imprimé à Bâle, en 1556. Ce curieux dessin a été copié plus tard, sans indication d’origine, par Neri et par Ilaudicquer de Blancourt.
- Verreries de Venise. — Pendant les onzième et douzième siècles, Venise s’enrichit beaucoup par son commerce avec l’Orient, et ses relations continuelles eurent de grands résultats en ce qui concerne la verrerie. Au dire des historiens de Venise et en particulier de Carlo Marin, les verreries étaient presque contemporaines de la fondation de la ville. La République, ayant participé à la prise de Constantinople par les Latins (1204), chercha, avec l’esprit commercial qui l’animait, à tirer tout le parti possible de sa victoire en faveur de ses industries naissantes. Des verreries de l’empire d’Orient furent visitées par les agents de la République et des ouvriers grecs furent attirés à Venise, Sur la fin du treizième siècle, les manufactures de verre se multiplièrent tellement dans la ville et les incendies devinrent si fréquents, qu’un décret du Grand-Conseil obligea tous les propriétaires à éteindre leurs fours et à transporter leurs usines hors des murs. C’est alors que fut choisie l’île de Murano. En peu d’années,
- elle se couvrit d’un nombre considérable de verreries de tous genres, principalement de fabriques de verroteries et de bijouterie de verre. C’est à l’instigation du célèbre voyageur Marco Polo que les Vénitiens se livrèrent bientôt à la fabrication presque exclusive de ces produits. Marco Polo, de- retour à Venise dans les dernières années du treizième siècle, enseigna à ses concitoyens les routes à suivre pour répandre les produits de leur industrie dans l’Asie centrale, dans l’Inde et jusqu’en Chine. Cette fabrication des perles de conterie nuisait alors beaucoup à celle des verres deluxe, et, à cette époque (1-400), c’était encore de l’Orient qu’on tirait tous les verres colorés, dorés ou enrichis d’émail.
- La prise de Constantinople (1453), parles Turcs, amena l’émigration d’un grand nombre d’artistes grecs, qui vinrent s’établir à Venise; dès lors, la fabrication des verres prit une nouvelle direction, et la beauté, comme la variété des produits vénitiens, excita bientôt l’admiration universelle.
- Vers le milieu du seizième siècle, l’invention des filigranes en verre blanc opaque, contournés en mille dessins variés, vint encore ajouter à la faveur dont jouissaient les verres de Venise, et le gouvernement, jaloux de ces succès, prit les mesures les plus sévères pour empêcher que, par l’émigration des ouvriers, les procédés qu’ils employaient fussent connus au dehors. On sait que ces mesures étaient topiques. On peut citer, à propos des glaces, le texte d’un décret de l’Inquisition d’État, copié par M. Daru dans son Histoire de la République de Venise. L’auteur ajoute que, dans un document déposé aux archives étrangères, on trouve deux exemples de l’application de ce décret à des ouvriers que l’empereur Léopold avait attirés en Allemagne.
- Si la République était sévère pour ceux qui trahissaient les secrets de son industrie, elle comblait de faveurs les ouvriers qui obéissaient à ses prescriptions. Ainsi, les verriers n’étaient pas classés parmi les artisans. Les nobles patriciens pouvaient épouser les tilles des verriers de Murano sans déroger en aucune façon et les enfants qui naissaient de ces unions conservaient tous leurs quartiers de noblesse. Lorsque Henri III vint à Venise en 1573, émerveillé de l’habileté des ouvriers et ébloui par la beauté des produits qu’ils fabriquaient, il accorda la noblesse aux principaux maîtres verriers de Murano. En 1602, le Sénat confirmait un arrêté de la commune de Murano qui avait institué un livre d’or, à l’instar du Libro d’oro nobiliaire, à l’eflet d’y inscrire les familles originaires de Murano.
- « Protégés par des lois sévères, investis de grands privilèges, les verriers de Murano s’élevèrent au rang d’artistes distingués. Leurs vases émaillés du quinzième siècle, leurs coupes et leurs aiguières à ornementations filigraniques du seizième, ne le cédèrent en rien pour la forme et la décoration aux plus beaux produits de l’antiquité, et l’Europe entière devint pendant deux cents ans leur tributaire. Mais la mode s’étant portée au commencement
- p.67 - vue 71/432
-
-
-
- 68
- LA NATURE,
- du dix-huitième siècle vers la verrerie de Bohême, on ne rechercha plus que le verre taillé et à facettes, au grand détriment de l’élégance et de la légèreté des formes. La chute de la République, l’abolition des privilèges octroyés aux verriers de Venise, donnèrent le dernier coup à cette industrie, et les fabriques de Murano ne s’oc-
- .aiienne » fut installée à Veidlingan, près Vienne, sous le règne de l’empereur Ferdinand Ier. On faisait alors de grands efforts pour transplanter en Autriche l’industrie des Vénitiens: à cette époque, la vogue des produits italiens était immense en Allemagne et on cherchait, sans grand succès, à les imiter.
- Au seizième siè-
- Fijhda A.. Feneflelia B. Marmor C. Forcebs D. 4,jb-ftrumerta guéus forma font data E.
- cupèrent plus qu’à fabriquer des ustensiles domestiques en verre commun1. »
- Verrerie de Bohême. — En Autriche, le verre formait déjà, sous les empereurs saxons, une branche importante de commerce. Le livre des princes d’Enenchel mentionne les verriers figurant à la fête de Noël que les bourgeois de Vienne donnèrent en 1221 au prince Léopold.
- Dans la première moitié du quinzième siècle, il existait en Allemagne des verreries où l’on s’efforçait d’imiter les produits de Venise, qui avaient alors une grande vogue.
- En 1428, un verrier de Murano,
- Onossorus de Blon-dio, avait établi une verrerie à Vienne. Un autre, en 1486, Nicolas dit le Welche, demandait l’autorisation de fonder un établissement pour faire des verres à la façon de Venise; le conseil d’État accueillait sa demande et lui accordait même une exemption d'impôts pendant dix ans ; sa verrerie, construite à Vienne dans les environs du Prater, était encore en activité en 1565. Une autre verrerie « à la mode
- 1 Histoire des arts industriels au moyen âge et à l’ëpo-poqae de la Renaissance, par M, Jules Labarte, membre de Institut; ‘2e édition, t. II. 5e et 4° fascicules.
- ü’ig. 5. — Four de verrerie au seizième siècle. (Fac-similé d’une gravure du temps.)
- cle, les verriers allemands commencèrent à suivre une autre voie, et leurs produits, d’un genre nouveau et original, vinrent contrebalancer l’influence vénitienne qui régnait seule depuis deux siècles, C’est vers l’an 1555 qu’on commença à fabriquer les Willkomm (appelés impropre-mens Wieder-komm) en verre blanc ou vert (fig. 5), peints avec des couleurs d’émail, ainsi que les menus objets en ronde bosse, figures du Christ, formes d’animaux, etc., qui datent des seizième et dix-septième siècles et qu’on rencontre en grand nombre dans les musées de Vienne, de Munich et de Berlin. La fabrication des Willkomm a cessé vers le premier quart du dix-huitième siècle; on a essayé de la ressusciter en Bohême dans ces derniers temps ; mais ces imitations des anciens verres émaillés sont fort grossières.
- La première verrerie de la Bohême paraît avoir été établie près de Saint-Gcorgenthal par Peter Berka; une autre fut fondée à Daubitz en 1442 ; celles de Falkenau, près Steinschonau et de Krubitz, datent de 1504.
- L’industrie du verre se répandit sur tout le territoire de la Bohême ; de nombreuses usines s’éta
- p.68 - vue 72/432
-
-
-
- LA NAT IJ B E.
- 69
- Mirent au milieu des forêts qui leur fournissaient le combustible, le quartz et la chaux ; beaucoup ont conservé encore aujourd’hui leur organisation toute primitive.
- Dans la première moitié du siècle dernier, cette industrie prit un développement considérable, par suite de la patente que l’impératrice Marie-Thérèse donna aux fabricants de verre émigrant en Autriche. Les vastes forêts duBohmerwald et du Riesengebirg, avec leurs gisements inépuisables de quartz pur, devinrent les sièges principaux des verreries nouvellement fondées.
- L’industrie de la Bohème s’affranchit peu à peu des formes vénitiennes : les formes et les profils de ses vases sont plus lourds ; mais les colorations sont beaucoup plus variées; la gravure à la roue, d’origine allemande, a été portée à un haut degré de perfection. La prohibition absolue, qui a frappé jusqu’en 1860 les verres de Ùoliême, a beaucoup contribué à leur donner une réputation qu’ils ont perdue dès qu’ils ont pénétré librement sur notre marché ; ils ont eu longtemps pour nous la saveur du fruit défendu. Néanmoins il est juste de reconnaître que, sauf pour les anciens Willkomm, et contrairement à ce qui est arrivé aux verreries de Venise, la fabrication allemande a constamment progressé sous le rapport de la pureté du verre et du mérite de la gravure....
- Ce n’est que lentement, et sous l’influence des perfectionnements apportés par la chimie à la purification de la potasse, au choix du sable et surtout du minium, que
- Fig. 4. — Verres de Venise du musée de Cluny.
- Fig. 5. Willkomm de Bohème.
- les cristaux anglais et français sont arrivés à devenir supérieurs aux plus beaux verres [ beaucoup plus beau, trente-cinq à quarante centimes
- de Bohême, dont la teinte est toujours un peu jaunâtre et qui n’ont pas, d’ailleurs, à beaucoup près, à cause de leur faible densité, l’éclat du cristal.
- La rareté du combustible végétal qui avait provoqué la fabrication du verre à base de plomb en Angleterre n’existant pas chez nous, ce ne fut qu’en 1784 qu’un four à cristal à pots couverts, d’après la méthode anglaise, fut établi à Saint-Cloud, près Paris, par M. Lambert; quelques années plus tard, cette usine était transportée à Montcenis, puis au Creu-sot, sous le nom de verrerie de la reine : elle a cessé de travailler en 1827.
- Vers la même époque, le cristal fondu au bois et à pots découverts était fabriqué dans la verrerie de Saint-Louis, daus le département de la Moselle que la guerre de 1870 nous a ravi. En 1787, le directeur de cette usine, M. de Beaufort, présentait à l’Académie des sciences différentes pièces 5 l’imitation du flint-glass des Anglais; un rapport de Macquer et de Fougeroux de Bondaroy, conservé dans les archives de cet établissement , constate la bonne qualité de ces produits. « On ne peut, disent en terminant ce rapport les savants académiciens, qu’encourager M. de Beaufort à suivre et à augmenter un objet, de fabrication qui, probablement, procurera de l’avantage à notre commerce et pourra même devenir utile aux sciences. » Cette conclusion était, comme on voit, bien modeste et nullement compromettante pour l’Académie. Un verre à boire en cristal anglais valait alors trois livres; la cristallerie le vendait vingt-cinq sous : il coûte aujourd’hui, en cristal
- p.69 - vue 73/432
-
-
-
- 70
- LA NATURE.
- Une autre cristallerie avait été fondée à Vonèche, près de Givet, par M. d’Artigues, en 1800. Cet établissement s’étant trouvé, par le traité de 1815, en dehors du territoire français, M. d’Artigues acheta à Baccarat la verrerie de Saint-Anne, où l’on n’avait fait jusqu’alors que du verre à vitre et de la gobe-leterie ordinaire, et transforma cet établissement en une cristallerie, qui passa en 1823 entre les mains d’une puissante société; sous la direction successive de MM. Godard, de M. Toussaint, de M. Eug. de Fontenay, de M. Michaut, la cristallerie de Baccarat est devenue une usine modèle, non moins remarquable par l’importance de sa production, la perfection et l’extrême variété de ses produits, que par le bien-être qu’elle assure à ses nombreux ouvriers.
- D’autres cristalleries, moins importantes que celles de Baccarat et de Saint-Louis, ont été fondées en France depuis un demi-siècle ; parmi elles, nous devons mentionner celle de M. Monot, à Pantin, et celles de MM. Maës, à Clichv, qui, longtemps dirigée par M. Maës père et par M. Clémandot, a pris dans le commerce de la verrerie de luxe une place des plus distinguées. E. Peligot.
- LES MANIEURS DE FOUDRE
- À notre époque, où les merveilles réalisées par la pile électrique et les appareils qui en dérivent sont entrées dans la pratique usuelle, on a un peu oublié les débuts de la science de l’électricité, science au reste très-moderne. Pendant bien des siècles en effet tout s’est borné à cette observation que certains corps frottés avec la laine acquièrent la propriété d’attirer les corps légers. Gilbert de Colches-ter, médecin de la reine Elisabeth, rendit plus complète la liste des substances de ce genre, connues des Anciens. 11 avait constaté que parfois l’attraction se change en répulsion, mais sans avoir su reconnaître l’isolement qui en était la cause occasionnelle. Au dix-huitième siècle la science de l’électricité fait ses premiers pas, et, presqu a l’origine des découvertes qui la fondent, des observations, dont la naïve hardiesse n’a pas encore reçu les avertissements de terribles expériences, osent emprunter l’électricité à sa source la plus grandiose et la plus redoutable, l’atmosphère et ses nuages orageux. Peut-être l’histoire, peu connue aujourd’hui, de ces tentatives que la prudence instruite de notre époque interdit de renouveler, offrira un certain intérêt.
- Ce ne sont pas seulement les Franklin, les de Ro-mas, les d’Alibard qui ont cherché à ravir le feu du ciel. Bien qu’un historique précis des connaissances des Anciens à cet égard nous soit impossible aujourd’hui, et même l’ait probablement toujours été, à cause des mystères religieux qui entouraient ces opérations, destinées surtout à en imposer à la
- multitude, il paraît certain que quelques personnes connaissaient le moyen de soutirer, en quelque sorte, l’électricité dés nuages, et de conduire à volonté la foudre.
- Dans la compilation confuse qui porte le nom d’Histoire naturelle, au livre second, Pline rapporte qu’au moyen de certains sacrifices, de certaines formules, on peut forcer la foudre à descendre du ciel. Une ancienne tradition, ajoute-t-il, raconte que cela a été pratiqué en Étrurie, chez les Volsques, à l’occasion d’un monstre, qui, après avoir ravagé la Campanie, était entré dans leur ville, et que leur roi Porsenna fit tomber sur lui le tonnerre.
- Lucius Pison indique, dans ses annales, qu’avant Porsenna, Numa Pompilius avait souvent fait la meme chose, et que, pour s’être écarté du rit prescrit dans l’imitation de cette pratique mystérieuse, c est-à-dire pour avoir négligé des précautions expérimentales, ou comme victime de quelque ven-| geance, son successeur, le troisième roi de Rome,
- ; Tullus Hostilius fut lui-même foudroyé.
- Le hasard, sans doute, fît retrouver, au moyen âge, quelques traces de cet art caché avec soin au vulgaire. Le Père lmperani écrivait au dix-septième siècle, qu’au château de Duino, c’était une pratique fort ancienne, dans les temps d’orage, de sonder, pour ainsi dire, la foudre. La sentinelle approchait le fer d’une pique d’une barre de fer élevée sur un mur, et, dès qu’à cette approche, elle apercevait une étincelle, elle donnait l’alarme, ets avertissait les gens de la campagne et les bergers de se retirer.
- La confusion de ces notions anciennes et le peu de détails avec lequel elles nous sont parvenues laissent intacte la gloire des découvertes du milieu du dix-huitième siècle. On peut dire que l’idée était mûre de l’identité de la matière de l’électricité des machines et de celle de la foudre, identité dont la démonstration exacte était réservée à Franklin. Elle fut d’abord soupçonnée aussitôt l’observation faite de l’étincelle électrique, tirée pour la première fois d’un gros cylindre d’ambre jaune ; l’éclat et la crépitation furent comparés à l’éclair et au bruit du tonnerre. Dès qu’on eut reconnu l’aigrette lumineuse ou simplement la lueur électrique qui se dégage d’une pointe approchée du globe électrisé (les anciennes machines électriques), on s’expliqua des apparences bien anciennement signalées et qui couduisaient, avec une plus grande probabilité encore, à une identification non démontrée toutefois par ces faits seuls. On sait qu’en certains orages les pointes de fer élevées dans l’atmosphère brillent d’une lumière plus ou moins vive (plusieurs fois j’ai observé ce phénomène pour le sommet aigu du clocher de Notre-Dame de Paris). Tous les marins font mention de ces apparitions qu’ils appellent feu Saint-Elme, et qui se font remarquer aux extrémités des mâts et des vergues de leurs bâtiments. Les Anciens nommaient ces feux Castor et Pollux. César rapporte un fait semblable dans ses Commentaires. 11 dit que, dans la guerre d’Afrique,
- p.70 - vue 74/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 71
- h près un orage affreux qui survint pendant la nuit, et qui mit en grand danger toute l’armée romaine, la pointe des dards de la cinquième légion brilla d’une lumière spontanée : quintæ legionis pilorum ea acumina sua sponte arserunt.
- Plusieurs physiciens imaginèrent de placer au sommet des édifices des barres de fer isolées et observèrent leur électrisation naturelle. Un médecin de Saint-Germain en Laye, Le Monnier, s’occupa un des premiers de ces curieuses expériences, dont il fit part à l’ancienne Académie des Sciences dans un important mémoire lu le 15 novembre 1752, et il reconnut par ce moyen l’existence de l’électricité dans l’atmosphère, même dans les temps où il ne règne pas d’orage. 11 observa qu’il n’est pas nécessaire de donner une grande élévation à une barre de fer pour qu'elle soit électrisée par un nuage orageux. Il vit, en effet, qu’un porte-voix, suspendu par de la soie, à cinq ou six pieds de terre, fournissait des signes très-manifestes d’électricité. Il constata encore qu’un homme isolé sur un gâteau de résine, ayant à la main une baguette de bois d’environ dix-huit pieds de longueur, sur laquelle était tortillé un fil de fer, était si bien électrisé quand il tonnait, qu’on tirait de son corps des étincelles fort vives ; qu’un autre homme, pareillement isolé dans un jardin, et tenant seulement une de ses mains en l’air, attirait, avec son autre main, de la sciure de bois qu’on lui présentait.
- Sigaud de la Fond1 compare celui qui osa le premier se proposer d’enchaîner la matière du tonnerre et de la faire servir aux expériences électriques à l’homme d'Horacei cuirassé d’un triple airain, confiant le premier sa vie au hasard des flots. Franklin imagina cette audacieuse entreprise, qui fut bientôt mise à exécution sur ses conseils. Pour décider, écrit-il dans une lettre de 1750, si les nuages qui contiennent la foudre sont électrisés ou non, je propose de construire, sur le sommet d’une haute tour ou d’un clocher, une espèce de guérite de sentinelle, semblable à celle de la figure 1, assez grande pour contenir un homme et un tabouret électrique, tenu bien sec. Si du milieu de ce tabouret part une barre de fer, sortant courbée hors de la porte, puis redressée verticalement à vingt ou trente pieds de hauteur et terminée en pointe aiguë, grâce à cette verge conductrice, l’homme placé sur le tabouret pourra ,être électrisé par les nuages orageux passant un peu bas. S’il pouvait y avoir quelque danger à craindre pour l’homme, quoique je sois persuadé qu’il n’y en a aucun, ajoute Franklin (qui s’avançait beaucoup trop), il faudra que, descendu du tabouret, il se tienne sur le plancher de la guérite, et, de temps en temps, approche de la barre le crochet d’un fil d’archal, attaché par un bout au plomb de la couverture, et muni d’un manche de cire d’Espagne, par lequel il le tiendra. Avec cet appareil, si la verge devient électrisée, les étincelles
- 1 Précis historique et expérimental des phénomènes électriques. — Paris. 177t. 1 vol. in-8°, avec ligures.
- passeront de cette verge au fil d’archal, sans toucher l'homme.
- Un amateur de physique, comme il s’en trouvait à cette époque, où la science était bien plus sérieusement aimée et encouragée qu’aujourd’hui par le public, d’Alibard, mit à exécution ce que Franklin n’avait fait que proposer. A Marly-la-Ville, comme il le dit dans un mémoire qu’il lut à l’Académie des sciences, le 15 mai 1752, commune située à six lieues de Paris (canton de Luzarches, département actuel de Seine-et-Oise), dans une belle plaine dont le sol est fort élevé, il fit disposer une longue tige de fer cylindrique, d’environ un pouce de diamètre et longue de quarante pieds, fort pointue à l’extrémité, qui était d’acier trempé et bruni, pour la préserver de la rouille. Un triangle de trois grosses perches verticales d’une trentaine de pieds, deux contre le mur du jardin, la troisième en dedans, affermies contre le vent par des entre-toises et des cordages fixés à des piquets. Adossée contre le mur était une petite guérite de bois, capable de contenir un homme et un tabouret isolant, simplement formé d’une planche portée par trois bouteilles à vin (fig. 2). La verge de fer était reliée aux trois perches par des cordons de soie, et son bout inférieur, deux fois recourbé à angles arrondis, afin que l’eau ne pût glisser jusqu’à sa base, s’appuyait solidement sur le tabouret électrique, dans un creux propre à le recevoir. Des auvents de bois supérieurs protégeaient contre la pluie les cordons de soie, sans les toucher.
- Le phénomène important à constater était de tirer des étincelles de la tige de fer: « afin de se garantir des piqûres des étincelles, écrit-il, j’avais attaché le fenon d’un fil d’archal au cordon d’une longue fiole, pour lui servir de manche », c’est-à-dire que d’Alibard avait fait un excitateur de métal, auquel il avait mis un manche de verre pour isoler la personne qui devait obtenir les étincelles.
- Le mercredi 10 mai 1752, entre deux et trois heures de l’après-midi, le nommé Coiffier, ancien dragon, sans doute aussi inconscient que d’Alibard des dangers graves qu’il courait, chargé de faire les observations en l’absence de celui-ci, ayant entendu un coup de tonnerre assez fort, se précipite à la machine, présente le tenon du fil de fer à la verge, en voit sortir une petite étincelle brillante et en entend le pétillement. Puis il tire une seconde étincelle, plus forte et plus bruyante que la première. 11 appelle les voisins et envoie chercher le curé de Marly. Celui-ci accourt de toutes ses forces ; les paroissiens, voyant la hâte de leur curé, s’imaginent que le pauvre Coiffier a été tué d’un eoup de tonnerre. L’alarme se répand dans le village. La grêle qui survient n’empêche pas le troupeau de suivre son pasteur. Le curé arrivant près de l’appareil, et voyant ou plutôt croyant qu’il n’y a pas de danger, se met lui-même à exciter de fortes étincelles. La nuée d’orage et de grêle ne dura pas plus d’uu quart d’heure, et l’on n’entendit qu'un seul coup de tonnerre. Très-occupé de son expérience, le curé
- p.71 - vue 75/432
-
-
-
- 72
- LA NATURE.
- ne s’aperçut pas d’une légère chute de foudre par influence, comme il s’en produirait au voisinage d’un paratonnerre interrompu et qui serait parfois fort dangereuse. Il fut atteint, à l’avant-bras au-dessous du coude, et comme la douleur persistait, il découvrit son bras, et aperçut, ainsi que Coiftier, une meurtrissure tournant tout autour, semblable à celle que causerait un morceau de fil d’archal frappant sur la peau nue. Rencontrant ensuite trois personnes à qui il racontait ce qui venait d’arriver, toutes trois, écrit le curé de Marly à d’Alibard, sè plaignirent qu’elles sentaient une odeur de soufre brûlé1, qui les impressionnait d’avantage à mesure qu’elles s’approchaient de lui.
- 11 porta au presbytère la même odeur, et ses domestiques s’en aperçurent sans qu’il leur en eût rien dit.
- La remarquable expérience de Marly (fig. 5) en provoqua immédiatement d’autres. Delor, démonstrateur de physique à l’Université, éleva dans son jardin, à l’Estrapade, où il demeurait, une barre de fer de 99 pieds de longueur, et dès le 18 mai il eut la satisfaction d’en obtenir de semblables effets. La Gazette de France annonça, le 27 mai 1752, la réalisation par d’Alibard et par Delor de l’expérience indiquée premièrement, mais non exécutée, par Franklin. Le Monnier, à Saint Germain-en-Laye, le P. Berthier, de l’Oratoire , dans la maison de cette communauté à Montmorency, établirent de semblables appareils, et furent un peu maltraités par les étincelles qu’ils en tirèrent imprudemment.
- Les dangers que la foudre peut faire courir dans les conducteurs influencés par elle, ressortent, avec une effrayante évidence, des expériences de l’Abbé Chappe. On ne peut ja-
- 1 C’est-à-dire d’ozone ou d’oxygène électrisé, odeur électrique ou de phosphore.
- Fig. 1. — La guérite de Fi’anklin. Il)’après une gravure du temps.)
- aoflfl. Verge de fer. — bbb Terches. — c. Guérite. — d. Table. — eee. Bouteilles à vin. — qq. Cordons de soie. — hh-Goutlières renversées.— Ut. Autres gouttières — l. Fiole longue. — m. Fil
- Fig. 2;
- mais proportionner, en effet, l’étendue de la surface influencée à l’excessive intensité qu’acquiert parfois la source orageuse, et les isolements prévus deviennent illusoires. A Bitche, en Lorraine, à cinq heures du soir, le carillon électrique, en rapport avec la barre isolée, sonna tout à coup avec une vitesse extraordinaire, dans le cabinet de physique de Chappe. Un soldat, habituellement employé par Chappe pour tourner la machine électrique, prit, à la main une bouteille de Leyde dont il attacha le crochet à la barre. Renversé, cassant la bouteille et les cordons qui soutenaient le conducteur, il fut plus d’une heure à reprendre ses sens ; le pauvre homme n’osa plus désormais tirer une étincelle, môme dans les expériences à la machine ordinaire.
- Plus tard, à Tobolsk, en Sibérie, où l’abbé Chappe avait fait disposer une pareille barre isolée à l’Gbservatoire, le 11 juin 1761, bien que la température ne fût que de 18 degrés, l’air était tellement chargé d’électricité, qu’un sentiment d’oppression pénible était dévenu général. A midi et demi, après un coup de foudre ascendant à quelque distance, pareil à une fuscc qui s’éleva, dit Chappe, à cent toises de hauteur, la barre , qui n’avait donné jusqu’alors que de faibles étincelles, devint tellement électrisée, qu’on n’osa plus la toucher, et qu’on en ira des étincelles à quatre pouces de distance, avec un morceau de fer attaché à un tube de verre. Les éclairs se multipliaient, le tonnerre grondait sans interruption et l’électricité de la barre avait acquis une telle tension, qu’elle produisait un sifflement effrayant. Chappe et les assistants effrayés s’étaient retirés à l’autre extrémité de la pièce. A douze heures quarante-sept minutes, bien que la pluie eut commencé à tomber, deux grosses gerbes d'étincelles partaient en tous sens des deux extrémités de
- de fer. — n. Tenon du (il de 1er.—ppp. Entre-toises clouées sur les perches. — qqq. Cordages tenant lieu de haubans, destinés à soutenir les perches. — x. Pointe dorée de la verge de fer.
- Appareil proposé par Franklin et exécuté par d’Alibard, pour soutirer l’électricité des orages. — Fac-similé d’une gravure du temps *.
- p.72 - vue 76/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 73
- la barre, avec un pétillement qu’on eût entendu même à une grande distance. Une minute après, la barre parut subitement toute incandescente, comme le fil de platine qui rougit sous la décharge de la batterie électrique, et cet effet de l’influence de la foudre fut suivi d’un coup de tonnerre si prompt et si violent, que tous ces gens, rapporte l'abbé Cliappe, se culbutèrent les uns sur les autres, empressés à se sauver. Puis l’éclat de la barre s’éteignit et elle ne donna plus que de faibles signes électriques.
- Un dernier phénomène, plus terrible encore et que nous n’avons pu reproduire jusqu’ici dans nos expériences sur l'électricité de tension ou les cou-
- rants instantanés prouver toute la témérité de ces tentatives. La mort de Rich-maun, à Saint-Pétersbourg, fut un avertissement sinistre, qui a le plus contribué à détourner les physiciens de toute expérimentation directe sur l’électricité des orages. Le savant, secrétaire de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg fut . frappé par une foudre en boule, genre d’éclair inexpliqué et d’une puissance explosive comparable aux plus redoutables torpilles dont la science moderne a armé le génie destructeur de l’homme. Le 6 août 1753, Rich-mann était auprès de la barre électrique verticale qui apportait
- acheva
- Fi£. 3. — Expérience de Marlv-la-Vil!
- Fig. 4. — Mort de Richmann, d’après les documents laissés par Solokow.
- l’électricité des nuages, et qu’il avait établie au-dessus d’une des pièces de sa maison. 11 en approchait, une sorte d’électro-scope qu’il nommait gnomon électrique, au moyen duquel il voulait mesurer le degré d’électrisation des nuages. Ce gnomon se composait d’une tige de métal aboutissant à un petit vase de verre au fond duquel était, on ne sait, pourquoi, un peu de limaille de cuivre. Au haut de la tige était attaché un lil qui pendait vertical, quand elle n’était pas électrisée, et s’en éloignait dans le cas contraire d’un certain angle apprécié au moyen d’un quart de cercle.
- Richmann était debout, la tête penchée sur son électroscope. A côté de lui se trouvait un artiste,
- *
- Solokow, qui devait reproduire dans des gravures les phénomènes observés. Celui-ci aperçut tout à coup un globe de feu bleu, gros, à ce qu’il dit, comme le poing, s’élancer de la tige du gnomon vers la tête du professeur, qui n’était alors éloignée que d’environ un pied de cette tige. Au même moment Solokow fut renversé, perdit connaissance, et, quand il revint à lui, ne se rappela même pas avoir entendu le bruit de l’explosion.
- Un fil de fer qui transmettait l’électricité de la barre à la tige du gnomon fut divisé en pièces, et les fragments dispersés sur les habits de Solokow; le vase de verre où plongeait la tige fut
- p.73 - vue 77/432
-
-
-
- 74
- LA NATURE.
- brisé, et la limaille de métal disséminée dans toute la chambre. La porte fut brisée et jetée dans la chambre; elle eut son chambranle entièrement fendu.
- Malgré tous les efforts pour le ramener à l’existence, le malheureux martyr de l’électricité ne donna plus signe de vie. La foudre entra parla tête et sortit par le pied gauche, car le front portait une tache rouge d'où suintèrent quelques gouttes de sang, sans déchirure de la peau, et le pied gauche montrait une marque bleue au point où le soulier était brûlé et percé à jour. Le côté gauche et le dos offrirent beaucoup de taches rouges et bleues, ressemblant à du cuir grillé au feu. Le dos de l’habit de Solokow était marqué de longues raies étroites, comme si des fils de fer rouges eussent brûlé le poil de l’étoffe.
- . A l’autopsie, le corps de Richmann présenta des épanchements sanguins dans les cavités thoraciques, et une inflammation delà gorge, des intestins grêles et des glandes annexes. Deux jours après la mort, la putréfaction était si avancée, qu’on eut de la peine à le mettre au cercueil.
- Maurice Girard.
- — La suite prochainement. —
- LE GRAND CYCLONE DU BENGALE
- Si les désastres qui ont frappé les malheureux habitants du Bengale (Indoustan) avaient eu lieu dans l’antiquité, nous posséderions maintenant comme traditions de châtiments infligés par une divinité offensée, des souvenirs pareils, sinon supérieurs à ceux qu’ont laissé le déluge, la destruction de Sodome et de Gomorrhe et les plaies de l’Egypte. Il y a quelques années, des sécheresses prolongées ayant détruit la récolte du riz dans le Bengale, 100 000 habitants moururent de faim, et l’on aurait compté les victimes par millions sans la généreuse assistance du gouvernement britannique, qui envoya des quantités considérables de vivres aux populations affamées. Voici qu’un des plus terribles ouragans, dont on ait gardé le souvenir dans ces contrées, s’est précipité sur cette terre, célèbre par ses typhons et ses tempêtes, fies rapports officiels évaluent à plus de 250 000 le nombre des personnes qui ont péri victimes des trois inondations successives qui ont submergé plus de 3000 milles carrés (7766 kilomètres carrés).
- Le cyclone qui a sévi, le 31 octobre 1876, prit naissance dans la baie du Bengale et coula de grands navires sur son passage en se dirigeant vers le nord. Il épargna Calcutta, mais frappa Chiltagong, ville située à l’angle nord-est de la baie ; il jeta sur la côte tous les bâtiments abrités dans le port et il faillit détruire la ville elle-même. La mer soulevée inonda les grandes îles de Ilattiah, Sundeep et Dakhin, situées dans une des bouches du Gange, recouvrit quelques îles moins considérables, et envahit la terre ferme sur un espace de 5 à 6 milles (8 à 10 kilomètres). Il paraît que ces immenses vagues roulaient avec une rapidité surprenante. A onze heures, dans la nuit du 31 octobre, les dépêches reçues à Calcutta n’annonçaient pas encore de danger réel; à minuit, toutes les terres précitées étaient recouvertes de 6 mètres d’eau.
- Les îles ci-dessus mentionnées sont situées dans l'es-
- tuaire de la rivière Megua, et elles doivent leur naissance au limon déposé par le Gange. Elles appartiennent au district bas et marécageux, appelé Sunderbund, à cause des arbres dits sunders, qui le recouvrent. C’est la partie non-seulement la plus chaude, mais peut-être encore la plus insalubre de toute l’Inde britannique. La malaria y est permanente, et les forêts et jungles abondent en tigres et en autres bêtes féroces. Depuis quelque temps, le gouvernement anglais s’est efforcé d’améliorer ces îles et il y a attiré, à force de primes et de récompenses, des agriculteurs qui ont défriché et cultivé ce sol d’une richesse et d’une fécondité extraordinaires. Grâce à ces efforts, des terrains d’une étendue considérable ont été appropriés à la culture du coton, du riz, de la canne à sucre, du mûrier, dont les feuilles nourrissent les vers à soie et des arbres destinés à fournir du bois de construction, Dakhin, la plus grande de ces îles, a 800 milles (1287 kilomètres) d’étendue et contenait 240 000 habitants, Hattiah et Sundeep en avaient 100 000 à elles deux.
- Le cyclone a complètement dévasté ce district. Le silence de la mort plane sur toute la contrée. Surprise par l’invasion des vagues, la population se réfugia sur les arbres les plus élevés. Ceux qui purent y trouver un asile durent le partager avec les bêtes féroces, les oiseaux et les serpents. Des milliers de maisons furent démolies par les vagues furieuses; les seuls débris d’habitations humaines, trouvés après le désastre, avaient été jetés sur la plage de Chittagong, à 10 milles (16 kilomètres) de distance. La Gazelle du gouvernement de Calcutta dit que, partout où les flots passèrent, les deux tiers de la population disparurent. C’est à peine si les îles ont conservé le quart de | leurs habitants. Tous les bestiaux sont morts et les émanations délétères de leurs cadavres ont produit un choléra, qui risque de devenir général.
- LA
- NOUVELLE
- DE SÈVRES
- Les poteries remontent à l’époque antéhistorique et, avant la guerre de Troie, la céramique de la Chine était déjà assez célèbre pour donner lieu à un lointain commerce d’exportation, puisque M. Schliemann a trouvé un vase portant une inscription chinoise dans les ruines de cette antique cité. Mais c’est seulement il y a environ deux mille ans que la vraie porcelaine dure a été inventée en Chine. Elle était parvenue en ce pays à son plus haut point de per-! fection avant d’être connue en Europe. Elle y fit i son apparition sous le règne de Charles VII et y fut importée en quantité considérable, d’abord par les ! Portugais, à partir du commencement du seizième j siècle.
- Pendant longtemps, la composition de la porcelaine et l’existence dans nos contrées des matières qui la constituent restèrent inconnues et l’on dut se contenter des faïences. C’est en cherchant à reproduire cette belle matière dure, presque infusible et translucide qui nous arrivait de l’extrême Orient, que Pierre Chicanneau découvrit la composition de la j porcelaine tendre, connue sous le nom de vieux j sèvres, qui peut mieux encore que la porcelaine de
- p.74 - vue 78/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 75
- kaolin être peinte des plus belles et des plus harmonieuses couleurs, mais qui est loin d’en posséder l’infusibilité presque absolue, ce qui augmente énormément la difficulté du travail et le prix des objets.
- Cette dernière considération n’arrêtant pas les demandes du luxe, une première manufacture pour la fabrication de cette porcelaine fut établie en 1695 à Saint-Cloud.
- Ce fut par hasard qu’un peu plus tard, en 1709, la matière de la porcelaine dure, l’argile très-pure, à laquelle on a conservé son nom chinois de kaolin, fut découverte en Saxe par Bôtticher. L’usine royale de Meissen, qui existe toujours, fut immédiatement organisée sous sa direction et produisit le vieux saxe, la plus ancienne porcelaine dure européenne.
- Une première usine française, dirigée par Charles Hannong, se fonda à Strasbourg en 1724, mais elle ne pouvait travailler qu’avec le kaolin, importé en contrebande d’Allemagne, cette terre n’étant pas découverte encore en France. Aussi lorsque, pour faire concurrence à la production étrangère, une manufacture, protégée par l’État, fut établie à Vin-cennes en 1745, s'occupa-t-elle exclusivement de la porcelaine tendre. En 1753, Louis XV ayant pris à sa charge un tiers des dépenses de la fabrique, elle prit le titre de manufacture royale et fut, en 1756, transportée à Sèvres dans de vastes bâtiments construits exprès; en 1759 le roi en devint seul propriétaire et, depuis, elle a toujours fait partie des services de l’État.
- En 1760, une première découverte de mauvais kaolin fut faite en France près d’Alençon par Guet-tard ; enfin, en 1768, le vrai kaolin blanc fut trouvé fortuitement aux environs de Saint-Yrieix par Mme Darnet, et, dès l’année suivante, 1769, on commençait à Sèvres la fabrication de la porcelaine dure.
- Depuis, cette fabrication n’a jamais été interrompue ; celle de la porcelaine tendre, origine première de la gloire et du renom du sèvres, abandonnée pendant longtemps, a été reprise, et l’on y a ajouté récemment celle de la mosaïque; enfin, pendant un certain temps, on a également fait à Sèvres des vitraux peints, des faïences et des émaux ; ces fabrications sont actuellement suspendues.
- L’ancien établissement construit en 1756 sur le penchant de la colline, et qui n’est pas encore démoli, est désormais remplacé par la nouvelle manufacture qui s’étend dans le bas du parc de Saint-Cloud, près de la grille de Sèvres. Édifiée de 1861 à 1876 par M. Laudin, celle-ci, qui vient d’être inaugurée le 17 novembre 1876, comprend le musée céramique, dont la façade, ornée de pilastres corinthiens, est parallèle à la Seine, et l’usine, dont les principales constructions : fours, ateliers, moufles, sont reliées entre elles et avec le musée par de légères galeries métalliques, fermées et couvertes, où l’on circule à l’abri de la pluie comme du soleil.
- La nouvelle manufacture couvre une superfic;e de
- quarante-deux mille mètres carrés, dont dix mille sont occupés par les bâtiments. Elle a coûté jusqu’à présent 5871000 francs et un reliquat de 370000 francs reste à dépenser pour compléter les ateliers des peintres, des mouleurs et du grand coulage, les laboratoires et les services du matériel et du personnel ; sans parler du moulin à vapeur, dont l’aménagement est remis à une époque indéterminée, le moulin hydraulique de la vieille manufacture, mis en mouvement sans dépense aucune par un ruisseau, suffisait à broyer et mélanger la quantité de pâtes céramiques traitée à Sèvres.
- Une description détaillée de la fabrication de la porcelaine ne rentre pas dans le cadre de cet article; nous nous contenterons d’énumérer les différents ateliers par lesquels passent les produits.
- Les matières premières sont broyées sous des meules d’acier, léviguées, puis humectées et mélangées mécaniquement dans l’ancien moulin, où elles sont ensuite pétries avec les pieds et les mains ; la pâte ainsi formée est abandonnée à elle-même sept ou huit mois, puis on la malaxe encore et celle qui doit être employée à l’état de bouillie liquide est gâchée mécaniquement avec de l’eau. Telles sont les deux matières, la pâte plastique et la bouillie dite barbotine, mises en œuvre dans les ateliers; elles sont employées de trois manières différentes.
- Dans le procédé du coulage, la barbotine est versée dans des moules en plâtre ; le moule poreux absorbe l’eau, et l’argile qu’elle tenait en suspension se dépose sur toute la surface interne et en reproduit les formes. C’est avec ce procédé que l’on fait les plus frêles et les plus gigantesques produits de Sèvres. — En ne laissant la bouillie qu’un instant dans la matrice, on obtient ces minces porcelaines dites co quilles d’œuf. En prolongeant pendant plusieurs heures le contact du mélange liquide avec le moule poreux, on obtient les grands vases décoratifs qui sont l’orgueil de Sèvres. Mais dans ce cas il faut, jusqu’à ce qu’elle ait pris une consistance suffisante, soutenir la couche de kaolin qui s’est déposée dans le moule (on y parvient à l’aide de la pression atmosphérique, soit en augmentant celle-ci dans l’intérieur du vase à l’aide d’une pompe de compression, soit en faisant le vide autour de l’extérieur du moule avec la machine pneumatique).
- Dans le procédé du moulage, la pâte céramique est imprimée dans une matrice creuse en la tempon-nant avec une éponge, puis on colle ensemble avec la barbotine les pièces moulées en plusieurs morceaux.
- Dans le procédé du tournage, cette pâte est déposée sur le plateau supérieur du tour du potier que l’ouvrier fait rapidement tourner sur son axe vertical en poussant avec le pied le lourd plateau inférieur qui sert de volant. Il n’y a pas de fabrication plus simple, elle remonte au déluge, peut-être au delà, et n’a jamais changé ; tout est affaire d’habileté, de tour de main, de tradition; Sèvres, sous ce rapport, est une sorte de conservatoire où les pro-
- p.75 - vue 79/432
-
-
-
- 76
- LA NATURE.
- cédés se transmettent de génération en génération. Il en est de la dextérité du potier comme de la déclamation : nul livre ne peut l’enseigner, et elle doit se transmettre de maître à élève, qui devient maître à son tour pour ses descendants. C’est avec la main nue, sans outil aucun, que le tourneur façonne sa pâte avec une admirable sûreté.
- Les pièces, portées au séchoir, sont ensuite remises sur le tour, où, avec quelques outils simples, l’ouvrier enlève des copeaux de pâte et donne au vase une forme d’une pureté géométrique. Les pièces sont alors placées dans l’étage supérieur des fours, le moins chaud; elles y subissent le dégourdi, et, déjà à demi cuites, reçoivent les couleurs de grand feu et sont plongées dans la matière vitrilia-
- ble, à hase de quartz et de feldspath, broyée avec de l’eau, qui doit en fondant les couvrir d’un vernis vitreux et transparent. Elles sont alors soumises, à l’étage inférieur du four, à toute la violence du feu; elles doivent y rester environ trente heures. On brûle à Sèvres, pour une fournée, un peu moins de 7 tonnes de houille, mais les porcelaines de couleur, bleues surtout, doivent être cuites au bois, et, dans les trente heures, on en use 32 stères, — la consommation d’une cheminée d’appartement pendant dix ans.
- En cuisant au grand feu, la porcelaine subit une diminution, un retrait d’un dixième dans toutes ses dimensions (si bien que la capacité d’un meme vase diminue de plus d’un quart en passant de 1 état de
- La manufacture de Sèvres en 1826. (D’après une aquarelle inédite de Troyon.)
- porcelaine dégourdie à celui de porcelaine cuite) ; mais, si le vase a été tourné, le retrait s’opère dans une direction héliçoïdale, suivant le sens dans lequel cette opération a été laite, si bien qu il faut, par exemple, souder les anses un peu de biais sur l’objet cru pour qu’elles soient verticales après la cuisson.
- Avant d’être livrée à la consommation, la porcelaine de luxe est peinte et dorée. Le sujet est d a-bord dessiné sur le papier, puis il est reporté, avec les modifications de proportions exigées par les lois de la perspective et de la géométrie descriptive, sur un modèle en plâtre de l’objet à exécuter, et c’est ce modèle, peint dans les couleurs et les dimensions que doit avoir la pièce, que le peintre reproduit sur la porcelaine.
- Les couleurs (formées de verres colorés broyés avec de l’essence de lavande) sont cuites et vitrifiées dans des fours spéciaux, dits moufles, où la température est beaucoup moins élevée que dans les fours pour la cuisson de la porcelaine. Enfin, souvent les vases sont montés et sertis en bronze ou même en métaux plus précieux. Sous 1 Empire, il a été fait pour la chambre de l’impératrice deux petits vases montés en or ciselé, d’une valeur de vingt mille francs chacun.
- La manufacture vend ses produits au public ou les livre à l’État pour faire des cadeaux.
- Les produits sans défaut seuls sont livrés par Sèvres directement. Les autres, marqués d’une estampille spéciale, sont vendus aux marchands qui les décorent à leur gré. Annuellement, la valeur des
- p.76 - vue 80/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 77
- produits qui sortent de l'usine peut être évaluée à 120 000 francs. Les œuvres les plus remarquables de la manufacture sont exposées au rez-de-chaussée du musée. Pour les connaisseurs, la pièce la plus extraordinaire est peut-être le gigantesque vase blanc qui décore le vestibule et qui ne présente aucun défaut, ce qui est l’idéal presque irréalisable dans des pièces de cette dimension. Au premier, est
- le musée que son conservateur, M. Cliampfleury, se propose de réorganiser pendant l’hiver, de façon à ce qu’il soit possible aux céramistes d’étudier la succession des poteries au triple point de vue géographique, chronologique et technique, c’est-à-dire, à ce dernier égard, d’après la division des terres plastiques en trois groupes : poteries mates, faïences, porcelaines. Malheureusement, un budget an-
- 2000
- [iiiiiiini'iiiiHiiiiiiiiiiniin:
- ST C L O U B
- PARC
- BAS
- Plan de la manufacture de Sèvres actuelle
- 1. Etage en soubassement : magasins de la porcelaine blanche; rez-de-chaussée; aile sud : administration, bibliothèque; aile nord: galeries de vente et d’exposition des produits de la manufacture ; 1" étage : musée céramique ; 2* étage : collection des modèles. _
- 2. Bâtiment des fours ( deux à la houille, un autre au coke, un au bois) : rez-de-chaussée : grand feu; 1*' étage : dégourdi, séchoir.
- 3. Ateliers. Aile sud: rez-de-chaussée: ateliers et magasins de la couverte; l'r étage: tourneurs, répareurs, découpeurs; aile ouest : grand coulage (3 bis), fabrication de la porcelaine tendre; aile nord ; rez-de-chaussée : ateliers de la mosaïque (3 ter), mouleurs en plâtre ; 1" étage : ateliers des sculpteurs. —- 4. Rez-de-chaussée : monteurs et ciseleurs en bronze, galvanoplastie ; 1« étage : ateliers des peintres décorateurs, impression sur porcelaine ! 2' étage : ateliers des peintres de ligure et de paysage. — 4 bis. Emplacement pour un bâtiment. — 3. Hangars et logements des ouvriers. — 6. Bâtiment pour la machine à vapeur et les moulins ; ailes nord et sud : dépôt des pâtes céramiques. — 7. Grande cheminée. •— 8. Hangar à bois. — 9. Cour du chantier. — fO. Soutes à coke et houille. — 41. Ateliers et magasins d’entretien, water-closets. — 12. Réservoir, terrasse. — 13. Moufles et laboratoire de chimie. — 14. Rez-de-chaussée : écurie, remises, pompe à incendie ; l“r étage : magasins du matériel. — 15. Maison du directeur. — 16. Bureaux et logements. — 17. Logements du personnel. — 18. Portier de l’usine. — 19. Portier du musée. — 20. Gardien — 21. Compteurs à gaz.
- nuel de 5000 francs ne permet guère au conservateur de donner à notre musée céramique déjà si remarquable le développement qu’il comporterait.
- La manufacture, administrée par M. Louis Robert, qui a aujourd’hui sous ses ordres un personnel de 180 ouvriers, a été pour la France un tel foyer de gloire scientifique avec ses anciens administrateurs, Brongniart, Ebelmen et Régnault, et de gloire ar-
- tistique avec sa légion de peintres et de sculpteurs, jusqu’à M. Carrier-Belleuse, actuellement chargé de la surveillance supérieure de l’application des beaux-arts aux produits de Sèvres, que l’on peut espérer que nulle économie mal entendue ne risquera de restreindre l’importance de cet établissement et d’affaiblir la réputation qu’il s’est acquise dans le monde entier. Charles Boissay.
- p.77 - vue 81/432
-
-
-
- 78
- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- I a machine parlante. — On exhibe depuis quelques jours dans un des salons du Grand-Hôtel à Paris, une machine parlante, dont la plupart des journaux ont donné la description. L’inventeur, qui soumet cette machine aux yeux du public, prétend qu’elle est le fruit de longs travaux. Nous n’en douterions pas, s’il n’y avait dans le fonctionnement de cet appareil une grossière supercherie que nous croyons avoir découverte. Voyons d’abord en quoi consiste la séance à laquelle nous avons assisté. On pénètre dans un salon bien éclairé, et sur une table on voit la machine parlante. Elle consiste en un vaste soufflet jouant le rôle du poumon et communiquant avec une boîte fermée qui, d’après l’inventeur, renfermerait un larynx artificiel; en avant de la boîte est une bouche pourvue d’une langue. L’extérieur de ces trois pièces est mis en communication par des tiges montées sur des bras de levier avec une série de claviers où des lettres sont inscrites. L’expérimentateur, qui est une dame, s’installe près de la table; avec son pied elle fait mouvoir le soufflet, et de ses mains elle agit sur les claviers. La bouche artificielle s’ouvre, la langue qu’elle contient remue. Elle parle. Elle dit : « Paris, Constantinople, Philadelphie » et toutes les phrases possibles. Les assistants sont émerveillés. Après la séance, nous demandons à l’inventeur s’il nous serait possible de faire rendre un son à la machine ; il nous répond que nul ne saurait le faire, excepté la dame qui opérait tout à l’heure, et qui, d’après lui, a acquis une habileté unique. Sur notre objection que, sans savoir jouer du piano, le premier venu pouvait en tirer un son en frappant du doigt une des touches du clavier, il a évité la discussion et n’a pas tardé à se retirer. Ainsi cet appareil, qui serait un prodige de physique s’il produisait les résultats que les assistants croient constater en toute certitude, ne peut fonctionner qu’entre les mains d’un seul opérateur. Nul, excepté celui-ci,ne peut en tirer un son, nul ne peut voir son mécanisme intérieur.
- L’inventeur s’y oppose. Et cela par une raison bien simple, c’est que, selon nous, le mécanisme réel n’existe pas, et que la personne, très-habile du reste, qui semble le faire fonctionner est ventriloque. Que ceci ne dissuade pas le lecteur d’aller voir la machine parlante, s’il est ami de l’art des Robert Houdin et des Robin; l’illusion, nous en convenons, est complète, et la séance fort amusante. — Nous ajouterons que si nous nous sommes trompé dans notre explication, nous ferons de bonne grâce amende honorable. Mais nous invitons l’inventeur à développer la théorie de sa machine, et à nous en montrer les organes cachés, comme un horloger le ferait d’une montre, ou un mécanicien d’une machine h vapeur.
- BIBLIOGRAPHIE
- Le Verre, par Ë. Peligot, de l’Institut. — 1 vol. grand in-8° richement illustré, — Paris, G. Masson, 1877.
- Ce beau livre n'est point seulement un traité technique, rempli de documents nouveaux ou inédits et de détail jusqu’ici considérés comme des secrets de métier interdits aux profanes, mais c’est encore, grâce à une partie historique très-élondue et aux dessins des types de fabrication, un ouviage indispensable aux antiquaires et aux
- collectionneurs ; c’est de plus, par suite de l’esprit dans lequel il a été conçu, et de la manière élevée dont il a été traité, un volume agréable et utile à lire. Les applications du verre sont innombrables, et on trouvera dans l’étude de M. Peligot sur chacune d’elles, sur les vitres, sur les glaces, sur les bouteilles, sur la gobeleterie en verre et en cristal, sur le verre de Bohême et de Venise, sur les imitations des pierres précieuses, sur les perles et la verroterie, sur les verres de montre, sur l’émail, sur les verres pour l’optique, des détails nombreux et très-intéressants.
- Les Mouvements de l'atmosphère et les Variations dutemps, par Marié-Davy. — 1 vol. grand in-8“ avec 24 cartes tirées en couleur. — Paris, G. Masson, 1877.
- M. Marié-Davy, auquel sa haute situation de directeur de l’observatoire de Montsouris donne, en matière de météorologie, une autorité toute spéciale, vient de refondre, de transformer cet ouvrage et d’en donner une nouvelle édition qui est presque un livre nouveau. Le nombre des cartes et des figures a été augmenté, l’ordonnance modifiée, des chapitres ajoutés, d’autres complétés, et, en résumé, d’un mémoire remarquable sur une question spéciale, il a fait un véritable traité de météorologie, qui ne saurait manquer d’être lu avec intérêt, surtout en ce moment où les applications récentes des méthodes de prévision du temps à la marine et à l’agriculture excitent .à un si haut point la légitime curiosité du public.
- Le Microscope, par le Dr Pelletan. 1 vol. grand in-8° illustré. — Paris, G. Masson, 1876.
- Nous avons déjà signalé cet ouvrage (48 année, 1876, 2e semestre, p. 64), nous renvoyons le lecteur au compte rendu que nous avons déjà publié, en leur recommandant à nouveau cet excellent traité de micrographie.
- Les Merveilles de l'industrie. Industries agricoles et alimentaires, par Louis Figuier. — 1 vol. grand in-8° richement illustré. — Paris, Furne-Jouvet et Cie.
- Après avoir décrit les Merveilles de la science, qui ont obtenu un si grand et si légitime succès, M, Figuier s’est attaché à donner le tableau des Merveilles de l'industrie., véritable complément de son œuvre primitive. L’infatigable vulgarisateur vient de publier le quatrième et dernier volume de cette vaste encyclopédie ; ce volume comprend les industries du pain, des fécules, des pâtes alimentaires, du lait, du fromage, du vin, du cidre, du poiré, de la bière, de l’alcool, du vinaigre, des huiles et des conserves alimentaires. Un texte facile à lire, enrichi d’un grand nombre de belles gravures et de figures explicatives, apporte à cet ouvrage de sûrs éléments de succès.
- Les Terres du Ciel. Description astronomique, physique, climatologique, géographique, des planètes qui gravitent avec la terre autour du soleil, et de l'état probable de la vie à la surface, par Camille Flammarion. — 4 vol. in-8°, richement illustré de gravures sur bois et de planches chromolithographiques hors texte. — Didier et Ci8, 1877.
- Notre collaborateur M. Camille Flammarion, au début de sa carrière, a développé la théorie de la Pluralité des mondes habités dans l’univers. Ces idées, qu’il a su rajeunir en s’inspirant des notions fournies par l’astronomie moderne, lui ont valu de la part du public un succès peu commun. M. Flammarion, dans le nouvel ouvrage qu’il publie aujourd’hui, développe à nouveau cette doctrine, qui dans tous les temps a préoccupé les plus grands philosophes; mais il le fait avec les ressources nouvelles que
- p.78 - vue 82/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 79
- lui ont fourni les plus récentes conquêtes de l’astronomie physique. Il décrit avec un soin scrupuleux tous les corps planétaires qui accomplissent leur révolution autour du soleil ; il est ainsi conduit à définir rationnellement les conditions physiques de ces planètes, et il étudie, autant que les données scientifiques le permettent, quelle peut être la nature des habitants de leur surface. Chaque chapitre du livre se trouve divisé naturellement en deux parties distinctes : 4° la description des faits et les conséquences immédiates qui s'en déduisent logiquement; 2° l’hypothèse, que l’auteur présente sur l’état probable de la vie dans les milieux qu’il décrit. La première partie est parfaitement traitée; l’exposition en est toujours élégante, concise et claire. Dans la seconde partie, hypothétique, une part un peu large est souvent faite à l’imagination ; mais elle ne tarde pas à être réduite, sous la bienfaisante pression des faits, que M. Flammarion a appris à connaître et à discuter en véritable savant.
- Trombes et Cyclones, par Zurcher et Margollé. — 1 vol. in-12 illustré, de la Bibliothèque des Merveilles. — Paris, Hachette etCu, 1876.
- Mythes et légendes, trombes, trombes marines, trombes terrestres, tornades et bourrasques, cyclones, ouragans des Antilles et de l’océan Atlantique, typhons des mers de Chine et du Japon, pi'évision des ouragans, météorologie cosmique ; tels sont les titres des chapitres que nos collaborateurs, MM. Zurcher et Margollé, traitent successivement, avec l’art que le lecteur leur connaît de bien exposer les faits, avec la compétence que leur a valu une longue étude des phénomènes aériens.
- Promenade autour du monde, 4874, par M. le baron Hübner, 5' édition, illustrée de 316 gravures. —1 vol. gr. in-4°. de 686 p. Paris, Hachette 4877.
- Le célèbre ministre plénipotentiaire de l’Autriche en 1856 au Congrès de Paris, le baron de Hübner, a voulu se délasser de ses voyages diplomatiques par une excursion d’agrément, et il a lait le tour du monde. Le 14 mai 1871, il partait de Queenstown ; le 13 janvier 1872, il rentrait à Marseille, après avoir étudié trois grands pays : les États-Unis, le Japon, la Chine. Durée totale, huit mois. L’écrivain allemand a publié la relation de son voyage en langue française, et c’est là un hommage flatteur dont nous avons le droit de tirer quelque vanité et le devoir de lui savoir quelque gré Le succès, du reste, a récompensé la courtoisie de M. Hübner, et son livre, parvenu à sa cinquième édition en trois formats différents, a été exceptionnellement goûté.
- Aujourd’hui nous apprenons que l’ancien ambassadeur n’est pas moins habile artiste que facile écrivain et fin observateur. L’édition de luxe que publie la librairie Hachette est illustrée d’une nombreuse suite d’admirables gravures dues à nos plus célèbres dessinateurs, mais fidèlement reproduites d’après les propres croquis du voyageur et les photographies rapportées par lui. Ces dessins, qui réunissent la beauté artistique à la précision scientifique, sont trop intéressants pour que prochainement nous ne nous fassions pas un plaisir d’en présenter quelques-uns à nos lecteurs.
- —»<>«—
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- En raison des fêtes de Noël et du premier de l’an, l’Académie des sciences a décidé que deux de ses séances du lundi seraient remises au mercredi 27 décembre et mer-
- credi 3 janvier. Nous donnerons dans notre prochaine livraison le compte-rendu de la séance du 27 de ce mois.
- LE CANON DE 100 TONNES
- A LA STE Z ZIA.
- (Suite et fin. — Vov. p. 60.)
- Transporté avec son affût sur un radeau de dimensions considérables, le canon de 100 tonnes a été remorqué, le 20 octobre dernier, dans l’un des petits ports de la baie de la Spezzia, et là, soumis à de premières expériences : le gouvernement italien ne devant accepter l’énorme pièce qu’après une série de 50 coups d’essai. Ces expériences ont duré de la fin d’octobre au commencement de novembre; hâtons-nous de le dire, elles ont été satisfaisantes. Avec un projectile du poids invariable de 908 kilogr. les charges de poudre ont varié entre 136kil,200 et 169kn,798, les pressions au fond de l’âme, de 16 tonnes par pouce carré (1144kil,291 par centimètre carré) à 21ton,4. Les vitesses obtenues ont été de 418 mètres à 470 mètres par seconde; les reculs ont atteint de 901min à lm,70.
- Les quatre cibles sur lesquelles les coups ont été dirigés étaient de composition diverse, et les plaques qui les recouvraient, d’espèces et de fabrications différentes.
- La cible n° 1 se composait de deux plaques en acier doux martelé, sortant de l’usine du Creuzot. Leur longueur était de 3“,65 sur lm,45 de largeur 559 millimètres d’épaisseur. Elles s’appuyaient sur un matelas formé de deux couches de bois, l’une verticale et l’autre horizontale, d’une épaisseur totale de 645 millimètres. Ce matelas était lui-même porté par un double bordé en fer de 38 millimètres d’épaisseur, soutenu par un système de couples et de baux semblable à celui du Duilio; ces derniers étaient recourbés de façon à venir s’appuyer sur le sol, en faisant avec lui un angle très-aigu. Les chevilles qui réunissaient le matelas et les plaques ne traversaient pas complètement celles-ci et se noyaient à environ la moitié de leur épaisseur.
- La cible n° 2 était semblable à la précédente quant au matelas et à la membrure; les plaques avaient aussi les mêmes dimensions, mais elles étaient en fer forgé, et sept chevilles, traversant tout le système, les réunissaient au matelas. La plaque supérieure était fournie par M. Cammell, de Shef-field, et la plaque inférieure par un manufacturier français, M. Marrel.
- La cible n° 3 ne présentait d’autre différence avec la précédente qu’en ce que sa moitié supérieure était formée de deux plaques de fer Cammell séparées par la couche verticale de bois. La plaque antérieure avait 305 millimètres et la plaque postérieure 254 millimètres d’épaisseur. La moitié inférieure de cette cible se composait d’une plaque antérieure de 254 millimètres d’épaisseur, appuyée sur une plaque en fonte dure de 555 millimètres, 1
- p.79 - vue 83/432
-
-
-
- 80
- LA NATURE
- tout reposant sur le matelas et la membrure déjà décrits.
- Enfin la cible n° 4 avait dans sa partie supérieure deux plaques de fer Marcel, disposées comme les plaques Cam-mell de la précédente. La partie inférieure avait des plaques semblables à celles de la partie inférieure de la cible n° 3; mais fa portion antérieure du matelas était verticale au lieu d’être horizontale, et interposée entre la plaque en fer forgé et la plaque en fonte.
- Chacune de ces cibles se composait donc d’une épaisseur de
- 559mm (Jg fer ou
- d’acier, de 737mm de bois fortifié par des cornières en fer, et de toute une membrure de bâtiment, très-forte ; soit une épaisseur totale de lm,321 de bois et de fer.
- Le terrain d’expériences était situé dans un ravin au bord de la mer, à l’extrémité duquel on avait construit une butte formée de sacs de sable et de gabions remplis de terre.
- Le prix des cibles et des ouvrages en terre a été de 625 000 francs; celui de chaque plaque était de 20 000 francs. L’effet des coups, dans l’examen détaillé desquels il serait trop long d’entrer, a été aussi destructif qu’on le supposait. Quoique le projectile n’ait pu traverser la plaque d’acier, on a calculé que l’ébranlement causé par le choc déterminerait des avaries irrémédiables au navire atteint.
- Ce résultat n’a pas laissé que d’émouvoir singu-
- lièrement toutes les marines de l’Europe; il a surtout touché l'Amirauté anglaise, qui, avant la construction du Duilio et la fabrication du canon de 100 tonnes, avait la juste prétention de posséder
- l’artillerie la plus puissante et les navires les plus résistants. Aussi des ordres ont-ils été donnés immédiatement après les expériences de la Spezzia, pour la fabrication d’un certain nombre de plaques de 6I0mm , c’est-à-dire supérieures de 51mm aux plaques italiennes. Des plans de pièces colossales sont également à l’étude; et si nous en croyons le Times, un avenir prochain verra la mise en service d’un canon Fraser d’environ 200 tonneaux, ayant une longueur de
- 15m,25, un calibre de 508mm, et un projectile de 1771 à 1816 kilogr, qui sera lancé par une charge de poudre de 563kil,200.
- La lutte de la cuirasse et du canon, à laquelle il semblait que la pièce italienne dût mettre fin, recommence donc plus vive que jamais.
- Nous tiendrons nos lecteurs au courant de ce nouveau combat, l’un des plus curieux qui se soient produits dans le domaine pourtant si vaste des sciences appliquées. L. Renard.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissahdieb.
- Cible pour l’essai du canon de lüü tonucs.
- Effet produit par le boulet. (D’après des photographies.)
- CORBKIL, TYP. BT STKR. CRETé.
- p.80 - vue 84/432
-
-
-
- N* 188. — 6 JANVIER 187 7.
- LA NATURE.
- 81
- UN
- VOYAGE CHEZ LES CAFRES ZOULOUS
- La presse britannique s’est beaucoup occupée, il j par M. Shepstone au pays des Cafres Zoulous, dans y a quelque temps déjà, d’une mission accomplie j des conditions particulièrement intéressantes.
- Groupe de chefs Cafres, en grand costume. (D’après une photographie donnée au Muséum d’histoire naturelle,
- par M. Drouyn de IJiuys.)
- Le roi des Zoulous était mort en 1872, et les Cafres avaient demandé au gouvernement anglais d’installer solennellement son successeur. Ils espéraient, eroit-on, empêcher par là les terribles massacres des
- 5* année. — tar semestre.
- personnes suspectes d’hostilité envers le nouveau souverain, massacres ordinaires, paraît-il, en de telles circonstances. Le gouvernement de la Grande-Bretagne vit dans cette demande des Zoulous une
- 6
- p.81 - vue 85/432
-
-
-
- 82
- LA NATURE.
- occasion d’augmenter son influence dans l’Afrique australe, en s’immisçant de plus en plus dans les affaires de la plus puissante des confédéral ions cafres, et sir B. Pine, lieutenant-gouverneur, envoya au grand kraal de Panda, M. Shepstone, avec cent dix officiers et volontaires de Natal.
- Panda, le roi défunt, avait dû sa couronne, si l’on peut ainsi parler, aux Boërs de Pietermaritzbourg. Srétant révolté contre son frère Pindana, il s’était vu jadis contraint à se réfugier avec un grand nombre des siens chez les Boërs, qui lui avaient conféré le titre dv prince des Zoulous émigrés. Plus tard, ayant battu et tué Pindana, les métis hollandais s’étaient emparés d’un territoire important et avaient intrôné Panda.
- La succession de ce dernier fit surgir, de son vivant, des guerres civiles qui ne purent êtrœ apaisées, nous dit-on encore, que par l’intervention des Anglais établis depuis peu à Natal. Ceux-ci s’étaient fait très-habilement prier par les réfugiés politiques, qu’ils avaient su attirer sur leur temtoire, d’intervenir pour nommer le successeur de Panda, et une première mission de M. Shepstone avait eu pour résultat le choix de Cétiouayo, que le même diplomate vient d’aller couronner.
- Nous ne dirons rien du voyage de M. Shepstone au cœur du pays zoulou, ni des questions politiques et religieuses que le délégué du gouvernement anglais eut à débattre dans cet itinéraire. Nous voulons seulement, à l’occasion du rapport adressé au parlement anglais sur cette affaire, présenter quelques renseignements ethnographiques sur ce peuple, que le grand ouvrage de M. Fritsch a surtout contribué à faire connaître.
- Le point culminant de la relation de M. Shepstone est celui où il raconte l’intronisation de Cétiouayo, et où il décrit le frémissement de légitime orgueil qui parcourt la foule des Cafres assemblés, quand elle est admise à contempler son nouveau roi, orné des splendides oripeaux dont l’affuble la diplomatie anglaise. Un brillant uniforme, un manteau écarlate, un baudrier superbe, des armes de luxe, un sceptre, et surtout une couronne, ou plutôt une toque, chef-d’œuvre d’un tailleur de régiment anglais, ont suffi à faire du nouveau monarque l’objet de l’admiration la plus profonde de tout son peuple.
- Pour bien comprendre ce qu’avait de particulièrement habile la mise en scène imaginée par les Anglais au kraal des Zoulous, il faut connaître à quel point est développé chez les Cafres en général, et chez les Zoulous en particulier, cet amour effréné de tout appareil extérieur, commun d’ailleurs à tous les peuples nègres. M. Fritsch a déjà représenté, dans son bel ouvrage, des Zoulous en grand costume, mais aucune des gravures publiées par cet auteur ou par ses prédécesseurs.n’approche en singularité de celle que nous donnons aujourd’hui. Elle représente un groupe de quatre grands personnages zoulous, ceux-là mêmes peut-être qu’a fascinés le plus la toque royale et les autres insignes du nouveau roi.
- Leurs bonnets de guerre où s'emmêlent les plumes d’autruche, les fourrures, le drap et les rubans de toute couleur; les mille objets voyants qu’ils ont suspendus à leur cou, à leurs bras, à leurs jambes, tout cela contribue à faire de ces braves seigneurs zoulous les plus amusantes caricatures qu’ait jamais fournies l’Afrique australe à l’objectif d’un photographe. Le contentement de soi-même et le sentiment d’importance qui se reflètent sur les faces noires se détachant du milieu de cet indescriptible amas de choses disparates, n’ajoutent pas médiocrement à l’impression de gaieté que produit leur examen. Les armes offensives ne sont guère visibles, mais nos guerriers sont appuyés sur les immenses boucliers de cuir depuis longtemps décrits comme caractéristiques des tribus cafres. C’est en frappant sur ces boucliers que les Zoulous ont acclamé leur nouveau roi Cétiouayo, et célébré, sans trop s’en douter, semble-t-il, le dernier jour de leur indépendance nationale. E. T. Hamy.
- ——-
- PÈLERINAGE AÉRONAUTIQUE
- AUX MONUMENTS DE BLANCHARD ET DE PILASTRE.
- Le petit coin de terre qui s’étend de Calais à Boulogne est tout rempli de souvenirs se rattachant à l’histoire aérostatique. A l’heure où paraîtront ces lignes, il y aura, jour pour jour, quatre-vingt-douze ans que, pour la première fois, les hommes « sans navire ont traversé les mers », et c’est près de Guînes que Blanchard et Jcffries descendirent après avoir accompli cet exploit; c’est de Boulogne que s’élevèrent Pilastre et Romain dans leur ascension fatale, c’est à Wimercux qu’ils tombèrent, c’est à Wimille qu’ils sont enterrés; c’est de Calais que s’élancèrent, le 16 août 1868, MM. Gaston Tissan-dier et Duruof dans leur dramatique voyage en zigzag au-dessus des flots ; c’est au cap Gris-Nez qu’ils descendirent1 ; c’est encore en partant de Calais que M. et Mme Duruof allèrent s’abîmer dans la mer du Nord2.
- Pour celui qui a, comme l’auteur de cet article, cheminé en ballon avec les nuages, c’est presque un devoir pieux d’aller visiter le théâtre de ces ascensions célèbres, et nous avons été heureux, à la première occasion qui s’est présentée, de faire cette excursion.
- C’est à Calais même que se trouvent les reliques aérostatiques. Dans la cage de l’escalier du musée est suspendue une large bande, bariolée de couleurs voyantes, de l’étoffe du ballon le Tricolore qui emporta Duruof et sa femme, les 51 août et 1er septembre 1874, jusqu’au Dogger-Bank, en pleine mer du Nord, où, après l’effrayant traînage au milieu des vagues dont tout le monde a gardé le souvenir,, les deux téméraires navigateurs aériens furent re-
- 1 Voir Voyages aériens, p. 399-424. Paris, Hachette, 1870.
- 2 Voir la Nature, '2e année, 1874, 2e semestre, p. 227, 241.
- p.82 - vue 86/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 85
- cueillis; pendant que le ballon, livré à lui-même, bondit de nouveau et ne fut repêché que dans les eaux de Christiansand. C’est la partie de l’aérostat qui baigna dans la mer que Duruof a offerte au musée de Calais.
- A côté, on voit la riche nacelle du ballon de Blanchard, actuellement déposée au Musée, comme elle l’était avant la Révolution dans la nef de la cathédrale (fig. 1). Bien différente du panier d’osier des aéronautes contemporains, qui n’a plus de la nacelle que le nom, celle-ci est un batelet dont les élégantes peintures, jaune d’or sur fond d’azur, sont maintenant estompées et brunies par le temps. Cet esquif a franchi la mer sans effleurer les vagues, c’est avec lui que Blanchard et Jeffries ont plané au-dessus du Pas-de-Calais, le 7 janvier 1785. Dans
- Fig. —* 1. La Dacelle de Blanchard telle quelle est suspendue dans l’escalier du musée de Calais.
- cette nacelle on voit encore le cercle peint en rouge et une partie de l’étoffe roide et grisâtre du vénérable aérostat qui porta le premier au-dessus des ondes la fortune des aéronautes. En face, sur la muraille du palier, on lit un extrait, imprimé en français et en anglais, du naïf procès-verbal dressé par les officiers municipaux de Calais après la merveilleuse traversée.
- Exposé aux regards des innombrables voyageurs qui, en passant à Calais, visitent le musée, ce document est trop connu pour être reproduit ici; mais, grâce à l’obligeance de M. Daviez, receveur municipal à Guînes, nous avons pu prendre copie d’un autre procès-verbal rédigé en cette dernière ville et conservé à la mairie, et nous résumerons quelques parties de cette pièce inédite.
- Blanchard n’était pas un savant comme Pilastre ou Charles, mais c’était un praticien d’une habileté consommée ayant la divination des choses d’un métier où il n’avait pu avoir d’initiateur.
- Blanchard et Jeffries, partis du château de Douvres, descendirent un peu en dedans de la lisière septentrionale de la forêt de Guînes. Interrogé, dit le procès-verbal, par les personnes accourues pour les assister, sur les raisons de sa descente en ce lieu,
- Blanchard déclara que le globe s’était abaissé jusqu’à trois cents pieds au-dessus de la surface de la mer, ce qui avait obligé les aéronautes à jeter à l’eau, pour se délester, tout ce qu’ils avaient, même leurs habits et jusqu’à leurs ancres; dépourvu désormais de moyens d’arrêt, il avait conduit son ballon jusqu’au bord de la forêt pour l’accrocher aux branches et éviter le traînage.
- L’impression produite par ce voyage sans pareil dut être bien profonde, pour qu’une modeste commune comme Guînes l’ait traduite et perpétuée en élevant un monument sur le lieu de la descente et la ville de Calais, en achetant le ballon, pour le déposer dans l’église comme l’avaient été les vaisseaux de Colomb et de Magellan.
- La route de Calais à Guînes, contiguë au canal dans la plus grande partie de son parcours, est assez belle, mais le vieil omnibus qui la dessert met près de deux heures à en franchir les 12 kilomètres. Guînes est une petite ville proprette et. un peu endormie, dédaignée des touristes et où les voyageurs reçoivent cet accueil presque familial que l’on ne trouve plus guère que dans les rares cités non encore rattachées au réseau des chemins de fer1.
- Une bonne route empierrée conduit de Guînes à la colonne élevée en mémoire de la première ascension maritime. Sur l’avenue, plantée de grands peupliers, qui aboutit à la route on remarque, à droite, cette enseigne :
- BLANCHARD
- Estaminet de la Colonne.
- Il y a peu de chances de se tromper, il suffit de suivre la voie macadamisée sans se préoccuper des chemins en terrain naturel qui s’en détachent. Après avoir marché trois quarts d’heure vers le sud on entre dans la forêt, et, bientôt, on voit quelques constructions où habitent les gardes. Là, à gauche, à quelques pas, en haut d’un large sentier herbu, on aperçoit la colonne d’ordre dorique, qui surgit blanche au milieu d’une étroite clairière verte entourée de bois taillis. Le fût cylindrique, en marbre de Marquise, se dresse au sommet d’un petit tertre artificiel gazonné, entouré à sa base d’une haie vive et pourvu, en face du sentier et d’une barrière disloquée interrompant la haie, de huit marches en pierre permettant d’accéder jusqu’au pied de la colonne (fig. 2).
- Le pauvre monument est bien abandonné ; le marbre — qui n’est au fond qu’une pierre dure gris-jaunâtre à grain fin— est tout gribouillé de noms inconnus; il paraît que, très-récemment encore, le chapiteau était surmonté d’une boule qui a été enlevée; enfin, ce qui est le plus regrettable, sur le côté de la base faisant face au sentier d’accès, la plaque portant l’inscription votive a disparu, descellée de
- 1 La Chambre vient de voter l’exécution d’un railway de Calais à Anvin (station de la ligne en construction de Sainl-Pol à Montreuil-sur-Mer), lequel aura une gare à Guînes.
- p.83 - vue 87/432
-
-
-
- U
- LA NATURE.
- son encastrementl. Aujourd’hui le monument commémoratif a partiellement perdu ce caractère, car il est désormais muet.
- Cette colonne est destinée à rappeler un fait glorieux pour notre pays. 11 est très-vivement à désirer que la Société française de Navigation aérienne s’entende avec la municipalité de Guînes, pour qu’elle soit restaurée et que l’inscription soit rétablie.
- Ce petit monument, délaissé par les descendants de ceux qui en ont voté l’érection avec enlhon-
- Fig. 2. — La colonne élevée dans la forêt de Guines, en commémoration de la traversée aéronautique du Pas-de-Calais par Blanchard et Jeffries.
- siasme, est aimé des Calaisiens : chaque année, le mercredi qui suit le premier dimanche d’août, les
- 1 Voici quelle était l’inscription gravée à la base de la colonne :
- SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XVI MDCCLXXXV
- JEaN-PIERBE BLANCHARD DES ANDELYS EN NORMANDIE ACCOMPAGNÉ DE GEFFERIES, ANGLAIS PARTIT DU CHATEAU DE DOUVRES DANS UN AÉROSTAT
- tE sept janvier a une heure UN quart
- TRAVERSA LE PREMIER LES AIRS AU-DESSUS DU PAS-DE-CALAIS ET DESCENDIT A TROIS HEURES TROIS QUARTS DANS LÉ LIEU MÊME OU LES HABITANTS DE GUINES ONT ÉLEVÉ CETTE COLONNE A LA GLOIRE DES DEUX VOYAGEURS.
- jeunes gens de Calais et de Saint-Pierre-les-Calais, amenés par de grands omnibus loués d’avance, viennent dîner et danser sur l’herbe au pied de la colonne.
- Depuis Guînes jusqu’au lieu de la descente de Blanchard le terrain monte insensiblement; aussi, en revenant vers la ville, tout simplement eu suivant la route, sans avoir à s’en écarter, on jouit d’une vue presque aérostatique sur une immense étendue de campagne ; au loin se déroule le panache des locomotives de la voie ferrée de Calais à Lille, de toute part apparaissent les villages, et les quatre villes de Guînes, Ardres, Saint-Pierre et Calais profilent leurs monuments sur l’horizon.
- On a coutume de dire que le lieu où tomba Pilastre est à quelques pas de celui où descendit Blanchard ; la vérité est que ces deux points sont séparés par une dislance de 17 kilomètres à vol
- Fig. 5. — L’obéiisque élevé à Wimereux sur lu lieu de la chute de Pilastre et de Romain.
- d’oiseau, et qu’il faut, à pied, en voiture et en chemin de fer, avec les détours nécèssaires, en parcourir 28 pour se rendre de l’un à l’autre. Un omnibus de correspondance amène de Guînes à Caf-fîers, d’où la voie ferrée conduit à Wimereux, la dernière station avant Boulogne, en venant de Calais. En sortant de la gare, on passe sous le viaduc, on traverse le Wimereux — ce ruisseau qui est un fleuve — et, au commencement de la route d’Am-bleteuse, on voit un petit obélisque de pierre blanche projeter sa silhouette sur les dunes, dont le sable est à demi caché par une végétation herbacée, jaunie par le vent de mer (fig. 5) : on entend les vagues, mais on ne les voit point ; c’est là le théâtre de la catastrophe où « le plus grand des aéronautes trouva la plus glorieuse des morts », et l’aiguille de pierre en marque l’emplacement pour la postérité.
- Le parfait état d’entretien de ce modeste monument contraste heureusement avec le délabrement do la colonne de Blanchard ; une grille le protège contredes gens affligés de la sotte vanité d’inscrire leur nom partout ; le petit terrain est séparé de la route par une barre de bois soutenue par deux pii-
- p.84 - vue 88/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 85
- liers en briques et, sur les autres côtés, il est limité par un bourrelet de terre battue; à l’intérieur sont symétriquement plantés quelques-uns des végétaux bas qui seuls peuvent pousser dans ce sable labouré par le souffle des tempêtes.
- L’inscription gravée sur le piédestal de l’obélisque, résume, avec une concision lapidaire, l’événement
- Fig. 4. — Le tombeau de Pilastre et de Romain, à Wimille.
- dont il est destiné à perpétuer le souvenir. La. voici, copiée ligne pour ligne :
- ICI SONT TOMBÉS DE LA HAUTEUR DE PLUS DE CINQ MILLE PIEDS A 7 IIEULES 35 MINUTES DU MATIN, LES INFORTUNÉS AÉRONAUTES P1LATRE DE ROZIER ET ROMAIN L’AÎNÉ,
- PARTIS DE BOULOGNE A 7 HRLS 5 MTES DU MATIN, LE 15 JUIN 1785,
- LE PREMIER TROUVÉ MORT SUR LA PLACE, LE SECOND DONNANT ENCORE QUELQUES SIGNES DE VIE.
- Sur chaque rive du Wimereux un bon chemin conduit, en une petite demi-heure, au gros village de Wimille où dorment les deux héros. — C’est en
- vain que près d’un siècle a passé, tout le monde connaît leur histoire; on la raconte comme si elle datait d’hier et l’on parle d’eux comme de vivants. Quand celui qui signe ces lignes a demandé aux petits enfants de lui indiquer où était leur tombeau, ils lui ont répondu :
- — Monsieur Pilastre? c’est là.
- Le double mausolée (fig. 4) s’élève à côté de l’église, au centre du village, sur la route de Calais, au bord de l’ancien cimetière et sur l’alignement de son mur de clôture. Le monument de pierre grise, se compose d’une grande table verticale surmontée, comme décoration sculpturale, d’un ballon enflammé et flanquée symétriquement de deux simu-
- Fig. o. — La tour Gayetie, à Boulogne, contiguë au rempart près duquel l’aéro-montgollière était remisée avant le gonflement, et devant l’Esplanade d’où partirent Pilastre et Romain.
- lacres d’urnes fermées. En arrière, croissent quelques petits cyprès au milieu des hautes herbes sauvages du champ de repos solitaire; mais ce qui fait l’ornement sévère et la majesté de cette tombe, ce sont les grands arbres, contemporains de Romain et de Pilastre, qui, l’encadrent de chaque côté et forment comme le dais de ce lit glorieux.
- Ce monument et ceux de Guînes, Boulogne et Wimereux ont été dessinés sur nature par notre habile dessinateur, M. Albert Tissandier, qui est allé spécialement dans ce but visiter ces quatre localités.
- Nous avons relevé textuellement et ligne pour | ligne, avec les fautes naïves de prosodie, de gram-i maire et d’orthographe, les ratures et les surcharges,
- | les inscriptions du monument. Voici celle de la ! table centrale qui lait face à la route de Calais :
- DANS CE CIMETIÈRE SONT INHUMÉS FRANÇOIS TILATRE DE ROSIER ET PIERRE
- ANGE ROMAIN QUI VOULAIENT PASSER EN
- Angleterre dans un aérostat ou ils avoient
- REUNI LE PROCÉDÉ DU FEU A l’AIR INFLAMMABLE,
- PAR UN ACDIDENT DONT ON IGNORERA
- TOUJOURS LA VÉRITABLE CAUSE, LE FEU AYANT
- L
- ' PRIS A LA PARTIE SUPÉRIEURE DU BALON,
- p.85 - vue 89/432
-
-
-
- 86
- LA NATURE,
- ILS TOMBERENT DE LA HAUTEUR DE PLUS DE CINQ
- MILLE PIEDS ENTRE WIMEREUX ET LA MER : L’ON A PLACÉ UNE INSCRIPTION AU PIED DE
- l’aIGUILI® A L’ENDROIT DE LEUR CHUSTE UNE SECONDE SUR LE MUR EXTÉRIEUR DE l’ÉGLISE I
- ET UNA INSCRPTIO LATINA FUIT COLLOCATA IN TERGO HUJUS MONUMENTI IN GRATIAM VIATORUM EXTRANEORUM QUI LINGUAM GALLICAM IGNORANT
- Mrs LES MAIRE ET ÉCHEVINS DE BOULOGNE ONT FAIT ÉLEVER UN MONUMENT SUR L’ESPLANADE DE LEUR VILLE D’OU ÉTOIENT PARTI CES INFORTUNEZ AÉRONAUTES LE 15 JUIN 1785.
- PASSANTS PLAIGNEZ LEUR SORT ET PRIEZ DIEU POUR LE REPOS DE LEURS AMES
- Verticalement au-dessous, sur le socle de la table centrale, on lit :
- l’estime leurs ont élevé
- LA DOULEUR CE MONUMENT
- ET L’AMITIÉ EN LANNÉE 1786
- A la gauche du lecteur, sur le socle de l’une des urnes, il y a :
- ARDENT AMI DES ARTS ET DE LA VÉRITÉ AU PRINTEMPS DE SES JOURS PAR UN NOBLE COURAGE LE PREMIER DANS LES AIRS IL S*OUVRIT UN PASSAGE ET MOURUT AU CHEMIN DE L’iMMORTALITÉ
- Sous l’autre urne, à droite, est écrit :
- CES DEUX MORTELS DES AIRS FRANCHISSANTS LES BARRIÈRES ET PLANANTS SOUS I.E MONDE ABAISSÉ DEVANT EUX DU THROSNE LE PLUS GLORIEUX RETOMBANTS EN POUSSIÈRE MONTRENT DE l’hOMME AU MÊME INSTANT ET LA GRANDEUR ET LE NÉANT
- Sur la face postérieure de la table centrale, dans l’intérieur du cimetière, du côté de l’église, est gravée l’inscription latine annoncée sur la face antérieure; la voici :
- F. P. DEROSIER ET P. A. ROMAIN BOLONIA PROFECÏ DIE 15 JUNII AN 1785 PLUS 5 MIL PEDIBÜS ALTIORES PRÆCIPITI CASV PIIOPE TURREM CROAÏTCAM EXTINCTI SUNT ET HIC AMBO CONSEPULTI
- DISCITE MORTALES SIC VOS BREÜIS EDOCET HORA QUÀM SIT MAGNANIMUS QUÀM SIT INANIS HOMO
- Nous avons copié littéralement et lettre par lettre le texte latin tel qu’il est gravé, et sans nous préoccuper de la peinture par laquelle on a, sans mo-
- tif et fautivement, marqué des E a la place de certains G que l’on voit entaillés en dessous. En outre, sans parler des abréviations non suivies du point qui doit les indiquer; croàitcam est un mot barbare forgé pour la circonstance et qui serait inintelligible si l’on ne savait que l’aéro-mont-golfière de Pilastre est venue s’abattre près du lieu dit la Tour de Croy.
- Sur l’épaisseur de la table centrale on lit, à gauche du spectateur stationnant sur la route :
- PILATRE DE ROSIER
- et à droite :
- phe age R0MAm .
- c’est-à-dire que Pilastre est sous Purne de gauche et Romain sous celle de droite.
- L’épitaphe rappelle, nous venons de le voir, qu’une première inscription a été placée au pied de l’aiguille marquant l’endroit de la chute des aéronautes (nous l’avons reproduite plus haut), et qu’une seconde se trouve sur le mur extérieur de l’église. Celle-ci est engravée sur une plaque, arrondie au sommet, scellée sur le côté méridional du temple. La voici :
- D. 0. M.
- E
- DES AMIS DE DEFFUNTS MRS PILATRE DE ROSIER ET ROMAIN LAINE ONT FONDÉ UNE MESSE A PERPETUITE QUI SERA DITTE DANS CETTE ÉGLISE LE 15 JUIN DE CHAQUE ANNÉE POUR LE REPOS DES AMES DE CES DEUX INFORTUNEZ AÉRONAUTES ENTERREZ DANS CE CIMETIÈRE QU’lLS RECOMMANDENT AUX PRIÈRES DE CEUX QUI LIRONT CETTE INSCRIPTION
- REQUIESCANT IN PACE
- Enfin, la même épitaphe centrale du tombeau ajoute qu’un autre monument commémoratif avait été élevé au point de départ de Pilastre sur l’esplanade de Boulogue, dont Remplacement (fîg. 5) est actuellement occupé par le square de la sous-préfecture; cette inscription a disparu de ce lieu; elle est conservée avec les autres reliques de l’ascension dernière de Pilastre dans le musée de Boulogne, ainsi qu’une autre plaque commémorative trouvée dans l’Hôtel des Bains; il serait également bien désirable qu’elles fussent rétablies en place. Déjà en 1824, le tombeau de Wimille qui menaçait ruine a été restauré par les soins de la Société d’Agricul-ture, du Commerce et des Arts de Boulogne-sur-Mer. Nous espérons que cette sollicitude ne cessera jamais, et qu’à Boulogne comme à Wimille et à Guînes, les monuments aeronautiques seront toujours entretenus par la piété des admirateurs de l’héroïsme scientifique. Charles Boissay.
- p.86 - vue 90/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 87
- LE CHEMIN DE FER SYSTÈME WETLI
- ET LA CATASTROPHE DE LA LIGNE WCEDENSWEIL* EINSIEDLEN.
- Parmi les nombreux moyens proposés dans ces dernières années pour l’exploitation des fortes rampes sur les lignes de montagnes, le système spécial imaginé par M. Wetli, ingénieur cantonal zurichois, avait, par son originalité même, attiré l’attention du inonde scientifique. 11 avait été question, tout récemment, d’appliquer ce système aux rampes du chemin du Gothard. Nos lecteurs connaissent déjà le système Riggenbach, à rail central denté, établi sur divers points du continent; particulièrement en Suisse, sur les deux versants du Righi, du lac des Quatre-Cantons au lac de Zug 1 ; — en Allemagne, à Heidelberg; — en Autriche-Hongrie, au Kahlenberg, près Vienne, et au Schwabenberg, près Pesth. Les rampes qu’il s’agit de gravir sur ces diverses lignes atteignent parfois des chiffres considérables : ‘25 0/0 au Righi, 19 0/0 à Heidelberg, 10 0/0 au Kahlenberg et à Pesth. L’exploitation n’a, malgré cela, donné lieu jusqu’à ce jour à aucun sinistre. 11 était donc tout naturel de penser que le
- système Wetli, qui, en principe, présente une certaine analogie avec le système Riggenbach, aurait le même succès que son devancier. La récente catastrophe qui vient d’inaugurer si tristement la première ligne sur laquelle M. Wetli ait installé sa voie spéciale est malheureusement venue, sinon détruire, tout au moins ébranler fortement les prévisions favorables qui avaient pu être formulées sur l’avenii du nouveau système.
- Le chemin de fer Wetli, dont nous décrirons d’abord sommairement le tracé, part de Wœdensweil, station de la ligne suisse du Nord-Est qui longe le lac de Zurich, et se dirige vers Einsiedlen, village du canton de Schwytz, célèbre par son abbaye de Notre-Dame des Ermites, lieu de pèlerinage très-fréquenté. La longueur de la ligne est de 16 kilomètres et demi ; la différence entre les altitudes des deux points extrêmes est de 475 mètres, rachetés presque entièrement sur les 10 premiers kilomètres par des rampes qui varient entre 40 et 50 0/00. Le système Wetli a seulement été établi sur ces 10 kilomètres; le reste de la voie, dont les rampes n’excédent point 10,6 0/00, ne diffère en rien des lignes ferrées ordinaires. Pour l’intelligence des faits qui vont suivre, nous résumons ci-dessous le profil en long :
- STATIONS ALTITUDES DISTANCES RAMPES OBSERVATIONS
- mètres mètres
- Wœdensweil . . . . 409 Système spécial Wetli, à rails
- Burghalden 531 2917,25 50 pour 1000 triangulaires centraux et à
- Samstagem. . . . 630 2482 49,5 pour 1000 tambour à nervures hélicoï-
- Schindelleghi. . . . 756 2870 50 pour 1000 dales, sur les 10 premiers
- Biberbruck 831 3221,92 43,7 pour 1000 kilomètres de fortes rampes;
- Einsiedlen. . . . 822 5146,28 10,6 pour 1000 le reste en voie ordinaire.
- Comme nous Pavons dit plus haut, le système imaginé par M. Wetli est, en somme, un chemin de fer à rail central, dans lequel la roue dentée et la crémaillère longitudinale du Righi sont remplacées par un tambour à nervures hélicoïdales engrenant dans des rails triangulaires. De même que la roue dentée du Righi, le tambour hélicoïdal fait partie intégrante de la locomotive. Les figures ci-contre feront comprendre à première vue le fonctionnement de l’engrenage Wetli. Il nous semble puéril de rappeler à ce sujet la construction si connue de l’hélice, au moyen d’un fil qu’on enroule sur un cylindre sous un angle donné. Supposons flexible le rail triangulaire en fer que nous voyons fixé aux traverses de la voie entre les deux rails vignoles ordinaires; enrou-lons-le sur le tambour, et nous obtiendrons un relief hélicoïdal qui se juxtaposera entièrement contre celui qui doit engrener avec la voie centrale.
- Le rail triangulaire lui-même est formé de fers en Y, dont la section est visible sur notre figure. Ces
- 1 Voy. la Nature, lre année, 1873. Le chemin de fer du Righi. p. 7.
- fers en V sont reliés ensemble par des fers horizontaux qu’on fixe solidement sur les traverses en chêne. Pour donner plus de raideur au système, on adapte encore, au milieu du triangle, des traverses métalliques parallèles aux précédentes. L’angle au sommet du rail triangulaire est de 50° ; la distance entre deux traverses consécutives de la voie est de 0m,952.
- La locomotive qui fonctionna dans la malheureuse course d’essai du 30 novembre avait été construite dans les ateliers d’Esslingen, d’après les plans du Nord-Est suisse; le tambour et ses accessoires avaient été exécutés sur les indications de M. Wetli. La machine est à trois essieux couplés; celui du milieu porte le tambour, qui peut être monté ou baissé à volonté depuis la plate-forme du mécanicien, c'est-à-dire qu il est loisible de le faire engrener avec les rails triangulaires centraux, en faisant agir sur lui une pression de 5 tonnes,75. Le tambour a un diamètre de 0m,730; les rails en acier qui forment la nervure hélicoïdale ont sensiblement la forme d’un rail vignole à large patin, solidement vissé sur le oylindte. Dans des circonstances normales, cette lier-
- p.87 - vue 91/432
-
-
-
- 88
- LA NATURE
- vure doit constamment toucher le rail triangulaire à 0ra,015 au-dessous de la plate-forme de la voie centrale. Afin de maintenir ce contact, l’essieu du tambour porte deux poulies roulant sur la voie extérieure, et dont le diamètre déterminé d’avance assure la profondeur exacte du contact. Ces deux poulies ont un diamètre de 0m,890, tandis que les roues motrices ont 0m,893, en prévision de l’usure des bandages.
- Depuis fin octobre, les travaux de la voie étaient terminés. Deux premières courses d’essai, faites le 27 octobre et le 2 novembre, n’avaient point donné de résultats satisfaisants. Tantôt le tambour hélicoïdal engrenait avec le rail triangulaire, et semblait ainsi répondre au but pour lequel il avait été annexé à la locomotive; tantôt, malheureusement, ce tambour sortait des rails, montrant sa tendance à grimper sur la voie centrale sans engrener.
- A la suite de ces deux premiers essais, dans lesquels quelques rails triangulaires avaient été brisés par le fonctionnement défectueux du tambour, M.Wetli fit retoucher les nervures hélicoïdales. La troisième course d’essai fut décidée lorsqu’on se fut assuré que la construction du cylindre répondait désormais exactement aux prescriptions de l’inventeur.
- Les journaux suisses sont pleins des récits de la terrible catastrophe qui signala cette course fatale. La locomotive avait parcouru tant bien que mal les 10 kilomètres en rampes de 50 0/00, sur lesquels la voie triangulaire est établie. De Wœdensweil à Burghalden, sur environ 3 kilomètres, on put constater, par les traces laissées sur le givre qui recouvrait les rails, que le tambour hélicoïdal avait fonctionné ; le contact était visible. Entre Burghalden et Samstagern, malgré qu’on se servît des freins pour forcer le contact, le tambour ne fonctionnait plus régulièrement. On atteignit ainsi la station de Schin-delleglii. La locomotive avait parcouru plus de 8 kilomètres, remorquant un wagon chargé de 20 tonnes de rails.
- La descente fut alors commencée avec le secours du cylindre hélicoïdal ; mais il ne tarda point, comme à la montée, à sortir de ses rails, brisant la voie centrale triangulaire. Une première fois, on put ar-
- rêter la locomotive sur la pente avec les freins et la contre-vapeur; mais lorsqu’on voulut recommencer la descente, ni freins ni contre-vapeur ne purent réprimer la vitesse toujours croissante avec laquelle le train se précipita sur cette pente de 50 0/00 qui le séparait de Wœdensweil. Ces 8 kilomètres furent, dit-on, parcourus en cinq minutes !
- La lugubre odyssée de cette course vertigineuse est aujourd’hui connue dans tous ses détails. Des quatorze personnes qui prirent part à l’essai du système nouveau, trois ont été tuées ; la plupart blessées, quelques-unes assez grièvement. Un peu au-dessous de la station de Burghalden, à 2 kilomètres 1/2 de Wœdensweil, au passage d’une courbe de 240 mètres de rayon, M.le Dr Kâlin, d’Einsiedlen, fut jeté hors du wagon avec une telle violence que la mort a dû être instantanée. Six autres personnes avaient déjà été projetées sur la voie, ou avaient volontairement sauté hors de la machine ou du wagon de rails. A 1 kilomètre 1/2 de Wœdensweil, le wagon chargé des 20 tonnes de rails, déraille. La roue droite déchire la voie triangulaire centrale, tandis que la roue gauche écrase le rail extérieur. 11 suit ainsi la locomotive pendant 400 mètres; enfin la chaîne d’attelage se rompt. Les quatre personnes montées sur ce wagon peuvent descendre ou sont jetées violemment à terre ; parmi elles se trouve M. Wetli.
- MM Maey, ingénieur en chef; Haueter, maître mécanicien, et les deux chauffeurs restaient encore sur la machine. Quelques secondes avant la catastrophe finale, M. Maey put sauter sur la voie. Le mécanicien Haueter, qui pendant toute la durée du sinistre avait fait preuve du plus grand courage, donnant les signaux d’alarme pour ouvrir les aiguilles et fermer les barrières, avait compté traverser la gare de Wœdensweil, et arrêter sa machine lorsqu'elle serait sur un plan horizontal. Dès son entrée en gare, la locomotive devait passer trois aiguilles avec des courbes sinueuses auxquelles elle ne put se plier. Détruisant deux rails sur une longueur d’une trentaine de mètres et labourant profondément la voie, elle s’arrêta enfin, littéralement broyée. Des trois hommes qui la montaient, le chauffeur Frei était mort, son camarade Stahl blessé. L’intrépide mécanicien
- Chemin de fer, système Wetli. — Détail de la voie et du tambour à nervures hélicoïdes.
- p.88 - vue 92/432
-
-
-
- LA NATURE
- 89
- Haueter, qu’on avait cru un instant pouvoir sauver, a succombé à ses blessures.
- La catastrophe que nous venons de décrire a donné lieu aux commentaires les plus divers, touchant son origine, et par suite le fonctionnement du système Wetli. Ce dernier envoya immédiatement aux joiu-naux une note que l’impartialité nous fait un devoir de reproduire :
- En présence des récits en partie eontrouvés, en partie inexacts, publiés par les journaux sur la course d’essai et la catastrophe du 30 novembre, je me borne, comme y Ayant pris part jusqu’au moment où le wagon s’est brisé sous moi, à la déclaration que le train, composé de la lo-
- comotive et d’un wagon de marchandises chargé, a été arrêté, un peu au-dessous de la Schindellegi, au point où la pente est la plus rapide, au moyen de la roue à vis, sans doute en sacrifiant quelques traverses triangulaires et qu’il est resté stationnaire sur la pente pendant quelques minutes, en sorte qu'on a pu examiner la cause de l’accident. La course a été ensuite reprise sans le secours de la roue à vis et du rail du milieu qui y correspond, personne n’ayant manifesté la crainte que les freins ordinaires ne suffiraient pas à assurer une descente régulière. A en juger d’après ce qui est arrivé, il n’est pas probable que ces freins aient été employés pendant l’arrêt dont je viens de parler, comme cela aurait dû avoir lieu. Toute personne qui serait à même de réfuter ce que je viens de dire est priée de le faire publiquement sous sa signature.
- Le chemin de fer système Wetli, établi en Suisse sur la ligne Wœdensweil-Einsiedlen. (D’après une photographie ’.)
- Les rédactions qui ont accueilli les récits dont j’ai parlé sont instamment priées d’accueillir également la présente déclaration.
- En réponse aux explications précédentes de M. Wetli, M. l’ingénieur en chef Maey, que nous avons vu précédemment sauter de la locomotive quelques secondes avant la fin de la catastrophe, adressa à la Nouvelle Gazette de Zurich la conlre-
- 1 La photographie que nous reproduisons a été prise au moment où on posait, l’été dernier, la voie triangulaire, très-visible entre les deux rails vignole. Le tambour à nervure hélicoïdale est sur la voie, sans la locomotive à laquelle il sera plus tard annexé, lors de l’exploitation. Il servait alors à assurer la régularité de la pose des rails centraux. En bas de la pente se trouve, sur le bord du lac de Zurich, la gare de Wœdensweil, qui vit se terminer la terrible catastrophe.
- déclaration suivante, que nous reproduisons également à titre de document pouvant éclairer nos lecteurs sur les lamentables phases du sinistre :
- « Il est inexact, dit M. Maey, que le train d’essai, composé de la locomotive et d’un wagon de marchandises chargé de rails, ait été arrêté au-dessous de la Schindellegi, sur la pente la plus rapide, au moyen de la roue à vis; au contraire, cet arrêt s’est elfeclué sans le secours de la roue à vis, par la contre-vapeur de la locomotive et les freins ordinaires. Afin de pouvoir juger de l’action de la roue à vis sur la pente au-dessous de la Schindellegi, toutes les personnes faisant partie de la course d’essai,y compris M. Wetli et l’écrivain de ces lignes, s’étaient placées au bord de la voie pour voir passer le train. A environ 230 pieds de distance de ce point d’observation, la roue à vis est sortie des rails, ce qui a imprimé à la loco-
- p.89 - vue 93/432
-
-
-
- 90
- LA .NA TUE K.
- motive une oscillation très-violente en suite de laquelle plusieurs des rails triangulaires se sont totalement brisés.
- « La roue à vis une fois sortie des rails et ne se trouvant plus en contact avec les rails triangulaires, le train ne pouvait plus être arrêté que par la contre-vapeur et la résistance qu’offraient les freins, qui jusqu’à ce moment avaient complètement répondu à ce qu’on en attendait.
- « il est en outre complètement inexact que la suite de la descente eut pu s’effectuer avec le concours de la roue à vis. Après l’examen des rails, on était d’accord, M. l’ingénieur Wetli y compris, sur ce point, que le déraillement de la roue à vis provenait essentiellement de ce qu’elle ne mordait pas suffisamment, et de la mauvaise position qu’elle occupait à l’égard des rails triangulaires, et que dans ces conditions défectueuses la roue à vis ne pouvait plus être utilisée pour les descentes.
- « On était également d’accord que la descente pouvait, en procédant avec précaution et lentement, s’effectuer sans le concours de la roue à vis avec l’emploi de la contre-vapeur et à l’aide des freins ordinaires. Cela parut d’autant plus admissible que le train, dans son ascension, avait parcouru diverses étendues de la voie sans le concours de la roue à vis.
- « Du reste, les courses d’essai ont été faites conformément au programme de M. Wetli. »
- Quels que soient les faits nouveaux que l’enquête ouverte apporte au dossier que nous venons de résumer, et quelque appréciation qu’ils fassent surgir dans le public sur le principe même du système si malheureusement expérimenté, nous pouvons dès à présent conclure que l’agencement actuel est évidemment défectueux. La forme des rails centraux triangulaires, ainsi que celle du tambour à nervures hélicoïdales, doivent être améliorées, et la pression de ce dernier sur la voie centrale augmentée dans line proportion convenable L 11 est possible qu’on atteigne encore ainsi des résultats dignes d’attention. Nous ne cacherons point toutefois que, dans notre pensée, la terrible expérience de Wœdensvveil-Ein-siedlen a porté au système Wetli, un coup dont il lui sera difficile de se relever, quelque ingénieuses que soient les modifications qui pourront lui être apportées dans l’avenir. Maxime Hélène.
- LA NOUVELLE CARTE DU MONT BLANC
- DE M. VIOLLET LE DUC.
- Dans une des dernières séances de la Société d’encouragement, M. Laboulave a présenté la belle carte que M. A. Viollet Le Duc a faite du mont Blanc et qui a été publiée par M. Baudry, éditeur.
- Depuis que le massif du mont Blanc a été en partie annexé à la France, M. Yiollet Le Duc s’est donné la tâche de dresser une carte complète de ce massif
- 1 Ceux de nos lecteurs qui voudraient prendre connaissance des détails techniques sur les trois courses d’essai exécutées les 27 octobre, 2 et 50 novembre, les trouveront résumés dans le journal hebdomadaire Die Eisenbahn (le Chemin de fer), rédigé, à Zurich par M. l’ingénieur H. Paur.— Orell, Fussli iet Ca, éditeurs. du 15 décembre 1876, avec une planche, tracé, profil en long, et détails de la voie Wetli, — M. H, .
- à une échelle assez grande (un quarante millième), pour que la forme et la disposition des roches et des terrains qui le composent puissent être fidèlement retracés. Il commença par réunir tous les travaux antérieurs, tels que la carte partielle de M. le capitaine Mieulay, les reliefs de M. Bardin, l’excellent ouvrage de M. Alph. Fabre. Les positions relatives des divers sommets furent vérifiées par des relevés pris de points nombreux choisis sur les arêtes qui l’entourent. Puis, pénétrant dans le massif même, il a pu faire des visées intérieures de tous les points importants, de manière à avoir toujours trois visées pour un même sommet. Rapprochant ces trois visées, il était possible de figurer ce sommet sur un plan horizontal, d’apprécier l’inclinaison et la direction de ses arêtes et la physionomie de son ensemble cristallin.
- Pour que ces déterminations fussent exactes, il a fallu revenir plusieurs fois sur les mêmes points, multiplier les dessins à vue et les visées, se méfier des erreurs que la pureté extrême, mais très-variable de l’air, peut causer dans l’appréciation des diverses perspectives. Peu à peu, on arrivait ainsi à compléter des polygones qui se rectifiaient par l’étude des polygones voisins, et ce n’est que par une série de tâtonnements très-répétés qu’on est parvenu à la représentation exacte du terrain.
- Dans cette longue et laborieuse étude, M. Viollet Le Duc s’est servi avec un grand avantage de l’adaptation de la chambre claire à une lunette fixée parallèlement à une planchette. C’est ainsi qu’il a pu du sommet du Brevent, des Grands-Mulets et du grand plateau, reconnaître sûrement et dessiner le mode de structure et de dislocation par retrait du sommet de l’Aiguille-du-Midi. 11 s’en est servi aussi pour dessiner à distance les neiges des altitudes supérieures, et pour se rendre compte du mode de glissement et de chute de ces neiges qui n’ont pas encore acquis les propriétés expansives de la glace.
- C’est, à l’aide de ces nombreuses déterminations, de plus de cinq cents dessins, de très-nombreuses photographies, que M. Viollet Le Duc est parvenu à dresser cette carte qu’il a éclairée par le midi avec la direction des rayons de onze heures, et qui représente avec toute l’exactitude possible, ce que serait une photographie de cette partie des Alpes, prise d’un point élevé à 10 kilomètres au-dessus.de la terre. ....
- L’auteur de ce beau travail n’a pas pu parcourir ces montagnes, sans être amené à faire une étude approfondie de la manière dont elles ont été formées. Deux périodes sont intéressantes dans cette création; la formation primitive, donnant plus ou moins vite aux massifs leur forme originelle, et là dégradation lente, continue, mais considérable, qu’ils ont subie par l’action des intempéries atmosphériques et autres modifications survenues avec le temps dans une longue durée. Cette étude l’a conduit à analyser l’action des pluies,, les torrents divers qui s’établissent dans les hautes montagnes,
- p.90 - vue 94/432
-
-
-
- LA NATURE.
- les dégradations qu’ils causent, les alluvions de formes si variées et d’une importance si grande qui en sont la conséquence. Ces phénomènes ont eu une très-grande part dans la forme des montagnes actuelles. Leur état présent est loin d’être définitif; il se modifie sans cesse, l’état instantané d’équilibre résulte de la résistance que les roches apportent à la décomposition, contre l’action continue de ces causes de la démolition des montagnes.
- Cette partie de l’élude de M. Viollet Le Duc offre le plus grand intérêt, et contient une grande quantité d’observations neuves, très-utiles aux ingénieurs chargés de travaux pour contenir les torrents des montagnes.
- LE COTON DE VERRE
- On emploie dans les laboratoires, en Allemagne et surtout en Autriche, un filtre assez original et peu connu en France; les services qu’il peut rendre sont nombreux et, après la communication que vient de faire M. Limousin à la Société de pharmacie sur cet objet, il est certain que le glaswolle va rencontrer chez nous un excellent accueil.
- Pour ceux qui n’entendent pas l’allemand, disons d’abord que glaswolle signifie soie de verre ou coton de verre. En effet, cette substance n’est pas autre chose que du verre étiré en fils si ténus qu’on ne peut les comparer qu’à ceux de la soie ou du coton. La fabrication de ces fils exige certainement l’emploi de procédés qui ne sont pas bien connus, car en Bohême même, la seule contrée où elle existe, deux usines au plus en possèdent le secret et le monopole. Quoi qu’il en soit, le coton de verre, vu en masse, ressemble simplement à du coton ; les filaments qui le constituent, plus faciles à briser par la traction, possèdent une remarquable souplesse; leur aspect même éloigne toute idée d’une substance minérale.
- Grâce à l’inaltérabilité dont il jouit, ce coton se prête à de nombreux usages dans le laboratoire, soit pour filtrer les solutions altérables, soit pour recueillir les précipités et faciliter leur pesée. Veut-on calciner un composé insoluble sur le filtre qui l’à séparé, on trouvera dans le creuset, avec le résidu prévu et sans mélange de cendres étrangères, un petit globule de cristal représentant tout le filtre. Veut-on se servir indéfiniment du même filtre, il suffit de laver celui-ci à grande eau après chaque opération et de le sécher. Il est inutile d’insister sur les avantages pratiques du coton de verre ; il en est un autre que signale M. Limousin, celui de se prêter à la fabrication de pinceaux inaltérables, par les liqueurs qui sont employées en badigeonnages, telles que les solutions d’acide chromique, de nitrate d’argent, de teinture d’iode, etc.1 E. Ferrand.
- FAUX BLOCS ERRATIQUES
- DE LA I’LATA2.
- Le sol de la république orientale de l’Uruguay est formé de plateaux ou de terrasses légèrement ondulés, traversés par des chaînes de montagnes peu
- 1 La France médicale.
- 2 Bulletin de la Société géologique de France, 3e série, t. IV, p. 30i.
- n
- élevées, étroites et rocheuses, qui se distinguent par leurs crêtes vives, tranchantes, et qui portent pour cette raison, dans le pays, le nom de Cu~ chilla, qui veut dire Couperet.
- La chaîne principale, Cuchilla grande, court sensiblement du nord au sud et divise ce pays en deux bassins très-inégaux. Son versant oriental est remarquable par la multitude des cours d’eau qui y prennent leur source et viennent se déverser à l’embouchure du Rio-Uruguay. Son sol est formé d’un épais limon pampéen, rempli de cailloux roulés, qui repose sur des sables stratifiés et sur des roches anciennes. Celimon bien connu forme de vastes plaines (Pampas) un peu ondulées, d’où émergent, en de nombreux points, des blocs de roches éruptives, arrondis et à surfaces polies. Ces blocs, souvent énormes, qui paraissent isolés et disséminés au milieu des Pampas, ont depuis longtemps attiré l’attention ; on leur avait attribué une origine glaciaire. D’Or-bigny, dans son voyage en Amérique, les avait signalés, mais sans insister sur leur polissage singulier1.
- Agassiz, après avoir constaté sur les rives de l’Amazone des traces évidentes d’une époque glaciaire, avait déclaré que les effets du passage des glaces devaient être encore plus manifestes sur le Rio de la Plata, qui est plus rapproché du pôle; aussi, quand, dans une relâche faite à Montevideo avec le Hassler, il eût vu ces blocs accumulés dans les environs du Cerro de Montevideo, il n’hésita pas à les considérer comme erratiques. Cette opinion, qui venait confirmer ce qu’en avait dit un ingénieur de la contrée, M. Carlos Honoré, dans un mémoire publié en 1872, fit foi dans tout le Nouveau Monde. Tout récemment, un médecin de la marine, M. le docteur Jules Crevaux, étant à bord du Lamothe-Piquet, eut l’occasion de parcourir cette région, et après avoir souvent exploréles plaines où se présentent ces accumulations singulières de blocs arrondis, il a été amené, par des observations attentives, à expliquer tout différemment l’usure et le polissage remarquables de ces roches. 11 pense, en effet, que tous ces phénomènes ont été produits par les grands cours d’eau qui ont autrefois sillonné cette région, et que, loin d’avoir une origine erratique, tous ces blocs sont parfaitement en place et n’ont nullement été transportés.
- Le mémoire de M. Jules Crevaux, médecin de première classe de la marine, donne une description minutieuse de toutes les localités qui ont été explorées, et de nombreuses photographies prises par l’auteur viennent appuyer ces descriptions2.
- A quinze kilomètres au nord de Montevideo, à La Independancia, sur les rives d’un petit ruisseau très-sinueux, assez profondément encaissé, s’élèvent des rochers immenses, qui, par leurs formes singulières, appellent l’attention du voyageur le plus in-
- 1 Voyage dans l’Amérique méridionale, Géologie, p. 2i.
- 2 M. Crevaux a rapporté deux morceaux de ces blocs granitiques polis; l’un d’eux est au musée de Brest, l’autre à la Sorbonne.
- p.91 - vue 95/432
-
-
-
- 92
- LA NATURE.
- différent (fig. 1,2 et 3). Les uns sont assez régulièrement ovales, les autres sphériques; tous ont leurs arêtes plus ou moins émoussées, et leurs dimensions varient de 4 à 400 mètres cubes. Il en est qui semblent isolés et paraissent avoir roulé à une assez grande distance. D’autres, bien qu’arrondis, n’ont certainement subi aucun déplacement ; ils adhèrent encore à la roche de fond. Plusieurs de ces blocs sont polis sur leurs faces latérales; l’un d’eux, remarquable par sa forme ovalaire, présente même des traces d’un polissage parfait sur toute sa surface ; il repose sur une pierre qua-drangulaire, comme un monument sur son socle (fig. 3).
- C’est en apparence l’un des plus beaux blocs erratiques décrits; en l’examinant toutefois attentivement, l’on voit qu’il n’est pas juxtaposé à la roche sur laquelle il repose, mais qu’il y adhère encore par plusieurs points et n’en paraît séparé que par suite d’une tissure incomplète ; le socle et le monument ont ainsi la même constitution : tous deux sont faits d’une syénite des plus belles. Il devient dès lors évident que cette roche a dû être polie sur place.
- De plus, l’examen le plus minutieux î e laisse découvrir sur toutes les surfaces polies aucune apparence de stries. Il
- en est de même pour tous les autres blocs.
- De La Independancia à Las Piedras, petit village situé à 5 kilomètres plus au nord, le terrain prend une physionomie tout à fait particulière. Des collines à pentes douces alternent avec des vallées peu profondes et donnent à tout ce pays l’aspect, d’une mer fortement houleuse. A un kilomètre de La Independancia, ces collines ont une teinte rouge d’autant plus accusée qu’elles sont mieux éclairées;
- elles sont, en effet, formées d’une roche granitique qui se désagrégé facilement, en donnant un sol maigre dans lequel la végétation croît avec peine. Ces roches sont en outre creusées de sillons parallèles, et dans leur prolongement (fig. 4 et 5), sur le versant d’une colline, on aperçoit, sur une longueur de 300 à 400 mètres, une grande accumulation de blocs
- disposés en traînées régulières.Tous sont encore arrondis et remarquablement polis et présentent de loin tous les caractères extérieurs d’une moraine. Toutefois, en étudiant ces blocs de près et avec un peu d’attention, on arrive à se convaincre que tous adhèrent encore à la roche de fond, et qu’ils ne sont en réalité que le résultat du fendillement et de l’érosion d’un pointement de granité à grains fins. Ils ne sont donc rien moins qu’erratiques. Quant aux sillons creusés dans ces colin es et sur la présence desquels M.IIo-noré a vivement insisté dans son mémoire pour appuyer sa théorie glaciaire, ils occupent les deux lianes des collines, se correspondent dans leurs parties déclives et ne se voient jamais sur la crête; ils forment ainsi des sortes de terrassse qui ressemblent à toutes celles creusées par les eaux dans les terrains friables.
- Reste maintenant à expliquer le polissage des roches. Les Gauchos ne sont guère embarrassés. « Tenez, disait l’un d’eux à M. Grevaux, en lui montrant du doigt un bœuf qui se frottait de bon cœur contre le mieux poli de ces blocs, voilà la cause de ce qui paraît vous intriguer si fort. » Sans doute, les innombrables troupeaux qui puissent dans les Pampas, ont jusqu’à un certain point contribué au polissage de quelques-uns des blocs qui émergent dans les
- Fig. 1, 2 et 3. — Rochers arrondis et polis de l’Independencia. Le bloc de la ligure 3 est destiné à occuper le milieu d’une place publique comme monument attestant une période glaciaire dans le bassin de ia Plata. (D’après des photographies.)
- p.92 - vue 96/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 93
- Fi*;. 4, — Traînée de blocs granitiques polis aux environs de Las Piedras.
- plaines; mais, si celte explication peut être acceptée clans quelques cas particuliers, il n’est pas besoin de dire combien elle est insuffisante en général.
- De petits cours d’eau coulent maintenant encore sur ces amas de rochers et se creusent, après une succession de chutes et de petites cascades, un lit profond, taillé à pic dans l’argile pampéenne (Barra nca). C’est dans ces berges qu’il est facile de voir chacun de ces prétendus blocs erratiques se continuer en profondeur avec la roche sur laquelle il ne paraissait que reposer. De plus, dans le lit même des ruisseaux , on constate que toutes les roches sont comme creusées de sillons, de canaux parfaitement polis, au fond desquels coule parfois un mince filet d’eau- Ces sillons , tout à fait lisses, s’évasent pour aboutir à une sorte de petit bassin circulaire, de telle sorte que les rainures se terminent toutes, pour ainsi dite, en forme de cuillère.
- L’action des eaux est là desplus évidentes; il est de ces rainures qui sont recouvertes en partie par des blocs éboulés et dans lesquelles l’eau glisse avec rapidité ; les surfaces supérieures de ces sortes de canaux sont aussi bien polies que les surfaces inférieures, et ce polissage ne peut assurément être attribué qu’au frottement continuel exercé par les eaux tenant des corps durs en suspension. Il serait impossible d’invoquer, pour l’expliquer, une action glaciaire quelconque. Les eaux de ces ruisseaux sont du reste toujours chargées de sables et de graviers, qui s’accumulent au fond des petits bassins dont nous venons de parler; souvent elles sont torrentielles, et l’action érosive qu’elles exercent devient considérable.
- En comparant le polissage qui se fait ainsi actuellement au fond des ruisseaux, à celui des roches
- Fig. 5. — Deux de ces blocs vus de près.
- i* ig
- qui se dressent sur leurs rives, on reconnaît que tous deux sont identiques et toujours exempts de ces stries qui sont si manifestes quand le même phénomène est produit par les glaces. U devient donc bien naturel de les attribuer à la même cause.
- M. Honoré, dans son mémoire, s’est encore appuyé sur la diversité des roches qui forment les
- traînées en question. On voit, en elfet, côte à côte, des syé-niteset des granités; mais, en examinant les coupes que donnent des exploitations faites au milieu de ces rochers, on remarque que les masses granitiques sont traversées dans tous les sens par de nombreux filons de syénile, de telle sorte que ces deux roches paraissent alterner l’une et l’autre. L’enchevêtrement apparent des blocs de granité avec ceux de syénite s’expliqua dès lors tout naturellement.
- Sur le cours du Miguelet, à une lieue de Montevideo, les mêmes faits peuvent s’observer. En ce point les rochers sont arrondis , sans être polis, et se pré -sentent comme une accumulation de galets énormes, mais, comme toujours, ce ne sont que les sommets émoussés des roches de fond ; il n’y a pas simple contiguïté, mais bien continuité directe entre les roches superficielles et les roches profondes.
- Enfin, au Cerro de Montevideo, et ce point est important à étudier, puisque c’est là qu’Àgassiz dit avoir trouvé les traces d’une période glaciaire ancienne, on chercherait en vain les raisons qui ont pu motiver l’opinion du savant américain. On voit, en effet, quelques pointements d’une sorte d’eurite noire, compacte, dans le voisinage des bancs de coquilles marines (Azara labiata) exploités comme pierre à chaux; mais l’action érosive des eaux sur
- 6, 7 et 8.— bouliers présenta..i d*.s traces de polissage aux environs de la Florida, d’après des dessins de SI, Honoré.
- p.93 - vue 97/432
-
-
-
- 94
- LA NATURE.
- ces roches est là encore des plus manifestes ; toutes les roches sont parfaitement en place; les grès oo-quilliers calcaires qui les entourent sont remplis de petits galets quartzeuv, au milieu desquels on en reconnaît d’autres provenant des roches qui émergent au-dessus des bancs.
- En résumé, M. le docteur Crevaux déclare que dans toutes les localités qu’il a parcourues, les roches arrondies et polies se sont toujours présentées à lui sous le même aspect, c’est-à-dire sans stries, toujours identiques avec les roches de fond sur lesquelles elles reposent, n’en étant que rarement séparées par des fissures le plus souvent incomplètes, et, que partout, l’action des glaces devant être écartée, leur usure, leur polissage, s’expliquent parfaitement par le frottement exercé par des eaux très-mouvementées, chargées de graviers et de sables, comme celles qu’on peut encore observer à Las Piedras1.
- CHRONIQUE
- Canaris savants. — Un habitant de Phœnixville, dit le Reading Eagle de Queensland (Australie), a plusieurs très-beaux canaris auxquels il a donné beaucoup de soins. Il a appris à l’un de ces oiseaux à chanter : Home, sweet home clairement et distinctement. Son mode d’instruction est le suivant. Il place le canari dans une chambre où il ne peut entendre le chant d’aucun autre oiseau, et suspend sa cage au plafond, de manière que l’oiseau puisse voir son image dans un miroir. Derrière la glace est placée une boîte à musique qui y est réglée de manière à ne pas jouer d’autre chant que : Home, sweet home. N’entendant pas d’autres sons que ceux-là, et croyant que la musique vient de l’oiseau qu’il voit dans le miroir, le jeune canari commence bientôt à saisir les notes, il ne tarde pas à essayer lui-même à les reproduire, et il se met bientôt à chanter l’air très-fidèlement.
- Nous ajouterons à ce fait curieux, que nous avons eu l’occasion d’entendre un rouge-gorge savant qui chantait d’une façon délicieuse les motifs de plusieurs valses de Weber. Le propriétaire de cet oiseau remarquable l’avait acheté à des savetiers de Nuremberg, qui avaient fait son éducation en sifflant constamment à côté de lui les airs qu’ils avaient voulu lui apprendre. On nous a affirmé que quelques-uns de ces oiseaux chanteurs s’étaient vendus jusqu’à 1500 francs.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 décembre 1876.
- Présidence de M. le vice-amiral Paris,
- Radiomètre. — M. Grookes continue, par l’intermédiaire de M, du Moncel, d’entretenir l’Académie de ses idées théoriques sur le radiomètre. Il est très-intéressant de voir comment le célèbre physicien a modifié ses opinions au
- 1 On trouve aux environs de Rio-de-Janeiro des blocs polis semblables à ceux de la Plata. D’accord avec M. Burmeisler, M. Crevaux proteste contre l’opinion d’Agassiz, qui les considérait comme des vestiges d’une période glaciaire.
- sujet du bel instrument qu’on lui doit, et qui certes aujourd’hui ne recevrait plus le nom qu’il porte. Il ne fait plus de doute que la rotation du moulinet ne soit due en entier à la réaction des substances gazeuses émises par les ailettes. Même dans cette voie nouvelle, le savant anglais est arrivé à des résultats remarquablement élégants Par exemple, en remplaçant l’air raréfié des radiomètres ordinaires par de l’hydrogène, et en construisant les ailettes du moulinet avec des lames de mica fortement chauffées et disposées sous un angle convenable, il obtient des radio-mètres d’une telle sensibilité que la lumière de la lune suffit à les faire tourner. L’auteur a aussi reconnu que deux courants gazeux de sens contraire peuvent réagir dans un même appareil; il a construit un radiomètre à deux moulinets placés l’un au-dessus de l’autre, et dont les ailettes étaient noircies en sens inverse les unes des autres. En approchant une lumière du système, les deux moulinets se sont mis à tourner dans des directions opposées. Enfin M. Crookes a constaté que plus la surface absorbante des ailettes est rapprochée des parois du récipient, plus est énergique l’action déterminée par la lumière. Voici comment il a mis ce fait hors de doute, en employant une balance de torsion munie d’un miroir réflecteur : à un bout de l’aiguille suspendue de cet appareil était adapté un disque en mica chauffé et noirci d’un côté, et devant la surface noircie de ce disque se trouvait fixée, parallèlement, une plaque de mica transparente disposée de telle manière que la distance la séparant de la surface noircie pût être variée à volonté dans des limites connues, sans nuire à la perfection du vide. Or les expériences faites avec cet appareil ont montré que, avec une même lumière tombant sur la surface noircie, la pression moléculaire exercée sur le disque transparent augmente à mesure que la distance diminue, quel que soit d’ailleurs le degré de perfection du vide.
- Canal d'irrigation du Rhône. — Nous avons à signaler encore aujourd’hui un de ces projets qui sont l’honneur de notre époque. Il s’agit de perfectionner la nature à notre point de vue et d’amener la prospérité dans des régions que des calamités de toutes sortes successivement accumulées semblent conduire à la ruine la plus absolue. Entre Lyon et la mer, en effet, le Rhône traverse une contrée où le phylloxéra a détruit la vigne, naguère si productive; où les vers à soie, autre source de richesse, ont été décimés par des maladies variées que les savants remèdes préconisés à toutes reprises ont été impuissants à combattre ; où la rémunératrice culture de la garance a cessé de rien produire depuis cette nouvelle conquête de la chimie : l’alizarine artificielle. Et pourtant le sol brûlé de cette vallée ne se prête pas à d’autres cultures : conclusion, il faut le délaisser et porter ailleurs une activité qui ne peut plus rien ici. Ceci est logique, mais tout serait changé si le sol aride recevait une quantité d’eau suffisante. L’inondation des vignes basses y retrouverait le phylloxéra, et là où l’on cultivait la garance et le mûrier, des prairies verdiraient, couvertes d’innombrables troupeaux. Au lieu d’avoir à craindre la dépopulation par l’émigration de ses habitanls, la région verrait arriver chaque année de nouveaux colons. Or ce résultat peut être atteint par la création d’un canal latéral au Rhône, partant des Roches de Condrieu et arrivant jusqu’à la mer, et c’est la construction de ce canal que propose aujourd’hui M. Aristide Dumont, ingénieur en chef des ponts et chaussées, par l’intermédiaire de M. de Lesseps. La longueur du canal sera de 528 kilomètres ; mais il sera continué de Montpellier à Béziers par une rigole de 80 kilomètres.
- p.94 - vue 98/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 95
- D’après l’auteur, qui étudie son projet depuis de longues années, le canal d’irrigation du Rhône ne dépassera pas, pour les dépenses d’exécution, une somme totale de 110 millions. Il donnera naissance à une plus-value foncière immédiate qu’on ne peut pas estimer moins de 500 millions. Il permettra de créer une zone d’irrigation de 45 000 hectares dans quatre départements. Ces irrigations produiront annuellement 450 000 tonnes de foin, pouvant nourrir au moins 100 000 têtes nouvelles de gros bétail. L’agriculture de ces contrées, si éprouvées parle phylloxéra, la maladie des vers à soie et la ruine de la culture de la garance, reprendra son ancienne prospériié beaucoup plus stable que celle qui ne se fondait que sur des cultures industrielles exclusives. Seule, l’exécution du canal d’irrigation du Rhône peut restituer à toute cette partie du Midi la moins-value foncière énorme qu’elle subit en ce moment. L’exécution du canal se justifie amplement sans la submersion des vignes, mais elle n’en prouve pas moins le seul moyen efficace connu jusqu’ici pour reconstituer la production vinicole et la mettre à l’abri des ravages du phylloxéra sur une étendue de vigne3 en plaine d’au moins 80 000 hectares, où cette submersion pourrait être facilement et fructueusement appliquée.
- L’emploi efficace des insecticides ne peut être fait d’ailleurs qu’avec des volumes considérables d’eau que le canal peut seul fournir. Le canal peut s’exécuter en quatre ans ; il ne présente dans son exécution aucun ouvrage difficile. Les volumes d’eau empruntés au Rhône ne peuvent en rien nuire à la navigation du fleuve avec les conditions de prise d’eau imposées.
- Ajoutons que les populations intéressées attendent l’exécution de ce canal avec la plus vive impatience.
- Stanislas Meunier.
- HÉL10STAT
- d’hartnack et prazmowski.
- Les expériences d’optique, la photographie des objets microscopiques, l’étude des diatomées, beaucoup de recherches micrographiques qui se font à l’aide de la lumière du soleil, exigent que les rayons solaires soient immobilisés. Ce résultat est atteint par les héliostats, appareils qui ont pour but, ainsi que leur nom l’indique, de rendre, en apparence, le soleil stationnaire. Mais les héliostats aujourd’hui employés sont des instruments d’une complication extrême, d’une grande fragilité, en même temps que d’un prix très-élevé. De plus, ils sont assez difficiles à régler convenablement, et leur emploi est peu commode pour la plupart des opérateurs.
- Ce sont ces raisons qui ont conduit MM. Hartnack et Prazmowski à imaginer un nouvel héliostat beaucoup plus simple, très-facile à régler et d’un prix très-modique.
- Le principe sur lequel M. Prazmowski a fondé la construction de cet appareil est extrêmement facile à comprendre.
- Si l’on suppose un miroir plan et fixe incliné sur l’horizon de manière à contenir dans son plan l’axe du monde, cet axe, sur lequel tourne, en réalité, la
- terre dans son mouvement diurne, mais autour duquel semble tourner le soleil dans son mouvement apparent autour de la terre, il est clair qu’un rayon solaire quelconque qui viendra frapper ce miroir se réfléchira à sa surface; — pendant que le soleil parcourra son parallèle autour de l’axe du monde dans le sens de son mouvement direct, l’image fournie par le rayon réfléchi parcourra un parallèle de signe opposé avec un mouvement en sens inverse, ou rétrograde, mais égal, c’est-à-dire d’un tour entier en 24 heures.
- Si nous supposons maintenant que le miroir, au lieu d’être fixe, tourne aussi sur lui-même, sans cesser de contenir l’axe du monde dans son plan, d’un mouvement égal à celui du soleil, — un tour en 24 heures, — et dans le même sens, le rayon réfléchi décrira le même parallèle que précédemment, mais dans le même sens que le soleil, puisque l’astre et le miroir tournent en même temps avec la même vitesse, les déplacements de l’un correspondant à chaque instant à ceux de l’autre ou les compensant, les conditions de l’incidence et de la réflexion ne changeant pas.
- Ainsi, dans le cas où le miroir ne tourne pas, où sa vitesse est, par conséquent, zéro, le rayon réfléchi est doué d’un mouvement égal à celui du soleil, mais inverse ; — dans le cas où le miroir tourne dans le même sens que le soleil, avec une vitesse égale , un tour en 24 heures. Le rayon réfléchi rebrousse, pour ainsi dire, chemin, et se meut avec la même vitesse que précédemment, mais dans le sens direct du soleil. On peut en conclure qu’en donnant au miroir, dans ce même sens, une vitesse moyenne entre ces deux extrêmes, zéro et un tour en 24 heures (vitesse moyenne qui est d’un tour en 48 heures), le rayon réfléchi éprouvera un effet moyen : il n’aura plus le mouvement inverse et n’aura pas encore le mouvement direct ; autrement dit, il restera immobile dans sa direction, — ce qui était le but recherché.
- Tel est le principe fort simple, comme on voit, et très-élégant , sur lequel est fondé l’héliostat de MM. Hartnack et Prazmowski. Voyons maintenant comment ces habiles constructeurs l’ont appliqué.
- L’instrument se compose d’un solide mouvement d’horlogerie faisant tourner, avec une vitesse d’un tour en 48 heures, un axe sur lequel on peut établir à frottement le miroir carré qui va être ainsi mis en rotation.
- Sur la circonférence du tambour contenant ce mouvement, est disposé un cadran portant les heures espacées les unes des autres par un intervalle divisé de 10 minutes en 10 minutes. Ce tambour est lui-même porté par un support qu’on établit sur une surface horizontale, et qui permet de l’incliner de manière à faire coïncider l’axe du mouvement avec la direction de l’axe du monde dans le lieu où l’on opère.
- Cette direction , donnée par la lalitude du lieu, n’a pas besoin d'èlre connue de l’opérateur, l’oricn-
- p.95 - vue 99/432
-
-
-
- 96 •
- LA NATURE.
- tation de l'instrument quant à la latitude et quant à la déclinaison du soleil correspondant au jour de l'année, se faisant à la fois et, pour ainsi dire, automatiquement. L’appareil sera d’ailleurs fixé, après l’orientation, dans la position exigée par la latitude, à l’aide d’une vis de pression agissant sur un limbe qui porte les latitudes de U° à 70° (voir fig. ci-des-sous.)
- Pour orienter l’instrument, après que le mouvement d’horlogerie a été monté, on le place sur une surface bien horizontale, et, le miroir étant enlevé, on engage à frottement, dans l’axe du mouvement qui le traverse comme une broche, une règle métallique formant diamètre sur le cadran. Cette règle se termine à ses deux extrémités par un appendice perpendiculaire : l’un, plus court, percé d’un petit trou — c’est une pinnule ; l’autre, plus long, marqué d’une division représentant l’équation du temps et les déclinaisons du soleil, de dix jours en dix jours, reliées par une ligne continue. Au pied de l’ap-pendice-pinnule, la règle est percée d’une fenêtre qui permet d’apercevoir, au travers, les chiffres des heures gravés sur le cadran.
- Pour mettre l’appareil à l’heure, on fait tourner la règle autour de l’axe, comme l’aiguille d’une, montre, jusqu’à ce que le chiffre de l’heure et fraction d’heure à laquelle on opère (l’heure que l’on prend sur une
- montre bien réglée) soit compris dans la fenêtre, et que la division qui la représente sur le cadran coïncide avec un index placé sur le bord de la fenêtre.
- Pour orienter définitivement, on n’a plus alors qu’à faire tourner l’instrument horizontalement sur la table, en l’inclinant plus ou moins sur son support, jusqu’à ce qu’un rayon de soleil, passant par le trou de la pinnule, vienne peindre sur la ligne des déclinaisons placée sur la branche opposée de la règle, une petite image du soleil qui tombe exactement sur le point correspondant au jour de l’année.
- Cette opération dure à peine quelques instants, et elle est, comme on le voit, extrêmement facile.
- Cela fait, l’instrument est orienté; on serre la vis réglant l’inclinaison sur le cercle des latitudes, on enlève la règle et on glisse dans l’axe du mouvement la tige du miroir, qui peut y tourner à frottement sans agir sur le mouvement d’horlogerie, ce qui permet d’amener le rayon réfléchi dans tous les
- iiciiostal ülluilna.k et. i'i,azmov\:ki. lièglc à double équarre pour l'orientation de l’instrument. — Miroir sur pied pour diriger le rayon réfléchi suivant les besoins de l’opérateur.
- azimuts. On obtient ainsi un rayon horizontal immobile, que l’on peut encore réfléchir sur un autre miroir plan, placé à quelque distance et mobile sur son pied, afin de diriger le rayon partout où il en est besoin.
- Ajoutons que si l’on ne connaît pas exactement l’heure, on peut encore régler l’instrument d’une manière suffisamment approximative, en l’orientai t vers midi. On peut encore opérer en orientant d’abord vers 9 heures du matin, puis vers 3 heures du soir. A chacune de ces opérations, on trace un trait sur la table avec un crayon et le pied de l’instrument servant de règle. Ces deux traits forment un angle qu’on divise en deux parties égales, par une bissectrice le long de laquelle on range le pied de l’héhostat. Celui-ci se trouve ainsi orienté pour midi.
- Le mouvement d’horlogerie construit spécialement pour cet usage est extrêmement soigné et solide; il possède un échappement à ancre, et peut mouvoir un miroir beaucoup plus grand que celui qui lui est adapté. Un petit cadran, placé sur le tambour et divisé ne 60 minutes, sur laquel se meut une aiguille des minutes, permet de vérifier la régularité du mouvement. Le cadran des heures et la division en jours sur l’équerre sont émaillés et, par conséquent, à l’abri des accidents et des intempéries. L'instrument peut servir dans des localités situées depuis l’équateur jusqu’à une latitude de 70°.
- L’héliostat est accompagné d’un second miroir sur pied lourd, mobile dans une articulation à boule, et le tout est enfermé dans une boîte d’un petit volume et d’un facile transport.
- Nous pensons que cet instrument si ingénieux, si facile à régler, si peu coûteux, et en même temps construit avec tant de soin par MM. Hartnack et Prazmowski, répond à un besoin, et qu’il est appelé à rendre les plus grands services dans les salles de cours, les laboratoires, les ateliers de photographie, et pour la réalisation des expériences si nombreuses, dans lesquelles la lumière du soleil est nécessaire ; — c’est pourquoi nous avons cru devoir le décrire avec quelques détails. Dr J. Pelletaîj.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier,
- COUCEIL, TYP. ET STER, CRETE.
- p.96 - vue 100/432
-
-
-
- -V 189.-13 JANVIER 1877.
- LA NATURE.
- 97
- LA TORTUE RAYONNÉE
- Sous le nom de tortue de Madagascar, Commerson désigna, dans ses notes manuscrites, une espèce de grande taille, exclusivement propre à la grande île africaine. Cette chersite, si caractérisée, avait antérieurement été reconnue par Grew qui, dans le Muséum de ia Société royale, avait, pour la première fois, décrit et figuré, en la nommant grande tortue tessellée (Testudo testellata major), la carapace de cette espèce que Merren rapporta à tort à la Tortue sillonnée qui habite le Cap, le Sénégal et l’Abyssinie. Plus tard, Daudin fit connaître une Tortue coui, tandis que, presque à la même époque,
- Sbavv, dans la zoologie générale, figurait sa Tortue radiée. C’est ce dernier nom que Gray, Bell, Dumé-ril et Bibron ont adopté.
- Ce nom de Rayonnée est, en effet, très-caractéristique de l’espèce que, par les soins de MM. Leroy et Lauratet la ménagerie des reptiles du Muséum vient de recevoir. D’un noir profond sur le crâne et le dessous du cou, portant, en outre, une large tache de même couleur sur la partie externe des pattes de derrière et une tache noire entourée d’autres petites taches sur le coude, cette espèce est ornée sur les écailles de la carapace d’auréoles d’un jaune vif desquels partent des rayons divergents de même couleur, dont le nombre et la largeur paraissent varier suivant l’âge des individus examinés.
- La tortue rayonnée, d’après l’un des individus récemment envoyés à la Ménagerie des reptiles au Muséum d’histoire naturelle.
- (1/4 de grandeur naturelle.)
- Le jaune et le noir sont aussi les seules couleurs qui j soient répandues sur le plastron, cette partie de la boîte osseuse qui protège la portion inférieure du corps. De chaque côté de ce plastron se remarquent quatre taches triangulaires de grande taille et placées à la suite l’une de l’autre. Suivant la remarque de Duméril et Bibron, « il existe sur le milieu du sternum autant de figures triangulaires jaunes que les côtés en portent de noires ; mais si celles-ci sont unicolores, celles-là ne sont point uniformément jaunes, attendu que toutes sont plus ou moins mar-quées de raies divergentes étroites qui partent de leurs sommets. »
- C’est un jaune pâle qui règne aussi sur toutes les régions qui ne font point partie de la carapace, à part, ainsi que nous l’avons dit, sur les membres postérieurs ; il faut toutefois en excepter la partie
- S* anote. — 1er semestre.
- terminale de la queue et les ongles des pieds de derrière; nous avons déjà fait remarquer que les plaques de la carapace, de couleur noire, portaient au centre une large tache jaune s’étendant en rayons sur le l’este de leur surface. Cette cai'apace est elle-même de forme hémisphérique et son pourtour est fortement crénelé en avant et en arrièi’e, présentant à la partie postérieure une grande échancrure semi-lunaire et se prolongeant en avant sous forme de deux points divergeant en foraie de V. Ainsi qu’on le remarque chez la plupart des tortues de terre, les femelles ont le stenium plat; celui des mâles est, au contraire, profondément et largement concave.
- L’espèce arrive à une grande taille et peut atteindre pi'ès de cinquante centimètres de long; l’un des individus que possède la ménagerie pèse environ huit kilogrammes.
- 7
- p.97 - vue 101/432
-
-
-
- 98
- LA NATURE.
- La tortue rayonnée a les mœurs des autres tortues de terre. Quoi qu’en disent Duméril et Bibron, les tortues chersites vont assez fréquemment à l’eau pour boire et se baigner, quoiqu’à vrai dire elles soient souvent assez embarrassées pour regagner la rive. Flottantes sur l’eau, elles portent, pour respirer, leur tête au-dessus du liquide, se laissant ainsi bercer à la surface. Veulent-elles revenir à terre, elles étendent les deux membres d’un même côté, tandis que les deux pattes du côté opposé se rapprochent; par ces mouvements alternatifs, l’animal avance lentement, présentant à l’eau le moignon de ses membres servant ainsi de rames, très-peu puissantes, il est vrai. A terre, la tortue se meut en élevant sa carapace au-dessus du sol ; peu de reptiles sont du reste rampants, dans le vrai sens du mot ; ils se meuvent en marchant, et non en se tramant le ventre contre la terre.
- Toutes les tortues terrestres que nous avons l’occasion d’observer dans nos ménageries, tortue bordée, tortue mauresque, tortue grecque, tortue radiée, tortue allongée, se nourrissent de substances végétales, de courges, de potirons, de melons et surtout de salades. Elles déchirent leurs aliments bien plutôt qu’elles ne les coupent, et cela grâce aux dentelures dont leurs mâchoires sont pourvues ; retenant avec les pattes de devant leur nourriture qu’elles fixent ainsi sur le sol, ces tortues coupent leurs aliments en retirant brusquement la tête en arrière.
- Ainsi que toutes les grandes espèces du genre, la tortue rayonnée est comestible ; il s’en exporte chaque année de nombreux individus au Cap, à Bourbon, aux Seychelles. E. Sauvage.
- —O&O---
- L’ÉTOILE NOUVELLE
- DE LA CONSTELLATION DU CYGNE.
- Le phénomène de l’apparition d’une nouvelle étoile dans le ciel est assez rare pour frapper l’imagination du public aussi bien que pour attirer l’attention des hommes de science. 11 a, d’un côté, tout l’attrait de l’inattendu, de l’inconnu mystérieux {il soulève, de l’autre, des questions fort importantes relatives à la constitution physique et chimique des étoiles, à la comparaison de ces soleils lointains avec notre propre soleil. Mais aujourd’hui, plus que dans les siècles passés, plus que dans la première moitié du dix-neuvième siècle, une telle curiosité se trouve légitimée, parce que les moyens nouveaux d’investigation qu'ont en leur possession les astronomes, promettent de dévoiler, en grande partie du moins, la nature des transformations singulières qui donnent lieu à ces apparitions.
- Avant de nous occuper de la découverte toute récente due au directeur de l’Observatoire d’Athènes, M. J. Schmidt, faisons une courte revue l'étrospec-; tive des apparitions antérieures.
- Tout le monde connaît, pour en avoir lu l’histoire dans les ouvrages d’astronomie, dans le Traité d’A-rago ou dans le Cosmos de Humboldt notamment, la fameuse étoile temporaire de 1572, qui apparut dans le courant de novembre au milieu de la constellation de Cassiopée, et dont Tycho-Brahé suivit toutes les phases. Sa scintillation extraordinaire, son éclat, qui atteignit et dépassa Wéga, Jupiter, Sirius, et même Vénus en quadrature, de sorte qu’elle resta visible le jour en plein midi, enfin sa brusque diminution et sa disparition après dix-sept mois de visibilité, donnèrent à cette étoile une célébrité extraordinaire.
- En 1600, une étoile nouvelle se montra dans le Cygne, où elle fut étudiée par Képler ; puis elle disparut en 1621, se montra de nouveau en 1655, puis à diverses époques ; elle est encore visible aujourd’hui.
- Trente ans après la Pèlerine, apparut l’étoile du Serpentaire, que Brunowski découvrit en octobre 1604, et qui eut pour observateur et pour historien le grand Képler. Elle fut visible pendant dix-huit mois, et, sans égaler en éclat celle de 1572, elle surpassa les étoiles de première grandeur et Jupiter lui-même.
- En 1670, une troisième étoile temporaire fut découverte par le chartreux Anthelme, dans la partie de la constellation du Renard, voisine de $ du Cygne. Elle était de 5e grandeur au moment de son apparition ou plutôt de sa découverte, le 20 juin. Vers : le 10 août, elle n’était plus que de 5e grandeur, disparut trois mois après pour faire sa réapparition le 17 mars 1671, avec l’éclat d’une étoile de 4e grandeur. Les étoiles temporaires de 1572 et de 1604 avaient porté l’attention des astronomes sur la variabilité des lumières stellaires, et Bouillaud avait déjà, en 1650, approximativement fixé la période de Mira Ceti, ou o de la Baleine. Cassini, qui remarqua dans l’étoile du Renard des variations sensibles, crut pouvoir en fixer la période à 10 mois ; mais on la chercha vainement en février 1672 ; elle ne reparut qu’à la fin de mars, de 6e grandeur, puis disparut de nouveau et cette fois pour toujours.
- Entre l’étoile du Renard et celle qui fut découverte le 28 avril 1848 par Hind dans Qphiucus (ou le Serpentaire) il s’écoula 177 ans. D’une teinte jaune foncé ou rougeâtre, l’étoile de 1848 ne dépassait pas la 5e grandeur; mais les variations de sa lumière furent étudiées avec soin pendant tout le cours de sa visibilité; en 1850, elle atteignait à peine la 11e grandeur, qu’elle a conservée depuis.
- Faut-il rappeler encore les recherches qui furent faites depuis Cassini dans les ouvrages anciens, européens ou chinois, recherches qui permirent de constater un assez grand nombre d’apparitions semblables, consignées dans les chroniques, et depuis oubliées : celle de l’an 125 avant l’ère vulgaire, qu’observa Hipparque au rapport de Pline ; une autre qui parut du temps de l’empereur Hadrien ; 1 étoile nouvelle qui sê montra dans l’Aigle en 389, et qui
- p.98 - vue 102/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 99
- brilla d’un éclat comparable à celui de Vénus ; celle qu’on vit au neuvième siècle dans le Scorpion ; les étoiles nouvelles de 945 et de 1264, toutes deux apparues à peu près au même endroit du ciel, entre Géphée et Cassiopée.
- Avant d’arriver aux deux dernières étoiles temporaires, qui se sont succédé dans un intervalle de 10 ans et demi, et qui méritent une description détaillée, résumons brièvement les questions que ces apparitions ont soulevées parmi les astronomes et les hypothèses proposées pour les résoudre.
- A quelles causes sont dues les apparitions presque toujours soudaines de ces astres étranges, leurs variations d’éclat, leurs intermittences, et aussi leurs changements de couleur, que nous avons oublié de mentionner dans notre rapide historique ? Pourquoi, après des alternatives de vif éclat et d’affaiblissement, leur lumière s’est-elle graduellement éteinte, et quelle est la cause de leur disparition définitive?
- Mille conjectures ont été faites dans le but de répondre à ces questions ; mais, parmi les plus sérieuses, celle qui assimile les étoiles temporaires aux étoiles périodiques variables doit être écartée tout d’abord, non qu’il y ait peut-être à faire entre les deux classes d’étoiles une distinction absolue, mais parce que la périodicité étant due, soit à un mouvement de rotation ou à une occultation, soit à un phénomène propre à l'étoile même, la première hypothèse est évidemment inadmissible pour l’explication des étoiles nouvelles, et la seconde est précisément la question à résoudre.
- Tycho-Brahé, frappé de la soudaineté de l’apparition de l’étoile de 1572, de sa position sur les bords de la voie lactée, émit une hypothèse hardie, aujourd’hui abandonnée. Il crut à une création, ou du moins à l’incandescence spontanée de la matière nébuleuse dont la voie lactée lui semblait formée : quand la nouvelle étoile disparut, la place qu’elle occupait resta vide, ou du moins Tycho vit, dans l’absence de nébulosité en ce point, le résultat de la condensation de la matière dont la combustion avait produit l’apparence d’une étoile. Humboldt a raison de rapprocher cet aperçu, après tout ingénieux, des vues de W. Herschell sur la transformation des nébuleuses en amas stellaires. On ne savait pas encore, à l’époque de Tycho-Brahé, que la lueur lactée résulte de l’accumulation d’un nombre indéfini d’étoiles ou d’amas stellaires, et que c’est au sein et dans le voisinage de cette immense agglomération que les nébuleuses proprement dites sont le plus rares.
- D’ailleurs, on a eu la preuve que les étoiles qu’on nomme nouvelles ne sont rien moins que telles. Au lieu où parut l’étoile d’Ophiucus, en 1848, existait antérieurement une étoile qui fut marquée, comme étoile disparue, par Lalande, dans Y Atlas céleste de Fortin. De même, l’étoile nouvelle qui parut en mai 1866, dans la Couronne boréale, et atteignit du premier coup la 2e grandeur, était déjà inscrite dans les catalogues comme une étoile de 9e gran-
- deur; elle conserve aujourd'hui leclat qu’elle avait avant de subir, pendant les six mois de son apparition, l’augmentation extraordinaire qui la fit remarquer des astronomes. On ne croit donc plus aujourd’hui ni à la création, ni à la destruction de ces étoiles. Ce sont des corps qui existaient à la place où leur subite incandescence les fait apparaître à nos yeux, et qui, après leur extinction plus ou moins, complète, persistent dans le même point des espaces intersidéraux. Il reste à savoir quelles causes physiques donnent lieu à de telles variations d’éclat1.
- C’est l’analyse spectrale qui a fourni les premiers éléments positifs de la solution du problème. La-méthode était encoi'e ignorée, malheureusement, en 1848; mais quand apparut la variable de la Couronne boréale en 1866, cette méthode était déjà assez perfectionnée pour qu’on pût l’appliquer fructueusement au nouvel astre. Voici ce qu’obtinrent MM. Huggins et Miller dans cet ordre de recherches :
- « Le spectre de l’étoile variable de la Couronne se montre formé de deux spectres superposés, le premier constitué par quatre raies brillantes, le second analogue au spectre du soleil, chacun d’eux résultant de la décomposition d’un faisceau lumineux indépendant de la lumière qui donne naissance à l’autre. Le spectre continu sillonné de groupes de raies obscures indique la présence d’une photosphère de matière incandescente, presque certainement solide ou liquide, entourée d’une atmosphère de vapeurs plus froides qui font naître par absorption les groupes des raies sombres. Jusqu’ici, la constitution de cet astre est analogue à celle du soleil ; mais il offre un spectre additionnel formé de raies brillantes. Il y a donc là une seconde source de lumière spéciale, et cette source doit être un gaz lumineux. En outre, les deux principales raies brillantes de ce spectre nous apprennent que ce gaz était composé surtout d’hydrogène, et leur grand éclat prouve que la température du gaz lumineux a été plus élevée que celle de la photosphère. Ces faits, rapprochés de la soudaineté de l’explosion de lumière dans l’étoile, de sa diminution d’éclat immédiate et si rapide, de sa chute, en douze jours, de la seconde à la huitième grandeur, nous conduisent à admettre que l’astre s’est trouvé subitement enveloppé des flammes de l’hydrogène en combustion. H se pourrait qu’il eût
- 1 11 est bon de noter avec quelle facilité se tirent d’affaire, dans des questions aussi difficiles les gens disposés à faire intervenir les influences surnaturelles. En voici un exemple qui remonte au dix-septième siècle, mais on en trouverait de pareils dans le nôtre. Le P. Riccioli, pour expliquer l’apparition des étoiles secondaires, suggérait l’idée que certaines étoiles ont une face lumineuse ; quand Dieu veut « faire paraître aux hommes quelque signe extraordinaire, il leur expose la partie éclairée qui étoit opposée à la terre en la faisant tourner subitement, par le moyen de quelque intelligence ou par quelque faculté attribuée à celte étoile; après quoi, par une semblable révolution, elle se dérobe tout d’un coup aux yeux, ou elle diminue peu à peu telle que la lune dans son décours. s> L’explication du savant jésuite est aussi ingénieuse que commode. Les astronomes d’aujourd’hui ne s’en contentent point malheureusement.
- p.99 - vue 103/432
-
-
-
- iOO
- LA NATURE.
- été le siège de quelque grande convulsion avec dégagement énorme de gaz mis en liberté. Une grande partie de ce gaz était de l’hydrogène qui brûlait à la surface de l’étoile en se combinant avec quelque autre élément. Ce gaz enflammé'émettait la lumière caractérisée par le spectre des raies brillantes. Le spectre de l’autre portion de la lumière stellaire pouvait indiquer que cette terrible déflagration gazeuse avait surchargé et rendu plus vivement incandescente la matière solide de la photosphère. Lorsque l’hydrogène libre eut été épuisé, la flamme s’abattit graduellement, la photosphère devint moins lumineuse, et l’étoile revint à son premier état. »
- — « Nous ne devons pas oublier, ajoute W. Huggins, que la lumière, messager cependant si rapide, exige un certain temps pour venir de l’étoile à nous. Cette grande convulsion physique, nouvelle pour nous, était donc déjà un événement passé relativement à l’étoile elle-même. En 1866, elle était depuis des
- années déjà dans les conditions nouvelles que lui a faites cette violente catastrophe! »
- En 1866, on n'avait point encore analysé directement les protubérances solaires; on ignorait encore qu’une couche continue d’hydrogène incandescent enveloppe la photosphère brillante du soleil, et que le dégagement de ce gaz, sous forme de jets irréguliers plus ou moins nombreux et étendus, subit dans le soleil des variations, des phases qui
- ont avec les variations des taches un rapport tout au moins de coïncidence. Au lieu d’éruptions relativement calmes, comme celle que le spectroscope permet d’étudier aujourd’hui sur notre étoile, quelle prodigieuse révolution physique a provoqué tout à coup l’incandescence du soleil de la Couronne, au point de le faire passer de la 9e à la 2e grandeur.
- Que deviendrait notre planète, si semblable révolution s’effectuait dans le soleil, et si sa radiation
- Bouge. Orangé. Vert.
- Bleu. Indigo.
- Fig, ü. — Spectre de l’étoile nouvelle de la Constellation du Cygne, d’après M. A. Cornu.
- calorifique et lumineuse était ainsi soudainement centuplée?
- Mais arrivons à l’étoile nouvelle du Cygne, qui était l’objet principal de cette note. Voici d’abord l’histoire très-succincte de sa découverte.
- Le directeur de l’Observatoire d’Athènes, M. J. Schmidt, écrivait récemment à M. Le Verrier la lettre suivante :
- « Le 24 novembre 1876, à 5h41m du soir, j’ai vu une étoile nouvelle de la 3e grandeur, au zénith, près de p du Cygne. L’observation au réfracteur de l’Observatoire, à 9h50m,a donné la position suivante de cette étoile :
- 1876.0 Ascension droite = 21h 56m5(K 4 Déclinaison boréale = 42° 16' 30",5
- * - « La position, réduite à 1855, devrait être :
- Ascension droite = 2lh 36m ls2 Déclinaison = 42° 11 ' 1 "
- « Elle ne se trouve pas dans le Durchmusterung des Himmels, de Bonn. L’étoile est très-jaune. A minuit, elle était plus intense que p. Pégase (qui est marquée de 3e grandeur dans le catalogue de Heis), Le 20 novembre, l’étoile n’était pas visible. Les 21, 22 et 23, le ciel était couvert à Athènes. A partir du 2i novembre elle n’a cessé de diminuer d’éclat, et, le 8 décembre, l’étoile était un peu au-dessous de la 6e grandeur. »
- Malheureusement, à Paris, le ciel aussi resla presque constamment couvert après la réception de la lettre de M. Schmidt. Ce fut eu profitant de rares et imparfaites éclaircies que M. Paul Henry pul observer la nouvelle étoile. Comparée à l’étoile 915 du catalogue de Weisse (XXIe heure), elle avait pour position approchée :
- 1876.0 Ascension droite = 21h 36m506 Déclinaison = + 42° 16' 34"
- Elle parut de 5e grandeur et semblait de couleur
- p.100 - vue 104/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 101
- verdâtre, presque bleue, par comparaison à une étoile voisine (42 304 Lalande).
- La nouvelle étoile a été aussi observée à Vienne par M. Ch. de Littrow. Le 1er décembre, elle lui a paru de 3e à 4e grandeur, comme à M. Schmidt le 24 novembre; le 3, elle était descendue à la 4e, et le 5 décembre à la 5e grandeur. Ascension droite = 21h 56ra 50s4; déclin. = 4-42° 16'37"7 pour 1876. 0.
- Rien de commun, disons-le tout d’abord, entre la nouvelle étoile et celles qui parurent en 1600 dans le col du Cygne, en 1670 près de |3 de la même constellation. Le seul rapprochement est celui du voisinage de la voie lactée.
- En comparant les observations de M. Schmidt à celles deM. P. Henry, nous retenons deux faits importants : le premier, celui de la diminution de l’éclat qui a varié en huit jours de la 5e à la 5e grandeur, et le changement notable de couleur, de jaune prononcé au bleu verdâtre, change -ment qui paraît trop accusé pour être attribué à des différences d’appréciation individuelles ou à des influences atmosphériques.
- L’étoile nouvelle du Cygne a été l’objet d’une fort intéressante étude spectroscopique. Dès le 2 décembre, M. Cornu appliquait un spectroscope au grand équatorial de la tour de l’Est, à l’Observatoire de Paris. De son côté, M. Cazin utilisait, dans le même but, la lunette équatoriale de 9 po uces (dont l’objectif est de Léon Foucault). Ces deux observateurs arrivèrent à la même conclusion. Le spectre de l’étoile, examiné pendant une courte éclaircie, leur parut « formé en grande partie de lignes brillantes, et par conséquent provenir vraisemblablement d’une vapeur ou d’un gaz incandescent. » C’est un premier point de ressemblance, on le voit, avec la variable de la Couronne.
- Une seconde étude, faite le 4 décembre par M. Cornu, lui permit de définir les lignes brillantes du spectre. Trois d’entre elles sont les lignes C, F et 434 de l’hydrogène; une quatrième lui sembla correspondre à la raie D du sodium ; une autre avec la raie b caractéristique du magnésium. Enfin, deux raies, dont les longueurs d’onde sont 551 et 451,
- paraissent coïncider: l’une avec la fameuse raie 1474 (éch. de Kirchhoff) observée dans la couronne solaire pendant les éclipses ; l’autre avec une raie de la chromosphère. Au reste, ces résultats ont un si haut intérêt, que nous devons transcrire ici textuellement une partie de la note de M. Cornu.
- « Le spectre de l’étoile, dit-il, se compose d’un certain nombre de lignes brillantes se détachant sur une sorte de fond lumineux, interrompu presque complètement entre le vert et l’indigo, de sorte qu’à première vue le spectre paraît composé do diverses parties séparées. Pour l’étudier qualitativement, j’ai adopté un oculaire spectroscopique, de construction spéciale, qui utilise la plus grande partie de la lumière et permet de varier sa concentration. Pour les mesures, j’ai employé un spectroscope à vision directe de Duboscq, muni d’une échelle visée par une réflexion latérale. Je n’ai observé que des raies brillantes ; les raies sombres, si elles existent, doivent être très-fines , et m’ont échappé à cause du peu de lumière de l’étoile. » Sous ce rapport, le spectre de l’étoile du Cygne diffère de celui de T de la Couronne, comme on peut le voir dans le dessin reproduit d’Huggins.
- Passons les détails relatifs aux mesures des positions des raies, et arrivons aux résultats, que résume le tableau suivant. Les lignes brillantes, rangées dans l’ordre de leur.éclat, «, j3, 7, S, e, *j, Ç, 0 sont au nombre de huit et ont pour longueurs d’onde exprimées en millionièmes de millimètres :
- a S r P S ï) e e
- Haies observ. 661 588 531 517 500 483 451 455
- Hydrogène 656 (0) » » » » 486 (F) » 454
- Sodium » 589 (D) » » » » » >
- Magnésium » » 517 (// imj) » » » »
- Raie coronale » » 552 » » » » »
- Raie chromosph. » 587 » * * » 447 *
- On voit par ce tableau qu’il y a coïncidence presque complète, pour les raies a, ïj et s avec trois raies de l’hydrogène, pour |3 avec la raie b du magnésium, pour 5 avec la raie du sodium, ou peut-être, comme le suggère M. Cornu, avec la raie brillante D3 de la chromosphère. 7 correspond à une raie brillante qui appartient aussi à la chromosphère et à la couronne
- p.101 - vue 105/432
-
-
-
- m
- LA NATURE.
- solaire, et enfin 0 avec une raie chromosphérique. Seule, la raie Ç ne serait identifiée avec aucune raie connue.
- « Si cette interprétation était exacte, les lignes brillantes du spectre de l’étoile comprendraient exclusivement les lignes les plus brillantes et les plus fréquentes de la chromosphère. » Dans l’extrême violet, il y a une ligne, la quatrième de l’hydrogène, que le docteur Young signale aussi parmi les plus fréquentes du spectre chromosphérique, dont la longueur d’onde est 410. M. Cornu a cru aussi plusieurs fois l’apercevoir dans le spectre de l’étoile, mais sans pouvoir la mesurer. Le savant observateur termine ainsi l’exposé de ces intéressantes recherches :
- « En résumé, la lumière de l’étoile paraît posséder exactement la même composition que celle de l’enveloppe du soleil nommée chromosphère. Malgré tout ce qu’il y aurait de séduisant et de grandiose à tirer de ce fait des inductions relatives à l’état physique de cette étoile nouvelle, à sa température, aux réactions chimiques dont elle peut être le siège, je m’abstiendrai de tout commentaire et de toute hypothèse à ce sujet ; je crois que nous manquons de données nécessaires pour arriver à une conclusion utile, ou tout au moins susceptible de contrôle. Quelque attrayantes que soient ces hypothèses, il ne faut pas oublier qu’elles sont en dehors de la science, et que, loin de la servir, elles risquent fort de l’entraver. »
- Les lecteurs de la Nature nous permettront-ils d’ajouter quelques réflexions à celles de notre savant compatriote. Nous trouvons que ses réserves sont fort sages, mais qu’elles sont formulées en termes un peu trop absolus. Quel est l’esprit, qui, après l’analyse et les conclusions de M. Cornu, ne franchira la faible distance qui sépare le fait de l’hypothèse, et ne croira à la similitude sinon à l’identité de composition de la lumière de l’étoile et de celle de la chromosphère? On ne peut affirmer sans doute que le faible spectre en apparence continu, sur lequel se montrent les lignes brillantes, soit celui de la lumière de l’étoile avant son apparition; mais cela semble bien probable. On ne peut dire quelle cause a produit ce développement soudain des gaz, dont l’existence et l’incandescence sont révélées par les raies de son spectre, pas plus que nous ne savons encore à quelle cause attribuer le développement des protubérances hydrogénées du soleil. Mais n’est-ce rien que de rapprocher ainsi des phénomènes qui ne paraissent différer que par la grandeur de l’échelle sur laquelle ils s’accomplissent? Les hypothèses qu’ont faites MM. Huggins et Miller sur les causes de l’apparition de l’étoile de la Couronne ne pourront jamais évidemment être contrôlées; celles qu’adoptent aujourd’hui les astronomes et les physiciens sur la présence de tels ou tels éléments chimiques dans le soleil, ne sont aussi que des probabilités. De telles hypothèses, bien loin de nuire à la science, sont nécessaires à ses progrès ; elles stimulent la pensée de l’observateur, lui suggèrent constamment des observations nouvelles, et ne devien-
- nent des obstacles que pour ceux qui, prenant leurs suppositions pour des vérités démontrées, sont assez peu éclairés pour se refuser à les abandonner, quand des faits nouveaux en prouvent l’inexactitude, ou encore, lorsque, épuisées, elles ont produit toute la part de progrès que renferme toujours une hypothèse rationnelle. Amédée Gcillemin.
- LES PLUIES DE POUSSIÈRE
- Ce phénomène curieux a souvent été signalé par des observateurs anciens et modernes. Tite-Live notamment parle à plusieurs reprises, dans ses écrits, de poussières fines tombant de l'air à la surface de la terre, avec une abondance extraordinaire. Depuis Homère jusqu’aux paysans ignorants de notre époque, on a également mentionné des pluies de sang, qui laissent un dépôt rougeâtre sur le linge ou sur les corps de couleur blanche à la surface desquels on les reçoit. Ces prétendues pluies de sang, ainsi nommées par la superstition populaire, consistent simplement en pluies d’eau ordinaire, dans les gouttes desquelles est incorporé un sable fin et pulvérulent. Elles se rattachent donc au phénomène des pluies de poussière. On les a désignées beaucoup mieux, sous le nom de pluies terreuses. Le même fait a encore été observé pour la neige qui tombe parfois en flocons colorés par des corps pulvérulents étrangers emprisonnés dans leur masse.
- Nous avons vu précédemment que ces pluies de poussière ont quelquefois pour origine des météorites, et quelles peuvent provenir, soit de la combustion de ces corps extra-terrestres1, soit de leur divisioii au sein de l’eau atmosphérique quand elles sont friables. Mais ce phénomène doit se distinguer nettement des pluies de sables, secs ou mouillés qui ont une origine terrestre, et qui consistent en l’agglomération de fines parcelles soulevées des déserts, par des tourbillons de vent, et emportées au loin par des courants aériens. Arago, et surtout Erhenberg, ont étudié ces phénomènes ; mais il reste à leur égard quelques obscurités : l’examen d’un phénomène récent nous a donné l’occasion de coordonner les faits, et de les soumettre à une nouvelle analyse.
- Le nombre des pluies terreuses, désignées sous le nom de pluies de sang, et signalées par les annalistes anciens est considérable. Homère fait tomber une pluie de sang sur les héros grecs®. Plutarque parle de pluies extraordinaires qui se seraient produites après de grands combats3. Obsequens décrit à plusieurs reprises le même phénomène. Lycosthènes, dans son Livre des prodiges, va même jusqu’à figurer naïvement les gouttes de sang qui tombent du ciel (fig. 1).
- Erhenberg paraît être le premier qui ait rassem-
- 1 Voy. 3e année, 1875, 2e semestre, p. 331.
- 4 Iliade, v. 52.
- 3 Vie (te Marins. •
- p.102 - vue 106/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 105
- blé les faits de cet ordre, et le célèbre micrographe a dressé une curieuse carte des pluies terreuses ou des pluies de poussière sèche (fig 2). Erhenberg indique sur cette carte, que nous reproduisons d’après les Comptes Rendus de l’Académie des Sciences de Berlin (1862), les localités où les pluies de poussière ont été observées et les dates du phénomène. Le savant prussien a examiné au microscope les échantillons qu’il a pu se procurer et il a retrouvé souvent parmi les grains de matière minérale qui les constituaient, des formes organiques, algues, diatomées, etc., qui étaient originaires des sables de l’Afriquë ou de l’Amérique du Sud.
- Des pluies de poussière, dit Erhenberg, ont été signalées entre l’Afrique et l’Amérique, dans les parages des îles Canaries, des Açores et des îles du cap Vert, pendant les années 4160, 1555, 1558, 1579, 1606, 1627,1668, 1719, 1810 (2 fois), 1815, 1816, 1817, 1821, 1822 (4 fois), 1825, 1826, 1830, 1833 (2 fois), 1834 (2 fois), 1836, 1857, 1838 (3 fois), 1839 et 1840 (2 fois). On comptait en 1849, 340 faits bien constatés de chute de poussière.
- Les cas de neige terreuse sont également assez nombreux dans les annales de la météorologie. Pour ne pas multiplier les citations, nous signalerons seulement un exemple bien caractérisé de ce phénomène.
- Le 21 décembre 1859, un violent tourbillon de vent fit tomber abondamment de la neige, pendant près de 45 minutes en Westphalie et dans la province rhénane. Il était 10 heures du matin. Le vent tourna du S. E. au S. S. E. et au S.
- Cette neige, dit Erhenberg, était recouverte d’une couche de 3 lignes d’épaisseur, d’une couleur brun-cannelle. Examinée de plus près, cette couche offrait quantité de points à peine visibles à côté de parcelles ayant la grosseur d’une tête d’épingle. Cette poussière était entassée dans quelques endroits et plus clair-semée ailleurs. La quantité de neige tombée le 21 décembre peut être évaluée à 48,56 pouces cubiques par pied carré. Un observateur digne de foi, M. le propriétaire S..., demeurant à trois quarts de mille à l’est de Gütersloh, m’a raconté que, vers 10 heures du matin, tout le ciel étant couvert, il vit du S.E. au N.O. une éclaircie de plusieurs degrés à l’horizon et, dans cette éclaircie, une nuée sale, brune et assez épaisse. Un quart d’heure ou une demi-heure après, il tomba de la neige, dans laquelle il remarqua aussitôt cette poussière. En pressant et faisant fondre une poignée de neige dans sa main, il la vit convertie en une eau colorée de brun clair. Le même moment de la chute de la poussière est donné par un paysan de notre localité, qui fut surpris par le tourbillon de neige, en allant de Brack-wede à Bielefeld. Le 23 décembre et jours suivants, la neige colorée devint plus foncée; le 28, on trouvait encore quelques grumeaux de cette substance brune.
- Dans dix pieds carrés de cette neige que je fis fondre, je trouvai une once, poids médical, de cette poussière. D’après les renseignements qui me sont parvenus, la poussière est tombée sur une surface de 675 milles d’Allemagne carrés, savoir, en longueur, depuis Remagen jusqu’à Aschersleben, 45 milles, et en largeur, depuis Werbourg jusqu’à Peckeloh, 15 milles (le mille d’Allemagne vaut de 7 à 8 kilomètres). D’après le calcul précité (une once par
- dix pied carrés), le vent a dû transporter par les airs des centaines de milliers de quintaux ( Hundert tausende von cenlnern) de cette poussière météorique.
- La Kolnische Zeitung (Gazette de Cologne) a publié une correspondance de Hanovre, en date du 29 décembre 1859.
- 11 y était dit que la ville de Hanovre, avec tous ses alentours, avait été recouverte d’une neige brune, le 21 décembre.
- Les pluies de poussière ont été dans notre siècle l’objet de plusieurs observations beaucoup plus précises que celles des époques antérieures, et qui permettent de caractériser très-nettement le phénomène.
- Voici quelques détails intéressants communiqués à Arago par M. Schabelskil, voyageur russe très-distingué, sur une pluie terreuse tombée en pleine mer.
- Lorsque le bâtiment se trouvait par 23° de latitude nord à 21° 20' de longitude ouest de Greenwich, nous fûmes témoins d’un phénomène très-remarquable : le matin 22 janvier 1822 (nous étions alors à 275 milles nautiques des côtes d’Afrique), nous aperçûmes que tous les cordages du navire étaient couverts d’une matière pulvérulente dont la couleur rougeâtre approchait de celle de l’ocre. Ces cordages, vus au microscope, offraient une longue file de globules qni semblaient se toucher. Les seules parties qui avaient été exposées à l’action du vent du nord-est, présentaient ce phénomène ; il n’y avait aucune trace de poussière sur les faces opposées.
- La poussière en question était très-douce au toucher et colorait la peau en rouge.
- M. Leps, lieutenant de vaisseau, commandant à bord le Vautour, a rapporté que dans la nuit du 15 au 16 mai 1846, son bâtiment, qui se rendait de Bone à Alger, s’est trouvé au milieu d’un air chargé de poussière. Le matin, le pont du bâtiment, la mâture, les voiles, le gréément étaient couverts de poussière. Le vent, pendant le passage de ce nuage de poussière a été constamment de l’ouest ou du nord-ouest*.
- Voici enfin une des descriptions les plus complètes qui ait été donnée d’une pluie de poussière, qui, le 16 et 17 octobre 1846, recouvrit une partie de la France méridionale. Nous trouvons, dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences (t. XXIV, 1847, p. 625), une curieuse note à ce sujet de M. A. Dupasquier.
- La pluie était mélangée d’une terre glaise jaunâtre. Elle tenait en dissolution une forte proportion de matières organiques.
- La matière terreuse séparée par le filtre et recueillie à Verpillière (Isère), offrait la composition suivante :
- Silice.................0,520
- Alumine................0,075
- Peroxyde de fer hydraté. . . 0,085
- Carbonate de chaux. . . 0,265
- Carbonate de magnésie. . . 0,020
- Débris organiques......0,035
- 1,000
- 1 Œuvres complètes de Fr. Arago, t. XII, p. 293. â Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. XXIV,*
- p.103 - vue 107/432
-
-
-
- 104
- LA NATURE,
- « Il est permis de conjecturer et cela d’après le mélange de débris organiques avec la matière terreuse, que celle-ci n’avait d’autre origine que la poussière enlevée par une trombe à la surface du sol. »
- M. Dumas, ayant reçu d’une autre localité un échantillon de cette pluie terreuse, pria M. Lewy de l’examiner. Cet échantillon provenait de la ville de Valence (Drôme), où la pluie fine et serrée était tombée entre 11 heures et midi.
- D’autre part, M. Fournet, de Lyon, a recueilli sur ce phénomène des documents très-intéressants.
- Le phénomène, dit cet observateur, a commencé à la Guyane ; il s’est étendu à New-York ; de là on le retrouve aux Açores, puis sur la France centrale et orientale, et il
- Fac-similé d’une gravure du Livre des prodiges figurant une pluie de sang. (Lycosthènes, seizième siècle).
- s’efface graduellement en Italie. Dans ce phénomène total, la pluie de terre est un accident partiel; les documents qui m’ont été fournis par divers observateurs, établissent qu’elle s’est étendue jusqu’au pied du mont Cenis à Lans-le-Bourg. Elle a couvert une superficie de 210 kilomètres de longueur de l’ouest à l’est, et de 160 kilomètres du nord au sud. Cette terre vient si bien de là Guyane et autres côtes de l’Amérique, que M. Erhenberg de Berlin, a pu reconnaître des formes d’infusoires propres à la partie du continent ci-dessus indiquée (Guyane) ; il y a donc concordance entre nos deux systèmes d’observation.
- M. Fournet rapporte d’autre part, que, dans le département de la Drôme, la pluie de poussière fut si abondante que les habitants dans certaines localités furent forcés de curer les gouttières des toits, remplies d’une véritable boue. Il a calculé que la quantité de poussière tombée à la surface du département s’élevait environ au poids de 7000 quintaux métri-
- W* a\,.: ...... ^ /
- M. Lewy a trouvé à la terre, tombée de l’air, la
- composition suivante :
- Silice....................58,8
- Alumine................... 13,3
- Peroxyde de fer........... 06,6
- Carbonate de chaux........ 21,1
- Oxyde de manganèse........ traces.
- Composition qui offre certaine analogie avec celle que M. Dupasquier a donnée de la terre de Mési-miens.
- La pluie terreuse du 16 au 17 octobre 1846 a été enfin examinée par M. Decaisne1 :
- « J’y ai observé, dit ce savant, une assez grande quantité de corpuscules organisés que je considère comme végétaux : ce sont des ruastruns, quelques clostéricés, des granu'es de matière verte etc. ; puis, enfin, quelques débris d’infusoires qui disparaissent en les soumettant à à l’action de l’ammoniaque. »
- Dix-sept ans après, en 1863, un phénomène analogue se produisit dans le Midi de la France, et il fut l’objet d’une étude intéressante de la part de M. Bouis2.
- Une pluie et une neige rouges, dit ce savant chimiste, sont tombées le 1er mai 1863, le matin et à 4 heures, dans l’Ariége, les Pyrénées-Orientales et en Espagne dans la basse Catalogne, l’Aragon etc. ; les flocons de neige étaient parfois si rouges, qu’on les croyait teints de sang. Le vent soufflait du S.
- La terre desséchée à l’air est jaunâtre, humectée, elle devient rouge brique. L’examen microscopique n’a montré que quelques rares débris microscopiques. L’analyse m’a fourni les résultats suivants :
- Pluies de terre tombées le 1er mai 1863 à Perpignan et à Olette.
- Perpignan. Olette.
- Sable et argile. .... . 60,95 64,90
- Oxyde de fer et alumine. . 7,50 5,00
- Carbonate de chaux. . . . 21,55 21,50
- Carbonate de magnésie. . . 2,15 2,26
- Matière organique azotée. . 2,00 2,25
- Eau . 5,85 4,09
- Acide phosphorique. . . . Traces sensibles Trace* sensibles
- 100,00 100,00
- M. Bouis suppose que cette terre en traversant l’air l’a dépouillé de toutes les matières organiques qu’il tenait en suspension, de ses immondices, et qu’elle s’est ainsi transformée en une matière utile pour l’agriculture. L’auteur ajoute que l’on pourrait appeler sans trop d’exagération, ces chutes de terre, des pluies d’engrais.
- La question a été soumise à une nouvelle étude de la part de M. Tarry en 1870.
- Après une intéressante communication à l’Académie des sciences, M. Tarry a exposé ultérieurement comment se sont produites les trois pluies
- 1 Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. XXIV, 1847, p. 810.
- 2 Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. LVI, 1863, p. 972. Relation d'une pluie de terre tombée dans le midi de la France et en Espagne, par M. J. Bouis.
- p.104 - vue 108/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 105
- terrestres des 10 mars 1869, 24 mars 1869 et 14 février 1870, qui ont recouvert une partie de la Sicile et de l’Jtalie; et il a trouvé dans ces faits le moyen de prédire dans certains cas les pluies terrestres par l’étude préliminaire des tourbillons atmosphériques.
- La pluie terreuse du 10 mars 1869 a été l’objet d’une étude assez complète dans plusieurs localités : à Naples notamment. Dans cette dernière ville, le sirocco soufflait avec une intensité peu commune ; le baromètre était descendu à 637 millimètres, la température était très-élevée. De temps à autre, on voyait tomber de brusques et courtes averses, dont les gouttes étaient tantôt fines, tantôt au contraire très-volumineuses comme celles d’un orage. Chaque goutte de cette pluie laissait une tache terreuse là où elle était reçue.
- Enfin, dans ces derniers temps, M. Vaillant Lefranc, correspondant de la société météorologique de France, m’a envoyé un échantillon d’une pluie de poussière, tombée à Boulogne-sur-Mer , le lundi 2 octobre 1876, principalement vers 3 heures du soir.
- « Le matin même, nous écrit M. Vaillant, étant à l’enterrement de Mme C... , je faisais remarquer à M. D... que nous étions tout couverts de poussière grise. En descendant la Grande’Rue et me voyant aveuglé, je m’aperçus que celte poussière se formait non pas en tourbillons sur le sol, mais bien dans l’air.
- « J’ai pu recueillir cette poussière dans la haute ville et chez moi, jusque dans mon appartement où elle couvrait tous les meubles. J’en ai trouvé aussi, un jour après, dans les appartements d’un de mes parents, dont la propriété (l’enclos de l’Amiral) est située à l’extrémité nord de Boulogne. J'en ai même recueilli dans mon salon, fenêtres fermées.
- « Ce jour-là, 9 octobre 1876, la moyenne de la température de mes trois observations quotidiennes a été de 4 7°,96. Le baromètre était descendu à 755“m. Le malin, le vent était S. O. et le ciel très-nuageux; après-midi, il remonta avec violence à l’ouest pour redescendre au S. 0. avec ciel beau et nuageux. »
- Carte des pluies de poussière, d'après Erhenberg.
- p.105 - vue 109/432
-
-
-
- 406
- LA NATURE.
- Cette poussière est grisâtre comme de la cendre de bois; elle est douce au toucher comme de la farine, et tellement fine qu’elle a pu pénétrer abondamment, comme on vient de le voir, dans plusieurs appartements par les joints des fenêtres.
- Gaston Tissandier.
- — La suite prochainement. —
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 15 décembre 1876.
- M. André, après avoir rappelé les travaux auxquels a donné lieu l’observation du passage de Vénus sur le disque du soleil depuis le passage observé au siècle dernier, expose les expériences qu’il a entreprises sur l’apparence appelée goutte noire, pont ou ligament noir, signalée par divers astronomes, et dont Lalande avait essayé une explication.
- Pour reproduire artificiellement le phénomène du passage d’un disque obscur sur un fond lumineux, l’auteur s’est servi d’un disque métallique animé d’un mouvement uniforme sur un fond qui peut être éclairé par une source lumineuse très-intense, telle que la lumière d’une machine électromagnétique, ou celle de Drummond, etc., et celle qui représente la surface du soleil. Le bord de cet astre est représenté par une lame métallique obscure découpée circulairement. A l’aide d’une seconde lame identique et parallèle à la première et de plus située dans le plan du disque mobile, on peut, par une communication électrique, enregistrer l’instant du contact géométrique, c’est-à-dire l’instant où le bord du disque mobile représentant la planète rencontre le bord intérieur de la lame qui figure le bord du soleil. D’un autre côté, à l’aide d’une lunette placée à une grande distance, on observe le contact apparent et on l’enregistre électriquement sur le même chronographe, où s’enregistre aussi le temps donné par une horloge astronomique.
- On trouve: 1® que le pont ou la goutte noire est un phénomène non pas accidentel, mais constant, qui se produit toujours au moment du contact géométrique; mais ses dimensions angulaires sont inversement proportionnelles au diamètre de l’objectif, il devient très-petit avec les objectifs de 6 pouces. 2° La présence du ligament n’est pas l’effet d’un défaut de mise au point ; il se produit, quel que soit le pointé, pourvu que l’observation soit possible. Elle ne tient pas non plus à un vice de conformation de l’objectif. 3° Les apparences précédentes diffèrent par leur constance de celles qui proviennent des déplacements accidentels des couches d’air traversées par la lumière ou de réchauffement inégal des diverses parties de l’objectif. 4° On peut faire disparaître la goutte noire soit en augmentant graduellement l’épaisseur ou le nombre des verres noirs employés près de l’oculaire pour observer le phénomène, soit encore en substituant à la source lumineuse très-intense une source plus faible. Lorsque l’éclat est convenable, le contact apparent a lieu rigoureusement à la même époque que le contact géométrique.
- Tous ces faits sont des conséquences de la théorie de la diffraction et peuvent être interprétés conformément aux indications données par l’auteur dans un travail antérieur.
- Il résulte de l’observation que dans la production de ce pont il y a une phase simultanée pour toutes les lunettes; que l’on peut saisir avec un peu d’exercice et que
- permet de déterminer les deux contacts d’entrée et de sortie avec des erreurs dont la somme maxima est de 2 secondes et demie. Ce qui correspondrait à une détermination de la parallaxe solaire à ~ de seconde d’arc au moins.
- A l’occasion de cette communication, M. Wolf fait remarquer que dans l’observation du prochain passage de Vénus, on pourra se servir avec succès des petites lunettes, ce qui ne sera pas sans intérêt, à cause des facilités de transport qu’elles présentent. Il faut remarquer que si dans un travail antérieur fait en collaboration avec M. André, il a été conduit à ses conséquences qui semblent en contradiction avec les résultats indiqués ci-dessus, cela tient à ce que les expériences furent faites avec des lunettes dont les objectifs étaient trop larges pour que les phénomènes de diffraction eussent une grandeur appréciable.
- NOUVELLE LOCOMOTIVE
- La Compagnie du chemin de fer de Paris-Lyon-Méditerranée fait construire en ce moment dans scs ateliers d’Oullins et de Paris de nouvelles locomotives au moyen desquelles les trains express me mettront plus que douze heures pour faire le trajet de Paris à Marseille, tandis que, aujourd’hui, le train rapide emploie encore seize heures. Ces machines, au nombre de soixante, sont beaucoup plus hautes que celles actuellement en usage. Leurs roues motrices mesurent plus de deux mètres de diamètre. Toutes les Compagnies anglaises en ont à leur service, et les Compagnies du Nord et d’Orléans, qui s’en servent depuis peu, trouvent qu’elles offrent une incontestable supériorité sur les autres, même comme solidité et sécurité. 9
- C’est ce système de locomotives qui a permis d’organiser en Amérique ces trains, dits trains-éclairs, qui ont fait tant parler d’eux, en franchissant en moyenne 100 à 120 kilomètres à l’heure, alors que les machines les plus communément employées chez nous ne peuvent franchir qu’un maximum de 70 kilomètres.
- La construction des soixante locomotives exigeant au moins une année, le public ne pourra pas jouir de l’avantage qu’elles lui offriront avant l’Exposition universelle.
- OUVERTURE
- DES COURS D’ANTHROPOLOGIE
- L’anthropologie est une science récente ; son importance n’est soupçonnée que depuis très-peu de temps. Fondée par Blumenbach, dès le commencement du siècle, sur ses vraies hases scientifiques, elle a longtemps passé inaperçue, et n’a pris un développement considérable que depuis une vingtaine d’années. Blumenbach, lui avait donné pour principaux fondements la crâniographie et l’anatomie ; la linguistique lui avait depuis prêté de puis-
- p.106 - vue 110/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 107
- santés lumières; la préhistoire, dont Boucher de Perthes, Lartet et Relier sont les principaux créateurs, montra des aperçus tout nouveaux qui donnaient à la science une étendue incomparable.
- Ces diverses sciences, nous le répétons, sont nées d’hier; jusqu’à ce jour, aucune n’était enseignée. L’anthropologie était à Paris (et plus tard dans quelques autres villes) l’objet d’une chaire au Muséum; mais quels que fussent le talent et le zèle du professeur, M. de Quatrefages, une science aussi vaste ne pouvait être enseignée en une seule année. Il en fallait au moins quatre ou cinq pour parcourir l’encyclopédie des connaissances qui concourent à l’anthropologie. C’est assez dire combien il était difficile à des élèves, même zélés, de s’initier à l’histoire naturelle de l’homme. N’est-il pas indispensable cependant, pour le développement de celte science, que beaucoup de marins, de médecins, de voyageurs, en connaissent les éléments, et sachent ce qu’il est utile d’observer chez les peuples qu’ils peuvent être à même d’étudier. Cette lacune de notre enseignement public, le Conseil municipal de Paris vient de la combler avec honneur. Grâce à une subvention qu’il a accordée, grâce aussi au concours spontané et généreux de plusieurs personnes riches de Paris, une série de cours d’anthropologie vient de s’ouvrir dans les bâtiments de l’École pratique de la Faculté de médecine.
- Et ici, qu’on nous permette une remarque qui ne nous semble pas dénuée d’intérêt. C’est le zèle que les Français ont constamment apporté à l’étude de l’anthropologie : c’est à Paris qu’a été fondée la première chaire destinée à l’enseignement de cette science; plusieurs villes étrangères ont suivi cet exemple, mais c’est Paris qui l’avait donné. Le Musée des antiquités nationales de Saint-Germain est encore une création qui nous fait honneur : s’il n’est pas, en date, le premier musée de ce genre, il est assurément le plus beau, le plus riche et le plus varié. C’est aussi dans notre ville que s’est fondée la première Société d’anthropologie, et on sait par quels admirables travaux cette Société si prospère et si laborieuse s’est illustrée depuis sa fondation. Des Sociétés analogues se sont depuis fondées à Londres, à Berlin, à Florence, etc., et même à Madrid; aucune n’a fourni le même travail. C’est encore à Paris qu’ont été successivement fondés le laboratoire d’anthropologie, et la Revue d’anthropologie, institutions inconnues à l’étranger, dues l’une et l’autre à l’initiative persévérante de M. le professeur Broca.
- Paris a également devancé les autres villes de l’Europe dans la création des cours d’anthropologie, auxquels sont joints un musée et une bibliothèque déjà riches, et qui achèvent de faire de l’anthropologie une science essentiellement française.
- Ces cours ont commencé il y a déjà deux mois environ. Six professeurs sont chargés de l'enseignement de l’anthropologie. Il nous reste à montrer l’objet du cours de chacun d'eux, et à en faire comprendre la nécessité.
- M. Broca, professeur d’anthropologie anatomique, se propose d’exposer l’anatomie comparée des différentes races d’hommes, et de mettre en évidence ce qui les rapproche des animaux supérieurs au point de vue anatomique, et ce qui les en distingue. Ainsi M. Broca a montré les conséquences anatomiques de l’attitude verticale. Ce sont l’ensellure de la colonne vertébrale; le redressement du bassin, qui, au lieu de s’allonger dans le sens de la colonne vertébrale, comme chez les quadrupèdes, s’infléchit dans un plan perpendiculaire à 1 axe du corps ; ce sont encore la puissance du mollet et la forme du tibia, la faiblesse de l’articulation de l’épaule, qui, n’ayant plus à porter une partie du corps, comme chez les quadrupèdes, perd de sa solidité au profit de sa mobilité (mouvements de eircumduction, etc.).—Toutes ces conséquences de la station debout sont déjà assez nettement accusées chez les anthropoïdes, mais elles le sont beaucoup moins que chez l’homme, et notamment que chez l’Européen. Le plus souvent, le nègre les présente à un moindre degré que notre race ; mais, disons-le aussi, cette règle n’est pas tout à fait constante.
- Le cours de M. Broca présente, on le voit, un haut degré d’intérêt, qu’accroît encore l’entière et évidente impartialité du professeur en matière philosophique. Il est permis de croire que les leçons sur la myologie, sur le cerveau et sur le crâne seront encore plus attachantes.
- Le cours d’anthropologie biologique, professé par M. le docteur Paul Topinard, ne traite pas des matières moins intéressantes. Jusqu’à présent, le professeur n’a parlé que de l’histoire d’anthropologie, mettant ainsi ses auditeurs au courant des questions controversées de la science.
- Le cours d'ethnologie comprend la classification et la description des races humaines, et leur répartition. Le professeur, M. le docteur Eug. Daily, ancien président de la Société d’anthropologie, a abordé la description physique et morale des innombrables peuplades de l’Afrique.
- Le cours d'anthropologie linguistique, que professe M. Abel Ifovelaque, fondateur de la Revue de linguistique, ne semblera certainement aride à personne. Quelle méthode faut-il employer pour reconnaître la parenté de deux langues? Toutes les langues sont-elles réductibles à une même origine ? Quelles conclusions ethniques est-il permis de tirer de la langue d’un peuple? etc., etc. Telles sont les principales questions que le professeur résout avec méthode et clarté.
- Le cours d'anthropologie préhistorique sera certainement un des plus intéressants de l’Institut anthropologique. Après un rapide historique de la préhistoire, le professeur, M. Gabriel de Mortillet, président de la Société d’anthropologie, a exposé comment la géologie fait reconnaître l’âge des débris humains ; à quels signes on s’assure de leur authenticité, etc. Dans une récente leçon, il a discuté la question si délicate de l’homme tertiaire. M. l’abbé
- p.107 - vue 111/432
-
-
-
- 108
- LA NATURE.
- Bourgeois, l’heureux auteur de cette importante découverte, assistait à la séance; il a montré, après la fin de la leçon, un certain nombre de pièces très-curieuses extraites de son musée de Pont-Levoy. Et je crois même qu’il a proposé que les auditeurs des cours d’anthropologie fissent une visite à ce musée, proposition qui fut acceptée avec reconnaissance et qui recevra, sans aucun doute, une exécution plus ou moins prochaine.
- Enfin, le cours de démographie et de géographie médicale du docteur Bertillon, ancien président de la Société d’anthropologie, traite une science absolument nouvelle qui, au lieu de considérer l’homme isolément, l’envisage dans son milieu ordinaire, c’est-à-dire en société. De quelle manière et dans quelles proportions les nations se renouvellent, par quelles lois les mouvements de population sont régis, comment les climats étrangers influent sur ces mouvements, modifient les races ou les font disparaître, telles sont les principales questions qui se rattachent à ce cours. On voit que l’acclimatement, la consanguinité, la pathologie comparée des races humaines, en dépendent également.
- Jusqu’ici, le professeur s’est particulièrement attaché aux mouvements de population, et notamment à l’influence singulièrement favorable que le mariage exerce sur la vitalité, sur la santé et sur la moralité. Il discutera, dans ses prochaines leçons, l’influence de la consanguinité, question encore controversée dont nous nous sommes efforcé récemment de rendre compte aux lecteurs de la Nature1.
- Je ne sais si j’ai réussi à faire sentir au lecteur le vif intérêt qui s’attache à ces différents cours. S’il en doutait encore, l’affluence constante et empressée d’un nombre d’auditeurs considérable, de tous les âges, dissiperait assurément ce scepticisme. Cette preuve expérimentale de la curiosité qu’excitent tant de questions intéressantes me semble plus décisive que tous les éloges.
- Oserai-je pourtant signaler une lacune, et regretter qu’à côté du cours d’anthropologie préhistorique, on n’ouvre pas un septième cours sur l’anthropologie historique? Le professeur nous indiquerait les renseignements que l’anthropologie peut tirer des historiens grecs et latins, et de l’archéologie contemporaine. Il nous exposerait ce qu’on connaît des caractères anthropologiques des Scythes, des Grecs, des Perses, des Égyptiens, des Romains, des Germains, des Celtes, des Ibères, etc., etc., et nous montrerait comment les populations primitives • de l’Europe ont été modifiées par l’invasion des Cimbres, des Alains, des Burgondes, des Goths, des Normands, et de toutes les hordes barbares qui envahirent successivement notre patrie.
- Cette chaire, qui nous ferait connaître la composition ethnique de l'Europe contemporaine, offrirait assurément un très-vif intérêt, et elle n’est en ce moment remplacée par aucune autre. Nous espérons
- 1 Voy. 4* année, 1876, l*r semestre, p. 278 et 298.
- que les premières ressources de l’École d’anthropologie seront consacrées à sa fondation.
- Un cours de crâniologie serait également utile ; mais cette science est comprise dans l’anthropologie anatomique, et d’ailleurs c’est surtout dans le laboratoire, qu’on apprend à mesurer les crânes et à les distinguer les uns des autres.
- Il n’y a donc qu’une seule lacune réelle à l’École d’anthropologie, mais elle n’enlève rien à l’intérêt des autres cours, qui font le plus grand honneur au pays. Jacques Bertillon.
- CHAINE AËRHYDRIQUE DE SAUVETAGE
- POUR LES NAVIRES NAUFRAGÉS.
- Étant donné qu’un navire naufragé est descendu à une profondeur telle que les plongeurs ne peuvent l’atteindre, mais se tient à peu près droit sur un fond de sable ou de vase et non couché sur le flanc, son renflouement est encore possible, d’après l’opinion de M. Toselli, auquel l’industrie et l’économie domestique doivent déjà plusieurs inventions ingénieuses. Son appareil, qu’il appelle chaîne aérhy-drique, se compose de cylindres de toile forte et imperméable, reliés les uns aux autres par des tubes-raccords en cuivre.
- L’ingénieur chargé de diriger les travaux de sauvetage est, descendu auprès ou sur l’épave, dans une cloche à plongeur libre appelée taupe marine, disposée pour se mouvoir, s’élever ou s’enfoncer d’elle-même dans l’eau, suivant la volonté de l’observateur qu’elle renferme. Elle est percée d’ouvertures permettant de voir ce qui se passe à l’extérieur et mise en communication avec l’équipage d’un chaland par un fil télégraphique.
- L’opérateur, enfermé dans la taupe, donne l’ordre de descendre des grappins automoteurs qui se ferment et se fixent d’eux-mêmes quand ils sont arrivés aux points indiqués. De ces grappins partent des cordes terminées par des bouées flottantes. Plusieurs de ces grappins étant fixés sur la circonférence de l’épave, les bouées se trouvent tracer à la surface de l’eau la figure et les dimensions exactes du bâtiment submergé. Signal nouveau est fait de laisser tomber un grappin plus fort sur un point d’attache, par exemple la base du mât beaupré. Au lieu de se prolonger par une corde, la tige de ce grappin se rattache à l’extrémité de la chaîne aérhydrique, présentant l’apparence d’un long tuyau de toile.
- Alors, comme le montre notre figure, le canot marche en suivant la ligne extérieure des bouées et filant le tuyau de telle sorte que celui-ci forme autour de l’épave un ou plusieurs enroulements superposés. Au moyen d’une pompe de compression actionnée par une machine à vapeur, on refoule dans les cylindres composant la chaîne, de l’air qui gonfle ces cylindres, leur fait enserrer le navire comme dans un berceau, les rend plus légers que
- p.108 - vue 112/432
-
-
-
- aérhydrique de M. Toselli pour le sauvetage des navires submergés.
- p.109 - vue 113/432
-
-
-
- 410
- LA NATURE.
- l’eau, si bien qu’il arrive un moment où la différence entre le poids de la chaîne gonllée et celui du volume d’eau déplacé par elle, est suffisante pour soulever le navire. Diverses manœuvres, ayant pour but d’éviter les effets destructeurs des brusques dépressions, complètent la série des opérations, à la suite desquelles le navire amené à fleur d’eau, peut être réparé ou bien amené dans un port.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 janvier 1877. — présidence de MM. Paris et Peligot.
- Élections. — C’est toujours par des élections que commence l’année académique. La commission administrative et le vice-président doivent être désignés pour l’année qui s’ouvre, et le président sortant expose ce qui s’est l'ait sous son administration. MM. Chasles et Decaisne sont nommés membres de la commission administrative. M.Fi-zeau est nommé vice-président. M. Peligot, vice-président en 1876, devient président à la place de M. Paris qui, en quittant le fauteuil, exprime dans la langue pittoresque du marin, qui lui est familière, sa reconnaissance pour l’honneur auquel ses confrères l’ont appelé.
- Étude des fonds de mer. — On sait combien l’histoire naturelle, et la zoologie en particulier ont été enrichies par les trouvailles faites récemment au fond des mers. MM. Follin et Perrier, auxquels sont dues beaucoup des conquêtes de la science dans cette voie féconde, s’occupent aujourd’hui de la composition du sable des régions profondes au point de vue de la part qui revient dans sa formation aux êtres organisés. Ils insistent spécialement sur la présence de la magnésie, et ils posent en principe que toutes les fois que cette terre existe dans un sable (préalablement débarrassé des éléments solubles dans l’eau), dans une proportion qui dépasse 1 ou 2 centièmes, on peut être assuré qu’elle dérive non pas des dépouilles d’animaux, mais de la destruction des masses rocheuses. Selon leur expression, c’est de la magnésie géologique et non pas zoologique.
- Mouvements tournants de l'atmosphère. — C’est pour répondre à une question de M. Secchi que M. Faye revient encore une fois sur ce sujet qu’il a si vivement éclairé dans ces derniers temps. Il rappelle qu’il y a trente-six ans, M. Espy soumit à l’Académie un travail qui fut l’objet d’un rapport presque solennel de la part d’une commission formée de Pouillet, Arago et Babinet, et dont la conclusion était que si de l’air des hautes régions venait à descendre vers le sol, l’augmentation de sa compression engendrerait une énorme élévation de température. C’est en partant de cette conséquence assise sur les formules mêmes de Laplace, qui ont servi de point de départ à la thenno-mécanique tout entière, que les météorologistes admettent sans exception que les mouvements tourbillonnaires descendants ne sont pas possibles. Les choses en étaient là quand M. Faye reprit la question. Il montra qu’on avait négligé dans la solution du problème les conditions les plus essentielles dont le phénomène s’accompagne toujours. On raisonnait, en effet, comme si l’air descendant était sec, et le résultat était exact pour cette supposition; mais il est toujours, au contraire, fort humide, souvent absolument saturé d’eau et même rempli de petits glaçons, liés lors tout est changé : une quantité considérable de
- chaleur est absorbée par cette eau froide venant d’en haut, et la masse d’air arrivée au sol, malgré la compression qu’elle a subie, reste encore au-dessous du point thermométrique atteint par les couches environnantes.
- Reproduction des os du crâne. — On se passe demain en main le portrait photographié d’une dame; et ce qui justifie amplement l’intérêt provoqué par un pareil objet dans la grave enceinte où nous sommes, c’est que la susdite dame porte sur ses genoux et paraît contempler attentivement les os mêmes de sa propre tête. Son crâne actuel est un crâne de rechange, régénéré à la suite d’une amputation, grâce aux procédés imaginés par M. Mosso, chirurgien italien. Pendant la reproduction des os, le cerveau n’étant plus enveloppé que de ses membranes, on a pu soumettre ses mouvements à une étude continue. D’après l’auteur, ces mouvements sont de trois espèces qui concernent : 1° ceux qui sont en rapport avec les pulsations cardiaques; 2° ceux qui sont liés à la respiration; 3° enfin les mouvements propres du cerveau. Ces mouvements sont étudiés à l’aide d’un appareil enregistreur donnant des tracés.
- Toutes les fois que le cerveau fonctionne, on constate que le tracé prend un caractère spécial : la pression du sang dans l’organe augmente, mais l’amplitude des pulsations diminue, ce qui indique que l’organe est rempli. Pendant le repos cérébral, au contraire, et spécialement pendant le sommeil, la pression diminue et les pulsations deviennent plus grandes. De façon que le cerveau rentre dans la règle générale à laquelle tous les autres organes paraissent être soumis.
- A cette occasion, M. Cloquet se rappelle avoir vu, il y a quinze ans, à Londres, un prisonnier qui voulant se tuer se coucha la tête sur un réchaud. Le crâne s’exfolia, et les os détachés furent conservés par le Musée anatomique, où ils figurent encore. Cependant le blessé ne mourut pas : les os se reproduisirent, mais le cerveau privé de support s’était affaissé sur lui-même « en forme de grenouille », et le pauvre homme guéri physiquement resta complètement imbécile.
- Séance du 8 janvier 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Élection. — La salle est pleine, comme il arrive toutes les fois qu’une élection doit avoir lieu. Aujourd’hui il s’agit de pourvoir à la place laissée vacante dans la section de botanique par le décès de M. Brongniart. La section a présenté dans le comité secret qui a suivi la dernière séance une liste de candidats comprenant : en première ligne, M. Van Thiegem, professeur à l’École normale; en seconde ligne, M. Bâillon, directeur du jardin botanique de la Faculté de médecine et auteur d’innombrables publications sur les parties les plus variées de la science ; enfin, en troisième ligne et par ordre alphabétique, M. Bureau, professeur au Muséum, et M. Prillieux, professeur à l’École centrale. Le nombre des votants étant de 59, M. Van Thiegem est nommé par 31 suffrages contre 27 obtenus par M. Bâillon; il y a un billet blanc.
- Fer natif. — M. Daubrée présente une très-grande plaque de fer métallique détachée d’un gros bloc de 90 kilogrammes provenant d’Gvifak au Groenland, comme les échantillons dont noiis avons déjà entretenu nos lecteurs dans un article précédent. Ce beau spécimen est examiné avec intérêt par toutes les personnes présentes,
- p.110 - vue 114/432
-
-
-
- LA NATURE.
- m
- et l’auteur donne à son égard des explications très-détaillées. Lors de la première découverte qui en fut faite par M. Nordenskjold, tout le monde s’accorda à y voir des météorites ; mais depuis, les opinions se sont fort partagées et les conditions de gisement, l’état des blocs de fer qui se trouvent empâtés dans la masse même d’un filon de basalte qui a dû les prendre alors qu’il était en pleine fusion, ces conditions conduisent de plus en plus à faire reconnaître que le fer d’Ovifak représente des échantillons des substances constituant les régions très-profondes de notre propre globe. Les lecteurs de la Nature savent combien cette conséquence est importante au point de vue de la géologie comparée dont beaucoup de prévisions se trouvent ainsi complètement confirmées.
- Météorite. — M. Daubrée signale en même temps la chute à la Galle (Algérie), le 16 août 1876, d’une météorite dont il montre un échantillon. Cette pierre, qui rentre dans le type bien connu de sporadosidères désigné sous le nom de canellite, ne paraît pas offrir de particularités nouvelles. C’est une brèche démontrant des actions géologiques compliquées sur le corps céleste dont elle est originaire et qui consiste en fragments de montrégite cimentés ensemble par de la lymérickite.
- Géodésie. — De retour de son expédition en Tunisie dont nous avons déjà parlé, M. Mouchez expose les résultats obtenus dans ce nouveau voyage. Il signale la rapidité extraordinaire avec laquelle s’ensable un golfe situé au voisinage des mers de l’ancienne Utique. Ce golfe, profond encore de 15 mètres à la fin du siècle dernier, n’a plus que 50 centimètres environ et tend évidemment à disparaître. Les contrées traversées par le savant géodésiste sont d’une aridité presque complète; cependant divers points fournissent en abondance de l’alpha, et cette plante appréciée par les Anglais donne lieu à un commerce considérable qui s’étend chaque jour davantage. L’auteur déplore à cette occasion l’inertie des négociants français qui n’ont pas encore apprécié les services que peut rendre ce précieux textile. En effet, sur la quantité d’alpha exportée par l’Algérie, 75 pour 100 vont en Angleterre,, 18 pour 100 en Espagne, et 4 pour 100 seulement en France. L’industrie du papier aurait, entre autres, infiniment à gagner à cette importation nouvelle.
- Nitrification. — Tout le monde connaît l’expérience d’où Schœnbein concluait que l’ozone, en présence des liquides alcalins, s’unit directement à l’azote de l’air pour déterminer la formation des nitrates. M. Berthelot signale dans cette expérience des causes d’erreur que l’auteur avait négligées, et il assure qu’en les écartant, jamais la formation annoncée d’acide nitrique ne se manifeste.
- Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE DÉCEMBRE 1876
- PAR M. FRON1.
- Nous publions aujourd’hui notre deuxième tableau des cartes du temps, en y introduisant une amélioration que nous devons signaler. Nous représentons par des lignes poin-tillées les pressions inférieures à 760 millimètres, et par des lignes pleines celles qui sont supérieures : l’examen de nos petites cartes est ainsi très-simplifié, et la région du
- * D’après le Bulletin international.
- beau temps ou des pressions élevées (lignes pleines) se distingue nettement, du premier coup d’œil, de celle du mauvais temps ou des basses pressions (lignes pointillees)1.
- Le mois de décembre 1876 est remarquable par une persistance inusitée des basses pressions barométriques sur les côtes occidentales de l’Europe. Le baromètre est resté presque tout le mois au-dessous de 760mm à Pans : sept jours seulement il s’est élevé d’une petite quantité au-dessus de cette hauteur. La température a été excessivement élevée, et presque toujours au-dessus de la moyenne 3°,7 du mois de décembre : l’excès sur cette moyenne, souvent supérieur à 5°, s’est élevé jusque vers 10°. Enfin, les vents du sud ont dominé presque continuellement. Ces conditions atmosphériques montrent que le courant chaud et humide venu des régions équatoriales règne tout le mois sur les côtes occidentales de l’Europe.
- Par opposition, sous l’action du courant polaire, un froid non moins anormal sévit sur l’Europe orientale; il est sur les côtes de la Baltique, en moyenne, de 10° dans les premiers jours, de 25° le 4 décembre, et après quelques oscillationsatteint une moyenne de 50° le 20 décembre, et de 35° le 22 et le 24. Sur toute la Russie Nord, des conditions analogues se présentent : à Archangel, depuis le 3, la température s’abaisse considérablement au-dessous de la moyenne, et le 21 elle atteint—42°, étantde30° au-dessous de la normale. A Pétersbourg, le thermomètre s’abaisse de 6° au-dessous des plus basses températures constatées jusqu’ici.
- En Sibérie, le froid, relativement moins considérable est interrompu par le passage de dépressions amenant des variations excessives de température. Ainsi le 20, le thermomètre remonte depuis la veille de 23° à Irkousk, tandis qu’il s’abaisse en même temps de 25° à Semipolatinsk, sur l’Irtyche.
- Douze dépressions barométriques ont été signalées sur les côtes occidentales d’Europe. Toutes ont passé dans les parages de l’Angleterre, se dirigeant de l’ouest à l’est ; quelques-unes inclinant vers le nord, d’autres vers le sud. Les tempêtes ont donc été nombreuses sur la Manche et l’Océan, et le ciel presque toujours couvert ou pluvieux.
- La lre dépression (740mm), signalée déjà à la fin du mois de novembre se montre le 1er décembre dans les parages de l'Irlande ; elle s’est à peine avancée vers le sud, qu’une nouvelle (725mm) apparaît le dimanche 3 en Irlande; une autre lui succède le 5, et une 4e le 7. Cette dernière passe plus près de nous et des phénomènes orageux très-intenses qui avaient commencé dès le 4 sur les régions élevées du centre de la France, dès le 5 dans l’Est, se manifestent le 7 à Paris.
- A la fin de cette première décade et pendant la seconde, le temps est plus calme, il semble se mettre au froid; mais la ligne de température zéro qui li-
- 1 C’est par erreur que dans les cartes du 6 et du 7 la ligne des pressions 765 est pointilléc : elle doit être pleine. On peut aisément faire la correction avec un crayon.
- p.111 - vue 115/432
-
-
-
- m
- LA NATURE.
- mite les gelées s’éloigne bientôt de nous, et dès le 18 et le 19 de nouvelles dépressions vont encore se
- croiser sur l'Angleterre.
- Le 20, le centre de l’une d’elles est encore en Irlande; mais à partir du 22 elles se dirigent vers la Méditerranée, ce qui est d’habitude l’indice des
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN DÉCEMBRE 1876.
- Mardi 26
- Mercredi 27 Jeudi 28 ' Vendredi 29 Samedi 30
- D’après le Bulletin international de l’Observatoire de Parts. (Réduction 1/8).
- froids; leur passage sur la France amène une pluie considérable le 23. La ligne des gelées semble devoir enfin nous atteindre; un coup de
- ______________ froid a lieu en effet le 26 sur
- DimancKe3i nos régions; le thermomètre
- marque — 20° à Hambourg, — 6° à Metz, —5° au
- Puy-de-Dôme et à Grenoble; mais le 27 une cause puissante refoule définitivement les gelées dans l’Est, et les basses pressions avec leur cortège de tempêtes s’installent de nouveau sur l’Europe occidentale.
- Le Propr iétaire-Gérant : G. Tissasdiek.
- COüBEIL. TVP. ET STÉR, CKÉTÊ.
- p.112 - vue 116/432
-
-
-
- N° 190,
- 20 JANVIER 1877,
- LA NATURE,
- 113
- LE RAYENÀLA OU ARBRE DU YOYAGEUR
- Les contrées du globe qu’habitent les deux espèces connues jusqu’alors du genre Ravenala sont in-
- contestablement les plus favorisées quant à la richesse et à l’exubérance de la végétation. Madagascar
- L’Arbre du Voyageur. (Paysage de Madagascar, dessiné d’après nature par M. de Bérard
- et. les Guyanes sont deux noms qu’il suffit de prononcer pour qu’il n’y ait pas d’équivoque sur les expressions qui serviraient à dépeindre ces régions
- du tropique, dont on ne retrouve d’analogues que dans les îles de l’Inde équatoriale.
- L’Arbre du Voyageur, le P. Madagascar iensis, est
- 5* année.
- t,r semestre.
- p.113 - vue 117/432
-
-
-
- LA NATURË.
- 114
- l’une de ces espèces, et encore ce genre serait monotype, si, comme l’admettent certains botanistes, le R. guianensis devait, sous le titre générique d'Urania, en être séparé; mais nous signalons seulement ce dernier parce qu’il présente des rapports ou des différences sur lesquels nous reviendrons.
- Les parties basses de Madagascar, comme on le constate dans beaucoup de pays tropicaux, sont, sur une grande partie de la côte, marécageuses et malsaines. Les habitants n’ignorent pas ces conditions climatériques ; aussi ont-ils eu soin de placer leurs villes à l’intérieur de cette grande île de 455 lieues de long sur 150 de large. A peu de distance de la mer, relativement, le sol s’élève pour former des plateaux, dont le principal, celui d’Ankova, est à 3000 mètres d’altitude; mais avant d’arriver au pied de ces élévations, il faut souvent franchir d’inextricables forêts interrompues par de nombreux marigots, d’où s’élèvent pendant les fortes chaleurs des émanations pestilentielles. Ces forêts qui s’étendent en rampant sur les collines à de grandes hauteurs, sont la patrie de l’Arbre du Voyageur. Il se rencontre isolément ou par bouquet de plusieurs individus. L’aspect singulier de cet arbre et le bel effet qu’il produit le distinguent immédiatement même à distance des arbres voisins.
- Le Ravenala1 rappelle un peu le Bananier par le feuillage; mais avec cette différence toutefois que la disposition des feuilles présente cette singularité, que chacune d’elles naît alternativement à droite et à gauche en formant une ligne perpendiculaire à l’horizon. Il s’ensuit que la disposition générale du feuillage rappelle les branches d’un immense éventail. Chaque feuille est composée d’un limbe entier sans découpure naturelle , d'un mètre et demi à deux mètres de long sur trente à quarante centimètres de large, supporté par un pétiole d’égale longueur. Quand ce végétal aura atteint un certain âge, ses feuilles qui jusqu’alors semblaient sortir au niveau du sol, seront désormais portées par un tronc, auquel les forces acquises pendant la jeunesse de la plante permettent de s’élever assez rapidement. Alors le Ravenala va devenir gracieux et fournir au paysage ce cachet particulier qu’il lui imprime, et dont le dessin fidèle, dû au crayon de M. de Bérard, qui a passé de nombreuses années de sa vie d’artiste dans les pays chauds, est reproduit dans notre gravure. Palmier par le tronc et Bananier par le feuillage au moins d’aspect, telle est l’association singulière dont sont frappés les voyageurs qui voient cet arbre pour la première fois.
- De l’aisselle de ses feuilles naîtront, presque sans interruption, quand la plante sera de force à fleurir, des inflorescences volumineuses. Celles-ci sont composées de bractées épaisses résistantes, en forme de nacelle, attachées sur un axe robuste, et disposées alternativement à droite et à gauche et présentant la disposition distique, comme disent les botanistes, et
- * Ce mot signifie en langue madécasse, <r feuille des forêts. »
- rappelant en cela l’agencement des feuilles. De ces bractées engainantes sortent des fleurs dont l’épanouissement successif dure assez longtemps.
- Aux fleurs succèdent des fruits en partie engagés dans les bractées persistantes et atteignant la taille d’un œuf allongé de moyenne taille. Chacun de ces fruits légèrement charnu dans le jeune âge est une capsule qui à maturité s’ouvre en trois valves et laisse voir deux rangs de graines attachées à l’angle interne de chaque loge. Ce qu’il y a de particulier, c’est que chacune de ces graines de couleur noire est presqu’en totalité recouverte par une élégante collerette déchiquetée d’un bleu d’azur et à laquelle les savants ont donné le nom d’arille. C’est une production cellulaire supplémentaire qui se développe au point d’attache de la graine, et qui se gorge d’une huile qu’on peut extraire et qui fournit elle-même cette couleur bleue ou qui l’entraîne avec elle.
- L’espèce de la Guyane présente ce caractère différentiel : c’est d’avoir dans chaque fruit plusieurs rangs de graines d’une forme un peu dissemblable; et, chose singulière, la petite collerette ou arille qui accompagne chacune d’elles est d'une confection spéciale et d'une couleur tout autre. Chaque graine semble placée au milieu d’un petit nid formé de poils feutrés du rouge le plus vif.
- Nous n’avons pas jusqu’à présent fait connaître ce qui pouvait justifier cette qualification d’Arbre du Voyageur pour ne nous occuper que de son effet décoratif.
- Le Ravenala est une source toujours prête à la disposition de l’Européen ou de l’indigène que la soif tourmente. La conformation de la base des pétioles ou queues des feuilles est telle, que l’eau y est retenue à l’état permanent. Or, comme ces bases de feuilles sont engainantes et s’emboîtent l’une l’autre, il s’ensuit qu’elles laissent entre elles un intervalle; important, un vide qu’on n’aperçoit qu’en arrachant la feuille, et qui ne communique avec l’extérieur que par un sinus très-étroit vers le sommet de la gaîne. Si l’on se rappelle que les feuilles ont un limbe très-développé et dont les bords ordinairement sont légèrement relevés vers la face supérieure, on se rendra facilement compte que les eaux des pluies et des rosées s’écoulant sur cette suriace, suivent le pétiole pourvu d’un sinus peu profond et arrivent ainsi à la cavité de la gaîne et s’y emmagasinent. L’évaporation est presque nulle une fois l’eau entrée dans ces petits réservoirs confectionnés par chaque feuille, et leur contenu peut varier entre un quart ou un demi-litre et quelquefois plus d’une eau pure et toujours fraîche. Il suffit d’une blessure faite dans’ le flanc d’une base de feuille pour voir s’écouletT l’eau par l’ouverture pratiquée.
- Dans nos serres où les Ravenala sont cultivés, on ne les voit pas souvent devenir arborescents ; cependant, ils atteignent une taille majestueuse et leurs belles feuilles dressées sont toujours remarquées des visiteurs.
- p.114 - vue 118/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 115
- A Madagascar, sa patrie originaire, et aux îles Mascareignes où cet arbre est répandu depuis longtemps, les vents violents et les pluies torrentielles brisent ou déchiquettent le limbe des feuilles dans le sens des nervures secondaires, qui sont parallèles entre elles à peu près comme on le remarque dans les Bananiers. Rarement ces feuilles sont intactes, à l’exception toutefois de celles qui viennent de se dérouler depuis peu ; car, dans le groupe des plantes auxquelles appartient l'Arbre du Voyageur, les feuilles sont dans la jeunesse roulées sur elles-mêmes comme un cornet de papier.
- Là ne se bornent pas les propriétés de cet arbre qui réunit la double qualité de utile dulci. On fait des toitures de cases avec ses feuilles; les pétioles servent également dans la construction. On fait des parquetages avec le tronc scié en planches, qui, tout en ne présentant pas beaucoup de résistance, sont moelleux et durables; l’entrecroisement des faisceaux fibro-vasculaires étant, dans cette tige dè monocotylédone, singulièrement accentué, donne par cela même une solidité relative à l’ensemble du tissu. Enfin, divers ustensiles sont confectionnés avec des portions de feuilles qui se prêtent volontiers à l’industrie des indigènes.
- J. Poisson.
- LES PLUIES DE POUSSIÈRE
- (Suite et fin. — Voy. p. 102 )
- J’ài soumis à l’analyse un échantillon de la pluie de poussière tombée à Boulogne-sur-Mer. Elle offre à l’état sec la composition suivante ;
- Matières organiques............... 9,75
- Silice............................ 55,21
- Alumine avec traces de sesquioxyde de fer............... 1,81
- Carbonate de chaux................ 30,57
- Carbonate de magnésie.............. 2,21
- Non dosé et perte.................. 0,45
- 100,000
- L’examen de cette poussière, sous un grossissement de 80 diamètres, m’a fait voir que la matière organique qu’elle contenait était essentiellement formée de débris de différentes espèces d’algues microscopiques ; ils se trouvaient mélangés avec des grains de silice et de calcaire de à -fa de millimètre de diamètre environ. Ayant examiné de la même façon du sable de la plage, j’ai vu qu’il était constitué par des grains minéraux huit ou dix fois plus volumineux, mais entre lesquels il en existait d’autres, très-petits, entremêlés de fragments d’algues semblables à ceux de la pluie de poussière. Je suppose que les tourbillons de vent, en soufflant sur la plage, ont enlevé dans leurs mouvements de rotation les corpuscules les plus fins du sable, et ont
- ainsi opéré une véritable extraction des parcelles les plus ténues et les plus légères qu’il contenait.
- J’ai voulu examiner si le phénomène se produirait d’une façon analogue, dans le cas des grandes pluies de poussière, dont j’ai précédemment donné plusieurs exemples. L’analyse microscopique de pluies de poussière de la galerie minéralogique du Muséum, que M. Daubrée a bien voulu m’autoriser à examiner avec le concours de M. Stanislas Meunier, celle des échantillons recueillis par M. Tarry, en 1872, m’ont permis de trouver l’origine des matières organiques contenues en abondance dans ces curieux échantillons, et de compléter l’hypothèse insuffisante qu’on en avait faite précédemment.
- Ces pluies terreuses tombées sur la Méditerranée (15 mai 1846), sur les îles Canaries (7 février 1863), sur l’Italie (19 mars 1872) etc. etc., sont farineuses au toucher et de couleur jaune clair. L’inspection microscopique m’a fait voir que la matière organique qui entre dans leur composition est presque essentiellement formée de débris d’algues qui ne peuvent provenir exclusivement de l’air. Les parcelles dont ces poussières sont formées, offrent une ressemblance complète avec les débris d’algue et les corpuscules minéraux que l’on observe entre les grains beaucoup plus gros du sable du Sahara (voy. les fig. ci-contre). Il y aurait donc là une véritable élection des substances les plus fines et les plus légères du sable du désert, opérée par le vent. En ne soulevant que les corpuscules les plus petits, et parmi ceux-ci les débris végétaux, les tourbillons aériens pourraient former une poussière riche en matière organique, tout en l’extrayant d’un sable qui en est pauvre, par le seul fait qu’il opérerait cette extraction sur des masses considérablesl.
- Je trouve une confirmation à cette hypothèse dans les expériences suivantes. J’agite du sable du Sahara dans une petite quantité d’eau distillée : après quelques secondes de repos, le sable tombe au fond du vase où l’on opère; mais l’eau reste trouble sous l’influence d’un fin limon qu’elle tient en suspension et qui, examiné au microscope, offre identiquement l’aspect des pluies terreuses tombées autour du continent africain. Je suis arrivé encore à reproduire la matière de ces pluies de poussière en entraînant, à l’aide d’un fort courant d’air, les substances les plus fines du sable du désert, qui traversait un tube en tombant d’un sablier. L’examen du sable du désert de Gobi, qui fournit sans doute la matière de fréquentes pluies de poussière de la Chine, m’a donné les mêmes résultats2.
- On voit par ces faits, que les courants aériens intenses entraînent dans leur cours, un véritable limon
- 1 Les pluies de poussière renferment souvent 2 à 3 pour 100 de matière organique. La poussière tombée à Boulogne est plus riche en matière organique, parce que le sable de la mer, d’où elle me semble provenir, contient beaucoup plus d'algues que le sable du désert.
- 8 Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t. LXXXIII p. 1185. Séance du 11 décembre 1876.
- p.115 - vue 119/432
-
-
-
- LA NATURE.
- HG
- atmosphérique, et le déposent à des distances plus ou moins considérables, à peu près comme le font des masses d’eau en mouvement. Dans quelques cas, ces poussières sont portées régulièrement dans certaines localités, et y déterminent de véritables formations géologiques, comme cela a lieu pour les trombes de poussière, que M. Virlet d’Aoust a eu l’occasion d’observer sur le grand plateau mexicain (la Mesa d’Anahualc)*.
- Si l’on veut savoir comment sont soulevés les nuages de poussière, on peut lire de nombreuses descriptions de ces phénomènes, données par les voyageurs. En voici une des plus intéressantes que donne Thorburn, dans son travail sur le Baunu, district de Penjab dans l’indoustan.
- Le Marwat, lac desséché, est aujourd’hui une vaste plaine, dénuée d’arbres et couverte de sable onduleux ; côtoyée par des couches d’une argile molle et visqueuse, sillonnée par des cours d’eau profondément encaissés, ayant à sa surface du gravier alternant avec des prairies, elle offre ça et là des pierres arrondies, que le peuple appelle pierres d’enfer , à cause de leur teinte noire et fuligineuse, due probablement au contact du sable et de la boue. Vue en automne ou par un temps de sécheresse, la plaine du Marwat ressemble à un désert triste et lugubre, patrie des vents mugissants ; dans les mois brûlants de l’été, sa surface est balayée par des vents furieux qui soulèvent des nuages de poussière. Mais à la fin du printemps, quand le sol a été humecté par les pluies, on dirait une mer de céréales verdoyante et tachetée, par intervalles, de lignes et d’ilots d’une teinte plus foncée.
- C’est un spectacle grand et solennel que le commencement d’un orage de poussière, dans une journée d’été, pour l’observateur placé sur une des collines qui s’élèvent en amphithéâtre autour de la plaine du Marwat. D’abord apparaît un point noir au bout de l’horizon ; il s’allonge rapidement et ne tarde pas à s’étendre de Pest à l’ouest ; c’est alors nne puissante et terrible muraille, épaisse de mille pieds et longue de 30 milles (48 kilomètres). Elle s’approche de plus en plus avec un bruit étourdissant. Tantôt une aile est poussée en avant, tantôt une autre ; mais la masse s’avance de plus en plus. Elle est précédée
- 1 Yoy. la Nature, 1874, 2e semestre, p. 26, et Bulletin de la Société géologique de France, t. XV, 2e série. — Observations sur un terrain d'origine météorique ou de transport aérien
- par une nuée d’oiseaux de proie, milans, aigles et vautours, Les villages, situés au bas de la colline d’où I on observe ce phénomène, disparaissent les uns après les autres sous les nuages de poussière. Encore quelques minutes et le sommet du Shekhbudin, qui se baignait, un instant auparavant, dans les rayons du soleil ou dormait sous la chaleur accablante d’une journée de juin, est enveloppé de nuages jaunes, qui fuient et s’éloignent rapidement. Un moment suffit pour faire disparaître ce spectacle grandiose; il n’en reste qu’une poussière étouffante, désordonnée, affluant et refluant dans toutes les directions, pénétrant dans toutes les fissures. Hors des demeures, on ne peut voir que des ténèbres palpables; ôn n’entend que le sifflement du vent; mais, dans l’intérieur des maisons, on allume les lampes et, au bout d’un quart d’heure, l’orage qui a exercé ses ravages sur les flancs des coteaux, s’apaise et se calme peu à peu. »
- Le sable des déserts n’est pas la seule source de
- production des pluies de poussière.
- Les éruptions volcaniques projettent parfois dans l’atmosphère des masses énormes de cendres qui s’en élèvent en nuages épais ; la matière pulvérulente qui les constitue est souvent entraînée au loin, et retombe sur des régions entières. Nous citerons quelques-uns des phénomènes les plus remarquables de ce genre.
- Une des éruptions volcaniques qui ont causé le plus de terreur dans les temps modernes est celle du volcan Coseguina, situé au sud de la baie de Fonseca dans l’Amérique centrale. La quantité de cendres vomie par le volcan atteignit des proportions formidables. Une immense nappe de poussière s’étendit dans le ciel ; elle fut portée par le vent jusqu’à plus de 20 degrés de longueur vers l’ouest. La superficie de terre et d’eau, sur laquelle s’abattit la poussière, a été évaluée à 4 millions de kilomètres carrés, et quant à la masse vomie, elle n’a pas été inférieure à 50 millions de mètres cubes.
- En 1815, un volcan de l’ile Sumbava, le Timboro, recouvrit de cendres une surface de terre et de mer supérieure à celle de l’Allemagne. L’imagination populaire fut tellement frappée de ce cataclysme, qu’à Bruni, dans l’ile de Bornéo, où des amas de la poussière vomie par le Timboro à 1400 kilomètres au sud, avaient été portés par le vent, on compte
- SABLES ET PLUIES DE POUSSIÈRE VUS AU JHCBOSCOPE $p).
- * Vm ^
- &
- Sable (le la Manche.
- 3
- ’ o a
- *
- Û û A *
- 1. Poussière tombée sur l’archipel canarien, le 7 iéxrier 1863. — 2. Poussière tombée à Syracuse et sur l’Italie, le 10 mai 1872. — 3. Poussière tombée à Boulogne-sur-Mer, le 9 octobre 1876. — 4. Poussière extraite artificiellement des grains de sable du Sahara.
- p.116 - vue 120/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 117
- les années à dater de la « grande chute de cendres1. »
- Dans la nuit du 29 au 30 mars 1875, une poussière grise tomba en abondance avec de la neige sur une partie de la Suède et de la Norvège. M. Nor-denskiold en informa immédiatement M Daubree par un télégramme. D’autre part, M. Kjérulf, professeur à l’Université de Christiania, en adressa un échantillon au savant académicien, en même temps que M. le docteur Kars, ajoutait que cette poussière était tombée en Norwége depuis Soïrdmüre et la vallée de Romsdal, à l’ouest, jusqu’à Trynil (direction de Stockholm) vers l’est. M. Daubrée reconnut, par des analyses chimiques et micrographiques, que cette poussière offrait la plus grande ressemblance avec certaines pierres ponceuses d’Islande, notam-
- ment la ponce de Hrafftinurhur, et il en conclut qu’elle devait provenir d’une éruption de cette île1.
- Les nouvelles reçues postérieurement d’Islande ne tardèrent pas à montrer qu’il en était bien ainsi.
- On apprit qu’il y avait eu toute une série de phénomènes volcaniques : d’abord des secousses de tremblement de terre, puis une éruption accompagnée d’une pluie de poussière et de cendres. Le 29 mars 1875, la chute de cendres fut si intense qu’elle couvrit la région orientale de l’île, particulièrement le Jôkuldal, d’une couche de 15 centimètres d’épaisseur et, pendant toute cette journée, bien que la région occidentale fût baignée par les rayons du soleil, la région orientale resta plongée dans d’épaisses ténèbres. Les sources et les ruisseaux furent endigués par les cendres; les torrents des
- DU SUD
- r. n ç o
- Carte des régions couvertes par la pluie de cendres du volcan Coseguina.
- Carte des régions couvertes par la pluie de cendres du volcan Timboro.
- montagnes roulaient des flots noirs et les rochers, qui les bordaient, étaient couverts de monceaux de poussière. Les paysans se sauvèrent hors du pays jonché de cendres, avec leur bétail, pour trouver des pâturages qui ne fussent pas enterrés sous les scories; on ignore jusqu’à quel point ils réussirent dans leur tentative.
- « De nombreux exemples, dit M. Daubrés., témoignent du transport dans l’atmosphère jusqu’à de grandes distances, de cendres volcaniques, de sables et de poussières diverses, telles que les cendres provenant d’incendies. Je me bornerai à rappeler le sable qui s’est abattu, le 7 février 1863, sur la partie occidentale des îles Canaries, et qui avait été, selon toute probabilité, transporté du Sahara sur plus de 32 myriamètres s. Plus récemment, la cendre de l’incendie de la ville de Chicago est arrivée aux Açores, le quatrième jour après le commencement de-la
- * Landgrebe, Naturgeschichte der Vulcane; et Elisée Reclus, la Terre, t. I, p, 668.
- * Comptes rendus, t. LV1I, p. 305.
- catastrophe 8 ; en même temps, on avait senti une odeur empyreumatique qui avait fait dire aux Açoriens que quelque grande forêt brûlait probablement sur le continent africain...
- « On sait que le célèbre brouillard sec qui, en 1783, couvrit pendant trois mois presque toute l’Europe, après avoir d’abord paru à Copenhague, où il persista cent vingt-six jours, avait pour cause une éruption de l’Islande, ainsi qu’on l’apprit plus tard 5. En septembre 1845, un transport de même origine, mais moins considérable, fut observé aux îles Shetland et aux Orcades4.
- 1 Comptes rendus de l'Académie des Sciences, t. I.XXX, p. 994 et 1059.
- 8 M. Fouqué, à qui je dois cette communication, a vu cette cendre, qui avait été recueillie à Fayal par le consul américain, M. Dabney.
- 3 Ch. Martins, Nature et origine des différentes espèces de brouillards secs. (Journal de l’Institut, 19 février 4851.)
- * D’après une obligeante communication de M. Des Cloizeaux, qui a lui-même vu cette poussière aux Orcades, en revenant d’Islande, on avait remarqué, dès le 2 septembre, à bord des bâtiments arrivant d’Islande et sur la mer, une poussière
- p.117 - vue 121/432
-
-
-
- 118
- LA NATURE.
- 11 est probable que dans les cas de transport de poussières à grande distance, les parcelles dont celles-ci sont formées sont soutenues dans l’atmosphère par des mouvements rotatoires de l’air ; car le calcul démontre que des grains minéraux de très-petite dimension, 1/100 de millimètre de diamètre, par exemple, tombent encore avec une vitesse assez considérable (0ra,66 par seconde pour la silice, en supposant une forme sphérique *).
- Nous n’insisterons pas sur ce point et nous résumerons ces observations par les conclusions suivantes :
- Les pluies terreuses tirent leur origine, 1° des parcelles les plus fines des sables des déserts, plaines ou plages, soulevées par les vents, elles sont entraînées par les courants aériens ; 2° des cendres provenant des éruptions volcaniques; 5° les pluies de poussière peuvent provenir encore, dans certains cas particuliers, de la combustion des météorites2, ou de leur division au sein de la pluie, quand elles sont friables. Gaston Tissandier.
- LES OISEAUX D’HIYER
- (Suite. — Voy. p. 37 et 63.)
- Nous pourrions parler du Rouge-Gorge; mais que dire sur cet oiseau qui n’ait été dit cent fois? Le Rouge-Gorge en effet est le héros de légendes touchantes dans plusieurs provinces de la France, et particulièrement en Bretagne; il a été célébré par les poètes comme un modèle de douceur, de courage et de charité, et Toussenel lui a consacré quelques-unes de ses pages les plus charmantes. Tous nos lecteurs connaissent assurément ce bec-fin aux grands yeux brillants comme deux perles noires, à la poitrine d’un roux ardent, au ventre blanc, au manteau d’un brun-olivâtre, qui sautille gaiement à l’arrière-saison dans les arbres dépouillés, qui égaye de son chant le voyageur attardé, et qui cherche parfois un asile dans la
- rouge, qu'on avait déjà prise pour de la cendre de tourbe. Dans la nuit du 2 au 5 septembre, il en était tombé une grande quantité aux environs de lvirkwall (Orcades). Un article du Journal de Kaithness du 12 septembre la regardait comme de la cendre volcanique provenant d’Islande. Ce n’est toule-ois que par les premières nouvelles de mai 1846 qu’on sut que les habitants de Reikiavik avaient constaté l’éruption et la coulée de lave de l’Hécla du 2 septembre 1845. Il est probable que la pluie de cendres avait dû commencer au moins e 1er septembre, puisqu’elle avait pu parcourir la distance de plus de 800 kilomètres, qui sépare la côte du sud d’Islande des Orcades.
- 1 Une sphère de 1 mètre de diamètre d’une substance ayant une densité 2,5 tombe avec une vitesse de 220 mètres à la seconde, le mouvement étant supposé uniforme dans l’air à la densité ordinaire. En appelant d le diamètre du corpuscule, sa
- vitesse de chute sera y/d X 220.
- 2 Nous avons donné précédemment des exemples de pluies d’aérolithes microscopiques (Voy. la Nature, 5” année, 1875, 2* semestre, p. 351. Ce phénomène est souvent accompagné de flammes et d’incandescences.
- cabane du bûcheron. Le Rouge-Gorge offre un singulier mélange de timidité et de hardiesse : un rien l’intéresse, un rien lui fait peur; ses mouvements sont brusques et saccadés ; son vol faiblement ondulé. Avec ses pareils, il est d’un naturel querelleur, au moins en liberté, mais il recherche la société de l’homme et s’apprivoise facilement. Nau-mann et Brehm rapportent même qu’en captivité il soigne et nourrit les jeunes oiseaux placés clans la même cage et vient en aide à ses compagnons souffrants ou blessés.
- Le Merle à plastron (Turdus torquatus) qui se distingue du Merle noir par un croissant d’un blanc plus ou moins pur placé sur la poitrine; le Merle litorne {Turdus pilaris) et le Merle Mauvis(T. ilia-cus) nous arrivent en hiver des pays septentrionaux ou descendent des montagnes dans la plaine. Le Merle litorne habite en été les grandes forêts de bouleaux de l’Europe septentrionale, et niche en Allemagne sur les pins et sur les chênes ; il pond quatre œufs d’un gris verdâtre parsemés de taches de rouille; son plumage d’un gris cendré sur la tête, la nuque et le croupion, d’un brun châtain foncé sur le dos et les épaules, passe au roux sur le devant du cou, qui est rayé longitudinalement de noir; les côtés de la poitrine blancs, le ventre est d’un blanc pur, les pennes des ailes sont bordées de cendré, celles de la queue lisérées de blanc ; enfin le bec est jaune et les pattes sont d’un brun foncé. Bans le Mauvis, au contraire, qui est d’ailleurs de taille plus faible, les parties supérieures du corps sont fortement nuancées d’olivâtre, surtout au printemps, les côtés de la poitrine et du ventre sont d’un roux ardent, et toutes les parties inférieures, à l’exception du milieu du ventre, sont couvertes de taches triangulaires brunes ; le bec, au lieu d’être jaune comme dans le Litorne, est brun, avec la base plus claire, et les pattes sont d’un gris rougeâtre. Les œufs ressemblent beaucoup à ceux de l’espèce précédente, mais sont toujours plus petits.
- Nous ne citerons ici que pour mémoire le Merle commun et la Grive, que tout le monde connaît, et dont l’un est sédentaire dans plusieurs de nos départements, tandis que l’autre émigre en général à l’approche de l’hiver, et se répand dans le midi de la France, et, quittant le groupe des Becs-fins, nous arrivons à celui des Gros-Becs, qui renferme aussi un très-grand nombre d’espèces nomades. Dans ce groupe nous trouvons d’abord les Loxiens, vulgairement nommés Becs-croisés, parce que leurs mandibules, qui sont fortement recourbées et d’une force remarquable divergent l’une à droite, l’autre à gauche de la ligne médiane. Ces oiseaux rappellent les Perroquets par leurs formes massives et par les teintes de leur plumage qui chez les femelles sont jaunes ou verdâtres, et chez les vieux mâles d’un jaune ou d’un rouge éclatant. Comme les Perroquets, ils sont assez maladroits sur le sol, mais grimpent avec agilité, en s’aidant de leur bec. Us ont un vol léger, mais peu soutenu, et, dans leurs
- p.118 - vue 122/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 119
- migrations, passent d’une colline à l’autre en séjournant longtemps dans les endroits qui leur fournissent une nourriture abondante. Leur cri d'appel est assez rude, mais les mâles possèdent un chant ravissant, qui les fait rechercher comme oiseaux de volière. Ils voyagent généralement en bandes, et vers le milieu du jour se dispersent sur les arbres verts dont ils savent dépouiller les fruits avec une adresse extraordinaire : maintenant les cônes de pin entre leurs doigts, ils arrachent avec la pointe de leur mandibule supérieure les plus grosses écailles, et, après avoir fait une ouverture dans la masse, font sauter d’un coup sec les autres écailles, pour pouvoir saisir facilement les graines avec leur langue. Rien n’est curieux, paraît-il, comme de voir une troupe de ces oiseaux ainsi occupés, et se détachant par les couleurs brillantes de leur plumage sur la neige qui couvre le sol et sur- le feuillage sombre des sapins.
- Les Becs-croisés se montrent de temps en temps, en hiver, dans le nord de la France, en Angleterre, et même en Italie ; mais d’ordinaire ils habitent le Groënland, la Suède, la Russie et le nord de l’Allemagne. Dans ces contrées ils sont représentés par trois espèces, le Bec-croisé perroquet (Loxia pityop-sittacus), le Bec-croisé des pins (Loxia curmrostra) et le Bec-croisé à deux bandes (Loxia bifasciata), qui ont les mêmes mœurs et qui ne diffèrent l’une de l’autre que par la taille et certains détails de coloration. Leur nid, placé sous des branches qui le mettent à l’abri de la neige, est construit avec des brindilles, des bruyères et des lichens, et garni intérieurement d’aiguilles de pins, de plumes et de brins d’herbes.
- Le Dur-Bec vulgaire (Corythus enucleator), qui vit également dans le nord de l’Europe et de l’Asie et qui a la taille d’une petite Grive, porte une livrée presqu’aussi riche que le Bec-croisé ; le mâle a le dessus du corps d’un rouge-groseille varié de brun, la gorge rosée, les flancs d’un gris cendré et les ailes ornées d'une double bande d’un blanc rosé, tandis que la femelle a les parties supérieures d’un gris brun, la tête, le cou et les parties inférieures d’un jaune orangé plus ou moins vif. En temps ordinaire, ces oiseaux vivent par couples cachés dans les forêts, mais à certaines époques, sans qu’on sache trop pour quelle cause, ils se rassemblent en troupes nombreuses, qui, se réunissant les unes aux autres, forment bientôt de véritables nuées. D’après Brehm, des passages considérables eurent lieu sur les bords de la Baltique en 1790, 1793-, 1798 et 1803, et aux environs de Riga on put capturer près de 1000 de ces oiseaux en une semaine! Par leurs mœurs., leurs allures et leur voix harmonieuse, les Durs-Becs ressemblent beaucoup aux Loxiens; en été ils mangent des mouches et en hiver de petits fruits et particulièrement des baies de genévrier. Le froid semble n’avoir aucune prise sur eux, grâce à la nature de leur plumage qui est épais et bien fourni, et c’est par les temps de gelée qu’ils mani-
- festent la plus grande activité. Ils tombent facilement dans les pièges les plus grossiers, surtout dans les premiers temps de leur arrivée, mais ils supportent mal la captivité. E. Oustalet,
- — La suite prochainement. —
- LES MANIEURS DE FOUDRE
- (Suite. — Voy. p. 70 )
- Les ouvrages du temps nous expliquent, et par leur texte et par leurs gravures, comment ou amenait aisément l’électricité orageuse à l’intérieur de la maison, afin d’expérimenter avec elle sans danger, du moins à ce qu’on croyait. L’Abbé Nollet1, d’après l’expérience de d’Alibard à Marly-la-Ville, propose un appareil permettant, dit-il, de reconnaître quand l’air est électrisé et à quel degré ; il décrit et figure cet appareil qu’il a fait construire à sa maison de campagne, placée dans un lieu élevé et qui n’est dominée par aucun objet voisin (fig. 1).
- A B G D représente la coupe verticale du bâtiment, E F est la fenêtre d’une chambre qui est au dernier étage de la maison. Avec des liens de fer G, H, à une solive du plancher et à un des chevrons du toit, était attaché un piquet de bois IK, qui avait près de six pieds de hauteur, et dépassait d’environ quatre pieds la tuile de la couverture. Cette tige est garnie en haut d’une virole de fer étamé, qui excède le bois de cinq pouces, et qui reçoit un gros tuyau de verre fort épais L M, long de vingt pouces et dont le bout supérieur entre de quatre pouces dans le tube de fer blanc N O où il est arrêté, ainsi que dans la virole d’en bas, avec du mastic de vitrier. Ce dernier tuyau, qui a cinq pouces de long et qui est surmonté d’une tige de fer OP, de la même longueur et grosse au plus comme le petit doigt, porte à la partie inférieure un pavillon Q Q, dont l’évasement est de treize à quatorze pouces, et qui est destiné à empêcher le tuyau de verre d’être mouillé par la pluie. Sans cette précaution, en effet, l’électricité se communiquerait par la surface humide, et se dissiperait en passant par la tige de bois jusqu’au bâtiment. Au-dessus du pavillon est soudé un petit tuyau RS, horizontal, de quatre à cinq lignes de diamètre, soutenu par un autre T, qui lui sert d’arc-boutant. On avait fait entrer en S une petite verge de fer assez longue pour déborder de six pouces l’aplomb du toit, D, et terminée par une boucle dans laquelle était accroché un fil de fer vertical ,VV, de la grosseur d’une plume à écrire. Pareillement une boucle et un crochet entièrement fermé joignaient la partie inférieure de ce fil avec une tringle de fer XY, qui pénétrait dans la chambre par un trou pratiqué au dernier carreau de vitre E. De peur de rupture par le vent, ce car-
- 1 Lettres sur l’électricité. Nouvelle édition,‘3. val. in-12. — Paris. 4774, t. I, p. 148. 7® lettre [à M. Franklin),sur l’analogie du tonnerre et de l’électricité.
- p.119 - vue 123/432
-
-
-
- 120
- LA NATURE.
- reau est un morceau de glace épaisse, et le bout Y est affermi à l’intérieur de la chambre par un bras de fer Z, attaché au plancher. Pour que l’électricité de la verge XY ne s’écoule pas par cet appui, le fer est enveloppé d’un tuyau de verre, à l’endroit où la pièce Z le saisit.
- C’est ainsi que l’électricité de la lige NP est amenée dans une chambre close, lieu propice pour faire aisément les observations. On peut, écrit l’Abbé Nollet, tirer étincelle avec le doigt de la tige XZ, ou l’interroger avec un pendule à balle de sureau, ou la mettre en communication avec uu petit carillon électrique.
- L’abbé Poncelet1 ne croit pas (fort à tort) qu’on puisse préserver les édifices considérables de la chute et des effets du tonnerre. Il conseille de se retirer, lors des cas inquiétants, dans une espèce de tente ou de pavillon construit de la manière suivante.
- Le haut du pavillon, écrit-il, sera en forme de baldaquin rond et à dessus bombé, couvert en dehors d’une triple toile cirée. On donnera à la charpente du pelii édifice la forme la plus commode, la plus élégante, et, en même temps, la plus solide possible; elle doit être entièrement en bois résineux, sans ferrements quelconques, des chevilles en bois dur suppléant aux clous.
- Les courtines extérieures seront faites , comme le baldaquin, d’une triple toile cirée. On pourra tapisser le dedans du pavillon d’une étoffe de soie.
- « Supposons maintenant, continue Poncelet, que le tonnerre vienne à tomber sur ce petit édifice; qu’arrivera-t-il? Moins que rien. Comme il présente de tous côtés des surfaces résineuses, qui ne reçoivent jamais le phlogistique par communication, après avoir légèrement voltigé tout autour du pavillon, sans pouvoir l’entamer, il partira probablement pour aller faire ses ravages ailleurs. »
- Au frontispice de son livre, avec la devise tirée du psalmiste : vox tonitrui Jn rota, l’abbé Poncelet
- * La nature dans la transformation du tonnerre, p. 125. 1 vol. in-12. — Paris, 1766.
- Fig. 1. — Chambre de l’abbé Nollet pour l'étude de l’électricité atmosphérique
- est représenté au centre d’un semblable pavillon, tirant avec un excitateur des étincelles d’une chaîne qui descend du plafond, et communique avec une lige verticale de métal, entourée d’un manchon isolant, et sortant au dehors terminée en pointe. Un grand éclair en zig zag sillonne la nuée (fig. 2).
- Les barres isolées sur le sommet des édifices, communiquant ou non avec un conducteur placé dans une chambre intérieure, constituent des appareils toujours assez compliqués et d’un certain prix. En outre elles peuvent ne donner que de faibles effets si les nuages orageux sont très-élevés. Pour aller chercher la foudre aisément et dans ses plus hauts domaines, un jouet d’enfant, le cerf-volant, est devenu un instrument de physique, et même parfois un engin redoutable et mortel.
- La priorité de la découverte ap -partient à Franklin, en juin 1752, à Philadelphie. L’expérience fut connue en France par une lettre adressée à l’abbé Nollet, datée de Londres, 15 janvier 1753, et communiquée peu de jours après l’Académie des sciences. Il se servit d’un cerf-volant formé de deux bâtons croisés, sur lequel était étendu un mouchoir de soie, comme plus résistant que le papier (choix peu heureux, vu la. mauvaise conductibilité électrique de la soie), offrant à l’extrémité opposée à la queue un fil de fer d’un pied de longueur (disposition avantageuse). La corde de chanvre se terminait par un ruban de soie, tenu à la main par l’opérateur, et abrité de peur qu’il ne fut mouillé par la pluie. On se gardait que la corde du cerf-volant touchât les murs de la maison. Lors de l’orage, Franklin vit les filaments de chanvre s’agiter, et tira des étincelles avec une clef approchée du fil. Quand la corde eut été mouillée par la pluie, les étincelles tirées à la clef ou au doigt furent plus abondantes. En outre il put allumer de l’eau-de-vie et charger une bouteille de Leyde.
- Maurtck Gtrabd.
- Fig. 2. — Pointe interrogatrice du tonnerre de l'abbé Poncelet.
- — La suite prochainement. —
- p.120 - vue 124/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 121
- UNE STATION ZOOLOGIQUE
- DANS LA MER DU NORD.
- Le congrès des naturalistes et médecins allemands, tenu récemment à Hambourg, a résolu d’établir des stations zoologiques et botaniques sur les côtes de la mer d’Allemagne. Les savants qui ont signé le mémoire présenté au chancelier de l’empire, aux chambres fédérales et au pouvoir exécutif, dans les différents États qui composent le nouvel empire d’Allemagne, arriveront très-probablement au but
- qu’ils se proposent d’atteindre. En attendant que ce projet se réalise, nous mentionnerons aujourd’hui une entreprise semblable, exécutée récemment en Hollande, et nous signalerons les résultats obtenus pendant l’année 1876.
- L’Association zoologique néerlandaise, dans une séance du mois de novembre 1775, reconnut la nécessité de fonder, sur la côte hollandaise, un établissement où l’on pût étudier à loisir la faune et la flore du littoral de la mer du Nord et faire en même temps des observations relatives à la physique, la chimie et la météorologie. Une commission, formée
- Station zoologique transportable telle qu’elle était installée à Ilelden (Pays-Bas), en juillet 1876.
- du professeur Hoffmann et des docteurs Hoek et Ilubrecht, fut chargée de prendre les mesures nécessaires au succès de cette entreprise et de préparer, pour l’été de 1876, un gîte provisoire aux membres de l’Association qui seraient tentés de joindre leurs efforts à ceux de leurs collègues les plus compétents. En février 1876, la commission déclara : 1° qu’elle n’avait pas trouvé d’endroit favorable pour l’installation de la station projetée; 2° que les fonds, mis à sa disposition, étaient insuffisants pour faire face aux dépenses absolument nécessaires. Elle proposa donc d’ouvrir une souscription publique, pour couvrir les frais de l’entreprise et en même temps d’émettre des actions, de 10 gulden (22 francs) chacune, ne portant pas d’intérêt, mais remboursables par annuités. Cette proposition fut agréée et, dans
- l’espace de quelques semaines, on recueillit une somme de 10000 francs, amplement suffisante pour commencer les travaux.
- Notre gravure représente la station zoologique, construite en bois, pouvant se défaire et se refaire aisément et être transportée sans difficultés sur n’importe quel point du littoral. On se servit, dans cette occasion, de l’expérience acquise dans la campagne asti’onomique, qui avait eu pour but d’observer le passage de Vénus sur le disoue du soleil. La station zoologique comprend une chambre, où l’on peut tenir dans l’obscurité les animaux marins renfermés dans des bocaux. Il y a de plus un appareil, toujours en mouvement et destiné à oxygéniser constamment l’eau de la mer que contiennent ces bocaux. La station possède tous les instruments nécessaires aux
- p.121 - vue 125/432
-
-
-
- 122
- LA NATURE.
- recherches microscopiques et histologiques que requiert la science actuelle. Des filets, des dragues, etc., permettent de sonder les profondeurs de l’océan et d’en retirer les animaux et plantes, que l’on se propose d’étudier.
- Tout cela fut transporté à Helden en juillet 1876, vis-à-vis l’ile de Texel et installé sur la grande digue qui protège les Pays-Bas contre les irruptions de la mer. On utilisa, pour les excursions des dragueurs, plusieurs navires à voiles, ainsi qu’un steamer, glorieusement mis à la disposition des savants par le ministre de la marine hollandaise. Les observations durèrent huit semaines ; elles furent interrompues, à la fin du mois d’août, par la persistance du mauvais temps. Tous les édifices de la station furent alors transportés à Leyde, d’où on les dirigera, l’été prochain, sur quelque autre point de la côte.
- Pendant les deux mois d’observations et d’études, la savante colonie s’était composée de dix membres. Elle ne tardera pas à publier dans ses annuaires les résultats de ses investigations. Disons, par anticipation, que les observations portèrent spécialement sur les Crustacés, les Annéüdes, les Méduses, les Polypes hydroïdes, les Polyzoés, les Mollusques et les Échinodermes. On ne trouva ni Géphyréens ni Holothuries. Quant aux Ascidiens, ils étaient représentés par les Botryllides, que l’on pêchait par myriades1.
- CORRESPONDANCE
- LE COUP DE VENT DU 1er JANVIER 1877, AU PIC DU MIDI.
- Bagnères-de-Bigorre, 12 janvier 1877.
- Mon cher Monsieur Tissandier,
- Je réponds immédiatement à votre sommation du 10, laquelle m’est arrivée hier au soir, comme j’arrivais moi-même du Pic, appelé ici pour tâcher de réparer, si possible était, les avaries nombreuses causées par le coup de vent (cyclone des modernes) à mon habitation ici.
- 11 faut croire que MM. les journalistes, qui ont mis mes amis et connaissances en inquiétude sur moi, avaient besoin d’une nouvelle à sensation, pour donner du ton à la colonne des Faits divers.
- Il est certain que si j’avais choisi les heures où la tourmente (cyclone) sévissait dans toute sa force, pour aller cueillir des saxifrages sur les sommets qui dominent la station Plantade, j’aurais été parfaitement broyé par les grosses pierres (dont quelques-unes de 25 à 30 kilogr.) qui s’en allaient sous le vent, comme des feuilles mortes. Mais pendant le coup de vent du 51 décembre au 1" janvier, pendant le précédent et pendant le suivant, j’étais bien et dûment enfermé dans notre blockhaus, occupé à suivre les effets de la pression atmosphérique sur nos baromètres, à inspirer la confiance en la solidité de l’habitation à mes deux compagnons de captivité, et à préparer un sauvetage, si comme cela était à craindre, la maison eût été par trop maltraitée et rendue insalubre.
- Rassurez aussi les personnes nerveuses et sensibles qui pensent à moi quand souffle le vent. Dites aussi aux per-
- * Traduit de Nature, 7 décembre 1876.
- sonnes qui aiment les émotions sérieuses « que la station est intacte, qu’elle est prête à recevoir en toutes saisons, cette année même, toutes les visites qu’il plaira à Dieu de m’envoyer. Ajoutez s’il vous plaît que dans la soute à charbon, il y a encore 3000 kilogrammes de coke, 4 stères de bon bois de hêtre pour la cuisine, que 250 kilogrammes de lard agrémentent les solives du salon, que 800 litres de vin sont au frais dans la cave, qu’il y a du thé et du café pour six mois, ainsi que des conserves de toute sorte, avec des pommes de terre et du pain biscuité , pour l’usage duquel de bonnes dents sont de toute nécessité. Enfin, dites-leur bien que du 1er novembre au 1er juin, l’hospitalité de la station I'iantade n’est ni un mystère ni une chimère. »
- Ceci établi, voici quelques détails qui peuvent vous intéresser un peu plus.
- Du 27 décembre 1876 au 3 janvier 1877, l’évaporo-mètre de Piche nous a donné des nombres beaucoup plus hauts qu'en été, la nuit comme le jour.
- L’hygromètre de Saussure, plusieurs fois a marqué 10, une fois 8.
- Le baromètre Fortin, pendant les coups de vents, est descendu à 552,2 (faites la réduction à zéro); jamais encore je ne l’avais vu si bas. La moyenne de la station est 571,1.
- Aussi les courbes du 27 décembre au 3 janvier sont très-pittoresques.
- Notre blockhaus est orienté façade au sud plein. Il est couvert au nord par le rocher de Grenatite, sur lequel est posté l’observatoire, où sont placés, sous un abri Montsou-ris modifié, nos instruments de plein vent.
- Pendant ces trois bouleversements atmosphériques, le vent halait S W, passait au W N W, puis au N. C’était alors pour nous un calme relatif, c’est-à-dire que le courant d’air passait par-dessus la maison, au lieu de la frictionner par la hanche, et voici ce qui se passait :
- Nos fenêtres au S et les plaques de zinc n° 14 qui blindent les murs verticaux de notre vérandah étaient comme aspirées en dehors et décrivaient une courbure considérable du dedans au dehors ; ces plaques de zinc sont fortement cousues aux murailles de bois par une double rangée de clous, à 3 centimètres l’un de l’autre. Je n’avais donc pas crainte de les voir s’envoler. Mais mes compagnons étaient visiblement émus de voir cette respiration des murs, comme les soupapes du régulateur d’un ventilateur. Ce qui les étonnait aussi, c’étaient les soubresauts du mercure dans le tube du Fortin, puis les très-grandes oscillations de l’aiguille de notre grand anéroïde de Bréguet.
- J’ai mesuré plusieurs fois ces mouvements d’oscillations de 552,2 à 553,8 dans le tube de Fortin. L’aiguille de l’anéroïde décrivait dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier des arcs de 1 à 3 centimètres.
- Pour moi, le spectacle le plus saisissant était celui que m’offrait la chaine, depuis le Yiquemal jusqu’au pic de Cainbiel. Le vent enlevait des colonnes de poussière de neige souvent à plus de 500 mètres de hauteur, sur lesquelles la lumière solaire passait de la façon la plus fantastique. Au col de Sencours, où nous sommes installés, la neige tourbillonnait, ainsi que l’on représente les trombes sur mer.
- J’en ai vu plusieurs fois sur la côte d’Afrique, principalement sur la rade d’Arzeuw, en tous points semblables. Seulement ces trombes marines n’avaient pas une marche rapide ; même parfois, me faisaient l’effet de venir au vent. Était-ce une illusion ? Celles du col me paraissaient marcher avec une vitesse de 25 à 30 kilomètres à l’heure et
- p.122 - vue 126/432
-
-
-
- LA NATURE.
- m
- toujours sous le vent. Une de ces trombes s’est emparée d’un volet en bois de chêne du poids de 60 kilogrammes ;
- 11 nous servait de table et était chargé d’un tas de méca-phyre, grenatite, fulgurites ; enfin, des quantités d’échantillons que nous offrons aux personnes qui font de la minéralogie, avec l’aide du voisin. Ce tas de pierres pouvait bien peser 150 kilogrammes. Eh bien, malgré cette surcharge, ce volet a été enlevé et transporté à 750 mètres de distance et à 85 mètres en contre-haut.
- Le coup de vent du 31 décembre au 1er janvier, de
- 12 h. 30 m. à 7 h. du matin, a été le plus violent, et pour nous le plus fatigant. Le vent halait constamment du S. W, sauf la dernière heure, où il a sauté brusquement N plein.
- Pendant ces tourmentes, le ciel était presque toujours dégagé, mais beaucoup de cirrus très-hauts, au zénith, et presque immobiles. Au contraire, les cumulus inférieurs avaient une très-grande vitesse de déplacement.
- Veuillez agréer, etc.
- Général Ch. de Nansouty.
- BIBLIOGRAPHIE
- L'Étincelle électrique, par A. Cazin. — 1 vol. in-12 illustré, de la Bibliothèque des Merveilles. — Paris, Hachette et Cie, 1876.
- Ce volume offre l’histoire complète de l’étincelle électrique, qui est peut-être « le plus frappant des phénomènes produits par l’électricité. » M. Cazin expose d’abord l’historique de l’étincelle, puis il examine les appareils qui la produisent. Il étudie la constitution de l’étincelle explosive, celle de l’arc voltaïque, et leurs propriétés; il termine par les utiles applications que la science a su faire de cette étude.
- Compte rendus des travaux de la Société des Agriculteurs de France. Annuaire de 1876. — 1 vol, gr. in-8. Paris 1876.
- Société industrielle de Mulhouse. Bulletin spécial publié à l'occasion du 50e anniversaire de la fondation de la Société, célébré le 11 mai 1876, 1 vol. gr. in-8, avec planches hors texte. —Mulhouse et Paris 1876.
- NOUVELLE SONDE OU BATH0MÈTRE
- DE M. SIEMENS.
- La Nature a déjà indiqué succinctement le principe de cet ingénieux appareil1 ; nous nous propo-sons aujourd’hui de le décrire avec plus de détails.
- Le nom de l'instrument dérivé de jSaôu; (profond) montre qu’il est destiné à remplacer la ligne de sonde pour la mesure de la profondeur de la mer. 11 est fondé sur la remarque que l’attraction de la terre sur les corps placés à la surface est proportionnelle à la densité des couches agissantes. Cette attraction est plus grande au-dessus de masses rocheuses qu’au-dessus de couches épaisses d’eau.
- 1 Yoy. 1876, ‘2e semestre, p. 351.
- La densité de l’eau de mer étanl d’environ 1,026 et celle des parties solides de la croûte terrestre d’environ 2,75, le corps pesant, promené à la surface de masses liquides éprouvera des effets d’autant moindres que la tranche d'eau qui le sépare du massif solide sera plus épaisse, en d’autres termes que la profondeur de la mer sera plus grande.
- Le principe posé, il y avait deux questions à résoudre ; 1° Déterminer par le calcul l’influence que la présence d’une couche d’eau de mer doit exercer sur la gravitation totale du globe, si l’on prend la mesure en un point de la surface ; 2° Combiner un appareil simple pour effectuer cette mesure.
- On peut déterminer mathématiquement l’influence de l’épaisseur de l’eau en supposant d’abord que la mer ne soit pas pesante ; on trouve que l’attraction totale de la terre, mesurée à la surface de la mer, diminue dans le rapport de la profondeur r à | R, R étant le rayon de la terre. En tenant compte de la densité de l’eau de mer, le poids doit diminuer dans le rapport de r à R, soit à peu près dans le rapport de r à R. Ce coefficient doit même être diminué, à cause de la variation de densité à l’intérieur de la terre. M. Siemens admet d’ailleurs que pour établir une échelle pratique, il est préférable de recourir à des mesures prises à l’aide de la sonde.
- Un corps pesant moins à la surface de la mer que sur la terre, et la diminution de poids étant d’autant plus grande que la profondeur de l’eau est plus considérable, si ce corps est soutenu par un ressort, la diminution de la tension du ressort permettra d’apprécier la perte de poids et d’en déduire la profondeur de l’eau ; tel est le principe de l’appareil .
- M. Siemens rapporte qu’il fut conduit à l’exécution de cet instrument par les exigences des opérations de pose des câbles sous-marins dans les eaux profondes. Il avait reconnu la nécessité, pour ce genre de travail, d’avoir constamment sous la main un indicateur des accidents du fond.
- Le bathomètre, représenté dans la figure ci-contre consiste essentiellement en une colonne verticale de mercure, contenu dans un tube évasé en forme de coupe à ses deux extrémités. La partie inférieure est fermée au moyen d’un diaphragme de bande plissée d’acier, de construction semblable à celle des baromètres anéroïdes. Le poids du mercure est équilibré au centre du diaphragme par la force élastique do ressorts d’acier soigneusement trempé, dont la longueur est la même que celle de la colonne mercurielle. Les deux extrémités de la colonne sont ouvertes dans l’atmosphère, de sorte que les variations de la pression extérieure n’affectent pas les indications de l’instrument.
- Le tube est étranglé à l’extrémité supérieure, afin de diminuer l’influence du mouvement du navire causant des oscillations verticales du mercure. L’instrument est porté par une suspension de Cardan, un peu au-dessus de son centre de gravité, afin
- p.123 - vue 127/432
-
-
-
- m
- LA NATURE,
- qu’il reste dans une position verticale malgré les oscillations du bord.
- Le problème revient à mesurer les variations légères de longueur qu’éprouvent les ressorts d’acier, lorsque la pesanteur varie et détermine une augmentation ou une diminution de poids de la colonne de mercure.
- La lecture s’établit au moyen d’un courant électrique que l’on établit entre l’extrémité d’une vis micrométrique et le centre du diaphragme. Le pas de la vis et les divisions de sa circonférence sont calculés de telle sorte que chaque division représente la diminution de la pesanteur due à une brasse de profondeur de mer.
- On emploie actuellement un autre mode de lecture de l’instrument, au moyen d’un tube en verre en forme de spirale, fixé au sommet, et communiquant avec le mercure dans la cuvette supérieure au moyen d’un liquide de densité moindre ; cette méthode a été pratiquée avec succès.
- Il est indispensable de faire une correction dépendant de la latitude du lieu d’observation ; elle est donnée par un tableau qui accuse des variations moindres sur mer que sur terre, ce qui est dû à l’absence des masses qui s’élèvent au-dessus du sol et à la densité très-uniforme de la mer.
- On a comparé les indications de cet instrument avec les sondages pris au moyen de l’appareil de fil de fer de M. W. Thomson.
- Les résultats sont très-concordants. Les chiffres donneront une idée du genre d’indications obtenues : au 31 octobre 1875,
- d’après les sondages, le Faraday, à midi, était à une
- Balhomètre Siemens.
- profondeur de 82 brasses; à 1 heure 8 minutes de l’après-midi, à une profondeur de 204 brasses; et à 2 heures 20, à une profondeur de 69 brasses. Or, la lecture du bathomètre donnait 82, 218 et 78, faisant reconnaître avec une remarquable exactitude le passage d’un bas-fond dans une eau profonde, et un retour dans un bas-fond, en moins de deux heures de temps.
- Cet accord est aussi complet qu’on peut le désirer, en tenant compte du fait que la ligne de sonde donne la profondeur immédiatement au-dessous du navire, tandis quele bathomètre indique la profondeur moyenne d’une certaine surface, dont l’étendue dépend de la profondeur.
- M. Siemens ajoute que l’instrument peut être appliqué aussi à la mesure de hauteurs au-dessus de la surface de la terre, par exemple, dans les ascensions de ballon ; mais ici, les massifs de montagnes et les plateaux élevés affecteraient l’indication, et il faudrait recourir à des procédés de correction spéciaux.
- Terminons en signalant aux marins l’usage qui pourrait être fait du bathomètre pour déterminer une position lorsque la brume ou un temps de brouillard ne permet point d’autres observations. La configuration du lit océanique étant marquée sur de bonnes cartes, on aurait ainsi le moyen de reconnaître quelle est la profondeur approximative de l’eau, dans quelle direction, suivant quelle progression cette profondeur augmente ou diminue, et en se reportant à la carte, on ferait le point avec une exactitude remarquable. Ch. Bontemps.
- p.124 - vue 128/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 123
- LA TOUR DE FLEURINES
- Dix mètres de haut, six mètres de large, forme cylindrique parfaite : c’est la tour ruinée d’un ancien château fort? — Non. L’homme n’est pour rien dans cette œuvre remarquable ; les agents inorganiques en peuvent seuls revendiquer la construction et son étude rentre sans partage dans le domaine de la géologie.
- Fleurines, où l’on rencontre ce beau monument naturel, est un bourg du département de l’Oise, peu distant de Senlis et de Creil, et compris dans une large lacune de la belle et trop peu fréquentée forêt d’Halatte. Il est adossé à la butte Saint-Christophe qui peut être considérée elle-même comme un contrefort éloigné du Mont-Pagnotte, tout couvert de grands arbres et dont le profil se dessine à l’horizon.
- Dans le village même, le sol est composé des couches les plus inférieures des sables moyens appelés souvent sables de Beauchamp, du nom d’une localité \oisine de Pontoise, bien connue des amateurs de coquilles fossiles. La butte Saint-Christophe est constituée presque en entier par les mêmes sables, couronnés, dans les points les plus hauts, par le calcaire d’eau douce dit travertin de Saint-Ouen, au-dessus duquel apparaissent en outre des couches plus récentes encore.
- La tour naturelle, dont nos lecteurs ont ici une reproduction lidèle, se présente dans une carrière de sable exploitée par M. Frigaux, .au lieu nommé les Frièges, pour les besoins de diverses verreries. Sa masse principale est constituée par des blocs de grosseur variée, jetés sans ordre les uns sur les autres, et parmi lesquels on distingue surtout du calcaire à grains fins et du grès quartzeux plus ou moins friable. Entre ces blocs se montrent des filets d’argile souvent très-pure et très-compacte, de couleur rouge plus ou moins foncée et rappelant alors la lithomarge des filons. C’est cette même argile rouge que nous avons signalée, dans un autre article, au fond des puits naturels du calcaire grossier. Entre les blocs de la colonne de Fleurines, on observe aussi des incrustations variées, dont les plus apparentes sont des encroûtements d’oxyde de fer brun qui revêtent plusieurs morceaux de grès d’une enveloppe résistante. Diverses régions d’un noir profond sont im-
- prégnées d’oxyde de manganèse et il est à noter que ces deux métaux si analogues, fer et manganèse, très-abondants l’un et l’autre, paraissent se repousser mutuellement ; ils ne sont associés ensemble que sur des points exceptionnels.
- Mais le fait le plus remarquable présenté par la colonne de Fleurines est l’enveloppe qui la sépare nettement, avec une forme quasi-géométrique, de la masse de sable où elle est noyée. Cette enveloppe, d’une grande élégance, consiste en grès bolrydide, c’est-à-dire en grappes variant, suivant les points, du blanc pur au gris foncé et dont les sphéroïdes, gros souvent comme du chènevis, atteignent et dépassent les dimensions d’un œuf de pigeon.
- L’ensemble de cette enveloppe singulière donne à première vue l’idée d’un vaste ruissellement le long de ce curieux monument naturel, et cette opinion
- est confirmée par ce. qu’on sait maintenant du mode de production du grès en grappes, par ce que nous ont montré par exemple des expériences très-simples relatives aux conditions dans lesquelles les grès se concrètent au milieu du sable qui les noie. La méthode a consisté à taire arriver dans du sable très-fin et très-sec, souvent même un peu chauffé, des gouttelettes de solutions salines bien choisies, amenées par un tube effilé. Chaque goutte a déterminé la formation d’une sphère de grès à surlace pralinée et lorsque ces sphères étaient suffisamment rapprochées les unes des autres, elles se sont soudées sous des formes semblables à celles du grès naturel. Entre les sphérules ainsi réunis existe, comme dans la nature, un excès de sable parfaitement incohérent ou dans lequel on ne trouve que des traces de la matière saline employée comme ciment.
- Pour en revenir au cas particulier de la colonne de Fleurines, remarquons que son mode de formation rentre dans le mécanisme qui a accompagné le forage des puits naturels.
- Tout d’abord on peut reconnaître que la tour est plus ancienne que le relief actuel de la contrée où elle se montre et qu’elle date d’une époque où le sable moyen, aujourd’hui à fleur de sol, était recouvert, comme il l’est encore dans la butte voisine de Saint- Christophe, par des couches de calcaire de Saint-Ouen. C’est en effet à cette formation qu’appartiennent les blocs calcaires contenus dans la tour natu-
- p.125 - vue 129/432
-
-
-
- 126
- LA NATURE.
- relie de Frièges, car on peut y observer les coquilles fossiles les plus caractéristiques de cette formation lacustre et, par exemple, les limnœa longiscata, planorbis roiundatus, etc.
- Cela posé, nous devons admettre que les eaux superficielles ont exercé sur le travertin inférieur une action commune analogue à celle dont le calcaire grossier porte des traces en tant de points. Le carbonate de chaux dissous était entraîné au travers des sables sous-jacents et c’est à sa précipitation qu’il faut attribuer la formation des grès en grappes d’un si remarquable effet.
- Il se produisit donc un cylindre creux de grès dont le diamètre alla toujours en grandissant au fur et à mesure de la corrosion supérieure. En même temps, les blocs calcaires et gréseux venant d’en haut pénétraient plus profondément dans le puits et contribuaient à sa solidité toujours menacée par la poussée des sables. L’absence de grès concrétionné à l’intérieur du cylindre s’explique aussi aisément, en remarquant que c’est exclusivement par la paroi en contact avec le sable poreux que l’acide carbonique contenu dans l’eau pouvait se dégager : dans l’intérieur circulaient toujours des eaux capables de dissoudre le calcaire, et les grès d’abord formés étaient désagrégés, puis entraînés sous forme de sable.
- Enfin, lorsque le puits fut amené jusqu’aux profondeurs inconnues où il débouche maintenant, il livra passage, comme la plupart des puits naturels, à des produits élaborés dans les régions inférieures. Des eaux ferrugineuses et manganesifiées s’y élèvent, entraînant les argiles fines qui empâtent aujourd’hui les blocs corrodés.
- C’est ainsi que la tour de Fleurines vient éclairer vivement la question si longtemps agitée des puits naturels et confirme, semble-t-il, la théorie à laquelle d’autres faits avaient conduit et que nous avons développée dans la Nature.
- Ajoutons que le même accident géologique pourrait fournir une évaluation du travail de dénudation lente subie par la surface du sol où elle se présente. Voici comment. La petite colline de Frièges est formée du haut en bas, comme nous l’avons dit par le sable moyen tandis que la butte de Saint-Christophe, présente, au-dessus de ces sables, le travertin de Saint-Ouen recouvert lui-même par d’autres formations. Or, la colonne prouvant qu’au-dessus de Frièges le terrain de Saint-Ouen a existé dans le passé et, d’autre part, la proximité des points autorisant à supposer que l’épaisseur des couches était sensiblement la même dans les deux buttes, on arrive à reconnaître que la dénudation subie par le haut du puits naturel et, conséquemment par les couches où il est compris dépasse une cinquantaine de mètres.
- Cette conséquence offre d’autant plus d’intérêt qn’elle se trouve corroborée par des observations faciles à faire dans beaucoup d’autres points de nos environs et qu’elle touche à des données fondamentales de la science, tendant à faire rejeter comme
- non prouvés les cataclysmes dont on a tendance à entourer le creusement de nos vallées. Mais c’est là un sujet que nous nous proposons précisément de traiter dans un autre article. Stanislas Meunier.
- CHRONIQUE
- Note sur l’hiver de IS1?1?. — L’hiver de 1877, qui n’est encore parvenu qu'à son milieu, présente déjà quelques circonstances dignes de remarque. Le mois de décembre a eu à l’observatoire de Paris une moyenne de 7°,2, moindre de 1°,5 que celle de décembre 1868 ; il n’a donc rien d’extraordinaire. Mais son maximum absolu est remarquable; j’ai constaté 17°,8 le 3, La hauteur barométrique moyenne est la plus basse qu’on ait notée à Paris depuis cent vingt ans ; on ne trouve que des mois de février dont la moyenne soit équivalente ou un peu plus basse : par exemple février 1843; la moyenne barométrique de ce mois à l’Observatoire, pour l’heure de midi et pour une altitude de 67™,38, a été notée comme égale à 746™'”,42. 11 faut la porter à 746mm,62 pour tenir compte de la dilatation de l’échelle du baromètre qu’on négligeait à cette époque. Et puis il faut remarquer que quand on considère une anomalie rare, près des limites de possibilité, il est plus facile de rencontrer 28 jours exceptionnels que 31. C’est précisément ce qui est arrivé pour février 1843. Si on joint à février les trois premiers jours de mars, la moyenne s’élève à 747,4. Si on y joignait les trois derniers jours de janvier au lieu des trois premiers jours de mars, la moyenne ainsi formée serait encore plus haute. On ferait des remarques analogues pour février 1838 et pour le même mois de 1772. On trouve dans ces chiffres une nouvelle preuve d’une thèse que j’ai toujours soutenue, à savoir que tous les éléments météorologiques, dans leurs moyennes et dans leurs extrêmes, ont des limites qu’on retrouve, mais souvent après un très-long espace de temps, sans qu’ils puissent les dépasser jamais.
- Pour latempé'.ature, le mois de janvier 1877 a présenté au commencement une élévation inusitée. La moyenne des dix premiers jours a été 10°,45 à l’observatoire de Paris (moyenne des minima et des maxima diurnes). Au parc de Saint-Maur, j’ai eu davantage, 10°,75, tandis qu’habituellement les moyennes, au parc de Saint-Maur, sont plus basses. C’est que l’observatoire de Paris est toujours en retard. Il l’est de même en sens inverse, et bien davantage quand des vents de nord-est, très-froids, viennent abaisser un peu subitement la température de l’atmosphère. Pour montrer à quelles irrégularités est soumis parfois notre climat, il suffit de rapprocher cette moyenne 10°,75 de celle des dix jours, du 2 au 11 juin 1875, et qui a été 10°,78. Il arrive donc quelquefois que des séries de dix jours ont la même température, soit au solstice d’hiver, soit au solstice d’été. Si on considère les températures extrêmes, il résulte de nos recherches depuis un grand nombre d’années, qu’on peut rencontrer tous les jours de l’année des températures depuis 5“ ou 6° jusqu’à 15° ou 16°. E. Renou.
- I,a Société de tempérance. — Cette association contre l’abus des boissons alcooliques, réunie en assemblée générale, le 3 décembre 1876, a formé son bureau comme il suit pour l’année 1877. Président, M. Edouard Laboulaye, de l’Institut; vice-présidents, MM. le professeur Bouillaud, le baron Larrey, Reverehonet Paul Pont; secrétaire gêné-
- p.126 - vue 130/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 127
- ral, docteur L. Lunier; secrétaires généraux-adjoints, MM. Edmond Bertrand et docteur Decaisne; secrétaires des séances, docteurs Magnan et Vidal; bibliothécaire-archiviste, docteur A. Motet; trésorier, M. Gust. Maugin. Nous croyons devoir rappeler que la Société décerne chaque année, dans sa séance solennelle du mois de mars, un certain nombre de médailles et de livrets de Caisse d’épargne aux instituteurs, chefs d’ateliers, contre-maîtres, ouvriers, serviteurs et toutes autres personnes, qui lui sont signalés comme s’étant fait remarquer par leur sobriété exemplaire et leur propagande en faveur de la tempérance. Toutes les demandes de récompenses, avec pièces à l’appui, doivent être adressées, avant le 1er février 1877, au secrétariat général de l’œuvre, rue de l’Université, n° 6, où sont également reçues les adhésions.
- Le ciel moutonné. — Sir W. Thomson a exposé au dernier congrès de l’Association britannique une théorie de la disposition particulière des nuages qui forment ce que l’on appelle un ciel moutonné. Sa théorie consiste en ce que, de même que le vent occasionne des vagues lorsqu’il souffle, de même , lorsqu’une portion d’air se meut contre une autre avec une grande vitesse, il se produit des vagues aériennes Les sommets successifs des nuages dans un ciel moutonné sont les crêtes de ces vagues, et les espaces clairs que l’on voit entre elles en constituent les creux. Toutefois ces vagues d’air, quoiqu’elles soient necessaires à l'existence d’un ciel moutonné, ne suffisent pas à sa formation. Il faut que certaines conditions relatives à la température et à l’humidité soient remplies. Par des élévations et des descentes alternatives de chaque portion d’air, à mesure qu’elle gagne les régions supérieures et qu’elle revient dans les régions inférieures, le niveau moyen produit des condensations et des évaporations alternatives. M Glaisher a dit à ce sujet que dans ses ascensions aérostatiques, lorsqu’il montait d’une couche froide dans une couche chaude en contact, il a toujours observé que les nuages étaient purs dans les fonds.
- Greffe épidermique dans un cas de brûlure.
- — Dans un cas de brûlure affectant les 3/4 de la surface du corps chez une jeune fille, rapporte Clemens, le professeur Kied tenta sans grand succès l’épidermisation, les lambeaux furent entraînés par la suppuration très-abondante. Clemens eut alors l’idée de toucher les plaies avec une solution de nitrate d’argent au 1/30, puis appliqua 15 fragments de peau. Le succès fut tel qu’il en augmenta le nombre jusqu’à 100. On empruntait les lambeaux à des sujets qui voulaient bien les fournir. On les enlevait avec un rasoir sec ou bien mouillé avec de l’eau ou de l’huile.
- Ceux qui furent détachés à l’aide du rasoir sec réussirent le mieux. Les lambeaux placés dans un bain d’eau meurent au bout de 5 ou 5 jours. (Berlin, klin. Wo-chenscrift et Practitioner, 1876, Journal de thérapeu-thique.)
- De l’eau de Cologne comme anesthésique,
- par le docteur Hugues. — Le docteur Hugues, dans un mémoire lu à la Société de médecine et de climatologie de Nice, rapporte plusieurs faits d’anesthésie déterminée par l’inspiration de l’eau de Cologne. Il fut témoin, pour la première fois, d’un succès complet obtenu chez une jeune phthisique atteinte de méningite tuberculeuse, à la période d’excitation. Les injections à la morphine, le chloral, n’avaient pas amené le calme désiré. Une parente
- de la malade proposa de recourir à un moyen qu’elle avait déjà employé plus de vingt fois avec succès en pareils cas, et, séance tenante, elle plaça un mouchoir largement arrosé d’eau de Cologne sous les narines de la malade, qui s’endormit profondément au bout de sept minutes. L’expérience répétée chez une autre personne de la même famille réussit également. Le sommeil durait de une demi-heure à une heure. Pendant les inhalations, le pouls restait à 75. Il n’y avait pas de période d’excitation. L’anesthésie, sans être complète, était très-marquée.
- M. Hugues ne tenta pas personnellement de nouvelles expériences. 11 pense qu’il faut chercher les propriétés évidemment anesthésiques de l’eau de Cologne, moins dans l’alcool et les essences qui la composent, que dans une sorte d’action hypnotique s’adressant particulièrement aux nerfs olfactifs et analogue à celle qu’exercent les corps brillants placés en deçà de la vision distincte ; les passes du magnétisme, le massage, certaines mélodies languissantes (rien de Wagner), etc.
- Il nous paraît beaucoup plus simple de chercher l’explication de l’action stupéfiante de l’eau de Cologne dans les propriétés des essences nombreuses qui entrent dans sa composition ou, si on aime mieux, dans l’association de ces essences.
- Toutefois le fait est ancien et quelques expérimentateurs seront peut-être tentés de le renouveler. (Nice médical.)
- Reboisement de l’Algérie. — La compagnie des chemins de fer algériens avait, au Ie' juin 1870, d’après le Courrier d’Oran, sur le service de la voie d’Alger à Oran, quatorze mille quatre cents arbres fruitiers, quatre-vingt-dix-huit mille neuf cents arbres forestiers, et trois cent quarante-quatre mille arbres d’essences diverses plantés en massifs sur les francs-bords et les talus; soit, au total, et en chiffre rond, quatre cent cinquante-sept mille arbres. Depuis, le chiffre a été sextuplé : la compagnie évalue à quatre millions le nombre d’arbres actuellement plantés par elle sur sa ligne d’Alger à Oran. Si, à ces plantations particulières, on ajoute celles qui ont été faites dans les trois provinces par les propriétaires, grands et petits, tant en eucalyptus qu’en vernis du Japon, acacias, saules, cazuarinas, peupliers, etc., etc., on est fondé à dire que, dans quinze ou vingt ans, l’Algérie sera presque partout reboisée.
- Les Scarabées de» pois. Une ménagère de mon voisinage m’a apporté quelques très-beaux pois qu’elle a récoltés dans son jardin. « Hier, me dit-elle, j’ai fait cuire de ces pois pour en faire une purée ; mais quand on les a écrasés, on n’avait, au lieu d’une purée, qu’un dégoûtant brouet plein de scarabées noirs. » Elle m’a fait alors remarquer qu’en y regardant de près avec attention, on voyait sur presque chaque pois un petit point noir, et le pois étant ouvert avec précaution au moyen d’un canif, on trouvait dans son intérieur un petit scarabée très-foncé en couleur, de la forme d’un hanneton, qui courait rapidement et ouvrait les ailes comme pour s’envoler. Les paysans disent que c’est la guerre qui a amené cet ennemi des pois, venu du Nord avec la peste bovine et tant d’autres maux, suites de la guerre. Ce qui est certain, c’est qu’ici on ne le connaissait pas. Le connaît-on en France? Si on ne le connaît pas, et qu’on désire le voir, je me ferai un plaisir d’envoyer des pois que je croirai en contenir. F. Villeroy,
- Au Rittershof (Bavière-Rhénane).
- p.127 - vue 131/432
-
-
-
- 128
- LA NATURE.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 janvier 1877. — Présidence de M. Fizeau.
- La fièvre typhoïde. — La plus grande partie de la séance a été remplie par une très-longue improvisation de M. Bouillaud, qui a cherché si la fièvre typhoïde est contagieuse dans le sens ordinaire de ce mot. Sa conclusion ne nous a pas paru très-nette, puisque l’illustre auteur parait vouloir distinguer dans cette maladie ce qui est fébrile de ce qui est typhoïde, et semble refuser la transmissibilité de l'un pour reconnaître celle de l’autre ; ce qui laisse, on en conviendra, la question sans solution précise. Néanmoins, la communication de M. Bouillaud fixera fortement l’attention, en ce moment où l’affreuse maladie fait encore tant de victimes à l’aris, et, à cette occasion, nous croyons devoir signaler le très-important travail statistique publié par M. le l)r de Pietra Santa dans son excellent Journal d'hygiène. On y verra, pour les principales villes d’Europe, le nombre de ces rapports à la population, à la natalité et à la mortalité; on y verra aussi comment, dans plusieurs de ces localités, le nombre des décès a diminué à mesure que les conditions hygiéniques devenaient meilleures.
- Étude sur le gui. — Deux auteurs dont le nom nous échappe adressent le résultat de leurs recherches sur la composition du gui comparée à celle des arbres sur lesquels celte plante vit en parasite. La cendre du gui donne à l’analyse des résultats variables avec le végétal qui lui sert de support et la chose s’explique d’elle-même, mais, ce qui est moins attendu, cette cendre diffère beaucoup par sa constitution de la cendre du bois même sur lequel on a récolté le gui. Par exemple, le bois contenant 4 p. 100 d'acide phosphorique, le gui en fournit 20 p. 100; le bois donnant 8 p. 100 do potasse, on en trouve 30 p. 100 dans le gui; le bois renfermant 11 p. 100 de silice, le gui n’en offre que 6 p. 100 ; et l’on pourrait signaler d’autres différences du même genre. Les auteurs remettent à un autre mémoire la recherche des causes du phénomène qu’ils signalent.
- Assainissement de la Seine. — Nos lecteurs savent déjà que le préfet de la Seine a institué une commission chargée de rechercher par quel procédé on peut parvenir à désinfecter et purifier les eaux d’égoûts de la ville de Paris, de façon à ne pas infecter le fleuve en y mélangeant des liquides nauséabonds. Cette commission, dontM. Bou-ley est le président, vient de terminer ses travaux, qui composent trois volumes déposés aujourd’hui sur le bureau de l’Académie. La partie la plus saillante de ce travail capital est consacrée au résumé des recherches de M. Schlœ-sing, que l’on doit considérer à la fois comme un travail éminemment scientifique et comme une œuvre de vulgarisation à la portée de tout le monde. La conclusion est qu’il faut, pour résoudre le problème proposé, dévier les eaux d’égoûts dans un canal d’irrigation installé de Clichy à Saint-Germain. L’agriculture retirera un riche parti de ces eaux fertilisantes et l’hygiène publique n’aura aucunement à en souffrir.
- Astronomie. — Après avoir exposé ses idées personnelles sur la constitution de la nouvelle étoile du Cygne, M. Secchi en arrive aujourd’hui à reconnaître que le spectre publié précédemment par M. Cornu est tout à fait exact.
- M. le secrétaire perpétuel signale un mémoire de M. Angot sur les résultats fournis par la photographie lors du dernier passage de Vénus, mais il n’en donne aucune analyse. Stanislas Meunier.
- SAUVETAGE DES NAVIRES SUBMERGÉS
- AU SEIZIÈME SIÈCLE.
- Nous avons parle, à plusieurs reprises, de différents procédés modernes au moyen desquels on peut retirer du fond de l’Océan, les navires submergés. Nous signalerons aujourd’hui, à litre de curiosité, une ancienne méthode que nous trouvons décrite dans les Livres de Ilierome Cardanus, médecin milan-
- Proccdü lie suuvelage des navires sulimergès, signalé par Cardan (seizième siècle). (D’après une gravure du temps.;
- nois (Paris, 1506). Elle consiste à attacher des cordes au navire que l’on veut retirer du fond des eaux et à les fixer, en les tendant, à des nacelles remplies de pierres et flottant à .la surface, comme le montre la figure ci-jointe. Gela fait, on retire les [lierres des nacelles. Celles-ci, délestées, s’élèvent à la surface de l’eau et soulèvent avec elles le navire par l’intermédiaire des cordes ; elles le soulèvent d’une petite quantité, de A en B par exemple. Les pierres retirées des premières nacelles ont été placées dans d'autres nacelles qui, à leur tour, sont attachées au navire submergé par les cordes tendues. Si on déleste ces nacelles, comme précédemment, elles vont encore soulever le navire d’une hauteur BG. En renouvelant cette opération un grand nombre de fois, on amènera le navire à fleur d’eau.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- ConuniL, typ. et STÉn. ciiétk.
- p.128 - vue 132/432
-
-
-
- N° 191
- 27 JANVIER 187 7
- 129
- LA NA
- LE
- LABORATOIRE DE ZOOLOGIE MARITIME
- DE WIMEREUX.
- La Nature a décrit, avec quelque détail, le laboratoire de zoologie expérimentale fondé à Roscoff par M. le professeur de Lacaze-Duthiers en 1871l. Cet établissement n’est pas le seul en son genre que possède la France: il en existe d’autres à Marseille, Arcaehon, Concarneau et Wimereux. Un récent voyage sur le littoral du nord nous a donné l’ocea-
- fURE.
- sion de voir ce dernier et de continuer par sa description la monographie de ces aquariums d’étude.
- Le laboratoire de Wimereux est l’œuvre personnelle et volontaire de M. Giard, le zélé professeur de la faculté de Lille.
- M. le professeur Giard, qui s’est radicalement séparé au point de vue des théories scientifiques de son maître, M. de Lacaze-Duthiers, a gardé de son enseignement cet excellent précepte que l’étude des espèces marines ne peut être poursuivie avec fruit que par l’observation prolongée de l’être vivant. L’examen, si minutieux qu’il ait été, de sujets conservés dans les collections n'a conduit les natura-
- listes les plus compétents qu’à multiplier les espèces à l’infini et à embrouiller leur détermination par une synonymie inextricable. Les études d’embryogénie ont prouvé que les métamorphoses sont très-communes dans les espèces marines, où elles étaient presque inconnues il y a moins d’un demi-siècle, elles ont appris que nombre d’êtres, rangés souvent dans des ordres et même des classes différentes, ne sont que les formes larvaires d’autres espèces déjà connues, et elles ont fait faire des progrès importants à la théorie philosophique delà transformation des espèces.
- Darwiniste passionné, M. Giard a voulu créer, aussi près que possible de Lille, un laboratoire biologique et histologique maritime où, avec l’aide de ses élèves, il pût continuer les études destinées à faire progresser les théories scientifiques qu’il a embrassées.
- 1 Voy. 3» année, 1875, 2» semestre, p. 369.
- 5* aaoée. — tor semestre.
- Le choix de Wimereux a été déterminé par plusieurs raisons : d’abord l’expérience a prouvé que plus l’âge géologique des terrains est ancien, plus riche est la faune qui vit à leur surface ; la côte de Wimereux et du Portel, au nord et au sud de Boulogne, formée d’un grès portlandien compacte, dont les anfractuosités forment d’innombrables retraites, est bien plus abondante en espèces marines que les plages sablonneuses qui s’étendent sur presque tout le littoral septentrional, peu d’espèces relativement pouvant résister aux sables mobiles qui usent leur test, les enveloppent et les étouffent; d’autre part le Wimereux, en se mêlant à la mer, a déterminé la formation d’une curieuse faune des eaux saumâtres. Ensuite le laboratoire de Wimereux est contigu à une station de chemin de fer, reliée à Lille par des lignes presque directes ; en outre, il est assez rapproché de Boulogne, la station du railway la plus voisine, pour que l’on ait à sa disposition les ressources d’une grande ville, sans que l’on soit gêné par les oisifs,
- 9
- p.129 - vue 133/432
-
-
-
- 130
- LA NATURE.
- que nul établissement de bains de mer n’attire à Wimereux.
- C’est sans aide aucun, ni de l’État, ni des villes, que M. Giard a fondé, en juin 1874, à l’aide de ses propres ressources, sou laboratoire. C’est sur ces économies de professeur suppléant que M. Giard a payé l’installation des aquariums et la location du chalet, dont le loyer, s’élevant à mille francs par an, nous semble bien élevé. Après avoir prélevé sur sa bourse le payement des frais matériels, M. Giard a pris sur les heures que lui laissent ses cours le temps d’organiser à Wimereux, pendant la majeure partie delà semaine, un enseignement pratique qui, passant du domaine de la pédagogie dans celui de la science de recherche, a pour fruit journalier, non-seulement pour les élèves, la vérification expérimentale de faits connus, mais pour maître et disciples, devenant égaux, la découverte de vérités nouvelles.
- Aussi, les élèves de M. Giard ont répondu à son zèle avec un empressement touchant; ils ont coopéré de leurs deniers à l’installation et à l’entretien du laboratoire; ils ont fourni livres et appareils; n’ayant pas un garçon de service, ils ont partagé avec leur professeur la besogne manuelle, nettoyant les instruments, apportant de la mer, seau à seau, faute d’une pompe, l’eau remplissant les aquariums et, faute d’une barque, allant recueillir les animaux sur les rochers à la basse marée.
- Ce désintéressement a enfin ému le public ; la première, l’Association française pour l’avancement des j sciences, a accordé au laboratoire de Wimereux une subvention de 2000 francs en 1874, et, plus récemment, le Ministère de l’Instruction publique en a alloué une autre de 5000 francs.
- L’observatoire biologique de Wimereux est très-simple : au milieu du sable aride et mouvant, à l’embouchure même du Wimereux, un tout petit chalet isolé, mal abrité de l’âpre vent du large par la dernière dune, tel est le bâtiment. A l’intérieur, à l’unique étage, trois chambres pour le professeur et ses élèves; dans le sous-sol, une cuisine; au rez-de-chaussée, les pièces transformées en laboratoire.
- Lors de notre passage, nous avons eu le regret de trouver l’établissement désert : M. Giard était parti pour un long voyage. Les livres, les instruments de recherches, avaient été enlevés, et sur les tables du laboratoire il n’y avait plus que quelques bacs en verre, destinés à être remplis d’eau de mer et à servir de cage aux êtres marins quand le chalet est habité par ses hôtes studieux. En ajoutant à cela dans les armoires quelques bocaux d’alcool et d’autres drogues antiseptiques, quelques flacons de carmin, d’acide chromique, d’acide osmique et d’autres substances destinées à colorer ou différencier les tissus dans les recherches histologiques, et, sur les murs, quelques figures coloriées et agrandies d’animaux marins, voilà à peu près tout ce que le gardien nous a montré. Mais le désappointement que nous avions éprouvé s’est changé en admiration
- presque attendrie quand, de retour à Paris, nous avons lu le récit de la fondation du laboratoire de Wimereux, écrit par son fondateur.
- Quand on songe que c’est au milieu d’une installation semblable que M. Giard a pu continuer ses belles recherches si neuves et hardies sur les tuniciers, molgules et ascidies, et sur les annélides marins ; que, parmi ses élèves, M. Charles Barrois a fait de nouvelles études sur les spongiaires ; M. Jules Barrois, sur les larves des bryozaires; que M. Hallez, préparateur, a fait d’importants travaux sur les turbellariés; que M. Corenwinder a continué ses recherches chimiques sur les animaux phosphorescents et la végétation des algues; et que M. Georges Pouchet a poursuivi ses études d’histologie zoologique; quand on pense que plusieurs espèces nouvelles ont été découvertes, que de simples particuliers, des jeunes gens pour la plupart, ont fait ces travaux et y ont consacré, en un an, une somme de trois mille francs fournie par eux, on est profondément touché et l’on comprend que, seule, la science offre des satisfactions abstraites suffisantes pour que l’on continue avec abnégation une œuvre semblable, alors que l’État ne trouve pas la possibilité de procurer aux observateurs volontaires des moyens de recherche plus puissants, dignes en un mot de leur savoir. Charles Boissay.
- LA DERNIÈRE EXPÉDITION ANGLAISE
- AU PÔLE NORD.
- L’expéditiou partie au printemps de 1875 pour les régions arctiques, et dont le retour était loin d’être encore attendu, a eu ses panégyristes; mais elle a trouvé aussi ses critiques. Si le monde officiel a fait en général un accueil flatteur au capitaine Nares et à ses braves compagnons, on ne saurait assurer qu’il en ait été de même chez les autres classes de la société anglaise. Un sentiment de dépit, mêlé de dédain, paraît prévaloir, comme si l’amour-propre national était froissé par les résultats relativement minces, en comparaison de ceux qu’on avait espérés. L’expédition avait en effet une organisation, un équipement et des ressources extraordinaires : on attendait des découvertes qui fissent époque dans l’histoire de la géographie au dix-neuvième siècle.
- Le Geographical Magazine considère que pour décider impartialement du succès ou de l’insuccès d’une expédition arctique, il importe d’abord d’établir nettement les points sur lesquels on puisse baser un jugement dans un sens ou dans l’autre.
- « Dans le siècle actuel, le but nominal de ces expéditions a été ordinairement de se frayer un passage au nord-ouest, ou de s’attacher à un point particulier imaginaire de la surface de la terre; or,
- p.130 - vue 134/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 131
- comme ni l’un ni l’autre de ces buts n’ont jamais j été atteints, on peut déclarer qu’aucune expédition | n’a réussi. Cependant, si les expéditions sont jugées d’après leurs résultats, il en est bien peu qu’on puisse considérer comme ayant échoué, tandis que la plupart ont réussi dans une assez large mesure. Presque toutes ont agrandi le cercle de nos connaissances géographiques.... »
- Appliquant ce critérium à la dernière expédition arctique, l’écrivain du Geogrciphical Magazine démontre en premier lieu que le capitaine Nares a pu conduire son navire plus loin au nord que jamais explorateur ne l’avait fait, qu’il a franchi le seuil des régions encore inexplorées, et établi ses quartiers d’hiver sur les bords d’une terre inconnue antérieurement, vis-à-vis d’une mer également inconnue, par 82° 27' latitude nord, après avoir surmonté des difficultés et des dangers plus grands que ceux qu’avaient rencontrés les expéditions précédentes, à l’exception àeYlnvestigator, l’un des deux vaisseaux envoyés par le gouvernement anglais, en 1850, à la recherche de sir John Franklin.
- En outre, les traîneaux de YAlert sont ceux qui ont pénétré le plus au nord— par 83° 20'26" latitude —, après le plus long voyage : 630 milles en 84 jours, et par le froid le plus intense : 45 degrés au-dessous de zéro—, sans compter les plus rudes souffrances, les maladies, le scorbut, la congélation des membres, etc.
- Enfin l’expédition a strictement rempli la tâche qui lui avait été prescrite, et qui consistait à s’avancer aussi loin que possible vers le nord par la voie du détroit de Smith, et d’explorer dans ces contrées les mers et les côtes que les deux navires découvriraient sur leur passage. Les explorateurs ont marché devant eux jusqu’à ce qu’ils eussent rencontré une barrière insurmontable, et acquis la conviction que demeurer plus longtemps au milieu de ces montagnes de glace, c’était s’exposer à de nouveaux périls, à de nouvelles fatigues, sinon à de plus cruelles épreuves encore ; car — triste présage — des membres de l’expédition ne répondaient plus à l’appel.
- En résumé, et, ainsi que l’a fait observer le président de la Société royale de Géographie de Londres, sir Rutherford Alcook, « s’il est avantageux de gagner le pôle Nord, il ne l’est guère moins de démontrer l’impraticabilité d’une pareille tentative, et de clore ainsi la liste des échecs qui ont coûté tant d’existences humaines, et causé de si poignantes inquiétudes depuis tant d’années.
- A ces raisons qui ne manquent certainement pas de portée, les critiques, au nombre desquels nous devons citer the Navy, un des principaux organes de la marine britannique, opposent des arguments non moins sérieux, basés également sur des faits et sur l’expérience du passé. Tout d’abord ils qualifient de « présomption sans fondement », cette assertion « que la mer de la glace ancienne « paléocrystique », ainsi que l’a dénommée le capitaine Nares, n’est ja-
- mais navigable et que, partant il est impossible de parvenir au pôle. — Assertion faite par le chef d’une expédition qui a affronté un seul hiver sur les bords de cette mer, et qui est loin d’avoir atteint le point « zéro de la vie animale ». En effet, les traîneaux n’ont-ils pas trouvé trace d’un lièvre par 83° 8' latitude nord, et, sur la neige molle et la glace brisée, la piste fraîche d’un loup, sur laquelle ils se sont guidés jusqu’à 35 milles plus loin encore? A ce propos, le journal maritime que nous venons de nommer fait observer qu’il fallait que ce loup ne lût pas fort affamé, pour ne s’être pas retourné afin de dévorer le lieutenant Parr et ses compagnons. La nature n’est donc pas, dans ces régions désertes, aussi stérile, aussi nue qu’on se le figure et qu’on l’a prétendu. U est indispensable que les animaux qui y vivent y trouvent une subsistance. On sait que des plantes en fleur ont été recueillies par le docteur Bes-sellts, de l’expédition du Polaris, sous le 82e degré de latitude ; il en a été de même de 20 ou 30 espèces trouvées par les naturalistes de la dernière expédition, entre le 82e et le 83e degré. Les mêmes naturalistes ont aussi découvert des poissons par le 82° 40' latitude nord, et constaté que les insectes étaient comparativement en abondance; enfin, les sondes enfoncées au travers de la glace par le capitaine Markham, à l’extrême pointe nord, ont rapporté des crustacés de deux variétés distinctes.
- Ces sondages sont autant de démentis infligés aux conclusions du chef de l’expédition. Ils n’auraient pas été pratiqués au travers d’une glace de 80 pieds d’épaisseur, mais bien, comme on l’explique, par un trou creusé au moyen d’une pioche dans une glace épaisse seulement de 5 pieds 4 pouces, par conséquent de formation récente sans doute. Ce peu d’épaisseur de la glace sous une latitude si septentrionale n’autorise-t-il pas à présumer que le glacier se rompt dans certaines saisons, ouvrant un canal libre qui eût pu porter les explorateurs plus près du pôle qu’ils ne l’ont fait ? L’expédition était largement approvisionnée pour trois ans ; elle avait, certes, les moyens d’attendre un autre été, dans le but de vérifier l’impénétrabilité continue, constante, sans espoir, de la soi-disant mer paléocrystique. L’unique motif qu’on admette pour excuser le capitaine Nares de ne l’avoir point fait, c’est l’anxiété que lui a inspirée l’épidémie sans cesse croissante du scorbut parmi les équipages des deux navires confiés à sa sollicitude; encore voit-on là un prétexte à signaler l’insuffisance des précautions ou des négligences dans le régime sanitaire de l’expédition. Nous n’entrerons pas dans le détail des discussions auxquelles a donné lieu ce dernier sujet ; ces débats intéressent plus la science médicale que la géographie. La question pour nous la plus importante, c’est Yin-franchissabilité de cette barrière contre laquelle YAlert et la Discovery ont jugé leurs efforts vains et inutiles.
- Un homme, bien connu par ses explorations arctiques, le docteur Hayes, qui, en 1861, sur une simple
- p.131 - vue 135/432
-
-
-
- m
- LA NATURE.
- goëlette à voiles, s’est avancé vers les régions polaires à 60 milles seulement en deçà delà latitude atteinte par le capitaine Nares, — s’applique, dans des lettres adressées au New York Herald, à démontrer que les assertions du chef de l’expédition anglaise reposent sur des conclusions erronées. 11 a vu lui-même, il a traversé des glaces de 80 pieds d’épaisseur ; il ne met donc pas en doute que l’expédition ait rencontré des glaces analogues ; mais la glace n’est pas partout aussi épaisse ; toutefois, elle n’est, ni ne peut être formée par la congélation directe, attendu que le maximum d’épaisseur qu’atleint la glace, quand elle se forme de cette manière, est de 15 à 18 pieds. La glace d’une épaisseur exceptionnelle dont parle le capitaine Nares, provient de l’entassement de glaçons les uns sur les autres sous une forte pression, et peut être, dans quelques cas, de l’accumulation de la neige et de sa transformation en glace, par voie de compression ou de regels successifs. Il est rare que ces plaines de glace aient plus de quelques milles d’étendue; elles sont, comme les banquises, ballottées par les vents et les courants.L’épaisseur moyenne de la glace qui se forme dans les régions arctiques pendant la durée d’un hiver, est d’environ 5 pieds, et la meilleure partie disparaît par la fonte en été.
- Quant à la barrière permanente que le capitaine Nares dit exister dans les parages qu’il a explorés, le docteur Hayes n’en saurait concevoir la possibilité, d’autant plus qu’il n’a rien rencontré de semblable ailleurs. En tout cas, une station d’une seule année, voire même de deux, ne suffit pas pour se prononcer affirmativement ou négativement en pareille matière.
- 11 n’est pas étonnant que l’expédition anglaise ait vu de grandes quantités de glace ; elle n’a jamais quitté la terre ; et dans toutes les eaux arctiques on trouve toujours de la glace le long du littoral. En été, le volume de cette ceinture de glace dépend beaucoup des vents qui dominent ; mais qu’une grande masse d’eau soit jamais gelée, même par la température la plus basse, c’est là un fait inconnu. Ainsi la baie d’Hudson, la baie de Baffin et les autres eaux arctiques, même celles relativement de peu
- d’étendue, ne sont jamais complètement prises. L’eau profonde, dans toutes les mers du globe, a une température uniforme de 35° Far.; et l’eau de la surface sous l’équateur atteint souvent 85 et jusqu’à 88 degrés. Dans les eaux arctiques, la température descend généralement à 29° Far. ; mais même alors l’eau ne gèle pas, à moins que l’air ne soit parfaitement calme, car l’eau en mouvement ne gèle point. Ce n’est pas par une mer d’ancienne glace de 150 pieds d’épaisseur que le docteur Hayes dit avoir été arrêté dans sa marche vers le nord en 1861, mais bien par des eaux libres, sur lesquelles ses traîneaux n’ont pu passer, ce qu’il eût fait si, au lieu de traîneaux, il avait eu un bateau à sa disposition.
- Le docteur Hayes est convaincu de l’existence d'une mer polaire ouverte, à laquelle il donne plus
- de 2000 milles d’étendue ; il croit que tout navire qui réussira à franchir la ceinture de glace qui borde les terres, pénétrera infailliblement dans ces eaux libres, où il trouvera une navigation vaste et aisée; car le point culminant du froid est généralement au-dessous de la latitude atteinte par YAlert et la Discovery. La température, les vents, subissent des variations dans les régions arctiques comme dans les autres parties du globe; il peut se faire que l’année 1875-1876 passée par l’expédition anglaise au milieu des glaces hyperboréeunes ait été exceptionnelle; qu’il n’ait soufflé aucun vent du midi ou de l’est, qui eût infailliblement poussé vers le nord les glaçons plus ou moins désagrégés, livrant alors un passage aux navires prêts à tenter la recherche de la mer ouverte où les banquises vont sans doute se fondre et s’engouffrer. Or, n’y avait-il pas lieu d’espérer que la constance des vents contraires aurait eu un terme, pourvu qu’on ait eu la patience d’attendre une saison, fût-ce même deux saisons de plus ? YAlert et la Discovery étaient approvisionnés pour trois ans; leurs provisions étaient loin d’ctre épuisées; et, nous le répétons, aux yeux de bien des gens compétents et d’une partie de la presse anglaise, l’état maladif des équipages est la seule raison qui puisse atténuer le blâme dont on doit couvrir le retour hâtif de l’expédition.
- i2/Wo£j07e n \c ___
- n \ l-î&æirrtîÿ**
- I N c
- imm-0
- G R A N T c
- , W A S
- Gravé-pur K..JVlovi&us.
- Carte (lu voyage de la dernière expédition au pôle nord. 1875-1876.
- p.132 - vue 136/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 133
- Quoi qu’il en soit, et en admettant, avec le capitaine Nares, que la route vers le pôle Nord soit impraticable, cette opinion ne saurait impliquer l’impénétrabilité que par rapport à la voie qu’il a suivie , c’est-à-dire le détroit de Smith; mais son insuccès ne préjuge rien contre les essais à tenter dans d’autres directions. Le chef lui-même de la dernière expédition n’est plus aussi positif, aussi explicite qu’il l’avait été dans ses dépêches. « Nous rapportons , a-t-il dit dans diverses réunions, des connaissances, une expérience de la vie et des voyages dans les régions arctiques , qui tôt ou tard mettront quelques-uns de nos compatriotes à même de suivi e nos traces et — j’en suis aussi certain qu’il est possible — avec plus de succès que nous ; car eux, ils atteindront le pôle. Le pôle est impénétrable par le détroit de Smith; mais il existe beaucoup d’autres chemins pour y parvenir. »
- La partie ne doit point être abandonnée ; la fierté britannique s’en mêle. « L’Angleterre, après les efforts grandioses qu’elle a faits, ne doit pas s’avouer vaincue par les dangers et les difficultés d’une oeuvre
- i en grande partie déjà accomplie. » 11 ne reste plus I que 400 milles pour toucher au pôle; le Spectator
- ne peut s’imaginer que franchir ces 400 milles soit une impossibilité, lorsque l'on a réussi à en franchir au moins 70, grâce à une énergie presque surhumaine; et, dût-on desespérer de rencontrer une mer libre, dût-on pénétrer des glaces jusqu’à présent insurmontables, « maintenant que les difficultés de l’entreprise sont connues , appréciées ; maintenant qu’on sait qu’il n’y a à se procurer aucune ressource sur les lieux, la science fournira aux expéditions futures des moyens de réussite auxquels on n’avait pas encore songé, tels que , par exemple, de la lumière et de la chaleur portatives ; des préservatifs contre le scorbut, des méthodes de se frayer un passage plus expéditives qu’à l’aide de la pioche ; des agents de traction pour traverser la voie une fois frayée, infiniment plus puissants que les chiensdes régions polaires. Avec la lumière élec trique, une provision suffisante de dynamite, et des véhicules pour se traîner sur la route aplanie, le génie et l’énergie de l’homme doivent triompher des
- 180
- Carte des régions inconnues autour du pôle nord
- /o/n
- Carte des régions inconnues autour du pôle sud. (Les régions inexplorées sont com prises dans les parties blanches entourées d’une ligne pointillée.
- p.133 - vue 137/432
-
-
-
- m
- LA NATURE,
- obstacles qu’a présentés jusqu’ici la traversée de l’affreuse plaine de glace, malgré son étendue, et malgré ses aspérités. » Enfin, l’Angleterre, continue à dire le Spectator, ne doit point reculer devant aucune dépense, devant aucun sacrifice.
- On parle de renvoyer, au printemps prochain, YAlert et la Discovery dans les mers boréales, mais cette fois, dans la direction Nord-Est, entre le Groënland et la Nouvelle-Zemble1.
- Paul Boutet.
- CORRESPONDANCE
- LE CHANT DES CRAPAUDS.
- La notice que nous avons publiée récemment, sur le Chant des souris (1876, 2e sem., p. 415), par le docteur Bordier, n’a pas été sans exciter quelque incrédulité. Un erpétologiste distingué, M. Fernand Lataste, nous écrit à ce sujet qu’il a entendu un chant tout à fait analogue, produit par une espèce de Batraciens, du groupe des crapauds, le crapaud sonneur ou Bomhinator igneus, petit crapaud fort commun, à ventre orangé. L’observateur s’était avancé un soir au bord d’une mare, où tout bruit avait d’abord cessé à son approche. Puis, après un moment de silence, une voix très-faible s’éleva sous ses pieds. Dans son ramage varié, on aurait dit une délicate broderie, comme le gazouillement d’un oiseau qui rêve. On aurait pu croire au chant d’un oiseau endormi dans une haie voisine ; mais ce qui prouva qu’il sortait bien de la mare et qu’il n’était que le prélude de l’artiste aquatique, c’est que peu à peu il se modifia et passa avec ménagement au chant habituel du crapaud sonneur, et qui est bien connu.
- « Le chant de cette espèce, écrit l’auteur de l’Erpétologie de la Gironde, assez faible et très-doux, se compose de deux notes plus basses que celles de l’Alyte, la première, un peu plus basse que la deuxième. Ces deux notes sont émises à la suite l’une de l’autre, et répétées sans interruption, lentement d’abord, puis de plus en plus vite. L’onomatopée houhou, houhou, houhou... rend assez bien l’effet produit par sa voix. »
- On entend bien fréquemment le soir à la campagne ces sons de cloche de Bombinators. Quant à l’Alyte dont il est question, c’est le crapaud accoucheur, Alytes obstetricans, dont le mâle se promène portant enroulés autour de ses cuisses les deux chapelets d’œufs qu’il a retirés du corps de la femelle.
- La prédominance des deux notes voisines, le piano du lébut et le rinforzando de la fin, dont également parle le docteur Bordier ; la ressemblance avec un gazouillement d’oiseau, la saison d’été et l’heure du soir, lont présumer à M. Lataste que M. Bordier et lui ont entendu le chant du même animal.
- Voici, d’autre part, la lettre que nous recevons de M. le docteur Bordier, en réponse à ce qui précède.
- 1 Nous empruntons cette notice à l’Exploration. Nous y joignons les cartes des régions inconnues au pôle nord et au pôle sud. Ces cartes montrent d’une manière frappante l’immensité des terres ou des océans qu’il reste à découvrir, à ces deux extrémités de notre globe. Nous publierons prochainement au sujet du pôle sud les curieux documents que M. Thomson a recueillis à bord du Challenger,
- LE CHANT DES SOURIS.
- Pari», le 19 janvier 1877,
- Mon cher Monsieur,
- Je vous remercie d’avoir bien voulu me communiquer la note qui précède, fort intéressante, du reste, sur le Chant des crapauds ; mais je ne saurais admettre que ce chant dût être substitué au Chant des souris, dont j’ai parlé dans un des derniers numéros de votre journal. L’un et l’autre ont leur place dans le concert de la nature et dans la Nature.
- Votre correspondant se fait en vérité de mon appartement une étrange idée, pour supposer que des crapauds ont pu y être ainsi établis pendant plus de trois mois ; il lui suppose un aspect marécageux et le range évidemment parmi les habitations lacustres contemporaines, sans tenir compte de son altitude suffisante au-dessus du niveau du concierge.
- Je puis lui affirmer qu’aucun batracien, fût-il obstetricans, n’aurait trouvé chez moi cette hospitalité plus que confraternelle.
- Je rappellerai d’ailleurs que le chant de Y Alytes obstetricans, pas plus que celui du Bomhinator igneus, ne ressemble en aucune façon au chant que j’ai entendu et essayé de décrire.
- Enfin, et cet argument vous semblera, j’en suis sûr, péremptoire, j’ai non-seulement entendu chanter nos souris, mais je les ai mes de mes yeux, avec la plus grande netteté, et un grand nombre de fois, chantant, et le chant a cessé avec leur vie.
- Agréez, etc. Docteur À. Bordier.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les observatoires de montagne, une broch. in-12 de la Bibliothèque des Actualités scientifiques, par M. R. Ra-dau. — Paris, Gauthier-Villars, 1876.
- Progrès récents de VAstronomie stellaire, une broch. in-12 de la Bibliothèque des Actualités scientifiques, par M. P. Radau. — Paris, Gauthier-Villars, 1876.
- Expériences faites pour combattre le phylloxéra. — Rapport du comité régional institué à Marseille par la Compagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée, une broch, in~8\ — Marseille, 1876.
- LES MANIEURS DE FOUDRE
- (Suite et lin. — Voy. p. 70 et 119.)
- A la même époque que Franklin en Amérique, un obscur magistrat de province, de Romas, assesseur au présidial de Nérac, s’occupait de recherches d’électricité avec un goût passionné. 11 est juste de lui rendre hommage, en raison des difficultés qu’il devait vaincre dans ces régions fortu-i nées et indolentes du sud-ouest, encore assez ieno-rantes meme aujourd’hui. De Romas, dans un pareil milieu et privé des communications rapides inconnues alors, devait avoir l’énergie de la loi scientifique, et suppléait par un esprit inventif à ce que sa position lointaine et solitaire lui laissait iorcé-ment ignorer.
- p.134 - vue 138/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 135
- Il soupçonna les analogies de la foudre et de l’électricité, «d’après les phénomènes d’attraction dont il fut témoin dans une chute de foudre en juillet 1750. Ainsi que les expérimentateurs parisiens, il avait imaginé de placer au-dessus de hautes maisons des barres de fer isolées. 11 reconnut que pendant les orages ces barres s’électrisaient, et d’autant plus qu’elles étaient plus élevées, qu’une barre couchée horizontalement ne donnait alors que de très-petites étincelles, tandis qu’une barre dressée verticale à vingt pieds plus haut produisait de belles étincelles; mais ces étincelles, écrit de Ro-mas, étaient à peine plus fortes que celles produites par le meilleur globe. A cette époque les machines électriques étaient des globes de verre, parfois de soufre ou de résine, qu’on faisait tourner en y appuyant les mains garnies de gros gants de laine ; des chaînes pendues par des cordons de soie au-dessus du globe s’électrisaient par influence. Le faible effet des barres électrisées par l’influence orageuse provenait de ce que la plus grande partie de leur électricité se perdait par les arrêtes vives.
- . De Romas chercha à produire des étincelles de grande force, et songea pour cela à porter le conducteur isolé beaucoup plus haut l. Il annonce avoir eu l’idée du cerf-volant dans le courant de 1752, et en avoir parlé fort mystérieusement dans une lettre à l’Académie de Bordeaux du 12 juillet 1752. Dans son mémoire de 1776, destiné en partie à revendiquer la priorité de la belle expérience du cerf-volant, à propos du procédé au moyen duquel il espérait faire produire plus de feu électrique qu’il n’en avait vu sur la barre établie d’apjrès les indications de Franklin, il écrit : « je lui indiquai (à l’Académie de Bordeaux) même suffisamment en quoi ce procédé consistait, puisque je le lui annonçai comme un simple jeu d’enfant. »
- Les réticences au moyen desquelles de Romas croyait assurer sa priorité ont au contraire contribué à la lui faire perdre; dût-on lui accorder,chose douteuse, l’idée première, la mise à exécution de l'expérience, est postérieure aux dates authentiques de Franklin. La première expérience réalisée par de Romas est du 14 mai 1753. avec un cerf-volant ayant environ dix-huit pieds carrés de surface. Quoique la pluie de ce jour-là eût électrisé ses barres isolées, la corde de son cerf-volant resta sèche et il n’obtint aucun effet, aux rires moqueurs des assistants, avoue de Romas.
- Après avoir huilé le cerf-volant pour le rendre plus résistant, de Romas imagina un perfectionnement capital de l’expérience et qui lui est propre. 11 intercala dans toute la longueur de la corde de chanvre un très-fin fil de cuivre, pareil à celui qui revêt la quatrième corde du violon. Le 7 juin 1753, lors d’un orage qui eut lieu à Nérac, il enleva le
- 1 Mémoires des savants étrangers, t. Il et IV. — Mémoire sur les moyens de se garantir de la foudre dans les maisons, suivi d’une lettre sur l’invention du cerf-volant électrique. — Bordeaux et Paris, 1776, in-18,|
- cerf-volant à une hauteur verticale d’environ 550 pieds (780 pieds de corde déroulée, à peu près à 45° de l’horizon). La corde était attachée à un cordon de soie de trois pieds et demi de longueur, abrité par un auvent pour que l’isoloir ne fût pas mouillé. Cette précaution d’isoler le bout de la corde n’est pas spéciale à de Romas, car elle fut prise aussi par Franklin. Un cylindre de fer-blanc, d’environ un pied de longueur, entourait la corde du cerf-volant près du cordon de soie, afin de permettre plus facilement de tirer les étincelles. Le cordon de soie était fixé à un pendule dont le poids était une grosse pierre, et destiné à obvier, par sa résistance variable avec l’inclinaison, aux différences dans la vitesse du vent qui maintenait suspendu le cerf-volant.
- L’opérateur tira d’abord des étincelles avec le doigt à nu, ou avec une clef; l’orage ayant augmenté, il reçut à la main une commotion terrible, qui se fit sentir à toutes les articulations du corps. Il est probable que les assistants ne riaient plus.
- Aussitôt l’intrépide de Romas, reconnaissant le danger, mais décidé à tout braver pour le succès, modifie l’expérience. Il prend à la main un tube de verre, d’environ un pied de long, en coiffe le bout d’un petit tuyau de fer-blanc fermé, analogue à un demi-étui, et communiquant au sol par un fil de fer (fig. 1 ). C’est ce qu’il appela Y excitateur, nom qu’a conservé la science. Il obtient alors de véritables fuseaux de feu, de sept à huit pouces de long, et de quatre à cinq lignes de diamètre, au lieu des étincelles de sept à huit lignes de long, que donnait la barre de Franklin, installée dans sa maison. Le bruit des étincelles dues au cerf-volant se faisait entendre à plus de deux cents pas. Jusqu’à cinq ou six pieds de distance on sentait au visage cette impression de toile d’araignée qui se produit au voisinage des conducteurs très-fortement chargés d’électricité.
- Trois pailles furent attirées par le tuyau de fer-blanc, qui était à environ trois pieds du sol, et circulèrent longtemps en sautillant sans quitter terre, comme dans la. danse des pantins. Tout à coup la plus longue paille s’approcha vivement, et une sorte de chute de foudre eut lieu, avec un bruit comme trois forts coups de fouet réitérés : un trou d’un pouce fut creusé dans le sol. En même temps la paille s’éleva le long de la corde, jusqu’au cerf-volant, à ce qu’il parut, tantôt attirée, tantôt repoussée, et avec de fortes étincelles à chaque contact. Pendant tout ce temps il n’y eut ni éclair ni tonnerre ; il n’en fut pas de même après la chute du cerf-volant.. On sentit l’odeur qui accompagne les forts dégagements d’électricité, et la corde paraissait entourée d’un cylindre de lumière permanente de trois à quatre pouces de diamètre.
- A la suite de cette expérience capitale, de Romas recommanda avec raison un cordon de soie isolant de sept à huit pied de long, à couvert de la pluie, la corde éloignée des corps voisins, et un excitateur
- p.135 - vue 139/432
-
-
-
- 156
- LA NATURE.
- à manche bien plus long que le sien. O11 peut aussi attacher la corde du cerf-volant à un conducteur bien isolé, auquel on fera les expériences.
- Le cerf-volant est encore un précieux moyen d’investigation de l’électricité atmosphérique générale.
- En juillet et août 1755, de Romas remarqua en effet que le cerf-volant offre sa corde lumineuse et même donnant au doigt de fortes étincelles, même quand le ciel est très-serein et sans apparence d’orage; qu’il faut attendre quelque temps entre chaque étincelle pour que l’appareil soit suffisamment électrisé ; que les étincelles sont plus intenses à mesure que le cerf-volant s’élève plus haut, et que l’approche de petits nuages blancs clair-semés diminuait cette électricité.
- Le danger de l’expérience du cerf-volant réside dans le moment où on l’enlève, parce qu’il faut tenir la corde, et le 21 juin 1756 de Romas fut renversé par un choc électrique dans cette opération. Aussi il imagina, pour le lancer sans péril, un chariot, manœuvré à distance avec trois longs cordons de soie, et portant un treuil déroulant la corde par le nouvement même des roues (fig. 2).
- Le 16 août 1757 il obtint des lames de feu de neuf à dix pieds de longueur et d’environ un pouce de large, faisant plus de bruit que des coups de pistolet ; c’étaient de véritables chutes de foudre. Ce qui lui donna, écrit-il, la hardiesse de les exciter, même avec un manche de verre de deux pieds seulement, c’est que les plus grandes lames furent
- Fig. 1. — Expérience de Romas exécutée le 7 juin 1733.
- spontanées, et tombèrent constamment sur les corps non électriques (nous disons maintenant bons conducteurs) les plus voisins. Il attribua l’intensité considérable des effets aux trois causes suivantes : 1° une plus grande longueur de la corde, qui atteignait 1100 pieds ; 2° la parfaite continuité du fil de métal, tordu entre deux fils de chanvre et bien assujetti par des ligatures de deux en deux pieds ; 5° la force intrinsèque particulière des orages. Il se servit parfois d’un excitateur mû à distance au moyen d’un cordon de soie, et formé tout simplement d’une cordelette de chanvre avec fil de métal, d’environ vingt pieds, faisant un angle avec la corde du cerf-volant et communiquant au sol, de sorte que toute crainte d’accident disparaissait.
- De Romas s’occupa aussi, comme les autres physiciens contemporains, du moyen de se garantir du tonnerre. Il propose une chambre entourée le long
- de ses murs et du plancher supérieur de fils d’ar-clial distants de trois ou quatre pouces les uns des autres, et entrecroisés de fils perpendiculaires à eux, formant comme une cage ; les fils qui traversent le plancher inférieur sont réunis entre eux et tordus, et, après avoir traversé le mur, enfouis dans un trou en terre. Au milieu de cette chambre sera une cage de bois sec, à panneaux ouverts, les joints bouchés par un mastic de verre pilé et de cire, suspendue au plafond par quatre forts cordons de soie. Cette guérite isolée contiendra l’observateur.
- 11 vérifia ses idées théoriques relatives à cette chambre de sûreté par deux expériences au moyen du cerf-volant, pendant un violent orage qui dura trois heures.
- Près de l’endroit où la ficelle du cerf-volant était nouée inférieurement au cordon de soie, de Romas plaça à terre un trépied construit avec trois fils
- p.136 - vue 140/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 157
- d’archal, de 18 pouces de long et de la grosseur d’une plume à écrire, qui se réunissaient presqu’en pointe à une de leurs extrémités. Entre les jambes de ce trépied, et au milieu à peu près, il mit un vase de verre ouvert par le haut et muni au fond de cire d’Espagne, retenant fixée, une ganse de soie dont l’autre bout attachait par le cou un pigeon, qui demeurait ainsi dans la cellule isolée ouverte. A la pointe supérieure du trépied il accrocha le bout d’une chaîne de métal, dont l’autre bout descendait dans le vase de verre, à un pouce de la tête du pigeon.
- Au moyen de l’excitateur en rapport avec la corde du cerf-volant, il dirigea, au grand émoi des spectateurs, sur la pointe du trépied, une vingtaine de
- traits de feu, les uns de sept à huit pieds de longueur, les autres de dix à douze et de quinze à dix-huit lignes de diamètre. Le pigeon ne marqua à chaque coup que de la frayeur et demeura sain et et sauf.
- A quelques pas du trépied et de l’autre côté de la ficelle du cerf-volant, il avait enfoncé dans la terre un gros piquet de bois auquel était attaché un chien de boucher avec un cordon de soie. Cela fait, pour donner aux preuves qu’il entendait tirer de la double expérience le plus grand degré de force, il attendit que l’orage fut tellement affaibli, qu’il ne partait plus de la corde du cerf-volant que des traits de feu de trois à quatre pouces de longueur et de deux lignes de diamètres. Dès que ce moment fut
- Fig. 2. — Le Cerf-volant électrique et le chariot de Romas.
- arrivé, ce que de Romas reconnut par le moyen de son excitateur, il dirigea un seul de ces petits traits sur la tête du chien, et aussitôt cet animal tomba mort par terre.
- Une importante démonstration scientifique a été la conséquence des expériences des anciens manieurs de foudre que nous venons de rapporter, et leur assure une place d’honneur dans l’histoire de la science. On acquiert, en effet, la certitude que la matière du tonnerre ne diffère que par son abondance de la matière électrique que nous accumulons dans nos conducteurs ou dans nos batteries, etqu’elle produit exactement les mêmes phénomènes.
- 1° Elle attire les corps légers qui se trouvent dans la sphère d’activité d’un conducteur de cette espèce, lorsqu’il a reçu une portion de cette matière.
- 2° Elle s’élance du conducteur sous la forme d’une étincelle, peu bruyante assez communément,
- mais toujours très-piquante, et même beaucoup plus piquante que celle qu’on tire d’un conducteur ordinaire chargé de l’électricité des anciennes machines, analogue aux étincelles des machines d’induction.
- 3° Dirigée sur de l’esprit de vin, cette étincelle l’allume ainsi que tous les corps combustibles que nous emflammous avec une étincelle électrique ordinaire.
- 4U On peut également charger une bouteille de Leyde, une jarre, une batterie de la matière qu’un nuage orageux apporte dans un conducteur de cette espèce, et, ces vaisseaux convenablement chargés produisent les mêmes effets, commotions, incandescence et volatilisation des fils et des feuilles de métal, etc., que lorsqu’ils ont condensé l’électricité de nos conducteurs habituels.
- En général, il n’est aucun phénomène électrique qu’on ne puisse parfaitement imiter lorsqu’on fait
- p.137 - vue 141/432
-
-
-
- 138
- LA NATURE.
- communiquer la corde d’un cerf-volant électrique, ou la barre de fer isolée élevée eu haut d’une maison, avec un conducteur de métal isolé et fixé dans l’intérieur de l’appartement : et on se sert alors de celui-ci absolument comme du conducteur d’une machine électrique. Maurice Girard.
- LE CIEL EN 1877
- Autant il est puéril et inutile de s’aventurer à faire des prédictions météorologiques à longue date (notre hiver actuel en est une preuve remarquable), autant I il est naturel de demander quelles sont les meilleures observations astronomiques à faire, et autant ce calcul anticipé des mouvements célestes est infaillible en lui-même. D’ailleurs, chaque année présente son intérêt astronomique spécial. En dehors du cours habituel des choses, de la marche des saisons, des aspects mensuels des constellations, des mouvements constants de la lune et du soleil, des éclipses et des phénomènes généraux qui se renouvellent d’année en année, la combinaison des mouvements de la terre avec ceux des planètes amène de temps en temps des situations spéciales, non-seulement utilisées pour le progrès de l’astronomie, mais encore intéressantes pour tous ceux qui aiment à se rendre compte de notre position dans l’univers, des lois qui régissent le monde et des spectacles variés que nous offre la contemplation de la nature.
- L’année dernière 1876 a été remarquable par le grand éclat dont Vénus a brillé au printemps et par la rare proximité à laquelle cette planète s’est trouvée de la terre, ainsi que par l’occultation de la planète Saturne par la lune, qui a eu lieu le 7 août, comme nous l’avions annoncé. Cette année 1877 offrira pour intérêt spécial le passage de la planète Mars en vue de la terre, à la plus petite distance à i laquelle elle puisse passer, coïncidence qui n’arrive j que tous les quinze ans, et qui servira certainement j aux astronomes à compléter la carte géographique ; de ce monde voisin; cette même année 1877 verra j aussi disparaître l’anneau de Saturne. En 1878, ! nous aurons un passage de Mercure devant le soleil, etc. Ainsi chaque année offre un intérêt spécial aux observateurs. Mais procédons par ordre, et calculons successivement les principaux phénomènes aslronomiques de l’année 1877.
- 11 y aura cinq éclipses, trois de soleil et deux de lune.
- La première sera une éclipse totale de lune, qui arrivera le 27 février et sera visible en France. La lune entrera dans la pénombre de l’atmosphère terrestre à 4h43m du soir, et dans l’ombre de la terre même à 5h 39m. Elle sera totalement éclipsée à 6h 36m. Milieu de l’éclipse à 7h 25m; fin de la totalité à 8M3m; sortie de l’ombre à 9h10m, et sortie de la pénombre à 10h 6m. La lune se lèvera à 51' 29m
- j du soir, c’est-à-dire dix minutes avant son entrée j dans l’ombre de la terre. L’éclipse totale sera donc visible à Paris. L’ombre de la terre sera une fois et demie plus large que la lune. Le diagramme de cette éclipse est dessiné ci-dessous (fig. 1).
- Sortie de l'ombre à9vIO"'
- L ntree daiv; l ombre
- à s”a:1?
- Fig. 1. — Éclipse totale de lune du 27 février 1877-
- La seconde éclipse sera une éclipse partielle de soleil, qui arrivera pendant la nuit du 14 au 15 mars, et sera, par conséquent, invisible en France.
- La troisième sera encore une éclipse partielle de soleil, également invisible en France, qui arrivera pendant la nuit du 8 au 9 août.
- La quatrième sera une éclipse totale de lune, qui arrivera le 25 août, et sera visible en France. Notre satellite entrera dans la pénombre de l’atmosphère terrestre à 8h13m du soir, et dans l’ombre de notre globe à 9b 23™. L’éclipse sera complète à 10h28m. Milieu de l’éclipse à llh21m; fin de l’éclipse totale à minuit 13m; sortie de l’ombre à lM8m; sortie de la pénombre à lh 28m. La largeur de l’ombre de la terre sera plus d’une fois et demie supérieure à celle de la terre. Ce jour-là, la lune se lèvera à 6h 56m du soir. Cette éclipse est représentée fig. 2,
- Entrée dans 1 ombre a 3h23m
- Sortie de l'ombre a.1h18™
- Fig. 2. — Éclipse totale de lune du 2ô août 1877.
- La cinquième et dernière éclipse de l’année sera une éclipse partielle de soleil, qui arrivera pendant la nuit du 6 au 7 septembre, et sera invisible en Europe. Elle sera visible pour le cercle polaire austral.
- La lune passera devant plusieurs astres remarquables et les éclipsera. Le 50 janvier, elle arrivera à 6h 24ra du matin devant la planète Uranus, l’éclipsera pendant 47 minutes et la quittera à 7h llw. Le 25 mars, elle l’occultera de nouveau : l’immersion de la planète derrière la lune aura lieu à l lh 55ra du soir; il sera intéressant de l’observer de plusieurs villes différentes, car il y en a pour lesquelles elle
- p.138 - vue 142/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 139
- sera éclipsée, et d’autres où elle ne sera que frôlée par la lune : à Paris, elle passera à l'8 du bord de 'a lune (l’épaisseur d’un cheveu, pour ainsi dire). Nous représentons cette occultation (fig. 3).
- Zenith Zénith
- Fig. 3. — Occultation d’Uranus. Fig. 4. — Ocultation de Régulusi 25 mars 1817. 27 février 1877.
- Une autre occultation intéressante sera celle de l’étoile de première grandeur Re'gulus ou a du Lion. La lune a passé tout contre elle le 5 janvier, à 2h 55m du matin (mêmes réflexions que pour Ura-nus), et repassera juste devant elle, l’éclipsant le 27 février depuis lh lm du matin jusqu’à 2h 6m (fig. 4). Ce phénomène aura lieu, comme on le voit, la même nuit que l’éclipse de lune.
- On peut signaler aussi comme très-intéressantes à observer, pour les amatenrs d’astronomie, les occultations de deux étoiles doubles : y, des Gémeaux, de quatrième grandeur, devant laquelle la lune passera le 28 janvier, de 5h29ra à 6h ,18jn du matin, et le 23 mars, de llh59m à 12h 23m; — et la belle e du Bélier (même grandeur), qui sera occultée le 25 janvier, de 4h28m à 5h41m du soir; le 19 février, de minuit 50™ à lh 37ra ; le 9 juin, de 3h57m du matin à 4h35m; le 2 août, de 9h51“ du soir à 10h39m; et le 23 octobre, de 4M 4™ du soir à 4h56m. Signalons encore, en lait d’occultations de-toiles brillantes, celles de p du Lion (4e gr.) ; le 50 janvier, de llh lm à minuit 10m, et le 26 mars, de 8h35m à 9h41m du soir; — t du Scorpion (3e gr.), le 6 mars, de 9b23“ du matin à ÎO^I™ (difticile à voir); le 28 avril, de 2h36m du matin à 3h47m, et le 20 juillet, de minuit 7m à 4h5m; — 7 du Capricorne (3e gr.), le 12 mars, de 5h45m du matin à 5h59m ; — t du Verseau (4e gr.), le 9 avril, de 2h32m du matin à 5h55m; — t du Sagittaire (3e gr.), le 30 mai, à 3h54m du matin, rencontre près du bord de la lune; et 17 Taureau (4° gr.),ainsi que plusieurs autres pléiades, le 20 novembre, à 7h 1/2 du soir. Ce sont là les principales occultations d’étoiles par la lune; les autres ayant pour objet des étoiles de cinquième et sixième grandeur, sont moins intéressantes à observer.
- Avant de quitter la lune, remarquons que les plus grandes marées causées par son attraction auront lieu le 7 septembre (hauteur = 1,14), le 27 février (1,12), le 6 octobre (1,10), le 29 mars (1,07), le 9 août (1,05), et le 29 janvier (1,04). Il faut multiplier par ces nombres l’unité de hauteur de
- j chaque port pour connaître l’élévation d’eau que la ; mer atteindra dans chaque endroit. Aux dates pré cédentes, la mer croisera au mont Saint-Michel, et I le mascaret de Caudebec aura toute sa grandeur.
- surtout si le vent s’ajoute à la mer.
- ! Examinons maintenant les configurations des pla-! nètes, et voyons quelles sont les époques où elles brilleront dans le ciel et se présenteront le mieux ! aux regards de l’habitant de la terre.
- | Commençons par la planète Mercure, la plus proche du soleil. Celte grande proximité fait qu’elle n’est visible pour nous que lorsqu’elle forme un angle droit avec le soleil et la terre, soit qu’elle retarde ; le plus possible sur le coucher du soleil, soit qu’elle précède le plus possible son lever. On ne l’aperçoit, dans ces circonstances, que pendant trois ou quatre ! jours, de sorte que l’occasion disparaît vite si l’on | n’a pas soin d’en profiter. Ses plus grandes élonga-' tions du soir arriveront le 10 janvier, époque à la-j quelle elle retarde de lh 27m sur le soleil ; le 2 mai, i époque à laquelle le retard est de lh 20m ; le 29 août,
- 1 époque à laquelle son retard sera de 57m ; et le 25 décembre, où son retard sera de lh26m. C’est donc à ces dates qu’il faudra chercher Mercure dans le crépuscule à l’occident, le soir, après le coucher du soleil : il brillera alors, à l’œil nu, comme une étoile de première grandeur, il offrira une belle phase dans une lunette. Ses plus grandes élongations du matin arriveront : le 20 février, époque à laquelle il précédera le soleil de lh 52m ; le 20 juin, époque à laquelle l’avance sera de lh35“; et le 11 octobre, où elle sera de lh 18m. C’est à ces dates qu’on pourra le trouver brillant le matin à l’orient avant le lever du soleil.
- Vénus, que nous avons perdue depuis le mois de juillet dernier comme « étoile du soir », et qui jetait alors tant d’éclat qu’elle portait ombre, et qu’on l’a aperçue en plein jour, Vénus est actuellement « étoile ! du matin » : elle se lève à 5M/2, c’est-à-dire plus 1 de deux heures avant le soleil. Sa distance au soleil va diminuer petit à petit, jusqu’au 6 mai, jour où elle passera derrière lui, devenant invisible par conséquent, et s’avancera vers son élongation du soir. A partir du mois de juin, on pourra la chercher le soir à l’occident. Le 25, elle retardera déjà de une heure sur le soleil; le 21 juillet, de lhl/2; le 11 septembre, de 2 heures ; le 20 octobre, de 2h 1 /2 ; le 15 novembre, de 3 heures; sa plus grande élongation aura lieu le 11 décembre, époque à laquelle la belle planète se couchera 3h 18m après le soleil. Octobre, novembre et décembre seront les meilleurs mois pour l’observer.
- Comme nous l’avons dit plus haut, l’année 1877 sera une année exceptionnelle pour la planète Mars, car elle s’approchera de nous à sa distance minimum, ce qui n’a lieu que tous les quinze ans.
- Pour nous rendre bien compte des rapports qui existent entre le mouvement de Mars et celui de la terre, considérons la fig. 5, sur laquelle ces deux orbitos sont tracées à une échelle de proportion très-
- p.139 - vue 143/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 140
- exacte (7 millimètres pour 10 millions de lieues). Le soleil occupe un point voisin du centre. La terre circule sur l’orbite intérieure, à la distance moyenne de 25mm9, c’est-à-dire de 37 millions de lieues; Mars circule le long de l’orbite extérieure, à la distance moyenne de 39mm 50 ou de 56 millions de lieues. Mais ni l’orbite de la terre, ni celle de Mars, ne sont circulaires; celle de Mars, principalement, est fortement elliptique, attendu qu’à son périhélie (P), cette planète est à 51 130 000 lieues du soleil, tandis qu’à sou aphélie, la distance est de 61570 000 : il y a plus de 10 millions de lieues de différence. Mars accomplit sa révolution autour du soleil en 687 jours, et la terre en 365, toutes deux dans le même sens (indiqué par les flèches), et elles se rencontrent sur une même ligne, relativement au soleil, à des pé-
- \ Miùrudu S printvmfJ.r jJ de.MivsHlf
- afe Mar<s ff .N
- Fig. S. — Orbites de Mars et de la Terre en 1877.
- ri odes irrégulières dont la moyenne est de 2 ans 49 jours. Ces oppositions de Mars ont eu lieu :
- En 1807, le 10janvier. 1809, le 13 février. 1871, le 19 mars. 1873, le 27 avril. 1875, le 19 juin.
- La prochaine arrivera en 1877, le 5 septembre.
- Par suite de l’ellipticité des deux orbites, les distances de Mars à la terre ne sont pas les mêmes à chaque opposition, ce qu’il est facile de voir par la ligure. Ainsi, en 1869, par exemple, le plus grand rapprochement a été de 0,6772, c’est-à-dire de 25 millions de lieues, tandis qu’en 1877, il sera de 0,3766, c’est-à-dire de 14 millions de lieues.
- Sur cette même figure, on a marqué le milieu des saisons de l’hémisphère nord de Mars. On peut voir que cette année la planète se trouvera à la fois vers son périhélie (P) et vers le milieu de l’hiver de son hémisphère nord.
- On pourra chercher Mars à partir du mois de mai. Le 1er janvier 1877, il se lève à 3u55m du malin, trop tard, par conséquent, pour être observable; le
- Degrés de déclinaison Aust raie
- Fig. 6. • Mouvement cl positions de Mar! visibles pendant l’année 1877,
- p.140 - vue 144/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 141
- 1er mars, il précède le soleil de 4h40'n; sa quadrature arrivera le 24 avril, époque à laquelle il passera au méridien vers 6 heures du matin et se lèvera vers minuit. A dater du 15 mai, il se lèvera avant minuit, retardera peu à peu de semaine en semaine, et brillera comme une étoile rouge de première grandeur dans notre ciel du soir. Il passera au méridien : le 15 juin, à 4h52m du matin; le 15 juillet, à 3h40m; le 15 août, à lh48m. Il sera juste derrière la terre, relativement au soleil, le 5 septembre. Le 1er octobre, son passage au méridien aura lieu à
- linaison Australe.
- Fig. 7.— Mouvement et positions de Jupiter pendant l’année 1877.
- 10 heures du soir ; le 1er novembre, à 8h 16m ; le 1er décembre, à 7 heures; et le 1er janvier 1878, à 6 heures. On voit donc que c’est en août, septembre et octobre que ce mouvement voisin se trouvera dans les meilleures conditions pour être observé par l’habitant de la terre. L’une de nos gravures (fig. 6) représente sa route pendant cette période : il passera alors devant les petites étoiles de la constellation du Verseau. Le 27 juillet, il rencontrera Saturne et passera à 5° 1/2 plus au sud.
- Le cours apparent de Jupiter pendant l’année 1877 est tracé sur notre fig. 7. Son opposition à la terre arrivera le 19 juin. C’est donc à cette époque qu’il passe au méridien à minuit, et c’est en mai, juin et juillet, comme cette année, qu’il étincellera dans
- notre ciel du soir comme une radieuse étoile. De la constellation du Scorpion où nous l’avons laissé, il entre dans celle du Sagittaire; l’année dernière, il a failli éclipser la belle étoile double p du Scorpion ; la seule étoile intéressante, près de laquelle il passera en 1877 sera p du Sagittaire, encore en restera-t-il assez loin. Depuis plusieurs années, les astronomes observent avec une attention particulière les oppositions de cette planète, car on est fort occupé en ce moment à l’analyse de son atmosphère, de ses nuages, de ses changements météorologiques, ainsi que des variations d’éclat que ses quatre satellites paraissent subir.
- Saturne reste dans la constellation du Verseau et
- Degrés Ae déclinaison Australe
- Fig. 8. — Mouvement et positions de Saturne pendant l’année 1877
- passera en opposition derrière la terre le 9 septembre. C’est donc aux mois d’août, septembre et octobre qu’il se trouvera dans les meilleures conditions d’observation, brillant comme une étoile de première grandeur vers le sud-est à 9 heures du soir en août et septembre, et vers le sud en octobre (fig. 8). Cette planète est actuellement dans une période remarquable : ses anneaux se referment peu à peu, de telle sorte que nous ne les verrons bientôt plus que par la tranche, et comme ils sont très-minces, ils deviendront tout à fait invisibles. Cet effet est dû à la translation de Saturne sur son orbite : toutes ses demi-révolutions, c’est-à-dire tous les quinze ans, le plan de ses anneaux se trouve couché parallèlement aux rayons solaires, de sorte qu’ils ne sont plus éclairés que par la tranche et cessent d’être visibles. Ils deviennent invisibles également lorsque la terre se trouve juste dans le plan des anneaux, lors même
- p.141 - vue 145/432
-
-
-
- 142
- LA NATURE.
- que leur face soit boréale, soit australe, est encore éclairée par le soleil. Voici la valeur calculée de l’élévation de la terre et du soleil au-dessus du plan de l’anneau, comme elle est vue de Saturne. Cette élévation est actuellement au nord de ce plan; elle va devenir nulle, puis passera au sud.
- Élévation de la Terre. Élévation du Soleil.
- 1er janvier 1877 4- 7° 57' 1" janvier 1877+ 5“ 53'
- 25 juin — + 0‘’38' l®1 juillet — -(-5° 15'
- 1er janvier 1876+2® 57' Ie'janvier 1878 + 0° 33'
- On voit que les anneaux disparaîtront une première fois pour la terre le 25 juin 1877, parce
- X N. Ipo
- l^Janzuer lèjj “'i 5
- t&îu'uLixS
- ^Janvier
- _______ÜCi
- Heures et de ores d'ascension droite Fig. 9. — Mouvement et position d’Uranus en 1877.
- qu’alors la terre sera à peine élevée au-dessus d’eux, et les verra presque par la tranche. La terre, continuant son cours sur sou orbite, qui n’est pas dans le plan de celle de Saturne, nous remontera ensuite encore un peu au nord, de sorte que les anneaux s’ouvriront un peu. Mais ils disparaîtront une seconde fois au 1er janvier 1878, quoique nous soyons alors un peu au-dessus d’eux, parce que le soleil arrivera à son tour dans leur plan et cessera d’éclairer leur surface boréale sans encore éclairer leur surface australe. Ils disparaîtront de nouveau entièrement pour la terre le 1er mars 1878.
- Terminons l’exposé des phénomènes astronomiques de l’année 1877 en ajoutant quelques indications sur la planète Uranus. Elle se lève en ce moment à 7h 55m, et passe au méridien à 3 heures du matin. Son opposition arrivera le 10 février, époque à laquelle elle passera au méridien à minuit. Elle sera en quadrature le 10 mai et passera alors au méridien à 6 heures du soir Février, mars, avril, mai, sont
- donc les meilleurs mois pour la chercher. Elle ressemble à une petite étoile de sixième grandeur, à peine visible à l’œil nu, et se trouve dans la constellation du Lion, non loin de Régulus, comme on peut le voir par la petite carte que nous avons tracée de son cours (fig. 9). Le 8 octobre, elle passera au sud de Régulus, à la moitié seulement du diamètre de la lune (à 16'); mais celte conjonction ne sera pas visible en France.
- Nous n’avons rien à ajouter à ces descriptions. Inutile de chercher des taches sur le soleil cette année : il n’en aura qu’un petit nombre, et insignifiantes. Mais nous ne saurions nous lasser d’inviter toutes les personnes qui ont une lunette, même de faible puissance, à la tourner vers la lune à l’époque du premier quartier : elles verront là des tableaux admirables qu’elles n’oublieront jamais, et qui les transporteront dans la première sphère du beau ciel astronomique. L’astre des nuits est la première étape à franchir dans l’étude pratique du système du monde. Camille Flammahion.
- CHRONIQUE
- Ivoire artificiel. — Voici le procédé de fabrication que donne de cette substance le Journal de Pharmacie et de Chimie : Deux parties de caoutchouc pur sont dissoutes dans trente-six parties du chloroforme, et la solution est saturée par du gaz ammoniac pur. Le chloroforme est alors distillé à une température de 85° C. Le résidu est mêlé avec du phosphate de chaux ou de carbonate de zinc pulvérisé, pressé dans des moules et séché. Lorsqu’on se sert du phosphate de chaux, le produit possède, à un degré avancé, la nature de la composition de l’ivoire naturel ; il y a les proportions nécessaires de chaux, de phosphate et de caoutchouc pour remplacer la matière organique, les autres parties du produit naturel étant de peu d’importance.
- D’autre part, le journal les Mondes parle d'un ivoire artificiel que fabrique, en France, M. Dupré, à l’aide d’une simple pâte de papier mâché et de gélatine. Des billes de billard, composées de cette substance, tout en coûtant à peine le tiers du prix des billes d’ivoire véritable, offrent cependant assez de dureté et d’élasticité pour résister aux chocs les plus violents ; on peut les jeter du haut d’une maison sur le pavé ou les frapper à coups de marteau sans les casser. Avec cette même pâle, à laquelle on donne le nom de marbre de Paris, on réussit à obtenir, entre beaucoup d'autres choses, les moulures pour plafonds les plus belles et les plus compliquées, ainsi que des chapiteaux de colonnes de nuances assez variées pour imiter les marbres les plus précieux.
- Prix Ruinfort décerné ù un savant français.
- — La Société royale de Londres, chaque année, décerne, sans distinction de nationalité, au savant qui a fait la découverte la plus importante, une médaille d’or, d’une valeur considérable, f ondée par le célèbre physicien Rum-fort. Parmi les Français qui, jusqu’à ce jour, ont obtenu cette médaille, nous citerons Arago, Biot, Gay-Lussac, Dumas, Becquerel père, Pasteur, Foucauld, Claude Bernard. La médaille de Rumfort, pour l'année 1870, a été décernée à notre savant compatriote M. Janssen, pour sa
- p.142 - vue 146/432
-
-
-
- LA NATURE.
- théorie des phénomènes du système solaire, et notamment de la météorologie terrestre.
- llaches en silex. — Dans les travaux de terrassement pour la construction du chemin de grande communication de Criel à Saint-Martin-le-Gaillard, un ouvrier terrassier a trouvé, près du Thil, petite section de Cane-han, deux haches en silex, de forme ovalaire, et aplaties des deux côtés, très habilement taillées sur tout leur pourtour, et présentant un bord très-tranchant.
- Selon le Messager eudois, ces deux armes ne doivent pas être les seules antiquités enterrées près du Thil, et nous souhaiterions, dans l’intérêt de la science, que des archéologues étudiassent les terrains avoisinant le Thil et fissent faire des fouilles ; nul doute que leurs recherches ne soient couronnées de succès.
- Le nouveau marteau-pilon du Creuzot. —
- VAncre, de Saint-Dizier, annonce que l’on installe en ce moment au Creuzol un énorme marteau-pilon qui mesurera 18 mètres du hauteur au-dessus du sol. La volée aura 5 mètres de longueur. Le mouton sera du poids de 60 tonnes et la chabotte de 730 tonnes, en neuf morceaux assemblés à queue d’aronde. Le cylindre aura un diamètre de2m,20 environ. Cet appareil est à simple effet; il sera desservi par quatre puissantes grues hydrostatiques et coûtera, dit-on, avec le bâtiment qui le contiendra, 1 500 000 francs à 2 millions de francs.
- Le» journaux de Paris. — La librairie Lorenz vient de publier un Catalogue des Journaux paraissant à Paris, qui nous apprend que 836 feuilles quotidiennes, hebdomadaires, eic., se publient à Paris, dont 49 journaux religieux, 66 de jurisprudence, 85 d’économie politique et de commerce, 20 de géographie et d’histoire, 74 de lecture récréative, 20 d’instruction, 52 de littérature, philologie et bibliographie, 15 de beaux-arts, 3 de photographie, 9 d’architecture, 4 d’archéologie, 8 de musique et 7 de théâtre, 68 de modes (dont 5 de coiffures), 77 de technologie (industries diverses), 74 de médecine et pharmacie, 43 de sciences, 22 d'art militaire et marine, 31 de sciences agricoles, 16 de sciences hippiques et 17 divers.
- Le nombre des journaux politiques quotidiens est de 51, celui des revues politiques de 14.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 janvier 1877. — Présidence de M. Péligot.
- Recherches sur les œufs fossiles. — Certaines couches crétacées du département de Yaucluse ayant fourni à M. le professeur Paul Gervais des débris d’œufs fossiles, l’auteur a recherché par quelle sorte d’animaux ils avaient été pondus, et il a mis en œuvre pour cela les procédés les plus imprévus et les plus élégants. En effet, c’est par le microscope, et parfois même avec l’intervention de la lumière polarisée, conviée pour la première fois à pareille fête, que le savant anatomiste a entrepris de résoudre la question qu’il s’était proposée.
- Réduites en lames transparentes, les coquilles d’œufs d’oiseaux ou de reptiles se montrent constituées par la superposition de petites plaquettes, sous lesquelles se présente une couche cristalline de structure confuse. La forme des plaquettes et la disposition de la couche sous-jacente varie d’un groupe d’animaux à l’autre de façon à les faire reconnaître. Ainsi, M. Gervais s’est assuré, par exemple, que chez les grands oiseaux, dits Brévipennes (autruche, casoar, nandon, émeu, etc.), la couche inférieure donne,
- 145
- par sa section, des figures tout à fait caractéristiques. L’œuf de l’aptérix, ordinairement rapproché des précédents, n’a point cette structure, mais on la retrouve parmi les fossiles chez le dinornis. La même couche examinée dans la lumière polarisée donne lieu, chez les Chéloniens, à la polarisation en croix.
- Cela posé, M. Gervais a examiné par sa nouvelle méthode les œufs problématiques du terrain crétacé. Ils ne proviennent pas d’oiseaux brévipennes, comme on l’avait cru, car les figures triangulaires y manquent totalement, ils n’ont pas été davantage pondus par des Crocodiliens, car ils se polarisent en croix comme les œufs de tortues. Maintenant, avant d’affirmer qu’ils appartiennent à ces dernières, il faudrait connaître la manière d’être des œufs de tous les reptiles et spécialement des dinosauriens (ignanodon et autres), dont le terrain renferme des vestiges. Quoi qu’il en soit, on voit comment le travail de M. Paul Gervais ouvre à la paléontologie un horizon tout nouveau.
- Transmissibilité des excitations nerveuses. — Si on pince, en un point quelconque de son trajet, un nerf de la sensibilité, la douleur ressentie montre bien que l’impression s’est propagée vers le centre nerveux, c’est-à-dire vers le cerveau. Mais jusqu’ici on ne sait pas si le nerf peut transmettre une impression vers la périphérie. C’est pour combler cette lacune de nos connaissances, que M. Paul Bert a réalisé l’intéressante expérience qu’il décrit aujourd’hui. On écorche sur deux ou trois centimètres de longueur le bout de la queue d’un rat vivant, puis on la recourbe pour l’introduire dans une incision faite à la peau du dos et l’on maintient les parties jusqu’à cicatrisation complète. On sectionne alors la queue vers le milieu de sa longueur, de telle sorte que le rat est véritablement muni de deux queues. Si, à ce moment, on pince le bout de queue greffé, l’animal crie aussi fort qu’il le faisait à l’état normal : donc le nerf transmet la sensation dans le sens inverse des transmissions ordinaires. D’ailleurs, le savant auteur s’est assuré que le nerf est sain et parfaitement normal, relié simplement par voie de cicatrisation aux nerfs de la région dorsale. Ce qui le démontre tout à fait, c’est que peu de jours après la section, le nerf subit une dégénérescence complète et la queue greffée devient absolument insensible ; puis un nouveau nerf se produit, et la disposition est identique à celle du nerf normal de la queue intacte. A ce moment l’animal rapporte à la région dorsale la douleur qu’on lui fait subir, reproduisant, mais en la renversant, l’illusion de l’amputé; peu à peu son apprentissage se fait et s’achève, et l’organe surajouté se comporte comme les autres.
- La conclusion du savant auteur est que, dans les nerfs, la sensation se propage indifféremment dans les deux sens ; les nerfs sont de simples conducteurs qui ne diffèrent entre eux que par la nature des appareils situés à leurs extrémités.
- L'épidémie régnante. — M. le docteur de Pietra Santa lit un très-important travail de statistique, à l’occasion de l’épidémie typhoïde qui sévit en ce moment sur l’Europe.
- Nous ne saurions, après une simple audition, donner une idée exacte de cette communication, mais nous nous proposons d’v revenir. Stanislas Meunier.
- ASPIRATEURS
- POUR LES LABORATOIRES DE CHIMIE.
- Les chimistes, dans les différentes opérations qu'ils peuvent avoir à exécuter pour l’analyse
- p.143 - vue 147/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 4M
- de l’air, se trouvent souvent dans la nécessité de faire circuler un volume d’air assez considérable à travers des tubes contenant différents produits destinés à absorber la vapeur d’eau, l’acide carbonique, l’ammoniaque, etc., que cet air renferme dans des proportions variables; ou à retenir, par filtration, les poussières qui s’y trouvent en suspension. Pendant longtemps, on a employé à cet effet l’aspirateur de M. Régnault formé de deux vases communiquants superposés, et où l’écoulement de l’eau du réservoir supérieur dans le réservoir inlérieur détermine une aspiration. Quand l’écoulement du liquide est terminé, on retourne l’appareil sens dessus dessous, et il est prêt à fonctionner à nouveau, à la façon d’un sablier. Cet aspirateur offre l’inconvénient d’agir par intermittence et de nécessiter la présence d’un opérateur. On s’est servi plus tard de la trombe à eau, appareil dans lequel 1 écoulement du liquide, convenablement combiné, détermine l’entraînement constant d’un volume d’air. Ce système est fort ingénieux etfortutile; mais son installation est assez délicate et elle exige plusieurs conditions qui ne peuvent pas toujours être satisfaites commodément. L’appareil que nous représentons ci-dessus a été introduit dans les laboratoires par M. Hervé Mangon; il fonctionne régulièrement, d’une façon automatique, pendant un temps considérable, et donne très-exactement la mesure du volume d’air aspiré. C’est, à notre avis, l’instrument le plus pratique que l’on puisse signaler.
- 11 est formé d’un compteur à gaz, actionné par un mouvement d’horlogerie. On monte l’appareil au moyen d’une manivelle. On enroule ainsi autour d’un treuil une corde qui passe entre les gorges de deux poulies et qui se termine par un poids P. La roue d’engrenage E met en mouvement l’auget intérieur du compteur ; l’air est aspiré par le tube t, à l’extré-
- mité duquel on peut adapter les tubes en U, contenant les substances absorbantes destinées à retenir tel ou tel élément constitutif de l’air qui y circule. R est un robinet destiné à régler l’écoulement du gaz; r, r', r" sont trois petits robinets à chacun desquels on peut adapter un système de tubes en U, dans le cas où l’on veut opérer plusieurs analyses à la fois ; m, m! sont les manomètres qui donnent la pression de l’air à l’entrée et à la sortie de l’appareil. Sur le devant du compteur, on voit
- les petits cadrans qui donnent la mesure de l’air aspiré, en litres, en décalitres, en mètres cubes et en dizaines de mètres cubes.
- Je me suis très-avantageusement servi de cet appareil lors de mes recherches sur les poussières de l’air, dès l’année 1871. En plaçant les poulies à une assez grande hauteur au-dessus du compteur, 2 à 3 mètres par exemple, le poids descendait lentement en faisant agir constamment le système, et cela pendant plus de douze heures consécutives. Plusieurs mètres cubes d’air avaient pu passer bulle à bulle à travers les tubes adaptés à l’orifice t, et cela sans aucune surveillance. Pour faire fonctionner l’appareil à nouveau pendant douze heures, il suffisait de remonter le poids au moyen de la manivelle.
- L’usage de cet aspirateur est appelé à se répandre dans les laboratoires de chimie comme dans les établissements météorologiques; il a été adopté déjà à l’observatoire de Montsouris, où plusieurs de ces instruments sont installés pour les analyses de l’air qui s’y exécutent, tant pour les dosages de l’acide carbonique, de l’ammoniaque, de l’acide nitrique, etc., que pour l’examen des poussières minérales et organiques. Gaston Tissandier.
- le Propr iétaire-Gérant : G. Tissandibr.
- Aspirateur-compteur pour les laboratoires de chimie.
- — Cou uni.. Typ. et stùr.CitufB.
- p.144 - vue 148/432
-
-
-
- H» 192. — 4 FÉVRIER 1877.
- LA NATURE.
- 145
- NOUVEAUX DOCUMENTS
- SUR LES AÉROSTATS MILITAIRES
- DE LA PREMIÈRE RÉPUBLIQUE.
- Depuis la guerre franco-prussienne de 1870-1871, une commission militaire aéorostatique fonctionne
- à Berlin, et un grand nombre de savants éminents, parmi lesquels nous mentionnerons le professeur Helmholtz, ont été chargés d’étudier les ressources que les aérostats sont susceptibles de fournir à l’art militaire. Quelques expériences ont été faites, mais les Allemands n’ont jamais eu la pratique de l’aéronautique, et les résultats obtenus jusqu’ici n’ont pas répondu à l’attente générale. En France, une
- Fig, 1. — Appareil pour la fabrication de l’hydrogène, construit par Coutelle, à Maubeuge, en 1794, (D’après le croquis inédit d'un aérostier de la compagnie de Coutelle.)
- commission militaire aérostatique fonctionne aussi; le lecteur comprendra la réserve qui nous est imposée au sujet de ses projets et de ses actes ; nous nous bornerons ici à faire des vœux sincères pour que le patriotisme et le dévouement des officiers qui la composent, sachent triompher des obstacles financiers , comme des lenteurs administratives, qui entravent si souvent les meilleures résolutions.
- Au moment où l’on se préoccupe de l’organisation des ballons militaires, les documents de la nature de ceux que nous voulons faire connaître offrent un véritable caractère d’actualité. Nous avons publié précédemment des détails inédits sur l’ancienne 5* aimée. — 1er semcUru.
- école aérostatique de Mcudon, d’où sortirent les vaillants aérostiers militaires de la première République 1 ; nous les compléterons aujourd’hui par quelques détails nouveaux sur le ballon captif de Fleurus.
- Ils nous ont été communiqués par un officier de marine distingué, que nos lecteurs connaissent déjà, M. Véron, capitaine de frégate, petit-fils d’un des compagnons de l’il-lustre Coutelle, dont le ballon V Entreprenant joua un rôle si important à Maubeuge, à Charleroi, à Fleurus (juin 4794), L’aérostier de 4794, Véron, était peintre, élève do
- * Voy. 4e année 1870,1er semestre, p. 311
- 40
- Fig. 2. — Peinture allégorique dont la nacelle du ballon l'Entreprenant fut ornée après Fleurus. (D’après le croquis inédit du même.)
- p.145 - vue 149/432
-
-
-
- m
- LA NATURE.
- David, et c’est au moment de l’invasion qu’il s’enrôla dans la compagnie des aérostiers que commandait Coutelle. Deux feuillets du carnet de notes qu’il portait sur lui à Fleurus, et pendant toute la durée de la campagne exécutée sous les ordres du général Jourdan, sont restés longtemps ignorés au milieu des papiers de sa famille. Us viennent d’être retrouvés tout récemment, et ils contiennent deux croquis intéressants que nous reproduisons. Le premier représente le fourneau que Coutelle fit construire à Maubeuge, pour fabriquer par voie sèche l’hydrogène destiné au gonflement de l’Entreprenant (fig. 1). Ce dessin répond à peu de chose près à la description que fait de l’appareil un autre aérostier de cette époque, de Selle de Beauchamp1.
- Les premiers essais de remplissage d’un ballon, dit de Selle, avaient été faits à Meudon, sous les auspices du physicien Conté et du représentant Guyton de Morvaux. Ils étaient parvenus à séparer le gaz hydrogène de l’oxygène par la décomposition de l’eau sur le fer rougi à blanc, mode qu’on avait préféré à l’emploi de l’acide sulfurique comme moins coûteux. Pour arriver à ce résultat, voici comme on opérait. Nous construisions, sur le lieu même, un grand fourneau à réverbère garni de deux cheminées à chaque bout 2 3 4 ; ce fourneau en briques solidement établi, on y plaçait sept tubes de fonte, provenant du Creuzot5, que l’on emplissait préalablement de limaille et de tournure de fer, vannée et purgée de rouille, comme on vanne du grain, manipulation qui, pour le dire en passant, était une de nos plus pénibles corvées ; puis, ces tubes, remplis et sutés aux deux bouts, étaient placés dans le fourneau par quatre dessous et trois en dessus, clos et mastiqués par d’autres briques, de manière qu’il ne restât que deux ou trois regards, afin de surveiller l’incandescence ; d’un côté du fourneau se plaçait une cuve longue et élevée, pour fournir l’eau à chaque tube, par de petits tuyaux adaptés à la cuve ; de l’autre côté se trouvait une grande cuve carrée, remplie d’eau saturée de chaux, dans laquelle le gaz devait s’échapper pour s’y purger de son carbone4 * ; ces préparatifs terminés, on faisait, dans chacune des cheminées, un grand feu de menu bois qui y était entretenu jusqu’à ce que les tubes de fonte fussent rougis à blanc ; l’eau, descendant. de la cuve supérieure dans chacun des tubes ainsi rougis, y déposait sa portion d’oxygène, tandis que l’hydrogène passait dans la cuve inférieure et, s’ypurgeant du carbone8, se rendait, par son excès de légèreté, dans un tuyau de caoutchouc qui l’introduisait dans le globe aérostatique, se gonflant à mesure qu’il se remplissait. Toutes ces opérations exigeaient les soins les plus minutieux ; le feu devait être entretenu de manière que la chaleur et la flamme restassent également réparties sur tous les tubes ; il fallait veiller à ce qu’il ne se formât sur l’un d’eux, ni coulure, ni fente qui pussent donner passage au gaz, ce qu’on apercevait facilement par une petite flamme bleuâtre qui se ma-
- 1 Mémoires d’un officier des aérostiers aux armées de 179") à 1799. — Paris, 1855.
- 2 On remarquera qu’il n’y a qu’une seule cheminée sur le fourneau de Coutelle, dessiné par l’aérostier Véron.
- 3 II semble n’y en avoir que cinq sur le dessin.
- 4 L'auteur commet ici une erreur : il n’y a pas de carbone
- dans les corps en présence. Cette caisse renfermait probable-
- ment des fragments de chaux, destinés à sécher l’hydrogène.
- * Il faudrait dire s’y purgeant de la vapeur d’eau en excès.
- nifestait à cet endroit ; ces fuites étaient fort difficiles à arrêter dans cet état d’incandescence; cependant on en venait à bout, non sans peine et même sans danger. L’opération du remplissage durait assez ordinairement de trente-six à quarante heures, pendant lesquelles il ne s’agissait, pour nous, ni de dormir, ni presque de manger ; aussi vîmes-nous plus d’un soldat, mis en réquisition pendant que quelques-uns de nos hommes étaient aux hôpitaux, n’attendre qu’avec grande impatience le moment de retourner à leur corps. »
- Le second croquis trouvé dans les papiers de l’aérostier Véron représente la peinture allégorique dont celui-ci (nous avons dit qu’il était élève de David) orna la nacelle du ballon VEntreprenant après Fleurus. Le jeune peintre n’avait alors au milieu des camps, ni palette ni couleurs, mais il remplaça celles-ci par du cirage, et il peignit en noir sur la nacelle du glorieux ballon la composition que nous reproduisons (fig. 2) et dont nous trouvons facilement l’explication. L’aigle à deux têtes, c’est-à-dire l’armée autrichienne, est cachée derrière un rocher d’où elle se prépare à surprendre l’ennemi; mais Coutelle l’aperçoit du haut des airs; juché dans la nacelle de Y Entreprenant, il la montre du doigt à un génie armé, à un dieu de la guerre, qui représente l’armée française. Ce deuxième croquis n’offre qu’un simple intérêt historique ; il n’en est pas moins fort curieux, fort touchant même, puisqu’il retrace un épisode ignoré qui se rattache aux souvenirs d’une époque où l’enthousiasme viril était le privilège des défenseurs du pays.
- Gaston Tissandier.
- LA MATAZIETTE
- ET L’EXPLOSION DU FORT DE JOUX.
- L’explosif, connu sous le nom de mataziette, qui vient de causer la terrible catastrophe du fort de Joux, n’est au fond que de la nitro-glycérine mélangée à du sable et de la craie et colorée avec de l’ocre. Son inventeur, M. Biet, était venu, en avril 4875, établir dans le canton de Genève, près de Satigny, la fabrique dite des Moulins Fabry, qui sauta il y a environ un mois, tuant et blessant plusieurs personnes. Quelques jours auparavant, un envoi clandestin de six tonneaux de mataziette à destination de Pontarlier, déclarés comme engrais, avait été saisi à la douane française des Verrières, et séquestré au fort de Joux. Ces six tonneaux avaient été, dans la suite, achetés par des industriels suisses.
- Les chemins de fer français s’étant refusés au transport de cette dangereuse marchandise, les acquéreurs avaient expédié, au fort, des chars pour l’évacuer. C’est dans l’après-midi du jeudi 18 janvier que ce chargement devait être effectué. Des précautions de tout genre avaient été prises pour assurer la bonne réussite de l’opération. Ainsi, on avait étendu sur le sol des toiles de caoutchouc, et les personnes char-
- p.146 - vue 150/432
-
-
-
- LA NATURE,
- w
- gées de la manutention des tonneaux portaient des chaussures de laine.
- Malgré toutes ces mesures minutieuses, vers les 4 heures 1/2 du soir, nous apprend la Gazette de Lausanne, la mataziette, nous ignorons encore pour quelle cause, fit explosion. L’effet fut terrible. Le Fort neuf tout entier a été détruit ; quelques pans de mur et une tourelle sont seuls restés debout. D’énormes blocs de maçonnerie, dont quelques-uns avaient un mètre cube, ont été lancés sur la voie qui passe entre le Fort vieux et le Fort neuf et ont brisé les rails. La commotion, causée par cette explosion terrible, a été si violente, qu’un douanier français, placé à une distance de quinze minutes du fort, a été grièvement blessé par les éclats de verre d’une fenêtre de la maison près de laquelle il se trouvait. Le bruit de l’explosion a été entendu à plusieurs lieues à la ronde et le sol a tremblé sur une grande étendue.
- L'emplacement oîi se trouvait le fort ne présente plus que l’aspect d’un amas de décombres. La garnison du fort, qui se compose de deux compagnies d’infanterie, se trouvait heureusement au moment de l’explosion dans le Fort vieux. Huit hommes seulement étaient de garde au Fort neuf ; quelques-uns d’entre eux qui se promenaient sous les murs du fort ont été très-grièvement blessés et recueillis par le train express suisse parti de Lausanne, à 3 heures 30. Ces malheureux ont été placés dans le wagon-poste et remis aux soins de l’hôpital de Pontarlier.
- La garnison a été immédiatement employée au déblai des décombres qui couvrent le lieu de l’explosion et les environs du fort. Le soir, on avait relevé dix cadavres ensevelis sous les ruines.
- Cet affreux désastre aurait pu être plus grave encore, si la poudrière du fort n’avait pas résisté à l’explosion.
- A quelle cause peut-on attribuer l’explosion du 18 janvier? Tout d’abord à la fabrication défectueuse de l’explosif Biet. Il se pourrait parfaitement que la nitroglycérine, comme cela arrive parfois avec la dynamite dans laquelle on a fait emploi d’un absorbant défectueux, ait exsudé, en se rassemblant ainsi en certaine quantité au fond des tonneaux. Le choc contre les parois, pendant le chargement, aurait déterminé l’explosion du liquide séparé de son absorbant. Quoi qu’il en soit de la cause véritable de l’explosion, le sinistre du fort de Joux nous montre une fois de plus avec quel soin on doit se garder de toute contrefaçon clandestine de la matière explosive, dont nous décrivions dernièrement la fabrication dans l’une des usines Nobel.
- Maxime Hélène.
- LE .VER A SOIE DES PINS
- On a plusieurs fois cherché à utiliser pour l’industrie la soie de diverses espèces indigènes, et je me souviens avoir vu autrefois une paire de gants en grosse soie brune
- cardée de notre Grand Paon de nuit. Au moment où l’industrie lyonnaise est en souffrance par suite de la maladie persistante qui décime nos vers à soie du mûrier, on a pensé à utiliser la matière textile d’un autre Bombycien, commun souvent dans nos bois de pins au point de devenir un fléau. C’est la Processionaire du pin, espèce qui tire son nom vulgaire de l’habitude qu’ont ces chenilles de sortir en procession du nid commun qui abrite le phalanstère, afin d’aller dévorer ensemble les feuilles des pins. Une d’elles ouvre la marche et les autres la suivent en file, plusieurs sur le même rang; deux, puis trois, puis quatre, etc. Elles laissent sur les arbres une trace de fils de soie qui leur sert à regagner le nid lorsqu’elles sont repues. Tandis que les nids de l’espèce congénère, la Processionnaire du chêne, si commune en certaines années au bois de Boulogne, sont d’un tissu grossier, appliqués contre l’arbre et se confondant en partie avec la couleur de l’écorce, ceux du Bombyx du pin, au contraire, sont suspendus, dans les branches, de formes grossièrement ovoïde, comme des obus blancs, atteignant ordinairement la grandeur de la tête. Parfois ces nids sont si nombreux que les pins, vus de loin, paraissent chargés de grosses boules de neige, et que les branches, à l’extrémité desquelles ils sont suspendus, plient sous leur poids. Le tissu de ces nids est léger, d’une grande finesse, à fils de soie longs et solides, avec un mélange de peaux des mues des chenilles, de feuilles et de bourgeons de pin.
- Dans un mémoire présenté à la Société des sciences industrielles de Lyon (les Bombycites, et en particulier le Bombyx pityocampa, br. in-8#, Lyon, 1876), M. Mary des Forts, appelle l’attention sur les moyens d’utiliser ces nids soyeux. Ils peuvent être nettoyés à bon marché par des lessivages à froid ; et si on les recueille au printemps, quand les chenilles sont sorties, on n’a pas à craindre les urtications qui accompagnent leur maniement pendant les chaleurs de l’été. On ne peut les dévider ; mais ils fournissent au cardage une filoselle pouvant produire pour la chaîne des étoffes d’une grande solidité, capables d’acquérir, à l’eau froide, une blancheur parfaite, permettant la teinture à l’eau tiède. Un inconvénient fort grave, déjà reconnu par Réaumur, c’est qu’à l’eau bouillante, cette soie se dissout et donne une sorte de résine grasse. Les étoffes ne pourraient donc être blanchies où dégraissées qu’à l’eau tiède ou froide, ce qui arrive à beaucoup d’étoffes de soie commune, qui ne supportent que la teinture tiède et le lavage ou le dégraissage à l’eau froide.
- Nous rappellerons qu’au Mexique, dans la région tempérée, on obtient des tissus très-réguliers avec les grandes poches blanches en fuseau qui servent à la nidification en commun du Bombyx psidii, Sallé, sur les chênes et sur les goyaviers. A Madagascar, les nids soyeux des chenilles sociales du Bombyx Radama sont cardés et tissés par les indigènes, et fournissent des étoffes remarquables par leur éclat et leur solidité. Il est fort intéressant pour notre industrie de rechercher de nouvelles matières soyeuses textiles, et nous ne devons pas dédaigner des soies bien inférieures à celles du ver du mûrier, surtout quand leur récolte a lieu sans aucuns frais. Il est probable que des moyens chimiques pourront augmenter la résistance à l’eau chaude de la filoselle des Processionnaires du pin, et peut-être pourra-t-elle être utilisée par mélange à la laine ou au coton. Les caprices continuels de la mode peuvent donner de la valeur à des étoffes de qualité inférieure, si elles se prêtent à certaines combinaisons de nuances, d’éclat, de résistance ou de souplesse. Il y a là des essais à continuer. M. G.
- p.147 - vue 151/432
-
-
-
- 148
- LA NATURE.
- EXPERIENCES
- SUR LE VOL MÉCANIQUE
- PAR M. V. TATIN.
- M. Tatin a continué, l’année dernière, dans le laboratoire et avec les conseils éclairés du professeur Marey, les expériences qu’il avait entreprises dès 1874, sur la reproduction mécanique du vol de l’oiseau. Ses principaux résultats ont été développés dans le mémoire qu’il a publié dans les Comptes rendus des travaux du laboratoire du professeur Marey (G.
- Masson, 1876); nous en ferons ici un résumé succinct, forcé de laisser de côté la narration si intéressante des phases qu’a traversées depuis deux ans, et grâce
- surtout aux études F,s- 1-
- expérimentales de
- notre ingénieux et persévérant ami, la question de l’aviation. Nos lecteurs pourront du reste se reporter, pour suppléer à l’absence de détails du présent résumé, à un article -------------- -----
- important signé du nom autorisé de M. A. Pénaud, et inséré dans la Na-fure(24avrill875).
- Les efforts de M. Tatin ont sans cesse tendu à la reproduction du vol de l’oiseau sur des
- schémas plus ou fyzsg&ZZZS&æZ moins compliqués; il a recherché, sur
- fto nofite anmrpik FiS- 2- ~ AA‘ Axe comraun des ailes- — BB. Bielles produisant l’élévation et ue pe l’abaissée des ailes. — C. Bielle produisant l’inclinaison de l’axe des ailes, ce
- mis en mouvement qui donne le changement de plan.
- par le ressort de
- ments est faible, ont toujours l’aile très-longue. Avec ces ailes étroites et longues (fig. 1), M. Tatin a rendu aussi court que possible le temps pendant lequel le voile prend la position convenable pour agir sur l’air pendant l’abaissée.
- Etant donné ce fait depuis longtemps établi, qu’un oiseau vole plus facilement s’il peut appuyer son aile sur une grande masse d’air en peu de
- temps, on comprend que la vitesse de translation maxima sera l’allure la plus avantageuse au point de vue de la réduction de la dépense de force. L’auteur, ne pouvant empêcher que ses oiseaux mécaniques dépensent précisément des forces considérables pour obtenir la vitesse utile, a remédié à cet inconvénient en portant en avant le centre de gravité. Dès lors l’oiseau en plein vol conserve le même équilibre que l’oiseau qui plane, et sa vitesse est en quelque sorte passive, de nouvelles couches d’air inertes venant se placer comme d’elles-mêmes sous ses ailes : toute la dépense de force peut alors être
- utilisée pour la sus-
- caoutchouc qu’avaient employé avant lui MM. Pénaud et Hureau de Villeneuve, quelles étaient les meilleures formes d’ailes afin de les adapter à un grand appareil fonctionnant par l’air comprimé. Après plusieurs essais, il s’est arrêté à l’emploi d’ailes longues et étroites. Wenham avait montré qu’une aile peut avoir une aussi bonne fonction quand elle est étroite que lorsqu’elle est large, et M. Marey avait signalé ce fait, que les oiseaux dont l’amplitude des batle-
- pension. C’est ainsi que M. Tatin a pu augmenter le poids de ses appareils sans en augmenter la force motrice, et obtenir un parcours double.
- Le mouvement que fait l’aile autour d’un axe longitudinal, et qui lui permet de présenter toujours la face inférieure en avant pendant la relevée, l’appareil schéma-
- a été obtenu par un organe de tique (fig. 2 et 3).
- Cet appareil vu latéralement et par derrière se compose d’un bâti en bois léger, à l’avant duquel sont implantés deux petits supports traversés par un arbre coudé et contre-coudé, de façon à former deux manivelles en villebrequin, à 90° l une de l’autre. Cet arbre reçoit un mouvement circulaire d’un ressort de caoutchouc. La manivelle placée sur le plan le plus avancé produit l’élévation et l’abaissée des ailes, qui sont mobiles autour d’un axe commun. Ce même axe est fortement incliné en
- p.148 - vue 152/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 149
- bas et en arrière par la seconde manivelle, lorsque la première passe au point mort et que les ailes sont au bas de leur course.
- Mais l’aile ne doit pas seulement changer de place dans son ensemble; chaque point de l’aile doit avoir, surtout pendant la relevée, une inclinaison d’autant plus marquée qu’il est plus voisin de l’extrémité ; la partie voisine du corps doit seule conserver sensiblement la même obliquité. M. Tatin a pensé que c’était par le carpe qu’il fallait commander le mouvement de torsion venant s’éteindre graduellementprès du corps, et pour l’obtenir avec toute ses transitions, il avait substitué aux ailes de soie qui se plissent, des ailes entièrement construites en plumes très-fortes, disposées de telle façon quelles arrivassent à glisser un peu l’une sur l’autre pendant les mouvements de torsion : la fonction de cette nouvelle voilure était parfaite; mais, adaptée au grand oiseau, ce s ailes ne donnèrent que des résultats médiocres. L’auteur a donc dû revenir aux ailes de soie, qu’il semble avoir définitivement adoptées.
- Grâce à certaines modifications qu’il a fait récemment subir à son grand appareil (léger changement de forme des ailes, variation de l’amplitude des battements, renouvellement de quelques organes de la machine), M. Tatin a pu réaliser un grand progrès. L’oiseau à air comprimé, qui, attelé à un manège, ne soulevait, il y a quelques mois, que les trois quarts de son poids, soulève aujourd’hui' son poids entier. Et il faut remarquer que l’appareil doit lutter contre l’inertie du bras du manège, dont le poids est environ de 4 kilogr; eu outre, les réactions verticales du corps de l’oiseau pendant le vol sont annihi-
- lées, aussi bien que ses réactions horizontales par le bras du manège, qui remplit constamment l’office de volant régulateur. Il faudra sous peu débarrasser cet appareil des entraves du manège et le lancer à l’air libre. Il soulève aujourd’hui son poids tout entier. Les expériences présentent donc de grandes chances de succès; la seule difficulté sera probablement de forcer l’appareil à suivre une route à peu près horizontale; mais cette question d’équilibre sera sans doute tranchée par une position convenable donnée à la queue.
- La fonction des ailes actuelles semble laisser bien peu à désirer, car, en inscrivant leurs mouvements avec les appareils enregistreurs du professeur Marey, M. Tatin a obtenu des graphiques dont la presque identité avec les tracés des ailes normales paraîtra évidente si l’on jette les yeux sur les tracés 1 et 3 delà figure 4. Si ces expériences fournissent
- lheureux résultat que tout semble leur promettre, notre patient chercheur se verra enfin en mesure de déterminer la formule qu’il poursuit : il faut tant de kilogram-mètres par seconde pour faire voler un poids de tant de kilogrammes.
- Nous rappellerons en terminant quelques-unes des conclusions présentées par M. Tatin dans son mémoire :
- « Pour que l’oiseau puisse se soulever par ses coups d’aile, il faut théoriquement, d’après M. Marey, que le moment de la force motrice soit un peu supérieur à celui de la résistance de l’air, ce dernier ayant pour valeur sous chaque aile, la moitié du poids de l’oiseau multipliée par la distance qui sépare le centre de pression de l’air sur l’aile du centre de l'articulation
- Fig. 3. — Ensemble de l’appareil vu par sa face postérieure. On remarque à l’avant le long bec en plume chargé de cire.
- Fig. 4. — Courbes des mouvements d’élévation et d’abaissement de l'aile.
- 1. Courbe recueillie sur le pigeon par M. Marey. — 2. Courbe d’un oiseau mécanique à ressort de caoutchouc. — 5. Courbe des mouvements de l’aile de l’appareil mécanique à air comprimé. On remarque l’analogie de cette dernière avec celle obtenue sur la nature.
- p.149 - vue 153/432
-
-
-
- 150
- LA NATURE.
- scapulo-humérale. Mes expériences montrent que, pour les appareils mécaniques, il faut un plus grand excès de la force motrice sur la résistance de l’air.
- « Peut-être cet écart entre la force théorique et la force pratiquement nécessaire existe-t-il également chez l’oiseau, dont on n’a pu encore mesurer la dépense de travail pendant le vol.
- « J’ai essayé de donner la mesure expérimentale du travail dépensé par une machine qui vole. J’insiste pour rappeler que de pareilles mesures ne représentent pas le minimum de force nécessaire, mais la dépense actuellement faite par mes appareils. »
- Dr François-Franck.
- LE PÔLE SUD ET SES ALENTOURS1
- On commence à bien connaître les régions voisines du pôle arctique; il n’en est pas de même de celles qui entourent le pôle antarctique, cet autre roi des glaces, dont la forteresse est encore moins accessible (jue celle de son collègue boréal. Un essaim d’audacieux navigateurs, partis des lies britanniques, vient de faire de glorieux mais inutiles efforts pour planter aussi près que possible du pôle nord le drapeau de notre patrie. Nous frémissons encore à la pensée des dangers qu’ils ont courus et des souffrances qu'ils ont éprouvées durant cette périlleuse navigation. 11 est à remarquer que le vaillant explorateur des régions boréales, le capitaine Nares, est du petit nombre des marins qui ont osé franchir le cercle polaire antarctique, pendant qu’il commandait précédemment l’expédition du Challenger.
- Nous exposerons aujourd’hui les observations que nous avons faites dans ces régions du pôle sud, pendant notre voyage à bord de ce navire.
- Après nous être embarqués sur le Challenger, nous passâmes près d’un mois dans l’île de Kerguelen, pour y faire des études météorologiques et autres, et y choisir le point où, dans la saison suivante, la commission scientifique devait observer le passage de Vénus sur le disque du soleil. Nous quittâmes le port de Noël le 31 janvier 1874, et le 6 février suivant nous atteignîmes le groupe solitaire des Heard Islands (Iles de l’audition). Le 7, nous gagnions le large pour nous diriger vers le sud. Le 11 au matin, nous aperçûmes, dans la direction du S. S. E., une grande montagne de glace, à environ 6 milles (10 kilomètres) de distance. Elle offrait l’aspect d’un cône tronqué et son sommet était couvert de neige. Les pics de glace perpendiculaires qui hérissaient les contours de la montagne avaient une tuante bleuâtre, devenant plus sombre dans les crevasses ; eux-mêmes étaient d’une transpa-
- 1 Conférence faite à Glasgow, par M. 'Wyville Thomson. Traduit et abrégé du journal anglais Nature.
- rence remarquable. La montagne de glace s’élevait à environ 219 pieds au-dessus du niveau de la mer; elle pouvait avoir 2200 pieds de longueur, et il est probable quelle s’enfonçait dans l’eau à la profondeur de 1500 à 1800 pieds. Lord Georges Campbell, étant de garde dans l’après-midi, vit un grand fragment se détacher de la montagne, tomber dans la mer et en faire jaillir l’écume; aussi ne tardâmes-nous pas à rencontrer quantité de glaçons flottants sur les vagues.
- La journée du 12 fut brumeuse et ne permit que par intervalles d’apercevoir de nombreux icebergs; la brise soufflait avec une assez grande force, venant du N. 0. Nous étions alors à 62° 36' de latitude australe et à 80° 4' de longitude orientale. Vers le soir, nous passâmes tout près d’un fort bel iceberg. Une portion de cette masse offrait l’aspect d’un sphinx, l’autre ressemblait à une gigantesque corniche ; ces deux parties étaient séparées l’une de l’autre par une fissure dans laquelle la mer s’engouffrait continuellement. Au coucher du soleil, la montagne se revêtit d’une riante teinte de mauve ; et quand nous nous en approchâmes davantage, on l’eût dit veinée de lignes de cobalt bleu foncé. La glace était parfaitement pure et diaphane. Les icebergs que nous dépassions se brisaient avec une promptitude remarquable et la mer était au loin jonchée de leurs fragments, qui perdaient peu à peu leurs aspérités, s’arrondissaient et finissaient par se fondre entièrement.
- Le 43, nous eûmes une belle journée, avec une légère brise de N. N. E. Il tomba cependant de la neige par intervalles. De grands icebergs en plateaux bordaient l’horizon du côté du sud. Dans l’après-midi, nous en dépassâmes un qui avait une forme irrégulière; toutes ses lignes, droites ou courbes, étaient d’un bleu magnifique.
- Quelques-uns d’entre nous étaient sur le pont, vers minuit, croyant voir un nuage blanchâtre s’avancer vers nous, lorsque tout à coup notre bâtiment tout entier tressaillit et éprouva des secousses continues dans toute sa longueur. Nous pensions voguer sur une mer ouverte et dégagée, lorsque nous nous aperçûmes que nous étions environnés et hantés dans toutes les directions par des îles flottantes de glace. En regardant vers l’est, on ne distinguait à perte de vue que de semblables îles, plus ou moins grandes, éclairées par la lune, que les brouillards obscurcissaient à tout moment. C’était assurément un spectacle étrange et grandiose; mais, pour l’admirer complètement, il nous eût fallu toute la clarté d’un beau jour et un navire plus solidement construit, capable de résister victorieusement à tous les chocs des glaçons. Les manœuvres nécessaires ayant été commandées, nous réussîmes à sortir de la mer de glace pour rentrer dans des eaux plus libres et moins périlleuses.
- Le lendemain au matin, cependant, il y avait en-j corc des montagnes de glace tout autour de nous.
- p.150 - vue 154/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 151
- Quelques-unes d’entre elles avaient des formes d’une beauté remarquable. Il y en eut une qu’il nous fut donné de pouvoir contempler toute la journée. On eût dit une cathédrale gothique avec son portail en ogive et ses clochetons. Une tour, séparée de la nef, s’élevait à 200 pieds de hauteur. Cet édifice architectural, créé par la nature, semblait du saphir enchâssé dans de l’argent. On apercevait distinctement, à 12 degrés au-dessus de l’horizon, la réverbération phosphorescente produite par la glace.
- Dans l’après-midi du 16 février, nous franchîmes le cercle polaire antarctique, à travers une double chaîne d’icebergs, dont la plupart avaient une surface horizontale unie. Arrivés à 66 degrés 40 minutes de latitude australe, nous nous arrêtâmes. 1400 milles (2240 kilomètres) nous séparaient encore du pôle sud ; mais notre intention primitive n’avait pas été de pousser notre voyage plus loin dans cette direction. Notre navire n’avait d’ailleurs pas été construit avec la solidité qu’une prévision semblable aurait rendue nécessaire. En outre, la température de la surface de la mer marquait de 1 à 2 degrés centigrades au-dessous de zéro, ce qui pouvait nous faire craindre de nous trouver bloqués au milieu des glaces. En conséquence, le capitaine Nares se décida à retourner vers le N. E., dans la direction de la Terre de terminaison (Tcrmination Land), deWilkes1. Durant notre retour, nous rencontrâmes longtemps des glaçons de 10 à 20 pieds de longueur et de 1 à 2 pieds d’élévation au-dessus du niveau de la mer. Ils étaient, pour la plupart, couverts d’une neige récemment tombée, d’une pureté et d’une blancheur indiquant que les vagues de la mer n’avaient encore pu l’atteindre.
- Quand le navire se heurtait contre un glaçon, celui-ci était refoulé et non brisé ; mais le choc qu’il avait reçu jetait à la mer la couche de neige dont il était revêtu à la surface. Les bords des glaçons, dans la portion continuellement assaillie par les flots, étaient d’un jaune sale, probablement par l’effet des diatomes et des crustacés que renfermait la glace dans ses pores intérieurs. Pendant que la température de l’eau était — 2°,7 centigrades, celle de l’air descendait à — 4°, 7. La couleur de l’Océan était, comme à son ordinaire, d’un bleu foncé magnifique.
- Dans la journée du 24, la neige tomba en abondance et ses cristaux nous brûlaient le visage au point que nous pouvions voir à peine d’un bout du navire à l’autre. Assaillis par une véritable tempête, nous vîmes la température descendre à — 6°,H. Nous ne pûmes trouver la pointe Terminaison du lieutenant Wilkes et nous dûmes croire que cette terre n’existe que dans l’imagination de ce marin. Nous nous dirigeâmes, en conséquence, vers le cap Otway, et le 4 mars nous aperçûmes la dernière montagne flottante de glace. Le 17, nous étions à l’ancre près de Sandridge, dans la baie de Hobson.
- 1 Voy. carte de la page 135.
- La plupart des icebergs que nous avions observés constituaient des plateaux, dont la surface, toujours couverte de neige et foulée par les pétrels seuls, était parallèle à celle de l’Océan. En général la glace est sillonnée de raies bleues, rarement noirâtres, qui sont les lignes d’intersection des différentes couches superposées ou verticalement adhérentes. —Notre figure 1 donnera une idée de ces plateaux flottants. Celui qu’elle représente fut observé le 11 février 1874, par 60 degrés 52 minutes de latitude australe. L’iceberg de la figure 2, remarquable par la cavité qui le partage en deux portions inégales, fut dessiné le 23 février 1874, par 64 degrés 15 minutes de latitude australe. Plus heureux que nous, Ross avait poussé, en février 1842, jusqu’au 78e degré de latitude, et il avait signalé les glaçons gigantesques et verticaux de ces parages, glaçons fixes et stables, déchiquetés seulement par les tempêtes. Nos autres dessins (fig. 3, 4 et 5) donneront une idée des variétés d’aspect et de forme que peuvent présenter ces imposantes masses de glace flottant à la surface des mers antarctiques.
- Les irrégularités de formes dans les icebergs proviennent de ce que telle ou telle de leurs parties se fond plus vite que les autres ; ce qui finit par déranger l’équilibre de la masse primitive. Or la fonte peut être un effet des vents aussi bien que des flots. Si les icebergs sont comparativement moins denses que la glace compacte, c’est qu’ils se composent généralement d’une base de glace recouverte de couches successives de neige congelée. C’est ce qui explique l’absence de parties terreuses à la surface de ces montagnes flottantes. Lorsque ces immenses glaçons arrivent dans des eaux plus chaudes, leur base se fond et les matières terreuses qu’elle renferme sont précipitées au fond de la mer, d’où la drague nous les rapporte. A la surface des icebergs, on trouve en quantité des diatomes, des glo-bigérines et des radiolaires.
- J’ai remarqué un fait dont je n’ai pas encore découvert la cause réelle. C’est que les couches de glaces vont en diminuant de densité, depuis le sommet d’un iceberg jusqu’à sa base.
- Les chaleurs du jour font, en été, fondre la neige qui recouvre la surface des glaçons; mais, durant la nuit, cette neige fondue se gèle et forme les délicates et fines découpures qui frangent les arêtes extérieures des montagnes de glace. Sur aucun de ces glaçons gigantesques nous n’avons aperçu de pierres ni de gravier pouvant indiquer qu’ils étaient détachés de masses de terre végétale ou même rocailleuse. Il n’y avait absolument que des couches entremêlées de neige et de glace. Le 10 février, nous aperçûmes tout un troupeau de pingouins campé sur un glaçon.
- Bien que ni à la surface ni le long des parois des icebergs nous n’ayions découvert des traces de terre ou de roc, il paraît certain qu’il s’en rencontre à l’intérieur et surtout à la base de ces colosses des mers polaires. La drague et la sonde nous prouvé-
- p.151 - vue 155/432
-
-
-
- 152
- LA NATURE.
- rent qu’il s’v trouvait du sable, de l’argile, du granit, du gneiss, du mica, et des schistes. Toutefois il est fort à présumer que les terres, aux dépens desquelles ces glaçons se sont primitivement formés, sont situées à une distance considérable du cercle polaire antarctique, probablement vers le 70e degré de latitudeaustrale.
- Encore est-il probable que la neige et la glace occupent un espace bien plus considérable que ces continents. jusqu’ici inconnus.
- Il est hors de doute qu’il se
- trouve des débris de terre dans l’intérieur et à la base des icebergs antarctiques. La drague nous apportait ordinairement un mélange de petits morceaux d’argile et de sable. Vers le 80e degré de longitude est, elle retirait de la mer des fragments de basalte et, encore plus à l’est, de plus grands morceaux de roches métamorphiques, de granité, de gneiss, de schistes,de mica, de hornblende, d’argile et de chlorite.
- Il me semble très-probable que les icebergs antarctiques prennent naissance sur un terrain plat et bas, entouré de bas-fonds. Bien que la glace de leur surface soit passablement dure, il s’en faut de beaucoup qu’elle ait la densité de la glace réellement compacte.
- Quand une montagne de glace s’élève à deux cents pieds de hauteur au-dessus du niveau de la mer, elle s’enfonce généralement dans l’eau à une profondeur de douze cents pieds. Vu le nombre relativement petit des icebergs que nous rencontrâmes en franchissant le cercle antarctique, il est permis de supposer que ces masses flottantes s’étaient formées à une distance considérable des parages où nous nous trouvions alors.
- Bien que, dans l’état actuel de nos connaissances.
- Fig 1—Iceberg des régions antarctiques, observé le 11 février 1871. Lal. C0°,o”2" S„ long. S0«.2.) E.
- Fig. 2. — Iceberg des régions antarctiques. 23 février 1871. Lat. 61°. 13' S. Long 93”.2i’ E.
- nous ne puissions, sans témérité, nous former une idée de la région qui s’étend au delà du 70e degré de latitude australe, il y a cependant des indices qui ne manquent pas d’un certain poids. Rien ne nous prouve, sans doute, que cette étendue de quatre
- millions cinq cents mille milles carrés, égale à près du double de l’Australie, constitue un continent ; il est plus probable que c’est une série d’îles plus ou moins considérables , reliées entre elles par d’épaisses couches de glace.
- Nous savons seulement que la précipitation de l’eau à travers cette vaste étendue est très-grande, et qu’elle affecte toujours la forme de la neige, le thermomètre centigrade, même en été, ne marquant jamais un seul degré au-dessus de zéro.
- Plusieurs fractions de la terre antarctique sont aujourd'hui connues d’une manière positive ; elles
- sont presque tou-
- ^ tes situées entre
- les G5eet 70e degrés de latitude sud. Rarement, en y comprenant lepaisse couche de glace qui les recouvre, s’élèvent-elles à plus de deux ou trois mille pieds au-dessus du niveau de la mer. Font exception à ectte règle les magnifiques volcans de Ross, qui s’étendent de l’île Bal-lcny, jusqu’au 78e degré de latitude australe, et atteignent une
- hauteur de quinze mille pieds; un terrain compris entre les 55e et 95e degrés de longitude ouest, et se composant de l’île de Pierre-le-Grand et de la terre d’Alexandre, découvertes en 1821, par Bellingshau-sen; la terre de Graham, l’île Adélaïde, trouvées par Biscoc en 1852; enfin la terre de Louis-Philippe, reconnue par Dumont d’Urville en 1838.
- Le reste du sol antarctique, comprenant, 1° la terre d’Adélie, découverte d'un côté par Dumont-d Ur-ville, de l’autre par le lieutenant Wilkes, en 1840,
- p.152 - vue 156/432
-
-
-
- LA NATURE
- 153
- au 140° 2' 30" de longitude et au 66° 45' de latitude méridionale ; 2° la terre Sabrina , reconnue par Balleny en 1859; 3° les terres Kemp et Enderby, découvertes par Biscoe en 1853, ne s’élève nulle part à une altitude considérable. Si nous pouvions admettre les fortes pré-
- Fig. 3. — Iceberg des régions antarctiques. 25 février 1874. Lat. 63*,40,S.1 long. 94-,51' E
- somptions de terre dont parle le lieutenant Wilkes, nous obtiendrons une ligne continuedc sols allant jus qu’au 106° 18' 42" de longitude est, à la latitude australe de 65° 59' 40"; mais toute cette terre s’élève médiocrement au-dessus du niveau de l’océan Aus-
- Fig. 4. — Iceberg des régions antarctiques, 21 février 137''.. Lat. 63°,39' S., long. 89*fi' E.
- Irai. La structure géologique des terres antarctiques est à peine connue. D’Ur-ville trouva des rocs de gneiss dans l’Adélie; Wilkes découvrit dans un iceberg, au 106° 18'4 2", des couches de galets, pierres, gravier, sable et argile enchâssés dans la glace. Il y avait en outre de gros fragments de grès
- Fig. 5. — Iceberg, des régions antarctiqres. 25 février 1874.. Lat. 63°,69' S., long 91" 51' E. (D’après des croqui- originaux.)
- rouge et de ba» salte.
- Les régions australes ne sont pas ou presque pas réchauffées par un gulf-stream pareil à celui qui porte habituellement de la chaleur jusque dans le Labrador et le Spitzberg. Il existe toutefois dans l’océan Austral un courant d’eau chaude venu de l’équa-
- p.153 - vue 157/432
-
-
-
- 154
- LA NATURE,
- teur, mais il ne baigne les côtes d’aucune terre, et le seul résultat de Ison apparition est de rendre la mer libre sur un certain espace s’étendant assez loin dans la direction du sud.
- C’est à la faveur du courant précité, qu’en 1841 et 1842, Ross put se hasarder jusqu’au 78° 11' de latitude australe. Nous mêmes, nous nous sommes trouvés dans ce courant et, à l’aide du thermomètre, il nous a été donné de constater la chaleur comparative des eaux qui le formaient. Cette température était de plus d’un demi-degré au-dessus du point de congélation. A mesure que nous remontions vers le nord, la chaleur de l’eau augmentait, ce qui mettait hors de doute l’origine équatoriale du courant.
- Les vents qui soufflent habituellement à la hauteur du cercle polaire antarctique viennent du sud-est. Il est probable que la terre antarctique se rapproche du pôle austral beaucoup plus qu’on ne l’a admis jusqu’ici.
- Nous terminerons en énonçant une question que se pose naturellement la curiosité humaine. Parviendra-t-on jamais jusqu’au pôle antarctique? Non, si nos moyens et nos ressources du moment ne reçoivent pas d’améliorations. Oui, peut-être, si l’on peut dépasser le point extrême atteint par Ross (le 78edegré de latitude méridionale), et si les vents, les glaces et les neiges le permettent. En tout cas, il sera plus facile d’arriver au pôle nord qu’au pôle sud. G. Wyville Thomson.
- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE.
- (Suite. — Voy. p. 1.)
- § Ier. — Période paléocène.
- Celte première période correspond au suessonien de d’Orbigny ; elle succède à la craie, non pas cependant d’une façon tout à fait immédiate, car, en Europe au moins, elle est séparée de la craie la plus récente1 ou craie de Maëstricht par une lacune dont il est difficile d’apprécier l’étendue et d’estimer la durée. La période paléocène est assez mal connue, non-seulement parce que les dépôts qui nous en ont transmis les vestiges sont peu puissants, et qu’ils
- 1 II s’agit, bien entendu, d’une lacune purement accidentelle, qui pourrait disparaître par l’effet d’heureuses découvertes. En Provence, un vaste système lacustre, observé dans la vallée d’Arc et mis en lumière par M. Matheron, présente une série continue de dépôts qui conduisent sans interruption de la craie supérieure vers des assises incontestablement tertiaires, mais dépourvues de plantes et relativement pauvres en fossiles. Le garumnien de M. Leymerie, qui consiste en une alternance de lits marins et fluviatiles, qui se prolonge jusqu’en Espagne et se rattache intimement au système provençal, offre aussi les caractères d’une formation complexe servant de passage entre les deux époques. En Amérique, le groupe du Dakota (Dakota-group) qui comprend une flore crétacée fort riche se soude supérieurement avec la puissante forma-
- u’ont été observés jusqu’ici que suv un petit nombre de points, mais aussi parce que la mer d’alors, au lieu d’entrer en Europe et de l’occuper jusqu’au centre, comme le firent les mers nummulitique, tou-grienne et mollassique, s’était retirée de telle façon que l’espace continental était presque aussi vaste que de nos jours.
- Le climat, de même que la physionomie des formes végétales avaient peu changé depuis la fin de la craie. C’est au nord-est de Paris, vers l’Aisne et la Marne, dans le Soissonnais et la Champagne, du côté de Sézanne, de Reims, de Vervins et, en continuant dans la même direction, en Belgique, dans le Ilai-naut et la province de Liège, que les formations tertiaires paléocènes ont été observées. Elles consistent en des marnes, des sables, des calcaires, généralement peu épais, souvent recouverts par des dépôts postérieurs; et par conséquent difficiles à atteindre, tantôt marins, tantôt d’origine lacustre ou saumâtre ; on rencontre encore ces formations à l’état d’argiles accompagnées de minces couches de lignites et supportant des grès, comme dans le Soissonnais, ou bien ce sont des sables inconsistants comme ceux de Bra-cheux ou encore des calcaires concrétionnés, comme les tufs de Sézanne.
- On voit, en réunissant ces notions, que l’observateur se trouve transporté le long des plages d’une mer peu étendue et peu profonde, s’avançant ou se retirant tour à tour, recevant des cours d’eau dont on retrouve les sédiments d’embouchure ou s’éloignant de façon à permettre aux eaux douces et jaillissantes de vivifier le sol et d’y favoriser l’essor des grands végétaux, Il est donc possible, quelque restreint que soit le théâtre où nous transporte la pensée, d’obtenir, en interrogeant certaines localités des renseignements de plus d’une sorte ; c’est ce que les explorateurs n’ont pas manqué de faire et, tandis que les marnes de Gelinden, près de Liège, nous dévoilent la composition d’une forêt paléocène, les tufs de Sézanne, les végétaux servant à la même époque de ceinture et de couronnement aux eaux limpides d’une cascade, les grès du Soissonnais nous découvrent de leur côté quelques-unes des plantes qui croissaient, vers la fin de la période, dans les vallées et le long des plages.
- Voici quelques détails très-précis sur les trois localités que je viens de mentionner et dont la flore est aussi riche que curieuse à bien des égards.
- tion tertiaire du lignitic : mais si la liaison matérielle entre les deux terrains et, par conséquent, les deux époques, peut être constatée, nulle part encore on n’a découvert de plantes fossiles prévenant de la partie des couches au moyen desquelles s’opère le passage lui-même, ni surtout assez nombreuses pour constituer une flore d’une certaine importance. C’est là un fait négatif dont il serait puéril de vouloir retirer quelque conclusion à l’appui d’une prétendue révolution qui aurait renouvelé le règne végétal et correspondrait à l’intervalle qui sépare les deux terrains. Ce serait faire une supposition gratuite qu’aucun fait ne confirmerait. En réalité, entre la dernière flore crétacée et la première de l’éocène inférieur, on ne remarque pas plus de divergence qu’il n’en existe entre les flores de deux étages tertiaires comparés.
- p.154 - vue 158/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 155
- La forêt de Gelinden s’élevait sur des pentes crayeuses dont les flancs ravinés par les eaux pluviales ont abandonné aux courants de l’époque les dépouilles des arbres et des plantes qui les recouvraient. Ces dépouilles emportées par des eaux limoneuses, au moment des crues, allèrent s’ensevelir dans les vases dont l’embouchure d’un petit fleuve était encombrée, pêle-mêle avec des plantes marines que le remous des vagues rejetait vers la côte. La forêt ne pouvait être bien éloignée du point où le fleuve heer-sien (c’est le nom de l’étage auquel le dépôt de Ge-
- 5 4 5
- Fig. 1. — Chênes paléocènes de la forêt de Gelinden..
- 1. Quercus parceserrata, Sap. et Mar. — 2. Q. diplodon, Sap. et Mar. — 3. Q. hoozi, Sap. et Mar. — 4. Gland dépouillé de sa coque. — 5. Q. arciloba, Sap. et Mar.
- linden appartient) venait se jeter dans la mer, mais elle occupait sans doute une station accidentée, au sein d’une région plus ou moins élevée et montagneuse. Non-seulement la nature des arbres dont elle était composée le prouve, mais le limon dont le dépôt a donné naissance au lit marno-crayeux d’où proviennent les plantes a du être arraché par les eaux iluviatiles à des escarpements assez abrupts pour être aisément entamés.
- Les arbres les plus répandus de cette forêt étaient des Quercinées, dont on a pu recueillir une douzaine d’espèces, et ensuite des Laurinées. Parmi les premières, les unes étaient, à ce qu’il paraît, de vrais chênes semblables à ceux des régions montagneuses de la zone tempérée chaude.; les autres se.
- rapprochent de nos châtaigniers, mais avec des feuilles persistantes comme les Castanopsis de l’Inde. Les Laurinées comprennent un vrai Laurus, L. Orna-lii Sap. et Mar., des Litsœa, des Persea ou avocatiers, des canneliers et des camphriers; elles différent du reste fort peu des formes du même groupe qui se montrent en Europe dans un âge bien plus récent, c’est-à-dire jusqu’à la fin du miocène et même dans la première moitié de la période suivante (fig. 1, 2, 5). Des viornes, un lierre, une sorle d’hellébore, plusieurs araliacées, des ménis-permées, des célastrinées et des myrtacées achevaient l’ensemble (fig. 4, 5, 6). Il faut y ajouter un thuya assez rare et quelques fougères, dont une bien connue, l’Osinonde (fig. 7), sous une forme à peine différente, fait encore l’ornement de nos ruisseaux, au fond des bois et au pied des berges humides et ombragées.
- Cet ensemble, le plus ancien dont l’époque tertiaire à son début nous ait encore offert le spectaclel, n’a donc rien en soi d’insolite, ni même de très-exotique, rien, en un mot, qui détonne sur le fond des paysages de notre zone, pour peu que l'on redescende de quelques degrés vers le sud. Le Japon méridional nous présenterait des bois presque semblables ; il possède encore de nos jours des viornes, des thuyas et des chênes très-ressemblants à ceux de Gelinden, et même, sans aller aussi loin, vers le midi de l’Europe, on rencontrerait un chêne dont une des espèces paléocènes reproduit fidèlement les principaux traits; je veux parler du Quercus pseudosuber ou chêne faux-liége qui croit en Algérie, comme en Espagne. Jusqu’ici on n’a point observé de palmiers à Gelinden, mais peut-être serait-il possible d’y signaler quelques débris de folioles d’une cycadée, et ces vestiges semblent nous avertir de ne pas conclure hâtivement du particulier au général. A quelques pas de ce bois de chênes et de lauriers toujours verts, bien d’autres végétaux pouvaient s’élever sans que rien ne soit venu nous en révéler
- 1 La reconnaissance me fait ici un devoir de mentionner en première ligne, parmi les explorateurs intelligents à qui est due la connaissance de tant de richesses végétales, M. le comte Georges de Looz, qui a su les rechercher, les réunir, et qui, loin d’enfouir ses trésors, les a mis libéralement à la disposition des hommes de sciences qui pouvaient en tirer parti.
- Fig. 2. — Châtaignier paléocène de la forêt de Gelinden.
- Dryophyllitm Dewal-quei, Sap. et Mar.
- p.155 - vue 159/432
-
-
-
- 150
- LA NATURE.
- l’existence. Nous savons seulement que sur certains points de l’Europe paléocène, vers la province de Liège et le nord de la France actuelle, dos bois se rencontraient et que ces bois comprenaient une asso-
- Fig. 3. — Laurinces paléocènes de la forêt de Gelinden.
- 1. Litsæa elatinervis, Sap. et Mar. — 2. Cinnamomum sezan-nense. Wat.— 3. Persæa palæomorpha, Sap. et Mar.— 4. Lait-rus Omalii, Sap. et Mar.
- ciation végétale assez peu différente de celles qui sont propres aux stations de cette nature dans la partie australe de notre zone. C’est déjà beaucoup que d’avoir à constater une aussi précieuse notion.
- Fig. 4. — Viorne paléoccne de la forêt de Gelinden.
- Vibumum vitifolium, Sap. et Mar.
- Les abords de la cascade de Sézanne, entourés d’arbres grandioses, ensevelis dans l’ombre et couverts de plantes amies de la fraîcheur, nous révèlent avec d’autres conditions, un luxe de végétation qui ne saurait nous surprendre. Ici c’est une profusion
- de fougères, les unes frêles et délicates, les autres aussi robustes qu’élégantes, et quelques-unes au moins arborescentes (fig. 8). Elles croissaient en partie inclinées sur l’eau, les racines plongées dans
- Fig. 5. — Araliacée paléoccne de la foret de Gelinden Aralia Looziana, Sap. et Mar.
- la mousse humide et sur les rocailles tapissées d’hépatiques, en partie au fond de la forêt attenante.
- De grands lauriers parmi lesquels on reconnaît un sassafras aux feuilles trilobées (fîg. 9)., des noyers opulents, de puissantes tiliacées, des magnolias, des
- Fig, 6. — Ilelléborée (?) paléocène do la forêt de Gelinden. Dewalquea Gelindenensis, Sap. et Mar.
- aunes et des saules, entremêlés de viornes, de cornouillers ré vêtus d’une physionomie exotique et de forme exubérante.se pressaient de toutes parts. Mais
- p.156 - vue 160/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 157
- au milieu de ces grands végétaux, auxquels il faut joindre des artocarpées, des figuiers, des méliacées, des ptérospermées, des symplocos, d’affinité tropicale, dont on a parfois retrouvé jusqu’aux fleurs conservées dans la substance incrustante, on aurait encore aperçu un lierre à peine distinct de la variété
- Fig. 7. — Fougère paléocène de la forêt de Gelinden. (Sommité d’une fronde.)
- Osmunda eocenica, Sap. et Mar.
- irlandaise de celui d’Europe et même une vigne, analogue aux formes du genre qui habitent les vallées agrestes du Népaul et de l’Asie intérieure (fig. 10 et H).
- Ici donc, comme à Gelinden, malgré l’opulence et la variété des formes, dues à la fraîcheur de l’an-
- Fi". S — Fougère arborescente paléocène de Sézanne (portion de fronde).
- Ahophila thehjptero'ides, Sap.
- cienne localité, nous avons encore à constater, non pas la présence exclusive, mais la prédominance des formes demeurées propres à la partie méridionale de notre zone, surtout en Asie, associées, il est vrai, à des types que l’on rencontre plus habituellement dans des pays tout à fait chauds et à d’autres enfin qui paraissent avoir disparu, comme, par exemple,
- une curieuse Tiliacée de Sézanne, dont les fleurs seront sans doute décrites quelque jour et figurées à côté des feuilles, grâce aux admirables préparations
- Fig. 9. — Laurinée paléocône de Sézannei Sassafras primigenium, Sap.
- qu’ont réussi à obtenir MM. Munier-Chalmas et Renault.
- Les sables de Bracheux et les grès du Soissonnais, provenant de plages plus basses, plus découvertes et plus chaudes ont fourni des plantes d’un aspect plus
- Fig- 10. - Lierre paléocène de Sézanne. Hedera prisca, Sap.
- varié et particulièrement des myricées, des arauca-riées, un bambou et enfin plusieurs palmiers à frondes flabellées dont M. Watelet, à qui en est due la découverte, a publié la description et les figures.
- Une particularité de la flore paléocène d’Europe, que je veux mentionner ici parce qu’elle ressort d’observations toutes îécentes, c’est de se rattacher
- p.157 - vue 161/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 158
- par une assez étroite parenté d’aspect et même par la présence de certains types caractéristiques possédés en commun, d’une part à la flore du lignitic-for-malion de la région américaine située entre le Missouri et les montagnes Rocheuses et, de l’autre, avec la flore tertiaire du Groënland et des autres contrées polaires.
- La flore du lignitic, vaste formation tertiaire riche en combustible et qui s’étend sur un espace immense dans les nouveaux territoires de l’Ouest, le Colorado, l’Utah, le Wyoming, est à peine connue. Elle a été récemment soumise, sous la haute direction du géologue Hayden, à 1 examen de M. Léo Lesquéreux, qui l’a distribuée en trois niveaux superposés, dont le plus inférieur correspond visiblement à notre éocène. La liaison de celui-ci avec la flore paléocène d’Europe est sensible malgré l’éloignement géographique des
- Fig. 11. — Vigne paléocène de Sézanne (récemment découverte d’après les indications de M. Munier-Chalmas).
- Vitis sezannensis, Sap.
- localités respectives. Cette liaison se manifeste par l’étroite affinité de quelques-unes des fougères du lignitic avec celles de Gelinden ou de Sézanne, par la présence de types de palmiers très-ressemblants, des deux parts, d’artocarpées ou morées qui rappellent les Protoficus et les Àrtocarpoides de Sézanne. Les Cinnamomum ou canneliers du lignitic reproduisent l’aspect de ceux de Gelinden, le Viburnum marginatum de Lesquéreux se distingue à peine du Viburnum vitifolium dont on peut consulter ici la ligure ; il en est de même de plusieurs autres espèces et la réunion de ces indices d’affinité a quelque chose de trop net et de trop frappant pour ne pas entraîner l’idée d’un lien commun entre les deux flores et les deux régions qui les aurait unies à l’époque où elles possédaient respectivement les plantes dont nous observons les traces.
- L’analogie de la flore paléocène d’Europe avec la flore tertiaire des régions arctiques, particulièrement avec le dépôt d’Atanekerdluk, dans le Groënland occidental, n’est pas moins frappante. Elle est de na-
- ture à faire penser que celle-ci est réellement antérieure au miocène inférieur, étage dans lequel elle a été provisoirement rangée par M. le professenr Heer, à qui en est due la publication. Il existe, en effet, entre cette flore et celle du paléocène européen une sorte de parallélisme d’espèces que l'on ne saurait attribuer uniquement au hasard. Ce parallélisme, qui va dans plusieurs cas jusqu’à l’identité presque absolue des formes respectives correspondantes, a d autant plus le droit de fixer l’attention qu’il semble particulier à la période que nous envisageons, tandis qu il s’altère ou disparaît même tout à fait dans celle qui lui succède, c’est-à-dire dans la période éocène proprement dite. Les phénomènes dont il semble que l’Europe ait été le théâtre dans cette dernière période et sur lesquels je me réserve de revenir expliquent peut-être d’une façon très-naturelle cette discordance dont l’apogée doit être placée vers le début de l’oligocène, mais il faut avouer aussi que les causes génératrices de ces oscillations de l’ancienne végétation européenne sont encore trop obscures et leurs effets trop imparfaitemement définis, pour que 1 on ose se flatter d’en avoir la clef.
- Les rapprochements eux-mêmes, dont il me serait aisé de donner la liste, sont trop nombreux, et certains d entre eux sont trop frappants pour n’êtreque fortuits. Peut-être cette communauté de formes entre 1 Europe et l’extrême Nord provient-elle uniquement de ce que la différenciation des latitudes était encore tres-faiblement accusée dans la période qne nous considérons et dans un temps encore si voisin de l’époque secondaire. Dès lors il suffisait de connexions géographiques pour annuler la distance qui sépare les deux régions et permettre aux espèces végétales de s’étendre librement de l’une vers l’autre. Dans l’âge suivant, au contraire, les divergences, sans être encore très-marquées et sans constituer de barrière infranchissable, seraient allées plutôt en s’accentuant. Comme je le montrerai, une influence méridionale, suivie d’une invasion de formes arrivées du Sud vint alors modifier l’Europe et y introduire de nouvelles espèces qui, dans leur marche vers le Nord, n’ont jamais dû dépasser certaines limites. Le destin des espèces boréales fut bien différent; provisoirement refoulées, elles étaient destinées à opérer plus tard un retour vers les contrées du Midi, en émigrant dans cette direction, par 1 effet de l’abaissement graduellement amené de la température terrestre. De la combinaison et du conflit de ce double mouvement, opéré en sens inverse l’un de l’autre, l’un ayant son point de départ et d’impulsion dans le Sud, l’autre ayant le sien dans l’extrême Nord, sortirent les périodes suivantes et tous les phénomènes auxquels elles ont donné lieu* Comte G. de Saporta.
- Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
- p.158 - vue 162/432
-
-
-
- LA NATURE
- 159
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 29janvier 1877. — présidence de M. Peligot.
- Irisation du verre. — Tout le monde sait que le verre, abandonné longtemps à l’air humide, perd peu a peu sa transparence, acquiert un éclat perlé et s’irise à sa surface. Les verreries abandonnées à l’antiquaire par les sépultures des peuples d’autrefois offrent toutes ce caractère qu’on regarde, en général, comme un certificat de vétusté. Ü». Frémy s’est préoccupé de rechercher la cause de cette irisation, et le célèbre chimiste s’est proposé de l’imiter artificiellement. Pour ajouter aux ressources de la science les moyens puissants de l’industrie, il s’est adjoint M. Clé-mendot, et c’est en collaboration avec lui qu’il a exécuté le travail lu aujourd’hui devant l’Académie. La conclusion à laquelle arrivent les auteurs est que le verre ordinaire s’irise, à coup sûr, en six ou sept heures, s’il est soumis, pendant ce temps, à l’action de l’eau renfermant 15 % d’acide chlorhydrique et d’une pression de 2 à 5 atmosphères, correspondant à une température de 120 degrés environ. On peut voir sur le bureau une foule d’objets ayant subi ce traitement, et dont l’éclat perlé, très-agréable, permet, sans doute, de nouvelles applications industrielles.
- Les différents verres ne s’attaquent pas également vite, et les meilleurs pour les usages habituels sont ceux qui présentent cette altération le plus difficilement. Toutefois, la composition n’est pas seule influente ici, et diverses expériences ont montré le rôle des conditions dans lesquelles se sont faits le recuit et la trempe : c’est pourquoi il est possible que les fabricants trouvent, dans l’expérience d’irisation, une sorte de contrôle de la bonne constitution de leurs verres.
- MM. Frémy et Glémendot annoncent une suite à leur travail ; elle sera attendue avec un vif intérêt.
- Fermentation. — M. Pasteur lit une note relative aux expériences, dans lesquelles M. le docteur Bastian montre que de la potasse ajoutée à l’urine, de façon à la neutraliser, y détermine immédiatement la production d’in-nomblables bactéries. Le savant chimiste insiste sur ce fait que la lessive alcaline peut bouillir sans que les germes qui y sont supposés contenus soient tués, et il explique ainsi les résultats de l’expérimentateur anglais. Toutefois, il semble laisser complètement de côté cette observation de celui-ci : « La preuve manifeste que la lessive de potasse chauffée à 100 degrés ne produit pas la fermentation dans l’urine jusqu’alors stérile , en vertu des germes qu’elle renferme, consiste en ceci que l’addition d’une ou deux gouttes seulement (lorsque bien plus serait nécessaire pour la neutralisation) laisse l’urine aussi stérile que si rien n’y avait été ajouté ; tandis que si la lessive de potasse causait réellement la fermentation, en vertu des germes qu’elle contient, une ou deux gouttes suffiraient toujours pour infester une quantité quelconque d’urine stérile. » D’ailleurs, tout le monde sera sans doute de l’avis de M. Bastian, lorsqu’il fait remarquer que c’est à celui qui affirme un fait aussi étrange, que la persistance de la vie dans la potasse bouillante, de démontrer directement l’existence des germes qu’il y prétend pulluler : jusqu’ici, M. Pasteur n’a rien fait de pareil.
- Paratonnerres. — Construits conformément au modèle officiel, les paratonnerres de 6 mètres de long, pèsent 120 kilogrammes et coûtent 300 francs. M. Jarriau, par l’intermédiaire de M. Dumoncel, en présente un mo-
- dèle qui ne pèse, à dimensions égales, que 20 kilogrammes, et revient à 150 francs. L’auteur obtient ce résultat en substituant à la tige cylindrique un assemblage de quatre cornières, ce qui a en outre l’avantage d’augmenter beaucoup la surface et de rendre par conséquent l’instrument plus efficace.
- Formation des eaux sulfureuses. — D’après un pharmacien de Forcalquier, M. Planchut, les eaux sulfureuses dérivées des sulfates, ne sont pas dues simplement à une réduction produite par des matières organiques ; il y voit le résultat d’une action physiologique exercée par les sulfuraires êtres organisés de consistance gélatinoïde qu’on rencontre dans le bassin des sources. Voilà une affirmation qui aura besoin pour être acceptée de sérieuses vérifications. Stanislas Meunier.
- LES CRISTAUX DE NEIGE
- PENDANT L’HIVER 1875-1876.
- Le nombre des figures géométriques dessinées par les cristaux de neige est très-considérable, bien que toutes soient construites suivant le même angle fondamental de 60 degrés. Scoresby, dans les mers polaires, en a dessiné quatre-vingt-seize différentes; Kaemtz en a observé une vingtaine d’autres, en Europe; M. J. Glaisher en a découvert d’innombrables formes nouvelles. E. Beechey en a ajouté dix à ces listes; l’abbé Petitot, dans le récit de voyage dans l’Amérique arctique que vient de publier la Société de Géographie, en représente huit nouvelles; et il n’est pas douteux que cependant on n’en connaisse encore qu’une bien faible partie.
- Les conditions de température et autres, dans lesquelles se forment les cristaux de telle ou telle forme, sont encore plus obscures. Sous ce rapport, on ne sait presque rien, et la plupart des assertions des traités de météorologie ne reposent sur aucun fondement. Ainsi on lit dans tous que la neige en poussière amorphe ne se produit que par des froids intenses, que les hexaèdres pleins ne se produisent que lorsque le thermomètre descend à — 20° etc. ; la simple observation des flocons tombés à Paris au commencement de décembre montre l’inanité de toutes ces assertions.
- En ces conditions, il semble que l’étude attentive, au jour le jour, de la neige tombée en un même point, peut présenter quelque intérêt ; et c’est pourquoi nous avons noté la forme exacte des cristallisations de neige recueillies à Paris pendant l’hiver 1875-1876.
- En voici la liste, avec les indications d’heure et de température :
- 28 novembre 1875.
- Heure : 0h matin.
- Température : — 1",
- Une seule forme,
- 3 mill. de diamotie au maximum.
- p.159 - vue 163/432
-
-
-
- LA NATURE.
- J 60
- 1er décembre.
- Heure : 8h. Température : — 4°.
- Deux formes.
- 3 millim. de diamètre.
- ! 6 février,
- j Heure : 6h matin.
- ! Température : — 1°.
- i l’ne seule forme.
- 5 décembre.
- Heure : 9b matin. £3 o
- Température : — 2°. - h
- Fragments amorphes. Beaucoup de 1/à ou i/3 de millim. ° r de diamètre.
- Même journée. Heure : midi. Température : — 1°. Une seule forme.
- 6 décembre.
- Heure : 9b matin. Température : — 4°.
- Une forme et des granules arrondies. Tous les cristaux opaques.
- a
- 7 février.
- Heure : 9U matin. Température : 0°.
- Une seule forme cristalline et grains amorphes.
- ààààjBfâtAJUUL
- Même journée.
- Heure : midi. Température : —3°,2.
- Petites boules hérissées.
- 1/2 millim. de diamètre
- Même journée.
- Heure : midi. — Température : 1%2. Croix. — Formes cristallines.
- 7 décembre.
- Heure : midi. Température : — 5°,8.
- Deux foi mes.
- 1/2 millim.
- sd-
- &
- 8 janvier 1876.
- Heure : llh matin. '— Température : — 5°. Quelques fragments amorphes de cristaux de neige,
- 11 janvier.
- Heure : 3h après midi.
- Température : — 5°.
- Quelques rares cristaux mêlés à des fragments.
- 8 février.
- Heure : de Sb matin à 4h. — Température : — de 5° à 0°. Cristaux diffus.
- 11 février. Heure : 4h soir. Température ; — 6°. Une seule forme.
- 16 janvier.
- Heure : 9h malin. — Température : — 5°.
- Cristaux peu nombreux, formés la plupart d’étoiles à quatre branches croisées sous angles de 120° et 60° ; quelques-uns, d’un demi-millimètre de largeur, ayant la figure de croix régulière à branches se coupant à 45° ; le tout mêlé à des fragments amorphes.
- 4 février.
- Heure : llh matin.
- Température : — 3°.
- Flocons de cristaux diffus et d’étoiles pennées.
- Il résulte de ce relevé que la neige est tombée, à Paris, dix-sept fois pendant l’hiver 1875-1876; que les formes dominantes ont été l’hexagone à branches de fougère et l'hexagone à branches pennées; que les cristaux très-petits ont été observés plusieurs fois par des températures relativement douces (voy. 5 décembre, 7 février) ; que plusieurs des formes, qu’on croyait spéciales aux régions arctiques, se produisent sous nos latitudes ; qu’il arrive enfin, que certaines chutes de neige soient composées de cristaux à quatre branches, dont la disposition semble même tout à fait étrangère au système de cristallisation haxaédrique (voy. 16 janvier).
- Armand Landrin.
- 5 février.
- Heure : 3h SO*1 après midi, Température : — 3°. Giclons.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- -bl. — CORBEIL, TYP. ET STEK, CRÈTE.
- p.160 - vue 164/432
-
-
-
- N® 193
- LA NATURE
- . — 10 FÉVRIER 187 7.
- iGl
- LES PALAFITTES DE LAYBACH EN AUTRICHE
- Opération des fouilles exécutées dans les tourbières de Laybach, en Autriche.
- Découverte de pilotis d’anciennes cités lacustres.
- Pendant un récent voyage en Autriche, je fus rejoint à Laybach par MM. Cazalis deFon-douce et Chantre, que leurs fonctions de secrétaires du Congrès d'archéologie préhistorique avaient retenus quelques jours de plus à Pesth. Nous limes ensemble la visite du musée préhistorique. Le conservateur, M. Karl Dersch-mann, nous accompagnait. La série la plus intéressante est, sans contredit, celle qui provient de fouilles récemment exécutées dans les palafittes des environs de Laybach. Des milliers d’objets en ont été retirés ; les plus curieux sont expo-
- 5e année. — leT semestre.
- Objets découverts dans les tourbières de Laybach.
- A. Vase de terre. — B. Fragment de poterie ornée. — C. Aiguille en os. — D. Plomb de filet en terre cuite. — E. Fragment de mâchoire.
- sés dans une vitrine du musée ; les autres sont accumulés dans le laboratoire du professeur; ils couvrent de vastes tables et remplissent des caisses énormes.
- Les os travaillés surtout abondent. C’est par centaines que se comptent les aiguilles de toute grandeur, les poinçons, les flèches, les lames de poignard, les haches en corne de cerf, percées d’un trou pour l’emmanchure. Les vases sont nombreux, fabriqués avec une terre noirâtre et grossière; ils affectent les formes les plus variées, et les ornements qui les recouvrent, tracés soit avec l’ongle, soit avec le pouce, soit 11
- p.161 - vue 165/432
-
-
-
- in
- LA NATURE.
- avec une aiguille en os sont, tout à fait primitifs. Les liaclies en pierre polie sont rares : l’une d’entre elles est en basalte, et une autre en serpentine.
- Parmi les objets de l'industrie, je remarque encore des plombs de filet en terre cuite, de petites cuillers également en terre cuite et ressemblant à des spatules, un vase en bois de la forme d’une calebasse, creusé dans un tronc d’arbre, un polissoir ayant servi à apprêter et à polir les aiguilles et les autres instruments en os.
- Mêlés à ces débris, presque tous caractéristiques de l’âge de la pierre polie, se sont trouvés quelques ornements en bronze, indiquant que l’existence de ces palafiltcs peut se placer à la fin de l'époque d : la pierre polie, vers le commencement de la période du bronze.
- Les animaux dont on a recueilli les ossements sont abondants. Us appartiennent au sanglier, au chien, au bœuf, au cerf, à la chèvre, au mouton et au castor qui est très-commun. On rencontre également des os de poisson, et la carapace d’une tortue différente de celle qui existe aujourd’hui dans la contrée. Le blé manque, mais on trouve des noisettes, des glands, des noyaux de cornouille et des châtaignes d’eau, plante disparue depuis longtemps des marais de la Garniole. Tous ces objets, ossements et poteries, par suite de leur séjour prolongé dans les tourbières, ont revêtu une teinte brune et foncée qui les fait facilement reconnaître et ne peut laisser de doute sur leur haute antiquité.
- Pendant cette visite, M. le professeur Derschmann avait été d’une complaisance extrême. Voyant l’intérêt que nous attachions à tous ces objets, il nous proposa d’assister aux fouilles qui avaient lieu en ce moment même. Dix-huit ouvriers, depuis plusieurs jours, étaient occupés aux découvertes, et ce jour-là même, la couche à pilotis devait être explorée. L’offre qui nous était faite fut bien vite acceptée ; rendez-vous fut pris, et, quelques heures après, M. Derschmann nous conduisait en voiture au lieu même où avaient lieu les fouilles, à six kilomètres environ de Laybach.
- Los palafîttes, d’après le relevé qui en a été fait, occupent un espace d’une centaine de mètres carrés. La station était placée à trois cents mètres du rivage, dans un lac qui est devenu, en se desséchant, une immense plaine tourbeuse de près de soixante kilomètres, limitée à droite et à gauche par de hautes montagnes.
- Au moment de notre arrivée, un découvert de deux mètres de profondeur environ sur dix mètres carrés avait été fait, et le sommet des pilotis commençait à se montrer au milieu d’une vase épaisse et fioire. Ricntôt il nous fut facile d’étudier leur nature et leur disposition. Complètement pourris, ils se coupaient aisément avec la bêche, et leur tranche, d’un blanc jaunâtre, contrastait avec le terrain noir qui les environnait. Formés de troncs de chênes, de hêtres et de peupliers, ces pilotis avaient au moins vingt à vingt-cinq centimètres de diamètre. Nom-
- breux et rapprochés les uns des autres, ils élaierû plantés à peu près symétriquement.
- Les ouvriers, dans la boue jusqu’à mi-jambe, travaillaient avec beaucoup d’intelligence et d’ardeur (voy. la gravure). Après avoir enlevé la partie supérieure des pilotis, ils arrivèrent à la couche profonde qui renfermait les débris de l’industrie, et ne tardèrent pas à trouver, sous nos yeux mêmes, des pièces importantes. A chaque pelletée de terre, c’était un objet nouveau : tantôt un vase presque complet, tantôt une hache en corne de cerf, tantôt un plomb de filet en terre cuite, une aiguille en os, un fragment de poterie plus ornementé que les autres, etc.
- Je n’avais pas encore vu sur place de construction lacustre. Aussi ces fouilles étaient-elles pour moi d’un très-grand intérêt. Tout un village de l’âge de la pierre polie revivait, pour ainsi dire, sous nos yeux. Nous étions séparés de ces populations primitives par des milliers d’années, et cependant tous leurs outils, toutes leurs armes, tous les débris de leur industrie, tous les vestiges de leur nourriture, se retrouvaient dans l’état même où ils avaient été enfouis, et permettaient de reconnaître quel avait été le degré de leur civilisation, et quelle place elles occupaient dans la série des temps préhistoriques.
- G. Cotteau.
- LES NOUVEAUX LABORATOIRES
- DU MUSÉUM DE PAUIS.
- . (Suite. — Voy. p, 54.)
- MAMMALOGIE ET OltiMTHOLOGIE.
- Tandis que le laboratoire d’erpétologie et d’ichlhyo-logie s’installait au premier étage du nouveau palais des reptiles, les professeurs de mammalogie et de malacologie, MM. A. Milne-Edwards et Ed. Pé-rier, prenaient avec leur personnel, possession d’un bâtiment construit au delà du jardin et formant actuellement le numéro 55 de la rue de Buffon1. Ce déménagement, qui ne s’opéra pas sans de grandes difficultés, exigea plusieurs mois, car il fallut transporter à travers le jardin près de 40 000 échantillons, sans parler des bocaux remplis d’esprit de vin, des meubles et des instruments de toute espèce.
- Le vaste bâtiment qui a été construit rue de Buffon sur un terrain appartenant au Muséum d’histoire naturelle et déjà occupé en partie par le laboratoire d’anatomie comparée, se compose d’un
- 1 A la suite du siège de Paris, des obus prussiens frappèrent le vieux bâtiment qui abritait les laboratoires de mammalogie et d’ornithologie ; ils perçèrent la toiture et réduisirent en pièces des cloisons tout entières. Non-seulement une partie des collections rapportées par l’expédition du Mexique se trouva anéantie, mais les plafonds de plusieurs salles furent crevassés, et répandirent désormais des nuages de poussière sur les insectes délicats, sur les oiseaux aux brillantes couleurs conservés dans les magasins ou préparés pour les galeries. On se résolut alors à pousser avec vigueur les travaux de construction des nouveaux laboratoires.
- p.162 - vue 166/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 465
- rez-de-chaussée et de deux étages, surmontés de f mansardes; il est précédé d’une cour ayant à gauche une loge de concierge, à droite un espace fermé, avec des bassins et des hangards. Si, laissant de côté cette cour secondaire, affectée, comme nous le verrons tout à l’heure, à la préparation des peaux de grands mammifères, nous pénétrons sous un passage qui conduit au laboratoire d’anatomie comparée, et aux remises, nous voyons s’ouvrir de part et d’autre une double porte donnant accès sur un escalier qui conduit aux étages supérieurs. Mais, avant de monter, jetons un coup d’œil sur le rez-de-chaussée. A gauche, du côté de la cour, c’est d’abord une vaste salle, pour les élèves de l’École pratique des hautes éludes qui viennent s’exercer aux épreuves de la licence, puis une cuisine servant aux injections anatomiques, et enfin, sur l’autre face du bâtiment, des cabinets pour les savants qui s’occupent de recherches spéciales ; à droite au contraire, c’est la salle d’écorchage des grands animaux, pourvue d’une vaste cheminée avec chaudière, et d’un bassin pour la macération des peaux ; cette salle s'ouvre sur la cour dont nous avons parlé et où, pendant l’été, se fait de préférence le dépouillement des grands mammifères ; elle est suivie d’un magasin, au plafond duquel sont suspendues les dépouilles des grands carnassiers, des ruminants et des solipèdes, destinés soit à figurer un jour dans les galeries, soit à faire des échanges avec d’antres musées ; puis vient une salle contenant une colleclion de mammifères et d’oiseaux conservés dans l’alcool, colleclion précieuse, nécessaire, qui permet au zoologiste de contrôler par l’étude anatomique, les résultats obtenus par l’examen des formes extérieures ; de cette salle on pénètre dans les ateliers où sont placés les tours, les établis et les découpoirs, et qui ont accès à la fois sur le passage et sur l’un des escaliers. En prenant cet escalier, nous arrivons à l’étage supérieur, devant un vestibule qui occupe précisément le centre du bâtiment. Dans ce vestibule sont deux portes dont l’une, celle de droite, donne dans le cabinet du professeur, tandis que celle de gauche s’ouvre sur le cabinet de l’un des aide-naturalistes. Chacun de ces cabinets occupe par conséquent le milieu d’une façade ; celui du professeur est contigu d’un côté à trois salles successives renfermant des collections de rongeurs, d’insectivores et de chéiroptères, de l’autre au cabinet de l’aide-naturaliste de mammalogie, et aux ateliers de taxidermie ; tandis que le cabinet de l’aide naturaliste d’ornithologie est flanqué d’un côté par trois salles remplies d’oiseaux montés ou en peaux, de l’autre par une pièce renfermant une collection de squelettes, non moins utiles que les spécimens dans l’alcool, pour ceux qui veulent faire des études ornithologiques sérieuses, et par deux pièces affectées l’une à la collection oologique, l’autre aux bois des ruminants. Toutes ces pièces, dans lesquelles l’eau et le gaz ont été distribués à profusion, sont garnies de vitrines et de meubles en chêne clair
- d’un style très-simple, dans lesquelles sont rangés non-seulement les objets à l’étude, mais encore cette énorme quantité de spécimens en peaux qui étaient entassés pêle-mêle dans l’ancien laboratoire. Cette collection, qui est composée de doubles, et qui sert soit à opérer des échanges, soit à déterminer rapidement de nouveaux spécimens, sans avoir recours aux exemplaires des galeries, est beaucoup plus considérable qu’on ne le croit généralement, et peut être évaluée, sans exagération, à vingt mille pièces. Dans cette série on remarque particulièrement les collections rapportées de Chine par M. l’abbé David, de Cochinchine par MM. Harmand et Jullien, de la Nouvelle-Calédonie par M. Germain, de l’île Campbell par M. Filhol, du Guatemala par M. Bocourt, et de Madagascar par M. Grandidier, ainsi que l’importante collection de Souis-Mongas acquise après la mort de M. J. Yerreaux. Grâce au zèle des voyageurs envoyés par le Muséum, aux dons de ses correspondants, et aux acquisitions faites avec les ressources modiques dont il peut disposer, le laboratoire de mammalogie et d’ornithologie reçoit chaque année plus de douze cents peaux de mammifères et d’oiseaux, et après avoir retenu ce qui est nécessaire pour la collection, peut consacrer environ cinq cents spécimens à des échanges avec les musées étrangers ou à des envois aux musées de province.
- Ces chiffres peuvent donner une idée du travail qui incombe au professeur et aux deux aides-naturalistes chargés de déterminer, de cataloguer et de ranger méthodiquement une si grande quantité d’objets.
- Quoique l’espace consacré à la zoologie dans les galeries du Muséum soit depuis longtemps d’une insuffisance notoire, et que pour loger de nouveaux spécimens il ait été fréquemment nécessaire de remanier une armoire de fond en comble, on n’a cessé dans ces dernières aimées d’enrichir la collection publique en y faisant entrer, non sans peine, une foule d’espèces récemment découvertes ou représentées d’une manière insuffisante. La préparation de tous ces spécimens et la visite des galeries et des magasins, où il faut lutter constamment contre les attaques des insectes destructeurs, occupe pendant toute l’année cinq employés. Le montage d’un mammifère et d’un oiseau est en effet une opération beaucoup plus compliquée, beaucoup plus délicate qu’on ne le croirait au premier abord. Quels soins ne faut-il pas pour enlever, sans la déchirer, la peau d’un roitelet, pour bourrer la dépouille d’un oiseau mouche, à peine plus gros qu’un bourdon? Et ce n’est pas tout que de remplir d’étoupes ou de coton cette fragile enveloppe; il faut encore’la façonner, la modeler, lui donner des attitudes gracieuses, rappelant, autant que possible, celles de l’animal vivant. Chaque mammifère, chaque oiseau a ses allures particulières, que l’artiste doit noter et s’efforcer de rendre. Nous disons l’artiste, c’est qu’en effet la taxidermie est un art qui exige un véritable talent d’observation, une grande légèreté de main
- p.163 - vue 167/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 164
- et qui emprunte souvent à la sculpture quelques-uns de ses moyens. Il est en effet certains mammifères, par exemple les solipèdes, et quelques ruminants qui ont le poil extrêmement court, et qu’on est obligé de monter sur mannequins, c’est-à-dire sur des formes faites soit en toile rembourrée, soit en bois ou en liège. Il y a quelques années, lorsque M. Portmann eut à préparer la girafe qui se trouve actuellement dans les galeries, il fut obligé d’avoir recours à de semblables procédés, et de sculpter pièce à pièce le moule en bois sur lequel la peau devait être ajustée. Cette préparation n’exigea pas moins d’une année. Pour des animaux de taille plus faible, des chevaux, des bœufs, des lions, ou compte en général un ou deux mois ; pour un oiseau de grande taille une quinzaine de jours, tandis que le montage d’un passereau se fait en une couple d’heures. 11 ne s’agit ici, bien entendu que de l’opération principale comprenant le bourrage de la peau, le modelage, et la mise sur pied ; car, lorsque l’oiseau ou le mammifère est ainsi préparé, ou l’entoure de bandelettes, et on le laisse sécher pendant un temps plus ou moins long, pour lui donner ensuite le dernier coup, en redressant la peau et mettant chaque plume à sa place.
- Dans cette visite, pressé par le temps, nous n’avons pu parcourir qu’une partie du nouveau bâtiment de la rue de Buflon, et nous n’avons examiné que les laboratoires de zoologie dirigés par M. le professeur A. Milne-Edwards ; mais nous compléterons incessament cette notice en donnant à nos lecteurs quelques détails sur le laboratoire dépendant de la chaire de Malacologie, et qui, nous le savons, présente la disposition la plus heureuse et la mieux entendue. D*'. Z.
- — La suite prochainement. —
- LA MÉTÉOROLOGIE EN ITALIE
- M. le professeur D. Ragona, directeur de l’Observatoire royal de Modène, vient de publier un Pro-getto di una Società meteorologica italiana (Projet d’une Société météorologique italienne), intéressant opuscule dont nous donnons quelques extraits :
- « Aujourd’hui, dit ce savant, que l’Italie est unifiée, que les murailles de la Chine qui séparaient les différents États de la péninsule ont été démolies, il est plus facile d’élever à frais communs des édifices scientifiques. J’ai l’honneur de proposer la fondation d’une Société de météorologie italienne. Une institution, qui‘existe et prospère en Angleterre, en France et en Allemagne, doit pouvoir naître aussi en Italie avec des conditions de vitalité.
- « Il est inutile de parler des avantages de la météorologie pour les marins et les agriculteurs. Cette science reviendra d’ailleurs à son berceau, quand elle s’installera dans notre pays, où ont été inventés le baromètre, le thermomètre et le plu-
- viomètre. C’est en Italie que la météorologie s’est enrichie des observations faites par Volta, Toaldo, Fonlana, etc. Il y a, en ce moment même, plus de cent stations météorologiques semées d’une extrémité à l’autre de la péninsule. Quelques-unes ne s’élèvent guère au-dessus du niveau de la mer ; mais on en compte plusieurs dont les altitudes varient de 200 à 2550 mètres. Ajoutez que si la majeure partie de ces stations s’occupe en même temps d’observations magnétiques, il en est d’autres qui se consacrent presque exclusivement à la sismologie (théorie pratique des tremblements de terre).
- « Déjà la section d’agriculture du ministère de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, publie un Bulletin météorologique italien. De son côté, le ministère de la marine transmet tous les jours aux feuilles périodiques l’état de “l’atmosphère dans l’Europe entière et notamment en Italie; il indique aussi les probabilités atmosphériques du lendemain.
- « Au Congrès scientifique de Palerme (1875), il y avait une commission spéciale, s’occupant de météorologie. Notre pays est aussi dignement représenté dans la commission météorologique internationale et permanente. Il n’y a donc plus qu’un pas à faire pour arriver à ce que je propose, la fondation d’une Société météorologique italienne. Le bureau ne résiderait pas à Rome, mais il y aurait tous les ans un congrès, tantôt dans une ville de l’Italie, tantôt dans une autre.
- « La Société météorologique autrichienne reçoit une subvention du gouvernement; nous ne voyons pas pourquoi il n’en serait pas de même en Italie. Sur les 509 membres de la Société autrichienne, 79 seulement résident à Vienne. Aux secours du gouvernement se joindrait le total des cotisations individuelles, et l’on formerait ainsi un fonds social qui servirait à la publication d’un bulletin ou répertoire.
- « Le personnel de l’observatoire de Modène se chargerait volontiers de la rédaction du bulletin précité. L’inauguration de la Société météorologique aurait lieu à Rome, en septembre 1877, à l’époque où se réunira dans cette ville le Congrès météorologique international. »
- D’après un mémoire communiqué par M. Ragona à l’Académie des sciences, lettres et arts de Modène, la moyenne du printemps (il medio primaverile) a lieu, le 14 avril à Modène, le 19 à Genève, et le 29 à Greenwich; la moyenne de l’automne, le 17 octobre à Modène, le 19 à Genève et le 21 à Greenwich. A Modène 186 jours par an ont une température au-dessous de la moyenne, à Genève 183, et à Greenwich 175.
- Le 15 décembre 1876, il tomba à Termini-Imerese, en Sicile, vers trois heures de l’après-midi, une pluie terreuse (pioggiar treosa), offrant, d’après l’échantillon que j’ai reçu, dit M. Ragona, les caractères ordinaires de ce genre de phénomène.
- p.164 - vue 168/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 165
- UN PROJET DE BATHOMÈTRE
- L’opération des sondages océaniques s’exécute depuis quelques années sur une vaste échelle, et cela se comprend aisément. Qu’y a-t-il de plus intéressant pour le géographe, pour le géologue surtout, que de connaître la configuration du fond de la mer? Le géographe qui ne connaîtrait que la configuration du sol qui s’élève au-dessus de la surface des eaux ignorerait complètement celle d’une bonne moitié du globe terrestre. Et quant au géologue, l’on se demande comment il a pu, pendant si longtemps, étudier les sédiments, modifiés par le temps, les pressions, les infiltrations, émettre quantité d’hypothèses sur leur origine, avant d’arriver à l’idée bien simple d’étudier avant tout les sédiments en voie de formation, leurs variétés, leurs positions, leur étendue, leur nature.
- Pour connaître la configuration du fond de la mer, il faudrait posséder des mesures exactes de la profondeur de l’eau, à chaque point submergé. Ce serait un travail gigantesque qui ne pourra être accompli qu’approxima-tivemcnt et à la longue. Mais encore faudrait-il posséder une méthode qui permît de prendre ces mesures avec une précision vraiment scientifique.
- Pour résoudre ce problème, l’on a proposé divers procédés. Les lecteurs de la Nature ont lu avec intérêt l’article sur l’appareil si ingénieux proposé par M. Siemens1. Cet instrument indique la profondeur moyenne de la mer dans le voisinage du point au-dessus duquel flotte le navire qui porte l’instrument. Sa portée pratique pour le navigateur sera assurément très-importante. Mais si l’on cherche à connaître avec précision la profondeur en un point donné, les indications de cet appareil resteront bien en arrière de celles que fournit la méthode des sondages.
- Le sondage est donc le seul procédé actuellement employé pour ces mesures de profondeur, et comme moyen de mesuration, l’on se contente de compter la longueur de corde que l’on a dû dérouler jusqu’au moment où le plomb touche le fond. L’on sait que ces sondages ont souvent donné des résultats fantastiques et qui ne méritent aucune confiance. Cela tient à ce que le navire peut être entraîné par un courant, de telle sorte que la corde prend une direction oblique, au lieu de former une ligne verticale ; ou bien encore deux courants superposés et marchant en sens inverse lui font décrire une figure d’S; si bien que la corde, déroulée au moment où le plomb touche terre, représente un multiple de la hauteur
- 1 Voy. n° 'du 20 janvier 1877, p. 125
- que l’on cherche. — Les personnes qui ont lu la description des procédés de sondage employés par les dernières expéditions anglaises auront remarqué les précautions infinies qui ont été prises pour échapper à ces causes d’erreur. Malgré cela, les résultats obtenus par cette méthode sont loin d’échapper à toute objection ; ils peuvent être exacts dans la majorité des cas, mais ils ne satisfont pas à toutes les exigences de la science.
- Pour obvier à ces inconvénients, pour échapper à ces causes d’erreur, j’imaginai, il y a quelques années 1, un petit appareil fort simple, destiné à enregistrer automatiquement la profondeur qu’il aurait atteinte. C’est, en un mot, un manomètre ou, si l’on préfère ce terme, un piézomètre enregistreur. Un réservoir de forme sphérique, eu verre soufflé, est rempli d’un liquide peu compressible, d’eau par exemple, ou mieux encore, d’éther. Sa seule ouverture est rétrécie eu un tube capillaire qui communique avec un second réservoir plus petit. Ce second réservoir est rempli de mercure , qui , à la température présumable de l’eau du fond, disons par exemple A 2° C., devra affleurer à l’entrée du premier réservoir. La surface supérieure du mercure est découverte et en contact avec l’eau de la mer. Attachons maintenant cet appareil au plomb de sonde. Le liquide intérieur sera comprimé d’une quantité connue pour chaque atmosphère de pression et une quantité correspondante de mercure dépassant l’ouverture capillaire viendra tomber au fond du réservoir. La quantité de mercure qui sera tombée au fond du grand réservoir, pesée exactement, indiquera le maximum de pression auquel l’appareil aura été soumis.
- En pratique, la chose ne sera pas tout à fait aussi simple. Il faudra tenir compte d’abord de la température du fond, ce qui sera facile à l’aide des thermomètres enregistreurs que l’on attache généralement au plomb de sonde. 11 faudra ensuite envisager la compressibilité du verre; la diminution de volume subie par une sphère creuse étant sensiblement égale à celle d’une sphère pleine de même matière. Enfin, il faudra tenir compte de la compression subie par le liquide enregistreur, que ce soit du mercure ou tout autre liquide, qui ne se mêle pas à celui du grand réservoir.
- Pour avoir un aperçu de l’étendue de ces corrections, afin de voir si elles pourraient affecter très-sensiblement l’exactitude du résultat, j’ai fait quelques calculs qui peuvent servir à fixer nos idées. A la profondeur de 2130 mètres, la compression subie par un litre d’eau distillée serait de 40 centimètres
- 1 Voy. Mémoires de la Société de physique et d’histoire naturelle de Genève, t. XXIII, 2« partie, p. 483,
- Bathomètre de M. le D' Fol.
- p.165 - vue 169/432
-
-
-
- 166
- LA NATURE.
- cubes, tandis que la diminution de volume produite par la pression exercée sur les deux faces des parois du récipient de verre, contenant cette quantité d’eau, ne serait que de 22 centimètres cubes. La diminution de volume pour chaque degré centigrade jusqu’à -i-40 étant de 1 centimètre cube, l’on voit qu’une erreur d’un degré dans la lecture des thermomètres à minima ne produirait qu’une erreur d’un centième sur le chiffre total de la profondeur. L’on serait, il est vrai, obligé d’employer non pas de l'eau pure, mais des solutions salines, ou un mélange de glycérine pour éviter la congélation. Je ne connais pas les coefficients de compressibilité et de dilatation de ces liquides. Mais, de toute manière, la quantité de mercure qui tomberait dans le réservoir serait suffisante pour permettre une mesure très-exacte. A la profondeur de 4260 mètres, la quantité de mercure qui passerait dans un récipient, renfermant un litre d’eau, serait de 19,5 centimètres cubes. En employant l’éther qui possède une compressibilité bien plus grande, tandis que son coefficient de dilatation 3st, en proportion, moindre, la compression subie à cette même profondeur serait de 44 centimètres cubes.
- Tous ces calculs sont faits dans la supposition que les coefficients de compressibilité de ces divers corps solides ou liquides resteraient les mêmes sous une pression de plusieurs centaines d’atmosphères. Ce n’est qu’eu employant d’abord l’instrument dans une eau calme et à des profondeurs faciles à connaîlre par les méthodes ordinaires, que l’on pourra vérifier ce point de physique expérimentale et, en même temps, arriver à formuler les tables qui établiront la corrélation entre les profondeurs atteintes , la température minima et les quantités de mercure tombées dans le réservoir.
- Quant à la construction de l’appareil, il serait bon de commencer par des dispositions très-simples.
- Je proposerai d’employer un de ces petits flacons bouchés à l’émeri, que l’on désigne du nom de a compte-gouttes. » Le bouchon de ces flacons a la forme d’un entonnoir, dont l’extrémité inférieure s’ouvre près du fond du flacon. En effilant cette extrémité, de manière à la rendre capillaire, puis en remplissant le flacon d’un liquide compressible et l’entonnoir de mercure, de telle façon qu’il affleure, à une température donnée, à l’extrémité inférieure de l’entonnoir, l’on obtiendra un dispositif très-simple et répondant parfaitement au but proposé.
- L’idée que je mets en avant n’est pas absolument neuve. Lorsque je communiquai à M. le professeur D. Colladon mon projet d’appareil, il me raconta qu’il avait eu la même idée, il y a plus de vingt ans, et qu’une expédition de circumnavigation, qui allait partir dans ce moment-là, devait prendre à bord un certain nombre de ces instruments. 11 avait adopté la forme d’un simple thermomètre, dont la boule devait être remplie d’eau et le tube, de mercure. Les
- instruments ne furent pas prêts à temps, le navire partit, et l’idée fut enterrée. Elle méritait, je crois, un sort meilleur. Il me semble que la géographie sous-marine, aussi bien que la physique, n’aurait qu’à gagner à l’emploi de ce bathomètre.
- LES BAINS TURCS
- HAMMAM.
- Pour se rendre compte des effets du bain turc et de la vogue, jusqu’à un certain point, fanatique dont il a été l’objet, il faut bien distinguer le côté sensuel du côté médicamenteux.
- On sait que ces bains comprennent un ensemble de pratiques dont la sudation provoquée par l’air chaud dans une étuve sèche, forme la base; et la réfrigération, les ablutions, le massage des accessoires plus ou moins indispensables. Ils diffèrent des bains russes, d’abord en ce que ceux-ci exigent Yétuve humide et sont moins des bains d’air chaud que des bains de vapeur, ensuite par la répartition différente des manœuvres et des phases de l’opération. Les établissements où se prennent ces bains portent le nom générique de Hammam, du mot arabe hammam, pluriel : hammamats, qui signifie proprement étuve. Chauffer un bain se dit en arabe hamma, et l’on comprend que l’on ait peu à peu confondu, sous la même appellation, le bain, le bain chaud, l’étuve et l’établissement lui-même avec toutes ses annexes.
- C’est le côté sensuel qui est à peu près exclusivement exploité en Orient, comme il l’était à Rome, d’où le bain turc tire son origine. Quand le christianisme eut chassé les pratiques païennes de la vieille capitale, le bain se réfugia à Byzance où les Turcs l’ont retrouvé dans son état primitif. Mahomet avait su en tirer parti, comme il fit d’autres habitudes semblables. « Dieu, disait-il, dans les cas analogues, savait que vous auriez transgressé la défense; c’est pourquoi il tourna son regard vers vous et vous dispensa. » Pour qu’il se vulgarisât chez nous, il faudrait plusieurs conditions à peu près irréalisables : et d’abord des loisirs que nous n’avons pas; et, s’il se vulgarisait ainsi, c’est que nous n’aurions rien de mieux à faire, ce qui attesterait une décadence regrettable. Espérons, pour le succès de l’entreprise de la rue Auber, que le hammam présente au moins des avantages thérapeutiques. Espérons aussi que ses effets médicamenteux ne nous serviront pas de prétexte pour nous alanguir dans le Kief oriental, engourdis par toutes ces sensations voluptueuses : frôlement de l’air chaud sur la peau rendue délicate par l'usage habituel du bain, manipulation du massage, essences parfumées dans l’atmosphère tiède, vapeurs du tabac, de l’opium ou du haschisch; car nous ne saurions rien nous refuser, à Paris, où le beefsteack même a sa place au; hammam et doit peut-être dénaturer cette ivresse, que le café rend légère à Stamboul, et la bière, pesante à Berlin,
- p.166 - vue 170/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 167
- Analyser ces effets, dégager les uns des autres, n’est sans doute pas facile. Nous allons tâcher, de le faire en peu de mots, en priant nos lecteurs de nous accompagner à Rome et à Constantinople avant que nous ne les introduisions au Hammam de la rue Auber, qui est l’un des plus élégants et des plus confortables établissements connus.
- On ne sait rien ou presque rien du mode d’administration des bains chez les Grecs. Le mot Thermes qui leur a été emprunté et qui s’est appliqué à un genre particulier d’édifices, dans les derniers temps de la république romaine, était d’abord spécial aux bains d’eaux thermales, Hippocrate donne quelques détails sur la pratique des affusions et des onctions, mais ne semble pas attacher une grande importance aux bains d’étuve.
- A Rome, au contraire, surtout sous les derniers empereurs, les bains tiennent une grande place dans la vie publique. Au temps de Jules-César, on y comptait déjà 970 thermes. Les plus célèbres sont ceux de Caracalla et de Dioclétien.
- Les thermes de Caracalla couvraient un espace de 500000 mètres, et contenaient 1600 sièges en marbre. Dans ceux de Dioclétien, trente mille personnes pouvaient se baigner à la fois. Le prix du bain était peu élevé ; chaque sorte de bain coûtait un quadrans ou deux centimes. Les jours de fête, le peuple y était, admis gratuitement.
- On s’explique la vogue de ces bains, à une époque où le luxe de l’ornementation des édifices et du costume privé atteignit des proportions insensées, où les essences parfumées ruisselaient dans les jardins d’Adrien, et alimentaient les piscines d’IIéliogabale, qui, lui, répandait le nard à pleines chaudières. Peu à peu, la licence s’y donnait libre cours ; les sexes étaient séparés dans les plans de Vitruve, mais la plus honteuse promiscuité s’y étalait plus tard, au scandale de Juvénal même, et en dépit des restrictions de plusieurs empereurs, tels qu’Adrien, Marc-Aurèle et Alexandre Sévère.
- En général, les thermes n’étaient ouverts que de midi jusqu’au soir. Ne faut-il pas l’attribuer à l’imperfection des systèmes d’éclairage?
- Ils étaient chauffés par des foyers placés dans le sous-sol et dont l’ensemble portait le nom à'hypo-causte. Cette partie est conservée, ainsi que le frigidaire, dans les ruines des thermes de Julien que l’on possède à Paris. Du foyer partaient des conduites ménagées sous le pavé des salles et dans les parois des murs. Les chaudières étaient placées sur les cotés de l’édifice et plus ou moins élevées pour faciliter l’alimentation des bassins et des piscines, et y ménager des jets d’eau chaude ou froide, destinés à l’ornementation ou à l’usage des baigneurs. Parfois le pavé de la salle était supporté par des dés de briques communiquant avec les espaces prismatiques ménagés dans leur intervalle et parcourus par la flamme ou la fumée du foyer.
- Unfourneau particulier, le laconicum, qui pouvait être clos en partie ou totalement au moyen d’un ob-
- turateur (clypeus), faisait saillie dans la pièce principale, appelée de son nom laconicum, et aussi caldarium, sudatorium ou concamera sudalio. C’était proprement l’étuve. Les baigneurs s’asseyaient sur des gradins échelonnés sur le pourtour de la table, ou dans des niches où la température était sans doute plus élevée. Une vasque, placée à une extrémité de la pièce, contenait de l’eau chaude ou peut-être de l’eau froide, qui servait à laver le visage ou les mains. Un bassin (alveus), placé à l’autre extrémité, contenait de l’eau chaude. On pouvait s’y plonger ou s’y asseoir.
- Dans le voisinage de cette étuve étaient disposées les autres pièces, tantôt irrégulièrement, tantôt en série continue. C’étaient le frigidarium, le tepidarium et Yunctuarium ou elotherium.
- Le frigidarium recevait l’eau froide, comme son nom l’indique. Les baigneurs y étaient placés debout ou assis dans un bassin central où se faisaient les affusions froides. Quelquefois ce bassin (alveus, pis-cina, baptisterium) était rempli d’eau, et l’on pouvait s’y plonger. Dans les thermes de Dioclétien, la piscine avait deux cents pieds de long sur cent de large.
- Le tepidarium était destiné aux pratiques du massage et des autres manipulations.
- L’unctuarium était le magasin des onguents, parfums et baumes. D’après la disposition des lieux, dans les plans que nous reproduisons (fig. 1 et 2), il semble que cette pièce servait aux onctions préliminaires.
- La série des opérations n’était pas partout la même ; et chaque baigneur n’était pas astreint à les subir toutes. Nous décrivons la méthode qui nous semble avoir été la plus générale.
- Le baigneur entrait dans les thermes par le vestibule ou Yatrium, entouré de portiques, servant de salle d’attente, où des bancs permettaient de se reposer avant ou après le bain. On y donnait des conférences dans une salle annexée, correspondant à Yexèdre des gymnases grecs.
- De Yatrium, pièce commune à la plupart des habitations romaines, on passait dans le vestiaire, spoliatorium ou apodyterium, puis dans Yunctuarium, et enfin dans le caldarium. Après un séjour suffisamment prolongé dans cette pièce, et une sudation plus du moins copieuse, le baigneur se rendait dans le frigidarium, et de là enfin dans le tepidarium.
- Dans les bains de Pompéi, dont nous donnons le plan, le tepidarium est richement orné et peint de couleurs vives. Là se tenaient les alipili, les unclua-rii, les aliptœ, etc. Les premiers avaient pour fonctions d’épiler.
- Cet usage était emprunté aux Grecs ; mais chez lés Grecs, il était exclusif aux efféminés, tandis que chez les Romains, laisser pousser les poils était le signe d’une grande négligence. On employait pour l’épilation soit une pince (volsella), soit un onguent (psilothrum). Les femmes turques,-au moins les j Mauresques, se servent dans le même but d’une
- p.167 - vue 171/432
-
-
-
- 168
- LA NATURE.
- Rue des Augusto/s
- poudre qui est un mélange de chaux et d’un composé arsenical. Il y avait à Rome, suivant MM. Bussemaker et Saglio (Dict. des antiquités), deux catégories bien tranchées A’aliptœ. Les uns, employés - dans les gymnases et les palestres, étaient honorés à l’égal des médecins, depuis quTlero-dicus de Selymbrie eût relevé la profession, à ce point que Pline fait dater de lui le commencement de Yiatraliptique, qui est encore aujourd’hui une branche de la médecine. Cicéron et saint Clément d’Alexandrie établissent entre la médecine et l’ali ptique ou iatra-liplique cette différence, que la première a pour objet le fond de la santé, tandis que la seconde s’occupe de la mine, du teint, de la vigueur apparente du corps.
- Ces aliptes ne doivent pas être confondus avec les employés infimes, ordinairement des esclaves, qui, dans les bains, étaient chargés des frictions, des massages, des onctions , raclaient la peau avec le strigil, épongeaient la sueur, etc.
- Sauf en Italie, où, du reste, le pape Adrien Ier avait, dit-on, ordonné au clergé d’aller proces-sionnellement se baigner les jeudis de chaque semaine, en chantant des psaumes, l’usage des bains d’étuve disparut, dans tout l’Occident, avec la domination romaine, devant les admonestations des prédicateurs chrétiens qui avaient d’ailleurs affaire à des barbares assez dédaigneux des
- soins de la toilette. Il reparut toutefois en France, où les étuviers furent réunis en corporation sous
- Fig. 1. — Plan des bains de Pompeï.
- A. Atrium. — BB. Boutiques. — F. Spoliatorium. — G. Unctuarium. H. Frigidarium. — I. Tepidarium. — J. Caldarium. — K. Hypocauste. — M. Cour. — 0. Porte d’entrée des bains des femmes. — Q. Spoliatorium. ;— B. Tepidarium. — S. Caldarium.
- Fig. 2. — Plan des thermes de Caracalla.
- AA Colonnade faisant face à la rue d’Héliogabale. — CCC. Entrée. — DD Corridor. EE. Exèdre. — FF. Abside avec sièges. — GGG. Promenades plantées d’arbres.— — I. Réservoir. — J. Portion de l’aqueduc. — KK. LL. MM Appartements. — N. Grand bassin où l’on pouvait nager.— Caldarium avec quatre bains. — QQ. Citernes à eau. — SS. Deux bains d’eau froide- — TT. Chambres où l’on se frottait le corps d’huile. — VV. Chambre fraîche (frigidarium).
- Louis IX et fusionnèrent avec les barbiers sous Charles V. Les Germains, si l’on en croit Tacite, se distinguaient des autres barbares sou s ce rapport, mais il ne parait pas que les bains d’étuve aient été en usage chez eux, et les baigneurs étaient, en Allemagne, l’objet d’une sorte de réprobation. En Espagne, les Maures rétablirent les bains, mais les désordres qui s’ensuivirent déterminèrent le roi de Castille, Alfonse VI (onzième siècle), à les interdire. Aujourd’hui, cet usage a disparu des habitudes de la nation espagnole ; si l'on en croit le docteur Monlau, il n’est pas rare d’y rencontrer des vieillards qui ne se sont jamais baignés ; et, dans certaines localités, le nom même du bain est inconnu (Beaugrand). Combien de gens, chez nous, ne connaissent non plus, suivant le mot plaisant d M. Fonssagrives , d’autre bain que le bain de l’amnios ! La plupart des bains turcs de Constantinople sont établis sur l’emplacement des Thermes byzantins, dont ils appellent la disposition. Tel est le cas des bains de Brousse, où IV-podyterium ou vestiaire est devenu le djamé-kian ; le soour-klouk remplace le tepidarium et sert de vestibule au hammam proprement dit où se trouve l’étuve ou Boghoulouk. Si mes souvenirs sont fidèles, certains de ces établissements en Algérie, comme à Constantinople, n’ont en réalité que deux pièces : l’étuve, où s’opèrent toutes les
- pratiques du massage, et le vestiaire, qui sert de salle de repos. Les femmes y passent une partie de
- p.168 - vue 172/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 169
- leur journée, fort peu ou pas du tout vêtues ; et y passeraient la journée tout entière, si l’on ne réservait certaines heures aux hommes. Elles s’y font masser et épiler à plaisir, y mangent même et c'est leur seule manière de se réunir et de causer en liberté, claquemurées qu’elles sont habituellement dans leurs maisons ou rigoureusement voilées quand elles sortent.
- Les phases du bain sont aussi celles que nous avons décrites , sauf l’adjonction du café et du tabac , du chi-bouk ou du nar-gerileh, qui n’assurent que mieux le Kief ou repos terminal.
- Il existe toutefois dans le bain turc une lacune qui a été comblée dans le Hammam de Paris. Les
- Fig. 3. — Alipte et pugillistc, d'après une cist gravée du musée Grégorien.
- Turcs n’emploient pas l’eau froide, ce qui rend leurs bains d’étuve absolument énervants. Au contraire, dans le Hammam de Paris, le frigidaire des Romains a été rétabli, et à chacune des phases du bain correspond une pièce spéciale.
- L'atrium est considérablement réduit et occupé par le bureau du régisseur. Le vestiaire consiste en une série de cabinets où l’on échange ses vêtements contre un pagne, des babouches et une pièce d’étoffe que l’on étendra bientôt sur le sol
- Fig. 4.—Alipte des bains, d’après une pein- pour s'v COUchei’. ture d’un tombeau de la voie Appieune. f , ,, ,
- A la salle de repos (mustaby),
- véritablement somptueuse, éclairée par des vitraux de couleur et décorée à l’orientale, fait suite le tepidarium, chauffé à 50°, et garni de divans en marbre
- Fig 5. — Disposition générale des bains anciens. (D’après une peinture trouvée sous les thermes de Titus.)
- blanc sur lesquels on peut s’asseoir ou s’étendre à volonté. On passe de là dans le Caldarium, chauffé à 70°, puis, au besoin, dans le Laconicum, dont la température estde 80 à 100 degrés. L'alipterium est consacré au massage qui se pratique sur des lits de marbre, dans une atmosphère de 4(1°, par les soins de masseurs algériens dûment éduqués. Enfin, le la-vatorium, chauffé également à 40°, permet l’admi-
- nistration de l’eau froide ou de l’eau chaude à volonté, sous forme de lotions ou d’affusions. Une salle contiguë est destinée aux douches que l’on peut remplacer par un bain de piscine à eau courante, dont la température ne dépasse pas 8 degrés. L’établissement possède, en outre du bain turc, un système très-complet d’hydrothérapie.
- Il y a vingt ans peut-être que je me suis hasardé
- p.169 - vue 173/432
-
-
-
- 170
- LA NATURE.
- pour la première fois à prendre un bain turc. Mes goûts ne m’y poussaient pas. A moins qu’on ne soit turc soi-même, on hésite, surtout quand on est jeune, à sacrifier une ou deux heures à des exercices dont la portée hygiénique est suspecte et dont le côté sensuel ne s’apprécie qu’à l’usage. Cette atmosphère chaude ne me procura que des jouissances restreintes ; le massage me fut plutôt importun ; et, quoique la vue des impuretés que l’espèce de brosse en poil de chameau du masseur détachait de ma personne, me procurât une sorte de compensation consolante, dont, au reste, tous les enthousiastes du bain maure ont vanté le charme, je ne fus que médiocrement satisfait. Depuis, ma religion ne me prescrivant pas un nettoyage aussi méticuleux, je me suis abstenu ; et, bien que j’aie visité à plusieurs reprises le Hammam ou l’établissement fondé par le docteur Belot au bout de l’avenue Malakoff, je ne me suis jamais laissé séduire par les caresses encourageantes de l’air tiède ou chaud du tepidarium, du caldarium ou du laconicum.
- D’autres, heureusement, nous ont raconté leurs impressions et permettent d’apprécier l’importance hygiénique ou médicamenteuse des bains d’air chaud combinés. Je citerai, en particulier, le docteur Thermes, directeur de l’établissement de l’avenue Malakoff, que son nom prédestinait à cette étude.
- Les plus clairs des effets hygiéniques du bain turc sont : le délassement et l’endurcissement au froid. Le premier de ces effets est dû au massage ; le second résulte de l’insensibilité de la peau exposée successivement à l’air chaud et à l’eau froide et malaxée de toutes les manières, sous la paume des mains, sous les genoux ou même sous les pieds des masseurs, qui se livrent sur votre personne à mille exercices des plus variés. Je ne saurais dire si le délassement ou l’engourdissement qui suit le bain turc n’est pas compensé le lendemain par une certaine fatigue et, si la peau, d’abord insensible au froid, n’y devient pas plus lard trop sensible , au contraire , exfoliée qu’elle est, dans une certaine mesure, par le strigil ou la brosse, comme on voudra l’appeler. Ces bains pris habituellement, comme aussi les bains russes, n’en ont pas moins pour résultat d’acclimater, pour ainsi dire, le corps aux intempéries, et les uns et les autres conviennent à ce titre aux gens sujets aux rhumes, aux angines, au coryza, ou même au rhumatisme et à certaines névralgies.
- Mais, s’il n’est pas inutile, dans la saison froide, de faire fonctionner la peau; si même certaines constitutions torpides peuvent gagner à se soumettre périodiquement à une sudation violente qui accélère le mouvement organique et imprime au travail de nutrition une activité salutaire, il faut craindre d’exposer d’une manière habituelle, à des pertes sudorales excessives, les sujets qui n’ont pas en eux de quoi les réparer, soit parce que leur organisme est épuisé ou altéré par la maladie, soit parce que la force leur manque pour réagir après
- cette spoliation et l’énervement qui l’accompagne. Les gens prédisposés à l’obésité et les tempéraments lymphatiques, pourvu qu’ils soient doués d’une certaine vigueur, sont ceux à qui le bain turc convient le mieux : aux premiers comme régime habituel ; aux seconds, par intervalles.
- Pour les gens bien poi'tants qui n’ont pas de tendance aux congestions vers la tête, qui mènent une vie très-occupée et qui, par ailleurs, ont des dispositions à la rêverie, ce bain est sans danger, et, pris de temps à autre, peut avoir des avantages. 11 est bon de se reposer quelquefois, et je pense que pour un rêveur, le repos n’est pas sans charme, sur ces tapis épais qui étouffent le bruit des pas, sous ces arceaux mauresques,où le jour, coloré par les vitraux de teintes sombres, a des reflets inaccoutumés, où le génie de l’Orient fait danser les aimées au murmure des jets d’eau dans les piscines, où le bourdonnement de la rue s’entend à peine.... juste assez, je l’espère, pour couvrir le ronflement du voisin.
- Au point de vue médical, je pense qu’il serait plus facile d’utiliser, pour les effets que l’on recherche, les appareils à sudation que tout le monde connaît, et dont la description sort du cadre de cet article. On y gradue mieux la température à la convenance du malade et dans le sens des indications à remplir.
- Dans le bain turc, bien que l’apparition de la-sueur fasse bientôt cesser le malaise initial, ce malaise signalé par tous les observateurs indique une congestion du cerveau, qui peut n’être pas sans danger, et à laquelle peut succéder, sous l’action réfrigérante de l’eau froide, l’anémie cérébrale et la syncope. Je ne vois pas trop d’ailleurs quel intérêt il peut y avoir à alfronter des températures dépassant 70 degrés; et celle-là même peut paraître excessive. On laissera donc le laconicum aux fanatiques, et l’on n’abusera pas du caldarium. J’ajouterai qu’il faut au médecin un tact assez délicat pour préciser les indications de ces bains chez les vieillards et dans les maladies nerveuses; et je crois qu'il faut proscrire tout à fait, dans la grossesse, un moyen qui agit aussi directement sur la circulation.
- J’en réserverais l’emploi, sous la réserve d’un contrôle médical attentif, aux épanchements chroniques des séreuses, aux rhumatismes sans lésion du cœur, aux névralgies essentielles, aux engorgements torpides du foie ou même du poumon, à la cachexie paludéenne, saturnine ou scrofuleuse, dans la mesure que j’ai indiquée, en rappelant que les pertes sudorales sont débilitantes et que, dans les cas mêmes où il s’agit de provoquer la résorption d’un épanchement ou de tarir un flux catarrhal, le malade affaibli est dans de mauvaises conditions pour guérir. On m’excusera de ne pas m’étendre sur ces points au delà des limites que comporte ce recueil.
- Dr Ad. Nicolas.--
- p.170 - vue 174/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 171
- LA TACHYMËTRIE1
- La tachymélrie, dont nos lecteurs ont sans doute entendu parler déjà, est une géométrie concrète permettant de démontrer, d’une façon sensible, les principaux théorèmes. Elle supprime les démonstrations abstraites, parfois difficiles à saisir pour certains auditeurs, et les remplace par des figures en bois peint qui ont l'avantage de parler aux yeux. L’élève peut les décomposer lui-même, les juxtaposer pour en former les différents solides usuels ; il se rend ainsi compte de leur mode de formation et des règles qui en donnent la mesure.
- C’est donc, avant tout, une nouvelle et remarquable application de la méthode concrète transportée à la géométrie ; de même que Frœbel cherche à mettre sous les yeux des enfants les objets dont il leur parle, et ne s’en fie pas à une simple description pour leur en donner une idée complète, la ta-chymétrie matérialise la géométrie en quelque sorte, elle fait toucher du doigt les corps qu’elle étudie et les ramène facilement aux solides élémentaires, par des décompositions fort simples et faciles à apercevoir. Elle est une œuvre de vulgarisation destinée à un public spécial, et tous les moyens lui sont bons pour faire saisir aux auditeurs l’idée qu’elle veut leur présenter. Les enfants comprennent cette explication qui s’est faite petite et appropriée à leur entendement ; les ouvriers trouvent là une démonstration rapide et sensible qui leur justifie et leur fait retenir les règles qu’ils ne sauraient appliquer autrement que par routine. La règle s’est ainsi gravée dans leur esprit, grâce à l’image qui la représente à leurs yeux, et ils s’en serviront désormais sans erreur, comme de ces opérations d’arithmétique dont ils aperçoivent clairement les motifs sans connaître autrement les démonstrations savantes. Elle peut ainsi suffire à ceux, c’est le plus grand nombre, qui • n’ont pas le temps ni les moyens de passer en revue les théorèmes delà géométrie pour arriver à la connaissance des résultats pratiques qu’on en déduit ; on ne peut nier qu’à ce point de vue elle ne réalise un grand progrès, puisque dans les programmes actuels des écoles primaires, les règles de mesure sont énoncées sans démonstration et n’ont pas alors d’autre valeur qu’une tradition transmise par routine. Pour ceux qui voudront pousser au delà leurs études et acquérir l’esprit géométrique, un peu subtil et inquiet de la contradiction, ils devront toujours bien entendu revoir les démonstrations rigoureuses et inflexibles de la géométrie euclidienne et ne plus se contenter de la simple évidence des yeux.
- Quant à ce qui est de la représentation matérielle des figures, elle aide beaucoup à l’intelligence des démonstrations sans nuire à la rigueur du raisonnement, et les professeurs de géométrie y ont recours
- 1 Géométrie en trois leçons. — Cahier du soldat du génie, par E. Lagout, ingénieur des ponts et chaussées. — Paris, Dentu, 1872.
- fréquemment avec des élèves peu habitués à voir les figures dans l’espace. Deux planches avec charnières représentent un angle dièdre, et des tiges de bois pointues qu’on y fiche forment les lignes qui viennent rencontrer ces plans. Le résultat est excellent, et les élèves saisissent alors facilement ce qu’ils ne pourraient voir autrement. La tachymétrie a réuni toutes ces tentatives isolées, et elle en a constitué un corps de doctrines, employant seulement les figures concrètes, et simplifiant tout à fait les démonstrations; à tel point que les règles de mesure pour tous les corps usuels, depuis le carré jusqu’à la sphère, peuvent s’enseigner et se démontrer en trois leçons. Il faudrait, au contraire, passer en revue toute la géométrie d’Euclide, pour arriver à ces démonstrations.
- Nous avons choisi dans l’ouvrage de M. Lagout quelques-uns des théorèmes les plus frappants, et nous allons les mettre ici sous les yeux de nos lecteurs pour leur donner une idée de la simplicité de la démonstration.
- Les deux figures ci-après (fig. 1 et 2) ont pour but de donner la notion de la mesure du triangle. Elles sont réalisées dans les cours par des mor ceaux de bois de grandes dimensions et peints de couleurs différentes. Ce sont d’ailleurs, comme on le voit, deux carrés égaux qu’on peut superposer facilement. Le premier de ces carrés est partagé en quatre bandes ou rubans égaux obtenus eu menant des lignes de niveau équidistantes. Le second carré est partagé par les diagonales en quatre triangles aussi égaux. Chacun des triangles précédents équivaut à chacun des rubans, car il y en a quatre de part et d’autre dans les carrés égaux. On a démontré antérieurement que la surface du ruban s’obtient en faisant le produit de la longueur par la hauteur. Le résultat obtenu mesure également le triangle, mais dans ce dernier cas, la hauteur du triangle est le double de celle du ruban, car elle est la moitié de celle du carré, comme on le voit immédiatement. On justifie ainsi la règle connue ; il va sans dire qu’elle est ensuite étendue au cas général du triangle quelconque.
- Les deux autres figures fournissent la démonstration du fameux théorème du Pont-aux-Anes, dont la réputation est presque aussi terrible que celle du que retranché dans les collèges. Il semble qu’après avoir franchi cette initiation difficile, on soit, en quelque sorte, consacré géomètre ; vous allez voir combien il est facile de le devenir avec la démonstration ta-chymétrique. Nous avons deux carrés égaux comme plus haut ; le premier renferme quatre équerres égales disposées aux quatre angles, ainsi que l’indique la figure 3. L’espace non haché laissé libre est un carré dont le côté est l’hypoténuse de l’équerre. La démonstration se réduit à prouver qu’il est égal à la somme des deux carrés vides qu’on voit dans l'autre figure 4. Ceci est bien évident, car on s’est borné à disposer différemment les équerres, et l’on voit, sans qu’il soit besoin d’y insister davantage, que l’un est
- p.171 - vue 175/432
-
-
-
- 172
- LA NATURE.
- le carré construit sur le moyen côté, et l’autre sur le petit côté de l’équerre.
- La surface du cercle s’obtiendra en considérant la rondelle circulaire d’une orange coupée par tranches. Celle-ci est divisée en secteurs par une série de nervures blanches rayonnant autour du centre et allant aboutir à la pellicule jaune qui enveloppe l’orange. 11 suffit de fendre la rondelle suivant une de ces nervures, et développer en ligne droite la pellicule jaune. Les secteurs se séparent alors et forment autant de coins triangulaires réunis à cette enveloppe par leur base. On développe une seconde rondelle dans les mêmes conditions, et on vient appliquer les coins qu’elle présente entre ceux de la première, de façon à remplir les espaces vides ; les deux oranges réunies couvrent alors un rectangle dans lequel la surface s’obtiendra en multipliant la base par la hauteur. Or, le cercle de l’orange est la moitié de ce rectangle, la longueur est celle de la circonférence, la hauteur est le rayon. On retrouve la règle :
- , circonférence X rayon cercle = —------~----—=—
- Fig. 1 et 2. — Mesure du triangle.
- Pour le tas de cailloux, M. Lagout arrive à une formule simple donnant le volume exact du tas, et il prouve en même temps l’erreur des formules généralement suivies. On se bornait à prendre les moyennes des dimensions homologues (longueurs et largeurs supérieures et inférieures du tas) pour en constituer la base d’un solide régulier qu’on supposait équivalent. Cette formule néglige une des pyramides d’angle comprises entre deux des talus à angle droit qui délimitent le tas; elle fait au fournisseur un tort qui peut devenir considérable, comme dans le tas de sable, par exemple, où la base supérieure se réduit à une simple droite et présente la figure d’un toit de maison.
- Cette démonstration est d’autant plus intéressante qu’il existe une autre formule analogue à celle-ci et donnant cependant un résultat trop élevé. Elle prend la moyenne des bases inférieure et supérieure, au lieu de calculer le produit des moyennes des dimensions homologues, et elle arrive à compter en trop deux des pyramides d’angle dont nous parlions tout à l’heure. Elle fait tort à l’acheteur cette fois, et on voit que le moyen de se faire des bénéfices est d’acheter avec une formule et de revendre par l’autre, ce qui est d’autant plus facile quelles semblent
- Fig. 3 et 4. — Démonstration du carré de l'hypoténuse.
- donner toutes deux le même résultat pour un esprit non prévenu. La différence peut acquérir une importance réelle dans certains cas, puisque M. Lagout cite dans son livre un tas de sable évalué à Reims par deux mesureurs jurés, et pour le volume duquel le premier avait obtenu 1200 mètres cubes, tandis que le second en trouvait 900 seulement. L’erreur atteignait donc plus du quart du volume réel.
- On voit, par ces exemples, l’intérêt que peut présenter la méthode tachymétrique ; aussi elle se répand aujourd’hui assez rapidement. M. Lagout s’est dévoué pour cette idée dont il est l’auteur, et il s’en est fait le propagateur enthousiaste. Elle a conquis droit de cité dans plusieurs départements, elle est enseignée aux employés des ponts et chaussées, ainsi qu’à l’école des maîtres mineurs d’Alais, et M. Lin-der, l’ingénieur distingué qui en est le directeur, annonce qu’elle a amené une plus-value de 15 % dans les examens.
- Les écoles régimentaires du génie l’ont adoptée ; le conseil municipal de Paris s’y est intéressé ; elle est professée actuellement et avec succès à l’école Turgot ; elle le sera bientôt à Lavoisier; l’Association polytechnique l’a introduite dans l’enseignement qu’elle donne aux adultes dans les différents arrondissements de Paris. Elle figure dans le programme des cours à la mairie du IVe arrondissement et à la section de l’École de médecine, et nous y constatons journellement qu’elle permet de donner aux ouvriers des notions géométriques qu’ils ne sauraient acquérir autrement.
- M. Lagout prépare actuellement une tachy-algèbre, où il se propose de transporter dans l’algèbre la méthode sensible qui simplifie si heureusement la géométrie. L’essai en sera fait, cette année, aux cours de l’Association ; nous en entretiendrons nos lecteurs quand les résultats eu seront définitifs; car nous savons combien ils s’intéressent à tout ce qui touche l’enseignement populaire, et ce sera en même temps notre excuse auprès d’eux pour la longueur de cette notice.
- Nous espérons qu’elle leur donnera du moins le désir de faire plus ample connaissance avec cette méthode, et de la répandre autour d’eux, car nous la croyons appelée à rendre de réels services dans les écoles primaires. L. Raclé,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
- p.172 - vue 176/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 173
- LES OISEAUX D’HIVER
- (Suite. — Voy. p. 37, 63 et 118.)
- Sous le rapport du plumage le Bouvreuil commun ou Pivoine {Pyrrhula vulyaris) peut lutter avantageusement avec les oiseaux que nous avons cités précédemment. Dans le mâle adulte, en effet, le dessus de la tête, la gorge, les ailes et la queue sont d’un noir brillant, à reflets bleuâtres, le dos est d’un gris cendré, le croupion et le bas-ventre sont blancs, la poitrine et la plus grande partie de l’abdomen d’un rouge vif, les ailes ornées d’une bande transversale grisâtre. Chez la femelle les teintes sont un peu moins vives et chez le jeune, avant la première mue, la tête est d’un gris cendré et l’abdomen fauve. On rencontre parfois des Bouvreuils noirs et d’autres presque entièrement blancs ou mi-partis blancs et noirs : quelques-uns de ces individus aberrants figurent dans la collection du Muséum d’histoire naturelle.
- Les Bouvreuils sont répandus dans toutes les régions montagneuses du nord et du centre de l'Europe; ils sont fort communs dans nos départements septentrionaux aux mois de décembre et de janvier, mais dès le mois de novembre on peut voir, au marché des oiseaux de Paris, quelques individus de cette espèce qui viennent d’être capturés.
- Pendant l’été, ils se tiennent dans les bois les plus épais et construisent sur une branche peu élevée, un nid dont les parois sont formées de brindilles de pin, de sapin ou de bouleau, de lichens et de radicelles artistement entrelacés, et dont l’intérieur est tapissé de crins de cheval, de poils de chevreuil, de laine, d’herbe et de mousse. Ils y déposent quatre ou cinq œufs, d’un vert clair, ornés de taches violacées et de zigzags d’un rouge brunâtre.
- A la fin de l’automne, les Bouvreuils se rassemblent en troupes plus ou moins nombreuses, et visitent les jardins pour chercher les baies et les graines qui leur font défaut dans les forêts. Ils voyagent généralement de jour, en passant d’un arbre à l’autre, et en se posant à terre le moins souvent possible. Leur vol est ondulé et peu rapide ; quant à leurs cris, ils diffèrent suivant les sentiments qu’ils doivent exprimer. Au printemps, lorsqu’il est en liberté, et pendant toute l’année lorsqu’il est en cage, le mâle fait entendre un chant qui n’offre rien de très-remarquable, et qui se compose seulement de quelques notes roulantes.
- Les Bouvreuils comptent un grand nombre d’en-
- nemis ; sans parler de l’homme qui les chasse sans égard pour les services qu’ils rendent à l’agriculture, les milans, les faucons, les hiboux et même les corbeaux détruisent chaque année un très-grand nombre de ces jolis oiseaux.
- Le Pinson des Ardennes (Fringilla montifrin-gilla) qui remplace notre Pinson commun dans le nord de l’Europe, en Finlande et en Suède, visite la France presque chaque hiver, et dans ses migrations descend jusqu’en Espagne et en Grèce. Il se mêle souvent aux Linottes, aux Verdiers, aux Moineaux, dont il se distingue facilement par son mode de coloration. Il a, en effet, le dos d’un noir foncé, les épaules rousses, la poitrine, le ventre et le croupion blancs, les flancs noirâtres et les ailes traversées par deux bandes blanches. Ces oiseaux n’émigrent d’un pays à l’autre que chassés par la neige, aussi peut-on, d’après l’importance de leur passage, établir quelques conjectures sur la durée et la rigueur de l’hiver dans nos contrées. Dans le Nord on leur fait une chasse active, à cause de leur chair qui est des plus succulentes, et on en prend parfois plusieurs milliers en quelques jours.
- Le Plectrophane des neiges n’arrive que rarement en France, mais le Sizcrin boréal s’y montre assez fréquemment pendant l’hiver. Cette espèce ( Linaria borealis), qui ressemble beaucoup à la Linotte vulgaire par les teintes rosées de son plumage, semble avoir pour les fruits de bouleau la même prédilection que les Becs-croisés pour les fruits des Conifères, quoique, en été, elle se nourrisse également de mouches et d’autres petits insectes. Dans le Nord, c’est toujours sur une branche de bouleau qu’elle établit son nid, rembourré de plumes de gelinottes et renfermant d’ordinaire quatre œufs d’un blanc verdâtre, ponctués de brun, et, même dans nos contrées, c’est de préférence dans les forêts de bouleaux, ou, à défaut de ces arbres, dans les aulnes, que se tiennent ces charmants oiseaux. Les Sizerins sont gais, vifs et peu méfiants ; ils se suspendent aux branches les plus déliées avec la même adresse que les mésanges, et font entendre de temps en temps un petit sifflement très-doux, qui ne peut guère être appelé un chant. On les trouve fréquemment associés aux Tarins (Chrysomitris spinus), sortes de petits Chardonnerets qui sont originaires delà Suède, de la Norvège, de la Russie et de l’Asie septentrionale et qui visitent en grandes troupes, à la fin de l’automne, les départements du Nord et de l’Est de la France. Parmi les personnes qui nous
- p.173 - vue 177/432
-
-
-
- LA NATURE.
- m
- lisent il en est assurément bien peu qui n’aient vu des Tarins chez les marchands ou dans les volières de nos jardins publics. Ce sont des oiseaux d’une gentillesse extrême, s’apprivoisant avec une grande facilité et venant au bout de peu de temps manger dans la main de celui qui les soigne. En cage, ils se contentent de la même nourriture que les Serins et les Chardonnerets, mais en liberté ils joignent aux graines oléagineuses des mouches et des chenilles, principalement dans la saison des amours. Leur nid, placé sur un arbre vert, est abrité sous des branches enchevêtrées, quelquefois même protégé contre les regards indiscrets par un revêtement de lichens : il renferme des œufs d’un blanc-grisâtre, tachetés de rouge-brun, mollement couchés sur un lit de duvet et de plumes. La femelle couve seule pendant que le mâle veille aux environs et égaye sa compagne par ses chants. Il n’est pas rare de voir plusieurs couples vivant côte à côte en parfaite harmonie ; mais c’est surtout en automne que les Tarins, obéissant à leurs instincts de sociabilité, se réunissent en grandes bandes, qui s’abattent sur les aunes et sur les champs de colza. A cette époque de l’année on prend un grand nombre de ces oiseaux au filet, en les attirant au moyen d’un individu de leur espèce.
- Le mâle du Tarin commun ne mesure pas plus de 14 centimètres de long; il a le sommet de la tête et la gorge noirs, le dos d’un vert jaunâtre varié de brun, les ailes noirâtres, ornées de deux bandes jaunes; la poitrine et le ventre d’un jaune plus ou moins vif, avec des taches brunes. La femelle et les jeunes sont dépourvus de calotte noire et n’ont pas sur le dos et l’abdomen des teintes aussi vives que le mâle. Sous le rapport de la richesse du plumage, les Tarins sont bien loin, comme on le voit, d’égaler le Chardonneret, qui habite toute l’Europe, depuis la Suède jusqu’à l’Espagne, et qui est, avec raison, l’un des oiseaux les plus recherchés par les amateurs. Doué d’une voix aussi agréable que le Serin, et d’un naturel plus vif, plus enjoué, le Chardonneret l’emporte encore sur la plupart des oiseaux de nos pays par l’éclat de ses couleurs. Le mâle adulte a d’ordinaire la face d'un rouge cramoisi, la gorge et les joues d’un blanc pur; un trait noir s’étend de l’œil à la narine et une tache de même couleur, occupant le sommet de la tête, descend de chaque côté sous forme de demi-collier ; le dos est brun, le ventre blanc, nuancé de brun sur les flancs ; la queue noire, marquée de blanc, et les ailes, noires également, offrent des taches agréablement disposées, les unes blanches, les autres d’un jaune vif. Dans la femelle les couleurs sont à peu près les mêmes, mais le rouge du front est toujours moins pur. Toutefois à côté de ce type normal on rencontre une foule de variétés de plumage qui ont été souvent considérées par les marchands et même par certains naturalistes comme autant d’espèces distinctes : il y a des Chardonnerets entièrement blancs, d’autres d’un roux isabelle, d’autres aux teintes enfumées, presque noirs ; cette
- dernière variété surtout n’est pas rare parmi les oiseaux maintenus en captivité.
- Le nid du Chardonneret est presque aussi remarquable que celui du Pinson, il est composé de lichens, de racines, de menues branches artistement entrelacées et maintenues avec des fils de cocon, et les parois intérieures sont complètement revêtues de duvet, de crin et d’aigrettes de Composées. La femelle construit presque seule ce petit édifice et y dépose quatre ou cinq œufs bleuâtres, ornés au gros bout de quelques points violets. Il y a souvent deux pontes par an, et quand les petits sont élevés, en automme, les familles se réunissent en troupes nombreuses qui se subdiviseut elles-mêmes, en hiver, en bandes plus petites. Ces bandes visitent les jardins, les vergers et surtout les terrains incultes où croissent les chardons. Les graines de ces Composées constituent en effet la nourriture favorite des Chardonnerets, et c’est un spectacle curieux de voir quelques-uns de ces jolis oiseaux s’abattre sur un champ de chardons, s’accrocher adroitement aux capitules de ces plantes, plonger dans la masse leur bec dont la base est garnie de plumes roides, et, ne gardant que la graine, faire voler autour d’eux les aigrettes qui les entourent d’un véritable nuage.
- En cage, le Chardonneret se reproduit aisément, et s’unit même avec la Serine ou la femelle du Tarin ; mais les métis qui naissent de ces unions sont généralement inféconds. On nourrit d’ordinaire les jeunes avec du pain trempé dans du lait, des graines de pavot ramollies, etc. E. Oustalet.
- — La fin prochainement. —
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 février 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Recherches sur l'acier. — Un observateur dont le nom ne nous est pas encore parvenu, constate que certains aciers renferment de l’ammoniaque libre. Le brise-t-on, l’odeur caractéristique se répand, et un crépitement se fait entendre : de l’eau de savon placée sur la cassure se met à mousser. Après recuit, l’acier ne présente jamais rien de pareil.
- Le passage de Mercure. — Le prochain passage de Mercure sur le soleil, aura lieu le 5 mai prochain, et sera visible en Californie. MM. André et Angot déjà connus par leurs travaux lors du dernier passage de Vénus, demandent à l’Académie d’être chargés des futures observations. D’ici au moment du départ, ils poursuivraient l’étude des conditions physiques du phénomène qu’ils ont si bien recommencée à l’Observatoire.
- Sables diamantifères. — Les sables diamantifères de l’Afrique australe ont beaucoup occupé les minéralogistes anglais, mais ils semblent avoir passé à peu près inaperçus en France. Une circonstance récente nous ayant mis à même de faire l’examen d’échantillons bien authentiques, nous avons donné lecture à l’Académie des résul-| tats de notre étude. Ces sables proviennent de la mine de Du Toit’s Pan, où ils ont été recueillis par Mme Patrickson, j qui les a donnés au Muséum. Us renferment environ
- p.174 - vue 178/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 175
- 80 variétés de grains distincts. Les uns sont des roches en petits fragments ; les autres, proprement dits en grains isolés. L’analyse minéralogique des minéraux à laquelle nous nous sommes livré nous a conduit, quant à l’origine des sables, à une opinion particulière que nous croyons devoir indiquer rapidement.
- Les géologues sont d’accord pour donner aux masses qui nous occupent une origine profonde : la disposition des sables en amas verticaux au travers de toute la masse des terrains encaissants n’autorise guère une autre manière de voir. D’un autre côté, il est évident que les nombreuses roches complexes qui se trouvent là en mélange n’ont pu se former d’un seul coup avec des caractères si divers dans des conditions identiques pour toutes. Il faut, de toute nécessité, que chacune de ces roches ait été arrachée à un gisement spécial, puis charriée jusqu’au point où le mélange actuel a eu lieu.
- Or, admettre, d’un côté, l’origine profonde des sables à diamants ; et, d’autre part, y reconnaître le produit d’un transport, c’est les ranger dans la même catégorie que les sables granitiques intercalés en amas verticaux au travers des terrains stratifiés, et sur lesquels l’attention des lecteurs de La Nature a déjà été appelée. Telle est, en effet, l'opinion à laquelle les faits d’observation directe, aussi bien que la description du gisement si complètement donnée par M. J. Dunn, nous ont conduit naturellement. Nous regardons les sables diamantifères de l’Afrique australe comme représentant l’un des plus beaux types signalés jusqu’ici de cette grande classe de terrains réunis sous le nom à'al-luvions verticales, et dont l’importance croîtra certainement au fur et à mesure de nouvelles études. Le mécanisme de formation de ces sables est à rapprocher de celui qui a donné naissance aux sables kaoliniques des environs de Paris, et leur nature indique la composition des assises qui, à des profondeurs inconnues, composent le sous-sol de leur point d’émergence.
- Hardi projet. — Tout le monde sait qu’en maintes localités des sources d’eau douce sourdent au fond des mers. M. Toselli propose de les capter. Leurs eaux retenues dans des tubes flexibles maintenus à la surface de l’océan par des bouées convenables, fourniraient aux navires un approvisionnement qui leur manque si souvent. L’auteur qui avait fait déjà figurer des engins de ce genre à la dernière Exposition des industries maritimes, parait avoir étudié la question et avoir prévu les dispositions nécessaires à assurer la conservation de ses appareils malgré les tempêtes. Stanislas Meunier.
- LA DÉCORTICATION DES CEPS DE VIGNE
- ET LE PHYLLOXERA.
- Dans une note sur la destruction du phylloxéra par la décortication des ceps de vigne, présentée à l’Académie des sciences dans la séance du 14 août dernier, nous avons dit que la partie de notre vignoble décortiquée pendant l’hiver au moyen d’un gant à mailles de fer, offrait sur plusieurs points des améliorations sensibles et paraissait préservée jusque là d’attaques nouvelles. Nous disions également que la partie non décortiquée présentait des foyers récents et nombreux. Aujourd’hui, les vendanges faites et les cuves écoulées, nous venons
- exposer avec certitude les résultats obtenus et attribués au travail seul de l’écorçage des ceps.
- 1° Le vignoble blanc (8 hectares), âgé de soixante ans, presque détruit en 1875, mais décortiqué l’hiver dernier pendant les plus grands froids, a repris peu à peu sa végétation d’avant le phylloxéra, et nous a donné le double des raisins de l’année dernière.
- 2° Le vignoble rouge (20 hectares environ), âgé de quinze à vingt ans, ayant déjà plusieurs foyers de phylloxéra, décortiqué en février, mars et avril dernier, n’a pas eu la moindre attaque nouvelle; ses anciens foyers ne se sont pas agrandis, ils se sont plutôt améliorés ; et, en définitive, sa production totale a été supérieure à celle de 1875. — Heureuse exception de l’année ! — Du reste, la végétation de ce vignoble a constamment fait un contraste frappant avec celles des vignes attenantes, mais non décortiquées. En effet, le vignoble non décortiqué, établi sur un sol tout aussi riche, tout aussi profond, travaillé tout aussi bien que le précédent, planté aux mêmes époques avec des cépages pareils, n’a pas eu la moindre amélioration dans ses foyers de deux et trois ans. Au contraire, de nouveaux et nombreux points d’attaque s’y sont manifestés, et, pour conclusion moins heureuse que la précédente, sa production a été de 60 pour 100 inférieure à celle de l’anuée dernière.
- Ces faits, très-commentés dans notre localité, ont été remarqués par plusieurs personnes compétentes, et ont donné lieu à des comptes rendus officiels par MM. Boiteau, à l’Association viticole de Libourne; Ducarpe, au Comice viticole de Saint-Émilion ; Me-nudier, à la Commission départementale de la Charente-Inférieure.
- Les expériences de décorticage, faites sur une vaste échelle, sont donc assez probantes, sinon concluantes, pour qu’il nous soit permis de dire avec M. Balbiani, « que la destruction de l’œuf d’hiver doit être pratiquée partout où l’on peut soupçonner sa présence, c’est-à-dire non-seulement dans les contrées déjà envahies, mais aussi dans toutes celles directement menacées par le fléau, dans un rayon de 20 à 25 kilomètres au moins.
- Il est impossible de méconnaître la valeur de l’écorçage de la vigne, quant on sait qu’une foule d’insectes nuisibles s’abrite constamment sous ses écorces, surtout pendant l’hiver. L’écorçage n’est pas une pratique nouvelle, ce n’est pas non plus une invention récente ; c’est un vieux moyen trop négligé de nos jours, qui, employé préventivement, donnera positivement des résultats incontestables.
- . Le gant que nous avons imaginé pour le décorticage des ceps de vignes est en toile, recouvert d’une sorte de résille à mailles de fer galvanisé, d’une flexibilité complète, et d’une énergie absolue ; une chaînette sert à le fixer autour du bras. Son poids est de 650 grammes ; un homme peut facilement décortiquer dans une journée 500 grosses souches à trois bras. La figure 1 montre comment se fait
- p.175 - vue 179/432
-
-
-
- 476
- LA NATURE.
- l’opération, en serrant le cep et en le frottant en long et en large. Pour les intersections des branches et les coudes que le gant ne peut pas atteindre dans toute leur profondeur, j’ai fait faire un archet (fig. 2) que l’ouvrier porte suspendu à la ceinture, et dont la corde est remplacée par une chaînette à mailles de fer galvanisé. Avec cet archet, on peut écorcer les interstices des branches les plus rapprochées et descendre au fond des angles les plus aigus.
- D’un autre côté, ne doit-on pas supposer que la question hygiénique dans la végétation de la vigne, joue un grand rôle dans celte élude si confuse du phylloxéra. Personnellement, nous croyons que la vigne, épuisée par des causes diverses, de température anormale, de production exagérée, d’absence trop longue d’en-
- Fig 1. — Décortication d'un cep avec le gant de M. Sabaté ’.
- grais reconstituants, de travaux mal compris ou faits à des époques inopportunes, par un sol trop
- sec ou trop mouillé, n’est plus assez forte pour résister aux attaques de son impitoyable ennemi.
- Nous savons, à n’en plus douter, que la nature du sol contribue pour beaucoup à hâter ou à ralentir la crise qu’elle traverse. Nous n’avons plus à apprendre que les sols perméables, sablonneux, profonds, humides, la font résister plus longtemps que les sols rocailleux à base d’argile ou de calcaire.
- Aussi, nous cesserions d’être consciencieux si nous ne disions pas qu’il faut, en outre de la décortication ou de tout autre moyen de destruction de l’œuf d’hiver, avoir recours à tous les moyens possibles et. efficaces de destruction du phylloxéra souterrain et parli-
- Fig. 2. — Archer imaginé par M. Sabaté pour décortiquer les intersections des brandies.
- culièrement au sulfocarbonale, au sulfure de carbone, et à tous autres insecticides. Il faut aussi et
- 1 M. Hardy, directeur de l’École d’horticulture de Yersail -les, a l'ait récemment à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale, un rapport très-favorable sur l’emploi de ce gant, et la Société d’horticulture d’Èpernay vient de me décerner, sur un rapport de M. Plonquet, au nom d’une Commission spéciale, une médaille de vermeil, après des expériences faites avec le plus grand soin.
- tout spécialement secourir la végétation de la vigne par l’emploi des ferrugineux.
- J. Sabaté.
- Au château de Cadarsac, par Libourne (Gironde).
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- COF.IILIL. TYP. ETSTEli. CK ÉTÉ.
- p.176 - vue 180/432
-
-
-
- N* 194. — 17 FÉVRIER 1877.
- LA NATURE,
- 177
- LES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS
- PARISIENS1.
- BERCK-SUR-MER (PAS-DE-CALAIS).
- Dans notre précédent article sur l’hôpital de For-ges-les-Bains, nous avons rappelé que l’air maritime
- et les bains de mer donnent les meilleurs résultats dans le traitement de nombreuses formes de la scrofule. Convaincu de l’excellence de cette médication, le médecin, chargé de visiter les enfants assistés du département de la Seine mis en pension dans celui du Pas-de-Calais, M. le docteur Perrochaud, insista avec tant d’énergie auprès de l’autorité compétente, qu’en 1857 l’administration plaça quelques petits
- La piscine maritime de l’hôpital des enfants à Berck-sur-Mer.
- scrofuleux en pension chez une iemme à Groffliers, d’où ils étaient deux fois par jour brouettés jusqu’à Berck. Les résultats ayant été bons, une douzaine d’enfants furent placés le 26 mars 1859, chez une autre femme habitant la plage même de Berck. L’expérience continuant à être favorable, l’Assistance publique de Paris se décida à faire établir un hôpital d’essai en bois qui, commencé en février 1861, fut inauguré le 8 juillet de la même année, sous la propre direction médicale de M. Perrochaud, et dans
- 1 Yoy. la Nature, 4• année (1876), 1er semestre, p. 1, 98, 159; 2° semestre, p. 143, 241,
- S* année. — I"r semestre.
- le département où les enfants assistés étaient soumis à sa surveillance.
- L’expérience ayant remarquablement réussi, l’administration parisienne résolut d’étendre à tous les jeunes Parisiens qui réclament ses soins, le traitement jusque-là réservé aux enfants trouvés, et décida l’érection de l’édifice vraiment monumental qui s’étend aujourd’hui à côté de la maison de bois primitive. Outre le voisinage de l’hôpital d’essai, les raisons qui décidèrent du choix de cet emplacement furent la proximité relative de Paris, le prix modéré des salaires et des vivres dans le pays, la faible valeur
- 12
- p.177 - vue 181/432
-
-
-
- 178
- LA NATURE,
- du terrain sablonneux et la commodité pour les bains de la plage de sable, qui n’est mélangé ni de galets, ni de rochers, où ni port ni ruisseau n’accumule de vases, et qui s’incline vers la mer par une pente douce ne laissant jamais les vagues s’élever à une grande hauteur sur le bord.
- Le nouvel hôpital, mis en adjudication le 15 janvier 1867 et ouvert le 18 juillet 1809, a été construit par M. l’architecte Lavezzari, avec les matériaux ordinaires du pays, les briques, rendues seulement moins perméables par une couche de silicate de potasse. Malgré la vulgarité de la matière, l’el'fet est des plus heureux, et les tons polychromes de l’argile cuite, combinés avec goût, donnent au vaste bâtiment un aspect d’élégance et de gaieté, bien rare dans un édifice de cette sorte, et d’autant plus digne d’éloges, que cette maison abrite l’enfance souffrante; — rien n’assombrit lame des petits enfants comme l’aspect claustral des hôpitaux ou des collèges, et cette tristesse seule peut retarder leur guérison. L’architecte a cherché avant tout à faire un édifice parfaitement adapté à l'usage auquel il est destiné et non un «beau monument», et c’est justement pour cela qu’il a produit une œuvre harmonieuse et belle dans sa simplicité, dont chaque disposition se comprend et s’explique et dont l’ensemble, pour cette raison, satisfait à la fois le regard et la pensée.
- La bonne disposition des plans est le triomphe des architectes contemporains ; le plan de cet hôpital est parfaitement conçu. 11 se compose de deux vastes divisions identiques, consacrées, l’une aux garçons, l’autre aux filles. Sur la ligne médiane, entre ces deux corps de logis, ont été édifiées les constructions affectées aux services communs. Tous les bâtiments sont reliés par des galeries couvertes qui franchissent les intervalles séparant ceux-ci, ou forment autour des cours de véritables portiques, entourant les façades intérieures, et servant au besoin, les jours de pluie, de promenade, d’un développement de plus de 500 mètres. L'hôpital, construit sur la plage, ayant à supporter toute la violence du vent du large, toutes ces galeries qnt été closes par par des vitrages. Pour la même raison, les croisées de l’édifice sont fermées par le système dit à guillotine (dans lequel chaque moitié du châssis glisse à coulisse devant l’autre, dans le sens vertical); la fermeture est complétée par des stores de jonc intérieurs. De cette façon le vent n’a aucun battant de fenêtre ou de volet à ébranler et faire battre. Pour éviter toute humidité, les murs des deux hôpitaux sont doubles.
- Le grand hôpital contient 500 lits d’enfants, non compris 80 lits d’infirmerie ; il comprend aussi les services généraux communs aux deux maisons; le petit contient 400 lits; remis à neuf en 1875, il avait été précédemment exhaussé tout d’une pièce, à l’aide de vis, jusqu’au niveau du grand bâtiment : 5 mètres au-dessus de la plus haute mer, 14 mètres au-dessus de la plus basse mer. Aujourd’hui ce petit hôpital est complètement vide, mais il est
- destiné prochainement à recevoir tous les pensionnaires, y compris les enfants assistés.
- En effet, les enfants traités se divisent en deux catégories : les enfants pauvres habilant le département de la Seine depuis plus de six mois, admis gratuitement aux frais de l’Assistance publique, les enfants ne réalisant pas ces conditions et qui doivent payer un prix de pension fixé uniformément à 1 fr. 80 centimes par jour. Les enfants abandonnés ou sans famille étant — comme les aliénés — à la charge du département et non de la commune, ceux du département de la Seine qui sont atteints de scrofule sont soignés par l’Assistance publique parisienne dans son hôpital de Berck, mais aux frais du département qui solde leur pension. C’est pourquoi ces enfants sont légitimement assimilés aux autres pensionnaires : enfants parisiens dont les parents possèdent une certaine aisance, mais veulent procurer à leurs petits malades les bienfaits du traitement maritime, enfants provinciaux dont les parents peuvent s’imposer le sacrifice de payer une pension annuelle de 660 francs environ. 11 résulte de cette obligation d’habiter Paris ou la Seine pour avoir droit au traitement gratuit à l’hôpital maritime, cette conséquence déplorable que les enfants pauvres de province sont privés d’une efficace médication qui, commencée à temps, pourrait les guérir. Établi dans un pays où la scrofule est fréquente, il est navrant de voir l’hôpital tenu de fermer ses portes à cette population d’enfants strumeux qui vit ou, pour dire plus vrai, qui meurt autour de lui; mais ce qui est plus cruel encore, c’est que les enfants dont les parents travaillent quotidiennement à Paris, mais, par raison d’économie, sont obligés d’habiter les départements voisins, sont également exclus. Quand il s’agit de la santé de la génération future, qui est la vraie richesse de la nation, il ne faut pas lésiner; ceci est plutôt du ressort du pouvoir législatif que de l’administration, mais il y a évidemment quelque chose à faire. Une grande ville provinciale étudie les plans d’un hôpital analogue à celui de Berck, c’est un premier pas dans cette voie ; en outre, le petit hôpital va être consacré aux malades payants, de la province comme de Paris, placés soit par leur famille, soit par l’Assistance publique de leur commune ou de leur département.
- Actuellement il n’y a en moyenne à Berck que vingt-quatre enfants assistés entretenus aux frais de la Seine, et un nombre égal de pensionnaires particuliers. Parmi ceux-ci, nous avons reconnu le jeune fils d’un de nos savants les plus sympathiques, qui, sans se laisser effrayer par ce mot : hôpital, n’a pas hésité à envoyer son enfant là où il devait trouver •et trouve en effet la guérison.
- Les petits malades vivant en commun, séparés seulement par sexe et par âge, on est forcé d’exclure ceux qui pourraient présenter un danger pour leurs camarades, c’est-à-dire ceux qui sont atteints ùe maladies contagieuses chroniques et les idio* s et épileptiques qui pourraient les frapper.
- p.178 - vue 182/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 179
- Les enfants passent généralement un temps fort long à l’hôpital, rarement moins d’un an, quelquefois jusqu’à cinq, et en moyenne 27 mois; ils sont traités entre 1 âge de deux ans et celui de quinze. Les plus jeunes, de deux ans à trois ans et demi, uniformément vêtus d’un petit bonnet noir et d’un jupon, sont réunis, sans distinction de sexe, dans une crèche de seize berceaux, et rien n’est touchant comme de les voir le matin soulevant au-dessus de leur édredon vert leur petite mine curieuse et vous suivant d’un regard étonné, candide et déjà pourtant allangui par la souffrance.
- Les autres enfants, filles d’un côté, garçons de l’autre, sont répartis, par rang d’âges, la nuit, dans 14grands dortoirs de 36 lits chacun; le jour dans de longs réfectoires garnis de tables de marbre, ou de grandes salles de réunion. Ces pièces, percées de hautes fenêtres, chauffées par de gros calorifères s’élevant au centre de chaque salle, ont leur parquet saupoudré intentionnellement d’une fine couche de sable sur laquelle, chaque matin, les sœurs traçent de leur balai d’élégants dessins d’une étonnante régularité. Malgré ce travail de Pénélope et quoique l’architecte ait prodigué partout l’air et la lumière, cette richesse pour les pauvres gens, l’aspect de ces vastes locaux, d’une rigide propreté, est un peu vide, un peu triste : rien n’y arrête la vue et n’y parle à la pensée des enfants.
- Ces grands murs nus, entre lesquels le petit valétudinaire passera de longs mois, devraient être garnis de ces tableaux coloriés, si excellents pour l’instruction populaire, et dont nous commençons à emprunter l’usage aux peuples voisins.
- Et ici je touche à la seule lacune, mais à la lacune grave que nous avons trouvée dans cette somptueuse maison de Berck. Sous l’administration habile et paternelle à la fois de M. le directeur Lacaux, le service entier de l’hôpital est fait par soixante-dix-sept sœurs franciscaines de Calais : pendant que les religieuses dirigent et soignent les enfants, la besogne matérielle est accomplie par les sœurs converses, qui remplacent ici les filles de service laïques, ordinairement employées dans les maisons hospitalières. Mais l’ordre des Franciscaines de Calais n’est pas un ordre enseignant, et aucune des religieuses même n’est pourvue de lettre d’obédience. Il en résulte que les longs mois passés par l’enfant à l’hôpital, qui devraient être si utilement employés au travail intellectuel, lequel serait en même temps la meilleure distraction aux souffrances physiques, — ce temps de réclusion forcée se passe dans l’oisiveté; et l’enfant, bien loin d’acquérir une instruction qui lé mette à même de goûter les jouissances spirituelles — les seules qui restent souvent aux malades — a grand’peine à ne pas oublier ce qu’il savait.
- Un établissement où 600 enfants passent de un à cinq ans réclame impérieusement la présence d’une institutrice, à tout le moins, qui, provisoirement et par mesure d’économie, ferait la classe dans les deux
- divisions, — absolument comme les sœurs soignent indistinctement filles et garçons. Deux heures par jour sont actuellement consacrées aux classes ; or, à la colonie de Vaucluse, il y a quotidiennement trois heures d’études intellectuelles; et, hormis les petits de la crèche, on admettra que l’on pourrait faire travailler les enfants intelligents de Berck plus longtemps que les enfants idiots de Vaucluse.
- Si ce n’est du reste à ce point de vue spécial, le personnel de la maison de Berck est des plus complets : outre les religieuses (qui reçoivent une indemnité annuelle d’habillement de 200 francs) et les sœurs converses (qui en reçoivent une de 180 fr.), il comprend : 1 directeur, 2 employés, 1 médecin, 2 internes, 1 aumônier, 10 ouvriers, 2 concierges et 12 ouvrières; celles-ci sont employées aux travaux de racommodage et de confection moyennant un salaire journalier de 2 francs. Ces prix paraissent peu élevés, mais si l’on réfléchit que le personnel est nourri, blanchi, chauffé, éclairé, logé, on verra qu’en réalité la situation est très-bonne.
- Le service médical ne laisse rien à désirer ; chaque matin le médecin, M. le Dr Perrochaud, visite ses malades, le soir l’examen est renouvelé parles deux internes, et, une fois par semaine, M. le Dr Cazin, chirurgien de Boulogne, vient de cette ville faire les opérations que réclament les manifestations graves de la scrofule. Le bain de mer, base de la médication, assez simple pour le reste, est pris sur la plage tous les jours en été, en hiver il se donne deux fois par semaine dans la piscine chaude. M. Lacaux, le directeur, a bien voulu nous communiquer les résultats inédits du traitement dans les deux dernières années. Nous allons résumer ce concluant tableau :
- Moyenne,
- 1871. 1875. décès comprit. p. 100.
- Enfants sortis de l’hôpital .... 437 406
- Dont :
- Enfants guéris 337 318 73
- — très-améliorés 23 19 5
- — améliorés 14 5 2
- — repris par leur famille . . 26 34 7
- — renvoyés comme teigneux. — renvoyés pour absence de 25 2 3
- résultats favorables. . . 12 78 4
- — décédés 29 20 5£
- — opérés 30 59
- Il ne sera pas sans intérêt de comparer les résultats indiqués dans ce tableau avec ceux que le docteur Bergeron mentionnait dans son excellent rapport sur Berk, présenté à l’Académie de médecine en 1866; voici quelques chiffres de ce rapport du 1er juillet 1861 au 31 décembre 1865 :
- Scrofuleux ou rachitiques pour 100
- traités à Berck. . . . 380
- Guéris....................... 234 60
- Améliorés..................... 93 23
- Décédés....................... 18 46
- Résultats nuis................ 55 9
- p.179 - vue 183/432
-
-
-
- 480
- LA NATURE.
- Gomme on le voit, l’avantage reste aux dernières années, et l’on peut, croyons-nous, attribuer cet avantage au degré supérieur des conditions hygiéniques des nouvelles constructions.
- Isolé au milieu des sables, l’hôpital doit pouvoir se suffire à lui-même : un ouvrier des principaux corps d’état : charpentier, maçon, menuisier, serrurier, jardinier, etc., y réside. La propriété s’étend, avec toutes ses dépendances, sur une superficie totale de 35 hectares, dont la plus grande partie sera graduellement mise en culture. Dès aujourd’hui il existe un potager de 5 hectares dont les produits sont employés aux besoins de la maison; seulement les légumes souterrains, tels que les oignons et les carottes viennent seuls bien; les autres, comme les haricots et les salades, sont desséchés par le vent de mer.
- Quant aux provisions de toute nature elles sont directement envoyées de Paris par le magasin central des hôpitaux. La maison possède 3 chevaux et 4 voitures employés au transport de ces provisions, aussi bien que des enfants, entre la station de Verton (216 kilomètres de Paris), et l’hospice de Berck, à 9 kilomètres de la station.
- L’hôpital a sa façade principale tournée vers la mer qui la baigne presque; cette situation, très-commode pour les malades, qui prennent leur bain sans avoir plus de quelques pas à faire, est fort dangereuse pour l’édifice menacé incessamment par les vagues1 : sur les 90000 francs annuellement absorbés par l’entretien des constructions de Berck, 50 000 sont dépensés pour les travaux de défense contre la mer. Dans ce but, trois grands épis de fascines, perpendiculaires à la côté, ont été établis. L’aile gauche de cette façade est occupée par l’administration, la droite par la communauté; sur la ligne centrale s’élève la chapelle, très-élégamment peinte de vives couleurs. Le dimanche cette chapelle ouvre ses portes au public et les baigneurs entendent la messe à côté des petits garçons, habillés de toile l’été, de molleton l’hiver, et des petites filles, vêtues d’indienne ou de mérinos suivant la saison.
- Sur la ligne axiale, au delà de la chapelle, on trouve successivement les bains, les services généraux, la cuisine, l’économat. Latéralement s’étendent deux anciens gymnases clos, récemment transformés en préaux d’hiver. A gauche est l’infirmerie composée de 5 dortoirs de 16 lits, d’une salle d’opérations, et d’une petite pharmacie avec son office. A droite, en face de l’infirmerie, est la lingerie, le
- 1 Depuis deux siècles, la géographie de la côte de Berck a subi les plus curieux changements : de 1645 à 1709, comme le prouvent les anciennes cartes, une petite rivière, nommée l’Arche, y tombe directement à la mer ; avant 1780, des sables en ont oblitéré l’embouchure, et le ruisseau finit dans une lagune produite par ses eaux, dont le sable barre le cours ; plus tard, l’Arche prend son cours actuel, et, repoussée de la plage, va se jeter dansl’Authie, en abandonnant la lagune transformée en marais isolé; actuellement, le marais a fait place à une prairie.
- vestiaire, l’atelier de couture; puis, dans des pavillons isolés, à droite, ou trouve encore l’usine à gaz, la buanderie et la machine à vapeur avec ses deux chaudières de 16 chevaux chacune, fonctionnant alternativement. La machine actionne deux po upes à deux cylindres et, dans la buanderie, à côté du cuvier de béton, une essoreuse, —- c’est-à-dire un tambour tournant rapidement sur son axe, ce qui développe une grande force centrifuge, laquelle fait sortir l'eau du linge mouillé dont on remplit l’appareil.
- L’une des pompes élève dans un réservoir l’eau douce fournie par les deux puits, excavés jusqu’à la nappe aquifère des sables; l’autre remplit la piscine de l’eau de mer qu’elle puise dans une citerne, creusée en deçà de la laisse des plus hautes mers, et communiquant par un conduit avec un puits de prise d’eau foré à la limite des basses mers. Le conduit est fermé par des soupapes s’ouvrant de dehors en dedans, qui laissent l’eau emplir la citerne pendant le Ilot et se referment d’elles-mêmes, en maintenant la citerne pleine pendant le jusant.
- Celte piscine d’eau de mer fait partie du service des bains qui est admirablement entendu : sans parler de 4 cabines à une baignoire, réservées au personnel, il comprend une salle d’hydrothérapie, une de bains de vapeur et une salle de 16 baignoires émaillées pour les enfants auxquels les bains d’eau douce (ou les bains d’eau de mer chauds) sont ordonnées par le médecin, et le vaste bassin, où les petits malades peuvent nager pendant l’hiver dans l’eau de mer chauffée à la vapeur. Ce dernier local est assurément le plus magnifique de ce magnifique établissement : au sein de ces sables arides de la côte, séparé seulement des tempêtes, qui ne laissent pousser aucune verdure, par une vaste toiture vitrée, c’est un jardin d’hiver diapré de fleurs éclatantes au milieu desquelles luit un lac épanché de la mer et toujours maintenu à la tiède température de l’été... 11 n’y a pas un palais où la richesse et la puissance souveraines aient réuni pour les jouissances du bain un luxe plus raffiné que celui que la ville de Paris offre royalement à ses pauvres petits malades.
- Cet édifice de Berck a coûté 3 235 000 francs, non compris 145 000 francs d’achat de terrains; et 101000 francs pour la construction du petit hôpital ; avec les dépense de grosses réparations, cet asile revient assurément à plus de trois millions et demi. L’Assistance publique a bâti pour les enfants du peuple un hôpital plus coûteux que le château d’un prince. Il est beau de voir la science épuisant ses combinaisons les plus ingénieuses et la société dépensant sans compter pour le bien-être des plus humbles. Les mots d’égalité et de fraternité frappés sur nos monnaies et peints sur le front de nos monuments deviennent, grâce à Dieu, une réalité.
- Dr Bader. — Charles Boissay.
- p.180 - vue 184/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 181
- INFLUENCE
- DE LÀ PRESSION ATMOSPHÉRIQUE
- SUR LA MARCHE DD PENDULE ET DES MOYENS DE LE CORRIGER.
- Dès 1850, le Révérend Robinson s’était aperçu de l’importance des variations de pression sur la marche du pendule ; il fit alors une première étude pour arriver a débarrasser un régulateur de précision de ces causes d’erreur. Vers 1864,
- M. Krueger à Helsingfors reprit la question, et, au moyen d’une addition peu importante au balancier, arriva à un résultat entièrement concluant.
- Plus tard, M. Airy, directeur de l’observatoire de Greenwich, remarqua qu’un excellent régulateur de Dent, soumis à une température constante, donnait des écarts de marche assez considérables, écarts coïncidant avec des changements sensibles dans la hauteur barométrique.
- Il remarqua que pour une baisse de 0,025 du baromètre, la pendule avançait de 0,5 de seconde. Il imagina alors un procédé que les visiteurs du musée de Kensîngton ont pu apprécier.
- Nous allons décrire successivement les procédés de MM. Krueger et Airy, en y ajoutant le moyen récemment employé par M. A. Redier.
- M. Krueger emploie un baromètre à siphon, dont on a rempli la partie supérieure d’une petite quantité d’air ou mieux d’azote. Ce baromètre est attaché tout près de la verge du pendule dans le plan du mouvement.
- Les oscillations du mercure provenant des variations atmosphériques, causeront de petits déplacements des masses, et conséquemment des changements de la longueur du pendule.
- Ces oscillations sont d’ailleurs beaucoup plus petites que celles du baromètre normal, et il est facile de déterminer par le calcul la position que doit occuper le baromètre auxiliaire.
- Le procédé de M. Airy est différent dans son ensemble. Un aimant en fer à cheval est placé sous la lentille qui est munie d’une armature de fer doux. Cet aimant monté sur un fléau de balance, est équilibré par une masse plongeant dans le siphon d’un baromètre à mercure. Quand la pression augmente, l’aimant se rapproche de la lentille, et agissant sur l’armature, donne une légère accélération au pendule. L’effet inverse se produit si la pression
- Nouveau pendule de M. A. Redier.
- diminue. Ce procédé est très-délicat, échappe facilement aux ressources du calcul, et ce n’est pas trop de la grande habileté de M. Dent, l’horloger de Greenwich, pour sa mise en pratique.
- « On comprend, en effet, dit M. Redier, en présence de quelles difficultés on se trouve. En pareil cas, il importe que le remède ne soit pas pire que le mal, et je doute qu’entre des mains même habiles, on soit toujours sûr du succès. »
- La disposition proposée par M. A. Redier, se rapproche de l’idée de M. Krueger. M. Redier remplace le baromètre à mercure de celui-ci, par la boîte barométrique d’un anéroïde.
- La figure ci-contre représente l’ensemble de l’appareil appliqué à une lentille de pendule compensateur à mercure. RR est un support fixe, au milieu duquel est attaché une boîte barométrique d'anéroïde T. On voit fixé à cette boîte une masse M qui sera la compensatrice.
- Si en effet, la pression atmosphérique augmente, la boîte T se déprimera, et la masse M se rapprochant du point de suspension la pendule avancera, compensant ainsi le retard qu’avait apporté cette augmentation de pression.
- L’effet contraire se produira si la pression diminue.
- Dans cette construction l’effet n’offre rien de suspect, il est facile à calculer, et comme on connaît la valeur des déplacements de la boîte T, il suffira de donner à la masse M un poids en rapport avec l’erreur à corriger ; calculs d’ailleurs des plus élémentaires.
- « Sans entrer dans tout le développement du calcul, dit A. Redier, je vais donner une idée de la sécurité offerte par ce système.
- « Un centième de millimètre sur la longueur d’un pendule produit un écart de 0",6. C’est à peu près l’écart à corriger pour les différences moyennes de pression.
- « La boîte barométrique se déplace de 50 centièmes de millimètre pour ces différences.
- « Si j’attachais la letitille elle-même sur la boîte T, j’aurais donc 30 fois plus de compensation qu’il n’en faudrait. Il suffit,, par conséquent, que j’attache à ma boîte une masse M qui soit le trentième du poids de la lentille, pour obtenir l’effet voulu
- « Je fais remarquer que j’indique là des données grossières ; le poids dépendant de sa position par rap * port à la lentille. Ceux qui connaissent la théorie du curseur de Huygens comprendront l’importance de cette position. » Gaston Tissandier.
- p.181 - vue 185/432
-
-
-
- m
- LA NATURE,
- LA MÉTALLOTHÉRAPIE
- Nous venons d’avoir la bonne fortune d’assister à la Salpêtrière à des expériences très-intéressantes qui concernent le retour de la sensibilité chez les anesthésiques, à la suite de l’application sur la peau de plaques métalliques convenablement choisies. Leur résultat a été, comme on va le voir, des plus nets; « carré » pour reproduire l’expression dont s’est seivi M. Charcot, dans le service duquel elles se faisaient en présence de plusieurs médecins des hôpitaux de Paris. L’auteur de ces expériences est M. le docteur Victor Burq qui a consacré sa vie entière à l’étude des singuliers phénomènes dont on lui doit la découverte.
- Voici d’abord une malade, la jeune G., qui, avec les dehors d’une santé parfaite, offre sur tout le côté droit du corps cette insensibilité à la douleur que nos pères, dans leur ignorance profonde, appelaient stigmata diaboli et regardaient comme le signe le plus irrécusable de la possession démoniaque. On lui enfonce, sans qu’elle s’en doute, des aiguilles dans la main et dans le bras; on la pince; on lui frappe fortement la tête avec un corps dur : elle entend le bruit du choc, mais n’en ressent aucun mal. Au lieu de brûler vive la jeune G., comme on eût fait au bon vieux temps, le docteur Burq lui fait simplement serrer dans la main un cylindre d’or. Dix minutes ne sont pas écoulées que le contact de l’aiguille, appuyée sur la main, fait pousser un cri à la malade dont, par précaution, on tient les yeux fermés. Un quart d’heure plus tard, la sensibilité est montée jusqu’au coude et bientôt après jusqu’à l’épaule. A ce moment, G. s’aperçoit qu’on touche sa main avec une sorte de compas à branches mousses en ivoire et reconnaît si c’est une seule branche ou toutes les deux qui sont en contact avec elle ; la sensibilité est donc parfaite.
- Voyons maintenant la nommée M., dans le même état que la précédente avec celte différence que sa paralysie est à gauche. Le docteur lui met dans la main malade un cylindre de cuivre : les résultats obtenus précédemment se renouvellent presque exactement.
- Enfin, pour borner nos exemples, on a fait venir devant nous une vieille femme, dont les sens sont tous paralysés du côté droit. La moitié droite de la tête est insensible aux piqûres ; la narine droite ne perçoit aucune odeur ; la région droite de la langue ne reconnaît pas les saveurs même les plus vives, comme celle de la coloquinte. Le docteur Burq place une rondelle de fer sur la langue de cette malade et lui enveloppe la têté d’un bandage où sont compris des disques du même métal, dont deux sont disposés sur les ailes du nez. Au bout de moins d’une demi-heure, la joue est sensible aux piqûres de l’aiguille, la langue reconnaît l’amertume et le nez Todeur de l’éther. Nous le répétons, le résultat est prodigieux.
- Ce qui ne l’est pas moins, c’est que l’or, si efficace sur G., ne produit rien sur les deux autres sujets ; le cuivre qui influence M., ne fait rien éprouver à G., etc.; chaque personne a son métal propre, son idiosyncrasie métallothérapique pour employer l’expression consacrée. 11 résulte de là que, pour tirer de la nouvelle méthode les bienfaits qu’on est en droit d’en attendre, il faut avant tout déterminer le métal efficace dans chaque cas. Cela a l’air magique, n’est-il pas vrai? Mais cela est absolument vrai; cela a été constaté un nombre immense de fois et par les médecins les plus autorisés.
- On ne peut observer des faits pareils sans en chercher la cause, et naturellement, la tendance générale a été de les attribuer à des phénomènes électriques. Des expériences exécutées dans cette direction paraissent dès maintenant jeter sur le sujet une vive lumière. On a constaté depuis longtemps que ni la pile, ni la machine, employées dans les conditions ordinaires, ne donnent lieu aux phénomènes métallothérapiques. Néanmoins, l’application d’un métal sur la peau développe toujours un courant électrique, et les galvanomètres si délicats que l’on construit maintenant permettent non-seulement de les déceler, mais encore d’en évaluer la puissance. Cela posé, si, après avoir constaté l’énergie du courant développé par un métal donné sur un malade qui éprouve les bons effets de la métallothérapie, on remplace le métal par un courant électrique de la même intensité que celui développé par le métal, ou reconnaît que les bons effets se continuent.
- Sans aucun doute, les divers métaux, mis ën contact avec le corps humain, donnent lieu à un déplacement électrique qui est en rapport avec leur oxydabilité plus ou moins facile. L’or donne un courant incomparablement plus faible que le zinc et, par conséquent, on peut concevoir que les effets thérapeutiques soient différents. 11 faut admettre, en outre, que chaque sujet soit sensible à une certaine force de courant, au-dessus et au-dessous de laquelle rien ne serait obtenu. Au lieu de l’idiosyncrasie métallothérapique, que nous indiquions tout à l’heure, ce serait un idiosyncrasie galvanométrique qu’il faudrait admettre, sans pour cela rendre le fait beaucoup plus clair.
- En tout cas, dans cette manière de voir il resterait acquis que M. le Dr Burq aurait indiqué le procédé de beaucoup le plus commode pour appliquer ces courants électriques infiniment petits; pour pratiquer en un mot, cette sorte d’homæopathie électrique qui, si elle était démontrée, serait sans doute exploitée par l’autre comme un argument important en faveur de ses doctrines.
- Quoi qu’il en soit, les bons effets procurés par les plaques métalliques ne sont pas permanents. Dès que leur contact cesse, leur influence va en diminuant et il arrive d’ordinaire que, par une sorte d’oscillation en sens inverse, la maladie après s’être amendée s’accentue un moment plus que jamais : le patient est anéanti, il a un besoin impérieux de dormir pour
- p.182 - vue 186/432
-
-
-
- LA NATURES.
- 183
- se refaire et ce n’est que peu à peu que l’organisme reprend l’état d’équilibre qu’il avait avant l’expérience.
- Comme on voit, il n’y aurait, en définitive, dans tout ceci qu’un fait scientifique d’un puissant intérêt, il est vrai, mais sans application pratique, si le sagace auteur ne pensait avoir reconnu dans l’action externe des métaux l’indication de la médication à suivre. Le malade sensible à l’or devrait être traité par des préparations d’or; celui que le cuivre affecte trouverait dans les sels cuivriques les remèdes qu’il lui faut, etc.; dans tous les cas, la guérison ne tarderait pas à être complète.
- Évidemment, la constatation d’un pareil fait est extrêmement difficile. 11 ne suffit pas d’obtenir une cure par un traitement donné pour être assuré qu’elle lui est due. Qui sait si le malade n’aurait pas guéri tout seul? Une foule d’exemples peuvent encourager un semblable scepticisme qui a tous les dehors de la prudence la plus digne d’éloges.
- Cependant les faits observés par M. le Dr Burq ne sont plus isolés. Depuis l’année 1849 où ils ont été annoncés pour la première fois, ils se sont infiniment multipliés. Des cures bien authentiques ont été constatées dans une foule de circonstances et sans aller, bien loin de là, jusqu’à dire que le problème soit résolu on ne peut passer sous silence ce grand côté de la question. Parmi les très-nombreuses guérisons que l’auteur a obtenues, malgré les circonstances les plus défavorables, il faut le reconnaître, nous citerons les deux suivantes qui nous ont semblé particulièrement frappantes.
- Dans le service de M. le Dr Verneuil, une jeune femme est atteinte de pied-bot et le bistouri est prêt pour une opération sanglante : M. le Dr Burq intervient, déclare que la malade est sensible au cuivre et que la médication cuivreuse la guérira. On la lui confie et très-rapidement la contracture de la jambe et du pied disparaît.
- Le second cas concerne un graveur sur pierres fines du plus grand talent, comme en témoignent ses œuvres hautement appréciées. Chargé il y a quelques années, par un gouvernement défunt, de graver sur une agate large de 20 centimètres et de grande valeur, une composition d’Ingres représentant le triomphe d’un conquérant que tout le monde n’est pas tenu d’admirer également, il est pris au début même de son travail d’une paralysie qui le met pendant de longs mois dans l’impossibilité de rien faire. Le hasard de circonstances tout exceptionnelles le met en rapport avec un médecin au courant des procédés métallothérapiques. Le métal propre est trouvé, un traitement approprié est suivi et aujourd’hui tout le monde peut contempler dans un de nos grands musées parisiens le splendide camée dont l’exécution a été un moment si compromise.
- Voilà, n’est-il pas vrai, des faits bien nets et à côté desquels on pourrait en énumérer beaucoup d’autres. Cependant, nous le répétons, il serait téméraire de dire que le traitement métallique
- interne soit certainement indiqué dans tous les cas par l'effet des applications sur la peau de lames déterminées. Tout ce qu’on peut dire, c’est que les faits constatés dès à présent sont de nature à encourager les recherches dans une direction qui promet d’être très-féconde. Ajoutons que c’est après 27 années d’une lutte opiniâtre, que M. le Dr Burq, traité d’abord et pendant bien longtemps, de la manière la moins bienveillante, arrive enfin à faire reconnaître par les maîtres de la science la réalité des faits qu’il a découverts : saluons à la fois sa perspicacité et sa persévérance, applaudissons à son succès. Dr Z.
- —><>*-—
- LE COMMANDANT CAMERON
- A LA SORBONNE.
- La Nature a parlé à plusieurs reprises de la traversée de l’Afrique exécutée par M. Cameron1. Samedi soir, 26 janvier, cet héroïque héritier de Livingstone, de passage à Paris pour quelques jours, a lu en français un court récit de son voyage, dans une réunion extraordinaire de la Société de Géographie, tenue dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne. Depuis bien longtemps nous n’avions vu une fouie lettrée aussi compacte et aussi enthousiaste. Ce n’est pas le récit du voyage, maintenant bien connu, que l’on venait écouter, c’est le voyageur que i on voulait voir, connaître et acclamer ; ce public choisi tenait à rendre hommage à l’un de ces hommes qui ne sont plus seulement les champions de la gloire de leur pays, mais l’honneur de l’humanité.
- L’ancien lieutenant, aujourd’hui commander Cameron, est un jeune homme de trente-trois ans, dont le visage qui reflète la plus indomptable force morale unie à la plus extrême douceur, est à peine bronzé par le soleil zénithal, mais reste encore légèrement amaigri par les fatigues inouïes du voyage. Le célèbre explorateur s’exprime dans notre langue avec un très-fort accent britannique, qui d’abord a un peu déconcerté les auditeurs ; mais bientôt, emporté par l’intérêt de ses souvenirs et l’énergie de ses convictions, M. Cameron a parlé avec une chaleur entraînante qui a fait oublier le timbre étranger de sa voix. Les Français sont aujourd’hui le plus casanier de tous les peuples civilisés, il y a cependant des exceptions, et le jeune commander a rappelé que, dans son grand voyage, les derniers et les premiers Européens qui lui aient procuré aide et affection étaient des Français : nos missionnaires à Bagamoyo, un trafiquant à Katombela ; sans ce dernier peut-être il serait mort en arrivant au port.
- On sait que les sujets anglais appartenant à l’armée, à la diplomatie ou à la noblesse ont seuls le droit de porter des décorations. M. Cameron étant officier, deux croix brillaient sur son habit noir. A
- 1 2e année, 1874, 1er semestre, p. 211. 4* année, 1876, l*r semestre, p. 241.
- p.183 - vue 187/432
-
-
-
- 484 LA NATURE.
- la fin de la lecture, le président de la Société de Géographie, aux applaudissements de tout l’auditoire, a annoncé qu’elle venait de décerner sa grande médaille d’or pour 1877 au commandant Cameron.
- Nous ne reviendrons pas ici sur le voyage du commandant Cameron; nous l’avons décrit précédemment avec des détails circonstanciés. Mais nous publierons la péroraison du discours du célèbre voyageur, car elle résume nettement les conquêtes nouvelles dont il a doté la géographie :
- « La plus grande partie de la contrée qui s’étend du Tanganyika à la côte occidentale, dit M. Cameron , est d’une richesse presque indescriptible. Comme métaux, on y trouve le fer, le cuivre, l’argent et l’or ; on y trouve aussi de la houille. Les produits végétaux sont l’huile de palme, le coton, la muscade, et, en outre, plusieurs sortes de poivre, de café, le tout poussant naturellement. Les habitants cultivent plusieurs plantes oléagineuses, telles que la noix de terre et le semsem. Les Arabes, aussi loin qu’ils ont pénétré dans l’intérieur, y ont introduit le riz, le froment, les oignons et quelques arbres à fruits; et tout cela semble s’y développer fort bien. Les pays de Bihé et de Bailounda sont suffisamment élevés au-dessus du niveau de la mer pour être admirablement favorables à l’occupation européenne, et ils pourraient produire tout ce qu’on cultive dans le sud de l’Europe. Les oranges de senor Gonçalvès, à Bihé, où il s’est établi, il y a plus de trente ans, étaient plus belles que toutes celles que j’ai pu voir en Europe ou en Italie. Il avait aussi des roses et des raisins en abondance; mais s’étant absenté pendant trois ans, il avait perdu beaucoup de choses, telles que des pommes de terre et d’autres plantes potagères européennes. Cependant il m’assurait quelles étaient toujours venues dans la perfection tout le temps qu’il en avait pris soin.
- « Le point principal, parmi les découvertes que j’ai faites, est, il me semble, la connexion du Tanganyika avec le système du Congo. Le Loukouga sort du Tanganyaka, et il ne peut couler de là que dans le Louvoua qu’il rejoint à peu de distance en aval
- du lac Moero. Les altitudes que j’ai relevées prouvent de la manière la plus concluante qu’il ne peut rien avoir à iaire avec le Nil, le fleuve, à Nyangoué, étant de 1400 ou 1500 pieds au-dessus du niveau de la mer, tandis que Gondokoro est à plus de 1000 pieds. De plus, dans la saison sèche, le débit du Loualâba est d’environ 126 000 pieds cubes par seconde, tandis que celui du Gange, qui est beaucoup plus large que le Nil, ne dépasse pas 80 000 pieds cubes aux époques d’inondation, et que le Nil, à Gondokoro, au-dessous du point où tous les courants se réunissent, se tient entre 40 000 et 50 000 pieds cubes par seconde. Beaucoup de rivières se jettent dans le Louâba au-dessous de Nyangoué.
- « Il y a dans le centre de l’Afrique un système de cours d’eau suscentibles d'être utilisés pour le commerce, et qui n’a pas son pareil à la surface du globe. Entre les grands affluents du Congo et le bassin supérieur du Zambési, un canal de vingt à trente milles, à travers une plaine sablonneuse unie, pourrait rattacher les deux systèmes, et le Tcham-bezi, qui peut être considéré comme le cours supérieur du Congo, doit être navigable jusqu’à 200 milles du nord du lac Nyassa. A l’est du Lovalé, l’ivoire est merveilleusement abondant; son prix, parmi les marchands arabes de Nyangoué, était de sept livres et demie de verroteries ou cinq livres de cauries pour trente-cinq livres d’ivoire, et les caravanes qui partaient de là pour chercher l’ivoire pouvaient se procurer des défenses, indépendamment du poids, pour un vieux couteau, un bracelet de cuivre ou tout autre objet inutile capable de tenter le caprice des naturels.
- « Mais il y a une tache sur cette belle contrée : c’est la persistance du commerce des esclaves, qui y a pris un développement considérable pour remplacer les pays qui ont déjà été dépeuplés autrefois par la traite qui se faisait sur la côte. Les chefs, comme le kasongo et Mata-Yanvo, sont absolument et entièrement dénués de sens moral, et donneraient à un homme, en échange d’un cadeau de deux ou trois fusils, la permission d’aller détruire autant de villages et de s’emparer d’autant d’habitants qu’il pourrait pour en faire des esclaves. Les Onâcoua, en
- Fig. 1. — Habitation lacustre du lac Mohrya (d’après Cameron).
- p.184 - vue 188/432
-
-
-
- LA NATURE.
- m
- particulier, quoique possédant des esclaves, préféreraient mourir plutôt que de le devenir eux-mêmes. J’ai entendu raconter des anecdotes sur quelques-uns d’entre eux qui, emmenés jusque dans l’ile de Zanzibar, avaient pu revenir jusque dans leur pays tout seuls et n’ayant plus qu’une main.
- « Des hommes, qui se disent Portugais, sont les principaux agents de ce commerce, car ils sont à même d’échanger avantageusement les esclaves contre l’ivoire et les autres produits de divers pays. Quant aux grands négociants arabes, c’est une règle pour eux de n’acheter des esclaves que pour les employer comme porteurs ou comme serviteurs char-
- gés de cultiver la terre autour des camps permanents. Les gens du Bihé sont extrêmement brutaux et cruels dans la manière dont ils traitent ces malheureuses créatures. Je me suis interposé plusieurs fois, et je l’aurais fait bien plus souvent si je ne m’étais aperçu que mon intervention ne faisait qu’attirer aux pauvres êtres une punition plus dure aussitôt que j’avais le dos tourné. La seule chose qui mettra un terme à l’esclavage est l’ouverture de l’Afrique au commerce légitime, et le meilleur moyen d’y arriver est d'utiliser le magnifique système hydrographique des rivières de l’intérieur.
- « Voilà le résumé d’un voyage de 5000 kilo-
- Fig. 2. — Le village de Manyuéma, dans l’Afrique centrale. (D’après Cameron.)
- mètres, qui a duré deux ans et neuf mois, dont presque chaque jour amenait ses péripéties, ses difficultés, ses paysages nouveaux. En arrivant à la côte orientale, j’ai été reçu par des missionnaires français, et c’est encore un Français, M. Cauchoix, qui m’a reçu quand je suis arrivé près de la côte occidentale. — Permettez-moi de vous exprimer ma reconnaissance pour l’accueil que m’ont fait ces Français et aussi pour l’accueil que m’a fait la Société de Géographie de Paris. Je ne terminerai pas sans faire des vœux de succès pour vos concitoyens, MM. de Brazza, Marche et Ballay, engagés en ce moment dans l’exploration d’une partie entièrement inconnue de cette immense Afrique, où la civilisation trouvera tant de puissantes ressources ! »
- Le commandant Cameron vient de publier, en Angleterre, le résultat complet de ses voyages, en un magnifique volume intitulé Across Africâ, et rempli de gravures originales sur ses importantes découvertes. Nous reproduisons ci-contre deux dessins qui donnent une juste idée de l’intérêt capital que les régions de l’Afrique centrale peuvent offrir à l’ethnographie. La première (fig. 1) représente une maison bâtie sur pilotis à la surface du lac Mohyra, près de Kilemba Les habitants, fort habiles nageurs, ne se servent pas toujours de leurs canots pour gagner le rivage, et très-souvent ils l’atteignent à la nage. On a là comme un spécimen moderne des antiques cités lacustres.
- La seconde gravure (fig. 2) représente le curieux
- p.185 - vue 189/432
-
-
-
- 180
- LA NATURE.
- village de Manyuéma, au milieu duquel M. Cameron 11e pénétra pas sans étonnement en y voyant les maisons aussi nettement alignées que sur nos boulevards, en admirant le soin et la propreté des habitants.
- Les naturels de Manyuéma, quoique cannibales, sont supérieurs aux peuples d’alentour. Ils paraissent former une race conquérante et avoir asservi les indigènes. Ils travaillent le fer d’une manière fort industrieuse, et ont construit des fourneaux qui attestent un esprit délié et inventif. Leur type national est d’une beauté remarquable.
- Parmi les sujets les plus remarquables traités dans le bel ouvrage de M. Cameron, nous citerons le relevé de toute la côte méridionale du lac Tanga-nyika, ainsi que d’une partie de la côte occidentale, habitée par une population industrieuse, tandis que la côte orientale est infestée par les marchands ou plutôt par les ravisseurs d’esclaves. Suivant M. Cameron, le lac ïanganyika peut rivaliser par la splendeur de ses bords avec les plus beaux lacs de l’Europe et de l’Amérique. Des quadrupèdes, des oiseaux, des insectes, en quantités innombrables, en animent les alentours, et la végétation y est luxuriante.
- Les données, fournies par M. Cameron, seront d’une grande utilité aux nombreux explorateurs qui ont entrepris de traverser dans toutes les directions l’Afrique australe, seule contrée habitable du globe qui soit encore imparfaitement connue.
- LA STATION DE SAINT-PANCRACE
- A LONDRES (MIDLAND EAILWAy).
- Parmi les diverses compagnies qui exploitent les chemins de fer en Angleterre, une des plus intéressantes est, sans contredit celle du Midland Railway. Son réseau s’étend sur une bande d’une assez faible largeur située au milieu de l’île et qui ue s’élargit un peu qu’au centre. Aboutissant à Londres, ce réseau dessert Bedford, Leicester, Nottingham, Derby, Peterborough, Sheffield, Leeds, Lancaster, et se termine au nord à Carlisle ; c’est un des plus importants de l’Angleterre; mais ce qui rend cette compagnie spécialement intéressante, c’est la série d’innovations qu’elle a introduites dans l’intérêt des voyageurs, pour ne point parler du trafic des marchandises, et que pour une partie au moins les autres compagnies ont du accepter. Elle est une des premières qui aient employé en Angleterre les wagons-lits ou wagons-salons de Pullman, usités depuis longtemps déjà en Amérique; elle vient de faire construire et de mettre à l’essai des wagons Pullmann, nouveau modèle, qui, avec la construction générale, les grandes dimensions, les bogies (chariots articulés) des systèmes américains présentent une disposition en compartiments comme
- les wagons français et la plupart des wagons anglais. La compagnie du Midland a, il y a peu de mois, supprimé les places de seconde classe, en abaissant le tarif des places de première classe. Ces innovations, ces réformes semblent d’ailleurs réussir, et le chiffre des recettes croît régulièrement à la suite de chaque amélioration notable.
- Nous ne voulons pas nous appesantir sur l’exploitation des chemins de fer en général ; mais nous avons été frappé de la gare Saint-Pancrace, gare terminale à Londres du Midland Railway et nous croyons qu’il ne sera pas sans intérêt de la décrire sommairement. Outre que c’est un des beaux ouvrages que l’art de l’ingénieur ait produits dans ce genre, c’est un type des gares anglaises, et cette description permettra de saisir les différences principales qui existent entre ces gares et les gares françaises.
- La gare de Saint-Pancrace est située sur Euston Road entre Euston Station (terminus du London and JSorth Western Railway), dont elle est distante de 750 mètres environ et King’s Cross Station (Great Northern Railway) dont elle n’est séparée que par une rue ; elle est également très-voisine d’une station du Métropolitain, nommée aussi King’s Cross Station. Disons enfin pour terminer que la gare de Saint-Pancrace n’est guère qu’à deux kilomètres de Charing Cross, que l’on peut considérer comme le centre de Londres.
- Lorsque, comme nous l’avons fait, on arrive à Saint-Pancrace par le Métropolitain, on peut voir en quelques minutes trois types de gares entièrement différents : la station du Métropolitain, King’s Cross station est en effet en déblai, comme toutes celles de ce réseau : la gare du Great Northern est au niveau des rues environnantes, enfin la gare de Saint-Pancrace est en remblai, les voies étant à cinq mètres en moyenne au-dessus du terrain naturel.
- La gare s’aperçoit de loin : elle présente en effet une façade fort élevée, construite en briques d’une couleur vive et dans un style gothique d’un assez mauvais effet ; fenêtres en ogives, tourelles, clochetons. 11 est difficile de s’imaginer que l’on se trouve en face d’un hôtel ; car, suivant un système qui tend à se généraliser en Angleterre, un vaste et confortable hôtel fait pour ainsi dire partie intégrante de la gare qu’il limite sur une face. On accède au niveau de la gare et de l’hôtel par une large rampe assez douce pour les voitures, par des escaliers pour les piétons; quelques bureaux du chemin de fer se trouvent au rez-de-chaussée de l’hôtel et de larges passages permettent aux voitures d’arriver jusqu’aux quais principaux d’embarquement et de débarquement.
- Abordons maintenant la description de la gare proprement dite: nous parlerons successivement du sous-sol, de la plate-forme et du comble.
- L’étage inférieur, ou sous-sol, présente une surface de soixante-douze mètres sur deux cent dix envi-
- p.186 - vue 190/432
-
-
-
- LA NATURE.
- ron ; il repose sur le sol naturel pour la plus grande partie, mais, à la partie centrale, il se trouve au-dessus d’un tunnel dans lequel passe un embranchement qui, partant de la ligne principale à quelque distance, va rejoindre non loin le Metropolitan Railway. Le plancher qui recouvre cet étage et qui supporte les voies et les quais de la gare est constitué par des tôles bombées reposant sur un double système de poutres métalliques dont les unes, au nombre de quinze, sont parallèles aux voies, et les autres, au nombre de quarante-neuf, sont perpendiculaires aux premières. Ces poutres, à leurs extrémités, s’appuient sur les murs qui limitent la gare et elles sont supportées à leurs points de croisement par sept cent vingt colonnes en fonte. Ces colonnes sont espacées de quatre mètres cinquante d’axe en axe; leur hauteur est de quatre mètres dix; ces dimensions ont été choisies de manière à ce que cet étage présente les mêmes dispositions exactement que les celliers à bière de Burton, la gare étant chargée du trafic de ce liquide en quantités considérables. Les colonnes en fonte reposent sur des piliers en briques et en pierre qui sont descendus en moyenne à quatre mètres cinquante : un certain nombre s’appuient sur la voûte du tunnel dont nous avons parlé.
- Les communications entre cet étage inférieur et les voies principales se font, soit par des voies de raccordement, soit par de puissants appareils de levage mus par la pression de l’eau. Enfin des boutiques ont été établies sur les rues avoisinantes, sur tout l’espace qui n’était pas nécessaire à la Compagnie^
- L’étagesupérieur, ou plate-forme, auquel on accède comme nous l’avons dit, présente sur le côté les bureaux des billets, devant lesquels arrivent les voitures, qui s’éloignent par un autre côté ; d’autres bureaux se trouvent également à l’extrémité de la plate-forme. Cette plate-forme présente onze voies séparées par des quais de débarquement disposés à peu près comme à Paris, à la gare Saint Lazare, lignes de banlieue, mais en outre une large chaussée-destinée aux voitures pénètre dans la gare entre deux quais de débarquement; ceux-ci comme celle-là ont environ huit mètres de largeur et suffisent à un grand mouvement de voyageurs: les voitures arrivent ainsi en face même des wagons, et voyageurs et bagages passent directement des uns aux autres. Disons de plus que cette chaussée, qui, d’une part, aboutit à la face de l’hôtel, s’abaisse de l’autre pour aller à quelque distance passer sous les voies et se terminer dans l’une des rues latérales, de sorte que les voitures n’ont pas à tourner et que, entrant par une extrémité, elles sortent directement par l’autre; cette heureuse disposition se rencontre d’ailleurs dans d’autres gares anglaises.
- Ce qui rend la gare de Saint Pancrace particulièrement intéressante, ce qui nous a engagé à en donner une description un peu détaillée, c’est le comble, la toiture, qui, à notre connaissance au
- 187
- moins, est la seule construite sur ce modèle. Les fermes métalliques qui supportent cette toiture n’ont pas moins de soixante-treize mètres d’ouverture, sans que l’on aperçoive aucun tirant, aucune de ces pièces accessoires qui en général relient les extrémités de ces fermes. Expliquons sommairement l’originalité de cette disposition.
- Lorsque l’on place un poids quelconque sur un support unique, celui-ci n’a qu’à résister à une pression verticale dirigée de bas en haut, et il suffit que son diamètre soit assez grand pour que l’équilibre puisse subsister. Il en serait de même pour un corps reposant par ses extrémités sur deux supports, si ce corps était absolument rigide, complètement indéformable : les deux supports n’auraient encore qu’à résister à des pressions verticales. Mais les choses ne se passent point ainsi en réalité: les corps, tant sous l’influence de leur propre poids que par suite des charges auxquelles on peut les soumettre4 subissent des déformations plus ou moins considérables, et la production de ces déformations a, entre autres, pour effet de donner naissance à des efforts obliques qui s’exerçant sur les supports tendent à les renverser latéralement. C’est ainsi qu’une poutre de pont, comme on en construit très-fréquemment maintenant sur les chemins de fer, tendrait à renverser les culées sur lesquelles elle repose si l’on ne donnait à celles-ci une grande masse et si elles ne s’appuyaient sur des massifs de terre. Cet effort latéral, cette poussée au vide, suivant l’expression consacrée, varie avec la forme du corps pesant, cette forme ayant une double influence et sur le poids et sur la résistance à la déformation. On est conduit à rechercher les moyens propres à diminuer cette dernière: l’un des plus employés consiste dans l’emploi des tirants, barres de fer destinées à relier plus ou moins directement les extrémités des corps dont on veut éviter la déformation, de telle sorte que celle-ci ne peut se produire qu’à la condition de vaincre la rigidité propre de la poutre, de la ferme considérée et la résistance que le tirant oppose à l’allongement. Ces tirants, qui sont assez multipliés lorsque la portée est un peu grande, produisent un effet qui n’est pas satisfaisant; aussi, dans certaines circonstances, a-t-on cherché les moyens de les dissimuler. C’est ainsi, par exemple, que dans la galerie des machines, à l’Exposition universelle de Paris, en 1867, on avait, par un artifice ingénieux, reporté ces tirants au-dessus de la toiture, à l’extérieur, et que rien ne paraissait à l’intérieur, où la vue pouvait suivre sans aucun obstacle la galerie dans toute son étendue.
- Mais les tirants présentent un autre inconvénient, et plus grave; sous l’influence des changements de température, ils changent de longueur et, par suite, ne produisent pas constamment le même effet relativement à la poussée au vide : il résulte de là pour les supports des variations de pression qui peuvent avoir des conséquences fâcheuses et qu’il y aurait grand avantage à supprimer.
- p.187 - vue 191/432
-
-
-
- 18»
- LA NATURE.
- Dans la gare de Saint-Pancrace, la largeur de l’espace à couvrir dépassait soixante-douze mètres, on pouvait, comme cela se voit souvent, diviser cette largeur en plusieurs travées; chacune de celles-ci correspondant à une ferme d’une étendue moyenne, il ne se serait pas produit de poussées notables. Mais il eût fallu établir des colonnes en nombre plus ou moins considérable sur la plate-forme; ces colonnes eussent gêné les distributions des voies dans une certaine mesure, eussent entravé la circulation ; d'autre part, les colonnes eussent dû reposer sur des supports assez résistants, et l’on n’eût pas pu adopter un modèle unique pour les piliers du sous-sol. D’autres considérations se joignant à celles-ci, on décida, conformément aux propositions de l’ingénieur, M. Barlow, qu’il n’y aurait pas de points d’appui intermédiaires. Les fermes devaient donc avoir une portée de soixante-treize mètres avec une hauteur et un poids proportionnés: la nécessité d’un tirant était évidente et ses dimensions transversales devaient être assez grandes : les effets dus à l’action de la température étant d’autant plus considérables que le ti-1 rant est plus long, il se présentait une difficulté notable. La solution adoptée satisfait à ces diverses conditions importantes à différents points de vue :
- Les fermes sont des arcs en treillis présentant une forme légèrement ogivale; la portée de chacune d’elles est de soixante-treize mètres, sa hauteur, de vingt-neuf mètres sur l’axe. L’arc qui constitue chaque ferme prend naissance au niveau même de la plate-forme: il repose sur de solides maçonneries ; les deux extrémités de cet arc sont l’eliées par un tirant qui n’est autre chose que l’une des poutres transversales dont nous avons parlé plus haut et qui, comme nous l’avons dit, supporte le plancher des voies et des quais.
- On voit facilement que par cette disposition, en abaissant le point d’appui de la ferme, on a diminué non pas la grandeur des pressions latérales, mais l’importance des effets qu’elle peut produire ; que les tirants n’embarrassent pas la vue et qu’on a pu en conséquence leurs donner des dimensions relativement considérables, qui eussent produit un fâcheux effet si ces tirants avaient été placés en l’air, enfin, que ces tirants, étant enfouis dans le ballast sont soustraits à peu près complètement aux variations de température et que par suite ils s’opposent toujours avec la même efficacité à la poussée au vide.
- Donnons maintenant quelques chiffres pour mon-
- trer l’importance de cette remarquable construction.
- La surface couverte est de sept cent cinquante mètres carrés: la toiture est supportée par vingt cinq fermes en tôle écartées de neuf mètres d’axe en axe. Chaque ferme est en tôle pleine jusqu’à une hauteur de huit mètres cinquante à partir de son pied, et au delà elle est constituée par une poutre en treillis; sa largeur est de un mètre quatre-vingt-trois dans toute l’étendue de l’arc; elle se termine inférieurement par un large empâtement auquel viennent se fixer, d’une pari, l’extrémité du tirant, et, d’autre part, des boulons verticaux les reliant à des ancres en fonte noyées dans le soubassement. Le poids de chaque ferme est d’environ cinquante-quatre tonnes et son prix de vingt-huit mille francs ; le prix total s’est élevé à sept cent huit mille francs. La couverture est constituée, sur une partie, par de l’ardoise et sur l’autre par un vitrage disposé d’une manière spéciale; cette partie n’a pas coûté moins
- de six cent quatre-vingt-sept mille francs. Enfin des écrans vitrés s’arrêtant à dix mètres du sol environ limitent la gare à ses deux extrémités; leur prix a été de trois cents soixante-huit mille francs, ce qui porte à un million sept cents trente-trois mille francs le prix total de la toiture.
- La mise en place des fermes et de la couverture présentait de réelles difficultés qui furent heureusement vaincues, et dans un temps relativement assez court; c’est ainsi que les quatorze dernières fermes furent posées en dix-sept semaines, y compris des retards divers causés par le mauvais temps, etc.
- Bien que cette gare ne soit pas la plus grande de celles qui existent à Londres (Victoria Station a une superficie de trois mille six cents mètres carrés), elle est peut-être celle qui produit le plus grand effet, ce qu’il faut attribuer sans aucun doute à ce que rien ne vient obstruer la vue; le choix des couleurs qui ont été employées à Saint-Pancrace et qui d’ordinaire ne se rencontrent pas dans des ouvrages de cette nature n’est peut-être pas aussi sans avoir une certaine influence: les fermes peintes.en bleu se détachent parfaitement sur les murailles, qui ne s’élèvent qu’à douze mètres environ et, sur le reste de la couverture qui est peinte intérieurement en blanc ; l’ossature de ce comble ressort ainsi vivement et l’œil aussi bien que l’esprit est satisfait par l’affirmation nette et précise du système de construction. X...,
- Ingénieur cies ponts et chaussées.
- filtrage
- La gare Je Saint l'aucrace, à Londres. (Coupe.)
- p.188 - vue 192/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 189
- LE CAMELEON DE M. LENOIR
- Le petit appareil que nous représentons ci-dessous a été imaginé par M. Lenoir, l’inventeur du moteur ‘ à gaz qui a vivement attiré l’attention des ingé- | nieurs, il y a quelques années. L’auteur le recommande comme un instrument météorologique, capable de donner des indications sur les variations atmosphériques. Cet appareil se compose d’un cadran circulaire divisé en quatre parties. La première division vilain temps est de couleur rose-violette ; la seconde variable de couleur vert clair ; la troisième beau temps de couleur bleu-verdâtre foncée. Un thermomètre, indépendant du système, occupe la la division inférieure.
- L’espace circulaire central représente un petit caméléon dessiné sur fond noir. Ce caméléorv change de couleur, suivant l’état de l’atmosphère. 11 est tantôt rose, tantôt vert-clair, tantôt bleu-verdâtre foncé, et prend ainsi successivement une des nuances des trois divisions qui l’entourent.
- Si on place l’appareil au dehors, quand l’air est humide , le petit caméléon rougit très-rapidement ; si on le rentre à l’intérieur, où l’air est plus sec et plus chaud, et qu’on le tienne par exemple auprès du feu, il bleuit immédiatement,
- Il n’y a pas assez longtemps que j’ai entre les mains l’instrument qui m’a été donné, pour émettre une opinion précise sur sa véritable valeur scientifique : il m’a paru être particulièrement sensible à l’action de la chaleur, et je ne crois pas qu’il soit susceptible de donner autre chose que dés indications assez vagues.
- J’ai cherché comment ce caméléon était obtenu. J’ai d’abord pensé que le papier sur lequel il était imprimé avait pu être imbibé de manganate de potasse vert, qui, sous l’action de l’eau, se transforme en permanganate violet, sel que cette propriété a fait appeler comme on sait, caméléon minéral.
- Mais j’ai reconnu par un essai qu’il n’en était pas ainsi La substance qui colore le caméléon me paraît être le chlorure de cobalt. Si l’on dissout du chlorure de cobalt dans l’eau, on a une solution rose-#viôlette qui colore de cette nuance le papier qu’on y a trempé. Ce papier, soumis à l’action de la chaleur, devient bleu, ou bleu-verdâtre si le sel de cobalt est additionné d’une petite quantité de chlorure de fer.
- M. Lenoir aurait mis à profit une des substances qui constituent l’encre sympathique la plus usitée1. J’ai pu préparer quelques bandes de papier ainsi colorées par le chlorure de cobalt, et leurs variations de nuances étaient tout à fait semblables à celles du caméléon, soumis aux mêmes conditions de milieu ambiant.
- M. Lenoir a imaginé, en outre, de confectionner des fleurs artificielles, dont les pétales sont imbibées de chlorure de cobalt. On a ainsi un bouquet qui change de couleur suivant que l’air au milieu duquel il se trouve est humide ou sec.
- Quand on se reporte à l’explication que Thénard a donnée des changements de nuances du chlorure de cobalt, on reconnaît que ce sel peut, en effet, donner des indications hygroscopiques. Le chlorure de cobalt est bleu quand il est en dissolution aqueuse
- très-concentrée ; il est, au contraire, d’un rose tendre quand il est additionné d’une grande quantité d’eau. Quand on soumet à l’action de la chaleur le papier imbibé de cette dissolution, elle se concentre et devient bleue ; par le refroidissement, elle attire l’humidité de l’air et devient rose. Dans le cas de l’encre sympathique, la solution primitive est assez étendue, pour que le rose soit si clair qu’il est à peine visible.
- On conçoit que l’air sec peut agir à peu près de la même façon que la chaleur, puisqu’il active aussi l’évaporation du sel, détermine sa concentration, et amène par conséquent son changement de couleur. Gaston Tissandier.
- 1 Voici une amusante expérience que donne M. J. Girardin sur l’emploi des encres sympathiques au chlorure de cobalt.
- On ajoute ordinairement au chlorure de cobalt une certaine quantité de chlorure de fer, parce que les caractères apparaissent en vert par la chaleur, et que les effets sont plus marqués. Cette encre sympathique verte, peut servira composer de jolis dessins, qui représentent à volonté une scène d’hiver ou une scène d’été. En effet, si l’on dessine à l’encre de Chine un paysage, dans lequel la terre et les arbres sont privés de verdure, et qu’avec l’encre sympathique très-afl'aihiie, on ajoute les feuilles aux arbres et du gazon sur les blancs qui indiquent la neige, il suffira d’approcher le dessin du feu, pour voir la terre devenir verte et les arbres se couvrir de feuilles comme à l’approche des douces chaleurs du printemps ; mais bientôt l’hiver reviendra avec ses neiges et sa désolation, eu laissant le dessin à l’air, et plus promptement encore en exhalant dessus l’air humide des poumons.
- p.189 - vue 193/432
-
-
-
- 190
- LA NATURE,
- CHRONIQUE
- Éhoulement d’une montagne en Styrie, — Les
- journaux aulrichiens nousapportent quelques détails sur une épouvantable catastrophe qui vient de détruire une partie du bourg de Steinbrücken, en Styrie. Cette petite localité, située à deux heures de Cilli, au confluent de la Save et de la Sann, sur la ligne du chemin de fer du Sud, qui va de Gratz à Trieste, est dominée de tous côtés par de hautes montagnes calcaires tellement rapprochées, qu’elles laissent à peine assez d’espace pour la voie ferrée et la rivière. Steinbrücken était depuis plusieurs années en pleine prospérité. Des fabriques avaient été fondées sur la rive droite de la Save, tandis que, sur la rive gauche, des ouvriers avaient établi leurs demeures. Ces dernières, au nombre de huit, sont maintenant ensevelies avec leurs habitants sous une montagne de terre qui s’est détachée subitement, samedi dernier, à quatre, heures dix minutes du matin. Au moment où l’éboulement a eu lieu, le train express, qui va de Vienne à Trieste, venait de passer. On frémit en pensant qu’un instant plus tôt ce train, qui est presque toujours complet, aurait été englouti et broyé par les rochers de la montagne. Bien que la Save soit très-pro-londe à Steinbrücken, son lit a été comblé jusqu’au bord, et d’un seul coup, l’eau a rejailli à plus de 100 pieds. Des arbres de la grosseur d’un homme et d’énormes blocs calcaires ont été lancés à de grandes distances ; on n’estime pas à moins de 4 millions de mètres cubes la partie de la montagne qui s’est éboulée. Sur les quatorze personnes qui se trouvaient dans les maisons ensevelies, une seule a pu être sauvée.
- Nuées de sauterelles en Algérie. — Les journaux algériens annoncent qu’un vol considérable de sauterelles s’est abattu, dans ces derniers temps, sur le territoire des Ouled Abdelkader, entre la rive nord du Zabrez Chergui, la tribu des Oulod Brahim, de Médéah, et le Djebel Mekretti, du cercle de Bou-Sâada. Elles ont fait des dégâts aux cultures en herbes et aux pâturages, et, après être restées trois jours, sont reparties dans la direction du nord. On assure qu’elles n’ont pas fait de ponte ; cependant l’autorité locale fait opérer des recherches, et des corvées seront réunies sans délai, pour détruire les œufs s’il s’en trouve. Le territoire du cercle de Bou-Sâada est envahi par les sauterelles. Elles volent de tous côtés, et commettent dans les cultures des dégâts qui sont déjà appréciables. Des mesures sont prises pour combattre le fléau.
- BIBLIOGRAPHIE
- Étude expérimentale de l'action de la fuschine sur l'organisme, par V. Feltz et E. Ritter. — 1 broch. in-8. Paris, Berger-Levrault et Cie, 1877.
- La sophistication des vins. Coloration artificielle et mouillage. Moyens pratiques de reconnaître la fraude, par E.-J.-Armand Gautier, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris. — Paris, 1877. 1 vol. in-18 jésus de 204 pages. — J.-B. Baillière.
- Les Sciences naturelles et les Problèmes qu'elles font surgir (lay sermons), par Th. Huxley, membre de la Société royale de Londres. Édition française. —Paris, 1877. 1 vol, in-18 jésus de 501 pages. — J.-B. Baillière.
- Matériaux pour servir à l'étude de la faune profonde du lac Léman, par le Dr F.-H. Forel. 2° et 3e séries. — Lausanne, 1876. — La Formule des seiches, par le même. Une broch. in-8°.
- Les Bateaux hémi-plongeurs. Nouveau type de construction navale, par Donato Tommasi. Une broch. in-8°. — Paris, 1876.
- Aérage et assainissement des grandes villes, par E. Bosc. Une broch. in-8\ — Pans, A. Morel et Cie, 1876.
- L'assainissement de Paris. Li Seine. La presqu'île de Gennevilliers. La Bièvre, par le Dr De Pietra Santa. Une broch. in-8°. — Paris, Lachaud et 0,1876.
- Le commencement et la fin du monde, par Henri Vivarez. Une broch. in-8°. — Cette et Montpellier, 1876.
- Les mouvements des montagnes, par E. Tissot. Une broch. in-12. — Annecy, 1876.
- On some points in connection with végétation, par Dr F.-H. Gilbert. Une broch. in-8°. — On Rainfall évaporation and percolation. Servage utilisation. — Note on the occurence of « fairy-rings. » 2 broch., par le même. — Londres, 1876,
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du i 2 février 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Très-courte séance à cause du Comité secret qui doit suivre, où seront discuté les titres des candidats au fauteuil de M. Balard. On dit que les candidats qui ont le plus de chance sont M. Friedel, dont le dernier numéro des Comptes rendus, renferme un mémoire capital sur l’oxyde de méthyle monochloré, et M. Debray, le zélé collaborateur de M. Henri Sainte-Claire Deville.
- Altération du verre. — C’est sans doute à l’occasion du dernier mémoire de M. Frémy, que M. Victor de Luynes adressa le résumé de ses recherches sur certaines altérations que le verre éprouve par l’action de l’air humide. Souvent il se développe alors à la surface du verre de fines stries parallèles, et une substance spéciale se sépare progressivement en écailles. Celles-ci analysées, présentent une composition fort différente de celle du verre. Les alcalis y font presque entièrement défaut, la substance consiste surtout en silicate terreux, et sa teneur en silice s’élève à 78 pour 100, tandis que le verre normal n’en contient que 68. Les choses se passent donc comme si l’humidité atmosphérique résolvait ce silicate alcalin pour laisser ce résidu terreux, et. il est impossible de ne pas rapprocher ce résultat de celui que Ebeline, dans ses recherches classiques a obtenu en étudiant la décomposition des roches. Peut-être l’acide carbonique de l’air joue-t-il un rôle dans le premier cas comme dans le second.
- Nitrification. — De diverses expériences non encore achevées M. Schlœsing, est porté à conclure que la nitrification des eaux ammoniacales est due à une espèce de fermentation. En effet, il le développe à coup sûr, en faisant passer ces eaux à travers une substance poreuse chargée de corps organiques, mais il n’oblient pas trace d’azotate si le filtre est constitué par du sable pur. Bien plus, si l’on soumet la matière tout à l’heure active, à l’action du chloroforme, elle perd ses propriétés nitrifiantes exactement comme si ces ferments particuliers avaient été tués.
- Absorption physiologique de l'iode. — Un très-intéres-
- p.190 - vue 194/432
-
-
-
- LA.NATURE.
- 191
- sant travail est présenté par M. Dumas au nom deM. Benjamin Barrai. Voici de quoi il s’agit : M. Barrai nourrit une chèvre avec du fourrage auquel on ajoute chaque jour 50 centigrammes d’iodure de potassium. Au bout d’une semaine, le lait de cette chèvre est employé à faire du beurre que l’on soumet à un lavage complet à l’eau. Il est facile de reconnaître que le beurre ainsi préparé renferme une proportion notable d’iode. Le petit chevreau nourri avec le lait ioduré est sacrifié, et l’on retrouve encore de l’iode dans la substance même de la graisse.
- Élection, — La section de minéralogie avait à remplir parmi ses correspondants la place laissée vacante par le décès de M. Naumann. 29 suffrages désignent pour l’occuper M. Lory, le savant professeur de géologie de la Faculté des sciences de Grenoble. M. Cailletet obtient 14 suffrages; il y a un billet blanc.
- Génération spontanée. — M. le docteur Bastian, de Londres, annonce qu’il s’est, dans de nouvelles expériences, complètement conformé aux exigences de M. Bas-leur. 11 a employé de la potasse pure, chauffée à 110 degrés pendant plusieurs heures. Malgré cela, l’urine neutralisée par cette potasse a donné en vingt-quatre heures une innombrable population de bactéries. Si ce résultat se confirme , il fera faire un très-grand pas à la question de la génération spontanée.
- La fièvre typhoïde. — Jamais la méthode graphique n’a été plus éloquemment mise en œuvre que par M. le docteur de Pielra Santa, pour exprimer toutes les particularités de l’épidémie typhique que nous venons d’éprouver. Une carte coloriée fait sentir d’un seul coup d’œil l’intensité de la maladie dans les vingt arrondissements de Paris, et un second tableau établit le parallèle le plus imprévu entre la fièvre typhoïde et la phthisie pulmonaire. On y voit que les ravages de cette épidémie, dont on s’est tant effrayé et à si bon droit, ne sont rien à côté du tribut énorme que nous payons sans cesse à la phthisie. Celle-ci attaque tout le monde, sans égard pour l’âge, pour le sexe ou pour le genre de vie menée par ses victimes ; la fièvre typhoïde, au contraire, s’attaque surtout aux gens qui n’observent pas les règ'es de l’hygiène. Tandis que la première de ces maladies se fait sentir dans tout Paris d’une manière sensiblement uniforme, l’autre est surtout terrible là où la misère est le plus intense. Le VUParrondis-sement (Élysée) ne donne qu’un décès typhique pendant l’épidémie,sur 65 habitants; tandis que le XXe (Ménilmon-tant) en donne 1 sur 32. La mortalité est presque double ; dans quel rapport est le bien-être ! Tous les arrondissements se rangent entre ces deux pôles, et il est impossible de ne pas contempler la belle carte de M. le docteur de Pietra Santa, sans voir s’ouvrir devant soi tout un monde de réflexions à la fois tristes et encourageantes, sur le mal que fait l’ignorance, et sur les bienfaits que promet une hygiène mieux entendue. Stanislas Meunier.
- —»«—
- MÉTÉOROLOGIE DE I877*
- La moyenne températurè (de 24 heures) eu janvier lb77 est de 6°,2 à l’observatoire de Paris, la moyenne des maxima et minima diurnes, de 6°,6. On ne trouve depuis 130 ans que 1796 et 1834 plus chauds , et 1804 égal. Pluie totale en janvier au
- * D’après le Bulletin mternationah
- parc Saint-Maur : 49 millimètres; nébulosité (en centièmes) : 66, la moyenne normale étant de 72.
- E. Renou.
- L’ensemble des cartes météorologiques montre que les conditions atmosphériques qui ont prévalu pendant les deux mois précédents dominent encore en janvier 1877. Les pressions barométriques fortes dans l’est de l’Europe, restent en général peu élevées sur nos côtes occidentales où régnent des vents du sud avec température bien au-dessus de la moyenne. Les tempêtes sont nombreuses et sévissent sur l’Angleterre et la Manche, se dirigeant souvent vers la mer du Nord et la Baltique.
- Pendant la première décade, les courbes de pression barométrique sur nos côtes occidentales sont toujours inférieures à 760mra; 3 cyclones, nous atteignent le 1, le 3 et le 6. — Le premier, venu avec une rapidité considérable de l’ouest, a son centre le 1er janvier, en Angleterre, où la ligne de pression 750mm forme une courbe fermée le 2 il s’est transporté vers Pétersbourg (730mm). Il succède à un jour d’intervalle au dernier tourbillon de décembre qui après avoir sévi le 31 était remonté vers le nord ; mais il présente une violence encore plus grande et est accompagné surtout d’un ras de marée extraordinaire qui inonde diverses côtes de l’Océan, de la Manche et du sud de la mer du Nord. « A Belle-Ile-en-Mer, écrit M. Gouezel, la partie basse de la petite ville de Calais, a pris l’aspect d’une nouvelle Venise; plusieurs rues qui n’avaient jamais fait connaissance avec la mer ont été couvertes. On est étonné, car la mer n’était pas très-grosse. Il a dû se passer au large un effet de pression énorme qui a fait refluer la masse liquide vers nous. » Cet effet de pression dont parle M. Gouezel est dû d’un côté à l’intensité absolue du cyclone et de l’autre, à la rapidité de son mouvement de translation de l’ouest à l’est, laquelle lui fait parcourir en 24 heures la distance qui sépare Londres de Pétersbourg. — Le deuxième cyclone survenu le3 janvier amène une tempête épouvantable sur les côtes anglaises et séjourne sur les Iles Britanniques le 4 et le 5. — Enfin le cyclone survenu le 6, disparaît le 8 au nord de l’Europe et nous le retrouvons le 10 dans la Russie septentrionale.
- Pendant la seconde décade, cinq autres dépressions ont une trajectoire analogue. Celle qui est figurée sur la carte du 11 (750ram) s’écarte seule de la marche suivie par les précédentes. Elle se transporte, en effet, vers l’Autriche occidentale le 12 et atteint le 13 la Turquie. Les fortes pressions apparaissent un instant vers l’Espagne (770mm le 12 et le 13; 775mm le 15 et le 16. La température descend vers 0° à Paris ; mais les quatre autres dépressions traversent encore l’Angleterre et l’une d’elles amène le 15 une marée soudaine et brusque à Os-tende. « Il semble,[dit le Bulletin belge, qu’une vague immense de lm de haut et de 40m (le large soit venue se lancer sur nos rivages avec une brusquerie sans exemple, et cela au moment de la mer haule. »
- p.191 - vue 195/432
-
-
-
- 192
- LA NATURE,
- Au commencement de la troisième décade, nous trouvons une zone de fortes pressions barométriques
- (775mm) installée sur nos côtes occidentales. Le maximum de pression qui se trouve le 20 vers
- CAltïES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN JANVIER 1877.
- Dimanche 21
- Vendredi 26
- Vendredi 19
- Samedi 20
- Samedi 27 Dimanche 28
- D’après le Bulletin international de l’Observatoire de Paris. (Réduction 1/8).
- Madrid, le 21 vers Paris, passe le 23 à Berlin et le 24 à Péters-bourg. Son passage amène quelques froids sur nos régions, le régime semble chan-~Niercredi ger, les tourbillons ont une
- tendance à se diriger vers la Méditerrannée; la température descend au-dessous
- de zéro à Paris du 22 au 27, mais le 28 elle se relève, le vent revient au sud et le régime pluvieux et doux qui règne depuis novembre reprend encore sur nos régions. E. Frojx
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanwer.
- CORBEIL, TVP. ET STER. CRETE.
- p.192 - vue 196/432
-
-
-
- N* 195. — 24 FÉVRIER 1877.
- LA NATURE.
- 493
- SUR LA TRANSMISSION
- DES EXCITATIONS DANS LES NERFS
- DE SENSIBILITÉ.
- Les physiologistes sont loin d’être d’accord aujourd’hui sur la question de savoir si les nerfs, auxquels leurs fonctions spéciales ont fait donner les noms de nerfs de mouvement et de nerfs de sensibilité, sont identiques ou différents dans leur propriété intime, c’est-à-dire si un nerf de sensibilité pourrait conduire des excitations ayant pour résultat un mouvement, et réciproquement. On ne sait même pas si une excitation, portée sur le milieu du trajet d’un nerf, se propage à la fois dans les deux directions centrifuge et centripète. Les belles expériences, par lesquelles MM. Phili-peaux et M. Yulpian avaient pensé résoudre ces difficiles questions, sont en effet, comme M. Vul-pian l’a reconnu le premier, susceptibles d’une interprétation diiïérente de celle que le monde savant avait unanimement acceptée.
- Dans ces conditions. j’ai cru devoir reprendre une expérience que j’avais faite en 1863 ‘, et que j’avais négligé de poursuivre, en présence des résultats en apparence beaucoup plus concluants et beaucoup plus généraux obtenus par les savants expérimentateurs que je viens de citer. Je l’ai, en outre, perfectionnée et mise à l’abri des objections qu’on lui aurait pu opposer.
- Si l’on pince en un point de son parcours un nerf de sensibilité, la douleur éprouvée indique bien nettement que l’excitation s’est propagée dans la direction centripète; mais nous ne savons rien sur la propagation centrifuge, par cette raison bien
- * Comptes rendus de la Société de [Biologie pour l’année \ 863, p. 179.
- 5* aaeee. — !•' semestre,
- simple qu’à l’extrémité terminale du nerf ne se trouve point d’appareil nerveux percepteur. Mais, si nous parvenons à mettre cette extrémité en rapport avec le centre percepteur, c’est-à-dire avec le cerveau, nous verrons bien s’il y a sensation, ce qui impliquera la propagation centrifuge.
- L’artifice expérimental employé pour réaliser celte disposition est des plus simples. J’enlève, sur une
- longueur de 2 ou 3 centimètres à partir de l’extrémité, la peau de la queue d’un jeune rat, et j’insinue la partie écorcl tée dans le tissu cellulaire sous-cutané, par un orifice 1 iratiqué dans la peau du dos de l’animal. Quelques points de suture suffisent pour maintenir les parties en place, et bientôt une adhérence solide s’établit, l’animal portant ainsi une queue en forme d’anse (fig. I).
- Huit mois après je sectionne cette anse, etj’obtiens
- ainsi deux tronçons caudaux. Or immédiatement après la section, le tronçon dorsal est manifestement sensible, et, lorsqu’on le pince énergiquement, le rat pousse des cris et s’enfuit. Il est donc bien évident que, dans ce fragment de queue, l’excitation portée sur les nerfs de sensibilité s’est propagée du gros bout vers le petit bout, c’est-à-dire dans une direction inverse de ce que l’on considère comme son cours normal. Voici ce'qui s’est passé : Les nerfs sensibles qui se rendaient à l’extrémité de la queue, blessés par l’ablation de la peau, se sont unis avec les nerfs sensibles de la région du dos, que l’opération avait également sectionnés. Après un temps suffisant, la cicatrice nerveuse est devenue capable de se laisser traverser par les ébranlements de nature inconnue qu’une excitation suscite dans un nerf. A ce moment, lorsqu’on pince l’extrémité du tronçon dorsal, l’ébranlement chemine dans le nerf caudal excité, traverse la cicatrice, et suit le nerf dorso-cutané jusqu’à la moelle
- 43
- Fig i. — Bat ayant la queue en anse. Expérience de M Paul Bert.
- Fig. 2. — ME. Moëlle épinière.- NC (au bas de la gravure). Un des filets nerveux qui ss rendent au bout de la queue ; l’opération en a déchiré l'extrémité. — G. Son ganglion trophique. — DN. Un des filets nerveux qui se rendaient à la peau du dos et que l’opération a dilacéré. — G'. Son ganglion trophique. — C. La cicatrice qui a réuni les deux nerfs et est devenue perméable aux ébranlements nerveux. — S. Lieu de la section de la queue. — o, b. Flèches indiquant les deux sens dans lesquels se propage l’excitation qui détermine la sensibilité.
- p.193 - vue 197/432
-
-
-
- m
- LA NATURE.
- épinière qui le conduit au cerveau, d’où résulte la sensation douloureuse.
- La figure schématique ci-jointe (fig. 2), dans laquelle je n’ai, pour plus de simplicité, représenté qu’un des filets nerveux caudaux NC, et qu’un des filets nerveux dorsaux DN, rend parfaitement compte de ce qui a dû se passer.
- Mais cette sensibilité du tronçon dorsal diminue dès le second jour qui suit la section, et disparaît bientôt. Si, quelques jours après, on examine au microscope, comme a bien voulu le faire M. Ranvier, les nerfs de ce tronçon, on voit qu’ils ont subi les altérations habituelles des nerfs séparés de leurs centres trophiques, et cela pour la partie de la queue cachée sous la peau comme pour celle qui pend librement, et bien vivante, sur le dos de l’animal : on n’y trouve aucun tube sain. Au contraire, l’examen du tronçon de la queue resté à sa place normale n’y montre que des nerfs sains, sans aucun tube dégénéré.
- Les faits physiologiques concordent donc avec les constatations histologiques pour prouver de la manière la plus complète que les nerfs sensibles qui conduisaient l’excitation centrifuge étaient bien les nerfs normaux du tronçon dorsal, et qu’il ne s’agit là ni de nerfs de nouvelle formation, ni de fibres nerveuses se terminant en anse. Ils prouvent en outre, ce qui n’est pas sans intérêt, que les relations avec les centres nerveux percepteurs, d’où résulte la sensation, s’établissent plus aisément que celles avec les centres ganglionnaires trophiques, qui maintiennent l’intégrité de structure des nerfs de sensibilité; peut-être, en attendant plus longtemps avant de couper en deux l’anse caudale, l’influence des nouveaux centres trophiques deviendrait-elle suffisante pour que les nerfs du tronçon dorsal ne s’altèrent pas, et que la sensibilité y persiste après la section. Dans notre tronçon devenu insensible, la sensibilité reparaîtra au bout de quelques mois : les nerfs dégénérés se seront régénérés. Dans le principe, comme je l’avais vu en 1863, l’animal rapporte à la région du dos, où s’est faite la cicatrice nerveuse, l’impression qu’il reçoit : c’est, en sens inverse, l’illusion des amputés. Petit à petit, il fait son éducation, et finit par reconnaître exactement le point que l’on excite, témoignant ainsi que la notion prétendue innée que nous avons du lieu qu’occupent dans l’espace tous les points de notre corps n’est, comme toutes nos autres connaissances, que le fruit d’expériences répétées.
- En résumé, l’expérience que je viens de rapporter démontre que l’excitation portée en un point quelconque du trajet d’un nerf de sensibilité se propage à la fois dans les deux directions centrifuge et centripète. Il en est sans doute de même pour un nerf de mouvement. Il devient par conséquent extrêmement probable, comme l’enseignait M. Vul-pian, que les nerfs sont de simples conducteurs, qui ne se différencient que par leur fonctionnement, lequel dépend des appareils qui se trouvent à leurs
- deux extrémités : cellule nerveuse motrice et fibre musculaire pour les nerfs de mouvement, cellule nerveuse réceptrice et terminaison impressionnable pour les nerfs de sensibilité. Paul Bert.
- ALEXANDRE BAIN
- Alexandre Bain est décédé à Glasgow, le 2 janvier 1877. Son nom est peut être ignoré de quelques-uns de nos lecteurs, bien que l’art télégraphique lui doive de très-importantes améliorations. Malgré scs mérites, il serait mort dans l’indigence, si MM. Siemens, sir William Thomson et la Société des ingénieurs des télégraphes, ne lui eussent iait obtenir de M. Gladstone, alors ministre, une pension annuelle de 80 livres sterling (2000 francs).
- En 1838, M. Steinheil avait imaginé d’utiliser la terre pour compléter la circulation électrique, an lieu de se servir d’un fil de retour ; mais il paraît ne pas avoir publié son invention ni réluté les objections qui lui étaient faites.
- Bain imagina à son tour d’utiliser l’eau pour fermer le circuit électrique. Il plaça entre deux stations données un fil isolé, aux deux extrémités duquel une brosse métallique était immergée dans de l’eau ; l’expérience eut un plein succès. En 1841, il s’associa avec Wright pour des perfectionnements appliqués à l’électricité, dans le but de contrôler la marche des convois de chemins de fer, de produire des signaux et de donner des nouvelles sur tel ou tel point déterminé. En 1846, Bain prit un brevet pour l’invention du télégraphe électro-chimique. Comme dans le système Morse, il formait un alphabet par la combinaison de points et de tirets.
- Sir William Thomson écrivit récemment à l'Association britannique que, grâce à la méthode électrochimique inventée par Bain, M. Edison avait transmis sous ses yeux, dans une expérience faite aux États-Unis, 1057 mots dans l’espace de 57 secondes. Il est très-fâcheux, ajoute M. Thomson, que l’Angleterre n’ait pas adopté la méthode de Bain, tandis que les États-Unis l’ont mise à profit.
- Bain imagina un moyen d’annoncer un incendie, couvant dans les flancs d’un navire ou dans les salles d’un monument. Son appareil est aujourd’hui généralement employé en Angleterre. Depuis quelques années, l’inventeur souffrait d’une paralysie presque complète. 11 est mort, dans sa soixante-sixième année, à l’asile des incurables de Bromhill, près Glasgow *.
- —'></«—
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- M. Duboscq, dans la séance du 2 février, présente de nouvelles expériences d’optique qu’il réalise à l’aide de son appareil de projection pour la lumière polarisée, et
- * Extrait de Rature, de Londres.
- p.194 - vue 198/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 195
- qui sont fondées sur la persistance des impressions sur la rétine. Nous décrirons prochainement ces intéressantes expériences.
- M. Rouart présente, au nom de M. Bisschop, un petit moteur à gaz d’environ 6 kilogramme très par seconde. Les particularités nouvelles sont les suivantes : Le mélange explosif est allumé par un petit bec de gaz qui ne s’éteint pas par l’explosion, parce qu’une soupape se ferme brusquement après que ce bec a enflammé le mélange. — Il n’y a pas de circulation d’eau pour refroidir le cylindre ; la surface du cylindre présente un grand développement qui rend suffisant le refroidissement par l’air; la machine est d’ailleurs maintenue à une température assez élevée ; ce qui paraît avantageux, en empêchant la condensation des vapeurs acides. — Il n’y a pas de graissage du piston, lequel est poli, et ferme exactement, quand la machine est chauffée au point voulu. Cette particularité exige qu’on chauffe préalablement le cylindre pour la mise en marche. Le modèle, mis sous les yeux de la Société, faisait fonctionner deux machines électromagnétiques de Gramme ; sa dépense est de 350 litres de gaz par heure.
- Dans la séance du 16, M. Marey présente le résultat d’expériences sur la décharge de la torpille. Ces expériences, faites au moyen de la méthode graphique, ont montré que, si l’on excite un nerf de l’appareil électrique, il se produit un flux d’électricité qui retarde de 1/80 de seconde sur l’excitation du nerf; le flux dure 1/14 de seconde. Dans l’intégrité de l’animal, les décharges volontaires sont composées d’une série de flux successifs qui, suivant la température, varient de 20 à 140 secousses par seconde. L’appareil inscripteur, qui était le signal de M. Despré, traduit par ses vibrations le nombre des flux de la décharge. L’électromètre de M. Lippman montre que le sens du courant est du dos au ventre de l’animal. Les courants de la torpille font naître, dans une bobine d’induction, des courants qui actionnent aussi le signal inscripteur. Ces courants induits sont inverses de ceux de la torpille, et naissent au début de chacun des flux d’une décharge. Dans la décharge de la torpille, comme chacun des flux dure environ dix fois plus que l’intervalle qui les sépare les uns des autres, il se fait une addition de ces flux qui accroissent graduellement l’intensité de la décharge. Tous ces phénomènes correspondent de point en point à ceux que la myographie signale dans la production du travail musculaire.
- M. Gariel présente un tableau graphique donnant immédiatement, sans calcul ni construction, pour une lentille d’une distance focale quelconque, la position de l’image d’un point dont la distance à la lentille est donnée. Ce tableau, traduction en coordonnées bipolaires de la formule
- ne contient que des lignes droites ; il jouit,
- en outre, de la propriété que, pour trouver les valeurs qui ne correspondent pas aux lignes du tableau, il suffit 1 de faire, exactement ou à vue, une intercalation propor-
- tionnelle.
- M. Mascart communique quelques résultats relatifs à l’électricité atmosphérique. La seule quantité bien définie est la valeur du potentiel électrique en un point déterminé de l’atmosphère, et la bonté des méthodes dépend de l’exactitude avec laquelle cette valeur est fournie. M- Mascart discute à ce point de vue les divers instruments qui ont été employés : la mèche de Volta, la sphère de Dell-mann, l’écoulement liquide de M. Thomson. Dans une série d’observations faites avec des mèches formées de papier à filtre imbibé de nitrate de plomb, MM. Mascart et
- i
- Joubert ont constaté que la disposition des couches à niveau, que peut faire prévoir la théorie, est conforme à l’expérience dans le cas d’un ciel pur. L’électricité est alors toujours positive.
- LES CABLES ÉLECTRIQUES SOUS-MARINS
- ET LEUR FABRICATION.
- La fabrication des câbles sous-marins est un monopole de l’Angleterre ; car, si importante que soit la télégraphie océanique, elle ne fournira jamais qu’à un nombre de compagnies limité la somme de travail suffisant pour l’alimentation de leurs ateliers.
- Grâce à l’obligeance de M. Gray, l’éminent directeur de Vlndia Rubber Gntta-Percha and Tele-graph works Company, établie à Silver Town, au bord de la Tamise, à quelques milles de Londres, j’ai pu suivre de près la fabrication des câbles, et fournir aux lecteurs de la Nature quelques documents précis à cet égard.
- Du conducteur. — Le conducteur ou centre du câble, toujours en cuivre, est formé de plusieurs fils, jamais d’un seul. Le nombre de fils qui forment cette longue et fine corde de métal est ordinairement de sept. La raison pour laquelle on se sert de cette disposition est fort aisée à comprendre, car si durant le travail un accident arrive au fil, ou si le fil lui-même a un défaut caché, il est possible que sa rupture en soit la conséquence et cela quelque temps après la pose. Un tel accident aurait pour résultat un arrêt absolu dans les communications. Si au contraire notre conducteur est composé de sept fils en forme de corde par exemple, un accident ou un défaut à l’un des fils, en amenant la rupture même de ce fil n’interrompera pas le passage de l’électricité, puisqu’il en restera six autres pour cet office ; de plus, il est beaucoup plus facile de manier une corde de métal qu’un fil de même diamètre. Les câbles, avant et durant leur immersion, subissent un grand nombre de déroulements et d’enroulements ; il faut donc que chacune de leurs parties possède, autant que possible, les propriétés propres aux cordages.
- La pureté du cuivre peut jouer un grand rôle dans la valeur d’un câble et la vitesse de transmission croîtra même en proportion de cette pureté.
- Nous donnons, d’après Cullcy, la table suivante, où la conductibilité du cuivre pur est prise pour 100.
- 1861 Câble entre Malte et Alexandrie. . 85,39
- 1866 Louvestoft-Norderny............... 92,32
- 1865 Transatlantique................... 93,08
- 1866 ................................ 94,63
- 1869 ....................... Français. 94,90
- 1870 Indes orientales et Panama. . . . 96,16
- Afin d’indiquer l’énorme différence qui existe au point de vue de la conductibilité entre les différents cuivres du commerce, nous publions encore une
- p.195 - vue 199/432
-
-
-
- 496
- LA NATURE.
- labié, extraite du rapport fait par les professeurs Williamson et Mathiesson, au comité chargé de l’étude des étendues électriques connues sous le nom
- ({'Unités britanniques.
- Tous ces fils étaient recuits.
- Cuivre pur........................ „ 100
- Lac supérieur (natif)............. . 98,8
- .............fondu (commercial). 92,6
- Burra-burra........................ 88,7
- Cuivre choisi...................... 81,5
- Fil de cuivre brillant............. 72,2
- Cuivre souple...................... 71,0
- Demidoff........................... 59,5
- Rio Tinto.......................... 14,2
- Nous pouvons dire en passant que des variations similaires furent trouvées pour tous les métaux.
- C’est la ville de Birmingham qui a le monopole de la fabrication des fds de cuivre pour la télégraphie et leur diamètre est généralement indiqué par un numéro d’ordre conventionnel fourni par les fabricants.
- La température joue jn grand rôle dans la conductibilité du cuivre ; il est important d’en tenir compte. Les avantages dont nous avons parlé, relativement à l’emploi de plusieurs fils, entraînent à une conséquence que nous devons noter : c’est qu’il faut une plus grande quantité de matériel isolant pour une capacité électrique donnée. MM. Clark et Bright, afin de tourner ce désavantage, ont introduit un conducteur composé de même de plusieurs fils, mais dont la surface est cylindrique et non formée de spires comme le sont les cordes ; mais, paraît-il, les manufacturiers ont rencontré d’assez grandes difficultés dans la fabrication de ces conducteurs et les ont abandonnés. Dans le câble de 1875 , fait par MM. Siemens, le conducteur consiste en un fil central épais entouré de onze fils fins; la flexibilité, dans une certaine mesure, a été sacrifiée pour un gain de conductibilité. Quand les distances à franchir
- sont courtes, comme une rivière par exemple, on n’emploie souvent qu’un seul fil comme conducteur. Le diamètre du cuivre dans les longs câbles varie environ entre 2 et 4 millimètres et le poids par nœud (ou 1855 mètres) entre 40 et 150 kilogr.
- Quand le fil arrive à la manufacture, les plus grands soins sont pris pour en évaluer la conductibilité; si l’échantillon est court, les soins deviennent extrêmes, le fil ne doit être ni roulé ni tendu pour l’essai ; il ne faut même pas le redresser ni le tordre, et pour le couper à la longueur voulue, on l’étend au milieu d’une rainure creusée dans une planche de bois possédant la longueur voulue. Ces soins peuvent paraître exagérés, mais la pratique a démontré que le succès final n’est qu’à ce prix. Il ne nous est pas possible d'énumérer les travaux entrepris par les savants anglais pour arriver aux résultats surprenants de la télégraphie océanique, ils
- sont innombrables; mais de ce qui précède et de ce qui va suivre, le lecteur pourra juger des difficultés qu’il a fallu vaincre dans la confection des câbles.
- Des isolants. — Le fil de cuivre arrive tout préparé des usines spéciales de Birmingham, et le fabricant de câbles passe de suite à son recouvrement par l’isolant, qui est le plus généralement de la gutta-pcrcha.
- La gutla-percha n’occupe pas le premier rang, loin de là, dans la liste des isolants; le caoutchouc, entre autres, lui est bien supérieur , car on sait que la vitesse de transmission est en raison inverse du pouvoir inducteur. Néanmoins, la gutta-percha, pour de nombreuses raisons pratiques, a été choisie et restera pour longtemps encore peut-être le principal agent de télégraphie sous-marine.
- Le fil conducteur, recouvert de son enveloppe isolante , est ce que les Anglais nomment Y âme du câble ; ainsi, dans les dessins de nos câbles, A est le conducteur, B la^ gutta-percha, et la réunion de A et B constitue Y âme (lig. 1).
- La gutta-pereha est le jus solidifié de Yisonandra,
- Fig. 1. —Câbles sous marins pour le rivage, les profondeurs moyennes et les grandes profondeurs (1/2 grandeur d’exécution).
- Fig. 2. — Figure montrant te principe de la machine û recouvrir de gutta-pcrcha .ies fils conducteurs.
- p.196 - vue 200/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 197
- un arbre fort grand et connu aussi en Angleterre sous le nom d’arbre databan (taban tree). Il s’élève à une hauteur de 60 à 70 pieds et le tronc mesure souvent de 3 à 4 pieds de diamètre ; il pousse sur les sols d’alluvion, au pied des collines; on le trouve dans l’archipel malaisien, dans l’Asie du Sud et la Guinée hollandaise. La principale source d’extraction est Singapore. Le mot gutta-percha, paraît-il, serait un mot composé malais, le premier voulant dire, gomme, le second étant le nom de l’arbre même. Le jus était jadis obtenu en abattant les arbres et en faisant dans l’écorce des incisions distantes de un pied à un pied et demi les unes des autres; le jus laiteux ainsi obtenu était placé dans des vases appropriés et épaissi au feu. La pratique peu économique d’abattre les arbres menaçait fortement la source d’alimentation, quand une compagnie anglaise appliqua à l’extraction de la gutta-percha les moyens bien connus de l’extraction du caoutchouc; ces procédés n’entraînent pas la perte de l'arbre.
- La gutta-percha arrive eu Europe en blocs de quelques livres, presque toujours remplis d’impuretés et quelquefois même fraudés.
- La meilleure gutta-percha est jaunâtre et fibreuse ; les qualités inférieures sont rougeâtres, blanchâtres et souvent collent aux doigts. J’ai pu du reste constater celte différence bien tranchée dans les magasins de l’usine. Quelques produits, qui prennent place entre le caoutchouc et la gutta, sont souvent mélangés avec celte dernière par les manufacturiers.
- La lumière a une très-grande influence sur la gutta-percha; elle active son oxydation, aussi la garde-t-on dans des chambres noires. Dans les manufactures, aux Indes, on a protégé souvent des fils recouverts de gutta contre l’action de la lumière en les enfermant dans des tubes de plomb ; ces lils télégraphiques peuvent de la sorte se conserver fort longtemps sans altération. La gutta-percha est pratiquement indestructible sous l’eau et isole assez bien pour les températures ordinaires, mais quand elle devient molle par une trop grande élévation de température, elle perd beaucoup de son pouvoir isolant ; c’est pourquoi le caoutchouc lui est-préféré pour les câbles aériens destinés aux pays chauds et pour les conducteurs qui doivent enflammer les mines, les torpilles et autres engins de cette
- espèce. Comme nous l’avons vu, la gutta est loin d’arriver pure ; il faut donc lui faire subir un grand nombie d’opérations avant qu’il soit possible de s’en servir, et ce n’est pas la partie la moins importante de la fabrication d’un câble.
- Les blocs de gutta-percha sont coupés entranches minces par des machines faisant faire 300 tours à la minute à des disques qui entraînent avec eux des lames tranchantes; ces trancheskfines sont ramollies dans l’eau chaude et ensuite déchirées, mâchées, si l’on peut dire, par des machines spéciales. La masse ainsi obtenue est ensuite purifiée, aussi bien que possible, par des lavages successifs à l'eau chaude et à l’eau froide. Cette pâte purifiée est ensuite mastiquée et passe entre les rouleaux d’un laminoir spécial qui la pétrit; les rouleaux sont tenus chauds par un courant de vapeur. Arrivée à ce point, on force celte pâte à traverser une série de toiles métalliques ; on la tamise, en un mot et les tamis formés d’un assemblage de ces toiles métalliques ont leurs mailles de plus en plus serrées.
- La gutta ainsi réduite est encore repétric et enfin séchée partiellement ; on la passe alors sous des laminoirs qui lui donnent l’épaisseur voulue ou on l’emploie telle quelle. Le degré de pureté ainsi obtenue est si grand, que j’ai vu laminer de la gutta-percha sur une largeur d’un mètre et à une épaisseur qui ne dépassait pas celle d’une feuille de papier. Elle est alors d’une belle couleur jaune ioncé et si transparente que je pouvais parfaitement lire au travers en plaçant un journal au-dessous.
- Pour les . besoins du câble, c’est sous forme de pâte que la gutta-percha est employée. Les machines à recouvrir sont installées dans de vastes ateliers d’une longueur de 20 mètres environ, afin de donner le temps de se refroidir aux fils sortant des machines.
- Bien des perfectionnements ont été nécessaires avant d’arriver aux résultats requis; ce n’était pus chose facile que d’obtenir, sur une aussi grande longueur, une couche homogène et d’égale épaisseur; et si parfaites même que soient les machines maintenant en usage, il faut encore apporter beaucoup de soins à l’opération.
- Le principe de la machine à recouvrir est indiqué dans la figure 2. La gutta-percha est introduite, à une certaine température, dans le cylindre B tenu
- Fig. s. — Condenseur pour l'essai des câbles.
- Fig. 4 — Appareil pour recouvrir le câble de lils de fer.
- Fig. 5. — Le meme appareil, vu de côté.
- p.197 - vue 201/432
-
-
-
- 198
- LA NATURE.
- chaud lui-même; le fil entre par C et sort par D, traversant ainsi la masse de la percha; il marche avec une vitesse constante réglée avec le plus grand soin; le succès est là en partie. Une certaine pression, réglée également, est exercée sur le piston A; cette pression a pour effet d’obliger la percha à tenter sans cesse de sortir par l’orifice D, ce qui donne pour résultat son entraînement par le fil en motion et par conséquent le recouvrement de ce dernier. A sa sortie de l’orifice D, que nous pouvons considérer comme le trou d’une filière, le fil plonge dans un long et étroit canal de 10 à 15 mètres de long, et dans ce parcours rencontre une succession de bobines sur lesquelles il glisse doucement jusqu’à ce qu’il s’enroule définitivement, après plusieurs allées et venues autour de la bobine sur laquelle il loit rester. Toutes les bobines intermédiaires sur esquels il glisse simplement sont revêtues de caoutchouc, afin de prévenir la plus légère pression sur la gutta, et d’éviter que le fil conducteur ne prenne une position excentrique.
- On ne recouvre jamais les fils à l’épaisseur voulue en une seule fois, ce serait une pratique dangereuse et impossible à exécuter. Un fil passe dix fois, vingt fois même, à travers les machines, et chaque fois il reçoit une couche nouvelle. Le grand avantage obtenu par ce procédé, c’est que si une fente existe dans la couche n° 1, la couche n° 2 la bouchera, st ainsi de suite; une fente ne peut donc se trouver que dans l’épaisseur de la couche dernière.
- Les âmes ainsi recouvertes, il est souvent arrivé que les couches superposées manquaient d’adhérence; ce grave inconvénient a été supprimé par l’emploi d’une mixture connue sous le nom de « composé de Chatterton » ; c’est un mélange d’une partie de goudron, d’une partie de résine et de trois parties de gutta-percha ; on étend ce composé en couches excessivement minces entre les différentes couches de percha. De cette façon, on obtient une adhésion complète. Ce mince composé ou un composé similaire est appliqué souvent sur le conducteur même pour combler les interstices formés par les spires des fils tordus en cordes et faciliter leur adhésion avec l’isolateur. Il faut employer le composé de Chatterton en couches aussi minces que possible, parce que son pouvoir isolant est inférieur à celui de la gutta-percha.
- La longueur des fils ainsi traités est généralement d’un nœud télégraphique anglais, soit 1855 mètres. Durant quinze jours environ, la gutta gagne en pouvoir isolant, et, pour cette raison, les essais électriques auxquels doivent être soumises les âmes ne commencent qu’au bout de ce temps.
- Les essais relatifs à la résistance électrique des câbles ont exigé des instruments nouveaux, connus sous le nom de galvanomètre et électromètre à miroir de Thomson, appareils d’une sensibilité telle, qu’il n’est plus permis à l’électricité de se produire, si infime que°soit sa manifestation, sans que ces instruments n’en accusent réception. Ces deux in-
- struments sont venus donner une vie nouvelle à la télégraphie océanique qui, assurément, n’aurait pu se développer sans eux. C’est avec leur aide que les moindres pulsations de la vie d’un câble sont consignées et enregistrées; il n’est pas possible au plus petit défaut de se produire sans qu’on en soit averti *.
- Outre ces deux instruments précieux qu’il fau* voir agir pour en apprécier la valeur, un troisième appareil est encore de nécessité absolue ; c’est un condenseur. Il représente en quelque sorte un véritable câble sous-marin. Figurez-vous une succession de feuilles d’étain séparées les unes des autres par des feuilles de mica ou autres substances isolantes et formant une masse que l’on peut comparer assez bien à un livre dont les feuilles seraient formées alternativement d’étain et de mica. Quand la masse est ainsi formée, on réunit, comme on le voit sur la figure 3, toutes les feuilles paires d’un côté et toutes les feuilles impaires de l’autre; on a ainsi un condenseur d’une certaine surface connue, et si nous mettons le côté A, par exemple, en communication avec une pile, une quantité égale d’électricité du même nom s’écoule par B. Ges condenseurs jouent un rôle immense dans les mesures électriques des câbles et sont même employés pour la transmission des signaux jouissant de certaines propriétés qu’il n’est pas de notre but de reproduire ici. Ces condenseurs atteignent quelquefois des proportions considérables; nous citerons, comme exemple, ceux employés par la compagnie transatlantique : ils ont une superficie de 40 000 pieds carrés.
- Le fil est fort capricieux ; il faut le suivre, dans ses moindres mouvements moléculaires ; chaleur, pression, tension, torsion, tout l’affecte, et il faut lui épargner la moindre souffrance.
- Les mesures étant fort délicates, il est de la plus grande importance que les chambres d’essai soient à une certaine distance des machines et construites sur un sol stable. Les instruments doivent être irréprochablement isolés. Les piles d’essai, généralement les piles Leclanché, sont aussi près que possible de la chambre d’essai, afin de n’avoir pas un parcours trop long à faire suivre aux conducteurs qui transmettent l’électricité aux instruments ; la pile ne doit avoir aucune communication avec le sol, et pour cela ou la place sur les planches suspendues au plafond par de longues cordes de gutta-percha ; chaque élément de la pile est lui-même aussi bien isolé que possible de l’élément auquel il se relie. Les fils qui conduisent de tous les points de la manufacture les extrémités des âmes ou les câbles en cours de fabrication aboutissent tous dans un appareil spécial à vitrines, nommé planche d’essai ; là, l'employé, quand il le désire, peut réunir à ses instruments l’un des câbles quelconque qu’il désire soumettre aux essais ; c’est, en fait, une espèce de
- 4 On a décrit précédemment le galvanomètre à miroir te qu’il sert pour les dépêches télégraphiques, nous ne ferons que mentionner ici le galvanomètre construit dans les chambres d’essais. Voy. 1874, 28 semestre, p. 565.
- p.198 - vue 202/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 100
- commutaleur. Ne pouvant entrer en détails dans toutes les mesures nombreuses subies par un câble dans la chambre d’essai, nous nous contenterons de mentionner deux ou trois des essais les plus importants.
- Le fil, après avoir été couvert de gutta, est immergé pendant vingt-quatre heures dans des récipients pleins d’eau maintenus à une température constante de 24° centig. Dans cet état, chaque rouleau de fil subit les essais qui se font dans l’ordre suivant : 1° résistance du conducteur; 2° mesure de la capacité inductrice, et 3° mesure du degré d’isolation : opérations qui nécessitent toutes le concours d’appareils précis et de soins minutieux.
- Il est encore un phénomène que nous devons noter, eu égard à son importance ; nous voulons parler des effets produits par la pression sur la matière isolante. Quand un câble recouvert de gutta-percha est descendu au fond des mers, son isolation augmente toujours ; 1° parce que la température du fond de la mer est toujours au-dessous de celle de l’eau dans laquelle on a expérimenté ; 2° en raison de la pression exercée sur le câble par la masse liquide. Cette pression peut avoir une influence assez grande pour augmenter la résistance de la percha entre 2,3 et 2,6 p. 100 par pouce carré sur 100 livres de gutta. Comme exemple, nous citerons le câble transatlantique qui gagnait 7 0/0 pour chaque 200 mètres environ de submersion.
- Jenkin dit : que la différence de conductibilité entre la percha du câble transatlantique et une masse égale de cuivre est aussi grande que la différence entre la vélocité de la lumière et un corps se mouvant d’un pied en 6700 ans !
- Les essais d’isolation sont souvent faits à l’aide du procédé connu sous le nom de « pertes de charge statique » lesquelles se déterminent à l’aide d’un galvanomètre ou d’un électromètre. Cet essai n’est que comparatif et ne donne la résistance que lorsque la capacité est connue, mais comme il est simple, il est toujours employé.
- Enveloppe du câble. — L’âme ayant été ainsi éprouvée, on procède à son recouvrement extérieur, on en fait enfin un câble. Comme nos dessins des câbles l’indiquent, il existe toujours ou presque toujours trois grosseurs correspondant aux places que doivent occuper dans la mer les différentes parties du câble. Naturellement, plus nous nous éloignons du rivage, plus les chances de danger diminuent ; comme on le sait, l’agitation des flots cesse à une certaine profondeur, et plus le câble est enseveli profondément dans la mer, plus sa stabilité sera assurée. De plus, sur les rivages, il peut devenir le point d’appui de l’ancre d’un navire et il doit être assez fort pour supporter le choc; enfin, comme il serait dangereux d’unir directement un câble de rivage avec un câble de pleine mer, on place généralement un câble intermédiaire entre les deux. Mais, comme on peut le voir, cette augmentation de diamètre est toute extérieure à l’àme qui, naturellement,
- ne varie pas d’un bout à l’autre de la longueur. La théorie de la submersion des câbles a été résolue en Angleterre par différents mathématiciens, et c’est d’après la théorie que l’on règle la force nécessaire à un câble de grande longueur. L’enveloppe extérieure n’a donc rien à faire avec les conditions électriques, et son rôle n’a qu’un but : protéger l’âme et lui fournir la force nécessaire pour supporter la submersion. Le chanvre ordinaire, le chanvre indien, le fer galvanisé et différents composés protecteurs forment ordinairement l’enveloppe extérieure de l’âme. Le chanvre, enroulé comme une corde directement autour de l’âme, est placé là : 1° pour servir comme le tampon à la pression que pourrait exercer les spires de fil de fer ; 2° pour augmenter le diamètre afin de pouvoir enrouler les fils de fer, ce qui serait une impossibilité sur le petit diamètre ordinaire de l’âme. Il arrive souvent que les câbles ne contiennent pas qu’un fil conducteur ; dans ce cas chacune des âmes est traitée séparément et ensuite réunie aux autres sous forme de corde ; quand cette corde est ainsi faite on la recouvre à son tour d’une autre couche de chanvre. Primitivement, on goudronnait le chanvre que l’on appliquait directement sur l’âme, mais M. ’Willoughby Smith démontra que le goudron ne réparait que temporairement les petites fentes qui peuvent se présenter dans l’isolateur, et, pour cette raison, pouvait nuire à la qualité de l’âme en les dissimulant ; une fente par exemple, qui ne s'ouvre qu'après la pose du câble aurait pu être découverte avant et réparée. On a donc abandonné cette méthode. On emploie maintenant un chanvre spécial que les Anglais nomment chanvre tanné, et pour qu’aucun défaut ne se dissimule durant le travail on le mouille de temps à autre pour en augmenter la conduction. Le chanvre, protégé par des fils de fer galvanisés, se conserve remarquablement bien sous l’eau, et le chanvre indien ou jute peut même lui être substitué par raison d’économie. Quand, au contraire, les substances ne sont pas recouvertes de fer, elles entrent vite en décomposition, le jute précédant le chanvre. Ces différentes propriétés ont pu être vérifiées aisément dans les relèvements de câbles défectueux où des déroulements du fer produits au fond des mers avaient mis le chanvre à nu ; ce dernier, dans cet état, est même aussi fortement attaqué, dans la Méditerranée surtout, par un petit poisson de l’espèce Toredo. De nombreux exemples en ont été constatés, et cela à des profondeurs considérables.
- Quand l’âme est faite, elle passe immédiatement à la machine qui doit la recouvrir de fer et la transformer en un solide câble métallique, ^es figures 4 et 5, sont destinées à démontrer le principe du recouvrement de'l’âme des câbles. La figure 4 montre l’appareil de face, la figure 5, de côté. Le plus petit nombre de fils nécessaires pour donner à un câble la force suffisante est 9 et le plus grand nombre 18; 12 est un nombre commun, c’est celui du câble représenté passant au travers de la machine. Le poids
- p.199 - vue 203/432
-
-
-
- 200
- LA NATURE.
- du fer employé peut varier enire 1/2 tonne et 17 tonnes par 1855 mètres, et celui du câble complet entre 1 tonne 1/2 et 20 tonnes 1/2. Le chanvre et le fer sont enroules d’une manière similaire sur l’âme, l’uu précédant l’autre. Dans notre gravure (fig. 5), A représente le fil conducteur, B la percha, C le chanvre en voie d’enroulement, et enfin D le câble fait. La machine à chanvre n’est pas indiquée, mais nous supposons le câble la quittant. Comme on le voit, il traverse le disque à son centre O (fig. 4), pour se faire ensuite recouvrir de fer. Notre dessin n’étant pas la reproduction complète de la machine, ne doit être considéré que comme le principe du recouvrement.
- Imaginez donc un immense disque de 5 à 4 mètres de diamètre environ, mû d’un mouvement de rotation par de puissantes machines et entraînant dans sa course douze bobines énormes, sur lesquelles sont enroulés les fils de fer. Ces bobines sont animées de trois mouvements de rotation : 1° elles suivent le disque dans son mouvement de révolution autour du câble; 2° elles tournent sur leurs axes pour laisser le fil se dérouler; 3° elles décrivent un mouvement de rotation inverse de celui du disque, tournant sur un axe perpendiculaire au milieu de leur axe longitudinal. Ce troisième mouvement, le plus important, a pour but de les faire se mouvoir toujours parallèlement â elles-mêmes afin de ne pas tordre le fil qu’elles sont chargées de dérouler. Un câble fait avec une machine dont les bobines ne possèdent pas ce troisième mouvement est bien inférieur en force.
- La vitesse d’avancement du câble, la vitesse de rotation du disque et enfin la vitesse de ce troisième mouvement des bobines dont nous avons parlé sont calculées avec le plus grand soin et doivent être admirablement réglées. Le diamètre des fils de fer est nettement calculé, de façon à envelopper exactement le câble de chanvre et cela sans exercer la moindre pression; de plus, les spires de fer doivent avoir une souplesse telle, que si une tension est exercée, sur le câble, l’âme n’en souffre pas. Afin de bien appliquer les fils les uns auprès des autres, ils passent tous dans une espèce de filière rotative, indiquée en E (fig. 5), où ils viennent successivement se réunir et s’appliquer mathématiquement sur le chanvre. Pratiquement, 3 pour 100 en plus de la longueur finale sont suffisants pour la longueur des fils de recouvrement; les spires étant aussi longues que possible, afin que l’âme et les fils de fer soient aussi parallèles que la fabrication d’une corde peut le permettre.
- . Notre gravure (fig. 6) représente laN manufacture de 31M. Webster et llorsfall de Ilay Mills, où l’on fabrique ces fils de recouvrement pour les câbles; celte usine, située à Birmingham., est la première qui ait été installée de façon â fournir très-rapidement les immenses longueurs de fils requis pour les câbles transocéaniques; c’est là que l’acier du câble de 1865 a été étiré. On voit ici les ouvriers
- au travail, chacun ayant la garde d’un tambour, où vient s’enrouler le fil après son passage à la filière.
- I La manière d’agir est très-simple. Le métal est reçu | en longues barres préparées dans une manufacture spéciale appartenant à la môme usine. L’extrémité de ces barres est affilée, puis forcée au travers du trou d’une filière; là des mâchoires s’en emparent, tirent le fil et l’enroulent autour d’un tambour mû par la vapeur. A chaque passage, le fil est recuit. Les barres, soumises à quatre passages dans les trous de plus en plus petits de la filière, se sont allongées successivement, 60 yards 1 étant leur longueur première, de 150, 254, 330 et finalement 440 yards, gagnant environ 95 yards à chaque opération. Arrivé à la grosseur voulue, on exerce un effort de 1000 livres anglaises sur le fil et ce dernier ne doit s’allonger que île 1 centimètre environ par 4 mètres. Le travail est si bien conduit, que rarement les rouleaux de fil donnent des résultats différents Le câble de 1865 avait une longueur de 4000 kilomètres; 10 fils l’entouraient, ce qui donnait une longueur de 40 OOu kilomètres, mais comme les fils sont roulés en spires, c’est 40 800 kilomètres de fil que celte manufacture a dù fournir pour celte opération. Le mètre, comme l’on sait, est la dix-millionième partie du quart du méridien terrestre; les 40 800 kilomètres de fils fournis dans ce cas auraient donc amplement sulTi pour entourer la terre à l’équateur, puisqu’ils dépassaient de 800 000 mètres la longueur du méridien.
- Bien fait, un câble doit être ferme, solide, compact ; il ne doit pas faire ressort ni avoir une tendance, quand on en tient les deux extrémités, à se tordre à la façon des cordes. Il doit s’enrouler facilement et ne s’allonger que d’un demi pour 100, quand la moitié du poids nécessaire pour la rupture lui est appliquée.
- Un câble tel qu’il sort de la machine, figure 5, peut cire utilisé pour la pleine mer ou les grandes profondeurs. Pour les câbles de rivage et les intermédiaires, il faut qu’il passe à d’autres machines plus grandes et plus fortes, mais qui sont toutes construites sur le même principe. Pour réunir les fils de fer quand les bobines sont épuisées, on corroyé les deux extrémités des fils et pratiquement on s’ai range toujours de façon à ce que l’union des 12 fils ne se fasse jamais au môme endroit, mais bien au contraire en des points différents.
- Les câbles à leur sortie des machines sont conduits sur des poulies jusqu’à d’inuneuses réservoirs, au fond desquels ils vont s’enrouler, comme ils doivent le faire au fond des navires qui les transporteront. La courbe la plus petite que peut subir le câble sert de base pour le diamètre de l'immense bobine centrale autour de laquelle il s’enroule, allint des bords du réservoir au centre et revenant du centre vers les bords.
- L'India liubber Co/npanj possède ainsi une di-1 Le yard = 0,914 mètre.
- p.200 - vue 204/432
-
-
-
- Fig. 6. — Confection des fils de recouvrement des cables électriques sous-marins. Fabrique de Hay Mills, à Birmingham
- p.201 - vue 205/432
-
-
-
- 202
- LA NATURE.
- zaine de ees immenses bassins de fer et chacun d’eux peut contenir 500 milles de câbles, soit 482 kilomètres environ.
- Ajoutons que le câble n’est jamais perdu de vue durant la série des opérations qui le produisent, et que pendant, et après la fabrication, on le soumet sans cesse à des épreuves. De la fabrique, on le transporte dans les cales des navires spéciaux, construits maintenant pour cette branche nouvelle de l’industrie. Il va s’engloutir enfin au fond des mers, portant et échangeant nos pensées à travers le monde.
- P. Nolet.
- LE CRAPAUD MANGE-T-IL LES ABEILLES?
- Dans une étude sur l’alimentation des reptiles et des batraciens, insérée dans le numéro 11 du Bulletin d'insectologie générale, M. Collin de Plancy dit (page 207) : « On a reproché au crapaud de manger les abeilles. La chose s’est peut-être passée une fois et on en a fait une généralité ; » puis il énumère les cas où le fait pourrait se produire et termine en disant : « Je pense que voilà beaucoup de suppositions; de plus, il est peu probable que le crapaud aille se placer près de la ruche, où il serait percé de dards, ou s’exposer au soleil qu’il n’aime pas beaucoup. »
- Je vais raconter ici un fait dont j’ai été témoin.
- Le 15 août dernier, vers les deux heures de l’après-midi, je me disposais à sortir en ville. Le temps se mettait à l’orage. Je voulus savoir à quoi m’en tenir et j’allai dans mon jardin consulter mon baromètre d’été, c’est-à-dire mes abeilles. Elles rentraient en foule. Le pronostic n’était pas douteux. L’orage était inévitable. Je m’amusais à les regarder, lorsque machinalement, mes yeux se portèrent en face, à environ 50 centimètres de ma plus forte ruche, sur un crapaud de taille moyenne, que je voyais de temps en temps se hausser sur ses pattes de devant et avancer la tête vers des brins d’herbe avec une prestesse que je ne connaissais pas à sa race.
- Curieux, comme le pâtre de l’Horel, je m’avançai pour regarder cette merveille.
- Quel ne fut pas mon étonnement, quand je vis mon batricien humer, comme un véritable amateur d’huîtres, une abeille qui venait de se poser sur un brin de verdure, en attendant son tour pour rentrer dans la ruche. J’avais bien entendu dire que les crapauds mangeaient les abeilles, mais, comme M. Collin de Plancy, je n’y croyais guère. Je laissai faire mon gourmand jusqu’à la douzième pauvrette, croyant bien que l’aiguillon de l’une ou de l’autre châtierait ce glouton de sa voracité et de sa gourmandise, et me préparant à rire de bon cœur, quand je lui verrais enfler la gorge et tirer la langue.
- 1 Je ne sais s’il était blindé en dedans, ou si un dieu le protégeait, mais mon attente fut déçue. Comme je ne voulais pas laisser durer plus longtemps celte destruction et que d’un autre côté
- je sais que le crapaud rend de réels services, je le pris dextrement par un de ses membres inférieurs et l’emportai à une trentaine de mètres du théâtre de ses méfaits, dans un carré de choux, faisant des vœux pour qu’il les débarrassât des chenilles et des punaises qui me les transformaient en dentelles, devant lesquelles plus d’un point d’Alençon aurait pâli.
- L’orage approchait, je rentrai chez moi. Trois jours après, en allant, vers les quatre heures, visiter mes ruches, je retrouvai presque à la même place mon animal. (Il était facile à reconnaître à cause d’une espèce de verrue très-proéminente qu’il portait au-dessus de l’œil droit.) Je le laissai encore avaler trois ou quatre abeilles fatiguées, afin de bien m’assurer qu’il ne venait là que pour cela, puis je l’emportai, cette fois à 50 mètres plus loin, mais dans une autre direction.
- Deux jours après, le dimanche soir, quelques instants avant le dîner, j’allai de nouveau faire visite à mes chères abeilles. Horreur ! ne retrouvai-je pas le misérable revenu à son poste, le ventre rebondi et guettant toujours l’instant où il pourrait avaler quelques butineuses. Cette fois, ma patience était à bout. Le monstre était incorrigible. Je pris une bêche.... et j’en fis justice.
- Maintenant, toutes les fois que je visite mon apier je regarde si je ne vois point un crapaud ayant fait élection de domicile sous le tablier de mes ruches. Si oui, je l’emporte au loin, après l’avoir roulé, tourné, retourné, je dirais presque malmené, pour que l’envie de revenir ne lui prenne plus. Car, comme tous les animaux, le crapaud u’aime pas les mauvais traitements.
- En voici une preuve. L’été dernier, pendant presque tout le mois de juin, un de ces lourdauds, un des plus gros que j’aie vus de ma vie, avait établi sa demeure sous la fenêtre de mon cabinet de travail, dans l’espace laissé vide par la disparition d’une brique dans le mur et ombragé par une toufl'e de triticum à feuilles panachées.
- Chaque soir et bien avant dans la nuit, je l’entendais pousser son cri rauque et monotone. Quand un jour, une amie de pension, fit cadeau à ma petite fille d’un jeune chat. Minet, en courant après les phalènes, fit un soir la découverte du solitaire. Lui proposa-t-il une partie de barres? je l’ignore. Tout ce que je sais, c’est qu’il voulait jouer avec lui et qu’il le maltraita fort du bout de sa patte.
- Pendant deux ou trois jours, aussitôt qu’il avait entendu le « koutt.... koutt » de sa nouvelle connaissance, Minet allait la retrouver. Une nuit, la note ne se fit plus entendre; le souffre-douleur avait disparu. Brunet.
- CORRESPONDANCE
- DE LA DISTANCE A LAQUELLE ON VOIT LES ÉCLAIRS.
- Monsieur le Rédacteur,
- Arago, dans sa Notice sur le tonnerre, a beaucoup insisté sur l'énorme distance à laquelle se font voir les
- p.202 - vue 206/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 203
- éclairs. Aux faits qu’il a recueillis, je puis joindre celui-ci, qui est tout récent :
- Le mardi 16 janvier 1877, attiré par l’apparition de la lumière zodiacale, je sortis en compagnie de M. Leatham, membre du Parlement anglais, pour contempler ce phénomène si rare dans nos régions. Au loin, dans les profondeurs du sud-ouest, des éclairs multipliés se succédaient à de courts intervalles, indice d’un violent orage. Le contraste était d’autant plus frappant, que le ciel, sans nuages, était d’une admirable pureté. Je notai le fait sur mon registre d’observations. Or, dans le Bulletin météorologique du journal le Temps (n° daté samedi 20 janvier), un voyageur, arrivé d’Afrique à Paris, raconte que, le mardi 16 janvier, en quittant Alger, il avait remarqué de nombreux éclairs au sud de la ville. Gomme on n’a signalé aucun orage ayant éclaté le 16 janvier sur la Méditerranée, n’est-il pas légitime d’induire que les éclairs, vus par le voyageur au sud d’Alger, sont ceux mêmes que, du cap d’Antibes, nous avons vus, avec tant d’étonnnement, alors que le ciel était d’une merveilleuse sérénité ?
- Ce même soir, la lumière zodiacale est apparue à gauche du grand Carré de Pégase. L’arête droite était nettement définie ; mais les contours de l’arête gauche flottaient indécis. Quant au sommet, il semblait atteindre la constellation de la Mouche.
- Le lendemain 17 janvier, la lumière zodiacale s’est encore montrée. Ce sont les deux seules apparitions que j’aie constatées durant cette saison.
- La coïncidence entre la visibilité de la lumière zodiacale et la transparence de l’atmosphère qui permet de voir les éclairs d’orages aussi lointains, est-elle fortuite ; ou plutôt, n’est-elle pas corrélative ?
- Veuillez agréer, Monsieur, l’assurance de ma haute considération. E. Ferrière,
- (linntl Miel de Gap d’Antibes (Alpes-Maritimes).
- —
- LE BOMBYCE DU PIN
- Les feuilles dures et aciculaires des Conifères, pins et sapins, servent cependant de nourriture à de nombreux insectes. La plus grande espèce de papillons, dont la chenille attaque les pins dans nos pays, est un Bombyx du genre Lasiocampe, Lasiocampa pini, Linn. Les Lasiocampes sont des papillons de grande et de moyenne taille, qui ne volent que la nuit. On leur donne le nom vulgaire de feuilles-mortes, d’après la manière dont ils portent les ailes au repos; les supérieures forment un toit aigu sur le corps, et les inférieures, étalées horizontalement au-dessous, débordent sensiblement les premières de chaque côté du corps. Comme elles sont souvent découpées et lestonnées de brun-rougeâtre et de gris terreux, on croirait voir un paquet de feuilles sèches ; c’est une précaution naturelle défensive
- Les chenilles de ce genre vivent solitaires sur les arbres, éclosant à la fin de l’été et passant l’hiver, parfois retirées sous la mousse, le plus souvent en plein air et sans abri, gelant et dégelant alternativement, au caprice du temps et sans aucun inconvénient. Bien que de grande taille et nullement cachées, elles sont fort difficiles à apercevoir, même
- sur les rameaux dépouillés, car leur forme est aplatie, surtout en dessous, et elles sont munies d’appendices charnus pédiformes, qui prolongent de chaque côté la surface de leur dos, en dissimulant parfaitement leurs pattes. En outre, leur couleur s’harmonise parfaitement, comme moyen protecteur, avec celle de l’écorce, de sorte qu’elles figurent, au premier coup d’œil, une protubérance fortuite de la branche. Elles ne se meuvent que la nuit, pour chercher leur nourriture.
- Les papillons de la Lasiocampe du pin varient tellement, qu’on a peine à trouver deux individus semblables, et les amateurs sont obligés de rassembler dans leur collection un grand nombre de sujets, pour réunir toutes les variétés et leurs passages. Les ailes supérieures sont d’un gris-cendré ou d’un gris-brunâtre ou de couleur de rouille, avec une large bande transversale grise , bordée d’une ligne flexueuse d’un brun foncé ; vers le milieu de l’aile, se trouve une tache d’un blanc-jaunâtre, en forme de croissant, dont l’existence est constante et caractéristique. La côte de l’aile est souvent saupoudrée de gris, et la frange est entrecoupée de ferrugineux et de blanchâtre. Les ailes inférieures sont d’un brun de cuir tanné, avec la frange grisâtre. Le corselet, globuleux et très-poilu, est de la couleur des ailes inférieures, ainsi que les antennes qui sont pectinées dans les deux sexes, surtout chez le mâle. L’abdomen est volumineux, principalement dans la femelle, de beaucoup plus grande taille que le mâle. Les exemplaires de la Provence sont plus clairs que ceux des pays plus au nord ; on trouve des Lasiocampes du pin dont les ailes sont entièrement envahies par le fauve-brun, sur lequel se détache vivement sa lunule blanche.
- Les papillons, comme ceux des Vers à soie et des autres Bombyciens, vivent sans prendre d’aliments, leur spiritrompe étant rudimentaire. Leur unique souci est de s’accoupler, ce qu’ils font sur l’écorce, en juillet, les ailes pendantes et entrelacées, les corps placés bout à bout, comme les papillons du Ver à soie. Les œufs sont aussitôt pondus sur l’écorce du tronc, ou parfois sur les rameaux, et c’est de quinze jours à un mois après qu’éclosent les chenil-lettes, suivant la température plus ou moins favorable. Elles se rendent aussitôt sur les bourgeons des pins, pour les ronger. Les chenilles, à demi velues, ont une couleur d’un gris-rougeâtre ou, plus souvent, d’un brun foncé. Près du cou, elles portent un double collier d’un bleu sombre. En octobre, elles sont à moitié de leur croissance, et se cachent, pour hiverner, sous la mousse, au pied des Conifères, sur lesquels elles remontent en avril pour dévorer les feuilles et les bourgeons. En juin, elles se filent des cocons sur le tronc, ou entre les feuilles, au bout des rameaux. Ceux-ci, de forme régulièrement ellipsoïdale et naturellement ouverts à un bout pour la sortie du papillon, ressemblent, mais avec moins de soie, à ceux du Ver à soie de i’ailante. Peu épais, ils sont d’un gris-jaunâtre, avec une couche superficielle
- p.203 - vue 207/432
-
-
-
- 204
- LA NATURE.
- de duvet noir, due aux certain que si on n’avait pas de meilleurs séricigènes exotiques , il serait possible d’utiliser pour l’industiie ces cc-cous, comme ceux de Bombyx rubi, d'Odoneslis potato-ria et d Orgyapudi-bunda. Les cocons des vrais Bombyx, au contraire, ainsi ceux du Bombyx d u chêne, sont durs, d’un brun-rougeâtre , comme un parchemin sec, non utilisables.
- Les amateurs parisiens font venir du midi de la France les pontes de la La-siocampe du pin, afin d’élever la chenille. Une observation fort curieuse a clé fai le à cet égard par M. Goosscns. Il éleva, pendant le siège de Paris, les chenilles provenant d’une ponte obtenue près do Marseille, et il lui lut souvent fort difficile de leur procurer le pin quotidien ; l’espèce se maintint chez lui jusqu’en 1875, et s’éteignit, par consanguinité, au bout de onze ou douze générations. Une femelle, parfaitement vierge, pondit quelques œufs léconds, ceux qui avaient été maintenus longtemps et les derniers à l’intérieur de ses organes. On a actuellement des exemples de cette parthénogenèse sur une trentaine d’espèces de Bomby riens , avec naissance de males et de femelles à la fois, et le fait est connu des ma-guaniers depuis Malpighi ; il y a çà et là quelques
- j œufs féconds, au milieu des pontes slériles de le-
- melles du Ver à soie séquestrées et demeurées parfaitement vierges.
- La Lasiocampe du pin présente, au moins dans le Var et 1rs Alpes-Maritimes, deux générations par an , peut-être une seule plus au nord. Près de Cannes, on trouve fréquemment la chenille sur les [tins d’Alep et les pins pignons, si répandus au bord de la mer ; on la prend à Nice sur les cyprès du Château. Le papillon éclot, dans ces douces régions, en mai et en août, et les diverses phases de la seconde génération s’opèrent en moins de deux mois. La chenille passe l’hiver, à la troisième mue, appliquée contre le tronc des pins, ou retirée à leur pied , sous la mousse, pendant les jours les plus froids.
- L’espère se rencontre encore sur les pins sylvestre et maritime, et aussi sur les sapins, aux environs de Bordeaux, en Auvergne, eu Suisse, dans les forêts de l’Alsace et des Vosges, et des montagnes du Jura. Elle ne paraît pas exister aux environs de Paris. Je ne la crois pas habituellement nuisible, sauf des cas isolés en certaines années. Le moyen de remédier aux ravages est de rechercher les papillons à leur éclosion, et de les détruire, ainsi que les chenilles (l’hiver, sous la mousse. Maurice Giraud.
- poils de la chenille. 11 est
- Bombyce du pin. Individu femelle.
- Bombyce du pin. Œufs, jeunes chenilles et papillons accouplés.
- Bombyce du pin. Chenilles et cocons.
- p.204 - vue 208/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 203
- HALO SOLAIRE DU 23 DECEMBRE 1876
- OUSERVÉ A DENVER (ÉTATS-UNIS).
- Un excellent journal météorologique, la Monthly Wcalher Review, publié à Washington, par M. le général Albert J. Myer, donne la description d’un halo solaire très-remarquable, observé à Denver, Colorado (États-Unis). M. Th. Moureaux, physicien adjoint à l’Observatoire de Paris, a l’obligeance de nous envoyer une copie du dessin inséré dans cette revue américaine, ainsi que la traduction de la note qui l’accompagne. Nous nous empressons d’offrir à nos lecteurs ccs curieux documents.
- 11 est à remarquer que le halo complet dont il s’agit a été observé à la latitude de 59° seulement. Denver se trouve, en effet, sur le versant oriental des Montagnes Rocheuses, vers la source de l’Arkansas.
- Le halo solaire observé à Denver, le 23 décembre dernier, se composait essentiellement : 1° de deux cercles concentriques DD et CC ayant le soleil pour centre commun et dont les rayons étaient de 22° et de 46°;
- 2° de deux autres «croies, SS, AA, concentriques aussi, ayant pour centre le zénith et pour rayons des lignes dont la longueur variait nécessairement avec la hauteur du soleil au-dessus de l’horizon ; ces rayons étaient à midi, le plus petit de 15° et le plus grand de 60°. Les cercles SS et CG étaient tangents au point T.
- Dans la portion du cercle CC, comprise entre le soleil et le zénith, on voyait deux arcs de cercle 00 et NN, ayant pour centre l’un le soleil, l'autre le zénith ; ils étaient tangents au point U et avaient le même rayon, soit 50° environ.
- De plus, une ligne verticale très-brillante et nettement définie, MM, passait par le centre du soleil, partageant le cercle DD en deux parties égales.
- On remarquait des parhélies ou faux-soleils aux
- intersections des différents cercles, et aussi aux points L, L, H, II; il y en avait huit en tout.
- A l’intérieur du cercle de 46°, le fond était plus sombre que le reste du ciel; il l’était davantage encore à l’intérieur du cercle de 22°.
- Ce halo, visible dès le lever du soleil, augmenta progressivement d’éclat jusqu’à 9l1 40m, moment où il atteignit un éclat maximum qui persista jusqu’à 111' 50m. A 2h du soir, le phénomène, bien qu’affaibli, était encore très-beau. La portion du cercle zénithal SS la plus rapprochée du soleil formait un arc-en-ciel magnifique, dont les differentes couleurs étaient parfaitement nettes, le rouge à l’extérieur.
- Ce spectacle fit l’admiratiou de la population entière.
- Dans une notice que nous avons publiée sur les halos1, nous avons montré que ces phénomènes d’optique atmosphérique, assez fréquents, mais généralement incomplets sous les tropiques, n’atteignent toute leur splendeur «|ue dans les régions boréales ; cette circonstance explique la rareté des observations de halos complets.
- Kaemtz, dans son Traite' de Météorologie, rapporte la description d’un magnifique halo observé minutieusement par Lowitz, à Saint-Pétersbourg, le 29 juin 1790, depuis 7h 50m du matin jusqu’à midi 30m. M. Ch. Martins a décrit celui qu’il a observé avec Bravais à Pileo, en Suède, le 4 octobre 1839, de 9 heures du matin à 3 heures du soir ; ce halo d’ailleurs était loin d’être aussi complet que celui de Saint-Pétersbourg et que celui dont nous donnons le dessin : le cercle intérieur seul était fermé.
- Les diverses observations, recueillies sur les halos, s’accordent toutes à constater que l’arc du cercle circum-zénithal SS tangent au cercle CG de notre figure, est la partie la plus brillante de tout le phénomène ; cet arc présente toujours les teintes vives et les couleurs tranchées du spectre. À Piteo, dit
- * La Nature, 4e année, t" semestre, p. 257,
- p.205 - vue 209/432
-
-
-
- 206
- LA NATURE.
- M. Ch. Marlins, ces couleurs s’y distinguaient aussi nettement que dans un arc-en-ciel ordinaire ; l’observateur de Denver fait la même remarque.
- Nous rappellerons encore que lorsque les cercles des halos proprement dits, tels que DD, CC, sont eo-.orés, les couleurs sont disposées à l’inverse de l’arc-en-ciel, c’est-à-dire que le rouge est à l’intérieur. Au contraire, dans les cercles tangents, SS par exemple, le rouge est à l’extérieur. En un mot, dans un cercle ou arc quelconque, le rouge est toujours la couleur la plus rapprochée du soleil.
- Gaston Tissàndier.
- ——
- CHRONIQUE
- Conférencier chinois à Paris. — Lentement, comme un coin, la civilisation occidentale pénètre en Asie. Chaque année, de nombreux voyageurs visitent la Chine ; chaque année, de nouvelles relations de voyage en ce pays sont publiées; et pendant que le nombre des Européens est de plus en plus considérable en Chine, quelques Chinois déjà viennent s’initier à nos mœurs d’Europe. L’un d’eux, Ly-Chao-Pée, lettré, fait en ce moment chaque vendredi, dans la salle de conférences de la rue du Bac, de très-intéressantes conférences sur son pays.
- M. Ly-Chao-Pée s’exprime en français avec facilité, avec chaleur et avec une gaieté communicative. Le rire vient aussi aisément sur ses lèvres que sur celles de ses auditeurs ; son accent, très-sensible, n’est nullement désagréable; il consiste surtout à allonger les voyelles (et plus encore l’O), comme si elles étaient toujours surmontées d'un accent circonflexe. M. Ly-Chao-Pée, très-vif dans ses mouvements, gesticule en parlant, comme un Méridional; il est extrêmement curieux de l’entendre réciter des prières, des poésies et surtout chanter en chinois ; pour nos oreilles françaises, c’est une mélopée traînante, d’un ton uniforme et d’un timbre mélancolique et doux ; cette musique ressemble aux airs très-primitifs que l’on chante encore chez nous dans les campagnes reculées.
- En dehors de ces caractères extérieurs qu’il nous a paru intéressant d’indiquer, les conférences du savant asiatique présentent un véritable intérêt ; son patriotisme, très-naturel, n’exclut ni l’impartialité ni l’admiration pour nos institutions et nos usages, et des hommes comme ce Chinois sont ceux qui pourront opérer le rapprochement si désirable entre les deux races lettrées de l’humanité.
- Accroissement du volume de la terre par les météorites. — Dans une série de conférences pleines d’intérêt, faites au théâtre de la Société royale des Arts à Londres, M. Proctor a développé cette théorie, que la terre s’accroîtra tant qu’elle fera partie de notre système cosmique. Les météores extra-terrestres voyagent en quantités considérables et par grands systèmes dans des orbites très-excentriques autour du soleil. Ces systèmes de météores sont très-nombreux, et, quand leur orbite les met en contact avec l’orbite de la terre, ils se trouvent soumis à l’influence de sa gravitation ; ils deviennent lumineux dès qu’ils entrent dans notre atmosphère, et tombent sur la surface de notre planète en pluies périodiques d’étoiles filantes que tout le monde connaît. 11 ne se passe pas une nuit sans qu’on voie tomber quelques-unes de ces
- étoiles ; dans certains mois et dans certaines nuits surtout, cette pluie d’or est incessante. Naturellement, les météores tombent aussi pendant le jour, mais on ne les voit pas. On calcule, d’après M. Proctor, que des centaines de mille de ces corps extra-terrestres, par vingt-quatre heures, viennent s’incorporer à la terre, et qu’il en tombe 400 millions dans le cours de chaque année. Cependant, ces augmentations qui se font à la matière terrestre, mettraient plusieurs millions d’années à accroître d’un seul pied le diamètre de la terre.
- Une baleine dans l’air. — Le 15 décembre dernier, à New-York, on pouvait voir une baleine vivante suspendue dans l’air ; c’était l’événement du jour, et c’était l’aquarium monstre de Broadway qui offrait ce spectacle étrange à ses visiteurs.
- Une jeune baleine blanche, de 10 pieds de long environ,y prend ses ébats dans un vaste bassin de 25 pieds de diamètre. Les parois, en fortes plaques de verre, permettent au spectateur d’observer l’animal. Mais l’eau de mer, que l’on renouvelait trois fois par semaine, devenait bien vite trouble et fangeuse par les déjections des nombreux poissons nécessaires à sa nourriture. On résolut donc de procéder à un nettoyage à fond et de remplacer l’eau de mer par l’eau fluviale qu’amènent les conduits.
- En Europe, on aurait procédé à cette opération tout au matin, en l’absence du public, et on aurait peut-être changé graduellement les eaux. Ce n’est pas ainsi que les choses se passent en Amérique. La veille déjà, les journaux avaient annoncé à tout New-York l’heure à laquelle on enlèverait la baleine hors de son bassin, pour le vider et nettoyer. Aussi une foule énorme se trouva réunie, attendant pendant de longues heures ce spectacle à sensation. A la voûte de l’édifice, on avait solidement fixé quatre moufles , dont les cordes étaient attachées aux quatre coins d’une toile à voile, disposée au-dessous de la baleine au fond du bassin. L’opération commença au son d’une marche triomphale. Avec l’aide des spectateurs, on se mit à tirer vigoureusement sur les quatre cordes des angles et sur quatre autres cordes intermédiaires, et l’opération paraissait marcher à souhait, quand la bêle, à qui cette gymnastique devait paraître au moins étrange, par quelques coups de queue formidables, parvint à se dégager par un côté plus bas de la toile et retomba dans l’eau avec fracas. On comprend la surexcitation du public qui se pressait autour des parois vitrées ; elle devint de la terreur, quand le directeur, debout sur le bord du bassin, cria d’une voix de stentor : « Mesdames et messieurs, reculez un peu, je vous prie, de crainte d’accident. » 11 y eut une panique presque comme lors de la catastrophe de Brooklyn. Une glace brisée pouvait amener une terrible inondation. Des dames se trouvèrent mal. Heureusement, il n’arriva rien, et on reprit l’opération avec une nouvelle vigueur. Deux fois encore l’animal, amené déjà hors de son élément, parvint à s’échapper. La quatrième fois enfin, le hissage fut conduit si également de tous les côtés, que le captif ne|trouva plus d’issue ; et quand il fut arrivé à six pieds au-dessus du niveau de l’eau, les applaudissements de la foule et les accords de la musique le saluèrent dans sa nouvelle position extra-aquatique. On fit alors rapidement écouler l’eau de mer et nettoyer le fond du bassin ; le même soir le cétacé, que l’on humecta de douches abondantes dans son bain aérien, put rentrer dans son élément liquide.
- L’animal qui fit cette ascension n’est pas de l’espèce des grandes baleines à fanons qui fournissent les baleines des corsets ; c’est une baleine blanche ou Bélouga (Delphi-
- p.206 - vue 210/432
-
-
-
- LA. NATURE.
- 20ï
- napterus leucas) qui fut pêchée en avril dernier sur les côtes du Labrador. C’est le troisième animal de cette espèce qui arrivait à l’Aquarium ; ses deux prédécesseurs avaient péri à la suite de blessures occasionnées par une disposition défectueuse du bassin. Le troisième jouit, depuis son séjour, d’une santé parfaite, et tout fait espérer qu’il fera longtemps encore, un des plus beaux ornements de l’établissement. (Gartenlaube.)
- L’élevage de l’autrnche an Cap. — L’acclimatation et la domestication des autruches promettent de donner à l’industrie coloniale du sud de l’Afrique et de l’Algérie une nouvelle branche d’industrie et de commerce. Au cap de Bonne-Espérance, des essais de domestication ont été tentés sur une grande échelle. Le premier essai consistait simplement à nourrir des autruches dans des terrains clos et à couper leurs plumes périodiquement. On a essayé ensuite de vérifier si elles se reproduiraient dans l’état de domesticité, et, l’expérience ayant réussi, si l’on pourrait soumettre les œufs à une incubation artificielle.
- On ne sait pas au juste à quelle époque on commença au Cap à élever des autruches dans des enclos, mais ce n’est qu’en 1866 qu’on se mit à les tenir tout à fait renfermées, et, quant à la méthode d’incubation artificielle, elle n’a été mise en pratique que tout récemment. En 1865, d’après un recensement fait à cette époque, il n’y avait dans la colonie du Cap que 80 autruches apprivoisées; en 1875, il y en avait 32 247, tant leur nombre s’était développé par la domestication et l’incubation artificielle. La demande des plumes d’autruche s’était tellement accrue que l’extermination de ces oiseaux aurait eu lieu promptement, ou que du moins ils auraient été forcés de chercher un refuge dans les déserts les plus inaccessibles, si la nouvelle industrie n’eût rais un terme à leur destruction et assuré au commerce des plumes des ressources permanentes, toujours indépendantes des tribus sauvages et des chances variables de leurs chasses.
- En 1858, avant que les résultats de la domestication pussent avoir une influence, l’exportation des plumes d’autruche s’élevait, au Cap, à 1 852 livres, évaluées à 12 688 livres sterling; en 1874, l’exportation s’est élevée à 36 829 livres, évaluées à 205 640 livres sterling. C’est un fait singulier que, en même temps que l’approvisionnement des plumes s’accroissait dans de telles proportions, leur prix augmentait de 3 livres st. 9 pence, en 1868, à 5 livres 6 pence, en 1874, et il y a lieu de croire que la quantité des plumes provenant d’autruches apprivoisées, fût-elle triplée ou quadruplée dans les cinq premières années, ce produit ne se déprécierait pas. Il faut observer cependant que les plumes provenant d’oiseaux domestiques n’ont pas la valeur de celles qui proviennent d’oiseaux sauvages. Dans une table comparative de la valeur des différentes plumes d’autruche, celles du Cap ne viennent qu’en sixième ordre. (The Times.)
- Pollution de rivières. — Le Manchester Courier enregistre dans ses colonnes la destruction complète du saumon et de la truite, dans la partie supérieure de la rivière Lune. Cet événement est attribué au versement du contenu d’un baril de créosote employé k la pose de traverses d’un chemin de fer, et qui a trouvé à s'écouler dans la l'ivière. Le lit était littéralement pavé de truites et de saumons. Un individu a affirmé que cinq cents saumons sont étendus morts sur une distance de dix milles en aval de Tebay, et que les truités peuvent se recueillir par bois-
- seaux dans le courant d’eau. Les conservateurs des eaux du Lancastre ont commencé une enquête.
- Maladie du caféier. — La liste des maladies qui attaquent les plantes, et surtout les plantes utiles qui concourent à notre alimentation, n’est pas près d’être close. C’est ainsi que les journaux de l’Inde ont parlé récemment d’une maladie qui sévit en ce moment sur la feuille du caféier. Cette maladie ne détruit pas la plante même, comme l’oïdium et le phylloxéra par exemple ; mais elle endommage, paraît-il, assez gravement la récolte pour que la nécessité de combattre le fléau se fasse aujourd’hui vivement sentir. Aussi demande-t-on que les gouvernements des provinces de Ceylan et de Madras, qui sont les plus sérieusement atteintes, ne tardent pas à faire étudier la question : on commencerait par proposer un prix pour cette étude.
- Distillation des vinasses. —Jusqu’ici les vinasses de betteraves étaient calcinées dans des fours à réverbère; mais il résulte de cette opération des fumées infectes qui gênent beaucoup le voisinage. M. Vincent, cherchant pour les éviter, à distiller la matière pour conserver les produits volatils et utiliser le gaz combustible, en a retiré une nombreuse série de corps extrêmement intéressants. M. Dumas, dans une des dernières séances de l’Académie, a présenté, par exemple, un énorme flacon, rempli de chlorhydrate de triméthylamine : jamais on n’en avait vu autant à la fois. L’auteur a retiré aussi des produits distillés de l’alcool méthylique, de l’acide cyanhydrique, de l’acide formique, de l’acide propvlique, de l’acide valérianique, de l’acide cuproïque, de l’acide phé-nique et de nombreux alcaloïdes huileux, dont l’étude promet beaucoup de découvertes nouvelles.
- La marine du Japon. — Le gouvernement japonais ne recule devant aucun effort ni aucune dépense pour se créer une marine importante. D’après Y Écho du Japon, les trois bâtiments de guerre japonais Bioudjo, Nissin et Tsukouha sont complètement armés, et doivent très-prochainement se rendre eu Angleterre. Ils iront à Londres, et se rendront compte de l’état d’avancement des trois navires de guerre qui y sont en construction pour le gouvernement japonais. Ces nouveaux navires recevront les noms de Tonzo, Fihei et Kongo. Les trois premiers bâtiments feront le voyage d’Angleterre sous la conduite d’officiers japonais, et aucun étranger ne se trouvera à bord. G. C.
- (Norddeutsche allgemeine Zeitvng.'
- BIBLIOGRAPHIE
- Autour du monde, par Carlisle ; traduit de l’anglais par
- G. Marcel. — Un vol in-18. — Paris, G. Decaux,
- 1876.
- Au moment où le lieutenant de vaisseau Biard va entreprendre sa série de voyages d’instruction autour du monde, il est intéressant de voir comment s’v prennent les Anglais pour terminer leur éducation par un voyage de ce genre. Un jeune homme, M. Carlisle, a parcouru en treize mois l’Inde, la Chine, le Japon, la Californie et l’Amérique du Sud. Dans son journal de voyage, il montre le profit que l’on peut tirer de semblables excursions.
- p.207 - vue 211/432
-
-
-
- 208
- LA NATURE.
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 février 1817. — Présidence de M. Peligot.
- Succès du Frigorifique. — Nos lecteurs se rappellent le départ, au mois de septembre dernier, du steamer le Frigorifique, en destination de Buenos-Ayres avec des viandes conservées par le froid, grâce aux ingénieux appareils dus à M. Charles Tellier. Le succès le plus complet a couronné cette mémorable expérience. Le président de la République Argentine a pris part à un banquet dont les moutons et les bœufs de Normandie faisaient les frais, et le banquet a été trouvé irréprochable. La satisfaction du gouvernement argentin vient de se manifester d’une manière non équivoque, comme le prouve la lettre suivante adressée aujourd'hui même à l’Académie, par l’honorable promoteur de l’expédition :
- « Messieurs, par une précédente communication, j’ai eu l’honneur de faire connaître à l’Académie l’arrivée du Frigorifique à Buenos-Ayres, avec des viandes fraîches ayant cent cinq jours de conservation. J’ai la satisfaction de pouvoir annoncer à l’Académie, qu’en présence de ce résultat dûment constaté, une souscription a été ouverte, à la tête de laquelle le gouvernement argentin s’est mis, en s’inscrivant pour 5000 francs, afin d’offrir au Frigorifique son complet chargement de retour. Le dernier courrier m’apprend que la souscription a été immédiatement couverte par les Sociétés savantes argentines, ainsi que par les grands propriétaires du pays. Je suis heureux de pouvoir vous faire connaître ce résultat et, vous présentant mes salutations empressées, je reste votre dévoué serviteur. Ch. Tellier. »
- Capillarité. — D’élégantes expériences fondées sur les phénomènes capillaires sont décrites par M. de Romilly. L’auleur ferme l’extrémité d’un tube de verre avec du tulle et les ménisques qui se produisent sur chaque maille du tissu, empêchent le liquide de s’écouler. Une lampe à gaz placée sous cette paroi détermine bientôt l’ébullition de l’eau. L’auteur a même pu remplacer le tube de verre par une manche de tulle, et faire bouillir de l’eau dans une véritable cage ouverte de toutes parts. Cette expérience nous en a rappelé une, que nous faisions étant tout enfant, et qui consiste à faire bouillir, sur la flamme d’une bougie, de l’eau contenue dans un cornet de papier poreux.
- Taille des verres d'optique. — M. Adolphe Martin ayant adressé un mémoire sur les formules qui permettent de déterminer la courbure des verres d’optique. M. le secrétaire perpétuel a qualifié l’auteur de continuateur de Léon foucault. Cette expression pouvait paraître justifiée par le testament scientifique de ce dernier, dont M. Martin était comme on sait, le dévoué collaborateur. Cependant M. le Verrier a cru devoir protester contre les paroles de M. Bertrand.
- Action des alcalis sur les matières organiques. — Si l’on soumet à l’action d’une dissolution alcoolique de potasse, diverses substances telles que la lophine, on constate, à l’exemple de M. Radziszewski, que le mélange luit dans l’obscurité. Celte phosphorescence est due à l’action combinée de la potasse caustique et de l’oxygène de l’air. L’illustre directeur du Muséum, M. E. Chevreul fait remarquer que ce résultat est la reproduction des faits qu’il a publiés dès 1824, sur l’influence des alcalis dans les oxydations lentes. Stanislas Meunier.
- MÉDAILLE COMMÉMORATIVE
- DU PASSAGE DE VÉNUS SUR LE SOLEIL.
- L’Académie des sciences a voulu consacrer le souvenir des observations du passage de Vénus sur le Soleil, en faisant frapper une médaille commémorative de ce grand événement scientifique. A la suite d’un concours organisé par la Commission du passage de Vénus, c’est M. Alphée Dubois qui a été chargé de l’exécution de cet objet d’art. L’habile artiste a parfaitement interprété la pensée de l’Académie. Il a eu recours aux dieux de la Mythologie, pour
- La médaille du passage de Vénus.
- représenter sous une (orme gracieuse, l’important phénomène astronomique. Vénus, dans le simple costume des déesses, passe devant le char d’Apollon, le dieu du Soleil. La Science observe le phénomène sur la Terre et en enregistre les particularités.
- La légende gravée autour de cette composition, explique le sujet, et en fait comprendre la portée. « Les astres par leur conjonction nous font connaître l’espace qui les sépare. » Cette légende a été composée par un membre éminent de l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres.
- Sur le revers de la médaille, on lit l’inscription suivante :
- INSTITUT DE FRANCE ACADÉMIE DES SCIENCES PASSAGE DE VÉNUS SUR LE SOLEIL 8-9 DÉCEMBRE 1874.
- Cette médaille a été distribuée aux membres de l’Académie des sciences et à tous les observateurs du passage de Vénus.
- Le Propriétaire‘Gérant : G. Tissandieb.
- CorBEIL, TYP. ET STEK. CKÉTB.
- p.208 - vue 212/432
-
-
-
- N'J 196.
- 3 MARS 1877.
- LA NATURE.
- 209
- LA FABRICATION DE LA GLACE
- PAlî l’acide sulfureux.
- Les procédés qui ont été le plus souvent employés par l’industrie pour congeler l’eau, et obtenir ainsi la formation artificielle de la glace, consistent à utiliser la propriété que possèdent les liquides volatils d’absorber de la chaleur, ou en d’autres termes, de produire du froid, quand ils s’évaporent. C’est ainsi que si l’on verse une goutte d’éther sur sa main, on
- éprouve la sensation du froid, déterminée par la soustraction du calorique nécessaire à l’évaporation du liquide.
- M. Carré, dans son remarquable appareil à fabriquer la glace, a mis à profit le refroidissement produit par l’évaporation du gaz ammoniac liquéfié; M. Cli. Tellier, celui que détermine la volatilisation de l'éther méthylique1.
- D’autres inventeurs, M. Windhausen notamment, pour obtenir le froid, ont cherché à tirer parti de la détente de l’air préalablement comprimé et rafraîchi. Mais les machines à air comprimé de l’ingénieur au-
- Nouvel appareil de M. R. I'ictet pour la fabrication industrielle du froid.
- tricliien, aussi bien que celles que d’autres mécaniciens ont construites depuis sur le même principe, n’ont jamais donné jusqu’ici de résultats véritablement pratiques ; leur fonctionnement a prouvé leur infériorité notoire au point de vue économique, sur les systèmes qui ont pour base l’évaporation de liquides volatils.
- C’est encore dans cette dernière catégorie d’appareils, que vient prendre place la nouvelle machine à fabriquer la glace, due à M. Raoul Pictet, et dans laquelle l’évaporation de l’acide sulfureux anhydre, produit le refroidissement nécessaire.
- 11 n’est peut-être pas inutile de rappeler succinctement les principales propriétés de cette substance, an moment où l’industrie vient de lui trouver une nouvelle et intéressante application.
- 5a année. — 1er semestre.
- L’acide sulfureux gazeux est le produit qui prend naissance par la combustion du soufre. Son odeur piquante et irritante manifeste sa présence quand on fait flamber une allumette soufrée.
- On le prépare habituellement dans les laboratoires, en traitant, sous l’influence de la chaleur,, l’acide sulfurique par une substance avide d’oxygène, comme le cuivre ou le charbon. Dans le premier cas, il se forme du sulfate de cuivre et de l’acide sulfureux ; dans le second, il se produit en outre de ce dernier gaz, de l’acide carbonique, de l’oxyde de carbone, et des traces d’hydrogène carboné.
- Quand on veut liquéfier le gaz acide sulfureux, on * Voy. 2e année 1874. 2° semestre, p. 467.
- 14
- p.209 - vue 213/432
-
-
-
- 210
- LA NATURE.
- le fait passer dans un tube en U, plongé dans un mélange réfrigérant formé de glace pilée et de sel marin. On peut encore le liquéfier à la température ordinaire, sous une pression de 3 atmosphères environ.
- L’acide sulfureux liquide est un corps très-mobile, et tout à fait incolore, il entre en ébullition à la température de 10 degrés au-dessous de zéro, à la pression ordinaire. En s’évaporant subitement, il produit un abaissement de température assez considérable pour solidifier le mercure. Aussi peut-il être employé très-avantageusement, pour congeler l’eau, qui nécessite un refroidissement beaucoup moindre.
- L’acide sulfureux liquide employé par M. Pictet, provient d’une fabrique organisée en Suisse. On lui livre ce liquide dans des récipients en cuivre, par quantité de 50 à 100 kilogrammes.
- La production de l’acide sulfureux s’effectue là au moyen d’une réaction que M. Melsens a fait autrefois connaître. Elle consiste à faire agir à une température de 400 degrés, la vapeur de soufre sur l’acide sulfurique : dans ces conditions, il se forme de l’acide sulfureux. Le soufre est chauffé dans une cornue, à la partie supérieure de laquelle l’acide sulfurique tombe graduellement. L’acide sulfureux qui se dégage est mêlé de vapeurs d’acide sulfurique, qui se condensent dans un récipient spécial, où circule de l’acide sulfurique froid, en sens inverse du courant gazeux. A la sortie de ce condenseur, la vapeur de soufre en excès que l’acide sulfureux avait entraînée, se précipite sous forme de fleur; celle-ci est retenue par des filtres en coton. L’acide sulfureux, enfin pur, arrive dans un gazomètre; il est saisi par une pompe qui le comprime dans un grand réservoir, où il prend l’état liquide sous la pression de 3 atmosphères. On le fait passer de là dans les récipients de cuivre déjà mentionnés, qui servent à son transport.
- Arrivons à présent à l’appareil construit par M. Pictet pour produire le froid : il se compose de deux parties distinctes;
- 1° Le réfrigérant, formé d’un cylindre tubulaire dans laquel l’acide sulfureux liquide s’évapore en déterminant un abaissement de température considérable. Ce cylindre est disposé horizontalement dans une cuve en tôle remplie d’un liquide incongelable formé par une solution de glycérine. Cette solution se trouve refroidie à 7 degrés au-dessous de zéro; il suffit d’y laisser plongées des bâches ou des carafes remplies d’eau, pour voir bientôt l’eau qu’elles con -tiennent se transformer en glace.
- 2° Le condenseur. — C’est un cylindre tubulaire identique au réfrigérant. Un courant d’eau ordinaire y circule constamment pour refroidir l’acide sullu-reux, que le travail de la compression a réchauffé au moment ou il est repassé de l’état gazeux à l’état liquide.
- L’acide sulfureux volatilisé dans le réfrigérant, est aspiré par une pompe verticale à double effet,
- aspirante et refoulante. On en voit les dispositions à la gauche de notre gravure1. Cette pompe prend l’acide sulfureux à l’état gazeux et le refoule dans le condenseur, où sous une pression de 4 atmosphères, il retourne à l’état liquide; un tube muni d’un robinet spécial (représenté à droite de la cuve sur la figure), réglé une fois pour toutes, le fait passer dans le réfrigérant, pour y subir une nouvelle évaporation. Le réfrigérant peut être superposé au condenseur dans l’intérieur de la cuve rectangulaire. Le cycle est complet, et théoriquement la même quantité d’acide sulfureux peut servir indéfiniment. Il va sans dire que dans la pratique, il y a toujours quelques pertes inévitables, qu’une addition de liquide, compense très-facilement.
- L’acide sulfureux liquide, n’attaque pas les métaux ; il est au contraire lubrifiant, et permet ainsi d’employer les pistons ou les conduites métalliques.
- Notre gravure montre l’appareil au moment où il fonctionne. A gauche, on voit la chaudière qui fait agir la pompe à double effet, aspirant et refoulant alternativement l’acide sulfureux. L’ouvrier, que l’on aperçoit derrière la cuve rectangulaire, tient à la main une des bâches remplies d’eau ; celle-ci va être congelée par son séjour dans le bain de glycérine refroidi par le réfrigérant qui le traverse. L’extrémité du condenseur cylindrique apparaît sur le sol, à la droite du dessin. Contre le mur sont adaptés les manomètres qui donnent la pression dans les deux parties de l’appareil où s’opèrent tour à tour la volatilisation du liquide et sa condensation. Un des blocs de glace, retiré d’une bâche dans l’opération antérieure, a été figuré dressé contre la cuve.
- Le nouveau système que nous venons de décrire est déjà l’objet d’une exploitation à Paris, où il produit tous les jours de la glace artificielle, pour l’usage des restaurants. Le prix de revient de la glace, par le nouveau procédé, serait d’après M. Pictet très-minime, et ne dépasserait pas 10 francs la tonne, ou 1 centime le kilogramme.
- Nous avons vu fonctionner l’appareil qui nous a paru être fort bien conçu et très-habilement construit; l’opération s’exécute avec une grande régularité; quant à la question économique, il ne nous est pas possible de l'apprécier par nous-même.
- Nous ajouterons en terminant, que l’appareil de M. Pictet a été avantageusement employé à Londres pour la formation d’un skating de véritable glace. Une mince couche d’eau avait été répandue dans une cuvette de très-grande surface et de très-petite profondeur, au-dessous de laquelle circulait une solution de glycérine sans cesse entretenue à une température de quelques degrés au-dessous de zéro par la machine à acide sulfureux. L’eau superficielle bientôt solidifiée, offrait aux amateurs, un vaste champ de patinage. Gaston Tissandier.
- 1 M. Pictet a construit plusieurs modèles différents : il utilise aussi des pompes à cylindre horizontal.
- p.210 - vue 214/432
-
-
-
- LA NATURE.
- m
- LES ANNEAUX DE SATURNE
- d’après les observations récentes.
- Tous ceux qui ont quelques notions d’astronomie physique et planétaire savent que c’est en 1610 que Galilée, grâce à la récente invention des lunettes, reconnut la forme singulière que présente Saturne lorsqu’on l’examine à l’aide d’un faible grossissement. Le célèbre Florentin crut voir la planète formée de trois corps distincts, le plus gros au centre, et les deux plus petits à l’orient et à l’occident du premier, formant une ligne inclinée sur l’écliptique. Mais on sait aussi qu’à cette époque, les instruments d’optique étaient encore si peu puissants et si imparfaits que Galilée, aussi bien que ceux qui observèrent Saturne après lui pendant plus de quarante années, ne purent reconnaître la véritable forme de Saturne. Ni Gassendi, ni Hévélius, ni Riccioli, ni Huyghens ne comprirent rien d’abord à cette bizarre apparence, qui d’ailleurs variait dans le cours des années et semblait défier les interprétations des astronomes de ce temps.
- Huyghens cependant parvint à déchiffrer l’énigme. Il prit pour cela le meilleur et le plus court moyen, celui de construire un instrument d’observation plus parfait. A la lunette de 12 pieds de foyer qui lui avait servi en 1655 à découvrir le premier satellite de Saturne, mais qui donnait des images peu précises, il substitua une lunette de 25 pieds permettant un grossissement de 100 fois. Dès 1656, Huyghens reconnut la véritable nature des appendices lumineux qui avaient donné lieu à tant d’explications bizarres, mais il ne publia que trois ans plus tard ses vues à ce sujet, quand des observations réitérées en eurent a ses propres yeux confirmé la pleine exactitude. Le Systema Saturnium parut, en effet, en 1659.
- L’anneau de Saturne sembla d’abord unique ou simple. Ce n’est que vingt ans environ après les premières observations décisives d’Huyghens qu’il fut dédoublé par D. Cassini. En 1675, cet astronome reconnut en effet l’existence d’une ligne obscure divisant en deux parties à peu près égales l’anneau dans toute son étendue.
- Il constata nettement aussi la différence d’intensité de la lumière des deux parties de l’anneau. « La largeur de l’anneau, dit-il, étoit divisée par une ligne obscure en deux parties égales, dont l’intérieure et plus proche du globe étoit fort claire, et l’extérieure un peu obscure. II y avoit, entre les couleurs de ces deux parties, à peu près la même différence qui est entre l’argent mat et l’argent bruni (ce qui n’avoit jamais été observé auparavant) et ce qui s’est depuis vu toujours par la même lunette, mais plus claire7 ment dans le crépuscule et à la clarté de la lune que dans une nuit plus obscure. Cette apparence donna une idée comme d’un anneau double, dont l’inférieur, plus large et plus obscur, fut chargé d’un
- plus étroit et plus clair. » Les deux dessins qu’il publia dans le tome X des Mémoires de l'Académie des sciences (et aussi dans le Journal des savants de 1677) donnent une idée très-exacte de l’apparence décrite par Cassini en ce qui concerne la teinte des anneaux, mais la ligne obscure de séparation, qui est cependant nettement indiquée dans le texte, n’y est point marquée; c’est cette division qu’on a désignée communément depuis sous le nom de bande de Cassini1. Dans un mémoire publié en 1715 par Ma-raldi, cet astronome constate que la découverte de Cassini a été confirmée « dans toutes les parties de l’orbe de Saturne, ce qui fait voir que la surface de l’anneau qui regarde le midi est conformée comme celle qui est tournée vers le Septentrion, puisque l’une et l’autre font les mêmes apparences. »
- Depuis, d’autres divisions ont été observées tant sur l’anneau extérieur ou obscur que sur l’anneau brillant ou intérieur. Nous reviendrons plus loin sur ces détails. En ce moment nous voulons rappeler brièvement l’importante découverte faite en 1850 (c’est-à-dire 190 ans après celle d’Huyghens) d’un troisième anneau obscur, diaphane, intérieur à l’aiineau brillant, vu pour la première fois par l’astronome américain G.-P. Bond, puis peu après par M. Dawes et par M. Lassell (fig. 1). C’est celui qu’on nomme aujourd’hui l’anneau obscur, et qu’il serait préférable d’appeler l’anneau transparent, pour le distinguer de l’anneau extérieur. Pour abréger, nous désignerons aussi, comme le fait O. Struve, les trois parties de l’appendice saturnien par les lettres A, B, C, en allant de l’extérieur vers l’intérieur, ou vers le globe de la planète.
- Tel est, dans son ensemble, le système à propos duquel nous désirons appeler l’attention des lecteurs de la Nature. Nous voudrions exposer succinctement les intéressantes questions que les nombreuses observations anciennes et modernes ont soulevées et soulèvent encore à un double point de vue ; celui de la stabilité ou de l’équilibre du système, et celui de la constitution ou de la nature physique des anneaux. Laissons d’abord de côté les considérations théoriques, et ne nous attachons qu’aux faits d’observation.
- Au mois d’août 1851, l’observatoire de Poulkova recevait la visite de G.-P. Bond, l’astronome qui avait, quelques mois auparavant, découvert le nouvel anneau. O. Struve profita de cette occasion pour observer la planète avec le savant américain, qui ne fut pas peu surpris de trouver le nouvel anneau beaucoup plus large qu’il ne lui avait paru à l’observatoire d’Harvard-College, et que ne le montrait
- 1 Oa connaît cependant une observation antérieure du double anneau. En 1665, c'est-à-dire dix ans avant Cassini, un astronome anglais, W. Bail, à l’aide d’une très-bonne lunette de 38 pieds de foyer, détermina sinon la ligne obscure signalée par Cassini, du moins la duplicité de l’anneau. En annonçant cette découverte à Huyghens, Wallis le priait de vérifier s’il est exact « que ce n’est pas un seul corps de forme circulaire qui entoure le disque, mais deux. » (Thaï it is not one bodtj of a circnlar figure, thaï embraces his disk, but Iwo.)
- p.211 - vue 215/432
-
-
-
- 212
- LA NATURE.
- le dessin fait par lui le 15 novembre 1850. Une conversation s’engagea le lendemain à ce sujet, et W. Struve, le père du directeur actuel de Poulkova, exprima sa conviction que le système des anneaux de Saturne a dû subir depuis le temps des observations d Hévélius et d’Huyghens, des changements considérables. Cette conviction de l’illustre observateur, si justement célèbre par ses travaux sur les étoiles doubles, était-elle fondée? C’est ce que M. 0. Struve entreprit de rechercher, et il commença pour cela à effectuer une série de mesures micrométriques des diverses parties du système de Saturne, puis de comparer les résultats de ces mesures soit aux mesures, soit aux observations antérieures.
- En ce qui concerne le nouvel anneau découvert par Bond et soupçonné déjà douze ans plus tôt par Galle, M. 0. Struve, après une discussion approfon-
- die, conclut à la non-réalité d’un changement quelconque dans ses dimensions. Le dessin de l’astronome américain, comparé aux observations et aux mesures de Struve, aurait fait supposer, au contraire, que l’anneau se serait élargi dans le court intervalle de dix à onze mois, en s’avançant vers la planète d’un tiers à peu près du vide total compris entre le bord du globe et celui de l’anneau B. Mais les estimations de Dawes, faites en novembre 1850, celles de Galle, datant de 1838 et 1839, s’accordent en réalité avec les mesures de l’astronome russe et s’opposent à toute idée d’un réel changement. Cette conclusion du reste, quoique négative, ne peut être évidemment absolue. D’une part, les observations de Galle ne pouvaient être bien précises, puisqu’elles n’avaieut pas suffi à reconnaître la vraie nature de ce qu’il avait vu, sans quoi la découverte faite par
- Fig, 1. — Divisions de l’anneau extérieur de Saturne. Anneau intéiieur transparent. D après un dessin de G. P. Bond.
- du 9 janvier 1855.
- Bond eût été faite douze ans plus tôt; d’autre part, l’intervalle écoulé entre les observations de Bond et celles d’Otto Struve était trop court pour qu’un changement, même assez important, pût être appréciable, c’est-à-dire supérieur aux erreurs d’observation.
- Ce n’était pas d’ailleurs sur le nouvel anneau, inconnu de W. Struve, que le savant astronome avait pu baser la conviction dont il a été question plus haut. La comparaison d’observations anciennes, séparées des observations modernes par des intervalles d’un à deux siècles, avait été l’origine de cette conviction. Entrons à cet égard dans quelques détails, en prenant pour guide la discussion d Otto Struve1.
- Il va de soi, tout d’abord, qu’il y a lieu d’écarter les observations antérieures à la publication du System» Saturnium, tant celles de Galilée que celles de Scheiner, de Gassendi, de Riccioli et d’Hévélius. Nous avons reproduit, dans notre nouvelle édition
- 1 Mémoires de l’Académie des Sciences de Saint-Pétersbourg, G' série, t. V.
- du Ciel, quelques-uns des dessins laissés par ces premiers observateurs de l’anneau, afin de montrer comment l’imperfection optique des images avait pu les induire en erreur sur la nature de l’appendice; mais précisément à cause de cette imperiec-tion, il n’est pas permis de prendre, pour termes de comparaison, ces premières et informes apparences. Il n’en est pas de meme de celles d’Huyghens, après sa découverte. On peut voir la reproduction des dimensions relatives de Saturne et de son anneau pour l'époque de 1657. Ce dessin ne donne pas, on le comprend, l'aspect télescopique de Saturne, mais la projection du système sur le plan de l’anneau, d’après les déterminations d’Huyghens. Il montre nettement, comme l’indique le texte du Systema SaHirnium, qu’à l’époque de l’observation, c’est-à-dire en 1657, « la largeur de l’intervalle compris entre le bord intérieur de l’anneau et le globe de Saturne égalait ou même surpassait la largeur de l’anneau lui-même. »
- Il en était autrement dqjà, cent quarante-deux ans
- p.212 - vue 216/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 215
- plus lard, du temps où W. Herschel observait Saturne et mesurait les dimensions de la planète et de son anneau, l'n coup d’œil jeté sur le second dessin de la figure 2 montre qu’à cette époque la largeur de l’anneau dépassait déjà notablement celle du vide intérieur (d’environ 1/6) (fig. 2). De nos jours, le changement est plus manifeste encore, comme le prouve le troisième dessin, où l’anneau est, en largeur, plus du double de l’espace obscur.
- Les anciens dessins font foi de ces changements, mais ce n’est pas sur des témoignages de ce genre, toujours un peu douteux, que s’appuie 0. Struve pour arriver à une conclusion aussi importante; c’est sur les mesures elles-mêmes des dimensions relatives faites par divers observateurs, mesures discutées, réduites ou corrigées des effets de l’irradiation. Il ne peut entrer dans le cadre de cette notice de donner le détail de cette discussion d’ailleurs pleine d’intérêt. Nous allons seulement re-
- produire les résultats obtenus, mais en faisant remarquer qu’ils n’indiqueraient pas le sens du changement qui s’est graduellement opéré dans le3 dimensions du système, si l’on ne possédait des mesures suffisamment précises du diamètre total de l’anneau et du diamètre du globe lui-même. Quelque improbable que soit une telle hypothèse, on pourrait admettre que c’est le diamètre de la planète qui, en augmentant progressivement, a rempli peu à peu le vide intérieur et diminué sa largeur. Si c’est, au contraire, l’anneau lui-même qui a changé, cela peut se comprendre de plusieurs manières. Il a pu se rapprocher de la planète, sans que sa largeur ait augmenté, le bord extérieur et le bord intérieur s’étant tous deux également rapprochés de Saturne ; si l’anneau s’est élargi, il a pu s’accroître également par ses deux bords ou seulement par l’un d’eux.
- Otto Siruve, discutant les anciennes mesures du
- Fig. 2. — Variations dans les dimensions de l’anneau de Saturne, dans l’intervalle de deux siècles.
- diamètre extérieur et du diamètre de la planète, pense qu’à la rigueur on pourrait en conclure que le diamètre extérieur de l’anneau a été jadis un peu plus grand que de nos jours ; mais il ajoute que ces indications sont peu sûres, et qu’il est préférable, au moins provisoirement, d’admettre que le diamètre extérieur de l'anneau et celui de Saturne n’ont pas changé.
- Voici maintenant la suite des mesures réduites, dont il a été question plus haut, en appelant a la lai’geur de l’espace compris entre la planète et le bord interne de l’anneau, b celle de l’anneau lui-même :
- a b a 1
- Huyghens en 1657 6", 5 4", 6 1,41
- Huyghens et Cassini — 1695 6,0 5,1 1,18
- Bradley — 1719 5,4 5,7 0,95
- W. Herschel. . . — 1799 5,12 5,98 0,86
- W. Struve. . . . — 1826 4,36 6,74 0,6i
- Encke et Galle. . . —- 1838 4,04 7,06 0,57
- 0. Struve — 1851 3,67 7,43 0,49
- La diminution progressive de a, l’augmentation correspondante de b, et, par suite, la diminution de leur rapport, sont des faits que le tableau précé-
- dent démontre avec une évidence frappante. Struve ajoute avec raison qu’on ne peut objecter, contre les conclusions résultant de leur examen, la difficulté et la délicatesse de mesures micrométiques, différant seulement les unes des autres d’un petit nombre de dixièmes de seconde. En effet, il s’agit ici de deux objets juxtaposés, et une simple estimation à l’œil suffit à indiquer si c’est l’un ou l’autre qui a les dimensions les plus fortes ; du temps des premières observations d’Huyghens, c’est l’intervalle obscur qui l’emportait sur la largeur de l’anneau; Bradley les voyait égaux, à peu de chose près ; mais, dès 1799, le rapport de grandeur est interverti et la différence va en augmentant sans cesse jusqu’à nos jours. Enfin, raison décisive, une plus grande précision dans les mesures, les corrections mieux faites de l’irradiation, résultat du perfectionnement incessant des instruments, auraient dû produire un effet contraire, accroître encore la largeur du vide existant entre la planète et l’anneau, si aucun changement réel n’avait eu lieu. Or, c’est le contraire qui s’est présenté.
- L’anneau paraît donc s’être élargi en se rapprochant de Saturne par son bord intérieur. La corn
- p.213 - vue 217/432
-
-
-
- 214
- LA NATURE.
- paraison des mesures indique un mouvement annuel de 0"0150, de sorte que, si cette vitesse restait constante, en 280 ans, l’espace de 3"650, qui existait en 1852 entre le bord de l’anneau B et la planète, serait comblé : le système annulaire se trouverait en contact avec le globe de Saturne. Ce temps se réduirait à 125 années, si l’on faisait le même calcul pour l’anneau intérieur obscur. En l’an 2132, dans la première hypothèse, en 1977, dans la seconde, la réunion dont nous parlons serait un fait accompli.
- „ A la distance où nous sommes de Saturne, les nombres que nous venons de donner correspondent : te rapprochement annuel à 90 kilomètres environ, e rapprochement total, depuis lluyghens, à un peu peu plus de 17 000 kilomètres.
- Dans tout ce qui précède, il ne s’agit que de l’ensemble des deux anneaux À et B. Il restait à savoir si l’augmentation de largeur reconnue s’est également ou proportionnellement répartie sur chacun d’eux. On va voir qu’il n’en est rien. Otto Struve, en effet, dans le mémoire que nous analysons, discute également les mesures faites à diverses époques de la largeur comparative de l’anneau obscur extérieur et de l’anneau brillant. Quand Cassini reconnut que l’anneau de Saturne était double, c’est le plus clair qui lui parut le plus étroit, comme on peut le voir par la citation que nous avons faite plus haut. En 1707 , Maraldi considérait les deux largeurs comme à peu près égales; en 1791, \V. Herschel mesurait les deux anneaux, et trouvait pour le plus brillant une largeur presque triple de celle de l’anneau A. Enfin, des mesures effectuées par W. et 0. Struve et par Encke, il îésulte les dimensions moyennes suivantes des deux anneaux et de leur in-
- tervalle pour l’année 1838 :
- Anneau A............2",44
- Anneau B...........4,18
- Intervalle. ..... 0,56
- Les conclusions de M. O. Struve sont en définitive les suivantes :
- 1° Le bord intérieur des anneaux de Saturne s’approche continuellement du globe de la planète ;
- 2° Le rapprochement du bord intérieur est combiné avec un accroissement de la largeur totale des anneaux ;
- 3° Dans l’intervalle entre les observations de D. Gassini et celles de W. Herschel, la largeur de l’anneau B a augmenté en plus forte proportion que celle de l’anneau A.
- ' Le troisième point ne s’applique qu’à l’intervalle de temps qui sépare 1675 de 1791. C’est qu’en effet il semblerait que depuis cette dernière époque l’anneau À ait repris le dessus sur l’anneau B ; le rapport de 1 à 2,87 trouvé par Herschel ayant di* minué jusqu’à celui de 1 à 1,71, moyenne de 1838. L’accroissement de largeur de l’ensemble des deux anneaux aurait bien continué comme par le passé, mais c’est l’anneau brillant qui se serait accru dans une plus forte proportion. Il y a là un point dou-
- teux cependant, qui ne pourra être éclairci que par de nouvelles mesures, faites avec la précision de celles d’Otto Struve. G. P. Bond, dans ses « Observations of the Planet Saturn », faites entre 1847 et 1857, donne bien une série de mesures du système annulaire, d’où il résulte que le rapport des deux largeurs est celui de 1 à 1,74, un peu plus fort que celui de 1838. Mais les observations de Bond ont été principalement faites en 1852, à peu près à la même époque que celles d’O. Struve, qui obtenait pour rapport des anneaux 1 à 2. En introduisant les mesures de l’astronome américain dans la série qui a servi à calculer la moyenne pour 1838, on ne changerait donc pas sensiblement le résultat ; on le diminuerait même encore. Nous ne connaissons pas d’autres mesures qui permettent d’éclaircir le doute sur ce point particulier. Mais il n’en ressort pas moins de tout ce qui précède un fait d’une haute importance, qui prouve la légitimité de la conviction exprimée par W. Struve, à savoir que le système des anneaux de Saturne est soumis à des changements relativement considérables, et que ces changements, s’ils devaient persister dans le même sens, conduiraient dans un temps qui n’est pas éloigné, l'appendice tout entier à la dislocation, à la ruine.
- Il est possible, sans doute, de concevoir l’équilibre du système annulaire d’une autre façon. On peut supposer que les mouvements qui ont eu lieu dans un sens, pendant une période de durée inconnue, se feront ensuite en sens contraire, et que la stabilité du système résulte non de l’immobilité, mais d’une série d’oscillations opposées. Mais quelle que soit l’opinion qu’on adopte à ce sujet, il n’en est pas moins vrai que l’hypothèse de la rigidité des | anneaux doit être abandonnée. C’est là une conséquence évidente des résultats établis par la discussion de deux siècles et demi d’observations, et cetie conséquence ne peut manquer d’exercer une grande influence sur les recherches ayant pour objet la nature et la constitution physique des anneaux. Comme l’a dit 0. Struve en terminant son mémoire, « dans les recherches théoriques sur la constitution des anneaux de Saturne, il est dorénavant inadmissible de partir du principe d’un équilibre parfaitement stable ». Nous essayerons, dans un second et prochain article, d’exposer l’état actuel, à ce point de vue, de cet intéressant problème d’astronomie physique. Amédée Guillemin.
- LES RITES FUNÉRAIRES
- DES PEUPLES LACUSTRES.
- LE DOLMEN d’aUVERNIER.
- (lac de necchatel.)
- Les savantes recherches exécutées pendant ces derniers temps dans les lacs suisses ont contribué, pour une large part, à la reconstitution des mœurs
- p.214 - vue 218/432
-
-
-
- LA SATURE.
- des races préhistoriques. L'examen attentif des objets retirés des palafittes, armes, bijoux, ustensiles de la vie domestique, restes d’animaux, nous a initiés aux coutumes de la vie publique et privée des peuplades lacustres. Depuis la première découverte des pilotis du lac de Zurich, un peu plus de vingt années ont suffi pour lire l’antique chronique des âges de la pierre et du bronze, dont les feuillets épars semblaient à jamais ensevelis sous l’épaisse couche de limon, silencieusement amassée dans la suite des siècles. Parmi les coutumes dont le secret n’avait point encore été entièrement révélé aux archéologues, se plaçaient au premier rang les rites funéraires.
- Les anciens monuments mégalithiques des divers âges de l’humanité naissante, disséminés sur la surface du globe, en nombre si considérable qu’ils semblent donner raison au vers du poëte,
- Le seuil de notre siècle est pavé de tombeaux
- nous ont permis de classer les rites funéraires des âges préhistoriques en trois grandes divisions. Pendant la période de la pierre, le cadavre est enterré dans la position assise; l’incinération domine dans l’âge du bronze; l’âge de fer adopte la coutume qui est encore en usage de nos jours, le mort est couché dans son tombeau. Il était tout naturel de rattacher les habitudes des colons lacustres à celles des autres peuples leurs contemporains, et d’assigner à chacune des périodes qu’ont traversées les habitants des lacs suisses, les rites funéraires qui lui étaient propres. Aucune découverte n’était cependant venue donner raison à cette supposition, si plausible qu’elle fût. Les rivages des lacs et les collines qui les entourent, si l’on en excepte les sépultures de Morges et de Saint-Prex (lac de Genève) sur lesquelles nous reviendrons, n’avaient fourni aucune trace de cimetières lacustres. Les ensevelissements avaient dû, malgré cela, être fort nombreux, étant donné la population des pilotis pendant leur longue période de vie normale, depuis l’âge fout à fait primitif et inculte de la pierre jusqu’à la civilisation comparativement élevée du bronze, telle que nous la retrouvons aux superbes stations de Morges, de Mœringen et d’Auvernier. Les fouilles exécutées dans les pilotis n’avaient, de leur côté, donné que de très-rares vestiges humains, dont la présence devait être attribuée à des accidents ou encore aux luttes continuelles que se livraient entre eux les villages voisins, plutôt qu’à la coutume de se débarrasser des cadavres en les jetant au lac, coutume si contraire, du reste, aux sentiments de respect que professaient pour leurs morts les peuples primitifs.
- Le hasard avait joué le plus grand rôle, lors de la découverte des premiers pilotis suisses. L’hiver de 1853 avait été rude; les rivières recevant peu d’eau, le niveau des lacs baissa tellement que, de mémoire d’homme, pareil phénomène ne s’était point produit. Quelques habitants, voulant profiter de l’a-
- 215
- baissement des eaux pour gagner du terrain et construire une digue qui s’opposât au retour du lac sur la plage mise à sec, trouvèrent la vase encombrée de gros pieux, entre lesquels ils relevèrent des cornes de daim et divers instruments de pierre. Ces curieuses trouvailles éveillèrent l’attention du savant docteur Keller, dont le nom est désormais lié à l’histoire des palafittes. Des fouilles en règle furent exécutées sous sa direction, d’abord aux endroits mis à sec, ensuite sur tout le pourtour du lac. L’âge lacustre prit dès ce jour place dans l’histoire. Un hasard tout aussi heureux devait amener la découverte des tombes d’Auvernier.
- En janvier dernier, des ouvriers occupés à creuser les fondations d’une maison dans une vigne située en face des palafittes du lac de Neuchâtel, entre Au-vernier et Colombier, à environ 50 mètres du rivage, étaient arrivés à une profondeur de 2 mètres, lorsqu’ils rencontrèrent sous la pioche une large dalle. Cette pierre, qui fermait un tombeau, reposait sur d’autres dalles posées de champ. Le dolmen, une fois évidé, se présenta sous la forme d’une chambre sépulcrale de lm80 de profondeur, lm60 de longueur et lm13 de largeur. L’axe de la tombe est perpendiculaire à celui du lac, et le fond repose sur un lit de gravier, à 0m60 environ au-dessus du niveau actuel des eaux.
- La chambre principale, ainsi que les chambres secondaires, dont on peut suivre la disposition sur notre gravure, étaient complètement remplies de terre glaise mélangée d’ossements et de grosses pierres. On peut évaluer à une quinzaine le nombre des squelettes dont on a retrouvé les restes. Les ossements du tronc et des membres gisaient de préférence dans la partie médiane, tandis que les crânes se trouvaient plutôt sur les bords et aux angles du caveau. On a remarqué également que les crânes étaient plus nombreux du côté nord; le cadavre aurait donc été enseveli le plus souvent le visage tourné sur le palafitte. La chambre postérieure nord, adossée à un gros bloc de granit, ainsi que le couloir ouest, tous deux recouverts de dalles, contenaient, comme le caveau principal, des restes humains. La chambre antérieure, non recouverte, ne renfermait aucun ossement. La dalle posée de champ qui la séparait du grand caveau présentait une disposition particulière : l’un de ses angles avait été grossièrement abattu, comme pour livrer passage à un corps humain, probablement lorsqu’on procédait à une nouvelle inhumation.
- Nul doute que la tombe que nous venons de décrire n’ait été construite par les peuplades lacustres des stations voisines. L’examen des crânes recueillis, à défaut d’autre preuve, lève toutes les objections. Suivant le savant professeur Rütimeyer, de Bâle, ces crânes appartiennent au même type mésaticé-phale, dit type de Sion, que ceux des rares vestiges humains recueillis dans les divers palafittes, entre autres à Nidau, Meylen, Robenhausen, Wauwyl, Lo-cras, Mœringen, et surtout dans la station même
- p.215 - vue 219/432
-
-
-
- 216
- LI NATURE,
- d’Auvernier. La contemporanéité des pilotis lacustres et de la chambre sépulcrale d’Auvernier est donc déjà bien établie par la similitude des types crâniens.
- Les objets recueillis dans les chambres sépulcrales, mélangés aux dépouilles mortelles des antiques habitants des palafittes d’Auvernier, nous renseigneront ensuite sur l’âge du dolmen. Nous donnons la ste de ces objets, d’après les Mémoires de la Société des Antiquaires de Zurich :
- 1° Une petite hachette de serpentine noble, bien travaillée, de 0m, 095 de lon-gueur, percée d’une petite ouverture à l’extrémité opposée au tranchant.
- 2° Une seconde hachette analogue, mais plus petite, et dont le tranchant est émoussé.
- 5° Une défense de sanglier, aiguisée à l’une de ses extrémités, et perforée à l’autre, pour être suspendue à un collier.
- 4Ü Une dent d’ours perforée, entièrement semblable à celles recueillies précédem ment dans les stations de la pierre.
- 5° Une dent de loup, également perforée.
- 6° Un petit disque en os, de 0m, 03 de diamètre, poli avec soin sur ses deux faces, et perforé au centre.
- 7° Un petit anneau en bronze.
- 8° Une perle de bronze (ou de cuivre pur, à en juger du moins par la couleur) absolument identique, par sa forme et ses dimensions, aux fusaïoles en terre cuite de l’époque du bronze. Elle a évidemment servi comme ornement de collier.
- 9° Une épingle en bronze, utilisée comme épingle à cheveux ou agrafe de vêtements, de 0m16 de longueur. Sa tige est ornée d’une petite tête plate, et, à quelque distance de celle-ci, d’un renflement percé d’une ouverture. Aucune pièce de ce genre n’a été rencontrée jusqu’à ce jour dans les stations de l’âge du bronze, non plus que dans d’autres pa-
- lafittes. Cette épingle aurait donc été importée vers la fin de l’âge de la pierre.
- Quelques jours après le déblaiement du caveau qui contenait les objets que nous venons de mentionner, les ouvriers découvrirent, à deux mètres de distance environ, du côté est, et au même niveau, un squelette d’enfant assez bien conservé. Ce squelette gisait libre dans la terre, sans être entouré de dalles. On trouva à proximité une petite dalle posée
- de champ, et plus près desossements, quelques objets de bronze qui semblent avoir appartenu à une époque plus récente que ceux du dolmen :
- 1° Une paire de petits bracelets martelés, de forme ovale, dont le plus grand diamètre mesure O111,055 et le plus petit 0m,040. La surface interne est lisse, la surface extérieure est ornée de cordons saillants d’un bel effet. Les extrémités des bracelets sont unies et ne présentent point le renflement typique des bracelets lacustres. Un bijou semblable a été recueilli dans le tumulus de Favar-gettes, au Yal de Ruz.
- 2° Une autre paire de bracelets de la même dimension, maisplus massifs que les précédents, et qui ne paraissent pas avoir été coulés. La surface interne est plate et unie, tandis que la surface externe présente une saillie médiane, de sorte que la coupe du bracelet figure un triangle aplati. L’ornementation, qui est exactement la même sur les deux pièces formant la paire, consiste en un dessin artistement gravé au burin, sous forme de chevrons et de dents de loup.
- 3° Une perle d’ambre rouge, de grandeur moyenne, dont la surface externe a pris une teinte grisâtre, suite du séjour prolongé dans le soL
- 4° Une pendeloque en bronze, espèce de bouton formé d’un disque de 0“035 de diamètre, surmonté d’une tige un peu conique et ornée de renflements.
- Fig. i. — Le dolmen lacustre d’Auvernier (lac de Neufchâtel).
- p.216 - vue 220/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 217
- Aucune pièce analogue n’a été jusqu’à ce jour recueillie dans les palafittes.
- Tous ces bijoux étaient recouverts de cette belle patine verte, caractéristique des bronzes recueillis dans les tumuli.
- Les objets de métal trouvés dans le tombeau principal, quelque grossiers qu’ils soient, si on les compare aux magnifiques spécimens que nous a fournis le bel âge du bronze, nous font éliminer d’abord l’âge de pierre proprement dit, qui nous aurait fourni, du reste, les grandes haches, les silex, les objets en corne de cerf, caractéristiques de cet âge primitif.
- Les hachettes de serpentine perforées, si rares dans l’ancienne époque de la pierre, les dents d’ours et de sanglier destinées à la parure, nous font déjà remonter à la pierre polie.
- Quant à l’épingle de bronze, à l’anneau et à la perle qui accompagnaient les objets néolithiques , ils témoignent des relations ethniques qui commençaient à s’établir entre les habitants des pilotis et probablement les marchands étrusques.
- La disposition même des restes humains dans la chambre sépulcrale, l’absence de traces d’incinération, nous font rejeter, de même que les objets de parure, l’âge de bronze proprement dit. Les dimensions restreintes de la salle funéraire, la répartition des crânes aux angles et sur les côtés, portent à croire que les cadavres ont été inhumés dans la position assise. Les squelettes, désagrégés par l’action des pluies et des terres transportées qui ont rempli le caveau, se sont affaissés sur eux-mêmes, les crânes restant de préférence contre les parois de la salle. Les gros cailloux retrouvés entre les squelettes servaient peut-être à assujettir les cadavres repliés
- Le dolmen d’Àuvernier renfermerait donc les vestiges des habitants lacustres d’un âge avancé de la pierre, alors que déjà le bronze commençait à faire son apparition sur les lacs de la Suisse occidentale, soit de l’époque de transition entre les deux périodes séparées l’une de l’autre par l’usage du métal.
- La baie située sur le lac de Neuchâtel, entre Colombier et Auvernier, à l’abri des vents du sud et du Joran, contient les restes de deux stations lacustres, dont l’une, la plus éloignée du rivage, est contemporaine de cette période que M. Desor a si bien qualifiée de bel âge du bronze. En dehors des épées, haches, épingles, fibules, qui sont d’un travail remarquable, on a découvert dans cette superbe station des moules de faucilles, de pointes de lances, de bracelets , qui prouvent l’état de civilisation avancée dans lequel vivaient déjà les habitants de ce palafitte. Le dolmen d’Auvernier ne peut certainement point appartenir à cette station. Tout au plus pourrait-on assi miler aux produits de cette époque déjà si riche et si artistique, les deux bracelets trouvés près du squelette d’enfant, et la per le d’ambre qui devait alors être un bijou du plus haut prix, si l’on songe que l’ambre était importé des bords de la Baltique.
- Plus à proximité de la rive, Auvernier possède un deuxième palafitte, contemporain de l’âge de la pierre. Aucun objet de bronze n’a été découvert entre ses pilotis. Le dolmen ne renferme donc point les restes de ses colons lacustres. Nous nous trouvons certainement en présence d’ossements humains appartenant à cette époque de transition que nous avons déjà signalée, dans laquelle les instruments de pierre n’étaient point encore complètement aban-
- Fig. 2. — Objets trouvés dans le dolmen d’Auvernier.
- 1. Hachette de serpentine. — 2, 3, 4 et 5. Dents perforées.— 6. Disque en os. — 7. Perle de cuivre. — 8. Épingle en bronze. — 9. Anneau en bronze.— Objets trouvés à proximité du dolmen, avec le squelette d’enfant. — 10. Perle d’ambre. — 11. Bracelets en bronze. — 12. Pendeloques eu bronze.
- p.217 - vue 221/432
-
-
-
- 218
- LA NATURE.
- donnés, à l’aurore du bronze, lorsque les relations ethniques commençaient à s’accentuer, sans cependant que le peuple des pilotis fût encore arrivé à ce degré de civilisation qui lui faisait fabriquer lui' même ses bijoux et ses armes. Le dolmen d’Auver-nier appartenait probablement à l’un des clans des premiers fondateurs du grand palafitte du bronze, dans lequel les objets primitifs auraient été plus tard refondus pour fabriquer ces épées, bracelets, pointes de lance, dont on a retrouvé les moules.
- Certains lacs de la Suisse occidentale renferment des stations lacustres remontant exactement à l’époque de transition du dolmen d’Auvernier. Le palafitte de Gérofm (lac de Bienne) a fourni, en même temps que des objets de pierre, des bijoux de bronze absolument différents des spécimens du bel âge du bronze de Mœringen et d’Auvernier.
- Les deux rives du lac de Genève sont, comme celles des autres lacs suisses, peuplées de pilotis lacustres. Le village de Morges, situé sur la rive vaudoise, possède entre autres trois stations. La station dite de l’Église est contemporaine de la pierre ; la grande cité de Morges ressort du bel âge du bronze ; la station des Roseaux peut être classée dans l’époque de transition qui inaugure le métal.
- En 1823 déjà, des fouilles faites sur une colline voisine, le Crêt du Boiron, avaient mis au jour plusieurs tombeaux en dalles grossièrement travaillées, renfermant des squelettes, dont l’un avait encore, adhérant aux os, deux bracelets de bronze. Lors de cette découverte, on ignorait encore l’existence d’un âge lacustre; les bijoux du Crêt furent déposés au musée de Lausanne et à la bibliothèque de Morges, comme une trouvaille archéologique à laquelle on était loin d’assigner son origine véritable. Ce fut seulement lorsqu’on eut exploré les pilotis de Morges qu’on songea à rattacher à l’existence des stations lacustres les tombeaux découverts en 1823, avec d’autant plus de raison que la riche ornementation des bracelets de bronze s’adaptait parfaitement à l’époque de la grande cité, contemporaine du bel âge du bronze. M. le professeur Forel fît, en 1863, de nouvelles fouilles sur l’emplacement des anciens tombeaux; mais, malheureusement, ces recherches ne donnèrent point de résultats satisfaisants. Cette tentative infructueuse, jointe à l’absence de documents sur la première trouvaille, ne permettait donc point de rien préjuger de sérieux sur l’origine des sépultures du Crêt.
- Une seconde découverte, faite en 1865, avait de nouveau éveillé l’attention des archéologues. En défonçant un terrain sur le bord de la terrasse qui domine la falaise du lac, à proximité de la station lacustre de Saint-Prex, on rencontra, à environ quatre pieds de profondeur, une trentaine de squelettes étendus ; quelques-uns seulement étaient recouverts d’une dalle. Ces restes humains étaient accompagnés de bijoux, épingles, bracelets, anneaux, appartenant à la belle époque du bronze. La position horizontale
- du cadavre nous ferait assigner à ces sépultures la fin de l’âge de bronze, la première apparition du fer, avec lequel l’incinération va disparaître en faisant place à la coutume d’étendre le mort dans son tombeau. Des urnes remplies de cendres furent à la vérité trouvées à proximité des squelettes, mais la disposition particulière qu’elles affectaient, alternant avec chaque mort, nous ferait croire que ces urnes contenaient les restes de sacrifices ou de repas funèbres.
- Le dolmen d’Auvernier est venu détruire tous les doutes qui pouvaient exister encore sur le mode d’ensevelissement adopté par les peuples lacustres. Cette dernière découverte présente un intérêt d’autant plus grand, que les vestiges trouvés dans le tombeau remontent à une époque plus ancienne. Les origines de l’humanité sont en effet pour nous pleines de mystères. Chaque trouvaille nouvelle ajoute un anneau à la chaîne, si souvent interrompue, qui relie notre civilisation à celle des premiers âges. Les lacunes sont encore énormes, mais les chercheurs sont nombreux et vaillants. Stimulé par l’invincible attrait de l’inconnu, notre siècle semble s’être imposé la tâche si noble et si ardue à la fois de reconstituer, au moyen des documents archéologiques qu’ont laissé derrière elles les sociétés disparues, l’histoire du monde, depuis l’époque lointaine du précurseur encore privé de langage, jusqu’au dernier échelon de la vie moderne. L’examen des monuments funéraires éparpillés sur notre sol nous fournit en particulier les bases les plus certaines et les plus précieuses. Ainsi le Sérapeum nous raconte l’histoire des Pharaons égyptiens ; les nécropoles de Chiusi, de Voltera, nous initient aux mœurs du peuple étrusque, contemporain des habitants des pilotis suisses; les monuments mégalithiques fouillés en Suède, en Danemark, en France, en Angleterre, lèvent le voile plus épais encore qui nous avait caché jusqu’à ce jour les mœurs d’ancêtres dont l'existence, il n’y a que peu d’années, nous était presque inconnue.
- Maxime Hélène.
- LA FABRICATION DES MONTRES
- AUX ÉTATS-UNIS.
- Dans une récente réunion d’horlogers, M. Favre Perret a donné de curieux documents sur la fabrication des montres en Amérique; il a parlé d’abord de la Waltham Watch Company, qui fabrique, a la mécanique, des montres meilleures que les montres suisses. En 1865, la Compagnie distribua à ses actionnaires un dividende en écus de 40 pour 100.
- « Les années suivantes, dit M. Favre Perret, les choses marchèrent tellement bien, que de toutes parts on vit surgir de nouvelles fabriques. Chacun voulut faire des montres. On compte aujourd’hui environ onze fabriques. La plus importante, après la Waltham, est celle d'Elgin, qui fabrique 300 mouve-
- p.218 - vue 222/432
-
-
-
- 219
- LA NATURE.
- ments par jour. La Waltham occupe 900 ouvriers, et fabrique 425 mouvements par jour. La Compagnie a de nouveau augmenté son capital en 1872; il est aujourd’hui de 1 500 000 piastres, plus 300 000 piastres comme fonds de réserve, soit un capital de 9 millions de francs. Celte fabrique d’horlogerie est une véritable puissance ; il n’en existe pas une pareille en Europe. Nous l’avons visitée dans tous ses détails, et nous avons admiré cette magnifique organisation....
- « En 1860, les fabriques américaines ne produisaient que 13 000 montres; en 1863, 100 000. Aujourd’hui, elles en produisent 250,000, et ce chiffre serait facilement doublé si la crise qui sévit là-bas comme ici venait à prendre fin. Car il ne faut pas oublier, que si plusieurs fabriques ont été fermées par la crise, l’outillage et les ouvriers sont là, tout prêts à reprendre la fabrication. Il ne faut pas perdre de vue non plus que les droits exorbitants et les frais qui s’élèvent ensemble de 25 à 30 pour 100, nous ôtent toute possibilité de soutenir la lutte....
- « Chez les Américains, tout se fait à la machine ; chez nous tout se fait à la main. Nous comptons en Suisse, environ 40 000 ouvriers, fabriquant en moyenne 40 montres. Aux Etats-Unis, la moyenne est de 150 montres. La machine produit donc de 3 1/2 à 4 fois plus que l’ouvrier.
- « On a dit et l’on a répété avec complaisance, que les Américains ne faisaient pas la montre en entier, et qu’ils étaient tributaires de la Suisse pour plusieurs parties. C’est une erreur. La Waltham fait toute la montre, depuis la première vis jusqu’à la boîte et aux cadrans. 11 leur serait même difficile d’employer nos produits, tant est grande la régularité, tant est minutieuse la précision avec laquelle travaillent leurs machines.
- « Ils arrivent à régler une montre, pour ainsi dire, sans l’avoir vue. Quand la montre est remise au régleur, le contre-maître délivre le spiral correspondant, et la montre est réglée.
- « Yoici ce que j’ai vu. J’ai demandé au directeur de la Waltham une montre de la 5e qualité. On a ouvert devant moi un grand coffre; j’ai pris, au hasard une montre, et je l’ai mise à ma chaîne. Le directeur m’ayant prié de lui laisser cette montre deux ou trois jours pour qu’on pût vérifier sa marche : « Au contraire, lui dis-je, je tiens à la conserver telle qu’elle est, pour avoir une idée exacte de votre fabrication. » A Paris, je mis ma montre à l’heure sur un régulateur du boulevard, et le sixième jour je constatai qu’elle avait varié de 32 secondes. Et cette montre est la 5e qualité américaine ; elle vaut 75 francs (mouvement sans boîte).
- (\ En arrivant au Locle, je fis voir cette montre à un de nos premiers régleurs, qui me demanda l’autorisation de la démonter. Je voulus d’abord l’observer, et voici les résultats que je constatai :
- « Pendue ; variation diurne : 1 1/2 seconde. Variation dans différentes positions : de 4 à 8 secondes. Dans l’étuve, la variation a été très-faible.
- « Après l’avoir ainsi observée, je remis la montre au régleur, qui la démonta. Au bout de quelques jours il revint, et me dit textuellement : « Je suis rentt versé! Le résultat est incroyable! On ne trouve-« rait pas une pareille montre dans cinquante mille « de notre fabrique. »
- UNE EXPÉRIENCE SUR L’OREILLE
- Un professeur de Vienne, M. Urbantschitsch, cherchait à quelle distance il pouvait distinguer le tic tac d’une montre. 11 s’aperçut que quand on se place dans un endroit silencieux, assez loin de la montre pour que le bruit ne soit plus perçu que d’une manière très-faible, mais cependant distincte, il arrive un moment, si l’attention se prolonge, où le tic tac semble s’affaiblir encore, puis finit par n’être plus entendu.
- Puis, au bout de quelques instants, on entend de nouveau la montre faire son tic tac avec plus de force qu’avant, jusqu’à ce qu’il cesse de nouveau. L’auteur de cette observation assez inattendue se demanda tout d’abord si ces silences n’étaient pas le fait de la montre, non qu’elle s’arrêtât, — il est sûr qu’elle continuait de marcher; — mais on pouvait supposer peut-être qu’en raison d’un mécanisme plus ou moins imparfait, le tic tac, à certains espaces de temps, devenait plus faible, de manière à n’être plus perçu à distance par la même oreille qui l’entendait distinctement quelques minutes auparavant. M. Urbantschitsch s’assura, en faisant écouter la même montre par plusieurs personnes , que ces défaillances de l’oreille ne se produisaient pas chez toutes au même moment ; elles n’étaient donc pas le fait du mécanisme. D’ailleurs, il expérimenta avec des bruits qui étaient bien certainement continus el toujours de même intensité, comme celui d’un filet d’eau tombant d’une hauteur constante. Il vit que les choses se passaient exactement comme avec la montre, c’est-à-dire que tous les sons très-faibles, produits à une certaine distance, ne peuvent pas impressionner l’oreille d’une manière continue. Celle-ci les entend, puis cesse de les entendre, et les entend de nouveau après une interruption plus ou moins longue de la sensation. Il se passe là quelque chose d’analogue à ce qu’on observe quand on cherche à fixer dans la nuit une lumière d'une très-faible intensité ; elle disparaît par moments à l’œil, puis reparaît au bout d’un certain temps. On s’explique ceci en admettant que, quand les nerfs de la vision ou de l’ouïe rëçoivent une impression à la fois très-faible et continue, il se produit en eux une fatigue d’une espèce particulière qui suspend la fonction ; après quoi l’organe, reposé et plus éveillé, voit mieux et entend mieux la lueur ou le tic tac de la montre.
- TOURBILLONS ATMOSPHÉRIQUES
- OBSERVÉS FRÈS DE CLERMONT, A. RABANESSE
- STATION DE LA PLAINE DE l’OBSÉKVATOIRE Dü PUY-DE-DÔME.
- M. Plumandon, aide-physicien à l’observatoire du Puy-de-Dôme, nous transmet une intéressante description des tourbillons aériens qu’il a observés à Uabanesse le 8 février 1877.
- p.219 - vue 223/432
-
-
-
- 220
- LA NATURE.
- Le dessin ci-contre, permet de bien comprendre ce curieux phénomène.
- CCCC est le courant inférieur venant de l’E. N. E. U se traduit à Rabauesse (station de la plaine de l’observatoire du Puy-de-Dôme) par un faible vent d’E. N. E., indiqué par les girouettes et la fumée des cheminées. Ce courant qui venait de la Limague, était relativement chaud, et sa température était 5 Rabanesse de 9°,3, à 2 mètres au-dessus du sol. En continuant sa marche vers l’O. S. 0., il arrive à la Chaîne des Puys, remonte les fientes de cette chaîne, et rencontre, vers le sommet des montagnes, un courant qui vient de l’O.-S,-0., c'est-à-dire diamétralement opposé. Ce cou* rant supérieur qui souillait avec assez de force au Puy-de-Dôme, y avait une température de — 1°.
- Celui d’E. N.
- E. était donc chaud par rapport à lui. Aussi le mélange partiel des deux cou rant s, produit bientôt une condensation des vapeurs du courant chaud, qui devient visible à partir de la ligne AB par la formation brusque de nuages qui chassent rapidement de l’O.S.O. La hauteur de ces nuages m’a paru être de 1000 mètres; car ils étaient plus bas qu'une autre couche de nuages, qui rasait le sommet du Puy-de-Dôme et du Puy-de-Pariou, et qui marchait beaucoup plus lentement. En arrivant vers la ligne MNP, le courant nuageux KKK.... formait deux tourbillons, probablement causés par la rencontre de la partie supérieure du courant chaud C GC.... ; car les nuages se dissipaient en partie sur le bord antérieur du courant KKK.... Dans le tourbillon S, les nuages marchaient en sens inverse du mouvement des aiguilles d’une montre. Dans le tourbillon D, ils marchaient dans le sens même de ce mouvement. Les deux tourbillons existaient quelquefois simultanément, mais le plus souvent le tourbillon D, était peu accentué et disparaissait même fréquemment. Dans ce cas, le courant K K K" K" était indiqué par des nuages iso-
- lés, animés individuellement d'un mouvement de rotation, mais surtout d’une grande vitesse de translation. Le centre de ces nuages, qui étaient toujours d’un petit volume, paraissait décrire des spirales.
- Le tourbillon S., toujours nettement accusé, persista plus de trois quarts d’heure, de 5h 1/4 à 0 heures du soir. Vers 5h45m, le vent d’E. N. E. faiblit rapidement, puis cessa tout à fait. Bientôt après, vers 6 heures moins 5 minutes, toute trace du courant K K K'K'K" K" avait disparu.
- La ligne MN se trouvait un peu à l’ouest du zénith de Rabanesse , de sorte qu’on peut évaluer à 9 kilomètres environ la distance qui séparait les tour-billons de la chaîne des monts d’Auvergne.
- J’ai déjà dit qu’une couche de nuages s'étendait au - dessus du courant KKK'K'K"K"... ; Ces nuages se dé-plaçaient vers l’est assez lentement. Le soleil couchant les colorait en fauve clair, de sorte que les détails du courant KKK...., se projetant en noir. étaient très-distincts.
- Du S.-0. au N.-O. par le sud et l’est, le ciel était complètement couvert, et avait uue couleur bleu-noir très-foncé, sur laquelle les nuages provenant du courant KKK'K'K"K".... se projetaient en blanc gris, et paraissaient comme des balles de coton.
- Il n’est pas rare à Rabanesse, de voir des nuages animés d’un mouvement de rotation autour d’un axe qui paraît quelquefois passer vers leur centre, ou d’un axe qui leur est extérieur. Plus fréquemment encore, on peut y voir cette formation subite de nuages abondants à partir d’une ligne bien déterminée; mais je n’avais jamais vu ces phénomènes se présenter dans des conditions aussi nettes et aussi commodes pourj’observation que ce jour-là.
- Tourbillons atmosphériques observés près de Clermont-Ferrand le 8 février 1871
- p.220 - vue 224/432
-
-
-
- LA NATURE
- 221
- LES OISEAUX D’HIVER
- (Suite et fin. — Yoy. p. 37, f3, 118 et 173.)
- Le Gros-Bec (Coccothrauste; vulgaris) est sédentaire dans quelques parties de la France et passe à
- certaines saisons dans diverses contrées de l’Europe, de l’As:e et de l’Afrique septentrionale : dans ses migrations, il traverse de préférence les plaines et semble éviter les forêts de conifères. C’est un oiseau lourd, paresseux, qui vole péniblement, à grands coups d’ailes, et qui devient facilement la proie de ses
- nombreux ennemis. Si l’homme le recherche, ce n’est certes pas pour son chant, qui est loin d’ètre agréable, mais bien à cause de son plumage, qui est assez remarquable, la tête, la poitrine et le ventre ayant des teintes brunes, rousses et grises parfaitement fondues, la gorge étant d’un beau noir, et les pennes
- des ailes et de la queue, noires également, à reflets métalliques, offrant des taches blanches d’un effet élégant.
- Chaque hiver la famille des Corvidés nous fournit aussi un certain nombre de visiteurs : ce sont d’abord les Corbeaux Freux (Corvus frugilegus),
- p.221 - vue 225/432
-
-
-
- 222
- LA NATURE.
- venant du nord de l’Europe et de l’Asie, qui se répandent en France dès la fin de l’automne et qui de là passent sur le littoral algérien. Ces oiseaux, au plumage d’un noir bleuâtre ou pourpré, au bec et aux pieds noirs, nichent par milliers en Belgique et en Angleterre, et, dans leurs migrations, se réunissent en troupes tellement considérables, qu’en s’abattant, ils couvrent parfois une étendue de 1 /2 kilomètre carré. Ils se mêlent souvent aux choucas et aux étourneaux, mais ils évitent la société des corneilles et ont une peur singulière des grands corbeaux noirs (Corvus corax). Les services qu’ils rendent à l’agriculture devraient leur assurer partout une protection efficace, et leur faire pardonner leurs méfaits, tels que la destruction de jeunes perdreaux et le rapt de quelques fruits; en effet partout où ils passent, les Freux débarrassent la terre des limaces, des vers blancs, des mulots, des campagnols, et d’une foule d’autres animaux nuisibles. Malheureusement il n’en est rien, et dans la plupart de nos départements, on leur fait une guerre aussi acharnée que stupide. Les chasseurs et les habitants de la campagne n’épargnent pas davantage les Corneilles mantelées (Corvus cornix) qui sont aussi utiles que les Freux, et qui arrivent presque à la même époque, mais qui, dans leurs migrations, ne s’avancent pas autant vers le sud. Ces Corneilles, qui sont très-communes en Suède et en Norvège, ne diffèrent des Corneilles ordinaires que par le camail gris qui couvre leur dos.
- Les Casse-Noix (Nucifraga caryocatactes), ou Geais de Montagnes, ont le bec beaucoup plus fort et plus conique et le plumage moins uniforme que les Corneilles; chez eux, en effet, la teinte brune des plumes est relevée principalement sur la tête, le cou et la poitrine, par des taches blanches allongées, d’un effet bizarre. Ces oiseaux vivent surtout dans les montagnes, en Scandinavie, en Laponie, en Allemagne, et même dans les Alpes de la Suisse et de la Savoie et se nourrissent des graines du Pinus cembra et des fruits du noyer et du coudrier, qu’ils brisent facilement entre leurs mandibules puissantes. A ce propos M. de Sinéty a fait il y a quelques années une observation curieuse ; il a vu les Casse-Noix descendre dans les vallées à l’époque de la maturité des noisettes, cueillir ces fruits, les dépouiller adroitement de leur enveloppe foliacée, les introduire un à un dans leur œsophage et, après en avoir rempli leur jabot, regagner leurs retraites pour s’y repaître à loisir du produit de leur récolte. Grâce à leur régime frugivore, les Casse-Noix aident à la dissémination de quelques arbres forestiers, mais en revanche ils causent souvent de grands dégâts dans les vergers et pillent les nids des petits oiseaux. Si nous les avons compris parmi les espèces qui nous visitent à l’arrière-saison, c’est qu’en effet, à ce moment de l’année, poussés par le besoin de nourriture, ils se réunissent parfois en troupes nombreuses et visitent le nord et l’est de la France.
- Depuis le commencement de ce siècle, disent MM. Degland et Gerbe, ces oiseaux apparurent à plusieurs reprises aux environs de Lille, mais le passage le plus considérable fut celui de 1844, qui ne dura pas moins d’un mois et demi. C’est par cette espèce plutôt nuisible qu’utile que nous terminerons cette notice, dans laquelle nous n’avons parlé que des passereaux; pour examiner les oiseaux d’hiver appartenant à d’autres ordres, nous aurions été obligés d’entrer dans de trop longs développements; nous laisserons donc de côté certains Rapaces diurnes migrateurs, tels que l’Aigle Jean-le-Blanc, la Chouette effraie et la Chouette caparacoch; nous ne dirons rien des Palmipèdes : Plongeons, Canards, Mouettes et Hirondelles de mer qui visitent nos côtes et se répandent sur nos cours d’eau, et nous ne nous arrêterons pas davantage aux Échassiers : Grues, Cigognes, Pluviers, Vanneaux et Bécasses, qui s’abattent à la fin de l’automne sur nos marécages, et qui, pour la plupart, sont bien connus des chasseurs. E. Oustalet.
- CHRONIQUE
- La digestion des Faucheurs. — On sait que les anciens auteurs regardaient la digestion soit comme une trituration des aliments, soit comme une coction, soit enfin comme une fermentation. C’est Spallanzani, le premier, qui a démontré, par ses expériences célèbres de digestion artificielle, que cette fonction consiste essentiellement dans des réactions chimiques, et les belles recherches de M. Claude Bernard ont complété la réalité de cette assertion pour les Vertébrés.
- Ce n’est que beaucoup plus tard qu’on a étudié, au point de vue chimique, l’appareil digestif des Articulés, et qu’on a essayé d’opérer, avec les sucs qu’il sécrète, des digestions artificielles. La grande difficulté provient surtout ici de la petitesse des sujets et de la faible quantité des matières. Un savant membre de l’Académie royale de Belgique, M. Félix Plateau, s'est surtout distingué dans ces délicates expériences. La Nature a rendu sommairement compte des résultats intéressants qu’il a obtenus pour deux classes des Articulés, les Insectes et les Myriapodes. M. Félix Plateau s’occupe actuellement sous ce rapport de la classe des Arachnides, et vient de publier le résultat de ses travaux sur un ordre de cette classe, les Phalangides (Note sur les phénomènes de la digestion et la structure de Vappareil digestif chez les Phalangides, Bruxelles, 1876).
- Cet ordre d’Arachnides est connu vulgairement sous le nom de Faucheurs. Ce sont ces êtres inoffensifs et bizarres, qu’on voit souvent après la pluie se chauffer au soleil sur les troncs d’arbres, avec un corps ovoïde, assez mou en général et gonflé, porté sur huit pattes démesurées et très-grêles, rappelant, avec plus d’exagération, les pattes des Cousins et surtout des Tipules(Diptères). Les enfants s’amusent souvent à arracher ces pattes filiformes, dont les articles remuent encore longtemps après. Ces Faucheurs se nourrissent de petits diptères, de très-minimes papillons, etc., qu’ils dévorent avec leurs mandibules, à la façon des insectes carnassiers, ne se bornant pas à les sucer, comme le font les Araignées. Dans l’examen du contenu du tube digestif et de ses l’ésidus, on trouve des débris d’yeux
- p.222 - vue 226/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 2‘25
- d’insectes, de pattes, d’ailes, d’antennes, des tronçons de trachées, des poils, des écailles de minuscules papillons, etc. En raison de l’étroitesse de leur œsophage, les Pha-langides sont obligés de diviser les animaux dont ils font leur proie en fragments très-ténus, dont l’examen complet exige des grossissements de 200 à 250 diamètres.
- On avait supposé que les Faucheurs sont omnivores, parce qu’on les a vus, en captivité, manger du pain mouillé et des fèves bouillies et qu’on les rencontre assez souvent, à l’état libre, sur des fragments de fruits ; il est très-probable qu’ils ne font qu’étancher leur soif. On les a observés, en effet, buvant avidement des gouttelettes d’eau. De même que les Mille-pieds, on ne peut conserver les Faucheui's en vie que dans un vase contenant du sable humide; c’est le même besoin qui fait apparaître ces Arachnides en grand nombre sur les plantes basses et sur les écorces des arbres, à la suite des pluies.
- Les aliments des Faucheurs viennent s’accumuler dans leur intestin moyen ou estomac. Dans celui-ci se déverse un liquide sécrété en abondance par de nombreux cæcums qui sont les analogues fonctionnels de la glande abdominale des Araignées, faussement appelée foie jusqu’à présent. Contrairement au suc gastrique des Vertébrés, et de même que chez les Insectes et les Myriapodes, ce liquide n’est jamais acide, mais neutre, ou peut-être très-légèrement alcalin, ne coagulant pas le lait, ayant une faible action sur les matières féculentes pour les changer en glucose, dissolvant les substances albuminoïdes et émulsionnant activement les graisses.
- Comme chez tous les Articulés, les produits solubles et assimilables de la digestion sont absorbés sur place, passant, par un phénomène d’endosmose, au travers des parois du tube digestif.
- Les résidus insolubles de la digestion, contournés en spirale, sont entourés d’une enveloppe ovoïde, non attaquée par les dissolvants énergiques et expulsés. Un liquide urinaire les accompagne, dû aux canaux de Malpighi au nombre de deux ; il ne renferme pas de guanine, corps si caractéristique de la sécrétion urinaire des Araignées, mais, ainsi que chez les Insectes et les Myriapodes, des urates, que l’on peut décomposer par l’acide acétique étendu, de manière à isoler des cristaux d’acide urique.
- M. G.
- BIBLIOGRAPHIE
- Guide médical dans les maladies de poitrine, par le Dr Porte. — Une brochure in-18. — Paris.
- De l'épuration des eaux d'égouts, par Ch. Joly. — Une brochure in-8°. — Paris, 1877.
- Les phénomènes glaciaires et torrides, par J. Perociie. — Une brochure in-8°. — Paris, Germer Baillière, 1877.
- Dictionnaire de chimie pure et appliquée, par Ad. Wurtz. — 23e fascicule. — Paris, librairie Hachette.
- Le radiomètre considéré comme appareil thermo-électrique, par J. Delsaux. — Saint-Denis, 1877.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 février 1877. — Présidence de M. Peligot.
- élection. — L’Académie avait à procéder à l’élection d’un membre dans la section de chimie, en remplacement
- de M. Balard. La liste des candidats était exceptionnellement longue, et le premier rang avait été accordé ex œquo, et par ordre alphabétique à MM. Cloëz, Debray et Friedel. Inutile de dire que tout ce que Paris compte de chimistes jeunes et vieux, s’était donné rendez-vous dans la salle des séances. Le nombre des votants étant de 59, M. Debray est élu par 32 suffrages; M. Cloëz réunit 14 voix, et M. Friedel 12. Il y a un billet blanc.
- Fonction des feuilles. — Il y a longtemps qu’on attribue aux stomates le rôle principal dans les phénomènes d’absorption et d’exhalaison des feuilles. M. Merget démontre ce grand fait, et en précise les conditions par des expériences directes très-élégantes. Il constate, par exemple, que les fonctions dont il s’agit, sont arrêtées lorsqu’une couche de vernis est étendu sur la région des feuilles qui porte les stomates. Ainsi, la feuille peut être soumise à des émanations mercurielles sans absorber trace de métal, et l’on sait comment les plus petites quantités de mercure sont décelées par des procédés photographiques. De même, si l’on injecte dans la feuille un liquide ammoniacal, on constate que l’alcali est émis exclusivement par les stomates, et que par conséquent le vernis en empêche le dégagement.
- A propos de Yulcain. — Nos lecteurs ne se rappellent sans doute pas que c’est le 22 mars prochain, qu’il y a chance d’apercevoir enfin la planète intra mercurielle. Craignant qu’il n’en soit des astronomes de profession comme de nos lecteurs, M. le Verrier a cru utile de rafraîchir la mémoire de ses confrères en leur adressant une petite circulaire très-joliment imprimée, dont il dépose beaucoup d’exemplaires sur le bureau. On sait que six observations anciennes ont conduit à assigner comme très-probable la date du 22 mars pour le prochain passage de l’astre; mais, tous les éléments de la question n’étant pas réunis, il peut se faire que la planète passant seulement dans le voisinage du soleil et non sur lui, reste invisible, et dans ce cas, il faudrait attendre dix longues années avant d’avoir aucune occasion de mettre de nouveau l’œil à la lunette.
- Météorites. —D’après une lettre de M. Lawria.ce Smith, trois chutes de pierres météoriques, ont eu lieu en un mois, presque sur le même point des Etats-Unis. Ces chutes ont eu lieu le 22 décembre 1876, et les 3 et 23 janvier 1877. La localité qu’on a négligé de nommer, est comprise, paraît-il, dans une zone que l’auteur appelle aérolithique, à cause du grand nombre de masses cosmiques tombées dans ces seize dernières années.
- Fièvre typhoïde. — C’est par la méthode expérimentale que M. le docteur Guérin, dans un grand mémoire dont il a donné lecture à l’Académie, aborde la question à l’ordre du jour : De la contagion possible de la fièvre typhoïde. Sa conclusion est tirée des faits fournis par un grand nombre de lapins auxquels il avait injecté les fèces provenant, les unes de malades atteints du typhus, et les autres de malades atteints d’affections plus ou moins analogues. Elle consiste en ce que les éléments toxiques, qui déterminent la fièvre dite typhoïde, préexistent dans les excrétions des typhiques. Quant à leur origine première, l’auteur se réserve d’y revenir.
- Livres. — La librairie G. Masson met en vente la seconde édition du Manuel du Microscope, de MM. Duval et Lereboullet. C’est sous un très-petit volume (édition diamant), un traité complet des applications du microscope au diagnostic et à la clinique. Après une Introduction qui
- p.223 - vue 227/432
-
-
-
- LA. NATURE
- 224
- fait connaître les appareils et les réactifs nécessaires à ce genre de recherches, les savants auteurs résument successivement les résultats fournis par l’étude microscopique du sang, du pus, des produits de la peau, des produits des muqueuses, du lait et des produits des surfaces séreuses et synoviales. Les questions les plus variées de la physiologie et de la pathologie sont tour a tour traitées dans cet intéressant ouvrage.
- C’est la même librairie qui publie également, dans le même format que l’ouvrage précédent, un Guide pratique d'électrothérapie rédigé par le docteur Bonnefoy, d’après les travaux et les leçons du docteur Onimus. Cet excellent manuel sera certainement accueilli avec la plus grande faveur, à une époque où l’électricité prend une part de plus en plus grande dans l’art de guérir.
- Signalons comme publications éminemment utiles aux
- ingénieurs la collection des Agendas Dunod. Chacun d’eux, sous la forme d’un portefeuille pourvu de papier blanc et d’un crayon, renferme un résumé des notions qu’il importe à chaque spécialiste d’avoir toujours à sa disposition. Nous avons spécialement sous les yeux le carnet qui concerne les industries chimiques et celui qui regarde l’art des mines et la métallurgie. Le premier présente au lecteur, sous la forme de tableaux, toutes les données les plus importantes de la chimie théorique et technologique. On y trouve aussi des notices sur les progrès les plus récents de la science. Le second agenda contient, sous le titie d’Exploitation des mines, de longs extraits du Manuel du Mineur, que M. Pernolel se prépare actuellement à publier. Tous les points importants de cette spécialité si complexe sont l’objet de chapitres dont la lecture sera très-profitable à tous les ingénieurs. Stanislas Meunier.
- Khélat, capitale ilu Beloutchistan (d’apr.Ls un croquis original).
- CORRESPONDANCE
- LA CAPITALE DU BELOUTCHISTAN1.
- Monsieur le Rédacteur,
- .... Je vous envoie une photographie faite d’après une esquisse de Khélat, capitale du Beloulchistan. La totalité de la ville et de la citadelle, qui s’élève au centre, est construite en pisé. Cela n’empêche pas le khan d’y séjourner pendant l’été. La citadelle est entourée de batteries, effrayantes seulement pour
- 1 Le Beloutchistan est situé dans la région Persique de l’Asie, fette contrée s’étend de 56° à 66° de longitude E., et de 25° à 30° latitude N. Elle est divisée en six parties distinctes : Dja-laouan, Saraouan, Katch-Gandava, Mekran, Lous et Kouliistan. Le Beloutchistan est un pays indépendant depuis le dix-huitième siècle. C’est une sorte d’Ètat fédéral, divisé en plusieurs khanats sous la dépendance du khan de Khélat. Comme l’indique la lettre ci-dessus, il est probable que le gouvernement anglais ne va pas tarder à occuper ce pays, à ia suite de dilli-cultés politiques.
- ! une armée d’indigènes; mais je crois qu’un seul coup des canons de 80 et 100 tonnes, que l’on fabrique aujourd’hui, ferait voler toutes les constructions en poussière. La contrée qui entoure Khélat est bien cultivée et arrosée avec soin; on y trouve des pommes, des poires, des cerises, des prunes, des noix, des mûres, des coings, des abricots, des amandes, des raisins; bref, tout ce que l’Europe , produit, y réussit parfaitement. Le gouvernement | de l’Inde britannique a résolu d’occuper le pays qui, ! depuis de longues années, est en proie à une déplorable anarchie, due aux contradictions des agents politiques que nous y avons envoyés successivement, et à l’impéritie d’un monarque tout à fait abruti....
- Agréez, etc. F.-G. Alexander,
- Lieutenant de l’armée anglaise.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmeh.
- CORLIilt., TVP. KTSTCR. CBBTB
- p.224 - vue 228/432
-
-
-
- .VI97. — 10 MARS 187 7.
- LÀ NATURE.
- 225
- LA MACHINE A ÉCRIRE
- AMÉRICAINE.
- La machine à coudre est née aux Etats-Unis. C’est encore en Amérique, pays des surprises de la mécanique, que vient de prendre naissance la machine
- à écrire, dont nous sommes heureux d’ètre les premiers à donner en France une description complète.
- Cette machine aussi remarquable par la simplicité de son mécanisme, que par la facilité et la rapidité de son emploi, est certainement appelée à avoir parmi nous le succès qu’elle a obtenu déjà dans les différents États de l’Union. Elle est construite par M. Remington, l’ingénieur américain bien connu,
- La nouvelle machine à écrire américaine. (1/4 de grandeur d’exécution.)
- auquel on doit le fusil qui porte son nom. Elle se confectionne dans la grande fabrique que cet habile inventeur a organisée pour la fabrication des fusils et des machines à coudre.
- La nouvelle machine à écrire comprend d’abord un clavier dont on a représenté la disposition sur la figure ci-jointe. Quarante-quatre touches portent nettement gravés : 1° Les chiffres de 2 à 9, l’i et l’o remplacent le 1 et le zéro ; 2° Les lettres de l’alphabet,. disposées dans un ordre combiné pour faciliter le maniement de l’appareil; 3° Les accents aigu, grave, circonflexe, d’interrogation, le tréma, l’apostrophe et la cédille. A la partie inférieure du 5* innée. — I" semestre.
- clavier est une règle de bois sur laquelle on doit frapper pour obtenir la séparation d’un mot à l’autre.
- Dans l’intérieur de l’appareil, chacune des lettres qui doit s’imprimer sur le papier, est soudée à l 'extrémité d’un petit marteau métallique. Les 44 marteaux correspondant, par l’intermédiaire de tiges et de leviers articulés, aux 44 touches du clavier, sont disposés autour de la circonférence d’un même cercle.
- Si l’on pose le doigt, par exemple sur la touche A du clavier, le marteau intérieur portant la lettre A est soulevé, la lettre est ainsi élevée jusqu’au centre du cercle. Par suite de leur disposition circulaire,
- 15
- p.225 - vue 229/432
-
-
-
- 226
- LÀ NATURE.
- toutes les lettres sont amenées, par le contact de leurs touches correspondantes, au centre du cercle, c’est-à-dire au même point.
- Le papier sur lequel on veut écrire est placé comme l’indique notre gravure, autour d’un cylindre monté sur un chariot que l’on voit à la partie supérieure de l’appareil.
- La lettre soulevée, par la légère pression du doigt sur la touche correspondante, vient frapper le papier appliqué contre le cylindre, mais entre cette lettre et le papier se trouve interposé un ruban imbibé d’une encre spéciale. La lettre, en relief, comme les caractères typographiques, agit à la façon d’un coin, et s’imprime, puisqu’elle n’établit une pression du ruban encré sur le papier, que suivant son relief.
- Le chariot porteur du papier est monté sur des roulettes qui glissent dans des rainures. Par l’intermédiaire d’une cordelette, il tend toujours à être entraîné de droite à gauche sous l’influence d’un ressort qui le commande. 11 ne reste immobile que parce qu’il est retenu par un taquet logé dans une crémaillère qui lui est adaptée à la partie postérieure.
- Au moment où une lettre s’imprime, la crémaillère est déclanchée, le chariot sollicité par le ressort se déplace aussitôt de droite à gauche, et d’une très-petite longueur, précisément égale à la largeur d’une lettre. La lettre suivante peut donc venir s’imprimer à côté de celle qui vient d’être soulevée. Toutes les lettres sont soudées de telle façon, que leur axe est orienté vers le centre commun où elles sont amenées; elles s’impriment successivement les unes à côté des autres. Le chariot porteur du papier se déplace au fur et à mesure de leur contact et de leur impression. Quand il arrive à l’extrémité de sa course, c’est-à-dire quand la ligne est terminée, un petit timbre se fait entendre et avertit le manipulateur. Celui-ci abaisse un levier placé à la droite de l’appareil. Ce levier, par l’intermédiaire d’une cordelette, fait glisser le chariot dans sa rainure, et le ramène à la droite du système dans sa position primitive. Pendant le trajet, qui s’exécute très-promptement; grâce à un mécanisme très-simple, un mouvement de rotation est imprimé au cylindre ; il tourne sur son axe avec le papier qu’il soutient, et sa surface se déplace d’un longueur égale à celle qui doit séparer une ligne de la suivante.
- En définitive, l’opération consiste à toucher des doigts, les deux mains devant servir à la fois, les louches dont on veut successivement imprimer les lettres.
- Entre chaque mot on doit frapper la règle inférieure du clavier, qui laisse en blanc sur le papier l’intervalle qui les sépare. Aussitôt que l’on entend la sonnerie, il faut abaisser le levier placé à la droite de l’instrument. Si le mol que l’on est en ce moment en train d’écrire n’est pas terminé, on peut tracer encore une ou deux lettres pour le finir, ou s’il est trop long, mettre le doigt sur le trait d’union, qui permet de continuer le mot à la ligne suivante.
- Le papier sur lequel ou écrit ne peut pas dépasser en largeur, la hauteur du cylindre qui l’entraîne. Mais il peqt avoir une largeur inférieure ; une enveloppe, une carte postale, etc., s’adaptent très-bien autour du cylindre, grâce à l’emploi d’une pièce métallique mobile qui leur sert de guide. Si la largeur du papier est limitée, sa longueur ne l’est pas, et l’écriture pourrait être imprimée sur un papier sans fin.
- Le cylindre du chariot est formé d’une pâte de gutta-percha assez dure, qui facilite la bonne impression des lettres.
- Il est à présent nécessaire, pour compléter notre description, de parler du mécanisme qui concerne le ruban imbibé d’encre. Ce ruban qui est comme nous l’avons dit, placé au-dessous du papier, et contre lequel vient frapper la lettre soulevée par la touche, suit le chariot dans son mouvement; il se déroule constamment de telle façon que deux lettres successives ne le frappent jamais au même point. En se déroulant ainsi, le ruban passe d’un encrier de droite dans un encrier de gauche, identique au premier. Quand il s’est déroulé entièrement, il suffit de changer la disposition d’une vis pour lui faire faire une marche en sens inverse, c’est-à-dire pour le faire passer de l’encrier de droite dans celui de gauche. Le déroulement du ruban en un mouvement alternatif de droite à gauche et de gauche à droite peut en quelque sorte s’opérer indéfiniment.
- L’impression est faite avec de l’encre à copier ; on peut prendre deux ou trois empreintes de la page écrite, à la presse à copier.
- Sur le devant de l’appareil est une échelle graduée, le long de laquelle glisse le chariot. Elle sert à prendre des points de repère dans le cas où l’on aurait à faire des colonnes de chiffres, etc.
- L’écriture tracée par cette ingénieuse machine est analogue à celle que l’on obtient en typographie avec les lettres dites capitales. Nous donnons ci-dessous la reproduction, un peu améliorée comme netteté d’impression, d’un spécimen que nous avons écrit nous-même avec une vitesse égale à celle de la plume.
- SPÉCIMEN DE L’ÉCRITURE TRACÉE PAR LA NOUVELLE MACHINE AMÉRICAINE.
- Pour écrire vite avec h machine, il faut s’exercer patiemment pendant quelques jours à bien connaître le clavier, afin de n’avoir plus à chercher les lettres.
- p.226 - vue 230/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 227
- Au bout de deux ou trois jours de travail, on commence déjà à se servir de l’appareil sans difficulté ; quinze jours suffisent pour arriver à écrire avec la vitesse ordinaire de la plume. Enfin, après un plus long usage, on dépasse de beaucoup cette vitesse. J’ai vu une jeune demoiselle anglaise qui arrivait avec la machine américaine, à tracer plus de 90 mots à la minute. Si le lecteur veut faire l’expérience, il pourra s’assurer qu’avec la plume, il n’est guère possible d’écrire lisiblement plus de 40 mots dans cet espace de temps.
- La machine à écrire offre donc cet avantage de pouvoir gagner beaucoup de temps en ce qui concerne le mécanisme matériel de l’écriture. Son emploi ne tardera pas à se généraliser dans les bureaux et les administrations.
- Elle est en outre d’un usage très-précieux pour les personnes qui ont une écriture peu lisible ou disgracieuse, et pour celles qui ont la crampe de l’écrivain.
- Elle se signale enfin comme un véritable bienfait pour les aveugles, qui arrivent à s’en servir promptement, comme l’ont prouvé déjà un grand nombre d’exemples en Angleterre et aux États-Unis.
- Gaston Tissandier.
- JEAN-CHRISTIAN POGGENDORFF
- Une longue et bien utile carrière scientifique vient d’arriver à son terme : Jean-Christian Poggendorff est mort à Berlin le 24 janvier 1877, à l’àge de 80 ans. Peu de noms étaient aussi populaires que le sien, et à si juste titre, parmi ceux qui de près ou de loin s’intéressent aux études physiques.
- Cet illustre savant naquit à Hambourg, le 29 décembre 1796. 11 perdit ses parents lorsqu’il était encore jeune ; il dut donc trouver en lui seul les ressources nécessaires pour se créer une position, et l’énergie ne lui fit jamais défaut pour cela. Ses goûts pour la chimie se firent jour de bonne heure, et il entra à l’âge de 16 ans dans une pharmacie, dans laquelle il demeura pendant 8 années, travaillant activement à développer ses connaissances scientifiques. En 1820, il fut immatriculé dans cette université de Berlin, dont il devait être plus tard une des illustrations. Une fois établi dans ce grand centre intellectuel, son activité scientifique prit tout son essor, et il fut bientôt uni par de précieux liens d’amitié qui ne se relâchèrent pas, à Mitscherlich, à A. de Humboldt, aux Rose et à d’autres savants éminents. En 1834, il fut reçu docteur en philosophie par l’université de Berlin, dans laquelle il devint, cette même année-là, professeur extraordinaire, place qu’il a occupée jusqu’à la fin de sa vie. L’Académie des sciences de Berlin l’admit au nombre de ses membres en 1839.
- Le premier mémoire de Poggendorff date de 1821, et parut dans le journal Isis, sous le titre : « Recherches physico-chimiques pour une ample connaissance du magnétisme et de la pile voltaïque, » notre auteur y décrivait, entre autres, l’invention du multiplicateur ou galvanomètre qu’il a faite à peu près en même temps que Schweigger.
- Après des travaux chimiques, il débutait dans ses recherches originales par l’étude d’une question de physique; du reste, ses travaux subséquents appartiennent presque exclusivement à cette dernière science, et se rapportent surtout à l’électricité et au magnétisme. En 1827, il décrivit un instrument de son invention, pour la mesure des variations de l’aiguille aimantée, le même que Gauss appliqua plus tard à ses mémorables recherches sur le magnétisme terrestre, sous le nom de magnétoraètre. Nous n’en finirions pas si nous voulions énumérer toutes les inventions qu’il a appliquées aux différents appareils de recherches électriques, et les améliorations qu’il a apportées aux méthodes de mesure employées dans cette branche de la science.
- Poggendorff a introduit dans un grand nombre d’autres questions de physique les lumières d’un esprit très-ingénieux, très-préciset très-critique ; aussi, quoique ses découvertes ne soient point pour la plupart très-capitales, il n’en a pas moins exercé une réelle influence sur les progrès de la branche de la science à laquelle il s’est plus spécialement consacré. Ses efforts ont surtout porté sur l’étude des forces électromotrices, sur la galvanométrie, sur la théorie de la pile, sur les appareils d’induction, et en dernier lieu sur les machines électriques à influence.
- En 1824, Poggendorff conçut le projet de publier une revue périodique de physique et de chimie plus complète que ne l’avait été ce qui existait jusqu’alors en Allemagne ; le nouveau journal devait être un répertoire complet de tout ce qui paraissait d’un peu important dans ces deux sciences, non-seulement en Allemagne, mais autant que possible aussi dans les autres pays; ce but, les Annales de Gilbert ne le remplissaient que très-imparfaitement. Poggendorff avait déjà rallié à son projet un certain nombre de ses collègues de Berlin et de l’étranger, lorsque survint la mort inattendue de Gilbert ; il négocia alors immédiatement avec les éditeurs des Gilbert's Annalen, et il fut décidé qu’il se chargerait de leur publication en leur donnant l’extension projetée. Alors commença une publication qu’il a poursuivie sans relâche depuis cette époque, qui n’a pas tardé à occuper le premier rang dans ce genre, et qui était connue mieux encore sous le nom de son rédacteur et avec la dénomination d'Annales de Poggendorff. La tâche qu’il s’était imposée alors, il lui a été donné de la poursuivre pendant 53 ans, et jusqu’à la fin de ses jours avec un plein succès, toujours accompagné de l’estime et de la sympathie de ses nombreux collaborateurs.
- Dans ces 55 années, Poggendorff a publié 139 volumes ordinaires, plus 7 demi-volumes supplémen-
- p.227 - vue 231/432
-
-
-
- 228
- LA NATURE.
- taires. On se représente la somme énorme de travail qui a été nécessaire pour recueillir, contrôler, trier tous ces matériaux. Il a accompli cette tâche avec une activité sans bornes, une grande sagacité et un esprit éminemment conciliant et impartial.
- Sa grande œuvre ne finira point avec lui ; les amis dont il avait su l’entourer de son vivant, la continueront après sa mort et dans le même esprit que lui, heureux de se charger du bel héritage qu’il leur a légué. Nous avons déjà reçu l’avis que les annales continueront à paraître sous les auspices de la Société de physique de Berlin, avec le concours de M. Helmholtz et avec M. le professeur Wiedemann de Leipzig comme rédacteur en chef. Ce nom est un gage que l’œuvre de Poggendorff ne fera que se développer toujours plus après lui, et remplir toujours mieux le but qu’il s’était proposé en groupant autant que possible en un seul faisceau les efforts de la science allemande et étrangère.,
- Rappelons en terminant, que Poggendorff a publié encore avec Liebig un « dictionnaire de chimie pure et appliquée, » sa collaboration active n’a porté, il est vrai que sur le premier volume ; puis un volume « d’esquisses biographiques pour servir à l’histoire des sciences exactes; » enfin son grand « dictionnaire biographique » contenant les renseignements essentiels sur la vie et les titres des savants de tous les temps et de tous les pays, mais surtout la liste exacte de toutes leurs publications, avec indication du journal ou de l’ouvrage dans lequel elles se trouventl.
- ESSAI DE TORPILLES A TOULON
- Un intéressant essai d’un nouveau système de torpilles vient d’avoir lieu avec plein succès sur la rade
- Essai d’un nouveau système de torpilles dans la rade de Toulon.
- de Toulon, en présence de l’escadre d’évolution. Il s’agissait d’opérer contre un vieux brick, le Lézard, auquel un remorqueur imprimait une vitesse modérée. La torpille nouvelle, dite divergente, était placée au bout d’une touée de près de cent mètres partant de l’avant du croiseur le Desaix qui filait de 15 à 14 nœuds. L’amarrage du flotteur destiné à la soutenir était combiné de telle sorte qu’il se plaçait de lui-même à peu près par le travers du bâtiment quand celui-ci atteignait son maximum de vitesse. 11 fallait passer assez près du Lézard pour pouvoir appliquer l’engin destructeur contre sa coque. Dans le système précédemment usité, cet engin était placé à l’extrémité antérieure d’un parallélogramme articulé qui, en se dépliant par suite d’un premier choc, le faisait descendre de plusieurs mètres vers le fond où un nouveau choc déterminait l’explosion. Le système actuel laisse la torpille descendre librement jusqu’à la distance calculée pour sa plus grande efficacité, et c’est à l’aide d’un agencement automatique qu’un courant électrique allume la matière explosible. Cette matière est le colon-poudre humide,
- dans lequel se trouve une quantité relativement petite de coton-poudre sec et une amorce de fulminate de mercure.
- Une assez forte brise rendait la manœuvre d’approche délicate, mais elle a pourtant réussi, et le brick a été frappé par tribord devant. L’explosion l’a coupé en deux, à cinq mètres environ de l’extrémité de la quille, et il aurait coulé à pic si on ne 1 avait préalablement rempli de barriques vides. Les spectateurs, groupés en grand nombre sur la côte, ont vu s’élever en l’air une gerbe haute de trente mètres et la mer se couvrir de débris de bois et de poissons tués par la commotion. On a conduit le Lézard dans un bassin de radoub où l’on pouvait se rendre compte des dimensions de sa large blessure, de la quantité de ses couples brisés et de ses traverses de fer tordues. Sans doute, cette torpille ne réussit pas toujours, mais quand elle atteint le navire ennemi, elle produit un effet foudroyant.
- F. Zurcher.
- 1 Revue Suisse, 15 février 1877.
- p.228 - vue 232/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 229
- ÉPURATION
- ET UTILISATION DES EAUX D’ÉGOUT1 * * 4
- La Nature à déjà entretenu ses lecteurs * des importants essais tentés dans la presqu’île de Gennevil-liers, pour employer à l’irrigation les eaux d’égout que le grand collecteur déverse actuellement dans le Seine.
- Qu'il soit impossible de continuer à jeter dans le fleuve le flot noir du collecteur d’Asnières, tout le monde en convient. La rive droite de la Seine est
- constamment soumise aux émanations de ces masses d’eau qui dégagent des gaz infects, les propriétés des riverains sont devenues inhabitables; les matières solides entraînées par l’égout se déposent à peu de distance de son orifice, de là, la nécessité de fréquents dragages très-coûteux. Enfin une considération plus importante encore impose la purification des eaux. On sait, en effet, aujourd’hui, que le mélange des eaux d’égout avec les eaux potables, constitue un danger des plus sérieux pour les populations qui doivent employer aux usages domestiques ces eaux infectes; des maladies graves, telles que le choléra,
- Boubhai
- lËofiflans 5‘* Honorrns
- Chante loup
- O R E T-
- #TeMe3nil
- POISSTi
- F'. Y 1 Terrains arrosables. un» Étfouta collecteurs. __________________
- touveerënnaW
- Gravcj>arfc,Mori<:ii r.de7G-cu< Ta^is
- Avant-projet d’un canal d’irrigation de Clichy à la forêt de Saint-Germain.
- la fièvre typhoïde, paraissent se communiquer par lts eaux contaminées par les déjections des malades, et on conçoit combien il est imprudent, dangereux, barbare, de les jeter dans un fleuve qui baigne avant d’arriver à la mer des villes et des villages très-peuplés.
- L’eau d’égout ne doit donc pas être mêlée aux eaux des fleuves, et trois solutions se présentent à l’esprit : construire un canal qui conduise l’eau jusqu’à
- 1 Préfecture de la Seine, — Assainissement de la Seine, épuration et utilisation des eaux d’égoût, t. I. Enquête; t II,
- Annexes. Documents administratifs ; 3 volumes in-8, chez Gau-
- tliier-Yillars, 1876.
- 4 Yoy. t. 1, 1873, p. 553.
- la mer, épurer l’eau par des procédés chimiques, ou encore employer l’eau aux irrigations.
- Les villes voisines de la mer, comme Londres, ont simplement continué leurs collecteurs jusqu’aux points où ils débouchent dans de l’eau trop saumâtre pour pouvoir jamais servir de boisson ; la question de salubrité est ainsi résolue, mais on a laissé de côté l’utilisation du suage1; on a essayé, il est vrai, à diverses reprises, de créer des sociétés industrielles, qui devaient conduire les eaux d’égout au travers des terres jusqu’aux rivages de la mer du Nord; ces compagnies pensaient trouver dans la
- 1 Les Anglais désignent ainsi les eaux d’égout chargées des matières des vidanges.
- p.229 - vue 233/432
-
-
-
- 250
- LA NATURE.
- vente de l’eau aux cultivateurs une ressource suffisante pour les rémunérer des dépenses de canalisation à effectuer ; le public n’a pas partagé ces espérances, aucune de ces tentatives n’a réussi, les compagnies n’ont pu réunir les capitaux nécessaires pour continuer les travaux commencés, et l’opinion de beaucoup d’esprits éclairés en Angleterre est que l’utilisation des eaux d’égout par l’agriculture présente de grandes difficultés, et que bien souvent au lieu de tirer un bénéfice de la vente de ces liquides infects, les villes devront consentir à indemniser les cultivateurs qui les recevront sur leurs terres.
- On a proposé à la ville de Paris de suivre l’exemple donné par la ville de Londres, et de construire un canal pour jeter l’eau d’égout à la mer, mais les dépenses étaient tellement élevées, qu’on a reculé; il faut bien reconnaître en outre, qu’il était cruel de perdre sans aucun profit des liquides infects, il est vrai, mais qui constituent, quand ils sont convenablement employés, un précieux engrais.
- En Angleterre comme en France, on a tenté l’épuration par les moyens chimiques; le procédé de M. le Chatelier qui consiste à faire couler dans l’eau d’égout, rassemblée dans des bassins d’épu-Ution, du sulfate d’alumine, dont la base, mise m liberté par l’ammoniaque des eaux, entraîne dans sa précipitation toutes les matières tenues en suspension dans le liquide, le plus parfait certainement de ces procédés, a été jugé d’une application trop difficile et trop coûteuse. 11 exige la construction de bassins de grandes dimensions (voy. fig. 1), dans lesquels les eaux séjournent pendant un temps suffisant pour que la précipitation ait lieu; l’eau qui surmonte le précipité est devenue claire et inodore sans doute, et quand elle s’écoule en cascades limpides, il semblerait qu'elle pût être impunément renvoyée au fleuve ; mais la purification n’est qu’apparente, et cette eau limpide renferme encore les matières dissoutes qui résistent pour la plupart à l’action du sulfate d’alumine. La précipitation ne porte que sur les matières en suspension.
- Si les matières précipitées qu’on recueille de temps à autre, après avoir vidé les bassins au moyen des grandes vannes que montre notre dessin, avaient pu être vendues utilement, on aurait trouvé une compensation aux dépenses; mais il n’en a pas été ainsi, les cultivateurs n’ont pas voulu les acquérir, et ce procédé a été définitivement abandonné.
- Il restait donc à étudier les conditions dans lesquelles les eaux peuvent être utilement employées aux irrigations.
- Un jardin d’essai fut créé à Gennevilliers ; les eaux de l’égout remontées par une puissante machine, dont La Nature a donné le détail en 1875, furent conduites sur un sol bien aménagé, où les eaux coulent des canaux de distribution qui longent un chemin, dans des rigoles régulièrement creusées à un mètre environ les unes des autres.
- Les résultats obtenus ainsi dans le jardin d’essai de la ville de Paris (fig. 2) avaient été des plus
- brillants, la rapidité de croissance, la vigueur des plantes dont les racines étaient baignées par l’eau d’égout, leur qualité, la possibilité de cultiver des plantes industrielles d’une grande valeur, notamment la menthe poivrée, avaient fait espérer que la solution était trouvée, et qu’on pourrait déverser les 100 millions de mètres cubes d’eau qui coulent annuellement dans les collecteurs sur les 2000 hectares de la presqu’île de Gennevilliers, à raison de 50 000 mètres cubes par hectare et par an.
- Les ingénieurs de la Ville construisirent bientôt en effet, une usine plus puissante que celle qui avait servi d’abord à leurs essais, et commencèrent à jeter sur le sol sablonneux de Gennevilliers qui paraissait se prêter très-bien à cette filtration, des flots d’eau noire. Mais les résultats furent loin d’être aussi favorables que ceux qu’on avait obtenus d’abord ; les eaux ne s’écoulèrent pas aussi vite qu’on l’avait pensé, elles restèrent stagnantes sur certains points. Cependant une odeur infecte déterminait, d’après quelques médecins, des cas de fièvres paludéenne ; en même temps le niveau de la nappe d’eau souterraine s’élevait dans toute la presqu’île, les puits se chargeaient d’eaux mal dépouillées des principes du suage ; dans des caves apparaissaient des suintements d’eau d’égout, et les habitants de Gennevilliers, d’abord favorables aux irrigations, faisaient entendre les plaintes les plus vives. Ainsi qu’il arrive d’ordinaire on exagéra le mal. On affirma que la terre perdait après quelques années sa puissance de filtration, que les matières solides amenées par l’eau d’égout finissaient par former à la surface du sol un feutre impénétrable au liquide, et qu’il fallait renoncer à l’idée d’employer utilement les eaux d’égout aux irrigations.
- La question était grave, et l’Administration provoqua une sérieuse enquête pour reconnaître l’étal des choses et donner son opinion sur l’avant-projet des ingénieurs de la Ville qui reconnaissant qu’on ne pouvait déverser toutes les eaux d’égout amenées par l’égout de Clichy sur la presqu’île de Gennevilliers, proposent de les conduire jusque dans la forêt de Saint-Germain, en leur faisant traverser une seconde fois la Seine entre Argenteuil etBezons, puis une troisième fois au-dessous de Sartrouville, pour irriguer la partie septentrionale de la forêt de Saint-Germain (voy. la carte p. 229).
- La commission, présidée par M. Bouley, membre de l’Institut, eut un grand nombre de séances ; elle alla visiter Gennevilliers, reçut les dépositions des intéressés, et chargea enfin un chimiste distingué, M. Schlœsing, du soin de rédiger un rapport sur ses travaux.
- On a fait, depuis une dizaine d'années, en Angleterre, de grands efforts pour employer les eaux d’égoût aux irrigations; les accolytes des suages, avant et après leur passage au travers du sol, ont conduit à ce résultat très-intéressant, que dans un sol convenablement aéré, l’ammoniaque contenue
- p.230 - vue 234/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 251
- dans l’eau est brûlée pendant son parcours, et arrive au bas de sa course à l’état d’acide azotique ; les matières organiques éprouvent une combustion semblable, de telle sorte que si la fdtration a lieu dans des conditions convenables, non-seulement l’eau abandonne, pendant son passage au travers du sol, toutes les matières qu’elle tenait en suspension, mais se dépouille complètement de toutes les matières organiques dissoutes : elle ne renferme plus que des produits complètement oxydés, acide carbonique, acide azotique, acide sulfurique, unis à des bases et notamment à la chaux ; ces eaux sont donc d’une innocuité parfaite.
- La condition pour que cette combustion soit complète, c’est que les eaux séjournent pendant un temps convenable dans un sol bien aéré : de là, la nécessité de ne pas jeter sur le sol des quantités d’eau quelconque qui finissent par l’imbiber complètement et par en chasser tout l’air ; de là, la nécessité de favoriser l’accès de l’air, et en même temps l’écoulement de l’eau, par le drainage de toutes les parcelles qui doivent être irriguées.
- Il semble en outre que la terre végétale ait une propriété spéciale de provoquer la nitrification, qui n’appartiendrait pas à tous les corps poreux, mais qui serait due à la présence dans le sol cultivé d’un véritable ferment. C’est au moins ce qu’ont annoncé récemment MM. Schloesing et Muntz. Ces savants chimistes comparent l’oxydation de l’ammoniaque dans le sol à celle de l’alcool en acide acétique ou en acide carbonique et en eau. Cette oxydation de l’alcool se produit, comme on le sait, sous l’influence des ferments organisés qui se rencontrent dans les tonneaux où se fabrique le vinaigre et qui parfois existent également dans le vin.
- Quoi qu’il en soit, la commission admet, en principe, l’épuration de l’eau d’égout par le sol ; elle repousse absolument l’idée que la terre perd après quelque temps ses propriétés filtrantes; elle croit seulement que l’application faite à Gennevilliers dans ces derniers temps avait été mal conduite. La terre était imbibée d’eau au point de ne plus pouvoir en contenir davantage ; mais en activant l’écoulement par le drainage, en ne versant que des quantités modérées, on peut être assuré que la purification aura lieu.
- La commission approuve donc le projet qui avait été soumis à son étude, et qui va s’étendre sur une surface infiniment plus grande que celle que les ingénieurs avaient voulu employer d’abord.
- La conduite principale, dont on suit facilement la marche sur notre carte part de Clichy et ne s’arrêtera qu’à la forêt de Saint-Germain ; elle comprendra six branches secondaires, savoir : la branche de Gennevilliers, la branche des Garrières-Saint-De-nis, la branche d’Argenteuil, la branche de Sartrou-villc-le-Pecq, la branche d’Achères, enfin, celle de Nanterre qui ne paraît pas aussi complètement décidée que les précédentes. La surface arrosable serait, en y comprenant Nanterre, de 6 654 hectares.
- Ce chiffre pour les 100 millions de mètres cubes des collecteurs, représente 16 000 mètres cubes par hectare et par an ; ce qui n’a rien d’excessif et ce qui permettrait sans doute une bonne épuration si les prescriptions de la commission sont exécutées. Elle déclare, en effet, « qu’il est de nécessité absolue de drainer le sol partout où l’irrigation est ou sera établie, afin que la nappe souterraine ayant un libre écoulement, le sol filtrant conserve au-dessus d’elle l’épaisseur nécessaire à l’épuration. » Elle déclare, en outre, « que le système de liberté absolue, laissé jusqu’ici aux cultivateurs quant à l’emploi des eaux, est incompatible avec les conditions d’une bonne épuration ; il est indispensable que l’Administration règle les intermittences et les doses des arrosages, de telle sorte que l’eau demeure dans le sol filtrant tout le temps nécessaire pour être complètement épurée, n
- On craint, en effet, que des cultivateurs ayant le droit .de prendre les eaux en quantité quelconque n’inondent leurs terres pendant l’hiver, de façon à les colmater par les matières laissées en suspension dans l’eau, et ne soient conduits ainsi à faire passer au travers du sol des quantités telles, que l’épuration n’ait pas lieu.
- La commission pense que l’extension des irrigations prévues par l’avant-projet suffira pour détourner de la Seine la totalité des eaux d’égout. Je ne sais si la commission se fait sur ce point de grandes illusions, car on voit qu’elle se hâte d’ajouter : « Dans le cas contraire, il faudra prolonger la canalisation au delà de la forêt de Saint-Germain, afin de trouver le complément de surface nécessaire. »
- C’est là bien probablement ce qui arrivera. On trouvera, sans contredit, des preneurs sur tout le parcours des canaux ; mais on ne les trouvera qu’autant qu’on n’imposera pas aux cultivateurs un maximum d’eau à recevoir. Là est toute la difficulté ; le collecteur fonctionnant toujours, il faut que l’eau soit constamment jetée sur le sol pour s’épurer. Or, la culture ne peut pas avantageusement prendre de l’eau d’une façon constante. Elle la prendra tel jour en quantité considérable, tel autre en proportion moindre; enfin, à tel autre moment, elle la refusera énergiquement. Il est donc de toute nécessité que le parcours du canal soit assez étendu pour que les eaux refusées sur un point, trouvent preneur sur un autre.
- En résumé, la solution à laquelle s’arrête la commission est très-sage. Il y a deux faits acquis : quand la filtration est bien faite par le sol, l’eau est parfaitement épurée ; quand l’eau est donnée avec mesure, la végétation en profite largement. Il faut donc étendre les surfaces d’arrosement, de façon à ne jamais noyer le sol, car alors la culture souffre et l’épuration n’a pas lieu.
- Ce ne sera pas sans une grosse dépense qu’on réussira à prolonger le canal d’arrosage. En effet, l’avant-projet approuvé par la commission prévoit 4 millions de francs pour l’usine et la branche prin-
- p.231 - vue 235/432
-
-
-
- Fig. 1. — Plaine de Gennevilliers.
- Bassins d'épuration des eaux d'égout.
- p.232 - vue 236/432
-
-
-
- Fig. 2. — Plaine de Gennevilliers. — Irrigations par les eaux d’égoût.
- p.233 - vue 237/432
-
-
-
- 234
- LA NATURE.
- cipale, et 1 million pour les branches secondaires ; soit 5 millions en tout, non compris les dépenses déjà faites à Gennevilliers, qui se montent à 1 600 000 francs.
- Voilà de grosses sommes ; mais il est probable qu’elles seront votées, et que même à ce premier crédit, dans quelques années, s’en ajoutera un second qui aura pour effet de faire traverser la Seine une quatrième fois au canal distributeur des eaux d’égout, pour le conduire plus loin dans la vallée de la Seine. Sur presque tout le parcours du fleuve, cette vallée est assez large, en effet, pour offrir de larges surfaces à l’irrigation. La ville de Paris n’aura pas à regretter ces dépenses ; car non-seulement elle aura assuré l’assainissement du fleuve; non-seulement, si l’irrigation réussit bien, elle pourra substituer au système actuel des vidanges, si désagréable et si barbare, un écoulement constant de toutes les immondices aux égouts ; mais elle aura eu, en outre, la gloire de donner la première la solution d’un des problèmes les plus difficiles à résoudre qui aient jamais été posés à l’art de l’ingénieur.
- UN OBSERVATOIRE SUR L’ETNA
- M. le professeur Tacchini nous envoie une note lue à l’Académie de Giola, le 22 septembre 1876, et intitulée : De la convenance et de Vutilité' qu'il y aurait à établir sur l'Etna une station astronomique et météorologique. Cette note lui a été inspirée par une ascension du célèbre volcan faite par lui les 15 et 16 septembre 1876.
- Parti de Catane, il trouva entre le lieu de sou départ et celui de sa halte, à la station où s’étaient placés des Anglais et des Américains, pour observer l’éclipse totale de décembre 1870, une différence de 33 degrés centigrades. Il avait emporté avec lui un télescope de Dolland, de 3 pouces f d’ouverture, un spectroscope de Tuuber, à forte dispersion, un petit speetroscope de Janssen, un baromètre anéroïde, des thermomètres et un polariscope. Le 16, à 10 heures 30 du matin, il remarqua que le ciel était d’un bleu bien plus foncé qu’à Palerme ou à Catane. La lumière solaire ressemblait à l’éclairage artificiel, fait à l’aide du magnésium. Regardant brusquement le soleil à l’œil nu, il crut voir un disque noir, entouré d’une étroite auréole, projetée sur le fond azuré du ciel. En plaçant un corps opaque entre ses yeux et le disque solaire, il distinguait mieux l’auréole, quoiqu’elle restât toujours limitée, ayant la largeur d’un peu plus du quart du diamètre du soleil. A l’œil nu, il était difficile de juger si l’auréole avait partout la même largeur, et le seul fait bien constaté était la différence avec la vue obtenue au niveau de la mer. Le ciel étant ordinairement blanchâtre autour du soleil, restait bleu sur l’Etna, et l’auréole affectait des contours plus précis. A l’aide d’un hélioscope, on discernait bien plus nettement l’auréole, dont les
- bords semblaient irréguliers, s étendant davantage dans le sens des deux diamètres, l’un horizontal, l’autre vertical, tracés à midi sur le disque solaire. A trois heures de l’après-midi, après une interruption produite par des nuages passant rapidement devant le soleil et formant une étonnante série de cercles colorés de toutes les nuances du spectre solaire, phénomène nouveau pour M. Tacchini, le spectroscope Tauber fut adapté au télescope pour l’examen du spectre solaire. L’observateur remarqua avec étonnement la finesse des lignes et l’extraordinaire transparence de l’atmosphère ; la chromosphère était resplendissante.
- A dix heures du soir, le ciel étoilé offrit un aspect nouveau et enchanteur. Sirius rivalisait d’éclat avec Yénus ; les belles constellations avaient une clarté toute spéciale et la voie lactée produisait un effet surprenant; Saturne était admirable et son anneau était bien plus net qu’il ne l’avait été pour le même observateur à Palerme. L’éclat de Yénus était tel, que cette planète projetait les ombres des personnes faisant l’ascension de 1 Etna. Elle scintillait fréquemment comme une étoile fixe. Le télescope montrait, dans la partie la plus septentrionale du disque de la planète, un espace oblong, moins éclairé que le reste. C’était, dit Tacchini, certainement une tache de la planète (Sicuramente una macchia del pia~ neta).
- Les observations spectroscopiques furent renouvelées dans la matinée du lendemain, lorsque le soleil eut atteint une altitude de 10 degrés. La chromosphère était magnifique ; l’inversion du magnésium et de 1474 fut immédiatement apparente, ce qui n’avait pas été le cas à Palerme avec le même télescope.
- En ce qui concerne l’observatoire que M. Tacchini voudrait voir achevé avant le mois de septembre 1877, époque du Congrès scientifique de Rome, il propose de l’établir à la casina degl'Inglesi, de lui donner le nom de Bellini et d’en faire la propriété de l’Université de Catane. II y faudrait, ajoute-t-il, un réfracteur d’au moins 16 centimètres d’ouverture. Les instruments météorologiques et astronomiques seraient en quantité double, une moitié restant en permanence à l’Observatoire Bellini, l’autre étant déposée dans un local appartenant à l’Université de Catane; de la sorte, on ferait des observations sur l’Etna, du mois de juin à la fin de septembre : le reste de l’année, les observations astronomiques auraient lieu à Catane, où le ciel est généralement d’une grande pureté. L’astronome n’aurait d’autre embarras que celui de transporter l’objectif de Catane à l’Etnu et vice versa. M. Tacchini propose en outre de faire payer un droit d’entrée aux visiteurs, à la commodité desquels on pourvoirait de la manière la plus convenable. Les fonds ainsi obtenus serviraient à l’instruction de l’Observatoire. Espérons que l’entreprise réussira au grand profit des sciences astronomiques et météorologiques1.
- 1 JSature, 18 janvier 1877,
- p.234 - vue 238/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 255
- * LE MARQUIS DE COMPÏÈGNE
- La Société géographique de Paris a reçu ces jours derniers une triste nouvelle. Un de ses membres les plus éminents, le marquis de Cotnpiègne, a été tué en duel au Caire, où il résidait en qualité de membre de la Société de géographie égyptienne. Le marquis de Compiègne, quoique n’ayant pas encore atteint l’âge de quarante ans, avait déjà inscrit son nom parmi ceux de nos plus intrépides voyageurs contemporains. Son exploration du fleuve Saint-Jean, à la Floride, ses voyages au Gabon et son voyage sur le fleuve de l’Ougooué, qu’il remonta plus haut que les précédents voyageurs, sont des titres aux regrets de tous ceux qui ont à cœur le développement de la prépondérance française au sein de l’Afrique centrale. Nous renvoyons le lecteur à ce que nous avons dit précédemment de ces belles explorations (4eannée, 1876, l9r semestre, page 75).
- PUITS ATMOSPHÉRIQUE
- DES HOUILLÈRES d’ÉPINAC ( SAÔNE-ET-LOILE ).
- M. Blanchet1, l’ingénieur distingué qui dirige les houillères de la Société, vient d’installer à Épinac un puits atmosphérique qui est peut-être destiné à devenir le point de départ d’une modification profonde dans l’art des mines, pour la sortie au jour du minerai. Il nous a paru intéressant d’entretenir nos lecteurs de cette tentative audacieuse, qui semble devoir être couronnée de succès, et qui témoigne hautement de l’esprit d’initiative et de l’intelligence de son auteur. Comme principe, le puits est garni dans toute sa longueur d’un tube en tôle, disposé à peu près comme l’ascenseur d’un hôtel, seulement les dimensions sont amplifiées hors de toute proportion. La profondeur est en effet supérieure à 600 mètres, et la charge à élever n’est pas moindre de 10 000 kilogrammes. Autrement la manœuvre est la même; on fait le vide au-dessus du piston de la cage qui s’élève peu à peu dans le tube sous l’action de la pression atmosphérique s’exerçant sur la face inférieure. La cage parcourt ainsi les 600 mètres de hauteur du tube, et arrive aux recettes supérieures, où on enlève les bennes pleines pour les remplacer par des vides. En même temps on relève la pression sur la face supérieure de la cage pour compenser cette diminution de poids et produire le mouvement descendant. La cage s’abaisse peu à peu et retourne au fond du tube, où elle sera chargée à nouveau de bennes pleines provenant du travail de la mine.
- C’est à peu près comme on le voit le principe de l’ascenseur, dont nos lecteurs ont déjà trouvé plusieurs types dans les colonnes de La Nature; mais ici la pression motrice est exercée sur toute la sur-
- 1 Nous apprenons avec plaisir que M. Blanchet vient d’être nommé chevalier de la Légion d’honneur à la suite de l’installation si remarquable du puits dont nous allons rendre compte.
- face du piston à soulever, au lieu d’être concentrée sur un piston secondaire circulant dans un tube de diamètre inférieur au premier.
- Cette simple énonciation donne déjà une idée suffisante de l’appareil ; mais il y a lieu d’expliquer comment on s’est trouvé conduit à le réaliser, et comment ce dispositif se relie au problème de l’extraction à grande profondeur. Nous entrerons ensuite dans quelques détails sur l’installation et le fonctionnement du puits atmosphérique d’Épinac.
- L’extraction habituelle s’effectue au moyen d’un seau suspendu à un câble et renfermant la matière utile qu’on veut enlever. Dans les installations perfectionnées, le câble porte à son extrémité une cage ni fer dont le nom indique suffisamment la disposition, et qui reçoit les bennes pleines telles qu’elles arrivent des chantiers d’abatage du minerai. On est ainsi dispensé de l’obligation de transvaser les bennes dans un seau d’extraction, et on arrive en même temps à extraire une plus grande quantité de matières utiles, mais en suspendant un poids plus élevé à l’extrémité du câble. Il arrive d’autre part que le travail des mines va toujours en s’approfondissant, et oblige à augmenter de plus en plus la longueur du cable d’extraction. Les parties supérieures de ce câble sont par suite de plus en plus fatiguées, car elles doivent supporter le poids de celui-ci, indépendamment de la cage et des bennes qu’elle contient. Si on suppose seulement un câble cylindrique, et s’allongeant indéfiniment, on conçoit qu’il arrivera un moment où il fatiguera outre mesure la section supérieure, et déterminera- la rupture sous la simple action' de son propre poids. Pour le chanvre, on a calculé que cette rupture se produirait nécessairement dès que la longueur atteindrait 727 mètres. Un câble en fer de 760 mètres imposerait à la section d’attache une fatigue de 6 kilogrammes au millimètre carré qu’on ne dépasse pas habituellement dans l’emploi du fer. Joignez à cela le poids de la cage et des bennes à soulever, qui atteint fréquemment 2000 à 5000 kilogrammes, et vous verrez qu’il serait impossible dans de pareilles conditions de descendre à une profondeur supérieure à 500 mètres, et cependant il faut aller aujourd’hui beaucoup plus loin. Les houillères du Nord descendent couramment à 600 mètres; on atteint 7 à 800 en Belgique, et certains puits de Bohême parviennent à 1000 mètres environ.
- Le moyen employé pour tourner la difficulté est de faire un câble à section décroissante en forme de tronc de cône ou de pyramide. La section inférieure, en contact immédiat avec la cage, est assez considérable pour la supporter sans rupture, puis le câble va en s’accroissant jusqu’à la partie supérieure, où il atteint ses plus fortes dimensions ; l’accroissement est calculé de façon à apporter à chaque section le supplément de force qni lui est nécessaire pour supporter le poids à soulever avec la partie du câble qui est au-dessous d’elle. Chaque section subit alors une fatigue égale, et on arrive ainsi au solide d’égale
- p.235 - vue 239/432
-
-
-
- 256
- LA NATURE.
- D
- n
- résistance dont le profil en long est donné par une courbe logarithmique.
- Cette solution est adoptée aujourd’hui dans toutes les mines; elle présente toutefois certains inconvénients qui ont conduit M. Blanchet à essayer de supprimer complètement les câbles. Nous avons dit que les travaux s’approfondissaient continuellement, il en résulte qu’on est obligé de diminuer le nombre des puits qui deviendraient trop coûteux à établir, et de concentrer l’extraction dans quelques puils seulement. On augmente ainsi de plus en plus le volume de matières [utiles enlevées à chaque voyage du câble, et j~Ë~l t> par suite la fatigue qu’on lui impose; on est alors obligé de lui donner une section considérable.
- Ce câble ainsi tendu s’use rapidement , et doit être fréquemment remplacé, d’autant plus qu’il est en outre corrodé par les eaux souvent acides de la mine et tordu dans deux sens différents pour être enx’oulé sur les molettes et les bobines.
- Le puits atmosphérique modifie complètement cette installation, et présente de plus l’avantage d’aider à la ventilation, puisque l’air impur venu des travaux se trouve appelé vers les régions supérieures dans le mouvement d’ascension de la cage qu’il soulève.
- L’effort moteur est obtenu comme on sait en faisant le vide à la partie supérieure ; l’air de la mine agit alors au-dessous du piston avec une force égale à la différence des pressions exercées sur les deux faces , et soulève la cage aussitôt que cette dépression est suffisante. On aurait pu également comprimer de l’air sous la face inférieure pour soulever le piston malgré la résistance de la pression atmosphérique ; mais on y a promptement renoncé, car la compression de l’air amène toujours une élévation notable de température, ainsi que l’enseigne la théorie mécanique de la chaleur; on le constate d’ailleurs tous les jours dans les appareils à air comprimé, comme les perforateurs, etc. Il eût fallu de plus empêcher l’air enfermé dans le tube de s’échapper au dehors à travers les fissures de la paroi métallique ; en faisant le vide au contraire, l’air extérieur agit sur h face convexe du tube et tend à la comprimer pour en boucher les fissures, il aide ainsi l’effort àe la machine et ne le combat plus comme dans le premier cas.
- Dans le puits Holtingue, la charge à soulever est
- d’environ 10 000 kilogrammes, le piston sur lequel s’exerce l’effort moteur de l’air a un diamètre de lm,60 avec une surface de 2 mètres carrés. La pression exercée par cette charge est donc de ^ ,
- Zi) uuu
- soit 0k,5 par centimètre carré, et représente ainsi une colonne de mercure de 0,28 de haut. C’est là le degré de vide que doit réaliser la machine pneumatique pour mettre la cage en mouvement. Celle-ci s’élève peu à peu dans le tube, et remplit à chaque instant le vide lai-sé par l’air que la machine vient
- __ ___ d’absorber. Un manomètre placé
- au jour indique en même temps la valeur de la dépression pour D A toutes les positions de la cage. On voit l’aiguille rester immobile tant que le mouvement s’effectue régulièrement ; puis quand il se
- .1 ÎSSP p
- r 1
- t: 3 ' 2*
- c a < Cq ; s-
- tv C a
- 06 g «
- s Ce i 1 i
- J. R n Li
- A' n
- A n
- A'
- : F
- J
- !
- Puits Fit
- atmosphérique
- d’Épiiiac.
- rencontre dans les inégalités de la paroi un obstacle sur le passage du piston, qui doit boucher hermétiquement le tube, la cage s’arrête un instant, le vide augmente sous l’action de la machine, comme l’indique l’aiguille, puis l’effort moteur devient assez considérable pour vaincre l’obstacle, la cage s’élève subitement jusqu’à ramener la dépression à sa valeur initiale. Ces soubresauts que l’aiguille du manomètre traduit fidèlement, tiennent à ce que le tube n’est pas encore parfaitement alésé ; mais ils disparaîtront quand la paroi intérieure se trouvera polie par le frottement du piston.
- La figure 1 représente la cage en mouvement dans le tube. A' sont les recettes inférieures par où on introduit les bennes pleines dans la cage, et A celles du jour par où on les enlève, pour les remplacer par des bennes vides. Les portes A sont maintenues fermées pendant l’ascension, et on ne les ouvrira que quand la cage, arrivant au haut du tube, aura dépassé le niveau de ces portes ; on laissera seulement descendre peu à peu la cage pour amener les bennes au niveau des recettes et faciliter leur enlèvement. On voit que la cage renferme neuf étages de bennes superposées, tandis que les recettes sont seulement au nombre de trois, elles sont espacées entre elles de 3m,60, ce qui correspond à la hauteur de trois étages de la cage ; il faudra donc trois mouvements successifs pour amener les neuf étages de la cage au-devant des trois portes qui les desservent.
- La recette s’effectue alors de la façon suivante : l’ouvrier qui en est chargé laisse la cage s’élever
- n
- n
- . 2. — Second tube atmosphérique projeté.
- p.236 - vue 240/432
-
-
-
- LA NATURE.
- •257
- au-dessus des portes, puis il ferme le tube au-dessous des recettes, au moyen d’une trappe horizontale. Il empêcherait ainsi la cage d’aller tomber au fond du tube, dans le cas où l’air serait brusquement admis sur la face supérieure, et annulerait trop vite la dépression. Il ferme ensuite la communication entre le tube et la machine, et ouvre un robinet qui laisse rentrer progressivement l’air extérieur au-dessus de la cage et relève peu à peu la pression. La cage n’est plus en équilibre et descend lentement. Si le mouvement était trop rapide, l'ouvrier pourrait supprimer cette communication avec l’extérieur ou la rétablir avec la machine pneumatique, par un tuyau secondaire jouant, en quelque sorte, le rôle de vis de rappel dans nos instruments de mesure. En agissant convenablement sur ces deux robinets, il fait descendre doucement la cage et amène les étages 1,4 et 7 au niveau des trois recettes. Il agit en même temps sur des leviers qui font pénétrer trois taquets à l’intérieur du tube, et arrêtent le piston au passage. La cage ainsi enserrée se maintient immobile pendant les manœuvres, lors même que la différence de pression ne serait pas juste celle qui convient.
- Toutefois, l’appareil est tellement délicat, qu’on peut arrêter la cage eu un point donné même sans le secours des taquets. Quand on a enlev les trois bennes pleines pour les remplacer par des bennes vides, l’ouvrier de la recette ouvre les taquets, admet un peu d’air à la partie supérieure, et laisse descendre la cage de la hauteur d’un étage. 11 ferme à nouveau ses taquets, pour arrêter les étages 2 , 5,8, au niveau des recettes. On recommence la manœuvre précédente, et on fait de même une dernière fois pour les étages 5, 6 et 9. Après quoi, on ouvre la vanne qui obstruait le tube, et on laisse descendre définitivement la cage qui va rejoindre le fond du puits. Son poids est alors allégé de celui de tout le charbon qu’elle a laissé à la partie supérieure, soit d’environ 5000 kilogr., et il faut alors évidemment une dépression moindre que plus haut, pour obtenir le mouvement. On laisse donc rentrer l’air jusqu’à ce que la dépression atteigne 0,15 de mercure environ. C’est précisément la différence entre cette dépression et celle qui est nécessaire au mouvement ascensionel qui va constituer le tavail de la machine motrice, puisqu’il faudra faire remonter la cage dans la période suivante, en enlevant l’air qu’on admet maintenant pour la faire descendre.
- La recette s’effectue à la partie inférieure dans
- des conditions analogues à celles que nous avons décrites plus haut : l’ouvrier obture le tuyau de sortie de l’air, et forme ainsi un matelas qui amortit la descente de la cage. Il amène les étages 1, 4 et 7 au niveau des recettes, et reçoit la cage sur des taquets comme plus haut ; il enlève les bennes vides pour les remplacer par des pleines, puis il fait descendre la cage de la hauteur d’un étage et répété la même manœuvre pour les étages 2, 5 et 8, et finalement pour les étages 3, 6 et 9. La cage est ainsi chargée ; on rétablit la communication avec la machine pneumatique et on ramène le degré de vide nécessaire pour obtenir l’ascension.
- M. Blanchet se propose d’installer plus tard un second tube atmosphérique analogue à celui-ci, ainsi que l’indique la figure 2 (les deux cages effectueront leurs mouvements en sens inverse) ; on conçoit que le travail de la machine sera ainsi diminué dans une certaine mesure, puisque l’air du premier tube n’aura plus besoin d’être refoulé au dehors, en luttant contre la résistance de la pression atmosphérique; il suffira, en effet, de le renvoyer dans le second tube où la résistance est moindre, au lieu d’y faire venir de l’air, pour amener la descente de la cage vide. On réalisera, en un mot, un progrès analogue à celui qu’on obtient dans l’extraction double par cages, où le poids de la cage vide qui descend est employé à neutraliser en partie, le poids de la cage pleine qui s’élève.
- La figure 3 représente la section horizontale du puits, on voit qu’elle a été divisée en deux parties égales par une cloison transversale G, qui s’élève dans toute la hauteur du puits. Le tube en tôle A occupe la moitié d’un des compartiments, et l’autre moitié est laissée vide pour y disposer le second tube B et obtenir ainsi la double extraction. Dans le second compartiment F, on avait installé un câble ordinaire avec deux cages dont on tira parti pour placer le tube en tôle.
- La figure 4 donne la section longitudinale du tube, elle fait voir en même temps comment sont assemblées et soutenues les rondelles successives dont il se compose. On ne pouvait les faire reposer toutes à la fois sur les parties inférieures, de crainte d’écraser celles-ci sous le poids de la colonne. On a soutenu chaque rondelle au-dessous de l’assemblage qui la relie à sa voisine, par 8 tiges filetées D supportées elles-mêmes par 4 poutres horizontales, formant un cadre encastré dans le roc. Tous les assemblages successifs sont ainsi individuellement
- c
- Fig. 3. — Section horizontale du puits
- Fig. 4. — Section longitudinale.
- p.237 - vue 241/432
-
-
-
- 238
- LA NATURE.
- supportés, et ne fatiguent pas trop les sections inférieures. On doit ajouter que le tube en tôle est garni à l’intérieur de quatre longrines verticales, appuyées contre les parois, et destinées à guider le piston de la cage pendant son voyage pour l’empêcher de tourner sur lui-même, et faire que les bennes se présentent toujours en face des portes par où elles doivent sortir.
- ——
- CHRONIQUE
- Le tour du monde en 320 jours. — Nos lecteurs savent qu’il s’est fondé à Paris, sous les auspices de quelques-uns de nos plus illustres savants et de plusieurs financiers éminents, une Société des voyages d'étude autour du monde. Elle a pour but de fournir à la jeunesse le plus utile et le plus intéressant complément des études classiques ; c’est-à-dire un voyage de dix mois et demi dans toutes les contrées du globe.— M. Biard, lieutenant de vaisseau, dirigera l’expédition, pendant laquelle plusieurs savants seront chargés de fournir aux excursionnistes les documents relatifs aux sciences naturelles, physiques, climatologiques, etc., dans les différentes contrées parcourues. La Société vient de faire paraître une brochure qui donne les renseignements les plus complets sur l’itinéraire du voyage, sur les conditions de l’inscription, etc. Ce projet, qui va bientôt être mis à exécution, nous paraît offrir trop d’intérêt pour que nous nous bornions à en faire une simple mention ; nous y reviendrons avec plus de détails dans notre prochaine livraison.
- il
- La nouvelle comète. — Les éléments de la nouvelle comète, qui est apparue récemment dans le ciel, ont été calculés par le docteur Hartwig, de Strasbourg, d’après les observations du 15 février. Les résultats obtenus ont confirmé ceux qui avaient été recueillis précédemment. D’autres observations ont été faites à Paris, à Berlin, à Copenhague et à Leipsig. Le 16 février, la comète était visible à l’œil nu, et apparaissait un peu plus brillante que le groupe d’Hercule. Le télescope, dit le journal anglais Nature, la faisait voir comme une nébulosité ronde de 10' de diamètre, avec un petit noyau central. Cette mesure correspondrait à un diamètre réel de 123 000 kilomètres.
- L’éclipse de Inné du 8Ï février. — Nous lisons dans le Nouvelliste de Rouen du 28 février : « Le temps, qui était assez beau hier soir, a permis de voir dans toutes ses phases l’éclipse de lune. Au coucher du soleil, qui a eu lieu hier à cinq heures trente-six minutes, on a vu à l’orient la lune pleine qui apparaît à cinq heures vingt et une minutes. Le vrai obscurcissement a commencé seulement lorsque la lune, dans son mouvement autour de la terre, est arrivée au centre de l’ombre de celle-ci, ce qui a eu lieu à six heures vingt-deux. Alors on a vu, même à l’œil nu, le segment intérieur commencer à s’obscurcir, comme si un disque noir s’avançait sur la lune. Le segment obscur s’est accru lentement, de façon que le disque de la lune est devenu peu à peu un petit segment à lueur sombre. Finalement, à sept heures vingt, toute trace lumineuse disparaissait, et l’obscurcissement total a commencé et duré plus d’une heure et demie. Quelquefois la lune, ainsi obscurcie, devient invisible ; hier, au contraire, elle est apparue avec une lumière rouge, comme, si son rayon d’argent s’etait transformé eu cuivre. A huit heures cin-
- quante-sept, la lune a commencé à sortir du cône de l’ombre, et son disque est allé croissant peu à peu. Puis le dernier bord obscur a disparu, et la lune a brillé de nouveau de tout son éclat.
- L’Aérostat. — Nous recevons les trois premières livraisons d’un petit journal autographié qui paraît sous ce titre. Il est publié par M. A. Rouland, secrétaire de YÉcole d'aéronautes. français, et a pour but de résumer tous les travaux d’aéronautique, et de décrire toutes les ascensions en ballons, si nombreuses pendant la saison d’été. Le dernier numéro public les statuts de Y École d'aéronautes, qui a pour président M. J. Duruof. Le règlement insiste pour que des observations scientifiques régulières soient exécutées pendant les ascensions de fêtes publiques, et cela en y faisant prendre part un membre compétent de la Société.
- Combat d ours blancs à Cologne. — Le jardin zoologique de Cologne a offert récemment à ses visiteurs un spectacle rare et terrible, pour lequel un empereur romain eût payé cent mille sesterces ; c’était un duel à mort entre deux ours blancs. Ces animaux, qui y étaient arrivés fort jeunes, il y a 5 ans, s’étaient bien développés, malgré le peu d’espace dont ils disposaient. Us avaient toujours vécu ensemble en bonne harmonie. Ces jours derniers, il s’éleva entre eux une légère dispute. La femelle, plus faible, alla se réfugier sur un rocher derrière un large bassin, ou le mâle plus gros et moins ingambe ne pouvait 1 atteindre. Elle sentait d’instinct que son Barbe-Bleue de mari avait de mauvais desseins, car, pendant plusieurs jours, elle n’osa quitter son asile jusqu’à ce que la faim (male&uada famés) l’en fit descendre. Le mâle aussitôt se précipita sur elle avec furie, une lutte terrible s’engagea ; on essaya vainement tous les moyens pour séparer les combattants. Avec de longues perches armées de crocs, on frappait l’animal furieux qui avait terrassé sa compagne ; il ne se retournait pas même contre ses nouveaux assaillants. On entendait craquer les os du crâne sous sa dent terrible. Tout à coup l’animal, pour en finir plus vite, traîna dans l’eau la femelle déjà plus morte que vive, et l’y tint plongée jusqu’à ce quelle ne donnât plus signe de vie. Puis, il l’en retira et traîna longtemps sa victime, qui pesait cependant cinq quintaux, à travers son enceinte. A bout de forces enfin, il voulut encore faire entrer le cadavre dans sa loge ; mais il n’y réussit pas ; la porte tomba entre lui et la défunte et les sépara.
- Un hygromètre végétal. — Qui se serait jamais imaginé que les barbes surmontant la graine du Piquant noir (Andropogon contorluum), qui poussent en si grande abondance à Saint-Paul, à l’ile de la Réunion, eussent pu servir à faire un hygromètre? Un jeune élève en médecine, qui habitait Saint—Paul il y a quelques mois, avait eu son attention attirée par les contorsions auxquelles se livraient ces filaments végétaux quand ils étaient mis en contact avec l’eau. Il les voyait se dérouler et se tortiller comme un véritable organisme vivant. Après avoir examiné minutieusement une barbe du piquant noir à la loupe, il vit qu’elle ressemblait tout à fait à un petit cylindre contourné sur lui-même en forme d’hélice ; il suffisait de mouiller de son haleine le filament pour le voir se dérouler aussitôt avec une certaine vitesse. Il conçut alors la pensée de faire servir cette propriété hygrométrique à l’installation d’un petit appareil fort simple, composé d’une barbe de graine, enfoncée dans un bouchon à une de ses extrémités, tandis que l’autre était munie d’une petite aiguille en clin
- p.238 - vue 242/432
-
-
-
- LA NATO RE.
- 239
- quant, tournant autour d’un cadran divisé. L’appareil a été gradué comme tous les hygromètres et est fort sensible. Ce n’est encore qu’une ébauche, qui peut arriver, entre les mains d’un habile ouvrier, à un état plus perfectionné. Chacun peut observer par lui-même, lisons-nous dans le Bulletin météorologique de la station agronomique de l'île de la Réunion, les singulières propriétés des barbes du piquant noir. En les plaçant sur un peu d’eau, on les verra se mouvoir comme de grandes pattes d’insecte qui conserveraient encore de la vitalité, après avoir été détachées du tronc.
- Le Galé cirier. — La Revue agricole de Provence appelle l’attention de ses lecteurs sur un arbre dont la culture aurait son utilité dans certaines conditions de sol, de climat et de débouchés. Nous voulons parler du Galé cirier [Myrica cerifera), originaire de la Caroline, qui possède à un haut degré la propriété d’améliorer l’air des marais et d’en rendre, par conséquent, le séjour moins dangereux. Ses fruits sont revêtus d’une espèce de cire farineuse qui sert à la fabrication de bougies brûlant avec une odeur assez agréable. Cet arbre, dit la Chronique d'accclimation, croit naturellement dans les marais, sur les bords des cours d’eau et dans les prairies abondamment irriguées. Il se reproduit facilement de graines, qu’il donne en abondance, et de marcottes.
- BIBLIOGRAPHIE
- La théorie des plantes carnivores et irritables. — Application de la théorie mécanique de la chaleur à la physiologie des plantes. — Liste des jardins, des chaires et des musées botaniques du monde. — Trois brochures in-8% par Ed. Morren. — Liège, 1876.
- Considérations et recherches sur Vélagage des essences forestières, par A. Martinet. — Un vol. in-18. — Paris, librairie de la Maison rustique, 1876.
- Anthropogênie ou histoire de l'évolutiou humaine, par E. Hæckel. Traduit de l’allemand sur la deuxième édition, par le docteur Ch. Letourneau. — Ouvrage contenant Il planches, 210 gravures sur bois et 36 tableaux généalogiques. — Un vol. in-8°. — Paris, C. Reinwald et Cla, 1877.
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du 5 mars 1877. Présidence de if. Feligot.
- Candidatures. — Le savant professeur de paléontologie du Muséum d’histoire naturelle, M. Albert Gaudry, pose sa candidature à la place vacante dans la section de minéralogie, par suite du décès de M. Charles Sainte-Claire De-ville. On a annoncé aussi la candidature à la même place de M. Lory, professeur à la Faculté des sciences de Grenoble.
- Hétérogénie. — Nos lecteurs savent comment, pour décider le différend qui s’est élevé entre lui et M. le docteur Bastian, M. Pasteur a demandé la nomination d’une Commission académique chargée de suivre les expériences relatives à la production de bactéridies dans l’urine. Le savant anglais écrit qu’il applaudit à cette détermination, et
- offre de venir à Paris pendant quelques jours pour éclairer les commissaires. Ce n’est pas là ce que semblait désirer M. Pasteur, qui avait invité son adversaire à répéter ses expériences de son côté, devant une Commission prise dans la Société royale. L’ardent panspermiste n’assistait d’ailleurs pas à la séance, et nous devons attendre, pour savoir quel accueil il réserve à la proposition de l’expérimentateur d’outre-Manche.
- Études sur le suc gastrique. — Il y a peu de temps, un malheureux jeune homme ingéra par erreur de la lessive de potasse qui produisit dans l’œsophage des ravages considérables. La cautérisation fut si complète que le canal paralysé refusa le passage à quoi que ce fût, et le malade fut menacé de mourir de faim. On le sauva cependant par la gastrotomie, c’est-à-dire en pratiquant une fenêtre à l’estomac préalablement soudé à la paroi de l’abdomen, et c’est par cette espèce de bouche artificielle que la nourriture, privée désormais de saveur, est introduite à chaque repas. M. le docteur Richet a eu l’heureuse idée de tirer de cette circonstance un profit pour la science. Il se livre, dans le laboratoire de M. Robin, à des études approfondies sur le suc gastrique de l’homme, que l’on n’a vraiment pas vu encore à l’état vivant, si l’on peut s’exprimer ainsi, et il recherche spécialement quelle est la nature réelle de l'acide contenu dans cette sécrétion. Sa note d’aujourd’hui n’est d’ailleurs qu’une introduction; le travail est seulement commencé, et les résultats en seront communiqués plus tard.
- Action physique des gaz comprimés. — M. D ju brée relate les expériences qu’il a faites en soumettant des lames d’acier à l’action des gaz développés presque instantanément (1/50 de seconde), à la pression de 1000 à 1500 atmosphères, lors de l’inflammation de la poudre. Les effets sont prodigieux : le métal est fondu et transformé en une masse boursouflée. En même temps beaucoup de fer a été volatilisé et rencontrant les produits sulfurés de la poudre, a donné naissance à une forte proportion de. protosulfure de fer. L’auteur pense que ces résultats qu’il a variés dé diverses façons, peuvent expliquer différents faits présentés par les météorites, ainsi queplusieursactionsgéologiques, et spécialement l’ascension des laves dans les conduits volcaniques. Nous n’avons du reste entendu cet important travail que d’une manière imparfaite, et nous nous proposons d’y revenir.
- Phylloxéra. — En présence des ravages toujours croissants dont le phylloxéra est l’auteur, le ministre de l’agriculture a demandé à l’Académie de l’éclairer sur diverses questions qui, résolues, lui permettraient de provoquer l’adoption de lois, en vertu desquelles des mesures énergiques seraient prises.
- Le ministre fait les quatre questions suivantes :
- 1° L’arrachage des vignes infestées et de celles qui les avoisinent, constitue-t-il un moyen efficace ?
- 2° Dans ce cas, jusqu’à quelle distance des foyers de maladie faut-il pratiquer l’arrachage ?
- 3° Ne convient-il pas de détruire partout où il en existe, les vignes américaines si fortement soupçonnées de favoriser l’extension de l’épidémie ?
- 4° Enfin, le gouvernement ne doit-il pas être investi .lu pouvoir de traiter d’office les vignobles iufestés?
- Plusieurs membres émettent l’avis que l’Académie ne peut pas résoudre, devant nous, ce quadruple problème, et sur leur demande, le Comité secret est immédiatement prononcé. Stanislas Meunier.
- —><>«—
- p.239 - vue 243/432
-
-
-
- HO
- LA NATURE.
- DE PARIS A GUATEMALA
- — NOTES DE VOYAGES —
- AU CENTRE-AMÉRIQUE1.
- Il y a quelques années, un de nos compatriotes, M. J. Laferrière quittait Paris pour se rendre au Centre-Amérique, dans le but d’y étudier l’établissement d’un comptoir d’exportation et d’importation. Après un long séjour dans les républiques de Costa-Rica, de Nicaragua, de Honduras, du Salvador et du Guatemala , contrées auxquelles le percement de l’isthme américain est appelé à donner une vie nouvelle, M. Laferrière a réuni ses souvenirs de voyage en un volume qu’il présente modestement comme une réunion de notes écrites « à bâtons rompus », mais qui constituent en réalité un tableau très-complet et très-vivant. On y apprend à connaître ces beaux pays du Centre-Amérique, régions que la nature a richement dotées, et qui n’attendent plus pour prendre leur essor que les bienfaits d’une émigration bien entendue.
- L’ouvrage de M. Laferrière a
- pour but de faciliter cette entreprise à tous ceux qui veulent tenter au loin la fortune. On y trouve décrits avec beaucoup de netteté, et non sans une agréable vivacité de style, les mœurs et l’histoire des habitants des républiques du Centre-Amérique, ainsi que les ressources agricoles, minières, industrielles et commerciales de chacune de ces régions.
- A côté des efforts exécutés par la partie intelligente de la population, qui appelle à son aide le con-
- 1 1 vol. grand in-8°, illustré de 35 planches, par J. Laferrière, consul de la République du Salvador. — Paris, Garnier, frères, 1877.
- Un Kancho au Centre-Amérique.
- cours des étrangers et qui les reçoit en frères, on rencontre dans d’autres régions, parmi les cimes isolées de la Cordillère du Salvador notamment, une multitude d’indiens purs. « Ils vivent solitaires, » dit M. Laferrière, « ils ont leur cri de ralliement, si bien qu’à ce cri particulier, repercuté par les bois et les hauteurs, ils peuvent, en cas de besoin, se réunir au nombre de 15 000 à 20 000, en l’espace de cinq à six heures, à Cojutepèque, centre du district.
- C’était il y a encore quelques années la partie de la république que redoutait le plus le gouvernement sal-vadorien. » Mais les choses ont changé depuis, et la civilisation ne tardera pas à se répandre dans ces régions désolées. La gravure ci-contre représente une habitation de ces peuplades indiennes, et montre le rancho au moment de la préparation des mets du pays.
- L’ouvrage de M. Laferrière se termine par quelques chapitres d’un véritable intérêt pratique, sur les produits du sol du Centre - Amérique et leurs diverses applications, sur l’indigo, sur la constitution du Salvador, et enfin sur un aperçu d’ensemble fort bien exposé, en ce qui concerne la colonisation au Centre-Amérique. Ajoutons que l’ouvrage, dont nous regrettons de donner une analyse aussi rapide, est enrichi de nombreuses gravures sur bois, qu’il est édité avec luxe, et que l’auteur a droit aux plus grands éloges, pour avoir réuni un riche et utile contingent de notions géographiques, sur des contrées pleines d’avenir, à peine connues parmi nous.
- G. T.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieb.
- CORBEII.. TVr. ET STÉR. CRÉTÉ,
- p.240 - vue 244/432
-
-
-
- H* 498.
- 47 MARS 1877.
- LA NATURE.
- 244
- LE DELTA PRÉHISTORIQUE DE L’ARVE
- (lac de ge.nève).
- L’examen des terrasses voisines des lacs, provenant de deltas immergés à une époque préhistorique, et en général celui des effets reproducteurs des cours d’eau, qu’ils se rapportent à des causes anciennes ou récentes, a de tout temps éveillé l’attention des géologues.
- Les deltas du Rhône dans le lac de Genève,
- du Rhin dans le lac de Constance, de l’Aar dans le lac de Brienz, du Tessin dans le lac Majeur, de l’Adda dans le lac de Corne, etc., ont été étudiés minutieusement. Entre autres observations curieuses sur la structure, l’inclinaison et la puissance des strates déposées dans la suite des siècles, on a pu relever, le plus souvent par le recul des villes du lit toral, l’accroissement du delta dans un temps donné. Le village de Port-Valais (Portus Valesiæ des Romains), autrefois sur le bord de l’eau, à l’extrémité supérieure du lac de Genève, est aujourd’hui à 2 kilomètres 1 j'i dans les terres : l’espace intermé-
- Le Delta préhistorique de l’Arve dans le lac de Genève. (D’après une photographie communiquée par M. D. Colladon.)
- diaire a été comblé par l’alluvion en huit siècles. La proportion moyenne de l’avancement du Pô sur l’Adriatique est d’environ 70 mètres par année. Adria, port du temps d’Auguste, est aujourd’hui à 8 lieues du rivage. Ravenne, jadis baignée par les flots, est à 7 kilomètres de la mer. Le comblement des ports des côtes méridionales de l’Asie Mineure, décrits par Strabon, les villes mortes du golfe de Lion, sont de frappants exemples de l’envahissement des eaux par les deltas.
- Ces traces irrécusables de l’action destructive et créatrice à la fois des rivières revêtent un cachet de grandeur plus majestueuse encore, lorsque, quittant le champ si étroit ouvert à nos observations par les vestiges récents, nous nous trouvons en présence des colossales formations déposées dans les temps pré-5° année. — semeslre.
- historiques. Depuis ces dates lointaines, qui ne peuvent être évaluées que très-approximativement, la configuration des contrées soumises à nos investigations a été profondément troublée. Le lit d’un torrent s’est parfois éloigné graduelleirtent de plusieurs kilomètres, et le niveau du lac, dans lequel son delta était primitivement immergé, a baissé d’une quantité relativement considérable. A une très-grande distance des rivages actuels du lac Supérieur, souvent à 12 ou 15 mètres au-dessus du niveau moyen des eaux, on trouve des lignes parallèles de cailloux et de sables, étagées comme les gradins d’un amphithéâtre (Lyell). La plupart des villes du littoral du lac Léman, Thonon, Saint-Giugolph, Le Bouveret, Vevey, sont bâties sur d’anciennes terrasses lacustres. Genève repose tout entière sur les puissantes assises du
- 16
- p.241 - vue 245/432
-
-
-
- 242
- LA NATURE.
- delta préhistorique que l’Arve a arrachées au massif du mont Blanc.
- Le mode de dépôt des deltas sous-lacostres est parfaitement connu. Les sédiments fluviatiles, sables ou graviers de grosseur moyenne, s’accumulent en strates superposées, comme les feuillets d’un livre toujours ouvert dont on tournerait périodiquement les pages. Les nouvelles couches du delta du Rhône, à son entrée dans le lac de Genève, s’étendent chaque année sur un gigantesque plan incliné de plus de 3 kilomètres de longueur. La profondeur du lac à la naissance du delta, entre Yevey et Saint-Gingolph, étant de 180 mètres, les strates peuvent être considérées comme sensiblement horizontales. Une coupe du dépôt, pendant les huit derniers siècles qui ont suffi pour reculer Port-Valais à 8 kilomètres du rivage, donnerait donc une série considérable de couches légèrement inclinées, s’étendant sur une longueur de 5200 mètres, et dont l’épaisseur serait de 180 à 270 mètres. Un delta préhistorique, beaucoup plus important, semblablement stratifié, occupe les 8 ou 10 kilomètres qui séparent Port-Valais de la tête primitive du lac. Les torrents qui se déversent dans le lac de Genève, sur toute sa ceinture, sont loin de former des deltas comparables à celui du Rhône. Les couches stratifiées du petit torrent de Ripaille n’ont que 800 mètres de longueur, et leur inclinaison est quatre fois plus grande environ que celle du delta du Rhône. La pente moyenne du delta de l’Aar, dans le lac de Brienz, est de 50°. A 1100 mètres, le fond est horizontal.
- Supposons, pour un instant, que le niveau actuel des lacs baisse subitement. Tous les deltas récents émergeront, formant autant de terrasses lacustres, absolument identiques, quant à leur stratification et au mode de répartition de leurs sédiments, aux terrasses préhistoriques dont elles ne sont que la continuation lente. Au-dessus de l’arête de déversement du delta, recouvrant les strates déjà émergées, nous rencontrerons un dépôt composé en majeure partie de gros graviers ou de galets, disposés par couches à très-peu près horizontales. L’arête inférieure de ce dépôt sus-jacent correspondra au niveau récemment abandonné par le lac.
- M. Colladon, qui, dans ses récentes et remarquables observations sur le delta préhistorique de l’Arve, a retrouvé constamment ce dépôt horizontal superposé aux strates inclinées, explique ainsi sa formation. Avant de se jeter dans une mer ou dans un lac, les forts affluents ralentissent en général d’une manière notable la vitesse de leur cours. Leur lit primitif s’élargit ou se subdivise en plusieurs bras près de l’embouchure. Un delta, immergé à une faible profondeur, s’interpose entre le grand courant principal et les dernières arêtes de déversement ; l’eau dormante du lac pénètre dans les bouches élargies du fleuve et ralentit la vitesse de l’eau affluente. Comme conséquence naturelle de ce ralentissement de vitesse, les galets entraînés se déposent sur le delta avant d’arriver dans les parties plus profondes du
- lac, et forment, à un niveau peu différent du niveau moyen des eaux, des couches à peu près horizontales, mélangées quelquefois de graviers, ou même de quelques lambeaux sablonneux qui se sont intercalés entre les couches de galets *.
- Il résulte des faits exposés précédemment que, si nous rencontrons, sur le bord d’un lac, une terrasse voisine d’un fleuve ou d’un torrent, composée de couches régulièrement stratifiées, renfermant des matériaux analogues à ceux que charrie encore l’affluent voisin, et que si ces strates sont surmontées d’une couche horizontale de galets ayant tous les caractères d’une alluvion contemporaine de ces strates sous-jacentes, nous serons en droit de conclure que cette terrasse est bien un ancien delta, émergé postérieurement à sa formation. A une époque antérieure à cette séparation, le niveau moyen du lac coïncidait à fort peu près avec le dépôt horizontal supérieur.
- En 1870 déjà, M. Colladon avait publié un premier mémoire sur la terrasse lacustre, dite des Tranchées, sur l’angle nord-ouest de laquelle Genève a été primitivement construite. De récents et importants remaniements de terrains, exécutés en vue de l’aménagement des quartiers neufs de la ville, permirent au savant professeur d’étendre ses observations sur une superficie d’environ 350000 mètres carrés, et sur une profondeur qui, en certains points, atteignit 14 mètres. M. Colladon a bien voulu nous communiquer les photographies qu’il a fait exécuter sur l’emplacement des fouilles, afin de conserver avec exactitude la disposition des couches mises à nu. Notre gravure reproduit avec exactitude l’une de ces photographies.
- Les strates du delta, inclinées dans une direction azimutale constante, Nord ou N.-N.-O., qui est celle de la plus courte distance de la terrasse au lac, sont adossées parallèlement les unes aux autres, sous un angle de 32° à 35°. Ces couches inclinées se terminent brusquement à un même niveau supérieur, contre un toit épais de 2 à 3 mètres, composé de gros galets stratifiés en couches à peu près horizontales, tandis que les galets de moindre volume renfermés dans les strates sous-jacentes sont couchés suivant l’inclinaison du delta.
- Un nivellement exact, rattaché à la plate-forme de l’Observatoire, bâti sur le côté nord de la terrasse, a démontré que la base de ce toit de galets correspond à un plan horizontal élevé de 28 à 29 mètres au-dessus du niveau moyen actuel du lac.
- Les galets et les sables siliceux qui composent ce delta préhistorique étant, en outre, analogues à ceux charriés actuellement par le torrent de l’Arve, qui coule aujourd’hui à 800 mètres du bord ouest de la terrasse, on est donc en droit de conclure, comme l’a fait M. Colladon, que la terrasse des Tranchées est un ancien apport de la rivière d’Arve dans un
- 1 Bulletin de la Société géologique de France, 3" série, t. III. Séance du 29 août 1875.
- p.242 - vue 246/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 5J45
- ancien lac Léman, dont l’altitude surpassait d’environ 30 mètres le niveau actuel des eaux.
- Il serait difficile de calculer, même approximativement, le prodigieux laps de temps qui sépare notre époque de l’âge lointain, pendant lequel le lac Léman et les contrées avoisinantes présentaient un aspect si différent de leur topographie actuelle. Ni la puissance des strates lentement accumulées, ni le recul graduel du lit du torrent, combinés avec les quelques observations faites sur les deltas modernes, ne sauraient nous conduire à des résultats d’une véracité même relative. La chronologie des temps géologiques est soumise à des causes tellement complexes, entre autres l’exhaussement et l’affaissement des continents ; les effets eux-mêmes sont d’une grandeur telle, et nos points de repère sont si insignifiants, que le seuil des siècles écoulés semble devoir rester à jamais inviolable. Des recherches semblables à celles de M. Colladon sur le delta préhistorique de l’Arve n’en apportent pas moins leur part de lumière sur l’histoire, si obscure encore, des changements successifs apportés dans la configuration de noire planète, spécialement par ces causes destructives et reproductrices des eaux, que signalaient déjà les doctrines pythagoriciennes : Eluvie mons deductus est in œquor. Maxime Hélène.
- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQÜE TERTIAIRE.
- (Suite. — Voy. p, 1 et iU.}
- § II. — Période éocene.
- Cette période est caractérisée, d’un côté, par l’établissement et la persistance de la mer nummulitique, qui découpe l’Europe sur un grand nombre de points, et déborde plus loin en Asie et en Afrique, de manière à constituer une sorte de méditerranée, dont celle de nos jours n’est qu’une image très-ré-duite ; d’un autre côté, la chaleur semble croître en Europe, et les terres de notre continent, se trouvent envahies par des formes végétales dont l’affinité avec celles de l’Afrique, de l’Asie australe et des îles de la mer des Indes se révèle clairement. En combinant ces deux points, on se rend compte de la double influence qui s’exerça à cette époque, et à laquelle est dû l’aspect général de la flore, ainsi que l’extension des types qui, une fois introduits ou propagés, ne quittèrent plus tard notre sol qu’à la suite de nouveaux changements dans l’orographie et dans le climat.
- Pendant la durée de l’âge éocène, ou plus exactement, de la première partie de cet âge, la mer du calcaire grossier, occupe le bassin de Paris et s’étend jusqu’à Londres et en Belgique ; puis des oscillations se produisent, et à mesure que l’on s’avance vers la fin de la période, toutes les mers
- intérieures se retirent graduellement; elles vont en se desséchant et s’amoindrissant, ou parfois elles cèdent la place à des eaux douces, dormantes ou fluviatiles.
- Dans le midi de la France, particulièrement en Provence, ce sont des bassins lacustres qui se forment, et qui généralement persistent avec diverses variations durant le cours de la période suivante et encore au delà. La Provence, à partir de l’éocène jusqu’à l’invasion de la mer mollassique, a mérité le nom de région des lacs; elle en était parsemée et peut-être que, chez elle, une configuration physique bien éloignée de celle qu’elle présente de nos jours a coïncidé avec la profusion des nappes dormantes qu’elle comprenait, et dont plusieurs ont dû être profondes, sinon très-étendues, et d’autres se convertir parfois en lagunes à demi saumâtres.
- La mer nummulitique traversait diagonalement l’Europe, allant de Nice en Grimée, en suivant la direction de la chaîne des Alpes, dont ses dépôts, plus tard soulevés, constituent les hauts sommets sur une foule de points. Elle s’étendait encore vers les Pyrénées, en Espagne, en Italie, en Grèce, en Asie-Mineure, en Afrique, en Syrie, en Arabie, et, plus loin, jusqu’en Perse, dans les Indes et en Chine. C’est une des mers intérieures les plus vastes dont les annales géologiques aient eu à constater l’existence. L’aspect uniforme des roches sédimentaires qui lui doivent leur origine, atteste à la fois, Défendue très-grande et l’unité de ce bassin, aussi bien que l’égalité des conditions biologiques établies daus son sein et sur ses bords.
- La mer du calcaire grossier formait un petit golfe ou baie sinueuse, dont les limites ont beaucoup varié selon les temps, mais qui ne paraît avoir eu aucune communication directe avec la grande mer nummulitique. Les plantes recueillies autour de ce golfe, à Londres (Sheppy), en Belgique, auprès de Paris, témoignent de la chaleur qui régnait le long de ses plages, à tel point que l’on avait été d’abord tenté d’expliquer leur présence par des transports, à l’aide de courants marins qui les auraient amenées de régions lointaines. On est revenu plus tard de cette idée singulière, et, d’après une foule d’indices, on a pu constater au contraire que les mêmes formes dominaient partout à la périphérie de l’ancien golfe, et que ces formes rappelaient celles de l’Afrique austro-orientale et des îles ou rivages indiens.
- C’est ainsi que des fruits, quelquefois très-gros, comprimés, anguleux, revêtus d’une enveloppe filamenteuse, et en tout assez analogues à des noix de coco, ont dû flotter à la surface des eaux, pour venir s’ensevelir dans les sables ou les dépôts vaseux du rivage; ces fruits qui abondent sur plusieurs points de l’ancienne mer parisienne, ont été reconnus pour être ceux d’un iVipa, type indien qui sert de passage entre le groupe des pandanées et celui des palmiers et qui habite aujourd’hui les bords du 1 Gange, vers l’embouchure de ce fleuve; les Nipa,
- p.243 - vue 247/432
-
-
-
- 244
- LA NATURE.
- semblables à des palmiers par le port, plongent leurs racines dans la vase des lagunes à demi salées, et laissent tomber leurs fruits réunis en régime à la surface des eaux qui baignent leur pied et qui entraînent ces organes dans les sédiments déposés au temps des crues.
- Les cours d’eau qui se jetaient au fond du golfe éocèue parisien, avaient leur embouchure accompagnée d’une lisière de Nipa (Nipadites Burtini Brongn. (fig. 1), iV. Purkinsoni Bow., N. Bower-banki Ett.), dont les fruits, tombés au fond de l’eau, après avoir flotté, sont parfois d’une admirable conservation. 11 en est particulièrement ainsi de ceux de l’île de Sheppy, décrits par Bowerbanck; mais alors des sucs calcaires ou siliceux, ou encore métalliques les ont pénétrés, en conservant et, consolidant les détails de leur structure. A Paris, dans la vase marno-sableu.se du Trocadéro, ces mêmes fruits se montrent à l’étal d’empreintes. A la suite des
- Fig. 1. — Nipadites Burtini (Brongn.) Si liimp.
- travaux de terrassement entrepris sur ce point à l’occasion de l’Exposition de 1867, des dépôts fluvio-marins, provenant de l’embouchure d'un cours d’eau, furent mis à découvert, et l’on put recueillir dans un des lits, formé d’un limon sablo-marneux, un assez bon nombre de végétaux fossiles. Ils donnent une idée fort juste de la flore immédiatement riveraine et des plantes mêmes qui encombraient les lagunes de l’estuaire, ou qui hantaient les grèves littorales, à une faible distance de la mer.
- Dans les eaux même, vivait, à la façon de nos potamots, une hydrocharidée aux larges feuilles multi-nerviées, flottantes et submergées, proche parente et probablement congénère des Ottelia actuels, qui jouent le même rôle dans les lagunes littorales et le voisinage des embouchures, dans l’Afrique, aux Indes, àCeylan et jusque dans l’Australie. L’espèce du Trocadéro (Ottelia parisiensis S&p. (fig. 2), Phyllites multinervis Brongn.) retrace visiblement les principaux traits de P Ottelia ulvœfolia PL. indigène de la côte orientale de Madagascar, dont elle atteignait ou dépassait même, dans certains cas, les dimensions. Les fruits de Nipa n’étaient pas rares dans la
- vase inondée qui servait de sol à Y Ottelia parisiensis ; les frondes de ces végétaux, qui garnissaient la plage environnante, n’ont pas été encore observées à Paris ou à Londres, dans les dépôts où l’on recueille les vestiges de leurs fruits ; mais, dans un terrain de Provence beaucoup plus ancien, classé depuis peu sur l’horizon de la craie supérieure, dans les lignites du bassin de Fureau, on a recueilli d’abord des fruits semblables à ceux de Paris , quoique beaucoup plus petits, et récemment, grâce aux soins d'un ouvrier intelligent ',1a partie supérieure d’une fronde pinnée de Nipa, qui rappelle par sa conformation celles du dattier et du cocotier , et ressemble I >ar cela même au Nipa fruticans de l’Inde, bien que les proportions en soient plus modestes.
- Parmi les autres espèces du Trocadéro qui fréquentaient les abords de l’ancienne plage ou la lisière des eaux courantes , il Fig- 2. — Ottelia parisiensis Sap. faut citer en première
- ligne une Euphorbe, analogue aux grandes espèces frutescentes du genre, qui croissent le long des côtes
- Fig. 3. — Nerium parisiense Sap. Laurier rose éocène des marnes du Trocadéro.
- 1-3. Feuilles. — 4. Corolle vue par-dessous.
- et sur la déclivité des falaises maritimes, dans le midi de l’Europe, en Afrique et aux Canaries ; puis un laurier-rose, Nerium parisiense Sap. (fig. 3); ami
- 1 Vitalis. maître mineur à Créasquo.
- p.244 - vue 248/432
-
-
-
- 245
- LA NATURE.
- comme /e nôtre des lieux humides, mais bien plus petit ; espèce naine, dont les leuilles étroites et lon-
- Fig. 4. — Myricées et Protéaeées éocènes du bassin de paris et des arkoses du Puy-en-Velay (Haute-Loire).
- 1-5. — Comptonia Vinayi Sap. (Haute-Loire). — 4-7. Dryandra Micheloti Wat. (Les figures 4, 6 et 7 représentent des espèces du bassin de Paris ; la figure 5 se rapporte à un spécimen de la Haute-Loire.) — 8. Myrica crenulata Sap. (Haute-Loire.) — 9. Myrica hæ'Angiana Ÿ Ett. (Bassin de Paris).
- gués différent peu cependant, par la forme, de celles de notre laurier-rose actuel, et dont il est possible
- Fig. b. — Euphorbiophyllum vêtus Sap.. Euphorbe éocène des marnes du Trocadéro.
- 3 et 5 Zizyphm pseudo-ungeri Sap. Jujubier éocène des marnes du Trocadéro.
- de reconstituer jusqu’à la fleur, qui nous est connue par uu fragment de corolle (voy. la figure 3 ci-contre).
- Les plaines et les collines, à une certaine distance de la rivière éocène du Trocadéro, n’étaient peuplées que d’une végétation assez maigre : de petits palmiers-éventails; quelques conifères, pins et thuyas, des chênes rabougris, à feuilles étroites et coriaces, de maigres myricées, un type de pro-téacées qu’il est naturel de rapporter au genre australien des Dryandra (fig. 4, n°» 4, 7) ; enfin un jujubier reproduisant la physionomie des formes africaines, telles sont, en gros, les plantes qui dominaient dans cette curieuse association végétale, assez pauvre d’ailleurs.
- Bien que peu nombreuses, elles révèlent unphéno-mènedes plus curieux, dont il est impossible de ne pas toucher ici quelques mots; ce phénomène est celui de la récurrence, qui amène la réapparition, par une sorte de retour périodique et de répétition, se
- Fig. 6. — Foi/u es oligocènes des lignites d llaering, en Tyrol. 1-3. Comptonia dryandræfolia Brongn. — 4-6. Myrica hxrin-giana, Ett. — 7-8. Zizyphus üngerti Ett.
- présentant à des intervalles successifs, des formes végétales déjà aperçues mie première fois et combinées toujours à peu près de la même manière, les unes par rapport aux autres. C’est ainsi que plusieurs des espèces recueillies dans les marnes du Trocadéro se montrent de nouveau dans le dépôt olé-gocènede Hæring-en-Tyrol, presque sans changement ou avec des changements si faibles, qu’il est facile de reconnaître dans les espèces plus récentes le type de leurs devancières à peine modifié. Dans l’intervalle pourtant, il semble que ces espèces aient disparu, puisque l’on cesse de les rencontrer; mais ce n’est là sans doute qu’une illusion, et ce sont eti réalité les mêmes plantes que l’on retrouve modifiées par l’influence du temps et des circonstances, lorsque nous les voyons s’offrir à nous pour la deuxième fois. Leur absence momentanée dans l’âge intérimaire indique seulement qu’il ne s’est alors formé aucun dépôt situé dans des conditions favorables et à portée des stations où croissaient ces espèces, ainsi que l’association végétale dont elles faisaient partie. Le phénomène, bien que parfaite-
- p.245 - vue 249/432
-
-
-
- 246
- LA NATURE.
- ment explicable, et sans qu’il soit nécessaire de recourir à l’hypothèse d’une seconde, et dans certains cas d’une troisième création, n’en est pas moins très-curieux, puisque, grâce à lui, nous obtenons la mesure exacte des changements opérés dans l’espace intermédiaire et que nous saisissons sans effort les aptitudes de fixité ou de plasticité inhérentes aux anciennes espèces, en constatant l’étendue des modifications plus ou moins sensibles éprouvées par elles. Les figures qui accompagnent ces lignes (fig. 5 et 6) exposent les éléments de la question, en ce qui concerne les flores comparées d’Hæring et du Trocadéro, la première oligocène, et par conséquent bien plus récente que la seconde qui, nous venons de le voir, se rapporte à l’éoeène moyen.
- A côté de la flore du calcaire grossier parisien, il faut placer celle que MM. Aymard et Yinay ont recueillie dans les arkoses éocènes du Puy-en-Velay. Celte dernière collection comprend les mêmes formes caractéristiques que la première, entre autres le Dryan-dra Micheloti (fig. 4, nos 4,7). Mais la localité du Puy doit être surtout signalée à cause d’un remarquable palmier découvert par M. Aymard, et dont la fronde, à peu près complète, est de plus accompagnée de son régime ou inflorescence mâle, qui présente des caractères suffisant à la détermination du genre, dont l’espèce ancienne faisait partie. Le Phoenix Aymardi Sap. (fig. 7), par les caractères réunis de sa fronde, aux segments pinnés, et de son régime dilaté en spatule aplatie et divisée au sommet en une multitude de ra-nmscules ou axes secondaires étalés en faisceau, et supportant des résidus de bractées et de fleurs mâles situées à l’ais-scllc de celles-ci, dénote certainement un dattier congénère du Phœnix dactylifera,
- Fig. 1. — Phœnix Aymardi Sap. Dattier éocène des Arkoses du Puy-en-Velay, fronde accompagnée d’un régime de Ueurs mâles.
- mais distinct du dattier ordinaire, non-seulement par certains détails faciles à saisir, mais encore par sa taille beaucoup plus petite. Le genre Phœnix étant de nos jours exclusivement africain, cette assimilation confirme l’existence, attestée déjà par bien d’autres indices, d’un lien étroit rattachant la flore éocène de l’Europe à celle du continent africain.
- En remontant la série des dépôts éocènes, nous trouvons encore des flores à deux autres niveaux successifs, correspondant au milieu et à la fin de la période que nous examinons. Je veux d’abord parler du plus ancien de ces deux niveaux. — Postérieurement au retrait de la mer, au fond de laquelle se déposa le calcaire grossier parisien, les eaux douces vinrent à leur tour occuper les dépressions du sol dans les vallées de la Seine et dans l’espace correspondant au plateau qui s’étend actuellement entre la Seine et la Loire. C’est ainsi que les grès de Beauchamp, le calcaire de Saint-Ouen, et finalement les gypses de Montmartre, se formèrent, et en même temps qu’eux des dépôts équivalents et synchroniques qui occupent la Sarthe et les environs d’Angers et qui renferment des plantes. L’île de Wight et les grès à lignites de Skopau en Saxe ont fourni à M. le professeur lleer les restes d’une flore contemporaine de celle des grès de la Sarthe, et cette dernière a été l'objet des recherches particulières de M. Crié, dans le cours des années précédentes.
- En suivant les traces de l’explorateur français, nous ne sommes plus transportés sur des terres basses et fréquemment inondées, à la périphérie intérieure d’un golfe, ni sur des plages chaudes et en partie stérile, nous apercevons plutôt les restes de forêts luxuriantes, peuplées de chênes verts, de lauriers, de plaqucnnnitis, do
- p.246 - vue 250/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 247
- myrsinées, embellies dans le voisinage des eaux par un Neriurn ou laurier-rose, différent de celui du Trocadéro, et présentant encore plusieurs fougères de physionomie exotique qui croissaient à l’ombre des grands arbres. A ces végétaux se joignait une conifère de grande taille, dont les rameaux présentent l’aspect de ceux des Araucaria. Il existe encore dans les grès du Mans des vestiges de plusieurs sortes de fruits d’une structure fort curieuse, mais d’une détermination difficile ; les uns ressemblent à ceux des Morinda, genre de Rubiacées des pays ehands, dont les fleurs réunies en capitule serré, donnent lieu à un syncarpe formé par la soudure mutuelle, et l’accrescence de tous les ovaires; d’autres sembleraient dénoter une tiliacée de grande taille ; d’autres enfin, représentent les calices épars de plusieurs types de Diospysos. On voit que les formes actuellement exotiques dominent dans cet ensemble, sans exclure précisément les autres. Mais ces dernières ne reproduisent jamais que de très-loin l’aspect des espèces européennes de nos jours, et leurs similaires doivent plutôt être recherchés dans les contrées du Midi. Cette affinité de la végétation éocène de la Sarthe avec celle des pays chauds est encore attestée par la présence, je devrais même dire par l’abondance des palmiers qui comprennent plusieurs espèces, quelques-unes remarquables par la vigueur et la beauté de leurs frondes, qui rappellent celles des Sabals de Cuba et de la Floride. Comte G. de Sadorta,
- Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
- L’ÉCOLE MONGE
- R n’y a guère plus de sept années que l’école Monge existe; son nom est cependant aussi connu que celui des plus anciens établissements d’éducation de Paris. L’écolè Monge a été fondée par un groupe nombreux d’anciens élèves de l’École polytechnique, parmi lesquels on compte quelques-uns de nos ingénieurs les plus éminents, et dès l’origine de son organisation, le succès a répondu aux efforts de ceux qui se sont consacrés avec un louable dévouement à cette belle entreprise.
- Aujourd’hui, l’école a pris un développement inattendu ; elle vient d’être entièrement reconstruite sur des plans admirablement bien conçus, qui en font un établissement modèle, bien digne d'être signalé à tous ceux que préoccupe l’importante question de l’éducation de l’enfance et de la jeunesse.
- Nous avons visité récemment la nouvelle école, que nous voulons succinctement décrire à nos lecteurs.
- Elle est située au milieu du quartier neuf de Courcelles, à proximité du parc Monceaux. Quand on y pénètre, on arrive au milieu d’une vaste cour couverte, qui est l’un des plus remarquables vaisseaux que l’on puisse voir à Paris. Cette cour n’a
- pas moins de 67 mètres de longueur sur 20 mètres de largeur. Sa superficie est de 1500 mètres carrés. C’est là que se trouve en quelque sorte centralisé tout le mouvement de ce vaste établissement, ce qui facilite très-avantageusement la surveillance.
- Les élèves externes arrivent dans cette cour tous les matins. Ils se rendent directement dans leurs classes respectives, dont les entrées sont disposées tout autour. A la hauteur du premier étage règne un balcon de 2 mètres de saillie, aux quatre angles duquel descendent des escaliers droits. Une élégante toiture en fer en couvre la surface. L’aspect de cette enceinte est majestueux et riant tout à la fois. Le sol bitumé est divisé en deux parties destinées à la séparation des enfants et des grands élèves. Deux gymnastiques sont construites à chaque extrémité de cette enceinte couverte, car les exercices du corps jouent un grand rôle dans l’enseignement de l’école Monge. Ses fondateurs ont voulu que toutes les règles d’une hygiène bien entendue présidassent à l’organisation générale ; ils n’ont pas oublié que l’air, la lumière, distribués avec profusion, sont les plus sûrs éléments de la prospérité de l’enfance.
- « Quand il fait beau, dit M. de Lafaille, qui a donné un tableau très-exact de l’école Monge, la récréation a lieu dans le vaste préau découvert qui s’étend des bâtiments à l’avenue de Villiers.
- « Deux grilles parallèles, entre lesquelles circulent les surveillants, séparent les deux divisions de l’école. Dans un angle de la cour, près de l’avenue, s’élève 1 "infirmerie, placée dans les meilleures conditions d’aération et d’isolement.
- « Le bâtiment qui se détache à gauche du corps principal contient, entre autres dépendances, le logis des maîtres, qui ont chacun une belle chambre et qui se réunissent dans un cercle avec bibliothèque et salle de billard.
- « Faire du maître d’études un homme heureux, voilà encore une des idées nouvelles de l’école Monge ; et tout porte à croire que les élèves doivent se mieux trouver du contact de ces maîtres choisis et satisfaits que de celui des déclassés misérables qui portaient jadis, — et qui portent encore ailleurs, — le désagréable sobriquet de pions.
- « Dans les salles d’étude, chaque élève a son bureau et son tabouret isolés. Le tableau noir y a une grande importance. Les murs sont décorés de cartes et de tableaux. Des armoires, plus ou moins hautes, selon la taille des élèves de la classe, contiennent des objets usuels de toute sorte pour les petits enfants, des collections pour les grands. C’est avec ces objets que se font les classes de choses. Apprendre à l’enfant la valeur des mots, en plaçant sous ses yeux les choses qu’ils représentent, c’est le point de départ du système d’instruction de l’école Monge. Au sortir des classes de choses, l’élève entrera avec fruit dans les classes de français, puis il apprendra les langues mortes, et se parera l’esprit après avoir sagement éclairé sa rai> son....
- p.247 - vue 251/432
-
-
-
- 248
- LA NATURE,
- « Les dortoirs ont aussi leurs nouveautés. Chaque | et un ventilateur particuliers. Les murs sont suffi-lit est placé dans une chambrette, ayant un chauffage ' samment élevés pour que Tentant s’y trouve isolé
- Fig. t. — Le réfectoire de l’école Monge
- de ses camarades, mais assez bas cependant pour que les surveillants, marchant sans cesse dans les gale-
- Fig. 2, — Le dortoir.
- la partie centrale des galeries où sont disposées des tables de marbre sur lesquelles l’eau circule en abondance.
- 1 ries, puissent d’un coup d’œil voir ce qui se passe ] dans chaque chambrette. La toilette se fait dans
- Fig. 3. — Une salle d’étude.
- « Le réfectoire n’est pas moins curieux. Tous les enfants, internes ou externes, y déjeûnent ; il contient sept cents places et forme une vaste galerie
- p.248 - vue 252/432
-
-
-
- p.249 - vue 253/432
-
-
-
- 250
- LÀ NATURE,
- dont les murs sont couverts de faïence, dont le sol est dallé en terre cuite et dont le plafond est revêtu d’un très-solide enduit. Les pieds des tables sont en fonte et les dessus sont en marbre. Aucune odeur ne s’y conserve, aucune buée ne s’y fixe. Dès que les élèves sont sortis, on peut tout laver à la lance. On ne pourrait rien imaginer de plus sain. »
- Parmi les innovations les plus intéressantes de l’Ecole Monge, nous citerons l’heureuse tentative qui a été faite, de donner l’instruction première aux plus jeunes élèves, sous la direction de dames, qui s’occupent des enfants avec une sollicitude toute maternelle. Elles leur enseignent les principes de la grammaire, delà géographie, etc., avec une patience et un dévouement dignes des plus grands éloges. Nous avons assisté pendant quelques instants, à une classe de géographie, dans une division qui comprenait des élèves de sept à huit ans, et nous avons été émerveillé de l’intelligence avec laquelle ces enfants donnaient exactement le nom des fleuves, des montagnes, des villes, indiqués par un simple tracé sur des cartes muettes. Gaston Tissandier.
- LE TOUR DU MONDE EN 320 JOURS
- Le but de la Société des voyages d’études autour du monde a une haute portée. Il s’agit en effet « de créer, pour des jeunes gens de bonne famille, ayant terminé leurs études classiques, un complément d’instruction supérieur qui étende leurs connaissances dans une voie pratique et leur donne des notions exactes sur la situation générale des principaux pays du monde.
- L’accomplissement d’un semblable voyage formera leur jugement, fortifiera leur caractère et les préparera à la vie réelle par une transition en rapport avec le mouvement actuel des idées et des progrès de la civilisation.
- Les voyages d’études ne s’adressent pas exclusivement à la jeunesse, ils permettent à toute personne de voir d’une manière intelligente et sérieuse les plus importantes contrées du globe, dans des conditions exceptionnellement favorables, sans transbordements, sans pertes de temps et sans fatigues. »
- Nous ne croyons pas qu’il soit nécessaire d’insister sur les nombreux avantages que l’exécution de grands voyages offre à la jeunesse. Ils sont incontestables, et nous ajouterons même incontestés. Aussi le projet formé par la Société des voyages d’études a-t-il rencontré dès son apparition l’approbation unanime de la presse tout entière, qui a donné aux organisateurs de cette entreprise les encouragements les plus significatifs.
- Le départ du premier voyage doit avoir lieu du port de Marseille, le jeudi 51 mai 1877, sous le commandement de M. Biard, lieutenant de vaisseau, et nous croyons devoir donner au lecteur quelques indications succinctes sur l’itinéraire qui a été tracé.
- Les excursionnistes passeront à Gibraltar pour se
- rendre au Sénégal; de là, ils traverseront l’Atlantique et visiteront la côte du Brésil, faisant relâche à Rio de Janeiro pour se diriger vers Buenos Ayres. Ils doubleront le cap Horn, remonteront le Pacifique en suivant du sud au nord toute la côte de l’Amérique du Sud. Us s’arrêteront à Valparaiso, à Callao, et atteindront Panama. Dans toutes les localités, seront exécutées des excursions du plus haut intérêt, pendant lesquelles se feront des observations et des recherches scientifiques. De Panama, l’expédition ira à San Francisco, traversera le Pacifique, visitera Honolulu et l’île Hawaï. Elle continuera son trajet en passant par l’Australie pour séjourner à Melbourne et à Sydney. De ce point, on gagnera le Japon, on passera à Yokohama, à Yeddo ; on ira en Chine, à Hong-Kong, à Canton. L’expédition descendra ensuite la mer de Chine jusqu’au détroit de Malacca, traversera le golfe du Bengale, visitera Calcutta et Chandernagor. Elle contournera l’Hindoustan tout entier, s’arrêtera à Bombay, pour gagner le golfe d’Aden, remonter la mer Rouge, atteindre Suez, l’Italie par la Méditerranée, et revenir enfin au point de départ, en avril 1878, avant l’ouverture de l’Exposition universelle1.
- Quel est l’esprit intelligent et curieux qui n’ait songé à mettre à exécution un programme analogue. Quel est le jeune homme riche, indépendant, qui ne sera tenté par l’intérêt exceptionnel de celte immense visite faite à tous les peuples du monde!
- Que ne donnerions-nous pas pour notre part, pour nous associer à cette belle expédition, pour accomplir en dix mois et demi, ce trajet de 15 000 lieues marines, pendant lequel on parcourra, non pas er. simple touriste, mais en homme qui sait voir, étudier, apprendre, sans cesse guidé par les lumières de savants compétents attachés à l’entreprise, les nations les plus riches et les plus variées du globe : le Brésil, le Chili, le Pérou, la Californie, les Etats-Unis, l'Australie, le Japon, la Chine, l’Hindoustan et l’Afrique.
- Que d’impressions recueillies pendant la route! Que de souvenirs au retour! Que de solides notions acquises, qui d’abord jetées pêle-mêle dans l’esprit, s’y grouperont peu à peu, y prendront une place définitive et s’y développeront, comme la bonne graine semée en un champ fertile !
- Gaston Tissandier.
- 1 La Société n’admet qu’une seule classe de voyageurs jouissant des mêmes privilèges en toute circonstance.
- Le prix du passage varie, cependant, suivant la grandeur de la cabine, sa situation, et surtout suivant que cette cabine est occupée par une ou plusieurs personnes.
- Pour les cabines occupées par une seule personne, le prix du passage est compris entre le chiffre minimum de 20000 fr. et le chitfre maximum de 25 000 fr.
- Pour les cabines occupées par deux personnes, le prix, pour chaque voyageur, est compris entre le chiffre minimum de 16 000 fr. et le chiffre maximum de 17 000 fr., mais le passage ne sera retenu définitivement qu’après entente pour le partage de la cabine.
- Pour plus de renseignements, consulter la brochure publiée par la Société des voyages d’étude, 8, place Vendôme, Paris.
- p.250 - vue 254/432
-
-
-
- U NATURE.
- 251
- LE TÉLÉGRAPHE PARLANT
- Nuus avons déjà annoncé la merveilleuse invention du professeur Bell, qui a réussi à transmettre les sons de la voix humaine au moyen d’un télégraphe électrique. Il vient d’améliorer son mode de transmission, en se passant de la batterie électrique et en produisant le courant d’une manière électro-magnétique.
- Le Transcript de Boston décrit une récente expérience faite à l’aide du nouvel appareil, qui a fait entendre à 6 milles (10 kilomètres) de distance, une conversation et des chants partis de Malden et aboutissant à Boston. Le téléphone, dans sa forme actuelle, consiste en un puissant aimant, aux pôles duquel sont fixées des bobines de fils isolés. En face des pôles entourés de ces bobines de fils, est placée une armature en fer-blanc. Une membrane destinée à faire converger les sons vers l’armature complète la machine. On sait que le mouvement de l’acier ou du fer placé en face des pôles d’un aimant crée un courant électrique dans les fils qui entourent ces pôles, et que la durée.de. ce courant est égale à celle du mouvement de l'acier ou du fer qui vibrent dans le voisinage de l’aimant. Quand la voix humaine fait vibrer le diaphragme, des ondulations électriques parcourent les fils qui environnent l’aimant, et ces ondulations répondent exactement à celles de l’air produites par cette voix. Les bobines sont reliées au fil télégraphique, qui peut avoir une longueur quelconque, pourvu que l’isolement soit parfait. Les ondulations parcourent toute la ligne, et, traversant les bobines d’un instrument d’une construction identique, placé à la station opposée, sont à leur tour converties en ondulations d’air par le diaphragme de cet instrument.
- Voici comment les expériences se sont opérées : les téléphones ayant été mis en rapport avec la ligne télégraphique privée, appartenant à une compagnie de Boston, la conversation commença immédiatement. Stationnant au bureau de Boston, le professeur Bell pria M. Watson, qui était à la station télégraphique de Malden, de parler à haute voix, pour que toute l’assistance pût simultanément percevoir les sons. L’opération eut un succès tel, qu’un sentiment de profonde surprise se peignit sur les traits de tous les assistants.
- U n’est pas indispensable de parler haut pour être entendu et compris ; on peut discerner parfaitement même des paroles prononcées à voix basse, voire même des chuchotements, au dire de M. Bell. Pour confirmer cette assertion, M. Watson se mit à converser avec chacun des assistants ; et après avoir prouvé, à la satisfaction générale, l’efficacité du procédé en question, il prit un journal et informa l’assemblée que la cote final de l’or à la bourse de New-York avait été la veille 106 1/2. Comme il y avait dans la réunion un assez grand nombre d’hommes d’affaires, la sensation fut profonde, et le téléphone obtint un succès qu’il serait difficile de décrire. D’autres passages des journaux quotidiens furent ensuite transmis -, puis, le désir de lier conversation étant devenu général, M. Watson fut accablé de questions, telles que : « Gèle-t-il à Malden? » ou « Y a-t-il dégel? » « Quel sera définitivement le président des États-Unis? » etc. Chose remarquable, M. Watson reconnaissait à leur ton de voix les personnes qui de Boston, lui adressaient des demandes ; il leur répondait en les appelant par leur nom, pour peu qu’elles lui eussent transmis quelques mots.
- Enfin, une dame de Malden envoya aux personnes réunies dans le bureau de Boston une invitation à une colla-
- tion, et la réponse fut une acceptation faite avec courtoisie et gratitude. Vint ensuite la prière d’écouter en silence les sons d’une musique qui avait Malden pour point de départ On écouta donc avec une attention mêlée de curiosité, et, comme si l’on se fût trouvé dans une salle de concert ; on entendit alors très-distinctement, avec une voix douce et mélodieuse : La dernière rose de l'été. Quand la jeune dame eut cessé de chanter, des applaudissements unanimes la récompensèrent d’avoir terminé si agréablement une séance où le téléphone avait joué un rôle si intéressant.
- Nous donnerons prochainement le dessin et la description complète du télégraphe parlant.
- DES MOUVEMENTS DE LA MER
- PAU A. CIALDI
- CAPITAINE DE VAISSEAU1.
- Nous avons déjà fait connaître les savantes études dans lesquelles le commandant Cialdi a traité de l’action des vents, des llols et des courants sur les travaux hydrauliques des ports et sur les divers terrains qui forment les plages. La nature de cette action et ses effets variées ont été le sujet principal des recherches sur lesquelles se base la science des ingénieurs chargés de construire les ports artificiels, ou de défendre les rivages contre les envahissements de la mer. Mais les théories déduites de ces recherches, laissent encore place à la discussion, et ce n’est que par la généralisation d’observations exactes qu’on pourra établir une théorie plus complète, applicable à l’amélioration et à la conservation des ports et des plages.
- Le nouvel ouvrage du commandant Cialdi est basé, comme tous ses précédents travaux, sur une longue étude de la mer et de ses phénomènes, vus par lui-même dans les circonstances si variées où ils se produisent. Les observations ainsi recueillies pendant vingt-cinq années de recherches assidues, jointes à celles empruntées à tous les ouvrages spéciaux, ont été parfaitement coordonnées pour défendre la théorie que soutient l’agteur, et qu’il nous paraît avoir suffisamment démontrée. Cette théorie fait dépendre les atterrissements, les accumulations des matériaux constituant le fond de la mer près des côtes, du transport opéré par les vagues elles-mêmes le courant littoral ne jouant qu’un rôle secondaire dans la formation des dépôts. La prépondérance de l’action des vagues dans les atterrissements et les érosions du rivage, rapprochée de la direction des vents régnants, est un fait important dont les conséquences sont présentées avec une grande netteté par'' M. Cialdi. Eue Margollé.
- 1 Del movimenti del mare sotto l’arpetto idraulico nei parti e nette rive, studii di A. Cialdi, capituno di vas<’cllo. — Roma, 1876.
- 2 Numéro du 27 février 1875.
- p.251 - vue 255/432
-
-
-
- 252
- LA NATURE.
- LE PAYS DES MORMONS
- d’après le baron hübner*.
- Le milieu ambiant modifie à la longue letre moral comme l’individu corporel. A ce dernier point de vue, une remarque très-curieuse et qui n’a jamais été faite à notre connaissance, c’est que peu à peu, très-lentement, par l’influence seule des conditions de la ,ie et non par un mélange de sang, qui a toujours été absolument négligeable, le faciès de la race
- anglaise se modifie aux États-Unis pour se rapprocher un peu par certains points de celui des aborigènes. On sait que, naturellement, il ne pousse pas de barbe aux Peaux-Rouges et qu'au contraire les Anglais sont les plus barbus de tous les hommes; eh bien ! généralement, chez les Yankees purs, sauf exceptions dues à l’atavisme ou au croisement avec des colons arrivés moins anciennement d’Europe, les Américains descendant des premiers immigrants d’il y a deux siècles se distinguent par leur sytéme pileux bien moins développé que chez leurs ancêtres; leur menton n’est pas glabre encore comme celui
- Mormons taillant les pierres pour la construction de leur temple.
- des Indiens, mais il n’est plus qu’à demi-couvert par une barbe rare; les traits sont plus accusés, plus effilés, plus osseux, plus secs, comme chez l’indigène ; ce ne sont plus les faces largement épanouies du pays d’origine. Le grand Lincoln était le type achevé de cette race qui se forme sous nos yeux.
- La langue écrite reste identique à celle de la mère patrie, mais le langage parlé se modifie lui-même quelque peu, et va se contractant toujours. On se rappelle l’épigramme d’Alfieri sur le mot italien ca-pitano, devenu capitaine en français et captain en anglais; dans la prononciation courante yankee il s’est réduit encore et est devenu cap'n.
- 1 Un grand volume in-4° : Promenade autour du monde. — Hachette et Cu, 1877,
- Du corps et du langage, si l’on passe aux mœurs et aux religions, on trouve des phénomènes de même ordre : la justice illégale et sanguinaire de Lynch et des Kou-Kloux ressemble fort à celle des Peaux-Rouges, comme le fait remarquer Hepworth Dixon; et la célèbre polygamie des Mormons est identique à celle des Indiens. Le milieu réagit d’une façon éminemment surhumaine, et sans que ceux qui en subissent l’influence en aient conscience : quand de grandes exterminations ont dépeuplé un pays fertile, grâce à la polygamie, qui multiplie d’abord dans une proportion énorme le chiffre des naissances, le désert est bientôt repeuplé. Pour cette raison, la polygamie a existé d’abord chez les plus anciens Hébreux et les Mahoméfans, comme elle existe chez les Mor-
- p.252 - vue 256/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 253
- mons, mais, le nombre moyen des femmes n’étant pas supérieur à celui des hommes, l’on n’enfreint pas impunément les lois naturelles. Il faut bientôt renoncer à la polygamie ou périr. Les Musulmans qui se sont opiniâtrés, après avoir, seuls dans la nuit barbare, tenu haut le flambeau intellectuel, en sont arrivées à l’état de dislocation irrémédiable que l’on sait;* leur frères sémitiques, les Hébreux, qui ont renoncé à la pluralité des épouses, sont encore, après deux mille ans de dispersion, par leurs banquiers, les maîtres du monde, et par leurs livres
- religieux, les premiers éducateurs de toute l’humanité pensante.
- Il est infiniment probable que les Mormons suivront prochainement et graduellement, sans emploi de la force, l’exemple juif, et laisseront les Indiens comme les Mahométans, achever de périr par la polygamie.
- C’est en partie au chemin de fer transcontinental qui traverse l’Utah, leur territoire, que les Mormons devront ce bienfait ; grâce au railway, il ne sont plus isolés du reste du globe, au lieu du contact des Iu-
- L’Echo caftonc.
- diens, dont les mœurs et les superstilions ont fait le premier fond de leur doctrine, ils ont celui des libres Yankees, de même race qu’eux, mais dont les religions, plus anciennes, sont dégagées de l’exaltation de toute confession qui vient de se fonder, comme celle des Mormons, dans la persécution et le martyre.
- La loi de sélection naturelle s’accomplit, le Rouge disparait devant le Blanc, et le Mormon rentre dans le giron civilisé d’où il est sorti. La coquetterie féminine y est pour beaucoup : les Mormonnes sont maintenant au courant des modes d’Europe, veulent les suivre, et le prix des toilettes est si élevé qu’il devient impossible aux maris de subvenir aux dépenses de plusieurs femmes.
- Le chemin de fer, cause première de cet heureux
- changement, a dû, pour parvenir dans l’Utah, franchir d’énormes obstacles et escalader plusieurs chaînes de montagnes, mais les ingénieurs des États-Unis n’ont jamais reculé devant aucune difficulté, et si la ligne a été pénible à établir, elle n’en est que plus pittoresque, comme le témoigne le paysage que nous empruntons à la belle édition illustrée de la Promenade autour du monde de M. de Hübner, dont nous nous étions promis de parler ici *. C’est la vue de l’Écho canone, défilé magnifique et précipice effrayant où s’engage la voie, avant d’arriver à Great-Salt-Lake-City, la capitale du mormonisme. Nous reproduisons d’après le même ouvrage la construo-
- * Voy. la Nature, 5® année, t*r semestre, p. 79.
- p.253 - vue 257/432
-
-
-
- 254
- LA NATURE.
- tion du temple, lequel sera tout en pierre de taille, immense et de style roman, et nous terminons en empruntant au baron de Hiibner lui-même ce croquis à la plume, d’une rare fraîcheur de coloris, de la ville où il s’élève. « Les maisons sont invisibles ; entourées d’arbres fruitiers, elles se dérobent à la vue. Des acacias, des arbres-coton, forment un épais rideau vert tendu le long de larges et interminables avenues ; des deux côtés, des ruisseaux amenés des montagnes, roulent leurs eaux. L’eau douce manquait complètement, maisBiigham Young a changé tout cela. L’élu de Dieu, le Moïse des Mormons a tait jaillir du rocher ces sources inappréciables.
- « J’erre seul dans les rues silencieuses. A côté de moi bourdonne le ruisseau. Les acacias me protègent de leur ombre, les arbres-coton, légèrement agités par la brise du matin, me couvrent de flocons blancs comme la neige. Parfois je puis apercevoir au-dessus de la cime des arbres, les « Jumeaux », les deux pics les plus élevés des Wahsatch : deux diamants étincelant au soleil, suspendus dans l’air bleu à quinze mille pieds au-dessus du niveau de la mer. » Charles Boissay.
- CHRONIQUE
- Action de la couleur du sol sur les pommes de terre. — Ayant remarqué que les pommes de terre, provenant d’un terrain noirâtre, étaient moins atteintes de la maladie que celles qui étaient nées dans un sol de couleur plus claire, M. J.-B. Hannay, membre de la Société royale d'Edimbourg, pensa que la cause de cette différence devait être la quantité de chaleur plus considérable absorbée par le terrain noirâtre. Il fit, en conséquence, l’expérience suivante. Une pièce de terre, composée de till bleu (les Anglais appellent till un mélange de boue, d’argile, de sable et de débris de roc), fut partagée en deux portions, dans chacune desquelles on planta des pommes des terre, suivant le mode de culture ordinaire. Ensuite, l’une des portions fut recouverte de suie lavée avec soin et désagrégée de toute matière soluble ; l’autre portion fut laissée dans son état naturel. Les pommes de terre, plantées dans la portion recouverte de suie, germèrent plus vîtes et furent reconnues plus saines que les autres. Par de belles journées, où les rayons du soleil avaient pu briller dans tout leur éclat, on fit des observations sur la température des deux portions de terre. Sur 19 observations relatives à la terre recouverte de suie, on trouva d’abord, à la profondeur de 2 pouces, une moyenne de 61°,96 (F.) pour la terre avec suie et de 60°,19 pour la terre sans suie; à la profondeur de 8 pouces, la moyenne de la terre à suie fut de 59°,85 ; celle de l’autre, 58°,74. Il résulte de ces comparaisons que les pommes de terre, cultivées dans un terrain foncé, reçoivent plus de chaleur que celles que l’on cultive dans un sol clair. Les tubercules du terrain sans suie, étaient mous et assez généralement malades, tandis que ceux de l’autre terrain étaient presque tous sains et vigoureux.
- L’examen chimique de ces pommes de terre prouva que les unes et les autres renfermaient à peu près dans la même proportion les principaux ingrédients inorganiques. Il y avait toutefois une différence marquée entre les pommes de terre des deux terrains, sous le rapport du
- développement des granules d’amidon. Les pommes de terre-suie renfermaient 22,5 pour 100 d’amidon; les autres seulement 17,5. Quant au développement des granules d’amidon, il était de 0“m,175 dans les suie et de 0mm,155 dans les non suie. Chez ces dernières, les granules étaient tout à la fois moins fortes et moins nombreuses. Il faut en conclure qu’une très-grande quantité de chaleur fait grandir et multiplier les granules d’amidon. (The popular Science Monthly, de New-York.)
- Ua divisibilité des corps. — La division des corps peut être poussée fort loin, ainsi que le prouvent les exemples suivants :
- Les feuilles d’or obtenues par le battage ont une épaisseur de 1 dix-millième de millimètre; moindre encore est celle de l’or qui recouvre les fils d’argent dont on se sert dans la passementerie. Ilaiig a obtenu par le clivage une lame de mica dont l’épaisseur, calculée d’après les effets optiques qu’elle produisait, était de 0mm,00043 (environ un demi-dix-miliièine de millimètre). Les mêmes formules ont permis de reconnaître que l’épaisseur des parois des bulles de savon varie entre 0mm,0001 et 0mm,00001 (entre un dix-millième et un cent-millième de millimètre).
- Les fils de platine obtenus par les moyens qu’a indiqués Wollaston, et qui sont employés dans la confection des réticules des instruments d’optique, n’ont que 1/1200 de millimètre de diamètre.
- Les matières colorantes offrent des résultats intéressants à cet égard. Ainsi un centigramme d’azur (dit des quatre feux) colore sensiblement 2 kilogrammes d’eau ; en supposant qu’il y ait seulement une particule de matière colorante par millimètre cube d’eau, et cela est certaienement au-dessous de la réalité, on voit que 1 centigramme a été divisé en 2 millions de parties. Ce chiffre peut être porté au moins à 3 millions pour la cochenille, dont, d’après liaüg, 5 centigrammes colorent 15 kilogrammes d’eau.
- (Mouvement médical).
- Destruction des hérons aux États-Unis. —
- Dans un article du Penn Monthly, sur la diminution du nombre des oiseaux aux États-Unis, M. J.-A. Allen dit du héron que, malgré son inutilité sous le point de vue alimentaire, cette classe d’oiseaux a énormément décru en nombre, soit généralement par des causes naturelles, soit particulièrement par la cupidité de l’homme. « On a, dit M. Allen, récemment détruit beaucoup de hérons, principalement en Floride, pour avoir leurs plumes. Le massacre de ces pauvres oiseaux, incapables de se défendre, attriste les penseurs et fait honte à notre époque. On les attaque dans les endroits où ils couvent et on les lue par centaines dans l’espace de quelques heures, uniquement pour enlever les belles plumes, dont, malheureusement pour eux, la nature les a ornés. Souvent, quand les parents ont péri, les petits meurent à leur tour faute de soins et parce qu’ils ne peuvent encore se suffire à eux-mêmes. Quand les vieux hérons quittent la contrée où leur race s’est propagée pendant de longues générations, le seul avantage que leur procure cette émigration est d’être tués, l’année suivante, dans la nouvelle contrée où ils ont cru pouvoir se fixer. Ce qui facilite l’extermination des hérons, c’est que ces oiseaux ont l’habitude de se réunir en grand nombre pour nicher et que leur extrême tendresse pour leurs petits leur fait braver les dangers et même la mort. Quelque malheureux et cruel que cet acte puisse paraître, on détruit maintes couvées de hérons, de nuit, par pure bravade, uniquement pour pouvoir dire ; J’ai abattu tant d’oiseaux dans ma journée. »
- p.254 - vue 258/432
-
-
-
- LA NATURE
- 255
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 mars 1877. —• Présidence de M. Pelicsot.
- Analyses de fers et de fontes. — Ayant perfectionné les procédés en usage jusqu’ici, M. Terreil reconnaît que la plupart des variétés de fers et de fontes du commerce renferment, outre le manganèse, des quantités fort appréciables de chrome, de cobalt et de nickel. Ce dernier métal cesse donc d’être comme un certificat d’origine cosmique des masses ferrugineuses qui le contiennent.
- Vannée scientifique et industrielle. — C’est sous ce titre que M. Louis Figuier résume les inventions, les découvertes et tous les faits intéressant le domaine scientifique, qui se sont produits en 1876. Cet utile travail constitue le vingtième volume d’une précieuse série qui restera comme le résumé du mouvement scientifique de notre temps. Le livre que M. Dumas signale aujourd’hui et qui a près de 600 pages est divisé en sections relatives successivement à l’astronomie, à la météorologie, à la physique, à la mécanique, à la chimie, à l’art des constructions, aux voyages scientifiques, à l’histoire naturelle, à l’hygiène publique, à la médecine et à la physiologie, à l’agriculture, aux arts industriels, aux académies et sociétés savantes et aux Expositions industrielles. Une longue notice nécrologique, consacrée aux savants morts dans l’année, termine cette véritable encyclopédie. Parmi les noms trop nombreux qui figurent sur celte liste funéraire, nous signalerons spécialement ceux de Brongniart, de Charles Sainte-Claire Deville, d’Andral, de Séguier et de Balard. La notice consacrée à ce dernier offre un intérêt tout spécial, à cause de son étendue et des détails qu’elle renferme, et qui font sentir dans l’historien, le compatriote et l’ami.
- Fer natif du Brésil. — Déjà, nous avons annoncé la découverte au Brésil de masses considérables de fer natif. M. Damour expose aujourd’hui les résultats de l’analyse de cette substance dont les analogies avec les météorites sont des plus intimes. Le fait saillant est la présence de 38 pour 100 de nickel, ce qui dépasse de beaucoup la teneur ordinaire des fers météoriques. Le métal, dont le grain est très-fin et dont l’éclat est identique à celui de l’acier, donne, par les acides agissant sur line lame polie, les figures régulières dites de "Widmannstœtten. Il offre cette propriété inattendue de résister indéfiniment à l’action simultanée de l’air et de l’eau, sans manifester le moindre commencement d’oxydation. A ce propos, M. Boussingault rappelle que Berzélius a posé en fait que le fer météorique ne s’oxyde pas à l’air humide, et il résume les expériences qu’il a faites anciennement, dans le but de rendre l’acier inoxydable en lui incorporant dn nickel. Le résultat fourni par l’addition de 5, de 10 ou de 15 pour 100 de ce dernier métal fut tout à fait contraire à ses prévisions, et l’alliage formé s’oxydait bien plus vite que le fer pur. Cependant, en associant à l’acier les 38 pour 100 de nickel que présente le fer brésilien, on arrive à une inoxydabilité absolue. M. Boussingault en conclut que c’est la proportion qui fait tout. Nous nous permettrons cependant de remarquer que si la proposition de Berzélius est vraie, l’explication de M. Boussingault n’est pas complète, car les alliages extra-terrestres contiennent justement le nickel à raison de 8 pour 100 en moyenne, et devraient, d’après les expériences précédentes, être d’une oxydabililé très-facile. M. Daubrée a saisi l’occasion pour mettre sous les yeux de l’Académie de nouveaux échantillons qu’il a reçus
- du Brésil. Ils sont intéressants par les intrusions qu’ils présentent de pyrite magnétique ou pyrrhotine. D’après les documents joints à ces échantillons, ils proviennent de masses si considérables, qu’on en a déjà exploité, dans la province de Sainte-Catherine, des milliers de kilogrammes. Les affleurements se présentent dans plusieurs localités, et tout porte à penser que ce fer natif est vraiment d’origine terrestre et non pas météoritique. S’il en est ainsi, le gisement brésilien est à rapprocher de celui découvert récemment au Groenland, et les liens déjà établis entre les profondeurs du ciel et les profondeurs de la terre se trouvent resserrés. Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DE FÉVRIER 1877*
- Pendant la première décade de février, le baromètre çeste constamment, à Paris, au-dessus de la moyenne ; cependant la température est très-élevée, sauf le 5, et les vents soufflent de l’ouest. Les basses pressions prédominent dans le nord-ouest et le nord de l’Europe, accusant la présence de bourrasques qui circulent dans ces régions et amènent, en Angleterre surtout, des pluies désastreuses. Nous restons donc dans un régime analogue à celui des deux mois précédents ; mais les dépressions passant plus au nord n’ont sur la France qu’une faible influence. Les températures restent très-élevées sur les côtes occidentales de l’Europe et très-basses dans l’est.
- Du 11 au 18, la situation change peu ; le baromètre est haut à Paris ; mais tout en se rapprochant de la moyenne, la température est très-élevée. Une carte est remarquable, c’est celle du 12. Deux tourbillons sévissent à cette date : l’un, dont la portion centrale se trouve en Pologne (745mni), amène une violente tempête de neige sur les côtes de la Baltique; l’autre, existe au nord de l’Angleterre (745ram) et se dirige le lendemain vers le Danem rk.
- Le 19, une dépression venue d’Écosse se trouve sur la mer du Nord (755mm) ; le baromètre a baissé de plus de 6 millimètres sur la Hollande et la .situation devient incertaine. A Paris, le baromètre, qui descendait lentement jusqu’à huit heures du soir, commence, vers minuit, à'baisser avec une grande rapidité. Dans la nuit, des raffales plus ou moins violentes et des grains du nord-ouest avec orages par places sont signalés sur le littoral des Pays-Bas, de la Manche et de l’Océan ; ils s’étendent à l’intérieur des terres, et la carte du 20 montre qu’un tourbillon considérable (740mm) existe dans les Pays-Bas. Le 21, cette bourrasque a marché vers le sud est, et la région centrale, à pression minimum (745‘nra) présente une forme très allongée s’étendant depuis Hambourg jusqu’à Florence. Le 22, elle est en Italie entre Rome et Naples (745mm), et les mauvais temps avec orages et neiges se sont étendus sur tout le midi de l’Europe jusqu’en Sicile. Les cartes des 20, 21 et 22 montrent nettement la marche du
- 1 D’après le Bulletin international.
- p.255 - vue 259/432
-
-
-
- 256
- LA NATURE,
- centre des basses pressions depuis les parages de la Hollande jusqu’en Italie.
- Un dernier tourbillon, qui suit une marche diffe-
- rente, apparaît le 24 au nord-est de l’Ecosse, où le vent souffle en tempête ; dans la nuit, la baisse barométrique prend une extension considérable sur
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN FEVRIER 1877.
- Mercredi 21
- toute l’Europe ; une violente tempête sévit à Stockholm et sur l'Allemagne. Le 26, les gros temps se propagent vers le sud et atteignent la Belgique dans la matinée, tandis que le centre de
- Jeudi 22
- Vendredi 23
- . Samedi 21*
- Lundi 2$
- Mardi 21
- Mercredi "26-
- Dimanche 2b
- normale. Le 28, nous voyons les fortes pressions (770 millim.), s’avancer vers nos côtes océaniennes; les cartes présentent une grande analogie
- D’après le Bulletin international de l’Observatoire de Paris. (Réduction 1/8). celles du com-
- mencement de novembre 1876, semblant annoncer enfin l’arrivée prochaine d’une période de froid. Fron.
- dépression, marchant vers l’est, se trouve vers Stockholm (730 millim.), et est le 27 vers Péters-bourg. Du 20 au 28, un temps à grains et à giboulées a donc régné sur l’Lurope occidentale, et la température s’est enfin abaissée au-dessous de la
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmeb.
- CORBEIL. TVP, ETSTËR. CRÉTÊ.
- p.256 - vue 260/432
-
-
-
- iV \ 9 9,
- 24 MARS 1877.
- LA NATURE.
- 251
- L’IGUANE
- Le voyageur qui parcourt les forêts tropicales du Nouveau-Monde voit parfois se détacher sur la luxuriante verdure de ces contrées d’étranges reptiles qui semblent disputer aux oiseaux leur demeure favorite. 11 les rencontre souvent au milieu de l’inextricable fouillis des branches et des lianes entrelacées en mille nœuds étroitement serrés, et parmi les feuilles ou les fleurs aux formes singulières, aux éclatantes couleurs. Au nombre de ces animaux dont
- il suit avec intérêt les mouvements, de nombreuses espèces attirent plus particulièrement son attention. Sur les arbres, il peut voir le Lézard sourcilleux à la queue longue et fortement comprimée, à la partie postérieure du crâne relevée en une sorte de casque garni d’une crête tranchante, au corps de couleur gris-jaunâtre, s’harmonisant à merveille avec le ton général des feuilles qui l’entourent. Sur les branches se cachent le Basilic, dont le dessus de la tête est orné d’un lambeau de peau formant une crête arrondie retombant sur le cou, et ressemblant à une sorte de bonnet phrygien ; l’Umbre au dos
- Iguane. (D’après un individu récemment envoyé à la Ménagerie des reptiles du Jardin des plantes. 1/2 grandeur naturelle.)
- muni d’une crête basse dentelée comme une scie, à la gorge portant un pli pendant en une sorte de petit fanon, à la nuque et aux oreilles armées de bouquets d’épines. Notre voyageur, suivant les régions qu’il parcourt, pourra rencontrer l’Aloponote à la partie supérieure du corps dépourvue d’écailles, le Lézard cornu, si facilement reconnaissable au gros tubercule qui surmonte le front, l’Ényale aux formes élancées, au corps orné de lignes blanchâtres, l’Ophyesse à la queue dentelée, pour ne citer parmi les reptiles d’arbre que les plus remarquables. Mais l’Iguane, à coup sûr, attirera le plus son attention, par la singularité de sa conformation, par l’éclat de ses écailles, et par la beauté de ses couleurs.
- Il est facile de reconnaître l’Iguane au prolongement de la peau qui forme sur toute l’étendue du
- dessous de la tête et du cou un fanon mince et long, dentelé dans la partie la plus voisine du menton. Depuis la nuque jusqu’à l’extrémité de la queue règne une crête denticulée, formée d’écailles pointues, fortement comprimées et verticalement placées. La tête est comprimée parles côtés et aplatie par-dessus. Les doigts, au nombre de cinq, sont allongés et inégaux, garnis d’ongles forts et crochus; les doigts postérieurs sont les plus longs, le quatrième doigt pouvant faire à lui seul le tiers de la longueur totale de la patte. Un jaune-verdâtre règne sur le dessous du corps, un vert plus ou moins foncé, devenant parfois bleuâtre, d’autres fois ardoisé, sur le dos et sur la tête. Chez certains individus se voient des points bruns sur les flancs ou des taches jaunes se détachant sur un fond noirâtre; de grands anneaux bruns
- 47
- 5® année.
- 1er semestre.
- p.257 - vue 261/432
-
-
-
- 258
- LA NATURE.
- alternant avec des bandes de couleur verte ou jaunâtre entourent la queue ; les côtés du corps sont ornés de raies en zigzag brunes bordées de jaune; les teintes du reptile varient du reste suivant l’àge, le sexe et la localité. L’animal peut arriver à la taille de 1 mètre et demi, la queue ayant plus de la moitié de la longueur totale du corps.
- Si l’on examine l’Iguane de plus près, l’on remarque que le dessus du corps est convexe et arrondi, le dessous aplati. La crête de la partie supérieure est formée d’écailles, dont les plus hautes sont celles du dos, leur élévation diminuant insensiblement à mesure qu’elles sont plus voisines de l’extrémité de la queue. Le corps est protégé par des écailles rhomboïdales se recouvrant entre elles comme les tuiles d’un toit ; la plupart de ces écailles sont munies de carènes. Au-dessus des orbites sont de grandes plaques anguleuses ; le bord inférieur de l’orbite est entouré de sortes d’écailles oblongues, tandis que les lèvres sont garnies de grandes lames écailleuses. Par suite de la mobilité que doit avoir le cou légèrement comprimé, les écailles, petites et en forme de losanges, ne sont, en ce point, que très-faiblement imbriquées ; le dessus et les côtés de la tête sont, par contre, couverts de plaques bombées et parfois fortement tuberculeuses.
- A la face interne des cuisses, de petites écail’es, disposées comme les languettes cTune fleurs le sont autour du disque, entourent les pores que l’on remarque chez un bon nombre de genres de la famille. La membrane du tympan est très-grande; les narines sont percées tout près de l’extrémité du museau, qui est obtus. Les dents, fortement dentelées sur les bords, sont, comme chez les autres genres qui, en Amérique, représentent la famille des Jgua-niens, insérées sur le bord interne d’un sillon creusé dans la mâchoire, tandis que les genres qui habitent l’ancien continent se caractérisent par leurs dents solidement fixées sur le bord saillant et plein des mâchoires.
- La description que l’on vient de lire se rapporte à l’espèce la plus commune dans les collections, l’Iguane tuberculeux, qui habite une grande partie de l’Amérique méridionale, les Antilles, Saint-Domingue, la Martinique, le Brésil, Cayenne. C’est de cette dernière localité que la ménagerie des reptiles du Muséum a reçu un très-bel individu par les soins de M. Mélinon, directeur du pénitencier de Cayenne, notre colonie américaine. Cet Iguane tuberculeux se distingue des deux autres espèces, par la présence d’une grande écaille circulaire sous le tympan, et d’écailles aplaties sur le bout du museau. Ce dernier caractère sépare cette espèce de l’Iguane rhinolophe dont le museau est surmonté de trois ou de quatre écailles relevées en forme de cornes comprimées et placées les unes à la suite des autres ; l’espèce habite le Mexique et Saint-Domingue, d’après quelques voyageurs. Au Mexique, au Brésil, à la Guadeloupe vit une troisième espèce, l’Iguane à cou nu, qui se distingue par l’absence de tubercule
- sur le cou, et de grandes plaques circulaires sous le tympan ; par contre, chaque branche du maxillaire est protégée par une rangée de grandes et fortes écailles; le corps aune teinte uniforme vert-bleuâtre ou bleu-verdâtre, le ventre étant de couleur plus claire.
- Suivant Lacépède, « la femelle de l’Iguane est ordinairement plus petite que le mâle ; ses couleurs sont plus agréables, ses proportions plus sveltes; son regard est plus doux, et ses écailles présentent souvent l’éclat d’un très-beau vert. Cette parure et ces sortes de charmes ne lui ont pas été donnés en vain ; on dirait que le mâle a pour elle une passion très-vive; non-seulement, dès les premiers beaux jours de la fin de l’hiver, il la recherche avec empressement, mais il la défend avec fureur. Sa tendresse change son naturel ; la douceur de ses mœurs, cette douceur si grande, qu’elle a été comparée à la stupidité, fait place à une sorte de rage. Il s’élance avec hardiesse, lorsqu’il craint pour l’objet qu’il aime ; il saisit avec acharnement ceux qui s’approchent de sa femelle ; sa morsure n’est point venimeuse, mais pour lui faire lâcher prise on est obligé de le tuer ou de le frapper violemment sur les narines. »
- L’Iguane est herbivore et se nourrit de feuilles, de fleurs et de jeunes pousses. Lacépède rapporte, toutefois d’après le dire de M. de la Borde, que l’Iguane descend souvent des arbres pour aller chercher des vers de terre, des mouches et d’autres insectes. Dans son Histoire naturelle de la Caroline, Catesby prétend que la graisse de cet animal prend la couleur des fruits qu’il a mangés en dernier lieu.
- Les ongles crochus des Iguanes leur permettent de grimper facilement aux arbres, dans les troncs desquels ils se retirent, pouvant s’élancer, avec une surprenante agilité, jusqu’au haut des branches. Brue, dans son Histoire générale des voyages, raconte « qu’une espèce de jasmin d’une excellente odeur, qui croît de toutes parts, en buisson, dans les campagnes de Surinam, est la retraite ordinaire des serpents et des lézards, surtout de l’Iguane, et que c’est une chose admirable que la manière dont ce dernier reptile s'entortille au pied de cette plante, cachant sa tête au milieu de tous ses replis. »
- D’après les ouvrages de Catesby et du P. Labat, Lacépède a raconté, avec le charme de style qui lui est habituel, la manière dont se fait la chasse à l’Iguane; et nous croyons ne pouvoir mieux faire que de transcrire ici les lignes suivantes que nous empruntons à l’historien des quadrupèdes ovipares :
- « La stupidité que l’on a reprochée aux Iguanes, écrit Lacépède, ou plutôt leur confiance aveugle, presque toujours le partage de ceux qui ne font point de mal, va si loin, qu’il est très-facile de les saisir en vie. Dans plusieurs contrées de l’Amérique, on les chasse avec des chiens dressés à les poursuivre ; mais on peut aussi les prendre aisément au piège. Le chasseur qui va à la recherche du lézard porto
- p.258 - vue 262/432
-
-
-
- fi A NATURE.
- 259
- une longue perche, au bout de laquelle est une petite corde nouée en forme de lacs. Lorsqu’il découvre un Iguane étendu sur des branches et s’y pénétrant de l’ardeur du soleil, il commence à siffler; le lézard, qui semble prendre plaisir à l’entendre, avance la tête ; peu à peu le chasseur s’approche, et, en continuant de siffler, il chatouille, avec le bout de sa perche, les côtés et la gorge de l'Iguane, qui non-seulement souffre sans peine cette sorte de caresse, mais se retourne doucement et paraît en jouir avec volupté. Le chasseur le séduit, pour ainsi dire, en sifflant et en le chatouillant, au point de l’engager à porter sa tête hors des branches, assez avant pour embrasser son cou dans le lacs : aussitôt, il lui donne une violente secousse qui le fait tomber à terre ; il le saisit à l’origine de la queue, il lui met un pied sur le corps ; et ce qui prouve bien que la stupidité de l’Iguane n’est pas aussi grande qu’on le dit, c’est que lorsque sa confiance est trompée et qu’il se sent pris, il a recours à la force, dont il n’avait pas voulu user. Il s’agite avec violence ; il ouvre la gueule ; il roule des yeux étincelants ; il gonfle sa gorge; mais ses efforts sont inutiles; le chasseur, en le tenant sous ses pieds et en l’accablant du poids de tout son corps, parvient bientôt à lui attacher les pattes et à lui lier la gueule, de manière que ce malheureux animal ne puisse ni se défendre ni s’enfuir. »
- Si l’on poursuit avec tant d’acharnement l’Iguane, cet animal doux et inoffensif, c’est qu’au dire des voyageurs sa chair est excellente. L’une des espèces a reçu de Dandin le nom d’iguane très-délicat. Suivant Gatesby, les habitants de Bahama l’exportaient en vie à la Caroline. De nos jours, l’Iguane se vend sur tous les marchés de l’Amérique centrale. Nous tenons de M. Bocourt, membre de l’expédition scientifique du Mexique, que les Iguanes sont fréquemment apportés au marché de Belize à l’état de vie, les pattes liées derrière le dos. L’Iguane, de même que d’autres reptiles, entre pour une large part dans l’alimentation.
- Lacépède rapporte que l’Iguane était aussi recherché à cause de concrétions semblables aux bézoards des quadrupèdes vivipares que l’on trouve parfois dans son corps et que, suivant Séba, ces concrétions sont appelées beguan par les Indiens, qui leur attribuent des qualités merveilleuses. « D’autres produits fournis par des Sauriens ont été longtemps recherchés sans qu’on puisse en expliquer le motif. Ainsi, on nomme cordylée l’urine du lézard quelquefois désigné par les naturalistes sous la dénomination de cordyle.... Cette substance, que les médecins de la secte des arabistes rangeaient au nombre des remèdes contre les maladies cutanées, a figuré dans les officines comme cosmétique. On allait et on va même encore la recueillir avec soin près des Pyramides. Les Arabes, chargés de cette précieuse denrée, la portent au Caire, d’où elle se répand dans tout l’Orient. Il fallait qu’on en fit un grand débit, puisque les marchands la falsifiaient, et qu’on s’était
- étudié à découvrir leur supercherie. Les principales matières employées pour la sophistiquer étaient de la fécule mélangée à de la fiente d’élourneaux nourris avec du riz. Pour être bonne, la cordylée devait être d’une blancheur éclatante, friable et légère comme de l’amidon. Le temps, dit le docteur Jourdan, a fait justice de ce ridicule remède chez nous ; mais cette substance dégoûtante est encore en grand usage chez les Turcs ; ils s’en servent pour se farder le visage. Dans le milieu du seizième siècle, Belon raconte qne la cordylée passait alors pour un excellent cosmétique.
- « L’usage n’en était pas inconnu aux coquettes de l’ancienne Borne, comme on le voit dans ces vers, adressés par Horace à la vieille débauchée qui perd la craie et le fard composé d’excréments de crocodile dont son visage était couvert :
- Neque illi
- Jam manet humida ereta, colorque Stercore fucatus crocodili... (Epodes, odexn) (1) ï.
- E. Sauvage,
- STATISTIQUE
- DE LA PRODUCTION DU YIN
- Au moment où la question du phylloxéra est devenue un problème national qui préoccupe le gouvernement2, qui attire l’attention de l’Académie des sciences et de tous les savants, nous croyons intéressant de rappeler l’importance de la production vinicole en France, afin de montrer à quelles importantes sources de richesses s’attaquent les innombrables légions du microscopique puceron, dont le développement prend de jour en jour une extension de plus en plus inquiétante. Nous empruntons les documents qui suivent au dernier et remarquable volume des Merveilles de l'industrie, que M. Louis Figuier a récemment publié3.
- En 1875, on comptait en France plus de 2 millions d’hectares plantés en vignes, et la quantité de vins produits n’était pas moindre de 71 millions d’hectolitres.
- « Si l’on estime à 33 francs le prix moyen de l’hectolitre, on arrive à cette conséquence, que la production annuelle de nos vignobles représente une valeur totale de 1 milliard 600 millions. En admettant que chaque famille de vignerons se compose de quatre têtes et dépense un millier de francs, on trouve que la culture de la vigne pourvoit aux besoins de plus de 16 000 familles, ou de 6 millions et demi d’habi-
- 1 A. Dumérii. Les reptiles utiles {Revue nationale, 1863),
- 3 Le Sénat a consacré une grande partie de ses séances des 23 et 24 lévrier à Ja discussion en deuxième délibération de la proposition de loi, relative aux ravages du phylloxéra, présentée p tr la Commission chargée de l’étude de eette question. Le principe est de donner des indemnités, à titre de secours, mais sans créer des droits absolus, pour ceux qui sont victimes du fléau.
- 3 4 vol. grand m-80, richement illustrés, — Paris, Fume, Jouvct et CIe.
- p.259 - vue 263/432
-
-
-
- 260
- LA NATURE.
- tant s. Si l’on ajoute à ce nombre 2 millions de voituriers, d’industriels et de négociants qui prélèvent leur part de salaires et de bénéfices, on pourra dire alors sans exagération, que la viticulture alimente le cinquième de la population de la France, et qu’elle rapporte 2 milliards, soit le quart de notre revenu agricole 1. »
- Sur les 2 170 000 hectares consacrés à la culture de la vigne en France, les départements du midi comptent pour 1 503 080 hectares. Le département de l’Hérault à lui seul produit avec 120 000 hectares consacrés à cette culture 2 800 000 hectolitres de vin chaque année.
- Le tableau suivant représente la répartition de la
- culture et de la production viticole de nos départe-
- ments en 1875. VIGSOBLRS: PRDHUI0Ï EN US:
- HECTARES HECTOLITRES.
- Hérault. ....... . 120000 2800000
- Charente-Inférieure. . . . 110000 2 400000
- Gironde . 114000 2 300000
- Var . 68 000 1700009
- Gers . 96000 1200000
- Charente . 90000 1200000
- Dordogne. ...... . 79000 800000
- Lot-et-Garonne . 68000 1 100 000
- Gard . 64000 1 200000
- Lot . 54000 600000
- Aude . . . 53000 1100 000
- Meurthe . 35 000 1000000
- Yonne .... , . . 36000 1000000
- Le cellier de vendange du clos Vuugeot et l’ancien pressoir bourguignon.
- Viennent ensuite les départements de : Haute-Garonne, Tarn-et-Garonne, Loiret, Pyrénées orientales, Indre-et-Loire, Saône-et-Loire, Rhône, Maine-et-Loire, Tarn, Vienne, Puy-de-Dôme, Loire-Inférieure, Vaucluse, Aube, Côte-d’Or, Loir-et-Cher, Bouches-du-Rhône. Basses-Pyrénées.
- Les seuls départements qui ne produisent pas de vin sont ceux du Morbihan, Côtes-du-Nord, Finistère, Manche, Calvados, Orne, Seine-Inférieure, Somme, Aisne, Mayenne, Pas-de-Calais, Nord, Creuse, Cantal et Lozère. Nous trouvons dans VÉco-
- 1 E. Girardin, Traité de chimie
- nomiste Français les chiffres suivants, qui représentent la production du vin dans les différents pays de 1858 à 1874.
- De 1858 à 1874, la France a produit chaque année, 55 millions d’hectolitres de vin qui, au prix moyen de 20 francs par hectolitre, représentent une valeur annuelle de plus de 1 milliard. L Italie produit par an 30 millions d’hectolitres, l’Espagne et le Portugal 20 millions environ. L’Allemagne du Nord, l’Autriche, la Grèce, la Crimée, les îles de la Méditerranée, en fournissent de notables quantités.
- On peut évaluer pour l’Europe seulement la production du vin à 130 millions d’hectolitres par an,
- p.260 - vue 264/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 261
- lesquels au prix moyen de 30 francs, représentent un revenu de 4 milliards. L’Asie n’a presque plus de vignes. L’Afrique n’a que celles du Cap et de l’Algérie. En 1874, l’Algérie a récolté 230 000 hectolitres de vin. L’Australie ne fait que débuter dans celte culture agricole.
- La France possède, avons-nous dit, 2 170 000 hectares de vignes, dont 1 100 000 attaqués à cette heure (en 1876) par le phylloxéra, occupant plus de 7000000 de travailleurs de toute espèce. Elle consomme chaque année 43 millions, distille 5 millions, et exporte 1 700 000 hectolitres de vin.
- Uu cellier pour la bière de garde, à Londres.
- L’impôt sur le vin et ses dérivés rapporte annuellement au trésor français 200 à 250 millions. La consommation annuelle du vin à Paris, tant en bouteilles qu’en cercles, est de plus d’un million d’hectolitres. Les vins et les spiritueux sont aujourd’hui après les tissus de soie, de coton et de laine et après
- les céréales, le principal objet de notre exportation.
- Cependant les exportations de vin ne dépassent pas, en moyenne 1 370 868 hectolitres. Elles se font principalement, en Angleterre, dans les possessions anglaises des Indes, aux Etats-Unis, en Belgique, en
- p.261 - vue 265/432
-
-
-
- 262
- LA NATURE.
- Russie. Viennent ensuite, pour des quantités insignifiantes, la Suède, la Norvège, le Dannemark, le Hanovre, le Melldembourg, l’Association allemande, Zollverein, l’Autriche, la Hollande, la Suisse, la Sardaigne.
- Notre exportation de vins est à peu près nulle en Espagne, Portugal, Grèce, Turquie, en Italie, en Egypte, et dans les Etats barbaresques. C’est le résultat des traités de commerce avec l’Angleterre, l’Espagne et l’Italie, etc., qui, pour protéger une production nationale d’une faible importance, privent les habitants de ces pays de la boisson la plus hygiénique et la plus agréable que produise l’espèce humaine.
- Ànx intéressants renseignements qui précèdent, nous joignons une gravure qui représente le cellier de vendange duClos-Vougeot, avec l’ancien pressoir bourguignon* « Il consiste, dit M. Figuier, en une vis de fer manceu-vrée par un treuil ou par des hommes. Le marc est contenu dans un coffre de bois, composé de forts madriers réunis au moyen de traverses horizontales. Le pressurage du marc se fait trois fois. A chaque nouvelle pressée, on entaille les bords de la masse comprimée. »
- Après le vin, c’est la bière qui est la boisson dont la consommation est la plus importante. La Grande-Bretagne est un des pays de l’Europe où l’on boit le plus de bière. On évalue à plus de 35 millions d’hectolitres la consommation de l’Angleterre et de l'Irlande. Londres seule en boit 400 millions de litres par an. La figure ci-jointe, donne une idée de l’immensité des tonnes qui servent à conserver la bière dans la brasserie Barclay et Perkins, de Londres. Nous en devons la communication à l’obligeance des éditeurs de l’ouvrage de M. Louis Figuier, œuvre d’un puissant intérêt, que nous nous étions promis depuis longtemps de signaler tout spécialement à nos lecteurs .
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 16 février 1877.
- • M. R. Benoit décrit les expériences qu’il a faites sur un électromètre construit par lui-même dans le système Thomson. Avec son instrument, les déviations sont proportionnelles aux différences de potentiel jusqu’à 11 degrés, lorsque les deux secteurs fixes ont des potentiels égaux et des signes contraires. L’aiguille a la forme de deux secteurs circulaires de 90 degrés, opposés par le sommet, condition que l’auteur regarde comme favorable à la proportionnalité dont il s’agit. Le mode de construction adopté par M. Benoit permet d’éviter la graduation empirique de ce genre d’électromètre.
- A l’occasion de cette communication, M. Cornu dit qu’il s’associe complètement aux conclusions de M. Benoit. Il fait remarquer que l’éleclromètre Thomson est le résultat d’études très-savantes ; que tous les organes accessoires qui ont été ajoutés à l’organe principal sont indispensables au bon fonctionnement de l’appareil, lequel a été construit en vue de mesurer directement et avec précision les différences du potentiel.
- Si quelques observateurs ont cru devoir simplifier la construction de l’électromètre, non-seulement en supprimant les oi'ganes accessoires, mais encore en altérant profondément la forme de l’organe principal ainsi que
- l’énergie de la charge constante, ils ne doivent pas s’étonner de voir que l’appareil, ainsi transformé, ne remplit plus le but proposé et encore moins accuser l’électromètre Thomson complet et bien réglé de ne pas fournir directement et avec précision les différences du potentiel.
- M. Mouton dit quelques mots sur la nécessité de la table de graduation qu’il a faite pour l’électromètre Thomson dont il s’est servi. Cet électromètre avait été fourni par la maison Elliot, de Londres.
- M. Edmond Becquerel résume les recherches antérieures sur la partie infrarouge du spectre solaire, lesquelles sont fondées sur l’emploi de la pile thermo-électrique, du thermomètre ordinaire, de la photographie, de la phosphorescence. Le principe de la nouvelle méthode qu’il a imaginée est le suivant : deux fentes verticales sont disposées parallèlement au volet d’une chambre noire et traversées par deux faisceaux solaires. L’un de ces faisceaux produit, au moyen d’un prisme et d’une lentille convergente, un speclre à lignes d’absorption, sur une surface phosphorescente. L’autre faisceau produit, au moyen d’un autre prisme et sans lentille, un second spectre sans lignes qui se projette sur le premier. On superpose la partie infrarouge du premier spectre et la partie ultraviolette du second, et alors on observe d’une manière continue des bandes obscures qui ont justement la place des bandes lumineuses par phosphorescence du spectre infrarouge ; jusqu'à présent, ces lignes ne pouvaient être visibles que pendant la durée assez courte de la phosphorescence. Par le nouveau procédé, les lignes d’absorption du spectre solaire infrarouge apparaissent lumineuses, et on peut mesurer leurs indices de réfraction, ainsi que leurs longueurs d’onde. La substance phosphorescente employée avec le plus de succès était la blende hexagonale de M. Sidot. Les bandes observées ont paru être indépendantes du prisme et de la substance phosphorescente, ce qui montre qu’elles sont bien dues au soleil lui-même. Les bandes les moins ré-frangibles ont été vues aussi avec la lumière Drammond. La plus forte longueur d’onde observée est 1310 millionièmes de millimètre. Les indices et les longueurs d’onde des diverses raies absorbantes du spectre solaire infrarouge ne satisfont pas à la formule de Cauchy, qui représente les indices du spectre lumineux ordinaire en fonction des longueurs d’onde.
- M. Niaudet présente, au nom de M.Mouchot, un alambic qui peut fonctionner au soleil. Les rayons solaires sont concentrés par un miroir parabolique sur une chaudière en métal noirci, qu’enveloppe un vase de terre. L’inventeur de ce nouveau moyen de chauffage étudie en ce moment, en Algérie, l’application en grand de ses appareils.
- Séance du 2 mars.
- M. le docteur Javal présente un optomètre de son invention, dont il se sert depuis douze ans pour mesurer l’as-ligmatisme. *
- Les pièces principales de cet appareil sont : 4° une étoile tracée sur une feuille de carton et qui sert d’objet ;
- 2° un disque dont la périphérie porte une série de verres cylindriques. Un mécanisme assez simple permet d’amener successivement ces verres devant l’œil à examiner, et -de les placer tous sous l’angle convenable pour corriger le défaut de cet œil.
- Au cours de son exposition, M. Javal a donné de nombreux détails sur les symptômes qui accompagnent l’astigmatisme et sur la fréquence de cette affection ; il en résulte que ce défaut visuel serait extrêmement commun, et qu’il y aurait lieu de le rechercher chez toutes les personnes
- p.262 - vue 266/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 265
- qui se plaignent d’une fatigue de la vue, à laquelle les verres sphériques n’auraient pas porté remède.
- M. Berlin rend compte en quelques mots de la méthode employée dans les expériences qu’il a faites, en collaboration avec M. Garbe, dans le but de montrer que les forces qui agissent dans le radiomètre sont intérieures. On sait que dans ce cas le vase supposé libre doit tourner constamment en sens inverse du moulinet et de telle sorte que, à chaque instant, le rapport des deux vitesses soit égal au rapport inverse des moments d’inertie relatifs à l’axe de rotation du système. L’appareil, qui est mis sous les yeux de la Société, est une cloche de verre reposant sur la platine de la machine pneumatique, et surmontée d’une cheminée en verre à monture supérieure métallique, à laquelle est suspendu le radiomètre par un fil de cocon. On projette l’appareil sur un écran ; les ai’ettes se mettent en mouvement dans un sens, et ce dernier ne s’arrête qu’au bout de huit ou neuf tours, lorsque la torsion du fil est devenue suffisante. Des divisions équidistantes, tracées sur le vase manifestent cette rotation et permettent de déterminer sa vitesse.
- LA
- MÉTÉOROLOGIE DANS LTNDE ANGLAISE1
- Un des pays du monde les plus susceptibles d’offrir un vaste champ aux études météorologiques est assurément la péninsule liindoustanique, et lorsque l’on songe que de la régularité ou de l’irrégularité des pluies qui y régnent dépendent ses récoltes, partant l’existence de populations entières, on conçoit sans peine l’immense intérêt qui s’attachait, pour l’Inde et pour la science elle-même, à la constitution d’un service spécial de météorologie, installé sur de larges bases et fonctionnant d’une façon normale.
- Jusqu’à une époque encore récente, on n’avait toutefois pensé à rien de pareil, et l’on s’était contenté d’observations isolées, qui à la vérité, ne faisaient point défaut. Ainsi, on avait vu, de 4784 à 4788, M. Henry Trail et le colonel Pearse s’occuper de la force des vents et de leur direction, dans la présidence du Bengale, et l’on devait aux astronomes de Madras une série d’observations qui s’étaient succédé sans interruption depuis l’année 4796 jusqu’à 4870. L’illustre archéologue James Prinsep consacra deux années à ces mêmes études (4822-25), et lors de son séjour au Gap, sir John Herschell, ayant invité les observateurs de l’Inde à recueillir, à l’époque des équinoxes et des solstices, des données météorologiques, plusieurs d’entre eux, parmi lesquels M. Barron, fabricant d’instruments mathématiques à Calcutta et le colonel Colvin, répondirent à cet appel. De 1825 à 4830, le colonel Sykes décrivit la météorologie de Bombay et celle du Deccan, tandis que le Rev. Everest, écrivait un mémoire sur les pluies et les sécheresses de
- 1 Yoy. les Indian Surveys de M. Cléments Markham. — L’éminent géographe et secrétaire du Geographical Department au ministère de l’Inde ; le Statemnet of the Condition of India et le Déport of Sanitary measures , pour i’année 1875.
- l’Inde, pendant les années 1831-38, et donnait les quantités d’eau pluviale tombant, en moyenne, à Calcutta, Bombay, Madras et Delhi. En 4843, le docteur Burst, qui dirigeait alors l’Observatoire de Bombay, à Colaba, réunit sur les moyennes pressions barométriques ou gazeuses, sur les moyennes températures, et les moyennes pressions atmosphériques, une suite de données qui firent l’objet d’un mémoire que le général Sabine lut, en 1845, devant l’Association britannique pour l’avancement des sciences. Plus tard, il dressait le catalogue des orages de grêle les plus remarquables survenus dans l’Inde, de 1822 à 4 850, et l’anémomètre d’Osler, le baromètre, les thermomètres et pluviomètres que l’on avait installés, à une altitude de 2580 mètres sur le pic de Dobadetta, le plus haut des Neilgherries, et qui y fonctionnèrent pendant onze ans, de 1847 à 1858, n’avaient pas laissé de fournir sur les conditions météorologiques de cette remarquable région des indications précieuses.
- De leur côté, les voyageurs avaient apporté leur contingent à cette moisson scientifique : de 1825 à 1830, le docteur Royle observe dans l’Himalaya et décrit la météorologie des montagnes et des plaines de l’Inde nord occidentale. Dans son livre sur Ladak, le général Cunningham donne une série d’observations recueillies dans la vallée de la Sipti, à Kach-mir, à Ladak et autres points de l’Himalaya. On trouve dans le Journal du docteur Hooker, celles qu’il fit à Darjeeling, dans les collines des Khasias et du Behar, dans le bassin de la Sône, sur les variations horaires maxima, moyennes et minima du thermomètre, ainsi que sur la radiation solaire ou terrestre, et dans l’introduction à sa Flora indica, œuvre qui lui est commune avec le docteur Thompson, il a tenté une esquisse générale de la météorologie indienne. Enfin, les frères Schlagtinweit, qui voyagèrent dans l’Inde de 1854 à 1858, attribuèrent à ce même sujet tout un volume de leur vaste labeur.
- Malheureusement, toutes ces observations n’avaient pas la même valeur : il y en avait en qui l’imperfection des instruments qui avaient servi à se les procurer ne permettait pas d’avoir confiance, et quant à celles qui étaient pourvues d’un vrai caractère scientifique, elles restaient à l'état isolé et fragmentaire. On avait bien fait, de temps à autre, quelque effort pour classer et utiliser ceux de ces documents qui émanaient du corps médical : par exemple, en 4852, le docteur Lambo publia un résumé des observations touchant la moyenne de la température et des pluies mensuelles que renfermaient les registres de 126 stations, tant du Bengale que des provinces nord-occidentales. Douze ans plus tard, M. Glaisher voulut se rendre compte de tout ce que l’on possédait en ce genre et s’entoura de tous les documents qu’il lui fut possible de se procurer. Ceux qui provenaient des observatoires de Bombay et de Madras, lui parurent les plus dignes de confiance ; mais il ne négligea nullement les autres, et voici quel fut le résultat de son examen. Il se montrait assez content des données relatives à la
- p.263 - vue 267/432
-
-
-
- la nature.
- 264
- chute des pluies; mais il trouvait très-insuffisantes celles sur l’humidité de l’air et sur l’évaporation solaire. Le tout, en somme, était loin de l’avoir satis-tait ; il émettait, en conséquence, le vœu qu’à l’avenir les observations météorologiques fussent conduites, dans l’Inde, selon un plan uniforme, par rapport, tant aux instruments et aux stations, qu’aux dispositions générales.
- En d’autres termes, c’était réclamer la création d’un service, ou, pour parler la langue de nos voisins, d’Outre-Manche, d’un département météorologique. Huit ans toutefois devaient se passer encore avant que le gouvernement de l’Inde jugeât opportun d’écouter le vœu de M. Glaisher, et le Parlement ne s’est décidé qu’à la fin de 1875 à doter l’Inde d’un Météorolo-(jical department. Il embrasse trois classes de stations, sans parler de celles où l’on no s’occupe que de la chute des pluies, dont la première comprend, avec les observatoires déjà existants de Madras et de Bombay, les observatoires nouveaux qui doivent être créés à Calcutta, Allahabad et Lahore. C’est là que viendront converger tous les renseignements météorologiques recueillis ailleurs ; là que l’on vérifiera les instruments destinés aux stations d’un ordre inférieur, qu’on leur préparera des observateurs et des chefs, autant que possible. Dans les stations de deuxième classe, au nombre de 21, on fera des observations horaires, pendant quatre jours de chaque mois, en se contentant de deux observations, les autres jours, à 4 heures 10 minutes du matin et à 4 heures du soir, ce qui sera la règle unique des 70 stations de troisième classe. La publication des résultats obtenus revêtira deux formes : des résumés quotidiens, hebdomadaires, mensuels paraîtront dans les feuilles locales et, un rapport général, s’appliquant à toute l’Inde et au Bàrrna anglais, discutera, chaque année, les données recueillies et en dégagera la philosophie, si l’on peut ainsi dire.
- Ad. F. de Fontpertuis.
- — La suite prochainement. —
- LES PIERRES SCULPTÉES
- DU TERRITOIRE DE l’aHIZONA (ÉTATS-UNIS).
- Le territoire de l’Arizona est la partie la moins connue du Nouveau Monde; il est cependant d’un climat sain, la température y est modérée, le sol fertile et fort riche en minéraux.
- Les chemins de fer n’existent pas encore dans l’A-rizona ; mais les Compagnies de VAtlantic et du Pacific, celles du Texas Pacific ont obtenu des concessions et des garanties de terrains. Elles vont donc entreprendre la construction de voies ferrées ; et toutes ces magnifiques régions pourront être visitées par les touristes de l’Amérique de l’Est. Ces contrées, actuellement habitées par les tribus nomades des Pimas, Moricopas, Mohaves, Utes et Apaches, jouiront alors des bienfaits de la civilisation.
- Pour le voyageur et l’archéologue, l’Arizona est une contrée d’un intérêt tout spécial. Elle abonde en reliques de deux populations dont l’existence a été séparée pendant une longue période d’années. On trouve dans ces lieux un grand nombre de ruines de monuments aztèques qui devaient sans doute remonter déji à une haute antiquité, lorsque Cortès arriva à Mexico et que Don José de Vasconcellos traversa l’Arizona au Grand Canon en 1526.
- Mais les remarquables dessins dont des amas de pierres sont recouverts, comme le montrenotre gravure, ont été faits très-certainement à une époque antérieure à ces monuments des Aztecs. 11 n’y a malheureusement dans le pays, ni récits ni légendes qui puissent nous éclairer sur l’origine de ces antiquités. Ces dessins sont gravés grossièrement dans la pierre, qui offre une couleur rougeâtre particulière.
- Les animaux représentés par ces sculptures ne sont pas tous originaires du pays de l’Arizona ; beaucoup d’entre eux n’y ont sans doute jamais vécu. L’alpaga, entre autres, qui s’y trouve reproduit, appartient aux hautes terres de l’Amérique du Sud; le bulï'alo, qu’on y remarque aussi, vit aussi dans des lieux fort éloignés au nord-est de ces localités. Il semblerait donc que ces sculptures aient été faites par des hommes qui avaient voyagé dans ces pays lointains et qui donnaient ainsi à leurs compatriotes les images des curiosités qu’ils avaient remarquées dans leurs pérégrinations. Quelques-unes d’entre elles figurent des serpents, des rats, et souvent des arcs tendus.
- Les monuments aztèques sont fort nombreux sur le plateau du Colorado, dans la partie nord-ouest de l’Arizona. Les Espagnols ont construit également des réservoirs, des terrassements et autres travaux d’une grande étendue. On rencontre enfin fréquemment des fortifications, et il est reconnu aujourd’hui, à la suite de nombreuses observations, que la vallée de Gila était jadis peuplée de plus décent mille habitants. 11 est probable que dans un avenir rapproché la lumière se fera complète, sur l’histoire de cet étrange pays, dont la partie nord n’a jamais encore été explorée.
- Les vastes plaines, où se rencontrent les curieux amas de pierres sculptées, sont aussi la patrie de ces gigantesques plantes, les Cerens giganteus, remarquables par leur port et leur grandeur colossale. On les voit, poussant çà et là dans ces landes incultes ; quelques-unes atteignent la hauteur de vingt mètres, le diamètre de leur base ayant quatre-vingts centimètres environ. Les indigènes nomment cette plante Suvarrow ou Petahaya. Pendant ses premières années, le Cereus giganteus pousse sous la protection de quelques arbrisseaux ; sa partie supérieure est d’un plus grand diamètre que sa partie inférieure. A mesure qu’il grandit, cette différence tend à s’égaliser et dès qu’il a atteint une hauteur de sept à huit mètres, il ne présente plus que la forme d’un cylindre régulier où des rameaux commencent à se montrer.
- p.264 - vue 268/432
-
-
-
- Vallée de i'Arizona (États-Unis), où se trouve un amas de pierres recouvertes de gravures
- antérieures à la civilisation aztèque. (D’après un croquis original.)
- p.265 - vue 269/432
-
-
-
- LA N AT U K K.
- 26b
- Nous n’insisterons pas sur cette plante curieuse, dont La Nature a précédemment donné la description *. Nous nous contenterons d’ajouter que la gravure ci-jointe, qui en donne l’aspect et qui représente en même temps les remarquables pierres sculptées de Y Arizona, a été faite d’après un croquis original, d’une exactitude parfaite.
- L. Lhéritier.
- CONCOURS GÉNÉRAL AGRICOLE
- EN 1877
- AU PALAIS DE L’iNDUSTRIE.
- Le concours, qui a eu lieu récemment à Paris a J Palais de l’Industrie, a été fort remarquable, aussi le nombre des visiteurs de cette inte'ressante Exposition a-t-il été très-considérable.
- Les prix d’honneur pour les bœufs et les moutons ont été remportés par M. Tiersonnier et Nouette-Delorme. Le bœuf de M. Tiersonnier pesait 949 kilogrammes et étaitâgé de trente-six mois. Les trois moutons Southdowns deM.Nouette-Delorme pesaient 200 kilogrammes et étaient âgés de huit mois et demi. Le prix d’honneur des vaches a été remporté par M. De-lachapelle. Sa vache de race Durham-Devon pesait 859 kilogrammes et était âgée de quatre ans. « L’exposition des volailles mortes, dit M. Barrai dans le Journal de l'agriculture, montrait que nos fermières engraissent avec un art parfait. L’Exposition des raisins de Thomery excitait une admiration générale, ainsi que celle des primeurs de Roscoff. Les fruits du Midi présentaient un ensemble remarquable. Les céréales exposées en lots peu nombreux offraient des échantillons de toute sorte. Nous avons remarqué la belle collection d’orges envoyée par M. Richardson, auquel une médaille spéciale a été attribuée, pour le zèle avec lequel il propage les bonnes semences. »
- L’attention et la curiosité des visiteurs étaient spécialement portées sur une très-belle série d’incubateurs pour l’éclosion artificielle des œufs.
- Le succès que ces concours généraux obtiennent chaque année, est de bon augure, et dénote la préoccupation croissante du public pour les intérêts agricoles. Ce succès est dû en grande partie à l’excellente organisation du concours exécutée sous l’habile direction de M. Porlier, directeur de l’agriculture.
- Nous regrettons de ne pouvoir donner de plus amples détails sur tous les sujets curieux que l’on traiterait en décrivant cette belle Exposition, mais nous serions obligé de sortir du cadre de notre publication. Nous avons cru cependant devoir insister plus particulièrement sur les miels et cires dont il n’a été question que d’une façon succincte dans la plupart des journaux agricoles.
- Miels, cires, fruits secs. — L’année 1876 a été médiocre pour la production apicole ; en outre beaucoup d’exposants se réservent pour la solennité universelle de 1878.
- 1 Voy. 4* anné3 1876, 2e semestre, p. 292.
- Ces deux raisons expliquent le petit nombre des objets présentés.
- Il faut réserver la publicité pour les producteurs et non pour les marchands, qui rassemblent des miels et des cires achetés de toute part et d’origine incertaine.
- Au premier rang et hors concours, se place la Société centrale d’apiculture et d’insectologie, avec une très-curieuse collection de cires d’Abeilles et de Mélipones, de cires végétales de divers arbres et de cires fossiles qui conduisent à la paraffine. En particulier, son secrétaire général, M. Hamet, l’habile professeur du Luxembourg, a apporté de très-beaux rayons de miel de sucre, provenant de son rucher de la Villette, miel sans parfum, mais se conservant liquide presque indéfiniment, et d’autres de son rucher de Jleudon, moins beaux comme coup d’œil, parce qu’ils commencent à granuler, mais bien meilleurs au goût.
- Une médaille d’or a été accordée à M. G. Dumas,d’Ai-gueperse (Puy-de-Dôme) ; c’est un véritable artiste en apiculture, car ses abeilles font leurs gâteaux dans des boîtes circulaires, analogues à celles des dragées de baptême ; pour cela, il les place dans un cylindre servant de chapiteau à la ruche, à laquelle il communique par un trou inférieur ménagé pour le passage des insectes. On sait que l’instinct des abeilles est de toujours établir leurs rayons à l’endroit le plus haut de la cavité qui les abrite; la partie supérieure de chaque cadre circulaire est amorcée par un petit morceau de rayon sec qu’on y a collé, et les Abeilles attachent leurs alvéoles tout autour du cerceau par une élégante collerette de piliers. On n’a plus qu’à mettre le tout dans une boîte de fer blanc pour le voyage, et qu’on ouvre au dessert.
- M. Fournier, de Lévignen (Oise), a une médaille d’argent pour un procédé analogue, par lequel il obtient les rayons dans des boîtes rectangulaires placées dans le chapiteau de la niche. Un apiculteur fort distingué, qui a encore gardé, mais jusqu’à expérience contraire, comme il le dit lui-même, le système des ruches fixes, c’estM. l’abbé Ducliesne,de Louye(Ëure) ; il a envoyé des miels de sainfoin, récoltés en calotte, et de belles cires rougeâtres, d’un coulage en briques assez défectueux, mais bien épurées, et accompagnées de bougies fabriquées par lui, en cire non blanchie. L’ensemble de son exposition a valu une médaille d’or à cet apiculteur intelligent.
- Un mobilisle, au contraire, est M. Verger (de Lorignac, Charente-Inférieure); il a envoyé une boîte rectangulaire servant de dessus de ruche, où l’on voit de grands cadres mobiles bien remplis de cellules à miel, les rayons un peu irréguliers en épaisseur, car M. Verger ne les a pas limités par des planches de partition, comme savent en disposer les artistes apicoles. Il faut encourager les apiculteurs des Charentes. 11 y a trop de vignes dans ces deux départements pour qu’il y ait beaucoup d’Abeilles ; malheureusement, le Phylloxéra s’occupe d’y mettre ordre.
- Nous remarquons encore M. Griffon, de Doubs, près Pontarlier, pour une calotte de superbes rayons (médaille de bronze), et M. Pagnon, dont le rucher de la rue de l’Ourcq, à Paris, produit de nombreuses et belles calottes de miel de sucre, permettant de servir sur nos tables, au grand déplaisir des raffineurs, du sucre emprunté sans leur permission et légèrement modifié par l’insecte.
- Dans les cires, il n’y a que deux lots remarquables. M. Duguay, de Fontaine-sous-Jouy, près Évreux (Eure), a envoyé de belle cire, en pains prismatiques très-colorés, d’un jaune-rouge (médaille d’or), et M. Roussel-Talon, de Saint-Rimault et Suilles (Oise), des cires d’un beau jaune-citron foncé, d’un grain plus fin que les précédentes. Le
- p.266 - vue 270/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 267
- commerce préfère les cires colorées; c’est ce qui explique pourquoi ces dernières cires n’ont que la médaille d’argent. Remarquons qu’on ne sait presque rien sur la cause de Ja différence de couleur des cires d’Abeilies ; probablement, elle est liée aux diverses couleurs des pollens des fleurs.
- Faisons une exception pour les marchands, dont nous ne voulons pas parler. MM. Laloy et Riot sont parvenus, après de nombreux essais infructueux, à enrober dans un fourreau de sucre le miel le plus parfumé du Gâtinais, de manière à composer un bonbon exquis, fort apprécié par de nombreux acheteurs.
- Des bonbons aux fruits secs, la transition est facile. Ici, les marchands ont entièrement supplanté les producteurs, et c’est fâcheux. Nous citerons seulement une médaille d’argent accordée à M. Legris, d’Abbeville (Somme), pour ses poires tapées, ses pommes sèches et ses succulentes pâtes de fruits. Les inventeurs du bonbon au miel, cités précédemment, ont des médailles d’or et d’argent pour olives conservées et fruits confits de toute espèce, du plus agréable aspect. On me pardonnera cette gastronomie, si on fait attention que, du bœuf gras à la poularde, toute l’Exposition roule sur le genre célébré par Briilat-Savarin.
- ÉVALUATION NUMÉRIQUE
- DES GLOBULES ROUGES DU SANG1 2
- Il est essentiel, avant d’aborder la question intéressante de la mensuration numérique des globules rouges du sang, de se rappeler la composition pour ainsi dire anatomique du fluide nourricier.
- Le sang est formé : 1° d’un liquide qu’on nomme quelquefois liquor ou plus souvent plasma, pouvant être considéré comme une solution d’albumine renfermant des sels, des graisses, des matières extractives et des gaz ; 2° d’une partie solide, le cruor, en suspension dans la première sous forme de globules*.
- Les globules que contient le sang sont ou rouges ou blancs. Les premiers se nomment hématies, et ce sont ceux qui nous intéressent le plus pour la question présente ; les globules blancs se nomment leucocytes. Les globules rouges forment la plus grande masse du cruor, et bien que leur proportion relative soit très-variable, il y a environ 300 globules rouges pour 1 blanc.
- Les globules rouges sont des disques microscopiques, presque circulaires, excavés sur leurs deux faces, plus épais sur leurs bords qui sont arrondis ; leur diamètre est de 1/150 de millimètre et leur épaisseur de 1/600.
- 1 L’énumération de ces éléments peut présenter un grand intérêt pour l'étude clinique de certaines maladies. L’anémie qui se traduit chez l’homme, par un affaissement général de ses forces physiques et de son énergie morale elle-même, n’est qu’une diminution dans le nombre des globules rouges.
- 1 Yoy. 3° année, 1835, 1er semestre, p. 278.
- 2 Le sang contient en outre, des granulations, de la matière colorante dite pigment, des vibrions, etc., etc. (Yoy. pour celte question les traités spéciaux de physiologie).
- Avant que MM. Hayem et Naehet aient, en 1875, fait connaître leur méthode, le procédé le plus usité était celui de Vierordt, modifié par Potain et plus récemment par M. Malassez.
- « Il consiste à diluer une quantité déterminée de sang, dans une quantité également déterminée d’eau distillée; à recueillir une portion du mélange dans un tube capillaire, puis comptera l’aide d’un micromètre gradué, ou bien directement sous le microscope, le contenu d’une portion de ce tube » (fig 2).
- Sans parler de la difficulté des opérations successives que nécessite la méthode précédente, nous indiquerons seulement la source principale d’erreurs : la capillarité dans les tubes fins.
- Voici maintenant l’exposé rapide du procédé Hayem et Naehet.
- Gomme dans toutes les observations portant sur le sang, il faut mêler à ce fluide quelque liqueur n’ayant aucune action chimique et qu’ou nomme un sérum.
- L’addition de ce liquide auxiliaire est indispensable, parce que les éléments solides en suspension dans le plasma sont en trop grande quantité, et sous le microscope ils ne seraient pas distincts les uns des autres.
- Les histologistes ont imaginé un grand nombre de sérums artificiels auxquels M. Hayem préfère les sérosités naturelles ; il emploie soit le liquide contenu dans la cavité amniotique de la vache, ou mieux encore, la sérosité des épanchements hydropiques chez l’homme.
- Pour effectuer le mélange de sang et de sérum, on se sert de deux pipettes graduées ; de l’une pour prendre le sang, de l’autre pour prendre le sérum. Les deux liquides sont successivement déposés dans une petite éprouvette, et le mélange s’effectue à l’aide d’un agitateur ayant la forme d’une palette ; les doigts impriment à celui-ci un mouvement rapide de va-et-vient et bientôt les globules du sang sont disséminés dans toute la masse liquide d’une manière très-uniforme.
- La deuxième opération est destinée à circonscrire une partie déterminée du mélange sans que les manœuvres qu’elle exige altèrent l'égale répartition des éléments solides.
- Ce but est atteint grâce à l’appareil suivant :
- Sur une petite plaque de verre, porte-objet, bien plane, est collée une lamelle également de verre, mince et perforée à son centre ; cette dernière a été rodée avec de l’émeri fin sur un plan métallique, de façon à n’offrir qu’une épaisseur déterminée (eu surveillant l’opération à l’aide d’un sphéromètre, on obtient cette épaisseur avec une exactitude absolue). On a donc ainsi une cavité dont la profondeur est mathématiquement connue, £ de millimètre, par exemple. Le lond de cette cavité est la partie du porte-objet située au-dessous du trou de la lamelle supérieure ; sa paroi est formée de la paroi du trou lui-même (fig. 1).
- La goutte du mélange séro-sanguin est déposée au
- p.267 - vue 271/432
-
-
-
- 268
- LA NATURE.
- centre de cette cellule, immédiatement recouverte d’une lamelle de verre très-plane, reposant sur les bords de la cavité. On obtient ainsi une tranche liquide à surfaces parallèles horizontales et dont l’épaisseur est connue.
- La goutte du liquide à examiner doit être placée avec soin au milieu de la cellule, et il ne faut pas la prendre assez volumineuse pour qu’elle remplisse la cavité tout entière, afin d’éviter le soulèvement de la petite lamelle par le liquide. Du reste, la goutte s’aplatira sans que la dissémination régulière des globules sont altérée.
- 11 faut enfin bien fermer la cellule et assurer la fixité de l’opercule, afin d’empêcher l’évaporation de la goutte et le glissement de la lamelle.
- 11 suffit pour cela de placer aux angles de la lamelle un peü de salive liquide suffisamment visqueux pour déterminer son adhérence au verre sous-jacent.
- Et maintenant la dernière observation est bien simple à concevoir, si la lentille oculaire du microscope employée est quadrillé et si l’on connaît la mesure de l’un, des carrés.
- La glace de l’oculaire quadrillée, employée par MM. Hayem et Nachet, portait un carré dont le côté avait la valeur de £ de millimètre; « ce grand carré était divisé en 16 carrés égaux, et au milieu de chacun d’eux on a tracé des lignes réciproquement per-dendiculaires , n’ar r i vja n t pas jusqu’aux bords. Cette disposilion rend facile et rapide la numération des globules » (fig. 3).
- On peut, en effet, savoir le nombre de globules sanguins contenus dans une surface de { de millimètre ; donc leur nombre dans un cube ayant } de
- Fig. 1. — Cellule calibrée pour la numération des globules.
- Fig. 2. — Numération des globules du sang. (Procédé Malassez.
- Fig. 3. — Procédé Hayem.
- millimètre de côté doit, en multipliant par 5 le dernier résultat, avoir le nombre de ces corpuscules dans 1 millimètre cube du mélange séro-sanguin.
- Or, ou sait les quantités relatives de sérum et de sang mêlés, puisque chacun des liquides composant le mélange a été mesuré dans une pipette graduée ; un calcul simple peut donc amener à l’évaluation du nombre des globules que contiendrait 1 millimètre cube de sang pur.
- Il est évident qu'il faut non-seulement répéter la mensuration numérique des globules en plusieurs points de la préparation, mais encore refaire plusieurs fois l’opération tout entière, si l’on a souci d’arriver à une moyenne vraie.
- Les observateurs, dont nous venons de décrire la méthode ingénieuse, ont évalué à b millions le nombre de globules rouges dans 1 millimètre 1 cube, et, par conséquent, à 5 000 mil-lards celui que contient 1 litre de sang normal.
- Si, quittant le domaine de la stricte pratique, nous nous demandons quelle est la somme totale de ces éléments dans notre système vasculaire tout entier, comme l’on évalue à 5 ou 6 litres la masse sanguine en circulation, on arriverait au nombre de 25 000 milliards ; ce chiffre dépasse absolument les bornes de notre imagination; aussi n’esi-il donné que pour frapper seulement l’esprit, en démontrant une fois de plus combien les méthodes scientifiques peuvent résoudre de problèmes paraissant inabordables à priori, et faire jaillir la vérité, dan' sa forme la plus simple.
- G. Philippon.
- p.268 - vue 272/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 260
- LES TEMPÉRATURES SOUS-MARINES
- Les nombreuses observations faites par les navigateurs sur la température des mers à différentes profondeurs, depuis 1749 jusqu’aux récentes expéditions du Porcupine et du Challenger, ont été réunies et groupées méthodiquement par M. J. Prestwich (1) qui en a déduit de très-intéressantes conclusions.
- Tout d’abord on constate, d’après toutes ces observations, qu’à l’exception des mers intérieures, on trouve toujours, à une profondeur plus ou moins grande une couche d’eau à partir de laquelle la température
- est constamment de 4- 35° Fahrenheit (4- 1°,67 centigr.). Il est important d’insister sur cette température de -h 1°,67, car dans les ouvrages de physique on donne la température du fond des mers comme celle qui doit correspondre au maximum de densité de l’eau, puisque les couches les plus lourdes doivent naturellement se trouver au tond. Or cette température est tantôt estimée par erreur à 4- 4° (température du maximum de densité de l’eau douce) ou d’après les expériences de Despretz à — 3°,7. Or l’eau de mer se congèle à — 2°,5. 11 serait donc impossible que l’eau de mer liquide des couches inférieures soit à — 5°,7, à moins d’admettre que son
- Nord
- Fig. 1. — Coupe à travers l’océan Antarctique, l’océan Atlantique et la baie de Baffin. (D’après Prestwich.)
- point de fusion est abaissé par suite de la pression des couches supérieures.
- Quoi qu’il en soit, comme en réalité, d’après toutes les observations, cette température des couches inférieurs est de 4- lu,67, il faut en conclure, si les expériences de Despretz sont exactes, que l’eau des couches profondes des océans n’est pas composée d’eau
- de mer à son maximum de densité, mais bien à la plus grande densité qu’elle peut acquérir dans les circonstances thermales où elle est placée.
- Dans l’étude des tertipératures sous-marines il faut distinguer.
- 1° L’océan Atlantique;
- 2° Les océans Indien et Pacifique;
- Sud
- 80?
- 0 ___
- 1000, ’ 2000.. 3000. ' *000/ sooo/
- M ttrza
- Équateur
- Nord
- •JO? 80°Lat.
- -1-----—I
- Fig. 2. — Coupe à travers l’océan Antarctique, l’océan Pacilique, le détroit de Behring et l’océan Arctique. (D’après Prestwich.)
- 5° Les mers intérieures.
- La distribution des lignes isothermes offre dans ces trois cas des dispositions différentes.
- L’Atlantique communique avec les eaux polaires du nord par deux larges canaux marins, la baie de Baffin à l’ouest, et à l’est la mer qui sépare le Groenland de l’Islande. Il communique largement au sud, entre l’Amérique et l’Afrique, avec les eaux polaires de l’océan Antarctique.
- La figure 1 représente une coupe de l’océan Atlantique et des deux océans polaires depuis 80“ de latitude nord dans la baie de Baffin, jusqu’à 80° de latitude sud dans l’océan Antarctique.
- On voit que la couche isotherme de 4-1°,67 s’abaisse
- 1 On submarine températures by Joseph Prestwich, from lhe philosophical transaction of the royal Society. — Vol.
- 6o, pt. 2,
- lorsqu’on va d’une région polaire à une région tempérée, mais que vers l’équateur, elle se relève d’une façon très-notable. On en conclut que les eaux des océans polaires les plus froides, par conséquent les plus lourdes, s’abaissent vers les régions tempérées en formant deux grands courants sous-marins, l’un du nord vers le sud, l’autre du sud vers le nord. Ces deux courants se rencontrent vers l’équateur. Là leurs eaux s’échauffent, diminuent de densité et par suite se relèvent. Elles viennent dans les' régions supérieures où elles forment les courants d eau chaude qui circulent de l’équateur vers les pôles. Arrivées dans les régions polaires, ces eaux se refroidissent et reviennent par les courants profonds vers l’équateur.
- C’est ainsi qu’on peut se rendre compte des causes | générales de la circulation de l’Atlantique, bien que
- p.269 - vue 273/432
-
-
-
- 270
- LA NATURE.
- les détails du parcours des courants superficiels puissent être réglés par d’autres causes, telles que le mouvement de rotation de la terre ou même les vents prédominants dans les régions qu’ils traversent.
- Il n’en est pas tout à fait de même dans l’océan Pacifique. La figure 2 donne les lignes isothermes sur une coupe faite dans cet océan depuis le détroit de Behring jusqu’à l’océan Antarctique.
- On n’observe plus vers l’équateur ce relèvement des lignes isothermes si remarquable dans l’océan Atlantique et la couche de —H 1°,67 est plus profonde dans l’hémisphcre nord que dans l’hémisphère sud. Voici comment on se rend compte de ces résultats, j
- Comme il n’y a pour ainsi dire aucun passage entre l’Asie et l’Amérique à travers le détroit resserré de Behring, la masse des eaux froides du Pacifique Nord ne peut avoir son origine dans l’océan Arctique. Les eaux du pôle sud traversent toute l’étendue du Pacifique et viennent se relever lentement contre les côtes qui limitent l’océan vers le nord. On s’explique aussi de cette façon le trajet des courants superficiels d’eaux chaudes qui dans le Pacifique n’offrent pas une disposition analogue à celle qu’ils présentent dans l’océan Atlantique.
- Il existe une mode de circulation sous-marine tout à fait analogue dans l’océan Indien, où les profonds courants d’eaux froides venant de l’océan Antarctique se relèvent au contact des côtes d’Asie. Là ils forment des courants de surface qui ramènent les eaux chaudes des côtes de l’Indoustan vers le pôle sud. i
- Dans les mers intérieures, telles quelaMéditerranée, la Caspienne, on ne trouve pas dans les parties profondes cette couche isotherme de -4- 1°,67. La température de ces couches profondes dépend de causes locales et paraît être en relation avec la température hivernale du lieu.
- Ce dernier fait montre encore qu’on a tort d’avancer que les couches inférieures des mers sont formées d’eau à son maximum de densité, puisque les couches les plus profondes peuvent, en ce cas, avoir une température constante supérieure à -+-12°.
- En somme, l’ensemble de ces nombreuses et concordantes observations met en évidence d’une façon j indiscutable que les grands mouvements sous-marins du globe ont pour principale cause les variations de température que subissent les différentes couches des eaux océaniennes. Gaston Bonnier.
- CHRONIQUE
- Charles-Ernest de Baer. — L’éminent zoologue russe, Charles-Ernest de Baer, est mort à Dorpat, le 28 novembre 1876, dans la 85e année de son âge. Il était né à Piep, en Esthonie, dans l’année 1792. A l’âge de 18 ans, il commença à suivre les cours de l’Université de Dorpat. Quatre ans plus tard, il obtenait le diplôme de docteur en médecine. 11 partit ensuite pour l’Allemagne à Wtirtzbourg, il devint élève de Drellinger, l’éminent professeur de physiologie et d’anatomie. C’est alors que sa
- carrière se fixa et qu’il trouva le but de ses études futures. En 1817, il devint prosecteur à Kœnisberg et, quatre ans plus tard, professeur de zoologie. En 1830, il retourna dans sa patrie, où il avait été élu membre de l’Académie impériale de Saint-Pétersbourg. En 1837, il dirigea une exploration scientifique des côtes septentrionales de la Russie. De son plus célèbre ouvrage, Histoire du développe-ment des animaux, le premier volume avait paru en 1828 et le second en 1838. Baer publia aussi en Russie de nombreux traités de zoologie et de botanique. Son dernier ouvrage fut une critique de la théorie Darwinienne.
- Singulier mode d'alimentation de fourmis des bois. — M. Mac-Cook, de l’Académie des sciences naturelles de Philadelphie, a publié, dans les Comptes rendus de ce corps savant, des observations très-intéressantes sur les habitudes de la Formica ru fa (fourmi rousse). Il en résulte que ces fourmis ont, dans leui's communautés distinctes, des règlements en vertu desquels les travailleuses sont nourries, sans être obligées de quitter le théâtre de leur activité. Les fourrageuses d’une communauté, revenant, par des sentiers connus, du haut des arbres, ont l’abdomen gonflé de miélat, c’est-à-dire sont replètes, suivant l’expression de M. Mac-Cook. Elles sont arrêtées au pied de l’arbre par les travailleuses de la fourmilière, en quête de nourriture. La replète s’assied sur ses pattes de derrière et place sa bouche contre celle de la travailleuse affamée, ou de la pensionnaire, comme la nomme l’auteur ; souvent deux, quelquefois trois pensionnaires sont ainsi nourries simultanément par une seule replète. Celle-ci fait habituellement preuve de complaisance ; mais, quand elle se montre revêche, la pensionnaire l’arrête et l’empoigne avec vigueur. D’après les nombreuses observations recueillies par l’auteur, il est permis de conclure qu’il y avait complète amitié entre les fourmis d’un district renfermant environ 1600 fourmilières et des milliards d’habitants. Des individus, appartenant à des fourmilières différentes et assez éloignées, ont toujours fraternisé quand on les a transportés dans des fourmilières voisines. Toutefois des fourmis, ayant été plongées dans de l’eau, puis replacées dans la fourmilière, ont toujours été attaquées comme des ennemies ; si l’on mouillait les assaillantes, elles étaient attaquées à leur tour. Plusieurs expériences semblables ont prouvé qu’un bain détruisait momentanément l’odeur particulière ou une autre marque caractéristique, à l’aide de laquelle les fourmis se reconnaissent entre elles.
- (The popular Science Monthly, de New-York.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 19 mars 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Élection. — L’Académie est maintenant au grand complet, ayant pourvu aujourd’hui à la vacance laissée dans la section de minéralogie par la mort de M. Charles Sainte-Claire Deville. Les candidats étaient fort nombreux, et la liste de présentation portait : en première ligne, ex œquo et par ordre alphabétique, MM. Delesse et Hébert, et en deuxième ligne, ex œquo par ordre alphabétique, MM. Fouqué, Albert Gaudry et Hautefeuille. Les votants étant au nombre de 61, le savant professeur de géologie de la Faculté des sciences, M. Hébert, est élu par 31 suffrages *, M. Delesse en réunit 28 ; il y a 2 billets blancs.
- p.270 - vue 274/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 271
- Miscellanées. — Un auteur, dont le nom ne vient pas jusqu’à nous, a adressé au secrétaire perpétuel une dépêche télégraphique pour lui annoncer qu’il a résolu le problème.... delà quadrature du cercle. — M. Delaunay a fait des calculs (?) dont la conclusion est que les mois d’avril et de mai de la présente année 1877 seront très-fertiles en tremblements de terre. — M. Zundel a trouvé que les orages sont dus en partie à réchauffement de l’air sous l’action du sol frappé par le soleil : cet air une fois chauffé s’élève comme une montagne et, gênant dans leur marche les courants supérieurs, détermine les orages. C’est bien simple.
- Réclamation de priorité. — Nous avons cité l’autre jour un intéressant travail de M. Rasizewsky sur la phosphorescence de certaines substances organiques sous l’influence de l’air et des alcalis. Un chimiste anglais, M. Phipson, adresse des brochures d’où il résulte qu’il a constaté les mêmes faits depuis longtemps. — De même, M. Plateau revendique la priorité des expériences de M. de Romilly consistant à faire bouillir de l’eau dans un vase fermé par un tissu à larges mailles. Le savant belge avait été conduit à ces résultats en étudiant l’emprisonnement de l’air dans un véritable filet qui enveloppe les œufs de certaines arachnides. — Puisqu’il s’agit d’embryogénie, nous ajouterons que M. Giard adresse un Mémoire sur les modifications présentées par l’œuf des méduses avant leur fécondation.
- Recherche de Pammoniaque. — D’après M. A. Houzeau, de Rouen, la teinture de tournesol amenée au rouge vineux par l’addition d’un acide en quantité convenable constitue un réactif extrêmement délicat, pour déceler des traces d’ammoniaque. On reconnaît ainsi cette substance dans des eaux de pluie qui n’en renferment qu’tm quatre-millionième! M. Dumas ajoute que cette méthode offre ce grand avantage sur toutes les autres déjà proposées, d’éviter de longues recherches, pour savoir si l’ammoniaque existe ou non dans les eaux qu’on étudie. Elle permet d’avoir à cet égard une réponse instantanée.
- Puissance mécanique des gaz comprimés. — Déjà nous avons rapporté les expériences dans lesquelles M. Daubrée soumet des masses d’acier à l’action presque instantanée des gaz développés par la combustion de la poudre. On se rappelle que le métal est fondu, perforé d’outre en outre et pulvérisé. Le même auteur revient aujourd’hui sur la même question, et expose ses vues sur l’application des faits qu’il a constatés à l’histoire des météorites. Il pense que les dépressions alvéolaires si fréquentes à la surface des météorites, ne sont pas simplement comme on l’a dit, le produit de l’arrondissement de cassures à l’origine anguleuse, mais représente le travail de taraudage de tourbillons gazeux. 11 ajoute que le nuage de poussières noires qui accompagne les explosion de bolides, est dû, suivant lui, à la porphyrisation du métal sous l’influence de l’air comprimé.
- Physique du globe. — M. Édmond Becquerel lit un très-important Mémoire sur la température comparée d’un sol dénudé et d’un sol couvert de gazon. C’est la suite d’un ensemble de recherches dont nos lecteurs ont eu déjà l’analyse, et sur lesquelles nous nous proposons de revenir.
- Stanislas Meunieb.
- LES TERRES DU CIEL
- Le remarquable ouvrage de notre collaborateur Flammarion, les Terres du Ciel, a obtenu dès son apparition le succès qu’il mérite, succès auquel son auteur est habitué ; la première édition a été épuisée en un mois; — nous profitons de la réimpression de ce volume, qui se publie actuellement en livraisons hebdomadaires, pour lui emprunter l’intéressant et artistique tableau donnant la grosseur et l’aspect comparés de ces « terres », dessiné par notre habile et consciencieux graveur Morieu, d’après le croquis original de M. Flammarion ; —car cette fois le zélé astronome a voulu nous prouver dans ce livre qu’il sait manier également la lunette, la table de logarithmes, la plume et le crayon, et il a ajouté à ses explications claires et élégantes l’enseignement graphique, qui précise et fait saisir d’un coup d’œil mille détails.
- Noms des astres. Diamètre Diamètre Observations,
- polaire équatorial.
- LIEUES DE 4 KILOMÈTRES.
- Ilestia.............. » 6 Plus petite planète dont
- le diamètre ail été calculé.
- Junon................ » 42 \ Petites planètes, diamè-
- Pallas.................. » 61 I très calculés; par les
- Cérès................... » 89 4 mesures directes, Mæd-
- Vesta................... » 105 J 1er a trouvé 141 lieues
- pour le diamètre de Junon, 118 lieues pour celui de Vesla, Arge-lander, 87 lieues pour celui du Cérès, et 11ers-chell, 44 lieues pour celui de Pallus.
- Hypérion............ » 200 7* et plus petit satellite de
- Saturne; diam. évalué.
- Dioné............... » 500 4‘ satellite de Saturne
- diamètre évalué.
- Europa . .... » 850 2" et plus petit satellite de
- Jupiter. Mesures de Struve.
- Rhéa................ » 870 5* sattelile de Saturne;
- diamètre évalué.
- Lune................ » 870
- Io................ » 950 1" satellite de Jupiter.
- Mesures de Struvé.
- Japet............... » 1 000 8* satellite de Saturne.
- Callisto............ » 1 190 4* satellite de Jupiter,
- Mesures de Struve.
- Mercure............. » 1 205 Mesures deBesse!.
- Ganymède............ » 1 595 5* satellite de Jupiter.
- Mesures de Struve.
- Mars................ 1670 1 722 Mesures d'Arago.
- Titan............... » 1 700 6* satellite de Saturne.
- Vénus............... 3030 3 042 Mesures d’Arago et de
- Tennant.
- Terre............... 3178 3 189 Calculs de Clarke.
- Uranus................ 12 060 1 3 400 Mesures de Mædler.
- .Neptune............ » 14 000
- Saturne............... 27 200 50 500 Mesures d’Arago,
- lupiter............... 33 400 35 500 Mesures d’Arago.
- Anneau de Saturne. 17 69 600 Epaisseur et diamètre le
- plus extérieur. Mesures de Bond et de Struve.
- Soleil.............. » 346 000
- L’auteur a eu l’heureuse pensée d’intercaler à leur ordre de taille entre les planètes principales, les
- p.271 - vue 275/432
-
-
-
- 272
- LA NATURE.
- deux plus gros satellites mesurés1 du système solaire. Dans le tableau numérique ci-contre, précisant pour l’esprit ce que le tableau graphique présente à la vue, nous donnons en lieues de quatre kilomètres les diamètres de ces différents corps célestes, en y ajoutant ceux de quelques astres qui n’ont pu prendre place dans la figure, — traduction concrète des chiffres ci-dessus.
- L’auteur des Terres du Ciel a poursuivi dans ce livre un but principal : frappé de l’exubérante vitalité qui éclate à la surface de la terre et jusque dans les prolondeurs de l'Océan, il a réuni tous les arguments militant en faveur de l’idée si naturelle de l’existence de la vie sur les autres astres.
- M. Flammarion procède du connu à l’inconnu, et des observations physiques passe aux déductions mathématiques qui en sont la conséquence, puis aux hypothèses biologiques découlant des unes et des autres. Ces dernières ne sont pas actuellement susceptibles de vérification expérimentale, cela est incontestable, mais elles sont bien ingénieuses. Par exemple, au premier abord, l’existence, sinon de la vie, tout au moins de Yintel-
- 1 Nous disons mesurés car il est probable que les satellites d’Uranus ont aussi de grandes dimensions, et il est presque certain que le satellite de Neptune qui, malgré l’énorme distance, est relativement facile à voir, doit être très-gros; mais ils apparaissent dans les plus fortes lunettes comme des points lumineux non susceptibles de mesure. C’est ce qui rend également si difficile la mensuration du diamètre des petites planètes et explique les divergences énormes qui font préférer les diamètres calculés; c’est ainsi que Cérès aurait, d’après
- ligence, peut sembler difficile sur Vénus, ou les saisons sont si violemment opposées, que les latitudes moyennes analogues aux nôtres ont successivement à supporter les rigueurs d’un hiver polaire et les rayons torrides d’un soleil zénithal deux fois plus grand que sur la terre; mais l’auteur fait
- observer que, sans même parler de l’atmosphère épaisse et nuageuse que nous voyons d’ici, et qui forme le meilleur écran protecteur, il suffit d’admettre que les êtres habitant Vénus possèdent les moyens de se transporter d’un hémisphère à l’autre dans chaque saison, comme les oiseaux migrateurs le font sur la terre, pour annuler celle difficulté qui semblait insurmontable. Ce simple exemple suffit à montrer avec quelle abondance d’idées vraiment nouvelles le problème fascinateur de l’habitabilité des astres a été abordé par notre ami et collaborateur , dans cetexcellent traité d’astronomie planétaire, à la fois scientifique et mondain, où l’auteur a réuni la grâce du littérateur à l’esprit d’observation du savant et aux fortes conceptions du philosophe. Charles Boissay.
- Hersehcll, 63 lieues de diamètre, 87 d’après Argelander et 179 d’après Schrœter, et l’allas, 44 lieues d’après Ilcrschell, 238 lieues d’après Lamont, et 740 lieues d’après Schrœter 1
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissandieb.
- CORBEIL. TVP. ETSTÉR. CRÉTÉ.
- Grandeurs comparatives des planètes et de leurs satellites mesurés.
- p.272 - vue 276/432
-
-
-
- K* 200. — 51 MARS 1877.
- LA NATURE.
- 275
- SUSPENSION ET ÉBULLITION DE L’EAU DANS L’AIR
- j31
- SUSPENSION DE L EAU SUR UN TISSU A LARGES MAILLES.
- À la suite de recherches sur la capillarité1, été amené à examiner si un tissu tendu sous une cloche pleine d’eau ne garderait pas cette eau au milieu de l’air ambiant : c’est en effet ce qui a lieu. On prend, par exemple, une cloche en verre de vingt centimètres de diamètre, on ferme la base ouverte par un tulle à larges mailles (2 à 3 millimètres de côté), on fixe cette cloche par un support, de manière que la base ouverte soit en bas et bien horizontale, on plonge ensuite cette base dans une cuve pleine d'eau, et l’on aspire l’eau à l’aide d’un tube fixé à une douille placée en haut de la cloche. Après avoir fait monter l’eau dans la cloche à une hauteur quelconque, on ferme la rentrée de l’air par la douille au moyen d’un robinet. On retire alors la cuve, l’eau se maintient dans la cloche. A chaque maille du tissu on voit un ménisque très-prononcé et, de plus, un grand ménisque général.
- La hauteur de la colonne d’eau suspendue n’ajoute aucune difficulté à l’expérience. Elle tient par aspiration, ainsi que le tissu sous-jacent.
- On peut avec un large tube de 10 centimètres de diamètre et 2 mètres de hauteur, fermé en haut par un gros bouchon de caoutchouc traversé par un petit tube pour l’aspiration, faire tenir l’eau dans toute la hauteur sur un tulle à fil presque imperceptible.
- 1 Comptes rendus de l'Académie des sciences du 19 février 1877.
- 5e année. — 1er semestre.
- Si, au lieu de fixer le tissu par un lien ou par une jarretière en caoutchouc, ce qui est commode, on le tient à la main jusqu’à ce qu’on ait retiré la cuve, le tissu tient en place et retient l’eau. Alors on peut augmenter beaucoup le ménisque général : on n’a qu’à faire descendre, en glissant par petites parties, peu à peu, le tissu collé par l’eau sur la paroi latérale verticale extérieure de la cloche ; le ménisque augmente peu à peu et, avec des cloches de 6 centimètres de diamètre et un tulle de 2 millimètres environ de côté, on peut arriver à lui faire prendre une courbure de 3 à 4 centimètres de flèche. Cette courbure peut augmenter encore beaucoup avec la finesse des mailles.
- On est amené ainsi à l’expérience suivante : on prend un carré de toile métallique pouvant dépasser en tous sens le bas de la cloche. On maintient avec le doigt cette toile contre l’ouverture de la cloche pendant l’aspiration de l’eau dans la cuve. On enlève la cuve, puis on retire le doigt. La toile demeure fixée et l’eau intérieure ne s’écoule pas plus que si la toile était retenue par un lien. On peut remplacer cette toile métallique par un anneau mince métallique de même diamètre que la cloche, et sur lequel on tend un tulle ou un filet. Si l’on a soiu de faire creuser sur le pourtour de l’anneau une petite rainure, il sera facile de faire tenir la toile par une mince jarretière de caoutchouc ou par un fil qui s’appliquera dans la rainure.
- Lorsque le tissu est bien horizontal et fixé par un
- 18
- Fig. 2.
- F. Cloche à trois tubulures de 15 centimèlies de diamètre. — T. Thermomètre pour l’eau. — t. Thermomètre pour l’air intérieur. — C. Tube large de communication. — 1. Tulle de 1 millimètre. — G. Bec de gaz. — S. Grande cloche de réserve. — A. Tube de caoutchouc. — R. Robinet d’aspiration.
- p.273 - vue 277/432
-
-
-
- 274
- LA NATURE.
- lien, si l’on incline la cloche, l’eau s’écoule, mais cette inclinaison pourra, sans amener l’écoulement, être d’autant plus grande que les mailles seront plus ; petites. Avec des mailles d’environ 4 milimètres de côté, la moindre inclinaison amène la chute de l’eau ; aves des mailles de 4 millimètre, on peut faire un angle de 45 degrés ; avec des mailles de { millimètre à | de millimètre, on peut faire l’expérience suivante : on prend un tube de verre d’environ 5 à 4 centimètres de diamètre; on fixe à un bout, par de la cire à cacheter, une de ces demi-sphères en toile métallique, qui servent de passoire à thé, de façon à terminer le tube de ce côté par un hémisphère saillant; de l’autre côté, on met un bouchon percé muni d’un tube avec un robinet pour aspirer l’eau et fermer ensuite. Si l’on remplit le tube d’eau, quelque inclinaison qu’on donne au tube, l’eau s’y maintiendra, même si la sphère se trouve à 45 degrés ou même à 90 degrés, c’est-à-dire tournée en haut, pourvu qu’aucune bulle d’air intérieure ne vienne toucher et traverser la toile métallique, car alors la chute a lieu. Lorsque la demi-sphère est tournée en bas, si l’on donne une légère secousse, on voit une goutte sortir, s’allonger, puis rentrer dans la sphère. Fuisque la toile métallique peut maintenir l’eau en tous sens, on pourra donc faire des cages, dont les côtés et le fond seront en toile métallique. Avec une toile métallique de 4 millimètre de côté, la paroi latérale peut avoir 3 à 4 centimètres de hauteur. Avec une toile métallique de -§ millimètre, on peut aller jusqu’à 7 et 8 centimètres.
- Voici alors une autre expérience : Prenons un large tube en verre fermé en haut par un bouchon à robinet, et continué en bas sur une longueur de 3 centimètres par un tube d’égal diamètre, en toile métallique, à mailles de 1 millimètre, et se terminant par une surface plane de même toile formant la base horizontale inférieure (fig. 1) ; si, après avoir rempli le tube d’eau, on place la base horizontale seule sur une surface d’eau et qu’on ouvre le robinet d’accès d’air, l’eau du tube s’écoulera. Si alors on aspire avant que le niveau d’eau du tube ait dépassé le bas du verre, on verra l’eau remonter et aucune bulle d’air ne viendra par la paroi latérale de toile métallique laissée en plein air, quoique la hauteur d’eau à vaincre pour satisfaire à ^aspiration soit moindre que pour le fond. Il y a plus : on peut laisser descendre le niveau de l’eau jusqu’au moins moitié de la toile métallique et l'eau du fond seul montera sans arrivée d’air latérale, une mince pellicule liquide s’opposant à la rentrée d’air. Avec une toile de | à f de millimètre, ces effets sont très-augmentés : on peut laisser tomber le niveau à plus de 4 centimètres au-dessous du verre.
- La température des ménisques ne paraît pas influer beaucoup sur leur résistance : ainsi on prend une cloche portant un tulle à sa partie ouverte, on y fait tenir de l’eau en suspens, puis on place un bec de gaz allumé sous l’eau en suspens ; la flamme s’épanouit sous la surface liquide, l’eau s’échauffe
- et bout sans tomber. Un tulle presque invisible sert indéfiniment à cette expérience. Il peut être fixé à la cloche ou à un anneau métallique libre, comme il a été dit plus haut. La chute n’arrive que lorsque l’ébullition est trop violente. En réglant le feu, au moment où un thermomètre plongé dans l’eau atteint 100 degrés, on maintient indéfiniment une ébullition tranquille.
- Pour être sûr du succès de l’expérience, on fait par un tube large communiquer la cloche à ébullition avec une autre plus grande, dont le fond libre reste plongé dans une cuve d’eau : l’aspiration détermine l’arrivée de l’eau dans les deux à la fois (fig. 2). La dilatation de l’air échauffé partage ses effets entre ces deux cloches et l’eau ne tombe pas. Avec une seule cloche, la dilatation de l’air et la vapeur feraient tomber peu à peu de petites masses d’eau, et la cloche pourrait se vider avant l’ébullition.
- Il est à remarquer que ni avant ni pendant l’ébullition les bulles formant les ménisques ne se déplacent pour monter à la surface. Elles demeurent stables ; de petites bulles d’air d’abord, de vapeur ensuite, se forment sur la paroi ou même sur les fils du tissu, et demeurent en contact avec les ménisques, puis grossissent peu à peu et montent à la surface.
- ALIMENTATION.
- Un autre phénomène peut être produit soit à froid, soit pendant l’ébullition et dans ce dernier cas très-utilement. L’évaporation amène rapidement une diminution de la masse d’eau bouillante. Alors l’air intérieur devient peu à peu trop raréfié, et à un moment donné l’air extérieur fait une irruption tumultueuse et l’eau tombe. Pour faire persister indéfiniment l’ébullition, il importe de maintenir toujours l’eau au même niveau. Voici ce que l’on fait : au moment où l’ébullition est bien établie, on marque le niveau par un repère, et dès que l’eau a baissé de quelques millimètres, on remplit d’eau une pipette recourbée par le bas, et on lance l’eau en jet contre le tulle au-dessous de la cloche. Le jet d’eau pénètre et le niveau se rétablit. Si l’eau lancée est un peu trop abondante, la cloche la prend cependant. S’il y a trop d’excès, elle la laisse retomber par petites masses d’une façon discontinue. L’introduction de l’eau froide avec mesure ralentit, mais n’interrompt pas l’ébullition.
- Cette expérience d’ébullition de l’eau sur un tissu réussit très-couramment avec une cloche de 6 à 7 centimètres de diamètre et du tulle de 2 millimètres de côté, ou avec une cloche de 40 à 45 centimètres de diamètre et du tulle de 4 millimètre de côté, dans laquelle plusieurs litres peuvent être maintenus en ébullition.
- Tous ces phénomènes seraient curieux à étudier en variant les liquides. F. de Romilly.
- p.274 - vue 278/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 275
- LES PLANTES CARNIVORES
- « ET LES PLANTES A PIÈGES.
- La théorie des Plantes dites carnivores ou insectivores a eu beaucoup de retentissement lorsque parut, il y a quelques années, l’ouvrage original de M. Darwin sur cette étrange question. Peu de temps après, un autre savant qui compte aussi parmi les gloires scientifiques de l’Angleterre, publiait de son côté des observations nouvelles qui agrandissaient encore le cercle de ces végétaux insolites. L’idée d’ailleurs n’était pas de conception récente, et les auteurs qui, dans ces derniers temps se sont le plus occupés de cet intéressant sujet, savent que l’origine de toutes ces observations remonte à celle dont Ellis, naturaliste anglais, du milieu du siècle dernier, fît connaître les résultats en 1768. A cette date, Ellis informait Linné d’un phénomène tout à fait nouveau constaté par le voyageur J. Bartram sur une plante américaine, dans une lettre restée célèbre dans la mémoire et la correspondance de l’immortel Suédois1.
- Il s’agissait d’une plante reçue de la Caroline du Nord, et sur laquelle le savant anglais communiquait des détails sur l’irritabilité et le mouvement de préhension de ses feuilles, propriétés inconnues jusqu’alors aux plantes. C’est à propos de ce végétal que Linné, après en avoir fait la description sur un échantillon desséché, s’écriait « Miraculum naturæ ! » C’est de la Dionée Attrape-mouche (Dionœa musci-pula) dont il parlait avec tant d’enthousiasme.
- Déjà Ellis, en écrivant à Linné, rapportait l’opinion que non-seulement la plante prenait des insectes, mais encore qu’on croyait qu’elle s’en nourrissait. Ce sentiment fut corroboré par le clergyman américain Curtis, qui, 60 ans après, observa la plante directement dans les prairies marécageuses de la Caroline, et publia en 1854 d’excellentes observations sur la Dionée. Il avait remarqué que sous l’influence de l’irritation causée par les pattes d’un insecte à la face supérieure du limbe d’une de ses feuilles, les deux portions latérales à la nervure médiane se rapprochaient brusquement en entrecroisant les poils rigides dont les bords de cette feuille est garnie ; mais qu’indépendamment du fait de capture, la feuille exsudait un liquide mucilagineux qui enveloppait l’insecte de toutes parts, et que celui-ci se fondait et disparaissait par l’action corrosive de ce liquide.
- La publication de Curtis ne fit guère d’adeptes et rencontra beaucoup d’incrédules. Ce n’est que depuis que le célèbre naturaliste philosophe anglais la résuscita, qu’elle devint réellement à la mode. Ce fut même un engouement tel pour l’Attrape-mouches devenue bientôt renommée, que les horticulteurs ne
- 1 M. Éd. Mori-en cite en note un passage de la correspondance de Diderot, dont le manuscrit daterait de 18G2, et où déjà il serait fait mention de la Dionée connue plante insectivore.
- purent suffire aux demandes qui leur étaient adressées de toutes parts. On attendait impatiemment les arrivages de la plante carnivore, dont on dépouillait les prairies spongieuses de l’Amérique du Nord. Tout le monde voulut expérimenter la Dionée, et il s’en fit une consommation considérable. L’expérience consiste à déposer un fragment ue matière animale ou un insecte à la face supérieure de la feuille; or, l’irritation qui en résulte, si le toucher est exercé sur l’un des 6 petits cônes dont la feuille est pourvue, amène rapidement la capture de l’objet déposé.
- Sur les indications de Darwin, on soumit la Dionée au régime de la viande crue qui était ou devait être absorbée. Des disciples de Darwin dépassèrent le maître. MM. Balfour et Canby constatèrent : l’un, que la sécrétion de la feuille était plus abondante quand on lui présentait un morceau de choix, et il ne doute pas, dit-il, « que la sécrétion soit en rapport avec la qualité du festin ; » le second s’assura que le « régime forcé du fromage » est préjudiciable au tempérament de la Dionée ; que cette alimentation « causait de véritables nausées à la plante et des envies de vomir. » *
- Ici s’arrête la période ascendante de l’expérimentation de la Dionée favorable à la théorie. On doit dire que les derniers arguments, un peu forcés peut-être, mis en avant pour la soutenir, ont amené une réaction nécessaire sans doute à la cause de la vérité.
- Pourquoi n’y aurait-il eu que cette espèce jouissant de propriétés aussi particulières ? On jeta les yeux sur toutes les plantes sensibles ou susceptibles de présenter le même phénomène.
- Dans la famille même des Droséracées, à laquelle appartient la Dionée, il y avait d'autres sujets d’études. Les marais à Sphagtium de la zone tempérée fournissent trois ou quatre espèces de Dr osera, ou Rossolis, plantes minuscules, et délicates, dont les feuilles à la face supérieure sont couvertes de poils glanduleux, d’une structure assez complexe pour avoir été considérés comme des expansions ou processus de la feuille. Vers la fin du siècle dernier, un botaniste allemand les signala comme douées de la propriété de prendre les insectes qui s’aventuraient sur leurs feuilles. Alors on rappela toutes les observations faites depuis sur les Drosera, et ils furent bientôt mis au rang des plantes carnivores.
- Lorsque en effet, on place sur ces feuilles un insecte, ou simplement qu’on irrite leur surface, les poils surmontés d’une glande visqueuse s’incurvent lentement vers le point sollicité, et l’objet englué par le mucus des glandes ne peut fuir s’il n’offre pas une résistance suffisante. On a vu, dans cette étreinte, des mouches et des fragments de viande être attaqués par la liqueur digestive, et disparaître en quelques heures comme on l’avait constaté pour la Dionée.
- La structure glanduleuse des feuilles étant re-, connue comme favorable à la capture des insectes, c’est vers les plantes pourvues de ces petits appareils, que l’attention fut appelée.
- p.275 - vue 279/432
-
-
-
- 276
- LA NATURE.
- Les Pingaicules de nos prairies tourbeuses rentrèrent bientôt dans la série des plantes insectivores. Leurs feuilles charnues sont, à la face supérieure seulement, couvertes de poils, les uns ses-siles, les autres pédicellés, et leur sommet est couronné par une glande formée de cellules rayonnantes, le tout assez semblable à un petit champignon. Or, « Voici comment les choses se passent, dit M. Ed. Morren : Un moucheron, alléché peut-être par l’apparence glutineuse d’une feuille de Pinguicula, vient étourdiment se poser dessus; dès lors, c’en est fait de lui; il se trouve empêtré par ses pattes sur une surface gluante et duveteuse ; vainement cherche-t-il à reprendre son vol ; si une patte se dégage, les autres sont retenues. Il s’épuise en vains efforts, et bientôt, à bout de force ses torses fléchissent; il s’affaisse , tombe sur le flanc, dans cette humeur salivale qui petit à petit l’envahit et l’imprègne.
- La pauvre moucherolle éprouve une bien longue agonie, qui se prolonge pendant plusieurs heures : quand elle vient à périr, elle est assez rondelette sur la surface de la feuille ; mais dès le lendemain , elle s’aplatit, elle semble être appliquée plus intimement contre l’épiderme, elle s’atténue au point qu’on croirait lavoir incorporée dans la feuille.
- En deux ou trois jours, parfois davantage, ces débris disparaissent en ne laissant que des vestiges insignifiants ; la peau et les os, ce qui est tout pour un insecte. »
- Là ne devaient pas se borner les recherches. Toutes {es plantes pourvues de feuilles formant de petits récipients ou dont la surface était seulement glanduleuse devaient rentrer dans le cadre de celles qui avaient des besoins de nutrition supplémentaires.
- Un observateur américain, puis d’autres ensuite, crurent voir, dans les Utriculaires, des plantes insectivores. La structure singulière des ampoules de ces plantes aquatiques a été l’objet de plusieurs travaux. Il existe çà et là à la base des ramifications capil-. laires de l’Utriculaire, de petits corps vésiculaires, qui sont des divisions des feuilles transformées comme l’a constaté récemment M. Duval-Jouve, en ce que les botanistes nomment des ascidies. Chacun de
- ces petits organes est creusé en forme d’outre, et est garni à son ouverture rétrécie d’un petit couvercle, puis d’une couronne de segments foliaires, ou petit cercle de poils qui en gardent l’entrée. « Ces corps, dit M. Duchartre dans ses Éléments de botanique, ont un rôle physiologique qui en augmente encore l’intérêt; ils sont d’abord pleins d’un liquide un peu gélatineux qui les alourdit, et alors ils retiennent la plante au fond de l’eau. Mais quelque temps avant la floraison il y arrive, des canaux aériens de la tige, de l’air qui s’y accumule à proportion que le liquide y diminue, par là, la plante devient plus légère ; n’étant point retenue par une racine, elle se dégage de la vase et monte lentement vers la surface de l’eau, au-dessus de laquelle elle élève ses fleurs. Enfin la fleurai-son étant terminée et les fruits ayant à peu près atteint leur maturité, l’air disparaît de l’intérieurdesascidies. * La lame transversale dont l’orifice de l’ascidie est garnie, et qui le bouche à la manière d’une soupape, est susceptible de s ouvrir de dehors en dedans, et de se fermer de dedans en dehors, lorsqu’elle est comprimée. C’est alors que l’eau qui l’environne de toutes parts, y entre, et force la plante appesantie par un excédant de poids, à redescendre au tond de la mare ou du bassin qui la contient.
- On a vu que lorsque le couvercle des ampoules est ouvert, ou qu’il est forcé par un pelit animal, crustacé, insecte d’eau quelconque, il est impossible à l’être animé qui y est entré d’en sortir. En sorte qu’on constate presque toujours dans ces ascidies des débris organiques ou des insectes putré fiés, et l’on a pensé que îa nature avait fait à dessein ces petits pièges pour servir à la nutrition du végétal.
- Enfin le genre Aldrovandia, dont la seule espèce connue est une plante aquatique également, et dont l’une des formes se rencontre dans les eaux stagnantes du midi de la France, a été considérée comme jouissant des mêmes propriétés, quoique ici on ne constate pas de piège comme d. is l’Utricu laire ; mais il est toutefois nécessaire de faire remarquer que c’est dans l’une et l’autre plante, par
- Fig. 1, — Drosera rotundifolia. (Rossoles. Rosée du soleil.)
- 1. Plante entière. — 2. Une feuille repliant ses tentacules sur un insecte placé au centre. 3 et i. Structure des étamines et de l’ovaire.
- p.276 - vue 280/432
-
-
-
- LA NATURE
- 277
- les glandes dont leurs parois sont tapissées, que se ferait la désorganisation, puis l’absorption des matières animales. « Ainsi, dit Darwin, toute plante ordinaire pourvue de glandes visqueuses qui accidentellement attrape des insectes peut, sous des circonstances favorables, être changée en une espèce capable de vraie digestion. »
- De l’Utriculaire, plante aquatique, qui n’est pas douée de mouvement comme la Dionée il est vrai, niais qui est munie de petites outres, aux plantes aériennes pourvues d’ascidies apparentes, il n’y avait qu’un pas ; l’analogie de forme pouvait entraîner celle des fonctions ou la faire pressentir. Aussi les plantes à urnes furent bientôt mises à contribution, et dans un discours à sensation, un des savants qui honorent l’Angleterre, M. J. D.
- Hooker, exposait des observations du plus haut intérêt, faites sur les Sarracenia et les Ne-penthes.
- Il est peu de collections importantes d’amateurs, ou de jardins botaniques, qui soient dépourvues deNepenthes et de Sarracenia. Ces derniers sont des plantes des marécages de 1’Amérique du Nord, dont la plus répandue dans les cultures est le S. purpurea. Leurs feuilles, par suite d’une anomalie de développement, s’accroissent, dans le jeune âge, circu-lairement par leur bord, et de telle sorte, que le centre de la feuille est bientôt dépassé. D’après les observations organogéniques de M. Bâillon, les feuilles des Sarracenia seraient presque peltées au moment du développement, puis les bords s’élèveraient seulement en tube pour former le cornet si curieux de ces feuilles à ascidies. On aurait une idée grossière, mais assez exacte de cette formation, en supposant qu’on veuille faire passer une feuille de Capucine ou de Nelumbium dans un tube, en la présentant d’abord par le pétiole, puis en sollicitant son entrée en tirant ce pétiole par l’extrémité opposée du tube, la situation des parties serait assez semblable à celle que fournit la nature.
- Quant à la formation des ascidies de Nepenthes, on doit à M. J. D. Hooker un travail analogue au précédent; mais il ressort de ces observations que î’urne des Nepenthes, au lieu d’être la feuille elle-
- | même, est une glande apicale située à la face infé-] rieure de l’extrémité de cet appendice. Bientôt cet organe supplémentaire de la feuille se redresse, les parties deviennent distinctes, et l’orifice de ce petit récipient taillé de toute pièce dans cette glande sera pourvu d’un petit couvercle fort élégant, correspondant comme situation à la partie supérieure de la feuille.
- Ces détails sont un peu éloignés du sujet qui nous occupe, mais tout ce qui touche à l’organisation de ces plantes bizarres est si intéressant, qu’on se rési-; gnerait difficilement à le passer sous silence. Les ! urnes de certaines espèces de Sarracenia (S. Drum-mondii, le genre Dar-lingtonia) sont souvent d’une grande capacité, et dans les plus grandes ascidies elle doit certainement excéder un quart de litre.
- Les Nepenthes sont d’une culture un peu plus exigeante que les Sarracenia, car leur patrie sont les îles de l’Inde, la Malaisie, Madagascar et la Nouvelle-Calédonie. Ils offrent souvent une structure différente de leurs urnes, qui semblent varier avec les espèces assez nombreuses d’ailleurs de ce joli genre de plantes. Certaines d’entre elles ont des ascidies de 35 centimètres de long et de teintes variées. On constate souvent que leur bord est garni de poils raides, voire même d’aiguillons robustes dont la pointe est dirigée en dedans et en bas, alors que le dos est très-lisse ; cet ensemble a toutes les apparence d’un véritable piège tendu pour favoriser la chute et s’opposer au sauvetage. Tout cet appareil parle aux yeux, et l’on comprend qu’on soit incité, en effet, à chercher quel est le but, les intentions de la nature en créant des objets d’une si singulière organisation.
- Ces urnes contiennent normalement un liquide, dit-on, lequel serait sécrété par la face interne de l’ascidie. Ce qui est certain, c’est que la seule humidité atmosphérique, ou celle d’une serre par exemple, s’emmagasine et se condense sans aucun doute dans ces récipients. La présence d’insectes nombreux dans les urnes observées par les voyageurs était déjà un indice digne d’appeler l’attention, et « M. Hooker a constaté que la présence d’une matière inorganique
- Fig. 2 — Pinguicula vulgaris. (Grassette )
- 1. Plante entière. — 2. Glan’es majeures appliquées sur la face supérieure de la feuille. — 3. Feuilles en rosette contenant des débris d'insectes. — 4. Feuille dont le bord s'est replié sur plusieurs insectes capturés.
- p.277 - vue 281/432
-
-
-
- 27 6
- LA NATURE.
- dans l’urne de ces plantes ne produit pas d’effet appréciable, tandis qu’il a remarqué un afflux considérable de liquide, lorsqu’il y avait introduit quelque matière animale. 11 a constaté de plus, que le suc des Nepenthes isolé de l'urne ne produit les phénomènes de la digestion artificielle que d’une manière lente et incomplète, tandis qu’à l’intérieur de l’urne, la digestion se fait plus rapidement et plus complètement sans doute par l’influence peptogène des substances en présence. »
- Les Sarracenia et les JSepenthes sont donc bien considérés comme plantes insectivores, et Ch. Mor-ren en 1852 avait déjà émis avec doute cette opinion.
- La seule espèce du genre Cephalotus (C. follicula-ris Labil.), est une jolie petite plante, de la famille des Saxifragacées ; elles porte de petites urnes très-gracieusement conformées et également surmontées d'un couvercle; enfin, des ailes garnies do poils, contournent élégamment chacune de ces ascidies. Cette plante ne semble pas avoir été expérimentée, ou les résultats des observations auxquelles elle a pu donner lieu ne sont pas connus. Cependant dans un article de Ch. Lemaire sur cette plante, il y est dit que les urnes comme celles des JSepenthes et des Sarracenia contiennent un liquide plus ou moins abondant, dans lequel viennent se noyer une foule d’insectes. C’est d’ailleurs une plante peu répandue et de conservation assez difficile à cause des soins qu’elle réclame.
- Dans la Dionée il se passerait deux phénomènes, dont l’un, incontestable, est la sensibilité. Celle-ci se manifeste dès qu’une irritation, légère même, comme celle que peuvent causer les pattes d’une mouche, se produit sur l’une des six glandes qu’on remarque à la face supérieure de la feuille. Le vent et la pluie n’ont pas d’action, à moins qu’artificielle-ment l’eau soit projetée violemment et latéralement sur les glandes auquel cas elles peuvent devenir sensibles. L’étude anatomique a prouvé à M. C. de Candolle que ces glandes ou pods excitables participent du parenchyme ou tissu profond de la feuille, mais ne sont pas comme les poils ordinaires une production épidermique. L’excitation en est d’autant plus active que le tissu profond est intéressé, car si l’on excite seulement la surface épidermique en un endroit quelconque, l’action est nulle, tandis qu’elle est immédiate sur les glandes, quoique celles-ci en somme ne soient pas dépourvues d’épiderme. « Toutes les fois que ce cône terminal ou poil excitable éprouve un choc, le parenchyme interne de la base du poil subit par conséquent une véritable traction dirigée de l’intérieur à l’extérieur. Cette traction se communique simultanément en tous sens à un grand nombre de cellules du parenchyme foliaire, qui se trouve ainsi subitement ébranlé jusque dans ses couches les plus internes. »
- Cette excitation, on a cherché à l’expliquer par la tension et la turgescence des tissus. On sait que les cellules végétales en voie d’accroissement ou pendant leur période végétative sont pourvues d’une
- membrane habituellement close et susceptible néanmoins d’absorber au travers de ses parois les fluides liquides et gazeux qui sont à sa portée. Or, soit à cause de l’état de jeunesse de la cellule, ou pour une cause qu’il ne s’agit pas de déterminer en ce moment, la paroi sera susceptible d’absorber plus ou moins rapidement, ou plus ou moins avidement les liquides environnants ; tandis que des tissus contigus ou des portions de tissus voisins pourront offrir une densité différente de leur paroi, et surtout une perméabilité dissemblable. Or, il ressortirait des expériences sur les plantes sensibles, que l’excitation produite à une ou plusieurs cellules peut modifier l’importance de leur turgescence ou amplitude, et que leur contenu liquide, peut rapidement émigrer dans les tissus voisins. Le manque d’équilibre qui s’ensuivra déterminera une flaccidité des cellules provoquées, qui alors céderont sous les efforts des cellules voisines, dont la turgescence aura été augmentée d’autant. Ce phénomène a surtout été étudié en Allemagne, puis il y a quelques années en France, et particulièrement sur la Sensitive, d’une manière aussi approfondie que possible par M. Paul Bert. « Il suffit, dit M. C. de Candolle,pour expliquer le mouvement des valves (des feuilles de la Dionée) de supposer que la turgescence du parenchyme de la face supérieure vienne à diminuer ou à cesser subitement, ainsi que cela a lieu dans la moitié inférieure du coussinet des feuilles de la Sensitive. »
- D’autre part, la face inférieure est seule pourvue de stomates, et la turgescence du tissu de cette face de la feuille n’est, pas en équilibre avec le tissu plus résistant et passif de la face supérieure, il s’ensuit un enroulement facile de la feuille de dehors en dedans, ce que l’on constate nettement sur des coupes minces et transversales de la feuille. Il ne faut pas perdre de vue que les valves de la feuille se ferment le soir, et qu’il y a une période de repos comme pour la Sensitive.
- Quoi qu’il en soit, on reste encore perplexe après tous ces travaux remarquables, et leurs auteurs mêmes avouent qu’il subsiste encore quelques points de doute. Comment la transmission rapide du mouvement se fait-elle? N’y a-t-il réellement que l’instabilité du tissu influencé qui soit cause du mouvement? C’est ce qui reste à savoir.
- Quant au phénomène d’absorption de matières animales, M. de Candolle affirme n’avoir constaté aucune différence entre des pieds de Dionées soumises au régime des mouches et autres insectes, morceaux de viande, blanc d’œuf, etc., pendant six semaines. 11 a fait des cultures parallèles de pieds privés de matière azotée, qui n’ont différé en quoique ce soit des autres.
- Les Drosera ont été l’objet d’études sérieuses de la part de M. Éd. Morren. Là les conditions sont un peu différentes. Les glandes, dont les feuilles sont garnies à la face supérieure, sécrètent un liquide visqueux, dont la réaction est acide, et alors les matières animales, même en présence de ce suc, sont attaquées
- p.278 - vue 282/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 279
- comme elles léseraient, paraît-il, par l’acide gastrique. Le mouvement lent qui se produit des poils ou tentacules de la feuille du dehors en dedans lorsqu’on présente un fragment de matière à la surface d’une feuille était une raison qui militait en faveur de leur besoin de matière animale. Les poils après s’être infléchis, « restent ainsi ployés, arc-boutés sur le fragment qu’ils couvrent de leur sécrétion acide et gluante : quelques heures plus tard, l’albumine coagulée est devenue transparente, ses angles s’émoussent, et, après un jour ou deux, il en reste peu de traces. » Ce qui semble étonnant, c’est la préférence que sembleraient faire ces tentacules pour les matières animalisées, tandis que pour le papier, la moelle de sureau, la cire de bougie, toutes matières dépourvues d’azote, elles adhèrent bien aux glandes, mais chose vraiment étrange, les tentacules demeurent indifférents.... et même quelquefois ces tentacules se réfléchissent vers le dehors et cherchent manifestement à se libérer du fardeau qui les embarrasse. »
- M. Darwin ne doute pas que les glandes qui auraient la propriété de dissoudre la matière azotée, ne soient en même temps les organes d’absorption. Ce savant ingénieux voit la preuve de cette fonction dans la propriété qu’ont « les matières azotées, et surtout le carbonate d’ammoniaque, de provoquer l’agrégation du protoplasmas dans les cellules supérieures du tentacule. »
- L’influence de l’ammoniaque sur la végétation n’est pas douteuse, et indépendamment des preuves que la chimie agricole a fournies de son utile intervention dans la culture, des essais avaient été faits depuis longtemps déjà, lesquels consistaient à soumettre des plantes, dont la végétation était languissante, à des vapeurs ammoniacales. Ces expériences faites dans les serres de la Société royale d’horticulture à Chiswick en Angleterre, il y a trente ans au moins, ont été couronnées d’un plein succès. De son côté, M. Éd. Morren dit avoir constaté qu’ « un surcroît léger de carbonate d’ammoniaque dans l’air d’une serre où l’on cultive particulièrement des plantes épiphylles exerce la plus heureuse influence sur la santé de ces plantes aériennes, auxquelles l’atmosphère doit apporter tous les principes nécessaires pour se constituer. » L’absorption a bien réellement lieu par les feuilles, puisque certaines espèces de Broméliacées sont presque privées de racines. Or donc l’expérimentation du carbonate d’ammoniaque ne serait donc pas, en ce qui concerne les poils des Drosera, complètement satisfaisante.
- Que les feuilles sécrètent par leurs glandes un liquide acide, que le docteur Frankland croit devoir rapporter à l’acide propionique ou valérianique, ou au moins à un acide gras de la série acétique, cela est peut-être très-exact ; mais qu’il y ait absorption directe des matières azotées, c’est ce qui n’est pas suffisamment prouvé. Cependant, entre autres faits cités à l’appui de cette hypothèse, M. Clareck, chimiste anglais, aurait institué une expérience ingé-
- nieuse : « il aurait offert à ses Drosera des mouches sautées au citrate de lithium, et quelques jours plus tard l’analyse spectrale aurait fait voir la présence de ce métal dans les moindres organes de la plante. »
- Les recherches faites sur les Pinguicula, par M. Éd. Morren, et celles de M. Duval-Jouve sur les Utriculaires et 1 ’Aldrovandia ne laissent aucun doute sur les conclusions à en tirer. Un des faits les plus importants qu’ait signalés l’un de ces savants, c’est la constatation que les petites proies des Pinguicula subissaient le phénomène général de la putréfaction, et que celle-ci était accompagnée de ses agents indispensables, consistant en cellules de ferment, mycélium de champignons inférieui's, puis des bactéries et des mycodermes trouvés dans le mucus exsudé par les glandes foliaires et enveloppant les captures. Parfois, le nombre de monades et de bactéries, qui s’agitent avec rapidité, est considérable. Néanmoins, l’influence acide du suc visqueux se manifeste sur des fragments d’albumine, en les * érosant et en leur donnant une transparence qui prouverait un commencement de dissolution.
- J. Poisson.
- — La suite prochainement. —
- CIMETIÈRE D’ANCON, AU PÉROU
- Dernièrement, il a été question d’organiser, au Ministère de l’Instruction publique, une Exposition spéciale d’objets provenant d’Amérique. Il s’agissait surtout de produire en public les richesses archéologiques recueillies dans le cimetière d’Ancon, au Pérou. On attendra, je crois, maintenant l’Exposition universelle de 1878 pour exhiber ces objets. Mais grâce à un premier envoi fait par un de nos compatriotes, M. Théodore Ber, qui habite Lima, grâce à une mission qui lui a été confiée, et dont les produits ont été partagés entre le musée de nos antiquités nationales, à Saint-Germain, et le laboratoire d’anthropologie pour les hautes études, du docteur Broca, nous pouvons donner de curieux détails sur Ancon et son cimetière.
- Ancon est un plateau aride et actuellement inhabité, manquant complètement d’eau potable. Il domine la côte au nord-nord-ouest de Lima, à 20 kilomètres environ. Il y a là un vaste champ de sépultures, remontant aux temps de l’indépendance américaine. L’air étant fort sec et le sol très-im-prégné de sel, le contenu des tombes s’est admirablement conservé. Certains squelettes sont comme momifiés, encore recouverts de leur peau et portant toute leur chevelure. Les étoffes, les objets en bois, les aliments, sont parfois en aussi bon état que s’ils venaient d’être ensevelis. Et comme il était d’usage d’enterrer avec le mort un riche mobilier funéraire, nous retrouvons là des éléments précieux pour reconstituer, d’une manière à peu près complète, la
- p.279 - vue 283/432
-
-
-
- 280
- LA NATURE
- vie, les mœurs, les habitudes des Péruviens d’avant la conquête espagnole.
- Pour traiter la question d’ensemble, il faut attendre la production des collections annoncées par
- le Ministère. Nous nous contenterons aujourd’hui de jeter un simple coup d’œil sur les pièces les plus intéressantes du musée de Saint-Germain.
- Pans l’ensemble de la collection, ce qui surprend
- Je plus, c’est la conservation des étoffes. Non-seulement les tissus sont intacts, mais encore les couleurs ont presque gardé leur brillant primitif. Brillant est bien le mot, car évidemment les anciens Péruviens recherchaient les couleurs les plus voyantes et
- les plus tranchées. C’est, du reste, le goût de tous les peuples primitifs, goût qui se développe surtout dans les pays chauds.
- Les dessins sur étoffe sont habituellement des dessins de fantaisie, combinaisons diverses de brode-
- p.280 - vue 284/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 281
- ries, de zones, de quadrillés. Pourtant, parfois, et même assez souvent, il y a des représentations animales. 11 faut avouer qu’elles sont généralement fort mal faites. Le musée de Saint-Germain possède un
- morceau d’étoffe sur lequel est représenté un homme, un véritable monstre. La tête est à peu près aussi grosse que le reste du corps. Les deux jambes et les deux bras sont élargis et coudés comme les mem-
- Fig. 2. — Objets trouvés dans le cimetière d Ancon, au Pérou
- A. Poterie en terre cuite représentant un Lama----B. Statuette enterre cuite. — C. Vase en terre rouge représentant un homme
- accroupi. — E. Pendeloque en nacre- — GG, Pendeloques en bois noir et en ivoire. — F Fuseaux, H. Ornement d’ivoire -- D. Cuiller en bois
- bres d’un polichinelle dont on aurait tiré la ficelle (fig. 1). Si ce n’était la figure, on dirait presque une grenouille. Les mains et les pieds, qui sont nus, n’ont que quatre doigts. Le pouce man-
- que. C’est un fait curieux, renouvelé des temps préhistoriques. Les artistes magdaléniens ne figurent aussi que quatre doigts dans leurs représentations de mains humaines.
- p.281 - vue 285/432
-
-
-
- 282
- LA NATURE.
- Autre rapprochement très-curieux. Parmi les représentations les plus habituelles d’Ancon, se remarque surtout un oiseau qui ressemble énormément à ces espèces d’oies ou de cygnes si fréquents sur les vases en poterie et en bronze d’Hallstatt, de Villa-nova, de Bologne et de l’Étrurie.
- Non-seulement les sépultures d’Ancon fournissent de nombreux échantillons d’étoffe, très-ouvrés, mais encore tout le matériel de fabrication et de travail.
- Il y a les quenouilles, et surtout les fuseaux pour filer le coton et la laine de lama. Ces fuseaux sont souvent ornés de perles aux couleurs variées ou de sculptures sur bois. Mais le plus souvent ils portent des pesons ou fusaïoles en forme de cônes ou de disques, rappelant les fusaïoles en terre si fréquentes dans les stations lacustres et italiques anciennes.
- 11 y a des pelotons de fil ; des métiers pour tisser ou broder, simples combinaisons de joncs ; des aiguilles et des épingles. Ces dernières sont tout simplement de longues épines, très-minces et très-droits, dont le point d’attache à l’arbre forme la tête. Quant aux aiguilles, ce sont ces mêmes épines, dont on a troué le sommet après avoir brisé le point d’attache. Ces aiguilles sont fort jolies et bien supérieures aux aiguilles d’os employées par les Romains.
- Les fuseaux (P, fig. 2) ne sont pas les seuls objets en bois sculpté. On pourrait en citer divers autres. Nous mentionnerons comme exemple une cuiller circulaire (D), ressemblant un peu à nos poches à soupe, dont l’extrémité du manche est en partie orné de gravures et terminé par la sculpture d’un petit bonhomme accroupi.
- C’est surtout sur la poterie que l’art des anciens Péruviens s’est exercé, si toutefois on peut appeler ainsi les grossiers modelages que nous trouvons à Ancon.
- Parfois, mais rarement, le modelage forme un vase, union de l'utile à l’agréable. C’est ainsi que le musée de Saint-Germain possède un bonhomme accroupi, formant une cruche avec anse (C). La figure sur le cou de la cruche est fort en relief. Les jambes, repliées sur la panse, sont au contraire modelées en très-bas relief ; les bras sont simplement peints ; mais les mains se détachent complètement pour tenir un petit oiseau en ronde-bosse.
- Le plus souvent ces modelages en terre, passés à l’état de poterie par la cuisson, sont de simples figurines. Servaient-elles de jouet ou d’objets votifs, d’objets de culte? C’est ce que nous ne saurions dire. De cette catégorie, le musée de Saint-Germain [possède deux lamas; dont la tête est assez bien rendue, le reste du corps pitoyablement (A). Les jambes ne sont que de simples petits cylindres de terre. Un cordon tressé en coton, bride la figurine, tout comme si c’était un lama réel.
- Le musée possède aussi cinq figurines ou plutôt statuettes, car elles sont d’assez grandes dimensions, de femmes. La tête est parfois plus grosse que le corps, très-aplatie. La figure est barbouillée de cou-
- leurs diverses. Les parties génitales sont très-accentuées, mais en général, décemment recouvertes par une espèce de chemise en étoffe, qui enveloppe tout le corps de la statuette. 11 en est une qui a des cheveux fixés dans des trous qui se trouvent au sommet de la tête.
- Une autre statuette humaine ou poupée a été faite en chiffons, la figure dessinée sur l’étoffe.
- Les objets de parure sont presque aussi nombreux que les objets de travail. Ils consistent en épingles, pendeloques, colliers. Les pendeloques et grains de collier sont des plus ouvrés (E, G, G). Il en est en cuivre, en pierre, en ivoire, en os, en terre cuite et même en verre. Les représentations d’oiseaux, comme sur les étoffes sont fréquentes. Parfois l’animal entier est figuré ; d’autres fois il n’y a que sa tête. Entre toutes les pendeloques, la plus remarquable est une en nacre, représentant un oiseau de proie tenant un poisson à son bec (E).
- Plusieurs pendeloques, surtout en os et en schiste, sont ornées de ronds avec un point central ou cercles centrés. Ces cercles centrés servent parfois d’yeux aux oiseaux. C’est un ornement qui se montre très-fréquemment en Europe, surtout à l’âge du bronze et à l’époque wabénienne ou mérovingienne.
- Il n’est pas étonnant de rencontrer quelques pendeloques ou grains de collier en cuivre. Ce métal était bien connu des anciens Péruviens. En effet, on possède d’Ancon divers objets en cuivre, même des vases obtenus par le martalage, procédé de la chaudronnerie. Gomme instrument de toilette, le cuivre servait à faire de petites pincettes : comme ornement, des épingles à cheveux et des bagues. On a trouvé aussi, dit-on, de l’or. Plusieurs objets en or existent dans le nouvel envoi qu’à reçu le ministère. Il n’y a pas de fer.
- Mais ce qui est le plus étonnant dans les fouilles d’Ancon, c’est d’y rencontrer le verre. Si c’était tout simplement des pâtes de verre colorées, il n’y aurait rien de surprenant. La fusion du cuivre donnant des laitiers aux couleurs variées. Mais c’est du verre limpide, du verre façonné, et façonné même avec beaucoup d’art, plus d’art que nous n’en voyons dans tous les autres objets d’industrie. Nous devons donc en conclure que ce verre a été importé. D’où ? C’est là la question,
- Le musée de Saint-Germain, dans sa série d’Ancon, envoyée par M. Ber, possède un très-beau vase en verre bleu clair, très-limpide, orné d’appliques en verre blanc mat, et qui porte des traces de dorure. C’est une très-élégante aiguière, qui n’a rien de commun avec les formes lourdes et massives américaines (fig. 1). L’anse et le goulot sont des parties rapportées, soudées après coup, qui demandent pour leur exécution des ouvriers fort habiles et fort expérimentés. Enfin le goulot est orné d’une espèce de tète de griffon, qui n’a pas de rapport avec les têtes d’oiseaux des objets indigènes. Cette aiguière en verre n’est donc certainement pas péruvienne.
- D’où vient-elle? Certaines personnes, entre autres
- p.282 - vue 286/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 283
- M. Desjardins et M. Ber lui-même, font venir ces objets en verre de l’Asie orientale. Il y aurait eu commerce entre le Japon et la Chine d’une part, et l’Amérique de l’autre, avant la découverte du Nouveau-Monde par les Européens. Mais si ce commerce avait existé, comment se fait-il que nous ne trouvions que des objets aussi fragiles que le verre, et pas d’objets en porcelaine, substance bien plus résistante, et surtout en métal? En outre, l’aiguière en verre d’Ancon n’a pas du tout les caractères des verres chinois ou japonais, tandis que c’est coût à fait une verrerie espagnole.
- Il faut en conclure que l’aiguière d’Ancon, et les objets en verre qui l’accompagnent, ont été apportés par les Espagnols, qui en conquérants prévoyants cédaient bien aux indigènes des objets de luxe, nullement dangereux, mais ne leur livraient pas le fer et les armes qui pouvaient plus tard servir contre eux. Le cimetière d’Ancon est donc un cimetière des anciens Péruviens, qui n’aurait été abandonné qu’après l’invasion des Espagnols en Amérique. C’est pour cela que dans certaines tombes des derniers temps on rencontre quelques produits européens, comme l’aiguière de verre dont il vient d’être question.
- Cette conclusion est confirmée par un autre, fait. Les sépultures d’Ancon au milieu de leur mobilier funéraire contiennent fréquemment de la nourriture. On retrouve là tous les fruits et légumes en usage. Ces fruits et légumes, naturellement, se rapportent presque exclusivement aux produits américains, pourtant au milieu de ces produits on rencontre parfois le gros haricot marbré, que nous désignons sous le nom de haricot d’Espagne, et qui comme l’aiguière a été porté par les Espagnols d’Europe en Amérique. G. de Mortillet.
- —
- LE PROPITHÈQUE DE YERREAUX
- Le journal la Nature s’est toujours efforcé détenir ses lecteurs au courant des nouvelles acquisitions faites par le Muséum d’histoire naturelle, particulièrement lorsqu’il s’agissait d’espèces peu connues et provenant de contrées lointaines : aussi nous nous empressons de signaler l’arrivée, à la ménagerie du Jardin des Plantes, d’un lémurien qui a été pris à Morondava, sur la côte ouest de Madagascar et qui a été généreusement offert à notre grand établissement national par M. Feutrey, commandant particulier à Nossi-Bé. Ce lémurien appartient à une espèce que les naturalistes désignent sous le nom de Propithèque de Yerreaux (Propithecus Verreuxi), et à un groupe qui naguère encore était à peine représenté dans les collections, et dont les affinités zoologiques étaient complètement inconnues. Dans un article précédent, en esquissant les caractères généraux de la faune de Madagascar *, nous avons déjà
- 1 Voy. la Nature, 2e année, 1876, 3° semestre, p. 28 et 55.
- dit quelques mots de la famille des Lémuriens, et en particulier, du genre Propithèque ; nous ne reviendrons donc pas sur ce sujet, et nous nous contenterons de rappeler que le Propithèque de Yerreaux est un animal de 0m,75 de haut, dont le pelage, généralement d’un blanc-jaunâtre, est laineux et doux au toucher, et dont la queue, plus longue que le corps, mesure environ 0“,56. A tous les âges, il offre sur le sommet de la tête une calotte d’un brun-marron qui s’arrête assez brusquement sur la nuque, et qui ne s’étend ni sur le front ni sur les oreilles, ces régions restant complètement blanches ; parfois cependant il présente sur les reins et même sur la poitrine une teinte cendrée ou roussâtre, et sur la gorge une tache d’un brun foncé. La face, d’un beau noir, est presque entièrement dénudée, quelques poils épars se montrant seulement dans le voisinage des lèvres; ses mains, en revanche, sont garnies en dessus de poils blancs semblables à ceux qui revêtent le reste du corps.
- C’est évidemment de ce lémurien que Flaçourt veut parler quand il dit, dans son Histoire de la grande isle de Madagascar : « Il y a une espèce de guenuche blanche, qui a un chaperon tanné, et qui se tient le plus souvent sur les pieds de derrière ; elle a la queue blanche et deux taches tannées sur les flancs; elle est plus grande que le vari*, mais plus petite que le vari cossy2 ; cette espèce s’appelle sifac. Elle vit de fèves, et il y en a beaucoup vers Andrioune Damboulombe3 et Ranoufoutchi*. »
- Malheureusement la description de Flaçourt passa inaperçue jusqu’en 1876, époque à laquelle M. Gran-didier retrouva le sifak daus le sud-ouest de l’île de Madagascar, au milieu d’un petit bois tout dépouillé de ses feuilles, à quelques lieues au nord du village du roi antandroy Tsifaniky. Ayant appris des princes et des princesses, qui étaient accourus autour de lui pour mendier des présents, qu’il y avait dans les environs beaucoup Aesifakas, il se mit en chasse, et parvint à tuer un animal qu’il reconnut immédiatement pour un Propithèque. Après avoir, tant bien que mal, apaisé sa faim avec quelques poignées de gros millet arraché sur le pied même, il s’occupa immédiatement de dépouiller sa capture : mais il se vit bientôt entouré d’une foule hostile qui réclamait à grands cris le sifaka qu’il avait tué. Force lui lut de céder en partie aux exigences des indigènes, et de leur livrer le corps du lémurien qu’ils allèrent ensevelir à quelque distance, en le recouvrant de grosses pierres entre lesquelles ils plantèrent des feuilles de nopal; mais il parvint à conserver la dépouille, à laquelle il joignit bientôt deux autres spécimens que le capitaine du navire l’Infatigable avait obtenus des indigènes en échange d’un baril de poudre. Plus tard il tua un grand nombre de Propithèques de Yerreaux sur différents points de la côte sud-ouest,
- 1 Lemur collaris.
- 2 Lemur vari,
- 3 Nom d’un ancien chef antonosy.
- 4 Ville située au sud de Madagascar.
- p.283 - vue 287/432
-
-
-
- 284
- LA NATURE.
- principalement sur les bords de la rivière Morondava; il en eut même plusieurs vivants que les Sakalavas étaient parvenus à prendre au moyen de lacets, et qu’ils lui apportaient enroulés dans des filets étroits. Mais ces malheureux animaux ne vécurent jamais longtemps en captivité; un seul put être amené jusqu’à l’ile de la Réunion, où il mourut au bout du quatrième mois. « Une fois, dit M. Grandidier, j’ai eu en cage pendant quarante jours deux femelles qui allaitaient leurs pe-tils; rien de plus touchant que de voir ces pauvres mères les tenir couchés dans leurs bras. A la moindre alerte, le jeune sifuka quittait la mamelle et sautait sur le dos où, les mains posées sur les épaules, les pieds accrochés dans la laine, il se cramponnait si fortement que je ne pouvais lui fai relâcher prise; on comprend qu’il ne tombe jamais, quels que soient les bonds que fasse sa mère.
- Ces petits êtres s’ébattaient souvent dans la cage comme de vrais enfants, tantôt se jetant tous deux dans les bras de la même femelle, qui semblait prendre plaisir à leurs jeux; tantôt s’essayant à sauter de branche en branche, courant l’un après l’autre, et au moindre bruit regagnant le dos de leur mère. »
- Les Propithèques ne recherchent pas, comme les autres lémuriens, les petits oiseaux, les lézards et les insectes; ils se nourrissent exclusivement de jeunes pousses de végétaux, de fleurs, de baies et de fruits dont ils enlèvent adroitement la pulpe 'avec leurs incisives pectiniformes. L’eau paraît leur inspirer une frayeur instinctive ; et lorsqu’ils sont en captivité, ils ne boivent point franchement, et se
- contentent de lécher avec précaution les parois du vase contenant du liquide. Créés pour une vie essentiellement aérienne, grâce au développement de leurs muscles pectoraux et cruraux, grâce à l’existence d’une membrane sous-brachiale, faisant office de parachute, ils peuvent franchir, en volant pour ainsi dire, une distance de huit à dix mètres. Sur le sol, au contraire, ils ne progressent que par une série de
- bonds successifs, leurs bras courts, terminés par des mains grêles cl allongées, ne leur permettant pas de marcher à quatre pattes, comme les singes; rien n’est plus comique, paraît-il , que de voir ces animaux, prenant un point d’appui avec leurs énormes pieds, s’avancer en levant à chaque bond les bras en l’air, comme des entants qui s’exercent à sauter à pieds joints. Leurs mains, si admirablement conformées pour saisir les branches, ne leur sont pas, d’ailleurs, d’un grand secours pour la préhension des aliments, le pouce n’étant nullement opposable aux autres doigts.
- Doués d’un naturel très-doux, les Propithèques ne mordent que lorsqu’ils sont attaqués, et ne font jamais au chasseur de blessures, bien cruelles ; dans la saison des amours cependant, les mâles se livrent entre eux des combats acharnés et se déchirent les oreilles à coups de dents. Ils restent généralement silencieux , et ne manifestent leur effroi ou leur colère que par un petit cri rappelant un peu le gloussement d’une poule; mais quand ils sont blessés et tombent sur le sol, ils poussent des gémissements à fendre le cœur.
- Par la beauté de leur pelage et les qualités aima-
- p.284 - vue 288/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 285
- blcs de leur caractère, les Propithèques mériteraient certainement d’être conservés dans les ménageries et même dans les appartements, où ils remplaceraient avec avantage les singes qui presque toujours deviennent méchants avec l’âge ; malheureusement, comme nous le disions tout à l’heure, ils ne peuvent supporter la captivité ; au bout de quelques semaines, ils maigrissent à vue d’œil, prennent les aliments en dégoût, et ne tardent pas à mourir. Il est malheureusement probable que le beau lémurien
- donné par M. Feutrey ne pourra faire longtemps l’ornement de la ménagerie du Jardin des Plantes, quoiqu’il soit l’objet de soins exceptionnels, et qu’on le traite en enfant gâté, le nourrissant avec des mandarines de première qualité, des bananes prises chez Chevet, et des bonbons de nos meilleurs confiseurs. Aussi nous ne saurions trop recommander à nos lecteurs de se hâter s’ils veulent contempler vivant ce type curieux de la faune malgache.
- E. Oüstalet.
- Force du vent
- ,-r fbre& d* 2 ou. 2 à 3 mille* parJieuT&
- *__* -. d* ôàScKÏ’Z.GàiO.S -----------
- d»3aiOau6l6 ----- „
- -i-,-- Lignes Isobares. yS \
- _ ____Lig Isobiaxs douteuse* /^
- Ligne* Isothermes.
- TempsclairouyUgèresrxenS/nujagei^jaik • ou , Pluie* neige* grète> ousÿu>rn>*
- Spécimen d’une carte du temps dressée par le service météorologique des États-Unis, et comprenant l’hémisphère Nord.
- (Réduction 1/3.)
- Il MÉTÉOROLOGIE AUX ÉTATS-UNIS
- M. général Albert Myer, chef du service météorologique aux Etats-Unis, nous a récemment envoyé d’intéressants documents qu’il nous parait utile de faire connaître, car ils nous semblent appelés à
- jouer un rôle considérable dans les futurs progrès de la météorologie.
- M. le général Albert Myer a adressé à la date du 6 décembre 1876, la lettre suivante à M. Robeson, secrétaire de la Marine américaine :
- Lora du Congrès météorologique de Vienne, en 4875,
- p.285 - vue 289/432
-
-
-
- 286
- LA NATURE.
- on adopla la motion suivante : « Il serait désirable, en vue d’un échange, que l’on fît au moins une observation uniforme, de nature à pouvoir servir à la confection de cartes synoptiques, et qu’on en prit note journellement et simultanément dans un aussi grand nombre de stations qu’il sera possible d’en établir sur le globe. »
- Une correspondance organisée par notre bureau, sous la direction du secrétaire de la Guerre, a réussi à établir la coopération pour la rédaction et l’échange de rapports d’observations météorologiques simultanées entre les Etats-Unis et l’Algérie, l’Autriche, la Belgique, la Grande-Bretagne, le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Norvège, le Portugal la Russie, l’Espagne, la Suède, la Suisse, la Turquie, la Grèce, le Canada, les îles Sandwich, la Guyane hollandaise et le Japon.
- On remarquera que, grâce à la série d’observations ainsi faites, l’étude simultanée des changements atmosphériques est aujourd’hui praticable sur tout l’hémisphère boréal, par la voie de terre.
- Toutefois la coopération des marines sera nécessaire pour compléter les séries, qui sans cela, seraient insuffisantes pour les éludes aussi étendues qu’elles doivent l’être. A cet effet, on vous demande, en votre qualité de secrétaire de la Marine, tout le concours que peut apporter la flotte des Etats-Unis, en faisant prendre note d’observations simultanées partout où se trouvent les navires ou les stations navales des Etats-Unis ; ces navires et stations échangeraient ainsi leurs observations avec celles de notre bureau. %
- Est-il nécessaire de dire qu’en retour de cette coopération notre bureau fournira pour les besoins de la marine, en quelque temps que ce soit, toutes les informations qui seront à sa connaissance.
- On propose d’établir, en outre, un échange régulier avec le département du Maine, au moyen du bulletin d'observations météorologiques internationales, où l’on insérera les observations navales confiées à la marine ; on vous en fournira les exemplaires que vous pourrez réclamer.
- En vous demandant le concours de la marine, nous ne nous proposons pas l’intérêt d’une seule nation, mais celui de l’humanité entière. Sans aucun doute, les navires des autres nations imiteront l’exemple donné par la marine des États-Unis. Le résultat final consistera en un ensemble d’observations plus large et plus complet que tout ce qu’on a obtenu jusqu’ici. Albert J. Myer.
- A la date du 21 décembre, M. Robeson a répondu qu’il allait donner les ordres nécessaires pour que des observations complètes et régulières fussent exécutées tant à bord de tous les navires de la flotte des Etats-Unis, que dans toutes les stations navales.
- M. le général Myer a joint à ces documents qu’il nous adresse, un exemplaire des admirables cartes du temps, américaines. Nous en donnons ci-contre un spécimen réduit au tiers. Ces cartes sont tirées en chromolithographie; les continents sont teintés de bleu et se détachent nettement sur le fond de la mer qui reste blanc. Les lignes isobares et isothermes sont imprimées en rouge.
- Ces cartes donnent des indications météorologiques sur l’hémisphère nord tout entier, qui comprend l’Amérique du Nord, l’océan Atlantique, l’Europe, le nord de l’Afrique, l’Asie.
- Elles sont dressées à l’aide des documents reçus
- à Washington, sous forme de dépêches électriques et envoyées de 246 stations, réparties dans le monde entier, jusqu’en Chine et au Japon.
- Quand la télégraphie océanique aura pris des développements plus considérables encore, quand le globe terrestre sera complètement enveloppé de fils électriques, la science pourra centraliser les observations météorologiques faites à la surface de la terre tout entière, et il n’est pas douteux qu’alors la prévision du temps dans une localité déterminée pourra être formulée avec les plus grandes chances de certitude. Gaston Tissandier.
- —-------
- CHRONIQUE •
- Nouvelle mitrailleuse Gatllng. — On vient de faire avec succès l’essai d’une nouvelle mitrailleuse construite d’après les plans de M. Gatling. Les cinq canons dont elle se compose sont incrustés dans un lit de bronze, et la poignée est disposée de façon à produire une rotation plus rapide et plus régulière. Un perfectionnement a été aussi introduit dans la façon dont la charge est présentée. Le compartiment dans lequel elle est renfermée contient 40 cartouches ; il peut être enlevé et remis en place par un mouvement très-simple et presque imperceptible. Dans les expériences dont il s’agit, on a tiré 80 projectiles en 13 secondes, et l’inventeur assure qu’il est possible de tirer 300 coups par minute. Le poids de cet engin est de 44 kilogrammes ; son affût est semblable à celui d’une petite pièce de campagne, et il est accompagné d’un trépied sur lequel la mitrailleuse peut être montée quand on a besoin d’un pointage latéral d’une grande étendue, ou quand on est forcé de changer rapidement la direction du tir.
- (Broad Arrow et Revue maritime).
- Moyens d’éviter le roulis. — Dans une réunion tenue récemment par la Society of Engineers, M. William Mac-Naught a lu un mémoire sur le roulis des bâtiments, dont voici un extrait : Après s’être étendu sur la fatigue extrême que les grands mouvements de roulis font éprouver aux navires, l’auteur démontre, avec des figures à l’appui, que dans une mer agitée les oscillations du navire se produisent autour d’un centre pouvant être considéré comme stationnaire pour un moment donné, et où viennent se détruire mutuellement les trois mouvements de rotation, d’élévation ou d’abaissement et de poussée auxquels est soumis le corps flottant. Il est impossible de détruire le mouvement d’élévation ou d’abaissement ; mais le mouvement de rotation serait diminué dans une grande mesure, en plaçant, sous les fonds du navire, deux gouvernails balancés, pouvant se rentrer quand leur emploi ne serait pas utile. Ils seraient manœuvres par un homme, qui aurait à tenir leurs surfaces tournées de façon à agir constamment en opposition avec le mouvement angulaire du bâtiment. M. Mac-Naught donne une formule au moyen de laquelle se calcule la force nécessaire pour détruire des oscillations dont l’amplitude s’élève à 4 degrés. En l’appliquant au Shah et à la Dévastation, il a trouvé que les gouvernails devraient avoir chacun, pour le premier, 30 centimètres de large sur lm, 42 de long; pour le second, 45 centimètres de large sur 1“,61 de long. Ces dimensions, pour un navire de 700 tonneaux, doué d’une
- p.286 - vue 290/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 287
- vitesse de 7 nœuds, deviennent 45 centimètres de large sur 74 centimètres de long, avec des ouvertures dans la carène à peine supérieures. On améliorerait d’une manière notable les qualités évolutives du bâtiment, en plaçant les appareils chacun à une extrémité et en inclinant leurs surfaces en sens opposés. (Iron.)
- Dans sa séance du 44 mars 1877, la Société entomolo-gique de France a décerné son prix annuel (fondation de M. JeanDollfus) à notre collaborateur, M. Maurice Girard, pour son livre sur les Orthoptères et Névroptèrcs, faisant partie de son traité élémentaire d’entomologie théorique et appliquée, et dont le journal la Nature a rendu compte.
- CORRESPONDANCE
- Paris, lundi, 26 mars 1877.
- Monsieur Gaston Tissandier,
- Le dernier compte rendu de l’Académie renferme une juste réclamation de priorité de M. Félix Plateau. Je m’empresse de le reconnaître, et j’en extrais pour vos lecteurs la partie qui touche directement aux expériences que j’ai eu l’honneur de vous communiquer. (Voy. p. 273.) Je cite textuellement :
- « .... On tend sur l’orifice d’un vase plein d’eau un morceau de tulle à larges mailles ; on pose une plaque de verre par-dessus, puis on retourne le tout en maintenant la plaque contre le bord; si l’on fait ensuite glisser la plaque horizontalement, de manière à laisser le tulle à découvert, on voit l’eau rester suspendue en totalité dans le vase, tant que l’orifice de ce dernier reste bien horizontal; pour peu qu’on l’incline, le liquide s’écoule tout d’un coup. L’expérience m’a réussi même avec un vase dont l’orifice avait un diamètre de 10 centimètres. J’avais donc réalise et publié depuis longtemps une des expériences décrites par M. de Romilly dans le travail intéressant qu’il vient de présenter à l’Académie. Mes recherches ont naturellement échappé à l’attention du savant physicien, leur titre ne permettant de supposer qu’une étude anatomique et physiologique. » (Notice publiée en 1867 : Observations sur Vargyromètre aquatique.)
- Je remercie M. Félix Plateau des expressions bienveillantes dont il me fait l’objet. J’ignorais en effet absolument sa remarquable notice dont je viens de prendre connaissance et qui portait sur des sujets qui sortent du cercle de mes études habituelles. Il faut donc attribuer au savant physiologiste les premières lignes de mon travail jusqu’à ces mots : « A chaque maille du tissu on voit un ménisque, » car à partir de ce moment, je crois pouvoir conserver le résultat de mes recherches, c’est-à-dire : les observations sur les ménisques, la suspension latérale de l’eau, l’aspiration par la base sans pénétration d’air latéral, l’ébullition de l’eau et l’alimentation de l’eau bouillante par un jet extérieur.
- Agréez, monsieur, etc.
- Félix de Romilly.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 mars 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Paléontologie. — Un magnifique volume orné de planches et publié à Buenos-Ayres, par M. Burineisler,
- fournit la démonstration de ce fait très-intéressant, que le sol des pampas renferme en abondance des vestes de chevaux fossiles. On voit donc, que si les Européens ont importé les chevaux sur le sol américain, ces animaux y avaient cependant déjà existé à une époque antérieure.
- Orage à grêle. — De la description d’un récent orage à grêle essuyé dans le Midi, M. Émile Ferrière tire de nouveaux témoignages à l’appui de la théorie développée par M. Faye, et dont nos lecteurs ont été entretenus à diverses reprises.
- Propriétés antiseptiques du bichromate de potasse. — D’après M. Langeroy, il suffit de dissoudre 4/400 de bichromate de potasse dans de l’eau, pour que celle-ci préserve les produits végétaux ou animaux qu’on y tient immergés, de toute putréfaction. Après quelques mois de séjour, la viande passe à un état qui rappelle la gutta-percha, et Fauteur en a frappé des médailles. Elle est d’ailleurs devenue vénéneuse, et les chiens refusent d’y toucher.
- Sur lacinchonidine. — Dans une récente communication sur la cinchonidine considérée comme succédané de la quinine, M. Weddel a attribué à M. Pasteur la découverte du premier de ces alcaloïdes. Celui-ci, pour rendre hommage à la vérité, rétablit les choses et entre dans quelques détails intéressants. C’est en 1833, que M. Henry en étudiant les quinquinas, en sépara une base qu’il considéra comme étant différente de la quinine, et qu’il nomma quinidine. Plus tard, on reconnut que ce n’était qu’une modification cristallographique de la quinine. Mais le nom de quinidine fut repris plus tard par M. Winckler, qui note en 1848 un alcaloïde réellement distinct. Lors de ses célèbres recherches de la polarisation rotatoire moléculaire, M. Pasteur eut occasion d’examiner ces substances. 11 constata qu’il existe réellement un isomère de la quinine, ne différant de celle-ci que par le sens de la rotation qu’elle imprime au plan de polarisation de la lumière polarisée, et qui mérite le nom de quinidine. Quant à l’alcaloïde de M. Winckler, il se montra isomère de la cinchonine, et M. Pasteur le nomma naturellement cinchonidine. C’est dans le cours des mêmes recherches, que les autres isomères, la quinidine et la cinchonicine furent caractérisés et nommés.
- Embryogénie végétale. — M. Van Tieghem s’est posé la question de savoir si l’embryon dans la graine trouve dans l’albumen qui l’entoure, une véritable nourrice, ou simplement une nourriture qu’il est contraint de digérer et d’absorber. La conclusion du long mémoire dont il donne lecture, est que ces deux solutions peuvent se présenter. Dans les graines dont l’albumen est oléagineux, on voit celui-ci se digérer pour ainsi dire lui-même, et fournir à l’embryon une substance toute préparée. Au contraire, dans les graines à albumen amylacé ou cellulosique, c’est l’embryon qui accomplit lui-même le travail de digestion des matières nutritives emmagasinées autour de lui.
- Purification des eaux d'égout. — On sait que si l’on conserve des eaux d’égout dans un vase fermé, à l’abri du contact de l’air, elles ne tardent pas à se troubler. En même temps elles deviennent infectes, et l’on reconnaît en outre qu’elles renferment d’innombrables orga-
- p.287 - vue 291/432
-
-
-
- 288
- la nature.
- nistiies inférieurs. M. Ch. Lauth, qui vient de soumettre ccs eaux à une nouvelle étude, pense que les organismes en question résultent des matières insolubles contenues dans les liquides, et sa raison est que le filtrage en empêche l’apparition.
- Les expériences qu’il a tentées, et que M. "Würtz résume, ont amené l’auteur à découvrir deux méthodes distinctes propres à réaliser la purification et la clarification des eaux d’égout. La première consiste dans l’addition d'une quantité convenable d’eau de chaux. En même temps que les eaux deviennent ainsi limpides, on constate qu’une partie de l’azote des matières organiques qu’elles renferment, devient soluble et passe à l’état d’ammoniaque. On constate aussi que les organismes supérieurs cessent de s’y montrer.
- Le deuxième procédé est tout à fait nouveau. 11 repose sur les deux faits suivants : 1° que, d’après M. Chevreul, la putridité des eaux résulte surtout de la réduction des sulfates sous l’influence des substances organiques qui tendent invinciblement à se brûler et qui donnent lieu ainsi au développement de l’hydrogène sulfuré, et 2° que la réduction des sulfates n'a plus lieu si l’on fournit à la matière organique de l’oxygène, plus facilement absorbable que celui que les sulfates contiennent. Partant de là, M. Ch. Lauth aère simplement les eaux en y faisant barbotter quelque temps un courant d’air. Le résultat , paraît-il, est excellent.
- Fièvre typhoïde.
- -C’est avec de très-grands éloges, que M. Bouley présente la thèse inaugurale de M. le docteur Albert Robin, qui est parvenu à caractériser toutes les phases de l’affection typhoïde, d’après les réactions chimiques de l’urine à tous les moments de la maladie.
- Stanislas Meunier.
- LE PYROMÉTRE MAIN
- On a employé un très-grand nombre d’appareils différents, pour mesurer les hautes températures alors qu’il n’est pas possible d’utiliser la propriété de dilatation du mercure ou de l’alcool. Il y a, en effet, certaines opérations, comme celles de la cuisson de la porcelaine par exemple, où il importe avant tout de connaître le degré de température qui règne dans le fourneau. Yedgwood semble être le premier qui utilisa la remarquable propriété que possède l’argile de se contracter sous l’action de la chaleur.
- Parmi les pyrornètres dont on se sert encore pour déterminer la température d’un courant d’air, élément de première importance dans la fabrication du fer, quelques-uns sont basés sur la dilatation d’un ou de plusieurs mélaux sous l’influence de la chaleur. D’autres, comme le pyromètre électrique do ; M. Siemens, donnent des indications précises, non pas directement, mais par comparaison. Il en est de même du nouveau pyromètre de M. Main, que nous allons décrire, d’après le journal anglais Iron.
- Le pyromètre de M. Main est disposé de telle manière qu’un thermomètre à mercure donne des indications corrélatives de celles du courant d’air chaud dans lequel l’instrument est placé, et de telle sorte que l’on peut inférer de ces indications la véritable température du courant d’air chaud lui-même. La | figure ci-jointe permet de comprendre très-facilement
- le mécanisme de ce système. D représente le fourneau d’où se dégage l’air chaud dont il s’agit de mesurer la température. Cet air chaud s’écoule par le conduit C, et arrive dans le vase A, formé de trois cylindres concentriques en cuivre ou en laiton. Il circule dans l’espace annulaire intermédiaire, et s'échappe par l’orifice conique E. Le cylindre extérieur est rempli d’une substance isolante, mauvaise conductrice de la chaleur. Le cylindre central contient un thermomètre à mercure ordinaire. Pour graduer l’appareil, on se sert d’un pyromètre métallique que l’on plonge directement dans le fourneau D ; on note ainsi à plusieurs reprises les différences de température que donnent le pyromètre et le thermomètre à mercure. On établit ainsi des rapports qui permettent dans la suite d’obtenir Ta température réelle de l’air chaud, par une simple proportion algébrique.
- Ce pyromètre, comme on le voit,, est très-simple ; il est employé avantageusement en Angleterre, dans l’établissement métallurgique de Glengarnock. Il est moins compliqué que le pyromètre électrique de Siemens et moins encombrant que le pyromèlre à eau du même inventeur. G. T.
- Le Propriétaire-Gérant ; G. Tissandier.
- Nouveau pyromètre de AI. Alain.
- ColtBEIL, TÏP. ET STÉn. CIUTH.
- p.288 - vue 292/432
-
-
-
- fi* 201. — 7 AVRIL 1877.
- LA NATURE.
- 289
- LE TÉLÉGRAPHE PARLANT1
- On a vu reparaître dans ces derniers temps un jouet fort simple, qui peut passer pour l’ancêtre du télégraphe parlant. Nous voulons désigner ici les deux tubes de carton ouverts à une extrémité et fermés à l’autre par un diaphragme de parchemin; les deux diaphragmes sont reliés entre eux par une ficelle d’une longueurde 7 à 10 mètres.
- Si l’on vient à parler à voix basse dans l’un des tubes , l’interlocuteur qui place l’autre à son oreille entend très-dislinctement la conversation, dont les éléments sont transmis par la ficelle. L’analyse de cette transmission montre que les vibrations de l’air formant la voix mettent en mouvement la première membrane, les ondulations de celle-ci produisent dans la ficelle des vibrations longitudinales qui influencent à leur tour la seconde membrane, et arrivent finalement au tympan de l’auditeur par la couche d’air de l’intérieur du second tube.
- 11 s’agit là d’un phénomène qui nous est familier, et dont l’explication nous paraît peu embarrassante. Cependant à y regarder de plus près, et demandant à la physique si elle rend compte de tous les détails, on apprendra bientôt que bien des points restent obscurs pour les savants.
- La voix est plus complexe qu’un air de musique; déjà la transmission d’un air, et, même pour réduire la question à ses éléments, la transmission d’une note n’est pas chose si facile à comprendre. On distingue, ou le sait, dans une note musicale trois qualités : la hauteur, l’intensité et le timbre. La hau-
- VVoy. n° 198, 17 mars 1877, p. 251 b* aunéf. — t,r semestre.
- leur est donnée par le nombre de vibrations effectuées dans l’unité de temps, c’est la qualité la mieux étudiée et à laquelle conviennent les deux épithètes de note grave on aiguë, suivant que les vibrations sont longues ou courtes, lentes ou rapides. L’intensité et le timbre dépendent de circonstances moins
- connues, et l’analyse ne sait pas encore préciser les causes qui les modifient.
- Ce n’est pas pour décourager le lecteur que nous insistons sur la complexité du sujet qui avait semblé au premier aspect parfaitement expliqué. Nous voulons ménager la transition pour donner la description du télégraphe parlant, auquel l’électricité prête ses ressources merveilleuses de propagation à toutes distances.
- Pour une explication en bloc, ce nouvel appareil paraîtra aussi simple que le joujou à la ficelle. Nous aurons une membrane vibrant sous l’impulsion de la \oix, un relais électrique franchissant l’étape, et à l’autre bout un répercuteur apportant à la membrane de réception Fonde sonore du départ. Ainsi formulée, l’explication se tient debout et satisfait les gens peu difficiles; mais en pareille matière les savants arrivent avec leur loupe et demandent à pénétrer plus avant le mystère.
- Il en est de l’invention nouvelle comme de toutes celles qu ’on a vues poindre depuis l’origine du monde. Il est souvent plus malaisé d’en rendre compte en suivant le langage de l’école, que d’en exposer les résultats. Cela vient de ce que les chercheurs, ou pour mieux dire les trouveurs, procèdent dans leurs élucubrations par une voie qui leur est personnelle, et où les théories régnantes n’ont pas toujours accès. Mais l’invention acquise, il faut, bon gré mal gré, qu’elle s’intercale dans le cadre des opinions classiques ; il est bon d’ajouter que celles-ci
- 19
- p.289 - vue 293/432
-
-
-
- 290
- LA NATURE.
- prennent toujours à temps l'élasticité qu’il faut pour admettre la nouvelle venue. Ce serait un curieux travail, digne de tenter un philosophe, d’étudier à ce point de vue la physique moderne; nous avons aujourd’hui une tâche plus modeste.
- Il nous faut dire comment on parle à distance par le moyen de l’électricité, comment le nouvel appareil de M. Bell se distingue de ses devanciers, et réalise ce qu’on a pu appeler sans exagération une véritable merveille. Notre enthousiasme ne sera pas suspect, nous ne dirons pas tout ce que nous espérons de cette invention qui se présente encore à nous sous une forme embryonnaire ; nous nous bornerons à la produire en la rattachant à ses aînées. Peut-être si nous éprouvons quelque réserve, cela tient-il à ce que les descriptions les plus complètes que nous possédons renferment des lacunes, sans doute voulues dans un intérêt d’exploitation que nous n’avons point à discuter.
- L’appareil de M. Bell, tel que nous allons l’indiquer d’après le témoignage des personnes qui l’ont vu fonctionner, ne ressemble point aux téléphones qui ont été produits antérieurement et dont nous avons décrit ici même le type le plus parfait imaginé par M. Reuss L
- Le téléphone chante un air de musique à distance; c’est déjà beaucoup, et nous nous sommes suffisamment extasiés sur ce progrès de la science. Mais enfin, nous avons indiqué que le récepteur de l’instrument transmet seulement des vibrations dont la durée est identique à celle des vibrations émises. Nous avons même reconnu qu’il est apte à reproduire un ensemble de notes, autrement dit l’effet d’un orchestre. Si l’on se reporte à la description du mécanisme de l’instrument, on verra qu’il n’a que la prétention de transmettre une seule des trois qualités du son : la hauteur, sans souci de ce qui peut arriver pour l’intensité et le timbre. Qu’on nous permette de rappeler que le transmetteur du départ établit et interrompt le courant lancé dans le fil, sur un rhytme concordant exactement avec celui de l’émission, mais il n’a pas souci des nuances, il donne le nombre des vibrations et la mesure, voilà tout.
- L’originalité de l’appareil de M. Bell réside dans une conception nouvelle. Ainsi que l’a dit M. Thomson, si l’électricité doit convoyer toutes les délicates qualités qui distinguent le langage articulé, elle doit varièr continuellement la force de son courant, et, cela autant que possible, en proportion simple avec la vitesse d’une particule d'air engagée dans la constitution du son.
- Pour réaliser cette conception mathématique, l’inventeur a songé à utiliser l’une des propriétés des courants induits. On sait que lorsqu’on approche ou’qu’on éloigne d’un barreau aimanté, entouré d’un circuit isolé, une armature de fer doux, il naît dans le fil des courants instantanés, dont les changements
- * Soj. 4° année, 1876, 2e semestre, p. 108.
- d’intensité successifs suivent exactement les phases du mouvement matériel de l’armature. C’est une loi constatée, que l’intensité du courant est à chaque instant proportionnelle à la vitesse de l’armature.
- Voilà donc l’organe principal et nouveau du télégraphe parlant; nous allons aborder la description.
- Nous retrouvons, comme dans tous les téléphones, deux organes distincts : le transmetteur et le récepteur.
- Le transmetteur, représenté figure 1, consiste en uri électro-aimant horizontal, fixé à une colonne portée sur un socle en bois. Devant les pôles de cet aimant, ou pour parler exactement, de cet inducteur magnéto-électrique, est fixé au socle et dans un plan vertical un anneau circulaire en laiton, sur lequel est tendue une membrane ; elle porte à son centre une petite pièce allongée de fer doux qui oscille devant l’aimant toutes les fois que la membrane est dans un état de vibration. Cette membrane se tend comme une peau de tambour au moyen des vis indiquées sur le dessin.
- Les deux extrémités du circuit qui entoure l’aimant aboutissent à deux vis de pression, servant à établir la communication avec le récepteur que l’on voit figure 2. Celui-ci n’est autre qu’un électro-aimant tubulaire du type indiqué par M. Nieklès en 1852, et reproduit plusieurs fois depuis cette époque sous divers noms. Il consiste en une barre verticale entourée de fil et renfermée dans un tube de fer doux qui condense le champ magnétique, et augmente dans cette aire la force d’attraction. A ce tube est fixée par une vis, et contre la circonférence, une mince armature en tôle, de l’épaisseur d’une feuille de papier fort ; sous l’influence des courants transmis, cette armature agit en partie comme un vibrateur, et en partie comme un résonnateur. L’aimant avec son armature est monté sur un petit pont fixé au socle en acajou, pareil au socle du transmetteur.
- L’action de l’appareil est la suivante : lorsqu’une note ou une parole retentit dans l’embouchure du transmetteur, la membrane vibre à runisson et fait ainsi avancer et reculer le fer doux inducteur devant l’électro-aimant, le fer induit ainsi une série de courants magnéto-électriques dans l’hélice qui l’entoure, et ces courants sont transmis par le fil conducteur à l’instrument de réception. Une vibration correspondante est donc produite dans la mince armature en 1er, et celle-ci suffit à donner des ondes sonores qui permettent de reconnaître distinctement' et clairement des mots articulés.
- Dans tous les essais antérieurs, ainsi que nous l’avons dit, pour produire ce résultat, les vibrations étaient obtenues par le jeu d’un interrupteur, de sorte que si le nombre des vibrations par seconde et. les mesures du temps étaient correctement transmises, par contre il n’y avait pas dé variation dans la force du courant, variation qui eût permis de reproduire en même temps la qualité du ton. Çe défaut n’empêchait pas la transmission de notes
- p.290 - vue 294/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 291
- purement musicales, mais les variations compliquées du ton, de la qualité, de la modulation qui constituent la voix humaine, exigeaient quelque chose de plus que le simple isochronisme d’impulsions vibratoires.
- Dans l’appareil de M. Bell, non-seulement les vibrations du récepteur sont isochrones avec celles de la membrane du transmetteur, elles sont encore semblables en qualité au son qui les produit, car les courants étant induits par un inducteur qui vibre avec la voix, les différences d’amplitude des vibrations donnent des différences dans la force des impulsions, et un son articulé, le son de la voix d’une personne qui parle, est produit à l’autre extrémité du conducteur.
- Quant aux relations d’expériences faites avec cet appareil, nous ne pouvons faire mieux que de citer les paroles d’un témoin oculaire, sir William Thomson. Voici ce qu’il dit dans son adresse à la réunion de l’Association britannique à Glasgow :
- « Au département Canadien j’ai entendu : To be or not to be... There’s the rub, par un fil télégraphique. Des monosyllabes de mépris, l’articulation électrique les donnait par élans, haussait la portée du ton. Elle me donnait au hasard des passages tirés des journaux de New-York. : « S. S. Cox has « arrived (jen’ai pas distinctement perçu S. S. Cox) « the city of New York.—SenatorMorton. — The self nate has resolved to print a thousand extra copies ; « the Americans in London bave resolved tô celebrate « the coming 4 th of July. » Tout cela je l’ai de mes propres oreilles entendu, dit à moi avec une netteté qui ne permettait aucune méprise, par l’armature alors en forme de disque d’un petit électro-aimant, pareil exactement à celui que j’ai dans la main. Les paroles étaient proférées d’une voix claire et sonore par mon collègue du jury, le professeur Watson, à l’autre extrémité du fil télégraphique ; il avait la bouche contre la membrane tendue, pareille à celle que vous avez devant vous. Elle portait une petite pièce de fer doux, construite de façon à donner dans le voisinage d’un électro-aimant en circuit avec la ligne des mouvements proportionnels aux mouvements sonorifiqucs de l’air. Cette merveille, certainement la plus grande de la télégraphie électrique, notre jeune compatriote M. Graham Bell d’Edimbourg, qui va se faire naturaliser citoyen des États-Unis, l’a réalisée. » Ch. Bontemps.
- --<*><-
- L’EXPOSITION DE PHILADELPHIE
- Le directeur général de l’Exposition avait raison de dire, le jour de la distribution des récompenses : « Les bénéfices de cette assemblée de tous les pays civilisés, avec leur produits, seront mieux compris et plus pleinement appréciés après que l’Exposition elle-même sera passée. »
- Nous avons cru, en effet, qu’il était bon de laisser
- passer quelque temps avant d’offrir aux lecteurs de la Nature un travail d’ensemble sur l’Exposition de Philadelphie, au sujet de laquelle l’intérêt se trouve entretenu par les préparatifs de notre prochaine Exposition.
- Nous ne nous proposons pas de résumer ici nos comptes rendus de l'Exposition. Un pareil travail, dans les limites qui nous sont tracées, se bornerait à une aride nomenclature. Nous nous proposons seulement de mettre en relief les faits les plus importants pour en déduire des enseignements pratiques.
- Pour donner une idée générale de la ville de Phi* ladelphie, je ne puis mieux faire que de traduire un passage du discours prononcé, il y a Irois ans, par M. Brewster, en posant la première pierre du nouvel hôtel de ville.
- « Philadelphie compte plus de 800 000 habitants et 144 000 maisons, c’est-à-dire 60 000. de plus que New-York. Elle comprend 1600 kilomètres, de rues ou chemins, dont la moitié est pavée ; elle est éclairée par 10 000 becs de gaz. Sous le sol se trouvent 215 kilomètres d’égouts, près de 1000 kilomètres de tuyaux de gaz et autant de conduites d’eau. Nous avons 441 kilomètres de tramways, parcourus chaque jour par 1800 « cars » ;
- 5000 machines à vapeur, 400 écoles publiques, fréquentées par 80 000 élèves, et dirigées par 16 000 maîtres; plus de 400 églises, où peuvent trouver place à la fois 300 000 personnes.
- « Notre cité compte 9000 fabriques, représentant un capital d’un milliard, fournissant du travail à 145 000 ouvriers et produisant près de deux mil-lards. L’impôt, qui monte à 45 millions, est perçu sur des immeubles évalués plus de deux milliards et demi. »
- Telle était la statistique il y a trois ans, mais tout marche vite en Amérique, et l’on peut, aujourd’hui, augmenter ces chiffres d’au moins 10 pour 100.
- Aux bords d’une rivière navigable, qui serpente au pied de collines boisées, Philadelphie possède un parc admirable d’environ 3000 acres de superficie (l’acre vaut 40 ares 1/2). Le terrain est accidenté, entrecoupé de ravines, au fond desquelles des ruisseaux fuient parmi les rochers ou glissent entre les herbes et les plantes aquatiles. De vieux saules échevelés forment des voûtes ombreuses dans les parties basses ; les coteaux sont couverts de frênes, d’ormeaux, de chênes séculaires; çà et là,’ sur de vastes plateaux, de gigantesques sapins dressent leur fruste branchage au-dessus des bois d’érables et de maiTonniers. Ombrages, rochers, eaux vives, la nature a tout donné à cet heureux coin de terre. Les ingénieurs n’ont eu qu’à tracer des routes, des allées, des sentiers, coixstruire des ponts, des kiosques, disposer des fontaines, des statues, pour en faire une merveille. Ces embellissements ont déjà coûté plus de cinquante millions. ;
- C’est dans ce parc Fairmount, que l’on a élevé les bâtiments de l'Exposition. L’enceinte réservée,
- p.291 - vue 295/432
-
-
-
- 292
- LÀ NATURE.
- d’environ 450 acres, contenait environ deux cents palais, monuments, galeries, kiosques, habitations, constructions de tous styles et un peu de tous pays, dont nous ne pouvons noter que les plus importantes.
- L’Exposition comprenait cinq bâtiments principaux : le Palais de l’Industrie (Main building) long de 1880 pieds sur 464 en largeur; la Galerie des Beaux-Arts (ArtGallerye)construit aux frais de l’État de Pensylvanie, en granit et en fer, monument durable du centenaire; la Halle aux machines (Machi-nery Hall), salle de 1400 pieds de long sur 3b0 de large et une annexe de 200 pieds en carré; ce qui donne une superficie de 15 acres; la Halle de l’Agriculture (Agricultural Hall), qui occupait 10 acres de superficie; la Serre (Horticural Hall), qui survit à l’Exposition, et forme le plus gracieux ornement du parc.
- A ces cinq bâtiments principaux, ajoutons les annexes des voitures, de l’industrie du cuir, de la photographie, le pavillon des femmes, celui des États-Unis ; les établissements ouverts par des industriels pour la fabrication de la bière, du pain, du fromage, du verre; des restaurants, cafés et buvettes; les bâtiments élevés par les gouvernements étrangers et par les différents États de l’Union; des bazars orientaux ; des pavillons pour la vente des journaux, de cigares, de champagne, et de cercueils I
- Parmi toutes ces constructions fantaisistes ou utilitaires, signalons aux organisateurs de notre Exposition, la « Maison du confort public ».
- Vous arrivez de voyage, le chemin de fer vous a conduit aux portes de l’Exposition et vous comptez partir le soir même, par conséquent; vous n’avez nullement besoin de descendre à l’hôtel. Mais vous êtes fatigué, couvert de poussière, votre toilette se ressent d’une nuit passée en wagon, vos mains sont embarrassées d’un sac et d’un paquet, comment entreprendre ainsi la visite de l’Exposition? Cette maison a été construite exprès pour vous, entrez, et si l’hospitalité n’est pas tout à fait écossaise, vous n’en bénirez pas moins ceux qui en ont dressé le plan et aménagé les détails.
- Remettez à ce guichet les menus objets qui vous embarrassent, on va vous donner, en échange, un cachet plus facile à porter. Profitez des offres de service de ce jeune garçon en uniforme, qui vous présente un excellent fauteuil, où vous lirez le journal que voici, pendant qu’il fera reluire vos bottes. Dans cette salle vous pouvez prendre un bain, puis le barbier va vous raser, brosser et parfumer. Si vous ne voulez pas demander tous ces services, passez simplement dans ce cabinet de toilette au grand complet. Désirez-vous une collation? on va vous servir, ou bien achetez un fruit, un gâteau, un cigare, aux petits étalages qui vous offrent leurs tentations, Vous faut-il écrire une lettre, envoyer une dépêche? Tout est prêt sur cette table; le télégraphe fonctionne dans ce bureau. Souhaitez-vous aller ce soir
- au théâtre? Adressez-vous ici pour louer une loge ou un fauteuil. Vous voici reposé, rafraîchi, propre et dispos, mais vous hésitez sur le seuil, il fait un soleil ardent ou le temps est à l’orage.... Tout est prévu, on va vous louer un parapluie, il faut que rien ne manque à votre « confort ».
- Comme on devait s’y attendre, les Américains ont fait de leur Exposition l’occasion d’une immense réclame. Ils se sont réservé, dans chaque bâtiment, un espace si considérable, que chaque exposant a pu se donner libre carrière pour le déploiement de ses produits. L’étude était ainsi rendue d’autant plus difficile et plus fatigante. Ces défauts n’ont point échappé d’ailleurs aux critiques du pays, témoin un article du Herald, où l’on trouve ces mots : « L’impression que produit la section américaine est celle
- d’une grandeur démesurée....... Dans les meilleurs
- portions, on ne voit guère que la reproduction des rues Broadway et Ghestnut : en les parcourant, on croirait lire les colonnes d’un journal d’annonces. »
- Il est certain, que le manque de système dans l’arrangement des produits, très-favorable au développement de l’initiative yankee, pleine d’imagination, et féconde en ressources, donnait à l’ensemble l’air d’un grand bazar et justifiait, en quelque mesure, ces mots échappés à une Américaine dans un moment de fatigue et de dépit : « Ce n’est pas plus beau que notre foire de Saint-Louis. »
- La première industrie, que les États-Unis offraient aux regards à l’entrée du Palais de l’Industrie, était celle de la soie. A l’abri d’un tarif protecteur, qui laisse entrer en franchise les soies brutes et frappe d’un droit de 60 pour 100 les tissus de soie ainsi que les mélanges dont la soie constitue la plus grande valeur, les industriels américains ont établi de vastes usines pourvues d’un excellent matériel, et se sont flattés de fabriquer toutes les soieries nécessaires à la consommation du pays, en attendant de faire concurrence à l’Europe sur ses propres marchés. L’industrie de la soie occupe actuellement 14 000 ouvriers et ouvrières (celles-ci sont en grande majorité) et produit une quantité de tissus à peu près égale à celle qui est importée. Toutefois, si le nombre de mètres est le même, il s’en faut de beaucoup que la valeur soit équivalente.
- La plupart des tissus présentent les mêmes défauts : nombreuses inégalités dues au tissage mécanique, et visibles surtout dans les unis, qui réclament une irréprochable régularité ; aspect terne et mort dans les tons ordinaires, effets criards dans les couleurs vives. Les effets àîarmure se répètent avec une monotonie fatigante sur des étoffes dont la couleur varie. On remarque surtout cette pénurie de dessins dans les façonnés, même lorsque les cartes sont d’un prix très-modique, comme pour les cravates et les rubans.
- Du reste, l’industrie de la soie, implantée artificiellement aux États-Unis, en disparaîtra lorsque les souffrances de leur commerce les contraindront à entrer dans la voie du libre échange. On lisait il y a
- p.292 - vue 296/432
-
-
-
- Fig. 1. — Le moteur Corliss à l'Exposition universelle de Philadelphie.
- [amiitmuiwuM
- p.293 - vue 297/432
-
-
-
- 294
- LA NATURE.
- peu de mois dans le Herald : « Ce n’est pas le manque de quelque chose qui nous fait redouter l’avenir, mais l’excès de tout. Chaque fabricant, sait que, s’il ose ouvrir ses ateliers, un mois de travail inondera le marché. L’extrême abondance est pour nous un fléau : nous regorgeons de tout, le travail manque, le capital demeure sans emploi, les entreprises succombent. N’est-il pas temps de nous ouvrir des débouchés? »
- Si ce cri d’alarme et de détresse est entendu, les États-Unis devront renoncer à la fabrication des tissus de luxe de toute espèce ; le libre échange ne leur permettra de faire concurrence à l’Europe que pour les produits les plus ordinaires.
- Dans l’immense espace consacré au mobilier, nous avons vainement cherché des échantillons des meubles de fabrication courante, dont se servent les quatre-vingt-dix-neuf centièmes de la population. Ces humbles productions mécaniques appartiennent à la vie privée, et l’adàge ancien nous dit : cache ta vie. » Dans cette branche comme dans presque toutes les autres, un examen attentif nous permet de reconnaître trois catégories : le travail banal, dans lequel se manifeste l’assimilation cosmopolite; les produits de l’industrie étrangère importée de toutes pièces ; les inventions ou perfectionnements portant un cachet franchement yankee. Parmi ces derniers, en voici deux qui feront leur chemin dans le monde. A l’un des murs de cette chambre, vous voyez adossée une armoire large de deux mètres, divisée en six panneaux. Ouvrez la porte de droite, vous ne voyez qu’un confortable lavabo surmonté d’un porte-manteau à tablette. Tirez sur la poignée qui fait face au bouton de la porte : le lavabo s’éloigne, l’armoire s’avance sur ses roulettes, laisse tomber doucement un lit tout fait, et vous entrez dans un cabinet un peu plus long que large, ouvert en haut, et garni, sur ses faces latérales, de châssis à persiennes. Tout cela glisse, s’emboîte, s’ouvre, se referme sans bruit et sans effort.
- Pour ceux qui trouveraient cet agencement trop compliqué, l’armoire-lit remplit plus simplement le même but. Au premier coup d’œil, rien ne fait supposer que ce meuble élégant n’est autre chose qu’un lit relevé contre le mur. Vous touchez un bouton, les deux panneaux de l’armoire s’abaissent en basculant autour d’un axe fixé à la hauteur des tiyoirs ; un dossier qui se trouvait replié derrière leè panneaux se redresse et vient s’appuyer sur le parquet : le lit est prêt, c’est une transformation à vue digne de Robert Houdin.
- -Les Américains étaient très-fiers de leur exposition d’orfèvrerie, dans laquelle on remarquait des pièces dignes d’éloges. Cependant, à part le Vase du centenaire, le Progrès de VAmérique et le Vase de Bryant qui pourront figurer avec honneur à notre prochaine Exposition, on ne peut s’empêcher de constater le manque d’inspiration artistique dans les compositions, tandis que l’on trouve dans leurs produits un certain savoir-faire d’exécution, un
- ciselé soigné, un montage habile, du goût dans l’emploi du poli, du mat et de l’oxydé, en un mot, toutes les qualités qui tiennent du métier et ne demandent qu’un outillage perfectionné et des ouvriers d’une capacité ordinaire. S’ils ont le bon esprit de comprendre, comme les Anglais en 1855, ce qui leur manque pour lutter avec leurs rivaux, ils pourront, dans une quinzaine d’années nous montrer des ouvrages dignes des magnifiques spécimens exposés par Elkington. La création récente d’écoles de dessin et de musées industriels permet d’attendre ce résultat.
- Les richesses souterraines des États-Unis occupaient naturellement une grande place dans l’Exposition : terres céramiques, kaolin, pierres à bâtir, granits roses, porphyres, marbres, et surtout le charbon minéral, depuis le lignite jusqu’à l’anthracite attestaient d’immenses découvertes géologiques. On y voyait figurer à peu près tous les minerais, parmi lesquels trônaient le cuivre du lac Supérieur, l’argent et l’or des Montagnes Rocheuses, et surtout le fer, dont on voyait toutes les variétés des mines célèbres de Suède, d’Écosse, d’Espagne, de l’île d’Elbe et d’Algérie. Il y avait là des échantillons de fer magnétique du Mont-Cornwall, donnant 65 pour 100 de métal, et dont le gisement est évalué à quarante millions de tonnes ; une variété cristalline des bords du lac Champlin, plus riche et plus abondante encore ; des spécimens de la Montagne de fer, qui couvre deux cents hectares et s’élève jusqu’à soixante-quinze mètres. Aussi les fourneaux de la seule vallée de Lehigh produisent chaque année six cent mille tonnes de fer et d’acier, et les principaux chemins de fer remplacent leurs anciens rails par d’autres à tète d’acier, dont la dui’ée produira une économie considérable.
- L’acier et le fer se trouvent partout dans l’Exposition, sous forme de chaudières à vapeur, de plaques de blindage, de feuilles minces brillantes et tenaces comme le fer russe, de fils par paquets de'100 kilogrammes sans soudure, de tuyaux d’égout, où un homme peut marcher tête haute, de canons rayés et de revolvers bijoux, de fonte d’ornement pour les jardins et les parcs, de charrues et de cognées, de quincaillerie commune ou artistique, de machines sans nombre, depuis celle qui trace sur du verre cent divisions dans la largeur de 1 millimètre, jusqu’au monstrueux marteau-pilon, capable de forger un canon de cinquante tonnes, ou de casser délicatement une noisette.
- La Galerie des machines (Machinery Hall) était pleine d’enseignements et de surprises pour les visiteurs. Parmi les inventions récentes où se montrait le mieux le génie mécanique des Américains, citons une très-ingénieuse machine à fabriquer les barils, dans laquelle la main de l’homme est supprimée pour ce travail compliqué, un pantographe pour graver les rouleaux d’impressions, une machine à tailler les engrenages de toute sorte, une autre qui permet de livrer, au prix du fer, d’excellents fers à
- p.294 - vue 298/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 295
- cheval, des appareils pour attaquer la houille, d'autres pour travailler la pierre ou perforer les roches, des moteurs à gaz perfectionnés, des pompes d’une puissance extraordinaire, dont l’une, nommée la Cataracte, mérite vraiment ce nom. Cet engin extraordinaire, formé de deux pompes centrifuges accouplées, élève l’eau dans un réservoir en tôle, soutenu à onze mètres au-dessus du sol par quatre colonnes de fonte, et d’où s’échappe à raison de 120 000 litres par minute, une nappe liquide, large de douze mètres, c’est un Niagara en miniature, alimenté par une force de 200 chevaux (fig. 2).
- Cette force était fournie, comme celle dont disposaient les machines en activité, par un gigantesque moteur dû à l’ingénieur Corliss. Cette pièce incomparable méritait, à elle seule, un voyage à l’Exposition. On ne peut rien imaginer de plus grandiose. C’est une machine verticale à deux cylindres de lm,05 de diamètre, dont les pistons ont une course de 3m,10. Le volant à engrenage mesure 10 mètres de diamètre et pèse 56 tonnes ; il engrène sur un tambour fixé au grand arbre de couche long de 84 mètres qui communique le mouvement à 218 mètres d’arbres secondaires. Le balancier est à 13 mètres du sol. On circule autour des organes de la machine au moyen d’élégants escaliers de fer. Seules, les pièces en mouvement sont polies. L’ajustage est si parfait que le colosse peut développer une force de 2500 chevaux-vapeur, sans que l’on perçoive, pour ainsi dire, d’autre bruit que le ronflement du volant. Le moteur Corliss est un vrai chef-d’œuvre, digne de donner l’impulsion et la vie aux milliers de machines et d’appareils qui fonctionnaient dans la galerie des machines (fig. 1).
- Les Etats-Unis étaient assez pauvrement représentés dans la section d’horticulture; mais en revanche ils déployaient dans la Halle de l’agriculture (Âgricultural Hall) les richesses de leur sol qui produit les plantes de presque tous les climats.
- Dans la galerie des Beaux-Arts (Art Gallery), les Américains s’étaient réservé une large place et l’on avait admis un grand nombre de platitudes, quelques excentricités anli-artistiques, et aussi un petit nombre d’œuvres fort remarquables en sculpture et en peinture. Il faut noter toutefois qu’il est difficile d’apprécier ou même d’admettre YEcole américaine, puisque les neuf dixièmes des artistes exposants ont étudié à l’étranger ou y sont établis, à moins que ce ne soient des étrangers qui se sont fixés aux Etats-Unis. L’espace nous faisant défaut pour entrer dans les détails, notons, du moins, que la partie la plus instructive, la mieux ordonnée et la plus intéressante de L’Exposition américaine se trouvait dans Je bâtiment érigé par le gouvernement des États-Unis.
- L’ensemble fondait une exposition modèle et L’étranger pouvait y apprendre plus sur l’Amérique du/Nord , en quelques jours qu’il ne le pouvait en autant de. semaines dépensées dans les autres sections. Là se trouvaient, en effet, disposés et classés dans, un ordre à la fois savant et pittoresque, un mu-
- sée des ministères de la guerre, de la marine, de l’agriculture, des affaires indiennes et de l’éducation ; les modèles du Bureau des brevets, les instruments et appareils du cadastre et du service des côtes; un musée industriel montrant les produits bruts et leurs transformations ; enfin une partie des admirables collections de l’établissement nommé Smithsonian Institution, qui centralise toutes les richesses scientifiques du pays.
- Les États de l’Amérique centrale, le Vénézuéla, la Nouvelle-Grenade, l’Équateur, la Bolivie, n’étaient pas représentés à Philadelphie. Les dissensions intérieures ne permettent guère à ces pays de prendre part aux assises de la civilisation.
- Le Mexique, la République Argentine, le Chili et le Pérou avaient envoyé des produits assez nombreux, parmi lesquels les minerais occupaient une place d’honneur, et les essais encore hésitants et imparfaits d’industries qui s’acclimatent lentement dans les pays chauds. On aurait pu s’attendre, en revanche, à trouver dans ces sections des collections assez complètes des produits spontanés du sol. Celle du Chili, peu nombreuse, offrait l’avantage d’une classification scientifique, tandis que la République Argentine exposait une grande quantité de plantes désignées seulement sous un nom indien local ou accompagnées d’indications comme celle-ci : « Bonne pour guérir les animaux. »
- Pour compenser ces abstentions et ces déceptions, le Brésil offrait, dans toutes les sections, une exposition digne de concourir avec celles des pays les plus avancés.
- A l’entrée du pavillon mauresque élevé dans le Main Building, une grande vitrine pyramidale montrait, dans des flots de gaze, la spatule rose flambée de carmin ; le toucan au plumage de velours jaune, noir et pourpre; le petit héron aigrette, le cardinal de feu. Des madrépores étalaient l’énigme de leur dentelle de pierre ; des scarabées aux reflets de métal poli se groupaient en chatoyantes parures; les colibris voltigaient sur des éventails en plumes ; des fleurs, en plumes aussi, déroulaient leurs gracieuses guirlandes, tandis que des papillons satinés, et miroitants faisaient pétiller la lumière sur leurs ailes d’émeraude et de saphir. On eût dit que Titania avait, d’un coup de baguette, créé pour la reine Mab ce palais enchanté.
- Les entomologistes étudiaient avec bonheur une superbe collection d’insectes admirablement classifiée. Un peu plus loin, on parcourait une ,très-bonne collection de planches d’ornithologie, qui ne le cèdent en rien à celles d’Audubon, pour la vérité originale et l’exactitude d’exécution ; ce travail fait le plus grand honneur à l’Institut artistique impérial, La typographie nationale exposait également de fort beaux spécimens. Dans la section d éducation, on remarquait de bons modèles de dessin, une série de textes pour les écoles primaires et un appareil ingé nieux à l’usage des aveugles, pour lYcriture en poin tillé. . 1
- p.295 - vue 299/432
-
-
-
- 296
- LA NATUllE.
- La sectiou de l'ameublement témoignait de progrès notables, et la céramique méritait un examen minutieux ; quelques pièces en terra cotta à deux teintes, pâte sur pâte, attestaient un sentiment artistique et une certaine habileté d’exécution.
- Les tissus comprenaient de bonnes cotonnades, des draps, des mérinos, des soieries. L’industrie de la soie se développe rapidement au Brésil, dont le climat permet d’obtenir six récoltes de cocons par an. La soie, obtenue jusqu’à présent, est plus forte que celles de la Chine et du Japon, mais elle manque un peu de souplesse. On pouvait voir, dans la section des machines, l’intéressante éducation des vers et me très-ingénieuse machine à dévider. Dans la même section, on remarquait des canons de montagne et des spécimens de fonte d’art qui donnaient une bonne opinion de la métallurgie brésilienne.
- Les minerais et les minéraux de toute sorte formaient une portion importante de l’exposition : le fer, le cuivre, le plomb étaient largement représentés. On voyait aussi delà houille, des schistes bitumineux, des pierres lithographiques ; des pierres demi-précieuses, calcédoines, tourmalines, cristal de roche, quartz colorés nommés topazes et améthystes du Brésil; enfin, une excellente collection de terrains diamantifères et des diamants bruts ou taillés bien supérieurs à ceux du Cap.
- Dans le bâtiment de l’agriculture, l’exposition brésilienne se faisait remarquer par la bonne ordonnance et la qualité des produits : bois de teinture, de charpente et d’ébénisterie; coton à longue soie, sucres et cafés supérieurs, tapioca sans rival. On y trouvait en outre le maté, dont l’infusion remplace à bon marché celle du café ou du thé, et dont l’introduction en Europe rendrait un immense service aux classes ouvrières.
- Disons, en terminant, que le succès hors ligne du Brésil a été dû, en grande partie, à l’initiative intelligente de l’empereur Dom Pedro qui est venu étudier à Philadelphie les perfectionnements agricoles et industriels applicables à son pays, le seul heureux et prospère dans tout le vaste continent de l’Amérique du Sud.
- Quel était le rôle de la France à Philadelphie ? La plupart de nos fabricants et de nos industriels savaient d’avance qu’ils ne devaient retirer de cette Exposition aucun résultat comme vente de produits ou création de relations commerciales : de là un grand nombre d’abstentions. 11 y avait surtout, pour notre pays, une question de courtoisie et de fraternité. Nous voulions contribuer à l’éclat de la fête du centenaire et témoigner de notre amitié pour la République que nous avons aidé à fonder il y a un siècle : nous avons rempli ce double objet par l’ensemble de notre exposition, par la participation officielle de la ville de Paris et du gouvernement, par l’envoi de la portion achevée du colosse de bronze que le peuple français offre au peuple américain, afin que cette Liberté éclairant le monde lui prouve la continuation de nos sympathies.
- Beaucoup de nos grands industriels, de nos artistes renommés ont hésité à envoyer des œuvres uniques, des pièces hors ligne qui rehaussent les Expositions et assurent la prééminence. On avait à considérer la distance, les frais, et surtout les risques — trop grands certainement pour le résultat que l’on se proposait.
- La section française n'offrait donc point à Philadelphie l’aspect grandiose, éblouissant, qui frappait d’admiration les visiteurs des Champs-Elysées et du Cliamp-de-Mars, mais elle faisait très-bonne figure entre ses pairs par l’espace occupé, la diversité et la qualité des produits.
- Un journal qui ne s’est jamais montré partial pour nous, la « Tribune » de New-York, résumait ainsi son opinion : « Nous ne voulons pas entrer dans des comparaisons de détail ; mais nous pouvons dire que si l’on retranchait de la section allemande les porcelaines de Berlin, de la section anglaise l’orfèvrerie d’Elkinglon et les céramiques de Doulton, les espaces occupés par ces deux pays et celui occupé par la France se ressembleraient, comme un champ de pommes de terre ressemble à un parterre de fleurs. En France, le sentiment artistique des races latines se manifeste dans les industries les plus diverses, de sorte que les objets qui sont ailleurs communs et banals reçoivent de l’artisan français un certain cachet artistique. Lors meme que les objets exposés n’admettent ni une forme élégante, ni aucun enjolivement, les exposants français ont une manière à eux de les disposer de façon à charmer le regard. »
- Necker disait : « Le goût est pour la France le plus adroit de tous les commerces; » c’est ce qui fait que nos produits ont été hautement appréciés à Philadelphie, et qu’un grand nombre y ont trouvé des acquéreurs. L’ameublement n’était représenté que par un très-petit nombre de maisons ; toutefois, le bahut Louis XV de M. Mazaroz-Ribalier, le bulfct en chêne de M. Allard, le sofa circulaire de M. Marchand constituaient des spécimens digues de notre réputation universelle.
- Dans l’industrie du bronze, ou remarquait bon nombre d’abstentions regrettables ; mais les Américains avaient réuni dans leur section assez de chefs-d’œuvre sortis de nos ateliers pour donner, au besoin , une idée de nos meilleures productions. D’ailleurs, M. Susse avait envoyé des œuvres telles que Y Homère de Coinchon, le Fouleur de raisins de Girard, le Cerf attaqué par un jaguar de Barye, la Phryné, YAtalante et la Sapho de Pradicr, un admirable Enlèvement Wlleisilie par Grégoire. M. Marchand avait réuni au Cymbalier, au Lutteur, au Gladiateur mourant reproduits de l’antique, le Charmeur de serpents et la Laveuse kabyle de Bourgeois, Y Enfant à la tortue de Schœnewerk ; il exposait en outre la magnifique cheminée en marbre et bronze si justement remarquée à Vienne.
- Dans le domaine de la céramique, nous n’avions de rivaux que l’Angleterre : nous devons même
- p.296 - vue 300/432
-
-
-
- Fig. 2. — La Cataracte à l’Expositiou universelle de Philadelphie,
- p.297 - vue 301/432
-
-
-
- 298
- LA NATURE.
- nous avouer dislancés par elle dans la plupart des branches de cet art multiple. Disons cependant que nous conservions à Philadelphie une supériorité indiscutée pour la grâce originale des modèles et des décors et pour le fini des peintures.
- Parmi les industries françaises représentées au Parc Fairmount, nous citerons seulement la draperie, dont les belles qualités ne sont imitées nulle part; les soieries de Lyon qui n’ont de concurrence qu’en Russie; les dentelles du Calvados qui rivalisent avec celles envoyées par la Belgique; les robes, les chapeaux, les corsets, les gants, la chaussure de luxe, les fleurs artificielles, la bijouterie fausse qui méritaient un prix hors concours ; l’orlévrerie et la bijouterie, les ornements d’église, les poupées qui ont donné lieu à des affaires considérables ; les produits chimiques, les appareils de précision et d’optique, les instruments de musique dignes de lutter avec les meilleurs. Les glaces de Saint-Gobain, les tapisseries d’Aubusson, les imitations de tapisseries anciennes de M. Bertrand-Boulla attiraient à bon droit l’attention des visiteurs. L’exposition collective du Cercle de la librairie était le rendez-vous des amateurs de bons et de beaux livres, et la maison Hachette et Cie a vu continuer à Philadelphie la série de ses succès.
- En somme, dans le Palais de l’Industrie, la France occupait une place d’honneur indiscutable et indiscutée.
- Nous étions moins favorisés dans la section des machines. Là cependant se trouvaient une série d’outils à travailler le bois, inventés et construits par M. Arbey; des presses à lithochromies en activité produisant des œuvres charmantes de délicatesse et de précision ; un moteur domestique, applicable aux tours, scies, pompes, machines à coudre, facile à mettre en œuvre sans danger. On remarquait aussi la machine Gramme, l’une des inventions modernes les plus intéressantes pour les applications industrielles de l’électricité.
- Dans le bâtiment consacré à l’agriculture figuraient avec honneur nos principaux produits alimentaires ; des conserves de truffes, des légumes d’Ap-pert, le fromage de Roquefort, le chocolat Menier, des liqueurs, nos meilleures marques de cognacs et surtout nos vins incomparables.
- Les voitures n’avaient pas été réunies à celles des autres nations dans J’annexe spéciale ; elles se trouvaient dans le Palais de l’industrie, mieux en vue et dans un milieu tout à fait digne d’elles.
- Dans le pavillon du gouvernement français, on voyait des modèles des plans et des peintures de nos grands travaux publics, des albums d’architecture, des volumes de statistique; les plans des marchés, des halles et des abattoirs de Paris ; des appareils de sauvetage, des documents sur l’administration de l’Assistance publique.
- Les Américains ont sévèrement critiqué les œuvres françaises exposées dans la Galerie des Beaux-Arts. Il y avait évidemment parti pris, car tous leurs arti-
- cles tendaient à prouver au public qu’il ferait bien mieux d acheter les tableaux des artistes américains que ceux des étrangers. Or la France est le pays qui vend le plus de tableaux en Amérique; indè iræ de la part de nos rivaux du Nouveau-Monde. Bien que notre exposition de peinture n’eùt rien de très-remarquable, elle soutenait la réputation de l’École française à Philadelphie, tandis que nos artistes exposaient à Paris leurs œuvres les plus importantes.
- La France a donc lieu de se féliciter à tous égards de sa participation à la solennité du centenaire américain ; elle en a retiré certainement tous les résul-lats matériels et moraux qu’elle en attendait.
- Dr Saffray.
- •— La suite prochainement. —
- ÉCLAIRS EN CHAPELET
- ET ÉCLAIRS EN HÉLICE.
- Une excellente revue scientifique anglaise, l'En-glish Mechanic, a reproduit dans un de ses dernières livraisons l’article de notre collaborateur, M. Gaston Planté, sur les éclairs en chapelet, que nons avons donné dans notre numéro 178 (‘28 octobre 1876).
- Un des abonnés du journal anglais lui écrit aujourd'hui, sous la signature F. W. M., une lettre qui nous est communiquée et que nous reproduisons :
- « Il est très-difficile de considérer comme possible que l’éclair prenne la forme compliquée décrite par M. Planté. Mes propres observations de phénomènes en apparence semblables conduisent à une explication plus simple de l’action électrique. X
- « 11 y a environ cinq ans, comme j’exami- A nais un orage dans la partie nord de Lon-dres, j’observai une décharge d’électricité qui paraissait être finement et régulièrement crénelée dans toute sa longueur. La figure 1 représente une portion égale à un vingtième environ de la longueur totale de la traînée.
- « Deux ans plus tard, j’observais un orage près de Coblentz, sur le Rhin ; je vis une décharge semblable à tous égards. Dans les deux cas, la direction générale de 1 éclair serait bien représentée par PS allongé de M. Planté, à laquelle on ajouterait une ou deux courbes du même genre. U y avait une absence complète des angles qui caractérisent les éclairs en zigzag, comme j’en vis avant et après les deux dont je parle.
- « Le temps employé par l’éclair pour passer du nuage au sol n'était pas sensiblement plus grand que la durée d’une décharge ordinaire; mais l’image sur la rétine semblait être plus persistante.
- « 11 y a bien des années, je causais des orages avec un pilote de Mount’s Bay (Cornouailles); il me parla d’un éclair qu’il avait vu frapper le paratonnerre attaché à la
- Fis. 1
- p.298 - vue 302/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 299
- hampe du pavillon, sur la tour, au sommet du mont Saint-Michel. Il m’assura que « l’éclair était descendu le long du conducteur comme un tire-bouehon », et je crois que telle est la véritable nature de la décharge, dans ce qu’on appelle la forme en chapelet de l’éclair, — c’est une spirale assez serrée.
- « Une étincelle, allongée horizontalement et tournant rapidement dans sa marche à travers l’air, présenterait une apparence assez semblable, bien que non identique.
- « Il y a beaucoup d’illusions optiques qui se rattachent à l'observation des décharges électriques -, il est possible que l’apparence de mouvements spiraux ne soit qu’une de ces illusions, mais je suis porté à croire que c’est une réalité.
- « Une décharge de cette espèce prendrait l’apparence de chapelet, si elle était vue d’une façon peu distincte, l’œil de l’observateur étant dirigé de côté, ou mis au point pour une distance différente. Peut-être aussi l’interposition d’une masse de gouttes de pluie suffirait-elle à causer l’illusion. »
- M. Gaston Planté a bien voulu nous communiquer la réponse suivante : G. T.
- « Les observations publiées par YEnglish mechanic se rattachent à une classe d’éclairs, les éclairs en hélice, dont nous donnerons plus bas l’explication, et qui n’infirment nullement l’existence des éclairs que nous avons désignés sous le nom à’éclairs en chapelet1.
- Nous maintenons l’exactitude de notre observation qui n’est point l’effet d’une illusion ; car une hélice lumineuse, vue à distance, ne présente pas l’apparence d’un chapelet, mais celle d’un cordon lumineux uniforme, comme il est facile de s’en assurer par l’expérience. La forme en chapelet, loin d’ètre inadmissible, nous paraît, d’ailleurs, simple et naturelle quand on la compare, comme nous l’avons fait, à celle que prend l’écoulement d’un liquide, et en général, d’un flux quelconque de matière pondérable.
- La décharge électrique n’est, en effet, autre chose qu’un flux extrêmement rapide de matière pondérable très-divisée ou très-raréfiée, soit que la matière se trouve empruntée au corps d’où part la décharge, soit qu’elle provienne du milieu traversé.
- Pour faire mieux ressortir l’une des analogies que nous avons déjà indiquées, nous représentons ici les chapelets de globules métalliques qu’on observe lors de la fusion d’un long fil de fer ou d’acier traversé par un courant électrique (fig. 2), et il ne saurait y avoir d’erreur dans l’observation de cette forme due à l’écoulement du métal fondu ; car on peut recueillir les grains et les portions alternativement cylindriques et sphériques du métal solidifié2.
- L’écoulement d’une veine liquide ordinaire présente, comme on le sait, depuis les travaux de Sa-vart et de Plateau, les mêmes caractères.
- 1 Yoy. la Nature, 4* année, 1876, 28 semestre, p. 537.
- 2 On répète cette expérience bien connue dans "les cours
- avec une pile de Bunsen de 30 éléments, ou avec une batterie secondaire de 20 éléments, chargée par 2 couples de Bunsen. La "figure représente l'expérience réalisée avec une batterie secondaire •
- — Après avoir expliqué ainsi la forme en chapelet, la principale conséquence que nous avions déduite de notre observation était d’y trouver l’origine de la foudre globulaire, sur laquelle nos expériences avec de puissants courants électriques de quantité et de tension nous avaient déjà fourni de nombreuses données.
- Nous avons donc considéré les globes fulminants comme dérivant d'éclairs en chapelet, et nous donnerons ici une nouvelle preuve à l’appui de cette opinion, en ajoutant que l’orage du 18 août 1876, pendant lequel nous avons observé ce genre d’éclairs, a donné lieu précisément à la chute de globes fulminants.
- Quelques journaux ont mentionné que la foudre s’était montrée sous la forme globulaire à Grenelle ou à Vaugirard, c’est-à-dire dans l’un des quartiers sur lesquels nous avons vu tomber l’éclair dont il s’agit. Mais en admettant que cette observation ne fût pas suffisamment certaine, nous dirons que toutes les feuilles publiques, presque sans exception, ont relaté quelle était tombée, sous cette forme, au n° 35 de la rue de Lyon, et nous avons pu, depuis lors, faire une enquête de laquelle il résulte que le fait était exact. Entre autres témoins, un élève de la pharmacie placée au rez-de-chaussée de cette maison, nous a déclaré avoir vu tomber, à quelques mètres de distance et au même instant, deux globes de feu d’un éclat tel qu’il en fut ébloui, et qui disparurent en atteignant le sol.
- Bien que nous n’ayons pas vu l’éclair qui a frappé ce point de Paris, à cause du rideau de pluie qui nous le cachait, l’observation de l’éclair en chapelet qui était tombé rue de Vaugirard, permet de penser que celui de la rue de Lyon devait être de la même nature. Du reste, ceux qui se produisaient au sein des nues présentaient, ainsi que nous l’avons mentionné, l’apparence de séries de points brillants plutôt que celle de traits lumineux uniformes.
- Nous pouvons donc conclure que l’orage du 18 août, très-remarquable, du reste, par la quantité d’électricité développée, a été un ox'age à éclairs en chapelet et à globes fulminants. Cette coïncidence montre la liaison qui existe entre les deux phénomènes et prouve que l’apparition des globes fulminants doit être une conséquence naturelle des éclairs en chapelet.
- Les effets observés par M. Trécul, pendant le même orage, et consistant en des colonnes lumineuses légèrement coniques et accompagnées de bruissement, sont une variété d’aigrettes ou de feu Saint-Elme, attestant encore la puissante influence de la nuée orageuse, par suite de la grande quantité d’clectricité qu’elle renfermait et de son rapprochement du sol.
- Nous avons dit aussi que notre observation n’était pas sans précédents, puisqu’elle concordait avec une autre, citée par M. du Moncel comme ayant été faite à Londres en 1857, et relative à,des éclairs se fondant, avant de disparaître, en lumière granulairà
- p.299 - vue 303/432
-
-
-
- 500
- LA NATURE.
- . — La réalité de P existence des éclairs en chapelet se trouve encore confirmée par une communication récemment adressée à l’Académie des sciences, dans laquelle M. E. Renou écrit que notre observation lui a rappelé un cas tout semblable dont il a été témoin il y a longtemps '. Pendant un violent orage qui se déclara dans la soirée du 20 juillet 1859, aux ponts de Braye, commune de Sougé, à la limite des départements de la Sarthe et de Loir-et-Cher, « la foudre, dit M. E. Renou, me parut tomber sur des peupliers d’Italie, situés au bord de la Braye, à 20Û ou 250 mètres du lieu où je me trouvais ; la foudre traça un sillon vertical, mais un peu sinueux, formé de boules presque tangentes, absolument comme un chapelet, et d'un éclat excessif. »
- M. Renou apporte, en outre, un nouvel argument à l’appui de l’explication que nous avons donnée de l’origine des globes fulminants en comparant le diamètre que lui ont paru avoir, à une distance déterminée, les grains de l’éclair en chapelet avec celui qu’ont ordinairement les globes fulminants vus de très-près par quelques observateurs.
- « Cette apparition, dit M. Renou, a été instantanée; mais, d’après l’impression qu’elle m’a laissée, j’ai évalué le diamètre des boules à la dixième partie du diamètre du soleil ; un angle de 5 minutes à 200 ou 250 mètres donnerait à ces sphères un diamètre de 0m,20 ; c’est le diamètre qu’on a attribué à ces globes de feu qu’on a vus plusieurs fois traverser lentement des intérieurs d’appartement sans atteindre les personnes présentes. »
- — L’éclat très-vif des éclairs en chapelet et des globes fulminants s’explique, suivant nous, par l'incandescence des matières cosmiques de l’atmosphère.
- Sans la présence de ces matières, la lumière de l’éclair n’aurait que le faible éclat des décharges électriques dans l’air raréfié. Mais, en tenant compte de l’existence de ces corpuscules cosmiques, on conçoit que, rassemblés sur un aussi long parcours que celui de l’éclair et condensés dans les grains ou les globes produits, ils puissent former une petite masse pondérable suffisante pour leur donner un vif éclat, à l’instar des particules de charbon très-divisé dans l’arc voltaïque.
- — Considérons maintenant les éclairs en hélice auxquels se rapportent particulièrement les observations publiées par le correspondant du recueil anglais.
- Nous ne nous arrêterons pas à la forme crenelée, puisque l’auteur semble la rapprocher lui-mème de la forme des autres éclairs qu’il mentionne. Ce n est pas que nous contestions celte apparence; car nos expériences nous ont montré des formes si varices, résultant de la pénétration de la décharge électrique dans les milieux qu’elle traverse, que loin de considérer, à notre tour, cette forme comme une illusion, nous en admettons parfaitement la possibilité.
- 1 Comptes rendus, 20 novembre 1870, tome LXXXIII,
- p. 1002.
- Des exemples d’éclairs eu hélice ont été donnés par Coulvier-Gravier ' :
- « Le 26 juin 1850, à 7 heures 26 du soir, dit l’auteur, un coup de foudre, arrivant en ligne directe, vint toucher le paratonnerre du pavillon de l’Horloge du Luxembourg donnant sur le jardin. Une partie seulement du fluide électrique attiré par le paratonnerre descendit autour de lui en forme de spirale, tandis que l’autre partie du fluide qui s’était détachée de la masse continua sa route pour se perdre ensuite dans l’air. »
- Une autre fois, la foudre tomba sur le pavillon de l’est du même palais et le parcourut encore en hélice.
- M. W. de Fouvielle a réuni plusieurs exemples de ce genre d’éclairs sous le titre de « spirales fulgurantes »2.
- Dans un des cas cités, la foudre étaut tombée sur un réservoir en tôle à Montmartre, le récipient fut tordu et comme roulé eu hélice.
- « Cette circonstance ayant attiré notre attention, dit M. de Formelle, nous nous sommes livré à quelques recherches dans les forêts voisines de Paris pour retrouver, s’il était possible, des traces de torsion dues à l’action de la foudre... Nous avons rencontré dans la forêt de Saint-Germain, près de l'Etoile du grand veneur, un chêne qui portail encore des traces d’une torsion récente La foudre avait décrit encore cette fois son sillon hélicoïdal. »
- Le même auteur cite un autre cas dans lequel la ' foudre tomba dans la forêt de Fontainebleau « sous | forme de tire-bouchon lumineux très-incliué sur ! son axe. »
- ! M. de Fouvielle pense, avec raison, que le magné-| tisnie du globe, dont l’influence est si évidente suites aurores polaires, doit exercer également une action sur la foudre elle-même, et il ajoute :
- « Aucune étincelle de la foudre ne doit briller à à nos yeux sans être orientée, modelée par ce grand régulateur mystérieux qui oblige la pierre d’aimant, mise sur un pivot, à se tourner vers un point caché sous l’horizon. »
- Pour expliquer, d’une manière détaillée, la formation des éclairs eu hélice, nous rappellerons les expériences par lesquelles nous avons cherché à prouver que le mouvement gyratoire des trombes et, par extension, celui des cyclones et des tourbillons électrisés des orages à grêle étaient des phénomènes électrodynamiques5.
- Nous avons fait remarquer que le sens du mouvement gyratoire d’électrodes liquides ou de flux de matières solides, entraînées par un courant d’électricité positive au-dessus du pôle boréal d’un aimant, était précisément le même que celui des tourbillons de l’atmosphère dans l’hémisphère boréal.
- 1 Recherches sur les Météores, pur Coulvicr-Gravicr, p, 185 et 195. — Paris, Mallet-Bachelier, 1859.
- 2 Eclairs et tonnerre, par W. de Fonvicllc. — Paris, Hachette, 187i, 3" cd., p. 82 et suiv.
- 5 Yoy. la Nature, 1875, 2° semestre, p. 431 ; 1870, 2* semestre, p. 49 et 09.
- p.300 - vue 304/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 301
- Nous avons conclu que les courants électriques de l’atmosphère étant mobiles dans tous les sens, au -tour des points d’où ils émanent, le magnétisme du globe devait nécessairement convertir leur mouvement rayonnant et rectiligne en un mouvement gyratoire de forme spirale. Si l’écoulement du flux électrique que nous admettrons toujours positif vient à se produire entre un nuage électrisé et un point donné du sol, sous la forme d’un éclair, le sillon lumineux devra tendre à décrire une hélice, et une hélice de sons déterminé, qui sera dextrorsum dans l’hémisphère boréal, sinistrorsum dans l’hémisphère austral.
- Afin de prouver qu’il doit en être ainsi, nous rapprocherons ce genre d’éclairs d’une élégante expérience d’électrodynamique due à M. Le Roux1, dans laquelle un fil métallique très-fin et très-flexible, suspendu verticalement, traversé et même rougi par un courant électrique, s’enroule spontanément en hélice, avec une très-grande rapidité, autour d’un aimant. Le sens de l’hélice formée est dextrorsum au-dessus d’un pôle boréal, sinistrorsum au-dessus d’un pôle austral, en employant un flux descendant d’électricité positive. Cette expérience est surtout destinée à montrer l’effet exactement réciproque de l’aimantation du fer doux par un courant contourné en hélice. Mais en assimilant les décharges de l’électricité atmosphérique à des courants électriques de haute tension et de courte durée, nous trouvons aussi, dans cette même expérience, une image frappante des éclairs en hélice.
- — Une objection peut être faite : pourquoi cette forme en hélice u’apparaît-elle pas toutes les fois que la foudre tombe? Nous répondrons que c’est parce que la qmntité d’électricité n’est pas toujours suffisante, et nous pensons même qu’elle ne peut apparaître, de même que la forme en chapelet o 1 en globes de feu, que dans les violents orages où il y a en jeu une grande quantité d’électricité.
- On sait, en effet, que, dans les expériences d’électrodynamique, pour observer d’énergiques mouvements de rotation, il faut employer une pile qui produise une assez forte quantité d’électricité, et que des éléments associés en tension donnent des effets moins marqués que des éléments associés en surface.
- Ces considérations expliquent enfin comment, si on voulait reproduire ces effets en hélice avec des décharges d’électricité statique éclatant au-dessus d’un aimant ou d’un électro-aimant, on n’obtien-
- 1 Voy. Annales de Chimie et de Physique, 3* sér., 4860, t. LIX, p. 409, ou Traité de Physique, par P.-A. Daguin, 5e éd., t. III, p. 619.
- drait que des effets inappréciables; c’est que la quantité d’électricité fournie par les machines électriques même les plus puissantes est, en réalité, très-faible.
- — Le correspondant de YEnglish Mechanic a observé, d’autre part, des éclairs présentant plusieurs courbes analogues à celle que nous avons comparée à un S allongé. Il serait possible que cette forme en sinusoïde fût une tendance vers la forme en hélice, et si l’éclair en chapelet que nous avons décrit avait eu une plus grande longueur, il aurait peut-être présenté, en même temps, quelques spires d’hélice. Dans ce cas, la forme en chapelet et la forme en hélice se seraient trouvées réunies dans le même éclair, sans pour cela se confondre. Car la nature montre souvent une grande variété de formes réunies à la fois dans le même phénomène.
- Il est rare cependant que les diverses formes apparaissent avec un égal degré de netteté; le plus souvent, l’une d’entre elles domine les autres, et c’est ce que Bacon a exprimé heureusement en ces termes :
- « La forme est bien plus évidente et manifeste dans certains faits que dans d’autres; ces faits privilégiés sont ceux où la nature de la forme se trouve moins gênée et contrainte par d’autres natures ou confondue avec elles. Nous appelons ces faits, faits éclatants et indicatifsi. »
- Les éclairs en chapelet et les éclairs en hélice appartiennent assurément à cet ordre de faits privilégiés.
- Les uns nous révèlent le mode de formation de la foudre globulaire; les autres nous montrent l’influence du magnétisme du globe sur les courants ou les décharges électriques de l’atmosphère.
- Gaston Planté.
- CHRONIQUE
- Les Articulés fossiles. — La série des terrains nous montre le développement d’une création soumise aux mêmes lois, depuis les époques les plus reculées jusqu’à nos jours. Les embranchements zoologiques ne varient pas, et même la plus grande partie des groupes secondaires subsiste, avec création ou modification successive d’espèces, suivant la théorie qu’on adopte. Les Mollusques par leur nombre immense, la facile conservation de leurs coquilles calcaires, leur condition vitale d’enfouissement sous les eaux, ont été remarqués les premiers parmi les
- 1 « ..Longe magis conspiscua invenitur forma et evîdem
- in aliquibus instantiis, quam in aliis ; in iis videlicet ubi minus cohibita est natura formæ, et impedita, et redacta in ordinem, per naturas alias. Hnjusmodi autem instantias, elucescentias, vel instantias ostensivas appellare consuevimus. » — Bacon, JSovum organum, lib. II, § xx.
- p.301 - vue 305/432
-
-
-
- 302
- LA NATURE.
- fossiles, puis les Mammifères et les grands Reptiles, dont les ossements gigantesques frappaient d’étonnement les esprits les plus incultes. Les Articulés au contraire ont été longtemps à peine signalés, et leur étude à l’état fossile a été l’apanage d’un assez petit nombre de savants. Alexandre Brongniart et Gaëtan Desmai'ets ont fait connaître les Trilobites et les autres Crustacés fossiles, les premiers constituant un type caractérisé et sans représentants actuels. Le fils d’Alexandre Brongniart s’est illustré dans une autre voie, et le nom d’Adolphe Brongniart est lié d’une manière impérissable à l’histoire des végétaux fossiles. De nos jours, les articulés fossiles ont été l’objet des travaux approfondis de Pictet, de M. Héer, de M. Alphonse Milne Edwards, et de M. Oustalet, notre savant collaborateur à la Nature. Un tout jeune homme semble appelé à continuer les travaux de ses ancêtres, et à ne pas craindre les obligations scientifiques d’une pareille descendance. Le nom de M. Charles Biongniart a déjà été prononcé à l’Académie des sciences, pour deux mémoires sur les Articulés fossiles. Le plus important, au point de vue zoologique, est consacré à ces minuscules Crustacés des eaux douces, enfermés dans une carapace qui ressemble à une coquille, et qu’on nomme les Entomostracés. Dans le terrain carbonifère des environs de Saint-Étienne, au milieu de préparations de graines fossiles qui avaient servi aux études de son aïeul, M. Charles Brongniart a rencontré les restes d’un minuscule animal, qui n’atteint qu’un demi-millimètre de long, et dont le corps, comme celui des Cypris actuels, est renfermé dans un test bivalve, ovalaire, comprimé latéralement. Des caractères bien nets ont permis de former le genre Palœocypris, pour l’espèce P. Edwardsii. L’autre travail est relatif à un insecte fossile de l’ordre des Diptères. Dans les forêts de l’époque tertiaire volaient des mouches, comme dans nos bois actuels, et M Héer à établi le genre Protomyia (première mouche) sur une quarantaine d’espèces. Une espèce, nouvelle par la disposition des nervures de ses ailes, a été trouvée parM. Charles Brongniart dans des couches de calcaire marneux, de la formation miocène inférieure de Chadrat (Auvergne), et il l’a dédiée à notre collaborateur, en la décrivant et la figurant sous le nom de Protomyia Ouslaleti. M. G.
- Sur la présence normale du cuivre dans le sang des animaux herbivores. — La présence du cuivre dans le sang de l’homme et des animaux domestiques, dit M. Cloëz, dans le Bulletin de la Société chimique de Paris, a été constatée déjà par divers chimistes, mais on a en général considéré, avec quelque apparence de raison, le fait comme accidentel et pouvant être attribué le plus souvent aux ustensiles employés dans la préparation des aliments.
- Ayant eu l’occasion de soumettre à l’analyse le résidu de l’incinération du sang d’un chevreuil mâle, tué dans les propriétés de M. Chatin,aux Ëssarls, le 10 février 1870, j’avais trouvé une quantité appréciable de cuivre dans la partie de la cendre insoluble dans l’eau, mais comme mon analyse n’avait pas spécialement pour objet la recherche de ce métal, je n’avais pas pris les précautions nécessaires pour éloigner les causes d’erreur qui ont pu entraver ou entacher les résultats de cette première observation.
- J’ai eu la chance ces jours derniers de pouvoir répéter l’expérience, en évitant soigneusement toutes les causes de l’introduction accidentelle du cuivre dans les produits traités, ou dans les réactifs employés. L’opération a été faite avec le sang d’un chevreuil, tué encore aux Essarts,
- le 4 février dernier. Le liquide sanguin contenu dans le cœur a été recueilli en ma présence, quelques instants après la mort de l’animal, dans une cuvette en porcelaine, et rapporté à Paris dans un flacon bouché. Son poids s’élevait à 530 grammes.
- Le poids de l’oxyde de cuivre calciné qui en a été extrait a été trouvé égal à 3 milligrammes. C’est un peu plus de 5 milligrammes 1/2 par kilogramme de sang. Cette quantité n’est pas très-forte, mais elle ne doit pas être négligée ; il faudrait nécessairement en tenir compte en médecine légale, dans les cas supposés d’empoisonnement par les sels de cuivre.
- Quelle est l’origine du cuivre trouvé dans le sang du chevreuil? On peut a priori l’attribuer à deux causes distinctes : ou bien elle est due aux végétaux mangés par l’animal, ou bien elle se trouve dans l’eau qu’il boit. Il serait intéressant de rechercher laquelle de ces deux sources est la vraie, dans le cas où elles n’interviendraient pas toutes les deux. Quoi qu’il en soit sous ce rapport, il faut admettre aujourd’hui comme un fait constant, la présence du cuivre dans le sang d’animaux vivant librement au milieu des bois, loin des établissements industriels, où l’on manipule des préparations chimiques. Mes expériences ne me permettent pas de décider si le cuivre trouvé dans le sang est propre au plasma ou aux globules; des recherches ultérieures faites sur du sang d’animaux domestiques, facile à se procurer, pourront résoudre cette question intéressante au point de vue physiologique.
- La dissection par les têtards. — On rencontre souvent dans les champs, des squelettes de très-petits Vertébrés, mulots, lézards, etc., ou plus généralement des fragments, passablement préparés, et on a coutume, en général fort à tort, d’attribuer ce travail aux fourmis ; ce sont plus souvent des larves de Coléoptères du groupe des Dermestiens, comme celles des Dermestes lardarius, Attagenus pellio, etc., qui sont lesauteui’s de ces dissections si délicates, qui seraient presque impossibles à la main humaine. De curieux squelettes, obtenus par ce moyen, ont été envoyés par M. Morel aux Expositions des insectes de 1874 et 1876.
- L’inconvénient d’employer comme auxiliaires des insectes aériens, c’est que les petits squelettes, travaillés à l’air, restent toujours d’un aspect assez malpropre. Tous ceux qui ont disséqué comprendront combien, au contraire, il serait avantageux d’opérer sous l’eau, à l’aide de petits animaux aquatiques. L’eau gondoles chairs, les rend plus faciles à enlever, et en outre, la macération fait les os plus blancs, détachant et entraînant les matières putrescibles et les corpuscules colorants du sang. On a essayé, avec quelque succès, sur nos plages maritimes, d’abandonner les minimes animaux à la voracité des Talitres ou Puces de mer (Crustacés) ; le moyen exige la mer, inconvénient grave.
- Conduit par de heureux hasards, un de nos plus savants erpélologistes, M. Fernand Lataste, a découvert un procédé, qui deviendra certainement bientôt d’un emploi général C’est fort à tort qu’on a prétendu, d’après l’extrême longueur de l’intestin, que les têtards ou larves des Batraciens aucoures (Grenouilles, Crapauds, etc.) sont phytophages. La vérité, a reconnu M. Lataste, c’est que ces têtards très-voraces se nourrissent de matières organiques appartenant aux deux règnes, donnant la préférence à celles qui ont déjà subi un commencement de putréfaction. On peut, en quelques jours, les habituer à vivre exclusivement de chair, sans que leur robuste appétit soit en rien diminué. Ils sont alors aptes à nettoyer
- p.302 - vue 306/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 303
- merveilleusement les corps des petits animaux qu’on leur confiera. M. Lalaste a présenté à la Société linnéenne de Bordeaux des squelettes très-bien façonnés de trois espèces de Lézards, trois espèces de Couleuvres, deux espèces de Tritons et d’une larve de Triton palmé, obtenu en deux heures, ce dernier constituant un véritable tour de force anatomique, vu l’extrême mollesse des os des larves de Batraciens. Les opérateurs ont été une centaine de têtards de Grenouilles (Rana fusca et agilis). Il faut proportionner le nombre de têtards à la tâctie qu’on leur donne, et leur livrer des petits animaux écorchés. Les squelettes doivent être faits en deux ou trois jours au plus, pour que l’eau ne détruise pas les ligaments. On les dresse encore humides, et on les enduit d’une liqueur préservatrice, liqueur de Smith ou autre. Les têtards seront tenus dans une demi-obscurité et en lieu chaud, car ils sont peu voraces s’il fait froid.
- Rien n’est plus aisé, à la campagne, que de recueillir des têtards, dont la naissance est d’ailleurs facile h provoquer par fécondation artificielle. On voit donc qu’ils peu-ventêtre utilisés à une curieuse récréation. M. G.
- Découverte d’une fonderie à l’âge de bronze.
- — Une intéressante trouvaille vient d’être faite à Saint-Triphon, bourg suisse du canton de Vaud, bâti à proximité de la plaine alluviale que le Rhône a déposée à son entrée dans le lac de Genève. A quelques pas d’une masure connue sous le nom de Lignai ; on a trouvé dans un champ cinq hachettes en bronze du plus beau modèle, d’une longueur variant entre 17 et 18 centimètres. Une de ces hachettes était brisée par le milieu. Quelques morceaux de bronze non travaillé accompagnaient ces précieux restes de l’industrie primitive. Le tout pesait environ 8 kilogrammes. Dans le même champ, on a mis au jour les débris d’une forge, dont le foyer, encore environné de charbon, était formé d’une pièce de grès portant les traces du feu. La nature des objets qui composent cette découverte ne laisse subsister aucun doute sur l’existence, à Saint-Triphon, d’une fonderie de l’âge de bronze, analogue aux nombreux établissements préhistoriques de ce genre qui ont déjà été explorés en France, entre autres dans le bassin du Rhône et dans la Savoie. M. II.
- BIBLIOGRAPHIE
- Vannée scientifique et industrielle, par Louis Figuier. — vingtième année 1876. 1 volume in-18. Paris, Hachette et Cie, 1877.
- Ce nouveau volume de M. Figuier donne le tableau très-complet du mouvement scientifique pendant l’année qui n’est plus. Nous renvoyons à ce sujet le lecteur aux justes éloges qu’en a donnés notre collaborateur, M. Stanislas Meunier. (Voy. page 253).
- Le Soleil, par le P. A. Secciii. — Deuxième édition revue et corrigée, seconde partie. — 1 volume in-8% avec gravures et planches hors texte. — Paris, Gauthier-Viilars, 1877.
- L’illustre savant italien a terminé dans ce magnifique volume la description de l’astre du jour à l’étude duquel il a consacré sa vie presque tout entière. M. Secchi dans cette œuvre immense a élevé à la science un véritable monument, qui restera comme une des gloires de l’astronomie de notre siècle. La seconde et dernière partie de l’ouvrage est divisée en quatre livres intitulés : Les protubérances
- solaires, la température du soleil, activité extérieure du soleil, les soleils et les étoiles. « En étudiant les phénomènes que nous présente le soleil, dit le P. Secchi, nous avons reconnu la constitution de cet astre radieux et la nature chimique des substances qui le composent, nous avons pu jusqu’à un certain point entrevoir la place qu’il occupe dans l’univers. » Ajoutons que l’ouvrage dont nous annonçons la publication est édité avec un grand luxe ; les planches hors texte en sont faites avec une finesse et un goût exquis, qui font le plus grand honneur à son éditeur.
- La variabilité de l'espèce à propos de quelques poissons,
- par le Dr. Victor Fatio. ï brochure in-8°. — Genève, 1877.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 avril 1877. — Présidence de M. Peugot.
- Nos lecteurs ne s’attendent pas à voir l’Académie saisir lundi de Pâques pour tenir une séance des plus chargées. Le nombre des académiciens est fort restreint et le public est clair-semé ; la correspondance elle-même se ressent de l’influence des vacances et ne nous fournit que peu de choses.
- Machine motrice. — Un industriel de Rouen, M. Deschamps, adresse la description d’une machine destinée U utiliser la force motrice développée par les marées. L’ascension de l’eau est employée à comprimer de l’air, et celui-ci fait ensuite tourner. C’est quelque chose comme on voit de fort analogue à la Cagnardelle, mais l’auteur n’a pas passé de la théorie à l’exécution.
- Hommage à Pouchet. — M. le docteur Pennetier annonce qu’une souscription est ouverte en vue d’ériger un buste à Félix-Archimède Pouchet, ancien correspondant de l’Institut et fondateur du Muséum d’histoire naturelle de Rouen.
- Destruction du phylloxéra. — On renvoie à la Commission du phylloxéra une lettre du préfet de Saône-et-Loire qui, désirant détruire la tache phylloxerique de Man-ccy, demande que l’Académie lui cède 12 000 kilogrammes de sulfure de carbone avec 25 p. 100 de diminution sur le prix courant. M. le président fait remarquer que l’Académie n’est pas marchande de produits chimiques. Cependant, les bonnes dispositions du département de Saône-et-Loire ne seront pas découragées.
- Tonnerre en boule. — Le 21 du mois dernier, M. Blanc a observé , dans le département de la Marne, un phénomène météorique très-remarquable. Pendant un orage violent on vit, vers le nord ouest, au-dessus d’une bande de nuages sillonnés d’éclairs, se mouvoir horizontalement des globes de feu très-nombreux qui paraissent avoir une intime analogie avec le tonnerre en boule. D’après l'aœ-teur, pareil phénomène a déjà été noté à Reims où, il y a deux ans environs, plus de cinq cents personnes ont été émerveillées par une apparition du même genre.
- Oscillographe. — Un rapport très-favorable est lu par M. Dupuy de Lôme, sur l’oscillographe de M. Breton, appareil destiné à tracer la courbe de roulis d’un navire, en même temps que l’inclinaison de la partie de la vague qui le porte.
- Recherches expérimentales sur les sulfures naturels. — Il résulte de nombreuses expériences que nous ve-
- p.303 - vue 307/432
-
-
-
- 504
- LA NATURE.
- nons de terminer, et dont nous plaçons les résultats principaux sous les yeux de l’Académie, que les sulfures naturels, mis en présence de dissolutions métalliques convenablement choisies, déterminent la réduction à l’état de liberté du métal dissous. Par exemple, un fragment de galène, ou sulfure de plomb, abandonné dans le nitrate d’argent, a donné en quaranie-huit heures de très-élégantes végétations d’argent métallique. L’or, le mercure, le platine ont été également réduits. La galène peut être remplacée avec le même succès par les sulfures naturels de fer (Pyrite, etc), de cuivre, d’antimoine, de mercure, de zinc, et même par le monusulfure de sodium, si fréquent dans les eaux minérales. Pour agir avec celui-ci, il faut à cause de son extrême solubilité, faire usage d’un mode opératoire spécial.
- Les recherches dont il s'agit, paraissent susceptibles de rendre compte de certaines appréciations minéralogiques fréquentes dans les filons métalliques. Ainsi, supposons qu’un filon de galène reçoive des infiltrations d’eau de mer toujours argen-tique, comme l’ont montré les analyses de MM. Malagutïi et Duroclier : tout l’argent de cette eau sera arrêté et concentré par le sulfure.
- On sait que l’argent natif existe dans un certain nombre de galènes, et l’on peut croire qu’il y a été introduit comme il vient d’être dit.
- De plus, il est évident que l’argent libre étant extrêmement divisé, se
- trouve placé dans les conditions les plus favorables à la sulfuration. Nos expériences expliquent également la présence du soufre libre dans beaucoup de galènes dits alors sursulfurées. Des réactions de même genre peuvent se produire dans les filons de pyrite et d’autres sulfures. L’or, amené à un état quelconque s’y fixera, et reproduira ainsi des associations minéralogiques analogues à celles que l’on observe à la Gardette (Isère), en Transylvanie et ailleurs. L’argent de même s’y déposera pour s’y sulfurer ensuite, comme on le voit en Hongrie et au Pérou. M. Weddel a donné au Muséum une échantillon de pyrite de fer, recouverte d’une mince couche à'argyrose, et provenant de la province de Sica-sica. Dans l’Altaï, on rencontre l’argent natif en contact avec la blende, etc. Enfin, il est impossible de ne pas signaler le rôle probablement si grand des eaux sulfurées sodiques, dans la production de certains minerais métallifères. Beaucoup de veines d’argent peuvent leur être dues, spécialement lorsque le métal est associé à son
- propre sulfure, comme cela s’est produit dans nos expériences, et comme cela se voit naturellement, par exemple au Chili. Stanislas Meunier.
- VIDE-TOURIES
- Les chimistes et tous ceux qui manient les tonnes en connaissent les inconvénients. Ces vases volumineux sont susceptibles de se briser ou de se renverser en répandant le liquide qu’ils renferment. Quand celui-ci est formé d’acides ou de liqueurs corrosives, il peut en résulter de véritables dangers
- pour le manipulateur. M. Géo Luf-bery, vient d’imaginer un système très-simple, qui permet de soutirer le liquide que contient la tourie sans avoir l'embarras de la déplacer ou de la pencher, sans qu’il soit même nécessaire de la déboucher.
- Le petit appareil, au moyen duquel on obtient ce résultat, consiste en un bouchon représenté à la droite de la figure ci-jointe ; il est percé de deux trous à travers lesquels s'engagent deux tubes A et B; le premier forme l’extrémité d’un siphon, le second est destiné à amorcer ce siphon, en déterminant à la surface du liquide une augmentation de pression que l’on produit par insufflation.
- ! Le siphon est muni d’une pince C qui le tient fermé j par l’action d’un anneau en caoutchouc formant res-I sort. Quand on veut déterminer l’écoulement du liquide, il suffit de serrer la pince avec les deux doigts à sa partie supérieure. Le tube compressible formant l’extrémité inférieure du siphon n’est plus étranglé ; le liquide s’écoule. Quand on en a prélevé line quantité suffisante, on retire les doigts de la pince qui ferme le tube. Celui-ci reste toujours amorcé; il est prêt à fonctionner une seconde fois, et ainsi de suite sans interruption. G. T.
- Le Propr iétaire -Gérant : G. Tissvndier.
- COUUÜIL, TVP. UT STUH, Cil-il'K.
- Vide-touries de M. Lufbery.
- p.304 - vue 308/432
-
-
-
- N° 202. — 14 AVRIL 1871
- LA NATURE.
- 305
- MONUMENT COMMÉMORATIF
- DE LA CATASTROPHE DO « ZÉNITH. )»
- Il y a deux ans presque jour pour jour, (15 avril 1875), l’aérostat le Zenith s’élevait de terre, à l’usine à gaz de la Villette, à llh,35w du matin ; après avoir dépassé, au-dessus du département du Loiret , l’altitude de 8600 mètres, il descendit à quatre heures du soir, dans le voisinage de Giron (Indre).
- A ce moment, la nacelle est précipitée contre le sol avec une violence extrême ; le ballon soulevé par le vent est emporté avec la rapidité d’un traîneau glissant sur la glace ; il parcourt un espace de quelques centaines de mètres, et il ne tarde pas à s’arrêter , un rideau d’arbres, contre lequel il est venu s’abattre, y ayant ouvert une énorme déchirure.
- Les habitants de la localité accourent de toutes parts. Ils s’approchent. Un spectacle épouvantable s’offre à leurs yeux.
- Deux cadavres gisent au fond de la nacelle dans une position horrible à voir. Ballottés pendant le traînage comme des masses inertes, leur tête est jetée contre la paroi inférieure du panier d’osier, et leurs jambes passent en dehors de l’esquif. Celui qui écrit ces lignes se tient à côté d’eux. Il a survécu comme par miracle à l’asphyxie des hautes régions.
- Le lecteur n’a pas oublié l’émotion que ce drame saisissant produisit alors dans le pays tout entier. Les noms de Crocé-Spinelli et de Sivel volent de bouche en bouche. La France tressaille et s’émeut.
- « C’est que tout dans cette double mort, comme l’a si bien dit M. Paul Bert, est étrange et sublime. Certes, Sivel et Crocé-Spinelli ne sont pas les premiers aéronautes dont la science ait à déplorer la perte ; leurs noms sont les derniers d’une liste en tête de laquelle brillent les noms de deux savants,
- Pilâtre de Rozier et Romain, qui se brisèrent, en 1785, sur la plage de Boulogne. Mais la mort qui avait frappé ces aéronautes était une mort connue, prévue , vulgaire en quelque sorte ; une mort à laquelle chacun avait pensé, que chacun avait redoutée, depuis le jour où parut dans les airs la machine de Montgol-fier; c’était la chute. Ils étaient morts en tombant. Mais ici pour la première fois, on voyait deux hommes mourir au sein des airs, et mourir en montant. Us sentent venir la mort, une mort inconnue jusqu'alors; leur poitrine oppressée les avertit du danger, ils se consultent. Faut-il redescendre? Ahl la consultation ne fut pas longue. « Nous « avons du lest, « nous pouvons là-« haut faire encore « des observations « utiles ; excelsior, « plus haut ! et « puis, l’on dit « qu’un Anglais a pu vivre et observer par delà 8000 « mètres, il faut que le pavillon que nous portons « aille flotter plus haut encore. » Ils bondissent, et la mort les saisit, sans efforts, sans souffrances, comme une proie à elle dévolue dans ces régions glacées où règne un éternel silence. Oui, nos malheureux amis ont eu cet étrange privilège, ce funeste honneur, de mourir les premiers dans ce que nous appelons les cieux. »
- Monument commémoratif de la catastrophe du Zénith, construit à Ciron (Indre), sur le plan de M. Albert Tissandier,
- 5* aîné*. — ter semestre.
- 20
- p.305 - vue 309/432
-
-
-
- 306
- LA NATURE.
- M. le comte de Bondy, au milieu des propriétés duquel eut lieu le triste dénouement de la catastrophe du Zénith, a youIu perpétuer dans la localité le souvenir de cet événement unique dans les annales de la navigation aérienne. L’honorable sénateur a fait élever sur la place dé Ciron un monument à la mémoire de Crocé-Spinelli et de Sivel. M. Albert Tissandier en a fait le plan, et la construction est terminée aujourd’hui.
- C’est une pierre simplement ornée : deux inscriptions sont gravées sur ses parois 1 ; une urne funéraire est sculptée à sa partie supérieure. Les arbres qui l’entourent y jettent leur ombre.
- Le voyageur qui passe s’arrête devant ce monument. 11 lit les noms de Crocé-Spinelli et de Sivel. 11 s’incline avec émotion devant la jeunesse et la force, sacrifiées avec héroïsme ; en saluant ces nobles martyrs, il salue la vaillance et le dévouement scientifique. Gaston Tissandier.
- --c<>->-
- LE RESPIRATEUR TYNDALL
- ET L’HOMME SALAMANDRE.
- Au nombre des utiles inventions de ces derniers temps, il faut citer le respirateur de l’illustre physicien M. Tyn-dall. Cet appareil permet de séjourner pendant un long temps dans la fumée la plus suffocante. Il peut rendre de grands services en cas d’incendie et devrait être partout adopté.
- D’autre part, un ingénieur suédois, Oestberg de Stockholm, a imaginé un costume de plongeur qui permet à celui qui l’endosse de séjourner dans les flammes comme une vraie salamandre. Le liquide qu’exsude constamment sa peau permet à la salamandre, suivant la tradition, de résister à l’action de la flamme ; le costume d’Oesberg est, en effet, toujours maintenu ruisselant d’eau. 11 se compose d’une double enveloppe qui embrasse le corps comme une cuirasse ; l’intérieure est en étoffe caoutchoutée, l’extérieure en cuir anglais et percée d’une quantité de petits trous. Dans cette enveloppe, la pompe, maniée extérieurement, lance constamment de l’eau fraîche qui ruisselle par les pores et mouille la surface extérieure. Le pompier tient à la main un embranchement du même tuyau au moyen duquel il attaque l'incendie. De l’air est en même temps lancé dans l’intérieur sous une certaine pression ; cet air gonfle le costume et sort par la visière du casque; il entraîne les produits de la respiration et écarte des yeux la fumée et la flamme.
- Le capitaine de marine Ahlstroene en a fait, il y a quelque temps, une expérience publique à Berlin. Il s’est promené pendant plus d’un quart d’heure, revêtu de son
- 1 On peut lire sur le dessin ci-joint l’inscription gravée sur la face principale du monument. Voici le texte de celle qui se trouve sur la face postérieure :
- SIVEL (HENRI-THÉODORE)
- NÉ LE 10 NOVEMBRE 1834,
- Dans la commune de sauve, département du gard
- MORT EN BALLON LE 13 AVRIL 1875
- CROCÉ-SPINELLI (JOSEPH-EUSTACHE) Ingénieur des arts et manufactures, né le 10 juillet 1843
- A HONTBAZ1LLAC, DÉPARTEMENT DE LA DORDCGNE
- MORT EN BALLON LG 13 AVRIL 1813
- costume ruisselant, au milieu de quatre énormes piles de bois arrosées de pétrole auxquelles on avait mis le feu. La chaleur du brasier était telle qu’on ne pouvait la supporter à quarante pas. Il s’asseyait, s’adossait contre les bûches en flammes; il aurait pu, comme les trois Israélites, entonner un cantique dans la fournaise. Quand il en sortit, il n’était pas cuit, il n’était même pas le moins du monde échauffé.
- Le respirateur Tyndall ne permet pas les mêmes prouesses; mais, avec son aide, on peut rester dans un lieu rempli de la fumée la plus dense, tant qu’il y existe encore de l’air respirable.
- L’appareil est aussi bien moins compliqué ; il se compose d’un cylindre de dix centimètres de long, qui s’adapte devant la bouche. Dans ce cylindre, l’air traverse des couches alternantes de charbon de bois, dechaux concassée et d’ouate imbibée de glycérine. Le charbon de bois et la chaux absorbent les parties volatiles irritantes de la fumée : l’acide pyroligneux, l’hydrocarbure, l’acroléine, l’acide carbonique. La glycérine, qui a la propriété de ne jamais sécher, retient les particules de charbon. L’appareil est donc en même temps absorbant et filtrant, et l’air arrive purifié aux poumons.
- Munis du respirateur et les yeux protégés par des verres, M. Tyndall et le capitaine Shaw, des pompiers de Londres, restèrent une demi-heure et plus dans une petite chambre fermée que trois fourneaux pleins de bois résineux en combustion incomplète remplissaient de masses épaisses de fumée. Une seule inhalation de cet air eût été insupportable.
- Personne ne mettra en doute l’utilité et la simplicité de cet appareil, qui pourra sauver des vies humaines du plus horrible des trépas. Ch. Zundel.
- j
- LE
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- FÉVRIER 1 877.
- Depuis longtemps on a cru remarquer que certains phénomènes météorologiques, les longues sécheresses, les pluies prolongées, lespériodes chaudes ou froides, etc., observées dans nos régions de l’Europe occidentale, coïncidaient avec des phénomènes d’un ordre inverse en Amérique. Faute de documents sulfisants, cette question n’a I pas été jusqu’ici assez étudiée pour qu’il soit possible de fixer la valeur de cette assertion.
- D’un autre côté, il ne semble pas douteux que certaines de nos tempêtes d’Europe arrivent de l’Amérique septentrionale; la situation atmosphérique dans le Nouveau-Monde nous intéresse donc à plus d’un titre.
- Aujourd’hui que les États-Unis possèdent un vaste et puissant réseau d’observatoires1, ces études, basées sur des documents authentiques, se trouvent singulièrement facilitées.
- Le Signal Service, dont le Bureau central est dirigé par M. le général Albert-J. Myer, à Washington, publie depuis quelques années la Monthly Weather Review, recueil mensuel contenant les principaux faits survenus pendant chaque mois, et établi d’après les observations de plus de quatre cent vingt stations. Nous nous proposons de résumer ici, en quelques lignes, cette intéressante publication, et défaire ressortir le caractère spécial et les phénomènes remarquables de chaque mois. Comme la Nature donne
- 1 Yoy. p. ‘285
- p.306 - vue 310/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 507
- d’autre part le résumé météorologique en Europe, les lecteurs seront à même de faire la comparaison.
- L’hiver a été d’une douceur exceptionnelle en France, aux Etats-Unis, le froid a été rigoureux en décembre et jusque vers le 15 janvier; à partir de cette date, le temps s’est adouci, et le mois de février a présenté, sauf en quelques points, une température supérieure à la moyenne normale. Comme janvier, le mois de février a été plutôt sec qu’humide; la quantité de pluie tombée a été généralement inférieure à la moyenne.
- Douze bourrasques ont été suivies en février, pendant leur passage de l’Amérique septentrionale ; les plus importantes sont apparues dans la région occidentale des lacs, par le 50° degré de latitude, et ont suivi sensiblement ce parallèle jusqu’au golfe Saint-Laurent. Les trois plus profondes de ces dépressions ont traversé l’Amérique du 10 au 14, du 15 au 18, et du 21 au 20. Celte dernière, venue du lac Supérieur, a d’abord marché vers le sud-est, et, après avoir atteint le cap Dalleras, sa trajectoire s’étant relevée, elle a remonté la côte atlantique, pour disparaître aussi sur l’Océan vers le golfe Saint-Laurent.
- A la suite du temps chaud de la fin de janvier, des millions de sauterelles ont envahi le bassin du Missouri supérieur, notamment l’État d’Iowa. A Plattsmouth, le 17, le sol en était littéralement couvert sur une épaisseur de 3 à 5 centimètres.
- EMPLOI DE LA DYNAMITE
- EN AGRICULTURE1.
- Depuis quelques années, les industriels ont à leur disposition de nouvelles matières explosives, agents très-énergiques, qui produisent des effets utiles d’un caractère particulier. Les picrates, la dynamite, le coton-poudre, ont chacun leur mode spécial d’explosion qui est remarquable par la violence et la rapidité de la détonation. Dans le temps déjà très-court de l’explosion d’une cartouche de poudre ordinaire, on pourrait faire partir successivement dix, vingt, peut-être cinquante cartouches de ces matières nouvelles. La dynamite allumée par un corps enflammé, brûle tranquillement comme une allumette; mais sa détonation violente est déterminée à l’instant par le départ d’une capsule fulminante. — On peut donc, hors de l’influence des matières dont se composent ces capsules, ou des vibrations analogues à celles qu’elles produisent, manier sans aucun danger les matières dont il est ici question, en faire des gargousses, des cartouches, les transporter dans des caisses ou autrement, en ayant soin seulement d’éloigner d’elles les capsules détonantes.
- La substance de cet ordre la plus employée est la dynamite. Elle a poiir base la nitroglycérine, substance explosive, excessivement dangereuse, surtout quand elle est acide, parce que sa détonation, très-violente, est provoquée par le moindre choc, par les circonstances les plus inattendues. Mais la dynamite n’est qu’une poudre minérale extrêmement poreuse, mélangée d’une certaine quantité déterminée de
- 1 Communication faite à la Société d’encouragement pour /industrie nationale.
- nitroglycérine dont cette masse inerte divise et amortit l’action'. On a ainsi écarté tout danger spécial à la substance explosive, en lui conservant une puissance d’action qui puisse être utile.
- L’industrie en fait déjà un très-grand usage, pour les exploitations des carrières. Aux travaux du Tro-cadéro, à certaines heures, les passants entendent un bruit sourd et profond: c’est le départ d’une série de mines à la dynamite qui, sans projection violente, remuent les déblais à enlever et brisent, sous terre, les roches qui fournissent la pierre de taille et les moellons aux constructions du palais de l’Exposition. La poudre de mine ordinaire causerait des projections violentes, elle exigerait la perforation de trous profonds : une cartouche de dynamite pfacée contre un rocher le brise sur 0m,40 à 0m,50 de profondeur; posée contre le bas d’une souche d’arbre à arracher, elle la brise en plusieurs morceaux faciles à enlever, tandis que la poudre ne produirait à grand frais qu’un effet incomplet.
- D’après des documents remis par M. Roux, on commence aussi à utiliser la dynamite dans les travaux des champs. Le duc de Sutherland, en Angleterre, et le docteur Hamm, en Autriche, l’ont employée pour faire des défoncements profonds qu’il eût été difficile d’exécuter aussi bien par d’autres moyens. On fait, avec une barre à mine ou autrement, des trous de lm,50 à 2 mètres de profondeur sur le terrain à ameublir. Ces trous sont espacés de 4 à 6 mètres. Chacun d’eux reçoit une cartouche de 200 à 550 grammes de dynamite; elles sont reliées entre elles par un fil électrique et, avec un appareil Breguet ou autrement, on détermine une explosion simultanée de toutes ces cartouches. L’effet produit semble peu sensible; un bruit sourd, un léger tremblement, à peine quelquefois un exhaussement du sol. Mais le terrain est ameubli au point qu’on peut, dans un endroit quelconque, enfoncer à la main une canne de 1 mètre à lm,50 de longueur. Le prix de revient de cette opération est de 600 à 1 000 francs par hectare. C’est un prix élevé, mais un défoncement à la pioche coûterait davantage, serait bien plus long et ne produirait pas un effet aussi profond.
- La conséquence de ces exemples est qu’on trouverait dans l’agriculture un emploi considérable de ces matières explosives si leur prix n’était pas élevé d’une manière excessive par les droits dont elles sont frappées. Ces droits sont peut-être nécessaires pour que le Trésor ne perde pas les revenus qu’il retirait de la vente de la poudre de mine employée dans les carrières et les mines ; mais l’agriculture, donnant un débouché nouveau, ne devrait pas être passible de cette charge, et il serait bon qu’on pût délivrer en franchise la dynamite qui serait destinée aux travaux agricoles. L’auteur de cette note propose à la Société d’encouragement, qui a une juste sollicitude pour tout ce qui peut développer l’industrie française, de prendre en considération cette source de progrès pour l’agriculture, Hervé Makgon.
- p.307 - vue 311/432
-
-
-
- 308
- LA NATURE.
- LES PLANTES CARNIVORES
- (Suite — Voy. p. 275.)
- Un des arguments qui militent le plus en faveur de la théorie des plantes carnivores est offert par le fait de la conservation des matières animales mises en présence des surfaces glanduleuses; des fragments de la même matière, déposés comparativement sur des feuilles privées de glandes, se corrompent rapidement. A l'occasion d’une discussion sur cet intéressant sujet à la Société botanique, et dans laquelle M.He-ckel signalait des expériences faites suides surfaces glanduleuses de plantes diverses , mais glandulifères, et entre autres des feuilles de Géranium, un membre qui faisait partie alors du bureau, objecta qu’il n’y avait rien d’étonnant à ce qu’une sécrétion acide, fût-elle produite par des glandes ou par tout autre corps, pourvu que l’acide y fût, conservât plus longtemps intacts des fragments de matière animale. Par le fait même qu’il enveloppe et pénètre cette matière, comme cela se passe quand on asperge de la viande avec du vinaigre, les éléments de putréfaction sont écartés pour quelque temps au moins ; on remarque même une modification avec l’acide acétique, toutefois, qui blanchit les surfaces musculaires. Mais il ne faut pas perdre de vue que ce dernier acide est un antiseptique
- Fig. 1. — Arum Uracunculm. (1/3 grandeur naturelle.),
- reconnu, et que tous les acides n’agissent pas de même.
- Esprit consciencieux et scrupuleux s’il en fut, M. Duval-Jouve fait ses efforts pour dégager la vérité au milieu des observations contradictoires venant toutes de savants distingués. Il a, comme on sait, réfuté en partie les observations d’absorption faites par
- la surface glanduleuse des Utriculai-res et des Al-drovandia, par la raison que ces surfaces glanduleuses sont par tout et uni-formé ment répanduessur les végétaux en question ; or il n’y a donc pas élection de surface ab-s o r b a il t e. Mais, mû par un sentiment d’éclectisme et comparant les émergences glanduleuses, que M. Duval-Jouve nomme des exoder-mies, avec les poils absorbants des racines, il rappelle que les exodermics radiculaires fonctionnent pendant la période de jeunesse, jusqu’à ce que de plus jeunes viennent remplacer les précédentes et ainsi de suite' « Voilà donc des organes essentiels à la nutrition de la plante qui meurent immédiatement àprès avoir rempli leur fonction ; et il n’y a rien d’extraordinaire à ce que ce qui s’accomplit chez tous les végétaux, par les exodermies des racines, s’opère chez quelques-uns par les exodermies des feuilles, lesquelles ont aussi leurs délicates membranes imbibées de sucs acides capables de dissoudre des substances azotées que l’eau ne dissout pas. »
- On est donc conduit, d’après ces travaux, à
- p.308 - vue 312/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 309
- prendre une moyenne raisonnable, et à admettre que les premiers observateurs sont certainement allés au delà de la vérité, et que d’autre part ceux qui protestent radicalement contre la théorie sont peut-être trop affirmatifs.
- La question d’absorption serait le vrai point en litige. Or, quand on s’enquiert des travaux qui ont été faits sur la respiration et sur l’absorption des plantes , on est étonné des opinions opposées qu’on rencontre.
- L’absorption par les racines a déjà donné lieu à de nombreuses observations ; mais on est fixé maintenant, ou à peu près, sur le rôle de ces organes dans l’accomplissement de cette fonction.
- On n’en peut pas dire autant des feuilles. Le pouvoir absorbant des feuilles a été nié dans certains cas, et des travaux qui datent de peu ont refusé, par exemple, aux feuilles, la faculté de revenir à la fraîcheur lorsque fanées elles étaient plongées dans l’eau sans que leurs branches y plongeassent elles-mêmes par leur section. Cette manière de voir a été combattue d’ailleurs assez vivement, et si l’eau n’est, pas absorbée directement, elle l’est à l’état de vapeur ou vésiculaire. Une preuve que la surface des feuilles, même celles qui n’ont pas de stomates à la face supérieure, absorbe, c’est qu’en appliquant sur une feuille chlorosée une solution ferrugineuse de sulfate de fer par exemple, la surface imprégnée verdit bientôt par l’augmentation de chorophylle dont
- la feuille était appauvrie. On peut ainsi colorer une moitié de feuille en laissant en réserve la moitié correspondante qui reste pâle. Or donc, si la feuille peut absorber la solution ferrugineuse, pourquoi n’absorberait-elle pas l’ammoniaque résultant de la décomposition de la matière azotée? L’hypothèse ne me semble pas contestable, puisqu’il est prouvé
- qu’appliquées aux plantes de serres, les vapeurs ammoniacales sont efficaces.Dans ce cas, qe pourrait-on pas admettre que, si parfois les expérimentateurs ont constaté un air de santé sur les plantes mises au régime de la matière animale, ce soit au dégagement ammoniacal qu’elles l’ont dû ?
- Les Sarra-cenia et les JVepenthes n’ont pas eu un sort aussi tourmenté; cependant ils ont été U objet d’études spéciales et leur rôle comme plantes insectivores ne semble pas avoir rencontré beaucoup de prosélytes. Je n’ai pu, dans un petit nombre de circonstances il est vrai, apprécier le liquide que contenaient les urnes de ces plantes que comme parfaitement neutre. Chaque fois que j’y ai plongé un papier de tournesol, je n’ai remarqué aucune réaction. Je me suis souvent représenté le piège des ascidies de ces plantes comme des vases à col étroit qu’on met dans les jardins ou dans les maisons pendant l’été, et qu’on remplit à moitié d’eau même sans aucun mélange ; en peu de temps, le vase se remplit d’insectes, quand il est placé favorablement.
- Fig. 2. — Coupé d’une fleur d’Arum, dans l’intérieur de laquelle sont capturées les mouches.
- p.309 - vue 313/432
-
-
-
- 310
- LA NATURE.
- Les véritables plantes-pièges deviennent nombreuses, si l’on fait disparaître leur qualification de carnivores, qui, en somme, est impropre ; mais dans le cas contraire, elles sont réduites. Cependant on peut y admettre quelques espèces de la famille des Caryophyllées. Le Silene Armeria et le Lychnis vis-caria exsudent par certain point de leurs méri-thalles, un peu au-dessous de l’insertion des feuilles, un suc excessivement visqueux, ordinairement le siège de quantités d’insectes pris par cette sorte de glu. M. Morren cite le Physianthus albens, qui est un véritable attrape-papillons. Depuis son importation en Europe, Y Ajiocynum Androsœmifolium est connu sous le nom d’Attr-ape-mouches. Les fleurs de cette Apocynée ont un gynécée conformé de telle façon que le rapprochement des anthères entre elles laisse à leur base un angle très-aigu, par lequel les insectes cherchent à passer leur trompe ou y engagent une patte en s’éloignant après avoir butiné. Si l’insecte cherche à sortir le membre engagé trop verticalement, il est saisi dans l’angle, et comme au lieu de plonger à nouveau pour se libérer, il tire toujours dans la direction ascendante, c’est l’exemple du nœud coulant : plus la bestiole fait d’efforts, plus la situation est compromise ; à moins que le membre ne cède. Il ne faut pas croire cependant que ce sacrifice soit sans valeur, car en insinuant ses appendices dans la fleur et en s’y agitant, le pauvre insecte a favorisé la fécondation.
- Il en est de même de Y Aristolochia Clematitis, qui emprisonne la mouche entrée dans son calice tubuleux, autant que la fleur n’est pas fécondée. Enfin, certaines Aroïdées, et Y Arum Dracunculus notamment, sont des plantes-pièges par excellence. Ici le phénomène semble complexe. Cette inflorescence, en forme de grand cornet ou oublie, n’a pas moins de 30 à 35 centimètres de haut sur 15 à 20 centimètres d’ouverture. A la teinte livide, violet sombre, que revêt l’intérieur de la spathe au centre de la-quellese dresse le spadice, s’ajoute l’odeur infecte que répand cette inflorescence, qui y attire les mouches en quantité. En outre, la paroi interne de la spathe est garnie de poils noirs en crochet (fig. 1 et 2) : tout cet ensemble est repoussant. Au bout de quelques minutes que les mouches se repaissent de l’odeur, car elles ne trouvent rien à butiner, si ce n’est un peu de nectar qu’elles ne semblent pas y venir chercher (la plupart sont, en effet, des mouches dites à viande (Musca calliphora, et M. cœsar, etc.), ainsi que la mouche ordinaire (M. domestica), elles sont piûfflsifllàine sorte de léthargie dont on s’aperçoit en éBBnpadife‘flBiq[e&itoucher, et on les voit alors comme pbisïæiqutqpingih^fifllQaltes dans les poils qui, somme tonte}. üBolfâBittsHffiflnt ègipàre ; puis elles meurent #8pl^iéô#Iftt«b!^biS^ftjp«t'àln9dffg|gement d’acide e»iJb> Uwpi ai o q qe J knt à ilkniaæapToéhiamtuardinaire-itoîqb^Ii^bi^'dÏHBâkDiizel eoeb no anibaxq -èifihaeobfi phfipastnîksjjAeyKfiédso{A’é(}^iHqiiie9eti9éiip ^to’bcdiàftpnçnéa donc/ (hlg,^pnKhibblai«^ateuc agtuif co nsidérabltudaanjàfffikoïjû Souhaita* Iv(&ndq»û*t>Jd'*r
- siècle dernier, l’avaient remarqué sur Y Arum ita-licum et l’A. muculatum. Sous les tropiques, la température constatée dans l’inflorescence d’une Aroï-dée de grande taille, au moyen d’un petit thermomètre, a dépassé 25° au-dessus de la température générale. Bory de Saint-Vincent rapporte que c’est à un aveugle qu’il a du la constatation de ce phénomène à l’île Bourbon, qui, en touchant une Aroïdée en fleur, fut frappé de la chaleur qu’elle produisait. Une absorption considérable d’oxygène, d’après Th. de Saussure, est la conséquence de cette élévation de température.
- Aux plantes-pièges dont il vient d’être parlé, on peut en ajouter deux dont les propriétés n’avaient certainement pas été révélées jusqu’alors. Ges dernières observations sont dues à un de mes collègues de la Société botanique, M. Daveau, qui me signala l’été dernier les deux exemples en question et, à son instigation, je constatai expérimentalement l’exactitude du fait.
- L’une d’elles appartient à la famille des Loasées, le Mentzelia ornata. Cette plante est originaire du Texas, et sa culture est facile, à la condition de l’abriter dans la jeunesse en serre ou sous châssis ; après quoi, on peut la livrer à la pleine terre en l’exposant au sud. Dans sa patrie, elle est annuelle, et l’insuffisance de chaleur de nos étés en fait le plus souvent chez nous une plante bisannuelle, à moins qu’elle ne soit semée de très-bonne heure. Ce Mentzelia est une herbe à port un peu raide, rameuse, à feuilles découpées et dispersées sur la tige et les rameaux ; ceux-ci sont feuillés jusqu’à leur sommet, mais les organes qu’ils portent sont modifiés dans leur taille et prennent alors le nom de bractées. Les fleurs sont terminales, elles ont un réceptacle en entonnoir, et sur ses bords sont insérées cinq divisions calicinales aiguës, puis la corolle formée de deux rangs de cinq pétales lancéolés et acumi-nés ; enfin les étamines très-nombreuses occupent le bord interne du réceptacle et entourent le pistil qui est composé de 5 carpelles et sa cavité unique contient 5 placentas a 2 rangs d’ovules. La portion inférieure de l’ovaire est engagée dans le réceptacle creux et forme alors ce que l’on nomme un ovaire infère. Cette fleur est blanche ou de couleur jaune-pâle et sa largeur de 5 à 6 centimètres. Toute la plante, à l’exception des pétales, est rude au toucher. Cette âpreté est due à la présence de poils particuliers, dont les feuilles et les rameaux sont littéralement tapissés; mais ils sont surtout abondants et très-développés à la surface externe du réceptacle. Ce réceptacle, curieux à plusieurs titres, va devenir le siège d’un phénomène sur lequel il s’agit d’attirer l’attention.
- On a vu que les feuilles se continuaient sur les rameaux, en décrivant une spire dont l’ordre est ordinairement constant sur la même plante, mais qui ieii>présente cette particularité, c’est que ces feuil-I&npatlifiées ou bractées se prolongent sur le réccp-comme sur le rameau lui-mème.
- p.310 - vue 314/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 3H
- Or, pendant l’accroissement de l’ovaire, ou jeune fruit, après la floraison, le réceptacle qui l’enveloppe, et auquel il adhère, grandit avec ce fruit, lequel atteint 7 à 10 centimètres de longueur à maturité, et les bractées, très-petites au moment de l’épanouissement, ont, elles aussi, grandi en même temps que leur support. En sorte que cet exemple de réceptacle feuiilé est déjà un fait assez rare pour être signalé, et qui prouve, dans ce cas surtout, que ce réceptacle est de nature axile.
- Toutes les Loasées sont pourvues de poils plus ou moins rigides, quelquefois piquants et même urti-cants. Le Cajophora laterilia, plante grimpante, cultivée quelquefois dans les jardins et dont l’ovaire, en arrivant à l’état de fruit, se roule sur lui-même en tire-bouchon, est hérissé de ces poils urticants : ils sont assez semblables à ceux des Orties, ayant un bulbe à la base, dont le contenu, ainsi que celui du poil lui-même, est un liquide âcre qui cause la douleur que tout le monde a ressentie au moins avec les Orties. Mais indépendamment de ces poils vulné-rants, il en existe une autre sorte entremêlée aux premiers, puis enfin une troisième forme également différente d’aspect et de fonctions; ce sont seulement ces deux dernières sortes qu’on observe sur le Ment-zelia orna ta.
- Ces poils, maintenant inoffensifs pour l’homme, vont devenir funestes pour les insectes qui s’en approcheront. Cette forme de poils est celle que les botanistes appellent glocbidiéeou en hameçon, etdontla figure ci-contre (fig. 3, À) indique bien le caractère. Au lieu d’être creux, ceux-ci sont pleins, relativement courts, résistants, et leur extrémité est toujours terminée par quatre crochets ou ongles à pointes réfléchies, tels sont les plus petits. Mais la plupart sont plus élevés de taille et alors ils sont dans toute leur longueur, en plus des crochets supérieurs, garnis de 4, 5 ou 6 étages de crochets également réfléchis et presque toujours disposés sur 4 rangs longitudinaux rarement plus. Enfin, des poils moindres de taille encore sont interposés aux poils glochidiés. Ceux-ci constituent l'appât qui attire les insectes dans le piège. Ils sont mous, leur pied est formé d’un seul rang de cellules bout à bout, et leur sommet est couronné d’une petite tête cellulaire et glanduleuse qui leur donne l’aspect d’un petit champignon. C’est ce sommet glanduleux qui exsude un suc visqueux recherché par les insectes.
- Quand, par un beau jour d’été, on s’approche d’un Mentzelia (fig. 3), on voit que les réceptacles sont occupés par des mouches de différentes espèces. En observant avec un peu d’attention, on s’aperçoit bientôt qu’elles sont captives. Çà et là on constate des cadavres, mais surtout des têtes de mouches privées de corps.
- Lorsque ces insectes viennent se poser sur cette partie du végétal, leur premier mouvement consiste à insinuer leur trompe dans l’intervalle des poils glochidiés pour atteindre le sommet des poils glan-
- duleux qui dégagent une odeur particulière. Or cette introduction est relativement facile, car le dos de ces poils est lisse, et de même qu’un épi de blé ou de seigle se laisse toucher sans résistance dans le sens ascendant, il n’en est pas de même dans le sens opposé. Aussi le moindre effort de traction que fait la mouche engage les bords des lèvres de sa trompe dans les crochets, et c’en est fait de la pauvre captive qui ne se dégagera jamais sans que sa liberté ne hâte encore sa fin (fig. 3 A). Le seul mouvement que son instinct lui conseille, c’est de tirer constamment vers elle, et plus elle fait d’efforts, plus la trompe, congestionnée et devenue volumineuse, offre de prise aux terribles engins qui l’entourent. Il arrive d’ordinaire que les mouches les plus volumineuses courent plus vite à leur perte que celles de petite taille. Dans le but de favoriser leur évasion, elles ne se contentent pas d’une traction énergique, mais encore elles tournent sur elles-mêmes et presque toujours dans le même sens ; il s’ensuit une torsion qui bientôt de la trompe se communique à la tête, et finalement celle-ci se détache du corps qui a encore assez d’énergie pour permettre aux ailes de s’agiter quelques instants et de porter le corps à quelque distance.
- Il est probable que dans son pays, cette plante est aussi pernicieuse aux insectes qu’elle l’est chez nous, car, sur des échantillons authentiques en herbiers, on aperçoit des débris de diptères, de coléoptères, propres sans doute à ces contrées.
- Les insectes faibles, très-petits, qui s'engagent entre les poils glochidiés et qui atteignent les poils glanduleux, sont ordinairement happés au passage par le mucus des glandes et ne peuvent se délivrer; de même que les tiges de certaines espèces de Silène prennent à la glu de leurs entre-nœuds les petits animaux qui se hasardent à les parcourir. En sorte que petits et grands sont toujours certains de ne pas échapper à la mort sur ce réceptacle maudit.
- On se demande si cette plante, munie d’un appareil aussi formidable et avec tous les soins que la nature semble avoir mis pour perfectionner ce piège, ne pourrait pas être considérée comme carnivore. Je ne doute pas, pour ma part, que si elle avait été signalée quelques années plus tôt, on ne l’ait considérée comme telle.
- Un exemple analogue et presque aussi perfide est fourni par une Asclépiadée, le Pkysianthîis albens. Le fait a été observé en Belgique, par M. J. Belle-roche. Cette plante prend exclusivement les papillons. L’organisation compliquée de la fleur des Asclépia-dées oblige ces lépidoptères à insinuer leur trompe dans une portion étroite de l'androcée pour butiner, et de suivre un sinus correspondant à un point de jonction des étamines, ou glande qui sécrète un suc visqueux. Au passage de cet organe de l’insecte dans la fleur, le contact de cette matière adhésive est inévitable, et il paraît qu’elle « s’attache à la trompe et se solidifie au contact de l’air. » Il est probable que
- p.311 - vue 315/432
-
-
-
- 312
- LA NATURE.
- le phénomène est instantané ; car le papillon pris ainsi ne peut désormais s’échapper et il périt de la même façon que les mouches sur le Mentzelia. 11 faut encore une certaine résistance à cet organe délicat de la fleur du Physianthus, puisque le papillon du Chou (Pieris brassicæ) est pris au piège par ce procédé, ainsi que beaucoup d’autres espèces.
- La seconde plante-piège n’a certainement pas le même intérêt que la précédente. Celle-ci ne prend pas les insectes, n’est pas pourvue de moyens de capture aussi perfectionnés. Elle arrête au passage quiconque se frôle à ses rameaux , comme un buisson de ronces le ferait, avec cette différence, toutefois, que ses crochets sont d’une grande ténuité et ne peuvent prendre que de petits animaux.
- Le Gronovia scandens est une plante de la famille des Cucur-bitacés, originaire de l’Amérique équatoriale ; elle constitue un type spécial à cause de quelques caractères particuliers : fleur hermaphrodite et liberté complète des étamines, qui sont au nombre de cinq, tandis qu'ailleurs, en général, dans cette famille, quatre des étamines sont réunies deux à deux, en sorte qu’il n’y en a plus que trois à l’état adulte, dont deux doubles, dans chaque fleur staminée.
- Cette plante est grimpante ou traçante, émet de nombreux rameaux dès la base et porte des feuilles alternes et palmées, et des fleurs d’un médiocre intérêt. Toute la plante est couverte de poils espacés, grêles, flexueux et relativement résistants, terminés par deux pointes en crochet, deux sortes d’ongles de
- chat qui se prennent à tout ce qui les touche. Si l’on présente à la plante qui grandit un tuteur, un appui quelconque, elle s’y cramponne facilement ; sans quoi elle rampe à terre, et les nombreux rameaux s’enlacent mutuellement. Or comme le Gronovia réclame une chaleur un peu élevée, on le met volontiers sous châssis, afin d’assurer son développement et sa floraison ; c’est ainsi qu’on le cultive au Muséum.
- Dans tous les jardins suffisamment pourvus de repaires, les lézards gris ( La-certa agilis) s’y établissent, et comme ces reptiles sont attirés par une forte chaleur, il arrive souvent que sous les vitres des serres ou des châssis qui en augmentent l’intensité, ces animaux se donnent rendez-vous et y guettent leurs proies, qui se compose ordinairement d’insectes, mouches, sauterelles, etc. Lorsque pour faire leur chasse, les lézards s’aventuraient sur les rameaux du Gronovia, ou se dérobaient sous le feuillage, les griffes dont les poils sont armés s’accrochaient dans les interstices des plaques écailleuses qui recouvrent leur corps, et les efforts faits en vue de se débarrasser n’amenaient habituellement qu’un arrêt plus certain, n’aboutissant le plus souvent qu’à la mort de ces petites bêtes. La flexibilité des poils ajoutée à la forme des ongles qui adhéraient fortement à la peau étaient souvent engagés dans les plaques du ventre ou des flancs de l’animal ; enfin soit au corps ou aux pattes et jusqu’au bords des yeux, on voyait un petit crampon qui lâchait rarement prise. Il faut ajouter cependant que les individus adultes, par
- Fig. 3. — Mentzelia, Attrappé-mouches.
- A. Trompe de mouché capturée dans les poils glanduleux du réceptacle. (Très-grossi.)
- p.312 - vue 316/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 313
- leur force et la résistance de leur peau méprisaient généralement cette embûche ; mais les jeunes lézards étaient presque toujours victimes de leur égarement. M. Daveau a compté en une seule journée jusqu’à sept cadavres de ces petits batraciens sous un pied de Gronovia variant de taille entre 5 et 42 centimètres. J’ai eu moi-même sous les yeux pendant huit heures, un lézard de 10 centimètres, pris sur un seul rameau de cette plante, et qui s’est débattu péniblement toute une journée, après quoi cependant il est arrivé miraculeusement à s’échapper en atteignant
- une des extrémités du rameau, mais non pas sans avoir reçu de nombreuses blessures.
- En novembre dernier, le Gardner’s Chronicle citait un fait de capture qui sort un peu du cadre de cet article, mais qui est si particulier, s’il est exact, qu’il n’est pas sans intérêt de le rapporter. Le signataire de l’article, M. Alf. Smee, s’exprimait à peu près en ces termes : « Dans ma riche collection d'Erica, certaines espèces sont entourées d’une matière visqueuse analogue à celle qu’on a cru observer dans les plantes carnivores. Durant cet été, un
- Fig. 4. — Lézard, capturé dans les rameaux hérissés de poils à griffes d’un Gronovia. (Dessiné d'après nature au Jardin des Plantes.)
- petit oiseau de l’espèce qui gazouille dans les joncs [Sedge warblers), et qui abonde dans mon jardin, entrait dans la serre où se trouvaient ces plantes et descendit sur une de ces Bruyères, quand ses plumes adhérèrent si fortement à la plante, que l’oiseau était retenu prisonnier. Lorsque vint le jardinier, il ne put lui donner la liberté qu’en lui arrachant un certain nombre de plumes. De cette cause il ne faut pas conclure que les Erica sont carnivores et qu’ils mangent les petits oiseaux. Cet événement a été deux fois remarqué dans mon jardin cette année. » Après l’exposé de tous ces faits de' capture d’insectes et d’animaux divers, doit-on conclure pé- , remptoirement sur la valeur de la théorie de Darwin? 11 faudrait une autorité scientifique qui s’imposât au lecteur, et qui voulût bien assumer cette lourde
- responsabilité. Quoi qu’il en soit, on voit que depuis quelques années les observations faites en vue de rechercher la vérité sur ce sujet sont bien contradictoires, et que la théorie semble avoir perdu de sa consistance en ce qui est de la carnivorité, mais il est probable que les recherches poursuivies sur ce sujet encore actuellement, jetteront sur un point de la physiologie végétale une lumière plus vive, et donneront à ces phénomènes leur véritable interprétation.
- Dans la manifestation des phénomènes qui régissent les lois en histoire naturelle, on sent instinctivement que la constance de ces phénomènesen indique la grandeur. On constate chaque jour que les écarts à l’uniformité du plan de la nature sont relativement rares ou faibles, et toujours d’une importance secondaire. Il peut se faire, chez les êtres d’un certain ordre, des
- p.313 - vue 317/432
-
-
-
- 514
- LA NATURE.
- modifications plus ou moins considérables, mais elles ne dépassent jamais certaines limites. En général, elles s’attaquent aux organes de protection ou de locomotion, mais exceptionnellement à ceux de la nutrition et de la reproduction. Bien que les plantes soient des êtres inférieurs en organisation, les fonctions indispensables pour la propagation de l’espèce n’en sont pas moins aussi évidentes et aussi perfectionnées que chez beaucoup d’autres êtres d’un ordre plus élevé. Le merveilleux mécanisme qui préside à la reproduction, et qui a tant occupé les savants, n’est point ici en discussion. C’est celui de la nutrition, dont le voile n’est peut-être pas complètement déchiré, et qui devient le point en litige. Les fonctions d’absorption chez les animaux paraissent bien définies, ou à peu près toutefois ; mais le sont-elles aussi nettement pour les végétaux? 11 semble y avoir encore de nombreux desiderata. Quand l’organisation d’un être est très-compliquée, on ne manque pas de points de repère pour en découvrir les fonctions; mais quand elle est moins complexe, l’imagination peut être entraînée à combler les lacunes, et l’esprit vient quelquefois prêter un concours trop actif à l’expérience. J. Poisson.
- LES GROTTES DE CRAYANCHE
- ET L’HOMME PRÉHISTORIQUE EN ALSACE.
- Cravanche est une localité à trois kilomètres de Belfort, au pied du Mont et du Salbert. Au commencement du mois d’avril de l’année dernière, l’explosion d’une mine dans les carrières exploitées pour les travaux de fortification du Salbert amena la découverte de vastes cavernes. Ces cavernes se trouvent dans une faille formée au contact des calcaires jurassiques avec le terrain de transition du Salbert. Elles sont accidentées et communiquent les unes avec les autres par une série de galeries ou de couloirs plus ou moins étroits. Les ouvriers carriers en pénétrant par l’ouverture produite par la mine, d’une manière tout à fait inattendue, y virent de nombreux squelettes humains, les uns libres, les autres incrustés dans une formation de stalagmites, avec des poteries grossières, avec des instruments en pierre et en os. Prévenu de la découverte, je me hâtai de me rendre à Belfort pour une exploration des cavernes, que j’ai décrites dans une note communiquée à l’Académie des sciences à sa séance du 17 avril 1876.
- On pénètre dans la grotte par l’ouverture produite par la mine. L’entrée primitive paraît avoir été masquée par des éboulements et des déjections. Il y a trois chambres principales, mises en communication par des couloirs fort resserrés, et dont les ramifications se relient par des cheminées tellement étroites qu’on n’y glisse qu’en rampant. Certaines de ces cheminées sont à peu près verticales, d’autres plus ou moins inclinées. A la clarté des flambeaux,
- les grottes offrent un aspect des plus fantastiques. Figurez-vous d’énormes cavités de forme irrégulière, obstruées par des rochers tombés du plafond, et par des groupes de stalagmites pareils à des colonnes tronquées. Sur certains points, les stalactites qui descendent de la voûte rejoignent les stalagmites du bas, en formant des colonnes entières ou des piliers pareils à ceux de nos cathédrales gothiques. Ailleurs les dépôts calcaires descendent et s’étalent comme de fines dentelures ou des draperies. Draperies et dentelures continuent à s’allonger encore sous l’action des eaux incrustantes.
- La première salle mesure environ 30 mètres de longueur sur une largeur de 10 à 12 mètres, et une hauteur de 10 mètres. Les autres salles, qui se dirigent à droite de l’entrée actuelle, ont des dimensions pareilles. Quelques-uns des couloirs qui communiquent avec elles descendent à des profondeurs inconnues. Tout près de ces grottes, sur le prolongement de la même ligne, mais sans communication avec elle, se trouve une autre caverne ouverte au dehors, et transformée depuis plusieurs années en une cave à bière. On y a trouvé un os d’un grand mammifère qui n’a pas été conservé. Quant à l’entrée primitive des nouvelles grottes avec ossements humains, elle n’a pas encore été découverte. Si elle n’est pas masquée par des éboulements, elle a pu être fermée aussi par des dépôts d’alluviou, d’origine vosgième, qui s’élèvent jusqu’à quarante mètres au-dessus du village de Cravanche. Les couches calcaires du plafond semblent à peu près horizontales. La faille jurassique termine ici les dépôts oolithiques ou de l’étage bathonien. Ces dépôts viennent buter contre les schistes de transition du Salbert, et atteignent une altitude de 450 mètres. Le sommet du Salbert s’élève à 647 mètres, soit à une hauteur relative de 270 mètres au-dessus dé la vallée de la Savoureuse. Cravanche est bâti à la cote de 380 mètres entre le Salbert et le Mont, tous deux boisés sur leurs versants. Yu des hauteurs de Mulhouse, le Salbert, que dominent les nouvelles fortifications élevées depuis la guerre, se dessine sous l’aspect d’une pyramide séparée des grandes lignes de la chaîne des Vosges. Tout le massif se compose de schistes gris plus ou moins argileux, généralement peu consistants et friables à la surface, alternant par lits et feuillets minces, avec un grès fin schisteux de couleur olive.
- Comment et par quelles causes les grottes de Cravanche ont-elles été fermées depuis leur occupation par l’homme? Rien ne nous permet de répondre à ces questions d’une manière certaine. En dernier lieu, les cavernes semblent avoir servi de sépulture, Les ossements humains y sont abondants. Les squelettes étaient étendus sur le sol, avec la tête légèrement relevée. On y a recueilli une quinzaine de crânes, déposés au musée de Belfort par les soins de M. Parisot, maire de la ville, avec la plupart des objets découverts dans les grottes. Plusieurs squelettes étaient complets, en partie libres, en partie
- p.314 - vue 318/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 515
- incrustés dans le dépôt calcaire. Par places, les ossements humains formaient avec la roche une véritable brèche osseuse. Outre ces ossements, les fouilles ont donné une mâchoire de chevreuil, des dents, des pièces de la tête d’un sanglier, des fragments de bois et une partie de crâne d’un grand cerf, beaucoup plus fort que notre cerf commun actuel, enfin un squelette entier de loup, dont aucun os n’est brisé, et qui me paraît moins ancien que les débris humains de la caverne.
- J’ai mesuré les têtes osseuses déposées maintenant au musée de Belfort. Elles proviennent d’individus d’âge et de sexe différents. La capacité cervicale varie de 1175 à 1697 centimètres cubes, avec une moyenne de 1385 sur huit crânes encore entiers. Ce qui frappe, c’est la variété de conformation de ces têtes. Nous ne sommes pas en présence d’un type unique et caractéristique, mais de formes très-diverses. Il y en a de dolichocéphales et de brachycéphales. Plusieurs manifestent les traits d’une race élevée, avec un front très-haut, un angle facial développé. Chez d’autres, le front est étroit, le pro-gnatisme des mâchoires prononcé, les arcades sourcilières saillantes. Les dents sont larges et plates, en parfait état de conservation, sans aucune trace de carie. Quant aux os des membres, ils indiquent une race de petite taille. Sans doute, ces restes proviennent d’une même population. Un intérêt particulier s’y rattache à cause de la diversité des types. Aussi désirerions-nous vivement que les squelettes de Cravanclie soient étudiés et comparés avec attention. Peut-être notre savant collègue, M. Hamy, l’un des auteurs des Crania ethnica, se décidera-t-il à venir étudier sur place la collection déposée au musée de Belfort. La question n’intéresse pas seulement l’histoire de l’homme en Alsace et dans les Vosges, mais elle touche aussi incontestablement l’ethnographie générale de la France, et l’anthropologie préhistorique.
- Parmi les objets de l’industrie humaine et les instruments mis au jour par les fouilles avec les squelettes de Cravanche, nous remarquons notamment quatre vases en terre cuite, des marteaux en pierre, des couteaux en silex, dont plusieurs retaillés, des poinçons en os et des lames de poignard, des ustensiles en corne de cerf, pareils à nos couteaux à papier, qu’on a trouvés aussi dans la caverne de Thayngen, près Schaffouse et dans les constructions lacustres de la Suisse ; enfin deux anneaux plats en serpentine et des grains de collier, partie en os très-blanc et très-dur, partie provenant de serpules d’apiocrinites fossiles et d’une espèce d’ardoise qui existe en place sur le versant méridional des Vosges, entre Giromagny et Plancher-les-Mines. Les anneaux en pierre, pris à tort pour des bracelets, consistent en deux plaques ovales allongées, bien polies, de quelques millimètres d’épaisseur seulement, amincies par les bords extérieurs, percées d’un trou circulaire,* où un enfant de dix ans aurait de la peine à passer la main. Ils ont 20 centimètres de long,
- et ressemblent aux racloirs de nos tanneurs. Parmi les vases trouvés, l’un provient de la troisième chambre, les autres de la première, tout à côté de l’ouverture actuelle. Façonnés à la main, ces vases ne présentent point de trace de travail au tour. Leur contenance varie de 3 à 6 litres. L’un est à goulot, les autres à ouverture plus large et à base hémisphérique. Tous portent des anses mamelonnées percées d’un trou, pour être suspendues. Sur deux d’entre eux il y a des ornements en creux. Les anses ne semblent pas rapportées après coup, mais elles paraissent enlevées sur la masse de terre du vase, de manière à former un tout homogène pétri avec les doigts. Cette poterie ressemble aux échantillons qui proviennent de certaines grottes du département du Lot, ou des dolmens du Morbihan, conservés par M. de Mortiliet au musée de Saint-Germain-en-Laye. Un autre objet curieux provenant des fouilles, consiste en une incrustation d’une natte tressée en paille, dont nous donnons ici le dessin avec celui des poteries, des couteaux en silex, des grains de collier dans un coquillage, d’un marteau et d’un des anneaux.
- Maintenant se pose la question : à quelle époque appartiennent les squelettes humains de Cravanche? Tout d’abord les cavernes de Cravanche semblent avoir servi de sépulture, en dernier lieu du moins. Il est regrettable que les ouvriers qui découvrirent les cavernes et les gens de Cravanche qui accoururent à cette nouvelle dispersèrent les ossements. On n’a plus pu les observer tous dans leur position primitive. Toutefois lors de mon exploration de la localité, quelques jours plus tard, il y avait encore en place deux squelettes presque entiers, en partie empâtés dans les stalagmites. Leur position était étendue, avec la tête un peu relevée par rapport aux os des membres. La présence de traînées charbonneuses dans la terre rougeâtre et grasse du sol, et l’aspect calcaire de l’un des crânes, indiquent l’existence de foyers dont on trouve des traces en plusieurs points de la caverne. M. Voulot, à qui l’on doit des fouilles intéressantes dans les sépultures de l’âge de la pierre polie au mont Vaudois, près Montbéliard, et qui a recueilli une partie des objets de la caverne, croit aussi avoir remarqué à côté des squelettes des restes de dolmens. Pour ma part, je n’ai pu reconnaître de monuments analogues dans quelques pierres superposées à l’intérieur des cavernes. Les poteries et les instruments se rapprochent beaucoup des objets trouvés dans les monuments mégalithiques de la Bretagne. Mais les couteaux en silex taillé ressemblent aux types de la Madeleine recueillis sur les bords de la Vèsère dans la Dordogne, ainsi que les lissoirs en os. En tous cas, la station de Cravanche doit être anté- rieure aux constructions lacustres de la Suisse.
- Peut-être la continuation des fouilles nous fournira des objets susceptibles de mieux préciser la date des hommes de Cravanche. Jusqu’à présent, ces cavernes n'ont pas fourni d’instruments gravés
- p.315 - vue 319/432
-
-
-
- 310
- LA NATURE.
- comme ceux de la grotte du Thayngen, que nous avons déjà fait connaître ici1 ; mais dont l’authenticité soulève des doutes fondés. Les ossements d’animaux sont également rares. Un fait certain, c’est que le renne, l’aurochs et le bison, l’élan et le grand cerf vivaient alors dans le pays et ne disparurent qu’à une époque récente. Le renne, dont nous avons trouve des débris en différents points des bords du Rhin, vivait ici à l’arrivée des Romains ; car César le décrit en termes non équivoques, au chapitre xxvr, livre VI des Commentaires, comme un habitant de la forêt Hercynie :
- « On trouve dans cette forêt, dit le grand conquérant, un bœuf à figure de cerf, auquel il sort du milieu du front, entre les deux oreilles, une corne plus élevée et plus droite que celles que nous connaissons ; du sommet de cette corne partent, en forme de palmes, des anneaux très-étendus. »
- Quant à l’aurochs et au bison, Charlemagne les a chassés dans les forêts des Vosges, en 805, à son retour de la guerre de Bohême. Puis le poëme des Nibelungen, dont nous avons plusieurs versions du commencement du treizième siècle, vante les exploits de Sigfrid le Fort, qui tua, dans une de ses chasses
- Fig 1. — Objets préhistoriques trouvés dans les grottes de Cravancne.
- avec Gunther, roi des Burgondes, un bison, un élan et quatre aurochs :
- Dar noch schuog er schiere einen Wisent unde Elch
- Stacker Ure viere und einen grimmen Schelch.
- La forme des instruments ne peut servir à déterminer d’une manière tout à fait sûre l’époque de leur fabrication et nous n’admettons pas les divisions tout à fait arbitraires d’âge du mammouth, d’âge de l’ours des cavernes, de lage du renne, proposées pour les premiers temps de l’humanité. A mesure que les observations et les découvertes se multiplient, nous constatons que le renne, l’ours des cavernes et le mammouth ont vécu ensemble dans nos
- 1 "Voy. la Nature du 2 juin 1876, p. 1.
- contrées. Leurs débris fossiles se trouvent réunis dans les mêmes couches du sol. Depuis le remplissage des cavernes à ossements et depuis le dépôt des terrains quaternaires, les changements survenus ont plutôt amené l’extinction d’espèces déjà existantes que la création d’espèces nouvelles. Tous nos mammifères actuels existaient déjà alors. Les explorations de Lartet et de Christy, dans le midi de la France, rendent témoignage de ce fait, ainsi que les découvertes faites dans les alluvions anciennes du Rhin aux environs de Mayence. Tout récemment encore, on a cru reconnaître, dans les dépôts de la caverne de Thayngen, deux formations d’époques différentes, à cause de la différence des couches. Mais cette différence consistait seulement dans la coloration des dépôts, les mêmes espèces fossiles se trou-
- p.316 - vue 320/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 317
- vaut également dans les deux couches. M. Rutimeyer a reconnu parmi ces espèces le lion des cavernes, le mammouth, l’urus et le rhinocéros, aujourd’hui éteints ; le renne, le glouton et le renard polaire, qui ont émigré dans le Nord; le wapiti et le canis laco-pus, qui existent en Amérique; l’aurochs, le cerf élaphe et l’oie sauvage, qui se trouvent dans les pays voisins ; le chamois, le bouquetin, la marmotte, le lynx, l’ours, le chat sauvage, le loup, le cygne, l’ai-gle-pêchcur, le renard, le lièvre, le corbeau, le chien et le cheval, qui se sont retirés dans les Alpes ou demeurent encore dans le pays. A Cravanche, nous
- n’avons encore trouvé que quelques espèces ; mais les fouilles sont commencées à peine et on sait que les ossements de Thayngen proviennent en grande partie de sous le dépôt de stalagmites.
- En Alsace même, le docteur Faudel a signalé des ossements humains, consistant en un pariétal et en un frontal, associés avec des ossements de mammouth, de cerf, de bison, de cheval, dans le lehm d’Eguisheim, au même niveau géologique où M. Ami-Boué découvrit, dès l’année 1823, les fossiles humains de Lahr, sur la rive badoise du Rhin. Tout récemment, le professeur Ecker a décrit une collec-
- tion d’instruments en silex et en jaspe, d’ossements et de bois de renne travaillés de main d’homme, provenant du lehm de Munzingen, aux environs de Fribourg, en Brisgaw. Or la formation du lehm s’étend sur toute la plaine du Rhin, depuis Bàle jusqu’à Mayence. C’est un dépôt de limon composé d’un mélange de sable fin, d’argile et de carbonate de chaux, chargé par places de particules de mica, le tout parfaitement homogène, sans aucun vestige de stratification. Avec une puissance variable, cette formation atteint sur certains points une épaisseur de 60 mètres et même plus, tandis que sur d’autres, elle manque complètement et laisse paraître à la surface le sable et le gravier des alluvions plus anciennes qui constituent le sol aride des plaines de Haguenau et de la Hart. Le lehm provient surtout de
- boue glaciaire consolidée, déposée par le Rhin dans la plaine d’Alsace et le pays de Bade, à l’époque où le grand glacier qui alimentait le fleuve charriait ses blocs erratiques dans l’Alpe du Wurtemberg, au delà du lac de Constance. Les moraines terminales des anciens glaciers des Vosges se sont formées au-dessus des alluvions anciennes, ainsi que le lehm du Rhin. Les deux formations, lehm rhénan et moraines vosgiennes, datent donc de la même époque, l’époque glaciaire pendant laquelle à vécu l’homme d’Eguisheim et les hommes de Munzingen. Si les grottes de Cravanche ont été réellement fermées par les allu-vions anciennes d’origine vosgienne qui existent au-dessus du village, les hommes ensevelis dans la caverne, et dont les restes viennent d’être mis au jour, ont probablement vécu avant ou pendant l’époque
- p.317 - vue 321/432
-
-
-
- 318
- LA NATURE.
- glaciaire. Nous ne terminerons donc pas sans recommander la continuation des fouilles commencées dans les grottes, en même temps que nous engagerons vivement M. Parisot, qui termine en ce moment la carte géologique du territoire de Belfort, à l’examen des abords des cavernes de Cravanche et de leur mode de fermeture. Quand ce mode de fermeture sera reconnu, alors seulement l’âge relatif des débris humains découverts dans les cavernes pourra être mieux précisé. Charles Grad,
- Correspondant de l'Institut géologique d’Autriche.
- Logelbach, décembre 1876.
- CHRONIQUE
- Séance annuelle de la Société française de Physique. — Le vendredi 6 avril, un nombre considérable d’invités se pressaient dans les salles de la Société, pour assister aux plus remarquables expériences de la physique moderne. L’intérêt de cette soirée ne l’a cédé en rien aux célèbres réunions de la Société royale d’Angleterre, comme l’atteste le programme suivant des expériences :
- Connexion des axes des ellipses de conductibilité thermique et des coefficients d’élasticité de flexion dans le gypse, par M. Jannettaz. — Application des couches d’or très-minces au perfectionnement des cathétomètres et des autres instruments de mesure. — Mise au point d’un microscope, par M. Govi. — Sur la température de solidification, production à la même température des deux varié tés dimorphiques du soufre, par M. Gernez. — Sur les phénomènes d’induction, par M. Mouton. — Divers radio-mètres construits par M. Alvergniat. — Modifications des propriétés physiques du carbone sous l’influence de la chaleur, par M. Sidot. — Emploi des boussoles de déclinaison à la mesure de l’inclinaison de l’intensité à la salibe et de la décinaison de l’aiguille aimantée, par M. Ma-rié-Davy. — Nouvelle lampe électrique (expériences faites avec les machines de la Compagnie l'Alliance), par M. Ja-bloschkoff. — Projection des flammes manométriques, au moyen du phénakisticope. parM. Gariel. —Expériences sur la dépolarisation et la persistance des impressions sur la rétine, par M. Dubosq. — Sur leseffels d’un jet d’air lancé dans l’eau : Suspension et ébullition de l’eau sur un tissu à larges mailles, par M. de Romilly. — Expérience analogue à celle des flammes chantantes, par M. Montenat. —. Moteur Bisschop pour laboratoire de physique, par M. Rouart. — Décharge électrique de la torpille, par M. Marey. — Électromètre, par M. Lippmann. — Sur l’astigmatisme, par M. Javal. —Expérience sur le radiomètre, par M. Ber-tin. — Appareil pour mesurer les éléments principaux des systèmes optiques, par M. Cornu. — Microscope polarisant et à projection, par M. Nodot. — Balance automatique pour peser les monnaies, par M. Deleuil. — Gayhydro-mètre, par M. Maumené. — Nouvelle lanterne à projection, de M. Laurent. — Pile au bichromate de potasse, par MM. Mors et Camacho. — Nouvelle disposition de l’électro-aimant de Faraday, par M. Ducretet. — Alambic solaire, par M. Mouchot. — Étuves à températures constantes, par ¥.. d’Arsonval.
- Verre trempé de Siemens. — A la verrerie de F. Siemens, à Dresde, on fabrique maintenant très-cou-
- ramment le verre trempé. M. Siemens a donné, devant la Société polytechnique de Berlin, au sujet des procédés qu’il emploie dans sa fabrication, des détails offrant un grand intérêt et dont nous résumons les points principaux. La trempe ne s’opère plus ici à l’aide de bains d’huile ou d’eau, mais par la fonte en coquille, ce qui permet de produire des plaques de plus forte dimension qu’avec le procédé ordinaire. Les plaques ont très-belle apparence, et se moulent suivant les formes les plus fines ; elles n’ont qu’un seul inconvénient, celui de ne pas se laisser couper au diamant. Il faut en conséquence leur donner au moulage leur forme définitive.
- Après des essais qui ont duré toute une année, on s’est monté en grand pour la production industrielle du verre trempé. La résistance au choc ou à la pression du verre trempé en coquille est plus élevée que celle du verre trempé au bain, et cela dans les rapports de 5 à 5. La cassure de l’un est fibreuse, tandis que celle de l’autre est granuleuse. Comparativement à du verre ordinaire, le verre trempé est à dimensions égales 8 à 10 fois plus résistant. A la Société polytechnique do Berlin, on a fait des essais consistant à laisser tomber, à différentes hauteurs, une balle de plomb de 1*20 grammes sur des feuilles de verre posées horizontalement sur quatre appuis. Avec une chute de 300 millimètres, on parvient à briser une plaque de verre ordinaire ; une plaque trempée ne se brisa qu’à 2000 millimètres et une autre à 5000 millimètres, et après plusieurs chocs de la balle. (Revue industrielle.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 avril 1877. — Présidence de M. I'eligot.
- Diffusion du zinc. — Il y plusieurs années déjà que M. Raulin a reconnu que pour obtenir, dans les macérations des substances organiques, des mucédinées florissantes, il est indispensable d’y introduire de petites quantités de sels de zinc. Partant de là, MM. Lechartier et Bellamy ont recherché ce métal dans les tissus animaux et végétaux. Ces chimistes ont reconnu l’oxyde de zinc dans la substance des muscles et des viscères. Un foie humain, pesant 4780 grammes, a fourni 2 centigrammes d’oxyde de zinc; il y en avait 3 centigrammes dans 900 grammes de muscle de bœuf, et 2 centigrammes environ dans 1400 grammes d’œufs de poules.
- Les herhivores contenant du zinc, il était naturel d’en supposer la présence dans les végétaux. En effet, le blé, l’orge, les haricots blancs, en ont donné des quantités fort notables. Au contraire, les betteraves, les tiges de mais, le trèfle n’en ont pas offert en quantité appréciable.
- Oxydabililê des sulfures. — M. de Clermont a constaté la tendance extrême du sulfure de manganèse précipité à l’oxydation spontanée au contact de l’air. Le même auteur retrouve la même propriété chez le sulfure de fer et surtout chez le sulfure de nickel, qui s’oxyde avec un grand dégagement de chaleur.
- Densité de vapeur du chloral hydraté. — Lors de ses premières recherches sur l’hydrate du chloral, M. Dumas avait constaté que ce corps donne 8 volumes de vapeurs, et cette exception avait paru très-étrange à beaucoup de chimistes. Pour l’expliquer, M. Naumann, qui en avait constaté l’exactitude, avait supposé que l’hydrate subissait
- p.318 - vue 322/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 519
- par la chaleur une vraie dissociation, et que sa vapeur consistait en un mélange de chloral et de vapeur d’eau. Il paraissait fort difficile de soumettre cetle manière de voir à un contrôle direct ; aussi doit-on applaudir à l’ingénieuse idée que M. Troost a mise en œuvre dans le Mémoire présenté aujourd’hui en son nom. Il s’est dit qu’étant donnée une enceinte remplie de vapeur d’hydrate de chloral, on pourrait, d’après ses propriétés physiques, reconnaître si l’eau est toujours combinée ou simplement en mélange. Dans le premier cas, l’atmosphère se comportera comme si elle était sèche vis-à-vis d’un corps capable de céder de l’eau, et, dans l’autre, comme si elle était saturée : en d’autres termes, dans le premier cas, le corps hydraté (de l’hydrate de potasse, par exemple) y dégagera de l’eau, tandis que dans le second cas il n’en dégagera pas. L’expérience réalisée a montré que c'est la première supposition qui est la vraie, et, par conséquent, les vues de M. Dumas sont pleinement confirmées; tandis que l’hypothèse de M. Naumann est réduite à rien. On remarquera que ce beau travail présente, outre l’intérêt de son résultat actuel, l’immense mérite d’inaugurer une voie nouvelle, sans aucun doute très-fertile.
- Fabrication industrielle du carbonate et du sulfocar-bonate de potasse. — M. Camille Vincent utilise les réactions qui se produisent dans la fabrication du sucre de betterave, pour préparer du sulfure de baryum. Celui-ci mis en présence du sulfate do potasse, donne par double décomposition du sulfate de baryte et du sulfure de potassium, et ce dernier soumis à l'action de l’acide carbonique fournit du carbonate de potasse. On sait combien le procédé Leblanc, si propre à la fabrication du carbonate de soude au moyen du sulfate, s’applique difficilement à la production du carbonate dépotasse. Au contraire, la méthode de M. Vincent est très-pratique. L’auteur a même conçu l’idée de l’étendre à la fabrication du sulfocarbonate de potasse, dont le traitement des vignes phylloxerées exige de si grandes quantités. Il arrive dès maintenant à obtenir ce sel à 50 francs le kilogramme au lieu de 120 qu’il coûtait naguère.
- Les poussières de l'air. — C’est sous ce titre que M. Gaston Tissandier vient de publier, à la librairie Gau-thier-Villars, un volume, sur lequel M. Dumas appelle l’attention d’une manière toute spéciale. L’auteur décrit d’abord les appareils qui permettent de recueillir les poussières météoriques, puis il en donne la composition si fortement éclairée comme on sait par ses propres travaux. Il montre comment ces poussières, malgré leur première apparence si insignifiante, offrent un immense intérêt à deux points de vue tout à fait principaux : d’abord en nous fournissant la mesure de la contribution, que les espaces interplanétaires payent en matière pondérable à notre propre globe, ensuite en nous faisant assister aux phénomènes d’une vraie géologie aérienne, qui édifie des formations tout entières, comparables souvent aux sédimentations déposées par les eaux. De nombreuses gravures accompagnent le texte de cet important ouvrage.
- Chronomètre géologique. — En exécutant des travaux aux environs de Saint-Nazaire, M. Kerviller a découvert les restes d’un port gallo-romain, remontant à quatre cent cinquante ans environ avant l’ère vulgaire. Des restes d’industrie montrent qu’on était alors en plein âge de bronze, et d’intéressants débris d’hommes et d’animaux variés, ont été recueillis. Ce qui a surtout frappé l’auteur,
- c’est que tous ces vestiges sont enfouis dans un terrain constitué de la manière la plus régulière, par la superposition de lamelles limoneuses de 3 millimètres à peu près d’épaisseur, et dont chacune représente l’atterrissement de la Loire et du Brivet pendant une année. Chacune d’elle en effet se subdivise en trois lits, l’un végétal et répondant à l’automne où tombent les feuilles, le second argileux et de formation estivale, le dernier sableux dù aux courants plus rapides de l’hiver. Le chronomètre constitué par la superposition de ces couches annuelles, analogues à celles qu’on découvre dans la tranche horizontale d’un sapin, se continue au-dessous de la zone fossilifère jusqu’à une profondeur telle, que la couche correspondante date d’environ huit mille ans. C’est de cette époque que date le régime actuel de la rivière et de la mer au point considéré, et ce laps de temps est compris d’après les études paléontologiques de M. Paul Gervais dans la période géologique contemporaine, c’est-à-dire postérieure aux temps quaternaires eux-mêmes.
- Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DU MOIS DE MARS 1877
- Les cartes des premiers jours du mois nous montrent une zone de pressions barométriques qui se propagent du 1er au 5 de l’Espagne vers la Baltique. La température est très-basse en France les deux premiers jours; elle se rapproche de la moyenne le 4, pour redescendre jusqu’aux 11 et 12,
- Une dépression très-importante se forme brusquement dans la matinée du 4 sur la mer du Nord (745 millim.); elle se propage du nord au sud avec une vitesse d’environ 70 kilomètres à l’heure, et se trouve, le 8, dans la haute Italie, le 9 dans l’Adriatique, puis disparaît en Grèce. Des orages ont été signalés le 5 dans la Haute-Garonne, le 7 dans la Haute-Vienne, la Charente, la Gironde; le 8, dans ce dernier département.
- La seconde décade commence par des froids intenses du 11 et du 12, accompagnant de fortes pressions dont le maximum est, le H, en Allemagne.
- Le 12, un changement compléta lieu, une dépression considérable envahit les régions nord de l’Europe et arrête le froid; le baromètre baisse, en vingt-quatre heures, de 19 millimètres en Norwége, de 17 en Écosse, et la neige est signalée dans le nord de la France. Le 13, cette dépression a son centre vers Christiansund (728 millim.). Sous son in fluence, les vents sont violents au sud de la Norwége et de la mer du Nord, et des tempêtes de sud-ouest avec neige sont signalées en divers points. Le 15, la dépression disparaît dans les parages de la Baltique.
- Une nouvelle la suit le 16, se trouvant un peu plus au sud que la précédente; ellese proDaee également vers l’est et disparaît le 18 vers Peiersnourg.
- Le 19, une nouvelle bourrasque, la plus intéressante du mois après celle du 7, nous aborde. Venue de l’Espagne, elle envahit la France par le golfe de Gascogne; a son centre, le 20, dans le voisinage de
- p.319 - vue 323/432
-
-
-
- 520
- LA NATURE,
- Rochefort ; amène une pluie considérable en France, | et des orages à Paris, dans Eure-et-Loir, dans
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN MARS 1877.
- D'après le Bulletin international de l'Observatoire de Paris. (Réduction 1/8.)
- Hf m PW
- Jeudi 1 Vendredi 2 Samedi 3 Dimanche 4- Lundi S
- B w» US
- M a_rd i 6 Mercredi 1 Jeudi 8 Vendredi 9 Samedi 10
- jgg m 111
- Di manche 11 Lundi 12 Mardi 18 Mercredi 14 Jeudi 15
- ggg K Hjg| §|§ (g
- Vendredi 16 Samedi 17 Dimanche 18 Lurrdi 18 Mardi 20
- l®ÿ fü te |gg B
- Mercredi 21 Jeudi 22 Vendredi 23 Samedi 24- Di manche 2b
- jjjgPj ^ggüHg
- B (ggù
- Slip Sslÿ
- - Lundi 26 Mardi 21 Mercredi 28 Jeudi 29 Vendredi 30
- Seine-et-Oise, dans Seine-et-Marne, dans l’Yonne fit en Alsace. Le 21, elle a marché ers le nord-est, et le 22 disparaît vers Péterbourg. A partir de ce moment, le courant équatorial atteint les côtes sud-ouest de l’Angleterre, et les dépressions nous ce dernier département et dans la Gironde, et le 27 dans le département de i Seine-et-Oise1. E. Fron. 1 En résumé, le froid qui avait respecté jusqu’ici l’Europe occidentale, nous a envahi à trois reprises. Pendant ce mois des tempêtes de neige ont été signalées dans le Nord, dans les
- j&j&ggE-
- Samedi 31
- abordent par cette région. La température se re- A1Pes et dans les Pyrénées. De nouvelles inondations ont sévi.
- lève; les vents d’entre sud et ouest dominent, et.................................................... ——
- des orages sont signalés de nouveau le 25 dans la Le Propriétaire-Gérant : G. Tissawmes.
- Haute-Garonne et les Alpes-Maritimes; le 26 dans
- CORBKII.. TÏP. ET STÉB, CRETE.
- p.320 - vue 324/432
-
-
-
- fi® 205. - 21 AVRIL 187 7. LA NATURE.
- m\
- BK
- ‘‘ï'Iifi
- TYCHO BRAHÉ
- (documents inédits).
- Grâce à l’obligeance du docteur Grompton, de Manchester, nous publions aujourd’hui la reproduction d’un portrait du grand astronome danois Tycho Brahé, fait par un peintre de son temps. Cette peinture sur toile a plus d’un mètre de hauteur. Elle représente un homme d’une constitution robuste, d’un teint coloré, debout et regardant devant lui. Il est nu-tête, a la chevelure peu épaisse, courte, d'une teinte jaunâtre, tirant sur le roux. Ses moustaches sont très-longues et sa barbe courte.
- A l’un des angles supérieurs du tableau , à la droite de Tycho Brahé, est un curieux dessin emblématique représentant une colonne, placée sur un socle quadran-gulaire et baignée d’eau à sa base. La partie supérieure du monument est retenue par une forte chaîne dont on ne voit que quelques anneaux, le sommet se perdant dans les nues. Deux têtes d’Éole, l’une à droite, l’autre à gauche, soufflent sur la colonne. Plus bas, de chaque côté on voit deux mains versant l’eau contenue dans une urne. Des nuages et des lueurs garnissent le fond et entourent les mains qui tiennent les urnes, ainsi que les deux têtes d’Éole. Autour du monument s’étend une légende difficile à déchiffrer, avec les mots stans tec-tus ? in solido, puis un mot illisible ; enfin igné e. tunda, probablement igné et unda. A gauche, dans
- LfficlLS TIchôNitBrahc Orront D
- vLrAfïS SVt /'NNUjratOMPLETO
- v qvo Bf/1 IfWM IN PATRÎ/
- r/illVM L Itl RTATÎ EVADERA'
- /, * y^îNo movr//
- TUSfljr.
- ïiCfiSKh--
- •Wi*- J
- V:-;;.
- fjg. {. — Portrait de Tycho-Brahé, d'après le tableau original de la galerie du D' Crompton, de Manchester,
- l’autre angle, du tableau, on lit en lettres grosses et distinctes : Effigies Tychonis Brahé, Otton. Da. anno 50 completo, quo post diutinum inpatria exilium libertati desideratœ divino provisu restitu-tus est.
- Le docteur Crompton pense avec raison, suivant nous, que cette inscription se rapportait au départ de Tycho Brahé quittant le Danemark, et que les
- mots exilium in palria fai saient allu sion aux vingt années que le savant astronome passa loin de la cour dans son observatoire de l’ile de Huen-na ou Huen. Le dessin emblématique signifiait évidemment que les éléments conjurés ne pourraient pas détruire le monument élevé en son honneur, et que ses observations seraient protégées par la Providence.
- Le portrait représen te donc Tycho Brahé tel qu’il était dans sa cinquantième année, et le docteur Crompton croit que le sens des emblèmes et
- de l’inscription prouve que ce tableau fut fait après que Brahé eut quitté le Danemark, très-probablement de la fin d’octobre au 13 décembre 1597. Il suppose en outre que le portrait fut peint, pour être ensuite gravé et inséré dans les Mechanica de Brahé.
- Nos lecteurs trouveront assurément quelque intérêt à revoir avec nous les principaux événements de la vie de Tycho Brahé, et à examiner rapidement le livre qui valut à cet astronome une réputation impérissable.
- Tycho Brahé naquit à Knudsthorp, résidence de scs ancêtres, près d’Helsingborg, en Suède, sur les
- 21
- 5e ancre, — 1er semestre.
- p.321 - vue 325/432
-
-
-
- m
- LA NATURE.
- bords du Sund, le 14 décembre 1546. Il y avait ! alors deux ans et demi que Copernic était mort. Galilée ne naquit que dix-huit ans après, et Kepler, avec qui TychoBrahé se lia plus tard, était d’environ vingt-cinq ans moins âgé que lui. Le père de Tycho, Otton Brahé, descendait d’une ancienne famille suédoise. Tycho était, par l’âge, le deuxième de neuf enfants qu’avaient eus ses parents, cinq fils et quatre filles. Malgré son antipathie bien prononcée pour l’état militaire, il fut destiné à cette carrière. Otton Brahé étant tombé dans des embarras pécuniaires par suite de la naissance de son troisième fils, Tycho fut adopté par son oncle, Georges Brahé. Il paraît que, jusqu’à l’année 1559, élevé dans la maison de son oncle, il y apprit à lire, à écrire, à comprendre le latin, et parfois à se distraire par l’étude de la poésie est des belles-lettres. Dès lors, au lieu de la carrière militaire, Tycho dut choisir la carrière administrative et politique; il fut en avril 1559, envoyé à l’Université de Copenhague, pour s’y vouer à l'étude de la jurisprudence. C’est probablement pendant le cours de ses études universitaires que Tycho se sentit entraîné vers l’astronomie. Une éclipse de soleil devait avoir lieu le 21 août 1560, et Tycho fut si frappé de la précision avec laquelle les différentes circonstances de ce phénomène avaient été prédites par les almanachs astrologiques de ce temps-là, qu’il en fut fasciné; il résolut de s’initier aux secrets d’une science aussi merveilleuse. Il parait que son attention fut attirée d’abord par les mouvements des planètes, qu’il étudia dans les Tabules Bergenses de Jean Stadius.
- En février 1562, Tycho fut, avec son précepteur, envoyé à Leipzig pour y étudier le droit. Mais c’était là une étude pour laquelle il n’avait aucune propension; aussi consacrait-il tous ses loisirs, quand son précepteur était absent ou qu’il dormait, et toutes ses épargnes, aux moyens de connaître aussi parfaitement que possible la science astronomique, qui lui avait inspiré une passion irrésistible. A l’aide des livres dont il disposait et d’un globe céleste de la grosseur d’une orange, il scrutait les cieux pendant la nuit et bientôt il reconnut que ses propres observations différaient considérablement de celles de Stadius. « Dès lors, dit M. Brewster, il se préoccupa surtout de la rédaction de tables exactes, qu’il regardait avec raison comme la base de l’astrono-inie. » Il s’efforça d’apprendre et d’approlondir lés mathématiques.
- Tycho étudia si rapidement tout ce que l’on savait en fait d’astronomie à cette époque-là, et il était si habile observateur, qu’à l’aide d’une simple paire de compas, il découvrit des erreurs considérables dans les tables Alphonsines et dans celles de Copernic, sur le moment de la conjonction de Jupiter et de Saturne qui eut lieu au mois d’août 1563. Il paraît que, vers ce temps, fut construit son premier instrument : c’était un radiant en bois, qu’il fit fabriquer par un artisan de Leipzig, nommé Scultetus, d’après les instructions d’Ilamelius, pro-
- fesseur de mathématiques dans cette ville. C’est avec cet instrument qu’il poursuivit ses observations. A la mort de son oncle, Tycho retourna en Danemark, vers le mois de mai 1565, pour prendre possession de son héritage. Sa passion pour l’astronomie avait fait le désespoir de ses parents et de ses amis, qui la considéraient comme aussi dégradante pour un noble, que les opérations commerciales le furent longtemps en Angleterre et le sont encore aujourd’hui dans la plupart des pays du continent européen. Tycho fut tellement blessé de l’accueil qu’il reçut, qu’il s’éloigna du Danemark. Il résida momentanément à Wittenberg, passa à Rostock les années 1566-1568 et y continua avec persévérance son étude des phénomènes célestes. A Rostock, il eut un duel où il perdit son nez ; mais on le lui remplaça par un nez artificiel en or et argent si bien imité, que personne ne s’aperçut dès lors des suites de cet accident.
- De Rostock, Tycho se rendit à Augsbourg,où, avec l’aide des frères Hainzel, il construisit un magnifique quart de cercle de quatorze coudées de rayon. Cet instrument était fait de poutrelles en chêne reliées par des bandes de fer, les arcs étant couverts de plaques de laiton divisées en 5400 lignes. Pour mettre Tycho à même de calculer les distances, un sextant de proportions analogues fut construit, et un globe de bois de six pieds de diamètre fut commencé; jusqu’alors, son unique instrument avait été le radiant fait à Leipzig1. Tycho retourna dans son pays natal en 1571, et trouva un ami zélé dans son oncle Sténo Bille, qui avait toujours pris le parti de son neveu contre les critiques et sarcasmes de ses autres amis, et qui lui céda une portion de sa demeure pour être convertie en observatoire. Ce fut pendant son séjour chez Sténo Bille qu’arriva un des événements les plus mémorables de la vie de ce savant astronome : sa découverte, le 11 novembre 1573, d’une nouvelle étoile dans la constellation de Cassiopée. Cet astre merveilleux apparut probablement dans les cieux pour la première fois, vers le 5 novembre ; il resta visible pendant seize mois, augmentant rapidement d’éclat, au point de surpasser, dès le second mois, l’éclat de Jupiter et de pouvoir être aperçu en plein jour. Il diminua ensuite peu à peu, et disparut complètement au mois de mars 1574. Il est à remarquer que, dans les années 945 et 1264, quelque chose de semblable se produisit dans la constellation de Cassiopée ; de sorte que l’étoile observée par Tycho Brahé était vraisemblablement une variable à longue période, dont on pourrait prévoir la réapparition pour l’année 1885. La couleur de cette étoile changea plusieurs fois ; elle fut d’abord blanche, puis jaunâtre, ensuite rougeâtre; plus tard, bleuâtre comme Saturne, devenant de plus en plus terne à mesure que sa grandeur diminuait en apparence. Sur les instances de ses amis, Tycho publia, en 1572, un compte
- 1 A l’aide de ces nouveaux instruments il continua ses observations à Augsbourg avec un redoublement d’ardeur.
- p.322 - vue 326/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 323
- rendu de ses observations relatives au nouvel astre dans un ouvrage intitulé : De nova Stella (Sur la nouvelle étoile).
- Tycbo scandalisa de nouveau ses parents, amis et connaissances, en épousant (1573) une jeune paysanne. Peu de temps après, sur l’invitation du roi de Danemark, il fit une série de cours ou conférences sur l’astronomie ainsi que sur l’astrologie, science qu’il persistait à regarder comme exacte, pour ne pas dire infaillible. Après un voyage en Allemagne et en Suisse (1575), Tycbo revint en Danemark, où le roi Frédéric II lui fit une proposition qui doit immortaliser le nom de ce monarque. Le roi paraît avoir toujours admiré l’astronome et avoir fait grand cas des études auxquelles Tycbo avait consacré sa vie. 11 crut donc que son devoir lui prescrivait, au nom de l’Etat, de mettre ce savant dans la position la plus favorable pour continuer des recherches qui, sous le rapport pécuniaire, n’étaient pas plus fructueuses alors qu’aujourd’hui. Nous avons dans la conduite du souverain à l’égard de Tycho Brahé un exemple ancien et libéral de généreuse dotation au profit de la science.
- L’île de Huen est située dans le détroit du Sund, entre le Danemark et la Suède, à environ trois milles (cinq kilomètres) du premier de ces deux pays et à six milles du dernier, à quatorze milles nord-est de Copenhague. Elle est à peu près ronde, a six milles de tour et va en s’élevant de la côte jusqu’au centre, qui forme un plateau large et uni. Le roi fit cadeau de cette île à Tycho Brahé, qui devait la posséder jusqu’à la fin de ses jours ; il y fit construire un grand observatoire, muni de tout ce qui pouvait favoriser les observations astronomiques et renfermant toutes les chambres nécessaires à la famille et aux domestiques de Tycho Brahé. Un espace considérable tout autour de l’observatoire fut entouré de murs hauts et massifs, formant un quadrilatère dont chaque angle correspondait à un des points cardinaux ; le centre de chaque mur sortait de l’alignement en formant un demi-cercle. Aux angles nord et sud furent érigées des tourelles, dont l’une renfermait une imprimerie, et l’autre les logements des domestiques.
- Le bâtiment principal fut conçu sur un plan commode et ingénieux. La surface intérieure était d’environ soixante pieds carrés ; aux points nord et sud s’élevaient deux tours rondes destinées aux observations, avec des fenêtres ouvertes dans toutes les directions. Outre un musée et une bibliothèque, il y avait un souterrain avec seize fourneaux allumés; car nous devons avouer que Tycho Brahé consacrait une grande partie de son temps aux recherches alchimiques, surtout, paraît-il, dans l’intention de trouver dans les creusets nue fortune qu’il voulait consacrer a ses études astronomiques. Nous n’avons besoin ni d’accuser ni de blâmer Tycho Brahé d’avoir cru à 1 astrologie et à l’alchimie. Il partageait avec tous ses contemporains ces erreurs dont on n’a pu se débarrasser que peu à peu, cl dont, à l’époque de leur flo-
- raison, nul n’osait ou ne pouvait secouer le joug, Tycho Brahé moins que d’autres, car il était plein de respect pour les croyances établies.
- Un puits de vingt pieds de profondeur distribuait l’eau dans tout l’établissement à l’aide de siphons. Un atelier pour les instruments était hors de l’enceinte murale, vers le nord, et une sorte d’exploitation rurale se trouvait au sud. Les fondements d’U-raniberg (mont d’Uranie), comme l’appelait Tycho Brahé, furent jetés le 6 août 1576.
- Malgré l’espace dont on disposait à Uraniberg, on ne put y placer tous les instruments astronomiques ; aussi Tycho Brahé établit-il une succursale sur une colline placée au sud du principal observatoire; il y fit établir des constructions pour consolider et affermir l’édifice, qui reçut le nom de Sternberg (Mont des étoiles), et fut relié par un couloir souterrain à Uraniberg. Les deux édifices étaient construits avec une élégante régularité, comme l’attestent des gravures du temps. Le roi y dépensa 100 000 rixdalers (500 000 francs) et Tycho Brahé y ajouta une somme égale, à ce que l’on prétend. Il est de fait, que les dépenses de Tycho Brahé avaient tellement réduit sa fortune privée, que pour le dédommager, le roi lui accorda une pension annuelle de 2000 rixdales, un domaine en Norvège et un canonicat dans l’église de Rothschild, qui lui rapportait 1000 rixdales par an. Si l’on compare la valeur de l’argent à cette époque-là, au bas prix qu’il a aujourd’hui, on devra se dire, que le roi de Danemark fit preuve, à l’égard de Tycho Brahé, d’une étonnante munificence.
- La magnifique collection d’instruments que Tycho Brahé fit confectionner sous ses yeux, et dont il garnit ses deux observatoires, avait le mérite de renfermer des appareils inventés et dressés par lui-même. Cette collection était alors sans égale pour le nombre, la perfection et la structure des instruments. En voici la liste, d’après l’excellent mémoire sur Brahé inséré dans les Martyrs de la science, par sir David Brewster, mémoire qui a été notre principale source d’informations pour la rédaction de la présente notice :
- Dans l’observatoire du sud :
- 1° Un demi-cercle de fer massif recouvert de laiton, de 4 coudées. 2° Un sextant des mêmes matières. 3° Un quart de cercle avec un rayon d’une coudée et demie, et un cercle azimulal de 5 coudées. 4° Les règles parallacti-ques de Ptolémée, garnies de laiton, avec 4 coudées de longueur. 5° Un autre sextant. 6° Un autre quart de cercle, pareil au numéro 3. 7° Des sphères armillaires zodiacales de laiton fondues et confectionnées sur la masse durcie, de 3 coudées de diamètre. Près de cet observatoire se trouvait une grande horloge avec un cadran de 2 coudées de diamètre et deux autres cadrans plus petits, mais pareils ; cette horloge indiquait les heures, les minutes et les secondes.
- Dans l’observatoire secondaire du sud :
- 8° Une sphère armillaire en laiton, avec un méridien en acier, d’environ 4 coudées de diamètre.
- Dans l'observatoire du nord :
- 9° Règles en laiton, qui tournaient en azimut au-des-
- p.323 - vue 327/432
-
-
-
- LA NATURE.
- m
- sus d’un horizon de même métal et avaient 12 pieds de diamètre. 10° Un demi-sextant de 4 coudées de rayon. Il® Un sextant en acier. 12° Un autre demi-sextant avec un rebord en acier ; 4 coudées de rayon. 13° Les règles parallactiques de Copernic. 14° Des armillaires équatoriales. 15° Un quart de cercle massif en laiton, avec un rayon de 5 coudées, et divisé de dix en dix secondes. 16° Le musée renfermait le grand globe fabriqué à Augs-bourg.
- Dans l’observatoire de Sternberg :
- 17“ Dans la partie centrale, un grand demi-cercle, avec un rebord en laiton, et trois horloges, marquant les heures, les minutes et les secondes. 18° Des armillaires équatoriales de 7 coudées, avec des demi-armillaires de 9 coudées. 19° Un sextant de 4 coudées de rayon. 20° Un carré géométrique en fer, circonscrit à un quart de cercle de 5 coudées et divisé de 15 en 15 secondes. 21° Un quart de cercle de 4 coudées de rayon, indiquant 10 secondes, avec un cercle azimutal. 22° Des armillaires zodiacales en laiton, avec des méridiens en acier d’un diamètre de 3 coudées. 25° Un sextant en laiton retenu par des vis et pouvant se démonter, de maniéré à être utilisé dans des voyages. Le rayon était de 4 coudées.
- 24° Une sphère armillaire mobile, 3 coudées de diamètre. 25° Un quart de cercle en laiton massif, d’une coudée de rayon, et divisé en minutes par des cercles noniens. 26° Un radiant astronomique en laiton, 3 coudées de longueur. 27° Un anneau astronomique en laiton, du diamètre d’une coudée.
- 28° Un petit astrolabe en laiton.
- Tycho Brahé résida dans l’île de Huen pendant vingt et une années, qui furent toutes consacrées aux travaux astronomiques. Cette île était alors fertile et bien cultivée. L’astronome régnait en monarque sur tous ses subordonnés. Il paraît avoir été aimé de tous ses sujets et avoir mené une vie de paisibles recherches et de vraie joie, qu’envierait plus d’un savant de nos jours. L’enseignement n’était pas imposé à l’astronome, feudataire de l’île et de l’observatoire ; mais le renom du célèbre savant attirait autour de lui quantité d’élèves, désireux de profiter des leçons d’un maître aussi habile. Quelques-uns d’entre eux étaient entretenus aux frais du roi de Danemark ; d’autres étaient envoyés par différentes villes et académies; d’autres enfin étaient défrayés de tout par Tycho Brahé lui-même. Des visiteurs éminents arrivaient sans cesse pour rendre hommage au grand astronome ; de ce nombre fut le roi d’Angleterre, Jacques Iep, alors encore roi d’Écosse sous le nom de Jacques VI. C’était dans l’année 1590, époque où ce monarque se rendit en
- Danemark pour y épouser la princesse Aune. Il passa huit jours à Uraniberg, discutant sur différentes questions avec Tycho Brahé, et examinant avec soin tous les instruments. 11 fut si charmé de tout ce qu’il avait vu et entendu, qu’il accorda au grand astronome le privilège de publier ses œuvres en Angleterre pendant soixante-dix années.
- Tycho Brahé aurait paisiblement terminé ses jours dans son agréable résidence de l’île de Huen, sans la mort du roi Frédéric II, son généreux protecteur, survenue en avril 1538. Le nouveau roi, Christian IV, comme le Pharaon d’Égypte, « ne connaissait pas Joseph » ou du moins ne se soucia, en aucune manière, de lui ni de son œuvre. Tant que Frédéric avait régné, ses courtisans affectaient naturellement (quelques-uns d’entre eux étaient sincères) un goût très-vif pour l’astronomie; mais la munificence du
- roi envers l’astronome suscita contre ce dernier une foule d’envieux et d’ennemis. On le toléra pendant les premières années qui suivirent la mort du souverain; mais à la fin l’âme du jeune roi fut tellement infestée de haine contre Tycho Brahé par quelques courtisans, que tout à coup le malheureux astronome se vit retirer sa pension, son domaine de Norvège et son canonicat. Avec une femme, cinq fils et quatre filles, il ne lui était guère possible de continuer à travailler; cependant il patienta jusqu’au printemps de 1597, époque où il se transporta à Copenhague. La persécution, dirigée contre lui, en vint jusqu’à une attaque personnelle, provoquée par son ennemi principal, le président du Conseil Walchendorp, attaque dans laquelle un de ses serviteurs fut blessé. Brahé eut le courage d’user de représailles à l’égard de ses assaillants ; mais, navré de douleur, il résolut de quitter un pays qui s’était lassé de la gloire de son plus grand citoyen, et qui n’avait plus pour lui que des persécutions et des outrages. 11 comptait heureusement plus d’un ami parmi les seigneurs et les princes de l’Europe. De ce nombre était le comte de Rantzau, qui vivait dans son château de Wandesbourg, près de Hambourg, et qui invita Tycho à venir demeurer chez lui. L’astronome s’y rendit donc avec toute sa famille, vers la fin de 1597, il y écrivit son Âsttonomiœ instauratœ mechanica (Mécanique de l’astronomie restaurée), décrivant à l’aide d’illustrations ses instruments variés et leurs usages, ainsi que ses travaux de chimie. Cet ouvrage
- Fig. 2. — Spécimen d’un autographe de Tycho Brahé.
- p.324 - vue 328/432
-
-
-
- 325
- LA MA
- contient aussi des vues et des plans de son observatoire de Huen ; au musée Britannique, on en trouve jin exemplaire original, dont Tycho Brahé fit cadeau à son ami le docteur Thaddeus Haggecius de Hayek, médecin en chef du royaume de Bohême. Ce livre contient encore le bel autographe que nous reproduisons ci-contre, moitié de grandeur naturelle. Il fut imprimé à Wandesbourg en 1598, et un exemplaire, accompagné d’un catalogue de 1000 étoiles,
- TU RE.
- fut envoyé à l’empereur Rodolphe II, grand amatem d’alchimie et d’astronomie. L’empereur répondit par une invitation faite à Tycho Brahé, de se rendre à Prague, où il recevrait l’accueil le plus empressé. Tycho Brahé arriva à Prague, avec sa famille, en 1559, et, bientôt après, la plus grande partie de ses instruments le rejoignit. On lui accorda une pension annuelle de 3000 couronnes, et on lui donna pour résidence le château de Renacli; mais.
- Fig. 3. — Observatoire de Tycho Brahé, dans l’ile de Huen. (D'après une gravure du temps.)
- au commencement de 1601, il vint à Prague, où il se logea dans la maison de son défunt ami, Curtius, maison que l’empereur avait achetée et dont il lui avait fait cadeau. C’est vers ce temps que Kepler, alors âgé d’environ vingt-neuf ans, vécut et travailla avec Tycho, qui le fit nommer mathématicien impérial ; mais il ne paraît point que ce titre honorifique ait valu à Kepler le moindre émolument. Malgré la générosité de Rodolphe II, Tycho Brahé, trop sensible à l’ingratitude et aux mauvais procédés du Danemark, vit sa santé dépérir de jour en jour. 11 eut, le 13 octobre,
- une sérieuse attaque, dont les suites furent d’abord écartées ; mais bientôt la faiblesse revint, et il expira le 24 du même mois, âgé de cinquante-quatre ans et dix mois.
- Pour ce qui concerne les œuvres de Tycho Brahé, nous n’en pouvons donner une meilleure idée qu’en citant les paroles de sir David Brewster.
- « Comme astronome pratique* Tycho Brahé n’a été surpassé par aucun observateur, soit des temps anciens, soit des temps modernes. La beauté et le nombre de ses instruments, la perspicacité dont il
- p.325 - vue 329/432
-
-
-
- 326
- LA NATURE.
- fil preuve, soit en en inventant de nouveaux, soit en perfectionnant ceux qui étaient connus avant lui, son habileté et son industrie comme observateur, ont donné à ses œuvres et à ses observations un caractère et une valeur qui seront dignement appréciés par la postérité la plus reculée. L’apparition de la nouvelle étoile en 1572, l’engagea à rédiger un catalogue de 777 étoiles, bien plus exact et conscien- ; cieux que ceux d’Ilipparque et d’Ulugli-Beig. Ses rectifications de la théorie lunaire eurent encore plus de valeur. Il découvrit l’importante inégalité appelée variation, ainsi que l’inégalité annuelle qui provient de la position de la terre dans son orbite. Il découvrit aussi l’inégalité d’inclinaison de l’orbite de la lune et du déplacement de ses nœuds. Il détermina avec plus de précision les réfractions astronomiques, depuis une altitude de 45 degrés jusqu’à l’horizon, où il trouva qu’il y avait 34 degrés. Enfin il forma un vaste recueil d’observations sur les planètes, qui devint la base des découvertes de Kepler et des tables rodolpbines*. »
- LA.
- MÉTÉOROLOGIE DANS L’INDE ANGLAISE
- (Suite et fia. — Voy. p. 263.)
- C’est M. H. F. Blanford qui a été mis à la tête du nouveau service, et cette récompense était bien due, en vérité, à ses travaux antérieurs. Un des plus remarquables est le Mémoire qu’il publia, en 1873, sur le régime des vents dans l’Inde septentrionale, et qui a fait voir combien ce régime différait, dans le Punjab, le Sind, le Rajpoutana, la plaine du Gange, etc., de ce qu’il est dans l’Inde centrale et dans le reste de la Péninsule. Au lieu de deux moussons soufflant alternativement du nord-est et du sud-ouest, et se partageant l’année par portions à peu près égales, il y a dans l’Inde septentrionale trois saisons distinctes, pendant lesquelles régnent des vents variables et dont la direction dépend surtout de la position relative des montagnes et des plaines. Pendant les mois froids, c’est-à-dire de novembre à janvier, des vents légers du nord ou de l’ouest, auxquels viennent se mêler les vents est de l’Assam, parcourent les hautes vallées du Gange et de l’Indus. Au mois d’avril et de mai, quand les grandes chaleurs commencent, la direction de l’ouest domine, et le vent devient plus fort ; il souffle pendant le jour jusqu’au coucher du soleil et se tait ensuite. Enfin, au mois de juin, la mousson du sud-ouest, après avoir pénétré dans les vallées de l’Indus, de la Nerbada et de la Tapti, se précipite dans l’entonnoir que forme le delta du Gange, et, de là, tournant à l’ouest, elle pousse un courant jusqu’au Punjab.
- Quant à la pression atmosphérique, M. Blan-
- * Nature, de Londres, 8 mars 1877.
- ford, tout en se plaignant de l’insuffisance de certains de ses matériaux, croyait possible d’en établir le caractère général. Au mois d’octobre, elle était moyenne dans le Bengale, la vallée du Gange et les provinces du nord-ouest. Dans les mois suivants, elle s’élevait, pour toute cette aire, mais surtout pour le Bengale occidental et les provinces du nord-ouest, une ligne tirée de Cuttack à ces provinces formant, au mois de décembre, un axe de pression maximum. Au mois de mars, une baisse rapide se faisait sentir dans l’Inde septentrionale ; cependant les hautes pressions continuaient toujours, sur une aire s’étendant du nord-ouest aux côtes d’Arabie et enveloppant le delta du Gange ; mais, pendant les deux mois suivants, la baisse faisait des nouveaux progrès, pour atteindre son maximum en juillet, et faire place à un mouvement inverse au mois d’aoùt.
- M. Blanford s’était assuré que des courants aériens, se dirigeant dans un sens contraire à celui de la mousson, régnaient dans les hautes couches de l’atmosphère, à diverses époques de l’année, et il incline à rapporter les pluies de la saison froide à un courant de cette sorte soufflant du sud. Quoiqu’il en soit, ce sont les pluies de la mousson qui jouent le grand rôle dans l’économie rurale de l’Inde, et tout le mois de juillet 1874, ainsi qu’une grande partie d’août, s’étant passés sans pluie dans le Bengale et dans le Bahar, on commençait à ressentir les plus vives appréhensions au sujet de la récolte du riz, lorsque les prédictions de M. Blanford vinrent rassurer les esprits. Il compara les particularités de la chute des pluies en 1874 à celles des années précédentes, et il en conclut que la pluie finirait par survenir en temps utile, comme elle l’avait fait en 1872, ce que l’événement vérifia. Aussi bien l’année 1872 et l’année 1874 ont-elles offert une remarquable conformité dans leurs conditions météorologiques, et tandis qu'en 1873 on ne constatait qu’un cyclone dans la baie du Bengale, le commencement de la mousson du sud-ouest, de même que sa fin, a été marqué par de nombreuses catastrophes, tant en 1874 qu’en 1872. On ne sait trop que l’on peut dire des cyclones dans l’Inde ce que le poète latin disait des rameaux, de sa forêt enchantée : primo avulso non déficit alter, un cyclone y succède à un autre : les Hindous n’avaient pas eu le temps d’oublier celui qui visita, les 15 et 16 octobre 1874, les districts de Midna-pur et de Bardwan, lorsque le redoutable fléau a exercé, au mois d’octobre dernier, des ravages plus étendus et plus horribles encore.
- S’il était vrai que la propagation du choléra est intimement liée aux actions météorologiques, l’étude de ces actions acquerrait pour l’Inde une importance nouvelle. Telle est l’opinion formelle du docteur Cunningham, chirurgien dans l’armée des Indes, et qui contredit ouvertement celle qui prévaut généralement en Europe, à savoir que le germe du clio-i léra s’émet sous forme de déjections alviues et se
- p.326 - vue 330/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 327
- propage par le moyen des eaux que ces déjections [ souillent. La théorie nouvelle est loin d’ailleurs, dans l’Inde même, d’avoir conquis un assentiment universel ; et il va sans dire que nous avons toutes sortes de bonnes raisons pour ne pas énoncer, en un pareil débat, d’opinion personnelle. Toujours est-il que le docteur Cunningham fait valoir à l’appui de la sienne que, pendant l’épidémie cholérique de 1872, il y eut de grandes surfaces épargnées par le fléau, sans qu’il soit possible d’établir de différence matérielle sous le rapport du régime des eaux entre ces surfaces et celles que le choléra éprouva rudement au contraire. U excipe aussi de ce qui s’est passé aux États-Unis, l’année suivante. A Salem, l’approche du choléra avait fait prendre des précautions spéciales, telles qu’une propreté minutieuse des rues, le récurage des égouts, le blanchiment des maisons à la chaux. Elles ne parurent avoir aucun effet sur la marche de la maladie, qui ne cessa d’aller croissant du 24 août au 21 septembre. Durant ces 28 jours, il n'était pas tombé une goutte d’eau ; il en tomba le 24, ainsi que le 22, et l’on vit les cas cholériques tomber de 59 à 28 en un seul jour.
- Ad. F. de Fontpertüis.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les poussières de l'air, par Gaston Tissandier. 1 vol. in-18, avec 4 planches hors texte et 34 figures.— Paris, Gautbier-Villars, 1877.
- Cet ouvrage, qui comprend de nombreux documents historiques et qui donne en même temps le résumé des recherches personnelles de l’auteur, se divise en quatre parties intitulées : 1° Poussières minérales, organiques et organisées ; 2® Sur l’existence de corpuscules ferrugineux et magnétiques dans l’atmosphère ; 3° Les poussières cosmiques ou les météorites microscopiques ; 4® Les pluies de poussières et les sédiments des fleuves aériens.
- Les grands maux et les grands remèdes, par le docteur J. Rengade. — Publication paraissant en livraisons périodiques avec de nombreuses gravures coloriées. Format grand in-8. — Paris, G. Decaux, éditeur.
- M. le docteur Rengade a eu pour but,en écrivant cet ouvrage, d’offrir au public une histoire complète des maladies qui frappent le genre humain, de faire l’exposition détaillée de leurs causes, de leurs symptômes, des troubles et des lésions qu’elles produisent dans l’organisme, de donner enfin les moyens les plus rationnels de les prévenir et de les combattre. Ce livre est un excellent traité populaire de physiologie, de médecine et d’hygiène.
- Pierre Latour du Moulin, par le baron Ernouf. 1 vol. in-18. —Paris, Hachette et Cie, 1877.
- D’après l’expression de M. Dumas, « Latour du Moulin est l’un des hommes qui ont le plus fait pour la prospérité du commerce en Fx’ance, et peut-être un de ceux dont le mérite a le moins reçu le juste tribut de notoriété et de reconnaissance qu’on accorde à ceux qui ont consacré leur vie aux questions d’utilité publique. » M. le baron Ernouf a voulu réparer cette ingratitude en publiant une
- biographie très-complète sur le créateur de l’industrie du louage à vapeur, en retraçant avec art, dans un excellent style, les travaux que l’on doit à cet homme de bien, à cet esprit essentiellement ingénieux et inventif.
- Éléments d’embryologie, par MM. Forster et Balfour.— Traduit de l’anglais par le docteur E. Rochefort. 1 vol. in-8 avec 71 gravures sur bois. — Paris, G. Reinwald et Cu, 1877.
- Malgré son importance toujours croissante, il n’existait pas encore dans notre langue aucun livre destiné à l’enseignement de l’embryologie. Ce volume vient combler cette lacune, et sera par conséquent accueilli avec faveur non-seulement par les naturalistes, mais aussi par le corps médical.
- Rapport à M. le ministre de l'instruction publique sur la mission des cholts. Études relatives au projet de mer intérieure, par le capitaine Roudaire. 1 vol. in-8 avec une grande carte.—Paris, Imprimerie nationale, 1877.
- Cet intéressant ouvrage résume la belle entreprise que M. le [capitaine Roudaire a aujourd’hui terminée : l’étude du nivellement des chotts qui couvrent une partie considérable de la Tunisie et qui s’étendent sur le midi de l’Algérie. M. Roudaire a démontré qu’en perçant le seuil peu considérable qui sépare la Méditerranée des dépressions intérieures, il était possible de créer ainsi en Algérie une vaste mer intérieure. Cette mer aurait pour conséquences de fertiliser des contrées aujourd’hui dénudées, d’ouvrir des voies de communication entre des pays auxquels il ne manque pour être prospères que les moyens de transporter leurs produits ; elle contribuerait, dans une étonnante mesure, à la richesse et à la prospérité publiques. Nous faisons des vœux sincères pour que ce vaste projet, un des plus remarquables de notre époque, arrive promptement à sa réalisation.
- Géologie technologique, traduction libre de YEconomist Geology, par Stanislas Meunier. 1 vol. in-18 avec de nombreuses gravures.— Paris, J. Rothschild, 1877.
- Le but que l’auteur a voulu atteindre en écrivant cet ouvrage était, suivant ses propres expressions, « de faire un tableau des richesses minérales de notre pays, ordonnées d’après les diverses applications qu’on peut faire de chacune d’elles. On verra, en lisant ce volume, comment l’agriculture, l’architecture, le génie civil, la production de la chaleur de la lumière, les arts céramiques, la verrerie, la peinture et la teinture, la médecine, etc., peuvent trouver dans le sol même de la France des éléments de progrès et d’extension. Ce serait une œuvre patriotique que de montrer combien ce qu’on va chercher très-loin, comme à la seule source qui le produise, peut être souvent recueilli chez nous. Rien n’est plus regrettable, alors que le pays a tant besoin de se relever, que de voir des Français aller acheter au dehors ce qu’ils savent produire eux-mêmes. Rien n’est plus triste, pour prendre un exemple dans notre sujet, que de voir les malades payer dans les stations thermales de l’étranger des avantages qu’ils trouveraient à meilleur compte près des sources nationales. »
- M. Stanislas Meunier a complètement atteint son but. L’ouvrage nouveau qu’il offre au public est un traité complet des applications de la géologie aux arts et à l’industrie ; il sera apprécié par un très-grand nombre de lecteurs, appartenant aux professions les plus variées.
- — - j
- p.327 - vue 331/432
-
-
-
- 328
- LA NATURE.
- LE TÉLÉGRAPHE PARLANT1
- TÉLÉPHONE DE M. A. GRAHAM BELL.
- Les nombreux documents publiés par les journaux d’Amérique au sujet du télégraphe parlant, que M. William Thomson a appelé la plus grande merveille des temps modernes, confirment les descriptions précédemment exposées par la Nature. Quand on a appris récemment, que de l'autre côté de l’Atlantique, un physicien était parvenu à opérer à une grande distance le transport des
- sons, de la musique, de la parole humaine, au moyen d’un simple fil électrique, on accueillit d’abord cette nouvelle avec de prudentes réserves.
- Aujourd’hni le fait ne semble plus de nature à être mis en doute; les expériences de M. Bell ont été faites devant plusieurs savants éminents et devant un public nombreux; la presse américaine tout entière se préoccupe de cette étonnante conquête de la science, nous faisant même espérer que de nouveaux perfectionnements permettront bientôt à l’inventeur de faire entendre sa parole d’Amérique en
- Fig. 1. — Conférence sur le téléphone, faite à Salem (États-Unis), par M. A. Graham Dell. (D’après le Scientific American,
- de New-York.
- Europe, par l’intermédiaire du câble transatlantique.
- On objecte que les descriptions théoriques publiées jusqu’ici ne permettraient pas à nos constructeurs de confectionner un modèle du téléphone de M. Bell. Cela est vrai. Mais cette objection ne prouve nullement, selon nous, que l’appareil n’ait pas donné les résultats que des milliers de témoins ont constatés. Le plus habile constructeur ne parviendrait pas toujours à confectionner un appareil nouveau, fruit de longs travaux et de longues recherches, quand bien même il l’aurait vu fonctionner; c’est
- 1 Voy. p. 251 el 289.
- ainsi, pour ne citer qu’un exemple, que les physiciens étrangers auraient été bien embarrassés pour construire une bobine de Ruhmkorf, au moment oii ce système venait de faire son apparition entre les mains de son habile inventeur.
- Le Scientific American publie aujourd’hui des renseignements détaillés sur le téléphone de M. Bell. L’estimable revue scientifique américaine retrace en peu de mots l’historique de cette admirable invention. Elle rappelle que M. Bell a d’abord exposé son appareil lors de la fête du Centenaire, et que, depuis cette époque, des perfectionnements successifs y ont apporté de véritables transformations. D’après les affirmations du journal de New-York, le téléphone a
- p.328 - vue 332/432
-
-
-
- LA NATURE
- 329
- récemment servi au transport de la voix humaine, à une distance de 230 kilomètres, de Boston à 'North Conway (N. IL), et cela avec tant de netteté, que des conversations particulières étaient entendues d’une extrémité à l’autre du fil conducteur. M. Bell et son aide, auraient fait entendre leur voix par l’intermédiaire d’un fil disposé à donner une résistance artificielle égale à 40 000 ohms, dépassant celle du câble transatlantique. Il existe, il est vrai, des obstacles autres que la résistance pour apporter une entrave à la transmission des sons, à travers une distance aussi considérable que celle qui sépare le
- Nouveau Monde de l’Ancien Continent, mais M. Bell, comme nous l’avons dit plus haut, espère être à même de les franchir dans un avenir rapproché.
- Le Scientific American décrit le téléphone de M. Bell ; sa description se rapporte à celle que nous avons donnée précédemment, nous ne reviendrons sur ce point que lorsque nous aurons pu nous procurer des renseignements complets sur cet étonnant mécanisme. Il semble d’autre part, que M. Bell ne se soucie pas de faire connaître encore tous les détails de construction de son téléphone. Dans ses expériences publiques, il a tenu jusqu’ici son appa-
- Fig. 2. — Auditeurs entendant à Boston (22 kilomètres de Salem), les paroles prononcées par M. Bell pendant sa conférence.
- ( D’après le Scientific American, de New-York. )
- reil enveloppé dans une gaîne, qui sert assurément à transporter facilement le système, mais qui en même temps en cache aux regards les dispositions les plus essentielles (fig. 3).
- Le joui nal de New-York publie, sur les expériences de M. Bell, de bien intéressantes gravures que nous reproduisons ci-dessus. Elles représentent les phases émouvantes de séances que l’on peut qualifier d’événements considérables dans l’histoire des sciences physiques ; ces gravures ont été faites d’après des correspondants spéciaux qui ont assisté aux expériences.
- La première gravure (fig. 1) montre l’amphithéâtre de Salem, où le professeur Bell exposa récemment son invention devant un nombreux audi-
- toire. Le téléphone est placé devant les spectateurs : à un moment donné, M. Bell s’approche de l’ouverture de l’appareil. 11 parle à haute voix. Dans l’intérieur de la boîte, comme on l’a dit ici même, une membrane de fer doux entre en vibration devant un électro-aimant; elle induit ainsi une série de courants magnéto-électriques dans 1 hélice qui l’enveloppe, et ces courants sont transmis au loin par les fils conducteurs. Ces fils, lors de l’expérience que nous reproduisons, aboutissaient à Boston, à 22 kilomètres de distance ; ils se rattachaient au récepteur que l’on voit enveloppé dans sa gaîne sur la figure 2. Un des assistants s’approche du tube, au fond duquel les vibrations correspondant à celles du fer doux
- p.329 - vue 333/432
-
-
-
- 530
- LA NATURE.
- de Salem sont imprimées à une armature de fer, qui donne naissance à des ondes sonores reproduisant les mots articulés à la station du départ. Il entend distinctement les paroles prononcées par M. Bell.
- Quelques minutes après, les assistants à Salem font retentir l’amphithéâtre d applaudissements enthousiastes, et le bruit de ces clameurs de louanges est nettement transmis dans le récepteur de Boston. Pendant cette expérience mémorable, M. Bell se trouvait en outre en communication avec les auditeurs de Boston, par l’intermédiaire d’un télégraphe Morse ordinaire, que faisait fonctionner une opératrice représentée dans notre gravure, sur l’estrade même du professeur. Ce télégraphe servait à prévenir du moment où devaient se faire les expériences. Ajoutons que des transmissions inverses ont pu être exécutées dans les plus favorables conditions; les spectateurs de l’amphithéâtre de Salem entendirent les paroles et les chants qui prenaient naissance à Boston.
- Fig. 3 — Le téléphone de M. Bell. Figure montrant l’appareil enveloppé dans sa gaine.
- Le professeur Bell est né à Edimbourg, en Écosse. Il est venu en Amérique il y a environ six années. Son père était connu comme l’inventeur d’une méthode destinée à faire pai 1er les sourds-muets, et d’un système ingénieux de phonographie. M. Graham Bell fils, l’inventeur du téléphone, s’est d’abord consacré comme son père à l’enseignement des sourds-muets, où il se signala par des résultats très-remarquables. On raconte qu’il s’appliqua à faire parler une jeune sourde-muette sa pupille, et qu’il y parvint après deux mois d’un enseignement persévérant. Il songeait déjà alors à son téléphone, et comme la nouvelle de cette invention future excitait l’incrédulité, il aurait dit à ceux qui l’entouraient : « J’ai fait parler des sourds-muets, vous verrez que je saurai donner la parole au fer. »
- On vient de voir que M. Bell a tenu sa promesse d’une façon vraiment éclatante.
- Gaston Tïssandier.
- SUR LA TEMPÉRATURE PRODUITE
- lorsqu’on dirige un courant de vapeur d’eau dans
- UNE DISSOLUTION SALINE.
- Lorsqu’on fait passer de la vapeur d’eau à la pression ordinaire dans des dissolutions salines, on observe une
- élévation de température souvent considérable, et qui paraît au premier abord tout à fait paradoxale. M. F. Muller a étudié de près ces phénomènes, en faisant passer de la vapeur d’eau à 100 degrés dans des dissolutions variées, sur lesquelles elle était sans action chimique; il a vu, dans certains cas, des élévations de température se produire et, chose remarquable, dépassant toujours la température même de la vapeur d’eau. Le chlorure de calcium est un des sels qui se prêtent le mieux à ces expériences. Une dissolution de ce sel, assez concentrée pour avoir un point d’ébullition de 127 degrés, peut être portée à 125 degrés, simplement en y faisant passer de la vapeur d’eau à 100 degrés. Ce courant de vapeur produit donc une élévation Je 25 degrés au-dessus de sa propre température. Plus la solution est concentrée, plus la température que l’on peut atteindre par ce moyen est élevée.
- Il est très-facile de répéter ces curieuses expériences devant un nombreux auditoire ; il suffit de remplir un petit tube au tiers d’eau, de le mouiller extérieurement avec une dissolution concentrée de chlorure de calcium et de le chauffer sur une lampe jusqu’à l’ébullition. On l’enlève ensuite, et on le porte dans le col d’un ballon plein d’eau, que l’on fait bouillir. On voit alors aussitôt l’eau contenue dans le petit tube se mettre à bouillir également, ce qui indique que sa température doit dépasser 100 degrés. L’ébullition continue ainsi pendant quelques instants, puis s’arrête parce que la vapeur qui se condense sur les parois extérieures du tube enlève peu à peu le chlorure de calcium. Le sel marin se prête aussi très-bien à cette expérience.
- On s’explique facilement ces phénomènes, si l’on remarque que les dissolutions salines à 100 degrés absorbent la vapeur d’eau à la même température, et qu’il en résulte une élévation de température analogue à celle qui se produit quand un gaz, comme l’ammoniaque par exemple, se dissout dans l’eau.
- Ces expériences jettent un jour nouveau sur une question controversée, celle de savoir quelle est la température de la vapeur d’eau qui s’échappe d’une dissolution concentrée et bouillante. Cette vapeur d’eau est-elle à 10U degrés ou à une température voisine de celle du point d’ébullition de la dissolution ? On croyait généralement, depuis les recherches de Magnus et de M. Wüllner, que cette température devait se trouver l'approchée du point d’ébullition de la dissolution saline ; les nouvelles expériences que nous venons de citer tendent, au contraire, à faire admettre l’opinion inverse'.
- SUR UN MODE SPÉCIAL
- DE FORMATION DES GALETS
- Nous appelons tout spécialement aujourd’hui l’attention de nos lecteurs sur le dessin ci joint (p. 332), reproduction de pierres qu’on peut recueillir en abondance dans diverses localités de nos environs, par exemple à Septmonts (Aisne) et beaucoup mieux encore à Coye (Oise). A première vue, il semble qu’il n’y ait rien là de bien frappant ; ce sont des blocs arrondis de calcaire grossier tout pétri de ce petit fossile discoïde, appelé nummulite, à cause de sa ressemblance avec un pièce de monnaie (en latin,
- 1 Extrait des Bertchle d. d. ch. Gesellschaft zu Berlin. — Archives des sciences physiques et naturelles de Genève.
- p.330 - vue 334/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 331
- nummus). Les carriers nomment souvent pierre à liards le calcaire à nummulites, et cette roche, qui constitue à elle seule une partie des Pyrénées et que les anciens Égyptiens ont utilisée dans la construction de la grande Pyramide et du Sphinx, fournit au naturaliste l’un des repères les plus nets de la série géologique.
- Donc : pierre des plus communes et, d’autre part, forme de blocs bien fréquente, puisque les galets des rivières et de la mer sont comme les galets de Coye de forme ellipsoïdale plus ou moins régulière.
- Mais voici où l’intérêt commence :
- Les galets, qu’ils soient d’eau douce ou marins, ont acquis leur forme à la suite de leur frottement mutuel, et leur poli reconnaît la même cause que celui des billes à jouer. Or ici l’idée de tout frottement de ce genre doit être écartée, puisque chaque galet porte en saillie un très-grand nombre de nummulites, que toute friction un peu énergique aurait eu pour premier résultat de faire disparaître.
- D’où cette conséquence que des pierres peuvent prendre l’aspect de galets ordinaires, sans avoir été comme eux roulées par un courant. Les nummulites n’ayant aucune action dans le phénomène et leur présence servant seulement ici à le rendre évident, il en résulte que des galets parfaitement ronds et lisses de roches sans fossiles peuvent avoir été produits sans frottement.
- Avant de montrer l’application intéressante que nous pouvons faire de ce résultat incontestable, voyons comment, à Coye comme à Septmonts, se sont produites les pierres rondes qui nous occupent. On les trouve noyées dans la terre végétale, et c’est en labourant qu’on les amène à la surface du sol. Les champs cultivés s’étendent d’ailleurs au pied d’escarpements de calcaire nummulitique et sur les flancs du rocher, comme sur les galets les nummulites font saillie. En brisant la roche, on retrouve les mêmes fossiles à l'intérieur et il est évident que leur saillie est due simplement à ce qu’ils sont moins solubles que la pierre qui les empâte dans les eaux météoriques, de façon que toutes les nummulites libres, dont la terre végétale est remplie, ont originairement fait partie du calcaire.
- Chaque galet est donc, comme on voit, le résidu de la dissolution en voie d’accomplissement d’un bloc calcaire d’abord anguleux, soumis à l’action corrosive des eaux superficielles. Cette corrosion s’exerce bien plus activement sur les angles et sur les arêtes que sur les surlaces, et c’est ainsi que toutes les aspérités disparaissent et que le cube se fait sphère.
- Si les pierres de Coye sont exceptionnellement instructives à cet égard, elles ne font cependant, en définitive, que montrer avec plus de netteté un fait dont nous sommes témoins de tous côtés ; et nous avons eu l’occasion de rencontrer à Villeneuve-Saint-Georges des blocs de grès quartzeux, que les intempéries avaient à la fois arrondis et recouverts d’une enveloppe polie et presque smalloïde.
- Aujourd’hui nous avons spécialement en vue les galets souvent volumineux de granit qui font partie, dans Paris même, du diluvium de la Seine. Leur présence constitue l’argument le plus fort en faveur de l’hypothèse du creusement de la vallée que nous habitons, par le gigantesque courant d’un prétendu fleuve quaternaire qui aurait recouvert simultanément tous les points où se trouvent des accumulations de matériaux détritiques.
- Cette opinion, tout admise qu’elle soit par beaucoup de géologues, ne paraît pas devoir résister indéfiniment à la critique des faits qu’il lui faudrait expliquer. On peut citer nombre de points qu’elle laisse de côté ou même qui sont en contradiction flagrante avec elle, comme, par exemple, la persistance, en des situations fort exposées à l’action du courant supposé, de substances éminemment délayables comme des sables ou des marnes.
- Les naturalistes, que préoccupent, à si bon droit suivant nous, l’application des causes actuelles à l’histoire de la terre, pensent pouvoir résoudre la difficulté d’une manière fort simple. Voici comment :
- Les vallées des rivières sont, avant tout, le résultat de fractures. Les failles qui accompagnent la Seine, dans les diverses parties de son cours, en sont une preuve entre autres. Cela posé, on peut admettre que le fleuve n’était, à l’époque quaternaire, ni plus volumineux, ni plus rapide qu’à présent. Grâce à la puissante collaboration d’un temps indéterminé, il a élargi sa vallée, et, de leur côté, les agents atmosphériques ont travaillé sans relâche à en adoucir les pentes.
- On sait qu’une rivière ne saurait couler en ligne droite. Les méandres, faibles d’abord, s’accentuent de plus en plus. Il en résulte ces boucles si marquées, par exemple, à l’ouest de Paris, et qui déterminent des sortes de presqu’îles, dont l’isthme, par suite de la corrosion exercée par le fleuve sur ses rives, va constamment en s’amincissant. On sait qu’au bout d’un temps suffisant, l’isthme rompu livre passage à la rivière qui délaisse la boucle pour prendre le chemin plus court qui lui est ouvert : les fausses rivières du Mississipi sont dues à ce mécanisme, dont on voit des traces très-nettes aussi le long du Rhin et de beaucoup d’autres rivières. Sur la Seine, nous avons été frappé nous-même de la disposition affectée par le fleuve non loin de Nogenl-sur-Seine (Aube) et qui rentre tout à fait dans le sujet qui nous occupe.
- D’un autre côté dans les portions larges et sensiblement horizontales des vallées, les rivières exercent une corrosion incessante sur l’une des berges qui se démolit progressivement au profit de l’autre. Chaque concavité se creuse peu à peu ; chaque convexité se renfle et toute la rivière se déplace. Ce mouvement d’ensemble pourrait être comparé à celui d’une corde étendue, mais non fixée sur le sol, et qui recevrait des impulsions traversâtes à l’une de ses extrémités : on sait que les ondulations se transpor-
- p.331 - vue 335/432
-
-
-
- 332
- LA NATURE.
- tent dans ce cas d’un bout à l’autre de la corde, de façon que celle-ci frotte successivement sur tous les points du sol compris dans une bande limitée par les tangentes à ses plus grandes inflexions. C’est de la même façon que la rivière remanie successivement tous les points du sol de la plaine où elle est renfermée. Supposons, dans notre petite expérience, le sol remplacé par une planche peinte en blanc et la corde enduite d’une substance noire traçante : toute la partie frottée sera colorée en noir exactement comme tout le fond de la vallée est recouvert de diluvium, sorte d’enduit minéral du cordon liquide. Les deux phénomènes sont l’un rapide, l’autre lent, mais ils se produisent de même.
- Ce simple fait d’observation donne donc de quoi expliquer le dépôt de gravier (de diluvium, si l’on veut) sur une surface beaucoup plus grande que celle couverte simultanément par les eaux.
- 11 est vrai que le gravier est disposé sur les flancs de la vallée, en terrasses dont le niveau est très-supérieur à celui qu’atteint le cours d’eau dans ses plus fortes crues; mais pour expliquer ce lait, il suffit de remarquer que la surface du sol n’est pas immobile.
- Depuis l’époque où le sable de Fontainebleau se déposait dans la mer, le sol de nos environs s’est élevé d’une quantité très-considérable, dépassant 170 mètres, qui est la cote des sables supérieurs. Pour la vallée de la Seine, les géologues ont reconnu avec M. Belgrand que le sol s’est soulevé de 50 à 60 mètres depuis le commencement de la période quaternaire. Or ce soulèvement, qui se continue peut-être encore, a été certainement très-lent.
- Supposons seulement qu’il ait persisté après le dépôt des premières alluvions de la Seine.il en résulterait que lorsque celle-ci, par suite de ses divagations, serait revenue vers un point où précédemment elle aurait déposé des alluvions, le niveau du sol ayant changé, ces anciens dépôts n’auraient pu être de nouveau submergés. La rivière alors s’est bornée à les attaquer par la base, comme précédemment elle faisait des coteaux eux-mêmes, et la limite des terrasses est comme la tangente des divagations de cette nouvelle période. L’équidistance des terrasses indiquerait une sorte de périodicité dans ces divagations successives.
- C’est de même à des soulèvements lents qu’il faut attribuer, suivant nous, l’abandon de certaines vallées, maintenant à sec, et cependant couvertes à l’origine par les cours d’eau. La Marne passait sans doute autrefois par la vallée d’Ourcq, et à un certain moment, la Seine devait entourer le Mont-Valé-rien. Un semblable témoin ne saurait, quoi qu’on ait dit, s’accommoder des causes violentes auxquelles pn attribue souvent sa séparation des coteaux voisins.
- Il resterait à faire comprendre comment, dans cette supposition, le transport des gros blocs renfermés dans le diluvium a pu avoir lieu. Or, remarquons que sous l’action de la rivière minant ses anciens dépôts, un fragment de granit, par exemple, éboulé sur le sable et venant des sommets du Morvan, est
- précipité un peu plus bas et descend par conséquent selon la pente de la vallée, quoique d’une quantité excessivement faible. Cela fait, et sous l’influence de tassements dus aux trépidations que produit la rivière elle-même, les grains de sable fin s’insinuent peu à peu sous les gros qui sont soulevés et prêts, par conséquent , à subir de nouveaux éboulements. C’est par un mécanisme du même genre que, pour choisir un exemple vulgair e, on fait apparaître, dans un sucrier, les gros morceaux de sucre au-dessus des petits en secouant un peu le vase d’une certaine taçon. Dans la nature, la double action que nous venons d’indiquer peut vraisemblablement, en se continuant suffisamment longtemps, rendre compte du transport des blocs à longue distance. Enfin les blocs de Coye, qui font le sujet principal de cet article, viennent nous montrer que ce transport lent une fois admis, l’arrondissement de chaque galet n’exige en rien, comme on le supposait, l’action de frictions énergiques.
- Peut-êti'e nos lecteurs tireront-ils du présent article cette conviction, que la considération des grands courants diluviens, lesquels sont un des embarras de la géologie, n’est d’aucune utilité dans l’explication du mécanisme par lequel nos vallées se sont creusées ; et il est impossible qu’une semblable simplification ne soit pas regardée comme un progrès.
- Stanislas Meunier
- Blocs arrondis de calcaire grossier avec nummulites, provenant de Coye (Oise).
- p.332 - vue 336/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 553
- EXCURSION ANTHROPOLOGIQUE
- A MAINTENON.
- Le mardi de Pâques, 3 avril, trente et quelques auditeurs du cours d’anthropologie préhistorique de M. Gabriel de Mortillet ont suivi leur professeur à Maintenon, pour visiter, sous sa direction, les monuments mégalithiques de cette vallée, appelés pierres de Gargantua.
- Ces pierressont situées dans le hameau de Changé, à 2 kilomètres de Maintenon et à 3 kilomètres environ de la station du chemin de fer. Elles sont de grès mamelonné, plein de rognons. Ce ne sont plus guère que des ruines.
- Le principal monument est un dolmen, dont la table ou dalle horizontale n’est plus soutenue que par les côtés, sur deux pierres dressées ; la troisième , celle de l’arrière, ayant disparu, la table a basculé et forme avec le sol un angle de 30 à 55 degrés. Elle mesure environ 2m,60 de largeur moyenne et 6 mètres de longueur dans la partie qui émerge du sol.
- C’est à ce monument que se rapporte la gravure ci-jointe.
- Il y a un autre dolmen, dont on ne voit plus que la table, brisée en deux, les deux morceaux ayant l’aspect d’un énorme livre ouvert par le milieu et dont le dos serait rompu. La longueur totale des deux fragments est de 7m,20 ; la largeur moyenne est de 4m,20.
- Un troisième dolmen, que M. de Mortillet n’avait pas connu jusqu’alors, nous a été signalé : nous l’avons trouvé bien plus ruiné que les précédents. Son approche est en partie défendue par d’énormes touffes de ronces.
- En avant de ces monuments, il y a un menhir ou pierre dressée, dont la hauteur n’est plus que de 2m,50 depuis le sol jusqu’au sommet, brisé horizontalement. Il a, en largeur, 2m,30, et en épaisseur, 0m,60. A côté du bloc tronqué se dresse aussi le fragment supérieur qui le complétait et dont la partie qui sort de terre a l‘”,20 de haut; ce qui donne 5™,70 pour la hauteur totale des deux parties visibles du monument brisé.
- De nombreuses recherches ont été faites par nous,
- pour découvrir des pierres taillées; nous avon3 trouvé beaucoup d’éclats de taille; mais notre professeur n’a reconnu comme bien déterminés que deux fragments, l’un de nucléus et l’autre de percuteur.
- Un groupe détaché de l’ensemble des excursionnistes a gravi, non sans difficulté, le versant du coteau parallèle à la rivière qui traverse le parc du château, pour visiter les vestiges, encore très-visibles, d’un camp qui dominait la vallée. Il estappelé camp de César par les habitants du pays ; mais il est attribué à une époque plus ancienne. Sa surface n’a pas été mesurée. Il affecte à peu près la forme d’un rectangle dont la longueur est à peu près double de la largeur. Ses retranchements, formés de terre et de cailloux amoncelés à 45° environ de pente, ont à peu près 2m,50 de hauteur. Le camp est défendu en
- outre, le long vi’un de ses petits côtés, par une pente très-abrupte ; l’autre, au contraire, est dominé par un mamelon, où se trouve une sorte de réduit ou poste retranché.
- Un assez grand nombre d’entre nous ont eu, en se rendant aux dolmens, l’heureuse chance de traverser l’antique château et le parc de Maintenon. La lithographie et la photographie ont popularisé le château ou plutôt sa façade principale, celle qui donne sur le parc ; mais il vaut la peine d'être vu. sous tous ses aspects, malgré les injures du temps, auxquelles on s’occupe actuellement de remédier, au moins en partie. Le parc a bien aussi son mérite, malgré l’horizontalité de sa surface : il est animé par une rivière à laquelle je ne reproche que son peu de courant et surtout sa direction uniformément rectiligne; mais elle est traversée d’une manière grandiose par une des arches colossales de l’aqueduc qui devait amener les eaux de l’Eure à Versailles et qui est resté inachevé.
- Le temps n’a presque pas cessé d’ètre pluvieux; mais la pluie n’a nullement ralenti l’ardeur des excursionnistes, tout crottés et mouillés qu’ils fussent. Nous avons été charmés de l’accueil que nous ont fait les gens du pays et de la complaisance avec laquelle ils nous ont laissés traverser leurs champs labourés, leurs prairies et leurs jeunes blés. De retour à Maintenon, nous avons dîné autour d’une table en fer à
- Dolmen de Maintenon. Longueur de la table : 6 mètres.
- p.333 - vue 337/432
-
-
-
- 554
- LA NATURE.
- cheval, avec un appétit de chasseur, auquel l’aubergiste a donné satisfaction d’une manière inespérée. L’entrain et la bonne humeur qui avaient régné pendant toute notre promenade humide et boueuse ne se sont pas ralentis pendant le repas. Deux toasts ont été portés à notre sympathique professeur. Il y a répondu avec l’esprit et la bienveillance qu’on lui connaît. X...
- CHRONIQUE
- Pluie de serpents. — Les journaux américains ayant parlé d’une pluie de serpents survenue à Memphis (Etats-Unis), le 15 janvier dernier, l’Office météorologique central de Washington vient de publier un extrait du rapport de son correspondant de Memphis. Le 15 janvier au matin, le temps était pluvieux; depuis 10 heures 20 minutes jusqu’à 11 heures 10 minutes, c’est-à-dire pendant 50 minutes, la pluie tomba à torrents, chassée par un vent de sud-ouest. Immédiatement après cette énorme chute d’eau, on vît des reptiles rampant sur les contre-allées, dans les rigoles des rues, et jusque dans les cours des maisons de la rue Vance. Ils étaient de couleur brun-foncé, presque noire; en certains endroits ils étaient très-nombreux, enroulés ensemble comme les fils d’une pelote de laine. Après enquête scrupuleuse, personne n’en a vu tomber; on n’en a trouvé aucun dans les réservoirs d’eau, sur les toits ou les terrasses élevées au-dessus du sol. La rue Yance est relativement nouvelle ; elle n’est pas pavée, les rigoles des rues sont jusqu’ici de simples tranchées, et il n’a pas été vu de serpents ailleurs que dans cette rue. Il semble donc, d’après l’observation de Memphis, que cette apparition extraordinaire doit être attribuée à la forte pluie tombée ce jour-là, laquelle aurait chassé les serpents de leurs retraites souterraines. Nous ne nous plaindrons plus des rats d’égout.
- A propos de la machine à écrire, de Re-mington. — La Nature, dans son numéro du 10 mars 1877, donnait une description détaillée de la machine à écrire de l’Américain, M. Reinington. Dès le 15 du même mois, un journal italien, la Verità, de Novare, revendiquait pour son pays l’honneur de cette invention attribuée par cétte feuille hebdomadaire à M. Ravizza (Giuseppe), avocat. A l’appui de cette revendication, la Verità nous a transmis une brochure de 12 pages, publiée à Novare par l’avocat Costanzo Benzi, le 4 juin 1856, sous le titre de 11 cembalo scrivano (la machine à écrire) de l’avocat Giuseppe Ravizza de Novare. L’inventeur italien avait imaginé un clavier, utilisable même pour les aveugles. « Que n’aurait pas donné Milton pour posséder un cembalo-scri-vano? » dit M. Benzi. La machine de Ravizza se compose d’un cylindre (cilindro), d’un chariot (curso), et le mouvement peut en être rendu continu et indépendant. L’écrivain, arrivé à la fin d’une ligne, est averti par une sonnette [del fine di caduna linea lo scriltore è avvertito dal suono di un campanellu). Il résulterait de la brochure précitée que Ravizza eut l’idée de la machine à écrire ; mais on ne saurait contester à M. Remington le mérite d’avoir perfectionné cette idée, et surtout celui d’avoir construit un appareil pratique.
- Destruction d’oiseaux par les fils télégraphiques. — Le docteur Elliott Couls pense qu’aux Etats-
- Unis les oiseaux sont tués tous les ans par centaines de mille, en se perchant sur les fils télégraphiques. Pour démontrer que cette évaluation n’est pas exagérée, il cite ses propres observations, faites durant un voyage à cheval, de Denver (Colorado) à Cheyenne (Wyoming), son chemin côtoyant presque toujours la ligne des fils télégraphiques. Les oiseaux rencontrés le plus souvent dans ccs parages étaient l’alouette huppée et le loriot. C’était au mois d’octobre. Chevauchant lentement, de manière à ne faire que trois milles par heure, dit-il dans Y American Naturalist, durant cei espace de temps, je comptai cent oiseaux tués par les fils télégraphiques. Leurs cadavres gisaient sous les fils. Je vis un oiseau estropié voltiger le long de la route. Sur trois oiseaux que j’aperçus j se heurtant contre les fils, l’un eut une aile brisée, un j deuxième mourut dans les convulsions.
- Expérience de cours pour montrer la syn-! thèse de l’eau. — Il existe un grand nombre d’expé-j riences imaginées dans le même but, mais aucune n’est ; aussi claire et aussi élégante que celle-ci. La partie principale de l’appareil est un tube en platine en forme d'Y, par les deux branches duquel arrivent l’oxygène et l’hydrogène, qui se combinent dans la troisième, sous l’influence de l’élévation de température produite par une lampe chauffant le tube au point de réunion des trois branches. Dès que la combinaison s’effectue, il n’est plus nécessaire de chauffer, la chaleur dégagée, maintenant le tube au rouge-blanc, ce qui de nuit produit un fort bel effet. Le produit de la combinaison est condensé de l’autre côté et peut être facilement montré aux visiteurs. Cette expérience intéressante est due à M. J. Picard, qui l’a décrite dans le Berichte d. d. Ch. Gesellschaft %u Berlin.
- SOCIÉTÉS ET ACADÉMIES ÉTRANGÈRES
- Société royale de Londres.— Séance du 18 janvier 1877. — Sur les résidus de charge de la bouteille de Leyde, par J. Hopkinson. — 1er février. — La météorologie de la Présidence de Bombay, par Charles Cham-] bers. — 15 février. — Sur les décharges électriques en stratification, par William Spottiswoode. — 22 février.— Sur une nouvelle forme de l’équation tangentielle, par John Casey. — 1er mars. — Note sur la conductibilité électrique de substances organiques, par M. J. IL Gladstone. — 15 mars. — Sur la densité du mercure solide, par J W. Mallet (l’auteur arrive au chiffre 14,1952, le mercure solide se trouvant à son point de fusion).— — Description des procédés de vérification des thermomètres à l’observatoire de Kiew, par Francis Galton.
- Académie des sciences de Belgique. — Séance du 5 février 1877. — Note sur les équations différentielles homogènes, par M. Paul Mansion. — Recherches sur les graines originaires des hautes latitudes, par M. L. Petermann. — Action de l’acide azotique sur l’éthylène et du peroxyde d’azote sur l’acetylène, parM. L. Chevron. Sur les moyens propres à la reproduction photographique des spectres ultra-violets des gaz, par M. le docteur Van Monckhoven. — Quelques exemples curieux de discontinuité en analyse, par M. J. Plateau. — Le Rachianectes glaucus des côtes de la Californie, par M. P. J. Yan Be-neden. — Synopsis des Agrionines, par M. Edm. de Selys Longchamps. — De l’inopportunité actuelle d’une nou velle carte de Mars, et d’une nouvelle nomenclature des
- p.334 - vue 338/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 535
- taches de cette planète. — Remarques préparatoires aux observations de 1877, par M. F. Terby.
- Académie des sciences de Saint-Pétersbourg.
- — Notes insérées dans te Bulletin de VAcadémie.—Janvier 1877. — Contes indiens, par A. Schiefner. — Les volcans de l’Asie centrale, par J. Mouchketof.— Sur l’iso— lépidène, par M. Zinin. — Le baromètre normal et ses comparaisons. Sur l’état actuel de l’anémométrie et sur la vérification des anémomètres, par H. Wild. — Mars 1877. — Rapport sur les recherches géologiques faites de 1872 à 1876 dans les gouvernements de Grodno et de Kourlande pour l’étude des gisements de substances minérales combustibles, par G. Hehnersen. — Sur la résistance électrique des sels haloïdes, par R. Lenz. — Remarques relatives à la numismatique sassanide, par B. Dorn. — Nouvelle méthode pour l’étude des corpuscules rouges du sang, par Art. Bôtlcher. — Recherches photométriques sur la lumière diffuse du ciel, par II. Wild. — Diagnoses plantarum novarum asiaticarum, par Maxi-mowicz.
- Académie des (sciences de Vienne. — Séance du 1er mars 1877. — M. le professeur Camille Heller, d’Innshruck, adresse une dissertation intitulée : Les Tu-niciers de la mer Adriatique et de la mer Méditerranée. L’auteur a passé le printemps de 1876 à Naples. Il y a observé particulièrement les Ascidia mentula, mamil-lata, fusca,virginea, cristala, scabra, fumigala,prunum, ciona intestinalis, etc. Certaines espèces, qui foisonnent dans la mer Méditerranée, font presque entièrement défaut dans la mer Adriatique.
- Le docteur Léo Liebermann, privatdocent à Innsbruck, envoie une dissertation intitulée : Dissolution du soufre dans l'acide acétique. J’ai trouvé, dit-il, que le soufre se dissout dans une assez grande quantité d’acide acétique concentré et chauffé, ainsi que dans le même acide un peu plus raréfié. Si l’on délaye ces dissolutions avec de l’eau, le soufre se sépare et se convertit en lait; si on les fait évaporer dans la pompe Bunsen, il reste de beaux et longs prismes de soufre pur. Le soufre cristallise aussi quand on laisse les dissolutions se refroidir. En général, la fleur de soufre et le soufre amorphe se dissolvent dans l’acide acétique concentré. M. Liebermann trouve aussi, par l’analyse spectrale, une ligne d’absorption fortement accentuée, quand on a mêlé de la fuschine au vin.
- M. Th. Fuchs, conservateur du cabinet impérial de minéralogie, envoie à l’Académie quatre notes, dont la première est relative à la constitution géologique de l isthme de Êmez, et la deuxième aux formations pliocéniques de Zante et de Corfou. Il est à remarquer que, sous ce dernier rapport, il existe la plus grande analogie entre le sol de ces deux iles et celui de Bologne ; la troisième dissertation traite des couches sarmatiques, et la quatrième du Flysch.
- Séance du 8 mars. — M. le comte Wurmbrand remercie l’Académie des sciences de lui avoir accordé une nouvelle subvention pour continuer les fouilles qu’il a commencées l’année dernière, près de Zeiselberg, dans la Basse-Autriche, à l’effet de déterrer des ossements fossiles. — M. Léopold Wajgel, professeur au Gymnase supérieur de Koloméa, en Gallicie, envoie un mémoire sur l’appareil dental des grenouilles et des têtards. — Une autre note, reçue par l’Académie, a pour titre : Description d'un appareil devant servir à une machine volante, affectant la forme d’un aigle, par M. Grégoire Giois, à Vienne. — M. Manzoni, de Boulogne,| vient de terminer,
- d’après les manuscrits laissés par M. Reuss, une dissertation intitulée : Les bryozoes fossiles du miocène austro-hongrois. 18 planches décrivent 62 espèces de bryozoes cyclostomates. — M. le directeur Tscbermak parle du volcanisme cosmique, de l’origine vraisemblable des météorites, des volcans de la lune, des phénomènes éruptifs du soleil, etc. L’irruption souterraine des eaux de notre globe cause, dit-on, les commotions volcaniques éprouvées sur la terre ; mais il n’y a pas d’eau à la surface de la lune, ce qui n’empêche pas les éruptions volcaniques.
- Séance du 15 mars. — Le secrétaire dépose sur le bureau les volumes destinés à la bibliothèque de l’Académie impériale des sciences, et renfermant les derniers détails relatifs au voyage de circumnavigation opéré par la frégate la Novara. Ces volumes contiennent 2500 gravures coloriées, représentant un nombre égal de papillons de toutes les contrées du globe. La section des lépidoptères a été rédigée par MM. Cajetan et Felder.
- Académie des sciences de New-Tork,— Séance du 5 mars 1877. — M. T. O’Conor Sloane lit une note sur la détermination du soufre dans le gaz de l'éclairage. — La base du procédé consiste à transformer le soufre en acide sulfurique, en faisant passer les produits de la combustion du gaz dans du permanganate de potasse. On dose l’acide sulfurique formé à l’état de sulfate de baryte. — M. Zopton présente une note sur l'odeur de poisson de certaines eaux potables. Cette odeur, très-appréciable dans les eaux de Nashville, Tenn., serait due à des algues microscopiques. — Sur un nouveau mode de formation de l’izobenzonitrile, par le docteur Austen.
- Académie des sciences de Rome. — 4 mars 1877. — Sur les myriapodes des cavernes de la France et de l'Espagne, par Filippo Fanzago. — Sur la statique graphique, par Saviotti. — Sur la constitution chimique de la cianamide, par Fileti e Schiff.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 avril 1877. — Présidence de M. Pjjligot.
- Éclairage électrique. — Il y a bien peu de temps encore, nous signalions à nos lecteurs l’importante inveniion réalisée par MM. Jabloschkoff et Deneyrouze, d’un procédé permettant de fractionner la lumière électrique, et consistant dans l’emploi d’une sorte de bougie, dont la mèche est formée de deux crayons de charbon. Les mêmes physiciens annoncent une nouvelle merveille qui complète leur première invention, et qu’il sera facile de faire sentir en peu de mots. On prend une plaque de biscuit de porcelaine, et après avoir fixé à deux points de sa tranche les deux pôles électriques, on enduit la portion intermédiaire d’une substance conductrice. Le courant illumine cette dernière et la volatilise peu à peu, mais on reconnaît qu’après sa disparition, la pâte à porcelaine chauffée au rouge-blanc est devenue conductrice elle-même et reprend une vraie lumière. On obtient par ce procédé un foyer lumineux tout aussi intense qu’avec les baguettes de charbon, mais avec cet avantage immense d’être absolument fixe, au lieu de présenter les mouvements tumultueux que tout le monde connaît. De plus, on peut avec un même courant allumer un nombre plus ou moins grand de ces foyers, et les auteurs sont parvenus à distribuer la puis-
- p.335 - vue 339/432
-
-
-
- 536
- LA NATURE.
- sance d’une bobine entre cinquante becs de ce nouveau système, et ils ont pu faire varier l’intensité lumineuse, depuis l’intensité maxima des lampes électriques jusqu’à l’éclat d’une simple bougie. On doit s’altendre désormais à voir prochainement entrer la lumière électrique dans la voie des applications les plus pratiques.
- Tache solaire. — Une bien intéressante photographie solaire obtenue hier à l’observatoire de Meudon, est présentée par M. Janssen. Elle montre vers son centre une énorme tache de 20 secondes de diamètre, et entourée d’une région tourmentée de plus de 2 minutes de rayon. Ce qui fait l’intérêt de cette tache, c’est qu’avec ses dimensions exceptionnelles, elle est apparue instantanément sur le disque solaire ; une photographie prise la veille et qui ne montre aucune tache en fait foi. Elle ne paraît d’ailleurs pas devoir persister longtemps ; dès le soir elle offrait déjà des signes manifestes d’altération profonde. M. Janssen profite de cette circonstance pour dire sa manière de comprendre les périodes de minimum dans les apparitions des taches. Ce ne serait pas tant des époques de repos que des époques de peu de stabilité des taches, résorbées presque immédiatement après leur formation.
- Intoxication par les sels de cuivre. — En réponse à divers mémoires, de M. le docteur Burcq, de M. Galippe et d’autres, dont la conclusion est que le cuivre n’est pas vénéneux à la manière du plomb, et peut être absorbé très-longtemps sans produire d’accident, M. le docteur E.Decaisne adresse, par l’intermédiaire de M. Pasteur, des observations, dont la conséquence semble être absolument inverse. Il rappelle qu’en 1864, dans un mémoire intitulé : Élude médicale sur les buveurs d'absinthe, il a noté dans un grand nombre d’absinthes de qualité inférieure tous les caractères du sulfate de cuivre, que parmi les cent cinquante et quelques buveurs d’absinthe qu’il a pu suivre, un certain nombre de sujets présentaient, en dehors des effets de l’alcoolisme qu’il étudiait alors, les symptômes bien tranchés de l’intoxication par le cuivre.
- Il avait réuni à cette époque quinze échantillons d’absinthe, pris dans les cabarets des faubourgs et des barrières de Paris, et qui lurent analysés par M. ltéveil, pharmacien en chef de l’hôpital des Enfants. Or, tous ces échantillons, sans exception, contenaient du sulfate de cuivre en quantité variable selon leur provenance. Trois entre autres en contenaient environ 25 centigrammes par litre. Certains distillateurs ne faisaient d’ailleurs aucune difficulté d’avouer qu’ils ajoutaient du sulfate de cuivre à la liqueur d’absinthe pour la colorer.
- M. Decaisne rapporte en outre un cas d’intoxication par l’acétate de cuivre, qui vient de lui être communiqué par le docteur Dubest, médecin à Pont-du-Château (Puy-de-Dôme). 11 s’agit d’un jeune homme de vingt-trois ans qui, à la suite de l’ingestion d’une certaine quantité d’eau-de-vie de marc, a présenté tous les symptômes de l’empoisonnement aigu par les sels de cuivre, et dont la vie fut en danger. Cette eau-de-vie, dont M. Decaisne présente un échantillon, analysée par M. Huguet, professeur de chimie à l'Ecole de médecine de Clermont-Ferrand, a donné par litre 4|f, 164 d’acétate de cuivre. L’eau-de-vie avait été distillée dans un appareil qui n’avait pas servi depuis un an et qui était chargé d’acétate de cuivre.
- En terminant, le docteur Decaisne fait les réflexions suivantes :
- 1° Les annales de la science en France et à l’étranger, comme il me serait facile de l’établir, sont pleines de faits démontrant jusqu’à l’évidence l’intoxication soit aiguë, soit lente, par les sels de cuivre
- 2° Grand nombre d’industries emploient les mêmes sels, soit ostensiblement, soit pour la falsification, l’adultération des matières alimentaires et des boissons.
- 3° L’entretien défectueux des vases et ustensiles employés aux usages industriels^ domestiques détermine fréquemment sur le cuivre la formation d’un sel dangereux en quantité plus ou moins considérable.
- 4° Enfin, la statistique de l’empoisonnement criminel en France, de 4851 à 1863, constate 410 attentats à la vie humaine par le sulfate de cuivre et l’acétate de cuivre, et assigne à ces deux substances le troisième rang parmi les nombreux poisons employés dans un but coupable.
- Stakislas Meumer.
- x><
- APPAREIL RESPIRATOIRE
- Le gazomètre ci-dessous, construit parM.Walden-burg, est destiné aux inhalations dans le cas des alfections des voies respiratoires.
- L’appareil est muni des accessoires nécessaires pour augmenter la pression de l’air contenu dans le gazomètre, au moyeu de poids qui agissent sur la cloche retournée sur l’eau. Un manomètre, placé au-dessus du couvercle du récipient, donne la pression intérieure; l’air comprimé arrive à un robinet placé à la main du malade. 11 ne reste plus à celui-ci qu’à appliquer sur sa ligure un masque étanche qui est adapté au robinet, et en manœuvrant ce robinet percé d’ouvertures convenables, il peut à volonté aspirer l’air comprimé que fournit le gazomètre, ou renvoyer dans l’atmosphère l’air qui sort des poumons.
- L’appareil de M.
- Waldenburg peut être employé comme spiromètre, pour mesurer la quantité de gaz fourni par la respiration. Cette mesure s’obtient directement par la lecture des graduations du gazomètre.
- Appareil respiratoire Je M. Waldenburg.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissasdier.
- uuhukii., ï*p. üt sîbk. citirà.
- p.336 - vue 340/432
-
-
-
- K* 204. — 28 AVRIL 1877.
- LA NATURE.
- 337
- BOUGIE ÉLECTRIQUE
- DE M. JABLOCHKOFF.
- L’attention a été rappelée sur le système d’éclairage de M. Jablochkoff, par l’emploi qui en est lait aux magasins du Louvre dans une salle nouvellement ouverte. Cette invention avait été signalée au public l’année passée par une communication à l’Académie des sciences, et par une èxpérience faite devant la Société de physique.
- Les lecteurs de la Nature savent comment on a jusqu’ici px'oduit la lumière électrique, nous ne le rappellerons que pour préciser les termes de la comparaison que nous voulons faire.
- Deux baguettes de charbon portées .par des supports métalliques convenables sont mises dans le prolongement l’une de l’autre; leurs bouts apointis se touchent. On fait passer dans ces charbons un courant électrique d’une grande intensité ; ils peuvent s’échauffer, mais ne donneraient pas de lumière si on ne les écartait pas légèrement. Dès qu’on sépare, à la main ou autrement, les deux pointes de charbon l’une de l’autre, l’arc voltaïque apparaît et répand une lumière très-vive. Cette lumière persiste si l’écartement du charbon est de quelques millimètres; mais à mesure qu’elle dure, les charbons s’usent et les pointes s'écartent; l’arc voltaïque s’allonge, et bientôt la lumière s’éteindrait si on ne rapprochait pas les charbons. On voit donc que cet appareil élémentaire est insuffisant à maintenir la lumière électrique pendant plus de quelques minutes, et qu’on a dû combiner des mécanismes chargés de rapprocher les charbons à mesure de leur usure, et de maintenir leur écart dans des limites peu étendues. Telles sont les lampes de Serrin, de Foucault, etc., etc.
- Quand la source électrique est une pile ou une
- S® aimée. — 1er semestre»
- Bougie électrique de M. Jablochkoff.
- (Grandeur d’exécution.)
- CC. Crayons en charbon de cornue à gaz.— IIII. Matière isolante. — TT.— Tubes de cuivre dans lesquels les charbons sont emmanchés. — A. Fourreau d’amiante soutenant l’ensemble. — FF. Fils de cuivre amenant le courant électrique.
- machine magnéto-électrique à courants continus, comme celle de Gramme, on rencontre même une petite difficulté de plus; car les deux charbons s’usent inégalement, le positif environ deux fois plus que l’autre.
- Les machines à courants alternativement renversés présentent au contraire cette particularité, que l’usure des deux baguettes est la même.
- Si parfaites que soient devenues les lampes, surtout entre les mains de M. Serrin, ces appareils présentent des inconvénients incontestables ; leur mécanisme est délicat et demande d’assez grands soins de la part des personnes chargées de les mettre en œuvre ; leur réglage n’est pas sans difficulté; leur masse placée au-dessous du point lumineux projette une ombre défavorable; leur dimension ordinaire ne permet pas une marche de plus de trois heures sans renouveler les charbons, et ce renouvellement oblige, ou à interrompre momentanément l’éclairage , ou à faire usage d’un appareil de rechange qui augmente la mise de tonds ; enfin leur prix est assez élevé et ne paraît guère susceptible de réduction.
- Les progrès immenses faits dans la construction des machines magnéto-électriques depuis quelques années ont rendu plus sensibles les inconvénients des régulateurs.
- Tel était l’état des choses quand un ingénieur russe, M. Jablochkoff réussit à supprimer complètement le mécanisme des lampes électriques. Voici comment l’heureux inventeur a résolu les difficultés successives qui se sont présentées à lui.
- Tout d’abord il part de l’idée qu’il faut placer les deux charbons côte à côte afin de les user en même temps, sans avoir à les déplacer constamment l’un par rapport à l’autre; de même que, dans les bougies stéariques, la mèche se consume au fur et à mesure de la consommation de la stéarine, la première dominant toujours la se-
- p.337 - vue 341/432
-
-
-
- 338
- LA NATURE.
- conde de la même quantité. Une première nécessité se présente; il faut faire en sorte que Tare voltaïque ne puisse se produire qu’à l’extrémité des charbons ; il suffit pour cela de placer entre ces charbons une plaque de verre, de kaolin, ou de quelque autre matière isolante, un peu plus large quejes charbons et n’atteignant pas leur extrémité.
- On pourrait croire que cette plaque isolante, en séparant les deux charbons, arrive bientôt à les séparer et à éteindre l’arc voltaïque en l’obligeant à s’allonger par trop ; il n’en est rien ; la température si élevée de l’arc voltaïque suffit à fondre et même à vaporiser le verre ou le kaolin, de telle sorte que la cloison isolante qui sépare les charbons s’use en même temps qu’eux.
- Si la source électrique est à courants continus l’usure des charbons étant inégale, il arriverait bientôt que l’un d’eux se consumant plus rapidement que l’autre, l’écart entre les pointes deviendrait trop grand et la lumière s’éteindrait ; il a suffi pour venir à bout de cette difficulté de donner une section double à celui des deux charbons qui s’use le plus vite.
- 11 est vrai de dire que jusqu’ici la bougie électrique fonctionne mieux avec les machines magnéto-électriques à courants alternatifs qu’avec les piles ou les machines Gramme ; dans ce cas, en effet, les charbons s’usent également et doivent être de même section.
- Pour achever la description de l’appareil de M. Ja-blochkoff, il nous reste à dire que chacun des charbons est emmanché dans un tube de laiton auquel aboutit le fil correspondant venant de la source électrique. Ces deux tubes sont attachés ensemble de diverses façons, suivant les applications qu’on a en vue ; la seule précaution à prendre est d’éviter le contact entre eux.
- Le nom de bougie a été fort heureusement donné à cet appareil si simple ; c’est bien en effet une bougie à deux mèches qui se consument parallèlement, et qui abaissent leur point lumineux à mesure de leur combustion.
- Cette bougie présente cette particularité intéressante qu’on peut mettre la lumière en bas, de sorte qu’aucune partie ne porte ombre et qu’on la voit briller au plafond comme une étoile au ciel.
- Rien n’empêche d’adoucir son éclat par des verres diffusants, comme on l’a fait déjà depuis plusieurs années, soit pour les lampes électriques, soit pour le gaz. Nous ne pensons pas qu’on puisse jamais imaginer un appareil plus simple pour l’emploi de l’arc voltaïque, et on peut même dire qu’il n’y a plus ici d’appareil du tout.
- ALLUMAGE DE LA BOUGIE.
- LTm des principaux avantages de la lampe Serrin, c’est qu’on peut l’allumer à distance; on l’a préparée le matin, je suppose, le soir venu, il suffira d’y envoyer le courant électrique pour obtenir rallumage instantané.
- Au début, M. Jablochkoff allumait directement sa bougie en appuyant sur les deux extrémités des mèches un morceau de charbon qu’il écartait ensuite; l’arc voltaïque s’obtenait donc comme dans les lampes en partant du contact, et en l’allongeant jusqu’à la distance voulue. Cette manière de faire se prête fort bien aux expériences, et aura toujours sa raison d’être dans beaucoup de cas.
- Mais il était urgent de réaliser l’allumage à distance comme le donnent les lampes des meilleures systèmes.
- Cette nouvelle difficulté a été vaincue par M. Ja-blocbkoff par un procédé d’une simplicité extrême ; il a simplement mis entre les deux charbons un morceau de mine de crayon, qui établit une continuité de corps conducteurs dans la bougie; dès que le courant y est envoyé, la petite mine de crayon est échauffée, rougit et se consume bientôt; quand cela arrive, elle présente une solution de continuité, l’arc voltaïque apparaît et le résultat est obtenu.
- Au lieu d’une petite baguette de mine de crayon, on peut mettre un fil métallique fin ou un morceau de plomb, qui rougissent, fondent et produisent l’arc voltaïque de la façon que nous venons de dire.
- RALLUMAGE.
- Nous avons dit que la plaque isolante qui sépare les deux charbons fond dans le voisinage de l’arc voltaïque, et disparaît ainsi à mesure de la nécessité, Mais cette fusion de l'isolant a une autre conséquence qui sera inattendue pour beaucoup de lecteurs. La matière isolante à l’état solide devient conductrice à l’état liquide, et permettrait un allongement do l’arc voltaïque plus grand qu’on ne pourrait l’obtenir à l’air libre.
- Cette conductibilité permet d’ouvrir le circuit momentanément et de rallumer la bougie, sans aucun des artifices que nous avons indiqué pour l’allumage: au delà d’un certain temps, le refroidissement supprime la conductibilité, et le rallumage devient impossible. On peut éteindre l’arc pèn-dant près de deux secondes et le rallumer sans avoir autre chose à faire que de fermer le circuit.
- Cette particularité permet d’employer la bougie électrique à la transmission de signaux télégraphiques par l’alphabet Morse ; on produit une série d’éclairs courts ou longs et séparés par des éclipses plus ou moins prolongées. La bougie serait pour cet usage plus commode que la lampe, parce que son rallumage est plus brusque et plus immédiatement complet ; en effet, les lampes n’arrivent que peu à peu à donner à l’arc voltaïque sa longueur normale, tandis qu’avec la bougie il a toujours une longueur supérieure à l’épaisseur de la plaque isolante. Dans la télégraphie optique actuelle, on procède d’une manière analogue ; on emploie également l’alphabet Morse, des éclairs et des éclipses ; mais ces changements sont obtenus au moyen d’obturateurs qu’on amène devant la lumière ou qu’on écarte. Il semble qu’avec la bougie Jablochkoff on arrivera à suppri-
- p.338 - vue 342/432
-
-
-
- LA NATURE
- 339
- mer encore ces mécanismes, et de plus, quand on pourra l’employer à bord d’un vaisseau-amiral, la lecture se fera dans tout l’horizon et à l’œil nu par toute une flotte. Nous apprenons que des essais de télégraphie optique viennent d’être faits à l’armée de Kichenew, par un des amis de l’inventeur.
- DIVISION DE LA. LUMIÈRE.
- Jusqu’ici il a fallu une pile ou une machine pour produire une lumière électrique, et il n’a pas été possible de placer deux lampes dans un même circuit. Cette impossibilité est facile à comprendre, si on se reporte au mécanisme du régulateur ; dans tous ces appareils, le rapprochement et l’écart des charbons se fait à la commande d’un électro-aimant, qui obéit lui-même aux variations de la résistance du circuit, produites par les changements de longueur de l’arc voltaïque. Si l’arc s’allonge, la résistance du circuit augmente, l’électro-aimant s’affaiblit et permet le rapprochement des charbons.
- On voit clairement, que s’il y a deux lampes et deux arcs voltaïques dans un circuit, il suffira que l’un des deux arcs s’allonge pour que les deux électro-aimants agissent et que les deux arcs voltaïques soient raccourcis ; dès lors la seconde lampe sera dérangée, tandis que la première seule devait être corrigée. En d’autres termes, la solidarité entre les deux appareils entraînera constamment dans chacun des changements de réglage hors de propos qui aboutiront à un déréglage continuel.
- Avec la bougie, rien de semblable, et pourvu que la source ait une tension suffisante pour franchir les arcs voltaïques, on pourra les ajouter dans un même circuit, et au lieu d’une lumière unique, on pourra en obtenir plusieurs. Aux magasins du Louvre, nous avons vu, tantôt quatre lumières, tantôt trois fournies par chacune des deux machines électriques mises en jeu, en tout six ou huit feux. La suite montrera s’il est raisonnable d’espérer une division plus grande de la lumière électrique et quelles nouvelles applications il en pourra résulterl.
- Alfred Niaudet.
- BIBLIOGRAPHIE
- La prévision des inondations du sol et de l’épuisement des sources, par M. Achille Lez. — Une brochure in-8°. Versailles, imprimerie Aubert, 1877.
- Défense de la vigne contre le Phylloxéra, par J. Rousse-lier. — Une brochure in-8°. — Paris, Hachette et Cio 1877.
- Les uniformes de l’année allemande. Publication de la réunion des officiers. — Une brochure in-12, planches
- 1 Dans une des dernières séances de l’Académie, MM. Denay-rouze et Jabïoclikolï ont présenté de nouveaux et importants perfectionnements de ce nouveau système d’éclairage (voy. p. 355). Nous tiendrons le lecteur au courant de ces progrès quand ils seront entrés dans le domaine de la pratique.
- coloriées avec texte et explications. — Paris, imprimerie Laloux, 1877.
- Notice sur les machines dynamo et magnéto-électriques. Système Lontin. — Une brochure in-8°. — Paris, Eugène Lacroix, 1877.
- Le radiomètre considéré comme appareil thermo-électrique, par J. Delsaux. 1 brochure in-8°. — Saint-Denis, 1877.
- LE
- ROLE DES INSECTES DANS LA NATURE
- CONSIDÉRÉ SURTOUT AU POINT DE VUE AGRICOLE.
- « Un ciron importe », a dit l’un de nos plus grands poètes (Victor Hugo).
- Oui, un ciron importe, car il fait partie de ce vaste et harmonieux ensemble, qu’on appelle l'Univers.
- Car aux yeux de Celui qui fit l’immensité,
- L’insecte vaut un monde ; ils ont autant coûté.
- Lamartine.
- Et cependant, nous dédaignons, nous foulons aux pieds ces chétifs insectes, et nous oublions trop que
- Parmi nos ennemis,
- Les plus à craindre sont souvent les plus petits.
- Lafontaine.
- C’est au développement de cette pensée, rendue plus vraie encore par les ravages causés, en ce moment, dans nos vignobles par le Phylloxéra vasta-trix, que nous allons consacrer les pages qui vont suivre. Le rôle des insectes dans la Nature, principalement dans leurs rapports avec l’espèce humaine, tel est le sujet que nous voulons soumettre à la bienveillante attention de nos lecteurs. Disons d’abord un mot des instincts si variés des petits animaux qui vont nous occuper.
- Rôle des Insectes en général. — Leurs instincts variés. — En créant les Insectes, la Nature paraît avoir eu en vue d’en faire des destructeurs et des épurateurs par excellence, et, dans ce but, elle les a doués d’une voracité exlraordinaire, d’une effrayante fécondité *, et d’instincts infaillibles pour assurer le sort de leur progéniture.
- On les trouve dans tous les sites et dans tous les
- 1 On se fera une idée de l’effrayante fécondité des insectes, si l’on songe qu’un seul puceron femelle aura produit, à la dixième génération, un quintillon d’individus, c’est-à-dire, l’unité suivie de cette longue kyrielle de zéros 1 000 000000000 000000.
- Une reine de Termites pond 60 œufs par minute, 3 000 par heure, 86 400 par jour.
- Enfin, le docteur Ernest Müller a calculé qu’unseul couple de Tcntliredopirii, en supposant que la femelle ponde 100 œufs seulement, aura donné naissance, au bout de la dixième année, à un postérilé de ^OO 000 billions d’individus, à l’entretien desquels ne pourraient suffire les forêts réunies de toute l’Allemagne,
- p.339 - vue 343/432
-
-
-
- 340
- LA NATURE.
- climats; sur les neiges du pôle1, comme sous les feux de l’équateur.
- Ils remplissent de leurs innombrables légions, de leurs espèces sans fin, non-seulement les champs de l’air, mais encore le sein des eaux douces ou salées, courantes ou stagnantes, limpides ou bourbeuses ; ils se balancent jusque sur l’écume des flots de l’Océan2 ; on les rencontre dans les plaines et sur les montagnes; dans les huttes les plus obscures, comme dans les palais les plus éblouissants de lumière et de magnificence; sur les débris les plus infects, comme sur les fleurs qui exhalent des parfums
- exquis. Ils s’abattent sur nos tables, et viennent effrontément réclamer leur part de nos festins ; ils se glissent dans nos lits ; ils s’introduisent dans nos vêtements, sous notre chair elle-même1 ; ils sucent avec avidité notre sang* (fig. 4) ; ils nous causent d’horribles maladies3 ; ils sont un vrai fléau pour nos animaux domestiques 4 ; ils ravagent nos jardins, nos vergers, nos vignobles, nos prairies, nos moissons, nos forêts, etc. Us n’épargnent ni les archives de nos cités<*, ni les livres de nos bibliothèques6 ; ils rongent même ces projectiles meurtriers7 que le génie, parfois infernal, de l’homme a inventés tout
- Fig. 1. — Métamorphoses de la puce de l’homme (Pulex irritons) 1. Larve. — 2. Nymphe, — 3. Insecte
- Fig. 2. — Fourmis à miel (Myrmecocystus mexicaines).
- Individus grossis et de grandeur naturelle ; le premier vu de profil, l’autre vu de dos.
- exprès pour détruire son semblable ; enfin, ils poussent leur audace jusqu’à s’attaquer à la plume5, outil de notre intelligence, instrument de notre civilisation, aujourd’hui plus puissant que l’épée.
- En revanche, il y a chez eux des architectes et des maçons qui, sans avoir rien appris, se construisent, avec de la terre gâchée et des parcelles de bois réduit en poudre, des habitations qui sont, proportionnellement à leur taille, cinq fois plus hautes que la plus haute des pyramides ne l’est par rapport à la nôtre (Termite fatal). Il y a des géomètres qui,
- 1 Les Chionées, genre de Muscides appartenant à la famille es Tipulaires.
- 2 Les Adores, genre de Muscides,
- 5 Teigne (Tinea tapezella. Kollar).
- guidés par lé seul instinct, résolvent des problèmes de minima tels que celui-ci, par exemple : Avec le moins de matière possible et sur le moindre espace possible, construire le plus grand nombre de logements et de magasins possibles (Abeilles domestiques).
- Il y a, parmi eux, des parfumeurs qui fabriquent
- 1 Chique.
- 2 Puce, Punaise.
- 5 Pou des labescents.
- 4 Œstres du cheval, du bœuf, du mouton, hippbosques.
- 5 Termites.
- 6 Pou des livres (Psocus pidsatorius).
- 7 Urocerus juvencus, hyménoptère qui perfore les balles des cartouches. Voy. Comptes rendus de l’Institut, 1857, 1858, p. 560, 361 et 1211.
- p.340 - vue 344/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 341
- es senteurs les plus suaves1; des chimistes qui savent préparer les couleurs les plus vives2, qui distillent les sucs les plus doux5, les médicaments les plus actifs4, ou les venins les plus subtils5.
- L’éther, le chloroforme, la fameuse aqua toffana elle-même, palissent devant la liqueur au moyen de laquelle les Sphex, ravisseurs de grillons, et les Cerceris bupresticid.es endorment les victimes, dont
- les entrailles, toujours vivantes, devront servir de pâture à la postérité de leurs assassins1.
- Utilité des insectes par rapport à Vhomme. — D’autres pourvoient à l’éclairage de nos appartements (Abeille), ou nous donnent gratis le spectacle d’une illumination à la mode vénitienne (Ver luisant, Fulgore porte-lanterne (fig. 3). Quelques-uns se tissent un tombeau de soie, dont la richesse accroît la
- Fig. 3. — Fulgore porte-lanterne (Fulgora laternaria).
- nôtre et sert à nous parer (Bombyx du mûrier). Enfin, d’autres contribuent à notre subsistance et sont même recherchés comme aliments.
- Tel est le Coccus manniferus qui, dit-on, fournit aux Israélites la manne abondante dont ils se nourrirent dans le désert. Tels sont encore les Acridium
- * Cerambyx moschalus.
- 2 Coccus lacca.
- 5 Apis mellifica.
- 4 Lytla vesicatoria.
- * Veapa crabro et autres guôpos.
- peregrinum et les GEdipoda migratoria qui, après avoir désolé l'Egypte, sauvèrent le peuple hébreu des horreurs de la famine. Aujourd’hui même, les Arabes de la Terre-Sainte, de l’Algérie et du Sahara les font cuire à l’huile ou simplement sécher au soleil, et ils leur trouvent un goût très-délicat. Il en est de même des Hottentots et des habitants de Madagascar.
- 1 Yoy. dans les Annales des sciences naturelles, 2® série, tomeXV, page o53 ; 4® série, tome IV, page 129; et ioze VI, page 157, les Mémoires pleins d’intérêt que MM. Léon Dufour et Fabre ont publiés sur ces insectes.
- p.341 - vue 345/432
-
-
-
- 542
- LA NATURE.
- On sait le prix que les anciens Romains attachaient à la larve dodue de l’insecte (Coccus ligniperda) qui a fait périr, il y a quelques années, les plus beaux arbres des promenades de Toulouse.
- Les Chinois, de nos jours, sefi'égalent avec les chenilles et les chrysalides des Bombyx du mûrier. Les nègres du Sénégal regardent les Termites comme un mets très-friand. Enfin, au Brésil, le Malali du bambou sert à faire le beurre, et les fourmis, des bonbons (Fourmis à miel, fig. 2).
- Les insectes nous rendent aussi d’inappréciables services en ce qu’ils font disparaître, de la surface de la terre, ces germes de pestilence qui corrompraient l’atmosphère s’ils n’étaient pas là pour dévorer les cadavres des animaux qui périssent, et cette foule de débris organiques sujets à la putréfaction.
- Linné, je crois, a dit qu’une mouche, aidée par sa progéniture, dévorerait le cadavre d’un cheval plus vite que ne le ferait un lion.
- Il y a du vrai dans cette assertion qui peut paraître exagérée, mais qui, tout bien considéré, ne l’est pas, et le Rév. Buckiand a eu raison de dire que les Insectes sont les grands balayeurs de la Nature (the great scavengers of Nature).
- Bâle des Insectes par rapport à l'agriculture. — Leurs ravages. — Mais c’est surtout en agriculture que les insectes jouent un rôle qui ne saurait être méconnu sans injustice et sans danger. Trois cent mille espèces (je ne compte pas et ne saurais compter les individus), trois cent mille espèces, d’une taille souvent imperceptible, mais animées d’une activité dévorante, d’une vraie furie d’absorption, sont là constamment à l’œuvre, piquant, rongeant, minant, taraudant, sciant tout ce qui a vie, tout ce qui est mort ou languissant, et ne s’arrêtant qu’au moment où leur tâche providentielle est accomplie, c’est-à-dire lorsqu’il n’y a plus rien à détruire, et que le mal est devenu à peu près sans remède.
- Citons ici quelques exemples :
- Pressés par la famine, les Criquets voyageurs quittent les steppes de l’Asie ou les champs désolés de la Syrie et de l’Égypte et, semblables à des nuées poussées par la tempête, ils viennent fondre à l’im-proviste sur nos cultures qu’ils n’abandonnent qu’après avoir tout saccagé, tout détruit. Alors la disette succède à l’abondance et la peste survient.
- Je n’exagère pas, voici les chiffres et des faits qui le prouvent d’une manière, hélas 1 trop éloquente.
- On lit dans Y Exode, chap. x :
- Les Àrbeh (les multiplicatrices, les fécondes, c’est le nom que les saintes Écritures donnent aux sauterelles ou Criquets voyageurs), les Arbeh s’élevèrent sur tout le pays d’Égypte et s’abattirent dans toutes les contrées d’Égypte , en quantité immense. Elles couvrirent la face de toute la terre, la terre s’obscurcit. L’insecte détruisit toute l’herbe de la terre et tous les fruits des arbres que la grêle avait laissés. Il ne resta pas de verdure sur les arbres, ni sur l’herbe des champs, dans tout le pays d’Égypte.
- « Écoutez ceci, vous, vieillards, et soyez attentifs, vous tous, habitants du pays, s’écrie le phophète Joël. Cela est-il arrivé dans vos jours ou dans les jours de vos pères?.... Réveillez-vous, hommes enivrés, et pleurez.... car un peuple s’est abattu sur mon pays, puissant et innombrable ; ses dents, la dent du lion ; sa mâchoire, celle d’une lionne. 11 a dévasté ma vigne et mis en pièces mon figuier, l’a dépouillé et rejeté, ses rameaux ont blanchi.... La campagne est désolée, le sol est en deuil ; le blé est détruit ; le vin est tari et l’huile desséchée. Les laboureurs sont confondus, les vignerons se lamentent, à cause du froment et de l’orge ; car toute la moisson des champs a péri. La vigne est confuse, le figuier est fané, le grenadier, le pommier, tous les arbres des champs sont desséchés. Ah ! toute joie a disparu parmi les fils de l’hommel. »
- Le Koran (Surate, VII, El Araf, Y, 129) parle de cette plaie de l’Égypte ; et une légende arabe nous raconte que le calife Omar, étant à sa table de famille, vit tomber une sauterelle, sur les ailes de laquelle il lut ces mots d’une saisissante vérité :
- « Nous pondons 99 œufs, et si nous en pondions 100, nous dévasterions le monde2. »
- M. E. Blanchard nous apprend, d’après saint Augustin, que, dans les premiers siècles de l’ère chrétienne, l’Afrique fut désolée par des Criquets voyageurs. Jetés dans la mer par la violence des vents, et repoussés ensuite sur le rivage, leurs cadavres putréfiés déterminèrent une peste qui fit périr, en Numidie seulement, plus de 800 000 âmes3.
- Pendant les années 1813,1815,1822 et 1824, le midi de la France eut à souffrir horriblement du même fléau. On payait 50 centimes le kilogr. d’œufs, et seulement 25 centimes le kilogr. d’insectes récoltés. Or, la ville de Marseille dépensa, dans ce but, une somme de 20 000 francs, et la petite ville d’Arles, plus de 25 000 francs. Enfin, pendant l’année 1845, deux espèces de Criquets [Acridium pere-grinum et QEdipoda migratoria) fondirent, l’une aux mois de mai et juin, l’autre au mois de juillet, sur notre colonie d’Alger, et laissèrent partout après elles la ruine et la désolation.
- Le savant auteur de YHistoire des Insectes nuisibles à la vigne, et particulièrement de la Pyrale, a fait le relevé des pertes occasionnées par ce lépidoptère dans le Maçonnais et le Beaujolais, pendant une période de dix années seulement; il évalue ces pertes au chiffre énorme de 34080 000 francs.
- Dans son magnifique ouvrage intitulé Die Fors-tinsecten, publié de 1839 à 1844 aux frais du gouvernement prussien, le docteur Ratzeburg rapporte qu’en 1855, et surtout en 1850, les hannetons (Melo-
- 1 Voy. dans les Mémoires de la Société des sciences physiques et naturelles du départ, de V1 Ile-et-Vilaine, tome I, page 1 (1863), le très-intéressant travail de M. André, intitulé : Les Sauterelles. Elude d’entomologie biblique.
- 2 Michelet, Y Insecte, p. 150.
- 3 Dictionnaire universel d’histoire naturelle, article Criquet, page 546.
- p.342 - vue 346/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 343
- lontha vulgaris) ravagèrent et firent périr une immense quantité d’arbres dans diverses localités de la Prusse, et que, dans les seuls environs de Quedlin-burg, on en recueillit 33 540 000 individus.
- Le même auteur nous affirme que lorsque les Borkenkœfer {Bostrichus typographus) et autres fondent sur les grandes forêts de l’Allemagne, ils y apparaissent en si grand nombre, qu’on les voit former, dans leur vol, de petites nuées semblables à des essaims d'abeilles, et qu’un seul tronc de pin en renferme quelquefois plus de 23 000 couples.
- En 1839, au dire du pasteur Brehm, 500 acres de bois furent ravagés par la Liparis monacha, vulgairement Beligieuse ou bonnette. La Chambre ducale de Saxe-Altenbourg fut obligée de prendre des mesures pour arrêter le mal. Les personnes employées à la destruction des Liparis recueillirent :
- 1 * 58? 000 {chenilles} total : 20 787 000 individus.
- Or on sait qu’une seule femelle de Liparis pond au delà de 100 œufs. A ce compte, en supposant que la moitié du total précédemment indiqué ait été composé de femelles, on obtiendrait pour somme 1038360000 œufs.
- Mais ici même on peut appliquer la maxime : « Toute bénédiction vient du ciel. » Les moyens employés par les hommes avaient borné les ravages des Nonnettes, mais ils ne les avaient pas fait entièrement cesser. Le Maître de la Nature en employa de plus puissants et de plus efficaces. Le printemps de 1840 fut froid et même rigoureux. La végétation des mois d’avril et mai fut retardée, et les Nonnettes moururent de faim.
- On n’a pas oublié, sans doute, que pendant les années 1837, 1838, 1839, on vit paraître, dans les forêts des environs de Toulouse, une innombrable quantité de Liparis dispar. Les chenilles de ce dangereux lépidoptère se jetaient sur les chênes avec une telle avidité, et les dépouillaient si complètement de leur feuillage, que ces arbres prenaient l’aspect qu’ils présentent en hiver. Elles étaient si nombreuses, qu’on les entendait ronger les feuilles, et qu’on aurait pu se croire au milieu d’une magnanerie. Ces insectes dévastateurs finirent par occuper une étendue de plus de 25 lieues carrées; mais, en s’approchant de Toulouse, ils abandonnèrent les chênes pour se précipiter sur les saules, auxquels ils causèrent pourtant moins de dommages.
- Dr N. Joly (de Toulouse),
- Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
- LES TRAMWAYS A VAPEUR1
- Les tramways sont devenus aujourd’hui une question d’actualité; ils sont adoptés dans les principales
- 1 Les tramways ont été employés pour la première fois dans les houillères anglaises par Benjamin Outrant, qui construisit
- villes d’Angleterre, où ils ont été essayés à l’origine ; ils se sont répandus rapidement en Amérique etdans les principales contrées du continent européen. Les villes de Belgique, de Suisse et d’Autriche sont sillonnées par des voies ferrées ; en France, Lille par exemple, possède un réseau complet qui rayonne autour de la gare ; Marseille a installé une ligne de tramways sur la promenade du Prado et le long de la Méditerranée.
- Paris était resté longtemps en arrière du mouvement; les voies anciennes étaient trop étroites et trop encombrées par la circulation même, pour qu’il fut possible d’y établir des tramways. Aussi a-t-on commencé à les installer dans les quartiers excentriques et dans toutes les voies nouvelles larges et bien spacieuses. Ailleurs le tramway dérangeait les habitudes des commerçants, surtout dans les quartiers populeux et industriels, comme le faubourg Saint -Antoine, où les meubles en vente sont souvent exposés sur les trottoirs, et où des charrettes stationnent dans les rues pour les enlever. Avec une voiture qui ne peut se déranger, il faut, au contraire, maintenir la voie presque constamment libre, ce qui était une cause d’embarras vivement ressentie, et une pétition avait même demandé qo’on arrêtât la ligne du Louvre à Vincennes au moment de son installation. 11 n’est pas jusqu’aux cochers de fiacre qui ne se soient plaints du léger ballottement qu’imprime le choc des rails aux roues de leurs voitures.
- Les tramways ont eu raison de ces réclamations plus ou moins fondées ; ils sont aujourd’hui entrés dans nos habitudes, et toutes les voies nouvelles en sont garnies. Ils enveloppent Paris en suivant les boulevards extérieurs, et ils rayonnent jusque dans la banlieue; ils commencent même à traverser le vieux Paris par les lignes qui arrivent au Louvre.
- Ils présentent, en effet, une série d’avantages qui les font préférer immédiatement. Ils renferment un plus grand nombre de places, ils sont plus larges, mieux aérés et plus spacieux que les omnibus. La marche est plus douce, les roues ne cahotent plus à chaque instant contre les pavés et n’amènent plus le même bruit assourdissant. D’autre part, la résistance à la traction est diminuée dans une proportion considérable; elle étaitde 30 kilogrammes par tonne de li 00 kilogrammes sur une route empierrée, de 20 kilogrammes sur un bon pavage ; elle est réduite au tiers, soit à 8 kilogrammes environ sur le rail du tramway, c’est-à-dire que les chevaux peuvent traîner une charge trois fois plus considérable que sur les routes pavées ordinaires. Sur le chemin de fer, cet effort de traction s’abaisse à 3 kilogrammes seulement ; on voit immédiatement que c’est là une des causes principales de leur succès rapide que la substitution d’un profil égal et bien uni à la surface raboteuse des voies anciennes.
- des voies avec rail plat en fonte, muni d’un rebord saillant. Ces voies s’appelaient Outram-roads et, par abréviation, Iran-roads. Le mot tramway indique en Amérique le chemin à rail plat.
- p.343 - vue 347/432
-
-
-
- 344
- LA NATURE.
- Les tramways ordinaires sont encore traînés par des chevaux, et c’est là le cas de la plupart de ceux que nous voyons dans Paris ; mais comme les moteurs animés sont en général très-dispendieux, on s’est demandé si on ne pourrait pas, là aussi, employer les moteurs mécaniques, comme on l’a fait avec tant de bonheur sur les autres voies ferrées. Plusieurs solutions ont été proposées, et jusqu’à présent le problème ne semble pas encore entièrement résolu. 11 faut reconnaître en effet que la question n’est pas tout à fait la même que dans le cas des chemins de fer. Il faut se procurer un moteur d’uee masse faible, pour n’avoir pas à faire porter une lourde machine à des rails simplement posés sur une route ordinaire. De plus, il faut pouvoir s’arrêter à chaque instant, surtout à Paris, où les voyageurs montent et descendent perpétuellement des voitures, il faut suspendre rapidement l’action du moteur et la rétablir immédiatement sans entraîner une trop grande perte de force. Enfin, il faut accepter toutes les pentes <fes rues qu’on doit parcourir, bien ramasser la machine et en cacher toutes les parties mobiles pour éviter les accidents, et surtout ne pas lancer de gaz délétère dans l’air d’une grande ville.
- 11 y a, en effet, déjà assez de causes qui vicient l’air que nous respirons et contre lesquelles nous luttons à grand’peine, sans que la machine vienne y ajouter encore son action propre. Pour ce qui est de celte dernière condition, il est facile, sinon très-économique, d’y satisfaire en partie en brûlant exclusivement du coke comme on le fait dans les machines des tramways Sud ou des bateaux Hirondelles ; mais il faut, bien remarquer que la conditions de l’arrêt fréquent et instantané est une de celles qui s’opposent le plus à l’emploi des agents mécaniques. Çeux->{ supposent, en effet, qu’il faut lutter sans interruption contre un effort résistant d’intensité permanente, et ce n’est jamais le cas dans les tramways de l’intérieur des villes, où le nombre des voyageurs est très-variable et où il faut suspendre à chaque pas l’action de l’effort moteur.
- Une des premières idées auxquelles on avait songé consistait à employer la force élastique de ressorts en acier tendus au départ dans une usine fixe, et chargés de remorquer par leur détente la voiture dans son parconrs. Ce système a été précédemment
- décrit, nous renvoyons le lecteur à ce qui en a été dit1.
- Après plusieurs essais infructueux, on s’est trouvé ramené au moteur habituel de l’industrie, c’est-à-dire à la vapeur agissant directement ou par l’intermédiaire de l’air comprimé. C’est ce dernier système qu’a adopté M. Mékarski®, et que l’un de nos collaborateurs a décrit3.
- Aujourd’hui M. Harding emploie la vapeur comme moteur immédiat. Sa machine, que nos lecteurs ont pu voir sur les tramways Sud, est solidaire avec le foyer, ce qui oblige de brûler du coke, comme nous l’avons dit plus haut. Tous les organes moteurs sont concentrés à l’intérieur d’un cylindre horizontal entouré d’une enveloppe en bois présentant 1 mètre de diamètre sur 2 mètres de long. Ce cylindre est renfermé à l’intérieur d’une petite voiture spéciale attelée devant la voiture des voyageurs, et où se tiennent le chauffeur et le mécanicien. Ce dernier surveille la voie et règle à chaque instant la distribution de vapeur; le chauffeur, placé à gauche du cylindre, possède auprès de lui deux sacs remplis de coke, qui lui servent à entretenir le foyer pendant le parcours. On voit que, dans ce dispositif, - la machine est indépendante de la voiture qu’elle remorque; ceci est plus commode à certains égards pour les voyageurs et préfente l’avantage de faciliter les réparations, car la voiture ne se trouve pas mise hors de service en même temps que la machine. D’autre part, en arrivant aux stations, la machine peut repartir immédiatement avec une voiture pleine en laissant là celle qu’elle vient d’amener. On ne dépense pasainsi inutilement du combustible et on n’a pas besoin d’avoir autant de machines que de voitures.
- Nous avons représenté dans la figure ci-contre (fig. 3) un tramway analogue à celui de M. Harding; il a été construit par MM. Brunner, de Winterthür, et il est employé avec un grand succès sur la ligue de Lausanne à Échallens.
- 1 Voy. 4° année, 1876, l8r semestre, p. 177.
- 2 Idem.
- 3 Le système a été expérimenté par la Compagnie des tramways Nord sur la ligne de l’Étoile à Courbevoie en décembre 1875; les résultats ont été satisfaisants, la trépidation était presque nulle ; le trajet total s’est effectué en 12 minutes.
- way. (Demi-grandeur d’exécution.)
- fig. 2. — Longrtne et traverse supportant Je rail d'un tramway. (Coupe.)
- p.344 - vue 348/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 545
- La voiture est encore mue par la vapeur; elle possède un foyer mobile, mais elle est portée sur le même truc que la machine, et elle est solidaire avec elle. Ce dispositifse justifie parfaitement sur la voie où il est appliqué, car il y a peu de voitures en service ; il donne en outre une marche plus douce, il augmente l’adhérence de la machine de la moitié du poids mort à transporter, et lui donne une valeur supérieure à la force de traction. Ce résultat était très-important sur une voie dont les pentes atteignent parfois une valeur considérable, soit de 25 à 50 millimètres et même de 40 millimètres par mètre sur un parcours de 600 mètres. La voie de Lausanne à Éohallens a été établie sur la route qui réunit ces deux villes ; elle se raccorde avec la gare d’Ouchy et la gare de la Suisse occidentale à Lausanne. Elle comprend un parcours total de 14 180 mètres distribuésen huit stations. Elle présente fré-
- quemment des courbes d’un rayon très-faible descendant même jusqu’à 20 mètres, et on a dû employer deux trucs mobiles très-rapprochés pour supporter le châssis commun de la voiture et de la machine, afin de faciliter la circulation dans de pareilles courbes. La vitesse est de 25 kilomètres à l’heure, et la durée du trajet de 50 minutes.
- La surface de chauffe de la chaudière est de 14 mètres carrés et correspond à une force motrice de 25 chevaux, d’après ce que nous écrit M. Brunner à l’obligeance duquel nous sommes redevable des renseignements qui suivent. La consommation de combustible n’est guère supérieure à 100 kilogrammes pour un parcours total de 15 kilomètres. Le combustible employé est la bouille de Saarbrück, ce qui ne présente pas d’inconvénient, car le trajet s’effectue pour la plus grande partie hors de la ville; mais dans les grands centres le coke serait nécessaire. La
- Fi g- 3. — Tramway à vapeur fonctionnant en Suisse de Lausanne à Êchallens.
- force tangentielle produisant la traction, est de 750 kilogrammes ; la machine est munie d'un frein extérieur permettant d’arrêter à une distance de 6 mètres, soit la moitié de la longueur de la voiture.
- Celle-ci est disposée d’une façon assez élégante, comme on peut le voir par la figure ; le pavillon de devant est occupé par la machine ; celui de derrière est laissé aux voyageurs et renferme 8 places. Les places d’intérieur sont au nombre de 24, et celle d’impériales de 32, ce qui porte à 64 le nombre total de voyageurs transportés par la voiture. On arrive aux impériales par un escalier en spirale disposé à l’intérieur de la voiture devant le pavillon des voyageurs. On a supprimé les plaques tournantes dans la construction de la voie, et la voiture circule dans les deux sens, machine avant ou arrière suivant le cas. Le conducteur, qui se tient dans la voiture, doit avertir le mécanicien, et arrêter par les freins s’il se présente un obstacle sur la route. On n’a pas encore observé d’accidents sur la ligne de Lausanne pendant la marche avec la machine ar-
- rière, mais il est probable qu’on y serait trop exposé dans les grands centres et qu’on devrait y renoncer.
- La voiture est assez spacieuse ; elle présente une longueur de 12,n,90 sur une largeur de 2m,4 et une hau eur de 4m,50. Le poids total à vide est de 11 tonnes 5, et de 16 tonnes avec un chargement de 64 personnes.
- Nos voitures de Paris n’ont pas des dimensions aussi considérables ; les impériales sont même parfois supprimées, ce qui oblige les voyageurs de deuxième classe à se tenir debout. C’est assez fatigant pour eux, en même temps que gênant pour les voyageurs de première qui doivent traverser le groupe pour aller rejoindre leurs places.
- Après avoir passé en revue les moteurs et les véhicules, nous allons terminer en disant quelques mots des rails et de leur installation. Le type adopté est le rail à ornière artificielle présentant un vide plus que suffisant pour loger le boudin de la roue. Une ornière trop étroite userait rapidement les bandages, et gênerait la traction dans les courbes de
- p.345 - vue 349/432
-
-
-
- 546
- LA NATURE.
- faible rayon. On avait voulu essayer de réserver une ornière naturelle entre les rails et les grès qui pavent la chaussée, mais on reconnut bien vite que les frais d’entretien étaient trop considérables, et que l’eau stationnait dans ces ouvertures et pourrissait les traverses inférieures.
- La figure 1 représente en demi-grandeur le rail Loubat qui fut le premier employé. On l’essaya en 1855 pour le tramway allant de la Concorde à Passy, et qui fut prolongé plus tard jusqu’à Boulogne et Versailles. Ce rail, dont l’ornière est encore, un peu étroite, fut placé sur une longrine en bois de 0m,15 sur 0m,10, régnant sur toute la longueur du parcours et remplissant exactement l’espace réservé entre les talons du rail. La longrine est supportée elle-même par des traverses entaillées, espacées de Im,35. Le rail est rattaché actuellement à la longrine par une chevillette latérale à pointe recourbée (fig. 2). On mettait autrefois une cheville verticale dans le centre de l’ornière, mais la tète se soulevait parfois et imprimait un choc aux roues de la voiture. De plus, l’eau séjournait dans ces trous, le bois de la longrine était mâché par les vibrations de la cheville et se pourrissait facilement. Les traverses sont enfoncées dans une couche de béton, et le tout est recouvert par un pavage posé sur du sable.
- On supprime maintenant les traverses en bois, on les remplace par une bande verticale de fer méplat, formant un tirant qui maintient l’écartement des longrines. On diminue ainsi les terrassements, car la bande de fer se loge entre deux files de pavés, et il ne se forme plus sur la surface de la chaussée de dépressions et de renflements indiquant la position des traverses au-dessous des pavés. — La Compagnie des Omnibus a même supprimé les tirants, comptant sur les pavés pour maintenir l’écartement des longrines qui supportent les rails.
- Le poids des rails est de 18 à 20 kilogrammes par mètre, ils sont habituellement en fer; mais on commence à les faire en acier fondu, car ce métal s’use bien plus régulièrement que le fer, et peut subir une circulation dix fois plus considérable.
- L’écartement des voies est de lm,54 sur les lignes de la Compagnie des omnibus, et permet à deux chevaux de se tenir de front entre les rails; il a été réduit à lm,44 sur les nouvelles lignes comme dans les chemins de fer.
- Le prix d’installation est très-élevé à cause de l’obligation du pavage; il atteint, à Paris, 70 francs par mètre de voie double pour les tramways Nord, sur les chaussées pavées, et à 116 francs sur les chaussées empierrées. — Les frais d’exploitation s’élèvent encore à 80 pour 100 des recettes, mais il y a lieu d’espérer qu’ils seront réduits dans la suite. Les frais d’entretien pour la Compagnie des Omnibus sont de 2354 francs par kilomètre environ.
- Nous ne pouvons nous empêcher de signaler, en terminant, un article publié dans le numéro du 23 février dernier de l'Engineer de Londres. Il répond, en elfet, aux doutes que nous exprimions plus haut
- relativement à l’emploi de moteurs mécaniques pour les tramways. — L’auteur parle de la demande adressée à la Chambre des communes par la Compagnie des tramways Nord pour établir un tramway à vapeur entre Stratford et Leyrtonstone. 11 reconnaît que les bénéfices des Compagnies sont considérablement diminués, et les moteurs animés sont trop dispendieux; mais il demande, néanmoins, que la pétition de la Compagnie soit repoussée, car, dit-il, la solution complète du problème n’est pas encore trouvée, et il faut laisser l’expérience se terminer sur le continent et dans les villes de province, et ne pas s’exposer à un échec dans la capitale par un essai prématuré.
- En outre, ajoute-t-il, les rails des tramways de Londres sont incapables de supporter le surcroît de charge qui résulterait pour eux de l’emploi d’un moteur mécanique. Le poids de la machine motrice ne saurait être inférieur à 8 tonnes, en raison des pentes considérables que présentent les voies, et si la machine est supportée par quatre roues, ceci fait une pression de 2 tonnes au contact avec les rails : ceux-ci ne pourraient la subir sans être gravement endommagés.
- D’autre part, les rues de Londres sont assez étroites, et la voie du tramway se trouve fréquemment encombrée; il faut alors que la voiture qui ne doit pas attendre puisse quitter les rails et les reprendre au delà de l’obstacle, après l’avoir franchi sur la voie ordinaire. Les chevaux des tramways sont habitués à ce mouvement, qui serait presque impossible avec une machine à vapeur. L. Bâclé,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
- 45e RÉUNION ANNUELLE
- DES DÉLÉGUÉS DES SOCIÉTÉS SAVANTES A LA SORBONNE (AVRIL 1877.)
- SCIENCES PH¥§1$IJE8
- (PHYSIQUE — CHIMIE — MÉTÉOKOLOGIE.)
- Étude de l'hiver 1876-1877 dans l'ancien continent. — Causes du sirocco. — Influences du relief du sol sur la marche des orages. — M. Hébert, président de la commission météorologique de la Haute-Vienne, donne lecture d’une longue et très-intéressante communication sur les études météorologiques faites l’hiver dernier, d’après un très-grand nombre d’observations recueillies par lui, et aussi par M. Tarry.
- 11 faut remonter à une époque très-éloignée pour trouver un hiver qui ait présenté des caractères analogues à celui que nous venons de traverser. Tandis que le sud-ouest de l’Europe conservait une température extraordinairement douce, dans le nord-ouest, la Russie et la Sibérie, la température s’abaissait, au contraire, d’une façon tout à fait exceptionnelle. A Arkangel, par exemple, le thermomètre est tombé, à plusieurs reprises, à — 42°. Dans le nord de l’ancien continent, on a pu observer des pressions de 780, 785 et jusqu’à 790 millimètres.
- p.346 - vue 350/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 347
- Les observations recueillies comprennent toutes les régions qui s’étendent depuis les îles Madère jusqu’à Nico-laïewsk, dans la Sibérie orientale. M. Hébert a étudié la marche des dépressions, de façon à pouvoir tracer la trajectoire du centre de chaque dépression. 11 a entrepris, en outre, l’étude détaillée des phénomènes atmosphériques qui dépendent de ces bourrasques et, en particulier, du sirocco.
- Le mois d’octobre a commencé par une période de mauvais temps qui s’est terminée vers le 14- par des orages très-violents et des pluies diluviennes en Dordogne et dans la Haute-Vienne ; la fin du mois a été tranquille.
- Dans le mois de novembre, du 10 au 20, ont apparu trois profondes dépressions du sud-ouest. Une chaleur extraordinaire (la température a dépassé 20° dans le midi de la France) et une grande sécheresse ont accompagné ces dépressions. C’est là la première période de sirocco. Du 20 au 30, les dépressions ont passé très au nord de l’Europe et n’ont pas eu d’influence sensible.
- Du 1er au 10 décembre, nouvelles dépressions du sud-ouest avec chaleur et sécheresse. Deuxième période de sirocco. Du 10 au 27, dépressions pen sensibles. Mais, du 27 au 31, et jusqu’au 10 janvier, commence une nouvelle série de dépressions très-profondes qui donnent lieu à des tempêtes et à des phénomènes de sirocco des plus caractérisés.
- Ces trois périodes de sirocco, c’est-à-dire de température très-élevée, accompagnée de sécheresse intense, avec vent du su 1 ou sud-ouest, ont été accompagnées de phénomènes accessoires que signale aussi M. Hébert.
- Dans la première, en novembre, la tempête a été tellement violente en Espagne et en Portugal que des lignes télégraphiques ont été détruites sur beaucoup de points, et que, pendant quelques jours, le service météorologique a dû être interrompu. A Lisbonne, la vitesse du vent a atteint 92 kilomètres par heure, et, un moment même, a dépassé 100 kilomètres. Le 15 au matin, dans les Pyrénées, le général Nansouly constatait des tourmentes qui soulevaient d’énormes pierres. À Pau, la température s’est élevée considérablement du 11 au 12. Le 11, elle était de 8° ; le 12, elle a atteint 22° à l’ombre. La température s’est également élevée dans une proportion considérable en Provence et en Dauphiné.
- La seconde période a été accompagnée d’inondations à Séville et en Angleterre; en France, d’orages violents. Près de Coinmentry, une toiture de forge pesant 15000 kilogrammes a été enlevée et brisée par la tourmente.
- Le troisième coup de sirocco, à la fin de décembre et au commencement de janvier, a été d’une intensité supérieure encore aux deux précédents. Le 28 décembre, il s’est évaporé 6“m,7 d’eau, et, le 2 janvier, l’hygromètre de Saussure tombait à 10°.
- — Dans la seconde partie de sa communication, M. Hébert examine les différentes théories qui ont été proposées pour expliquer cet ensemble de phénomènes atmosphériques qui est connu dans la France méridionale sous le nom de sirocco et dans les Alpes sous celui de Fôhn.
- En tout cas, la production du fôhn ou du sirocco paraît indubitablement liée à la présence des grandes chaînes de montagnes. M. Hann, de Vienne, a proposé une explication du fôhn des Alpes basée sur la théorie mécanique de la chaleur. Le vaste courant d’air humide, rencontrant une chaîne de montagnes, les Alpes ou les Pyrénées par exemple, monte sur la montagne, et il doit se produire un grand abaissement de température. Ensuite, l’air redescendant, et rencontrant les couches atmosphériques
- situées de l’autre côté, devra s’échauffer considérablement, et, par suite, être sec en apparence, car l’eau en vapeur qu’il contient sera loin de la tension maxima correspondant à la température de l’air. D’où la production du fôhn ou du sirocco.
- On peut faire à cette théorie l’objection suivante. C’est que, s’il est vrai que le courant d’air doit monter et se refroidir, rien ne prouve qu’il doive redescendre de l’autre côté de la montagne. M. Faye en a proposé une autre, basée sur les mouvements giratoires qui doivent être produits par l’obstacle qu’oppose une chaîne de montagnes aux courants atmosphériques. Des tourbillons doivent prendre naissance dans l’air, par suite de la présence des cols de la chaîne, absolument comme ceux qui sont pro -duits dans l’eau d’une rivière derrière les piles d’un pont qui fait obstacle au courant. Mais, d’après la théorie de M. Faye, l’air devrait être véritablement desséché, tandis qu’en réalité il n’est sec que par suite de l’élévation de sa température.
- En concluant, M. Hébert propose d'adopter dans chacune de ces deux théories les parties qui sont vérifiées par les faits ; et, joignant les mouvements tourbillonnaires de M. Faye à la théorie mécanique de M. Hann, il arrive à une explication satisfaisante du fôhn et du sirocco.
- Service des avertissements météorologiques agricoles. — M. Le Verrier, président, à propos de la communication de M. Hébert, parle du service des avertissements météorologiques agricoles qui se développe très-vite, trop vite même d’après M. Le Verrier.
- Jusqu’à présent, on envoyait de Paris aux départements, non-seulement les pressions, mais une dépêche donnant les conclusions à en déduire pour la région ; mais, par suite de l’encombrement des lignes télégraphiques, il ne sera possible que d’envoyer l’une ou l’autre des deux choses, les pressions ou la dépêche.
- M. Hébert dit qu’en ce cas, ce sont les pressions seulement qu’il faut envoyer; on laissera les météorologistes en conclure le temps probable pour leur département.
- Régime des pluies dans le département de la Vienne en 1876. — M. Pousset, professeur de mathématiques, lit un compte rendu des observations faites dans les quinze stations du département de la Vienne, pendant l’année 1876 11 fait remarquer que le nombre des jours de pluie par mois est peu variable, tandis que les quantités d’eau tombées sont très-différentes. La nature du sol paraît jouer un rôle très-marqué dans la plus ou moins grande abondance de la pluie en un point donné, et, d’après M. Pousset, la quantité d’eau tombée parait surtout être déterminée par des causes tout à fait locales. Il fait en outre remarquer que, contrairement à l’opinion reçue, c’est précisément dans les stations les plus voisines de régions forestières qu’il est tombé le moins d’eau.
- Existence de l'arsenic dans les bouchons et les tubes en caoutchouc vulcanisé. — M. Filhol, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, envoie deux notes lues par M. Isidore Pierre. Dans la première, M. Filhol complète en certaines parties l’analyse des eaux minérales acides recueillies au Japon; cette analyse faisait l’objet de sa communication de l’année dernière. Dans la seconde note, il insiste sur les inconvénients que peut présenter l’emploi du caoutchouc vulcanisé dans les appareils de chimie des laboratoires. Il a toujours pu constater dans tous les tubes ou bouchons usités pour les expériences une quantité appréciable d'acide arsénieux, dont l’action peut
- p.347 - vue 351/432
-
-
-
- 548
- LA NATURE.
- dans un grand nombre de cas nuire à l’exactitude des résultats obtenus. On devra donc, dans des expériences très-précises revenir à l’emploi des bouchons de liège ordinaires.
- Recherches sur une substance dérivée de la houille par voie humide. — M. Godefroy, professeur de physique à___________________________
- Bourges, en traitant la houille par l’acide azotique, puis le résidu solide par la chaux, obtient un liquide jaune qu’il nomme ccelusate de chaux. Si on ajoute une certaine quantité de ce liquide à un mélange d’acide phonique et de quelques gouttes d’acide sulfurique chauffé au bain-marie, on obtient au bout de quelques minutes un liquide rouge-violacé. Ce liquide rouge devient bleu sous l’influence des bases et redevient rouge sous l’influence des acides. Il pourrait .ainsi remplacer la teinture de tournesol, dont la préparation est toujours difficile.
- Nouveau brûleur. — M. Godefroy, présente en outre un nouveau brûleur pour obtenir de hautes températures dans les laboratoires. Les brûleurs Bunsen perfectionnés, tels qu’on les construit actuellement, ont plusieurs inconvénients. Non-seulement ces appareils sont très-coû- | eux, mais on est obligé d’introduire beaucoup d’air et il y a toujours une partie de la flamme qui n’est pas employée.
- Le brûleur de M. Godefroy (fig. I) se compose de quatre cylindres en tôle, entrant les uns dans les autres; le premier et le troisième sont percés de trous latéraux à la base. De plus, les intervalles situés entre ces cylindres communiquent à la base les uns avec les tuyaux t{ et t2, se réunissant dans le tuyau extérieur Tj, les autres avec les tuyaux se
- réunissant en 1\. Une toile métallique située à la base de l’appareil empêche la flamme de vaciller en régularisant l’entrée de l’air. On peut se servir des deux cylindres internes seulement ; on a en ce cas une flamme
- haute, régulière, non blanche ; on peut y joindre la couronne extérieure, ce qui donne une large flamme à trois cônes, également non éclairante.
- Nouvel appareil d'hydrostatique. — M. Georges Sire, vice-président de la société d’émulation du Doubs, pré-
- Fig. i. — Brûleur à gaz do M. Godefroy, présenté à la 15* réunion annuelle des Sociétés savantes des départements à la Sorhonnc.
- Fig. 2. — Appareil d’hydrostatique de M. Georges Sire.
- sente un nouvel appareil destiné à mettre en évidence d’une manière très-simple les trois cas du théorème de Pascal sur les pressions exercées par les liquides sur le fond des vases, et il en fait voir le fonctionnement.
- L’appareil de M. Sire a sur ceux de Masson et de Du Haldat l’avantage de réunir les expériences sur les trois vases: le premier élargi au sommet, le second cylindrique et le troisième rétréci au sommet. Il se compose essentiellement de trois go-tels communiquants ; à leur partie supérieure on peut visser les trois vases (fig. 2) qui sont reliés entre eux par des tubes en caoutchouc ; ces tubes peuvent être ouverts ou fermés au moyen de pinces.
- Voici maintenant comment on procède pour vérifier le théorème de Pascal au moyen de cct appareil. On commence par mettre du mercure dans les trois godets. Les trois niveaux du mercure sur un même plan horizontal constituent alors les fonds des trois vases. Si on verse le même volume d’eau dans chacun des vases, on verra le mercure inégalement déprimé, celui du vase rétréci au
- sommet l’étant le plus. Si on verse de l’eau à la même hauteur en faisant communiquer les trois vases par les tubes de caoutchouc ; puis, si on les isole au moyen de pinces, on verra le. mercure indiquer la même pression sur chacune des trois surfaces.
- Prévision du temps a courte échéance. — M. Piche, secrétaire de la commission météorologique des Basses-Pyrénées, présente un allas d’observalions météorologiques faites dans ce département. Les bulletins météorologiques de M. Piche, par des graphiques ingénieusement disposés, rendent compte d’un seul coup d’œil de la succession des principaux phénomènes atmosphériques. Le ciel plus ou moins nuageux aux différentes heures de la journée est représenté par des étendues plus ou moins ombrées, la pluie par des petits traits verticaux. Des flèches indiquent la direction des nuages ou du vent aux différentes heures; à côté d’elles se trouvent marqués un certain nombre de points qui rendent compte de leur
- p.348 - vue 352/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 349
- vitesse ou de leur force comparative. On relate en outre les observations relatives à l’humidité de l’air et on résume en quelques mots le caractère de la journée. La feuille est de plus parcourue par les graphiques du thermomètre et du baromètre.
- M. Piche a pu déduire des observations locales, jointes à la dépêche de l’Observatoire de Paris, un certain nombre de remarques, conduisant presque à coup sur à la prédiction du temps du lendemain, pour le département.
- Dans les Basses-Pyrénées, quand le baromètre baisse il fait ordinairement beau temps, tandis que par la hausse du baromètre, le ciel est généralement couvert, avec vent, pluie ou menace de pluie. Mais la baisse du baromètre annonce le mauvais temps bien qu’il fasse beau, tant qu’elle dure.
- Dans ses graphiques, M. Piche a comparé les observations locales aux observations générales de l’Observatoire et a pu constater la certitude presque absolument constante de ses prévisions.
- Note sur une monnaie d'or gauloise. — M. Landron (de Dunkerque) a analysé une monnaie gauloise trouvée à Ledringhem (Flandre maritime). Elle contient de l’or, de l’argent et du cuivre. On en a trouvé sous le fumier d’une ferme pour une valeur très-considérable ; mais les ouvriers qui l’ont découverte en ignoraient le prix et l’ont vendue comme cuivre.
- Régime pluvial de la chaîne des Alpes et de la péninsule italienne.
- — Des observations faites pendant dix années, dans plus de 200 stations, sur la quantité d’eau tombée dans les différents mois de l’année sur la chaîne entière des Alpes, depuis Nice jusqu’en Dalmatie et au nord de l’Italie, ont été recueillies méthodiquement par M.Raulin, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux. Voici quelles sont les principales conclusions de son travail :
- Sur le versant nord des Alpes et en Allemagne, le régime pluvial le plus répandu est celui que représente la courbe I (fig. 3) ; la quantité d’eau tombée est maximum en été ; minimum en hiver et en automne. C’est le contraire qui se présente sur les bords de la Méditerranée et de l’Adriatique (IV), de telle sorte que les ordonnées de cette courbe IV sont presque absolument complémentaires de celles de la courbe I.
- Dans les régions sud-est de la France et dans la Lombardie, on rencontre deux régimes pluviaux intermédiaires (II, III).
- M. Raulin a étudié la distribution de ces quatre principaux types de régimes pluviaux et a tracé sur une carte les courbes limites parcourant les régions où l’on passe d’un régime pluvial à un autre.
- Le type I s’étend surtout sur les Alpes septentrionales et orientales. Il s’avance au sud vers le Tyrol italien, la Carinthie et lTstrie. Le type II règne au nord de la vallée du Pô et sur les Alpes françaises du nord ; le type III au sud de la vallée du Pô et sur les Alpes du Dauphiné. Enfin, comme nous l’avons dit, le régime IV est caractéristique du littoral immédiat de la Méditerranée et de l’Adriatique.
- Impression photochromique. Colorimètre. — M. Léon Vidal (voir la Nature du 16 décembre 1876, p. 34) présente un grand nombre de très-belles épreuves obtenues par une impression photochromique. Ce ne sont pas des épreuves noires coloriées ; le procédé consiste à obtenir des impressions successives comme dans la chromo-lithographie. C’est une impression indirecte en couleur, où l’on se sert de la photographie pour obtenir l’image.
- Il a fallu mettre à la disposition des ouvriers un colorimètre pour faciliter le choix des tons. M. Léon Vidal a construit à cet effet une sorte de table de Pythagore des couleurs où chaque ton se trouve à l’intersection de deux colonnes indiquant la proportion des deux couleurs simples composantes. On a choisi seize couleurs mères, parmi celles les plus usuelles et connues dans l’industrie. Chacune de ces couleurs a une gamme de 15 tons, depuis le blanc presque pur jusqu’à la couleur la plus foncée.
- On obtient ainsi environ six millions de tons différents qui suffisent à reproduire un modèle donné quelconque. La recherche des tons est facilitée par un chercheur qui se compose tout simplement d’un petit carton blanc, au milieu duquel est découpé un carré qui isole le ton de ses voisins.
- Étude générale sur la grêle. — M. de Rouville rend brièvement compte des études sur la grêle faites par son collègue M. Viguier, professeur à la Faculté des sciences de Montpellier. D’après cette communication, il résulterait des calculs et des observations de M. Viguier, qu’il faut rejeter, comme causes de la formation de la grêle, les mouvements tourbillonnaires et les théories électriques.
- Les courants, la présence dans l’atmosphère de couches de températures différentes et la présence de massifs montagneux suffiraient pour expliquer la formation de la grêle. M. Viguier cite par exemple la Méditerranée, siège de tourbillons et de phénomènes électriques, comme n’étant pas une source de formation de la grêle ; tandis que les vents venant de l’Atlantique et ayant traversé les Pyrénées sont, au contraire, généralement chargés de grêle.
- Vérification des qualités du gaz d’éclairage. — M. Burgue, professeur au collège de Meaux, fait remarquer que dans un grand nombre de petites villes qui ne possèdent aucun bureau chargé de vérifier les qualités du gaz d’éclairage, il arrive souvent que, dans l’usine où se produit le gaz, l’obéissance au cahier des charges est loin d’être absolue. Il arrive fréquemment, par exemple, que le gaz contient de l’acide sulfhydrique, qui, par l’acide sulfureux auquel il donne naissance, suffoque, altère les métaux, détruit la couleur des étoffes. Ces inconvénients ne se présentent pas dans Les grandes villes comme Lyon, Paris, Marseille, où le contrôle se fait avec un soin minutieux.
- M. Burgue propose d’établir dans toutes les petites villes qui ont du gaz un cabinet de vérification très-simplifié, muni d’un compteur, d'une balance, d’un photomètre Foucault, où l’on évaluerait d’une manière très-facile le nom-
- p.349 - vue 353/432
-
-
-
- 350
- LA NATURE.
- bre de litres de gaz brûlés dans un bec Bunsen, équivalent à la combustion de 10 grammes d’huile dans une lampe Carcel.
- Un cabinet de vérification, tel que celui-là, n’exigerait pas plus de 500 francs pour être établi. C’est, on le voit, une bien petite dépense poür atteindre un résultat très-important.
- Nouvelle application de l'électricité. — M. le docteur Chassagny, membre de la Société de médecine de Lyon, présente un système qui ne manque pas d’une certaine complexité, destiné à empêcher les trains de se rencontrer lorsqu’ils sont sur la même voie, ou lorsqu’ils passent à un aiguillage ; et par suite à remplacer les signaux actuellement en usage.
- Un système de fils télégraphiques transversaux est disposé de telle façon, qu’une aigrette de fils placés sur les tuyaux de la locomotive les rencontre de temps en temps et détermine alors le passage d’un courant qui met en mouvement une sonnerie électrique placée sur la locomotive du train qui viendrait à la rencontre du premier. Le signal produit est différent s’il s’agit d’indiquer que la voie n’est pas libre à un aiguillage.
- M. Chassagny fait fonctionner son système au moyen de rails, sur lesquels sont placés allant à la rencontre l’un de l’autre, deux petits chariots munis de sonneries électriques, figurant les locomotives des deux trains. Malheureusement la sonnerie ne se produit pas, par suite d’un accident arrivé à l’appareil destiné à empêcher les accidents de chemin de fer.
- Observations statistiques sur la dépopulation. — M. Queirel, professeur à l’École de médecine de Marseille, présente quelques notes statistiques sur la maternité dans cette ville et sur les progrès de la dépopulation dans le midi de la France.
- Après avoir rappelé que la France occupe le onzième rang pour le mariage, qu’on compte en France 311 célibataires sur 1000 hommes, tandis qu’il n’y en a que 1120 en Allemagne, et seulement 112 en Angleterre, M. Queirel s’occupe plus spécialement des régions méridionales, où la dépopulation fait d’effrayants progrès. Il fait remarquer que d’après les résultats statistiques, le nombre des enfants est pour ainsi dire inversement proportionnel à la propriété. Sans compter les époques d’épidémie, la natalité balance à peine la mortalité. Gaston Bonnier
- — La suite prochainement, —
- —o-$>o---
- CHRONIQUE
- Société des voyages d’études] autour du inonde. — Le Conseil d’administration de la Société, (voy. p. 350) sur la demande de plusieurs passagers qui ne pourraient être prêts pour la fin de mai, a fixé définitivement le départ du prochain voyage au 50 juin (1877). Toutes les dates indiquées dans l’itinéraire publié par la Société seront reculées de trente jours. Il n’est apporté aucune modification au programme d’exécution du voyage. Les conditions climatériques et de navigation restent les mêmes. Les engagements des voyageurs seront reçus jusqu’au 5 mai, sauf insuffisance de cabines disponibles.
- Dolbeau. — M. Dolbeau est mort le 10 mars 1877, à l’âge de quarante-sept ans. Inlerne de la promotion de 1851, il fut reçu aide d’anatomie en 1854, prosecteur
- en 1857, et arriva bientôt au Bureau central (1858) et à l’agrégation (1866). Il a laissé de nombreux travaux relatifs à l’anatomie et à la pathologie externe. Ses préparations pour le prosectorat mirent en lumière quelques points importants du système vasculaire du bassin et de l’œil ; de fréquentes communications à la Société anatomique, plus tard à celle de chirurgie, dont il fut président, témoignent de son activité scientifique. Nous citerons parmi ses principaux mémoires, sa thèse inaugurale : Sur les grands kystes de la face convexe du foie (1856) ; — un Mémoire sur la grenouillette sanguine (1857) ; des mémoires sur divers points de l’étude des tumeurs cartilagineuses, celles de la parotide (1858), des doigts (1858), des mâchoires (1858), du bassin (1860), des glandes cutanées (1861). En 1860, thèse d’agrégation sur Y Emphysème traumatique, étude intéressante et pleine d’un grand esprit clinique. A partir de cette époque, la Société de chirurgie eut de M. Dolbeau nombre de présentations relatives aux voies urinaires ; parmi les principaux travaux qui résultèrent de ces études spéciales, citons : le mémoire sur YEpispadias (1861), le Traité de la pierre dans la vessie (1851). Ce dernier ouvrage, joint à sa Clinique chirurgicale (1866), suffirait à assurer à M. Dolbeau une place remarquable dans la chirurgie contemporaine. Nous lui devons aussi une étude sur les Luxations fémorales (1868), un travail sur les Exostoses du sinus frontal (1866), et quelques articles du Dictionnaire encyclopédique. Comme professeur, M. Dolbeau eut un succès assez notable dans ses cours libres d’anatomie et de chirurgie. En 1867, il fut nommé professeur à la Faculté de Paris; son cours y fut toujours fort intéressant, pratique et suivi par les élèves.
- M. Dolbeau fut en outre un des plus habiles opérateurs; sa clientèle était étendue et répondait à son savoir.
- [Le Progrès médical.)
- Du m’boundou ou poison d’épreuve du Gabon.
- — Le m’boundou, appelé aussi casa, icaja ou boundou, est un arbrisseau indigène de l’Afrique équatoriale. Les uns l’ont rangé dans la classe des Apocynacées, les autres dans celle des Loganiacées ; cette dernière opinion est celle de Duchaillu, Griffon du Bellay et John Torrey, de New-York ; elle paraît être la mieux fondée, s’il faut en juger par l’analyse chimique faite par M. Kauffeisen, qui a isolé la strychnine et constaté l’absence de la bruccine. Dans le premier chapitre de la thèse qu’il a soutenue devant l’École supérieure de pharmacie de Montpellier, M. Kauffeisen donne quelques renseignements sur l’emploi du m’boundou dans le pays natal de cet arbrisseau. Il constate que de larges doses d’huile de palme neutralisent les effets de ce poison, et peuvent, jusqu’à un certain point, être regardées comme un antidote. M. Kauffeisen décrit les racines et les feuilles de l’arbrisseau en question. Le chapitre ii de sa thèse concerne les expériences physiologiques faites en France sur le m’boundou, et cite le résultat de 13 extraits du bois, de l’écorce et des feuilles du m’boundou. Le chapitre m décrit les expériences faites sur des lapins et des grenouilles. 0sr,25 d’extrait de l’écorce, mêlés à de l’eau, firent périr une grenouille au bout de cinq minutes. L’extrait mêlé à de l’éther ne tua l’animal qu’après dix minutes. Les autres extraits eurent moins d’effet ; ceux du bois, mêlés d’alcool ou d’éther, n’amenèrent la mort qu’après 6 heures 23 minutes ou 7 heures 45 minutes. Le dernier chapitre traite de l’analyse chimique, dont nous avons fait connaître les principaux résultats.
- p.350 - vue 354/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 351
- — M. Stanislas Meunier, aide naturaliste au Muséum, fera dimanche prochain, 29 avril, une course géologique à Beynes et Montainville. Rendez-vous à la gare Montparnasse (cour d’en haut) où l’on prendra, à sept heures, le train pour Yilliers-Neauphle.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE DU 23 AVRIL 1877.
- Présidence de M. le vice-amiral Paris.
- La première partie de la séance a été, comme d’habitude, consacrée à la proclamation des prix décernés pour 1876, et des sujets de prix proposés pour les années suivantes. Nous donnons ici les noms des lauréats ;
- Grand-prix des sciences mathématiques. — Il y en avait deux. Pour l’un des deux, la question mise au concours était la détermination de l’accélération séculaire du mouvement de la lune par la discussion des anciennes observations d’éclipse, que l’histoire nous en a transmis; mais, comme en plusieurs années, il n’était parvenu au secrétariat qu’une seule pièce, laquelle ne réunissait pas les conditions requises, l’Académie a retiré temporairement la question du concours. Quant à l’autre, qui avait pour sujet la théorie des solutions singulières des équations aux dérivées partielles du premier ordre, il a été décerné à M. Darbour.
- Grand-prix des sciences physiques. — Les concurrents avaient à étudier le mode de distribution des animaux marins du littoral de la France; mais l’Académie n’a pas jugé à propos de décerner le prix.
- Le prix extraordinaire de 6000 francs : Sur l'application de la vapeur à la marine militaire, a été unanimement accordé à M. Ledieu.
- Mécanique. — Le prix Poncelet, à M. Duprez ; le prix Dalmont, à M. Ribaucourt; le prix Bardin n’a pas été décerné.
- Astronomie. — Le prix Lalande est décerriéà M. Palisa, pour la découverte de neuf planètes (entre Mars et Jupiter), et la redécouverte de la planète Maïa, perdue depuis quinze ans.
- Physique. — Le prix Bordin avait pour sujet : Rechercher, par de nouvelles expériences calorimétriques et par la discussion des observations antérieures, quelle est la véritable température à la surface du soleil. Sans accorder de prix, la Commission relire la question du concours, et donne à M. Violle une récompense de 2000 francs, et à M. Crova et à M. Vicaire un encouragement de 1000 francs.
- Statistique. — Une mention très-honorable est accordée à notre collaborateur M. Bertillon, pour son atlas intitulé : Démographie de la France ; mortalité selon l'âge, le sexe, l'état civil en chaque département et pour la France entière; une mention honorable à M. Heuzé, auteur d’un atlas sur la France agricole, à M. G. Delaunay, pour ses études sur l’état civil de la commune de Creil (Oise).
- Chimie. — Le prix Jecker est décerné à l’unanimité à M. Cloëz.
- Botanique. — Le prix Barbier à M. Planchon, pour un ouvrage didactique destiné à l’enseignement de la matière médicale; le prix Desmazières à M. Bornet.
- Anatomie et zoologie. — Le prix Savigny n’est pas
- décerné ; le prix Thore est donné à notre collaborateur M. Oustalet pour son ouvrage intitulé : Recherches sur les Insectes fossiles des terrains tertiaires de la France.
- Médecine et chirurgie. — Le prix Bréant n’est pas décerné ; mais des encouragements sont accordés à M. Duboué et à M. Stanski ; les prix Montyon, qui n’avaient pas moins de cinquante-deux candidats, ont été donnés à MM. Felstz et Ritter pour leur étude clinique sur l’action de la bile et de ses principes introduits dans l’organisme, à M. Paque-lin, pour l’invention d’un nouveau cautère, très-ingénieux; et à M. Perrin, pour son traité pratique d’ophthalmos-copie et d’optométrie. Des mentions ont été accordées à MM. Mayenon, Bergeret, Mayet et Sauson.
- Physiologie expérimentale. — Prix Montyon à MM. Mo-rat et Toussaint pour leur travail intitulé : De la variation de l'étal électrique des muscles dans les différentes formes de contraction.
- Arts insalubres. —Prix Montyon àM. Melsens; le prix Trémont est donné à M. Ch. André ; le prix Gegner à M. Gaugain ; le prix Cuvier à M. Fouqué ; le prix Dela-lande-Guérineau a MM. Filhol et Vélain.
- Le prix fondé par Mme la marquise de Laplace, consistant en cinq volumes de la Mécanique céleste, l’Exposition du système du monde, et le Traité des probabilités, est remis à M. Henriot, sorti le premier en 1876 de l’École polytechnique.
- La deuxième partie de la séance, de beaucoup la plus intéressante pour le public, avait pour objet l’éloge par M. Dumas, d’Alexandre et d’Adolphe Brongniart. On a eu une heureuse pensée de réunir dans « les honneurs d’un même hommage ; » ces deux hommes si éminents, mais on ne peut que s’étonner du temps que l’Académie a laissé s’écouler avant de s’aviser de faire l’éloge solennel du collaborateur de Cuvier. « Des sentiments de haute convenance, a dit M. Dumas (on sait quels liens de parenté l’attachent à ces illustres savants) y ne me permettent pas de louer en toute liberté deux confrères, dont la douce affection a fait le bonheur de ma vie. Mais pour payer à leur mémoire la dette de l’Académie, ne suffira-t-il pas de rappeler la part qui leur revient dans la découverte qui sera l’honneur de ce siècle, celle des grandes lois auxquelles ont été soumises l’apparition des êtres organisés à la surface du globe et la disposition des couches minérales qui en contiennent les débris?
- « Alexandre Brongniart a montré comment l’ordre de superposition des terrains et leur âge relatif sont définis par les restes des animaux contemporains à leur formation; Adolphe Brongniart a fixé, le premier, les règles à l’aide desquelles cet ordre et cet âge sont signalés par les plantes qui s’y trouvent conservées à l’état fossile. Leurs deux personnalités se sont complétées, et, bien que chacune d’elles ait gardé son empreinte propre, elles seront un jour confondues dans un commun souvenir. »
- Comme le fait remarquer M. Dumas, la vie des deux Brongniart a été peu fertile en incidents, et ce sont presque exclusivement leurs travaux qui sont l’objet du beau discours de M. Dumas. Ce n’est pas nous qui nous en plaindrons : où les anecdotes fourmillent, les longues et fructueuses études manquent souvent.
- M. Dumas insiste beaucoup, et avec raison, sur les rapports d’Alex. Brongniart et de Georges Cuvier, « l’Aristote moderne, » comme il l’appelle. Ce furent ces rapports qui amenèrent « une révolution dans l’étude de la géologie. Tandis qu’un savant allemand, Blumenbach, professait que la date du dépôt des fossiles ne dépassait pas celle de
- p.351 - vue 355/432
-
-
-
- 552
- LA NATURE.
- l’apparition de l’homme sur la terre, G. Cuvier et Alex. Brongniart préparaient l’étonnante révélation qui autorisait à faire remonter l’origine de la vie jusque dans les profondeurs des siècles.... Cuvier reconstituait les races perdues des animaux supérieurs, en appliquant à leurs restes les règles de l’anatomie comparée, qu’il venait d’inventer; Brongniart démontrait que les moindres débris de la vie organique, et surtout les coquilles fossiles, caractérisent les couches qui les renferment et marquent leur place dans la chronologie géologique dont l’étude l’avait si longtemps occupé; ensemble, ils écrivaient l’histoire de la formation du bassin de Paris, devenu sous leurs mains le type légendaire des terrains de sédiment. »
- Et en maître qu’il est, M. Dumas analyse l’œuvre des deux immortels collaborateurs. Bornons-nous à ces extraits ; car tous nos lecteurs voudront lire son discours.
- Un seul mot de la partie consacrée à Ad. Brongniart.
- « Cuvier avait appris à reconstituer la physionomie des animaux fossiles; Ad. Brongniart, comme lui, eut à rétablir le port et l’aspect général des végétaux retrouvés dans îe sol. Alex. Brongniart avait montré, par des exemples fameux, à caractériser les formations géologiques par les débris animaux qu’elles recèlent; Adolphe Brongniart, comme lui, eut à découvrir les rapports qui unissent la nature de la population végétale d’un terrain et la date de son dépôt.
- « Dans la poursuite de cette double tâche, il fit preuve de la même supériorité : créant l’anatomie comparée avec des plantes vivantes ; unissant à la classification artificielle des plantes fossiles, l’instinct profond des rapports naturels qui en marquent la place dans le règne végétal ; montrant que les plantes se sont développées sur le globe par époques successives, ayant chacune leur physionomie propre; établissant enfin une concordance heureuse entre la date de la formation des terrains et la nature des plantes fossiles qu’ils recèlent. » Stanislas Meunier.
- LES NOUVELLES COMÈTES
- AVRIL 1817.
- Deux nouvelles comètes télescopiques viennent de faire leur apparition dans notre ciel.
- La première a été trouvée à Strasbourg, le 5 avril dernier, par M. Winnecke, dans la constellation de Pégase, à 22h 8m d’ascension droite, et 14° 54' de déclinaison boréale.
- Le passage au périhélie a eu lieu le 18 avril, et l’éclat de la comète augmentera jusqu’au 1er mai. Elle est donc actuellement dans d’excellentes conditions d’observation. Les amateurs d’astronomie possédant une petite lunette d’au moins 5 ou 6 centimètres d’ouverture pourront l’observer facilement.
- Cet astre se présente au télescope comme une nébulosité ronde, assez large, légèrement condensée au centre et avec une queue nettement prononcée, de 1 mètre de longueur environ, se développant à l’opposé du soleil en cône parabolique. Il sera facile de le trouver et de le suivre dans le ciel à l’aide de la petite carte ci-jointe.
- Des nombreuses observations faites en Europe sur j. cette comète, on a conchi divers éléments parabo- !
- liques, dont la ressemblance avec ceux des comètes de 1827 et 1852 est frappante.
- Voici les derniers éléments obtenus :
- Temps du passage au périhélie, 18 avril 1877. Longitude du périhélie. . . 23° 45'
- Longitude du nœud. . . . 317° 31'
- Inclinaison................123° 17'
- Distance minimum au soleil. 0° 9283, la distance de la terre étant 1.
- Le mouvement de la comète est donc rétrograde.
- La seconde comète a été découverte, presque en même temps, par M. Lewis Swift à New-York, le
- y>o\a-'re
- CARRE
- Carte indiquant la marclie ilaus le eiel de la comète de Wiu-necke. (Les positions sont données pour minuit.)
- 11 avril, et par M. Borelly, astronome de l’observatoire de Marseille, le 14 avril, par lh 6lu d’ascension droite et 55° 4' de déclinaison boréale.
- Cette comète est beaucoup moins brillante que la précédente. Elle n’est visible qu’avec des instruments un peu puissants, où elle se montre comme une faible nébulosité ronde, sans noyau et sans queue.
- Elle se trouve actuellement (22 avril) dans la constellation de Cassiopée, où elle restera encore pen-quelques jours. Les éléments de cette comète ne sont pas encore connus.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissanmer.
- CORBEIL. TVP. ETSTÉfi. CRÉrÉ.
- p.352 - vue 356/432
-
-
-
- N* 205. — 5 MAI 187 7,
- LA NATURE,
- 353
- LES PYRAMIDES DES FÉES
- A SAINT-GERVA1S.
- Le touriste qui, partant de Chamounix, ce pittoresque village situé au pied du géant des Alpes, veut aller à Genève, traversera d’abord le eoi de Yoza, et, par la montagne du Prarion, dont l’altitude est de 1800 mètres, pénétrera dans la vallée de Montjoie. Cette montagne du Prarion lui donnera accès dans la vallée, par le col de la Forclaz, passage facile et de riant aspect; de là il se rendra à Saint-Ger-vais-les-Bains, dont les eaux thermales et salines attirent à chaque saison de nombreux visiteurs. Les excursions sont charmantes autour de celte alpestre station, au milieu des antiques forêts de sapins au fût dressé comme une gigantesque colonnade, parmi les prairies du Mont-Joli, qu’arrosent de torrentueux ruisseaux. En ce point, la cascade du Crépin se précipite en bouillonnant du haut des grès arkoses; plus loin, dans les ravins du Bon-Nant, le cours d’eau écume sur des jaspes d’une couleur rouge de sang, entrecoupés de veines de quartz blanc et de calcaire grisâtre. Ces jaspes,depuis longtemps signalés par de Saussure, ornent aujourd’hui le foyer de la danse du nouvel Opéra.
- Si, au lieu de remonter le ruisseau, le touriste continue sa route, un étrange spectacle ne tardera pas à attirer ses regards. Du milieu des noirs sapins, qu’ils surpassent, surgissent de gigantesques pyramides de terre et de blocs amoncelés que couronne un gros bloc de pierre, juché sur son haut piédestal.
- 5* innée. — 1«r semestre.
- Une légende, nous dit M. Alphonse Favre, rapporte que des fées sont venues placer ces grosses pierres sur les pyramides alors qu’elles avaient déjà reçu leur forme ; mais, ajoute le savant géologue, « je crois que les choses ne se passent de cette manière que dans les pays réellement habités par les fées. Dans ceux où elles n’interviennent pas, les gros cailloux des terrains diluviens mettent à l’abri de la pluie les terres placées au-dessous d’eux, tandis que celles qui ne sont pas abritées sont entraînées. Cette action s’est produite dans la grande masse de terrain glaciaire qui est arrivée par le col de la Forclaz. » Ces gros blocs erratiques, venons-nous de dire, ont protégé les terrains recouverts contre les érosions et les agents atmosphériques, tandis que les couches environnantes étaient peu à peu désagrégées et enlevées. Il s’est passé en cette circonstance ce que l’on observe à la surface des glaciers actuels. Sur ceux-ci l’on voit fréquemment, en effet, des tables de rochers reposant sur des colonnes de glace; c’est ce que l’on connaît sous le nom de plateaux des glaciers. Ces plateaux sont dus à ce que le glacier a fondu tout autour de la place protégée par la pierre, corps mauvais conducteur de la chaleur. Ce dernier fait est la confirmation de l’expérience si connue de Franklin, qui, par un jour de soleil d’hiver, mit sur la neige des morceaux de drap de différentes couleurs, et observa que ces morceaux de drap s’enfonçaient inégalement suivant leur plus ou moins de conductibilité pour la chaleur ; c’est par la même cause que s’expliquent les formations des crêtes que forment les moraines médianes des glaciers, crêtes qui, suivant Tyndall,
- 25
- La grande pyramide des fées à Saint-Gervais. (D’après une photographie.)
- p.353 - vue 357/432
-
-
-
- 3o4
- LA NATURE,
- s’élèvent parfois jusqu’à 20 et même 30 pieds au-dessus du niveau général du glacier.
- E. Sauvage.
- L’EXPOSITION DE PHILADELPHIE
- (Suite. — Voy. p. 291.)
- L’Angleterre avait eu le bon esprit d’accorder une cordiale participation à l’Exposition de Phila- ! delphie. Un siècle de prospérité pour le pays dont la reine s’appelle aujourd’hui Impératrice des Indes ! a suffisamment effacé ce qu’il pouvait y avoir de pé- 1 nible dans le souvenir des événements dont F Aîné- j rique célébrait le centième anniversaire.
- La métropole et ses immenses colonies étaient i représentées au grand complet.
- De même que la France et les autres pays qui ont l’expérience des expositions, l’Angleterre avait adopté un modèle uniforme de vitrines en bois noirci, relevé seulement par de minces filets d’or. L’œil n’étant point attiré par le clinquant du cadre apprécie mieux les objets soumis à son examen.
- Cette revue rétrospective n’étant point un compte ; rendu abrégé, mais un simple résumé d’impressions générales, nous ne nous appliquerons pas à énumérer même les plus importants des produits anglais qui sont d’ailleurs iamiliers au lecteur. Mais nous voulons attirer l’attention sur deux industries dans lesquelles l’Angleterre dépassait de beaucoup toutes les nations rivales : la céramique et l’orfèvrerie.
- Les articles d’usage courant, en faïence et terre de pipe, sortis des poteries de Stafïordshire, sans affecter une prétention artistique, témoignent des progrès considérables dans la main-d’œuvre et dans le goût de l’ornementation. Les revêtements et dallages en tuiles peintes des mêmes fabriques sont d’une excellente exécution.
- M. Doulton, de Lambeth, méritait bien les espaces privilégiés réservés aux chefs-d’œuvre de ses aleliers. Tout le monde admirait, dans un élégant pavillon en terra-cotta rehaussée d’ornements à couverte bleue, une collection de majoliques aussi remarquables par la pureté des lignes que par l’harmonie du décor et la parfaite exécution. La maison Daniell et fils exposait en outre de grandes pièces décoratives pour parcs et jardins magistralement conçues et exécutées, un énorme vase, bleu-turquoise, soutenu par des figures enchaînées et représentant le supplice de Prométhée ; des copies de vases grecs décorés en pâte sur pâte; des reproductions irréprochables de faïences du règne de Henri II.
- M. Elkington n’avait pas de concurrents anglais pour l’orfèvrerie, mais il pouvait dire : « Moi seul et c'est assez ». Son musée, dans le palais de l’Industrie, était une révélation et un avertissement. L’Angleterre a conquis le premier rang dans cette industrie artistique. Au lieu de le lui disputer par des critiques intéressées, les nations distancées, la
- France surtout, doivent rechercher les causes du progrès de nos voisins, et, si les circonstances commerciales le permettent, faire effort pour regagner le terrain perdu. Peut-être d’ailleurs serons-nous obligés de renoncer à la lutte, parce que le goût de l’orfèvrerie étant bien moins populaire chez nous qu’en Angleterre, nos artistes et nos fabricants ne verraient pas leurs sacrifices suffisamment récompensés. Toute rivalité à part, nous serons heureux d’admirer au Champ de Mars, en 1878, les merveilles de M. Elkington et surtout son Vase de l'Ilé-licon, pour lequel le dessin, la sculpture, la ciselure et le repoussé semblent avoir épuisé les ressources de l’art et du faire, pour produire une œuvre qui marquera sa place dans l’histoire de Part.
- L'Exposition des colonies anglaises comprenait les Seychelles, Ceylan, la côte d’Or, le Cap, les Bermudes, San-Salvador, la Jamaïque, Trinidad, la Guyane, la Tasmanie, l’Australie, le Canada et l’empire Indien.
- Toutes ces sections se faisaient remarquer par l’arrangement pittoresque et pratique des produits; des documents de toute nature sur le sol, le climat, les richesses minérales et végétales, les cultures, l’élevage des animaux, le prix des terres, les- salaires, les ressources de toute espèce. Dans plusieurs départements, spécialement dans celui de la Jamaïque, on trouvait de véritables modèles d’expositions. Là, les objets ouvrés, fabriqués, se montraient à côté de la matière première, avec les apparences diverses que leur donne l’industrie. Les produits des forêts, choisis et débités avec soin, portaient des étiquettes polyglottes, indiquant les noms botaniques et vulgaires, le lieu de provenance et l’emploi habituel. De plus, un catalogue composé avec soin complétait les indications sommaires des étiquettes. Pour être vraiment instructives, les expositions devraient toutes offrir cette classification et cette disposition des produits.
- Il n’y avait rien de bien saillant dans les expositions de la Belgique et de la Suisse. Cependant, on remarquait, dans la section belge, les dentelles auxquelles un caprice féminin attache tant de prix, — parce qu’elles représentent une somme extraordinaire de travail accompli avec une merveilleuse dextérité, — sans se rendre compte des misères qu’entraîne cette industrie. On s’arrêtait aussi devant une très-belle chaire, aux riches sculptures d’un bon travail. Dans la galerie des Machines, trônait l’énorme appareil de M. Chandron, pour le forage et le cuvelage des puits de mine.
- La Suisse offrait naturellement ses montres, ses broderies, ses rubans, ses sculptures, ses boîtes à musique. On aimait à y trouver aussi une exposition scolaire assez complète pour donner une idée de l’enseignement primaire et secondaire dans ce pays.
- La Hollande se faisait remarquer par des modèles, des plans, des peintures de ses grands travaux publics, et le succès de Haarlem permet d’attendre un résultat bien plus important du dessèchement du
- p.354 - vue 358/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 555
- Zuyderzée, au moyen des gigantesques appareils dont elle exposait les dessins. Quant aux colonies hollandaises, leur exposition Irès-soignée ne péchait que par le manque d’indications à l’usage du public.
- On pouvait attendre mieux de la part du Danemark, bien qu’il eût pour excuse une exposition nationale, pour laquelle on avait dû réserver les produits les plus marquants de l’industrie. Nous ne doutons pas qu’il ne prenne sa revanche au Champ de Mars ; il en possède tous les éléments, et sa participation aux fêtes du centenaire américain ne constituait pas pour lui une exhibition, mais une marque de sympathie.
- 11 en était tout autrement de la Suède et de la Norwége qui entraient bravement en lice avec les pays les plus habitués aux palmes des expositions. Ces deux pays ont remporté à Philadelphie un succès incontesté, pour la variété et la qualité exceptionnelle des produits.
- Il faudrait un volume pour rendre justice à l’Ex-positiondela Russie, qui, poursuivant un but politique et social, mais non mercantile, avait envoyé, sous le patronage du gouvernement, une collection de produits choisis et classés de manière à donner une justes idée de ses ressources naturelles ainsi que des progrès accomplis dans les arts et l’industrie. Le succès a été complet, indiscutable, La Russie peut aujourd'hui faire concurrence aux pays les plus civilisés, même dans les branches dont ils semblaient pouvoir garder le monopole.
- Ceux qui ont vu l’Exposition de 1851 se rappellent sans doute que la Russie occupait alors un bien mauvais rang, surtout dans les industries artistiques. Eu 1867, on put constater un changement extraordinaire : à Philadelphie on ne se lassait pas d’étudier et d’admirer.
- De même que l’Angleterre doit ses progrès dans l'art industriel à la création du musée-école de South-Kensington, la Russie ne peut manquer d’attribuer une partie de ses succès à l’influence de l’école de dessin industriel de Moscow, dont elle expose les modèles et les travaux. Ces exemples sont assez frappants pour rappeler l’attention des gouvernements et des particuliers, et trouver partout d’empressés imitateurs.
- Les objets d’ornement en malachite occupaient comme toujours une place importante. Quelques-uns étaient heureusement relevés par des bronzes, des mosaïques ou des décors en relief dignes des lapidaires italiens. Le marbre aventuriné, la labra-dorite, la rhodonite, se montraient sous forme de pendules, flambeaux, coupes, articles de bureau, non loin de bijoux d’un bon style, taillés dans les pierres demi-précieuses de l’Oural : la tourmaline, l’agate, la calcédoine, l’aigue marine, l’émeraude et des topazes de dimensions colossales. A côté de ces minéraux de luxe bruts ou travaillés, figuraient les minerais de fer, de cuivre, de plomb, d’or ; le sel gemme, la houille, et une superbe collection de fossiles.
- Seul, le Canada pouvait lutter... longo proximus intervallo avec les fourrures choisies pour l’Exposition. Jamais on n’avait vu une aussi riche collection d’hermine, de loutre, de renards rouges, argentés et noirs, d’astrakan, d’écureuil, de chèvre chinoise : aussi, telle pelisse en martre zibeline était cotée 20 000 francs !
- Dans la section de l’ameublement, on remarquait des canapés, des fauteuils construits en bois d’élan, et plusieurs belles pièces en chêne sculpté. Quelques bons pianos pourraient, à la rigueur, se ranger dans celte classe, si leur valeur instrumentale ne les désignait pour une autre.
- Les arts textiles étaient largement représentés : toiles de lin et de chanvre, cotonnades, draperie fine et commune, flanelles, mérinos, cachemire. Les soieries surtout attiraient l’attention des spécialistes. Il y avait là de quoi satisfaire toutes les coquetteries, depuis la gaze presque impondérable, jusqu’aux lourds brocarts qui auraient fait bonne figure dans les vitrines des exposants lyonnais. Les façonnés riches, les velours ciselés, les draps d’or et d’argenl, les tissus or et soie rivalisaient avec nos plus beaux spécimens : il y a là pour nous un avertissement.
- Le palais de l’Industrie ne renfermait rien de mieux composé et de mieux traité que les bronzes russes. Les artistes, s’inspirant surtout de l’histoire et des mœurs de leur pays, créent des œuvres pleines d’originalité, auxquelles des fondeurs habiles, des monteurs adroits, des ciseleurs consciencieux donnent un aspect saisissant de réalité vivante. L’orfèvrerie est au moins aussi avancée : témoin ces admirables travaux au repoussé, ces coupes, ces hanaps, où semble revivre le génie des grands maîtres de la Renaissance. Le goût, le talent^ d’exécution, le fini de ces ouvrages se retrouve, poussé aux dernières limites, dans les bijoux et objets de fantaisie en métal ciselé, niellé, incrusté et émaillé, où reparaissent les plus gracieuses productions des écoles moscovite et byzantine.
- Un espace considérable était réservé à'l’exposition scolaire. Là, on voyait de bonnes collections de cartes, des objets d’art choisis dans le musée industriel et artistique de Moscow, des collections d’histoire naturelle, comprenant une excellente série ethnographique, des spécimens de travaux pratiques exécutés par les élèves de l’Institut technologique de Saint-Pétersbourg et de l’école industrielle de Moscow. Dr Saffrey
- — La suite prochainement. —
- GRÊLONS EXTRAORDINAIRES
- TOMBÉS A Là CHAPELLE-SAINT-MESMIN (LOIRET)
- ET DANS LES ENVIRONS PENDANT L’ORAGE DD A AVRIL 1877.
- Le 4 avril -1877, à deux heures de l'après-midi, l’orage était imminent, et déjà les premiers roulements du tonnerre se faisaient entendre.
- p.355 - vue 359/432
-
-
-
- 356
- LA NATURE.
- On pouvait voir à ce moment deux couches bien distinctes de nuages; une supérieure d’un gris-perle presque uniforme et presque immobile, l’autre inférieure d’un noir foncé et douée d’un mouvement de translation rapide du sud au nord, et dont les bords semblaient soumis à des courants partiels qui les déchiraient et les modifiaient sans cesse.
- A deux heures huit minutes, les premières gouttes de pluie tombent, pendant que les éclairs et les coups de tonnerre se succèdent avec rapidité. A deux heures douze minutes, les gouttes deviennent plus larges et plus serrées. A deux heures vingt minutes, les gouttes de pluie sont énormes et très-serrées ; le vent de terre est toujours nul. A deux heures vingt-cinq minutes, crépitement suivi d’une chute de gré-ail accompagné de gros grêlons d’une forme bizarre et régulière, dérivée de la pyramide sphérique et rappelant assez bien la forme du diamant taillé en brillant. A deux heures trente minutes, la chute des grêlons a cessé, la pluie tombe par torrents, le vent souffle du sud avec violence et tourne lentement au sud-ouest, puis à l’ouest. A trois heures quinze minutes, le vent se calme un peu et la pluie est moins abondante. Les grêlons tombés avaient tous la même forme géométrique. Cette forme était celle d’un solide de révolution dérivé de la pyramide sphérique ; on peut encore considérer ce solide comme formé par la juxtaposition base à base d’un segment sphérique (à une base) et d’un cône.
- La longueur de l’axe oscillait entre 25 et 30 minutes. Le diamètre à la base du segment sphérique était compris entre 20 et 22 minutes. Les poids comptés en grammes étaient représentés par 4«*,7 jusqu’à 6 grammes.
- Tous ces grêlons étaient très-blancs, opaques et presque spongieux ; ressemblant beaucoup à de la neige agglutinée.
- La calotte sphérique était toujours lisse ; la sur-
- face conique au contraire, était rendue plus ou moins rugueuse et cannelée par la présence de cristaux allongés et confus. Dans un des échantillons, cette surface était celle d’une pyramide quadran-gulaire presque régulière. Tous avaient pour projection horizontale une couche plus ou moins polygonale, un échantillon surtout était remarquable par sa forme hexagonale.
- La coupe suivant l’axe indiquait que ces corps étaient formés d’une série de zones concentriques alternativement opaques et semi-transparentes. On pouvait y distinguer un noyau central, dont les couches sphériques avaient toutes pour centre le sommet du cône; autour de ce noyau s’étaient déposées de nouvelles couches généralement peu nombreuses qui en suivaient les contours. La couche la plus superficielle était toujours transparente. Cette disposition intérieure du noyau était rendue très-apparente, lorsque par la fusion la couche superficielle avait disparu.
- Une coupe perpendiculaire à l’axe montrait une série plus ou moins nombreuse de zones concentriques alternativement opaques et semi-transparentes.
- Pour expliquer cette forme curieuse, on peut supposer un très-gros grêlon sphérique, formé, suivant la théorie de M. Faye, par une série d’alternatives pendant lesquelles il aurait rencontré tantôt des aiguilles de glace, tantôt de l’eau vésiculaire. Puis à un moment donné et par une cause encore inconnue, ce grêlon se sera segmenté, ainsi que l’indique la coupe théorique ci-jointe, en un certain nombre de pyramides sphériques, les unes hexagonales, les autres pentagonales ou quadrangulaires. Chacune de ces pyramides, continuant à flotter au sein du nuage et tournant sur son axe, se sera accrue par le dépôt de nouvelles couches qui ont ainsi masqué plus ou moins leurs arêtes. Les grêlons sont alors tombés sur le sol avec leur forme caractéristique. L. Godefroy.
- Fig. 1. — Grêlons tombés à la Cliapcllc-Saint-Mesmin (Loiret), à 2 h. 25 ni. du soir, pendant l’orage du i avril 1877. (Grandeur naturelle.)
- Fig. 2. — N° 1. Section droite d’un grêlon. — N”* 2 et 3. Coupes suivant l’axe. (Les zones noires du dessin représentent les parties les plus transparentes.)
- Fig. 3. — Coupe théorique d’un grêlon montrant sa segmentation en pyramides.
- p.356 - vue 360/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 357
- LE GRISOUMÈTRE DE M. COQUILLION
- Les récentes explosions de Graissessac et de Liévin ont de nouveau attiré l’attention des ingénieurs et du gouvernement sur le grisou. De toutes parts on fait des études, des expériences, afin de chercher à prévenir les terribles sinistres qui se produisent trop fréquemment dans les houillières. Parmi les chercheurs, les uns s’occupent des procédés de ventilation, des méthodes d’aérage, d’autres de l’étude des gaz explosifs, de l’analyse du grisou, des quantités qui sont mélangées à l’air de la mine. Parmi ces derniers, M. J. Coquillion est un des plus zélés. Dans le courant de janvier dernier, M. Chevreul a présenté à l’Académie des sciences les résultats de quelques expériences faites par cet observateur sur des mélanges d’air et de grisou. De ses recherches, l’auteur tire les conclusions suivantes :
- 1° Les explosions du grisou peuvent se produire entre des limites bien plus étendues qu’on ne le croit généralement; c’est entre 6 et 16 pour cent de gaz détonant que l’étincelle électrique produit une explosion, et il suffit que le mélange existe en un point, car, dans la mine, les poussières de charbon continuent l’explosion.
- 2° Il n’y a aucun absorbant de ce gaz, mais il y a un métal qui, porté au rouge, brûle le grisou sans détonation ; si l’expérience se fait dans un tube de verre , le mélange gazeux ne fait que diminuer dans la proportion qu’indique la théorie. C’est cette propriété curieuse que possède le palladium porté au rouge-blanc de brûler complètement l’hydrogène et les carbures gazeux en présence de l’oxygène de l’air, qui a été mise à profit par M. Coquillion dans la construction de ses grisoumètres.
- M. Coquillion a présenté à l’Académie des sciences (5 mars 1877) deux appareils auxquels il donne le nom de grisoumètres : ce sont des eudiomètres d’une construction spéciale en vue de leur destination.
- L’un de ces appareils peut fonctionner dans la mine même; l’autre, qui vient contrôler en quelque sorte le premier, peut être installé dans le cabinet de l’ingénieur, qui dès lors a la faculté de suivre sans sortir de chez lui la marche du
- grisou dans une galerie ; par suite il peut prendre les précautions exigées par les circonstances.
- Le premier grisoumètre se compose d’un tube à entonnoir, analogue à ceux des laboratoires, ouvert en bas et fermé en haut par un bouchon en caoutchouc percé de trois trous ; l’un d’eux reste ouvert, tandis que les deux autres sont garnis de tiges métalliques, avec des vis pour maintenir dans l’intérieur du tube les deux extrémités d’un fil de palladium et à l’intérieur les deux fils d’un condensateur de Planté; une vis latérale fixée à une des tiges permet de faire passer le courant à volonté. Ce tube, que l’on nomme le brûleur, est entouré d’un manchon en verre protégé par une enveloppe en métal. Le tout est rempli d’eau; mais si on abaisse le manchon entouré de son enveloppe, l’eau contenue dans le brûleur descend et est remplacée par l’air
- de la mine; on emprisonne cet air par un petit bouchon de verre mobile, on fait rougir le fil ; le gaz brûle, et après le refroidissement on constate une diminution de volume, qu’on observe à travers les fenêtres pratiquées dans l’enveloppe métallique. Le condensateur Planté forme le pied de l’appareil, dont la hauteur est de 50 à 60 centimètres; on peut du reste le suspendre par un crochet, ou l’établir sur une canne; un dosage dure 2 à 5 minutes environ.
- Le deuxième appareil, qui est celui que représente notre figure, est fondé sur le meme principe; il peut donner à 1 millième près la proportion de grisou contenue dans une mine ; il est accompagné d’une petite boîte contenant 10 à 12 petits tubes cylindro-coniques et qui, pleins d’eau, sont vidés dans les divers points de la galerie, où ils se remplissent de l’air de la mine ; on n’a plus qu’à les porter bien bouchés dans le cabinet de l’ingénieur où se fait l’analyse.
- Ce second appareil se compose d’un premier tube en verre A, appelé mesureur; c’est une pipette, dont la partie inférieure, coudée à angle droit, est reliée par un tube en caoutchouc à un flacon aspirateur ou souffleur, tandis que la partie supérieure est surmontée d’un tube capillaire en forme de T, muni de deux robinets R et R'. A la branche antérieure, qui est recourbée, peut se fixer l’un des tubes contenant le gaz à analyser ; ce tube est muni d’un
- p.357 - vue 361/432
-
-
-
- 358
- LA NATURE.
- caoutchouc avec pince à l’un de ses bouts, tandis que l’autre extrémité est immergée dans un vase plein d’eau. Après le mesureur vient le brûleur B; c’est un tube court en forme de dé à coudre ; il est muni d’un bouchon en caoutchouc où pénètrent deux tiges qui maintiennent le fil de palladium roulé en spirale sur le passage du gaz. Latéralement, ce tube porte deux branchements; le premier s’ajuste par un caoutchouc au mesureur; le second à une cloche munie d’un tube capillaire et entourée d’un manchon plein d’eau où le gaz peut être refoulé. Tout le système est encastré dans une planchette en bois qui repose sur un petit socle.
- La manœuvre de l’appareil est des plus simples : le tube contenant le gaz à analyser étant fixé à la pointe du mesureur préalablement rempli d’eau, on aspire 25 centimètres cubes de gaz en ouvrant le robinet R et abaissant le flacon; on ferme ensuite ce robinet, on fait rougir le fil, et, soulevant le flacon, on fait passer le gaz sur la spirale, en abaissant et élevant le flacon, on répète la même manœuvre; on attend le refroidissement, et on ramène le gaz dans le mesureur, où se fait la lecture; la graduation est disposée de façon à donner à 1 millième près la proportion de grisou.
- En ajoutant à cet appareil une cloche entourée d’un manchon contenant de la potasse, on peut doser l’acide carbonique. Ce troisième appareil, réalisé par M. Coquillion, permet de doser les carbures en général ; il aura son application dans l’analyse des gaz provenant des fours Siemens.
- M. Coquillion a expérimenté son appareil dans les divers puits de Saint-Étienne, où d’ailleurs les expériences se continuent sous la direction de M. Castel. Les grisoumètres ont donné des résultats très-précis; il est donc permis d’espérer qu’on pourra, par une étude suivie et attentive de la distribution du grisou dans une mine, arriver à une ventilation mieux entendue, et que par suite les appareils de M. Coquillion rendront des services à l’industrie houillère.
- M. le ministre des travaux publics et le Conseil général des mines ont encouragé les recherches de M. Coquillion. Ses appareils n’ont nullement la prétention de mettre obstacle au dégagement du grisou; ils ont un autre but. Ils sont destinés à indiquer à l’ingénieur de quelle manière se distribue le grisou dans une mine, les proportions des gaz explosifs qui s’y trouvent à chaque instant. L’emploi du grisou-mètre sera, entre des mains soucieuses de la vie des ouvriers, un excellent moyen préventif.
- Tout récemment, M. Coquillion a répété ses expériences en Belgique, dans le Hainaut ; en présence des ingénieurs de Mons et de Charleroi, il a fait plusieurs conférences qui ont excité le plus vif intérêt. A Mons, plusieurs ingénieurs des mines l’ont accompagné dans un des puits où une descente a eu lieu. On sait que pour évaluer approximativement le grisou les mineurs n’ont à leur disposition que la lampe; en abaissant la mèche, au-dessus de la flamme jaunâtre, on voit apparaître une petite
- flamme bleue qui est d’autant plus sensible qu’il y a plus de grisou dans le milieu ambiant. On voulait s’assurer si les lampes étaient comparables entre elles; chacun était muni d’un modèle différent, lampe Davy, lampe Muesler, lampe de porior (chef mineur) ordinaire, et chaque observateur notait la hauteur de la flamme bleue pendant qu’on dosait le grisou ; il en est résulté que les lampes n’étaient pas comparables entre elles et ne pouvaient donner des indications précises. Le grisoumètre permettra peut-être d’établir une lampe dont les indications seront comparables.
- A Charleroi, les expériences de M. Coquillion ont eu un autre but. M. Castel ayant annoncé que le grisou se séparait de l’air et n’obéissait qu’imparfaite-ment à la loi de diffusion des gaz, M. Coquillion a voulu voir si le fait se vérifiait au moyen de la lampe ; à cet effet, l’avant-veiüe de l’expérience, une galerie contenant du grisou avait été soustraite à l’action de la ventilation. M. Coquillion s’y est engagé avec deux ingénieurs seulement; à mesure qu’ils avançaient, la proportion de grisou augmentait ; à une certaine distance, ils ont pris des précautions particulières pour ne provoquer aucun mélange gazeux ; la lampe était placée en avant au niveau du sol de la galerie; on voyait apparaître la flamme bleue qui grandissait à mesure que l’on élevait la lampe ; au sommet de la galerie la lampe s’éteignait, tellement il y avait de grisou. Ainsi, bien que le gaz fût en repos depuis vingt-quatre heures, il y avait séparation de l’air et du grisou dans une certaine proportion. En répétant ces expériences et en attendant un temps plus long encore, on pourra vérifier si la diffusion des gaz se reproduit comme on l’a indiqué jusqu’à présent.
- Ce n’est pas la seule question scientifique que l’on ait à résoudre. Depuis longtemps on a annoncé une relation entre la dépression barométrique et le dégagement de grisou ; la question est très-controversée, et les ingénieurs ont des avis très-partages : le grisoumètre permettra de résoudre scientifiquement cette question, qui du reste est plus complexe qu’on ne le croit généralement.
- En résumé, l’appareil de M. Coquillion comble une véritable lacune : il n’y avait jusqu’à présent aucun appareil pratique pour doser le grisou; celui qu’il a imaginé est des plus précis.
- La connaissance de la composition de l’air d’une mine ne préviendra certes aucune explosion, si on ne change rien aux conditions ordinaires du travail. Mais si, lorsque l’analyse eudiométrique aura signalé la présence du grisou en proportions dangereuses, on établit un aérage énergique capable de renouveler l’air, si l’on engage les ouvriers d’avoir à augmenter de vigilance, on pourra certainement prévenir de terribles catastrophes. Quand ils ne produiraient que ces résultats, les grisoumètres de M. Coquillion auraient bien mérité de l’humanité et de l’industrie houillère. A. F. Noguès.
- Ingénieur des mines
- p.358 - vue 362/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 359
- ANTIQUITÉS CHIBCHAS
- DE LA COLOMBIE.
- Au sommet de la Cordillère des Andes, dans les États-Unis de Colombie, par 4° de latitude nord, à ' une hauteur d’environ trois mille mètres au-dessus du niveau de la mer, se trouvait, lors de la conquête espagnole, le peuple Chibcha, complètement isolé de tous les autres peuples américains. Il n’avait gardé le souvenir d’aucune tradition des migrations de ses ancêtres et se croyait autochthone du plateau de Bogota.
- Ce peuple avait sa capitale au milieu du plateau, à Funza ; au moment de l’invasion des Espagnols, en 1538, il avait conquis tout le territoire compris entre 4° et 6° de latitude nord, depuis Sumapar jusqu’à Serinza, d’un côté, et depuis le versant de la Cordillère orientale, vers l’est, jusqu’à la vallée du Meta, de l’autre.
- On parlait une langue, morte aujourd’hui, qui comprenait plusieurs dialectes ; elle était appelée, du nom de la nation, langue chibcha, et aussi langue muisca par les anciens auteurs, peu au courant de la signification de ce mot, qui veut simplement dire homme. De ces divers dialectes, je ne connais qu’un seul, la langue duit, parlé autrefois au nord de Bogota, et dont j’ai donné un échantillon dans ma grammaire chibcha, publiée par Maisonneuve à Paris, en 1871. La langue chibcha, perdue vers 1730, ne peut être étudiée que par deux autres langues parlées aujourd’hui et qui ne sont probablement que des dialectes : la langue des Turievos, peuplade qui vit au nord de Bogota, et celle des Itocos, Indiens qui habitent près des célèbres mines d’émeraudes de Muzo.
- Toute la nation chibcha, composée de la race conquérante, originaire du plateau de Bogota, et des peuplades ou nations conquises à ses alentours, a gardé jusqu’à nos jours les caractères physiques de ses ancêtres, ainsi qu’on peut le voir en examinant les deux portraits que nous reproduisons ci-contre : ce fait nous prouve que la nation chibcha n’était pas homogène, mais composée de diverses races.
- Les deux marchands de nattes dont nous donnons le portrait d’après une photographie (fig. 1) viennent du nord de Bogota, de Guatavita et de Tunja. Nous trouvons en eux le nez aquilin de la race chibcha, les traits réguliers et l’aspect doux qui la caractérisent.
- Le chasseur-empailleur que nous représentons d’autre part (fig. 2) appartient à la race orientale ou Caquesios, — de Caqueza, — reconnaissable aux pommettes saillantes, à la bouche large et proéminente, à la tête carrée, avec un certain caractère de dureté dans l’ensemble, qui fait supposer une évidente sauvagerie chez ses ancêtres.
- Ces hommes portent tous le costume national colombien ; le chapeau de paille tressé à l’ancienne mode d’Europe, comme le chapeau du duc de Lorraine
- au musée de Nancy, la ruana ou poncho, morceau d’étoffe carré avec une ouverture au milieu pour passer la tête, le pantalon, quelquefois des espadrilles ou des sandales en cuir, appelées quimbas, analogues à celles dont les Égyptiens se servaient.
- Les crânes de quelques-unes de ces races ont été étudiés sur ceux que je possède et sur ceux du laboratoire d’Anthropologie de Paris, par le docteur Broca, qui a donné le résultat de ses observations dans le Compte rendu du Congrès des América-nistes (lre session).
- Au moment de la conquête, la race chibcha formait le troisième empire américain, après le peuple mexicain et le péruvien ; c’était une race active, agricole, laborieuse, conquérante, et, sauf les Mexicains et les Péruviens, la plus avancée en sciences et en arts du Nouveau Monde.
- Les Chibchas tissaient très-bien le coton et la laine, ils les coloraient et en formaient des dessins d’un caractère égyptien, qui dénotent un goût perfectionné, comme j’ai pu m’en assurer par le seul échantillon connu qui est en ma possession.
- Us travaillaient le bois, qu’ils façonnaient et sculptaient; ils façonnaient la terre glaise, pour la céramique, le cuivre et l’or, et la pierre qu’ils taillaient et polissaient sur les mêmes modèles de l’homme préhistorique européen.
- La poterie de ces peuples, par la forme et par la constitution, ressemble complètement aux mêmes produits de l’homme préhistorique des autres continents. Leurs vases, en général, sont faits de trois couches de terre : l’une centrale, noirâtre, et les deux autres, externe et interne, en terre plus fine et plus claire de couleur.
- L’habitude de se parer de colliers de coquilles marines trouées se trouve, exactement comme à Menton, chez les Chibchas et chez les Pâez, autre nation colombienne, près de Popayan, qui avait des rapports constants avec les Péruviens, comme je puis en juger par le vocabulaire de leur langue que je publie en ce moment. Les colliers de coquilles marines n’étaient chez les Chibchas qu’une parure accidentelle; ces colliers devaient être un article de toilette soignée et un objet de luxe, parce que, venant des côtes situées à deux cents lieues de distance, ils coûtaient probablement très-cher. Je possède en outre des pendeloques en cuivre, en pierre et en os de la même époque.
- On n’a encore trouvé que très-peu d’objets en argent, quoique les Chibchas connussent parfaitement ce métal, et la propriété de ses alliages avec le cuivre et l’or, qu’ils produisaient presque toujours pour obtenir un point de fusion moins élevé.
- C’était surtout l’or, dont les produits voyagaient presque dans tout l’intérieur du pays, qui soutenait leur renommée. Cet or, dont ils ne possédaient pas de mines, arrivait en échange de sel, d’émeraudes et d’autres produits de leur contrée et de leurs industries.
- Les Chibchas avaient des notions métallurgi-
- p.359 - vue 363/432
-
-
-
- 360
- LA NATbriE.
- ques étendues, puisqu’ils fabriquaient le cuivre de ses carbonates et sulfures des mines de Monitjuirâ. Le cuivre natif n’est pas abondant en Colombie, il m’est inconnu dans le pays des Chibchas, et cependant je possède une collection en cuivre, bien plus complète qu’en or, des objets analogues à ceux que représente notre figure 3; j’ai même des masques humains plus grands que nature.
- Il a été souvent dit et répété jusqu’à nos jours que les Chibchas avaient le secret de ramollir l’or à froid par certains agents. Depuis 1854, dans mon essai, Memoria sobre las Antigüedades neo-granadinas, publié à Berlin, j’ai démontré la fausseté d’une pareille supposition, et donné le dessin des creusets qui servaient à fondre l’or. Plus tard , de retour à Bogota, j’ai pu voir les moules qui servaient à couler les figures analogues à celles dont nous donnons l’aspect. Ils sont en terre glaise noirâtre, nuancée d’un vert olive et très-probablement séchés au soleil.
- Le modèle était fait en cire vierge noire, petite industrie qui se conserve de nos jours chez les bonnes d’enfants à Bogota, et dont les produits ont un rapport frappant avec ceux des anciens Chibchas. Sur ce modèle en cire on moulait la terre glaise humide , par pression, et on mettait le tout à sécher au soleil. La figure étant généralement plane, on n’avait besoin que d’un seul moule ; mais les Chibchas coulaient aussi en creux et alors ils avaient les deux moitiés du moule. Celui-ci séché, la cire devenue cassante, on pouvait facilement détacher le modèle et le laisser en creux pour être rempli d'or fondu.
- Ce n’était pas là* le seul moyen de fabriquer les ma-
- Fig. 1. — Chibchas modernes de la Colombie. Marchands de nattes.
- (D’après une photographie.)
- Fig. 2. - -Chasseur-empailleur chibchas,
- (D’après une photographie de la collection de M. E. üricoechea.)
- trices des curieux nijoux chibchas. J’ai cru reconnaître en examinant la nature de l’une d’elles une espèce de schiste noirâtre, assez mou pour être travaillé facilement, le même dont on faisait les innombrables pesons ou fousaïoles de fuseaux, qu’on rencontre en grand nombre partout, et dans laquelle on avait taillé la figure en creux.
- Ceux qui affirment que les Chibchas savaient ramollir l’or à froid s’appuient sur ce fait que l’on trouve souvent l’empreinte des doigts humains sur les bijoux façonnés en figures ou tunjos, comme on les appelle à Bogota. Il est de toute évidence que cette empreinte n’avait pu être faite sur l’or mou et chaud, puisque le doigt aurait été brûlé au point de fusion de l’or. 11 nous semble bien plus naturel d’admettre que cette empreinte a été faite sur le moule de cire, pendant qu’il était préparé, et qu’elle se retrouve encore exactement reproduite après la coulée du tunjo.
- Les objets dont nous donnons le dessin (fig. 3) se trouvent au Musée de Saint-Germain-en-Laye, et furent apportés de Bogota par M. le docteur Roulin, qui faisait partie, en qualité de zoologiste, d’un groupe de jeunes savants que Zea, ministre colombien en Europe, ancien élève et compagnon de Mu-tis, comme membre de l’expédition botanique de la Nouvelle - Grenade, engagea pour le service de la Colombie en 1822.
- Le n° 1 représente un ornement pour la poitrine; il est sensiblement réduit ; peto est le nom qu’on lui donne en Colombie. Cet ornement est fixé au moyen de deux boutons à crochet qui traversaient les trous qu’on voit sur chacun des deux côtés. La figure humaine, qu’on
- p.360 - vue 364/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 361
- aperçoit au centre de cette plaque d’or, est remarquable par son nez proboscidien, elle est saillante et soudée après fonte.
- La figure r»0 2, à droite, est curieuse à cause de la tête saillante, espèce de masque en feuille mince d’or, pendu au chapeau et retenu à la plaque plus
- Fig. 5. — Objets en alliage d'or et de cuivre provenant des anciens tombeaux des Chibcnas, en Colombie (Amérique). D après les échantillons du Musée de Saint-Germain.
- forte sur laquelle est bâti le corps, par trois fils minces en or. C’est une femme.
- Le n° 2, à gauche, est la figure d’un homme et représente le type des tanjos, bâti comme ils le sont presque toujours sur une plaque forte et plane.
- Cet homme porte une espèce de planche-berceau à la main droite.
- Le n° 5 est une espèce de pendeloque ou boucle d’oreille à trois sphères.
- Le n° 5 est une grenouille faite d’une feuille
- p.361 - vue 365/432
-
-
-
- 562
- LA NATURE,
- mince, polie et usée par l’usage qui en a été fait comme pendeloque. Elle était pendue au corps au moyen de deux anneaux qu’on trouve soudés à l’intérieur.
- Le n° 4 est une espèce de porte sur laquelle sont deux oiseaux; je suis tenté de croire que l’artiste a voulu représenter les gallinazos(Cathartesfœtens)t tellement ils me sont venus à la mémoire en regardant attentivement cet objet.
- Les nos 6 et 8 sont des quadrupèdes sans jambes, destinés à servir de pendeloques attachées par une ficelle qui traversait les deux trous, dont les échantillons sont percés.
- Le n° 7 est un petit radeau en jonc, fait en fil d’or. Ces radeaux en jonc, de forme allongée aujourd’hui, sont les embarcations destinées à la pêche sur les lacs Andins et sur la rivière de Bogota; cette rivière ne donne que deux sortes de poissons, le capi-tan (Eremophilus mutisii) et la guapucha (Pœci-lia bogotensis). Le plus bel échantillon d’un radeau en or a été pêché au lac de Guatavita vers 1858. Il ressemble à celui qui existe à Saint-Germain, mais ses dimensions sont plus considérables; il porte huit personnages debout, entre passagers et bateliers, et doit exister encore à Bogota.
- Le n° 9 est le serpent symbolique chibcha, dont on trouve de nombreux échantillons de formes variées. Il est à remarquer que la tête en est ornée, probablement de plumes, comme le quetzalcohuatl mexicain.
- Toutes nos figures sont de grandeur d’exécution, excepté celle du n° 1, qui est réduite au tiers (9 centimètres au lieu de 12,5), et celle du n° 3, qui est un peu plus grande que nature.
- L’étiquette du Musée de Saint-Germain porte que ces objets sont en alliage d’or et de cuivre. Je crois qu’ils ont la même composition que ceux qui m’appartiennent et dont l’analyse m’a donné :
- I II
- Or.......... 54,64 45,91
- Argent. . . . 16,31 10,55
- Cuivre. . . . 43,70 43,70
- 100,25- 100,16
- Il y a au Musée de Saint-Germain d’autres objets qui méritent d’être examinés, surtout une nariguera ou ornement pour le nez, en filigrane d’un travail soigné et d’une forme élégante, et puis une espèce de croissant d’une teinte blanchâtre, qui est probablement un alliage très-riche en argent.
- Je crois que l’étude des alliages de l’antiquité peut nous fournir des révélations inattendues sur les rapports qui existaient entre les différents peuples des deux mondes.
- Jusqu’à présent, nos connaissances sur les antiquités colombiennes sont très-limitées; excepté mon mémoire déjà eité, et celui de Codazzi sur les figures monolithiques colossales de la vallée de Saint-Augustin, publié à Bogota, aucun autre travail n’a été
- fait à ce sujet. Grâce à la science des huaqueros, ou gens voués à la recherche des trésors des cimetières, art inconnu en Europe, inconnu à Bogota avant 1867, et qui permet de reconnaître par l’aspect extérieur du sol l’emplacement des tombes; grâce à l’instinct qui guide ces chercheurs pour retrouver les endroits paraissant propices aux funérailles, grâce enfin au merveilleux coup d’œil qui leur permet de reconnaître à l’aspect de la terre l’endroit où s'est jadis opérée la sépulture, on trouvera, j’en ai la conviction, beaucoup d’objets qui nous permettront de reconstituer l’histoire, la vie, les mœurs et les coutumes des Chibchas. Je ne doute pa^ non plus que les archéologues de tous les pays, une fois habitués à distinguer l’aspect de la terre vierge de celui que présente la terre remuée, ne puissent partout en Europe comme en Colombie apprendre l’art d’opérer des fouilles presque toujours fécondes en découvertes. E. Uricoecuea.
- 15e RÉUNION ANNUELLE
- DES DÉLÉGUÉS DES SOCIÉTÉS SAVANTES A LA SORBOKNK (AVRIL 1877)
- SCIENTCF.S PHYSIQUES
- (PHYSIQUE — CHIMIE — MÉTÉOROLOGIE.)
- (Suite. — Voy, p, 346.)
- Décomposition des liquides organiques sous l'influence de l'étincelle électrique. — M. Truehot, professeur de chimie à la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand, a étudié le mode de décomposition des composés organiques par l’électricité, au moyen de l’appareil suivant : un ballon renferme le liquide au milieu duquel plongent deux fils de platine qui traversent le bouchon, et entre lesquels peut passer la décharge électrique. Le bouchon qui ferme ce ballon est percé d’un troisième trou qui donne passage à un tube abducteur, par où doivent s’échapper les gaz produits (fig. 1).
- Par ce procédé, en décomposant les liquides organiques, on n’obtient que les termes les plus simples des nombreux produits que donne la décomposition par la chaleur.
- Au moment du passage des étincelles, on voit des bulles de gaz s’élever dans le liquide et soustraites immédiatement à la chaleur de l’étincelle. On obtient ainsi en général un mélange de trois ou quatre gaz, le plus souvent du formène, de l’acétylène et de l’hvdrure d’éthylène.
- M. Truehot a opéré ainsi sur un grand nombre de carbures ; avec les carbures saturés on n’a jamais de dépôt de charbon.
- Avec l’éther et l’alcool on obtient de l’oxyde de carbone sans traces d’acide carbonique ; avec les composés chlorés on a de l’acide chlorhydrique.
- Lampe à air comprimé contre le grisou. — On sait que les explosions produites dans les mines de houille par le protocarbure d’hydrogène sont le plus souvent dues à l’imprudence d’un ouvrier qui a ouvert sa lampe Davy. On a constaté aussi que l’inflammation pouvait quelquefois
- p.362 - vue 366/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 303
- être déterminée par la lampe Davy elle-même, sans qu’elle ait été ouverte.
- M. Boullenot propose de fournir à la lampe éclairant l’intérieur de la mine, de l’air puisé au dehors, à la surface du sol. L’air extérieur est amené dans les lampes au moyen de tuyaux canalisateurs et soumis à une pression variable, selon que les lampes sont plus ou moins rapprochées du réservoir d’air ou des réservoirs qui peuvent être installés sur les différents points de la mine. Des réflecteurs convenablement disposés peuvent être adaptés à ces lampes fixes, et dans les cas où cela serait absolument nécessaire on peut employer des lampes mobiles, situées à l’extrémité de tubes de caoutchouc.
- La lampe de M. Boullenot, qu’il appelle lampe au-toxyde(ûg. 2), est surmontée d’un verre épais V, fixé dans une armature de cuivre C, surmonté par une toile métallique T. Sa partie inférieure F communique avec le tuyau amenant l’air extérieur par un tube vertical, sur le trajet duquel est situé un robinet régulateur R. La lampe est protégée par des barreaux de fer qui se réunissent à la partie supérieure. De plus, elle ne peut être ouverte que par une clef spéciale qui n’est pas mise à la disposition des ouvriers.
- Grisoumètre de M. CoquUlion. — Mais quel que soit le mode d’éclairage adopté dans les mines de houille, il n’en est pas moins très-important de connaître en chaque point de la mine quelle est la proportion de grisou qui s’y rencontre. M. Coquillion présente un appareil ingénieux et très-simple, qui permet de faire l’analyse eudiométrique de l’air de la mine avec facilité et précision. Le lecteur trouvera plus haut (p. 557) la description de cet intéressant grisoumètre, dont l’usage permettra de résoudre l’importante question del’influence de la pression atmosphérique sur le dégagement du protocarbure d’hydrogène.
- Le Lavœsium. — M. Prat, de la Société des sciences physiques et naturelles de Bordeaux, donne les caractères principaux d’un corps qu’il pense être un nouveau métal, et auquel il propose de donner le nom de Lavœsium, en l’honneur de Lavoisier.
- Ce métal a été découvert sans l’aide du spectroscope.
- C’est dans une excursion minéralogique faite dans l’Ariége qu’a été trouvé le minerai lavœsifère. C’est un minéral dense, noir, graphitoïde, à reflets métalliques, souvent en masse compacte. Sa composition est fort complexe. 11 renferme des sulfures, des oxydes, des séléniures, des tellurures, de nombreux sulfates, carbonates et silicates de métaux alcalins ou terreux ; il contient en outre, à l’état métallique, du manganèse, du nickel, du fer, du cuivre et du lavœsium.
- Sans parler du mode de traitement assez compliqué, auquel ce minerai doit être soumis pour fournir le lavœsium, indiquons seulement les curieuses propriétés physiques et chimiques que paraît avoir ce nouveau métal.
- Le lavœsium a l’éclat de l’argent, il est très-malléable. On peut le réduire en poudre ou en feuilles ; il peut être travaillé et massé sans fusion. Sa densité est de 7 environ. Il reste jusqu'à 600 degrés sans changer d’état.
- Ses principales propriétés chimiques sont les suivantes : il est inaltérable à l’air sec ou humide. Le chlore, le brome et l’iode l’attaquent à la température ordinaire.
- Ses sels sont insolubles, blancs ou peu colorés ; ils donnent un précipité rose par le ferrocvanure de potassium. L’acide suifhydrique donne un précipité jaune fauve. Ses phosphates sont solubles dans l’ammoniaque.
- On voit qu’il se rapproche du groupe des métaux zinc, cadmium, iridium.
- Mais ce qui constitue un caractère curieux et tout particulier de ce nouveau métal, c’est que son spectre ressemble beaucoup à celui du cuivre. On y distingue 24 raies principales, parmi lesquelles les raies rouges sont beaucoup plus distinctes que celles du spectre du cuivre. Il diffère aussi du spectre de ce métal par l’ordre d’apparition des raies.
- On comprend qu’on n’ait pas pu trouver ce métal par la spectroscopie, car lorsqu’on mêle en parties égales du chlorure de cuivre et du chlorure de lavœsium et qu’on examine au spectroscope la flammé de ce métal placé sur un bec Bunsen, on ne trouve aucune raie visible du spectre du lavœsium ; ce spectre est complètement masqué par celui du cuivre.
- Or, comme nous l’avons vu, le cuivre accompagne le lavœsium dans le minerai.
- M. Prat doit poursuivre ses études et préparer de plus grandes quantités de lavœsium isolé. Gaston Bonnier.
- SCIENCES N NT CK El. LES
- Vertébrés fossiles des environs de Reims. — Les terrains des environs de Reims se composent de craie blanche, de calcaire pisolithique et de terrain tertiaire inférieur. Dans ce dernier, M. le docteur Lemoine, aidé dans la détermination par M. Paul Gervais, a recueilli de nombreux ossements fossiles de Vertébrés comprenant dix à onze types de mammifères, trois d’oiseaux, sept à huit de reptiles, un de batracien et beaucoup de poissons. Dans les premiers, se trouvait une mâchoire inférieure A'Ardocyan primœvus, à dentition d’Ursidés, un cubitus de carnassier de la taille du Loup ; la mâchoire du Plesiadapis tricuspidens, ‘ voisin de V Anthrachotherium de petite taille de Meudon, à molaire a trois pointes ; deux espèces de Rongeurs ; un Pachyderme du type de YAnlhracotherium de grande taille de Meudon ; d’autres des genres Lophiodon et Pachynolopus, ou genre voisin. Il y avait trois formes d’oiseaux : le Gastornis, ou espèce très-voisine, tridactyle, analogue à nos Gasoars, mais à tibia bien plus épais ; une espèce de taille moyenne ; une autre de petite taille. Parmi les reptiles, se trouvaient des Chéloniens des genres Emiys et Trionyx ; un Crocodile ; un type fort curieux par sa place géologique, représentant les Simosauriens du lias, dont on a pu recueillir 40 vertèbres, une mâchoire inférieure et divers os de l’épaule et du bassin; en outre, un os long de Batracien, de nombreux débris de Poissons ; les uns sont d’un genre voisin des Vastrès, grands poissons actuels du fleuve des Amazones ; une mâchoire de Salinonide d’un genre voisin des Truites; des Sparoïdes ou Gueules-pavées ; des Lépi-dostées, si rares dans la nature actuelle, des Squales de trois genres et des Myliobates.
- Ces fossiles appartiennent aux sables de Bracheux et de Cuise, aux terrains du mont Béru, comprenant la meulière de la Brie, le calcaire deSaint-Ouen, les argiles à lignites, une couche correspondante au poudingue de Meudon et au conglomérat de Nemours ; enfin la couche des sables blancs de Rilly, où lurent rencontrés le tibia du Gastornis et les restes de Simosauriens. Jusqu’à présent, ces sables de Rilly n’avaient pas offert de Vertébrés fossiles.
- Le Tœnia inerme dans le Midi ; danger des bœufs d'Afrique. — M. le docteur Masse, agrégé de la Faculté de médecine de Montpellier, a fait une communication très-importante au sujet du Tænia inerme. On sait maintenant que les vers solitaires de l’intestin des Vertébrés sont la
- p.363 - vue 367/432
-
-
-
- 364
- LA NATURE,
- phase rubanée et ovigère d’une espèce parasite, vivant en larves ou Cysticerques, dans les tissus d'autres animaux qui ont absorbé les œufs des Tænias, et que, réciproquement, l’usage alimentaire des tissus remplis de Cysticerques reproduit les Tænias dans la première espèce animale. Il faut donc deux êtres différents pour le développement complet de l’Helminthe. Ce parasite se rencontre maintenant en nombre croissant dans le midi de la France, ce que M. Masse attribue à la chair des bœufs d’Afrique mangée saignante ou ordonnée à l’état cru, dans les cas d’anémie oru de dyssenterie rebelle des enfants. Le Tœnia mediocanellata, Burmeister, ou sagi-nata, Goëze, vulgairement Tænia inerme, parce que sa tête manque des crochets du Tænia solium,., provenant des porcs ladres, a son Cysticerque dans l’espèce bovine. En mêlant à l'alimentation des veaux des anneaux du Tænia inerme rejetés par les malades, M. Masse a vu ces veaux devenir ladres en un mois environ, avec les caractères de la tristesse, de l’amaigrissement, de la diarrhée ; leur poil devient terne. Les kystes à Cysticerques du veau et du bœuf, ovoïdes, longs de un à deux centimètres, sont logés entre les fibres du tissu musculaire, parfois dans la muqueuse de la langue, mais en partie engagés dans le muscle génioglosse, jamais dans le péritoine. Ce ne sont donc pas des kystes des muqueuses. Chacun ne contient qu’un Cysticerque présentant sur la tête quatre ventouses campanuliformes, longuement pédiculées, sans crochets. Le mouton, le chien, le lapin, nourris avec des aliments mêlés de débris du Tænia inerme, n’en ont jamais offert les Cysticerques. Le mouton est également réfractaire au Tænia armé ; il possède bien son Cysticerque, mais qui ne se loge que dans le cerveau ou dans la moelle épinière, et il le doit au chien. Comme la chair du mouton est exempte de Cysli-cerques, c’est elle que les médecins feront bien de recommander pour le régime à la viande saignante ou crue.
- Ce qui rend, au contraire, le Cysticerque inerme du bœuf particulièrement dangereux, c’est qu’il se loge dans le tissu musculaire qui sert presque seul à notre alimentation. Les bœufs d’Afrique sont souvent ladres. A partir du mois de mai, ils vont être importés en France en grand nombre. Il serait donc urgent que la viande de ces animaux fût l’objet d’une surveillance spéciale dans les abattoirs, et que dans les boucheries il y eût des étiquettes particulières pour désigner aux acheteurs les bœufs d’Afrique et les bœufs de France. Nous espérons que la publicité de la presse ne fera pas défaut à celte communication de M. Masse, si intéressante pour l’hvgiène publique.
- Théorie du vol des Oiseaux. — La théorie du vol imaginée par M. Monteil, professeur à Vannes (Morbihan), diffère de celles de M. Marey et de M. Pettigfew en ce qu’elle est fondée sur la transmission de la force vive d’un courant fluide artificiel ou circonstanciel. Le vol ramé consiste dans la rotation de l’aile créant le courant artificiel, dont l’aile, par sa fonction organique et ses qualités physiques, convertit la force vive en une vitesse constante, profitable à l’oiseau à la fois pour son soutien et sa translation. Si le courant existe à l’avance dans l’atmos-
- phère, les voiliers peuvent s’en servir et planer. Cn fait remarquable qu’offrent certains voiliers, est de planer dans un courant où ils ont la faculté de puiser une vitesse égale et opposée à celle du courant atmosphérique, pour un temps défini et généralement court. Physiquement l’aile est rude d’arrière en avant, et d’un poli parfait d’avant en arrière. C’est à cette qualité qu’est due la conversion de la force vive du fluide aérien en une force constante,
- de la forme —— > où v est la vitesse du courant où se cos a
- trouve le volatile, et a l’angle de l’aile avec le plan parallèle à l’horizon. Cette force constante dans le vol ramé et dans le voi à voiles est décomposée par l’action de la pesanteur en une force de soutien équilibrant cette pesanteur, et en une force de translation, soit horizontale, soit en avant et en haut. Dans ce dernier cas le volatile s’élève, dans le premier il progresse dans le plan où il se trouve. Il arrive aussi que l’angle a variant avec la volonté de l’animal, la force de soutien étant égale et opposée à la pesanteur, la force de translation soit dirigée en bas et en avant. L’oiseau, dans ce troisième cas, descend et progresse à la fois.
- L’aile, dans cette théorie, doit imprimer à l’air ambiant un mouvement régulier et éviter toute résistance de l’avant à l’arrière. De là trois courbures de l'aile, qui sont d’autant plus faibles que la vitesse est plus considérable, dans la rotation alternative à laquelle l’aile doit être soumise. Très-sensibles chez les voiliers, ces courbures s’effacent dans certains ramiers et disparaissent chez un grand nombre d’insectes. La surface alaire est limitée en tous sens par plusieurs causes, qui sont la pression atmosphérique, la force centrifuge, l’inclinaison de la marge antérieure sur l’axe de rotation. Le poids de l’oiseau et la vitesse ordinaire de son vol déterminent ainsi en partie sinon la forme des lignes qui limitent l’aile, du moins la surface alaire soit en longueur, soit en largeur. La théorie mathématique de l’aile pei’met, avec la règle et le compas, de découper sur un plan, avec l’aide des formules, toutes les formes d’aile observées, en faisant varier couvenahlement dans les formules des quantités qui peuvent grandir ou diminuer dans de certaines limites.
- Parasitisme acarien du tissu cellulaire et des bourses aériennes chez les Oiseaux. — M. Mégnin poursuit le cours de ses remarquables travaux sur les Acariens, et sur cette forme asexuée si étrange, dite des Hypopes, forme qui n’est pas absolument nécessaire, mais qui semble s’imposer à l’être dans certaines conditions biologiques, toujours pour remplir ce grand but de la nature, qui- est la conservation indéfinie de l’espèce.
- Dans les réservoirs aériens des Oiseaux, surtout des Gallinacées, pullule une espèce inoffensive, que M. Mégnin nomme Kytodites glaber, et qui envoie ses colonies jusque dans les rameaux bronchiques et dans les cavités des os sans moelle des membres, én communication avec les poches aériennes chez les Oiseaux. Un autre Acarien, inoffensif aussi, se rencontre dans le tissu cellulaire des Oiseaux, y vit et y meurt, en persistant ensuite entouré d’un tubercule calcaire. Une troisième espèce, qui vit normalement entre les barbes des plumes, donne à l’époque de la
- Fig. 1. — Appareil de M. Trucliot.
- p.364 - vue 368/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 365
- mue et dans la peau des oiseaux, notamment des pigeons domestiques et sauvages, une nymphe hypopiale vermi-forme. Sans cette précaution de la nature, l’espèce pourrait être anéantie, en raison de la chute des plumes à l’époque de la mue.
- Les Oiseauxde Saône-et-Loire.—Des observations poursuivies pendant quarante ans ont permis à M. le docteur de Montessus, président de la Société des sciences naturelles de Saône-et-Loire, à Chalon-sur-Saône, de réunir tous les éléments de la faune ornithologique de cette région. On y a observé 280 espèces d’Oiseaux, dont 126 s’y reproduisent. On peut les diviser en cinq classes, d’après leurs habitudes : sédentaires, demi-sédentaires, avec reproduction locale, sédentaires-erratiques, de passages annuels, de passages accidentels. Dans les sédentaires-erratiques se trouve ce fait non encore signalé : que dans le département de Saône-et-Loire apparaissent régulièrement à la fin d’octobre des bandes de Geais et de Pies, autres que les sujets du pays, et qui ne s’arrêtent pas.
- Des Oiseaux fort rares ont été pris dans ce département. Exemples : Syrrhapte paradoxal, Sarcelle for-mose, en livrée du jeune mâle, seul sujet connu et décrit, Oie naine, inconnue avant son apparition dans ce département, Oie à cou roux, etc.
- Il serait à désirer, pour notre faune ornithologique française, que chaque département eût des amateurs aussi éclairés et studieux que M. de Montessus. Dans d’intéressantes observations physiologiques, l’auteur insiste sur les phénomènes de coloration qui s’accomplissent par une sécrétion spéciale. Le microscope lui a montré dans la peau, sous l’épiderme, un appareil chromatogène produisant des globules colorants, lesquels, par endosmose, s’introduisent dans les parties constituantes de la plume, alors que le luxe naturel à la parure des Oiseaux atteint son maximum à l’époque des amours. Chez l’Échasse, les Goélands atri— cille, rieur et pygmée, le plumage, habituellement blanc, se colore d’une teinte rose qui disparaît peu de temps après que la peau est séparée du sujet, et qui pâlit aussitôt que cette opération est accomplie. A l’époque de la reproduction, un surcroît de forces vitales détermine donc la sécrétion d’un fluide colorant nouveau, qui sera momentané chez certaines espèces. Chez d’autres, il n’y aura qu’une augmentation du fluide colorant habituel.
- L’auteur ajoute quelques notions aux faits déjà connus sur la faculté qu’ont certains Oiseaux d’imiter plus ou moins bien le chant de leurs voisins. Ainsi le Pratincola rubetra imite, d’une manière complète et irréprochable, le chant du Rossignol, des Fauvettes griselte et à tête noire, du Chardonneret, du Tithys, qu’il répète avec ardeur, alternativement avec le sien, pendant une ou deux heures sans quitter sa place. Le Geai imite le chant de
- certains Oiseaux pour les attirer à lui, ou les aborder et leur donner la chasse : tels le Coucou et le Hibou moyen-duc.
- Chant des Oiseaux. — M. Lescuyer, de Vitry-le-Fran-çois (Marne), considère deux choses principales dans le langage et le chant des Oiseaux, à savoir le son et le sentiment qu’il exprime, en rapport avec les instincts. Les sons ont de l’analogie avec les langues humaines, surtout par leurs articulations, et avec les instruments de musique par leurs effets de timbre. On doit donc, pour les apprécier, les comparer aux bruits, à la voix humaine et aux instruments de musique. Les principaux types de chanteurs décrits par M. Lescuyer sont : pour les causeries et les cris, le Moineau, le Martinet, l’Hirondelle rustique; pour les cantates, le Bruant jaune, le Pinson, le Chardonneret, etc; pour les mélodies, le Rossignol, la Grive chanteuse, la Fauvette à tète noire, le Troglodyte, le Rougegorge, le Merle, le Loriot, les Rousserolles, l’Alouette des champs ; pour les imitations, l’Etourneau. Dans des tableaux comparés et dressés à l’aide de la roue dentée de Savart (la sirène de Cagniard-Latour serait préférable, comme l’indiquent les traités de physique), M. Lescuyer a comparé les hauteurs des instruments de musique, de la voix humaine et des voix des différentes espèces d'Oi-seaux, et il a noté leurs types principaux, de manière qu’on puisse, non pas les reproduire, ce qui est à peu près impossible, mais les étudier, les comprendre et les apprécier. Dans d’autres ouvrages (Architecture des nids, Paris, 1875, Oiseaux de passage et tendues, Paris, 1876) M. Lescuyer s’est surtout occupé des services que rendent les Oiseaux au point de vue agricole.
- Sur la variole épidémique. — M. le docteur Levasseur a résumé ses observations sur l’épidémie de variole qui à sévi à Rouen en des conseils qui n’ont rien de bien nouveau, mais qu’il est toujours utile de remettre en mémoire L’expérience a démontré que le principe de la variole est invariable, mais que sa manifestation peut être différente suivant la constitution actuelle de l’individu. U faut tenir les malades en chambres spacieuses, avec courant d’air, sans tentures s’imprégnant de miasmes. Le renouvellement de l’air est encore plus important quand il y a plusieurs malades ensemble ; le mieux serait un courant d’air chaud, ayant traversé une fine pluie d’eau. M. Levasseur propose l’isolement des varioleux, l’emploi de garde-malades vaccinés, et rappelle ce fait connu dans la science ; que la variole peut atteindre plusieuts fois le même sujet.
- Les Staphylins de l'Australie et de la Polynésie. — M. A. Fauvel, de Caen, s’occupe avec ardeur et une compétence toute spéciale d’une famille de Coléoptères nommée les Staphjlinides, formée de carnassiers de proie vivante
- p.365 - vue 369/432
-
-
-
- 36fl
- LA NATURE.
- et surtout de détritus animalisés. Ils sont fort curieux par la brièveté de leurs élytres ; on dirait qu ils portent une veste. La plupart, quand on les inquiète, redressent l’abdomen avec un air de menace, comme des petits Scorpions. Nous connaissons tous, et nous écrasons trop souvent, cet utile insecte qui court en automne par les sentiers, et qu’on nomme le Diable, de couleur noire, faisant saillir de son abdomen deux vésicules blanches, ovales, sécrétant un fluide volatil, dont l’odeur rappelle l’éther niti’eux. Get Ocypus olens, Linn., est un des types des insectes étudiés par M. Fauvel. D’après les plus récentes explorations, il a reconnu que les 184 espèces de l’Australie ne présentent pas de genres nouveaux, non plus que la Nouvelle-Zélande, tandis que ces régions ont au contraire, dans d’autres groupes zoologiques, des formes spéciales et souvent aberrantes. La Nouvelle-Calédonie a deux genres de Staphy-lins nouveaux, l’un très-curieux par ses yeux tout à fait au-dessus de la tête et non latéraux. La Nouvelle-Guinée offre huit genres nouveaux, et trois intéressantes espèces sous-marines, vivant sous les fucus ou sous les polypiers recouverts à la marée haute. M. A. Fauvel a eu soin de rappeler que deux de nos compatriotes, MM. Raffray et Maindron, explorent en ce moment les monts Àrfak, dans cette lointaine et dangereuse région. Maurice Girard.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Préparation en grand de l’hydrogène pur. —
- Nous avons donné précédemment la description du grand ballon captif à vapeur, dont M. Henri Giffard va doter Paris pour l’Exposition universelle de 1878 (2S semestre 1876, p. 247). M. Giffard vient de terminer la construction d’un des éléments de la batterie qui servira à pi'épa-rer le gaz hydrogène pur. Cet appareil a fonctionné vendredi, 27 avril, et a donné des résultats remarquables. Un petit ballon de 220 mètres cubes a été gonflé très-rapidement, et M. Jules Godard a pu s’y élever à 4 heures du soir. Le gaz hydrogène avait presque la densité théorique, comme on l’a constaté en notant le poids total enlevé par l’aérostat; excellent procédé pour déterminer le poids spécifique d’un gaz plus léger que l’air. M. Henri Giffard, pour gonfler son grand ballon captif, se trouvait en présence d’un difficile problème : celui de la préparation de 20 000 mètres cubes d’hydrogène pur, et cela avec des appareils occupant le moins de place possible. Notre habile ingénieur a trouvé la solution de ce problème en produisant un appareil qui est un modèle d’élégance et dont nous donnerons prochainement la description complète; ce sujet, en effet, est de ceux qui ne doivent pas être déflorés par des détails insuffisants.
- Le beau-père de Livingstone. — Les grands voyageurs se succèdent à Paris ; après Cameron, le révérend Moffat, beau-père de Livingstone, a fait le 27 avril dernier, salle Herz, une curieuse conférence sur ses travaux géographiques et apostoliques et ceux de son gendre. M. Moffat a quatre-vingt deux ans, il a passé cinquante-trois ans dans le sud de l’Afrique à évangéliser les nègres. C’est un grand vieillard à la ferme et droite stature ; la barbe épaisse, longue et toute blanche, coupée carrément, le front très-haut et découvert, encadré de cheveux drus et gris, le nez effilé, le regard perçant, profondément enfoncé sous des sourcils touffus, impriment à cette physionomie
- austère et vénérable une incomparable énergie ; f’habitude de la chaire a donné au pasteur l’élocution facile et le geste ample et sobre. Il s’est exprimé en anglais, mais son discours a été interprété au fur et à mesure, phrase par phrase, par M. Théodore Monod, qui lui a conservé dans sa traduction instantanée sa forme à la fois humou-ristique et attendrie. M. Moffat est arrivé en Afrique en 1816; après vingt-trois ans d’apostolat, il revint en Angleterre pour y publier une Bible en caffre-betchuana ; c’est alors qu’il conuut Livingstone, qui allait partir comme missionnaire pour la Chine, et lui persuada de l’accompagner en Afrique. Quatre ans plus tard, en 1843, Livingstone épousait la fille du docteur Moffat, qui désormais accompagna son époux dans les régions inconnues et chez les peuples sauvages, jusqu’au jour où, la première, elle donna « la sanction de sa vie » à l’œuvre de clarté intellectuelle et morale entreprise par son père et son mari. Aujourd’hui le pasteur Moffat survit seul à ses glorieux enfants.
- Malgré le caractère essentiellement religieux de la réunion, elle a présenté un véritable intérêt géographique, et le docteur Moffat a été accueilli avec le plus sympathique esprit. C. B.
- Une aiguille dans le larynx. — Une jeune et jolie miss de Bloomington s’habillait pour se rendre au concert. Tandis qu’elle se hâte de coudre une rosette à son corsage, le fil se rompt. Prenant alors l’aiguille entre ses lèvres, elle cherche d’autre fil ; mais en même temps elle fait un profond soupir et l’aiguille se trouve entraînée dans le larynx. En proie à de violents accès de toux, suffoquant, manquant d’air, l’infortunée miss, au comble de l’angoisse, se précipite vers la porte et s’élance au dehors. Les accidents s’apaisent et la respiration se rétablit pendant quelques minutes ; mais tout à coup la dyspnée, la suffocation, la toux, reviennent aussi intenses ; la face rougit et se tuméfie, et la pauvre miss semble devoir étouffer. Environ une demi-heure après l’accident, le docteur Mitchell arrive auprès de la malade et la trouve assise dans un fauteuil, le cou dans ses mains, très-agitée ; la respiration est accélérée sans être laborieuse, la douleur paraît aiguë. Après avoir calmé cet état d’excitation par quelques paroles rassurantes, le docteur Mitchell remarque que la respiration devient naturelle, mais la malade ne respire qu’en tremblant et fait de continuels efforts de déglutition ; elle parle distinctement et le caractère de la voix n’est pas altéré. En examinant la gorge, on aperçoit une très-légère saillie vers le bord inférieur du cartilage cricoïde, à droite de la ligne médiane. La pression, en cet endroit, exaspère la douleur et la malade affirme que « c’est là qu’elle sent l’aiguille. »
- Après avoir tenté inutilement l’application du laryngoscope, le docteur Mitchell, sur le conseil du docteur Mat-thews, se décide à aller à la recherche du corps étranger et à ouvrir la trachée. La malade ayant été anesthésiée, l’opération fut pratiquée : une sonde introduite dans l’ouverture de la trachée heurta l’aiguille, et il fut possible de l’extraire à l’aide d’une pince à dissection, non sans quelques tâtonnements. Sa tête était dirigée en avant, la pointe inclinée légèrement en haut, en arrière et à gauche, pénétrant évidemment dans la paroi postérieure du larynx. C’était une aiguille n° 7 ; elle était noire, comme celle qu’on extrait quelquefois des autres parties du corps. Le soulagement fut complet et immédiat, et la malade se rétablit parfaitement.
- L’auteur de cette communication n’a retrouvé que trois
- p.366 - vue 370/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 367
- cas analogues, dont il donne brièvement l’analyse. Dans ces trois cas, la trachée fut ouverte et le corps étranger extrait deux fois. Dans un cas, l’aiguille ne fut jamais retrouvée, et cependant l’opéré guérit aussi bien que les autres.
- {The medical Record de New-York,et Revue médicale.)
- ——
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 20 avril 1877.
- M. Gouy rend compte des expériences qu’il a faites sur les flammes produites par un mélange d’air et de gaz d’éclairage tenant en suspension des sels métalliques pulvérisés. Les sels dissous dans l’eau étaient aspirés par un pulvérisateur fonctionnant avec de l’air comprimé à une demi-atmosphère. Dans ces flammes, la surface bleue du cône intérieur, qui donne le spectre du carbone, donne aussi des raies propres au sel que contient la flamme ; ces raies ne sont pas visibles en dehors de cette partie, et elles coïncident avec les raies principales du métal dans l’étincelle électrique. Les métaux suivants : sodium, strontium, magnésium, lithium, manganèse, fer, cobalt, bismuth, cadmium, zinc, osmium, montrent nettement ce phénomène. Le platine donne un spectre spécial formé de bandes régulières. On doit conclure de ces expériences qu’il existe à la base de la flamme une couche très-mince qui possède une température beaucoup plus élevée que la flamme proprement dite.
- M. Cornu indique les principales difficultés pratiques qu’on rencontre dans la détermination précise des éléments principaux des systèmes optiques, et montre comment on peut les lever de manière à rendre cette détermination extrêmement courte et facile. D’abord la détermination des plans locaux principaux n’exige pas l’observation d’un objet situé à l’infini ; il suffit d’observer l’image d’un objet dont la distance, comptée à partir du foyer principal extérieur, soit m fois la distance locale princi-
- 1
- pale f : la correction du foyer observé est — de f, en
- vertu de la formule bien connue xnf = — f*. Cette correction peut être choisie si petite, qu’on n’a besoin de connaître exactement ni m ni f. Pour déterminer la valeur de f ou distance focale principale, M. Cornu choisit comme foyers conjugués l’une des surfaces extérieures du système optique, et comme on peut prendre l’une ou l’autre, on obtient deux déterminations qui doivent être concordantes. Un appareil spécial, composé en principe d’un microscope à long foyer et d’un chariot mobile, le long d’une règle divisée, portant le système optique convenablement centré et diaphragmé, permet d’effectuer les mesures nécessaires au nombre de quatre. L’opération se réduit à six lectures : avec le microscope supposé fixe, on vise par transparence la surface extérieure du système optique, puis la surface intérieure, puis l’image d’un objet situé à une distance très-grande; on lit à chaque fois la position du chariot; on retourne le système optique et on recommence l’opération. JI. Cornu applique, devant la Société, cet appareil à l’observation et à la mesure des phénomènes de foyers qui présentent certains réseaux,ainsi qu’à la détermination des éléments principaux d’un objectif double de photographie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 30 avril 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Diffusion du mercure. — On sait qu’il existe dans diverses parties des Cévennes, des points où le sol laisse perler du mercure métallique. M. le professeur Paul Ger-vais a donné récemment à la collection de géologie du muséum, un échantillon de sable pliocène provenant de la ville même de Montpellier, et qui est tout imprégné du métal liquide. M. de Quatrefages a signalé de son côté des gisements du même genre; mais M. Leymerie rappelle aujourd’hui que c’est lui qui le 12 juin 1843, a reconnu le premier la présence du mercure coulant sur les talus du plateau de Larzac, dans l’Aveyron.
- En même temps l’un de nos analystes les plus laborieux, M. le docteur F. Garrigou fait savoir à l’Académie qu’il vient de constater la présence du mercure dans l’eau minérale de Saint-Nectaire, en Auvergne.
- Physiologie végétale. — C’est d’une manière toute spéciale, que le secrétaire perpétuel signale un remarquable travail, où M. P.-P. Dehérain étudie le double phénomène d’absorption et d’émission des gaz par les racines des plantes. L’air souterrain est absolument indispensable à la vie des végétaux qui peuvent être asphyxiés aussi bien par en bas que par en haut. Les racines absorbent de l’oxygène et émettent de l’acide carbonique ; mais, chose î-emarquable, la quantité de ce dernier gaz est fort supérieure à celle de l’autre. Enfin, l’auteur a reconnu que l’acide carbonique contenu dans le sol n’est aucunement absorbé par les plantes, et ne contribue en rien à leur alimentation en carbone.
- Sulfure métallique. — La suite d’expériences dont nous avons déjà parlé sur la réduction des dissolutions salines par les sulfures métalliques, nous a amené à observer la production aux dépens de la galène de nouvelles combinaisons cristallines, les unes à base de platine et les autres à base d’or. C’est en mettant le sulfure de plomb dans la solution des chlorures de ces métaux que se produisent ces composés, dont l’étude chimique et cristallographique est fort intéressante.
- Lumière électrique. — A propos du dernier travail de MM. Denayrouze et Jablochkoff sur l’illumination du kaolin, M. Gaston Planté fait remarquer que plusieurs de ses propres expériences ont fourni des résultats analogues.
- Voyage de découvertes. — Dans une lettre transmise par M. de Saporta, M. Nordenskiold décrit les préparatifs qu’il pousse avec activité d’une nouvelle exploration arctique, dont le but est de reconnaître toute la côte de Sibérie jusqu’au détroit de Dehring, s’il est possible. L’illustre voyageur, qui se propose de partir au commencement de l’été de 1878, sera accompagné d’un cortège de jeunes savants qui chercheront à ne laisser échapper aucune occasion d’enrichir la somme de nos connaissances dans les directions les plus variées. On cite deux particuliers comme contribuant puissamment aux frais de l’entreprise; le reste sera payé par le « tout le monde Scandinave, » par l’intermédiaire de la cassette du roi.
- Dissociation. — MM. Deville et Debray ont signalé depuis longtemps des substances qui se décomposent quand on les chauffe à un degré convenable, pour se reconstituer à une température encore plus élevée. MM. Troost et Hau-tefeuille pensent que ces faits sont susceptibles d’applications géologiques spécialement en ce qui concerne l’his-
- p.367 - vue 371/432
-
-
-
- 568
- LA NATURE.
- toire des filous, en rendant compte du transport apparent dans les failles de substances concrétionnées et cependant non volatiles.
- Captage des sources. — Toutes les fois qu’une source émerge à un niveau supérieur à celui où on veut l’utiliser, il est possible, d'après M. Chefdebien, d’en augmenter très-notablement le rendement. Pour cela, on la recueille dans un siphon descendant fort au-dessous du sol, pour s’ouvrir en remontant au point d’utilisation et qu’on a eu soin d’amorcer. Le mouvement de l’eau détermine une sorte de vide relatif qui appelle l’eau et en augmente le débit. C’est ainsi qu’une source médiocre, qui ne four-
- nissait que 2 hectolitres par 24 heures, a donné, après l’application du système nouveau, 56 heclolitres dans le même temps, soit 18 fois la quantité primitive.
- Stanislas Meunier
- LE TOURBILLON
- DE LA RIVIÈRE DU NIAGARA.
- Après avoir passé les chutes, la rivière du Niagara ne tarde pas à rouler ses eaux paisiblement sur un
- Le tourbillon de la rivière du Niagara. (D'après uu dessin original.)
- espace de 1600 mètres environ, puis au delà elle forme d’effroyables rapides, juste au-dessous du deuxième pont suspendu. Elle se dirige alors vers la droite par un angle de 90 degrés, et donne naissance à un puissant tourbillon célèbre aux États-Unis. Du point où notre esquisse à été prise, la rivière semble arriver à une halte subite, tant est tranchée la courbure faite par le courant, plus étroit ici que partout ailleurs. Ce courant est si fort en cet endroit, que d’après les calculs les plus exacts il est de 5 mètres plus élevé que ne l’est la rivière dans le voisinage immédiat de ses bords. Le tourbillon-gouffre (Whirlpool) a une étendue d’environ 50 acres (à peu près 51 hectares), et des poutres ainsi que
- d’autres corps flottants lancés dans ces eaux sans cesse en rotation y ont tournoyé pendant des jours entiers, avant de faire le plongeon final qui les remettait dans le courant. C’est là qu’un petit bateau à vapeur appelé la Fille du brouillard, ayant perdu sa cheminée dans les rapides, courut un grand danger, lors de son voyage involontaire au milieu du tourbillon. Après avoir fait deux fois le tour du gouffre, le pilote réussit toutefois à faire reprendre à son bateau le fil du courant. X...
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissaotmeb.
- CoKBEIL, TYP. ET STEH. CIIÉTB.
- p.368 - vue 372/432
-
-
-
- V 2 06
- 12 MAI 187 7.
- LA NATURE.
- 569
- EXPÉRIENCES ÉLECTRIQUES AU DIX-HUITIÈME SIÈCLE
- Oi'txoè fjitr K iHorieu
- Expériences électriques au dix-huitième siècle. (Fac-similé d’une gravure du temps. 1755.)
- La Nature ne se borne pas à publier les plus récents résultats de la science; elle offre aussi à ses lecteurs les curiosités plus ou moins anciennes
- 5S jDiiiic. — 1er semestre.
- de l’histoire et leur remet à l’esprit les expériences oubliées de la physique ou de la chimie. Il est toujours instructif de faire un retour sur le passé, et
- 24
- p.369 - vue 373/432
-
-
-
- 3?0
- LA NATURE.
- tous ceux qui se préoccupent des progrès actuels de la science, doivent s’intéresser aussi aux faits antérieurs qui ont successivement facilité leur conquête.
- Nous nous reporterons aujourd’hui d’un grand siècle en arrière, pour pénétrer dans un cabinet de physique, au moment où la machine électrique à frottement était l’objet de l’attention générale.
- La gravure que nous reproduisons ci-contre est un fac-similé d’une fort belle planche du Dictionnaire universel de mathématique et de physique, par M. Saverien, de la Société royale de Lyon1. La vignette supérieure (fig. 97) représente l’expérience alors célèbre de la bouteille de Leyde, dont la décharge était désignée sous le nom de coup foudroyant. La machine électrique, dit Saverien « est représentée en mouvement. Un garçon y paraît occupé à faire tourner la roue par le moyen de la manivelle M, et un homme assis tient ses mains étendues sur le globe de verre, pour exciter par le frottement la matière électrique.
- « Sur ce globe, frotte une lame L de plomb laminé, qui pend d’un tube de fer T suspendu au plancher par des cordons de soie SS. Et voilà la construction de la machine. Pour le coup foudroyant, on suspend au tube une chaîne, ou au tube même une bouteille G, moitié pleine d’eau, dans laquelle trempe un fil d’archal qui en perce le bouchon, et par lequel elle est suspendue. Une personne K tient celte bouteille et touche la main d'une autre ; celle-ci d’une seconde, et la troisième d’une dernière qui va toucher le tube après que la bouteille est restée quelque temps suspendue. Dans l’instant, on sent dans les jointures et dans la poitrine un coup violent qu’on appelle un coup foudroyant. Ce coup est d’autant plus terrible que la bouteille est restée plus longtemps attachée au tube. »
- Saverien rapporte que Del or, au moyen de cette expérience, arriva à tuer un mouton.
- L’auteur explique comme il suit les expériences représentées par la vignette inférieure :
- « Attachez horizontalement un beau duvet (fig. 480) à l’extrémité du tuyau électrique. Mettez au-dessus de ce duvet un autre monté sur le bouchon d’une fiole de verre soutenue sur un guéridon. Ayant arrêté Xélectricité en tenant le doigt sur le tuyau, dès qu’on l’ôte, les petites plumes de duvet attachées au tuyau électrique se dressent et s’étendent toutes autant qu’il est possible. En même temps, elles attirent celles du duvet placé au-dessous, qui s’élèvent et se hérissent de même. Si pendant que les duvets sont dans cet état de répulsion, on met le doigt sur le tuyau, sur-le-champ les duvets s’en ressentent, laissant tomber leur plumage et se remettant dans leur état naturel. Dans le temps que les duvets sont hérissés, approchez-en le doigt. Il est agréable de voir l’effet de cette approche. Toutes les petites plumes du duvet se dressent vers le doigt et en sont très-
- 1 2 vol, grand in-8°. — Paris, M DGC LUI
- fortement attirées. Quand le doigt vient à les toucher, toutes les plumes s’allongent et paraissent comme empressées d’embrasser le doigt (fig. 181).
- « Au tube électrique, suspendez une plaque PS (fig. 177) ou soucoupe de fer-blanc par un crochet C. Posez sous cette plaque un guéridon Q, qui soit couvert d’une pareille plaque. Entre ces deux plaques, mettez des petites figures MM de papier, des découpures, si l’on veut, portant à leurs têtes de petits duvets. Ces petites figures sauteront, monteront et descendront, en un mot, danseront tant que le tube sera électrique. On appelle cette expérience la danse des marionnettes. »
- On conçoit combien de semblables expériences exécutées à une époque où elles avaient un très-grand caractère de nouveauté, devaient exciter la curiosité et l’étonnement. Aussi les exécutait-on partout, à Paris comme en province, et cela au moyen d’appareils construits avec luxe et compliqués d’ornements qui leur donnaient souvent un aspect théâtral. Ces expériences sont devenues classiques pour la plupart; mais dans les cours, on a l’habitude de les exécuter aujourd’hui d’une façon beaucoup plus simple.
- Le dictionnaire de Saverien nous représente exactement l’état des connaissances physiques au milieu du siècle dernier. Le merveilleux des époques antérieures n’avait pas encore été complètement rejeté par l’esprit philosophique; et notre gravure nous en donne un curieux témoignage. Le personnage que l’on voit représenté sur le devant de la porte ouverte (fig. 253), tient à la main une baguette divinatoire. « Lorsqu’on marche sur quelque source, dit Saverien, on dit qu’elle tourne avec force. » Et l’auteur indique le moyen d’employer cet objet merveilleux, tout en prévenant le lecteur, hâtons-nous de l’ajouter, qu’il ne croit guère à sa vertu.
- « Tenez les deux branches A et B de la baguette sans beaucoup serrer, de manière que le dessus de la main soit tourné vers la terre, et que la baguette soit parallèle à l’horizon. Alors marchez doucement dans les lieux où l’on soupçonne qu’il y a de l’eau, des mines ou de l’argent caché. Prenez bien garde de n’y pas aller brusquement, crainte de rompre, à ce qu’on dit, le volume des vapeurs et d’exhalaisons, qui s’élèvent du lieu où sont ces choses, et qui empreignant la baguette la font incliner. C’est la façon la plus générale de tenir la baguette. Cependant, il y en a qui s’y prennent différemment. Les uns veulent qu’on les soutienne sur le dos de la main en équilibre... »
- La baguette divinatoire ne servait pas seulement, au dire de quelques physiciens trop crédules, à trouver les mines et les sources; elle pouvait faire découvrir encore les meurtriers et les criminels, et nombre de faits étaient apportés en preuve.
- La science, à la fin du dix-huitième siècle, allait bientôt bannir de son domaine ces ridicules croyances, pour s’enrichir, d’une façon continue, des grands résultats de la pratique expérimentale.
- p.370 - vue 374/432
-
-
-
- U NATURE.
- 571
- LE RACHIANECTES GLAUCUS
- DES CÔTES DE CALIFORNIE
- La découverte la plus remarquable faite depuis longtemps dans le groupe des Baleines est celle du Devil fisch des baleiniers. Cet animal a la longueur et plusieurs caractères des plus grands Cétacés, mais il n’est ni Baleine, ni Balénoptère, ni Mégaptère. 11 a plus ou moins la courbure du rostre des vraies Baleines; sans nageoire dorsale, il a les fanons courts et porte un sillon de chaque côté sous la mandibule ; la tête a les proportions ordinaires des Cétacés et la peau est parsemée de taches grisâtres qui suffiraient seules pour le reconnaître. Il loge sur le dos et sur les nageoires des Cirripèdes d’un genre particulier comme les Baleines des régions tempérées, en même temps que des Cyames comme la Baleine franche des glaces polaires.
- Cet animal, dont M. Cope a parlé pour la première fois en 1868, habite les côtes de Californie et se rend au nord du Pacifique jusqu’au détroit de Behring.
- M. Cope a donné la première figure de l’animal complet; Pechuel-Lœsche (Plankenau) en a publié ensuite une autre qui reproduit exactement les mêmes caractères. La figure qui nous paraît avoir le mieux rendu les caractères propres de cet animal singulier, c’est celle du capitaine Scammon, qui représente à côté de l’état adulte deux embryons d’âge différent.
- Le capitaine Scammon figure aussi le Cyamus scammoni, Dali., d’après lequel ce Cétacé, comme nous venons de le dire, se rapproche de la Baleine franche, et le Cirripède, Cryptolepas rhachianecti, d’après lequel il se rapproche des Baleines tempérées et des Mégaptères. Un sait que les Balénoptères ne portent pas de Cirripèdes.
- Jusqu’à présent aucun os de cet animal remarquable n’a été figuré et l’on n’en possède, que je sache, aucun dans les musées d’Europe. Je viens de recevoir, par l’obligeante intervention du docteur Finsch, directeur au Musée de Brème, la photographie d’une tête qu’il a vue à San Francisco et que M. Dali a bien voulu faire reproduire sur sa demande.
- Les seules pièces de Rhachianectes connues en Europe sont les fanons. Le professeur Steindachner en a rapporté de Californie pour le Musée de Vienne et il a eu l’extrême obligeance de m’en donner plusieurs. Ils ont, comme nous le disons plus loin, des caractères particuliers.
- Nous l’avouons volontiers, les caractères qui étaient attribués à ce Devil fisch avant d’en avoir vu les fanons, nous paraissaient si extraordinaires, que nous ne pouvions croire à l’exactitude des observations. Nous ne pouvions nous persuader que les animaux observés étaient dans leur intégrité.
- Comme nous le disons plus haut, la première
- mention qui ait été faite de cet animal ne date pas de dix ans. Le professeur Cope lui a donné d’abord, en 1868, le nom d'Àgaphelus glaucus1, et l’année suivante, dans un mémoire qui a pour titre On the Cetacea, il a abandonné le premier nom pour celui de Rhachianectes glaucus.
- M. Cope, en parlant des Cétacés de la côte ouest du Nord-Amérique2, fait mention de trois espèces de Baleines, dont une, indiquée par Chamisso, est sans doute à supprimer.
- Il paraît que ce n’est qu’en 1846 que l’on a commencé la pêche des Rhachianectes, dans le voisinage des côtes de Californie.
- Ce Cétacé se rend aussi dans la mer d’Okhotsch ex jusqu’à l’océan Arctique, mais il était rarement poursuivi par les baleiniers. Il n’y a guère que les Esquimaux qui le chassaient avec leurs moyens tout primitifs.
- Le Rhachianectes glaucus est ainsi synonyme d'Agaphelus glaucus, et porte plusieurs noms sous lesquels il est-connu des habitants de la côte et des baleiniers. On l’appelle Devil fisch, Teufelfisch, Gray-back, Graurücken, Californischer wal, Hart-head, Mussel-digger, Rip-sack.
- Contrairement aux autres Baleines, la peau est d’un gris bigarré, quelquefois pâle, d’autres fois noire, dans le mâle comme dans la femelle.
- Longueur du mâle comme de la femelle, de 40 à 44 pieds. La femelle varie moins que le mâle.
- Un animal de la baie de San Diego a donné les mesures suivantes :
- Longueur totale, 32 pieds.
- Queue, largeur, 9 »
- Nageoires, longueur, 5 »
- » largeur, 2 »
- Les caractères de la tête sont aussi remarquables que ceux tirés de l’extérieur de l’animal.
- Le rostre ressemble beaucoup au rostre du fœtus de Balena mysticetus; c’est la même courbure et le même développement des intermaxillaires comme des maxillaires.
- Le crâne proprement dit se rapproche davantage des Balénoptères; le frontal est élargi et se dirige directement en dehors au lieu de se diriger d’avant en arrière et de former une bande le long du maxillaire; la voûte orbitaire est "bien plus étendue d’avant en arrière que dans les vraies Baleines.
- Le frontal n’est point réduit à l’épaisseur d’un bourrelet entre l’occipital et les nasaux, mais occupe ici un espace égal à la moitié de la longueur des os nasaux.
- L’intermaxillaire s’élève au-dessus du maxillaire comme dans les Baleines, et leur écartement poulies orifices nasaux tient aussi de ces dernières. Il remonte jusqu’au milieu des os nasaux.
- 1 Proceed. Acad. nat. sciences. — Philadelphie, p. 225.
- * The Calacea of the West of the North America. — Philadelphie, 18' 0.
- p.371 - vue 375/432
-
-
-
- 372
- LA NATURE.
- Le maxillaire est élargi à la base; mais à en juger par la photographie, la branche montante est rudimentaire, de manière que l’encadrement des os nasaux a lieu par le frontal.
- L’occipital, par ses échancrures à côté des condy-les articulaires, ressemble plus à celui des Balénoptères, mais par toute sa partie supérieure au genre fossile des Aulocètes et des Hétérocètes. Il se termine en pointe au-dessus du frontal et se creuse profondément.
- Cette tête offre un intérêt particulier pour l’étude
- des Cétacés à fanons fossiles des environs d’Anvers.
- Les fanons des Rbachianectes que le professeur Steindachner a rapportés offrent un intérêt d’autant plus grand, qu’ils lui ont été remis par le capitaine Scammon en mains propres. Us ont de quatre à seize pouces, au plus haut dix-huit, et sont de couleur paille comme ceux des Balenoptera rostrala. Mais ce qui les distingue principalement de tous les autres, c’est leur surface lisse et sans crasse, leur grande épaisseur, surtout au bord interne, et le grand espace qui les sépare. Les soies qui forment
- Tête de Rachianectes glaucus. — 1. Face supérieure. — 2. Profil. — 3. Face inférieure. (D'après une photographie.)
- la barbe sont également plus épaisses que dans les autres fanons.
- Les commensaux cyames et cryplolèpes dont nous parlons plus haut, qui les rapprochent plus des Baleines que des Balénoptères, vivent dans les deux sexes sur la tête et sur les nageoires.
- Le capitaine Scammon estime leur nombre de 1853 à 1856, à trente ou à quarante mille individus sur les côtes de Californie, et aujourd’hui ce nombre ne dépasse plus, d’après lui, huit ou dix mille.
- Comme les vraies Baleines, le Rhachianectes a ses quartiers d’hiver et d été bien déterminés ; il passe
- de novembre à mai sur la côte de Californie, les autres mois dans la mer d’Okhotsh et dans l’océan Arctique.
- La femelle met bas pendant l’hiver sur les côtes de Californie. Sa gestation est de douze mois. Le mâle se tient au large.
- M. Pechucl-Lœse l’a vu souvent en été dans le détroit de Behring et dans la baie d’Anadyr, jamais dans l’océan Glacial, quoiqu’il puisse s’y perdre quelquefois. Il confirme qu’en hiver il gagne la côte de Californie *. P.-J. Van Beneden.
- 1 Note présentée à l’Académie des Sciences de Belgique.
- p.372 - vue 376/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 373
- PROGRÈS DE L’INDUSTRIE EN FRANCE1
- Dans l’industrie proprement dite, c’est-à-dire dans la mise en œuvre des matières premières, la France a fait des progrès énormes, bien plus rapides en proportion que ceux de l’agriculture. Ce travail national est celui vers lequel se porte la plus grande activité d’invention t c’est à lui que sont appliquées toutes les ressources de la science. Les concours entre nations qui se font dans les grandes expositions universelles, ont prouvé non-seulement que la France a gardé sa prééminence traditionnelle pour les objets de goût et de travail délicat, mais qu’elle est même devenue la rivale de l’Angleterre pour un grand nombre d’autres produits et pour la construction des machines. Tels ont été les progrès, que dans l’espace d’un demi-siècle l’emploi de la fonte, si néces-
- saire à l’industrie, a décuplé en France et que celui de la houille a vingtuplé La puissance totale des machines à vapeur, qui mesure à peu près les progrès de la grande industrie, s’est même accrue dans une proportion supérieure : elle est au moins trente fois plus considérable qu’en l’année 1840; en remontant plus loin, la proportion à établir n’aurait plus qu’un intérêt de curiosité, caria vapeur n’était employée que dans de rares établissements2. En 1820, il n’y avait que 65 machines à vapeur dans toute la Finance3. Gomme acquisition de force matérielle, ces engins représentent au moins la valeur de 25 millions d’ouvriers, ajoutés aux 10 millions qui travaillent déjà dans les usines et aux forces motrices que la nature fournit gratuitement, l’air et l’eau. 11 existe en France près de 40 000 barrages plus ou moins corrects, dont les chutes mettent en mouvement plus de 80 000 moulins de toute espèce,
- \fiSl j \8S9l 185.9 ;i86ÔÎlS6l|TB6?lTBM Iu6»
- Accroissement des machines à vapeur en France.
- et ce nombre pourrait être doublé. Enfin on a commencé en divers endroits à utiliser comme moteur la force de la marée. Dans l’eau qui s’élève et s’abaisse sur leurs rivages, les ports de mer ont à leur disposition une puissance motrice pour laquelle tous les travaux humains ne seront qu’un jeu quand la science l’aura disciplinée. Elisée Reclus.
- L’EXPOSITION DE PHILADELPHIE
- (Suite — Voy. p. 291 et 354.)
- L’Italie avait fait peu d’efforts pour être dignement représentée à Philadelphie. Venise n’offrait que des
- 1 Nous empruntons le curieux diagramme ci-dessus et les lignes qui l’accompagnent au second volume de la Géographie universelle, que la librairie llachette vient de mettre en vente. Ce volume décrit la France. M. Elisée Reclus y donne un nouveau témoignage de son talent d’écrivain, de géographe et de savant. En décrivant les régions si diverses de notre pays privilégié, que Strabon avait désigné jadis comme un'de ceux
- articles de fabrication courante que ses marchands sont habitués à vendre aux touristes. Florence et Naples dédaignaient de montrer leurs trésors de bijouterie et de mosaïque. A peu d’exceptions près la céramique n’était qu’une mauvaise contrefaçon. La plupart des bronzes semblaient sortir des fabriques allemandes. Seuls les meubles incrustés et sculptés méritaient des éloges sans réserve. Il y avait dans cette section des œuvres hors ligne, pleines de grâce, de souplesse, d’un goût pur et d’une exécution insurpassable. Par ce côté seulement on pouvait
- auquel la nature a donné tous les avantages physiques, M. Elisée Reclus, sans cesser un instant d’être impartial, parle le langage d’un Français qu’anime le souffle du patriotisme le plus pur. Au lendemain de nos désastres, ce livre est de ceux qu’il est bon de lire : on y apprend à connaître le pays, à l’aimer, et par conséquent à le servir.
- 1 E. Levasseur, la France avec ses colonies.
- 8 Machines à vapeur, y compris celles des bateaux et les locomotives :
- Année 1869. . 32827 machines 871176 18391705
- 3 E. Levasseur, la France avec ses colonies
- p.373 - vue 377/432
-
-
-
- 374
- LA NAT LUE,
- se faire une idée des richesses d’industrie artistique que l’Italie aurait pu exposer à la place des boutiques ouvertes en vue des profits de la vente. Elle avait fait ses preuves chez nous en 1867, elle y reviendra prendre sa revanche.
- Un petit pays, de qui nous pouvons attendre quelques agréables surprises au Champ de Mars, le Portugal, attirait surtout l’attention, dans le Palais de l’Industrie, par une collection de majoliques et de poteries. Des formes élégantes dans leur bizarrerie, des couvertes voyantes, mais irréprochables, des décors pleins de brio et d’imprévu, des statuettes d’une vérité extraordinaire, des groupes d’une composition savante, formaient un ensemble des plus attrayants. L’industrie proprement dite était peu représentée, mais les produits du sol étaient assez nombreux : parmi les plus importants et les plus prisés figuraient naturellement les excellents vins que le Portugal expédie dans tout l’univers.
- Malgré des embarras de toute sorte, nés de dissensions politiques et financières, l’Espagne avait fait preuve de bonne volonté. Elle occupait un bon rang dans les départements de l’industrie, de l’agriculture, de l’horticulture et des beaux-arts.
- A l’entrée de l’enceinte monumentale construite dans le Palais de l’Industrie, se trouvaient des spécimens des richesses souterraines du pays : minerais de fer, de cuivre, de mercure, de plomb, d’étain, houille, grès, marbres, sel gemme, soufre, bitume, argiles, etc., etc. Puis on voyait, mises en œuvre, la plupart de ces matières premières. Les Espagnols ont hérité des Maures l’art de travailler le fer et l’acier plus parfaitement que les autres peuples de l’Europe occidentale : témoin ces armes damasquinées, ciselées, niellées, incrustées, qui rivalisent avec les œuvres d’orfèvrerie les plus soigneusement exécutées.
- Les styles indien, persan et mauresque se retrouvent aussi dans les ustensiles et ornements de cuivre et de bronze, ainsi que dans la céramique, d’une exécution imparfaite, mais qui plaît par la pureté et l’élégance des modèles.
- La soie, la laine, le lin, le chanvre et le coton alimentent en Espagne de nombreuses fabriques dont les produits ordinaires peuvent lutter avec ceux de la plupart des pays les plus favorisés sous ce rapport. Les soieries sont régulières, souples et brillantes, les draps, les mérinos, les reps, les damas offrent le moelleux et l’éclat des bonnes marques, les couvertures épaisses et légères, les manies imperméables, montrent quel parti l’on peut tirer des diverses sortes de toisons ; les velours de coton, les cotonnades, les indiennes, vont dans les pays d’outremer faire concurrence à celles de l’Angleterre et des États-Unis, quelques dentelles rivalisent avec les productions suisses et belges.
- Citons parmi les industries les mieux représentées des tapisseries un peu criardes de tons, des meubles bien sculptés, des cierges et des fruits en cire, des corsets hygiéniques, des éventails, des
- tissus en fil d’ananas, d’excellent papier, une grande variété d’objets en sparterie de première qualité.
- Les colonies espagnoles figuraient au premier rang dans la grande serre, où l’on admirait de superbes collections de cactus, d’agaves, d’ananas, de palmiers, de cycadées, de dracœnas, de marantas et de pandanus.
- Dans le batiment de l’agriculture, l’Espagne avait organisé une Exposition qui pourrait servir de modèle pour l’ingénieuse disposition des produits. Les parois de son élégant pavillon consistaient en boîtes à fond et couvercle de verre qui permettaient de voir à l’intérieur et à l’extérieur, des collections systématiques de plantes, de fruits, de graines, etc. Au-dessus des échantillons de vins, on voyait de très-bonnes aquarelles représentant les ceps et les grappes de chaque cru.
- L’École espagnole soutenait, dans la Galerie des beaux-arts sa juste renommée. Le mérite incontestable de la plupart des œuvres exposées a fourni matière aux critiques américains pour établir un parallèle malveillant entre cet envoi et celui de la France, et leur a permis de répéter le mot d’ordre : N’achetez plus de tableaux français. Nos artistes feront donc bien de profiter de toutes les occasions pour combattre l’hostilité intéressée de la presse et de leurs confrères d’outre-Atlantique.
- Notons enfin que le gouvernement espagnol avait, à l’exemple du nôtre, fait construire dans le parc un très-beau pavillon où se trouvaient des modèles de travaux publics, de fortifications, d’engins de guerre, des collections d’histoire naturelle, et une série d’ouvrages d’éducation, depuis l’école primaire jusqu’aux plus hautes études.
- Félicitons l’Espagne d’avoir si bien réussi dans des circonstances difficiles, et souhaitons qu’une année de paix lui permette de nous montrer mieux encore ses richesses naturelles et son aptitude à les mettre en œuvre.
- On comprendra notre hésitation à nous prononcer sur les mérites de l’Exposition allemande. Au lieu donc de donner notre opinion que l’on pourrait croire peu impartiale, nous nous bornerons à emprunter aux Allemands eux-mêmes les éléments de la question.
- On lisait, en 1871, dans la Gazette d'Augsbourg : « Le peuple allemand ne veut plus se contenter d’être un peuple de penseurs, il veut tirer des conséquences pratiques de ses succès. Notre nation tend à reprendre dans le commerce universel le rôle qu’elle avait avant la guerre de Trente ans... Mais dans le domaine de l’art industriel et dans certaines autres branches, il y a un agent qui, jusqu’à ce jour, a arrêté l’essor de l’esprit germanique sur le sol même de l’Allemagne; cet agent c’est la supériorité incontestable de l’art industriel français, c'est la prépondérance du goût français. »
- 11 fallait donc montrer à Philadelphie comment le peuple allemand savait « tirer des <5oiiiéquenees
- p.374 - vue 378/432
-
-
-
- LA NATURE
- 375
- pratiques de ses succès ». Et pourtant nous voyions, il y a quelques mois, dans les Guêpes de Berlin l’Allemagne contemplant tristement son Exposition, avec cette légende : Notre Ie'na à Philadelphie.
- Un Allemand établi aux États-Unis, cherchant à expliquer, dans le Times de New-York, l’infériorité de la section allemande, commençait par lancer ce pavé de l’ours : « Tout Allemand qui visite l’Exposition reconnaît, comme les correspondants spéciaux de votre journal, que nous devons simplement avoir honte de la plupart de nos produits exposés au Palais de l’Industrie.... »
- Voulez-vous, sur l’industrie allemande, l’opinion d’un homme pratique, membre de l’Académie des sciences de Berlin, président d’une société formée récemment pour la protection des marques de fabrique? Voici ce qu’écrivait, il y a peu de temps, le docteur Siemens : « Pendant les dix dernières années, l’industrie allemande n’a cherché que la contrefaçon. A ce jeu, elle a perdu toute originalité comme toute estime, et lorsque l’Amérique, l’Angleterre, en remplaçant la main-d’œuvre par la machine, ont su produire à aussi bon marché et mieux que nous, notre industrie d’imitation n’a plus trouvé son compte et la débâcle est venue.... »
- Mais voici sur l’Exposition même, une appréciation d’autant plus importante, quelle émane de M. Reulaux, président de la Commission allemande. Cet homme indépendant, animé d’un vrai patriotisme écrivit dès l’ouverture de l’Exposition, au National Zeitung de Berlin que les manufactures allemandes manquaient de goût, n’accusaient aucun progrès, et semblaient faites sur le principe du bon marché et de la pacotille. Cette lettre pleine de dures vérités souleva des tempêtes contre le courageux représentant de l’Allemagne qui, rappelé à Berlin, s’est fait précéder d’une nouvelle lettre publiée par les journaux allemands, dans laquelle il maintient ses premières assertions, et ajoute en manière de leçon : « L’industrie allemande a le défaut de ne croire la concurrence possible que par l’abaissement des prix. Cette maxime des bas prix corrompt le goût du bon travail, gâte la main de l’ouvrier, et imprime peu à peu à la lutte un caractère qui lui fait craindre la clarté du grand jour.... »
- Si vous croyez qu’il y ait exagération ou parti pris dans ces blâmes et dans ces critiques, relisez la note du Tagblatt de Vienne, dans laquelle le consul général d’Autriche-Hongrie à Berlin, exposant au comte Andrassy les motifs qui ont déterminé le gouvernement allemand à refuser sa participation à l'Exposition universelle de Paris en 1878, résume ainsi l’opinion des cercles officiels allemands : « Il était impossible que la proposition fût bien accueillie en Allemagne, attendu que les industriels allemands ont pleine conscience de leur infériorité, précisément dans les branches qui assurent à la France le premier rang sur ce théâtre qui s’appelle une Exposition universelle. »
- Voilà pourquoi les Allemands s’abstiendront de
- prendre part au concours de 1878. Nous le regrettons, car nous aurions aimé leur fournir l’occasion de faire oublier « l’Iéna de Philadelphie », et la France est prête à recevoir au Champ de Mars le canon de 55 722 kilogrammes, dont les boulets de 400 kilogrammes percent comme des feuilles de papier les blindages de 18 à 20 pouces. Le symbole favori de ce « peuple de penseurs » ne serait ici qu’une belle pièce de fonte et de forge mue par un mécanisme ingénieux.
- L’Exposition de l’empire austro-hongrois, sans afficher de grandes prétentions et sans offrir de pièces hors ligne, formait un ensemble assez satisfaisant. On y trouvait les cristaux de Bohême, les pipes en meerschaum, les opales de Hongrie, les grenats, dont les bijoutiers de Prague tirent un si bon parti, les bronzes, les soieries, les meubles de Vienne, les lainages de Tepliz, les gants de Prague, les sculptures du Tyrol, de très-belles litho-chro-mies, des produits chimiques.
- Dans la Halle de l’Agriculture, trônaient les célèbres vins de Hongrie, entourés d’échantillons de houblon, de lin, de laines, de fruits desséchés, de pâtes alimentaires, etc., etc. On retrouvait avec plaisir les contributions de l’Autriche-Hongrie dans les annexes des voitures et de la photographie ainsi que dans la galerie des beaux-arts. M. Pezzicar, de Trieste, avait envoyé une très-belle œuvre en bronze représentant Y Abolition de V esclavage aux États-Unis : c’est un nègre aux formes accusées, beau sans flatterie, qui pousse un cri de joie en levant vers le ciel ses mains, dont l’une tient la proclamation de Lincoln et l’autre une entrave brisée.
- Pour les Américains, la section égyptienne offrait un attrait tout particulier, mais elle ne renfermait rien qui n’ait figuré dans les Expositions européennes. Exceptons cependant quelques produits du sol qui méritent l’attention du commerce et de l’industrie, spécialement des variétés de riz, de coton, des sucres, des végétaux herbacés propres à la fabrication du papier.
- Quant à la Tunisie , ses produits n’offraient rien de plus remarquable que ceux exposés en montre dans nos bazars.
- Puisque nous mentionnons les petits États, dont nous ne pouvons décrire les Expositions, citons la république de Libéria, l’État libre d’Orange (Afrique méridionale) et surtout le grand-duché de Luxembourg.
- L’Exposition turque était fort remarquable et méritait une étude toute spéciale. Mais les circonstances de la guerre ne lui permettront pas de nous envoyer, en les complétant, les collections qui ont figuré à Philadelphie. Ces collections permettaient d’apprécier pour la première fois les immenses ressources des mines, des forêts, des champs, dont l’industrie retirera des trésors lorsque ces riches territoires verront florir les œuvres de la paix.
- DrSaffrey.
- — La suite prochainement, —
- p.375 - vue 379/432
-
-
-
- 576
- LA NATURE,
- RECONSTITUTION
- D’UN MAMMOUTH FOSSILE
- Un naturaliste distingué, qui est en même temps un habile préparateur de taxidermie, M. L. Martin, a organisé en Allemagne, à Berg, près de Stuttgard, un remarquable musée où le public admire les reproductions des espèces disparues des temps géologiques. Cette Exposition des animaux du monde primitif est toute artificielle; les pièces qu’on y voit sont des modèles reconstitués d’après les sque-
- lettes fossiles des plus célèbres collections du monde civilisé. On y contemple les gigantesques sauriens du trias, on y voit l’ichthyosaure, le plésiosaure, le ptérodactyle, l’ours des cavernes, le dinornis, et quantité d’autres animaux éteints, dont les images ont été construites et façonnées en vraie grandeur avec un soin minutieux.
- M. L. Martin a récemment terminé une pièce remarquable qui est son chef-d’œuvre. Elle représente un mammouth de l’époque quaternaire, reconstitué artificiellement, d’après les documents fournis par Pallas (Academie des sciences de Saint-
- Fig. 1- — Reconstitution d’un Mammouth fossile (Elephas primigenius). Pièce construite par M. L. Martin, de Stuttgard et acquise pour orner le Muséum Ward, aux États-Unis. (D’après une photographie.)
- Pétersbourg), d’après les nombreux restes de cet éléphant fossile, qui existent dans le riche cabinet, d’histoire naturelle de Stuttgard, et dans les autres muséums des principales villes de l’Europe. La forme du corps du gigantesque animal, ses dimensions, l’aspect de ses défenses, de sa trompe, sont d’une exactitude rigoureuse; quant aux poils, ils ont été faits d’après ceux dont le célèbre mammouth trouvé dans les glaces de la Sibérie était recouvert.
- Nos deux gravures, fidèlement reproduites d’après des photographies, donnent une idée très-exacte de cette œuvre d’art et de science tout à la fois. Le mammouth reconstitué mesure 5 mètres de hauteur et 8 mètres de longueur. Creux à l’intérieur, il
- est monté sur une solide charpente de bois. Quatre poteaux passent intérieurement dans l’axe de ses jambes. Le contour du corps est formé par des lattes pliées, reliées entre elles par une toile métallique. Le tout est recouvert d’une couche épaisse de papier mâché. C’est sur cette substance que les poils sont collés. Ils sont faits avec les fibres d’une espèce de palmier indien, qui ressemblent à s’y méprendre aux poils de mammouth. La trompe est modelée avec beaucoup de talent en une sorte de papier mâché ; les défenses sont en bois.
- Ce magnifique objet a été récemment acheté par M. le professeur Henry A. Ward, qui l’a entièrement démonté, pour l’emporter dans son beau muséum
- p.376 - vue 380/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 577
- de zoologie et d’anatomie comparée, organisé à Ro-chester, aux États-Unis. M. Ward, aidé de dix ouvriers, a mis six jours pour démonter le mammouth de Stuttgard, et pour l’emballer dans quatorze énormes caisses qui remplissaient quatre fourgons de chemins de fer.
- Le mammouth reconstitué par M. L. Martin est si habilement fait, qu’il offre tout à fait l'apparence d’un animal empaillé. La photographie de cet objet a même été mise en vente par mégarde, comme celle d’un éléphant fossile restauré, existant au muséum de Saint-Pétersbourg. Grâce à l’obligeance
- de M. F. Brandt, membre de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, à qui l’on doit une histoire très-complète des mammouths (Bulletin de l'Académie impériale des sciences de Saint-Pétersbourg, T. X, p. 93, 1866), nous avons appris que rien de semblable n’existait en Russie ; enfin, après des recherches d’abord infructueuses, M. Boban, antiquaire bien connu des anthropologistes et des géologues, nous a donné les renseignements qui nous ont permis d’entrer en relations avec M. L. Martin, le constructeur du grand mammouth, et avec M. le professeur Ward, son acquéreur.
- Fig. 2. — Reconstitution d’un mammouth fossile. La même pièce vue de proQl. ( D'après une photographie. )
- M. L. Martin nous a écrit qu’il avait l’intention d’entreprendre une seconde construction analogue, en vue de l’Exposition universelle de 1878. On ne saurait trop encourager dans ce projet cet habile naturaliste.
- Nous ne terminerons pas cette notice sans dire quelques mots du remarquable muséum que M. Ward a fondé à Rochester aux États Unis, et dans lequel le nouveau mammouth va être bientôt un des principaux ornements. Ce musée, comme il arrive souvent de l’autre côté de l’Atlantique, est le résultat de l’initiative privée. M. Ward après avoir exécuté pendant six années de lointains voyages, revint en 1860 à Rochester, sa ville natale. 11 rapportait
- avec lui une très-belle collection de minéralogie et de géologie. Les habitants de Rochester, sur la demande de M. Ward, en firent l’acquisition moyennant la somme de 100 000 francs. Cette collection fut installée dans l’université de Rochester, où M. Ward fut nommé professeur de sciences naturelles. Après cinq ans d’enseignement, le goût des voyages et des collections s’empara encore de l’esprit du professeur. Il repartit, et pendant douze années consécutives, il parcourut les différentes parties du monde, recueillant partout sur sa route de grandes collections de pierres et de roches, d’animaux et de fossiles.
- Depuis son nouveau retour, M. Ward a installé
- p.377 - vue 381/432
-
-
-
- 5.78
- LA NATURE.
- son musée dans un corps de huit bâtiments de la ville de Rochester. Il est aidé dans sa tâche par un personnel d’opérateurs habiles, qui pratiquent la taxidermie, qui savent classer les minéraux, les roches, les fossiles, les coquilles, les polypiers, préparer les peaux, etc. Pour donner une idée de l’importance qu’a prise cette collection, il nous suffira de dire que son catalogue forme actuellement deux volumes in-8. Autant que nous en pouvons juger, d’après ce document, le muséum Ward paraît être une des plus belles collections d’histoire naturelle du monde. Gaston Tissandier.
- 15e RÉUNION ANNUELLE
- DES DÉLÉGUÉS DES SOCIÉTÉS SAVANTES A LA SORBONNE (AVRIL 1877),
- (Suite. — Voy. p. 546 et 362.)
- sciences naturelles
- L’homme de l'âge du Renne. — M, Reboux, de la Société do Vitry-le-François (Marne), a fait connaître des figures de l’espèce humaine, trouvées dans les parties les plus inférieures des couches de l’âge du Renne ou de la pierre polie, dans la Dordogne, près de la Yézère. Ces dessins étaient tracés sur des plaques de schiste, dans un abri formé sous une roche en surplomb, qui a dù servir de retraite à quelque famille des populations nomades de ces anciennes époques. Ils ont un grand intérêt anthropologique ; les hommes et les femmes sont représentés complètement velus. Il y a une figure de femme enceinte. Les femmes ont les mamelles petites et atrophiées, à peu près pareilles à celles des hommes, suivant la loi habituelle des femelles des Carnivores, hors de la période de l’allaitement. Il est probable que les peuplades de cette époque, en déplacement continuel, se nourrissaient presque exclusivement de chair. Les os des pommettes sont très-saillants, quoique arrondis et non pointus comme ceux des Mongols ; le front est très-fuyant. Nous avons donc eu des ancêtres médiocrement flatteurs et d’une civilisation qui devait laisser beaucoup à désirer.
- Sur l'ovologie des Mollusques terrestres et des Insectes. — M. Pérez, professeur à la Faculté des sciences de Bordeaux, a suivi le développement de l’œuf des Mollusques gastéropodes terrestres, des genres Limax et Hélix, dans l’oviducte, et vu que cet œuf grossit rapidement dans la partie supérieure de ce conduit, par absorption, à travers la membrane vitelline, d’un liquide albumineux abondant, au milieu duquel il est plongé. L’albumen de l’œuf entoure donc immédiatement le vilellus et est sous-jacent à la membrane vitelline, contrairement à ce qui a lieu chez l’Oiseau. La coque, qui se forme plus tard, quand l’œuf a acquis son volume définitif, se dépose sur la membrane vitelline elle-même. Ainsi s’expliquent les discussions auxquelles on s’est livré sur la prétendue absence de la membrane vitelline, parce qu’on la cherchait sur le vitel-lus, c’est-à-dire là où elle n’était pas.
- M. Pérez fait ensuite une communication sur la nature et l’origine des cellules dites vitellogènes de l’ovaire des Insectes. Il a reconnu, chez un certain nombre d’espèces appartenant à divers ordres, que vers le fond des gaines ovigères se trouvent des cellules qui donnent naissance par
- segmentation à plusieurs autres, dont le nombre est déterminé pour chaque espèce, 4, 8, 16, 32... en général 2n. De ces cellules, l’une devient un œuf, et les 3, 7, 15, 31 autres... en général 2“ — 1/deviennent les cellules vitello-gènes ou œufs destinés à avorter. Il y en a 7 chez les Papillons de jour et de nuit, 51 chez les Bourdons, etc. Des faits semblables s’observent chez certains Crustacés, ainsi chez les Apus (Branchiopodes) où sont 3 de ces œufs avortés pour chaque œuf.
- Influence de l'Eucalyptus en Algérie et en Corse. — M. le docteur de Pietra-Santa, délégué de la Société de climatologie d’Alger, rend compte de Lenquête qui a été entreprise par ses soins et sous sa direction, dans les trois provinces de l’Algérie, à l’effet de déterminer l’importance et la valeur de l’Eucalyptus, au point de vue de l’hygiène. Dans les cinquante localités qui ont répondu à l’appel de la Société, les plantations de gommiers bleus, atteignent le chiffre d’un million environ. C’est en 1867 que ces végétaux ont été importés de Tasmanie par M. Rawel.
- L’Eucalyptus agit par ses racines profondes, par son feuillage aromatique et par un effet général de reboisement. Le lac Fezzara, près de Constantine, était d’une insalubrité terrible : actuellement ses abords ainsi que ceux du marais de la Mina, près d’Oran, sont devenus salubres. Les mines de la Mina et de la Macta sont maintenant exploitées toute l’année. Mgr Lavigerie, à la Maison-Carrée, près d’Alger, à l’embouchure de l’Arasch et à l’entrée de la Mitidja, a fait de grandes plantations d’Eucalyptus ; les fièvres intermittentes ont disparu au monastère et à l’orphelinat agricole, et diminué au pénitencier d’Arasch. Le domaine des trappistes de Staouëli a été aussi assaini par cette cause ; les fièvres intermittentes y sont rares maintenant.
- En résumé : 1° l’Eucalyptus a une influence hygiénique incontestablement démontrée en Algérie ; 2° partout où il a été cultivé en massifs plus ou moins compactes, les fièvres intermittentes ont largement diminué en intensité, en fréquence et en gravité; 3° des terrains marécageux ou incultes ont été ainsi assainis ou transformés, au grand bénéfice des intérêts particuliers et de la colonisation algérienne.
- Les mêmes faits et les mêmes résultats se produisent en Corse. Grâce à l’initiative et à la persévérance d’un seul homme, M. le docteur Carlotti, président de la Société d’agriculture d’Ajaccio, à la fin de l’année 1877 les cinq arrondissements de ce département compteront plus de six cent mille pieds d’Eucaplytus en pleine végétation.
- A la suite de cette lecture, l’opinion de M. de Pietra-Santa, que les plantations d’Eucalyptus pourront augmenter le régime pluvial dans les localités trop sèches, est combattue par M. Renou. Celui-ci fait observer que les pluies se forment dans des régions beaucoup trop élevées pour que les massifs d’Eucalyptus puissent avoir de l’influence. Il n’est pas moins certain toutefois que les reboisements doivent agir d’une manière indirecte, en augmentant le niveau moyen des fleuves et rivières et la dépense des sources.
- Stasimètre. — M. le docteur Bitot, de Bordeaux, s’est préoccupé des moyens de suppléer à l’imperfection du toucher pour apprécier méthodiquement les qualités des corps désignées sous les noms de résistance, consistance, cohésion, friabilité. 11 a surtout cherché à reconnaître la dureté plus ou moins grande du cerveau et de la moelle épinière lors du ramollissement de ces organes, l’état relatif des circonvolutions cérébrales, le ramollissement du cerveau du nouveau-né, de telle sorte que la folie, l’idiotie,
- p.378 - vue 382/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 579
- la paralysie puissent être accusées en quelque sorte numériquement par une balance. Son appareil de mesure, qu’il a nommé stasimètre, présente dans son milieu un pendule à poids successifs entraînant une longue aiguille indicatrice parcourant un cadran gradué en grammes, décigrammes et centigrammes; une extrémité du balancier porte un plateau de contrôle où l’on peut mettre des poids, et l’autre une aiguille sondante ou perforante, qui peut descendre, toujours verticale à l’aide d’un losange articulé vers l’objet à explorer, au moyen d’une crémaillère donnant des mouvements de demi en demi-millimètre. L’extrémité de l’aiguille perforante représente un très-petit T renversé (jJ. Accessoirement un plateau de verre, portant l’objet, est amené sous l’aiguille par un chariot à glissement, qui peut exécuter des mouvements en divers sens à distances aussi rapprochées qu’on veut et parfaitement calculées, permettant d’apprécier les différences des couches les plus délicates d’un organe, par exemple celles de l’écorce du cerveau. On peut reconnaître ainsi que les couches superficielles de la substance grise vont en augmentant de consistance à mesure qu’on enfonce.
- M. Bitot espère que cet instrument rendra à l’organe tactile les mêmes services que le microscope à l’œil. En outre, l’appareil peut se transformer aisément en aréomètre universel, avec une boule plongeante placée au bout de l’aiguille ; il peut devenir un cardiographe, un pneu-mographe, etc.
- Des plantes dites silicoles, — M. Planchon, de Montpellier, correspondant de l’Institut, traite de quelques points de la question si complexe des relations de la végétation avec le sol. Rendant hommage au remarquable travail publié par M. Contejean sur ce sujet, M. Pianclion accepte des conclusions de l’auteur tout ce qui touche à la réfutation courtoise, mais rigoureuse, des idées de M. Thurmann sur la prédominance de l’état physique du sol à sa nature chimique. Ce qu’il ne saurait admettre, c’est que les plantes dites silicoles sont plutôt des plantes calcifuges. Prenant le Châtaignier pour exemple, il ajoute des faits aux faits déjà signalés par Dunal, de Rou-ville etÉmilien Dumas, de la présence de cet arbre dans des terrains calcaires, où la silice se présente sous des formes diverses comme élément accessoire. M. Contejean croit à l’antipathie des plantes silicoles pour le calcaire d’après des expériences de jardin, tandis que les faits le contredisent pour les plantes en liberté. Le calcaire métamorphique de Dumas, le lias, l’oolithe inférieur, l’oxfordien fournissent des exemples à M. Planchon. Dans les Cévennes le Châtaignier se rencontre dans plusieurs formations calcaires, mais tous ces sols sont plus ou moins siliceux par intercalations. Dans les îlots métamorphiques très-siliceux apparaît en abondance le Châtaignier. Certains Lichens sont silicoles. La silice a une action encore mal connue sur la végétation. Dans le Dauphiné les alternances de calcaire et de silice ne sont pas accusées par des différences de végétation. L’argument principal qui doit faire rejeter la théorie des plantes calcifuges, c’est qu’il semble contradictoire d’admettre une horreur pour le calcaire chez des plantes dont les cendres renferment des quantités considérables de cet élément, avec un peu de silice.
- Classification des Ronces. — M. Malbranche, de Rouen, présente un ti'avail descriptif sur la classification des Ru-bus. Tout en rendant hommage au mérite des travaux de MM. Boulay, Timbal-Lagrave, Genevier, Lefèvre, qui ont créé une grande quantité d’espèces, il pense que cette nomenclature repose sur des caractères de trop peu de va-
- leur, tels que la pubescence, les aiguillons, la couleur des organes floraux, l’ampleur ou la débilité de l’inflorescence, etc. M. Malbranche croit que la nature du sol, l’altitude, l’ombre et le soleil, la sécheresse ou l’humidité, l’exposition, ont une très-grande influence sur l’apparition de ces caractères essentiellement variables, et sur lesquels il est impossible d’établir des distinctions spécifiques. 11 admet qu’il importe aujourd’hui de procéder à une synthèse rigoureuse et de rechercher, au lieu des nuances qui divisent, le lien qui rapproche des formes si mobiles, et de les réunir sous des types spécifiques plus stables. Ce sont ces principes que l’auteur a appliqués à la classification des Ronces de Normandie (Essai sur les Rubus normands, Paris, Savy).
- Sur les cladodes des Ruscus. — Tout le monde connaît la plante vulgairement appelée Petit Houx, mais qui est une Asparaginée ou Smilacée, très-différente du véritable lloux, et c’est un des exemples qu’on montre dans tous les cours de botanique pour les formes anormales des rameaux. Les fleurs et les fruits du Ruscus aculeatus sont situés à la face supérieure d’une large expansion qu'à première vue on est tenté, avec les anciens botanistes, de prendre pour une feuille, mais que, depuis Turpin, on s’est accordé à regarder comme un rameau métamorphosé, nommé phyllode, cladode, phylloclade, etc. Cette opinion s’appuie sur ce que celte expansion naît à l’aisselle d’une feuille réduite et qu’elle est florifère, double caractère qui n’appartient qu’aux rameaux, et ne se rencontre jamais sur les feuilles.
- Koch a interprété les faits autrement : pour ce botaniste, le cladode des Ruscus n’est point un organe simple, un rameau aplati et simulant une feuille. C’est un organe composé d’une feuille à laquelle se soude un rameau, qui s’en détache au point où il supporte l’inflorescence. Cette théorie ne contredit du reste en rien les deux principes sur lesquels s’appuie l’autre opinion.
- M. Duval-Jouve, de Montpellier, a recherché quelle est celle de ces deux interprétations qui s’accorde le mieux, d’une part, avec la disposition des tissus, d’autre part, avec les anomalies que les Ruscus présentent si fréquemment, et le résultat a été en faveur de l’opinion de Koch. En effet, la section transversale d’un cladode, opérée au-dessous de l’inflorescence, montre très-nettement sur la ligne médiane la réunion des éléments d’un rameau et d’une feuille, tandis qu’au-dessous du même point il n'y a plus que les éléments histologiques d’une feuille ; mais les cladodes non florifères n’offrent que le tissu d’une feuille simple, et, sur ce point, la théorie de Koch est en défaut en ce qu’elle considère tout cladode comme un organe composé.
- En conséquence, pour M. Duval-Jouve, le cladode florifère du Ruscus est formé d’un rameau et de la prime-feuille de ce rameau, à lui soudé, tandis que le cladode non florifère est le primefeuille d’un rameau qui n’a pas continué son développement. D’autre part, l’examen des diverses anomalies de la plante confirme les mêmes conclusions.
- Semis de plantes marines et d'éponges. — M. le docteur A. Sicard, de Marseille, continue, dans ses aquariums à eau de mer, les recherches qu’il a depuis longtemps entreprises sur les reproductions marines par voie de semis, et il a étudié plus spécialement le développement d’une de ces Ulves nageantes, qu’on nomme vulgairement laitues marines, et celui d’une Eponge. D’après lui, ce sont des énucléations de ces corps qui s’en détachent et viennent se fixer aux parois du vase, puis développent peu à peu un
- p.379 - vue 383/432
-
-
-
- 580
- LA N AT LUE.
- être pareil à leur producteur. L’intérêt du travail de M. Sicard est uniquement dans les faits pratiques, car ses théories sont inadmissibles. Il rejette d’une part, pour les Llves, la reproduction par zoospores mobiles et libres, n’y voyant que des animalcules parasites, et cherche pour l’Éponge à faire revivre une idée très-ancienne, mais abandonnée depuis longtemps d’un accord unanime, à savoir qu’elle serait un végétal.
- Législation et système de l'univers. — M. Perreciot, de Baume-les-Dames (Doubs), a lu à la réunion une dissertation d’où se détache l’idée suivante : De même que les astres sont régis dans leurs mouvements immuables par une double force centrifuge et centripète, tous les êtres vivants des deux règnes, avec les conditions vitales les plus diverses, sont astreints à une loi double et commune, celle de la nutrition pour l’individu, de la reproduction pour l’espèce.
- Traces de l'époque glaciaire sur les côtes de Bretagne. — Des faits intéressants ont été offerts à M. le docteur Charles Barrois, de la Faculté des sciences de Lille, par l’examen de la petite anse de Kerguillé, à l’extrémité occidentale du département du Finistère. Les falaises de schistes siluriens qui bordent cette baie sont protégées contre la mer par une digue naturelle dont la hauteur est d'environ 10 mètres, constituée par un poudingue à ciment ferrugineux et à galets de nature et de grosseur variables, dont l'étude a une importance géologique toute particulière.
- Tandis que les galets qui s’accumulent aujourd’hui en certains points de nos côtes ne sont que des fragments roulés des falaises voisines, les galets du poudingue de Kerguillé sont très-variés, et on peut y reconnaître les échantillons de toutes les roches, palceozoïques et azoïques, de la Bretagne. De grands changements se sont donc produits dans ce pays depuis une époque relativement peu reculée, c’est-à-dire depuis que la côte de Bretagne a sa configuration actuelle. Ce poudingue diffère du dépôt littoral de nos jours par sa nature, puisque c’est un dépôt de galets, et que maintenant il se forme du sable sur ces côtes ; il en diffère par son origine, puisqu’il contient un mélange d’éléments venus de tous les points de la Bretagne, ce qui ne se produit plus en ce moment; enfin, il s en distingue par son altitude, puisqu’il est de 10 mètres supérieur au niveau actuel de la mer.
- M. Barrois explique tous ces changements, en admettant qu’à l’époque du poudingue de Kerguillé, il se formait sur les côtes et dans les rivières de Bretagne des glaçons de charriage, analogues à ceux qui se produisent de nos jours dans la Baltique. De là le transport de galets de toute origine, ne se transformant pas en sable, car la glace qui y adhérait et les conduisait au loin, les préservait en même temps de l’usure. Les faits attestés par le poudingue de Kerguillé se rattachent à un phénomène plus général, l’affaissement du sol dans toute la région actuellement baignée par la Manche, qui se reconnaît en suivant les côtes en Angleterre et en France. Ce même affaissement entraîna la submersion du nord de l’Angleterre, et réduisit les terres de la Grande-Bretagne et de la Scandinavie à l’état d’archipel, au commencement de l’époque glaciaire.
- Lors de cette grande submersion, des glaciers qui couvraient les sommités émergées de ces régions se détachaient des icebergs, qui venaient fondre et disséminer les blocs dont ils étaient chargés sur la côte européenne, qui allait alors de l’embouchure de la Severn à celle de la Tamise et en Allemagne. Les blocs erratiques venus du nord ne se sont pas étendus au sud de la Severn ; mais la
- présence sur toutes les côtes de la Manche de blocs erratiques provenant des divers points du bassin, montre que le froid et l’affaissement du sol, qui caractérisent cette époque dans les contrées plus septentrionales, se sont aussi fait sentir dans la vallée de la Manche. En suivant 1 attitude décroissante des blocs erratiques du nord du pays de Galles, des côtes du Devonshire, des Cornouailles, du Dorsetshire et du Sussex, on reconnaît que la submersion s’est faite en décroissant régulièrement du nord au sud. Dans ces raised beach, ou plages relevées, se trouvent des blocs venus de Bretagne.
- La vallée de la Manche s’est donc affaissée en masseau début de l’époque glaciaire. 11 doit, par suite, exister dans ces parties basses de la Bretagne des galets semblables à ceux de Kerguillé; M. de la Fruglaye a décrit, en 1811, une digue naturelle aux environs de Morlaix. Elle est probablement identique à celle de Kerguillé; sous cette digue se trouvait une ancienne forêt.
- D’après toutes ces observations, on peut reconstruire la série des changements principaux de la géographie physique de la Bretagne pendant l’époque quaternaire : 1° période continentale (tourbières de Morlaix, de Guerne-sey) ; 2° période de submersion et des glaçons de charriage (torrnalion du poudingue de Kerguillé) ; 3° seconde période continentale (soulèvement de 10 mètres du poudingue de Kerguillé) ; 4° seconde période d’affaissement, dernière évolution se terminant par l’état géographique actuel.
- Terrains des environs d'Aix en Provence. — Les terrains de cette localité, à partir de la période jurassique, ont été étudiés par M. Collot, de Montpellier. Il semble qu’après l'infra-lias il y a eu plissement, ce qui y expliquerait 1 absence du lias inférieur par l’émergement de certaines parties. La zone à Ammonites cordatus se trouve partout, à Aix et à Bians, et de même celle à A. iransver-sarius, après un affaissement de tout le pays.
- Dès lors, il y a uniformité générale de dépôts, et l’affaissement a eu son maximum à la fin de la période jurassique. Puis est venu le terrain crétacé, ensuite des périodes d’eau douce. Au milieu du massif jurassique on rencontre, en rares lambeaux, des dépôts d’eau douce. Témoins respectés par l’érosion, parce qu’ils se sont trouvés protégés dans des replis de terrain, ils indiquent que le dépôt lacustre s’est étendu bien au delà des dépôts continus. Puis la mer miocène a envahi la contrée, et le balancement des eaux paraît avoir produit des érosions considérables.
- Les cailloux roulés de la Durance, dans les alluvions modernes, présentent des diorites, des euphotides, des variolites, avec des cailloux calcaires, et sont de l’époque quaternaire et moderne. D’autres cailloux, presque exclusivement de calcaire jaune, situés plus haut et évidemment plus anciens, sont de l’époque pliocène. Alors le lit de la Durance était beaucoup moins creusé et beaucoup plus large qu’aujourd'hui, et formait sur ses bords ce dépôt en forme de poudingue.
- Age du gisement préhistorique du Mont-Dol.— M. Sirodot a communiqué les résultats, encore fort incomplets, de sondages qui permettront de reconnaître l’àge du gisement du Mont-Dol. Il faut comparer pour cela les couches relevées au Mont-Dol avec celles de la plaine qui l’avoisine, et qu’on nomme le marais de Dol, formé de couches salines dues aux invasions de la mer reposant sur une nappe boueuse. Le Mont-Dol appartient exclusivement à la formation ancienne de ce marais de Dol.
- Maurice Girard.
- — La lin prochainement. —
- p.380 - vue 384/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 581
- MICROSCOPE BINOCULAIRE
- Un physicien émérite, qui s'est adonné à l’étude de la lumière, M. Léon Jaubert, a apporté un grand nombre de perfectionnements aux appareils d’optique. Nous publions aujourd’hui la description du remarquable microscope binoculaire qui lui est du. Ce microscope est monté sur un large socle ovale portant deux colonnettes C', réunies à leur sommet et formant une cliappe dans laquelle se trouvent adaptées les pièces A A' et B (voir la figure ci-contre) ; celle-ci embrasse la partie tubulaire T, munie à sa partie supérieure du micromètre M et de l’oculaire L, et à sa partie inférieure d’un revolver sphérique R garni des trois objectifs 0. La partie inférieure de B porte en outre la platine P, surmontée du porte-objet et du volet N qui le maintient.A cette platine sont adaptées les pièces de l’éclairage, les diaphragmes, la glace concave G et la glace plane G'.
- Il résulte des dispositions des pièces A et A' que l’appareil peut réellement prendre toutes les positions imaginables. Une de ces positions est surtout plus intéressante que les autres parce qu’elle permet de donner à l’appareil la disposition renversée appelée microscope chimique, fort utile lorsque l’on a à examiner des substances dégageant des vapeurs qui viennent obscurcir les lentilles de l’objectif ou même altéier leur poli ou oxyder leur monture. 11 suffit de retirer la partie t, de retourner l’appareil et d’ajouter une pièce supplémentaire qui porte un prisme à réflexion totale, de lui adjoindre de nouveau !a pièce t. L’on n’a ensuite qu’à regarder par l’oculaire comme dans
- la position normale. Dans ce microscope la mise au point se produit par deux moyens différents : l’un en tournant les écrous E' et E5, et l’autre, en tournant la tête des vis Y et V' dont l’une se visse dans la partie de la platine qui pénètre dans la pièce tubulaire B, et l’autre vis V' se visse dans la vis V.
- Les objectifs, de puissance graduée, sont montés sur des revolvers sphériques de telle sorte que l’observateur peut instantanément voir l’objet avec des grossissements divers. Les oculaires sont également montés sur revolver. La monture de ces objectifs et de ces oculaires est combinée de telle sorte avec la longueur focale, que l’un vient remplacer l’autre sans nécessiter une nouvelle mise au point. Cette disposition est absolument nécessaire lorsqu’il s’agit d’observer les objets, les substances, les cristallisa tionsou les organismes qui subissent une transformation rapide et immédiate.
- Les objectifs sont aussi à correction d^s diverses lentilles et à immersion. Bans ce cas ils sont montés d’une mauière toute spéciale sur leur revolver.
- La partie tubulaire monoculaire T peut être remplacée par la disposition binoculaire T (figure de droite). Les rayons lumineux, après avoir traversé l’objectif 0, arrivent sur les prismes p où ils subissent deux réflexions, puis le faisceau de droite passe à gauche et réciproquement, et arrivent aux yeux de l’observateur sous un angle conforme à l’angle visuel. Les tubes sont à écartement variable.
- M. Jaubert a imaginé plusieurs autres combinaisons binoculaires. Chacune d’elles a pour condition principale de faire arriver aux yeux de l’observateur un ensemble de faisceaux de même intensité et de même étendue et conformément à l’angle visuel.
- Microscope binoculaire de M. Jaubert.
- p.381 - vue 385/432
-
-
-
- 382
- LA NATURE.
- Il a également construit un micromètre spécial, représenté isolément en haut de notre gravure. Ce micromètre, gravé sur verre, se compose d’un diamètre divisé, d’un certain nombre de rayons, d’une spirère par équidistants, qui part du centre et va au bord, de tracés de cercles concentriques d’une distance égale au pas ou au demi-pas de la spire et indiqués seulement sur les rayons, et d’un vernier placé en contact avec le dernier cercle entièrement tracé et divisé. A l’aide de ce micromètre, on obtient immédiatement la longueur ou la surface de l’objet. Ce même micromètre peut servir de goniomètre pour la mesure des angles des cristaux.
- M. Jaubert se propose de montrer aux visiteurs de l’Exposition de 1878 un grand nombre d’autres perfectionnements importants qu’il a su apporter, grâce à de patientes études, à la plupart des appareils d’optique.
- CHRONIQUE
- Tremblement de terre du 4 avril f 899. —
- Une secousse de tremblement de terre a été ressentie à six heures du soir à la Ramée, hameau situé sur la Loire à 4 kilomètres de Paimbœuf. Les oscillations, dit M. l’administrateur de l’inscription maritime, dans une lettre adressée à l’Observatoire de Paris, se sont produites du nord-ouest au sud-est, et ont été assez fortes pour causer une frayeur extrême aux habitants. Quelques vaisselles ont été brisées. La secousse a été immédiatement suivie d’un coup de vent très-violent d’une durée de trois minutes environ ; et pendant la nuit le ciel a brillé d’éclairs.
- Ce tremblement de terre a été ressenti en Italie d’une façon plus générale. Voici les documents que le P. Denza publie à ce sujet dans le Bulletin de l'Observatoire de Paris du 4" mai :
- Depuis le 3, à quatre heures quarante minutes après midi, à Messine en Sicile, le sol commença à ressentir une commotion qui se répéta le même jour à onze heures du soir. Il résulte des nouvelles reçues de Rome du professeur de Rossi, que dans la matinée du jour suivant, à huit heures quarante-cinq minutes après midi, on éprouva à Corleone, en Sicile, une secousse médiocre qui fit suspendre les classes. A Rome vers midi, il commença à se produire dans le sismographe et dans l’enregistreur électrique de M. Rossiune violente agitation qui continua jusqu’à huit heures du soir avec peu d’intervalles. A quatre heures quarante-cinq minutes, ainsi qu’à cinq heures quarante-cinq minutes après midi, on ressentit aussi à Rome une secousse qui se répéta plus tard à huit heures trente minutes à Rome et à Frascati; à huit heures trente-huit minutes, le tremblement du sol se fit sentir à Trieste, il se propagea ensuite avec plus de violence le même soir dans la basse Styrie et dans la Carinthie. Dans les environs de Steinbruck, les maisons furent secouées avec véhémence, à Moschganzen, une partie du toit de l’Office des postes fut renversée, et à Rotheim, le château paraissait secoué jusque dans ses fondations. Selon ce que me rapporte notre professeur Bertoli de Florence, à, la même heure mentionnée ci-dessus (huit heures trente-huit minutes), on observa dans les appareils sismiques un mouvement extraordinaire horizontal et vertical. Un peu plus tard, à neuf heures du soir, on remarqua sur le déclinomètre de
- notre observatoire, les oscillations mécaniques qui annoncent des tremblements de terre lointains, et un peu après onze heures du soir, on ressentit une secousse dans la Valsesia, en Piémont, à Varallo et à Riva-Valdobbia.
- Nous ajouterons, comme simple remarque, que c’est le même jour, 4 avril, qu’a eu lieu dans différentes localités et notamment dans le Loiret un violent orage, accompagné de la chute d’énormes grêlons, dont nous avons précédemment donné la description (p. 353),
- tes animaux et les chemins de fer. — Nous avons examiné la manière dont les différents animaux se comportent sur les voies ferrées ; nous avons souvent remarqué l’adresse avec laquelle les chiens courent entre les roues d’un train de chemin de fer en partance, sans être jamais blessés, tandis que quantité d’hommes d’équipe périssent tous les ans, faute d’avoir la même habileté. D’un autre côté, le bœuf, animal dont la stupidité est devenue proverbiale, reste placidement sur les rails quand un train passe, et le convoi l’écrase, sans qu’il ait eu l’idée du danger dont il est menacé. Plusieurs espèces d’oiseaux semblent avoir une véritable prédilection pour les voies ferrées. Il est arrivé souvent que des alouettes ont construit leur nid et élevé leurs couvées près des rails d’un chemin de fer, sans cesse parcouru par des trains. L’hirondelle aime les lieux où l’on construit des machines à vapeur. Dans un moulin où fonctionne nuit et jour une bruyante machine de la force de cent chevaux, deux couples d’hirondelles ont, pendant de longues années, bâti leurs nids et élevé leurs petits. Un cas d’une confiance presque incroyable de la part d’hirondelles a été observé au printemps de l’année dernière : un couple d’hirondelles nicha dans le tambour de roue d’un steamer, et fit régulièrement le trajet de Pesth à Seralin.
- (Dingler's Polytechnisches Journal.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 7 mai 1877. — Présidence de M. Pjsligot.
- Richesse minérale de VAustralie. — Dans un rapport adressé à l’Académie par le consul général de France à Sidney, M. Simon, on trouve des chiffres d’une éloquence extrême au sujet des exploitations minières de la Nouvelle-Galles du Sud. Depuis son origine, cette colonie a fourni pour 1 milliard 41 millions de richesses minérales parmi lesquelles l’or figure pour 785 millions, et la houille pour 185 millions. Au commencement, c’est l’exploitation du métal précieux qui occupait le premier rang ; mais le rapport est bien changé, et la houille fournit maintenant des bénéfices beaucoup plus considérables. En 1875, on a extrait du sol 1 250 000 tonnes de charbon, représentant 19 millions de francs. L’étendue et la valeur des gisements de combustible sont telles qu’on peut les dire inépuisables, l’extraction étant simplement limitée par la puissance des moyens d’extraction. C’est en 1829 seulement qu’on a commencé à utiliser la houille, et cette année-là, le poids total produit a été de 750 tonnes seulement. Dans les mines d’or, il y a actuellement 15 500 ouvriers, dont 2000 environ sont Chinois. Us sont loin d’être dans l’opulence, car leurs recettes ne dépassent pas, selon l’expression du rapport, celles des colons les plus misé rables. On calcule que chacun d’eux donne lieu par an à une production en or qu on peut évaluer à 1250 francs.
- p.382 - vue 386/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 383
- Les houilliers au contraire produisent chacun dans le même temps pour 6000 francs de richesse.
- Géodésie. — Déjà nous avons parlé à plusieurs reprises des travaux entrepris par M. Roudaire en Algérie et en Tunisie, dans le but d’ouvrir au commerce des régions nouvelles, par l’innovation des chott’s transformés en mer. Ces travaux, renvoyés à une commission nombreuse, ont donné lieu à deux rapports consacrés, l’un à la partie géodésique, et l’autre à la possibilité et à l’utilité de la nouvelle mer intérieure. Ce dernier, rédigé par M. Franc, n’est pas encore prêt, mais le rapport géodésique est lu aujourd’hui par M. Yvon Villarceau. Il nous est impossible d’entrer dans les détails de ce travail ; disons seulement que sa conclusion consiste en une approbation pleine et entière des mesures prises par M. Roudaire, et qui ont fixé d’une part le méridien de Biskra, et d’autre partie nivellement complet de la vaste région étudiée.
- La pustule maligne. — M. Pasteur a écrit l’autre jour comme conclusion de son travail sur le charbon, que cette maladie est caractérisée par la présence des bactéridies dans le sang. Suivant lui, ces organismes inférieurs, qui ont besoin d’oxygène pour vivre, amènent la mort de l’animal envahi par une véritable asphyxie. A cette occasion, M. Bouley signale entre autres à l’auteur une difficulté, dont l’explication paraît contrarier la théorie précédente. Elle consiste dans le fait constaté quelquefois de l’éruption de pustules succédant à un état charbonneux général, et amenant quelquefois la guérison. Il faudrait supposer que les bactéridies après avoir infesté tout le sang pour donner lieu à la fièvre, viennent ensuite se concentrer dans les pustules superficielles ; mais ces émigrations paraissent bien difficiles à admettre.
- Sur le chloral hydraté. — On n’a pas oublié l’ingénieuse expérience par laquelle M. Troost pensait démontrer tout récemment, que le chloral hydraté réduit en vapeur subsiste sans dissociation. M. Wurtz annonce qu’ayant refait l’expérience sur une plus grande échelle et dans des conditions convenables de précision, il en a tiré la conclusion absolument inverse, faisant ainsi disparaître cette anomalie singulière d’un corps, dont la valeur représenterait 8 volumes.
- Constitution de la chlorophylle. — Revenant sur un sujet qui le préoccupe depuis longtemps, M. Frémy communique à l’Académie des expériences dont le résultat est la connaissance définitive de la constitution du principe colorant des feuilles vertes. Déjà le savant auteur a montré que le mélange d’acide chlorhydrique et d’éther scinde la chlorophylle en deux substances, dont l’une, le phtjlloxanthène, est jaune, tandis que l’autre, l’acide phyl-locyanique est bleue. Aujourd’hui, l’auteur reconnaît que dans la feuille cette dernière substance est saturée par la potasse, et que c’est le phvllocyanate alcalin qui présente une couleur verte. 11 suffit de faire réagir sur le phyllocyanate de baryte une proportion convenable de sulfate de potasse pour produire réellement de la chlorophylle artificielle ayant toutes les propriétés du principe vert des feuilles. Il est intéressant de remarquer extérieurement que la chlorophylle joue successivement deux rôles : pendant la vie de la feuille, elle remplit une fonction essentiellement respiratoire, et se comporte à la façon de la substance rouge du sang ; après la chute de la feuille, elle se décompose et fournit de la potasse au sol.
- Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DU MOIS D’ÀRVIL I8771
- lre décade. — Pendant la lre décade du mois d’avril, le baromètre reste constamment, sauf le 1er et le 2, au-dessous de la normale à Paris, les vents soufflent du sud et un courant chaud règne sur nos régions. Les dépressions barométriques venant du sud se montrent en effet pendant tout ce temps à l’ouest de nos côtes occidentales. Elles s’en rapprochent le plus dans la journée du 4, et une dépression secondaire passant sur la France amène de nombreux orages, parfois désastreux, dans les départements du Midi, dans ceux du Nord, en Alsace et en Belgique. Le minimum barométr ique du mois (738 millimètres) et le maximum thermométrique (20°,09) sont constants à cette date. Le même jour, une tempête de sud-est règne sur le Danemark et sud de la Norwége. Le temps chaud et orageux persiste jusqu’à la fin de cette décade.
- 26 décade. — Le 10, la zone des basses pressions (750 millimètres) se dirige vers la Russie; elle se trouve le 11 en Danemark, et une violente tempête d’entre le nord-est et sud-ouest sévit dansjes deux Belts; le 12, elle est vers Stockholm, une tempête de neige l’accompagne sur la Baltique; le 30 enfin elle disparaît au fond du golfe de Bothnie. Pendant ce temps, les vents ont tourné vers le nord et l’est sur nos régions. La température, qui s’est abaissée peu à peu, passe au-dessous de la moyenne le 16, et dans la nuit du 16 au 17, le thermomètre descend à 2° minimum du mois à l’Observatoire de Paris. Cette chute thermométrique et ce froid intense sont dus à l’arrivée, par l’ouest, d’une nouvelle dépression marquée bien nettement sur la carte du 17 (740 millimètres). Cette dépression produit un effet invers de la précédente : elle vient des régions boréales, et son centre, passant au sud de Paris, se
- 1 M. de Pons, président de la Commission météorologique de l’Ailier, dans une lettre adressée à M. le directeur de l’Observatoire de Paris, signale un usage très-intéressant, qu’il fait d’une façon régulière, des petites cartes du temps de la Nature. Nous croyons devoir le faire connaître à nos lecteurs. Voici ce que dit M. de Pons dans le document qu’il a bien voulu nous communiquer.
- « Le contrôle des correspondants de la Commission a été mis à profit par plusieurs procédés. Le tableau d’ensemble des cartes du temps, publié par la Nature, a fourni le plus efficace. Chaque petite carte de la Nature a reçu une teinte conventionnelle indiquant le temps qu’il a fait avec des cotes placées dans les coins, température; direction du vent, quantité d’eau tombée. Cette disposition a permis de compléter l’étude du mois déjà facilitée par le tableau en noir du journal. Puis ces cartes ont été découpées et placées verticalement à la première colonne d’un tableau ou calendrier de chaque mois, dont les autres colonnes indiquent, pour chaque jour, la prévision de Paris, celle de Clermont, celle de Moulins, et le temps fait dans les diverses stations. Ces dernières stations étant écrites en rouge, quand il y a eu conformité, en bleu, quand il y a eu nuance, et en noir, quand il y a eu dissemblance, on saisit aisément sur ce calendrier le mérite ou l’imperfection de chacune des prévisions du mois, et on s’assure, ainsi semble-t-il, le meilleur moyen de se perfectionner, étant donné le fonctionnement tel qu’il est à Moulins. » G. T.
- p.383 - vue 387/432
-
-
-
- m
- LA NATURE,
- dirige vers la Méditerranée. Sous son action, une tempête de sud-est sévit, le 16, sur toutes les Iles Britanniques, et une pluie torrentielle inonde les
- côtes occidentales de l'Europe. Le 17, la pluie s’étend au midi de la France (40 millimètres d’eau à Roche-fort), la neige est signalée dans l’est et une tempête
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN AVRIL 1877.
- "'tCou—v ^v) 2$ §jjpï|g» ( [ t ^s. V ( =^g-^r/VJ . J A^jnV^vV. fc|--^A, 7W rd_V_—N 'U. Lies / MPCVjTL<\ J — -PyjAl YjT^ V-i/n-^ mivar BS I^Æ^TJLSAl f ' A. \ i
- Dimanche 1 Lundi 2 NI ardi 3 Mercredi 4 Jeudis
- i,n9E^ytGO i\E =1^^ JNrèrr QT) PP VS L/^C. ( f 35at.. h\y a. \. F^jirT y 6° sm,
- Vendredi 6 Samedi 1 Dimanche 8 Lundi 9 Mardi 10
- feggg K ===|C^-.> EzrLTjS ' .'.'Sf V7£» V &>C 1 tilÉ^soy "V'JS K ^ t 553 - -_ _ -.-_sr’O _? 7\ vy iflS --» y ^ j^ST^fnS^JItT GO n
- Mercredi 11 Jeudi 12 Vendredi 13 Samedi 14 Dimanche 15
- f. .r— 31 jC-^^jgyF^V - - 1 -—y*- —y-y>^=üË3// fV h fesTTl /x / / / ? pwy.A/ ] ^ehr^Kn
- pjgjsa^K a!\*n?6o\ f ^Çr\s\^ —- jydi J4=^y_££L ^ {y——X -—V)
- Lundi 16 Mardi 11 Mercredi 18 Jeudi 19 Vendredi 20
- pi sH. ( ; \\vwX V l KhS# llpry S,N3SB 7 \ <_ \v 7 > V Vx7\^ jJt=3ÛjT*^k/\p^i v 750
- Samedi 21 Dimanche 22 Lu ndi 23 Mardi 24 Mercredi 25
- US ET 'w?\t X~\ 1Qy '-JjboJ —*?ffra V^1 il /s ssiiiifii? jdf/ 7®\ ~ IBP# \ g*r û jLS ) —.^g^-f *\Mlyi6a 1 / 3^®rYJ 's«w ( t \ j
- Jeudi 26 Vendredi 21 Samedi 28 Dimanche 23 Lundi 30
- D’après le Bulletin international de VObservatoire de Paris. (Réduction 1/8.)
- d’entre nord et est sévit sur la Manche. Enfin, le 19, les vents se calment, la dépression passant en Vénétie, puis en Turquie.
- 3e décade. — A partir du 21, de nouvelles dépressions peu importantes abordent successivement nos côtes le 21, le 23, le 25 et le 27, amenant des
- orages jusqu’au 25, laissant le baromètre bas du 22 au 29, et. quelques vents forts d’entre nord et est, dans les régions nord de l’Europe. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant: G. Tissanmeb.
- ConDEit. Typ. et stér. GrÉiA
- p.384 - vue 388/432
-
-
-
- N* 207. — 19 MAI 1877.
- LA NATURE.
- 385
- ALEXANDRE BRONGNIART
- ET LA MANUFACTURE DE SÈVRES.
- Nous avons parlé précédemment des importants travaux qui s’exécutent à la manufacture de Sèvres (p. 74). Le récent éloge que M. Dumas a prononcé sur les deux Brongniart1 (voy. Séance publique annuelle de l'Académie des sciences, p. 351), nous donne l’occasion de compléter la partie historique de notre notice, en exposant le rôle important qu'a joué l’ancien directeur de notre grand établissement national, dans ses développements successifs.
- Nous reproduisons ce que M. Dumas a dit à ce sujet.
- « La situation d’Alexandre Brongniart à la manufacture de Sèvres, se rattache à la science par son origine, comme par ses résultats. Pendant le voyage qu’il avait fait en Angleterre dans sa jeunesse, il avait suivi avec curiosité les opérations à peine connues de l’art d’émailleur, et il en fit le sujet d’une notice qui lut publiée à son retour : ce travail, qui n’avait rien de commun avec l’histoire naturelle, objet unique alors de ses prédilections, eut sur sa carrière une influence décisive. La manufacture de porcelaine de Sèvres, gouvernée par un Comité, était tombée dans un grand désordre, auquel le premier Consul voulut porter remède en confiant sa direction à un chef unique, capable de relever ce bel établissement de ses ruines. Obéissant à une inspiration heureuse, Berthollet lui présenta, en 1800, Alexandre Brongniart comme préparé mieux que personne à remplir cette mission. Ses études
- 1 Voy. Adolphe Brongniart. 4e année, 1876, 1" semestre, p. 357.
- scientifiques, ses connaissances techniques et les rapports habituels de sa famille avec tous les grands artistes de l’époque, semblaient le désigner en effet.
- « Notre confrère accepta ce titre ; il avait besoin d’assurer son existence; il venait de contracter l’union la mieux assortie qui devait lui garantir le bonheur le plus pur, avec la fille d’un membre libre de cette Académie, M. Coquebert de Montbret, savant
- distingué, qui attachait bientôt son nom comme représentant de la France à Londres, au célèbre traité de la paix d’Amiens, salué par l’Europe avec une joie si universelle, mais si courte, hélas 1 « Directeur pendant près d’un demi-siècle de cette manufacture, héritière des découvertes de Réaumur, de Guettard,de Mac-quer, nos illustres devanciers, où il devait être remplacé lui-même par Ebel-men, puis par M. Régnault et que son histoire confond ainsi avec celle de l’Académie, Alexandre Brongniart y a laissé des souvenirs ineffaçables, respectueusement conservés, en associant à la haute réputation du savant, uu heureux mélange de droiture, de fermeté et de prudence.
- « Sous son administration active et prévoyante, la manufacture de Sèvres, grâce à l’intervention régulière de la méthode scientifique dans tous les détails de ses travaux, prit le premier rang. La blancheur de ses pâtes, le glacé de ses couvertes, la perfection de ses formes, la légèreté de ses pièces de service, les grandes dimensions de ses pièces décoratives, la beauté de ses couleurs, lui assuraient dans le monde une suprématie incontestée.
- « C’est également en appliquant les principes de la méthode scientifique qu’Alexandre Brongniart
- 25
- Alexandre Brongniart. (D'après une ancienne gravure.'
- 5» «sac». — i»r Mmestre.
- p.385 - vue 389/432
-
-
-
- 386 LA NATURE.
- < conçut la pensée et poursuivit la création du musée céramique, devenu bientôt populaire. L’art du potier emprunte les théories de la science, les ressources de la technologie, les finesses de l’art; il s’élève des briques, des tuiles et des objets de ménage les plus grossiers, aux vases élégants, que leur forme pure, leur décoration et leurs brillantes couleurs désignent pour l’ornement des plus riches demeures. Les terres cuites inaltérables, le moindre de leurs débris, façonné dans les temps anciens et laissant sur le sol l’empreinte de l’homme, a suffi pour signaler le premier indice d’un commencement de civilisation et pour rendre au profit des siècles reculés les services que l’imprimerie promet aux siècles futurs. Que d’informations seraient perdues pour nous, si les bibliothèques assyriennes n’avaient été formées de plaques d’argile cuite, et si le respect n’avait, associé plus tard aux restes des morts les vases en terre que nous retrouvons intacts dans ces tombeaux, où les ossements de leurs possesseurs se sont réduits en poussière !
- « Réunir les poteries de toute sorte, les argiles qui leur donnent naissance, les modèles des appareils et des fours employés à leur manipulation ou à leur cuisson ; emprunter à tous les pays et à tous les âges les types de cette industrie, si profondément liée au mouvement et au progrès de la civilisation, telle a été la conception première de la fondation du musée céramique, image sensible de l’union étroite de la science, de l’industrie, de l’art et de l’histoire.
- « De ses nombreux voyages en France, en Angleterre, en Italie, en Suisse, en Allemagne, en Suède, en Norvège, entrepris pour étudier les points signalés à sou attention par les progrès de la géologie, Alexandre Brongniart revenait les mains pleines des dons que sa réputation européenne avait valus au musée céramique. Marins, diplomates, voyageurs, industriels, chacun apportait son tribut. A mesure que l’importance de cette collection s’accroissait, la liste civile lui assurait le concours des personnes qu’elle chargeait de missions spéciales. C’est ainsi que notre vénéré confrère, M. le baron Taylor, enrichit le musée de Sèvres, où son nom est cité mille fois, d’une foule d’objets recueillis de ses mains, de tous les produits de la céramique espagnole, et, en particulier, de ces grandes pièces de 5 mètres de hauteur, qui donnent une si juste idée du célèbre tonneau de Diogène.
- « Alexandre Brongniart fut assez heureux pour terminer, au milieu des matériaux réunis pendant quarante années, son Traité classique des arts céramiques et pour le publier lui-même.
- « Peu de temps après, il était enlevé à la science, vaincu par une maladie dont il avait prévu l’issue funeste, mais à laquelle avaient résisté, jusqu’à la dernière heure, son ardeur pour l’étude, son admiration pour les beautés de la nature, l’austérité de ses habitudes stoïques et ses tendresses prévoyantes pour une famille étroitement unie, dont il était
- 1 àme. Sa compagne vénérée, qui après un demi-siècle de bonheur commun et de confiante affection, devait être conservée pendant quelques années encore à l’affection des siens et au respect de tous, avait répandu une douceur infinie sur l’intérieur patriarcal dont elle était le plus grand charme par la bonté de son cœur, la solidité de son esprit, l’étendue de ses lumières et l’ineffable dignité de sa vie. » J. Dumas.
- LE ;
- ROLE DES INSECTES DANS LA NATURE
- CONSIDÉRÉ SURTOUT AU POINT DE VUE AGRICOLE.
- (Suite et fin. — Voy. p. 339.)
- Loi d'équilibre et de pondération. — Comment elle se maintient. — Fort heureusement pour nous, en vertu d’une de ces lois de pondération dont la Nature nous offre de si fréquents exemples, chaque espèce d’insectes herbivores est en lutte avec un, et souvent avec plusieurs parasites insectivores. Conformément à une autre loi non moins admirable que la première, le nombre des parasites carnassiers s’accroît proportionnellement à celui des individus phytophages, et même ordinairement il le dépasse. 11 en résulte que, dans cette lutte acharnée pour l’existence, la victoire reste, en définitive, aux premiers, c’est-à-dire aux parasites carnivores. Mais les vainqueurs succombent à leur tour sous les étreintes de la famine résultant de l’absence forcée de nouvelles victimes à immoler.
- Parmi ces parasites qui, presque tous, appartiennent aux familles des Ichneumoniens et des Chal-cidites, les uns ont recours à la ruse pour se nicher dans le corps de leurs victimes ; les autres pour pénétrer, en intrus, dans le nid réservé à la famille ou à la colonie. D'autres, mieux armés, attaquent leur proie à force ouverte, et, à l’aide d’un stylet très-aigu ou d’une scie finement dentelée, ils introduisent leurs œufs dans les entrailles mêmes de leur victime : ces œufs y éclosent et les larves qui en soldent se mettent à ronger sa substance ou à se nourrir de ses humeurs, en ayant soin de respecter, jusqu’au moment de la nymphose, les organes les plus essentiels à une vie presque latente. Alors la victime succombe, et peu de temps après, de son cadavre vide et desséché sortent un, et souvent plusieurs insectes au corps svelte, élancé, aux couleurs brillantes, en .un mot, des Ichneumons.
- Ainsi, l’on voit que dans la classe même des Insectes, l’homme trouve, le plus souvent sans qu’il s’en doute, des auxiliaires puissants contre les attaques de ces ennemis si redoutables, malgré leur petitesse. U lui importe donc de connaître ces espèces utiles ; il lui importe de les respecter et même d’aider à leur propagation.
- Inscrivons sur la liste de ces auxiliaires actifs et
- p.386 - vue 390/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 387
- infatigables, les Carabes mordorés1 (fig. 2), les fragiles Cicindèles, le Calosome sycophante, le lam-phyre (fig. 1)*. N’oublions pas les gracieuses Libellules, les Aysions, les Æslma, les Staphylins, les Silphes, ennemis des chenilles; enfin, ces nombreux Ilymnénoptères fouisseurs et chasseurs, au nombre desquels il faut placer en première ligne les Sphex et les Cerceris.
- Parmi ces Nemrods de l’Entomologie, il en est qui, guidés par un instinct infaillible, savent atteindre leur proie même dans l'intérieur des galeries qu’elle s’est creusées sous l’écorce ou dans le bois parfai t. D’autres, plus habiles encore, percent de leur tarière l’œuf que la mère qui l’a pondu croyait en sûreté, et y insèrent le leur, afin que l’insecte qui en naîtra y trouve sa pâture toute prête (Pimpla oviposilor).
- Instinct singulier des Cerceris et des Sphex. — Mais voici qui dépasse tout ce que l’imagination la plus féconde pourrait inventer en fait de merveilleux. Il s’agit d’une sorte de guêpe à laquelle, à raison de ses instincts meurtriers et de la proie qu’elle choisit, les naturalistes ont imposé le nom de Cerceris bupresticida.
- Les insectes qu’elle poursuit sont revêtus des couleurs les plus riches, et une épaisse cuirasse forme leur corselet étincelant des reflets de l’or, de l’émeraude et du saphir. Guidé par une habileté qui défie l’anatomiste le plus exercé, le Cerceris sait découvrir le point le plus vulnérable et frapper sûrement la victime qui doit servir d’aliment à sa progéniture; il sait conserver chez elle toutes les fonctions de la vie végétative, malgré toutes les apparences de la mort.
- Admirez avec nous, cher lecteur, cette sûreté de coup d’œil, ce tact entomologique, et surtout cette science anatomique qui permet au Cerceris de choisir précisément les espèces des genres Bupreste et Charançon, de préférence à toutes les autres, pour alimenter sa vorace famille; tandis que le Sphex flavipeimis, par une raison analogue, s’attaque uniquement au Grillon de nos champs.
- Et cette raison, quelle est-elle?
- Évidemment, le chasseur a intérêt, sinon à tuer, du moins à paralyser sa proie le plus promptement possible. Pour produire chez elle l’anéantissement rapide et complet du mouvement, il faut non-seulement que le venin, instillé à dose infinitésimale, soit extrêmement subtil, mais encore que l’organe lésé joue un rôle important et, pour ainsi dire, dominateur dans l’économie tout entière. Or, ce rôle est précisément dévolu au système nerveux.
- Chez les insectes, on le sait, ce système se compose d’une série de petites masses nerveuses (gan glions), ordinairement reliées l’une à l’autre par un double cordon situé au-dessous de l’intestin; mais quelquefois aussi les ganglions se rapprochent, et finissent même par se confondre plusieurs en un
- 1 Le carabe doré, vulgairement appelé jardinier, couturière, mange des chenilles, des limaces et même des hannetons.
- 2 Attaque et dévore les colimaçons et les limaces.
- seul, par se centraliser, comme disent les anatomistes. Or cette centralisation existe à un très-haut degré chez les Buprestes et chez les Charançons ; elle existe surtout pour les ganglions d’où émanent les nerfs moteurs des ailes et des pattes. Mais, par cela même que la puissance motrice s’est concentrée sur ce point à cet égard privilégié, il n’en est que plus sûrement vulnérable, en vertu de la loi de* compensations. Le Cerceris le sait ; il le sait de Ion gue date et sans autre instruction préalable que cellv qui lui a été transmise toute faite par ses parents. Et voilà précisément pourquoi il enfonce, sans hésitation aucune, son aiguillon venimeux dans la masse qui représente les deux derniers ganglions thoraciques.
- « Et maintenant, la raison humaine n’est-elle pas encore une fois confondue devant les miracles de cet instinct qui, de tout temps, a appris à nos Hyménoptères les plus beaux théorèmes physiologiques, les lois merveilleuses de ces filaments blancs que l’on appelle les nerfs? Qui leur a dévoilé les secrets les plus cachés de l’anatomie, secrets que le savant ne dérobe qu’à force de veilles et de labeurs1? »
- La pullulation des insectes est-elle cause ou effet | dans les maladies végétales? — Lorsqu’on se trouve en face des ravages causes par les insectes phytophages, une question toute naturelle se présente à l’esprit. Le végétal atteint est-il malade, parce qu’il est envahi, ou bien est-il envahi, parce qu’il est malade? Cette question a été et devait être nécessairement résolue en deux sens opposés. Il faut choisir, ce nous semble, tantôt l’une, tantôt l’autre de ces deux solutions.
- En effet, dans bien des cas, on voit les insectes attaquer, par exemple, les feuilles des arbres ou des arbustes dont la végétation luxuriante annonce la vigueur et la santé parfaite. Mais ces organes si essentiels à la respiration une fois détruits, on conçoit que l’arbre soit en souffrance. Si c’est un arbre à feuilles ordinaires ou planes comme celles du chêne, de l’ormeau, du peuplier, etc., il pourra, dans des circonstances favorables , réagir contre le mal pendant l’année ou les années suivantes ; se parer d’un nouveau feuillage et, si le ravage a cessé, vivre longtemps encore. Mais s’il s’agit d’un arbre à feuilles aciculaires, c’est-à-dire en aiguille, comme celles des pins et, des sapins, par exemple, le mal sera plus grave. Dépouillé de sa parure verdoyante, l’arbre deviendra languissant. Les Scolyles, les Bos-triches, les Hylesinus et une foule d’autres insectes xylophages8 viendront ronger ou creuser dans tous les sens; les uns, l’écorce, les autres, le bois du précieux conifère, qui finira par succomber. Il avait subi la première atteinte lorsqu’il était en pleine vigueur; la seconde lui survient quand il est malade, et celle-ci est mortelle. ’
- Causes principales de Venvahissement des plantes
- 1 Fabre. Annales des Sciences naturelles, tome IV, 4e sé* rie, page 14t. [
- * Xylophages, qui rongent ie bois.
- p.387 - vue 391/432
-
-
-
- 388
- LA NATURE.
- par les insectes. — On nous demandera sans doute d’où provient le mal. et quelles en sont les causes appréciables ? Ces causes sont multiples ; mais, au nombre des principales, nous signalerons l'infraction à cette loi suprême qui semble fixer à toute espèce organisée des limites numériques qu’elle ne saurait franchir sans danger pour elle, sans trouble pour l’équilibre et l’harmonie générale de la Nature.
- Or, voyez comment l’homme procède dans la plupart des cas. Dès qu’une culture quelconque lui paraît avantageuse, il l’étend le plus qu’il peut ; il la généralise, pour ainsi dire, espérant de cette manière d’agir insensée tirer de gros profits.
- Au commencement, tout semble prospérer au gré
- de ses désirs ; mais bientôt l’imprévoyance et la cupidité, croissant avec de nouveaux succès, on invente des artifices pour tromper la Nature, on la tourmente, on la mutile, on la dégrade; on fait tomber l’espèce dans une sorte de dégénérescence immuable, et l’on est puni précisément par où l’on a péché. Alors, de nombreux ennemis font brusquement irruption dans la place, et l’on ne peut plus les en chasser. « En face de tels ennemis, disait très-bien le sénateur Bonjean, de douloureuse et si regrettable mémoire, l’homme est vraiment frappé d’impuissance. » « Je ne connais pas, disait aussi l’un de nos entomologistes les plus distingués, M. Ed. Per-i is, un seul procédé efficace pour prévenir l’invasion d’un insecte ou pour le mettre définitivement en
- fuite. 11 n’en existe pas que je sache et je 11e m’en étonne pas. »
- Cette triste conviction est aussi la nôtre.
- Qu’avons-nous pu, jusqu’à présent, contre les Sco-Ijjles, les Bostriches, les Hylesinus, les Liparis, le Limexylon navale et autres insectes xylophages qui dévastent nos forêts ou endommagent nos bois de construction? Qu’avons-nous pu contre YAlucite et la Calandre qui dévorent nos céréales? contre le Borer (Hesperia borbonica) qui, dans notre colonie de la Réunion, causait naguère tant de dommages aux plantations de cannes à sucre? contre la Pyrale qui, à diverses reprises, a ravagé nos vignobles les plus productifs et les plus renommés ?
- Quelques mots sur le Phylloxéra vastatrix et sur les moyens proposes pour le détruire. — En parlant des insectes nuisibles à l’agriculture, nous ne saurions nous dispenser de dire un mot de l’un de
- ses ennemis les plus redoutables et, à bon droit, actuellement les plus redoutés. On comprend qu’il s’agit de ce puceron à vie en grande partie souterraine, auquel M. le professeur Planchon a donné le nom, hélas! trop mérité, de Phylloxéra vastatrix.
- Venu probablement d’Amérique, il y a quelques années à peine, observé pour la première fois dans le Gard en 1865, et aux environs de Montpellier en 1868, le Phylloxéra étend aujourd’hui de plus en plus ses ravages, et, malgré le haut prix1 attaché à sa destruction, il continue à pulluler d’une manière effrayante.
- Tantôt fixé aux racines les plus ténues, qu’il ne tarde pas à faire périr en les épuisant ; tantôt pi-
- 1 On sait que, le 22 juillet 1874, l’Assemblée nationale a institué un prix de 300 000 francs, en faveur de celui qui trouvera un moyen économique et vraiment efficace pour détruire le Phylloxéra.
- p.388 - vue 392/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 589
- quant les feuilles de son bec aigu et y faisant naître ees excroissances vulgairement désignées sous le nom de galles; tantôt donnant naissance, sans fécondation préalable, à des petits privés de sexe ; tantôt déposant, dans ou sous l’écorce fendillée du cep, des œufs destinés à passer l’hiver et à reproduire l’espèce au printemps, il se dérobe, sous toutes ses formes, aux poursuites du viticulteur, et dessèche, sous ses yeux mêmes, ces pampres verdoyants qui, naguère encore, faisaient son orgueil, sa joie et son espoir *.
- Aujourd’hui, plus de vingt-cinq départements viticoles sont atteints par le tléau, et parmi eux figu-
- rent presque tous nos départements du Midi, celui de Lot-et-Garonne y compris « Caveant consules ! » car l’ennemi est vraiment à nos portes.
- On le voit, le mal est grand, il est immense. Mais que faire pour l’empêcher d’arriver jusqu’à nous, ou pour le détruire si jamais il envahissait le pays toulousain?
- Malgré la grande et juste autorité de quelques savants agronomes qui, avec l’illustre M. Dumas, recommandent, comme moyeu de destruction contre le Phylloxéra, les sulfocarbonates alcalins ou le sulfure de carbone (qu’il est si difficile de faire parvenir sûrement et directement jusqu’à l’insecte destruc-
- Fij. 2. — Carabe doré et sa lama (Carabus auratus). Carabe dévorant un hanneton.
- tenr), je n’ai, je l’avoue, qu’une foi très-modérée dans l’efficacité de ces moyens. Je regarde comme dangereux pour la vigne le badigeonnage du cep avec un mé/ange d’huile lourde et de goudron, avec le pétrole, la térébenthine, le coaltar, etc.
- Je ne parle pas de cette foule presque innombrable de prétendus remèdes plus bizarres les uns que les autres, dont les auteurs n’ont pas hésité à vanter les vertus curatives, même au sein des Académies2.
- * La Nature ayant, à maintes reprises, parlé du Phylloxéra et de ses ravages, nous croyons inutile d’entrer aujourd’hui dans de plus longs détails relativement à l’histoire naturelle de cet insecte.
- * Plus de six cents procédés ont été soumis par leurs auteurs à l’Académie des sciences de Paris.
- Que n’a-t-on pas proposé pour guérir le mal actuel? On a essayé de tout : les cendres du Vésuve, la suie, l’urine de vache et même l’arrosage de la vigne avec du vin blanc. Mieux vaut encore la submersion temporaire des ceps, quand toutefois elle est possible ; ce moyen coûte moins cher que le vin blanc; mais est-il beaucoup plus efficace? 11 est permis, jusqu’à présent, d’en douter. Est-ce sérieusement qu’un chimiste, justement célèbre, nous conseille, pour empêcher les ravages du Phylloxéra, de lui inoculer ces parasites de nature ambiguë {Corpuscules de Cornulia), auxquels on attribue généralement la maladie et la mort des vers à soie? Enfin, que penser du procédé qui consiste à remplacer les cépages indigènes par des cépages améri-
- p.389 - vue 393/432
-
-
-
- 390
- LA NATURE.
- cains ? N’est-ce pas vouloir, de gaieté de cœur, introduire l’ennemi dans la forteresse1 ? La reconstitution des vignobles au moyen des semis, conseillée par M. Luzerges, membre de la Société des sciences physiques et naturelles de Toulouse, semblait être un procédé tout à fait rationnel. Malheureusement, paraît-il, l’expérience n’a pas toujours confirmé les espérances que cette idée avait fait naître.
- Quant aux autres procédés jusqu’à présent mis en œuvre, voici comment s’exprime à cet égard le savant rapporteur de la Commission de l’Hérault, M. Henri Marès :
- « En somme, depuis quatre années, la Commission a essayé l’action de tous les agents proposés Jmme susceptibles, soit de détruire le Phylloxéra, soit d’agir sur les ceps comme engrais. Les résultats qu’elle a obtenus jusqu’à présent ont été négatifs à l’égard de la destruction du Phylloxéra ; aucun insecticide n’a pu en délivrer les ceps sur lesquels s’est montré cet insecte, et dans un grand nombre de cas, l’application des insecticides isolés est nuisible à la vigne et précipite sa fin2. »
- Voilà la vérité vraie ; elle est triste, mais il faut l’accepter telle qu’elle est, et faire de nouvelles tentatives pour empêcher, s’il est possible, l’insecte dévastateur d’étendre partout ses ravages. « Le pire pour la vigne en ce moment, dit M. Duiras, ce serait de ne rien faire du tout. »
- « Aide-toi, le ciel t'aidera » est un précepte sage, et nous aimons à le voir mettre en pratique. Que les savants continuent donc à étudier les moyens de détruire le Phylloxéra; qu’ils continuent, comme le leur conseille M. Édouard Perris, à étudier les insectes nuisibles à l’agriculture : mais qu’ils hésitent à faire grand bruit de leurs travaux au point de vue de l’intérêt agricole ; que les agriculteurs poursuivent sans relâche l’œuvre d’extermination des nombreux ennemis qui les entourent : mais qu’ils sachent que leur pouvoir a des limites très-bornées, et que sans les auxiliaires que leur réserve la Nature (les Insectes carnassiers, les Ichneumo-nides, les Oiseaux insectivores, etc.), ils n’arriveront jamais à de grands résultats3. »
- En effet, ici encore, le passé nous permet de préjuger l'avenir. Docteur N. Joly (de Toulouse),
- Correspondant de l’Institut.
- 1 Nous devons dire cependant que la Commission centrale de la Dordogne, et d’autres avec elle, recommandent expressément ce procédé, dangereux à nos yeux et aux yeux de beaucoup de jugesplus compétents que nous. (Voy. le Rapport présenté au Conseil général de la Dordogne par le docteur II. Jaubert, président de la Commission, page 10.)
- 2 Rapport de la Commission départementale de l’Hérault sur les procédés appliqués aux champs des expériences du Mas de las Serres, près Montpellier, sur les vignes attaquées par le Phylloxéra, par M. Henri Marès, président de la Commission. Voy. Bulletin de la Soc. d’agriculture de l’Hérault, année 1876, page 118.
- 5 Édouard Perris. Quelques considérations sur les insectes nuisibles à l’agriculture, page 34. Broch. in-18.
- 1 5e RÉUNION ANNUELLE
- DES DÉLÉGUÉS DES SOCIÉTÉS SAVANTES A LA SORBONNE (AVRIL 1877)
- SCIENCES NATURELLES
- (Suite et fin. — Voy. p. 346, 362 et 378.)
- Des envahissements de la mer aux environs de Coûtâmes. — A la première vue de nos côtes normandes actuelles, en observant un état identique d’une année à l’autre, on serait tenté de reléguer au rang des fables ces traditions que racontaient encore, il y a une quarantaine d’années, les vieillards du pays, à savoir que les îlesChausey tenaient autrefois à la terre ferme, qu’il existait, à la place occupée aujourd’hui par la mer, une vaste forêt connue sous le nom de forêt de Scissy, que Jersey n’était séparée de la terre ferme que par un bras de mer, de sorte que l’évêque de Coutances passait à marée basse sur une planche, quand il faisait sa visite dans celte île soumise à sa juridiction ecclésiastique. Cependant les documents historiques sont conformes à ces légendes, et on doit admettre, démontre M. Quénault, de la Société académique du Cotentin, un envahissement considérable et progressif de la mer, sur le littoral normand et breton, depuis l’ère chrétienne.
- M. Quénault a d’abord cru seulement à l’élévation des flots par faction combinée des vents, des courants et des marées, mais ses recherches persévérantes, et surtout les découvertes nombreuses d’anciennes forêts, font amené à partager l’opinion des géologues anglais, qu’un affaissement graduel du sol, qui se continue encore en ce moment, peut seul expliquer ces redoutables phénomènes. Il a constaté lui-même à Bricqueville-sur-mer, à Bréhal, à Ilauteville-sur-Mer, dans la Manche, et à Asnelles, dans le Calvados, des arbres tenant encore par leurs racines au sol sur lequel ils ont végété, et qui sont couverts de 8 à 14 mètres d’eau pendant les grandes marées (j’ai vu il y a deux ans des restes de ces anciennes forêts sur les plages qui avoisinent Asnelles). En outre des rochers qui se dé-couvraieut autrefois à toutes les basses mers, restent toujours invisibles aujourd’hui, et le tirant d’eau de petits ports a augmenté. En certains endroits on a vu, à marée basse, les traces de chemins charretiers, où les roues avaient laissé de larges empreintes dans la pierre, à plusieurs kilomètres des rivages actuels.
- Les côtes de Jersey et deGuernesey s’affaissent régulièrement depuis le quatorzième siècle. Des chartes authentiques, découvertes à Jersey, constatent qu’en 1356 on* conduisait des animaux à la pâture dans la forêt de Saint-Ouen, qui aujourd’hui est couverte de 15 mètres d’eau, aux hautes mers des grandes marées.
- Par compensation, pendant que le sol continue à s’affaisser en France, en Angleterre et en Hollande, il se relève à partir du Danemark et de la Suède, sur une immense aire de dénivellement.
- Dislocations des terrains du Quercy.—M. Rey-Lescure, de Montauban, a étudié les dislocations qui se sont produites dans les terrains du Quercy et d’une partie du sud-ouest de la France. Leur direction est le plus souvent nord-nord-ouest, et parfois une autre perpendiculaire, est-nord-est, direction qui est aussi sensiblement celle d’une bande de terrain éocène lacustre, traversant le pays sur
- p.390 - vue 394/432
-
-
-
- LA NATURE.
- ?yi
- une grande longueur. C’est après le soulèvement des Pyrénées que ces dislocations récurrentes se sont produites, et elles sont en relation avec des produits d’émission souterraine (bauxite, phosphates, limonites). En outre, un affaissement a dû se manifester à l’époque jurassique.
- ' Caries géologiques du Cantal. — M. Fouqué, professeur de géologie au Collège de France, a présenté des cartes géologiques du Cantal, dressées par M. Rames, distinguant six dépôts successifs dans les formations volcaniques de ce massif. Il y a eu un cratère dans le Cantal, et M. Fouqué a reconnu dans ses déjections la néphéline, la hauyine et un spinelle. Après cette présentation, et tout à fait à propos, puisqu’il s’agit de roches volcaniques, M. Fouqué a donné, au vif intérêt de l’auditoire, un résumé de ses remarquables travaux sur la reconnaissance, au moyen de la lumière polarisée, des minéraux microscopiques des roches.
- Nous terminerons ce compte rendu par une remarque générale. Il y a fort peu de travaux de médecine présentés, et la plupart de ceux annoncés ne sont pas exposés par leurs auteurs, qui font défaut. Les praticiens se plaignent, non sans raison, qu’il n’y ait pas une section spéciale de médecine et de chirurgie. Ils auraient alors un auditoire qui les comprendrait, et dans lequel des confrères pourraient discuter leurs assertions. Nous espérons que cette amélioration aux concours annuels de la Sorbonne sera comprise par l’administration supérieure.
- Maurice Girard.
- —
- LE CANAL DE L’EST
- Le canal de l’Est est assurément la plus importante des entreprises de travaux publics que l’on exécute en ce moment en notre pays, puisqu’il a pour but d’ouvrir une communication directe entre les bassins de la Meuse, de la Moselle et celui de la Saône, c’est-à-dire entre le nord et le midi de la France. Gette communication existait avant la guerre, quoique d’une façon détournée, par le canal du Rhône au Rhin, et par celui de la Meuse au Rhin, en passant par Mulhouse et Strasbourg. Mais cette voie, qui est perdue pour nous, était un peu longue; les mariniers se plaignaient qu’il n’y eût pas un tirant d’eau suffisant en toute saison ; et d’ailleurs, malgré l’embranchement construit il y a peu d’années, dans la vallée de la Sarre, il n’y avait pas de prolongement vers le nord. Les houilles de Belgique ne pouvaient arriver aux usines qui environnent Nancy.
- Aussi s’occupa-t-on dès 1871, d’étudier la grande voie navigable qui s’appelle aujourd’hui le canal de 1 Est. Un coup d’œil sur une carte de France fera voir de quoi elle se compose. D’abord, la Meuse sera canalisée depuis son entrée à Givet sur le territoire français jusqu’à Troussey, auprès de Toul, au moyen d’écluses et de barrages mobiles, déjà décrits dans la Nature*.
- Entre Troussey et Toul, la nouvelle ligne empruntera le canal de la Marne au Rhin, dont le mouillage, qui n’est que de lm,60, sera porté à 2 mètres. Puis, à
- <-i Voy; le numéro du'22 mai 1875 '
- partir de Toul, c’est la Moselle qui sera canalisée jusqu’à Golbey, à 3 kilomètres en aval d’Épinal. En ce dernier point, commencera un canal à point de partage qui, s’élevant d’écluse en écluse, atteindra près du village de Giraucourt le faîte des Vosges, à l’altitude de 361 mètres, redescendra de même l’autre versant de la montagne pour aboutir à Port-sur-Saône. L’amélioration de la Saône en aval de Port-sur-Saône, s’exécute en ce moment par des travaux qu’a autorisés une loi votée en 1874.
- Le parcours de la nouvelle voie navigable est de 277 kilomètres sur la Meuse, entre Givet et Troussey, de 20 kilomètres sur l’ancien canal de la Marne au Rhin, et de 183 kilomètres entre Toul et Port-sur-Saône, soit en tout 480 kilomètres, et 500 en y ajoutant des embranchements prévus sur Nancy et sur Epinal. La dépense est évaluée à 65 millions, ou 150 000 francs par kilomètre en moyenne.
- Le canal de l’Est se raccordera avec les autres canaux déjà ouverts à la navigatiou. De plus, il a été considéré avec raison par les ingénieurs militaires comme un moyen utile de défense dans le cas d’une autre invasion; car c’est en réalité un large fossé qui court au pied des Vosges. Quant au profil en long de la frontière franco-belge à Troussey, le niveau s’élève régulièrement au moyen de 59 écluses assez espacées. Le bief de Papny, situé sur le canal de la Marne au Rhin, est un bief de partage des eaux pour le canal de l’Est. Celui-ci redescend ensuite à Toul par 15 écluses ; puis il lui faut 50 écluses pour gravir la pente des Vosges, qu’il atteint au bief de Giraucourt, et 51 pour en redescendre jusqu’à Port-sur-Saône, qui est juste de la même altitude que Toul. U y a en tout 177 écluses. Elle sont très-rapprochées les unes des autres dans le voisinage des deux biefs de partage ; c’est une disposition commune à tous les canaux qui franchissent une chaîne de montagnes.
- Les écluses du canal de l’Est doivent avoir 5m,20 de large et 40 mètres de long. Le mouillage étant de 2 mètres, ce qui permet de naviguer avec un tirant d’eau de lm,80, les bateaux pourront jauger 275 tonnes. Dans ces conditions, on fait des transports économiques, à prix beaucoup plus réduit que les chemins de fer au moins pour les gros chargements. Cependant, quelques personnes ont regretté que les écluses ne fussent pas construites tout de suite avec un gabarit plus large et plus long, en sorte de permettre, par exemple, le passage des bateaux picards de 400 à 500 tonneaux qui circulent sur des rivières telles que la Seine et l’Oise.
- A quoi servira ce futur canal de l’Est? Quel en sera le trafic? On n’ignore pas que les évaluations à: priori pour le trafic des chemins de 1er..ou des canaux, sont toujours assez aléatoires. Toutefois, on peut admettre déjà, qu’il entrera en France de ce. côté, autant de houille que par le canal de la.Sarpbre à 1 Oise, car les transports y seront à si bas prix, que. les houilles de Belgique non-seulement alimenteront le bassin de Nancy, mais iront encore dans le bassin
- p.391 - vue 395/432
-
-
-
- 392
- LA NATURE.
- de la Saône faire concurrence à celles de la Loire. Le département de Meurthe-et-Moselle expédiera des minerais de fer, des fontes, les produits de ses salines. Les Ardennes donneront des bois et des ardoises; la Meuse des pierres de taille et des céréales ; la Bourgogne échangera ses vins contre des matériaux de construction. On pense que les transports seront à peu près égaux dans les deux sens, ce qui est une condition très-favorable à l’économie de l’exploitation. On sait que sur la grande ligne de Paris à la frontière belge, sur cinq bateaux chargés qui arrivent, il y en a quatre qui repartent vides. En somme, les estimations les plus modérées portent à 500 000 tonnes le trafic qui passera de Civet à Port-sur-Saône, en une année; il est fort probable que ce chiffre sera doublé dans un avenir très-prochain.
- Ce n’est pas ici le lieu de décrire la combinaison financière qui a été imaginée pour terminer cette belle entreprise à bref délai. L’État ne pouvait fournir tout de suite les 65 millions nécessaires. Alors les cinq départements intéressés, Ardennes, Meuse, Meurthe-et-Moselle, Vosges et Haute-Saône, se sont syndiqués pour en faire l’avance. Les travaux sont poussés avec la plus grande activité. Malgré les difficultés d’exécution, que l’on doit nécessairement rencontrer en plusieurs points de ce long parcours, on compte que le canal de l’Est sera achevé en 1882. Ajoutons que la direction des travaux est confiée à M. Frécot, inspecteur général des ponts et chaussées. H. Blerzy.
- LE PALMIER-DATTIER ET SES FRUITS
- Depuis un temps immémorial, la datte est le principal aliment des nomades du désert arabique. Une poignée de dattes et une gourde remplie d’eau forment la nourriture de millions d’êtres humains en Arabie comme dans le nord de l’Afrique. Certains ethnologues ont atti’ibué à ce maigre régime une grande partie des qualités du peuple qui s’en contente. Buckles, qui trouve dans la consommation incessante du riz par les Indous, la cause de leur penchant au merveilleux, de l’inertie de leur esprit et du dégoût delà vie si manifeste chez cette nation, croit pareillement que le tempérament des Arabes est une conséquence de leur végétarisme. Il fait observer que le riz contient une proportion considérable d’amidon, quelque chose comme 83 ou 85 pour 100. Selon lui, les dattes renferment absolument les mêmes substances alimentaires que le riz, avec la seule différence qu’ici l’amidon se convertit en sucre. Par conséquent, vivre d’une nourriture semblable, ce n’est point satisfaire sa faim; et la faim, comme tous nos autres besoins, même quand elle est satisfaite en partie, influe grandement sur l’imagination. Ce fait biologique, dit Peschel, est comme la cause des jeunes rigides prescrits par la religion, d’ailleurs si différente, jeûnes que s’im-
- posent les chamans (prêtres, sorciers) dans toutes les parties du monde, quand ils veulent se mettre en communication avec les puissances invisibles. Toutefois Buckle et Peschel ne sont pas d’accord sur l’influence que l’alimentation, ayant la datte pour base unique, peut exercer sur une nation.
- Peschel remarque que, sans doute, nul ne contestera la réaction produite sur les facultés mentales de l’homme par la nature de son régime nutritif ; toutefois, ajoute-t-il, le tempérament varie suivant la différence des comestibles; mais nous sommes encore loin d’avoir déterminé les effets permanents d’une nourriture quotidienne, d’autant plus que notre estomac jouit, à un haut degré, de la faculté de s’habituer aux mets divers qu’il absorbe ; c’est au point que les narcotiques, souvent consommés, finissent par perdre leur vertu. Le même auteur ajoute que le régime de la datte produit des tribus indépendantes et guerrières, dont le caractère ne ressemble nullement à celui des Indous, chez qui le riz est la nourriture exclusive.
- Le lecteur donnera, au choix, raison soit à Buckle soit à Peschel. L’influence de la datte doit être éminemment bienfaisante, vu le grand nombre d’individus que ce fruit fuit vivre. Suivant la tradition, les Assyriens déclaraient qu’il était impossible d’exagérer la valeur de la datte ; car ils avaient trouvé trois cent soixante usages différents auxquels on pouvait appliquer les feuilles, le fruit, la sève et le bois du dattier. La religion mahométane fait de cet arbre l’emblème de la droiture et ajoute qu’il naquit miraculeusement déjà adulte, sur un ordre du prophète. Les branches de palmier figurent comme symbole de réjouissance dans les cérémonies chrétiennes et, en Palestine, le nom de la datte et du dattier jouent un grand rôle dans la nomenclature des villes. Béthanie signifie une maison de dattes. L’ancienne Palmyre était la ville des palmiers et Ta-mar, une des femmes dont parle la Bible, portait, dans la langue des Hébreux, un nom qui signifiait palmier. Entre le littoral du nord de l’Afrique et le grand désert de Sahara, se trouve le Biledulcljérid, vaste contrée, nommée pays des dattes, parce qu’elle produit ce fruit en abondance.
- Dans ce pays, la datte, comme article de nourriture, est classée avec la prune, la figue et le tamarin, et forme une alimentation de luxe '.
- Cet arbre magnifique atteint parfois une hauteur de 80 pieds (27 mètres), et porte à sa cime une clc-
- 1 Nous voyons qu’on l’apporte aux marchés en très-grandes quantités, entassées dans des corbeilles grossièrement confectionnées avec des feuilles de dattier desséchées. Les dattes, récoltées quand elles sont mûres et tendres, sont enfoncées dans ces récipients de manière à former presque une pâte, qui n’est pas toujours de la dernière propreté. Leur sucre naturel les aide à se conserver ; mais après qu’on les a gardées longtemps, elles deviennent sèches et dures. Cela les rend impropres à être mangées ; cependant on les vend aux marchands colporteurs, après avoir essayé de les amollir, ce qui naturellement ne se fait pas sans qu’elles perdent de leur arôme. Ces marchands les débitent dans les rues. Les dattes, à l’état de pâte, ne plaisent pas aux amateurs; de notre côté, nous ne
- p.392 - vue 396/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 393
- gante couronne de feuilles en panache. Le tronc est extrêmement rude et épineux ; les grappes de fleurs, qui apparaissent au centre des feuilles, sont ligneuses et contiennent elles-mêmes des ramifications
- fleuries ; on a compté plus de H 000 fruits sur un palmier mâle. Comme les fleurs sont uni-sexuées, on est forcé de répandre le pollen des fleurs mâles sur les fleurs femelles, si l’on veut avoir une
- Récolte de dattes à Ceylan.
- copieuse récolte; à cet effet, on incise les fleurs
- serions guère ragoûtés à la vue des grappes de dattes desséchées et insipides, qui remplissent les poches des Arabes.
- Le dattier (phœnix dactylifera) est l’espèce la plus importante des douze qui forment le genre palmier Cet arbre offre un aspect tout à fait imposant.
- mâles quand le pollen est arrivé à sa maturité. Le dattier donne des fruits depuis l’âge de six ans jusqu’à celui de dix ans ; après cela il peut rester plus de dmix cents ans sans en produire.
- On se fera une juste idée du dattier à l’état de pleine fécondité, en examinant notre gravure,
- p.393 - vue 397/432
-
-
-
- 394
- LA NATURE..
- faite d’après le croquis d’un voyageur. On y verra, en outre, la manière de récolter les dattes, dans l’ile de Ceylan, où elles abondent, un seul arbre fournissant souvent de 1 à 4 quintaux (de 50 à 200 kilogrammes) de fruits. La grandeur et la qualité des dattes varient au point que, dans les oasis du Sahara, on compte 46 espèces différentes de ce fruit. Le dattier et ses fruits sont utilisés de bien des manières. Le tronc fournit de l’amidon ainsi que du sagou de deuxième classe. On en fait des maisons, des barques, des palissades, du combustible, etc. Les feuilles servent de paradis et de parapluies, de tuiles, de corbeilles, de brosses, de nattes, etc.; bref, elles entrent dans la confection d’innombrables ustensiles. A leur base est une fibre dont on fabrique d’excellentes ficelles. Quand on incise le cœur de la feuille, il en sort un jus "épais et semblable au miel, qui à la suite de la fermentation se convertit en un vin appelé toddy par les Indiens. On en fabrique aussi du vinaigre, ou bien, par la décoction, on le réduit à l’état de sucre. Les jeunes pousses, quand on les fait cuire, ont le goût de l’asperge; quant aux dattes elles-mêmes, on les fait sécher, puis on les pulvérise, et de cette farine on fabrique du pain C
- LES NOUVEAUX LABORATOIRES
- Dü MUSÉUM DE PARIS.
- (Suite. — Voy. p. 54 et 162.)
- MALACOLOGIE.
- Le laboratoire de malacologie, dont la distribution a été commencée par M. Deshayes et achevée par M. Edmond Perrier, son successeur, occupe la moitié droite du deuxième étage et la partie correspondante des combles, dans le bâtiment que nous avons vu occupé au premier et au rez-de-chaussée par le laboratoire de mammalogie et d’ornithologie.
- En entrant, on se trouve dans un corridor sur lequel s’ouvrent, outre la porte d’entrée, trois autres portes. Celle qui fait face, en entrant, donne dans une pièce servant d’atelier, destinée au préparateur et au garçon de laboratoire. Dans cette salle, située au nord sur la cour d’entrée et éclairée par des fenêtres occupant presque entièrement une de ses parois, se trouvent les bocaux de toute taille, nécessaires journellement à la préparation des pièces dans l’alcool, les instruments et l’établi destinés au montage sur cuivre des stellérides, des oursins et de certaines coquilles volumineuses. Par la porte qui se trouve à droite en entrant, on pénètre dans une pièce servant de salle d’attente et de conversation, où sont reçus les visiteurs qui ne désirent pas faire de recherches, de manière que dans les autres pièces le travail ne soit jamais gêné par les allées
- 1 Traduit du Scientific American.
- et les venues des personnes étrangères au laboratoire. Cette pièce contient les divers catalogues sur cartes ou sur registres, les dessins servant aux démonstrations, les préparations microscopiques. C’est une sorle de dépôt des archives du laboratoire. La bibliothèque y sera également installée.
- Par la porte située à gauche, à l’extrémité du corridor, on pénètre dans une splendide galerie de 17 mètres de long sur 5 mètres de large, abondamment éclairée au nord et au sud. Cette vaste salle est destinée aux conférences pratiques du professeur et aux travaux de détermination qui demandent un grand étalage de coquilles. Deux grands meubles à rallonges et à tiroirs, des tables de dimensions analogues permettent d’avoir sous les mains et sous les yeux toutes les pièces nécessaires aux comparaisons les plus multipliées. Dans les armoires vitrées, qui garnissent les parois de cette salle, sont disposées les collections d’éponges et de lui liciers dans l’alcool, les différentes collections déjà étudiées et qui n’atlendent que le travail du préparateur pour être envoyées aux galeries, enfin les échantillons transportés des galeries sur la demande des personnes désirant en faire une étude, et à qui une installation peut être donnée dans cette salle.
- En face de la porte par laquelle on pénètre dans la grande galerie, se trouve l’entrée du cabinet du professeur. Grâce au concours précieux que l'architecte M. André n’a cessé de prêter au personnel, tout ce qui peut faciliter le travail du naturaliste a été réuni dans le cabinet. Yis-à-vis la large fenêtre qui éclaire la salle d’une lumière venant du nord, la meilleure pour les études microscopiques, se trouve une grande table à dissection dont le dessus est noirci, pour éviter l’effet gênant de la lumière réfléchie sur l’observateur. Tout un système de planchettes permet de rallonger la table principale, et sans déranger les instruments et les préparations qui se trouvent sur celle-ci, l’observateur peut disposer autour de lui tout ce qui lui est nécessaire pour prendre des notes ou dessiner. Plus loin se trouve le bureau qui sert au travail de cabinet proprement dit. Sur une table eu lave émaillée peuvent être faites les nombreuses manipulations chimiques que nécessitent les recherches d'histologie; un évier sur lequel s’ouvrent deux robinets sert pour les injections, ou bien l’on y peut disposer de petits aquariums, quand il est nécessaire d’élever ou d’entretenir des animaux vivants. Des prises de gaz permettent les diverses manipulations où la chaleur intervient. Cette salle contient en outre les différents objets que le professeur peut avoir à étudier.
- Ce cabinet communique, par un cabinet de débarras, avec celui d’un aide-naturaliste, disposé à peu près de la même façon, mais recevant son jour du côté du sud.
- En face de la porte de cette pièce, donnant dans la grande salle à détermination, se trouve l’entrée d’un second cabinet d’aide-naturaliste, disposé tou-
- p.394 - vue 398/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 59 5
- jours sur le même plan. Cette salle a encore une porte donnant sur le palier; c’est celle qui se trouve à droite vis-à-vis de l’entrée du laboratoire.
- Dans toutes ces salles sont disposées des armoires vitrées, avec soubassements à tiroirs, destinées à contenir les collections nouvellement arrivées, et celles qui servent aux études du personnel.
- Toutes les pièces de ce laboratoire sont éclairées par d’immenses fenêtres. Elles sont spacieuses et toutes pourvues de gaz et d’eau, avantage inappréciable pour les naturalistes du Muséum qui, sous ce rapport, n’avaient pas été gâtés jusqu’ici.
- Si nous passons maintenant dans les combles, nous trouvons une installation moins brillante, mais qui a aussi son importance. La première pièce que l’on rencontre à gauche est celle du dessinateur. C’est là que se font en partie les dessins nécessaires au cours du professeur. Elle contient en outre des meubles mobiles et fixes où sont placés des doubles fossiles. Vis-à-vis d’elle se trouve une pièce servant de magasin, et où sont établies les machines, telles que tour ordinaire, tour d’opticien, presses, établi de menuisier, lampe d’émailleur, qui sont d’un usage constant pour le montage des objets de la collection.
- Ces deux pièces donnent dans une grande salle située au-dessus de la galerie du second étage. Celle-ci est destinée aux gros travaux d’anatomie et aux recherches des élèves. Le laboratoire de zoologie expérimentale, établi à Roscoff par M. de Lacaze-Duthiers, n’a cessé, pendant toute la durée du cours deM. Perrier, d’envoyer régulièrement pour les démonstrations pratiques, des collections nombreuses des animaux les plus délicats et les plus élégants vivant sur nos côtes. Grâce à l’habileté du gardien du laboratoire, Charles Marty, ces animaux arrivaient en parfaite santé, et ont plus d’une fois émerveillé les personnes qui suivent les conférences. Ces animaux pourront être mis à la disposition des étudiants, désireux de se familiariser avec les animaux invertébrés marins. Les naturalistes sont assurés de rencontrer au laboratoire du Muséum, chargé de cette partie de l’enseignement, des facilités et des matériaux de travail, qu’ils ne pourraient trouver ailleurs, ainsi qu’un personnel désireux de les assister de tout son pouvoir.
- La salle d’anatomie donne entrée par deux portes dans une autre salle identique, située au-dessus des cabinets du professeur et de l’aide-naturaliste. Cette dernière renferme une série de meubles à tiroirs, renfermant les coquilles en double, et peut encore, au besoin, être utilisée pour des travaux d’anatomie.
- Outre ces deux étages, le laboratoire possède encore dans la cour d’entrée un petit bâtiment attenant à la loge du concierge. C’est là que se fait, dans une pièce dallée et bitumée, l’ouverture des caisses d’envoi et les lavages nécessitant une grande quan-lité d’eau. C’est aussi là que sont placés les doubles dans l’alcool et les provisions d’alcool, qu’il serait peut-être imprudent de placer dans le magasin des
- combles. Cette pièce contient aussi un grand bac, où l’on peut élever des animaux d’eau douce, et que l’on peut alimenter au moyen d’un courant d’eau continu.
- Enfin, on a accordé au laboratoire dans la cour du sud une assez vaste étendue de terrain, où l’on construira prochainement un bâtiment très-éclairé, et dans lequel seront établis des aquariums d’eau douce et d’eau de mer, où l’on pourra élever et étudier un nombre considérable d’animaux marins, qui supportent mieux qu’on ne pense le séjour de Paris. Au laboratoire de la Sorbonne, quelques bryozoaires marins vivent depuis plusieurs mois, et ont pu se reproduire dans de simples cuvettes.
- Dans la petite cour adjacente à ce bâtiment va être creusé un bassin, où l’on pourra élever des mollusques et des poissons destinés aux études si importantes que soulèvent la reproduction et les migrations d’un animal à un autre, des Helminthes ou vers parasites.
- Ainsi la nouvelle installation, peut-être encore un peu à l’étroit, au moins tant que les nouvelles galeries que l’on se propose de construire ne seront pas terminées, est bien au-dessus de celle de l’ancien laboratoire, où tous les envois nouveaux, les doubles, étaient entassés les uns sur les autres, où les pièces très-petites, manquant de lumière, d’eau et de gaz, étaient insuffisantes même pour les employés du laboratoire, et où on ne pouvait par conséquent recevoir que bien peu d’élèves et de travailleurs. Grâce aux heureuses dispositions qu’il a adoptées, grâce à l’inépuisable complaisance qu’il a su mettre au service des professeurs, l’architecte du Muséum, on peut le dire, a élevé dans ce bel établissement des laboratoires dont l’installation égale et dépasse meme ce que l’on a fait de mieux à l’étranger. Dr Z.
- LE
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- MARS 1877.
- La température de mars, comparée à celle des mois correspondants depuis 1870, a été plus élevée que les années précédentes sur les États de l’Atlantique et du golfe du Mexique ; au contraire elle a été plus froide dans les régions continentales. Les quantités de pluie tombée, considérables dans l’est, diminuent avec la distance à la côte et atteignent leur minimum sur les régions élevées, où prennent leur source les affluents de la rive droite du Missouri.
- Douze bourrasques ont été suivies en mars pendant leur passage sur les États-Unis ; quelques-unes ont été précédées par une baisse du baromètre sur la côte de l’océan Pacifique; mais en général elles se sont formées sur le versant oriental des Montagnes Rocheuses, et leurs trajectoires, après s’être plus ou
- p.395 - vue 399/432
-
-
-
- 396
- LA NATURE.
- moins infléchies vers le sud, se sont releve'es parallèlement à la côte atlantique, pour disparaître, comme celles de février, vers le golfe Saint-Laurent. La plus intense de ces bourrasques est celle qui s’cst formée le 21 vers le Missouri supérieur; accentuant encore la marche commune, elle a d’abord marché vers le sud jusqu’au golfe du Mexique, puis elle a repris lentement la direction du nord-est ; ce n’est que le 30 qu’elle a disparu sur l’Atlantique à la hauteur du golfe Saint-Laurent. Elle a donné lieu à de fortes pluies, et son passage a été suivi par des chutes de neige qui, en certains endroits, ont atteint 50 centimètres d’épaisseur.
- Le 9, une brillante aurore boréale a été observée en cinquante-six stations du Signal-Service; le 19, une forte secousse de tremblement de terre a été ressentie à Kingston (île de la Jamaïque).
- COSTUME DE GUERRE AU XIe SIÈCLE
- d’après la nouvelle galerie du musée d’artillerie.
- La nouvelle et remarquable galerie ouverte au Musée d’artillerie comprend, comme on l’a dit précédemment1, trente-six personnages vêtus des costumes de guerre qui se sont succédé depuis Charlemagne jusqu’à nos jours ; ces costumes ont été reconstitués par M. le lieutenant-colonel Le Clerc, conservateur actuel du Musée d’artillerie, d’après les documents les plus précis, et les plus complets. La galerie des costumes de guerre est certainement une des plus intéressantes curiosités de Paris, et il n’y a pas lieu d’être surpris que dès son ouverture elle ait obtenu de la part du public éclairé le plus grand et le plus légitime succès.
- Il serait curieux de donner la reproduction exacte des trente-six personnages exposés au Musée d’artillerie. Mais on conçoit qu’une semblable description nécessiterait un cadre beaucoup plus grand que celui dans lequel nous devons nous enfermer ici. Nous sommes contraints de nous borner à présenter à nos lecteurs un de ces personnages. Le soldat normand du onzième siècle, reconstitué d’après la tapisserie de Bayeux, offre un intérêt particulier, c’est celui que nous avons choisi.
- fie soldat est revêtu de l’armure de maille, appelée haubert. Une épée à deux mains est pendue sur sa poitrine à l’aide de bandelettes de cuir. Il est coiflé du heaume, casque conique à nasal qui paraît avoir une origine normande ou Scandinave. « Ce qui n’est pas douteux, dit M. Viollet-le-Duc dans son magnifique Dictionnaire du mobilier français, c’est que ce casque conique à nasal se trouve très-fréquemment indiqué sur les monuments du onzième siècle, et qu’il est adopté jusqu’à la fin du douzième siècle. Sur la tapisserie de Bayeux,
- * 185,16 décembre 1876, p. 47.
- les Saxons et les Normands sont vêtus et coiffés de la même manière et portent tous le casque conique ou à tymbre elliptique, avec large nasal. »
- Le conquérant du onzième siècle tient de la main gauche un grand bouclier ou écu. « Les Normands au commencement de la conquête d’Angleterre portaient de longs écus peints bordés de métal, et dont les enarmes étaient disposées de telle sorte, qu’on pouvait les tenir horizontalement ou verticalement. La tapisserie de Bayeux. nous fournit à cet égard de précieux renseignements. Ces écus avaient environ
- Fig. 1. — Fragment de la tapisserie de Bayeux, montrant un cavalier du onzième siècle.
- lm,30 de haut sur 0m,56 de largeur, près du sommet terminé par un demi-cercle. La pointe extrême était légèrement arrondie et ils étaient quelque peu cylindriques. On peut admettre que l’acuité de l’extrémité inférieure de l’écu était faite pour permettre de ficher cette pointe en terre. L’écu formait alors une palissade mobile devant un front. »
- La lance semblait être l’arme offensive la plus usitée. Notre soldat en tient une de la main droite. Elle est munie à sa partie supérieure d'un pennon triangulaire.
- « A dater du onzième siècle, ajoute M. Viollet-le-Duc, la lance est l’arme essentielle du cavalier, de l’homme d’armes. La hampe, dont la longueur ne dépasse pas 3 mètres ( neuf pieds ), atteint 5 mètres (quinze pieds) vers la fin du quatorzième
- p.396 - vue 400/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 397
- siècle. Cette arme bien maniée, et lorsque le cavalier sous l’armure de mailles, n’avait pas à redouter l’atteinte des flèches et quarreaux, était terrible. Les gens de pied ne pouvaient soutenir son choc, et rarement les hommes d’armes dans les combats, en venaient-ils à charger franchement en masse et à se mêler. L’un des deux partis tournait bride avant de sentir le bois. 11 en a toujours été de même, et rarement voit-on des escadrons se mêler.
- « La lance (arme d’hast pour charger) ne paraît pas avoir été d’usage chez les Mérovingiens, ni même pendant les premiers temps de l’époque carlovingienne.
- On ne voit apparaître cette arme sur les monuments figurés qu’au onzième siècle, et il semblerait qu’elle fût alors une importation Scandinave. Les Normands se servaient à la fois du javelot et de la lance, à cheval.
- « La tapisserie de Bayeux ne peut laisser de doutes à cet égard. Tantôt les cavaliers lancent un dard long, terminé par un fer barbelé ; tantôt ils chargent avec une lance de 3 mètres de longueur environ, et terminée par un fer losange ou en forme de feuille de sauge, à la douille duquel une flamme est attachée. Mais alors les cavaliers ne se servaient pas de la lance ainsi que le faisaient les hommes d’armes du treizième siècle, c’est-à-dire qu’ils ne mettaient pas le bois sous l’aisselle. Ils manœuvraient cette arme à peu près comme nos lanciers de ces derniers temps. Il fallait donc qu’elle ne fût pas trop pesante. »
- CHRONIQUE
- Carieux exemples d’acclimatation. — L’acclimatation de certaines espèces végétales ou animales, qui échoue quelquefois malgré les tentatives réitérées, se produit au contraire spontanément dans bien des circonstances; et parfois même elle réussit en dépit de tous les efforts que l’homme peut faire pour s’y opposer. C’est ainsi que l’Amérique nous a gratifiés du Phylloxéra vastatrix qui ruine en ce moment nos vignobles du Midi, et qu’elle ne tardera pas à nous envoyer le terrible « potato bug » (Do-ryphora decemlineata), déjà signalé en Suède et en Hollande, en attendant qu’elle nous expédie le « ver californien des tapis » (Anlhrenus lepidus), qui vient de faire son apparition dans l’État de New-York. — Il n’y a pas longtemps que M. Gonse signalait une autre importation américaine,YElodea ca-nadensis, plante aquatique dont la multiplication est si rapide qu’elle peut devenir un embarras pour la navigation.
- Heureusement, il n’y a pas que les espèces nuisibles qui s’acclimatent spontanément. Après la guerre de 1870, on a signalé sur divers points de la France, et dans la Somme notamment différentes plantes exotiques et surtout des graminées provenant des fourrages étrangers consommés par la cavalerie. Mais ces plantes fourragères n’ont pas persisté plusieurs années. — Il n’en est pas de même d’un petit mollusque du midi de la France, la Teslacella haliotidea, qui s’est complètement acclimaté auprès de Metz, ou il était arrivé dans la mousse servant à emballer les arbres fruitiers expédiés à un horticulteur. — La Société littéraire et scientifique de Manchester nous rapporte un exemple plus singulier encore d’acclimatation. Il s’agit
- p.397 - vue 401/432
-
-
-
- 398
- LA NATURE.
- d’un mollusque d’eau douce de l’Amérique du Nord, le Planorbis diîatalus, rencontré pour la première fois en 1869, à Pendleton et à Gorton, dans des canaux qui recevaient les détritus de l’épluchage du coton de deux filatures. Depuis, ce mollusque a pris un grand développement, en même temps qu’un charmant polype d’eau douce, le Plumatella repens, des branches mortes duquel le Planorbe paraît faire sa nourriture favorite. En étudiant toutes les circonstances de la découverte du mollusque, M. Rogers est arrivé à cette conclusion, qu’il avait été importé en Angleterre dans des balles de coton américain. Pendant la guerre civile d’Amérique, beaucoup de ces balles de coton avaient été employées comme défenses auprès des cours d’eau, ou comme barricades pour les bateaux. Quelques-unes avaient sans doute été submergées accidentellement, et la dessiccation qu’on leur avait fait subir avant de les vendre n’avait pas empêché le frai des planorbes adhérant aux fibres textiles, d’arriver à l’éclosion dans les canaux où les déchets de l’épluchage avaient été jetés. R. Vion.
- Nouveaux railwa; s de la banlieue parisienne.
- — Déjà dans la Nature (3e année, 1875, 1" semestre, p. 36, 2e semestre, p. 270) nous avons abordé ce sujet et nous continuons à tenir nos lecteurs au courant des améliorations réalisées dans nos moyens de transport. La compagnie du Nord vient d’inaugurer, le 5 avril, une des lignes qui restaient à conslruire dans nos environs, celle d’Epinay-sur-8eine à Beaumont-sur-Oise. Considéré au point de vue général, ce chemin de fer est la dernière section de la ligne de Paris à Amiens par Beauvais, actuellement complète et destinée à doubler la ligne d’Amiens par Chantilly et Clermont, qui ne pouvait plus suffire au transit. La nouvelle ligne, économisant pour Beaumont et Beauvais 10 kilomètres sur les anciens trajets, a une longueur de 1027 kilomètres. Concédée il y a huit ans, le 22 mai 1869, comme chemin de banlieue, d’Épinay à Lu-zarchespar Monsoult, le 15 juin 1872, la concession était complétée de Monsoult à Amiens par Beaumont.
- Plus près encore de Paris, la compagnie du Nord vient d’exécuter des travaux considérables, d’un côté pour relier par un embranchement de 3 kilomètres, concédé le 21 novembre 1873, le chemin de fer et les docks de Saint-Ouen à ses lignes ; de l’autre pour remplacer l’incommode passage à niveau qui réunissait celles-ci à la Ceinture par un raccordement composé presque en entier de quatre vastes ponts métalliques, passant au-dessus de la route de Saint-Denis, du fossé des fortifications, du boulevard militaire et du chemin de fer de Ceinture.
- Enfin, à 200 mètres plus loin, le syndicat de la grande Ceinture élève au-dessus de la route de Saint-Denis le viaduc du raccordement complémentaire de 3 kilomètres qui reliera dans quelques mois les chemins du Nord et de l’Est. Charles Boissay.
- Hypothèse sur l’origine des huiles minérales.
- — L’éminent chimiste russe, M. Mendeleeff, vient de publier dans le Berichte der deutsch. chem. ges., un intéressant mémoire dont la Revue suisse donne l’analyse. L’auteur ne croit pas que les huiles minérales proviennent de la décomposition de substances organiques, puisqu’on en trouve dans les terrains dévonien et même silurien en Pensylvanie, et que par conséquent elles devraient s’être formées dans des terrains encore plus anciens ne renfermant certainement que fort peu de débris organiques. Il admet que le centre de la terre doit renfermer une grande masse de métaux et surtout du fer, plus ou moins carburés, et ce
- serait d’après lui des carbures métalliques qui, sous l’influence de l’eau, de la chaleur et de la pression, se décomposeraient en donnant des oxydes métalliques et des carbures d’hydrogène saturés.
- Le prix extraordinaire de l’Académie des sciences. — Nos lecteurs savent que la marine vient d’être, à l’Académie des sciences, l'objet d’une de ses distinctions les plus enviées; c’est elle qui a obtenu, dans la personne d’un de ses officiers les plus sympathiques et les plus méritants, M. l'examinateur d’hydrographie Ledieu, le prix extraordinaire d'application de la vapeur à la marine militaire. Comme l’a dit très-justement M. Dupuy de Lôme dans son rapport, « M. Ledieu a écrit et publié une série d’ouvrages importants qui ont eu une influence marquée sur les progrès de la marine à vapeur, en vulgarisant les connaissances acquises, en les répandant dans le monde des marins, des mécaniciens et des constructeurs ; service incontestable surtout en France, où il n'existe aucune publication périodique analogue à celles qui se publient en Angleterre. »
- Les ouvrages de M. Ledieu sont en effet à bord de tous nos navires à vapeur.
- Une araignée venimeuse. — On a rejeté comme empreints d’exagération la plupart des récits de morsures d’araignées pouvant amener la mort. Voici cependant un exemple authentique qui prouve combien est dangereuse la morsure de certaines espèces d’aranéïdes. M. Meek, de Waiwera (Nouvelle-Zélande) écrit au a Science Gossip » que son fils, un homme de 51 ans, a été mordu au dos pendant son sommeil par une araignée qu’on désigne dans le pays sous le nom de Katipo. C’est une petite araignée, grosse comme un pois, et d’une couleur tirant sur le noir. Le jeune homme, qui s’était emparé de l'araignée, fut soigné immédiatement. Pendant que sa mère suçait la blessure, le père courait chercher un médecin. La douleur était fort vive et se faisait sentir jusque dans l’aine. Le médecin appliqua l’ammoniaque; néanmoins la douleur persista tout aussi violente, au point d’arracher des plaintes au malade; seulement elle se porta vers l’épine dorsale, les bras et la poitrine. Le jour suivant, la douleur était encore plus intense ; elle se portait aux jambes, dont les veines s’enflaient. Des cataplasmes furent appliqués sur la plaie ; il en sortit une grande quantité d’un fluide noi-îàtre. L’après-midi du second jour, la douleur n’avait pas I cessé dans les jambes et les orteils. Le médecin prescri-! vit un Uniment dont on frotta les cuisses du malade, et qui fit suinter à travers la peau de grosses gouttes d’un fluide noir comme de l'encre ; et le jeune homme commença dès lors à aller mieux. Du lundi au vendredi, il avait maigri de six kilogrammes.
- Un chef néo-zélandais assura à M. Meek que la morsure du Katipo est souvent fatale aux naturels. Us sont d’ailleurs persuadés que la guérison n’est possible que, si l’on brûle l’araignée ; aussi la cherchent-ils avec soin, et vonl-ils jusqu’à brûler la maison lorsque leurs recherches sont infructueuses. M. Meek dit que la morsuée même des serpents d’Australie n’est pas suivie d’aussi cruelles souffrances. R- Vion.
- Le langage de l’éléphant. — D’après le major Leveson, auteur du Sport in Many La?ids, l’éléphant émet quatre sons distincts, dont chacun exprime une certaine sensation ou pensée. Le premier est un cri aigu et sifflant, produit par un souffle qui traverse la trompe ; l’animal marque ainsi son contentement. Pour indiquer la sur-
- p.398 - vue 402/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 399
- prise ou l'alarme, l’éléphant fait avec la bouche un bruit que l’on peut rendre par les mots pr-rut, pr-rut ! Un son imitant la trompette et produit avec force indique la colère ; quand l’éléphant est furieux ou qu’il se précipite sur un assaillant, le bruit se change en un rauque mugissement ou en un cri effrayant. Le quatrième son dénote le mécontentement ou la détresse ; il est répété fréquemment par l’animal séparé du reste du troupeau, fatigué, affamé ou trop lourdement chargé. Il peut être imité par urmph,urmph. (The popular Science Monthly.)
- Le Jardin d’acclimatation. — Le Jardin d’acclimatation a enregistré le jeudi de l’Ascension, à ses divers guichets, 17 300 entrées. Le public a visité avec beaucoup d’intérêt la grande serre, qui s’est enrichie d’une magnifique collection de plantes panachées du Japon et de la Chine. Les serres avec leurs mille azalées en pleine floraison ont en ce moment un aspect féerique. On signale également la récente arrivée au jardin de plusieurs cerfs Axis, cerfs de Virginie, des Moluques, antilopes Nilghau, dont l’acclimatation est poursuivie avec succès.
- Une crevette d'eau douce. — Les crustacés de la tribu des Palémoniens sont, en général, exclusivement habitants des côtes maritimes, et il n’y a qu’un très-petit nombre d’espèces qui aient été rencontrées dans les eaux douces. Aussi croyons-nous devoir signaler la capture que nous avons faite, dans les premiers jours du mois, d’une charmante petite crevette, au corps hyalin, tacheté de points verdâtres, et que nous pensons pouvoir rapporter à l’Hippolyte Desmaretii. L’individu unique capturé en avril provient de l’entaille tourbeuse du marais des Trois vaches, entre la route de Longueau et le chemin de Bou-tillerie. — Notre collègue M. Alphonse Lefebvre avait déjà pris cette espèce en plusieurs exemplaires, il y a quelques années, dans les marais de Rivery. Nous ne croyons pas qu’elle ait jamais été signalée en d’autres points de la région. R. Yion.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 14 mai 1877. — Présidence de M. Peligot.
- État sphéroïdal. — A l’occasion d’une communication récente de M. le général Favé, l’illustre physicien à qui nous devons les notions fondamentales sur l’état sphéroïdal, M. Boutigny (d’tivreux) écrit qu’il n’a rien ’a modifier à ses premières conclusions. Pour lui, les phénomènes en question sont dus à une force répulsive développée par la chaleur et non par la réaction de vapeurs. Il insiste comme preuve sur la forme globulaire que prennent les liquides non volatils, comme les huiies fixes et la cire, et il se référé à un rapport très-favorable, lu devant l’Académie par une commission composée de MM. Becquerel, Desprelz et Babinet.
- Physique solaire. — On se rappelle comment M. Jans-sen concluait récemment de l’apparition subite d’une grande tache solaire, que notre astre central est en ce moment dans une période exceptionnelle d’activité volcanique. M. Tacchini (de Païenne) s’élève contre cette opinion, et déclare qu’il est d’un avis diamétralement opposé. En comparant les nombres des éruptions métalliques et des taches apparues en 1871 à celles qui se sont manifestées cette année, il trouve que la différence est toute au désavaniage de la période actuelle. En mai 1871, on vit 8 éruptions, en juin 10, en juillet 16, en août 27 et en
- septembre 26. Pour 1876, les nombres correspondant aux mêmes mois, sont seulement 1,1, 3,1 et zéro. Relativement aux taches le résultat est analogue . mai 1871 en fournit 73, juin 76, juillet 57, août 67 et septembre 50. En 1876, on a respectivement les nombres 3, 2, 7, 5 et 7.
- Étude sur la garance. — D’après M. Rosensthiel, de toutes les matières colorantes que l’industrie arrive à produire avec la garance, une seule, Valizarine préexiste dans la racine de cette plante. Toutes les autres en dérivent par voie d’altération.
- Lettre de Gauss. -— Dans la précédente séance, le secrétaire perpétuel avait prié toutes les personnes qui possédaient des manuscrits de Gauss, de vouloir bien, dans l’intérêt de la science en informer l’Académie. Il s’agit en effet de concourir à la publication des œuvres complètes de Gauss, entreprise par l’Académie des sciences de Got-tingue qui a chargé M. Schering du travail. La bibliothèque, les manuscrits et la correspondance de Gauss ont é é acquis par l’Académie de Gotlingue, et M. Schering en a extrait plusieurs lettres de Lagrange, de Laplace, de De-lambre et de Sophie Germain. On conçoit combien il serait désirable que les réponses à ces lettres et les autres écrits de Gauss en la possession des savants ou des collaborateurs français, fussent communiqués à l’Académie de Got-tingue, et que l’éminent éditeur pût les faire figurer dans la belle édilion des œuvres du grand géomètre, dont six volumes déjà ont été publiés.
- C’est pour répondre à cette invitation que M. Dubrun-faut adresse aujourd’hui à M. Bertrand une lettre de Gauss à Delambre écrite à l’occasion de sa nomination à une place de correspondant. Dans cette même lettre, l’auteur donne aussi des détails relatifs aux méthodes propres à conduire à la découverte des petites planètes.
- Vin antique. — De passage à Marseille, M. Berlhelot remarqua dans le musée Borelly, un tube de verre datant du premier siècle de notre ère, et qui a été fermé au feu après avoir reçu une certaine quantité d’un liquide rougeâtre. L’analyse de ce liquide datant de 1800, nous a montré qu’il consiste en vin renfermant par litre : 45 centimètres cubes d’alcool ; 5er,6 d’acide tarlrique libre ; 1er,2 d’acide acétique; 0*r,6 de crème de tartre et des traces de tartrate de chaux et de matières aromatiques. L’auteur pense que ce vin trouvé dans une sépulture, représente une offrande aux mânes des morts.
- Uoihéoscope. — L’illustre M. William Crookes adresse par l’intermédiaire de M. Du Moncel un nouvel instrument qui constitue un perfectionnement considérable du radiomètre. Partant de l’idée universellement admise maintenant, que ce dernier instrument a pour moteur la chaleur, l’auteur a pensé qu’il en rendrait la sensibilité bien plus grande en augmentant la masse du corps échauffé qui peut être fixe et en allégeant au contraire les porties mobiles. L'othéoscope, dont le nom est tiré justement de cette idée qu’une effluve pousse les palettes, peut recevoir des dispositions très-variées. M. Crookes indique entre autres celle-ci dans une note qu’il nous a fait l’honneur de nous adresser directement : Un tourniquet à quatre bras portant quatre ailes de mica mince et brillant est monté dans un globe de verre privé d’air. Dans ce même globe une plaque verticale de mica noirci d’un côté est disposée de telle sorte, que les ailes dans leur rotation doivent passer devant elle à un millimètre de distance environ. Cela posé, approchons une bougie. La lumière ne tombe-t-elle que sur I es arêtes transparentes du tourniquet? Aucun mouvement ne se produit. Frappe-t-elle la
- p.399 - vue 403/432
-
-
-
- 400
- LA nature,
- plaque hors du mica ! Aussitôt le tourniquet entre en rotation comme si un vent soufflait de cette plaque.
- Stanislas Meunier.
- CROIX LUMINEUSE AUTOUR DU SOLEIL
- OBSERVÉE AU HAVRE LE 7 MAI 1877.
- Le lundi 7 mai, à six heures quarante-cinq minutes du soir, une magnifique croix lumineuse a été observée au Havre autour du disque solaire1. Le so-
- leil formait le centre de la croix, dont la coulent était d’un jaune d’or. Cette croix avait quatre branches. La branche supérieure était beaucoup plus brillante que les autres; sa hauteur était de 15 degrés environ. La branche inférieure était moins grande, comme le montre le dessin ci-joint, exécuté d’après nature par M. Albert Tissandier. Les deux branches horizontales étaient par moment à peine visibles; elles se confondaient avec une traînée de cirrus qui occupaient une grande partie de l’horizon.
- Une bande de stratus, auxquels le coucher du soleil donnait une couleur d’un violet intense, for-
- Croix lumineuse observée au Havre, le lundi 7 mai 1877, à 6 b. 45 du soir. (Dessin d’après nature par M. Albert Tissandier.)
- mait le premier plan de ce tableau. L’atmosphère au-dessus de là mer était très-brumeuse.
- Le phénomène n’a pas duré plus de quinze minutes, mais la fin de son apparition s’est signalée par une circonstance intéressante. Les deux branches horizontales et la branche inférieure de la croix lumineuse ont disparu complètement, tandis que la branche supérieure a subsisté seule, pendant quelques minutes. Elle formait alors au-dessus du soleil une colonne verticale, analogue à celle que Cas-sini a étudiée le 21 mai 1672, et à celle que M. Rc-nou et M. A. Guillemin ont observée le 12 juillet 1876.
- * La veille, dimanche 6, à 5 h. 30 min., un halo a été observé autour du soleil.
- {Comptes rendus, tome LXXXIII, p. 243 et 292) *. Les colonnes verticales, phénomène qui est, comme on le sait, extrêmement rare, peuvent donc provenir d’une croix lumineuse que des circonstances atmosphériques particulières ont rendue visible incomplètement. Gaston Tissandier.
- 1 Voy. la Nature, 4* année, 1870, 2e semestre, p. 167. — M. A. Guillemin mentionne, lors du phénomène du 12 juillet 1870, la présence dans l’atmosphère de stratus légers, d'un gris bleu violacé, comme cela a été également remarqué dans le cas présent.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- ConBElL, TVP. ST (T£R. CRETR.
- p.400 - vue 404/432
-
-
-
- N" 2 08,
- 26 MAI 1877
- LA NATURE
- 4oi
- PHÉNOMÈNES VOLCANIQUES
- OBSERVÉS DANS lTlE HAWAÜ EN FÉVRIER 1877 *. Le 14 février dernier, vers neuf heures du soir,
- les habitants d’une grande partie d’Hawaii, la plus méridionale des îles qui composent l’archipel de ce nom, ont assisté à l’un des spectacles les plus grandioses et les plus imposants qu’il soit donné à l’homme de contempler. Une immense éruption vc-
- Fig. I. — Éruption du Mauna-Loa (Ile Hawaii), Il lévrier 1811, à 9 heures du soir. — N. Nord, — S. Sud. — +. Mokuaweoweo. —* •H-. Mauna Loa. — 44+. Plateau central. — +-H4- Mauna Kea. —< Kaw. — A. Kawaiahé. — B. Ilualalai,
- (D'après un croquis de M. Th. Ballieu, consul de France à Honolulu.)
- nait de se mauilcster subitement sur le Man-na-Loa. Neuf bouches à la fois vomissaient la flamme et la fumée, et une énorme colonne se formait au-dessus du cratère de Mokuaweoweo, atteignant, dit M. Bal-lieu, auquel nous empruntons ces renseignements, près de 16 000 pieds anglais au-dessus de la montagne. C’était vers l’extrémité nord-ouest du cratère que le phénomène présentait son maximum d’inten-
- * D’après les renseignements recueillis par M. Th. Ballieu, consul de France à Honolulu.
- S* nuée. — ier semestre.
- Fig. 2. — L’éruption vue de Hilo. (D’après un croquis du même.)
- site. Vues d’un steamer, en face de Kawaiahé, les neuf bouches se distinguaient nettement, se décomposant en deux groupes : l’un septentrional, dont les quatre colonnes réunissaient leurs produits pour former une masse lumineuse, que le vent soufflant du nord étalait à une grande hauteur, en une majestueuse traînée ; l’autre, méridional , aux cinq panaches de feu isolés, mais beaucoup plus brillants. I)e llilo, situé sur la côte est de l’ile, l’éruption apparaissait sous la forme d’un immense incendie.
- 20
- p.401 - vue 405/432
-
-
-
- 402
- LA NATURE.
- Le Mauna-Loa, qui manifestait ainsi sa présence, est une montagne volcanique d’environ 14 000 pieds anglais de haut, au sommet de laquelle se découpe un vaste cratère irrégulièrement ovale de 11000 pieds sur 8000, et dont la profondeur varie entre 800 et 1000 pieds. Des coulées de lave considérables que l’on rencontre au nord-ouest et au nord-est du volcan, attestent qu’à diverses reprises il a présenté des phénomènes éruptifs fort intenses. Les derniers et les plus importants ont eu lieu en 1855 et 1859.
- Il est cependant bien éloigné de présenter l’étendue et l’activité volcanique du Kilauea, son voisin. C’est au sein de ce dernier que la mythologie Hawaïenne fait vivre Pelé, la formidable déesse des volcans. C’est du fond du Kilauea que cette divinité terrible bondit, la tête coiffée d’un panache de fumée, vomissant des flammes de sa bouche, jetant de ses narines des ruisseaux de feu, et lançant de ses yeux des éclairs. « Un précipice de plus de 150 pieds, taillé à pic et couvert d’arbrisseaux et de buissons, conduit dans une fondrière d’un demi-mille d’étendue, aboutissant elle-même à une seconde plaine creusée à 200 pieds de profondeur. Cette seconde chaussée conduit au cratère, dont l’approche est annoncée par un roulement sourd et continuel, et par des colonnes d’une flamme blafarde et d’une épaisse fumée. Un rebord demi-circulaire, coupé à pic, et d’environ un demi-mille, circonscrit ces deux enfoncements. » Là on assiste à un des spectacles les plus sublimes de la nature : une plaine de sept à huit milles de circonférence, dont le terrain bouleversé et onduleux étale une soixantaine de cônes creusés d’autant d’ouvertures béantes, à une profondeur de plus de 1300 pieds. La teinte sombre du gouffre n’est interrompue que par quelques coulées de soufre, offrant des nuances jaunes et vertes sur le sommet et sur les flancs de deux ou trois cratères. A l’est, les bords du précipice sont aussi tapissés de soufre. Au nord et à l’ouest, les parois taillées à pic sont d’un rouge sombre et toutes calcinées1.
- Toujours quelque orifice est en éruption dans ce cratère immense, et à quatre reprises au moins dans ce siècle, il a profondément ravagé les cantons eir-convoisins. Trois fois ses coulées sont allées, avec des bouillonnements terribles, se précipiter dans la mer, en 1868, en 1840 et à une date plus ancienne, peut-être en 1823. Le flot de 1840, dirigé vers l’angle sud-est de l'ile, a suivi pendant près des deux tiers de son parcours une route souterraine. C’est sans doute un phénomène semblable qui vient de se produire à la suite de l’éruption du 14 février, vers la côte ouest de l’ile. L’éruption du Mauna-Loa dont les gravures ci-jointes, exécutées d’après les croquis de notre consul, M. Th. Ballieu, peuvent donner une idée exacte (fig. 1 et 2), n’avait duré que six heures environ. Vers trois heures du matin tout était disparu, et les touristes partis la semaine
- 1 F. Rienzi, l'Océanie, t. II, p. 10.
- suivante de Honolulu pour Hawaii n’avaient plus rien trouvé à voir du côté du volcan. Ils ont eu en revanche le spectacle d’une éruption sous-marine, dans la 'baie de Kealakekua.
- Cette baie où Cook fut tué le 14 février 1779, et sur les bords de laquelle on visite à Kaavaloa le monument consacré à sa mémoire, s’ouvre sur la côte ouest de Hawaii, au pied du versant occidental du Mauna-Loa. Elle est limitée au sud par la pointe de Heei. Devant cette pointe la mer passe très-rapidement de 20 brasses de profondeur, à 40, 60, et 100 brasses, et à un mille de la côte la ligne ordinaire de sonde ne rencontre plus le fond. C’est juste à cette distance dans l’ouest-nord-ouest du cap, que s’est manifesté le nouveau phénomène « au bas de ce gigantesque escalier sous-marin, formé d’anciennes laves, qui à des âges indéterminés, se sont superposées les unes aux autres. » Voici, d’après M. Bal-lieu les observations qui ont pu être faites.
- Pomte de Heei
- Place de leruptic
- Qui&fodôbaryuem&tt-
- Ci jï ' •V
- <,ook /!
- : si.- Village deÿ^fÇaawaJos
- Fig. 3. — Carte de l’éruption sous-marine de la baie de Kealakekua (Ile Hawaii), 24 février 1877, à 3 heures du matin. (D’après le relevé de M. H. M. Whitnéy.)
- A trois heures, dans la nuit du 23 ou 24 février, neuf jours par conséquent après la récente éruption du Mauna-Loa, les habitants du golfe furent réveillés par une très-forte secousse de tremblement de terre. En regardant vers la pointe d'Ifeei, on crut voir tout d’un coup les feux d’un navire, mais ces feux se mirent presque aussitôt à danser une ronde vertigineuse, en prenant les couleurs les plus brillantes et les plus variées.
- Avec le jour les feux disparurent, mais à la place où on les avait vus, l’eau bouillonnait, charriant à sa surface quantité de pierres noirâtres, laves incandescentes qui flottaient aussi longtemps qu’elles dégageaient des gaz et s’abîmaient ensuite au fond de la mer, en répandant une forte odeur de soufre.
- Vers midi, le steamer qui dessert Hawaii, arrivait du sud, et ses passagers ne sachant ce qu’ils apercevaient dans l’éloignement, crurent à la présence d’une troupe de baleines. Les colonnes de gaz et de fumée qu’ils avaient devant les yeux, ressemblaient, dirent-ils, « aux gerbes qui sortent des évents de puissants souffleurs. » En approchant, on reconnut la
- p.402 - vue 406/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 403
- véritable nature du phénomène. Les eaux bouillonnaient comme celles des rapides d’un fleuve, et elles étaient couvertes de poissons morts, de morceaux de lave excessivement chaude et encore molle à l’intérieur et de parcelles de ces filaments olivâtres, translucides et fragiles que l’on nomme à Hawaii « cheveux de Pelé. »
- La pointe Heei, le lieu le plus rapproché de l’éruption sous-marine, est aujourd’hui profondément crevassée. Une douzaine de fentes peuvent s’y voir, à la fois très-longues et fort étroites. La plus importante mesure trois milles de longueur de l’ouest-nord-ouest à P est-sud-est ; elle aboutit à la pointe même, et en se prolongeant passerait juste à l’endroit où ces bouillonnements étaient les plus manifestes, ainsi que le montre la carte ci-jointe (fig. 3), due à M. H. M. Whitney.
- L’éruption sous-marine de Heei que l’on vient de décrire, était certainement en relation avec celle qui s’était produite dix jours plus tôL au sommet du Mauna-Loa, puisqu’elle s’est produite au pied même du massif de cette puissante moniagne. 11 est très-vraisemblable que la lave qu’elle a projetée à la surface des flots avait pris son cours par quelqu’un de ces canaux souterrains, tels qu’on en observe de si remarquables au Kilauea.
- Cette partie de la côte occidentale d’Hawaii n’avait jamais été le siège d’activités volcaniques, ayant laissé des traces à la surface du sol. Kibolo seule, de ce côte de l’île, montre une coulée de lave sortie, en 1801, du mont Hualalai. E. IIamy.
- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE1.
- (Suite. — Voy. p. 1, 154 et 243.)
- § II. — Période éocène.
- La flore des gypses d’Aix, placée sur un horizon plus récent que les précédentes, vers les limites extrêmes de la période, mais de beaucoup la plus riche et la mieux connue, mérite notre attention à plus d’un égard.
- Elle offre un singulier mélange de formes encore indigènes en Europe ou sur les bords de la Méditerranée et de formes devenues entièrement exotiques, dont il faut chercher maintenant les similaires dans l’Afrique austro-occidentale ou dans le sud-est de l’Asie. Au premier abord, ce mélange surprend, et la confusion qui en résulte semble inextricable; avec de la réflexion, on finit par se l’expliquer; mais il faut avant tout reconstituer ce que l’on peut nommer la topographie de l’ancienne localité tertiaire.
- 1 Nous terminons ici la première partie du remarquable travail dont M. de Saporta a bien voulu nous réserver la primeur. Dans le volume suivant de la Nature, nous continuerons la publication de cette importante notice, en commençant var le chapitre relatif à la période oligocène. G. T.
- La ville d’Aix est située au nord de la petite rivière de l’Arc (plus exactement il faudrait dire le Lare), demeurée célèbre, parce que c’est sur ses boi’ds que Marius défit, à la fin du second siècle avant notre ère, les Cimbres et les Teutons. L’Arc coule dans une vallée étroite, dirigée est-ouest, dont l’ouverture correspond à une oscillation du sol, par suite de laquelle, vers le milieu des temps éocènes, les eaux lacustres se trouvèrent rejetées hors du bassin qu’elles occupaient jusqu’alors et reportées plus loin dans la direction du nord. Les nouvelles eaux vinrent constituer un autre lac dans l’espace qui sépare actuellement la ville d’Aix de la Durance. C’était un bassin profond, mais d’une assez faible étendue (approximativement, il mesurait 15 kilomètres de largeur, sur 18 à 20 de longueur); il était dominé à l’est par une montagne, celle de Sainte-Victoire, sans doute moins élevée aujourd’hui qu’elle ne l’était alors, et dont les roches triturées par les eaux qui sillonnaient ses flancs vinrent combler en partie les dépressions nouvellement établies La position de ce lac vis-à-vis des escarpements de Sainte-Victoire, peut être comparée à celle du lac de Neuchâtel par rapport au Jura, ou à celle qu’occupe le lac des Quatre-Cantons, au pied des Alpes de la Suisse centrale. Sa durée se prolongea du reste bien au delà des limites de l’éocène, dans l’oligocène et le miocène inférieur ou Aquitanien; il fut, pendant la première partie de sa durée, le théâtre de nombreux phénomènes : des sources thermales, tantôt sulfureuses, tantôt chargées de silice ou de carbonate de chaux en dissolution, des émanations de gaz méphitiques et plus tard des éruptions volcaniques, suivies de coulées de basalte témoignent de l’action souterraine qui ne cessa de se produire au milieu même des eaux, et vint à plusieurs reprises apporter le trouble ou la mort aux êtres vivants dont elles étaient peuplées. Des bancs entiers de poissons furent surpris et ensevelis dans la vase marneuse du fond, qui nous en a fidèlement conservé les empreintes ; ils appartenaient à plusieurs genres, dont l’un (Lebias) habite encore les eaux douces de la Sardaigne et de l’Afrique septentrionale. Les insectes eux-mêmes, asphyxiées en grand nombre, et parmi eux, des moucherons imperceptibles, des papillons, des libellules, des fourmis ailées, des abeilles, abandonnèrent alors leurs dépouilles au caprice des vents, et parsemèrent les plaques schisteuses en voie de formation de leurs vestiges délicats, qui laissent parfois entrevoir jusqu’à la trace des couleurs. Pendant ce temps, les eaux courantes, au moment des crues, les ruisseaux et les sources, joignant leur action à celle des vents et de la pluie, charriaient au fond du lac des débris végétaux de toute sorte, et surtout les feuilles, les rameaux, les fleurs et les fruits, enfin toutes les parties arrachées aux plantes ou tombées naturellement des arbres et arbustes, qui peuplaient la contrée ou se pressaient le long du rivage. Dans les circonstances ordinaires, les espèces les plus rap-
- p.403 - vue 407/432
-
-
-
- 404
- LA NATURE.
- prochées des eaux et les plus communes, sont les seules dont les sédiments aient conservé des traces, mais ici les conditions qui présidèrent au dépôt, furent exceptionnellement favorables ; non-seulement la plage était accidentée et richement peuplée; mais la montagne qui devait plus tard emprunter son nom à la victoire de Marins, dominait à l’est les eaux du lac de ses escarpements, et s’avançait même, à ce qu’il semble, en forme de promontoire, à l’endroit où s’élève aujourd’hui la butte, dite des Moulins-à-vent. C’est ainsi qu’à l’aide d’une rivière, dont l’embouchure a laissé des vestiges notables sur le même point et des affluents de cette rivière, certaines espèces montagnardes ou croissant alors au fond des bois et des vallons escarpés, ont pu venir jusqu’à nous ; l’existence de
- ig 1. — 1-9. Conifères éocènes de la flore (les gypses d’Aix. -1-4. Callitris Brongnartii. Endl. (1. Rameau. 2-3. Fruit. 4. Semence.) — 5-6. Widdringtonia brachyphylla, Sap. 5. Rameau.
- 6. Fruit. — 7-8. Juniperus ambigtia, Sap, 7. Rameau. 8. Fruit. 9. Pinits Pliiliberti, Sap.-Cône.
- ces espèces n’est souvent attestée que par une feuille isolée, quelquefois même par un organe léger et de faible dimension, mais de nature a être aisément porté par le vent jusqu’à une distance éloignée de son point de départ.
- Aux abords du lac gypseux se pressaient une foule de conifères dont les ligures ci-jointes représentent quelques spécimens, choisis parmi les plus caractéristiques.
- C’étaient des pins de petite taille, à ce qu’il semble, mais de formes variées et do.n^les rameaux, les cônes (voy. la figure du cône du Pinus Philiberti (fig. i, n° 9), un des plus curieux par sa forme étroite et allongée) et jusqu’aux bourgeons et aux chatons mâles sont arrivés jusqu’à nous. Associés aux pins, on distingue de nombreux thuyas, d’affinité africaine (genres Callitris et Widdringtonia), et même un genévrier (Juniperus ambigua) analogue à notre Sabine, mais qui se rapproche surtout d’une sabine indigène eu Asie Mineure et en Grèce, le Juniperus fœlidissima, Wild. J es fruits de l’espèce fossile,
- qui justifient ce rapprochement, ont été découverts tout récemment par M. le professeur Philibert ; ils sont relativement gros, et la figure qui le représente, pour la première fois (voy. fig. 1, n08 7 et 8), permet de juger de son aspect.
- Parmi les formes devenues exotiques, associées autrefois aux conifères, aux abords immédiats du lac gypseux, trois types doivent surtout attirer l’attention. Le premier est celui des palmiers-éventail ou Flabellaria, dont l’espèce principale a été dédiée par M. Brongniart au naturaliste Lamanon, sous le nom de Flabellaria Lamanonis. Les frondes de cette espèce, dont les pétioles n’étaient pas épineux, mesuraient jusqu’à lm,50 de longueur ; leur limbe se divisait en de nombreux segments ou rayons di-
- Fig.2 -- 1-2. Lomatites aquensis, Sap —5. Aralia multifida, Sap
- vergents. Lui et ses congénères de la flore d’Aix ne constituaient pourtant, à ce qu’il semble, que des arbres de petite taille, comparables par la proportion et l’aspect au palmier de Chusan ou palmier à chanvre, introduit de Chine et cultivé maintenant, comme plante d’ornement, dans les jardins du midi de la f’rance.
- Le deuxième type ne se retrouve plus maintenant qu’aux Canaries, en avançant dans la direction du sud ; c’est celui des Dracœna ou Dragonniers,célèbres par l’épaisseur énorme que leur tige, d’ailleurs basse et trapue, peut acquérir à la longue, en donnant lieu à des subdivisions dichotomes plus ou moins nombreuses. Les feuilles des Dragonniers sont conformées en glaive et en tout analogues à celles des Yucca, si répandus dans nos plantations d’agrément. Les Dracœna de la flore d’Aix comprennent plusieurs espèces, dont une, au moins, se rapprochait par la taille de celle des îles Canaries. Cette espèce est 1 q Dracœna Brongniartii,, Sap., représenté dans
- p.404 - vue 408/432
-
-
-
- LA NATURE,
- 405
- les vitrines du Muséum par un anneau périphérique qui correspond à la région la plus extérieure d’un tronc évidé à l’intérieur et encoi’e garni, autour de celte région, de débris de feuilles réduites à leur base et occupant leur position naturelle.
- Le troisième type est celui des bananiers, dont il existe des vestiges reconnaissables dans la flore d’Aix, consistant en lambeaux de feuilles munies
- Fig'. 3. — 1 -%Cercis antiqua; Sap., Gainier éocène de la flore d’Aix. — 3-7. Fruits de divers Acacias ou Gommiers de la flore éocène des gypses d’Aix,
- parfois de leur côte médiane et de fragments de pétiole. Ces vestiges indiquent l’existence d’une espèce de taille médiocre, assimilable par ses caractères au Musa ensete ou bananier actuel d’Abyssinie et de l’Afrique équinoxiale.
- D’autres formes aujourd’hui perdues ou analogues
- Fig. 4. — Fleurs et organes légers de divers types de végétaux de la flore des gypses d’Aix. — 1-3. Catalpa mterosperma, Sap. (1. Corolle. 2. Fruit. 5. Semence.). — 4. Fraxinus exilis, Sap. — Sainare. —5. Ailantus prisca, Sap. — Samare. —6. Palxocarya atavia, Sap. Fruit muni de son involucre. — 7. Heterocalyx Ungeri, Sap. Fruit supporté par un calice persistant aux sépales accrues et scarieuses. — 8. Bombax sepulliflorum, Sap. Corolles détachées munies de leurs étamines.
- à celles des pays lointains mériteraient une mention particulière; je ne puis songer à mentionner que les plus saillantes.
- Les myricées et protéacées, les laurinées, les rhamnées, les célastrinées et pittosporées, les thére-bintacées, enfin les araliacées tiennent le premier rang et comptaient, à coup sûr, parmi les types les plus fréquents, au moins dans le périmètre de l’ancienne plage lacustre.
- Les Laurinées n’ont rien de particulier; ce sont toujours, comme à Gelinden, et comme plus tard au temps de la mollasse, des camphriers et des canne-licrs, sans doute aussi de vrais Lauriers ; enfin, des Persea, des Phœbe et des Oreodaphne, genres encore indigènes aux îles Canaries, et dont l’existence a dû se prolonger en Europe presque jusqu’à la fin de 1 âge tertiaire.
- Le type des protéacées de l’Australie est surtout représenté par le Lomatites aquensis, Sap. (fig. 2), ainsi qu’une très-belle forme de Myrica, le M. Ma-
- Cr.nat Grossi,
- Fig. 5. — 1-3. Betula gypsicola. Sap. l’oulcau éocène de la flore d’Aix. (1. Feuille. 2. Bractée fructifère gr. nat. 2*. Même organe grossi. 3. Samare, gr. nat, 3*. Même organe grossi.) — 4-6. Chênes éocènes de la flore d’Aix. — 4. Quercus salicina, Sap. — 5-6. Quercus antecedens, Sap. — 7. Myrica Mathero-nii, Sap. — 8. Salix aquensis, Sap. Saule éocène d’Aix. — 9-10. Microptelea Marioni, Sap. Ormeau éocène de la flore d’Aix. (9 feuille. 10. Samare, gr. nat. 10*. Même organe grossi. — 11. Ficus venusta, Sap. Figuier éocène de la flore des gypses d’Aix.
- theroni, dont il faut chercher les similaires actuels dans l’Afrique austro-ortentale et à Madagascar.
- Les Rhamnées ont également fourni un très-beau Zizyphus, d’affinité javanaise. Les célastrinées reproduisent fidèlement les formes du groupe qui dominent dans les parties chaudes et intérieures du continent africain.
- D’une façon générale, les végétaux épineux, à rameaux hérissés, raides et buissonneux, à feuilles étroites, sèches et coriaces, dominaient dans la flore des gypses d’Aix, comme aujourd’hui ils le font dans
- p.405 - vue 409/432
-
-
-
- 406
- LA NATURE.
- la région du Cap,. dans l’Afrique intérieure et à Madagascar.
- Des Aralia frutescents, aux feuilles ornementales, palmatinerves et profondément incisées, se dressaient çà et là au milieu des massifs, ajoutant à la physionomie exotique du paysage. On doit les comparer aux Cussonia de l’ordre actuel. Enfin, il ne faut pas oublier de mentionner un Cercis ou gaînier (fig. 3), vulgairement arbre de Judée, dont les fleurs devaient faire au printemps l’ornement de cette nature semée de contrastes, à la fois sévère et gracieuse.
- En avançant plus loin dans l’intérieur des terres, on se serait trouvé en présence d’une région boisée, très-analogue par l’aspect et la combinaison des formes végétales avec celles que renferme l’Afrique centrale.
- Les Acacia ou gommiers y dominaient évidemment. On en a découvert jusqu’ici une dizaine d’espèces reconnaissables à leurs fruits et à leurs folioles éparses, dont nos figures reproduisent les principales formes. On sait que de nos jours les girafes font des rameaux de ces arbres leur nourriture favorite; dressant leur long cou au milieu des solitudes peuplées de ces arbres, elles vont broutant leur feuillage léger, divisé en menues folioles, atteignant sans peine au sommet des plus hautes branches. Les girafes ne se montrent en Europe que vers la fin du miocène, mais, parmi les animaux qui composaient la faune du temps des gypses d’Aix, on remarque le Xyphodon, sorte de ruminant prototypique, aux formes grêles et au long cou, dont les mœurs et le régime alimentaire devaient se rapprocher de ceux de la girafe, et qui, probablement, broutait comme celle-ci les rameaux des acacias éocènes.
- A côté des Acacias se plaçaient de nombreux Dios-pyros ou plaqueminiers, reconnaissables à leurs calices fructifères, marqués de fines rugosités extérieures.
- D’autres essences forestières ne nous sont connues que par des débris fort rares de quelques-uns de leurs organes ; elles devaient croître sur un plan plus éloigné, peut-être vers le fond de certaines vallées, le long des ruisseaux ou sur le penchant des escarpements boisés.
- Je signalerai, parmi elles, un Magnolia, dont il n’existe qu’une seule feuille ; le fruit, la graine et même la corolle d’un Catalpa de petite taille, comparable à une espèce chinoise (fig. 4) ; un ailante, dont les samares ne sont pas très-rares, et celles d’un frêne qui, par contre, ne se sont rencontrées qu’une ou deux fois seulement. Les magnifiques corolles, détachées et encore munies de leurs étamines, d’un Bombax ou fromager, sorte d’arbre qui contribue puissamment à l’ornement des grandes forêts tropicales, ne sauraient être passées sous silence ; enfin je veux dire quelques mots de deux genres qui paraissent éteints : l’un est le Palœocarya qui appartient aux Juglandées et dénote un type allié de très-près à celui des Engelhardtia, de l’Asie australe ; l’autre, YHeterocalyx, se rattache aux Anacardia-
- cées et retrace, par plusieurs des caractères qui le distinguent, les Aslronium et Loxostylis, sans se confondre pourtant avec ceux-ci.
- Les parties fraîches de l’ancienne région comprenaient un figuier remarquable par la ressemblance que présentent ses feuilles avec celles du Ficus pseu-docarica, Miq., de la Haute-Égypte, dont les fruits sont comestibles bien que douceâtres et presque sans saveur ; nous figurons ce figuier éocène sous le nom de F. venusta. Mais l’élément le plus curieux de la végétation locale de cette époque récente de l’éocène consiste dans une réunion de formes congénères de celles qui sont depuis demeurées l’apanage plus particulier de notre zone tempérée. Il n’y avait pas seulement auprès d’Aix, du temps des gypses, des palmiers, des dragonniers, des Acacia, des Bombax et tous les types d’arbres ou arbustes dénotant une station chaude, que je viens de passer en revue ; on y rencontrait encore des aunes, des bouleaux, des charmes, des chênes, des saules et des peupliers, des ormes, des érables, des amélanchiers peu éloignés de ceux que nous avons sous les yeux et dénotant, pour cet âge, l’existence de conditions locales, de nature à justifier leur présence et à favoriser leur essor.
- Ces derniers types nous sont connus par de rares échantillons, dont l’authenticité ne saurait être pourtant contestée, puisque dans la plupart des cas leurs feuilles se trouvent accompagnées de leurs fruits ou de leurs semences, surtout lorsque ces fruits ou ces semences étaient ailés ou aisément transportables à cause de leur légèreté. Les samares d’orme et de bouleau, celles d’érable et de frêne; certains organes frêles et membraneux, comme une bractée trilobée du bouleau (voy. les figures) des gypses, attestent la présence de ces genres et forcent bien à admettre qu’ils jouaient alors un rôle réel, bien que subordonné. La rareté même de ces vestiges qui auraient dû, s’il s’agissait de végétaux très-répandus, abonder sur les plaques marneuses, favorise l’hypothèse que nous avons affaire à des espèces que leur station plaçait assez loin et assez haut au-dessus du niveau de l’ancien lac, pour qu’elles aient été soumises à l’iu-fluence d’un climat distinct de celui des vallées inférieures, à la fois plus tempéré et moins sec.
- Il faut observer, en outre, que des nuances différentielles, importantes aux yeux du botaniste, séparent ces formes, congénères des nôtres, de celles que nous possédons maintenant en Europe ou dans le reste de la zone tempérée froide.
- Le bouleau des gypses, Betula gypsicola, Sap. (fig. 5), dont la feuille, la bractée fructifère et la samare sont jusqu’à présent représentées par des échantillons uniques, doit être rangé, non pas parmi les bouleaux du Nord, mais parmi les Betulaster, bouleaux particuliers à l’Asie centrale. Il en est de même de l’ormeau des gypses, Microptelea Marioni, Sap., qui se rattache au groupe sud-asiatique des Microptelea, qui craignent le froid et présentent des feuilles semi-persistantes et subcoriaces.
- p.406 - vue 410/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 407
- Les chênes de la flore d’Aix ressemblent à ceux de la Louisiane, ou bien ils viennent se ranger auprès de nos yeuses ou chênes verts de l’Europe méridionale. Quant au saule, Salix aquensis, Sap., et au Peuplier, Populus Heerii, Sap., c’est avec les saules africains ou avec le type des peupliers des bords du Jourdain et de l’Euphrate qu’il est naturel de les comparer. Ainsi, toute proportion gardée, les indices d’un climat chaud percent jusque dans les végétaux de la flore d’Aix qui, au premier abord, sembleraient faire contraste avec la masse des espèces, méridionales d’aspect, de cette flore.
- Sa variété, sa richesse, son originalité, la profusion et le mélange des formes qu’elle comprend ne sauraient faire question, et cette richesse, alliée pourtant d’ordinaire à une stature assez faible et concordant avec la petitesse des organes, chez la plupart des espèces, se reproduit tout aussi bien, lorsqu’on interroge les parties situées à l’écart que lorsqu’on explore, par la pensée, les plages mêmes du lac et son sein où abondaient les plantes submergées et aquatiques, comme les potamots, les alisma-cées; les Vallisnéries, les Nymphéacées qui comptaient au moins trois espèces, et dont les Heurs venaient s’étaler à la surface des eaux calmes et limpides. Les roseaux, les massettes, les joncs, de frêles graminées, plusieurs mousses ; enfin une plante singulière, dont les tiges se soutenaient au-dessus du sol submergé, au moyen d’une multitude de racines aériennes, les rhizocaulées complétaient ce grand en semble, dont le tableau, même abrégé, nous entraînerait trop loin si nous voulions l’esquisser dans son entier.
- L’influence d’une nature chaude, d’un climat comprenant des alternatives très-prononcées de saisons sèches et chaudes, et de saisons pluvieuses et tempérées ; favorable pourtant au développement d’une végétation riche et variée, à la fois élégante et frêle; peuplée de formes originales, mais généralement petites, ayant une certaine maigreur distinctive et quelque chose de dur, de coriace dans les formes ; privée d’opulence, mais vivace et surtout diversifiée suivant les pays et les stations ; ressemblant au total à celle de l’Afrique intérieure, avec des traits empruntés à l’Asie méridionale et à la Chine : tels sont, à ce qu’il semble, les caractères inhérents à la flore éocène du midi de l’Europe ; et nous verrons ces caractères persister avec des changements successifs jusqu’à la fin de l’âge suivant ou oligocène. Comte G. de Saportv,
- Correspondant de l’Institut.
- LIMITES EXTRÊMES DE LA VUE HUMAINE1
- La délicatesse de la vision tient à deux causes : la sensibilité de la rétine qui fait apercevoir des difiéreuces de lumière très-faibles, c’est-à-dire des
- 1 Notre collaborateur M. C. Flammarion, vient de publier
- objets d’un éclat très-peu supérieur ou inférieur à celui du fond sur lequel ils se projettent ; la perfection des différentes parties du globe oculaire, qui permet de voir des objets très-petits ou de séparer des points très-rapprochés, en empêchant les images d’empiéter l’une sur l’autre, et de se confondre par irradiation.
- En moyenne, on admet que pour distinguer un objet sombre sur un fond clair, ou pour pouvoir déterminer la forme d’un objet brillant sur un fond obscur, et le voir autrement que comme un point paraissant entouré de faux rayons formés dans notre œil, il faut que l’objet sous-tende un angle d’au moins une minute. Mais c’est là où est la variété. Gassendi ne pouvait pas voir à l’œil nu (protégé seulement par un verre foncé) des taches solaires d’une minute un tiers ou 80 secondes de diamètre ; d’autres astronomes, dont la vue est exercée par l’habitude, distinguent sans instrument des taches solaires de 50 secondes de diamètre.
- Par une nuit claire et sans lune, tout le monde voit les étoiles jusqu’à la sixième grandeur, c’est-à-dire deux mille étoiles pour l’hémisphère céleste visible à chaque instant au-dessus de l’horizon, ou quatre mille pour le ciel entier. Mais, dans des circonstances très-favorables, en l’absence de toute lueur :—crépuscule, lumière polaire ou zodiacale, ou reflet des lumières terrestres—, quand l’atmosphère, lavée par une pluie récente, est très-humide, et que les étoiles scintillent fortement, surtout si l’on se trouve loin des villes et à de grandes hauteurs au-dessus des masses basses de l’air, les étoiles comprises entre la sixième et la septième grandeur étincellent au fond de la nuit, brillant et disparaissant tour à tour. Le contraste même de l’extinction et de l’apparition de la lumière, dû aux phases de la scintillation, les fait apercevoir par instants (surtout avec les parties latérales de la rétine, un peu en dehors du point directement regardé, parties plus sensibles, parce qu’elles ne servent pas ordinairement à la vision).
- Dans ces conditions, pour des vues aiguisées par l’observation constante, le nombre des étoiles visibles dans le ciel entier s’élève à onze mille (dont la moitié en moyenne visible à chaque instant). C’est le chiffre qui ressort des observations concordantes des astronomes Heis, à Munster et Gould, à Gordoba.
- Tout le monde voit à l’œil nu six étoiles dans le groupe des Pléiades; mais ce nombre augmente pour les vues privilégiées ; certaines personnes voient sept étoiles, d’autres huit, M. Heis en compte dix, un astronome anglais, M. Denning, de Bristol, en voit treize, et Mœstlin, le maître de Kepler, en voyait quatorze.
- chez Gauthier-Villars le septième volume de ses Études et Lectures, et nous y trouvons des détails fort curieux sur la visibilité des satellites de Jupiter, qui nous ont donné la pensée de rassembler les observations les plus rarement laites à l’œil nu, et de comparer la portée moyenne et la portée limite de la vue naturelle.
- p.407 - vue 411/432
-
-
-
- 408
- LA NATURE.
- M. Heis possède les deux genres de perfection de la vue qui consistent à voir des lueurs très-faibles, et à séparer des lumières Irès-rapproches qui se peignent sur sa rétine comme des points brillants, dont les rayons divergents n’ont qu’une très-faible étendue. Grâce à la sensibilité de sa vue, il distingue en plein soleil, Vénus, Jupiter et Mercure, et, quand la nuit est sans lune, Vesta et Uranus; grâce à la netteté de sa vision, il sépare en tout temps les deux étoiles rapprochées d’>j de la Grande-Ourse et celles distantes de 6' 50", désignées sous le nom d’a du Capricorne; enfin, quand le ciel est très-pur, il dédouble aussi « du Scorpion, § de la Lyre et même { de la Lyre, dont les composantes sont seulement écartées de 5' 27". Eli bien! M. Heis n’a jamais vu sans lunette les satellites de Jupiter!
- Il y a donc des vues encore plus perçantes, comme on va le voir. La difficulté e4 énorme à cause du grand éclat de la planète et du grand rapprochement des petits astres, dont le premier ne s’éloigne pas à plus de 2 minutes un quart, et le quatrième à plus de 9 minutes trois quarts; enfin, ils varient d’éclat au point de descendre à la septième grandeur et au-dessous, ce qui les rend radicalement invisibles sans instrument. Le plus gros et le plus brillant, est le troisième. C’est, celui qu’on voit le moins rarement. Wrangel a causé en Sibérie avec un chasseur Ia-koute qui le voyait et avait remarqué ses éclipses; M. Jacob l’a vu à Madras, M. Buffham en Angleterre, M. Mason, le 15 avril 1865, dans le même pays. Le deuxième et le I roisième ont été vus séparés et distincts par M. Boyd le 15 janvier 1860. M. Wcbb a vu avec son lorgnon le troisième et le quatrième en Angleterre, le 1er septembre 1852. Les mêmes satellites (troisième et quatrième) ont été vus par M. Dcnning à Bristol, le 5 avril 1874, en masquant la planète elle-même. Le tailleur Schœn, de Breslau, voyait à leur plus grand éloignement, le troisième et le premier satellite, le plus difficile à séparer, à cause de sa proximité de Jupiter; Banks a vu une fois le premier satellite et le deuxième réunis ensemble ; il a vu aussi une fois le quatrième et assez souvent le troisième; le marquis d’Ormonde a vu les satellites au sommet de l’Etna, et le missionnaire Stoddard les a vus plusieurs fois en 1852, des hauts plateaux de la Perse, pendant le crépuscule, quand la clarté diminuait le rayonnement de la planète.
- C’est dans le même pays et dans les mêmes circonstances, que l’on a vu à l’œil nu, au grand jour, à travers un verre foncé, le croissant de Vénus. Cette observation est plus rare encore que celle des satellites de Jupiter, elle n’a été faite que trois fois : en Perse, comme nous venons de le dire, d’après M. Flammarion, au Chili, où Théodore Parker, étant enfant, a vu le croissant à l’œil nu; en France, en juin 1868, où l’abbé André et plusieurs personnes ont renouvelé l’observation, quand le croissant très-délié sous-tendait un diamètre angulaire d’au moins 50 secondes. Charles Boissav.
- —
- LE PÉTROLE EN PENSYLVAME '
- Le pétrole, aujourd’hui une des richesses de la Pensylvanie, est l’objet d’une exportation considérable ; il était jadis fort estimé des Indiens à cause de ses propriétés médicales, et sous le nom d’huile seneca, qu’il devait à la tribu indienne des Sénécas qui habitait le pays, il fut bientôt adopté par les premiers colons blancs, pour l’éclairage et le nettoyage. C’est seulement en 1853 que l’exploitation du pétrole commença à s’organiser d’une façon régulière. D’abord on se contenta d’étendre des toiles sur les sources, et de les tordre quand elles étaient saturées de pétrole. Lorsque l’usage de l’huile minérale se fut répandu davantage, on voulut se la procurer en plus grande quantité, et en 1859, après deux ans de travail, on fora à Titusville un puits, qui à l’aide d'une pompe fournissait par jour quarante barrels (barils, tonneaux). Maintenant le produit quotidien des sources de pétrole en Pensylvanie, est de trente mille barrels. Aussi le chef-lieu du district, qui fournit la plus grande partie du précieux liquide, s’appelle-t-il Oil-city (cité de l’huile). Les puits ont une profondeur moyenne de 800 pieds. On a du percer une couche de rocs sablonneux qui avait 120 pieds d’épaisseur. Toute l’huile est produite par ce roc sablonneux, et plus il est épais et. poreux, plus les puits sont productifs. En moyenne, la couche des rocs sablonneux n’a que 25 pieds d’épaisseur. Les sources de Triumph-Ilill s’étendent sur une surface de 2 milles de longueur sur une largeur d’un mille à peine (3218 mètres de long sur 1 üOO de large). Cette petite étendue de terrain'est cependant assez féconde en pétrole pour fournir pendant un an vingt cinq barils par jour et par puits, bien que ces puits ne soient séparés les uns des autres que par quelques rods (verges anglaises, dont chacune est longue de 5lll,29). Pompée hors des puits, l’huile est versée dans des bassins, d’où on la transporte d’abord dans des réservoirs, puis aux raffineries. On se sert à cet effet de wagons ayant l’aspect de grandes chaudières montées sur des roues, et pouvant renfermer chacune c 600 gallons (16 200 litres). On fournit à chaque pompe la quantité d’huile produite, car les bassins précités sont communs à tout le district. Il s’est forme plusieurs compagnies pour le transport de 1 huile. Une d’elles, l'Empire Line (ligne nationale) transporte toutes les vingt-quatre heures 800 000 gallons d’huile (36 320 hectolitres).
- 11 arrive souvent que la foudre tombe sur les bassins ; on a même supposé quelquefois que le pétrole attirait le fluide électrique, car il passe peu d’orage par-dessus la contrée sans qu’un bassin ou l’autre soit frappé par le feu céleste. L’incendie de la plus grande raffinerie de la contrée, qui eut lieu le 10 septembre 1875, est dc\cnu célèbre. Nous ferons
- 1 Traduit du Graphie, de Londres.
- p.408 - vue 412/432
-
-
-
- Les puits à pétrole près de Oil-City, en Pensylvanie. (D’après une photographie.)
- p.409 - vue 413/432
-
-
-
- 410
- LA NATURE,
- remarquer que les gigantesques bassins des raffineries sont en fer, ce qui explique l’attraction du fluide électrique en temps d’orage. L’incendie du 10 septembre 1875 dura deux jours et couvrit le pays d’une fumée tellement épaisse, que la clarté du jour en fut obscurcie. C’était un spectacle sublime d’horreur. L’éclat des flammes, les explosions, les colonnes de feu qui s’élançaient dans les airs, laisseront de longs souvenirs en Pensylvanie.
- La gravure ci-jointe, faite d’après une photographie, donne une juste idée de l’abondance extraordinaire des puits à pétrole qui existent aujourd’hui aux environs de la cité de l’huile en Pensylvanie.
- L’EXP.OSITION DE PHILADELPHIE
- (Suite et tin. — Voy. p. 291, 354 et 573.)
- La Chine a montré beaucoup de zèle dans sa participation au centenaire. On lui avait concédé un espace considérable qui formait un des grands centres d’attraction. La céramique était représentée au grand complet : potiches à fleurs et oiseaux impériaux, à mandarins avec fond filigrane d’or; d’autres à fond « chair de poule », côtoyant les céladons fleuris et les décors de laque d’or en relief; vases « bleu de ciel après la pluie » ; cornets flambés, craquelés et truités ; pièces des familles verte ou rose, au chrysanthème ou à la pivoine. On admirait les paravents, meubles et coffrets en laque, les bois et les ivoires sculptés, les meubles extravagants de forme, mais d’un travail ingénieux, des bronzes d’aspect bizarre, des étoffes de soie dignes de figurer dans les vitrines de nos plus élégants magasins.
- Cependant, on ne pouvait s’empêcher de remarquer que les Chinois n’exposaient rien de nouveau.
- Il en était tout autrement de l'Exposition japonaise. C’était une révélation. On passait par une série d’étonnements en parcourant ses galeries. Là on voyait le résultat d’une véritable renaissance.
- Depuis l’heureux coup d’État par lequel l’empereur Moutsou-Kito a supprimé en même temps le pouvoir de taïcoun et l’organisation féodale des daï-mios, le pays est entré franchement dans la voie des progrès, et s’inspirant des civilisations européennes, il occupe déjà le premier rang parmi les puissances orientales. L’empereur a eu le bon esprit de comprendre que l’école est la base de tout État.
- Aussi, les visiteurs du Palais de l’Industrie examinaient avec un intérêt tout particulier, dans la section japonaise, une excellente Exposition scolaire, digne de concourir avec celles de la Norwége, de la Suisse, de la Belgique et des États-Unis. Depuis 1868, le Japon est doté d’un ministère de 1 instruction publique qui a créé des facultés, des écoles polytechniques, des écoles normales, décrété l’instruction gratuite et obligatoire. L’empereur et l’impératrice patronisent et visitent les établissements d’éducation ; de sorte que le pays tout entier, régénéré par
- l’école, a droit aujourd’hui d’être admis dans la fraternité des nations civilisées.
- Les laques du Japon sont bien supérieurs à ceux de la Chine. Au lieu d’un travail de miniature, dont la monotomie fatigue l’œil, qui couvre toute la pièce de petits traits serrés, et ne permet aucun effet d’ensemble, les laquistes japonais ont adopté, pour leurs œuvres, un travail qui tient à la fois, par les procédés et par l’effet obtenu, de l’orfèvrerie et de la peinture.
- Quant aux bronzes exposés à Philadelphie, ils défiaient toute concurrence pour l’originalité des formes, le fini du travail et les tons inimitables du métal, qui prend les noms de cuivre vert, cuivre violet et cuivre noir, selon la composition de l’alliage et les substances employées pour donner la patine. Le plus remarquable de leurs alliages, nommé shakudo, contient de 2 à 5 pour 100 d’or et prend une magnifique couleur bleu foncé qui se prête très-bien aux incrustations d’or et d’argent.
- Les soieries japonaises, unies et façonnées, paraîtront bientôt dans nos magasins, en concurrence avec celles de l’Inde et même avec nos tissus de Lyon. Les paravents, les écrans, les tableaux, à fond de soie brodée, peinte et appliquée, ne tarderont pas à se vulgariser chez nous. Quelques-uns de ces ouvrages témoignaient d’un sentiment artistique très-déve-loppé. Cham et Granville n’ont rien créé de plus charmant et de plus spirituel que certains tableaux japonais, où l’on remarquait, avec 1’ « humour » du meilleur goût, une parfaite entente de la perspective.
- Parmi les produits industriels du Japon, citons le papier, le carton-cuir, la gélatine de fucus. Le gouvernement avait envoyé une collection de plantes et de minéraux très-correctement classifiés et une collection de bois, dont l’arrangement devrait servir de modèle pour les futures Expositions.
- Nous avons tout lieu d’attendre que le Japon contribuera d’une manière non moins éclatante à notre fête du Champ-de-Mars, et qu’il y remportera un succès égal à celui de Philadelphie.
- Le système uniforme de récompenses adopté à Philadelphie n’avait d’excuse que dans la valeur attribuée aux rapports des juges. Il est arrivé que, dans la pratique, on n’a point respecté les règlements, et le Sun, de New-York, avait raison de dire : « Les récompenses ne sont pas décernées par les juges nommés pour examiner et analyser les articles exposés, mais par quelquesmiembres de la Commission. Comme il n’y avait pas de graduation dans les récom* penses, les jurés n’ont pas cru devoir faire des examens sérieux. Les récompenses ont été distribuées à droite et à gauche avec une confusion qui a fait de toute cette affaire une véritable farce. Les commissaires n’étaient pas obligés de décerner les récompenses d’après les recommandations du jury; ils ont agi selon leur bon plaisir. »
- D’un autre côté, le Times signale, entre autres irrégularités, que dans le département des Beaux-Arts, le jury avait fixé le nombre des médailles à 15
- p.410 - vue 414/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 411
- pour les États-Unis (687 tableaux); 16 pour la France (298 tableaux) ; 13 pour l’Angleterre (193 tableaux); 2 pour la Belgique (173 tableaux) ; 6 pour la Hollande (160 tableaux); 9 pour l'Allemagne (145 tableaux) ; etc., etc. ; mais qu’après le départ de la majorité de leurs collègues, deux jurés américains et un hollandais proposèrent et firent adopter une nouvelle liste qui a changé comme suit le nombre des médailles : États-Unis, 41 ; France, 35; Angleterre, 23 ; Belgique, 15 ; Hollande, 30 ; Allemagne, 31.
- En somme, 75 pour 100 des exposants ont été médaillés, ce qui ne s’était jamais vu à beaucoup près, et ce qui amoindrit singulièrement la valeur des récompenses accordées.
- Il y a eu exception pour la France, car la proportion des médaillés est d’environ 33 pour 100 pour la généralité de l’Exposition, et seulement de 10 pour 100 dans la section des Beaux-Arts. Cela tient à ce que nos jurés ont voulu soutenir à Philadelphie les bonnes traditions et ne rien ôter de leur valeur aux distinctions accordées à leurs nationaux.
- Les résultats financiers de l’Exposition avaient été prévus, dès le commencement, par ceux qui ont quelque expérience des affaires du pays. Les recettes ont été presque entièrement absorbées par les frais généraux, de sorte qu’il ne reste en caisse qu’envi-' ron 10 000 000 de francs pour rembourser un prêt de 7 500 000 francs accordé par le gouvernement des États-Unis, et payer les 40 000 000 d’actions.
- Mais si les actionnaires espéraient avoir fait un bon placement, le pays attendait de l’Exposition des résultats qu’il a obtenus en partie. Les Américains ont apprécié, pour la première fois, dans quelles branches d’industrie ils peuvent réclamer le premier rang, et dans quelles branches ils doivent s’efforcer de faire des progrès. Ceux qui ont su considérer l’Exposition comme une école, y auront pris certainement une leçon de modestie qui portera ses fruits ; ils y auront acquis, en outre, des idées plus libérales et plus sagement patriotiques au sujet du libre échange. Les musées et les collections du pays se sont enrichis de dons nombreux et d’acquisitions précieuses, dont une partie sont destinés à des établissements nouveaux d’enseignement industriel et artistique.
- Nul doute que les Américains appréciant à leur juste valeur ces résultats, le centenaire ne soit pour eux le point de départ de nouveaux efforts et de nouveaux succès. J)r Saffrày.
- LES EXPÉRIENCES DE M. Y0LPICELL1
- ET LA NOUVELLE THÉORIE DE l’iNDUCTION ELECTRO-STATIQUE.
- La théorie communément admise par les physiciens, pour expliquer le phénomène de Yinduction ou de l’électrisation par influence, à l’approche d’un corps électrisé, consiste en ce que les deux fluides
- électriques positif et négatif, qui se neutralisent généralement, sont séparés par l’approche du corps électrisé, et que, si celui que l’on soumet à cette influence se trouve isolé, l’électricité de nom contraire se portera du côté de la source électrique et l’électricité de même nom du côté opposé.
- Cette théorie classique se démontre dans les cours, à l’aide d’un cylindre isolé, dont les diverses parties sont munies de petites balles de sureau suspendues par paires à des fils accrochés au cylindre et constituant autant de petits pendules qni s’électrisent par induction, à la simple approche d’un bâton de résine ou de toute autre source d’électricité ; on voit les pendules diverger, à mesure que le corps inducteur s’approche, et diverger plus aux extrémités qu’au centre ou en un certain point, par où passe ce qu’on appelle la section neutre.
- Dès que l’influence cesse, les deux fluides électriques, qu’elle avait séparés, se recombinent et les pendules retombent dans la verticale ; enfin, si on met en communication le cylindre avec le sol, par un point de sa surface, d’après cette même théorie, ce serait le fluide électrique de même nom que celui de la source électrique qui s’échapperait seul, tandis que le fluide contraire y resterait libre.
- Bien des objections ont été faites à cette théorie ancienne qui ne devrait plus être enseignée; bien des faits deviennent inexplicables de cette manière, et plusieurs savants physiciens de divers pays constatèrent que l’induction avait pour effet de dissimuler le fluide de nom contraire à celui du corps inducteur.
- Ces objections furent résumées et présentées d’une manière très-saisissante par Melloni, dans diverses lettres qu’il écrivit à Faraday et à Régnault. La lettre adressée à Régnault est reproduite dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences (séance du 24 juillet 1854). Melloni y j ose les bases de la théorie nouvelle ; montre que l’influence du corps inducteur sur les petits pendules de l’expérience classique est la cause des illusions observées; qu’à l’aide de crans convenablement disposés pour empêcher cette in-fl uence, on peutfaire disparaître ces illusions d'un seul coup de baguette; qu’enfin, les deux fluides décomposés coexistent sur le cylindre isolé sans se neutraliser, parce que l’un n’a pas de tension et ne peut manifester sa présence sur le corps induit, lorsque l’on évite les causes d’erreur, tandis que l’autre y est seul doué de tension.
- On peut représenter d’une manière graphique, par les deux figures ci-dessous, le mode de distribution des deux fluides électriques dans le cylindre isolé électrisé par induction. Si le corps inducteur est électrisé positivement, d’après la théorie ancienne (fig, 1 ), tout le fluide négatif se porterait en amb, et tout le fluide positif en anb, de l'autre côté de la section neutre ab, tandis que, d’après la théorie de Melloni (fig. 2), les fluides existeraient sur toutes les parties du cylindre; seulement, comme quantité, il y aurait plus de fluide négatif du côté du corps inducteur et plus de fluide négatif du côte opposé. *
- p.411 - vue 415/432
-
-
-
- m
- LA NATURE.
- Dans sa lettre à Régnault, Melloni avoue franchement « qu’il ne saurait encore formuler d’une manière bien nette la cause de celte singulière disposition d’électricité sensible dans le cylindre soumis à l’induction, » mais il avait parfaitement démontré la fausseté de la théorie ancienne; découvert la cause des illusions produites, qu’il supprimait en se servant de l’électroscope au lieu des pendules, et posé sur ses véritables bases la théorie nouvelle de l’induction électro-statique; il l’aurait sans doute perfectionnée et rendue irréfutable, s’il avait connu les effets de l’induction curviligne découverte par Faraday, et si la mort ne l’avait pas enlevé à la science, quelques jours après l’envoi de sa lettre à M. Régnault.
- C’est à cette tâche que M. Volpicelli, professeur, de physique-mathématique à l’Université de Rome, et secrétaire de l’Académie royale des Lincei, a dévoué une partie de son existence; depuis plus de vingt ans il accumule les expériences et les preuves les plus concluantes pour compléter et mettre hors de contestation la théorie de Melloni.
- Sa première communication à l’Académie des sciences sur ce sujet, a été insérée dans les comptes rendus de la séance du 29 janvier 1855; sa dix-huitième communication a été lue à la séance du 1G novembre 1874. Une Commission de l’Académie est chargée de faire un rapport. M. Volpicelli a fait ses expériences au Conservatoire des arts et métiers, à Paris, devant nos physiciens les plus éminents, et, le mois dernier, l’empereur du Brésil, qui s’intéresse à toutes les questions scientifiques, ayant appris, lors de son séjour à Rome, que M. Volpicelli avait chez lui tous les appareils qu’il avait fait construire pour son cours à l’Université, s’est rendu chez le savant professeur pour les voir répéter. Il y est resté pendant deux heures, discutant sur tous les côtés de la question avec une grande connaissance du sujet, élevant des objections auxquelles l’expérience se chargeait aussitôt de répondre, et se retirant, finalement, très-satisfait.
- j’ai assisté moi-même récemment à des expériences aussi intéressantes que variées, et je vais donner la description de celles qui m’ont paru les plus concluantes. Je parlerai d’abord des appareils que M. Yol-picelh a fait construire avec un soin tout particulier, et que nos dessins reproduisent fidèlement.
- La source d’électricité est un grand tube en verre de lm,80 de long, terminé par des armatures métalliques et contenant une pile sèche composée de 24000 rondelles fortement pressées et couvertes d’une couche de cuivre sur une face et de peroxyde
- de manganèse sur l’autre (fig. 5); cette pile, construite à Rome, par M. Lusvverg, fonctionne sans variation sensible depuis plusieurs mois, c’est une source d’électricité constante.
- Le corps sur lequel doit se développer l’électricité d’induction, est un cylindre ordinaire en verre parfaitement isolé par des fils de cocon placés en croix, qui le suspendent entre les branches d’un support «à fourchette (fig. 4).
- L’électricité rendue libre par l’induction est prise sur le cylindre à l’aide d’un petit plan d’épreuve qui mérite une description spéciale, car le succès des expériences tient en partie à la bonté des instruments et à la sollicitude avec laquelle toutes les causes d’erreur ont été évitées : il se compose de deux petits disques de cuivre, de 9 millimètresdediamètre, séparés par une mince couche de vernis isolant; l’un de ces disques est en communication avec le sol à l’aide de la tige métallique que l’on tient à la main et à laquelle il est soudé; l’autre est fixé à une tige métallique terminée par une boule d’ivoire qui glisse librement dans une ouverture située au milieu du premier disque, et dans un œillet porté par une branche annexe.
- Pour se servir de l’appareil, on amène les deux plateaux en contact et on pose le disque mobile sur le cylindre induit; l’électricité libre à la surface de ce dernier, se condense sur le petit disque et peut être transportée à distance, par exemple sur l’armature extérieure d’un électroscope qui est assez éloigné de la pile sèche, pour n’être pas influencé par son action. M. Volpicelli appelle cet instrument plan d'épreuve condensateur.
- 11 importe de noter que l’expérience réussirait moins bien avec un plan d’épreuve plus grand. M. Volpicelli se sert d’ailleurs aussi d’un plan d'épreuve tout pelit, consistant simplement en une épingle tronquée dont la pointe s’enfonce dans un morceau de cire à cacheter placé au bout de la tige métallique que l’on tient à la main.
- Enfin, l’électroscope à feuilles d’or dont se sert M. Volpicelli est celui de Bohnenberger, auquel il a apporté d’importants perfectionnements; les deux plaques, vers lesquelles sont attirées les feuilles d’or D, lorsque qu’on électrise l’armature extérieure A, sont supportées par deux colonnes de verre contenant des piles sèches analogues à celles du grand cylindre inducteur (fig. 5). Cet électroscope est d’une sensibilité extrême ; il constitue en quelque sorte un microscope d’électricité.
- Gela posé, voici les résultats de l’expérience que j’ai toujours vue réussir (il faut opérer naturelle-
- p.412 - vue 416/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 413
- mcul dans une chambre dont l’air soit bien sec.) Le cylindre isolé est placé en regard de la source électrique; il s’électrise par induction; on recueille, au moyen du plan d’épreuve, l’électricité libre, sur un cylindre induit, et on touche, avec le plan
- d’épreuve ainsi chargé, Télectroseope qui se trouve à l’autre bout de la pièce On observe alors les faits suivants :
- 1° L’électricité libre qui se trouve sur la partie du cylindre induit la plus voisine de la source d’électri-
- Fig. 5 et 4. Appareils électriques ùe M. Voipicalli.
- cité est de même nom que cette dernière (d’après la théorie ancienne elle devrait être de nom contraire) ; l’expérience peut se répéter cinq ou six fois de suite.
- 2° Si on met le cylindre induit en communication avec le sol, de manière à laisser écouler l’électricité libre, et qu’on recommence l’expérience, l’é-lcctroscope ne donne aucun signe d’électricité.
- 3° Si o i éloigne le cylindre induit, ce qui revient à diminuer la force de la source électrique, et qu’on applique de nouveau le plan d’épreuve,
- Télectroscope sur lequel on le porte indique une électricité de nom contraire à celle du corps inducteur.
- Ces trois expériences prouvent que l'électricité de nom contraire à celle de la source électrique ne possède pas de tension, comme l’a démontré le premier le physicien Æpinus en 1759, et comme Melloni l’a confirmé en 1854 et beaucoup d’autres après lui. De plus, les résultats complètement différents obtenus dans ces trois cas avec le plan d’épreuve condensateur, ou avec le petit plan d’épreuve à tête
- d’épingle, prouvent bien que l’instrument n’est entaché d’aucun défaut de construction, sans quoi son action propre se manifesterait par une influence quelconque dans l’un de ces trois cas.
- M. Volpicelli reporte tout l’honneur de la nouvelle théorie à son compatriote Melloni ; mais c’est à ses persévérantes études qu’on doit la réalisation élégante et commode de ces expériences, qui sont de nature à convaincre les plus incrédules.
- L’empereur du Brésil, lors de sa visite au célèbre physicien italien, a été très-frappé des conséquences que la théorie nouvelle de l’induction aura pour l’explication d’une foule de phénomènes auxquels on avait accommodé tant bien que mal l’ancienne théorie, (pii persistera peut-être dans notre enseignement tant que l’Académie des sciences n’aura pas donné le signal de son renversement. Il est clair, par exemple, qu’il faudra trouver une autre explication que celle donnée dans les cours, pour expliquer les effets du paratonnerre, ceux de la machine électrique, etc.
- p.413 - vue 417/432
-
-
-
- 414
- LA NATURE.
- « Comment, a objecté Doin Pedro au savant professeur, conciliez-vous votre théorie de l’induction avec les opinions des mathématiciens ?
- — Je ne m’inquiète pas de l’opinion des mathématiciens, a répondu M. Volpicelli sans se déconcerter, car ceux qui ont voulu expliquer l’électricité d induction par le calcul n’ont jamais chargé une bouteille de Leyde ou aimanté un barreau d’acier. »
- Il y a un profond enseignement dans cette réponse ; c’est qu’en effet nous voyons souvent des savants construire des théories de toutes pièces, sam s’inquiéter si les phénomènes naturels leur donnent raison ; ou s ingénier à plier ceux-ci à leur idée ; ils veulent redresser la nature au lieu de redresser leur jugement.
- Quant à moi, je raconte ce que j’ai vu, et les Celles expériences de M. Volpicelli, qui ont si vivement intéressé Dom Pedro, m’ont para difficilement conciliables avec la vieille théorie de l’induction électro-statique.
- Voici la formule définitive que M. Volpicelli donne à la nouvelle théorie :
- Sur un conducteur isolé et soumis à l’influence d’un corps électrisé, l'électricité de nom contraire ne possède pas de tension ; elle se trouve en plus grande quantité à l’extrémité de ce conducteur qui est la plus rapprochée du corps électrisé, et diminue toujours en allant vers l’autre extrémité; l'électricité de même nom se trouve sur tous les points quelconques du conducteur isolé, sans excepter l’extrémité la plus rapprochée de la source électrique, et va toujours en augmentant à mesure qu’elle s’approche d’avantage de l’autre extrémité et est toujours libre. H. Tarry.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du A, mai 1877.
- M. Jannetaz a reproduit sur des disques circulaires ou elliptiques, les lignes nedales, que Savart n’avait cherché à former que sur les disques circulaires dans les sub-slances où l’élasticité varie suivant la direction.
- En opérant sur des disques elliptiques, les axes étaient parallèles à ceux des courbes qui'mesurent la conductibilité pour la chaleur.
- Al. Jannetaz a vu qu’en les faisant vibrer par les bords, les lignes nodales, qui sont, comme on le sait, des hyperboles, deviennent deux droites rectangulaires entre elles et parallèles aux axes qui mesurent les dimensions des disques, mais seulement dans le cas où ces axes sont entre eux dans le rapport 1,45 environ. En faisant vibrer des disques circulaires par le centre, il a obtenu, non pas une seule courbe, comme l’a indiqué Savart, mais deux courbes fermées, ayant leurs axes inverses et toujours parallèles à ceux de la courbe de conductibilité thermique, suivant qu’on fixe 1° les deux extrémités du rayon du disque parallèle au grand axe, ou 2° celles du rayon parallèle au petit axe de la courbe de conductibilité. Dans le second cas, le son est plus aigu que dans le premier.
- M. Jablochkoff fait devant la Société des expériences de lumière électrique, au moyen des courants induits développés dans une bobine de Rhumkorff par le passage
- des courants alternatifs d'une machine magnéto électrique de l’alliance. Les deux extrémités du fil induit sont mises en communication par une lame de kaolin, sur laquelle on peut tracer aux fluides, à l’aide d’un morceau de charbon, un chemin qu’i's continuent à suivre sous forme d’une ligne très-brillante. Deux appareils semblables ont pu être mis à la suite l’un de l’autre dans le même circuit induit, et produira ainsi une division de la lumière électrique. La machine employée était le modède de Y Alliance, dit modèle de laboratoire, mu à la main ; l’alternance des courants permet de supprimer de la bobine toute espèce d’appareil chargé de l’interruption des courants inducteuis.
- M. Joseph Van Malderen se félicite de l’avantage qu’ont présenté à M. Jablochkoff les machines à courant alternatif. Il a toujours considéré comme son plus grand succès dans la question de l’éclairage électrique d’avoir pu réaliser un régulateur le dispensant de produire au préalable un renversement de courants, tout appareil de ce genre lui paraissant incompatible avec les énormes courants qui sont alors employés. 51. Jablochkoff aurait rencontré les mêmes impossibilités, si, se servant de courants continus, il avait dû laisser subsister l’interrupteur ordinaire des bobines d’induction.
- Il présente un petit régulateur où les charbons sont amenés l’un vers l’autre par une composante de leur poids et qui peut fonctionner automatiquement d’une façon suffisante pour des expériences de cours. Il réalise ensuite quelques expériences comparatives d’aimantation par des courants alternatifs ou continus.
- CHRONIQUE
- Un singe anthropoïde dans l'Amérique du Sud. — On sait que la présence du Gorille en Afrique n’a été constatée que tout récemment, donnant ainsi une confirmation tardive de certains passages des auteurs classiques. — Les forêts du Brésil sont jusqu’ici fort mal connues, et elles nous réservent peut-être une découverte du même genre. Du moins, les naturels de l’Amérique du Sud, qui, comme tous les sauvages, doivent être de bons observateurs, sont fermement convaincus de l’existence d’un singe anthropoïde dans l’épaisseur des forêts vierges. Les Chiliens l’appellent Tranco, et prétendent qu’il habite les forêts des Cordillères. Un officier chilien très-intelligent, Gallegso, a assuré à 51. 51asters que l’existence de cet animal n’est pas douteuse, et qu’il a la forme d’un homme sauvage à la peau hérissée de poils raides. On dit qu’il sort de ses retraites impénétrables pour venir attaquer le bétail.
- Humboldt mentionne cette tradition d’un singe monstrueux, qui a été consi4érée comme une légende se rapportant sans doute à un singe fossile dont on trouve les ossements dans l’Amérique du Sud. — Dans les récits de Barrington Browne sur la Guyane anglaise, on trouve l’indication d’un monstre semblable dans ce pays. Un soir, dit-il, nous entendîmes un sifflement bruyant et prolongé sur un ton mélancolique, partir des profondeurs de la forêt. Quelques-uns des hommes s’écrièrent avec effroi : « C’est le Didi. » Le Didi, suivant les Indiens, est un homme sauvage, au corps petit, trapu et vigoureux, couvert de poils, et qui habite les forêts ; on croit à son existence dans toute la Guyane anglaise, brésilienne et le Vénézuéla.Un bûcheron des environs de la rivière Deme-rara assura même à 51. Brown qu’il avait eu un jour à
- p.414 - vue 418/432
-
-
-
- LA NATURE.
- 415
- soutenir une lutte terrible contre deux Didis, un mâle et une femelle.
- M. Francis Allen, qui rapporte tous ces témoignages dans le « Science Gossip v, conclut à la nécessité de recherches sérieuses pour éclaircir ce point intéressant. Nous conclurons comme lui, en espérant que notre collègue M. de Valois, qui a déjà séjourné longtemps dans l’Amérique du Sud et qui doit y retourner prochainement, pourra nous donner un jour d’utiles renseignements sur ce sujet. R. Yion.
- Couleur des nuages. — Pendant plusieurs années j’ai observé à Ilailer-Grace (Terre-Neuve), dit M. II. G. dans le journal anglais Nature, la corrélation qui existe entre la couleur des nuages et le temps à venir. J’ai remarqué qu’à Terre-Neuve les masses de nuages d’un jaune rouge sur un fond du ciel bleu foncé grisâtre, indiquent l’imminence du froid et de la neige. Les nuages brillants d’un gris clair, avec les bords éclatants, sont les précurseurs d’une forte gelée. Le nuage noir, formé de découpures, indique le vent et la pluie. Le vert sale, le bleu foncé, le rouge boueux, sont souvent remarqués avant l’orage, la neige et la pluie. Très-souvent, avant l’apparition du vent nord-est, nous avons observé des nuages d’un gris bleu et blanc qui venaient du nord-est et qui affectaient la forme des doigts d’une main ouverte. Nos couchers du soleil dépassent, à Terre-Neuve, toutes les splendeurs que la plume la plus poétique pourrait décrire. La pureté de la pourpre et de l’or, qui colorent le ciel, est admirable et varie encore suivant les circonstances atmosphériques.
- BIBLIOGRAPHIE
- L'alfa, végétation, exploitation, commerce, industrie, papeterie; par L. Bastide. — 1 vol. in-8°. — Oran. typographie Ad. Perrier, 1877.
- Congrès international d'anthropologie et d'archéologie préhistoriques, session de Budapesth, par G. Cotteau. — 1 broch. in-8°. — Auxerre, 1877.
- Notice sur l'emploi du zinc comme préservatif des incrustations des chaudières à vapeur, par M. E. Le-sueür. — 4 broch. in-8°. — Poitiers, typographie II. Oudin frères, 1877.
- Nouvelles méthodes d'analyse pour le dosage des alcaloïdes du quinquina, thèse soutenue à l'École supérieure de pharmacie de Paris, parE. Landrin.—1 broch. in-4°. — Paris, imprimerie Félix Malteste, 1877. Bulletin de la Société d'étude des sciences naturelles de Béziers. — Décembre 1876. —1"* année. — 1 broch. in-8°. — Béziers, 1877.
- Oxythérapie et azothérapie par le docteur Tamin Df.s-palles. — 1 broch. in-8°. — Paris, A. Delahaye, 1877. Sur un nouveau métal, le gallium, par M. Lecoq de Bois-baudran. — 1 broch. in-8°. — Extrait des Annales de chimie et de physique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 21 mai 1877. -» Présidence de M. Peligot.
- Maladie de la vigne. — Il ne s’agit pas cette fois du Phylloxéra, mais d’un autre fléau qui a récemmment étendu ses rayages en Suisse d'une manière inquiétante.
- Le blanc de la vigne est causé par le développement d’un mycélium qui s’étend sur toutes les parties du végétal qu’il épuise. Il résulte de recherches récentes, que la vraie cause d’infection est l’échalas, dans les fissures duquel s’abritent les germes du parasite. Aussi parvient-on à conjurer le mal en imbibant les échalas de sulfate de cuivre.
- A cette occasion, mentionnons l’envoi par M. Fatio, du projet d’un congrès phylloxérique international qui se tiendra cette année en Suisse, et qui doit prendre des mesures décisives contre le Phylloxéra. M. Dumas signale cette communication comme tout à fait digne de l’attention des hommes sérieux.
- Dérivés des mélasses. — Nous avons déjà dit comment par la distillation des mélasses de betteraves, M. Camille Vincent prépare d’énormes quantités de chlorhydrate de tri— méthylamine. Ce produit n’a par lui-même aucun intérêt industriel, mais l’auteur annonce aujourd’hui qu’on le peut résoudre par l’application de la chaleur en trois substances susceptibles d’applications pratiques. Ce sont : le sel ammoniac, le chlorure de méthylène et le chlorhydrate de méthylamine.
- Œuvres de Graham. — Les amis de la physique et de la chimie apprendront avec plaisir, qu’un éditeur anglais a réuni en un beau volume les nombreux Mémoires de Thomas Graham sur ces deux sciences. Les recherches relatives à la diffusion moléculaire, d’où est sortie l’invention du dialyseur, occupent une large place dans cet important recueil.
- Carte du ciel. — En déposant sur le bureau une nouvelle carte du ciel publiée par M. Joseph Vinot, le secrétaire perpétuel ajoute qu’on saura gré à l’auteur de cette nouvelle preuve de son zèle pour les études astronomiques.
- Étude spectroscopique de la rotation solaire. — La méthode qui consiste à étudier les astres par l’examen de leur spectre lumineux, et qui a déjà enrichi la France de tant de données imprévues, vient de réaliser une nouvelle conquête que nous devons à M. Lenglet, astronome américain. On sait depuis longtemps déjà que si le corps lumineux dont on étudie le spectre, s’approche ou s’éloigne de l’œil qui l’observe, celui-ci constate un déplacement correspondant dans les raies. Partant de là, M. Lenglet remarquant qu’à chaque instant un des bords du soleil s’éloigne de nous pendant que l’autre s’en rapproche, par le fait de la rotation de l’astre sur son axe, il s’est demandé si le déplacement des raies ne pourrait pas fournir une mesure de la vitesse de relation de la photosphère, mais les déplacements en question sont si faibles, qu’il semble à première vue bien difficile de les faire apparaître au milieu des erreurs inséparables de toute observation, L’n procédé bien simple a cependant permis à l’ingénieux auteur de lever la difficulté. Voici comment : en substituant aux prismes ordinaires les réseaux de Rutherford, on obtient un spectre qui contient trois fois plus de raies que le spectre ordinaire ; par exemple entre les deux raies D du sodium, on compte 11 raies nouvelles. Or, et c’est ici le point capital, il se trouve que parmi ces raies, les unes appartiennent vraiment au sodium, tandis que les autres sont dues à la vapeur d’eau contenue dans l’atmosphère terrestre. Il résulte de là que les premières devront se déplacer par l’effet de la rotation solaire, tandis que les autres resteront fixes et constitueront ainsi un véritable vernier naturel permettant d’évaluer même les erreurs dues à l’instrument. D’un autre côté, l’effet de déplace
- p.415 - vue 419/432
-
-
-
- 416
- LA NATURE.
- ment peut être doublé si l'on amène en présence les spectres donnés au même moment par les deux extrémités du diamètre équatorial du soleil. Les raies telluriques coïncident exactement de l’une à l’autre, tandis que les raies solaires sont déplacées les unes vers le rouge, les autres vers le violet. M. Lenglet n’a pas encore terminé son travail, mais dès à présent on peut en attendre les résultats les plus importants.
- La mer d'Algérie. — M. le général Favé lit aujourd'hui, au nom d'une Commission, un rapport très-favorable de ce projet émis par M. Roudaire, de convertir les cholls d’Algérie en une mer intérieure. Nos lecteurs connaissent déjà ce projet sur lequel nous n’avons pas à revenir; disons seulement que la Commission s’est plu à rendre hommage au mérite avec lequel « M. Roudaire a mené sa vaillante et courageuse entreprise, #
- Sables diama?itifères. — Un rapport est lu par M. Dau-I rée sur un mémoire où nous avons étudié le gisement des diamants de l’Afrique australe. Les usages académiques ne nous ont d’ailleurs pas permis d’assister à cette lecture.
- Stanislas Meunier.
- UNE GIROUETTE
- AU T)IX-HUITIÈME SIÈCLE.
- La figure ci-contre, dit Saverien dans son Dictionnaire de mathématiques1, représente une chambre où est le cadran anémonique de Kirclier. G, D, G, G, est une longue pique, dont l'extrémité G (pii sort du toit, porte un aigle de métal attaché fixement à cette pique. Cet aigle sert de girouette. L’autre extrémité de cette pique se termine en pointe, et entre dans un trou en forme de cône où elle peut tourner aisément. A cette extrémité est une roue G horizontale, qui engrène dans deux roues, Tune E horizontale et l’autre D verticale. L’axe de celle-ci porte un index S hors de la chambre et qui tourne sur un cercle vertical X Y. Ces trois roues ont le même nombre de dents et le même diamètre. La roue E porte un cylindre A, et sur ce cylindre est une sphère de verre H. Sur la plus grande zone de cette sphère on peint les trenteTdeux aires du vent, et au milieu est suspendue une statue aimantée représentant la figure d’Éole, tenant une baguette ou comme le nomme le père Kirclier, un sceptre à la main. L’extrémité de cette baguette ou sceptre aboutit à la zone de la sphère. Après avoir orienté la machine pour avoir les trente-deux aires du vent, on couvre tout l'attirail des roues, et la machine est construite. Alors on ne voit que le cercle.X, Y, peint sur le mur de la chambre extérieurement et la sphère de verre en dedans. 11 ne reste donc qu’à savoir orienter ,1a machine. Rien n’est plus simple. La statue d’Eole étant aimantée se dirige nord et sud. Eh bien ! on marque, eu ayant égard à la variation de l’aimant, les vents du midi et du nord. Faisant tourner toute la machine en sorte qu’elle soit toute
- parallèle à cette ligne, l’index S est sur ces deux points. Il est aisé après cela de marquer les autres aires de vent, et sur la sphère II et sur le cercle X, Y.
- On conçoit que le vent soufflant et faisant tourner l’aigle, qui peut mouvoir tout le reste, là où l’aigle s’arrêtera l’index et la petite statue se fixeront. L’un et l’autre marqueront quel est le vent qui souffle.
- Le plus ancien cadran anémonique dont nous ayons connaissance, est celui qu’Andronique Gyr-
- Girouelto de Kirclier.
- (D’aprcs une gravure du dix-liuitième'siècle.)
- rhestes fit à Athènes sur une tour de marbre de figure octogone. Cette tour avait à chaque face l’image de l’un des vents opposé à celui vers lesquels elle était tournée. Sur la tour qui était terminée en pyramide était posé un triton d’airain, qui tenait en sa main une baguette. La machine était ajustée de façon que le triton tournant et se tenant toujours opposé au vent qui soufflait l’indiquait avec sa baguette.
- Le Propriétaire-Gerant : G. Tissandier.
- » 2 vol. in-b°, M DUC LUI.
- COUBEIL, TÏP. ET STÉR, Ctxili-
- p.416 - vue 420/432
-
-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Académie des sciences de Paris. Séances \ hebdomadaires, 15, 30, 46, 63, 79, 94, 1 110, 121, 143, 159, 175, 190, 208, ! 223, 259, 254, 270, 287, 303, 318, ; 355, 351,367, 582, 399, 415.
- Académies étrangères, 334.
- Acclimatation (Curieux exemple d’), 597.
- Acier (Recherches suri’), 174.
- Age du renne (L’Homme de P), 378.
- Aéronautique (Monument commémoratif de la catastrophe du Zénith), 305.
- Aéronautique (Pèlerinage aux monuments de Blanchard et de Pilastre), 82.
- Aérostat (Journal 1’), 238.
- Aérostats militaires de la première république (Nouveaux documents sur les), 145
- Aérothérapie, 17.
- ' Afrique centrale, 185.
- Age de bronze (Découverte d’une fonderie à P), 303.
- Agricole (Concours régional), 266.
- Alcalis sur les matières organiques (Action des), 208.
- Algérie (Reboisement de 1’), 127
- Alluvion aérienne, 46.
- Ammoniaque (Recherches de P), 271.
- Ancon, au Pérou (Cimetière d’), 279.
- Anneaux de Saturne, 211.
- Anthropologie (Ouverture des cours d’), 106.
- Anhropologique à Maintenon (Excursion), 333.
- Araignée venimeuse, 398.
- Arbre du voyageur (Ravcnala), 113
- Arsenic dans les bouchons et les tubes de caoutchouc (De l’existence de P), 347.
- Arizona (Pierres sculptées de P), 204.
- Articulés fossiles, 301.
- Artillerie à l’hôtel des Invalides (Lanouvelle galerie du musée d’j, 47, 596
- Ascenseur hydraulique, 35.
- Aspirateurs pour les laboratoires de chimie, 143.
- Astronomie, 128.
- Atmosphère ( Étude des mouvements tournants de P), 110.
- Atmosphérique (Puits;, 255.
- Australie (llichessc minérale de P), 587.
- Autruche, au Cap (Élevage de P), 207.
- 5e anni'e. — 1" semestre.
- B
- Ilaer (Ch.-E. de), 270.
- Bain (Alexandre), 194.
- Bains turcs (les), 106.
- Baleine dans Pair (Une), 206.
- Baromètre (Le plus grand du monde), 14. Barométrique (Étude), 15.
- Bathomètre de M. Siemens, 125. Bathomctro (Un projet dej, 165. Bélemnites étirées du mont Lâchât, 21. Beloutchistan (Capitale du), 224. Berck-sur-Mer (Hôpital de), 177, Betteraves (Analyse des), 63. Bichromate de potasse (Propriétés antiseptiques du), 287.
- Bibliothèques de Paris, 46.
- Bière (Un cellier de), 261.
- Bombyce du pin, 203.
- Bougie électrique de M. Jabloehkoff, 337.
- Brongniart (Alexandre), 385.
- Brûleur (Nouveau), 348.
- c
- Câbles électriques sous-marins. (Leur fabrication), 195.
- Caféier (Maladie du), 207.
- Cafres Zoulous, 81.
- Caméléon de M. Lenoir, 189.
- Cameron (Le commandant), 183.
- Canal de l’Est (Le), 591.
- Canal d’irrigation du Rhône (Le), 94. Canal de la mer du Nord ( Inauguration du), 41.
- Canaris savants, 94.
- Canon de 100 tonnes, 60, 79 Capillarité, 208.
- Carbonate et suîfocarbonate de po’a se (Fabrication industrielle du), 319. Carnivores (Les plantes), 275.
- Cartes du temps, 32, 112,192,256, 520, 384.
- Chemin de fer ( Station de Saint-Pancrace, à Londres), 186.
- Chemin de fer du littoral de Dunkerque à Calais, 15.
- Chemin de fer système Welli, 87. Chemins de fer (Les animaux et les), 382. Chibchas de la Colombie ( Antiquités 1, 559.
- Chloral hydraté (Diffusion du), 318, 383.
- Clilorophylle (Constitution de la), 383. Ciel (Carte du), 415.
- Ciel en 1877 (Le), 138.
- Ciel moutonné, 127.
- Ciel (Terres du), 271.
- Cinchonine, 287.
- Climat du Sahara (Variations de), 19. Climat pendant 140ans (Variations de),63. Colombie (Antiquités Chibchas de la),559. Comètes (Les nouvelles), 238, 352. Cométaire (Répulsion), 15.
- Compïègne (Marquis de), 255. Conférencier chinois à Paris, 206. Constellations chrétiennes aux constellations païennes au dix-septième siècle (Essai d’une substitution des), 39. Coryza (Moyen de guérir le), 34, Costume de guerre au onzième siècle, 396. Coton-poudre (Composition du), 15. Crâne (Reproduction des os du), 110. Crapaud mange-t-il les abeilles (Le), 202. Crapauds (Mouche qui mange les), 14. Crapauds (Chant des); 134.
- Crevetle d’eau douce, 399.
- Croix lumineuse observée autour du Soleil, 400.
- Cuivre dans le sang des animaux herbivores (Sur la présence normale du), 302. Cuivre (Intoxication par les sels de), 536. Cyclone du Bengale, 74.
- D
- Delta préhi torique de l’Arve, 241. Dépopulation (Statistique sur la), 350. Dévitrification des roches vitreuses, 30. Diamantifères (Sables), 174, 416. Digestion des myriapodes, 14.
- Dissection par les têtards, 302. Dissociation, 367.
- Divisibilité des corps, 254.
- Dolbeau, 350.
- Dolmen d’Auvernier, 214.
- Dynamite en agriculture (Emploi de la), 307.
- Dynamite (Fabrication de la), 4,147,
- E
- Eau dans Pair (Suspension 'et ébullition de 1’), 273.
- Eau de Cologne comme anesthésique, 127. Eau (Synthèse de P), 534.
- 27
- p.417 - vue 421/432
-
-
-
- 418
- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Eaux d’égouts (Utilisation des), 229, 287. Eaux sulfureuses (Formation des). 159. Eboulement d’une montagne en Styrie, _ 190.
- École Monge (1'), 247.
- Éclairage électrique, 535, 337.
- Eclairs (Distance à laquelle se voient les),
- 202.
- Éclairs en chapelet et en hélice, 298. Éclipse de lune du 27 février, 238 Écrire (La machine à), 225.
- Égouts (Épuration et utilisation des eaux , d’), 229.
- Électricité (Nouvelle application de 1’), 350.
- Électrique (Éclairage), 337.
- Électriques au dix-huitième siècle (Expériences), 569.
- Électro-statique ( Nouvelle théorie de l’induction), 411.
- Éléphant (Langage de 1’), 398. Embryogénie végétale, 287.
- Erratiques de la Plata (Faux blocs), 91. Etna (Observatoire sur 1’), 254.
- Etoile nouvelle, 31.
- Étoile nouvelle de la constellation du Cygne, 98.
- Eucalyptus en Algérie et en Corse, 378. Exposition de Philadelphie, 291, 354, 373, 410.
- F
- Faucheurs (Digestion des), 222. Fermentation, 159.
- Fers et fontes (Analyses des), 255.
- Fer natif, 11, 255.
- Feuilles (Fonctions des), 223.
- Fièvre typhoïde (Épidémie de), 59, 128, 191, 223, 288.
- ! leurines (Tour de), 125.
- Fossiles (articulés), 301.
- Fossiles des environs de Reims (Vertébrés), 363.
- Fossiles (Recherches sur les œufs), 143. Foudre (Les manieurs de), 70,119, 134. Fourmis des bois (Singulier mode d’alimentation des), 270.
- Frigorifique (Succès du), 30, 208. Fuchsine dans le vin ( Recherche de la), 10. Fusil à magasin en 1775, 62.
- G
- Galé cirier (Le), 239.
- Galets (Sur un mode spéci l de formation de), 330.
- Gallium, 15.
- Garance (Étude sur la), 399.
- Gauss (Lettre de), 399.
- Gaz comprimés ( Action physique des ), 239, 271.
- Gaz d’éclairage (Qualités du), 349. Génération spontanée, 191.
- Géodésie, 111, 383.
- Géologique (Chronomètre), 319. Girouette au dix-huitième siècle, 416. Glace par l’acide sulfureux (Fabrication de la), 209.
- Glaciaire sur les côtes de Bretagne (Traces de l’époque), 380.
- Glacière naturelle près de Dobschau, 45. Graham (Œuvres de), 415.
- Greffe épidermique dans un cas de brûlure, 127.
- Grêle (Orage à), 287.
- Grêlons remarquables ou extraordinaires, 48, 355. s
- Grisoumètre de M. Coquillion, 357, 563. Grotte de Cravanche (Les), 314. Guatemala (De Paris à), 240.
- Guettard, 46.
- Gui (Étude sur le), 128.
- H
- Haches en silex, 145.
- Halo solaire du 23 décembre 1876, 205. Halos solaires du 29 novembre au 31 décembre 1876, 33.
- Héliostat d’Hartnack et Prazmowski, 95. Hell Gâte (Destruction d’), 23, 43. Hérons aux États-Unis (Destruction des), 254,
- Hétérogénie, 239.
- Hiver de 1876-1877 (Note sur 1’), 126,346. Horloge de précision, 46.
- Hospitaliers parisiens (Les établissements), 177.
- Huiles minérales (Hypothèse sur l’origine des), 398-
- Hydrogène pur (Préparation en grand de F), 366.
- Hydrostatique (Nouvel appareil d’), 348. Hygromètre à Pélargonium, 16. Hygromètre Caméléon, 189.
- Hygromètre végétal, 238.
- I
- Iguane (E), 257.
- Incendies (Appareil préventif contre le développement des), 10.
- Induction électro-statique (Nouvelle théorie de P), 411.
- Industrie en France (Progrès del’), 373. Insectes dans la nature (Rôle des), 339, 386.
- Iode (Absorption physiologique de 1’), 190. Ivoire artificiel, 142.
- J
- Japon (Marine du), 207.
- Journaux de Paris, 143.
- K
- Kjokkeumôddings au Brésil, 15.
- L
- Laboratoires du Muséum de Paris (Les nouveaux), 54, 162, 394.
- Laboratoire de zoologie maritime de Wi-mereux, 129.
- Larynx (Une aiguille dans le), 366. Lavœsium (Le), 363. *
- Lithologie, 63.
- Livingstone (Le beau-père de), 366. Locomotive (Nouvelle), 106.
- Lune (Eclipse de), 238.
- M
- Machine à écrire américaine, 225, 334. Machine motrice, 305.
- Machine parlante, 78.
- Magnétite artificielle, 50.
- Malebranche (Manuscrit de), 15. Mammouth fossile (Reconstitution d’un), 376.
- Manomètre, 63.
- Marine du Japon, 207.
- Marines (Températures sous-), 269. Marteau-pilon du Creusot, 143. Mataziette et l’explosion du fort de Joux (la), 146.
- Matières organiques ( Action des alcalis sur les), 208.
- Médaille commémorative du passage de Vénus, 208.
- Mélasses (Dérivés des), 415.
- Mer (Étude des fonds de la); 110.
- Mer intérieure d’Afrique, 46, 416.
- Mer (Mouvements de la), 251.
- Mercure (Diffusion du), 367 Mercure (f.e passage de), 174. Métallothérapie, 182.
- Météorites, 111, 223 Météorites (Accroissement du volume de la terre par les), 206.
- Météorologie de novembre 1876, 31.
- — décembre 1876, 111.
- — janvier 1877, 191.
- — février 1877, 255.
- — mars 1877, 319.
- — avril 1877, 383. Météorologie en Italie, 164.
- Météorologie dans l’Inde anglaise, 263,
- 526.
- Météorologiques agricoles ( Avertissements), 347.
- Microscope binoculaire, 381.
- Mitrailleuse Gatling, 286.
- Monge (l’École), 247.
- Monnaie d’or gauloise, 348.
- Mont Blanc (La nouvelle carte du), 90. Montres aux États-Unis (Fabrication des), 218.
- Monument commémoratif de la catastrophe du Zénith, 305.
- Mormons (Le pays des), 252.
- Mouche qui mange les crapauds, 14. Muséum de Paris (Les nouveaux laboratoires du), 54, 162, 394.
- Myriapodes (Digestion des), 14.
- N
- Neige (Cristaux de), 159.
- Nerfs de sensibilité (Sur la transmission des excitations dans les), 193. Nerveuses (Transmissibilité des excitations), 143.
- Niagara (Tourbillon de la rivière du),368. Nitrification, 111, 190.
- Nuages (Couleur des), 415.
- O
- Observatoire sur l’Etna, 234.
- Œufs fossiles (Recherches sur les), 143. Oiseaux (Chant des), 365.
- Oiseaux (Parasitisme acarien du tissu cellulaire chez les), 364.
- Oiseaux de Saône-et-Loire, 565.
- Oiseaux d’hiver, 57, 63, 118, 173, 221. Oiseaux par les fils télégraphiques (Destruction d’), 334.
- Oiseaux (Théorie du vol des), 364.
- Orages (Influence du relief du sol sur la marche des), 346.
- Oreille (Expérience sur 1’), 219. Organiques sous l’influence de l’étincelle électrique (Décomposition des liquides), 362.
- Oscillographe, 303.
- p.418 - vue 422/432
-
-
-
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- 419
- Othéoscope, 599.
- Ours blancs à Cologne (Combat d’), 238.
- Ovologie des Mollusques terrestres et des Insectes, 378.
- P
- I’alafites de Laybach en Autriche, 161.
- Paléontologie, 287.
- Paléontologie parisienne, 30.
- Palmier dattier et ses fruits, 392.
- Paratonnerres, 159.
- Pélargonium (Hygromètre à), 16.
- Pendule (Influence de la pression atmosphérique sur la marche du), 181.
- Pérou (Cimetière d’Ancon au), 279.
- Pétrole en Pensylvanie, 408.
- Photographie (Les couleurs reproduites en), 34.
- Phylloxéra, 46, 175, 239, 303.
- Physiologie végétale, 367.
- Physique (Société française de), 26, 62, 106, 194, 262, 518, 367, 414.
- Pierres sculptées du territoire de l’Ari— zona, 264.
- Plantes carnivores (Les), 275, 508.
- Plantes dites silicoles, 379.
- Platine irideé (Règle en), 50.
- Pluies dans la Vienne (tfégime des), 547.
- Pluies de poussière (Les), 102, 115.
- Pluvial (Régime), 349.
- Poggendorff(Jean-Christian). 227.
- Poison d’épreuve de Gabon, 350.
- Pôle nord (La dernière expédition anglaise au), 130.
- Pôle sud et ses alentours (Le), 150.
- Pommes de terre (Action de la couleur du sol sur les), 254.
- Pont d’Albert (Albert Bridge) à Londres, 27.
- Pouchet (Hommage à), 303.
- Poussières de l’air, 519.
- Prairies (Résultat botanique des expériences faites à Rothamsted sur les), 18.
- Préhistorique du Mont-Dol (Age du gisement), 580.
- Préhistorique en Alsace (L’homme), 314.
- Prévision du temps à courte échéance, 348.
- Propithèque de Verreaux, 283.
- Puits atmosphérique des houillères d’É-pinac (Saône-et-Loire), 235.
- Pustule maligne, 383.
- Pyramides des fées, 353.
- Pyromètre Main, 288.
- R
- Racines (Respiration des), 11.
- Rachianectes glaucus des côtes de la Californie, 371.
- Radiomètre, 94.
- Récifs de la rivière de l’Est près New-Vork (Destruction des), 23.
- Réservoirs d’eau dans les vallées de l'Alsace, 55.
- Respirateur Tyndall (Le), 506.
- Respiration des racines, 11.
- Respiratoire (Appareil), 536.
- Rites funéraires des peuples lacustres, 214.
- Rivières (Pollution des), 207.
- Roches (Origine des), 63.
- Ronces (Classification des), 379.
- Roulis (Moyen d’éviter le), 286.
- Rumford (Prix), 142.
- Ruscus (Sur les Cladodes des), 379.
- S
- Sables diamantifères, 174,416.
- Sahara (Variations de climat du), 19.
- Sang (Évaluations numériques des globules rouges du), 267.
- Saturne (Les anneaux de), 211.
- Sauterelles en Algérie (Nuées de), 190.
- Sauvetage (Chaîne aérliydrique de), 108.
- Sauvetage des navires submergés au seizième siècle, 128.
- Scarabées des pois, 127.
- Sirocco, 316,
- Semis de plantes marines et d'éponges, 379.
- Sculptures antiques de Sous, 19.
- Seine (Assainissement de la), 128.
- Serpents (Pluie de), 334.
- Sèvres (Nouvelle manufacture de), 74, 385.
- Singe anthropoïde dans l’Amérique du Sud, 414.
- Sirène (Application de la), 63.
- Société française de phvsique, 26, 62, 106, 194,262,318, 367, 414.
- Sociétés savantes à la Sorbonne (15e réunion annuelle des), 346, 362, 378, 390.
- Solaire (Physique), 399.
- Sol sur les pommes de terre (Action de la couleur du), 254.
- Souris (Chant des), 134.
- Sources (Captage des), 368.
- Spectroscopique de la radiation solaire (Étude), 415.
- Sphéroidal (État), 399.
- Staphylins de l’Australie et de 'a Polynésie, 365.
- Stasimètre. 378.
- Suc gastrique, 239.
- Sucre (Fabrication du), 63.
- Sulfoearbonate de potasse (Fabrication du), 319.
- Sulfure métallique, 367.
- Sulfures (Diffusion des), 318.
- Sulfures naturels (Recherches sur les), 503.
- Suspension et ébullition de l’eau dans l’air, 273.
- T
- Tache solaire, 336.
- Tachymélrie (La), 171.
- Télégraphe parlant (Le), 251, 289, 328. Tempérance (Société de), 126. Température produite lorsqu’on dirige un courant de vapeur d’eau dans une dissolution saline, 330.
- Températures sous-marines, 269.
- Tempête du 10-11 septembre 1876 en Australie, 11.
- Ténia inerme dans le Midi, 363.
- Terrains des environs d’Aix en Provence, 380.
- Tertiaire (Les périodes végétales de l’époque), 1, 154, 243, 403.
- Têtards (Dissection par les), 302.
- Tonnerre en boules, 303.
- Torpilles à Toulon (Essai de), 228.
- Tortue rayonnée (La), 97.
- Tourbillons atmosphériques observés près de Clermont-Ferrand, 219.
- Tour du monde en 320 jours, 238, 250. Touries (Vides-), 304.
- Tramways à vapeur, 343.
- Tremblement de terre du 4 avril 1877,382 Trombes descendantes, 27.
- Tycho Brahé, 321.
- ympan (Échange du gaz dans la caisse du), 62.
- y
- Vagues de la mer (Action de l’huile pour calmer les), 30.
- Variole épidémique, 365.
- Végétale (Analyse), 46.
- Végétales de l’époque tertiaire (Les pé-.
- riodes), 1, 154, 243, 403.
- Vent du lor janvier au pic du Midi (Le coup de), 122.
- Vent (Vitesse extraordinaire du), 11.
- Ver à soie des pins (Le), 147.
- Verre (Altération du), 190.
- Verre antique, 46.
- Verre (Coton de), 91.
- Verre (Irisation du), 159.
- Verre trempé de Siemens, 318.
- Verrerie (Histoire de la), 49, 65.
- Verres d’optique (Taille des), 208.
- Vigne (Décortication des ceps de), 175. Vigne (Maladie de la), 415.
- Vin antique, 3 )9.
- Vin (Statistiquede la production du), 259. Vinasses (Distillation des), 2j7. Volcaniques observés dans lîle Hawaii en février 1877 (Phénomènes), 401. Vol des oiseaux (Théorie du), 364.
- Vol mécanique (Sur le), 148.
- Vue humaine (Limite de la), 407. Vulcain (A propos de), 223.
- Z
- Zinc (Diffusion du), 518.
- Zoologie maritime (Laboratoire), 129. Zoologique dans la mer du Nord (Une station), 121.
- p.419 - vue 423/432
-
-
-
- p.420 - vue 424/432
-
-
-
- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- *
- Alexander. — La capitale du Bcloutchîstan, 224.
- Bader (Dt). — Les établissements hospitaliers parisiens. Berck-sur-Mer, 477.
- Beneden (Van). — Le Rachianectes glaucus des côtes de la
- Californie, 371.
- Bert (Paul). — Sur la transmission des excitations dans les nerfs de sensibilité, 493.
- Bertillon (J.). — Ouverture des cours d’Anthropologie, 106.
- Blerzy (H.). — Le Canal de l’Est, 391.
- Boissay (Ch.). — Appareil préventif contre le développement des incendies, 10. — La nouvelle manufacture de Sèvres, 74. — Pèlerinage aéronautique aux monuments de Blanchard et de Pilastre, 82. — Le laboratoire de zoologie ma-ritine de Wimereux, 129. — Les établissements hospitaliers parisiens. Berck-sur-Mer, 177. — Le pays des Mormons d’après le baron Ilubner, 252. — Les terres du ciel, 271. — Limite de la vue humaine, 407.
- Bonnier (G.). — Les températures sous-marines, 2G9.— 15e réunion annuelle des délégués des Sociétés savantes à la Soi-bonne (sciences physiques,) 347, 362.
- Bontemfs (Ch.). — Nouvelle sonde ou bathomètre de M. Siemens, 123. — Le télégraphe parlant, 289.
- Bordier (le Dr A.). Le chant des souris, 134.
- Boutet (P.). — La dernière expédition anglaise au pôle nord, 130.
- Brunet. — Le crapaud mange-t-il les abeilles, 202.
- Cotteau (G.). — Les palafittes de Laybach en Autriche, 161.
- Dehérain (P.-P.). — Sur la respiration des racines, 11.
- Dumas (J.). —A. Brongniart, 385.
- Dumoulin (Eug,). — Les couleurs reproduites en photographie, 34.
- Ferrand (E.). — Le coton de verre, 91.
- Ferrier (Dr David). — Moyen de guérir le coryza, 34.
- Ferriere (E.). — Trombes descendantes, 27. — De la distance à laquelle on voit les éclairs, 203.
- Flammarion (C.). — Essai d’une substitution de constellations chrétiennes aux constellations païennes et d’une métamorphose de la sphère céleste au XVII8 siècle, 39. — Le ciel en 1877, 138.
- Fol (Dr H.). — Un projet de bathomètre, 165.
- Fontpertuis (Ad.-F. de). — La météorologie dans l’Inde Anglaise, 263, 326.
- Fordos. — Recherche de la fuchsine dans le vin, 10.
- Franck (Dr Fr.) — Expérience sur le vol mécanique par M. Tatin, 148
- Fron (E.). — La météorologie des mois de novembre et décembre 1876, janvier, février, mars, avril 1877, 31, 111, 191,255,319, 383.
- Girard (M.). —Les manieurs de foudre, 70, 119, 135. — Le ver à soie des pins, 147. — Le Bombyce du pin, 203. — Concours régional agricole en 1877 au palais de l’Industrie, 266. — 150 Réunion des délégués des Sociétés savantes des départements à la Sorbonne, sciences naturelles, 363, 378, 390.
- Godefroy (L.). — Grêlons extraordinaires tombés à la Chapelle (Loiret) pendant l’orage du 4 avril 1877, 355.
- Grad (Charles). — Les variations de climat du Sahara et les scupltures antiques de Sous, 19. — Les réservoirs d’eau dans les vallées de l’Alsace, 55. — Les grottes de Cravanche et l’homme préhistorique en Alsace, 314.
- Guillemin (Amédée). — L’étoile nouvelle de la cmstellation du Cygne, 98. — Les Anneaux de Saturn d’ .près les observations récentes, 211.
- IIamy (E.-T.), — La nouvelle galerie du musse d’artillerie à l’hôtel des Invalides, 47. — Un récent voyage chez les Cafres Zoulous, 81. —Phénomènes volcaniques observés dans l’île Hawaii, en février 1877, 401.
- Hélène (Maxime). La fabrication de la Dynamite Nobel. L’usine suisse d’Isleten, 4. — Le chemin de fer système Wetli et la catastrophe de la ligne Wœdensweil-Einsoedlen, 87. — La Mataziette et l’explosion du fort de Joux, 146. — Les Rites funéraires des peuples lacustres. Le dolmen d’Au-vernier, 214. — Le Delta préhistorique de l’Arve, lac de Genève, 241.
- Joly (Dr N.). — Le rôle des insectes dans la nature, considéré surtout au point de vue agricole, 339, 386.
- Landrin (A.). — Les cristaux de neige pendant l’hiver 1875, 1876, 159.
- Lhéritier (L.). — Les*pierres sculptées du territoire de l’Ari-zona (États-Unis, 264.
- M.-M. — Résultat botanique des expériences faites à Ro-thamsted sur les prairies, 18.
- Mangon (Hervé). — Emploi de la Dynamite en agriculture, 307.
- Margollé (E.). — Des mouvements de la mer par A. Cialdi, 251.
- Meunier (Stanislas). — Comptes rendus des séances hebdomadaires de l’Académie des sciences, 15, 30, 46, 63, 94, 110, 128, 143, 159, 174, 190, 208, 223, 239, 255, 270, 287, 303, 318, 335, 567, 382, 319, 415, — Les Bélemnites étirées du Mont Lâchât, 21. — Latour de Fleurines, 125. — Sur un mode spécial de formation de galets, 330.
- Mortillet (G. de). — Cimetière d’Aucon au Pérou, 279.
- p.421 - vue 425/432
-
-
-
- 422
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Nansouty (Général de). — Le coup de vent du lBr janvier 1877 au pic du Midi, 122.
- Niaudet (A.). — Bougie électrique de M. Jablochkoff, 537.
- Nicolas (D'). — L’épidémie de fièvre typhoïde, 59. — Les bains turcs : Hammam, 167.
- Noguès (A. F.). — Le grisoumètre de M. Coquillion, 357,
- Nolet (P.). — Les câbles électriques sous-marins et leur fabrication, 195.
- Odstalet (E.). — Les oiseaux d’hiver, 37, 63, 118, 173, 221. —• Le Propithèque de Verreaux, 283.
- Peligot (E.). — Histoire de la verrerie, 49, 65.
- Pelletan (Dr J.). — Héliostat d’Hartnack et Prazmowski, 95.
- Philippon (B.). — Évaluation numérique des globules rouges du sang, 267.
- Planté (Gaston). — Éclairs en chapelet et éclairs en hélice, 298.
- Poisson (J.). — Le Ravenala ou arbre du voyageur, 113. — Les Plantes carnivores et les plantes à piège, 275, 508.
- Reclus (Elisée). — Progrès de l’industrie en France, 373.
- Renard (E). — Le canon de 100 tonnes à la Spezzia, 60, 79.
- Renou (E). — Note sur l’hiver de 1877, 126.
- Richard (G.).—Sur l’explosion d’Hell Gâte aux-États-Unis, 43.
- Romilly (F. de). — Suspension et ébullition de l’eau dans l’air,
- 273, 287.
- Sabaté (L.). — La décortication des ceps de vigne et le phylloxéra, 175.
- Saffray (ü1). — L’Exposition de Philadelphie, 291, 354, 373, 410.
- Saporta (Cte G. de). — Les périodes végétales de l’époque tertiaire. — Notions préliminaires. — Période paléocène.
- — Période éocène, 1,154, 243, 403.
- Sauvage (E). — La tortue rayonnée, 97. — L’Iguane, 257. — Les pyramides des fées à Saint-Gervais, 353.
- Secchi (A. P.). — Chute de grêle remarquable observée à Grotta-Ferrata, 48.
- Tarry (H.). — Les expériences de M. Volpicelli et la nouvelle théorie de l’induction électro-statique, 411.
- Tissandier (G.) — Destruction d’Hell Gâte. Récifs de la rivière de l’Est, près de New-York, 23. — La Météorologie du mois de novembre, 31. — Les halos du 29 novembre au 1" décembre 1871, 33. — Les pluies de poussière, 102. 115. — Aspirateurs pour les laboratoires de chimie, 143,
- — Nouveaux documents sur les aérostats militaires de la première République, 145, — Influence de la pression atmosphérique sur \a marche du pendule et des moyens de la corriger, 181. — Le caméléon de M. Lenoir, 189. — Halo solaire du 23 décembre 1876, observé à Denver (Éiats-n is), 205.— La fabrication de la glace par l’acide sulfureux, 209. — La machine à écrire américaine, 225. — De Paris à Guatemala. Notes de voyage au centre Amérique, 240. — L’école Monge, 247. — Le tour du monde en 320 jours, 250. — La météorologie aux États-Unis, *285. —> Le pyromètre
- Main, 288. — Yides-touries. 304. — Monument commémo-tif de la catastrophe du Zénith, 305. — Le télégraphe parlant. Téléphone de M. A. Graham Bell, 328. — Reconstitution d’un mammouth fossile, 376. — Croix lumineuse autour du soleil observée au Havre le 17 mai 1877, 400.
- Thomson (Wyville). — Le pôle sud et ses alentours, 150.
- Uricoechea (E). — Antiquités Chibchas de la Colombie, 359.
- Vignard (Dr Valentin). Sur l’hygromètre à Pélargonium, 16.
- Villeroy (F. de). — Les scarabées des pois, 127.
- Vion (B.). — Curieux exemples d'acclimatation, 397. — Une araignée venimeuse, 598. —Une crevette d’eau douce, 399. — Un singe anthropoïde dans l’Amérique du Sud, 414.
- X...., —ingénieur des ponts et chaussées. —• L’Albert bridge à Londres, 27. — La station de Saint-Pancrace à Londres (Midland-Railway), 186.
- Zundel (Ch.). — Le respirateur Tvndall et l’homme salamandre, 306.
- Zurcher (F.). — Essai de torpilles à Toulon, 228.
- Dr Z. — L’Aérothérapie, 17. — Les nouveaux laboratoires du muséum de Paris. Erpétologie et Ichthyologie, Mamma-logie et Ornithologie, Malacologie, 54, 162, 394. — La métallothérapie, 182.
- Articles non signés. — La tempête du 10-11 septembre 1876 en Australie, 11. — Société française de physique, 27, 62, 106, 194, 262, 318, 367, 414. — Ascenseur hydraulique, 35. — Inauguration du canal de la mer du Nord, 44. — Le grand cyclone du Bengale, 74. — La* nouvelle carte du Mont-Blanc de M. Viollct-le-Duc, 90. — Faux blocs erratiques de la Plata, 91„ — Nouvelle locomotive, 106. — Chaîne aérhydrique de sauvetage pour les navires naufragés, 108. Une station zoologique dans la mer du Nord, 121.— Sauvetage des navires submergés au seizième siècle, 128. — Le chant des crapauds, 134. — La météorologie en Italie, 164. —Le commandant Cameronà la Sorbonne, 183. — Alexandre Bain, 194. — Médaille commémorative du passage de Vénus sur le Soleil, 208. — La fabrication des montres aux États-Unis, 218. — Une expérience sur l’oreille, *219. — Tourbillons atmosphériques observés près de Clermont à Raba-nessc, 219. — Jean Christian Poggendorff, 227. — Épuration et utilisation des eaux d’égout, 229. — Un observatoire sur l’Etna, 234. — Le marquis de Compïègne, 235. — Puits atmosphériques des houillères d’Èpinac (Saône-et-Loire), 235. — Le télégraphe parlant, 251. — Statistique de la production du vin, 259. — Le mois météorologique aux États-Unis, 506, 595. — Tycho Brahê (documents inédits), 521. — Sur la température produite lorsqu’on dirige un courant de vapeur d’eau dans une dissolution saline, 330. — Excursion anthropologique à Maintenon, 333. — Appareil respiratoire, 336. — Sociétés et académies étrangères, 334.— Les nouvelles comètes, 352. — Le tourbillon de la rivière du Niagara, 568. — Expériences électriques au dix-huitième siècle 369, 108. — Microscope binoculaire, 381. — Le Palmier-dattier et ses fruits, 392. — Costume de guerre au onzième siècle, 306. — Le pétrole en Pensylvanie, 408. — Une girouette au dix-huitième siècle, 416.
- p.422 - vue 426/432
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES
- H. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres italiques.
- Astronomie.
- Essai d’une substitution des constellations chrétiennes aux constellations païennes et d’une métamorphose de la sphère céleste tentée au dix-septième siècle
- (C. Flammarion)........................*......... 39
- L'étoile nouvelle de la constellation du Cygne (A. Guillemet).................................................... 98
- Le ciel en 1877 (C. Flammarion).........................138
- Médaille commémorative du passage de Vénus..............208
- Les anneaux de Saturne d'après les observations récentes
- (A. Guillbmin).......................................211
- Un observatoire sur l’Etna..............................234
- Les nouvelles comètes.............................. 238,352
- Les terres du ciel (Ch. Boissay)...................... 271
- Tycho Brahé (Documents inédits).........................321
- Répulsion cométaire..................................... 15
- Étoile nouvelle......................................... 31
- Astronomie............................................ 128
- Le passage de Mercure...................................174
- A propos de Vulcain.....................................223
- U éclipse de lune du 27 février.........................258
- Tache solaire ... 336
- Physique solaire........................................399
- Carte du ciel...........................................415
- Étude spectroscopique de la radiation solaire. . . , 415
- Physique.
- Société française de physique, 26,106,194,262,318, 367,410 Les couleurs reproduites en photographie (Edg. Dumoulin) ............................................... 35
- Les manieurs de foudre (M. Girard), . . 70319, 134, 262
- Héliostat d’Hartnack et Praznowski (D* J. Pelletan) . 95-
- Bathomètre Siemens (Ch. Bontemps)......................123
- Un projet de bathomètre (Dr H. Fol)....................165
- Influence de la pression atmosphérique sur la -marche du pendule et des moyens de la corriger (G. Tis-
- sandier) . ..................................... 181
- Les câbles électriques sous-marins et leur fabrication
- ^P. Nolet)........................................ 195
- Le télégraphe parlant. Le téléphone de M. G. Bell.
- (Ch. Bontemps) (G. Tissandier)......... 289, 328, 251
- Suspension et ébullition de l’eau dans l’air (F. de Ro-
- milly)........................................ 273, 287
- Le pyromètre Main (G. Tissandier)......................288
- Bougie électrique de M. Jablochkoff (A. Niaudet) . . . 337 Expériences électriques au dix-huitième siècle. . . . 369
- Microscope binoculaire.................................581
- Les expériences de M. Volpicelli et la nouvelle théorie de
- l’induction électro-statique (H. Tahry).............411
- Manomètre.............................................. 63
- Application de la Sirène.............................. 63
- Im machine parlante.................................... 78
- Radiomètre............................................. 94
- Paratonnerres, ... y .. ...............................159
- Capillarité............................................208
- Taille des verres d'optique............................208
- Action physique de gaz comprimés.......................239
- Divisibilité des corps............... . . 254
- Puissance mécanique des gaz comprimés. ..... 271
- Éclairage électrique...................................335
- Nouveau brûleur........................................348
- Nouvel appareil d’hydrostatique........................348
- Nouvelle application de l’électricité..................350
- État sphéroidal........................................399
- L’othéoscope....................................... . 399
- Chimie.
- La fabrication de la dynamite Nobel. L’usine suisse
- d’Isleten (Maxime Hélène)............................ 4
- Recherche de la fuchsine dans le vin (Fordos) ..... 10
- Histoire de la verrerie (Peligot).................. 49,65
- La nouvelle manufacture de Sèvres (Ch. Boissay) .... 74
- Le coton de verre (E. Ferrand) ........................ 91
- Aspirateurs pour les laboratoires de chimie (G. Tissandier) .................................... ..... 143
- Le mataziette et l’explosion du fort de Joux (Maxime
- Hélène).............................................146
- La fabrication de la glace par l’acide sulfureux (G. Tissandier) ............................................. 209
- Épuration et utilisation des eaux d’égout..............229
- Vides-touries (G. Tissandier)..........................304
- Sur la température produite lorsqu’on dirige un courant de vapeur d’eau dans une dissolution saline .... 330
- Le Grisoumètre de M. Coquillion (A. F. Noguès) . . . 357
- Composition du coton-poudre............................ 15
- Gallium................................................ 16
- Règle en platine iridée.........................‘ , . 30
- Dévitrification des roches vitreuses................... 30
- Verre antique....................................... . 46
- Analyse végétale....................................... 46
- Fabrication du sucre................................... 63
- Nitrification..........................................111
- Ivoire artificiel..................................... 142
- Irisation du verre.....................................159
- Fermentation . ........................................159
- Formation des eaux sulfureuses.........................159
- Recherches sur F acier.................................174
- Altération du verre....................................190
- Nitrification..........................................190
- Distillation des vinasses .............................207
- Action des alcalis sur les matières organiques. . . 208
- Analyses des fers et des fontes........................255
- Recherche de l'ammoniaque 271
- p.423 - vue 427/432
-
-
-
- 424
- TABLE DES MATIERES.
- Propriétés antiseptiques du bichromate de potasse
- sur la cinchonidine.............................287
- Recherches expérimentales sur les sulfures naturels, 503
- Verre trempé de Siemens............................318
- Diffusion du zinc........... . ....................318
- Oxydabilité des sulfures..............................318
- Densité de vapeur du chloral hydraté..................518
- Fabrication industrielle du carbonate et du sulfocar-
- bonate de potasse..................................519
- Expérience de cours pour montrer la synthèse de Veau. 334
- Existence de l’arsenic dans les bouchons et les tubes
- ' de caoutchouc....................................347
- Recherches sur une substance dérivée de la houille
- par voie humide............................ , , 348
- Vérification des qualités du gaz de l'éclairage. . . . 349
- Décomposition des liquides organiques sous Vin fluence
- de l’étincelle électrique..........................362
- Le Lavœsium. .........................................363
- Diffusion du mercure................................. 367
- Sulfure métallique....................................367
- Dissociation..........................................567
- Sur le chloral hydraté. . ............................383
- Étude sur la garance..................................399
- Vin antique........................................399
- Dérivés des mélasses..................................415
- Météorologie. — Géologie. — Physique du globe.
- La tempête du 10 au 11 septembre 1876 en Australie.
- Vitesse extraordinaire du vent..................... 11
- L’hygromètre à Pélargonium (Dr V. Yignard) .... 16
- Les variations de climat du Sahara et les sculptures
- antiques de Sous (Ch. Grad).......................... 19
- Trombes descendantes (E. Ferrière)...................... 27
- Météorologie des mois de novembre et décembre 1876,
- de janvier, février, mars, avril 1877. Cartes quotidien-nesdu temps. E. Fhon. . . 31, 111, 191, 255, 319, 383 Les liaios du 29 novembre au lsr décembre 1875 (G. Tis-
- sandier) .............................................. 35
- Chute de grêle remarquable observée à Grotta-Ferrata
- (A. P. Secchi) ........................................ 48
- Le grand cyclone du Bengale........................... 74
- L'aux blocs erratiques de La Plata................... 91
- Les pluies de poussière (G. Tissandier)..........102,115
- Le coup de vent du l8r janvier 1877 au pic du Midi (général de Nansouty)...................................... 122
- La tour de Fleurines (S. Meunier)................. 125
- Note sur l’hiver de 1877 (E. Renou).......................126
- Les cristaux de neige pendant l’hiver 1875 à 1876
- (A. Landrin)...........................................159
- La météorologie en Italie.................................164
- Le caméléon de M. Lenoir..............• •................ 189
- De la distance à laquelle on voit lqs éclairs (E. Ferrière; 202 Halo solaire du 23 décembre 1876 observé à Denver
- États-Unis) (G. Tissandier)............................205
- Tourbillons atmosphériques observés près de Clermont à
- Rabanesse..................................... . 219
- La météorologie dans l’Inde anglaise (Ad. F. de Font-
- pertuis).......................................... 263,326
- Les températures sous-marines (G. Bonnier)................269
- La météorologie aux États-Unis (G. Tissandier) .... 285
- Éclairs n chapelet et éclairs en hélice (G. Planté) . . 298
- Le mois météorologique aux États-Unis................ 306,395
- Sur un mode spécial de formation de galets (S. Meunier) 331 La Pyramide des fées à Saint-Gervais (E. Sauvage) . . . 353 Grêlons extraordinaires tombés à La Chapelle (Loiret) pendant l’orage du 4 avril 1877 (L. Godefroy) .... 355
- Le tourbillon de la rivière du Niagara (X)................363
- Croix lumineuse autour du soleil, observée au Havre ,
- le 7 mai 1877 (G. Tissandier)..........................400
- Phénomènes volcaniques observés dans l’île Hawaii en
- février 1877 (E. Hamy).................................401
- Le pétrole en Pensylvanie.................................408
- Une girouette au dix-huitième siècle......................416
- Le plus grand baromètre du monde........................ 14
- Etude barométrique...................................... 45
- La glacière naturelle p>rès de Dobschau................. 45
- Alluvion aérienne....................................... 46
- Mer Intérieure d’Algérie..................... 46, 416
- Variations du climat étudiées pendant cent quarante
- ans................................................... 63
- Origine des roches ..................................... 63
- Lithologie............................................ 63
- Etude des fonds de la mer................................H6
- Mouvements tournants de l’atmosphère....................110
- Fer natif ..............................................440
- Météorite...............................................
- Le ciel moutonné........................................427
- Sables diamantifères. ..............................174,416
- Eboulement d’une montagne en Styrie.....................190
- Accroissement du volume de la terre par les météorites ............................................206
- Météorites............................................. 223
- Un hygromètre végétal.................................. 239
- Fer natif du Brésil............... . ...............255
- Physique du globe.......................................271
- Orage à grêle...........................................287
- Tonnerre en boule.......................................503
- Les poussières de l’air.................................349
- Chronomètre géologique..................................319
- Pluie de serpents...................................... 334
- Étude de 1876-1877 dans l’ancien Continent. —
- Causes du Sirocco. — Influence du relief du sol sur
- la marche des orages..................................346
- Service des avertissements météorologiques agricoles . 347
- Régime des pluies dans te département da la Meuse
- en 1876 ............................................. 347
- Prévision du temps à courte échéance....................348
- Régime pluvial de la chaîne des Alpes et de la péninsule italienne. ...............................549
- Etude générale sur la grêle.............................349
- Traces de l’époque glacière sur les côtes de Bretagne. 580
- Terrains des environs d'Aix en Provence.................380
- Age du gisement préhistorique du Mont-Dol .... 380
- Tremblement de terre du 4 avril 1877 .................. 382
- Richesse minérale de l'Australie........................382
- Des envahissements de la mer aux environs de Coûtâmes ............................................390
- Dislocations des terrains de Quercy.....................390
- Cartes géologiques du Cantal ......................... 391
- Hypothèse sur l’origine des huiles minérales........... 398
- Couleur des nuages......................................445
- *
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- Les périodes végétales de l’époque tertiaire. — Notions préliminaires. — Période paléocène. — Période éocène.
- (Cte G. de Saporta)................... 1,154, 243, 403
- Sur la respiration des racines (P. P, Dehérain) .... 44
- Les Bélemnites étirées du Mont Lâchât (S. Meunier) . . 21
- Les oiseaux d’hiver (E. Oustalet) . . . 37,63,118,173,221 Les nouveaux laboratoires du muséum de Paris. Erpétologie et ichthyologie. Mammalogie. Malacologie (Dr. Z.) 54,
- .......................................... 162, 394
- La tortue rayonnée (E, Sauvage)......................... 97
- Le Ravenala ou arbre du voyageur (J. Poisson).......113
- Une station zoologique dans la mer du Nord ..... 121 Le laboratoire de zoologie maritime de Wimereux
- (Ch. Boissay).........................................427
- Le chant des crapauds. ........................ . . 434
- Le chant des souris (Dr A. Bordier).....................434
- Le ver à soie des pins (M. Girard)......................447
- Le Bombyce du pin (M. Girard)...........................203
- f L’Iguane (E. Sauvage)...................................259
- Les plantes carnivores et les plantes à pièges (J. Pois-
- Le propithèque de Verreaux (E. Oustalet)............ , 283
- p.424 - vue 428/432
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES
- 425
- Le rôle des insectes dans la nature (Dr N. Joly, de Tou-
- Le Rachianectes glaucus des côtes de la Californie (P. J.
- Van Beneden).......................................371
- Reconstitution d’un mammouth fossile (G. Tissandier) . 327
- Le palmier-dattier et ses fruits......................392
- La mouche qui mange les crapauds vivants. . . . . 14
- Digestion des myriapodes.............................. 14
- Magnétite............................................. 30
- Paléontologie parisienne ............................. 30
- Canaris savants....................................... 94
- Les scarabées des pois................................127
- Étude sur le gui......................................128
- Recherches sur les œufs fossiles......................143
- Nuées de sauterelles en Algérie.........................190
- L’élevage de l'autruche au Cap..........................207
- La digestion des faucheurs..............................222
- Combat d’ours blancs à Cologne .... ..........238
- Le gale cirier..........................................259
- Singulière mode d’alimentation des fourmis des bois . 271
- Paléontologie.........................................287
- Articulés fossiles....................................301
- La dissection par les têtards...........................302
- Vertébrés fossiles des environs de Reims. . ... 365
- Théorie du vol des oiseaux..............................564
- Parasitisme acarien chez les oiseaux....................364
- Les oiseaux de Saône-et-Loire...........................364
- Chant des oiseaux.......................................364
- Les staphylins de VAustralie et de la Polynesie. . . 364 Sur Vovologie des mollusques terrestres et des insectes..................................................378
- Influence de T Eucalyptus en Algérie et en Corse, . . 378
- Stasimètre..............................................378
- Des plantes dites silicoles.............................379
- Classification des ronces...............................379
- Sur les cladodes des Ruscus.............................379
- Semis de plantes marines et d'éponges...................379
- Constitution de la chlorophylle.........................383
- Curieux exemple d'acclimatation.........................597
- Une araignée venimeuse................................ 398
- Le langage de l’éléphant................................398
- Une crevette d’eau douce................................399
- Un singe anthropoïde dans l’Amérique du Sud. . . . 414
- Anthropologie. — Sciences préhistoriques.
- Les sculptures antiques de Sous (Ch. Grad).............. 19
- La nouvelle galerie du musée d’artillerie à l’IIôtcl des
- Invalides (E. T. Hamy), . ........................... 49
- Un récent voyage chez les Cafres Zoulous (E. T. Hamy). 81 Ouverture des cours d'Anthropologie (J. Bertillo.y) . . 106
- Les palafittes de Laybach en Autriche (G. Cotteau) . . . 162
- Les rites funéraires des peuples lacustres. Le dolmen
- d’Auvernier (Maxime Hélène)..........................214
- Le Delta préhistorique de l’Arve. Lac de Genève (Maxime
- Hélène)............................................ 241
- Les pierres sculptées du territoire de l’Arizona (États-
- Unis) (L. Lhéritieh).................................264
- Cimetière d’Ancon au Pérou (G. de Mortillet) . . . 279
- Les grottes de Cavranche et l’homme préhistorique en
- Alsace (Ch. Grad)....................................314
- Excursion anthropologique à Maintenon (X)...............355
- Antiquités chibchas delà Colombie (E. Uricoche a) . . . 359
- Un costume de guerre au onzième siècle................. 396
- Kjokkenmôddings au Brésil............................... 15
- Haches en Silex.........................................143
- Découverte d’une fonderie à l’âge du bronze.............303
- Note sur une monnaie d’or gauloise......................349
- L’homme de l’âge du renne . 378
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- La nouvelle carte du Mont-Blanc de M. Viollet-le-Duc . 90
- La dernière expédition anglaise au pôle nord (P. Boutet) 130 Le pôle sud et ses alentours (Wïville Thompson). . . . 151
- Le commandant Cameron à la Sorbonne ....... 185
- La capitale du Beloutchistan (Alexander)................224
- De Paris à Guatemala. Notes de voyage au centre Amérique (G. Tissandier)...................................239
- Le tour du monde en 520 jours (G. Tissandier) .... 250 Le pays des Mormons d’après le baron Hübner (Ch.
- Boissay)........................................... 252
- Géodésie ............................................. 111
- Le tour du monde en 320 jours...........................238
- Le beau-père de Livingstone........................... 366
- Voyage de découvertes................................. 367
- mécanique. — Art de l’ingénienr. — Arts industriels.
- Appareil préventif contre le développement des incendies
- (Ch. Boissay)........................................ 10
- Destruction d’Hell Gâte. Récifs de la rivière de l’Est
- près de New-York...................................23,45
- L’Albert Bridge à Londres (X)........................... 27
- Ascenseur hydraulique................................... 35
- Inauguration du canal de la mer du Nord ...... 44
- Les réservoirs d’eau dans les vallées de l’Alsace (GU. Grad) 55 Le chemin de fer système Wetli et la catastrophe de la ligne Wœdensweil-Einsielden (Maxime Hélène) ... 87
- Nouvelle locomotive...................* ‘............106
- Expériences sur le vol mécanique par M. V. Talin (br Fr.
- FranIc)..............................................148
- La station de Saint-Pancrace à Londres (Midland Railway)
- X.................................................186
- La fabrication des montres aux États-Unis.............218
- La machine à écrire américaine (G. Tissandier). . 225,335
- Épuration et utilisation des eaux d’égout...............229
- Puits atmosphérique des houillères d’Épinal (Saône-et-
- Loire ............................................235
- Le respira teurTyndall et l’homme salamandre (Ch. Zundel) 306
- l es tramways à vapeur (L. Bâclé).......................343
- Le grisoumètre de M. Coquillion (A. F. Nogdès) .... 357
- Le canal de l’Est (H. Blerzy)...........................391
- Le chemin de fer littoral de Dunkerque à Calais . . 15
- Horloge de précision.................................... 46
- Canal d’irrigation du Rhône............................. 94
- Le nouveau marteau-pilon du Creusot.....................143
- Machine motrice.........................................303
- A propos de la machine à écrire de Remingtou . . . 334
- Lampe à air comprimé contre le grisou...................362
- Géodésie . .............................................383
- Nouveaux railways de la banlieue parisienne. , . . 398
- Physiologie. — médecine. — Hygiène.
- Sur la respiration des racines (P. P. Dehéhain) .... 11
- L’Aérothérapie (Dr Z.).................................. 17
- Moyen de guérir le coryza (Dr D. Ferrier)............... 31
- L’épidémie de fièvre typhoïde (Dr Nicolas)...........59,128
- Les bains turcs (Dr Nicolas).......................... 166
- Les établissements hospitaliers parisiens. Berck-sur-Mer
- (Dr Barer el Ch, Boissay) . . .......................177
- La métallothérapie (Dr Z.)..............................182
- Sur lu transmission des excitations dans les nerfs de la
- sensibilité (P. Bert)................................193
- Une expérience sur l’oreille............................219
- Évaluation numérique des globules rouges du sang (G.
- Philippon)......................................... 267
- Appareil respiratoire...................................336
- Limite de la vue humaine (Ch. Boissay)..................407
- De l’échange du gaz dans la caisse du tympan ... 62
- Reproduction des os du crâne............................110
- La société de tempérance................................126
- Greffe épidermique dans un cas de brûlure...............127
- De l’eau de Cologne comme anesthésique ...... 127
- Assainissement de la Seine..............................128
- Transmissibilité des excitations nerveuses..............143
- L’épidémie régnante.................................. , 143
- Absorption physiologique de l’iode......................190
- p.425 - vue 429/432
-
-
-
- 426
- TABLE DES MATIERES.
- Génération spontanée.................................191
- La fièvre typhoïde.......................191, 223,287
- Pollution des rivières...............................207
- Digestion des faucheurs..............................225
- Fonction des feuilles................................223
- Hétérogénie..........................................239
- Élude sur le suc gastrique...........................239
- Embryogénie végétale.................................287
- Sur la présence normale du cuivre dans le sang des
- animaux herbivores................................302
- Intoxications par les sels de cuivre.................336
- Du M'bonddou ou poison d'épreuve du Gabon.... 350
- Letœnia inerme dans le Midi..........................363
- Sur la variole épidémique. ..........................365
- Utie aiguille dans le larynx.........................366
- Physiologie végétale.................................367
- La pustule maligne...................................383
- Agriculture.
- Jean-Christian Poggendorff,..........................227
- Le marquis de Compïègne.............................235
- Charles Ernest de Baër..............................270
- Monument commémoratif de la catastrophe du Zénith
- (G. Tissandier)..................................505
- Tyeho Brahé (Documents inédits)..............._ g21
- Alexandre Brongniart et la manufacture de Sèvres
- (J- °™AS)...........................................
- Manuscrit de Malebranche........................... 15
- Guettard............................................ 4g
- Hommage à Pouchet...................................595
- Dolbeau............................................ 55g
- Le beau-père de Livingstone..........................39g
- Lettre de Gauss.....................................ggg
- Œuvres de Graham..................................... ns
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientifiques. — Expositions.
- Résultat botanique des expériences faites à Rothamsted
- sur les prairies (M-M.)............................. 18
- La Décortication des ceps de vigne et le phylloxéra. .
- (L. Sabaté).........................................175
- Le Crapaud mange-t-il les abeilles? (Brunet) .... 202
- Statistique de la production du vin.................259
- Concours régional agricole (M. Girard') . ..........266
- Utilisation des eaux d’égouts.................. 229, 287
- Emploi de la dynamite en agriculture (Hervé Mangon). 307
- Eau chaude et phylloxéra............................... 46
- Reboisement de l'Algérie...............................127
- Maladie du Caféier. , . ...............................207
- Phylloxéra.............................................239
- Action de la couleur du sol sur les pommes de terre . 254
- Destruction du phylloxéra......................, . 303
- Maladie de la vigne....................................415
- Art militaire — Marine.
- Le canon de cent tonnes (L. Renard)............ 60, 79
- Chaîne aérhydrique de sauvetage pour les navires
- naufragés...................................... . . 108
- Nouvelle sonde ou bathomètre de M. Siemens (Gu. Bon-
- temps) . ...........................................123
- Sauvetage des navires submergés au XVIe siècle ... 128
- Un projet de bathomètre (Dr H. Fol)....................165
- Essai de torpilles à Toulon (F. Zurcuer) ...... 228
- Des mouvements de la mer par A. Cialdi (E. Margollé), 251 Curieuse action de l'huile pour calmer les vagues
- de la mer pendant la tempête........................ 30
- Un fusil à magasin en 1775 ............................ 62
- La marine du Japon.....................................207
- Nouvelle mitrailleuse Gatlïng......................... 286
- Moyens d'éviter le roulis. . . ........................286
- Oscillographe , . 503
- Aéronautique.
- Pèlerinage aéronautique aux monuments de Blanchard
- et de Pilastre (Ch. Boissay)....................... 82
- Nouveaux documents sur les Aérostats militaires de la
- première République (G. Tissandier).............. 145
- Expériences sur le vol mécanique par M. V. Tatin
- (Dr F. Franck).....................................148
- Monument Commémoratif de la catastrophe du Zénith
- (G. Tissandier)....................................505
- L’Aérostat............................................239
- Théorie du vol des oiseaux............................364
- Préparation en grand de l'hydrogène...................366
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Alexandre Bain...................................... 194
- Médaille commémorative du passage de Vénus. . . . 208
- Académie des sciences de Paris .............. 15, 30, 46
- 62, 79, 94, 110, 128, 143, 159, 174, 190, 200,
- 223, 239, 255, 270, 286, 303, 318, 334, 351, 567,
- 382, 599, 415......................................
- Société française de physique 26,62, 194, 262, 318, 567,414 L’Exposition de Philadelphie (Df Saffrat) 291, 354, 373, 410
- Sociétés et Académies étrangères .....................534
- 15e Réunion annuelle des délégués des Sociétés savantes à la Sorbonne (G. Bonnier. M. Girard) 547,
- 30,2-,..................................................
- Société de tempérance.....................................
- Le prix extraordinaire de l'Académie des Sciences. . 398
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- La tachymétrie (E. Bâclé)........................... 474
- L’École Monge (G. Tissandier)........................247
- Progrès de l’Industrie en France (Clisée Reclus) . . . , 373
- Succès du frigorifique................................g 208
- Bibliothèques de Paris............................... 4g
- Prix Bumfort décerné à un savant français .... 442
- Les journaux de Paris..................................445
- Conférencier chinois à Paris...........................206
- Une baleine dans l’air.................................206
- Destruction d'oiseaux par les fils télégraphiques. . 334 Observations statistiques sur la dépopulation. . . . 350
- Les animaux et les chemins de fer ...................582
- Bibliographie.
- Le Verre, par E. Peligot............................. 7g
- Les mouvements de l'atmosphère et les variations
- du temps, par Marié Davy ......................... 7g
- Le microscope, par E. Pelletan.................... 78
- Les merveilles de l'Industrie, par L. Figuier. ... 78
- Les terres du ciel, par C. Flammarion............. 271 78
- Trombes et Cyclones, par Zurcher et Margollé . . 79
- Promenade autour du Monde, par le baron HiiuxEn, 79
- Autour du Monde, par Carlisle........................207
- L’Aérostat........................................... 239
- De Paris à Guatemala, par M. Laferrière............240
- Des mouvements de la mer, par A. Cialdi..............251
- L année scientifique et industrielle, par L, Figuier
- • • ......................................... 255,303
- Le Soleil, par P. A. Secciii.........................503
- Les poussières de l'air, par G. Tissandier...........327
- Les grands maux et les grands remèdes, par le
- Lr Rengade.............................................
- Pierre Lalour du Moulin, par le baron Ernouf. . . 327
- Eléments d'embryologie, par Forster et üalfour, . . 527
- Missions des Cholts, par le capitaine Roudaire .... 327
- Géologie technologique, par (S. Meunier).............327
- Notices bibliographiques, 78, 190,239, 503, 327,339,415
- p.426 - vue 430/432
-
-
-
- TABLE DES MATIÈRES,
- 427
- Correspondance.
- Sur l’hygromètre à Pélargonium (Dr V. Vignard) ... 16
- Sur l’explosion d’IIell Gale aux États-Unis (G. Richard) 43
- Le coup de vent du Ie' janvier au pic du Midi (Général
- Ch. de Nansoütt)....................................122
- Le chant des Crapauds................................ 134
- Le chant des souris (Dr A. Bordier).................134
- De la distance à laquelle on voit les éclairs (E. Ferrière) 202 La capitale du Beloutchistan (Alexander) ...... 224
- FIN DES TABLES.
- x,.
- 31tj4 Si ~ Cohi.kil.’1 yp. el stei-CuiiTii
- p.427 - vue 431/432
-
-
-
- p.428 - vue 432/432
-
-