La Nature
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
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- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L'INDUSTRIE
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Paris. Un an. . — Six mois,
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- LA NATURE
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- QUARANTE-TROISIÈME ANNÉE 1915 — PREMIER SEMESTRE
- MASSON ET C‘% ÉDITEURS
- LIBRAIRES DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
- PARIS, J20, BOULEVARD SAINT-GERMAIN
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- 43* ANNÉE.
- — N° 2153.
- 2 JANVIER 1915,
- LA NATURE
- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LA DESTRUCTION SYSTÉMATIQUE DES PONTS
- En temps de guerre, la science humaine retourne ses efforts pour détruire le plus vite et le plus complètement possible ce qu’elle avait lentement édifié. Toute son ingéniosité s’emploie à trouver des moyens
- nous n’y aurions pas trouvé les Allemands organisés de manière à nous y retenir ensuite depuis plus de trois mois. C’est pourquoi on se hâte souvent de faire sauter les ponts et les tunnels, bien qu’une pareille
- Fig. i. — Pont détruit à Lemberg.
- nouveaux de~meurtre, d’explosion, d’anéantissement et d’incendie. Un cours d’art militaire comprend un cours d’anarchisme. Notamment, quand une armée se retire, il est pour elle d’un intérêt majeur de retarder derrière elle la poursuite des ennemis. En pareil cas, une heure gagnée vaut une bataille ; et, par exemple, si nous avions pu arriver un peu plus tôt sur l’Aisne,
- mesure soit grave et doive être sérieusement réfléchie puisqu’elle peut paralyser plus tard un retour en avant. La guerre actuelle en aura vu de mémorables exemples, soit dans notre retraite depuis Charleroi jusqu’à la Marne, soit dans la retraite des Autrichiens en Galicie, soit dans celle des Allemands en Pologne. Le nombre des ponts, ponceaiix, aqueducs, tunnels,
- 43' Année. — 1" Semestre.
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- 2 ..... =: LA DESTRUCTION SYSTÉMATIQUE DES PONTS
- canalisations, qui ont été ainsi saccagés depuis quatre mois et demi, est considérable. Il est vrai que les mêmes troupes du génie, qui ont causé ces ravages, s’ingénient ensuite à les réparer avec une rapidité merveilleuse et que l’on improvise alors, en quelques heures, en quelques jours, des ouvrages provisoires susceptibles ensuite de durer longtemps. Chacun a pu voir des photographies montrant l’état actuel des ponts en territoire disputé et nous en reproduisons ici quelques exemples particulièrement sensationnels (fîg. i à 5). Nous allons indiquer aujourd’hui comment on opère cette destruc-
- inutile de -détruire les ponceaux de 6 à 7 m. seulement de portée, trop vite réparés ensuite et l’on porte de préférence son effort sur les ponts principaux. On en fait sauter seulement les arches si l’on ne peut faire mieux et, quand on en a le moyen, les piles et culées dont la réfection peut être ensuite singulièrement longue et difficile. Dans le cas d’un pont à plusieurs travées, on choisira, si on ne peut les démolir toutes, celles où la profondeur de l’eau est la plus grande, généralement au thalweg, toujours dans le même but de rendre la remise en état plus difficile.
- Fig. 2. — i, 2, 3, Chambre de mine établie au fond d’un puits : i. Plan suivant EF; 2. Coupe verticale CD; 3. Coupe verticale AB. — 4. Etablissement des masques dans un puits relié à une chambre de mines. -5- 5. Mise .en place de pétards de 20 kg dans un forage. — 6. Destruction d’une poutre métallique, liaison des charges principales AB aux charges secondaires c, d, e, f.
- lion systématique. Nous reviendrons, dans une autre occasion, sur la manière dont on y remédie.
- Tout d’abord il y a lieu de distinguer deux cas principaux, suivant que l’on opère dans son propre pays, où la destruction des ouvrages d’art d’un intérêt stratégique a été prévue et préparée d’avance, ou dans un pays ennemi où il faut l’improviser. J’étudierai surtout le premier cas, le second peut s’en déduire avec un peu d’initiative, en tenant compte des circonstances et du temps dont on dispose. La méthode est également différente, suivant qu’il s’agit des ponts en maçonnerie ou des ponts métalliques.
- Ponts en maçonnerie. — Généralement on trouve
- Les dispositifs préparés d’avance dans un ouvrage en maçonnerie quelconque (et ce que nous disons là s’appliquerait également à un tunnel, réservoir, etc.) sont constitués par des chambres parallélépipédiques, auxquelles nn accède, soit par des puits et des rameaux, soit par des forages de 50 ou 50 cm de diamètre débouchant au fond du puits ou sous une galerie (fig. 2). Ces chambres ont été exécutées au moment où le pont a été construit, et demeurent en temps normal fermées par une plaque en fonte ou une porte en tôle, suivant qu’il s’agit d’un puits ou d’une galerie. Quand il s’agit d’improviser, on creuse rapidement des rameaux d’accès analogues dans la maçonnerie en plaçant des hommes sur un échafau-
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- LA DESTRUCTION SYSTÉMATIQUE DES PONTS
- dage fixe ou flottant. Ces chambres aux poudres sont semblables à celles dont on se sert dans tous les travaux de mines. En principe, les fourneaux de mines sont espacés de deux à six fois la distance du centre des poudres au parement le plus éloigné.
- Si l’on doit employer la poudre, la charge est calculée par une formule C = <yf?'3, g étant un coefficient qui dépend de la cohésion et de la densité du terrain et r le rayon de rupture du fourneau, un peu inférieur au rayon de l’entonnoir; g peut varier de 2,50 dans une maçonnerie compacte à 7 dans un béton de ciment. Par exemple, pour g égal à 4 et r égal à 5, il faut 90 kg de poudre ; pour fl m. avec le même coefficient, il en faudrait 780.
- De préférence, on emploiera la mé-linite (moins dangereuse) plutôt que la poudre, en réduisant la charge aux trois quarts. La mise en place des récipients à poudre se fait au moyen de sangles, cordes, etc., en évitant le plus possible les chocs et l’emploi des lumières (fig. 2 : 1 5) ; celle de la
- mélinite en pétards de 20 kg (fig. 2:5). Les charges de poudre sont renfermées, soit dans des bouteilles métalliques, si l’on a un forage de 30 centimètres de diamètre, soit dans des barils en zinc si le forage atteint 50 centimètres de diamètre. On descend le baril au fond du puits sur une couche de paille; puis on le porte sur un petit traîneau et on le roule.
- Il faut ensuite s’occuper de l’amorçage en adaptant le cordeau aux pétards-amorces dont l’explosion fera détoner toute la charge. D’ordinaire, les four-
- Fig. 4. — Rails restés suspendus après la destruction d'un pont.
- Fig. 3. — Pont détruit dans VAisne.
- neaux des dispositifs de mine permanents sont amorcés en double, en employant deux charges d’amorce que l’on place à une certaine distance l’une de l’autre.
- Ce double amorçage se fait au moyen de charges auxiliaires de 0 ou 4 pétards de mélinite fixées sur les récipients métalliques. Dans le cas des bou-1 cilles, une seule charge auxiliaire de même quantité est amorcée en double et fixée sur le goulot de la bouteille. Si la charge est constituée par des pétards de 20 kilogrammes, il est inutile d’employer des charges d’amorce, les deux cordeaux de mine aboutissent à 2 pétards convenablement choisis. Souvent on se sert d’une amorce électrique, que l'on installe dans le fourneau et à laquelle on adapte les conducteurs.
- Enfin on procède au bourrage, qui a pour but de supprimer le vide des communications dans le voisinage immédiat de la chambre. L’exécution d’un bourrage comporte : la fermeture de la chambre, la préparation des matériaux de remplissage et leur transport dans les communications ;• l’arrangement de ces matériaux dans les puits et rameaux; enfin, dans le cas de la poudre, l’établissement de masques intermédiaires. Le panneau de fermeture de la chambre est formé d’une double épaisseur de madriers cloués les uns sur les autres à fils croisés. On l’applique contre l’ouverture de la chambre, en l’appuyant contre les parois de la communication adjacente et contre les rebords en forme de feuillure dont on peut profiter pour point'd’appui'(fig. 2). On bourre avec de la terre damée ou avec des sacs de terre sur 1 m. à
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- Fig. 5. — Pont sur la Meuse détruit par le génie français.
- 1 m. 50 de long. Enfin on installe des masques ou barricades destinés à augmenter la résistance du bourrage (fîg. 2 : 4). Le panneau de fermeture de la chambre constituait déjà le premier de ces masques. Ceux qui viennent ensuite, répartis de distance en distance, sont formés par des poutrelles jointives engagées dans des rainures pratiquées dans les parois extrêmes.
- Ponts métalliques. — Dans le cas des poutres métalliques, on place des boîtes à poudre en divers points choisis de manière à provoquer systématiquement la rupture. Il s’agit de déterminer des sections telles qu’elles soient inclinées dans le sens du vide et ne risquent pas de se coincer. Quand le travail a été préparé d’avance, il existe, sur le pont, des boîtes métalliques en tôle fixées à demeure, dans lesquelles les surfaces à recouvrir de pétards sont peintes en blanc et divisées par des traits noirs correspondant aux charges élémentaires. Un chiffre peint dans chaque intervalle indique le nombre des pétards à appliquer. Les boites destinées à la rupture
- des pièces verticales ont 5 types principaux, suivant qu’elles sont placées à la partie inférieure d’une poutre, à la partie supérieure, ou à la croisée de deux pièces de treillis. Par exemple, dans les deux premiers cas, elles ont 0 m. 20 dans le sens de l’axe du pont, les autres dimensions étant déterminées d’après celles des pièces à coup. Les pétards, préalablement réunis en faisceau et ficelés, sont placés dans les boîtes de manière à avoir un contact aussi intime que possible avec le métal. Us sont maintenus en place à l’aide de coins en bois. Les charges partielles d’une même poutre sont réunies entre elles à l’aide de morceaux de cordeau détonant comme le montre la figure 2 : 6 où l’on voit deux charges principales A et B contre les membrures supérieure et inférieure d’une poutre à treillis, charges reliées directement aux cordeaux maîtres avec des charges secondaires b, c, d, e contre les diagonales reliées aux charges partielles principales à l’aide d’un système unique de brins de cordeau détonant.
- Capitaine ....
- LA DÉFENSE DES DARDANELLES
- Notre escadre a bombardé l’entrée des Dardanelles; la flotte italienne en avait fait autant le 18 avril 1912, et, dans la nuit du 18 au 19 juillet de la même année, une petite division de torpilleurs, qui s’était détachée de cette flotte, avait poussé une pointe audacieuse jusqu’au milieu du détroit, sans
- recevoir d’avarie sérieuse par le feu des forts. Enfin, le 14 décembre, un sous-marin anglais le B-il a pénétré dans les Dardanelles, a passé sous cinq rangées de mines malgré la difficulté provenant du courant, est venu couler le cuirassé turc Messoudieh et s’est retiré sans encombre.
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- LA DEFENSE DES DARDANELLES : 5
- L’attention a été ainsi vivement attirée sur cette position d’une extrême importance stratégique ; les Dardanelles sont, en effet, la seule défense de Constantinople du côté de la Méditerranée, où une force navale peut se présenter inopinément.
- Le détroit, appelé par les anciens Hellespont, par les Turcs Ak-Déniz-Boghazy ou détroit de la mer Blanche, est long d’environ 70 km. Sa largeur moyenne est de 5 ou 6 km ; mais il est coupé en quatre sections par trois étranglements, dont deux correspondent à des changements de direction du détroit (fig. '!).
- À l’ouest, il est bordé par la péninsule de Galli-poli, assez montagneuse, longue de 80 km. et qui constitue une position militaire de premier ordre. Les côtes de la péninsule sur l’autre face, dans la partie de la mer Egée qui s’appelle Golfe de Saros (Xeros), sont escarpées et à peu près inabordables pour un débarquement en forces. Pour parer à une invasion par la racine même de la presqu’île, c’est-à-dire par le nord de Gallipoli, on a, dès la guerre de Crimée, barré par des fortifications la partie la plus étroite de cette longue terre. C’est ce qu’on appelle les lignes de Boulaïr, établies, en réalité, surtout entre Boulaïr et Gallipoli, sur une bordure de hauteurs qui forme barrière naturelle. Les principaux forts : fort Sultanié, fort Napoléon, redoute Victoria, ont été construits pendant la guerre de Crimée par des officiers Français et Anglais. Ils sont reliés par un retranchement continu, qui va jusqu’à la mer.
- Ainsi flanqué du côté de l’Europe, le détroit l’est beaucoup moins bien sur la rive asiatique, où les côtes sont basses dans toute la première partie. C’est évidemment là que serait le point faible de la défense et qu’on ' pourrait prendre les forts à revers.
- Aussi la région est-elle gardée par des troupes assez nombreuses.
- Trois sortes d’opérations pourraient être tentées contre les Dardanelles, en dehors de celle consistant à en bloquer simplement la sortie, soit au moyen d’une escadre, soit par un chapelet de mines sous-marines.
- D’abord on pourrait débarquer un corps de troupes destiné à s’emparer des forts de la rive asiatique. Ensuite on pourrait se proposer de réduire les batteries des deux rives, par le feu d’une puissante escadre s’avançant peu à peu jusqu’à la mer de Marmara. Enfin on peut essayer de forcer le passage par surprise ou par un coup d’audace, sans éteindre le feu des forts.
- Contre les navires, la défense ne dispose pas seulement de canons, mais encore d’un double barrage de
- torpilles automatiques, immergées en temps de guerre, en travers des deux passes les plus étroites. Pour des torpilleurs, les mines ordinaires ne sont pas dangereuses ; car, afin de n’être pas visibles, elles doivent se trouver à trois mètres au moins au-dessous de la surface ; les bâtiments à petit tirant d’eau passent au-dessus d’elles sans leur donn er le choc ou l’inclinaison nécessaires pour les mettre en feu. Il est vrai qu’on emploie parfois d’autres torpilles dénommées torpilles vigilantes, qui explosent au moment choisi par un guetteur; mais elles sont d’un usage plus difficile.
- Les unes et les autres ont l’inconvénient de se placer malaisément par les fonds comme ceux du détroit, qui varient, dans la partie centrale, entre 60 ou 70 mètres et 100 mètres. Leur tenue est d’autant moins assurée qu’il y a des courants, atteignant jusqu’à 4 nœuds dans les étranglements du détroit. Ces courants peuvent déplacer l’ancre de la torpille. Ils couchent aussi le câble de retenue, en faisant descendre le flotteur à une immersion excessive. Pour toutes ces raisons, les barrages de torpilles ne constituent pas une garantie absolue.
- Passons maintenant aux forts. L’entrée du détroit, du côté de la Méditerranée, est large de 5 kilomètres et demi, entre le cap Heller et le cap Yenisher. Elle n’était, autrefois défendue que par les châteaux forts de Sedd-ul-Bahr (barrière de la mer) sur la côte européenne et Koum-Kalé sur la côte asiatique. Le
- Boghsti P'.
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- Fig. i. — Forts des Dardanelles.
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- Fig. 2. — Kilid Bahr (Côte d’Europe).
- premier, construit par Mahomet II neuf ans après la prise de Constantinople, était appelé par les Occidentaux Chateau d'Europe. Il a été complètement réorganisé comme batterie basse et on lui a adjoint la batterie haute d’Ertaghroul (1). Il contenait, il y a deux ans, 63 canons, dont 12 Paixhans de 22 cm. Ertagrhoul aurait 11 Krupp de 21, 26 et 28 cm. avec 2 Krupp de 26 cm. dans une batterie basse. En face, le vieux château de Koum-Kalé, construit en 1659, complété depuis 1886 par un ouvrage moderne, contenait, en 1912, 64 pièces, dont 10 Paixhans. Il est accompagné de la batterie haute de Orhanie, qui renfermait déjà 10 Krupp de 15 cm. antérieurement à 1909 ou 1910.
- De là part la première section du détro t, longue d’une vingtaine de kilomètres ; puis, après un rétrécissement (à 2500 m.) formé à droite par une presqu’île plate et des bas-fonds, une seconde section de cinq kilomètres environ. Celle-ci n’est bordée de canons que sur la rive européenne, seule élevée. Les forts forment une double rangée : les batteries basses, ouvrage en terre de Medjidié (4 Krupp), Hamidié et Namazie' (24 Krupp de 21 à 35 cm.) ; batteries hautes de Yildiz, Pallas-Tabia et Baba-Tabia.
- Namazie' est directement au sud du vieux château de Kilid-i-Bahr (serrure de la mer) construit, lui aussi, en 1659, par Mahomet IY contre les Vénitiens. Il formait, avec celui de Koum-Kalé, ce qu’on appelait les nouvelles Dardanelles, par opposition à Sedd-ul-Bahr et Tschanak-Kalessi, château d’Europe et château d’Asie, œuvre de Mahomet II, dénommées les vieilles Dardanelles. Tschanak-Kalessi (20 pièces, dont un Krupp de 35 cm., 5), qui porte aussi le nom de Iialé-Sultanié, marque la ville des Dardanelles, où commence la troisième section du détroit, obliquant vers le nord.
- Nous y rencontrons les principales défenses du
- 1. La nomenclature des forts est empruntée à un article des Questions Diplomatiques et Coloniales.
- passage. C’en est la partie la plus étroite : il n’y a que 1350 mètres entre les deux châteaux, que 1950 mètres à l’autre bout de la section, à Nagara. La rive asiatique présente d’abord une seconde batterie du nom de Hamidié, qui enfile la partie du détroit déjà parcourue, devant Namazié, Hamidié et Medjidié d’Europe. On y a relevé 9 pièces de Krupp. Ensuite, sur le seuil même de la nasse intermédiaire, Tchemerlik, faisant face exactement au fort Namazié, à côté de la ville des Dardanelles, sur le rivage et au pied de l’ancien château. Puis Medjidié d’Asie (16 Krupp de 15 à 28cm;. Ces trois ouvrages sont modernes. La ligne de la côte remonte du sud au nord pendant 5 kilomètres. Avant d’atteindre Nagara, on rencontre encore le vieux fort de Keussé-Kalessi, sur le rivage même (16 Paixhans). Mais la côte est maintenant élevée. C’est elle qui domine les batteries de la rive européenne, comme à Medjidié d’Asie. La défense est complétée, sur la droite par le vieux fort en pierre de Nagara contenant, avec 37 Paixhans, 8 pièces modernes de Krupp et renforcé par un ouvrage moderne (11 Krupp de 22, 24 et 28 cm). Il est flanqué, de part et d’autre, par les batteries hautes de Mal-Tépé et d’Abydos.
- Reprenons la rive européenne, à peu près parallèle à l’autre, au point où nous l’avons laissée à Kélid-i-Bahr, où sont des batteries rasantes comprenant des Krupp. En allant sur le nord se succèdent les batteries hautes de Deyin-men-Bourounou (8 Krupp de 26cm), Tcham-Bourounou (8 Paixhans et 4 Krupp), Kiamleh, élevée de 120 mètres au-dessus du détroit, Kélia-Tépé ( 4 Krupp) et enfin les deux batteries de 4 Krupp du fort de Boghali.
- Les plus modernes de ces ouvrages sont antérieurs à 1894 ; mais on y a travaillé depuis deux ans et surtout depuis quelques mois, sous l’impulsion et la direction des officiers allemands. Cela ne veut pas dire que toutes les défectuosités d’une organisation turque aient pu être corrigées. Néanmoins le
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- Fig. 3. — Kalé-Sullanié; ville des Dardanelles (Côte d'Asie).
- forcement des Dardanelles, qui obligerait à défiler parmi des lignes de torpilles et sous le feu de 700 à'800 bouches à feu, presque toutes de gros calibre, représente une tentative certainement dange-
- reuse. Notre escadre ne l’a pas essayé. L’influence très accessoire des forces turques dans la guerre actuelle permettait de se passer d’un moyen d’action offrant tant de risques.
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- Avec l’emploi intensif des automobiles, le ravitaillement en pétrole a pris, dans la guerre actuelle, une importance considérable, sur laquelle nous aurons peut-être à revenir un jour. Or, le groupe austro-allemand ne possédait qu’un seul gisement de pétrole un peu sérieux, celui de Galicie et les Russes l’ont pris. Mais, par une légère entorse à la neutralité, la Roumanie pourrait, si elle le voulait, fournir à l’Autriche le pétrole qui lui manque et les producteurs roumains en tireraient assurément un très gros bénéfice, momentané mais immédiat. L’industrie du pétrole roumain se trouve donc très intimement mêlée à de gros problèmes présents de politique générale.
- Ce n’est pas du reste la première fois qu’il se produit, pour le pétrole, quelque chose d’analogue. Ceux qui prétendent connaître le dessous des choses, racontent que la sanglante guerre civile, qui désole le Mexique depuis quatre ans, a eu pour cause initiale la découverte des riches gisements pétrolifères de la région de Tampico, dont une compagnie anglaise disputait la possession au Trust du pétrole, ou Standard Oil. Le président Porfirio Diaz favorisant la première ; la puissante compagnie américaine entama contre lui une violente campagne de presse qui aboutit à son abdication, avec les désastreuses conséquences que l’on sait.
- Voisine, elle aussi, de nations puissantes, la Roumanie n’a pas à redouter que ses mines de pétrole lui portent malheur; c’est elle, au contraire, qui peut, en fermant ses portes à l’exportation,
- paralyser certaines opérations militaires austro-hongroises comme elle y a un intérêt évident et de mieux en mieux reconnu par tous les partis roumains pour la réalisation prochaine de son idéal national.
- Nous allons étudier rapidement cette grosse industrie, en utilisant les ouvrages publiés récemment par M. le sénateur Christian Dimopol, directeur de la Nouvelle Revue du pétrole, et par M. Gabriel Giurgea, ainsi que des renseignements et statistiques qu’a bien voulu recueillir pour nous notre distingué confrère de Bucarest, M. Armand Naumesco.
- En 1857, la Moldo-Valachie, qui venait d’obtenir son unité, avant de devenir la Roumanie libre et indépendante, produisait 275 tonnes de pétrole brut. L’extraction s’opérait alors à l’aide de puits à mains, procédé primitif que nous décrirons plus loin. La production augmenta très lentement; elle n’était encore que de 17 000 tonnes, vingt-cinq ans plus tard. L’adoption de procédés plus modernes allait lui faire faire des pas de géant.
- De 1896 à 1897, elle passait soudain de 80 000 tonnes à 110 000. En 1905, elle était de 614800 tonnes. En 1911, elle atteignait un million et demi; en 1912, 1807 000; en 1915, plus de 2 000 000 (*).
- Cé dernier chiffre place la Roumanie au quatrième rang parmi les nations productrices, dont
- T'."Là Nouvelle Revue du ^pétrole fixe à 161 213 tonne* la quantité de pétrole extraite en Roumanie durant mars 1914. dont 139 475 tonnes pour le seul district de Prahova.
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- Fig. i. — Panorama de Campina.
- le pourcentage dans la production mondiale est
- indiqué comme suit :
- Etats-Unis............j . 62,78
- Russie . ................ 19,67
- Mexique................ 4,46
- Roumanie. . ...... 3,80
- Indes Néerlandaises. ... 3,23
- Galicie............... 2,40
- Autres pays........... 3,53
- Nous verrons que tout porte à croire que la Rou-
- manie sc classera bientôt troisième sur cette liste. Elle y sera aidée autant par le perfectionnement qu’elle fait subir à son outillage et par la mise en exploitation de nouvelles zones, que par l’anarchie mexicaine, qui aura découragé les capitaux étrangers et ruiné 'plusieurs des compagnies existantes.
- La présence du pétrole en Roumanie, principalement dans les districts de Prahova et de Dombo-vitza, est connue depuis un temps immémorial. Mais, ne remontons pas au delà de l’Histoire con-
- Fig. 2. — Raffinerie et réservoirs.
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- temporaine, et constatons que ce fut un Roumain, M. Mehedintzeano, qui, dès 1857 — soit une année avant que l’Américain Drake, creusant un puits à Titus-ville, en Pennsylvanie, en vit jaillir des flots d’huile minérale, débuts fortuits d’une industrie colossale —eut l’idée d’éclairer Bucarest avec un pétrole grossièrement épuré. Rendons hommage à ce'précurseur, digne fils de cette race roumaine
- schistes à ménilite, les grès de Kliwa et l’helvétien.
- Pour l’atteindre, les paysans roumains se sont longtemps contentés de creuser des fosses juste assez larges pour que deux hommes pussent s’y mouvoir à l’aise; ils en consolidaient les parois avec des planches. La terre était évacuée à l’aide de paniers, qu’un cheval hissait par l’intermédiaire d’un treuil. Quand la profondeur atteignait une cinquantaine de
- Fig. 3. — Puils jaillissant de pétrole. (Derrick.)
- dont l’esprit d’invention s’est déjà signalé dans les branches les plus variées de la science et de l’industrie.
- D’une façon générale, le pétrole se rencontre en Roumanie à tous les étages de l’ère tertiaire/depuis l’extrême limite de l’ère secondaire jusqu’au pliocène le plus élevé, comme à Baïocoiu et à Gura-Ocnitzei (*) ; notamment, dans le bartonien, les
- 1. L éludé géologique de ces gisements a été » faite en 1905 par M. Aron dans les Annales des mines. Voir L. De Launay. Gites minéraux et métallifères, t. III, p. 558 à 560.
- mètres, on aérait le fond du puits à l’aide de grands soufflets, semblables à ceux de nos forges campagnardes, et on l’éclairait au moyen d’un jeu de miroirs. L’opération: se poursuivait jusqu’à la rencontre de la nappe, à une profondeur qui pouvait atteindre 254 mètres, le maximum qu’on ait obtenu avec ces puits à main. Le pétrole était alors recueilli dans des baquets que hissait un treuil à cheval.
- Ce système rudimentaire demande aux puisatiers une énorme dépense de force physique, touf en les exposant à un danger constant. Cependant, il donne
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- des résultats intéressants, puisque la production journalière d’un de ces puits peut s’élever jusqu’à 15 tonnes. Une autre récompense s’offre à l’ambition de ces énergiques et ingénieux paysans : ils trouveront tôt ou tard un capitaliste prêt à leur acheter l’exploitation familiale. L’une des plus grosses compagnies pétrolifères roumaines en existence, la Bustenari, débuta (août 1901) par une association, formée entre de petites entreprises paysannes, qui produisaient avec leurs puits à main de 17 000 à 18 000 tonnes par an. Elle en produit actuellement plus de 100 000, et distribue aux heureux actionnaires des dividendes de 20 pour 100!
- En 1910, il a encore été fait par ce procédé indigène 545 puits contre 859 sondages. Mais, de plus en plus, à côté de cette méthode primitive, ,on utilise les différents procédés de fonçage mécanique, qui ont fait leurs preuves en Russie et en
- pour les sondages à grandes profondeurs. Nous lui consacrerons un article spécial dès que l’inventeur pourra, sans compromettre l’obtention de ses brevets, publier une description de son appareil.
- D’après les chiffres qui nous sont parvenus, ces différents procédés mécaniques ont permis d’atteindre des nappes placées jusqu’à 1100 mètres de profondeur, ce qui est le cas de plusieurs sondes du district de Prahova, alors que le procédé à main n’avait atteint que dans quatre cas des profondeurs de plus de 200 mètres. Dans cette dernière catégorie, le record appartient à un puits (n° 18) du district de Dambovitza, avec 254 mètres.
- nombre de mètres forés par an, de 1907 à 1911, a été de 86 000, en moyenne : 6 sondages sur 10 sont productifs.
- Il est à remarquer que le pétrole roumain n’est que très rarement projeté à la surface sous forme
- ' Fig. 4. — Le
- Amérique. Le plus employé est le procédé à sec dit canadien. Un lourd trépan, fixé à une tige actionnée par la vapeur, pulvérise terres et roches tout en arrondissant le trou produit. Les débris forment, avec l’eau ambiante (ou, à son défaut, avec celle qu’on introduit artificiellement), une boue que l’on retire à l’aide d’une cuiller de forme spéciale. Et l’on continue ainsi à forer et à curer jusqu’à la rencontre de la nappe.
- Dans un autre procédé analogue, dit à corde, la tige qui manœuvre le trépan est remplacée par un câble. Très différent est le procédé hydraulique, qui permet de forer et de curer simultanément, alors que ces deux opérations se font successivement avec les procédés à sec. La tige et le trépan sont creux et servent à conduire au fond du trou un puissant courant d’eau, qui remonte en entraînant les débris jusqu’à la surface.
- Enfin, nous signalerons un nouveau système, récemment breveté par M. C. Cantilli, ingénieur roumain, qui paraît présenter de notables avantages
- train citernes.
- de fontaine ou de jet ; dans la grande majorité des cas, il faut le remonter à l’aide de pompes ou de cuillers. Les quelques sondes à éruption qui existent en Roumanie ont donné des débits fabuleux. Nous citerons la sonde I de la compagnie franco-roumaine Colombia, qui a déjà produit 40000 wagons de pétrole brut, d’une valeur de 30 millions de francs ; la nappe fut atteinte dans les premiers jours de juillet 1912, et, durant 10 mois, ses éruptions fournirent une moyenne quotidienne de 1000 tonnes. Une sonde voisine, le n° 3 de la compagnie Concordia, prit feu dès ses premières éruptions, brûla durant treize jours, et s’éteignit seulement sous l’action du sable que le pétrole remontait, et qui finit par obstruer complètement la sonde.
- En même temps que la Roumanie développait l’extraction, elle organisait puissamment la partie commerciale de sa jeune industrie. Dès 1906, elle possédait 80 raffineries capables de traiter annuellement un million et quart de tonnes de pétrole brut,
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- L’INDUSTRIE PÉTROLIFÈRE EN ROUMANIE:: H
- et 550 km de conduites (pipe-lines) pour l’évacuation de l’huile vers ces usines. La longueur totale de ces conduites a atteint, en 1912, 1282 km. En outre, les chemins de fer de l’état roumain pouvaient mettre à la disposition des producteurs^OOO wagons-citernes ( 1912). Enfin, sur l’initiative de M. Radovici, l’actif ministre du Commerce, l’Etat a entrepris la construction d’un nouveau réseau de conduites qui reliera les centres d’extraction et de raffinage an port de Constantza, et sera probablement livré à l’exploitation l’année prochaine. Les conduites seront aménagées pour transporter le pétrole raffiné et le pétrole brut. Ce dernier sera traité dans de vastes raffineries que des sociétés projettent d’édifier près de ce port.
- richesse en essence. Or, on sait que les nouvelles applications de cette essence en ont presque triplé le prix. D’après les analyses officielles pratiquées en 1915 sur des échantillons de pétrole brut provenant des principales zones, la première distillation a fourni l’analyse moyenne suivante :
- Essence................... 25,6
- Pétrole lampant.............21,5
- Huiles minérales............ 2,7
- Résidus.....................50,7
- Pertes à la distillation ... 1,7
- L’abondance exceptionnelle des résidus est un autre avantage du pétrole roumain, maintenant qu’ils sont ardemment recherchés par l’industrie.
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- Fig. 5. — Les réservoirs de pétrole.
- La Roumanie sera dès lors assez bien outillée pour exporter ses produits dans de meilleures conditions et disputer les marchés étrangers aux pétroles américains. Ses exportations ont progressé d’une façon merveilleuse. Elles n’étaient que de 9799 tonnes en 1880, et avaient déjà atteint le chiffre de 689 000 tonnes en 1911, quand le brusque développement du chauffage aux résidus de pétrole dans certaines marines de guerre porta soudain ce chiffre à 900000 tonnes pour l’année 1912; la valeur de cette exportation fut de 60 millions de francs. Nous remarquerons en passant que la France est devenue l’un des meilleurs clients de la Roumanie, car elle absorbe 19,2 pour. 100 de cette exportation, dépassée seulement par l’Angleterre, avec 25,2 pour 100.
- La haüsse du pétrole en 1915 a été particulièrement favorable au pétrole roumain, à cause de sa
- Avant 1905, ils ne trouvaient guère d’application qu’en Roumanie, où on les employait soit pour chauffer les maisons paysannes, soit pour la production de la vapeur dans certaines usines. Bientôt, ils remplacèrent le charbon sur les locomotives des chemins de fer roumains et sur les vapeurs de commerce. L’année 1905 fut marquée par une première exportation de 4000 tonnes de résidus, catégorie qui se chiffre désormais par centaines de mille de tonnes.
- Nous terminerons cette étude en parlant du concours que les capitaux étrangers ont apporté à la Roumanie pour le développement de cette industrie. En 1865, le capital effectif des sociétés engagées ne formait qu’un total de 2 millions de francs. En 1911, le total atteignait 557 millions. Il est actuellement (avril 1914) de 440 millions.
- Y. Foiutw.
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- LE GÉNÉRAL SHRAPNEL
- Le généi'al Henry Shrapnel, l’inventeur des obus à balles, qui fauchent actuellement tant de vies humaines sur les champs de bataille, naquit, le 3 juin 1761, à llidnay Manor House près de BradEord-sur-Avon (Angleterre). Cadet d’une famille de neuf enfants, sa jeunesse s’écoula au milieu des difficultés matérielles ; mais, intelligent et studieux, il embrassa néanmoins la carrière des armes de fort bonne heure et reçut son brevet de lieutenant en second dans l’artillerie royale, le 9 juillet 1779. Envoyé à Terre-Neuve Tannée suivante, il ne tardait pas à passer lieutenant en premier, puis retourna en Angleterre en 1784. Alors il commença à exécuter, à ses frais, les premières expériences de balistique ,qui devaient l’illustrer.
- Jusqu’à cette époque, on se servait de projectiles creux sphériques remplis de substances explosives, et dont les parois se fragmentaient en un certain nombre d’éclats qui s’éparpillaient au hasard en touchant le but. Shrapnel eut l’idée d’incorporer dans les obus des balles sphériques et juste assez de poudre pour provoquer leur éclatement. Il agglomérait les balles avec du soufre fondu, en ménageant au-dessus un certain espace pour recevoir la charge explosive. L’armée anglaise ne tarda pas à adopter ces obus à balles, qui présentaient encore bien des imperfections, ma s dont nos soldats éprouvèrent néanmoins, pour la première fois, les effets meurtriers au cours des campagnes d’Espagne et de Portugal. Dans une lettre à Sir John Sinclair (13 octobre 1808), Wellington atteste effectivement le grand bénéfice que les troupes britanniques retirèrent de l’adoption de ces projectiles dans deux combats, et il demande que Shrapnel soit amplement récompensé « de son habileté et de la science qu’il apporta dans le perfectionnement de son invention ».
- De son côté, Sir William Robe, qui commandait Tar-lillerie dans, la péninsule, se loua de l’emploi des shrapnels à Torres Vedras. Enfin, si nous en croyons le général Sir George Wood, grâce à ces memes obus, sa brigade put reprendre la ferme de la Haye Sainte et
- contribuer très efficacement à la victoire des alliés à Waterloo (21 juin 1815).
- Entre temps, notre héros poursuivait brillamment sa carrière militaire, à Gibraltar, aux Antilles où il stationna successivement, à la Barbade, Saint-Vincent et Grenade ; puis, de retour en Angleterre, il servit comme capitaine à l’armée du duc d’York dans les Flandres et fut blessé au siège de Dunkerque (septembre 1793).
- Parmi ses autres inventions techniques, nous distinguerons les importants perfectionnements apportés aux mortiers par l’introduction des chambres paraboliques, un frein pour compenser le recul des canons et de nouvelles espèces de fusées.
- Gependant toutes ces recherches avaient épuisé les modestes ressources de notre artilleur, et, quoique nommé colonel en 1813, il dut écrire au ministre pour réclamer quelque secours ; mais la direction de l’artillerie lui répondit sèchement « qu’elle n’avait pas de fonds à sa disposition pour récompenser le mérite )>. Toutefois, en considération des services rendus par les shrapnels, le Gouvernement Anglais finit par lui octroyer une pension viagère de 1200 livres (environ 30000 francs), en plus de sa solde habituelle. Dès lors à l’abri du besoin, Shrapnel parcourut assez rapidement les derniers échelons de la hiérarchie militaire, devint lieutenant général au commencement de 1857 et mourut dans sa résidence de Peartree Ilouse, à Southampton, le 13 mars 1842.
- Naturellement, depuis cette époque, on a grandement perfectionné son invention. Dans lçs shrapnels du modèle le plus récent que tirent nos canons de 75, on noyé les balles dans la poudre, et on additionne celle-ci d’une substance spéciale qui évite la rupture du corps de l’obus au moment du tir. Chaque engin renferme près de 500 balles de 12 gr. confectionnées avec du plomb durci à l’antimoine et recevant de la charge intérieure une augmentation de vitesse de 100 m. environ. Aussi, grâce à eux, nos pièces de campagne font quotidiennement d’ (( excellente besogne )).
- Jacques Boyer.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 3 novembre au 14 décembre 1914.
- 5 novembre {Suite).
- Sur l'application de la balance électromagnétique de Hughes à la chirurgie militaire. — M. Lippmann attire l’attention sur Ja possibil té de suppléer parfois à des opérations radiographiques en utilisant cet appareil de Hughes qui, en principe, comprend une pile, un interrupteur et deux petites bobines d’induction, aux connexions croisées de telle sorte que les forces électromotrices induites sur les deux bobines soient égales et de sens contraire. Les secondaires étant reliées à un téléphone, en temps normal celui-ci reste muet. Mais, si on vient à l’approcher d’un éclat d’obus ou cl’une balle allemande magnétique, ce téléphone se fait entendre.
- Sur l’imperméabilisation improvisée des vêtements militaires. — M. Le Roy signale un procédé facile, durable et ne déformant pas le vêtement qui est basé sur une très légère imprégnation des fibres du tissu au
- moyen de la graisse de suint de mouton préalablement dissoute et diluée dans un véhicule neutre, anhydre et volatil. On prend 5 à 10 parties d’Adeps lanae, produit courant en droguerie, qu’on liquéfie dans un peu de chloroforme et dilué dans 90 à 95 portions d’essence de pétrole pour automobile. L’uniforme entier avec ses galons et boutons est immergé dans le liquide, foulé quelques minutes, exprimé et séché à l’air.
- 9 novembre 1914.
- Manière simple d’obtenir la notion du relief en radioscopie. — M. F. Garrigou s’est attaché à résoudre ce problème d’actualité en combinant une chambre noire avec lentille plan-convexe, placée à poste fixe, dans laquelle on examine le cliché par transparence.
- Sur le typhus exanthématique. —- MM. Nicolle, G. Blanc et E. Conseil de l’Institut Pasteur de Tunis ont.
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- ACADEMIE DES SCIENCES .-.-..-. .. 13
- montré par des expériences très précises, confirmées par les médecins américains au Mexique, que les poux sont les agents de propagation du typhus exanthématique et ils ont basé sur cette importante découverte une prophylaxie du typhus qui a donné des résultats tout à fait remarquables. Le typhus, qui était endémique à Tunis, y a presque disparu, le nombre des cas étant tombé de 836 en 1909 à 22 en 1912. M. Laveran fait remarquer à ce propos que le typhus est endémique dans certaines provinces allemandes, notamment en Silésie, et que les poux abondent sur les prisonniers allemands ainsi que dans les tranchées allemandes. Avec la tendance actuelle à s’enfermer dans les tranchées, le germe du typhus pourrait être importé dans notre armée et y donner lieu à une épidémie désastreuse. Il en résulte la très grande importance des mesures de propreté et d’hygiène destinées à traiter la phtiriase chez les soldats.
- 16 novembre 1914.
- Sur la moindre résistance des organismes débilités à l'action destructive du germe tuberculeux. — Dans cette note reprise à la séance du 25 novembre, M. Chauveau insiste sur ce que les sujets sains, vivant en promiscuité avec des malades porteurs du germe tuberculeux, sont exposés tous, les plus vigoureux comme les plus débiles, à contracter la tuberculose et-sont tous aptes à cultiver les germes spécifiques de la maladie si ces germes réussissent à pénétrer à l’état vivant par les voies naturelles de l’infection respiratoire et digestive. D’où l’importance capitale d’éviter préventivement à nos armées par une sélection méthodique le contact forcé avec ces porteurs ' de germes tuberculeux. Une fois la contagion réalisée, il ne faut pas manquer d’ajouter que les ravages de l’infection sont plus graves et moins curables chez les sujets atteints de misère physiologique, notamment par les ravages de l’alcoolisme.
- Sur les macles artificielles de l’étain. — M. (Haubert a étudié les macles que présentent parfois les grains cristallins d’un bloc d’étain soumis à des actions mécaniques et les a reproduites en faisant ' avec une aiguille un trou par choc brusque dans un bloc d’étain.
- Sur la découverte d’un menhir resté debout sous une dune des côtes de Vendée. —: L’intérêt de ce menhir signalé par M. Marcel Baudouin est qu’on l’a retrouvé debout, avec ses blocs de cales et, à sa base, des éclats de silex, débris de percuteur, etc. Il est en quartz blanc de filon, phénomène exceptionnel et son existence sous la dune confirme la modification du rivage atlantique, depuis l’âge de la pierre polie.
- 23 novembre 1914.
- Faune carcinologique de Vile Maurice. — M. Bouvier étudie cette faune qui est de type indien, avec quelques types de la mer Rouge, des Maldives, de Nouvelle-Calédonie.
- Les conserves de viande du camp- retranché de Paris. — A la suite de critiques adressées par M. Balland (séance du 9 novembre), MM. Kling et Copaux expliquent que le procédé actuellement employé a l’avantage d’une grande rapidité et d’une simplicité qui permet d’utiliser un personnel peu expérimenté. Dans la méthode traditionnelle, dite de Chevalier-Appert, la viande est cuite à l’eau bouillante, puis réunie au bouillon fortement concentré à part, et le tout est stérilisé ensemble à 115-120°. Dans le procédé actuel, on met la viande crue en mor-
- ceaux avec du riz destiné à en absorber l’eau, en ajoutant du sel et un peu d’agar-agar qui gélifie le bouillon non absorbé par le riz. Ce mélange est alors stérilisé. A un poids égal de viande cuite, le prix de revient est ainsi très diminué tout en assurant une bonne conservation.
- Type de sous-vêtement militaire. — M. Marcel Ros-taing a réalisé un gilet de papier ne pesant que 85 grammes, pouvant être vendu 75 centimes et susceptible d’étre plié dans la poche, avec du papier collé sur toile de mousseline, imperméabilisé et antiseptisé.
- 30 novembre 1914.
- Méthode de localisation exacte des projectiles dans le corps des blessés par voie radiographique. — M. Colardeau expose une méthode qui consiste, en deux mots, à faire sous des inclinaisons différentes deux radiographies repérées par rapport à des axes de coordonnées et à déduire les coordonnées exactes du projectile de mesures faites sur les plaques photographiques par la considération de triangles semblables.
- La biliculture au cours de la fièvre typhoïde. ---Une communication importante de MM. P. Carnot et B. Weill-IIallé donne un moyen de reconna’tre la persistance du bacille typhique pendant des semaines entières'en période de convalescence. Ces savants commencent par soutirer de la bile au malade : soit par l’ingestion à jeun d’huile d’olive stérilisée suivie, au bout d’une heure, d’un tubage gastrique ; soit par un tubage direct du duodénum au moyen d’un mince tube de caoutchouc d’un mètre de long, à embout de verre, que le malade avale et dont l’extrémité au bout de 3 heures passe dans le duodénum. On constate ainsi la présence du bacille typhique dans la bile et sa persistance longtemps après qu’il a disparu du sang.
- L’aisselle glabre signe prémonitoire de tuberculose pulmonaire. — M. Paul Godin croit avoir remarqué que, chez les jeunes gens ayant un commencement de tuberculose pulmonaire, les poils de l’aisselle apparaissent en retard, surtout du côté du poumon atteint.
- 7 décembre 1914.
- Vœu contre l’alcoolisme. — L’Académie a émis à l’unanimité le vœu suivant que nous croyons devoir reproduire intégralement, en raison de l’extrême importance que présente cette question pour l’avenir de notre pays ; nous serions heureux si nos lecteurs voulaient bien contribuer à le répandre le plus possible. « L’Académie des Sciences, constatant les importants résultats obtenus depuis longtemps en Suède et en Norvège et admirant les mesures énergiques récemment prises par S. M. l’Empereur de Russie contre l’alcoolisme; considérant que, si dans la lutte contre ce fléau la France continuait à se laisser devancer par les autres nations, elle se mettrait en état manifeste d’infériorité, émet le vœu que les mesures suivantes, réclamées depuis longtemps par tous les hygiénistes, soient adoptées sans retard : Limitation du nombre des débits de boisson; prohibition définitive de l’absinthe et des liqueurs similaires; suppression du privilège des bouilleurs de cru. »
- 14 décembre.
- Localisation des projectiles dans l’organisme par la radiographie. — MM. Bertin-Sans et Leenhardt apportent une contribution nouvelle à cette question d’actualité qui a déjà suscité de nombreux travaux. Us
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- 14 : " VÊTEMENTS INGÉNIEUX POUR NOS SOLDATS
- commencent par déterminer sur la peau une droite sur laquelle se trouve le projectile et mesurent ensuite la distance de celui-ci aux deux extrémités de la droite au moyen de deux radiographies faites sur la même plaque.
- Influence de la radioactivité de l’air sur les gouttelettes microbiennes de l’atmosphère.— D’après MM.Trillat et Fouassier il y a une plus-value de microbes parfois considérable dans l’atmosphère de l’air activé. Par contre,
- si l’on accumule la charge d’émanations pendant plusieurs jours sous les cloches, on obtient des résullats opposés. Les résultats favorisants de la première série ne semblent pas uniquement dus à un effet direct des émanations sur les microbes eux-mèmes, mais aussi à la plus grande conductibilité de l’air due à l’ionisation produite sous l’influence des émanations. Les charges électriques, agissant sur les particules de l’air humide, provoquent leur condensation et la chute plus abondante des gouttelettes microbiennes sur les terrains de culture.
- VÊTEMENTS INGÉNIEUX POUR NOS SOLDATS
- Fig. i — Combinaison Lucas formant passe-montagne et pèlerine.
- Chacun de nous pense sans cesse aux êtres chers qui sont là-bas, « sur le front » exposés dans les tranchées ou dans les cantonnements de hasard, à l’inclémence de la dure saison. Et nous voudrions tous contribuer dans la petite mesure de nos moyens, \à rendre moins pénible la fijfwW vie matérielle du soldat.
- Aussi, grand est le succès de quelques récentes petites inventions fort ingénieuses concernant les vêtements militaires à combinaison, c’est-à-dire pouvant servir à volonté de pèlerine imperméàble, de couverture, de toile à tente, de sac de, couchage.... 11 en existe déjà de nombreux systèmes : une série de visites faites chez tous les fabricants que nous pûmes trouver, nous a permis de choisir, d’entre les modèles offerts au public, ceux qui nous paraissent d’emploi pratique. En voici la description :
- Couverture-manteau. — Modèle très simple et inédit, dont noiis offrons la primeur à nos lecteurs après l’avoir fait confectionner pour un ami et essayé nous-même. Dans un grand rectangle de tissu caoutchouté, on perce trois ouvertures, lesquelles sont ensuite munies de rabats comme ceux qu on met aux poches de veston et de pardessus (fig. 2). Il est bon d’employer pour les rabats une couleur différente; par exemple, on mettra des rabats marron sur un fond kaki. Et c’est toutl La couverture ainsi faite s,ur laquelle on peut s'étendre à l’aise si mouillé que soit le sol, se porte — sans aucune transformation — à la manière d’un manteau en
- passant la tête par la fente placée au bord et les bras dans les autres fentes. Les rabats protègent le cou et les épaules lorsqu’il pleut : ils donnent au manteau un petit air tout à fait seyant!
- Système Supply. — La couverture-pèlerine brevetée de Supply se présente, lorsqu’elle est dépliée, sous la forme d’une grande pièce rectangulaire mesurant 2 m. de long sur 1 m. 15 de large (fig. 3). Au milieu est ménagée une fente que
- l’on peut tenir ouverte ou fermée, grâce à une rangée de boutons-pression. Cette couverture peut se transformer en manteau, tout simplement en la posant sur les épaules, la tête passée par la fente centrale, de la façon usitée dans les Pampas pour le port du « puncho ». Enfin, on peut encore transformer la couverture en sac de couchage, par pliage en long, au milieu, les bords en regard étant réunis par des boutons à pression (fig. 4). A noter que, de la sorte, il est bien plus facile de se coucher qu’avec le vulgaire « sac à viande » réglementaire : on ne ferme le sac qu’après s’être posé au bon endroit, ce qui ne déplace pas les effets comme lorsqu’on doit se glisser dans un fourreau étroit.
- Parapluie du soldat. —Voici un modèle extrêmement simple, ne comportant ni boutons, ni pressions, ni combinaisons de pliage. Le « parapluie ». Brunswick est une sorte de couverture sur laquelle s’étend le soldat pour se protéger de l’humidité du sol, et d’ailleurs assez grande pour pouvoir être repliée sur le corps. Le milieu de la couverture est percé d’une fente dont l’un des bords porte une large bande de tissu rapporté (fig. 5). Pendant le couchage, cette bande ferme la fente sans qu’il soit besoin d’en joindre les bords par un laçage quelconque; et lorsqu’on porte le parapluie en pèlerine, à la manière d’un puncho, la tête passée à travers la fente, la bande forme une sorte de grand col qui protège le cou. Quant au bord de la fente ne portant pas de bande, il est arrangé en ourlet, dans lequel passe un cordon, dont les deux bouts servent à fixer la pèlerine par plissage du tissu qui entoure bien ainsi le cou.
- L’idéal du soldat. — Ce modèle ultra-perfec-tionné, imaginé par M. Simon, sert à volonté de couverture, de toile à tente, de pèlerine-capuchon, de manteau, de sac de couchage ! Il ne se compose pourtant encore que d’un grand carré d’étoffe, dont le côté mesure 1 m. 80 (fig. 6). Cette couverture peut être tendue sur des piquets, pour former tente, grâce à des anneaux solides placés aux quatre coins (fig. 9). Pour former sac de couchage, on rabat chaque côté sur le milieu, des boutons à pression permettant de fermer rapidement le sac au milieu et dans le bas; la tête est abritée par une sorte de petit capuchon (fig. 8). Yeul-on après le réveil transformer le sac en manteau-pèlerine, on l’ouvre, on replie le bas en formant,’
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- VÊTEMENTS INGÉNIEUX POUR NOS SOLDATS ===== 15
- avec des boutons à pression ad hoc, une sorte de grand ourlet haut de 50 cm, et enfin on plisse les côtés vers le haut en tirant les cordons qui serviront à nouer la pelisse autour du cou (fig. 7).
- Modèle Paratella. — Un simple sac de couchage peut fort bien servir de pèlerine : il suffit de le jeter sur le dos à la manière d’un burnous. Pour rendre le sac tout à fait propre à cet usage. M. Roold, le confectionneur du « paratella », ménage sur l’un
- les maculatures laissées par la terre humide.
- Le sac Rault. —- Le sac-pèlerine-plastron présente ceci de particulier que le fond du sac est cà soufflet, ce qui permet de s’enfoncer avec facilité (fîg. 12). Une fois replié le sac forme une pèlerine se fermant par une patte. Ou bien encore, en le repliant sur lui-même à plusieurs reprises, un plastron « possédant, nous dit l'inventeur, 26 épaisseurs de tissu pour la partie de gauche et 16 épaùseurs pour la
- Fig. 2. Couverlure-manle.au étalée en couverture : Les rabats de haut et de gauche sont relevés pour montrer les fentes. — Fig. 3 et 4. Couverture-pèlerine Supply étalée, et pliée en sac de couchage. — Fig. 5. Parapluie du soldat.— Fig. 6, 7 et 8. L’idéal du soldat étalé, replié en pèlerine, fermé en sac de couchage. — Fig. 9. Idéal du soldat pour former tente. — Fig. 10. Sac de couchage Paratella. — Fig. 11 et 12. Sac Rault plié et ouvert. — Fig. i3 et 14. Combinaison Lucas en sac de couchage et en pèlerine.
- des bords de côté, juste au milieu, une forte échancrure, portant d’un côté une agrafe, de l’autre un anneau (fis. 10). ïl devient alors très facile d’employer le sac comme pèlerine. On pourrait craindre qu’une telle pèlerine, en tissu doublé, soit un peu lourde : pour prévenir tout reproche cà ce sujet, le sac-pèlerine est fait en tissu caoutchouté très mince, de manière à peser au total moins d’un kilog ! La nuance kaki du vêtement lui permet, en outre, de rendre peu visible le soldat, et peu visibles également
- partie de droite, la partie gauche protégeant le cœur ». Sans doute la protection n’est-clle point dans tous les cas suffisamment efficace, mais on peut toujours porter le plastron pour se garer du froid, ou même pour porter le sac sans qu’il gêne. Combinaison Lucas. — Il s’agit encore d’un sac-pèlerine, mais se distinguant des autres modèles par quelques particularités intéressantes. Lorsque la combinaison sert de sac (fîg. 15), son ouverture porte un petit rectangle terminé par un capuchon, où le
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- Fig-. i5. — Nos troupiers vêtus de vêtements à combinaisons. De gauche à droite: Couverture-manteau ; Idéal du soldat; Modèle Paratella; Sac Raull.
- soldat passe sa tête. Pour passer de l’usage nocturne à l’utilisation diurne, on replie le capuchon dans-.le.-sac, où il est fixé par un bouton-pression et on serre, avec un cordon passant dans une coulisse ad hoc, le milieu d’un des côtés du sac (fig. 14). On plisse ainsi le sac de manière qu’il puisse se poser sur la tête : c’est une sorte d’intermédiaire entre la pèlerine véritable et le couvre-nuque.
- La confection des vêtements militaires à combinaisons. — Plusieurs des modèles précédemment décrits sont faits en divers types, différant seulement par la nature du tissu et le prix, qui varie de 10 à 55 francs.
- Les articles bon marché sont confectionnés en ilioleskine. Mais, en général, la préférence est donnée aux tissus à la fois imperméables et légers, soit des cotonnades superficiellement caoutchoutées, soit des tissus « surdits », sortes de toiles imprégnées d’huile de lin cuite, puis exposées à l’air pour résinifier l’huile. De telles étoffes sont bien plus légères que les moleskines et, à condition de les choisir d’excellente qualité, elles résistent mieux aux frottements, pliages et autres durs traitements que doit subir un vêtement de soldat en campagne. Mais si elles protègent très bien de la pluie et de l’humidité, elles nous semblent peu efficaces pour protéger contre le froid. Et pratiquement, il faudra pour être bien « au chaud» lorsqu’il gèlera, placer une couverture de lainage sous le vêtement caoutchouté.
- Le bouton à pression est presque exclusivement employé, parce qu’il se ferme très vite, s’ouvre en tirant simplement sur une lisière, ne risque pas de s’accrocher et de provoquer des déchirures. Naturellement, les « pression* » ne sont pas fixées à même
- l’étoffe, mais sont rivées sur une forte bande ensuite cousue au tissu. Certains modèles de sac en tissu caoutchouté, comme celui de Roold, par exemple, sont à jointures faites non par des fils, mais par collage au caoutchouc, ce qui donne évidemment une parfaite imperméabilité.
- Nous avons pu constater nous-inême, d’après l’empressement des acheteurs chez plusieurs fournisseurs, que la création des vêtements militaires à combinaisons répondait à un besoin urgent. Au reste, si les spécialistes ne pouvaient suffire à la demande des clients, il serait bien facile, d’après les indications que nous donnons, de faire confectionner un manteau-couverture à son goût par n’importe quelle couturière î A. Chah,et.
- Fig. 17.
- Couverture-pèlerine portée en pèlerine.
- Fig. iô.-—Le parapluie du soldat tel qu'il se présente lorsqu’il est porté en pèlerine.
- Le Gérant . P. Masson. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, P, à Paris.
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- LA NATURE.
- N° 2154.
- 9 JANVIER 1915.
- LES TROUPES INDIENNES AU FRONT
- Au début de cette rapide étude, corrigeons une erreur qui s’est accréditée dans le public français. On s’est effrayé à l’avance des souffrances qu’au-
- d|
- Certes, Lord Kitchener, qui fut, pendant plusieurs années, généralissime des armées anglo-indiennes, eût commis une regrettable et coûteuse erreur en appelant en Europe des contingents bengalis ou cinghalais, recrutés parmi des races qui vivent dans les régions où règne un perpétuel été. Mais cette erreur n’a pas été commise.
- Les troupes qui combattent dans les rangs des Alliés sont originaires de contrées où l’hiver est beaucoup plus rigoureux qu’en Allemagne. Les Gourkhas, par exemple, qui vivent dans le Népaul, entre les contreforts de l’Himalaya, occupent des vallées dont l’altitude varie entre 1200 et 5000 mètres, où la neige abonde pendant quatre ou cinq mois
- Fier. i. — Indiens au campement procédant à leur toilette.
- Fig. 2. — Présentation d’officiers indiens à des généraux français.
- Fig. 3. — La cuisine des Indiens.
- raient à endurer les troupes indiennes pendant notre rude hiver des frontières du Nord. Mais c’était oublier que l’Hindoustan est un monde en lui-même, selon l’expression anglaise, et qu’il ne comprend pas que des zones torrides ou tropicales.
- 43" Année. — 1" Semestre.
- de l’année. C’est aussi le cas des Afridis, rameau de la race afghane, dont les domaines s’étendent dans la partie occidentale de cette même chaîne de montagnes.
- Parmi les races qui sont entrées dans la composition du corps expéditionnaire, les plus exposées seraient celles du Radjputana et du Sikh. Mais lesRadjpoutes, qui vivent sur des plateaux désertiques, sont habitués aux froidures hivernales des régions tempérées. Quant aux Sikhs, l’une des rares sectes religieuses indiennes qui se nourrissent de viande, ce sont des gaillards qui supportent aisément les écarts de température. Ils en ont donné maintes fois la preuve, notamment dans le Nord de la Chine, pendant la révolte des Roxers.
- Nous enregistrerons ici une curieuse observation pour achever de rassurer les amis des troupes
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- asiatiques, qui sont venues mener le bon combat contre les ennemis de la civilisation. On a remarqué qu’un nègre des Tropiques supporte admirablement les plus grands froids pendant la première année de son séjour : il les ressent même moins que les natifs, et ne commence à en souffrir que durant le deuxième hiver. De même, un blanc transporté sous l'Equateur ne se plaint de l’excessive chaleur qu’a-près qu’une année de séjour;l’aura acclimaté, c’est-à-dire l’aura ramené au niveau physiologique de l’indigène. C’est là un phénomène bien connu, quoique mal expliqué. Ainsi, nous pouvons être certains que les Indiens — et, avec eux, nos tirailleurs algériens et nos Sénégalais — supporteront vaillamment , cette rude campagne.
- Et n’oublions pas que l’un des compagnons de l’Amiral Robert Peary pendant son immortelle expédition au pôle Nord était un Afro-Américain, un nègre des Etats-Unis. Le célèbre explorateur s’est plu à rappeler que ce noir s’était montré plus résistant que la plupart de ses compagnons de race blanche.
- Nous corrigerons ici une autre erreur. C’est bien à tort que l’on prononce, à propos de ces troupes, le mot d’Hindou. Ce terme n’a qu’une signification religieuse. L’hindouïsme, certes, est la religion dominante dans la vaste péninsule, puisque ses adeptes forment les deux tiers de la population. Mais c’est faire injure à un sikh, à un jain, à un bouddhiste, à un mahométan, que de le traiter d’hindou. Et l’auteur responsable de cet outrage n’est autre que Christophe Colomb. Le bon Génois, quand il découvrit les Antilles, s’imagina qu’il foulait aux pieds le sol des Indes, si bien que les habitants de ces îles furent appelés dès lors Indiens. Pour éviter une confusion, ce terme fut réservé aux « Peaux-Rouges », tandis que les écrivains prenaient l’habitude de désigner du nom d’Hindous les habitants des Indes véritables. »
- Nous ignorons l’importance numérique du contingent indien débarqué sur nos rivages depuis le mois de Septembre ; nous le saurions que Dame Censure mettrait, et à bon droit, le holà à nos confidences. Mais il nous est permis de dire que la
- Fig. 4. — Type de soldat indien.
- mobilisation et le transport de ces magnifiques troupes ont constitué un chef-d’œuvre d’organisation, qui fait grand honneur aux deux gouvernements de l’ancienne Entente Cordiale, devenue Y Indissoluble Alliance. Nul ne saurait ignorer désormais que ces contingents furent amenés des Indes par des paquebots anglais et français, qu’escortaient des cuirassés et des croiseurs des deux marines.
- Les difficultés à résoudre, pour le transport de ces milliers d’hommes et de chevaux, étaient d’autant plus grandes que les autorités anglo-indiennes avaient décidé de se passer du concours de la Métropole pour leur équipement. C’est ici le cas de rappeler une phrase historique, qui nous coûta jadis deux de nos plus belles provinces : il ne manquait pas un bouton de guêtre à ces belles troupes, le jour où elles débarquèrent à Marseille. Elles avaient emporté des Indes les vivres prévus pour une campagne de six mois, ainsi que le fourrage indispensable à leur cavalerie ! Un simple détail montrera que les organisateurs de l’expédition n’avaient rien abandonné au hasard: ces troupes avaient apporté des milliers de pelles et de pioches pour la construction de leurs tranchées, plutôt que de courir le risque de ne pas trouver en France, du jour au lendemain, la quantité nécessaire! Cette magnifique armée tenait à prouver, aussitôt après son débarquement, qu’elle n’était pas une armée de parade, commeles Allemands l’avaient représentée. Et, de fait, elle ne tarda pas à leur démontrer qu’elle constituait un facteur redoutable.
- Nous devons insister sur ce point : l’ensemble de ces troupes asiatiques forme une armée indépendante, qui peut se suffire à elle-même.
- Elle se compose d’infanterie, d’artillerie, de cavalerie, de génie, comme les armées européennes, si bien qu’il ne lui manque que l’arme la plus récente : celle de l’aviation.
- Son infanterie est composée de Gourkhas et de Pathans, hommes de petite taille, marcheurs infatigables, excellents tireurs, qui fournissent à l’Inde ses meilleurs régiments. Les Gourkhas, en particulier, sont des fantassins dont l’élan est irrésistible. Longtemps, alors qu’ils ne disposaient que de lances et de glaives, ils furent la terreur de l’IIindoustan, qu’ils conquirent presque en entier, malgré leur grande infériorité numérique. Habitués maintenant à manier le fusil, ils ont choisi la baïonnette comme arme favorite, et leurs charges dans la région de
- Fig. 5. — Soldat indien au port d’arme.
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- Fig. 6. — Troupes indiennes en France. Habitante offrant des fruits aux hommes.
- l’Yser ont égalé les plus brillants exploits de nos tirailleurs africains.
- Ils ont sur ces derniers l’avantage d’être nés dans la Jungle, où l’homme apprend à ramper comme les fauves, et ils pratiquent, avec un art consommé, cette reptation entrée sur le tard dans le programme de nos collèges athlétiques. Silencieux, invisibles, ils savent se traîner rapidement jusqu’aux tranchées allemandes, où ils bondissent soudain au milieu des soldats endormis, qu’ils massacrent du tranchant de leur terrible kurri, coutelas qui rappelle à la fois le cimeterre et le rasoir.
- On a raconté, à ce propos, que le Gourkha, parvenu à 15 ou 20 m. de l’ennemi, lance son kurri à la façon d’un boomerang, quitte à venir le' rechercher après l’action. C’est méconnaître l’attachement que ces farouches guerriers portent à leurs coutelas, dont ils ornent le manche d’incrustations d’or ou d’argent. Un bon Gourkha consacre plusieurs mois de solde à l’achat de cette arme, qui est sa propriété personnelle. Telle qu’elle lui est livrée par un armurier indigène, elle lui coûte une livre et demie, soit près de 40 francs, somme importante pour un montagnard du Ne'paul.
- Quand il l’a fait enjoliver d’incrustations, sa valeur intrinsèque est doublée ou triplée. Malgré son grand désir de lui donnër sa ration de sang-ennemi, il n’a garde de s’en séparer en la lançant de nuit dans une tranchée. S’il la fait voltiger en un moulinet meurtrier, c’est en la tenant au bout de son bras nerveux.
- Les Sikhs forment ce qu’on pourrait appeler l’infanterie lourde. Avec leur taille gigantesque, ils ne sauraient se faufiler lestement dans le fouillis des ronces métalliques, à l’exemple des Gourkhas et des Pathans. Mais ils savent exécuter, eux aussi, de magnifiques charges à la baïonnette. Toutefois, on les emploie plus volontiers dans l’artillerie, dans le génie, et dans le corps des pontonniers.
- L’armée venue d’Asie pour défendre la cause de la civilisation comprend aussi plusieurs régiments d’Afridis, race belliqueuse que l’Angleterre n’a soumise qu’après un siècle de guerrillas. Ces montagnards, proches parents des Afghans $ sont des tirailleurs incomparables. Ils ont cet autre avantage d’être habitués aux rigueurs d’un hiver « sibérien », comme il en règne dans le massif occidental de l’Himalaya, leur pays natal.
- Quant à la cavalerie indienne, nous l’avons vue à l’œuvre sur les plaines des Flandres, où elle s’est montrée digne de sa réputation. Les chevaux sont de pur sang arabe, et les hommes, habitués dès le jeune âge à manier la lance, montrent une endurance à toute épreuve.
- Cette armée asiatique, dont les Allemands affectaient de se moquer, est rapidement devenue pour eux un objet de terreur. Leurs tranchées se vident à l’apparition des Sikhs et des Gourkhas ! Et ils tentent par tous les moyens de corrompre ou de démoraliser ces redoutables adversaires. Nous avons en notre possession un exemplaire d’une proclamation en caractères sanscrits que leurs avions répandirent le mois dernier au-dessus d’un camp indien. Il y est dit, nous apprend un traducteur, que tout soldat indien qui désertera dans les rangs allemands recevra une somme de mille roupies et sera rapatrié aux frais du kaiser !
- Mais le loyalisme de ces troupes est inébranlable. Le correspondant d’un grand journal italien, le Secolo, en a eu la preuve, en une curieuse interview que nous résumerons.
- « Êtes-vous heureux, demanda-t-il à un Sikh, d’èlre venu combattre pour la France, un pays qui
- FtS- 7- — Troupes indiennes préparant leur plat national à base de riz.
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- n’est pas le vôtre, et cela sur l’ordre d’un autre pays, l’Angleterre, qui vous opprime? »
- L’Indien se redressa de toute sa hauteur, et fixa sur l’Italien des yeux indignés :
- « L’Inde n’est opprimée par personne, répliqua-t-il. Elle fait partie, et grande partie, d’un grand empire. Donc, les Indiens ne sont pas les esclaves de cet empire, mais bien ses sujets, comme le sont les Anglais, les Ecossais et les Irlandais. L’Empire Britannique est menacé par une nation appelée
- l’Allemagne, et, pour se défendre, il a fait appel à tous ses sujets. Si l’Empire avait été menacé aux Indes, les soldats anglais y seraient allés ; mais il est menacé en Europe, et c’est nous qui sommes venus. »
- Langage fier et loyal, digne de ces Indiens qui jouissaient déjà d’une civilisation avancée, alors que les ancêtres des Huns du xxe siècle chassaient, nus et hirsurtes, l’auroch et l’élan dans les forêts de la Poméranie ! Y. Forbijx.
- COMMENT ON PEUT SE DÉFENDRE CONTRE LES SOUS-MARINS
- Les grands événements maritimes de la guerre actuelle sont encore à venir. J’entends par là le choc des flottes qui ne peut manquer de se produire, si l’Allemagne ne veut pas entendre proclamer la faillite de sa politique navale qui fut la grande pensée du règne de Guillaume II.
- Certes les faits sensationnels n’ont pas manqué jusqu’à présent, mais aucun d’eux n’a eu la portée nécessaire pour modifier la situation qui s’est imposée dès le début des opérations, c’est-à-dire l’établissement incontesté de la maîtrise des marines alliées de la Quadruple Entente (Japon compris) sur l’Océan. Les mines et les sous-marins ont eu une part considérable jusqu’à présent dans les événements maritimes.
- Nous parlerons des premières dans un prochain article. Les seconds ont êu un rôle très actif, et on peut leur attribuer la disparition d’une douzaine de navires*de guerre.
- Je veux dire ici en passant que la puissance navale anglaise n’a été en aucune manière entamée par les pertes que lui ont causées les sous-marins allemands. Tous les navires qu’elle a perdus étaient des imités démodées et de valeur militaire restreinte ; et il est certain que, le jour ou les flottes des deux nations s’affronteront en haute mer, si cette rencontre doit se produire, on n’y aurait vu figurer aucun d’eux. Il n’y a donc point diminution de force. Par ailleurs, il ne faut pas s’étonner de ce que la flotte anglaise ait reçu des coups; ceci s’explique par le rôle très actif qu’elle a joué dès le début des hostilités, rôle qui l’obligeait à présenter ses navires à l’action des mines et des sous-marins, alors que la flotte allemande, tapie à
- Wilhelmshaffen et dans le canal de Kiel, était et est encore à l’abri de tous risques graves.
- Pour être juste, il faut reconnaître que les sous-mariris allemands ont su mettre à profit les conditions très favorables à leur action qui leur ont été offertes; cette activité a conduit leurs adversaires, les marins des flottes alliées, à étudier les moyens qui s’offraient à eux de mettre leurs bâtiments à l’abri des coups de ces ennemis invisibles.
- Ce sont ces moyens que nous passerons rapidement en revue.
- Parmi les moins efficaces, citons d’abord le canon. Il ne peut être utilisé, en effet, que contre le périscope du sous-marin, simple tube de 20.cm. de diamètre, qui n’apparaît au-dessus de l’eau que sur une hauteur de 0 m. 75 environ, et qu’on a par conséquent bien peu de chances d’atteindre. D’ailleurs, le périscope serait-il détruit, que le sous-marin lui-même ne serait en aucune façon compromis. Il n’en résulterait même pas une voie d’eau, des moyens d’obstruction d’un périscope brisé étant prévus.
- Quant à la coque même du sous-marin, abritée sous 4 ou 5 m. d’eau, elle est pratiquement à l’abri des projectiles ordinaires.
- Donc le canon reste à peu près sans valeur contre le sous-marin, à moins que, pour une raison quelconque, celui-ci ne soit obligé de se montrer à la surface. Il court, dans ce cas, le plus grave danger.
- Pour un navire en marche qui a connaissance de la présence de sous-marins, le meilleur moyen de se préserver de la fâcheuse torpille que son minuscule adversaire cherche l’occasion de lui décocher, consiste à marcher à la plus vive allure possible en
- Fig. i. — Exemple de cuirassement d’un navire de combat moderne. — i, i. Cuirasse légère du flanc au-dessus de la flottaison; — 2, 2. Cuirasse épaisse protégeant la flottaison; — 3. Cuirasse intérieure au-dessous de la flottaison destinée à arrêter les effets de l’explosion de la torpille; — 4. Soutes à charbon; — 5, 6. Les deux ponts cuirassés destinés à préserver les machines, chaudières, soutes à munitions, contre les éclats des projectiles ; — 7. Système de protection des flancs, au-dessous de la flottaison par un compartimentage cellulaire.
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- décrivant des routes sinueuses. Le sous-marin moderne est incapable de donner, sous l'eau , une vitesse supérieure à 7 ou 8 nœuds, ce qui le met dans l’impossibilité de rejoindre un batiment qui en file de 18 à 25. Il est, de plus, dans la nécessité de se présenter en face de son ennemi, dans une
- par le sous-marin allemand Ug, alors que, mus par un très explicable mais dangereux sentiment d’humanité, ils étaient stoppés auprès du croiseur Aboukir, déjà frappé à mort, et essayaient de porter secours à son équipage.
- Un autre mode de protection des navires en
- Fig. 2. — Défense d’un port contre les sous-marins. Un filet à mailles d’acier en barre l’entrée, suspendu sur des madriers. Un champ de mines protège les abords. On voit un sous-marin heurtant une des mines. La vue a été faite en supposant l'eau retirée dans l’étendue du champ de mines] afin
- d’en montrer la disposition sous-marine.
- direction qui lui permette de pointer ses tubes lance-torpilles. Les crochets du grand navire mettront le sous-marin, à ce point de vue, dans le plus grand embarras et l’empêcheront le plus souvent de trouver le point pour lancer sa torpille.
- Sans compter que la rapidité de son ennemi et
- marche consiste dans l’emploi des contre-torpilleurs placés en éclaireurs tout autour et à une certaine distance de la force navale ou du navire qui se déplace. S’ils découvrent le périscope rd’un sous-marin, les petits bâtiments, très rapides et très agiles, qui, en raison de leur faible tirant d’eau, sont
- Fig. 3. — Filet pare-torpille roulé sur les flancs d’un cuirassé.
- ses changements de route inattendus feront courir au sous-marin de grands dangers d’être abordé et coulé.
- C’est pour avoir négligé, croit-on, les prescriptions que je viens d’indiquer, que, le 23 septembre, les croiseurs anglais Cressy et Hogue furent coulés
- à l’abri des atteintes de la torpille, ont bien des chances, en courant dessus à toute vitesse, d’arriver sur le sous-marin avant qu’il ait eu le temps de plonger assez profondément et de le frapper de leur étrave, ce qui, dans la plupart des cas, entraînera sûrement la perte du sous-marin.
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- Dans la structure meme des navires, des progrès ont été apportés, qui rendraient moins dangereuse, pour les navires modernes, l’explosion d'une torpille, en en localisant les effets destructeurs. Ces progrès portent sur un accroissement considérable du nombre des cloisons étanches, allant, dans les parties de la coque qui peuvent être frappées par la torpille, jusqua la division en cellules très petites, dont un certain nombre peuvent être détruites sans compromettre l’existence du bâtiment.
- Dans ce même ordre d’idées, on construit aussi des navires dont les lianes sont munis d’une cuirasse intérieure contre laquelle vient se briser le dernier effet destructeur de l’explosion, déjà amorti par le charbon entassé contre le liane même du navire (fig. 1).
- Un navire au mouillage se défend très bien contre les attaques de sous-marins au moyen de filets à larges mailles d’acier, dont il s’entoure en maintenant ces filets à une distance de 10 m. au moyen d’arcs-boutants appelés langons (fig. 4). On a muni, il est vrai, les pointes percutantes des torpilles de cisailles capables de sectionner les mailles des filets, mais on a alors renforcé ces mailles et employé un acier plus dur. Il s’est établi sur ce point, entre la torpille et le filet, une lutte analogue à celle qui oppose aux canons toujours plus puissants des cuirasses toujours plus résistantes.
- La torpille, choquant un filet de ce genre, y fait explosion, mais à une distance de la coque du bâtiment, trop grande pour que celui-ci courre aucun danger. La figure 3 représente un navire portant, roulé sur son flanc, le filet dont la position de défense est représentée par la figure 4.
- Ce même filet pourrait, tout aussi bien semble-t-il, rendre en marche les mêmes services qu’au mouillage. Ceci n’est exact qu’en très petite partie. D’abord, la vitesse du bâtiment entouré de ses filets serait réduite par le frottement dans des proportions si considérables qu’il perdrait toute facilité de manoeuvrer ; puis cette même vitesse ainsi diminuée suffirait cependant pour donner aux filets une incli-
- naison telle que la hauteur de garantie qu’ils offriraient ne serait plus suffisante.
- Cependant, en raison de la rapidité avec laquelle peut s’exécuter la manœuvre de rentrer les filets (4 ou 5 minutes avec un équipage exercé), on peut affirmer que, pour certaines opérations, comme la tenue d’un blocus, ou une mission de surveillance sur un point déterminé, l’usage des filets peut être envisagé et qu’ils procureraient une sécurité bien appréciable.
- L’emploi de ces mêmes filets d’acier s’impose à l’ouverture de tout port et toute rade où séjournent des escadres ou des bâtiments de guerre isolés, non point seulement autour des navires eux-mêmes, mais bien comme barrage à l’entrée, pour en interdire l’accès aux sous-marins qui tenteraient la chance d’un beau coup à faire. On suspend alors le filet à une estacade de madriers. La figure 2 représente ce système de défense qui est excellent ; car, si on peut craindre qu’une torpille munie d’une bonne cisaille coupe le filet et passe au travers, il ne saurait en être de même d’un sous-marin qui se trouverait arrêté tout net, et probablement aussi, pris dans les mailles du filet, par les gouvernails en saillie, tout comme un poisson par les ouïes ou ses nageoires. Pour corser l’efficacité de cette excellente fermeture d’un port, on peut encore, comme le montre la figure 2, la renforcer de quelques lignes de torpilles de blocus, ou mines que le sous-marin assaillant aurait bien des chances de heurter et de faire exploser, à son grand dommage.
- Inversement, on peut employer les filets pour fermer un port ennemi. C’est peut-être ce qui se passe en ce moment pour le port de Zeebrugge, où on sait que les Allemands tentent d’installer une sorte de base navale pour ceux de leurs sous-marins sortis de la Baltique et qui circulent dans la mer du Nord. Ces petits bâtiments ont besoin de se ravitailler fréquemment, et ce poste de refuge leur est indispensable. C’est pourquoi l’escadre anglaise, ayant attendu que les premières installations y fussent faites, a tout bouleversé par un premier bombardement, et il est à supposer que les sous-marins allemands qui tenteront désormais d’entrer à Zeebrugge ou d’en sortir auront à se méfier des filets.
- Ceux-ci peuvent d’ailleurs très bien n’être pas uniquement des filets d’acier. Plus économiquement, il est loisible d’employer de bons filets de pêche. Un sous-marin qui s’empêtrera dans ces engins et les entortillera autour de ses gouvernails et de ses hélices sera évidemment mal en point.
- Comme moyen de destruction du sous-marin, on peut encore envisager le traînage, dans les parages où on soupçonne leur présence, en haute mer, de 1. Les fig. 2, 3 et 4 sont extraites fin Scicntific American,
- Fig. 4- — Le filet pare-iorpille en place (1).
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- ces mêmes filets de pêcheur ou d’engins analogues munis de pétards puissants qu’on peut faire exploser à volonté.
- De ce qui vient d’être exposé, il ressort que, si le sous-marin et ses torpilles restent des instruments de guerre fort redoutables, on n’en dispose pas moins dès aujourd’hui de moyens très sérieux de s’en défendre. Il n’est d’ailleurs pas douteux que la guerre actuelle, au cours de laquelle le sorn-marin a fait et fera encore parler de lui, verra se produire de nouveaux et peut-être encore plus elîectifs moyens de s’en protéger, jusqmau jour où un nouvel engin le détrônera peut-être tout à fait. Il peut très bien se produire, en effet, pour le sous-marin, quelque chose d’analogue à ce qui s’est passé pour le tor-
- pilleur dont le succès a été si vif pendant quelques années. Actuellement on ne songe plus à lui. Le contre-torpilleur l’a tué. Quoi qu’il en puisse être, le sous-marin joue actuellement un rôle très important.
- On connaît les faits et gestes de ceux que l’Allemagne a fait sortir du canal de Kiel ; les nôtres ont montré jusqu’à [Pola une ardeur et une audace qu’il est très regrettable de ne pouvoir encore divulguer. Quant aux sous-marins anglais, leurs explorations des environs d’Iléligoland et l’exploit que vient d’accomplir le Bu en forçant les lignes de torpilles des Dardanelles pour aller couler le cuirassé turc Messoiidieh montrent qu’ils sont à hau-teur de toutes les tâches. Du Verseau.
- LA RARÉFACTION DU CUIVRE EN ALLEMAGNE
- Parmi les substances indispensables pour le ravitaillement d’une armée en campagne, le cuivre est une de celles auxquelles on pense tout d’abord. Il faut, en effet, du cuivre et beaucoup de cuivre à une armée moderne, ne fut-ce que pour les douilles des cartouches et des obus. Aussi s’est-on demandé si l’Allemagne n’allait pas éprouver bientôt de ce chef une disette qui contribuerait à limiter la durée des hostilités. Examinons rapidement les deux éléments du problème qui se contre-balancent : les besoins et les ressources.
- Et d’abord quelle est actuellement la consommation de cuivre allemande? En temps de paix, l’Allemagne consomme par an 260 000 tonnes de cuivre. Mais il edt évident que beaucoup des industries qui utilisaient ce cuivre en temps normal (électricité, etc.), et notamment celles qui travaillaient pour l’exportation, ont dù réduire ou supprimer leur production. Par contre, la consommation pour le matériel de guerre s’accroît chaque jour. Dans quelle proportion, il est difficile de le calculer. Les chiffres relatifs à la production des munitions sont de leur nature essentiellement mystérieux et, quand bien même nous les posséderions, il faudrait tenir compte de deux facteurs : l’emploi des stocks de munitions accumulés avant la guerre; la constitution, lorsqu’on le peut, de stocks nouveaux. D’autre part, rien de variable comme l’usage que peut faire un fantassin des 120 cartouches mises à sa disposition. Tantôt il est obligé d’en redemander d’autres dans la même journée, tantôt il restera plusieurs jours sans tirer un coup de fusil. Admettons, simplement pour fixer l’ordre de grandeur, que la consommation par homme et par jour de rguerre soit de
- 10 cartouches. Pour les 5 millions d’hommes que les Allemands ont sur le front, cela ferait 50 millions. D’autre part, la halle allemande n’étant pas en cuivre comme la nôtre, la douille et le chargeur correspondent en moyenne à 10 grammes de laiton; nous arrivons ainsi à 500 tonnes par jour, soit environ 200 tonnes de cuivre.
- 11 faudrait ajouter la consommation que font abondamment d’autres services de la guerre et de la marine. Mais notre chiffre est trop problématique pour vouloir le préciser. Remarquons seulement que ces 200 tonnes journalières représentent, par an, environ 70 000 tonnes. Sans oublier que l’on ramasse avec soin les douilles sur le champ de bataille, nous sommes donc portés à croire ([ue la consommation de cuivre allemande doit avoir plu-
- tôt augmenté que diminué depuis la guerre. La preuve indirecte que le commerce du cuivre à l’usage des belligérants se continue sur une vaste échelle est d’ailleurs la hausse récente qu’ont manifestée les actions de mines de cuivre et le prix du cuivre métal.
- Voyons maintenant d’où ce cuivre peut venir à l’Allemagne. Ce pays produit, dans ses propres mines, à peine 25 000 tonnes par an, venant presque totalement duMans-feld. En admettant, comme c’est probable, qu’on ait laissé fonctionner en plein cette industrie nécessaire, il reste néanmoins 255 000 tonnes à se procurer, sans même faire entrer en ligne de compte l’Autriche et la Turquie. Le cuivre est considéré comme contrebande de guerre. Cela ne veut pas dire qu’avec un certain nombre de connivences intéressées, on ne puisse en faire venir quand on y met le prix.
- Les procédés employés se ramènent tous à un même principe. 11 faut remarquer que les pays neutres doivent être séparés en deux groupes : ceux qui produisent du cuivre comme les États-Unis, le Mexique, le Chili ou l’Espagne et qui n’en ont pas interdit l’exportation; ceux qui n’en produisent pas (ou si peu), tels que la plupart des neutres européens, les états Scandinaves, la Hollande, la Suisse, l’Italie. .Comment empêcher les producteurs américains d’expédier du cuivre à ces neutres européens? Si on l’essaye, on se heurte à des récriminations dont on a pu juger par la note, assez vive dans sa forme amicale, que les Etats-Unis ont adressée le 29 décembre au gouvernement britannique. Et, quand cette première exportation a eu lieu, arrive-t-on bien efficacement à en empêcher une autre de la maison neutre interposée à une maison allemande? Il est, par exemple, assez curieux que, parmi les acheteurs de cuivre à New-York en octobre 1914, l’Italie tienne de beaucoup la première place, avant l’Angleterre, avant la France. Est-ce uniquement pour fabriquer ses propres munitions? Cependant, à mesure que les semaines s’écoulent, ces réexpéditions de-, viennent de plus en plus difficiles. L’un après l’autre, les neutres européens ont été amenés à interdire l’exportation, puis même le transit du cuivre sur leur territoire. Il ne reste plus alors comme ressource que la fraude proprement dite et la contrebande. Ainsi, depuis que le blocus de l’Allemagne, très théorique au début de la guerre, a pris une tournure plus effective, on est en droit d’admettre que ce ravitaillement par l’étranger dôit être
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- fort gêné. La marine anglaise a, par exemple, récemment capturé trois cargos de cuivre en route pour la Hollande, c’est-à-dire pour l’Allemagne. C’est de quoi décourager un peu les affréteurs.
- Restent donc les ressources intérieures de l’Allemagne. Toute industrie a, normalement, des stocks qui correspondent au moins à un mois de production, soit ici 20 à 25 000 tonnes. Il est certain que le gouvernement allemand, ayant voulu et préparé la guerre, en avait amassé des quantités autrement considérables. 11 a, en outre, au début de la guerre, réquisitionné les stocks des exportateurs américains. Mais nos voisins ne paraissent pourtant pas avoir fait entrer dans leurs prévisions la campagne d’une année au minimum, sur laquelle ils doivent maintenant compter. C’est pourquoi sans doute ils procèdent actuellement à un pillage méthodique des bassines, casseroles, boutons de porte, fils électriques, etc., dans les pays envahis. N’oublions pas enfin les ressources invisibles du pays même. A cet égard, tous ceux qui ont tenté d’accaparer le cuivre en vue d’une spéculation, ont vu sortir de l’ombre des stocks inconnus : par exemple, les rouleaux de cuivre sur étoffe au moment du fameux
- krach des métaux. En outre, le gouvernement allemand a édicté des mesures draconiennes qui forcent tout particulier à révéler et à' livrer à un prix maximum fixé par l’Etat les métaux qu’il peut posséder. Puis il a fait envoyer à la fonte toutes les pièces des anciennes locomotives, dômes, tubes, cercles, etc. Enfin, les commerçants allemands ont généreusement offert les baguettes, colonnes, suspensions, etc., en cuivre, qui décoraient leurs boutiques. C’est là un beau geste comme lorsque les députés de la Convention sacrifiaient les boucles d’argent de leurs souliers pour remédier à la pénurie de nos finances. Mais cela ne peut monter à des chiffres considérables. Notre conclusion, s’il faut conclure, est, en résumé, que la raréfaction du cuivre, déjà trahie en Allemagne par une hausse des prix que l’on essaye législativement d’em-pècher, commence à peine à faire sentir ses effets qui vont s’accentuer progressivement. Avec le temps, un facteur de ce genre doit être appelé à exercer une influence beaucoup plus directe que le manque de vivres ou de numéraire, sur lequel on aurait peut-être tort de trop compter.
- L. D. L.
- UNE NOUVELLE UNITÉ DE LA FLOTTE AÉRIENNE FRANÇAISE
- le « Tissandier »
- Ce n’est pas sans une certaine fierté que La Nature voit le nom de son fondateur, Gaston Tissandier, porté par le plus récent et le plus beau croiseur de la flotte aérienne française. Et, certes, il y a six mois environ, quand il fut décidé que le
- Fig. i. — Le Tissandier sur le champ d’aviation.
- nouveau dirigeable construit par l’ingénieur Juliot serait appelé « Tissandier », on ne se doutait sans doute guère de l’actualité que ce nom prendrait quelques mois plus tard !
- En effet, la grande notoriété de Gaston Tissandier
- prit son essor en 1870, où il fut un des premiers à sortir en ballon de Paris assiégé ; il fut aussi un des seuls avec son frère Albert Tissandier à tenter de rentrer par la voie des airs dans notre capitale. Ensuite, avec des moyens de fortune, son ballon traîné cà bras par des marins, il suivit l’armée de Chanzy et put, le premier depuis Fleurus, prouver à nouveau l’utilité des ballons captifs en campagne.
- Plus tard, en 1885, il construisit le premier dirigeable électrique,' et c’était son espoir de pDuvoir utiliser ces engins au jour de la revanche.
- Si Gaston Tissandier ne put réa-iser lui-même son rêve, il serait fier de savoir que son nom, inscrit sur la plus puissante unité aérienne, plane au-dessus des ennemis de la France qu’il avait combattus lui-même avec tant de courage.
- Des raisons de haute discrétion ne nous permettent pas, on le comprendra, d’entrer, sur les caractéristiques, l’équipage et l’armement de ce dirigeable, dans des détails qu’il serait prématuré de divulguer.
- Nos photographies en donneront cependant une idée suffisante pour intéresser nos lecteurs. Le point essentiel est qu’il appartient au type souple, tout en gardant la permanence de forme désirable et que son armement offensif aussi bien que défensif est des plus puissants.
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- NOUVELLE UNITÉ DE LA FLOTTE AÉRIENNE FRANÇAISE ==25
- Fig. 2. — La nacelle. Fig. 3. — Le Tissandier rentrant au hangar.
- Ce ballon souple sera sans doute un peu plus vulnérable qu’un rigide, et l’on ne peut espérer avec lui faire le tour de force qu’ont réalisé plusieurs fois les Zeppelins en temps de paix, repartis avec de fortes avaries à leurs enveloppes, amputés même de plusieurs cloisons. Mais le souple possède, par contre, un avantage énorme sur le rigide en temps de guerre, c’est de pouvoir monter plus haut. Tandis qu’un Zeppelin atteint difficilement plus de 2000 m., le « Tissandier » pourra atteindre 3000 et même 3500 m., ce qui le mettra hors de la portée des coups de l’ennemi.
- Quant à la vulnérabilité, les souples ont donné dans cette guerre des résultats qui ont pu étonner leurs plus chauds partisans eux-mêmes.
- « L’Adjudant Vincenot », au début de la guerre,
- n est-il pas rentré à son port d’attache une fois percé de part en part par un obus; une autre fois, ayant reçu 7 balles dans son enveloppe. Bien plus, réparé aussitôt, il repartait le lendemain pour de nouvelles reconnaissances.
- Ce ballon d’ailleurs, si habilement et si courageusement piloté par le capitaine Joux, secondé par le capitaine Gourey, le capitaine Paquiquau et le lieutenant Périssé, aura, quand ses exploits pourront être racontés, fait la preuve des services que peuvent rendre encore les dirigeables.
- | Tant que les avions |l ne pourront voler couramment la nuit et emporter 1000 kg d’explosif (moment qui n’est plus très éloigné maintenant), le dirigeable sera un instrument de guerre nécessaire.
- Fig. 4. — Le Tissandier; les gouvernails.
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- L’ATTAQUE DE DOUVRES
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- La photographie que nous reproduisons ici permet de reconstituer assez exactement le raid des sous-marins allemands, qui s’étaient donné comme mission de détruire les navires de commerce ancrés dans le port de Douvres.
- L’action se déroula le matin du 10 décembre. A 4 h. 50, un des forts du brise-lames aperçut un périscope à 500 m. de distance, grâce aux puissants rayons d’un projecteur électrique. Un coup de canon fut tiré dans sa direction, et le sous-marin disparut.
- A 6 h. 52, par une mer déchaînée et sous un brouillard qui rendait les observations difficiles,
- large de Douvres. Nous conterons, à ce propos, une curieuse anecdote ; elle prouvera qu’un vapeur de commerce, commandé par un homme énergique et adroit, peut braver les attaques d’un sous-marin.
- Le 12 décembre, le Colchester, qui appartient à la Compagnie du Great Eastern Railway, partant d’un port hollandais pour Harwich, à- 50 km des rivages hollandais, un sous-marin surgissait soudain de la mer, et son commandant, passant la tête par la tour conique, intimait au capitaine l’ordre de se rendre à discrétion. Pour toute réponse, l’officier
- Vue d’ensemble du port de Douvres prise du sommet digue de VAmirauté avec son prolongement récent. -limitant à l’est le port de commerce. -
- un guetteur distingua un objet suspect ressemblant à un périscope, et les canons du fort situé sur la jetée orientale entrèrent en action.
- Durant 20 minutes, les batteries balayèrent l’espace suspect sur une longueur de 1500 à 1600 m. Les sous-marins allemands, qui s’étaient déjà engagés entre les brise-lames, virèrent de bord en décrivant une courbe et s’offrirent au feu des canons du fort de l’Est. Le nombre des coups tirés en 20 minutes fut de 80. Vers 7 heures, le feu cessa, et des destroyers parcoururent les abords du port, tandis que d’autres prenaient leur faction près des brise-lames. Les lueurs de la canonnade furent aperçues de Folkestone, et le fracas des détonations fut entendu de fort loin. Deux jours plus tard, des sous-marins ennemis furent aperçus de nouveau au
- de Shakespeare Cliff. — Au premier plan l’ancienne -Au deuxième plan la jetée du « Prince de Galles »
- - Au troisième plan le port militaire.
- anglais commandait à son mécanicien de marcher à toute vapeur, et, en même temps, il manœuvrait de façon à présenter sa poupe au sous-marin et à offrir à ses torpilles un minimum de cible.
- L’allemand se mit en plongée pour prendre de la vitesse; mais l’anglais décrivit des zigzags'tout en filant à pleins feux, et son ennemi fut impuissant à suivre son allure. Il lança une ou deux torpilles, dont la marche en lignes brisées du vapeur déjoua les coups. Quinze minutes plus tard, le Colchester, beau vapeur de 1500 tonnes et d’une puissance de 2440 chevaux-vapeur, avait échappé définitivement aux atteintes du sous-marin.
- Souhaitons que cette jolie leçon de sang-froid et d’habileté ne soit pas perdue pour nos navigateurs de la Manche. J. d’Izier.
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- L’ATTERRISSAGE NOCTURNE DES AVIONS
- Il existe des relations très étroites entre la navigation aérienne et la navigation maritime, bien que, dans la première, l’esquif se déplace au sein d’un élément de densité très inférieure à la sienne propre, tandis, que dans la seconde, l’élément con-
- courant de< progrès accomplis en ces derniers mois, est encore inexplorée.
- Or, si l’on avait voulu appliquer les méthodes des marins, les procédés pratiques pour obtenir un excellent résultat eussent apparu nombreux et très simples. On sait, en effet, que tout navire s’engageant pendant la nuit dans une passe étroite doit chercher un alignement constitué par des feux et que, cet alignement une fois trouvé, il ne doit plus s’en écarter puisque la ligne lumineuse ainsi tracée indique rigoureusement l’axe du chenal.
- Cette ligne des feux — tous ceux qui ont effectué un voyage maritime au moins savent en quoi elle consiste — est constituée par deux feux, deux phares, élevés à une certaine hauteur au-dessus du sol et placés à une distance suffisante l’un de l’autre pour être distingués séparément. Le pilote qui se présente à l’entrée du chenal
- Fig. i. — Mise en place des cercles lumineux.
- Fig. 2. — Un avion voit les ellipses lumineuses.
- Fig 3. — Diverses positions des cercles pendant l’atterrissage.
- sidéré supporte le navire, même au repos. Ces relations se rencontrent surtout dans l’art de se diriger : car le pilote de l’avion, à partir d’une certaine hauteur, ou bien lorsqu’il est entouré de nuages, est aussi perdu, dans l’immensité que le navire au milieu des océans. L’art de se diriger en mer, qui date de la découverte de la boussole et s’est étonnamment perfectionné depuis, a donc pu être appliqué avec rigueur à l’aviation pour faciliter les randonnées que nous avons enregistrées au cours des dernières années, et les exploits militaires qne les aviateurs accomplissent actuellement.
- Cependant nous devons reconnaître que, si les méthodes maritimes de direction ont pu être appliquées dès la naissance de l’aviation, on s’était fort peu préoccupé de l’atterrissage nocturne, lequel présente une importance capitale. Un aviateur doit pouvoir, non seulement se diriger vers une destination quelconque pendant la nuit, mais encore et surtout être en état d’atterrir avec autant de rapidité et de sécurité que pendant le jour. Or, jusqu’ici, jusqu’au début des hostilités au moins, peu d’efforts avaient été accomplis dans cette voie, laquelle, pour ceux qui ne sont pas au .
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- Fig. 2 et 3.
- (D'après Scientiflc American.)
- cherche à se placer de telle sorte que les deux feux lui apparaissent exactement prolongés l’un par l’autre ; il navigue ainsi sur une ligne droite passant par les deux feux et il ne s’en écarte pas, puisque cette ligne représente, ainsi que nous l’avons dit, l’axe du chenal.
- Il n’est donc pas bien difficile d’imaginer, en faveur de l’aviation, un système analogue de feux-fixes, indiquant à la fois l’extrémité du terrain d’atterrissage et, par la position qu’ils prennent par rapport à l’aviateur en plein vol, la direction de ce
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- 28 — le fusil allemand
- terrain sur axe longitudinal. L’aérodrome pourrait encore être jalonné, d’ailleurs, par deux ou plusieurs lampes axiales situées au ras du sol.
- Un architecte allemand a imaginé, quelque temps avant la guerre, un système de cercles lumineux que nous décrivons d’autant plus volontiers (d’après le Scientific American) qu’il pourra être utile à nos aviateurs, de l’autre côté de la frontière.
- Le signal peut comporter plusieurs cercles ; mais deux suffisent, disposés verticalement, l’un en face de l’autre, à une certaine distance. Pendant la nuit, on allume les lampes à incandescence qui garnissent leur périphérie, de sorte que l’observateur n’aperçoit plus que deux couronnes lumineuses.
- On se rend facilement compte qu’un aviateur survolant ces cercles à une hauteur quelconque les aperceATa sous des angles différents et que la perspective les lui fera voir dans diverses positions. S’il se trouve en face, les deux cercles lui apparaîtront réguliers ; s’il est placé sur le côté, il verra deux ellipses dont le grand axe sera vertical, tandis que les ellipses seront dirigées dans le sens horizontal s’il les observe d’une certaine hauteur. À un moment donné, quand le pilote tournera autour de ce signal pour reconnaître sa direction, les deux figures se superposeront, se couperont, en donnant des indications supplémentaires pour savoir la position par rapport à la direction de leurs centres.
- Les deux cercles de diamètres différents sont fixés verticalement, l’un derrière l’autre. D’autre part, leur hauteur au-dessus du sol a été déterminée de telle sorte que l’aviateur puisse les apercevoir concentriquement lorsqu’il est à environ un mètre de hauteur en avant de leur ligne.
- La manœuvre à exécuter pour atterrir est déterminée par la position relative des cercles. Le pilote devra se diriger de manière à apercevoir l’une au-dessus de l’autre les deux ellipses lumineuses qui
- seront ensuite amenées à se couper ; puis elles se transformeront peu à peu en cercles, lesquels se détacheront l’un de l’autre pour devenir concentriques. A l’instant précis où se produira la séparation des deux courbes lumineuses, le pilote saura qu’il se trouve à quelques mètres du sol seulement et il commencera son atterrissage dans la ligne des centres.
- Notre première figure donne une idée exacte des différentes positions relatives que sont susceptibles de prendre les deux cercles. L’observateur étant placé en G les voit l’un en face de l’autre, le petit à l’intérieur du grand ; dans la position À, il aperçoit deux ellipses qui se coupent, et, dans la position B, les deux ellipses lui apparaissent l’une derrière l’autre.
- En mesurant l’angle visuel du signal, on pourrait même évaluer la distance à laquelle l’observateur se trouve. Enfin la position du petit cercle par rapport au grand donne une indication directe de la position de l’aéroplane par rapport à ce grand cercle. C’est ainsi que, si le petit cercle apparaît à la droite de l’autre, on en déduira que l’aéroplane est lui-même sur la droite.
- La seconde figure montre des positions relatives des deux cercles par rapport à l’aéroplane. Le premier diagramme est celui du signal pour un aéro piquant droit sur le terrain d’atterrissage, un instant avant d’atteindre le sol ; le second indique que l’aéro appuie un peu trop sur la gauche ; le troisième, que l’appareil est trop sur la droite ; le quatrième est la position de l’atterrissage parfait ; dans le dernier, l’aéro s’est élevé à une petite hauteur au-dessus des cercles.
- Ce système, ou tout autre basé sur le même principe, peut être installé sur un aérodrome quelconque ou même sur un terrain de campagne rapidement aménagé en aérodrome. Lucien Fournier.
- LE FUSIL ALLLEMAND
- En ces temps derniers, journaux et revues consacrèrent de nombreux articles aux diverses pièces d’artillerie de nos ennemis. Aussi la plupart des Français sont familiarisés maintenant avec les canons de 77 N. A. à tir rapide, les obusiers légers de 105 mm, les obusiers lourds de 15 et de 21 cm, le « Kolossal » 420 des Allemands, comme avec le fameux Howitzer autrichien de 12 pouces qui triompha des héroïques garnisons de Namur, de Maubeuge et d’Anvers. Mais on connaît généralement moins bien l’arme de l’infanterie teutonne. Les soldats du kaiser, tombés sur les champs de bataille, ayant laissé entre nos mains assez de leurs fusils, nous allons pouvoir en étudier le mécanisme à loisir !
- Toutefois avant de saisir et de photographier ces engins de destruction, résumons brièvement l’his-
- toire des armes portatives depuis un demi-siècle afin de montrer les perfectionnements successivement réalisés dans ce domaine. De 1860 à 1880, on donnait à tous les fusils de guerre un calibre de 10 à 12 mm, tandis que ceux fabriqués depuis vingt-cinq à trente ans possèdent un petit calibre (6 à 8 mm) et les projectiles qu’ils lancent sont animés d’une grande vitesse initiale (620 m. pour l’ancienne balle de notre Lebel et 700 pour la nouvelle balle D française 1898; 710 m. pour le fusil italien, 620 pour la balle allemande 1888 et 860 m. pour la balle S allemande 1905, etc.).
- Toutes ces armes sont à répétition-, autrement dit, elles permettent soit le tir normal dans lequel le soldat place à chaque coup une cartouche dans la chambre, soit le tir rapide au cours duquel, grâce à
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- un mécanisme particulier, plusieurs cartouches portées par le fusil lui-même viennent se présenter à tour de rôle devant l’entrée de la culasse.
- Dans le Winchester, le Kropatcheck, le Lehel modèle 1886 et autres fusils du même type, le magasin se trouve dans le fût ; il se compose d’un tuhe longitudinal disposé au-dessous du canon et contenant un certain nombre de cartouches qu’un ressort à boudin fait sortir successivement. A l’époque de la création de ces différentes armes, les techniciens considéraient le magasin comme une réserve propre à accélérer le tir vers l’instant décisif de la bataille ; mais, comme il alourdit l’arme, et s’enraye parfois, les puissances qui transformèrent leur armement, après 1890, adoptèrent le chargeur. Cet organe comprend une boîte en tôle légère renfermant de 4 à 8 cartouches, qui s’insère au-dessous du mécanisme de la culasse et qu’on renouvelle après épuisement.
- Comme dans le fusil à magasin, l’homme doit manœuvrer le mécanisme de culasse, après chaque coup, afin d’expulser la cartouche vide et de la remplacer par une neuve.
- On a ensuite imaginé de supprimer ce mouvement et d’actionner automatiquement l’arme, en utilisant les réactions du tir ou l’expansion des gaz, pour que le tireur puisse recharger sans cesser de rester en joue. Seul, le Mexique a mis en service un fusil automatique, système Mondragon, mais nous n’entrons pas dans plus de détails à cet égard, car ces armes (dont nos officiers de l’Ecole normale de tir et de la section technique de l’artillerie étudiaient plusieurs modèles au moment de la déclaration de guerre) sont d’un mécanisme très complexe et sujettes, en particulier, à des enrayages fréquents, auxquels on n’a pas su remédier jusqu’ici.
- Le fusil allemand modèle 1898 (fig. 5), mis pour la première fois en service normal dans le 105e régiment d’infanterie saxonne en 1906, rentre dans la catégorie des armes portatives à chargeur. Avant son adoption, le fusil 1888 de l’armée impériale relevait des derniers brevets Mannlicher pour la fermeture et le mécanisme à répétition, modifiés d’une façon plutôt malencontreuse par une commission d’officiers. Au nombre des innovations peu favorables, figurait l’entourage du canon par un manchon enveloppe (Laufmantel) destiné à garantir des brûlures la main du tireur et, en permettant la dilatation du métal échauffé, à empêcher le dessoudage du pied de la hausse ainsi que du guidon. Mais, pour rester dans les limites de poids convenables malgré cette pièce additionnelle, et pour réaliser d’autre part une gaine d’air d’épaisseur suffisante, on avait été obligé d’amincir les parois du canon aux dépens de sa résistance, même dans des parties essentielles. Aussi cette arme donna-t-elle des mécomptes dans la pratique.
- Il se produisit de nombreux gonflements au tonnerre par suite de son peu d’épaisseur, et il en
- résultait soit des ruptures du corps d’étui, soit des difficultés d’extraction', soit la possibilité pour le soldat de pousser deux cartouches à la fois vers la chambre avec danger d’explosion. Un peu plus tard, pour empêcher les accidents résultant de la double introduction, l’ùtat-Major allemand adopta l’extracteur des Mannlicher hollandais et roumains, dont la large griffe prolongée vers le bas par une espèce d’ergot agrippait le culot de.l’étui dès que celui-ci quittait le chargeur. Malgré ce perfectionnement et quelques autres sur lesquels nous ne saurions insister, nos voisins se décidèrent à améliorer leur armement et ils adoptèrent le fusil modèle 1898, qui remédiait aux défauts ci-dessus énumérés mais « sans réaliser un pas décisif en avant », comme le constate judicieusement le capitaine V. Leleu dans la savante étude qui va maintenant nous servir de guide.
- Afin de n’avoir pas à fabriquer de munitions et de pouvoir utiliser les approvisionnements de mobilisation, l’Allemagne conserva à son nouveau fusil le calibre, la forme des rayures et de la chambre de l’ancien ; il tirait les mêmes cartouches mais ultérieurement on modifia son projectile comme nous le verrons plus loin.
- Le canon, d’un calibre intérieur de 7 mm 9, se compose de parois beaucoup plus épaisses que dans le modèle 88, et, constituées par une succession de cylindres ou de troncs de cônes, chacun formant renfort par rapport au précédent depuis la bouche jusqu’au tonnerre. Rayé intérieurement au pas constant de 240 mm, il porte extérieurement les organes de visée fixes sur lui. Sa hausse H (fig. 5), munie d’un seul cran de mire, est du type à cadran, et se rapproche beaucoup de celle du Mauser suédois ; elle comprend un pied, une planche et un curseur à double poussoir à ressorts. Le pied porte sur ses deux faces verticales une échelle graduée en hectomètres, et ressemble à une sorte de petit banc de machine avec languettes latérales à crans sur lequel coulisse, comme un chariot, le curseur.dont un index suit la graduation en distance. A la partie supérieure du curseur, qu’immobilisent les tiges des poussoirs, se trouvent des tenons glissant dans les rainures courbes de la planche et l’inclinant de façon convenable pour le tir. De son côté, le guidon Fg comporte un grain d’orge dont la semelle s’encastre dans une embase fixée au canon et se déplace transversalement afin de permettre le réglage individuel du fusil.
- Détaillons à présent la boîte de culasse R (fig. 5) qui, vissée sur le bouton du canon, présente à l’arrière un recouvrement nommé « pont ». On y distingue à l’avant les logements et les rampes des tenons de fermeture. Sur le dessus du pont et près de l’échancrure, on a ménagé une feuillure transversale ou « gâche », qui reçoit le bout inférieur de la lame chargeur pour l’introduction des cartouches. Remarquons que, pour ne pas contrarier l’action du pouce avec lequel le soldat exerce la pression nécessaire sur la cartouche supérieure lors du chargement
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- du magasin (fig. 4), la boite et la monture portent du côté gauche un dégagement très accentué. Sans crainte de se blesser, le tireur agit vigoureusement d’un seul coup et enfonce aisément toutes les cartouches (fig. 3). Sur le côté gauche de la boite de culasse se rencontre également l’arrêtoir qui porte
- Fig. i. — Grains de poudre allemande.
- en môme temps l’éjecteur, Monté à charnière au moyen d’un axe, cet arrêtoir limite le mouvement de la culasse mobile vers l’arrière au moment de l’ouverture ; lorsque l’homme le tire, au contraire, vers la gauche du fusil, il peut extraire complètement la culasse mobile pour la nettoyer au besoin. Quant à l’éjecteur refoulé dans la fente de> l’arrêtoir, il n’en sort qu’à l’instant où la partie antérieure du cylindre, fendue à cet effet dans le voisinage de la cuvette, le fait saillir sur le fond de celle-ci.
- énumérons maintenant les nombreuses pièces de la culasse mobile (fig. 5), c’est-à-dire le cylindre C, le percuteur P avec son 'ressort spiral, le man-chon-M avec le verrou d’assemblage et son ressort, la sûreté, la noix N, l’extracteur E et sa bague A.
- Le cylindre qui se manœuvre à l’aide du levier L, porte à l’avant les deux tenons de fermeture t ; celui de gauche est fendu afin de livrer passage à l’éjecteur et l’on a ajouté à droite un troisième petit tenon dit « de sécurité ». Dans une gorge circulaire vient ensuite se loger la bague de l’extracteur, près de laquelle se trouvent deux évents oblongs destinés à renvoyer les gaz s’échappant du canal du percuteur en cas d’une fuite dangereuse par l’amorce. Le manchon fixé sur le cylindre par son bouton fileté, loge et guide la noix N avec laquelle le percuteur s’assemble, grâce à des cordons interrompus par
- deux méplats parallèles. Il s’ensuit que, pour procéder au remontage, on enfonce simplement la noix sur le percuteur, en orientant son ouverture de manière convenable et un simple quart de tour suffit à les solidariser.
- Dans le magasin, inséré sous la boîte de culasse, on peut introduire cinq cartouches sur deux files imbriquées (fig. 4) ; il comprend une boîte en tôle faisant corps avec le pontet 0, une planche d’élévateur à gradin et un ressort en zigzag assemblé par des griffes avec le couvercle du fond. Grâce au gradin dont il est muni, l’élévateur dispose les deux files verticales de cartouches, deux à gauche et trois à droite ; èn outre, comme le passage de la cartouche dans la boîte de culasse est plus étroit que la projection horizontale des deux culots des cartouches sises au-dessus, la cartouche supérieure s’appuie toujours contre l’un des bords de l’ouverture, soit à droite, soit à gauche, selon qu’elle appartient à l’une ou à l’autre file. Cette cartouche contrebutée maintient toutes les autres en place jusqu’au moment où, poussée par le cylindre, elle s’introduit dans la chambre. Quant à la monture de l’arme, en bois d’une seule pièce, à la bretelle et aux garnitures, elles n’offrent rien de particulier, mais le sabre-baïonnette est plus long que celui du fusil 88 ; sa lame munie d’un pan creux s’élargit du côté du dos, vers l’extrémité. Enfin le dos de la lame est taillé en dents de scie comme le couteau à fascines des pionniers.
- Après cette description, longue peut-être, mais nécessaire pour l’intelligence de la suite, la manœuvre du fusil allemand s’explique aisément. Lorsqu’on tourne le levier de droite à gauche, le cylindre recule contre la rampe du pont de boîte de culasse. En même temps, l’extracteur démarre
- Fig. 2. — Le chargeur.
- l’étui sans tourner, grâce à la bague mobile qui le relie au cylindre. Dans ce mouvement, le bouton fileté du cylindre se dévisse lui-même d’un quart de tour dans le manchon, une rampe hélicoïdale force la noix à reculer et bande le ressort de percussion. Le mécanisme de départ se trouve donc armé. Une fois la rotation achevée, on tire la culasse
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- mobile en arrière; l’extracteur entraîne l’étui vide, qui bute contre l’éjecteur au moment où la culasse arrive à bout de course contre le talon d’arrêtoir.
- Quand on ramène la culasse mobile en avant, la tête du cylindre heurte le culot de la cartouche supérieure et la pousse vers la chambre. L’avant du cran de noix vient alors porter contre le bec de gâchette et demeure en place, pendant qu’on rabat le levier complètement à droite. Le soldat n’a plus qu’à appuyer sur la détente Q pour faire partir le coup. Enfin le mécanisme de sûreté sert à enrayer le percuteur ainsi que le cylindre, de sorte qu’on ne peut plus ouvrir la culasse ni tirer ; il permet aussi de démonter la culasse mobile.
- Examinons maintenant les projectiles que lance le fusil allemand et la valeur de cette arme vis-à-vis de notre Lebel.
- Selon les anciens traités de balistique, la meilleure forme à donner aux balles ou aux obus était une ogive légèrement tronquée à l’avant et d’une hauteur égale au diamètre du projectile. La première balle ogivale à méplat, de 4 millimètres 1886-1895 de notre fusil actuel, remplissait à peu près ces conditions comme la balle allemande 1888 qui différait alors seulement de la nôtre par l’arrondi de sa partie antérieure.
- Mais en 1898, à la suite de nouvelles expériences techniques, nous adoptions la balle D en cuivre bi-ogivale, autrement dit très pointue, à l’avant et légèrement fuyante à l’arrière. Au heu de la précédente en plomb chemisé de maillechort, c’est un projectile plein en alliage de cuivre pesant 12 gr. 8 auquel notre fusil imprime une vi-
- tesse initiale voisine de 700 m. avec une trajectoire beaucoup plus tendue que la balle 1886-1895. Par suite de cette modification de notre armement, l’infanterie allemande se trouvait en état d’infériorité manifeste vis-à-vis de la nôtre. En conséquence, nos voisins d’outre-Rhin adoptèrent, dès 1905, la balle S (initiale du mot Spitzges-choss signifiant « projectile à pointe ») encore en service aujourd’hui.
- La cartouche allemande (fig. 5) possède un étui à gorge en laiton; dans son culot se trouve logés l’amorce, une enclume et deux évents de mise de feu. Son diamètre mesure extérieurement 11 mm 95, et renferme une charge de poudre (fig. 1), de 5 gr. 20 que ne remplit pas l’étui de façon complète. La balle S est formée d’un noyau en plomb mou avec chemise en acier nickelé sur cuivre d’un demi-millimètre d’épaisseur. Longue de 28 mm avec partie cylindrique de 8 mm seulement elle pèse 10 gr., possède une longueur totale de 80 mm 50 et elle est légèrement sertie de 5 mm dans l’étui. Pour un homme debout, sa zone dangereuse (fig. 6) atteint environ 675 m.; pour un soldat à genoux, elle est de 500 m., et elle s’élève encore à 270 m. pour un tireur couché. Elle sort de l’arme avec une vitesse
- de 860 m. à la seconde; jusqu’à 400 m., elle s’enfonce de 80 cm dans du bois de sapin et traverse un mur en briques épais de 22 cm.
- Telles sont les caractéristiques principales du projectile officiel des fusils allemands. Mais nous devrions, pour être complet, ajouter les balles dum-dum et les. balles explosives, employées de fa-
- Fig. 3. — Maniement du chargeur.
- Fig. 4. — Placement des cartouches dans le magasin.
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- çon courante par l’infanterie germanique dans la guerre de 1914. Pour transformer en dum-dum leurs munitions ordinaires, les soldats introduisent l’extrémité de la cartouche dans le canon de leur fusil et en imprimant quelques tractions, ils séparent aisément la balle de la douille. Puis retournant le projectile, ils l’insèrent à nouveau dans celle-ci, mais cette fois, ils cachent la pointe de la balle
- Il se produit alors un petit nuage de fumée, observable de très loin. Quand une de ces balles explosives, interdites du reste par les « chiffons de papier » de Saint-Pétersbourg et de La Haye, frappe un homme, on se rend compte aisément des horribles plaies qu’elle détermine, et dont certains de nos médecins militaires ont conservé les photographies, authentiques documents de la fameuse « Ivultur » germanique !
- Fig. 5. — i. Coupe de la cartouche, — 2. La boîte de culasse pendant le chargement du magasin. — 3. Fusil actuel de l’infanterie allemande (B, embouchoir ; b, grenadière; JT, crosse et plaque de couche; w, baguette; m, couvercle de magasin; G, planche d’élévateur)
- dans la douille et mettent en avant sa base libre qui, ne l’oublions pas, est en. plomb non recouvert comme le reste d’une chemise très dure en acier. Aussi quand cette balle ainsi dum-dumisée rencontre un obstacle, elle s’écrase, se déforme et, en raison de la non-homogénéité d e l’ensemble ainsi que de la différence de densité des deux métaux, produit d’affreuses blessures. Au cours de combats en Artois, on a saisi sur des soldats teutons des centaines de projectiles ainsi modifiés.
- A l’exemple des Autrichiens, les Allemands emploient également les balles creuses destinées à faciliter le réglage du tir. Ces projectiles explosifs, qui produisent des désordres encore plus épouvantables que lés dums-dums, renferment une substance fumigère secrète, à laquelle une amorce percutante met le feu lorsque la balle rencontre le sol.
- Pour en revenir au fusil allemand> grâce à son chargeur et à ses balles S 1905, il possède, en définitive, de légers avantages sur le Lebel, mais nos 75 valent mieux que l’artillerie teutonne : ceci
- compense cela. Il faut d’ailleurs se garder de la superstition du matériel. En 1870, nos chassepots avaient une portée double du fusil Dreyse des Prussiens et • cependant nous n’avons pu triompher malgré l’héroïque résistance de nos troupes ! Aujourd’hui nos ennemis ont beau employer les procédés les plus barbares, nous sommes en voie de les vaincre en dépit de leur formidable préparation méthodique, car la France tout entière s’est levée contre l’envahisseur. Le cœur et les jambes des soldats restent, au xxe siècle comme hier, les facteurs essentiels de la victoire.
- Jacques Boyer.
- 100 200 BOD 400 500 ' 600
- Fig. 6. — 1. Zone dangereuse du fusil i8ç8 allemand avec la balle S iço5. — Zone dangereuse du fusil Lebel avec la balle D.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2155.
- 16 JANVIER 1915.
- L’INFLUENCE DE LA GUERRE SUR LA FAUNE DU PAYS
- ET LES MIGRATIONS DES OISEAUX.
- De tout temps les grandes agglomérations humaines ont eu des effets désastreux sur la faune du pays où elles se produisent. Mais si l’extension des grandes villes et de la culture agricole ne produit ces effets qu’à la longue, les guerres, en faisant
- plus immédiatement tangibles qui frappent les habitants. Ce n’est qu’après la guerre, et peut-être longtemps après, que l’on pourra apprécier ce côté, nullement négligeable, des calamités qu’entraînent la rivalité et la haine d’une nation voisine.
- Fig. i. — Nids de Cigognes sur des cheminées à Strasbourg.
- affluer sur un même point, en plus de la population indigène, des millions d’hommes, agissent à la façon des tempêtes et des cyclones et détruisent en quelques heures la végétation et la population animale d’une contrée. Si les journaux nous renseignent à peu près sur les dévastations qui affectent la population humaine, c’est que celle-ci a des voix pour se plaindre, mais ils ne nous disent rien de celles qui atteignent la faune et qui, le plus souvent, passent inaperçues au milieu des désastres
- Essayons cependant, à l’aide des renseignements épars qui nous arrivent de diverses sources, de nous rendre compte des dévastations qui ont pu atteindre la flore et la faune du Nord-Est de la France, au cours de cette terrible campagne de 1914. On sait les rapports étroits qui existent entre la végétation et la population animale d’un pays; on ne s’étonnera donc pas que nous ne puissions parler de l’une sans dire quelques mots de l’autre.
- Je ne. crois pas que dans aucune des guerres qui
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- 43* Année.
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- L’INFLUENCE DE LA GUERRE SUR LA FAUNE DU PAYS
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- précédemment ont ensanglanté notre pays, le sol ait été autant remué que dans celle-ci. Dans toute la région qui s’étend de Paris à nos frontières du Nord et de l’Est, de profondes tranchées ont été creusées dans les champs cultivés; des tombes innombrables en remplissent les intervalles ; un travail long et pénible sera nécessaire avant que ces plaines de la Champagne, de la Picardie, de l’Artois et de la Flandre puissent être rendues à l’agriculture. Sans doute à l’époque où a commencé la guerre (Août), la récolte du foin et du blé était à peu près terminée ; mais que de dégâts, malgré tout, dans ces champs piétinés par les pieds des hommes et des chevaux, défoncés par les roues de l’artillerie, et déchiquetés par les obus ! Enfin les labours et les semailles d’automne n’ont pu être effectués.
- Les régions forestières n’ont pas moins souffert. Les arbres ont été abattus sans merci pour faire du bois de cuisine ou de chauffage, des tranchées et des poutres pour consolider ces tranchées, ou simplement parce qu’ils gênaient le tir de l’artillerie. Tous ces travaux de destruction ont eu forcément la plus fâcheuse influence sur la faune des Mammifères et des Oiseaux. Ceux qui n’ont pas été tués sur place se sont enfuis au hasard, sans grande chance d’échapper aux dangers de cette fuite.
- La chasse a été interdite en France, en raison de la guerre ; mais nul n’ignore qu’une telle interdiction est lettre morte pour des troupes en campagne, souvent à court de vivres, mais ayant sans cesse à la main un excellent fusil. On a lu dans les journaux la tragique histoire de ce malheureux lièvre, galopant effaré entre deux tranchées ennemies qui le criblent de balles, et finissant parsùccomber sous le tir plus adroit d’un zouave. Le gibier de grande taille, — Sangliers, Cerfs, Daims et Chevreuils, — a dû souvent avoir le même sort.
- Les Oiseaux, — exception faite pour les Perdrix qui vivent à terre, — ont pu échapper plus facilement à ces dévastations comme à la convoitise de tant d’estomacs affamés. Tout d’abord il est à noter qu’au moment où a commencé la guerre (1er Août) la saison des couvées était terminée, même pour les quelques Passereaux qui font deux pontes chaque année, la seconde généralement en Juin. Les abatages d’arbres, dont nous avons parlé ci-dessus, n’ont donc pu détruire que des nids vides.
- Les migrations des Oiseaux qui vont passer l’automne et l’hiver dans les pays chauds, commencent, dans l’Europe Centrale, vers la fin de Juillet, un peu plus tard pour ceux qui nichent dans le Nord. Deux des principales routes que suivent ces voyageurs ailés traversent précisément la Belgique et le Nord-Est de la France, c’est-à-dire la région qui, depuis cinq mois, est le théâtre de la lutte la plus acharnée que l’on ait vue dans les temps modernes.
- En effet, comme le montre notre carte (fig. 2), les Oiseaux qui, venant du Nord de l’Europe, se dirigent vers la Méditerranée, pour passer en Afrique, suivent les côtes et les vallées des grands fleuves.
- Après s’être reposés sur la petite île d’IIeligoland, dans la mer du Nord, une de leurs principales stations, ils longent les côtes delà Hollande, et, pénétrant sur le Continent par les estuaires compliqués et tortueux du Rhin et de la Meuse, suivent les vallées presque parallèles de ces deux fleuves ; puis les deux colonnes se rejoignent dans celle du Rhône, par laquelle ils gagnent les côtes de la Méditerranée. ‘ .
- Parmi les Oiseaux qui suivent cette route, un des plus remarquables par sa taille et par ses mœurs est la Cigogne blanche, et c’est aussi l’un de ceux que l’on a le mieux observés depuis le commencement de la guerre. Très rare dans l’Ouest de la France, où elle s’égare accidentellement, la Cigogne niche au contraire tous les ans en Alsace et en Hollande, pays où la tradition lui assure l’accueil le plus empressé et la protection la plus efficace. Cet Oiseau aime, en effet, à installer son nid sur le toit des maisons, et la superstition du moyen âge voulait que la prospérité du seigneur féodal ou du simple citadin fût attachée au retour périodique du couple de Cigognes qui venait fidèlement se reproduire au printemps sur la tour du château ou sur la cheminée de l’habitation plus modeste du bourgeois, dans les cités voisines des bords du Rhin. Cet.te légende a inspiré des romanciers (*), et plusieurs nobles familles de l’Allemagne occidentale et de la Hollande, portent encore une Cigogne sur leur blason.
- En Alsace, pour attirer les Cigognes, la coutume était —• elle existe peut-être encore, — de placer une vieille roue de voiture sur le sommet de la cheminée la plus élevée. Sur cette plate-forme à claire-voie, les Oiseaux installent leur aire en entrelaçant de menues branches aux rais de la roue, et c’est sur ce lit grossier que la femelle pond ses œufs, généralement au nombre de trois. A l’époque où le signataire de ces lignes étudiait la médecine à Strasbourg, avant la guerre de 1870, on pouvait voir un de ces nids sur la cheminée d’une maison située en face de l’hôpital civil. Lorsque les petits étaient éclos, les parents allaient chaque jour chercher leur nourriture sur les bords de 1T11, de l’Aar et du Petit Rhin, et, vers la chute du jour, on les voyait tournoyer en se jouant autour de la flèche de la Cathédrale.
- Sur les bords du Rhin, les Cigognes, qui passent l’hiver en Afrique, arrivent en Février-Mars et repartent à la fin de Juillet (2). La plupart de celles qui se reproduisent dans cette région ont donc échappé aux dangers du drame qui s’y joue encore actuellement. Mais celles qui nichent dans le Nord de l’Europe et dont la migration, plus tardive, suit les vallées du Rhin et de la Meuse, comme nous l’avons
- 1. Le Nid de Cigogne, par Eue Berthet.
- 2. Cependant, d’après mon ami et prédécesseur Oustalet, les Cigognes qu’il a également observées à Strasbourg ne partiraient définitivement qu’au commencement de septembre. La date peut varier, comme celle de l'arrivée, suivant les conditions météorologiques, plus ou moins favorables de la saison.
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- MECHES ET CORDEAUX COMBUSTIBLES ~rrrr 35
- indiqué, auraient dù, en temps ordinaire, traverser le théâtre de la guerre. Il est certain que le fracas des batailles a dù les troubler et les détourner de leur route habituelle. Dans quelles limites, c’est ce qu’il importerait de savoir.
- Un observateur sagace et qui connaît bien les migrations des Oiseaux, M. Petit aîné, se trouvant le 24 Août, — c’est l’époque de la bataille de Cbar-leroi — à Blanc-Mesnil, en Seine-et-Oise, a vu deux vols, chacun d’une vingtaine de Cigognes, qui passaient à dix minutes d’intervalle, dans la direction de l’Est à l’Ouest. D’un autre côté on nous apprend que, dans le courant du mois de Novembre, une Cigogne est venue s’abattre dans une des rues de la ville d’Orléans. Tous ces Oiseaux s’étaient écartés considérablement de la ligne ordinaire des migrations.
- Un autre observateur très expert en Ornithologie, M. Rollinat, d’Àrgenton (Indre), nous renseigne sur les migrations des Grues, des Alouettes et d’autres Oiseaux voyageurs. Pour lui, le passage s’est fait régulièrement, et sans encombre ; mais il s’agit ici du centre de la France, région déjà éloignée du théâtre des hostilités. Si ces Oiseaux venaient du Nord-Est, comme cela semble vraisemblable, ils avaient déjà eu le temps d’oublier les émotions que l’ouragan des obus et de la mitraille leur avait procurées.
- Qu’ils voyagent de jour ou de nuit, les Oiseaux migrateurs ont besoin de s’arrêter chaque jour quelques heures pour se reposer et chercher leur nourriture. Il est évident qu’ils n’ont pu le faire dans les localités bouleversées par les hostilités. Mais, avertis de fort loin par l’ébranlement de l’air et le bruit des détonations, dont l’effet est comparable à celui des orages, ils ont pu éviter la zone dangereuse : un détour de quelques lieues a suffi pour leur permettre de regagner la route habituelle.
- Les Oiseaux sédentaires et particulièrement ceux qu’on désigne sous le nom d’ « erratiques », c’est-
- à-dire ceux qui, à l’automne, passent de canton en canton à la recherche de leur nourriture, sans changer réellement de pays, ont probablement plus souffert que les véritables migrateurs. Les journaux nous ont appris qu’au plus fort des batailles de l’Yser de grandes bandes d’Etourneaux étaient passées de Belgique en Angleterre. C’est une distance de 53 kilomètres. Par contre, aux environs
- Fig. 2. — Lignes principales de migration des oiseaux en France.
- d’Arras, les champs sont couverts actuellement (Décembre) de milliers de Corbeaux, attirés sans doute par l’appât des cadavres d’hommes et de chevaux.
- Ces réserves faites, si l’on réfléchit que la ligne des hostilités qui nous semble immense, s’étendant du Pas-de-Calais à Belfort, n’est en réalité qu’une mince surface du globe terrestre, on admettra, avec M. Rollinat et d’autres ornithologistes, que la guerre n’a qu’une influence très relative sur les migrations des Oiseaux. L’avenir nous fixera sur le bien fondé de cette opinion. E. Trouessarï.
- MECHES ET CORDEAUX COMBUSTIBLES
- On fait souvent usage, pour provoquer les explosions, de certaines sortes de ficelles ou cordages possédant la propriété de brûler régulièrement avec une vitesse connue, que le cordeau soit exposé à l’air, enterré dans le sol, sec, mouillé.... Pour la destruction des ponts et ouvrages d’art par exemple (Q, on attache aux cartouches de dynamite un morceau de , cordeau combustible, plus ou moins long selon qu’on veut avoir plus ou moins de temps pour s’éloigner, et on allume le bout libre du cordeau : la combustion se propage régulièrement et l’explosion se produit au moment voulu.
- Quel que soit leur nom, « mèche porte-feu », « cordeau Bickford », etc., tous ces artifices sont .1 Yoy. n° 2153, 2 janvier 1915.
- composés d’un combustible associé à suffisamment de comburant pour que le feu se propage même en l’absence d’air.
- Toutefois, certains produits anciens, destinés à brûler dans l’air, ne contiennent pas de comburant. C’est ainsi qu’on peut préparer de façon très simple la mèche à canon, employée par les anciens artificiers, et faite avec une corde à brins peu serrés, qu’on a trempée pendant une dizaine de minutes dans une (solution aqueuse bouillante d’acétate de plomb (50 gr. par litre) ; la mèche à canon 'brûle régulièrement avec une très faible vitesse : 13 cm à l’heure.
- De même la mèche à bi'iquet, brûlant à la vitesse de 40 cm à l’heure est tout simplement une corde en coton imprégnée de chromate de plomb.
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- 36 MÈCHES ET CORDEAUX COMBUSTIBLES
- Fig. i. — Métier à tisser une enveloppe tubulaire (la cordelette arrivant dans le bas s'enroule en haut après avoir été recouverte d’une nappe de fils entre-croisés).
- La mèche soufrée, qui n’est plus guère employée de nos jours, était préparée en plongeant une sorte de ficelle en coton à plusieurs brins peu tordus, d’abord dans une solution aqueuse saturée de salpêtre, puis, après séchage, dans un bain de soufre fondu : la vitesse de propagation atteint 10 cm par minute.
- Avec le cordeau porte-feu très employé avant l’invention de la mèche Bickford, on obtient une marche bien plus rapide de la combustion. On le préparait avec du coton filé; très peu tordu*et assez fin (pesant près de 900 gr. les 1000 mètres) imprégné d’une mixture agglutineuse (solution de 15 gr. de gomme arabique dans 1 litre d’alcool faible), puis saupoudré de « pulvérin » ou poudre à canon réduite en parcelles extrêmement fines, puis enfin séché. Trois des brins préparés de la sorte étaient légèrement tordus, après quoi on enroulait autour du faisceau une bande de tissu léger enduit de cire, puis une double épaisseur de caoutchouc mince, enfin un treillis de fils en coton. Cette dernière enveloppe était tissée sur de petits métiers à bobines tournant autour de la cordelette à entourer, les unes dans un sens, les autres dans l’autre en s’entre-croi-sant (fig. 1).
- Ce mouvement complexe est obtenu d’ingénieuse façon relativement simple, en montant les bobines
- d’où viennent les fils à tisser sur des broches cheminant en d’étroites coulisses bornées par des disques rotatifs d’une part, d’épaisses tôles découpées d’autre part (fig. 2). Les broches saisies par les échancrures des plateaux vont tantôt de gauche à droite, tantôt de droite à gauche, et dès qu’elles ont décrit une demi-circonférence, sont rejetées par la force centrifuge (tout cela tourne à très grande vitesse) vers le plateau voisin. Tandis qu’une moitié des bobines décrit le mouvement, l'autre décrit un mouvement inverse.
- On obtenait de la sorte un cordeau brûlant à raison de 100 m. à la seconde et pouvant séjourner pendant des mois dans l’eau sans altération, mais d’un prix de revient très élevé, dépassant un franc le mètre.
- Le prix de revient, on le néglige souvent lorsqu’il ne s’agit que d’applications militaires. Mais, en pratique industrielle, on lui accorde une importance capitale. Comme les mèches à feu servent surtout dans les mines, on perfectionna leur fabrication de manière à pouvoir les préparer plus économiquement. C’est pour l’usage dans les exploitations minières que fut ainsi conçu le cordeau Bickford, maintenant universellement employé.
- Le cordeau Bickford, imaginé en 1851 par le technicien anglais de ce nom, se compose en principe d’un mince cordon de poudre noire très fine, enfermé dans deux ou trois enveloppes. On en trouve habituellement dans le commerce de trois variétés principalesblanches, convenant pour terrains secs; goudronnées, usitées spécialement dans les terrains humides; imperméabilisées, par un revêtement en gutta, pour être immergées au besoin.
- Fig. 2.— Schéma de la marche des fils dans le métier (tandis que les bobines blanches vont de la gauche vers la droite, les bobines grises cheminent en sens inverse, en croisant les autres aux points de tangence des plateaux rotatifs).
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- LA QUESTION DE L’OR EN ALLEMAGNE . \\z=r-z-z37
- Ces mèches combustibles, très employées surtout dans les mines, sont fabriquées mécaniquement avec de la poudre noire à grains très fins, distribuée avec la plus grande régularité par un entonnoir à raison d’environ 5 gr par mètre sur des fils de jute se déroulant mécaniquement et se repliant de manière à former tube. Ce tube est aussitôt recouvert de une ou deux nappes en fils de coton tissés ou simplement enroulés et agglutinés entre eux par un apprêt ; ces nappes sont parfois finalement revêtues de bandes en calicot, goudronnées ou non.
- On procède finalement dans certains cas à des immersions en bains de paraffine ou de gutta. Ainsi faits, les cordeaux brûlent avec une rapidité d’environ 1 centimètre par seconde.
- Actuellement les cordeaux du type le plus souvent employé pratiquement sont constitués par de la poudre noire, formant un très mince cordon autour duquel tournent deux nappes de fils : une première en mèches de chanvre assez grosse et peu tordue, une seconde tordue dans le sens opposé en fils de coton plus fins (fig. 3). Les fils sont simplement enroulés en hélice sans tissage; la couche de colle,qui cimente l’ensemble, suffisant à donner aux fourreaux assez de consistance, pour qu’on puisse tordre et même plier la mèche sans perdre le moindre gr^in de poudre.
- Ce mode de placer des fils permet la fabrication mécanique à très grande vitesse.
- Dans les cordeaux détonants, la combustion se propage avec une très grande rapidité pouvant atteindre plus de 5000 m, par seconde : c’est dire qu’on doit les employer de façon spéciale. Ils permettent d’ac tionner les charges à distance à l’aide d’un détonateur inséré en dehors de la charge, ce qui évite tout danger d’accident lors du bourrage. Le bout libre du cordeau détonant étant entaillé, on place là un détonateur (sorte d’amorce) relié lui-même à un cordeau Bickford, par exemple. Les cordeaux détonants du genre de ceux en usage dans notre armée sont formés par un tube d’étain très petit (6 mm de diamètre extérieur, 4 mm de diamètre intérieur), très simple, facile à tordre, et assez solide (il supporte une dizaine de kilogrammes). L’intérieur contient soit de la mélinite, soit du nitrotoluol, de la nitromono méthylaniline, etc.
- On voit que nos soldats du génie et de la cavalerie (qui est chargée de faire sauter les ouvrages dans le territoire occupé par l’ennemi, en des raids audacieux) disposent de nombreux moyens pour provoquer sans danger l’explosion de leurs cartouches explosibles. Aussi emploie-t-on seulement en campagne les seuls mèches et cordeaux combustibles, à l’exclusion presque complète des systèmes à conducteurs électriques, lesquels exigent un matériel spécial et n’offrent pas la même possibilité de variété d’action que les conducteurs chimiques de l’inflammation. A. Chaplet.
- Fig. 3. — Fragment de cordeau Bickford (les enveloppes sont détordues à l’une des extrémités).
- LA QUESTION DE L’OR EN ALLEMAGNE
- Les Allemands ont récemment annoncé avec une certaine fierté que l’encaisse or de la Reichsbank s’était accrue depuis le début de la guerre, passant de 1253 millions de marks à 1991. Comment expliquer ce résultat, alors que la baisse du mark atteint déjà plus de 9 pour 100? Il faut remarquer que les Allemands ont prohibé toute sortie d’or et, au contraire, absorbé tout l’or qui pouvait être tenté de pénétrer dans leur pays en obligeant les voyageurs à changer leur numéraire contre du papier-monnaie. Ils ont surtout fait une propagande active pour faire sortir des cachettes les réserves en or des paysans, jouant, comme ils s’y entendent, de l’influence que peuvent exercer sur des paysans le fonctionnaire, le prêtre et l’instituteur. Sermons et discours n’ont pas été épargnés. Les soldats ont été invités aimablement à faire entre eux des collectes pour fournir au Gouvernement l’or qu’ils possédaient sur eux. Des articles de journaux leur ont démontré combien il était imprudent de garder dans leur ceinture une forte
- somme en numéraire qui, en cas d’accident, pouvait leur être soustraite et combien préférable, en même temps que plus patriotique, l’usage du chèque. On a publié les noms des villages qui s’étaient signalés par leur générosité envers le Trésor public. En même temps, on engageait les femmes à remettre pour la fonte leurs bijoux et même leurs alliances, si faciles à échanger contre des anneaux de fer. Malgré toutes ces précautions, l’Allemagne est obligée d’exporter de l’or chez les voisins neutres comme le Danemark, la Hollande ou la Suisse pour maintenir approximativement le cours du change. Il en faut aussi pour les achats aux Etats-Unis, etc.. La gêne qui en résulte n’aura peut-être pas une influence aussi considérable et aussi rapide qu’on l’a parfois soutenu sur la marche des hostilités; car un grand pays trouve toujours des ressources chez l’usurier, comme un fils de famille aux abois. Il était pourtant intéressant de la signaler.
- L. D. L.
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- LE SINAÏ, PAYS DE MINES ET PASSAGE D’ARMÉES'11
- Parmi les attaques plus ou moins folles que la Turquie germanisée pourrait tenter contre les alliés, la seule peut-être où elle ait le moyen de viser un point faible, sinon vulnérable, avec l’espoir de nous causer quelques, ennuis passagers est celle qui,
- de la Syrie, viendrait occuper le canal de Suez et couper les communications de l’Angleterre avec l’Extrême-Orient, tout en cherchant à soulever l’Egypte musulmane. Il est vrai qu’une incursion vers le Canal de Suez aura pour premier résultat de froisser les intérêts coloniaux italiens, comme l’ont déjà fait les essais de soulèvement musulman en
- Tripolitaine. Mais, dans l’ordre d’idées diplomatique, nos adversaires n’en sont plus à une maladresse près. Dès le jour où la Turquie est entrée en lutte, la presse allemande a annoncé à grand fracas cette expédition! contre l’Égypte, pour laquelle le Khédive Àbbas-Hilmi, passé à la Turquie, doit apporter son concours et que doivent diriger en personne le Ministre de la Marine Djemel-Pacha avec le trop fameux Enver-Pacha. On a parlé de 70 à 100000 hommes (bien problématiques) rassemblés le long de la voie ferrée entre Damas et Maan. Quelques actes d’hostilité ont déjà eu lieu. Il peut donc y avoir intérêt à parcourir le pays où cette action risque de se dérouler.
- Entre l’Afrique et l’Asie, entre l’Égypte et la Palestine, il n’existe qu’une étroite soudure. C’est, dans le prolongement de la mer bouge, cet espace triangulaire ayant sa base Nord sur la Méditerranée et limité au Sud par les deux fourches de la mer Rouge, les golfes de Suez et d’Akaba, entre lesquels se trouve la presqu’île du Sinaï. Ce pays est un désert et bien des fois pourtant déjà des armées l’ont traversé, depuis Moïse jusqu’à Bonaparte. Une armée moderne peut donc, elle aussi, le franchir. Mais dans quelles conditions difficiles : on va s’en rendre compte.
- Toute la presqu’île du Sinaï, que l’on appelle aussi l’Arabie Pétrée [du nom de la ville Petra (*)], est entièrement dépourvue de végétation et de sources, parcourue seulement par des ouadis, ou lits de rivière desséchés, qui ne renferment de l’eau qu’à la suite des orages violents, fréquents dans cette contrée (fig. 2 et 5). N’imaginons pas une plaine. Le sol est très accidenté et présente dans le Sud de véritables montagnes dépassant 2600 m. Sa constitution géologique, que j’ai représentée par un croquis sommaire, peut en faire prévoir les aspects. Au Sud, de grands massifs granitiques, auxquels s’adosse une traînée Est-Ouest de carbonifère, forment les montagnes du Djebel Mousa, du Djebel Ivatherin, du Djebel Serbal, au milieu desquelles est le couvent du Sinaï (fig. 4 et 5). Leurs formes arrondies, leurs couleurs roses, rouges,
- 1. Les illustrations pittoresques qui ornent cet article sont dues à une obligeante communication de M. Georges Devin.
- 2. Voy. La Nature, n° 1784, 3 août 1907.
- DAMAS
- 3 Granit
- Carbonifère
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- Fig., i. — Carte de la région du Sinaï. — Routes d'armées et principales formations géologiques.
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- LE SINAÏ, PAYS DE MINES ET PASSAGE D’AR/vlÉES
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- avec des ombres violettes, sont celles des mamelons granitiques en tous pays. Contre cette masse ancienne se hérissent farouchement les grès dits du Sinaï (ou de Nubie) que l’on rattache au crétacé : couches déchiquetées aux teintes rousses et oranges. Un peu de trias et de jurassique s’y associe à l’Est d’Is-maïlia. Puis le tertiaire et le quaternaire occupent, sur de vastes espaces plats, toute la région Nord vers la côte. Enfin l’on ne saurait parler de la géologie du Sinaï sans mentionner cette si curieuse fracture d’effondrement, l’une des mieux marquées de l’écorce terrestre, qui suit, avec une direction Nord-Sud, le
- ou la contrée des grottes (Bibit) : nom qui, simplement traduit en arabe, a fait Oued-Magharah. Le souvenir de leurs luttes avec les habitants indigènes est resté gravé dans les inscriptions commémoratives, et l’on voit encore les ruines d’un château escarpé, où les mineurs devaient se retrancher dès que les guetteurs, dispersés sur les cimes voisines, avaient signalé l’approche de l’ennemi. Il y a là plus de 200 maisons. Une digue, barrant la vallée, retient les eaux. Les galeries de cette époque primitive paraissent avoir été creusées dans le grès friable, avec des outils de pierre ou de cuivre arsenical.
- Elles sont basses, souvent fort étroites comme dans la plupart des mines , antiques. Outre la population permanente, les Pharaons envoyaient parfois, dans ce pays, une expédition de 2 ou 3000 hommes, conduits par des officiers, qui venaient, pendant un ou deux mois, extraire une quantité de minerai et parfois amenaient, en même temps, en Jigypte, de beaux blocs de diorite, serpentine ou granit, destinés à faire des sarcophages
- Fig. 2. — Ouady-Fâran.
- Une halle.
- golfe d’Akaba, Petra l’inaccessible, l’Oued-el-Djeib, la mer Morte, le lac de Tibériade et la vallée du Jourdain.'
- Le Sinaï est intéressant pour trois raisons : comme ancien pays de moines cénobites, comme antique région minière et comme passage d’armées entre la Syrie et l’Égypte. Nous ne voulons pas aujourd’hui décrire ses couvents qui attirent chaque année de nombreux visiteurs. Remarquons seulement que les moines y sont grecs et beaucoup des pèlerins russes (fig. 5). Quant à la richesse minière du Sinaï, elle est connue depuis au moins 5 à 6000 ans. Des veines cuprifères, dont la valeur tient moins au cuivre qu’au développement des turquoises connexes, remplissent de nombreuses fissures du grès nubien au voisinage du granit (Q, notamment à Maghara et à Serabit-el-Khadim (fig. 6).
- Dès l’aube des temps historiques, les Manitou, qui vivaient dans ces pays arides, avaient découvert le Makfait, ou pays des turquoises. Attirés par ces richesses, les Égyptiens accoururent bientôt et le pays devint, pour eux, la mine par excellence (Bait)
- 1. Voir L. De Launay. Les richesses minérales de l’Afrique,
- p. 284.
- Fig. 3. — Puits dans le Ouady-Beda.
- ou des statues. La dernière inscription du Sinaï est, pour l’ancien Empire, celle de l’an II de Papi II. Ultérieurement, les mines restèrent à végéter; les derniers Memphites, les Héracléopolitains, les premiers Thébains les négligèrent par force et l’avènement de la 12e dynastie leur rendit seul quelque animation. De nouveaux gisements furent découverts au temps d’Amenemhait II et, pendant longtemps, des expéditions s’y répétèrent, tous les trois ou quatre ans, parfois même d’année en année. Les exploitations demeurèrent actives jusqu’au début de la 13e dynastie. Après un long abandon, elles ont été reprises il y a quelques années: assez, croyons-nous, pour y manger quelque argent et, ce qui est plus grave; pour en déshonorer le précieux aspect antique.
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- LE SJNA1, PAYS DE MINES ET PASSAGE D’ARMEES
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- Ces travaux miniers nous ont déjà amené à dire un mot des expéditions militaires envoyées par les Égyptiens dans cette terre aride du Sinaï, qui constituait pour eux une sorte de marche extrême, à la limite d’autres peuples. Bien d’autres combats eurent lieu depuis, aux époques les plus diverses, dans ce pays désert. Sa pauvreté extrême semblait pourtant devoir le mettre à l’abri des cupidités humaines ; mais le Sinaï formait une zone frontière par laquelle on était forcé de passer entre de riches contrées appartenant à des civilisations différentes et souvent hostiles.
- Nous avons figuré sur notre carte les principales pistes de chameliers qui traversent la presqu’île. La
- même réuni 76000 hommes avec 1000 bédouins et 50 chameaux et construit un chemin de fer jusqu’à l’oasis de Kalaat-en-Nekhl : information qui dépasse évidemment toutes les bornes de la fantaisie. Plus à l’Ouest, enfin, un troisième itinéraire est celui que suivent les touristes désireux d’aller visiter dans le Sud les couvents et les mines de turquoises pour se rendre ensuite en Palestine. Comme il tourne le dos à la route directe de Syrie et évite les défenses que dut présenter très anciennement cette route côtière, ce fut à peu près le chemin suivi par les Hébreux pendant l’Exode. On admet qu’ils se rassemblèrent de divers points de l’Égypte, entre Tel-el-Kébir et le lac
- Fig. 4. — De Serabit à VOuady Sidri (en vue du Djebel-Serbal).
- plus simple et la plus directe est celle qui longe la côte par Gatia, El-Arisch et Ghasa. C’est la route qu’a suivie Bonaparte. Le premier jour, il fit halte à Gatia, puis mit trois jours et dèmi jusqu’à El-Arisch et encore trois jours jusqu’à Ghasa, d’où il gagna Jaffa. Dans ce pays où rien ne change, on peut admettre que les durées de route sont restées à peu près les mêmes. Une seconde voie, qùe suivaient autrefois les' pèlerins égyptiens se rendant à la Mecque, passe beaucoup plus au Sud et coupe le désert en ligne droite sur 240 km. par Kalaat-en-Nekhl (ou en Naehl, ou el Nakhel) entre les deux extrémités des golfes de Suez et d’Akaba. D’après des nouvelles allemandes d’une véracité fort suspecte, ce serait pourtant cette route centrale partant d’Akaba que les Turcs voudraient suivre. Ils auraient
- Timsah, puis suivirent la dépression du canal de Suez le long des lacs amers jusqu’aux environs de Suez, où eut lieu le passage de la mer Rouge, et gagnèrent de là la montagne du Sinaï (Djebel-Mousa).
- Si une armée turque moderne veut envahir l’Égypte, elle a encore le choix entre ces trois routes, qui toutes trois nécessitent le recrutement d’une véritable armée de méharistes. Dès l’ouverture des hostilités, les Anglais ont occupé le fortin d’Akaba sur la frontière turque, qui commande les deux dernières. On a annoncé à diverses reprises que des bédouins armés avaient été vus sur la route côtière qui est exposée sur une grande longueur au feu de l’escadre anglo-française et qu’ils avaient établi un camp à El-Katie (Gatia). Le 5 décembre, il y a eu même
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- un petit engagement au voisinage d’El-Katie, où 150 I en faudrait une pour vaincre les troupes anglo-égyp-cavaliers ottomans furent attaqués et mis en fuite. | tiennes, fortement renforcées dans ces derniers
- Fig. 5. — Couvent célèbre de Sainte-Catherine dans la région du Djebel-Katherin.
- Fig. 6. — Ruines de Serabit-el-Khadim.
- Sans faire beaucoup de stratégie, on peut dire que | temps par des troupes australiennes et néo-zélan-la mise en marche d’une véritable armée comme il | daises, pour enfoncer leurs tranchées et pour fran-
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- chir la ligne de défense du canal de Suez complétée par des inondations (1), demanderait un effort d’organisation, dont les Turcs semblent incapables, étant donné qu’ils auraient comme seule voie de ravitaillement la ligne de chemin de fer de Damas à Maan et à la Mecque et qu’à partir de cette ligne il faut
- traverser au moins 300 kilomètres de désert. S’ils s’attaquent aux Anglais en Egypte, ils ne feront qu’ajouter un désastre à celui que les Russes viennent de leur infliger au Caucase, à Ardahan et à Sarykamisch.
- L. De Launay.
- LE REPORTAGE PHOTOGRAPHIQUE
- La part chaque jour plus large, faite à l’information photographique, a créé un nouveau mode de reportage. Dans l’activité fébrile de l’existence moderne, rares sont ceux qui ont encore le loisir de consacrer de longues séances à la lecture, et la presse tend visiblement à substituer de plus en plus des photogravures aux textes descriptifs. Les principaux périodiques, quotidiens, hebdomadaires ou mensuels, ont leurs opérateurs attitrés; des agences se sont fondées pour organiser le reportage photographique international, et ces rouages si caractéristiques du journalisme contemporain ont des ramifications dans toutes les grandes villes.
- Cette application de la photographie met en œuvre toutes les ressources des procédés les plus perfectionnés. Qu’il s’agisse de suivre les péripéties de la guerre ou les débats d’un procès retentissant, la chasse au document graphique exige non seulement de sérieuses connaissances techniques, mais aussi du sang-froid et de la hardiesse, du flair et de l’à-pro-pos. Le document que nous publions n’est-il pas hautement significatif des dangers auxquels s’exposent professionnellement les modernes reporters ? On se rappelle ces ardents photographes qui, dans les récentes guerres, se glissaient entre les partis, exposés à la fois aux coups des deux adversaires pour prendre l’instantané sensationnel. Si les états-majors alliés, dans la guerre actuelle, ont systématiquement réduit leuArôle et interdit les rangs des combattants à leur soif de « voir », le photographe, qui se servait de l’appareil que nous reproduisons, ne devait cependant pas être bien éloigné du champ de bataille ! Nous voudrions aujourd’hui donner quelques indications techniques, qui serviront à la fois aux professionnels et aux amateurs
- Les appareils de petit format (4 1/2x6 ou 61/2 X9) sont d’une précieuse ressource. Non pas seulement parce qu’il est facile de les dissimuler, mais encore parce qu’ils permettent d’obtenir des clichés utilisables, même dans des conditions d’éclairage très défectueuses. En effet, il n’est pas exact d’affirmer que deux objectifs de foyers différents ont la même luminosité, lorsqu’ils fonctionnent à la même ouverture relative, F : 4, par exemple. Il faut bien tenir compte de la lumière perdue par absorption à travers les lentilles, et, de deux objectifs semblables, le plus petit absorbe moins de lumière, parce que
- 1. Le 5 décembre, les Anglais ont inondé, à l’Est du canal de Suez, toute la région allant d’El-Kantara à la mer qui est une ancienne partie asséchée du lac Menzalé.
- ses verres sont moins épais. Et ce n’est pas tout: a profondeur de champ est d’autant plus restreinte que •l’ouverture de l’objectif est plus grande et, si le sujet à reproduire comprend plusieurs plans assez rapprochés, il peut devenir impossible d’en avoir une reproduction assez nette sans diaphragmer ; mais la distance hyperfocale, à partir de laquelle tous les plans, jusqu’à l’infini, ont leurs images nettes au même plan, est d’autant plus courte que l’objectif a un foyer plus court. L’avantage est donc, dans ce cas aussi, au plus petit appareil.
- Les obturateurs à grand rendement, notamment le focal-plane, favorisent encore la reproduction des sujets peu éclairés. Cependant, le matériel le plus parfait ne suppléerait pas entièrement, dans bien des cas, à l’insuffisance de l’éclairage, si l’opérateur négligeait d’employer les préparations les plus sensibles.
- Les émulsions les plus rapides peuvent être hyper-sensibilise'es, suivant des méthodes analogues à celles que M. Simmen a appliquées aux autochromes pour en augmenter quatre ou cinq fois la sensibilité (1). Déjà, en 1908, M. Bottomley réussissait à prendre des photographies au théâtre, sans recourir à l’emploi du magnésium. Il se servait à cet effet de plaques Lumière sigma hypersensibilisées dans une solution d’orthochrome (2). Depuis cette époque, des plaques plus sensibles que les précédentes ont été mises dans le commerce, entre autres les plaques Lumière marque Violette, deux fois plus rapides que les Sigma, les plaques Extrême, de Wellington et Ward, les Marions record plates, etc.
- On a eu l’occasion, tout dernièrement, de vérifier que les procédés actuels permettent de réussir des instantanés, même par des temps très sombres, dans une salle d’audience où l’emploi du magnésium était sévèrement prohibé.
- Le développement exige-t-il quelque tour de main particulier ? Le plus souvent, non : un révélateur énergique, tel que le métol-hydroquinone, en solution de concentration moyenne, est généralement suffisant. On ne peut guère songer à appliquer ici le développement lent, malgré tous les avantages qu’il procure en cas de sous-exposition, car le reportage photographique ne souffre aucune perte de temps. Il faùt à tout prix ne pas se laisser devancer par un confrère, et la plupart des documents recueillis tirent toute leur valeur de leur actualité : le lendemain, ils ne vaudraient plus rien. Cependant, quand on n’est pas
- 1. Voy. La Nature, 1910. II, Supplément, p. 195.
- 2. Voy. La Nature, 1908. I, Supplément, p. 206..
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- trop pressé, on peut utiliser le paramidophénol en bain dilué, que l’on renouvelle toutes les 5 minutes, de façon à empêcher l’action retardatrice qu’exerce le bromure libéré de l’émulsion.
- M. L. Le Bœuffle a révélé (sans jeu de mots) une méthode de développement à chaud qui, entre les mains expertes des reporters photographes de nos grands quotidiens, donne des résultats sûrs. On fait
- dissoudre, dans l’ordre indiqué :
- Eau chaude.................. 900 c. c.
- Métol....................... 10 gr.
- Sulfite de soude anhydre. . . 50 gr.
- Carbonate de soude anhydre . 50 gr.
- Bromure de potassium. . . . 0 gr. 5
- Cette solution se conserve bien en flacons pleins, soigneusement bouchés et tenus dans l’obscurité. Au
- ainsi obtenu sera souvent trop faible, mais bien détaillé, et un léger renforcement lui donnera l’intensité voulue.
- L’emploi des appareils de petit format entraîne nécessairement l’agrandissement du cliché. Cette opération est très simplifiée par les cônes agrandisseurs, et il n’est pas plus difficile de tirer d’un cliché 4 1/2x6 une épreuve au bromure 13 X 18 ou 18 X 24 que d’exécuter un tirage par contact au châssis-presse.
- Malgré toute son habileté et malgré la perfection de son outillage, l’opérateur n’obtiendra pas toujours des images suffisamment nettes et détaillées. Le plus souvent il faut retoucher l’épreuve, et il n’est pas rare que le document se réduise à de vagues silhouettes ; néanmoins, si imparfaite quelle
- L'appareil d'un reporter après la bataille.
- moment de l’emploi, on verse, dans une cuvette en faïence 13x18, de l’eau tiède, à 30° environ. Le révélateur est mis dans une cuvette 9x12, que l’on place dans la première. On attend une minute, puis on met la plaque dans le révélateur, sans la faire passer dans aucun bain de durcissement, et on agite vivement. L’image apparaît très vite, au bout de_30 secondes, avec tous les détails, puis la plaque noircit rapidement. Sans se préoccuper de cet aspect, on surveille le développement du côté verre : dès que les parties principales sont bien visibles, on retire la plaque.
- Pour éviter les décollements et les ampoules qui se produiraient fatalement, si l’on passait la plaque d’un bain tiède à un bain froid, on la laisse refroidir pendant une minute, en la posant, gélatine en dessus, dans une cuvette vide que l’on recouvre d’un carton pour la préserver de la lumière. On rince ensuite et l’on fixe comme d’habitude. Le négatif
- soit, cette ébauche ne sera pas inutile et le dessinateur saura la compléter comme il convient. Certains journaux ne se font point scrupule de « truquer » une vue prise longtemps auparavant, en lui donnant un caractère d’actualité qui en fait une illustration sensationnelle : lors du tremblement de terre de San-Francisco, une feuille américaine publia un cliché qui fit fureur, bien qu’il eût été pris un an avant la catastrophe ; quelques coups de pinceau avaient dégradé les monuments, en avaient fait des ruines et les avaient entourés de flammes et de fumées sinistres. Les retouches avaient été si habilement exécutées que tout le monde é’y serait laissé prendre, si l’imprimeur, dans sa précipitation, n’avait omis de faire disparaître la date du dépôt qui figurait sur le cliché original.
- De telles pratiques sont, heureusement, exceptionnelles ; d’autant plus qu’elles prennent trop de temps, lorsqu’on y apporte tout le soin nécessaire
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- pour que l’illusion soit complète. C’est surtout difficile aux journaux quotidiens, où tout est combiné pour éviter le moindre retard. Souvent, on supprime le fixage du cliché, même quand l’épreuve doit être tirée par contact. Dans ce cas, pendant le développement du négatif, on fait détendre dans l’eau une feuille de papier au gélatino-bromure. Le cliché développé est passé dans une eau légèrement acidulée, qui arrête net l’action du révélateur, puis sommairement rincé et plongé dans la cuvette où baigne le papier. Les deux couches de gélatine sont mises en contact sous l’eau, afin d’éviter l’interposition des bulles d’air ; on sort le tout de la cuvette, on éponge, on impressionne à la lampe en quelques secondes, on développe le positif (une demi-minute suffit), on le laisse un instant dans l’hyposulfite, on lave superficiellement et l’on passe cà l’atelier de photogravure.
- L’épreuve, au besoin retouchée, calibrée, agrémentée d’une légende ou d’un encadrement, est reproduite aux dimensions requises par un appareil à trame (*). La nuit n’arrête pas les photograveurs : à défaut du soleil, ils ont l’arc électrique. Le cliché tramé est développé, fixé, lavé et séché en moins d’une demi-heure et mis en contact avec une plaque de zinc sensibilisée à la colle forte bichromatée.
- On expose sous une lampe à arc, la simili est gravée à l’acide, et la planche est mise d’épaisseur avec le texte qu’elle doit illustrer.
- On pourrait dès lors passer à l’impression ; mais il ne faudrait pas songer à de très gros tirages, que réalisent seules les presses rotatives, dans le court intervalle dont dispose l’imprimeur pour faire paraître son journal. On procède donc au clichage. La composition, texte et illustration, est appliquée contre une sorte de carton-pâte plastique, qui en prend l’empreinte. Cette matrice, où chaque relief est reproduit en creux, est ensuite incurvée en forme de demi-cylindre, dont le moulage occupe la concavité. On y coule un alliage métallique, qui reproduit fidèlement les reliefs primitifs sur une surface cylindrique permettant de l’employer sur presse rotative. On prend d’ailleurs plusieurs empreintes, si les nécessités du tirage comportent l’utilisation simultanée de plusieurs presses.
- Tout cela semble long et compliqué. En fait, une bonne organisation, la division rationnelle du travail réalisent des prodiges de célérité. Il arrive parfois qu’une demi-journée à peine s’écoule, entre l’instant où le reporter a pressé la détente de son obturateur et l’heure où le journal est mis en vente. Ernest Coustet.
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- Séances du 14 au 28 décembre 1914.
- 14 décembre {suite).
- Sur le tétanosv*— Le tétanos a fait de nombreuses victimes parmi nos blessés. M. Bazy insiste sur l’efficacité du sérum antitétanique. Il a relevé une statistique portant sur 10 896 blessés du Camp retranché de Paris, qui ont comporté429 cas de tétanos (soit 1,184 pourlOO), dont 90 cas mortels (70 pour 100 des malades). Le tétanos a pu quelquefois apparaître très tardivement, jusqu’à 20 et 27 jours après la blessure. Dans ces cas surtout, une injection préventive aurait été efficace. Le plus souvent, le tétanos s’est déclaré entre 6 et 8 jours après la blessure. L’action préventive du sérum est démontrée par ce fait que dans les formations sanitaires, où on opère systématiquement des injections préventives, la morbidité est tombée à 0,148 pour 100 et à 1,279 pour 100 là où cette injection est seulement appliquée aux malades suspects. Sur un même lot de 200 blessés, 100 ont reçu une injection préventive; un seul a été pris du tétanos dès le lendemain de l’injection, en sorte que l’injection n’a été en réalité préventive pour lui que de nom. Sur les 100 autres présentant des plaies à peu près semblables et n’ayant pas reçu d’injection, il y a eu 18 cas. Il y a lieu de remarquer que, si les plaies par éclats d’obus et shrapnells sont particulièrement susceptibles d’apporter le tétanos, il ne faut pas considérer les bléssures par balles comme nécessairement indemnes. En résumé, M. Bazy conclut à la nécessité de faire des injections à tous les blessés dans les formations sanitaires de l’avant, ou, tout au moins, dans les trains
- 1. Yoy. n° 2127, du 28 février 1914, p. 227.
- sanitaires. On peut, par contre, économiser le sérum sur chaque malade. Un centimètre cube est suffisant pour l’homme, ou au plus 2, tandis qu’on en injecte 10. Il serait donc facile, avec la même quantité de sérum, de faire cinq fois plus d’injections.
- 21 décembre.
- Séance publique annuelle. — M. Appell, président, fait l’éloge des membres disparus : MM. van Tieghem, Eduard Suess, Considère, David Gill, Jean Perez, Rosen-busch (ces derniers correspondants étrangers). Il termine la première partie de son discours par ces mots : « Nous renouvelons aujourd’hui, d’une façon solennelle, l’expression de notre fraternelle amitié et de notre profonde admiration pour le peuple belge, en y joignant notre protestation indignée contre la destruction des trésors de l’Art et de la Science, les attentats à la liberté, à la vie et aux biens des non-combattants, commis systématiquement pour punir de nobles nations de n’avoir pas hésité entre les lois de l’honneur, le respect des traités, l’amour de l’indépendance et les basses suggestions de l’intérêt matériel ou de la peur. »
- 28 décembre.
- Corrections à apporter aux poids atomiques. — MM. Guye et Gennann ont observé que la présence de gaz inclus dans l’argent faussait la détermination du poids atomique de ce métal, qui devrait être ramené à 107,870. Tous les rapports atomiques directs avec l’argent doivent être corrigés en conséquence dans une proportion qui influe souvent sur la seconde décimale.
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- LE RÉGIME LÉGAL DES MINES AU MAROC
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- Le cas du phosphore est particulièrement intéressant. Le nombre 31,128 doit être remplacé par 31,01.
- Les coulées diabasiques de l’Afrique occidentale française. — D’après M. Henry Hubert, ces diabases forment des coulées de dimensions exceptionnelles. Leurs éruptions ont dû se prolonger pendant une période très étendue jusqu’à l’époque dévonienne. Extrêmement développées, elles s’intercalent au milieu de toutes les autres formations de la région, sur lesquelles elles ont souvent exercé un métamorphisme de contact.
- Les derniers tremblements de terre de Thèbes. — M. D. Eginitis étudie le tremblement de terre du 17 octobre 1914, qui a ébranlé presque toute la Grèce et ruiné la ville de Thèbes. En 1855, 1893 et 1894, la même région avait déjà été dévastée par des séismes qui présentent une durée remarquable.
- Les grottes du Mammouth en Kentucky. — M. Martel, qui a pu faire une exploration méthodique de ces grottes si fameuses, montre d’abord que les courants d’eau souterrains auxquels elles sont dues se sont abaissés à peu près de 60 m., en même temps que leur débit se réduisait considérablement. Mammouth cave a évolué selon trois niveaux principaux sur une épaisseur moyenne de 90 à 100 m., il est probable que ce travail des eaux a commencé à l’époque pliocène sur des goules d’absorption localisés dans les grès, avec corrosion ultérieure dans les calcaires situés en dessous. On arrive ainsi à cette conclusion fort intéressante que la formation des cavernes est, ici comme en Europe, un phénomène beaucoup plus ancien et plus continu qu’on ne le croyait naguère : phénomène affecté . d’une déchéance progressive entièrement solidaire de la réduction incontestable des pluies depuis l’époque pliocène, puisque les étages inférieurs sont beaucoup plus petits que les supérieurs.
- LE RÉGIME LÉGAL DES MINES AU MAROC
- ET LES REVENDICATIONS DES FRÈRES MANNESSMANN
- Peu après l’établissement de notre Protectorat sur notre zone marocaine, un Dahir chérifien du 19 janvier 1914 a promulgué la loi fixant le régime des mines, établissant comment les particuliers ou les sociétés privées pourraient procéder à la recherche, à l’exploitation et à l’appropriation des mines. Comme aujourd’hui dans tous les pays neufs, cette loi est fondée sur le principe de l’appropriation des gîtes, de leur transformation en propriété privée par l’invention, c’est-à-dire, pratiquement, par la prise de possession ou la première occupation, sous réserve de l’adjudication en faveur de l’Etat, pour certains gîtes sédimentaires tels que les phosphates, les nitrates, les sels gemmes.
- Si les principes de cette loi, son économie générale, sont bons, combien elle est boiteuse dans nombre de ses prescriptions, s’adaptant assez mal à l’organisation de notre Protectorat! On devine qu’elle avait été plutôt préparée pour l’organisation plus rudimentaire du Maroc, qui devait résulter de l’acte d’Aigésiras de 1906. Nous avons dû, en effet, tenir compte des stipulations insérées dans le traité passé avec l’Allemagne, pour ne pas dire imposé par elle, le 4 novembre 1911, à une époque où nous avions le désir louable, mais peut-être exagéré, de maintenir la paix à tout prix, et l’appréhension, non moins exagérée — les événements actuels le montrent — d’affronter la guerre avec cette puissance.
- Reviser cette loi minière dès que nous aurons repris, après la conclusion de la Paix, notre entière liberté au Maroc ; l’adapter un peu mieux à l’organisation actuelle ou plutôt même future de ce Protectorat, car cette organisation est encore perfectible, devra être une des préoccupations de ceux chargés de nos intérêts à Paris et à Rabat.
- Ce n’est pas tout; volontiers même, dirais-je, il y a plus. La loi minière du 19 janvier 1914 ne doit régler que l'avenir. Il y avait tout un passé à liquider, passé ayant engendré de multiples revendications, que des particuliers ou sociétés formulaient sur les mines du Maroc, par suite de faits d’exploitation antérieure, de possession plus ou moins de bonne foi, voire même pour quelques-uns, de prétendus droits. Dans tous les pays, sauf peut-être ceux pour lesquels les contrats ne sont
- que « chiffons de papier », on n’a jamais promulgué une nouvelle loi de mine sans tenir compte attentivement des droits qui ont pu être acquis antérieurement, ne fût-ce que par une possession de bonne foi. Et, en réalité, la loi qui règle l’avenir comme celle du Dahir chérifien précité du 19 janvier 1914 ne peut jouer, produire pratiquement ses effets, que lorsque tout ce passé sera liquidé. Cette liquidation a fait l’objet d’un autre Dahir chérifien à la même date du 19 janvier 1914, et c’est encore un acte qui nous a été en quelque sorte imposé par l’Allemagne à raison des revendications des trop célèbres et trop encombrants frères Mannessmann.
- Ceux-ci, en effet, prétendaient qu’en vertu d’une loi sur les mines, qu’ils disaient avoir été édictée le 6 octobre 1908 par le Sultan Mouley-ïïafid, ils avaient acquis, en pleine propriété, un millier de mines environ, situées dans tout le Maroc, pouvant avoir chacune 10 kilomètres de diamètre ou 7854 hectares, soit quelque 8 millions d’hectares pour eux seuls dans le Maroc ! Et cependant M. von Schoen, alors ministre des Affaires étrangères, avait, du haut de la tribune du Reichstag de Berlin, déclaré, en 1910, cette loi inconnue du gouvernement allemand, inexistante, n’ayant pu par suite créer par elle-même aucun droit en faveur des Mannessmann. C’eût été bien le cas de dire que cette prétendue loi n’était qu’un « chiffon de papier » qui, par lui-même, ne pouvait produire aucun effet et qu’il n’y avait qu’à l’écarter du débat. Mais, si les frères Mannessmann n’avaient pas de droits acquis, au sens juridique de ce mot, comme ils le prétendaient, l’Allemagne entendait soutenir énergiquement leurs intérêts, parce qu’ils étaient Allemands d’abord, ensuite et surtout parce qu’elle trouvait là une nouvelle occasion pour nous enfoncer des épines au Maroc et y maintenir contre nous avec continuité des agissements perfides et malveillants.
- C’est sous l’empire de cps idées, et de celles plus générales que je disais tout à l’heure exister à cette époque en France, que nous avons dû accepter, pour la liquidation du passé minier du Maroc, la réglementation édictée par le Dahir chérifien spécial du 19 janvier 1914.
- Ce Dahir a créé une commission arbitrale internatio-
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- 46 r-------- LA FAILLITE DE LA FORTIFICATION PERMANENTE
- nale siégeant rue Ëdouarcl-VII à Paris, où l’on peut voir flottant à son balcon le drapeau blanc, devenu quelque peu aujourd’hui gris sale, qui y a été arboré en vertu d’une déclaration insérée à notre Journal officiel, comme si ce drapeau blanc eût imposé à ceux qui ne respectent pas le drapeau de la Croix-Rouge ! Cette commission arbitrale a reçu du Dahir pleins pouvoirs pour statuer souverainement sur toutes les revendications de droit, comme sur les prétentions de fait.
- Sans doute le surarbitre, dont l’appréciation doit décider finalement sur tous les points en litige, est un haut fonctionnaire norvégien, devant la science et la compétence, le caractère et l’impartialité duquel tout le monde dans tous les pays ne peut que s’incliner avec autant de respect que de confiance. Mais il suffit de se reporter au Dahir du 19 janvier 1914, pour reconnaître avec quelle procédure quasiment inextricable, au bout de quel temps .et à quels frais pour les intéressés et pour le gouvernement du Maroc, on pourra arriver à une solution. Et, pendant tout ce temps, grâce à toutes ces difficultés, l’épine allemande au Maroc aurait pu se faire sentir plus continûment et plus vivement.
- Or, au fond, de quoi s’agit-il? de revendications que des particuliers ou des sociétés croient, pour des motifs divers, pouvoir soulever au regard du gouvernement chérifien. C’est essentiellement affaire d’administration, ou éventuellement de contentieux administratif. Mais nous avons institué au Maroc une administration régulière et surtout des tribunaux, tant en matière civile qu’administrative, dont la constitution et le fonctionnement sont de nature à satisfaire les plus difficiles. Ces tribunaux marocains, formés avec les meilleurs de nos magistrats, auraient même sur les nôtres l’avantage
- d’une procédure plus simple, plus rapide et moins coûteuse.
- Sans doute — et on le conçoit sans peine — l’Allemagne n’avait pas voulu reconnaître encore ces tribunaux, bien qu’elle s’y fût en quelque sorte engagée par le traité franco-allemand du 4 novembre 1911; d’autres pays, parmi ceux de nos amis même, ne les avaient pas encore reconnus non plus par suite de circonstances particulières : ce n’était qu’une situation transitoire qui ne peut pas ne pas disparaître à bref délai, et notamment au rétablissement de la Paix.
- Une solution, de justice et de bon sens, s’impose donc pour vider toutes les revendications minières du passé : en dessaisir le tribunal exceptionnel de la rue Édouard-VII pour les rendre aux administrateurs et juges de droit commun, suivant la pratique consacrée en tous pays comme le plus conforme au fonctionnement même de la justice. Par ce retour pur et simple aux vrais principes on ne lésera aucun droit acquis. Il ne s’agit, en effet, par ce dessaisissement, que de fixer des questions de procédure sans rien, toucher au fond des droits, et notamment des droits qui pourraient être réputés de vrais droits acquis à un titre quelconque. Or, de tout temps et en tout pays, on a toujours admis que les lois de simple procédure pouvaient avoir un effet rétroactif.
- Tels sont, en ce qui concerne le régime légal des mines du Maroc, les deux points dont on devra se préoccuper à Paris et à Casablanca, pour l’heure où se terminera la guerre actuelle : reviser d’une façon appropriée la loi des mines et substituer le droit commun au droit exceptionnel de la rue Edouard-VII.
- Louis Aguillok.
- Inspecteur général des mines en retraite.
- LA FAILLITE DE LA FORTIFICATION PERMANENTE
- t
- Quatre grandes places de guerre, Liège, Namur, Maubeuge, Anvers, sans parler de forts d’arrêts de moindre importance, viennent de succomber après quelques jours seulement de siège sous les coups de l’artillerie allemande dont les photographies qui illustrent cet article font ressortir les effets destructeurs.
- Pour expliquer ces désastres, on a invoqué la puissance exceptionnelle de certains engins ultra-secrets, tels que le mortier Krupp de 420 mm ou l’obusier autrichien de 505. En réalité, c’est à des causes plus simples qu’il convient de les attribuer.
- Jusqu’à ces dernières années un canon de siège ne pouvait entrer en action qu’après l’établissement d’une plate-forme en bois très solide destinée à le supporter p endant le tir, et dont la construction laborieuse ne pouvait passer inaperçue de la défense. L’artillerie de la place, dûment avertie, avait alors le temps d’ouvrir son feu et d’empêcher l’assaillant de construire ses batteries. Ce n’est qu’après une série d’efforts infructueux que ce dernier pouvait parvenir par surprise à installer quelques bouches à feu. Il était même permis d’espérer qu’à l’aide de projecteurs, de ballons captifs, et d’autres observatoires judicieusement établis le défenseur pour-
- rait prolonger assez longtemps la période de l’investissement pendant laquelle il aurait, sur l’assaillant, une supériorité d’artillerie incontestable. L’entrée en scène d’obus renfermant de très fortes charges d’explosifs n’était même pas de nature à inquiéter outre mesure la défense ; car ces obus ne pouvaient pleuvoir dru qu’autant que l'assaillant aurait établi de nombreuses batteries bien approvisionnées et le canon de la place devait se charger de retarder cette éventualité pour ainsi dire indéfiniment.
- L’apparition de l’artillerie lourde à tir rapide allait renverser entièrement toutes les prévisions. Avec les facilités. de transport qu’offre l’emploi des tracteurs automobiles et les facilités de tir inhé-r rentes à l’adoption des ceintures de roues et des appareils de freinage modernes, une batterie de canons de siège peut aujourd’hui s’approcher de la place par des cheminements défilés aux vues, s’installer en moins de dix minutes sur le terrain propice et ouvrir le feu presque immédiatement. Avant même que le défenseur en ait pu repérer l’emplacement, elle aura couvert de projectiles quelque ouvrage de la place, détruit voûtes, béton et cuirassements, rendu tous les locaux inhabitables par
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- LA FAILLITE DE LA FORTIFICATION PERMANENTE
- l’effet des. gaz délétères que produit l’explosion des obus à mélinite dans les cours étroites des forts sur lesquelles prennent jour les casemates.
- Que ces projectiles pèsent 40 kg, 120, 540 ou près
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- Seuls des feux efficaces partant des forts voisins seraient capables d’arrêter sa marche victorieuse; mais quel secours attendre de ces ouvrages s’ils sont eux-mêmes soumis à un bombardement éner-
- de 1000 kg, peu importe. Pourvu qu’ils crèvent les casemates, bouleversent les parapets, démolissent les tourelles, asphyxient la garnison, toute résistance deviendra impossible et l’infanterie de l’assail-
- gique qui aura réduit leurs garnisons à se terrer dans ses abris blindés ?
- Le salut ne peut donc venir que de l’intervention de troupes de la défense soigneusement dissimulées
- lant pourra impunément s’approcher des glacis et se rendre maîtresse de l’ouvrage, après avoir franchi presque sans coup férir les réseaux de fil de fer les plus serrés.
- dans de minces lignes de tranchées établies dans l’intervalle des forts ou de l’entrée en action de batteries aussi mobiles que celles de l’attaque et pouvant par suite changer rapidement de position
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- 48 : : : LA FAILLITE DE LA FORTIFICATION PERMANENTE
- dès qu’elles commencent à souffrir du feu de l’ennemi. Le seul avantage restant au défenseur réside dès lors dans la possibilité d’avoir pu organiser solidement assez à l’avance des tranchées pour
- de communication et que l’on aura pu y organiser tout à loisir la défense : tranchées, abris bétonnés nombreux pour les réserves d’infanterie, épaulements bien dissimulés et judicieusement répartis pour
- Fig. 3. — La destruction d’un fort d'Anvers.
- son infanterie et de nombreux abris soigneusement dissimulés pour ses canons. Des cheminements bien défilés des vues de l’attaque lui permettront d’ailleurs de transporter rapidement des bouches à feu d’un abri à un autre tandis que l’assaillant s’épou-monnera à pratiquer un tir d’écrasement sur des points souvent inoccupés.
- Comme on le voit, l’adoption de l’ordre dispersé s’impose pour la défense des places ainsi qu’il s’est imposé aux armées en campagne. La seule différence qui subsistera entre un siège et une bataille de la nature de celles qui se livrent depuis quelques mois, c’est que l’em-nlacemenl de la lutte se trouve imposé dès le temps dè; paix par la nécessité' de s’assurer la possession
- l’artillerie, voies de communication défilées aux vues, etc.
- Encore ce champ de bataille devra-t-il être tel que les troupes de la défense ne puissent en aucun cas
- être prises entre deux feux. Il devra donc offrir, en tout sens, une profondeur d’une dizaine de kilomètres au moins. Si le noyau central doit demeurer soustrait aux effets du bombardement c’est à 10 kilomètres de ce noyau que devront être portées et maintenues les premières lignes de la défense. Suivant le cas, il convient donc d’envisager une périphérie de 52 ou de 64 km. Des fronts aussi étendus ne peuvent être efficacement défendus que par de véritables armées et non par dé simples garnisons.
- - J. N.
- dë quelque nœud de chemin de fer ou d’autres voies
- Le Gérant . P. Masson. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleuras, 9, à Taris.
- Fig. 4. — Destruction d’une coupole cuirassée.
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- LA NATURE. — N° 2156.
- 23 JANVIER 1915
- LA DÉFENSE DU CANAL DE KIEL
- L’attaque aérienne des Anglais sur Cuxhaven est venue accentuer les craintes de l’État-Major allemand au sujet du canal de Kiel. Avant même cet événement, il avait commencé, avec une activité fébrile, des travaux de défense aux extrémités et sur le flanc Nord de ce fameux canal, qui offre une importance vitale pour la marine impériale et par là un grand intérêt pour la protection de l’Empire contre une diversion venue par mer. La flotte allemande n’est en état de couvrir contre un débarquement les côtes de la Baltique, si facilement abordables, tout en restant en faction dans la mer du Nord, que grâce au canal. Sans lui, l’un des
- effets directs sur les opérations, il s’opposa fortement à l’adoption du projet, parce qu’il faudrait immobiliser des troupes pour défendre ce canal, qui serait un but offert aux attaques maritimes, et aussi parce qu’il y faudrait construire des forts, au prix de dépenses plus utilement employées ailleurs. Il estimait encore qu’il vaudrait mieux consacrer à des unités navales‘les 260 millions nécessaires aux travaux des terrassiers. Gn passa outre, et, comme aujourd’hui, ces travaux furent poussés avec la plus grande hâte, sans regarder à la dépense. Décidé en principe en 1886, le canal était terminé i en 1895.
- •Fig. i. — Pont de chemin de fer sur le canal de Kiel.
- deux ennemis de l’est ou de l’ouest aurait carte blanche pour jeter des troupes, soit sur le littoral du Schleswig, soit à l’embouchure des fleuves. Cette seule menace suffirait à paralyser une fraction importante de l’armée de terre. En 1870, deux corps d’armée et une division de réserve avaient été laissés à la garde des provinces de l’Elbe. Lorsqu’il devint manifeste qu’aucun corps expéditionnaire français ne serait débarqué, ces éléments défensifs furent envoyés en Lorraine. Le IIe corps, notamment, acheminé seulement le 10 août, vint à marches forcées donner sur le champ de bataille le soir même de la bataille de Saint-Privat, et son arrivée contribua à nous la faire perdre. Aussi s’explique-t-on l’attitude du maréchal de Moltke lorsqu’il fut question de construire le canal de la mer du Nord à la Baltique. Envisageant surtout les
- Mais il n’avait pas jusqu’ici de défense propre. Tous les crédits qui lui ont été consacrés depuis sa construction, n’ont eu pour emploi que son aménagement au profit de la-flotte. On sait quel est son tracéi II part de l’Elbe à 40 milles en aval de Hambourg et une quinzaine de Cuxhaven ; il rejoint l’Eider à Willenbergen, le suit jusqu’à Rendsbourg, puis emprunte en l’élargissant le lit de l’ancien canal de l’Eider jusqu’à Holtenau. Cet ancien canal, sinueux et peu profond, ne pouvait servir qu’à de très petits bâtiments. Malgré l’adoucissement des courbes, on maintint encore un tracé comportant des courbes de 1000 m. de rayon, d’où de nombreux échouages pour les bateaux un peu longs. Il y a quelques années, l’augmentation de tonnage des cuirassés rendit tout à fait impraticable le passage pour les nouveaux bateaux de la flotte allemande.
- 4. — 49
- 43' Année. — 1" Semestre.
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- 50—= = LA DÉFENSE DU
- On n’avait creusé, en effet, qu’à 8 m. 50 en certains points. En outre, la largeur, de 65 à 70 m. à la surface, 26 m. au plafond, était insuffisante. Enfin les écluses terminales devenaient trop petites.
- Ces écluses ne sont qu’au nombre de deux, une à chaque bout. On a pu se contenter de ce chiffre étant, donné que la ligne de partage des eaux entre les deux versants n’est qu’à 24 m. d’altitude. Des travaux d’agrandissement devenus nécessaires, et qui viennent d’être à peu près terminés, on| été menés avec une activité encore plus hâtive que la construction première. Ils devaient être livrés seulement en 1915, mais dans les derniers mois on a
- CANAL DE K1EL—---------
- 11 m. partout. Sur ce point, le résultat n’est pas encore complet, mais ce n’est pas nécessaire pour le passage des plus grands bateaux actuels. On a encore adouci les courbes. On a enfin multiplié et agrandi les bassins d’évitement, disposés de distance en distance. Il y en avait au début six, offrant chacun 450 m. de longueur sur 60 de largeur au plafond. En outre, les bateaux pouvaient se croiser et trouver refuge dans deux petits lacs traversés par le canal. On a porté le nombre de ces bassins de 8 à 11. Us ont aujourd’hui plus de 300 m. de long. De 20 km en 20 km il en existe un plus grand, disposé spécialement pour l’usage
- vraiment mis les bouchées doubles : plus de 5000 ouvriers étaient employés en permanence. Au lieu de reconstruire purement et simplement les écluses déjà existantes à Holtenau et à Brünsbuttel, on les a conservées en en rendant la manœuvre plus rapide par l’adjonction de trois nouvelles portes à chaque bout; et on a doublé chacune de ces écluses d’une autre beaucoup plus grande, disposée à côté d’elle : de sorte que l’on peut passer dans quatre écluses à la fois. Les anciennes avaient 150 m. de long, 25 de large, 9 de profondeur; les nouvelles ont 330 m. de long, 45 de large et 14 de profondeur.
- En même temps, on a porté sur toute la longueur du canal, qui mesure 98 km 560, la largeur en surface à 101 m. 75. La profondeur devait être dé
- S
- de la marine de guerre. Chacun d’eux a 340 m. de large à la surface sur 1100 de long, avec une forme arrondie qui permet aux grands bateaux de se retourner aisément cap pour cap. Assez vastes pour abriter chacun une escadre de 9 cuirassés, ils lui donnent donc la facilité de faire volte-face en cours de traversée.
- Il n’y avait au début qu’un seul pont fixe au-dessus, du canal à Grünthal, pour le chemin de fer du Holstein occidental. Les autres étaient des ponts tournants : on vient d’en remplacer plusieurs par des ponts fixes surélevés. Les travaux essentiels, qui permettaient l’usage du canal à la flotte de guerre, ont été terminés à la fin de juin dernier et inaugurés le 24 juin par l’empereur Guillaume sur son yacht le Hohenzollern. L’achèvement ne devait
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- LA DÉFENSE DU CANAL DE Kl EL
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- être complet, d’après les projets, que quatorze mois plus tard.
- On voit que tout avait été préparé et que tout était prêt pour pouvoir déclarer la guerre cet été.
- défenses du camp retranché de Kiel et, à l’autre extrémité, autour de Brunsbültel que des batteries légères préparées contre les torpilleurs qui vou-I draient venir détruire les portes de l’écluse. La rive
- Fig. 3. — Le canal de Kiel.
- Seulement, la défense avait été laissée de côté. Quand donc, pour l’assaut de Dixmude, la 4e armée allemande eut reçu des duchés de l’Elbe, le IXe corps de réserve et la division de fusiliers marins, sans compter de la landwehr, on ne crut pas pouvoir se dispenser de créer une milice spéciale dans le Schleswigpourla protection du canal maritime. Il ne faut pas oublier qu’il est traversé par des voies ferrées importantes aux deux extrémités et, dans la région centrale, à Ren-dsburg, nœud de plusieurs lignes, et à Grünthal. Depuis lors, on a annoncé plusieurs fois l’envoi ou la formation de nouvelles divisions de réserve dans la région.
- Pour s’appuyer, elles n’avaient jusqu’ici que les
- gauche de l’Elbe inférieur est, il est vrai, défendue par quelques ouvrages, notamment ceux de Cux-haven, mais ils sont trop éloignés pour commander efficacement l’autre rive aux abords du canal. Du
- côté de Kiel seu-„ lement, les dé-
- fenses sont sérieuses, encore le camp retranché est-il resté inachevé. Les principaux forts sont ceux de Frie-drichsort qui enfile le goulet du même nom, de Holtenau et de Pries, au débouché du canal et de Rôbsdorf, de l’autre côté du fjord.
- Hors de là, les Allemands disposent, à 25 km environ au nord du canal, d’une ancienne ligne de fortins et de tranchées établie au temps jadis par les Danois. Cette ligne s’appuie, vers l’ouest, aux marécages
- Fig. 4. — Campagne du Schleswig.
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- A QUELS EFFORTS RÉSISTE LE METAL D’UN CANON:
- ^ .
- delà Treene, vers l’est, à la chaîne des lacs de la Schleï. Ils travaillent actuellement à retourner ces vieilles fortifications, à les compléter par des ouvrages de campagne : tranchées, fils de fer barbelé, fougasses, mitrailleuses, etc. Us y emploient certainement une par-t e de la population du pays et aussi, nous le savons, les prisonniers français et anglais. Les difficultés d’un débarquement sur la côte envasée du Schleswig occidental ajoutent de la valeur à cette défense improvisée, que l’attaque ne pourrait facilement prendre de flanc sur ce
- m *
- Fig. 5. — La flotte allemande dans le port de Kiel.
- côté. Elle devrait ou l’aborder de front, ou la rendre inutile en opérant plus au su d dans l’Elbe môme, ou enfin aborder le canal par la Baltique. Mais le passage des Belts, miné parles Danois et les Allemands, peut faire hésiter la flotte anglaise, et la flotte russe, qui aurait le chemin libre, ne saurait se mesurer avec les escadres germaniques.
- Bien des questions stratégiques se posent donc autour du canal de Kiel. Qui sait si quelque surprise de la guerre actuelle ne finira par les résoudre victorieusement à notre profit ? G. Blajnchon.
- A QUELS' EFFORTS RÉSISTE LE MÉTAL D’UN CANON
- Lorsqu'on décrit les merveilles de l’artillerie moderne, peut-être l’admiration va-t-elle trop exclusivement aux mécaniciens qui en conçurent le fonctionnement. Le métallurgiste ne doit pas être oublié, car c’est grâce à l’étonnante qualité du métal que le canon peut si bien résister aux efforts énormes engendrés par la détonation de l’explosif.
- Il est intéressant de citer à ce sujet quelques chiffres publiés par le commandant Régnault.
- A chaque coup de canon, dans nos pièces de campagne, en moins de trois dixièmes de seconde la pression atteint près de trois mille kilogrammes par centimètre carré, et la vitesse du projectile sortant de l’àme dépasse 700 m. par seconde.
- La force vive développée peut être évaluée à environ 87 500 kilogrammètres : ce qui, en considérant le canon comme un moteur à fonctionnement très bref, conduit à lui attribuer une puissance dépassant cent mille chevaux-vapeur!
- Encore ce chiffre énorme est-il bien dépassé lorsque le même calcul est fait pour les grosses pièces d’artillerie de marine : on arrive là à des puissances d’environ 25 000 000 de chevaux....
- Non seulement le métal doit pouvoir résister à ces efforts renouvelés un grand nombre de fois, mais il y résiste dans des conditions défavorables, étant données les hautes températures produites par les explosifs. Et non seulement le métal formant la pièce doit être ainsi résistant, mais il en est de même du métal constituant l’obus; l’obus de notre 75 supporte une pression qu’on peut évaluer à 17 tonnes; le travail du frein, pièce délicate s’il en lut, atteint 2000 kg au centimètre carré, et
- l’affût neutralise à chaque recul une force vive dépassant 2000 kilogrammes.
- En fait, ces conditions sont réalisées d’une manière tout à fait remarquable par notre matériel. Il est arrivé de vérifier à l’atelier les pièces d’une batterie ayant tiré plusieurs milliers de coups et de constater qu’elles n’accusaient pas la moindre déformation dans leur agencement pourtant si délicat, et comparable à un véritable mécanisme d’horlogerie.
- C’est pourquoi on est obligé d’utiliser des aciers spéciaux dont la composition a été soigneusement étudiée après une longue expérimentation, et de réaliser pour ces aciers une homogénéité parfaite, en même temps qu’on les soumet à des trempes également réglées par une pratique minutieuse.
- L’intervention du nickel est souvent utile. Ce métal, employé même en quantités très faibles, de 1 à 2 pour 100, donne à l’acier des qualités toutes spéciales. C’est un des points sur lesquels le blocus économique, auquel sont soumis les Allemands, va leur occasionner une grande gêne quand ils voudront développer ou renouveler leur matériel. Car Je nickel vient entièrement de la Nouvelle-Calédonie et du Canada, c’est-à-dire d’une colonie française et d’une colonie britannique qui, ni l’une ni l’autre, n’en fourniront plus désormais à nos adversaires.
- Récemment encore on annonçait que le tribunal des prises de Londres avait déclaré de bonne prise une cargaison de 5000 tonnes de minerais de nickel expédiée de Nouvelle-Calédonie, à l’usine Krupp. Quand les Allemands auront épuisé leurs stocks, ils n’auront plus aucune ressource pour se réapprovisionner.
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- : ===== sa
- ZEEBRUGGE, BASE MARITIME CONTRE L’ANGLETERRE
- Si le port de Zeebrugge (Bruges-Maritime), créé, dans ces dernières années, par le Gouvernement belge, présente un grand intérêt au point de vue commercial et technique, la crise terrible que nous
- Fig. i. — Plan du port de Bruges, du canal maritime et du port de Zeebrugge.
- traversons vient de le rendre encore plus intéressant. Occupé momentanément par les Allemands, ceux-ci décidèrent, dès leur arrivée, de faire de ce port un point d’attache pour leurs sous-marins et leurs torpilleurs en vue d’une attaque des côtes anglaises et françaises. C’est alors que, pour réduire à néant ce projet, les flottes alliées décidèrent, à leur tour, de bombarder le port afin de rendre inutilisables les installations^ ainsi que les ateliers de réparation qui pouvaient leur être nécessaires. Nous croyons donc intéressant de décrire brièvement ces installations, en indiquant le but que voulait atteindre le Gouvernement belge lorsqu’il créa ce port.
- Historique du port. — Voyons d’abord le but. Pendant le moyen âge, la ville de Bruges était très riche et très prospère. Au commencement du quatorzième siècle, sa population était de 150000 habitants parmi lesquels on comptait 50 000 ouvriers. Son port, qui communiquait avec la mer par un bras de mer large et profond (le Zwyn) était un des plus importants de l’époque. En 1215, Philippe Auguste put y mettre à l’abri une flotte de 1700 navires. Dans un seul jour, en 1456, 150 navires étrangers entrèrent dans ses docks. Malheureuse-
- ment, ce brillant état de choses ne dura pas. Le Zwyn et le bras de mer lui faisant suite et qui venait baigner les quais de Bruges continuaient à s’ensabler; les navires de l’époque n’arrivèrent plus que difficilement et, vers 1460, la question de Bruges, port de mer, se posa nettement. A partir de cette date, de nombreuses études furent faites dans le but d’améliorer la position; quelques travaux furent même entrepris, mais sans résultat. La question sommeillait donc, lorsqu’en 1877 un projet fut proposé de créer un port à Bruges, ayant accès à la mer par un canal maritime débouchant dans un avant-port situé entre Blankenberghe et Heyst. Ce projet n’aboutit pas. En 1885, la question fut reprise par M. de Bernaert, chef du Cabinet belge, qui déclara à la Chambre que le nouveau port devait être construit aux frais de l’Etat avec le concours de la ville de Bruges et de la Province. Cette idée continua à faire son chemin et, en 1890, la question du port et du but à atteindre fut enfin nettement posée devant le Parlement belge. M. de Bruyn, ministre des Travaux publics, déclara que si, dans tous les pays maritimes, il est nécessaire de construire des ports pour le trafic général, c’est-à-dire pour les voiliers et les cargos de toute dimension, il est une autre catégorie de ports dont la
- j&HôgiEzr, Sk
- Fig. 2. — Plan du port de Zeebrugge.
- destination est toute différente et dont l’utilité se révèle chaque jour plus puissante. Il s’agit des ports destinés aux lignes de vitesse, aux lignes postales, aux transatlantiques et aux longs courriers. Ce sont des ports d'escale ayant des quais en eau profonde et munis de l’outillage nécessaire pour l’embarquement et le débarquement rapide avec un.
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- LE PORT DE ZEEBRUGGE
- accostage facile. Ces ports, à l’inverse des premiers, doivent être placés aussi près que possible de la mer. A ce point de vue, disait M. de Bruyn, la Belgique est en état d’infériorité. Anvers est un port placé au fond d’un estuaire et est un port de trafic général. Ostende est dépourvu, jusqu’à présent, de quais en eau profonde. Bruges, au contraire, avec son port d’entrée en eau profonde, accessible à des navires de plus de 8 mètres de tirant d’eau, est tout indiqué comme port de vitesse et d'escale.
- A la suite de ces déclarations si nettes, le Parlement belge nomma, en 1891, une Commission mixte chargée d’élaborer un projet de concours pour l’établissement d’un port de mer à Bruges avec avant-port servant de port d’escale à Heyst. A la suite de ce concours, MM. Jean Cousin et Coiseau furent déclarés adjudicataires des travaux le 1er juin 1894, et le 13 septembre 1895 cette convention était nassée en force de loi. Telle est l’origine du port de Zeebrugge, et son but qui se résumé en ceci : établir un port d’escale pour les navires transatlantiques et redonner à Bruges son ancienne importance en le reliant à la mer par un canal maritime à grand tirant d’eau.
- Description du port. — Les travaux se composent : 1° du port de Bruges; 2° du canal maritime reliant le port de Bruges au port de Zeebrugge ; 3° du port de Zeebrugge.
- Nous ne reviendrons pas sur les deux premières parties qui ont été déjà longuement décrites dans le numéro de La Nature du 26 août 1905. Nous rappellerons seulement que le nouveau port de Bruges se compose de trois bassins juxtaposés (fig. 1) reliés par une écluse au canal de Bruges à Ostende. Le plan d’eau de ces bassins est à la cote de 3 m. 50 au-dessus du zéro des cartes et la profondeur d’eau est de 8 mètres.
- Quant au canal maritime, dont la longueur est de 10 kilomètres de l’extrémité nord du port de Bruges jusqu’à l’extrémité sud du port intérieur de Zeebrugge, sa largeur au plafond est de 22 mètres, de 70 mètres au plan d’eau et sa profondeur est de 8 mètres. Il est alimenté par l’eau de mer.
- Nous nous étendrons un peu plus longuement sur le port de Zeebrugge, qui présente certaines particularités intéressantes. Voyons d’abord sa situation au point de vue hydrographique.
- L’amplitude des marées de vive eau est de 4 m. 48 et celle des marées de morte eau de 2 m. 78. En temps calme et, en vive eau, au moment du flot, la vitesse des courants, au large du port, atteint 1 m. 20 et, au moment du jusant, 0 m. 97. En morte eau, pour le flot, cette vitesse est de 0 m. 70 et, pour le jusant, de 0 m. 50.
- Les courants de flot et de jusant suivent un mouvement giratoire. Le flot, dont la vitesse est maximum à la haute mer, porte vers l’est, tandis que le courant de jusant, dont la vitesse est maximum à la basse mer, porte vers l’ouest.
- Les vents dominants sont ceux entre sud et
- ouest et, pendant les tempêtes, leur direction est entre l’ouest et le nord-ouest.
- Les fonds sous-marins entre Blankenberghe et Heyst ne présentent pas les variations et les ondulations très importantes qu’on- rencontre dans les parages de Dunkerque. Les courants marins, qui pénètrent dans la mer du Nord par le Pas de Calais, ont raviné les fonds sableux de la mer, en les étirant en larges bancs d’abord parallèles dans le parage de Dunkerque, puis divergents en s’espaçant à mesure que croissait vers le nord la largeur du bras de mer.
- Les trois bancs de Wost-Hinder, d’Oust-Hinder et de Bligh-Bank qui s’étendent à 30 milles au large de Zeebrugge sont les derniers de cette formation.
- Parallèlement à la côte et à un mille environ se trouve la passe de Wielingen qui’ sert aux navires qui se dirigent vers l’Escaut. Cette passe est séparée de la côte par un relèvement, Het Zand, également parallèle à la côte et qui, à son point le plus haut vers Blankenberghe, laisse 5 mètres d’eau à marée basse de vive eau (fig. 2). Enfin, plus près de la côte, existe une nouvelle fosse s’étendant longitudinalement et dont la profondeur va en croissant de l’ouest à l’est. En face du port de Zeebrugge, cette fosse qui se trouve à 400 mètres de la côte a des profondeurs de 8 à 9 mètres à basse mer. Elle porte le nom d’Appelzak et se trouve séparée de la passe de Wielingen par le banc de Paardemark. Entre ce banc et Het Zand se trouve une grande dépression qui, primitivement, n’avait que 6 m. 20 de profondeur à basse mer et qui a été draguée à 9 mètres depuis la construction du port de Zeebrugge afin de lui servir d’accès. Cette passe a 2800 mètres de longueur et 400 mètres de largeur. C’est probablement dans ces parages qu’a dû s’embosser la flotte anglaise lors du bombardement du port.
- A la suite d’études très soigneuses en vue de la construction du port, on a pu constater que ces fonds sous-marins avaient une grande fixité et qu’aucun changement notable n’était à redouter dans le régime des bancs et des passes dans ces parages. Les apports de sable ne sont pas à redouter. Seuls les sables vasards très ténus, qui constituent le fond de la mèr dans ces parages, peuvent être entraînés, par gros temps, et venir se déposer lorsqu’ils rencontrent un endroit tranquille et abrité. C’est donc de ces sables vasards qu’il y avait seulement à tenir compte dans la construction du nouveau port.
- Telle est la situation du port de Zeebrugge au point de vue hydrographique. Nous avons cru intéressant d’en parler un peu longuement, afin de permettre de se rendre compte des difficultés que pouvait rencontrer la flotte anglaise en venant prendre position lors du bombardement de Zeebrugge.
- Revenons maintenant au port de Zeebrugge (fig. 2). Il se compose d’un port intérieur, d’une écluse maritime suivie d’un chenal donnant accès à
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- LE PORT DE
- ZEEBRUGGE
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- J
- la rade et, enfin, d’un port extérieur formé d’une jetée abritant cette rade d’environ 100 hectares de superficie, où vient aboutir le chenal du canal maritime. Cette jetée, qui sert d’accostage aux navires faisant escale, est pourvue de voies ferrées et de l’outillage nécessaire pour le chargement et le déchargement rapide des navires.
- Le port intérieur, de 660 mètres de longueur et de 96 mètres de largeur au plan d’eau, auquel on a adjoint un bassin d’échouage des pêcheurs, un bassin sanitaire et une darse, n’offre par lui-même rien de particulier. Autour de ces bassins ont été construits la gare maritime, différentes usines et des ateliers de réparation pour les navires.
- A l’extrémité nord de ce port intérieur se trouve l’écluse qui fait communiquer le port intérieur et le canal maritime avec la rade. Cette écluse, de 256 mètres de longueur utile et d’une largeur de 20 mètres entre les bajoyers de tête, a ses buses et ses radiers placés à 5 m. 50 au-dessous du niveau des basses mers de vive eau.
- Le niveau de la flottaison du canal et du port intérieur étant à 5 m. 50 au-dessus de ces basses mers de vive eau, la hauteur d’eau dans l’écluse est donc de 9 mètres.
- Cette écluse est munie de deux portes, une à l’amont, l’autre à l’aval, qui sont à un seul vantail et roulantes. Lorsqu’on les ouvre, elles rentrent dans des chambres ménagées à l’arrière des bajoyers. Cette écluse a un double but : d’abord de maintenir dans le canal et le port intérieur la profondeur d’eau normale (8 m.), afin de permettre aux navires d’y trouver le tirant d’eau nécessaire pour les maintenir à flot ; ensuite de permettre de faire passer ces navires du port intérieur dans la rade ou réciproquement. Toute destruction, même partielle, de cette écluse aurait donc pour conséquence de rendre complètement inutilisable le port intérieur qui, alors, se trouverait mis en communication directe avec la rade et, par suite, soumis aux variations de la marée comme niveau et comme courants. Aussi est-ce le but que la flotte anglaise a voulu atteindre en détruisant une partie de cette écluse ainsi que les ateliers de réparation qui, comme nous l’avons dit plus haut, sont situés près d’elle.
- La jetée du port extérieur (fig. 2) se compose, en partant du rivage, d’une jetée pleine de 212 mètres
- dè longueur, établie sur l’estran, ayant pour but de protéger la rade contre l’envahissement du sable des dunes poussé par les vents d’ouest. Cette jetée pleine est suivie d’une jetée à claire-voie, dont le but est de permettre aux courants de flot et de jusant de traverser la rade, sans y déposer les sables vasards qu’ils charrient toujours avec eux, et qui tendent à se déposer, lorsqu’ils trouvent un endroit abrité. La longueur de cette jetée à claire-voie fut fixée à 400 mètres et sa largeur à 12 mètres. Composée de palées métalliques espacées de 5 mètres, comportant chacune 6 pieux et réunies entre elles par des longerons et des entretoisements, cette jetée était complètement terminée et la construction de la jetée pleine qui la suit commencée, lorsque survint, le 28 janvier 1901, une formidable tempête d’ouest qui détruisit complètement la claire-voie sur une longueur de 125 mètres (fig. 5). Près de
- 800 tonnes de ferraille étaient au fond de la mer.
- Après examen des causes qui avaient amené cette catastrophe, on décida de relever le niveau de la plate-forme de la claire-voie, de doubler un certain nombre de pieux, de con-trebuter les palées du côté de l’est au moyen de pieux inclinés, et d’enlever la tôle inférieure du paravent de 1 m. 20 de hauteur qui, du côté de l’ouest, abrite la plate-forme contre les embruns.
- De plus, on avait observé que la claire-voie, construite depuis environ un an, laissait passer la houle et les vagues sans les briser ; elles venaient déferler devant l’entrée du chenal et gênaient la manœuvre des navires. On décida alors de réduire à 300 mètres (fig. 4) la longueur de la nouvelle jetée à claire-voie en allongeant d’autant la jetée pleine déjà commencée.
- La jetée pleine, construite suivant le type employé pour la première fois à Bilbao et ensuite à Bizerte, a une longueur totale de 1955 mètres (fig. 2), y compris le musoir de 240 mètres de longueur. Quant à la longueur de la partie de la jetée devant servir à l’accostage des navires, elle est de 1571 mètres. Cette dernière partie est constituée, du côté du large, par un mur ayant pour base des blocs de béton déciment de Portland de 25 mètres de longueur, 7 m. 50 de largeur, de 7 à 9 métrés de hauteur, pesant de 3000 à 4000 tonnes et
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- LE PORT DE ZEEBRUGGE
- reposant sur des enrochements ayant pour but de régler le sol; ces blocs émergent de 1 mètre à
- ces deux murs, dont les parements extérieurs sont espacés de 74 mètres, règne un terre-plein formé Ide remblais, sur lequel sont instal-és les voies ferrées, les hangars et les grues servant au chargement et au déchargement des navires.
- Les murs de quai sont fondés à des profondeurs variables, depuis 8 mètres du côté de la rive jusqu’à Il m. 5 du côté du musoir. Les navires du plus grand tonnage actuel peuvent donc y accoster.
- Les travaux de cette jetée pleine ont présenté des particularités fort intéressantes au point de vue technique qu’il nous est impossible de décrire dans cette note déjà très longue. On les trouvera du reste résumés dans le numéro de 'La
- Fig. 4. — Vue de la nouvelle jetée à claire-voie.
- marée basse. Au-dessus de ces blocs qui forment fondation et jusqu’au niveau du terre-plein des quais s’élève un mur de 5 mètres d’épaisseur, composé de blocs de béton de 55 tonnes et couronné par un mur d’abri.
- Du côté de la rade, le mur de quai est, comme le précédent, formé, à la base, de gros blocs de béton dont le poids varie entre 5500
- Fig. 6. — Le fort de Sainte-Croix.
- et 9000 tonnes, suivant la profondeur, reposant également sur des enrochements. Au-dessus d’eux, le mur de quai est constitué jusqu’au niveau du terre-plein de blocs de béton de 55 tonnes. Entre
- Fig. 5. — Bruges. — Moulin à vent sur le canal.
- Nature du 26 août 1905. Nous rappellerons seulement que ces blocs de fondation sont renfermés dans un caisson métallique. Ces caissons, après avoir été fabriqués dans le port intérieur et, ensuite, lestés, sont conduits à mer montante, au moyen de remor^ queurs à la jetée, où ils sont amarrés à la suite des autres précédemment posés. A l’étale du courant on laisse pénétrer l’eau à l’intérieur du caisson qui, alors, s’enfonce et vient reposer sur l’enrochement qui lui sert de base. Il ne reste plus qu’à le remplir avec du béton ; ce remplissage se continue sans arrêt jusqu'à ce que le caisson soit complètement rempli, sauf au moment du fort courant“de flot, à marée haute.
- IL Bojnnin.
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- LES CHEMINS DE FER ALLEMANDS
- On s’étonne à bon droit de la redoutable aisance avec laquelle les Allemands font passer, en quelques journées, de l’est à l’ouest de l’Empire et réciproquement, les masses profondes de leurs armées. J’ai eu l’occasion d’interroger récemment au Maroc des prisonniers qui, ayant combattu courant août en Belgique, avaient été envoyés de là en Prusse orientale contre les Russes et étaient revenus se faire capturer au milieu de septembre lors des batailles sur l’Aisne.
- Cette mobilité résulte du nombre et de l’organi-
- mouvement général de leurs armées se déclanchera d’un seul coup, comme ces grandes écluses des bassins de Hambourg, qu’un bouton électrique ouvre automatiquement. Alors un véritable gulf-stream d’hommes, de canons et de baïonnettes déferlera sur nos frontières.... Toute la question de la paix ou de la guerre se réduit à savoir à quel moment le Grand État-Major allemand jugera qu’il peut mobiliser ses masses sans rencontrer une résistance inattendue. »
- Sans leurs chemins de fer, la lutte des Alle-
- Fig. i. — Carte simplifiée montrant le système des voies ferrées Est-Ouest qui permettent aux Allemands de transporter rapidement leurs troupes entre les frontières de Russie et de France, avec le réseau de voies parallèles à chacune des frontières, qu'ils ont” utilisé surtout dans la campagne de Pologne. Les voies transversales Nord-Sud, telles que la ligne Berlin-Vienne, ont été systématiquement omises.
- sation technique longuement préparée des chemins de fer qui sillonnent l’Allemagne.
- Si les phases actuelles de cette guerre, sans précédent dans l’histoire, sont des opérations militaires, toute leur préparation initiale fut œuvre d’ingénieurs.
- Les derniers progrès de /’Allemagne (février 19.14) le signalent sous la forme suivante :
- « Le nombre des lignes, la superficie et la longueur des quais d’embarquement dénotent une étude qui se perfectionne d’année en année.... Les Allemands préparent la guerre comme une opération industrielle de vaste envergure, dont ils calculent froidement toute l’organisation.... Ils resteront pacifiques jusqu’au jour où ils croiront le succès de la mise en train assuré.... Ce jour-là, le
- mands contre la coalition qui les étreint se fût épuisée en peu de semaines.
- Un aperçu méthodique de leurs grandes lignes fera comprendre leur effrayante puissance d’écoulement.
- Le réseau des voies ferrées allemandes à voie normale atteint sensiblement 60 000 km pour une superficie de 540 000 km2; il est d’un tiers supérieur au réseau français ; mais, si l’on tient compte des différences de peuplement des deux pays, il apparaît que le nombre de kilomètres par habitant est à peu près égal de part et d’autre. Toutefois en Allemagne les lignes à deux voies sont beaucoup plus nombreuses qu’en France. Quelques parcours même sont à quatre voies parallèles. Mais l’inégalité se manifeste surtout considérable
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- dans le développement extraordinaire que les Allemands donnent partout aux faisceaux de voies de croisements et de bifurcations, aux gares, aux quais d’embarquements. Il n’est pas nécessaire de connaître la science stratégique, d’ailleurs soigneusement tenue secrète, qu’ils y ont appliquée, pour se rendre compte des avantages que cette largeur de conception procure à leurs transports militaires.
- Les chemins de fer allemands sont possédés et exploités par les principaux états de l’Empire, situés sur leur parcours ; mais le voyageur ne s’aperçoit guère de ces diversités de réseau, car le jnême train et les mêmes wagons passent sans
- changement aucun d’un État dans un autre, en suivant les itinéraires qui relient entre elles les innombrables villes de l’Empire. Disons:-seulement qu’entre ces États règne une constante émulation de faire mieux, plus grand, plus confortable que l’État voisin. A peu près toutes les lignes sont parcourues par des express.
- La ponctualité des départs et des arrivées est, pour ainsi dire, mathématique. Nul doute que ces habitudes d’ordre et de précision n’aient largement favorisé la célérité des transports militaires.
- A jeter les yeux sur la carte des chemins de fer on reconnaît que les lignes les plus nombreuses et les plus importantes sont celles qui sillonnent le pays de l’est à l’ouest. Ce sont les seules que je veux envisager ici.
- Quatorze lignes ferrées franchissent le Rhin entre Bâle (frontière Suisse) et Wesel (près de la frontière de Hollande) (fig. 2). Leurs ponts sont respectivement à la hauteur de Mulhouse, Fribourg, Strasbourg, Rastatt, Landau, Mannheim, Worms, Mayence, Wiesbaden, Coblence, Cologne, Dusseldorf, Duisbourg, Wesel. D’autre part, le Rhin est encadré sur ses deux rives de deux lignes parallèles qui suivent assez fidèlement son cours et forment du sud au nord un faisceau de communications perpendiculaires aux 44 lignes qui le traversent. Grâce à ces deux lignes on peut jeter, sur un point quelconque de la rive gauche, des troupes amenées de l’est par l’une quelconque des quatorze artères.
- JL’importance de ces dernières est d’ailleurs fort inégale ; certaines vont se heurter sur la rive droite aux massifs de la Forêt-Noire ou du Tau-nus et ne sont que des débouchés secondaires. Néanmoins celles qui constituent des voies de grande communication sont encore fort nombreuses.
- Ce sont, en commençant par le Sud :
- rv 1° La ligne badoise de Mulhouse, Bâle (rive droite), Lindau, Munich;
- 2° La grande ligne internationale de Paris à Vienne, par Strasbourg, Carls-ruhe, Stuttgart, Augsbourg, Munich; 3° La ligne de Metz, Saarbruck, Landau, Bru-chsal, Heilbronn, Nuremberg;
- 4° Une quatrième ligne de capitale importance est celle de Metz à Francfort, par Bingerbruck et Mayence. Parvenus au réseau compliqué de lignes
- Fig. 2. — Carte montrant le réseau complet des chemins de fer sur la frontière franco-allemande et dans la région rhénane.
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- dont Francfort est le centre, les voyageurs de cette ligne peuvent rayonner de là dans toutes les directions ;
- 5° La cinquième ligne est la plus importante de toutes au point de vue militaire. Construite peu de
- quatre voies ; c’est la grande ligne de Paris à Berlin par Saint-Quentin, Maubeuge, Namur, Liège, Ver-viers, Aix-la-Chapelle, Cologne : la route de l’invasion de 1914.
- 7°, 8° D’Aix-la-ChapèlIe se détachent encore une
- Fig. 3. — La nouvelle gare de Leipzig.
- temps après la guerre de 1870, elle relie directement Metz à Berlin par la vallée sinueuse et encaissée de la Moselle, Trêves, Co-blenz, Cassel et M a g d e b o u r g.
- C’est celle que les Allemands désignent sous le nom de Canonen-strasse. Il faut ajouter que, dans ces dernières années, l’Eta t-Major allemand a exécuté autour de Metz, tout un lacis de voies ferrées d’utilité uniquement stratégique qui en font un camp retranché unique au monde.
- Ici s’arrête la série de voies de communications par lesquelles l’Allemand peut pénétrer en France sans traverser le Luxembourg ou la Belgique.
- 6° Plus au nord, nous arrivons à Cologne où le Rhin est franchi par un pont qui, depuis 1912, supporte
- septième ligne vers Dusseldorf et une huitième vers Duisbourg.
- 9° Enfin, pour se servir du dernier passage du Rhin à Wesel, il eût fallu que les Allemands violassent non seulement la Belgique, mais encore la Hollande.
- De Cologne, de Dusseldorf ou de Duisbourg, les voies ferrées pénètrent toutes à travers l’inextricable réseau des chemins de fer rhénan -westpha-liens, d’où elles peuvent gagner, par des voies parallèles ou divergentes, les grands centres de Brême, Hambourg, Hanovre, Magdebourg, Leipzig, Dresde, Berlin (fig. 1).
- L’examen attentif de la carte montre que la puissance d’écoulement des lignes du nord est de beaucoup supérieure à celle des lignes du midi de Cologne; et il, apparaît clairement que la violation
- Fig. 4. — Le grand hall de la gare de Leipzig.
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- — si odieuse qu’elle soit — du territoire belge était une nécessité absolue pour l’Etat-Major allemand et qu’il lui fallait non seulement traverser, mais occuper la Belgique entière, dont le réseau ferré est très dense, bien plus encore pour assurer le déplacement rapide de ses troupes de l’ouest à
- Fig. 5. — Le pont du chemin de fer de Mayence,
- seul État prussien a dépensé 480 millions de marks pour augmenter le matériel roulant de ses chemins de fer.
- Il n’est pas. invraisemblable que l’État-Major puisse faire circuler sur ces diverses lignes un train de 50 wagons toutes les 10 minutes, 6000 wagons par 24 heures et par ligne : ce qui représenterait, pour chaque direction, une armée de 100 000 hommes transportée en deux jours d’un bout à l’autre de l’Allemagne.
- Ces chiffres ne stupéfieront que ceux qui ne connaissent pas l’ampleur des installations affectées aux chemins de fer allemands. Il ne nous est pas donné de pénétrer l’organisation militaire des transports par voies ferrées; mais la vue des installations que les Etats confédérés ont aménagées pour le commun des voyageurs et pour les marchandises ne permet que trop d’envisager ce qu’ils ont fait pour le service de leurs armées.
- l’est que pour réussir l’attaque brusquée sur Paris qui était, à n’en pas douter, la base soigneusement établie du plan de guerre allemand.
- Il reste à examiner en quelques mots de quelles lignes les Allemands disposent pour porter leurs troupes, ramenées de l’ouest, sur l'immense front russe. Bien que beaucoup plus espacées, elles sont nombreuses aussi. ' t
- Si nous supposons les trains mili- f taires ramenés au cœur de l’Allemagne par les voies ci-dessus' énumérées, nous voyons que ces armées peuvent passer par Cologne, Brême,
- Hambourg, Stettin et Bromberg pour se rendre en Prusse orientale; par Berlin, Posen et Thorn pour gagner la basse Vistule ; par Leipzig, Torgau,
- Breslau, Beuthen, ou bien encore par Dresde et Prague (en Bohême), ou enfin par Munich, Linz et Vienne, pour se diriger sur Cracovie.
- Les distances à franchir entre la Belgique et ces divers points oscillent autour de 1200 à 1400 km. Il suffit de 36 heures pour les parcourir. Mais la question capitale est de disposer de quais d’embarquement assez vastes et d’appareils de manutention d’une puissance suffisante pour éviter l’encombrement et les retards, et en même temps d’un matériel roulant d’une énorme capacité. Sur ces deux points les Allemands avaient prodigué les efforts. Leurs quais d’embarquement nous étonnent par leur immensité et la perfection de leurs aménagements et les statistiques nous apprennent que, dans l’année 1912, le
- Beaucoup de Français sont allés jusqu’à Cologne et tous furent frappés par les proportions, inconnues chez nous, de la gare où ils pénétrèrent. Ce fut, en effet, la première en date des grandes gares allemandes. Mais, depuis 25 ans, elle a été successivement dépassée par celles de Hanovre, de Munich, de Francfort, de Dresde, de
- Fig. 6. — Gare de Dresde.
- Hambourg, de Metz et enfin de Leipzig, actuellement la plus vaste d’Europe.
- Chacun de ces édifices répond à un programme différent et affecte une disposition différente aussi des précédents.
- Et ceci est une remarque générale pour les gares allemandes. Toutes ont été reconstruites, quelques-
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- unes même plusieurs fois, depuis 1870, et l’on n’en trouverait pas deux qui l’aient été sur le même plan. Ce manque d’uniformité n’est point sans doute systématique, mais il indique que chaque exemplaire a été spécialement étudié en vue des conditions particulières, toujours variables, auxquelles il avait à satisfaire.
- La plus originale comme disposition et la plus luxueuse aussi est celle de Dresde qui est à la fois un terminus et une gare de passage. A cet effet elle contient deux étages de voies : celles qui sont au niveau du sol, logées sous un vaste hall, viennent buter contre les bâtiments de la gare, pendant que celles du 1er étage, qui s’allongent à droite et à gauche des premières, traversent de part en part le bâtiment.
- Obéissant à cet orgueil croissant, qui est, en voie de les perdre, les Allemands ont décrit dans mille journaux ou revues, comme les merveilles de notre époque, ces fameuses gares, que chaque cité dressait l’une après l’autre de plus en plus gigantesques.
- La gare de Leipzig a donné lieu à une explosion d’enthousiasme d’autant plus frénétique, que son ouverture a coïncidé avec les fêtes qui ont salué l’anniversaire de la grande bataille de 1813.
- Le monument dont le devis, y compris les travaux d’accès, s’est élevé à 200 millions de francs, a été mis au concours et les architectes Lossow et Kuhne de Dresde en ont été les vainqueurs. Il a été encore élargi à l’exécution.
- La façade de l’édifice se développe sur une longueur de 500 mètres.
- Le hall des trains couvre 26 voies, entre chacune desquelles court un trottoir large de 10 m. Chaque voie — et non chaque paire de voies — est enserrée entre deux trottoirs : l’un affecté aux voyageurs, l’autre aux bagages et au service du train. Le niveau de ces deux trottoirs est différent; celui des voyageurs est à la hauteur du plancher des wagons; celui des bagages est un peu moins élevé, de telle sorte que la plate-forme des chariots à bagages soit au niveau du seuil des fourgons. Tout encombrement, tout heurt est par là radicalement évité. La poste et les colis postaux ne sont pas manutentionnés dans cette halle, mais dans un bâtiment spécial situé à 2 km d’où les wagons-poste arrivent avec la locomotive et les voitures vides.
- ACADÉMIE
- Séances du 4 au 4 janvier.
- Sur l’épreuve rapide des lunettes d’approehe et particulièrement de celles de petites dimensions. Description d’une mire universelle pour cette épreuve. — Pour les petits instruments d’optique, on utilise d’ordinaire comme mires des caractères d’imprimerie de grandeur décroissante. M. Bigourdan s’est proposé de construire une mire universelle permettant de comparer des
- La disposition générale des aménagements est assez simple dans son immensité. Deux salles de pas-perdus jumelles dans lesquelles les gens qui circulent à un bout semblent des nains à ceux qui les regardent de l’extrémité opposée; au fond de chaque salle un large escalier en perron, qui conduit les voyageurs à la halle de départ perpendiculaire aux voies. Cette halle a 260 m. de longueur. Les bagages sont transportés mécaniquement par 15 couloirs souterrains au droit de chacune des paires de voies, et un ascenseur les dépose en face même du fourgon.
- Des buffets immenses, des bureaux de poste et de télégraphe, un établissement de bains, des boutiques de toute sorte ont tromré leur place à travers ces énormes espaces. Tout cet ensemble Arnus impose par sa grandeur, mais point du tout par son esthétique. Le ciment armé a trouvé là une application gigantesque, et les audacieuses voûtes du hall qui recouvre les voies en sont exclusivement constituées. La surface totale couverte mesure plus de 80 000 mètres carrés.
- Les chemins de fer sont tout naturellement ce qui frappe le plus le voyageur de passage; mais l’organisation de toutes choses en Allemagne égale celle des voies ferrées.
- Grâce à leur impeccable méthode de travail, les Allemands eussent peu à peu conquis le monde par les arts de la paix, si un orgueil aveugle ne leur eût suggéré l’ambition de le conquérir brutalement par les armes. Tout porte à conclure que ce pays s’est suicidé.
- Lorsque nos armées y pénétreront, l’Allemagne verra brusquement plus de Français qu’elle n’en a reçu depuis un demi-siècle, et, parmi nos combattants, il y aura, à côté des militaires de profession, une multitude de savants, d’ingénieurs, de commerçants, d’ouvriers intelligents, c’est-à-dire d’observateurs attentifs. Ils rapporteront, avec le butin et les lauriers dus au vainqueur, la connaissance de cette culture professionnelle allemande dont on a tant parlé et la volonté d’en utiliser chez nous les procédés en les portant à cette perfection qui constitue la marque française. Ce ne sera pas le résultat le moins avantageux de la victoire.
- Victor Cambon,
- Ingénieur E. C. P.
- ÎS SCIENCES
- 11 janvier t$i5.
- mesures faites en des lieux éloignés. Cette mire, formée de traits verticaux parallèles et de chiffres, donne le moyen de déterminer le pouvoir séparateur, l’astigmatisme et le champ.
- Dosage du saccharose dans les mélasses des betteraves. — M. Émile Saillard a cherché une méthode qui élimine à la fois TinÜuence des matières azotées et des sels et qui rende les polarisations comparables et dans
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- la solution de mélasse et dans la "solution de sucre pur qui sert à établir le coefficient d’inversion. Sa méthode par double polarisation neutre répond à ces exigences.
- Pellicule de aélatine souple et inflammable pour la radiologie. — M. Landouzy présente une pellicule de gélatine propre à la radiologie et rendant pour elle les services bien connus des pellicules souples en photographie ordinaire.
- Sur les formations tertiaires du bassin de la mer de Marmara. — M. N. Arabu a étudié l’étage vindobonien de la Troade qu’il a reconnu et suivi jusqu’aux Dardanelles. Il a continué cette étude dans la séance du 11 janvier.
- Sur le philothion dans le cristallin des yeux des animaux. M. J. Rey-Pailhade a reconnu, dans des cristallins de bœuf, de veau, de mouton, de cheval, etc., le philothion, albumine spéciale caractérisée par l’existence dans sa molécule d’hydrogène labile capable de se com-
- biner au soufre libre à 40°. La sensibilité du tissu cris-tallinien vis-à-vis d’un agent chimique aussi peu actif que le soufre permet de comprendre les cas de guérison de la cataracte par des médicaments tels que l’iodure de sodium, le carbonate de sodium, etc. Cette réaction du soufre place le tissu du cristallin à côté de celui du muscle strié.
- 11 janvier.
- Sur le flambement des tiges cylindriques. — Le flam-bement est la déformation brusque que subit, sous l’action de la charge, une tige trop grêle ou une plaque trop mince, avant même que la limite d’élasticité soit atteinte. M. Lecornu étudie mathématiquement ce phénomène.
- Sur la diffusion de la lumière par l’air. — M. J. Ca-bannes a étudié ce phénomène auquel on attribue le bleu du ciel et a reproduit expérimentalement le résultat.
- LA GUERRE CHEZ LES FOURMIS
- Fig. i. — Polyergus rufescens {fourmi amazone) écrasant entre ses mandibules la tête d’une fourmi fusca.
- Il ne faudrait pas croire — et ceci est relativement consolant
- — que la guerre soit l’apanage — le triste apanage
- — de l’espèce humaine. Des « crises » analogues peuvent se
- rencontrer chez les animaux et, notamment, chez ceux qui vivent en sociétés nombreuses. De ce nombre sont les fourmis, dont le caractère, d’ailleurs, est irascible, et qui, sans aucune raison que la haine, partent en guerre — le mot est rigoureusement exact — contre des fourmis voisines, de même espèce ou d’espèce différente : le but qu’elles poursuivent n’est pas, comme on pourrait le croire, de leur prendre des victuailles — elles reviennent les mandibules vides ou seulement chargées de blessés — mais, seulement, d’administrer à leurs ennemies momentanées, une « raclée » soignée.
- Comme on pourrait croire que j’invente ces dires pour a corser » l’actualité, je vais en emprunter les éléments à un naturaliste bien connu — P. Huberj1) — qui vivait, il y a de nombreuses années, et que ses études, si précises sur les fourmis, ont rendu célèbre.
- Les Fourmis n’ont comme armes de guerre que leurs six pattes, qui leur permettent de monter à l’assaut avec la rapidité que l’on sait, les mandibules (pinces) qui garnissent la bouche et qui sont très acérées, parfois un aiguillon, enfin une vésicule d’acide formique, liquide brûlant dont elles bombardent l’ennemi — artillerie rudimentaire — en
- 1. Becherelles sur les mœurs des fourmis indigènes, Paris, 1810.
- se dressant sur les pattes de derrière, et en faisant passer leur abdomen entre celles-ci pour que la projection puisse partir en avant.
- Leurs combats varient de tactique suivant l’ennemi à combattre, selon qu’il est en nombre plus ou moins grand ou que la taille des belligérants soit très inégale. « J’ai suivi, raconte Huber, les combats des Fourmis Hercules contre les Sanguines : les Hercules sortaient du tronc d’un arbre dans lequel elles avaient établi leur demeure, et venaient jusqu’aux portes de celle des Fourmis Sanguines; celles-ci de moitié plus petites que leurs adversaires avaient l’avantage du nombre; cependant elles se tenaient sur la défensive. Le terrain, jonché des cadavres de leurs compatriotes, attestait qu’elles avaient eu le dessous ; aussi prenaient-elles le parti prudent de fixer ailleurs leur habitation, et, par un recrutement dans toutes les règles, elles transportaient à plus de cinquante pieds de là leurs compagnes et tous les objets qui les intéressaient. Plusieurs petites troupes d’ouvrières, postées à peu de distance du nid, paraissaient être préposées pour couvrir la marche des recruteuses et préserver la cité même d’une attaque soudaine; elles se heurtaient les unes les autres quand elles se rencontraient, et avaient toujours leurs pinces écartées d’un air menaçant.
- Aussitôt que les Fourmis Hercules s’approchaient de leur camp, les sentinelles les plus avancées les assaillaient avec fureur : c’était d’abord un combat singulier; la Fourmi Sanguine se jetait sur la Fourmi Hercule, se cramponnait à sa tête, retournait son ventre vers la poitrine de sa rivale, ou contre la partie inférieure de sa bouche, et l’inondait de son venin ; quelquefois elle repartait aussitôt avec une extrême promptitude : le plus souvent la Fourmi Hercùle enlaçait entre ses pattes son audacieuse ennemie ; les deux antagonistes se rou-
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- laient dans la poussière et luttaient avec acharnement. L’avantage était d’abord en faveur de la plus grande, mais sa rivale était bientôt secourue par celles de son parti, qui s’attroupaient autour de la Fourmi Hercule, et lui faisaient avec leurs dents de cruelles blessures. »
- C’est là, plutôt, une « rixe », un simple combat. Pour voir la guerre dans toute sa beauté — ou son horreur, comme on voudra — il faut examiner des colonies de fourmis où les soldats ou ouvrières sont de taille peu différente. Le cas estfréquent dans les forêts, a C’est là, dit Huber, que j’ai pu observer deux des plus grandes fourmilières aux prises l’une avec l’autre. Je ne dirai pas ce qui avait allumé la discordé entre les deux républiques ; elles étaient de la même espèce, semblables pour la grandeur et la population, et situées à cent pas de distance. Qu’on se représente une foule prodigieuse de
- recommençait avec plus de fureur que la veille. Le succès fut longtemps balancé ; cependant, vers le milieu du jour le champ de bataille s’était éloigné d’une dizaine de pieds de l’une des cités ennemies ; d’où je,conclus qu’elle avait gagné du terrain. L’acharnement des fourmis était si grand que rien ne pouvait les distraire de leur entreprise ; elles ne s’apercevaient point de ma présence, et quoique je fusse immédiatement au bord de leur armée, aucune d’elles ne grimpa sur mes jambes ; elles n’avaient qu’un seul objet, celui de trouver une ennemie qu’elles puissent attaquer. Ce dévouement pour la patrie n’est-il pas étonnant dans de si petits insectes ! » *
- Une analogie encore plus grande avec les incidents de notre guerre se, rencontre chez les Fourmis Sanguines et les Fourmis Fauves. Les premières, lorsqu’elles sont attaquées, par les secondes, vont les
- Fig. 2 et 3. — Amazones revenant d’une expédition contre fourmis fusca et rapportant des coqtles et des nymphes. Fourmi rufa bombardant 3 fusca (peut se faire à 6o centimètres de distance).
- ces insectes, remplissant tout l’espace qui séparait les deux fourmilières, et occupant une largeur de deux pieds; les armées se rencontraient à moitié chemin de leur habitation respective, et c’est là que se donnait la bataille. Des milliers de fourmis, montées sur les saillies naturelles du sol, luttaient deux à deux, en se tenant par leurs mandibules vis-à-vis l’une de l’autre ; un plus grand nombre encore se cherchaient, s’attaquaient, s’entraînaient prisonnières; celles-ci faisaient de vains efforts pour s’échapper. Le champ de bataille avait deux à trois pieds carrés ; une odeur pénétrante s’exhalait de toutes parts; on voyait nombre de fourmis mortes et couvertes de venin; d’autres, composant des groupes et des chaînes, étaient accrochées par leurs pattes ou par leurs pinces et se. tuaient tour à tour en sens contraire.... À l’approche de la nuit chaque parti rentrait graduellement dans la cité qui lui servait d’asile. Mais les fourmis retournaient au combat avec l’aurore, les groupes se formaient, le carnage
- attendre en petites troupes à quelque distance du nid, — telle l’armée de Paris partant pour la bataille de la Marne; — elles avancent en corps, sans s’écarter les unes des autres — tels les Boches sur les bords néfastes (pour eux) de l’Yser .— ; elles saisissent ainsi toutes celles de leurs ennemies qui se hasardent trop loin de leur camp. « Cette petite guerre est fort amusante pour l’observateur: On voit les deux partis se mettre en embuscade et s’attaquer tour à tour à l’improviste. Mais quand les Sanguines s’aperçoivent que les Fourmis Fauves s’avancent en force contre elles, elles savent informer celles' de la fourmilière du besoin qu’elles ont de leur secours ; et aussitôt une armée considérable sort des portes de la cité Sanguine, s’avance en masse, et enveloppe le peloton ennemi. Ces combats se renouvelaient constamment entre ces deux fourmilières, dont les nids étaient assez éloignés l’un de l’autre, mais placés le long de la même haie, de ' manière que leurs sentiers se prolongeaient jusque
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- sur leurs terrains respectifs. En faut-il davantage pour allumer la guerre entre des plus grands empires? » On ne saurait mieux dire....
- Il ne faudrait pas croire que [les combats décrits par Huber sont exceptionnels ; il est loisible à tout le monde — pour peu qu’il habite la campagne — de le constater à nouveau de visu. À titre de curio-
- ordre (?) et sans changer leurs positions respectives. Les deux corps latéraux ne prirent point part à l’action principale; celui de l’aile droite fit une halte pour former une armée de réserve (?) tandis que le corps qui marchait en colonne à l’aile gauche, manoeuvrant de manière à tourner l’armée ennemie, s’avança rapidement vers la fourmilière de Formica
- Fig. 4 et 5. — Lutte de deux fourmis fusca s'attaquant par les mandibules. Les mêmes étant tombées pendant la lutte, des fourmis des deux camps ennemis essayent de séparer les combattants.
- sité, je rapporterai le récit suivant, dù à M. Hanhart (de Bâle) — citons les nations neutres ! — relatif à deux espèces bien connues, la Formica fusca et la Formica rufa. « Ces insectes, raconte-t-il, s’approchèrent dans un ordre de bataille composé de leurs divers escadrons et marchaient dans le plus grand ordre (?) Les Formica fusca s’avancaient sur une colonne de front, formant une ligne de 3 à 4 m. de long, flanquée de différents corps, disposés en carrés (?) et composé de vingt à soixante combattants, On voit que ces Fourmis affectaient ce que le chevalier de Folard appelle Ÿordre mince. La seconde espèce, plus nombreuse, avait un front beaucoup plus étendu, quoiqu’elle eût deux ou trois lignes de combattants. Cette disposition plus savante
- rufa et la prit d’assaut. Les deux armées s’attaquèrent avec acharnement et combattirent longtemps sans rompre leurs lignes ; la lutte était des plus acharnée! Les adversaires se mordant sans miséricorde (ne s’agirait-il pas fies troupes hindoues?), pattes et antennes pendaient arrachées ; la fureur et la rage des combattants étaient poussées à un tel degré que si on tirait une Fourmi de la mêlée, elle courait sur la main sans même songer à mordre et ne touchait pas au sucre placé devant elle. À la fin, le désordre se mit sur différents points, et la bataille continua par groupes détachés.
- « Après un combat sanglant, qui se prolongea de trois à quatre heures, les Formica rufa furent mises en fuite, abandonnant leurs deux fourmilières
- Fig. 6 et y. — Cinq fourmis execta maintiennent une fourmi rufa pendant qu’une sixième lui scie le cou. Une femelle de fourmi pennsylvanica, attaquée par sept fourmis rufa, broie le thorax d’une d’entre elles pendant que les autres la maintiennent.
- se rapprochait davantage de Y ordre profond. Les Formica fusca laissèrent des détachements près de leurs collines ou fourmilières pour les défendre contre une attaque imprévue (?). La grande ligne était flanquée sur la droite d’un corps compact de plusieurs centaines de combattants; un corps semblable de plus de mille flanquait l’aile gauche ; les différents corps avançaient dans le plus grand
- et se réfugièrent sur d’autres points avec les débris de leur armée. »
- Évidemment, ce récit ne manque pas d’un grain de fantaisie, mais il indique bien que,, lorsqu’on assiste à un combat de Fourmis, on a l’impression de contempler une guerre réelle entre civilisés (?) vue par le gros bout de la lorgnette.
- . Henri Coupin.
- Le Gérant : P. Masson. •— Imprimerie Lahuke, rue de lleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2157.
- 30 JANVIER 1915.
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- Pola, le grand port militaire et arsenal de l’Autriche-Hongrie, ne compte que 58 ans d’existence comme établissement maritime moderne.
- Mais les Romains en avaient déjà fait une impor-
- (ou menace) Venise et Ancône I Pour sa propre défense et la sécurité de ses escadres, Pola possède les dentelures sinueuses et les îles ou écueils innombrables qui terminent l’istrie (fig. 8), et sa rade
- Fig. i. — Côtes et eniree du port de Pola.
- Fig. 2. — Le port et les arènes de Pola.
- Fig. 3. — Amphithéâtre romain (arènes) de Pola.
- tante station pour leurs flottes de l’Adriatique sous le nom de Colonia, Pielas Julia.
- Sa position est en effet exceptionnellement avantageuse à l’extrémité nord de l’Adriatique : vers la pointe méridionale de la péninsule d’Istrie, Pola couvre les deux florissants ports commerciaux de Fiume (Hongrie) au fond du golfe de Quarnèro et de Trieste (Autriche) ; en même temps elle surveille
- même (Porto di Pola) (fig. 9) offre aux plus puissants cuirassés un abri tout à fait sûr avdh des profondeurs de 10 à 50 m. ; -cependant elle est devenue un peu restreinte pour l’évolution des encombrants navires de guerre actuels. Selon la légende, Pola aurait été fondée en 1550 av. J.-G. par les Golchiens poursuivant Jason et Médée pour leur reprendre la Toison d’Or ! Les Romains l’occupèrent
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- dès 178 av. J.-C. et l’érigèrent en colonie entre 44 et 27 ay. J.-C. Sous Auguste elle compta 55 000 habitants. Prise par Venise en 1148, elle fut, durant deux siècles, âprement disputée entre celle-ci et Gênes ; la lutte des deux Républiques pour la possession de Pola aboutit à la destruction totale de la ville en 1379 par les Génois, après leur victoire navale dans le canal de Fasana. Maintes fois ravagée par la peste, ce n’était plus, à la fin du xvme siècle, qu’une bourgade de 600 habitants. Durant l’occupation française ( 1806-1813), Napoléon fit édifier un fort sur l’îlot Saint-André.
- La création de l’arsenal maritime, décidée en 1848, ne remonte qu’au 9 décembre 1856 (date de la pose de la première pierre par l’empereur) ; il présente donc l’avantage d’avoir été édifié sur un plan d’ensemble relativement récent, que n’encombrent point de séculaires installations et bâtisses surannées, comme dans les ports de l’Europe occidentale. Son extension a été si constante que Pola comptait 16 524 habitants en 1869; 25 000 en 1879; 58 937 en 1890; 70 499 en 1910. Le développement del’ar-senal s’accomplit surtout de 1865 à 1881. En ces dernières années ou a dû agrandir ses bas-sins, dont les deux premiers datant de 1870 ne mesurent que 126 m. de longueur, 25 m. 20 de largeur et respectivement 8 m. 69 et 9 m. 48 de tirant d’eau. Le chemin de fer d’Istrie vint s’y terminer en 1876.
- C’est au cap Compare, à la sortie de Pola, que l’amiral Tegethoff en 1866 rangea l’escadre autrichienne en bataille, à la veille de sa victoire navale de Lissa !
- Le fond de la rade est partagé en deux par Pile des Oliviers (Scoglio Olivi) ; au Nord est le port de commerce, au sud le port de guerre. L’arsenal (avec son musée de la marine, ses ateliers de construction de torpilles Whitehead, etc.), et les casernes de la marine occupent toute la partie Sud de la ville.
- Sur le Scoglio Olivi sont concentrés les docks, chantiers, cales de radoub, etc., de la flotte austro-hongroise. ‘
- C’est là qu’on utilisa en 4860 pour la première fois le balance-docli, ce système de dock flottant, dont les flancs sont remplis d’eau pour recevoir, comme un sas d’écluse, le navire à réparer : celui-ci une fois entré et étayé, le dock est vidé, par des pompes, de son ballast d’eau, et tout l’appareil,
- vaisseau compris, s’élève et émerge pour le travail.
- Une ancienne célébrité de l’arsenal de Pola a terminé ses services : ce fut le fameux Cyclope, navire-atelier construit à Toulon, et pourvu de forges et de marteaux-pilons, qui suivait les escadres pour effectuer les réparations en mer. Il n’a pas eu de successeur.
- La ville même de Pola, la civile, est franchement italienne; derrière l’arsenal, les nouveaux quartiers, avec les promenades, l’école et le casino de la marine, les casernes, l’office hydrographique et l’observatoire, bref la colonie militaire et administrative sont d’allure austro-allemande, atténuée par la Babel de langages qui caractérise l’hétéroclite empire dualiste.
- Au nord de Fasana le village de Peroi constituait même, depuis plus de deux siècles et demi, une colonie monténégrine établie par les Vénitiens en 1658, et qui a dû singulièrement pâtir des événements actuels.
- Les côtes difficiles des abords de Pola sont désertes, enlaidies par des carrières et peu élevées (entre 12 m. et ' 75 m.), quoique abruptes sur la mer même (profondeurs de 50 à 40 m. contre la rive), par conséquent défavorables à toute tentative de débarquement; les figures 1 et 2 montrent comment elles sont couronnées, ainsi que les îles Brioni, etc. (infestées de dangereuses vipères et par la malaria) de fortifications plus ou moins modernisées. On attend toujours l’événement sensationnel qui les mettra aux prises avec la flotte anglo-française. Il paraît avéré que l’audacieux sous-marin français Curie s’est malencontreusement empêtré dans les filets posés pour garder les cuirassés autrichiens. D’autre part, l’un des trois plus forts de ceux-ci, le Viribiis-Unitis, semble avoir subi un sérieux dommage (*). Comme le Prinz-Eugen et le Tegethoff' (et un quatrième le Szvent-Istvan, qui vient d’être lancé), c’est un dreadnought (1910-1912) de 151 m. de longueur, 8 m. 20 de tirant d’eau, 20 000 tonnes de déplacement, avec turbines de 26000 chevaux, donnant 21 nœuds 5 de vitesse; un cuirassement allant jusqu’à 505 mm, 12 canons de 305 mm, 12 de 152 mm, etc. (quatre autres superdreadnought, plus puissants sont en préparation).
- L’alimentation en eaù de l’arsenal de Pola a
- 4. Ainsi que le Radelzky et le Erz Fr. Ferdinand, frères du Zrinyi (type Danton) précédemment coulé.
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- donné lieu aux plus grandes difficultés (qui ne semblent pas encore suffisamment résolues), à cause de la sécheresse du sol calcaire des alentours, prolongement du plateau karstique de l’Istrie. Sur cette question, je ne puis que renvoyer les spécialistes à la savante élude du Dr Stache(1).
- Le principal attrait de Pola réside dans ses remarquables restes de la domination romaine, qui comprennent (2) :
- Le Portique à six colonnes du Temple d’Auguste 119 av. J.-C.) ou 8 ap. J.-C.) (fig. 5).
- La Porta Àurea, ou arc de triomphe de Sergius du Ie1' siècle ap. J.-C. (fig. 6).
- Deux portes de la muraille antique [Porta Erculea et Porta Gemina (fig. 7)] découvertes en 1845.
- Un mur de temple (de Diane) dans le Municipio (hôtel de ville des xive et xvne siècles).
- Fig. .5. — Temple d’Auguste.
- ses palais, tandis que les trois étages de la façade au pourtour sont complets avec leurs 72 ouvertures (3) sur 24 à 29 m. de hauteur. L’ordonnance en est des plus élégantes.
- La destruction (qui remonte à 1379), a abouti exactement à l’inverse de celle de l’amphithéâtre de Vérone, où tout l’intérieur (gradins compris) est conservé, alors qu’il ne reste qu’une toute petite section (4 arcades) du pourtour. Les arènes de
- Fig. 6. — Porta Aurea.
- Enfin et surtout les arènes, une des plus intéressantes ruines romaines qui subsistent, car elles présentent cette particularité unique d’être complètement anéanties à l’intérieur et tout à fait intactes à l’extérieur; il n’en subsiste pas un gradin, pas un couloir, pas un escalier ; Venise avait emporté les degrés pour en orner
- 1. Dr Guido Staciie. Die Wasserversorgiuig von Pola, Vienne, chez Ilokler, 1889,'100p. et 4 pl.
- 2. Vov. Ch. Yriarte. Les bords de l’Adriatique, Paris, Hachette, 1878, p. 128-143. ScmvEiZER Lerchenfeed, Die Adria, Vienne, llartleben, 1883, p. 98, 140.
- 5. Du côté Est l’étage inférieur est interrompu, le monument s’étant appuyé là sur la déclivité d’une colline.
- Fig. 7. — Porta Gemina.
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- Pola semblent avoir été vidées exprès, comme un fruit trop mùr dont on n’aurait laissé que l’enve-
- à cause de certaines dispositions spéciales qu’on n’a retrouvées dans aucun autre amphithéâtre romain : les 4 avant-corps saillants en forme de tours qui signalaient les principales entrées; — les escaliers qu’ils contiennent et les plaques de marbre à jour qui en forment encore les fenêtres ; — les corbeaux en saillie du troisième étage qui soutenaient les mâts du velarium ; — un attique avec basses ouvertures et une gouttière très singulière, etc.
- Aucune restauration n’a détérioré cette saisissante carcasse : la construction avait été si soignée que la disparition totale du ciment n’a provoqué nulle rupture, bien qu’entre les interstices des pierres disjointes on aperçoive le jour !
- Que nos obus, fidèles aux lois de la chevaleresque culture fran-
- Fig. 8. — Carte de la pointe d’Istrie.
- loppe, comme une épave de navire réduite à sa simple coque trouée de sabords. Peu de ruines sont plus impressionnantes que celle-ci, aussi bien vue de très loin, quand on commence à l’apercevoir en arrivant à Pola par mer (fig. 1), que contemplée du milieu de son enceinte, avec le bleu du golfe ou du ciel et la silhouette des engins de guerre marine transparaissant par les arcades (fig. 4).
- Le monument était de grandioses dimensions : 137 m. sur 110 (70 m. sur 45 m. pour l’arène seule), avec places pour 25000 spectateurs. Il remonte au ne ou au ine siècle de notre ère, et ses beaux matériaux en grès blanc d’Istrie ont revêtu la
- Fig. 9. — Plan du port dé Pola. (D’après la carte de la Marine autrichienne.)
- plus chaude patine, dorée par l’âge et le soleil. C’est une relique précieuse pour les archéologues,
- çaise, épargnent cet admirable legs du plus grand empire du monde ! E.-A. Martel.
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- La plupart des maladies infectieuses ne récidivent pas : une première atteinte confère l’immunité. C’est ce que les Chinois remarquèrent, mille ans environ avant l’ère chrétienne. La variole faisait en Chine des ravages terribles. Or, tout individu qui 'avait résisté à une première atteinte, pouvait séjourner sans inconvénient dans les foyers infectés. Il y avait donc un avantage économique considérable à favoriser le développement de la maladie dans le jeune âge. En cas de mort, la perte sociale était minime; en cas de survie, la valeur du sujet devenu invulnérable était considérablement accrue. Telles furent les raisons qui déterminèrent les Chinois à pratiquer la variolisation, c’est-à-dire l’inoculation de la maladie. Il est remarquable qu’une pareille idée ait pu naître et se développer à une époque où les maladies étaient plus souvent attribuées à la colère divine qu’à la contagion, et qu’elle ait abouti à une méthode prophylactique qui devait être reprise seulement à la fin du xvme siècle.
- La variolisation était pratiquée en insérant sous la peau des sujets ou en introduisant dans leurs narines des croûtes prises sur des convalescents. L’infection inoculée est beaucoup plus bénigne que l’infection contractée spontanément. Le résultat s’explique facilement : l’agent pathogène est introduit dans des régions peu favorables à son développement et chez un sujet bien portant, nullement prédisposé à l’infection, tandis que, dans les conditions habituelles, il faut, le plus souvent, que la résistance ait été diminuée par l’intervention de causes prédisposantes ou adjuvantes.
- Cependant la variolisation n’est pas toujours inoffensive; l’organisme inoculé peut se trouver dans des conditions de prédisposition telles, que l’infection s’étend et revêt une marche sérieuse aboutissant parfois à la mort. Enfin, même si le sujet inoculé résiste, les quelques pustules qui se développent peuvent propager le mal et constituent un danger pour l’entourage; plus d’une fois elles ont servi de point de départ à des épidémies.
- Malgré ces réserves, la variolisation rendait de grands services. Elle s’introduisit peu à peu en Perse, puis en Turquie. En 1721, la femme de l’ambassadeur d’Angleterre à Constantinople, lady Montague, qui fut témoin des résultats obtenus par ce procédé, le fit connaître à son retour à Londres. La nouvelle méthode se répandit rapidement et fut très heureusement modifiée par deux fermiers écossais, les frères Suttey, qui inventèrent les inoculations sous-épidermiques.
- La variolisation n’a plus aujourd’hui qu’un intérêt historique, elle a cédé devant un autre procédé qui fut introduit dans la science à la fin du xvme siècle.
- 1. La fréquence des infections en temps de guerre donnant un intérêt considérable à l’étude de leur prophylaxie, il nous a semblé utile de publier une étude d'ensemble sur la question. L. R.
- On savait depuis longtemps, dans certaines régions de l’Angleterre et notamment dans le comté de Glocester, que les individus qui soignent les vaches ont souvent sur les doigts de petites pustules contractées au contact des animaux atteints de cow-pox et que cette éruption leur confère l’immunité contre la variole. En 1768, Sutton et Fewster attirèrent l’attention sur ces faits. C’est alors que Jenner eut l’idée de pratiquer systématiquement, dans un but prophylactique, l’inoculation du cow-pox. En 1798, il fit connaître le résultat de ses recherches ; il établissait que le virus provenant de la vache est inoculable à l’homme, qu’il est transmissible d’homme à homme, conservant toujours ses caractères fondamentaux, car, réinoculé à la vache, il reproduit l’éruption caractéristique. Enfin, l’inoculation du virus prélevé sur une vache ou sur un homme préalablement inoculé, confère l’immunité contre la variole. On objecta que la résistance n’était pas parfaite; quelques sujets inoculés contractaient plus tard la maladie. Mais celle-ci restait bénigne et tournait court avant la période de suppuration ; elle affectait une évolution spéciale qui lui a valu le nom de varioloïde.
- La découverte de Jenner posait un problème intéressant qui n’est pas encore résolu. La maladie de la ‘vache ou vaccine (vacca, vache), mérite-t-elle d’être considérée comme une infection spéciale ou doit-elle être regardée comme une infection variolique modifiée par une longue série de passages sur les bovidés. La plupart des savants français sont partisans de la dualité. En Allemagne et en Suisse, on a poursuivi des recherches tendant à établir qu’on peut transformer le virus variolique en virus vaccinal. Quelle que soit la solution qu’on adopte, on peut conclure que l’inoculation de la vaccine est le premier exemple d’une inoculation prophylactique, efficace et inoffensive. Que la vaccine soit un virus spécial ou un virus variolique modifié, elle détermine chez l’homme une éruption locale, qui ne se généralise que dans des cas exceptionnels et qui, même lorsqu’elle s’étend, reste toujours bénigne.
- On se sert, pour b>s inoculations préventives, du liquide (lymphe vaccinale) recueilli dans les pustules d’un enfant ou d’un bovidé. C’est généralement à la vaccine animale qu’on a recours aujourd’hui. De jeunes veaux sont préalablement inoculés par de nombreuses scarifications sur les flancs et servent ainsi à la culture du vaccin. Il faut espérer que les tentatives, qui se poursuivent actuellement, permettront de cultiver le virus vaccinal dans des milieux artificiels et supprimeront le passage par les animaux.
- D’après leur étymologie, les mots vaccin et vaccination ne devraient s’appliquer qu’à la maladie de la vache et à son inoculation. Mais, détournés de leur sens primitif, ils désignent aujourd’hui toute une série de virus employés dans un but prophy-
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- lactique. C’est ainsi qu’on parle de vaccin charbonneux et de vaccinations anticharbonneuses.
- Le vaccin charbonneux n’est employé qu’en médecine vétérinaire, mais son étude est capitale, car la méthode a été le point de départ d’innombrables découvertes.
- C’est à Toussaint, professeur à l’École vétérinaire de Toulouse, que revient le mérite d’avoir fait la première tentative de vaccination anti-charbonneuse. Il chauffait du sang charbonneux à 55° pendant 10 minutes et pensait tuer par ce moyen les bacilles qu’il renferme. En inoculant le sang ainsi préparé il voyait périr quelques animaux ; mais ceux qui survivaient étaient devenus réfractaires. Toussaint pensait vacciner avec les produits solubles déposés dans le sang par le bacille charbonneux; en réalité il employait des microbes atténués. C’est ce que démontra Pasteur, qui, en soumettant les cultures charbonneuses à l’action de la chaleur, parvint à créer des vaccins qu’on peut graduer exactement.
- Le principe des vaccinations pastoriennes consiste à cultiver le bacille du charbon à 42n ; le microbe se développe, mais il ne donne pas de spores et sa virulence diminue de plus en plus. Si, après un séjour plus ou moins long à 42°, on reporte le microbe dans un milieu nouveau et si on le place à la température eugénésique de 37 ou 38°, il se développe, donne des spores, mais conservé le degré d’atténuation auquel il était parvenu. Pasteur prépare deux vaccins : l’un, dit premier vaccin, provient d’un bacille qui est resté de 15 à 20 jours à 42°; il est tellement affaibli qu’il ne tue plus les animaux, sauf le cobaye nouveau-né. Le deuxième vaccin, qui a séjourné de 10 à 12 jours à 42°, tue encore le cobaye adulte.
- Dans la pratique, on inocule successivement ces deux virus atténués, mais vivants, et on immunise ainsi sans aucun risque chevaux, moutons et bovidés. On conçoit facilement l’importance économique de la méthode et on comprend que l’homme, ne contractant guère le charbon qu’au contact des animaux, se trouve protégé indirectement.
- Les vaccinations anti-charbonneuses préservant contre une contamination éventuelle, on est conduit à se demander si une méthode analogue pourrait agir pendant l’incubation, c’est-à-dire entre le moment où le virus est introduit dans l’organisme et celui où les accidents éclatent. C’est encore Pasteur qui aborda et résolut ce problème.
- On savait déjà qu’il est possible d’immuniser contre la rage. Un professeur de l’École vétérinaire de Lyon, Galtier, avait démontré que la salive du chien enragé, injectée dans les veines du mouton ou de la chèvre, ne provoquait pas d’accidents, mais conférait une résistance solide contre l’inoculation ultérieure du virus. La découverte était importante, mais elle était dépourvue d’intérêt pratique, car la méthode était infidèle et dangereuse.
- Reprenant l’étude de la question, Pasteur en
- collaboration avec Chamberland, Roux et Thuillier, reconnut que les inoculations pratiquées sous la dure-mère cérébrale, avec l’émulsion d’un fragment de bulbe prélevé sur un chien mort de la rage, transmet sûrement la maladie. Si l’on opère sur le lapin et si on pratique des inoculations en série, la virulence augmente, c’est-à-dire que le temps d’incubation diminue : il n’est plus que de 6 pu 7 jours après une centaine de passages et, à partir de ce moment, il ne varie plus : on dit dès lors que le virus est fixe.
- Si l’ort prend la moelle épinière d'un lapin ayant succombé à l’inoculation du virus fixe, si on la suspend dans un flacon stérile, contenant un corps avide d’eau, des fragments de potasse par exemple, on constate que, sous l’influence de la dessiccation, la virulence diminue et, au bout de 14 jours, a disparu complètement. En inoculant sous la peau d’un animal ou d’un homme des fragments de moelles desséchées et en commençant par celles qui ont été conservées 14 jours, on habitue l’organisme à supporter des virus de plus en plus actifs. Comme l’incubation de la maladie, c’est-à-dire le temps écoulé entre la morsure et les premiers accidents, dure fort longtemps, et que l’immunisation est relativement rapide, on arrive à créer l’état réfractaire avant l’éclosion des accidents.
- Le traitement varie suivant le siège, l’étendue, la profondeur et le nombre des morsures. Il dure de 15 à 22 jours et consiste essentiellement à injecter, à plusieurs reprises, des fragments de moelles, en commençant par celles qui ont «ubi 14 jours de dessiccation, pour arriver progressivement aux moelles de 3 jours.
- Il est inutile d’insister sur les résultats obtenus. La méthode de Pasteur a fait progressivement disparaître la rage, et on peut entrevoir le moment où cette terrible infection rejoindra la variole et le charbon dans le groupe des maladies historiques.
- Contre la variole, le charbon ou la rage on immunise au moyen de virus vivants. On sait aujourd’hui que tous les effets produits par les microbes sont dus aux substances qu’ils renferment ou qu’ils sécrètent. L’expérience démontre qu’il est possible d’obtenir l’immunité en introduisant dans l’organisme soit les cultures stérilisées, soit les liquides de culture dépouillés de microbes, soit les extraits des bactéries. Chacune de ces diverses méthodes compte à son actif un certain nombre de succès expérimentaux et comporte des applications pratiques.
- C’est surtout la prophylaxie de la fièvre typhoïde qui a fixé l’attention et suscité de nombreuses recherches.
- Comme l’ont établi, après les premières tentatives de Chantemesse et Widal, les travaux de Wright, on peut utiliser les cultures stérilisées par la chaleur. Il faut seulement avoir la précaution de ne pas dépasser les températures comprises entre 53 et 56°. Même dans ces limites, le chauffage a
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- l'inconvénient d’affaiblir les propriétés immunisantes. Aussi a-t-on proposé de stériliser les cultures par les antiseptiques, phénol, chloroforme, éther, iode. Enfin depuis quelque temps on utilise, en pratique, les autolysats de microbes. On sait que le protoplasma des bactéries, comme tout protoplasma vivant, renferme des ferments digestifs. Abandonnées à elles-mêmes dans des conditions défavorables, les cellules sont digérées, c’est-à-dire liquéfiées, parles ferments qu’elles renferment : cette auto-digestion est désignée sous le nom d’autolyse. C’est sur ce principe qu’est basé le vaccin de M. Vincent. Mais, de même que chez les végétaux supérieurs on connaît pour une seule espèce des variétés innombrables — et il su fit de rappeler ce que les horticulteurs ont obtenu en cultivant les roses ou les chrysanthèmes, —de même dans chaque espèce microbienne, on doit distinguer des variétés où races qu’une étude attentive permet de différencier. Voilà pourquoi on a été amené ‘ à faire entrer, dans la préparation des vaccins, des bacilles de provenances diverses. Le vaccin polyvalent du Val-de-Grâce est préparé avec dix échantillons différents. On les sème sur du bouillon solidifié par de la gélose ; après un séjour de 48 heures à l’étuve, on reprend les cultures et on racle leur surface. Les bacilles ainsi recueillis sont mis à macérer dans de l’eau salée. Le liquide est agité à plusieurs reprises, puis, au bout de 56 à 40 heures, il est soumis à la centrifugation électrique pour le clarifier et enfin il est stérilisé par l’éther. Il faut pratiquer 4 injections de ce vaccin, à 8 jours d’intervalle les unes des autres, pour conférer une immunité solide contre la fièvre typhoïde.
- Les différents vaccins antityphiques donnent d’excellents résultats. Les essais faits dans l’armée ont démontré leur efficacité et leur innocuité. Tout au plus observe-t-on, dans les heures qui suivent leur introduction, un peu de malaise et une petite élévation de température. Mais ces manifestations sont légères et passagères. C’est donc avec raison qu’on a décrété l’obligation de la vaccination antityphique dans toute l’armée française. Cette mesure est d’autant plus importante, que pendant les périodes de guerre, la morbidité et la mortalité par fièvre typhoïde sont extrêmement élevées. Actuellement on en observe d’assez nombreux cas, mais c’est toujours chez des sujets non vaccinés ou insuffisamment vaccinés. Cependant, chez ceux qui ont reçu les inoculations nécessaires, on voit survenir assez souvent des infections analogues à la fièvre typhoïde, mais plus bénignes. Ce sont les fièvres paratyphoïdes. Elles sont dues à des bacilles dits paratyphiques, dont on décrit deux variétés principales, désignées par les lettres A et B. Ces deux types sont reliés entre eux et sont unis d’une part au bacille typhique, d’autre part à un microbe très répandu, le colibacille, par une série d’intermédiaires. Les vaccins antityphiques étant impuissants contre ces microbes, on étudie mainte-
- nant le moyen de préparer soit un vaccin unique actif pour tout le groupe, soit un vaccin para-typhique spécial.
- Au lieu d’injecter le vaccin sous la peau, on a pensé qu’il serait plus simple de l’introduire par le tube digestif. Cette nouvelle méthode est trop récente pour permettre un jugement définitif. Quel que soit le sort que l’avenir lui réserve, il serait hasardeux de l’utiliser actuellement : ce n’est pas en temps de guerre qu’il faut commencer une expérience semblable. La prudence commande de recourir aux procédés dont l’efficacité est indiscutable.
- L’immunité créée par les vaccins est d’autant plus solide et plus durable que le microbe utilisé est moins altéré. Voilà pourquoi on a progressivement diminué le chauffage des cultures, puis on a tenté de remplacer la chaleur par les substances antiseptiques et finalement on est arrivé à proposer l’emploi systématique des cultures vivantes.
- M. Nicolle conseille d’introduire, par la voie intra-veineuse, des microbes vivants, dépouillés de toute matière soluble par un lavage prolongé. Il s’est assuré que cette méthode est inoffensive et que les bactéries injectées restent dans l’organisme et y sont détruites. Cette constatation est importante, car on aurait pu craindre que le vacciné, comme le malade, rejetant par ses excrétions des éléments vivants, ne devînt un foyer de contamination. Le procédé serait susceptible de nombreuses applications : il réussirait à prémunir contre le choléra, la dysenterie, la coqueluche aussi bien que contre la fièvre typhoïde.
- Si nous nous sommes surtout occupés de cette dernière infection, c’est que par sa fréquence et sa gravité elle tient la première place, surtout dans nos contrées. Dans les pays chauds on utilise fréquemment les vaccins contre le choléra et contre la peste. » L’étude du vaccin anticholérique, commencée par Ferran et par Gamaléia, a été continuée par HafF-kine : on emploie généralement un microbe vivant. C’est au contraire des cultures stérilisées par un chauffage à 70° que Haffkine utilise contre la peste.
- L’immunité créée par le passage d’une infection ou par l’introduction d’un vaccin est essentiellement caractérisée par des modifications cellulaires qui aboutissent à des modifications humorales. Le vaccin n’agit pas comme un antiseptique ou un antidote. C’est l’organisme lui-même qui, sous son influence, sécrète des substances ou, pour mieux dire, modifie l’état du sang et confère à ce liquide des propriétés nouvelles. L’immunité résulte non d’une simple imprégnation par des produits utiles, mais d’une réaction contre des produits nuisibles. Pour que cette immunité active soit établie, il faut qu’un certain temps se soit écoulé depuis le moment de la vaccination. Quand il est nécessaire d’agir vite, par exemple quand un étranger arrive dans un pays ravagé par le choléra ou la peste, au lieu d’un vaccin bactérien, il est préférable d’em-
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- ployer le sérum d’un animal immunisé. Il ne faut pas confondre les deux méthodes : la sérothérapie ou la sérovaccination consiste à traiter ou à immuniser un individu au moyen du sérum sanguin d’un animal préalablement vacciné. L’animal a reçu le produit microbien et il a réagi ; il a acquis l’immunité active. Le sérum de son sang aura la propriété d’agir à peu près comme un antiseptique ou un antidote spécifique. Dès qu’il imprègne un organisme neuf, il le met à l’abri de l’infection, et cet organisme n’a pas besoin de réagir ; il ne joue aucun rôle. Aussi dit-on, par opposition au cas précédent, que le sérum produit une immunité passive.
- L’immunité passive se développe rapidement, mais elle n’est pas durable. On peut combiner les deux procédés : injecter d’alcool le sérum et ensuite le vaccin, ou bien injecter un mélange de sérum et de vaccin.
- En partant de ces résultats, M. Besredka est arrivé à proposer une nouvelle méthode : c’est la vaccination par virus sensibilisés. Les microbes mis en contact avec le sérum d’un animal vacciné s’imprègnent de ce sérum et perdent leurs moyens de défense. Ils ne peuvent plus résister aux phagocytes, c’est-à-dire aux cellules capables de les englober et de les détruire. Comme on dit actuellement, ils sont sensibilisés. Mais un excès de sérum est plus nuisible qu’utile. Aussi faut-il avoir soin, avant d’injecter les microbes imprégnés de sérum, de les laver soigneusement à l’eau salée. Voilà une nouvelle méthode qui a été déjà appliquée à un grand nombre de maladies. MetchnikofF et Besredka la recommandent contre la fièvre typhoïde et, d’après les expériences qu’ils ont faites sur des chimpanzés, concluent à sa supériorité sur tous les autres procédés.
- Les vaccins bactériens servent, avons-nous dit, à immuniser un organisme normal contre une infection éventuelle. On s’est demandé s’ils ne pourraient pas être utilisés pour combattre une infection existante. Ainsi est née une nouvelle méthode désignée sous le nom de vaccinothérapie ou mieux bacié-rioihérapie.
- La première tentative est due à Koch, qui proposa de combattre la tuberculose en injectant aux malades un produit spécial, la tuberculine, qui n’est qu’un extrait des cultures et du protoplasma du bacille tuberculeux. Les résultats ont été assez discordants, souvent mauvais, parfois favorables. Peut-être avait-on au début employé de trop fortes doses. En tout cas, le produit n’est nullement vac-
- cinant et son emploi thérapeutique n’est pas exempt de danger.
- Ce sont surtout les travaux de Wright qui ont appelé l’attention sur la bactériothérapie. Les vaccins de Wright sont employés contre la fièvre typhoïde, la mélitococcie, les infections à streptocoque et à staphylocoque. On injecte au malade une certaine quantité de microbes tués par la chaleur. Quand c’est possible on utilise un échantillon prélevé sur le malade lui-même, les auto-vaccins fournissant des résultats sensiblement meilleurs. En introduisant ainsi des produits bactériens dans un organisme malade on stimule les réactions cellulaires. C’est donc par un procédé indirect, en favorisant le développement d’une immunité active, qu’on augmente les moyens de résistance contre l’infection.
- L’exposé sommaire que nous avons fait montre quels [résultats importants la médecine pratique a su tirer des recherches expérimentales. La prophylaxie et la thérapeutique ont été complètement rénovées par les vaccins et les sérums. Mais il est important de ne pas confondre ces deux expressions et de bien distinguer les méthodes qu’elles désignent. On doit réserver le mot vaccin aux produits d’origine bactérienne, c’est à-dire aux microbes vivants atténués ou modifiés, aux autolysats bactériens, aux matières solubles sécrétées par les bactéries. Le sérum, au contraire, est un produit d’origine animale, prenant d’un individu préalablement immunisé. Le vaccin provoque dans l’organisme des réactions défensives, il crée une immunité active. Le sérum imprègne l’organisme et détermine une immunité passive.
- L’immunité active ne se développe qu’au bout de quelques jours, mais elle persiste longtemps. L’immunité passive est immédiate, mais disparaît vite. Le vaccin est surtout un moyen prophylactique, servant plus souvent à prévenir qu’à combattre l’infection. Le sérum est à la fois un moyen thérapeutique et un moyen prophylactique.
- Grâce à la sérothérapie, la mortalité par les infections et surtout par la diphtérie a diminué dans des proportions considérables ; grâce aux vaccinations la morbidité est enrayée. La variole, la rage, le charbon ont presque complètement disparu et on peut prévoir l’époque prochaine où d’autres infections, spécialement la fièvre typhoïde, disparaîtront à leur tour. jj [\0GJER
- Professeur à la Faculté de Médecine de Paris, Membre de l’Académie de médecine.
- LES PÉNICHES-AMBULANCES
- Les régions du Nord, du Nord-Est et de l’Est de la France étant abondamment pourvues de voies navigables, canaux et cours d’eau canalisés, il était naturel de penser à les utiliser pour le transport des blessés et des malades de la zone du front à celles de l’intérieur. Ce mode d’évacuation présente, en
- effet, de nombreux avantages; il dégorge d’autant les voies ferrées, toujours surchargées par les transports de troupes, de munitions et de matériel; il assure aux blessés une installation plus confortable que celLe des trains sanitaires et surtout un transport sans ces trépidations, sans ces heurts, si dou-
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- LES PENICHES^AMBULANCES
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- loureux pour les nombreuses fractures, et qu’on ne peut absolument éviter dans les trains. La lenteur de l’évacuation par eau ne peut être considérée comme un inconvénient, puisque les blessés ou les malades reçoivent dans la péniche même les soins constants du personnel médical qui se trouve toujours auprès d’eux. En somme, la péniche-ambulance est intermédiaire entre le train sanitaire et l’hôpital. Du premier, elle possède la qualité d’être un organe d’évacuation; comme le second, elle permet tous les soins nécessaires, con tinus et prolongés.
- L’idée d’utiliser les péniches de sno voies navigables pour le transport des blessés est donc fort heureuse et l’on comprend qu’elle ait été réalisée dès que les circonstances l’ont permis.
- Dès le mois d’août, M. Audouin, professeur à l’Université de Poitiers, avait créé un Comité d’initiative pour
- le personnel hospitalier en cours de route; 3° Un remorqueur pouvant traîner trois couples de péniches et pénétrer notamment dans les écluses de l’Oise avec deux de ces couples, on réduit ainsi et les frais de traction et le temps perdu pour les éclusages.
- Chaque péniche présente deux espaces clos, séparés par la cabine où habite ordinairement le marinier. Le premier, à l’avant, a environ 16 m. de long et 4 m. 75 de large, et est recouvert par
- Fig. i. — Une péniche aménagée et son treuil.
- Fig. 2. — Le chargement d’un blessé. Fig. 3. — L’intérieur d’une péniche-ambulance.
- --a*
- WM
- les bateaux-ambulances. Au début d’octobre, ce Comité présentait au Service de santé du Ministère de la Guerre une première péniche, 17/e de France, aménagée avec l’aide de i’Union des Femmes de France. Aussitôt après, une deuxième, le Kléber, venait la rejoindre et aujourd’hui ce nouveau service est en plein fonctionnement.
- Les péniches sont celles qui circulent habituellement sur nos canaux; elles ont les dimensions normales de 58 m. 50 de longueur sur 5 m. de largeur. On les utilise par groupes de deux, couplées bord cà bord (fig. 1), ce qui présente les avantages suivants :
- 1° Les péniches, qui, dans cet emploi, sont très peu chargées et n’ont par conséquent qu’un faible tirant d’eau, obéissent mieux ainsi à l’action du gouvernail, offrent moins de prise au vent et au courant et sont plus faciles à diriger ; 2° Avec ce dispositif, il suffît d’avoir une cuisine pour deux bateaux, et le service peut être fait sans danger par
- 15 écoutilles mobiles de 0 m. 90 de largeur chacune, et 2 écoutilles fixes. Le second, à l’arrière, a environ 15 m. de long, 4 m. 75 de large, et est recouvert par 13 écoutilles mobiles et 2 fixes. La hauteur uniforme entre le plancher du bateau et le dessous des écoutilles est, sur les côtés, de 2 m. 57, et au milieu, de 2 m. 90,
- Là cabine du marinier, qui mesure 4 m. 25 sur 3 m. 40, ne descend pas jusqu’au fond de la péniche : son plancher est à environ 1 m. 20 au
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- dessus de celui du bateau. Les deux salles, avant et arrière, sont ainsi reliées entre elles par un passage de 1 m. 20 de haut, sur toute la largeur duljateau.
- Pour assurer l’éclairage et l’aération de ces deux salles, on a installé six doubles capots vitrés à vantaux mobiles, dont 5 à l’avant, 3 à l’arrière, répartis comme l’indique la figure 2. L’aération s’obtient en soulevant les vantaux, au degré voulu, à l’aide de traverses de 0 m. 08 sur 0 m. 04, reposant sur le bâti des châssis. La saillie de ces capots rentre dans le gabarit du bateau, réglé par la hauteur de la cabine.
- Pour desservir les salles, deux escaliers ont été disposés, l’un à l’avant, l’autre à l’arrière, à l’emplacement de la première et de la dernière écoutille mobile, que l’on a sectionnées en leur milieu sur le travers. Ces escaliers peuvent être orientés à bâbord ou à tribord suivant les nécessités de la navigation.
- Afin de soustraire les blessés au courant d’air résultant de l’enlèvement de la demi-écoutille susdite, on a installé, à l’avant et à l’arrière, deux cloisons, percées de deux portes symétriques, formant ainsi deux vestibules, dans lesquels sont placés des water-closets, une armoire pour le service, un réservoir d’eau potable, une tisanerie, une table de toilette et une réserve de charbon. Ces antichambres renferment aussi un lit pliant, qui peut servir à l’infirmier, pendant la nuit, la demi-écoutille étant remise en place; dans l’une d’elles convenablement cloisonnée, une petite salle réservée permet une intervention chirurgicale.
- La largeur des salles permet d’y placer deux rangées de lits, comme l’indique la figure 1, avec un passage d’environ 0 m. 85 au milieu.
- La salle de l’avant contient 22 lits, espacés d’environ 0 m. 50 par groupes de deux, et celle de l’arrière 16 lits, soit 58 lits pour la première péniche. Au-dessus des lits, le long des parois du bateau, court une tablette à l’usage des blessés, et garnie de crochets* pour suspendre leurs objets usuels.
- La seconde péniche, accouplée à la précédente, a son vestibule et sa salle avant disposés de la même manière, le total des lits est donc de 60 par unité sanitaire.
- Le mobilier est entièrement aseptique : lits en fer avec sommier en fd de fer galvanisé, tables de pansement également métalliques. Chaque lit est garni d’un matelas, d’un traversin, d’un oreiller avec sa taie, d’une paire de draps et de deux couvertures. On a en réserve du linge de rechange.
- L’espace de 4 m. 75 de large sur 3 m. 40 de long et 1 m. 20 de haut/situé sous la cabine, est utilisé par des casiers à linge, des soutes à paque- I
- tages, avec un couloir réservé au milieu pour le service.
- La salle arrière de la seconde péniche, destinée aux services généraux, est précédée d’un vestibule, avec un escalier de service disposé comme il a été dit ci-dessus. Cette salle contient un fourneau de cuisine situé dans l’axe du bateau, une plonge pour laverie, une réserve d’eau potable, trois grandes armoires et des casiers pour le matériel et les provisions, un buffet, des tables de cuisine, un percolateur, une huche à pain, une soute à charbon et à pommes de terre. Un rideau permet de diviser la pièce et d’isoler un espace servant de réfectoire pour le personnel. Le vestibule contient un petit local, avec deux lits superposés, pour le cuisinier et son aide, des water-closets, une armoire, etc.
- Les brancards, sur lesquels sont amenés les blessés, sont déposés sur. le quai d’accostage. Un mât de charge, fixé au mât principal du bateau et muni d’un treuil avec élingues, permet d’enlever le brancard et de le descendre sans secousse dans la salle avant. Pour amener le blessé dans la salle arrière, on dépose le brancard sur un chariot, qu’on fait passer par le couloir central.
- Les effets des blessés sont enveloppés dans des toiles imperméables et immédiatement rangés dans lés soutes à paquetages.
- Les parois de chaque péniche, préalablement lessivées avec soin, sont badigeonnées au lait de chaux. Le plancher est recouvert de linoléum. Une fois tout le matériel mis à bord et sur le point d’être utilisé, on procède à la désinfection totale par le formol. Cette désinfection peut être renouvelée, s’il y a lieu, après chaque voyage.
- Le cube d’air disponible est de 8 à 9 mètres cubes par blessé. L’air est d’ailleurs constamment renouvelé grâce au soulèvement des capots et au chauffage. Par temps chaud, on pourrait de plus enlever une partie des écoutilles.
- Le chauffage est assuré au moyen de poêles à feu continu et à réglage variable.
- L’éclairage pendant la nuit se fait soit au moyen de l’électricité, avec des accumulateurs sur chaque bateau et un groupe électrogène sur le remorqueur, soit avec des lampes à pétrole suspendues au plafond.
- Le train de bateaux-ambulances se compose actuellement de 4 péniches, couplées 2 à 2 et traînées par un remorqueur : un seul bateau-cuisine suffit pour 4 péniches, ce qui permet de transporter 136 blessés par train. Sur les canaux, les péniches sont découplées et halées par des chevaux. Dans 1c premier cas, on profite d’un arrêt pour amener le bateau-cuisine le long des bateaux à ravitailler.
- Chaque cabine renferme trois lits, soit un total
- LULh-ULUpT1 ,
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- Fig. 4. — Plan des péniches couplées et de leur installation.
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- LA VALEUR CALORIFUGE DES TISSUS
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- de 12 lits pour le train, ce qui permet de coucher à la rigueur 24 personnes, alternativement de service, en se servant de sacs de couchage distincts.
- L’une de ces cabines est réservée au médecin-major et à son aide, les trois autres aux infirmières. Quant aux infirmiers, nous avons vu plus haut qu’ils couchent dans les antichambres. Les mariniers habitent le poste de l’équipage situé à l’arrière et muni de lits et d’une cuisine.
- On peut très facilement augmenter le nombre des blessés ainsi transportés en suspendant des couchettes au-dessus du pied des lits, sans incommoder les blessés inférieurs ni gêner le service. On trouverait place pour 50 couchettes supplémentaires et
- le total des blessés serait ainsi porté ci 186 pour 4 péniches.
- Ce nouveau service d’évacuation fonctionne aujourd’hui. Aux deux premières péniches, la Société d’hygiène alimentaire en a ajouté deux autres ; des dons importants sont venus de toutes parts au Comité pour les bateaux-ambulances (170, quai de Jemmapes, Paris), qui lui permettront bientôt d’avoir toute une flottille naviguant entre le front et les centres hospitaliers de l’arrière. De son côté, la Croix-Rouge anglaise se propose également d’aménager immédiatement sur le même modèle une trentaine de péniches pour le transport des blessés anglais. „ René Merle.
- LA VALEUR CALORIFUGE DES TISSUS
- Lorsqu’un technicien veut construire quelque appareil d’électricité, où il importe d’isoler soigneusement un conducteur, des tables lui permettent de chercher le pouvoir isolant des diverses matières qu’il peut employer. De même pour les calorifuges lorsqu’il s’agit de réduire la perte de vapeur dans les tuyaux des usines. Quand le tailleur ou la couturière confectionne des vêtements « chauds » c’est-à-dire capables d’empêcher le passage au dehors de la chaleur du corps, ne conviendrait-il point aussi de choisir le tissu d’après son pouvoir isolant au point de vue thermique, c’est-à-dire sa valeur calori-fugel Dans ce cas comme dans le précédent, il est nécessaire de consulter les tables de constantes physiques qui furent dressées par divers expérimentateurs. Et, comme notre tailleur ne les connaît fort probablement pas, prenons soin de nous guider sur leurs indications pour choisir le tissu de nos pardessus d’hiver ou des gilets que nous envoyons à nos soldats.
- La couleur, la nature des libres, la façon de confectionner le vêtement, influeront notre choix autant que 1’ « épaisseur )) même du tissu. C’est ce que nous montrent les résultats obtenus par divers savants, en particulier Coulier et Rubner, le plus souvent par des expériences très simples, consistant à noter les temps de refroidissement d’un cylindre métallique rempli d’eau chaude selon qu’on l’entourait d’un fourreau de tel ou tel tissu. Ce sont les principales de ces expériences que nous résumons ici succinctement.
- La nature des fibres textiles importe beaucoup. Ainsi Rubner a déterminé les quantités de chaleur transmises en une seconde, pour une différence de température de 1 degré pour une surface, de 1 m3, par des enveloppes épaisses de 1 cm constituées avec des tricots de même aspect. Il a trouvé :
- Pour la laine, nombre de calories égale à 0,066
- — la soie, — — 0,091
- — le coton, — — 0,100
- — le lin, — — 0,118
- Nous pouvons conclure que la valeur calorifuge des textiles animaux,- surtout de la laine, est supérieure à celle des textiles d’origine végétale. La différence est d’ailleurs telle que chacun l’a constaté à l’usage.
- L’épaisseur des tissus joue naturellement un rôle important. Voici des lainages de même genre, l’un deux fois plus épais que l’autre : la valeur calorifuge du premier serait supérieure à deux fois la valeur calorifuge
- du second, parce que la circulation de l’air est réduite de plus du double. On peut donc beaucoup ajouter au pouvoir isolant des étoffes en les doublant, les triplant, ou les matelassant avec de l’ouate. Voici les chiffres
- obtenus dans quelques expériences :
- ( Pour une épaisseur de 4,6 mm,
- Tricot ^ la transmission est............... 2,055
- de laine ) Pour une épaisseur de 11,2 mm,
- ( la transmission est................0,655
- ÎPour une épaisseur de 1,01 mm,
- la transmission est................0,994
- Pour une épaisseur de 2,25 mm,
- . la transmission est................0,425
- L’imperméabilisation des étoffes les rend capables de conserver leur valeur calorifique sous l’action de la pluie, ce qui n’est pas le cas pour les tissus non protégés ainsi. L’eau, en effet, conduit très bien la chaleur, et lorsqu’elle remplace l’air dans les pores du tissu, le résultat 'est désastreux ! A ce point de vue encore, la laine est supérieure aux autres tissus, parce que, même non apprêtée, elle s’imbibe moins ; on en jugera par les conductibilités mesurées pour divers tissus avant et après mouillage :
- ÉTOFFES ÉTOFFES RAPPORT DES
- SÈCHES MOUILLÉES VALEURS
- Tricot de laine. 656 1425 1/2,17
- Tissu de soie . 658 1844 1/2,80
- Toile de coton. 810 2750 1/5,59
- A noter que l’imperméabilisation absolue empêchant la circulation de l’air, ce qui est mauvais au point de vue hygiène, on doit préférer aux étoffes caoutchoutées les tissus simplement hydrofugiées aux corps gras ou aux sels d’alumine, parce qu’ils conservent leur porosité.
- La coloration des textiles influe beaucoup sur leur pouvoir protecteur : la vieille expérience de Stark est classique, et chacun peut aisément la répéter avec une série de thermomètres, dont les boules sont entourées de petits sachets en même tissu diversement teint. Cet auteur a constaté que pour varier d’un même degré de température, les thermomètres mettaient :
- 4 min. 15 sec. dans le cas d’un sachet en lainage noir.
- 5 min. — .. — vert foncé.
- 5 min. 50. sec. — — écarlate.
- 8 min. — — blanc.
- Enfin la forme des vêtements mérite aussi une attention spéciale, au seul point de vue de la valeur calorifuge. Entre les pièces d’un costume restent, en
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- 76 ' GRANDES USINES ALLEMANDES DE PRODUITS CHIMIQUES
- effet, des couches d’air, et nous savons que l’air conduit mal la chaleur. Ainsi Rubner a constaté que, pour une même étoffe, la. perte, de chaleur du bras était réduite de 12,5 pour 100 avec une manche collante, et de 17,5 pour 100 avec une manche large. Encore faut-il pour que les couches d’air soient efficaces qu’elles ne puissent pas se renouveler souvent. Les doublures jouent à ce'point de vue un rôle bien marqué. Voici, à ce sujet, les chiffres, d’intérêt tout à fait pratique, obtenus par Bergonié en notant les refroidissements d’un buste métallique revêtu de divers vêtements (Voir le tableau ci-contre).
- Nous finirons sur cet exemple, qui montre bien l’avantage d’un choix rationnel dès étoffes dans la confection des vêtements chauds. 11 montre que l’on peut parfois, avec un même poids de tissus, obtenir une protection
- trois fois plus forte que dans l’autre. Il suffira donc de savoir pratiquement bien choisir les matériaux d’un vêtement, pour pouvoir à volonté, soit le rendre plus chaud, soit le rendre plus léger qu’un vêtement conçu de manière empirique. Ce sont là deux avantages qu’apprécieront fort bien nos soldats !
- NATURE DE LA PROTECTION
- Rien.............................
- Maillot collant en coton. . . Légère chemise laine et soie. Epais tricot.de laine .... Veste cuir doublée flanelle . Epaisse chemise flanelle de coton Veston cheviotte doublé flanelle
- POIDS DU INDICE DE
- VÊTEMENT REFROIDISSEMENT
- Ogr. 1
- 540 — 1,1
- 190 — 1,5
- 850 — 1,6
- 1400 — 1,6
- 465 — 1,7
- 1550 — 1,9
- À. ClIAPLET.
- GRANDES USINES ALLEMANDES DE PRODUITS CHIMIQUES
- L’universelle réprobation provoquée par les agissements de nos ennemis dans cette guerre qu’ils préparaient avec le dessein bien arrêté de la faire quand ils se croiraient prêts, sans autre motif que leur volonté de domination — cette réprobation entraîne un mouvement d’opinion antiallemande. On veut se libérer non seulement du militarisme allemand, mais des méthodes allemandes, des serviteurs allemands, des machines et des produits d’origine allemande. Ce désir est fort légitime. On fait bien de nous mettre en garde. Toutefois, il nous semble que les moyens préconisés pour cette libération sont singulièrement peu efficaces. Et c’est pourquoi, prenant comme exemple un sujet qui nous est familier, nous allons examiner la question en profitant des conseils de saine logique que donnait récemment ici M. Le Chatelier à propos de Yesprü scientifique en temps de guerre.
- La ligue « antiallemande » patronnée par plusieurs éminentes notabilités, et, avec elle, un peu tous nos journaux, préconise presque uniquement le boycottage. C’est une solution simpliste et qui recule les difficultés pour bien peu de temps ! Depuis longtemps déjà on avait essayé de ce protectionnisme sectaire et tapageur. Or cela nuisait bien peu aux producteurs allemands ! Il leur suffisait de fonder chez nous une « Société française» ou une « Manufacture nationale » quelconques sous forme de société anonyme pour pouvoir continuer bien tranquillement leurs fructueuses opérations. Bien souvent même, les Allemands ne firent cela que pour éviter des droits de douane et non pour tromper la clientèle, car, si, le petit consommateur peut faire intervenir le patriotisme dans ses achats, l’industriel ne le peut pas. Ainsi certains teinturiers lyonnais travaillent pour des maisons des tissus suisses et italiens : le jour où ils cesseront d’employer les matières colorantes allemandes, ils ne pourront plus faire les mêmes teintes aux mêmes prix, et ils perdront leurs clients.
- Ce n’est pas le consommateur qui doit agir dans la lutte économique contre les fabricants allemands : c’est le producteur français. Il lui suffira de faire les mêmes efforts que son rival pour parvenir à l’éliminer, favorisé qu’il est par la proximité. Mais encore faut-il savoir diriger ses efforts. Nous ne prétendons pas en enseigner ici la manière : il y faudrait plus d’un gros livre. Voici simplement quelques documents concernant les deux plus importantes firmes pour la production des produits chimiques de la synthèse organique : matières tinctoriales, parfums, produits pharmaceutiques.... La simple vue des
- chiffres prouvera qu’une aussi merveilleuse prospérité, sans égale dans le monde entier, est due à certaines qualités qui nous manquèrent et que nous devons nous efforcer d’acquérir.
- Voici d’abord l’étonnante progression du personnel ouvrier. Remarquons que la puissance de fabrication s’est plus rapidement accrue encore qu’il n’y parait, car on emploie d’année en année des procédés perfectionnés permettant de réduire la main-d'œuvre.
- Nombre d’ouvriers Badische Farbenfabriken
- employés en : A. S. F. Bayer.
- 1865 30 »
- 1875 855 119
- 1885 2377 555
- 1895 4450 2506
- 1905 6972 5658
- 1909 7527 6597
- 1912 8210 7800
- Passons aux détails financiers. Voici les chiffres relatifs
- l’année 1911-1912, exprimés en marks :
- Badische. Bayer.
- Capital actions . . . . 36 000 000 36 000 000
- Obligations. .. . . . . 25 000 000 25 000 000
- Réserves . . 21 000 000 17 000 000
- Comme on le voit, ces deux affaires se tiennent de près. On aurait des chiffres analogues, quoique parfois plus faibles, pour les autres firmes du grand trust des matières synthétiques qui contrôle le marché mondial; aux deux affaires déjà mentionnées s’en joint en effet une autre : 1’ « Actien Gesellschal't für Anilin Fabrikalion ». Et ce groupement est étroitement lié à celui de deux autres firmes « colossales » comme on dit là-bas : « Farbwerke Meister Lucius und Brunig », « A. Gesellschaft L. Casella ». Chacun de ces cinq établissements possède une filiale en France ainsi que dans plusieurs autres pays industriels importants. Cela est nécessaire, non à cause des frais de transport, tout à fait négligeables, mais pour éviter de franchir des barrières douanières, et pour conserver la propriété des brevets d’invention, qui est perdue quand on n’exploite pas la trouvaille en France.
- Quel est le mécanisme intime de l’organisation de telles affaires ? Voilà ce qu’il est surtout intéressant de connaître. Nous ne pouvons guère ici nous étendre sur ce sujet, au demeurant déjà précédemment très bien étudié.(*). Mais,
- 1. Cf. les études de Lemaire- dans La Rature (1911), de X... dans la Revue générale de Chimie (1912) et notre propre travail paru dans la Revue générale des Matières colorantes (1910). ;
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- SOUVENIRS DE « L’AVANT-GUERRE » .... 77
- en poursuivant notre énumération statistique, nous pourrons très bien saisir quelques-unes des particularités principales de ces magnifiques organisations.
- Chez Bayer, il n’y a pas moins de 14 directeurs généraux et particuliers, assistés par 40 fondés de pouvoir. Ils ont sous leurs ordres, en dehors des ouvriers (fin 1912), plus de 1000 employés de bureau, 304 chimistes, 8 médecins, 4 juristes (procès, législation ouvrière, prises de brevets...), 67 ingénieurs et architectes, plus de 050 techniciens divers tels que mécaniciens, teinturiers, électriciens, etc. A la a Badische Anilin und Soda Fabrik », les chiffres correspondants sont: 1140 employés de bureau, 244 chimistes, 218 ingénieurs et techniciens-chefs. Au total, le personnel dirigeant et ouvrier est voisin de 1000 personnes environ.
- liADlSCIIF BAYER
- Usines principales à. . Ludwighshafon. près Leverkusen, près Co-
- Mannheim. logne, et Elberfeld.
- Surface d’emplacement. 195 hectares. 510 hectares.
- Filiales diverses. . . . France: Neuville-sur-Saône ; Fiers près Roubaix.
- Russie : Butirki ; Moscou.
- Angleterre : Liverpool. États-Unis : Albany.
- Longueur de voies terrées Nonvège : Kristiansand.
- 77 kilomètres. »
- Nombre de locomotives. Consommation d’eau an- 16 14
- nuelle Nombre de chaudières 59 000 000 m3. ))
- à vapeur Nombre de dynamos 175 5400 chevaux). 145 (2000 chevaux).
- génératrices .... Nombre de dynamos 15 (=14 000 PS.). 954
- réceptrices Production annuelle de 854
- glace P) 105 000 000 kg. 65 000 000 kg.
- 1. Pour préparer toutes tes matières colorantes azoïques, on consomme beaucoup de glace afiu d'abaisser la température des masses réagissantes.
- Nous résumons en un tableau permettan ae bien établir les comparaisons, quelques autres chiffres concernant l’aménagement des installations (Voir tableau ci-contre).
- Mentionnons encore le central téléphonique de Lever-kusen, qui relie près de 700 postes, les 60 wagons de houille nécessaires à la consommation journalière de cette même usine, les 19 000 volumes et les 30 000 brochures de la Kékulé-Biblioteck, à Elberfeld. A noter aussi qu’en moyenne, la Badische expédie journellement 50 wagons doubles de matières fabriquées, toutes en général très concentrées et assez chères, que ses usines sont éclairées par près de 50 000 lampes électriques. Et terminons par un petit détail caractéristique : 600 employés des usines Bayer résident hors d’Allemagne ; or, bien que le personnel de ces firmes soit en général un peu cosmopolite, il est naturellement composé en grande partie d’Allemands qui, ainsi « exportés », font forcément beaucoup pour la diffu sion des produits allemands, voire de la culture allemande.
- On conçoit que nos fabricants — guère plus d’ailleurs que les fabricants d’Angleterre ou même des Etats-Unis — ne puissent lutter contre des adversaires d’une telle force. Mais celte force, pourquoi laisse-t-on aux Allemands la possibilité de l’acquérir : à l’origine ils n’avaient aucune avance sur leurs voisins français ou anglais, au contraire. Or, « qu’est-ce que la force? C’est l’intelligence, la ténacité, c’est la patience, la volonté. Voilà les facteurs de la force, voilà les fibres du tissu. Ne croyez-vous pas qu’avec toutes les vertus qui la composent, la force n’a pas dé grandes chances d’avoir toujours le droit pour elle ? » Nous empruntons cette phrase non pas à Hegel, comme on pourrait le croire, mais au petit-fils de Renan, Ernest Psichari, qui est mort près de la frontière aux premiers jours de cette guerre. Méditons ces paroles. Profitons-en.
- SOUVENIRS DE « L’AVANT-GUERRE »
- Ainsi que le Livre Jaune que vient de publier le Gouvernement français l’a prouvé lumineusement, après le Livre Blanc du Gouvernement britannique et le Livre Gris du Gouvernement belge, les Allemands s’étaient préparés dès longtemps à cette horrible guerre qu’eux seuls voulaient.
- Au premier rang de leurs préparatifs, il faut citer ces plates-formes en ciment armé, qu’ils avaient construi-
- tes clandestinement sur plusieurs
- Fig. i. — Plate-forme construite avant la guerre pour recevoir les pièces monstres de l’artillerie allemande, et dissimulée en temp normal sous une pièce d’eau.
- points rapprochés de leurs frontières, soit du côté de la Belgique et de la France, soit du côté de la Russie. On sait — on l’a su trop tard, hélas! — que ces constructions étaient destinées à servir d’assises à leurs gros mortiers de siège.
- Leur cynisme alla même plus loin, puisqu’ils édifièrent plusieurs de ce.s plates-formes sur notre territoire même, aux environs de Verdun
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- SOUVENIRS DE « L’AVANT-GUERRE »
- et de Nancy, et, probablement, dans les abords d’autres villes françaises. Pour cacher leurs préparatifs, toutes les ruses étaient bonnes, en face de notre aveuglement.
- Tantôt, c’était une société soi-disant suisse ou belge qui achetait un terrain sur un emplacement soigneusement choisi pour y construire une usine. Des ouvriers allemands prenaient possession du terrain, préalablement entouré de hautes palissades,
- installés en quelques heures sur des plates-formes en ciment armé préparées depuis deux années, et habilement déguisées, on s’avisa de sonder les fondations de l’usine, celles du château modernisé, celles des maisons ouvrières, celles de la tennis court ; et, partout, on découvrit de ces plates-formes massives, prêtes, sous leur enduit trompeur, à recevoir les gros canons allemands !
- L’une de nos photographies montre une de ces constructions,
- et la frontière française, et d’où les artilleurs teutons comptaient bien bombarder Dunkerque. Elle comportait un toit-terrasse assez solide pour recevoir les plus lourds obusiers. Le génie belge s’empressa de la faire sauter.
- L’autre vue représente la cour de tennis d’un club allemand installée sur une hauteur voisine d’un port militaire anglais. Sous un mince enduit d’asphalte, on découvrit de massives fondations en ciment renforcé — bien épaisses pour de légères balles de tennis!
- Nous aimons à croire que des recherches méthodiques ont été pour-
- Fig. 3 — Construction démolie par Varmée belge et qui supportait une terrasse en béton armé pour l'artillerie, lourde allemande.
- Fig. 2. — Terrain de tennis, d'un club allemand, brisé parles français au cours des recherches faites pour découvrir les plates-formes d’ « avant -guerre ».
- y construisaient des hangars, poussaient même la (omédie jusqu’à y édifier des bâtiments. Puis, un jour, la société annonçait qu’elle avait fait de mauvaises affaires ; et l’usine embryonnaire était abandonnée.
- Tantôt, c’était un gentilhomme fort titré qui achetait un château sur le sommet d’une colline, en criant bien haut qu’il entendait le moderniser.
- Des tonnes de matériaux pénétraient dans la propriété; une nombreuse équipe d’ouvriers étrangers travaillait jour et nuit aux « transformations ».
- Et, là encore, le silence se faisait bientôt autour de la mystérieuse tâche accomplie.
- Tantôt, un généreux philanthrope d’origine étrangère se prenait de pitié pour les familles pauvres d’une région, et entreprenait' d’élever à leur intention des maisons ouvrières modèles.
- Tantôt, enfin, c’était un club de sportsmen qui choisissait comme par hasard un point stratégique pour y établir des terrains de tennis.
- Quand la guerre éclata, quand on apprit l’existence d’énormes mortiers, que les envahisseurs avaient
- suivies, depuis l’ouverture des hostilités, dans le but de découvrir, en France, de ces constructions trop robustes pour leur destination avouée. Cependant, nous en signalerons une qui reste pour nous un mystère, dont nous aimerions à connaître la clé.
- En 1912, une superbe villa située près de la Seine et du Bois de Boulogne, à 4 ou 5 km du Mont-Valérien, fut achetée par un riche étranger, qui annonça son intention de la transformer en sanatorium. L’architecte choisi pour conduire les
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- LES MICROBES MOBILISÉS 79
- Iransformations était un Allemand. 11 commença par édifier une énorme terrasse en ciment armé... où les malades pourraient faire une cure d’air. Les I ray aux étaient presque achevés au commencement de cette année, quand l’architecte fut rappelé en
- Allemagne. Il partit sans s’attarder à faire remettre des vitres aux fenêtres ou des tuiles sur la toiture. Mais la terrasse reposait ferme sur ses piliers massifs — et peut-être était-ce l’essentiel!...
- Y. Forbin.
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du m janvier 1915 (Suite).
- Il janvier [suite).
- Nouveau dispositif pour la désinfection des effets d’habillement. — M. F. Bordas a cherché à réaliser une méthode simple pour obtenir, non la stérilisation mais la désinfection, seule nécessaire.
- Sur la possibilité d'entraînement de phosphore dans les plaies produites par les projectiles d’artillerie allemande, — Les Allemands emploient, dans certains cas, des obus explosifs ou des shrapnels préparés de manière à donner une fumée spéciale qui permet de régler le tir. bette fumée est obtenue par une poudre brun violacé,
- formée pour 97 pour 100 par du phosphore rouge et par diverses espèces de phosphore, à l’exclusion du phosphore blanc. Dans les shrapnels, il y a seulement à la hase de l’obus, une boîte de 05 nnn de diamètre sur 5 cm de haut, pouvant contenir une trentaine de halles de plomb tassées dans la poudre phosphoreuse. Ce phosphore doit être presque totalement brûlé au moment cle l’éclatement. Cependant MM. Victor Henri et G. Urbain, qui ont fait l’analyse, se sont demandé si un peu de phosphore résiduel ne pouvait pas être entraîné dans les plaies et contribuer à l’infection spéciale que les chirurgiens ont constatée dans certains cas.
- LES MICROBES MOBILISÉS
- La guerre ne mobilise pas seulement les hommes et les mitrailleuses ; elle donne encore la volée — si l’on peut dire — à une multitude de microbes qui, jusque-là, étaient demeurés bien tranquilles, depuis souvent des années, dans l’endroit qui leur avait été assigné par le hasard. Ile ce nombre sont, particulièrement, les bactéries qui, en temps normal, résident dans le sol et qui, sous le bouleversement des « marmites » allemandes et du creusement des tranchées, sans parler de l’enfouissement rapide des morts, sont sorties de leur torpeur pour, malheureusement, constituer de terribles dangers pour les blessés. Profitons de .l’actualité, — la triste actualité — pour donner quelques renseignements sur ces bataillons microscopiques, qui, par eux-mêmes, sont moins connus du public que les désordres qu’ils occasionnent.
- L’un de ces microbes les plus désagréables est le vibrion septique, agent de la gangrène gazeuse, qui donne tant de peine aux médecins du front ou des hôpitaux. Au microscope, c’est un bâtonnet de 5 à 15 millièmes de millimètre de long et pas plus de 0,5 à 4 millième de millimètre de large. Il est droit, parfois un peu flexueux, à extrémités coupées à angle droit, tantôt isolé, plus souvent, réuni à ses congénères en files plus ou moins longues, où les éléments sont de longueur très inégale.
- C'est une bactérie mobile, aussi bien dans les cultures artificielles que dans le sang, où, comme le disait Pasteur, il écarte les globules rouges comme un serpent écarte l’herbe dans les buissons. Dans les préparations microscopiques, les bactéries placées au pourtour de la lamelle sont immobiles parce que le contact de l’air les paralyse. Par des
- procédés spéciaux de coloration on arrive à voir que chaque élément bactérien est pourvu, sur tcut son pourtour, de cils vibratiles très nombreux, formant des torsades, trois ou quatre fois plus longues que lui. Dans des circonstances, particulières, au milieu de chaque bactérie apparaît une masse ovoïde, très réfringente, qui, plus tard, s’isole par destruction de l’élément qui lui a donné naissance : c’est une xpore, qui peut vivre à l’état latent pendant plusieurs années. On trouve, par exemple, de ces spores, dans les cadavres, peu de temps après la mort.
- Ce vibrion septique jouit d’une grande vitalité, surtout sous la forme de spores. Celles-ci, fraîches, ne sont tuées qu’en 30 minutes à 90° et en 10 à 12 heures à 80°; si elles sont desséchées, il faut, pour en venir à bout, aller jusqu’à 120° pendant un quart d’heure. Elles ne sont pas moins résistantes aux antiseptiques ; même en faisant agir pendant 24 heures, ou même 48 heures, le sublimé à 4 pour 1000, l’acide phénique à 5 pour 400, les vapeurs d’iode, on n’obtient aucun résultat positif. A la chaleur, cependant, leur action est sensiblement activée; c’est ainsi que le virus est tué en 6 heures à 56° par l’acide phénique à 1 pour 4 00.
- On rencontre le vibrion septique surtout dans la terre des jardins et tout autre sol cultivé; il est sensiblement plus rare dans la terre des forêts. Les eaux de pluie l’entraînent parfois dans les ruisseaux, où on le retrouve. Lorsque la terre souille les blessures des soldats, celles-ci ne tardent pas à être envahies par la gangrène gazeuse, dont on a, ensuite, toutes les peines du monde à se débarrasser. Il est à noter, toutefois, que le virus en question, étant
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- un anaérobie, c’est-à-dire ne pouvant vivre qu?à une amylase, une lipase. Il est très répandu, par l’abri de l’air, l’infection septique est peu apte à se exemple dans l’intestin de l’homme et des animaux,
- déclarer dans les plaies superficielles. Ce qu’il lui faut, ce sont les plaies profondes, renfermant des caillots sanguins, où, dans les anfractuosités, les bactéries peuvent vivre en anaérobiose, et, au contact de diverses substances de nos tissus, le sucre en particulier, dégager des gaz s’infiltrant dans le tissu conjonctif. Leur action nocive est aussi favorisée par la mortification des tissus et par la présence, dans la plaie, d’autres bactéries, même inoffensives par elles-mêmes, comme le microcoque prodigieux, ou modérément pathogènes, comme le staphylocoque doré.
- Comme M. Wenberg l’a constaté dernièrement, dans de nombreux cas de gangrène gazeuse chez les soldats blessés, on peut ne pas rencontrer le vibrion septique; mais, accompagné d’autres bactéries, une espèce voisine, le Bacillus perfringens, qui, lui aussi, est très répandu. C’est un bâtonnet immobile, rectiligne, à bouts carrés, presque toujours isolé, rarement en courtes chaînes ; à l’intérieur peut se former une spore, non au milieu, comme chez le vibrion septique, mais à une extrémité. Dans les vieilles cultures peuvent se rencontrer des formes très irrégulières ou renflées.
- Dans les cultures, le Bacillus perfringens — qui est aussi un anaérobie — dégage des gaz, de même que dans les organismes qu’il envahit; c’est, d’ailleurs, un ferment d’une très grande énergie, susceptible, par exemple, de sécréter une trypsine,
- i. Vibrion septique (dans la sérosité péritonéale du lapin). — 2. Vibrion septique (avec spores). — 3. Vibrion septique avec cils vibratoires. — 4. Bacillus perfringens. — 5. Bacilles du tétanos (culture en bouillon). — 6. Bacille du tétanos (avec spores).
- dans la terre, le fumier; c’est une bactérie habituelle des putréfactions. Au point de vue pathologique et la facilité de sa contamination, le Bacillus perfringens est redoutable; sa vitalité, heureusement, est relativement faible.
- Citons, enfin, la plus dangereuse des bactéries du sol, celles-ci connues maintenant de tout le monde : ce sont les Bacilles du télanos, maladie effrayante et justement redoutée. Sans parler de la pathogénie de cette affection — ce qui nous entraînerait trop loin — rappelons seulement que, dans le pus de la plaie tétanique, c’est un bâtonnet assez grêle, allongé, aux bouts non arrondis, de 4 millièmes de millimètre de long sur 1/3 de millième de millimètre de large.
- Dans les cultures, on voit se former à une extrémité une large spore, qui lui donne l’aspect, comme on l’a bien dit, d’un « Bacille en épingle ».
- Avant de sporuler, il est légèrement mobile, progressant par une reptation lente et flexueuse. Il possède, d’ailleurs, de nombreux cils vibratiles fixés à ses flancs. Sa vitalité est très grande, surtout quand il est placé à l’abri de la lumière; dans la terre, il vivrait pendant plusieurs années et il ne serait pas impossible que le même bacille — ou plutôt sa spore — qui a fait périr le père en 1870 tuât encore le fils ou
- le petit-fils en 1915. Les grands passent, les petits demeurent...* Henri Couiun.
- Le Gérant. P. Masson----Imprimerie Lahure, rue de Fleurus/ 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2158.
- 6 FÉVRIER 1915
- LA GUERRE NAVALE EN 1914
- La guerre navale est fort peu connue du public. Cependant, des événements sensationnels commencent à s’y produire. Nous avons demandé à M. Bertin, l’éminent directeur du Génie maritime, autrefois rénovateur de la flotte japonaise, de vouloir bien nous exposer ses idées sur un sujet qu’il connaît mieux que personne. Ce premier article expose l’état des forces en présence et les conditions\ générales de toute guerre maritime. Notre prochain numéro contiendra un exposé d’ensemble des ooérations du I*T août au 31 décembre 1914.
- I
- Forces navales en présence au début des hostilités.
- La guerre! La guerre! En ce début d’année 1915, de quoi parler sinon de, guerre? Ainsi pense la rédaction du journal le plus spécialisé dans la science pure, le plus voué à l’œuvre pacifique des laboratoires et des muséums. Parlons donc de la guerre navale, puisque La Nature m’y convie.
- La guerre navale, dans les œuvres qui la préparent, est bien, à la vérité, une science ou plutôt elle met des' sciences à contribution, en si grand nombre même, qu’à les énumérer on dépenserait un chapitre du jardin des racines grecques. Mais ce n’est guère du détail des qualités militaires ou nautiques que le public a souci ; il lui suffit de savoir que les navires de guerre de tous pays se valent. Il sent et il sait les navires à l’œuvre. Il se passionne pour les équipages et les états-majors dont il admire la vaillance ail bord de l’Yser et même jusqu’en Serbie. Il n’attend pas moins d’eux dans les luttes navales, sous les chefs qui se sont formés au commandement dans la poussière des embruns, loin de l’air empesté des bureaux. Chacun souhaite connaître le rapport numérique des forces en présence. Chacun aime à s’instruire sur les conditions difficiles de la guerre, par où s’explique la stratégie des adversaires en présence. Chacun, surtout, voudrait connaître et pouvoir scruter les faits accomplis, afin de préjuger de l’avenir d’après la leçon des premiers engagements.
- Sur le premier point, nulle difficulté à satisfaire la curiosité générale. L’état des diverses flottes est donné chaque année par des publications, dont la plus ancienne est le Naval Animal, créé par lord Brassey, auquel il suffit de se reporter pour être entièrement documenté.. Les tableaux insérés à la fin de cette note sont extraits du dernier volume de l'Animal publié par le vicomte Hythe, continuateur de lord Brassey.
- La récapitulation des tableaux établit entre les marines un rapport qui n’est pas absolument celui de l’avant-guerre, car il correspond aux premiers mois de l’année 1914 et non au début des hostilités. La proportion reste exacte. Si certains chantiers, mieux informés des menaces de guerre, ont pris quelque avance pendant les sept premiers mois de l’année, les autres ont pu, grâce à leurs ressources plus étendues, regagner facilement le retard.
- Pour les rapports à établir, les navires ont été divisés en six catégories, dont les quatre plus importantes font seules l’objet de tableaux détaillés. La séparation est nécessairement un peu arbitraire en ce qui concerne les limites d’une catégorie à l’autre. De plus, chaque catégorie comprend des navires différant beaucoup entre eux de grandeur et de puissance. Néanmoins, les conditions se rencontrant à peu près pareilles dans toutes les marines, et les règles ayant été exactement appliquées partout de la même manière, les comparaisons sont justifiées.
- Les exigences de la géographie ont mis, au début des hostilités surtout, quatre marines, celles d’Angleterre et de France d’une part, celles d’Allemagne et d’Autriche d’autre part, plus directement aux prises entre elles. La première comparaison q»i s’impose est ainsi la suivante :
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- 5)' To , es JS O H i £ 38 1" -c g eu eu K ce •
- Cuirassés de ligne -fl •'54 2i 75 10 48 1,6
- Croiseurs de bataille 10 0 10 5 0 5 2,0
- Croiseurs cuirassés. . '. . . 55 18 53 8 2 10 5,3
- Croiseurs protégés, éclaireurs. 92 10 102 40 9 49 2,0
- Torpilleurs d’escadre 245 88 333 52. 18 70 4,7
- Sous-marins 74 73 147 21 14 35 4,2
- Le principal changement apporté au cours de l’année 1914 porte sur les cuirassés de ligne.
- 6. — 81
- 43” Année.
- 1“ Semestre.
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- 82 •.....--------- LA GUERRE NAVALE EN 1914
- L’Angleterre, par un effort extraordinaire, a terminé quatorze cuirassés. Elle en a de plus acquis par voie de réquisition trois, qui étaient en construction pour d’autres pays. La plus précieuse de ces acquisitions est celle des deux grands cuirassés Birindji-Osman, ancien Bio-de-Janeiro et Iiesha-dieh, arrêtés avant leur départ pour la Turquie où ils auraient dangereusement renforcé la flotte ennemie ; ces cuirassés sont devenus 1 ’Azincourt et VÊrin. La seconde acquisition est celle de YAlmi-rante-Latorre chilien, maintenant le Canada anglais. Il reste en achèvement un second cuirassé chilien, YAlmirante Cochrane, dont l’amirauté se réserve le droit de faire également l’acquisition, selon les besoins de la guerre. Ces bâtiments livrés par l’industrie avec leur artillerie, munitions en soutes, sont exactement de modèle anglais, sauf en ce qui concerne l’artillerie chilienne qui est d’un calibre spécial.
- La Franco a terminé trois cuirassés.
- Le nombre total des cuirassés anglais et français, à la fin de l’année 1914, aurait été ainsi porté de 75 à 95, n’eussent été les deux pertes subies.
- L’Allemagne a terminé certainement 4 cuirassés et l’Autriche 2, ce qui porte leur total à 53 dans les mêmes conditions. L’Allemagne a de plus en chantier un cuirassé destiné à une marine étrangère. A la fin de la guerre des Balkans, la Grèce alarmée à juste titre de l’acquisition du Rio-de-Janeiro par la Turquie s’est décidée, non sans hésitation, à un gros sacrifice budgétaire. Elle a fait construire le Salamis et elle l’a, ô fascination, commandé à la compagnie Vulkan de Stettin. Le Salamis n’a été commencé qu’en 1914. Il n’ira donc pas prendre, dans la marine turque, la place du cuirassé qu’il était destiné à combattre.
- Le rapport entre les deux nombres de cuirassés de ligne est passé de 1,6 à 1,75.
- Aucun changement certain n’est survenu dans la situation des croiseurs de bataille, mais l’achèvement de deux navires allemands est à prévoir en 1915, s’il ne s’est pas accompli à la fin de 1914. Il est permis de considérer le Gœben allemand comme immobilisé en face de la flotte russe de la mer Noire.
- Les croiseurs cuirassés n’ont reçu d’addition, ni de part, ni d’autre. Cinq d’entre eux ont été détruits, dans la flotte anglaise. La flotte allemande, de son côté, en a perdu quatre.
- La catégorie nombreuse des croiseurs protégés et des éclaireurs a subi comme principale modification, cçlle résultant des accidents de guerre. Les additions de bâtiments nouveaux sont peu nombreuses. Il en est d’inattendues dans la classe des éclaireurs anglais de 3800 t. et 29 n. modèle Calliope. Des bâtiments mis en chantier au commencement de 1914 ont pu entrer en service avant la fin de l’année. Deux croiseurs de 4300 t. ont été imprudemment commandés à Elbing par la Russie,
- Une addition intéressante, hors catégories, a été pour la marine anglaise celle des canonnières cuirassées Javary, Madeira et Solimoes, de 1250 t., qui étaient en achèvement pour le Brésil et qui portent aujourd’hui les noms de Humber, Mersey, Shannon.
- Dans la quatrième catégorie, consacrée aux torpilleurs, entrent seuls les bâtiments de plus de 300 t. de déplacement, qui ont reçu en France le nom de torpilleurs d’escadre et qui sont généralement connus sous leur nom originaire de destroyers ou contre-torpilleurs. Ce dernier nom cesse de convenir, en raison de la disparition actuelle du torpilleur, sur les chantiers tout au moins. Les torpilleurs en service sont toutefois encore nombreux. L’Angleterre en a pour sa part 129 dont les plus récents datent de 19Ü8. La France en compte 85, dont 8 de 185 t. et les autres d’une centaine de tonnes. Le théâtre des opérations est trop éloigné des ports anglais et français pour que ces 214 petits bâtiments puissent facilement être utilisés. Il en est autrement pour l’Allemagne qui a 67 torpilleurs et l’Autriche qui en a 55. Ces 122 torpilleurs trouvent leur emploi dans la mer du Nord et l’Adriatique.
- Les marines de la Russie et du Japon, l’une et l’autre en voie de développement rapide, ont eu, en 1914, leur champ d’action séparé, particulier pour chacune d’elles. Leur coopération a néanmoins été efficace ; elle le sera sans doute davantage en 1915. Les forces dont ces marines disposaient au commencement de 1914 sont les suivantes :
- Russie.
- Baltique. Mer Noire. Japon. Total.
- Cuirassés de ligne 4 4 19 27
- Croiseurs de bataille . , . 0 0 1 1
- Croiseurs cuirassés .... 4 2 8 14
- Croiseurs et éclaireurs. . . 2 6 16 24
- Torpilleurs d’escadre . . . 106 23 16 145
- Sous-marins 21 10 15 46
- Plus six torpilleurs d’escadre à Vladivostok.
- La flotte russe s’est augmentée en 1914, certainement : dans la Baltique, de 4 puissants cuirassés lancés en 1914; peut-être, dans la mer Noire, d’un cuirassé lancé en 1913. Elle comprendrait alors, en 1915, 8 cuirassés dans la Baltique et 5 dans la mer Noire.
- Pour le Japon, le grand accroissement de puissance sur lequel on doit compter résulterait de la mise en service, à la fin de 1914, des 3 grands croiseurs de bataille pareils à celui qui a été terminé en 1913. Si un'appoint de croiseurs de bataille venait à être nécessaire à la flotte anglaise, le Japon seul pourrait le fournir, la France n’ayant aucun bâtiment de cette catégorie en chantier. Les croiseurs de bataille de la Russie sont loin de pouvoir être terminés même en 1915 ; ils ne sortiraient d’ailleurs pas de la Baltique.
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- De la guerre navale. Opérations diverses et catégories de navires destinées à chacune d’elles.
- Si les opérations de la guerre navale se limitaient aux deux termes, guerre d’escadre et guerre de croisière, les quatre premières des six catégories de navires que nous avons distinguées seraient seules à y prendre part. Parmi les quatre catégories ainsi privilégiées, la première et la quatrième auraient des destinations assez nettes, combat en ligne pour l’une et course isolée pour l’autre.
- Cette conception a souvent inspiré les dissertations
- expéditions de sous-marins, des mouillages de mines et des randonnées d’hydravions.
- Toutes réserves faites au sujet du partage ou du choix entre la guerre d’escadre et la guerre de course, la guerre d’escadre est celle d’adversaires qui se cherchent et qui sont par suite sûrs de se rencontrer. La guerre de course est celle où l’un des adversaires donne la chasse à des bâtiments sans défense et cherche, en principe, à éviter le combat.
- Fig. i. — L’Indomitable ei le New-Zealand de la marine anglaise.
- où s’emploient les loisirs de la paix. Elle dicte, par tradition, tous les mouvements qui sont prévus dans le code de signaux et de manœuvres distribué aux navires sous le titre de « Tactique navale ». Elle a le tort de prendre, comme théâtre de la guerre, un océan sans limites, en profondeur comme en étendue. Elle attribue, par contre, des bornes singulièrement étroites à l’initiative des adversaires en présence.
- Les réalités de la guerre sont différentes et plus complexes. La géographie y tient une grande place. La guerre de croisière, en 1914, a conduit à des combats d’escadre; la véritable guerre d’escadre, qui attend son heure, a été remplacée par des
- Le combat d’escadres est une lutte d’artillerie de grands cuirassés. Entre les deux lignes de file de puissants navires courant à vingt noeqds de vitesse et sé canonnant à huit ou dix kilomètres de distance, les torpilleurs ne peuvent se risquer. Les sous-marins, qui filent dix nœuds en immersion, y sont distancés ; ils y seraient menacés par la quille des compatriotes autant que par celle des adversaires. Quand la parole est au canon, la supériorité est acquise au feu le mieux concentré. Sa recherche a conduit, depuis dix ans, à des accroissements de dimensions qui auraient naguère paru monstrueux. Cette poussée de croissance aura-t-elle une limite, questions de prudence et considérations budgétaires
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- mises à part? Le calcul l’affirme. Le gain sur le rapport du poids d’artillerie au déplacement total diminue vite. Ce rapport a doublé, quand on est passé jadis de 5000 t. à 10000. Entre 15 000 t. et 30000, on ne gagne plus guère que 5 pour 100, la robustesse des charpentes étant supposée la même et l’accroissement des vitesses limité à ce que donne l’amélioration des moteurs. Fait plus curieux et longtempsimprévu, au delà de 60000 t., la fraction du déplacement disponible pour l’artillerie irait en diminuant. Toutefois, si le maximum se rapproche, la limite est encore loin. De plus, à même poids total d’artillerie, les navires plus gros donnent une ligne de file plus courte et un feu plus dense. La tactique du jour pousse aux gros déplacements.
- Pour la guerre d’escadre, le cuirassé de ligne trouve d’utiles auxiliaires dans les deux catégories des croiseurs de bataille et des croiseurs protégés, qui ont également leur emploi à la guerre de croisière.
- Le nom seul des croiseurs de bataille marque assez leur participation prévue aux grandes actions militaires. Toutefois, comme la vitesse stratégique des escadres est commandée par les navires les plus lents, et comme leur supériorité tactique réside en premier lieu dans leur puissance militaire offensive et défensive, il y a quelque contradiction, au point de vue du service d’escadre, entre les qualités à combiner sur le croiseur de bataille.
- L’éclairage, qui est toujours nécessaire pour éviter les surprises, et devient indispensable quand une escadre cherche à dérober ses mouvements et sa formation, exige au contraire les mêmes qualités de vitesse et de rayon d’action que la guerre de croisière. Attaché à une escadre, le croiseur devient éclaireur. 11 éclaire d’autant mieux qu’il est plus rapide et riche de combustible. Il contrebat d’autant mieux l’éclairage ennemi qu’il est plus puissant. Le meilleur des croiseurs est le meilleur des éclaireurs. Une seule et unique catégorie de bâtiments suffit et convient aux deux services.
- La guerre de course, si la vitesse suffisait pour la bien faire, n’exigerait, ni grands navires, ni modèles variés. Les simples torpilleurs, c’est-à-dire les torpilleurs d’escadre de 500 à 1000 t., y suffiraient ; leur vitesse leur permet d’atteindre facilement tout paquebot passant à leur portée; leur armement de guerre est plus que suffisant devant des bâtiments dépourvus d’artillerie. Dans la réalité, il faut satisfaire à des conditions complexes d’endurance à la mer, de rayon d’action, de puissance militaire. Les torpilleurs ne font pas la croisière; leur place est dans la flottille. Pour tenir la mer par tous les temps, conserver quelque vitesse sans être couvert par la lame et sans trop fatiguer la charpente, surtout pour porter le combustible nécessaire à des parcours de plusieurs milliers de milles, il fauUmême largement dépasser 2000 t. Les bâtiments de 2000 à 3000 t. figurent sur la liste
- allemande au nombre de dix, et sur la liste anglaise au nombre de seize; aucun d’eux n’a fait de service ‘ de croisière. Les croiseurs allemands du modèle iïmden sont de 3500 t. ; ceux du modèle Chuthcim, qui leur ont donné la chasse, sont de 5400 t. On est ainsi arrivé au déplacement avec lequel le Jurien-de-la-Gravière avait inauguré la combinaison des qualités nécessaires au double service de croiseur et d’éclaireur.
- Les opérations audacieuses des croiseurs allemands, suivies de leur destruction rapide, seront rappelées en leur lieu. Il convient d’indiquer ici les conditions actuelles de la guerre de course, qui rendent impossibles les croisières mémorables de jadis, telles celle de YAlabama défiant pendant des années la poursuite des navires de guerre. La croisière a disparu avec la voilure, qui permettait de franchir une dizaine de milliers de milles en réservant le charbon pour les jours de chasse, et, après une capture retentis-ante, de ne reparaître qu’aux antipodes. Le cuivre des carènes restait d’ailleurs propre. Il faut aujourd'hui penser avant tout à charbonner. Un grand navire comme le Scharnhorst, bondant ses soutes de charbon en surcharge et marchant ensuite au huitième de sa puissance, ne peut tenir la mer plus de vingt-cinq jours. Pour se ravitailler en mer, il faut disposer d’un outillage que portent seuls les navires charbonniers, et, même avec cet outillage, l’abri de la côte est souvent indispensable. Les mouvements sont ainsi difficiles à dissimuler longtemps.
- La guerre de course appelle nécessairement la protection du commerce par des bâtiments plus puissants que le corsaire, puis, entre croiseurs des deux pays, la bataille navale qui peut être combat d’escadres. La guerre de croisière, qui devient à l’occasion guerre d’éclaireurs, a fait passer par trois étapes distinctes le développement des navires qui y sont destinés.
- A la première étape, on s’est contenté d’augmenter le déplacement des croiseurs protégés pour accroître leur artillerie. La flotte anglaise possède encore, de cette époque, quelques survivants, dont le Terrible de 14000 t. et 22 nœuds de vitesse.
- Ensuite la puissance militaire a été répartie entre la protection et l’artillerie, en ajoutant un cuirassement vertical au blindage horizontal du pont protecteur. Les premiers croiseurs cuirassés ont été le Dupuy-de-Lome de 60001. et ses dérivés, dont deux, le Chumer et le Bruix, sont encore en service. Un sacrifice, avait été fait sur le poids du moteur, en faveur de la cuirasse. La vitesse, en charge normale, ne dépassait pas 18.nœuds. Le retour aux vitesses et aux approvisionnements de charbon, qui définissent le croiseur s’est effectué sur la Jeanne-d’Arc de I l 000 t. ; ensuite, après un recul temporaire, les déplacements se sont mis à croître. Parmi les dix-huit croiseurs cuirassés français, en figurent six de 12 000 ,à 14 000 t., terminés de 1904 à 1911, capables d’un très bon service. L’Angleterre en
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- possédait dix-huit de cette grandeur ; leur nombre a été réduit à quatorze par la guerre. L’Allemagne a poussé le déplacement jusqu’à 15 500 t. sur le
- La troisième phase, qui semble arriver au terme à son Lour, est celle du croiseur de bataille contemporain des cuirassés Dreadnought. Au début
- 138.6 -138.6
- Fig. 2. — Cuirassés français, modèle Béarn.
- Fig. 3. — Croiseurs cuirassés anglais Dèt'ence, Minotaur, Shannon.
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- Fig. 4. — Croiseurs cuirassés anglais Achilles, Cochrane, etc.
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- Fig. 5. — Croiseurs de bataille Queen-Mary, Lion, Princess-Royal.
- Blücher entré en service en -1910; ses deux plus forts croiseurs cuirassés, après le Blücher, étaient le Scharnhorst et le Gneisenau.
- de cette phase, le croiseur cuirassé a simplement reçu une artillerie égale en calibre à celle des cuirassés de ligne et presque aussi nombreuse; sa cui-
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- rasse restait, comme sa vitesse, celle des croiseurs cuirassés, ou peu s’én faut. Le déplacement n’était pas excessif, 17250 t. sur Y Invincible. Les avantages étaient la probabilité d’un bon service sur la ligne de feu des grandes batailles et la certitude d’une supériorité écrasante sur les anciens croiseurs cuirassés. Depuis lors, la rivalité "entre les marines s’est portée avec une acuité particulière sur le croiseur de bataille. En Angleterre le déplacement atteint 28 000 t. sur le Tiger, qui n’a pas eu de successeur sur les chantiers. L’Allemagne est arrivée au même chiffre sur le Derfflinger, que deux frères rejoindront bientôt en service. Le Japon a été du premier coup à 27 500 t. sur quatre bâtiments qui sont aussi avancés que les Derfflinger. Enfin la Russie a pris la tête, avec les 32 000 t. des quatre Borodino, qui ne sont malheureusement pas terminés et ont peu de chance de se mesurer avec les Derfflinger. Le prix d’un Borodino est estimé à plus de cent millions.
- Les croiseurs de bataille n’ont pas subi l’épreuve de la guerre, sauf dans une escarmouche où le Gœben allemand paraît avoir été assez maltraité par un cuirassé russe. La question de leur aptitude au combat reste donc pendante. Le calcul conclut à l’impossibilité pratique d’associer, sur un même navire, la plus grande puissance militaire d’un cuirassé à la plus grande vitesse d’un croiseur. Cette impossibilité paraît d’ailleurs évidente si l’on admet que le cuirassé et le croiseur ont, chacun de son côté, atteint la limite de grandeur acceptée. Si cette limite approchait du maximum indiqué plus haut, l’impossibilité, pour le croiseur de bataille, serait absolue.
- La supériorité militaire sur les autres croiseurs est ainsi seule assurée ; elle s’est vérifiée d’ailleurs au combat des Falkland; l’égalité militaire, vis-à-vis du cuirassé, reste au moins contestable. Le nom de croiseur de bataille convient donc et mérite d’être conservé, par préférence au nom de cuirassé rapide qui a été proposé.
- Après la longue série des croiseurs et éclaireurs, qui remplissent trois des six catégories de notre tableau, et qui occupent toute l’échelle des grandeurs, de 2000 tonnes à 32 000, il ne reste à parler que des petits bâtiments de 1000 tonnes et au-dessous, les torpilleurs d’escadre ou destroyers et les sous-marins. Ces deux catégories, si dissemblables, se classent sous la rubrique générale de flottille. Le seul caractère commun est l’emploi de la torpille comme arme unique contre les grands navires. Le sous-marin est un torpilleur amphibie.
- Avant de parler de la flottille et de son rôle militaire, il faut indiquer les caractères qu’imprime à la guerre navale, le voisinage des ports de ravitaillement, dont les bâtiments de flottille ne peuvent s’écarter, et des côtes, où la flottille associe souvent son action à celle des armées de terre. Cela conduit à dire un mot d’une classe de navires qui portent usuellement le nom de canonnières et qui ont eu
- leur phase de grandeur sous le titre de garde-côtes.
- Le nom de garde-côtes a été créé jadis pour les vieux vaisseaux en bois que la vétusté de leur charpente ne permettait plus de faire naviguer. Puis sont venues les batteries flottantes cuirassées, apportant à la flotte la qualité merveilleuse de pouvoir attaquer les forts à terre. Nous en avions en 1870, de vieilles et de neuves, toutes de forme si simple qu’elles se montaient en peu de jours et auraient pu servir à étendre le cercle de défense de Paris. D’autres garde-côtes, beaucoup plus grands, ont commencé à répandre sur cette classe une défaveur méritée. Mais la guerre de Sécession, qui a été pardessus tout une guerre de côtes et de rivières, a vu surgir le véritable modèle de la canonnière parfaite, le monitor, le plus facile de tous les navires à rendre invulnérable à l’artillerie, et celui de tous qui peut avoir le plus faible tirant d’eau. La flottille de Ferragut a été l’instrument de la victoire.
- Dans la guerre actuelle, les alliés ont eu à canon-ner l’armée allemande. Ils ont eu besoin de navires à faible tirant d’eau, les seuls qui puissent approcher du rivage à bonne portée et les seuls, aujourd’hui, qui puissent se tenir à l’abri des attaques du sôus-marin. En France, nous sommes particulièrement inexcusables d’avoir été pris au dépourvu, parce que nous avons possédé une flottille de canonnières cuirassées excellentes, construites sous l’inspiration des cartes marines de la mer du Nord. Cette flottille a été détruite en grande partie, au cours d’un accès de rage irréfléchie de démolition, qui a sévi sur la marine. L’Angleterre, aussi démunie que nous, a trouvé un palliatif dans l’acquisition des trois petites canonnières brésiliennes dont nous avons parlé et dont nous indiquerons plus loin l’utile emploi. Dans toutes les marines alliées, il ne se rencontre de propre à la guerre décotes, que nos dernières canonnières Styx et Phlégéton, et surtout deux monitors, le Mishima et Y Okinoshima, vieux trophées de guerre désarmés dans uri port japonais, dont la conservation prouve ici qu’il ne faut jamais détruire sans y réfléchir à deux fois, mais dont personne sans doute n’a songé à réclamer l’envoi en Europe. Ajoutons un bâtiment portugais.
- Les trois canonnières Ilumber, Mersey, Shannon, qui ont constitué la troisième catégorie, dans nos bâtiments de flottille, sont de petits navires de 1250 t., qui calent 1 m. 40 d’eau seulement.
- Revenons aux torpilleurs d’escadre et aux sous-marins pour examiner leur rôle, parfois inattendu, dans les opérations de la guerre actuelle.
- Que les torpilleurs d’escadre ne méritent plus leur nom originaire de destroyers, il n’y a rien là que de prévu. Le nom de torpilleur lui-même s’est trouvé peu justifié, car les tubes de lancement des torpilleurs d’escadre ne semblent guère avoir lancé de torpilles. Les canons, qui n’étaient que l’arme secondaire, ont fait meilleur service, parce que les torpilleurs ont été surtout appelés, soit à Se battre entre eux, soit à mitrailler les colonnes prussiennes.
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- Fig. 6. — La flotte anglaise à la revue de Spithead.
- Avec leur lirant d’eau de o m., les contre-torpilleurs ont associé le tir de leurs canons de H10 ou de 100 mm, à celui des pièces de 150 et de 120 de YHumber, de la Mersey, du Shannon; ils sont devenus des canonnières.
- En même temps, les torpilleurs d’escadre se sont révélés comme les meilleurs et même les seuls adversaires des sous-marins. Leur agilité leur permet de charger rapidement dès l’apparition d’un périscope; leur tirant d’eau suffit pour atteindre le plafond de l’adversaire qui est monté près de la surface pour inspecter l’horizon. Ainsi s’est ajouté, au rôle de canonnière, celui de bélier, moins prévu encore, auquel rien ne répond dans les dispositions de la charpente.
- Le torpilleur d’escadre a maintenant la charge
- d’assurer la sécurité contre l'attaque sous-marine. II sert à la fois de grand’garde, de Aedette et d’éclaireur dans les opérations de blocus. Il peut se lancer en enfant perdu sur les mers semées de mines, parce que la faiblesse de son tirant d’eau assure sa sécurité, à marée haute tout au moins. Toutes les conditions sont réunies pour faire de lui, près des côtes, le précieux auxiliaire des escadres.
- Quant au sous-marin, l’importance de son rôle vient de s’affirmer, avec une telle ampleur que la guerre navale, celle des mers d’Europe, a été en 1914 une guerre de sous-marins. Aucune opération importante n’a été accomplie ni même tentée, aucune destruction grave exécutée par d’autres navires. Si, par ses dimensions et son rayon limité d’action, il se rattache aux flottilles, il n’y figure
- Fig. 7. — Le sous-marin anglais C14.
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- point au rang d’auxiliaire des grands navires. Partout où il s’est montré, il a été la force militaire principale. Les conditions de la guerre lui étaient pourtant peu favorables. Il redoute les eaux sans profondeur, les seules où peuvent s’accumuler facilement les obstacles à son passage. Sur trois expéditions françaises dans les passes de l’Adriatique, les seules dont il ait transpiré quelque chose, deux ont échoué. Un sous-marin s’est heurté à des filets d’acier; il a été trop heureux de s’échapper. Un second a été détruit. Un troisième paraît être parvenu
- où s’empêtrent les hélices. Le sous-marin y jouit d’une sécurité absolue, dès qu’il a plongé au-dessous de la quille des navires. Le sous-marin n’a donc pas dit son dernier mot. Vienne le jour où il se sera allégé des accumulateurs électriques qui lui fournissent sa puissance à raison du poids de 60 kg par cheval-heure, où il naviguera en plongée, comme en surface à raison de 0 kg 20 de pétrole, le sous-marin s’évadera des catégories de navires de flottille. Il se révélera plus apte à poursuivre les grands navires en haute mer, qu’il ne l’est à aider aujour-
- Fig. 8. — Le Kaiser et le Helgoland de la marine allemande.
- à portée pour torpiller un cuirassé. Dans les eaux plus larges et plus profondes du Pas de Calais, la proportion des sous-marins ayant surmonté les difficultés du passage est très différente. Ici tout barrage de filets était impossible à établir;, les torpilles automatiques elles-mêmes eussent été inefficaces dans la partie la plus profonde; il aurait fallu disposer des chapelets verticaux de torpilles, et les multiplier jusqu’à dépasser le nombre total de torpilles mouillées en 1904 dans la mer du Japon. Dans les véritables grands fonds, il n’y a plus de barrages possibles, ni par les torpilles, ni par les chapelets de torpilles, ou ceux d’aussières et defauberts
- d’hui, par la crainte qu’il inspire, à les tenir terrés dans leurs repaires. Après cette courte excursion dans le domaine spéculatif qui appartient à l’avenir, rassurons-nous, par les perspectives de la paix, sur le sort des cuirassés futurs et revenons à nos flottilles de 1914.
- Une catégorie nouvelle et beaucoup plus légère, celle des avions ou des hydravions, vient de s’ajouter aux torpilleurs et aux sous-marins. Son action militaire, combinée à celle de ces derniers, et appuyée, il est vrai, du concours de deux éclaireurs, a, pour son coup d’essai, voulu un coup de maître. La combinaison du Gymnote remorquant un ballon
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- captif avait bien été essayée à Toulon, il y a quinze ans; mais c’était un simple jeu, imaginé à plaisir pour justifier le mot d’un jeune ingénieur se réjouissant d’avoir vu l’aveugle porter le paralytique. Aujourd’hui que le sous-marin n’est plus aveugle et que le navigateur aérien est encore moins paralytique, la partie est sérieuse; elle avait pour enjeu la destruction de cuirassés, dans l’audacieuse expédition anglaise de la journée de Noël.
- Ainsi se sont inscrits, dans les annales de la guerre maritime, les premiers faits et gestes d’une
- ments de 750 à 960 t., avec des vitesses généralement comprises entre 30 et 32 n. et allant jusqu’à. 35 n. ; le calibre des canons atteint 110 mm. D’importantes additions ont dû être faites en 1914.
- Les 88 torpilleurs d’escadre français ont des déplacements allant de 500 à 880 t. et des vitesses allant de 28 à 32 n. Quinze seulement d’entre eux rivalisent avec les torpilleurs de haute mer anglais. Le plus fort calibre des canons est 100 mm. Quel ques additions à la.liste ont été faites en 1914, dont peut-être quatre torpilleurs argentins de 950 t.
- Fig. 9. — Le Jean-Bart, le Danton, le Vergniaud et le Courbet de la marine française.
- flottille composite que Jules Verne n’a pas imaginée.
- Le rôle joué par la flottille en 1914 invite à joindre, au simple énoncé numérique inscrit plus haut, le détail de sa composition dans les marines belligérantes.
- Dans la catégorie des torpilleurs, la flotte anglaise se décompose en 115 bateaux, qualifiés destroyers, dont six appartenant à la flotte australienne, et 130 Ocean-going destroyers, ou torpilleurs de haute mer appartenant tous à la flotte métropolitaine. Les premiers ont de 265 à 565 t. de déplacement avec 25 à 50 n. de vitesse. Les seconds sont des bàti-
- Dans la flotte adverse, les 52 torpilleurs d’escadre allemands du début de 1914 ne dépassaient pas 6801. ; la vitesse allait jusqu’à 52 nœuds ; le calibre maximum des canons était 60 mm. Le programme de 1912, qui comporte douze divisions de douze torpilleurs chacune, était donc assez loin d’être réalisé. Les chantiers ont certainement été très actifs pendant toute l’année, et les nouveaux bâtiments doivent être d’un modèle plus puissant que celui des anciens. Seize torpilleurs de 900 à 1400 t. étaient en chantier en Allemagne pour la marine argentine.
- Parmi les 18 torpilleurs d’escadre de la flotte
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- autrichienne, les six plus grands ont 785 t. de déplacement avec 55 n. de vitesse; ils portent deux canons de 110 mm; leur tirant d’eau est indiqué comme ne dépassant pas 5 m. 50.
- La flottille russe, malheureusement isolée dans ses deux mers, est remarquable par la puissance de ses torpilleurs. Le déplacement de ceux de la Baltique atteint 1200 et 1500 t., la vitesse 56 n. et même.57 n. ; l’armement comprend trois et jusqu’à quatre canons de 110 mm.
- Dans la catégorie des sous-marins, la flottille anglaise, commencée très longtemps après la nôtre, a eu l’avantage d’un développement régulier et rationnel, qui l’a conduite au premier rang. La liste de 74 bâtiments, dont 2 australiens, commence à la classe la plus ancienne, celle des À, dont neuf unités sur treize sont encore armées, en principe tout au moins. La classe suivante B, de 515 t. de déplacement et 9 n. de vitesse en plongée, est probablement la doyenne de celles réellement en service ; elle a fourni le B 11 qui a détruit le Messoudieh. La classe la plus récente, celle des E, à laquelle appartiennent les AE australiens, a 800 t. en plongée et file 10 nœuds; en surface, sa vitesse est de 16 nœuds.
- très remarquable, sous certains rapports, manquerait de rayon d’action en plongée.
- Deux, Néréide et Gustave-Zédé de 1000 t. en plongée et 200 t. de flottabilité en surface, vitesses de 10 n. sous l’eau et de 20 n. en surface.
- A ces 74 sous-marins, l’année 1914 en a ajouté une dizaine du modèle Clorinde et une dizaine du modèle Néréide ou du modèles peu différents.
- Il était permis d’hésiter à faire entrer en compte les 17 sous-marins de 70 t., simples agrandissements du Gymnote de jadis, dont la mise en chantier vers 1900 retardait de douze ans. Mais il faut songer aux imprévus de la guerre. Si le port d’Em-den, par exemple, devenait une base d’opérations contre Cuxhaven, ne trouverait-on pas l’emploi de ces petits bâtiments, qui, à Bruges-maritime, auraient été si utiles à l’Allemagne?
- Les 21 sous-marins allemands vont de U 1, 180 t. de déplacement avec 9 et 12 n. de vitesse, à IJ 21, 800 t. avec 12 et 17 n. de vitesse. Les constructions nouvelles ont été vivement poussées en 1914; le U 27 est entré en service peu après le début de la guerre. Le dernier modèle atteint à peu près le déplacement de la Néréide, avec 8 m. de moins de longueur et
- Fig. io. — De gauche à droite : Scharnhorst, Helgoland, Moltke.
- L’année 1914 a vu mettre en service trois nouveaux AE, avec vingt E métropolitains de 1200 t., filant 16 n. en plongée et 20 n. en surface. Ces derniers portent une légère artillerie.
- La flotte sous-marine française, quelque peu hétérogène, comprend : Dix-sept sous-marins de 70 t. et 8 n. naviguant uniquement en plongée.
- Onze de modèles variés et déjà anciens, dont plusieurs ne naviguent qu’en plongée ; les déplacements varient de 145 à 560 t.
- Six de 594 t. avec les vitesses 7,15 n. en plongée, 12,5 n. en surface, caractérisés par une très faible flottabilité en surface, mais remplissant les conditions nécessaires de sécurité.
- Trente-trois de déplacement et de vitesse analogues aux précédents, ayant une bonne flottabilité. Ces bâtiments sont le principal élément de notre puissance sous-marine. Les uns portent les noms des mois révolutionnaires, les autres des noms de savants. Parmi ces derniers, le Curie a été perdu dans l’Adriatique.
- Deux autres, Clorinde et Cornélie, de 400 t., un peu plus grands et plus récents que les trente-trois précédents.
- Trois, Amiral-Bourgeois, Archimède, Papin, de 500 à 600 t., vitesses 10 et 15 n. Modèles variés ayant tous réussi. Un quatrième, le Charles-Brun,
- 0,06 m. de plus de largeur. Les torpilles nouveau modèle de 55 cm portent à 7U00 m., "à la vitesse moyenne de 29 n. Les derniers bâtiments ont été armés d’un canon à éclipse de 66 mm et d’un canon fixe de 57 mm. Le programme de 1912, comportant six divisions de six sous-marins chacune, doit tou-iher à sa complète réalisation.
- En Autriche, le déplacement des sous-marins n’a pas dépassé 500 t. et leur vitesse 12 n. en surface et 10 n. en plongée. La configuration des côtes y donne beaucoup de valeur aux petits bâtiments.
- Puisque la flotte aérienne collabore avec la flotte maritime, rappelons, d’après YAnnual, que la France possédait 25 dirigeables au début de l’année ; avec 15 pour l’Angleterre et 9 pour la Russie, le total est 47. A la même époque, on en comptait en Allemagne 21 de volume et souvent de vitesse supérieurs, avec 5 en Autriche. Pour les avions nous comptions 500 unités, l’Angleterre 250 et la Russie probablement 500. L’Allemagne ne comptait encore que 500 avions. Elle venait de s’outiller puissamment; son Z 50 est en service. Ces nombres ont perdu toute valeur de comparaison, par suite de la rapidité des fabrications. Une bonne usine livre facilement cinq monoplans ou biplans par semaine. Il suffit d’avoir des aviateurs. La guerre aérienne est la plus passionnante de toutes. <
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- Fig. ii. — De gauche à droite : Ernest-Renan, Danton, Courbet.
- Plus lugubre est la guerre de mines, qui frappe indistinctement navires de commerce ou navires de guerre, neutres ou belligérants et qui continue à faire des victimes quand les hostilités ont cessé. On ne saurai trop trépéter qu’ « il y a vraiment là une question de droit des gens qui s’impose. Tous les pays maritimes seraient intéressés à .ce que des mesures internationales fussent adoptées, pour préserver les neutres du danger de devenir, pendant des années, les victimes des belligérants, après que ceux-ci se sont réconciliés » i1).
- Tous les représentants des nations civilisées convoqués en Congrès à la Haye signeraient sans doute la convention, qui limiterait l’emploi des mines au blocus des ports militaires et des points d’appui ou de ravitaillement des navires de guerre. Resterait à déterminer la sanction, sans laquelle les actes le plus solennellement signés ne sont que « chiffons de papier ». Tout est là.
- Ceci dit, il est intéressant de montrer, dans un rapide aperçu historique, comment l’emploi des minés marines s’est développé, en violation de plus en plus flagrante du vieux Droit des gens.
- Les premières applications importantes furent irréprochables. Les mines de fond disposées, il y a trente ou quarante ans, pour interdire l’entrée d’une passe explosent au commandement. Le fil électrique que commande la mise en feu est relié à deux postes de visée, établis à terre, à longue distance l’un de l’autre; les mouvements du navire ennemi sont suivis par deux lunettes commandant la fermeture du courant. L’explosion se produit quand les deux lignes de visée convergent sur la mine. La seule cause d’accidents possibles, bien imprévue et d’ailleurs négligeable, est dans le courant d’induction produit par une décharge d’électricité atmosphérique. Il est arrivé un jour, aux mines qui protègent les passes de Cherbourg, d’exploser spontanément au cours d’un violent orage.
- La complication des postes de visée a été écartée plus tard, en faisant commander la fermeture du circuit électrique par le choc du navire contre un flotteur fixé à la mine. Cette disposition convient
- 1. La Marine Moderne, éditions de 1914, p. 182. Bibliothèque de philosophie scientifique, Flammarion, éditeur.
- partout où les hauteurs de marée n’exposent pas le flotteur à apparaître à la surface. La charge peut se placer soit dans une mine de fond, soit dans le flotteur lui-mème tenu en mouillage par un simple crapmd; elle est beaucoup moins forte dans le second cas. Les torpilles électriques-automatiques, ou, comme on les nomme, les torpilles vigilantes, présentent moins de sécurité que les premières mines de fond. Le circuit électrique est établi à demeure, prêt à se fermer, nuit et jour, sous l’action du moindre frôlement, pour toute la durée des hostilités. Toutefois les accidents ne sont à craindre qu’à la suite d’une imprudence de ceux qui en seraient les victimes. Les passes minées sont peu étendues et toujours signalées avec soin.
- La simplification redoutable est celle qui résulte de la suppression de toute intervention de l’électricité; c’est la mine ou torpille mécanique-automatique, appelée usuellement automatique, en usage aujourd’hui. Tout choc sur le flotteur provoque l’explosion, la mine une fois mouillée, sans qu’il y ait aucun moyen de la désarmer ou de la rendre inolïensive, sinon par le dragage qui la détruit. Le danger a été centuplé par la grande facilité d’immerger ces mines légères et très mobiles, non seulement près des côtes, mais au large, sans repérer leur position, partout où la profondeur du fond ne dépasse pas la longueur d’un orin de mouillage. Il suffit de jeter à l’eau la mine munie de son orin et de son crapaud ; un appareil ingénieux se charge de l’arrêter exactement à la profondeur voulue au-dessous de la surface de la mer. Tout navire à vapeur, en naviguant à moyenne vitesse, peut laisser derrière lui un chapelet de mines. Un croiseur ou un paquebot parti de Trondhjem, de simples chalutiers dérobant leur nationalité sous le pavillon norvégien, peuvent, en quelques heures, rendre l’Atlantique nord innavigable. Les destructions se produiront au large, sans sauvetage, sans secours possible, parfois sans laisser le temps d’armer les embarcations. Voilà ce qui est inacceptable.
- Nous ne parlons pas d’une dernière forme de la mine, la torpille flottante ou dérivante, qui est la plus aveugle de toutes mais qui est rarement employée. E. Bertin,
- Membre de l'Institut.
- Fig. 12. — De gauche à droite : Chathara, Ring-Edouard VII” et Lion.
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- LA DOUBLE BIELLE WILLIAMS
- Le procédé de double bielle proposé et breveté par M. H. Williams et appliqué déjà à plusieurs moteurs à vapeur est intéressant à signaler parce qu’il constitue un effort — couronné en partie de succès — vers une solution meilleure du problème de l’accouplement et de la transformation d’un mouvement alternatif en mouvement rotatif.
- Le système Williams consiste à relier le piston à l’arbre manivelle au moyen d’une double bielle ayant un double point d’attache oscillant sur la tige de piston d’une part et une double attache fixe sur l’arbre manivelle (fig. 1 et 1 bis).
- L’attache oscillante sur la tige du piston consiste essentiellement en un axe portant deux bras coudés diamétralement opposés par rapport à cet axe.
- L’attache fixe sur l’arbre manivelle consiste en deux bras coudés, mais qui, au lieu d’être diamétralement opposés par rapport à leur axe de rotation, comme dans le cas précédent, sont au contraire situés à deux sommets d’un triangle isocèle ayant pour troisième sommet l’axe même de rotation.
- Le triangle isocèle en question peut avoir un angle au sommet 0 plus ou moins ouvert selon le résultat à obtenir.
- Si, dans ces conditions, on réunit par deux bielles identiques les points 1 et 2 aux points 1' et 2' (fig. 1 à 4 bis), il en résulte que, pendant la rotation de l’arbre manivelle, le piston va parcourir un chemin tout différent de celui qu’il parcourait avec une bielle ordinaire.
- Tant que les deux bielles forment ensemble les côtés d’un parallélogramme, tout se passe en effet comme si l’on avait une bielle ordinaire de longueur A B (fig. 1 bis, o bis et 4 bis). Mais, lorsque les deux bielles commencent à se croiser, cette longueur À B se met à diminuer et, lorsque ce croisement est complet (fig. 2 et 2 bis), la bielle fictive À B est notablement plus courte qpbapparavant pour s’allonger ensuite à nouveau' jusqu’au moment du décroissement.
- Le racémirciSsemeht se prôdilit àtf 'moment même ou le piston arrive-'au point mort et il en résulte
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- LES ROUMAINS DE BUKOVINE .... ........93
- que la vitesse du piston dans cette région se trouve réduite par rapport au cas ordinaire. Le piston a ici une vitesse qui est celle qu’il aurait eue avec une bielle ordinaire diminuée de la vitesse de raccourcissement de A B.
- Or, ce résultat est. loin d’être indifférent; en effet, il permet, avec des vitesses de rotation plus
- grandes, d’avoir un équilibrage aussi bon et des efforts d’inertie qui, au lieu de s’accroître, peuvent demeurer constants.
- D’autre part, le piston ayant aux environs du point mort une vitesse réduite, il s’ensuit que l’admission, la combustion, l’échappement, etc., auront plus de temps pour se produire. S. C.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du i8
- L’origine des mounds pétrolifères du Texas et de la Louisiane. — Il existe, au Texas, des buttes qui servent de point de départ pour les recherches de pétrole et que Ton a parfois attribuées à un phénomène volcanique. En réalité, les terrains sont bombés localement à Cet endroit, mais seulement sur une certaine profondeur et non au voisinage. M. Jean Chautard a montré que c’était le résultat d’un gonflement produit par l’hydratation de l’anhydrite qui accompagne fréquemment le pétrole et qui a, d’autre part, donné naissance à des dépôts de soufre.
- Calcul de la portée des projecteurs de guerre sur terre et sur mer. — M. André Blondel étudie ce problème d’actualité, plus complexe qu’on ne le suppose et donne une méthode de calcul utilisable par les ingénieurs et les officiers.
- LES ROUMAINS
- Sur l’immense front de bataille russe, l’intérêt se porte actuellement vers le Sud, vers la Bukovine, où l’armée russe avance rapidement et atteint déjà les frontières de la Transylvanie. Nous n’avons pas à discuter le sens stratégique de ce mouvement ; mais son intérêt politique est clair, au moment où l’entrée en jeu de la Roumanie devient imminente. La Bukovine, comme la Transylvanie et le Banat, font partie de la « plus grande Roumanie » et doivent venir compléter la MoldoAùdachie, pour réaliser un idéal national que les Roumains, descendants et héritiers des Romains, poursuivent, à travers mille vicissitudes, depuis près de deux mille ans. Ayant autrefois attiré l’attention sur o les Grecs de Turquie », maintenant pour la plupart libérés du joug ottoman, je suis heureux de saluer à leur tour les Roumains d’Àutriche-Hongrie, que plusieurs voyages dans leur pays m’ont appris à connaître et à apprécier. La France a toujours soutenu le grand principe des nationalités, alors même que l’application de ce principe devait grouper contre elle des nationalités hostiles. Il est bien juste qu’aujourd’hui, elle bénéficie d’un courant d’idées favorisé depuis plus d’un siècle en trouvant, dans les peuples qui veulent reconquérir leur indépendance, des amitiés et des alliances nouvelles.
- Qu’est-ce que la Bukovine? Quand on regarde une carte d’Autriche-Hongrie, on voit que la Hongrie
- janvier 1915.
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- Traitement des plaies de guerre par les solutions de nitrate d’argent. — M. Danysz a étudié l’action des antiseptiques sur les microbes. Les plus actifs sont les sels métalliques et, plus particulièrement, les sels de mercure et d’argent. Pour produire une action suffisamment bactéricide, sans léser les tissus traités, on ne doit employer ces sels de mercure qu’en solution à 1 pour 300 000 et au delà et l’azotate d’argent à partir de 1 pour 200 000. L’emploi du nitrate d’argent en solutions très diluées a donné d’excellents résultats pour les blessures de guerre. Au contraire, les substances irritantes en solutions assez concentrées pour tuer les cellules des tissus lésés, non seulement n’arrêtent pas les infections, mais ont pour effet certain de les prolonger et de retarder la guérison des plaies.
- DE BUKOVINE
- semble porter sur son dos une sorte de besace formée par les Carpathes, un sac au fond duquel sont le Banat et la Transylvanie. En dehors de ce sac et à l’extérieur de la chaîne montagneuse sont des pays qui regardent vers un autre horizon, pays si indépendants de la Hongrie à laquelle ils confinent, que les fictions politiques elles-mêmes ne les lui ont pas rattachés et en ont fait seulement des pays de conquête rattachés à l’Autriche, des terres d’empire à la façon de l’Alsace-Lorraine : la Galieie prise jadis à la Pologne; la Bukovine, partie inté-granle de la Roumanie qu’elle continue et dont rien, si ce n’est une frontière artificielle, ne la distingue.
- La Bukovine, qui occupe environ 10 000 km2, est un pays moitié agricole, moitié forestier. Les forêts couvrent la moitié de sa superficie et lui ont valu son nom qui veut dire pays des hêtres. Elles constituent la principale richesse du sol; l’agriculture est, au contraire, généralement assez misérable. C’est une région accidentée, qui, vers l’Est, s’abaisse jusqu’à la plaine de Bessarabie et, vers l’Ouest, dans le sens des Carpathes, devient franchement montagneuse. A la frontière hongroise, les hauteurs s’élèvent jusqu’à 1700 m.- et tout ce bloc boisé n’est traversé que par deux routes allant vers la Transylvanie et partant toutes deux de Kimpolung, l’une qui Conduit à Marâmaros Sziget, l’autre qui
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- mène à Klausenbourg. C’est là le grand intérêt stratégique de cette position de Kimpolung, sur laquelle nous allons revenir. Du Nord au Sud, la Bukovine est coupée par plusieurs vallées de direction grossièrement Est-Ouest. A partir du Dniester qui forme la limite Nord, ce sont : le Pruth, sur lequel se trouve la capitale Czernowitz, le Grand et le Petit Sereth, la Suczawa près de laquelle est Radautz; la Moldawa, sur laquelle se branche à Wama la Moldawitza; enfin la Goldene Bistritz. Toutes ces rivières se dirigent des Carpathes vers la Roumanie. Les Russes viennent d’opérer, dans ce pays, le mouvement de râteau qui leur est familier et qui leur réussit si bien. Après avoir facilement occupé une première fois la plaine de Czernowitz lors de leur marche vers la Galicie, ils ont abandonné la ville un moment, puis y sont revenus, et maintenant l’ont prise pour base de leurs opérations dirigées sur la Transylvanie. A la fin de décembre, ils se sont emparés méthodiquement de toutes les vallées. Ils ont pris Radautz, puis, par Kaczika, ont passé dans la vallée de la Moldava. Le 4 janvier, ils prenaient Goura Houmera et Bouksoia. Puis, passant à Wama, ils entraient le 6 janvier à Kimpolung. Deux bonnes routes nationales les conduiront de là en Hongrie par des cols à 1200 m. (Kimpolung étant à 647). Dès le 18 janvier, on annonçait officiellement qu’ils avaient pris d’assaut le col de Kirlibaba, sur la route de Maramaros-Sziget. En même temps, l’importance de ce mouvement stratégique se trouvait accentuée par l’entrée convergente de trois corps d’armées russes au Nord de la Hongrie, dans les comitats de Bereg, Ung et Zemplen. Quand les Roumains avanceront de leur côté par le Sud, sur Kronstadt et Hermannstadt, la situation de la Hongrie sera difficile.
- Une campagne d’hiver dans les montagnes de la Bukovine doit être dure ; mais elle est très certainement favorisée par l’attitude dé la population qui attend les Russes comme des libérateurs. Cette population est, comme cela arrive si souvent en Autriche, mais à un degré tout particulier, un mélange ethnique singulier de races et de langues diverses. On y trouve des Roumains, des Ruthènes, beaucoup de juifs, des Polonais, des tziganes... et même quelques Allemands immigrés d’Autriche-Hongrie. Les Fig j statistiques officielles,
- Une fiancée roumaine. destinées à masquer la
- prépondérance de l’élément roumain, ont tendance à forcer le nombre des Ruthènes. Mais ce qui frappe tous les yeux quand on entre en Bukovine, c’est que les affiches sont trilingues : roumain, ruthène et allemand. Pas de hongrois ici. Lorsqu’on réussir de Hongrie où un Français ne peut réussir à se faire comprendre (les habitants refusant de parler allemand tant qu’ils peuvent s’imaginer avoir affaire à un autrichien) on trouve,-.au contraire, une langue roumaine assez voisine de la nôtre pour pouvoir être devinée, sinon comprise, et beaucoup de gens parlant l’allemand comme moyen d’intelligence international. Plus au Nord, vers la Galicie, on ne parle plus depuis 1866 que le polonais et les cours mêmes de l’Université de Lemberg ne peuvent avoir lieu qu’en polonais, sous peine de rester incompris. La confusion des religions est comparable à celle des langues et la complète.. Quatre ou cinq religions sont en concurrence et, dans un village, il n’est pas rare de trouver trois églises appartenant à divers cultes, auxquels se joignent parfois trois écoles correspondant à trois nationalités (fig. 5). DansleBanat, les offices de l’église grecque se font en russe. Les officiers commandent en allemand à des hommes qui n’en savent pas un mot et qui sont même souvent incapables de reconnaître l’heure. Pour se faire un peu comprendre, ils sont réduits à baragouiner le ruthène et 'e roumain. Du côté de la Transylvanie, la landwehr, distincte de la landwehr autrichienne, a par contre, ses commandements en hongrois.
- H storiquement, la Galicie a été prise à la Pologne en 1772 et s’est accrue peu après de la Bukovine, qui, après avoir été polonaise et moldave, avait été reprise par les Turcs. L’élimination de l’élément musulman a été ici absolument complète. Les deux éléments anciens, les éléments populaires, sont les Roumains et les Ru-thènes (fig. 1 et 2). Les Roumains occupaient tout le pays quand la population appartenait à la Moldavie. Us ont été, depuis lors, en partie refoulés vers le Sud par les Ruthènes; mais les anciens Latins ont un degré de culture supérieur et dominent manifestement les Ruthènes par la qualité.
- Les uns et les ‘autres restent subordonnés aux conquérants polonais et hongrois. Les Ruthènes,
- Russes rouges ou Rus-niaques, sont des slaves qui ont toujours vécu en mauvaise intelligence avec/leurs frères polonais et qui occupent sur-
- Fig. 2. Un ruthène.
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- tout les liantes vallées des Carpathes. Il y a, parmi eux, quelques nobliaux, peu difîérenI s des paysans, que l’on appelle des « gentilshommes à sandales », mais la plupart sont très frustes. Les Ruthènes sont Grecs orthodoxes comme les Roumains; les Polonais, on le sait, sont catholiques.
- Depuis des siècles, Roumains et Ruthènes vivent dans un étal de subordination qui se traduit, d’une façon toute féodale, dans les mœurs et dans les usages. On se croirait au moyen âge quand, parcourant quelque route cahoteuse, on voit les paysans aux longs cheveux se découvrir sur votre passage avec un de ces grands saluts profonds comme on n’en fait plus qu’à la Comédie-Française et s’aplatir contre le talus pour laisser plus de place au passant inconnu, qui, pouvant se payer une piètre voiture, est peut-être un Hongrois ou un Polonais (fig. 4). Ils ne se redressent et ne remettent leur chapeau que longtemps après, comme des soldats prussiens ne quittent la position réglementaire que longtemps après le passage d’un officier. Si l’on donne un pourboire à un ouvrier, il se précipite sur votre main pour la baiser en s’inclinant jusqu’à terre. Un mot latin resté des vieux usages hongrois caractérise cet état d’esprit. Souvent, au lieu de bonjour, on dit « Servus ». Même dans une classe plus élevée, j’étais un jour surpris, dînant chez des gens
- entre les mains des juifs en vertu d’une autre conquête pacifique; mais les paysans saluent toujours l’ancien noble ruiné. Et le seigneur reste, d’ailleurs, le maître du pays. Il garde, par exemple, le droit de concéder, moyennant redevance, le droit exclusif de tenir auberge ou cabaret dans chaque
- Fig. 3 et 4. — Église roumaine de Russ Moldavitza. — Paysans roumains au passage d’ùn gué près Russ Moldavitza.
- du pays, de sentir ma main saisie par l’enfant de la maison qui s’agenouillait pour la baiser. C’est que, depuis longtemps, on a pris l’habitude de trembler devant les magnats hongrois qui s’étaient emparés de tout par droit de conquête. Ces magnats, à leur tour, ont vu leurs biens passer l’un après l’autre
- village : véritable monopole concédé au plus offrant et dont le concessionnaire profite ensuite pour établir les tarifs à son gré, On distingue seulement la « propination » qui permet seulement de vendre à boire sur place et la « concession » qui donne la faculté de vendre du vin ou des liqueurs en bou-
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- teilles. Sur les routes, on continue à percevoir des péages. Devant ce maintien systématique d’abus, partout ailleurs déracinés, il n’est pas surprenant que les habitants de la Bukovine, ainsi que ceux du Banat et. de la Transylvanie, se considèrent comme liés seulement par la force à l’Autriche-Hongrie et aspirent à s’affranchir de son joug. Toute la question est de savoir s’ils deviendront en partie Russes en suivant l’élément ruthène, ou s’ils seront seulement Roumains; et la solution de cette question dépend à son tour de la rapidité plus ou moins grande que mettra la Roumanie à entrer en campagne avant que la Russie n’ait déjà accompli toute la tâche.
- Si les Roumains avaient attendu trop longtemps dans l’espoir de s’entendre auparavant avec la Bulgarie ou avec l'Italie, il aurait pu leur arriver de se mettre à table une fois le repas mangé et de ne plus y trouver que des miettes. C’est ce que leur politique très avisée paraît avoir fort bien compris.
- En attendant cette libération, il est arrivé, en Bukovine, comme dans tous les pays dominés par une race conquérante, que la religion est devenue le moyen de groupement et l’instrument de résistance pour les opprimés. D’où sa très grande puissance en Bukovine. Ainsi une grande partie du pays s’est trouvée appartenir au « fonds de religion orthodoxe », qui correspond à ce qu’on appelle en Turquie les biens vakoufs. A lui sont toutes les forêts avec leurs routes (tracées seulement depuis 20 à 30 ans), la plupart des chemins de fer, des scieries.
- Le Forstverwalter, qui représente ce fonds dans chaque Bezirk, est le principal personnage de l’endroit. C’est lui qui a fait, par exemple, établir à Wama, Russ Moldavitza, Frasin, etc., des scieries desservies par des voies ferrées économiques et qui expédient les planches débitées jusqu’au Caucase où l’on en fait une grande consommation pour expédier les pétroles de Bakou, ou encore à Hambourg et au Havre. C’est également avec le fonds de religion qu’il a fallu traiter lorsqu’on a tenté à Russ Moldavitza (fig. .4), quelques essais d’exploita-
- tion du pétrole, qui, jusqu’ici, n’ont pas abouti. C’est enfin, bien souvent, le fonds de religion qui, par un paradoxe étrange, se trouve détenir le droit seigneurial d’instituer les cabarets.
- Pittoresquement, la Bukovine est un pays charmant, aüxjgrandes pentes boisées, aux villages de bois pittoresquement plantés parmi les haies et les prés, mais très amusant surtout par la profusion exceptionnelle des costumes aux couleurs vives. Les Roumains ont un costume tout blanc : veste longue brodée, culotte blanche et ceinture de cuir, grand chapeau noir sur des cheveux d’artistes ou de poètes (fig. 4). Souvent ils sont à cheval, fumant leur pipe. Beaucoup, par-dessus leur chemise blanche, portent une veste longue en peau de mouton, tantôt la laine en dehors est toute hérissée,
- tantôt fies jours de fête), mise dans l’autre sens de manière à laisser voir le luxe des broderies rouges, bleues et noires. Lès Ru-thènes ( fig. 2 ) portent un large pantalon garance comme des soldats français, ou du moins des bas rouges sous lepantalon blanc. Les femmes ont généralement les jambes nues, parfois avec de grandes sandales à cordons enroulés autour des chevilles, la chemise couverte de broderies et la jupe retroussée pour travailler aux champs. Les dimanches et les innombrables jours de fête orthodoxe, elles portent un luxe extraordinaire d’ornements rouges, de colliers et de bracelets d’or, une veste en peau brodée comme celle des hommes, des fleurs dans les cheveux, etc. (fig. 1). A califourchon sur un cheval et fumant leur pipe, elles laissent alors volontiers apercevoir leurs énormes jambes nues au-dessus de leurs bas rouges : ce qui forme un contraste original avec la complication de leurs coiffures et leurs colliers au quadruple rang de perles. Enfin les juifs polonais à longs cheveux tirebouchonnés, à calotte noire, se promènent gravement, la lévite noire entr’ouverte au-dessus de leurs bottes. Quand on passe en Transylvanie, les costumes se compliquent encore par l’apparition de plus en plus nombreuse des paysans bulgares..
- L. De Launay.
- Le Gérant : P. Masson. — imprimerie Laiiuke, îue de l leurus, a Paris.
- Fig. 5. — Les puits à pétrole de Moskale.
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- 13 FÉVRIER 1915*
- LA NATURE. — N” 2159.
- LA GUERRE NAVALE EN 1914 1 II
- Notes de guerre
- ier août-31 décembre 1914
- Vouloir fixer l’histoire des événements de 1914 ne conduirait qu’à une tentative évidemment prématurée. La seule entreprise permise consiste à grouper dans un ordre méthodique les faits dont la presse périodique a présenté des récits épars. On peut, en suppléant par une application des lois de la guerre navale aux lacunes et aux incertitudes de ces récits, obtenir un tableau d’ensemble où apparaissent les aspects variés et successifs, imprimés aux opérations par la force des circonstances. Cette tâche a été entreprise ailleurs; elle y est régulièrement poursuivie, avec des développements que la présente étude ne comporte pas. L’auteur qui s’y consacre dans la Revue des Deux Mondes unit, à sa compétence maritime, le talent d’un écrivain militaire élégant et précis. Je me bornerai à un simple croquis. Si quelques commentaires me sont inspirés par les événements les plus saillants, je ne m’en fais pas un titre auprès du lecteur, je m’en excuserais plutôt, car je crains qu’ils n’offrent guère d’intérêt que pour les professionnels.
- L’heure du choc, auquel les belligérants se préparent dans la mer du Nord, n’ayant pas sonné en 1914, le premier acte de la guerre navale aura été la guerre de croisière. Il a eu l’océan Pacifique pour principal théâtre et il s’est terminé, le 8 décembre, dans l’Atlantique, près des îles Malouines ou Falkland.
- La marine allemande ne possédait, hors des mers d’Europe, qu’un seul et unique point d’appui, celui de Tsing-Tao sur la baie de Kiao-Tcheou, dont l’occupation fut, dans des conditions qui ji’ont pas été oubliées, l’origine de la guerre des Boxers. C'est une position de premier ordre, dans le Chantoung, au cœur même de la Chine. Cinq cents millions ont été dépensés, soit dans la jetée et dans le port bien muni de bassins et d’ateliers, soit dans l’enceinte de la ville entourée de forts, pour y fonder solidement le centre de la pénétration commerciale allemande dans le Céleste Empire appuyée, selon la méthode allemande, par la menace de la force militaire.
- 1. Voy. La Nature, n° 2158, du 6 février 1915.
- Les forces navales placées en Extrême-Orient sous les ordres de l’amiral von Spee, étaient importantes et composées de navires bien choisis. Elles comprenaient surtout les deux croiseurs cuirassés Scharnhorst et Gneisenau, à peu près contemporains du Renan et du Quinet français, moins croiseurs que ces derniers, plus navires de combat, dotés de noms qui sonnent mieux le bruit de poudre sèche. Cinq croiseurs, de la série qui porte des noms de villes, Emden, Leipzig, Nürnberg, Kônigsberg, Dresden, étaient, les trois premiers tenus sous la main de l’amiral, les autres détachés dans le Pacifique et l’océan Indien. A Tsing-Tao même stationnaient les canonnières lltis, Jaguar., Luchs, Tiger, destinées à la police des fleuves chinois, le croiseur protégé autrichien de 4000 t. Kaiserin-Elizabeth et enfin un vieux croiseur de 1600 t., 1 e Kormoran, armé de huit petits canons, simple stationnaire, peut-être armé en poseur de mines. Ces six bâtiments eurent une destinée commune. Les Japonais les trouvèrent coulés dans le port lorsqu’ils occupèrent Tsing-Tao le 7 novembre.
- La déclaration de guerre trouva les croiseurs allemands prêts à tout événement, carènes propres et fraîchement peintes. Des navires charbonniers étaient nolisés, l’approvisionnement de charbon complété par des achats à Brisbane (Australie) et à Newcastle. On a supposé l’existence de dépôts clandestins établis en pays neutres, où des navires charbonniers auraient fait leur plein. On connaît l’achat d’un chargement à San Francisco fait par le-Dada allemand devenu le Sacramento américain, qui partit pour le Chili et arriva lège à Valparaiso, après avoir ravitaillé l’escadre allemande dans les eaux neutres d’une île chilienne. 11 est hors de doute qu’aucun excès de scrupule ne fut apporté au respect des neutralités; il est également certain qiie les communications par T. S. F. ne furent pas interrompues avec la terre.
- Les opérations du Pacifique comprirent à la fois une guerre de course et une guerre d’escadre.
- L’éclaireur Y Emden se distingua particulièrement
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- dans la guerre de course. Pendant une seule de ses randonnées, la meilleure de toutes, il coula sept cargos de 4000 t-, à 7500 t. et une drague. Un huitième vapeur capturé, YEgbert, alla porter à Cochin tous les équipages prisonniers. Le dommage causé au commerce anglais est évalué à cinquante millions sterling. Parmi les actes d’ordre militaire, il faut malheureusement citer le bombardement de Papeete. On aimerait à croire que ce fut l’exécution d’une consigne générale acceptée à regret. La destruction des maisons et le meurtre des habitants d’une ville ouverte, partout réprouvés par le droit des gens, présentent quelque chose de plus répugnant pour des hommes de cœur, quand ils sont ainsi accomplis par un navire, à longue distance de toute force ennemie pouvant exercer dés représailles.
- Le triste exploit de Papeete fut suivi de la destruction du Zemtchoug, l’un des rares croiseurs russes sauvés de la bataille de Tsousima. Descendu en août de la station de Vladivostok, le Zemtchoug, qui avait huit canons de 120 mm à opposer aux douze canons de 100 mm de YEmden, ne redoutait
- d’escadre de 500 t. appartenant à la station de Saigon, laquelle opérait des rondes d’inspection le long des côtes. Le Styx, à tout prendre, eût mieux convenu. Le commandant du Mousquet fut, comme celui du Zemtchoug, trompé par l’apparence de YEmden. N’ayant pas entendu de canonnade, il s’approcha sans défiance et fut coulé en quelques bordées, sans avoir eu le temps, ni de décocher une torpille, ni même de faire feu de son petit canon de 65 mm.
- Cet exploit fut le dernier. Douze jours plus tard, sous l’ilè des Cocos, terre basse et déserte, la seule qui s’aperçoive dans le long trajet d’Aden à Colombo, YEmden fut découvert par le Sydney, croiseur de la flotte australienne. Le Sydney avait l’avantage de la vitesse, et une supériorité dans le calibre des canons, huit de 152 mm contre douze pièces de 100 mm. Le combat se livra cette fois sous vapeur. Il se termina par la destruction de YEmden qui fut coulé. Le Sydney sauva les survivants et les traita avec honneur, comme YEmden avait traité du reste ses prisonniers.
- On a été singulièrement frappé de la faiblesse des
- Fig. i. — Silhouette de /’Emden Fig. 2. — Silhouette du Yarmouth, du Sydney.
- et de ses congénères. du Chatham et de leurs congénères.
- pas la rencontre au large. 11 la cherchait plutôt; il eut le tort de se laisser surprendre au mouillage dans la rade de Poulo-Uinang. Le service d’information allemand fit son œuvre. L'Emden profita de son avantage en attaquant le 26 octobre dès la première heure. Il a été reproché à YEmden de s’être présenté sous les apparences d’un croiseur anglais qui aurait pu être le Yarmouth; il s’était en effet assez habilement grimé, avait changé sa peinture et s’était affublé d’une cheminée supplémentaire en toile. Il n’y a rien là qui sorte des tolérances très larges, dont jouit la guerre de course. Le corsaire n’est tenu d’affirmer sa nationalité, d’arborer son pavillon, qn’en l’appuyant du premier coup de canon, à l’ouverture du feu. C’est aux commandants de savoir distinguer la silhouette des adversaires de celles des amis; ils peuvent consulter l’album publié chaque année par M. Jane.
- L’Emden fit l’économie de ses gargousses. Aussitôt arrivé en bonne position, il envoya une torpille qui coula le Zemtchoug. C’est le seul exemple de torpille efficace lancée par les tubes d'un croiseur ou d’un cuirassé.
- Dans la même journée du 26 octobre, YEmden, sorti de la rade de Penang à six heures du matin, fit la rencontre fortuite du Mousquet, torpilleur
- pertes du Sydney, qui eut 4 tués seulement, tandis que le nombre fut de 129 sur YEmden (fig. 28). Les pièces de YEmden n’étaient pas mal servies; les détails connus de la destruction du Mousquet le prouvent. Peut-être les soutes à munitions étaient-elles vides dans la phase finale et décisive de la lutte? L ’Emden n’avait sûrement pas dépensé plus de cinq ou six coups par pièce contre le Mousquet, mais il avait libéralement arrosé Papeete de ses obus. Pour peu que le bombardement lui ait coûté l’équivalent de cinquante bordées, il a engagé la lutte mortelle avec des soutes mal garnies. Si l’hypothèse est justifiée et le nombre des morts du Sydney exact, on aurait un cas d’activité de la justice immanente.
- Nous aurpns à revenir sur l’artillerie des Allemands et à parler du tir de leurs croiseurs, lorsqu’il ne s’agit plus de détruire un simple Mousquet à courte portée.
- A peu près à l’époque de la destruction de YEmden, sur le rivage occidental du même Océan, son frère le Konigsberg, poursuivi par le Chatham frère du Sydney, se laissait enfermer et bloquer dans l’embouchure du Rufigi. L’embouteillage, d’abord provisoire, fut complété à l’aide d’un cargo de la « Rhedevial mail line » coulé dans le chenal. Le petit cuirassé Canopus, qui croisait dans ces
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- parages, paraît avoir eu part <à ces opérations.
- La disparition de YEmclen et du Iiônigsberg mettait fin à la guerre de course dans le Pacifique. Il n’y reste plus d’autre bâtiment de guerre allemand qu’un vieux petit croiseur de 1600 t., le Geier, frère du Kormoran, réfugié le 7 novembre à Honolulu, où il a été désarmé et neutralisé, sous le contrôle vigilant des Américains.
- En octobre, l'amiral von Spee, concentra les forces qui lui restaient. Les croiseurs cuirassés Scharnhorst, bâtiment amiral et Gneisenau furent immédiatement ralliés par le Leipzig et le Dresden; le Niirnberg ne rejoignit qu’en novembre, ainsi que le croiseur auxiliaire Prinz-lülel-Friedrich. Avec son escadre de quatre bâti-
- Fig. 4. — Good-Hope.
- ments, l’amiral descendit vers le Sud du Pacifique, à la recherche des Anglais, décidé à leur livrer bataille.
- La division anglaise, sous les ordres de l’amiral Craddock, était composée du croiseur cuirassé Good-Hope, un peu plus puissant que chacun des Allemands pris individuellement, d’un croiseur beaucoup plus faible, le Mon-mouth, insuffisamment cuirassé en plaques de 100 mm et armé de canons de 152 mm seulement, et du croiseur Glasgow, de même modèle que le Sydney et le Chatham. Un petit paquebot,
- YOtranto, servait d’estafette.
- L’Amirauté anglaise s’était émue du danger auquel cette division était exposée, en cas de concentration des forces allemandes; elle avait envoyé l’ordre de la
- Fig. 3. — Scharnhorst, Gneisenau.
- rejoindre au petit cuirassé de ligne le Canopus, dont la présence à l’extrémité opposée du Pacifique vient d’être indiquée. Le Pacifique est large. Le Canopus ne fut pas en mesure de devancer la division allemande sur la côte du Chili.
- L’amiral allemand, servi par ses informateurs, fit le plein de ses soutes à charbon dans les eaux territoriales du Chili, qui a protesté. Il surprit ensuite les Anglais au large de Coronel, dans la soirée du Jer novembre, au moment du coucher du soleil. La mer était houleuse. L’attaque fut de suite décisive. Dès la troisième bordée, un violent incendie
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- Fig. 6. — De gauche à droite : Colossus, Orion, Dreadnought. (Marine anglaise.)
- éclata à bord du Good-Hope. Le bâtiment amiral anglais fît explosion. Resté seul, le Monmouth opposa une résistance désespérée aux deux adversaires qui le criblaient d’obus. Les éclairs de son artillerie déchiraient encore l’obscurité grandissante, quand le Glasgow, qui ne pouvait lui être d’aucune aide, le perdit de vue dans l’éloignement. La retraite du Glasgow couvrant YOtranto semble n’avoir pas été inquiétée par le Leipzig et le Dresden. Au matin, * le Monmouth avait sombré près des débris du Good-Hope.
- Le désastre de la division anglaise a été attribué à l’infériorité de son tir. L’amiral allemand avait su prendre position à l’est, entre les Anglais et la côte, de sorte que ses pointeurs distinguaient les silhouettes de l’ennemi sur l’horizon encore éclairé, tandis que celles du Scharnhorsl et du Gneisenau se noyaient dans les ombres crépusculaires. On a fait aussi la remarque que le Good-Hope et le Monmouth avaient été livrés par la Réserve, sans équipages bien exercés. Cela peut être vrai, car les pertes des Allemands ont été faibles et leurs avaries sans gravité. Cela ne peut suffire, surtout en présence de la longue résistance du fragile Monmouth, à expliquer la rapide destruction du Good-Hope plus robuste.
- Les bâtiments anglais sont construits avec assez de soin, pour que le feu n’y trouve d’autre aliment que le charbon de la tranche cellulaire et la poudre colloïdale, la cordite des soutes à munitions. Au cours des guerres qui se sont succédé depuis vingt ans, l’explosion des obus dans le charbon n’y a allumé aucun incendie. Reste la cordite. L’explosion du Good-Hope serait analogue à celle du Bul-wark le 26 novembre, avec cette différence que la cause première, au lieu de rester inconnue, serait l’arrivée d’un obus allemand pénétrant dans les parties vitales du navire.
- La sécurité des soutes à poudre, sur tous les croiseurs cuirassés depuis vingt-cinq ans, sur tous les cuirassés de ligne depuis quinze, est assurée par le pont blindé, voisin de la flottaison, qui constitue une deuxième protection en arrière de la ceinture verticale, toujours perforable. Ce pont forme au-dessus des soutes un plafond continu, sauf là où il est percé d’une écoutille. Le blindage des écoutilles a été le grand problème, pour les premiers constructeurs de navires à flottaison cellulaire. La seule disposition d’une efficacité certaine est celle des glacis, qui, sur l’ancien Sfax, auraient fait rebondir les projectiles, sans risquer d’être eux-mêmes projetés dans les fonds du navire. Ces glacis gênent la circulation. Les surbaux blindés sont préférés, quoique assurant moins la sécurité. Dans mainte circonstance, la difficulté a été esquivée, par la suppression de tout entourage cuirassé des écou-
- tilles. Les combats sont rares, et, dans un combat, la probabilité du coup de hasard, qui peut être mortel, est faible. Par le fait, la destruction d’un navire par un projectile unique n’a pas été signalée dans les violentes canonnades du 40 août 1904 et du 27 mai 4905. L’exemple du Good-Hope prouverait que l’improbable est toujours à craindre. Il prouve tout au moins, qu’aucune précaution n’est superflue, quand il s’agit d’écarter la possibilité du coup mortel.
- La première conséquence de la victoire des Allemands fut d’appeler dans le Pacifique Sud une puissante division japonaise, dont l’approche obligea l’amiral von Spee à traverser le détroit de Magellan. Le mouvement de la flotte japonaise a fait dire que l’escadre allemande a été prise entre deux feux. En réalité, elle était menacée dans les deux mers, dans le Pacifique par les Japonais, dans l’Atlantique par des renforts anglais envoyés d’Europe.
- L’Amirauté anglaise avait recouru sans balancer aux grands moyens. La bataille deCoronel fut suivie de l’envoi immédiat, dans le Sud de l’Atlantique des deux croiseurs de bataille Inflexible et Invincible, dont la présence en Méditerranée n’était plus nécessaire depuis la retraite du Gôben. Ces deux bâtiments rallièrent, chemin faisant, trois croiseurs de puissance médiocre et un éclaireur. Ils furent de plus rejoints par le Canopus et le Glasgow. La force navale réunie sous les ordres de l’amiral sir Fr. Do-veton Sturdie comprit ainsi :
- Deux croiseurs de bataille, Inflexible, Invincible;
- Un petit cuirassé de ligne, Canopus ;
- Trois croiseurs cuirassés, Carnavon, Kent, Cornwal, les deux derniers du modèle du Monmouth, le premier un peu plus puissant ;
- Deux croiseurs protégés Glasgow et Bristol.
- Les premières'nouvelles indiquèrent une composition très différente, avec quatre croiseurs cuirassés Shannon, Cochrane, Natal et Achilles, plus le seul croiseur protégé Glasgow comme éclaireur.
- L’amiral von Spee n’avait, en plus de ses quatre bâtiments de Coronel, que le Nürnberg.
- Il traînait avec lui deux navires charbonniers, le Baden et le Santa-Isabel, et le croiseur auxiliaire Prinz-Eitel-Friedrich qui portait 300 hommes d’infanterie. Au sortir du détroit de Magellan, il se dirigea droit sur l’archipel des Falkland où l’Angleterre possède, à Port-Stanley, une petite station navale qui ajurait pu fournir aux Allemands une excellente base d’appui et de ravitaillement.
- Le service d’espionnage allemand avait été cette fois en défaut. On serait presque tenté de croire qu’il avait été dépisté et utilisé par l’amiral anglais pour amener son adversaire dans la gueule du. loup. Mais la réalité est plus simple.
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- Le 8 décembre, l'invincible et F Inflexible venaient de compléter leur plein de charbon dans Port-Stanley même, dont la vue est dérobée vers le sud par les collines Murray, le Canopus était mouillé dans Port-William qui forme la rade de Port-Stanley, quand, à 8 h. 50, les cinq croiseurs allemands apparurent en ligne de file dans le sud de l’île. De bon matin,
- les vigies avaient signalé l’approche de l’ennemi. Les bâtiments anglais étaient sous pression.
- L’amiral von Spee, reconnaissant le Canopus,
- A 4 heures le Scharnhorst est criblé, il a perdu ses deux mâts et trois cheminées sur quatre; il est en proie à l’incendie; il coule brusquement et périt
- lOOmétres
- Fig. 8. — Canopus, Goliath, Océan et congénères.
- continue sa route; il entame la conversation à longue distance, par dessus la pointe de terre basse que termine le cap Pembroke, et loge même un projectile sur le cuirassé anglais*
- Aussitôt toute la flotte anglaise apparaît, traversant Port-Glasgow; elle contourne à toute vitesse le cap Pembroke.
- Dès qu’il aperçoit les croiseurs à quatre tourelles doubles de 505, l’amiral von Spee fait demi-tour et bientôt donne à ses trois éclaireurs l’ordre de fuir en ordre dispersé. C’est la lutte entre les chauffeurs précédant celle des canonniers, dans laquelle le Canopus reste loin en arrière. La différence de vitesse, de trois nœuds, laisse un loisir, que les équipages des croiseurs anglais mettent à profit pour dîner con-
- Fig. 7. — Inflexible, Invincible.
- corps et biens. L'Inflexible porte ses coups sur le Gneisenau qui résiste encore.
- A 4 h. 45 le Carnavon rallie et ajoute son feu à celui des deux croiseurs de bataille. Le Gneisenau, qui a perdu un mât, une cheminée, une tourelle projetée à la mer par l’explosion d’un obus de 305 ne tire que par intervalles. À 5 h. 15 le feu cesse. Les navires anglais se rapprochent du Gneisenau qui s’est incliné graduellement jusqu’à donner 70° de bande et qui chavire. Trois ou quatre cents hommes ont surnagé d’abord ; ils sont engloutis dans l’eau glacée avant que les canots anglais aient pu en sauver plus de cent quatre-vingts (fig. 11).
- La chasse aux croiseurs fut plus longue. Le Glasgow, survivant de Coronel, avait choisi le Leipzig peu différent de puissance, deux canons de 152 mm et dix de 102, contre douze de 100 ou 104. Il commença le feu à 2 heures ; il avait à peu près terminé sa tâche à
- fortablement.
- À 1 heure, les quatre cuirassés sont à portée de canon. Le duel commence, dans l’ordre où l’on est en présence, entre l'Inflexible et le Scharnhorst navire amiral, entre VInvincible, bâtiment amiral et le Gneisenau.
- Fig. ç. — Carnavon.
- 9 heures, quand survint le Cornwall pour le coup de grâce. Le Leipzig disparut en chavirant à 9 h. 45. Douze hommes seulement purent être sauvés.
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- Le Kent, de 21 n. 7 de vitesse aux essais, donna la chasse au Nürnberg qui avait atteint 23 n. 5. Ses chauffeurs se distinguèrent; sa carène peut-être était plus propre. Il finit par atteindre le Nürnberg et en eut vite raison. Ici la différence de puissance était écrasante. Douze hommes furent sauvés, dont cinq périrent des suites de leur immersion. Les icebergs n’étaient pas loin.
- Le Bristol, parti à la recherche du convoi, coula les deux charbonniers, mais il laissa fuir le Prinz-Eitel-Friedrich.
- Le Dresden s’échappa. Son passage a été signalé à Punta-Àrena. Il doit être guetté par les croiseurs japonais.
- Il y a eu, comme on voit, quatre duels, plutôt qu’une bataille des îles Falkland.
- La faiblesse des pertes anglaises est étonnante, sept morts en tout, moins que dans certains accidents d’artillerie des exercices de temps de paix.
- quaient pas. Évidemment Sir Percy Scott, le grand maître du pointage en Angleterre, n’avait pas passé là.
- Dans les quatre duels dés Falkland, la supériorité anglaise a été beaucoup plus grande dans la conduite du tir que dans le calibre des canons. Bravoure égale des deux côtés.
- Dans l’Atlantique, les croisières ont été pâles, comparées aux drames de Coronel et des Falkland. On n’a pas rendu justice à celle du Karlsruhe, dont le commandant ne l’a cédé en rien à celui de YEmden, et dont aucun acte n’a été cité, qui ne fût irréprochable. L’Allemagne y possédait les deux croiseurs Karlsr uhe et Berlin ; elle y destinait ses nombreux paquebots armés en croiseurs auxiliaires, dont l’un, tout au moins, portait son artillerie cachée à fond de cale, avant l’ouverture des hostilités.
- Le Karlsruhe mit d’abord quelque lenteur à manifester son activité; mais dès qu’il eut fait ses
- Fig. io. — Le croiseur de bataille allemand Gôben.
- Sur les deux croiseurs de bataille, il n’y a eu qu’un seul tué. Il n’a été question d’aucune avarie de mâts ni de cheminées. Le Scharnhorst avait cependant obtenu le n° I, en Allemagne, dans un concours de tir. Les munitions auraient-elles fait défaut? On a conté que sur le Scharnhorst, les officiers auraient apparu sur le pont, à la fin du combat, chantant la Wacht am Rhein devant les canons muets. Le Rhin ne les aurait ni écoutés ni entendus, mais les morts du Monmouth ont pu se réjouir, car c’est la longue résistance de leur navire le Ier novembre, qui, le 8 décembre, paralysait leurs adversaires. A tenir jusqu’au bout, même dans les cas désespérés, on gagne de préparer à d’autres les victoires nationales futures. Les commandants des navires se rencontrent sur ce point avec les gouverneurs des places assiégées.
- Plus frappante est l’immunité du Glasgow qui, dans un combat de sept heures, a reçu trois projectiles et perdu un tué. Lé Leipzig armait d’un bord six pièces pouvant tirer facilement trois cents coups à l’heure chacun. Les munitions ne man-
- premières captures, il arma quatre vapeurs anglais avec des équipages de prise et s’en servit comme d’informateurs, en tendant sur la mer un filet de 150 milles de largeur. Il ne prit pas moins de dix-sept bâtiments, dont cinq grands charbonniers de 4000 t. à 6000 t., qui durent lui être particulièrement précieux. Sa destruction sur les côtes du Brésil, annoncée en novembre semble ajournée. En ce cas le Karlsruhe, s’il a disparu de l’Atlantique, aurait devancé le Dresden dans l’Océan plus vaste, où la poursuite est moins difficile à déjouer. L’Amirauté anglaise et le Gouvernement japonais savent à quoi s’en tenir. Le Berlin a moins fait parler de lui. Il a été indiqué comme rentré en Allemagne. Il a aussi été identifié avec le bâtiment de même nom qui, prenant audacieusement le port de Trondhjem pour base d’opérations, a éludé, le 20 novembre, la surveillance de la Norvège, pour aller semer de dangereuses mines dans l’Atlantique Nord. Le Berlin neutralisé en droit à Trondhjem est plutôt le paquebot de(i7 000 t. (tonnage brut), qui a été armé en croiseur auxiliaire.
- Les croiseurs auxiliaires ont été vite détruits, le
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- Fig, n. — Photographie prise de /'Inflexible après qu’il eut coulé le Gneisenau. Les marins de /'Inflexible sont à la recherche des survivants allemands.
- Kaiser-Wilhelm-der-Grosse, le premier, coulé par Highflyer dès le 27 août, la veille de la destruction du croiseur Magdeburg par les Russes dans la Baltique. L’Angleterre s’est enorgueillie à juste titre de la victoire de son croiseur auxiliaire Car-mania coulant le 14 septembre le Cap-Trafalgar allemand. Bref il ne restait à la fin de 1914 que deux croiseurs auxiliaires allemands; l’un était le Prinz-Eitel - Friedrich et l’autre probablement le Kronprinz-Wilhelm.
- Dans la Méditerranée, le croiseur de bataille Gôben, l’un des joyaux de la flotte allemande, et le croiseur rapide Breslau surpris par les événements , n’eurent le temps de rien tenter, ni contre les trans-
- ports de troupes, ni contre les lignes de paquebots. Traqués de tous côtés, ils eurent ass.ez à faire d’assurer leur propre sécurité. Repoussés du détroit de Gibraltar, ils prirent la route du Levant.
- Devant la côte algérienne, leurs commandants jugèrent indispensable une application des nouveaux procédés de guerre, inventés en Allemagne à l’encontre des traditions séculaires où se complaisait l’Europe chevaleresque et chrétienne. Dans la mer Ionienne, leur vitesse leur permit d’échapper, non sans de, sérieux dommages, au feu des cuirassés*français et à la poursuite del’Inflexible et de l'invincible. Ils trouvèrent ensuite un refuge
- Fig. i2. — L’épave du Kaiser-Wilhelm-der-Grosse coulé le 27 août.
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- dans les eaux alors neutres de la Turquie, où- leurs avatars successifs sont connus.
- Dans la mer Noire, où ils sont confinés, le Gôben et le Breslau ont perdu l’emploi de leurs brillantes qualités de croiseurs. Restent les qualités militaires. Ce sont leurs canons qui ont entraîné la Turquie dans sa dangereusè aventure. Au cours d’un engagement avec la flotte russe le 18 novembre, le GÔben n’a pas eu à se féliciter de son échange de bordées avec le cuirassé Evstafi-Sviatoi. Il s’est retiré après un quart d’heure, avec le feu à bord, une tourelle désemparée, une cheminée emportée, et de plus 126 hommes de l’équipage tués, ce qui fait honneur aux canonniers russes.
- La liste des croisières en Méditerranée se clôt sur l'apparition de YAskold russe qui détruisit deux navires turcs le 15 décembre près de Beyrouth.
- Les autres opérations appartiennent à la guerre de côtes, la seule qui, en 1914, ait donné lieu en Europe à des actions navales de quelque importance.
- L’activité des marines alliées a eu pour manifestations, dans le Levant, le bombardement des Dardanelles par les cuirassés anglais et français, et surtout l’exploit accompli le 13 décembre par le sous-marin anglais B-il. Les barrages de mines qui défendent les Dardanelles étaient protégés par le cuirassé turc Messoudieh refondu à Gênes en 1901. Le B-11 raversa la zone de défense, dans un parcours sous-marin de 9 heures, et coula le Messoudieh. Il ne reste plus à la Turquie que les deux vieux cuirassés achetés à l’Allemagne.
- Dans l’Adriatique, de rares et brefs communiqués ont laissé entrevoir quelques engagements d’artillerie. Un petit croiseur autrichien aurait été coulé à 14 000 m. de distance, dès l’arrivée delà flotte française devant Cattaro. Des obus ont été échangés avec la terre. Les dépêches sont ensuite restées muettes. Nous n’avons même appris offi-
- Fig. 14. — Evstafi-Sviatoi.
- ciellement, ni la participation de nos marins à la victoire de la Serbie, ni la présence de nos uniformes à la rentrée triomphale à Belgrade. La guerre navale, de même que dans la mer du Nord, mais plus discrètement, a été une guerre sous-marine. Ceux qui connaissent le personnel formé en France depuis 25 ans et ses merveilleuses qualités d’adresse, d’audace et de sang-froid attendent tout de lui. L’attente n’a pas été trompée; seulement les difficultés ont été plus grandes en face de la marine autrichienne qu’en face de la marine turque. Nous connaissons aujourd’hui le sort du Curie resté empêtré dans les filets d’acier, dont l’équipage du moins, par un rare bonheur, est sain et sauf. Un second sous-marin semble avoir pu opérer sa retraite, après s’être heurté aux mêmes obstacles invisibles. D’autres plus heureux seraient-ils parvenus jusque dans ] g| • la rade de Pola et y au-
- raient-ils torpillé le Vi-ribus-Unitis? Le seul grand cuirassé de l’Autriche est maintenant immobilisé dans une forme sèche. Les succès ne se borneraient pas là, au dire d’un correspondant étranger ayant vu d’autres bâtiments, cuirassé et croiseurs, en réparation dans les bassins de Pola. Il est donc permis de supposer que l’attaque française de la fin de décembre contre la flotte autrichienne, bien autrement difficile que l’attaque allemande du 22 septembre contre les croiseurs anglais, ne lui aurait pas été inférieure en résultats. De leur côté, les Autrichiens ont marqué un point avec le sous-marin qui est parvenu à décocher deux torpilles à l’un des meilleurs cuirassés français dans le canal d’Otrante. Touché une seule fois et à l’avant, le bâtiment en a été quitte à bon marché. Comme il est plus dangereux d’être torpillé dans le canal d’Otrante que dans la rade de Pola, il faut nous féliciter dans notre infortune.
- Dans la mer du Nord, théâtre futur du choc où
- 100 mètres
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- Fig. i5. — Gôben.
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- doivent s’affronter à leur heure plus de cent cuirassés, croiseurs de bataille, Dreadnoughts et super-Dreadnoughts, sous la menace de cent cinquante sous-marins, une opération domine jusqu’ici, plus décisive même en ses résultats que les luttes acharnées poursuivies, de semaine en semaine et de mois en mois, sur les frontières continentales. C’est le blocus rigoureux qui, immobilisant la flotte de guerre allemande dans le canal de Kiel, les paquebots le long des quais de Hambourg et de Brême, isole l’Allemagne du reste du monde. Là toutefois ne s’est pas borné le rôle de la marine, qui a exercé; en particulier, une offensive vigoureuse le long de la côte flamande contre l’armée allemande.
- La ligne de dunes, qui borde le rivage, offrait un terrain favorable à la marche des masses d’infanterie lancées vers Dunkerque. L’artillerie de la flotte anglaise a puissamment aidé à les refouler, en même temps qu’en amont, sur l’Yser.la brigade de nos fusilier1? marins les arrêtait glorieusement à
- Dixmude. Trois sortes de navires ont canonné l’armée allemande, savoir :
- Les Ocean-going destroyers, ou torpilleurs d’escadre, armés de deux canons de 110 mm et deux de 76 mm. Cette artillerie, bien légère contre des navires, est puissante contre l’armée ; grâce à elle les torpilleurs ont rempli l’office des canonnières qui faisaient défaut. Le tirant d’eau de 3 m. permettait aux destroyers d’approcher du rivage autant qu'il était utile. La faiblesse de ces bâtiments est dans l’incapacité de résister au tir de l’artillerie de
- campagne; leur bordé, à courte distance, est simplement à l’abri des balles de fusil.
- Ensuite les trois canonnières Ihimber, Mersey, Shannon. Le très faible tirant d’eau de 1 m. 40, adopté en vue de la navigation sur les rivières du Brésil, était sans avantage; la supériorité par rapport aux destroyers était dans la puissance de l’artillerie, comprenant deux canons de 152 et deux obusiers de 120, et dans le cuirassement, qui s’est vraisemblablement montré à l’épreuve
- Fig. 17. — Périscope d’un sous-marin en plongée.
- de l’artillerie légère de campagne.
- Enfin les cuirassés eux-mêmes, classe Formidable, Venerable, qui semblent avoir appuyé à plusieurs reprises l’action des canonnières, et dont l’intervention devenait indispensable dès qu’il fallait engager la conversation avec des batteries d’artillerie lourde.
- Pour juger des difficultés que présentait, à marée basse, la manœuvre de cuirassés calant 8 m. 15 comme le Venerable, il suffit d’un coup d’œil sur la carte marine. Au nord-est de jNieuport régnent, parallèlement au rivage, deux bancs, celui de Stroom, sur lequel la sonde descend à 5 m., et celui de Nieu-port, plus au large, où elle s’abaisse jusqu’à 3 m. Entre le rivage et le premier de ces bancs, puis entre ces bancs, il se trouve bien des fonds de 8, de 9, même de 10 m., mais les passes 11e sont pas larges, et, pour peu que les balisages aient été détruits, l’accès n’est pas sans danger. C’est à 7 ou 8 km du rivage seulement que la mer est saine pour un grand cuirassé.
- Les fonds de 6 m. régnent à l’est de l’Yser jusqu’à 600 m. environ de la plage. Les grandes canonnières cuirassées Marshall-Deodoro et Marshall-Floriano, qui sont malheureusement au Brésil, les garde-côtes de 5000 t. ou 6000 t. que les états Scandinaves possèdent au nombre d’une quinzaine, se seraient approchés de la côte, tout comme l’Iiumber, la Mersey, le Shannon. Il
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- Fig. 18. — De gauche à droite : Waldeck-Rousseau, Michelet, République. .(Marine française.)
- est inutile de s’attarder à la liste de ce qui manque. Rappelons l’existence du Siyx et du Phléyét< n, qui calent 3 m. 60, celle des deux monitors japonais Mishima et Oldnoshima, calant l’un 5 m. 20, l’autre 5 m. 50, et aussi celle de la canonnière cuirassée portugaise Vasco-d&-Gama calant 5 m. 65. Les 7 m. de tirant d’eau du Henri IV et les 7 m. 50 du Re>juin pouvaient aussi s’utiliser.
- Les cuirassés anglais à grand tirant d’eau ont surtout travaillé activement à détruire les établissements militaires, que les Allemands tentaient d’établir à Bruges maritime, et ont défendu avec leurs batteries lourdes. La création de ces établissements, et réciproquement leur destruction, étaient d’un intérêt majeur, à la fois pour la guerre de Flandre et pour les opérations contre les ports de France et d’Angleterre. On s’en rend facilement compte d’après les conditions spéciales de la guerre sous-marine.
- Tout d’abord les grands sous-marins qui parviennent actuellement à pénétrer dans la Manche, ou qui menacent les côtes orientales d’Angleterre, ont, en partant d’Emden, à dépenser une grosse fraction de leur combustible pour l’aller et le retour, ce qui raccourcit la période active de leur expédition. Si, par exemple, le Havre a été le port visé, ils ont dû consacrer 60 heures environ au double trajet, et 48 au plus à la croisière devant le cap d’Antifer. S’ils étaient partis de Bruges maritime, ils auraient fait sur la traversée une économie, qui leur aurait permis d’ajouter 52 heures d’activité aux 48 heures actuelles.
- De plus, en partant de Bruges, il devient possible de mettre en jeu des sous-marins de petit déplacement et de faihle hauteur, capables d’agir dans toutes les eaux accessibles aux grands cuirassés. Les moyens d’attaque de la flotte contre l’aile droite allemande seraient affaiblis d’autant, et l’entrée du chenal de Bruges, défendue par quelques batteries d’artillerie lourde, serait à l’abri de toute attaque. Ces petits sous-marins décomposés par tranches ont été construits, dit-on, et amenés par la voie ferrée.
- La destruction des travaux de Bruges, celle des petits sous-marins en montage, celle d’un hateau poseur de mines en armement, ont contrecarré les projets allemands. Les cuirassés qui ont opéré cette destruction défiaient l’attaque des sous-marins d’Emden.
- Quelques données numériques sur les sous-marins achèveront de faire comprendre ce qui précède et aideront à l’intelligence des récits de guerre qui suivront.
- Nous sommes très loin des dimensions du Gymnote, de 2 m. 50 de hauteur totale (plus la tête du commandant dans la navigation en surface) qui
- évoluait en 1890 à Toulon, par des fonds de 9 m. sans que rien à la surface révélât son passage. Les sous-marins ont atteint 7 m., puis 8 m. de hauteur totale, parfois davantage, du dessous de la quille au sommet du kiosque. Aux vitesses actuelles, il faut 5 m. d’eau entre eux et la surface; 3 m. sous la quille n’est pas trop pour les évolutions verticales, surtout si les hauts fonds sont proches. La direction n’est donnée qu’au jugé; le périscope, hublot étonnant, est un pauvre compas de relèvement. Bref, un sous-marin de 600 t. ou 800 t. ne se risque guère par des fonds de moins de 14 m. Le cuirassé ne cale que 8 m. 50. Devant Bruges, en dehors de l’étroit chenal d’accès dragué à 8 m. en 1913, les cuirassés trouvent tout le long de la côte le fond qui leur convient, à 7 km environ. Il leur suffit de se rapprocher à marée haute, pour éviter toujours les sous-marins. Les cuirassés de 6 m. de tirant d’eau n’auraient pas à manœuvrer; sur les sondes de 6 m., ils sont en sécurité à toute heure; avec 7 m., lé Henri IV aurait peu à craindre.
- Les petits sous-marins de 4 m. de hauteur, auxquels il suffit de 2 m. sur le plafond avec 2 m. sous la quille, gagnent 6 m. sur les 14 nécessaires aux grands. Ils peuvent attaquer les grands cuirassés partout, et menacer à mer haute ceux de 6 m. de ‘tirant d’eau. C’est ainsi que les sous-marins français de 70 t., maintenant inutilisables, rendraient des services, le jour où nous occuperions un port sur la côte allemande.
- Les sous-marins n’ont donc rien fait, et rien pu faire en 1914 sur la côte de Flandre. Leurs expéditions ont eu d’autres théâtres. Nous énumérerons, d’abord, les pertes qu’ils ont subies, autant du moins qu’elles ont été connues, ensuite les dommages très certains et plus importants, qu’ils ont eux-mêmes infligés à leurs adversaires.
- Il y a deux destructions authentiques de sous-marins allemands par des torpilleurs d’escadre. Dans le Pas de Calais, un sous-marin ayant imprudemment hissé son périscope, à portée d’un torpilleur français, celui-ci a immédiatement chargé. Le choc, assez vif, a été suivi de l’apparition d’une large tache d’huile; le silence s’est fait. Plus tard, le sort du U-18 attaqué sur la côte d’Ecosse par le Garry (24 novembre) n’a pas été aussi cruel. Lé coup fut moins violent. Le Garry, resté sur place, vit reparaître le sous-marin dont l’équipage fut sauvé, après quoi le bâtiment sombra.
- Une perte à demi accidentelle fut celle d’un sous-marin anglais poursuivant en surface, le 16 décembre, les croiseurs qui venaient de lancer leurs obus sur les ports du Yorkshire. Il se jeta imprudemment sur une mine flottante jetée par un des fuyards dans son sillage.
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- Il ,ïi’ÿ a pas eu de destruction certaine de sous-marins par l’artillerie; il y en a d’incertaines. La principale canonnade est celle que subirent les sous-marins allemands le 10 décembre, au cours de deux tentatives avortées contre les cuirassés amarrés dans les bassins de Douvres. Les batteries des jetées lancèrent plus de cent obus. Les conditions étaient exceptionnellement favorables, en raison du peu de profondeur. Les rides de la surface étaient visibles.
- se sont rencontrés que pour s’entr’aider dans l’audacieuse expédition de Cuxhaven du 25 décembre.
- Dans la série des succès, nous renverserons l’ordre chronologique, ce qui donnera un classement par rang d’importance militaire; mais nous devons une place à part à la destruction du paquebot Amiral-Ganteaume.
- Le 26 octobre, YAmiral-Ganteaume, chargé de 2500 réfugiés belges, faillit couler en pleine Manche,
- Fig. /g. — Sur la côte belge. — Un des monitors brésiliens achetés par le gouvernement anglais.
- Les sous-marins ont été comptés et leur nombre estimé à six. L’un d’eux aurait été coulé, suivant le premier récit. La nouvelle n’a été ni confirmée ni démentie. Dans l’affaire du 22 septembre, qui a coûté trois croiseurs à la marine anglaise, les sous-marins naviguaient également près de la surface. Les marins du Cressy et du Hogue ont assuré en avoir compté cinq et détruit deux. La marine allemande seule a fait l’appel de ceux qui sont revenus.
- Il est certain que les avions n’ont jamais coulé ni même dépisté de sous-marins. Les deux engins ne
- à la suite d’une explosion de torpille. Le sauvetage des naufragés fut opéré par le paquebot Queen. On crut d’abord à un accident de mine. L’attaque par ,un sous-imrin était à ce point monstrueuse que la pensée ne s’y arrêta pas. La découverte du détonateur de la torpille dans une embarcation révéla la vérité.
- Lors de l’apparition des torpilleurs, la question se discuta, dans les cercles maritimes, de ce que pourrait faire un torpilleur capturant un paquebot qu’il ne pourrait amariner et dont ses propres dimensions ne lui permettraient pas de recueillir le
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- Fig. 20. — De gauche à droite: Rurik, Imperator-Pavel, Slava. (Marine russe.)
- personnel. L’avis unanime fut qu’il ne pourrait qu’abandonner sa prise. La destruction du paquebot aurait paru acte de forban.
- On ne pensait pas au sous-marin.
- Line destruction irréprochable de batiments de commerce fut celle de deux charbonniers anglais devant le Havre, celle du Malachite le 25 novembre, celle du Primo le 28. Chaque fois le sous-marin naviguait en surface ; il donna 10 minutes à l’équipage pour s’éloigner en embarcations, et il coula le charbonnier avec le petit canon destiné à mitrailler les avions.
- L’opération est remarquable par l’absence de toute mesure de garde sur la rade du Havre, et par la perfection du service d’espionnage qui en avait avisé l’ennemi.
- Comme destruction de bâti-f ment de guerre, celle du petit garde-pêche Niger par un sous-marin allemand, le 11 novembre, devant Douvres, insignifiante en elle-même, indique la préparation à l’attaque sérieuse qui fut tentée le 10 décembre. Celle du croiseur anglais Hermès le 51 octobre est à enregistrer. Le succès était sérieux, comme fait de guerre ; mais son importance s’efface devant celui qui avait été obtenu par une flottille de sous-marins allemands, le 22 septembre, et qui a été l’événement de la guerre d’Europe.
- Une division comprenant les trois croiseurs cuirassés Aboukir, Cressy, Hogue, contemporains de nos Jules-Ferry et un peu plus puissants, faisait son service de blocus. Elle croisait à sept nœuds de vitesse. Comme excuse à cette imprudence, la surveillance était exercée sur la mer environnante par une escadrille de torpilleurs : mais, à des époques périodiques, la relève des torpilleurs interrompait temporairement la protection. L’attaque du 22 septembre se produisait à l’heure de la relève. Elle fut conduite d’abord sans grande entente entre les sous-marins, car VAboukir fut seul torpillé. L’ordre de mettre les machines à toute vitesse aurait sauvé le Cressy et le Hogue. Les sous-marins en immersion filant dix nœuds, les torpilles qu’ils peuvent
- Fig. 2i. — Aboukir, Cressy, Hogue.
- lancer vers l’arrière d’un navire en fuite sont torpilles perdues. La sagesse commandait donc de fuir. Mais en face de l’ennemi qui harcèle et en vue des camarades qui se noient, comment écouter la sagesse? Le Cressy et le Hogue s'arrêtèrent à mettre les canots à la mer, tout en canonnant les rides soulevées par l’évolution de cinq sous-marins. Ils furent successivement torpillés et engloutis.
- L’année 1915 s’ouvre, le 1er janvier, par un nouvel exploit de sous-marins : la destruction du Formidable, au large de Portsmouth. À la distance où il se trouvait du Pas de Calais, le cuirassé naviguait sans défiance. Il reçut deux torpilles et ne ferma ses portes étanches qu’après la première explosion. La mer était très grosse. L’agonie du
- Formidable dura vingt minutes. Nous rattachons à l’année 1914 cette catastrophe, qui a fait 548 victimes.
- Le désastre des trois croiseurs anglais, puis celle du Formidable ont soulevé une légitime émotion. Leurs filets Bul-livant étaient relevés, parce qu’ils ne peuvent être abaissés qu’au mouillage ; l’efficacité des filets est d’ailleurs douteuse. Puisque la défense contre le sous-marin est impossible par le canon, quelle protection, en cours de route, a-t-on obtenue, ou cherché à obtenir, contre la torpille? La curiosité, à cet égard, est légitime.
- Les premières recherches sur l’effet des torpilles paraissent être celles de Sir Edward Reed, qui présenta en 4879 un projet de navire protégé contre les mines de fond. Pendant son service à l’Amirauté, il avait fait une expérience d’explosion au contact sur une muraille représentant celle de Y Hercules ; les résultats en ont été utilisés en France.
- Divers essais de mines et de torpilles exécutés en France contre de vieilles coques de navires en bois et en fer, principalement de 1875 à 1885, ont montré la puissance irrésistible des mines de fond pour briser les navires en deux, et aussi l’étendue des brèches pratiquées par les torpilles en contact avec la carène, les seules qui intéressent aujourd’hui.
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- L/g\ 22. — Le Formidable de la marine anglaise.
- L’effet des torpilles de contact est double : pression statique à l’intérieur du navire pendant un temps très court, choc instantané d’une colonne gazeuse animée d’une vitesse , de projectile et entraînant des fragments de métal. Une expérience faite en 1887 ou 1888 à Yokoska, sur un caisson figurant le Matsousima, indiqua, comme principal résultat à obtenir, l’amortissement de la force vive de la colonne gazeuse. Rapport en fut envoyé en France.
- En 1890, l’essai du Gymnote faisant prévoir l’efficacité prochaine de l’attaque par la torpille, un dispositif de protection fut étudié pour la première fois. Il figure sur un projet de navire pu: hlié dans le volume de 1912 des Mémoires de l'Association technique maritime.
- Les innovations concernant dans ce projet la protection contre l’artillerie furent temporairement écartées. La protection contre les torpilles retint l’attention ; elle fut l’objet d’une expérience de caisson, exécutée à Lorient dans le plus grand secret et dans
- Fig. 23. — Projet de protection contre les torpilles, i8ço-i8q2.
- des conditions défectueuses. De cette expérience résultèrent, d’abord une erreur d’appréciation sur la valeur relative des deux actions de la torpille, puis l’espérance d’arriver à un résultat pratique, et finalement l’adoption, sur le Henri IV, du dispositif connu. Un peu après le Henri If, le Tsezarewich, mis en chantier cà la Seyne, reçut un système protecteur qui dérive directement du projet de 1890 et dont l’application s’est généralisée dans la marine russe.
- Le dispositif du Henri If fut l’objet d’une expérience faite à Brest lé 20 janvier 1901 dans des conditions inverses de celles de Lorient, après une préparation bien conduite et avec un excès de publicité superflu. La marine y assista et les populations furent conviées à contempler l’explosion. Le résultat confirma les prévisions. La partie protectrice du caisson fut seule détruite et la partie protégée resta vingt minutes à flot (fig. 24). L’examen des dégâts, fait dans des conditions difficiles, donna de nou-
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- LA GUERRE NAVALE EN 1914
- Fig. 24. — L’explosion. Vue du caisson avant, pendant et après l'expérience. {20 janvier iqoi.)
- veaux éclaircissements sur l’action dynamique de la colonne gazeuse; il conduisit à adopter, sur les cuirassés de la classe Danton, une disposition envisagée déjà en 1897, qui diffère sensiblement de celle du Henri IV. D’autres expériences ont été exécutées depuis lors ; elles ont conduit à de nouvelles et importantes améliorations. Nos cuirassés actuels ne seraient point détruits par. l’explosion d’une torpille, à la condition peut-être de n’avoir pas à subir ensuite l’épreuve du gros temps.
- La mine ma1 rine n’a joué en 1914 qu’un rôle effacé, très inférieur à celui qu’elle a tenu dans la guerre russo - japonaise.
- Elle n’a compté à son actif que la destruction du croiseur cuirassé Yorck, au Nord de l’embouchure de l’Elbe vers le 1 0 novembre, éventuellement aussi celle de quelques autres bâtiments aile- . mands de la catégorie flottille, survenue dans la même région. Il. resterait à savoir si ces destructions'sont l’oeuvre des mines allemandes elles-mêmes, qui se seraient déplacées, ou celles de mines déposées par les Anglais au cours de l'attaque menée le 28 août près d’Helgoland par des torpilleurs d’escadre anglais avec l’appui de YArethusa.
- Les mines automatiques, avec leur crapaud réduit à un minimum de poids et leur flotteur volumineux qui tend à soulever le crapaud, sont très imparfaitement tenues en place. Ceux qui ont fixé le poids (les crapauds, en vue de la commodité de manœuvre, n’oat; certainement pas tenu compte de l’influence du mouvement orbitaire de l’eau sur la poussée hydrostatique. Ils ont eu tort. La poussée
- hydrostatique, dans la houle, peut, précisément près du creux des lames où le flotteur vient affleurer la surface, dépasser du tiers et même de la moitié sa valeur en eau calme. Il résulte de cet effet, que les mines peuvent parfaitement être soulevées et voguer au gré des courants, en ne touchant le fond de la mer que par à-coups, sous les sommets des vagues. Les exemples abondent, de ces dangereux déplacements.
- Terminons par une dernière remarque, portant à
- la fois sur l’effet des mines et celui des torpilles automobiles.
- La robustesse des charpentes de navires est soumise, par grosse mer, à une épreuve dont la gravité ne doit jamais être perdue de vue.
- Le temps mis par le Formidable à couler indique qu’en mer calme, le navire aurait flotté, comme a fait le Vh'ibus-Unitis. Au cours d’une tempête, le bordé de carène ayant à supporter des charges alternatives de 10 kg ou davantage par tension et compression, l’attache des cloisons étanches a cédé.
- Les économies de poids réalisées sur la charpente, particulièrement dans le cas des grands cuirassés dont les échantillons ne suivent pas toujours la progression exigée par la résistance à la flexion, sont sans inconvénient en temps ordinaire. Elles deviennent dangereuses, quand plusieurs causes de fatigue superposent leurs effets.
- . Après la sombre guerre sous-marine, on aimerait à raconter la,guerre aérienne, à parler de l’expédition des hydroplanes anglais contre Cuxhaven le 25 décembre. C’était, comme on sait, la réplique au
- Fig. 2.5. — Les canons de 35o mm d’un croiseur cuirassé anglais type dreadnought.
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- Fig. 26. — Le Superdreadnoùght-Monarch avec 10 canons'de chaque côté tirant Une bordée. Chaque projectile pèse environJ25o livres.
- (Obligeamment communiqué par MM. Sandemann.)
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- LA GUERRE NAVALE EN 1914
- bombardement dirigé le 16 décembre par cinq navires allemands contre West-Hartlepool, Scarborough et Whilby. Les attentats contre la vie des habitants de villes de commerce ou de bains de mer ne rentrent pas dans le cadre des récits de guerre navale. L’attaque contre la flotte allemande à Cuxhaven, au
- pendant trois heures sous la côte allemande, sans apercevoir la flotte ennemie. L’activité du service d’information allemand semble se dépenser surtout à l’étranger. La réussite de l’entreprise du 25 décembre prouve que les côtes allemandes ne sont pas à l’abri d’une insulte. Le succès de l’expédition
- Fig. 27. — Pont du Jules-Ferry.
- contraire, était de bonne guerre. Rien n’a été publié des résultats obtenus. Nons savons seulement que, des sept hydravions qui ont envoyé toutes leurs bombes à destination, six sont revenus intacts. Il est remarquable que deux croiseurs de la taille de YArethusa et de Yündaunted ont pu stationner
- Est-il téméraire de juger, dès maintenant, la portée des événements de 1914? Le récit des opérations navales accomplies, première amorce d’une histoire qui enregistrera d’autres faits de guerre, ne peut-il conclure que par un timide chapitre de déductions provisoires? Non. L’expérience de cinq mois paraît être décisive. L’avenir, qui la confirmera, n’en corrigera que le détail.
- Nous apprécions maintenant l’importance de la suprématie navale. Nous l’avons longtemps méconnue. La légèreté avec laquelle nous avons laissé la marine allemande prendre la prépondérance sur la nôtre en témoigne.
- L’erreur était générale. Elle ne s’arrêtait pas aux
- anglaise du 21 novembre contre le chantier de Friedrichshafen sur le lac de Constance avait montré avec quelle facilité les avions des alliés pourraient exercer sur les villes allemandes des représailles, et couper court aux tristes exploits des aviateurs ennemis.
- I
- aveugles-nés, adversaires de l’établissement militaire, complices inconscients de l’ennemi. Elle avait séduit d’excellents Français. La flotte, toujours agissante et mobilisée, apparaissait comme le simple soutien du prestige dans le monde, mais non comme la pièce maîtresse dans le grand conflit dont la menace pesait sans trêve. La partie décisive se jouerait en trois mois sur l’échiquier terrestre ; elle ne subirait guère le contre-coup des opérations navales ; elle en effacerait le résultat.
- C’était le rêve de la victoire rapide. Le réveil, qui l’a dissipé en 1914, replace la flotte à son rang. A terre, une tactique nouvelle a été imposée par l’Allemagne. Il faut s’y plier pour obtenir la paix,
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- Fig. 28. — Escadre anglaise de croiseurs de bataille et seconde escadre de croiseurs. (De droite à gauche: le Lion et le Princess-Royal.)
- (Obligeamment communiqué par MM. Sandemann.)
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- 114 —.... . : LA GUERRE NAVALE EN 1914
- cette paix que chacun eût souhaitée prochaine, que tous veulent définitive, réparatrice et maintenant vengeresse. L’envahisseur, accroché à ses tranchées, applique les leçons de Totlehen comme il avait accepté Napoléon pour modèle. C’est la guerre lente. Ce pourra être la guerre d’usure, par épuisement de l’adversaire préparant l’écrasement de son armée. La maîtrise de la mer, assurée par l’Angleterre, devient prépondérante dans la guerre lente, décisive dans la guerre d’usure. La flotte, en 1915, manœuvrerait alors les .pièces sur l’échiquier continental.
- L’armée peut précipiter les événements. Après les marins, n’oublions pas les soldats. Le Dieu des armées protège ceux qui s’aident eux-mêmes. Le bon sens populaire l’a dit parla voix de Jeanne d’Arc prisonnière. La vierge de Domrémy avait fait plus encore; elle avait montré comment, pour se bien combattre, les hommes d’armes doivent être menés au combat, Si nous l’a-vionsoublié,nous l’avons réappris dans le Hainaut, le Luxembourg belge et ailleurs.
- Le haut commandement a pris le gouvernail en mains, et montré comment il sait conduire. Il est digne de la France. Les soldats sont dignes de lui. Je sais une compagnie qui, réduite à dix-huit hommes, se groupait sans défaillance autour de son chef blessé. Nous sommes en droit d’invoquer la justice immanente. Sous quelle forme nous viendra-t-elle en aide?
- Dans la réserve des forces militaires de quatre grands pays, l’armée japonaise joint, à ses qualités éprouvées, une valeur offensive intacte. Elle attend l’heure de participer à la défense d’un idéal qui répond aux plus vieilles traditions du pays; elle est prête à verser pour lui tout son sang. L’armée anglo-française ne serait pas moins fière d’une confraternité d’armes avec les fils des Samouraïs,
- qui scellerait pour l’avenir l’amitié et l’alliance de quatre nations. La distance fut au début l’obstacle insurmontable. Les beaux régiments du prince Oyama ne pouvaient soutenir, à Dinant et à Char-leroi, nos divisions de couverture, et leur apporter l’appui du nombre qui seul manquait à la vaillante petite armée du maréchal French. Depuis lors, la diplomatie est muette, la presse active, sinon discrète, la mer libre.
- A la marine encore revient un grand rôle. Ce ne
- sera pas sa moins belle tâche, en 1915, que d’accomplir une opération de transport sans précédent, à l’aide de moyens appropriés. L’arrivée de dix corps d’armée en dix convoi s, par exemple, se suivant de semaine en semaine sur la route de Yokohama à Marseille, puis le rapatriement après victoire, demanderont quelques millions. C’est aussi l’affaire de plusieurs mois. La dépense n’est rien, comparée au prix de notre petite planète, même après les déprédations parfois irréparables, commises par la politique mondiale en Belgique et en France. Quant au délai, nous sommes formés à la patience. La Belgique attend bien, depuis cinq mois, la reprise de l’effort prématuré du 20 août. D’ailleurs, l’apparition du drapeau japonais, la présence du premier corps, qui, l’arme au pied, en attendra neuE autres pour coopérer, dans les beaux jours, au coup de bélier final, exerceront une pesée immédiate, peut-être irrésistible, sur la balance des opérations.
- Près de nous, dans toute l’Europe centrale, et jusque dans l’Asie prochaine, les populations rudement opprimées crient la plainte et l’espoir. Leur voix, sans action militaire par elle-même, appelle à notre aide deux armées, dont l’effort doit devancer celui du Japon, sans mettre en marche autant de
- Fig. 2Q. —Le pont de /’Emden après la bataille. (S novembre 1914.)
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- LA GUERRE NAVALE EN 1914
- 115
- navires. La France, dont la puissance s'est parfois employée à des libérations fécondes, recevra-t-elle le prix de ses généreux sacrifices d’autrefois? Pour l’Italie et la Roumanie, l’intérêt politique s’ajoute aux nobles motifs dont s’inspirent les hommes d’État de Tokio; pour elles, les avantages matériels sont grands, les risques nuis. C’est l’heure de la justice immanente. Invoquons le Dieu des armées.
- Revenons à la marine, pour conclure sur une question restée en suspens, que les. événements de 1914 ont éclairée d’un jour nouveau.
- Les relations de l’Angleterre avec le continent sont aujourd’hui précaires, si complète que soit la
- du Yiarne et du Colbart. Mettons même 100 km2, en négligeant le passage à des profondeurs que les torpilles actuelles ne supportent pas. Avec 10000 torpilles automatiques réparties sur 3500 chapelets verticaux, on n'aurait qu’une torpille par 100 m2 de section. La fermeture absolue ne semble donc guère possible.
- Pour l’Angleterre, la crainte d’une invasion par le tunnel est puérile; le seul danger est l’occupation du tunnel par un ennemi, qui s’en emparerait pour le détruire. Comme l’attaque est impraticable sur la côte anglaise, la charge de la défense militaire, qui est sérieuse, incomberait à la France.
- Fig. 3o. — Tourelles de 240.
- maîtrise de la mer, devant la menace du sous-marin. Le passage de l’armée anglaise a causé plus d’inquiétude que celui de l’armée japonaise ne peut donner de préoccupations. Tout s’est passé sans incident, ce qui fait honneur à ceux qui maintiennent le barrage du Pas de Calais. Ce barrage, quoiqu’on ait fait, n’a pu assurer la sécurité dans la Manche. Le goulot à fermer présente une section totale de 450 km2, pouvant se réduire à 420, si l’on infléchit le barrage pour utiliser les hauts fonds
- Le grand enseignement de 1914, l’efficacité de la guerre sous-marine, appelle donc, à brève échéance, le percement de ce tunnel du Pas de Calais, instrument précieux des relations pacifiques de l’Angleterre, instrument indispensable de ses opérations militaires. Il serait oiseux de s’attarder à des regrets pour le passé. Concluons sur l’espoir de voir comprise la leçon de la guerre, dès que sonnera l'heure de la paix radieuse que la flotte et l’armée britanniques travaillent si bien à donner au monde.
- IV
- Tableaux relatifs à la
- .Le tableau complet des navires de guerre de toutes les marines, du moins pour les déplacements supérieurs à 2000 t., avait été préparé, afin de
- guerre navale en 1914
- faciliter l’intelligence des événements, en 4945 aussi bien qu’en 1944. Ce tableau n’aurait guère été consulté que par les spécialistes. Nous nous
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- NOMS
- NOMS H *3 W S U W c/3 'fi W H W C/2 C/3 < es W 5 Çlm K O ÊS fi < NTRÉE SERVICE OBSERVATIONS
- DES BATIMENTS 'S a > £» U < W B3 bi
- tonnes nœuds millim millimètres. tonnes
- Marine anglaise.
- Formidable et congé- 15.000 18.30f 229 IV-505 900 1902 Explosion du Bulwark.
- nères. 76 XII-152 2.000 Destruction du Formidable.
- 518
- Canopus et congénères. 12.950 18,3o) 152 Id. 800 1899 Bataille des Falkland.
- 76 2.300
- 504
- Inflexible et 17.250 26,00 178 VII1-505 1.000 1908 Bataille des Falkland.
- Invincible. X XVI-102
- 178
- Aboukir, 12.000 21,60( 152 11-238 800 1902 Trois croiseurs cuirassés détruits
- Cressy et Id. 20,70s 76 XII-152 1.600 1901 le 22 septembre.
- Hogue. Id. 22,60< 152 1992
- Carnavon 10.850 23,50( 152 IV-191 800 1905 Bataille des Falkland.
- 7! VI-152 1.950
- 152
- Kent, 9.800 21,70< 102 XVI-152 800 1903 Bataille des Falkland.
- 70 1.600
- Monmouth, Id. 22,58< 127 Id. Id. 1903 Détruit à Coronel.
- Cornwalt et Id. 23,68 Id. Id. Id. 1904 Bataille des Falkland.
- Cumberland. Id. 25,68 Id. Id. Id. 1904 Opérations sur la côte du Ca-
- meroun.
- Hernies et 5.600 20 1 65,5 XI-152 550 1900 Torpillé le 51 octobre.
- Highflyer. Id. Id. : 7(5 Id. Id. Id. Coule le Kaiser-Wilhelm-der-Grosse, le 27 août.
- Çfhathfi'm. ot 5.400 25,5 1 76 VI11-152 650 1912 A embouteillé le Kônigsberg.
- Sydney. ld. Id. * Id. Id. 1913 Coule VEmden, 8 novembre.
- flrîsfnl ol 4.800 26.84 70 11-152 ‘ 650 1910 Bataille des Falkland.
- Glasgow. Id. 25,80 0 X-102 Id. 1910 Coronel et Falkland.
- Arethusa et 5-756 29 76 11-152 Pétrole 1913 Expédition de Cuxhaven, le
- Undaunted. Id. 29 0 VIII-102 Id. 1914 25 décembre.
- Amphion ...... 3.440 26 X X-102 550 1911 Détruit le 5 août par une mine dans la mer du Nord.
- Pathfinder Bâtiments étrangers ré- 2.670 25,34 X X-76 150 1905 Torpillé le 5 septembre sur la côte d’Ecosse.
- quisitionnés : : Canada 28.000 23 ' 229 ( X-356 1.200 1914 Ex-A Imirante - Latorrc reste
- i \ 102 \ XVI-152 4.000 l’A tmirante-Cochrane.
- \ \ ( 254 1 1 1
- Il Agincourl 127.500/ 22 ( 229 ( XIV-305 1.500 1914 E x-Birindji-Osman.
- ) 50 ? XX-152 S. 000
- 1 ( 230 I
- Erin 25.000 21 ( 505 ( X-543 X 1914 Ex-Beshadieh.
- ) 76 ) XVI-152
- 505 )
- Uumber 1.250 11,5 X 11-152 X 1914 Bahia, Barroso, Bio-Grande-
- Uersey Id. Id. X / 11-119 X 1914 del-Sul, dans la marine bré-
- Shannon Id. Id. X X 1914 silienne.
- DES
- NOMS
- BATIMENT
- s DÉPLACEMENT VITESSE CUIRASSE ARTILLERIE £ ENTREE EN SERVICE
- tonnes nœuds millim. milimètrcs. tonnes
- Marine allemande {Suite).
- OBSERVATIONS
- Bâtiments étrangers, éventuellement à réquisitionner :
- Salamis..............
- Mouravieff-Amoursky. Amiral-?!evel s ko ï. . .
- 19.200 23 , 254 63 254 VIII-556 XIV-152 X X
- 4.300 ld. 27,5 , 25 1 76 VIIÏ-130 X J .000 X X
- En construction à Stcttin.
- En construction à Elbing.
- Id.
- Les deux canonnières allemandes Kormoran et Geler d’un modèle plus ancien que les Panifier ont été, la première détruite à Tsing-Tao, la seconde désarmée et neutralisée à llonolulu.
- Marine française.
- Cuirassé X, en réparation 23.000 21,70( 270 XI1-305 900 1914 Torpillé en décembre par un
- à Malte. 70 XXI1-158,6 3.000 sous-marin autrichien dans le
- 270 canal d’ütranle.
- Henri IV 8.900 17,20( 280 11-274,4 750 1902 Tirant d’eau, 7 mètres.
- 80 VI1-158,6
- 500
- Requin 7.200 15,55( 500 11-274,4 500 1888 ld. 7 m. 50.
- 80 VII1-100
- 270
- Styx 1.800 11,55 201) 1-274,4 72 1892 ld. 5 m. 80.
- Phlégéton Id. 11,50 Id. 1-158,6 1895 Id. Id.
- A ces quatre bâtiments, uniquement cités poui leur tirant d’eau, i convient d’ajouter les deux monitors
- japonais suivants :
- Mishima Mât OC O O 16 { 254 1V-254 400 1895 Tirant d’eau de 5 m. 20.
- \ 76 IV-120
- f 203
- Okinoshima 4.100 15 f 254 Id. 215 1898 Id.
- ] 70
- ( 254
- Marine russe.
- Evstafi-Sviatoï
- 12 730
- 16
- Pallada
- 7.900 21
- Bogatyr
- 6.675 21
- Jemlchug
- 3.130
- 23
- 229 63 254 IV-505 IV-203 XII-152 XIV-76 670 1.400 1911 Groupe île trois cuirassés semblables dans la mer Noire.
- 171 51 146 11-203 VI1I-152 758 1 020 1908 Détruit le II octobre, par les Allemands dans la Baltique.
- 50 127 XII-152 XI1-76 720 1.100 1902 Opérations sur la côte d’Asie Mineure.
- 51 0 VII1-119 600 1904 Détruit le 28 octobre par VEmden.
- Les noms des bâtiments russes qui ont détruit le Friedrich Karl et le Magdeburg dans la Baltique ne sont pas connus.
- Aux bâtiments détruits il faudrait ajouter les deux petites canonnières Speedy et Niger.
- Marine allemande.
- Gôben. . 22.640 28,6 l 190 { X-280 1.000 1911 Très endommagé par les Russes
- | X ) XII-150 3.100 dans la mer Noire.
- ( 200 f XII-86
- Gneisenau 11.420 23,8 150 ' YIII-210 800 1908 Vainqueurs à Coronel, détruits
- Seharnhorst » 22,5 \ 50 ) VI-150 2.000 1908 aux Falkland.
- t 170 r XX-86
- Yorck 9.500 21,10 100 IV-210 750 1905 Détruit en novembre par une
- ) 25 X-150 1.000 mine, près de la Jalide.
- f 100 XIY-86
- Friedrich-Karl. . . . 8.858 20,5 100 IV-210 950 1904 Détruit le 20 décembre par les
- ) 70 X-150 1.500 Russes, dans la Baltique.
- 150 XII-86
- Karlsruhe 4.820 27 50 X1I-100 700 1915 Probablement passé dans le Pa-
- 100 1.200 cifique.
- Breslau 4.500 27.5 Id. Id. Id. 1912 Endommagé dans la mer Noire.
- Magdeburg Id. 27,6 Id. Id. Id. 1911 Détruit le 28 août par les Russes,
- dans la Baltique.
- Kôln 4.250 27,2 50 Id. 400 1910 Détruit par les Anglais.
- Mainz Id. 28,0 X Id. 900 1910 Détruit par les Anglais.
- Dresden 5.544 27 Id. Id. 400 1908 Echappé des Falkland.
- Emden Id. 25 Id. Id. 850 1909 Détruit le 10 novembre par le
- Sydney.
- Nürnberg 5.400 23,5 ld. X-100 Id. 1908 Détruit aux Falkland.
- Kônigsberg Id. Id. Id. Id. Id. 1907 Embouteillé en novembre par
- le Chatham.
- Berlin 5.200 23,2 Id. Id. Id. 1906 Supposé rentré en Allemagne.
- Leijizig Id. 23,0 Id. Id. Id. 1906 Détruit aux Falkland, par le
- Glasgow, assisté du Cornwall.
- Ebei; 977 13 0 VIII-86 240 1904 Détruit en Afrique occidentale.
- Luchs 962 13,5 Id. Id. Id. 1906 Détruit à Tsing-Tao.
- Panthcr 962 13,5 Id. Id. Id. 1902 Détruit en août au Togoland.
- Tiger 962 15,5 Id. Id. Id. 1900 Détruit à Tsing-Tao.
- Iltis 881 13,5 Id. Id. Id. 1898 Id
- Jaguar 900 15 Id. Id. Id. 1899 Id.
- Marine autrichienne.
- Viribus-Unitis. . . .
- Radelsky
- Kaiserin-Elizabeth . .
- 20.000 20,7 ( 280 XII.505 900 1915
- ) 65 XII-150 2.000
- ( 505
- 14.200 20,5 ( 230 IV-505 750 1911
- ) 50 1 VI11-200 1.200
- ( 505 XX-100
- 5.200 19,0 ( 100 11-190 640 1895
- ) 50 VI-150
- ( 100 XI11-70
- En réparation à Pola pour avaries de torpilles, ou de mines.
- Id.
- Détruit à Tsing-Tao.
- Beaucoup de paquebots ont été armés en croiseurs auxiliaires, par l’Angleterre et 1 Allemagne.
- En Angleterre, le Mauretania et le Lusitania, spécialement subventionnés dans ce but, ont clé laissés à leur service habituel de New-York. Le Carmama de la Compagnie Cunard s est distingué pai la destruction du Cap-Trafalgar allemand. L’Oceanic a fait naufrage le 8 septembre. En dernier lieu une escadre de 25 croiseurs auxiliaires a été placée sous les ordrts d’un contre-amiral.
- L'Allemagne avait équipé environ huit croiseurs auxiliaires, dont deux seulement Kronpnnz-}] ilhelm et Prinz-Eitel survivaient à la fin de 1914.
- Les seules données sur ces bâtiments sont le tonnage brut, qui est approximativement le double du déplacement, et la vitesse. Voici quelques chiffres s’y rapportant :
- NOMS DES BATIMENTS TONNAGE BRUT VITESSE OBSERVATIONS
- Anglais.
- Car mania 19.524 18 Vainqueur du Cap-Trafalgar.
- Allemands.
- Kronprinzessin-Càcilia. . . 19.500 25,5 U
- Cap-Trafalgar 18.710 17,5 Détruit le 14 septembre par le Carmania, sur la côte Est de l’Amérique méridionale.
- Prinz-Friedrich-Wilhelm .. 17.082 17,5 ))
- Berlin 17.000 12,0 Sorti de Trondbjem, en novembre, violant la neutralité de la Norwège.
- Iironprinz-Wilhelm .... 14.800 23 »
- Kaiser- Willielm-der-Grosse. 14.549 23 Détruit le 27 août par le Highflyer. sur la côte du Brésil.
- Prinz-Eitel-Friedrich . . . 8.797 15 Échappé de la bataille des Falkland.
- Spreewald 3.899 12,5 Capturé le 12 septembre par les Anglais.
- Ajoutons, pour l’Allemagne, les deux navires charbonniers Baden et Santa-Isabel, qui ravitaillaient l’amiral von Spee dans le Pacifique, et qui ont été coulés par le Bristol au combat des îles Falkland.
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- 118 -MACHINES ALLEMANDES A CREUSER LES TRANCHEES
- bornerons à en donner l’extrait relatif aux bâtiments cités dans le cours du mémoire, ou ayant participé à des opérations de 1914 qui ont été passées sous silence.
- Dans ce tableau, les déplacements sont en général exprimés en tonnes anglaises. Les épaisseurs de cuirasse et les calibres de canons sont en millimètres. La cuirasse est définie par les trois maximums d’épaisseur, de la ceinture à la flottaison, du pont blindé, de la protection de l’artillerie. L’absence du premier de ces trois nombres indique un bâtiment simplement protégé.
- Dans la colonne charbon, l’approvisionnement normal, ou supposé tel, est en gros caractères. L’approvisionnement en surcharge, permis par la contenance des soutes, est en petits caractères.
- La lettre x signifie nombre inconnu.
- Le tableau comprend principalement des navires anglais et des navires allemands.
- Les cuirassés de ligne anglais cités appartiennent à deux classes assez anciennes, l’une de huit bâtiments dont le Bûlwarlc, le Formidable, le Vénérable qui a été employée dans la mer du Nord, l’autre de six bâtiments dont le Canopus, le Goliath, YOcean, qui. n’a servi que dans les mers lointaines.
- Les croiseurs anglais appartiennent à des classes variées, de Y Inflexible au Pathfinder.
- Les bâtiments Allemands sont tous des croiseurs, dont cinq cuirassés et douze protégés. Ces derniers, sauf un, appartiennent à une longue catégorie de 24 bâtiments portant des noms de villes allemandes, qui ont tous même protection, à peu près même armement, et qui diffèrent de déplacement, de vitesse et d’approvisionnement de charbon. A la suite des croiseurs, figure une classe de six canonnières qui auraient pu rendre quelques services en Europe, contre les torpilleurs, mais qui, mises en service au loin, ont toutes été détruites.
- Les navires en construction en Angleterre et en Allemagne pour des marines étrangères ont été indiqués. Les uns ont déjà changé de nationalité, ainsi que cela a été noté; les autres pourront en changer plus tard. À la liste de ces navires il conviendrait d’ajouter seize grands torpilleurs argentins commandés en Allemagne et quatre autres commandés en France.
- Pour la marine française, il n’y avait guère à parler que des navires cités pour leur faible tirant d’eau. Il en est de même pour la marine japonaise, bien que celle-ci ait travaillé activement dans le Pacifique, en en chassant l’amiral von Spee, qu’elle ait occupé des îles allemandes et même coulé un vapeur allemand au large d’Hawaï, etc., sans oublier la prise de Tsing-Tao. g gRRTIN?
- i janvier i915. Membre de l’Institut.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- . Séance du 28 janvier 1915.
- Radiographies sur métal. — MM. Rivier et Dupoux indiquent un moyen pratique pour obtenir rapidement des radiographies sur métal qui peuvent suivre un blessé comme fiche documentaire sans risquer de se casser. C’est le résultat auquel d’autres expérimentateurs arrivent par radiographies sur pellicules souples.
- L’effet utile des-projecteurs. — M. André Blondel déduit des calculs donnés dans une séance précédente, quelques résultats pratiques intéressants. 1° Pour les. uniformes de l’infanterie, les draps gris-bleu qui donnent un minimum de visibilité pendant le jour, sont bien moins favorables pour la nuit que des draps brun ou bleu foncé, surtout si les projections sont faites par lumière électrique, riche en rayons bleus et violets. 2° Les pro-
- jecteurs à miroirs dorés favorisent la visibilité. 3° 11 y a avantage, pour augmenter les contrastes des ombres des objets éclairés, que la direction de visée des observateurs fasse un angle aussi grand que possible avec la direction du faisceau lumineux.
- Le volcanisme. — D’après une théorie un peu imprévue de M. Stanislas Meunier, le phénomène volcanique devrait se poursuivre longtemps après la disparition de l’eau superficielle et la fin de sédimentations. Il en résulterait alors la formation de pustules, qui, n’étant plus ni recouvertes ni érodées, finiraient par devenir contiguës et donneraient alors l’aspect de la lune, qui, d’après lui, serait seulement l’aspect final d’un astre analogue à la Terre.
- MACHINES ALLEMANDES A CREUSER LES TRANCHÉES
- Il y a quelque temps, la Presse signalait que les armées alliées s’étaient, à la suite d’engagements avec les Allemands, emparées de plusieurs grosses machines à creuser des tranchées, que l’ennemi surpris par les inondations de l’Yser n’avait pu dégager à temps. Des détails n’étaient point donnés sur ces sortes de machines à excaver, qui démontrent une fois de plus avec quel esprit méthodique et scientifique nos adversaires ont organisé leur armée et préparé la guerre.
- Au cours d’un voyage d’études en Belgique, il y a un an et demi environ, il nous a été donné de voir fonctionner un de ces appareils créés à l’origine pour être utilisés dans les grands travaux de creusement de canaux, de tranchées de chemins de fer, de canalisations d’eau et de gaz, drainages, etc., et cela, au besoin, dans les terrains les plus durs avec une capacité dépassant de beaucoup celle des « terrassiers à vapeur ». La machine en question (fig. 1) provenait d’une firme anversoise à dési-
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- MACHINES ALLEMANDES A CREUSER LES TRANCHÉES 119
- nence, coïncidence singulière, plutôt allemande que belge; la figure 2 nous la représente creusant une tranchée pour une canalisation d’eau. Sa description va nous expliquer sans nul doute le fonctionnement de celles employées par les Allemands dans leurs travaux de tranchées, non seulement dans les Flandres, mais aussi, d’après certaines personnes, en Champagne.
- Ainsi qu’on le remarque tout de suite, un seul mécanicien, placé sur la plate-forme en haut de l’excavateur, suffisait pour la conduite de celui-ci; un chauffeur, et parfois un manœuvre complétaient le personnel réduit ainsi au strict minimum. Cet excavateur était automatique et entièrement sous le contrôle du mécanicien qui, du marchepied, com-
- d’ailleurs les caractérisliques principales de quelques numéros qui nous avaient été signalés :
- Profondeur Poids
- Largeur maxima Force approximalil
- de de la motrice de
- N° de tranchée tranchée en l’appareil
- l’excavateur. en mètres. en mètres. chev.-vapeur. en tonnes.
- 19 0,71 2,25 50 20
- 22 0,81 2,25 54 27 1/2
- 25 0,91 2,25 56 '50
- 28 1,06 2,25 40 52 1/2
- 51 1,22 2,25 ' 45 58
- Il est évident que, pour creuser des tranchées plus larges que celles pour lesquelles la machine est construite, il suffit de faire autant de fouilles parallèles à la première, qu'il en faut pour obtenir la
- Fig. i. — Le terrassier à vapeur.
- mandait les mouvements de levée ou de descente de la roue excavatrice, d’avancement ou de direction de tout l’appareil.
- Son rendement était en rapport avec la dureté du sol, et il pouvait aussi bien fonctionner en rampe qu’en pente, tout en maintenant son alignement sensiblement droit. Dans des conditions normales, il creusait par minute une coupe de tranchée d’une profondeur de 0 m. 915 (5 pieds) et avec une vitesse d’avancement de fouille importante et proportionnellement pour des fouilles plus ou moins profondes. 11 existait plusieurs numéros de cet excavateur destiné particulièrement pour l’exécution de travaux publics (l’excavateur pour drainages était plus faible et son agencement était un peu différent), chaque numéro ne faisant qu’une seule et même largeur de tranchée, la profondeur variant seulement. Voici
- largeur désirée, comme aussi pour la profondeur, on n’a qu’à la faire manœuvrer dans la partie qu’elle a déjà creusée et qui s’approfondira de nouveau autant.
- L’appareil fonctionnait à la façon d’une locomo-bile, c’est-à-dire qu’il pouvait rapidement se déplacer en arrière de la tranchée afin de dégager la portion de celle-ci où le travail se trouvait terminé, revenir à son point de départ, enfin manœuvrer même dans des tournants d’un rayon d’à peine 10 m. Sur route, et ceci est important pour une masse pesante, sa vitesse poirvait atteindre 10 km à l’heure et il pouvait gravir, par ses propres moyens, des côtes jusqu’à 7 pour 100.
- Comme le montre la figure 1, la roue excavatrice se trouve suspendue à l’arrière de façon que tout le poids porte à l’avant de la tranchée; aussi
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- 120 = MACHINES ALLEMANDES A CREUSER LES TRANCHÉES
- les parois de celle-ci sont-elles nettes, sans bavures, ainsi qu’on le voit figure 2 et le fond parfaitement bien arasé. Dans les terrains de peu de résistance, un sabot est fixé egalement à l’arrière sur une longueur de près d’un mètre, dans le but de consolider les parois en attendant leur soutènement en planches et madriers. En outre, les roues locomotrices peuvent être élargies par l’intermédiaire de larges cercles en bois de manière à répartir le poids sur une plus grande longueur de tranchée. Un dispositif de nettoyage complétait enfin la roue exca-vatrice.
- Faite de deux cercles en acier entre lesquels sont fixés les godets d’acier, la roue excavatrice est supportée par des longerons en acier laminé auxquels sont fixés des croisillons portant les galets-guides. Elle porte, dans les excavateurs de faibles dimensions, 36 couteaux, un plus grand nombre dans les autres; ces couteaux en acier manganésé de façon à résister aux chocs et tensions, s’aiguisent facilement et ont une durée moyenne de quatre semaines. À la partie supérieure de la roue
- excavatrice se trouve un transporteur qui reçoit les déblais tombant des godets et les déverse d’un côté. Une tôle fixe cintrée empêche la chute des terres jusqu’à leur arrivée sur le transporteur.
- La roue excavatrice est actionnée exactement au point au-dessus de la fouille à pratiquer, la traction étant ainsi directe, ce qui dégage les roues locomotrices. La chaudière est du type vertical pour les faibles numéros parce que, dans ces cas,- il prend moins de place et est plus vite sous pression; la
- largeur du foyer est toutefois établie de telle sorte que l’on puisse y brûler n’importe quel combustible. Dans les excavateurs à grand débit, la chaudière est du type marine horizontale et le foyer est double.
- La stabilité de tout l’ensemble pendant le travail trouve assurée par la manœuvre convenable de
- la crémaillère commandant la roue d’appui latérale afin de régler l’équilibre au fur et à mesure que l’excavateur s’enfonce dans le sol.
- Au point de vue économique, il résultait que, dans certains cas, avec cet excavateur, le prix de revient était de 0 fr. 05 le mètre cube excavé, et cela pour un sol particulièrement dur; ce qui est véritablement modique. Le prix de revient est, en effet, bien plus élevé pour tout autre excavateur de même puissance, la drague, par exemple, et encore celle-ci est destinée uniquement au creusement des canaux, ne travaille que dans l’eau et n’a par suite à enlever que de la matière peu consistante. Dans les travaux d’une importance considérable, comme ceux auxquels ce genre d’excavateur est destiné, on juge que, pour les grands-entrepreneurs de travaux publics, ce point est important avant tous.
- Dès lors, rien d’étonnant à ce que les Allemands, frappés des qualités d’un semblable outillage : rapidité du travail, robustesse, facilité de manœuvre, économie, etc., aient songé à l’utiliser un jour pour l’exécution de certains de leurs travaux de fortification en campagne. M. Bousquet,
- ingénieur-architecte, i
- Le Gérant. P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2160. -.... ~....... .......... ...... _... 20 FÉVRIER 1915.
- CANONS, OBUSIERS ET MORTIERS
- Ce qui les distingue.
- Les problèmes qui se posent aujourd’hui h l’ar- I ce matériel fut-il créé que la physionomie de la ba-tilleur sont particulièrement complexes : on lui | taille changea complètement. Pendant la guerre
- Fig. i. — Canon anglais ie io5 mm (4 ponces).
- avait demandé de construire un matériel à la fois léger et puissant, capable d’accompagner et même de précéder une infanterie manœuvrière. A peine
- russo-japonaise comme ail cours des luttes des Balkans, l’infanterie dut se terrer et, plus encore qu’avec ses jambes, ce fut avec ses bras que le fantassin transformé en sapeur chercha la victoire. Il fallait donc essayer de l’atteindre dans sa tranchée derrière le parapet protecteur, tâche à peu près impossible avec un canon à trajectoire tendue, tirant de plein fouet comme le font notre 75 et ses rivaux des armées étrangères, le 77 allemand, le 76,6 autrichienne 75 belge, le 3 pouces 3 (76 mm) anglais. Une bouche à feu à tir courbe, obusier ou mor-
- Fig. 2. — Obusier Howitzer de 120 mm (4 pouces 33), modèle Vickers.
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- CANONS, OBUS!ERS ET MORTIERS
- Fig. 3.
- Fig. 4.
- tier, paraissait seule pouvoir répondre à la question.
- Pour atteindre d’une position A un but B avec un projectile de poids déterminé, on dispose de deux éléments : l’angle de tir a sous lequel on lance le projectile et la charge de poudre qui communique à l’obus sa vitesse initiale. Dans les canons de campagne la charge de poudre est invariable, et la portée AB dépend uniquement de l’angle de tir a qui ne dépasse guère 20°. La charge admise est d’ailleurs la plus forte que peut supporter la bouche à feu pour un tir prolongé : elle permet d’obtenir du canon la portée maximum ; mais, hors ce cas, elle ne sert qu’à assurer au projectile, au moment où il touche le but, une vitesse restante aussi grande que possible, grâce à laquelle sa force de pénétration sera maximum s’il s’agit d’un obus plein, tandis que la force vive des éclats et des balles sera maximum s’il s’agit d’un schrapnell.
- L’angle de chute d’un projectile ayant une valeur sensiblement égale à l’angle de tir, il faut, pour atteindre un but protégé par une couvrante MM' tirer sous un angle assez grand (3 et, cet angle une fois déterminé, choisir la charge de poudre correspondant à la distance de la pièce au but. Cette charge imprime au projectile une vitesse initiale déterminée, moindre que celle nécessaire pour obtenir la portée maximum. La vitesse restante lorsque le projectile frappe le but est dès lors assez faible. Ce genre de tir convient donc, mal à l’emploi d’obus à balles ou schrapnells; il n’a d’efficacité réelle qu’avec des obus renfermant une charge d’explosifs susceptible de communiquer aux éclats une vitesse suffisante pour les rendre meurtriers.
- Les bouches à feu tirant sous des angles supérieurs à 30°, permettant ainsi d’atteindre des objectifs abrités derrière des obstacles, s’appellent des obusiers.
- Celles qui sont destinées à obtenir des effets d’écrasement sur des casemates blindées ou des coupoles cuirassées doivent tirer sous des angles encore beaucoup plus grands : ce sont les mortiers.
- A calibre égal le canon porte plus loin que l’obu-sier et le mortier : en effet, la durée de combustion d’une charge de poudre représente une fraction de seconde appréciable, pendant laquelle le projectile parcourt un chemin d’autant plus long que la charge est plus forte. Pour que la force vive des gaz produits par la déflagration soit intégralement communiquée au projectile, il faut que celui-ci ne
- sorte de l’âme de la pièce qu’après combustion complète. La longueur de la bouche à feu doit donc être suffisante pour que la déflagration de la poudre soit terminée avant la sortie du projectile. Avec les poudres lentes, que l’on a mises en service pour éviter au métal de la bouche à feu une trop grande fatigue, on a été amené à donner aux canons des longueurs de plus en plus grandes, variant de 29 à AO et même 50 calibres, c’est-à-dire atteignant 29 à 50 fois le diamètre de la bouche. On obtient ainsi les vitesses initiales maxima qui correspondent aux plus grandes vitesses restantes.
- Par contre, l’angle sous lequel il faut pointer la pièce pour atteindre le but visé est relativement faible aux distances de combat, et il en est de même de l’angle de chute du projectile. ~
- Les pièces ainsi construites s’appellent des canons.
- Si Ton se propose d’atteindre un but sons un grand angle de chulc, il faut, comme nous l’avons
- Fig. 5. — L’embarquement d’un canon au Canada.
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- dit, adopter un r
- grand angle de |
- tir ; la charge de poudre à employer varier a dès lors suivant la distance du but à la bouche à feu.
- Elle sera toujours moindre que dans le tir sous" de faibles angles. La durée de la combustion de la poudre variera dans les mêmes proportions, et l’on s’explique ainsi que les bouches à feu destinées à tirer sous de grands angles, c'est-à-dire les obusiers et les mortiers, soient bcau-
- siste à scinder la flèche de l’affût en deux parties qui peuvent s’ouvrir en forme de À pour le tir. Cette disposition permet d’incliner très fortement la pièce sur l’horizon puisque la flèche de l’affût ne s’y oppose plus ; elle offre de plus à l’affût deux points d’appui au lieu d’un, de telle sorte qu’il ne se produit pas de dépointage pendant le recul, même lorsque la pièce est très écartée de l’axe de symétrie de l’af-
- Fig. 6. — Canon anglais de 125 mm (5 pouces).
- Fig. 7. — Canon anglais de io5 mm (4 pouces).
- coup plus courtes que les canons. Leur longueur varie de 8 à 12 calibres. Un canon de 505 de la marine aura donc environ 12 mètres de long, tandis que l’obusier autrichien de même calibre n’a guère que 5 m. .00;
- Canons longs à tir courbe. —
- On peut néanmoins réaliser un tir courbe avec un canon long : deux méthodes s’offrent à l’esprit.
- La première est celle employée par M. le lieutenant-colonel Déport dans son dernier modèle de canon de 75 à tir rapide, destiné à l’artillerie italienne : elle con-
- flit, ce cpii permet de grands écarts dans le pointage en direction sans qu’il soit nécessaire de déplacer rafïùt (voir la de>cription complète de ce canon dans le n° du 24 août 1912 de La Nature).
- Bien entendu les charges de poudre sont plus faibles pour les tirs sous les grands angles.
- La deuxième solution est celle de M. le capitaine Malandrin, adoptée par l’artillerie française.. Elle consiste à visser sur la fusée de l’obus des disques ou plaquettes de di -ménsions variables avec l’angle
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- Fig. 9. — Batterie mobile d'obusiers de 200 mm à tir rapide, roulant et tirant sur voie ferrée.
- Fig. 10. — Le Rimailho aux dernières manoeuvres.
- de chute que l’on veut obtenir. La résistance que ces disques offrent au mouvement du projectile dans l’air a pour effet d’incurver la trajectoire.
- Quoi qu’il en soit, les artilleries alliées comme celles de l’ennemi ont toutes adopté des obusiers à tir rapide du calibre 105 (anglais), 120 et 200 (russe). La France a adopté une solution intermédiaire : le canon court de 120 (Baquet) ou de 155 (Rimailho).
- Canons à longue portée. — Après avoir ainsi résolu le problème du tir courbe de campagne, les artilleurs ont dû se préoccuper, pour répondre aux progrès réalisés par l’ennemi, de construire des pièces à très longue portée, 12, 13 kilomètres et plus. De tels engins ne peuvent servir que pour
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- Fig. 12. — Obusier russe de 12 cm.
- atteindre des buts très étendus, villes ou villages à 1 efficacement réglé par des observateurs beaucoup bombarder, à moins que leur tir ne puisse être | plus rapprochés du but, et communiquant par télé-
- jFig. i3. — Obusier de 200 mm à tir rapide sur plate-forme de chemin de fer.
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- phone avec les batteries ou encore par des aéroplanes échangeant avec elles des signaux convenus.
- Nos canons longs de 105 millimètres, les 4 pouces anglais, le 120 long français et le 5 pouces (128 millimètres) anglais répondent aux bouches à feu de même calibre de l’ennemi, et leur tir peut réduire au silence les batteries de mortiers des plus gros modèles, dont le 420 allemand paraît être le plus illustre spécimen.
- ; Ce mortier est construit sur des principes identi -ques à ceux qui ont été appliqués par le Creusot dans la construction des batteries mobiles de 220 millimètres sur voies ferrées (Voir le n° du 14 février 1914 de La Nature) .
- Sa portée atteindrait 14 kilomètres sous l’angle de tir de 45°. Il lance un obus ren-fermantune charge considérable d’une composition d’acide picrique, et dont l’explosion dégagerait une telle quantité de gaz délétère, qu’au cours d’un tir d’essai des lapins auraient été asphyxiés à plusieurs centaines de mè-
- Rotule d'essieu
- très du point d’éclatement.
- La pièce est installée à demeure sur un truck de chemin de fer dont le milieu est surbaissé et qui repose sur deux boggies à trois essieux chacun. L’alïût est monté sur des galets qui roulent sur un rail circulaire d’environ 80 de diamètre. Le pointage en hauteur et en direction se fait par l’intermédiaire
- Fig. 14. — L’affût et le système de \l I M d’une transmis-
- pointage du canon italien Déport. sion hydraulique.
- T, Ira serse d’essieu reliée par ses extrémités (t, l') aux deux demi-flèches jjne ^ disnosée d’une part et à l’essieu d’autre part, par deux secteurs, à vis de poin- b . " ,
- lage actionnés par les manivelles M et M'. En actionnant ces mani- s,tr Ie truck, der-velles on fait monter ou descendre la traverse d’essieu ; Vvr, manivelles rière la pièce, perde pointage; H, bras portant celle manivelle. met de prendre
- les projectiles dans le wagon à munitions et de les amener vis-à-vis de la culasse.
- Pour le tir il faut décharger les boggies en faisant porter le truck sur de forts vérins hydrauliques reposant sur le ballast.
- Le mortier de 420 avec son alîùt et sa plate-forme pèserait envi-v ron 100 -tonnes.
- Les 0 b u siers monstres de Yartillerie autrichienne de 240 et 305 millimètre s ont été rendus maniables par
- Semelle inférieure.-de l'essieu
- "Q
- Rotule de traverse
- B / Berceau d'affût
- (2)
- f ''1 1 0/7 N'o
- a (/{ )J “1
- L-^AloHjCV. G#. 0 0
- Fig.
- tion
- Secteur de pointage en direction
- i5. — (1) L’essieu èvidè du canon vu en projec-verticale. — (2) Vu en projection horizontale.
- Fig. 16. — Le pointage en hauteur et le recul du canon italien
- 3s/—-r.T,; ty) t
- ! B '
- /
- Cit-
- A, secteur denté {pointage en hauteur); T, traverse vue du bout; V, volant de pointage en direction; v, vis de pointage en direction {engrenant avec le secteur denté de la semelle d’essieu); G, bêches coulissantes; B, berceau d’affût dans lequel coulisse le traîneau; B', traîneau d’affût; C, berceau de pièce; E, tourillons du berceau de pièce.
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- LA RÉPERCUSSION DE LA GUERRE SUR LE PRIX DE LA VIE . . . 127
- Fig. 17. — Artillerie de campagne italienne (canon Déport).
- des procédés analogues. Toutefois c’est la traction automobile à laquelle on a eu recours afin d’éviter la construction d’une voie ferrée. On sait d’ailleurs que les Allemands, pendant la guerre actuelle, ont, partout où les circonstances s’y sont prêtées, multi-plié les lignes ferrées et prolongé les réseaux exis-
- tants par des voies de fortune. Ils ont essayé, dans une mesure évidemment restreinte, de soulager leurs services de traction automobile chaque fois qu’il s’est agi de transporter des pièces lourdes et le gros matériel qui leur est nécessaire.
- J. Netter.
- LA REPERCUSSION DE LA GUERRE SUR LE PRIX DE LA VIE
- Tandis que nous bloquons l’Allemagne et que l’Allemagne émet la prétention outrecuidante de bloquer l’Angleterre, le prix de la vie augmente notablement dans le monde entier et il était inévitable qu’il en fût ainsi quand tant de millions d’hommes, au lieu de travailler fructueusement, ont désormais pour seule occupation de détruire. On en a la preuve matérielle par les tableaux qui constituent ce qu’on appelle l’Index Number, ou table de nombres, exprimant le prix des principales substances nécessaires à la vie. Le total montre une augmentation progressive qui, en Angleterre, atteint au-
- jourd’hui près de 40 pour 100. Nous en reproduisons seu-
- lementles chiffres extrêmes
- Base (moyenne 1901 à 1905). Fin janvier 1915.
- Céréales et viandes . . . 500 786
- Thé, sucre 500 413
- Textiles 500 535
- Minéraux 400 520
- Caoutchouc, bois, huiles. 500 748
- Total 2200 - 3002
- Variation. . . 100 136,5
- Aux Etats-Unis, l’accroissement sur le prix des céréales a été particulièrement sensationnel. Le prix du blé, qui était de 20 fr. en juillet dernier à New-York, a passé à 40 francs.
- Les causes de ce mouvement, qui a été assurément accentué par la spéculation, sont les suivantes :
- Tout d’abord, la production de toute l’Europe est réduite par la guerre. Tous les pays exportateurs de l’Est : la Russie, la Roumanie et la Bulgarie sont bloqués par la fermeture des Détroits (ce qui, par parenthèse, n’est certainement pas sans influence sur l’attitude actuelle de la Bulgarie). La Russie, où la récolte avait été particulièrement brillante, en est réduite à promettre, pour l’été prochain, quelques exportations difficiles par le Transsibérien. 11 faut donc recourir aux États-Unis et à l’Argentine, qui, naturellement, usent et abusent de la situation, bien que leur dernière récolte ait été des plus favorables. Une autre cause influe sur l’accroissement des prix, c’est la majoration des frets, qui ont passé de 1 fr. 50 les 100 kg en juin à 8 ou 10 francs maintenant, le manque de bateaux se faisant partout sentir. On n’a pu supprimer entièrement la marine de commerce allemande et toute la partie réquisitionnée de la marine britannique sans que le commerce des mers s’en ressentît. Toute spéculation à part, cette situation de fait, qui s’étend à toutes les matières et à tous les produits industriels, ne peut manquer de s’aggraver jusqu’au moment où on disposera de la prochaine récolte. Ainsi la répercussion de la guerre va s’étendre de plus en plus à tous les continents. L. D. L.
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- LES EXPLOSIFS
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- A la lecturé des journaux politiques quotidiens, on est agréablement surpris par l’abondance des inventions géniales, destinées à nous assurer la victoire, qui se succèdent sans interruption. Dans ce palmarès, la découverte des nouveaux explosifs occupe une place d’honneur. Rappelons seulement l’obus à explosion, l’obus asphyxiant, l’explosif à l’air liquide, la Turpinite, la Schneiderite, etc. Combien de Français attendent encore l’explosif dix fois supérieur à la mélinite qui nous débarrassera instantanément de tous les Allemands?
- C’est malheureusement là le pays doré des rêves; comme toujours, la réalité est beaucoup plus terne. Depuis cinquante ans, on n’a guère découvert d’explosifs nouveaux, on a seulement appris à mieux utiliser des composés chimiques depuis longtemps connus. Aussi serait-il bien extraordinaire de voir surgir, au jour voulu, une découverte sensationnelle; même se réaliserait-elle, que très certainement la mise au point indispensable ne pourrait être achevée en temps utile. Tâchons donc de tirer le meilleur parti des résultats déjà acquis, et ne nous engourdissons pas à poursuivre dans nos songes des chimères irréalisables.
- Les explosifs, comme la nature tout entière, obéissent à des lois inexorables.
- Leurs effets dépendent strictement de la grandeur de certains facteurs, dont la connaissance, c’est-à-dire la science, nous permet de faire un bien meilleur usage. Notre action se borne là ; l’imagination, malgré sa toute puissance, ne saurait communiquer à la matière réelle aucune propriété surnaturelle.
- Les facteurs principaux de la qualité des explosifs, les conditions déterminantes de leur usage sont les suivants :
- 1° Puissance; 2° Vitesse d’explosion ; 5° Facilité d’amorçage; 4°Divers (fusibilité, stabilité, toxicité,etc.}.
- Puissance. — Sous ce terme vague on réunit deux propriétés voisines, comportant chacune une définition très précise :
- La Pression développée par l’explosif réagissant au sein d’une capacité close.
- i. Nos figures 1,2, 5 et 8 sont empruntées au Mémorial ^es Poudres et Salpêtres.
- Le Travail produit par la détente des gaz de l’explosion.
- 1° Pression. — Pendant longtemps les sentiments les plus contradictoires se sont manifestés au sujet de cette pression; Rumford, il y a un siècle, l’évaluait à 100000 atmosphères, et, à la même époque, Robins se contentait de 1000 atmosphères. Cinquante ans plus tard Piobert, en France, donnait le chiffre de 20000 atmosphères, tandis que, à la même époque, dans les écoles militaires anglaises, on admettait une valeur 10 fois moindre, 2000 atmosphères.
- La mesure expérimentale de ces pressions présente de très sérieuses difficultés. D’une part la grandeur des efforts mis en jeu tend à briser les appareils de mesure, d’autre part la brusquerie avec laquelle ils s’exercent, fausse les indications des appareils par la mise en jeu de l’inertie des pièces mobiles.
- Les premières mesures exactes sont dues à deux savants anglais : un officier d’artillerie, sir Andrew Noble et un chimiste, sir Frederik Abel. Ils donnèrent pour la pression de la poudre noire, explosant en vase clos sous une den -sité de chargement égale à l’unité, c’est-à-dire avec une charge de 4 gramme de poudré par centimètre cube de capacité, la pression de 6500 atmosphères.
- Le grand intérêt de ces études ne résulte pas tant de la connaissance d’un chiffre isolé, que de l’établissement d’une méthode de mesure, susceptible d’être également appliquée à l’étude de tous, les autres explosifs. L’emploi de l’éprouvette de Noble et Abel a été l’origine de la véritable science des explosifs; on s’était contenté jusque-là de recherches empiriques où le sentiment, l’emploi du pouce et de l’œil, étaient les méthodes de mesures préférées.
- Le principe de cette méthode repose sur l’écrasement de petits cylindres de cuivre dits crushers {fig. 1 ), aplatis par un piston mobile, pressé lui-même par les gaz de la poudre. Une table de tarage établie au préalable permet de connaître la relation entre l’écrasement de ces cylindres et la pression subie (fig. 2). Les crushers habituels, de 8 millimètres de
- Fig. i. — Cylindres de cuivre, dits >< Crushers » à divers degrés d'écrasement (*).
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- diamètre sur 13 millimètres de hauteur, s’écrasent de moitié de leur hauteur, sous une pression de 3500 kilogrammes par centimètre carré.
- L’idée de cette méthode est très simple, mais la réalisation en est délicate. Sa mise au point définitive a été faite par M. Vieille (fig. 3) ; elle permet aujourd’hui d’obtenir des mesures de pression exacte à 1 pour 100 près.
- Les services rendus par l’éprouvette de Noble et Abel ont été considérables. Dans toutes les études sur les nouvelles poudres de guerre, on commence par mesurer leurs pressions sous différentes densités de chargement. Cela permet de régler a priori les charges à essayer dans les canons, où la pression doit rester comprise entre 1500 et 3000 atmosphères, sous peine de les détériorer rapidement ou même de les faire éclater.
- Cette méthode de mesure des pressions présente pourtant encore une lacune grave : elle ne permet pas de mesurer la pression maxima que peut donner un explosif employé à pleine densité de chargement, c’est-à-dire sans laisser aucun vide dans la capacité close, le volume libre étant occupé par une masse compacte d’explosif. Dans ces conditions, les explosifs donnent tous des pressions supérieures à 10 000 atmosphères; or, l’éprouvette de mesure ne peut résister sans destruction à des pressions supérieures à 7000 atmosphères. L’acier, malgré son extrême solidité, cède devant ces pressions énormes.
- Cette incertitude est très regrettable au point de vue de l’étude des applications des explosifs au chargement des projectiles ou des trous de mines. Sur ce point l’empirisme règne encore en maître, comme au temps de Rumfort. B. Hopkinson évalue la pression maxima développée par îe coton-poudre à 20 000 atmosphères; il a prouvé qu’elle était supérieure à 10 000 atmosphères par une expérience très élégante, dans laquelle il mesurait la force vive communiquée à une barre d’acier par une charge de coton-poudre placée à 2 cm de son extrémité; mais l’extrapolation de cette mesure pour des
- distances plus faibles est absolument illusoire. Il faut savoir à l’occasion avouer son ignorance.
- 2° Travail. — Du travail développé par les explosifs dépend la force vive communiquée aux projectiles. Ce travail a été l’objet d’évaluations déjà très anciennes, mais d’une précision très faible.
- Robins avait imaginé en 1740 un pendule balistique (fig. 4) donnant directement la mesure de la quantité de mouvement du projectile, indirectement par suite le travail effectif développé par la poudre. Son pendule pesant 24 kg pouvait seulement recevoir le choc d’une balle de fusil. On a depuis augmenté la masse de ce pendule jusqu’à 4000 kg (fig. 5 et 6).
- On préfère aujourd’hui déterminer la vitesse du projectile à la sortie de l’àme de la pièce, en mesurant le 'temps qui s’écoule entre la rupture de deux fils métalliques placés sur la trajectoire. Ces deux fils envoient le courant dans les deux électro-aimants d’un chronographe Le Boulengé ; leur rupture provoque la chute de deux tiges magnétiques suspendues aux électros. L’une porte une enveloppe en métal mou, et l’autre déclanche en un point de sa course un couteau qui va frapper la première. La position de la marque ainsi obtenue dépend du temps qui s’est écoulé entre les deux déclanchements
- (fig- 7);
- Voici quelques résultats d’expériences faites par Sir Andrew Noble sur des projectiles de poids différents lancés par un même canon, avec une même charge de poudre noire :
- Force vive kilogram-mètres.
- 295 000 360 000 365 000 365 000
- Il peut être intéressant de rapprocher ces chiffres des résultats fournis par les anciennes machines de guerre, les catapultes par exemple, où les projectiles étaient lancés par des ressorts en cordes à boyaux. La force vive communiquée à un seul projectile des expériences
- Fig. 3. — Éprouvette manomètrique de Noble et Abel, perfectionnée par M. Vieille.
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- de Noble correspond à celle qu’un guerrier de l’antiquité aurait pu développer, en quatre à cinq jours de travail ininterrompu, employé à bander sa catapulte.
- Il y a peu de différences entre le travail utile des divers explosifs. L’écart du moins puissant de tous, la poudre noire, au plus puissant, la dynamite gomme, n’est peut-être pas du simple au double. Les écarts entre les pressions maxima ne sont sans doute pas plus considérables. D’où cette conclusion inattendue qu’au point de vue de la puissance tous les explosifs se valent. Des considérations d’ordre différent justifient seules la préférence accordée à tel ou tel explosif ; a fortiori l’espoir de découvrir un explosif d’une puissance extraordinaire doit être considéré comme une simple utopie.
- Vitesse d’explosion. — Contrairement à ce qui a lieu pour la puissance, la vitesse de propagation de l’explosion varie d’un explosif à l’autre, ou pour un même explosif, d’une condition à une autre, dans des limites extraordinairement grandes, pouvant dépasser le rapport de 1 à 1 million. On conçoit sans peine quelle répercussion peuvent avoir d e semblables différences sur les effets produits.
- On pourra par exemple faire brûler une poignée de poudre noire sur une table en bois sans l’endommager aucunement, un pétard de mélinite de la même masse la détruira au contraire complètement, même serait-elle construite avec l’acier le plus dur. Ou encore une cartouche de dynamite, enflammée avec une allumette, brûle lentement comme une torche, sans produire aucun effet mécanique, aucun bruit ; la même cartouche placée contre un rail de chemin de fer et convenablement amorcée le brise complètement (fig. 8). Ces différences d’effet tiennent uniquement aux différences dans les vitesses de propagation.
- Cette étude de la vitesse de propagation de l’ex-
- plosion est donc infiniment plus importante, au point de vue des applications, que celle de la puissance, mais elle est aussi bien plus délicate. Pour mieux en saisir toutes les nuances, il peut être utile de commencer par étudier les mélanges gazeux explosifs, dont les pressions plus faibles facilitent considérablement les recherches de l’expérimentateur.
- Enfermons dans un tube de verre horizontal, fermé à une extrémité et ouvert à l’autre, un mélange combustible tenant 20 pour 10(1 de gaz d’éclairage et 80 pour 100 d’air et allumons ce mélange par l’extrémité ouverte du tube. Nous verrons la flamme avancer d’abord très régulièrement, en conservant des contours nets; puis la vitesse s’accélère, la flamme devient trouble et le tube rend un son. La vue est malheureusement un appareil d’observation très imparfait, ne conservant au cune trace permanente des résultats obtenus. L’enregistrement photographique bien plus précis ne peut pas s’appliquer facilement à des flammes aussi peu lumineuses que celles du gaz d’éclairage. Il convient au contraire très bien pour les flammes des composés sulfurés, riches en radiations ultraviolettes. En particulier le mélange de sulfure de carbone et de bioxyde d’azote donne, avec une flamme très lumineuse, une propagation tout à fait semblable à celle du gaz d’éclairage.
- Les photographies montrent au début une vitesse absolument, uniforme de 1 m. 20 par seconde; ensuite la flamme prend un mouvement oscillatoire très net, et en même temps la vitesse moyenne de propagation augmente irrégulièrement d’un point à l’autre, suivant l’importance des mouvements vibratoires de la masse gazeuse (fig. 9 et 10).
- Il y a là deux phénomènes successifs essentiellement distincts : pendant la première période, la flamme progresse en vertu de la transmission de la
- Fig. 5 et 6. — Pendule balistique, dit de l’école de Metz. — 5. Canon. — 6. Chambre réceptrice ; la chambre réceptrice du projectile est constnnte en acier et l’intérieur est rempli de bois. Son poids atteint dans certains appareils jusqu’à 4 tonnes.
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- chaleur par conductibilité calorifique-, le phénomène est alors absolument régulier, étant défini par la température de la tranche brûlée, d’une part, et d’autre part par la conductibilité de la masse gazeuse, qui ne dépend que de sa composition.
- Dans la période des oscillations, f agitation de la masse gazeuse a pour effet de mélanger les couches chaudes brûlées et les couches froides, accélérant ainsi les échanges de chaleur d’une manière irrégulière et d’autant plus active que l’agitation est plus forte. La vitesse de la flamme s’accroît également, mais aussi d’une façon irrégulière.
- Une expérience très simple permet de mettre en évidence ce rôle de l’agitation. Dans le même tube que précédemment, le même mé-. lange est enflammé au moyen d’une étincelle électrique du côté de l’extrémité fermée. La dilatation des gaz brûlés chasse violemment les gaz froids et les anime de mouvements tourbillonnants qui accélèrent énormément les échanges de chaleur. La vitesse de la flamme peut alors atteindre plusieurs centaines de mètres par seconde (fig. 11).
- C’est là le mécanisme des explosions de grisou, produites, par la combustion de mélanges dont la vitesse normale de propagation par conductibilité n’atteint cependant pas 1 m. par seconde.
- Reprenons maintenant les mêmes expériences avec un mélange bien plus combustible, celui de sulfure de carbone et d’oxygène. La photographie (fig. 12) nous montre toujours au début une vitesse unifoime par conductibilité, mais beaucoup plus élevée, cette fois, car elle atteint 20 m. par seconde. Puis brusquement la propagation devient instantanée, ou plus exactement se fait avec une vitesse telle, que sur une plaque photographique se déplaçant à raison de 0 m. 1 par seconde, on ne peut observer de lemps appréciable pour sa propagation jusqu’à l’extrémité du tube.
- Mais avec une plaque animée d’une vitesse de 10 m. par seconde, que l’on obtient facilement en laissant tomber la plaque en chute libre d’une hauteur de 5 m., on peut reconnaître l’existence d’une vitesse et même la mesurer; elle est de 1800 m. par seconde.
- Fig. 7• — original de
- Voici donc un troisième mode de propagation de la flamme dans les mélanges explosifs, c’est Y onde explosive découverte par MM. Berthelot et Vieille.
- L’inflammation est transmise par le choc des tranches brûlées à pression très élevée, qui compriment les tranches non encore brûlées et les échauffent adiabatiquement jusqu’à leur température d’inflammation. Pour les différents mélanges gazeux étudiés, cette vitesse varie de 1000 à 4000 m., d’autant plus grande en général, que la densité des gaz est plus faible.
- Nous avons donc, en résumé, trois modes distincts de propagation de la flamme dans les mélanges gazeux.
- Le premier, par conductibilité calorifique avec des vitesses généralement comprises entre 0 m. 10 et 10 m. pour les mélanges formés avec l’air, et entre 10 et 100m. pour les mélanges formés avec l’oxygène.
- Le second, par agitation, ne comporte aucune définition précise, mais peut donner des vitesses approchant de 1000 m. par seconde.
- Le troisième, par choc, donne des vitesses comprises entre 1000 et 4000 m. par seconde.
- Nous allons retrouver, dans les explosifs solides, les trois mêmes modes de propagation de l’explosion, à de légères différences près, tenant à ce que les explosifs solides ne se déplacent pas comme les gaz ; les produits de leur combustion peuvent seuls le faire.
- 1° La propagation par conductibilité ne nous retiendra pas longtemps, car elle ne comporte aucune application pratique. Elle est de 10 mm par seconde pour nos poudres sans fumée, elle tombe à 1 mm par seconde pour le celluloïd, différant des poudres sans fumée par la présence de camphre et d’un pigment solide, l’oxyde de zinc, par exemple; elle s’élèverait à 50 mm dans le cas de certaines dynamites riches en nitroglycérine. Ce sont dans tous les cas des vitesses extraordinairement faibles, toujours inutilisables, puisqu’une des qualités essentielles des explosifs est de développer toute leur pression dans un temps très court.
- 2° Le second mode de propagation de l’explosion, connu sous le nom de déflagration, est celui de la
- Chronographe Le Boulengé.
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- poudre noire. Il correspond à la propagation par agitation dans les mélanges gazeux. M. Vieille a établi les lois scientifiques de ce mode de propagation et a été conduit par cette étude à la découverte des poudres progressives, dites vulgairement poudres sans fumée, dont l’usage a révolutionné toutes les méthodes de la guerre moderne.
- Dans un explosif présentant des solutions de continuité, vides entre les grains, ou pores dans les masses solides, les gaz chauds provenant de la combustion des premières parties brûlées pénètrent dans ces vides et vont rapidement porter la combustion en tous les points de la masse. La quantité de poudre brûlant dans l’unité de temps est évidemment proportionnelle à la surface libre totale des grains et, de plus, elle croît avec
- à peu à cette
- pression. On a alors, en appelant V le poids brûlé dans Limité de temps,
- S la surface libre totale et P la pression au moment considéré, la relation :
- V = K. SP
- Voyons maintenant comment se fait la combus-
- une hyperbole. Pour augmenter la vitesse du projectile et par suite sa portée, il faut augmenter la charge de poudre et, par suite, la pression maxima. On est rapidement limité par la crainte de voir éclater le canon.
- Avec une poudre progressive brûlant seulement au fur et à mesure du déplacement du projectile, il serait facile de communiquer au projectile une force
- la pression des gaz brûlés, près proportionnellement
- Fig\ 8. — Rail brisé par un pétard de dynamite de ioo grammes.
- des gaz
- lf0ËÊÊlÊÊm
- 0 1 0 J 0 J 0 4
- 7~empj en sec ondes
- Fig. g. — Combustion d’un mélange de bioxyde d’azote et de sulfure de carbone dans un tube de 3 cm de diamètre et de 3 m. de longueur. La vitesse moyenne de propagation de la flamme croît avec l’amplitude des oscillations.
- tion de la poudre dans un canon. D’après les expériences de sir Andrew Noble, la combustion de la poudre noire est complètement achevée, avant que le projectile se soit déplacé dans l’âme d’une façon appréciable. Il se produit donc au début une pression extrêmement élevée qui tombe rapidement à mesure que le projectile se déplace? La courbe des pressions est approximativement représentée par
- vive double, sans augmenter la pression maxima supportée par le canon. Cela n’est pas impossible avec la poudre noire : il suffit de broyer moins finement le charbon qui entre dans sa composition. On ralentit ainsi à volonté sa vitesse de combustion.
- Mais l’impossibilité d’uniformiser la grosseur des grains obtenus par broyage donne une poudre irrégulière, il n’y a pas deux échantillons semblables. Le réglage du tir devient impossible. On perd plus sur la justesse du tir que l’on ne gagne sur sa portée.
- M. Vieille a eu l’idée, qui nous semble très simple aujourd’hui, mais qui en son temps a été une décou-‘ verte sensationnelle, de préparer une poudre progressive en employant une matière explosive capable de se laisser façonner suivant des formes géométriques. Le celluloïd remplit cette condition indispensable. Pour en faire la poudre sans fumée actuelle, il a suffi de soigner un peu plus la fabrication du coton-poudre servant à sa préparation, de supprimer toutes les matières inertes ou paralysantes ajoutées intentionnellement, soit pour lui donner certaines qualités physiques avantageuses à l’emploi, soit pour diminuer son inflammabilité et le rendre moins dangereux.
- Les chiffres suivants feront comprendre de suite l'importance du résultat.
- Dans l’ancien canon de campagne de 90, on lançait un projectile de 8 kg avec une charge de poudre noire de 1 kg 900, et la pression maxima produite
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- dans l’âme était de 2560 kg par centimètre. On obtient aujourd'hui avec-le même canon et le même projectile la même vitesse avec une charge de poudre sans fumée de 0 kg 720 et une pression qui est seulement de 1600 kg. Le canon fatigue donc bien moins et on peut l’alléger, ce qui est très important pour un canon de campagne.
- En augmentant, au contraire, la charge de la nouvelle poudre, de façon à faire travailler le canon sous la même pression, on obtiendrait des vitesses de 8 à 900 m. et, par suite, des portées bien plus considérables.
- Cette poudre, ne donnant que des produits volatils, ne fait pas de fumée et on l’a désignée dans le langage courant d’après cette propriété évidente ; sans doute aussi l’a-t-on fait pour dépister nos concurrents.
- Il est intéressant d’insister sur le fait essentiel que cette découverte a été la conséquence de recherches de laboratoires, poursuivies avec une méthode scientifique remarquable, et exécutées en s’aidant des appareils de mesures les plus perfec-, tionnés. C’est un des meilleurs exemples à donner de l’utilité pratique de la science bien employée.
- Détonation. — Le troisième mode de propagation de l’explosion dans les solides correspond exactement à l’onde explosive des mélanges gazeux. Elle se transmet par choc avec des vitesses comprises entre 2000 et 4700 m. par seconde.
- Elle donne lieu à des effets brisants tout spéciaux, d’une grande importance pour certaines applications militaires^ Ces vitesses énormes permettent aux explosifs de développer, même en détonant à l’air libre, mais alors seulement pendant un temps très court, il est vrai, des pressions aussi élevées que dans leur détonation en vase clos. C’est, ainsi qu’une cartouche de dynamite, de mélinite ou de fulmicoton placée au simple contact d’un rail le brise en morceaux, au contact d’une tôle épaisse, arrache l’envers de la plaque (fig. 13). Les projectiles chargés avec ces explosifs, la mélinite, la tolite, lefavier ou les cheddites, exercent des actions destructrices bien plus énergiques que ceux de la poudre noire. Ce sont les obus de rupture de la marine ou les projectiles à explosion de nos canons de campagne.
- Le développement de ces pressions énormes, même en l’absence de toute paroi résistante, est la conséquence immédiate de la loi mécanique d’inertie. L’explosif détone dans son propre volume, avant que les produits de l’explosion aient eu le temps de se déplacer d’une façon appréciable. Soit un explosif donnant en vase clos une pression de 20000 atmosphères. Prenons-en 1 cm3 pesant 1,6 gr., c’est le cas de la mélinite, par exemple. Nous allons calculer de quelle longueur son centre de gravité va pouvoir se déplacer sous l’action de la pression maxima, pendant le temps très court que l’explosion complète met à se produire. Avec une vitesse de 6000 m. par seconde une masse de
- 1 cm3 sera traversée par l’explosion en 1/600000 de seconde. Pendant ce temps le déplacement d’une masse de 1,6 gr., calculé d’après la formule du mouvement uniformément accéléré, sera de 0,17 mm. C’est-à-dire que le volume de la masse gazeuse aura à peine augmenté et, par suite, sa pression aura diminué seulement d’une façon insensible ; on a donc bien la même pression qu’en vase clos.
- Amorçage. — Nous venons d’étudier le mode de propagation d’une explosion une fois amorcée en un point de la masse. Pieste maintenant à étudier comment on peut produire cet amorçage, comment on déclanche l’inflammation dans la première tranche.
- Ici encore il y a, entre la grandeur des actions à mettre en œuvre, des différences énormes, supérieures même aux différences entre les vitesses .de propagation. Le fulminate d’argent, l’iodure d’azote détonent sous le frottement d’une barbe de plume, c’est-à-dire avec une dépense de travail n’atteignant pas 1/100 00U de kilogrammètre. Pour faire détoner, au contraire, les charges de coton-poudre mouillé des anciennes torpilles, il fallait une amorce de coton sec pouvant développer, par son explosion préalable, plus de 100 000 kilogrammètres, c’est-à-dire que le rapport de ces deux grandeurs est celui de 1 à 10 milliards. On conçoit que de semblables différences aient une influence prépondérante sur les conditions d’emploi des divers explosifs.
- .Tous les procédés d’amorçage peuvent se rattacher à deux sortes d’actions distinctes : les actions calorifiques et les actions mécaniques. L’électricité souvent employée pour le tirage des coups de mine, n’intervient qu’après sa transformation préalable en chaleur. Il ne semble pas en être de même pour les actions mécaniques.
- Actions calorifiques. — La chaleur produit sur les explosifs deux ordres de phénomènes tout à fait distincts. Aux plus basses températures, elle produit une décomposition lente qui commence plus ou moins tôt suivant les composés chimiques envisagés. La poudre-noire, la mélinite (acide picrique plus ou moins pur) n’éprouvent aucun commencement d’altération à la température ordinaire. La nitroglycérine, le coton-poudre commencent, au contraire, à se détruire lentement dès la température ambiante. C’est là un phénomène bien connu, qui a occasionné des craintes, absolument exagérées d’ailleurs, au sujet de la conservation de nos poudres sans fumée. Elles sont, en fait, infiniment plus stables que le celluloïd que nous ne craignons cependant pas de conserver avec nous pendant de longues années,- sous forme de cols de manchettes ou de tous autres objets d’un usage domestique.
- Ces actions lentes s’accélèrent avec la température et croissent suivant une loi exponentielle, commune d’ailleurs à toutes les réactions chimiques : V = K.aT,
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- L’exactitude de cette loi a été établie par M. Vieille dans le cas du coton-poudre, et elle sert aujourd’hui dé point de départ pour l’étude de la stabilité des poudres sans fumées. On les chauffe à 110° et l’on cherche au bout de combien d’heures elles éprouvent un degré d’altération déterminée. On peut en conclure leur durée probable de conser-
- Temps en s e c onc/es
- Fig. io. — Combustion d’un mélange de bioxyde d’azote et de sulfure de carbone dans un tube de i cm de diamètre et 3 m. de long.
- La flamme s’est éteinte après un parcours de un peu plus de i m. dans la période des grandes oscillations. Une demi-extinction s’était déjà produite après un parcours de 8o cm. La vitesse moyenne de propagation croît avec l’amplitude des oscillations.
- vation à la température ordinaire. Aux environs de 100° cette vitesse de décomposition double pour une élévation de température de 5°.
- A des températures plus élevées, il se produit brusquement un phénomène différent, Y inflammation proprement dite de l’explosif, dont la combustion s’achève alors complètement dans un temps infiniment court. C’est la température d’inflammation. Pour les explosifs usuels, elle varie entre 200 et 300°.
- Poudre noire. Dynamite. Poudre sans fumée. Fulminate.
- 280° 200° 180° 170°
- Cette température varie un peu avec la vitesse d’échauffement, elle s’élève quand la vitesse croît.
- Actions mécaniques. — Les actions mécaniques peuvent amorcer l’explosion d’un grand nombre de composés instables ; mais, contrairement à ce qui a lieu pour la chaleur,, elles agissent d’une façon très irrégulière; on ne peut les définir de façon à être assuré qu’elles donneront dans tous les cas le même résultat. C’est là un fait d’une grande importance.
- Pour produire à coup sûr l’amorçage d’un explosif donné, il faut recourir à des actions bien plus énergiques que celles qui auront été reconnues suffisantes dans des expériences préalables, même recommencées un grand nombre de fois. Aussi, afin d’éviter les ratés dans le tirage des coups de mines, emploie-t-on souvent des amorces de fulminate de mercure de 4,5 gr. là où 99 fois sur 400, il suffirait d’amorces de 0,25 gr. De même on a dû renoncer à employer dans les mines de houille des explosifs intéressants par leur sécurité, faute
- de pouvoir les faire exploser régulièrement, bien que dans les expériences préalables faites à la poudrerie de Sevran-Livry, ils se soient bien comportés.
- Réciproquement, pour éviter les accidents causés par les actions mécaniques involontaires, il faut s’astreindre à un ensemble de précautions paraissant à première vue tout à fait exagérées. On pourra, par exemple, frapper de la poudre noire à coups redoublés avec un marteau sans parvenir à l’allumer et pourtant des expériences trop nombreuses ont montré la possibilité de l’enflammer par des actions bien plus faibles, le simple frottement des chaussures par exemple. De nombreux accidents ont été occasionnés par le bourrage des coups de mines ou par le broyage de la poudre sous les meules de fabrication; même dans ce dernière cas, l’inflammation se produit à coup sûr au bout d’un certain temps avec de la poudre sèche ; on est obligé de l’humecter avec 8 pour 100 d’eau pour empêcher les accidents. On a souvent attribué ces inflammations à des étincelles produites par le choc de morceaux de fer contre des corps durs, tout particulièrement dans le cas du bourrage des trous de mines avec des bourroirs en fer. C’est là une hypothèse dénuée de fondement, car les mêmes accidents se sont produits, plus rarement il est vrai, avec des bourroirs en bois. Toute action mécanique, quelle qu’en soit la nature, peut être une cause d’amorçage, au moins dans le cas de la poudre noire.
- O 01 03 Oi O *, O 5 0 6
- Tempi en i econcLes Fig. il. — Mélange de bioxyde d’azote et de sulfure de carbone brûlant dans un tube de 3 cm de diamètre et 2 m. de longueur. L’inflammation a été mise au moyen d’une étincelle électrique du côté fermé du tube.
- La sensibilité des différents explosifs aux actions mécaniques est extrêmement variable. On n’a jamais réussi à fabriquer de poudres au chlorate de potasse avec combustible solide ; tous les essais se sont terminés par de terribles accidents ! Le premier et le plus célèbre faillit coûter la vie à Lavoisier, à Mme Lavoisier et à Berthollet, leur in,-
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- venteur! Ces explosifs sont infiniment plus sensibles que les poudres au nitrate. Par contre on peut écraser sans aucun danger une caisse de mélinite sous un marteau-pilon.. Pendant longtemps on a considéré l’acide picrique, comme un corps non explosif,
- faute de savoir l’amorcer convenablement.
- Cette question de la sensibilité à l’amorçage joue un rôle prépondérant dans le choix des explosifs destinés au chargement des projectiles. Ils ne doivent pas être trop sensibles, pour que le choc au départ du pro-jectile ne les fasse pas exploser et ils doivent cependant détoner une fois arrivés au but. Pendant longtemps, la poudre noire seule a présenté des garanties suffisantes.
- I.a dynamite, le coton-poudre sec donnaient lieu à des éclatements prématurés. Le projectile, en se brisant dans l’âme du canon, mettait ce dernier hors de service. On a essayé à plusieurs reprises, mais sans grand succès, de tourner la difficulté par des artifices variés ; on mouillait ou on paraffinait le coton; on ajoutait du camphre à la dynamite pour diminuer sa sensibilité; on a même été jusqu’à essayer l’emploi de petites bouteilles de verre renfermant Tune de l’acide nitrique fumant et l’autre un combustible liquide. Les fioles de verre se brisaient au départ du projectile et l’explosif se fabriquait en Pair par le fait de la rotation du projectile qui mêlait les deux liquides.
- La découverte de la mélinite, qui a décuplé la puissance des projectiles, n’a pas consisté dans la découverte de l’acide picrique, corps depuis longtemps connu, mais dans l’idée d’employer, au chargement des projectiles, des explosifs très peu sensibles, comme l’acide picrique fondu et de les amorcer avec un détonateur intermédiaire extrêmement puissant, constitué par une charge de 50 gr. d’acide picrique pulvérulent. Sous cet état, il est beaucoup plus sensible que l’acide fondu et peut être amorcé au fulminate de mercure ! Ce mode d’amorçage ne s’applique pas seulement à l’acide picrique, mais à une foule d’autres explosifs analogues : nitro-benzine, nitrotoluène, nitronaphtaline, etc., em-
- ployés aujourd’hui comme succédanés de l’acide picrique et confondus avec lui sous le nom de mélinite.
- Propriétés diverses. — En dehors des propriétés explosives proprement dites, il y a encore un grand nombre d’autres propriétés, qui jouent un rôle important dans l’emploi des explosifs et déterminent souvent la préférence donnée à tel ou tel d’entre eux. On ne peut pas faire une classification systématique de ces propriétés, parce qu’elles varient avec chaque explosif et présentent une importance différente suivant les usages envisagés. On en citera seulement quelques-unes choisies dans le but de mieux faire sentir la complexité de tous les problèmes de la pratique.
- Hygrométricité. — Dans la fabrication de la poudre noire, on donne la préférence à l’azotate de potasse sur celui de soude, malgré un prix de revient bien plus élevé, parce que l’azotate de soude est un corps très soluble et par suite déliquescent, qui absorbe l’humidité et donnerait des poudres d’une conservation impossible au contact de l’air.
- Stabilité chimique. — Les explosifs, corps très instables, tendent à s’altérer plus ou moins facilement, en perdant leurs propriétés explosives, ou même en détonant prématurément et occasionnant de graves accidents.
- Dans les climats chauds, comme ceux de nos colonies africaines, le fulminate de mercure est décomposé par l’humidité de l’air; les capsules des fusils perdent leurs propriétés explosives et occasionnent de nombreux ratés dans les tirs de l’infanterie. Aussi cherche-t-on à remplacer le fulminate de mercure par des composés moins altérables, notamment par l’azoture de plomb.
- L’acide picrique, au contact du fer et surtout du plomb, donne des sels extrêmement sensibles auxquels on a attribué la production de quelques accidents très graves. C’est là une des raisons de la préférence accordée aujourd’hui aux dérivés nitrés du toluène, qui ne réagissent pas de la même façon.
- Fig. i3. — Plaque en acier doux de 20 mm d’épaisseur. — Un pétard de fulmi-coton de 40 gr. placé en A a provoqué V arrachement par projection de la face opposée^- (B. Hopkinson.)
- Fusibilité. — La fusibilité des explosifs facilite beaucoup leur chargement dans les projectiles ; c’est là une des qualités essentielles de la mélinite. Plus la fusibilité est grande, plus le travail est facile, moins on est exposé à avoir une poche de retassure dont le vide présente des inconvénients multiples, notamment le déplacement du centre de gravité.
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- Temps en secondes ~
- Fig. 12. — Combustion d’un mélange d’oxygène et de sulfure de carbone dans un tube de 1 cm de diamètre et 3 m. de long. La propagalion devient à peu près instantanée après un parcours de 70 cm environ (onde explosive avec une vitesse réelle de 1800 m. par seconde).
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- A ce point de vue les mélanges eutectiques sont préférables aux corps purs ; c’est la raison de la supériorité attribuée à la crésylite sur la mélinite, à la tolite sur le dinitrotoluène ; ces explosifs sont des mélanges de plusieurs composés voisins. Enfin les mélanges non eutectiques ont l’avantage de se ramollir avant de fondre ; cela permet de les introduire à l'état pâteux et de les tasser uniformément de façon à éviter toute retassure.
- Température de combustion. — La puissance d’un explosif dépend à la fois de sa température de combustion et du volume de gaz produits; suivant les cas, l’un ou l’autre de ces facteurs a l’influence prépondérante. Nos poudres sans fumée à la nitro-cellulose, par exemple, ont une température de combustion inférieure à celles des cordites anglaises et italiennes. C’est un grand avantage au point de vue de la durée des canons, leur corrosion dépendant surtout de la température des gaz.
- Toxicité. — La toxicité ou simplement les inconvénients respiratoires de l’acide chlorhydrique ont empêché dans les mines l’emploi de certains explosifs chloronitrés intéressants à d’autres points devue.
- La toxicité des poussières de binitrobenzine a été un obstacle très sérieux à l’emploi de ce composé, les ouvriers travaillant à sa fabrication mourant parfois empoisonnés. De même la toxicité des vapeurs de nitroglycérine est une source de graves difficultés pour les fabricants de dynamite. On s’y habitue cependant à la longue, mais après des semaines et parfois des mois de vomissements et de maux de tête. Cela prouve du moins que le conseil de Mithri-
- date de tâcher de s’habituer aux poisons n’était pas tout à fait dépourvu de sens commun.
- Pour être complet, il y aurait encore bien d’autres propriétés analogues à passer en revue. Retenons seulement de cette énumération partielle l’impression que la fabrication et l’emploi des explosifs sont des questions très complexes, demandant pour leur mise au point de longues études. C’est donc folie de vouloir en temps de guerre inventer de nouveaux explosifs ou improviser de nouvelles méthodes de fabrication. Mais heureusement la gamme des explosifs déjà connus est assez étendue pour qu’il soit facile, le jour où tel ou tel explosif viendrait à nous manquer, de lui substituer un proche parent.
- En tout cas, la puissance des explosifs, qui est la principale préoccupation des inventeurs, et à laquelle l’opinion publique attache volontiers une influence prépondérante, n’est qu’un tout petit côté du problème. Nous devrions remplacer le plus puissant de nos explosifs brisants, la mélinite, par les moins puissants, nitrate d’ammoniac ou chlorate de potasse, que Je mal ne serait pas bien grand. Nous réduirions à peine de moitié l’effet utile de nos projectiles, tandis que la substitution des explosifs brisants à la poudre noire a décuplé leurs effets.
- La science appliquée a pour caractère essentiel d’envisager tous les facteurs de chaque problème et d’en balancer l’importance relative, la science pure au contraire n’en envisage jamais qu’une face. La science des explosifs est une science appliquée, ne 1 oublions pas. Henry Le Chatelier,
- Membre de l’Institut.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 janvier 1915 (Suite).
- La région rouge du spectre des étoiles de Wolf-Rayet. — Les étoiles de 7e grandeur découvertes en 1867 par Wolf etRayet ont un spectre entièrement formé de raies brillantes, parfois même sans fond continu. Ces étoiles succèdent à l’état nébulaire comme terme final de l’évolution des Novae et ne sont probablement que les vestiges affaiblis d’anciennes Novae apparues au cours des siècles passés. M. J. Bosler accentue ce rapprochement par l’étude de leur spectre, où il a observé notamment une raie de l’hélium. Ces étoiles sont situées dans des régions de forte densité stellaire (yoie lactée, Nuées de Magellan, etc.). Les choses se passent comme si, pour la naissance d’une Nova, l’intervention de deux astres était indispensable, soit que le dégagement d’énergie provienne directement du choc, soit plutôt qu’il naisse d’explosions dues à des marées internes.
- Traitement des blessures des nerfs par les projectiles. — Les paralysies consécutives aux blessures des nerfs par les projectiles sont très fréquentes. M. Delorme indique les méthodes propres à éviter ce danger.
- Culture en tubes de sable pour le diagnostic rapide de la fièvre typhoïde. — MM. P. Carnot et Weill-Hallé, qui ont récemment donné un moyen précieux de reconnaître les bacilles typhiques dans la bile des sujets suspects, donnent aujourd’hui le moyen d’étudier pratiquement les selles typhiques par un filtrage à travers une couche de sable qui laisse seulement passer des bacilles dangereux, beaucoup plus mobiles que les germes intestinaux, au milieu desquels ils étaient noyés ; ce qui permet une reconnaissance rapide.
- Étude sur les poussières aqueuses microbiennes des locaux habités. — Les gouttelettes microbiennes sont extrêmement abondantes dans une atmosphère viciée par les gaz frais de la respiration. Ces poussières aqueuses sont vraisemblablement le réceptacle des germes les plus contagieux, tels que ceux de l’influenza, de la rùugeole, de la variole, etc. D’où l’insalubrité des locaux mal aérés, où l’humidité provenant de la respiration, qui est accompagnée de substances volatiles, sert d’aliment gazeux aux microbes. Il est également dangereux d’employer des ventilateurs sans aérage suffisant.
- — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- Le Gérant : P. Masson.
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- LA NATURE. — N° 2161. - -... ........ 27 FÉVRIER 1915.
- LES COMMUNICATIONS TÉLÉGRAPHIQUES MONDIALES DE 1900 A 1914
- Les progrès considérables de la télégraphie sans fil depuis les premières expériences de Marconi en 1901, si elles ont amené l’érection de nombreuses stations extra-puissantes sur toutes les côtes du monde, n’ont pas modifié la forme des échanges télégraphiques qui s’effectuent toujours à travers les mers par le moyen des câbles sous marins. Ceux-ci, en effet, assurent au public une régularité et un secret dans la transmission que la T. S. F. n’a pas encore atteints; aussi les Compagnies de câbles continuent à augmenter leurs réseaux et à voir croître leurs recettes, et, avant d’examiner l’effort de l’Allemagne pour se constituer un réseau de câbles indépendants correspondant à son développement commercial et industriel et d’analyser les incidents
- Depuis, le conducteur est constitué, comme pour lés fils lumière, par un fil central autour duquel sont câblés un nombre variable de fils de cuivre selon la longueur du câble. La dernière ligne transatlantique française posée entre Brest et Cap Cod, en 1898, avait une longueur de 5891 km, le poids du cuivre était de 300 kg par mille marin de 1852 m. ; le fil central, qui avait 3 mm de diamètre, était entouré de 12 fils de 1 mm câblés en hélice ; autour de ce conducteur, qui avait une résistance électrique de 1 ohm, 85 par mille à 24°, soit une résistance totale d’environ 6000 ohms, étaient appliquées trois couches de gutta-percha alternant avec autant de couches de composition de chatterton, le diamètre total de l’âme atteignant 12 mm.
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- Fig. i. — Carie des câbles du Pacifique et de l’océan Indien Q).
- survenus depuis le 2 août, nous croyons être agréable à nos lecteurs en leur donnant quelques indications sur les câbles et sur leur développement dans ces quinze dernières années.
- Constitution des câbles sous-marins. — Cette constitution n’a guère varié depuis le premier câble posé en 1851 entre Sangatte près Calais et Marga-ret’s Bay près Douvres. Celui-ci se composait de 4 conducteurs en cuivre, recouverts chacun d’une enveloppe de gutta-percha (le seul isolant restant imperméable à l’eau sous les pressions les plus grandes).
- 1. Nous n’avons indiqué aucun câble dans la Méditerranée; nos lecteurs nous excuseront ; mais le nombre en est tellement considérable que nous aurions surchargé nos cartes bien inutilement. Il y a, en effet, 7 câbles reliant Marseille â l'Algérie et à la Tunisie, et un faisceau de câbles anglais rayonnant autour de Malte : 5 vers l’Égypte et la mer Rouge, 2 vers Bône, 3 vers Gibraltar, etc. En résumé, il y a plus de lignes transméditerranéennes que de transatlantiques ! On peut dire que tous les ports importants sont reliés entre eux.
- La protection mécanique commune pour tous les types se compose de deux couches de filin de chanvre ou de jute tanné, enroulées en sens inverse et appliquées humides sur l’âme; puis, suivant que le câble est destiné aux très grands fonds, aux fonds faibles ou à l’atterrissage, on arme les câbles de fils métalliques jointifs dont le nombre, le diamètre et le type varient.
- Pour les premiers, destinés aux fonds de 4 et 5000 m. et plus, on applique sur l’âme 24 fils d’acier de 2 mm de diamètre dont la résistance est de 100 à 150 kg par millimètre carré de section.
- Pour les fonds faibles, où le câble n’a pas à supporter des pressions considérables lorsqu’il repose sur le fond, et n’est pas soumis à de fortes tensions dans les opérations de réparation, l’armature est formée de 10 à 15 fils de fer galvanisé de 4 à 5 mm de diamètre. A l’atterrissage, qui est le point où le câble souffre le plus à cause de la détérioration produite par le mouvement des vagues, par le
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- déplacement des bancs de vase, on emploie le câble de grands fonds que l’on recouvre d’une seconde armature d’environ 15 fils de fer de 5 à 7 mm de diamètre.
- Si l’atterrissage se fait dans des parages rocheux, à tempêtes fréquentes, comme pour nos côtes de
- dont les 4/5 appartiennent d’ailleurs à des compagnies anglaises.
- Ces navires, les premières années, ne dépassaient guère 1000 tonnes ; mais, depuis qu’on a réalisé des câbles de plus en plus longs comme les transpacifiques dont nous parlons plus loin, on a construit
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- Fig. 2. — Carte des câbles de l’Océan Atlantique.
- Note. — Les câbles entre l’Europe et l’Amérique du Nord sont au nombre de 16, répartis ainsi : Anglais 7 (4 Anglo Cy, 2 Western, 1 Direct) ; — Américains 5 (Commercial Cable) ; Allemands 2 (Compagnie allemande) ; — Français 2 (Compagnie française).
- Entre 1 Europe et l’Amérique du Sud il y a 4 câbles :
- Anglais 2 (Western); — Allemand .1 (Compagnie allemande); — Français 1 (Gouvernement).
- Bretagne ou celles d’Irlande et de Terre-Neuve, cette seconde armature devient trop faible et on utilise alors ce que l’on appelle le « grelin », câble de grands fonds recouvert généralement de dix torons de chacun de 3 fils de fer de 5 à 6 mm.
- Pose et réparation des câbles. — Il existe, à cet effet, une cinquantaine de navires spéciaux dont la presque totalité a été construite en Angleterre et
- des navires câbliers comme YAnglia (6000 tonnes) et le Colonia (8000 tonnes), qui peuvent prendre dans leurs cuves un câble entier de 0 à 4000 milles marins (6 à 7000 km) et réaliser ainsi la pose dans une seule expédition.
- L’avantage est considérable ; car, dans les premières poses des câbles transatlantiques, les navires moyens n’emportaient que le tiers ou la
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- moitié du câble; leur chargement posé, il fallait amarrer à l’extrémité du câble uu long fdin de chanvre et laisser fder celui-ci à la mer en le terminant par une grosse bouée.
- Le navire revenait chercher un chargement au port et, pendant ce temps, les tempêtes si fréquentes dans l’Atlantique usaient ou rompaient les filins et, pour retrouver le câble, il fallait draguer quelquefois pendant plusieurs mois avant de réussir à le remonter, d’où une dépense supplémentaire atteignant et dépassant facilement 1 million de francs, c’est-à-dire une majoration de 5 à 10 pour 100 dans le prix total d’un câble transatlantique (le câble Vaneouver-Fanning.
- Australie a été adjugé 1 795000 livres, soit 44 875 000 francs).
- En général, quand le câble a été construit et posé soigneusement, que son isolement ne présente aucun point faible ; il reste intact dans les grands fonds; là, il se recouvre d’une couche de débris blanchâtres qu’on appelle « ooze » et j’ai pu relever des câbles qui, dépouillés de cette couche, semblaient sortir de l’usine.
- vu plus haut, d’où l’emploi de câbles beaucoup plus résistants et plus lourds; les points les plus dange-
- Fig.
- (Obligeamment
- Fig. 4. — Le porte-câble Pouyer-Quertier (1879). Arrière.
- La presque totalité des interruptions viennent des côtes et des atterrissages, comme nous l’avons
- 3. — L’Edouard-Jerarnec lancé en juin 1Q14. communiqué par les Forges et Chantiers de la Méditerranée.)
- reux, ce sont les embouchures des fleuves comme celles de l’Amazone et de l’Orénoque, où les bancs de vase rongent et brisent des câbles très puissants eh peu de temps.
- Les réparations, dans ces parages dont les navires ne peuvent s’approcher, sont des plus pénibles ; elles nécessitent l’emploi de chalands ou de canots, sur lesquels on embarque de fortes équipes d’indigènes. Pour sortir le câble des bancs de vase où il est enfoui, il faut des efforts manuels considérables.
- Transmission. — Au début, la transmission s’opérait au Morse; puis, les lignes augmentant de longueur, de section et par suite de capacité, il a fallu des appareils plus sensibles ; le galvanomètre à miroir a d’abord été employé et il l’est encore sur les lignes moyennes; mais il n’enregistre pas les signaux, c’est le siphon recorder de lord Kelvin qui est universellement employé aujourd’hui sur les grands câbles. Il se compose d’une très légère bobine mobile dans un fort champ magnétique; cette bobine se meut à droite ou à gauche selon le sens du courant en entraînant un léger tube capillaire en forme de siphon, dont une extrémité plonge dans un godet d’encre très fluide, tandis que l’autre est en contact avec un ruban de papier qui se déroule automatiquement.
- La transmission a lieu en « Duplex », c’est-à-dire que, par le moyen d’un montage en pont de Wheatstone aux deux extrémités du câble, on peut recevoir et transmettre simultanément; d’où une vitesse de travail double.
- En 1900, sur les 400000 km posés au fond des mers, l’Angleterre en possédait à elle seule
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- les 3/4, la France avait son réseau des Antilles et deux câbles- transatlantiques. Un gros projet de réseau intercolonial, présenté au Parlement en 1901, ne put voir le jour à cause des progrès de la T. S. F. Seule la section Brest-Dakar fut exécutée en 1904-1905.
- Les Anglais, en 1901, avaient relié la colonie du Cap à l’Australie, à travers l’océan Indien, par un câble atterrissant successivement à l’île Maurice, à Rodrigues et aux Cocos (fig. 1). Cette communication fut doublée en 1902 par une ligne reliant le Canada à l’Australie, à travers l’océan Pacifique, et dont la longueur totale est de 15 500 km; la première section de ce câble qui va de Vancouver à l’ileFanning (fig. 1), atteint 6414 km, ce qui représente le record dé la longueur pour un câble.
- Les Américains voulurent aussi avoir une communication transpacifique, et la Commercial Gable posa de 1902 à 1906 une ligne reliant San-Fran-cisco à Honolülu, Midway, Guarn, Manille et Shanghaï; la longueur totale de ce réseau atteint 18 569 km.
- Les caractéristiques de ces câbles n’ont pas changé depuis l’origine, ils se composent toujours d’un conducteur de cuivre toronné, de section proportionnelle à la longueur, enveloppé d’une âme de gutta-percha.
- Les nouveaux navires càbliers, construits pour poser et entretenir cés câbles, ne présentent pas non plus de modifications essentielles si ce n’est que la puissance de la ‘ machine de relèvement a été augmentée et que cette machine est maintenant installée dans l’entrepont où elle est beaucoup mieux abritée en cas de mauvais temps.
- Nous donnons ci-contre une vue du dernier navire câblier mis en service en juin 1914 (fig. 3), celui-ci appartient à la Compagnie française des Câbles et il a été construit par les Chantiers du Havre.
- Nos lecteurs trouveront également deux vues des appareils destinés à permettre aux navires l’immersion des câbles sous-marins. La première (fig. 5) montre l’avant du bateau avec un système de poulie qui, sur Y Edouard-Jéramec (fig. 3) a été simplifié et remplacé par une glissière. L’autre (fig. 4) représente l’arrière du Pouyer-Querlier. On y verra une poulie de forte dimension montée de manière à offrir à la fois une grande résistance et un écartement suffisant de la coque.
- Câbles allemands et faits de guerre. — En 1900, l’Allemagne ne possédait comme câbles que ceux la reliant à la Suède et à l’Angleterre et une ligne reliant Borkum à Vigo (Espagne). Elle fit construire et poser par une Compagnie anglaise, une première ligne reliant Borkum aux Açores et celles-ci à New-York. En 1903-1904, elle doubla ce câble ; mais, cette fois, il fut construit à Cologne et
- entièrement posé par un navire allemand le von Podbiekki
- En 1905, une Compagnie germano-néerlandaise établit le réseau Mindanao (îles Célèbes), Jap-Guam et Jam-Shanghaï (fig. 1); enfin en 1909-1910, les Allemands posèrent les câbles Borkum-Ténériffe-Monrovia, puis récemment Monrovia-Pernambouc.
- Au moment de la déclaration de guerre, leur réseau qui atteignait, en 1900, 6000 km était monté à 58 000 km’; tandis que, pendant le même laps de temps, le nôtre était passé seulement de 54 à 42000 kilomètres.
- Dès le 5 août, les 2 câbles transatlantiques allemands furent coupés par les navires anglais probablement en deux points dans la Manche et dans les parages des Açores; il en fut de même pour le câble Ténériffe-Monrovia-Pernambouc et pour ceux du Pacifique, les lignes anglo-allemandes furent déconnectées aux atterrissages anglais; enfin le câble Suède-Allemagne fut coupé le 30 septembre.
- L’Allemagne ne pouvait dès lors plus communiquer directement avec l’Amérique, il lui fallait passer par les pays neutres et, en tout cas, pour atteindre les États-Unis, le Brésil, l’Argentine, le Chili ou tout autre point, ses télégrammes devaient être acheminés sur les têtes de ligne des autres Compagnies, tontes situées en territoire anglais ou français. Or, dans ces stations, une censure des plus rigoureuses avait été installée dès la fin de juillet. A ce sujet, voici les principales prescriptions de l’Administration anglaise :
- 1° Les adresses télégraphiques enregistrées avant le Ie1' juillet 1914 seront seules admises;
- 2° Les télégrammes pourront seulement être envoyés et reçus des territoires anglais et alliés pour les pays extra-européens y compris l’Égypte et les États-Unis ;
- 3° Le nom entier et l’adresse de l’expéditeur devront être notés au dos des télégrammes ;
- 4° A partir du 1er novembre 1914 les codes suivants pourront seuls être utilisés : A. B. C., Scott W. U. Lieber, les autres seront refusés;
- 5° Les messages seront décodés par le Post-Office et soumis à la censure.
- L’Allemagne essaya de faire couper les câbles des alliés par les quelques croiseurs qu’elle avait dans les océans. Le 7 septembre, le Nürnberg, qui pour la circonstance avait arboré le pavillon français, put, grâce à ce subterfuge, s’approcher de l’île Fanning et débarquer un détachement qui coupa le câble transpacifique anglais, lequel fut réparé le 27 septembre.
- Dans l’océan Indien, YEmden (*), qui s’était ma-
- 1. Yoir dans La Nature, n° 2159, du 13 février 1915, p. 98 (article de M. E. Bertin, sur les opérations navales en 1914)
- Fig. 5.
- L’avant du Pouyer-Quertier.
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- quille en s’ajoutant une cheminée en bois, fit la même manœuvre à l’île Coco, il détruisit l’atterrissage à la dynamite: mais il avait été reconnu et signalé par la T. S. F. : le croiseur australien Sydney lui donna la chasse et le coula.
- Le câble put être réparé par les moyens locaux, la tentative d’isolement de l’Australie avait donc complètement échoué. C’est à quoi se résument les tentatives d’isolement télégraphique des pays d’outremer, du moins à notre connaissance.
- On signalait en outre récemment que les 2 câbles de la Compagnie française des câbles télégraphiques qui reliaient la France à l’Amérique avaient été coupés à environ 400 km de Brest; mais, jusqu’ici, des détails très précis manquent sur cette affaire. Faut-il imputer cette rupture à quelque bateau allemand ? La Compagnie dément catégoriquement cette hypothèse; la rupture de l’un de ses câbles est déjà ancienne et le bateau chargé des réparations se trouve actuellement sur les lieux; l’autre est dû à un accident et le câble sera remis en état très prochainement.
- L’interruption de ces 2 câbles sur une ligne richement desservie ne saurait d’ailleurs avoir de conséquences importantes.
- En T. S. F. l’Allemagne tenait une place considérable : sur son territoire, elle a de nombreuses et
- puissantes stations telles que Nauen et Norddeich et, un peu partout dans le monde, elle avait équipé des postes à très longue portée, publics ou secrets : postes édifiés dans les colonies allemandes ou dans les pays neutres par des « sociétés amies ».
- Les premiers ont été démolis ou fermés les uns après les autres. Citons parmi eux : Togoland, colonie prise par les Anglais, Dar-es-Salaam (Est Africain allemand) démoli également par les Anglais, Lissa (Autriche) abattu par la flotte anglo-française, Herbertshôhe (archipel Bismarck) démoli par un navire australien.
- l.a station extra-puissante de Tuckerton, aux États-Unis, qui échangeait des radiotélégrammes avec Nauen, a été détruite accidentellement le 25 septembre.
- Quant aux postes secrets, deux qui existaient à Ensenada et à Alasseo (Basse-Californie) furent fermés par le Gouvernement mexicain; il en fut de même pour ceux de Yalparaiso et de Carthagène.
- Sans doute, les alliés n’ont pas encore découvert toutes les stations pouvant échanger des communications par T. S. F. avec l’Allemagne; mais on voit combien doivent être précaires et longs les rapports télégraphiques de celle-ci avec. l’extérieur et combien elle est près de l’isolement total.
- L. Bayette,
- ancien ingénieur, chef des services techniques de la Compagnie française des câbles.
- L’ASTRONOMIE BABYLONIENNE ET LA SCIENCE ALLEMANDE
- Bien que la Science Allemande ait réussi à garder, dans notre Académie des Sciences, ses médiocres représentants officiels, ailleurs elle a été moins heureuse. Au fond des tranchées où elle s’est réfugiée avec l’art, la littérature, le commerce et la politique des Teutons, elle reçoit une pluie de projectiles qui ont déjà crevé quelques outres gonflées de vent. Avant la guerre, l’atmosphère était plus favorable; mais il arrivait aux loups, alors triomphants, de se manger entre eux et l’on en a eu un exemple plaisant dans la grande déroute des Pan-Babyloniens, Winckler et A. Jeremias, que pulvérisa sous ses injures un Westphalien, M. Kugler. Cette histoire s’ajoute à bien d’autres pour montrer la mégalomanie morbide dont nos voisins étaient affligés en tout, et qui les conduira, espérons-le, à la paralysie générale. L’étudier sera, en même temps, une occasion pour nous d’apprendre àj connaître un curieux sujet d’assyriologie astronomique.
- Nous avons tous appris et nous répétons, sur la foi de quelques auteurs grecs ou latins, que les Chaldéens ont inventé l’Astronomie. Mais, en ces dernières années, les Allemands avaient été beaucoup plus loin et, dans leur folie du « Kolossal », ils avaient édifié à cette occasion un magnifique système prétentieux et vide, appuyé en apparence sur une merveilleuse érudilion, qui avait commencé à susciter, même chez nous, l’admiration de cer-
- tains badauds. Songeant peut-être que la Babylonie était, dans le partage de la Turquie, promptement destinée à devenir allemande, ils avaient annexé une Pan-Babylonie au Pan-Germanisme et démontré que,
- 2 ou 3000 ans avant Jésus-Christ, les Babyloniens avaient tout connu, au point d’exporter, dès lors, leur science universelle (presque égale à une science germanique), jusqu’au Mexique ou en Amérique centrale. Un des leurs, M. Kugler, s’est alors attaqué à eux et il faut voir avec quelle pesanteur germanique, il a, en plusieurs gros volumes in-octavo (1), enfoncé, à coups de catapulte, les conceptions simplistes de ses compatriotes. Comme pédantisme, la riposte, en son genre, vaut l’attaque. C’est une salade caractéristique de textes cunéiformes, de grosses plaisanteries à la saveur de choucroute et d’« ineptissime dixit ». Des pages entières seront, par exemple, employées à reprendre lourdement . le procédé de discussion employé jadis avec esprit par un Français - pour ruiner l’œuvre de certains mythologues forcenés, en montrant combien il était facile d’assimiler Napoléon lui-même, sa naissance et sa mort dans deux îles, ‘sa course triomphale aboutissant à l’Océan, sa mère Laetitia (Latone), ses frères et ses maréchaux, à un mythe
- 1. Die Babylonische Mondrechnung {\900). — Sternkunde nnd Sterndiemt in Babel (1907 à 1913). — 1m Bannkreis Babels (1910 (Munster in W.).
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- 142 == L’ASTRONOMIE BABYLONIENNE ET LA SCIENCE ALLEMANDE
- solaire. Néanmoins, ce travail patient paraît avoir le mérite de substituer à des affirmations et à des romans, l’examen de textes précis. Ces textes, l’auteur ne les a sans doute ni inventés ni découverts, pas plus que les Allemands n’ont inventé en général les Sciences dont ils se font gloire; d’autres, avant lui, avaient déjà commenté les catalogues d’observations lunaires et stellaires retrouvés dans la bibliothèque d’Asourbanipal à Ninive ou dans le palais de Sennachérib; il y a seulement consacré le temps et la patience nécessaires. Et c’est ainsi que nous déchiffrons aujourd’hui, dans les tablettes de brique où les Babyloniens inscrivaient à coups de poinçon sur l’argile leur littérature et leur science, une œuvre astronomique complète, parfois signée,
- centre scientifique et ses derniers documents historiques datés sont à peine antérieurs de 5 ou 6 ans à notre ère. Notre figure 1 reproduit un spécimen quelconque de ces tablettes, et le premier sentiment en la regardant est celui d’une certaine stupeur à l’idée qu’on ait pu tirer un enseignement de ces égratignures qui apparaissent, au premier examen, si analogues entre elles. Mais je n’ai pas besoin de rappeler comment on est arrivé à lire de pareils textes et. voici tout d’abord, sans chercher à traduire, ce que donne le début d’une de ces briques :
- « Tersitum sa Kidinnu sa ultu 3.28 adi 3.30... Nabubalat-su-iqbi, etc. ». Tersitum, que l’on trouve en tête de diverses tablettes, veut dire : table de calcul lunaire. 3.28 correspond à l’année 208 de l’ère
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- Fîg\ i. — Tablette lunaire remontant à l’an i3a avant l’ère chrétienne (ifç de l’ère séleucide).
- parfois datée, une sorte de connaissance des Temps, analogue à celle que publie le Bureau des Longitudes : des éphémérides détaillées, qui grandissent, en la fixant mieux, la gloire des astronomes Babyloniens, mais qui rajeunissent singulièrement, nous allons le voir, leurs principaux travaux.
- Comme nos lecteurs sont sans doute, pour la plupart, aussi peu versés que nous-même dans la le ture des textes cunéiformes, nous allons commencer par apprendre avec eux quels ont été les matériaux utilisés et comment on a pu travailler sur ces textes à l’apparence mystérieuse.
- Toutes les recherches des Assyriologues en cette matière sont fondées sur des tablettes conservées au Musée Britannique. Une première série ancienne, qui remonte vers l’an 700 avant J.-C., provient du palais d’Assourbanipal. Mais, contrairement à l’idée que l’on se fait souvent, Babylone n’a pas disparu tout entière après Alexandre : elle est restée un
- séleucide (102 av. J.-C.) et 3.30 à l’an 210 (100 av. J.-C.) ; l’intervalle sur lequel portent les calculs correspondants est bien de trois ans, comme le montre, dans le texte, la liste des noms de mois répétés trois fois. Enfin le nom de Kidinnu est important ; car Strabon et Pline nous ont fait connaître Kidénas comme un grand astronome babylonien. Il est visible que nous rencontrons ici une œuvre de cet astronome signée et datée. Pas plus que les cathédrales gothiques ou les tableaux des primitifs, les œuvres des Chaldéens ne restaient, quoi qu’on en ail dit jadis, anonymes. Sachant alors qu’on a affaire à des tablettes lunaires pour une période déterminée, il suf-fitd’examinerles colonnes successives. Et ces colonnes, qui dérivent l’une de l’autre par une série d’opérations mathématiques, sont nombreuses. Il y en a ici 18 sur la pièce originale complète, ailleurs jusqu’à 21. La première donne, pour chaque mois, les différences de la nouvelle lune en utilisant le mois syno-
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- dique moyen, qui ramène la lune à la meme phase, et les divisions égales de l’année fondées sur le mouvement anomalistique qui ramène le soleil au même point. Sur la seconde, nous trouvons, aux temps correspondants, les positions de cette nouvelle lune dans les divers signes du zodiaque désignés par leur nom. La troisième nous fournit la durée variable du jour astronomique ; la quatrième, la demi-longueur de la nuit; la cinquième, le mouvement de la lune en longitude; la sixième, la vitesse du mouvement lunaire au moment de la conjonction ; les suivantes, une série de corrections; enfin, la dernière, la date de la nouvelle lune. Voici la disposition de ces données sur l’une d’elles : « Tisritu (nom de mois) — 29 23 22 42 — 0 48 35 44 du scorpion — 2 46 —
- I 37, etc.... Tisritu 29 2 31 45 40 a. Bien entendu, je ne suivrai pas M. Rügler dans l’étude qu’il fait d’abord de toutes ces tablettes lunaires, puis des observations analogues sur le mouvement de Vénus, Jupiter ou Saturne.
- II m’a paru préférable de montrer, par l’exemple précédent, sous quelle forme très moderne, aux caractères près, ces calculs se présentent. Les erreurs, encore assez notables, arrivent, d’après les chiffres établis actuellement, à 2 heures et demie.
- Comment les astronomes chaldéens ‘sont-ils parvenus progressivement à cette science? II. est facile de le comprendre.
- De très bonne heure, la nécessité s’est imposée à l’homme de calculer le temps et, pour cela, de trouver des points de repère dans le ciel. Il n’a pas fallu une observation bien prolongée ni bien minutieuse, pour reconnaître que les mouvements du soleil et de la lune subissaient des révolutions périodiques, et pour calcu-. 1er la durée moyenne de ces périodes. Par exemple,
- . en mesurant le temps nécessaire pour que la lune reprît la même apparence extérieure, revînt à la même phase, on a obtenu la révolution « synodique » ou le mois lunaire. Pour la même raison, les Chaldéens ont été amenés à diviser le cercle en 12 X 30 degrés.
- D’autre part, le soleil semble décrire le grand cercle de l’écliptique en traversant successivement les diverses constellations du zodiaque, tandis que le jour varie de longueur. Ce sont là des faits si manifestes, qu’on a dû aussitôt les remarquer; ce
- qui a amené à particulariser ces constellations et à leur donner des noms (fig. 2).
- Les Babyloniens avaient associé à ces deux astres principaux Vénus, dont l’éclat est si grand qu’on la voit parfois en plein jour et qu’elle peut porter des ombres et avaient constitué ainsi leur triade divine (fig. 5). Enfin le mouvement propre de quelques autres planètes était assez évident, dès qu’on regardait le ciel avec un peu de continuité.
- Les problèmes se sont posés et multipliés dès qu’on a voulu coordonner tout cela, établir l’accord entre les deux grands instruments de mesure. D’où l’addition, aux 12 mois lunaires, d’un mois supplémentaire que l’on s’est attaché à calculer avec une précision croissante. Puis, à mesure que les observations se sont prolongées, on s’est trouvé en présence de certaines difficultés, qui se traduisaient par un déplacement anormal dans le phénomène capital des saisons et
- des périodes agricoles, et l’on a été amené ainsi, vers le . 8e siècle avant Jésus-Christ,; à constituer une science astronomique proprement dite avec des instruments dont les deux principaux, signalés par Hérodote, sont le polos et le gnomos.
- Un autre problème s’imposait, celui de calculer leretourdeséclipses, considérées d’abord avec effroi, puis reconnues elles aussi, par leur répétition, comme un phénomène soumis à des lois.
- Enfin, vers le vme siècle également, s’est développée l’idée d’établir une certaine assimilation entre les topographies de la terre et du ciel et d’utiliser les signes célestes pour prévoir l’avenir. O ne faut pas oublier que, pour les Anciens, le ciel était très voisin de la terre, les astres et les nuages occupant des zones assez voisines l’une de l’autre. C’est ainsi qu’est née l’astrologie, science vivace, puisqu’elle eut encore de nombreux adeptes il y a trois siècles, et nullement absurde dans son idée première, puisque, évidemment, tous les phénomènes terrestres sont déterminés à l’origine par des phénomènes célestes : végétation, température, météores, développement et rythmes divers de la vie....
- Si nous continuons à envisager la science chal-déenne à son apogée, on constate que l’expérimentation méthodique et prolongée des astronomes babyloniens avait fini par se doubler d’une véritable science de coordination. C’est un fait qu’ils prédisaient les
- Fig. 2. — Partie supérieure de la stèle d’Asarhaddon de Sendshirli, représentant les 12 symboles divins. 1, Assur debout sur deux bêles; 2, Istar sur un trône portée par un lion; 3,' Croissant lunaire, avec une légère continuité du disque comme au moment de la nouvelle lune; 4, Bel; 5, Globe ailé du soleil semblable à celui des Égyptiens ; 6, Adada monté sur un taureau et brandissant le tonnerre; 7, Vénus représentée par un cercle entouré de rayons; 8, Lance de Marduk avec deux houppes; 9, Style de Nabbu; 10, Télé de bélier sur une tige, symbole de Ea; 11, Bâton portant deux têtes de lion;
- 72, Les étoiles des Pléiades.
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- éclipses, et qu’ils les prédisaient avec une suffisante exactitude. Or, cette prévision nécessite toute une série de données compliquées. Non seulement, ils avaient déterminé ce qu’on appelle le saros, c’est-à-dire la période de 18 ans, 11 jours, 3, au bout de laquelle le soleil, la lune et la ligne des nœuds reprennent à peu près la même position relative, ce qui amène le renouvellement des éclipses dans le même ordre ; mais ils y avaient apporté quelques-unes des corrections nécessaires. Ils disposaient, en effet, de 1500 ans d’observations qu’ils avaient appris à interpréter.
- Un fait extrêmement intéressant pour l’histoire de l’esprit humain est la démonstration précise que la science de l’Extrême-Orient est venue de la Chaldée, comme celle de l’Égypte et de la zone méditerranéenne. On vient déjà de montrer récemment que l’art de ces pays avait été influencé par la Grèce ; on arrive à la mémo constatation pour l’astronomie, et cela par une méthode analogue à celle qui sert parfois à démasquer les fraudeurs ou les plagiaires en matière artistique ou littéraire. Les Hindous et les Chinois ont si servilement adopté les résultats des Babyloniens qu’on trouve, chez eux, appliqués sans modification, à l’aveugle, des calculs, exacts seulement à la latitude et à la longitude de Babylone, et qu’on les retrouve avec les mêmes incorrections relevées sur les tablettes babyloniennes (.*).
- Mais, arrivé là* il faut se garder d’exagérer et de revenir à la théorie pan-babylonienne dont nous avons indiqué les chimères au début. Tout cela, malgré les caractères cunéiformes qui donnent une impression de recul extraordinaire dans le temps, n’est pas bien ancien. On aura déjà remarqué que la première tablette prise pour exemple datait seulement de 100 ans avant J.-C. Quand on remonte aux périodes plus an-
- ciennes, on voit très bien la proportion d’erreur qui augmente vite à mesure que l’on recule.
- Ainsi, il existe une table de l’an 452 avant J.-C. contenant des constantes astronomiques d’une remarquable exactitude. Mais, l’équinoxe de printemps y est en retard de 4 jours. C’est une correction sensible sur des tablettes plu s anciennes ; c’est insuffisant pour laisser supposer que la précession des équinoxes ait été connue. Or, à ce même moment, le clair génie des Grecs mettait déjà de l’ordre dans les observations babyloniennes et trouvait la loi du phénomène. Strabon, Pline et les auteurs gréco-latins ont donc très exactement attribué à chacun des deux peuples son réel mérite. En 4900, M. Kügler arrivait encore à l’idée que les Chaldéens avaient pu précéder Hipparque de quelques années pour la reconnaissance de cette loi si capitale. En 1909, il était devenu affirmatif dans le sens contraire. Malgré 2000 ans d’observation, les Babyloniens n’ont pas découvert la précession des équinoxes, dont la gloire revient à Hipparque de Nicée, le grand astronome rhodien. Le point y, intersection de l’écliptique et de l’équateur, a pu, des Gémeaux, passer dans le Taureau et le Bélier, sans que les Babyloniens aient compris pourquoi. En l’an 528 av. J.-C., ils s’efforçaient encore en vain de maintenir l’accord approximatif entre les périodes marquées par la vie végétale, le cours du soleil et celui de la lune.
- La conclusion de cette promenade en Assyrie sous la conduite des Germains est donc un nouvel hommage rendu à ce merveilleux génie de l’Hellade. Une fois de plus, renonçons à admirer de confiance les découvertes asiatiques, en leur attribuant un passé extrêmement lointain qu’elles n’ont pas et retournons faire notre prière à Pallas Athéné sur l’Acropole. L. De Launay.
- Fig. 3. — Kudurru de Nebukadnezar, seconde moitié du 12* siècle av. J.-C., avec représenta Lion des symboles divins: identifiés à des signes célestes. En haut, la triade divine. ; le Soleil, le croissant lunaire, Vénus. A gauche, le serpent est celui, de la déesse Kàdi. On reconnaît aussitôt le sagittaire, le bâton aux deux têtes de lions ; en bas,, le taureau portant la.foudre, la tortue et le scorpion.
- LA NOUVELLE USINE A HYDROGÈNE DE L’ARSENAL DE CHATHAM
- En Angleterre, les dirigeables ressortissent à l’Amirauté, tandis que l’aviation reste entre les mains du War Office. Aussi l’usine de l’arsenal de Chatham, que nous allons décrire, fut installée
- 1. M. d’Ocagne a signalé l'e même fait pour la découverte .beaucoup plus récente des logarithmes.
- récemment par les soins des autorités navales britanniques. Cette station fixe (fig. 1), destinée au gonflement des aéronefs du type souple construits par la maison Vickers Ld, de Londres, peut produire 4500 m3 d’hydrogène à l’heure. La Société française l’Oxylilhe en a conçu et réalisé les puissants appa-
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- reils qui mettent en œuvre le procédé aiÇsiticol, dû au chimiste Jaubert et adapté aux besoins militaires par le capitaine Lelarge à Chalais-Meudon, sous la direction du colonel Bouttieaux.
- Cette méthode de fabrication repose sur la de'com-
- l’hydrogène se dégage seul. La réaction s’écrit alors :
- Si h- 2 Na 011 -+- H2 0 = Si O3 Na2 + 2 H*.
- Ce procédé l’emporte sur le système Schuckert préconisé en Allemagne, qui consiste à préparer
- Fig', i. — Vue d'ensemble des appareils installés dans la nouvelle usine de VAmirauté. Mise de la soude dans le bac.
- position, par une solution concentrée de soude caustique, d’alliages à base de silicium, préparés au four électrique tels que les ferro ou mangano-silicium ou même les ferrospiegels. Le silicium se combine avec la liqueur alcaline et l’oxygène de l’eau pour donner du silicate de sodium, tandis que
- l’hydrogène en faisant réagir le silicium presque pur et, partant d’un prix plus élevé que les alliages de silicium sur la soude en solution diluée. Ici, au contraire, lë liquide caustique possédant un haut point d’ébullition retient et emmagasine tout le calorique dégagé au cours de la combinaison du
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- silicium avec la soude, en sorte que l’on n’a pas besoin, comme dans la méthode allemande, de chauffer extérieurement le générateur pour entretenir la réaction.
- La figure 2 montre en élévation la station de Chatham dont le*s organes essentiels sont : un bac à soude où se prépare la solution caustique ; un générateur dans lequel s’opère la réaction; un laveur d’où le gaz sort épuré et sec. Ces appareils fonctionnent dé la façon suivante. On introduit la soude soit cassée en morceaux, soit débitée en cylindres ou en plaquettes avec une fois et demie à deux fois son poids d’eau, dans un panier en tôle perforée qu’on plonge dans le bac. Puis on met en mouvement l’agitateur dont ce dernier est muni. La dissolution
- de l’appareil et le gaz se dirige en sens inverse. Pendant ce trajet, il se purifie en même temps qu’il se refroidit, mais il se charge d’humidité d’autant plus qu’il traverse d’ordinaire deux laveurs successifs. On doit donc le dessécher en le faisant parcourir ultérieurement, à une très grande vitesse, des tubes coudés. Les particules d’eau entraînées par l’hydrogène se condensent dans les boucles ainsi que sur les parois tubulaires où elles restent, plaquées, tandis que le gaz sec s’échappe et peut s’employer de suite. Ajoutons que les spirales se fabriquent très aisément à l’aide d’un tour. L’ouvrier chargé de les confectionner n’a qu’à tenir à la main de simples rubans métalliques qui s’enroulent sur une tige de fer fixée au mandrin de la machine,
- de la soude s’opère alors avec un dégagement de chaleur suffisant pour élever la température entre 60° et 80°. On envoie ensuite la solution dans le générateur (fig. 5), qui se compose d’un récipient où se meuvenL également des agitateurs. Le distributeur, qui surmonte l’appareil, lance autour de lui la poudre de ferro-silicium, tandis qu’une boîte à graisse laisse suinter de la paraffine ou de l’huile de naphte, afin d’empêcher la formation d’écume qui gênerait la marche de la réaction et un agitateur mécanique brassé la masse dans son ensemble.
- L’hydrogène, qui se dégage à haute température à la partie supérieure du générateur, barbote au travers de spirales métalliques qu’on dispose côte à côte horizontalement, dans le condensateur épurateur. Les tortillons de la seconde couche sont orientés perpendiculairement à ceux du premier lit et ainsi de suite. L’eau tombe en pluie du haut
- mise en marche en même temps qu’on fait avancer son chariot.
- Cette usine est la première d’une série de stations de ravitaillement en hydrogène de ballons dirigeables que l’Amirauté anglaise se propose d’édifier à .... et à .... Chacune d’elles doit avoir deux générateurs semblables afin que l’un se trouve prêt à fonctionner au cas où l’autre serait immobilisé. D’ailleurs un seul appareil à silicol de ce type permet de gonfler, en une demi-journée, le plus grand des aéronefs connus.
- L’administration militaire française a établi, sur le même principe, des installations transportables ou demi-fixes ne différant de la précédente que par la dimension et la disposition de leurs organes. Elles peuvent produire chacune 400 m3 à l’heure. Il existe également, dans certains de nos parcs aérostatiques, un autre type d’usine mobile ayant
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- une puissance de production identique mais portée par deux voitures d’un poids respectif de 2700 et 3000 kilogrammes.
- D’autre part, M. Jaubert a imaginé une variante de la méthode au silicol : le procédé à Yhydrogénite dans lequel il emploie les mêmes matières premières, c'est-à-dire du ferro-silicium en poudre et des alcalis caustiques, mais la réaction s’opère à sec.
- Le fait d’employer des substances identiques estimportantpourl’armée, car les approvisionnements de fabrication sont de même nature dans l’un et l’autre cas. Il suffit d’échauffer, par le contact d’une simple allumette, le mélange pulvérulent de ferro-silicium et de soude caustique dénommé hydrogénite pour voir se dégager de l’hydrogène pur, à raison de 1 m3 par 5 kg de poudre, suivant l’équation :
- Si -f Ca (OH)2,Na2(OH)2 = Si O3 Na2, Ca O -+- 2 H2.
- Le produit se conserve indéfiniment sans perdre ses propriétés, pourvu qu’on le mette à l’abri de l’humidité.
- Aussi livre-t-on l’hydrogénité au consommateur dans des cartouches métalliques hermétiquement closes, de 25 kg ou de 50 kg correspondant respectivement à une production de 8000 ou de 16000 litres de gaz. La combustion s’effectue dans les boites mêmes. L’hydro-génite brûle rapidement sans flamme s’incinérant comme de l’amadou, en dégageant des torrents d’hydrogène.
- Après avoir débouché les cartouches ou boîtes à hydrogénite, on les introduit dans un ou plusieurs générateurs dont les couvercles forment soupapes de sûreté. Ces générateurs se trouvent groupés autour d’un réservoir central qui renferme un laveur, un épurateur plein de coke et un sécheur rempli de sciure de bois. Une fois les appareils clos, on enflamme l’hydrogénité en y jetant une allumette-tison par un orifice ménagé dans le cou-
- Le générateur, le distributeur et le laveur.
- v.ercle qu’on referme immédiatement. Le dégagement d’hydrogène se produit aussitôt et un raccord le conduit aux épurateurs d’où il sort pour gonfler le ballon. Toutefois le procédé au silicol, employé dans l’usine de Chatham, est plus économique. D’après M. Jaubert, le prix d’un mètre cube de gaz reviendrait à un franc environ avec ce système, tandis qu’avec l’hydrogénité, il coûterait presque le double. Quoi qu’il en soit, l’Amirauté britannique, en commandant les appareils de sa nouvelle station à une maison française, témoigne de la haute estime dont nos constructeurs jouissent auprès d’elle. Jacques Boyer.
- LA CONTREBANDE DE GUERRE
- Les. droits des pays neutres et des belligérants, en matière de contrebande de guerre, ne relèvent d’aucun acte international. Cette question fut pourtant examinée de très près à la dernière conférence de la Paix qui dressa même une liste précise des produits constituant la contrebande absolue et une autre dite de contrebande conditionnelle. Mais, les représentants des divers Etats
- n’étant pas parvenus à se mettre d’accord, les pourparlers demeurèrent sans effet.
- Désireux de mettre fin à cette situation qui, en temps de guerre, permettait à chaque Etat belligérant d’agir arbitrairement vis-à-vis de ses voisins engagés ou non dans la lutte, le Gouvernement anglais prit en 1908 l’initiative d’une conférence internationale' ayant pour
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- programme de résoudre diverses questions intéressant les droits des neutres, en particulier celles de la contrebande de guerre, du blocus, de la transformation des navires de commerce en navires de guerre, etc.
- Nous allons examiner, d’après le texte de l’acte final de la conférence de Londres, et les décrets qui ont suivi la déclaration de guerre, dans quelles conditions un État peut saisir les marchandises pour s’en emparer ou pour les détruire. Ces derniers décrets ont d’ailleurs été pris arbitrairement, puisque la conférence navale de Londres n’a jamais été ratifiée; mais le Gouvernement français s’en est largement inspiré afin de sauvegarder les intérêts des neutres sans abandonner toutefois la défense de ses intérêts.,
- L’accorcl s’était fait, à Londres, entre les représentants clés Etats maritimes européens, à la suite de discussions très longues, très passionnées, et‘ qui se terminèrent par des concessions réciproques. Un exemple fera comprendre de combierTde difficultés était hérissée la tâche imposée aux représentants de ces États. Un canon est un objet de contrebande de guerre bien caractérisé ; nul doute à ce sujet. Mais il cesse d’être considéré comme tel s’il est destiné à un pays neutre. Bénéficie-t-il de la même immunité s’il est transporté par un navire neutre à un Etat belligérant? Certainement non. Et si le navire neutre déclare le transport dans un port neutre alors qu’il se dirige en réalité vers un port belligérant? Il faut prouver le fait. De là l’origine de contestations qui, en dernière juridiction, relèvent du tribunal international des prises, dont la constitution a été prescrite par la conférence de Londres.
- On a dressé une liste d’objets constituant de plein droit de la contrebande de guerre ; cette liste vient d’être complétée par le décret du 4 janvier courant :
- 1. — Contrebande absolue.
- 1° Les armes de toute nature, y compris les armes de chasse et de sport ainsi que leurs pièces détachées caractérisées;
- 2° Les projectiles, gargousses et cartouches de toute nature et leurs pièces détachées caractérisées;
- 3° Les poudres et explosifs spécialement affectées à la guerre ;
- 4° Les matières premières des explosifs, savoir : l’acide nitrique, l’acide sulfurique, la glycérine, l’acétone, l’acétate de calcium et tous autres acétates métalliques, le soufre, le nitrate de potassium, les produits de la distillation du goudron compris entre le benzol et le crésol inclusivement, l’aniline, la méthylaniline, la di-méthylaniline, le perchlorate d’ammonium, le perchlo-rate de sodium, le chlorate de sodium, le chlorate de baryum, le nitrate d’ammonium, le cyanamide, le chlorate de potassium, le nitrate de calcium, le mercure;
- 5° Les produits résineux, le camphre et la térébenthine (huile et essence) ;
- 6° Les affûts, caissons, avant-trains, fourgons, forges de campagne et leurs pièces détachées caractérisées ;
- 7° Les télémètres et leurs pièces détachées caractérisées ;
- 8° Les effets d’habillement et d’équipement militaires caractérisés de toute nature;
- 9° Les animaux de selle, de trait et de bât, utilisables pour la guerre ;
- 10° Les harnachements militaires de toute nature caractérisés;. . .
- 11° Le matériel de campement et les pièces détachées caractérisées ;
- 12° Les plaques de blindage;
- 13° Les alliages de fer, y compris le ferro-tungstène, le îerro-molybdenum, le ferro-manganèse, le ferro-vanadium, le ferro-chrome ;
- 14° Les métaux suivants : le tungstène, le molybde-num, le vanadium, le nickel, le sélénium, le cobalt, les gueuses de fer hématite, le manganèse ;
- 15° Les minerais suivants : la wolframite, la schée-lite, la molybdenite, le minerai de manganèse, de nickel, de fer hématite, de zinc, de plomb, de bauxite ;
- 16° L’aluminium, l’alumine et les sels d’alumine;
- 17° L’antimoine, ainsi que les sulfites et oxydes d’antimoine ;
- 18° Le cuivre non travaillé, ou partiellement travaillé, et les fils de cuivre ;
- 19° Le plomb, en lingots, en feuilles ou en tuyaux;
- 20° Les fils de fer barbelés et les instruments employés à les fixer et à les couper ;
- 21° Les bâtiments de guerre, y compris les embarcations, et les pièces détachées spécialement caractérisées comme ne pouvant être utilisées que sur un bâtiment de guerre;
- 22° Les appareils de signaux phoniques sous-marins;
- 23° Les aéroplanes, les aérostats, ballons et aéronefs de toute nature, leurs pièces détachées ainsi que les accessoires, objets et matériaux caractérisés comme de-yant servir à l’aérostation ou à l’aviation ;
- 24° Les automobiles de toute nature et leurs pièces détachées ;
- 25° Les pneumatiques et bandages pour automobiles et pour bicyclettes, ainsi que les articles ou matériaux spécialement propres à être employés pour leur fabrication ou leur réparation :
- 26° Le caoutchouc (y compris le caoutchouc brut, usagé et récupéré) ainsi que les objets entièrement composés de caoutchouc;
- 27° Les pyrites de fer;
- 28° Les huiles minérales et les essences à moteur, excepté les huiles lubrifiantes;
- 29° Les instruments et appareils exclusivement faits pour la fabrication des munitions de guerre, pour la fabrication ou la réparation des armes ou du matériel militaire, terrestre ou naval.
- Tous ces objets, toutes ces matières sont de la contrebande absolue ; un navire belligérant peut en effectuer la saisie, quelle que soit la destination du navire transporteur, s’il est à même de prouver que la marchandise est destinée au territoire de l’État ennemi ou sur un territoire occupé par cet ennemi.
- Le récent décret a élargi considérablement le cadre tracé par la Conférence de Londres, surtout préoccupée du commerce des neutres, et bien des produits figurent dans cette liste qui avaient été rejetés par la Conférence. Cependant, il avait été convenu, par un article spécial, que tout État belligérant conservait le droit d’ajouter de nouveaux produits à la condition d’en aviser les neutres. Le Gouvernement français n’a donc fait qu’user de ce droit en la circonstance.
- Une autre catégorie d’objets et de produits peut encore constituer de la contrebande de guerre, mais ces matières ou matériaux appartiennent à la contrebande conditionnelle parce qu’ils sont susceptibles de servir aux usages de la guerre et à des usages pacifiques. Cette seconde liste comprend :
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- 11. — Contrebande conditionnelle.
- 1° Les vivres ;
- 2° Les fourrages et. matières propres à la nourriture des animaux; I
- 3" Les vêlements, les tissus d’habillement, les chaussures propres à des usages militaires;
- 4° L’or et l’argent monnayés et en l ngots; les papiers représentatifs de la monnaie ;
- 5” Les véhicules de toute nature, autres que les automobiles et pouvant servir à la guerre, ainsi que les pièces détachées ;
- 6° Les navires, bateaux et embarcations de tout genre, les docks flottants, parties de bassins, ainsi que les pièces détachées;
- 7° Le matériel fixe ou roulant des chemins de fer, le matériel des télégraphes, radio télégraphes et téléphones ;
- 8° Les combustibles autres que les huiles minérales, les matières lubrifiantes;
- 9° Les poudres et les explosifs qui ne sont pas spécialement affectés à la guerre;
- 10° Les fers à cheval et le matériel de maréchalerie ;
- 11" Les objets de harnachement et de sellerie;
- 12° Les peaux de toute nature, séchées ou fraîches; les peaux de porc brutes ou manufacturées; le cuir manufacturé ou non, propre à la confection des selles, des harnachements ou des bottes à usage militaire ;
- 13° Les jumelles, les télescopes, les chronomètres et les divers instruments nautiques. '
- La contrebande conditionnelle n’est pas soumise aux mêmes règles que la contrebande absolue, car il ne s’agit plus, cette fois, d’une destination à l’ennemi, mais d’une destination à l’usage de ses forces > armées ou de ses administrations. D’autre part, la doctrine du voyage continu (le trajet suivi par la marchandise seul est considéré) est écartée. Dans la pratique, on admet que l’Etat est un, et que tout produit envoyé à une administration civile doit être considéré comme réversible, d’une manière quelconque, à l’administration militaire. Mais, fait très judicieusement remarquer M. Louis Renaut, dans son rapport inséré dans le compte rendu de la Conférence navale de Londres, les administrations municipales, par exemple, n’étant pas des dépendances du pouvoir central, bénéficient d’un régime spécial et les mêmes objets qui leur sont destinés ne constituent pas de la contrebande.
- 11 avait été également posé en principe que les objets et matériaux qui ne sont pas susceptibles de servir aux usages de la guerre ne peuvent pas être déclarés contrebande de guerre.
- La ratification n'ayant pas eu lieu, la réserve imposée est demeurée lettre morte. Voici cependant, à titre documentaire, la liste de ces objets ;
- Ne peuvent pas être déclarés contrebande de guerre :
- 1° Le coton brut, les laines, soies, jutes, lins, chanvres bruts, et les autres matières premières des industries textiles, ainsi que leurs filés ;
- 2° Les noix et graisses oléagineuses, le copra ;
- 3° Les caoutchoucs, résines, gommes et laques; Je houblon ;
- 4° Les peaux brutes, les cornes, os et ivoires;
- 5° Les engrais naturels et artificiels, y compris les nitrates et phosphates pouvant servir à l’agriculture;
- 6° Les minerais;
- 7° Les terres, les argiles, la chaux, la craie, les
- pierres y compris les marbres, les briques, ardoises et tuiles ;
- 8° Les porcelaines et verreries;
- 9°. Le papier et les matières préparées pour sa fabrication ;
- 10° Les savons, couleurs, y compris les matières exclusivement destinées à les produire, et les vernis;
- 11° L’hypochlorite de chaux, les cendres de soude, la soude caustique, le sulfate de soude en pains, l’ammoniaque, le sulfate d’ammoniaque et le sulfate de cuivre ;
- 12° Les machines servant à l’agriculture, aux mines, aux industries textiles et à l’imprimerie ;
- 13° Les pierres précieuses, les pierres fines, les perles, la nacre et les coraux;
- 14° Les horloges, pendules et montres autres que les chronomètres ;
- 15° Les articles de mode et les objets de fantaisie ;
- 16° Les plumes de tous genres, les crins et soies;
- 17° Les objets d’ameublement ou d’ornement; les meubles et accessoires de bureau.
- Nous avons dit que toute contrebande de guerre ne peut être saisie que s’il est démontré qu’elle est destinée à l’ennemi. Il appartient au navire capteur de faire cette preuve. La destination est définitivement prouvée lorsque la marchandise est documentée pour être débarquée dans un port 'de l’ennemi, les papiers de bord établissant le fait. La marchandise est encore confisquée légalement lorsque le. navire doit toucher un port ennemi avant un port neutre, bien que les papiers de bord puissent porter une destination neutre. On la saisira encore si le navire est rencontré hors de la route indiquée par sës papiers de bord. Il y a présomption si le destinataire, habitant une ville, ennemie, est un fournisseur de l’armée ou s’il habite une place forte ; dans ce cas le navire capteur doit fournir la preuve. Quant à la contrebande conditionnelle elle ne devient réellement contrebande que si elle est transportée par un navire faisant route vers le territoire ennemi ; si ce navire se rend dans un port neutre, il n’y a pas contrebande. Cependant, lorsque le territoire ennemi n’a pas de frontière maritime, les marchandises sont néanmoins saisissables s’il peut être établi qu’elles sont destinées à l’ennemi.
- Voyons enfin dans quelles conditions un navire transportant de la contrebande peut être saisi.
- Il peut être saisi pendant tout le cours de son voyage s’il est dans des eaux où un acte de guerre est licite, même s’il avait l’intention de faire escale dans un port neutre avant de toucher le territoire ennemi. Quant à la confiscation du navire, elle a fait l’objet d’une étude très serrée. On s’est arrêté, dit M. Renault, à une certaine proportion à établir entre la contrebande et l’ensemble de la cargaison : La confiscation du navire transportant de la contrebande est permise (art. 40) si cette contrebande forme, soit par sa valeur, soit par son poids, soit par son volume, soit par son fret, plus de la moitié de la cargaison. On a évité ainsi les calculs frauduleux.
- Nous disions au début de cet article que de grosses difficultés avaient été soulevées antérieurement à la convention navale. Il existe, en effet, tant de cas à solutionner que la convention a cru devoir parfois trancher dans le vif. C’est sinsi qu’elle a permis la confiscation de toutes les marchandises appartenant au propriétaire de la contrebande. Et si le navire transportant de la contrebande est relâché, pour cause de trou faible quantité ne
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- permettant pas la saisie du navire, celui-ci est cependant tenu de rembourser, au navire capteur, tous les frais qui lui auront échu du fait de la capture. Il n’est pas juste, en effet, que le navire de contrebande s’en tire par la seule confiscation de sa marchandise dont le fret d’ailleurs est toujours payé à l’avance.
- L’acte de la conférence de Londres n’étant pas ratifié lorsque la guerre a éclaté, les Etats belligérants se sont demandé s’ils devaient le rendre obligatoire durant cette guerre. L’hésitation était permise, puisque cet acte, résultant de concessions mutuelles, n’était pas, dans toutes ses parties, favorable aux intérêts de chaque puissance, chacune de ces puissances pouvait avoir intérêt à exclure l’application de tel ou tel article et elle en avait aussi le droit puisque l’acte n’était pas devenu obligatoire.
- Après avoir, dès les premiers jours de guerre, suivant l’usage, dressé la liste des produits qu’ils considéraient comme contrebande de guerre et que leurs croiseurs empêcheraient de parvenir à l’ennemi, les alliés ont décidé de ratifier, sous cerlaines réserves, l’acte de la conférence. En ce qui concerne notre Gouvernement, un décret du 25 août a prononcé que la convention devait s’appliquer durant la guerre sous réserve de certaines modifications complétées par le dernier décret. C’est ainsi qu’un navire neutre qui a réussi à transporter de la contrebande à l’ennemi avec des papiers faux peut
- être saisi pour avoir effectué ce transport s’il est rencontré avant d’avoir achevé son voyage au retour. De plus s’il est établi que la contrebande conditionnelle est destinée à l’usage des forces ennemies ou à des administrations de l’Etat ennemi, elle est sujette à capture quel que soit le port de destination du navire et le port où la cargaison doit être déchargée.
- La situation créée par notre Gouvernement est donc bien nettement définie et les navires neutres qui se livrent à la contrebande seront saisis en vertu de décrets dont les articles ne donnent lieu à aucune équivoque.
- 'foutes ces dispositions si nettes et contre lesquelles l’Allemagne, pas plus que les neutres, ne pouvait élever le moindre grief, sont peut-être sur le point de disparaître par le fait de l’Allemagne affamée. Son Gouvernement ayant déclaré monopole d’État le blé, la farine, le seigle, et diverses autres denrées alimentaires, l’Angleterre a répondu du tac au tac en décrétant que ces mêmes denrées deviendraient, dès lors, de la contrebande absolue. Rien n’est plus juste, rien n’est plus légitime : * les besoins des particuliers étant sous le contrôle militaire, la contrebande conditionnelle ne peut plus exister pour les denrées ainsi enrégimentées. Cette lulte économique, inspirée par le spectre de la faim, aura-t-elle les répercussions « sous-marines » dont nous menace l’Allemagne? Lucien Fournier.
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- Séances du icr au i5 février 1915.
- Nécrologie: Émile-Hilaire Amagat.
- Emile-IIilaire Amagat vient de mourir à 74 ans à Saint-Saturnin (Cher). Membre de l’Académie des Sciences (où il avait remplacé, en 1902, le grand physicien Alfred Cornu), membre également de la Société Royale de Londres, il était universellement regardé comme un des principaux physiciens actuels et l’un de ceux dont les travaux méritent le plus de rester classiques. C’était ce que les Anglais appellent un self made man. D’une origine très modeste, il avait été d’abord préparateur de chimie au Collège de France et professeur de physique au lycée de Fribourg en Suisse, puis, après avoir passé son doctorat en 1872, professeur au lycée d’Alençon, à l’Ecole de Cluny et à l’Université Catholique de Lyon. Il devint enfin examinateur à l’Ecole Polytechnique. Ses travaux capitaux ont porté sur la statique des fluides et se sont traduits principalement par un mémoire de 1885 comprenant ce qu’on appelle les lois d’Amagat, où se trouvent établis et symbolisés par des graphiques les principes qui régissent le coefficient de pression, la compression et les lois de dilatation sous pression constante et sous volume constant. En deux mots, on peut dire qu’il a rectifié les corrections apportées par Yan der Waals à la loi de Mariotte par des expériences portant sur les très hautes pressions; il a montré que la loi des états correspondants, d’après laquelle on supposait, pour tous les corps rapportés au point critique, une relation constante entre la pression, le volume spécifique et la température, ne présentait pas la généralité admise avant lui. Pour observer de très hautes pressions, il a fait des expériences fameuses : l’une en 1879 au puits Yerpilleux des Houillères de Saint-Etienne, où il put disposer d’une colonne de mer-
- cure de 527 m. exerçant une pression de 450 atmosphères sur de l’azote ; l’autre dans l’église de Four-vières à Lyon. Des appareils de laboratoire très habilement conçus lui ont permis de pousser l’étude des pressions jusqu’à 5000 atmosphères.
- D’autres recherches sur la compressibilité ou sur le coefficient d’allongement des liquides et des solides ont porté sur le mercure et le verre. Il a également déterminé le point critique de l’acide carbonique et solidifié le premier le bichlorure de carbone par la pression. Dans le cas général des corps qui augmentent de volume en fondant, la température de fusion s’élève avec la pression. Amagat, étudiant à cet égard la benzine dont le point de fusion normal est 6°, a constaté que, sous une pression de 700 atm., la benzine cristallise à 22° en cristaux plus denses que le liquide. Ses travaux ont paru surtout dans les Annales de chimie et de physique ou dans les Comptes Rendus de l’Académie des Sci< nces. Tout cet ensemble de recherches, dans lequel il a ainsi déterminé les modifications de la matière sous des influences de pression, de traction, ainsi que les changements d’état aboutissant à la liquéfaction et à la solidification, ont été le point de départ de grands progrès industriels. Continuant les travaux de devanciers illustres tels que Mariotte, Régnault, Ilirn, Poisson, van der YVaals, il a travaillé solidement et modestement suivant la bonne méthode classique des physiciens français et produit une œuvre qui ne peut manquer d’étre durable.
- La ration clu soldat en temps de guerre. — M. Armand Gautier étudie la quantité de principes nutritifs nécessaires au soldat : substances albumineuses, graisses, hydrates de carbone (amidons, sucres), et sels minéraux. Les albu-
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- ... , _______ —:....LA DÉMOLITION DI
- mines, en se détruisant, donnent pratiquement 5,68 calories par gramme; les graisses, 8,45; les hydrates de carbone, 5,88. La ration théorique du soldat français est de 5190 calories : soit 585 en albuminoïdes, 555 en graisses, 2050 en hydrates de carbone; chiffre inférieur à. ce que mange un ouvrier de nos pays soumis à un 1 ravail un peu fatigant (5947 cal.) et surtout un ouvrier des pays- froids (4549). Ce chiffre, à peu près suffisant dans la saison tempérée, grâce à toutes les additions que parviennent à se procurer les hommes, est donc trop faible en hiver. L’administration a déjà augmenté la ration en doublant le sucre et le café, portant la graisse de 50 à 40 gr. M. Gautier réclame diverses autres additions, notamment 50 centilitres de vin.
- Le mouvement brownien d'après Lucrèce. — M. Gouy remarque que Lucrèce a eu l’idée d’assimiler le mouvement des corpuscules dans un rayon de soleil au mouvement invisible des atomes, en imaginant une véritable théorie cinétique (De Natura rerum, 11).
- Phototropie des systèmes hiorganiques. — M. Rodriguez Mourelo, étudie la propriété que présentent certaines substances de changer leur coloration sous l’influence de la lumière, le phénomène étant quelquefois réversible. Il prend pour type le sulfure de strontium additionné, comme phosphorogène, de manganèse ou de bismuth.
- Imperméabilisation des tùsus par imprégnation des éléments constitutifs. — M. Lucien Liais remarque que l'imperméabilisation des tissus après tissage donne de mauvais résultats. En imperméabilisant les éléments constitutifs, chaîne et trame, les essais de résistance dynamométriqüe et d’allongement sont excellents, en même temps que l’aspect de la surface est conservé.
- Géologie de l'itinéraire Tombouctou-Gao. — M. R. Chu-deau a reconnu l’extension du crétacé supérieur et l’existence de trois centres éruptifs.
- Pétrographie de Kerguelen. — M. Lacroix étudie des roches provenant de cette île située dans l’extrême sud de l’océan Indien, en grande partie couverte de glace et inhabitée. Toutes les régions explorées jusqu’ici sont exclusivement volcaniques (basaltes, trachytes, etc.).
- LA DÉMOLITION DES
- Tous les obus tirés par les pièces d’artillerie n’éclatent pas, soit que leur fusée soit trop peu sensible, ou que le terrain soit trop mou; il semble qu’à ce point de vue tout spécial, ce soit l’Allemagne qui ait la supériorité et le maximum d’obus non éclatés. Cela est si vrai que les soldats, dans leur marche en avant, craignent à l’égal du feu la rencontre de ces obus et que, là où les Allemands sont passés, il faut labourer avec une prudence extrême et souvent relever le soc de la charrue rencontrant soudain une « marmite » en trop bon état. Voilà un danger qui subsistera encore après la guerre; et malheureusement pendant de longues années nous aurons de temps en temps à déplorer (nous pourrions déjà, hélas! donner des exemples) la mort d’imprudents qui auront voulu « dévisser une fusée » ou transporter un obus non éclaté.
- I OBUS NON ÉCLATÉS ===== 151
- Mais M. Rallier du Balv a rapporté récemment deux types de roches singuliers par leur structure grenue qui, dans les idées reçues, devraient correspondre à des formations de profondeur : des roches alcalines grenues (syénites néphéliniques et micromonzonites), qui se rattachent à la famille des phonolilhes. M. Lacroix avait déjà fait des observations du même genre pour Tahiti et la Réunion. Ces roches grenues forment des filons ou dykes au milieu des roches microlithiques. D’autre part (ce qui pourrait correspondre avec l’observation précédente), les éruptions de Kerguelen paraissent être anciennes et leurs produits ont dù être recouverts autrefois par plusieurs centaines de mètres de roches aujourd’hui disparues. Aucun appareil volcanique extérieur ne subsiste plus et les basaltes commencent à être fortement altérés.
- Détermination de la réfraction astronomique. — M. Bigourdan étudie l’application du comparateur angulaire céleste à la détermination de la réfraction astronomique et montre comment on pourra ainsi obtenir rapidement un grand nombre de valeurs de cette constante, afin de déterminer si elle ne présenterait pas quelque inégalité, périodique dans les diverses saisons de l’année. Pour montrer Timporiance de la question, il suffît de rappeler que, il y a quelques années, quand la variation des latitudes n’était pas encore bien établie, beaucoup d’astronomes la regardaient comme purement apparente et produite par des inégalités de la réfraction.
- Éléments minéraux rares nécessaires au développement du maïs. — M. frîazé a cultivé du maïs en milieu aseptique avec de l’eau distillée en étudiant les éléments qu’il était nécessaire d’ajouter pour obtenir la fructification. Opérant avec des produits chimiquement purs, il a constaté la nécessité des éléments suivants : azote, phosphore, potassium, calcium, magnésium, soufre, fer, manganèse, zinc, silicium, cérium, bore, aluminium, fluor et iode. La présence du fluor est essentielle ; celle de l’arsenic est, au contraire, nuisible. A la suite de cette communication, M. A. Gautier fait remarquer qu’il poursuit, depuis plusieurs années, avec M. Claismann, des expériences conduisant au même résultat en ce qui concerne le fluor.
- OBUS NON ÉCLATÉS
- C’est qu’en effet, tout obus tiré, qui est sorti de la bouche à feu, même si la fusée n’a pas fonctionné et déterminé son éclatement, est amorcé, c’est-à-dire que les dispositifs de sécurité dont il était muni ont disparu, détruits au moment du tir, et que l’explosion peut se produire sous la plus légère action étrangère. Aussi convient-il de ne jamais toucher un obus entier, surtout s’il est encore muni de sa fusée et de s’en remettre, pour sa destruction, aux équipes spécialement chargées de cette dangereuse besogne. Voici comment on procède pour les obus français particulièrement. Considérons d’abord les obus chargés en poudre.
- Deux cas sont à distinguer, suivant que l’obus est couché sur le sol, on qu’il est enterré.
- Dans le premier cas, on place la charge d’explosif, destinée à produire l’éclatement, sur le projec-
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- 152 ======== LA DÉMOLITION DES OBUS NON ÉCLATÉS
- tile, parallèlement à l’axe, la mèche, du côté du culot. A droite et à gauche du projectile, on fait, avec les mains, deux petits talus en terre se rejoignant par-dessus la charge, mais ne recouvrant que celle-ci et la partie correspondante de l’obus (fig. 3). On pre«se légèrement sur la terre qui se trouve au-
- mèche
- - obus
- Fig. i.
- 1886. Ils se composent d’une enveloppe en laiton, avec couvercle soudé portant une douille d’amorçage et une charge de mélinite (fig. 2).
- Le corps d’enveloppe a la forme d’un tube à section rectangulaire étamé à l’étain pur sur toute sa hauteur intérieure. Le couvercle a la forme d’une cuvette rectangulaire au centre de laquelle sont un trou et deux dépressions circulaires et concentriques pour le logement de la douille d’amorçage (tube cylindrique fermé à un bout) et de la rondelle-agrafe qui porte 3 agrafes, 2 suivant un diamètre et la troisième perpendiculaire.
- La charge totale est de 140 gr. de mélinite comprenant 90 gr. de mélinite fondue et 50 gr. de mélinite pulvérisée.
- L’explosion est provoquée par une amorce de 1,5 à 2 gr. de fulminate de mercure placée dans un tube de 4,5 cm de long que l’on enfonce dans le logement du pétard et que l’on enflamme par un cordon Bickford ou une mèche lente.
- Lorsqu’on a affaire à un obus explosif, chargé de mélinite ou de crésylite, un seul pétard suffit, en
- dessus de la charge de manière à assurer le contact de celle-ci et de l’obus, la mèche d’amorce étant toujours libre. On l’allume et on se retire à 500 m. environ, ou derrière un abri sur à plus faible distance, un remblai en terre d’au moins 50 cm par exemple.
- Si l’obus est enterré, on dégage à la pioche l'excavation produite de manière à découvrir le culot ; puis, sans toucher au projectile, on creuse un logement parallèle à l’axe, dans lequel on intro-
- Rondelle
- d'agrafe
- Couvercle en laiton
- Enveloppé' en laiton
- ____: Rectangle
- en carton
- ----Douille '
- d'amorçage
- Iffèknite
- comprimée
- _ Mélinite fondue
- Fig. 2.
- duit la charge d’explosif convenablement amorcée
- *)•
- Les charges d’explosif à employer sont les suivantes :
- Obus ordinaires de 12, 80, 90, 95. 1 pétard.
- Obus ordinaires de 120, 155, 160,
- 220, 240........................ 2 —
- Obus à mitraille de 80, 90, 95. . 5 —
- Lorsque le sol est mou, on double les charges. Les pétards employés sont des pétards modèle
- mèche d'amorce
- Fig. 3.
- général, pour déterminer l’explosion complète de la charge intérieure.
- Les précautions à prendre sont les mêmes que celles pour les obus chargés de poudre, mais il faut tenir compte des distances auxquelles peuvent être projetés les éclats.
- Ceux-ci vont aux distances maxima suivantes : Obus de 75, 80, 90, 95 . 700 mètres.
- — 120. ............... 800 —
- 155. ...... 1000 —
- lorsqu’on fait détoner sur le sol sans prendre de précautions spéciales.
- Les projections sont surtout meurtrières dans le sens de l’axe et dans un sens perpendiculaire. A 45° les fragments sont moins nombreux et de moindre portée.
- Les quelques chiffres qui précèdent montrent combien sont dangereux les obus que l’on peut rencontrer sur les champs de bataille. Les équipes de destruction, lorsqu’il s’agit de gros calibres, entourent l’obus de planches, de coffrages en bois, de tertres de terre, destinés à limiter la zone dangereuse. Il faut un matériel assez compliqué et des hommes prudents et exercés. Aussi ne nous mêlons pas de les remplacer et ne j-isquons pas, pour une satisfaction puérile, la possession d’un obus, notre vie et celle de ceux qui nous entourent.
- ^ H. Vigneron.
- le Gérant ; P. Massok. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris
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- LA NATURE. — N° 2162.
- 6 MARS 1915.
- LES PORTS ALLEMANDS DE LA MER BALTIQUE
- Sur les côtes allemandes de la Baltique débouchent cinq fleuves importants qui sont, en- commençant par l’Ouest, la Trave, l’Oder, la Vistule, la Pregel et le Niémen. Leurs bassins occupent une grande partie de l’Allemagne du Nord et de la Russie occidentale, toute la Pologne, la Galicie et une partie de la Moravie. Tous ces fleuves présentent un caractère particulier. Au lieu de déboucher directement dans la Baltique ils traversent d’abord des lacs ou lagunes, auxquels on a donné le nom de Baffe, dans lesquels ils laissent déposer les alluvions qu’ils entraînent. Ces haffe, qui communiquent avec la mer par des chenaux appelés gratis, en ne donnant
- c’est-à-dire à l’Ouest, la Yistule continue à se diriger vers la mer jusqu’à une distance d’environ 9 km de celle-ci, où elle se divise de nouveau en deux branches qui coulent à peu près parallèlement à la mer. La branche de droite se rend dans le Frisçhes Haff où elle débouche par de nombreuses ouvertures mais non navigables, tandis que celle de gauche; après avoir longé le cordon littoral, se jette dans la mer entre Weichselmünde et Neufahrwasser (fig. 7).
- La Pregel débouche dans le Frisçhes Haff (fig. 8) d’une superficie de 859 km2, ainsi que quelques autres rivières de peu d’importance sauf le Nogat Par suite des apports amenés par la Vistule qui,
- Fig i. — Le port de Sassnitz (Ile de Rügen.)
- passage qu’à des eaux relativement douces, ne sont souvent séparés de la mer que par d’étroites bandes de sable appelées Nehrungen. Ainsi la Trave (fig. 6), avant d’atteindre la mer, traverse le Poto-nitzer Wiek et Dassoiuer See d’une surface de 15 kilomètres carrés.
- De même, l’Oder (fig. 4), après avoir traversé le Papen Wasser, débouche dans le Siettiner Haff, grande lagune de 797 km2, pour arriver ensuite à la mer par trois canaux dont le plus important, la Sivine, débouche à Swinemünde. Ce dernier très sinueux et qui sert à la navigation a été amélioré, ces temps derniers, par la coupure de Kaiserfahrt qui est indiquée sur le plan.
- A une cinquantaine de kilomètres de la mer (fig. 5), la Vistule se bifurque. A l’Est, le Nogat se dirige sur le Frisçhes Haff, tandis que, à gauche,
- comme nous l’avons dit plus haut, envoie une de ses branches dans cette lagune, la partie occidentale du Frisçhes Haff se comble rapidement. Il en est de même dans la partie orientale par suite des apports de la Pregel. Un seul grau, qui a souvent changé de place dans le passé et qui est actuellement fixé à Pillait, fait communiquer le Frisçhes Haff avec la mer.
- Le Niémen débouche dans le Qurisches Haff, qui reçoit également un certain nombre d’autres rivières plus ou moins importantes. Ce haff, d’une superficie de 1620 km2, a été en partie comblé par les eaux du Niémen. Le Curisches Haff, qui ne communique avec la mer que par le grau de Memel, n’est séparé de celle-ci que par un Nehrung de faible résistance et qu’on est obligé de consolider chaque jour par des travaux de défense (fig. 5).
- 10. — 153
- 43' Année. — 1,r Semestre.
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- 154 - LES PORTS ALLEMANDS
- Ces cinq fleuves ont, de tout temps, servi à transporter à la côte les produits des différentes contrées qu’ils traversent ou, inversement, à faire pénétrer à l’intérieur les marchandises venant par mer de l’étranger. Aussi les villes placées non loin de leurs embouchures, telles que Lubeck, Stettin, Dantzig, Kônigsberg et Memel avaient-elles pris une importance commerciale considérable depuis très longtemps. Mais, avec le temps, les profondeurs d’eau dans les parties du fleuve donnant accès à ces villes ont diminué en vertu d’ensablements, tandis que le tonnage des navires et, par suite, leur tirant d’eau augmentait chaque jour. C’est alors que, pour maintenir les relations déjà existantes, on prit le parti de créer plus près de la mer des ports annexes pouvant recevoir des navires toute l’année, et où ceux-ci pourraient alléger pour gagner ensuite les ports situés à l’amont. De là, la création de Travemünde à l’embouchure de la Trave, de Swinemünde à l’embouchure de l’Oder, de Neu-fahrwasser à l’embouchure de la Vistule, et de Pillau à l’embouchure de la Pregel.
- Si ce n’est près du Sund et des Belts où la dénivellation due à la marée atteint 0 m. 10 à 0 m. 20, il n’y a pas de marées dans la Baltique. Mais, par contre, les vents ont une grande influence sur le niveau de la mer, en déterminant à travers les détroits des courants d’entrée et de sortie. Les vents d’Ouest surélèvent le niveau de la Baltique, tandis que les vents d’Est l’abaissent. Les vents du Nord-Est au Nord et du Sud-Ouest à l’Ouest sont, au contraire, sans effet. Pendant les tempêtes on a constaté à certains endroits des surélévations de 5 m. 40 et des abaissements de 2 m. 20. Le long des côtes, pendant les tempêtes, la mer s’élève le long de celle-ci. Les eaux pénètrent alors dans les haffe en s’y accumulant, puis s’échappent ensuite quand le vent mollit en produisant dans les graus des courants qui facilitent le main lien des profondeurs dans ces graus. Dans la Swine on a observé des courants, dus à cetle cause, de 2 m. 4il à 2 m. 50, tandis que dans le haff tout courant disparaissait à 2 m. de profondeur.
- Les vents d’Ouest et d’Est produisent également des courants le long de la côte, courants qui peuvent atteindre une vitesse maximum de 1 m. près de la côte, vitesse qui, cependant,, peut être accrue près de l’embouchure des ports, par suite des saillies des jetées. Mais, comme ce sont les vents d’Ouest qui sont les plus fréquents, c’est le courant littoral se dirigeant vers l’Est qui prédomine et c’est aussi dans cette direction que sont transportés les sables.
- Ce sont également les plages exposées à l’Ouest qui ont le plus à souffrir de l’action des lames pendant I les gros temps. Neufahrwasser, à l'embouchure de la Vistule, est le seul endroit où il n’existe pas de courant littoral, ce rivage se trouvant abrité au Nord et à l’Ouest par la presqu’île de Héla dont la longueur est de 55 kilomètres.
- Dans le but d’empêcher les embouchures des
- DE LA MER BALTIQUE =====
- fleuves d’être envahies par les sables poussés par les vents et les courants et, aussi, pour protéger les Nehrungen contre les lames, des travaux très importants ont été faits, à l’effet de fixer le rivage au moyen de plantations et d’épis, notamment à Swinemünde et à Pillau, ainsi qu’à la presqu’île de Héla. De même, à l’entrée des fleuves et des graus, on construit des jetées afin d’empêcher l’introduction des alluvions et des sables dans le chenal. Mais, avec le temps, le tonnage des navires augmentant, ces mesures sopt devenues insuffisantes et force a été d’avoir recours aux dragages. En règle générale, les apports sont dragués avant leur arrivée dans le chenal, en les prenant dans une fosse creusée spécialement pour cela à l’Ouest et dans le prolongement de la jetée Ouest. On évite ainsi de faire travailler les dragues dans le chenal qui reste libre pour la circulation des navires.
- Grâce à ces dragages et à la régularisation dos chenaux, des résultats importants ont été obtenus. Lubeck, sur la Trave, peut aujourd’hui recevoir des navires de 7 m. de tirant d’eau. Il en est de même de Stettin sur l’Oder. Dantzig, sur la Vistule, peut aujourd’hui recevoir des navires calant 6 m. 70. Pillau a dans son port une profondeur d’eau de 7 m. Il en est de même du chenal de Memel.
- Il nous reste à signaler un obstacle sérieux pour la navigation dans la Baltique. Ce sont les glaces qui obstruent les fleuves et les haffe pendant, en moyenne, trois mois chaque hiver, de décembre à mars. Cette interruption de la navigation peut même atteindre, comme en 1885, cinq mois et vingt jours. Afin d’obvier à cet inconvénient, les différents ports intéressés ont fait construire un matériel spécial de bateaux brise-glace qui ont donné toute satisfaction et leur nombre augmente chaque jour.
- Nous venons, dans ce qui précède, de donner quelques renseignements géographiques et hydrographiques sur les ports allemands de la Baltique. Nous allons maintenant décrire brièvement ces ports et leurs annexes, en nous basant sur les renseignements donnés par MM. Quinette de Rochemont et Labordère dans leurs intéressants articles publiés dans les Annales des Ponts et Chaussées.
- Ports de Travemünde et de Lubeck. — La Trave se jette dans la Baltique à Travemünde, par un chenal de 100 m. de largeur, compris entre deux jetées en fascinages et enrochements avec superstructure en charpente dont la jetée Ouest, exposée aux vents dominants, est plus longue que celle de l’Est. Le chenal d’une profondeur de 8 m. est entretenu par dragages, mais ceux-ci sont peu importants.
- En face de la ville de Travemünde se trouve une fosse draguée de 8 m. où les grands navires, qui apportent à Lubeck le pitchpin, stationnent pour s’alléger ou compléter leur chargement.
- Entre Travemünde et Lubeck le cours sinueux de la Trave a été régularisé et dragué à une pro-
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- ===== LES PORTS ALLEMANDS
- fondeur de 8 mètres (fig. 6) suivant la ligne ponctuée indiquée sur la carte.
- Le port de Lubeck a subi, dans ces derniers temps, d’importantes transformations et comprend actuellement trois parties essentielles : 1° le cours de la Trave, qui constituait l’ancien port, a été approfondi et muni de quais sur une grande partie de sa longueur. Il a été divisé en deux bassins par une traverse avec pont tournant livrant passage à la voie ferrée qui dessert les quais de la rive droite du tleuve. Le mouillage est de 6 m. ; 2° la partie aval de l’ancien fossé des fortifications, qui se trouve sur le côté gauche des deux bassins précédents, a été approfondie. Son mouillage est de 7 m. ; 5° la partie
- Fig. 2. — La sortit
- du cours de la Trave voisine de la ville et en aval de celle-ci a été draguée à une profondeur de 7 m. 50.
- La longueur totale des berges, aménagées pour la manutention des marchandises, dépasse 8 km, et la plus grande partie de ces quais est occupée par des dépôts de bois du Nord dont l’importa Lion a, pour Lubeck, une importance considérable. Outre ces dépôts de bois, de nombreuses scieries, où ces bois sont travaillés, ont été installées sur ces rives.
- Toutes les voies ferrées des quais aboutissent à la gare centrale située près des bassins. Bans cette gare, un quai spécial permet le transbordement direct de wagon à bateau.
- Outre ces installations, le port de Lubeck possède des magasins à pétrole, à goudron et à explosifs, situés à 3 km de la ville et sur les bords
- DE LA MER BALTIQUE 155
- de la Trave. Il possède également un port de transbordement réservé aux navires de mer et aux bateaux de navigation intérieure, devant effectuer directement de l’un à l’autre des transbordements de marchandises. Enfin, dans le port même de Lubeck, se trouve un bassin réservé aux bateaux de navigation intérieure. Ce bassin constitue l’extrémité du canal de l’Elbe à la Trave construit dans ces dernières années et dont il n’est qu’un élargissement. Ce canal communique avec la Trave sans' aucune écluse. Le port de Lubeck possède deux bateaux brise-glaces.
- Ports de Swinemünde et de Stettin. — Le chenal de 350 m. de largeur, qui donne accès au
- du port de Lubeck.
- port de Swinemünde, est limité par deux jetées parallèles fortement inclinées vers l’Ouest, la jetée Est dépassant d’environ 400 m. la jetée Ouest.
- Le port de Swinemünde (fig. 4) comprend des quais construits sur les deux rives de la Swine et autour d’une petite île qui se trouve en face de la ville. La profondeur d’eau dans le chenal et le long des quais est de 7 m. et la longueur de ces quais est d’environ 5 kilomètres.
- Le cours de la Swine étant très sinueux, dans le but de faciliter l’accès des navires au port de Stettin, on a ouvert près du Stettiner Haff, et au travers des sables, un canal qui porte le nom de Kaiserfahrt : nous en avons parlé plus haut, sa largeur au plafond est de 110 m. et sa profondeur d’eau de 7 m.
- Le port de Stettin comprend des mouillages et
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- 156 .- LES PORTS ALLEMANDS DE LA MER BALTIQUE
- des quais le long de l’Oder, du Dunzig et de la Parnitz, affluents du premier. De nombreux magasins pour lë bois et pour l’entreposition des mar-
- considérable. On y trouve des fabriques de ciment, de produits chimiques, des distilleries et des chantiers de construction navale importants, tels que
- Fig. 3. — Carte générale des fleuves et des ports allemands de la Baltique.
- Fig. 4. — Les ports de Stettin et de Swinemünde.
- chandises de transit ont été construits le long de ces quais.
- Stettin est un centre industriel d’une importance
- Fig. 5. — Le Curisches Iiaff et le port de Memel.
- ceux de la Compagnie Vulcan où ont été construits un grand nombre de transatlantiques du Nôrd-Deutscher-Lloyd de Brême.
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- LES PORTS ALLEMANDS DE LA MER BALTIQUE
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- Ports de Neufahrwasser et de Danzig. — Au large de l'embouchure de la Yistule et abritée par la presqu’île d’Héla se trouve une rade foraine excellente, ayant des profondeurs variant de 10 à 60 m., qui donne accès au chenal de Neufahrwasser ouvert au Nord-Ouest et composé de deux jetées parallèles, celle de l’Est dépassant celle de l’Ouest d’environ MO m. Le chenal, d:une largeur moyenne de 70 m., a une profondeur de 7 m. 50. Cette profondeur se maintient bien par suite du faible apport de la Yistule et des dragages qu’on y opère régulièrement.
- Le port de Neufahrwasser (fig. 7) se compose de quais le long de la Yistule et d’un bassin situé sur la rive gauche du fleuve et débouchant dans celui-ci près du chenal d’accès du port.
- Une gare maritime est installée sur la rive gauche de la Vistule et immédiatement en amont du bassin. Des hangars et des grues permettent la manutention de toutes les marchandises.
- Entre Neufahrwasser et l’embouchure de la
- cette même partie de la Yistule nombre de navires viennent également compléter leur chargement commencé à Danzig. Sur la rive droite de la Yistule,
- Mottlau sur laquelle se trouve la ville de Danzig, le cours de la Yistule sert à l’embarquement des bois, commerce le plus important de Danzig. Sur
- outre des chantiers de bois, on a installé des magasins importants à pétrole.
- Entre Neufahrwasser et la Mottlau, la Yistule a une largeur qui varie entre 120 et 200 m. et une profondeur de 7 m. obtenue en grande partie par dragages.
- Le port de Danzig est formé par les deux bras de la Mottlau, dont les rives sont, sur une grande partie de leur longueur, bordées de magasins et de chantiers de dépôts appartenant à des particuliers. Sur la Yistule, immédiatement à l’aval du confluent de la Mottlau, l’amirauté allemande a fait construire un arsenal important. On y trouve également les très actifs chantiers de construction navale, Vulcan et Germania, où ont été construits les récents sous-marins de la marine allemande.
- Ports de Pillau et de Konigsberg. — Le port de Pillau se trouve à l’extrémité amont du grau qui sert de communication entre le Frisches Haff et la Baltique (fig. 8). Ce grau, qui forme le chenal d’entrée au port de Pillau, et dont la largeur moyenne est de 360 m. et le tirant d’eau de 7 m., est prolongé par des jetées parallèles.
- Le port de Pillau se compose d’un avant-port creusé à 7 m. et de 26 hectares de superficie communiquant avec le chenal par un pertuis de 100 m. de largeur. Il est muni de quais sur la rive Nord.
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- Un chenal de 800 m. de longueur, de 80 m. de largeur et d’une profondeur de 7 m. dont les deux rives sont munies de quais, fait communiquer cet avant-port avec un bassin (le Graben) de 500 m. de longueur et de 70 m. de largeur muni de quais, ainsi qu’avec un autre bassin (Hintergraben), d’une superficie de 47 hectares et creusé à 7 m. dans sa partie Nord. Un bassin au pétrole de 5 hectares de superficie est placé dans la partie Sud de l’avant-port et communique directement avec le Haffe. Un pertuis de 20 m. d’ouverture le fait également communiquer avec l’avant-port. Une gare maritime, située sur le quai Nord de l’Hintergraben, sert au transbordement des marchandises des bateaux sur wagon ou inversement.
- Le port de Kônigsberg, situé à 7 km du confluent de la Pregel dans le Frisches Haff et à 40 km de la mer, se compose de quais et d’appontements établis
- Divers projets ont été étudiés et, après de longues discussions, on s’est arrêté à un tracé, où le nouveau chenal suivrait la rive nord du Haff qu’il ne traverserait que sur une longueur restreinte avant d’arriver à Pillau. La cuvette serait creusée à 6 m. 50 au-dessous du niveau moyen des eaux, aurait 50 m. de largeur au plafond avec talus de 2,5 de base pour 1 de hauteur. La dépense est évaluée à 10 millions de francs.
- Port de Memel. —Le grau (fig. 5), qui sert de communication entre le Curisches Haff et la Baltique et dont la largeur moyenne est de 400 m. et la profondeur de 7 m., se termine du côté de la mer par des jetées. A l’amont de ce chenal se trouve le port de Memel qui s’étend, d’une part, sur la rive droite du Curisches Haff avec des profondeurs d’eau de 7 m. en moyenne et, d’autre part, sur les deux rives de la rivière Dange, un des affluents du Haff. Cette seconde partie du port est spécialement affectée aux
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- Fig. 8. — Les ports de Pillau et de Kônigsberg.
- sur les deux rives de la Pregel dans l’intérieur de la ville et sur une certaine longueur de la rive gauche en aval de celle-ci. Mais la plus grande partie des navires venant à Kônigsberg sont obligés, par suite du peu de profondeur du chenal, d’alléger à Pillau.
- Le commerce des ports de Pillau et de Kônigsberg étant principalement un commerce de bois, grains et chanvre, des magasins importants ont été installés à Kônigsberg afin d’entreposer ces produits avant leur embarquement.
- Le peu de profondeur du chenal dans le Frisches Haff, dont nous venons de parler et qui oblige les navires à alléger pour gagner Kônigsberg, fait qu’il serait difficile de le creuser sans dépenses considérables ; cela a conduit à rechercher le moyen le meilleur et le plus économique pour créer entre Kônigs-tberg et la mer une voie d’accès ayant une profondeur d’eau suffisante.
- particuliers, tandis que les rives du Curisches Haff sont réservées au commerce du pétrole, des blés, du chanvre et du bois l’un et l’autre venant de Russie. Ces derniers produits qui, jusqu’à ces derniers temps, étaient d’une grande importance pour Memel tendent à prendre une autre voie, par suite des nouveaux aménagements du port russe de Libau qui, actuellement, fait une concurrence redoutable au commerce de Memel. L’accès de ce port par les chalands qui amènent les produits de la Russie par le Niemen est, en effet, très difficile, malgré la construction d’un canal creusé, il y a quelques années, entre Lankuppon sur le Minge et l’extrémité nord du Haff, afin d’éviter à ces chalands la traversée dangereuse du Curisches Haff. Cette même concurrence du port de Libau se fait également sentir sur les ports allemands de Kônigsberg et de Danzig. ~ R. Boinnin
- ERRATUM
- Par suite d’une erreur matérielle, la légende de la figure 11 de la page 124 (n° 2160, du 20 février 1915 de La Nature) doit être remplacée par la suivante: « Canon de 155 court, modèle 1890. Cette pièce a été établie parle capitaine,‘depuis général Baquet. Elle est un des premiers exemples de canon de cette puissance tirant sur affût servant de plate-forme. L. R.
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- LES MINES MARINES
- Leur rôle et leur emploi. — Différents systèmes. Comment on les met en place. — Comment on s’en garantit.
- Nous avons décrit dans un précédent article, n° 2154, le rôle du sous-marin et de la seule arme sérieuse qu’il possède: la torpille automobile. Nous savons que cette torpille est munie de mécanismes délicats et ingénieux, qui lui permettent de porter avec une très grande vitesse, 70 à 80 km à l’heure (1250 m. à la minute), jusqu’à une distance voisine de 8000 m., une puissante charge d’explosifs qui détonera au contact du but sur lequel elle a été pointée.
- Il nous reste à étudier un autre système d’engins sous-marins, qui a beaucoup fait parler de lui dans la guerre russo-japonaise, bien davantage encore dans la guerre actuelle, et qui sans doute aucun, y jouera encore un rôle très important.
- Ce sont les mines appelées quelquefois encore torpilles de blocus, et qui se composent d’uri récipient métallique, contenant une forte charge d’explosifs, mis en feu par un système dont il sera question plus loin. Ces mines ne possèdent aucun moyen mécanique de se déplacer.
- On croit généralement qu’il en existe deux modèles : la mine dérivante, c’est-à-dire non retenue au fond et capable, par conséquent, d’errer au gré des courants, et la mine fixe qui, ne peut se déplacer. C’est une erreur, ou du moins si certains bâtiments ont rencontré dans le golfe du Petchili après la guerre russo-japonaise, dans la mer du Nord actuellement, des mines errantes, ils ont eu affaire à des mines fixes qui pour une cause quelconque, avaient cassé leurs amarres et voguaient à l’aventure, mais non à des mines dérivantes proprement dites. Le nombre des torpilles ainsi libérées ne peut être qu’extrêmement restreint.
- Il n’existe aucune raison sérieuse de croire qu’un système de mines dérivantes proprement dites ait été employé dans aucune des guerres récentes. Ce genre de mines serait cependant d’une très grande utilité, parce que utilisables sur les espaces
- de mer où la trop grande profondeur de l’eau ne permet pas l’emploi des mines fixes dont nous parlerons plus loin.
- Le problème de la torpille dérivante est certainement à l’étude chez presque toutes les puissances maritimes, mais, je le répète, je ne crois pas qu’il ait été encore résolu. Les inventeurs peuvent donc à ce sujet donner carrière à leur imagination!
- A priori, on n’entrevoit la solution que dans deux voies. Par l’emploi d’un système de ludion qui permettrait à la mine de garder une
- immersion constante à 3 mè-Ires au-dessous de la surface des eaux (fig. 2), ou par celui de flotteurs quelconques, sous lesquels la mine serait suspendue à une hauteur qu’il deviendrait alors très facile de régler (fig. 3).
- Le système du ludion présente des difficultés qui paraissent jusqu’à présent, insurmontables. Celui des flotteurs est d’une extrême simplicité, au contraire, mais il comporte un inconvénient majeur. Le flotteur, visible à la surface de la mer, décèle la présence de la mine et permet de l’éviter.
- C’est peut-être ici le lieu d’expliquer pourquoi, qu’il s’agisse de torpilles automobiles, de mines dérivantes ou fixes, on cherche toujours à les maintenir et à les faire exploser à une profondeur d’eau de 3 mètres environ.
- C’est parce que cette profondeur a été reconnue nécessaire pour permettre à la déflagration de la charge de donner ses effets maxima en raison du bourrage résultant du poids de la colonne d’eau de 3 mètres qui s’applique sur la charge d’explosifs. Il se produit là exactement la même action que dans un fusil ou un canon, où la charge de poudre doit être bourrée pour acquérir ses propriétés expansives.
- Une mine qui éclaterait contre la coque d’un navire, au ras de l’eau ou à une profondeur moindre que 3 mètres ne produirait que des dégâts peu
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- LES MINES MARINES
- importants. Ceci explique que les navires calant moins de 3 mètres sont généralement considérés comme étant à l’abri des mines sous-marines, et c’est pourquoi on se tient soigneusement au-dessus de cette limite pour le tirant d’eau de certaines unités comme les contre-torpilleurs, qui jouent un rôle important dans la destruction des mines et le déblaiement des espaces où on en a semé» La mine flotte donc entre deux eaux, à la profondeur d’environ 3 mètres, maintenue en équilibre dans cette position, d’ünè part par sa flottabilité propre, qui est d’à peu près 80 kilogrammes et la tire vers la surface, d’autre part par une corde ou oriii d’acier, fixé lui-même à un poids reposant sur le fond, qui s’oppose au mouvement ascensionnel.
- On conçoit à quelles difficultés on sé heurterait s’il fallait, pour chaque torpille mouillée, descendre à la main le poids d’ancrage, mesurer la longueur de l’orin, etc. On n’en finirait pas et la grande utilité de la mine sous-marine réside justement en ce qu’il est possible d’en placer un grand nombre en peu de temps, pour barrer une passe, bloquer un ennemi, toutes opérations qui seront faites généralement sous le feu de l’adversaire.
- On emploie un système qui rend automatique la mise en place de la mine à la profondeur voulue. Le bâtiment qui mouille une ligne de ces engins (fig. 4 et 5) n’a donc à se préoccuper que de les laisser tomber à la mer, à intervalles égaux sur la direction convenable. Le poseur de mines est, à cet effet, muni de rails sur lesquels les mines sont suspendues et pendant que le navire court à grande vitesse on les pousse à la mer à raison d’une toutes les 4 secondes environ.
- Le' régulateur d’immersion employé dans la marine française et aussi dans la plupart des autres a été inventé par le lieutenant de vaisseau Coullant. Il se compose, dans ses grandes lignes, d’un treuil sur le-
- Fig. 2 et 3. — Systèmes de mines dérivantes.— r, Système du ludion. Mine en équilibre à 3 m. de la surface; — 2, Mine suspendue à un flotteur.
- Fig. 4 et 5. — Opération de mise en place de mines sous-marines. — a, coque du navire poseur de mines; — b, rails sur lesquels les mines sont suspendues; — c, mine< munies de leurs treuils coulants.
- Fig. 6. — Influence du courant de marée sur l'efficacité d'une mine sous-marine.
- quel est enroulée la longueur d’o-rin nécessaire pour que, le treuil reposant sur le fond et faisant office d’ancre, la mine soit maintenue à la distance de la surface qui a été fixée, 3, 4 ou 5 mètres. Le déroulement de l’orin est commandé par un linguet et une roue dentée, que manœuvre un poids suspendu au-dessous du treuil.
- Les zones de mer dans lesquelles on peut mouiller ces mines sont déterminées par la profondeur de l’eau qu’on y trouve. Il est évident, par exemple, qu’on ne peut dépasser les profondeurs pour lesquelles le poids de l’orin déroulé serait supérieur à la flottabilité restante de la mine. Celle-ci, dans ce cas, serait entraînée au fond. Pratiquement, il semble que la limite soit d’environ 200 mètres; mais on peut l’élever en accroissant la flottabilité de la mine; nous avons des raisons de croire que certaines puissances du Nord, l’Allemagne notamment, peuvent mouiller des mines jusque par des fonds de 500 mètres! Si on consulte une carte de la mer du Nord où se sont déroulés et se dérouleront encore les grands événements maritimes de cette guerre, on voit qu’elle se prête éminemment à un emploi intensif de la mine sous-marine. En effet, au Sud d’une ligne tirée du Nord de l’Ecosse à la côte norvégienne, les fonds sont uniformément inférieurs à 100 mètres, sauÇ sur une bande bordant le littoral norvégien où, sur une longueur d’environ 30 milles ou 55 kilomètres, les fonds descendent à 300 mètres. Mais l’efficacité des mines varie considérablement suivant que les mers où on les emploie sont soumises ou non au régime des marées. Et ceci est évident! Dans la Méditerranée, par exemple, où le niveau de l’eau est sensiblement constant,une mine, immergée par exemple à 5 mètres au-dessous de la surface, reste toujours à 3 mètres et par conséquent offensive.
- Dans la Manche et la mer du Nord, sans parler des
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- grandes marées, la différence moyenne de niveau entre les hautes et basses mers atteignent 6 ou 7 mètres. Donc, pour éviter que la mine apparaisse à la surface à basse mer et qu’elle conserve son efficacité à ce moment, il faut la mouiller à 5 mètres au-dessous du niveau de basse mer. A mer haute elle se trouvera donc à 9 ou 10 mètres de la surface et sera pratiquement inoffensive.
- De plus, dans l’intervalle entre pleines et basses mers les mines llottant au bout de leurs orins de 100 mètres de longueur, pour prendre un exemple, oscilleront sous l’effort des courants de marée et (fig. 6) se tiendront en équilibre dans une position très au-dessous de leur immersion normale et descendront à 30 mètres de la surface, pour une longueur d’ovin de 100 mètres si ces courants sont violents et ils le sont souvent. Dans ces conditions encore elles seront inoffensives.
- On voit de quelle utilité serait un système qui permettrait d’assurer aux mines sous-marines une immersion constante quelle que soit la hauteur de la marée. Mais ce système n’a pas encore été inventé, malgré des recherches actives!
- Les procédés par lesquels s’enflamme la charge d’explosifs contenue dans la caisse métallique qui forme la mine sont assez nombreux.
- Ils se rangent en deux catégories : électriques ou mécaniques. Ceux qui sont basés sur l’emploi de l’électricité peuvent ressortir du système représenté par la figure 7, n° 1 où une boule a portée dans une demi-coupelle vient, lorsque la mine est choquée par la coque d’un bâtiment, rouler jusqu’à la coupelle c et forme ainsi un circuit métallique entretenu par une pile, lç courant déterminant alors l’explosion d’une amorce placée au milieu de la charge.
- Dans le système de la figure 7, n° 2, une certaine quantité de mercure b contenue dans la coupelle a vient, quand elle est agitée, baigner les extrémités de deux tiges métalliques reliées aux deux pôles d’une
- id
- Fig. 7. — Divers genres d’inflammations des charges
- des mines sous-marines.
- pile, et fermer ainsi le courant.
- Dans l’ordre d’idées mécaniques nous trouvons le système de la figure 7, n° 3. Une boule a, placée dans une demi-coupelle b à large rayon, porte un fil relié ou rugueux c d’une amorce. Sous l’impulsion d’un choc, la boule sort de la coupelle* et, en tombant, arrache le rugueux et détermine l’explosion.
- Ou bien (fig. 7, n° 4) la boule a est portée par 2 tourillons bb posés sur deux supports c. Au choc la boule tombe et entraîne, comme précédemment, le cordon tire-feu et le rugueux d.
- On trouve encore des mines dont l’inflammation se produit par percussion, tout comme dans l’ancien fusil à capsules (fig. 7, n° 5). La mine allemande, notamment, paraît munie d’un système de ce genre. Elle a la forme d’un cône ou d’un tronc, de cône renversé et le pourtour du cône, à la partie supérieure, est garni d’une série de percuteurs à capsules.
- Les usages qui peuvent être faits des mines dans les opérations navale ' sont nombreux et les exemples ne manquent pas qui démontrent leur efficacité. On s’en sert par exemple pour fermer l’entrée d’un détroit, d’une baie, d’un estuaire de fleuve, les Bouches de Cattaro* les Dardanelles, l’Elbe. On peut en placer plusieurs lignes, en laissant entre elles un chenal sinueux que marqueront des alignements secrets, par où pourront pénétrer les navires amis. Mais on s’en sert également en haute mer, quand la hauteur du fond le permet, pour chercher à détruire quelques unités d’une force menaçante (cas du cuirassé russe Petropavlosk, coulé devant Port-Arthur, sur une mine placée pendant la nuit par un torpilleur japonais), ou pour protéger la fuite d’une escadre poursuivie, comme ce fut le cas dans l’avant-dernier raid de la division des croiseurs cuirassés allemands, où un sous-
- marin anglais sauta sur une des
- mines que laissa tomber à la mer,
- derrière lui, un des croiseurs qui
- 1, Système d’inflammation électrique par boule roulante; — 2, Système d’inflammation électrique par mercure; — 3, Système - d'inflammation mécanique par boule tombante; — 4, Système d’inflammation mécanique par boule tombante, projections verticale et horizontale; — 5, Système d’inflammation par percuteur et capsule (mine sous-marine
- allemande).
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- fait
- moyen
- c’est-à-
- venaient de bombarder Scarbourough, Ilarllepool et Whitby le 16 décembre 1914 (fig. 8 et 9).
- Il nous reste à voir comment on peut se débarrasser de ces engins sous-marins tout redoutables.
- L’unique et efficace consiste à les draguer, dire à les pêcher.
- Et voici comment se pratique cette pêche d’un genre si particulier,
- Tout d’abord on n’y doit employer que des navires, qu’un faible tirant d’eau préservera du choc contre une mine et autant que possible de grosses embarcations n'ayant pas de valeur militaire, au cas où quelque malheur se produirait, et il s’en est produit. Les chalutiers à vapeur qu’on trouve en assez grand nombre sont parfaits pour cet usage.
- Pour debarrasser une surface donnée des mines qui y ont été mouillées, ou pour créer une sorte d’avenue dans laquelle une force navale pourra s’engager sans risquer d’en rencontrer, on fait passer deux de ces petits navires transformés en routes parallèles en se tenant à 200 mètres l’un de l’autre et à la même hauteur et 11).
- De l’arrière de l’un d’eux part un câble en fil d’acier de 600 mètres environ de longueur dont l’autre extrémité va se fixer à l’arrière du second dragueur. Le fil d’acier, vu en projection horizontale, dessine ainsi les deux branches d’une sorte d’U dont les deux re-
- aux dragueurs l’ensemble du
- 5 nœuds,
- Fig. 8 et ç.
- Usage de mines en haute mer.
- ^
- B^N.
- Fig. 8. — Une escadre A plus faible que l’escadre B, et poursuivie par elle, sème un champ de min s c sur leqwl l’escadre B risquera de perdre quelques unités.
- Fig. g. — Une escadrille de contre-torpilleurs (B), ayant reconnu la-route d’une escadre ennemie A, va semer un champ de mines sur celle roule, grâce à sa . supériorité de vitesse.
- dragueurs.
- (fig. 10
- morqueurs occupent les extrémités .
- Deux flotteurs soutiennent le fil d’acier à 100 mètres environ de son
- point d’amarrage sur les dragueurs. À l’extrémité de la courbe de l’U au contraire, on attache un poids qui aide cette partie du filin à couler.
- On a déterminé par l’expérience qu’en donnant
- une vitesse d’environ système, dans sa partie recourbée, se tient à une immersion de 10 à 15 mètres.
- On conçoit dès lors aisément le mécanisme de l’opération. Passant à 12 ou 15 mètres au-dessous de l’eau, le fil d’acier courbé en U ratisse les orins qui retiennent les mines au fond de l’eau et en raison de la puissance des remorqueurs entraîne le tout, la mine et son treuil, les mines et leurs treuils quand il y en a plusieurs.
- Si la mine est à inflammation par changement d’équilibre, elle explose alors, dans une zone où elle ne peut causer aucun mal. Si elle doit s’enflammer par percussion, elle suit le râteau qui l’entraîne.
- A bord des remorqueurs, des dynamomètres fixés sur l’extrémité du filin d’acier permettent de se rendre compte qu’il y a du mauvais poisson de pris. On continue le ratissage en ^e dirigeant vers des fonds moins élevés. Puis on stoppe et on voit alors apparaître à la surface les mines déjaugées. On s’en débarrasse à coups de fusil, dont les balles les font exploser ou bien pratiquent des ouvertures qui les font couler.
- ..La passe est désormais
- libre pour les grands bâtiments.
- Il existe un autre système de dragage infiniment plus simple et plus efficace que celui dont j’ai indiqué les principales dispositions.
- Ce système a été inventé par l’officier général de haute valeur qui commande actuellement la brigade des fusiliers marins sur la frontière belge, le contre-amiral Ronarch. Il permet de n’im-mobiliser qu’un seul navire dragueur. De plus les orins des mines sont coupés comme au rasoir. Les résultats qu’il a fournis ont été si appréciés que la marine anglaise vient d’adopter le système de l’amiral Ronarch. Du Verseau.
- Ils
- ;ar
- font des exemple
- D <~
- 300 \
- ®T'
- Fig. io et ii. — DD, navires dragueurs ; AA, fartie du câble dragueur maintenu sur l'eau par les flotteurs FF; BB, portée du câble dragueur lesté et maintenu sous l’eau par la vitesse des remorqueurs; T, torpille draguée ei’remorquée avec son treuil R; T'T, torpilles qui vont être prises par la drague.
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- L’INDUSTRIE FRANÇAISE
- PENDANT LES GUERRES DE LA RÉVOLUTION ET DE L’EMPIRE
- C’est parfois un bien puissant stimulant que l’adversité. Jamais l’industrie française ne s’est trouvée dans des conditions si difficiles qu’au moment des guerres de la Révolution et de l’Empire. Isolés du reste du monde, nous ne pouvions plus
- moment à l’affermissement de la liberté et de l’égalité, à l’établissement de la République une et indivisible, à la destruction des ennemis qui par une guerre impie s’opposent au succès de notre glorieuse révolution. » A l’appel de la Patrie, nos techniciens
- Fig. i. — Comment on préparait autrefois un moule à canon. (D’après Monge.)
- alors recevoir le salpêtre des Indes, les soudes d’Espagne, le sucre de nos colonies, les métaux d’Amérique et de Malaisie. Et jamais nous n’eùmes cependant un tel besoin d’armes, de munitions, de fournitures de toutes sortes. On vit alors se produire une série de prodiges ; dans la patrie en danger,
- créèrent des procédés nouveaux, des industries nouvelles, ils tentèrent l’impossible et réussirent au delà de toute espérance. Si bien que jamais on ne vit pour notre industrie qui semblait devoir sombrer dans le marasme, une époque si brillamment prospère.
- Les canons. — Pour fondre des canons, il fallait
- mi IhlIlir.lillHIII 'llfMllf 'lllltlll 1HIIIIII ’HIIIIIIMIIIIII» HIIII8l^llll»tt IMIlPIIBUr uiinii''i.uin 'I1IIIHI» 'ü'üür ''Hijiiu' 'imiiiî' jihih». iiuifiiu 'niimij!!Bü»:«iii«: iün lïm i'iiiiit ihihiii iinniiM tiiiiuit hiincii 'imiî'ii ii'imit i.iihii uiuiii 'mui» v
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- iiinl’ 'ining.'Hmiii»:im«i»aniiiitn^iinninMiiiiiim,Æ'«iiuiul,>iimiii»aiiiiim^miinns;mnm^:i.«
- Fig. 2. — Coupes longitudinale et transversale d’une ni trière Lavoisier.
- non seulement les volontaires partaient en foule aux armées, non seulement les Françaises se dépouillaient de leurs bijoux, mais les ingénieurs, les professeurs, les chimistes et les savants de toutes sortes « mobilisaient » eux aussi.
- « Toutes les sciences, tous les arts, toutes les connaissances humaines, proclame le fameux Comité de Salut public, doivent concourir en ce
- du bronze : et l’on ne recevait plus ni cuivre ni étain des mines exotiques., Un très gros stock de bronze se trouvait dans les églises sous forme de cloches qu’on résolut de sacrifier. Mais on se heurtait là, pratiquement, à une grande difficulté : là forte teneur en étain du bronze des cloches, rendu de la sorte plus sonore, mais aussi trop cassant pour résister aux explosions de la poudre. Plusieurs
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- L’INDUSTRIE FRANÇAISE
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- chimistes, en particulier Pelletier et Darcet, étudient le problème, et bientôt, guidés sur la connaissance exacte du processus de l’oxydation des métaux, que venait de découvrir Lavoisier, ils mettent au point dans leur laboratoire, puis à la fonderie de Romilly, un excellent procédé, aussitôt publié sous forme de brochure distribuée à tous les intéressés : Instruction sur l'art de séparer le cuivre du métal des cloches (Paris, imprimerie du Comité de Salut public, l’an II de la République).
- Le métal des cloches, concassé en gros morceaux, est étalé sur la sole d’un four à réverbère; après quoi on chauffe jusqu’à ramollissement. On recouvre alors avec des battitures de cuivre, formées de ce métal oxydé, puis on brasse la masse : l'étain s’oxydant plus facilement que le cuivre décompose l’oxyde de cuivre. Si bien qu’on peut de la sorte obtenir un bronze très riche en cuivre et
- lion de L'axe.
- des crasses formées surtout par l’oxyde d’étain.
- La question des matières premières résolue, restait à s’occuper de l’usinage de pièces. Le grand mathématicien Monge étudie l’art du fondeur en bronze et en rénove la technique. Avec Hassenfratz et Perrier, il fait à Paris des cours aux élèves envoyés par les districts, élèves qui retourneront aussitôt en province pour appliquer les procédés élaborés à Paris. Il complète son enseignement en publiant sa Description de l'art de fabriquer les canons (imprimerie du Comité de Salut public, an II). Au procédé de fabrication des moules en terre, qui est très long, Monge substitue l’emploi des moules en sable qui, grâce à l’emploi de modèles types en bronze, permet une grande rapidité d’usinage. Le moulage au sable se fait en tassant fortement du sable mélangé d’argile autour des modèles, formés en tronçonnant le canon; on superpose ensuite dans la'fosse à mouler les diverses parties du moule. Il fallait pour le moulage en terre appliquer à plusieurs reprises sur un grand
- modèle des couches de terre pétrie qu’on faisait sécher une à une (fig. 1) ce qui était interminable.
- Une fois la coulée faite par les procédés habituels, on procédait au forage avec des énormes tours bizarres, mus par un manège, et dans lesquels la pièce seule recevait un mouvement de rotation, l’outil avançant simplement sur un berceau horizontal (fig. 3). Un autre tour servait à percer la lumière, pour l’inflammation des charges. Toutes ces opérations étaient faites avec une très grande précision, car les boulets n’ayant pas, comme nos obus modernes, une bague en métal mou se moulant sur l’âme, devaient épouser juste le diamètre du canon. Au reste les vieux canons de bronze conservés dans les musées sont parfaits de fini avec leurs devises joliment ciselées.
- Le salpêtre. — Le salpêtre ou nitrate de potassium, qu’on fabrique maintenant en décomposant le nitrate sodique des gisements chiliens, provenait autrefois des Indes, où onle trouvait en efflorescences dans les endroits humides et chauds. Plus de commerce maritime et plus de salpêtre, partant plus de poudre à canon ! Le danger était grand. On le conjure de suite par l’observation méthodique des conditions dans lesquelles sc forment les précieuses efflorescences salines. Et Lavoisier de publier aussitôt un mémoire très détaillé donnant les moyens propres à établir chez nous des « salpêtreries artificielles »; elles paraissent sous forme anonyme en 1777 à l’Imprimerie royale (Instruction sur l’établissement des ni trières et sur la fabrication du salpêtre, publiée par ordre du Roi par les régisseurs généraux des poudres et salpêtres),
- Observant que le nitre provenait de matières animales en putréfaction, l’humidité et la chaleur étant indispensables pour assurer la bonne marche des transformations, Lavoisier fixe minutieusement les détails de l’installation d’une nitrière. On la construira sous un hangar assez grand (fig. 2), contenant une fosse peu profonde surmontée d’une série d’étagères soutenues par des pieux en bois. La fosse et les tablettes sont ensuite recouvertes d’une couche épaisse (18 pouces) de terre mélangée à du fumier, du purin, de l’urine, voire à des excréments humains. Les produits ammoniacaux venant de la décomposition des matières animales sont ainsi parfaitement aérés, ce qui permet aux microbes nitrificateurs d’absorber l’oxygène aérien, et la production de salpêtre est
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- d’autant plus rapide. Pour renouveler le stock de matières premières ammoniacales, on répand de l’urine et du purin coupés d’eau. On arrose ainsi la masse pendant environ six mois, en
- un coin de grange, simples tas de terre mélangée de fumier; « on leur donnera jusque cinq à six pieds d’épaisseur, en plaçant dans leur intérieur de petits fagots disposés de manière à former à l’air
- Fig. 4. — Une sucrerie au début du dix-neuvième siècle. —- Râpage des betteraves (au centre); macération (à gauche) et pressurage (à droite).
- réglant la proportion de liquide pour que la terre demeure dans un état de fraîcheur, sans être vraiment mouillée. Naturellement, une installation convenable de pompe et de tuyaux permet de manipuler sans peine tous les liquides malodorants. Vers la fin d u traitement, tous les arrosages se font à l’eau, pour ne pins introduire de sels ammoniacaux qui, restant partiellement inaltérés, souilleraient le salpêtre recueilli. Finalement, on lave la terre saline à l’eau bouillante et on obtient ainsi une lessive donnant par refroidissement des cristaux de salpêtre.
- Outre cette nitrière modèle, Lavoisier décrit des petites installations applicables à la campagne, en
- des canaux de circulation. Ces amas de terre ainsi disposés doivent servir de réceptacle à toutes les
- immondices delà maison; on y jettera les balayures, les épluchures, les os, les excréments, les matières pourries et gâtées,les cendres, les urines, les bavures de toute espèce, etc. Ainsi était résolue de façon ingénieuse la question de l’enlèvement des ordures, écono -mique et même hygiénique, car le procédé Lavoisier ressemble par plus d’un côté aux méthodes modernes d’épuration des eaux par lits bactériens. Au reste nous vîmes, au cours de ces dernières années, un savant chimiste bactériologiste comme M. Miintz préconiser la formation de nitrières microbiennes à lits de tourbes
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- arrosées d’eau ammoniacale ; le nitrate obtenu ainsi revenant à très bon compte.
- Bientôt suspect, puis, hélas, condamné, Lavoisier ne devait plus pouvoir continuer la besogne entreprise. Fourcroy, Guyton, Berthollet lui succèdent, et, sur l’ordre du Comité de Salut public, fondent à Paris des cours pour initier le public à la fabrication du salpêtre et de la poudre. « Les élèves, écrit Monge, étaient pleins de zèle et d'intelligence; ils suivaient avec exactitude les cours qui se faisaient le matin au Jardin des Plantes; le reste du jour était occupé à visiter les ateliers de salpêtre.... La nuit, ils rédigeaient les leçons qu’ils avaient reçues. A la lin des cours, tous se réunirent pour une fête dans laquelle ils présentèrent à la Convention le salpêtre qu’ils avaient extrait eux-mêmes, celui qu’ils avaient raffiné, la poudre qu’ils avaient faite et une pièce de canon qu’ils avaient moulée, coulée, forée, tournée.... ».
- La soude artificielle. — Les soudes naturelles sont des carbonates sodiques impurs, préparés en évaporant le produit du lessivage à l’eau des cendres de varechs, goémons, fucus et autres plantes marines. Il faut ainsi traiter des masses énormes de végétaux pour obtenir de petites quantités de soude ; aussi les savonniers de Marseille par exemple, employaient-ils, outre les soudes françaises, des soudes d’Alicante, de Ténériffe, de Malaga, et furent-ils très gênés par la guerre empêchant l’importation de ces produits. En 1789, Nicolas Le Blanc (1753-1806) trouve le moyen d’extraire la soude du sel marin sans passer par l’intermédiaire incommode des algues : on commence par transformer le chlorure en sulfate par chauffage avec l’acide sulfurique; après quoi, le sulfate, calciné après mélange à du charbon et à de la craie, donne du carbonate sodique.
- Subventionné par le duc d’Orléans, qui avait chargé d’Arcet d’apprécier la valeur du procédé, Leblanc fonde avec Dizé, préparateur au Collège de France, une soudrière à Saint-Denis dont la production devient très importante. Hélas ! le malheureux inventeur ne devait guère jouir des résultats de ses travaux ; la mort du duc d’Orléans rend sa situation précaire; puis, pour comble de disgrâce, le Comité de Salut publié exige la divulgation du procédé (qui était conservé secrètement), « comme étant d’utilité publique «.Dépossédé, Leblanc passe le reste de sa vie à poursuivre, sans grand succès, des démarches pour obtenir une juste indemnité.
- On ne connaît guère des méthodes pour préparer la soude artificielle que le procédé Leblanc, en raison de l’importance prise au cours du siècle dernier. Mais, au moment des guerres de la Révolution, on avait imaginé bien d’autres procédés. C’est ainsi que Darcet, Pelletier et Lelièvre, chargés par le Comité de Salut public de choisir la meilleure méthode pour en répandre l’application, n’examinèrent pas moins de six procédés chacun employé pratiquement : système d’AIbon, comportant la
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- calcination du mélange sulfate sodique-charbon-rognures de fer-blanc; méthode Athénas, consistant à calciner le sulfate ferreux avec du sel marin, puis avec du charbon; procédé Chaptal, par décomposition du sel marin avec la litharge; procédé Guyton, par mélange de sel marin, d’eau et de chaux pour former des efflorescences de carbonate sodique, etc.... Aussi ne risquait-on pas de manquer de soude! C’est là une preuve qu’un problème industriel, d’importance considérable, ne manque pas d’être résolu quand de nombreux chercheurs s’occupent d’y chercher une solution.
- Le sucre. — Au miliei* du xvme siècle, Margraff avait bien retiré des racines de betteraves du sucre absolument semblable à celui de la canne. Mais aucune application industrielle n’était résultée de sa découverte. Viennent les guerres de la Révolution et le blocus continental : aussitôt les techniciens français de chercher à rendre pratique un procédé pour extraire le sucre de la betterave. C’est Achard, descendant d’un français émigré à la suite de l’Edit de Nantes qui créa en Prusse la première fabrique de sucre (1799). Voici en quels termes le Moniteur officiel de l’Empire français résumait le procédé employé : « Après avoir fait bouillir les betteraves, on les met sous le pressoir, le jus exprimé est réduit en sirop, on le fait bouillir et réduire jusqu’à moitié : l’évaporation donne le sucre (1500 livres de racine donnent 57 livres de sucre). »
- Sitôt connu, le procédé Achard est appliqué en France, et perfectionné : Deyeux, Parmentier, Cadet de Vaux et bien d’autres encore imaginent des méthodes nouvelles pour décolorer le jus, améliorer les rendements. Tout le monde s’intéresse à la nouvelle fabrication, très avantageuse en raison des hauts prix atteints alors par le sucre colonial. Si bien qu’en 1812 il n’existait pas moins de 338 sucreries françaises ; il est vrai qu’au nombre de nos départements figuraient alors les Bouches-de-l’Elbe, la Ruhr et le Zuyderzee !
- D’ailleurs, les sucreries de cette époque ne ressemblaient guère aux usines modernes : une râpe, mue par un manège de bœufs ou même à la main (fig. 4) donnait la pulpe qui, pressée dans une machine à vis, abandonnait le suc. On transformait ce jus en sirop par ébullition dans des grandes marmites, puis on coulait en formes coniques (fig. 5) où les pains se formaient par refroidissement. Derosne estimait alors à 18 000 francs le coût total d’une sucrerie modèle!
- Il est assez difficile de retirer un sucre à goût plaisant des betteraves dont le jus est naturellement de saveur désagréable. Aussi, pendant qu’était mise au point la fabrication de ce sucre, essayait-on d’autre part l’extraction des sucres de la pomme, du sorgho, du maïs, du miel, et surtout du sucre de raisin, lequel pouvait sans inconvénient rester souillé de ses impuretés naturelles. On réussit vite et bien, en cuisant le moût additionné de craie, à préparer des sirops glucoses consommés tels que
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- pour édulcorer mets et boissons, et même des sucres en poudre blanche. Le chimiste Proust, père de cette industrie, reçut de Napoléon Ier 100 000 francs et la croix de la Légion d’honneur. Par la suite d’ailleurs, l’empereur reconnut le sucre de betterave cristallisable (on sait que le glucose du raisin ne cristallise pas) plus pratique, et encouragea exclusivement sa fabrication, notamment en créant cinq écoles de sucrerie (Vertus, Wachenheim, Douai, Strasbourg et Castelnaudary) où il envoyait des boursiers choisis parmi les étudiants en chimie et en pharmacie. Napoléon Ier né ménageait pas ses témoignages de satisfaction à Deyeux, Delessert, Barruel et autres promoteurs de l’industrie sucrière.... Hélas! cette prospérité fut bien éphémère, car, sitôt l’Empire tombé, affluèrent les sucres
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- coloniaux à des prix tels que les fabricants indigènes ne purent soutenir la concurrence. Quelques-uns seuls subsistèrent, qui parla suite devaient heureusement trouver des temps meilleurs grâce à la perfection incessante de leurs procédés de fabrication.
- Ainsi, même les techniques tout à coup improvisées par suite de circonstances passagères, provoquèrent la venue de progrès durables (1). Peut-être en sera-t-il de même en ce moment!
- Souhaitons que la période actuelle de travail intense dans les fabriques d’acides nitrique et picrique, dans les ateliers de tournage et de fraisage, provoque ainsi l’éclosion de perfectionnements précieux, encore utilisables plus tard une fois la paix venue et le rétablissement du travail normal! A. Chaplet.
- L’HYGIÈNE DANS L’ARMÉE RUSSE
- Depuis des siècles, le bain de vapeur est devenu, pour nos alliés de l’Est, une véritable institution nationale. Riches et pauvres, citadins et paysans,
- Pendant la Guerre de Mandchourie, les soldats russes souffrirent physiquement et moralement de la suppression de cette pratique. Le haut eomman-
- Fig. i. — Les voilures citernes du tram à bains.
- tous les Russes le pratiquent régulièrement au moins une fois par semaine.
- Quand ils n’ont pas à leur disposition un établissement public, ils tournent la difficulté en recourant à un procédé qui est probablement plus vieux que la Russie! Dans l’izba hermétiquement close, ils font chauffer de larges pierres, sur lesquelles ils versent de l’eau. La chambre s’emplit de vapeur, et l’hygiénique fumigation s’accomplit.
- dement essaya bien d’improviser des bains de vapeur dans le voisinage des tranchées; mais ces tentatives ne furent pas généralisées. Plusieurs écrivains militaires ont affirmé plus tard que, si les troupes russes ne montrèrent pas alors leur énergie coutumière, la suppression du bain de vapeur national y contribua en partie.
- Éclairé par cette expérience, le Gouvernement 1. En ce qui concerne le pain, Y. La Nature, 1914, II, p. 199.
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- L’HYGIÈNE DANS L’ARMÉE RUSSE
- Russe constitua, aussitôt après la guerre, une commission de médecins et d’ingénieurs qui s’occupa de rechercher une solution pratique à cette grave question. Les résultats de ses travaux peuvent
- Fig. 2. — La salle de bain à vapeur du train russe.
- ,se résumer en quelques mots : nos alliés ont mis en service, dans les trois mois qui ont suivi l’ouverture des hostilités, une trentaine de trains qui sont, littéralement, des établissements de bains roulants.
- Nous en ferons une brève description, que compléteront nos photographies. Chaque train se compose de vingt-deux voitures, dont les deux premières, attelées à la locomotive, présentent la forme de citernes. En réalité, elles servent à emmagasiner la vapeur produite par une chaudière supplémentaire installée sur la locomotive.
- Une tuyauterie conduit la vapeur dans les voitures suivantes, qui ont chacune leur destination spéciale. La première sert de vestiaire : les hommes s’y déshabillent, et, tandis qu’ils parcourent le cycle que nous allons exposer, leurs vêtements et leur linge de corps sont transportés dans un wagon-étuve où ils sont nettoyés, désinfectés et séchés.
- Trois wagons, qui peuvent recevoir chacun cinquante hommes, font suite. Abrités dans de petites alcôves, les soldats y prennent leur bain de vapeur, qu’ils font suivre d’une douche froide,
- selon la coutume nationale. Ils passent ensuite
- dans deux wagons pourvus de couchettes, sur
- lesquelles ils ont le droit de se reposer pendant une. heure. Enlin, ils gagnent l'un des deux wagons-salles-à-manger, où ils s’attablent devant un copieux repas de soupe, de viande pt de thé.
- Dans la dernière voiture, ils reprennent possession de leurs uniformes et de leur linge, que des femmes ont raccommodés, et, plus dispos
- que jamais, ils ne demandent qu’à
- courir sus aux Allemands !
- Les autres voitures servent de cuisines, de logements pour le personnel du train, assez nombreux puisqu’il comprend i commandant, 2 officiers, 2 docteurs, 40 infirmiers, blanchisseuses, cuisiniers, etc.
- Une voiture sert d’atelier de cordonnerie. Dans une autre sont emmagasinées des quantités de tricots, linge de rechange, thé, sucre, médicaments, etc. Ces provisions, sans cesse renouvelées, sont calculées pour répondre aux besoins de 50 000 hommes.
- Ces quelques détails seront suffisants pour prouver à quel point le Ministère delà Guerre de Russie s’esl inquiété de l’état sanitaire des millions d’hommes qui combattent là-bas pour la cause de la civilisation. Chaque train a coûté environ 250 000 francs, locomotive non comprise. Et ce
- Fig. 3. — La salle de repos.
- sont là des dépenses bien employées! Le soldat sort frais et dispos de son bain de vapeur où se retrempe l’indomptable énergie de sa race.
- Y. Foniîix.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LE RHIN
- LA NATURE. — N° 2163.
- 13 MARS 1915.
- Au moment où l’espérance nous sourit de réoccuper la rive gauche du Rhin, dont la France a été écartée depuis 44 ans, l’occasion semble opportune
- l’est à l’ouest en flots d’émeraude limpides, trouvant sur sa route la chute de 25 m. de hauteur de Schaflhouse, recevant, entre autres affluents, le
- Léman f
- 42* R 142*
- Viveau delà mer.
- Fig. i. — Profils en long comparés du Rhin et du Rhône.
- de décrire en quel état nous allons la retrouver.
- La nature, la mythologie, l’histoire, la poésie se sont réunies pour proclamer le Rhin le plus beau tïeuve d’Europe ; puis l’industrie est venue, qui en a fait l’artère la plus féconde de 1 a navigation mo derne. C’est à ce point de vue que nous allons suivre son cours.
- Le Rhin se forme en Suisse, de la réunion à Reichenau de deux torrents impétueux, le Rhin noir et le Rhin blanc, q.ui prennent naissance dans le massif du Go-thard non loin de la Furka, source glacée de son rival méditerranéenne Rhône.
- Puis il coule au nord jusqu’au lac de Constance dont les rives baignent cinq pays distincts : la Suisse, l’Autriche, la Bavière, le Wurtemberg et le Grand-Duché de Bade. De Constance à Bâle il court de
- puissant appoint de l’Aar à Waldshut, et rencontrant au sortir de Bâle, la chaîne des Vosges qui le rejette au nord, direction où il est maintenu sur la droite par la Forêt-Noire.
- Altkirch, Mulhouse, Fribourg, Strasbourg, Kehl, Carlsrirhe, Spire sont les principales vil les, qui peuplent cette vallée du Rhin moyen, et dont aucune n’est assise à même sur ses rives, par. crainte des inondations; Kaiser-slautern marque le point où le rencontrait notreancienne frontière.
- Il faut arriver à Mannheim au confluent du Nec-kar pour trouver une cité vraiment rhénane; mais bientôt elles défilent nombreuses et plus importantes. C’est d’abord Mayence, située presque vis-à-vis le confluent du Mein ; là le fleuve se heurte au Taunus qui l’infléchit violemment à l’ouest,
- 11. — 469
- Fig. 2. — Le Rhin, barrage: d’Augst.
- 43' Année — l*' Semestre.
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- dans la passe difficile de Bingen au pied des coteaux escarpés du Niederwald, de Rudesheim, de Geisen-heirn, célèbres par leurs vins; sur ce parcours se dressent Je rocher de Lorlei et les vieux burgs
- Wesel, la dernière ville allemande, après laquelle le fleuve, devenu immense, pénètre en Hollande pour s’y perdre en une multitude de bras, dont le plus fréquenté aboutit à Rotterdam.
- STRASBOUR
- Petit
- Ecluses
- RUPRECHTSAU
- Bassins du Port
- KEHL
- Chenal creusé large de 88 mètres-
- Fig. 3. — Port de Strasbourg.
- féodaux d’Ehrenfels, de Bacharach, de Rheinstein, de Falkenburg, de Saint-Goar, etc., puis Coblence à l’embouchure de la Moselle, que domine, en face, le sombre rocher d’Ehrenbreitstein, sorte de Gibraltar rhénan. Plus loin, Bonn et bientôt l’énorme agglomération de Cologne. A Bonn, le Rhin entre
- Si, après avoir décrit sommairement le cours superficiel du fleuve, nous examinons son profil, nous y trouvons l’indication de sa plus ou moins grande navigabilité.
- Le tracé (fig. 1) nous montre la pente variable de son lit depuis le lac de Constance (595 m.)
- enfin dans une plaine qu’il parcourra du sud-est au nord-ouest en baignant successivement Dusseldorf, Duisbourg-Ruhrort (embouchure de la Ruhr), aux innombrables cheminées d’usines et enfin
- jusqu’à la mer. Très inclinée, delà chute de Laufen à Strasbourg, elle s’atténue entre Strasbourg et Mayence, pour augmenter de nouveau dans le couloir de Bingen, de Mayence à Coblence. En cette
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- dernière ville, le niveau du Rhin au-dessus de la mer du Nord n’est plus que de 53 m. et il lui reste encore 400 km à franchir. Son cours dès lors gagne en largeur ce qu’il perd en vitesse.
- Port-Saint-Louis du Rhône, pour une différence de niveau de 375 m., on ne mesure qu’un parcours de 520 km environ, tandis que de Constance (595 mètres) à Rotterdam, le Rhin se déve-
- lig. 5. — Vue cavalière des ports de Mannheim.
- On s'est plu maintes fois à comparer le cours du Rhône à celui du Rhin. Pour qu’on puisse juger combien notre beau fleuve français est plus impétueux que le germain, j’ai juxtaposé les profds des
- loppe sur une étendue de plus de 1000 kilomètres.
- Mais c’est surtout dans leur partie inférieure, la plus fréquentée par la navigation, que le Rhône et le Rhin offrent le plus de différence de courant;
- Mannheim, les Docks.
- Fig. 6. —
- deux cours d’eau, depuis les deux grands lacs qui décantent leurs eaux jusqu’aux mers qui les absorbent. 11 y apparaît que la pente du Rhône est égale au double de celle du Rhin, puisque entre Genève et
- tandis que le Rhône à Lyon, c’est-à-dire à 350 km de son embouchure, est encore à 160 m. au-dessus de la Méditerranée, il faut remonter sur le Rhin, comme l’indique le graphique, à une trentaine de
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- kilomèlrcs en amont de Strasbourg, soit à près de 750 km de la mer, pour trouver le même niveau à son lit. Aussi la navigation sur le Rhône a-t-elle toujours été et restera-t-elle plus difficile que sur le Rhin.
- De tout temps, la navigation du Rhin a été aclivc;
- Duché de Bade et le gouvernement d’Alsace-Lorraine ont entrepris la correction et la régularisation du fleuve entre Mannheim et Strasbourg et jusqu’à 12 km au-dessus de la capitale alsacienne.
- On appelle correction la fixation et le maintien du chenal navigable en plan, et régularisation
- Un remorqueur du Rhin.
- Fig. 7. —
- de tout temps, il a été la plus grande voie de pénétration entre l’océan et l’hinterland de l’Europe centrale. Dans celte vallée si fertile, si peuplée, parsemée à profusion de mines et de grandes industries, la création des chemins de fer, dont deux lignes parallèles longent le fleuve, n’a causé aucun préjudice à la navigation.
- Il est juste d’ajouter que les efforts persévérants et les dépenses sur ^ lesquels les Etals i riverains n’ont jamais lésiné lui ont singulièrement facilité l’exploitation du grand fleuve.
- Jusqu’à ces dernières années la navigation intensive remontait depuis l’em-bouchurejusqu’à Mannheim. En amont le cours du fleuve était trop irrégulier pour permettre un trafic constant. Sur toute cette partie moyenne et inférieure du Rhin, les travaux avaient assuré un chenal d'au moins 100 m. de largeur avec une profondeur de 2 m. 80.
- Ce n’est que vers l’année 1900 que le Grand-
- l’approfondLsement et l’élargissement de ce chenal en section transversale.
- La correction est obtenue à l’aide de digues longitudinales submersibles et d'épis perpendiculaires ou obliques, qui réalisent le colmatage progressif des rives du fleuve. Les terrains ainsi gagnés sur
- les divagations de son litdeviennent propriétés des communes riveraines et se couvrent peu à peu de végétation. La régularisation est affaire de dragages : la profondeur assurée à cette section est de 2 m.; elle permet de recevoir des chalands jusqu’à 1500 t.
- L’œuvre est aujourd’hui achevée, elle a coûté 14 millions de marks (fig. 5). Le même travail est projeté entre Strasbourg et Bàle (126 Tcm), mais n’est pas encore commencé. Des négociations laborieuses pour déterminer les contributions respectives du Grand-Duché de Bade, de l’Alsace et de la Suisse, entravent ce projet que l’état de guerre ajourne nécessairement à une époque indéterminée.
- Fig. 8. — Train de bois-radeau sur le Rhin.
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- Fig. g.
- Vue perspective partielle des gorges du Rhin, d* après une publication panoramique de i853.
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- Néanmoins, malgré les difficultés et les incertitudes de la navigation du Rhin supérieur, chaque année un nombre croissant de remorqueurs et de chalands remontent le Rhin jusqu’à Bàle grâce à ce que les armateurs, perfectionnant de plus en plus leur matériel, ont créé une série de-bateaux d’un faible tirant d’eau et cependant d’un assez fort tonnage, à l’aide desquels ils peuvent affronter le tleuve et ses bas-fonds pendant un nombre de jours beaucoup plus grand qu’antérieurement.
- C’est ainsi que le trafic fluvial à Bàle s’est élevé en 1912 à 71 400 tonnes; en 1913 à 96 653 t. et pendant les sept premiers mois de 1914 à 89 012 t. Le tonnage, deux fois et demie plus élevé à la montée qu’à la descente, se compose en première ligne de combustibles minéraux, puis de fonte brute, de phosphates, de céréales, etc. Le port fluvial de Bàle est aménagé mécaniquement pour manutentionner 5000 tonnes par jour.
- Mais les projets d’avenir ne se bornent pas là. D’éminentes personnalités en Suisse envisagent la navigabilité du Rhin jusqu’au lac de Constance, bien que l’on se heurte sur ce parcours à des difficultés qui paraissent infranchissables.
- Jusqu’ici le Rhin supérieur avait été exclusivement considéré comme un générateur d’énergie hydroélectrique. Quatre grandes usines et autant de barrages interceptent le cours du fleuve entre Bàle et Constance. L’usine de Neuhausen au pied de la chute du Rhin, celle de Lauîenbourg; le barrage et l’usine de Rheinfelden au tiers chemin entre Schaffhouse et Bâle, celle enfin d’Àugst, toute récente, à une quinzaine de kilomètres en amont de Bàle. Une cinquième est projetée à Eglisau.
- De ces quatre établissements qui captent une force globale de plus de 100 000 chevaux, le premier consacre son énergie à fabriquer sur place de l’aluminium, les autres sont des générateurs de transport de force pour les villes du nord de la Suisse.
- Ce qui prouve bien que les Suisses pensent sérieusement à faire circuler des bateaux jusqu’aux divers ports que baigne le lac de Constance, c’est qu’ils ont construit à grands frais, à Augst, une écluse de navigation (fig. 2). Déjà des projets sont dressés pour créer également à Rheinfelden et à Lau-fen une ou plusieurs écluses semblables. Et leur ambition, allant plus loin encore, poursuit l’élude grandiose d’une jonction du Rhin au Léman par la vallée inférieure de l’Aar et les lacs jurassiques de Bienne et de Neuchâtel.
- Mais revenons à la navigation sur le Rhin moyen qui, depuis peu, .ai-je dit, a son point de départ devant Strasbourg. Dominés par < et impérialisme sans frein, qui leur persuade que leurs places de commerce doivent s’accroître indéfiniment, les Allemands ne se contentent pas de créer le long des rives du fleuve des quais d’accostage; leur conception des ports fluviaux est tout à fait analogue à celle des ports maritimes à bassins multiples, et presque toujours ces bassins sont extensibles dans
- leur longueur. Le port de Strasbourg et le port badois de Kehl qui lui fait vis-à-vis (fig. 3) en fournissent deux exemples.
- De plus, chacun des bassins a une affectation bien déterminée ; les uns, les bassins de trafic, pourvus de hangars publics, sont affectés à rembarquement et au débarquement des marchandises générales; les autres, les bassins d’industrie, sont bordés de vastes terrains vagues destinés à recevoir des établissements industriels privés. La vente ou la location de ces terrains d’industrie couvrait en tout ou en partie la dépense de ces bassins et de leur abondant outillage.
- On trouve ainsi des ports de trafic et des ports d’industrie à Strasbourg, Kehl, Rheinau, Mannheim, Ludwigshafen, Worms, Mayence, Francfort (sur le Mein), Coblence, Cologne, Mulheim, Dusseldorf, Crefeld, Ruhrort, Wesel.
- L’aménagement du Rhin, et la création des bassins de Strasbourg, qui s’étendent sur les terrains inhabités séparant le fleuve de la ville, ont considérablement augmenté l’importance commerciale de cette place. Trois chiffres en donnent la mesure : en 1911, le tonnage des marchandises embarquées ou débarquées fut de 1 089 000 t. ; en 1912 de 1 669 000 t. ; en 1913 de 1 988 300 tonnes.
- Le grand port du Rhin moyen est Mannheim. C’est là que depuis longtemps les ingénieurs de tous les pays viennent étudier un modèle accompli d’organisation, rigoureusement établi d’ailleurs d’après le principe ci-dessus énoncé. Devenu malgré tout insuffisant, il a été complété par le port voisin de Rheinau, creusé dans une solitude qui s’est rapidement transformée en une agglomération de 20 000 habitants. Ces deux ports réunis comptent un trafic de lü millions de tonnes, sensiblement égal à celui de la Seine et du canal Saint-Martin à Paris.
- Mais le port le plus gigantesque, celui dont le tonnage dépasse même Hambourg et Londres, est Ruhrort, débouché naturel de tout le bassin houiller et métallurgique rhénan-westphalien. En 1912, les manutentions y ont atteint environ 34 millions de tonnes (19 millions seulement en 1903). Il est plus que probable que 1912 a marqué pour Ruhrort une apogée que les Allemands ne reverront plus.
- Le trafic sur le Rhin s’effectue à l’aide de remorqueurs et de chalands dont le nombre et les dimensions n’ont cessé de s’accroître jusqu’au jour des hostilités. Les plus puissants remorqueurs dépassent 1000 chevaux de puissance et on a construit quelques chalands qui atteignent une jauge de 3500 tonneaux. On comptait en 1913, sur le Rhin, environ 1800 remorqueurs, 2600 chalands en bois d’une jauge moyenne de 150 t. et 8500 chalands en fer portant en moyenne 750 tonnes.
- Les figures (6 et 7) donnent la silhouette des plus récents modèles de la navigation marchande sur le Rhin. Comme on le voit, les remorqueurs sont à aubes ; en outre, quelques vapeurs à hélice et je crois aussi à turbines, ont fait leur apparition récemment sur le fleuve.
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- Quant aux romantiques trains ou radeaux de bois flottés, qui portaient des villages, on en voyait encore quelques-uns en 1911 (fig. 8).
- À côté de ce mouvement de marchandises intense, qui anime sans relâche le chenal du Rhin, se dresse de temps en temps l’élégante silhouette des bateaux de voyageurs à marche rapide, chargés de touristes en promenade, de Mayence à Cologne.
- En deçà et au delà de ces deux villes, de Mannheim à Rotterdam, des services de passagers fonctionnent aussi, mais le nombre en est réduit, tandis que les magnifiques steamers de la descente classique, dont certains peuvent transporter 1000 personnes, sont toujours, en été, chargés de monde.
- L’Allemagne a commis la criminelle folie d’interrompre les travaux de la paix où elle excellait, pour y substituer les horreurs d’une guerre barbare, où vraisemblablement sa puissance sombrera et avec elle la prospérité dont la navigation sur le Rhin était le symptôme le plus saisissant.
- De ce passé survivront pour notre profit l’aménagement du Rhin jusqu’à Strasbourg et les bassins du port qui ont été creusés au devant de cette grande ville. 11 faut souhaiter que nous en tirions tous les avantages qu’ils nous promettent.
- Mais je ne terminerai pas cette étude trop sommaire sans rappeler deux éléments de prospérité économique que nous trouverons installés dans l’Alsace reconquise.
- Le premier est le bassin houiller de Saarebrück que nous devrons revendiquer en entier et qui nous fournira annuellement 20 millions détonnes de combustible (V. La Nature, n° 2152).
- Le second, plus récent, est encore ignoré de la plupart de nos compatriotes. On sait que, jusqu’à ces dernières années, l’Allemagne, grâce aux inépuisables mines de Stassfurt, possédait de fait le monopole mondial des sels de potasse. Or, il arriva en 1908 ou 1909 qu’une dame noble du Sundgau, Amélie Zurcher de Wittelsheim, entrevit en songe que le sous-sol de sa chère Alsace était imprégné de sources de pétrole. Obsédée de celte vision, elle
- chargea un de ses voisins, entrepreneur de sondages, de commencer des recherches dans ses domaines. On ne trouva pas de pétrole, mais la surprise fut grande de rencontrer un magnifique gisement de sels potassiques, capables de rivaliser avec les meilleurs de l’Allemagne centrale.. On
- reconnut après de promptes recherches que le gîte s’étend jusqu’au pied des Vosges. Les Allemands en ont, sans tarder, commencé l’exploitation et le raffinage dans une vingtaine d’usines immédiatement construites. Si l’on songe que l’Allemagne gagne près de 300 millions par an avec les gisements de Stassfurt, on appréciera la valeur du rêve de Mme de Wittelsheim. Et le Rhin sera pour nous l’agent d’exportation de cette nouvelle richesse. Victor Cajiron,
- Ingénieur E. C. P.
- Fig. io. — Tour de Pfalz et ruine du château de Gutenfels à Caub.
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- Une fois de plus, voici Varsovie sauve ! Et cependant a Varsovie doit être prise! » Telle est du moins l’antienne que, depuis sept mois, les généraux, séides de liindenburg et de son maître, ne cessent de chanter aux troupes qu’ils font décimer
- A supposer, en effet, que les Allemands s’emparent jamais de Varsovie, on ne saurait admettre que celte réussite terminerait la campagne de ce côté et leur permettrait, comme ils le prétendent, de dicter leurs conditions à la Russie. Il est cer-
- Fig. i. — Carte stratégique de la Pologne {en içro).
- en Pologne ; à force d’attacher leurs soldats par des chaînes à leurs canons, ils comptent réaliser un jour cet objectif. Mais ce ne serait point pour eux le succès final. Ils n’obtiendraient que l’avantage moral de retarder la dépression nationale allemande, — le bénéfice passager de différer encore l’intervention des neutres hésitants, — et l’exécration complémentaire d’avoir ravagé, torturé, massacré quelques provinces de plus.
- tain que celle-ci continuera la résistance à l’arrière de la capitale de Pologne. Dans quelles conditions?
- C’est naturellement, une revue allemande qui se charge de nous l’apprendre, dans un article publié parM. Kawkaski auxPetermanris Mitteilungen dès janvier 1910, p. 56. Nous empruntons à cette étude une partie des données suivantes.
- La frontière occidentale de la Russie, limitrophe de l’Allemagne, ne présente dé toutes parts que des
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- plaines ouvertes, la plus grande altitude de la Pologne n’atteignant que 611 m. (Lysa-Gora) à l’est de Kielce (266 m.) dans le sud du pays.
- La Pologne occidentale a toujours été le théâtre prévu des premières hostilités entre la Russie et l’Allemagne. Cependant, la Russie n’a accumulé les travaux de fortification que fort en arrière de sa frontière, sur la ligne des cours d’eau Niémen,
- Bolir, Narew et Vistule, laissant toute la Pologne occidentale, particulièrement riche, destinée à devenir la proie de l’ennemi.
- il a fallu s’y résoudre, parce que ces cours d’eau forment, à travers les grandes plaines polonaises, la seule coupure naturelle capable de fournir à une ligne de défenses artificielles la cohésion nécessaire à une résistance efficace. Voilà pourquoi s’est établi du Nord au Sud l’arc de cercle irrégulier des places fortes de Kowno, Olita, Grodno, Ossowietz, Lomza, Ostrolenka, Ros-chan, Pultusk,
- Segrshe, Novo-Georgiewsk, Varsovie et Ivvango-rod. ha capitale elle-même se trouvait sur cette ligne et, pour la protéger, les Russes ont dù, dès le début de la guerre en cours, improviser sur son front ouest les travaux de campagne qui caractérisent l’horrible conflit actuel. LaWarta, la Pilitza,laBzoura, la Rawka, rivières désormais fameuses, ne constituaient, par leur disposition naturelle, que des fossés trop peu continus et insuffisants ; on sait cependant avec quelle héroïque habileté nos alliés ont su jusqu’à .présent les utiliser! Le réduit ou fort central de la grande ligne des forteresses polonaises (pour employer des termes aujourd’hui
- quelque peu surannés) est Brest-Litowsk, sur le Bug, à 180 km à l’est de Varsovie. Nous allons y revenir.
- Une autre raison de ne pas fortifier la Pologne occidentale était la non-uniformité du réseau de voies ferrées, établi dans l’espèce de poche que cette région forme entre la Prusse et la Silésie, tandis qu’en arrière du front des places, six lignes divergent vers la Russie (Péters-hourg, Moscou et Kiew) et sont reliées entre elles par plusieurs lignes transversales (fig. 1).
- Versl’Autriche non plus, il n’v a pas de défenses permanentes de l,e ligne, la place de Dubno ayant été déclassée; mais la protection naturelle se trouve assez bien assurée par les marécages et les forêts de la Volhynie et du gouvernement de Lublin, et Iwan-gorod défend à la fois le passage de la Vistule et la voie ferrée qui vient des deux Silésies (Prussienne et Autrichienne) par Kielce. Dans ces parages
- et sur 120 km de long, la Vistule, large de 500 à 1000 m., constitue, au milieu de la Pologne méridionale, une tranchée particulièrement efficace; vers son confluent avec la Narew, le triangle Varsovie, Novo-Georgiewsk et Segrshefigureun puissant bastion, que les Allemands cherchent constamment à emporter. En arrière, sur un rayon de 120 km, il serait aisé de rassembler des troupes russes pour l’offensive contre les agresseurs de la Narew et de la Vistule.
- Parmi les autres places, Ossowietz est la plus forte; celles qui la relient à Novo-Georgiewsk ne sont guère que des têtes de ponts. C’est pourquoi Przanysz fut le centre de batailles acharnées. Ici la
- Fig. 2. — La place du marché à Varsovie.
- Fig. 3. — Un canal de dessèchement dans la Pologne misse.
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- LA POLOGNE STRATÉGIQUE
- Bobr et la Narew, sur une longueur de 225 km, coulent en moyenne à une journée de marche de la frontière prussienne dans un pays plat très boisé. Lomza est la plus solide de ces têtes de ponts, et au sud s’allonge, sur 40 km, une crête sableuse (Czerwonij-Bor) qui fournit une forte position stratégique. La Bobr, depuis son confluent avec la Narew jusqu’à Augustovo, coule à travers des
- ce côté, c’est encore la grande ligne de chemin de fer de Varsovie à Pétrograd par Grodno et Wïlna que les Allemands cherchent à couper sur un second point. Quant à Kowno (sur les lignes de Berlin à Kônigsberg), les Russes y possèdent une forteresse de premier ordre. En avant de ce front Nord d’ailleurs, entre Kowno, Augustovo et Grodno, le gouvernement de Suvalki est couvert d’une multi-
- Fig. 4. — Un train de bois sur un canal de dessèchement de Pinsk.
- marécages difficilement praticables; les Allemands ne comptaient utiliser que les deux routes de Lyck à Ossowietz et d'Augustovo à Grodno : la première, parallèle au chemin de fer de Kœnigsberg à Brest, est un long défilé battu par les canons d’Ossowietz placés dans une situation topographique très favorable.
- Les trois petites villes de Jedwabno, Radzilow, Kolno, pour la possession desquelles on s’est tant battu en février-mars, couvrent le passage de la Narew entre Ossowietz et Lomza, au confluent de la Bobr; derrière, à 50 km seulement, il faudrait que les Allemands s’emparassent de Bielostock, à la jonction de 5 voies ferrées, pour couper Varsovie de Pé-tersbourg, la prendre à reverspar le Nord-Est, passer entre Grodno et Brest, et assurer leurs arrières vers Kônigsberg 1 Telle était la récente conception deHin-denburg.
- Pour la partie Nord de la ligne de défense polonaise, le Niémen à Grodno atteint jusqu’à 400 m. de large, mais Olita n’est peut-être pas assez fort pour empêcher sa traversée au Sud de Kowno. De
- tude de petits lacs non moins difficiles à forcer que ceux de la Mazurie.
- Le pays est des plus pauvres. C’est pourquoi le premier effort des Allemands s’est d’abord porté vers les riches ressources de Lods, beaucoup plus rapprochées d’eux.
- S’ils réussissaient à forcer le passage entre Kowno et Ossowietz, ils ne trouveraient plus, sur 250 à 500 km, d’obstacles naturels ni artificiels jusqu’à la Bérézina et à la Dwina.
- Mais Saint-Pétersbourg et Moscou resteraient respectivement à 720 et 850 km de distance et, dans ce cœur de l’empire des Tsars, les concentrations des forces russes sauraient se souvenir de 1812, particulièrement entre Wilna et Smolensk !
- Quant à la traversée des fossés de la Narew et de la Vistule et même à l’enlèvement de Varsovie, ils mettraient, selon l’article que nous citons, l’envahisseur aux prises avec une seconde ligne de défense sur la haute Narew (derrière laquelle Bielostok est le nœud de cinq voies ferrées) et sur le Bug barré par Brest-Lipowsk. Il parait que depuis long-
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- temps, cette deuxième ligne de défense était projetée là par la Russie, pour doubler au Nord celle de Kowno-Grodno-Ossowietz et pour diverger au Sud-Est par Brest, Kowel, Luck et Rowno à travers Loute la Wolhynie, son extrémité Sud-Est devant garder contre les attaques de l’Autriche. Nous ignorons si ces travaux, différés par suite de la guerre avec le Japon en 1904, ont fini par être
- menses marais de Pinsk ou de Rokitno, de part et d’autre duPripet, s’étendent sur 400 km de longueur et 200 de largeur; bien que desséchés (‘), à concurrence des trois quarts ( 60 000 km2 sur 80 000) de 1875 à 1898, ils présenteraient encore aux envahisseurs qui viseraient Moscou et Kievv, un très sérieux obstacle, à cause de leur inextricable réseau de canaux de drainage.
- Fig. 5. -— Un marais en Pologne.
- (Les figures 3, 4 et 5 sont empruntées à l’ouvrage du général Jelinski).
- exécutés ; il est probable qu’on a établi tout au moins certains ouvrages de campagne, adéquats aux présentes contingences.
- Derrière Brest-Lipowsk et jusqu’à Kiew, les im-
- Si par malechance Varsovie succombait, l’Allemagne aurait donc à entreprendre une nouvelle campagne de Russie; des millions de défenseurs y feraient face (2). E.-A. Martel
- CE QUE L’ON SAVAIT DE L’ARTILLERIE LOURDE ALLEMANDE
- AVANT LA GUERRE
- On ne peut pas dire que la France ait méconnu l’artillerie lourde allemande avant l’ouverture des hostilités. Des polémiques techniques, qui ont eu leur écho dans les journaux quotidiens et même à la tribune de la Chambre des Députés, ont laissé filtrer assez d’inquiétudes dans le public. Nous savions tous que l’Allemagne possédait une puis-
- 1. Par les soins du général lieutenant Jelinski, qui a consacré à ce grand travail une belle publication officielle, 2 vol. in-8° et un atlas in-folio, Saint-Pétersbourg, 1899.
- 2. Pour ordre seulement, nous donnons une vue de Varsovie qui, pour l’étranger, n’offre véritablement aucune curiosité. Seule, la place de la vieille ville présente quelque
- santé artillerie lourde et que, à peu près seuls, nos 75 devaient tenir tête à ces obusiers et à ces canons. On pouvait se demander anxieusement ce qu’il adviendrait de nous en cas de conflit avec l’Allemagne. La réponse est faite : il nous a fallu en toute hâte construire des pièces d’artillerie lourde de campagne pour aider notre merveilleux 75,
- cachet les jours de marché. Le château Lazienki, construit par Stanislas Poniatowski de 1767 à 1788, est joliment bâti sur de magnifiques pièces d’eau. Le pont Alexandre posé sur 5 piles (1865) a 508 m. de long. L’histoire de Varsovie est. celle des malheurs de l'infortunée Pologne. En 1911, la ville comptait 872000 habitants dont 300000 juifs environ.
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- insuffisant dans bien des cas. Des généraux de talent, comme le général Langlois, se sont donc lourdement trompés en luttant avec toute l’autorité de leur nom contre le principe de l’artillerie lourde. Heureusement pour nous, les pièces étaient prêtes à construire. Nous devons une immense reconnaissance à ceux qui ont travaillé à ces études ; ils ont pu être momentanément découragés, mais la victoire éclatante qu’ils viennent de remporter suffit à les payer de leurs angoisses.
- Un officier d’artillerie, le capitaine Gliïck, a fait paraître, au mois de juin dernier, un petit volume tout à fait d’actualité : L'artillerie française en face de l'artillerie lourde allemande. Nous venons de le parcourir. L’auteur nous fait connaître l’utilisation de cette artillerie lourde et dans quelles conditions le canon de 75 peut lutter contre elle. Sa conclusion, l’insuffisance du 75, reçoit en ce moment une consécration pratique qui ne donne que plus de relief aux arguments invoqués en faveur d’une artillerie lourde française. Pour nos lecteurs nous allons essayer de montrer, nous abritant derrière l’autorité de cet officier, comment a été conçue l’utilisation de l’artillerie lourde allemande.
- L’artillerie lourde est née pour ainsi dire avec le premier canon. Nous ne retracerons son histoire qu’à partir de 1870, lorsque la France ayant reconstitué les places fortes de Toul, de Verdun et d’Épinal, l’Allemagne se préoccupa des moyens de les réduire. Nos ennemis cherchèrent une bouche à feu puissante et mobile pour constituer une artillerie de siège attelée. Apparurent alors les obusiers de 15 et les mortiers de 21 qui devinrent partie intégrante de l’artillerie de campagne, A partir de 1892, ces attelages furent attribués à l’artillerie à pied. On s’est ensuite efforcé d’assimiler cette arme aux autres troupes combattantes. En 1900, le régiment d’artillerie à pied de la Garde prenait une part brillante aux manœuvres impériales et l’obusier de 15 cm recevait le nom d'obusier lourd de campagne.
- En même temps, les Allemands se préoccupaient de remédier à l’impuissance des canons de campagne contre les retranchements. On expérimenta alors un canon court de 12 cm et son adoption ne fut arrêtée que par la mise en service des' obus à charge explosive puissante, ces obus étant capables, eroyait-on, de détruire les abris couverts. On s’aperçut vite que le réglage de tir de ces obus doit être très précis et que, d’autre part, les éclats étaient arrêtés par un blindage horizontal très faible. Nos ennemis reprirent alors l’idée du tir plongeant.
- L’obusier de 15 cm, très perfectionné, entra dans la constitution des batteries de campagne; mais la nécessité d’une plate-forme — dont on ne'croyait pas même pouvoir se passer — fit naître l’obusier de campagne de 10,5 cm, en 1898. Cet obusier ne donna pas les résultats' que l’on en attendait ; il fut néanmoins maintenu et n’a été,remplacé'que récem-
- ment par un autre plus léger à tir rapide. Nous voyons donc, en Allemagne, marcher de pair les études relatives au tir plongeant et celles de l’artillerie lourde, et dès 1902, on adoptait un obusier lourd de 15 cm à tir rapide. Les batteries de ces obusiers, qui étaient initialement à 6 pièces, furent réduites à quatre pièces en 1906, et, en 1908, l’Allemagne « consacre définitivement l’emploi dans la guerre de campagne des bataillons d’obusiers lourds de 15 cm qui font désormais partie intégrante des corps d’armée ».
- Précédemment La Nature a donné la composition de l’artillerie de campagne allemande. Nous ajouterons seulement qu’elle comprenait, au commencement de l’année 1914, 25 régiments, soit 50 bataillons, et 195 batteries, soit 700 pièces de gros calibre. En principe, chaque corps d’armée dispose d’un bataillon d’obusiers lourds de 15 cm à 4 batteries. Les autres formations d’artillerie sont sans doute des organes d’armée; il y avait en tout 125 mortiers de 21 cm et 80, à 90 batteries de canons longs de 10 à 13 cm.
- Comment les Allemands ont-ils résolu le problème de l’emploi de l’artillerie lourde. L’artillerie à pied, dit le règlement, doit appuyer l’infanterie de concert avec l’artillerie de campagne. Nous allons voir dans quelles conditions.
- En principe, les mortiers sont réservés à l’attaque des forts d’arrêt ou des positions solidement fortifiées. Les canons longs sont destinés à détruire les buts résistants; de plus, grâce à leur portée, et aux puissants effets de dispersion de leurs projectiles, ils sont propres au tir contre les troupes en marche et contre les ballons dirigeables. Ils forcent ainsi l’ennemi à se déployer trop tôt en favorisant le déploiement de l’artillerie de campagne avec laquelle ils sont associés. Les shrapnels du canon de 13 battent les routes, les villages, et les obus sont employés contre les obstacles. Le grand nombre de balles du shrapnel de 10 permet d’atteindre les artilleurs derrière les boucliers des pièces de campagne; ce canon est donc considéré par mos ennemis comme un adversaire sérieux de nos 75 à cause de sa plus longue portée.
- Certains officiers français ont nié l’efficacité de ces canons en sé basant sur la difficulté des observations ; mais il importe de remarquer, avec le capitaine Glück, que les projectiles de gros calibre sont plus facilement observables que ceux de notre 75; de plus, les Allemands n’ont pas été sans organiser très sérieusement leur service d’observation, particulièrement à l’aide des aéroplanes qui voient le but et le point d’éclatement. La preuve en a été faite. Actuellement on peut dire que les adversaires du tir à longue portée, qui étaient nombreux hier encore, sont définitivement vaincus. Les Allemands, a écrit le capitaine Glück, fondent de grandes espérances sur l’intervention de ces pièces puissantes dans la bataille. C’est dans un esprit nettement offensif qu’ils en prévoient l’emploi et ils
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- comptent modifier de ce fait à leur avantage la physionomie des premiers engagements. La a pratique » n’a pas répondu aussi pleinement qu’ils le croyaient à leurs prévisions ; en réalité, dans beaucoup de cas, le tir de leur artillerie lourde n’a été qu’un bombardement peu efficace.
- Le règlement allemand de 1908 reconnaît que « l’action du feu de l’artillerie lourde est décisif contre l’artillerie reconnaissable, contre l’infanterie dans ou derrière des abris, et surtout contre les points d’appui fortement constitués ». 11 suffit donc de reconnaître une batterie pour qu’immé-diatement les obusiers lourds entrent en action, ce qui ne veut pas dire d’ailleurs que cette action doive être efficace. Une batterie d’obusiers lourds de 15 cm (4 pièces) peut battre un front de 500 m. sur une profondeur de 50 m. Ce front correspond à un groupe de batteries de campagne. La valeur de cet obusier se révéla, il y a quelques années, dans des expériences, qui firent grand bruit, dit le capitaine Glück, au champ de tir de Thorn. Cette batterie régla son tir sur la crête derrière laquelle se trouvait une batterie établie sur un front double du sien. Un tir systématique sur 400 m. de profondeur donna des résultats étonnants : 100 coups tirés amenèrent la mise hors combat de 55 pour 100 du personnel et de 65 pour 100 du matériel. Ces brillants résultats n’ont d’ailleurs jamais été confirmés au cours de la guerre actuelle. En fait, une batterie de 15 tm peut lier quatre batteries de campagne et à une distance supérieure à la portée de ces dernières batteries. Cet obusier possédant, de plus, la possibilité de tirer sous de grands angles peut utiliser tous les accidents de terrain, les maisons, etc., pour se dissimuler.
- D’autre part, l’intervention de l’obusier léger pourrait faire contester l’inutilité du 15 cm. Le règlement allemand réfute cette manière de voir : « L’obusier lourd, dit-il, est supérieur à l’obusier léger comme puissance de pénétration, de destruction et de dispersion de son projectile. C’est pourquoi il sera avantageusement utilisé contre l’artillerie et contre les positions d’infanterie fortement organisées. » Plus loin le même règlement ajoute : « Le moyen le plus sùr pour l’arlillerie à pied d’appuyer l’infanterie est d’écraser avant tout l’artillerie ennemie. » Donc : action directe contre l’artillerie ennemie afin de libérer de la lutte l’artillerie de campagne, laquelle prendra ensûite position contre l’infanterie. Ce n’est donc qu’en second lieu que le feu de l’artillerie lourde sera dirigé contré l’infanterie, retranchée, * dissimulée ou abritée; il lui apporte, en raison de la forme de sa trajectoire et de la justesse, un concours qui ne doit cesser qu’au moment de l’abordage.
- En principe cette artillerie doit prendre place derrière les batteries de campagne pour en favoriser le déploiement.
- Les nombreuses discussions auxquelles a donné
- lieu l’organisation de l’artillerie allemande, révèlent le principe de l’attaque allemande : mettre hors de cause l’artillerie adverse en lui infligeant des pertes importantes, il faut l’anéantir. « Quoi qu’il en soit, dit le capitaine Friederich, cité par le capitaine Glück, la première et la plus belle mission de l’artillerie lourde sera toujours de réduire au silence l’artillerie ennemie. Lorsque l’observation peut avoir lieu dans des conditions tant soit peu favorables, elle y arrivera par la destruction d’une artillerie égale en nombre : s’il s’agit d’une artillerie trois ou quatre fois supérieure, celle-ci sera paralysée et neutralisée. Elle donnera par là au commandant des troupes toute liberté pour l’emploi de son artillerie de campagne et de son infanterie, à laquelle elle rendra possible ou tout au moins facilitera la traversée de la zone battue par les feux de l’ennemi. » Hàtons-nous d’ajouter une fois encore que dans aucun cas les prévisions de l’officier allemand ne se sont réalisées. •
- Le capitaine Glück ajoute que, d’autre part, on ne peut, nier l’elïet moral de l’artillerie lourde, surtout sur l’infanterie amie : « les pièces d’un calibre supérieur, supposées à tort ou à raison produire d’importants effets de destruclion sur l’ennemi, donneront à cette infanterie une sécurité et une confiance réelles et qui justifient les efforts auxquels on aura consenti pour les lui assurer. » L’expérience des premiers jours de la guerre a montré l’exactitude de cette opinion, et aussi combien les marmites ont été démoralisantes pour nos troupes.
- « C’est une hypothèse gratuite que de supposer, comme d’aucuns l’ont fait, écrit le capitaine Glück, que l’énorme artillerie à pied des Allemands, ses lourdes voitures, ses longues colonnes, ne sont pas réellement destinées à faire partie intégrante des corps d’armée en campagne, et que l’organisation allemande masque celle d’une artillerie de siège préparée pour entrer instantanément en jeu et être amenée devant nos forts de première ligne avant leur mise en état de défense.
- « Il ne faut pas dire non plus que la grosse artillerie allemande n’arrivera pas sur le champ de bataille, qu’elle ne sera pas là pour commencer la lutte, qu’elle se traînera en queue des colonnes : nous ne pouvons préjuger de la mobilité ni de la capacité de manœuvre d’un matériel dont nous ne nous servons pas et dans l’emploi duquel, au contraire, nos adversaires se perfectionnent tous les jours. »
- Nous devons ajouter, pour réduire à néant certaines affirmations qui ont couru dès le début de la guerre, que le 420 n’était pas un inconnu pour nous. Nous savions qu’il était en expérience, mais nous ignorions -qu’il dût entrer en campagne dès la déclaration de guerre. Son apparition en Belgique a été la seule surprise de cette guerre. D’ailleurs le nombre de ces obusiers en service paraît très restreint. Lucien Fournier.
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- REMISE A FLOT DU STEAMER « ZEELAND »
- Le 12 novembre dernier, le steamer Zeeland, pris par le brouillard, s’échoua dans le fleuve Saint-Laurent sur un banc de boue dans lequel, par suite de sa vitesse, il s’enfonça profondément. Le Zeeland se trouvait dans des conditions toutes spéciales. Il devait se rendre, au plus vite, à Montréal, y prendre son chargement et repartir pour l’Angleterre avant le 22 novembre, époque à laquelle le Saint-Laurent est pris par les glaces. Il fallait donc le renflouer dans le plus bref délai possible. Au moyen de dragages on commença d’abord par lui frayer un chenal en enlevant la masse de boue qui l’entourait de chaque côté. Mais les dragues ne pouvaient malheureusement pas atteindre la masse de boue, qui se trouvait au-dessous de lui et sur laquelle il prenait appui. Malgré les efforts d’une flottille de remorqueurs aidés par les machines de 12 000 chevaux du Zeeland, on ne put réussir à renflouer le Zeeland, l’adhérence entre le fond du navire et la masse boueuse étant trop grande. C’est alors qu’on eut recours à un procédé ingénieux sur la proposition de M. Wotherspoon, directeur de la Yankee-Salvage C°, de New-York. On perça dans la paroi inférieure du double fond du navire 14 trous qui furent également répartis sur toute la surface de la coque reposant sur la masse
- boueuse. Ces trous percés on les relia, au moyen de tuyaux en caoutchouc, à un compresseur d’air fournissant 27 mètres cubes d’air à la minute. Puis, afin d’alléger le navire, on enleva les bateaux de sauvetage, quelques masses pondéreuses et 1700 mètres cubes d’eau servant de water-ballast et se trouvant dans la cale. Ceci fait on attacha à la proue du Zeeland un câble dont l’autre extrémité était fixée à un treuil placé sur une drague. D’autres câbles étaient également fixés à cinq remorqueurs d’une puissance totale de 14000 chevaux. Les machines du Zeeland étant alors mises en marche alternativement en avant et en arrière, on envoya l’air comprimé dans les trous dont nous venons de parler. Sous l’action de cet air, l’adhérence qui existait entre la coque et la masse boueuse disparut et, au bout de 10 minutes, sous l’effort des remorqueurs et de la drague qui, auparavant, n’avaient pu parvenir à renflouer le Zeeland, celui-ci se mit à flotter, put Se rendre à Montréal, y prendre son chargement et repartir pour l’Angleterre avant la prise du Saint-Laurent par les glaces. Les seules réparations nécessitées pour cette opération ont consisté à reboucher les trous précédemment percés pour l'admission de l’air comprimé au-dessous de la coque.
- R. Boxnin.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du i5 février 1915.
- Bactériologie de la gangrène gazeuse. — MM. Sartory et Spilhnann ont constaté, dans tous les cas de gangrène gazeuse, un bacille strictement anaérobie, poussant de préférence sur les milieux glucosés à la température de 37°, qui paraît être le Bacillus Perfringens.
- Sur le transport des mines marines par les courants. — M. E. Bertin montre le danger que peut présenter la mobilité des mines automatiques mouillées actuellement
- en très grand nombre. Ces mines sont maintenues en place par le poids d’un crapaud qui sert d’ancrage. Mais, quand on a calculé ce poids, on n’a pas tenu compte de la poussée oscillatoire tenant à la houle, qui peut finalement produire un effort de soulèvement de 150 kg pour une mine pesant 300 kg, déplaçant 400 kg d’eau et maintenue par un crapaud de 150 kg. La mine flotte alors librement et peut être, emportée peu à peu à de grandes distances.
- CHICORÉE DE GUERRE
- Les ménagères — qui sont souvent alarmistes — ont été quelque peu émues, au commencement de cette année, par la disparition de la chicorée à café chez leurs fournisseurs habituels. Bien que ce ne soit pas là un aliment de première nécessité — on peut vivre cent ans, et même moins, sans lui — elles n’ont pas été peu satisfaites que cette pénurie ait été enrayée dans un assez bref délai, au point que les paquets de chicorée se vendaient dans la rue même. Comme la chicorée se cultive surtout dans le Nord, d’où on ne peut, pour l’instant, la faire venir, et- comme, d’autre part, elle n’est pas douée de la propriété de la génération spontanée, il a bien fallu qu’on la remplaçât par « autre chose ». Cet « autre chose », d’après l’enquête à laquelle je me suis livré, est un ensemble assez complexe, parfois même un « horrible mélange » le même, probablement, qui, en Allemagne, sert à l’alimentation (?) de nos pauvres prisonniers, lesquels, dans leurs
- lettres, ne tarissent pas sur son manque de charme....
- Dans la majorité des cas, la chicorée a été remplacée par des glands doux torréfiés, que d’ailleurs, des marchands consciencieux vendent sous ce nom même. Il ne faudrait pas, toutefois, se laisser influencer par cette expression de « glands doux » et croire qu’il s’agit là d’une production particulière de je ne sais quelle contrée privilégiée. Lesdits glands doux, en question, ne sont que des glands ordinaires, c’est-à-dire les fruits des chênes (Quer-eus sessiliflora et Quercuspedunculala), que, frais) on donne à un animal auquel je ne veux pas faire allusion pour ne pas troubler la digestion des sybarites dégustant leur moka. Ces glands sont desséchés, torréfiés, puis grossièrement pulvérisés, de manière à ressembler, à s’y méprendre, à de la chicorée. Il n’y a, d’ailleurs, pas grand mal à confondre l’un avec l’autre, car tous deux — comme les autres succédanés de la chicorée — se résument
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- -----... ~^......... CHICORÉE
- en un tissu végétal imprégné de sucre caramélisé par la torréfaction. Si, cependant, la curiosité pousse à avoir le cœur net sur la question, il suffit de se munir d’un microscope. En examinant la poudre à l’aide de cet instrument grossissant, si l’on trouve des grains d’amidon à tache centrale allongée, des pellicules brunes et garnies de poils parfois disposés en pinceau, des fragments de péricarpe analogues à ceux de notre dessin, on peut être certain que l’on a affaire à de la poudre de glands doux.
- Un autre succédané de la chicorée est la carotte, l’honnête carotte, dont on a fait, je ne sais pourquoi, le bouc émissaire des tromperies, ce qui, cependant, en l’espece, se justifie. On se contente de la découper en menus fragments et à la sou-
- Fig. i. — Chicorée à café, vue au microscope.
- a, portion du tissu, avec vaisseaux laticifères disposés en réseau; b, quelqiies cellules de liège; c, vaisseaux ponctué et rayé, vus en long; à, portion decellules du liber.— Remarquer qu'il n’y a pas de grains d’amidon.
- mettre à la torréfaction. Comme elle est riche en sucre, elle ne fait aucune difficulté à se caraméliser et à brunir — seul but que l’on poursuit.
- On utilise encore plus souvent les cossettes de betteraves, c’est-à-dire les fragments de celles-ci desséchés de manière à pouvoir être conservés longtemps. Torréfiées, ces cossettes brunissent, et, ensuite, grossièrement pulvérisés, ressemblent à de la chicorée. Au microscope, cependant, celle-ci est facilement reconnaissable à des débris de cellules de liège, de forme polygonale, disposées en plusieurs couches superposées, de cellules remplies de cristaux de sucre, de débris de vaisseaux ponctués plus ou moins larges.
- Les fraudeurs font encore appel à bien d’autres matières, dont je citerai les principales : le radis blanc, racine du Brassica ? apa; le pain torréfié; les débris de semoule et de vermicelle; des caroubes, fruits desséchés du Caroubier, arbre de la région méditerranéenne ; les fruits de l’Arachide ;
- DE GUERRE ..... 183
- les grains de diverses céréales (orge, seigle, riz, etc. ) ; les graines de lupin ; les graines de soya ; les résidus de brasserie, le vieux marc de café complètement
- Fig. 2. — Poudre de glands doux, vue aii microscope. a, morceau d'épicarpe; b, morceau de mésocarpe; c, cellules scléreuses; d, portion de parenchyme ; e, poils; f, grains d'amidon; g-, cellules remplies de grains d’amidon; h, vaisseaux spiralés.
- épuisé, etc. Il en est même qui vont jusqu’à augmenter le volume et le poids de leurs paquets en les additionnant, plus ou moins copieusement, de tourbe, de sable, d'ocre rouje, des cendres de houille tamisées.
- Fig. 3. — Divers éléments d’une chicorée falsifiée par un mélange hétérogène. a, fragment de tourbe (Sph ignum); b, cellules, avec cristaux de sucre, de cossettes de Betterave ; c, cellules scléreuses de de l’Arachide; d, cellules de la graine de Lupin; e, cellules en sablier de la graine de Soya.
- C’est un peu dépasser les limites permises pour la confection du démocratique « jus de chapeau », comme l’appellent les militaires! Henri Coupin.
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- DÉSHUILAGE ÉLECTRIQUE DE LA VAPEUR
- La vapeur parcourant une machine entraine l’huile de graissage, de la boite de distribution et du cylindre, et la pulvérise si fortement que cette huile se retrouve en général dans la vapeur condensée, plutôt sous forme d’émulsion que de simples gouttelettes. Or, tandis que l’eau résultant de la condensation, grâce à sa pureté chimique, rendrait de grands services (surtout pour alimenter les chaudières), cette émulsion laiteuse constitue un obstacle à son utilisation. L’huile, se déposant de plus en plus abondamment sur les parois, s’oppose au passage de la chaleur, et le risque de surchauffage qui en résulte compromet gravement la sécurité de l’installation.
- Gomment se débarrasser de l’huile? Lorsqu’elle est en quantité suffisante pour se dégager cà la surface, sous forme de gouttelettes, on installe, en, premier lieu, un bassin elarificateur à cloisons, de dimensions suffisantes pour y faire séjourner l’eau au moins 50 minutes.
- Quant à la vapeur condensée, qui renferme une émulsion d'huile, on a préconisé, soit la filtration (à travers du coke, des éponges, des serviettes, etc.), soit le traitement chimique, sans toutefois obtenir des résultats satisfaisants. On a même essayé de purifier la vapeur d’échappement avant sa condensalion, mais les résultats donnés par ce procédé sont loin d’être concluants. D’ailleurs la résistance opposée au passage de la vapeur introduit, dans ce dernier cas, une certaine perte d’énergie.
- Le nouveau procédé électrolytique, employé dans certaines usines, est basé au contraire sur l’action d’un courant électrique qui, au passage de l’eau, détruit l’émulsion et condense l’huile en flocons mousseux, susceptibles d’être séparés par voie
- mécanique. Pour y arriver, on se sert d’un réservoir en bois qui renferme des plaques de fer, formant électrodes. L’eau huileuse, passant près de ces électrodes, est traversée par le courant électrique qui décompose l’émulsion et réduit l’huile en
- flocons. Après ce traitement préliminaire, l’eau est
- conduite à travers un filtre à gravier, qui retient toutes les impuretés. Pour augmenter la conductibilité éleclrique de l’eau, on lui ajoute
- une solution de sels de calcium et de magnésium en faible quantilé. II importe d’effectuer le déshuilage pendant que l’eau est chaude ; le procédé est alors plus rapide et,
- par conséquent, plus économique.
- La consommation de courant (continu) varie, suivant la teneur en huile, entre 0,15 et 0/2 kilowatt par 1 mètre cube d’eau. Les frais du déshuilage électrique, dans le cas où le courant est engendré sur les lieux, au prix d’environ 0 fr. 09 par kilowatt, sont, par conséquent, d’environ 1 îr. 25 par mètre cube d’eau, ce qui est absolument négligeable auprès des grands avantages résultant, de la pureté de l’eau.
- Les appareils, d’un fonctionnement parfaitement automatique, ne nécessitent aucune surveillance. Il faut seulement, à quelques jours d’intervalle, changer le sens du courant à l’aide d’un commutateur prévu au tableau de distribution : on permet ainsi à la houe d’huile s’attachant aux électrodes de se dégager et de montér à la surface. D’autre part, il convient de laver les filtres, de temps en temps, afin de les décrasser et d’assurer leur bon fonctionnement. Ces opérations, qui ne demandent chaque fois qu’environ 10 minutes, peuvent parfaitement être effectuées par n’importe quel mécanicien.
- H. Cantor.
- Une usine de déshuilage.
- Le Gérant. P. Masson. — Imprimerie Lahüre, rue de Fleurus, ô, à Paris
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- LA NATURE. — N° 2164.
- 20 MARS 1915.
- GENERALITES SUR LES FUSÉES D’OBUS
- Fusée
- Une cartouche de canon est constituée par une douille en laiton étiré munie d’un tube porte-amorce contenant la charge de poudre, un projectile serti dans cette douille, et une fusée destinée à provoquer l’éclatement du pro jectile (fig. 1).
- Cette dernière pièce a une très grande importance, car c’est d’elle que dépend l’efficacité du projectile. Que la fusée ne fonctionne pas et l’obus n’a pas plus d’intérêt qu’un boulet plein; qu’elle fonctionne mal, ou trop tôt ou trop tard, les effets du tir sont insignifiants; qu’elle soit bien réglée au contraire, les résultats sont foudroyants. Aussi est-il très intéressant d’avoir, sur les diverses fusées, quelques indications précises. Nous nous bornerons dans cet article à des généralités : l’examen des détails, quelque importants qu’ils soient, nous entraînerait trop loin.
- Nous choisirons comme exemples des fusées des pays étrangers ; car, si les Allemands connaissent maintenant en détail, pour en avoir subi les effets, les diverses armes en service dans notre armée et les particularités de toutes leurs pièces, la Censure, pour des raisons mystérieuses, désiré que les Français restent plongés dans les ténèbres.
- On peut classer en 3 groupes bien distincts les nombreux modèles de fusées qui arment les obus : fusées à temps quand elles produisent l’éclatement du projectile au bout d’un temps, ou d'un trajet déterminé ; fusées percutantes qui fonctionnent par l’effet du choc du projectile contre un obstacle résistant ou sur le sol; enfin fusées à double effet ainsi nommées parce qu’elles ont les deux fonctionnements, c’est-à-dire qu’elles peuvent agir, soit comme fusées à temps, soit comme fusées percutantes.
- Les fusées à temps, les plus faciles à concevoir, servent à armer les bombes, les obus sphériques, les grenades à mitrailles, les grenades à main, tous engins antiques, contemporains de l’Empire, que l’on croyait bien définitivement relégués au musée et qui, chose curieuse, ont repris, depuis que l’on se bat à quelques mètres, un regain d’actualité. « Cra-pouillôts », grenades à main ont les honneurs des
- Doai//e
- s fagots 'depoudre
- Tule
- Fig. i, — Schéma de la cartouche à obus de ?5.
- photographies des journaux illustrés, on en parle dans les communiqués qui leur donnent d’ailleurs, on ne sait pour quelle raison, des noms allemands (minenwerfer par exemple). En principe, une fusée à temps se compose (fig. 2) d’un corps en bois dans lequel est enfoncé un tube en carton contenant une composition fusante ; celle-ci est amorcée à la partie supérieure par deux brins de mèche à étoupille (coton trempé dans un mélange de poudre et d’alcool). Elle est mise en communication avec la charge intérieure du projectile par un petit canal ménagé à la partie inférieure du corps de fusée.
- Ce dernier porte à l’extérieur des traits circulaires correspondant aux durées de seconde en seconde. Des amorces de trous indiquent les points où l’on doit percer latéralement les corps de fusée pour obtenir l’éclatement du projectile
- après le nombre de secondes inscrit à -porte-amorce côté_
- L’allumage des fusées pour canon et mortiers lisses est obtenu par les gaz de la charge qui, enveloppant l’obus, communiquent le feu aux deux brins de mèche à étoupille et par suite à la colonne de composition fusante.
- Dans les grenades à main, dont les Russes firent contre les Japonais un si fréquent usage et dont nous nous servons avec succès dans la guerre de tranchée, le dispositif est un peu différent. Nous le décrirons, —Corpsdefusée car il comporte une pièce intéressante, le rugueux. On appelle ainsi un morceau de métal quelconque, fil ou tige de cuivre ou de fer, à profil terminal irrégulier, rugueux, d’où le nom de l’appareil, qui détermine -.—tube(ta/ton) l’inflammation des poudres par frottement sur une matière très sensible.
- L’ensemble du dispositif destiné à transmettre le feu est appelé étoupille en pyrotechnie.
- La grenade à main, quels que soient sa forme et son poids, comporte un œil dans lequel on enfonce, à l’aide d’un maillet par exemple, une fusée composée d’une forte étoupille montée dans un corps de fusée en bois de forme conique. La figure 3 montre la coupe d’une fusée de grenade d’un modèle cou
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- Coup
- (bois)
- Composition ~~ fusante
- — Goupi/te.
- Fig. 2. — Fusée en bois à tube métallique.
- 43' Année. — 1er Semestre-
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- GÉNÉRALITÉS SUR LES FUSÉES D’OBUS
- rant. Le fonctionnement se comprend facilement; lorsqu’on tire brusquement sur le rugueux, la composition fulminante s’enflamme et communique le feu à la colonne fusante qui brûle environ 4 secondes et transmet le feu à la charge du projectile.
- Le lancement de la grenade s’effectue à l’aide d’un cordon tire-feu composé d’un'bracelet, que le grenadier passe à son poignet, d’une corde de 30 centimètres environ et d’un crochet formé par un fil d’acier, que l’on engage dans la boucle du rugueux.
- Quand on lance la grenade, le projectile décrit sa trajectoire, mais le rugueux, retenu par le cordon, s’arrache, et l’inflammation se produit.
- Les fusées percutantes, employées dans un grand nombre de canons de campagne ou de siège, fonctionnent par inertie.
- Lorsque le projectile s’arrête brusquement, une petite masse, libre à l’intérieur de la fusée, continue, par inertie, son mouvement en avant. Elle est munie d’un rugueux
- qui allume alors la charge intérieure.
- Comme exemple, nous décrirons ne des plus simples et des plus répandues de ces fusées (fig. 4).
- Dans le corps de fusée se trouve logé un percuteur composé de trois parties : une masselotte tron-conique, la grande base en haut, traversée de part
- Fig'. 3. — Fusée pour grenade à main.
- ressort <Varmement constitué par une lame de laiton ayant Je profd indiqué sur la figure et portant en son milieu un trou correspondant au canal du porte-amorce. Un ressort de sûreté interposé entre le bouchon et la masselotte empêche celle-ci de se porter en axant pendant le trajet du projectile dans l’air.
- Avant le tir, pendant les transports, la masselotte du percuteur est portée par deux saillies arrondies du ressort d'armement. L’amorce est ainsi maintenue à l’abri du choc du rugueux (fîg. 4, a).
- Dans le tir, au départ du coup, le projectile est poussé en avant par les gaz de la charge, mais la
- - Grandtube masse^otte Par confre> en vertu de son inertie, ne suit pas immédiatement le mouvement d’ensemble de l’obus, elle reste en arrière et le porte-amorce avance dans le canal de la masselotte en aplatissant les saillies arrondies du ressort d’armement, jusqu’à ce que les bords inférieurs delà masselotte touchent le fond de la fusée; à ce moment l’amorce affleure le haut de la masselotte, la fusée est dite armée (fîg. 4, b).
- Au choc du projectile sur le sol, le percuteur tout entier se porte en avant, par inertie, en surmontant la tension du ressort de sûreté, l’amorce vient frapper le rugueux, détone, met le feu à la charge du porte-amorce et par suite à la charge intérieure du projectile (fig. 4. c).
- Coiffe
- Bouchon
- '_Composition
- Fulminante Rugueux -Petit tuùe
- Composition
- fusante.
- -—Foudre fin
- __/ere
- __Bouchon
- -Ressortde sûrete - -Rugueux ^ -Rlasse/otte —Amorce Fü/minante -Fbudre comprimée -Porte amorce. Poudre
- 'Ressort dârmement -Disque de fermeture \____Bouchon de cire
- Fig. 4. — Fusée percutante de campagne : a, avant le départ; b, après le départ; c, à l'arrivée.
- en part par un canal ,à section carrée, un porte-amorce percé d’un canal central présentant deux chambres : la chambre supérieure qui reçoit une amorce fulminante et la chambre inférieure qui contient une petite charge de poudre; enfin un
- On conçoit, d’après ce que nous venons de dire, qu’une fusée percutante qui a été tirée, si elle n’a pas fonctionné au sol. n’en est pas moins dans un état d’instabilité mécanique des plus dangereux; il n’y a^plus que le ressort de sûreté qui empêche le
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- GENERALITES SUR LES FUSEES D’OBUS : —---187
- percuteur de fonctionner et de déterminer l’éclatement du projectile.
- En général, ce ressort est très faible, une chute de 20 cm par exemple-suffit pour surmonter sa résistance ; de plus il est souvent brisé par le choc et alors le simple déplacement de l’obus Suffit pour amener le rugueux et l’amorce en contact.
- Les fusées à double effet sont principalement employées dans l’artillerie de campagne. Elles sont les plus intéressantes en raison des perfectionnements nombreux qui leur ont sans cesse été apportés et sur lesquels, toujours par suite du « silence patriotique imposé », nous ne pourrons même pas glisser.
- Les fusées réglementaires dans les différentes armées sont du système dit à barillet caractérisé par l’enroulement en hélice, sur une pièce appelée barillet, d’une colonne de composition fusante.
- Elles sont organisées de façon à prendre feu au départ du coup grâce à un mécanisme appelé appareil concutant.
- Le barillet des fusées est entouré d’une pièce nommée chapeau, portant une graduation qui indique le point où il faut percer le barillet pour obtenir l’allumage pour avoir l’éclatement au bout d’un nombre de secondes déterminé.
- Les premières fusées à barillet, et les fusées allemandes actuelles, étaient à chapeau mobile. C’est-à-dire que les trous donnaient une graduation en seconde, les dixièmes de seconde s’obtenant par une rotation du chapeau (fig. 5).
- Pour régler la fusée, il fallait donc desserrer l’écrou de serrage flu. chapeau, le faire tourner de la quantité convenable (dixième de seconde), resserrer l’écrou, déboucher l’évent correspondant au nombre entier des secondes. Aussi était-ce une opération longue et délicate que supprima, vers 1885, l’apparition du chapeau fixe. Il est plus allongé que le chapeau mobile et porte la graduation complète en dixième de seconde.
- Le tube fusant enroulé sur le barillet brûle à la vitesse d’environ 13 mm par seconde.
- La ligure 6 permet de se rendre compte de la constitution type d’une fusée à double effet et de la complexité de ses organes. Le fonctionnement est le
- suivant : au départ du coup, le rugueux de l’appareil concutant fait fléchir le ressort qui le supporte et vient piquer l’amorce placée à l’arrière. Cette amorce prend feu et enflamme une rondelle de poudre comprimée. La capacité intérieure du barillet est donc remplie de gaz enflammés.
- Si aucun évent n’a été débouché dans l’alliage mou de plomb, étain et antimoine, qui constitue le chapeau, ces gaz s’échappent par un trou, non numéroté qui a été ménagé à la construction. La fusée fonctionne alors simplement comme percutante au point de chute, car en même temps que le concuteur a fonctionné au départ, le système percutant s’est armé. Si, au contraire, on a débouché un évent, c’est-à-dire percé à la fois le barillet et le tube fusant, une partie des gaz enflammés de la rondelle de poudre comprimée, allumée par le concuteur au départ, vont s’échapper par cet évent, enflammant le tube fusant.
- Les deux tronçons en lesquels on l'a sectionné brûlent indépendamment,, le tronçon antérieur sans résultat, puisqu’il n’aboutit à rien, tandis que le tronçon postérieur, aboutissant à la chambre à poudre, et par suite à l’intérieur du projectile, provoque l’explosion de ce dernier lorsqu’il arrive au terme de sa combustion après un temps déterminé, c’est-à-dire en un point connu de sa trajectoire.
- On comprend, par le rapide exposé qui précède, que la question délicate dans l’étude d’un projectile d’artillerie, soit la constitution de la fusée. Si on a eu raison de faire une journée du 75, il ne faut pas oublier que la fusée de ses obus est pour une grande partie dans l’efficacité de son tir. Merveilleusement bien établie, elle permet aux schrapnells d’éclater à 2 ou 3 m. du sot et de donner ainsi leur maximum de puissance ; dans les tirs percutants, grâce à un retard de quelques centièmes de seconde, l’obus rebondit et éclate ensuite.
- A joutons, pour terminer, que pour faire détoner les charges considérables d’explosifs, la capsule de fulminate allumée par la fusée n’est pas suffisante. On lui adjoint une gaine-relai contenant une petite quantité d’explosif, en général de la mélinite pulvérulente, qui provoque, par sa détonation, l’explosion de la totalité de la charge de l’obus. X...
- Fig. 5. — Fusée à chapeau mobile.
- chapeau.
- Concuteur -Tube Fusant -Ressort de concuteur - -Ronc/el/e depoudre comprimée -dmorce de concuteur ~~ Porte-amorce de concuteur
- 'Trou de communication Chambre àpoudre
- 1 Appareil ( percutant
- Fig. 6. — Fusée à double effet de campagne.
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- LES PORTS ALLEMANDS DE LA MER DU NORD
- La baie allemande, suivant l’expression germanique (fig. I), est limitée à l’Est par les côtes du Schleswig et du Danemark et, au Sud, par les îles sablonneuses de la Frise allemande : Borkum, Norder-ney, Spickeroog, Wangeroog qui continuent celles de la Frise hollandaise. Elles sont, comme elles, les débris d’un vaste cordon littoral rompu par la mer qui, au moment des hautes mers, se répand par les graus sur les plages vaseuses (watten) qui bordent les terrains alluvionnaires de l’Oldenbourg et du Hanovre. Tout le littoral de cette baie est bas et son atterrissage est difficile, sauf à l’ile d’Héli golan d qui se trouve au centre de cette baie et dont La Nature a parlé dans son numéro 2152.
- Dans cette baie allemande les courants de flot venant de la mer du Nord se dirigent de l’Ouest à l’Est avec une vitesse de 1 à 1,5 nœuds, en s’incurvant vers le Sud à mesure qu’ils approchent des estuaires des différents fleuves qui débouchent dans cette baie.
- Quant aux courants de jusant ils sont directement inverses de ceux de flot.
- Dans les parages d’Héligoland l’amplitude de la. marée est de 2 m. 80 en vive eau et de 1 m. 80 en morte eau, la durée du flot étant de 5 h. 40 et celle du jusant de 6 h. 45. Toutefois cette amplitude de la marée est sérieusement influencée par les vents. Par ceux d’Ouest le niveau moyen des hautes et des basses mers est relevé de 0 m. 28 et, par les vents d’Est, abaissé de 0 m, 35, les vents de Nord et de Sud étant sans influence.
- Etant données les difficultés d’atterrissage de cette baie tous les navires venant de la mer du Nord viennent d’abord reconnaître les hauts fonds de
- Borkum Biff pour venir ensuite ranger, soit le feu flottant Weser s’ils veulent entrer dans ce fleuve, soit le feu flottant Elbe I s’ils se dirigent vers l’Elbe. Toutefois, par les vents de Nord-Ouest, les plus violents dans ces parages, tous les navires, armant d’atterrir, viennent reconnaître le phare élec trique d’Héligoland.
- Au fond de cette baie allemande débouchent quatre fleuves d’importance inégale qui sonl, en commençant par l’Ouest : YEms, la Jade, le Weser et
- Y Elbe. Sur ces fleuves se trouvent des ports importants, tels que Emden, W i le h Imsha-fen, Brême et Hambourg. Nous nous proposons de dire quelques mots de ces fleuves et de ces ports en nous servant des renseignements fournis par MM. Qui-nelte de Roche-mont, Ducrocq et de Joly dans 1 es différents articles publiés par eux dans les Annales des Ponts et Chaussées.
- ' L’Ems, dont le cours est sinueux et étroit dans sa partie aval canalisée, traverse, avant d’arriver à la mer, le Dol-lart, grand bassin de 2<)00 hectares de superficie qui est entièrement couvert par la mer au moment du plein. A la sortie de ce bassin, l’Ems se divise en deux bras séparés par l’île de Borkum pour gagner ensuite la mer par deux chenaux dont l’un, celui occidental, a des profondeurs de 7 à 8 m. à basse mer. Grâce au Dollart, qui forme bassin de chasse, ces profondeurs s’y maintiennent bien.
- A l’entrée du Dollart se trouve le port d’Emden qui, dans ces dernières années, a subi d’importantes transformations.
- C’est à ce port que viennent aboutir le canal de
- Fig. i.
- Ports allemands de la mer du Nord.
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- LES PORTS ALLEMANDS DE LA MER DU NORD 189
- l’Ems à la Jade et celui, récemment construit, de l’Ems au Rhin de près de 500 km de longueur qui a pour but d’amener dans un port allemand (Emden) les charbons exportés du bassin de la Ruhr vers l’étranger et de concurrencer ainsi le port hollandais de Rotterdam vers lequel tous les charbons de la Ruhr sont expédiés, soit par le Rhin, soit par chemin de fer.
- La Jade est un petit fleuve de peu d’importance (fig. 1) qui débouche dans un grand bassin, le Jade busen, communiquant avec la mer par un goulet relativement étroit.
- Grâce à ce bassin qui, comme le Dollard, sert de bassin de chasse, les profondeurs d’eau dans le goulet, dans le chenal et en aval de celui-ci se maintiennent à 10 m. au-dessous des basses mers. C’est à l’entrée de ce goulet et sur sa rive gauche que le gouvernement allemand, en 1850, a créé le port militaire de Wilhehnshafen.
- Depuis sa fondation ce port a subi de nombreuses transformations et actuellement il est devenu un arsenal de premier ordre pour la marine allemande.
- Des chantiers de construction navale y ont été adjoints où il est possible de construire les plus grands navires de guerre.
- Des phares installés sur les îles qui bordent le chenal, des feux flottants et des bouées facilitent l’accès du port de Wilhelms-hnfen.
- La Weser qui, à Minden, est formée delà réunion de la Werra et de la Fulda (fig. 1). se divise en trois parties distinctes : la Weser supérieure, d’une longueur de 366 km, s’étendant de Minden à Brême; la Weser inférieure, de 68 km de longueur, de Brême à Bremerhaven, sur les rives de laquelle se trouvent plusieurs petits ports tels que :
- Vegesak, Brake ; enfin la Weser maritime qui forme son estuaire d’une longueur de 59 km entre Bremerhaven et les grands fonds delà mèr.
- Les profondeurs de la Weser inférieure, à l’aval de Brême, ne permettaient l’accès de ce port qu’à des
- navires ne calant pasplusdeSm. 75. Aussi, depuis longtemps, les navires de mer ne pouvant plus atteindre ce port s’arrêta’ent soit à Vegesak, soit à Brake d’où les marchandises étaient amenées à Brême par des allèges. En présence de cet inconvénient, la ville de Brême, en 18i7, acheta au Hanovre des terrains situés sur la rive droite de la Weser et près de l’embouchure de la rivière Geeste dans le but d’y créer un port annexe qui est devenu Bremerhaven. Ce port ne tarda pas à se développer.
- Mais cette division eh deux parties du port de Brême était loin d’être sans inconvénients au point de vue économique et de la concurrence avec les ports voisins. Aussi la ville de Brême pensa, pour ramener les navires dans son port, à créer dans la ville même des bassins et à améliorer le cours de la Weser. Mais la dépense était trop lourde pour ses ressources et elle dut y renoncer. C’est alors que le gouvernement allemand proposa à la ville de Brême d'entrer dans le Zoll-verein. A la suite de longs pourparlers l’entente fut faite et le lu octobre 1880, la ville de Brême entrait dans le Zoll-verein, mais les nouvelles installations à créer à Brème et celles de Bremerhaven restant en dehors de la zone douanière. De plus, le gouvernement allemand accordait à la ville de Brème une subvention pour la création du nouveau port de Brême et de Bremerhaven et les travaux» de régularisation de la Weser étaient entrepris.
- Ces travaux de régularisation, commencés en 1887, ont été terminés en 1895. Ils oiit consisté, comme pour tous les estuaires de rivières à marée, à augmenter en chaque point la puissance hydraulique de l’onde
- Fig. 2. — Port de Brême.
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- Fig. 3. Port de Bremerhaven.
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- marée, en facilitant sa propagation et en augmentant ainsi le.cube d’eau qui remonte à thaquc marée. Dans ce but le nouveau chenal a été limité par des digues longitudinales arasées au niveau des basses mers dont l’écartement va en diminuant de l’aval à l’amont afin de tenir compte de l’affaiblissement de l’onde marce à mesure qu’elle remonte vers l’amont. On a, de plus, fait dispa-. raître les courbes trop prononcées, les irrégularités du lit et tous les bras inutiles, cause d’affaiblissement, ont été supprimés au moyen de barrages. A la suite de ces travaux, aidés par des dragages, les profondeurs ont augmenté dans la partie amont entre Brake et Brême et, aujourd’hui, des navires de 5 m. de tirant d’eau peuvent arriver en une marée au port de Brême. Mais, étant donné le tonnage toujours croissant des navires, cette profondeur devient insuffisante et des travaux sont commencés en vue de porter à 7 m. le tirant d’eau des navires pouvant remonter -à Brême pendant une marée.
- Dans la partie maritime de la Weser, c’est-à-dire celle comprise entre Bremerhaven et la mer, le chenal, en aval de Bremerhaven, se divise en deux bras séparés par un banc de sable mobile. Un peu plus loin ces deux bras se réunissent pour gagner la mer par un chenal profond. Lorsque les courants
- se divisent inégalement entre les deux bras les profondeurs de ceux-ci -varient et la navigation devient difficile dans l’un ou l’autre et souvent dans les deux. Afin d’obvier à cet inconvénient on a construit dans l’estuaire deux digues longitudinales en farcincs dont l’une, celle de la rive gauche, a une longueur de 7 km et celle de la rive droite une longueur de 1 km 6. De plus, on a dragué le nouveau chenal ainsi régularisé et on a pu obtenir, dans ce nouveau chenal, une profondeur de 8 m. au-dessous des basses mers.
- Port de Brême. — Antérieurement à 1880 le port de Brême (fig. 2) ne comprenait que des installations placées sur les deux rives du fleuve qui actuelle-
- Fig. 5. — Ecluse d’entrée des nouveaux bassins du fort de Brême.
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- Fig. 6. — Bassin dit port de Hambourg réservé à la Hambourg-America.
- ment ne sont plus utilisées. Vers 1885 fut commencée la construction du bassin I situé dans le port franc. Ce bassin, situé sur la rive droite de la YVeser, en aval de la ville, communique directement avec le fleuve par un pertuis de 60 m. de largeur. Sa longueur est de 2000 m. et sa largeur de 120 m.
- Il est bordé de hangars avec tout l’outillage nécessaire pour les opérations des navires. En 1890 fut construit le bassin aux bois et aux fabriques.
- Il est situé en dehors du port franc. D’une longueur d’environ 1500 m. et d’une largeur moyenne de 70 m. ses quais Sud servent au dépôt du bois et la rive Nord est occupée par de nombreuses fabriques. Tous ces quais, ainsi que ceux du bassin I, sont munis de voies ferrées reliées aux gares de chemins de
- fer. Ce bassin au bois aboutit dans le bassin III qui lui-même communique avec la Weser par un pertuis situé à environ 500 m. en aval de celui du bassin I. Entre ces deux bassins on a commencé la
- construction du bassin II du port franc destiné au commerce du coton. Lorsqu’il sera terminé, sa longueur sera de 1720 m. et sa largeur de 80 m. Comme le bassin aux bois il aboutit dans le bassin III. En prévision de l’avenir et de l’insuffisance de ces bassins, en présence de l’augmentation du trafic, la ville de Brême a acheté des terrains en aval du bassin 111 pour y créer de nouveaux bassins. A l’heure actuelle ces bassins se réduisent à un canal A sur lequel viennent aboutir les bassins transversaux B, C, F. Deux autres bassins transversaux D et E sont projetés. Contraire-
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- Fig. 7. — Port de Hambourg.
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- ment
- aux pre- , miers bassins qui communiquent directement avec le Weser, le canal A est ter miné à son extrémité aval par une écluse à sas de 171 m. de longueur et de 25 m. de largeur. La surface des terrains libres autour de ces derniers bassins est de 250 hectares dont 100 sont actuellement occupés par des usines (fig. 5).
- La ville de Brême, depuis 1880 jusqu’à aujourd’hui, a dépensé tant pour son port que pour la régularisation delà Weser la somme de 500 millions de francs, dépense qui a été largement compensée par l’augmentation du trafic.
- Port de Bremerhaven. — Le premier bassin construit à Bremerhaven date de 1850 (fig. 5). C’est le vieux bassin qui communique avec le Weser par une écluse à sas. Sa longueur est de 750 m. , sa largeur de 100 m. et sa surface d’eau de 7,2 hectares. Il n’est plus fréquenté que par des bateaux de pêche et des caboteurs. Vers 1850 on construisit le nouveau bassin communiquant avec le Weser par une écluse simple. D’une, longueur de 850 m. et d’une largeur moyenne de 100 m. sa surface d’eau est de 8,27 hectares. Les quais de la rive Ouest sont concédés à la Compagnie du Norddeutschcr Lloyd qui y a établi des ateliers de réparation. Sa profondeur est de 7 m. 91 au-dessous des hautes mers. Vers 1895 fut commencée la construction du Kaiserhafen qui, tout d’abord, communiqua avec le Weser par une écluse simple disposée comme celle du nouveau bassin perpendiculairement à l’axe du bassin, ce qui était loin de faciliter l’entrée et la sortie des navires. De plus, les dimensions des ouvrages ne suffisaient plus pour les nouveaux navires du Norddeutscher Lloyd. C’est alors qu’en 1892 on décida de nouveaux travaux d’agrandissement du Kaiserhafen. On commença d’abord par construire une nouvelle écluse à sas donnant accès au Kaiserhafen. Cette écluse est précédée d’un
- Fig. 8. — Bassin Sandlhor à Hambourg.
- avant-port dont l’axe longitudinal, ainsi que celui de l’écluse, est ouvert vers l’amont de la Weser en formant un angle de 57° avec les rives du fleuve dans le but de faciliter l’entrée et la sortie des navires. Cet avant-port, d’une largeur de C0 m., est limité de chaque côté par des quais, celui de l’Ouest donnant un mouillage de 10 m. en moyenne, permettant l’accostage des navires du Norddeutscher Lloyd pendant la moitié de la marée. L’écluse à sas qui suit l’avant-port a une longueur de 225 m. et une largeur libre aux têtes de 28 m. donnant un mouillage de 10 m. 56 au-dessous des hautes mers ordinaires. Ces travaux terminés, le Kaiserhafen I a été agrandi, puis on a construit une forme de radoub de 226 m. de longueur, 25 m. de largeur et de 10 m. 50 de tirant d’eau qui occupe le bassin II, et, enfin, le bassin III. En prévision de l’avenir, de nouveaux agrandissements consistant dans la création d’une nouvelle entrée et de nouveaux bassins sont prévus. Ces projets sont indiqués en ponctué sur le plan.
- L’Elue. — L’embouchure proprement dite de l’Elbe (fig. 1) se trouve au droit de Cuxhaven situé à l’extrémité de la rive gauche du fleuve et à 100 km de Hambourg. A haute mer, la largeur à cet endroit est de 10 milles environ. A l’aval de cette embouchure se trouve l’estuaire de l’Elbe qui s’étend vers la mer sur une longueur de 15 milles et où le fleuve coule au milieu d’îles et de bancs de sable mobile
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- Fig. 9. — Les docks de Hambourg. (Les figures 6? 8 çt 9 ont été communiquées par M. Y. Cambon.)
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- par différents chenaux plus ou moins profonds. Le plus important de ceux-ci est celui du Sud qui longe la rive de Cnxhaven et qui, dans l’estuaire, a des profondeurs moyennes à basse mer de 9 m. Dans la rade de Cuxhaven cette profondeur atteint même 12 à 14 m., ce qui donne un mouillage sûr, sauf par les vents de Nord-Ouest au Nord-Est pour les grands navires de guerre.
- En amont de Cuxhaven les deux rives de l’Elbe se rapprochent jusqu’à Brunsbuttel situé à 10 milles en amont et où aboutit le canal de Kiel.
- Le grand chenal qui longe Cuxhaven se continue jusqu’à Brunsbutell où on trouve des profondeurs à basse mer de lü mètres.
- En amont de Brunsbutell l’Elbe se rétrécit et, jusqu’à Hambourg, présenle des élargissement et des rétrécissements successifs qui ont amené la formation de bancs, notamment à Blan-kenese, à l’aval de Hambourg. Ces bancs gênants pour la navigation produisent, de plus, un effet fâcheux ' sur la propagation de la marée. Un peu en aval de Hambourg, l’Elbe se divise en deux bras (fig. 7) : le Norder Elbe qui baigne les quais de Hambourg et le Suder Elbe qui passe à Harbourg. Ces deux bras se réunissent à l’amont de Hambourg à Bunbaus. Par suite des différences de profondeurs et de longueur de ces deux chenaux, la propagation de la marée, dans ceux-ci se faisait dans de mauvaises conditions et, surtout, au détriment du Norder Elbe qui passe à Hambourg.
- Toutes ces conditions réunies faisaient que la profondeur dans l’Elbe entre Hambourg et Bruns-buttel était insuffisante et que les grands navires ne pouvaient remonter jusqu’à Hambourg ou en partir avec leur plein chargement. Il fallait donc remédier à ce grave inconvénient. On commença d’abord par opérer des dragages dans le but d’abaisser les hauts fonds très gênants de Blankenese. A la suite de ces dragages les navires d'un tirant d’eau de 8 m. purent atteindre Hambourg, tandis que, auparavant, seuls les navires de 4 m. de tirant d’eau y accédaient. C’était déjà un progrès mais insuffisant. En 1868 on procéda à la régularisation du Norder Elbe et du Suder Elbe, ce qui, en facilitant la propagation de la marée à l’amont, eut pour résultat l’accroissement de profondeur dans le port de Hambourg. En 1897 on procéda à l’approfondissement du Kôhlbrand qui joint le Suder Elbe avec le Norder Elbe dans le but de permettre au port de Harbourg de recevoir des navires d’un plus grand tonnage. Le port d'Altona, qui touche celui de Hambourg, avait son port élargi. Enfin, à l’aval
- d’Altona on régularisait le chenal jusqu’à Niens-tedten. Depuis, des dragages intensifs ont été faits sur les bancs de Blankenese et, aujourd’hui, le port de Hambourg est ouvert aux navires de 9 m. de tirant d’eau.
- Port de Hambourg. — Les premiers bassins construits sur la rive droite de l’Elbe sont : le Sandthorhafen, puis successivement, le Gras-brookhafen, le Magdeburghafen qui, tous, communiquent directement avec l’Elbe sans écluses. A la même époque on construisait le Strand, quai qui longe la rive droite de l’Elbe. Ces bassins, les plus anciens du port et ouverts antérieurement à 1882, comprennent une surface d’eau de 24 hectares, une surface de terre-pleins de 21 hectares et près de 5 km de quais avec hangars, grues et voies ferrées.
- Le 1er octobre 1888 l’État hanséalique, à la suite de longs pourparlers, entrait dans le Zollverein allemand, mais il était entendu que le port et ses annexes resteraient en dehors et constitueraient un port franc. De plus, le gouvernement allemand accordait une subvention de 50 millions de francs pour couvrir une partie des dépenses nécessitées par la construction de ce port franc qui devait occuper une surface .de 984 hectares.
- Aussitôt après cette entente, on construisit sur la rive Nord de l’Elbe et à l’Est des anciens bassins le Baakenhafen. Puis, tout l’espace utilisable sur la rive Nord de l’Elbe étant occupé on dut passer sur la rive Sud en créant le Segelhafen, immense bassin de 1400 m. de longueur et de 500 m. de largeur. En aval de ce dernier furent construits le Hansahafen, l’Indiahafen et le bassin au pétrole qui, tous, ont un débouché commun dans l’Elbe. Tous ces derniers bassins de la rive Sud sont entourés par trois autres bassins pour la batellerie, le Moldauhafen, le Saalehafen et le Spreehafen qui débouchent dans le Beiherstierg, un des bras de l’Elbe, et près de l’embouchure duquel se trouvent de nombreux chantiers et ateliers de construction navale, notamment ceux de Blohm et Yoss, les grands constructeurs de navires. Ces derniers bassins terminés vers 1902 portèrent à 381 hectares la surface d’eau du port franc de Hambourg. Plus de 15 km de longueur de quais étaient utilisables pour les navires de mer. Les 53 hangars établis sur les quais oc.upaient une longueur totale de plus de 10 km et une surface couverte de 270000 m2. Tous ces quais sont munis de grues de puissance variable et de -voies ferrées dont la longueur totale atteint plus de 158 km. Pour la construction de ces der-
- Fig. io. — Port de Cuxhaven.
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- niers bassins la ville de Hambourg a dépensé environ 500 millions de francs.
- Malgré l’importance de ces installations, celles-ci ne tardèrent pas à devenir insuffisantes et on se décida à créer de nouveaux bassins vers la limite Sud-Ouest du port franc. C’est ainsi que furent construits les bassins À, B, C, D, ces deux derniers bassins étant réservés à la Compagnie Ilambourg-America qui y a concentré tous ses services.
- Port de Cuxhaven. — Dès le xme siècle, la ville de Hambourg avait senti la nécessité d’avoir à l’embouchure de l’Elbe un port d’abri pour ses navires. Elle l’établit d’abord à l’ile de Neuwerk, puis, en 1393, elle s’annexa des terrains sur la rive gauche de l’Elbe et y établit un petit port qui fut l’origine de Cuxhaven. Ce petit port (fig. '10), qui reçut des agrandissements successifs, se compose d’un premier bassin fie vieux port) et d’un second destiné à recevoir les navires en quarantaine. Tel était le port de Cuxhaven jusque vers 1890. Il avait rendu de grands services, mais il devenait insuffisant au point de vue de la surface d’eau et des profondeurs. Des agrandissements devenaient nécessaires, mais les habitants de Hambourg, craignant une rivale-future, s’opposaient à tout travail. Il fallut la pression de la puissante Compagnie Hambourg-America pour faire céder le Sénat d’Hambourg. Celle-ci, qui avait décidé de faire construire pour sa ligne de New-York de nouveaux navires calant 8 m., menaça la ville de Hambourg, étant donnée l’impossibilité de faire remonter ces navires jusqu’à Hambourg, de les faire partir de Cuxhaven. C’est alors,
- à partir de 1890, que la création de nouveaux bassins fut décidée. On creusa d’abord un bassin de 3,7 hectares de superficie et de 3 m. de profondeur au-dessous des basses mers destiné à la flotille de pêche, puis un port en eau profonde qui se compose d’un avant-port de 500 m. de longueur et de 250 m. de largeur au fond duquel débouchent deux darses de 80 m. de largeur, séparés par une traverse de 90 m. de largeur. Une forme de radoub est également construite dans l’angle Sud de l’avant-port. La surface d’eau de cet avant-port et des deux darses est de 16 hectares et la longueur des quais de 5 km. La profondeur d’eau est de 9 m. aux basses eaux ordinaires et d’environ 12 m. à pleine mer. Ce bassin peut donc recevoir les plus grands navires de commerce et de guerre.
- L’entrée du nouveau port de 100 m. de largeur est flanquée de chaque côté d’un musoir de 120 m. de longueur, de 9 m. de largeur et de 16 m. 50 de hauteur au-dessus du fond de l’Elbe, ce qui donne, à leur pied, une profondeur de 11 m. au-dessous des basses mers. C’est au musoir Ouest que la Compagnie Hambourg-America embarque et débarque ses voyageurs et leurs bagages. Sur le côté gauche du port se trouve la gare maritime d’où partent ou arrivent les trains qui transportent les Aoyageurs amenés ou partant par les paquebots de la Hambourg-America. C’est au quai Ouest du nouveau port entièrement concédé à la Compagnie Hambourg-America que les paquebots de cette compagnie font leur charbon et embarquent ou débarquent leurs marchandises. R. Boxjnijn.
- L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE FRANÇAISE
- ET LA CONCURRENCE ALLEMANDE
- Depuis une trentaine d’années, le progrès des sciences médicales imprima à la pharmacie une orientation nouvelle. Les médicaments aux formules souvent compliquées, les produits biologiques ou autres préparés selon les règles rigoureuses de l’asepsie, les antiseptiques et les sérums d’animaux ne pouvaient plus s’obtenir dans l’arrière-boutique d’une apothicairerie. Il fallait que quelques grandes usines ou d’importants laboratoires physiologiques, en monopolisent la fabrication. Pénétrons, par exemple, dans les modernes établissements de la Pharmacie centrale de France, où les remèdes qui s’emploient en dosé infinitésimale — telle la quinine — se fabriquent par centaines de milliers de kilogrammes. Combien semblent modestes les ustensiles des apothicaires d’autrefois à côté de ces gigantesques cuves où cristallise le sulfate de magnésie; de ces énormes alambics, où s’élaborent les alcoolats; de ces lourdes meules et de ces robustes pilons qui, tout le jour, écrasent du ben-zoate de soude !
- Les matières premières fournies par la nature à l’art médical sont, en effet, rarement susceptibles
- de s’utiliser immédiatement en thérapeutique. Il faut leur faire subir différentes manipulations qui ont pour but l’extraction du principe actif afin de faciliter leur mode d’administration au patient; de dorer, en un mot, la pilule au malade!
- Passons donc en revue les principales méthodes qui permettent de réaliser les différentes formes pharmaceutiques, c’est-à-dire les espèces ou simples mélanges de plantes, séchées; les solutions,'les produis distillés, les extraits, les pâtes sucrées, les pilules, granules et cachets; les pommades, onguents, sparadraps et autres médicaments pour l’usage externe.
- La confection des espèces n’exige que des opérations mécaniques sans l’intermédiaire d’aucun agent nouveau. Dans l’herboristerie, magasin plus ou moins vaste, on conserve les bois et les écorces ; on étale ou on suspend les plantes fraîches pour les faire sécher; puis, une fois la dessiccation effectuée, on les met dans des ballots soigneusement étiquetés, en attendant qu’on les divise au moyen de raboteuses (bois de santal, de quassia), de tritureurs (granulage des quinquinas), de tarares et de mou-
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- lins (farine de lin) ; qu’on les pulvérise dans des mortiers en fonte à l'aide de pilons mécaniques (fîg. I) ins!allés d’ordinaire par batterie de 4, 8 ou 10; qu’on les broie sous des meules en granit ou qu’on les tamise, afin de donner aux poudres la ténuité exigée par le Codex.
- La distillation sert à préparer des hydrolats et des alcoolats, selon que l’eau ou l’alcool constitue le véhicule de la base médicamenteuse. Dans la majorité des cas, on emploie des matières végétales soit à l’état frais, soit après leur dessiccation. On les laisse macérer pendant un temps variant de vingt-quatre heures à plusieurs jours, puis on met le tout dans l’alambic, et on distille au bain-marie. Parfois la distillation s’opère dans le vide, ce qui abaisse considérablement la température d’ébullition et empêche la décomposition des huiles essentielles.
- Prenons, comme exemple typique, l’obtention de la quinine, ce fébrifuge si précieux. On l’extrait de l’écorce de quinquina qu’on commence par concasser, pulvériser et tamiser mécaniquement, puis on la mélange avec une certaine quantité de chaux et on épuise l’ensemble par les pétroles lourds dans un alambic à vide.
- Les alcaloïdes (chinchonine et quinine) que renferment les quinquinas, se dissolvent dans les hydrocarbures qui les abandonnent par évaporation. On les sépare en les convertissant en sulfate que l’on fait cristalliser dans d’énormes cuves (fîg. 2). Le sulfate de quinine se dépose, tandis que celui de chinchonine plus soluble, demeure dans les eaux mères, la purification complète s’opère par des cristallisations successives, après chacune desquelles on recueille le produit dans de puissantes essoreuses, qui en éliminent rapidement les eaux mères. Enfin, on dispose le sulfate de quinine purifié sur des clayettes munies de papier absorbant, qu’on porte à l’étuve. Après dessiccation, on n’a plus qu’à mettre le produit en boites ou en flacons.
- Les extraits secs ou mous s’obtiennent en évaporant plus ou moins les solutions d’un produit soit végétal, soit animal, afin de réduire à un volume relativement petit les principes actifs d’un médicament. Bien que la découverte des alcaloïdes, acides, glucosides et autres composés définis rencontrés dans les plantes ait diminué l’importance des extraits, des bassines de 250 à 500 litres et des alambics de 1500 litres s’emploient souvent pour préparer des extraits aqueux de coca, de kola, de digitale et d’opium ; des extraits alcooliques de colchique et de jusquiame; les extraits éthérés de cantharide et de fougère mâle. Quant aux extraits nommés « robs », ils proviennent de l’évaporation directe des sucs naturels de végétaux, tels ceux de laitue, d’aconit, de belladone et de ciguë.
- Donnons maintenant une idée de l’importance du débit de certains médicaments ressortissant de la chimie minérale. Entrons dans l’atelier du kermès de la Pharmacie centrale de France à Saint-Denis, dans lequel se voient 25 bacs en tôle contenant
- 1200 litres chacun, munis de larges tuyaux et robinets les faisant communiquer entre eux ou les isolant à volonté. On y fait bouillir pendant une heure un mélange de sulfate d’antimoine, carbonate de soude et eau, qu’on dirige ensuite dans des évapo-rateurs de 5000 litres. On filtre la liqueur à chaud, et il s’en sépare à froid une poudre brune, légère, veloutée, qu’on met sécher sur des clayettes en bois recouvertes de papier, et qui constitue le kermès usité à la dose de 5 à 20 centigr. comme expectorant.
- De leur côté, les bacs chauffés à la vapeur dans lesquels s’évaporent journellement des solutions de sulfate de magnésie n’ont pas des proportions plus réduites. De là, des goulottes en bois conduisent les liqueurs dans des cristallisoirs, pour les transformer en jolis cristaux blancs, que des ouvriers enlèvent à la pelle. Il s’en fabrique à l’établissement de Sa’nt-Denis 80 000 kg tous les ans. Quant au chloroforme, il occupe parfois, à lui seul, un pavillon spécial dont toutes les fenêtres sont garnies de rideaux noirs.
- Etudions à présent les diverses formes pharmaceutiques qui permettent d’administrer aisément les médicaments d’odeur et de saveur désagréables. Autrefois, on se contentait d’envelopper les poudres amères dans du pain azyme préalablement humecté. Puis vers 1872, un praticien de Paris, Limousin, imagina de les enrober dans des cachets de même substance, qu’on fabrique maintenant au moyen d’espèces de gaufriers (fig. 3). Ces moules sont constitués par des plaques en fer portant de petits alvéoles, entre lesquels on introduit une pâte d’amidon, et ils reposent sur un fourneau à gaz.
- On se sert, dans un but identique, de capsules dont l’enveloppe gélatineuse, bien qu’inattaquable par la substance active, se dissout dans le tube digestif. Pour cela, on chauffe dans un bain-marie une solution de gélatine et de gomme, et une ouvrière y plonge, après les avoir huilées, de petites olives en fer poli (fig. 4), fichées par leur tige dans les trous d’un plateau auquel elle imprime des mouvements circulaires tantôt dans un sens, tantôt dans un autre, afin de régulariser la couche visqueuse qui adhère à la surface de l’olive. Puis elle retire le moule du bain, et une fois la couche refroidie elle porte le plateau dans une étuve très peu chauffée. Quand les capsules sont assez sèches mais encore suffisamment élastiques, une autre de ses compagnes les retire des olives. On les pose ensuite, l’orifice en haut, par groupe de cent, dans les cavités hémisphériques de petites planchettes en bois.
- D’autres femmes les remplissent du liquide voulu à l’aide de burettes effilées ou de réservoirs munis de tuyaux très fins, en ouvrant et tournant les robinets à chaque capsule (fîg. 5). Cette opération, si simple en apparence, exige ici un habile tour de main pour effectuer le remplissage sans répandre le produit à côté. La capsule pleine, on la ferme en passant à plusieurs reprises sur l’orifice un pinceau trempé dans la solution gélatineuse chaude.
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- Les pastilles se fabriquent à l’aide d’un ingénieux appareil. On prépare d’abord la pâte formée du médicament pulvérulent ou dissous qui s’incorpore au sucre au moyen d’un mucilage adragant. On malaxe ensuite cette pâte et on la réduit au rouleau, en une galette de la largeur et de l’épaisseur désirées, puis . on la met sur le chemin horizontal de la pastilleuse. Elle progresse alors entre deux séries d’emporte-pièces qui, s’élevant et s’abaissant automatiquement, la découpent en pastilles. Celles-ci sont rangées au fur et à mesure sur des claies en bois qu’on porte sur des rayons où elles restent quelque temps à sécher. L’ouvrière qui sert la pastilleuse a soin de relever le reste de
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- d’une masse pesante qui semanœuvreàl’aidedecames montées sur un arbre animé d’un mouvement de rotation. Une fois le produit convenablement divisé, s’il est pulvérulent, on y ajoute de la glycérine, du miel, un sirop, un extrait ou autre agglutinant, afin de lui donner la consistance voulue. Si, au Contraire, le médicament est liquide ou trop mou, on y incorpore un excipient inerte pulvérulent (réglisse ou guimauve).
- Voici la pâte obtenue. Pour la transformer en pilules, on la roule en « magdaléons », ou bâtons cylindriques que l’on comprime entre les cannelures superposées d’une machine dite « magdaléo-nier ». On a ainsi de petites sphères qu’on conserve
- Fig. i. — Batteries de pilons mécaniques et meules à broyer.
- la pâte déchiquetée qu’on pétrit à nouveau avant de la faire repasser sous l’emporte-pièce.
- Pour réaliser les pâtes de guimauve ou lichen, on incorpore la substance médicamenteuse à du sucre fondu, et on la verse, goutte à goutte, dans des moules spéciaux à l’aide d’un poêlon à bec. On les porte ensuite au séchoir avant de les démouler. Les moules se réalisent de la manière suivante. On remplit d’amidon pulvérulent des caisses rectangulaires en bois, puis on les fait passer sous une presse dont les pièces métalliques, en s’enfonçant dans la poudre, confectionnent régulièrement les trous nécessaires à la coulée de la pâte fluide.
- La fabrication des pilules se fait au moyen de pilons et du magdaléonier. On commence par mêler les substances actives avec des pilons mécaniques (tîg. 1), énormes poutres verticales armées
- dans du lycopode, afin de les empêcher d’adhérer les unes aux autres. On procède ensuite au dis-quage. Cette opération consiste à rouler, au moyen d’un disque en bois, les pilules sur un plateau métallique et à éliminer celles qui présentent quelques imperfections.
- On obtient des dragées médicamenteuses d’une manière à peu près identique à celle des bonbons ordinaires, mais on remplace l’amande par des préparations agglutinées de fer, de mercure, d’anis, de digitaline, d’atropine ou autres principes actifs.
- Délaissons la confiserie pour descendre dans les caves des grandes usines pharmaceutiques, où se manipulent les huiles, graisses, baumes et onguents.. Accordons d’abord un coup d’œil aux cylindres en tôle galvanisée d’une capacité atteignant parfois 1000 litres chacun, et dans lesquels on verse direc-
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- tement Y huile de foie de morue par une ouverture pratiquée dans le sol du magasin, juste au-dessus de chacun de ces récipients.
- Dans des souterrains voisins, se confectionnent les onguents et les pommades, soit par simple mélange, soit par solutions, soit par coction de la substance grasse avec le principe actif. D’ordinaire, une bassine en cuivre, chauffée ou non au bain-marie, et pourvue d’un mélangeur mécanique, sert de récipient. Gomme corps gras, on s’adresse le plus souvent à la vaseline, qui possède le précieux avantage de ne pas rancir.
- Visitons maintenant le hall où se trouve concentrés tous les services commerciaux de la « Pharmacie centrale » de France, et dont la conception mérite de nous retenir. ïl comprend trois étages, auxquels on accède par un escalier unique.
- Des ascenseurs mus électriquement desservent chaque galerie avec un arrêt automatique à tous les étages, tandis qu’un puissant monte-charge transporte les gros colis de la cave jusqu’au grenier.
- Pour l’exécution rapide des commandes, l’établissement a été partagé en vingt services correspondant chacun à une nature spéciale de produits possédant son organisation propre, ses réserves et son personnel placé sous la conduite d’un chef responsable. Les sections de la droguerie exotique et des produits rares sont installées au rez-de-chaussée. Au premier étage, se trouvent les produits chimiques et les. essences. A côté et isolé de tous les autres postes, on rencontre le service des toxiques, dont l’entrée est rigoureusement interdite aux personnes étrangères à la manutention. Un peu plus loin, se voit l’emplacement réservé à la pharmacie galénique. Les spécialités, les tissus emplastiques, les composés hygiéniques, les antiseptiques et la confiserie médicale occupent le second étage, tandis que l’herboristerie et les poudres se partagent le troisième. Enfin de nombreux employés procèdent, au centre du hall, à la reconnaissance et au rappel des commandes. A certaines heures du jour, il règne autour des comptoirs une animation extraordinaire ; Les monte-charges et les ascenseurs y déversent continuellement des marchandises qui s’amoncellent un
- instant pour disparaître aussitôt. C’est une véritable ruche commerciale où la vie apparaît remarquablement intense.
- Afin d’éviter toute cause d’erreur dans les 500 000 commandes de l’année, soit une moyenne de 1600 à 1700 par jour, on transcrit chacune d’elles, à son arrivée, sur des bulletins de couleur particulière aux divers modes d’envoi (poste, exportation, grande ou petite vitesse), et on les enregistre sous un numéro d’inscription, puis de série, qui désormais servira seul à les désigner. Une fois catalogués, les bulletins passent entre les mains du commis de ville, chargé d’y relever les achats à faire sur la place de Paris, puis il les remet au magasin, où ils sont inscrits sur le registre de sortie ; ils reçoivent ensuite leur numéro d’expédition et arrivent au service des tickets, où des employés transcrivent à la plume bigraphe les articles de leurs services respectifs. La souche reste à ce bureau, et l’autre partie du ticket, qui permet de préparer le produit, va à la section compétente, d’où elle revient fixée, par un point de colle, à l’article demandé. Le numérotage par sé-’ rie des commissions, joint au sectionnement des services, permet alors de classer les objets afférents à chaque commande sur des tables de rappel, divisées en compartiments portant également des numéros de série correspondants. Des rappeleurs détachent chaque ticket, au fur et à mesure de la reconnaissance de l’article, et l’insèrent aussitôt dans une enveloppe sur laquelle se trouve écrit le même numéro de série que sur la commande. De là, celle-ci passe à l’emballage, où s’effectue encore un nouveau récolement de chaque médicament, au moment de la mise en panier ou en caisse. Grâce à cet ingénieux système des trois contrôles, les causes d’erreur se trouvent réduites au minimum, et les commandes s’exécutent avec autant de célérité que de sécurité.
- On le voit, certaines maisons françaises ne le cèdent en rien aux établissement teutons sous le rapport de l’outillage et de l’organisation. Comment donc les fabricants d’Allemagne ont-ils pu concurrencer nos nationaux ?
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- L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE FRANÇAISE
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- Leur supériorité qu’affirme une production annuelle de composés chimiques et pharmaceutiques atteignant pour tout l’empire germanique une valeur d'un milliard de mark; environ, « provient en grande partie, il ne faut pas craindre de le reconnaître avecM. Louis Bru-neau, de notre propre faiblesse!1). » Et cependant nos savants Chevreul,
- Gay-Lussac, Fré-my, Laurent,
- Gerhardt, Würtz et plus près de nous Charles Lauth, Berthelot,
- Moissan, Schu-tzenherger, Frie-del, Armand Gautier, Sabatier et Grignard ouvraient des voies nouvelles et fécondes que suivirent trop peu de nos industriels. Au lieu de consacrer une partie de leurs bénéfices à renouveler un matériel démodé, de se tenir à l’affût du progrès et des besoins de leur clientèle, nos producteurs s’endormaient dans une béate quiétude tandis que leurs eoncur-rents d’outre-Rhin agissaient.
- Jugeons main-tenai t à l’œuvre quelques-uns des plus puissants établissement s allemands.
- D’abord la ma i-son Merck, dont l’usine de Darmstadt comprend plus de 1000 ouvriers; elle possède, en outre, des succursales à Londres et à Moscou et, peu de temps avant la guerre, elle avait insl allé à Montereau (Seine-et-Marne) une fabrique parfaitement agencée pour mieux nous inonder
- 1. Louis Bruneau. L’Allemagne en France. Un vol. 3e édition (1914).
- de papavérine, de sels divers de morphine, de produits pharmaceutiques et organothérapiques variés.
- Les Farbenfabriken vomi. Friedrich Bayer de
- Leverkusen sont encore plus « Ko-lossaux » puisque le nombre des employés de leurs usines d’Allemagne (Bar-men, Elberfeld, Dusseldorf), de France, de Russie, de Belgique et des États-Unis atteignait le respectable chiffre de 10 000. Cette firme, représentée sur notre sol par la Société anonyme des produits Friedrich Bayer et Cie dont le siège se trouvait à Flers-au-Breuc près de Lille, a lancé de nombreuses spécialités, entre autres le véronal, le protargol, la citarine, le mesotan, le sulfonal, la célèbre aspirine (éther acétique de l’acide sali-
- cylique) et la somatose, mélange d’albu-moses et de pep-tones destiné à devenir la fameuse pilule avec laquelle Berthelot rêvait de nourrir l’humanité!
- L 7/e/ios, filiale à façade française de la grande maison Sche-ring, de Berlin-Charlottenburg, vendait des produits photographiques en même temps que des médicaments connus tels que Yurotropine et Yhelmitol. Les brochures qu’elle édita, sous le couvert de sommités médicales, sont des plus instructives à consulter pour montrer les procédés de publicité scientifico-commerciale des Allemands. Ainsi dans un factum vantant l’excellence des for-
- Fig. 4. — Ateliers de fabrication des capsules gélatineuses.
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- L’INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE FRANÇAISE:
- molatetirs Hélios, elle s’autorise d’iin rapport du Conseil supérieur d’hygiène publique de France sur ces appareils pour les recommander à ses clients, en application de la loi du 15 février 1902 sur la protection de la santé' publique. Aussi instruits qu’obligeants ces bons Prussiens ajoutent dans leur factum que les prescriptions de ce texte législatif sont exécutoires chez nous, depuis le 15 février 1905 !
- De leur côté, les Établissement* Meister, Lucius •et Bruning de Hoescht, si connus comme créateurs de la fuchsine, de l’alizarine et autres matières colorantes, possèdent des agences dans la plupart des pays du monde. Une de leurs filiales au nom bien français, la Compagnie parisienne dés couleurs d'aniline, se chargeait de vendre, entre au'res médicaments universellement répandus, 17m-lipyrine ( diméthyloxypy-razol) découverte par Ivnorr, la tuberculine du professeur Koch et le sérum antidiphtérique de Behring. Cette société avait installé, à Creil, l’usine du Tremblay, sise sur les bords de l’Oise et qui occupait un personnel de 250 ouvriers dirigé par des chimistes d’outre-Rhin afin de fabriquer les produits frappés de droits de douane trop élevés à leur entrée en France. Elle avait, en outre, annexé à l’usine du Tremblay un laboratoire à la tête duquel se trouvait notre compatriote M. E. Duputel qui était le dépositaire exclusif du Pgramidon, de F Orthoforme, de la Novùcaïné, du Dermatol, du Salvarsan, la préparation arsenicale d’Ehrlich et de son dérivé le Néosalvarsan ainsi que d’autres produits « de fabrication essentiellement française » comme l'attestaient effrontément les prospectus.
- Arrêtons là cette liste d’ailleurs bien incomplète, mais suffisante, pour montrer qu’avant la guerre, l’industrie xhimico-pharmaceutique de France était, pour une grosse part, contrôlée directement ou indirectement par des Allemands.
- Pour se couvrir au point de vue légal, dissimuler leur cachet tudesque et donner à leur marque une apparence française, tous les moyens détournés leurs semblèrent bons : licences d'exploitation, dépôts, exclusifs accordés à des « internes lauréats des hôpitaux de Paris », voire
- Fig. 5. -des capsules
- même formation de sociétés suisses à filiale française.
- Trop de nos compatriotes, d’ailleurs, se firent les instruments complaisants de nos ennemis en leur servant ainsi de prête-nom. Si pour quelques médicaments importants tels que les alcaloïdes et les sels de quinine, par exemple, nous n’étions pas tributaires des fabriques d’outre-Rhin, si nos cultivateurs d'herbes médicinales de Milly, de Hou dan et d’Étrechy près d’Etampes (S.-et-O.) maintenaient la renommée de nos « simples » parmi les berboristes des Deux Mondes, si la Belgique s’était spécialisée dans la production de la racine de guimauve et de . la camomille, si les narcotiques d’Italie faisaient toujours prime dans les officines, l’Allemagne s’efforçait de monopoliser le commerce chimico-pharmaceutique de l’univers. Mais elle n’avait jamais pu parvenir à la préparation méticuleuse, à la présentation soignée et irréprochable de nos grandes spécialités. Malgré une concurrence acharnée, les établissements Poulenc, Chenal-Douillet et Cie, Pointet et Girard, de Laire et autres grandes usines françaises tenaient tête aux maisons allemandes et, meme, leur fermèrent plus d’un débouché.
- Remplissage Afin de venir en aide à nos natio-gélatineuses. naux, le gouvernement français promulgua le décret du \ 7 octobre 1914. Après avoir mis sous séquestre les maisons aile mandes, il instituait, pour la durée de la guerre, un Office de produits chimiques et pharmaceutiques que dirige M. le professeur Béhal, membre de l’Académie de Médecine. Cette institution s’efforce de développer en France la fabrication de ces substances et prend des mesures que nous ne saurions dévoiler pour l’instant sans nuire aux intéressés, mais sur lesquelles, le moment venu, nous nous proposons de revenir.
- En tout cas, que les malades se rassurent, la pharmacopée et les produits français pourront leur apporter tous les secours désirables. Qu’ils se dispensent donc de prendre des marques allemandes : ils feront acte de bons patriotes, sans compromettre le moins du monde leur santé!
- Jacques Boyeu.
- Le Gérant : P. Massox.
- Imprimerie Lahdre, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2165.
- 27 MARS 1915.
- LES COSAQUES
- A commencer par leur nom, tout ce qui touche aux Cosaques donne lieu à d’interminables controverses. Les uns le font venir d’un mot tartare, qui signifie « cavalier aventureux » ; d’autres, d’un terme polonais, qui se traduit par chèvre ; d’autres encore le retrouvent dans le turc kosâk, voleur. Les trois opinions se concilient peut-être : la chèvre, dont l’humeur est aventureuse, broute où elle veut, sans s’enque'rir des titres de propriété du terrain! Et l’Histoire est là pour nous rappeler que les Cosaques furent tout d’abord d’intrépides maraudeurs, qui furent poussés du fond des steppes asiatiques par les premières migrations des Tartares et des Turcs. Leur origine ethnique n’est pas moins obscure. Une théorie veut qu’ils aient composé l’arrière-garde asiatique du monde slave; une autre en
- langue comme par sa littérature, qui s’enorgueillit de ses Mistral, et aussi par ses mœurs et ses coutumes.
- Pour comprendre la psychologie du Cosaque, il est indispensable de connaître les grandes lignes de son Histoire. C’est au xe siècle que les chroniques moscovites ou polonaises, commencent à signaler son existence. Il forme alors une agglomération dans l’angle nord-ouest du Caucase, où il est sans cesse en lutte avec de sauvages tribus qui finissent par le repousser dans le sud de la Russie. Il y devient comme un rempart du christianisme contre les premières vagues de la marée musulmane.
- Pendant plusieurs siècles, la lutte se poursuit entre les deux avant-gardes, avec des alternatives de victoire et de défaite pour les deux partis. La conquête tartare, qui s’étend
- Fig. i. — Les transports des troupes cosaques.
- fait des Celtes attardés durant des siècles au cours des grands mouvements de migration des Indo-Européens ; une troisième les rattache directement à la race tartare. Là encore, les trois hypothèses ne sont pas inconciliables, puisque, d’après les vieilles chroniques, d’une part, les lDandes cosaques firent disparaître, par voie de conquête ou d’inter-ma-riage, certaines tribus de race caucasique où l’on retrouve les traits physiques des Celtes, et que, d’autre part, elles ne tardèrent pas à attirer dans leurs organisations démocratiques d’innombrables Slaves de Russie et de Pologne.
- C’est donc, à proprement parler, une race métis où prédomine le sang tartare. Bien que profondément russifiée au point de vue administratif, bien qu’attachée loyalement au tsarisme, elle se défend avec énergie contre l’assimilation définitive : elle entend rester cosaque. Et elle le reste, par sa
- jusqu’à Moscou, submerge les Cosaques, mais sans les anéantir. Une menace plus redoutable surgit en 1475, avec l’invasion de la Crimée par les Turcs. Mais les exploits, guerriers des Cosaques leur ont valu les sympathies de la chrétienté slave, et d’innombrables chercheurs d’aventures, venus de Russie et de Pologne, accourent s’enrôler sous leurs bannières.
- À la fin du xve siècle, la nation cosaque constituait déjà une puissance formidable, dont les domaines comprenaient la plus grande partie des bassins inférieurs du Dniéper, du Don et du Volga. Fidèles à leurs origines nomades, les hardis cavaliers des steppes ne fondaient pas de villes, mais bien des camps fortifiés, qui leur servaient de bases de ravitaillement. Ils en choisissaient l’emplacement dans les boucles des fleuves, en des endroits défendus par des ceintures de marécages. C’était là
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- 202 ..... LES COSAQUES
- Fig. 2. — Types de troupes sibériennes.
- qu’ils accumulaient des vivres et des munitions, là que leurs artisans fabriquaient la poudre et les armes, là que les pêcheurs et les colporteurs de chaque communauté apportaient périodiquement leurs marchandises.
- Péréïslav, Kanev, Tchiriguine et Tcherkassi, leurs principaux camps, conviaient chaque année les marchands d’Europe et d’Asie à des foires semblables à celle de Nijni-Novgorod. Les approches de ces « villes volantes » étaient protégées par des gards, fortins organisés dans les îlots des fleuves, et qui barraient le passage aux galères des pirates turcs ou tartares.
- Les communautés cosaques étaient autant de républiques qui, sans obéir à un gouvernement central, savaient cependant unir leurs efforts contre un ennemi commun. Chacune élisait un chef, qui disposait du pouvoir suprême pendant la durée de son mandat, et qui rentrait ensuite dans le rang. Les terres cultivables étaient partagées entre des métayers qui les exploitaient pour le compte de la communauté. Pêcheurs et colporteurs travaillaient dans les mêmes conditions. Le communisme, cette vision de nos utopistes, avait donc été réalisée par les Cosaques à une époque où le régime absolu
- régnait sur toute l’Europe.
- La propriété individuelle ne fit son apparition chez les Cosaques qu’après une lutte de plusieurs siècles entre l’élément guerrier et l’élément purement agricole. Le premier était hostile à l’agriculture, et plus particulièrement à la culture du blé, qui entraînait l’adoption de mœurs sédentaires, au détriment des mœurs aventureuses et nomades si chères à la race, si précieuses pour son développement.
- Le premier coup porté au système de la propriété collective prit place sous le règne de Catherine II, qui constitua, en faveur des chefs cosaques qui s’étaient signalés à son service, des khantors, domaines héréditaires. D’autres réformes suivirent. En 1842, malgré l’énergique opposition de la masse de la population, le Gouvernement Russe promulgua une loi qui distribuait les terres aux officiers et soldats cosaques, au prorata des grades : la part d’un général fut de 1655 hectares; celle d’un colonel, de 436 hectares; celle d’un lieutenant, de 218; celle d’un simple soldat, de 55.
- C’est de cette époque, que date la militarisation
- des Cosaques. En échange de leurs fiefs, ils s’engageaient à servir la Couronne pendant leur existence entière, tous les hommes valides étant tenus de se présenter en armes au premier appel. Ce régime a persisté jusqu’à nos jours.
- Fig. 3. — Cosaques du Don (revue de Tsarkoié-Selo).
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- LES COSAQUES
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- Dès que le Cosaque entre dans sa dix-neuvième année, il prête le serment de fidélité et est enrôlé dans un contingent préparatoire, où il s’initie au métier des armes. Il lui faut, dès ce moment, se procurer un cheval de bataille, un harnachement et des armes blanches. Il subit, au printemps et à l’automne, deux périodes d’instruction. À vingt ans, il est tenu de passer un mois entier dans un camp. A vingt et un ans, il entre pour quatre années dans un régiment dit de première catégorie, qui tient garnison dans n’importe quelle partie de l’empire. Pendant une nouvelle période de quatre ans, il fait partie d’un régiment de deuxième catégorie, can-
- • chevaux du taboun (troupeau collectif) lui chercheraient querelle et lui infligeraient tares et blessures.
- Il achète chèrement la propriété de ses quelques hectares de terre, car il doit se tenir prêt à abandonner ses champs pour participer à des périodes d’instruction ou assister aux revues de cheval et d’équipement, qui sont au nombre de six ou sept chaque année, et qui l’entraînent loin de sa stanitza (village), vers le lieu de rendez-vous de tous les Cosaques de la vaste circonscription.
- Originairement, on ne comptait que deux branches de Cosaques : celle des Zaporogues, celle des Cosaques du Don. Cette dernière, par voie de migra-
- Chevaux et troupes cosaques au repos.
- Fig. 4. —
- tonné dans son lieu d’origine ; les hommes vivent chez eux; mais la loi les oblige à entretenir leur cheval de bataille et leur équipement; ils sont contraints de se présenter au premier appel.
- Ils passent ensuite dans un régiment de troisième catégorie pour quatre années, et ne doivent plus le service qu’en cas de guerre; on les dispense d’entretenir un cheval; mais ils doivent posséder un équipement toujours prêt. Enfin, pendant cinq autres années, ils forment la réserve des régiments cosaques.
- L’obligation imposée au Cosaque d’entretenir un cheval d’armes pendant douze années est d’autant plus lourde qu’il lui est interdit de l’employer aux travaux des champs. Il ne peut même pas l’envoyer paître sur les prairies de la commune, où les
- lion volontaire ou de transplantation systématique, a donné naissance à d’autres branches : les Cosaques de l’Orenbourg, ceux de l’Oural, ceux de Sibérie, ceux de la Trans-Baïkalie. Plus récemment, en 1859, ils ont fondé en Extrême-Orient la colonie des Cosaques de l’Amour, qui jouèrent un rôle important dans la guerre de Mandchourie, soüs les ordres du général Rennenkampf. Infatigable cavalier, hardi et à la fois prudent dans l’attaque, tenace dans la retraite, le Cosaque moderne, plié à la discipline, est un merveilleux instrument dont les généraux russes sauront tirer parti dès que l’usure de l’armée allemande leur aura ouvert les frontières de la Prusse et de la Silésie. Et l’Histoire enregistrera une fois de plus les glorieux exploits des intrépides enfants de la steppe. Y. Forbin.
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- LA FABRICATION DES PYROXYLES
- Fig. i. Schéma de la cuve à nitrer.
- Ventilateur
- La nitration de la cellulose constitue la première et la plus importante des opérations de la fabrication des explosifs py-roxylés, du celluloïd, des soies artificielles pré parées par le procédé Chardonnet. Sans doute ne fabrique-t-on maintenant plus guère de ces soies, remplacées par les produits meilleur marché à base de celluloses dissoutes en solvants cupro-amoniacaux ou à base de viscose. Sans doute la préparation du celluloïd est-elle battue en brèche par la production des celluloses acétylées préférées partout maintenant pour la fabrication des films à cause de leur inflammabilité. Mais, hélas! jamais on n’a fabriqué autant de poudres pyroxy-lées qu’aujourd’hui ! Et le moment ne peut être plus opportun d’examiner les détails de cette intéressante spécialité industrielle qu’est la nitration du coton.
- Théorie de la nitration. — On sait que le coton, après avoir été soumis à un parfait blanchimènt, qui d’ailleurs ne lui fait perdre que 2 à Acide résiduaire 5 pour 100 d’impuretés diverses, on sait que le coton est constitué par de la cellulose presque pure, dont la composition peut être représentée par la formule (C11!H20010)n. Plongée dans un mélange d’acide sulfurique et d’acide nitrique fort, cette cellulose se combine à de l’azote selon la réduction :
- de celluloses plus ou moins
- Cellulose tétranitrée
- — pentanitrée
- — hexanitrée
- — heptanitrée
- — octonhcée ennéanïtrée décanifrée
- fortement nitrées Ca* use 0*8 K*
- C24 ri5305°iN5 Cs4Ilï4 0 52j\6 C24 1133 O34 N7 C24Us2Osys C24H31 O38 N9 C'-4 l/ôO QiO]\rW
- Il est impossible de séparer les unes des autres toutes ces nitro-Reservoir celluloses et pratique-jaugeur mcntj ]a njyration donne toujours un mélange de
- C12H2°010-{- 5N031I = C13II1S05(N03)3 + 5IP0.
- cellulose acide pyroxyle eau
- nitrique
- Coupe d’une turbine à nitrer.
- On voit que l’acide sulfurique n’intervient pas directement : il sert seulement pour retenir l’eau libérée laquelle affaiblirait sans cela l’acide nitrique.
- En réalité, d’ailleurs, les choses ne se passent point avec cette belle simplicité. Selon la composition du bain et la durée de l’immersion, il peut se former toute une collection
- Fig. 2.
- plusieurs combinaisons. N’oublions pas que le pyroxyle est un produit mal défini, à la constitution trop aisément variable : cela nous expliquera bien des difficultés de la fabrication des poudres sans fumées, et que la chimie un peu empirique guidant leur préparation ne puisse mettre à l’abri de ces accidents retentissants provoqués naguère par une mauvaise conservation de l’explosif.
- Choix et préparation des cotons. — Tandis que pour fabriquer la nitrocellu-lose destinée à préparer le celluloïd par exemple, on nitre une espèce de papier à cigarettes, les pyroxyles à explosifs sont tous préparés avec du coton en bourre, des « déchets » de filature. On nomme ainsi le coton à brins très courts, qui est éliminé lors du cardage des fibres, comme se prêtant malaisément à la formation des fils. Les déchets sont d’abord visités par des trieuses qui enlèvent à la main les brindilles, les bouts de ficelle et autres corps étrangers : une ouvrière trie environ 50 kg de déchets par journée de 10 heures. On fait ensuite passer les fibres dans des machine* à carder composées de cylindres rotatifs garnis de cuir que traverse quantités de dents pointues en fin fil d’acier : les « nœuds » ou masses
- compactes de fibres emmêlées sont ainsi désagrégés. Ainsi nettoyé le coton est finalement séché, l’humidité étant comme nous le savons contraire à la nitration.
- Le séchoir se compose de plusieurs courroies sans fin superposées dans une sorte de grand coffre pour former comme une étagère à tablettes mobiles superposées : l’ensemble
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- LA FABRICATION DES PYROXYLES — 205
- rappelle les séchoirs de féculerie décrits dernièrement dans La Nature (décembre, page 197, fig. 4). Le coton demeure en moyenne trois quarts d’heure dans l’appareil, parcouru par un courant d’air chauffé à 95°. La masse séchée, contenant moins de 1 pour 100 d’humidité tombe en sortant dans des étouffoirs, caisses de fer hermétiquement fermées où on laisse le coton se refroidir pendant 8 ou 10 heures.
- Nitration. — À l’origine, la nitration se faisait avec des bacs en fonte ou dans des pots de grès par simple plongée du colon dans les bains.
- Actuellement on emploie des méthodes plus perfectionnées se rattachant à deux systèmes : procédé anglais par déplacement, procédé allemand par essorage.
- Le procédé Thomson, employé dans les arsenaux anglais consiste en l’emploi de cuves cylindriques en grès dont le fond est légèrement incliné (fig. 1) réunies par batteries de quatre par des tuyauteries en plomb.
- Le couvercle et le fond perforé du haut étant enlevés, on laisse entrer l’acide à nitrer par un robinet inférieur (le bain est un mélange contenant 70,5 pour 100, acide sulfurique mono-hydralé, 21 pour 100 acide nitrique, 0,6 pour 100 acide nitreux,
- 27,9 pour 100 eau). Luis on jette dans le liquide 20 litres de coton, poignée à poignée; on ferme avec le fond perforé et on laisse tomber très doucement d’un réservoir jaugeur supérieur un peu d’eau. Ce liquide ne se mélange nullement au bain, et arrête les émanations dangereuses à respirer. Après contact de 2 heures et demie, on laisse écouler le bain acide, à très lente vitesse (5 litres environ par minute) ; cependant qu’on laisse lentement couler l’eau au-dessus. Dans ces conditions, au bout de o heures, on obtient un coton nitré déjà bien lavé, pouvant aller au rinçage à chaud, un
- bain qu’il suffit de renforcer pour rendre réutilisable, et enfin des eaux acides qui sont concentrées pour la récupération. ,
- Le procédé Selvig-Lange, employé dans les principales usines continentales est moins délicat et plus rapide. Il consiste en principe en l’emploi d’une turbine spéciale (fig. 2), dans le panier perforé de laquelle on met environ 10 kg de coton pour 500 kg de bain acide, après quoi on met l’appareil en marche lente (25 tours par minute).
- Le panier rotatif est construit de telle sorte que, sous l’action de la force centrifuge, le liquide baignant l’ensemble chemine vers la périphérie, d’où il descend dans le bas pour revenir vers le centre et remonter autour du noyau central (fig. 3). Là, mis à nouveau en rotation, il est chassé vers le dehors, et traverse ainsi sans cesse la masse des fibres à nitrer. Dans ces conditions, la nitration s’effectue très rapidement : au bout de 40 minutes, on ouvre un robinet de vidange et l’on augmente la vitesse : le bain est chassé au dehors et on le recueille pour le réutiliser après addition convenable d’acides forts. Après 10 minutes d’essorage à grande vitesse, le coton est jeté dans un caniveau parcouru par un courant d’eau entraînant les fibres.
- Lavages.— Le coton nitré lavé une première fois à l’eau froide est ébouillanté assez longuement. Cette opération, très importante au point de vue stabilité des produits obtenus, et sur le mécanisme de laquelle on n’est pas très bien fixé, est faite plus ou moins empiriquement,, quoique toujours avec beaucoup de soin, selon diverses méthodes. En France, on laisse agir l’eau bouillante par périodes de dix heures pendant une centaine d’heures. En Angleterre, on opère une dizaine de bouillantages aux durées décroissantes (de 12 heures pour le premier, et 2 heures pour le
- Fig. 3.
- Circulation du liquide à travers les fibres dans le panier de la turbine.
- Pile » à laver le pyroxyle.
- Fig. 4.
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- 206 = LE COTON, L'IRRIGATION
- dernier). Ailleurs on emploie l’eau bouillante alca-linisée par le carbonate d’ammoniaque ou des sels de chaux. Ces lavages se font dans des cuves en bois à double fond chauffées à la vapeur.
- Le déchiquetage se fait ensuite dans des piles analogues aux appareils servant en papeterie à désagréger les chiffons. Les fibres disséminées dans une grande masse d’eau cheminent continuellement tout autour d’une auge sous l’influence d’un tambour rotatif garni de lames d’acier (fig. 4). En passant sous le tambour dans le couloir aux parois hérissées de lames métalliques, les fibres sont déchiquetées. La bouillie obtenue est diluée dans l’eau chaude, puis mélangée avec une forte masse d’autre bouillie venant de nitrations précédentes, pour obtenir une masse bien homogène. On fait circuler le tout à petite vitesse dans un appareil à épuration formé de rigoles au fond desquelles tombent les particules étrangères, plus denses que les fragments de fibres, où restent les particules métalliques, happées par une paroi aimantée.
- Finalement un essorage effectué dans des turbines centrifuges permet de séparer un pyroxyle ne retenant plus que 30 pour 100 d’humidité, et convenant à l’utilisation directe pour fabriquer les explosifs. Aussi bien pour préparer les poudres pyroxylées que pour obtenir le celluloïd, c’est en effet seulement au moment de l’emploi que le pyroxyle est déshydraté plus complètement par lavage à l’alcool, où sous l’influence delà pression hydraulique.
- Les essais du pyroxyle. — Surtout par l’emploi dans les poudreries, le coton nitré doit satisfaire rigoureusement à certains essais faits dans le but de vérifier sa qualité. Il doit former dans l’éther et les mélanges alcool-éther, des solutions d’un certain degré de viscosité. Il doit contenir une proportion convenable d’azote. Enfin et surtout, il doit être parfaitement stable, ce dont on s’assure au moyen de diverses épreuves.
- L'épreuve de chaleur, réglementaire en France consiste à noter le temps nécessaire pour qu’un poids
- LE COTON, L’IRRIGATION 1
- Une des richesses productives de la Basse-Égypte est la culture du coton. Le district de Santah ou Tantah notamment comprend les meilleures terres des domaines de l’État égyptien, à une altitude de 7 à 8 m. au-dessus du niveau de la mer. Or, à partir de 1904 jusqu’en 1909, on a constaté que la production du coton y a diminué de 25 pour 100. Dès 1905, M. Audebeau-bey, ingénieur en chef des domaines de l’État égyptien, attribua la cause de cette diminution à l’élévation du plan d’eau d’étiage mis en pratique dans les canaux d’irrigation depuis la construction en travers du Nil des cinq barrages d’Assouan, d’Esneh, de Siout, du Delta et de Zifteh. Des expériences commencées en 1908 ont nette-
- T LE CLIMAT EN ÉGYPTE
- donné de pyroxyle, maintenu à la température de 65°, ne fasse jaunir du papier spécialement préparé qu’au bout de vingt minutes.
- Pour obtenir ce papier, on fait bouillir un mélange de 3 gr de farine de maïs et 250 gr d’eau, puis on y ajoute, en remuant, une solution de 1 gr d’iodure de potassium (cristallisé dans l’alcool) dans 250 gr d’eau et on laisse refroidir. Faire tremper pendant dix minutes des feuilles de papier et mettre à sécher dans l’obscurité. Les vapeurs nitreuses émises par le pyroxyle chauffé mettent en liberté l’iode qui colore l’amidon.
- L’épreuve de résistance, également réglementaire en France, consiste à chauffer à 108,5° un poids fixé du pyroxyle à essayer en présence d’un papier bleu de tournesol, jusqu’à ce que les émanations nitreuses fassent passer le papier au rouge. Ce temps doit dépasser sept heures.
- Pour Y épreuve Bergmann, préférée en Allemagne, on chauffe pendant deux heures 2 grammes de nitro-cellulose à la température de 132°, dans un tube spécial permettant de recueillir les gaz qui se dégagent. En analysant lesdits gaz, on doit y trouver moins de 5 centimètres cubes de bioxyde d’azote.
- On voit que la préparation du pyroxyle est relativement simple, qu’on peut aisément fabriquer en peu de temps de grandes quantités de coton nitré, et que des épreuves rigoureuses permettent de s’assurer que les produits obtenus sont d’excellente qualité.
- Aussi nos- six poudreries nationales (Pont-de-Buis près Brest, Le Ripault près Tours, Saint-Médard dans la Gironde, Sevran-Livry près Paris, Toulouse, et Le Bouchet en Seine-et-Oise) peuvent-elles suffire à la grande consommation d’à présent. Comme nous fabriquons normalement chaque année plus d’un million de tonnes d’acide sulfurique et plus de 12 000 tonnes d’acide nitrique, ce ne seront pas non plus les matières premières qui manqueront ! A. Chaplet.
- r LE CLIMAT EN ÉGYPTE
- ment établi que c’est à l’excès d’humidité du sol qu’il fallait attribuer cet amoindrissement de la production cotonnière. Elles ont fait ressortir notamment : « Que l’évaporation du sol nu, non soumis à des arrosages, mais dans lequel la nappe aquifère est à 0 m. 75 du sol, est relativement active, et expose les terres à être recouvertes par les sels des couches profondes dissous dans l’eau (c’est ce qui se présente dans le voisinage des canaux, où l’eau est maintenue à un niveau élevé pendant les mois qui précèdent la crue du Nil) ; que l’évaporation des terres sans culture d’été diminue considérablement à mesure que l’eau souterraine descend plus profondément dans le sous-sol, et qu’elle doit être insi-
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- gnifiante quand elle atteint une profondeur de 3 à 4 mètres. »
- Les racines profondes des cotonniers ayant été
- série de rapports publiés de 1909 à 1913 par leur auteur et par les soins de l’Administration des Dos maines de l'État égyptien (Le Caire, imp. de-
- Fig. i.
- Le delta du Nil.
- Drainages.
- Irrigations.
- Grand barrage de la /"//
- duDelbetmurdectmja^rs. /<Ov
- LEjkAJREhfrf/
- Grandes P^mides deRoda
- atteintes par l’eau souterraine, les plantes prirent une coloration jaune. Les expériences de M. Aude-beau-bey ont établi que cet excès d’eau était
- Pyramides). Ces importantes recherches complètent ou modifient de la plus utile manière le classique ouvrage de Julien Barois sur les Irrigations en
- 'outerwine 0,50
- néfaste pour les cotonniers et entraînait leur dépérissement. Elles sont relatées avec beaucoup d’autres observations, qui en ont été déduites, dans une
- Fig. 2.
- Dépérissement des cotonniers ] par suite du relèvement de la nappë'JPeau souterraine.
- Égypte (Paris, Bérenger, édit., 2e édit., 1911). Nous ne pouvons que renvoyer les spécialistes à’ces belles publications.
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- LE COTON, L’IRRIGATION ET LE CLIMAT EN EGYPTE
- A cette question s’en trouve liée une autre fort curieuse et relative au changement climatologique survenu depuis quelques années en Egypte.
- On sait qu’un grand barrage a été, depuis 1885, rétabli et surélevé à la pointe du delta pour maintenir les eaux d’amont à la cote-h 15 m. 50 pendant l’étiage. L’objectif de ce travail était d’assurer l’arrosage naturel des terres par gravita lion pendant la baisse du Nil. Or, on a remarqué que « des brouillards se forment depuis quelques années, en juin et juillet, dans le centre du Delta. Ils sont devenus nombreux pendant le mois d’aout. Les rosées sont, pour ainsi dire, quotidiennes de juin à l’époque de la crue, pendant les premières heures du jour, tout au moins.
- « Chacun se rappelle qu’il n’en était pas ainsi,
- Égypte. Pour confirmer cette hypothèse fort vraisemblable, il faudrait qu’un observatoire spécial se livrât dans le centre du Delta à de nombreuses observations.
- « Il ne fait aucun doute qu’il y a quelque chose de changé dans le climat du centre de la Basse-Egypte. Les considérations qui viennent d’être développées montrent que la température nocturne y est très sensiblement plus froide qu’au Caire, que les brouillards et la rosée se sont multipliés.
- « Un autre fait de la plus haute importance le prouve aussi : la diminution, je pourrais presque dire la suppression, des effets de mirage. »
- La disparition du mirage serait aussi la conséquence d’un abaissement de température du sol résultant d’un surélèvement de la nappe souter-
- Fig. 3. — Entrée du canal de Rosette à l’amont du barrage du Delta.
- il y a 7 ou 8 ans seulement. La production des vapeurs pendant cette époque de l’année était insignifiante au commencement du xixe siècle alors que' l’eau souterraine était profonde. » Selon M. Aude-beau-bey, il paraît rationnel d’admettre que l’accroissement d’humidité de l’air n’est que la conséquence de l’extension de l’évaporation des cultures d’été. Les masses d’eau considérables, évaporéespar suite du relèvement du plan d’eau d’étiage dans les canaux, ont dû influer sur l’état hygrométrique de l’air du mois de juin à l’arrivée de la crue. Cet état hygrométrique n’est plus le même qu’autre-fois dans la Basse-Égypte. Ainsi « la transformation du régime séculaire des bassins d’inondation de crue en système d’irrigations pérennes, depuis la restauration du grand barrage du Delta et la construction du réservoir d’Assouan », aurait abaissé la température et augmenté l’humidité dans la Basse-
- raine et d’une évaporation plus active qu’autrefois.
- Au cours de ses études, M. Audebeau-bey a fait également des recherches sur les eaux souterraines de la vallée du Nil. Il a trouvé que les roches compactes qui forment le substratum supportent, de bas en haut, une épaisse couche de sable et de gravier très aquifère, puis des bancs d’argile, ensuite une autre zone de sable, et enfin les allu-vions. Toutes ces formations sont complètement dépourvues d’homogénéité et de parallélisme. L’alimentation des sables profonds est due, pour la plus grande partie, aux pertes d’eau dans le lit du Nil et, pour une plus petite part, au drainage des eaux pluviales des déserts latéraux et aux pertes des canaux d’arrosage. L’écoulement de cette nappe profonde est lié à celui du fleuve même. Dans les sables et alluvions supérieurs, une nappe souterraine plus voisine de la surface a été considérable-
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- ment relevée par les barrages, il y aurait lieu maintenant de l’abaisser dans la Basse-Egypte.
- Nous regrettons, faute de place, de ne pouvoir donner plus de détails sur toutes ces importantes recherches. Grâce à elles, on a commencé à porter remède à une situation que rien ne pouvait faire prévoir et déjà de satisfaisants résultats ont été obtenus; M. Audebeau-bey ne doute pas que, dans 5 ou 4 ans, la culture cotonnière, notamment autour de Santah, aura retrouvé toute la prospérité de la période antérieure à 1904.
- Quant à la nappe souterraine du Nil et à l’opportunité de l’utiliser, les remarques deM. Audebeau-bey doivent être résumées d’après sa Conférence à l’Institut Égyptien du 2 février 1914. (Bulletin de l'Union des Agriculteurs d'Égypte, février 1914, n° 105.)
- La nappe souterraine sous-fluviale du Nil, c’est « l’under-flow » ou sous-écoulement des géologues américains, analogue à celui que la ville de Paris voudrait capter pour son alimentation dans le thalweg de la Loire. Pour le Nil « le régime de l’eau souterraine est lié à celui du fleuve même. Cette nappe a des périodes de crue et d’étiage en retard sur les mêmes phases du Nil.
- « Dans la Basse-Égypte, la roche n’a pas été rencontrée, bien que la Royal Society ait descendu un sondage à 150 m. de profondeur. Ces constatations font ressortir le volume énorme des dépôts, toujours saturés, d’Assouan à la mer.
- « Un immense fleuve souterrain écoule ainsi ses eaux sous nos pieds et se rend dans la Méditerranée.
- Dans la haute et dans la moyenne Égypte, il occupe la largeur de la vallée, de la chaîne Lybique à la chaîne Arabique. En aval du Caire, son lit s’élargit de plus en plus pour dépasser le lac Maréotis vers l’ouest et l’antique Péluse vers l’est. Sa profondeur est considérable, mais inconnue dans la Basse-Égypte.
- « On voit que le sous-sol de l’Égypte, d’Assouan
- à la mer, contient plusieurs centaines de milliards de mètres cubes d’eau, plus d’un trillion peut-être, dont une proportion devient salée quand on avance vers le nord du Delta.
- « Le déplacement vers la mer de ce fleuve sou-
- Fig. 4. — Une écluse du barrage du Delta.
- terrain se fait très lentement, un peu comme la marche des glaciers.
- « La vitesse moyenne de la nappe souterraine naturelle ne saurait être que d’une extrême lenteur à son débouché dans la Méditerranée, de l’ordre de quelques hectomètres par an. Cette vitesse est naturellement plus grande en remontant vers le sud, la section d’écoulement allant en se rétrécissant de plus en plus jusqu’au Caire et devenant ensuite sensiblement constante jusqu’à Assouan.
- « Du grand réservoir jusqu’à la mer, le Nil ne reçoit pas d’affluents; son débit à la mer est donc toujours plus faible qu’à Assouan par suite de l’évaporation et de l’absorption. La nappe souterraine, au contraire, voit son débit s’accroître de plus en plus pendant la période de la crue, sous les apports du fleuve et des canaux traversant des terres à sous-sol perméable jusqu’à cette nappe.
- « Dans son ouvrage Egyptian Irrigation, 5e édition, sir 'William Willcocks énonce que le Nil perd
- Fig. 5. — Barrage du, Delta.
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- 500 m3 par seconde d’Àssouan à Assiout, pendant les mois de septembre et d’octobre, soit 1 milliard 600 millions dé mètres cubes. D’autre part, les bassins d’inondation de la vallée, entre ces deux
- « Un abaissement ne pourrait d’ailleurs qu’être avantageux. Le seul inconvénient hypothétique, serait de voir la superficie où l’eau souterraine devient saumâtre légèrement progresser vers le sud.
- Fig. 6. — Un canal d’irrigation en Égypte.
- points, donnent lieu, selon l’éminent ingénieur, à une absorption d’environ 2 milliards de mètres cubes d’eau en une année moyenne. Le volume d’eau total venant s’ajouter à l’eau souterraine, entre ces deux villes, est donc de plus de 5 milliards et demi de mètres cubes. Ce chiffre paraît être un minimum.
- « L’eau de la nappe souterraine est douce jusqu’à une soixantaine de kilomètres de la mer. Elle devient alors saumâtre, puis de plus en plus salée à mesure qu’on s’avance vers le nord. Elle a servi à l’alimentation de la ville du Caire pendant plusieurs années, Héliopolis n’a pas d’autre eau à sa disposition.
- Fig. 7. — Vue prise à l’aval du barrage d’Esneh. A droite, on vôit l’écluse de navigation et, au sommet du barrage, la grue servant à la manœuvre des vannes régulatrices du système Stoney.
- a D’Assiout au grand barrage de la pointe du Delta, la perte à travers le lit majeur du Nil, en août et septembre, parait être de 100 m3 par seconde, d’après les observations faites, soit au total de 540 millions de mètres cubes, chiffre qui paraît être aussi un minimum.
- « Il serait possible d’augmenter ce prélèvement et ce serait une chose avantageuse.
- « J’estime que le développement des puits profonds d’arrosage ne peut être qu’avantageux.
- « Nous dirons donc, pour conclure, que l’Egypte possède un réservoir souterrain gigantesque ; qu’il est possible d y prélever un volume d’eau beaucoup plus important qu’on nele fait aujourd’hui pendant les mois critiques de l’année, et ce jusqu’à la région du nord où l’eau devient saumâtre et salée. » E.-A. M.
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- LES CROISEURS AUXILIAIRES
- Depuis le début de la guerre, il a été souvent question des croiseurs auxiliaires allemands ou alliés, des prises qu’ils ont faites et des combats auxquels ils ont pris part. Beaucoup de personnes ignorent la différence qui existe entre un croiseur de guerre et un croiseur auxiliaire. Le premier est un bâtiment plus ou moins cuirassé, armé de pièces quelquefois très puissantes, doué d’une vitesse souvent très supérieure à celle des paquebots les plus rapides, possédant enfin une grande quantité de charbon qui lui permet de tenir la mer très longtemps sans être obligé d’aller relâcher.
- Le croiseur auxiliaire est un paquebot armé en guerre, c’est-à-dire pourvu de quelques canons ; il ne possède aucune cuirasse et il est à là merci d’un seul projectile bien placé. Il a remplacé le corsaire. Un navire corsaire était une simple affaire commerciale qui avait pour butj tout en détruisant le commerce ennemi, de faire réaliser de beaux bénéfices aux commanditaires de l’entreprise. Ce bâtiment était muni de lettres patentes du souverain, courait sus anx navires marchands ennemis, les capturait et les vendait cargaison comprise. L’Etat prélevait sa part des bénéfices.
- C’était, en somme, un acte de piraterie reconnu officiellement, et, malgré les exploits de leurs capitaines, dont furent Jean Bart et Surcouf, on ne peut pas dire que leurs agissements découlaient de la plus stricte honnêteté. On s’en rendait si bien compte, que les gentilshommes, avant de prendre le commandement des corsaires, devaient mettre leur épée en dépôt au Parlement de Rennes ! Bien souvent, ces braves corsaires patentés se transformèrent en simples pirates, pillant même les navires de leur propre pays. L’effet produit parleur action sur le résultat final de la guerre a été généralement nul, sauf lorsque ces corsaires réunis en escadre attaquaient des convois destinés à l’ennémi et, les détruisant ou les capturant, nuisaient à son ravitaillement.
- A la suite de la guerre de Crimée, le Traité de Paris de 1856 abolit entièrement la guerre de course, sur la demande de l’Angleterre. On ne voulait cependant pas se passer du concours que la flotte marchande pouvait apporter à la défense nationale, et l'on tourna la difficulté, sans violer les stipulations dudit traité. Dans tous les pays, l’Angleterre comprise, un certain nombre de paquebots furent préparés, dès le temps de paix, à recevoir des canons, des munitions, des appareils de signaux ; de sorte, qu’a la mobilisation, si le gouvernement réquisitionne ces bâtiments, moyennant un prix convenu à l'avance avec la Compagnie propriétaire, il ne reste plus qu’à donner le caractère militaire aux navires et à leurs équipages pour en faire de vrais bâtiments de guerre. Ce résultat est obtenu en les faisant commander par d’anciens officiers de vaisseau qui sont au service des grandes Compa-
- gnies de navigation, en donnant à leurs olficiers du commerce (capitaines au long cours, mécaniciens), des commissions d’officier de marine auxiliaires et en faisant arborer, au grand mât des navires, la flamme nationale, signe distinctif des bâtiments de guerre : si le croiseur est capturé, il ne peut être traité en pirate. Les canons sont alors embarqués, ainsi que le personnel spécial appelé à les manœuvrer. La difficulté de concilier les exigences (du service commercial du temps de paix avec celles des installations militaires, la nécessité pour ces navires d’avoir une grande vitesse, le prix considérable que l’État doit payer comme location, l’absence de protection cuirassée, tout, en un mot, a fait que le nombre des croiseurs auxiliaires a été très restreint, tant en France qu’à l’étranger.
- Il reste à voir le genre des services que peuvent rendre ces navires. Il ne faut pas leur demander de combattre, sauf contre des navires similaires, ils n’ont aucune protection; seul, un compartimentage assez sérieux, en «général, les mettrait à l’abri d’une explosion de torpilles. On peut les employer à faire des croisières, c’est-à-dire à courir sus aux cargo-boats ennemis de faible vitesse ; mais, que faire des prises, si les ports amis sont bloqués par l’ennemi? La méthode allemande appliquée dans beaucoup de cas a été la suivante : après avoir pris à bord du cargo-boat tout ce qui pouvait être utile (en général, peu de choses, vu le manque de place), on a embarqué l’équipage sur le croiseur et on a coulé le malheureux cargo-boat. Quand le croiseur a été trop encombré par les équipages de ses différentes prises, il s’en est débarrassé en les embarquant sur une nouvelle prise et en lui rendant la liberté. C’est une méthode humaine en ce qui concerne les êtres vivants, mais barbare pour la propriété; car, détruire pour détruire est une idée qui ne pouvait venir qu’aux Huns de 1914, et qui ne sert qu’à augmenter la somme de haines accumulées contre eux et qu’ils auront à payer au règlement final.
- Encadrés convenablement par de vrais navires de guerre, les croiseurs auxiliaires peuvent exercer une surveillance dans des passes ou des mers resserrées. L’amiral peut les envoyer isolément en reconnaissance, car s’ils sont pris, ce n’est pas une perte militaire pour son escadre. Enfin, pouvant tenir la mer par tous les temps plus facilement que la majorité des navires de guerre proprement dits, ils sont bons à toute mission de transport de matériel, d’objets de ravitaillement, de personnel de remplacement. Dans aucun cas, ils ne doivent transporter de blessés, car ils ne sont pas protégés par la Convention de Genève. D’après les journaux, les Anglais viennent de réunir leurs croiseurs auxiliaires en escadre, sous le commandement d’un amiral.
- En résumé, les croiseurs auxiliaires, sans être
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- 212 —. -....... LE FEU GRÉGEOIS
- indispensables, peuvent rendre de bons services. Après plus de cinq mois de guerre, le bilan des actes des croiseur-s. auxiliaires belligérants n’est pas très considérable. Les nôtres ont capturé quelques navires marchands ennemis ; ils ont même arrêté des paquebots neutres qui transportaient de la contrebande de guerre.
- L’activité n’a pas été plus grande du côté allemand. Le Kaiser Wilhelm cler Grosse, après avoir fait quelques prises, fut coulé par le croiseur anglais Iiyacinth, sur la côte d’Afrique. Le Cap Trafalgar, combattu par son similaire anglais Carmania, repose au fond des mers. Le Kron-prinzessin Cecilie, après une tentative malheureuse de retour en Europe, est enfermé dans le port de Bar Harbor. Maine, aux États-Unis. Les autres croiseurs auxiliaires allemands sont bloqués soit à New-York, soit en Allemagne. L’un d’eux, le Berlin, paraît avoir réussi à tromper la croisière anglaise, à poser des mines dans la mer du Nord et il s’est réfugié en Norvège où il a été désarmé.
- Le dommage causé aux Hottes commerciales alliées par les navires allemands a été surtout le fait des croiseurs de guerre protégés, à grande vitesse, comme YEmden, le Dresden; dans cet ordre d’idées, le rendement des croiseurs auxiliaires a été très faible, étant donné le coût de leur exploitation.
- Il fut une époque où la jeune marine ne rêvait que guerre de courses et où elle préconisait l’emploi unique de torpilleurs et de croiseurs même auxiliaires. Ces théories, après avoir eu une influence néfaste sur les programmes de construction de notre flotte, sont entièrement abandonnées, et nous sommes revenus aux idées saines de tous les grands chefs d’autrefois, à savoir que la victoire sur mer appartiendra à la nation qui possédera le plus de navires de ligne, les plus gros, les plus forts. Le rôle des croiseurs auxiliaires paraît donc bien réduit, puisqu’il est encore inférieur à celui des vrais croiseurs déjà bien peu important.
- Commandant P.
- DU FEU GRÉGEOIS AUX COMPOSITIONS INCENDIAIRES MODERNES
- Le feu grec, ou « feu grégeois » fut employé à Byzance pour la première fois en 675 lors d’un siège par les Arabes, dont on incendia la flotte en y projetant le mystérieux feu : sa formule avait été donnée par un certain Callinicus, architecte syrien. La nouveauté du feu grégeois et l’imprévu de ses effets frappèrent si fort l’imagination des Byzantins, que leurs chroniqueurs attribuèrent au produit une puissance miraculeuse évidemment fort exagérée. A les entendre, écrit Berthelot, a le feu grégeois brûlait sous l’eau, il dévorait tout, ni les pierres ni le fer ne résistaient à son activité.... »
- De quoi doue était composé ce mystérieux « feu » ? Tout simplement de salpêtre associé à des combustibles tels que le soufre, le charbon, les résines. Il s’agissait, comme on voit, de poudres à canon très fusantes, qu’on lançait avec des arbalètes ou des tubes en forme de seringue, et qui, grâce à la présence du nitrate, continuaient à brûler même quand on arrosait d’eau. Mais naturellement, les feux grégeois ne dévoraient nullement ni les pierres ni les métaux.
- Aussi bien furent-ils très délaissés lorsque l’on parvint à préparer, par un dosage rationnel des mêmes constituants, la poudre véritable pour bouches à feu qui permettait le combat à longue distance. On conserva cependant, dans la confection des artifices, diverses formules de feux semblables aux vieilles préparations « grégeoises ». Sous les noms de grenades incendiaires, brandons, boulets à feu, les pyrotechnistes d’autrefois préparaient, en effet, divers artifices destinés a être jetés à la main dans les tranchées,. ou projetés sur les navires ennemis, car on ne songeait pas encore à systé-
- matiser l’incendie comme moyen de faire la guerre! Voici quelques formules de tels produits :
- à en $ S £ 3-S s s
- Z O "3 -a '~ c 35 1 g '3-3
- CQ O c C3 g ea 11 S c O o a 3 -3 o a 2 c a qj fe o
- Charbon. . ; 5 1 5
- Colophane 20 3 4 12 10 18
- Salpêtre 20 4 8 8 16 5
- Soufre 5 3 i 20 1 52
- Poix 18 4 5
- Poudre de guerre. ..... 4 i 2 40
- Camphre i 4
- A noter que, pour préparer les artifices dits « tourteau » ou « fascines », la mixture préparée selon la formule ci-dessus sert à enduire des cordages défibrés ou des menus branchages constituant un support lui-même combustible.
- Il semble que maintenant ces divers « feux » soient plutôt rarement employés. On leur a d’abord substitué certains feux liquides, et en particulier le feu fe'nian : simple solution de phosphore dans du sulfure de carbone par exemple. Encore un produit dont la réputation fut bien surfaite : il suffit d’arroser de la paille ou des copeaux avec ce liquide incolore pour qu’après un temps variant selon la température et la concentration, une fois le solvant évaporé, le phosphore qui reste joue le rôle d’une allumette. Il y a là matière à une jolie expérience de cours ; mais, en réalité, la mixture malodorante, très volatile et dont les vapeurs explosent au contact d’une flamme, serait d’emploi très dangereux.
- Les incendiaires allemands, outre le pétrole projeté par des pompes spéciales, se servent de « feux » beaucoup plus simples : des baguettes
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
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- de celluloïd dont on allume l’extrémité avant de les lancer dans la maison à détruire, et des sortes de petites cartouches dont la composition naturellement a secrète » a été établie par le chimiste Ostwald, l’auteur bien connu des récentes élucubrations sur la guerre actuelle entreprise, paraît-il, pour « civiliser » les Anglais et les Français! Ce singulier lauréat du prix Nobel — comme chimiste d’ailleurs, non comme pacifiste! — aurait combiné
- des mélanges à base de métal pulvérisé associé à un oxydant avec de petites quantités de « catalyseurs », pour régulariser la réaction. Comme on le voit, il s’agirait d’un produit semblable aux poudres pour éclairs photogéniques à hase de magnésium et de chlorate, ou bien encore aux masses à base d’aluminium, parfois employée pour la soudure autogène des rails par le procédé de l’aluminothermie. A. C.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des i5 février au 8 mars 1915.
- 15 février.
- Tremblement de terre italien du 13 janvier 1915. -— M. B. Galitizine a pu, par des observations sismogra-phiques faites en Russie, à Pulkovo, déterminer, avec une remarquable précision, l’épicentre du tremblement de terre qui a désolé récemment l’Italie. L’intensité a été comparable à celle du tremblement de terre de Messine. On a également observé les maxima des ondes longues qui sont arrivées à la station d’observation en contournant la Terre, c’est-à-dire en passant par l’épicentre.
- La fleur. — La fleur, qui attire d’abord l’attention dans la plante, est dédaignée par les botanistes en tant que valeur propre. Pour Goethe, ce n’était déjà qu’un bouquet de feuilles. Yan Tieghem écrit : « L’étude de ta fleur est essentiellement une analyse de feuilles différenciées ». M. Yuillemin admet, au contraire, que les feuilles propx’ement dites n’interviennent dans la fleur qu’à titre de protection supplémentaire dans le pistil et le périgone; l’axe floral, portant à la fois des frondes et des feuilles, tient du stipe et de la tige.
- Géologie de la Côte d’ivoire. — M. Henry Hubert a relevé 4000 kg d’itinéraires nouveaux, où il a reconnu des schistes cristallins, sédiments métamorphiques et roches éruptives associées, avec un manteau de calcaires éocènes et de la latérite.
- Une levure m,arine. — M. Henri Goupin étudie une levure qu’il a rencontrée dans l’eau de mer contenue entre les valves d’une huître portugaise vivante : la première signalée dans l’eau de mer. Cette levure, le Torula marina, a peut-être une origine d’eau douce et rentre ainsi dans les conditions connues.
- L’électro-magnétisme employé au déplacement des projectiles dans les tissus. — M. Bergonié a obtenu de bons résultats en soumettant des blessés à des séances répétées d’électro-magnétisme. Des fragments d’obus ont pu, après une vingtaine de séances, être déplacés et finalement extraits.
- Traitement des hydarthroses et des hémarthroses par des injections d’oxygène. — La vie dans les tranchées humides, les longues marches sous la pluie, les attaques en rampant sur l’herbe mouillée développent des épanchements articulaires, hématiques ou synovitiques, particulièrement dans le genou.. M. Bayeux a obtenu des guérisons rapides en ponctionnant l’articulation avec une aiguille spéciale, évacuant aulant de liquide que possible par compression douce et insufflant de l’oxygène sous pression.
- 22 février.
- __Un menhir debout enfoui clans une alluvion marine.
- — M. Marcel Baudouin décrit un menhir debout, totalement caché par des argiles marines; ce qui prouve qu’à un moment donné, il a été submergé. 11 est situé en Vendée près de l’embouchure de la Vie, commune de Saint-Hilaire de Riez. Sa hauteur est de 1 m. 50. Il en résulte qu’après son érection il y a eu un affaissement lent de plusieurs mètres.
- Action favorable du manganèse sur la bactérie des légumineuses. — M. D. Olaru a étudié l’influence du manganèse sur les microbes du sol. On sait que ce métal est presque partout répandu dans tous les terrains et que son addition en sels solubles, même par minimes quantités, améliore notablement un sol pauvre en cet élément (sous Ja forme assimilable). Il n’y a pas seulement action sur la plante, mais aussi sur les baptéries fixatrices d’azote.
- Un nouveau genre de poissons apodes. — M. Louis Roule montre, d’après des échantillons recueillis en mer à_950 m. de profondeur, que les zones abyssales constituent l’habitat principal de ces poissons. Les espèces d’anguilles qui fréquentent les eaux douces, passent seulement leur jeunesse dans les eaux continentales pour y effectuer les phases de leur première croissance, puis retournent à la mer, y deviennent sexuées et pondent en eaux profondes, d’où elles ne retournent plus. Le peuplement temporaire en jeunes anguilles des fonds vaseux de nos mares et de nos étangs ne ferait ainsi que reproduire, sur une petite échelle et pour quelques espèces, ce que les fonds vaseux abyssins réalisent en permanence et sur de plus vastes et plus complètes proportions.
- La pomme de terre et le pneumobacille de Fried-lander. — M. Daumézon a isolé, dans les produits d’altération des pommes de terre, cette espèce notoirement pathogène pour l’homme et qui semble avoir trouvé, dans cet intermédiaire végétal, un important moyen de dissémination dans la nature et, en particulier, dans les eaux.
- Les formes adaptatives des Scyllares. — Le Scyllare, ou cigale de mer, offre, d’après M. Bouvier, deux stades de développement post-larvaire : Nesto asper et Nesto levis. Les Langoustes, qui offrent un parallélisme frappant avec les Scyllares, doivent présenter également un second stade encore inconnu.
- Un mëlaphyre permien de gl’Ariège. — M. Caralp étudie des coulées épaisses de mélaphyre qui se trouvent au-dessus des gîtes ferrifères de Bargnac et des Audreaux,
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- aux environs de Nescus (Ariège), dans des grès rouges saxoniens. Des tufs situés à Ségalas semblent représenter les éléments de projection de ce volcan permien.
- L’azote libre et les plantes supérieures. — M. Martin Molliard conclut que le Radis est incapable d’utiliser l’azote libre de l’air.
- Un emploi de la frigorification en analyse toxicologique. — En analyse toxicologique, on est obligé de mettre dans un état d’extrême division au moyen de hachoirs les organes à examiner. Pour faciliter ce hachage et éviter ses côtés nauséabonds, M. Le Roy commence par frigorifier les pièces à examiner.
- 8 mars.
- La gangrène gazeuse. — M. Weinberg a étudié ce mal qui a fait tant de ravages parmi nos blessés et a constaté qu’il est dû à l’intervention du Bacillus per-fringens, dans des tissus antérieurement contusionnés. Il a préparé ensuite un vaccin avec des cultures de 24 heures en bouillon glucosé, chauffées une heure à 60°. Enfin il a préparé un sérum en pratiquant au cheval des injections intraveineuses, d’abord de cultures mortes, puis de cultures vivantes des mêmes microbes ayant servi à préparer les vaccins. Les résultats obtenus sur des cobayes et sur un seul cas humain ont été favorables : soit à titre préventif, soit à titre curatif.
- LE TRANSIT DES VOILIERS DANS LE CANAL DE PANAMA
- Antérieurement à l’ouverture du canal de Panama on admettait généralement que les voiliers ne pourraient trouver d’avantage économique en se servant de cette nouvelle voie. Aussi le monde maritime s’était-il peu occupé de cette question. Depuis son ouverture, cinq navires à voile l’ont traversé, dont deux ne peuvent être considérés comme navires de commerce. Le troisième, le Zêta, est un schooner à trois mâts de 40 ni. 26 de longueur et d’un tonnage registre de 535 tonnes. Les droits payés par ce navire pour son transit dans le canal ont été de 3355 fr., y compris les frais de remorquage ; ce qui, pour une cargaison de 600 tonnes de bois de charpente, représente une dépense de 5 fr. 60 par tonne de chargement. Le quatrième, le John Eta, est un navire à quatre mâts de 95 m. 43 de longueur, de 7 m. 01 de creux et d’un tonnage registre de 2600 tonnes. Les frais totaux de transit dans le canal ont été de 15 665 fr., soit, pour une cargaison de 4400 tonnes de pétrole, une dépense de 5 fr. 56 par tonne de chargement. Le cinquième navire, le Dirigo, à peu près semblable au précédent, a passé à Colon le 3 février dernier et a traversé le canal le même jour. Comme on Je voit, les droits que paient les voiliers par tonne de chargement ne sont pas prohibitifs et sont équivalents à ceux que paient les navires à vapeur de tonnage moyen et qui sont de 3 fr. 75. Mais, à côté de cette dépense de
- transit dans le canal, il est un autre facteur important dont il y a lieu de tenir compte. C’est la question de temps. Combien de temps, par exemple, un voilier partant de New-York mettra-t-il pour gagner l’isthme, le traverser et atteindre ensuite son port de destination, San Francisco, par exemple, comparativement à celui que ce même navire mettrait pour faire le même trajet en doublant le cap Horn, et quelle serait l’économie de temps et d’argent? Un voilier partant de New-York mettra, en moyenne, 20 jours pour se rendre à Colon, un jour pour traverser le canal et 39 jours pour gagner San Francisco, soit un total de 60 jours. Le même navire, en passant par le cap Ilorn, mettra, en moyenne, 129 jours, soit une différence de 69 jours. Or, les armateurs américains admettent que les dépenses par jour d’un voilier de 2000 tonnes sont d’environ 375 fr. Ce serait donc, pour les 69 jours, une économie de 25 875 fr., dont il faudra défalquer les frais de transit dans le canal et qu’on peut estimer à 13 500 fr., soit une économie totale de 13 375 fr. On voit donc que, contrairement à l’idée primitive, quant à ce qui concerne les relations entre les ports américains de l’Atlantique et ceux du Pacifique, l’emploi des navires à voile par le canal de Panama est très praticable. Un calcul semblable montrerait certainement qu’il en est de même pour les voiliers transitant entre l’Europe et les côtes du Pacifique.
- PLUS CHAUD QUE LA LAINE, ET, AUSSI, PLUS LÉGER
- Les Parisiens, que leur âge ou leurs infirmités obligent, durant la guerre, à se promener mélancoliquement par la Capitale en attendant le « communiqué » de 15 heures, ont certainement remarqué chez beaucoup de tailleurs des capotes de soldats, des dolmans, des sous-vêtements, des pardessus de vulgaires civils, mille colifichets féminins, le tout doublé en « kapok ». Ce nom bizarre — d’origine malaise — a attiré d’autant plus l’attention sur cette substance que, par les quotidiens, on a appris que l’autorité militaire avait commandé, pour les soldats, un nombre considérable de matelas rembourrés également dudit « kapok ». Qu’est celui-ci? d’où vient-il? qu’en fait-on? C’est ce que nous allons dire.
- Le kapok (ou kapock), appelé aussi ouate végétale, édredon végétal, duvet des tropiques, etc., est une sorte de duvet soyeux analogue au coton, mais ayant sur lui d’innombrables avantages — puisqu’il peut même « faire la pige » à la laine. Il constitue un abondant « rembourrage » dont est rempli le fruit de diverses espèces d’arbres de la famille des Bombacées, laquelle est voisine de nos Malvacées. Ce sont des poils produits, non par la graine — comme l’est le coton — mais par la paroi interne du fruit; c’est une masse feutrée, intriquée, moelleuse, où sont logées les graines nues. Les poils, très doux au toucher, ont environ 1 à 3 cm, parfois plus, de long et 20 à 50 millièmes de millimètre de diamètre; on pourra juger
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- de cette largeur par le demi-schéma où j’ai représenté, vus au microscope, des fibres de kapok — deux à sec, et, l’un dans l’eau, — de coton (le diamètre est à peu près le même, mais la paroi en est beaucoup plus épaisse), de lin, de laine et un cheveu.
- L’un des meilleurs kapok est celui de Java et appartient à l’espèce dénommée, par de Candolle, Eriodendron anfractuosum; d’autres viennent de divers Bombax, en particulier le Bombax Ceiba, de Linné, qui croît aux Indes et d’Ochroma. Ce sont tous de grands arbres, qui poussent, en somme, dans tontes les régions tropicales, notamment à Java, aux Philippines, aux Antilles, au Brésil, aux Indes, au Cambodge, en Indo-Chine (où la Société cotonnière de Namdinh vient de faire don à
- t, \\ a fin'
- Fig. i. — Préparations microscopiques (dessinées à la même échelle) de fibres de kapok, sèches (a) et dans Veau (b), de fibres de coton (c), de fibres de lin (d), d’un brin de laine (e), d’un cheveu humain (f).
- notre armée de 1227 gilets de kapok), et dans bon nombre de nos colonies africaines, où on les appelle « Fromagers », à cause de la vague ressemblance (?) du fruit avec un fromage et dont ils deviendront, certainement, une des principales richesses.
- A la Société industrielle et commerciale du kapok, qui siège à Paris, j’ai pu me rendre compte des multiples avantages du kapok. Cette bourre est d’une légèreté extraordinaire, puisque le mètre cube — même bien tassé — ne pèse que 12 kg. Sa principale propriété est d’être éminemment calorifuge et d’être plus « chaude » que la laine elle-même — avec un poids six fois moins fort — ainsi que l’on s’en aperçoit, même en quelques minutes, en revêtant un paletot doublé de kapok : la chaleur en est d’autant plus agréable que c’est, en résumé, la chaleur même du corps que la fibre empêche de prendre la clef des champs. Cette puissance calorifuge est due à ce qu’il y a un matelas
- Fig. 2. — Fruits de kapok encore verts.
- d’air non seulement entre les fibres, mais encore dans l’intérieur des fibres elles-mêmes.
- Cette abondance d’air — éminemment hygiénique — donne même au kapok une singulière propriété, celle d’être « flottable ». Des expériences deM. Jean Mondamert de Saint-René, il résulte, en effet, qu’en eau douce, il peut supporter 175 fois son poids. Un homme pourvu d’un veston en kapok flotte donc, dans l’eau, comme un bouchon, d’où des perspectives précieuses pour le passage des rivières et les suites d’un naufrage imprévu. Au sortir de l’eau, d’ailleurs, de même que lorsqu’il a reçu les ondées du ciel, il est absolument sec, et, fut-il mouillé, qu’il n’en résulterait, pour lui, aucun dommage, car il est imputrescible. Les poils qui le composent sont « morts », c’est-à-dire dépourvus de leur protoplasma et réduits à leur membrane de cellulose un peu cutinisée, substance si peu nutritive que les microbes eux-
- de kapok.
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- couvrant les environs d’une couche blanc jaunâtre d’une épaisseur invraisemblable — un peu à la manière de nos peupliers au printemps — et qui est entièrement perdue. Pour obtenir le kapok industriel, il faut gauler les fruits, lesquels sont environ de la longueur de la main : on peut les expédier, alors, tels quels à Paris, ou plus souvent, les indigènes les ouvrent eux-mêmes, rejettent les valves et les graines, et étalent la bourre au soleil ; après dessiccation, ils en font des balles qui arrivent ensuite par bateaux et chemins de fer jusqu’à l’usine. Là, on les carde, non comme le coton
- — ce qui aurait tôt fait d’en briser les libres, très fragiles — mais « parallélisé » par un procédé dont M. de Saint-René est l’inventeur et dont il a le secret — appuyé sur 24 brevets. Il en résulte un kapok, léger et calorifuge, que, dès lors, on peut inclure, soit, tel quel, dans les matelas, les coussins, etc., soit entre deux tissus — depuis de la mousseline jusqu’à du satin — piqués dans divers sens pour constituer des « doublures » moelleuses, se prêtant au doublage de n’importe quels vêtements ou objets
- — d’où ses applications pour ainsi dire indéfinies — jusques et y
- Fig. 5. — Plantations d'arbres à kapok à la station d’essais de rivoloïna, près Tamatave.
- Fig. 4. — Une allée de fromagers à Sédition.
- mêmes n’en veulent pas, non plus d’ailleurs que les insectes. Cette imputrescibilité et cette « insecti-vité », si l’on peut dire, seront précieuses pour les matelas des soldats
- — blessés ou non — qui sauront aussi en apprécier l’élasticité, laquelle ne se dément pas pendant deux ans au moins, et peut, alors, être récupérée en moins d’une heure par une simple exposition au soleil.
- Les arbres à kapok poussent spontanément dans les régions tropicales; parfois seulement ils sont cultivés çà et là dans des terrains incultes et mériteraient de l’être beaucoup plus, leur rendement commençant vers la cinquième année
- — souvent plus tôt — et rapportant alors environ 1 kg 1/2 de bourre par arbre. Au moment de la maturité, les cinq valves du fruit s’ouvrent et les filaments se répandent partout,
- compris des bandes de pansement, des sacs de couchage et des ailes d’aéroplanes.
- Henri Coupin.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiidre, rue de Fleurus, 9, à Paris
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- LA NATURE. — N° 2166.
- 3 AVRIL 1915.
- LA MÉDECINE MILITAIRE
- DANS L’ANTIQUITÉ ET LES TEMPS MODERNES
- La médecine militaire a une grande et noble mission à remplir, particulièrement ardue au milieu des difficultés de la guerre. Elle doit conserver le soldat valide, exempt des maladies qui le guettent dans la vie des camps, ou l’arracher à la mort menaçante en soignant hâtivement les blessures du champ de bataille. De la santé des combattants dépend la force d’une armée. Aussi depuis les temps les plus reculés on a reconnu l’importance du rôle de la médecine militaire.
- Bien avant Hippocrate, fondateur d’une médecine scientifique, Homère dans l’Iliade signale la présenc e au siège de Troie des médecins Machaon et Poda-lyre. 11 est vrai de dire qu’ils n’y assistaient pas uniquement à titre professionnel, car ils avaient le commandement de 30 vaisseaux pour le transport de guerriers du Péloponèse. Lycurgue (ixc siècle av. J.-C.) place les médecins aux armées sous la même tente que les devins, les joueurs de flûte et les chefs de troupes. Xénophon (404 av.
- J.-C.), racontant dans l’Anabase la retraite des Dix-Mille à travers l’Asie Mineure, rapporte qu’après la défaite de Cunaxa et avant d’arriver aux monts Car-duques, il fut obligé de disséminer de nombreux malades dans plusieurs villages et qu’il leur laissa « huit médecins ».
- Les hôpitaux privés établis dans les villes grecques, assure-t-il, recueillaient et soignaient même les blessés ennemis, manière de faire qui contraste avec l’usage des Romains de n’avoir des égards que pour leurs propres soldats.
- A l’époque des guerres engagées par Rome en Italie, il semble que, dans les légions romaines, il n’y avait ni médecins, ni chirurgiens; les soldats devaient soigner réciproquement leurs blessures avec des bandes ou liens qui faisaient partie de leur équipement. A Rome, jusqu’au temps de César, on n’avait guère d’estime pour les médecins, en général des Grecs ou des affranchis ; cependant peu à peu se faisait sentir la bienfaisante influence de la civilisation grecque. César accorda aux médecins le droit de cité (civitalem donavit) ; mais il ne dit mot des médecins militaires dans les Commentaires. Au reste les historiens de l’antiquité ne fournissent que des renseignements très clairsemés sur la médecine dans les armées ; ils ne paraissent point y avoir porté intérêt.
- De l’étude comparée des inscriptions antiques, il ressort que, sous l’Empereur Auguste, au moment de la création des armées permanentes, le service.
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- médical y fut organisé d’une manière régulière avec des médecins de cohortes et des médecins de légions. En outre, un service de santé était spécialement affecté à la marine militaire. Les médecins, qui y étaient attachés (duplicarii) recevaient double solde.
- Onésandre, écrivain militaire grec du ier siècle, dit que des médecins suivaient les armées pour le pansement des blessures. Galien tenait ces médecins en très petite estime et, d’après lui, ils savaient autant d’anatomie que « des bouchers ». Les malades et blessés n’étaient pas soignés seulement sous la tente mais encore dans des ambulances (valetudi-naria) ou des hôpitaux (hospitia). Le service de santé était sous la direction d’un medicus castrensis.
- Les historiens romains de l’époque impériale citent, avec éloges, des témoignages de la sollicitude des chefs d’armée pour les blessés. Ainsi Tibère mettait à leur disposition, quand il en était besoin, ses voitures, ses litières, les médecins attachés à sa personne. Germanicus visitait les blessés, leur venait en aide, leur prodiguait des paroles d'encouragement. Trajan, plus généreux, quitta même un jour ses habits pour en fabriquer des bandages de pansement. Adrien et Alexandre Sevère n’avaient pas moins d’attentions pour les soldats blessés ou malades.
- Toutefois les ambulances, pourvues de chariots destinés à transporter les blessés, et qui devaient suivre les troupes, étaient alors inconnues et il faut attendre jusqu’au vie siècle pour trouver la mention d’une ambulance proprement dite. L’Empereur Maurice (582-602) organisa même un corps de cavaliers, dénommés scrimones ou depalati, chargés d’emporter les blessés hors du champ de bataille ; ils recevaient une prime pour chaque blessé relevé. L’Empereur Léon-le-Philosophe (886-911) donna un plus grand développement à cette institution humanitaire.
- Avec l’invasion des Barbares, toute organisation du service de santé disparut dans les armées. Et si l’on parcourt l’histoire de la médecine pendant le moyen âge, ort n’y trouve pas mention de la médecine militaire.
- Il faut franchir une suite de siècles pour arriver à Ambroise Paré, père et restaurateur de la chirurgie française, novateur dans le traitement des blessures. En 1536, Paré quitte l’Hôtel-Dieu de Paris et, en qualité de chirurgien, accompagne le maréchal de Monte-Jan dans le Piémont, où Fran-
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- Fig. i. — Machaon pansant la blessure de Philoctète.
- 43’ Année. — 1" Semestre.
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- LA MEDECINE MILITAIRE
- çois Ier faisait campagne, afin de ravitailler Turin et de reprendre des positions à Charles-Quint. C’est alors que Paré, pour le plus grand bien de tous, modifie complètement le traitement, jusqu’alors suivi, des blessures par les armes à feu.
- Depuis l’apparition de ces armes sur les .champs de bataille, les chirurgiens s'étaient
- quels inconvénients pour le malheureux patient! Ambroise Paré lui-même s’était toujours conformé à cette pratique.
- Un jour cependant, l’huile et l’eau bouillantes lui manquant, il dut se résigner à panser des blessés
- Fig. 2. — Lancette d’A. Paré, décorée du croissant de Diane de Poitiers.
- Fig.-4. — Suture entortillée d’A. Paré.
- Fig. 5. — Suture sèche d’Ambroise Paré. (Il collait avec un < mplâtre agglulinatif des pièces de toile de chaque côté de la plaie et les rapprochait l’une de l’autre par une couture).
- toujours figuré
- on ne sait vraiment pourquoi — que les plaies qu’elles produisaient étaient empoisonnées. Ils en avaient conclu à la nécessité d’une cautérisation de la blessure, faite le plus tôt possible, en versant l’eau bouillante. C’était sciente, mais au prix de
- (Les figures 2 à 8 et i3 à 16 sont empruntées à la première édition de la Petite Chirurgie pratique, des D™ Tuffier et Desfosses.)
- dessus de l’huile ou de un mode d’asepsie incon-quelles souffrances et de
- Fig. 7. — Ventouse d’A. Paré dans laquelle l’opérateur aspirait l’air par le trou de la petite extrémité. A. Paré les définissait des « cornets qui attirent le feu, mais par le bénéfice de la bouche en retirant son haleine ».
- sans cautériser leurs plaies. Son anxiété, rapporte-t-il, fut terrible pendant la nuit suivante; il s’attendait à ne plus retrouver que des mourants. Aussi quelle heureuse surprise il eut le lendemain matin, quand il constata que ceux mêmes qu’il ne comptait plus revoir vivants se portaient beaucoup mieux que des blessés dont les plaies avaient été
- Fig. 6. — Cautères et réchaud d’Ambroise Paré.
- Bistouri d’Ambroise Paré.
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- Fig. g.
- Instruments de trépanation de Bérenger de Carpi (i5i8) : /, grattoirs; 2, 3,4, 5, trépans en forme de fraise; 6, 7, 8, 9, trépans « dont l’emploi n’est pas recommandé ».
- brûlées. « Les autres, dit-il, où l’on avait appliqué ladite huile, les trouvay fébricitans, avec grande douleur, tumeur et inflammation autour de leurs plaies ; adonc je me délibéray de ne jamais plus brusler aussi cruellement les pauvres blessés de harquebusade. »
- Gomme conclusion de cette expérience, Paré, dès ce moment, s’employa à combattre le procédé barbare et inutile de la cautérisation par des liquides brûlants. L’expédition du Piémont terminée, Paré se mit au service d’Henri de Rohan, qui commandait une armée campée à Perpignan. Ici encore, il se fait remarquer par des cures nombreuses, notamment celle du maréchal de Brissac, de l’épaule droite duquel il réussit à extraire une balle. Au siège de Guise, en 1544-, au siège de Boulogne, par Henri II, en 1545, à Metz, où il est enfermé (1555) avec Henri de Rohan, avec les troupes de Charles-Quint, partout enfin, il déploie une activité remarquable et montre son génie.
- Fig. 12. — Aspect du cerveau ouvert d’après les Isagogæ brèves de Bérenger de Carpi (i523) [In CniPAULT, « Nouvelle Iconographie de la Salpétrière »].
- Fig. 10.
- Trépan à aile.-
- Fig. 11.
- Trèphine à rebord
- pour trépanation.
- Ce fut vers cette époque que Paré imagina la ligature des artères, dans le but de remplacer chez les amputés la cautérisation au fer rouge jusqu’alors employée pour arrêter l’hémorragie. Le premier essai de ce procédé fut fait sur un gentilhomme de M. de Rohan, dont un membre avait été broyé d’un coup de couleuvrine. Le succès fut complet et consacra l’importance de cette nouvelle méthode chirurgicale. Plein d’admiration et d’estime pour ce chirurgien qui, jeune encore, avait rendu tant de services à ses armées, Henri II voulut le récompenser dignement et bientôt le comptait au nombre de ses chirurgiens ordinaires.
- D’ailleurs A. Paré n’était pas seul à innover et les chirurgiens, hardis à toute époque, se risquaient à des opérations que, même de nos jours, nous considérons comme dangereuses et difficiles. S’il nous est permis de faire une incursion hors de la chirurgie de guerre proprement dite, un exemple sera particulièrement instructif à cet égard, celui du traitement des blessures du crâne auxquelles les Isagogæ brèves (1518) de Bérenger de Carpi consacrent plusieurs chapitres. La part faite à l’observation est encore réduite. Les appels à l’autorité de Galien, d’Aristote ou d'Avicenne sont nombreux. Toutefois il discute avec ses maîtres et voici un exemple de la manière de l’auteur (t) : « Avicenne, dit-il, pense que la paralysie se produit du côté des blessures du crâne et le spasme du côté opposé; or, dans la plupart des cas, c’est le contraire qui advient : c’est-à-dire du côté de la blessure le spasme et du côté opposé la paralysie. Il se peut du reste que l’nn survienne et point l’autre, ou même, malgré la lésion des membranes, ni l’un ni l’autre. » S’il y a,
- 1. In art. Chipaxjlt et Daleike. Nouvelle Iconographie de la Salpétrière,'1895,à qui nous empruntons également les figures.
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- Fig. i3. — Traitement des fractures du bras.
- de plus, lésion du cerveau, on constate, outre les symptômes précédents, l’issue de la matière cérébrale, et il peut survenir au-dessous de la fissure, un apostème souvent fort petit, « ainsi que j’ai vu, dit Bérenger, à Bologne, sur le révérend seigneur Priamus de Seppulis qui avait une fissure capillaire du crâne, chez qui m’étant servi de raspatoires pour savoir si elle pénétrait jusqu’à la face interne du crâne, ce qui était vrai, j’en vis sortir une certaine quantité de sanie, et quoiqu’elle fût fort petite, la fièvre, qui était très vive, cessa, et les inquiétudes, et l’insomnie, et tous les accidents : et j’ai vu cela dans beaucoup d’autres cas. » Voici du même auteur, sous sa forme assez colorée, une « observation » sur les pertes de substance cérébrale. « Pour ma part, dit-il, j’ai vu jusqu’à ce jour six hommes dont une notable partie de la substance du cerveau était sortie et qui sont guéris. A côté, certains, au bout de peu de temps, sont morts apoplectiques ; d’autres d’eux ont porté une paralysie d’un côté, mais ils ont vécu deux ans. Quant à ceux guéris, j’en ai vu et traité trois à Carpi alors que j’étais jeune et pour mon âge ai-je été assez habile; et j’ai eu de sincères et habiles médecins en ma société, à la première et seconde visite, lorsque j’ai extrait des lèvres dès plaies de grands fragments de cerveau qui étaient sortis du crâne; j’en ai vu un autre dans la cité de Pistoie, que soignait un certain Angellus, juif, assez
- habile chirurgien ; j’en ai vu enfin deux à Bologne, l’un un certain Vincentius Ragatia, l’autre le seigneur Paul, neveu du cardinal d’Istrie; celui-ci avait dans le cerveau une plaie vraiment profonde produite par le fer d’une épée; et ce fer, long de quatre doigts, resta piqué tout un jour perpendiculairement dans la plaie; j’eus la plus grande peine à le voir et à l’extraire; à la place qu’il occupait resta un trou où je plaçai une tente (*) pendant 50 jours ou à peu près. A ce moment, l’humidité qui sortait jusque-là, aqueuse et abondante, étant venue à rien, j’enlevai la tente pour laisser se fermer la plaie; mais, vers le 60e jour, survint, par rétention de la matière dans le cerveau, une grandè crise d’épilepsie avec tremblements et frissons de tous les membres. Ce que voyant, je fis soulever le malade par les pieds pour abaisser la tête, et avec le stylet, j’ouvris peu à peu la fistule qui pénétrait sous le crâne, dans lequel je trouvai une grande quantité de matière laiteuse, laquelle évacuée, l’épilepsie cessa aussitôt, et le malade revint en bonne connaissance. Aussi, de nouveau, je plaçai la canule; l’humidité dessécha, et mon
- Fig. 14. — L'appareil de Jean Scultet (i5ç5-i655) pour le traitement des fractures. (Extrait de VArsenal de chirurgie.)
- Fig. x5. — Extension et contre-extension d'une
- jambe, d’après les << Anciens et renommés auteurs de la Médecine ».
- malade revint à la santé, puis vécut ensuite très longtemps et arriva à l’épiscopat.
- Et, j’en atteste Dieu, que lui-même jurait que, même au commencement de son mal, il buvait chaque jour trois ou quatre fiasques de malvoisie ; d’où je crois qu’il a bien guéri par spéciale volonté de Dieu. »
- Quant aux traitements préconisés par Bérenger de Carpi, ils vont depuis la diète et les précautions alimentaires les plus délicates(2) jusqu’aux inter-
- 1. Tentes cannelées A. Paré (sortes de drains métalliques b ouvertures latérales « afin que la sanie entre en icelles et qu’elle soit vuidée par dedans la dite canelle »).
- 2. Quand un blessé vous arrive, dit-il, il ne suffit que l’air de la chambre soit chaud, il le faut « non fétide et même parfumé » « Ce que j’aime le mieux pour y réussir, ajoute Bérenger de Carpi, c’est de l’eau-de-vie ou bien de caryophilles, du bois d’alep, des roses sandales et un peu d’ambre, soit mis à bouillir dans de l’eau, soit placés dans une pelle chaude, promenée dans la chambre bien close. » D’autre part on évitera les mouvements du malade « mouvements qui agitent les tumeurs ». On ne cessera pas la diète avant le 20e jour, « car on n’a jamais entendu dire qu’un blessé soit mort de faim » ; si l’on est forcé de donner quelque viande, on préférera la viande de poulet, de perdrix ou de faisan, et surtout, si cela est possible « les cervelles des
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- Fig. 16. — i, fronde contentive du menton de Soranus (Soranus le Jeune, auteur présumé d’un Traité des fractures, 1754); 2, 3, 4, Mode d’enroulement des bandes pour une plaie de tête, d’après les « Anciens et renommés auteurs de la Médecine ».
- ventions les plus hardies. Jetez un coup d’œil sur. nos figures et vous serez fixés. Ces trépans disent d’eux-mêmes la besogne qu’on leur demandait.
- Les progrès de la médecine militaire sont plutôt lents, mais il ne faut guère s’en étonner; les remèdes et moyens curatifs laissaient fort à désirer, si on en juge par un important Traité de médecine militaire de Colombier en 6 volumes (1778), qui contient, entre autres excellentes recettes, le bouillon de vipère, le bouillon d’écrevisse ou de grenouille !
- Durant toute la durée de l’épopée napoléonienne, la médecine militaire eut, en Des Genettes (1762-1837) et Larrey (1766-1842), d’illustres représentants. L’un médecin, l’autre chirurgien en chef, ils ont été en outre, les historiographes de l’expédition de l’armée d’Orient en Égypte et en Syrie. Il y avait là une véritable organisation du service de santé, quoique encore incomplète et imparfaite. Des ambulances fonctionnent à la bataille des Pyramides; des hôpitaux sont établis au château de Gizeh, au Caire, à Gaza, Jaffa, Acre, où sont soignés les blessés et les soldats malades d’ophtalmie, de dysenterie, de la peste. A l’hôpital du Caire est annexée une école de chirurgie pratique pour l’instruction des jeunes chirurgiens d’armée. Un hôpital d’évacuation est installé à Caïffa.
- Bonaparte, général en chef, était plein de sollicitude pour les malades, comme le montre l’ordre du jour daté du quartier général du Caire, 1 nivôse an VII : « Tous les jours à midi, il sera joué, sur les places vis-à-vis des hôpitaux par la musique des corps, différents airs qui inspirent la gaîté aux malades et leur retracent les beaux moments des campagnes passées. »
- gallinacés, car, suivant Avicenne et d’autres, ils réconfortent le cerveau et retiennent les flux de sang ». Le vin peut être permis de temps en temps. Le sommeil du jour doit être évité, « car il empêche celui de la nuit qui est bon ».
- Pour le transport des blessés, on se servait de chevaux ou de chameaux; de chaque côté de sa bosse,, le chameau portait des paniers en forme de berceaux suspendus par des courroies élastiques.
- Des Genettes lutte avec acharnement contre le fléau de la peste, dont l’ombre tragique plane sur toute l’expédition d’Égypte. Et c’est au milieu des pestiférés de Jaffa, que l’on évoque la figure du médecin — popularisée par le tableau du baron Gros (fig. 18) — alors qu’il visite les malades aux côtés de Bonaparte. Tout ne se passait pas au mieux à l’hôpital de Jaffa ; l e nombre des morts s’élevait parfois jusqu’à 12 oü 15 par jour. On n’y était pas difficile sur le recrutement des infirmiers, pour la plupart des échappés de bagnes, qui se décidaient à braver les craintes de l’épidémie, attirés par le gain réalisé en dépouillant les morts.
- Le dévouement, le talent des médecins ne pouvaient pas non plus suppléer à leur trop petit nombre dans de grandes armées, ni à l’imperfection des traitements médicaux. On se rappelle le récit du général de Marbot racontant comment le maréchal Lannes fut blessé par un boulet aux deux jambes. La rotule de l’une était brisée, le jarret de l’autre déchiré. Trois médecins discutèrent sur l’opération à tenter. L’avis de Larrey, chef de service, l’emporta. L’amputation d’une jambe fut décidée. La grande chaleur arriva. Quatre jours plus tard une fièvre ardente s’emparait du maréchal, puis un délire affreux, prélude de la mort. La blessure n’était cependant point mortelle par elle-même et avait été soignée à temps, mais alors on avait tout à craindre d’une opération chirurgicale !
- Marbot cite un exemple personnel ; évanoui sur le champ de bataille d’Eylau, il avait eu un pied gelé, puis gangrené. « Le docteur pâlit, dit-il, en voyant mon pied ; puis me faisant tenir par quatre domes-
- Fig. 17. — Transport des blessés sur le champ de bataille au xvme siècle (Extrait d’un tableau de Latinville, gravé par Gaillard). On voit dans le fond les voitures d'ambulance à ouverture latérale.
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- LA "MÉDECINE MILITAIRE
- Fig. 18. — Gros (Antoine-Jean, baron). Bonaparte visite les Pestiférés de Jaffa. (Musée du Louvre, Paris. Phot. N. D.)
- tiques et s’armant d’un bistouri, il enleva l’escarre et creusa dans mon pied pour extirper les chairs mortes, absolument comme on cure les parties gâtées d’une pomme.... Le docteur, montant alors sur une chaise, trempa une éponge dans du vin chaud sucré qu’il fit tomber goutte à goutte dans le
- trou qu'il venait de creuser dans mon pied. La douleur devint intolérable. Je dus néanmoins, ajoute Marbot, pendant huit jours subir soir et matin cet affreux supplice, mais ma jambe fut sauvée.... »
- Le médecin principal J. Chenu a dressé d’intéressantes statistiques médico-chirurgicales des campagnes d’Orient (1854-1856) et d’Italie (1859-1860), c’est-à-dire pour une époque qui se rapproche de la nôtre. Les résultats ne sont encore guère satisfaisants. Pendant la guerre de Crimée, sur 300 000 hommes, la France en a perdu 95 615; là-dessus, 75 000 ont péri du charbon, du scorbut, de la pourrituré d’hôpital, du typhus. Les suites des opérations sont terribles. Sur 100 amputés de cuisse, il en meurt en Crimée 91, en Italie 76; sur les amputés du bras, les décès sont de 55 pour 100. Et on s’accorde à reconnaître que le personnel médical a fait dans ces campagnes tout son devoir. Mais l’organisation médicale est défectueuse. Il y a insuffisance manifeste dans le
- Fig. 79. — Première esquisse du tableau de Gros (in « Xouvelle Iconographie de la Salpêtrière », 1891. Collection du Baron Larrey. Phot. A. Londe).
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- LA COHÉSION
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- matériel hospitalier, insuffisance des locaux déterminant un encombrement des malades, insuffisance numérique du personnel médical. En Grimée, au mois de mai 1855, pour une armée de 108 000 hommes, on ne comptait que 78 médecins d’ambulances et hôpitaux de première ligne, soit 0,72 médecin par millier de soldats. En Italie, au mois de juin 1859, l’armée de 160000 hommes a 132 médecins d’ambulances et d’hôpitaux de première ligne, soit 0,82 médecin par 1000 hommes d’effectif. Cet état de choses avait de déplorables conséquences. « A Magenta, dit M. E. Laboulaye(1), chaque médecin d’ambulance avait en moyenne 175 hommes à soigner, à Solférino 500, ce qui, en supposant qu’un chirurgien soit capable de travailler vingt heures de suite, donne trois minutes par blessé. »
- Les campagnes de Crimée et d’Italie — on l’a dit nettement et on l’a répété —r avaient prouvé sans conteste la nécessité d’une transformation radicale de la chirurgie militaire.
- Cette transformation tant désirée, depuis cette époque, s’est opérée peu à peu tant au point de vue administratif, qu’au point de vue médical ou chirurgical. Les moyens d’action de
- la médecine militaire ont été facilités et renouvelés. Grâce aux chemins de fer et aux automobiles, le transport et l’évacuation des malades ou blessés s’opèrent dans des conditions meilleures qu’autrefois. L’emploi de l’antisepsie, barrière à l’infection, diminue singulièrement la gravité des accidents qui suivent les blessures et rend la guérison rapide. Néanmoins dans les grandes armées le nombre des blessés devient parfois et tout à coup si considérable, que malgré tous ses efforts, le service de santé ne peut pas être toujours à la hauteur de sa tâchu.
- L’expérience de la guerre actuelle a permis de réaliser d’importants progrès, mais il faut en réaliser encore. Autrefois on comptait un mort sur trois blessés, actuellement un mort sur cinq environ. Le soldat est un capital, une valeur, une force; sa maladie ou sa mort est une perte pour le pays tout entier. Aux raisons d’intérêt immédiat s’ajoutent des raisons d’humanité très impérieuses pour que la médecine militaire ne néglige rien afin d’assurer la guérison du citoyen qui a risqué sa vie, s’est dévoué pour la défense de la Patrie. Norbert Lallié.
- Habit bedflT&beeins, et autres personnes fut 'visitant Us Pestiférés, 0L est be marrocpun De Leuant,Le masque a les y eux. de cristal,et mvtxmo na^fewpU be parfums
- Fig. 20. — Habit pour visite des pestiférés. Traité de la peste de Manguet (1721).
- LA COHÉSION(2)
- La cohésion est la propriété qu’ont les corps en général d’adhérer, voire de se souder les uns aux autres dès que leurs molécules sont en contact. Pratiquement, quand on rapproche deux surfaces même parfaitement polies, il n’y a pas cohésion, parce que le contact est limité à une fraction très petite des plans en regard. Mais, dans les calibres Johansson, on observe une adhéren cetrès marquée, qui ne tient pas seulement à la pression atmosphérique puisque l’effort de séparation dépasse dans certains cas 17 kg par centimètre carré. Qu’on remplace l’acier par un métal mou comme le plomb et qu’on presse fortement les pièces en contact : on ne pourra dès lors les séparer qu’en arrachant des parcelles soudées facilement observables sur le plan de séparation. Si la pression est suffisante, on peut même préparer de la sorte, comme le fit M, Spring, des alliages véritables qui sont simplement des agglomérés de poudres métalliques. De même, quand on empile des glaces sans prendre la précaution de les séparer par des feuilles de papier, il se produit à certains endroits des sortes de souddres et on ne peut détacher les glaces qu’en faisant sauter l’une d’elles mor-
- 1. Revue des Deux Mondes, 15 déc. 1869.
- 2. D’après une conférence de M. Rosensthiel.
- ceau par morceau. Un autre exemple de cohésion, connu depuis longtemps des mécaniciens, est donné par l’accident se produisant avec les essoreuses centrifuges dont on négligea de graisser le palier inférieur (par où toute la partie mobile est portée sur une place d’acier au centre de laquelle pose l’extrémité de l’axe). Il arrive alors que plaque et arbre se soudent tout à coup : ce qui occasionne l’arrêt brusque de l’essoreuse, et souvent le bris violent du panier essoreur. En coupant ensuite à la scie, il est impossible de distinguer l’une de l’autre les deux pièces parfaitement soudées.
- Enfin, la cohésion peut encore être observée dans les multiples applications de la métallisation. Précipités dans certaines conditions de leurs solutions métalliques, l’argent, le platine, le cuivre adhèrent au verre. Déposés électrolytiquement molécule à' molécule sur d’autres métaux, l’or, l’argent, le nickel s’y soudent solidement. Projetés sous forme de gouttelettes extrêmement fines, à l’énorme vitesse de 25 km par seconde,, divers métaux employés par M. SchoopQ) s’unissent à une température bien inférieure à celle de fusion,
- 1. Cf. dans La Nature (Supplément de juillet 1910) la. chronique de M. Loucheux.
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- non seulement à d’autres métaux, mais aux bois ou aux tissus divers.
- Enfin M. Rosensthiel, et c’est le but, la conclusion de son étude, attribue les phénomènes de la teinture — si mal connus et si controversés malgré les efforts des chimistes et physiciens du dernier siècle — à des actions
- de cohésion. Les fibres teintes semblent, en effet, être entourées et non pas pénétrées de la matière colorante. Et les conditions dans lesquelles s’effectue ou non la teinture offrent dans bien des cas un curieux parallélisme avec les phénomènes particuliers aux cas de cohésion des métaux. A. C.
- QU’EST=CE QU’UN ZEPPELIN?
- Nos lecteurs ont été fidèlement tenus au courant
- de la construction, des prouesses et des échecs des dirigeables géants dont le comte Zeppelin imagina le principe vers 1896. Ils savent que ces dirigeables appartiennent au type rigide caractérisé par une carcasse d’aluminium, à laquelle sont rigidement fixées les nacelles, une à l’avant, l’autre à l’arriéré. Le premier de ces mastodontes sortit en 1900;
- mets de la base ; de plus, tous ces sommets sont encore réunis deux à deux par d’autres fils métalliques.
- Cette carcasse, recouverte d’un tissu sur lequel on applique un enduit à base de cellulose dissoute dans l’acétone, se trouve divisée par lecloisillonnage intérieur en 19 compartiments, contenant chacun un ballon qui épouse la forme de chaque cellule. Ces ballons sont faits d’un tissu caoutchouté imperméable à l’hydrogène. Ce sysièmeprésente, sur les dirigeables souples, qui ne peuvent être cloisonnés, l’avantage de maintenir la permanence de la forme sans le secours d’un ballonnet à air.
- L’enveloppe extérieure, parfaitement tendue sur sa carcasse, ne se déforme jamais, quelle que soit la hauteur à laquelle le ballon s’élève, tandis que, dans les ballons souples on doit maintenir constamment une faible pression intérieure pour que l’enveloppe conserve toujours sa rigidité.On parvient très bien à obtenir ce résultat en envoyant de l’air ordinaire, à l’aide d’un ventilateur, dans le ballonnet, sorte de poche cousue à la base et à l’intérieur de l’enveloppe. Le cloisonnement est également avantageux en cas de déchirure accidentelle de l’enveloppe parce que, dans ce cas, le ballon intérieur seul est atteint et la force ascensionnelle restante est suffisante pour permettre au dirigeable de se tirer d’un mauvais pas. Un des zeppelins ayant été victime d’un accident de ce genre qui détruisit deux ballons à l’avant put néanmoins reprendre l’air et faire retour au hangar. Notre dirigeable République, déchiré par une.pale d’hélice, se vida instantanément et s’abattit sur le sol. Mais les accidents de dirigeables ont été très peu nombreux en France, tandis qu’ils se sont multipliés en Allemagne.
- - Dans tous les dirigeables, il faut également que la nacelle soit reliée à l’enveloppe par une suspension rigide, indéformable. Ici la liaison se fait métalliquement, de sorte que les nacelles et la carcasse ne forment qu’une seule masse métallique à claire-voie. Entre les nacelles existe un couloir, sur les côtés duquel on dispose des réservoirs d’eau servant de lest.
- Chaque nacelle porte deux moteurs dont la puis-
- JFig. i. — Le Kronprinz (X) et le comte Zeppelin (+) à de grandes manœuvres allemandes en içoç.
- depuis, les appareils qui ont suivi n’ont jamais été que la répétition du type primitif de plus en plus volumineux. En quinze années, le volume est passé de 11 000 à 50 000 m3, bien que l’expérience ait démontré par des calastrophes nombreuses que la maniabilité d’un dirigeable devient de plus en plus difficile au fur et à mesure que l’on augmente ses dimensions.
- Actuellement le sinistre vieillard, pour lequel nous manifestions autrefois une profonde sympathie en raison de ses malheurs et de son énergie, et qui nous est devenu odieux lorsque nous avons du constater que ses travaux n’aboutissaient qu’à des actes de piraterie, ne construit plus que des dirigeables de 165 mètres de longueur et 18 m. 40 de diamètre. Ce sont d’immenses saucisses terminées par deux pointes ogivales dont la carcasse se présente sous la forme d’un prisme à 19 faces, au lieu de 17 que possédaient les modèles antérieurs.
- Toutes les arêtes se réunissent aux deux extrémités ; elles sont reliées entre elles, de distance en distance, par des pièces également métalliques, assemblées en polygones à 19 côtés. Des fils d’acier rattachent chaque sommet du polygone aux deux som-
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- QU’EST-CE QU’UN ZEPPELIN ?
- sance varie avec le volume du dirigeable. Les derniers modèles ont reçu des moteurs de 250 chevaux, actionnant chacun une hélice métallique à quatre pales montées sur des pylônes solidaires de la carcasse, de chaque côté de celle-ci.
- L’empennage des derniers zeppelins est constitué par une surface verticale tendue au-dessus et au-dessous de la pointe arrière et deux surfaces horizontales formant une croix avec la première.
- A l’arrière de ces surfaces, qui sont fixes et qui assurent la stabilité longitudinale et la stabilité transversale, sont disposées d’autres surfaces verticales et horizontales, constituant les gouvernail* ; elles sont commandées depuis les nacelles.
- Les zeppelins présentent certains avantages, que nous avons montré*, sur les dirigeables souples : mais, en raison du poids de leur masse métallique, ils utilisent très mal l’énorme force ascensionnelle (50 tonnes) dont ils disposent.
- L’est à peine si, sur ces 50 tonnes, 5 sont réellement utilisables pour l’armement mécanique : moteurs, hélices,, lest, appareils et aéronautes. Il ne reste certainement pas 1000 kg. disponibles pour le transport des explosifs, ce qui
- est d’ailleurs à considérer. D’autre part, le cloisonnement ne se prête pas au dégonflement instantané
- de l’enveloppe, opération indispensable lorsque le ballon, surpris par un orage, doit descendre sur le sol — opération très délicate pour un zeppelin — et être dégonflé. La puissance du vent sur une telle masse est si gran-e que rien ne peut empêcher une catastrophe. Le comte Zeppelin doit à cette cause des souvenirs cuisants. La première randonnée au-dessus de Paris n’a pu se faire que par temps très calme et les aéronautes ont été incapables de reconnaître la capitale parce que les lumières avaient été éteintes.
- La seconde a dû êlre interrompue à cause de la pluie. Les autres le seront, sans aucun doute, par nos aviateurs qui ont la partie belle sur des mastodontes se déplaçant lentement (50 km à l’heure en moyenne) et offrant une belle cible à leurs coups.
- Les Allemands construisent un zeppelin en trois semaines : mais ce sont des Colosses aux ailes d’argile qui n’auront que rarement l’occasion de se livrer à des exploits de banditisme. L. Fournier.
- Fig. 2,3 et 4. Ü11 zeppelin.
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- DYNAMITE ET GOMMES EXPLOSIVES
- Un des explosifs les plus connus et les plus usités est la dynamite : c’est avec des cartouches de dynamite que nos soldats du génie font sauter les ponts ainsi rendus inutilisables par l’ennemi. D’autre part, c’est avec une substance se rapprochant fort de la dynamite que nos amis anglais chargent leurs canons et leurs fusils ; les gommes explosives ainsi usitées sont moins connues que la dynamite quoi-
- Fig. i. — Type de malaxeur à gomme explosive,
- que à base de nitroglycérine comme cette dernière.
- La nitroglycérine, qu’obtint pour la première fois en 1847 l’Italien Sobrero, et que le Suédois Nobel fabriqua le premier industriellement vers 1862, est obtenue en nitrant la glycérine dans un mélange d’acide nitrique et d’acide sulfurique forts :
- C3H3 (0H)3-f- 3NO3H =C3Hs(N03)3H- 3HS0
- glycérine. acide nitrique. nitroglycérine. eau.
- I/acide sulfurique n’intervient que pour fixer l’eau libérée au cours de la nitration.
- La nitroglycérine est un liquide huileux de densité 1,60, insoluble dans l’eau, et qui, sous l’influence d’un choc pu d’un fort échauffement, détone très violemment en produisant une énorme quantité de gaz :
- 2 C3H5 (NO5)3 = 6 GO2 -h 5 H20-f- 6N -+- O
- Gaz Vapeur Azote. Oxy-
- carbonique. d’eau. gène.
- cela correspond à 466 cm3 de gaz à 15° par gramme d’explosifs, volume encore bien supérieur en raison de réchauffement provoqué par l’explosion.
- C’est pour obvier à cette instabilité de la nitroglycérine qu’on ne l’emploie pratiquement jamais sous forme liquide. On la rend bien moins dangereuse et par surcroît beaucoup plus commode à manipuler en lui adjoignant une poudre absorbante pour en faire de la dynamite, ou une matière géléi-fiante pour la transformer en gomme explosive.
- La nitroglycérine. — La glycérine employée pour la nitration doit être très pure, certaines impuretés
- pouvant provoquer de dangereux accidents; aussi les livraisons dans les dynamiteries et fabriques de gommes explosives sont-elles soumises à de nombreux essais analytiques. L’acide nitrique doit avoir une densité d’au moins 1,50, ce qui correspond à plus de 90 pour 100 de N03H pur, il doit être jaune et non rouge. L’acide sulfurique doit être au moins à 96 pour 100 de S04H2, soit à 1,84 de densité ; il ne contiendra ni acide nitreux, ni plus de 1 pour 1000 d’arsenic. Souvent on emploie l’oléum, ou acide beaucoup plus concentré formé par une dissolution d’anhydride sulfurique SO3 dans l’acide mono-hydraté S04H2. Dans certaines usines, on achète sous le nom d’acide sulfonitrique le mélange des acides concentrés, mais cela ne présente aucun avantage.
- La nitration de la glycérine peut se faire de diffé -rentes façons, dans divers appareils. Actuellement, on préfère partout aux anciennes méthodes qui furent successivement employées, le procédé par déplacement appliqué avec l’appareil Nathan. Le bain de nitration employé se compose de 280 kg d’acide nitrique à 91,5 pour 100 mélangé avec 540 kg d’oléine à 20 pour 100 d’anhydride sulfurique; la manipulation se faisant dans des cuves en plomb contenant l’acide nitrique dans lequel on fait barboter l’air, cependant que l’oléum arrive en mince filet.
- Ce bain est amené dans une cuve couverte d’un dôme surmonté d’une cheminée (fig. 1). Des serpentins en plomb à circulation d’eau froide per-
- Fig. 2. — Type de malaxeur à gomme explosive.
- mettent de régler la température à l’intérieur du nitrateur, et une arrivée d’air comprimé permet de rendre le contenu bien homogène. D’autre part, on contrôle du dehors ce qui se passe en dedans par des « regards » en verre et des thermomètres à tige graduée saillante.
- La cuve de nitration contenant la glycérine, on fait arriver en bas le bain acide; au fur et à mesure de sa formation, la nitroglycérine se sépare pour être finalement décantée. On fait partir ensuite par le bas les acides résiduaires qui seront réutilisés ultérieurement; on en chasse d’abord l’acide ni-
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- DYNAMITE ET GOMME EXPLOSIVE
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- trique par action d’un courant d’air chaud, puis on concentre l’acide sulfurique restant par évaporation. La nitration doit être effectuée à une température ne dépassant pas 25°.
- La nitroglycérine est finalement lavée dans des bassins, par mélange à une grande quantité d’eau, puis barbotage à l’air comprimé.
- On effectue ainsi cinq ou six lavages suivis de décantation. En quittant le bassin, le liquide est filtré à plusieurs reprises à travers une flanelle tendue sur un cadre. C’est alors qu’on procède à des essais pour vérifier la qualité de l’huile explosive ; la densité doit être 1,26, il ne doit pas y avoir de chaux, de chlore, d’acides gras, etc.
- Après quoi la nitroglycérine est transformée soit en dynamite, soit en gomme explosive, car en raison des dangers de manipulation, elle n’est guère jamais transportée sous sa forme huileuse.
- La dynamite.
- — Nobel employait d’abord la nitroglycérine, mais après un réel succès dû à la puissance de l’explosif, il y eut, à la suite de quelques accidents retentissants (entre autres le naufrage après explosion d’un navire transportant le produit), un tel sentiment de défiance que le fabricant ne trouvait plus à se défaire de son trop puissant explosif. C’est alors que dans l’usine de Nobel, une tourie contenant de la nitroglycérine vint à casser : on l’avait entourée, pour protéger le verre, d’une caisse avec remplissage de kieselguhr, ou farine fossile, terre très légère constituée par des myriades de carapaces siliceuses d’infusoires microscopiques. Or, le liquide fut tout entier absorbé par l’emballage !
- L’idée vint alors à Nobel d’employer cet absorbant si poreux pour transporter la nitroglycérine sans la loger en récipients lourds et fragiles comme les touries. 11 eut la surprise, en faisant des essais à ce sujet, de constater que le mélange (contenant jusqu’à 75 pour 100 de nitroglycérine sans devenir pâteux) non seulement était facile à transporter,
- mais détonait bien moins facilement que l’huile explosive pure. La dynamite était trouvée, qu’on a voulu fabriquer avec d’autres substances poreuses que le kieselguhr (la brique pilée par exemple peut fort bien être employée) ; mais qu’on prépare toujours par le procédé primitif parce qu’aucune matière pulvérulente minérale n’est aussi absorbante que le kieselguhr, d’ailleurs vendu très bon marché. Les cartouches de dynamite employées dans les mines et dans le génie militaire sont de simples boîtes ou sachets remplis du mélange kieselguhr-nitroglycérine avec un détonateur, amorce à base
- d’un fulminate.
- Gommes explosives. — C’est à Nobel, l’inventeur de la dynamite, qu’est également due la découverte des gommes explosives. La dynamite-gomme que fit breveter en 1871 l’ingénieur suédois, est préparée en faisant macérer dans environ 100 gr. de nitroglycérine environ 10 gr. d’une nitrocellulose moins nitréeque le colon-poudre; on obtientune matière gélatineuse, translucide et élastique explosant moins aisément que la nitroglycérine et par ailleurs de transport et de manipulation beaucoup plus faciles. Par la suite, la composition des gommes explosives fut souvent modifiée. Yoici par exemple les compositions analytiques de divers produits qui furent employés, ou le sont d’ailleurs encore, dans divers pays pour divers usages :
- 6 —
- a % ai *2 e-1 <n cz 9^ il 5 c fl S .5 u co 43 S)
- O 5 OtD c ~ O ♦a» zn O «U *T3
- Nitroglycérine 92.9 58 71,4 82 50 86,4
- Nitrocellulose 7,0 4 7 6 6 10 9,6
- Poudre de bois. . . . » 8 4,3 3 » »
- Nitrate de potasse. . . )) 30 16,7 9 » »
- Charbon ....... » )) )> 1) 15 T)
- Camphre » )) )) J> » 4,0
- On conçoit qu’avec une telle plasticité de composition, les gommes explosives puissent être préparées
- Fig. 3 — Coupe d’une cuve à nilrer la glycérine.
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- 228 ====== LA NAVIGATION SOUS-MARINE AUTREFOIS
- en variétés très différentes les unes des autres de manière à posséder diverses propriétés les rendant propres à toutes sortes d’usages. De fait, elles seront aussi bien dans les mines pour les explosions brisantes (variétés à nitrate), que dans l’armée pour les explosions de propulsion (variétés à camphre, à carbures).
- La poudre sans fumée généralement employée par nos amis les Anglais, ou cordite, est une gomme explosive contenant 58 pour 100 de nitroglycérine, 57 pour 100 de nitrocellulose et 5 pour 100 de vaseline.
- Les gommes explosives sont préparées avec des nitrocelluloses bien séchées dans des étuves à courant d’air, toute humidité nuisant à la dissolution dans la nitroglycérine. On conserve éventuellement le coton nitré sec dans des sacs en caoutchouc, puis on le place dans des bacs en plomb où on verse ensuite la nitroglycérine également bien sèche. Un courant d’eau tiède circulant dans une double paroi
- entourant les bacs entretient une température de 40 à 50° et des pelles en bois permettent de brasser la masse pour que l’imprégnation soit parfaite. Dans ces conditions, les fibres sont geléifiées en une demi-heure environ. Parfois on ajoute au mélange un peu d’acétone ou d’alcool méthylique pour faciliter l’opération.
- La gelée transparente obtenue de la sorte est ensuite triturée pendant au moins une demi-heure dans un malaxeur mécanique (fig. 2 et 5) en bronze, à palettes s’entre-croisant pour diviser et pétrir la masse. C’est au cours du malaxage que l’on incorpore le nitrate, le camphre, la vaseline, la poudre de bois. Pour préparer ce dernier adjuvant, le bois est réduit en copeaux qui sont lessivés, blanchis, séchés puis broyés. Finalement, la pâte est amenée à sa forme d’utilisation par passage dans une bou-dineuse, laminage, découpage, après quoi on la met dans les sachets, gargousses ou cartouches destinées aux mines ou à la guerre. A. Chaplet.
- LA NAVIGATION SOUS-MARINE AUTREFOIS
- L’importance prise par les sous-marins dans la guerre actuelle, importance mise en relief dans la belle étude de M. Berlin, rappelle l’attention sur les anciennes tentatives faites par divers inventeurs en vue d’essayer de Réaliser la navigation sous l’eau.
- Le Père Gaspard Schott, dans son ouvrage Technica curiosa sive Mirabiiia Artis, publié en 1664, en signale plusieurs qui d’ailleurs — est-il besoin de le dire? — n’eurent aucun succès.
- C’est d’abord ce que le bon Père appelle le Vaisseau de Rotterdam — Navis roterda-metisis. — Il fut réellement construit et mesurait 72 pieds de long sur 12 de haut et 8 de large. Il est représenté par la
- dit Schott, comptait procéder pour effectuer ses plongées. Nous savons seulement qu’il fit connaître son appareil en 1653 et l’appelait prétentieusement un foudre de mer
- — fulmen maris.
- La cloche des
- Fig. i et 2. Mirabiiia artis » (i538).
- Il est de fait qu’il lui attribuait une foule de qualités, en particulier celle de pouvoir démolir 100 navires ennemis dans sa journée et celle d’aller aux Indes Orientales en six semaines !
- En réalité, le Vaisseau d'Amsterdam fut. comme le petit navire qui n’avait jamais navigué. Il ne torpilla aucun de ses confrères, mais obtint un certain succès de curiosité dont l’inventeur sut tirer quelque parti en le montrant moyennant finance, comme la femme à barbe ou le veau à deux têtes 1
- figure 1, reproduction de la planche XXX de l’ouvrage de Schott. 1, ! est la maîtresse poutre du bateau. Elle se termine par deux espèces d’éperons 4, 4 dont le navire devait se servir pour frapper les vaisseaux ennemis,
- 7 est l’arbre sur lequel est montée la « roue à nageoires )) — rota pinnata — représentée à gauche et en haut de la gravure, 2 est le gouvernail, 8, 8 sont de petites fenêtres d’aération. La manivelle du gouvernail est à proximité de l’une d’elles, 9, 9 est un petit pont.
- Lorsqu’il était au repos, le Vaisseau de Rotterdam était immergé jusqu’à la poutre principale. Nous ignorons de quelle façon l’inventeur, qui était Français, nous
- Fig. 3. — Le « Navis roterdamensis » (i653).
- Le célèbre-Père Mersenne, mort en 1648, est l’auteur de deux projets de sous-marins. Dans l’un, le bateau hermétiquement clos devait avoir en charge le .même poids
- que l’eau déplacée Les
- par sa masse, déplacements en hauteur et en longueur devaient être obtenus par des rames extérieures fonctionnant au moyen de manivelles dont les arbres tourne-poissé. Mersenne
- raient dans des tourillons de cuir recommandait des hublots de corne ou de glace, ainsi que des tubes de cuir pour établir la communication avec l’air extérieur.
- Le deuxième projet de Mersenne est simplement qualifié par Schott de ridicule. D’après lui quand, à Rome,
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
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- on parlait d’une invention ingénieuse, mais impossible à réaliser, on disait couramment : c’est le Bateau de Mer-senne !
- Schott cite encore, d’après les Délices mathématiques de Ilarsdorfîer, le vaisseau du belge Corneille Dre-bell et l’œuvre d’un chevalier de Saint-Jean qu’il appelle le Vaisseau de Malte. Ces deux bateaux ne constituaient pas des sous-marins proprement dits et naviguaient seulement à fleur d’eau. Le Vaisseau de Malte avait pour moteur des roues à aubes dans le genre de celles des moulins. Ces roues extérieures étaient mues de l’intérieur au moyen de tambours dans lesquels marchaient des hommes, à la façon des écureuils dans leurs cages circulaires.
- Le Vaisseau d’Anvers n’est peut-être pas le moins curieux des bateaux singuliers signalés par le jésuite de Wurtzbourg. Il avait été imaginé par un Allemand dont Schott ne nous donne pas le nom, et spécialement dans le but de couper un pont de bateaux établi par Alexandre Farnèse, duc de Parme, sur l’Escaut au siège d’Anvers (1585).
- L’inventeur avait imaginé de tendre devant son bateau une sorte de voile s’infléchissant sous la carène de manière à présenter au courant de l’eau une surface très appréciable. Ce bateau placé au milieu de l’Escaut opéra comme l’avait prévu l’Allemand. Il fut irrésistible et traversa le pont.
- Il est intéressant de rapprocher de ces tentatives la cuirasse aquatique — lorica aquatica — essayée, paraît-il, en 1538, à Tolède, devant Charles-Quint.
- Cette cuirasse se composait d’une sorte de cloche de
- cuir avec petits carreaux permettant à l’homme placé à l’intérieur et descendu au fond de l’eau de se conduire comme en plein air. Un système de poids additionnel donnait au cuirassé aquatique, la facilité de descendre et de remonter à volonté en soulevant ou en abaissant celte charge supplémentaire d’une douzaine de kilogrammes, tenue au bout d’un fil fin. C’est cette charge que l’on voit dépasser sous la cloche dans la figure 1 de notre seconde gravure, reproduction de la planche XXXI des Mirahilia artis. La figure 2 représente la carcasse avec les courroies d’attache de la cuirasse.
- « Grâce à cet appareil, écrit le Père Schott, on peut se promener au fond de l’eau, voir, lire, écrire, porter des lettres et faire autres choses de ce genre. » Par exemple il faut avoir bien soin de faire enfoncer la cloche verticalement afin d’éviter l’introduction anormale de l’eau qui pourrait amener une catastrophe !
- Evidemment ces vieilles inventions des xvi° et xvne siècles peuvent difficilement être considérées comme des ancêtres de nos submersibles, aussi bien ne les signalons-nous que pour montrer combien il y a longtemps que le problème de la navigation sous-marine hante les imaginations.
- Ces essais ne sont pas pour nous étonner.
- Dès la fin du xve siècle, l’illustre artiste-ingénieur Léonard de Vinci n’avait-il pas jeté sur le papier, et par milliers, des projets mécaniques dont les moins intéressants ne sont pas ceux ayant rapport à l’imitation par l’homme du vol des oiseaux dont le xx° siècle nous a donné dans l’aviation la solution merveilleuse?
- Léopold Reverciion.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 mars 1915 [Suite).
- La catalyse dans Voxydation des sulfites alcalins. — M. Émile Saillard étudie l’action des catalyseurs dans l’industrie sucrière : en particulier à l’égard des sulfites alcalins, dissous dans les jus et sirops sucrés. Les jus et sirops à sulfiter sont toujours alcalins. Ils sont mis en présence de gaz sulfureux contenant de l’oxygène et de l’azote, tandis qu’eux-mèmes contiennent des matières azotées, des sels, du sucre, du sucre inverti et du non-sucre. Les corps retardant l’oxydation sont le saccharose, le sucre inverti, la glycérine, les alcalis libres ou carbo-natés; ceux l’accélérant sont les poudres de nickel, de zinc, d’aluminium, d’oxyde de fer, d’oxyde salin de manganèse, de carbonate de calcium, etc.
- La pneumokoniose des polisseurs de métaux. — MM. Lafont, Desmoulins et Heim ont constaté, chez les polisseurs de métaux, dont l’état de santé reste, en apparence, assez bon pour qu’ils puissent continuer depuis
- de longues années, l’exercice de leur profession, l’existence constante d’une pneumokoniose, à laquelle se superpose, chez les polisseurs d’étain, une imprégnation saturnine.
- Anisotropie mécanique des alliages. — M. Portevin montre que les alliages sont formés d’individus cristallins dont les propriétés mécaniques ont fonction de la direction. Quand ces grains sont dirigés en tous sens, il en résulte une masse isotrope ; mais pour les métaux et alliages de coulée refroidis lentement, les grains sont loin d’être circulaires comme on le constate par des attaques convenables et les essais à la bille ne peuvent plus donner de résultats précis.
- Alimentation des armées en campagne. — M. M, Piet-tre préconise la distribution des légumes sous forme de conserves, cuits et prêts à être consommés, comme la conserve de viande. *
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- On doit être satisfait dans la Presse canine (car il y a une presse canine, dont quelques-uns de nos lecteurs ont peut-être le tort de ne pas connaître toute l'importance). En temps de paix, d’autres animaux que les chiens avaient usurpé impudemment l’attention du public et l’Allemagne entière s’était intéressée avec excès à ses chevaux calculateurs
- d’Elberfeld, Hans; Mohammed et Zirif, en essayant d’y intéresser également l’Europe savante après elle.
- Mais le temps n’est plus aux paisibles extracteurs de racines cubiques, fussent-ils des chevaux de génie. Les coursiers savants n’ont eu d’autre ressource pour attirer un moment encore l’attention sur eux
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- que de faire annoncer, puis démentir, leur mort comme un romancier en quête de réclame, et personne ne pense plus à leurs prouesses. Les chiens,
- par intérêt bien entendu. Quiconque a voyagé dans les Flandres n’a pu manquer de remarquer le nombre des voitures qui circulent sur les routes simplement traînées par des chiens. L’idée d’appliquer le chien sur le champ de bataille remonte à une quarantaine d’années. On vit, dès 1865, dans des expositions canines à Ostende et à Spa, de premiers chiens dressés à la recherche des blessé’Quelques années après, il se fonda une « Société nationale pour l’amélioration du chien de berger », qui. trouva un appui précieux dans 1’ « Institut de psychologie animale de Louvain » et qui, à son tour, suscita l’idée d’un autre groupement : « la Société du chien sanitaire ». Vers la même époque,
- au contraire, occupent, dans les armées adverses, un rôle qui devient chaque jour plus important. Le chien, en raison de ses précieuses qualités, peut, en effet, être utilisé à la guerre au moins sous cinq formes, comme chien sentinelle, ou chien de recherches, comme chien estafette, comme chien sanitaire et comme chien traîneur de mitrailleuses. Pour ces applications, comme il arrive souvent, l’esprit français, en Belgique, a eu l’initiative et l’idée première, l’Allemagne a suivi et donné l’organisation méthodique d’avant-guerre
- Commençons par rappeler en deux mots cette histoire pour indiquer ensuite les principaux résultats obtenus.
- Les Belges, on le sait, s’intéressent depuis longtemps au chien, à la fois par distraction sportive et
- Fig. i et 2.
- Dans les dunes belges en içi5. Fig. 3.
- Mitrailleuse belge.
- d’autres sociétés du chien sanitaire se fondèrent également en Allemagne et en France. Leur but était d’utiliser le chien à la recherche des blessés qui, sur un champ de bataille, peuvent échapper aux brancardiers les plus attentifs, dissimulés par une meule ou par un buisson, mais que le chien, avec son flair, réussit immédiatement à dépister. Peu après, le même lieutenant belge qui avait fondé la Société du chien sanitaire, M. Van de Lutte, reconnut également l’aptitude du chien tracteur de mitrailleuses. Il existait déjà dans le pays des « syndicats d’élevage du chien de trait » ; profitant de leur concours, il prépara assez les voies pour que, dès le début des hosti-
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- lités actuelles, les Belges aient pu avoir en main une armée de chiens pour leurs mitrailleuses. Je ne parlerai pas ici de l’organisation française, sur laquelle, comme sur tout ce qui touche à notre matériel de guerre, il est préférable de ne pas donner trop de détails. Mais on peut, sans le même inconvénient, faire connaître l’organisation allemande, qui donnera une idée très suffisante de la notre, moins administrative pourtant et moins surchargée de beaux noms polysyllabiques.
- En Allemagne, il existe d’abord, depuis 1880, un « Yerein für Deutsche Schaeferhunde » avec 4000 adhérents, qui tient à jour un « Schaeferhund-suchbuch », autrement dit un répertoire de chiens de berger, préparé d’avance en vue de la mo bilisation éventuelle et où sont inscrits environ 45||00 chiens, do'nt 4000 for-nurnt un registre
- utilitaire sont caractérisés par leurs aptitudes particulières. II y a ainsi le chien policier, Polizei Hund (P. H),le chien sanitaire pour la recherche des blessés, Sanitaets-Hund (S. Il;, le
- -Fig. 4. — Un dresseur de'chiens ambulanciers.
- plétée par un service de dressage rattaché au service de santé, le « Deutsches Verein für Sanitaets Hunde ».
- Les principales races de Belgique, perfectionnées par un déjà long atavisme et par la sélection, sont les Malinois, Gronendael et Tervueren. Les Allemands, n’ayant pu se prccurer autant de chiens belges qu’ils l’auraient désiré, ont utilisé leurs races propres, notamment : un chien de berger originaire de la vallée de Munster en Alsace et de la vallée de Bâle; puis une race allemande formée à la fourrière d’Apolda; le Doberman pin-s her ; le Rottwei-ler et le Boxer (races également allemandes) ; enfin une race anglaise, l’Airedale terrier qui est aussi très employée par les Anglais et les Russes. Les bataillons de vchalsè.urs possèdent, même en •temps de paix, des chiens estafetlésTet des chiens sentinelles. D’autres régiments ont jusqu’à dix chiens par bataillon. Voici maintenant comment fonctionnent
- chien de recherches, Zucht Hund (Z. H), le chien .estafette, Posten Hund (P. H), le chien sentinelle et de garde, VVach und Begleit Hund (W. u. B). La militarisation de ces chiens comprend .une armée active et une armée de réserve. Elle est coin-
- ces chiens. Comme sentinelle avancée, le chien bien dressé se dissimule aisément derrière un sillon, un buisson, un monticule. Ayant l’ouïe très développée, il surprend aussitôt le moindre bruit insolite. Alors j il n’aboie pas, mais se replie sur les tirailleurs
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- et les avertit de se . tenir, sur leurs gardes. Il est ainsi précieux pour éviter les surprises de nuit.
- Accompagnant un espion, le chien sentinelle est encore fort utile. Tandis que celui-ci prévient par exemple ses amis au moyen d’un signal quelconque, tel qu’un
- Fig. 6.
- Un brancard d’ambulance traîné par un chien.
- morts abandonnés. Le médecin-major l’emmène comme un chien courant attaché par une longue
- laisse et le lâche au moment opportun. Grâce à un grelot sonore qu’il porte au cou, il fait connaître son itinéraire et avertit, par ses coups de voix incessants,
- Fig. 7.
- Chiens ambulanciers et leur dresseur (grandes manœuvres).
- cerf-volant lumineux, si une patrouille survient, le chien accourt, avertir son maître, qui coupe simplement la ficelle du cerf-volant et reprend l’attitude la plus inoffensive. De même, le chien de recherches, qui suit les patrouilles, bat le terrain autour d’elles pour débusquer l’ennemi comme il lèverait un lapin. Avec le chien estafette on utilise la faculté remarquable que possèdent certains chierjs de reconnaître un individu déterminé et on lui fait porter, sans éveiller l’attention, des messages secrets. : Le-chien sanitaire déploie une égale intelligence pour découvrir les blessés qui, sans lui, seraient
- Fig. 8. — A la recherche d’un blessé.
- quand il a fait une découverte. Enfin les chiens peuvent traîner les mitrailleuses et les munitions. Sans toucher à ce qui se passe en France, on peut dire que nous avons employé des organisations de ce genre au Maroc. Le général Lyautey avait, l’an dernier, attaché à une expédition trente chiens de trait. Ajoutons, rétrospectivement, que, dans l’antiquité, 650 av. J.-C., les Grecs d’Ionie se servirent de chiens de guerre, contre les Cimmériens, pour venir en aide à Ardys, fils de Gygès et roi de Sardes j1). v C. Latour. .
- l.Y. Maspéro, Hist. anc. des peuples dé V Orient, t. III, p. 4‘29.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N” 2167. .... .. _10 AVRIL 1915.
- LA CHAUFFE AU PÉTROLE DANS LA MARINE
- La consommation des charbons de première qualité, employés surtout par les marines militaires et par les Compagnies de navigation chargées de services postaux à grande vitesse, est devenue depuis quelques années très considérable. Les pays producteurs de ces combustibles spéciaux ont du songer sérieusement à en limiter l’usage, pour éviter l’épuisement rapide de leurs gisements.
- D’-autre part, on demande aux navires de guerre et aux paquebots de tous tonnages des vitesses de plus en plus grandes, qu’on réalise en poussant à ses plus extrêmes limites l’intensité de la combustion, que représente la quantité de charbon brûlée par mètre carré de grille.
- Les appareils évaporatoires occupent donc des emplacements très importants, , et réduisent d’une manière souvent exagérée l’espace réservé à des installations qui ont un intérêt capital au point de vue commercial ou militaire.
- Le nombre des hommes nécessaires à la manutention du combustible et à l’entretien des feux est devenu tel, qu’on ne peut les .loger et les nourrir sans perdre une place précieuse, ni sans dépenser des sommes élevées; malgré ces sacrifices, les fatigues qui sont imposées au personnel sont une cause de difficultés continuelles tant pour les armateurs que pour les gouvernements.
- Certains transatlantiques anglais à grande vitesse (.Mauretania., etc.) comportent environ 200 foyers et brûlent 1000 tonnes de houille par jour.
- Pour soutenir la vitesse de 25 nœuds pendant une traversée de Liverpool à New-York, le navire embarque 5500 tonnes de gros charbon; le personnel des chaufferies et des soutes dépasse 300 hommes. On conçoit que dans de telles conditions, l’exploitation d’un transatlantique rapide ne
- puisse être entreprise que si le gouvernement intéressé veut bien consentir à subventionner l’armateur pour le dédommager de ses pertes.
- Pour les navires de guerre, l’armateur c’est encore le gouvernement. Or, actuellement, les contre-torpilleurs de 700 à 1000 tonnes ne, peuvent atteindre leur vitesse de contrat de 30 à 55 noeuds que grâce à des tur-r bines à vapeur, dont la puissance varie de 15 000 à 25 000 chevaux. Le Swift, contre-torpilleur anglais de 1800 tonnes, construit en 1908 parCam-mell-Laird, a développé 30000 chevaux aux essais pour 36 nœudsdevitesse. Les petits paquebots qui font le service delà Manche et de la mer d’Irlande ont également de très fortes machines pour un faible tonnage. C’est ainsi que le Paris, des chemins de fer de l’Ltat français (1500 t.) a été doté de machines de 14000 chevaux.
- Sur les croiseurs de bataille actuels, la puissance des turbines atteint 70 000 chevaux (Derflinger allemand, Lion anglais) et même 75 000 chevaux ( Tiger anglais). Les plus grands navires de guerre ne peuvent cependant embarquer plus de 4500 tonnes (Ersatz Wôrth allemand) de charbon et cela avec des surcharges dangereuses au point de vue de l’incendie.
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- Fig. i. — Soutes-réservoirs à pétrole brut à bord d’un bateau citerne en construction à Sunderland, chez MM. Doxford et Cie.
- 43' Année. — 1" Semestre.
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- LA CHAUFFE AU PETROLE DANS LA MARINE
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- Il a donc fallu chercher un combustible nouveau, riche en carbone, léger, facile à embarquer et à brûler sans peine en quantité considérable. On a résolu ce problème compliqué en brûlant au-dessus des grilles à charbon les résidus semi-liquides que fournit la distillation du pétrole brut apres qu’on en a retiré les kérosènes et les diverses es-senceslégèresqui servent à l’éclairage, ainsi qu’à la production de la force motrice nécessaire aux automobiles et aux avions. Ces résidus s’appellent en Russie des mazouts, nom qui sert aujourd’hui à les désigner dansle monde entier. Peu à peu, i’usage des résidus de pétrole, comme combustible, dans la marine militaire, s’est développé au point qu’on les Ç emploie exclusivement, sur la i plupart des ÿor-pilleurs et des destroyers récemment lancés.
- Le mazout semble dès aujourd’hui destiné à remplacer défi-nitivement la houille, même à bord des plus grands cuirassés.
- En effet, la marine américaine disposera en 1916 de quatre superdreadnoughts de 28 000 tonnes et même de 31 400 tonnes entièrement chauffés au pétrole :
- Oklahoma, Nevada, Pennsylvania et North Caro-lina dont deux sont déjà en service. De même,
- l’amirauté britannique a confié le principal rôle dans le bombardement des Dar-danelles au Queen -Elizabeth, cuirassé de 50 000 tonneaux et de 58000 chevaux , armé de huit canons de 58 cm. Le Queen Elizabeth embarque dans ses soutes 4000 tonnes de mazout et ne brûle pas un atome de Cardiff. Il faut donc que les résidus de pétrole présentent à un haut, degré les qualités dont nous parlions plus haut pour que l’on ait en eux une telle confiance, car la classe des Queen Elizabeth comprend cinq navires semblables qui ont coûtéplus de 60 millions chacun.
- En effet, les meilleurs charbons de navigation anglais ou américains (Ni-xon’s navigation, Océan Merthyr, Pocahontas,etc.), ont un pouvoir calorifique de 8000 à 8500 calories par kilogramme brûlé, tandis que celui des combustibles liquides provenant de la distillation des pétroles dépasse toujours 10 000 calories, quelle que soit leur provenance (Russie, États-Unis, Mexique, Roumanie, Bornéo, etc.).
- Fig-, 2. — Embarquement du charbon la nuit à bord du dreadnought anglais Neptun,
- Photog. prise au magnésium montrant la totalité du personnel nécessaire.
- Fig. 4. — Pompe à pétrole, système Worthington, servant à amener le combustible liquide aux foyers dans les derniers grands cuirassés français.
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- C’est donc une supériorité de 2000 calories au moins en faveur du mazout, soit 25 pour 100 par rapport aux meilleures houilles.
- La densité moyenne du mazout varie de 0,900 à 0,950; c’est une substance visqueuse et noirâtre, qui renferme de 80 à 85 pour 100 de carbone et plus de 11 pour 100 d’hydrogène. En revanche, la quantité de cendres laissée par la combustion des résidus de pétrole est pratiquement nulle.
- Malgré les avantages évidents du combustible liquide, on n’a pu songer à l’employer à bord des navires avant de s’être assuré qu’il n’olîrait pas de danger au point de vue de l’incendie, même au cours des combats livrés par des navires munis de
- Le ravitaillement en charbon d’un navire nécessite son accostage à un appontement spécial, ou son immobilisation sur une rade, et, dans tous les cas, une suspension plus ou moins longue de la vie ordinaire du bord : une grande partie du personnel doit être mise à contribution pour le transbordement et pour l’arrimage du combustible.
- En pleine mer, le ravitaillement est difficile dès que la houle est un peu forte, quel que soit le moyen employé : transporteur mécanique à câbles, ou charbonnier à déchargement automatique, etc. Au contraire, s’il s’agit de mazout, le bateau citerne peut se maintenir facilement à la distance voulue pour rendre impossible tout abordage; les
- Fig. 5. — Croiseur de bataille anglais Princess Royal muni d’appareils de chauffage mixte et embarquant iooo tonnes de mazout. Ce navire a été construit en içi2 (27000 tonnes, 70000 chevaux, 28 nœuds).
- canons modernes. On a ainsi reconnu que les huiles résiduelles, dont le point d’inflammation varie de 79° C. à 93° C., sont les plus convenables pour cet usage; on peut y plonger un morceau de charbon incandescent ou un fer rougi au feu sans en provoquer l’inflammation. Des fûts remplis d’une huile de ce genre peuvent supporter les obus, les shrapnells, ainsi que les cartouches à poudre, et même la dynamite.
- Ajoutons que le mazout n’est pas sujet, comme la houille, à la combustion spontanée. La seule précaution à prendre, pour éviter tout accident, est de vider complètement les soutes à mazout, afin d’empêcher la formation de vapeurs qui, mélangées à l’air dans certaines proportions, pourraient faire explosion avec une grande violence.
- pompes refoulent l’huile dans les soutes au moyen de tuyaux soutenus par des filins d’acier. On opère ainsi rapidement, et sans danger, même par gros temps, en embarquant jusqu’à 1200 tonnes à l’heure, tandis que les navires ne « charbonnent » qu’à la vitesse de 100 à 600 tonnes. Ce dernier chiffre correspond à des records difficiles à égaler dans la pratique ; en général une moyenne de 250 à 300 tonnes à l’heure donne satisfaction aux commandants les plus exigeants.
- Le mazout occupe moins de place dans les soutes que les combustibles solides ; les briquettes parallélépipédiques, qui donnent la meilleure utilisation possible, lui sont cependant inférieures à ce point de vue. D’autre part, on peut employer comme soutes à pétrole des espaces inaccessibles et de
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- formes irrégulières situés dans le voisinage des fonds des navires; on évite ainsi de gâcher des cales à marchandises ou de sacrifier des cabines, comme on le fait souvent dans les paquebots ordinaires. Sur les bâtiments de guerre cet avantage est précieux, car l’espace y est encore plus chichement mesuré que sur les steamers. L'effectif de l’équipage d’un cuirassé dépasse aujourd’hui 4100 hommes, qu’il faut pouvoir installer à bord le plus confortablement possible ; il est donc très intéressant de ne pas être obligé de ménager des soutes dans les parties du navire où l’on préfère loger des hommes et des appareils de propulsion. Une simple porfipe permet de retirer facilement l’huile des soutes les plus éloignées des chambres de chauffe, et de la projeter dans les foyers à la pression voulue.
- Quand on brûle du pétrole, la température des chambres de chauffe peut être maintenue facilement supportable pour le personnel, d’autant plus que l’on n’a pas à ouvrir les foyers pour le chargement des feux, ou pour les décrassages. Cette circonstance est également avantageuse au point de vue de la consommation de combustible, car l’introduction d’air froid qui correspond à l’ouverture des foyers cause des pertes de calories considérables.
- Le mazout brûle presque sans fumée, ce qui rend les navires de guerre, sinon complètement invisibles, du moins plus difficiles à apercevoir qu autrefois. Les meilleures houilles donnent toujours des panaches de fumée noire, surtout au moment de l’allumage et du rechargement des feux. D’autre part, étant donnée l’absence de cendres et de mâchefers, on n’installe à bord des navires chauffés au pétrole, ni monte-escarbilles ni appareils pour l’éjection des cendres à la mer; les ouvertures correspondantes, pratiquées dans le bordé, peuvent donc être supprimées.
- Le personnel affecté au service des soutes et des chaufferies se réduit à un certain nombre de surveillants, chargés d’assurer le bon fonctionnement des pompes d’alimentation d’eau et de mazout, ainsi que celui des brûleurs. Ainsi, avec une trentaine d’hommes un navire à 4 hélices de 60 000 chevaux peut marcher à toute vitesse, sans qu’il en résulte, pour une partie quelconque de l’équipage, la moindre augmentation de fatigue. C’est plus de 250 marins que l’on rend disponibles pour les autres besoins du bord ou que l’on peut même supprimer si on n’en a pas l’utilisation.
- Comme nous l’avons signalé, on emploie sur les navires soit la chauffe mixte à la houille et au mazout, soit la chauffe au mazout seul. La première solution est très répandue dans toutes les marines militaires du monde entier ; la plupart des cuirassés et des croiseurs construits depuis une dizaine d’années embarquent, outre leur approvisionnement de charbon, une certaine quantité de mazout qui varie de 350 à 1100 tonnes. Les brû-
- leurs à combustible liquide sont installés dans des buses en terre réfractaire placées au centre des
- portes de foyers. On peut ainsi pousser les feux instantanément et sans aucune peine; on obtient
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- Fig. 7. — Coupe verticale et élévation d'une chaudière Niclausse des cuirassés français type « Normandie » agencée pour le chauffage mixte à la houille et au mazout : A, brûleur pulvérisateur à mazout; B, faisceau tubulaire; C, grille à houille; D, buse en terre réfractaire ; E, économiseur; . F> revêtement en terre réfractaire; G, collecteur de vapeur; H, porte de foyers; K, porte de cendrier.
- une augmentation très sensible de la vitesse sans demander à l’équipage aucun effort supplémentaire, et cela, pendant un laps de temps aussi long qu’on le désire.
- Même quand les chaudières sont chauffées au mazout seub l’allumage et la mise sous pression se font très rapidement car, en quelques minutes, les brûleurs atteignent leur régime normal de combustion qui correspond au maximum de rendement. Pratiquement, on vaporise environ 13 à 14 kg d’eau par kilogramme de mazout brûlé, tandis que les meilleures houilles ne produisent pas plus de 11 kg d’eau dans les circonstances les plus favorables. Ce n’est un secret pour personne que les parcours d’essais sur les bases officielles sont toujours effectués par beau temps, en brûlant des combustibles de choix qui * ne corréspondent nullement aux conditions de la
- pratique. L’emploi du mazout rend ces supercheries inutiles ; le navire chauffé au pétrole fournit facilement une vitesse non seulement égale, mais encore
- supérieure à celle du contrat qui assure au constructeur 1’encâissement de la prime habituelle pour chaque dixième de noeud réalisé en plus de la vitesse contractuelle.
- D’autre part, un bâtiment chauffé au pétrole qui a réalisé une certaine vitesse, lors de ses essais officiels, la conserve indéfiniment, tant que sa carène est propre et que ses appareils éva-poratoires sont maintenus en bon état d’entretien ;
- Un grand nombre de compagnies de navigation étrangères ont fait construire des paquebots et des cargo-boats chauffés entièrement au mazout., soit pour le transport des pétroles bruts, soit même en vue de services postaux. Les droits d’entrée formidables dont les pétroles sont frappés en France in-
- Fig. 8.
- Brûleur système Kermode pour l'emploi du
- mazout sous pression : A, écrou chapeau du pulvérisateur; B, buse dans laquelle pénétrer. le manchon C de manière à laisser subsister un canal circulaire dans lequel le tuyau D amène le mazout; E, aiguille de réglage que Von manœuvre au moyen de la roue F dont l’index H indique la position.
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- terdisent malheureusement son usage sur nos navires de commerce.
- Pendant de longues années, malgré les avantages techniques et pratiques indiscutés, que présente le mazout" pour la navigation militaire ou commerciale, son emploi restait limité par deux difficultés qui n’existent plus aujourd’hui : la réalisation de bons brûleurs à pétrole, et le ravitaille-
- contre le tir des grosses pièces, bien que le danger d’inflammation soit, comme nous l’avons dit, beaucoup moins grand qu’on ne pourrait se l’imaginer; de même, les réservoirs des entrepôts situés à terre doivent être construits de manière à échapper au danger d’un bombardement. On peut les bétonner et même les enterrer, puisque les pétroles se manutentionnent très facilement au moyen de pompes.
- Les appareils de ravitaillement à quai se bornent à des tuyaux métalliques flexibles, qu’il faut prévoir en quantité convenable pour obtenir un débit suffisant. Le prix des huiles combustibles est très variable suivant les points du globe que l’on considère. Étant données les économies réalisées grâce à l’emploi des mazouts, on peut aisément calculer, pour chaque port d’escale, le prix à partir duquel il n’est plus avantageux de recourir au combustible liquide.
- Restait à résoudrela ques-
- Fig. 9. — Transport de pétrole ' brut Lucellum.
- ment facile des navires dans les ports d’escale.
- 11 existe depuis de longues années des dépôts de charbon nombreux et importants qui jalonnent les principales routes suivies par les navires ; les capitaines possèdent la liste des ports de ravitaillement, avec l’indication des sortes en stock et des prix pratiqués. Il était au contraire rare de trouver des mazouts ailleurs que dans les pays de production, tant que la vente de ces combustibles spéciaux n’était pas assurée. Petit à petit, les gouvernements, ainsi que les grandes Compagnies qui s’occupent, en Angleterre notamment, du commerce des pétroles bruts,, ont fait établir, dans certains ports particulièrement bien placés à cet effet, des entrepôts aménagés pour l’emmagasinage et pour la conservation des mazouts. On a choisi les bases navales des flottes militaires, en Europe, et dans les colonies, ainsi que certains ports commerciaux fréquentés par les steamers qui desservent les grandes lignes régulières de navigation.
- Étant donnée la puissance des explosifs dont les obus modernes sont chargés, on est obligé de placer les soutes à pétrole de manière à les protéger
- Fig. jo. — Contre-torpilleur (destroyer) anglais Hardy, de q5o tonnes et de 25000 chevaux,- construit en 1912, par Thornycroft. Ce navire est entièrement chauffé au pétrole et marche à 3a nœuds.
- tion des brûleurs, car il ne suffit pas de répandre le mazout dans un récipient quelconque pour qu’il brûle dans de bonnes conditions, en dégageant le maximum de calories qu’il est susceptible de produire.
- A la suite d’essais répétés et d’une longue pratique, qui remonte à plus de cinquante ans, on a reconnu que le mazout doit être introduit et brûlé dans les foyers sous la forme d’une nappe bien épanouie, composée de milliers de particules liquides. Il faut donc que les brûleurs employé
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- LE BETAIL
- soient en même temps des pulvérisateurs. D’autre part, la combustion d’un mazout ne peut être complète que s’il reçoit la quantité d’air nécessaire à cet effet, et, comme il règne dans les foyers une pression assez élevée produite par l’emploi du tirage forcé, le pétrole doit donc être entraîné artificiellement à l’intérieur du foyer.
- On a eu recours à plusieurs moyens pour projeter le mazout en nappe au-dessus des grilles, tout en le pulvérisant. Les premiers brûleurs qui permirent l’emploi industriel des résidus de pétrole dans de bonnes conditions économiques furent des pulvérisateurs à jet de vapeur ou d’air comprimé.
- Sur les navires, ce genre d’appareils ne donne pas d’aussi bons résultats qu’à terre parce que les chaudières ne produisent qu’avec peine la vapeur nécessaire à l’alimentation des machines de propulsion ; on est donc gêné pour obtenir le supplément de vapeur correspondant à la consommation des brûleurs ou pour leur fournir l’air comprimé en quantité suffisante. L’utilisation des mazouts n’est devenue réellement commode et économique, à bord des navires, que depuis l’invention des brûleurs dans lesquels le mazout est amené sous pression par des pompes d’alimentation spéciales. Ces appareils donnent d’excellents résultats pour le chauffage des chaudières marines fonctionnant avec le tirage forcé ou avec le tirage induit, et ils n’exigent pas d’eau, ce qui est un avantage précieux à bord des navires.
- Le brûleur proprement dit est d’ailleurs un appareil très simple qui consiste en un canal de bronze D par lequel l’huile provenant des soutes pénètre au sortir du tuyau A.
- Une douille intérieure B, vissée à l’intérieur de la pièce D, crée un canal d’amenée. L’huile entre dans le foyer par un orifice pratiqué dans l’écrou E et dont l’aiguille C permet de régler la section. Des cannelures impriment au jet de pétrole un mouve-
- LE BÉTAÏL E
- La part prépondérante que les cultures fourragères et les prairies prennent sur l’ensemble des surfaces cultivées est, en Allemagne, un trait caractéristique de l’industrie agricole actuelle. Ces cultures sont cependant insuffisantes pour la nourriture du bétail, et malgré l’utilisation des déchets des industries agricoles : marcs, drèches, pulpes, tourteaux, sous-mélasses, l’agriculteur doit encore s’adresser à l’importation pour compléter l’insuffisante production du sol national.
- Pour l’Allemagne d’aujourd’hui, le bétail n’est plus un mal nécessaire, comme on le croyait autrefois ; il est devenu le facteur principal de la culture intensive et on considère qu’il constitue le meilleur moyen d’utiliser et de mettre en valeur les produits du sol.
- Les statistiques antérieures sont très significatives, surtout si on les compare à celles que vient de publier
- ALLEMAGNE-:::::: -....-.. ..........23“
- ment hélicoïdal qui favorise l’épanouissement de la nappe et le mélange de l’air avec les particules de combustible liquide.
- Le brûleur que nous avons sommairement décrit est du type Kermode;-il existe un certain nombre d appareils analogues, tels que les brûleurs Thor-nycroft, Babcock et Wilcox, etc. Ces pulvérisateurs, employés en France et dans beaucoup d’autres pays, ont d ailleurs donné naissance à d’autres appareils français, italiens, japonais, etc.
- Mais il ne suffit pas d’introduire un brûleur dans une ouverture pratiquée à travers la façade d’un foyer pour parvenir du premier coup à brûler les mazouts dans les meilleures conditions possibles. En effet, l’expérience a montré qu’il était indispensable de filtrer le combustible liquide et de le réchauffer avant de le laisser pénétrer dans les brûleurs. Parmi les dispositifs les plus complets et les mieux étudiés, nous citerons les ensembles de filtres et de réchauffeurs qui ont fait l’objet des brevets exploités par les maisons anglaises Wallsend Howden et Meyer Smith. Comme le montrent nos figures, ces deux systèmes d’emploi des mazouts consistent à extraire le liquide des soutes au moyen de pompes qui le compriment ensuite pour lui faire traverser une série de filtres à chaud et à froid, ainsi qu’un serpentin de réchauffage. Ainsi traité, le mazout pénètre dans le foyer suffisamment chaud et fluide pour brûler dans les meilleures conditions de rendement calorifique.
- Sans vouloir être prophète, on peut prévoir que l’emploi du pétrole est désormais entré dans la pratique courante des marines de guerre et de commerce; il est à souhaiter que la révision de nos tarifs douaniers permette à la France de profiter des avantages dont les armateurs étrangers ont su se faire, depuis quelques années, une puissante arme de concurrence et de succès commercial.
- Henri Véron,
- ingénieur.
- ALLEMAGNE
- M. Paul Mullerpour l’année 1912, parce quelles révèlent une progression soutenue de toutes les espèces animales sauf pour ce qui concerne les bovidés :
- Années. Chevaux. Bovidés. Moutons. Porcs. Chèvres. 1861. 3193 711 14999 194 28016 769 6 452 572 —
- 1873. 3 352 251 15 776 702 24999 406 7 124088 252002
- 1885. 3 522 545 15 786 764 19 189 715 9206195 2 640994
- 1892. 3 836256 17 555 694 13 585612 12174288 3091287
- 1897. 4 038 485 18 490 772 10-866 772 14 274557 —
- 1913 . 4 523059 20182021 5805445 21923707 3 410396
- Vers 1900 la valeur totale du bétail allemand était évaluée à 8 590 millions de francs qui se décomposaient ainsi :
- Chevaux. . . . . 2 645 millions de francs.
- Bovidés........... 4 668 — —
- Espèce ovine. . . 217,5 — —
- Espèce porcine... . 999 — ^ —
- Chèvres........... 60 — —
- i. Bulletin de la Société Nationale d’Agriculture.
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- 240 - —~ LES CHEMINS DE FER ANGLAIS PENDANT LA GUERRE
- Actuellement la valeur respective de chaque catégorie a été fixée à 4198 985 000 francs pour les chevaux, 5 683125 pour les mulets et" les ânes,
- 8 831 401 250 pour les bovidés, 236 460 000 pour les ovidés, 2138 648 750 pour les porcs, 111 027 500 pour les chèvres. On remarque que la valeur de l’espèce ovine a légèrement augmenté, alors que le nombre des individus a subi une baisse sensible; cela tient vraisemblablement à une sérieuse augmentation des prix qui se serait manifestée depuis 1900.
- Il est intéressant de rapprocher ces chiffres de ceux que nous a fournis l’agriculture française en 1912. Nous avions alors 5 222 140 chevaux, 555 070 mulets et ânes, 14 705 900 bovidés dont 7 745 750 vaches, 6 903 750 porcs, 16 467 700 moutons et 1 408 520 chèvres.
- La diminution de l’espèce ovine en Allemagne s’explique par l’intensité croissante du mode de culture, qui a entraîné la suppression des jachères et des pâturages médiocres et l’amélioration de la culture fourragère. Enfin l’auteur du rapport de 1900, auquel nous empruntons ces idées générales sur l'agriculture en Allemagne constate, avec une satisfaction évidenie, que « les porcs seuls, ont suivi la marche croissante de la population ». Les deux élevages ont marché de pair.
- Cependant l’Allemagne ne se suffit pas encore à elle-même. En 1913 elle a importé 24 414 veaux et génisses de 6 semaines à 18 mois pour 8112 500 fr., 45 536 bovidés mâles de 18 à 30 mois pour 18 107 500 fr., 18 435 bovidés femelles de*18 à 30 mois pour 6 228 750 fr., 112 680 vaches pour 57885 500 fr., 12 966 taureaux pour 7 270000 fr., 38 145 bœufs pour 30 565 250 fr., 147 205 porcs pour 50 565 525 fr. A ces chiffres qui n’indiquent pas des besoins énormes, il convient cependant d’ajouter 302 760 quintaux de viande de bœuf et de y eau pour 45 492 500 fr., 211 190 quintaux de porc pour 30136 250 fr., 85 890 quintaux de volaille morte pour 16103 000 fr. Pour ce qui concerne les volailles vivantes on compte encore une importation de 19 327 500 fr. de coqs et de poules, 4 586 250 fr. de canards et 45 462 500 fr. d'oies représentant 8 587 268 individus. Il est probable qu’à la Noël dernière, la consommation d’oies a été moins imposante qu’en temps normal. Le Danemark fournit une grande partie du bétail sur pied, ainsi que de la viande abattue concurremment avec
- les Pays-Bas. Le reste vient presque exclusivement de Russie. On voit qu’en somme, l’Allemagne est obligée de recourir à l’étranger pour compléter ses approvisionnements de viande.
- Il en est de même pour les œufs, dont l’importation atteint le chiffre énorme de 1 667 510 quintaux, représentant une valeur de 235 251 250 francs ; ils proviennent principalement de Russie et d’Autriche-Hongrie.
- Enfin l’Allemagne a encore recours à l’importation pour ses approvisionnements en matières grasses : 542 390 quintaux de beurre représentant une valeur de 148 580 000 fr. ; 1 073 870 quintaux de saindoux pour 148 653 750 fr. ; 264 280 quintaux d’oléomargarine pour 54 461 250 francs.
- M. Paul Muller donne enfin la statistique des abatages privés qui ont porté, en 1912, sur environ 88 000 veaux de moins de 3 mois ; 24 000 de 5 mois à 2 ans ; 89 000 bœufs, taureaux et vaches ; . 509 000 moutons ; .5 794 000 porcs ; 752 000 chèvres. Les abattoirs publics contrôlés ont livré à la consommation 4 366 302 veaux de moins de 3 mois ;
- 3 640 709 bœufs, taureaux et vaches; 2 269419 moutons; 18 217 356 porcs; 474 534 chèvres. On arriverait ainsi, d’après un publiciste allemand, à une consommation de 52 kg de viande par tête d’habitant, bien supérieure à ce qu’elle était autrefois à cause du développement de l’industrie. -
- La situation agricole de l'Allemagne parait se présenter sous un jour défavorable. Cependant il convient de ne pas s’abuser outre mesure, car nos ennemis qui se préparaient à la guerre, connaissant ce point faible de leur défense, ont dû compléter leurs approvisionnements pendant les sept premiers mois de l’année 1914. Les économies alimentaires que le Gouvernement recommande à ses sujets ne seraient peut-être pas l’indice d’un commencement de famine, comme on voudrait le croire, mais une simple mesure de prudence destinée à empêcher la disette, si, comme tout le fait prévoir, la guerre doit durer longtemps encore.
- Depuis quelque temps la situation paraît s’être aggravée, mais les protestations indignées des Allemands contre les mesures commerciales prises par les Gouvernements anglais et français ne sauraient nous émouvoir. Nous n’oublions pas que Paris, en 1871, n’a été réduit que par la famine.
- Lucien Fournier.
- LES CHEMINS DE FER ANGLAIS PENDANT LA GUERRE
- Conformément à la loi votée, en 1871, par le Parlement, tous les réseaux de chemins de fer anglais, ainsi que leur-matériel et leurs agents supérieurs sont passés, aussitôt la déclaration de guerre, dans les mains du Gouvernement qui les administre par l’intermédiaire d’un comité composé des directeurs des Compagnies de chemins de fer et présidé par un représentant du Gouver-
- nement. C’est ce comité qui, recevant les ordres du Gouvernement, les transmet aux agents des Compagnies chargés de les exécuter.
- Ce sont principalement les réseaux du Sud de l’Angleterre qui, par suite de leur position plus rapprochée du théâtre des opérations, ont eu à faire circuler sur leurs rails le plus grand nombre des trains militaires. Ainsi le
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- LA RECHERCHE DES PROJECTILES DANS L’ORGANISME 241
- London and South Western qui dessert les ports de Southampton et de Portsmouth a, jusqu’au 1er janvier 1 915, formé 4715 trains spéciaux militaires, non compris un grand nombre de soldats transportés dans les trains ordinaires, et non compris les trains supplémentaires destinés au transport des approvisionnements des divers camps situés sur son réseau. Tout réuni, on évalue à 15 000 le nombre de trains supplémentaires qui ont circulé sur son réseau. Sur le London, Brighton and South Coast, 4400 trains militaires ont été mis en circulation.
- Le Métropolitain de Londres que l’on considère habituellement comme un réseau de moindre importance a rendu d’immenses services. Traversant Londres du Nord au Sud et franchissant la Tamise en deux endroits, il a permis de faire passer les trains de troupes amenés du Nord aux réseaux du Sud.
- Le Norih London, qui contourne Londres au Nord et qui se raccorde avec tous les grands réseaux du Nord de la capitale, a dù suspendre son service de voyageurs afin de permettre le passage des trains de troupes. Mais, si cette suspension de service sur les réseaux anglais n’a été que tout à fait exceptionnelle, il n’en est pas de même pour certains ports. Ainsi, le port de Douvres, qui
- est un port militaire en temps de paix, a été fermé comme port commercial et ce dernier trafic a été transporté à Folkestone. Le port de Newhaven a été également fermé au trafic commercial. De plus, l’Amirauté anglaise a réquisitionné un grand nombre de navires des Compagnies de chemin de fer faisant le service du continent.
- Les Compagnies de chemin de fer ont également mis au service du Gouvernement leurs ateliers, où ont été construits des trains d’ambulance, du matériel d’équipement, etc.
- Les chemins de fer souterrains électriques et les Compagnies d’omnibus n’étant pas compris dans la loi de 1871 restent indépendants. Néanmoins, pendant la période de mobilisation, sur leur initiative privée, ces Compagnies ont transporté gratuitement tous les militaires en tenue. Elles ont fourni au Gouvernement 2500 chauffeurs bien dressés pour la conduite des autobus et 2500 autres pouvant être employés dans d’autres services. Elles ont également mis, à la disposition du Gouvernement un grand nombre d’autobus, ainsi que leurs ateliers et leur école de Chelsea où elles dressent leur personnel.
- LA RECHERCHE DES PROJECTILES DANS L’ORGANISME(l)
- La chirurgie demeura longtemps aveugle; en -présence de troubles profonds, les opérateurs devaient ouvrir et a aller voir ». La révolution que les rayons X provoquèrent a transformé la technique : l’opération d’exploration disparaît de plus en plus aujourd’hui. Ou voit, avant d’intervenir, où et comment il faudra diriger le bistouri.
- Mais à côté de la radiographie (qui fixe sur une plaque l’image obtenue à l’aide des rayons X) et de la radioscopie (qui fait voir directement, et §ans l’intermédiaire de la photographie, l’objet à examiner) les procédés d’investigation physiques sont nombreux !
- La guerre actuelle a fait trouver et retrouver, dans l’arsenal scientifique, tous les moyens théoriquement propres à déceler la présence d’un corps en milieu étranger, et tous ont eu leurs protagonistes. Chacun, dans son ambulance ou son laboratoire, a préconisé son procédé ; on pourrait presque dire qu’il y a autant de méthodes d’investigation que d’opérateurs, si, dans l’ensemble, la plupart de ces a découvertes » ne ressortissaient de règles générales communes. Nos blessés bénéficient d’ailleurs largement de cette émulation scientifique et nous voudrions exposer brièvement les modes de localisation des projectiles les plus caractéristiques employés dans nos hôpitaux militaires.
- Magnétisme et électricité. — Du côté des méthodes « physiques » destinées surtout à remplacer la radiographie, quand elle est impossible pour une raison quelconque, citons, en première ligne, Y électro-aimant qui, remis récemment en honneur
- par les professeurs Rollet, de Lyon, et Bergonié, de Bordeaux, peut s’utiliser dans le cas des projectiles magnétiques. Il y a plusieurs années que les oculistes emploient l’électro-aimant pour enlever les morceaux de fer ou d’acier ayant pénétré dans les yeux de leurs clients. Toutefois cet appareil n’a d’action ni sur les balles de notre Lebel (anciennes en plomb chemisé de maillechort, ou nouvelles bi-ogivales D en cuivre) ni sur celles de nos revolvers (plomb ou plomb et cuivre) ni enfin sur les shrapnels français ou allemands en plomb. En revanche, les éclats d’obus en acier, de même que les balles S et U du fusil allemand avec leur chemise en acier nickelé sont très magnétiques; elles peuvent donc s’extraire au moyen de cet instrument comme les projectiles des pistolets « Parabellum » et « Mannlicher » en service dans les armées teutonnes et autrichiennes.
- Grâce à un cadre de hauteur convenable, on place l’appareil au-dessus du sujet. Le chirurgien, qui doit opérer avec des instruments non magnétiques (maillechort et acier-nickel à 25 pour 100), décèle très aisément l’existence du corps étranger : le patient ressent une douleur caractéristique et la peau se soulève en formant un cône très pointu. On procède ensuite facilement aux extractions des projectiles insérés sous la peau ou dans les muscles. Quelquefois certains éclats, tels que des fragments d’obus*rugueux, la présence du sang
- 1. Nous devons à l'obligeance du Professeur Bérard, de Lyon, le document qui a servi à illustrer la couverture de : ce numéro.
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- 242 LA RECHERCHE DES PROJECTILES DANS L’ORGANISME
- ou enfin des contractions musculaires compliquent l’intervention chirurgicale et l’on a fait des réserves au sujet de la généralisation possible de cette méthode.
- De son côté, Kocher, de Berne, a inventé, pour le même usage, l'aiguille astatique ou système de deux aiguilles également aimantées, reliées entre elles et disposées de manière que les pôles de nom contraire soient en regard. L’aiguille astatique, quoique suspendue par un fil, échappe à l’influence du magnétisme terrestre, mais dévie dès qu’on l’approche d’une blessure faite par un projectile magnétique. Le Dr Marcel Baudouin recommande aussi l’emploi de la boussole pour distinguer les halles du fusil allemand et les éclats d’obus (magnétiques) des shrapnels (non magnétiques) et faciliter la besogne des médecins du front. Il s’agit là, bien entendu, de moyens de fortune peu précis, de simples renseignements destinés à guider les chirurgiens d’une ambulance de première ligne non pourvue d’installation radiographique. De plus, tous
- Fig. i.
- Schéma de la balance d'induction de Hughes.
- les métaux n’obéissent pas à l’impulsion magnétique. Aussi un physicien, M. Lippmann a-t-il proposé la balance d'induction (fig. 1) inventée en 1879 par l’Américain Hughes, et que n’importe quelle substance métallique influence. Cet appareil se compose de deux cylindres de bois ou d’ébonite sur chacun desquels s’enroulent deux bobines identiques de 150 m. de fil de cuivre fin recouvert de soie. Les deux enroulements supérieurs a a’ de même sens constituent un circuit fermé comprenant une pile B et un microphone C sur lequel on pose une montre. Les deux bobines inférieures b b', enroulées en sens inverse des précédentes, ferment le circuit sur un écouteur téléphonique.
- Si l’instrument réalise rigoureusement ces conditions, les deux circuits primaire et secondaire s’équilibrent et le téléphone reste muet. Mais quand on approche des cylindres de bois une masse métallique, l’équilibre se rompt et le téléphone * transmet à l’oreille de l’observateur le tic tac de la montre d’une façon d’autant plus intense que le morceau métallique est moins éloigné. Un phénomène analogue se produit si l’on présente l’un des cylindres au-dessus d’une région du corps humain atteinte par un projectile ; le téléphone vibre alors plus ou moins, selon que l’on s’en approche ou que
- l’on s en éloigne. L’effet sera, en outre, plus marqué avec des éclats d’obus ou des balles allemandes qu’avec des shrapnels ou balles françaises. Cepen-
- Fig. 2. — Mode de construction d’une sonde téléphonique (Garel).
- dant, d’après les expériences faites à ce sujet par le professeur Houllevigne, de Marseille, la balance de Hughes, indépendamment de son fonctionnement délicat, devrait être 20 à 30 fois plus sensible pour rendre des services appréciables dans les hôpitaux.
- La sonde téléphonique (fig. 2), due à GrahamBell et employée jadis par le Dr Kaufman, de Zurich, paraît un instrument moins compliqué et plus recommandable pour les formations sanitaires dépourvues d'appareil radiographique, car le premier venu peut la construire à peu de frais. Dans sa forme la plus simple, cet appareil comprend un vulgaire écouteur téléphonique portant deux fils conducteurs. On attache, à l’un de ceux-ci, une
- Fig. 3. — Application de la sonde téléphonique sur un blessé (Girdner).
- cuillère d’argent et à l’autre une tige de cuivre ou d’acier de faible diamètre. Avant de se livrer à une exploration, le Dr Garel conseille d’injecter une
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- LA RECHERCHE DES PROJECTILES DANS L’ORGANISME
- ampoule de cocaïne-adrénaline dans le trajet du projectile; cela fait, le chirurgien met le bout de la cuillère dans la bouche du blessé, puis de la main gauche il porte l’écouteur téléphonique à son oreille et, saisissant la sonde de la main droite, il va à la recherche du corps étranger dans le trajet fistuleux. Lorsque la sonde touche le projectile, il se produit un élément de pile dans les tissus grâce à la différence des métaux employés et l’opérateur perçoit alors un bruit sec très net dans le téléphone. Girdner a perfectionné la méthode en remplaçant le microphone simple par une sorte de casque téléphonique à double écouteur afin de laisser libres les mains du praticien (fig. 3).
- Radioscopie. — Mais quelque ingénieuses que soient ces méthodes elles ne sauraient détrôner les procédés radioscopiques et radiographiques.
- « La radioscopie est une méthode d’exploration qui consiste dans l’étude des ombres projetées sur une surface fluorescente par un faisceau de rayons X, sur le trajet duquel est disposée la région à examiner » (*).
- Plusieurs éléments sont donc à retenir pour comprendre le mécanisme de la méthode (fig. 10) : l’ampoule qui lance les rayons, le sujet qui est traversé,
- Fig'. 4. — Le laboratoire à Vintérieur de la ^voiture (après la deuxième porte); en avant le magasin.
- l’écran situé derrière lui et sur lequel se forme l’image, enfin l’œil de l’observateur placé derrière l’écran et du côté opposé au sujet. De l’ampoule nous ne dirons rien dans cet article (1 2). L’écran est
- 1. Dr Jaugeas .(Précis de Radiodiagnostic, p. 118), à qui nous empruntons également les figures 8 à 12 et 14.
- 2. La Nature consacrera un prochain article au dosage des rayons X. — Voy. également n° 2129, du 14 mars 1914.
- 243
- constitué par une lame de carton.sur lequel du pla-tinocyanure de baryum a été étalé en une couche aussi uniforme que possible. Cette substance, sous l’action des rayons X, jouit de la propriété d’être fluorescente et l’on comprend que partout où le
- Fig. 5. — Voiture radiologique chargée de tout son matériel. (Modèle Rivierre-Drault.)
- trajet des rayons est arrêté par une substance plus ou moins opaque (métal, os, et, à un moindre degré, les autres tissus de l’organisme) une projection plus ou moins sombre du corps interposé vient se dessiner sur l’écran. Cette image est d’ailleurs agrandie et déformée puisque les rayons issus du foyer lumineux sont divergents et non parallèles. Plus l’ampoule est éloignée et plus l’écran est voisin du corps à examiner, moins l’image est agrandie ; et également plus le rayon s’approche de la normale, par rapport à l’écran, moins la projection de l’objet est déformée (fig. 8). Enfin la netteté de l’image sera d’autant plus grande que la source des rayons sera plus petite et que les reflets accessoires auront été éliminés. Il en résulte que le talent de l’observateur sera de régler convenablement les distances respectives du foyer, du sujet et de l’écran et de choisir des diaphragmes plus ou moins grands pour diminuer ou augmenter le nombre des rayons lumineux. Ainsi pour explorer la cavité thoracique et y chercher un fragment métallique de faible dimension, on se servira d’un diaphragme à petite ouverture. Sans cela les rayons secondaires produits dans l’ensemble de la cage thoracique empêcheront de distinguer l’ombre très limitée fournie par le corps étranger.
- Ajoutons que le degré de la sensibilité rétinienne de l’observateur à la lumière fournie par l’écran fluorescent, varie suivant les sujets. Il est recommandé avant de pratiquer un examen de rester un certain temps dans l’obscurité pour que l’adaptation de l’œil se produise dans de bonnes conditions.
- Voici donc le corps étranger qui se silhouette sur l’écran. Mais où est-il exactement situé ? à quelle profondeur dans les tissus ? — Il faut le « localiser ».
- La localisation radioscopique repose sur la connaissance exacte des points d’entrée et de sortie d’un rayon passant par le corps étranger. Voici, parmi les divers systèmes imaginés par les spécia-
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- 244 .. . : LA RECHERCHE DES PROJECTILES DANS L'ORGANISME
- Une opération radiologique selon la méthode du Dr Wulltamoz. (Voir p. 245.)
- a, la table d'opération avec l’ampoule placée sous l’opéré. Le chirurgien porte en bandeau un écran fluorescent. Il tient à la main une sonde coudée; — b, une pince coudée à angle droit; — c, d, e, f, gt images radioscopiques vues à travers le fluoroscope et aperçues par l’opérateur (c, la pince est posée horizontalement sur le champ opératoire. L’ombre de sa pointe se confond avec le milieu du corps étranger ; — d, on relève la pince et lui fait décrire un quart de cercle autour de sa pointe; — e, la pince est dirigée exactement sur le corps étranger; — f et g, l'extrémité de la pince dévie en haut ou en bas).
- d
- e
- f
- c
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- LA RECHERCHE DES PROJECTILES DANS L’ORGANISME ...... 245
- listes, celui auquel le Dr Jaugeas donne la préférence. Nous en emprunterons la description à son Précis de radio-diagnostic. Supposons, pour fixer les idées, qu’il s’agisse de localiser une balle dans la boîte crânienne (fig. 9).
- Après avoir placé le sujet derrière l’écran et l’avoir immobilisé dans une position déterminée, on amène l’ampoule à une hauteur convenable pour découvrir utilement l’ombre du projectile.
- Puis, avec un crayon muni d’une douille métallique le rendant très visible sur l’écran, on marque sur la peau du sujet le point d’entrée À et le point de sortie A' du rayon normal. On détermine de la sorte les deux extrémités de la droite sur laquelle se trouve le corps étranger. On répète la même opération, le sujet ayant tourné sur lui-même d’un certain angle mais en maintenant toujours l’ampoule à la même hauteur que précédemment. Les deux nouveaux points B B' correspondent encore aux extrémités d'une ligne passant par la balle en sorte que celle-ci se trouve, forcément à l’intersection des deux lignes A A' et B B'. L’opérateur encercle ensuite la tête du malade d’une bande métallique souple à la hauteur des repères et marque ces points sur la bande, qui représente la section du crâne par le plan horizontal passant à ce niveau.
- Il reporte alors sur une feuille de papier les contours qu’il vient de relever, réunit les points
- de repère deux à deux pour situer le projectile. Connaissant par suite sa distance à divers points de
- la périphérie le chirurgien choisit les voies d’accès les plus favorables, car il sait par avance les organes qu’il rencontrera, lorsqu’il procédera à l’extraction.
- Quelquefois on associe la radioscopie à l’opération. On pratique alors la chirurgie radioscopique.
- Un outillage combiné spécialement dans ce but par le Dr Wullya-moz, comprend une table, un fluoroscope et quelques instruments chirurgicaux tels que pinces,écarteurs, aiguilles et curettes offrant la particularité d’être coudés à angle droit. La table radiologique montée sur des roulettes porte, sur un plancher au-dessous d'elle, la bobine, l’interrupteur, le chariot porte-ampoule, le diaphragme et autres organes nécessaires à la production des rayons X. D’autre part, le chirurgien (ou son aide) observe les images projetées par l’ampoule sise sous la face inférieure de la table, à l’aide d’un fluoroscope fixé au-devant de ses yeux par un bandeau. Il aperçoit donc sur l’écran fluorescent les détails structuraux de l’organisme et en particulier le projectile qu’il cherche et c'est pendant l'opération que, voyant le corps en transparence, il utilise les rayons X. Toutefois, il ne saurait se servir des instruments chirurgicaux habituels car, vu leur forme, leur ombre-masquerait, au cours de l’intervention chirurgi-
- Fig. 6. — Vue extérieure d’une tente démontable employée pour l’examen radioscopique dans l’obscurité, ou pointa radiographie consécutive, avec éclairage électrique à l'intérieur.
- Fig. p. — Vue intérieure de la tente au cours ' d’une exploration radiologique:
- Fig. 8. — Image radioscopique (A' B') de l’objet (A B) projetée sur l’écran (D). Celte image est agrandie et déformée; la partie B' est la plus modifiée; car elle est plus éloignée du point d’incidence du rayon normal issu de l’ampoule (F;.
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- 246 LA RECHERCHE DES PROJECTILES DANS L’ORGANISME
- cale, celle du corps étranger à atteindre. Aussi le Dr Wullyamoz a-t-il eu l’ingénieuse idée de les couder à angle droit. Grâce à cette particula-
- rité, l’opérateur dirige avec précision son scalpel on sa pince jusqu’au
- Fig. 9. — Localisation d’un corps étranger dans la boîte crânienne, au moyen de la radioscopie.
- but. Il lui suffit, en effet, après avoir centré l’ampoule et repéré, par deux examens radioscopiques à angle droit, la place exacte du projectile, d’orienter le malade de façon convenable pour que l’ombre de la balle, du shrapnel ou de l’éclat d’obus coïncide avec celle de T extrémité de son bistouri. Puis, il incise la peau à l’endroit ainsi déterminé, place sa pince dans l’incision, fait coïncider l’ombre du bout de l’instrument avec le projectile (voir page 244) et l’enfonce perpendiculairement. Quand sa pince atteint le corps étranger il l’ouvre et le saisit. On extrait de cette façon avec une grande rapidité et une extrême sûreté n’importé quel projectile en moins d’une minute et sans dommage pour les tissus en vironnants.
- Radiographie. — Cependant, la localisation des corps étrangers est parfois difficile et les méthodes précédentes se trouvent en défaut. Soit par suite de leur minime opacité, soit à cause de leur faible
- Fig. 10. — Dispositif pour radiographier
- une main droite.
- taille, soit par le fait de leur situation ou pour toute autre cause, ces corps donnent une ombre difficilement perceptible sur l’écran fluorescent. Il faut
- Fig. 11. — L’écran renforçateur (E) et la plaque (P) placés sous le corps à radiographier (H). La gélatine est tournée vers l’écran.
- alors s’adresser aux procédés radiographiques qui? donnant une image inscrite matériellement, fournissent un document propre à servir de base aux calculs les plus précis.
- Tout ce que nous avons dit de la technique de la radioscopie, s’applique à la radiographie, sous cette réserve que l’écran est remplacé par une plaque photographique. Comme dans la radioscopie, les images sont toujours plus ou moins déformées et agrandies ; aussi convient-il de placer la plaque le plus près possible de l’objet à examiner, et par contre de tenir l’ampoule éloignée au maximum (35 à 70 cm suivant les cas). Il convient également de la placer de telle sorte que le point d’incidence normale à la plaque corresponde à la partie moyenne de la région à radiographier. En général la plaque est enveloppée dans une pochette de papier noir et glissée immédiatement au -dessous du corps (fig. 10 et 14). On peut se servir des plaques photographiques habituelles; mais, en pratique, on utilise des clichés dont la sensibilité est augmentée par une épaisseur plus grande de la couche sensible et une proportion plus élevée des sels d’argent qu’elle contient. Ils acquièrent ainsi la propriété de retenir une fraction plus importante du rayonnement qui les frappe.
- Lorsque la partie du corps à radiographier présente une certaine épaisseur (tronc, membres inférieurs), on se sert avec avantage d’un écran renforçateur, constitué par une lame mince de carton recouverte d’une substance active (platino-cyanure de baryum, sulfure de calcium, tungstate de calcium, etc.). On met en contact les deux couches sensibles de la plaque et de l’écran ; 011 les dispose, par rapport à l’ampoule, de manière que les rayons de Rôntgen frappent d’abord le côté verre de la plaque, puis la gélatine et finalement la face sensible de l’écran dont ils excitent la fluorescence. La lumière ainsi produite s’ajoute au rayonnement direct de l’ampoule, ce qui permet de réduire le temps de pose sans diminuer la netteté des clichés. On peut d’ailleurs opérer, comme le représente la
- Fig. 12. — Le diaphragme (D) destiné à éliminer les rayons parasites. L’ampoule (F). Le corps examiné (H) et la plaque sensible (P).
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- LA RECHERCHE DES PROJECTILES DANS L'ORGANISME =z= 247
- figure H, en interposant l’écran entre le sujet et la couche sensible de la plaque, ce qui donne l’avantage de ne pas avoir à retourner cette dernière.
- La. durée d’exposition de la plaque varie selon l’intensité des rayons et les finesses du cliché qu’il s’agit d’obtenir. L’image radiographique doit présenter une différenciation très avancée des ombres qui la composent, montrer, en d’autres termes, de nombreux détails et des contours nets. Ce résultat ne peut être atteint que par un choix convenable du degré de pénétration des rayons employés et par une élimination aussi parfaite que possible des rayons parasites (fig. 12).
- L’exp ér ience montre que l’opposition entre les ombres données par une région est plus accusée quand les rayons sont peu pénétrants. Le temps de pose est variable : un chiffre moyen est, pour un rayonnement faible, « d’une intensité de 1 milliampère dans une ampoule Chabaud ordinaire placée à une distance de 40 à 50 cm du sujet, un temps de pose de 12 15 secondes par centimètre d’épaisseur de tissu. Ex. : pour une cuisse de 15 cm d’épaisseur, le temps de pose est d’environ 3 minutes et demie. » (Dr Jaugeas, loc. cit.).
- Il ne reste plus qu a développer la plaque et tà lire sur l’image obtenue la situation de l’objet à extraire. Mais dans bien des cas une seule épreuve ne fournit pas de renseignements assez précis au chirurgien sur la situation exacte du projectile ou des éclats osseux. Aussi, avant de procéder à l’opération, on le situe plus exactement par deux clichés pris dans deux directions rectangulaires.
- On comprend sans peine que, possédant deux images de l’objet à localiser, connaissant dans
- chaque cas les positions respectives de l’ampoule, du membre à radiographier et de la plaque sensible, et ayant d’autre part choisi un certain nombre de repères fixes, la géométrie puisse s’emparer du problème et situer exactement le corps en question. Depuis le début de la guerre actuelle, cette
- question mathématique de la lo-calisationdespro-jectiles a reçu des solutions variées, chaque opérateur a, pour des raisons diverses, préféré un repère à un autre, et, de ce chef, les méthodes de calcul sont plus ou moins simples ; l’un déplace le foyer lumineux et prend deux photographies sur la même plaque ; la distance des deux projections photographiques du. corps étranger sert ensuite de base au calcul; — l’autre prend, au contraire, deux vues distinctes sur deux plaques sensibles différentes et trace des repères sur la surface du corps du patient; — un troisième fixe, comme repères, des élé ments arbitrairement choisis hors du sujet examiné et pris sur un cadre métallique, par exemple (fig. 13) ; — un quatrième cherche la hase de son calcul dans une série de lignes imprimées au préalable sur la plaque photographique et par rapport auxquelles il fait varier l’image du projectile d’une distance connue; etc. — Bref, on a multiplié les solutions et rendu plus aisées les opérations nécessaires, mais on en revient toujours à localiser le corps étranger par rapport à des données fixes dont on sait par avance la situation.
- Toutes ces opérations mathématiques, pour simples qu’elles soient, exigent cependant une certaine habileté. Aussi on a cherché à les rendre presque automatiques par l’emploi d’une instrumentation appropriée.
- Fig. i3.— Radiographie d’un bras selon la méthode du D' Leullier. Le bras est entouré d’un anneau métallique qui aide à localiser exactement le projectile.
- Fig. 14. — Radiographie de la colonne vertébrale. — L’appareil métallique placé sous l’ampoule est le diaphragme ; la plaque sensible est immédiatement sous le sujet.
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- Les repéreurs ne manquent pas. Plusieurs sont excellents. Le Dr Maxime Ménard, chef de service radiographique à P hôpital Cochin, utilise, par exemple, la méthode de Hirtz.
- Le procédé consiste à résoudre le problème de géométrie descriptive suivant : Etant donnée une partie du corps, un membre par exemple, contenant un projectile et trois points de repère arbitrairement choisis dans son voisinage à la surface de la peau, déterminer les deux projections horizontale et verticale du tétraèdre que ces trois points et le corps étranger constituent dans l’espace (fig. 15).
- On prend une radiographie double sur la même plaque et on fait l’épure, ce qui permette réglage d’un compas muni de trois pointes et une aiguille centrale représentant pré-cisément les quatre points ci-dessus indiqués.
- Pour faciliter tes mesures et éviter les obstacles qui se rencontrent au cours de la recherche d’un projectile, par exempte la présence de vaisseaux ou nerfs importants entre ce corps étranger et l’aiguille, l’axe central du compas sert de pivot à une tige courbée selon un arc de cercle à concavité inférieure. L’aiguille ou sonde de profondeur du compas peut se placer, le cas échéant, sur cette tige courbée tout
- en étant mobile selon la normale à cet arc de cercle. Grâce à cette disposition spéciale de la sonde de profondeur, la localisation des projectiles s’exécute facilement avec une précision de l’ordre du millimètre. En outre, cette méthode ne nécessite pas une installation très puissante puisque 1e Dr Ménard a pu exécuter 843 examens de blessés avec 1e matériel transportable Gallot-Gaiffe et assurer ainsi 1e service radiographique d’un grand nombre d’ambulances parisiennes.
- D’autres instruments ont été imaginés dans 1e
- même but, mais il faut nous borner. Contentons - nous de signaler encore l’un des plus simples, 1e repé-reur Mario n-Danion, qui fournit des. renseignement s très exacts pour la localisation des corps étrangers. Son principe dérive du compas Hirtz, mais l’intérêt qu’il présente est de, permettre .une lecture presque instantanée de la position des corps à repérer.
- En définitive, on se rend compte, par ce court aperçu, des multiples moyens que tes techniciens ont suggérés pour localiser tes projectiles dans tes plaies et rendre, par suite, très aisée leur extraction par tes chirurgiens de nos ambulances ou de nos hôpitaux. Jacques Boyer.
- Fig. 15. — Méthode du Dr Max. Ménard pour localiser les projectiles au moyen du compas de Hirtz.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du i5 mars 1915.
- Le rayon catathermique. — Par des expériences curieuses, mais qui demanderaient peut-être à être sévèrement discutées, un chimiste très original, M.. Le Bel, s’efforce de prouver l’existence d’un rayon dit catathermique imaginé par Tissot : rayon développé en organisant un flux de chaleur centrifuge dans une feuille de nickel enroulée ou dans une masse de sable. On constate alors, en sens inverse, un apport d’énergie sur un détecteur placé au centre et constitué par deux couples thermo-électriques en opposition, mais de nature identique, dont l’un est protégé contre le rayon catathermique de retour
- par un chapeau de platine isolé. Pour M. Le Bel, cela permettrait d’admettre que la chaleur perdue par les étoiles se transforme dans l’espace céleste en rayons catathermiques susceptibles de leur revenir et de leur restituer l’énergie dépensée. D’où la conception d’un Monde en équilibre. De tels rayons catathermiques reviendraient dans toutes les directions et seraient, par conséquent, particulièrement abondants dans les zones telles que la Voie lactée où les étoiles sont le plus nom-r breuses ; d’où une chaleur plus forte là où il existe une plus grande densité d’étoiles. ; , . ;
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue fie Fleuras, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N° 2168.
- 17 AVRIL 1915.
- LE SOLS-MARIN
- Le principe. Les deux types. — Qu’est-ce qu’un sous-marin ? Quelles sont ses fonctions propres, les difficultés qu’il a fallu vaincre pour le réaliser, les organes qui le caractérisent?
- Bien qu’on ait conçu des sous-marins pacifiques pour l’exploration des profondeurs et d’autres pour certains transports de passagers, le sous-marin de guerre est le seul qui soit entré en pratique, et il attire aujourd’hui tous les regards. Nous ne nous occuperons que de lui.
- C’est un bateau jouissant d’abord des facultés
- qui est toujours très limitée, alors que le ludion, le plus souvent et sans inconvénients, tombe au fond du récipient qui sert à l’expérience.
- On comprend sans peine qu’on n’en puisse laisser faire autant à notre sous-marin dans l’immense récipient qu’est la mer. Mais il ne s’agit pas de cela. Dès qu’il s’enfonce, il entre dans des eaux supportant la pression des couches supérieures et il reçoit lui-même de toutes parts cette pression, qui est celle du milieu. Elle augmente très vite avec la profondeur. La coque, surface élastique, fléchit. Les résultats
- Fig. i. — Submersible Schneider-Laubeuf en construction dans les Établissements Schneider
- {Chantiers de la Gironde). . . . .
- normales propres aux bâtiments de surface, et qui y joint celles de disparaître à volonté sous l’eau et de manoeuvrer en plongée pour remplir un rôle militaire.
- Le moyen le plus simple, qui reste le principal, pour obtenir la plongée, consiste à lester le navire d’une quantité d’eau suffisante pour annuler ou fortement réduire la flottabilité. Tout le monde connaît le petit appareil de physique qu’on appelle un ludion, et où ce principe est appliqué. Le ludion plonge ou émerge suivant que la quantité d’eau qu’on y a introduite lui donne une flottabilité négative ou positive. Mais ici, le problème est plus difficile à résoudre, parce que le sous-marin doit s’arrêter dans sa descente à la profondeur voulue,
- de cette flexion sont d’abord de réduire le volume du flotteur. Si cette réduction était trop considérable et trop rapide, les. moyens de délester le bateau deviendraient impuissants à rétablir l’équilibre entre le poids du sous-marin et celui du volume d’eau sans cesse diminuant qu’il déplacerait. Il va sans dire que d’aussi grandes déformations ne se produiraient pas sans faire franchir aux tôles de la coque leur limite d’élasticité. Le sous-marin s’aplatirait définitivement, il serait écrasé.
- Quels sont ses besoins ? Il faut qu’en plongée, il ne risque pas de heurter les bâtiments de surface sans les voir. Comme leur profondeur ne dépasse guère, pour les plus grands, 10 m. en dessous de la surface de l’eau, il suffit que le sous-marin
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- puisse naviguer avec une quinzaine de mètres d’eau au-dessus de ses parties les plus élevées. Pour plus de sûreté, on le construit pour une immersion de 30 m. A ce point, le bas de sa propre coque est à environ 45 m. sous la surface.
- Naturellement, les essais comportent des expériences un peu plus dures. On fait descendre les sous-marins jusqu’à 50 ou 60 m., on est même allé au delà. Ce n’est toujours là que la tranche tout à fait superficielle de la mer.
- Pour emmagasiner la quantité d’eau nécessaire au lest d’immersion, deux systèmes ont été appliqués. Dans le premier, les caisses à eau, ce qu’on appelle le water-ballast, étaient comprises dans le flotteur sous-marin, principalement dans les fonds, mais aussi sur les côtés. L’idée la plus simple avait été de réduire autant que possible la surcharge nécessaire. On faisait donc des bateaux déjà très alourdis quand ils naviguaient en surface, très près de plonger, des bateaux à faible flottabilité. D’une façon précise, on définit chez nous la flottabilité d’un sous-marin au moyen d’un coefficient, qui est le rapport de la différence entre les deux déplacements au déplacement en plongée. C’est, si l’on veut, la fraction du volume total représentée par le volume émergeant.
- Les sous-marins de ce premier type, qu’on appela assez longtemps des sous-marins proprement dits, avaient de 5 pour 100 à 8 pour 100 de flottabilité seulement. Il était facile d’admettre à l’intérieur des ballasts, en peu de temps, et d’expulser la faible masse d’eau correspondante : ils passaient aisément d’une position à l’autre. Par contre, dans chacune d’elles, ils étaient voisins de l’autre : ils étaient faiblement ce qu’ils étaient. Leur qualité actuelle se trouvait, à chaque instant, assurée et maintenue par des forces minimes. En plongée, cela ne semble pas avoir donné grand inconvénient. En surface, il s’en rencontra de considérables. Soumis au jeu des lames, le sous-marin faisait un bateau de surface toujours enclin à changer de nature, à passer sous la vague : il était lourd, donc peu habitable, impropre à la navigation hauturière, aux opérations offensives à grand rayon ou par tous les temps.
- Sous la pression des besoins militaires, on chercha à corriger ce défaut. M. Laubeuf trouva la solution. Elle consiste à donner au bateau une grande flottabilité. Alors il s’élève bien à la lame; il est léger sur l’eau ; c’est un bâtiment marin. Mais il faut annuler, et annuler rapidement, cette grande flottabilité.
- Le type créé par M. Laubeuf fut d’abord appelé submersible. On ne fait plus ces distinctions. Partout on tend aux grandes flottabilités. Le premier submersible, le Narval, avait 42 pour 100 de flottabilité, à peu près comme un torpilleur ordinaire, qui peut atteindre ou légèrement dépasser 45 pour 100. Chez nous, on est redescendu vers 50 pour 100; les étrangers se tiennent souvent aux environs de 15 pour 100 ou 20 pour 100.
- Où mettre les caisses à eau? On n’a vraiment plus la place dans le flotteur d’immersion. On les met à l’extérieur. Le submersible Laubeuf est un bateau à double coque, deux bateaux l’un dans l’autre, un pour chaque espèce de navigation. Le ballast, c’est l’intervalle entre les deux coques. Yeut-on plonger, on en remplit la partie utile, en même temps qu’on ferme toutes les ouvertures supérieures, jusque-là ouvertes à l’air. Naturellement, chacune des deux coques est close et étanche. On est parvenu à faire entrer ainsi des masses liquides considérables dans les ballasts en peu de minutes. Ce n’est pas cet obstacle qui a été le plus difficile à vaincre pour la plongée rapide : nous en verrons un autre bientôt, qui tient au moteur de surface.
- Donnons une idée des dimensions et des poids réels. Des sous-marins en service dépassent 800 tonnes de déplacement en plongée, c’est-à-dire absorbent ou rendent 250 tonnes d’eau. Les plus prochains atteindront 1500 tonnes. Leur longueur sera d’environ 75 m., soit 9 m. de plus que la hauteur des tours de Notre-Dame. Leur largeur sera proche de 6 m. 50, leur hauteur de 8 m. 50. Il y a en projet des sous-marins de 4500 tonnes.
- L’équilibre. La plongée en marche. — Le lestage du flotteur pourrait suffire à le faire descendre entre deux eaux et à l’y maintenir à la profondeur voulue, s’il y devait rester immobile en un même point. Encore ne serait-ce pas sans quelques difficultés que nous allons voir. Mais le sous-marin est fait pour se déplacer horizontalement. Sa fonction normale est une marche en plongée, ce qui demande de nouveaux moyens.
- Prenons-le toutefois au repos ; supposons qu’il veuille s’équilibrer sur place entre deux eaux. Cet équilibre est instable par essence. Il le serait par raison interne, en vertu des déplacements de poids produits par les mouvements du personnel ; il l’est plus encore par l’effet externe des variations du milieu ambiant. Dans une expérience faite avec un sous-marin américain, le poids de deux hommes qui s’avançaient ensemble du milieu jusqu’à l’extrême avant suffisait à incliner le bateau de deux degrés. D’autre part, l’eau de la mer est sans cesse traversée par des courants plus ou moins variables, qui en modifient la température et la densité. Entre deux points de la rade de Toulon, le même jour, on a trouvé des différences de densité de plusieurs millièmes, qui, sur un sous-marin de 100 tonnes, par exemple, produisent donc des variations de plusieurs centaines de kilogrammes dans la poussée. Or, toute cause de déséquilibre tend à accroître le déséquilibre dans le même sens. Le sous-marin qui s’enfonce se comprime plus que n’augmente la densité de l’eau, et il perd de sa force ascensionnelle; il tomberait jusqu’au fond, avec une vitesse croissante, si l’équipage n’agissait à temps. Le sous-marin qui remonte ne s’arrêterait de même qu’en émergeant. Il faut donc qu’à la moindre descente on expulse un peu d’eau des ballasts. La des-
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- cente se constate en regardant le manomètre, qui, donnant la pression extérieure, indique la profondeur. Pour rattraper la chute, on remonte ainsi; mais on dépasse l’altitude primitive, et, pour la re-
- rectifie les modifications d'assiette produites par les déplacements de poids, en particulier par les lancements de torpilles. Le sous-marin se sert de sa vitesse pour maintenir sa stabilité d’immersion et
- Fig. 2. — Submersible Schneider-Laubeuf en essai à la station des Établissements Schneider {Le Creux Saint-Georges. — Rade de Toulon).
- trouver, il faut rouvrir les ballasts à une petite quantité d’eau extérieure. Autrement dit, le bateau ne se maintient à un niveau sensiblement fixe que par une série ininterrompue d’oscillations, produites par des manœuvres alternées se corrigeant l’une l’autre.
- La plongée sur place est l’exception. On voit que ce n’est pas le repos complet. Pourtant un équipage de sous-marin peut se reposer en plongée; mais c’est en échouant son bateau sur le fond. Les Allemands emploient très probablement ce procédé pour donner du sommeil aux hommes. Il n’est appliquable que par petits fonds, et là où le sous-marin ne risque ni de s’envaser, ni d'être traîné vers des précipices sous-marins, ni même sur des pentes descendantes.
- Pour la plongée en marche, l’équilibration par le jeu des pompes serait insuffisante : elle ne procurerait pas assez de stabilité de route dans le sens vertical. On a recours à des gouvernails. On les a multipliés : il y en a, à l’avant, à l’arrière, au milieu même, latéralement. On leur adjoint enfin des ailerons fixes, qui ont pour fonction de fréner les brusques mouvements d’inclinaison, c’est-à-dire d’augmenter le rayon des courbes de changement de niveau f1). De la sorte, on amortit aussi et on
- 1. Comme exemple des angles extrêmes employés normalement, nous pouvons citer les sous-marins du type Holland, qui, pour descendre rapidement, prennent des pointes de
- d’attitude, bien mieux qu’il ne peut faire au repos.
- Il s’en sert encore pour augmenter sa sécurité et son aptitude à remonter en surface. Car il fonctionne non seulement à l’inverse d’un ballon, par une force descensionnelle, mais comme un aéroplane, ou plutôt hydroplane renversés. Ses plans produisent, en marche, une légère force verticale vers le bas, de sorte qu’il plonge avec un poids un peu inférieur à celui de la masse d’eau qu’il déplace, donc avec une légère tendance à remonter, qui tend à le ramener automatiquement à la surface dès qu’un arrêt vient annuler la poussée d’enfoncement des ailerons.
- La manœuvre de stabilité de niveau est double, par conséquent : manœuvre de pompe, réalisée électriquement ou parfois au moyen de l’air comprimé, manœuvre de gouvernails. Le tout généralement commandé par des manipulations électriques groupées sous l’œil du commandant, sur la face avant de la chambre de manœuvre.
- Nous en aurons fini avec la question du flotteur quand nous aurons parlé des engins de sécurité. La moindre blessure à la coque peut être mortelle. Aux profondeurs où navigue le sous-marin, l’eau pénètre, en raison de sa pression, avec des vitesses considérables : 14 m. par seconde à 10 m. de pro-
- 8° à 10°; il correspond, pour G nœuds, à,une dénivellation de 0 m. 40 par seconde. Vov. Charles Radiguet, la Navigation'sous-marine.
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- fondeur, 22 m. par seconde à 25 m. de profondeur.
- Un simple trou de rivet, ayant une section de 5 cm2, laisserait entrer de 15 à 25 tonnes à
- Fig. 3. — Forme, an maitre-couple, des sous-marins italiens (à gauche de la figure) et de certains sous-marins russes (à droite de la figure).
- l’heure. Aussi importe-t-il que les pompes d’épuisement soient calculées pour un large débit. Mais le moyen le plus rapide est fourni par les chasses d’air comprimé, qui expulsent brusquement l’eau des ballasts. Sur YOctopus, par exemple, on fit ainsi sortir 30 tonnes en 18 secondes.
- Enfin, la plupart des sous-marins portent à leur partie inférieure des poids de sécurité, qu’on peut lâcher à volonté. Ils sont souvent composés d’une série de blocs de fer ou de plomb encastrés dans la quille. Pour les décrocher, il suffit détourner une clé à l’intérieur du bateau. Ce moyen de secours est à la fois très puissant et très rapide. Il a cependant des inconvénients. Il peut arriver que le système de déclenchement ne fonctionne pas instantanément, parce que les poids restent collés à la quille par l’effet de dépôts produits dans l’eau de mer, de coquillages fixés à leur paroi, de sable ou de gravier inséré dans leurs joints. Dans le cas d’accident, l’inclinaison prise
- B
- flottaison
- deau Zéro
- Fig. 5. — Disposition des gouvernails de plongée {d’après M. Marbec, in Mémorial du Génie maritime).
- r par le navire les empêchera parfois de glisser dans leur encastrement; le bateau peut être couché sur le flanc, ou dressé sur une de ses pointes. Quand il |
- repose sur le fond, il lui arrive même d’être presque retourné; ou bien les plombs de sécurité, reposant sur le sol, ne se détachent pas. Quand un sous-marin les aura lâchés, d’abord ce sera un moyen de sécurité perdu pour longtemps, jusqu’à ce qu’on les ait remplacés dans un port; ils ne peuvent pas servir deux fois. Ensuite le bateau, une fois remonté en surface, sera tellement délesté que le remplissage de ses caisses ne pourra plus le faire plonger. Il ne sera plus apte à jouer le rôle de sous-marin; il sera à la merci de l’ennemi.
- Les deux moteurs. — Nous venons de voir le sous-marin en mouvement et dépendant de son mouvement, dans sa fonction même de plongeur. Pour se tenir au niveau qu’il a choisi, pour y parer aux accidents possibles et remonter aussitôt, grâce à son mouvement de translation d’abord, grâce en-
- Fig. 6. — Coupe Iransversale vue de l'arrière et montrant les manipulateurs des gouvernails (3 et 8) et de la pompe d’assiette dans la chambre de manœuvre (2). — Drain d’air (4). — Caisse à pétrole (7) {d’après M. Marbec, in Mémorial du.
- Génie maritime).
- suite à l’action de ses pompes, il lui faut la disposition permanente et l’emploi presque incessant de sa force motrice. Plus qu’aucun autre bateau, il a besoin d’être sans cesserie et mouvement.
- La question du moteur y prend donc une importance primordiale; elle y est aussi d’une difficulté exceptionnelle. Tous les problèmes sont plus difficiles à résoudre en navigation sous-marine qu’ail-leurs, parce qu’aux besoins et aux fonctions ordinaires du bateau se surajoutent des besoins et des fonctions spécifiques, et parce que la limitation des poids disponibles, règle générale de la construction navale, s’y aggrave d’une étroite limitation des volumes d’encombrement, plus gênante encore. Avec moins de moyens, il faut faire face à plus de nécessités diverses. •
- On a été conduit à mettre deux moteurs sur
- Eau
- des ballasts 30 ”/.
- Coque avec plomb et accessoires 40”/.
- Propulsion Plongée . VG •/. /
- Navigation,
- Surface'
- Fig. 4. — Diagramme dressé parM. l’ingénieur Mercier, pour montrer la répartition du déplacement du sous-marin moderne entre les principales ca tégories des poids nécessaires.
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- chaque sous-marin et il ne semble pas qu’on soit encore en mesure de revenir au moteur unique. Il a cependant été' la règle primitive. Le moteur des
- Le moteur de plongée doit fonctionner en vase clos, sans absorption d’air ni production à l’intérieur du bateau de gaz irrespirables, sans odeurs nui-
- Fig. 8. — Le sous-marin italien Atropo s’apprêtant à plonger.
- premiers types modernes était électrique. En effet, la marche en plongée ne peut guère s’accommoder que de celui-là. Les raisons en sont les suivantes.
- sibles, sans bruits qui troubleraient la transmission des ordres et décèleraient la présence du sous-marin, sans consommation notable de combustible,
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- qui changerait l’équilibre des poids, sans évacuation extérieure de bulles révélatrices. Seul, le moteur électrique alimenté par des accumulateurs répond à ces multiples conditions.
- Mais il a des inconvénients graves, qui tiennent aux accumulateurs. Lourds et encombrants, ceux-ci pèsent au minimum 80 kg par cheval de puissance, tandis qu’une chaudière à vapeur ne pèse que 10 kg. Ils ne débitent qu’un cheval-heure au plus par 50 kg; et le poids d’accumulateurs correspondant à 1 kilowatt pendant 24 heures est de 1000 kg, soit 750 par cheval. Avec la machine à vapeur, ce dernier chiffre est remplacé par 30 kg, représentés, pour les 2/7 par la chaudière, pour les 5/7 par le charbon.
- De là une infériorité énorme de vitesse et surtout de rayon d’action, afférente à la solution électrique. Si l’on veut augmenter le poids de la batterie, pour augmenter sa puissance, il faut que le bateau devienne plus vaste pour la contenir, plus volumineux pour la soutenir à flot; on est conduit à accroître les dimensions et le poids de sa coque ; et chaque tonne de batterie surajoutée peut correspondre à trois tonnes de déplacement supplémentaire. Les bénéfices de vitesse et de rayon d’action ne sont pas grands..
- Un autre inconvénient des accumulateurs est d’être composés de bacs contenant un liquide acidulé. Les inclinaisons du navire risquent, malgré toutes les précautions, de faire renverser une partie du liquide, en diminuant par là le fonctionnement de toute la batterie. Ori arriverait très vite à rendre impossible la marche du moteur, l’éclairage des lampes, la manœuvre des sécurités, etc. De plus, l’acide ruisselant dans la cale attaquerait la coque et pourrait préparer des voies d’eau. D’autre part, la moindre rentrée d’eau de mer dans les bacs, amène un dégagement de vapeurs nocives. Enfin, le simple rechargement des accumulateurs produit le même effet et exige une ventilation. Heureusement, il ne se fait qu’en surface, où l’atmosphère du sous-marin est en communication avec l’extérieur.
- Quand on a voulu faire de vraies unités offensives, capables de tenir la haute mer et d’accomplir de grands voyages, on a dû chercher autre chose. Le premier Gustave-Zédé, qui n’avait qu’un moteur électrique, ne disposait pas de plus de 50 milles marins de rayon d’action. Aussi était-il astreint à revenir sans cesse au port ou près d’un grand bâtiment, pour alimenter ses accumulateurs. Il n’était pas vraiment autonome. L’autonomie a été réalisée quand on a pourvu le bateau d’un moteur à vapeur, apportant avec lui le double avantage d’un grand rayon d’action en surface et d’un moyen de renouveler, sans secours extérieur, la provision d électricité des accumulateurs. Pour effectuer cette dernière opération, il faut être en surface et stopper les hélices. L’arbre qui lés commande est débrayé, èt le moteur à vapeur, désormais libre dé tourner à vide, est attelé sur le moteur éleclrique. Celui-ci
- fonctionne alors comme dynamo réceptrice : au lieu de consommer de l’électricité pour créer de la force mécanique, il transforme inversement de la force mécanique en électricité, qu’il envoie dans les accumulateurs. Le rayon d’action en plongée se multiplie ainsi aux dépens du charbon, c’est-à-dire du rayon d’action en surface.
- En fait, les bâtiments actuels ont, en plongée, de 1 h. 1/2 à 2 heures de marche à la vitesse maxima, qui ne dépasse guère 12 ou 15 nœuds, et une vingtaine d’heures de marche à une vitesse économique qui n’en est à peine que la moitié. En surface, avec le moteur à vapeur, leur vitesse extrême atteint 16 ou 17 nœuds aux essais; les plus grands d’entre eux peuvent couvrir, à 8 ou 10 nœuds, plus de 2000 et même 2500 milles marins, sans se réapprovisionner en charbon ou en pétrole.
- Chaque année apporte des perfectionnements, et des progrès rapides sont encore à prévoir'. En premier lieu, les dimensions croissantes des unités nouvelles ou en projet permettront de nouveaux gains sur les vitesses et les rayons d’action. Ce développement des dimensions est forcément progressif ; un bond trop brusque poserait des problèmes insolubles; il faut procéder par degrés. Mais d’autres questions sont à l’étude. Pour le moteur de plongée, les accumulateurs au plomb seraient sans doute remplacés avec avantage par les accumulateurs alcalins d’Édison. Un progrès beaucoup plus sensible pourrait même être réalisé par la pile à transformation directe, le jour où elle sortirait de la période des expériences de laboratoire pour entrer dans la pratique industrielle. On a essayé de renoncer axi moteur électrique, pour adopter des moteurs thermiques aptes à fonctionner en vase clos. Les insuccès ne seront peut-être que passagers.
- Le moteur de surface n’est pas forcément la vieille machine à vapeur à pistons. Il semble au contraire que la turbine multiple, accouplée avec l’arbre porte-hélices par l’intermédiaire d’engrenages réducteurs du nombre de tours, soit une solution avantageuse, peut-être la seule capable actuellement de fournir les 6000 ou 7000 chevaux nécessaires aux grands sous-marins de demain. La turbine développe, à égalité de poids et de volume, plus de puissance que la machine à piston. Son principal inconvénient est sa trop grande vitesse de révolution, incompatible avec le bon rendement des hélices dans l’eau. C’est à quoi remédient les engrenages.
- On a aussi essayé les moteurs à pétrole des divers types : moteurs à explosion et allumage, répandus surtout sur les petites unités-étrangères, moteurs à combustion interne proprement dits, genre Diesel ; la différence caractéristique entre les deux catégories étant que, pour la première, la combustion a lieu à volume constant, pour la seconde, à pression constante. Deux motifs principaux ont déterminé ces essais : même avec une chaudière à
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- pétrole pour la production de la vapeur, il faut toujours un certain temps pour qu’un sous-marin émergeant, dont le moteur de surface est une machine à vapeur, ait pu faire monter la pression ; pendant ce temps, il ne dispose encore que de son moteur électrique, c’est-à-dire de faibles vitesses; il est à la merci d’un ennemi rapide. En second lieu, le moteur à vapeur, avec ses accessoires, est beaucoup plus encombrant qu’un moteur à pétrole de même puissance. Il faut encore noter, à l’actif de ce dernier, une économie notable de combustible, qui se traduit par une augmentation de rayon d’action à égalité d’approvisionnement; une facilité de conduite qui réduit le personnel; un abaissement de température dans la chambre des machines, ce qui permet de ne pas -la clore en plongée; la suppression delà fumée; une rapidité plus grande de plongée, soit un gain d’une minute au moins ; un tuyautage moins volumineux et des ouvertures plus petites dans la coque, etc.
- Les moteurs à explosion à quatre temps qui emploient des huiles lourdes pèsent, avec leurs accessoires, de 25 à 50 kg par cheval sur l’arbre, et consomment environ 350 gr. par cheval. Aussi n’emploie-t-on guère que des moteurs à quatre tëmps à gazoline, avec carburateur. On on construit dont le poids ne dépasse pas 20 ou 25 kg par cheval, alors qu’une installation de machine à vapeur nécessite 40 kg, et consomme 600 gr. Enfin on emploie le pétrole lampant dans des moteurs à deux temps, mais sans avantage d’encombrement ni de poids. C’est en particulier un système utilisé sur les sous-marins allemands.
- Les moteurs à explosion, employant de la gazoline ou des benzines volatiles, ou même du benzol et des pétroles lampants, présentent des dangers d’inflammation et émettent des vapeurs malsaines
- qui, après un essai limité, les ont fait proscrire complètement, par la marine française. Ils ont causé des accidents extrêmement graves, surtout dans la flottille-anglaise.
- La solution apportée par le Diesel, qui brûle des pétroles lourds, difficilement inflammables, offre beaucoup plus de sécurité. Il simplifie l’installation, donne plus de souplesse dans la manœuvre et d’économie dans la consommation. En théorie, le moteur à combustion est d’un rendement thermique bien supérieur à celui de la machine à vapeur :
- 0,64 environ contre 0,44 d’après le calcul du cycle de Carnot. En pratique, les rendements seront à peu près de 0,56 contre 0,12 : l’avantage du Diésel restera considérable. Et il conservera son rendement en dépit des changements d’allure, beaucoup mieux que la machine à vapeur.
- Malheureusement le Diesel, tel qu’il a été réalisé en dehors du sous-marin, sur certains navires de commerce, est un moteur àallurelente,très encombrant, pesant dix fois plus qu’une machine à vapeur de nos submersibles, à puissance égale. Pour l’adapter au sous-marin, il a fallu le rapetisser, l’aplatir et par suite augmenter la vitesse du piston ; d où de nombreuses difficultés résultant des forces d’inertie' et de l’élévation des températures, qui avoisinent 1600° dans les cylindres. En fait, l’extrême limite de puissance qu’on peut atteindre actuellement pour les machines à combustion interne appliquées à la navigation sous-marine, ne paraît guère dépasser 1200 chevaux par moteur. Tous les essais d’installation à haute puissance ont échoué jusqu’à présent.
- Nous venons de voir qu’une des supériorités du moteur à pétrole résidait dans la rapidité d extinction qui permet de plonger dans un moindre délai. C’çst en effet un des problèmes posés par le double
- Fig. q. — Intérieur du sous-marin Cage.
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- moteur. Les expériences comparatives faites en France ont montré que le submersible Narval, qui inaugurait le système avec sa machine à vapeur, parvenait à s’enfoncer et à tenir l’immersion aussi bien qu’un sous-marin proprement dit et à moteur unique. Mais la plongée exigeait près de 25 minutes, durée excessive pour une application militaire. Il faut en effet non seulement débrayer et refroidir la machine, mais encore éteindre la chaudière. On est parvenu, par des perfectionnements successifs, à réduire ce temps à moins de cinq minutes, ce qui est acceptable. Avec un moteur de surface à pétrole, il tombe à trois minutes ou trois minutes et demie.
- La vision. — On ne voit pas sous l’eau. La
- P
- guille aimantée. La compensation des compas est ici d’une extrême difficulté. On a essayé de se servir du gyroscope. Il existe des systèmes gyroscopiques munis d’une suspension spéciale (Anschütz), qui indiquent le nord vrai et le retrouvent après une perturbation.
- Pour voir hors de l’eau, le sous-marin en plongée n’a pas besoin de renoncer complètement à sa position d’immersion : il suffit qu’il vienne affleurer par sa partie supérieure. Un premier dispositif a été imaginé pour la vision directe, c’est le kiosque ou dôme du sous-marin. Il s’agit d’une petite tourelle en surélévation au-dessus de la coque, et vitrée sur ses faces latérales. Le commandant du bateau, placé sur un siège au-dessous du kiosque, a la tête engagée dans celui-ci au niveau des vitrages. En la baissant, il peut néanmoins surveiller la chambre de manœuvre. Sans sortir autre chose que son kiosque, faiblement visible de loin, il dispose donc d’un moyen de surveiller la surface marine. S’il y aperçoit un danger, il reste à même de s’enfoncer instantanément.
- C’est encore trop se montrer, dans les parages où circule un en-
- Fig. io. — Construction d’un
- sous-marin de l’ingénieur américain Cage.
- visibilité, du moins, y est tellement réduite qu’elle ne peut suffire à la conduite d’un engin comme le sous-marin, qui se déplace rapidement. La lumière solaire, qui pénètre par la surface, est vite absorbée.
- A 7 ou 8 m. de profondeur, c’est à peine si l’on peut distinguer nettement un objet immergé qui se trouve à une douzaine de mètres.
- Sous 50 m. d’eau, on ne devine pas un rocher à plus de 8 m. Le commandant d’un sous-marin, de son poste de manœuvre, n’aperçoit pas l’avant de son bateau. Avec un projecteur dirigé sur l’avant, il pourrait étendre un peu son horizon sous-marin : ce serait encore très insuffisant et la lueur du projecteur, visible pour les bateaux de surface, décèlerait sa présence.
- On ne se dirige donc qu’au moyen des vues qu’on a pu recueillir hors de l’eau. Il faut procéder de temps à autre à une inspection de l’horizon. Nous allons indiquer comment on a facilité la chose. Notons seulement que dans l’intervalle, pendant la plongée complète, c’est-à-dire aveugle, le sous-marin n’a plus d’autre guide que la boussole. Encore les courants électriques développés à l’intérieur de cette coque de fer troublent-ils singulièrement l’ai-
- ii. — Vue extérieure du sous-marin Cage.
- nemi rapproché; en particulier pour préparer l’attaque, qui doit se faire de près et nécessite un repérage exact du bâtiment visé, il importe de n’êlre pas vu. L’ingéniosité de nos officiers et de nos ingénieurs a créé le périscope. C’est un tube optique dont la partie supérieure, dépassant le dôme, porte un objectif qui va chercher au-dessus de la surface l’image des objets*extérieurs. Renvoyés à angle droit vers le bas, par un prisme à réflexion totale, les rayons lumineux descendent par le tube périscopique jusque devant le commandant, où un second prisme et une lentille oculaire les redressent et donnent la vision avec une grande netteté. Le périscope est en quelque sorte un prolongement du dôme; mais il présente sur celui-ci des avantages multiples.
- D’abord il est beaucoup moins visible. Le tube
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- peut être réduit à quelques centimètres de diamètre ; par exemple les périscopes Goertz, qu’emploie la marine allemande, ont 12 cm. Ainsi, non seulement la partie émergeante est par elle-même beaucoup moins volumineuse que le sommet d’un
- peine, par la plupart des temps, à éviter les écarts de plongée qui pourraient le faire paraître ou troubler son inspection de la surface marine. Enfin le mouvement facile et précis qu’on peut imprimer verticalement au tube permet de sortir
- Fig. 12. — Le sous-marin norvégien Kobben naviguant en surface.
- kiosque, mais encore le sillage quelle fait pendant la marche peut, à quelque distance, passer inaperçu. La résistance à la marche créée par cet organe supplémentaire est assez faible pour ne pas retarder sensiblement le sous-marin en plongée.
- Au reste, le tube périscopique est mobile. Il peut se rentrer ou partiellement, ou, dans certains systèmes, à peu près complètement dans l’intérieur du bateau.
- La résistance en est diminuée d’autant, pendant les périodes où l’on n’a pas besoin de l’allonger pour voir. Il est également alors plus facile de passer sous un obstacle. Complètement développé au dehors, le tube peut arriver à dépasser de 4 et même 5 m. le dos du sous-marin. Par conséquent, la vision est possible en conservant au-dessus de la coque la protection de 3 ou 4 m. d’eau, qui la met à l’abri des obus. Le sous-marin garde aisément cette position sans affleurer ni perdre la vue, tandis que s’il était astreint à se tenir à moins de 2 m. 50 d’immersion, il aurait
- l’objectif de l’eau pendant quelques secondes seulement et de le rentrer aussitôt qu’on a bien vu, ce qui réduit au minimum et la durée des apparitions et par là le danger d’être découvert.
- Le tube, tantôt en son entier, tantôt en sa partie terminale, celle qui porte l’objectif, est encore doué d’un mouvement circulaire autour de son axe vertical. C’est que l’objectif n’embrasse guère qu’un huitième de l’horizon. En le tournant, on parcourt celui-ci en entier ; il faut de 5 à 10 secondes avec le périscope Goertz, dont nous avons parlé.
- La vision ainsi obtenue est suffisante. Le périscope donne l’image avec une grande clarté et un certain grossissement : 1,2 pour le Goertz. Il peut toutefois être terni par les embruns, mais il suffit généralement de plonger l’objectif dans l’eau pour le laver.
- Il existe des systèmes pour la vision de nuit, qui éclairent le réticule de la lunette et l’aiguille servant à repérer la direction dans laquelle
- B,, A„
- Fig. i3. — Marche des rayons lumineux dans le périscope.
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- Périscope.
- Coque extérieure Càcjue intérieure #
- Appareil télégraphique
- • u _____________________________Manœuvre du gouvernail
- / Appareils de renouvellement de l'air
- Gouvernail
- 'Ballast
- .Réservoir d'eau fraîche -Réservoirs à huile ——
- \j Tube à torpille
- Accumulateurs
- Pompes d'expulsion
- Manœuvre du gouvernail de plongée
- Fig. 14. — Coupe d'un récent sous-marin allemand. (D'après le Daily Mail du 8 avril içi5.)
- on vise. Néanmoins, le,sous-marin, dont la vue est assez courte, même de jour, voit forcément mal la nuit : en plongée, il est trop ras sur l’eau ; et d’autre part il est trop exposé, trop faible contre ses ennemis de surface, pour risquer de se laisser surprendre émergé.
- Les sous-marins récents ont le plus souvent deux périscopes, l’un plus long que l’autre-. Ils peuvent en perdre un sans devenir aveugles.
- On peut chercher une solution moins imparfaite encore du problème de la vision dans l’emploi d’une transmission électrique de l’image formée par l’objectif. Le tube se trouverait alors réduit à son diamètre minimum; il pourrait avoir plus de longueur ; il permettrait de se tenir plus profondément immergé ou de dominer l’horizon de plus haut, c’est-à-dire d’étendre la portée de la vue; il serait moins visible et opposerait moins de résistance à la marche. Il n’y a jusqu’à présent aucun résultat dans ce sens.
- L’habitabilité. Le sauvetage. — La question essentielle est celle de l’air respirable. En plongée, le bateau est complètement fermé : on respire en vase clos. Cette situation a beaucoup inquiété les premiers inventeurs. Elle est devenue moins menaçante à mesure que les sous-marins se construisaient plus grands, parce que leur cubage intérieur augmentait plus vite que le nombre des hommes de l’équipage. L’espace disponible par homme a rapidement doublé ou triplé ; il s’élève actuellement à une quinzaine de mètres cubes.
- Théoriquement, on considérait que l’air devient suspect, dès qu’il contient 1 pour 100 d’acide carbonique. Un homme exhale une vingtaine de litres de ce dernier par heure. Au bout de 6 ou 7 heures, on aurait dù atteindre la limite. Or, il a été fait des essais de plongée de plus de 8 ou 10 heures sans renouveler l’air. Après une marche de 4 heures avec les moteurs à essence et électrique, YOctopus américain est resté immergé 15 heures sans reprendre d’air. On peut actuellement compter sur des séjours de 24 heures sous l’eau. Aussi les hygiénistes ont-ils été conduits à relever jusqu’à 5 pour 100 ou 6 pour 100 la teneur en acide carbonique tolérée par l’homme.
- On a cependant étudié des moyens de purifier l'air, Le plus pratique consiste à le débarrasser dé
- son excès d’aeide carbonique en le faisant barboter dans une solution alcaline, et à dégager de l’oxygène par décomposition de produits comme l’oxy-pthe de M. Jaubert. On peut encore expulser à l’extérieur l’air vicié en le remplaçant par dé l’air frais. Deux procédés ont été employés. Les sous-marins américains opèrent cette expulsion au moyen d’une pompe, et remplacent l’air ainsi évacué par une partie de la provision d’air comprimé contenue dans les accumulateurs d’air. L’inconvénient est de diminuer cette provision, suprême ressource en cas d’accident, comme nous l’avons vu, puisque c’est elle seule qui permet d’alléger presque instantanément le bateau en chassant l’eau des ballasts.
- L’autre procédé, dont l’emploi se limite à la station sous une faible profondeur d’eau, consiste à disposer des tubes sortant de la coque comme le périscope, et mettant l’intérieur du sous-marin en communication avec l’atmosphère au-dessus de la surface. Par ces tubes, on fait échapper l’air vicié et on aspire de l’air frais. Il leur suffit d’un assez faible diamètre qui les laisse peu visibles à quelque distance. Alors le sous-marin arrive à se débarrasser en peu de temps des gaz dangereux produits par exemple par la combustion de la gazoline, sans se démasquer ni se priver de sa protection, constituée par la couche d’eau qui le couvre. A vrai dire, il vaut mieux ne pas produire de gaz dangereux et se passer d’un moyen d’aération assez imparfait, qui entraîne, de son côté, certaines complications et certains dangers.
- Les communications avec l’extérieur n’ont pas seulement pour but la vision et l’aération. L’accès du sous-marin nécessite des précautions toutes spéciales. Il faut des fermetures absolument étanches. Des accidents de la plus grande gravité ont été causés par un capot qui, par suite peut-être d’une imperfection ou d’un enrayage, s’est fermé un , instant trop tard au moment de la plongée. Un caillou engagé dans une valve a causé la perte d’un sous-marin.
- La transmission des signaux est aussi lin problème important et difficile à résoudre. En surface, le sous-marin peut utiliser la télégraphie sans fil. En plongée, il n’a plus guère à sa disposition que des signaux sonores, qui jusqu’ici,, mêm e avec
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- l’emploi de microphones, n’ont pas donné grands résultats pratiques. Il est donc aussi sourd et aussi muet qu’aveugle, davantage même. Il est isolé du reste du monde, à peu près incapable de recevoir un avis utile, tout à fait incapable d’en donner un ou d’appeler au secours.
- En cas d’accident, cependant, et lorsque le sous-marin repose sur le fond, par des profondeurs assez faibles pour qu’on ait espoir de le sauver, il importe au plus haut point de savoir où il est et d’entrer en conversation avec l’équipage. On a prévu le cas et accroché sur la coque une bouée, dite bouée téléphonique, reliée à l’intérieur du bateau par un fil de téléphone. L’équipage peut la
- chaînes plus loin qu’à 50 ou 40 m. de profondeur, le scaphandrier étant jusqu’ici le seul instrument de cette opération.
- On a aussi proposé de pratiquer dans la coque des sous-marins des ouvertures munies d’un bouchon dévissable de l’extérieur. Dans les mêmes limites de profondeur, les scaphandriers y adapteraient des tuyaux pour introduire de l’air ou des aliments, ou même faire sortir l’équipage emprisonné. Tout cela est peu réalisable et dangereux. En fait, un sous-marin coulé hors d’un port est presque toujours un sous-marin perdu corps et biens. Tout accident est mortel, à moins d’être conjuré, dans l’intervalle de quelques secondes, par
- Boude de Couver- sup- Appareil lance-torpilles Panneau Panneau de fa
- romnnnn* ûmeWIBckl
- Panneau Panneau de la Périscope Panneau Bouse teleph ?-<T Panneau dembarq-c ..... •
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- Trous d'homme Appareils lance torpilles Kiosque
- Fig. i5. — Disposition des appareils lance-torpilles. (D’après M. Marbec, in Mémorial du Génie maritime.)
- Bittons
- Galoche
- décrocher par la manœuvre d’un levier. Alors elle monte à la surface où elle sert à la fois d’indication et de moyen de communiquer. Ce système, postérieur aux grands accidents qui en ont déterminé l’installation, n’a pas encore fait ses preuves. Il doit rendre de grands services dans les cas où l’accident lui même n’en aura pas détérioré le mécanisme ou n’aura pas interdit à l’équipage l’accès du compartiment auquel correspond la bouée téléphonique.
- On a imaginé de nombreux systèmes destinés à permettre aux hommes de sortir du sous-marin coulé, en laissant la coque au fond. Ils ne sont guère pratiques. Et, sauf le cas d’une profondeur très réduite, l’homme, soumis à une compression et à une décompression brusque, risquerait fort de ne pas résister à l’expérience. Des appareils ont pour but de fournir individuellement aux naufragés, enfermés dans une atmosphère que comprime l’introduction de l’eau extérieure et qui se sature de gaz délétères, une certaine provision d’air respirable. Gn prolonge ainsi leur résistance, qui peut durer plusieurs jours. Pendant ce temps, des secours extérieurs viendront tenter le relèvement de la coque. On a disposé à cet effet de solides boucles de fer sur la coque des sous-marins, de façon à y mailler rapidement des chaînes de relevage. Mais le poids d’un bateau de plusieurs centaines de tonnes, presque dépourvu de flottabilité puisqu’il est en partie envahi par l’eau, ne se soulève pas facilement; et l’on ne saurait descendre mailler les
- les moyens internes, du moins en haute mer, au-dessus des grands fonds.
- C’est donc dans le perfectionnement des organes internes, dans la puissance et la souplesse des forces qu’il porte en lui, que le sous-marin doit chercher ses uniques ressources pour vivre et ses seuls moyens de ne pas mourir.
- Tous les détails, à cet égard, ont leur intérêt. Grâce au progrès réalisé dans la mise au point de chacun et dans l’agencement de leur ensemble, on est parvenu à créer les unités actuelles, assez sûres et assez habitables pour pratiquer la navigation hauturière, accompagner les escadres et, s’éloigner pendant huit ou dix jours de leur base et de tout secours, sans épuiser leur équipage. Un détail important, à cet égard, est l’installation des cuisines électriques. Elles résolvent avec élégance une difficulté qui eût été grave dans ce milieu hermétiquement clos; elles permettent d’alimenter convenablement les hommes sans empoisonner l’atmosphère par des produits de combustion.
- L’armement. La tactique. — L’arme défensive du sous-marin est la couche d’eau qui le protège : c’est son invisibilité et son invulnérabilité. Pour l’atteindre, il faut le prendre en surface. Alors, le moindre coup d’éperon, le moindre obus lui est fatal, parce que la moindre voie d’eau, ou le fait couler, ou l’oblige à remonter et à paraître, et il ne peut plus que se rendre. Même en n’atteignant que son périscope, on le coule aisément. On n’a pas trouvé, on cherche des projectiles pénétrant à tra-
- Fig. 16. — Appareil oscillant Drzewiecki pour la tenue et le lancement de la torpille le long des flancs d’un sous-marin.
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- vers la couche d’eau protectrice et venaot faire explosion sur la coque immergée aux profondeurs périscopiques.
- Pour ce qui est de voir le sous-marin entre deux eaux, c’est difficile à moins d’être tout près : la lumière se réfléchissant à la surface de la mer fait écran. Pourtant la réflexion est moindre quand on s’élève en l’air ; d’où il suit que du haut d’un mât on peut discerner un sous-marin à faible distance, s’il est peu profond; mais à trop faible distance pour que cela offre un intérêt pratique. D’un aéroplane, au contraire, on voit mieux et plus profond, toujours dans un cercle étroit autour de la verticale; c’est une question d’angle de réflexion entre le rayon visuel et le miroir des eaux. Aucune méthode utilisable jusqu’ici pour la surveillance par ce procédé. Somme toute, le sous-marin ne se trahit que par ses affleurements ou son périscope.
- Sur les derniers modèles on a parfois ajouté à la protection de l’eau, celle d’un pont légèrement cuirassé, en même temps qu’on ajoutait à l’armement en torpilles, un canon. Le sous-marin pur évolue vers un type mixte, en partie canonnier, muni de ce qu’entraîne la lutte par le canon.
- On lui a donc adjoint un canon; un seul pour commencer. Les Anglais ont ouvert la voie, avec une pièce de 76 mm ; les Allemands ont suivi, avec du 88 mm. La pièce est enfermée dans un capot étanche, fixé sur le pont, et basculant pour la découvrir lors de la mise en batterie. Les sous-marins allemands se sont servis de leur canon pour semoncer, arrêter et incendier des bateaux de commerce.
- Ce n’était pas pour cela que l’artillerie des sous-marins avait paru nécessaire, pas plus, évidemment, que pour lutter contre les cuirassés. L’ennemi principal du sous-marin est le petit bâtiment de flottille, torpilleur ou contre-torpilleur, qui a trop peu de tirant d’eau pour craindre les torpilles, généralement obligées de faire leur trajet et de frapper à 3 m. au moins de profondeur. Ces éclaireurs de la mer, petits et nombreux, de faible valeur, font la chasse au sous-marin. Leur vitesse, leur facilité d'évolution les rendent aptes à l’éperon-ner. Surpris et poursuivi en surface par l’un d’eux, le sous-marin canonnier pourra se défendre à armes presque égales et garder l’espoir d’arrêter son ennemi avant de recevoir le coup d’éperon mortel.
- Son arme véritable est toutefois la torpille. Il porte une demi-douzaine de torpilles, objets trop lourds et trop encombrants pour être multipliés. On voit combien son action militaire est limitée, combien les grandes expéditions, où les combats peuvent se répéter, lui sont encore interdites. Ce fait entraîne bien des conséquences; il tient une place importante dans les perspectives d’avenir du sous-marin et dans les transformations de la technique navale commandées par son développement., désormais assuré (*). '
- 1. Voir, chez Berger-Levrault et Cie : Le Cuirassé et ses ennemis sous-marins.
- Les torpilles sont lancées par des tubes intérieurs, ou par des appareils extérieurs au sous-marin. Parfois les deux systèmes sont employés simultanément. Il n’y a d’habitude qu’un tube, dans l’axe du bateau, à l’avant. Il comporte les mêmes mécanismes et sécurités que les tubes sous-marins des cuirassés. Il forme comme une écluse, où la torpille est en permanence conservée à sec, et qu’on emplit d’eau au moment du lancement, tandis qu’on ferme l’orifice d’entrée, placé du côté de l’intérieur. Quant aux torpilles extérieures, qui demeurent aussi en permanence à leur poste de lancement, elles sont simplement accrochées aux flancs du bateau, latéralement, par des supports qu’on peut manœuvrer de l’intérieur de façon à libérer et à mettre en marche la torpille au moment voulu.
- Dans tous les cas, le sous-marin pointe avec sa coque, en se déplaçant tout entier. Il ne peut généralement lancer ni en fuyant, ni en longeant l’ennemi, mais seulement en marchant sur lui.
- Sa tactique consiste à plonger dès qu’il l’a aperçu, s’il n’est déjà en plongée, et, à partir de ce moment, à montrer le moins possible son périscope. Il commence par le laisser dépasser hors de l’eau un certain temps, pour bien reconnaître l’adversaire qu’il a en vue et surtout en déterminer aussi exactement que possible la direction et la vitesse. Presque toujours moins rapide que lui, il n’a d’autre moyen de l’approcher que de se porter au-devant de lui, sur sa route.
- A mesure qu’il en approche, il devient plus facile à découvrir par le sillage et la silhouette de son périscope. Il doit donc rentrer celui-ci dans l’eau, pour ne lui faire faire que les apparitions indispensables, de temps à autre, pendant quelques secondes. Il prend ainsi des vues intermittentes, qui suffisent à rectifier sa marche, à surveiller les changements de direction et d’allure du but, à s’assurer approximativement — très approximativement — de la distance, à préparer le tir, à en choisir le moment. Dans l’intervalle, il se dirige au compas ou au gyroscope.
- La torpille lancée, s’il ne redouble pas, le sous-marin généralement plonge. Il y a dans son tir tant d’incertitudes sur la distance, la direction et la vitesse du but, qu’il ne doit tirer que de très près, à 200 ou 500 m. au plus. Comme sa position de tir est sur l’avant de la trajectoire suivie par le navire à torpiller, le sous-marin, pointant avec son avant, court parfois à un abordage. Le plus sûr pour lui est souvent de passer en dessous du ou des bâtiments de surface à qui sa présence est désormais signalée par le sillage de la torpille. Il faut qu’il échappe aux recherches, quitte à reparaître plus loin inopinément, pour juger de l’effet produit par son attaque ou en préparer une nouvelle.
- Nous voyons ainsi à l’œuvre, à la fois, tous les organes de navigation, de plongée et de combat du sous-marin. Il réalise une des plus audacieuses
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- UN NOUVEL OBUS CONTRE LES DIRIGEABLES
- merveilles de l’industrie humaine. Comme presque partout, c’est ici encore l’industrie guerrière qui a ouvert des voies inattendues, où peut-être s’engageront utilement plus tard les arts pacifiques. On sent que le sous-marin militaire lui-même est très
- loin de ce qu’il peut donner quand les progrès qu’il appelle auront porté tous leurs fruits. Si intéressant qu’il soit par les résultats acquis, il l’est surtout par l’avenir dont il est chargé.
- G. Blanchon.
- C$>£.^N1,§Ï>
- UN NOUVEL OBUS CONTRE LES DIRIGEABLES
- On s’est ému des récents raids des Zeppelins sur Paris. Le premier seul a réussi; un peu de pluie a arrêté le second. Le vent suffit à les maintenir, enchaînés, dans leurs hangars, et si, de temps à autre, une nuit favorable leur est offerte, les avions désormais vigilants et les obus ne leur permettront, plus de nouvelles pirateries.
- On peut dire, dès maintenant, que la faillite des dirigeables s’annonce comme certaine, et les armements défensifs que l’on préparait contre eux paraissent inutiles.
- Divers obus avaient été imaginés contre les dirigeables, des obus incendiaires pour la plupart, parce que l’on s’était aperçu qu’un projectile ordinaire peut traverser l’enveloppe de part en part sans causer la chute du ballon, surtout lorsqu’il s’agit des Zeppelins, qui sont cloisonnés. Le gaz s’échappe purement et simplement par les blessures, mais à une vitesse insuffisante pour ne pas permettre à l’aérostat de regagner ses lignes et d’atterrir sans aucun risque.
- La maison W. G. Armstrong, Whitworth et C°, qui s’est spécialisée dans la construction des navires et des canons, a réalisé un obus déchirant l’enveloppe sur une vaste étendue afin d’augmenter la blessure faite par l’obus ordinaire.
- Le projectile porte un certain nombre de rainures longitudinales pratiquées dans l’ogive; dans chacune d’elles une lame à pivot H est maintenue normalement en place à l’intérieur du projectile par un disque F monté sur le percuteur A. Ce
- disque appuie sur l’encoche de chaque lame par un épaulement G. Avant le départ du projectile, le percuteur est arrêté par une broche C ; mais au moment du départ, il tend à rester en arrière en
- raison de l’inertie, rompt la broche G et recule, ce qui permet au disque F de reculer également et libère les lames H qui, sous l’action de la résistance de l’air ou de la force centrifuge développée par la rotation du projectile, s’ouvrent de part et d’autre du projectile qui pénètre dans l’enveloppe du ballon en la déchirant fortement.
- Ce projectile est également explosif. Lorsque, dans son mouvement de recul, le percuteur a sectionné la broche C, il se trouve arrêté par une autre broche E engagée dans une mortaise D pratiquée dans le corps même du percuteur; il reste dans cette position après l’ouverture des lames coupantes ; mais lorsque celles-ci rencontrent un obstacle, elles pivotent autour de leur axe, appuient par leur talon T sur le disque F qu’elles obligent à aller de l’avant. Le disque entraîne ainsi le percuteur qui rompt la broche E et fait détoner par sa pointe l’amorce I qui enflamme la charge .1. L’obus explose. L’explosion ne peut donc avoir lieu qu’à l’intérieur du dirigeable.
- L'efficacité de ce projectile ne paraît pas douteuse. Sera-t-il employé? Nous l’ignorons. Mais nos - avions et les intempéries sont deux alliés qui suffisent déjà. L. F.
- Un nouveau projectile explosif déchirant l’enveloppe des dirigeables. (D’après le Scientific American.)
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- APPAREILS PHOTOGRAPHIQUES DES ZEPPELINS ET DES AVIATIKS
- On sait le rôle important que joue la photographie aérienne dans la guerre actuelle. Il ne nous est malheureusement pas permis de décrire les moyens dont dispo-* sent, dans ce domaine, les armées des alliés. Il m’a paru Fig. 7. intéressant, toutefois,
- de donner ici une très rapide description de deux appareils photographiques allemands capturés, le premier sur le Zeppelin n° 8, abattu à Badonvillers le 22 août 1914, et le second sur un Àviatik tombé récemment dans nos lignes.
- Le premier (l’appareil de l’aérostation) est tout simplement un appareil rigide métallique de format 16x16 avec obturateur de plaque à fente et vitesse variables. Il est muni d’un objectif Tessar-Zeiss dont l’ouverture utile est de 4,5, la distance focale atteignant 300 mm.
- Il est doté d’un parasoleil additionnel pour la meilleure obtention des vues prises à contre-jour, et possède des châssis doubles ouvrants et un viseur à réticule. Il a enfin un dispositif permettant de placer l’écran filtre contre la plaque, dans l’emploi des émulsions orthochromatiques. Cet appareil photographique, qui ne présente donc rien de bien saillant, ne doit pas être fréquemment employé, en raison de la forte altitude à laquelle les Zeppelins sont obligés de se maintenir pour être peu vulnérables.
- Beaucoup plus intéressant est happareil photographique capturé sur un Aviatik et qui semble être le modèle commun à toute l’aviation.
- L’appareil photographique del’avialion allemande, de dimensions 9x12, se compose d’un corps métallique recouvert de toile imperméabilisée. L’objectif du type Tessar-Zeiss possède une distance focale de 25 cm avec ouverture utile de 3,5. A l’intérieur de cet appareil et à la partie postérieure de l’objectif, viennent se placer alternativement un écran jaune compensateur pour l’emploi des plaques orlhochromatiques ou, dans l’emploi des plaques à émulsion normale, un semblable écran incolore rectifiant, dans des conditions identiques, là modi-
- fication subie par la distance focale, du fait de l’interposition des écrans. La manœuvre de ces deux écrans se fait par un levier placé extérieurement sur la partie supérieure de l’appareil.
- Le viseur est formé de deux cadres dont la partie antérieure est une mire rentrante avec index de centrage, et la partie postérieure un cadre pliant plus petit avec flèche de visée. L’obturateur est un fopal plane, à vitesse et fente variables réglables de l’extérieur; il permet une exposition variant de 1/50 jusqu’à 1/800 de seconde.
- Un tableau, placé sur la partie supérieure de l’appareil, indique les différentes résultantes de ces deux facteurs. Les plaques sensibles sont placées dans un magasin interchangeable de six plaques escamotant dans tous les sens.
- Le déclenchement de l’obturateur se fait par le moyen d’une gâchette, semblable à celle des armes à feu, placée près d’une crosse qui sert à tenir l’appareil avec la poignée fixée à l’avant. Par une disposition assez heureuse, cette gâchette actionne un rideau à double volet, qui s’ouvre au moment du déclenchement et se referme aussitôt l’exposition faite, permettant ainsi le réarmement de l’obturateur dont le passage voilerait la plaque préparée par l’escamotage pour l’exposition suivante.
- Cet appareil de dimensions 9x12 est, je dois le reconnaître, construit avec beaucoup de soin, mais qu’il me soit permis de dire que le nouvel appareil photographique 13x18 de l’aviation française dont vont même être dotées toutes les armées alliées (*) est autrement léger, perfectionné et pratique comme maniement que l’appareil allemand, auquel nos ennemis avaient éprouvé le besoin de donner, comme on peut facilement le voir, une forme guerrière de canon-revolver. II. Perrotix.
- 1. Les escadrilles des deux corps expéditionnaires d'Oricnt (capitaines Vitrât et Cesari) sont même déjà munies de ces appareils métalliques 13x18 nouveau modèle.
- Fig. i et 2. — Appareil photographique du Zeppelin.
- Fig. 3. — Appareil photographique de l’aviation allemande (QX12).
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- LA NOUVELLE ACADÉMIE D’AGRICULTURE DE FRANCE
- Un décret du 25 février 1915 vient d’autoriser notre « Société nationale d’Agricul-ture » à prendre le titre d'Académie d’Agriculture de France. Ce changement de nom ne fait d’ailleurs que consacrer la légitime autorité d’une Compagnie qui, depuis plus d’un siècle et demi, a pour mission d’éclairer le Gouvernement sur les questions d’économie rurale, et de décerner des récompenses aux auteurs de découvertes ou de travaux propres à seconder les progrès de l’industrie
- agricole sur toute l’étendue de notre territoire.
- Jusqu’en 1759, aucun rouage administratif de l’Etat français ne s’occupait de l’agriculture ; mais, à cette époque, le contrôleur général des finances Bertin substitua au Conseil du commerce, créé au début du xvme siècle par Chamillart, une direction spéciale chargée des intérêts agricoles et commer-"ciaux de la France. Dans les attributions de ce service figuraient notamment les projets d’amélioration culturale, l’assainissement des sols insalubres, les défrichements des landes et terres incultes, les méthodes d’exploitation forestière, l’élevage du bétail, et l’organisation des foires, embryons de nos concours agricoles. Puis, deux ans plus tard, un arrêté du Conseil du Roi établissait la Société royale d'Agriculture de la généralité de Paris (1er mars 1761), afin de grouper les grands propriétaires comme le marquis de Turbilly et le duc de la Rochefoucauld, d’illustres savants tels Lavoisier ou Buffon, des ministres et des hommes d’État qui s’efforcèrent, chacun dans leur sphère, de remédier au lamentable état de nos campagnes dévastées par la guerre de Sept ans.
- Dès les premiers temps de son établissement, la nouvelle société se mit à l’œuvre avec succès et, pour accroître son rayon d’action, elle s’adjoignit des correspondants dans toutes les provinces de France, créa des institutions locales, qui propageaient les méthodes scientifiques, les cultures nouvelles, les moyens capables de suppléer à la disette des grains ou des fourrages tandis qu’un de ses membres les plus actifs, Bourgelat, fondait une école vétérinaire afin d’enrayer les épizooties meurtrières, d'aider au repeuplement des étables êt d’assurer la santé des animaux domestiques.
- Depuis lors, l’histoire de la Société se confond, pour ainsi dire, avec Dévolution de l’agriculture française. Supprimée en 1793, elle se reconstitua après la tourmente révolutionnaire, le 12 juin 1798 sous le titre de Société libre d’agriculture du département de la Seine qu’elle échangea le 7 fructidor an XII (25 août 1804) pour celui de
- Société impériale d'agriculture. Par la suite, son état civil et ses statuts subirent encore quelques modifications au cours des divers gouvernements qui se succédèrent en France, mais il serait fastidieux de nous attarder à les signaler. Rappelons — ce qui nous semble plus intére ssant — les principales étapes de sa glorieuse carrière et les- noms de ses plus remarquables sociétaires.
- On doit à un de ses premiers secrétaires, Brous-sonet, habilement secondé par l’intendant de Paris Bertier de Sauvigny, l’institution des Comices agricoles. Dans ces assemblées, qui, comme aujourd’hui, se terminaient alors par un banquet, il exaltait la culture de la pomme de lerre et les expériences de son collègue Parmentier, l’amélioration des animaux de ferme, les perfectionnements de l’outillage, etc. De son côté, son président, François de Neuchâteau, reconnaît, dès 1802 , l’importance de l’enseignement agricole qu’il schématise dans cette formule célèbre : « Tout art est enseigné, la culture doit l’être ». Sous cette impulsion, les prairies artificielles se développent, l’emploi des engrais se généralise, plusieurs plantes oléagineuses s’introduisent et la propagation des mérinos enrichit notre pays. Benjamin Delessert étudie les meilleures méthodes de fabrication du sucre de betteraves (1812). Peu après, Mathieu de Dombasle fonde l’Institut agricole de Roville (1820), puis Polonceau et Auguste Bella établissent l’Ecole de Grignon (1827). Cette même année, un des correspondants de la Société Delamarre lui lègue le domaine d’Harcourt afin qu’elle le dirige dans l’intérêt de la science forestière pendant que plusieurs de ses membres, Jean Thouin, Héricart de Thury, Lasteyrie, Silvestre et le duc Decazes entre autres, organisent la Société d'horticulture de Paris qui, selon les propres paroles du ministre Martignac, devait travailler à cette partie des « travaux agricoles que le bon Delille a si bien chantée ».
- Sous la monarchie de Juillet et sous le second Empire, l’action de la Société nationale ne se ralentit pas. Elle ouvre des concours en faveur des meilleurs manuels d’agriculture et de culture maraîchère. Puis en 1835, le gouvernement l’autorise à porter à 300 le nombre de ses correspondants français. Aussi le monde agricole suit avec un intérêt croissant le compte rendu de ses séances et les publications de ses membres. On lit en particulier, le Cours d'agriculture du comte de Gasparin (1845-1849), les mémoires de Payen (son secrétaire perpétuel pendant 26 ans), qui orienta l’agriculture française dans la voie industrielle, les communications des Barrai, des Boussingault, du maréchal Vaillant, de son historiographe Louis Passy et de l’illustre chimiste Chevreul, qui la présida durant près d’un demi-siècle.
- Entre temps, des décrets présidentie s (1878-79)
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- réorganisèrent la Société nationale d'Agriculture de France ; ils définirent le mode d’élection de ses divers membres (titulaires, étrangers, associés nationaux et correspondants), en limitèrent le nombre et les répartirent en 6 sections (grande culture; cultures spéciales; sylviculture; économie des animaux; économie, statistique et législation agricoles; sciences physico-chimiques agricoles).
- Notons, sans avoir la prétention de dresser même un bilan sommaire, quelques-unes des recherches importantes poursuivies par ses savants sociétaires au cours de cette période.
- maîtres incontestés de la science vétérinaire que les doctrines pastoriennes avaient profondément modifiée.
- Grand^u décrit, dans un magistral ouvrage, l’agriculture et les institutions agricoles du monde au commencement du xxe siècle, tandis que la motoculture se développe de plus en plus dans les exploitations rurales. Les concours agricoles et les primes données aux éleveurs contribuèrent à améliorer nos races d’animaux. Le cheptel français gagna non seulement en qualité mais en nombre, sauf l’espèce ovine qui a légèrement diminué. Dans
- Le château d’Harcourt (Eure), propriété de l’Académie d’Agriculture.
- Grâce à leurs expériences de laboratoire et à leurs observations sur le terrain, Berlhelot, Aimé Girard, Boussingault percent quelques-uns des mystères de la chimie agricole et végétale. Leurs continuateurs Schloesing, Dehérain, Muntz et Becquerel dévoilent les secrets de la terre arable, la composition des sols, les influences des agents atmosphériques sur les plantes. Les Prillieux, les Bouvier et les Viala étudient les maladies cryptogamiques et les parasites qui dévastent nos vignes ou nos céréales, nos forêts ou nos plaines. Pendant que les Delesse, les Daubrée, les de Lapparent et les Carnot renouvellent la géologie agricole, Chambrelent met en valeur les landes de Gasgogne, les de Vilmorin sélectionnent les graines, Chauveau et Arloing s’affirment les
- son ensemble, notre production nationale en viande de boucherie a passé de 450 millions de kilogrammes (4789) à plus de 1600 millions de kilogrammes (1915). Des machines mues par la vapeur ou l’électricité ont remplacé l’outillage primitif de nos fermes, et le matériel agricole de notre pays vaut maintenant 2 milliards de francs.
- Enfin, actuellement, l’Académie d’agriculture, que préside M. Henneguy, professeur au Collège de France, peut envisager l’avenir avec confiance; elle compte dans son sein des cultivateurs et des éleveurs émérites, des chimistes distingués, des zootechniciens et des économistes de haute valeur, qui sauront maintenir sa réputation sci-ntifique.
- Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N* 2169.
- 24 AVRIL 1915.
- LE PORT DE ROTTERDAM
- La guerre actuelle aura donné aux Français, cruellement, l’occasion d’apprendre la géographie. Il n’est pas un pays d’Europe, belligérant ou neutre, auquel en ce moment le public ne s’intéresse et dont il n’étudie avidement, sur des cartes de circonstance, la configuration naturelle ou économique, les accès, les fleuves, les montagnes, les rivages, les villes et les voies ferrées. Chacun comprend que l’issue de cette lutte, sans exemple dans l’histoire, dépendra peut-être moins du sort des armes que de l’épuisement de l’adversaire par impossibilité de se ravitailler.
- C’est pourquoi tout le monde, en Angleterre comme en France, a les yeux fixés sur la Hollande
- D’autre part, en amont de Rotterdam, le Rhin et la Meuse s’unissaient en un labyrinthe compliqué de bras qui, se dirigeant dans des orientations fantaisistes, tantôt s’ensablaient, tantôt s’ouvraient de nouveaux lits ; le sol sans consistance était dans une perpétuelle alternative de submersion et d’émergence; d'où aucune sécurité dans la navigation.
- Il y avait donc deux sortes de travaux à exécuter : les uns en amont de Rotterdam pour canaliser le cours du Rhin et de la Meuse dans la région de leur confluent, les autres en aval pour ouvrir sur la mer le port de Rotterdam aux grands navires.
- Les Hollandais, qui sont passés maîtres dans l’exécution des travaux hydrauliques pour lesquels tils
- Fig. i. — Pont de la Meuse et brise-glaces à Rotterdam.
- et particulièrement sur Rotterdam, véritable bouche d’alimentation de l’Allemagne et exutoire des produits fabriqués, dont la vente au dehors lui fournit pour un temps encore quelques ressources financières.
- Rotterdam, le dernier venu des grands ports continentaux de la mer du Nord, Hambourg et Anvers, a grandi plus vite qu’eux. De 1900 à 1911, son accroissement avait été de 125 pour 100, tandis que celui de Hambourg était de 64 pour 100 et celui d’Anvers de 69 pour 100. Cette augmentation était parallèle au développement formidable de l’industrie rhénan-westphaîienne, qui avait à Rotterdam son orée sur le reste de l’univers.
- Jusqu’à 1862, Rotterdam était resté un port d’une' valeur médiocre. Tout navire calant 5 m. ne pouvait, gagner la mer que par le vieux canal de Voorne, constamment envasé par les alluvions de la Meuse et du Rhin.
- ont une école technique supérieure à Delft, non loin de Rotterdam, entreprirent presque en même temps cette double tâche, dont l’exécution totale dura 60 années et coûta plus de 300 millions.
- Les travaux sur le fleuve ont abouti à la création d’un canal de batellerie de 2 m. 50 à 3 m. de profondeur, qui relie Rotterdam à la fois au Rhin et à la Meuse navigables (c’est le Dordkfsche-Kü qui passe par Dordrecht) et d’un canal d’écoulement des grosses eaux des deux fleuves dans un large bras naturel nommé le Hollands Diege. Ce bras, large de 1500 à 1800 m., est franchi par la voie ferrée de Rotterdam à Anvers sur le pont deMærdjiek qui fut longtemps le plus beau spécimen de ce genre existant en Europe.
- Quelques années après le commencement de ces travaux, la ville de Rotterdam confia à une société privée la tâche de créer une voie artificielle, le Wa~ terweg, entre Rotterdam et la mer, non plus en
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- suivant le cours d’eau qui s’y jette, mais en franchissant par une énorme tranchée les dunes du Hoek-van-Holland ; 52 km séparent la ville de l’embouchure de ce canal.
- Mais les débuts de cette entreprise ne furent pas heureux; elle ne put lutter contre l’ensablement continuel de l’embouchure. En 1880, on avait dépensé près de 40 millions de francs : on pouvait à peine assurer à la navigation 6 m. d’eau à marée haute et la Société était ruinée. Les travaux furent interrompus.
- Pendant cette même période, plusieurs bassins à flot avaient été creusés à Rotterdam pour recevoir les nombreux navires qui devaient sillonner le Wa-terweg; ce travail était inutile si le Waterweg ne s’achevait pas. Rotterdam allait être contraint d’abdiquer devant Anvers, qui, lui aussi, est relié au Rhin par des canaux intérieurs et dont l’estuaire peut recevoir les plus grands navires.
- C’est alors que la municipalité rotterdamoise intervint, racheta pour une dizaine de millions l’actif de l’entreprise et se remit résolument à l’œuvre, qu’elle acheva en 15 années moyennant une nouvelle dépense de 45 millions : une profondeur de 8 m. à marée haute ordinaire fut assurée au chenal.
- Après 1896, avec une dépense supplémentaire de 4 millions, cette profondeur fut augmentée de 1 m.
- Enfin, en 1908, en présence du continuel accroissement du tonnage des navires, une dernière décision fut prise de porter à 9 m. 50 sur une largeur de 100 m. la navigabilité du canal. Ce travail, aujourd’hui terminé, a coûté environ 10 millions.
- La mise en état du port de Rotterdam représente donc depuis 1865 une série de dépenses de 100 millions de francs.
- Des bassins de plus en plus nombreux et de plus
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- Fig. 2. — Population et mortalité des Pays-Bas et de Rotterdam de i83o à içi 2.
- en plus vastes furent successivement creusés à même les terrains qui s’étendent, au sud de la ville, au delà de la Meuse. Ce furent dans l’ordre chronologique (voir le plan), le Spoorweghaven (port du chemin de fer), le Kœnigshaven (bassin royal), munis de ponts fixes et mobiles pour les relier au chemin de fer; puis le Binnenhaven et YEntrepol-haven, tous pourvus.. de l’outillage mécanique le plus complet pour leur époque. On y adjoignit après 1885 le beau quai Wilhelmine, à l’ouest du Spoorweghaven.
- Vers 1887, fut creusé un nouveau et large bassin, le Bynhaven, d’une superficie de 50 hectares ; puis les deux petits bassins de Kotendrecht en aval du précédent (1896), pendant que sur la rive droite s’établissait le Porkhaven destiné aux chalands du Rhin. Dès lors la ville et le port ayant atteint les limites de l’enceinte municipale et le trafic augmentant sans cesse, il fallut acquérir des terrains au dehors et on
- Fig. 3. — Port de Rotterdam.
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- commença dans des tourbières les difficiles travaux du Maashaven (bassin de la Meuse), vaste de 60 hectares qui fut acheté en 1901. Il est entouré de près de 4 km de quais.
- Enfin la ville de Rotterdam, en 1907, décida la construction d’un dernier bassin, le Waalhafen, plus grand à lui seul que tous les autres réunis, puisqu’il doit couvrir un espace de 310 hectares. L’exécution se fait par fractions successives, qui sont mises en service au fur et à mesure; mais il est bien certain que les événements actuels, diminuant le trafic avec l’hinterland allemand, en retarderont longtemps l’achèvement.
- Les millions de mètres cubes de vases extraits de cette excavation sont destinés à dresser une colline artificielle aux abords de la ville; pour les Hollandais c’est une véritable montagne sur laquelle on a planté une forêt ; c’est le parc de la ville, le Kralingsche P las.
- Au total le port de Rotterdam dispose de -40 km de quais. Sans doute il n’a pas l’aspect grandiose et l’outillage, unique en Europe, de celui de Hambourg; mais dans ces derniers temps chaque année voyait s’exécuter des perfectionnements nouveaux. Ils sont surtout remarquables en ce qui concerne les appareils de manutention entre navires de mer et chalands fluviaux.
- Le culbuteur de wagons de charbon, qui date cependant de 1886, est encore aujourd’hui un appareil très admiré. À noter également les grands transporteurs de minerais et de houille, les deux principaux éléments, avec les grains, du trafic de Rotterdam et aussi les docks flottants pour réparations de navires,.
- Les deux rives de la Meuse sont reliées par des
- ponts métalliques imposants et par un bac à vapeur qui peut recevoir à la fois 16 gros camions chargés.
- Plusieurs grands chantiers en aval et en amont de Rotterdam donnent le jour, les uns à des navires de mer, les autres à de nombreux remorqueurs et chalands du Rhin et de la Meuse.
- On sait que la flotte hollandaise de haute mer est une des plus remarquables de l’Europe, non par la quantité mais parla qualité, la vitesse et la bonne tenue de ses navires. Quatre puissantes Compagnies de navigation hollandaise ont leur tête de ligne à Rotterdam ; ce sont le Lloyd rotter-damois, le Lloyd royal hollandais, la Compagnie Nederland, qui assurent principalement les communications avec les riches colonies hollandaises de Java, Sumatra et la Guyane, et enfin la Compagnie Holland-Amerika dont les grands paquebots à destination de l’Amérique du Nord peuvent lutter pour les dimensions et le confort avec les plus beaux liners anglais et allemands. Le dernier venu de ces steamers jauge 35000 tonneaux. Mais c’est bien plutôt le transit des matières premières que le transport des voyageurs qui fait l’importance de Rotterdam.
- Son accroissement dans ces dernières années a été prodigieux; de 1 900 000 tonnes en 1883, le tonnage des marchandises s’y est élevé à 18 millions en 1913. La prospérité de cette place est fonction de l’expansion allemande. Il est peu*probable par conséquent que Rotterdam, comme Anvers, comme Hambourg dont il approchait de très près, revoie de sitôt pareils chiïre*.
- De toutes les villes de la Hollande, Rotterdam est celle qui a le moins l’aspect hollandais. Ne contenant que 72 000 habitants en 1830 et en comptant
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- aujourd’hui près de 450 000, elle a poussé à l’américaine ou à l’allemande, plutôt qu’à la façon néerlandaise. La propreté et le confort seuls rappellent que l’on est en Hollande. Les rues sont bruyantes et animées, les quais constamment encombrés d’un camionnage intense, mais qu’a réduit à peu de chose l’état de guerre actuel. Ville d’affaires où les distractions sont rares, et habitée surtout par des parvenus de nationalités diverses au milieu desquels les Allemands abondent. Ces parvenus toute-
- 2100, le Hollandais en fume 3100 gr., et, parmi toutes les villes de Hollande, Rotterdam bat le record du nombre de cigares ou de pipes fumés par tête d’habitant.
- Le commerce du tabac étant absolument libre, les magasins élégants où on le débite sont proportionnellement aussi nombreux à Rotterdam que les débits de vin à Paris. Nulle part au monde on ne trouve un sigar (sic) exquis aussi bon marché, car les Hollandais apportent à cette passion nationale un vrai raffinement. Sans vouloir remonter de l’effet à la cause, il est décevant pour les médecins proscripteurs de la nicotine d’avoir à reconnaître que c’est dans la ville où il fume le plus que la longévité de l’homme est la plus élevée. Il semble bien que leur zèle devrait s’exercer plus utilement en faveur de la propreté que contre le tabac.
- Amsterdam — et non Rotterdam — est le plus grand marché mondial du tabac, et en reçoit chaque année 120 millions de kilogrammes, en
- Fig. 5. — Déchargement des navires sur la Meuse.
- fois ont le désir de s’instruire. On s’en rend compte en voyant le nombre de salles publiques de lectures, et la quantité de personnes recueillies qui les emplissent à toute heure.
- Sur le vieux quai des Bompies se dresse un immeuble dont les dix étages, hauts de 40 m., attirent tous les regards : ce skyscrapper au petit pied est une véritable ruche de comptoirs commerciaux ; de la terrasse de ce bâtiment on a une vue tout à fait synthétique de la ville et du port, quand la brume le permet. Malgré ces brumes fréquentes et la fumée continuelle des navires et des usines, la ville est, ou plutôt est devenue, parfaitement salubre; la statistique de la mortalité en fait foi (voy. fig. 2, p. 266). Le souci traditionnel de la propreté et le respect des lois de l’hygiène en sont la cause; le confort aussi; car, après comparaison avec tous les autres pays, je puis affirmer que du haut en bas de l’échelle sociale le Hollandais est le plusfconfortablement logé des Européens.
- Comme on le voit, la mortalité est tombée, à Rotterdam, à H pour 1000, chiffre inférieur à celui de toute autre agglomération, Zurich excepté (10,3). Cette constatation appelle une remarque : la Hollande est le pays du monde où l’on fume le plus: tandis que le Français consomme 900 gr. de tabac, l’Anglais 1600, l’Allemand, 1900, le Belge
- Fig. 6. — Wharfs de Rotterdam.
- majorité des colonies hollandaises, dont l’un des plus forts acheteurs est le fisc français.
- D’ailleurs, si Rotterdam est le point d’accostage et de transit, surtout allemand, Amsterdam est restée la grande place de commerce et de spéculation des denrées coloniales qui font la forlune de la Hollande, grâce à la fertilité admirablement mise en valeur de ses colonies, qui produisent surtout le tabac, le café, le cacao, le sucre de canne, le poivre, le quinquina, le caoutchouc et, depuis quelques années, le pétrole.
- Quiconque a pénétré les projets du pangermanisme n’ignore pas que la Hollande était une proie ardemment convoitée par l’Allemagne. Déjà les maisons allemandes s’étaient multipliées à Rotterdam; bien que les commerçants du grand port hollandais prétendissent se défendre beaucoup plus
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- activement que ceux d’Anvers contre l’envahissement du germanisme. Il n’en était pas moins vrai que les intérêts allemands et hollandais y sont si bien enchevêtrés, qu’à l’heure actuelle il est presque impossible de se rendre compte si telle firme à façade parfaitement néerlandaise n’est pas en réalité contrôlée par quelque grande Société de Dussel-
- dorf, de Berlin ou de Hambourg. Seules les sympathies du peuple hollandais ne sont pas douteuses ; elles vont unanimement aux alliés. La victoire de ces derniers enlèvera sans doute quelques millions de tonnes de transit au port de Rotterdam, mais elle assurera l’indépendance de toute la Hollande.
- Victor Cambon,
- ingénieur E. 0. P.
- TRAÎNEAU-REMORQUEUR AUTOMOBILE
- Lorsque l’état des routes le permet, on se sert souvent, aux États-Unis, des tracteurs à vapeur, pour transporteries arbres abattus ou les planches débitées dans les scieries forestières. Mais on n’avait pas construit, croyons-nous, de traîneaux automobiles capables de remorquer les troncs pesants des sapins ou des chênes américains sur les chemins neigeux, semés d’ornières ou sans consistance.
- Un ingénieur yankee vient de combler cette lacune en réalisant le traîneau-remorqueur, qu’utilisent MM. Boyd et Harvey pour exploiter leurs coupes de bois sises à 40 milles du lac Moosehead et à 8 milles de la station deMoxie, sur le « Maine Central Bailroad » (fig. 1).
- Comme on s’en rend compte par nos photographies, le bâti de la curieuse automotrice repose à l’avant sur deux patins ou sabots tandis qu’une chaîne dite Caterpillar s’enroule autour de chacune des deux roues arrière. Les plaques d’acier articulées, qui constituent ces « chenilles », forment une voie de roulement sans fin, et, en mordant sur le sol, permettent la progression du véhicule (fig. 2).
- Chaque plaque d’acier porte une portion de barre rectiligne tenant lieu de rail. L’ensemble des barres, doubles et reliées entre elles par des boulons, compose la chaîne, que commande une roue dentée actionnée par le. moteur. Une seconde roue, reliée à la première par une tige de longueur variable, sert à tendre la chaîne et assure son fonctionnement correct.
- La machine, d’une centaine de chevaux, actionne, par l’intermédiaire d’un em-
- brayage à friction et transmission avec engrenage d’angle, deux volants comportant chacun un embrayage intérieur qui, par chaîne, communique le mouvement aux « chenilles » correspondantes. Chacune de celles-ci offre une surface de contact de près de 2 m. de longueur sur 0 m. 50 de largeur ; en sorte que, malgré le poids élevé de l’engin, la pression ne dépasse guère 500 à 600 gr. par i entimètre carré.
- D’ailleurs, quand les chemins sont particuliè-
- Fig. i. — Vue du traîneau-remorqueur automobile.
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- L'INDUSTRIE CHIMIQUE ET LA GUERRE
- rement mauvais et très mous — ce qui se voit souvent dans la patrie de l’oncle Sam — on met des chenilles de 0 m. 60 ou de 0 m. 75 de largeur munies de nervures renforcées. De la sorte, on augmente considérable-mentl’adhérence de cet original traîneau, qui glisse parfaitement, aussi bien en plaine que sur les fortes pentes.
- Il peut remorquer 8 ramasses pleines de sapins et pesant au total 45 tonnes environ; après abatage des arbres dans la forêt, des chevaux les amènent jusqu’à lui, sur des espèces de plates-
- formes ; le trac-teur les roule jusqu’à une rivière voisine. On jette les troncs à l’eau et leur
- voyaj
- le s’achève
- Fig. 2. — Une des a chenilles ».
- par flottage.
- Bien d s systèmes de traîneaux automobiles, peut-être moins parfaits, avaient déjà vu le jour. Les grandes steppes neigeuses de la Russie ont-elles vu à l’œuvre, dans la guerre actuelle, des machines semblables? Qui sait (le secret a été bien gardé) si l’ingénieur yankee n’aurait pas livré à nos alliés quelques-unes de ces locomotives à patins pour remorquer leur artillerie lourde? Jacques Boyer.
- L’INDUSTRIE CHIMIQUE ET LA GUERRE
- La maîtrise des mers par les flottes alliées donne un intérêt tout particulier aux questions de ravitaillement, nos ennemis étant très gênés pour se procurer diverses matières premières indispensables à la fabrication des explosifs, consommés actuellement en si fortes quantités.
- Cette question des matières premières pour explosifs est d’autant plus importante que les industries chimiques s’enchaînent étroitement les unes aux autres : par conséquent, il suffit d’une fabrication arrêtée pour gêner toutes les autres. Pour qu’on puisse bien se rendre compte de cet enchevêtrement, nous représentons sommairement ci-contre les étapes des transformations subies par les diverses matières premières nécessaires à la fabrication des explosifs à forte consommation (les seuls pour lesquels importe l’approvisionnement, en matières premières). Comme on le verra, il faut des produits très variés pour n’obtenir .finalement que trois genres de substances différentes; mais on remarquera qu’il nous est facile de trouver en abondance toutes ces matières premières, ce qui n’est pas le cas pour l’ennemi.
- Somme toute, les matières premières essentielles pour la fabrication des explosifs sont peu nombreuses. Nous pouvons aisément nous procurer toutes ces matières premières, à condition d’importer peut-être un peu d’alcool, nos,distilleries septentrionales de betteraves et de mélasse ne produisant plus. Nous produisons aussi moins de goudron qu’en temps normal, mais nous en consommons aussi beaucoup moins.
- On voit que nous n’avons pas à nous inquiéter de ce côté.
- Mais nos ennemis? La maîtrise que s’étaient assurée les Allemands dans tant d’industries chimiques peut-elle les protéger contre les effets du blocus? Remarquons d’abord que la plupart des matières premières peuvent être trouvées chez eux : ils ont quelques pyrites ; la terre d’infusoire, le goudron y sont produits en quantités
- énormes. Ils fabriqueront de l’alcool et de la glycérine plus qu’il ne leur en faudra. Reste le nitrate qu’il est bien impossible d’importer du Chili. C’est justement la plus indispensable de toutes les matières premières. On ne peut absolument se passer d’acide nitrique pour préparer les explosifs; ceux qu’on pourrait substituer aux produits nitrocellulosés et nitroglycérinés sont à base d’autres composés organiques nitrés. Il est vrai qu’on peut préparer l’acide nitrique par combinaison directe de l’oxygène et de l’azote aérien sous l’influence de l’étincelle électrique; déjà, depuis plusieurs années, le procédé norvégien Birkeland-Eyde et le procédé allemand Schônherr sont pratiquement appliqués dans quelques usines. Nul doute que nos voisins ne les utilisent dans plusieurs de leurs usines électro-chimiques. Mais il s’agit d’une fabrication délicate, exigeant des appareils compliqués et coûteux, difficiles à construire lorsqu’on manque de cuivre. Et, d’autre part, les usines à houille blanche doivent fabriquer aussi de l’aluminium ainsi que du carbuie à acétylène pour pallier l’insuffisance de pétrole. Peut-être les tourbes d’outre-Rhin seront-elles utilisées selon les procédés Müntz el Laine pour établir des nitrières artificielles, perfectionnement des salpêtrières d’autrefois? Toutefois, comme le procédé ne se prête pratiquement qu’à la nitrification de l’azote ammoniacal, et guère à la transformation de l’azote organique, son intérêt en est bien diminué. Dans ces conditions, on peut affirmer que les Allemands seront très gênés pour leur ravitaillement en nitre. Sans doute, l’utilisation des gros stocks du nitrate, employé comme )engrais, a permis de sauver jusqu’à présent la situation. Mais déjà l’acide nitiique, comme le cuivre, comme l’aluminium, devient hors de prix. Si nulle fuite ne se produit à travers les mailles du réseau intercepté sur les roules aboutissant à l'Allemagne, nous verrons bientôt nos ennemis ménager leurs munitions de plus en plus rares.
- A. C.
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- Alcool (C2H6 0) fabriqué avec les betteraves, la mélasse, le maïs.
- Les poudres py-roxylées servant à la propulsion des obus et des balles.
- Chauffé avec l’acide sulfurique l’alcool se transforme en éther C4H100.
- Glycérine (C3.ll803), résidu des savonneries et des fabriques de bougies.
- Coton, constitué par la cellulose (C24H4°020) importé des États-
- Terre d’infusoire. Il en existe chez nous (Auvergne) des gisements pratiquement inépuisables.
- La dynamite employée pour faire sauter les galeries de mine, les ponts.
- Lé coton-poudre ou pyroxyle, ou nitrocellulose (C24H29NH042) lequel malaxé avec de l’alcool et de l’éther donne....
- La nitroglycérine (C3 II3 N3 O9) servant par simple mélange avec des matières poreuses à préparer...
- Le mélange des acides constitue les bains de nitration servant à transformer la cellulose, la glycérine pour obtenir :
- Chauffé avec l’acide nitrique le phénol se transforme en trinitrophénol ou acide picrique (C6H3N307) qui fondu dans les obus constitue
- la mélinite.
- Goudron de houille, sous-produit des usines à gaz et fabriques de coke métallurgique, donne par distillation fractionnée des huiles légères qui elles-mêmes refractionnées îoui’nissent le phénol (C6I160).
- Nitrate de soude (NO3Na) ou salpêtre du Chili : est exclusivement importé du Chili qui en produit annuellement au total 2 500 000 t. ; employé comme engrais et matière première des industries chimiques.
- Chauffé dans des grandes cornues en fonte avec l’acide sulfurique, le nitrate sodique forme du sulfate de sodium, en dégageant de l’acide nitrique (NO3 Na + SO4 II2 = SO4 Na II + N03H). On peut aussi préparer cet acide en combinant l’oxygène et l’azote de l’air sous l’influence de l’électricité.
- 1
- Pyrite de fer (FeS2) provient des mines françaises de'Sain-Bel (300 000 t. par an) ou des gisements d’Espagne, de Suède. On peut à la rigueur lui substituer le soufre, produit en Sicile, au Texas. Grillée à l’air, la pyrite se change en oxyde de fer et dégage du gaz sulfureux : 2Fe S2+ 11Q:=Fe203 + 4S02 lequel en circulant dans des grandes chambres en plomb avec un excès d’air, cependant que l’eau tombe en fine pluie, donne l’acide sulfurique : SO2 + O + H2O =t:S04II2.
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- « LE TAUBE DES INVALIDES » — MUSÉE DE L’ARMÉE
- Le « Taube » ou Pigeon que nos troupes ont pris près de Verdun et qui figure dans la cour d’honneur de l’Hôtel des Invalides montre bien comment l’ingéniosité allemande s’est surpassée en produisant un véritable oiseau artificiel sans lui ôter aucune de ses qualités de volateur. Car les Taubes volent bien et sont devenus, en peu d’années, de sérieux adversaires de nos plus modernes monoplans.
- Mais si la conception architecturale est assez élégante, les techniciens ont gâté l’œuvre par des détails que l’on ne trouve plus chez nous. On a multiplié les câbles d’acier très résistants et, .loin d’abandonner les fils de piano, on en a fourré partout : au-dessus des ailes, en dessous, s’enchevêtrant, s’entre-croisant, se combinant, enveloppant les surfaces portantes comme si ces dernières devaient menacer de s’envoler toutes seules. Nous faisons mieux, beaucoup mieux en France.
- L’étude technique d’un avion ne peut être faite sur un cadavre ; or, tout est bloqué dans le Taube prisonnier; c’est tout au plus si les commandes veulent encore se permettre d’esquisser quelques mouvements timides. Le moteur lui-même, un robuste six-cylindres qui doit développer ses 100 chevaux, a été privé de sa magnéto. Nous devons donc nous contenter de le décrire, puisqu'il ne peut plus nous livrer son âme dans une envolée révélatrice.
- Le fuselage ressemble tout à fait à celui de nos avions les plus connus, ce qui n’a rien qui puisse nous surprendre, puisque les Allemands n’ont jamais fait qu’imiter nos conceptions. Il se présente sous la forme d’une pyramide quadrangulaire, en bois, armée à l’avant pour recevoir, sur un châssis métallique prolongeant la pyramide, le moteur et tous ses accessoires. Les quatre branches de ce châssis se rapprochent en ogive vers l’extrémité pour constituer le support de l’arbre moteur qui se termine par une hélice en bois à deux pales.
- L’officier observateur occupe le siège d’avant, il a à sa disposition une tablette mobile pour prendre commodément ses notes et, à portée de sa main droite, une poignée dont il est assez difficile de déterminer l’usage ; elle est maintenue à l’extrémité d’un tube de gros diamètre débouchant à l’intérieur de l’enveloppe de tôle du moteur. Peut-être serait-elle la commande d’une mise en marche automatique? Sous le siège se trouve le réservoir d’essence et, en avant, celui d’huile ; une pompe envoie le lubrifiant sous pression dans toutes les parties mobiles du moteur, y compris les commandes des soupapes qui s’effectuent à la partie supérieure des
- cylindres par l'intermédiaire d’un axe vertical actionné par un engrenage en prise avec un pignon calé sur l’arbre du moteur.
- Le siège du pilote est placé en arrière. Les commandes s’effectuent à la main et au pied. Le volant est monté verticalement sur un axe horizontal pourvu d’un pignon sur lequel passe une chaîne terminée par deux câbles se dirigeant l’un vers l’aileron de droite et l’autre vers celui de gauche. Au pied, un balancier permet d’actionner les deux gouvernails verticaux dans un sens ou dans l’autre. Enfin le gouvernail horizontal obéit à un mouvement de traction ou de poussée du volant; les mouvements de la queue du Taube peuvent donc être combinés avec ceux des ailerons, puisque tous sont commandés par le même volant., auquel on peut aisément imprimer un mouvement de rotation dans un sens ou dans l’autre en l’amenant à soi ou en le poussant en avant. Enfin le pilote trouve encore, à portée de sa main droite, un levier vertical, semblable à ceux des automobiles, qu’il tire vers lui pour agir sur le soc d’atterrissage, qui s’engage alors dans le sol pour arrêter l’appareil.
- Le moteur, avons-nous dit, est à six cylindres verticaux. C’est un appareil très robuste et qui jouit d’une excellente réputation. Les cylindres sont venus de fonte deux à deux et entourés d’une circulation d’eau. On peut dire que le problème du refroidissement des moteurs par l’eau a été résolu d’une manière très pratique par les Allemands. Ils ont supprimé le réservoir et toute l’eau de refroidissement est contenue dans les radiateurs, les canalisations et un tube de cuivre d’assez gros diamètre qui surmonte les cylindres. Un radiateur est situé de chaque côté du fuselage, extérieurement ; il est constitué par six éléments indépendants d’une sorte de nid d’abeilles dans les cavités duquel l’air s’engouffre pendant le vol.
- Le fuselage repose sur roues par quatre gros tubes méplats, réunis deux à deux et solidaires de l’essieu par un solide faisceau de brins de caoutchouc. Les roues, recouvertes de toile et garnies de pneus, appartiennent à une marque trop connue en France. En avant de cet essieu, un tube porte le levier du soc d’atterrissage. L’une des extrémités de ce levier est reliée par un fort ressort à boudin et un câble au levier commandé par le pilote; le soc est à l’autre bout; il est constitué par trois dents d’acier, larges et robustes, celle du milieu étant placée en ayant des deux autres. Un ressort de rappel le soulève dès que l’on cesse d’exercer une traction sur le levier de commande. Ce soc s’enfonce dans le sol et freine énergiquement l’avion dès que celui-ci veut s’arrêter.
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- « LE TAUBE DES INVALIDES » — MUSÉE DE L'ARMÉE ::..... 273
- Le Faute vil par-dessous.
- En avant et en arrière du châssis, sont situées deux pyramides faites également de quatre tubes, chacun de ces tubes s’appuyant sur les longerons inférieurs du fuselage. Ces pyramides sont extrêmement robustes; elles servent de points d’attache aux haubans principaux. La pyramide d’avant et celle d’arrière ont reçu chacune six haubans dont trois sont rattachés à chaque aile ; de plus, de la pyramide d’arrière partent encore quatre haubans lixés deux à l’avant, deux à l’arrière des longerons inférieurs du fuselage. Avec une telle armature l’ensemble constitue sans aucun doute un bloc d’une rigidité à toute épreuve.
- Chaque aile mesure 6 m. de longueur et 3 m. de largeur; elle est donc plus large que celle de nos aéroplanes français et c’est probablement la raison pour laquelle elle a été si fortement haubanée. Sa coupe est celle de l’aile de certains de nos monoplans : arrondie à l’avant, elle s’épaissit en s’incurvant légèrement pour se redresser à l’arrière, avec cette différence toutefois, qu’elle comporte une bande souple de 30 cm de largeur, ce qui ne peut être qu’avantageux. L’angle d’avant, près du moteur., est arrondi et armé de tôle; l’autre extrémité est également arrondie, mais la bande souple dont nous venons de parler prend alors une largeur de près d’un mètre; c’est cet
- aileron qui donne à ces ailes l’aspect de celles d’un oiseau au vol. L’aileron est commandé, avons-nous dit, par la rotation du volant; il n’existe qu’une seule commande; mais, à partir de la poulie externe dont nous parlerons plus loin, cette commande unique se subdivise en un faisceau de fils qui se rattachent chacun à une des nervures en bambou de l’aileron. Cette manière de procéder est à imiter.
- L’aile, très rigide, est fixée au fuselage par trois solides longerons de bois sur lesquels sont engagées les nervures également en bois et distantes l’une de l’autre de 27 cm. A un mètre, sous le longeron central, complètement séparé de l’aile par conséquent, court un tube méplat en acier relié à ce longeron par trois autres tubes verticaux. Les deux premiers de ces tubes, à partir du fuselage, s’arrêtent à l’aile; le dernier la traverse et s’élève à environ 60 cm au-dessus. Son extrémité sert de point d’appui à un rayonnement de cordes à piano qui se rattachent à la partie supérieure de l’aile; elle porte également la poulie en bois sur laquelle passe le câble de commande de l’aileron qui a été amené à cette poulie par une autre située à la base
- du même tube. Ce câble traverse donc la toile du fuselage, court le long du tube inférieur, suit le dernier tube ver-tical et s’épanouit ensuite ver s les extrémités à des nervures de l’aileron.
- Le T aube vu de l’arrière.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Un réseau de cordes à piano achève d’assurer la solidité de cette aile dont le système d’attache avec le fuselage est encore complété par une nouvelle pyramide de cordes surmontant le fuselage au-dessus et un peu en avant du siège du pilote. Cette armature métallique d’un Taube est aussi formidablement tissée que celle de la Tour Eiffel! Mais que de résistances à l’avancement !
- L’arrière du fuselage porte les gouvernails et une béquille d’atterrissage. L’extrémité arrondie de la béquille est solidaire de l’extrémité de l’empennage par un tube vertical qui porte les deux gouvernails verticaux et les poulies sur lesquelles passent les. câbles de commande du gouvernail horizontal. Les deux premiers ont 1 m. de longueur et environ
- 50 cm de hauteur; arrondis à l’arrière, ils sont situés l’un au-dessus, l’autre au-dessous du second et prolongés sur et sous le fuselage par deux plans verticaux fixes de peu de surface.
- Le gouvernail horizontal, qui prolonge également deux plans fixes, s’évase comme la queue élargie du pigeon au vol. Les rémiges sont souples, comme celles des ailerons et reliées chacune, au-dessus et au-dessous, par un fil d’acier au câble de commande. Ce câble est supporté au-dessus par une poulie; celui du dessous se divise en deux brins pour franchir, sur deux poulies, le tube vertical qui supporte les plans verticaux, puis ces brins se réunissent en un point d’où part le faisceau des fils de chaque nervure. Lucien Fournier.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances des i5
- Influence sismogénique des failles. — M. de Montessus de Ballore montre 'que le long des zones d’effondrement, comme la vallée du Rhin ou le sillon de la mer Morte, on observe une série de zones de sismicité inégale : du côté de la chaîne plissée (Suisse ou Syrie) sismicité notable; le long de la voûte anticlinale effondrée, dans la zone à failles parallèles étagées, sbmicité moindre mais sensible ; enfin, là où il n’y a plus, de chaque côté, qu’une seule faille entre deux tables (Rhin au Nord de Mayence, golfe d’Akaba et mer Rouge) sismicité nulle.
- Dissémination du bacille typhique. — MM. P. Carnot et Weill-Hallé, continuant leurs études sur le bacille typhique, analysent toutes les causes de dissémination par les malades infectés, par les poussières des salles d’hôpital, enfin par le tube digestif des sujets sains en contact permanent avec les infectés.
- Dosage du saccharose dans les betteraves ayant subi le cjfl et le dégel. — M. E. Saillard a étudié les betteraves qui, en novembre 1914, ont suhi le gel en rase campagne et a montré qu’elles conviennent mieux à la fabrication de l’alcool qu’à celle du sucre, à partir d’un certain degré d’altération. L’alcool qu’elles fournissent provient en partie des substances hydrolysables, autres que le saccharose, qui ne sont pas modifiées par l’inver-tine, mais qui sont susceptibles de se transformer peu à peu en sucres réducteurs fermentescibles sous l’influence des acides que renferment les jus en fermentation à 28-50° de température.
- Les conserves des armées en campagne. — M. J. Basset pense qu’il conviendrait de restreindre la fabrication du bœuf assaisonné, du potage aux haricots et les distributions de riz, d’augmenter la fabrication du porc rôti et de fabriquer, en outre, du bœuf haché aux légumes, du bœuf en ragoût, des rillettes, du cassoulet.
- La vaccination expérimentale contre le vibrion du choléra. — M. H. Vincent, auquel on doit l’application de la vaccine anti-typhoïdique, a essayé, contre le vibrion du choléra, l’emploi du vaccin stérilisé à l’éther qui lui a réussi contre la fièvre typhoïde et le paratyphus. Le résultat expérimental a été très favorable et donne les plus grands espoirs pour l’avenir. Quelle que soit la voie d’introduclion du vaccin à l’éther (sous-cutanée ou péri-
- et 22 mars 1915.
- tonéale), ce vaccin donne protection contre l’infection du péritoine par un vibrion cholérique très pathogène. M. Vincent remarque, en outre, dans cette importante communication : 1° que, la stérilisation des cultures du bacille du choléra par l’éther étant presque immédiate, on possède ainsi une méthode rapide et efficace de préparation du vaccin anticholérique; 2° que l’éther soustrait aux corps bactériens les substances lipoïdes inutiles pour la production de l’immunité et diminue, par suite, la toxicité du vaccin anticholérique ; 3° que les bacilles traités par ce moyen sont fragmentés ou dissociés, ce qui favorise leur bactériolyse facile in vitro et leur résorption rapide in vivo : constatation qui a une valeur très appréciable dans la prévention du choléra, où la sécrétion des anticorps doit être obtenue dans le plus court délai en raison de la courte durée de l’incubation de cette maladie.
- Les coraux des grandes profondeurs. — M. Gravier étudie ces coraux qui peuvent vivre à 4000 et 5000 m. dans une obscurité complète et permanente au voisinage de 0°. Ces coraux, au lieu d’être localisés dans la zone torride, peuvent vivre dans toutes les mers. Certains d’entre eux s’accommodent à des profondeurs très variables, depuis 40 jusqu’à 5000 m. La présence d’un substratum solide n’est nullement indispensable à leur développement. Leur couleur est d’un brun rougeâtre, foncé ou même complètement noire. Faute de planchton, ils se nourrissent de la pluie de cadavres et de débris qui tombent de plus haut. La plupart sont constitués par des formes solitaires, dont le calice prend parfois des dimensions considérables jusqu’à 80 mm de diamètre, avec plus de 200 septes. Les formes coloniales, qii’on trouve parmi eux, sont des types arborescents à grand calice, en nombre restreint, largement séparés les uns des autres.
- La limite alpino-dinarique dans les environs du massif de VAdnmello. — MM. Lugeon et Gerhard Ilenny étudient ce que l’on appelle la ligne giudicarienne et q montrent qu’à partir du mont Sabbione vers le Nord, elle / est la trace du chevauchement des Alpes sur les Dinarides. En outre, la vaste masse tonalitique de l’Adamello traverse aussi bien les sédiments alpins que le.s dinariques et sa mise en place est donc antérieure à la formation des nappes alpines.
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- LES DIVERS SYSTÈMES DE MITRAILLEUSES ÉTRANGÈRES
- Sitôt que l’apparition de la cartouche métallique permit de tirer par minute un nombre de coups de fusil de beaucoup supérieur à celui que l’on pouvait atteindre avec les fusils alors existant, la guerre moderne naquit, la tactique et la physionomie des batailles se modifièrent entièrement. La plus grande vitesse du tir assurant la supériorité sur l’adversaire, à condition que l’on puisse assurer le ravitaillement en munition, on chercha à augmenter le rendement du fusil : alors furent créés les fusils à magasin et à chargeurs, les fusils automatiques, les fusils à canons multiples, etc.... Mais la voie étant ouverte, on orienta les recherches vers la réalisation d’armes encore plus rapides : la mitrailleuse surgit alors. Son rôle dans la guerre actuelle est souvent décisif et certains tacticiens imaginent, non sans raisons, que dans l’organisation future des armées, l’unité d’infanterie, la compagnie, se composera uniquement d’un certain nombre de mitrailleuses, servies par des tireurs et des mécaniciens parfaitement exercés, le reste de l’effectif assurant le transport, le ravitaillement en munitions, la construction des abris, etc., de la section combattante.
- Différents systèmes de mitrailleuses ont été proposés, nous allons les passer en revue, décrivant comme exemple les types en usages dans les armées étrangères.
- Les principes qui ont guidé leurs inventeurs sont
- Dans
- les dunes belges.
- fa guet de sûreté
- ressort de couvercle
- rainure de guidage
- dans une première catégorie on range les mitrailleuses utilisant le recul du canon seul pour éjecter l’étui et tirer la seconde cartouche (mitrailleuses Maxim). On peut au contraire produire les différentes manœuvres nécessaires au fonctionnement ultérieur de l’arme en n’employant que la force de recul de la culasse seule (mitrailleuse Schwarzlose).
- Enfin le fusil peut être considéré comme un moteur à explosion dont le cylindre est l’âme du canon, la halle jouant le rôle de piston. Si on produit un échappement latéral des gaz, on peut utiliser leur pression restante pour faire mouvoir un piston commandant le mécanisme de la mitrailleuse qui se comporte alors comme un moteur compound à double expansion : première expansion, lancement de la balle; deuxième expansion, manœuvre de rechargement. Les mitrailleuses de ce type, dit à emprunt de gaz, sont très nombreuses. Les plus
- poussoir / harrette de dÉtenfe \ ressort du tube d éjection
- pied de culasse détente
- bouton c/e
- poussoir
- Fig. i. — Milrailleuse Maxim.
- tous basés sur l’utilisation des phénomènes qui se produisent dans le fusil ordinaire. Quand on tire une cartouche, sous l’influence des gaz de la poudre la balle part dans une direction et l’arme tout entière est projetée dans la direction opposée avec une vitesse bien moindre par suite de la différence des masses mises en mouvement, quelques grammes pour la balle, plusieurs kilogrammes pour l’arme. On dit que le fusil recule. Aussi les premiers constructeurs ont-ils cherché à employer ce mouvement pour armer à nouveau la mitrailleuse. Deux types d’armes ont alors été proposés ;
- connues sont les mitrailleuses Lewis, Hotschkiss, de Saint-Etienne, de Puteaux, ces dernières employées dans l’armée française.
- Dans la mitrailleuse Maxim, comme dans toutes les mitrailleuses utilisant l’effet du recul, on distingue une partie fixe solidaire du trépied de la mitrailleuse et une partie mobile assurant le fonctionnement de l’arme.
- La partie fixe comprend un manchon de refroidissement très volumineux qui entoure le canon. Le refroidissement se fait par l’intermédiaire d’un liquide, de l’eau en général, qui est partiellement
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- LES DIVERS SYSTÈMES DE MITRAILLEUSES ÉTRANGÈRES
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- vaporisé et dont un dispositif particulier permet l’échappement de la vapeur tout en empêchant les fuites de liquide. A l’arrière du manchon dans lequel peut se mouvoir le canon se trouve une boîte portant le support de l’arme. Enfin, toujours constituant la partie fixe, le mécanisme d’approvisionnement et le ressort de rappel qui sert à ramener en position le canon poussé en arrière par les gaz de îa déflagration de la poudre.
- La partie mobile se compose du canon, des glissières qui le prolongent en arrière et du système de fermeture constitué par la culasse et ses accessoires.
- La figure l donne une coupe d’ensemble de la mitrailleuse Maxim. Son aspect extérieur, lorsqu’elle est montée sur son trépied, est représenté figures 2 et 5. La figure 4 permet de suivre le fonctionnement de l’arme, elle représente le mécanisme dans deux positions intéressantes : au moment du départ du coup et à l’instant où la culasse étant séparée du canon, une nouvelle cartouche est introduite dans le canon.
- Le départ du coup s’obtient, la mitrailleuse ayant été armée par la manœuvre d’un levier, en appuyant sur un bouton de poussoir, après qu’on a
- relevé le taquet de sécurité qui l’immobilise. Dans ce mouvement, la barrette de détente est attirée en arrière. La saillie qu’elle présente à son extrémité déclenche le percuteur par l’intermédiaire de la détente : le coup part. Le canon et les pièces qui y sont rattachées reculent alors d'environ 25 mm. Le levier de culasse dans ce mouvement fait tourner le vilebrequin. La culasse, qui est reliée au vilebrequin par le pied de culasse, s’écarte suffisamment pour que la douille vide soit éjectée et la cartouche suivante de la bande extraite de son logement. Pendant que la culasse se déplace ainsi vers l’arrière, les ressorts du couvercle poussent le transporteur de cartouches de haut en bas pour placer la nouvelle cartouche en face de l’âme du canon.
- En même temps, ainsi qu’on peut le voir sans peine sur la figure 4, le percuteur est de nouveau armé et lorsque, après le recul, le ressort tracteur
- Fig. 3.
- Culasse de la mitrailleuse Maxim (coupe).
- ressort du tube d'éjection
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- LES DIVERS SYSTEMES DE MITRAILLEUSES ETRANGERES -...- 277
- ramène le canon en avant et ferme la culasse, l’arme est de nouveau prête à fonctionner.
- La vitesse du tir dépend, évidemment, de la force du recul de la cartouche, et de sa longueur, car c’est cette dernière caractéristique qui détermine la course que doit parcourir la culasse. Avec des cartouches de 8 mm., dont la longueur est d’environ 8 cm, la vitesse maxi-ma est voisine de 600 coups à la minute. Moyennant certains changements de détails, on peut arriver à 900 coups.
- Quant au transport de la mitrailleuse, qui pèse 18 kg et dont l’affût trépied pèse 24 kg, il peut se faire à dos d’homme ou de mulet, ou même comme en Allemagne à l’aide d’avant-trains semblables à ceux employés pour les canons.
- L’alimentation des mitrailleuses Maxim en munitions s’effectue à l’aide de bandes souples qui contiennent 250 à 450 cartouches.
- Dans la mitrailleuse Schwarzlose (fig. 5) on n’utilise, comme nous l’avons dit, que le mouvement de recul de la culasse pour produire le fonctionnement de l’arme ; le canon est fixe. Au départ du coup, ce sont par suite l’étui et la culasse mobile qui se séparent du canon en comprimant un ressort qui referme l’arme après que l’étui a été éjecté el une nouvelle cartouche introduite dans le canon.
- Le mécanisme de fermeture est la pièce la plus originale. Il comprend (fig. 6) en principe un bloc de culasse et une articulation coudée formée de deux tiges reliées en A; l’une de ces tiges est fixée à une de ses extrémités à un point fixe, l’autre tige est attachée à la culasse. Celle-ci au départ du coup tend à reculer, mais le pivot coudé,, sollicité •dans une direction très voisine de celle de sa branche inférieure, ne suit le mouvement de la culasse qu’avec un certain retard, suffisant pour que la balle ait le temps de sortir du canon de l’arme. La culasse prend alors la position indiquée figure 2 ; la culasse est ouverte.
- Les figures 7 et 8 montrent les parties principales de l’arme, le dessin supérieur représente la mitrailleuse avant le départ du coup, le dessin infé-
- rieur après le départ du coup, la culasse ouverte.
- A l’intérieur du couvercle qui protège tout le mécanisme se trouve un réservoir à huile, muni à sa partie inférieure d’une petite pompe qui refoule l’huile dans le mécanisme et la chambre de la cartouche. Cette pompe est actionnée par le bloc de culasse lui-même. Quant au refroidissement du canon comme dans la mitrailleuse Maxim, il est assuré par une chemise d’eau munie d’un dispositif d’échappement de la vapeur,
- La mitrailleuse Schwarzlose pèse 17,5 kg et son affût trépied 18,5 kg; elle est adoptée à peu près exclusivement par l’Autriche-Hongrie depuis 1908. Cette arme utilise des bandes souples comme la mitrailleuse Maxim.
- Les mitrailleuses à emprunt de gaz sont assez nombreuses et, comme les mitrailleuses en service dans l’armée française sont de ce type, nous allons en décrire deux modèles en détail : la mitrailleuse Lewis, assez peu connue, et la mitrailleuse Holchkiss, très répandue et dont l’inventeur Benjamin Berkely Hotch-ldss, américain établi en France en 1870, fit les premiers essais en 1894, longtemps avant la réalisation des mitrailleuses françaises (1902-1907). Dans toutes ces armes le refroidissement est obtenu par rayonnement, le canon étant entouré d’un radiateur métallique.
- La mitrailleuse Lewis (fig. 9) se compose d’un canon de fusil entouré d’une enveloppe tubulaire en aluminium rayée, dans toute sa longueur et sa circon.-férence, de larges nervures longitudinales. Autour de ce radiateur une enveloppe tubulaire d’acier a été fixée dont l’embouchure en se rétrécissant aboutit
- Cu/asse
- Fig. 6. — Mitrailleuse Schwarzlose. Principe du mécanisme.
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- 278 £== LES DIVERS SYSTÈMES DE MITRAILLEUSES ÉTRANGÈRES
- dispositif de visée
- dispositif d’échappement de la vapeur ^
- couvercle
- ressort d’armement
- plateau porte percuteur
- bloc de culasse
- articulation extérieure dèfa culasse réservoir à huile
- saillie solidaire du percuteui
- pompe à ! 'huile
- tige de détente
- levier de commande
- Fig. 7 et 8.
- Mitrailleuse Schwarzlose. Coupe longitudinale.
- En haut : ire position du percuteur. — En bas : 2e position du percuteur.
- percuteur
- levier de détente
- au delà de l’orifice du canon. De cette façon les gaz éjectés à chaque décharge aspirent l’air froid à travers les rainures et assurent un bon refroidissement du canon. L’emprunt des gaz se fait latéralement, les ga-z
- de la culasse mobile, fait tourner celle-ci sur elle-même d’un huitième de tour à gauche, puis la disloque et ensuite renvoie directement la culasse mobile à l’arrière. Les extracteurs arrachent la
- passant dans une chambre et de là dans un cylindre à travers un orifice de dimensions réglables à volonté.
- Le fonctionnement de l’appareil est le suivant : mû par la force du ressort principal, agissant par l’intermédiaire d’un pignon denté et d’une crémaillère, la tige de commande se meut en avant et le percuteur frappe la cartouche,. Le premier coup de feu est tiré. L’emprunt de gaz se fait lorsque la balle passe entre l’orifice du canon et le trou à gaz. Sous l’effort de la pression, le piston est poussé vers l’arrière et les différentes opérations suivantes ont alors lieu : le piston, par l’intermédiaire de la crémaillère et du pignon denté, remonte le ressort ; la tige du percuteur, agissant sur le côté de la fente
- Fig. ç. — Mitrailleuse Lewis et son magasin ouvert.
- douille vide, les éjecteurs la projettent à l’extérieur. Tout en même temps une nouvelle cartouche tombe dans la culasse et une griffe, agissant sur les encoches du magasin, le font tourner d’une révolution suffisante pour amener la cartouche suivante en position. A ce moment les gaz s’échappent
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- LES DIVERS SYSTÈMES DE MITRAILLEUSES ÉTRANGÈRES 279.
- Fig. io. — Mitrailleuse portative de cavalerie Hotchkiss.
- électeur boîte de culasse \
- entraîneur et son ressort
- chevalet
- Fig. il.— Mitrailleuse Hotchkiss. Élévation et coupe
- du piston et le mouvement de fermeture se produit alors sous l’action du ressort principal.
- Une des particularités de la mitrailleuse Lewis est la forme de son magasin. Au lieu d’être rectiligne, comme dans tous les autres modèles de mitrailleuses, il est circulaire. Les cartouches sont disposées suivant les rayons d’une circonférence, ou plutôt d’un cylindre et le magasin pivote autour de son axe vertical au cours du
- fonctionnement de l’arme (fig. 9). On a ainsi, sous une forme originale et condensée, 50 cartouches par chargeur. Le poids delà mitrailleuse n’es't que de 12 kg.
- Fig. 12. — Chargeur rigide de la mitrailleuse Hotchkiss.
- Les mitrailleuses Hotchkiss (fig. 10), à emprunt de gaz, sont adoptées par l’armée française concurremment avec les mitrailleuses dites de Saint-Étienne ou de Puteaux. Aussi, pour respecter les ordres imposés à la presse scientifique par la Censure ne les décrirons-nous pas.
- Nous ne parlerons que du fusil mitrailleur Hotchkiss, réduction de la mitrailleuse, très simple de fonctionnement et qui de plus, n’étant pas réglementaire en France, n’a aucune raison d’être tenu secret.
- Le fusil mitrailleur (fig. 11), dont le principe est
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- 280 LES DIVERS SYSTÈMES DE MITRAILLEUSES ÉTRANGÈRES
- Fig. i3. — Mitrailleuse Hotchkiss et son chariot.
- le même que celui de toutes les mitrailleuses à emprunt de gaz, se caractérise par son levier d’armement. Ge levier, en effet, peut tourner autour de son raxe et,-suivant la position dans laquelle on l’immobilise, on a un tir coup par coup, automatique, ou pas de tir du tout (position de sécurité). Dans une troisième position enfin, le levier peut sortir entièrement de l’arme et en permettre ainsi le démontage qui s’effectue complètement sans se servir de tournevis. Sur la frette de prise de gaz se trouve le régulateur muni d’un tambour gradué de 0 à 40. La division 0 (régulateur fermé) correspond à l’action la plus énergique que les gaz puissent communiquer au piston; la division 40, au contraire, correspond au minimum de cette action.
- Enfin, oomme un tir)) prolongé échauffe d’une façon dangereuse le canon de l’arme, celui-ci est conçu de telle sorte qu’en 15 secondes on peut le démonter et le remplacer par le second canon dont sont munies toutes les mitrailleuses à emprunt de gaz.
- Les bandes-chargeurs rigides (fig. 12) sont formées d’une seule pièce en tôle d’acier
- estampée et trempée. Elles contiennent 24 à 50 cartouches suivant le calibre de l’arme. Les cartouches sont maintenues en position par
- 5 rangées d’a- Fig. 14. — L11&
- grafes qui les saisissent au culot, au milieu du corps et à l’étui. Une rangée de tessons levés dans la bande appuie en plus sur les culots des cartouches et les empêche de reculer.
- On peut aussi, avec ces mitrailleuses, tirer des bandes souples contenant 250 cartouches ; la bande est alors enroulée sur un tambour placé sur le côté de l’arme.
- Ces mitrailleuses portatives conviennent particulièrement bien pour l’armement des avions, car elles sont très légères et très robustes à la fois.
- Tels sont, très rapidement esquissés, les principaux types de mitrailleuses réalisés. Les résultats acquis sont-ils entièrement satisfaisants ? Nous ne le pensons pas.
- De quelque modèle qu’elle soit, la mitrailleuse reste un appareil délicat, sujet à de nombreux, à de trop nombreux « incidents de tir » qui, même s’ils ne l’immobilisent que pendant quelques minutes, lui font perdre cependant tout son intérêt militaire. Elle nécessite donc des soins constants, un entretien parfait,
- I des munitions irréprochables et surtout des servants habiles mécaniciens capables de régler rapidement la mécanique ex-trêmement compliquée qu’est ce terrible engin de automitrailleuse. guerre. X.
- Le Gérant : P. Masson.
- lmp. Lahuke, à Paris.
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- LA NATURE. — N” 2170.
- 1er MAI 1915.
- LES PROJECTEURS DANS LA GUERRE SUR TERRE
- La guerre de rase, de surprise, d’embuscades à laquelle nous sommes mêlés depuis neuf mois, a nécessité un changement complet non seulement des méthodes de combat, mais aussi du matériel militaire.
- On avait, certes, dès le temps de paix, prévu que les combats ne cesseraient pas avec la clarté du jour, mais on n’avait pas pensé, très certainement, que les attaques de nuit seraient si nombreuses, si répétées et que, par suite de la guerre de tranchées, ce serait la nuit seulement que les soldats pourraient manœuvrer, renforcer les lignes, aménager de nouveaux ouvrages, ou engager le combat.
- Aussi le matériel prévu de projecteurs et de fusées éclairantes, s’est-il rapidement trouvé imuf-fîsant et, là comme ailleurs, il a fallu en créer un nouveau répondant à des exigences nouvelles.
- Quelles sont d’abord ces exigences? Pour les troupes en campagne, il faut pouvoir, à un moment quelconque,, produire un éclairage violent. La constitution d’un matériel de projecteurs essentiellement mobiles a donc été décidée : ce sont les auto-projecteurs déjà si popularisés par l’image. Ces engins peuvent se transporter rapidement d’un point à un autre, remplir leur mission et se retirer avant d’avoir pu être repérés par l’artillerie ennemie (fig. 1).
- Pour un service moins mobile, on se sert de projecteurs Iransportables de plus grande puissance. Nous décrirons, comme exemple, l’un des nombreux types en service : celui, par exemple, des constructeurs Barbier, Bénard et Turenne (fig. 2 et 5).
- L’ensemble d’un appareil est constitué par un camion automobile, dont la plate-forme supporte le projecteur installé sur un chariot à quatre roues à avant-train articulé, qu’il est facile de descendre jusqu’au sol en le faisant rouler sur un plan incliné, la traction étant opérée par un treuil. Le moteur à pétrole actionnant les roues du camion peut commander une dynamo, dont le courant est destiné à alimenter la lampe à.arc du projecteur, par l’intermédiaire d’un câble de 250 mètres de longueur enroulé au repos sur un dévidoir, ce qui permet d’éloigner de celte distance le projecteur du camion si c’est nécessaire. L’appareil peut être ainsi manœuvré, soit sur place, soit à distance ; un poste de commande portatif, pesant à peine 4 kilogrammes, comprend les commutateurs nécessaires et peut être emporté au point voulu.
- Le tambour de tôle constituant le générateur de lumière, construit selon des données nouvelles, contient une puissante lampe à arc, dont les charbons sont disposés horizontalement, le point lumineux étant ramené constamment au foyer du réflecteur parabolique par un ‘mécanisme électromagnétique. Le recul des charbons pour l’allumage
- Fig. i. — Projecteur monté sur un mât extensible.
- 43* Année. — 1" Semestre*
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- 282 =....— LES PROJECTEURS DANS LA GUERRE SUR TERREr
- est assuré par un ressort. Le réglage de l’écartement des charbons et leur centrage peuvent aussi s’effectuer à la main, à l’aide d’un petit volant disposé à l’arrière du tambour. Le diamètre du miroir réflecteur est de 90 centimètres; le profil
- d’inclinaison est produit en faisant tourner le lamboiir, avec ses tourillons, dans deux paliers fixes de support. Ces différents mouvements peuvent être réalisés à l’aide du poste de commande. On a constaté que, pour qu’un observateur puisse
- Fig. 2. — Un transport automobile de projecteur.
- r'•
- i
- Fig. 3. — Chariot automobile transportant un projecteur.
- de cette pièce comporte le perfectionnement récent connu sous le nom de « miroir segmenté », qui présente nombre d’avantages pour un appareil sujet à subir des avaries comme l’est un instrument exclusivement militaire.
- Les mouvements d’orientation du projecteur sont obtenus par la rotation du tambour autour d’un axe vertical agencé dans le socle; le mouvement
- distinguer nettement les objets sur lesquels le faisceau lumineux est dirigé, il faut que cet observateur se trouve placé sur le côté du projecteur, à 100 ou 200 mètres de celui-ci. S’il est nécessaire de déplacer la direction du faisceau éclairant, l’observateur envoie, à l’aide des commutateurs du poste de commande à distance qu’il a emporté avec lui, un courant dans les deux petits moteurs placés
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- LES PROJECTEURS DANS LA GUERRE SUR TERRE —. 283
- dans le socle de l’appareil et qui déterminent les mouvements en hauteur et en direction voulus.
- Le moteur du camion est un quatre-cylindrcs de 50 chevaux, disposé à la manière ordinaire sous un capot à l’avant du véhicule.
- À la suite du capot se trouve un siège principal contre lequel sont adossés les coffres et les dévidoirs, puis vient la plate-forme qui reçoit le chariot du projecteur avec un porte-à-faux assez réduit. Le régime normal du moteur correspondant à celui de la dynamo est de 1100 tours par minute. Les essieux porteurs, très rohu s te s, sont en acier doux, avec fusées lisses; les roues sont en bois d’acacia cerclées en acier avec pavés de caoutchouc ou bandes pleines.
- Il existe encore un autre dispositif, dans lequel le projecteur, monté sur affût, est accroché derrière une voiture automobile, qui, séparée de cet affût, peut être utilisée pour un service d’état-major.
- Enfin ce projecteur peut être accroché derrière un avant-train à timon, attelé comme les véhicules d’artillerie. Une seconde voiture, attelée de même, est le camion portant l’usine génératrice d’électricité. : moteur dynamo et dévidoir recevant le cable qui porte le courant à la lampe. ^
- Dans les postes fixes, aux alentours des places fortes, dans les pays accidentés, il faut que le projecteur soit placé sur une éminence lui donnant un champ d’action suffisant. La maison Harlé (voir figures 1 et 4) a construit tout récemment un appareil fort remarquable et unique dans son genre. Le projecteur est isolé; à 100 m. de lui se trouve le générateur d’électricité, à 100 m. aussi, se place l’observateur. L’ensemble est représenté figure 1. Il se compose d'un élévateur électropneumatique muni de roues et attelé comme une remorque derrière l’automobile qui porte l’en-
- semble électrogène et le projecteur de 90 cm de diamètre.
- L’élévateur est constitué par un tube télescopique dont l’extension est obtenue par de l’air comprimé. L’air comprimé est produit par un compresseur actionné électriquement, fixé à la partie inférieure du tube.
- Le foyer lumineux du projecteur se trouve ainsi élevé à 11 m. 50 au-dessus du sol.
- Le projecteur est porté par une plate-forme à laquelle l’opérateur, en cas de besoin, a accès par
- une échelle de corde.
- Le fonctionnement de la lampe est automatique. Tous les mouvements de direction, horizontaux et verticaux, sont commandés du sol, au moyen d’un poste de commande portatif, relié à l’appareil par un câble de 100 m. de longueur, de manière à permettre à l’observateur de s’éloigner du projecteur.
- Au poste d’observation, la visée sur le point à observer se fait au mojen d’une jumelle, dont l’axe optique est parai!élisé avec Taxe optique du projecteur. Ce parallélisme est maintenu pendant l’opération par un asservissement électrique, le telle sorte que le faisceau du projecteur est toujours dans le champ optique de la jumelle, éclairant l’objet visé.
- Jusqu’à une époque récente, les projecteurs n’ont été employés qu’horizontalement ou suivant une Faible inclinaison. L’apparition des aéronefs a obligé les projecteurs à opérer verticalement vers le haut ou vers le bas. L’appareil a une forme extérieure rappelant celle des autres types de projecteurs et cependant il a fallu, pour le réaliser, vaincre un certain nombre de difficultés que l’on comprendra facilement, lorsque nous aurons donné le principe sommaire des projecteurs.
- Un projecteur se compose essentiellement d’une
- Fig. 4. — Projecteur orienté verticalement pour fouiller le ciel.
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- LES PROJECTEURS DANS LA GUERRE SUR TERRE
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- source de grande luminosité et de petites dimensions. Une source ponctuelle serait l’idéal théorique, mais au point de vue pratique l’exploration d’une région donnée à l’aide d’un pinceau très mince serait irréalisable. La source lumineuse est un arc électrique placé au foyer d’un miroir; le cratère positif, qui émet le plus de lumière, est le plus intéressant et c’est lui que des dispositifs de réglage très ingénieux maintiennent au foyer.
- Pour obtenir un faisceau lumineux parallèle, on se sert d’un miroir parabolique (on sait en effet que tous les rayons lumineux issus du foyer d’un paraboloïde de révolution s’infléchissent en donnant un faisceau de rayons parallèles). Des machines spéciales permettent actuellement d’arriver à ce résultat.
- Quant à la portée d’un projecteur, elle dépend d’un nombre considérable de facteurs. D’abord l’état de l’atmosphère.
- Sans entrer dans les théories plus ou moins acceptables émises à ce sujet, disons simpl ement qu’en temps normal, un projecteur utilisant un courant de 150 ampères peut porter jusqu’à 9000 mètres. Mais ce n’est pas tout que d’avoir un projecteur envoyant des rayons lumineux, il faut encore qu’il rende visible les objets qu’il éclaire.
- Or, la visibilité dépend beaucoup des contrastes. Ainsi un homme habillé en gris clair ou même en bleu est vu à une distance bien plus grande qu’un homme habillé en noir ; par exemple, avec une puissance lumineuse de 8000 bougies, on a trouvé les distances de 350 m., 180 m., 125 m. C’est que, dans la nuit, le fond du paysage reste obscur et l’objet éclairé se détache sensiblement sur fond noir (sauf s’il est très près
- d’un mur), tandis que, pendant le jour, tout le fond du paysage est éclairé plus ou moins fortement.
- Si l’on applique cette remarque aux uniformes de l’infanterie, on voit que les draps gris bleu, qui donnant un minimum de visibilité pendant le jour, sont bien moins favorables pour la nuit que des draps brun ou bleu foncé, surtout si les projections sont faites par lumière électrique, plus riche en rayons bleus et violets que les autres
- lumières artificielles.
- Les lumières monochromatiques donnent, par suite des défauts de correction de l’œil, une acuité visuelle supérieure aux lumières mélangées aux lumières p oly chroma tiques.
- A ce point de vue, les projecteurs à miroirs dorés, qui con-jerveut la partie la plus uiile des rayonslumiueux, tout en réduisant considérable-ment les rayons très réfrangibles, favorisent la visibilité.
- Il importe d’ailleurs, pour augmenter les contrastes des ombres des objets éclairés, que la direction de visée des observateurs fasse un angle aussi grand que possible avec la direction du faisceau lumineux.
- Cette condition est également favorable pour réduire l’éclairement latéral de la rétine, qui a une influence défavorable.
- On voit combien sont multiples les facteurs qui interviennent dans la déterminalion de la portée utile des projecteurs. Aussi leur construction est-elle très délicate mais, comme on l’a pu voir, lors lu raid des Zeppelins sur Paris, nous n’avons rien à craindre et, si haut qu’ils soient dans le ciel, nos ennemis y seront toujours repérés grâce à la puissance des projecteurs. X.
- Fig. 5. — Un projecteur russe.
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- LES FRANÇAIS A LEMNOS (1)
- Que l’on veuille bien me pardonner ee souvenir tout personnel; mais, en lisant dans les journaux que l’escadre franco-anglaise allait utiliser l'ilc de Lemnos pour ses opérations contre les Dardanelles (1 2), je me suis senti soudain reporté de vingt ans en arrière, au temps où je courais cette petite île turque en tous sens pour en dresser la carte géologique. Ce n’est pas un pays aimable que
- mer sans un port. Thasos, qui est déjà loin, ne possède que des ports médiocres. Restent seulement- Mytilène et Lemnos, dont les côtes découpées offrent des rades magnifiques, connues et fréquentées depuis longtemps par la flotte anglaise.
- Mytilène eût été l’idéal. Cette île peuplée, commerçante, prospère, pleine de ressources, possède deux rades magnifiques. Le port Kalloni au Sud, où l’on entre par un étroit goulet, a 20 kilomètres de profondeur sur 7 à 10 de large avec des profondeurs d’eau qui, sur un large espace, se maintiennent entre 10 et 20 m. Le port lero, au Sud-Ouest, fermé par un goulet plus long et plus étroit, offre des profondeurs d’eau analogues. Enfin tout le canal de 15 à 20 km de large qui contourne Mytilène à l’Est et sur lequel se branche le golfe d’Adramyti, forme lui-même un abri en eau généralement calme, à peu de distance de Smyrne et en face des côtes peuplées aux populations helléniques, où sont l’antique Phocée et Myrina (célèbre par ses statuettes grecques), Aivali et Adramiti. La démission de M. Yenizclos et les
- Fig. i. — Vue prise à l’Ouest de
- l’Hagios Pavlos sur la baie de Kondia {Lemnos).
- Lemnos. Rien là de comparable avec la riante Mytilène, avec l’ombreuse Thasos. Un rocher nu sans arbres et presque sans cultures. Pendant cette exploration de 1894, j’ai du m’y nourrir à peu près exclusivement de raisins, de pastèques, de fromage de brebis et de quelques conserves apportées en prévision. Souvent je ne trouvais même pas de pain. Nos soldats, s’ils sont amenés à y séjourner tant soit peu, y rencontreront peu de distractions. Mais la position stratégique de Lemnos est importante et attire aussitôt l’attention.
- Quand on regarde une carte de l’Archipel et cette poussière d’îles qui sème la mer Egée, on voit de suite qu’à proximité des Dardanelles le nombre des stations navales où nous pouvions nous installer est assez restreint. Ténédos est un îlot. Imbros et Samothrace sont des montagnes émergeant de la
- 1. Je rappelle que La Nature a donné (n® 2155, 2 janvier 1915) un article avec carte sur la défense des Dardanelles.
- 2. Officiellement, on a annoncé le 9 avril que le corps de débarquement du général d’Amade, rendu en Orient dès le 15 mars, allait, jusqu’à nouvel ordre, séjourner aux environs d’Alexandrie.
- Fig. 2. — Entrée de la baie de Kastro.
- hésitations dernières de la Grèce ne nous ont pas permis de nous installer à Mytilène aussi complètement que nous l’avions pensé d’abord ; car Mytilène, que j’ai connue turque, est, depuis la dernière guerre balkanique, devenue un pays grec. Mais, avec de la bonne volonté, la difficulté diplomatique disparaissait pour Lemnos, dont la nationalité est restée mal définie, bien qu’elle doive à tous égards appartenir à la Grèce et Lemnos possède également une fort belle rade sur la côte Sud, celle de Moudros entre les monts Phako et Parathis, où tout un avant-port a même des profondeurs notablement supérieures à celles de Mytilène, 50 à 40 m. d’eau, tandis que la partie la plus enfoncée, semée de rochers, s’abaisse à 8 ou 10 m. Dans cette rade, on est exactement à 80 km de l’entrée des Dardanelles : à portée, par
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- LES FRANÇAIS A LEMNOS
- conséquent, pour toutes les nécessités. Au moment où j’ai visité le pays, une dizaine de cuirassés anglais s’y tenaient à l’ancre, comme ils le font en 1915.
- Chacune des îles de l’Archipel a sa physionomie propre qui tient à sa constitution géologique. Celle de Lemnos est déterminée par l’abondance des roches volcaniques, des trachytes et des andésites, alternant avec des terrains jaunes de grès et de schistes tertiaires appartenant à ces formations qui constituent, bien loin de là, la plus grande partie des Carpathes et que l’on appelle le flysch. Ce sont ces pitons volcaniques aux parois déchiquetées el abruptes, aux blocs entassés en désordre, aux saillies hérissées sortant d’une terre nue, qui donnent à Lemnos son aspect aride et désolé. Ce sont eux aussi, sans doute, qui ont donné lieu aux légendes d’après lesquelles ce fut ici qu’Héphaistos, le Vul-cain Romain, tomba du ciel en se brisant la jambe et installa sa forge.
- C’est également parmi ces rochers que, sur le conseil d’Ulysse, on relégua Philoctète blessé et pris de la gangrène au siège de Troie; et c’est là qu’il poussa tant de « Apapai, heu, heu ! » gémissants dont se sont réjouies des générations d’écoliers en traduisant Sophocle. A Lemnos enfin, dans un temps où l’ile était plus florissante qu’aujourd’hui, s’arrêtèrent deux ans les Argonautes retenus par les séductions des Lemnien-nes, au moment où ils partaient comme nos marins pour franchir les Dardanelles et aller conquérir la Toison d’or.
- Je ne reviens pas sur une description complète de l’ile que j’ai donnée autrefois dans mes « Grecs de Turquie ». Quelques mots seulement sur ses particularités principales.
- Lemnos forme un rectangle allongé dans le sens Est-Ouest de 30 km sur 20. Les habitants sont au nombre d’environ 25 000, presque tous Grecs. La capitale de l’ile, si l’on peut employer ce nom pompeux p our un simple village, s’appelle « la Forte resse » ou Kaslro et se trouve sur la côte Ouest; c’est l’antique Myrina qui compte encore 3000 habitants (fig. 2). Les deux villes antiques de Moudros et de Kondopouli (antique Hephastia) subsistent à l’Est mais réduites à d’humbles bourgades (1200 habitants à Moudros). Une quarantaine d’autres agglomé-
- Fig. 3. — Femmes grecques à la jontaine dans le village de Katalogos.
- rations, composées de quelques maisons basses et de très nombreux moulins à vent alignés sur la crête des collines, sèment le reste de l’ile (fig. 5).
- Des montagnes peu élevées, des pitons qui portent des noms de saints, et que dominent souvent une chapelle ou un couvent, se dressent surtout dans l’Ouest : l’Hagios Pavlos à 550 m. (fig. 1), l’Hagios Elias à 577 m., l’Hagios Athanasios au-dessus de Kastro à 565 m., un autre Hagios Elias à 250 m.
- Le mont Panagia (La Vierge) dans l’Est atteint seulement 275 m. Le mont Phako, qui lui fait pendant de l’autre côté de la rade de Moudros, monte à 568. Sur ces hauteurs assez faibles le vent souffle presque toujours avec violence.
- J'ai dit que les habitants de Lemnos étaient Grecs. Ce sont souvent des gens très industrieux qui s’expatrient nombreux (surtout en Égypte), mais qui reviennent fidèlement, après fortune faite, finir leurs jours dans leur ingrat pays qu’ils aiment par-dessus tout. C’est grâce aux dons de ces enrichis que l’on voit, dans certains villages, se dresser de magnifiques églises aux parois marmoréennes. Au temps de la domination ottomane, Lemnos était aussi fréquemment un lieu d’exil pour des pachas qui avaient cessé de plaire, mais que l’on n’avait pas encore cru nécessaire de suicider.
- Les paysans de l’île cultivent des vignes, quelques céréales et un peu de coton ; mais ce sont surtout des bergers et c’est à leurs 40 000 moutons et chèvres que l’on attribue l’extraordinaire aridité actuelle de Lemnos; car Lemnos fut autrefois, historiquement, un pays riche et verdoyant, où la vie passait pour agréable. Sans remonter jusqu’aux Argonautes, vers la fin du xvme siècle encore, Villoison, le compagnon de Choiseul-Gouffier, déclarait que Lemnos était la seule île de l’Archipel où il eût vu rouler des voitures.
- On s’imagine mal aujourd'hui une route de voitures ombragée de platanes séculaires dans un pays où il ne reste ni un buisson, ni un chemin praticable autrement que pour des mulets. Il y avait cependant, lors de mon passage à Lemnos, un charmant ingénieur des Ponts et Chaussées grec (sujet ottoman), par lequel-je fus reçu avec
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- RUPTURE D’UNE GRUE FLOTTANTE .......... 287
- l’aimable hospitalité que l’on rencontre partout en pays hellène. Malgré de longs efforts, je n’ai jamais réussi à me représenter quelle pouvait être sa tâche exacte. Mais les Turcs ont toujours pratiqué l’art, si abondamment appliqué par leurs maîtres allemands, de ce qu’on appelle le bluff et, tant que les îles de l’Archipel sont restées turques, on a pu y rencontrer un peu partout des ingénieurs vaguement occupés ainsi à dresser des plans, dont le but principal était de permettre au a moutessa-rif » l’extirpation de quelque impôt spécial destiné à remplir ses propres poches. Ces pauvres Grecs de Turquie, maintenant libérés de ce joug honteux, doivent avoir l’impression de renaître enfin à la
- vie. Et, comme les alliés ont contribué pour la plus grande part à leur résurrection, je m’imagine volontiers avec quelle joie, quand l’occasion leur en est offerle, ils doivent accueillir nos soldats, malgré les hésitations d’un souverain rattaché par ses liens de parenléà l’Allemagne. Je me représente également, aux jours de deuil, de quel cœur ils doivent prendre part à la belle scène antique qu’on nous peignait hier, lors que les marins du Bouvet périrent dans une glorieuse aventure : toutes les femmes grecques de Gallipoli sur le rivage, jetant des fleurs dans la mer et faisant fumer de l’encens en répandant des pleurs et des prières sur ces morts inconnus, mais aimés. L. De Laüjüay.
- RUPTURE D’UNE GRUE FLOTTANTE DE CONSTRUCTION ALLEMANDE
- Depuis plusieurs années, malgré l’opinion contraire de personnes compétentes et connaissant bien la question, on ne cessait de prôner la supériorité des ingénieurs et des z
- constructeurs aile- Vue en élévation de mands. Cette opinion, la Srue fiotlante. qui avait cours dans beaucoup de pays.de l’Europe, avait même gagné l’Amérique. Aussi croyons-nous utile de signaler, d’après Engineering auquel nousem-pruntons ces renseignements, un fait qui s’est produit récemment aux États-Unis et qui montrera combien il faut rabattre de cette opinion.
- Vers la lin de Tannée 1912, la Commission du canal de Panama décidait de faire construire deux grues flottantes très puissantes. Ces grues devaient pouvoir débarquer ou embarquer dans des navires de guerre de très grosses pièces, ainsi que les canons-de gros calibre destinés aux fortifications.
- Elles devaient également servir à la marine marchande. Dans ces conditions la Commission décidait que chacune de ces grues flottantes aurait une puissance de 250 tonnes. Elle demanda alors des soumissions à différentes maisons de construction américaines et étrangères. Quatre firent des propositions : une maison allemande, une maison hollandaise, une maison anglaise et une maison américaine. Après examen de ces différentes soumissions, la Commission décidait d’accepter la pro-
- position de la Deutsche Maschinen Fabrick A. G. de Duisburg pour la somme de 4 101 750 fr. Le délai de livraison était fixé à 580 jours. La Commission, pour justifier sa décision, ajoutait que le prix demandé par l’usine allemande était de beaucoup inférieur à celui des autres concurrents et que l’expérience, les puissants moyens d’exécution dont elle disposait et l’excellente réputation dont elle jouissait étaient une garantie plus que suffisante pour accepter ses propositions.
- La grue en question est une grue flottante rotative (fig. 1) qui repose sur un ponton très solide de 45m. 75 de longueur, 26 m. 84 de largeur et de 4m. 70 de creux. A l’intérieur de ce ponton se trouve une chaudière alimentant une machine à vapeur qui actionne les dynamos fournissant le courant aux moteurs de la grue. Celle-ci qui, commenous l’avons dit, est rotative, se compose d’une pyramide métallique triangulaire fixée au ponton. Cette dernièrefest entourée d’une carcasse également métallique qui lui est suspendue à sa partie supérieure et supporte le bras de la grue. A la base de cette enveloppe métallique sont disposés des galets pouvant rouler sur un chemin circulaire fixé à la base de la pyramide métallique triangulaire. Le bras de la grue, qui est mobile autour de pivots fixés à la partie supérieure de l’enveloppe métallique, est monté ou abaissé au moyen de tiges
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- RUPTURE D'UNE GRUE FLOTTANTE
- métalliques placées à l’arrière et actionnées par des vis disposées dans la cabine de manœuvre qui contient également tous les appareils nécessaires pour la manœuvre des poids ainsi que ceux destinés à opérer la rotation de la grue.
- Les conditions à remplir étaient les suivantes. La grue devait soulever un poids de 100 tonnes à la distance de 34 m. 20 de l’axe de rotation, un poids de 150 tonnes à une distance de 29 m. 89 et, enfin, un poids de 250 tonnes à une distance de 18 m. 30. Le poids de 250 tonnes devait être monté ou abaissé avec une vitesse de 1 m. 07 par minute.
- Ces deux grues portent le nom A’Ajax et d'Hercule.
- Les pontons ont été construits en Allemagne à
- devant être fait avec une charge de 20 p. 100 supérieure à cette normale maximum, il fallait, pour obtenir ce résultat, soulever un poids de 302 t. 4 à la distance de 20 m. 13 de l’axe de la grue.
- Pour procéder à l’essai, on chargea la grue de poids progressivement croissants et, au moment où à la distance de 20 m. 13 on soulevait un poids de 120 tonnes, la grue se rompit, comme le montre la figure 2, c’est-à-dire sous une charge représentant les 4/10 du poids prescrit. Les montants À (fig. 1) s’étaient brisés et avaient entraîné ’ la chute de la partie avant du bras de grue. Il n’est pas douteux que cette rupture des montants A résulte d’efforts excentriques dont les constructeurs n’ont pas tenu compte. Ces deux montants, sauf à
- Fig. 2. — Photographie de la grue après l’accident.
- Emden et la partie métallique de la grue à Benrath. Cette dernière partie a été ensuite envoyée à Emden pour y être embarquée.
- Les pontons entièrement terminés avec l’infrastructure de la grue, c’est-à-dire la pyramide triangulaire et son enveloppe métallique, furent remorqués à Colon par une Compagnie hollandaise. La durée du passage, par suite du mauvais temps qui obligea de relâcher à Falmouth, fut, pour 1 ’Ajax, de 74 jours. Pour l'Hercule, cette durée un peu moindre, fut de 55 jours.
- Les bras de grue, dont la longueur était de 42 m. 70 et qui pesaient environ 165 tonnes, ont été transportés séparément.
- Le montage définitif des grues ayant été terminé à Gatun, on procéda aux essais en commençant par 1 ’Ajax. D’après les stipulations du contrat, l’essai
- leur partie inférieure, n’étant aucunement entretoisés, toute pression latérale, soit due au vent, soit à un défaut de montage ou à toute autre cause, est suffisante pour transformer des efforts de compression que pouvaient seuls supporter ces montants en efforts excentriques amenant le flambage des pièces. Il n’est pas douteux, non plus, que cet inconvénient eût pu être évité par un entretoisement de ces montants au moyen de diagonales et d’un tirant à la partie supérieure.
- Cet accident n’a heureusement causé aucun accident de personne, mais la réparation de la grue nécessitera une dépense qu’on estime à 600000 fr. et qui ne pourra être terminée que dans quelques mois.
- Quant à la grue Hercule l’essai en a été remis à une date ultérieure. Boureuil.
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- LES MOTEURS DES NAVIRES DE LA MARINE MARCHANDE ANGLAISE
- Le Lloyd’s Register anglais a publié récemment son rapport annuel pour 1914. Outre des renseignements généraux sur la composition de la flotte marchande, ce document s’étend longuement sur les moteurs employés pour la propulsion de ces navires et sur la tendance actuelle des constructeurs anglais pour le choix de ces moteurs. Nous résumerons brièvement celte partie du rapport.
- Au point de vue des moteurs à vapeur, le rapport constate l’accroissement du nombre de navires munis de turbines avec réducteur de vitesse à engrenages Parsons (Y.La Nature, n°1587). Il constate également l’économie résultant de l’emploi de ce réducteur de vitesse qui, grâce à l’appareil étudié par Parsons et permettant une taille parfaite des engrenages, supprime totalement le bruit produit par ceux-ci pendant la marche et qu’on reprochait, au début, à ce type de turbine.
- Pendant l’année 1914, 23 navires ont été munis de ce mode de propulsion.
- Pendant cette même année on a construit 6 navires munis de turbines actionnant directement les hélices et 6 autres navires munis de machines à triple expansion associées avec une turbine à basse pression recevant la vapeur d’échappement des moteurs alternatifs. Malgré les avantages incontestables de ce type de moteur sur le précédent, tant au point de vue économique qu’au point de vue des variations de puissance et des facilités de manœuvre, la turbine avec réducteur de vitesse Parsons, ainsi que le constate le rapport, est le type de moteur à vapeur qui, pour le moment, a la préférence des constructeurs anglais.
- Au point de vue des moteurs à combustion interne, le • rapport constate qu’il y a actuellement en service, en Angleterre, 27 navires munis de moteurs Diesel dont la puissance totale est d’environ 50 000 chevaux et 20 en construction. Trente-six autres navires également munis de moteurs à combustion interne, mais non du système Diesel, sont en service et plusieurs autres en construction.
- La Compagnie East asiatic qui, pour la propulsion de ses navires, donne la préférence aux moteurs Diesel, emploie, surtout, les moteurs à 4 temps du type Bur-meister et Wain, construits, soit à Copenhague dans les ateliers de ces derniers, soit dans ceux de MM. Ilarland et Wolff, de Glasgow. A ce propos, le rapport signale le fait suivant. Le premier navire de cette compagnie, le Salandia, construit en 191T, avait, pour chaque arbre d’hélice, un moteur Diesel à 8 cylindres de 530 mm de diamètre et et de 730 mm de course développant une puissance de 1250 chevaux, soit 156 chevaux indiqués par cylindre, tandis que le Fionia, terminé en mars 1914, est muni, pour chaque arbre d'hélice, d’un moteur Diesel à 6 cylindres de 740 mm de diamètre et de 1100 mm de course développant une puissance indiquée de 2000 chevaux, soit 333 chevaux par cylindre. Ces cylindres sont les plus grands employés jusqu’ici pour les moteurs Diesel de la marine marchande.
- Plusieurs navires de 5000 à 8000 tonnes, munis de moteurs Diesel sont actuellement en cours de construction sur la Clyde, dont quatre ont été commandés par des armateurs anglais.
- NOS GRANDES INDUSTRIES DU NORD
- La région du Nord et du Pas-de-Calais, sur laquelle portent encore les méfaits de l’occupation allemande, est une des plus travailleuses, des plus peuplées et des plus riches que possède la France. Une étude d’ensemble sur les principales industries qui se trouvent ainsi atteintes ne présentera pas seulement un intérêt d’actualité, mais sera aussi une occasion de grouper, dans une série d’articles, des manifestations économiques et industrielles, très diverses en apparence, dont les liens réciproques et les rapports d’origine naturels apparaîtront mieux par ce rapprochement. Pourquoi, en effet, ces pays ont-ils atteint ce haut degré de prospérité, en laissant de côté momentanément l’initiative humaine et les mérites du caractère flamand qui ont bien eu leur part dans le succès? Avant tout, parce que le sous-sol profond y renferme la houille, tandis que le sol plus superficiel, formé de terrains crétacés ou tertiaires, est propre à la culture de la betterave, des céréales, des graines oléagineuses, du lin. Cette superposition géologique est l’origine première d’une telle richesse. Joignez à cela les facilités d’un pays plat, coupé de canaux, sillonné de chemins de fer, assez proche de la mer pour tirer directement de l’étranger les produits qui lui manquent, et vous comprendrez comment se sont constituées, dans une
- poussée rapide qui rappelle la croissance des villes américaines, ces agglomérations accolées les unes aux autres, par lesquelles la campagne a été progressivement envahie et transformée en une immense cité, dont les arbres cédaient peu à peu la place aux cheminées d’usines.
- La Flandre et le Hainaut, qui prolongent directement et avec des caractères analogues les provinces belges, possèdent une population remarquablement dense. 231 habitants au kilomètre carré, c’est le triple de notre moyenne et, dans la partie la plus vivante, dans la zone houillère, on atteint 400 personnes. On ne saurait citer en France exemple meilleur de l’influence exercée sur l’activité humaine par ce « charbon de pierre » qui, au xYine siècle encore, entrait pour si peu de chose dans les préoccupations de nos aïeux et qui est devenu le conquérant, le dominateur, l’organisateur du monde moderne. Si l’Angleterre d’abord, si l’Allemagne ensuite, ont pris, au cours du dernier siècle, le développement que l’on sait, c’est, avant tout, grâce à l’abondance de cette précieuse substance minérale qui a joué pour elles le rôle d’une pierre philosophale; et l’Allemagne, en particulier, malgré bien des préjugés contraires, lui doit, beaucoup plus qu’à ses cuirassés et à ses canons, cette extension trop rapide de son indus-
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- trie, de son commerce et de sa fortune, par laquelle elle a été si malheureusement grisée. L’étude de nos pays du Nord va nous montrer ce que peut devenir une région française quand elle possède la houille. Et je voudrais que, de ce travail, il se dégageât une conclusion, avec laquelle, il est important, il est essentiel que les esprits se familiarisent peu à peu ; car, à elle, me paraît lié tout l’avenir de notre pays. Si les départements du Nord et du Pas-de-Calais sont de puissants pays houillers, le reste de la France, tellement favorisé à tant d’autres égards, a souffert, dans ces dernier s temps, d’une cruelle disette de houille qui
- menaçait de s’aggraver chaque année. Aujourd’hui, un tel état de choses peut et doit cesser. Il suflit peut-être que l’attention soit suffisamment attirée sur lui. L’Allemagne, en commençant la guerre, voulait nous prendre cette merveilleuse réserve déminerai' de fer, qui peut faire de nous les maîtres de la sidérurgie européenne. A nous aujourd’hui de lui prendre une partie de ce charbon qu’elle possède en surabondance. Ce devrait être là notre a delenda Carthago », la nécessité vitale à signaler avec insistance, pour que, d’une façon ou d’une autre à trouver par nos diplomates, les traités futurs arrivent à la satisfaire. L. De Launay.
- I
- LA FABRICATION DU SUCRE PENDANT LA GUERRE
- La campagne sucrière 1914-1915 vient de s’achever. Le moment semble donc opportun pour décrire cette industrie agricole, peu connue du public malgré son importance économique, et examiner les perturbations qu’elle a subies du fait des hostilités.
- D’abord l’invasion d’une partie de notre territoire a arrêté les deux tiers des 208 sucreries qui fonctionnaient en France, l’an dernier, car la plupart se trouvaient précisément dans la région du Nord. Si bien que 70 d’entre elles ont pu marcher pendant la guerre, soit dans les départements français qui n’avaient pas subi la souillure allemande, soit dans les localités réoccupées, dès l’automne, par nos troupes. On remit ces usines en activité non sans peine, la main-d’œuvre la plus vigoureuse manquant par suite de la mobilisation générale et étant très difficile à remplacer. La fabrication du sucre exige, en effet, des spécialistes. On ne transforme pas du jour au lendemain un terrassier ou un manœuvre quelconque en ouvrier cuiseur, car-bouateur, diffuseur, etc.
- Sans compter que le Gouvernement français ayant réquisitionné tout le stock de charbon disponible, les directeurs de sucreries s’en approvisionnèrent péniblement. Après accord avec le Ministère de la guerre, ils purent cependant en faire arriver d’An-leterre, mais ils payèrent 55 à 60 fr. la tonne, qui
- coûtait 24 à 25 fr. en temps normal. Toutes les matières premières nécessaires aux différentes opérations sucrières (coke, huile, acide, etc.) augmentèrent dans la même proportion. Nos ménagères s’expliqueront donc aisément pourquoi le sucre vaut actuellement 1 fr. 25 le kg au détail.
- Cependant, après plusieurs démarches, le syndicat des fabricants obtint, pour la durée de la campagne sucrière, le maintien dans leurs foyers des hommes de la territoriale ou de sa réserve et, grâce à ce personnel technique restreint, les sucreries françaises purent travailler tant bien que mal. Mais elles fabriquèrent seulement 300 000 tonnes, alors qu’en temps ordinaire, la production totale de la France atteint annuellement 750 à 800 000 tonnes.
- Visitons maintenant une de ces usines qui se trouvent groupées dans le Nord et le Nord-Est de notre pays de la manière suivante : Aisne (57), Nord (51), Somme(38), Pas-de-Calais (27), Oise (23), Seine-et-Marne (12), Seine-et-Oise (10), Ardennes (4) et le reste dans divers départements.
- Les betteraves arrachées à la main ou à la machine viennent d’y arriver décolletées, autrement dit débarrassées de leurs feuilles et de la portion de tige attenante à la racine.
- Puis une fois que le chimiste de la sucrerie a déterminé leur pouvoir saccharifère, on les amène à
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- l’atelier de lavage, soit directement du chemin de fer, soit des silos à l’aide de wagonnets ou, mieux, grâce au système hydraulique inventé par l’Autrichien Riedinger et qu’un chimiste de Saint-Quentin, A. Vivien, importa le premier en France. Dans ce dernier cas, le sol où se trouvent entassées les betteraves présente une série de caniveaux en pente, à parois verticales inclinées et dans lesquels un courant d’eau entraîne les racines.
- Tout en cheminant dans cette rigole, elles se débarrassent quelque peu de terre et de cailloux. Mais on doit compléter ce premier nettoyage par des lavages été pierrages méthodiques.
- Nos betteraves lavées et épierrées, il s’agit d’en extraire le sucre. Pour cela, on les découpe en fines lamelles dites « cossettes », dont on retire le jus sucré par la diffusion.
- Une batterie de diffuseurs comprend d’ordinaire de 10 à 16 grandes cuves cylindriques en métal, rangées en cercb s ou sur deux lignes parallèles. Leur capacité varie de 12 à 100 hectolitres. Fermés en bas et en haut par des fonds et couvercles mobiles, ces appareils sont reliés entre eux par des tuyaux de communication, allant de la partie inférieure de l’un deux à la partie supérieure du suivant. Dans son parcours à travers la batterie, l’eau rencontre des cossettes d’une teneur de plus en
- Fig. 3. — Mis2 des « cossettes » dans un diffuseur.
- Déversage automatique des betteraves dans l'usine.
- plus élevée en sucre et s’enrichit en allant du diffuseur de queue au diffuseur .de tête. Dans celui-ci, le jus circule de bas en haut, contrairement à son sens dans les autres unités de la batterie ; il chasse l’air emprisonné par les cossettes et, une fois qu’il les baigne entièrement, le meichage — ainsi se nomme cette opération — se trouve achevé. L’ouvrier ferme alors complètement le couvercle du diffuseur qu’il avait laissé entre-bàillé, puis rétablit la circulation normale du liquide, afin de soutirer le jus riche du diffuseur de tête et d’envoyer de l’eau pure sur l’appareil de queue. Il relie ensuite le diffuseur de tête à celui qu’on vient de charger de cossettes neuves débitées par le coupe-racines et qui devient tête de batterie. Alors, le diffuseur de queue cède ce rôle à l’appareil suivant, puis on l’isole des autres récipients et, en ouvrant la porte de vidange dont il est muni, on évacue les cossettes épuisées, et ainsi de suite.
- Dans les ràperies, le travail se limite à cette extraction des jus, envoyés d’ordinaire par canalisations souterraines à une fabrique centrale, qui purifie ces solutions sucrées étendues, puis les concentre afin d’en retirer les cristaux. Dans d’autres usines, on*exécute toutes les opérations que nécessite la transformation d’une betterave en sucre.
- De toutes manières, râla diffusion succède d’abord une première épuration des jus au moyen de filtres grossiers ou épulpeurs. La partie liltran e de ces appareils se compose de tamis cylindriques et concentriques, à travers les mailles desquels les jus abandonnent les débris de cossettes. On les soum t ensuite à l’action de la chaux et du gaz carbonique pouf en éliminer la îplus grande] partie des substances solubles autres que le sucre. Après quoi, on les filtre à nouveau sur des tissus de coton spéciaux, et on les décolore par l’acide sulfureux.
- Au soriir des diffuseurs, on amène donc les jus sucrés dans les cuves de chaulage, où on les additionne de 2 kg. 5 à o kg de chaux par hectolitre de jus. Les acides phosphorique, oxalique et autres,
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- les bases (magnésie, potasse, soude, etc.) se précipitent, pendant qoe les substances albuminoïdes se décomposent. Mais, à cause de la nature visqueuse du précipité obtenu, il faut carbonater les jus, avant de les filtrer. Le sucrate de chaux, formé au cours du chaulage, se décompose sous l’action de l’acide carbonique en carbonate de chaux insoluble et en sucre.
- L’opération se fait dans de vastes chaudière-, d’environ 75 hectolitres, dans lesquelles le jus arrive à une température de 38° à 40° et s’y mélange avec le gaz carbonique, qu’une pompe refoule par un distributeur en forme de tuyaux percés de trous; des agitateurs le font pénétrer à travers la masse, tandis q u’u n e abondante mousse se forme à la surface du liquide. On empêche le trop grand développement de cette mousse en additionnant les jus d’une petite quantité de corps gras, dont les émousseurs à vapeur ou à palettes complètent l’action. Vers la fin de la carbonatation, on élève la température de la masse à l’aide de serpentins jusqu’à 65°, on ferme la conduite d’amenée
- du gaz, et on continue le chauffage jusqu?à 85°.
- À ce moment, on décante les jus, puis on les envoie dans les filtres-presses. Les jus clarifiés sont introduits ensuite dans des chaudières semblables aux précédentes, sauf qu’elles n’ont pas d’émous-seurs, et dans lesquelles on les soumet à une seconde carbonatation à 90°, pour décomposer le sucrate de chaux formé précédemment et compléter l’épuration. Une fois qu’on juge l’opération achevée, on fait bouillir durant quelques minutes, afin de détruire les bicarbonates et de chasser l’excès d’acide carbonique. On coule ensuite le jus dans un décanteur, et on le refoule avec une pompe dans d’autres filtres-presses, où il abandonne des tourteaux compacts. Pour obtenir un produit d’une
- Fig. 4. — Le moulage en plaquettes.
- appétissante blancheur, il faut filtrer à nouveau les jus de deuxième carbonatation, qui sortent des filtres-presses précédents.
- Les jus filtrés et décolorés sortent, par de petits tuyaux d’évacuation, dans une gouttière horizontale, qui les conduit jusqu’aux chaudières de concentration, que les sucriers ont baptisées du nom de triple-effet, parce que les vapeurs dégagées par i’ébullition des jus dans le premier appareil vont chauffer les liquides renfermés dans le second, et celles du deuxième réchauffent ensuite les jus
- du troisième. Mais, vu la nécessité d’augmenter le travail journalier afin de diminuer les frais généraux, lesfabricantsem-ploient maintenant des chaudières à quadruple, quintuple et sextuple effet, qui permettent, en calculant convenablement les dimensions des caisses, de prélever, sur les vapeurs d’évaporation des jus, la chaleur nécessaire pour réchauffer les liquides des divers postes de la sucrerie. On réalise, de la sorte, une notable économie. En outre, la concentration s’opérant dans le vide, l’évaporation des liquides se trouve facilitée. Sans entrer dans les détails de fonctionnement des appareils à multiple effet, disons que, quand les sirops en sortent, ils marquent de 25° à 30° Baumé. L’évaporation leur a donc enlevé 80 à 85 pour 100 de l’eau qu’ils renfermaient.
- Durant l’évaporation, certaines substances, entre autres de l’alumine, des sels de calcium, de Foxyde ferrique et des substances grasses troublent les jus. Il faut les sulfiter et les filtrer avant de continuer le travail. On les concentre ensuite jusqu’à leur point de cristallisation dans des chaudières à cuire, communiquant avec un injecteur et une pompe à vide. On chauffe ces appareils au moyen de serpentins ou d’un système de faisceaux tubulaires, qui
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- se trouvent à leur partie inférieure, et l’on conduit la cuite jusqu’à ce qu’apparaissent des cristaux dans le sirop. On désigne cette méthode sous le nom de cuite en grains, tandis que l’autre procédé pour obtenir le sucre s’appelle la cuite au filet, parce qu’on arrête l’évaporation quand une goutte de la solution sucrée, prise entre le pouce et l’index écarté ensuite brusquement, lorme un fil qui se casse en se courbant.
- Afin de séparer les cristaux de sucre du sirop qui les enrobe, on s’adresse à la force centrifuge. Pour cela, on introduit la masse cuite, refroidie, dans des turbines, dont chacune se compose d’un panier central qu’entoure une toile métallique et qui, calé sur un arbre vertical, tourne à la vitesse de 1200 tours par minute. Finalement, on sèche les cristaux restant dans le panier et ils forment le sucre de premier jet ou poudre blanche.
- Avant d’être livrée au commerce, on dirige cette poudre blanche dans un cylindre tournant presque horizontal, où des palettes la soulèvent, puis la laissent retomber, afin qu’un courant d’air venant en sens inverse la brasse énergiquement. Les cristaux abandonnent alors l’humidité et les poussières tout en prenant du brillant; ils passent ensuite dans des blute-ries à surface filtrante , formées par des toiles à mailles plus ou moins fines, où ils se classent par grosseur. Après quoi, on emmagasine le sucre,, puis on l’ensache, et on le pèse en attendant la vente.
- Le « t u r b i-nage » d’un hectolitre de masse
- Fig . 5. —Turbinage.
- Fig. 6. — Sciage et mise en boites du sucre.
- cuite fournit 70 à 80 kg de sucre de premier jet et un résidu ou égout de premier jet. Pour extraire le sucre contenu dans ce dernier, on le cuit au filet, puis on l’envoie dans d’immenses bacs dits emplis, qu’on maintient à une température de 40° à 50° durant un mois. Une partie de la masse cristallise, et, par turbinage, on en retire un produit légèrement coloré en roux, appelé
- sucre de deuxième jet, ainsi qu’une certaine quantité à'égout de deuxième jet. Après une série de traitements similaires (cuite, séjour de trois mois dans les emplis et turbinage), ce sirop impur donne des sucres très roux de troisième jet et de la mélasse généralement envoyée dans les distilleries ou utilisée en agriculture pour la nourriture du bétail.
- Les sucres de premier jet sont souvent livrés tels quels à la consommation, ou bien après agglomération de leurs cristaux. Mais, parfois, comme les sucrés de deuxième et de troisième jets colorés et impurs, ils subissent le raffinage.
- Aujourd’hui la plupart des 10 raffineries françaises situées à Paris, Bordeaux, Nantes et Marseille sont distinctes des sucreries; elles travaillent les
- poudres blanches et les produits roux. La première opération qu’on y exécute est la fonte des sucres dans l’eau. Puis on soumet le sirop ainsi obtenu à des épurations chimiques et mécaniques que suit maintenant le moulage en pla guettes. Pour cela, on fait arriver la masse cuite dans des cadres rectangulaires,
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- distribués radialement autour d’un axe vertical et placés dans une cuve de manière à former des compartiments séparés. On amène ces bacs de cristallisation dans de grandes chambres frigorir fiques, où on les laisse quelque temps. Après refroidissement, on enlève les cadres de moulage au moyen d’une grue, puis on les introduit dans une turbine afin d’expulser le sirop vert, et on clairce ensuite. Une fois le cristallisoir retiré de la turbine, on le démonte, on sort les plaquettes de leurs cadres, et on les met sur des chariots mobiles qui les amènent jusqu’à la casserie.
- Quelquefois des cloisons démontables divisent l’intérieur même de la turbine en compartiments rectangulaires. Après avoir mis celle-ci en mouvement, on y dirige la masse cuite, conservée dans un bac d’attente. Le sucre se moule dans les compartiments radiaux, tandis que le sirop s’échappe à la périphérie. Le raffinage s’achève à l’aide de clairces successives, et le démontage s’effectue très vite. Les ouvriers retirent alors les plaquettes déjà consistantes et les placent sur les rayons d’une étagère, qu’ils roulent sur des rails jusqu’aux étu^s. Dans ces longs couloirs, chauffés au moyen de vapeur circulant dans des tuyaux à ailettes, ces étagères cheminent lentement entraînées par le déplacement de chaînes sans fin. Au bout d’une demi-journée, le séchage des plaquettes est terminé ; il ne reste plus qu’à les débiter en parallélépipèdes réguliers.
- Le débitage s’opère au moyen de scies circulaires, qui découpent les plaquettes en lingots de largeur correspondant à la longueur des morceaux. Des
- couteaux, agissant par pression, sectionnent ensuite ces lingots, perpendiculairement à leur longueur. Des ouvrières les amènent d’abord sous les scies, pu s au contact de lames. On règle l’avancement d’une toile sans fin et le mouvement des couteaux pour que les morceaux de sucre possèdent tous une largeur identique. Quelques femmes mettent immédiatement ces morceaux (sauf les cassés et les ébréchés) dans les boîtes, sur lesquelles d’autres ouvrières collent des étiquettes avec une machine à gommer. D’autre part, un aspirateur, disposé au-dessus des scies, recueille les poussières du débitage, qu’on blute ultérieurement et qu’on vend comme semoules glacée*, etc.
- Telles sont les différentes phases de la fabrication du sucre.
- Quelques mots à présent, sur les perspectives de la campagne 1915-1916. Elle ne s’annonce certes pas sous de favorables auspices, malgré l’espoir de la libération prochaine de notre territoire. D’abord dans quel état les Allemands nous laisseront-ils nos sucreries du Nord? Nous les trouverons sans doute 'ortement endommagées sinon détruites. D’autre part, d’après des renseignements dignes de foi, les Allemands auraient fait semer des céréales ou des pommes de terre dans les champs précédemment emblavés de betteraves et qu’ils occupent encore.
- Aussi les usines qu’on remettra en activité cet automne s’approvisionneront difficilement. Les circonstances actuelles tendent donc à faire augmenter plutôt que diminuer le prix déjà élevé du précieux aliment. Jacques Bover.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séances du 29 mars au 12 avril 1915.
- Le théobrominate de calcium cristallisé. — D’après M. Louis Rousseau, les effets diurétiques de ce corps seraient dus à l’état colloïdal, sous lequel la théobromine doit être régénérée par l’action du suc gastrique.
- Sur les appareils de prothèse des amputés. — M. Delorme examine les conditions auxquelles doivent satisfaire les appareils de prothèse pour permettre aux mutilés de travailler. Il faut éviter les systèmes trop compliqués et ne pas se borner pourtant aux bras élémentaires terminés par un anneau ou par un crochet.
- Sur certains déplacements rapides en astronomie. — M. Comas Sola a constaté, sur des photographies d’étoiles faites à une heure de distance, des déplacements sensibles, qui ont lieu en moyenne pour une étoile sur 10 000 et qui se produisent dans un sens quelconque et sans périodicité. Mais il reste à examiner si ces déplacements apparents ne seraient pas dus à des modifications de la gélatine ou à des irrégularités de l’émulsion.
- Sources lumineuses à surface réduite. — M. Dussaud, grâce à de nouveaux dispositifs de refroidissement, a pu rapprocher le système optique à court foyer de la source
- lumineuse. En employant le survoltage, on décuple encore l’intensité, ce qui peut être très utile pour les projecteurs et les phares.
- Sur la nature infectieuse de la pellagre. — M. Tiz-zoni, étudiant les pellagreux de Bessarabie après ceux d’Italie, conclut à l’unicité indiscutable de l’espèce microbienne qui cause la maladie. Mais celle-ci serait de date plus récente en Bessarabie.
- Destruction d'une notable partie du cerveau sans trouble appréciable. — M. Guépin a étudié le cas singulier d’un soldat blessé à la tête par un éclat d'obus qui a finalement perdu le tiers postérieur de son hémisphère cérébral gauche sans éprouver aucun trouble de motilité, de sensibilité générale ou spéciale ni même d’intellectualité.
- Action de l’or colloïdal. — M. Busquet a constaté que, sur le cœur isolé du lapin, l’or colloïdal produit, à dose convenable, un renforcement' cardiaque extrêmement énergique. Sur le chien, l’or colloïdal diminue la fréquence des battements, augmente considérablement leur amplitude et élève la pression artérielle œaxima.
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- Les ondulations diurnes des images. — M. Bigourdan étudié ies ondulations irrégulières dont sont animées les images focales des astres et qui jouent un rôle important dans la précision des mesures astronomiques. Les conditions les plus favorables sont réalisées quand l'atmosphère est à peu près en équilibre thermique, surtout le soir dans les mois tempérés du printemps et de l’automne.
- La distance maxima franchissable par les sous-marins. — M. Bertin étudie cette question très actuelle. Les dimensions sont limitées par le poids des accumulateurs électriques qui représente 50 à 150 fois le poids des combustibles. A 17 nœuds de vitesse, un sous-marin de 1000 tonnes en surface pourrait un jour atteindre 2000 milles; ou, à 17,75 nœuds, 1050 milles.
- La rotation de la couronne solaire. — M. Bosler, en employant la méthode spectroscopique Doppler-Fizeau, arrive à conclure que la couronne se meut dans le môme sens que la surface du soleil et paraît tourner très notablement plus vite : soit parce que la vitesse croîtrait avec la hauteur, soit parce que les centres lumineux auraient, comme dans un gaz ionisé, des vitesses différentes de celles de la masse gazeuse proprement dite. M. Deslandres a montré tout l’intérêt que présente cette étude, non seulement pour la connaissance de la vraie nature de la couronne, mais aussi pour l’étude des ions euxunêmes.
- Le coefficient de température des réactions photo-chimiques. — La vitesse des réactions chimiques augmente avec la température suivant une loi exponentielle. Cependant les réactions photochimiques font exception; mais, d’après M. Daniel Berthelot, leur vitesse croît exponentiellement avec la fréquence de la vitesse absorbée. C’est pourquoi le noircissement d’une
- plaque photographique exige des heures dans le rouge, des minutes dans le jaune, des secondes dans l’ultraviolet.
- La résistance à la salure des bactéries marhv’s. — M. Henri Coupin montre comment, seules peut-être parmi les êtres aquatiques, les bactéries marines jouissent d’une tolérance très large pour la teneur à l’eau en chlorure de sodium, entre 0,2 et 16 pour 100.
- La biologie d’une laminaire. — M. Sauvngeau, utilisant une subvention du fonds Bonaparte, a étudié le Saccorhiza bulbosa dans le golfe de Gascogne.
- Localisation des projectiles.— Ce sujet, qui continue à provoquer de nombreuses recherches, est traité par MM. Bergonié, Miramond de Laroquette et Gaston Lemaire, llirtz et Gallot, etc.
- Epuration de l’eau de boisson par l’hypochlorite de calcium. — La javellisation des eaux de boisson par ies hypochlorites alcalins rend de grands services; mais MM. IL Vincent et Gaillard montrent l’avantage d’employer l’hypochlorite de calcium qui est plus stable et plus riche en chlore actif. Ces savants préconisent des comprimés renfermant 0 gr. 105. d’hypochlorite de calcium et 0 gr. 08 de'chlorure de sodium pur : ce dernier favorisant la diffusion et la dissolution très rapide du chlore actif dans l’eau à épurer. Chimiquement, l’action oxydante, déjà manifeste après 10 minutes, se continue pendant plusieurs heures et peut aller jusqu’à la transformation de l’azote organique en azote nitrique. Bacté-riologiquement, dans une eau contenant 1 milligr. 2 d’azote organique, la destruction du bacille typhique a été obtenue en 10 à 15 minutes. Dans une eau trois'fois plus riche en azote albuminoïde, l’addition de deux comprimés a donné le même résultat. Au bout d’un quart d’heure, l’eau de boisson est ainsi épurée avec la plus grande simplicité et ne présente aucun goût appréciable.
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- La locomotive à marchandises que nous allons décrire brièvement, et qui a été construite par la maison Baldwin sur les plans de son ingénieur, M. Uenderson, est, certainement, la locomotive la plus lourde et, en même temps, la plus puissante construite à l’heure actuelle. Elle est destinée au chemin de fer de l’Erié. Son poids total est de 584 tonnes et son poids adhérent de 545 tonnes. Elle peut développer un effort de traction de 75 tonnes à la barre d’attelage du tender. Sa longueur entre les essieux extrêmes est de 27 m. 45.
- Cette locomotive, connue sous le nom de Compound Triplex, est du type articulé Mallet, c’est-à-dire supportée à l’avant par un train articulé et sous la boîte à feu par un train fixé à la chaudière; mais, ce qui est nouveau, c’est qu’à ces deux trains, qui sont la caractéristique du système Mallet, M. Uenderson a ajouté au-dessous du tender un deuxième train articulé, ce qui permet, tout en facilitant la circulation dans les courbes, d’ajouter le poids du tender à l’adhérence et d’augmenter ainsi l’effort de traction de la locomotive.
- Chaque train (voir fi g.), qui se compose de quatre
- essieux couplés supportant chacun un poids de 281.56, est muni de roues de 1 m. 57 de diamètre. A l’avant et à l’arrière se trouve un essieu porteur.
- La locomotive, qui fonctionne en compound avec vapeur surchauffée, est munie de deux cylindres haute pression et de quatre cylindres basse pression ayant tous même diamètre et même course (diamètre : 0 m. 914; course : 0 m. 817). Les cylindres haute et basse pression sont donc dans le rapport de 1 à 2. Les cylindres du train fixe qui se trouve sous la boîte à feu sont ceux à haute pression et reçoivent la vapeur venant du surchauffeur. La vapeur d’échappement de ces cylindres se divise en deux parties. Celle qui s’échappe du cylindre haute pression de droite est envoyée dans les cylindres basse pression du train articulé avant et celle du cylindre haute pression de gauche est envoyée aux cylindres basse pression du train arrière placé sous le tender. La vapeur d’échappement des cylindres basse pression avant se rend dans la cheminée pour produire le tirage; quant à celle des cylindres basse pression du train arrière, elle passe dans un réchauffeur d’eau placé au-dessous du tender.
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- La chaudière très puissante timbrée à 14 kg 7 a une surface totale de chauffe de 640 m2 21 se décomposant comme suit : surface de chauffe des tubes, 596 m2 87 ; surface de chauffe totale du foyer, 43 m2 34, soit un rapport de 13,80. Le foyer est du système gaines avec chambre de combustion, voûte en brique et admission d’air chaud dans la chambre de combustion. Quant aux tubes ils ont une longueur de 7 m. 32 et un diamètre de 57 mm, soit un rapport de 128. Le diamètre de la chaudière près du dôme est de 2 m. 70 et son axe est à 3 m. 23 au-dessus des rails. Le surchauffeur du système Schmidt a une surface de 147 m2 31, soit les 0,23 de la surface de chauffe totale.
- locomotives européennes dont'la puissance maximum ne dépasse pas 1800 à 2000 chevaux.
- Le tender contient 10 tonnes de charbon et 45 m3 d’eau.
- Avant de terminer, nous croyons intéressant d’ajouler que, dès 1863, M. Archibald Sturrock, ingénieur de la traction au Great Norlhern, en Angleterre, avait fait construire pour son réseau un certain nombre de locomotives où le tender était également rendu moteur au moyen de cylindres actionnant l’essieu milieu de celui-ci. Mais ce second système moteur, en opposition ai ec celui deM. ;IIen-derson, était indépendant du premier et, suivant les efforts à produire, pouvait être mis en action ou arrêté à la volonté du mécanicien. Ce dispositif qui,
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- Vue et schéma de la locomotive de VÊriè-Railroad.
- La surface de la grille est de 8 m2 37. Une telle grille consommant en moyenne 500 kg de charbon par mètre carré et par heure, c!est-à-dire environ 4200 kg dans le même laps de temps n’eût pu être alimentée à la main sans dépasser la force d’un et même de deux chauffeurs. Aussi la locomotive a-t-elle été munie d’un chargeur mécanique, système qui commence à se développer aux États-Unis, depuis que les Compagnies de chemins de fer ont été amenées à construire des locomotives de plus en plus puissantes et, par suite, ayant des grilles de plus en plus grandes.
- En admettant une consommation moyenne de charbon de 500 kg par mètre carré et par heure et une consommation de 1,2 kg de charbon par cheval-heure, cette locomotive peut développer 3500 chevaux, soit 5,5 chevaux par mètre carré en surface de chauffe totale. Cette puissance, comm>j pous le disions, dépasse celle des plus puissantes
- au point de vue technique, fut un succès, puisqu’il permettait de remorquer des trains d’un poids double, fut, au point de vue pratique, un insuccès. Il devançait son temps. Les trains remorqués dépassaient la longueur des voies de garage de l’époque et, sur les longues pentes, le frein continu n’étant pas encore trouvé, le mécanicien se rendait difficilement maître de son train. De plus, ceux-ci se plaignaient d’avoir deux machines à conduire au lieu d’une. Eu France, vers la même époque, des dispositifs analogues ont été étudiés et abandonnés. Étant donné qu’aux États-Unis le frein continu est d’un emploi général sur les trains de marchandises, la locomotive Henderson répond à toutes ces objections.
- La seule qu’on puisse lui faire est la variation du poids adhérent sur le train articulé arrière résultant de la consommation d’eau et de charbon.
- R. Bonn in.'
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N* 2171.
- 8 MAI 1915,
- LE JARDIN DES SERPENTS DE BUTANTAN (BRÉSIL)
- L’Institut sérothérapique de JButantan est un des plus curieux établissements scientifiques du monde et tous les étrangers, débarquant au Brésil, vont voir ce pittoresque jardin à serpents qui comprend 500 hectares, situés à 9 km environ de Sao Paulo. Nul n’a oublié la mésaventure survenue à un de nos hommes politiques au cours d’une visite récente à ce muséum exotique. Cependant, beaucoup de Français ignorent encore l’existence de cet original Serpentarinm, où le Dr Vital Brazil cherche à percer les mystères de la biologie ophidienne. Le Brésil
- compter les Scorpions ou autres Arachnides. Pour empêcher ces êtres malfaisants de s’évader au dehors, on a enclos de murs épais mais peu élevés l’espace où on les parque. Ce « square pour reptiles » s’étend sur 500 m2 et ressemble de loin à quelque village nègre,.car des sortes de coupoles en parsèment, çàetlà, les pelouses. Un fossé intérieur, contigu à la muraille et rempli d’eau, forme une infranchissable barrière pour les hôtes qui rampent en liberté à travers cet original « paradou ». Us se reproduisent et s’abritent des ardeurs du soleil ou
- Fig. i. — Le coin des serpents non venimeux.
- jouit, en effet, du triste privilège de posséder un grand nombre de terribles serpents, entre autres les Crotales et les Bothrops qui, d’après M. leDrPozzi, tuaient annuellement 240 personnes, rien que dans l’État de Sào Paulo, avant la fondation de Butantan. Mais, depuis que cet Institut prépare des sérums antivenimëux et les distribue aux planteurs de café ou de canne à sucre en échange des cobras vivants qu’ils lui apportent, le nombre des cas morlels a progressivement diminué de façon énorme.
- Si le professeur Calmette, de Lille, l’initiateur de la vaccination contre les morsures des serpents, se procurait difficilement des sujets pour ses expériences sur les venins, le Dr Brazil ne manque pas plus de Crotales ou de Bothrops que de Vipéridés, de Boas et de Pythons que d’Élatéridées sans
- des rigueurs hivernales dans leurs petites huttes maçonnées, sur le toit desquelles ils prennent parfois leurs ébats, comme en témoigne une de nos vues.
- Le Serpentarium est divisé en trois compartiments : deux réservés aux Cobras venimeux (fig. 2) et l’autre aux inolïensifs Mussuranas (fig. 1 et 4). On a établi, en outre, près du bâtiment principal de l’Institut de Butantan, une installation similaire à la précédente mais un peu plus petite (400 ni2 de superficie) et entourée également d’un canal plein d’eau. Dans ce second parc clos, le D1 Brazil et ses aides étudient les moeurs des Ophidiens, leur nourriture préférée, leur habitat, les meilleures façons de se préserver de leurs morsures et surtout les phénomènes très complexes de l’envenimation, variables avec les espèces.
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- 298 . UN JARDIN DE SERPENTS AU BRÉSIL
- Fig. 2 — Vue d’ensemble du Serpentarium des cobras venimeux.
- Gomme nous le rappelions plus haut, deux grandes familles de serpents se rencontrent au Brésil : les Bothrops et les Crotales. Ils pullulent dans les forêts tropicales dont ils aiment l’humide et chaude atmosphère. D’humeur tranquille, ils s’enfuient au moindre bruit et attaquent seulement l'imprudent passant qui marche sur eux par mégarde ou l’animal qui vient troubler leur retraite. Heureusement on n’ignore plus le mécanisme physiologique de leurs redoutables piqûres.
- Le venin des Bothrops décompose le sang, qui, s’échappant des capillaires, provoque des hémorragies profuses dans le tissu cellulaire sous-cutané et sous-muqueux avec congestion intense du foie, des reins et du cerveau. A l’inverse du précédent, le venin crotalique est un poison paralysant. Il tue l’homme au bout d’un temps variable, généralement 24 heures, en déterminant des paralysies bulbaires avec troubles de la respiration, de la vision et de la circulation.
- Mais, chose digne de remarque, le sérum préparé à Lille par le D' Cal-mette se montra inefficace contre les piqùr. s des serpents brésiliens.
- Chaque venin exige un antidote particulier. Aussi M. Vital Brazil prépare-t-il à Butantan deux sé rums spécifiques : l’un antibolhropique, l’autre anticrotalique qui neu tralisent, à petites doses, les fluides venimeux de ces deux familles d’Ophi diens. Toutefois, comme on ignore d’ordinaire l’es pèce de serpent qui a mordu la personne à tra-
- ler, on y confectionne, en outre, un sérum dit polyvalent ou antiophidien, capable d’agir indistinctement contre tous les reptiles venimeux du Brésil. Les animaux dont on se sert à l’Institut de Sao Paulo pour produire ces sérums sont des chevaux ou des ânes jeunes et sains. Vu la grande sensibilité du cheval à l'action du venin des serpents on commence par lui injecter seulement 5 centièmes de milligramme de liquide toxique. Puis on augmente la dose petit à petit, en répétant les injections tous les 5 ou 6 jours, et comme l’immunisation exige un an environ, le cheval finit par recevoir jusqu’à 1 gr. de venin, lorsque le sérum de son sang devient parfaitement antitoxique pour le venin du Crotale ou du Bothrops avec lequel on l’a injecté. Quant au sérum polyvalent, on l’obtient en alternant les injections du venin de l’une et de l’autre espèce.
- Les bêtes immunisées peuvent « fabriquer » pendant très longtemps des sérums antivenimeux pourvu qu’après chaque récolte, on leur fasse une nouvelle injection de venin. L’Institut de Butantan livre ces médicaments au public dans des tubes que protègent de petites boîtes de bois. Il les envoie gratuitement aux hôpitaux, municipalités et particuliers pauvres avec des seringues à injection. Il les vend aussi à prix minime ou les échange contre des serpents vivants. En 1915, cet établissement a distribué ou vendu 5482 tubes de sérum : 914 d’anticrol alique, 810 d ’an-tibothropique et 5758 d’antiophidien (polyva-
- Fig. 3. — Capture d’un serpent.
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- UN JARDIN DE SERPENTS AU BRÉSIL ..—299
- lent). 11 a reçu en échange-45Ô0 Cobras. D’autre part, ou prépare également dans le même établissement des sérums antipesteux, anlidiphtérique et antitétaniques, par les méthodes ordinaires. Mais le Dr Brazil ne se contente pas de sauver delà mort ses compatriotes, il poursuit de curieuses expériences sur la biologie des reptiles et il a découvert en particulier un utile serpent le Mussurana (Rachidelus brasili), qui, dépourvu de tout venin, et réfractaire aux morsures reptiliennes, aime à déguster ses plus venimeux congénères. Nous emprunterons au Dr Pozzi le récit d’une séance ophidiophagique à laquelle il lui fut donné d’assister à Butantan et qu’il raconte en ces termes dans ses Notes d'un voyage chirurgical en Argentine et au Bre'sil (1911).
- « Voici le bon serpent : on l’extrait d’une boîte à l’aide d’un bâton recourbé en crochet (fig. 5) qui le saisit au milieu du corps, en anse comme une vulgaire saucisse et le dépose sur le sol près de nous....
- « Avec le même bâton crochu on extrait d’une boîte un autre serpent : celui-là est excessivement venimeux ; c’est le terrible Lachesis lan-ceotatus, le « Jararaca » des Indiens; sa morsure, en quelques minutes, tue bêtes et gens.
- Nous nous reculons instinctivement.
- « On l’a déposé près du Mus- ^ surana bienfaisant, et nous faisons cercle autour d’eux à distance respectueuse; j’avoue que je regarde derrière moi si je suis près de la porte ouverte....
- « Les deux reptiles sont là, côte à côte, bien tranquilles; ils ont l’air de s’ignorer. M. Brazil croit décidément que le Mussurana, repu depuis peu, « ne marchera pas », si j’ose m’exprimer ainsi. Soudain, il a fait un mouvement et s’est rapproché de sa redoutable victime. Celui-ci a vu comme nous l’ondulation de son adversaire; à son tour, il bouge; veut-il s’échapper ou compte-t-il sur ses crocs irrésistibles? Avec une promptitude incroyable qui montre bien que son apparente torpeur n’était que de la tactique, le bon. serpent a lancé sa gueule ouverte sur le cou de sa proie en visant la nuque, pour l’immobiliser; mais l’autre, sur ses gardes, s’est vivement retourné et a dardé ses crocs sur le corps ennemi. Vaine blessure! Celui-ci est immunisé par la nature. Et voilà qu’èn un instant le Lachesis est enlacé, tordu autour de la spirale musculeuse que forme le corps de son adversaire; ils roulent convulsivement l’un sur l’autre, l’un dans l’autre, et je me demande une minute si le Mussurana n’ess de pas d’étoulïer le
- Jararaca. Bientôt je me rends compte de sa manœuvre : il a saisi l’ennemi plus bas qu’il ne le voulait d’abord; mais peu à peu, en avançant sa prise graduellement, il a cheminé avec sa gueule jusqu’à celle du Jararaca. Maintenant, il est solidement amarré à la mâchoire inférieure ; il la serre comme dans l’étau de sa petite tête plate, qui semble un instrument de chirurgie ou de tortionnaire, une pince d’acier encli-quetée. La tête venimeuse, lamentablement ouverte et comme désarticulée par l'effort constant qui la tire, dépasse de quelques centimètres les anneaux qui étreignent le corps autour duquel ils se sont enroulés. Les derniers anneaux forment une sorte de billot sur lequel repose et se renverse le col tendu comme une corde de cabestan.
- « Le corps entier du mauvais serpent disparaît sous l’enroulement du bon serpent; ses extrémités seulement restent visibles ; la tête écartelée d’un côté, la queue qui s’agite lentement, pathétiquement, de l’autre.... Il va lui luxer les vertèbres cervicales, me dit doucement le Dr Brazil, vous verrez, c’esttrèscurieux! En effet, c’est très curieux, et même un peu horrible à voir. Mais nous sommes comme fascinés par ce spectacle, la lutte du bon et du é mauvais reptile, d’Ormazd et d’Ahriman....
- « Pendant quelques minutes qui m’ont paru interminables, Ormazd a étiré le col de son adversaire demi-mort en prenant appui sur ses propres anneaux qui l’étreignaient, et agissant ainsi par l’ingénieux mécanisme du levier. Puis, il a commencé à tordre lentement de droite à gauche et de gauche à droite ce cou allongé, effilé.... Ahriman était-il mort quand j’ai quitté ce spectacle pour aller voir le reste de l’établissement? Je n’oserais pas même affirmer qu’il le fut entièrement lorsque Ormazd, après notre départ, a commencé à l’avaler.... Une heure plus tard, quand nous sommes revenus, la chose était presque finie. Le bon Mussurana était maintenant étendu de tout son long sur le sol, à la place où nous l’avions laissé enroulé en boule. On apercevait nettement, au renflement brusque de son armure d’acier, le point où s’arrêtait l’engloutissement de sa proie; celle-ci avait disparu, avalée jusque tout près de la queue. »
- Toutefois on ne saurait multiplier le Mussurana pour se débarrasser des Najas et autres terribles engeances reptiliennes. Les sérums antivenimeux de l’Institut de Butantan constituent des moyens de défense plus scientifiques et plus rationnels!
- Jacques Boyer.
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- LES GRANDES USINES MÉTALLURGIQUES DE WITKOWITZ (AUTRICHE)
- Fig. i. — Vue des grandes usines métallurgiques de Wilkowitz (Autriche).
- L’industrie sidérurgique austro-hongroise compte de nombreuses fonderies, aciéries, affîneries, fabriques d’armement, dematériel de chemins de fer et d’instruments de toute espèce. Ces usines se trouvent réparties dans diverses provinces de la monarchie, mais la plupart d’entre elles sont localisées en Bohême, dans la Basse-Autriche (Vienne, Neu-stadt, Waidho-îen) ou la Moravie et, parmi les plus importantes, figure la Société minière et métallurgique de Witkowitz dont le nom a franchi depuis longtemps les rives du Danube.
- L’archiduc Rodolphe, princearchevêqued’Olmütz,
- présida à la fondation de cette compagnie dont les fours à puddler furent les premiers érigés en Autriche (1829). Alimentée au début par h s commandes de rails du chemin de fer « Kaiser Ferdinand », puis soutenue ultérieurement par la banque Rothschild, elle continua à se développer dans la seconde moitié du xixe siècle. Elle possède maintenant des mines de fer à Ruda-banya et à Kot-terbach (Hongrie), et jusqu’à Koskuilskulle, prèsdeGellivara,
- en Suède; des houillères à Ostrau-Karwin, des forges à Màbrisch-Ostrau ; des hauts fourneaux à Sofienhütte et des usines métallurgiques à Wit-
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- LES GRANDES USINES MÉTALLURGIQUES DE W1TKOW1TZ = 301
- kowitz (fig. 1). Le personnel de ces divers établis- I Mante-Hongrie, des magnétites de Suède, des résidus sements comprenait, en 1912, 1659 directeurs, | de pyrites, des minerais de manganèse russe, des
- Fig. 3. — Trains de laminage.
- ingénieurs ou chefs de service et 29 329 ouvriers | se décomposant comme il suit : usines métallurgiques | 17 000 travailleurs: houillères 10230; mines de fer 2099.
- Commençons par visiter les hauts fourneaux de Sofienhiitte et les ateliers de Witkowitz, complétés de 1909 à 1914 par les nouvelles aciéries de Zabreh, qui en sont distantes de 2 km environ.
- Bans ces hauts fourneaux, au nombre de 7, avec 30 appareils à air chaud, 8 machines soufflantes à vapeur et autant à gaz, on fabrique des fontes, des ferro-silicium et des ferro-chrome, au moyen des minerais spathiques et des hématites brunes de la
- scories et différents minerais chromés. Les forges de Mâhrisch-Ostrau (Moravie) comprennent 8 fours
- à puddler simples, 8 fours doubles, 3 fours rotatifs et 4 fours tournants à gaz, 6 marteaux-pilons, 19 machines à vapeur et 2 trains ébau-cheurs pour préparer le métal au profilage. On envoie les produits de Mahrisch-Ostrau à Witkowitz. Là, sont installés 2 trains delaminage:l’un pour les chaudières de navires, et autres gros profilés (fîg. 5), l’autre pour les pièces plus petites (rails, fer marchand, etc.). La fonte liquide subit un affinage préalable dans deux convertisseurs de 13 tonnes avan d’être
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- 302 LES GRANDES USINES MÉTALLURGIQUES DE WITKOWITZ
- coulée aux fours Martin, selon une méthode spéciale.
- L’atelier de. moulage d’acier comporte 5 fours Martin de 20 tonn s, 2 nouveaux fours récemment montés (sur lesquels nous reviendrons plus loin), les pilons et les presses géantes, la fabrication des blindages (fig. 4) et le puissant laminoir à bandages. De la fonderie de Witkowitz, sortent également des chaudières, des tubes de toutes formes avec ou sans soudure, en fer et en acier, des tuyaux pour conduites de gaz et d’eau jusqu’à 1 m. 50 de diamètre intérieur, etc. Entre autres annexes, on remarque un batiment pour la soudure électrique des fûts, deux stations centrales de 8000 chevaux, des fours circulaires à chaux et à briques, des gazogènes et des fours à coke avec récupération des sous-produits, une usine de traitement des pyrites cuivreuses, etc.
- Arrêtons-nous un peu devant les deux hauts fourneaux de 25 m. de hauteur mis en service depuis peu de temps.
- Ils produisent chacun 400 tonnes ; un blindage en ader coulé et deux blindages en fer forgé consolident leur creuset. Un moteur électrique avec freinage automatique dessert leurs monte-charges inclinés à 70°, et des dispositifs de sécurité permettent de parer à toute inattention du machiniste.
- L’appareil de chargement se manœuvre du bas. Un index signale, à chaque instant, la position de la cloche à l’ouvrier et une double enveloppe supprime les pertes de gaz au gueulard, tandis qu’un distributeur répartit la charge sur la cloche de chargement. Le gaz, qui s’échappe par deux prises latérales, se rend dans trois épurateurs cylindriques secs, puis dans trois laveurs et finalement aux chaudières et aux quatre appareils à air chaud système Cowper Boecker. D’autre part, le vent est fourni par deux soufflantes à gaz de 1600 chevaux jumelles à double effet et à quatre temps et qu’on alimente, à volonté, avec du gaz de hauts fourneaux ou du gaz de fours à coke.
- Parmi les autres nouveautés techniques intéressantes des usines Witkowitz, signalons les gros tours à canons, la presse de 8000 tonnes pour plaques de blindage (fig. 5) et le pilon à forger de 4500 tonnes desservi par un pont roulant de 80 tonnes (fig. 2).
- On emploie ce dernier pour le forgeage des lingots d’acier jusqu’à 1 m. 70 de diamèlre et dont le poids varie de 15 à 60 tonnes (arbres de marine, tubes de canon, distributeurs de turbine-, etc.). L’appareil à vapeur développe une pression d’eau de 475 atmosphères pour un diamètre de 2 m. 50 au cylindre et une course de 2 m. 50 avec de la vapeur à 9 atmosphères. Cette presse peut faire 40 courses par minute et le remplissage préparatoire du cylindre compresseur s’effectue à l’aide d’un accumulateur d’air à 4 atmosphères. Visitons encore l'atelier de cémentation et de trempe des obus, qui s’opère dans la grande fabrique autrichienne, selon la méthode R. Micoletzky et J. Spitzer que nos lecteurs trouveront décrite dans Slahl und Eisen (1907, t. 27, p. 1645 et seq.). Ce procédé repose sur la dissociation des carbures d’hydrogène aux températures convenables, en carbone, eau, acide carbonique ou oxyde de carbone et fixation du carbone dissocié sur les surfaces métalliques portées au rouge. On trempe ensuite à l’eau, ou dans un autre liquide, la pièce ainsi cémentée. Grâce à un ingénieux dispositif des appareils employés à cet usage, qui imprime un mouvement rapide au bain de trempage, celui-ci mouille uniformément tous les points de l’obus et on obtient, de la sorte, une trempe des plus régulières.
- Afin de montrer l’importance de la Société minière et métallurgique de Witkowitz, donnons pour terminer quelques renseignements statistiques sur la production de ses mines et de ses usines en 1912.
- Cette année-là, ses exploitations de Rudabanya et de Kotterbach (Hongrie) fournirent respectivement 410 000 et 176 600 tonnes de minerais de fer; ses mines suédoises de Koskullskulle en donnèrent 245 000. De ses houillères d’Ostrau-Karwin, on parvint à extraire 2 409 700 tonnes de charbon tandis que ses différents ateliers produisirent 486 190 tonnes de fer; 346 000 tonnes d’acier; 54500 tonnes de rails; 21 645 tonnes de tubes et 54 800 tonnes de pièces métalliques diverses destinées à des constructions de ponts ou autres travaux de génie civil. Comme fabrications
- Fig. 5. — Presse de 8ooo tonnes pour plaques de blindage.
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- LES PRODUITS DU SOL ALLEMAND
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- accessoires, elle produisit, en outre, 230 883 tonnes de coke; 50000 tonnes de briques réfractaires et environ 20 000 tonnes de composés ammoniacaux et de dérivés du goudron. Mais au cours de 1915 et depuis la guerre, l’activité du « Creusot autri-
- chien » se concentra principalement sur les plaques de blindage, les canons et les obus... à la fabrication intensive desquels l’arrivée prochaine de l’armée russe, en Moravie, ne tardera sans doute pas à mettre fin. J. de la Cerisaie.
- LES PRODUITS DU SOL ALLEMAND
- Particulièrement riche en ressources agricoles, l’Allemagne pourrait aisément se suffire à elle-même si l’industrie n’avait, détourné une partie de ses travailleurs des champs pour en faire des
- les affirmations du Syndicat des Chambres de commerce (Handelstag) pas plus que celles du comte de Schwerin-Lœvvdz, qui, au début des hostilités, exprimaient l’assurance
- Carte agricole de /’Allemagne.
- rouages d’usines. L’agriculture s’en est ressentie à tel point, que nos ennemis doivent recourir constamment à l’importation pour combler le déficit qui s’est produit dans l’importance de leurs récoltes.
- Chaque année, l’Allemagne achète aux États-Unis, à la Russie, à la République Argentine des quantités considérables de céréales, alors que son exportation n’intéresse guère que le seigle et exceptionnellement l’avoine. D’autre part, les aliments secondaires destinés à la consommation des habitants et à la nourriture du bétail font encore l’objet d’un commerce d’importation considérable. Enfin le bétail et la viande de boucherie sont placés exactement dans la même situation. Il n’y a donc pas lieu d'accepter
- que non seulement l’agriculture allemande est en état de pourvoir à la subsistance de l’armée et de la nation pendant la durée de la guerre, mais qu’elle peut aussi les préserver de tout renchérissement excessif. En réalité, dit M. Paul Muller dans une communication à l’Académie d’Agriculture, à qui nous emprunterons les chiffres statistiques des dernières récoltes et ceux des importations et des exportations, l’Allemagne a produit de quoi se nourrir en froment et en seigle pour dix mois. Il est vrai qu’en supprimant les exportations, en interdisant la distillation du seigle et en augmentant l’emploi du pain bis, ce qui est facile dans un pays où le pain blanc est considéré comme un aliment de
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- luxe, et en évitant le gaspillage, l’Allemagne arrivera à la récolte prochaine (*). D’autre part, la consommation de l’orge diminuera certainement par suite d’une moins grande consommation de bière, mais l’avoine manquera sans aucun doute, avant la prochaine récolte.
- Le sol et les cultures. — L’Allemagne est un pays de contrastes agricoles; ses diverses contrées présentent de profondes différences de sol et de climat. Située dans la partie la plus froide de la zone tempérée, il suffit de quelques degrés en plus ou en moins de la moyenne de l’année ou de chacune des saisons pour décider de la réussite des récoltes.
- Les pluies sont en général suffisantes pour les besoins de l’agriculture, mais leur importance est très variable. Suivant les régions, il tombe pendant toute l’année de 480 à 1720 mm d’eau et, dans ce total, les pluies de mai et septembre, dont la chute à temps voulu est si importante à cette époque, varient de 248 à 830 mm. Les régions du Centre et de l’Est sont les plus sèches; la région de la mer du Nord est la plus favorisée. On peut dire, d’une manière générale, que les températures extrêmes ne se rencontrent pas en Allemagne, pas plus que les périodes de sécheresse ni celles de longues pluies.
- Si on considère le sol, on constate une très grande variété dans sa configuration et sa constitution Les régions montagneuses, d’origines géologiques fort diverses, contrastent avec les régions des plaines : grande plaine de l’Allemagne du Nord qui englobe la plus grande partie de la Prusse, plaine au Sud-Ouest du Rhin et bassin tertiaire du Sud, entre le Danube et les Alpes. Dans les plaines elles-mêmes, les variations de l’altitude entraînent des changements dans le mode de culture, ainsi que dans la nature du sol : sols d’alluvions qui se présentent tantôt comme de vastes tourbières et tantôt comme des terres d’une grande fertilité.
- La superficie totale de l’Allemagne est de 54 065 760 hectares dont 49 627 151 hectares, soit 91 pour 100, sont couverts par les exploitations agricoles et forestières. La population est actuellement d’environ 68 millions d’habitants (64 925 993 au 1er décembre 1910). En 1895 on comptait une population agricole de 18 501 307 habitants; or, malgré l’augmentation constante et rapide du chiffre global de la population, l’agriculture n’absorbait plus, en 1907, que 17 681 176 habitants, soit 28,6 pour 100 au lieu de 35,8 pour 100 en 1895, tandis que la population industrielle passait de 39,1 pour 100 à 42,8 aux mêmes époques.
- Sur les 49 627 151 hectares constituant le sol productif de l’Allemagne, 26 257 300 sont consacrés à l’agriculture proprement dite, 135 200 à la vigne, 5 956 200 aux prairies, 2 706 700 aux pâturages, 13 995 900 aux forêts.
- Contrairement à l’opinion souvent exprimée, la plus grande partie de l’agriculture allemande est entre les mains des paysans. En 1900 (nous ne pos-1. Paul Muller.
- sédons pas de statistique plus récente sur ce sujet), les exploitations de moins de 2 hectares prenaient les 58,2 pour 100 du total général des exploitations ; celles de 2 à 5 hectares arrivaient ensuite avec 18,3 pour 100; celles de 5 à 20 hectares avec 18 pour 100 ; les grandes cultures de 20 à 100 hectares n’étaient que de 5 pour 100 et les très grandes exploitations, au-dessus de 100 hectares, ne figuraient plus dans ce total que pour 0,45 pour 100. Il est probable que, depuis cette époque, peu de changements ont été effectués, l’ouvrier des usines conservant généralement le petit coin de terre traditionnel qu’il cultive à son loisir, ce qui ne diminue pas le nombre des petites propriétés.
- D’ailleurs, en Allemagne, le principal mode d’exploitation est le faire valoir. Les 86,11 pour 100 de la surface cultivée se classent dans cette catégorie, alors quele fermage n’intervient que pour 12,38 pour 100 et le métayage pour 0,11 pour 100. Ajoutons que presque tous les domaines affermés sont des propriétés de l’Etat.
- Les cultures de plein champ couvrent la plus grande partie de ces surfaces; on les estime à 25 770 000 hectares et leur proportion varie de 65,07 pour 100 dans le grand-duché de Bade; à 75,08 pour 100 en Prusse; mais les variations locales sont bien plus grandes. Ainsi, dans la Basse-Franconie, le 79,35 pour 100 des terres agricoles sont affectées à la culture de plein champ ; dans le district de Mannheim la proportion atteint 81,99 pour 100; elle est de 83 pour 100 en Posnanie, en Silésie et en Saxe ; dans ce dernier État, le district de Leipzig atteint 84,48 pour 100.
- Les prairies couvrent en Allemagne une surface de 5 916 000 hectares avec une proportion moyenne de 16,82 pour 100 de l’ensemble des terres cultivées. Les régions les plus importantes sont la Haute-Bavière (38 pour 100), la province de Hesse-Nassau (20,9 pour 100), le district d’Oldenbourg (30,3 pour 100) et surtout, dans le duché de Bade, les districts de Schwaben et de Friburg (43,4 pour 100).
- Le jardinage occupe seulement 1,32 pour 100 des terres cultivées; dans le district de Lippe, il atteint le maximum avec 3,50 pour 100. Viennent ensuite : Oldenbourg (2,38), province rhénane (2,03), Gonstanz (2,00).
- La vigne n’est représentée que par les 0,38 pour 100 de l’ensemble des terres agricoles.
- Les céréales d’automne (froment, seigle) prédominent sur les céréales de printemps (avoine, orge). Le seigle est le plus important. Les surfaces cultivées en céréales se répartissent comme suit : seigle 22 pour 100; blé 7,8; orge 6,2; avoine 14,9. Les pays de production intense du seigle sont : la l'russe (28,9 pour 100), la Saxe (26,7 pour 100). En 1913, le seigle a été cultivé sur 6 414 143 hectares; le froment sur 1 974 098; l’épeautre sur 272 493; l’orge sur 1 654 020; l’avoine sur 4 438 209. Les récoltes ont donné les chiffres suivants : seigle 122 223 940 ; blé 46 559 560 ; épeaulre
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- 4384 690; orge 30 673 254; avoine 98 139 650.
- Après les céréales, les cultures qui prennent le plus d'importance sont celles qui servent à l’alimentation du bétail : plantes fourragères et plantes sarclées. La moyenne des premières, y compris le trèfle et la luzerne, est de 10 pour 100 des surfaces cultivées; dans le Wurtemberg les planles fourragères atteignent 14 pour 100. Quant aux plantes sarclées, c’est la pomme de terre qui prend la plus grande place : 3 412 201 hectares sur 4 238000 consacrés aux plantes sarclées. La récolte de pommes de terre a été en 1915 de 541 211 440 quintaux et on a récolté 291 849 940 quintaux de foin. La culture de la betterave occupe le reste des surfaces réservées aux plantes sarclées ; ses produits sont exclusivement réservés à la nourriture du bétail, sauf 1,51 pour 100 (statistique de 1900) pour la betterave à sucre.
- La culture des plantes industrielles, peu importante si on la met en parallèle avec les autres produits agricoles, est intéressante dans certaines régions. Ainsi, pour ce qui concerne le houblon, les principaux centres de production sont : la Bavière (26 226 hectares), le Wurtemberg (5552), le duché de Bade (2866), l’Alsace-Lorraine (4114). Le tabac est surtout cultivé dans le grand-duché de Bade (6058 hectares), le Palatinat (2310), l’Alsace-Lor-raine (1175), le Brandebourg (1957).
- On récolte des plantes oléagineuses (colza et navette) en Silésie (14 709 hectares), en Prusse orientale (5255), en Saxe (5239), dans le Brandebourg, le Hanovre et le Mecklembourg. La culture du lin ne s’est maintenue que dans les pays du Nord : Prusse orientale et Prusse occidentale, Schleswig-Holstein, Hanovre. La culture du chanvre a encore une certaine importance dans le Wurtemberg, le duché de Bade, le Palatinat et l’Alsace-Lorraine. Enfin, la chicorée est cultivée sur 10 000 hectares environ répartis dans la Saxe, le Wurtemberg et le duché de Bade.
- Importations et exportations. —^‘D’une manière générale, la consommation de l’Allemagne est supérieure à la production pour le froment, l’épeautre et l’orge, elle est inférieure pour le seigle, l’avoine et les pommes de terre.
- D'après M. Paul Muller, l’Allemagne a importé en 1915 un excédent de 20 062 100 quintaux de froment, pour 412257 500 fr. ; 1 511 460 quintaux d’orge de brasserie pour 50 815000 fr.; 50 870 670 quintaux d’orge ordinaire pour 457165000 fr. Elle a exporté 6 819 290 quintaux de seigle
- pour 115 452 500 fr. ; 1 566318 quintaux d’avoine pour 41 855 000 fr. Il convient aussi de tenir compte de la farine. L’Allemagne a exporté
- 1 768 880 quintaux de farine de froment pour 49 507 500 fr. ; en 1912 elle a exporté 1 677 840 quintaux de farine de seigle pour 56 505 000 francs.
- Il convient de tenir compte également de l’emploi industriel du seigle et du froment. Du 1er octobre 1912 au 50 septembre 1915, l’Allemagne a employé pour la production de l’alcool 5 660 000 quintaux de seigle et 27 500 000 quintaux de pommes de terre. Les fabriques d’amidon de blé emploient annuellement 500 000 quintaux de froment et l’industrie de la fécule, qui est très développée, a utilisé en 1910-1911 15 500 000 quintaux de pommes de terre et livré pour 44 568 750 francs de fécule, 4 6 315 C00 fr. de sirop et
- 5 905 000 marks de dextrine.
- Mais, ajoute M. Paul Muller, ce sont les aliments secondaires, tant pour l’homme que pour le bétail, qui sont l’objet d’une importation considérable. L’Allemagne a importé, en 1913, 9186 550 quintaux de maïs; 1 654 450 quintaux de riz brut;
- 2 064 750 quintaux de brisures de riz; pour
- 6 250 000 fr. de lentilles; pour 29 millions de pois; pour 150 millions de graines et farines de lin; 47 millions de francs de colza; 50 millions de francs de sésame; 150 millions de francs de copra; 35 millions de francs d’arachides ; 50 millions de pommes, dont 19 millions venant de France; 14 142 560 quintaux de son; 5 344 200 quintaux de tourteaux. Enfin, toujours en 1913, l’Allemagne a importé 455 171 hectolitres de bière d’Angleterre et surtout d’Autriche (453 568 hectolitres) et exporté 667 148 hectolitres, dont 67 919 en France. Les importations proviennent, pour le froment, des Etats-Unis, de la Russie, de la République Argentine, du Canada; pour l’orge, de la Russie; pour l7 avoine, de la Russie et de la République Argentine. Cette dernière lui fournit encore le maïs et les grains de lin ; les Indes anglaises lui envoient le riz; la Russie les lentilles, les pois, les tourteaux.
- On sait, rappelle M. Paul Muller, que le Conseil
- Fig. 2.
- Une ferme allemande dans le Schleswig.
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- fédéral a réglementé le prix des céréales; il a établi un maximum de 26 marks pour le froment, 22 marks pour le seigle et 21 marks pour l’orge. Ces prix doivent s’élever de 15 pfennigs par 100 kg. et par quinzaine. Les alliés ont livré une lutte économique effroyable à l’Allemagne. Par tous les moyens il faut l’atteindre, par n’importe quelles armes, tout
- en sauvegardant les intérêts des neutres, bien entendu. Mais il ne faut pas que ceux-ci abusent de leur neutralité; il a été démontré, en effet, que certaines importations ont atteint, depuis l’ouverture des hostilités, des chiffres beaucoup plus élevés qu’en temps normal. Cela justifie largement les mesures de prohibition les plus sévères. Lucien Fournier.
- RAVITAILLEMENT DES NAVIRES EN HAUTE MER
- PAR CABLE TRANSPORTEUR
- Dans un précédent article de La Nature (n° du 19 décembre 1914) on a montré l’absolue nécessité, afin d’éviter l’affaiblissement momentané de la puissance militaire d’une flotte de guerre, de ravitailler celle-ci en combustible (soit charbon, soit pétrole) en haute mer et non dans un port qui, sou-vent, peut se trouver éloigné.
- Dans ce même article était décrit un charbonnier [Le Jupiter), construit par le gouvernement des Etats-Unis, permettant de ravitailler en haute mer et bord à bord, un navire de guerre à raison de 200 tonnes de charbon à l’heure.
- Ce système de ravitaillement, comme on le disait, donne d’excellents résultats par temps calme, même lorsque les deux navires sont en marche parallèlement l’un à l’autre à faible vitesse. Mais lorsque la mer devient houleuse et que les deux navires roulent fortement sous l’action des vagues, l’application de ce système bord à bord devient difficile, sinon impossible. De plus, lorsque la flotte se trouve dans des parages où l’attaque des sous-marins est à redouter, le ravitaillement bord à bord devient totalement impossible, car, dans ce cas, le navire à ravitailler doit non seulement éviter le sous-inarin en marchant à une vitesse supé-
- rieure à celle de ce dernier, c’est-à-dire de 11 à 12 nœuds, mais il doit aussi pouvoir changer d’une manière continue la direction de sa marche.
- | Pour résoudre le problème on a pensé, depuis quelques années déjà, à donner aux deux navires une indépendance relative, en faisant remorquer le charbonnier par le navire à ravitailler, et en établissant entre les deux navires un système de câbles permettant de passer lecharbon du charbonnier au navire à ravitailler.
- C’est à ce système que semblent s'être ralliées un grand nombre de puissances maritimes et notamment l’Amirauté des États-Unis qui, après de longues études, paraît l'avoir complètement adopté, en appliquant à plusieurs de ses charbonniers le système à câble Lidgerwood-Miller. Nous croyons donc intéressant de dire quelques mots de ce système, d’après une conférence faite par l’auteur au mois de décembre dernier à la Société des Naval Architects and Marine Engineers de New-York et reproduite dans Engineering, à qui nous empruntons nos figures.
- Dès l’année 1902, la Russie l’avait appliqué sur un de ses navires de guerre, le Ravitzan, et des essais, qui donnèrent pleine satisfaction, furent faits
- Fig. i. — Ravitaillement en charbon et en haute mer d'un navire au moyen du câble transporteur Miller. Le charbonnier est également muni des appareils servant au ravitaillement en charbon bord à bord.
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- en rade de Cronstadt. Le navire pris par les Japonais pendant la guerre russo-japonaise porte aujourd’hui le nom de Hizen. Il est plus que probable que les Japonais ont conservé sur ce navire le système de
- de guerre en haute mer. Différentes maisons de construction allemandes étudièrent la question et firent des propositions. Deux de ces propositions furent acceptées et des essais en mer furent faits.
- Fig. 2. — Dispositif anglais pour Le ravitaillement en pétrole des navires en haute mer.
- ravitaillement, s’ils ne l’ont même perfectionné.
- L’Amirauté anglaise, aussitôt après les premiers essais faits aux États-Unis, en 1899, avec le câble transporteur, fut la première à en faire l’essai sur un charbonnier, le Muriel.
- Les résultats satisfaisants amenèrent alors un certain nombre d’ingénieurs anglais à étudier différentes modifications et simplifications ayant pour but d’augmenter le rendement de l’appareil. Parmi celles-ci on peut citer le système Metcalïl qui fut construit dans les arsenaux et mis à l’épreuve à différentes reprises. Mais l’Amirauté n’a pas cru devoir l’adopter jusqu’ici, et aucune solution définitive n’a encore été adoptée. En 1902, à la suite d’une conférence faite à Berlin par l’attaché naval à l’ambassade des États-Unis sur le câble transporteur américain, l’Allemagne prit un vif intérêt à la question du ravitaillement des navires
- A la suite de ceux-ci l’Amirauté allemande accepta le système par câble Adam construit par la maison Felten et Guillaume. Pendant les opérations on put ravitailler le croiseur Roon de 9050 tonnes à raison de 62 tonnes à l’heure pendant 10 heures et cela par une mer assez dure, donnant aux navires des roulis atteignant 15°. Nous ne pouvons décrire cet appareil, le Gouvernement allemand conservant le plus grand secret sur sa disposition; mais, ce que nous savons, c’est qu’il est appliqué sur un certain nombre de charbonniers et de navires de guerre de la marine allemande.
- En 1906, la marine italienne fit un essai de ravitaillement de charbon en haute mer au moyen d’un câble transporteur construit par la maison anglaise Temperley. Le charbonnier Seerope put ravitailler le croiseur léger Liguria de 2280 tonnes, distant de lui de 120 m.
- tig. 3. — Appareil permettant l’accrochage ou le décrochage des sacs de charbon.
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- à raison de 60 tonnes à l’heure et à la vitesse de 12 nœuds. Le système Temperley était compliqué, mais, depuis, il a, paraît-il, été simplifié.
- Revenons maintenant au câble transporteur Miller qui, en principe (fig. 1), comporte un câble principal de 25 mm de diamètre et de 270 m. environ de longueur prenant appui sur le mât du charbonnier et, de l’autre côté, sur. un mât de charge installé sur le pont du navire à ravitailler. Ce câble est maintenu à une tension constante de 8550 kg, quel que soit le tangage des deux navires et la vitesse de ceux-ci, au moyen d’un appareil spécial fort ingénieux étudié par M. Miller, et qui, une fois réglé à la tension voulue, ne nécessite aucune surveillance, sauf le graissage de ses organes.
- Sur ce câble principal prend appui, au moyen d’une poulie, un chariot sur lequel sont disposés les sacs de charbon, qui doivent passer du charbonnier au navire à ravitailler et, inversement, ramènent au charbonnier les sacs vides.
- Au-dessous de ce câble principal sont disposés des câbles de traction de 12,5 mm de diamètre, dont les extrémités sont fixées au chariot servant au transport des sacs de charbon. Ces câbles sont actionnés au moyen de deux appareils qui, tout en maintenant une tension constante dans ces câbles de traction, servent à faire circuler le chariot sur le câble principal à la vitesse de 10 m. par seconde. Un des appareils amène le chariot du charbonnier sur le navire à ravitailler et l’autre donne au chariot un mouvement inverse du navire à ravitailler au charbonnier, en ramenant les sacs vides.
- Sur le charbonnier (fig. 5), sont disposés des appareils qui permettent d’abaisser le câble et le chariot en vue du chargement des sacs. De même,
- sur le navire à ravitailler, se trouvent des appareils analogues permettant l’abaissement de ces mêmes organes pour recevoir les sacs pleins et charger les sacs vides.
- Nous devons ajouter que ce système de ravitaillement par câbles, qui peut servir quel que soit l’état de la mer et quelles que soient les circonstances dans lesquelles se trouve une flotte, peut être adjoint, comme il a été fait aux États-Unis, au système de ravitaillement bord à bord dont on a parlé dans le précédent article de La Nature.
- Des différents essais faits aux États-Unis avec l’appareil à câble du système Miller, il résulte qu’il est possible de ravitailler un navire de guerre à la vitesse de 12 nœuds, à raison de 100 tonnes de charbon à l’heure, et qu’un délai de 20 minutes suffit pour préparer les appareils et commencer les opérations de ravitaillement. Quelques-uns de ces essais ont été faits avec forte mer donnant des roulis de 20°.
- Depuis quelque temps, ainsi que l’a montré La Nature dans un article très documenté paru dans ses colonnes (n° du 10 avril 1915), l’emploi du pétrole pour le chauffage des chaudières marines tend de plus en plus à se généraliser. Yoici le dispositif que l’Angleterre a adopté pour le ravitaillement en pétrole et en haute mer des navires de sa flotte.
- Le navire à ravitailler (fig. 2) remorque le pétrolier au moyen d’un câble. A un second câble est suspendu un tuyau flexible de 125 mm de diamètre et pesant 15 kg 5 le mètre au travers duquel le pétrole est envoyé du pétrolier dans les réservoirs du navire à raison de 80 tonnes à l’heure. R. Bonnin.
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- La récente expédition des Turcs contre l’Égypte a attiré l’attention sur la presqu’île du Sinaï. On a rappelé combien le ravitaillement en eau y était précaire. Sous ce rapport on doit signaler qu’à 12 km. au Sud-Est de Suez jaillissent d’abondantes et curieuses Sources de Moïse (Ayun Musa). On y parvient, de Suez, par une route désertique longeant la côte à peu de distance et que dominent à l’ouest les sombres masses des monts Ataka.
- Cette pittoresque oasis mesure à peine un kilomètre de circonférence. Toutefois sa luxuriante végétation de.robustes palmiers dattiers et de gracieux tamaris contraste singulièrement avec les rares buissons du désert environnant. Quelques Arabes ont édifié leurs maisons de pisé près de ces sources, dont la température oscille entre 21° et 29°. Ils cultivent des légumes dans leurs jardins, clôturés par des haies de cactus.
- Un mur, quelque peu délabré aujourd’hui, entoure la plus grande de ces fontaines salées, plus ou
- moins amères. C’est, d’après la tradition, la source dont Moïse rendit l’eau potable en y jetant un bois spécial, A un kilomètre vers le sud-est, se dresse un mamelon de 5 m. de haut au sommet duquel se trouve une flaque peu profonde dite Source du monticule, qui constitue une curiosité géologique.
- Son eau saumâtre repose sur un fond limoneux très noir; elle s’écoule par une petite rigole, mais le sable du désert la boit avant qu’elle n’atteigne la plaine. Des coléoptères, des mélanies et de minuscules crustacés remplissent ce bassin, dont le géologue Oscar Fraas explique la formation de la manière suivante :
- Au cours des âges, des millions de cypris ont cimenté, avec leurs coquilles calcaires, l’entonnoir sablonneux d’où surgit la source, qu’ils ont finalement enfermée.
- Ainsi se constitua le rocher qui borde cet original monticule. Les eaux semblent provenir des monts
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- Fig. i. — L’oasis des Sources de Moïse.
- Fig. 2. — Sources de Moïse. Source du Monticule.
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- UN PARADOXE ANEMOMETR1QUE
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- Rahah, distants de 15 à 20 km. Elles jaillissent (à l’altitude de 50 m.) du moindre trou pratiqué dans le sable; dès 1765, cette particularité avait déjà frappé Niebuhr dans son fameux voyage en
- Arabie. « On y trouve de l’eau en plusieurs endroits dès qu’on creuse à un pied de profondeur ! » (Description de l'Arabie, t. II, p. 281, édit, française
- de 1779, Paris).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 26 avril 1915.
- Sur la scintillation des étoiles. — M. Bigourdan étudie ce phénomène très complexe, qui, à l’occasipn, consiste en des variations rapides d’éclat, de couleur, de grandeur apparente, accompagnées de rayons divergents parlis de l’étoile et d’autant plus longs que l’éclat est plus grand.
- La cause de ces rayons divergents est dans l’œil de l’observateur; mais les changements d’éclat et de couleur sont réeis. On peut les étudier au moyen de scintillomètres dont le plus ancien est celui de Simon Marius, constitué par une petite lunette sans oculaire. On constate notamment que les étoiles rouges scintillent moins que les étoiles blanches; mais on ne sait pas encore à quelle hauteur dans l’atmosphère est le siège réel de la scintillation.
- Observations sur la haute atmosphère. — M. Perrot a cherché si les centres absorbants qui, situés dans l’atmosphère terrestre, produisent les raies telluriques dans le spectre de la lumière solaire, ne sont pas animés de certains mouvements dirigés. Si ces centres absorbants sont animés d’un mouvement général, la longueur d’onde des raies du groupe sera altérée par suite de ce
- mouvement et la valeur de cette altération, déterminée par la méthode Doppler-Fizeau, dépendra de la composante de la vitesse des centres dans le sens du rayon lumineux solaire. Suivant la hauteur du soleil au-dessus de l’horizon la vitesse devra donc varier. En étudiant une raie du groupe B de l’oxygène, M. Perrot a montré que les centres absorbants qui produisent le groupe B s’éloignent de la terre avec une vitesse de 5 km par seconde. C’est une précieuse indication sur l’état de la haute atmosphère que nous sommes incapables d’atteindre directement.
- Autotomie et régénérât'on des viscères chez une ascidie. — M. Marc de Selys Longchamps a étudié une ascidie (Polycarpa tenera), qui, après un certain temps de captivité où elle s’était complètement épanouie, expulse ses viscères, sans que la cause de cette éviscération paraisse être ni un traumatisme ni un parasite. L’organisme est alors réduit à la paroi du corps et se ramène au cinquantième de son volume primitif. Après quoi, sans que les conditions extérieures du milieu se modifient, l’animal régénère sa branchie, ses glandes sexuelles et son tube disgestif.
- UN PARADOXE ANÉMOMÉTRIQUE —
- Quand une surface est inclinée, par rapport au vent et assujettie à se mouvoir à peu près perpendiculairement auvent, ce dernier, par réaction, l’oblige
- MOULIN A VENT A AXE VERTICAL
- à se déplacer dans une direction qui dépend du sens de l’inclinaison. C’est le principe des bateaux à voile, des moulins à vent, des aéroplanes, etc... Si
- La figure de droite montre en détail la forme des ailes courbées. Le vent v arrive de l’extérieur de la roue et le vent v' de l’intérieur. Tous deux, pénétrant entre les lames, déterminent un mouvement dans le même sens. La figure de gauche montre l’ensemble de la roue et l’utilisation de la-différence entre les actions v" et v"'.
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- Fig. 1. — Schéma des ailes à double effet.
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- UN PARADOXE ANÉMOMÉTR1QUE : . . 31 I
- le vent prend une direction diamétralement opposée, c’est-à-dire, rencontre la surface sur l’autre face, le mouvement s’effectue en sens inverse, à moins que l’on ne change le sens de l’inclinaison, comme on le fait pour les bateaux à voile. Il semble, a priori, impossible de constituer une surface qui, quoique d’inclinaison invariable, soit, cependant, poussée dans le même sens, alors que le vent lui arrive de deux directions diam étralement opposées. On a, pourtant, réalisé ce paradoxe.
- Il s’agissait, pour faire un moteur à vent à axe vertical, de constrüiréune roue autour de laquelle des ailes reçoivent l’effort du vent.
- Mais, afin d’utiliser de grands diamètres, on voulait additionner la réaction du vent qui tend à entrer dans la roue et celle du vent qui tend à en sortir (qu’il y soit entré en agissant une première fois sur les ailes ou bien par le dessus et le dessous de la roue).
- Il fallait donc faire des ailes qui eussent une réaction perpendiculaire au vent, mais dans le même sens, bien que le vent leur arrivât sur l’une ou l’autre face.
- On y est parvenu en formant les ailes de plusieurs lames de tôle a, b, c, d, pliées et placées l’une à côté de l’autre comme l’indique la figure.
- Le vent v, qui tend à entrer dans la roue (fig. 1.), passe entre les lames et produit une réaction dans la direction x; le vent v', qui tend à sortir de la roue, glisse le long de Vinclinaison générale de l’aile et produit encore une réaction dans la même
- direction x. (Ce même principe peut, d’ailleurs, s’appliquer aux bateaux à voile ou à d’autres appareils utilisant la force du vent.)
- Grâce à la partie a, b, de chaque lame, les ailes utilisent aussi la différence entre la poussée du vent v" que l’on peut appeler vent arrière et la poussée du vent v’" que l’on peut appeler vent
- debout. La plupart des moteurs à vent à axe vertical (têtes de cheminées, moulins à vent dits à la polonaise ou à bonnets de coton, panneaux réclame, etc.) n’utilisent que cette différence qui ne peut être très grande ; car, dans la partie utile v", les ailes s e cachent u n peu l’une derrière l’autre, malgré l’augmentation du diamètre.
- En outre, le vent debout v ajoute, pour freiner, sa vitesse à celle des ailes sur lesquelles il agit. Au contraire, en utilisant le vent sur toute la largeur., laquelle augmente comme le diamètre, et en l’utilisant deux fois, la puissance totale est considérable.
- Contrairement à ce que l’on pourrait présumer et à ce que croyait l’inventeur lui-même, le rendement de ce dispositif est très élevé quand les inclinaisons des différents éléments sont judicieusement déterminées.
- On peut arriver à ce que la largeur utile du vent v et v" atteigne les 9/10 environ du diamètre.
- Bien entendu, les mêmes effets se produisant quelle que soit la direction du vent, ce moteur n’a pas à être orienté.
- Fig. 2. — Vue d'ensemble, la roue accrochée au sommet du mât. Tout en haut, les haubans et le chapeau qui préserve la crapaudine du sommet contre la pluie. On distingue une des 2 poulies et un des 2 câbles qui servent à monter et descendre la roue.
- Dans le bas, on voit l'excentrique variable.
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- 312 , UN PARADOXE ANÉMOMÉTR1QUE =
- Ce mécanisme très simple permet d’établir des j moulins à vent à un ' prix très bas. Or, tout le mondé, à la campagne, a plus ou moins besoin de se procurer de l’eau et de la faire monter et peu de personnes disposent, à cet effet, soit d’une force hydraulique, soit d’un moteur à vapeur ou à essence, tandis que le vent est à la disposition de touséCésnouveaux: moulins à vent pourront être très utiles, par. conséquent, aux jardiniers et aux agriculteurs.
- La maison, qui exploite ce brevet sous le nom de « moulin à vent vainqueur », livre un moteur complet, sa monture, la pompe, les tuyaux, tout compris; prêt à poser, pour 600 francs, trois fois moins cher que les systèmes usuels.
- Une particularité qui permet de faire un prix aussi réduit, c’est que, si le terrain est assez large, le moteur est simplement monté sur un mât tournant avec la roue et tenu au sommet par des haubans, sans pylône. L’expérience prouve que cela tient très bien.
- Ce dispositif offre, en outre, le grand avantage de supprimer l’acrobatique ascension au sommet, toutes les semaines, pour graisser et visiter les autres systèmes de moulins à vent. En effet, la seule pièce mobile du sommet est une crapaudine étanche, placée au bout du mât et dans laquelle plonge un pivot auquel sont attachés les haubans. Cette crapaudine, bien couverte, conserve l’huile plusieurs années et elle peut être alimentée du bas par un
- tuyau. La roue, d’ailleurs, descend et monte le long du mât à l’aide de câbles et poulies comme un lustre de cirque.
- Un excentrique, fixé au bas du mât, commande la pompe. Mais le vent est très variable ; ou bien la pompe sera forte et le moteur ne démarrera pas par les vents faibles, ou bien elle sera petite et le moteur, malgré l’augmentation de vitesse, utilisera très mal l’énorme puissance des grands vents. Il faut donc faire varier la force de la pompe avec celle du vent. La maison Mahiet, de Bourges, fait un excentrique dont l’excentricité augmente automatiquement au fur et à mesure que la vitesse s’accroît. De sorte que la course de la pompe varie automatiquement et prend toutes les grandeurs en tre 5 centimètres pour les faibles brises et 1 mètre pour les tempêtes : avantage précieux en été pour irriguer les prairies ou arroser les jardins, car une seule bourrasque d’orage peut remplir de grands réservoirs. En outre, le total d’eau élevé dans l’année est, de la sorte, considérablement accru. Ce moteur à vent peut se faire réglable, les ailes s’effaçant automatiquement ou à volonté, afin de ralentir ou d’arrêter la roue. Mais, pour les petits modèles utiles aux jardiniers, ce réglage, qui augmente le prix, n’est pas indispensable. Quand on veut, il suffit de débrayer la pompe et laisser tourner, rien ne peut s’user ni s’abîmer. R. Yillers.
- Fig. 3. — Détail de l’excentrique variable et du levier oscillant. Un fil d’acier attaché à ce levier oscillant (lequel est'rappelé par le poids dont on charge le piston de la pompe) va commander la pompe à n’importe quelle distance. On distingue le coin dont la montée ou la descente détermine l’excentricité plus ou moins grande de l'excentrique. Ce coin est commandé par un gros régulateur à boules invisibles sur la figure.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahore, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- 15 MAI 1915.
- LA NATURE. — N* 2172.
- LE CAMP RETRANCHÉ DE METZ
- Entre Metz et Ponl-à-Mousson,
- La rivière perd(c)ra son nom
- dit une ancienne « prophétie » lorraine. Le sens caché n’en est pas très apparent ; la rivière perdra son nom, probablement parce que ses eaux seront si chargées de sang que leur limpidité historique
- mêmes conditions que Verdun sert de base à l’attaque française.
- Il pourrait se faire, cependant, que la « prophétie » s’appliquât exclusivement à la guerre actuelle, "car elle précise sa pensée. C’est encore entre Metz et Pont-à-Mo.usson, en effet, que doit
- Fig. i. — Vue cavalière du camp retranché de Metz.
- --------Frontière. ------------- Chemins de fer reliant entre elles les diverses parties du camp retranché.
- aura disparu. Mais alors la « prophétie », vieille d’un nombre respectable de siècles, aurait déjà reçu, maintes fois, une éclatante confirmation. Car la Moselle a toujours été le témoin muet de toutes les guerres que se sont livrées les deux races, les deux civilisations aujourd’hui encore aux prises. Metz a presque toujours été utilisée comme centre de résistance pour l’une ou l’autre des armées en présence. Actuellement ce camp retranché sert encore de pivot à la défensive allemande dans les
- « apparaître dans les airs un homme qui mettra la paix entre les nations ». Naguère, on riait de cette apparition soudaine donnant tout à fait l’aspect d’une légende aux paroles du prophète lorrain qui prennent actuellement une étrange signification.
- N’anticipons pas sur les événements. Pont-à-Mousson a subi l’effroyable invasion; Metz, toute proche, prépare à l'abri de ses Feste les hordes allemandes et leurs munitions encore destinées à fouler notre sol. Approchons-nous de la ville
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- 43' Année. — 1" Semestre
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- 314 - —LE CAMP RETRANCHE DE METZ
- captive autour de laquelle l’Allemagne a établi le oamp retranché le plus formidable qu’elle ait organisé au milieu de sa puissante préparation militaire. Il nous est bien connu ce camp avec ses ressources et son organisation; nous pouvons aisément en présenter l’ossature générale.
- Les voies ferrées constituent le premier élément d’une base d’attaque et de défense; par leur nombre, par leurs points de soudure avec le réseau général, elles facilitent les concentrations, les formations d’unités et les départs rapides. Les Allemands les ont multipliées autour de Metz qu’ils n’avaient considéré, jusque vers l’année 1900, que comme un important centre de défense contre une invasion française disposant des lignes de chemins de fer suivantes : Trèves-Thionville Metz,
- Melz-Pont-à-Mousson-Nancy, Mayence-Sarrebruck-Meiz et enfin Luxembourg-Metz. Mais à partir de 1900, l’Allemagne songe à l’attaque et la place forte prend un caractère nettement offensif ; de nouvelles voies ferrées, destinées à amener rapidement dans le camp retranché, des hommes, des vivres, des munitions, en grande quantité, sont créées les unes après les autres. Aux anciennes lignes sont venues s’ajouter, celle de Remilly à Strasbourg qui établit une communication directe entre les deux grandes places fortes de la Lorraine et de l’Alsace et dont la construction fut suivie de celle de Thionville à Sarreguemines, les défenses de Thionville constituant une protection au nord de la place de Metz. De Hargarten, sur cette dernière ligne, on en fit venir une troi sième qui, passant par Boulay, aboutit à Courcelles-sur-Nied, sur l’ancienne ligne de Metz à Sarrebriick, comme Remilly.
- Puis la gare de Metz, qui se terminait en cul-de-sac obligeant les trains à rebrousser chemin et à contourner la ville par le sud pour gagner Thionville, fut entièrement remaniée. On n’hésita pas à engager des travaux considérables. Le bras de la Seille traversant la ville fut. comblé et une nouvelle voie construite par le nord pour rejoindre, en
- aval de Metz, la ligne de Thioi?^lle. Puis, de la ligne de Thionville à Sarreguemines, un embranchement descendit encore sur Metz.
- Depuis quelques années une ligne frontière se dirige sur Château-Salins par la vallée de la Seille, une autre sur Conflans en traversant la frontière à Amanvilliers ; un embranchement relie Ars-sur-Moselle à Gravelotte à l’extrême frontière et un autre quitte la ligne de Thionville à Maizières-lès-Metz pour se terminer à Sainte-Marie-aux-Chênes.
- Le plan offensif allemand apparaissait sans que le moindre doute fût possible : ce n’était pas dans un but pacifique que l’Empire avait consacré
- 20 millions par an, pendant sept années, à tous ces travaux qui se poursuivaient parallèlement avec ceux de la nouvelle enceinte fortifiée.
- La Moselle sépare le camp retranché de Metz en deux parties dont les ouvrages s’étendent vers l’est et vers l’ouest. Ces ouvrages, appelés Feste, sont autant de petites forteresse s occupant sur le terrain des emplacements particulièrement favorables à la défense et groupés en deux lignes à peu près circulaires.
- Ceux de première ligne, sur la rive gauche delà Moselle, comprennent trois grandes Feste. La Feste Lothringen, située à 1 km au sud de Norroy sur le plateau de Plesnoy à environ 350 m. d’altitude, défend l’entrée de Metz par le nord (Vallée de la Moselle), par la route de Metz à Auboué et Briey et parla voie ferrée de Conflans en Jarnisy (direction de Verdun) à Metz. A 1 km et demi environ vers l’ouest, la forteresse est complétée par les ouvrages du Wolfsber^g très rapprochés de cette dernière route et de la voie ferrée de Metz à Verdun, et au Nord, par ceux du Ilorimont qui flanquent la nouvelle ligne de chemin de fer de Maizières-lès-Metz à Saintc-Marie-aux-Chênes.
- Au sud de cette première forteresse s’élève la Feste Kaiserin, un peu au sud de la route de Mars-la-Tour. La distance entre les deux Feste, environ 6500 m., est encore occupée par plusieurs ouvrages qui constituent la Feste Leipzig, un peu
- Fig. 2. — Vue générale d'une Feste allemande. — I. Ouvrage principal; II. Point d’appui de gauche; III. Point d’appui de droite; IV. Tranchée; V, VI, VII. Tranchées de gorge; B! B2 B3. Batteries; C. Caserne bétonnée; D. Casernement en temps de paix; E. Blockhaus.
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- LE CAMP RETRANCHE DE METZ
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- moins importante que les autres. Le plateau sur lequel s’élève la Fesle Kaiser in est limité à l’ouest et au sud par l’étroite vallée de la Mance dont la direction nord-sud est prise d’enfdade par les feux de la Fente Kronprinz, sur le plateau de Dornot presque entièrement boisé. Cet ouvrage peut battre en meme temps la vallée de la Moselle à partir de son entrée en Lorraine annexée.
- Sur la rive droite de la Moselle, la première ligne comprend :
- La Feste Mey très rapprochée de la voie ferrée de Metz à Bouzonville et Sarre-briick défendue également, au sud, par la Feste Lauval-lière; la Feste Von der Goltz près deMercy-lez-Metz ; la Feste Luitpold, près du village d’Orny; la Feste Wagner au nord de Yerny sur la ligne du chemin de fer de Château-Salins, et enfin la Feste Graf Hœseler qui commande directement la vallée de la Moselle et qui est constituée par un groupement de plusieurs ouvrages dont les principaux sont les forts de Saint-Biaise et de Sommy.
- On remarque, sur notre carte, que ces Feste sont complétées par des positions de batteries dont les principales sont ceux de Sorbey,
- .de Mont, de Lemmersberg, de Sainte-Barbe, sur la Moselle.
- La seconde enceinte fortifiée a été constituée en majeure partie par les ouvrages que les Allemands
- Fig. 3. — Type d’un ouvrage d!infanterie; Plan. — A.; Caserne de gorge; B. Abri pour le piquet; C. Tour de guet; D. Observatoire cuirassé; E. Coffres de contrescarpe; G. Blockhaus de chemin couvert ; H. Caponnière de gorge ; K. Blockhaus d’entrée; II. Rampes d’accès ;F. Chemin couvert; P. Parapet d’infanterie; M. Fossé.
- L’ouvrage de deuxième ligne le plus important de la défense de Metz, est la Feste Friedrich Kart (ancien fort de Saint-Quentin) qui occupe le plateau de Saint-Quentin, à l’Ouest de Metz. Il se compose du fort Manstein, construit par les Allemands, et du fort dit de Y Est qui est notre ancien fort de Saint-Quentin. Les deux ouvrages sont réunis par des branches de jonction qui présentent des positions de batteries avec des parapets d’infanterie. A l’intérieur de cette enceinte se trouvent des batteries cuirassées et des batteries à ciel ouvert. Les ouvrages eux-mêmes sont des ouvrages en forme de lunette dont les parapets présentent encore des emplacements pour l’artillerie ; ils sont entourés de fossés, flanqués par des coffres de contrescarpe.
- Cette seconde ligne de défense comprend encore un très grand nombre de batteries, tant cuirassées qu’à ciel ouvert: Comme dans toutes les places modernes, le noyau central est réuni aux différents ouvrages par des voies ferrées étroites constituant un réseau de chemin de fer stratégique. Sur notre carte d’ensemble, ce réseau paraît incomplet; il est plus que, certain qu’ac-tuellement aucune des Feste n’est isolée de ses voisines et du centre de la place, les Allemands ayant eu le temps.de terminer leur œuvre. Ces voies ferrées desservent non seulement les ouvrages
- Fig. 4. — Coupe selon a d de l’ouvrage d’infanterie représenté à la figure 3
- avaient trouvés à peine ébauchés en 1870. Cette ligne fut développée jusque vers 1897 ; à partir de cette époque toute l’activité de nos ennemis a été reportée sur la construction des ouvrages de première ligne.
- On trouve en deuxième ligne, sur la rive droite de la Moselle, les forts Hindersin, Kameke, Schwerin, Alvensleben et Friedrich-Karl; sur la rive gauche ceux du Prinz August von Wurtemberg, Von Goeben, Zastrow et Manteufel.
- défensifs, mais encore les casernements, les magasins à vivres et à . munitions, les usines frigorifiques, etc. Enfin des réseaux électriques, télégraphiques et téléphoniques complètent cette formidable organisation militaire à laquelle aucune autre, dans aucun pays, peut-être, ne peut être comparée.
- L’invulnérabilité de Metz n’aurait pas été suffisante si une armée ennemie avait pu facilement entourer son enceinte fortifiée qui s’étend sur une circonférence de 75 km. L’investissement de la
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- LE CAMP RETRANCHÉ DE METZ
- place ne peut s’effectuer qu’à la condition d’investir également Thionville ou de détruire ses forts. Car Thionville peut être considérée comme un prolongement, une défense, du camp retranché de Metz.
- Le vieux corps de place a été démantelé, mais trois importantes Feste le remplacent avantageusement. Ce sont la Feste Guentrange, sur la rive gauche de la Moselle, au Nord-Ouest de Thionville, la Feste Illange et la Feste Kônigsmacker sur la
- quelquefois aussi en groupes par des réseaux de fils de fer sur glacis. Dans les Feste nouvellement construites, les Allemands ont même installé de petites usines électrogènes fournissant le courant nécessaire à tous les besoins de la fortification : éclairage et force motrice.
- La Feste représentée par noire figure 2 montre un ouvrage principal (I) flanqué par deux points d’appui (Il et III) et une protection d’infanterie.
- L’ouvrage principal est complété par des batte-
- Fig. 5. — Nouveau type de-balterie cuirassée. — A. Tourelles; B. Magasins; C. Ateliers; I). Chambre du commandant et des officiers;
- d'infanterie.
- rive droite. La première surveille la ligne du chemin de fer de Thionville à Luxembourg et a route de Thionville à Àumetz; la seconde commande le chemin de fer de Thionville à Longuyon qui suit la vallée de la Fensch et la troisième tient sous ses feux la voie ferrée de Thionville à Trêves.
- La distance entre la Feste Illange et l’ouvrage du Horimont, la forteresse la plus au Nord du camp retranché de Metz, étant de 15 km seulement, les deux défenses peuvent croiser facilement leurs feux et interdire le passage à une armée qui voudrait s’aventurer dans ces parages.
- Il nous reste à montrer ce que sont ces ouvrages.
- On s’en ferait une idée très fausse si on les comparait aux anciens forts, réduits à canons sur lesquels un ennemi parfaitement outillé pourrait faire pleuvoir sans arrêt et sans manquer son but une grêle de projectiles démolisseurs. Les Feste ne sont pas des forts; chacune d’elles constitue un véritable camp retranché autonome comprenant un certain nombre de batteries cuirassées armées d^ canons ou d’obusiers sous tourelles, des ouvrages d’infanterie, des points d’appui et des tranchées pour couvrir les batteries, plus ou moins éloignées les Unes des autres, chaque batterie, chaque ouvrage, répondant à un besoin précis. Tous sont protégés isolément et
- ries Rj B2 133 cuirassées ou non, armées de canons et d’obusiers de différents calibres, des blockhaus, des tranchées avec abris pour les troupes de piquet et des postes de garde. L’armement et la disposition de tous ces ouvrages varient avec chacun d’eux et dépendent de l’importance de l’ouvrage et de la forme du terrain sur lequel ils sont établis. Dans tous les cas, on cherche à les dissimuler
- autant que possible.
- L’ouvrage principal (ouvrage d’infanterie) comprend u n parapet d’infanterie (tig. 5) flanqué de tours de guet, d’observatoires cuirassés et d’abris bétonnés pour les troupes de piquet. Un fossé règne tout autour de l’ouvrage; il est précédé d’un chemin couvert et d’un glacis sur lequel est installé le réseau de fils de fer. On y aecède^par un chemin que bat un blockhaus K ; deux rampes T I donnent accès au fossé qui est battu dans toutes les directions par une caponnière de gorge II et par des coffres de contrescarpe G F et quelquefois encore par un blockhaus G. La coupe de l’ouvrage donne une idée exacte des souterrains qui sont abrités par d’épaisses masses de béton.
- Il nous reste à étudier un nouveau type de batterie cuirassée, généralement rapproché de l’ouvrage principal d’infanterie où sont établis les observatoires cuirassés du haut desquels les obser-
- Fig. 6. — Coupe par une tourelle de la batterie cuirassée.
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- ACADÉMIE DES SCJENCES
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- vateurs envoient à la batterie les indications permettant le réglage du tir. Ges observatoires sont donc reliés par le téléphone avec les batteries. Notre dessin (fig. 4) montre en plan une batterie comportant trois coupoles flanquées de nombreuses chambres servant de magasins à munitions et à fusées, d’ateliers, de locaux d’attente pour les offi-oiers et la troupe, d’abris, etc. Cette batterie est défendue de son côté vulnérable par des talus maçonnés derrière lesquels se tiennent des tireurs d’infanterie protégés par un mur d’arrière. L’espace entre les deux murs est séparé par des cloisons transversales également maçonnées. Au droit de chaque cloison le mur d’arrière forme une courbe pour permettre le libre passage des hommes.
- Comme dans toutes les places fortes, ces ouvrages sont complétés par des casernes dont le nombre a été considérablement augmenté depuis l’annexion, aussi bien à l’intérieur de la ville qu’à l’extérieur. Les principales, que tous les touristes ont pu regarder à leur aise, sont : la caserne de l’Empereur Guillaume,qui est l’ancienne caserne du génie; sur l’Esplanade: la caserne du Prince Frédéric-Charles; devant l’ancienne porte Serpenoise : les casernes du Cloître, du Roi Jean, du Roi Louis, de la Seille, celle du fort Voigt-Rhetz, celle des pionniers; au bord de la Moselle : cel e du fort Steinmetz et celle de la Porte des Allemands.
- Dans la banlieue ont été construites les casernes de Ban-Saint-Martin, de Longeville, de Montigoy, de la Ronde-devant-les-ponts, de Queuleu, de Borny.
- Ces constructions sont complétées par des hôpitaux militaires dont ceux de Voigt-Rhetz et de Montigny (banlieue), par de vastes magasins de subsistances élevés particulièrement le long du
- <&>-s
- ACADÉMIE E
- Séance du
- Appareil prothétique à mouvements coordonnés pour amputés de la cuisse. — M. Pierre Delbet remarque qu’il existe, dans les membres postérieurs, un mécanisme d’adaptation qui, en dehors de toute contraction musculaire, facilite la marche par l’utilisation de l’énergie cinétique du corps en mouvement. Ce mécanisme est très apparent chez les animaux coureurs. 11 est dù à ce que certains muscles sautent par-dessus deux articulations. Un mécanisme de ce genre peut être réalisé par un appareil prothétique puisque la contraction musculaire n’v joue pas de rôle. L’appareil se compose de trois segments articu és représentant la cuisse, la jambe et le pied, d’une bielle et d’un ressort. 11 exécute automatiquement des mouvements en quelque sorte physiologiques, dissimule l’infirmité et facilite beaucoup la marche.
- Sur les lois d'écoulement par gouttes par les orifices capillaires. — Le poids des gouttes qui tombent d’un orifice capillaire est une fonction assez compliqué e de fréquence des chutes. À mesure que cette fréquence augmente, le poids augmente d’abord, passe par un maximum, décroît ensuite très vite, mais en subissant,
- chemin de fer de Metz à Nancy; une voie ferrée relie l’ensemble de ces magasins à la place. Une manutention et un abattoir sont affectés aux besoins de la garnison. Bien mieux, et ceci montre à quel point les Allemands avaient préparé leur attaque, au commencement de l’année dernière, plus de 40 étables furent construites entre la voie ferrée et la route de Thionville, de Woippy à la ferme de Sainte-Agathe. Toutes, appelées à constituer des réserves toujours disponibles de viande fraîche, sont également reliées au réseau stratégique par une voie ferrée spéciale. Un entrepôt frigorifique est situé au bord de la Seille, au nord de la porte des Allemands.
- Les deux principaux magasins à fourrages sont ceux de l’île Saulcy et l’autre dans le fort de Voigt-Rhetz ; le magasin central d’habillement est à Montigny et le lavoir de la garnison au fort Voigt-Rhetz.
- L’Arsenal comprend trois établissements de première importance : l’un près du confluent de la Seille et de la Moselle, un autre sur l’Esplanade et un troisième à Devant-les-Ponts. Ajoutons à cette nomenclature forcément aride, des dépôts du matériel d’artillerie, du génie, de forteresse et une usine électrique centrale à l’île Chambière.
- La place de Metz va-t-elle devoir se défendre contre notre artillerie lourde pour nous offrir le spectacle de la plus grandiose des luttes de la civilisation contre la barbarie scientifique allemande synthétisée sur cette partie du sol français? Nul ne peut le dire et on n’ose même pas le croire. D’ailleurs la prise de Metz par les armes n’est nullement indispensable à la victoire finale.
- Lucien Fournier.
- ES SCIENCES
- 3 mai jgj5.
- pour certaines valeurs critiques de fréquence, de brusques augmentations. M. E. Vaillant a pu déterminer expérimentalement les lois mathématiques du phénomène.
- Les formations tertiaires de la mer de Marmara. — M. N. Arabu a étudié les dépôts néogènes situés au nord de la mer de Marmara, entre le Rhodope et le massif de Strankha. Ces dépôts sont localisés dans un étroit sillon traversant l’Egéide, sillon qui fut la première ébauche de la mer de Marmara. La chaîne du Tekir-et-Kourau-Dagh est formée d’un flysch oligocène déposé dans un géo-synclinal sur l’ennoyage local d’une chaîne antérieure. Vers la fin du miocène, la région s’est soulevée et asséchée. C’est alors, durant le pontienet le miocène, que se sont creusées les vallées du Bosphore et des Dardanelles.
- L’action morphogénique de la sursalure sur les bactéries marines. — M. Henri Coupin montre que la sursalure agit surtout sur les bacilles en entravant leur désarticulation, en accroissant leur longueur, en augmentant beaucoup leurs formes filamenteuses et en les transformant parfois en vrais spirilles. Dans tous les cas, il y a un retard marqué dans le développement.
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- GUERRES ET ÉPIDÉMIES'1»
- Le résultat d’une guerre, sa durée sont fonctions de multiples et complexes facteurs — matériels et moraux — militaires, économiques, sanitaires, etc. C’est ce seul et dernier point de vue qui nous arrêtera ici.
- Le rappel d’un seul chiffre fera sauter aux yeux la grandeur du facteur sanitaire, et plus particulièrement. du facteur maladies (par opposition au facteur blessures) .
- Lors de la guerre franco-allemande de 1870, l’armée allemande compta 420 000 malades pour 116 000 blessés.
- Nous chercherons plus spécialement à répondre, de façon rigoureusement objective, à une question que l’on s’est posée, semble-t-il, surtout en Amérique et en Angleterre, savoir : le développement d’épidémies printanières est-il susceptible d’abréger de façon appréciable la durée de la guerre actuelle?
- Les infections véritablement meurtrières — et qui seules en Europe ont pu jadis
- — pourraient peut-être encore
- — peser d’un poids réel dans la balance des effectifs combattants sont en somme : la fièvre typhoïde, le typhus, le choléra, la dysenterie. Nous sommes pour toutes ces affections en possession de documents anciens et actuels assez précis pour formuler un pronostic consistant.
- La fièvre typhoïde fut toujours la grande faucheuse bien supérieure en cela à toutes les armes réunies. Jusqu’à la guerre actuelle, les morts par dotbiénentérie l’emportèrent presque toujours, et de beaucoup, sur les morts par armes à feu. C’est ainsi que dans la guerre turco-russe (1877-1878) en 28 mois, dans la seule armée du Danube, il y eut 7207 décès par fièvre typhoïde et 4613 provo-
- qués par )le feu (de \ l’ennemi dans cette même guerre, l'armée Mu Caucase eut [24 475 typhiques avec 8900 décès, le jfeu de l’ennemi ne fit Ique 1975 victimes. La guerre de Tunisie en 1881 pour 20 000 hommes d’effectifs fournit 4200 typhiques avec 4039 décès; le nombre des morts provoquées par les armes à feu fut quasi insignifiant. Lors de
- la guerre du Transvaal, l’armée anglaise perdit 22 000 hommes, 8000 environ par blessures, 14 1)00 par maladies, principalement de fièvre typhoïde.
- Comme on voit, la fièvre typhoïde est une terrible jouteuse. Et quand on pense que lors de la guerre de Sécession (1861-1866), 75 368 hommes sur 451 257, que dans la guerre turco-russe (1877-1878) 42 pour 100 des effectifs, que dans la guerre de Tunisie (1881) 21 pour 100 des effectifs furent atteints, on pourrait craindre que la guerre actuelle par sa durée, par les formidables effectifs en présence, par son caractère de guerre de tranchées ne fournit au bacille typhique une « colossale » occasion d’exercer ses ravages. En fait, il ne paraît pas douteux que sur notre front' occidental même, la fièvre typhoïde n’ait pratiqué des coupes sombres, surtout en novembre, décembre et janvier tant dans les armées allemandes que dans les'armées alliées. Nous manquons à la vérité de donnée statistique valable de côté et d’autre et sommes hors d’état de donner une approximation quelconque du taux de morbidité et de mortalité.
- Mais cette guerre aura mis en évidence la valeur d’une arme défensive inconnue aux anciens : la vaccination antityphique. On sait qu’elle consiste
- 1. Les figures 3 et 4 sont empruntées à la Revue d’hygiène (art. Bordas et Letulle).
- Fig. 2. — Mortalité dans l’armée anglaise pendant la guerre du, Transvaal : à gauche, les malades; à droite, les blessés.
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- en l’inoculation préventive, à quelques jours d'intervalle, de doses progressivement croissantes de cultures mortes de bacilles typhiques. Les milieux de culture et les procédés de stérilisation diffèrent (stérilisation par la chaleur, par l’éther, etc.), le principe reste toujours le même(1). Avant la guerre actuelle, maintes statistiques françaises et étrangères avaient été publiées démontrant l’efficacité et l’innocuité de ladite vaccination. La plus probante est peut-être celle du D1' Harris, du New-York Bureau of infections diseases intitulée : « Expériences of the New York Health Department in Typhoïd Immunisations » (Journ. Amer. Med. Ass., vol. XLIV, ri0 I, p. 5), d’où il résulte qu’en 1912 la mortalité' par fièvre typhoïde fut de 16,5 pour 100 000 parmi la population civile non vaccinée des États Unis, alors qu’elle fut de 0 pour 100 000 dans l’armée américaine ou la vaccination fut obligatoire. Les professeurs Vincent et Chante-messe ont fourni de leur côté de nombreuses et démonstratives statistiques.
- Mais jamais encore on n’avait eu l’occasion de vérifier sur une aussi large échelle, c’est-à-dire sur des millions de sujets adultes, la valeur réelle de ladite vaccination.
- Maintes questions se posent à ce su et :
- 1° Quel est le degré d’immunité conféré par la vaccination antityphique?
- 2° Quelle en est la durée?
- 5° Quels peuvent en être les dangers ?
- 1° Nous ne pouvons pas répondre avec précision à la première question. L’immunité n’est pas absolue, car on a pu collecter d’assez nombreux cas de fièvre typhoïde — chez des vaccinés —, mais (a) cette immunité va croissant avec le nombre des inoculations — il en faut au moins 5 pour conférer le maximum d’immunité; (b) le pourcentage des typhiques est beaucoup moindre parmi les vaccinés que parmi les non vaccinés; (c) la gravité de la maladie est bien moindre, et partant la morta ité très abaissée. En fait, sans qu’il soit possible de donner des chiffres précis relatifs à la guerre actuelle, on peut affirmer sans crainte que l’extension de l'épidémie typhique a été nettement enrayée par la pratique systématique de la vaccination.
- Au surplus, les études pleinement concordantes poursuivies de façon parallèle depuis le début des hostilités tant en France, qu’en Angleterre et en Allemagne, ont mis en pleine lumière une des raisons de la relative inefficacité de la vaccination antityphique. CYst l’existence de nombreuses infections paratyphiques et similaires, se distinguant mal cliniquement de la fièvre typhoïde vraie, mais en différant profondément au point de vue bactériologique.
- Les conclusions pratiques découlant de ces cons-
- 1. Cette question des vaccins a fait 1 objet ici même d’un remarquable article du professeur Roger. Nous prions le lecteur de bien vouloir s’y reporter. (Nature, 50 janvier 1915, p.69-72. )
- tatations sont évidentes; elles ont été formulées de façon précise par Dreyer, Aniley Walker et Alex. Gibson dans un des derniers numéros du périodique anglais (The Lancet, 13 février 1915, p. 524-328) :
- 1° Il est de la plus haute importance que les troupes soient protégées aussi bien contre les infections paratyphiques que contre les infections typhiques. Ce résultat peut être obtenu par l’emploi de vaccins mixtes renfermant parties égales de bacilles typhiques, paratyphiques (A), paratyphiques (B). Les sujets déjà immunisés, contre le bacille typhique, doivent l’être aussi contre, le bacille para-typhique, car l’inoculation antityphique ne confère aucune protection appréciable contre les bacilles paratyphiques. Les épidémies de fièvre typhoïde qui se sont produites chez des belligérants pratiquant la vaccination antityphique sont probablement des épidémies paratyphiques.
- Aucun doute que la mise à l’épreuve de ces suggestions, ne conduise les directions sanitaires des diverses armées belligérantes à la fabrication de vaccins perfectionnés d’une efficacité supérieure.
- Bref, on peut affirmer que la perfection croissante des vaccins antityphiques et paratyphiques, combinée à une hygiène générale et alimentaire attentive, et en particulier à une surveillance méthodique des boissons, au dépistage et à l’isolement des porteurs de germes, enrayeront à coup sûr toute épidémie typhique réellement grave, c’est-à-dire susceptible d’affaiblir de façon importât!le la puissance tactique d’une des armées en campagne.
- 2° La durée de l’immunisation relative conférée par l’inoculation antityphique n’est pas non plus fixée avec une absolue rigueur. Il semble que l’on puisse, en tout cas, affirmer qu’elle est d’au moins 2 ans — et cela pratiquement nous suffit —, car les plus pessimistes ne prévoient certainement pas pour cette guerre une durée supérieure.
- 5° Quels peuvent être les dangers de la vaccination antityphique? Il ne faut ni les nier, ni les exagérer. Mais tous les observateurs français, anglais, allemandssont unanimessurlesdeuxpointssuivants : 1° ces réactions sont exceptionnelles. Les réactions générales manquent dans 99 pour 100 des cas; elles ne sont sévères que dans 5 pour 100 des cas, principalement après la 2e injection; elles n’entraînent pas de conséquences fâcheuses. Les réactions locales sont plus fréquentes; elles peuvent avec certains vaccins atteindre et dépasser 50 pour 100; leurs suites sont bénignes. 2° En cas de menace d’épidémie typhique l’inoculation obligatoire s’impose.
- La pratique de ladite vaccination ne rencontre pas en France de sérieuse opposition; il semble n’en être pas tout à fait de même en Angleterre où les anti-vivisectionnistes se sont violemment prononcés contre ; peut-être ignorent-ils que, contrairement à ce qui se passe pour les sérums antidiphtérique et antitétanique, la préparation du
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- STREPTOCOQUE STAP1! YLOCOQUE DORÉ BACILLE d’EBERTII COLIBACILLE PNEUMOBACILLE
- (Nombreuses (Furoncles, (Fièvre typhoïde). (Entérites,choléra, (Affections bronchosepticémies). anthrax). abcès, etc. pulmonaires).
- PNEUMOCOQUE
- (Pneumonies, pleurésies, méningites, etc.)
- vaccin antityphique (qui n’est nullement un sérum) ne nécessite l’intervention d’aucun animal. Le mouvement d’opinion a été assez sérieux pour amener les compétences à rédiger et à répandre parmi les troupes un petit tract, modèle d’argumentation scientifique populaire, que Lord Kitohe-ner lui-même tint à préfacer. Il résume assez bien l’exposé précédent.
- « J'appelle l'attention de chaque soldat sur la présente instruction, à laquelle, dans l'intérêt de la santé de l'armée, j'attache une grande importance » (Lord Kitciiener).
- « Dans toutes les guerres, la lièvre typhoïde est un sérieux facteur. Dans la guerre sud-africaine, il y eut plus de morts par fièvre typhoïde que par blessures.
- « Dans la guerre actuelle, le mieux est de prévenir la fièvre typhoïde par des précautions minutieuses relatives à l’eau de boisson, ainsi d’ailleurs que par d’autres mesures sanitaires; mais, malgré tout, nombre de soldats ont été atteints par la maladie.
- (i L’inocu ation donne à l’organisme le pouvoir de résister à l'infection.
- « C’est un moyen de prévention dans l’efficacité duquel ont entière confiance tous ceux qui ont étudié la question.
- « L’inoculation n’a rien de commun avec la vivisection.
- « La grande valeur de l’inoculation est clairement démontrée par les faits suivants :
- « De 421 cas constatés parmi les troupes anglaises au cours de la présente campagne, 305 n'avaient pas été inoculés depuis plus de deux ans.
- « De ces 421 cas, 35 succombèrent. De ces morts, 34 n'avaient pas été inoculés depuis plus de deux ans.
- « Un décès seulement fut constaté parmi les sujets inoculés et ce sujet n’avait reçu qu’une seule injection au lieu de 2 qui sont nécessaires.
- « Pour votre propre salut, pour le salut de votre pays et de l’armée, vous ne devez pas manquer de rechercher cette protection assurée par cette pratique simple, inoffensive, et d’une efficacité bien établie. »
- L’instruction est signée : Sir Thomas Barlow, Dr A. H. Freeland Barhour, Sir W. Watson Cheyne, Dr E. Mac Dowel Cosgrave, M. F. Convvay Dwyer, M. J. W. B. llodsdon, Sir Frédéric Treves.
- Le choléra a été jusqu’ici totalement inexistant sur notre front occidental et il est bien vraisemblable qu’il en sera ainsi jusqu’à la fin de la campagne. Il semble avoir, au contraire, terriblement sévi sur le front oriental, dans les armées austro-hongroises, serbes et peut-être russes. Nous ne possédons de renseignements précis que pour la première de ces
- armées et ils permettent d’affirmer : 1° que l’armée austro-hongroise eut à lutter en Galicie et en Bosnie-Herzégovine contre une épidémie cholérique grave; 2° que plus heureux contre les bacilles cholériques que contre les soldats russes, elle lutta victorieusement contre cette invasion grâce au vaccin anti-< holérique.
- Les statistiques officielles austro-allemandes fournissent les chiffres récents suivants en ce qui concerne le choléra et le typhus exanthématique.
- Choléra : Allemagne, du 28 février au 6 mars : Ü cas, 1 mort. —Autriche-Hongrie, du 7 au 13 février : 52 cas, 42 morts.
- Typhus exanthématique : Allemagne, du 28 février au 6 mars : 21 cas dans l’armée allemande; d’assez nombreux cas parmi les prisonniers russes. — Autriche-Hongrie, du 14 au 27 février : 859 cas, la plupart dans des camps de prisonniers.
- Les chiffres ci-dessus ne donnent qu’une idée très imparfaite de la lutte que l’armée autrichienne eut à soutenir contre le choléra. Dès le 20 septembre, dans l’armée austro-hongroise en retraite devant l’armée russe en Galicie, on en constata d’assez nombreux cas authentiques, c’est-à-dire certifiés par l’examen bactériologique.
- La vaccination fut pratiquée, dans les fractions les plus menacées, avec un vaccin préparé par l’Institut sérothérapique de Vienne (et deCracovie). Il consistait en une culture de vibrions cholériques en suspension dans une solution saline, additionnée de 1 pour 200 d’acide phénique et stérilisée par séjour d’une heure au bain-marie à 55°. La stérilisation était vérifiée. La vaccination impliquait deux injections : la première de 1 cm3, la deuxième de 2 cm3 après six ou huit jours. Les réactions furent insignifiantes; en aucun cas, au dire des rapports, elles ne déterminèrent l’incapacité au combat du sujet vacciné. Cette première épidémie fut immédiatement enrayée.
- En octobre et novembre, l’infection cholérique et la vaccination de différents corps opérant en Galicie fournirent les documents statistiques suivants : à un moment donné la proportion respective des sujets vaccinés deux fois, une fois et non vaccinés fut de 20 : 5 : 2, alors que dans ces trois groupes le nombre des cholériques fut de 24, 02, 80. En d’autres termes, pour 10 000 sujets, les vaccinés deux fois fournirent 2 cholériques ; les vaccinés une fois, 15; les non-vaccinés, 50.
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- PESTE BACILLE BACILLE
- DE KOCH DIPHTÉRIQUE
- Fin octobre, la 5e armée fut à son tour infectée par le vibrion cholérique. La vaccination anticholérique fut terminée le 5 novembre; dès le 8, aucun nouveau malade n’entrait dans les formations sanitaires. La commission sanitaire de cette 5e armée communique les chiffres suivants :
- Cas de choléra vérifiés bactériologiquement, 2167 ;
- Non-vaccinés, 1867. Morts, 545, soit 29,5 pour 100 ;
- Vaccinés deux fois, 299. Morts, 5, soit 1 pour 100.
- La 4e armée fournit des résultats identiques. Le pourcentage des cholériques fut, dans cette armée, de 1 pour 10000 pour les vaccinés deux fois; de 5 pour 10 000 pour les vaccinés une fois; de 20 pour 10 000 pour les non-vaccinés.
- La mortalité conduit aux mêmes résultats. Dans une série de 969 cas de choléra confirmés par l’examen bactériologique :
- Sur 778 non-vaccinés, il y eut 505 morts, soit 59 pour 100.
- Sur 151 vaccinés une fois, il y eut 59 décès, soit 26 pour 100.
- Sur 40 vaccinés deux fois, il y eut 6 décès, soit 15 pour 100. -
- Cette expérience qui porta sur des millions de sujets dans l’armée austro-hongroise, et antérieurement, en 1912-1915, sur environ 500 000 sujet' dans l’armée grecque, semble assez probante. L’organisation sanitaire de l’arrière doit être satisfaisante, car l’infiltration du contage cholérique inévitable par les blessés, les prisonniers et les réfugiés ne détermina aucun véritable foyer d’infection.
- L’innocuité au moins relative des vaccinations semble démontrée par ce fait que lesdites vaccinations purent être pratiquées dans les conditions les plus précaires, souvent dans les tranchées mêmes, parfois au cours des opérations militaires les plus pénibles et que la valeur tactique des troupes n’en fut aucunement influencée.
- Les chiffres sus-rappelés en démontrent suffisamment l’efficacité, mais plus démonstratif encore est ce fait que des troupes vaccinées purent se déplacer et combattre dans des régions manifestement infectées sans qu’un seul cas d’infection même légère soit constaté. Plus caractéristique peut-être encore, fut dans les régions infectées la constatation de nombreux vaccinés porteurs de vibrions en parfait état de santé.
- La durée encore indéterminée de la guerre oblige
- VIBRION VIBRION SEPTIQUE TÉTANOS
- cholérique (Gangrène gazeuse).
- à poser la question de la durée de l’immunité. Maints auteurs estiment prudent de renouveler la vaccination au bout de 6 mois, c’est-à-dire actuellement.
- Le dépistage des porteurs de vibrions, c’est-à dire de sujets sains chez lesquels on rencontre des vibrions dans les selles, et qui partant sont contagieux fut, en Autriche, l’objet de recherches systématiques. Dans un lot de 248 sujets examinés à ce point de vue, on dépista 12 vibrionifères, soit environ 5 pour 100. Il est intéressant de constater que, comme l’indique le tableau ci-dessous, le pourcentage des porteurs de vibrions est plus élevé parmi les vaccinés que parmi les non-vaccinés.
- Vaccinés contre
- N o il- va c le choléra.
- cinés. — i • — -, Total
- — 1 l'ois 2 fois 3 ou 4- fois —
- 5 5 2 2 T 2
- 96 92 40 8 236
- Total . . . . 99 97 42 ïü~ 248"
- Pourcentage . 5 5 " '8 ‘ 5
- Trois conclusions pratiques :
- 1° La vaccination anticholérique est efficace ; 2° les vaccinés peuvent être vibrionifères et par ant coniagionnants ; 5° la recherche et l’isolement des vibrionifères s’impose.
- Bref, en tout état de cause, on peut affirmer, plus sûrement encore que pour la fièvre typhoïde, que le choléra ne pourra pas jouer dans la guerre actuelle un rôle bien important. Les armées franco-angl lises ne pourraient vraisemblablement avoir à compter avec cette infection qu’au cours d'une expédition turco-balkanique. Le cas échéant, on peut être sûr que les alliés ne seraient pas pris au dépourvu.
- Les 5 mesures suivantes parfaitement praticables seraient absolument efficaces :
- 1° Interdiction de l’usage dans l’alimentation d’eau non bouillie et d’aliments non cuits ;
- 2° Isolement des porteurs de germes;
- 5° Vaccination anticholérique.
- Le typhus fut le fléau des guerres anciennes. Avant tout exposé il convient de bien définir et la nature et le sens du mot typhus. U ne semble pas douteux que, jusqu’à une époque relativement récente, typhus et fièvres typhoïdes étaient le plus souvent confondus — et il est bien probable qu’une bonne part de la sinistre réputation du typhus tient à cette confusion. En 1857, l’Académie
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- Fig. 3. — Etuve ouverte et boite métallique intérieure, dans laquelle sont désinfectés à io5° les vêlements habités par des parasites.
- de médecine couronnait un travail de Gaultier de Maubry dans lequel était soutenue l’identité du typhus et de la fièvre typhoïde ; la même conclusion découlait d’un mémoire publié, en 1842, dans les Archives de Médecine, par M. Landouzy. Or, la lièvre typhoïde est une maladie spécifique, une septicémie provoquée par un microbe spécial (bacille d’Eberth) et contre laquelle nous possédons, dès maintenant, un vaccin prophylactique dont l’efficacité globale n’est pas douteuse. Le typhus, ou pour parler plus exactement conformément à la terminologie française, le typhus exanthématique est une infection générale dont nous ne connaissons pas encore l’agent vecteur et contre laquelle nous ne possédons aucune défense spécifique. La terminologie internationale même augmente singulièrement la confusion. La fièvre typhoïde a les synonymies suivantes : latin : typhus abdominalis ; anglais : enterie fever, typhoïd fever; allemand : typhus ou typhus abdominalis ; italien : tifo, febbre tifoidea ou ileo-tifo, etc. Le typhus exanthématique ou pétéchial est souvent désigné communément en français par la simple appellation typhus avec les synonymies suivantes : latin : Typhus exanthematicus ; anglais : typhus; allemand : Fleck typhus, Fleck fieber; italien : tifo esantematicu petpchiale. On voit combien cette homonymie reflète la confusion ancienne entre les deux maladies et l’urgence qu’il y aura — après la guerre, en temps opportun — à procéder à une révision internationale rationnelle de cette terminologie pathologique. Le mot typhus, la racine typhus n’exprime que l’idée de stupeur (rucpoç-vapeur, stupeur provoquée par la fièvre) qui est en effet un symptôme commun aux deux affections.
- Quoi qu’il en soit le typhus — confondu ou non avec la fièvre typhoïde — acquit dans toutes les guerres la plus sinistre réputation. Les guerres de la Révolution et de l’Empire en répandi-
- rent largement les germes à travers l’Europe.
- La campagne de Russie marqua, semble-t-il, l’apogée de l’épidémie. Un seul chiffre sera plus éloquent que tous les commentaires. À Dantzig, en 1815, sur 56 000 hommes, 15 000 succombèrent au typhus. En Crimée, en Algérie, dans les Balkans, au Maroc le typhus sévit avec plus ou moins d’intensité. Les balkaniques furent particulièrement éprouvés en 1912 par le choléra et le typhus. Il semble en avoir été de même en Serbie, en Bosnie-Herzégovine, en Hongrie, en Galicie, en Prusse orientale, au cours de la guerre actuelle et nous sommes en état de fournir des renseignements précis relatifs aux épidémies de typhus, qui sévirent et sévissent encore dans ces régions :
- Les cas furent surtout observés dans les camps de prisonniers. Nul doute que les conditions défectueuses de leur internement n’aient joué un grand rôle dans la contagion, car autrement la propagation ne semble pas très dangereuse ; en général, les soldats de garde restèrent indemnes; au contraire, la contagion fut considérable dans les casemates surpeuplées. La mortalité fut de 2,5 pour 100 chez les prisonniers russes; les livres indiquent 40 à 50 pour 100; cela tient probablement à ce que les Russes sont plus accoutumés et partant plus résistants que les Allemands à ladite infection. L’incubation estdedix jours à trois semaines (plus longue
- Fig. 4. — La tenue verte, sans ouvertures, pour les infirmiers chargés de l’épouillage des hommes et de la désinfection des vêtements envahis par des parasites.
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- que celle de la variole). Il en résulte que la quarantaine doit être d’au moins trois semaines. La maladie débute brutalement par une ascension thermique de 40°. Contrairement à ce qui existe dans la fièvre typhoïde, le pouls est très rapide. Les principaux symptômes sont: les douleurs muscu-1. ires, le catarrhe, l’angine revêtant souvent le caractère d’une angine septique, le gonflement des paupières; puis s’établit la bronchite; il ne doit pas exister de typhus exanthématique sans bronchite. L’exanthème apparaît habituellement du quatrième au sixième jour. Alors que la roséole de la dothiénentérie reste habituellement localisée à l’abdomen et à la poitrine, l’exanthème rubéolique du typhus exanthématique débute par la région thoraco-abdominale, mais s’étend aux extrémités et aux paumes des mains. Trois ou quatre jours après le début, l’éruption rappelle celle de la rougeole, mais de couleur jaune sale; elle di-paraît en quelques jours. La fréquence du pouls s’élève. Le délire s’établit souvent très agité et agressif. La période la plus dangereuse est la fin de la deuxième semaine; la température se maintient à un degré moyen, puis s’élève et c’est enfin la défervescence critique. La convalescence et la contagiosité sont longues, en sorte que les convalescents doivent être isolés. La maladie est propagée par la vermine. L’élément pathogène n’a pas encore été découvert. La méthode prophylactique essentielle est la destruction de la vermine par les méthodes connues. La dothiénentérie paraît pouvoir coexister avec le typhus exanthématique.
- La thérapeutique actuelle est en somme purement symptomatique, c’est-à-dire s’adressant exclusivement aux manifestations de la maladie et non à sa cause même.
- L’élément pathogène n’a pas encore été découvert. La mauvaise alimentation, la claustration dans des conditions défectueuses, les fatigues excessives, les mauvais traitements, la dépression physique et morale, bref la misère dans son sens le plus large (miseria, miserere) est le grand facteur de prédisposition au'typhus.— le typhus est la maladie des « miserere ». La vermine, et plus particulièrement les poux de corps et des vêtements en sont les agents transmetteurs habituels; cette notion fort ancienne a été entièrement confirmée par les enseignements de la guerre actuelle. La vermine est déjà signalée dans la Bible comme une des sept^ plaies d’Égypte : « Toute la poussière du pays devint des poux dans tout le pays d’Égypte.... Les poux furent donc sur les hommes et sur les bêtes ». (Exode VIII, 17, 18). L’observation vieille de plusieurs millénaires est parfaitement exacte.
- -La lutte contre le typhus se confond avec la lutte contre la misère et la vermine. Nous ne pouvons entrer ici dans les détails de cette lutte — un volume n’y suffirait pas, — elle se confond en
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- tomme avec les normes de l’hygiène générale dont nous avons essayé de condenser l’essentiel dans un tract-affiche paru dans ces colonnes (1).
- Ici encore on peut conclure que le dépistage précoce des cas de typhus exanthématique, l’isolement des suspects, un bon service de désinfection (grands bains, désinfection des vêtements, isolement) suffiraient le cas échéant à couper court à toute épidémie de ce genre. Aucun cas sur notre ; front n’est venu à notre connaissance.
- Quant aux dysenteries diverses, abstraction faite des dysenteries amibiennes absolument exceptionnelles dans nos climats et contre lesquelles on possède d’ailleurs dans l’émétine un traitement quasi-spécifique; quant aux dysenteries diverses, l’hygiène prophylactique est strictement alimentaire et se résume en ces deux formules : abstention de tout aliment de mauvaise qualité, abstention de toute boisson autre que les infusions ou les boissons dites hygiéniques. C’est, en somme, une question d’intendance; on saitqu’elle fut, chez nous, au-dessus de tout éloge.Enfait, lescasdedysenteries constatésau cours de la campagne furent relativement peu fréquents et — en tout état de cause •— réellement bénins.
- De ce côté encore il n’y a pas à prévoir d’épidémie grave, mais il n’est pas douteux que, si la campagne se prolonge pendant l’été, les directions sanitaires et l’intendance devront plus étroitement coordonner leurs instructions et leurs efforts vers les deux buts qui constituent l’A. B. C. de toute hygiène prophylactique intestinale : alimentation de bonne qualité, boissons stérilisées.
- Nous ne rappelons que pour mémoire la peste et le paludisme avec lesquelles il n’y aurait guère lieu de compter qu’au cours d’une campagne prolongée en Asie Mineure, et que nos moyens actuels de prophylaxie (sérum antipesteux, destruction des moustiques, quinine, isolement des infectés, etc.), nous permettraient de combattre très efficacement.
- Cette brève et très incomplète étude nous conduit, comme on voit, à de très rassurantes conclusions relatives au danger possible d’épidémies. Elle nous amène à constater qu’alors que l’infection, éternel ennemi de l’humanité, n’a modifié ni ses armes ni sa tactique, bref, que ses moyens offensifs n’ont pas varié au cours des millénaires, l’humanité au contraire a centuplé ses moyens défensifs. Actuellement l’hygiène, l’antisepsie, les vaccins constituent, contre l’infection, des redoutes quasi inexpugnables, et cela est très réconfortant.
- Quel dommage qu’il n’existe pas de vaccins contre la haine, l’envie, la mégalomanie, autrement redoutables encore que le bacille typhique ou le vibrion cholérique! Dr A. Martinet.
- 1. Yoy. La Nature, n° 2156 du 25 janvier 1915.
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- L’EXPLOITATION DES TERRES RARES
- On désigne sous le nom de terres rares des minerais ayant pour consliLiants principaux des oxydes de thorium, de cérium, d’yttrium, de zirconium et autres éléments peu répandus dans la nature. Ces composés, assez mal définis chimiquement, se distinguent surtout par leurs spectres et, n’étant ni fusibles, ni volatils, prennent un vif éclat lorsqu’on les chauffe aux environs de 1300°. Aussi le Dr Auer, de Welsbach, utilisa celte propriété pour réaliser les manchons à incandescence.
- Les premiers travaux de ce savant exécutés au
- DU BRÉSIL ENLEVÉE AUX ALLEMANDS
- les mêmes éléments que la thorite mais avec une plus grande proportion d’oxyde de thorium (75 pour 100).
- La rareté des dépôts de thorite et d’orangite stimula la recherche d’autres gisements capables de fournir les précieux agents « lucifer ». En 1892, on découvrit la monadte au Brésil en quantités mportantes, dans les sables du bord de la mer, dans l’Etat de Bahia; on l’a trouvée ensuite dans les lais maritimes des Etats de Espirito Santo (lig. 1) et de Rio Janeiro.
- Fig. i. — Exploitation des sables monazitiques
- laboratoire du professeur Adolphe Lieben, de Vienne, en 1885, portèrent sur la cérite; mais poussé par les besoins de la pratique, il ne tarda pas à les étendre à d’autres substances. Il montra, en particulier, que l’oxÿde de thorium porté à l’incandescence acquérait une puissance lumineuse intense par l’addition d’une petite quantité d’oxyde cérique alors que son éclat demeurait presque nul s’il était pur.
- Au début de sa découverte, le Dr Auer, de Welsbach tirait les sels de thorium et de cérium de la Norvège, où on les rencontrait dans la thorite, silicate bihydraté de thorium, de calcium, de fer, de manganèse, etc. (Th, Ca, Fe, Mn.) Si 0V T 2 H2 O qui renferme 58 pour 100 d’oxyde de thorium, ou dans Yorangite, silicate sesquihydraté contenant
- des lais maritimes à Esperito Santo (Brésil).
- Depuis on a déniché la monazite un peu partout: cependant ce sont les gisements du Brésil et des Indes qui ont alimenté exclusivement les fabriques de sels de terres rares ces dernières années.
- Aujourd’hui on peut estimer la consommation mondiale de monazite à environ 6000 tonnes à 5 pour 100 d’oxyde de thorium. Les couches de sables bruts exploitables renferment entre 1/2 et 1 pour 100 jusqu’à 50, 40 et parfois plus de mona-zile. Au début, les exploitants se contentaient simplement de concentrer par lavage les sables monazités très riches des lais de mer, propriété du gouvernement fédéral. Bar la suite, on perfectionna les opérations déconcentration, et des séparateurs électro-magnétiques permirent de traiter les dépôts plus pauvres et d’en retirer de la mona-
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- zife presque pure, ayant une teneur moyenne de 5 à 6 pour 100 d’oxyde de thorium, environ 50 pour 100 d’oxyde de cérium, 25 à 50 pour 100 d’autres oxydes de terres rares.
- Comme nous l’avons relaté plus haut, les sables monazités gisent, dans certains pays, à l’intérieur des terres; mais, vu leur pauvreté en oxydes rares et la difficulté de les enrichir sur place, on abandonna leur extraction pour exploiter seulement les dépôts brésiliens plus riches, sis sur les bords de la mer au Ifrado (Etat de Bahia) et à Guaraparv (État d’Espirito Santo), et leur hinterland immédiat.
- Une maison de Hambourg, associée avec un ingénieur américain, exploitait le gisement du Prado tandis que d’autres financiers ayant obtenu du gouvernement la concession des lais maritimes mirent en valeur les sables de Guarapary. Jusqu’en 1905, ces deux exploitations furent les seuls exportateurs de monazite du Brésil. Ils vendaient exclusivement leur production à un cartel de fabricants allemands qui avaient eux-mêmes le monopole, à peu près exclusif, de la fabrication des sels de thorium et de cérium.
- Vers cette époque, se fonda la « Société minière et industrielle Franco-Brésilienne » dans le double but d’exploiter les gisements monazitiques qu’elle avait acquis au Brésil et d’établir en France, avec l’unique concours de chimistes français, la fabrication des sels de terres rares. Cette Compagnie traita tout d’abord des gisements pauvres de l’intérieur ; puis ayant reconnu, la première, l’existence de dépôts monazitiques beaucoup plus riches dans l'hinterland des lais maritimes, elle réussit à s’en
- assurer la propriété. Malgré la
- acharnée
- Fig. 3. — Machine électro-magnétique pour séparer la monazite des minéraux lourds (zircon et oxyde, de fer tüanique).
- J-V - ’&'g JMç
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- Fig. 2. — Lavage et séchage des sables.
- que lui déclarèrent les deux producteurs de la monazite tirée des lais de mer et le Cartel des fabricants allemands, cette Société finit par soutenir avantageusement la lutte contre ses concurrents.
- Elle acheta progressivement la presque totalité des gisements de l’hinterland des lais de mer monazitiques, et depuis 1910 elle n’a pour ainsi dire plus de concurrents au Brésil. Les photographies ci-jointes représentent ses installations d’extraction, de lavage et de séchage des sables bruts (fîg. 2), de concentration par machines électro-magnétiques afin de séparer la monazite des minéraux lourds, zircon et oxyde de fer titanique, qui l'accompagnent (fig. 5). Elle a exporté 1628 tonnes de sables monazitiques en 1915. '
- De toutes les terres rares extraites de la monazite, les sels de thorium et de cérium sont les seuls qui aient de grandes applications industrielles; mais leur fabrication eii grand ne va pas sans de sérieuses difficultés techniques. Bien que dans le ouvrages spéciaux on trouve de nombreux procédés de traitement de la monazite en vue de la production des sels de thorium et de cérium, il semble que les manipulations industrielles doivent dilïé-rer sensiblement des méthodes de laboratoire ; les fabricants en gardent d’ailleurs jalousement le secret.
- Après avoir retiré de la monazite le nitrate de thorium absolument pur, il faut y ajouter 1 pour 100 de cérium pour obtenir le produit qui sert à imprégner les manchons à incandescence. Comme on le sait, pour fabriquer ces derivers, on trempe dans un bain de nitrate de thorium, additionné de 1 pour 100 de cérium, un tissu de coton, de ramie ou de soie à mailles ouvertes, on le sèche,
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- 326 ~ LE SYSTÈME MÉTRIQUE EN ANGLETERRE
- .puis on le brûle, et il reste lin squelette de thorium.
- Le nitrate de thorium qui, par suite du coût élevé des minerais de Norvège, se vendait en 1894 jusqu’à 2000 fr. le kilogramme, baissa considérablement par suite de la découverte des gisements importants de monazite du Brésil. En 1896, le prix tomba à 187 fr. 50 le kilogramme et successivement jusqu’à 57 fr. 50 en 1899. En mai 1904, les cours se relevèrent et atteignirent 65 francs. Puis, pour tuer les concurrences naissantes, et à la •suite de l’augmentation des droits de douane, le Cartel allemand créa en France une usine, fermée depuis le début des hostilités. Aussi le kilogramme de nitrate de thorium ne coûtait plus que 20 fr. en 1910; mais il remonta progressivement et était de
- 29 fr. en juillet dernier. La Société franco-brésilienne fabrique également dans un second établissement toute la gamme des sels ou d’oxydes de terres rares : praséodyme, didyme, néodyme, yttrium, etc., ainsi que le mésothorium et au'res produits radio-actifs.
- Grâce à cette heureuse initiative, notre pays se trouve libéré du joug allemand en ce qui concerne les sels de terres rares. Depuis la guerre, les sables monazitiques du Brésil ont suffi à alimenter les industries françaises, anglaises, russes et japonaises, tant pour la fabrication des manchons à incandescence que pour celle des pastilles de projecteurs et des fusées nécessaires aux armées alliées. Jacques Boyer.
- LE SYSTEME MÉTRIQUE EN ANGLETERRE
- L’adoption du système métrique en Grande-Bretagne est une question qui, malgré les avantages indiscutables qu’elle offrirait, est encore loin d’avoir l’approbation de la majorité de la population anglaise. Nombreux sont encore les opposants. Ces jours derniers, dans son discours d’ouverture comme président de VInstitution of Mechcinical Engineers, le Dr Unwin disait : « Après la guerre, lorsque les conditions seront plus favorables, nos industriels devront présenter des projets, des cahiers des charges et des devis en mesures métriques lorsque ces projets seront destinés à des pays où le système métrique est adopté. Le système métrique sera légal, mais ne sera obligatoire que plus tard si, toutefois, cela devient nécessaire, ce dont beaucoup d’entre nous doutent. Dans la plupart des cas, l’emploi du double système de mesure, .anglais et métrique, ne p'ésente pas de difficultés. » Dans une réunion de l’Association des Chambres de commerce tenue à Londres le 15 mars dernier, M. Paul Kestner, membre de la Chambre de commerce française de Londres, vice-président de la Société industrielle de Lille, a repris la question en •soumettant à la réunion une motion en faveur du système métrique obligatoire. Après avoir rappelé les avantages du système métrique, M. Kestner montre qu’en Europe, sauf l’Angleterre, la Turquie, la Grèce et la Russie, le système métrique est partout légal et obligatoire. Encore, ajoute-t-il, en Russie son adoption était sur le point d’être réalisée au moment de la déclaration de la guerre et, en Grèce, le système métrique est déjà officiellement adopté. Dans l’Amérique Centrale et du Sud le système métrique est en vigueur dans seize républiques, sauf les colonies anglaises. En Asie, à l’exception des colonies anglaises, de la Perse et de la Turquie, toutes les autres puissances ont adopté le système métrique. De même en Afrique où il n’y a d’exception que dans les colonies anglaises et le Maroc. En résumé, la Grande-Bretagne, ses colonies
- et les États-Unis sont les seuls pays qui n’ont pas adopté le système métrique et, ajoute M. Kestner, si les États Unis gardent toujours leur système ancien, c’est parce que l’Angleterre désire le conserver, autrement l’opinion américaine est toute disposée à adopter la. réforme. La question du système non métrique est donc devenue une question purement anglaise et anglo-américaine. Cependant le Parlement angla:s a pris, ces temps derniers, une décision qui, quoique limitée, marque un progrès. Il a autorisé le carat métrique et le 1er janvier dernier les poids métriques ont été rendus obligatoires pour les produits pharmaceutiques.
- En 1911, dans une conférence des délégués des colonies anglaises, l’Australie, soutenue par la Nouvelle-Zélande, le Canada, Terre-Neuve et l’Union Sud-Africaine, proposa la réforme des poids et mesures et de la monnaie; la Grande-Bretagne refusa d’adopter la proposition. Mais il n’est pas douteux que ces colonies reviendront à la charge, car toutes désirent l’adoption du système mélrique, mais ne peuvent rien sans l’avis conforme de la mère-patrie.
- Quelles sont les raisons que mettent en avant les opposants du système métrique? C’est d’abord, comme le dit M. Kestner, la crainte, tout en reconnaissant la supériorité du système métrique, du trouble que produira le changement d’un système auquel on est habitué. C’est, ensuite, une question de principe. La masse de la populaiion se dit : nous Anglais et Anglo-Américains, nous tenons les 5/8 du commerce et de l’industrie mondiale. Nous n’avons pas à nous occuper des 5 autres huitièmes. La minorité doit se conformer à la majorité. Telle est l’opinion de la masse de la population, c’est-à-dire celle de la majorité des électeurs et c’est ce qui explique le rejet par le Parlement du bill qui lui avait été soumis pour l’adoption du système métrique. Nous avons cité cet argument parce qu’il est
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- topique et représente bien l’opinion, sinon du plus grand nombre de commerçants et d’industriels, tout au moins celle de la masse, celle de « the man of the Street ». M. Kestner en donne d’autres dont il discute la valeur, mais que le cadre limité dont nous disposons nous oblige à passer sous silence.
- Pour l’auteur du mémoire, le moment est favorable pour la reprise d’une campagne en faveur du système métrique. Lorsque la guerre sera terminée, de nouveaux problèmes se présenteront pour la solution desquels le commerce anglais aura à jouer un rôle important. Des modifications profondes dans
- les relations commerciales entre les différentes puissances européennes s’en suivront. Le commerce d’exportation anglais sur le continent sera iorcé-ment accru, surtout vers les contrées aujourd’hui dévastées par la guerre, telles que la Belgique, la Pologne, la Serbie et une partie du Nord de la France. Il est donc de toute importance, pour la Grande-Bretagne, de se préparer et de lacililer les relations commercial! s et industrielles entre elle et ces pays. Or, il n’est pas douteux que l'adoption du système métrique facilitera les transactions et deviendra un facteur important, comme le disait M. Umvin dans son discours d’ouverture.
- CONFITURES DE GUERRE
- La gourmandise ne perdant jamais ses droits et, depuis la guerre, les gâteaux se faisant rares, ceux qui croient les desserts indispensables se sont vus obligés de se rabattre sur les confitures, et en ont fait une énorme consommation, à laquelle, d’ailleurs, contribuèrent celles que l’on envoya à nos vaillants poilus sous la forme nouvelle et assez inattendue de tubes d’étain identiques à ceux employés pour la peinture à l’huile.
- Par suite de cette ingurgitation intense, les stocks ont diminué dans de vastes proportions et, pour les remplacer en partie, de nombreux fabricants ont eu recours à des falsifications plus ou moins subtiles, ce qui leur était d’au-tantplus facile qu’ils y font appel en temps ordinaire, mais avec plus de discrétion. Il en est résulté des mélanges, qui, par eux-
- mêmes, ne sont évidemment pas nuisibles, mais qui, cependant, déroutent les gourmets et, souvent, sont moins nourrissants que les confitures elles-mêmes, lesquelles joignent l’utile à l’agréable.
- La matière la plus employée pour frauder la confiture est la gélose ou agar-agar, qui, en principe, devrait être réservée aux laboratoires de microbiologie, car elle est très favorable pour la culture des bactéries. Elle se présente dans le commerce sous forme de longues lanières rugueuses et irrégulières qui, mises dans l’eau chaude, s’y dissolvent et donnent un liquide, lequel, se refroidissant, produit un mélange se prenant en gelée. Si, auparavant, on y a ajouté du sirop de groseilles, on obtient, de la sorte, une superbe « gelée de groseilles », qui se déguste aussi bien que la gelée normale, mais est dépourvue de toute valeur nutri-
- La dialomèe des confitures grossie 288 fois.
- tive. D’autre part, les pots de cette fausse gelée se vendent à un prix excessif.
- Pour « géloser » de l’eau, il suffit d’y ajouter 1 pour 100 ou, même moins, de gélose. Or, comme celle-ci coûte 6 francs le kilogramme, on voit que le litre revient à 6 centimes ; même en comptant au plus cher le sirop de groseilles y ajouté, le pot lui-même et l’étiquette, cela représente un bénéfice véri 1 ablement exagéré pour le vendeur ; ce qui est d’au-I ant plus répréhensible que ces confitures populaires s’adressent à de pauvres gens qui, trop souvent, ne trouvent pas dans leur autre alimentation, les « calories » nécessair es à l’entretien de eur chaleur vitale.
- Pour reconnaître la présence de la gélose dans la confiture — un expert « gustatif » ne s’y trompe d’ailleurs pas — il existedivers procédés chimiques plus ou moins compliqués. Mais le moyen le plus simple et le plus original consiste à examiner au microscope, soit la confiture elle-même, soit, plutôt, le fond de chaque pot, tel quel ou après avoir été traité par un mélange d’une partie d’acide sulfurique et de trois parties d’acide nitrique. On n’est pas alors peu étonné d’y trouver les carapaces très élégantes de diverses Diatomées, Algues aquatiques microscopiques, et, surtout, l’une d’elles, la plus belle connue, peut-être, par sa grande taille et ses ornements : YArachnodiscusjaponicus, dont nous donnons une photographie microscopique, due à notre ami, M. Hégot.
- Pour comprendre la présence plutôt inattendue de cet organisme marin, il suffit de se rendre compte que la gélose est fabriquée, au Japon,
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- avec diverses espèces d’Algucs marines, surtout celles du genre Geliclium. On les fait bouillir dans de vastes marmites, puis on laisse coaguler le liquide, on le découpe en longues lanières qu’on laisse sécher au soleil : c’est la gélose telle qu’on l’importe chez nous et dans laquelle demeurent les innombra-. blés Diatomées qui se trouvaient à la surface des algues et qui, grâce à leur carapace siliceuse, résistent à toutes les manipulations et à tous les transbordements.
- Voilà comment, dans un simple pot de confiture d’un épicier malhonnête, on peut faire une superbe pêche maritime et comment une Diatomée des mers du Japon peut parvenir jusque dans l’estomac des consommateurs.
- On remplace'1 parfois la gélose par de la gélatine, des gommes, des gelées à hase d’amidon, mais plus souvent encore, les fraudeurs se contentent de prendre une petite quantité de conduire nouvelle et d’y ajouter d’énormes volumes de glucose. Bien que celui-ci s’additionne avec celui existant déjà dans la confiture, on peut, par l’analyse chimique, le déceler. Au point de vue nutritif, il n’y aurait rien à dire à cette fraude, si, trop souvent, elle n’était exécutée avec d’abominables glucoses, mal purifiées, contenant toutes sortes de substances chimiques étrangères et constituant, avec l’honnête confiture à laquelle on les ajoute, une affreuse glu dont l’estomac a toutes les peines du monde à se débarrasser.
- Une autre falsification très fréquente est celle qui consiste à vendre une confiture d’un certain fruit, alors qu’il a été fabriqué avec un autre, ou plusieurs autres mélangés, mais coûtant moins cher, ou, même, de différents légumes (potiron, melon, carotte, toma-
- te, etc.) mélangés avec art. Ces fraudes, qui, en somme, ne sont
- Quelques éléments microscopiques : 1. Du coing (a) et de la myrtille ,b). — 2. La fraise : (a) épiderme avec poils et un stomate ; (b) débris du style ; (c) style entier. — 3. La groseille : (a).épicarpe ; (b) endocarpe; (c) albumen avec grains d’aleurone; (d) cellules cristallogènes avec cristaux d’oxalale de calcium. — 4. L’abricot : (a) épicarpes avec poils et stomates ; (b) faisceaux libéro-ligneux avec vaisseaux spiralés et fibres ; (c) cristaux « en oursins » d’oxalale de calcium.
- pas bien terribles, se décèlent facilement au microscope.
- Qu’il s’agisse, en effet, de vraies confitures, de compotes, de marmelades, voire même de gelées, il y a toujours à leur intérieur des débris végétaux qui varient avec la nature, du fruit employé et que les micrographes exercés savent parfaitement identifier.
- Nous donnons quelques exemples des principaux éléments anatomiques qui constituent divers fruits à confitures et qu'il suffit de rechercher dans celles - ci pour être fixé sur leur provenance. .
- C’est ainsi que, dans l’abricot, les débris de l’épicarpe sont formés de cellules fortement striées, avec des poils et des stomates; dans le coing et la poire, il y a de volumineuses « cellules pierreuses » — ainsi nommées parce que très dures — à parois eanali-culées et réunies en paquets entourées de cellules rayonnant tout autour; dans la fraise, de très longs poils, repliés sur eux-mêmes, étranglés à leur base, et des « styles » en filaments noirâtres; dans fia groseille, des fragments d’endocarpe à cellules fusiformes et des débris d’épicarpes à cel-Iules polygonales et entre lesquelles on peut trouver des stomates, etc.
- Il y aurait bien d’autres falsifications à citer au sujet des confitures, mais, pour ne pas allonger par trop cet article, contentons-nous, en terminant, de citer l’emploi de matières colorantes artificielles (carmin de cochenilles, par exemple) pour leur donner un aspect séduisant et, enfin, le comble du cynisme : la confection de confitures sans fruits, mais en mélangeant, dans de savantes proportions, du glucose, de l’acide tarlrique, de l’eau, le tout coloré artificiellement, ce qui les fait parfois ressembler aux bocaux lumineux des pharmaciens . Bien n’est sacré pour un fraudeur. Hiüvri ComuN.
- Le Gérant : P. Masson.
- lmp. L\huhk, à Paris.
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- LA NATURE.
- N* 2173.
- 22 MAI 1915.
- NOS GRANDES INDUSTRIES DU NORD
- II
- L’INDUSTRIE HOUILLÈRE
- Importance du bassin houiller du Nord. — La
- France est pauvre en houille. Ses gisements sont peu développés et, tandis que, dans ces dernières années, les découvertes résultant des recherches géologiques ont considérablement accru le champ d’action ouvert aux Anglais, aux Allemands, aux
- 25 millions de tonnes sur 56 millions dont elle avait besoin; en 1900, 55 sur 49; en 1910, 58 sur 56 ; en 1912, 41 sur 61 (2). C’est, dès maintenant, un tiers de notre consommation qui nous manque. Ce sera demain la moitié. Et il faut ajouter aussitôt que cette consommation est elle-
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- Fig. i. — Carte géologique du bassin houiller du Nord.
- Belges ou aux Hollandais^), en France la nature ne nous a pas favorisés de même. Jusqu’au jour où l’on osera entreprendre des explorations hardies à grande profondeur qui, logiquement, devraient incomber à l’État, ou du moins être encouragées
- même singulièrement réduite par le défaut de houille qui empêche de développer, comme nous le pourrions autrement, nos diverses industries : notamment la métallurgie du fer, pour laquelle la possession de minerais en quantités énormes devrait nous assu-
- Nord Sud
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- ____Js Calcaire carbonifère
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- Calcaire carbonifère
- Fig. 2. — Coufe transversale du bassin houiller du Nord dans la région de Denain.
- et favorisées par lui, il faudra, sur le territoire de l’ancienne France antérieure à la guerre que j’envisage seul ici, nous résigner à un état de choses déjà inquiétant et destiné à le devenir de plus en plus avec le temps. Si nous comparons un graphique de notre production avec celui de notre consommation, nous voyons la seconde courbe, constamment supérieure à la première, s’en écarter de plus en plus pour la dominer avec une vitesse croissante. En 1895, la France produisait, en chiffres ronds,
- 1. Nous reviendrons prochainement sur ces découvertes de premier ordre dans un article spécial. — Nous devons à la Société Westinghouse, et à la Société alsacienne de Construction
- rer une situation tout à fait prépondérante. En terme de sport, toutes nos industries sont handicapées d’une lourde surcharge par cette disette, à laquelle, dans nos champs de mines actuels, on ne peut espérer porter aucun remède.
- Or, sur la production française, la région du Nord et du Pas-de-Calais qu’on peut appeler le bassin de Valenciennes, fournit à elle seule les deux tiers : soit, en 1915, 21 millions de tonnes dans le Pas-de-Calais et 7 dans le Nord; et ce
- mécanique une partie des figures qui illustrent cet article. — 2. La production française de 1915 a été un peu inférieure à celle de 1912 : 40 922 000 tonnes contre 41 145 000.
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- L’INDUSTRIE HOUILLÈRE
- sont, en outre, les seules régions où l’on ait pu réaliser, depuis vingt ans, quelque augmentation : les autres bassins de la Loire, du Gard, du Tarn, de l’Aveyron, du Bourbonnais restant stationnaires ou tendant même à décroître. La carte géologique que nous donnons ci-joint montre l’allure générale de ce grand bassin, supposé débarrassé de son recouvrement crétacé et tertiaire. On y à teinte d’un grisé au Nord la bordure de terrains primaires sous laquelle le terrain houiller ne se prolonge pas, tandis qu’il se poursuit au Sud jusqu’à une certaine distance. Cette carte montre, en même temps, l’emplacement des principales concessions. En nous bornant
- F‘g- 4-
- Recette supérieure. — Arrivée à la surface d i carreau.
- à celles qui produisent par an plus d’un million de tonnes, on peut dresser, pour les deux départements, la liste suivante :
- Nord : Anzin, 5 millions; Aniche, 2.
- Pas-de-Calais : Lens, 5,6 millions ; Courriè-res, 5; Bruay, 2,7; Béthune, 2 ; Liévin, 2 ; Maries, 1,9; Yicoigne et Noeux, 1,7; Bourges, 1,3.
- Mais, bien d’autres concessions qui n’atteignent pas le million, apportent néanmoins leur contingent sérieux à la production nationale. Nous nous contenterons de citer, à cet égard, dans la zone occidentale du bassin, située à l’Ouest de Lens : la Clarence, Ferfay, 1 i-gny, etc.
- Sans insister sur ces détails statistiques tou-
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- : L’INDUSTRIE HOUILLERE
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- jours un peu arides, examinons très rapidement la constitution et l’histoire de ce bassin.
- Historique et constitution géologique. — La traînée houillère de Valenciennes, prolongement direct des grands bassins belges de Na-mur, Charleroi et Mons, présente cette particularité remarquable que le terrain h miller n’y affleure nulle part en France; il y est partout recouvert d’un manteau de crétacé, dont l’épaisseur varie de quelques mètres à plus de 300 m. et c’est donc uniquement par des inductions géologiques qu’on a été amené à le chercher, par des sondages qu’on l’a découvert, par des puits traversant ce qu’on appelle les mort<-terrains qu’on l’exploite. Il est naturel, dans ces conditions, que les recherches aient procédé de proche en proche du connu à l’inconnu, de la Belgique vers la Manche, et qu’on ait d’abord trouvé le houiller du Nord (Anzin, Ani-che, etc.) pour découvrir plus tard celui du Pas-de-Calais et, finalement, aborder à une époque récente les prolongements tout à fait occidentaux ou méridionaux du bassin.
- Cette histoire est, dans ses grandes lignes, suffisamment connue. C’eri en 1717 que Desaubois trouva la première veine de combustible du Nord, à Fresnes, aux portes mêmes de Valenciennes et obtint les concessions de Fresnes et d’Anzin, auxquelles s’ajoutèrent progressivement, pour constituer le patrimoine actuel d’Anzin, celles de Raisnes (1754), de Saint-Saulve (1810), de Denain (1831), d’Odomez (1832), de Hasnon (1840) couvrant, le long de la frontière belge, une bande de 28 km de
- Fig. 6. — Compression d'air par lurbo-soufflanle aux mines de Béthune.
- Fig. 5. — Abatage à la main dans des veines étroites.
- long sur 9 à 10 km de large, ou 281 km2. Chacun sait quelle a été la fortune de cette Compagnie d’Anzin que l’on cite volontiers quand on veut montrer quelle peut être la prospérité d’une entreprise houillère; chaque centième de ses deniers (lé denier étant lui-même le douzième d’un sou ou le 288e de la propriété primitive) vaut environ 6000 fr., soit 7 millions par « sou ». Aniche remonte également à 1773. Au contraire, c’est seulement en 1841 que l’on découvrit enfin le bassin du Pas-de-Calais après de longues et coûteuses recherches faites infructueusement dans une mauvaise direction. Vicoigne date de 1845, l’Es-carpelle de 1850, Dourges et Courrières de 1852, Béthune (dite Bully-Grenay) de 1853, Maries et Bruay de 1855, Ostricourt de 1860, etc. Malheureuse ment, le bassin se coince à l’Ouest, après s’être rapidement réduit en largeur depuis Noeux et les quelques découvertes récentes que l’on a pu faire, dans ce sens, ne sont à considérer que comme un glanage.
- Tel qu’il se présente aujourd’hui, le bassin peut avoir 100 km de long de la frontière belge à Fléehi-nelle. Sa largeur apparente (le crétacé étant supposé enlevé), part de 12 km en Belgique, atteint un moment un maximum de 15 km sur le méridien de Denain, s’étrangle à 5 km à Auby, retrouve 12 km à Lens, puis se réduit en pointe. Sa largeur réelle est notablement supérieure, ainsi que le montre notre figure 2, dans laquelle on voit comment, du côté Sud, des terrains antérieurs au houiller productif se sont trouvés poussés, charriés par-dessus de manière à le recouvrir et à
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- 332 L’INDUSTRlE
- le masquer. On observe également de véritables écailles charriées de terrain houiller. C’est dans ce sens que les progrès récents de la géologie ont permis d’étendre le champ d’exploitation à des régions dont autrefois on n’aurait pu soupçonner la richesse. Je n’insiste pas sur les complications de cette coupe transversale : exemple classique aujourd’hui de ces grands mouvements que l’on a nommés orogéniques parce que leur conséquence la plus manifeste est la formation de nos chaînes montagneuses, mais que l’on constate également sur des régions de plaines comme la Flandre, où une vieille chaîne montagneuse des temps carbonifères,
- HOUILLÈRE ......... -..... .......:
- notre carte, comment, dans l’ensemble, quand on va du Nord au Sud, c’est-à-dire quand on remonte la série stratigraphique des dépôts dans l’ordre où ils ont dû se superposer à l’origine, on trouve : d’abord, en moyenne, des charbons maigres, puis des demi-gras, puis des charbons gras!1). Ainsi la teneur en matières volatiles semble généralement augmenter lorsqu’on passe des charbons les plus anciens aux charbons les plus récents. On part de 9 pour 100 dans les charbons maigres pour atteindre 40 pour 100 dans certains charbons à gaz ou fiénus. Quand on cherche à reconstituer les conditions de formation de ces terrains, on est amené à
- Fig. ?. — Alternateur commandé par machine Corliss (station électrique des mines de Vicoigne et Nœux).
- la chaîne hercynienne, a été usée jusqu’à la racine.
- Prises dans leur ensemble, les couches du terrain houiller s’allongent dans la direction du bassin, soit en gros de l’Est vers l’Ouest. Mais les charriages dont nous venons de parler et les plissements énergiques qui les ont accompagnés rendent les conditions du gisement difliciles à démêler et introduisent quelques gênes dans l’exploitation industrielle. Les couches de houille sont très nombreuses et généralement minces, ce qui les différencie aussitôt des couches exploitées dans le Massif Central. La puissance dépasse rarement 2 m. et est, en moyenne, voisine de 4 mètre.
- Le bassin de Valenciennes produit de nombreuses variétés de houille, depuis le charbon maigre anthraciteux jusqu’au charbon à gaz. On voit sur
- se représenter un grand estuaire d’où les eaux marines ont été chassées peu à peu. En principe, chaque couche de houille est intercalée entre deux bancs de schistes, celui de la base traversé en tous sens par des racines déplantés appelées Stigmaria, celui du dessus rempli d’empreintes végétales. L’épaisseur totale du terrain houiller dépasse certainement 2500 m. à A niche.
- Travaux d’exploitation. — Les travaux d’exploitation qui vont chercher la houille dans l’épaisseur de cette formation, depuis son contact supérieur avec le crétacé jusqu’à sa base peuvent atteindre une profondeur de 1000 m. et se tiennent moyennement à 400 m. Je donnerai seulement, comme
- 1. Voy. La Nature, 19, 22, 2G mars 1910, la classification des combustibles minéraux.
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- L’INDUSTRIE HOUILLÈRE
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- Fig. 8. — Centrale électrique en service aux mines de Lens (6ooo chevaux).
- exemple, la coupe des terrains dans la région de De-nain (voy. fig. 2). Là, le bassin est divisé en deux parties longitudinalement par les failles dites Cran de Retour et Faille d’Abscon.
- Au Nord, on trouve, après un étage inférieur stérile, un faisceau maigre assez régulier comprenant 9 veines de houille qui donnent une épaisseur totale de 6 m.
- Puis vient un faisceau demi-gras comprenant, à Aniche,
- 11 veines d’une épaisseur totale de 7 m. 50 avec une teneur en matières volatiles de 12 à 16 pour 100. Au Sud du Cran de Retour, on trouve le faisceau de Denain très accidenté et fortement plissé qui peut contenir 55 couches réparties dans 1100 m. de terrain et donnant 21 m. de charbon à 24-55 pour 100 de matières volatiles.
- Les conditions d’exploitation de ces gisements sont très perfectionnées. On pourra s’en faire une idée en se reportant à la description que j’ai donnée autrefois ici de la mine de houille moderne De grands puits à circulation intensive, qui ont été foncés coûteusement à travers des couches aquifères, ont souvent 5 m. sur 5 de section et il y circule, avec une vitesse de 40 km à l’heure, des cages qui arrivent à sortir 1500 t. de charbon par jour et par puits. Les machines les plus perfectionnées, dont nos figures 6 à 8 monlri nt quelques spécimens, donnent la force, insufflent l’air, extraient la houille. Au fond, le mineur trace et dépile son charbon qui est transporté par des trains actionnés électriquement jusqu’à la recette du puits pour être là remonté vers la superficie (fig. 5 et 4). Au jour, on trie, on lave, on classe les charbons, on fabrique les agglomérés et le coke. Les accumulations de stériles forment des montagnes qui ajoutent leur relief artificiel à la plaine.
- Pour donner une idée de
- 1. 1831. 27 juin 1908 : Voir également L. De Laukaï. La conquête minérale (Flammarion).—
- Fèvbe et Cuvelette. Notice géologique et historique sur les bassins houillers du Pas-de-Calais et du Boulonnais (Arras, 1910).
- l’importance de ces exploitations, j’ajouterai que les seules installations du Pas-de-Calais (fosses, maisons, voies ferrées, etc.) ont immobilisé un capital d’environ 510 millions : ce qui, bien entendu, ne tient pas compte des sommes englouties dans des entreprises malheureuses. Dans le même département, il y avait récemment 77 puits d’extraction en activité, 99 puits en service, 17 puits en fonçage, reprise ou réparation. Le personnel occupé s’élevait en 1912 : pour le Pas-de-Calais, à 59 984 hommes à l’intérieur et 14 045 à l’extérieur; pour le Nord, à 20 445 et .6989.
- Avenir du bassin. — Quant aux ressources que peut présenter le bassin pour l’avenir, un travail
- Fig. 9. — Femmes employées au triage du charbon,
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- 334 == MANUTENTION DES CÉRÉALES DANS LES PORTS ANGLAIS
- ré«ent de M. Defline aboutissait à cette conclusion qu’il pouvait y avoir là, sur 105 000 hectares de superficie, à moins de 1200 m. de profondeur :
- 3 790 000 000 tonnes certaines; 3 010 000 000 tonnes probables; 2720000000 tonnes possibles.
- Les ressources certaines du bassin de Valenciennes n’atteignent donc pas 4 milliards détonnes. On peut les subdiviser ainsi d’après leurs qualités :
- Charbon maigre tenant 7 à 12 °/0 de mat. vol.. . . 520 000 000
- Charbon demi-gras à 12-17 °/0 de.mat. vol... 580 000 000
- Charbon gras à coke tenant 17 à 26 °/0 de mat. vol.. 1 010 000 000
- Charbon gras flambant à 26-52 °/0 de mat. vol.. . . 1 010 O1 KJ 000
- Charbon à gaz tenant plus de 52 °/0 de mat. vol . . 670 000 000
- 3 790 000 000
- Le total, en mettant les choses au mieux, représenterait 9,5 milliards de tonnes à extraire encore, ou, à raison de 30 millions de tonnes par an, si l’exploitation actuelle ne se développait pas (ce qui est bien peu probable), environ 300 ans d’assurés.
- Un avenir de 2 à 3 siècles, cela peut sembler long à un individu ou même à une société industrielle, c’est peu de chose pour une nation. Comme comparaison, les réserves de la Belgique seraient d’environ 11 milliards de tonnes.
- L. De Laüinay.
- MANUTENTION DES CÉRÉALES DANS LES PORTS ANGLAIS
- Sully n’aurait pas pu dire de l’Angleterre ce qu’il I pôle dont les autres grands pourvoyeurs de grain disait de la France, car l’agriculture n’est pas pré- | sont les États-Unis (22 millions de quintaux), l’Ar-
- cisément une des mamelles nourricières de ce pays pourtant si riche. La surface cultivée en céréales est très peu importante et la production du Royaume-Uni en froment ne dépasse guère le sixième de celle de la France dans les années moyennes. Or, la population des Iles-Britanniques surpasse la .nôtre et atteint actuellement 45 millions ( d’habitants qui consomment environ 90 millions de quintaux de blé par an.
- L’Empire Britannique comporte heureusement des .Dominions immenses qui figurent parmi les plus..grands producteurs de blé du monde et tire de,ces colonies plus de la moitié de sa consommation de blé et de farine. Le Canada, lés Indes et l’Australie ont fourni à eux seuls, en 1913, près de 30 millions de quintaux de blé à la Métro-
- gentine (8 millions de quintaux) et la Russie (3 millions de quintaux).
- On voit que la guerre actuelle ne prive l’Angleterre d’aucun de ses grands fournisseurs habituels en ce qui concerne les grains; l’Europe n'intervient que pour une faible proportion dans les fournitures de blé dont la majeure partie est l’apanage des colonies et des pays neutres des deux Amériques. L’orge et l’avoine, qui donnent également lieu à d’importants achats, proviennent aussi des pays d’outre-mer, ainsique le maïs dont l’Argentine a fourni 20 millions de quintaux au marché anglais en 1913.
- Etant donné que la puissance de la marine militaire anglaise assure au pays la maîtrise absolue des mers lointaines et de l’Atlantique, l’immense flotte
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- Fig. 2. — Élévateur pneumatique flottant vidant la cargaison de blé d’un navire dans des chalands (port de Londres) à raison de 120 tonnes à l’heure.
- Fig. 3. — Élévateur flottant en position de travail.
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- de navires nécessaire pour alimenter l’Angleterre de céréales peut circuler en toute sécurité. Une seule difficulté aurait pu surgir, du fait de la guerre, à propos de ce commerce vil al pour la défense du Royaume-Uni : le manque de main-d’œuvre dans les ports de débarquement. Heureu sement celte difficullé avait dù être combattue,
- sentent un poids très inférieur à celui des matières brutes.
- Les grands ports anglais d’importation sont en général situés assez loin dans les terres, sur les rives de fleuves à large estuaire; tels sont Londres, ÏIull, Glasgow, etc. Manchester, le grand centre cotonnier, a voulu aussi devenir un port d’arrivage et d’exportation et un canal ; à grande section réunit au-i jourd’hui à la mer la caphale t manufacturière du Lança shire.
- Les navires dhatgés de grains trouvent une place à quai ou sont obligés de rester ancrés au milieu de la rivière. Dans ce dernier cas, leur cargaison est en général mise à terre au moyen de chalands, mais on a trouvé une méthode pratique pour utiliser, même dans ces circonstances défavora-
- Fig. 4. — Élévateur fiotlant à la position de repos.
- dès le temps de paix, pour des raisons économiques et sociales. Les grands négociants, entre les mains de qui est concentré le commerce des céréales sur les diverses places telles que Londres, Liverpool,
- Hull, Manchester, etc., ont su l’organiser depuis longtemps de telle manière que la manutention mécanique a remplacé partout l’emploi des dockers.
- Les céréales se transportent en vrac dans les cales de grands voiliers ou de cargos boats de fort tonnage (10 000 à 15 000 t.) spécialement construits d’une manière très solide pour ce genre de transport qui fatigue beaucoup les membrures. Ces navires trouvent dans les ports anglais des docks spécialement aménagés, où leur déchargement économique et rapide est assuré par des moyens entièrement mécaniques qui ne détériorent pas la marchandise.
- Le long des quais sont installés d’immenses moulins et des silos d’emmagasinage en ciment ar-mév On évite ainsi toute manutention inutile des grains et on ne transporte dans l’intérieur du pays que des farines ou des orges travaillées qui repré-
- Fig. 5.
- Entrepôt central et élévateurs à grains des docks de Londres (Millwall Docks).
- blés, les moyens mécaniques employés à terre.
- Deux systèmes principaux de transporteurs et d’élévateurs mécaniques sont en usage dans les ports d’importation des céréales. La Nature a déjà décrit (() les appareils pneumatiques qui sucent les grains dans les cales des navires au moyen de manches dans lesquelles des pompes produisent une aspiration énergique.
- Ce genre d’appareils est plutôt répandu en Allemagne et dans d’autres ports continentaux. En 1. Voy. La Nature, n° 21M, du 28 mars 1914.
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- Angleterre on a donné la préférence aux appareils entièrement mécaniques qui sont fondés sur le même principe que les norias servant à élever l’eau ou que les dragues à godets employées pour l’enlèvement des boues dans les rivières que l’on vent rendre navigables. Beaucoup de ces élévateurs sont construits à Milksham, dans les ateliers Spencer et C°.
- Des chaînes à godets plongent dans les cales des navires et y puisent le grain pour l’élever au niveau des quais ou des planchers des étages supérieurs des moulins ou des magasins. L’avantage de cette machinerie, que l’on pourrait croire très compliquée à en juger par son aspect imposant, est d’être au contraire très simple. Des chaînes à godets et des toiles de transport, qui se déplacent
- que les chaînes à godets, sont commandées électriquement, ce qui assure une rapidité et une douceur de fonctionnement diLicile à réaliser par tout autre moyen mécanique.
- Quand le navire ne peut être reçu à quai, il reste ancré au milieu du fleuve et on le décharge au moye.i d’un élévateur monté à bord d’un ponton ; cet appareil flottant déverse le grain dans des chalands. Les embarcations peuvent remonter la rivière pour transporter leur cargaison dans l’intérieur du pays; dans d’autres cas elles sont déchargées dans le port même au moyen des élévateurs fixes d’un moulin ou d’un dock auxquels elles peuvent accéder plus facilement qu’un grand navire, à cause de leurs faibles dimensions, et de
- Fig. 6. — Moulins à Londres avec
- mécaniquement sur des galets automoteurs cylindriques, sont les deux principaux éléments des élévateurs anglais. Il est en effet plus facile de faire marcher sans accroc, à la vitesse voulue, les dragues légères d’un élévateur entièrement mécanique, que d’entretenir le vide dans les manches des aspirateurs pneumatiques.
- Nos gravures montrent, sans qu’il soit besoin d’une longue description, le mode de fonctionnement et de construction des élévateurs mécaniques dont les principaux avantages sont la sécurité et la continuité de leur marche.
- Pour desservir les quais on emploie des norias montées sur des chariots qui peuvent rouler sur des voies ferrées. On passe ainsi facilement d’une cale à l’autre sans être forcé de déplacer le navire lui-même. Les roues des chariots, ainsi
- appareils de manutention mécanique.
- leur tirant d’eau réduit. Le personnel nécessaire pour la surveillance des élévateurs se borne à quelques mécaniciens et chaque courroie ou chaîne à godets peut relever 1200 quintaux métriques de grain par heure.
- L’emploi de la brique et du ciment armé permet de réaliser, dans de bonnes conditions, des bâtiments à'élévateurs qui ont 100 m. de longueur, 25 m. de largeur et 45 m. de hauteur. En général une moitié de la longueur est consacrée aux silos e! l’autre moitié renferme une quinzaine d’étages de greniers superposés. Le grain pénètre dans l’entrepôt par une tour centrale haute de 50 m. dans laquelle fonctionne une batterie d’élévateurs verticaux desservant tous les étages de silos et de greniers. Les silos ont souvent toute la hauteur du bâtiment et une section rectangulaire de 4 m. X 4 m. :
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- le volume correspondant est d’environ 600 à 800 m3. Les greniers ont une hauteur sous plafond de 2 m. 50 à 3 m. et la surface de chaque grenier atteint 1200 m2. A la partie supérieure du bâtiment s’étend sur toute sa longueur une galerie centrale qui renferme les transporteurs à courroie qui distribuent les grains en vrac entre les divers silos ou étages de greniers. Au rez-de-chaussée débouchent les trémies des silos ainsi que les des-cenderies ou les coulottes des greniers; ce r z-de-chaussée est constitué par trois plates formes parallèles munies d’appareils d’ensachage et de bascules. C’est le long de ces plates-formes que sont rangés les wagons destinés au transport des céréales à l’intérieur du pays.
- Il ne suffit pas d’emmagasiner le grain et de le charger au moment voulu dans les chalands ou sur les wagons des importateurs; il faut aussi leur donner tous les soins qu’exige sa conservation, c’est-à-dire le dépoussiérer et le déplacer quand il tend à s’échauffer.
- En général l’équipement mécanique des entrepôts comporte plusieurs installations de dépoussiérage distinctes qui desservent les transporteurs des quais, les transporteurs d’entrée des grains, et les transporteurs intérieurs de l’entrepôt. Le dépoussiérage s’opère au moyen de puissants ventilateurs électriques qui envoient les poussières dans des collecteurs à trémies dont les ensacheurs sont installés sur le quai de départ.
- Pour déplacer le grain en cas d’échauffement on se sert également de transporteurs à courroies longitudinaux et transversaux qui le ramènent à la tour centrale ; de là il est réparti à nouveau entre les divers étages. Des courroies automatiques transporteuses sont installées pour la manutention des céréales en sacs.
- Toute la machinerie des entrepôts est actionnée par des moteurs électriques soigneusement cuirassés, c’est-à-dire enfermés dans des carters étanches
- à la poussière afin de parer à tout danger d’incendie ou d’explosion. L’éclairage est également assuré par des lampes à incandescence. En grand entrepôt comporte une cinquantaine de moteurs électriques de 20 chevaux et un millier de lampes.
- A Hull les chemins de fer du North Eastern Railway et du Hull and Barnsley Piailway ont fait installer des silos en ciment armé qui peuvent contenir 400 000 quintaux de blé. Un de ces silos est situé le long d’un quai où les importateurs de grains peuvent recevoir à la fois quatre grands navires. Chaque place est desservie par deux convoyeurs électriques à norias qui déchargent ensemble 2400 quintaux à l’heure. En une seule journée de 8 heures, on peut ainsi mettre en silos 75 000 quintaux de blé. Six élévateurs flottants sont à la disposition des capitaines dont les navires ne trouvent pas de place à quai; ils permettent de décharger les cargaisons et d’éviter les taxes supplémentaires si onéreuses à supporter quand les frets sont rendus chers par une circonstance exceptionnelle, te'le la guerre actuelle. Tous les élévateurs sont munis d’appareils de mesurage, de pesage et de contrôle qui en rendent l’emploi très avantageux pour les commerçants ; on évite ainsi toute contestation sur le poids livré et aucun vol ne peut être commis pour la double raison que le personnel est réduit au strict minimum, et que les grains circulent dans des enceintes fermées inaccessibles aux étrangers; de plus les appareils de contrôle signalent immédiatement toute différence de poids insolite.
- Le port de Londres, que les Anglais s’occupent actuellrment de remanier entièrement, sera également muni d’installations mécaniques ultra-modernes qui lui rendront son ancienne suprématie au point de vue de l’importation des céréales.
- Nos gravures représentent quelques-uns des élévateurs à grains et des entrepôts installés à Millwall Docks par la maison Spencer qui s’est spécialisée dans ce genre de construction H. Véron.
- «SA*
- LA LUTTE CONTRE LES VAPEURS ASPHYXIANTES
- Depuis que les Allemands ont mobilisé tout l’arsenal de la chimie pour nous combattre, il a fallu songer à la protection de nos braves « poilus » contre ces procédés déloyaux. Nos amis, les Anglais, ont tout d’abord employé un masque uniquement constitué par une épaisseur de coton recouverte de gaze qui s’appliquait sur le nez et la bouche par deux lanières nouées derrière la tête. Ce modèle improvisé s’est montré insuffisant ainsi que l’ont indiqué les journaux anglais et, en particulier, le Daily Mail, pour deux raisons : 1° la surface absorbante des vapeurs toxiques n’était pas assez vaste; 2° dès qu’il était mouillé, le coton s’aplatissait sur le nez et la bouche, causant ainsi de la gêne respiratoire.
- Aussi, de tous côtés, a-t-on, sur nos lignes, inventé des dispositifs variés qui permettent à nos braves fantassins de « tenir » contre les vapeurs s asphyxiantes. Nous indiquerons seulement dans cet article le procédé auquel nous nous sommes nous-mêmes arrêtés, ainsi que les raisons d’expérience qui ont justifié notre choix. Tout d’abord, pour éviter les inconvénients qu’avaient rencontrés les Anglais, avons-nous jugé essentiel de monter la gaze absorbante de nos masques sur une armature métallique.
- Le modèle que nous avons adopté dans son principe est celui qu’on emploie pour l’anesthésie par inhalation, modifié et simplifié en raison du nouvel usage auquel il est destiné.
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- LA LUTTE CONTRE LES VAPEURS ASPHYXIANTES
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- Description du masque.
- — 1° Armature. — Elle est constituée par une monture en fil de fer galvanisé n° 8, de 80 centimètres de longueur, modelé sur un gabarit en bois représentant les saillies et méplats de la partie du visage à masquer. Il est indispensable d’employer du fil de fer galvanisé pour éviter la rouille.
- 2° Garniture. — Les deux faces, convexe et concave, sont recouvertes chacune d’une lame de coton hydrophile de 5 millimètres environ d’épaisseur.
- Ces deux lames, rectangulaires, mesurent, l’exté-
- 0 m. 12 , .
- rieure , 1 intérieure
- 0,10
- Fig. i. — La confection des masques contre les vapeurs.
- 0 m. 10 0,08
- Elles sont
- recouvertes de carrés, de 0 m. 20 de côté, de tissu à mailles serrées et résistantes, mais perméables à l’air. Le carré de tissu extérieur est en double épaisseur, le carré intérieur est simple. Les bords sont réunis par un ourlet qui les fixe à la périphérie de la monture, enfermant les deux épaisseurs de coton et l’armature métallique. Le masque est constitué.
- 5° Attaches. — Deux attaches de 0 m. 40 de ruban de fil (chevilière des merciers) sont cousues à la partie externe du masque, de chaque côté, et vont se nouer sur l’occiput en passant par-dessus le pavillon des oreilles.
- 4° Coloration. — Pour diminuer la visibilité du masque blanc, nous lui avons donné une coloration
- masque ayant son armature en fil de fer souple, chacun peut l’adapter exactement à son visage.
- Expérimentation. — Nous avons fait plusieurs expériences, sur nous-mêmes et sur trois de nos camarades, en versant quelques gouttes de brome dans une assiette placée sous le nez. Celui qui porte, le masque ferme les yeux.
- 1° Masque à sec. — Les vapeurs passent à travers le masque ; au bout d’une minute on éprouve un picotement très désagréable du nez et de la gorge, avec quintes de toux spasmodique.
- 2° Masque imbibé d’eau. — Les vapeurs passent moins aisément. On peut supporter leur inhalation pendant 2 et même 3 minutes.
- 5° Masque imbibé d'une solution d’hyposuljîte de soude à 1/4000fc. — Les vapeurs sont plus longtemps supportées, 4 et 5 minutes.
- ProFi!
- rmature métallique
- Gaze en douUe paroi externe '
- Compresse ext de coton.
- Compresse_
- Interne
- ifl ~ ~ Armature.
- Gaze en s/mp/t épaisseur paroi t
- Coupe sagitalle
- Fig. 2. — Le masque et son armature métallique.
- khaki en le trempant d’abord dans une solution d’hyposulfxte de soude à 1 pour 1000, puis dans une solution de permanganate de potasse à 1 pour 1000.
- Son application. — On applique le masque de telle sorte que le bec de corbin chevauche le nez, la partie inférieure concave épousant la convexité du menton, les points d’attache sur les pommettes. Le
- 4° Solution d'hyposulfite a h pour 100. — Cette dernière expérience est la plus intéressante. Le masque, imbibé de cette solution, oppose une barrière mécanique, mais aussi une barrière neutralisante, en raison de son degré de concentration, aux vapeurs de brome. Nous avons gardé le masque pendant'5 minutes, sans éprouver de gêne appréciable, tandis que nos camarades présents ont dû
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- 340 ..... L’ALLEMAGNE ET LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL
- quitter la pièce ou se poursuivaient les expériences.
- Sans doute les conditions de notre expérimentation ne sont pas les mêmes que celles du champ de bataille, alors que l’ennemi, par vent favorable, projette de véritables nuages de gaz toxiques. Elles montrent néanmoins que notre masque offre une protection incontestable.
- C’est la solution d’hyposulfite de soude à 5 pour 100 qu’il faut employer. Mais, dans les différentes unités, pour simplifier le maniement du produit et diminuer le nombre de récipients, il serait plus aisé d’avoir une solution concentrée à 50 pour 100, qu’on diluera au moment voulu.
- Il est recommandé de tenir les flacons à l’abri de la lumière qui, à la longue, altère le produit.
- A cause de la difficulté de se procurer sur le front des flacons en verre jaune, le plus simple est de conserver l’hyposulfite sous forme de sel dans un sac en papier, parcheminé ou sulfurisé et à l’abri de l’humidité, en raison de ses propriétés hygroscopiques, jusqu’au moment de l’emploi.
- Conclusions. — 1° Ce masque de confection facile, même par des mains inexpérimentées (5 minutes pour le monter, 20 minutes pour le garnir), avec des fournitures qu’on trouve partout, est très simple;
- 2° La souplesse de sa monture en fil de fer souple permet de l’adapter à tous les visages. 11 est pratique ;
- 5° Sa fabrication, réalisée dans les unités, en abaisse considérablement le prix de revient, à 0 fr. 17 exactement. Il est donc très bon marche';
- 4° Enfin il est efficace. Avec une pareille protection, le combattant, plein de confiance, loin de connaître les angoisses d’une panique aveugle, marchera résolument de l’avant.
- Nul doute, qu’à côté de nous, d’autres initiatives aient été prises qui toutes, inspirées de principes analogues et adaptées à des exigences variées, contribueront, chacune pour leur part, à armer nos soldats contre un ennemi aussi barbare qu’inattendu. Drs D. et 0.
- L’ALLEMAGNE ET LA TÉLÉGRAPHIE SANS FIL
- Le journal le Temps vient de publier une lettre très documentée de son envoyé spécial à New-York, M. Gabriel Alpbaud, sur l’emploi de la télégraphie sans fil par les Allemands. Nous en reproduisons les passages les plus importants qui montreront, une fois de plus, le soin avec lequel les Allemands avaient préparé la guerre qu’ils méditaient depuis si longtemps.
- En France, sur les dix stations de télégraphie sans fil que nous possédons, une seule a de l’importance : la station de la tour Eiffel dont l’onde a une portée de 6500 km et pourrait à la rigueur s’élever à 10 000 km : portée extrême que jamais, du reste, on ne lui fait atteindre et cela à notre grand détriment. Les Allemands de leur côté, outre un certain nombre de stations dans l’intérieur de l’Allemagne, en possèdent une extrêmement puissante, celle de Nauen (grand-duché de Hanovre) dont Fonde constante est de 10 000 et quelquefois de 12 000 kilomètres. Un poste identique a été établi par les Allemands en Espagne et un autre d’égale force fonctionne à Sayville, en face de New-York. Ce dernier poste n’avait pas, au début de la guerre, la puissance qu’il a aujourd’hui; celle-ci a été triplée, passant de 35 kilowatts à 100 kilowatts. Sa transformation s’est faite dans le plus grand secret. Les trois pylônes de 155 m de hauteur, les dynamos, les antennes et les autres appareils ont été fabriqués en.Allemagne, puis transportés, via Rotterdam à New-York par un navire de la Compagnie Holland-America. Dès l’ouverture des hostilités, l’Allemagne se trouvant privée de tous ses câbles sous-marins qui avaient été coupés, n’aurait disposé d’aucun moyen de communication rapide avec l’Amérique et-l’Asie
- sans la télégraphie sans fil. C’est pourquoi elle a triplé la puissance du poste de Sayville, ce qui permet à l’ambassade d’Allemagne à Washington de rester en communication constante et directe avec Berlin.
- Comment s’expliquer, ajoute M. Alphaud, que des puissances neutres aient permis l’établissement sur leur territoire de stations qui ne profitent qu’à l’un des belligérants contre les autres. Toujours est-il que les Allemands les utilisent, non seulement pour leur bien propre, mais aussi pour troubler les communications de leurs adversaires. La première chose que fit l’Allemagne, trois ou quatre jours avant la déclaration de guerre, fut de se passer de toutes les stations intermédiaires et de télégraphier directement, ses appareils le lui permettant, de ses postes d’Allemagne à ses postes d’Espagne et d’Amérique. Par cette voie furent et sont quotidiennement envoyés les radiotélégrammes de toute sorte, et, pour que ceci ait lieu d’une façon méthodique, les Allemands ont créé des postes secondaires dans chacune des 46 provinces des Etats-Unis; 4 postes supplémentaires au Mexique et 16 disséminés dans toute l’Amérique du Sud sont, en outre, aux ordres directs du poste de Sayville.
- Les Allemands ayant ainsi établi leurs communications par télégraphie sans fil, M. Alphaud examine comment ils les utilisent sur mer et sur terre. Sur mer, dit-il, on s’est souvent demandé commmt les vaisseaux formant l’escadre Allemande du Pacifique avaient pu si longtemps tenir la mer et échapper à la poursuite des croiseurs anglais et japonais. On sait aujourd’hui que chacun des croiseurs de bataille ou auxiliaires allemands était muni d’appareils de télé-
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- COMMENT ON DOSE LES RAYONS X
- graphie sans fil. De plus, les Allemands avaient, sur tous les navires charbonniers, cargo-boats, chalutiers, dont ilsdisposaient directement ou indirectement aux Amériques, en Chine et dans les Indes, installé des appareils de télégraphie sans fil de puissance proportionnée. Lorsque la Hotte allemande du Pacifique se dispersa, chacun des croiseurs dont elle était composée ne voyagea plus sur la mer que gardé à l’est, à l’ouest, au nord et au sud par quelques-uns de ces gros navires charbonniers et chalutiers ; ceux-ci n’étaient pas seulement chargés d'alimenter le croiseur allemand d’un port à l’autre, ils montaient au'our de lui une garde incessante, doublant ce service de garde d’un service d’espionnage qui indiquait au croiseur ses futures victimes, bateaux de commerce ou de passagers non armés appartenant aux nations ennemies de l’Allemagne. C’est ainsi que les croiseurs allemands ont réussi
- tant de mauvais coups et qu’ils ont pu fuir, car l’immensité de la mer offre un refuge certain dès qu’on est prévenu à temps. Plus d’un navire allemand est à l’heure actuelle sain et sauf, quoique prisonnier, dans les ports d’Amérique, mais qui, certainement, reposerait dans les bas-fonds de l’océan Atlantique ou du Pacifique, si la télégraphie sans fil allemande n’avait été aussi bien combinée.
- Sur terre, le travail par télégraphie sans fil qui est plus aisé met, comme nous l’avons dit, M. Dernburg en communication constante avec l’empereur ou ses collaborateurs. Il est donc de toute urgence, conclut M. Alphaud, que les dispositions que l’on a, paraît-il, commencé à prendre en France et en Angleterre sur le terrain de la télégraphie sans fil contre l’Allemagne soient complétées dans le plus bref délai.
- COMMENT ON DOSE LES RAYONS X
- Suivant les divers cas qui se présentent dans la pratique de la radiologie — examen des fractures, recherche des projectiles restés dans le corps, traitement de telle ou telle maladie, — il est nécessaire" de produire un flux de rayons X plus ou moins intense, plus ou moins prolongé et plus ou moins pénétrant. Trop faible, l’irradiation ne déterminerait pas des effets suffisants; trop forte, elle risquerait de provoquer des accidents, tels que phlyc-tènes, escarres, érythème ou ulcérations caractéristiques de la radiodermite aiguë. L’action du rayonnement qu’émet l’ampoule de Crookes dépend en grande partie de son degré de raréfaction. Une même substance peut se montrer tour à tour opaque ou transparente aux rayons X issus d’un tube dont on fait progressivement varier la pression intérieure. Une ampoule où le vide est peu poussé émet des rayons facilement interceptés et qui donnent sur les plaques photographiques des images riches en contrastes. Au contraire, une ampoule dont le vide a été poussé très loin émet des rayons très pénétrants mais qui tendent à produire des clichés gris. Dans le premier cas, on dit que le tube est mou ; dans le second, on dit qu’il est dur.
- Les mêmes qualificatifs sont appliqués aux rayons émis dans chacun de ces cas. Les rayons durs permettent de découvrir des détailsidans les oi^ranes les plus opaques* mais non dÉ^^^pan^s lésais transparenj^s, trop facilement Traversées; avec les rayons mou&, c’est le contraire. On a recours aux rayons durs, lorsqu’il s’agit de radiographier des parties épaisses du corps. A épaisseur égale, les rayons durs exigent une pose moins longue que les rayons mous, mais fournissent des images moins nettes et généralement moins vigoureuses.
- Le degré de jgpRction du tube doit donc être réglé suivant la dature^de l’objet soumis à l’irradiation et suivant l’effet qu’on se propose d’obtenir.
- Cependant, du fait même de son fonctionnement, le tube durcit assez rapidement, le résidu gazeux se trouvant absorbé par les particules métalliques transportées de la cathode sur les parois du verre ; si bien qu’au bout de quelques minutes la qualité des rayons émis se trouve profondément modifiée, et il pourrait en résulter de graves inconvénients, surtout en radiothérapie, où un rayonnement trop dur se traduirait par de douloureuses brûlures ou d’irrémédiables lésions.
- On peut régénérer le tube devenu trop résistant en le passant légèrement sur une lampe à alcool. Sous l’influence de la chaleur, une partie du gaz absorbé par occlusion se dégage et diminue le vide. Si, au contraire, le vide est insuffisant, on inverse pendant quelques instants le sens du courant : la cathode sert d’anode, et réciproquement, et l’excès de gaz est réabsorbé. Toutefois, ces modes de régénération ne donnent de bons résultats qu’un certain nombre de fois et ne permettent pas de maintenir le vide convenable sans interrompre l’opération.
- Aussi a-t-il fallu chercher d’autres moyens. Le plus ingénieux est Yosmo-régulateur de M. Vil-lard(1), basé sur la propriété que possède le platine de devenir poreux à l’hydrogène, lorsqu’on le chauffe au rouge. Un tube de platine, fermé à l’une de ses extrémités, est soudé par l’autre bout à l’ampoule radiogène. En cas d’excès de vide, on chauffe le tube de platine sur un bec de gaz ou sur une lampe à alcool : l’hydrogène de la flamme passe par osmose à travers le métal et pénètre dans l’ampoule, qui devient ainsi moins résistante. Quand, au contraire, le vide est insuffisant, on coiffe le tube de platine d’un manchon de même métal, de plus grand diamètre, qui l’isole du
- 1. Yoy. n° 1515, du 15 août 1898, p. 161.
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- COMMENT ON DOSE LES RAYONS X
- contact de la flamme, tout en laissant circuler l’air : par osmose encore, l’hydrogène sort du tube, et livide convenable s’établit peu à peu.
- 11 est facile d’augmenter ou de réduire la quantité de rayons émis par l’ampoule, ainsi que leur force de pénétration, en modifiant l’intensité du courant inducteur et la pression intérieure du tube radio-gène. Ce qui est plus difficile, et néanmoins essentiel, c’est de savoir exactement, par comparaison avec des unités de mesure bien déterminées, la quantité et la qualité des radiations émises à chaque instant : « On ne connaît bien un phénomène, a dit lord Kelvin, que lorsqu’il est possible de l’exprimer en nombres ».
- Un premier moyen d'appréciation est fourni par la mesure de l’énergie électrique qui passe dans l’ampoule. Le courant utilisé est porté à une haute tension, qui atteint généralement et parfois dépasse 50 000 volts; mais l’intensité en est très faible et se chiffre seulement par millièmes d’ampère.
- Ces deux éléments seront aisément connus avec une grande précision, si l’on intercale un mil-’liampèr ejmètre dans le circuit induit et si l'on branche un voltmètre en dérivation sur les électrodes du tube radiogène. La tension est également évaluée d’après la distance que l’étincelle est capable de franchir, à l’air libre. Le spintermètre (de cnuvO^o, étincelle, et yixpov, mesure) est un excitateur à écart mobile mesuré en centimètres (fig. 1). L’ensemble du spintermètre, du milliampèremètre et de la soupape cathodique constitue le distributeur de haute tension dont la figure 1 montre les connexions avec le circuit secondaire d’une bobine de Ruhmkorff.
- Les indications que fournissent les instruments de mesures électriques sont surtout utiles pour maintenir, au cours d’une longue séance, la régularité de la radiation. Si l’intensité varie, on la règle en déplaçant le curseur du rhéostat intercalé dans le circuit inducteur, ou bien en agissant sur l’interrupteur. Si c’est la tension qui change, la cause en est due à une modification du vide du tube radiogène, et on y remédie à l’aide du régulateur de vide. Cependant, ces données ne renseignent qu’in directement et d’une manière imparfaite sur la quantité et la qualité des radiations émises.
- Les multiples propriétés des rayons X ont suggéré divers moyens d’en mesurer directement la
- Fig. /•
- quantité. C’est ainsi qu’on a mis à profit certaines réactions chimiques déterminées par leurs radiations, ainsi que leur pouvoir ionisant et leur action sur les substances fluorescentes.
- La quantitométrie chimique est basée sur le changement d'aspect que subissent quelques substances exposées au rayonnement du tube de Croo-kes. Le chlorure et le bromure de sodium se colorent, sous l’influence des rayons X, et cette coloration est proportionnelle à la quantité de radiations reçues. Le chromoradiomètre de Holzknecht est un godet de sels que l’on place à côté de l’objet soumis aux rayons X. La teinte du godet vire et peut être comparée aux teintes d’une échelle étalon. L’unité de rayonnement adoptée par Holzknecht, qui la désigne sous le nom d'unité' II, correspond au tiers de la dose compatible avec l’intégrité des tissus. Ainsi, il faut 5 II pour épiler un sujet jeune, et 4 H
- pour les sujets âgés. Toutefois, la comparaison des teintes est délicate, et il est difficile de préciser le virage à une et même deux teintes près. De plus, la constance des sels employés n’est pas certaine, et rien ne prouve que le virage s’arrête quand cesse l’irradiation.
- Le platino-cyanure de baryum brunit, sous l’influence des rayons X. Cette réaction, découverte par M. Villard en 1900, a été appliquée par les Drs Sabouraud et Noiré à la construction d’un quantitomètre auquel ils ont donné le nom de Radiomètre X. Le but de cet instrument (fig. 2) est d’indiquer la dose de radiation qui peut être reçue sans inconvénient, dans les applications radiothérapiques. Il se compose d’un carnet contenant un certain nombre de pastilles au platinocyanure de baryum et de deux carrés de papier coloriés servant d’étalons. Le premier carré (teinte À) correspond à l’aspect du réactif avant son exposition aux rayons X; le second (teinte B) sert à déterminer le moment où l’opération doit être arrêtée. La méthode à suivre est bien simple. Si l’on soumet à l’action des rayons X l'une des pastilles, sa teinte normale jaune vire, après un certain temps d’exposition, jusqu’au marron clair. Cette nouvelle coloration est comparée à la teinte B, qui correspond à la dose maxima d’irradiation que peut recevoir la peau humaine, sans qu’il s’ensuive de l’érythème, ou une radiodermite, ou une alopécie définitive. La teinte B équivaut à 5 unités F.
- Distributeur de haute tension. La partie de l’appareil représentée en relief est le Spintermètre.
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- COMMENT ON DOSE LES RAYONS X . .. 343
- Le chromoradiomètre du Dr Bordier est une modification du dispositif de Sabouraud et Noire. Il comporte une série de teintes étalons dont chacune correspond à une dose de rayons produisant sur la peau un effet déterminé, depuis l’érythème simple et passager jusqu’à la nécrose. MM. Bordier et Gali-mard ont adopté une unité spéciale, l’unité I, qui vaut environ 4/5 d’unité H.
- MM. Hurmuzescu et Benoist ont proposé la méthode ionométrique, fondée sur la propriété que possèdent les rayons X de décharger les corps électrisés en ionisant l’air, c’est-à-dire en le rendant conducteur. On procède alors comme pour la mesure de la radioactivité ('). Si l’on place un corps radioactif à proximité d’une plaque métallique reliée à un électroscope préalablement chargé, on voit les feuilles d’or, primitivement écartées l’une de l’autre, se rapprocher et retomber à la position verticale, plus ou moins rapidement, suivant l’activité du composé essayé. C’est par ce moyen qu’a été découvert le radium et que sont dosés les minerais radifères ; il permet de déterminer des quantités de substances si faibles qu’elles échappent même au spectroscope. La même méthode est applicable au dosage des rayons X : l’intensité de la radiation se déduit du nom-bre de secondes qu’exige la décharge d’un électroscope placé à une certaine distance de l’ampoule.
- Inversement, la quantité de rayons nécessaires à la décharge peut être prise pour unité. M. Yillard a imaginé un véritable compteur de rayons X. Un électromètre chargé à un potentiel déterminé, 110 volts par exemple, est progressivement déchargé par les rayons X. Mais, quand l’aiguille électrisée a dévié d’un certain angle, elle établit un contact qui la ramène au potentiel initial. Elle exécute ainsi une série d’oscillations qui sont totalisées sur un cadran. Cet instrument est très sensible : chaque saut de l’aiguille correspond à 1/5 d’unité H.
- La méthode de mesure fluoroscopique consiste à comparer la fluorescence provoquée par les rayons X avec celle que donne une source de radiations d’intensité déterminée. M. Contremoulins avait proposé pour étalon un bec à acétylène. Le D1’ Guil-leminot emploie le radium. Son appareil, le M-Fluoromètre, se compose d’une boîte dont l’un des côtés porte un double œilleton, pour l’examen binoculaire. La paroi opposée est en plomb : elle 1. Voy. n° 2145, du 4 juillet 1914, p. 100.
- est percée d’une fenêtre eatrée, fermée par une lame de verre au plomb devant laquelle s’adapte un écran de platinocyanure de baryum. Un volet de plomb, disposé devant l’écran, est percé de deux orifices de 1 centimètre de diamètre. L’un est destiné à laisser passer les rayons X, à travers une feuille de papier noir; l’autre est entouré d’une bague taraudée dans laquelle se visse un cylindre contenant un fragment de radium. Lorsqu'on regarde à travers les oculaires, on aperçoit un disque lumineux : c’est la plage irradiée par le radium. Si l’on vise un tube radiogène en fonctionnement, on voit apparaître un second disque correspondant à l’orifice garni de papier noir. La luminosité de cette seconde plage peut être supérieure, égale ou inférieure à celle de la première, suivant l’intensité des rayons X et suivant la distance qui sépare l’écran de l’ampoule. En s’éloignant ou en se rapprochant, on arrive à voir les deux disques également lumineux. Un ruban métrique fait connaître la distance exacte entre l’écran et le centre de l’anticathode. Un barême, établi d’après la loi du carré des distances, permet d’en déduire immédiatement la quantité de rayonnement que reçoit par minute un sujet placé à une distance déterminée de l’anticathode. L’étalon adopté par le Dr Guille-minot est constitué par 2 centig. de bromure de radium d’activité 500000 (l’activité de l’uranium étant représentée par 1, celle du radium pur par 2 000000) étalé sur une surface de 1,75 cm2.
- L’unité que le Dr Guilleminot a choisie et qu’il a appelée l’unité M est la dose de rayonnement nécessaire et suffisante pour obtenir une bonne radiographie d’une région de 1 cm d’épaisseur, telle que le doigt humain. En général, il faut autant d’unités M que la région à radiographier a de centimètres d’épaisseur^). Cependant, ces donnéesne sont qu’approximatives, car il faut tenir compte de la nature des organes. Une région qui, comme le bassin, renferme des tissus mous, demandera plus de pose que le thorax, à épaisseur égale.
- Du reste, une quantité déterminée de rayons X est susceptible de produire des effets très différents, suivant l'état de raréfaction du tube radiogène. Un
- 1. Plus exactement, voici la définition chimique de l’unité M : c’est l’intensité du rayonnement qui, agissant normalement sur une solution chloroformique d’iodoforme à 2 pour 100, suivant 1 cm"- de surface et 1 cm de profondeur, libère 1 grammeX10 8 d’iode en 1 seconde.
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- Fig. 2. — Radi mètre A.
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- = COMMENT ON DOSE LES RAYONS X
- Fig. 3. Radiochro-momètre.
- tube peu vidé, mou, donne naissance à des rayons facilement absorbés; à mesure que la pression intérieure diminue, le pouvoir pénétrant des radiations s’accroît. Les rayons mous accusent, en radioscopie et en radiographie, de grandes différences entre l’opacité des os et la transparence des chairs, mais leur action est limitée aux organes peu épais. Les rayons durs pénètrent plus profondément et permettent d’abréger la pose photographique, mais, révèlent moins de détails. En radiothérapie, il faut utiliser des rayons plus ou moins pénétrants, suivant la nature de la maladie et suivant la profondeur de l’organe à soigner.
- Entre les rayons mous et les rayons durs, il existe une différence semblable à celle qui distingue les uns des autres les rayons lumineux de diverses couleurs. Les rayons X sont des vibrations qui se font plus fréquentes et plus courtes à mesure que s’accroît le vide à l’intérieur de l’ampoule : si nous les comparons aux ondes comprises dans le spectre visible, nous pourrons rapprocher les rayons les plus mous des rayons rouges et les rayons les plus durs des rayons violets.
- Mais, tandis que, pour la lumière, notre œil distingue les couleurs, l’appréciation de la qualité des rayons X échappe à nos sens et exige l’emploi d’instruments spéciaux.
- Si l’on juxtapose, entre un tube en activité et un écran fluorescent, une substance très opaque et une substance plus facilement pénétrée, on ne pourra observer deux ombres identiques qu’à la condition d’augmenter suffisamment l’épaisseur du corps le plus transparent. Cependant, les ombres ainsi projetées ne resteront identiques que si le tube conserve le même degré de raréfaction : si le vide augmente ou diminue, il faudra augmenter ou diminuer l’épaisseur de l’une des deux substances. En d’autres termes, le rapport entre les opacités de deux corps varie suivant la longueur d’onde des radiations.
- C’est sur ce principe, établi par M.-L. Benoist, qu’est construit son Radiochromomètre, ainsi nommé parce qu’il sert à distinguer les divers rayons X, de même que notre œil distingue les diverses couleurs (/pùlg.a) dans le spectre visible.
- Cet instrument (fig. 5) est composé d’un disque en argent de 11 centièmes de millimètre
- d’épaisseur, entouré de 12 secteurs en aluminium» dont l’épaisseur varie de 1 à 12 millimètres. Pour apprécier la qualité des rayons émis, il suffit de placer le radiochromomètre entre le tube et un écran fluorescent. On reconnaît alors quel est le secteur d’aluminium dont l’opacité se rapproche le plus de celle du disque d’argent. L’usage s’est établi de définir le pouvoir de pénétration des rayons par le numéro d’ordre du secteur qui projette la même ombre que le disque de comparaison. Les secteurs sont numérotés de 1 à 12, du plus mince au plus épais. Les rayons X les moins pénétrants donnent la même ombre, après avoir traversé la lame d’argent et le secteur n° 1 : c’est pourquoi on les désigne sous le nom de rayons n° 1 ; tandis que les rayons le plus pénétrants correspondent au n° 12.
- La lunette radiochro-mométrique (fig. 4) est formée par la réunion d’un radiochromomètre et d’un écran fluorescent E, placés l’un contre l’autre à l’un des bouts d’un tube de cuivre dont l’autre extrémité porte une bonnette 0 qui abrite l’œil de l’observateur contre la lumière extérieure. L’appareil est fermé, antérieurement, par une lame de plomb B percée d’une ouverture en forme de secteur. En faisant tourner le radiochromomètre, à l’aide de la manivelle R, on amène successivement chaque secteur d’aluminium en regard de l’ouverture et l’on voit aisément quel' est celui qui donne le même éclairement que le disque d’argent dont la portion contiguë est simultanément visible. Cette méthode permet de répondre non seulement du degré, mais même du demi-degré radiochromométrique.
- Nous avons ainsi, par des mesures quantitatives
- et qualitatives, le moyen de préciser le dosage des radiations qui conviennent à chaque cas. Par exemple, en radiothérapie, il faut 400 M de rayons n° 5 pour produire la plus faible réaction cutanée. La dose la plus forte que l’on puisse supporter par mois est de 1200 M. L’épilation du cuir chevelu s’effectue avec 500 M de rayons 4-5.
- Ernest Coustet.
- Fig. 4. — Lunette radiochromotiiétrique. (Chabaud, constructeur.)
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiujre, rue de FJeurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE. — N* 2174. :::. ...i:::.::.. .......— 29 MAI 1915.
- LES COLONIES ALLEMANDES EN AFRIQUE
- Le grand essor industriel et commercial de l’Allemagne, qui a été le résultat de la fondation de l’Empire, a eu pour conséquence d’amener celle-ci à chercher dans des colonies non seulement un débouché pour ses produits, mais aussi un débouché pouvant recevoir le flot toujours croissant de l’émigration allemande. C’est sur l’Afrique qu'elle jeta, tout d’abord, ses vues et vers laquelle elle porta tous ses efforts. Nous croyons donc intéressant de dire quelques mots de ces colonies en complétant nos renseignements personnels par ceux publiés récemment dans l’Afrique française sous la signature deM. Camille Merlin.
- Les colonies allemandes de l’Afrique sont au nombre de quatre : le Togo, le Cameroun, le Sud-Ouest africain et l’Afrique orientale. Nous les examinerons successivement .
- Mais, avant de commencer cette étude, nous devons signaler que, depuis l’ouverture des hostilités, le Togo est occupé par les troupes alliées ; au Cameroun, depuis le 29 avril dernier, le blocus d’une partie des côtes est effectué par les flottes alliées et des opérations militaires se poursuivent, l’une dans le centre de la colonie, l’autre dans le Nord ; dans le Sud-Ouest africain, le général Botha, après avoir écrasé la rébellion Beyers et de Wet fomentée par les Allemands contre l’Union africaine du Sud, a poursuivi ses opérations et occupe actuellement avec ses troupes la colonie allemande; dans l’Afrique orientale, les côtes sont bloquées par les Anglais et des opérations militaires se poursuivent à la frontière Nord de la colonie. Sur la frontière Est, du côté du lac Tanganyaka les Belges et les Anglais poursuivent leurs attaques.
- Le Togo. — Le Togo, situé sur le golfe de Guinée entre la colonie anglaise de la Côte d’Or et notre colonie du Dahomey, a une longueur de 500 km, une largeur de l’Est à l’Ouest de
- 250 km en moyenne et une superficie de 87 000 km*. Sa population indigène est de un million d’individus avec 580 blancs.
- La colonie est divisée en cinq chef-lieux de dis-Irict dont le plus important est celui de Lomé, situé sur la côte de Guinée.
- Les principaux produits du pays sont, en première ligne, l’huile de palmier et, en seconde ligne, le caoutchouc. Vient ensuite le maïs, le cacao et le coton, ce dernier étant principalement cultivé dans le district de Atakpame et dont l’exportation, en
- 1912, a atteint 550 tonnes d’une valeur de 640000 francs.
- Une des ressources importantes du Togo septentrional est l’élevage, mais la plus grande partie du bétail est dirigée vers la colonie anglaise de la Côte d’Or.
- Quant aux ressources du sous-sol elles sont jusqu’ici à peu près nulles, sauf quelques mines de fer exploitées par les indigènes.
- Somme toute la mise en valeur du Togo est, à l’heure actuelle, très rudimentaire et ne pourra se développer que par la création de grandes plantations qui, en ce moment, n’occupent qu’une surface de 1500 hectares.
- Le réseau ferré à voie de 1 mètre, actuellement ' en exploitation sur 541 km, se compose d’une ligne de 122 km de longueur reliant Lomé, la capitale de la colonie, avec Palime. Cette ligne a été ouverte en 1906, en même temps que le wharf qui sert au débarquement et à l’embarquement des marchandises. En 1911 on a livré à l’exploitation une seconde ligne de 175 km de longueur de Lomé à Atakpame, puis une voie ferrée longeant la côte entre Lomé et Anecho de 44 km de longueur. Une autre ligne est en projet devant desservir l’hinter-land d’Anccho.
- Le commerce delà colonie, qui, en 1897, atteignait une valeur de 5 575 000 fr., est passé, en
- 22. — 545
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- Fig. i. — Les colonies allemandes en Afrique.
- 43* Année.
- 1*r Semestre.
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- 346 :. ..._ LES COLONIES ALLEMANDES EN AFRIQUE
- 1912, à 23 millions de francs. Quant aux exportations qui, en 1897, étaient de 885 000 fr., elles ont passé, en 1912, à 10 millions de francs, dont 74 pour 100 proviennent des produits de la cueillette, 24 pour 100 de l’agriculture et de l’élevage et seulement 1,3 pour 100 des entreprises européennes.
- De toutes les colonies allemandes le Togo est la seule qui n’ait pas besoin de subvention de l’État.
- Le Cameroun. — Le Cameroun qui se trouve compris entre la Nigeria et l’Afrique équatoriale française avait été une première fois limité par la convention du 8 mars 1908. Sa superficie était de 540 000 km2. Par suite de la convention du 4 novembre 1911, les limites de la colonie ont été portées plus à l’Est jusqu’à l’Oubanghi, en englobant une superficie de 250 000 km2, ce qui porte à 790 000 km2 la superficie du Nouveau Cameroun. On évalue à 2 240000 individus sa population indigène et à 15001a population blanche.
- La colonie est divisée en trois résidences : l’une dans le pays du Tchad, ayant Mora comme chef-lieu, les deux autres plus au Sud ayant pour chef - lieu Gora et Ngagun-dere. La capitale administrative de la colonie est Buca, situé sur les pentes du mont Cameroun près de la mer et la capitale commerciale est Duala situé un peu plus au Sud où les Allemands se proposent de conslruire un port important. A l’heure actuelle, la barre, qui obstrue l’entrée de l’estuaire, empêche l’accès des navires. De plus, les entrepôts pour les marchandises font absolument défaut. Des dragages viennent d’être commencés à l’embouchure du fleuve ainsi que la construction de quais; mais l’exécution des grands travaux projetés paraît ajournée.
- La ville de Duala, autrefois très malsaine, mais qui a été, dans ces derniers temps, assainie, reste encore un foyer de la maladie du sommeil, ainsi que trois autres districts situés dans la partie méridionale de la colonie. Le gouvernement allemand fait tous ses efforts pour.combattre le mal.
- Le Cameroun est très riche en produits naturels. On y trouve le caoutchouc sauvage et l’huile de palmier et on y cultive le cacao et le bananier. Contrairement à ce qui se passe au Togo, le système
- des grandes plantations a pris au Cameroun une extension importante. Il s’étend actuellement sur 28 200 hectares en occupant 17 800 indigènes. Mais, ce qui manque à la colonie et qui est un obstacle à son développement, c’est la main-d’œuvre, pénurie contre laquelle le gouvernement fait tous ses efforts pour réagir en amenant des coolies de l’Inde.
- Le réseau ferré se compose d’une première ligne, la Nordbahn, partant de Duala et allant jusqu’à N’Kong Samba. Cette ligne, de 160 km de longueur, a été ouverte en 1911 et doit être prolongée jusqu’à Bamun. Une seconde ligne, la MUlellandbahn, partant de Duala, actuellement exploitée jusqu’à Edea (90 km), doit être prolongée jusqu’à la rivière Ngong à une distance de 280 km de Dualâ. Ce prolongement est en cours d’exécution. Suivant les
- projets du gou-I vernement, cette
- I ligne devra être
- I prolongée jus-
- j qu’à Molindu à
- I 800 km deDitala.
- j On projette éga-
- * lement la con-
- ! struction d’une
- ligne qui, s’em-| branchant sur
- | celle de Duala à
- 1 la rivière Ngong,
- I se dirigerait vers
- 1 Nola sur la San-
- | gha. Sur cette
- | dernière ligne et
- 3 partant de Ber-
- ^ tua, une troi-
- sième voie ferrée se dirigerait vers le lac Tchad en passant par Kunde et Mora. Le réseau, ainsi complété, aurait une longueur de 3000 km environ et on estime à 575 millions de francs les dépenses de construction. Mais, à l’heure actuelle, il n’y a en exploitation que 250 km.
- Dans le courant de l’année 1912 il a été créé, au capital de 2 500 000 fr., une Société de Navigation devant faire des transports sur le Congo, la Sangha et l’Oubanghi.
- Le mouvement commercial de la colonie a été, en 1912-13, de 65 millions et demi de francs. Quant à l’exportation elle a été de 29 millions de francs dont 80,6 pour 100 proviennent du caoutchouc, de l’huile de palmier et des amandes, 19,4 pour 100 de l’agriculture et de l’élevage. Sur ces 1.9,4 pour 100 la part revenant à l’agriculture européenne est de 17,8 pour 100 tandis que l’agriculture indigène ne donne que 1,6 p ur 100.
- Pour 1914 la subvention de l’État s’élève à 5 957 000 fr. et la dette de la colonie est de 61 658 000 francs.
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- LES COLONIES ALLEMANDES EN AFRIQUE . — 347
- Colonie du Sud-Ouest. — La colonie allemande du Sud-Ouest africain, limitée au Nord par l’Angola, colonie portugaise, au Sud par la colonie du Gap et à l’Est par le Betchuanaland, toutes deux colonies anglaises, a une superficie de 850 000 km2. La population indigène n’est que de 90000 individus et la population blanche de 15 000 environ. Celle-ci est représentée, depuis 1900, dans le conseil du gouvernement, le Lnndrat, siégeant dans la colonie, par 15 députés élus sur 30 membres.
- En 1889, la colonie fut placée sous le protectorat allemand et, aussitôt après, furent accordées des concessions à un certain nombre de compagnies,
- vre causant ainsi un énorme préjudice aux colons.
- Le gouvernement allemand voulut alors revenir sur ces mesures de rigueur dont il reconnaissait le grave inconvénient, en proposant, dernièrement, au Reichstag l’abrogation des ordonnances de 1907. Mais le Land rat s’y opposa énergiquement sous prétexte de craintes de nouveaux soulèvements. Il demandait même l’augmentation de l’effectif des troupes coloniales. Le gouvernement, craignant de mécontenter les colons, céda.
- Tel est, à l’heure actuelle, l’état de la question des indigènes. Elle est, comme on le voit, très complexe.
- Fig. 3. — Victoria et le petit mont Cameroun.
- concessions qui couvraient presque la moitié du territoire coloniable. On espérait ainsi favoriser l’immigration, idée qui ne cessait de hanter les coloniaux. Mais les Allemands n’avaient pas compté sur la résistance de la population indigène qui s’affirmait d’une manière très sérieuse. Ils eurent d’abord à réprimer la révolte des Hottentots, puis celle beaucoup plus grave des Mereros, qui fut de longue durée, coûta très cher et lit périr plus de 50 000 indigènes et la presque totalité de leurs bestiaux. A la suite de cette révolte le gouvernement allemand prit des mesures de rigueur pour empêcher une nouvelle rébellion. Toutes les terres appartenant aux indigènes furent confisquées et défense leur fut faite de posséder des terres, des bestiaux, etc. Le résultat de ces mesures qui ne se fit pas attendre fut la disparition de la main-d’œu-
- Les exportations de guano et de bétail furent, tout d’abord, le produit principal de la colonie. Mais le guano fut vite épuisé, une épidémie de peste bovine décimales troupeaux et, l’insurrection venant ensuite, l’exportation qui, en 1903, était de 4 495 000 fr. tomba, en 1908, à 475 000 francs.
- En 1908, on découvrit dans le sable de la zone côtière du Luderitzbucht du diamant qu'on se hâta d’exploiter. Son extraction qui, en 1904, produisit 62 500 fr. a produit 37 500 000 fr. en 1912-13. Soixante-dix neuf sociétés s’occupent de la recherche du diamant et occupent 600 blancs et 5000 noirs. C est le diamant qui, en ce moment tout au moins, est le produit principal de la colonie, mais il est bien aléatoire.
- L’agriculture n’a aujourd’hui qu’une faible importance. Sur 13 millions d’hectares 3000 seulement
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- 348 -. — LES COLONIES ALLEMANDES EN AFRIQUE
- Fig. 4. — Femme Makondé {Bantou). Allongement ornemental (?) de la bouche.
- sont en culture, le reste est en pâturages principalement dans le Sud-Ouest qui est un pays d’élevage. Mais ce qui met obstacle à son développement, c’est la pénurie de l’eau. Aussi le gouvernement allemand a-t-il mis à l’étude la création, au moyen de barrages, de grands réservoirs dans le lit du Fishfluss qui permettraient d’irriguer 6000 hectares. Néanmoins, malgré ce manque d’eau, l’élevage a fait d’importants progrès. Depuis 1907 jusqu’à 1912,1e nombre des têtes de gros bétail a passé de 72 300 à 205 600, celui des moutons à laine de 11 700 à 53 600 et celui des autruches de 130 à 1500.
- Trois stations d’essais agricoles, d’après le système du dry farming, ont été créées.
- Les \oies ferrées de la colonie ont d’abord été établies dans un but statégique. C’est aiusi que fut commencée, en 1897, la ligne à voie de 0 m. 60 reliant Windhuk au port de Swakopmund. Cette ligne de 400; km. de longueuf fut Ouverte en 1902, puis prolongée, avec le même écartement, jusqu’à Grootfontein, Cette ligne, qui est le seul chemin de fer colonial allemand pajant les intérêts de son capital, dessert les mines de cuivre de Otavi et de Tsumel qui, en 1912-13, ont produit du minerai pour une valeur de 10 750 000 francs. (
- En 1908, on a ouvert à la circulation la ligne de 545 km de longueur qui, partant de Luderitzbucht, se termine à Ketsmanshoop, ainsi qu’un embranchement destiné au transport des troupes de Secbein à Kalkfontein. Ces deux lignes ont le même écartement que celles du Cap. Puis, sur la proposition de M. Dernburg, on refit avec l’écartement de la voie du Cap la section de Ivaribib à Windhuk, puis la ligne nord-sud de Windhuk à Ketsmanshoop de 520 km de longueur. Cette dernière ligne fut
- ouverte en 1912. Le réseau des voies ferrées de la colonie est donc aujourd’hui de 2160 km, ce qui, à ce point de vue, la met en tête des possessions africaines allemandes.
- Le mouvement commercial de la colonie qui, en 1907, était de 105 000 000 de francs n’a été, en 1912, que de 9 018 750 francs; mais, dans le même laps de temps, les importations ont diminué de 75 millions de francs et celui des exportations a augmenté de 47 millions, par suite de la production du diamant qui est, à l’heure actuelle, comme nous le disions, la principale ressource de la colonie. Pour 1914, la subvention de l’État est de 16 millions de francs.
- Afrique orientale. — L’Afrique orientale allemande, limitée au nord par l'Afrique orientale anglaise, au sud par le Mozambique et, à l’ouest, par le Congo Belge, la Rhodesia et le Nyassa-land, possessions anglaises, a une superficie de 995 000 km2. Sa population est de 7,5 millions d’habitants dont 13 000 environ sont des Hindous, des Arabes, des Syriens. Sur ce total, les esclaves domestiques sont au nombre de 185 000. A diverses reprises, le Reichstag a demandé la suppression de ces esclaves domestiques. Mais l’administration coloniale allemande s’y est toujours opposée par crainte de bouleversements économiques et, peut-être aussi, de troubles politiques. Elle ajoutait que cette suppression entraînerait des dépenses trop considérables.
- Au Ie' janvier 1913, la population blanche était
- Fig. 5. — Case en construction dans VAdamaoua, avec une troupe expéditionnaire allemande.
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- _ LES COLONIES ALLEMANDES EN AFRIQUE ...= 349
- de 5356 individus dont 4170 allemands. Au début de l’occupation l’idée dominante avait été d’établir dans la colonie des colons agriculteurs allemands
- Du reste, l’émigralion allemande a diminué d’année en année et aujourd’hui elle est insignifiante. L’idée première avait donc complètement échoué.
- Fig. 6. — Dunes de sable de Namib près Sandwichhafen (Afrique allemande du Sud-Ouest).
- Fig. 7. — Muansa et lac Victoria. (Afrique orientale allemande).
- espérant ainsi absorber une partie de l’émigration de la mère patrie. Quelques colons allemands furent ainsi installés sur les pentes du Kilimandjaro, mais les résultats ne répondirent pas aux prévisions.
- Lorsque les allemands vinrent occuper la colonie, la principale richesse de celle-ci était le commerce des esclaves et de l’ivoire, commerce entièrement concentré dans les mains d’Hindous installés à
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- Zanzibar et qui, au moyen d’agenls et de courtiers, dominaient tout le pays, et étaient les maîtres absolus du commerce. Les commerçants hambourgeois voulurent lutter contre ce monopole et se superposer à eux. Ils réclamaient même, sinon leur suppress on, tout au moins leur réglementation. De cette lutte e-t résultée la disparition du commerce des esclaves et, par contre-coup, celui de l’ivoire. Les Allemands portèrent alors leurs efforts sur les plantations et, tout d’abord, sur la culture du calé qui, vers 1904, ne donna que de faibles résultats, ce qui fut attribué, non sans raison, au manque de voies de communication. C’est alors que le gouvernement fit étudier un réseau de chemins de fer sur lequel nous reviendrons tout à l’heure. Les résultats ne se firent pas longtemps attendre. Aussitôt que ces voies ferrées commencèrent à se développer, le développement des plantations prit son essor. Actuellement celles-ci couvrent une surface de 100 000 hectares environ se répartissant comme suit : caoutchouc, 45 000; chanvre sisol, 26 700; coton, 13 000 ; cocotiers, 8000; café, 4800. Quatre-vingt-treize mille travailleurs noirs sont occupés dans ces plantations. Malheureusement le nombre de ces travailleurs tend chaque jour à diminuer par suite de la dépopulation causée par l’émigration des hommes faits et des jeunes gens, par l’abaissement de la natalité et aussi par les maladies de toute sorte. On se trouve en présence d’une crise de main-d’œuvre qui porte de graves préjudices aux planteurs et devant laquelle le gouvernement allemand se trouve impuissant.
- Il y a quelques années, la product:on du caoutchouc de plantation occupait le premier rang, mais par suite de la crise, il a subi un recul important : c’est aujourd’hui le chanvre sisol qui occupe le pre-
- mier rang et est le principal produit de la colonie. Viennent ensui e les produits oléagineux et le coton.
- Revenons maintenant au réseau de chemin de fer qui a été d’un si grand secours pour le développement des plantations.
- En 1893 fut commencée la construction du chemin de fer de l’Usumbara qui, terminé en 1912, relie Tanga avec Neu-Moschi au pied du Kilimandjaro. Sa longueur est de 352 km. En 1904, on entreprit la construction du Tanganyakabahn qui relie Darcssalam avec le lac Tanganyaka. Cette ligne, ouverte en différentes sections, a été terminée sur toute sa longueur le 1er février 1914. Sa longueur est de 1250 km, ce qui porte à 1600 km le réseau ferré de la colonie. Sur cette ligne du Tanganykabahn doivent se souder deux lignes : l’une partant de Tabora et se dirigeant au nord vers le Ruanda; l’autre partant de Ivilassa et se dirigeant au sud vers Rismarckburg.
- Le mouvement commercial de li colonie a été, en 1912-1913, de 101 500 000 francs en augmentation de 83 750000 francs sur celui de 1902, augmentation due, en grande partie, à la construction du Tanganyakabahn.
- Les exportations ont atteint, en 1912-1913, une valeur de 39 169000 francs, sur lesquels 58,1 pour 100 ont été fournis par les plantations, 50 pour 100 par l’agriculture et l’élevage indigène et 8 pour 100 seulement par la cueillette. De 1902 à 1912. la valeur des exportations a augmenté de 52 millions de francs. Les exportations de chanvre sisol qui, comme nous l’avons dit, tend à devenir le produit principal de l'Afrique orientale allemande, ont atteint, en 1913, la valeur de 13 millions de francs. Pour l’année 1914 la subvention de l’Empire a été réduite à 4375 000 francs. R. Bonnin.
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- Le théâtre actuel de la guerre embrasse à la fois tant’ de continents que l’attention du public se trouve un peu dispersée entre une bataille navale sur la côte chilienne, une incursion en Courlande et un progrès anglais en Mésopotamie.
- Néanmoins, dans cette trame lâche et flottante, chacun sent bien qu’il est quelques nœuds particulièrement importants où les événements prennent un intérêt particulier. Telles sont la région de Varsovie ou l’Argonne, telles les Dardanelles; telles peuvent être aussi, dans un avenir prochain, les Portes-de-Fer, bien que leur nom ait été à peine prononcé jusqu’ici. Ces Portes-de Fer d’Orsova, sur le Danube, sont assurément un des points les plus particuliers de l’Europe, et cela pour de multiples raisons que nous allons successivement indiquer : géographie politique, géologie, législation, pittoresque.
- 1° Géographie politique. — Aux Porles-de-Fer,
- trois pays convergent : la Hongrie, la Serbie et la Roumanie, et un quatrième est tout près, à moins de 60 km à vol d’oiseau, la Bulgarie. C’est déjà là un fait assez spécial et, si on voulait en chercher d’autres exemples, il faudrait envisager le bassin ferrifère de Meurthe-et-Moselle entre la France, la Belgique, le Luxembourg, et l’Alsace-Lorraine, ou le bassin houillcr silésien entre la Prusse, l’Autriche, la Ilongrfe et la Pologne russe. Dans le cas d’Orsova, la situation prend actuellement un intérêt particulier du fait que la Hongrie et la Serbie sont en guerre, la Roumanie et la Bulgarie pouvant intervenir demain. Orsova est, sur la carte, le point le plus favorable pour une offensive austro-hongroise destinée à aller rejoindre les Bulgares à travers la Serbie, dans le cas, peu probable désormais, où les Bulgares prendraient le parti des Germano-Turcs. C’est pourquoi on a annoncé, il y a quelque temps, la concentration, sur ce point, de
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- grandes forces austro-hongroises, qui, en réalité, pa- Géographie physique et géologie. — Géogra-raissent, cette fois, s’être dirigées vers la Bukovine. phiquement, il se passe ceci de remarquable aux
- Ajoutons aussitôt que les facilités d’un passage par Orsova sont peut-être inférieures dans la réalité à ce qu’elles semblent sur la carte.
- Le Danube a des rives escarpées, le pays est montagneux des deux parts et les voies de ravitaillement autrichiennes se bornent, en dehors du fleuve lui-même, suivi par une bonne route, à une seule ligne accidentée venant, par Lu-gos, de Temes-var. En outre, l’enclave bulgare que les Hongrois pourraient essayer de rejoindre vers Vidin, peut être assez aisément attaquée par les Serbes en partant de Nisch.
- Fig. 2. —La plaine de Transylvanie vue des hauteurs de Maros-Ujvar.
- Portes-de-Fer que le Danube y coupe en travers la chaîne carpathique, dont le nom change à cet endroit, mais dont la continuité n’en est pas moins absolue des Alpes de Transylvanie aux Balkans. Traversant perpendiculairement cette zone montagneuse sur plus de 100 km de large, comme s’il n’eût pas été plus simple pour lui delà contourner, il passe, en quelques lacets, de la plaine hongroise à la plaine roumaine; il s’évade du cercle montagneux qui l’investissait et dans lequel il était déjà entré par effraction à Vienne (fig. 2). Désormais, sa carrière aventureuse est achevée, il n’a
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- plus qu’à descendre mollement en élargissant son lit jusqu’au moment où il se dispersera en un delta aux abords de la mer Noire. Nous ne manquons pas de cartes géologiques pour étudier le singulier problème de cette évasion paradoxale ; car, dans les temps déjà lointains où les hommes étaient en paix, le Serbe Cvijic, les Roumains Mur-goci et Mrazec, l’Autrichien Toula et bien d’autres encore ont étudié la question ('). Leurs cartes accentuent aussitôt l’impression que causait une simple carte topographique en montrant toutes les zones de terrains divers Nord-Sud tranchées perpendiculairement à leur longueur, à l’emporte-pièce, par le fleuve. A cet examen nous pouvons prévoir immédiatement toute la variété d’aspects présentée par le Danube quand il passe du granité au miocène, aux schistes cristallins, au carbonifère, au permien, au crétacé, à la serpentine, au jurassique, et non pas une fois seulement mais plusieurs fois; car, comme dans toutes ces chaînes plissées où les terrains ont été serrés en faisceau, avec des plissements multipliés, pendant les mouvements internes, on a là un arc-en-ciel de teintes géologiques diverses qu’il faut suivre sur une carte à très grande échelle, si l’on veut s’en rendre compte.
- Un fait assez curieux, étant donnée cette origine, est que, sur la traversée de la chaîne, il n’existe pas une correspondance complète d’une rive à l’autre. Le fleuve a choisi, pour passer, des zones faibles qui correspondent à des bords de massifs et à des sortes de décrochements. Des deux côtés de la chaîne plissée, à l’Est comme à l’Ouest, c’est, au contraire, la longue uniformité de la plaine miocène.
- J’ajoute seulement, sans entrer dans des détails de structure compliqués, que lorsque, vers le milieu des temps tertiaires, la traînée montagneuse des Balkans et des Carpathes a été amenée en surgissant à prendre en plan la forme d’un S renversé, l’empilement de terrains qui la constitue a subi aux Portes-de-Fer une torsion très accentuée, ayant pour effet de faire chevaucher la chaîne au-dessus de la plaine roumaine et qu’il en est nécessairement résulté des déplacements partiels entre les écailles successives : celles-ci glissant les unes sur les autres, comme les cartes d’un jeu quand on veut le tordre entre ses mains. C’est à travers cette série de terrains plissés, redressés et disloqués que le Danube a trouvé moyen, comme nous le verrons bientôt, de se frayer une voie entre Bazias et Turnu-Severin, et qu’il roule aujourd’hui 5800 mètres cubes d’eau par seconde dans un défilé long de 130 km. Il n’existe pas en Europe de plus grande vallée de rupture. Comment s’est produit cet éclatement/dont l’équivalent se reproduit plus au Sud,
- 1. Voy. Petermanks Mitteilungen. Ergànz. lleft, 160,1908, le travail de Cvijic résumé dans le Geogr. Anzeiger, 1908, p. 194 et Sdess. La face de la Terre, 1, 641; 111, 559. Yuy. également la carte géologique internationale d’Europe au 1/1500 000e.
- à travers les Balkans, pour le Timok sur la frontière serbe ou pour l’Isker en Bulgarie, comme, plus au Nord, pour une série de rivières roumaines, le Jiu près de Petroszeny, l’Alt ou Oltu (à la porte Rouge), c’est ce que nous allons essayer de voir.
- La vallée des Portes-de-Fer présente un profil général en V, avec des parois latérales qui dominent de 250 à 500 m., exceptionnellement de 500 m., le fleuve. Elle peut être divisée en quatre passages réunissant, outre les deux plaines extrêmes, trois bassins intermédiaires, qui contiennent des dépôts marins miocènes, ceux de Ljupkova à Dren-kova, Milanovacz et Orsova. Là les eaux s’étalent tranquillement. Les défilés étroils et pittoresques aux vagues écumantes sur les récifs sont les parties intermédiaires ; le défilé de Kasan entre Milanovacz et Orsova, les Portes-de-Fer proprement dites entre Orsova et Turnu-Sevérin. Un travail d’érosion intense s’y poursuit et entraîne à chaque crue des matériaux fins d’un bassin dans le bassin du dessous, en régularisant peu à peu la pente. A ces mêmes bassins, où se constituent ainsi des îles d’alluvions, aboutissent les principaux affluents, qui collaborent à ce travail. Ceux de Ljupkowa et d’Orsova s’étendent sur la rive gauche, celui de Milanovacz, sur la droite. Leur existence, avec les dépôts miocènes qu’ils renferment, prouve que le percement de la chaîne a commencé presque immédiatement après son soulèvement à la fin de l’époque oligocène (*). A ce moment, les mouvements orogéniques ont dressé, en travers de l’Autriche-Hongrie, la double boucle par laquelle se relient les Alpes du Tyrol, les Carpathes et les Balkans, semblant ainsi devoir fermer l’accès de la dépression intérieure aux eaux du Haut Danube et les refouler vers la Baltique ou la mer du Nord, comme le Rhin, l’Elbe ou l’Oder. Mais, dès le temps tertiaire où la Hongrie était une mer, une communication s’est établie sur l’emplacement des Portes-de-Fer à travers la chaîne encore peu saillante et c’est cette communication que Je fleuve fut amené plus tard à conserver.
- Pour le comprendre, il est nécessaire d’entrer dans quelques détails de géologie un peu techniques.
- L’histoire compliquée du bassin de Vienne pendant Père tertiaire a été, comme celle du bassin de Paris, très étudiée des géologues. Résumons-la en deux mots pour montrer comment celle du Danube en est la suite. Pendant l’oligocène s’effectue le creusement du géosynclinal (2) alpin et carpathique,
- 1. Pour les lecteurs peu familiers avec la géologie, je rappelle que la phase tertiaire comprend l’éocène, l’oligocène, le miocène, le pliocène et le pléistocène. Le miocène, à son tour, se subdivise en sept phases successives : aquitanien, burdigalien, helvétien (schlier), tortonien, sarmatien et pon-tien. On nomme flysch des dépôts de sables et d’argiles avec débris de plantes qui semblent s’être formés dans des lagunes étroites le long de la chaîne alpestre.
- 2. Dépression allongée et remplie par des eaux marines, qui, dans l’histoire des chaînes montagneuses, semble avoir généralement précédé, sur une zone faible de l’écorce terrestre, la saillie destinée à prendre sa place.
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- comblé au fur et à mesure par les sédiments du flysch, empruntés à l’immédiate destruction de la chaîne naissante. La mer burdigalienne (premier
- salifères, suivie d’un affaissement, à la suite duquel la mer revient à Vienne (second étage méditerranéen). Une longue lagune qui s’étale en un large
- Fig. 3. — Vues successives du Danube pendant le passage des Portes-de-Fer.
- I. Devant les ruines de Golubxcz. — II. Premiers rapides à Drenkova. — III. Arrivée au défilé de Kasan.
- IV. Défilé de Kasan.
- étage méditerranéen) monte encore de l’Adriatique jusqu’aux environs de Vienne. Puis le schlier helvé-tien marque une période d’évaporation avec dépôts
- lac sur toute la Hongrie va, à ce moment, par Munich et Berne, rejoindre d’un côté la vallée du Rhône, tandis que, vers l’Est, le Bassin hongrois
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- communique par la Bulgarie avec la mer Noire. Les couches marines de cet âge existent, je viens de le. dire, dans les Portes-de-Fer : par exemple, à Milanovacz, où elles ont été remontées à 300 m. au-dessus du Danube. Leurs caractères accusent un bras de mer très étroit, prélude de la vallée future. A la tin du miocène (sarmatien), <e long bassin, qui a pris des caractères lagunaires, est coupé vers l’Ouest entre Munich et Vienne; mais, dans le sens de l’Est, il s’étend très loin jusqu’à la Caspienne. Un bras de mer, qui respecte au Nord les Carpathes formant presqu’île, occupe en somme, depuis Vienne jusqu’à la mer Noire, toute la vallée actuelle du Danube et, par lui, la faune dite aralo-caspienne se propage jusqu’à Vienne.
- Puis, l’étage dit pontien (lin du miocène) voit se produire ici une vallée flu-viatile, dont notre croquis (fig. 4) montre la position très élévée par rapport à la vallée actuelle,tandis qu’au-dessous on aperçoit les terrasses successives représentant les étapes du creusement. Notamment à Kasan, l’ancienne vallée de celte épo.que est visible très au-dessus du fleuve sur notre figure 5 (III). C’est qu’en effet, à partir de ce moment, le sol se disloque, s’ébranle, se soulève ou s’affaisse suivant les points dans des proportions gigantesques : des dénivellations se produisent, déterminant par échelons le relief de l’Europe Centrale depuis la Bavière jusqu’à la fosse d’effondrement égéenne, avec les deux grands bassins intermédiaires de la Hongrie et de la Roumanie que remplissent peu à peu les matériaux empruntés à la destruction des chaînes.
- Cependant, le Danube, pour conserver son ancien cours, est alors amené à scier peu à peu la chaîne transversale qui, d’un mouvement lent, interrompu par des périodes de repos, s’élève comme un obstacle devant lui. Ce grand phénomène, dont M. Cvijic a reconstitué en détail toutes les étapes, peut être comparé aux mouvements, également récents, qui ont produit les terrasses et les fjords de la Norvège. Un grand nombre des particularités naturelles qui attirent ailleurs l’attention dans nos montagnes par leurs escarpements, par leurs gorges de rivières encaissées et étroites, sont, en dernière analyse, attribuables à une cause pareille.
- La Commission du Danube. — A tant d’originalités géographiques et géologiques, le Danube en joint une autre pour les jurisconsultes : c’est l’existence d’une Commission internationale du Danube, qui fut instituée en 1856 par le Traité de Paris pour assurer la liberté de la navigation sur un fleuve dont la Turquie et la Russie pouvaient alors barrer le cours. Bien des changements se sont produits depuis cette époque dans la péninsule. La Turquie
- a été éliminée du Danube. La Russie l’avait été un moment en 1856; mais, en 1878, elle est revenue jusqu’au fleuve en Bessarabie. La Serbie, la Roumanie et la Bulgarie sont successivement devenues des pays indépendants. Malgré tout, la Commission fonctionne encore comme un état souverain qui possède tous les pouvoirs. Ayant son siège à Galatz, en Roumanie, elle tient deux sessions annuelles qui sont surtout employées à ratifier les décisions prises. Elle élabore les règlements de navigation, fixe les taxes à percevoir, fait des travaux, a un service de pilotages et de phares. Son budget atteint 2 millions et, comme la Belgique ou le Luxembourg, elle possède en droit la neutralité. Il est probable que la guerre actuelle amènera sa disparition finale.
- Description pittoresque. — Ce que j’ai dit sur la manière dont s’est constitué et se complète encore chaque jour le défilé des Portes-de-Fer, peut assez aisément en faire concevoir l’intérêt pittoresque et en expliquer la réputation universelle, à la vérité un peu exagérée. Ce passage ne prend sa véritable valeur que par contraste, lorsqu’on y arrive après une longue navigation sur le Danube large et tranquille et lorsque, brusquement, on voit l’aspect totalement changé. Car, en somme, les aspects que l’on rencontre là paraîtraient tout naturels sur mainte autre rivière montagneuse, sur le Rhin, sur la Rance, sur les lacs d’Italie et de Suisse. Mais il est curieux de voir cet immense fleuve se comprimer ainsi et s’accidenter en bondissant sur des écueils dont, malgré tant de dépenses, on n’a pas encore complètement débarrassé son lit.... Le Danube jaune commence à s’accidenter à partir de Bazias, où le rejoint la ligne directe de Temesvar; en même temps, les bateaux, chargés de Turcs, de Serbes ou de Roumains en costume (fig. 1) prennent un aspect exotique. On longe, à droite, la ruine de Golubacz (fig. 5) et le fort romain de Gradisca. Puis, à Drenkova, se précipitent les premiers rapides. Bien que le fleuve ait encore 300 m., la profondeur d’eau est, par endroits, très faible et c’est un des plaisirs du voyage de voir, à l’avant, les crêtes d’écume et les remous, qui signalent les rochers, disparaître sous le navire, comme si on naviguait en bateau à vapeur sur un torrent. On passe là des tourbillons, dans lesquels il paraît que, pendant les nuits calmes, on entend rouler en se heurtant les galets. D’un côté sont des berges de crétacé aux strates contournées ; de l’autre, au Nord, des grès rouges permiens ou du jurassique. La petite ville serbe de Milanovacz s’étale sur une terrasse d’élargissement tertiaire. Puis commence le défilé de Kasan (ou de la Chaudière), dont on aperçoit longtemps à l’avance
- Fig. 4. — Profil de la vallée du Danube aux Porles-de-Fer, montrant ses terrasses successives.
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- (fig. 5, III), la porte d’entrée en forme de Y. Le fleuve, se recourbant, s’introduit ici dans la direction des strates.
- Au milieu du passage, le Danube, réduit à 165 m., mais profond souvent de 60 m., tourne autour d’un écueil. A Dubova, au point le plus étroit qui n’a que 112 m., une inscription romaine, la Table de Trajan, rappelle le souvenir de l’Empereur romain, qui avait établi là, en l’an 105, une voie de Golubacz à Orsova avec une série de forteresses.
- A Orsova, on passe la frontière hongroise. Alors, après Yerciorsova, on traverse le dernier grand
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- défilé, qui forme, à proprement parler, la Porte-de-Fer (Djerdap ou Démir-Kapou), où le travail d’érosion est particulièrement actif et où, par suite, les difficultés de navigation sont les plus grandes. La profondeur d’eau se réduit parfois à 2 ou 5 m. ; mais ailleurs, dans quelques gouffres, elle atteint 49 à 51 m. et se trouve ainsi descendre de près de 15 m. au-dessous du niveau de la mer. Enfin on arrive à Turnu-Severin, ville d’origine romaine, où l’on peut encore admirer les restes d’un pont de Trajan et l’on a devant soi, les défilés étant franchis, l’espace libre de la plaine illimitée.
- L. De Launay.
- LES ROUES ELASTIQUES
- C’est par centaines de mille que les automobiles militaires et les camions à traction mécanique roulent actuellement sur les roules défoncées et boueuses du front des Armées, la question du bandage et de la roue élastique prend donc un intérêt particulier.
- C’est certes encore le pneumatique qui donne la solution la plus satisfaisante et qui restera longtemps encore le mal nécessaire aux voitures rapides et confortables.
- Bien que ce soit lui qui ait permis à la voiture automobile d’atteindre le degré de perfection où nous la voyons aujourd’hui, il provoque si souvent, quand il crève ou éclate au mauvais moment, de fâcheux retards et de coûteux ennuis, que les inventeurs ne se découragent pas de chercher des types de roues élastiques qui puissent l’éliminer.
- Mais, avant d’examiner le détail de cette question, rappelons encore que c’est le pneumatique qui a permis de mettre au point le véhicule automobile actuel, exactement comme le rail a permis l’essor des chemins de fer. Grâce à sa merveilleuse élasticité, grâce à sa propriété personnelle de « boire l’obstacle » il supprime toutes les trépidations sèches qui amè-
- nent infailliblement la cristallisation rapide des métaux, et la rupture prématurée des pièces, il réduit, dans une proportion très appréciable aussi, les cahots
- dus aux aspérités de la roule. Il ne faut d’ailleurs pas s’exagérer les incidents qu’il cause. Avec des pneus appropriés à la voiture, un conducteur soigneux et adroit et en s’astreignant à vérifier le gonflage avant le départ pour conserver toujours la pression indiquée par les constructeurs,on peut affirmer que sauf des accidents très rares (tessons de bouteille, longs clous, etc...) un bandage pneumatique poursuit sa carrière en s’usant régulièrement et normalement, sans apporter plus d’ennuis au chauffeur qu’une paire de bonnes chaussures ne peut en occasionner à un chasseur.
- Il ne reste contre cet accessoire de nos voitures que son prix très élevé qui pourrait éventuellement s’accompagner d’une disette de matière première. La dépense kilométrique de bandage pneumatique est à peu près le double de celle qui correspond en bloc à l’essence et à l’huile de graissage. Quant aux roues élastiques que l’on nous propose à la place, il en a été présenté de très nom-
- Fig. i. — Roue élastique Braibant. — A, cage de ressort; B, jante en bois amovible; C, console à billes; D, jante en bois de la roue; E, roue; F, ressort spirale; G, jante en fer de la roue en bois; E, jante en tôle d'acier; I, bande métallique rivée à la jante d'acier; J, bandage en caoutchouc plein; K, attache d'axe à tenons ; L, disque de butée vissé dans le bandage; M, axe de ressort.
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- breux modèles, mais ce qu’on peut en dire, c’est que jusqu’ici aucune n’est en service, autrement qu’à titre d’expérience. Pour beaucoup d’ailleurs, le problème s’est mal posé, aucune solation ne peut prétendre égaler la perfection de suspension du bandage élastique, et surtout du pneumatique, il semble par suite que la meilleure direction à adopter c’est de chercher à améliorer la solution même du bandage élastique.
- Toutefois, si le problème parait peu fécond en ce qui concerne la voiture dite de tourisme, il reste fort inl dressant à poursuivre pour le poids lourd industriel, qui a pris à l’heure actuelle une importance si considérable dans le service des ravitaillements, et qui exige quand même une perfection de suspension suffisante, pour mettre les mécanismes à l’abri des trépidations destructives.
- Une roue élastique est une roue A susceptible de se déformer élastique-ment pour absorber les chocs de la route, sans cesser pour cela de remplir convenablement sa fonction normale. Cette définition englobe toutes les roues non rigides y compris les, roues à bandages élastiques.
- En général, on peut classer les roues élastiques en deux catégories, les roues à jante indéformable, et les roues à jante déformable, dont les roues à pneumatiques sont le prototype.
- La première catégorie comprend : les roues comportant deux jantes concentriques pouvant se déplacer élas-tiquement l’une par rapport à l’autre ; les roues à moyeu élastique qui ont un centre élastique dans un anneau rigide ; les roues à rais élastiques qui ont un centre rigide et une jante rigide réunis par des rais déformables.
- La deuxième catégorie comprend : les roues à jante continue homogène déformable (bandages pneumatiques, bandages en caoutchouc plein ou creux, etc...) ; les roues à jante discontinue déformable (blocs de caoutchouc, éléments montés sur ressorts, etc...).
- Il serait facile de démontrer théoriquement que les types de la deuxième catégorie, qui précisément mettent l'organe élastique au contact même du sol en faisant profiter de la suspension tous les organes de la voiture y compris les roues en entier, ont forcément un avantage marqué sur les types de la première catégorie, mais nous sortirions du cadre de cette courte élude.
- Nous nous bornerons à rappeler que pour qu’une roue élastique puisse convenir, il faut qu’elle satisfasse à un certain nombre de conditions :
- 1° Amortir suffisamment les chocs dus aux inégalités de la route; 2° étouffer les vibrations; 3° transmettre élastiquement l’effort moteur; 4° assurer la stabilité transversale et avoir une solidité suffisante ; 5° ne pas être trop lourde.
- Nous ajouterons qu’il est très désirable que le système élastique ait une action régulière continue, afin que l’excentrement forcé qui résulte de l’écrasement de l’organe élastique, sous le poids même de la voiture, soit lui-même régulier.
- Il est vrai qu’avec le bandage pneumatique, par exemple, il se produit au contact, du sol un écrasement de quelques millimètres, qui se traduit, pour l’avancement du véhicule, par une légère augmentation de résistance au roulement, mais le centre delà roue, sur sol uni, se déplace sur une courbe parallèle au sol. Avec un système discontinu, au contraire, (rais élastiques, blocs élastiques, ressorts, etc...) l’écrasement aura une valeur irrégulière et le centre de la roue décrit par rapport au sol une courbe ondulée qui correspond à une série d’oscillations nuisibles pour le véhicule. Avec ce qui précède, le lecteur sera à même d’apprécier une roue élastique donnée et de prendre une décision en ce qui concerne l’opportunité de son adoption. Nous lui signalons ci-après la roue élastique Braibant dont il lui restera loisible de discuter le principe, et même de prévoir l’avenir.
- Elle est constituée essentiellement par deux pièces concentriques : une roue en bois et un bandage en tôle d’acier.
- Ces deux pièces sont reliées l’une à l’autre par une série double de ressorts en spirale.
- Ces ressorts sont enfermés avec un certain serrage, dans des cages métalliques cylindriques soudées deux à deux, de telle façon que dans chaque groupe, les deux spirales soient enroulées respectivement en sens inverse. Un axe est fixé au centre de chaque ressort.
- La roue en bois est cerclée d’une jante en acier qui porte extérieurement un certain nombre de patins en bois sur lesquels sont fixées les cages des ressorts. La jante en tôle d’acier, au contraire, est reliée aux axes mêmes des ressorts et peut par suite se déplacer élastiquement par rapport à la roue en bois.
- Pour assurer la résistance transversale, on a intercalé entre chaque groupe de ressorts, des butées à billes de forme spéciale qui permettent un appui élastique réglable au moyen d’un ressort. La jante en acier peut ainsi prendre un léger mouve-
- Fig. 2. — Butées à billes de la roue Braibant. — A,
- jante en tô 'e d’acier ; B, bandage en caoutchouc plein; C,console de billes; D, poussoir de billes; E, ressort commandant la flexion latérale; F, vis de butée; G, patin en bois de la jante amovible; H, jante en fer de la roue en bois; I, rais de la roue.
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- — COMMENT PRÉPARER SOI-MÊME
- ment transversal, tout en glissant verticalement à la demande des chocs ou des dénivellations à absorber.
- Enfin, la jante métallique a été elle-même munie d’un bandage en caoutchouc plein, qui vient parfaire la suspension et donner une meilleure adhérence au sol que le bandage métallique.
- Cette roue peut se classer dans la première catégorie dont nous avons parlé, avec action légèrement discontinue de la suspension.
- Elle est étudiée avec grand soin et présente certainement de l’intérêt, en particulier pour les poids
- DU PAPIER PHOTOGRAPHIQUE = 357
- lourds, mais une expérience de quelque durée s’impose pour engager l’avenir.
- Il nous suffira d’ailleurs de rappeler que la Compagnie des Omnibus, qui a acquis à l’heure actuelle une très grande compétence sur la question des roues, a essayé tous les modèles qui lui ont paru présenter un réel intérêt, mais qu’elle a dû toujours revenir à la roue à bandage élastique actuellement en circulation. Et pourtant le bandage lui coûte 20 centimes par kilomètre, soit une dépense journalière de 30 francs environ par voiture !
- Cap. R.,
- ancien élève de l’École polytechnique.
- COMMENT PRÉPARER SOI-MÊME DU PAPIER PHOTOGRAPHIQUE
- Les vieux photographes, ceux qui ont assisté au début de cette industrie nouvelle, n’ont pas été embarrassés par la guerre. Il se sont crus reportés aux temps héroïques où il leur fallait préparer eux-mêmes leurs plaques et leurs papiers de tirage. Plus gâtés, les amateurs contemporains achètent simplement chez le marchand les fournitures qui leur sont nécessaires. Mais
- Fig. i.
- la guerre est venue, et, si les sujets tristes, pittoresques ou héroïques, méritant d’être fixés par l’objectif, ne manquent pas, celui-ci reste bien souvent inactif, car les fabricants de papier et de plaques photographiques ont vu leur personnel quitter l’usine pour les tranchées et les stocks existants se sont vite épuisés.
- Si la préparation des plaques photographiques est délicate, nécessite une installation assez sérieuse et une habileté très grande, il n’en est pas de même pour le papier photographique et chacun peut en préparer facilement. Le matériel est des plus rudimentaires et les produits chimiques employés n’ont pas été touchés par la guerre.
- Voici comment on peut préparer un excellent papier « chlorure » par développement.
- On commencera par choisir un papier de très bonne qualité, de force moyenne, et baryté, c’est-à-dire recouvert d’une couche de sulfate de baryte que l’on reconnaît facilement soit en grattant le papier, soit en rayant sa surface avec une pièce d’argent. La trace que laisse l’argent sur le papier baryté est noire.
- Ceci fait, on découpe le rouleau de papier en bandes de 1 m. de long environ et dont la largeur dépend de
- la dimension des feuilles finales à obtenir : 6,5, 9 ou 13 cm suivant que l’on désire réaliser l’un des formats 6,5 x 9, 9x12 ou 13x18.
- Ceci, fait on se procure un cylindre de bois de 5 à 6 cm de diamètre et 15 cm de long environ. Avec une cuvette photographique du format 18 X 24 un entonnoir en verre et son support, un pot de grès verni à l’intérieur de un litre environ, un agitateur en verre, c’est tout le matériel de l’usine.
- L’entonnoir doit être muni d’un petit tube de caoutchouc à sa partie inférieure que l’on peut serrer avec une pince réglable à vis, ce que dans les laboratoires de chimie on appelle une pince de Mohr.
- Quant aux produits chimiques, ils se réduisent à quelques centaines de grammes de gélatine en feuille, du nitrate d’argent chimiquement pur, du chlorure de
- Fig. 2.
- sodium, du chlorure de manganèse et de l’acide chlorhydrique.
- On sait, en effet, que le principe de la photographie consiste à produire, dans une masse de gélatine ou de toute autre matière visqueuse, une émulsion colloïdale de chlorure d’argent. Quand la matière de support est solidifiée, si on expose à la lumière la plaque ou le papier, le chlorure d’argent noircit plus ou moins suivant l’intensité d’éclairage. Que se passe-t-il au point de vue chimique? On est encore dans l’ignorance
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- SOUS-MARINS MICROSCOPIQUES
- complète à ce sujet; quel composé instable donne la gélatine et les sels qu’on lui incorpore, mystère, mais quoi qu’il en soit, si on développe l’épreuve par les moyens connus, l’image apparaît.
- Ceci dit, on comprend que la préparation du papier photographique se fera en deux opérations : d’abord obtenir la solution colloïdale de sel d’argent, ensuite l’étendre sur le papier support.
- On commencera par préparer séparément et le plus méticuleusement possible les deux solutions suivantes :
- A) Eau distillée............
- Nitrate d’argent. . . .
- B) Eau distillée............
- Chlorure de sodium . . Chlorure dé manganèse sec Acide chlorhydrique . . Gélatine..................
- 200 grammes.
- 16 —
- 300 —
- 2 —
- 3 —
- 2 cm3d’une solution à 10%. 50 grammes.
- Cette dernière solution s’opère à chaud. On commence par faire fondre au bain-marie la gélatine dans l’eau. Puis on ajoute les sels et l’acide chlorhydrique.
- Ceci fait, on laisse refroidir, jusque vers 40°, dans un pot de grès qui garde bien la chaleur, car il ne faudrait pas que, pendant l’opération suivante, la solution se prît en masse.
- Toutes les manipulations précédentes se sont effectuées à la lumière du jour. Il faut maintenant passer dans la chambre noire, pour sensibiliser l’émulsion et l’étendre sur le papier.
- On transporte donc dans le cabinet de développement la solution chaude de gélatine et la dissolution de nitrate d’argent. On verse cette dernière dans l’entonnoir en verre dont on a préalablement serré fortement le caoutchouc terminal à l’aide de la pince de Mohr.
- Le pot de gélatine est alors disposé sous l’entonnoir et, tandis que de la main gauche on dévisse lentement la pince de l’entonnoir, de la main droite, avec l’agitateur on remue soigneusement la solution de gélatine. On règle le débit de l’entonnoir à deux gouttes par seconde environ. Chaque goutte de nitrate d’argent qui tombe réagit immédiatement sur les chlorures de la solution suivant la formule générale :
- N03Ag + Xi;l = AgCl + N03X.
- X étant un métal quelconque. On constate la formation du chlorure d’argent à la teinte laiteuse que prend, même à la lumière rouge du laboratoire, la solution contenue dans le pot de grès. On continue à agiter régulièrement tant qu’il coule du nitrate d’argent. Cette opération, si simple en apparence, nécessite de multiples précautions : en particulier il faut régler soigneusement le débit de l’entonnoir et remuer la solution sans arrêt.
- L’émulsion est alors prête à être étendue sur le papier
- et sa température, lorsque l’on a opéré convenablement, est voisine de 55°. On verse alors le demi-litre d’émulsion dans la cuvette 18x24 dont on a soulevé un des bords, et on attend que la température ait baissé jusqu’au voisinage de 27 où 28°.
- Prenant alors par ses deux extrémités une bande de papier que l’on a préalablement préparée à la largeur voulue, entre le pouce et l’index, de chaque main, on la place au-dessus de la cuvette, dans la position de la figure 2, la main gauche en l’air, la main droite plus bas, la partie de la bande de papier qui repose sur le cylindre plongeant de 1 cm environ dans le bain d’émulsion.
- On effectue alors avec les deux mains un mouvement de bascule de façon que la bande de papier défile dans le bain. Lorsque c’est la main gauche qui est au voisinage du rouleau, toute la bande de papier a été émulsionnée. Il n’y a plus qu’à soulever les deux mains, enlever le rouleau de bois et faire sécher la bande de papier à l’abri de la lumière. Elle est alors prête à l’emploi.
- Il faut éviter la formation des bulles d’air à la surface du bain d’émulsion dans la cuvette, car ces bulles s’accrocheraient au papier au moment de son émulsionnage et produiraient des marques amenant la formation de taches sur les épreuves. Il faut aussi, ce à quoi on arrive facilement après quelques essais, éviter de sortir la feuille de papier du bain pendant qu’on l’émulsionne : il y aurait alors des bandes non sensibilisées.
- Quant à la vitesse à laquelle on fait défiler la bande, elle varie suivant l’épaisseur de la couche que l’on veut obtenir. Plus cette vitesse est grande, plus le papier happe d’émulsion. Une bonne vitesse est celle qui correspond à 50 cm par seconde.
- Avec la quantité d’émulsion préparée, on peut facilement sensibiliser une quantité de papier correspondant à une centaine d’épreuves 15 x 18.
- Le papier sensible obtenu est un papier par développement, qui donne de bons contrastes et qui, s’il est bien préparé et bien traité, ne le cède en rien aux papiers des meilleures marques.
- Mais il faut beaucoup de soins pour arriver à un bon résultat : produits rigoureusement purs, eau distillée (ne contenant pas de chlorures surtout), vases et mains très propres, toutes conditions auxquelles il est d’ailleurs facile de satisfaire.
- Et ainsi les amateurs photographes pourront attendre la lin de la guerre en se livrant à leur passion. Peut-être même, ayant acquis l’habileté nécessaire, continueront-ils à préparer eux-mêmes leur papier. Ils y trouveront un avantage pécunier sérieux et un attrait nouveau : la photographie ne se réduisant plus pour eux à appuyer simplement sur un bouton. X.
- SOUS-MARINS MICROSCOPIQUES
- Si les officiers des sous-marins pouvaient contempler le petit monde qui les entoure dans la mer, peut-être trouveraient-ils sujet à philosopher. Peut-être ne pourraient-ils s’empêcher de comparer les immenses efforts faits par l’homme pour créer le
- surprenant engin de destruction qui les abrite, à ces organismes vivants qui se meuvent autour d’eux. Mais il leur faudrait se munir d’un microscope et faire passer sous son objectif quelques gouttes du milieu ambiant; ils seraient alors un peu étonnés
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- SOUS-MARINS MICROSCOPIQUES
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- de,constater que ces êtres infimes présentent parfois diverses particularités rappelant les engins servant d’attaque ou de défense dans la guerre moderne.
- Au nombre de ces sous-marins microscopiques se placent les Péridiniens que certains naturalistes placent parmi les animaux et d’autres parmi les végétaux.
- Bien que composés d’une seule cellule et dépourvus de toute méchanceté à l’égard des « neutres » qui flottent à côté d’eux, ils sont enveloppés d’une ca-rapacesolide tout à fait analogue au revêtement des cuirassés. Leurs plaques de blindage leur font une enveloppe complète et sont étroitement soudées les
- unes aux autres; elles présenten t une régularité
- Fig-, i. — Péri-dinien à large parachute.
- Péridinien à large expansion latérale.
- presque mathématique et sont élégamment ornées, ce qui fait la joie des naturalistes, gens paisibles — dont il est, regrettable denepas voir le monde uni-ver sellemcn l peuplé ; car, ce jour-là, s’il vient jamais, le pacifisme ne serait plus un vain mot. —
- Les Péridiniens ont des formes très variées, tantôt ovales ou arrondies comme des boules ou en toupie, tantôt plus ou moins anguleuses, toujours esthétiques; quelques-uns présentent des expansions circulaires — véritables ceintures stabilisatrices — ou latérales ou supérieures — simulant des para-
- ihutes ou des périscopes — sortes de voiles qui leur permettent d’être entraînés par le flot d’une manière passive et de se faire ainsi voiturer sans dépenser ni charbon ni pétrole. Quand, cependant, ils éprouvent le besoin de
- Fig. 2. - Une file de Ce- Prendre >,ne diref ralium (très grossie). tion determinee, ils
- le peuvent en faisant mouvoir un long cil vibra-tile, qu’ils agitent avec frénésie et qui leur sert de godille. Ils possèdent aussi un deuxième cil vibra tile, mais celui-là caché dans une gouttière, et qui, ondulant sans cesse, leur sert vraisemblablement à attirer vers eux les particules infimes dont ils font leur nourriture. Quelques-uns — les Ceraiium — sont moins barricadés, mais présentent trois longues cornes, dont l’utilité n’apparaît pas bien nettement, mais qui, par leur variation, permet de reconnaître des multitudes d’espèces. Ces Ceraiium sont tantôt isolés, tantôt réunis en longues chaînes qui. naviguent de conserve et font penser à une série de barques traînées par un remorqueur.
- La plupart des autres êtres microscopiques de la surfai e des mers ou du voisinage des côtes sont aussi protégés plus ou moins par une cuirasse qui les met, jusqu'à un certain point, à l’abri de leurs ennemis. On peut en voir d’innombrables formes chez les Radiolaires (voir notre figure 4) et les Fo-raminifères, à l’étude desquels plusieurs savants consacrent leur existence. Ces Foraminifères présentent, tout autour de leur carapace, des prolongements très transparents et très fins, véritable filet de pèche ou toile d’araignées où se prennent, sans s’en douter, les nombreux microbes dont ils font leur nourriture : c’est un peu traître, mais il faut bien que tout le monde vive....
- Mais, de tous les êtres que — pour les besoins de la cause je réunis sous le nom de sous-marins microscopi-ques, les
- Péridinien en forme de toupie
- et à ceinture stabilisatrice.
- plus nombreux sont les Diatomées, qui, elles, rentrent franchement dans le règne végétal. Elles sont, toutes, protégées par une cuirasse de silice, qui est bien plus résistante que celle des précédents qui n’est qu’en carbonate de chaux ; nul
- n’ignore que le quartz est beaucoup plus solide que le calcaire. Il faudrait plusieurs volumes pour décrire leurs formes et leurs ornements, qui, tant est grande leur délicatesse, exigent, pour èLre bien vus, de très forts grossissements. S’il en est qui sont quadrangulaires, pentagonales ou arrondies, le plus grand nombre sont allongées dans une seule direction et rappellent alors tout à fait la forme des torpilles, des hélices d’aéroplanes,
- Péridinien avec cils vibraliles.
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- Fig. 3. — Diatomées. — D. allongée; D. rectangulaire; D. circulaire; D. en forme de zeppelin;
- D. finement ornée (extrêmement grossies).
- de vrais sous-marins ou des dirigeables (l). Les Diatomées sont en effet mobiles et, bien qu’elles ne courent pas comme de petites folles, progressent lentement, ce qui est le meilleur moyen d’arriver sûrement : leur
- 1. Les photographies qui accompagnent cet article ont été exécutées, sur ma demande, par un très habile dialo-miste, M. Hégot, auquel j’adresse mes meilleurs remerciements.
- Quant à la documentation des dessins elle provient de l’ouvrage sur Les A l-
- Fig. 4. — Différentes espèces de Radiolaires (grossis 5o fois).
- forme en fuseau est éminemment bien choisie pour leur faciliter la navigation au sein de l’onde amère. La nature fait souvent bien les choses, mais pourquoi a-t-elle créé la guerre ?
- Hejnri CocriN.
- gués du globe, auquel pourront se reporter ceux qui voudraient faire connaissance avec les innombrables formes des organismes inférieurs que 1 on peut rencontrer aussi bien dans les eaux douces que dans la mer. C’est tout un monde merveilleux et peu connu.
- Le Gérant : P. Masson.
- lmp. Lahdre, à Paris.
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- LA NATURE.
- N* 2175.
- 5 JUIN 1915.
- NOS GRANDES INDUSTRIES DU NORD
- III
- L’INDUSTRIE DU FER
- Cet article comportera deux parties distinctes. Dans la première, nous examinerons, d’une manière très générale, la manière dont se présentait avant la guerre et se présentera encore après la guerre l’industrie métallurgique du Nord, les conditions économiques qui ont présidé à son développement, l’évolution technique qu’elle a subie et ses résultats
- ral et intellectuel, ce document haineux fait ressortir la différence de plusieurs siècles qui sépare en réalité la barbarie germanique de notre civilisation chrétienne. La place nous manque pour reproduire les considérations féroces qui encadrent et agrémentent la description proprement dite. Mais, précisément parce qu’elle émane d’une telle source,
- Fig. i. — Aciéries de Longwy : Centrale électrique actionnée par moteur à gaz de hauts fourneaux de iooo chevaux. (Société alsacienne de Constructions mécaniques.)
- statistiques. La seconde partie sera consacrée à la description des principales usines. Mais, au lieu de faire cette description nous-même d’après des renseignements remontant avant la période des hostilités, nous avons préféré utiliser un fort curieux document de source allemande sur l’état actuel des usines situées dans la zone envahie. Le texte intégral de cette étude, qui a été publié par le Comité des Forges de France, apporte une contribution nouvelle à la connaissance de la psychologie germanique que nous acquérons trop complètement chaque jour. Émanant d’un technicien que bien des ingénieurs français ont dû fréquenter et qu’ils auraient, il y a quelques mois, pu considérer comme un savant moderne, appartenant à leur milieu mo-
- celte description, dont nous donnons des extraits, rassurera plus d’une personne sur le sort d’installations et d’usines que l’on avait pu supposer entièrement détruites. On y remarquera également quelques compliments décernés en passant aux usines françaises, avec la mauvaise humeur d’un pion qui se verrait dépassé par ses écoliers.
- A. — LE DÉVELOPPEMENT DE LA MÉTALLURGIE DANS LE NORD
- Conditions économiques. — Dans l’industrie sidérurgique française, la région du Nord tient une très grande place, qui n’est, il est vrai, que la seconde pour la fonte et pour l’acier brut de conversion, mais qui est la première pour le fer,
- 23. — 561
- 43° Année. — 1" Semestre.
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- 362 ..... ; L’INDUSTRIE DU FER
- pour l’acier.: brut au four à sole et pour les produits ouvrés. En gros, elle fournit le septième de la fonte, le tiers des fers ouvrés, le quart de l’acier brut et le tiers des aciers ouvrés produits en France. Dans toutes ces branches, son grand concurrent est le département de Meurthe-et-Moselle. Les autres régions françaises n’ont qu’une production inférieure et surtout incapable de s’accroître sensiblement, tandis qu’en Meurthe-et-Moselle et dans le Nord, les progrès sont, depuis plusieurs années, continus, déplus en plus accentués et évidemment appelés à se précipiter dans un avenir prochain.
- Pour ces deux régions principales, les conditions économiques sont opposées : en deux mots, Meurthe-et-Moselle est le pays du minerai de fer, le Nord est le pays du charbon. Comme il faut, à la fois, le minerai et le charbon pour obtenir de la fonte, du fer ou de l’acier, il est nécessaire, dans les deux cas, que le charbon vienne au minerai ou le minerai au charbon. Logiquement, si la question se posait aussi simplement, la moins lourde des deux matières premières devrait faire Je voyage et il n’y ?aumt de sidérurgie qu’en Lorraine. S’il en est ..autrement, si le Nord concurrence heureuserment les bassins Üsrrains de Longwy, de Briev et de Nancy, c’est qu’il y a lieu de faire intervenir diverses autres considérations, sur lesquelles nous devons commencer par appeler l’attention.
- Et tout d’abord, en ne parlant que de la houille
- et du minerai, nous avons mal posé le problème. Il faut, en outre, pour réaliser la production, faire intervenir un troisième élément, la main-d’œuvre. Puis la production ne suffit pas sans sa contrepartie ne'cessaire : les débouchés. Nous avons donc,
- en résumé, qua-tre points à examiner et nous allons le faire successivement.
- . Voyons d’abord ce qui concerne la houille, puisque notre conclusion, annoncée en commençant , sera que sa prédominance joue un rôle décisif dans le Nord. Si nous envisageons le cas le plus défavorable pour un pays charbonnier qui veut devenir métallurgiste celui où il s’agit seulement de produire la fonte, un calcul très simple montre que le prix de revient de la fonte Thomas est grevé de 8 à 9 francs dans le Nord par le transport du minerai, tandis qu’il est grevé seulement de 5 à 6 francs en Lorraine par le transport
- du coke : d’où un avantage immédiat de 5 francs pour l’usine lorraine. Mais cet avantage tend progressivement à disparaître et finit par se retourner. en. sens inverse à mesure que l’on veut pousser plus loin la dénaturation de la fonte et l’élaboration des produits. Car, à ne considérer toujours que les combustibles, il continue à falloir du charbon pour chacune de ces opérations et l’usine du Nord rë-trouve chaque fois l’avantage d’en avoir sur place à un prix plus avantageux. C’est pourquoi les usines lorraines préféreront faire des demi-produits, des ra is, des gros profilés et se cantonneront à peu
- Fig. 2. — Soufflerie pour hauts fourneaux commandée par alternateur de iooo chevaux. (Usines de MM. de Wendelet Cie, à Jœux, M.-et-M.)
- Fig. 3. — Laminoir actionné par un alternateur de 36oo chevaux aux usines d'Homécourt.
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- L’INDUSTRIE DU FER
- 363
- Fig
- voit
- 4. — Cisaille à lingot actionnée par moteur électrique. On en A la lame coupante et en B les rouleaux automoteurs destinés au déplacement des pièces à sectionner.
- près exclusivement dans le procédé de déphosphoration Thomas-Gilchrist, tandis que les usines du Nord pourront y adjoindre Je pucîdlage et surtout la production de l’acier fondu au four Martin, avec les produits ouvrés en fer et en acier. L’industrie type du Nord sera sans doute dans l’avenir la mine-usine groupant au voisinage du charbonnage une élaboration sidé-rurgiq u e très avancée.
- En ce qui concerne les minerais , l’avantage de l’usine lorraine sur l’usine du Nord existe surtout pour les minerais pauvres. Il s’atténue avec les minerais riches et calcaires du district de Briey. D’autre part, l’usine du
- Nord, qui peut être considérée comme une usine littorale, en même temps qu’elle est une usine située dans le district houiller, est à même de se procurer des minerais riches d’importation et de mélanger à ses lits de fusion les hématites riches et siliceuses de Normandie, les minerais purs d’Espagne et d’Algérie, les résidus de grillage des pyrites, etc.
- Elle acquiert ainsi une spécialité pour tous les aciers fins et les aciers spéciaux.
- Nous passons à la question de la main-d’œuvre qui constitue un problème extrêmement délicat en Lorraine. On ne s'en est tiré approximativement qu’en appe-lantdesétrangers
- qui dépassent le chiffre de 50 000 dans le seul bassin de Briey. Au contraire, la population abonde dans la région du Nord qui est, avec celle de Paris, la plus peuplée de la France. Comme je le faisais remarquer en commençant cette série d’articles, le
- Fig. 5. turbine
- charbon a été ici la cause principale d’un développement économique déjà ancien, qui a dé erminé, depuis un siècle, un afflux croissant de population. Aujourd’hui, cette population favorise à son tour l’accentuation du développement industriel, auquel
- elle a commencé par devoir son originepremière. Et nous allons retrouver aussi le contre-coup indirect de cette population si dense dans l’abondance des industries connexes, qui contribue à assurer des débouchés à la métallurgie.
- Ces débouchés, auxquels nous arrivons enfin, sont fournis, soit par la consommation locale, soit par l’exportation. Les industries autres quela fabrication
- et l’élaboration de la fonte, du fer et de l’acier ont, en effet, dans ce pays, un développement qui se traduit par leur consommation en houille de 12 millions de tonnes, dix fois supérieure à celle de Meur-the-et-Moselle. Ce sont, d’après un travail de M. Am
- glès d’Auriac,
- T auquel nous em-
- : ! prunlons la plupart de nos renseignements (1), outre des fonderies de seconde fusion, de nombreux ateliers de construction métallique faisant les ponts, les charpentes, les ossatures d’usines, des ateliers de chaudronnerie, de constructions mécaniques ou électriques, des fabriques d’automobiles, etc.
- Principaux centres de fabrication et résultats statistiques — Nous passerons successive ment en revue la fonte, le fer et l’acier. Dans l’ensemble, la
- 1. L’évolution de la sidérurgie française (Extrait du Bulletin de la Société de l’industrie minérale), Sa:nl-Elienne.
- - Soufflerie pour hauts fourneaux actionnée par une vapeur de 85o chevaux marchant à 3ooo tours par minute. (Aciéries de Denain-Anzin.)
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- 364 :.......::::: = L’INDUSTRIE DU FER
- production de la fonte a triplé en France depuis 1870. C’est au développement du procédé de déphosphoration Thomas en Lorraine qu’est principalement dù ce progrès. On y a atteint près de 3 millions de tonnes. Mais le district du Nord a de son côté quadruplé une production qui était autrefois très faible et il atteignait environ 600 000 t. dès 1910. Sans la guerre, on aurait dépassé le million en 1914 et l’on estimait, il y a quelques mois, devoir atteindre 1 800 000 t. en 1920. On peut citer, comme producteurs : dans le Nord, les usines de Denain et d’Anzin, de Valenciennes, d’Aulnoye et de Hautmont; dans le Pas-de-Calais, celles d’Is-bergues, Outreau et Calais, auxquelles vient de s’ajouter l’usine établie à Pont-à-Vendin par les deux Compagnies de Cens et de Commentry-Four-
- chambault. La production se fait : pour les 7/10 en fonte Thomas et pour 3/10 en fontes hématites Martin et fontes spéciales.
- Il y a peu à parler du fer qui cède rapidement sa place à l’acier. Tout le rail se fait, depuis longtemps, en acier. Dans les constructions métalliques, ponts, charpentes, il en sera bientôt de même, ainsi que pour la tôle. Le fer ne garde guère que les emplois pour lesquels la facilité de forgeage et la soudabilité sont des qualités essentielles. Néanmoins, pour la fabrication du métal soudé, le Nord conserve la prééminence, fournissant à lui seul les 4/10 de la production française : soit environ 200 000 t. L’usine de la Société « l’Espérance », à Louvroil, est, de toutes les forges françaises, celle qui compte le plus grand nombre de forges à puddler en activité.
- Pour l’acier, le Nord produit le quart de la production française, soit environ 800000 t. : la moitié
- environ de ce que fournit Meurthe-et-Moselle. Les principales aciéries du Nord sont réparties entre les quatre groupes de Valenciennes, de Maubeuge, de Douai et de Lille. Les plus gros producteurs sont la Société de Denain etAnzin, avec 565 000 t. en 1910, dont 218 500 d’acier Thomas et 146 500 t. d’acier Martin (voir fig. 4 à 7) ; la Société du Nord et de l’Est (121 700 t.) ; la Société des aciéries de France (108 700 t.). Lanouvelle usine de Ponl-à-Vendin, dans le Pas-de-Calais, est outillée pour produire 300 000 tonnes.
- Comme caractéristiques générales, nous ajouterons seulement que le procédé acide Bessemer tend à disparaître dans le Nord comme partout, quoique le Nord soit particulièrement bien placé pour la fabrication des fontes pures exigées par le convertisseur acide. La lutte est aujourd’hui pratiquement circonscrite entre le four Martin basique et le convertisseur Thomas. L’aciérie Martin, de Denain, fournit à elle seule la huitième partie de l’acier sur sole fabriqué en France et sa production dépasse celle de l’ensemble des aciéries Martin du département de la Loire.
- Ajoutons enfin que l’on commence à s’occuper sérieusement du four électrique, sinon comme producteur d’acier de toutes pièces en partant de fontes et ri-blons, du moins comme appareil de finissage, de suraffinage, de raffinage et de mise au point. Avec le bas prix du kilowatt-heure dans les centrales électriques alimentées p <r les moteurs à gaz de hauts fourneaux ou de fours à coke (fig. 1 et 10), on prévoit un accroissement rapide. L’installation de fours électriques dans les grandes usines sidérurgiques disposant d’un excédent d’énergie électrique devra également leur permettre de fabriquer elles-mêmes sur place l’aluminium et les ferro-alliages ferro-manganèses, ferro-chromes, ferrosilicium, etc.) dont elles consomment des quantités importantes pour les aciers spéciaux.
- b. — l’état actuel
- DE NOS USINES MÉTALLUBGIQUES DU NORD,
- VUES PAR UN ALLEMAND
- M. Schrôdter, de Dusseldorf, a présenté le 51 janvier 1915 à l’Assemblée généra'e de l’union des sidérurgistes allemands un rapport détaillé sur la
- Fig. 6. — Batterie de grues pivotantes desservant la fonderie d’acier des usines de Denain de la Société de Denain-Anzin. (Construction Westinghouse et Delattre.)
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- situation de l’industrie métallurgique dans nos départements envahis. Ce rapport a été publié dans l’importante Revue métallurgique allemande Stahl und Eisen. L’auteur, après un long préambule où il essaye de démontrer que la France manque de charbon et de fer (ce dont les Français ne se sont pas encore aperçus), donne les détails suivants sur quelques usines dont le récit de sa visite suffirait à prouver la bonne conservation :
- a J’ai visité, dit-il, une partie des installations métallurgiques du Nord et de l’Est en décembre et en janvier derniers (1915). Elles étaient toutes en
- tion dans le Nord d’usines mixtes très importantes situées dans le voisinage des anciennes installations si connues de la Providence à Hautmont et des Aciéries de France à Isbergues. La Société métallurgique de Pont-à-Yendin, filiale des Mines de Lens, a construit à Wingles (Pas-de-Calais) une nouvelle usine qui produira 500000 t. de fonte au moyen de minerais provenant des mines de Jou-dreville (Meurthe-et-Moselle). On y a terminé la construction de 5 hauts fourneaux complets capables de produire journellement 200 à 250 t. chacun ; l’aciérie contient un mélangeur(de fonte de 700 t.
- Fig. 7. — Vue prise dans l’aciérie Martin des usines de Denain-Anzin. On voit la plate-forme surélevée qui supporte les fours dont les becs de coulée versent le métal dans des poches roulantes circulant sur une voie ferrée. Ces poches sont ensuite reprises par des ponts roulants de i5 tonnes pour la coulée des lingots.
- chômage complet, mais elles ont très peu souffert de la canonnade; même les grandes usines de Longwy (fig. 1 et 2), de Mont-Saint-Martin et de Réhon situées immédiatement sous les forts de Longwy, sont restées intactes. Une seule cheminée a été trouée à la hauteur de 25 m. par un obus égaré; un autre projectile, entré par le mur pignon d’une halle de machines, a percé le cylindre à air d’une soufflante. En Lorraine française, les dégâts causés étaient déjà en majeure partie réparés lors de mon passage.
- « Par suite du développement de la production de l’acier Thomas dans l’Est de la France, les usines y ont été pourvues d’installations modernes et perfectionnées. La même raison a déterminé la créa-
- et 4 convertisseurs de 23 t. chacun. Les laminoirs comprennent 1 blooming duo réversible, 1 gros train duo réversible, 1 train à fers marchands et 1 train à petits fers, actionnés électriquement au moyen du courant fourni par une grande centrale.
- « La nouvelle usine mixte de Trith-Saint-Léger, appartenant à la Société anonyme des forges et aciéries du Nord et de l’Est, comporte 3 hauts fourneaux modernes, une grande aciérie Thomas avec convertisseurs de 25 t., de gros trains à poutrelles, des trains spéciaux pour la fabrication des bandages et des centres de roues pour le malériel de chemins de fer; dans la grande forge, on voit des fondations énormes destinées à recevoir une presse hydraulique géante. Dans un faubourg d’Anzin est
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- Fig. 8. — Moteur 56 chevaux commandant les rouleaux avant d'un train de laminoir finisseur de ?5o mm. (Aciéries de Neuves-Maisons.)
- située une usine appartenant à la Société anonyme des hauts fourneaux, forges et aciéries de Denain et d’Anzin qui comprend des hauts fourneaux, une petite aciérie Thomas et quelques laminoirs. Les Forges et aciéries de la Marine exploitent d’immenses usines à Homécourt (Lorraine) (fig. 3) ; elles possèdent aussi à Hautmont une forge qui produit principalement des fers laminés, marchands et feuillards. La Société métallurgique de Senelle-Maubeuge, dont le siège est à Longwy, possède aux abords de Maubeuge des laminoirs fournissant des poutrelles, des fers en U, des cornières, des fers marchands de toutes espèces, ainsi que des plats pour tubes. À eeltéusine sont annexés de grands ; ateliers d’où sortent principalement des ponts et charpentes, des moteurs à gaz et à vapeur, des machines à dresser et à poinçonner ainsi que des presses à estamper de tous genres, des aiguilles, des plaques tournantes et des signaux de chemins de fer.
- « Aux forges de Vi-reux-Molhain, près de Givet, nous avons visité une usine très bien tenue, comprenant 1 haut fourneau, o fours
- Martin, 1 convertisseur Thomas, plusieurs laminoirs à fers marchands ainsi qu’une forge.
- « Concurremment avec ces usines mixtes on a construit, dans le Nord de la France, une série d’aciéries Martin ; car le remplacement du fer puddlé par le fer coulé bat actuellement son plein dans cette région. Sur les bords de la Meuse j’ai trouvé, à côté de deux usines de pud-dlage, deux nouvelles aciéries Martin dont l’une, située àMonther-mé, est une division de la Société de Senelle-Maubeuge ; elle avait été mise en service 15 jours à peine avant la guerre ; tandis que l’autre, appartenant auxBoulorjne-ries de Bogny-Braux, à Flize, devait être mise en service dans le courant d’août 1914. Dans cette dernière s’élevaient des fours Martin avec gazogènes complètement finis; un train de laminoirs à fers marchands, muni de tous les perfectionnements modernes, était en montage. La Société des Aciéries et laminoirs de Beautor (MM. Japy frères et Mme Stein-heil) a dernièrement construit à La Fère une usine analogue qui comprend provisoirement 4 fours Martin, des trains de laminoirs blooming et à fers marchands/ ainsi que des trains-machine et des trains à tôles fines. Cette usine, située le long d’un canal et reliée au chemin de fer, possède une
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- grande centrale électrique de ; distribution ; elle renfermait d’énormes stocks de lingots, de blooms et de fers finis; on y coule des aciers de qualité supérieure destinés à la fabrication des écrous, rivets, boulons, vis et chaînes, ; fabrication ‘ très répmiue dans la vieille industrie familiale des Ardennes et de la région voisine. Les chaîneries très importantes sont installées dans des. conditions de production si favorables, qu’elles réussissent à exporter leurs produits même en Allemagne, par exemple pour la navigation fluviale de l’Elbe. Gette région (spécialement la vallée de la Semois) s’adonne au travail de la forge dans des ateliers
- fournit, en outre, des ponts roulants, des chaudières, des appareils de. réchauffage de vent système Cowper, et une grande quantité de cylindres pour laminoirs. Avec la fonderie de cylindres, et de laminoirs de Frouard, la maison Delattre et, Cle fournissait le plus fort tonnage en cylindres de laminoirs en France.; : - : / : .
- . « La région de Valenciennes est encore plusinté-ressante... A Valenciennes même, se trouve une usine pour la fabrication des fers à cheval appartenant à la maison L. Gautier et Cie./ -.
- , « Ceci n’est qu’une petite fabrique de détail ; mais une, série de grands ateliers de construction sont
- ' Fig'.- ïo.- — Machine à vapeur double tandem actionnant un-laminoir dans ^ l’usine de la Société'métallurgique de Sènelle-Maubeuge a Longwÿ.
- de pressent :d’estàmpage parfois bieninstallé s ; dé' plus, la fonderie de poêles et de poteries y est aussi très florissante comme chez nous dans le pays de Nassau et dans la vallée de la Sieg. De nombreuses-fonderies très bien outillées, et parfois pourvues: de: magasins admirablement • organisés, jalonnent la. vallée'de la Mèuse entre Ghàrlevillè et Givet. Dans cette! contrée existent de s petites fonderies collectives qu’une.'grève acharnée fit naître> il y a une quinzaine d’années. Leurs noms Les Quatorze», « Les six Pères » en indiquent l’origine, ;
- / « Non! loin de Maubeuge est située Ferrière-la-! Grande, localité où se trouve un des. plus impor-. tants ateliers de construction de France, celui de MM. Ed. Delattre et Cia. C’est la seule fabrique française construisant de grands laminoirs. Elle
- en outre situés dans la contrée. En premier lieu, je citerai les Ateliers de construction du Nord de là France, les mieux outillés de la région, et leur filiale, la Société pour la construction de locomotives de Blanc-Misseron La première s’occupe uniquement de la fabrication de wagons de chemins de fer; elle produit en majeure partie des wagons, dont la carcasse est faite de poutrelles et de laminés. : La Société pour la construction de Locomotives est un atelier merveilleusement outillé qui fonctionne depuis un an. Rien que des machines neuves, les meilleures des meilleures produites aux Etats-Unis, en Frânde ou en Belgique, une vraie exposition de machines-outils. A Raismes, sont les ateliers de la Suciété Franco-Belge pour la construction de machines et de matériel de chemins de
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- fer, moins récents que les précédents. Avant la guerre, les 2500 ouvriers de Raisinés étaient occupés exclusivement à la construction de locomotives ou de voitures et wagons.
- « L’outillage des ateliers de la Société Cail, à Denain, est moins moderne; mais ils renferment deux fours à acier Martin de 15 t. chacun, installés dans la halle géante de la fonderie, merveilleusement équipée de ponts roulants. Trois presses, actionnées par la vapeur et par l’eau comprimée, servent à fabriquer de grosses pièces de forge; une grande presse à emboutir fournit des fonds de chaudières de toutes espèces; on voyait dans les
- avec deux fours Martin, des presses à forger de gros trains blooming et à tôles, produit l’acier nécessaire. De grandes halles con enant cinq ou six presses hydrauliques et des machines-outils de toutes formes et de toutes grandeurs complètent l’installation restée intacte qui comprend trois divisions séparées.
- « A Fives, faubourg de Lille, sont situés les ateliers de la Compagnie de Fives-Lille pour Constructions mécaniques et Entreprises dont l’activité embrasse toutes les branches de la construction : locomotives, moteurs à gaz, turbines à vapeur, ponts roulants de toutes espèces, machines-outils,
- Fig. ii. — Atelier de chaudronnerie des usines de la Société de Denain-Anzin à Denain, avec pont roulant électrique de 12 tonnes étudié et construit par MM. Delattre et C,e de Ferrière-la-Grande (Nord).
- ateliers des cloches de gueulard destinées aux nouveaux fourneaux de Caen et prêtes à être expédiées ; l’atelier de finissage renfermait également de grosses pièces destinées à un laminoir blooming de la même usine, ainsi que des broyeurs à cannes pour sucreries. Une des usines françaises qui a pris le plus rapide développement dans ces dernières années est la fameuse maison Arbel, de Douai, qui s’occupe presque uniquement de la fabrication des wagons métalliques de grande capacité pour le transport en masse des matières lourdes, telles que houilles, minerais, etc.; elle construit en.grand nombre des véhicules à déchargement automatique pour le transport des minerais. L’ossature de ces wagons est normalement formée de tôles embouties. Une aciérie nouvellement construite,
- tourelles et canons pour fortifications terrestres ou pour bâtiments de guerre.... »
- En terminant cette étude, l’auteur conclut avec une bonhomie toute germanique :
- « L’armée allemande a ménagé méticuleusement la propriété privée en la laissant intacte partout autant que cela a été possible. Si elle a pris du matériel et si elle continue à le réquisitionner, ce n’est évidemment que contre indemnité. » Bientôt sans doute nous pourrons constater par nous-mêmes ce qu’il y a de vrai dans cette peinture idyllique à l’usage des crédules Allemands. Ne nous y fions pas trop, et rappelons en attendant aux compatriotes de M. Schrôdter que, même dans l’Est, il nous reste de belles usines métallurgiques (fig. 8), ne fût-ce qu’autour de Nancy. L. De Launay.
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- LA TROUVAILLE D’ABYDOS
- (PUITS DE STRABON OU TOMBE D’OSIRIS)
- Gomme le faisait prévoir l’article publié dans notre numéro 2144 (du 27 juin 1914), les fouilles faites dans l’hiver 1915-1914 à Abydos, pari’ « Egypt Exploration Fund », ont conduit à une des plus sensationnelles découvertes que l’archéologie égyptienne ait faite depuis longtemps.
- Nous n’avons pas pu jusqu’à présent résumer ici l’intéressant procès-verbal donné par l’auteur même de la découverte,
- M. Édouard Na-ville, dans le Journal de Genève du 26 février et du 19 mars 1914. En voici les principales données :
- Le vrai nom égyptien de la cité était About, les Grecs la nommèrent Abydos par assonance avec l’Àbydos de l’Hellespont, où Xerxès fit passer son armée d’Asie en Europe (’)•
- On ignore si le tombeau du dieu contenait les 16 morceaux (2) de son corps recousus parlsis après avoir été mis en pièces par Typhon, ou seulement sa tête.
- Dans ce saint lieu de pèlerinage, les Égyptiens aimèrent à se faire enterrer depuis l’époque néolithique jusqu’à l’empire romain. De tous lés temples qui furent construits là, deux seulement subsistent; en particulier celui (fig. 1 ) qui fut élevé par Séti Pr et son fils Rhamsès II (Sésostris) de la '19e dynastie. « Comme il est dédié à Osiris, cela montre que le tombeau du dieu doit être dans le voisinage (3). »
- 1. Un peu à l’est du fort de Nagara à l’issue de l’étroit des Dardanelles (v. n° 2153, p. 5).
- 2. La légende et la plupart des auteurs prétendent que Set ou ïvphon coupa le corps en 14 parties. Mariette adopte le chiffre de 16 {Denderah, texte p. 269, Paris, 1875). — Voyage dans la Haute-Égypte, t. I, p. 58, 1878. — Abydos, 1869-1880.
- 5. C’était aussi l’opinion de Mariette qui écrivait dans une lettre du 4 janvier 1868 : « Pour moi l’intérêt du voyage
- « Il y a quelques années M. Petrie avait attiré l’attention sur ce qu’il a appelé l’Osireion. Il avait déblayé un couloir conduisant à une chambre ornée de peintures funéraires montrant un culte rendu à Osiris. Dans le couloir était une porte latérale devant laquelle M. Petrie s’était arrêté et qu’il indique sur son plan comme devant être un passage allant au temple de Séti, situé à environ 80 m. de
- cette porte. »
- En 1912-1915 M. N avilie com-mençalesfouilles derrière cette porte et trouva d’abord le couloir en pente, long de 14 m., dont le plafond en gros blocs de grès a disparu, sauf un bloc; il aboutit à la salle allongée dite chambre de Me-neptah. Le 25 défi cembre 1912, M. N avilie, assisté de M. Whit-temore, de Boston, et de MM. Wainwright et Gibson, tous deux anglais, attaqua le déblaiement d’une porte qui s’ouvrait au milieu de la chambre de Me-neptah en face le couloir incliné; il pensait arriver par là au « sanctuaire souterrain consacré à ce qu’on nomme le double d'Osiris, c’est-à-dire à cette sorte d’ombre et de figure sans corps qui fait partie . de la personne ». 11 eut la surprise d’y rencontrer « un grand édifice évidemment de l’époque des pyramides, c’est-à-dire des premières dynasties. Il est très ruiné, mais il était bâti en matériaux
- est surtout vers Abydos, où il y a le tombeau d’Osiris, le pendant du Sérapéum et bien plus célèbre encore que le tombeau d’Apis. » (Notice sur la vie et les travaux de Mariette, par M. II. "Wallon, Institut de France, 1885, p. 55). Toutefois Mariette croyait le tombeau en un autre point puisqu’il accumula sur le monument découvert par M. Naville une butte de déblais provenant de ses fouilles du temple de Séti et qu’il a fallu enlever à son lour!
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- LA TROUVAILLE D’ABYDOS
- énormes, les plus gros qu’on trouve en Égypte, en pareille quantité. C’est un édifice unique parmi les nombreux temples et tombeaux qu’on rencontre dans la vallée du Nil ». C’est un rectangle de 30 m. de long sur 20 m. de large, enclos par un mur de 6 m. d’épaisseur « formé d’une double enveloppe, à l’extérieur de calcaire grossièrement taillé, à l’intérieur de gros blocs d’un grès rouge très dur, reliés par des queues d’aronde en granit gris ». L’intérieur est divisé en 3 nefs séparées par deux files comptant chacune 5 piliers monolithes de granité hauts de 4 m. 50 et supportant des architraves de 5 m. de long. Les deux nefs latérales avaient un plafond en monolithes de granité
- trottoir de 60 cm de longueur. A4 m. de profondeur, on rencontra une eau d’infiltration profonde de 3 m. 50. « Ainsi les deux grandes nefs latérales et les extrémités contiguës de celle du milieu formaient un vaste bassin rectangulaire bordé des deux côtés d’un sentier de ^pierre, qui pouvait servir de chemin de halage pour : les bateaux où canots naviguant sur le bassin et qui s’arrêtaient peut-être devant, les cellules.: » Ces bateaux pouvaient être l’image de la barque sacrée d’Osiris ; de même que les niches (de 2 m. de côté) s’identifieraient avec celles que le Livre des Morts place dans la célèbre demeure d’Osiris. Hypothèses difficiles à vérifier! (V. fig. 2 et 3). •
- Fig. 2. — Plan et coupe du puils de Strabon. (La vue de la figure 3 esl prise de la cellule E, angle sud-ouest.)
- épais de 2 m, ; la nef centrale devait être à ciel ouvert. Ces puissants matériaux1 ont servi de carrière dès le temps de Rhamsès II ; il n’y a guère d’intacte qu’une portion de la colonnade du nord:
- Seize petites niches ou cellules étaient évidées dans le mur des nefs latérales. Le mur du fond est en grès rouge, percé d'une petite porte qui a conduit (le 13 février 1913) dans une salle de 20 m. sur 5, absolument vide mais parfaitement conservée avec son plafond de gros blocs.
- A la suite de cette première fouille, M. Naville déclare : « C’est bien là le tombeau d’Osiris ». Mais cette fois on n’était pas parvenu jusqu’au plancher du monument; la suite du travail (1913-1914) fit reconnaître que les nefs latérales n’avaient point de plancher mais seulement, devant les cellules, un
- Bref, toute la portion centrale avec ses dix piliers et les deux escaliers qu’on y a trouvés et qui.des-: cendent jusqu’à l’eau était une île. où l’on accédait soit en; bateau, soit par une passerelle ;de .bois.. Cette fois M. Naville ne doute pas d’avoir « découvert ce que Strabon appelle le puits ou la fontaine d’Abydos. Il en parle comme étant près du temple» à,une grande profondeur et -remarquable par des corridors dont les plafonds étàient:;faits1 d'énormes blocs monolithiques. C’est exactement ce que nous avons trouvé ». '
- La porte du fond était en réalité une 17e cellule qu’on a percée pour arriver à la salle funéraire d’Osiris ; mais cette salle doit avoir été construite seulement sous Séti IeE La tombe elle-même, qui demeure en fait un mystère, était près du grand
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- Fig. 3.
- Le puits de Strabon à Abydos.
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- LA FRONTIÈRE AUSTRO-ITALIENNE
- réservoir, peut-être derrière une des autres cellules.
- On ne sait pas encore si l'eau provient d’une véritable source ou de l’infiltration d’un canal. M. Na-ville ne serait pas étonné que le réservoir d’Abydos fût encore plus ancien que le temple du Sphinx à
- Ghizeh. En tout cas, le réservoir devait jouer un rôle dans le culte d’Osiris.
- Cette stupéfiante ruine cyclopéenne gît à 10 m. sous terre à l’Ouest du temple de Séti Ier ; le nombre des ouvriers employés au déblaiement a varié de 450 à 640 à la fin. E.-A. M.
- LA FRONTIÈRE AUSTRO-ITALIENNE
- Entre le moment où cet article est écrit et celui où il paraîtra, les hostilités se seront développées sur la frontière austro-italienne et l’on commencera à connaître le sens dans lequel doit se produire un effort qui peut exercer une action décisive sur la terminaison relativement prompte de la guerre. Il serait, dans ces conditions, particulièrement dangereux de vouloir
- prophétiser, en , " y||gpsp~''
- l’absence de tout renseignement confidentiel et même de toute compétence stratégique. Je me bornerai donc, sur la marche possible des opérations, à quelques réllexions de bon sens que suggère le seul examen de la carte, en utilisant, pour les fortifications de la frontière austro-italienne (fig. 2), le travail récent d’un officier allemand j1).
- La frontière austro-italienne est très allongée par la complication de ses dentelures. Sans parler du littoral, c’est 600 km qu’il s’agit de défendre des deux parts, entre la Suisse neutre et l’Adriatique : près de 600 km terriblement fortifiés par la nature à l’avantage de l’Autriche. Toutefois, si l’on tient compte du relief topographique qui rend, sur de vastes espaces, toute attaque impossible, on voit que les routes d’invasion dans un sens comme dans l’autre se trouvent réduites à un petit nombre. L’Italie commence la guerre pour reconquérir le Trentin et Trieste. Il est donc possible qu’elle se borne à une attaque dans ces deux directions. Mais, pour conserver plus tard ses conquêtes, il lui est nécessaire que l’Allemagne et l’Autriche soient écrasées. On doit donc s’attendre à ce que ses opérations prennent une plus vaste envergure et visent des buts plus lointains. Ces buts peuvent se résumer en trois noms : Munich,
- 4. (Petermanns Mitteilungen, t. 56, 1910). Étude du lieutenant Frobenius.
- Vienne et Budapest. Voyons comment les Italiens peuvent songer à les atteindre.
- Dans la série des murailles alpestres, il n’y a guère qu’une porte réellement ouverte, celle de l’Adige, qui, par le Trentin, conduit à Botzen, où on a le choix entre deux routes, l’une à droite par le Brenner, l’autre à gauche par le col de Nau-
- ders, menant toutes deux à Innsbruck.
- La voie de l’A-dige et du Brenner est une grande voie de communication internationale. Elle traverse, en outre, jusqu’à Botzen, un des principaux pays irrédentistes qui doivent former « l’Italie plus grande ». C’est la route dont parlent surtout les écrivains militaires et| elle serait, en effet, tout indiquée si, précisément pour cela, on n’y avait accumulé les défenses. Notre carte donne ce qu’on peut appeler les fortifications officielles; mais, dans la guerre moderne, nous savons quel rôle jouent les terrassiers et, si des millions d’hommes se sont vus immobilisés en face les uns des autres dans des pays de plaines, on imagine ce que pourra être la lutte en des vallées alpestres dont notre figure 5 donne un spécimen. On ne peut donc guère prévoir ici une attaque directe; et, d’autre part, si les Autrichiens profitaient de leurs avantages topographiques pour vouloir descendre par l’Adige à Vérone et à Mantoue, les Ilaliens auraient, à leur tour, les moyens de se défendre. Mais, à défaut d’une attaque directe, une attaque convergente reste possible par les cols aboutissant aux vallées latérales, telles le Val di Sole ou la Giudicaria (sur le prolongement du lac d’Idro) à l’ouest, la Brenta ou le Val d’Agordo à l’est, et les excellentes troupes alpines de l’Italie peuvent avoir là l’occasion de déployer'leur activité. Cette occupation du Trentin, si difficile qu’elle soit, semble stratégiquement né-
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- \lnnSbruck et Mu me fi
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- Fig 2. — Carte de la frontière austro-italienne et de ses fortifications.
- Leoben et Vienne
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- 374 LA FRONTIÈRE AUSTRO-ITALIENNE
- cessaire, ne fût-ce que peur couvrir une attaque plus importante vers'! l’est, dans la direction de la Styrïe et de la Carinthie.
- En dehors de cette route de l’Adige, il en est, plus à l’Ouest, une autre bien connue des touristes, c’est le Stelvio (Stilfser Joch), où passe, à 2756 m., la route de voitures la plus élevée de l’Europe. Vers le Stelvio, l’Italie fait une pointe avancée par
- la vallée de l’Àdda qui se trouve protégée : à l’Ouest, par la Suisse neutre; à l’Est, par le massif infranchissable de l’Ortler, où les cimes couvertes de glaciers atteignent presque 4000 m. Le Stelvio neigeux n’est guère praticable avant le mois de juillet ; mais la frontière est sur la ligne de partage des eaux et l’on peut descendre de là très rapidement vers l’Adige. Or, l’Adige atteinte permet d’envisager l’invasion de la Bavière par un front -allant de Lindau à Munich et Salszburg, en combi-
- naison avec une avance française venant d’Alsace par le Wurtemberg. Je signale, en passant, que, dans l’article de l’officier allemand auquel j’emprunte une partie de ma documentation, il est fait une allusion très claire à l’intérêt de cette vallée de l’Adda comme communications avec la haute vallée de l’Inn (Engadine) et par là, avec la vallée du Rhin, de Coire au lac de Constance. Ce sont là des pays suisses et il est inutile de dire que les Italiens n’ont aucune intention de violer la neutralité Suisse: mais les antécédents des Allemands doivent faire envisager l’hypothèse (si folle soit-elle), d’un effort allemand arrivant en sens inverse de ce côté sur les derrières de l’armée italienne à partir de la Souabe.
- A l’Est du Trentin, dans les Alpes Cadoriques et les Alpes Carniques, les Autrichiens occupent les crêtes. Cependant il existe un passage assez facile par le val d’Ampezzo, conduisant du Pusterthal et de Toblach à la haute Piave et à.Pieve di Cadore. Deux autres routes vont, de Lorenzago à Toblach par Auronzo et le lac de Misurina (1755 m.); de San Stefano à Inichen par la Padola et le Kreuzberg. C’est le merveilleux pays des Dolomites aux cimes déchiquetées, aux couleurs éclatantes (fig. 1). Du Val de Fassa au Mont Tol'ana et à la Drave, les fortifications autrichiennes sont nombreuses. Les Italiens en ont également tout un groupe entre Auronzo et Pieve di Cadore. Atteindre la Drave, ce serait avoir la voie ouverte vers Klagenfurt et la Styrie.
- Mais, logiquement, c’est plutôt dans la région orientale que devrait avoir lieu le principal effort italien. De ce côté, les chaînes alpestres s’abaissent progressivement et la plaine du Frioul conduit aux hauteurs relativement faibles des Alpes Juliennes ou de la Styrie. Aussi les voies ferrées reparaissent : celle d’Udine à Villach, Leoben et Vienne par le Semering; celle d’Udine à Laibach par Gôrz, Divavza et Adelsberg aux grottes fameuses, sans compter les routes de voitures qui réunissent directement Gôrz à Lai-
- Fig. 3. — Les gorges de l’Eggenthal près Bolzen à murailles de porphyre.
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- — ACADÉMIE DES SCIENCES -. —...... ... à75
- bach ou à Rraiuburg (pa-r les mines de mercure d’Idria). L’attaque est d’autant plus intéressante à tenter dans ce sens qu’elle atteindra aussitôt des pays italiens ou slaves tout prêts à se révolter contre l’Autriche. C’est Trieste, le grand port italien irrédentiste; c’est Pola, l’arsenal à la population presque entièrement italienne ; c’est Fiume ; c’est la Croatie toujours frémissante sous le joug hongrois, etc. Il est donc bien probable que l’on entendra parler de batailles sur l’Isonzo, à moins que les Autrichiens, par une contre-attaque, ne viennent se heurter au Tagliamento, où la forteresse d’Osoppo les arrêta six mois en 1848, à la Lévènza, à la Piave, qui forment des lignes de retranchement successives parallèlement à la frontière italienne. A tous égards, on doit penser qu’un grand effort rapide se portera vers Trieste, combiné avec des opérations de la flotte et peut-être avec un débarquement sur un point de la côte Adriatique, tel que le golfe de Fiume. Cette manœuvre s’accorderait tout naturellement avec une attaque simultanée des Serbes en Bosnie et avec le mouvement que les Russes font en Bukovine pour aller tendre la main aux Roumains dont la mise en marche suivra sans doute les premiers effets de l’activité italienne. Ainsi Italiens, Serbes, Roumains et Russes pourraient aller se rassembler dans les plaines de la Hongrie ou en Transylvanie.
- Dès qu’il a été question de l’entrée en jeu italienne, tout le monde a rappelé à ce propos la campagne de 1797, où Bonaparte est parti d’Italie pour envahir l’Autriche. Tandis que Joubert occupait le Tyrol et Moreau la vallée du Danube, Mas-séna, remontant la voie ferrée actuelle de Venise à-Vienne et contournant les vallées à leur source, occupait au col de Tarvis (733 m.) la route de la Ca-rinthie. Bonaparte lui-même, le 26 ventôse, passait le Tagliamento ; trois jours après, il traversait l’Isonzo et prenait Gradisca. Envoyant Bernadotte à Trieste, il allait culbuter l’archiduc Charles à Neu-markt et entrait à Leoben d’où la route du Seme-ring s’ouvrait devant lui vers Vienne.
- L’histoire se répète parfois avec des variantes ;
- mais il est, dans la guerre moderne, un nouvel élément considérable dont il nous reste à dire un mot, ce sont les moyens de communication par voies ferrées. En même temps que la guerre moderne est devenue une guerre de taupes immobilisées face à face dans leurs tranchées, elle est devenue aussi, ce qui peut sembler tout à fait contradictoire, une guerre de chemins de fer. Jamais on n’avait encore, à ce point, fait courir les corps d’armée d’une extrémité du front à l’autre. Jamais non plus une semblable dépense de munitions n’avait entraîné de pareilles nécessités de ravitaillement. Or, à cet égard, les Italiens retrouvent l’avantage sur leurs adversaires pour la même raison qui leur crée une infériorité topographique, parce qu’ils occupent la plaine, tandis que l’ennemi tient la montagne. Quoiqu’il manque peut-être quelques lignes stratégiques au Nord du Pô, la carte montre aussitôt quelle densité relative de voies ferrées permet d’amener rapidement des troupes sur le front de Gemona, Udine et Monfalcone. De même, jusqu’à la grande transversale Est-Ouest de Milan (ou Ber-game) à Vérone, Padoue et Venise, l’accès est facile. Les Austro-AJlemands se heurtent, au contraire, au bloc compact des Hohe Tauern qui, sur 155 km de large, à l’Est du Brenner, n’a que des pistes muletières. La ligne des Tauern de Sehwarzaeh à Gastein, prolongée vers Sachsenburg sur la Drave, n’a fait gagner que 35 km et passe à 1225 m. de haut dans un tunnel de 7 km 5. S’ils veulent partir de la ligne Franzensfeste-Villach, suivie en partie par lé Drave, pour marcher vers le Sud, c’est de nouveau le massif des Alpes de Fassa et des Alpes de Vénétie avec deux voies ferrées distantes de 150 km et la seule route du Val d’Ampezzo dans l’intervalle. Étant donné surtout que les Autrichiens auront du mal à distraire des forces importantes de leurs autres fronts, il semble donc qu’une allure défensive de leur part, avec les diversions et les ripostes habituelles, soit à prévoir dans toute la partie occidentale du front : les événements importants devant se produire vers l’Est, où les moyens de communication deviennent plus faciles. P. Saluor.
- ACADEMIE DES SCIENCES
- Séance du îo mai 1915.
- Minerais de fer de la Grèce orientale. — La Béotie, la Locride, l’Eubée et Skyros produisent des minerais de fer qui se présentent comme des produits d’altération superficielle sur des amas de magnétite chromifère et nickélifère associés à des péridotites comme gîtes d’inclusions. Une particularité intéressante est la profondeur jusqu’à laquelle a pu être portée cette altération : parfois jusqu’à 400 m. de la surface à Larymna. Les minerais de fer en grains, produits par une latéritisation, sont accompagnés de sécrétions nickélifères analogues à la garniérite de Nouvelle-Calédonie.
- Le rôle du dynamo-mëtamor hisme dans la formation des gneiss. — M. Stanislas Meunier développe cette idée que, dans la formation des terrains cristallophylliens, une grande part doit être attribuée aux actions mécaniques qui ont finement craquelé tous les minéraux jusque dans l’intimité de leur structure et qui ont permis ainsi des sortes de circulations capillaires, en vertu desquek les certains éléments chimiques ont été, ou apportés ou éliminés. 11 remarque combien souvent le feldspath et le mica apparaissent à l’état d’éclats de clivage et le quartz en granules diversement orientés.
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- NÉCROLOGIE — PIERRE MARTIN
- Le 21 mai dernier, s’éteignait à Fourchambault, Nièvre, à l’âge de 90 ans, le célèbre métallurgiste, Pierre Martin, dont le nom est resté attaché au procédé de fabrication de l’acier, le plus généralement employé aujourd’hui. Son brevet remonte à l’année 1865, suivant à 10 ans d’intervalle celui de Bessemer. Depuis 50 ans, les procédés Besscmer et Martin se sont partagé la production de l’acier dans le monde entier.
- Pierre Martin appartenait à une famille de métallurgistes. Après avoir suivi pendant une année les cours de l’Ecole des Mines, il alla retrouver son père Emile Martin aux forges, de Fourchambault, qui avaient été créées par son grand-père George Dufaud. Il resta là dix ans et en partit en 185-4 pour aller prendre la direction d’une nouvelle forge créée par son père à Sireuil. Cette usine comportait, au début, une forge, une fonderie et un atelier d'ajustage. Pierre Martin y installa bientôt la fabrication de l’acier puddlé, puis la fusion au creuset d’une partie de l’acier produit. Il se préoccupa alors d’employer, pour cette seconde fusion de l’acier, les nouveaux fours Siemens à chaleur régénérée, dont l’emploi commençait à s’introduire en France. Enfin en 1865, il installait un four Siemens pour la fabrication directe de l’acier sur sole et créait le procédé Martin.
- Malgré les grands services rendus à l’industrie, Pierre Martin tira personnellement peu de profit de sa découverte. La validité de ses brevets fut contestée. Depuis trente-cinq ans il avait dû renoncer à l'industrie et vivait isolé à la campagne, dans une petite propriété de famille, près de Fourchambault. On lui rendit tardivement justice. En 1910, le comité des Forges de France prit l’initiative, parmi les métallurgistes du monde entier, d’une souscription en faveur du vieil inventeur. Une médaille commémorative lui fut remise dans un banquet présidé par M. Millcrand et auquel assistaient de nombreux représentants des industries françaises et étrangères. Tout récemment, le 12 mai dernier, l’Iron and Steel Institute lui décernait sa grande médaille d’or Bessemer.
- En quoi consiste donc au juste la découverte de Pierre Martin, pourquoi a-t-elle donné à son nom une notoriété sans égale, en ne lui procurant, cependant, aucun avantage matériel?
- Son procédé de fabrication de l’acier consiste à fondre un mélange de fonte et de riblons d’acier en présence d’une scorie plus ou moins chargée en oxyde de fer. Ce traitement avait été indiqué par Réaumur dès 1 722 et réalisé par lui au laboratoire dans de tout petits creusets. En 1864, les usines de Fourchambault avaient, sur le conseil de Louis Le Chatelier, cherché à réaliser en grand cette opération dans un four Siemens. Mais, après avoir obtenu un ou deux lingots passables, la fusion du four
- arrêta les expériences. Sans se laisser décourager par cet insuccès, Pierre Martin reprit la même tentative et réussit, après deux ans d’efforts, à fabriquer régulièrement de l’acier malléable. Il ajoutait, en fin d’opérations, une certaine quantité de manganèse, comme Marshall lleath l’avait recommandé dès 1857 pour la fusion de l’acier au creuset et comme Bessemer l’avait appliqué à son tour sur les indications de Mushett. Aucun des détails du procédé Martin n’appartient donc en propre à son auteur et on comprend comment la validité de ses brevets put être contestée.
- Et cependant Pierre Martin avait bien fait une réelle invention ; il avait obtenu, par des procédés peut-être connus, un résultat certainement nouveau : la fabrication de l’acier sur sole. Malgré des tentatives répétées, on ne savait pas avant lui fabriquer un kilogramme d’acier par ce procédé, et, après lui, on en a fabriqué des millions de tonnes. Il ne lui a pas suffi pour cela de coordonner les efforts de ses prédécesseurs ni de cueillir une découverte mûrie par de longues études antérieures. Il a dû fournir un effort personnel considérable. On en retrouve la trace en parcourant les additions successives faites à son premier brevet du 28 juillet 4865. Il n’avait réussi alors qu’à fabriquer un acier très dur, ou plus exactement une fonte aciéreuse qu’il appelait le métal mixte. Il déclare lui-même que l’acier doux obtenu par son procédé est rouvrain et incapable de se laisser laminer, par suite impropre à tout usage. Après deux ans de tâtonnements, ayant eu l’idée de faire des additions finales, de fonte miroitante de Saint-Louis, c’est-à-dire de fonte manganésée, il obtint enfin, d’une façon courante, l’acier doux malléable. Il montra pour la première fois, en 1867, à l’exposition universelle, les premiers résultats d’une fabrication régulière et obtint la grande médaille d’or. Son procédé était définitivement créé et Verdié traitait avec lui pour appliquer son procédé à une importante fourniture de rails commandée par le chemin de fer P.-L.-M.
- Mais, au début, le prix de revient était encore très élevé et ne permettait pas, pour les fabrications courantes, la lutte avec le procédé Bessemer. Le procédé Martin ne prit tout son essor qu’après l’annulation de la validité des brevets. Moins ardent à la lutte que Bessemer, il ne réussit pas à triompher des obstacles jetés sur son chemin et renonça avec découragement à la vie active.
- Pierre Martin est un de ces inventeurs auxquels on a rendu une justice trop tardive : plus heureux cependant que Monier, l’inventeur du ciment armé, qui mourut à l’àge de 82 ans, avant que les tenta tives faites pour lui venir en aide aient eu le temps d’aboutir. Henry Le Chatelier,
- *. Membre de l’Institut
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahuke, rue de Fleurus, 9, à Pari
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- 2 JUIN 1915.
- LA NATURE. — N* 2176. ' ..:.............. ~.......... I
- LE LABORATOIRE DE VACCINATION ANTITYPHIQUE DE L’ARMÉE
- ET LA GUERRE DE 1914-1915 (‘)
- Ferran prépara pour la première fois, en 1884, un vaccin anticholérique contenant le bacille à l’état vivant, mais à virulence atténuée : après lui, Haff-kine étudia, de 1890 à 1895, la vaccination contre le choléra, la peste et la fièvre typhoïde et employa pour la préparation de ses vaccins des cultures de microbes tués par le chauffage. Ces divers vaccins furent essayés sur l’homme. Àlmroth Wright, s’inspirant des travaux de ses prédécesseurs, proposa et appliqua à l’homme, en 1896, un vaccin contre la fièvre typhoïde qu’il préparait au moyen de cultures de bacilles typhiques stérilisées par un chauffage à une température comprise entre 56 et 58° C. A la suite de Wright, d’autres vaccins antityphiques furent proposés tant en France qu’à l’étranger, mais tous, bien que préparés suivant des techniques plus ou moins différentes de celles des créateurs de la méthode, reposaient sur le même principe : stérilisation des cultures par la chaleur. Or, le chauffage, même dans les limites ci-dessus, affaiblit un peu les propriétés immunisantes des vaccins.
- Après de nombreuses expériences faites chez les animaux dès l’année 1908, M. Vincent, dans deux communications présentées à l’Académie des Sciences au début de 1910, proposa, à son tour, un nouveau vaccin présentant les caractéristiques suivantes :
- 1° Il est stérilisé par l’addition momentanée d’éther qui respecte intégralement les propriétés immunigènes du vaccin; — 2° Rigoureusement stérile, ne renfermant, par conséquent, pas de bacilles vivants,. ce vaccin n’est additionné d’aucun produit antiseptique; — 3° Il est polyvalent, c’est-à-dire qu’il est fabriqué avec plusieurs races de bacilles typhiques tant indigènes qu’exotiques; — 4° Il contient seulement de 450 à 500 millions de bacilles par centimètre cube alors que les vaccins chauffés dont l’action, à nombre égal de bacilles, est moindre, renferment environ un milliard de bacilles par centimètre cube, considération qui a son importance au point de vue des réactions locales, générales ou fébriles des vaccinés.
- 1. Au moment où nous mettons sous presse, l’Institut de France vient de décerner au Dr Vincent la moitié du grand prix Osiris de 100 000 fr., l’autre moitié étant attribuée à MM. Ghantemesse et Vidal.
- 2. Les gravures illustrant cet article sont faites d’après des photographies de M. Emery.
- L’emploi — facultatif — du vaccin polyvalent Vincent fait sur une large échelle à la suite de ces communications, tant dans les armées française et étrangères que dans la population civile, démontra son extrême efficacité. Les pouvoirs publics s’en émurent et en 1910 votèrent, successivement, les crédits nécessaires à la création du « Laboratoire de vaccination antityphique de l’Armée », qui fut placé sous la direction de M. Vincent, et à son agrandissement, devenu rapidement indispensable. Enfin, le 14 octobre 1911, le Laboratoire fut inauguré par M. Millerand, ministre de la Guerre.
- Situé dans la partie des jardins du Val-de-Grâce en bordure du boulevard de Port-Royal, ce laboratoire (fig. 1 ) se compose d’un bâtiment principal et de plusieurs pavillons isolés comprenant un certain nombre de salles ayant chacune son affectation particulière : une est occupée par le laboratoire personnel du directeur, six sont plus spécialement réservées à la préparation même du vaccin (fig. 2); dans d’autres, s’effectuent les nombreuses manipulations auxquelles est soumis le typho-vaccin avant d’être livré : expertise , siphonnage, mise en ampoules, scellage des ampoules, étiquetage, mise à la glacière en attendant F expédition. Enfin les derniers locaux renferment les services annexes : chaufferie, salle des autoclaves (fig. 3), salle de stérilisation de là verrerie au moyen de fours à flamber construits sur les indications mêmes de M. Vincent et basés sur un principe nouveau : la chaleur, au lieu d’être simplement transmise par l’intermédiaire d’une plaque de tôle qui ne permet pas sa distribution uniforme, se répand directement dans l’étuve grâce à l’arrivée des gaz de combustion qui y pénètrent par des tubes de fer placés verticalement, en jeu d’orgue, à l’intérieur. Ces gaz, débouchant dans l’étuve au niveau du tiers supérieur de sa hauteur, y circulent de haut en bas, sont repris par d’autres tubès s’ouvrant en sens inverse des premiers, c’est-à-dire par leur extrémité inférieure, et s’échappent au dehors après avoir passé et séjourné dans une petite chambre située au plafond du four et destinée à conserver la chaleur. Cette étuve permet de faire en 20 minutes une stérilisation complète, très uniforme et régulière, de nombreux objets de verrerie.
- En outre, un local spécial, situé dans les bâti-
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- Fig. i. — Façade du bâtiment principal, du Laboratoire. Au fond, à gauche, un pavillon de préparation du vaccin (2).
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- gélose
- coulée
- ments mêmes du Val-de-Grâce, est affecté aux séances publiques et quotidiennes de vaccination, dans lesquelles viennent se faire immuniser, non seulement des militaires, mais aussi de nombreux civils (hommes, femmes et enfants) (1).
- Le vaccin antityphique polyvalent est préparé suivant la technique ci-après (2) :
- Dix races de bacilles typhiques, tant indigènes qu’exotiques , sont ensemen- r cées par les procédés habituels sur de la nutritive dans des boîtes de Roux. Contenant et contenu ont été préalablement stérilisés à l’autoclave.
- Après 19 heures de séjour à l’étuve à 38° ;C., les cultures sont reprises par de l’eau physiologique stérilisée. Au liquide obtenu, qui est une simple émulsion de bacilles typhiques vivants, on ajoute de l’éther anesthésique redistillé au Laboratoire pour être certain de sa pureté absolue et destiné à stériliser cette émulsion. Le mélange est agité pendant quelques secondes et, après 5 heures de repos, on soutire la partie inférieure qui contient la totalité des bacilles et les substances
- immunisantes solubles ou en suspensioa dans l’eau (l’éther, plus léger, surnage). Le liquide soutiré est alors additionné d’eau physiologique stérilisée dans les proportions convenables (opération dite de « mise en eau »). Ce dernier mélange constitue le
- Fig. 2.— Une salle spécialement affectée à la préparation du vaccin. L’opérateur procède à la récolte des cultures de bacilles typhiques développées en boîtes de Roux.
- i. II existe, à Paris également, 5, rue Cambacérès, un important service public de vaccination antityphique (vaccin II. Vincent) approuvé par le Service de Santé du gouvernement militaire de Paris et dirigé par JI. le Dr G. Maurange avec le dévouement le plus complet et le plus désintéressé. Près
- vaccin définitif, tel qu’il sera employé après expertise. La stérilité du vaccin est rigoureusement contrôlée : 1° pendant sa préparation même; 2° une fois sa fabrication terminée; 3° après sa mise en ampoules — par l’ensemencement de ce liquide en bouillon de culture et sur gélose nutritive.
- Les flacons de vaccin expertisé sont munis d’un
- siphon d’un modèle spécial (siphonnage) dont l’emploi, combiné avec celui d’un appareil qui sera décrit plus loin, permet la mise — strictement aseptique du vaccin en ampoules de 20, 10, 5 ou 2 cm3 suivant les besoins (ampo u-lage). Les ampoules pleines sont directement fermées au cha-lumeau (scellage) et enfin revêtues d’étiquettes portant la date de la préparation du vac-cinainsi que celle de la limite de son utilisation, dont la durée est de 3 mois.
- Toutes les opérations que nécessite la préparation du vaccin sont effectuées suivant les principes de l’asepsie la plus absolue et de la division du travail poussée à l’extrême (méthode Taylor).
- Pour lutter avec succès contre les poussières et les germes atmosphériques, les précautions les plus minutieuses sont observées : les portes des locaux sont fermées à clef pendant la préparation du vaccin; des écriteaux portant ces mots : défense
- de 12 000 personnes, tant militaires que civils, y ont été vaccinées depuis la mi-août 1914 jusqu’à ce jour.
- 2. Cette technique étant inédite, nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de la leur faire connaître dans scs détails. L. R.
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- d'entrer, en grands caractères, sont apposés sur toutes les portes des salles de préparation du vaccin ou d’expertise où personne, sans exception, n’est autorisé à pénétrer au cours des manipulations; de nombreuses affiches recommandent expressément à tout le personnel de ne jamais déposer les blouses et les tabliers sur les chaises ou sur le sol; la désinfection des tables et du carrelage est obtenue par un lavage à l’eau de Javel effectué deux fois par jour, etc....
- On use de moyens mécaniques tels que l’aspiration à l’aide de la trompe à eau où la propulsion par l’air comprimé, soit pour les ensemencements et la récolle du vaccin, soit pour sa répartition en
- Fig. 3. — Salle renfermant les autoclaves dans
- deux trous; dans l’un passe un tube de verre droit servant à amener, a l’intérieur du flacon, de l’air comprimé au moyen d’une soufflerie à pédale logée sous la tablette; dans l’autre trou est fixé un siphon en verre servant à l’écoulement du liquide; à son extrémité libre est adapté un tube en caoutchouc terminé par un ajutage en verre protégé par une clochette également en verre qui, dans les opérations de « mise en eau » ou d’ « ampoulage » coiffe le flacon ou l’ampoule à remplir de manière à éviter la pénétration de tout germe ou poussière atmosphérique.
- Le tube en caoutchouc par lequel passe le liquide est fixé, au début de l’opération, dans une pince
- lesquelles sont stérilisés les milieux de culture.
- ampoules. En outre, toutes les manipulations qui le permettent sont faites en pleine flamme d’un bec Bunsen pour éviter les germes de l’air qui pourraient souiller le vaccin.,
- La technique toute spéciale de préparation du vaccin polyvalent a nécessité la création d’appareils nouveaux des plus intéressants; un des plus originaux est celui qui a été imaginé par M. Vincent lors du début du fonctionnement du Laboratoire et qui peut être utilisé indifféremment pour les opérations dites de « mise en eau » et d’ « ampoulage » définies plus haut (fig. n° 4). Voici en quoi il consiste : une épaisse tablette carrée, en bois, portée par 4 pieds métalliques est surmontée, en arrière, d’un support cylindrique sur lequel se place le flacon contenant le liquide à transvaser fermé par un bouchon en caoutchouc percé de
- d’un modèle spécial placée à la partie supérieure d’une potence métallique que l’on voit en avant de la tablette-support; un des mors de cette pince est fixe; l’autre, mobile, est mis en mouvement par un jeu d’articulations au moyen d’une pédale voisine de celle commandant la soufflerie. La pince décrite ci-dessus joue le rôle d’une pince de Mohr avec cette différence qu’elle laisse entièrement libres les mains du préparateur.
- Il va sans dire que tout le système destiné à la préparation et à la mise en ampoules du vaccin est stérilisé et qu’avant usage, comme au cours des opérations, la stérilité en est contrôlée à plusieurs reprises. . ;
- Le principe de l’appareil décrit plus haut a présidé à la construction des appareils de répartition du vaccin en ampoules (fig. n° 6). Mais pour gagner
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- de la place et du temps, augmenter la production et réduire au minimum la fatigue individuelle, ils ont été construits, sous la direction de l’un des collaborateurs, M. Blondel, de la Sorbonne, de ma-
- Fig. 4. — Appareil permettant d’opérer le transvasement rigoureusement aseptique des liquides.
- nière à permettre à quatre opérateurs de travailler simultanément avec le même appareil ; à cet effet, chacune des faces comporte un support, un tube d’amenée d’air et une pince de serrage identique à celle de l’appareil primitif. Ici, la pince est actionnée, à volonté, par une manette ou une pédale; de plus, la soufflerie a été supprimée et les tubes à air sont reliés à une bombe d’air comprimé qui le distribue, selon les besoins, dans les divers locaux du Laboratoire.
- Le vaccin antityphique n’est pas le seul vaccin préparé au Val-de-Grâce. On sait qu’à côté de la lièvre typhoïde proprement dite, dont l’agent est le bacille typhique, il existe deux autres affections présentant ou pouvant présenter des symptômes identiques à ceux de la fièvré typhoïde et, néanmoins, absolument distinctes de celles-ci. Elles portent le nom de fièvre paratyphoïde A ou B selon qu’elles sont dues à l’un des deux bacilles décrits sous le nom de bacilles paratyphiques A ou B. La culture du sang des malades permet seule de faire un diagnostic exact; en effet, les trois microbes ci-dessus, cultivés sur des miliuix appropriés, donnent des cultures d’aspect différent ou produisent, au contact de certains produits ajoutés aux milieux de culture, des réactions spécifiques (coloration, fermentation, etc...), permettant de les distinguer à coup sûr.
- M, Vincent a préparé, suivant le même principe
- et la même technique que le vaccin antityphique, deux vaccins désignés sous le nom de vaccin anti-paratyphique A ou B, conférant chacun une immunité aussi entière, contre l’une ou l’autre des deux fièvres paratyphoïdes actuellement connues, que le vaccin antityphique, contre la fièvre typhoïde. Ces deux derniers vaccins ont déjà rendu et sont encore appelés à rendre de grands services, car les fièvres paratyphoïdes sont fréquentes dans les armées.
- Le Laboratoire du Val-de-Grâce prépare également (principe et technique étant toujours les mêmes) d’autres vaccins encore dont nous ne sommes pas autorisé à parler, mais nous avons le droit de dire que si, par malheur, certaines maladies épidémiques faisaient leur apparition, elles ne trouveraient pas le Laboratoire désarmé.
- La technique de la vaccination antityphique ou antiparatyphique est la suivante :
- Le goulot de l’ampoule de vaccin et les téguments du sujet sont désinfectés à la teinture d’iode, et les instruments nécessaires (seringue, aiguille, pince) sont stérilisés par l’ébullition. L’injection est faite avec lenteur, strictement sous la peau, dans la région de l’épaule gauche, un peu plus bas que l’épine de l’omoplate. Les figures 5 et 7 montrent, la première, le matériel nécessaire à la pratique de la vaccination, et la seconde, une séance de vaccination au Val-de-Grâce.
- Quatre injections, espacées d’une semaine environ, sont nécessaires pour conférer l’immunité absolue ; mais, pour lès vaccinations pratiquées dans la zone des armées, ce nombre a été ramené à deux par suite des nécessités de la guerre; néanmoins, les résultats ont été très satisfaisants.
- Lorsque la guerre éclata il y avait, en France, 600 000 hommes environ vaccinés contre la typhoïde faisant partie de l’armée active ou récem-mentlibérés. En effet, jusqu’à la fin de l’année 1913, la vaccination antityphique était restée facultative. Elle ne devint obligatoire pour le contingent actif
- Fig. 5. — Matériel nécessaire, à la vaccination antityphique : récipient savant à la stérilisation des instruments par l’eau bouillanle, flacon de teinture d’iode, seringue à injection, ampoule de vaccin, pince, etc.
- que grâce à la loi du 27 mars 1914, à laquelle mérite de rester attaché le nom de son auteur, l’éminent membre de l’Institut, M. le sénateur Léon Labbé, qui réussit, grâce à un véritable zèle d’apôtre,
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- à faire triompher, au Parlement, la cause de la vaccination obligatoire dans l’armée.
- La fièvre typhoïde étant la plus fréquente et la plus meurtrière des maladies des armées en campagne, il était aisé de prévoir que, peu de temps après le début des opérations, des épidémies de cette nature ne tarderaient pas à éclater et il y avait grande urgence à essayer d’y parer en préparant d’avance la plus grande quantité de vaccin possible. Il n’était pas douteux, en effet, que sous l’empire des circonstances le Ministre de la Guerre serait amené à rendre immédiatement applicable à toute l’armée la loi du 27 mars 1914.
- fess'onnelles. On peut, sans exagération, affirmer que l’offre dépassa la demande. La spontanéité avec laquelle tant de personnes appartenant à nos établissements d’enseignement supérieur apportèrent leur concours tout gracieux, non seulement permit de réaliser, avec toutes les garanties scientifiques désirables, une production intensive de vaccin, mais constitua aussi une imposante manifestation de la foi du monde savant dans l’œuvre du professeur du Val-de-Grâce.
- Nul, en dehors de ceux qui ont vécu au Laboratoire de septembre 1914 aux premiers mois de 1915, ne peut se faire une idée de l’activité qui y
- Fig. 6. — Salle de répartition du vaccin en ampoules.
- Le personnel technique réglementaire du Laboratoire du Vàl-de-Grâce aurait été dans la complète impossibilité de produire, dans un temps très court, les millions de doses qui allaient devenir nécessaires.
- M. Vincent adressa alors un appel aux bonnes volontés dans le monde scientifique non mobilisable ou non encore mobilisé. Aussitôt, professeurs, chefs de laboratoires, préparateurs, hommes et dames, Français ou étrangers des pays amis ou alliés, appartenant au Collège de France, au Conseil d’Hygiène publique de France, à la Faculté de Médecine, à la Faculté des Sciences, à l’Institut Pasteur, au Muséum d’IIistoire naturelle, etc., vinrent, avec empressement, mettre au service du Laboratoire de la vaccination antityphique, à titre purement bénévole, toutes les heures dont ils pouvaient disposer en dehors de leurs obligations pro-
- régna et du zèle inlassable de tous ceux et celles, mobilisés ou volontaires : chefs de laboratoires, préparateurs, dames de la Croix-Rouge, infirmiers, qui y travaillèrent à un titre quelconque, quelles que fussent leurs fonctions, importantes ou modestes.
- Tous savaient qu’ils contribuaient avec un mérite égal à la défense nationale et à la préservation de la vie de nos héroïques soldats et tous trouvaient dans cette pensée le meilleur des stimulants et la plus belle des récompenses.
- Une centaine de travailleurs des deux sexes divisés en équipes de jour et en équipes du soir (20 h. à 25 h.) s’efforcèrent avec succès de produire les quantités formidables (le mot n’est pas exagéré, mais il ne nous est pas permis de donner de chiffres) de dosés de vaccin qui furent demandées, de
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- tous les points de la zone des armées, après la victoire de la Marne.
- Les résultats de cette vaccination généralisée ne tardèrent pas à se faire sentir.
- A titre d’exemple, nous citerons, y/^. d’après la Presse médicale (l), le commencement d’épidémie qui fit son apparition dans la première quinzaine de, septembre sur le territoire du gouvernement militaire de Belfort. L’effectif de la région, s’élevant à 80 000 hommes environ, était constitué en majeure partie par des réservistes et des territoriaux non vaccinés, offrant une proie facile à la maladie en raison de leur âge et de leurs nouvelles conditions d’existence. Le pire était à craindre et il fallait agir vite si l’on voulait éviter une catastrophe. M. le médecin principal Landouzy, médecin directeur du gouvernement militaire, prit immédiatement et d’urgence les mesures hygiéniques imposées par la situation et décida que les vaccinations antityphiques déjà pratiquées, conformément aux ordres ministériels, sur les hommes de l’armée active, seraient étendues à toutes les formations : active, réserve ou territoriale.
- En un mois et demi environ, 50 000 hommes furent vaccinés sans une seule complication du côté général. Le graphique ci-contre montre quelle a été la marche de l’épidémie naissante sous l’influence de cette vaccination intensive.
- On y pourra constater que le nombre des typhiques entrant à l’hôpital des contagieux de Reten-hans, qui augmentait d’une façon aussi rapide qu’inquiétante jusqu’au commencement d’octobre, a diminué rapidement pour arriver, à la mi-novembre, à être d’un ou deux tous les cinq jours seulement. Elle cessa lorsque toute la garnison fut vaccinée. Dans nombre de régions il en a été de même et partout où elle a éclaté, la fièvre typhoïde aurait pu, grâce à la vacci-
- 1. H. Bousquet. La vaccination antityphoïdique dans le
- territoire du gouvernement militaire de Belfort. La Presse médicale, n° 77 du 26 novembre 1914. ___
- 2. Edmond Periuër. LeprixOsiris.(Le Tempsdn 2marsl915.)
- nation, être rapidement vaincue si, malheureusement, un certain nombre de soldats nourrissant, à l’égard de la vaccination, une crainte que rien ne justifie, ou imbus d’idées fausses ou arriérées, ne s’efforçaient de s'y soustraire en usant de ruses et de subterfuges qui réussissent souvent, mais dont, malheureusement, ils sont quelquefois les premières victimes.
- INon seulement il arrive qu'ils paient de leur santé ou de leur vie cette imprudence, mais ils peu vent, lorsqu’ils sont atteints, devenir à leur insu des agents de contagion si, au début de la maladie, ils se trouvent au milieu de camarades non encore vaccinés ou dansla population civile. En outre, il ne faut pas oublier que l’activité des troupes et les nécessités stratégiques étaient difficilement conciliables avec les exigences de la vaccination. En dépit des difficultés rencontrées, l’œuvre de prophylaxie ainsi accomplie, en particulier depuis le début de la guerre, est considérable, et en attendant que la publication de documents officiels permette d’apprécier à leur valeur les résultats obtenus, nous pouvons dire, dès à présent, qu’ils sont remarquables. Nous ne saurions mieux
- faire, pour conclure, que de reproduire ici le jugement porté récemment (2) par M. le professeur Edmond Perrier, Président de l’Académie des sciences, sur l’œuvre du Laboratoire du Val-de-Grâce synthétisée dans la personne de son directeur : « La ténacité, le labeur « incessant, le talent « d’organisation du DrVin-« cent ont peut-êlre sous-« trait à la mort la valeur « d’un corps d’armée; « elles ont conservé à la « France, à leur famille, « une foule de jeunes « existences d’autant plus précieuses que l’artil-« lerie allemande et la triste méthode de guerre « que nous a imposée la grossière bassesse prus-« sienne en font une plus grande consomma-
- (l ^on' )} IL Benoit-Bazille,
- Préparateur à la Faculté de Médecine de Paris. Attaché au Laboratoire central de l’hôpital Saint-Louis.
- Fi£\7- — Une séance de vaccination au Val-de-Grâce. L’injection est faite sous ta peau dans la région de l’épaule, au point badigeonné de teinture d'iode pour stériliser les téguments.
- Mois de: Août-
- Sep tembi
- Novembre
- Fig. 8.
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- COMMENT ON OPÈRE
- Depuis un mois, l’atlention publique a été particulièrement attirée sur la reprise des opérations aux Dardanelles et sur cette grosse entreprise difficile dont Constantinople est le but prestigieux. Après avoir d’abord espéré que les cuirassés arriveraient à forcer les détroits par surprise, on s’est décidé un peu tard à organiser un véritable siège méthodique avec un débarquement sur la presqu’île de Gallipoli qui a été admirablement réussi.
- Chacun se doute bien qu’un débarquement opéré sous le feu de l’ennemi, tel que celui du 25 avril aux Dardanelles, est une opération très difficile; mais en quoi consistent ces difficultés et comment on y remédie, c’est ce que le public ne soupçonne généralement pas. Bien des questions relatives à ce problème ne peuvent être traitées en ce moment. Mais le Times vient de publier des récits remarquablement documentés, dont nous croyons intéressant d’extraire quelques détails techniques en laissant de côté le récit des brillantes prouesses réalisées par les troupes françaises, anglaises, australiennes ou néo-zélandaises.
- Le premier point et le plus délicat est de mettre à terre et d’y maintenir les premières troupes qui se heurtent, dans les conditions les plus désavantageuses, à un ennemi puissamment fortifié, ayant organisé à l’avance ses tranchées, ses réseaux de fil de fer barbelé allant jusque sous la mer, ses positions de batteries et de mitrailleuses. Le débarquement est naturellement préparé par l’artillerie des cuirassés, dont le succès reste néanmoins souvent insuffisant parce que des canons-revolvers et des mitrailleuses abrités dans les trous des falaises échappent à son action, ainsi qu’une partie des tranchées et des fils dé fer. Puis, le moment du débarquement venu, il faut approcher les bâtiments assez près cle la côte pour que les hommes puissent sauter à Peau et aborder. Cela ne peut naturellement se faire avec les grands vapeurs qui ont amené les troupes; des intermédiaires sont nécessaires, chalands, chalutiers, remorqueurs et l’opération doit être morcelée faute de plage assez vaste et assez accessible.
- Dans le cas des Dardanelles, tandis que les troupes françaises débarquaient à Koum-Kalé sur la rive asiatique pour y faire une diversion momentanée, les Australiens et les Néo-Zélandais accostaient à Gaba-Tépé et les troupes britanniques à la pointe même de la presqu’île de Gallipoli, dans cinq petites baies espacées du Cap Tekeh au cap Ilellès, à Seddul-Bahr et à la Baie de Morto. C’est ce dernier groupe d’opérations auquel se rapporte le récit du Times. 11 y a là de petites falaises de 15 à 50 m. précédées par des rochers aigus, entre lesquels on put utiliser cinq petites grèves. Dans le cas de la seconde plage, l'Implacable, mouillé sur une ancre, appuya sur la terre jusqu’à ce qu’il eut atteint un fond de 6 brasses à 450 m. du rivage et couvrit alors les falaises de shrapnells, tandis que les remorqueurs amenaient les troupes au rivage. A la troisième plage, VEu-rynlus débarqua ses troupes sur 8 remorqueurs qui se dirigèrent ensemble sur divers points du rivage. A la quatrième plage que les Turcs dominaient à bout portant de 141 m. de haut, on employa un artifice très original. Après un rapide bombardement exécuté par le cuirassé Albion, le River-Clyde, avec 2000 hommes entassés à bord, lit lentement machine en avant sur la rive et
- UN DÉBARQUEMENT
- toucha terre, presque en même temps que les huit pinasses automobiles remorquant les bateaux habituels. Cette manœuvre avait pour but de permettre aux hommes d’utiliser le plus longtemps possible l’abri fourni par les parois métalliques de la carène. Le pont du transport avait été transformé en citadelle blindée munie de 12 canons Maxim, dont le tir était dirigé sur la plage. Dans les flancs du navire, de larges portes étaient préparées de manière à permettre aux hommes une sortie rapide sur les deux côtés. Le River-Clyde resta échoué une journée entière sous le feu ennemi. Quand la nuit vint, par les portes préparées les hommes gagnèrent des planchers en bois maintenus par des câbles et descendant en pente douce vers l’avant. Marchant en file indienne, ils sautèrent à l’eau ou sur des chalands remorqués le long du bord. Ils purent ainsi gagner la terre et y prendre un solide point d’appui.
- Cette première opération réalisée, ce qui reste à faire semble d’abord relativement facile. Néanmoins, il est nécessaire de ravitailler et de renforcer constamment les premières troupes débarquées qui risquent toujours d’être rejetées à la mer par un ennemi, nécessairement très supérieur en nombre au début et, si le danger est moindre quand on a pu occuper une certaine étendue de terrain plat, les complications pratiques n’en demeurent pas moins considérables. On doit, pour s’en faire une idée, se représenter cette presqu’île jusqu’alors si déserte et si abandonnée, transformée en un des plus grands ports du monde, les centaines de transports arrivant et repartant à toute heure de jour et de nuit, les troupes, les animaux, les canons, les voitures, les provisions, les munitions passant des vapeurs sur les barques ou sur les chalands pour aboutir aux jetées en eau profonde édifiées rapidement par le génie et suivre de là les routes de terre qu’on a improvisées dans la falaise.
- En même temps, les aéroplanes surveillent les positions ennemies. Mais, avec des itinéraires nécessairement fixés d’avance, le danger des attaques possibles par sous-marins reste grave et nécessite une garde incessante exécutée par de petits bâtiments mobiles. Chacun sait notamment quelle importance capitale présentent, dans la forme de guerre actuelle, les ravitaillements en munitions. Or, quand il faut attendre les munitions d’un transport qui peut se trouver retardé ou même coulé, les circonstances pourraient devenir rapidement critiques.
- Ce sont difficultés auxquelles on remédie grâce à un ordre admirable et à une organisation minutieuse.
- La ligne de délimitation entre l’autorité navale et l’autorité militaire est strictement marquée. Tant qu’un soldat, un cheval, un canon sont dans le bateau ou sur un chaland, ils sont sous le contrôle de la marine. Debout sur l’une des jetées, un officier, le porte-voix à la main, crie des ordres à des douzaines de chalands remorqués chacun par un vapeur et amenant, l’un des mules, l’autre des canons, le troisième des officiers. Chacun est envoyé à sa destination. Au bout de la jetée, l’autorité militaire commence. L’intendance prend livraison de tout ce qu’on lui apporte, le débrouille, le classe et le communique aux troupes dans les tranchées. La nuit, tant de lumières sont allumées sur la rive que Ton croirait une très grande ville. P. S.
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- LA MARINE ITALIENNE
- En compulsant la liste de la flotte italienne et celle de l’escadre française en Adriatique pour totaliser le nombre des navires, on n’aurait nullement l’évaluation exacte du concours apporté par l’Italie à nos opérations navales. Il est impossible, en effet, que nos bâtiments, ceux de la flottille surtout, ne soient pas fatigués. Dix mois de croisière à travers l’Adriatique et la mer Ionienne, sans trêve, toujours en alerte, c’est là une opération sans précédents, dont le projet eût même semblé téméraire. Si l’endurance des états-majors et des équipages peut dominer toutes les épreuves, celle des coussinets de lignes d’arbres et des tubes de chaudières a des limites aussi strictes que la propreté des carènes. La possibilité des relèves régulières, des visites d’appareils, des réparations dans un port bien outillé et prochain,
- classe des cuirassés de ligne, a conduit à la mise en chantier de quatre bâtiments dont l’achèvement n’est pas prévu avant le terme des hostilités. Ces bâtiments, dont le premier en date porte le nom de Cristoforo-Colombo, sont étroitement apparentés aux cuirassés anglais du modèle Queen-Elizabelh ; même déplacement de 25 000 t., même vitesse 25 n., même grosse artillerie de 380 mm, différemment disposée, un peu plus d’artillerie moyenne et un peu moins d’épaisseur de cuirasse à la flottaison. En face de ces bâtiments, les cuirassés autrichiens de la classe Prince-Eugène n’auraient guère compté.
- Les onze cuirassés qui forment le noyau de la flotte actuelle, dont deux viennent seulement d’être achevés en 1915, comprennent, suivant une nomen-
- Fig. i. — Type Andrea-Doria et Duilio : longueur, 177 mètres; 23 000 tonnes; vitesse, 23 nœuds. Armement : i3 pièces de 3o5 mm, 16 pièces de i5o, 20 petites.
- permettra de rendre à notre escadre de blocus toute la valeur qu’elle avait perdue : Vive l’Italie!
- Ceci étant bien compris, l’accroissement de force navale résultant de l’alliance s’exprime numériquement, en complétant par la colonne suivante, le tableau de la page 13, dans le numéro de La
- Nature du 6 janvier.
- Italie :
- Cuirassés de ligne..............11
- Croiseurs de bataille. ..... 0
- Croiseurs cuirassés.............16
- Croiseurs protégés et éclaireurs . 12
- Torpilleurs d’escadre............46
- Sous-marins......................20
- Cette composition de la flotte italienne, qui se rapporte à l’année 1914, n’a reçu de modifications intéressant la guerre actuelle que dans le nombre des bâtiments de flottille, torpilleurs et sous-marins. L’effort, qui s’est concentré récemment sur la
- clature devenue usuelle, cinq super-Dreadnought, un Dreadnought, cinq pre-Dreadnought. Ils présentent à peu près le double de la puissance des sept cuirassés confinés dans la rade de Pola et les huit dixièmes de celle des cuirassés français employés à faire le blocus du grand port de guerre autrichien.
- Remarquons ici que le nom de blocus, emprunté autrefois par la marine aux opérations militaires continentales, change singulièrement de signification dans la guerre actuelle. Le blocus naval ne peut plus s’opérer qu’à distance, en se tenant aux aguets, souvent en dissimulant sa position avec autant de soin qu’on en mettait autrefois à bien attester sa présence effective. Dans le blocus à la moderne, la base navale de Venise compense très largement, pour la flotte italienne, une différence de puissance de deux dixièmes ; elle lui assure ainsi une valeur supérieure à celle que la flotte française avait jusqu’à présent.
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- LA MARINE ITALIENNE
- Les cinq super-Dreadnoughi (fig. 1), ont 25 n. de vitesse et sont armés de treize canons de 505 mm en cinq tourelles. Deux d’entre eux, Andrea-Doria et Caïo-Duilio, ont 25 000 t. de déplacement; les trois autres, Conte-di-Cavour, Giulio-Cesare, Leonardo-da-Vinci, ont 22 500 tonnes.
- Le Dante-Alighieri, de 19 400 t., porte douze pièces de 505 seulement en quatre tourelles.
- Ces six bâtiments ont inauguré l’innovation hardie en artillerie, des tourelles triples ou à trois canons, qui a été adoptée en Russie, vers la même époque, sur les cuirassés du type Gangut. Les États-Unis ont reproduit un peu plus tard cette disposition sur le Nevada et le Pensylvania. La France a fait récemment un pas de plus dans la même voie, en dotant de tourelles quadruples les nouveaux cuirassés du type Languedoc. Toutes les autres marines sont fidèles à la tourelle double.
- Sur les trois plus anciens de ses cinq pre-
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- Lors de la visite de l’escadre du duc de Gênes à Toulon en 1902, il y avait chez nous quelque mortification à constater que le bâtiment amiral italien Sardegna comptait déjà sept ans de service, alors que nos Patrie se terminaient à peine sur les cales. La seule critique aux trois remarquables navires du modèle Re-Umberto est d’avoir été prévus avec un déplacement un peu trop faible; de là une surcharge assez fâcheuse parce que la stabilité après avaries n’est peut-être pas complètement assurée. Sur les deux plus récents des cinq pre-Dreadnought, Benedetto-Brin et Regina-Marghe-rita, la surcharge a pu être évitée par la diminution de 200 t. de l’approvisionnement de charbon, la réduction d’épaisseur de la cuirasse des tourelles et probablement quelque gain sur le poids des appareils moteurs.
- Le déplacement est de 15 700 t. sur les Re-Umberto et de 15 200 t. sur les Renedetto-Brin ; la
- Fig-. 2. — Type Vittorio-Emanuele, Napoli, Regina-Elena, Roma : longueur, i32 mètres ; „ 12400 tonnes; vitesse, 22 nœuds. — Armement : 2 pièces de 3o5 mm, 12 pièces de i5o,
- 12 pièces de 75, 12 petites.
- Dreadnought, Re-Umberto, Sardegna, Sicilia, la marine italienne a pris franchement le rôle d’initiatrice, en introduisant la combinaison de la ceinture cuirassée et de la tranche cellulaire, qui a doublé la protection des parties vitales des navires de guerre, et qui a plus tard écarté le danger de chavirement prématuré après avaries de combat. Cette réforme a été la dernière amélioration de principe apportée aux bâtiments de combat, si on laisse de côté les tentatives de protection contre la torpille. L’adoption des modèles nouveaux, que désigne le nom du Dreadnought, n’a marqué qu’un accroissement des dimensions; c’est une simple progression au delà du prix de revient que l’on n’osait pas dépasser lors de la mise en chantier du Re-Umberto. Ce dernier bâtiment a fait ses essais en 1895, l’année même où les Majestic, de dispositions analogues, étaient commencés en Angleterre. La préparation des plans du Re-Umberto est même probablement antérieure aux études françaises qui ont conduit à proposer, en 1890, le même système de protection.
- vitesse est de 20 n. pour les cinq bâtiments. Même grosse artillerie de quatre canons de 505 mm en deux tourelles. L’artillerie moyenne du calibre de 150 mm sur les trois premiers, est passée à celui de 200 mm sur les deux derniers. Une évolution semblable a été opérée en mettant en chantier nos Justice après nos Patrie, pour utiliser la propriété du calibre qui convient à la fois aux tourelles et aux réduits.
- L’Italie n’a pas de croiseurs de bataille, si l’on fixe à 25 n. la limite inférieure, très indécise, de la vitesse sur cette classe mal définie de navires. Elle est arrivée du premier coup, avec les Çris-toforo-Colombo en chantier, à la solution mixte à laquelle s’est arrêtée l’Angleterre sur les Queen-Elizabeth, après la construction des Inflexible et des Tiger.
- Parmi les croiseurs cuirassés, les quatre plus grands, Napoli, Roma, Vittorio-Emanuele, Regina-Elena (fig. 2), de 12 400 t. et 22 n., sont à beaucoup d’égards de petits bâtiments de ligne
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- plutôt que des croiseurs. Toutefois l’infériorité de leur grosse artillerie, comprenant deux pièces seulement de 305 mm, semble les destiner surtout à agir isolément. Ce sont les derniers navires qui aient reçu des tourelles de 305 mm à un seul canon. Leur artillerie moyenne de douze pièces de 200 mm en tourelles doubles est remarquablement puissante.
- Viennent ensuite quatre bâtiments de 9900 t. et 22,5 à 23,3 n. de vitesse : Amalfi, Pisa, San-Georgio, San-Marco, bien armés en canons de 250 et de 190 mm, très propres à poursuivre et à attaquer le San-Georg et le Kaiser-Karl-}'I autrichiens, si ceux-ci viennent à quitter l’abri du port. Deux autres croiseurs, analogues aux précédents, mais plus anciens : Emanuele-Filiberto et Ammiraglio-de-Saint-Bon, n’ont plus une vitesse suffisante pour remplir la même tâche.
- Les six derniers croiseurs cuirassés sont : le Francesco-Ferruccio, le Varese, le Giuseppe-Gari-baldi, de 7500 t. et de 20 n., le Carlo-Alberto et le Vettor-Pisani, de 6400 t. et 20 n , enfin le Marco-Polo, de 4500 t. et 19 n. Ces bâtirmnts sont, les premiers équivalents ou légèrement supérieurs aux navires autrichiens, le dernier nettement inférieur. Tous sont d’une époque où, en France aussi, il se construisait des bâtiments laissant trop beau jeu aux adversaires à prévoir.
- Les douze croiseurs protégés et éclaireurs inscrits au tableau de la page 384 comprennent cinq grands et très bons éclaireurs, avec sept croiseurs de faible valeur combattante.
- Les cinq éclaireurs, deux de 5000 t., modèle Mirabello, (rois de 5200 à 3400 t., Marsala, Nino-Bixio et Quarto, ont tous une vitesse de 28 n. Ils représentent une classe de navires qui manque à l’escadre française et qui est particulièrement utile pour tenir le blocus. Les trois éclaireurs autrichiens leur sont inférieurs, à la fois en vitesse et en puissance.
- Les sept petits croiseurs ont été distingués dans un total de quatorze, en conformité de la règle, suivie dans la préparation du tableau du 6 février, qui consiste à s’en tenir aux déplacements de 2000 t. et au-dessus. Leur déplacement est compris entre 2200 et 2700 t. ; celui des sept autres est compris entre 800 t. et 1300 t.
- Les petits navires, de vitesse très inférieure à celle des torpilleurs, ont été généralement construits pour des services secondaires. Leur valeur militaire était regardée comme à peu près nulle jusqu’à ces derniers temps. Il n’en tst plus de mênip, en raison de l’importance prise par le service de surveillance contre les sous-marins. Les quatorze petits croiseurs italiens ont tous une vitesse suffisante, avec une artillerie bien appropriée à ce service.
- La flottille des quarante-six torpilleurs d’escadre de 1914 s’est enrichie cette année de six bâtiments de 1000 t. et 35 n., qui, en raison de leur vitesse et de leur artillerie, doivent être, par excellence, des
- destructeurs de sous-marins. Il y a aussi une flottille plus ancienne, comprenant soixante-quinze torpilleurs de 130 t. à 200 t., qui, en raison de la configuration de l’Adriatique, peuvent surveiller et menacer la côte autrichienne, mais dont les Hotchkiss sont un peu insuffisants contre la coque et surtout le blockhaus d’un sous-marin.
- Les vingt sous-marins de 1914 sont de modèles très variés, parce que l’Italie a commencé, dès 1904, avec le Delfino, à s’occuper de navigation sous-marine, devançant ainsi l’Allemagne de dix ans. Les déplacements ont passé de 85 t. sur le Delfino à 400 t. sur le Pullino. Le déplacement de 400 t. est certainement dépassé de beaucoup sur les six nouveaux bâtiments ajoutés en 1915 à la liste de 1914.
- Il faut enfin, pour compléter celte énumération, citer quatre bâtiments mouilleurs de mines et, une vingtaine de croiseurs auxiliaires, de plus, que les Compagnies de navigation italiennes peuvent mettre à la disposition du Gouvernement.
- Quant à la (lotte aérienne, qui a dû se développer depuis un an, elle comptait, d’après le Naval annual de 1914, 9 dirigeables et 150 aéroplanes, avions ou hydravions.
- A l’appoint de cette flotte, s’ajoute celui des établissements navals, l’arsenal de Venise surtout, où ont été construits des cuirassés comme le Sicilia et FAmmiraglio-de-Saint-Bon, et qui est situé à souhait pour surveiller la sortie de Pola. L’arsenal de Tarente occupe aussi un emplacement favorable à l’autre extrémité de l’Adriatique, mais les projets faits pour le développer n’ont probablement pas encore été mis à exécution. L’arsenal de Castel-lamare plus éloigné, et surtout celui de la Spezzia, le plus important de tous, ne seront guère mis à contribution que par la flotte italienne. La flotte française, qui dispose des bassins de Bizerte et de Toulon et qui emprunte parfois le secours de celui de Malte, n’aura sans doute recours qu’à celui de Venise, mais la proximité de ce dernier ne lui sera pas moins utile qu’à la flotte italienne.
- Pour les réparations de grands navires, comme pour les simples remises en état de torpilleurs, les ressources ne manqueraient pas sur les chantiers de l’industrie privée, qui ont pris en Italie un très beau développement : chantier Odero à Gênes, Orlando à Livourne, Ansaldo à Sestri-Ponente.
- Parmi les industries qui se sont développées depuis l’unification de l’Italie, et qui vont largement approvisionner l’armée de matériel de guerre, les industries maritimes, construction et navigation, peuvent compter au premier rang. En construction navale, les Italiens ont fait preuve d’autant de maîtrise pour le moins dans leurs conceptions, que d’activité féconde dans la mise en œuvre. Avant 1870, la flotte n’élait guère qu’un assemblage hétérogène de bâtiments, construits pour la plupart en Angleterre et en France, auquel l’ancienne marine piémontaise axait fourni le noyau d’un
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- excellent personnel complété par le contingent des Deux-Siciles. L’élan fut donné par un grand ministre, l’Amiral de Saiut-Bon. au nom duquel la reconnaissance italienne associe celui de l’ingénieur Emanuele Brin. Dès 1877, le génie créateur de la marine naissante s’était affirmé par la mise en chantier de Yltalia et du Lepanto, lancés en 1880 et 1882. Ces deux bâtiments, supérieurs en vitesse et en déplacement à leurs contemporains cuirassés, et lointains précurseurs des croiseurs de bataille d’aujourd’hui, étaient admirablement appropriés à la politique que dirigeait la diplomatie bismarckienne. L’originalité du système défensif ne le cédait en rien à celle des études françaises de 1872-1873. Les combinaisons adoptées étaient à la fois plus rationnelles et plus simples que l’emploi partiel fait de la tranche cellulaire sur les citadel-ships anglais. Douze ans plus tard environ, l’initiative italienne se manifesta de nouveau lors de la mise en chantier des trois cuirassés modèle Re-Umberto, ainsi qu’il a été dit plus haut. Les deux innovations d’ailleurs sont apparentées l’une à l'autre. La tranche cellulaire de Yltalia s’est retrouvée sur le Re-Umberto, entourée d’une ceinture de cuirasse. Enfin, dans la disposition de l’ar-
- tillerie en tourelles triples de ses dreadnoughts, la marine italienne vient de prouver une fois de plus que ses ingénieurs n’attendent point, pour innover, les exemples de l’étranger. Sur les navires dont leur patrie est fière, officiers et équipages vont renouer les glorieuses traditions de la reine de l’Adriatique. A un ennemi qui prétend ne connaître d’autre droit que la violence, la réplique est de n’inspirer d’autre sentiment que la crainte. C’est bien la réponse donnée d’avance par l’Italie aux objurgations furibondes, pronostic de la dépression morale d’outre-Rhin. Une fois de plus donc, et en l’honneur de l’effet moral prqduit par son entrée en lice : Vive l’Italie !
- Je profite de l’occasion, qui m’est offerte, de m excuser de l’erreur commise dans le numéro du 13 lévrier au sujet du bombardement de Papeete. Ce crime fut l’œuvre de l’escadre de l’amiral Von Spee qui gaspilla, ce jour-là, sans résultat militaire, des munitions qui lui firent défaut aux îles Falkland.
- Une force navale qui comprenait deux grands croiseurs cuirassés, et qui disposait probablement de la troupe d’infanterie embarquée sur le Prinz-Eitel-Friedrich, a dû se donner pour but l’occupation même de Tahiti. L’entreprise a été déjouée par la promptitude et l’habileté des mesures de défense.
- 30 mai 1915. E. BeRTIN.
- Membre de l’Institut.
- L’ARABIE
- La guerre n’est pas seulement Européenne, on peut dire qu’elle est universelle, car elle n’épargne aucune partie du monde.
- La côte d’Amérique a vu des rencontres navales ; des conquêtes et des bombardements se sont produits en Océanie. L’éxr trente Asie a subi la campagne glorieuse de Kiao-Tchéou et voici que l’Orient devient, avec la déclaration de guerre de la part de la Turquie, Je théâtre d’opérations dont les conséquences bouleverseront des situations économiques et politiques qui étaient inchangées depuis des siècles.
- L’Arabie et la Mésopotamie, ces « berceaux du monde », où se produisi-rentles premières grandes luttes de l’humanité, sont devenues un des champs de bataille sur lequel la victoire des alliés aura des conséquences immédiates.
- Ces contrées, les unes réputées à tort désertiques, les autres perdues dans les lointains historiques,
- sont presque ignorées du grand public qui s’en désintéresse. Elles ont été asservies, dévastées, et laissées improductives par l’oppresseur séculaire qu’était pour elles le « Turc abhorré ».
- C’est une grande erreur d’attribuer à l’Islam l’accumulation des ruines qu’on y rencontre ; c’est au contraire la domination turque qui fut l’auteur de ces dévastations. Nous n’en voulons pour preuve que la magnifique civilisation arabe qui fit fleurir l’art et les sciences à Bagdad, au Caire et en Espagne, et qui disparut brusquement de partout le jour où les sultans de Stamboul établirent leur hégémonie sur l’Islam.
- L’immense péninsule arabique, toute la Mésopotamie et la Syrie, pays de pure race arabe, sont nominalement sous la domination ottomane. En réalité, les Turcs y sont si faiblement établis qu’ils ne se sont jamais installés dans aucun sultanat de La
- pig. i.
- Carte de l’Arabie.
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- L’ARABIE
- péninsule. Ces sultanats sont nettement délimités géographiquement et politiquement; ils ont leur autonomie de fait, sinon de droit.
- En partant du golfe. d’Àkaba pour redescendre vers le Sud, le long de la mer Rouge, on rencontre d’abord la grande province du Hedjaz, dont les centres principaux sont les villes saintes de La Mecque et de Médine. Cette partie de l’Arabie est la plus immédiatement soumise à l’autorité turque. Le chemin de fer, récemment construit entre Damas et Médine, via Mahan et Tebuck, a consolidé l’influence
- ' r .... .
- Toute cette partie de l’Arabie que nous venons d’examiner est trop éloignée de Stamboul pour redouter sa domination ou son ingérence; .mais, à partir du 26e parallèle, les régions formant le Nord de l’Arabie se rapprochent du contact turc. Là se trouvent, bordant le golfe Persique, en face des Iles Bahrein, les sultanats d’ElHasa et du Nedj, dont le souverain Ben Saoud a combattu, pendant dix années, pour reconquérir son indépendance et le royaume de ses ancêtres. Après avoir repris presque seul, avec quelques rares partisans, la ville de Rhiad, sa capitale, il a poursuivi victorieusement une guerre sans merci contre son ennemi héréditaire Ibn’Rachid, souverain du Kasim, dont Ilaïl, la capitale, était défendue par une importante garnison turque. Ben Saoud a vaincu Ibn’Rachid et ses successeurs; il a emporté Ilaïl de vive force. C’est donc en réalité contre le gouvernement ottoman qu’il a ainsi utté avec succès.
- Fig. 3. — Un chef arabe de Mésopotamie et sa garde.
- Fig. 2. — Tribus auxiliaires de l’armée anglaise.
- ottomane et facilité pour elle le contrôle de ce vilayet. Mais, au Sud-Ouest, le Yémen est resté un pays très indépendant et la dure campagne menée pendant 15 années contre l’Iman Yaya n’a abouti qu’à un traité bancal et précaire, qui sera déchiré à la première occasion.
- Cette occasion semble être arrivée.
- Au sud de la péninsule, l’Hadra-maout est composé de plusieurs sultanats, en dehors de toute influence et ne pouvant être pénétrés que par la mer. D’ailleurs, toutes les villes de l’IIadramaout et quelques-unes, et non des moindres, du Yémen, telles Moka et Hodeïdah, sont construites sur le rivage, adossées à la montagne très accore sur cette côte, et vulnérables de la mer par la flotte anglaise qui sillonne perpétuellement ces parages. Le voisinage des établissements militaires d’Aden et de Périm donne à l’Empire britannique une situation particulière dans cette région de l’Arabie.
- Le Sultanat d’Oman forme l’extrémité Sud-Est de la péninsule arabique. Sa capitale, Mascate, tombe chaque jour davantage sous l’influence anglaise puisque, bénévolement, la France abandonne petit à petit les prérogatives que lui avaient réservées les Traités.
- Plus au Nord, les sultanats d’Abu Thabi, du Gatar et de Bahreïn ont, eux aussi, signé des compromis officieux, sinon avoués aux Chancelleries, avec l’Empire britannique.
- Tout à fait au Nord du golfe Persique se trouve Koweït, dont les Allemands voulaient faire le terminus du fameux « Bagdad-Bahn » qui sera achevé, espérons-le, par d’autres que par eux.
- , M’Bareck, souverain de ce pays, a passé en 1902 un traité de protectorat avec l’Angleterre ; un peu à l’Est de Koweït se trouve l’embouchure du Shat El-Arabi qui, jusqu’à la fin du xve siècle, fut la grande voie commerciale entre l’Occident et l’Orient ; c’est le chemin d’accès vers Bassorah, centre de réception et de distribution de la. Mésopotamie tout entière et d’une partie de la Perse. C’est la voie qui mène vers Amarah, réputée pour ses riches cultures, et aussi vers la légendaire Bagdad et vers Mossoul. L’immense étendue de pays situé au Nord de Koweit
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- et à l’Ouest du Shat et du Tigre est peuplé d’autres arabes, puissants et avides, eux aussi, de leur indépendance. Ce sont les turbulents Muntéficks, avec lesquels les garnisons turques de Bassorah et de Bagdad se rencontrèrent si souvent jusqu’en 1904 et furent chaque fois battues. A cette époque, le vaillant Nazim Pacha qui fut lâchement assassiné depuis par Enver Pacha, étant devenu Gouverneur de Bagdad eut enfin raison de ces rudes guerriers. Entre Bagdad et Damas se rencontrent aussi les Ànezeh, parmi lesquels beaucoup de nos protégés syriens s’honorent d’avoir des parents et des alliés.
- Le Shat El Arabi, formé de la réunion du Tigre et de l’Euphrate, est donc l’artère de vie qui, au temps des Califes de Bagdad, donnait, au moyen d’un prodigieux système de canalisation, la richesse à toute cette région. Ces années passées, l’ingénieur anglais Willcox étudia la réfection de ces canaux ; les intrigues allemandes et l’incurie turque ont entravé ses travaux <
- Mais voici que la criminelle folie d’Enver Pacha déchaînant la guerre en ce pays, a permis aux Anglais l’achèvement du plan qu’ils poursuivent depuis plus d’un siècle, de s’établir dans tout le golfe Persique et la Mésopotamie, pour en faire le boulevard qui défendra l’approche de l’Empire des Indes. Ils ont occupé Fao, puis Bassorah ; demain nous apprendrons qu’ils sont entrés à Bagdad, puis à Mossoul, pendant que les flottes combinées franco-britanniques assiégeront les côtes de Syrie, et que la Russie descendra victorieusement du Caucase pour occuper Erzeroum et le Kurdistan. La Presse anglaise s’est déjà inquiétée du partage futur de ces magnifiques conquêtes. Elle prévoit l’annexion par l’Angleterre de la
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- Fig. 4. — Bateau sur le Tigre se rendant à Bagdad
- Mésopotamie, tandis qüe la France recevrait la Syrie et. les lieux saints de la Palestine. Mais, de l’Arabie, il n’est pas question et cependant, la péninsule mérite, à tous points de vue, de retenir notre attention.
- La Guerre (Vémancipation qui se poursuit en ce moment doit, dès aujourd’hui, avoir là encore ses: effets. L’Émancipation de l’Irlande, l’Émancipation de la Pologne, l’Émancipation des Israélites de Russie sont des actes de haute politique qui ont été accueillis avec joie par l’Europe entière. Ne serait-ce pas le moment d’une déclaration franco-anglaise en faveur de Y Émancipation de l'Arabie, c’est-à-dire de la reconnaissance par les deux grandes Puissances amies, de l’autonomie des sultanats du Nedj, du Kasim, de l’Hadramaout, du tledjaz, du Yémen, du Muntefiek, etc., formant entre eux une Confédération
- sous la protection de la France et de /’Angleterre.
- Les villes saintes de la Mecque et de Médine seraient neutralisées et mises sous l’autorité du grand schériff de la Mecque et des cheiks d’El-Azar. La déclaration comporterait une reconnaissance perpétuelle de l’indépendance des villes saintes musulmanes et les rendrait inviolables.
- Voilà un acte qui assurerait la paix dans les pays mahométans et prouverait que la France et l’Angleterre sont bien réellement les deux puissances protectrices de l’Islam.
- Nous nous réservons, dans des articles qui suivront, d’étudier les possibilités d’organisation de la Confédération arabe et sa répercussion surTlslam en général et, en particulier, sur les populations musulmanes de nos colonies. A. Jouannin,
- Vice-président de l’Union Franco-Persane sec. général honoraire du Comité de l’Asie française.
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- Séance du 1 o mai 1915 (Suite).
- Composition des vitraux de Reims. — Un travail fort intéressant de M. Chesneau, sous-directeur de l’École des Mines, est consacré aux vitraux de Reims. Il montre, en résumé, par des analyses chimiques complètes, que les verriers du xme siècle étaient arrivés empiriquement à une connaissance très curieuse des résultats à espérer en ajoutant tel ou tel minéral qui apportait à leur insu un élément chimique accessoire. Ainsi, dans leurs
- verres bleus teintés avec le safre extrait des arsénio-sulfures de cobalt naturels, ils avaient reconnu l’avantage d’une opération minutieuse par laquelle le nickel (toujours associé au cobalt dans la nature) est éliminé. On évite ainsi les teintes brunes et obscures qui résultent du nickel. D’autre part, ils ajoutaient intentionnellement du cuivre dont le bleu verdâtre compense la nuance violacée de l’oxyde pur de cobalt. Par contre, leurs verres
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- violets étaient obtenus avec le minerai naturel de manganèse non purifié, celui-ci permettant seul d’avoir les tons chair, tandis que, lorsqu’on a isolé l’oxyde pur de manganèse èn le débarrassant du Cuivre et du cobalt, on ne réalise plus le même effet. Le verre rouge, dont le secret fut perdu plusieurs siècles, est un verre vert à bouteille doublé d’un émail extrêmement mince que colore Uoxydule de cuivre. Dans tous les cas, on a la
- preuve, dans l’art de la verrerie comme dans beaucoup d’autres, que la grande supériorité artistique du travail ancien sur le travail moderne tenait à ce que ce dernier s’attache à obtenir des produits chimiques trop purs et à les utiliser d’une façon trop régulière, trop mécanique, tandis que les artisans anciens savaient quelle part d’irrégularité il convient de laisser pour obtenir les jeux de lumière, l’effet de couleur et de plastique.
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- On a souvent comparé l’armée à une immense usine, une usine dans laquelle l’outil serait le soldat, la matière l’ennemi. Si le but n’était pas de détruire et non de créer, l’armée moderne serait en effet l’usine la plus formidable que l’imagination humaine ait jamais conçue, puisqu’elle utilise et met en jeu à elle seule tous les rouages, toutes les énergies de la nation. Pourquoi son organisation d’ailleurs ne serait-elle pas du même ordre? La grosse destruction en série ne saurait être bien différente de la grosse fabrication en série.
- A la base de tout, un certain nombre d’organes interchangeables, que l’on appelle en terme de métier des unités tactiques. Ces unités tactiques, ce sont les corps d’armée.
- Puis, de même qu’un certain nombre de machines identiques sont groupées en ateliers, et complétées par des machines accessoires, destinées à parachever le travail, de même un certain nombre de corps d’armées, trois ou quatre au maximum, sont réunis à différents organes complémentaires (artillerie lourde, escadrilles d’avions, boulangeries d’armée, services d’étapes, etc.), de façon à constituer une armée. -
- L’ensemble de toutes les armées constitue enfin l’armée nationale, aux ordres directs du généralissime.
- Nous allons commencer par définir l’organe élémentaire, organe fort respectable d’ailleurs, que constitue le corps d’armée. 11 nous sera facile alors de passer à l’armée, et de montrer enfin comment tous ces éléments divers se coordonnent, sous l’impulsion du chef unique, du généralissime.
- I. — Le corps d'armée en tant qu’unîté tactique.
- — Le corps d’armée du temps de guerre ne ressemble que d’assez loin au corps d’armée que les manœuvres d’automne nous avaient mis à même de connaître. Le corps d’armée du temps de paix, n’était pour ainsi dire qu’un squelette, auquel la mobi'isation est venue donner de la chair et des muscles.
- Quelle est donc, en temps de guerre, la composition exacte du corps d’armée?
- Tout comme l’usine, à laquelle nous faisions allusion dès les débuts de cet article, le corps d’armée comprend :
- 1° Des organes d’action ou de combat, en terme militaire des troupes; 2° des organes d’entretien, en langage technique des services ; 3® un organe de direction ou de commandement, en terme militaire un quartier général.
- a) Les troupes. — Le corps d’armée, devant se suffire à lui-même, comprend des troupes de toutes armes, infanterie, artillerie, cavalerie, génie.
- Ces troupes sont réparties en deux catégories : 1° troupes endivisionnées ; 2° troupes non endivisionnées.
- Les troupes endivisionnées se composent de 2 divisions identiques, constituées chacune par : 4 régiments d’infanterie (2 brigades) ; 1 régiment d’artillerie divisionnaire (à 9 batteries de 4 canons) ;~T escadron
- de cavalerie ; 1 compagnie divisionnaire du génie.
- Les troupes non endivisionnées se composent de : 2 régiments d’infanterie; 1 régiment d’artillerie, dit de corps (à 12 batteries de 4 canons); 1 escadron de cavalerie ; 1 compagnie du génie, dite de corps.
- Pourquoi cette répartition des troupes en éléments endivisionnés et non endivisionnés? La raison en est simple. Les troupes non endivisionnées restent normalement sous les ordres immédiats du général commandant le corps d’armée qui peut, selon ses instructions du moment, les faire agir en faveur de l’une ou de l’autre de ses divisions.
- b) Les services. — Pour que ces troupes puissent combattre, il faut leur fournir en permanence des vivres, des munitions; il importe de soigner immédiatement les blessés légers, d’évacuer vers l’intérieur les blessés trop grièvement atteints. Les prisonniers doivent être.conduits sans délai vers l’intérieur, ;et libérer la troupe de. la gêne que constitue leur présence. Les besoins matériels5 ne doivent pas faire oublier les besoins moraux; il ne faut pas que les soldats puissent être privés de la joie du réconfort que leur apportent les nouvelles de la famille lointaine.
- A chacun de ces nombreux besoins, doit correspondre une organisation apte à les satisfaire : l’intendance, par ses convois dits administratifs, amènera à pied d’œuvre les vêtements, la boisson, les vivres; l’artillerie, par son parc, de corps d’armée, ravitaillera en cartouches et en obus; le génie, par son parc, ravitaillera en outils et explosifs ; le service de santé, par ses groupes de brancardiers et ambulances, soignera et évacuera les blessés et malades; la prévôté (gendarmerie aux armées) fera régner l’ordre en arrière du champ de bataille, arrêtera les espions et pillards, surveillera les convois de prisonniers ; le Trésor et Poste assurera la distribution pus ou moins régulière des correspondances et s’occupera des transports de fonds.
- c) Le quartier général. — L’ensemble des troupes et services d’un corps d’armée arrive au chiffre respectable de 44 000 hommes, auxquels se joignent 12 500 chevaux et 2300 voitures de toutes sortes. Pour mieux apprécier l’importance d’un corps d’armée, que notre lecteur veuille bien se représenter, sur une route, une colonne de troupes, d’animaux et de voitures dont la longueur atteindrait environ 50 kilomètres, et dont le transport en chemin de fer exigerait 121 trains. La mise en marche de cetle masse, sa conduite au combat, la mise en action coordonnée, à l’instant voulu, des différents services accessoires, tout cela constitue une besogne écrasante, que l’homme le mieux doué ne saurait accomplir seul. Un organe de commandement doit donc être prévu, qui, grâce à une division minutieuse du travail, grâce aux moyens puissants dont il sera pourvu, poui’ra, sous l’impulsion d’un chef unique, mener cette besogne à bien. Cet organe, c’est ce que l’on appelle le quartier
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- ......—...........L’ARMÉE MODERNE
- général de corps d’armée, organe qui comprend essentiellement un nombreux personnel d’officiers, constituant l’état-major du général en chef, puis des éléments subalternes, secrétaires, automobilistes, estafettes, télégraphistes, et tout un lot de voitures pour le transport des documents, des cartes et auti’e matériel indispensable.
- Un quartier général de corps d’année ne comprend pas moins de 53 officiers, environ 500 hommes de troupes, 220 chevaux et 55 voitures, et nécessite, dans ses déplacements, deux trains complets.
- II. — La formation des armées. — Le corps d’armée, nous venons de le voir, constitue une unité capable, au combat, de se suffire à elle-même. Pourvu de services d’entretien en apparence abondants, il semblerait que le gi’oupement pur et simple de plusieurs corps d’armée sous les ordres d’un même chef, sans adjonction d’organes complémentaires, puisse posséder une vie propre.
- Des organes complémentaires sont nécessaires pour deux raisons :
- 1° La quantité de vivres emportées par le corps d’armée est considérable (8 jours environ) : l’expérience a montré cependant qu’il était’nécessaire de constituer, en arrière des troupes combattantes, de nouveaux approvisionnements, susceptibles de parer à tous les à-coups.
- Une armée possédera donc, en arrière des corps d’armée : a) des organes de ravitaillement en munitions d’infanterie et d’artillerie ; c’est ce que l’on appelle le Grand Parc d’artillerie d’armée; — b); des organes de ravitaillement en outils et explosifs utilisables par le génie ; Grand Parc du génie d’armée ; c) des organes de ravitaillement en vivres ; convois administratifs d’armée, boulangerie d’armée, parc de bétail d’armée, entrepôts contenant des approvisionnements de toutes sortes, placés à proximité de la ligne de communication; — d) des organes de ravitaillement en médicaments, pansements ; — e) des organes de ravitaillement en chevaux (dépôts de remonte, dépôts de chevaux blessés), été.
- Tous ces ravitaillements sont placés, soit dans des voitures {convois administratifs ou éventuels d’armée), soit dans des trains (en cas mobiles), soit dans des entrepôts d’où on pourra les expédier immédiatement aux armées. Un entrepôt commun aux différents services est établi en principe dans une grande gare, dite gare régulatrice, d’où les ravitaillements partent journellement vers les corps constituant l’armée.
- 2 Le fait seul du groupement crée des besoins nouveaux : il devient nécessaire en particulier d’établir, entre les corps d’armée, des communications efficaces et sûres, communications avec ou sans fil, communications par chemin de fer, etc.
- La portion de territoire où se trouvent placés tous ces organes de ravitaillement, ainsi que les troupes chargées d’assurer le fonctionnement et la sécurité des différentes communications, s’appelle la Zone des Etapes et Services. Cette zone est placée sous les ordres directs d’un général de division, appelé Directeur des Etapes et Services, qui dépend lui-méme d’une façon immédiate du général commandant d’armée.
- Mous retrouvons, en somme, dans l’organisation de l’armée, les mêmes services d’entretien, que nous avons déjà trouvés dans l’organisation du corps d’armée : Artillerie, Génie, Intendance, Service dé santé, Service vétérinaire, Prévôté, Trésors et Postes.
- L’armée possède, en outre, un certain nombre d'organes de combat que le général d’armée peut utiliser comme il l’entend et mettre au moment voulu à la dis-
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- position de ses corps d’armée : groupes d’artillerie lourde ; escadrilles d’avions; dirigeables, ballons captifs, etc.
- Le général d’armée, ainsi d’ailleurs que le D. E. S. (directeur des Etapes et Services) disposent, bien entendu, chacun d’un état-major. L’ensemble constitué par ces deux états-majors, le personnel et le matériel indispensables, porte le nom de quartier général d’armée.
- III. — Le groupement des armées sous les ordres du Généralissime. — La multiplicité des moyens, que la science met à la disposition de l’armée, fait de celle-ci un organisme infiniment puissant, mais aussi infiniment sensible. La guerre de jadis avait pour théâtre une zone assez restreinte, et les difficultés de communication et de transport étaient telles, qu’un événement, survenu en un point quelconque, n’affectait guère le reste du front. L’emploi du télégraphe et surtout du chemin de fer a changé du tout au tout les conditions de la lutte. Une défaite, comme une victoire partielle survenue en un point déterminé de la ligne de bataille peuvent entraîner à très bref délai des conséquences irrémédiables : seul, un chef unique/centralisant heure par heure les renseignements venus de tout un front de combat, peut leur donner une valeur d’ensemble ; seul, il peut prévoir les conséquences d’un événement partiel, le provoquer s’il y a lieu et le mettre à profit dans toutes ses conséquences.
- Les différents commandants d’armée devront donc recevoir d’un chef unique l’idée directrice, qui permettra aux diverses évolutions partielles d’être par avance coordonnées. Pour la transmission de cette idée directrice, le généralissime doit posséder en propre des moyens de liaison entre ses différentes armées et lui-même. Un service télégraphique fonctionnant en arrière et tout le long du front est donc indispensable.
- La réalisation de cette idée directrice entraînera des mouvements de troupes d’une extrémité à l’aulre du théâtre des opérations : les organes nécessaires à ces transports doivent donc dépendre d’une façon directe du général en chef.
- Le Généralissime, assisté de son grand étal-major, aura donc sous sa direction : 1° un service des chemins de fer de l’arrière, assuré par des Commissions de chemins de fer et des troupes spéciales, dites Sections Techniques de chemins de fer de campagne (agents des grandes Compagnies mobilisés) ; 2° un service télégraphique d’arrière, assuré par des Sections Techniques de télégraphistes (employés des télégraphes mobilisés) ; 5° un service de la navigation, assuré par des Commissions de navigation.
- L’ensemble de ces services est centralisé entre les mains d’un officier général, appelé Directeur de l’Arrière, qui se trouve sous les ordres directs du généralissime.
- Conclusion. — Telle est dans ses grandes lignes l’organisation de l’armée moderne. Etudiée dès le temps de paix, avec des soins minutieux par les états-majors et les chefs auxquels devait incomber la lourde tâche de la victoire, elle a pu paraître à certains bien complexe, bien délicate. La réalité est presque toujours bien loin d’être simple, et c’est souvent se leurrer, que de ne pas regarder les difficultés, toutes les difficultés bien en face, avant de chercher à les résoudre. Cette organisation a désormais, si j’ose dire, subi l’épreuve du feu ; et il ne semble guère que l’expérience y ait apporté de modifications bien fondamentales. Les quartiers généraux envoient leurs ordres, les gares régulatrices envoient leur pain, leur viande, leurs cartouches, leurs obus. La grande machine est désormais en marche, en marche vers la victoire1
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- LA PLUS LONGUE LIGNE TÉLÉPHONIQUE DU MONDE
- New York-San Francisco.
- L’invention du téléphone par Alexandre Graham I Bell remonte à près de quarante ans. C’est, en effet, | le 10 mars 1876 que, grâce au primitif appareil installé dans sa petite mansarde de Boston et qu’un fil électrique long de 50 m. environ reliait à un récepteur placé dans une chambre voisine, l’illustre physicien échangea le premier message téléphonique avec son associé Thomas A. Watson. Plus heureux que tant d’autres inventeurs, il a pu assister au merveilleux développement de sa géniale création qui permet aujourd’hui aux habitants de Londres de parler avec ceux de Paris, aux citadins de la Ville-Lumière de converser avec les Marseillais ou les Lyonnais et même avec leurs amis de Milan ou de Rome!
- Le 25 janvier 1915, Alexandre Graham Bell inaugurait encore la plus longue ligne téléphonique du monde, qui met en communication New York et San Francisco, distantes de 5472 km l’une de l’autre.
- Comme stations intermédiaires, ce nouveau circuit dessert en outre les villes importantes de Pitts-burg, Chicago,
- Omaha, Denver, et Sait Lake City avec embranche m e n t s Buffalo-Boston,
- Buffalo - New York et Buffalo-Chicago.
- L’ « American telephon and tele-graph Company » mena à bien cette difficile entreprise, qui exigea neuf années d’efforts persévérants et coûta plus de 5 milliards 100 millions de francs.
- L’ingénieur en chef de la Société, John J. Carty, dut solutionner de nombreux problèmes techniques au cours des travaux d’installation de la
- ligne. Par exemple, pour forer les trous dans lesquels on planta les 130 000 poteaux destinés à
- soutenir les fils téléphoniques, on se servit d’une tarière mécanique disposée sur un chariot et actionnée par un moteur à pétrole. Cet outil creusait, en un clin d’œil, des excavations de la profondeur voulue, même en terrains consistants. D’autre part, quoique le poids du cuivre employé atteignît 2960 t.;. pour l’e n -semble de la ligne, on n’augmenta pas le diamètre des fils pour améliorer l’audition, ce qui eût été trop onéreux. On les isola d’abord parfaitement, puis on s’adressa à la pupinisation. Ce procédé, ainsi nommé du nom de son inventeur le Dr Pupin, consiste à intercaler des bobines de self-induction, de distance en distance et en des points déterminés sur le circuit, de manière à obtenir la neu-tralisation des phénomènes nuisibles que les courants de charge déterminent dans le conducteur.
- La ligne téléphonique San Francisco-New York, ne constitue d’ailleurs qu’une partie du réseau de F « American Telephon and Telegraph Company » dont le capital dépasse 2 milliards de francs et qui possède environ 9 millions d’abonnés reliés par 53 795 000 km de fils sur tout le territoire de l’Union. Jacques Boyer.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Lahdre, rue de Fleurus, 9, à Paris.
- Fig. 2. — Ligne téléphonique de New York-San Francisco. '
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- LA NATURE.
- N* 2177.
- 9 JUIN 1915.
- LE CHEVAL DE GUERRE EN 1915
- Lorsqu’il y a quelques années Ja voilure automobile est devenue vraiment pratique, beaucoup de personnes ont cru pouvoir prédire que ce serait « la fin du cheval ». Il ne semble pas que les événements aient donné raison à cette prophétie. Ceux qui l’avaient formulée oubliaient surtout que, tant qu’il y aura des armées, ces armées auront besoin de chevaux pour la cavalerie, pour l’artillerie et même pour le transport des
- Cheval argentin.
- encore en Belgique dans son automobile, et traversé l’immense armée allemande se dirigeant versTouest et coulant, comme un torrent, des deux côtés delà route, a croisé d’énormes pièces de siège traînées par 16 et 50 chevaux. Ce sont ces pièces qui ont eu raison de la citadelle d’Anvers.
- En France, notre élevage fournit d’ordinaire faci-lement à la Remonte les diverses races de chevaux qui sont nécessaires à l’armée. Les chevaux de grosse cavalerie (cuirassiers), qui doivent avoir 1 m. 55 à 1 m. 64 au garrot, proviennent de la Normandie (Calvados, Manche, Orne) ; ceux de la cavalerie de ligne (dragons), viennent des départements de l’ouest et du centre (Vendée, Charente,
- Chevaux anglais
- à gauche : Hunier ; à droite : cheval de la Clyde.
- munitions et des vivres. L’automobi'e ne roule bien que sur une route bien macadamisée ; le cheval au contra re passe partout et, moteur souple et intelligent, saule au besoin les obstacles de toute sorte et, même attelé à une pièce d’artillerie, franchit les fosses, aidé par les servants poussant à la roue. Les mulets de nos troupes alpines portent les pièces sur leur dos, dans les sentiers les plus étroits des montagnes.
- Si la guerre actuelle a fait une épouvantable hécatombe d’hommes, elle a fait aussi une énorme consommation de chevaux, et, si la guerre de tranchées donne un peu de repos à notre cavalerie, il est loin d’en êlre de même pour l’artillerie restée sans répit sur la brèche.
- La grosse artillerie elle-même, que l’on a pu voir attelée de voitures automobiles, n’a pas renoncé à se faire tramer par des chevaux. Un Américain qui, dans le premier mois de la guerre, a voyagé
- 43’ Année. — 1" Semestre.
- Anjou, Mayenne, Touraine) ; montés par des hommes moins lourds, on n’exige d’eux que 1 m. 52 à 4 m. 57; enfin, la cavalerie légère (chasseurs et hussards) formée d’hommes de plus petite taille, se fournit dans les départements du sud-ouest (Limousin, Auvergne, Ariège, Hautes-Pyrénées), dont les chevaux n’ont que 1 m. 48 à 1 m. 54, et l’on recherche surtout la race de Tarbes (croisement de l’ancien cheval navarrin avec l’arabe), qui résiste beaucoup mieux que l’arabe d’Algérie au climat humide du nord de la France.
- Presque tous ces chevaux sont aujourd’hui, comme le cheval de Tarbes, des demi-sang, les juments des anciennes races françaises ayant été croisées, dans le nord, avec des étalons anglais de pur sang, dans le sud avec des arabes.
- L’artiJlerie préfère les chevaux «près de terre », c’est-à-dire à corps allongé et à membres plus courts que ceux des chevaux de selle : ils doivent avoir
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- 394 -....—... LE CHEVAL DE GUERRE EN 1915
- 1 m. 54 à 1 m. 62. On les élève dans le Pas-de-Calais et la Bretagne. Quant aux mulets, fournis par les juments et les grands baudets du Poitou, ils atteignent 4 m. 48 à 1 m. 54.
- Dans ces derniers temps, nos artilleurs ont sur-
- à la fatigue, leur ardeur à monter les côtes et leur frugalité, restant 48 heures sans manger ni boire, ou nourris d’une seule ration d’avoine par jour. Au bout de trois semaines de ce régime, et après quatre mois de guerre, tous étaient encore en bon état et
- Chevaux russes
- à gauche : cheval Kalmouck; à droite : Cosaque de VAmour.
- tout recherché les chevaux de race bretonne, qui ont, eux aussi, au sang orien al dans les veines, s’il est vrai que la vieille race celtique s’est croisc'e, il y a epiatre siècles, avec les étalons barbes e'chappés du naulrage de l'invincible Armada sur les côtes
- quelques-uns même avaient à peine maigri. Or, ce cheval ne dépasse pas la taille de ceux qui traînent notre 75 de campagne.
- Celte préférence générale pour le cheval léger, évidemment plus facile à manier, a fait négliger, au
- Chevaux allemands
- à gauche : Trakehnen ; à droite : cheval d'Oldenbourg.
- de Bretagne, en août 1588. Un sous-officier d’artillerie lourde nous rapporte que parti de Lorient, le 50 novembre 1914, avec 246 « bidets bretons » réquisitionnés dans le département du Finistère, ces chevaux, attelés seulement par six, à des pièces de 120*long pesant 5000 kg, et faisant des étapes de 25 a 50 km, ont étonné les officiers par leur résistance
- début, les fortes races du Nord, Bou'onnais et Percherons. C’était une faute dont on s’est bientôt aperçu. La race ardennaise de trait, en particulier, a été réquisitionnée des deux côtés du front, et ce sont les envahisseurs qui ont donné l’exemple, s’empressant d’expédier en Allemagne les jumenls suitées dont ils se sont emparés. Le cheval du
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- Luxembourg diffère peu de l’Ardennais. Nos officiers supérieurs et capitaines de l’infanterie territoriale, qui sont rarement montés en temps de paix, ont été heureux de trouver les chevaux, communs et un peu lourds, dont la cavalerie et même l’artil-
- Les officiers d’état-major et de liaison ont besoin de chevaux plus fins, plus vites et mieux dressés surtout à franchir les obstacles, que les chevaux de troupe. Ils ont pu choisir, dès le mois d’août, dans le stock des pur sang immobilisés par la cessation
- De gauche à droite : Iiunter, cheval breton, jument du Suffolk et son poulain.
- lerie de campagne ne voulait pas. Les Anglais, par contre, attellent aux pièces lourdes jusqu’à huit chevaux de leurs fortes races de Clydesdale, de Suffolk et de Shire-horse (cheval de paysan).
- Dès le mois de novembre on a fait venir, du
- des courses et réquisitionnés par l’armée sous le nom de « chevaux de tête ». Les officiers de l'armée envahissante ont cherché à faire main basse sur ceux qui restaient encore. Les journaux ont raconté l’aventure de ce lieutenant de uhlans qui, lors du
- Chevaux belges : ; :
- à gauche : Luxembourgeois ; à droite : Ardennais.
- Canada pour la: grosse cavalerie, de l’Argentine pour l’artillerie légère, des chevaux en grand nombre, et les paquebots qui portaient, chacun, jusqu’à 900 de ces animaux, ont eu la chance d’échapper au fameux corsaire allemand Kronprinz.
- Wilhelm, qui vient dé terminer sa carrière au fond d’un port des Etats-Unis.
- raid des Allemands sur Paris, arrivant à Chantilly à la tête d’une pointe d’avant-garde, s’empressait de courir à l’une des principales écuries dans l’espoir d’y trouver‘à se monter richement. Il réclamait naïvement, en le désignant par son nom, un sleeple-chaser célèbre par ses victoires sur les hippodromes parisiens. Mais, le cheval était au front depuis
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- LE CHEVAL DE GUERRE EN 1915
- longtemps, et les rares chevaux qui restaient encore n’avaient plus leur nom au-dessus des boxes. Fort embarrassé, notre sportsman dut s’adresser à un vieux lad, resté seul à la garde de l’écurie, et, peu après, abusé par une ressemblance de robe et de balzanes, il sortait fièrement de l’écurie, suivi de son ordonnance menant par la bride une rosse de belle apparence, mais qui, dans toutes ses courses, n’était jamais sortie du peloton des chevaux battus.
- Les vieux sporstmen espèrent déjà que cette dure campagne, qui est une leçon d’entrainement et de résistance pour les chevaux comme pour les hommes, améliorera la race de nos pur sang, trop spécialisés par les courses sur de courtes distances, et dont la mise à l’entraînement à deux ans — alors que le cheval n’est adulte qu’à quatre ans — entravait le développement rationnel, tel qu’on l’exige du cheval d’arme.
- Hunter, ou cheval de chasse, à la fois solide et léger, mais surtout sauteur adroit, qu’il soit de pur sang, ce qu’ils préfèrent, ou de demi-sang, ce dernier moins vite mais moins délicat, n’exigeant pas autant de soins, dans une campagne longue et pénible comme celle-ci. Dans leurs guerres coloniales, les Anglais se sont beaucoup servis d’infanterie montée, et dans la présente guerre des Flandres, ils ont allié d’une façon originale les deux armes, infanterie et cavalerie.
- Dans un escadron qui va charger, chaque cavalier prend en croupe un fantassin, généralement un écossais; au moment du contact avec l’ennemi, le fantassin saute à terre pour laisser au cavalier la liberté de ses mouvements et, cramponné à l’étrier, l’Ecossais aux longues jambes galope aussi vite que le cavalier, tous deux chargeant l’un avec sa lance, l’autre avec sa baïonnette, puis, l’action terminée,
- Chevaux à bord d'un transport.
- Un cheval rapide et bon sauteur est indispensable à un officier chargé de porter des ordres, et que son isolement joint à l’évidence de sa mission signalent à tous les observateurs ennemis. D'autre part, plus d’un souverain, vaincu et abandonné par son armée en fuite, a trouvé sa dernière ressource dans les jambes de son cheval. La reine Louise de Prusse qui, revêtue d’une cuirasse et d’un casque dorés, assistait à la bataille d’Iéna, fut, dans le désarroi de la défaite, séparée de son escorte, et n’échappa à la honte d’être faite prisonnière que grâce à la vitesse de sa monture. Deux hussards français qui s’étaient lancés à sa poursuite, dit une gazette du temps, « la serrèrent d’assez près pour qu’elle pùt entendre leurs propos de caserne et leurs quolibets, bien faits pour effaroucher les oreilles pudibondes d’une jeune reine.... »
- Les Anglais, créateurs du pur sang de course, ont toujours tenu à avoir une cavalerie de premier ordre. Le type de leur cheval de guerre est le
- le fantassin saute en croupe et le cavalier tourne bride pour aller se reformer en arrière des réserves.
- Depuis 1913, le gouvernement anglais s’était mis en mesure de fournir, en 10 jours, à l’armée sur le pied de guerre, tous les chevaux dont elle axait besoin. Le recensement avait été opéré à l’avance par la remonte, de telle sorte que la réquisition se fit avec la plus grande facilité. Non seulement les troupes partant pour le continent furent pourvues dans le délai voulu, mais encore la cavalerie territoriale et la yeomanry furent réunies sur leur point de concentration dès le deuxième jour de la déclaration de guerre.
- Les chevaux russes, comme tous les chevaux d’Europe, ont été régénérés par le pur sang oriental ou anglais. Il existe actuellement six haras de l’Etat, et l’un des plus célèbres est celui de Khre-novoyé où l’on élève les chevaux de la fameuse race Orlow, qui est antérieure à 1778, et fournit des chevaux de selle aussi bien que des trotteurs. Il
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- existe, en outre, un haras de l’armée du Don, où l’on croise le cheval de cette région avec des étalons de race orientale.
- Le cheval du Don, qui est la monture des Cosaques du même pays, est d’origine mélangée; mais, sans avoir l’élégance de l’arabe ou du Tarbes, c’est un excellent cheval de cavalerie légère; il possède l’endurance, l’élasticité, l’agilité et la rapidité. De plus, il est dressé à une manœuvre en ordre dispersé spéciale à l’armée russe : le cavalier, chargeant « en fourrageur », saute à terre et, sur une simple pression du mors, le che'al se couche sur le côté; le soldat agenouillé derrière ce rempart vivant, fait le coup de feu; puis, en un clin d’œil, cheval et cavalier sont relevés et disparaissent au loin.
- Les chevaux, plus trapus, des Cosaques de l’Oural et de l’Amour, appartiennent aux races Kirghises et Kalmouk, races primitives et demi-sauvages qui n’ont aucune trace de sang anglais dans les veines, et se rattachent au Tarpan ou cheval des steppes asiatiques. Comme les Poneys du Nord de T Europe, ces chevaux sont élevés en plein air et à la dure, mais on les recherche pour leur endurance et leur sobriété. Leur apparence est peu élégante et ils ne sont complètement formés qu’à 5 ou 6 ans. Mais ils sont excellents pour faire campagne, et on en voit beaucoup dans l’armée du Don.
- La cavalerie allemande est très bien montée. Le temps est loin où les cuirassiers de Frédéric-Guillaume Ier ne chargeaient qu’au petit trot et redoutaient surtout le pavé glissant des rues de Berlin. Le pur sang anglais a été introduit en 1700, et le haras de Trakehnen, fondé en 1716, au Nord-Est de la Prusse, fournit directement ou indirectement la plupart des chevaux de l’armée. Le type de selle se rapproche plus de nos anglo-arabes du midi que de nos anglo-normands (en effet, il a
- 50 pour 100 de sang anglais, 25 de sang oriental, 25 de sang indigène). Mais on cherche sans cesse à augmenter la taille, fut-ce au détriment de la qualité et de la distinction.
- Sous ce rapport, le cheval d’Oldenbourg semble l’idéal, car il atteint 1 m. 75 à 1 m. 85 au garrot. Il n’a été ennobli que par des demi-sang anglais. Mais il ne convient guère qu’à l’attelage.
- On sait qu’en 1870, la cavalerie allemande fut jugée supérieure à la nôtre. Si peu renseignés que nous soyons sur les engagements de cavalerie qui ont précédé, accompagné ou suivi la bataille de la Marne, les juges les plus compétents n’en affirment pas moins que les rôles sont renversés, si bien que la cavalerie allemande évite désormais de se mesurer avec la cavalerie française.
- En face de l’énorme consommation de chevaux qui se fait au cours des guerres modernes, on a cherché à sauver ceux de ces animaux qui sont guérissables. C’est là le but auquel tend la Croix Bleue. Fondée par les Anglais, il y a quelques années, cette institution a fait ses débuts pendant la guerre des Balkans. Dès le 10 octobre 1914, une délégation de cette société, sous la conduite du capitaine Claremont, s’est installée en France, avec l’autorisation de M. Millerand et sous la haute direction du professeur Almy, de l’École vétérinaire d’Alfort. Elle compte actuellement douze hôpitaux auxiliaires, rattachés à quatre dépôts, et dont chacun peut recevoir de 5 à 500 chevaux.
- Ces animaux y sont soignés, selon toutes les règles de l’art, jusqu’à guérison complète, et passent le temps de leur convalescence dans de vastes prairies où ils reprennent leurs forces. Ces invalides de la guerre pourront ensuite être rendus, non à l’armée, mais à l’agriculture qui s’en était privée au début des hostilités. P m
- li. 1ROÜESSART,
- Professeur au Muséum national.
- ESSEN ET LE BASSIN MÉTALLURGIQUE DE LA RUHR
- Le bassin minier et métallurgique rhénan-west-phalien est la principale source d’où l’Allemagne, ou plutôt la Prusse, tire sa richesse.
- Je voudrais donner à sa monographie une certaine ampleur, car il importe de l’examiner non seulement avec l’œil de l’ingénieur parcourant de magnifiques établissements industriels, mais encore avec 1 attention intéressée du créancier qui évalue le gage d’un débiteur éventuel.
- Les gisements houillers qui ont fait la fortune de cette région s’étendent sur une largeur de 95 km de l’ouest à l’est, entre Crefeld et Hamm et sur une hauteur de 45 km du midi au nord entre Elberfeld-Barmen et Hallern en Westphalie. Mais les limites du terrain carbonifère n’ont été reconnues qu’au sud; sur les trois autres faces du bassin la houille s’étend bien au delà des puits actuellement en exploitation, et chaque année voit
- aménager dans toutes les directions des concessions nouvelles.
- Les couches de houille sont généralement inclinées vers le nord; donc, plus on avance dans cette direction, plus les puits deviennent profonds et les forages s y multiplient d’année en année au fur et à mesure du progrès de la technique minière.
- Le bassin s’étend en outre sur la rive gauche du Bhin ; mais là les concessions sont restées longtemps inexploitées, non par suite de la profondeur, mais a cause des énormes venues d’eau que les sondages avaient fait reconnaître. Depuis quelques années seulement, grâce au procédé nouveau de forage des puits avec congélation des parois, de nombreuses losses ont été creusées entre le Rhin et la frontière hollandaise au nord de Crefeld.
- Le nombre des couches reconnues dans le bassin rhénan-westphalien s’élève à 136, représentant une
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- épaisseur totale de 108 ra. de combustible. Et l’on ésiime à ce jour à plus de 200 milliards de tonnes la quantité de charbon que recèle le sous-sol.
- Tel qu’il se présente aujourd’hui ce bassin donne lieu, à égalité de superficie, à la plus importante extraction de houille qu’il y ait au monde. Le graphique ci-joint (p. 400) en représente la progression jusqu’à la fin de 1915, qui en a vu extraire plus de 110 millions de tonnes p1).
- Et comme d’autre part cette extraction a provoqué la création d'une quantité correspondante d’établissements métallurgiques et autres, une véritable forêt de villes industrielles sont nées et ont grandi depuis 50 ans dans cet étroit espace.
- plus au sud Elberfeld-Barmen (540 000 hab.). Enfin la plus grande cité de l est du bassin est Dortmund (218 000 hab.) d’où part vers le nord le canal qui relie la Westphalie à la mer du Nord à Emden.
- Nous verrons que toutes ces grandes agglomérations sont le siège de puissantes sociétés houillères et métallurgiques; mais entre elles se sont intercalées une pléiade de villes grandissantes de 40 à 100 mille âmes : Boltrop, Rotingen, Gladbeek, liat-tingen, Ilerne, Recklinghausen, Ilagen, Sollingen, Una, Hamm, etc., de telle sorte que bien souvent ces villes se rejoignent les unes aux autres par leurs faubourgs. On évalue à près de 10 millions le nombre d’habitants des deux provinces industrielles
- Fig. i. — Le centre industriel rhénan westphalien et le canal du Rhin à Herne. Les parties ombrées indiquent les densités diverses de la population.
- Ce sont, en partant de Cologne (520 000 hab.) et en remontant vers le nord et le nord-est : sur le Rhin, Dusseldorf, capitale de la Prusse Rhénane (560 000 hab.) ; Duisboùrg-Ruhrort, le gigantesque port situé à l’embouchure de la Ruhr et du Rhin (280 000 hab.) ; Hamborn (120000 hab.) ; Wesel, près de la frontière hollandaise et sur la rive gauche du Rhin ; Crefeld (150 000 hab.), centre de la fabrication des soieries allemandes.
- Puis en quittant le Rhin pour s’enfoncer vers l’est, et en remontant la Ruhr, Mulheim (115000 hab.), Oberhausen (95 000 hab ), Essen (520 000 hab.) qui occupe à peu près le centre du bassin dont il est la ville la plus importante; plus au nord-est Gelsenkirchen (.169 000 hab.) qui n’est distant que de quelques kilomètres de Bochum (157 000 hab.) ;
- 1. Le plus puissant bassin bouiller anglais, celui du Yorkshire, produit moins de 70 millions de tonnés.
- du Rhin et de la Westphalie. Ce qui a favorisé entre tous le bassin houiller de la Ruhr, c’est la proximité des plus abondantes mines de fer de l’Europe. La distance de Dusseldorf à Hayanges, axe des mines lorraines, n’atteint pas 200 km et le parcours en est rendu très économique grâce à la Moselle et au Rhin.
- Ces gisements ferrugineux sont centralisés en 5 groupes. Le plus important est le bassin lorrain-luxembourgeois, qui est à cheval sur 4 districts : la Prusse rhénane, le Luxembourg, la Lorraine annexée et la Lorraine française.
- Disons en passant que la partie la plus riche de ces gisements se trouve dans le sol français où elle forme le bassin de Briey (Longwy, Pienne, Au-boué, Homécourt, Audun, Aumetz). Ce bassin se perd au sud, à la hauteur de Metz, pour reparaître vers Pont-à-Mousson, Neuves-Maisons. Pont-Saint-Vincent.
- En 1915, les bassins de Briey et de Nancy pro-
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- duisaient environ 20 millions de tonnes dont la moitié était expédiée en Allemagne, la Lorraine annexée 19 millions et la Prusse rhénane 6 millions.
- À l’est du Rhin, le long de la vallée de la Sieg (Siegerland) un autre bassin ferrugineux, de nature différente, produit 3 millions de tonnes.
- Les minerais lorrains ne se font pas remarquer par leur haute teneur en fer (50 pour 100 à 45 pour 100), mais par une heureuse association
- pas 166. Le régime définitivement adopté, surtout depuis la fondation à Essen du Syndica t des charbonnages, est l’exploitation par Sociétés de grande envergure. Il en est de même pour les unités d’extraction. Nulle part, les puits ne sont d’aussi larges dimensions (6 m. et plus de diamètre) et n’ont un débit aussi considérable.
- Le chiffre de 110 millions de tonnes ne représente que l’exploitation des houilles de la rive
- ïïpyri
- Fig. 2. — Plan d'Essen et des usines Krupp.
- de fer et de calcaire qui favorise particulièrement leur réduction au haut fourneau.
- Les hauts fourneaux allemands du Rheinland et de la Sarre absorbent, en 1913, 21 millions de tonnes de ces minerais, plus 3 millions de minerais suédois et 4 millions de minerais de Bilbao.
- Tout le monde sait que les gros métallurgistes rhénans avaient mis la main, dans ces dernières années, sur une partie des concessions de la Lorraine française.
- Le graphique montre que la houille rhénane donnait déjà, en 1792, une production de 177 000 t., ce qui était considérable à cette époque. L’exploitation était partagée entre 154 entreprises; or, en 1913 où le tonnage s’est élevé à plus de 110 millions de tonnes le nombre des exploitants ne dépasse
- droite du Rhin qui dépendent de la direction administrative prussienne de Dortmund. Tous les charbonnages de la rive gauche depuis Saarbruck jusqu’à Wesel font partie de la circonscription administrative de Bonn, qui comprend 20 millions de tonnes, sur lesquelles 4 ou 5 millions sont extraites des concessions récentes de Rheinpreusen, Frederic-Henri et Diergaart, qui, géologiquement, appartiennent au bassin rhénan-westphalien.
- Parmi les exploitants se trouve l’État prussien. Si, sur la Ruhr, il ne possède que 3 concessions contre 163 privées, par contre, sur la Sarre, il est propriétaire de 12 mines et l’industrie privée n’en contrôle qu’une seule, et il a multiplié les efforts dans le pays rhénan-westphalien pour se rendre maître de nouvelles exploitations. L’historique de
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- ses luttes contre les industriels à ce sujet est des plus suggestifs.
- Certaines de ces entreprises industrielles ne comprennent que des extractions houillères; un plus grand nombre sont à la fois houillères et métallurgiques; les plus importantes possèdent, en outre, des gisements ferrugineux. Celles qui n’ont que des hauts fourneaux et des aciéries sont rares; par contre, il existe à côté d’elles, dans toutes les grandes villes, d’énormes ateliers de grosse mécanique et de chaudronnerie.
- Beaucoup de ces Sociétés ont entre elles des intérêts enchevêtrés : participations, ententes, etc., indépendamment des syndicats de vente dont il sera parlé plus loin. Plusieurs ont des filiales ou des succursales dans d’autres régions et particulièrement cà l’étranger.
- Une étude attentive de ces affaires en même temps que l’importance de leurs ressources financières montrent que les métallurgistes prussiens
- Fig. 3.
- PRODUCTIONS DU BASSIN RHÉNAN-WESTPHALIEN DE 1865 A 1913
- En houille ------------------ H
- En coke----------------------------Iv
- En goudrons •------------------ •— G
- En sulfate d’ammoniaque ............. S
- En jonle de fer-------------------- F
- i" Les chiffres de la houille et de la fonte ont été relevés jusqu’à la fin de iqiS. La production en fonte est celle de l'Allemagne entière dont le bassin de la Ruhr représente environ les deux tiers.
- 2” Les chiffres du coke jusqu’à fin 1912, du goudron et du sulfate n'ammoniaque jusqu’à la fin de 1911. A remarquer l’énorme accroissement de la production des goudrons, base de l’industrie des matières colorantes.
- schaft (255 millions), siège social à Bochum; la Compagnie Phoenix, à Duisbourg (200 millions) : cette dernière a distribué, en 1912, 18 pour 100 de dividende à ses actionnaires.
- L’usine Krupp, la plus cruellement célèbre de ces entreprises, n’était en 1812 qu’une petite forge, située dans le modeste bourg d’Essen, peuplé alors de 4000 habitants; elle est aujourd’hui la plus grande exploitation houillère et métallurgique du monde. Tout le monde parle de ses gigantesques ateliers, sans d’ailUurs les connaître, car l’entrée en est rigoureusement interdite. Outrelesétablis- S5030otl sements d’Essen et les charbonnages delà Ruhr Krupp possède encore les houillères et aciéries de Rheinhausen, sur la rive gauche du Rhin ; les aciéries d’Annen, en Wesl-
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- étaient bien près de contrôler cette industrie sur tout l’ancien monde. :
- Dans ce milieu où régnait une telle activité, chaque année voyait éclore des établissements nouveaux, des échanges ou des fusions et surtout des augmentations de capital. :
- Quatre Sociétés, industrielles de la région de la Ruhr possèdent un capital (actions, obligations et réserves) de plus de 200 millions de francs, ce sont : la Société Krupp (Q (595 millions) ; la Compagnie houillère et métallurgique de Gelsenkirchen (352 millions) ; la Deutsche-Luxemburgis -he Act. Gesell-
- 1. La Société Krupp n’est pas la plus importante do l’Allemagne : YAllgemeine Electricitàts Gesellschaft de Berlin, roule sur un capital de 450 millions.
- phalie; les chantiers navals de Germania, à Kiel; les ateliers de grosse mécanique de Buckau, à Magde-bourg; les hauts fourneaux d’Engers et deNeuwied, et des participations dans une foule d’entreprises diverses : mines de fer, batellerie lluviale, etc. Les deux polygones d’artillerie de Tangerhutte et de Mappen sont sa propriété. Ce dernier mesure 25 km de longueur sur 4,5 de large. Enfin le nombre des ouvriers et employés occupés par la Société s’élève à 75000.
- On compte cinq Sociétés rhénanes-westphaliennes qui disposent de 100 à 200 millions de capital. Ce sont la Harpener (154 millions), à Dortmund, qui n’exploite que des charbonnages et des fours à coke. Beaucoup de millions français sont engagés dans celte Société, qui comme production houillère est la
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- plus importante de tout le bassin (8 millions de tonnes), après Gelsen-kirchen(10 millions).
- La tlibernia, houillère et coke (142 millions); production (6 millions de tonnes) :
- La Société Mannes-niann, siège à Dusseldorf (100 millions), tuyaux et grosse chaudronnerie.
- La Rombacher Hut-tenwerke (115 millions), siège à Rombach (Lorraine annexée), mines et usines dans de nombreux districts, notamment à Zeebruges (Belgique).
- La Rheinische-West-phalische Electricilâts Gesels., centrale électrique (100 millions), à Essen.
- Viennent ensuite 32 Sociétés dont le capital oscille entre 20 et 100 millions.
- Les bilans de ces entreprises font ressortir des dividendes supérieurs en moyenne à 10 pour 100 des capitaux-actions qui y sont engagés.
- L’examen du graphique montre qu’eà côté de l’extraction de la houille brute, l’industrie rhénane produit du coke, des goudrons et leurs dérivés des huiles lourdes, des sels ammoniacaux et des hydrocarbures gazeux en proportions qui s’accroissent même beaucoup plus vivement que celles de la houille.
- C’e<t ainsi que Gelsenkirchen, par exemple, contient plusieurs milliers de fours à coke qui produisaient dans ces dernières années, 1 900 0001. de
- coke, 76 000 t. de goudrons et 50 000 t. de sulfate d’ammoniaque.
- La production de ce sulfate d’ammoniaque avait dépassé pour l’Allemagne entière le chiffre de 400 000 t. C’est cetle énorme masse de matière fertilisante qui permet en ce moment même à nos ennemis d’employer tout le nitrate de soude qu’ils avaient en réserve à la fabrication des munitions, sans que leur agriculture reste dépourvue d’engrais azotés.
- Les goudrons et leurs produits de distillation : benzol, naphtaline, toluol, xylol, antbracène forment la matière première qu’élaborent les grandes fabriques de matières colorantes.
- A ce sujet il me semble utile de dissiper l’illusion de ceux de nos compatriotes qui penseraient installer en France d’importantes fabriques de colorants artificiels afin d'éliminer la production allemande. Cette conception restera chimérique tant que nos houillères et nos usines métallurgiques ne recueilleront pas les goudrons par grandes masses. L’Allemagne obtient près d'un million de tonnes de goudrons par an, et nous n’en produisons probablement pas la dixième partie. C’est cetle dernière industrie qu’il faut créer avant de songer à l’autre.
- Quant à l’énorme cube de gaz hydrocarburés qui se produisent dans la distillation des houilles, ils sont utilisés au Rheinland partie à chauffer les
- Fig'. 4. — L’usine Krupp en 1812.
- Fig. 5. — Le hall principal de l’usine Krupp.
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- appareils de distillation, partie à éclairer, grâce à de longues canalisations, les villes de la région, partie enfin à produire dans des moteurs à explosion de la force qui, transformée en énergie électrique dans un certain nombre de Centrales, est di'tribuée dans tout le pays.
- L’utilisation si avantageuse des produits et sous-produits de la houille commence à faire envisager comme un procédé suranné la combustion de la houille brute. On calcule que l’avantage serait immense de prélever toutes ces substances sur la plus grande partie du charbon extrait de la terre,
- la presque totalité des exploitants de la province.
- Rares sont les dissidents parmi lesquels les houillères de l’État prussien représentent 5 à 10 p. 100 du tonnage total du bassin. L’expiration du Syndicat des charbons tombe précisément àla fin de l’année 1915.
- Il est aisé de comprendre l’incalculable puissance économique que donne à la production houillère de ce bassin le fait d’être accaparée par une main unique qui répartit les commandes à tous les adhérents au prorata de leurs capacités reconnues depro-duction, mais qui est en mesure, avec deux milliards et demi de francs d’une marchandise, véritable pain
- Fig. 6. — Intérieur d'atelier chez Krupp.
- et de ne le livrer aux usages industriels et domestiques que sous forme de coke.
- Les groupes industriels du Rheinland étaient résolument entrés dans cette voie. Mais on ne se ferait qu’une idée très incomplète de cette région extraordinaire si l’on n’examinait en même temps les installations d’ensemble auxquelles l’entente entre les administrations publiques et les industriels ou entre les producteurs eux-mêmes les avait conduits.
- Et d’abord les Syndicats de vente. Pendant un siècle les exploitants de houille du Rheinland n’ont que médiocrement prospéré à cause de la concurrence acharnée qu’ils se faisaient entre eux.
- La grande prospérité ne leur est apparue qu’à dater du jour ( 1892) où fut fondé à Essen le Syndicat de vente des charbons. Cette association au capital de 2 500 000 marks a réussi non sans peine à grouper
- de l’industrie, de réaliser à sa guise des fluctuations financières ou industrielles partout où il lui plaît.
- La réussite incontestée du Syndicat des charbons d’Essen a provoqué la création de syndicats analogues pour la ven'e en commun des dérivés de la houille. Ainsi, ont été créés à Bochum le Syndicat de vente des goudrons et des benzols, et celui des sels ammoniacaux, dont le fonctionnement est identique à celui d'Essen. Tout le monde sait que le syndicat des aciers a son siège à Dusseldorf où il occupe, depuis 1909, un pala>s qui a coûté une dizaine de millions.
- L’utilisation des gaz combustibles et éclairants de la houille a été assurée avec un plan d’ensemble dont bénéficient non seulement la région rhénane-westphalienne, mais encore de nombreuses localités situées en dehors de son périmètre.
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- Ces gaz proviennent de deux sources distinctes : d’abord ceux qui s’échappent des innombrables fours à coke alignés à l’orifice de la plupart des puits de .mine, secondement ceux qui se forment dans la panse des hauts fourneaux.
- Bien souvent plusieurs houillères ou plusieurs usines métallurgiques, après avoir prélevé les quantités de gaz qui leur sont nécessaires, réunissent leurs excédents pour les livrer à une société filiale qui les distribue au mieux de ses intérêts à des villes ou à des industriels.
- Tantôt on expédie au loin le fluide gazeux dans île longues canalisations, tantôton transformeau point de départ la puissance explosive de ces gaz en énergie électrique que l’on envoie le long d’un cable.
- La région a été ainsi divisée en un certain nombre de cercles qui se recoupent en une partie de leurs surfaces mais qui la recouvrent tout
- puits jusqu’à des distances de 120 km. Les diverses villes situées le long du parcours sont alimentées de cette façon en gaz d’éclairage. Cette entreprise f'inctionne à l’aide d’un capital de près de 100 millions de francs.
- Le problème de l’alimentation de ces provinces
- de plus en plus ; surpeuplées ne présente pas de difficultés sérieuses à cause du voisinage du lîhin par où af-lluentles importations de denrées venues de Rotterdam ; mais la question de l’eau potable est restée longtemps un problème sans solution. Chaque ville, naguère, la puisait dans les cours d’eau placés à sa portée, la Lippe, la Ruhr, la Wuppe, la Henné. Mais ces minces rivières, polluées par les résidus industriels, rendaient ce procédé fort insalubre, et même, pendant les sécheresses, tout à fait insuffisant malgré les barrages qui avaient été établis, à la fin du siècle dernier, I en
- Fig. 7- — Fn étambol de grand navire usiné à Dusseldorf.
- Fig. 8. — Une batt rie de fours à coke.
- entière. Au centre de chaque cercle est le foyer générateur d’énergie ou de lumière.
- La plus importante de ces sociétés est la Rhei-nische Electricitàts-Geselhchaft à Essen; elle possède plusieurs centrales électriques à Essen, à Wesel, à Reisholtz près de Dusseldorf, dont l’ensemble représente plus de 60 000 kilowatts. De plus elle transporte du gaz d’éclairage de divers
- amont deleur cours. Vers 1904, un syndicat de grands industriels prit l’initiative d’assurer à la population du bassin delà Ruhr une alimentation d’eau saine et régulière. 11 fit étudier par les ingénieurs de l’État, le projet de compléter les installations antérieures par un barrage gigantesque capable de maintenir une réserve d’eau de 152 millions de mètres cubes. Ce travail, le plus colossal qui. existe, répètent les Aile-
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- 404 ESSEN ET LE BASSIN MÉTALLURGIQUE DE LA RUHR
- mands, a été installé sur la Mohne, affluent supérieur de la rive droite de la Ruhr et terminé en 1915.
- La manutention de la prodigieuse quantité de marchandises, houilles, minerais, fontes, pièces métalliques, matériaux de construction, denrées alimentaires, a nécessité un réseau de voies ferrées tellement serré que sa représentation sur une carte est complètement inintelligible. Mais ce réseau était devenu lui-même insuffisant. On a calculé que, de 1900 à 1913, l’augmentation seule du tonnage-à remuer représente par an 180 000 trains de .50 wagons.
- Depuis de longues années les grandes usines à proximité du Rhin sont desservies par des ports particuliers reliés au fleuve ou à l’un des bassins de
- r '
- Fig. 9. — Le grand
- delà la voie d’eau traverse les agglomérations d’Oberhausen, Essen-Nord, Gelsenkirchen et Wanne.
- Le point haut du Rhein-Herne-Kanal est à 56 m. au-dessus du niveau de la mer, son point bas à Ruhrort à 22 m. Sept écluses rachètent cette dénivellation. Tout le long du canal s’ouvrent des ports ou bassins latéraux qui desservent les villes, les houillères ou les grosses usines de la région. Presque achevée en 1915, cette grande artère a dû être mise en service quelques semaines avant l’ouverture des hostilités.
- Telles sont en raccourci les ressources, les installations et l’organisation de la région industrielle du Rheinland. Les documents officiels dont
- rrage de la Mohne.
- l’immense port de Ruhrort; mais à mesure que l’on s’éloigne dans l’est, cette facilité disparaît. C’est pourquoi a été imaginé le projet étrangement hardi de couper tout le bassin industriel de l’ouest à l’est, dans sa partie la plus surchargée de puits et d’usines, par un canal partant du Rhin à Ruhrort et aboutissant à Herne par où il communique avec le canal de Dortmund à Emden.
- Les difficultés d’exécution étaient, au premier chef, la traversée du réseau de routes et de voies ferrées qu’il recoupe; sa longueur n’est que de 38 km, au long desquels il rencontre 29 routes et 21 lignes de chemins de fer au-dessous desquelles il a fallu construire 39 viaducs.
- La section la plus compliquée est entre Duisbourg et Oberhausen où l’on a dû, sans interrompre le trafic, déplacer nombre de roules et de voies, acheter des terrains à des prix exorbitants et démolir des rangées entières d’immeubles tout neufs. Au
- j’ai extrait ce résumé sont inédits en France; sans doute leur étude serait-elle utile aux hommes d’affaires ou aux négociateurs qui auront à traiter les questions économiques après la guerre. Je les tiens à leur disposition.
- Quelle que soit l'issue des hostilités, ce bassin industriel, par sa position même et par l’immensité des richesses souterraines qu’il tient en réserve, gardera toute sa valeur économique. Il représentait annuellement pour la Prusse plus de cinq milliards de produits bruts, ou transformés, mais presque totalement extraits du sous-sol. Et ceci est si vrai que, même en ce moment, cette exploitation est une des ressources les plus sûres qui permettent à nos ennemis de résister soit par les armes, soit par les capitaux. J'ai eu en main les comptes rendus aux assemblées d’actionnaires de ces sociétés pendant le premier trimestre 1915. Presque toutes ont pu distribuer des dividendes peu inférieurs à la
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- normale. Ces rapports déclarent que les bénéfices n’ont été amoindris que par le manque de personnel. Tout en faisant la part du bluiï que contient chaque parole dite par un allemand, on comprend que la hausse considérable qu’ont subie dans le monde entier les charbons, les métaux et les pièces mécaniques, ait compensé partiellement la diminution de ce tonnage.
- Grâce au Rhin, aux canaux, aux ports de Rotterdam et d’Emden et aux navires neutres, l’exportation est encore assez abondante, car les sous-
- marins s’abstiennent soigneusement de couler les bateaux qui naviguent vers l’ouest.
- Nos ennemis ont donc dans le Rbeinland une inépuisable source de revenus. Si, comme tout le fait espérer, les alliés triomphent et dictent leurs conditions, le nombre respectable de milliards qui s’y trouvent constitueront un nantissement sérieux. Quiconque occuperait le Rheinland tiendrait les cordons de la bourse prussienne.
- Victor Cajibon,
- Ingénieur E. C. P.
- LE SOUS-MARIN DE M. SIMON LAKE
- M. Simon Lake se serait plaint amèrement, parait-il, d’avoir été indignement volé par les Allemands. Inventeur d’un bateau sous-marin, il soumit ses plans au gouvernement allemand, lequel les aurait ensuite rejetés après en avoir pris une copie pour construire lui-même ce type de sous-marin. 11 nous paraît probable que M. Simon Lake, ayani connu les exploits des sous-marins allemands, s’est imaginé aisément qu’aucun autre type de sous-marin que le sien n’était capable d’accomplir de telles randonnées et que, suivant une logique chère à tout inventeur, il avait été indignement volé. Cette explication est admissible, car le sous-marin S. Lake a fait l’objet de nombreuses et belles expériences, et la mauvaise foi du gouvernement allemand ne fait plus de doute pour personne. Nous nous bornerons à parler du sous-marin incriminé.
- L’idée émise par M. Lake était d’ailleurs vieille de près d’un siècle quand il la reprit pour son compte. Elle consiste, principalement, dans l’emploi de roues sur lesquelles le bateau doit pouvoir rouler, en s’aidant de son hélice, sur les fonds sous-marins. Or, les Annales des Arts et Manufactures de 1801, signalent qu’un M. B. avait inventé un sous-marin manœuvré par deux hommes, pourvu de deux roues à l’avant et deux roues à l’arrière munies de dents pour s’enfoncer dans le sol; deux « refou loirs » situés à l’arrière devaient lui permettre d’avancer.
- Évidemment ce premier inventeur ne construisit jamais cette originale embarcation; mais, en 1838, M. Castera prit divers brevets d’invention relatifs à des sous-marins de différents modèles ; l’un de ces modèles était caractérisé par la présence de gouvernails horizontaux placés à l’avant pour faciliter la plongée, de cloisons étanches munies de portes afin de permettre à des scaphandres de sortir du bateau et d’y rentrer, et, la question des compartiments à air comprimé étant écartée parce que le principe de la première application revient à M. Baudouin, des Andelys, des doubles roues permettaient le déplacement sur le sol. Ce sont là les grandes caractéristiques du sous-marin S. Lake, dont le premier brevet date du 1er février 1897.
- Plus heureux que ces prédécesseurs, l'inventeur
- américain construisit son bateau qu’il appelle l'Argonaute-, sa longueur, de 12 m., fut ensuite portée à 18 m. 60. 11 était cylindrique, mesurait 5 m. de diamètre et, en immersion complète, déplaçait 57 tonneaux. Le réservoir d’air comprimé était situé dans une chambre à l’arrière, et, autour de la coupole d’observation, on avait aménagé un récipient à gazoline de 8 tonnes communiquant avec un autre plus petit placé à l’intérieur du sous-marin. De chaque côté de la quille étaient placés deux poids de sécurité de 500 kg pouvant se larguer instantanément.
- Pour la navigation à la surface, Y Argonaute utilisait son hélice; sur le sol sous-marin, le bateau s’en aidait également, mais il roulait sur deux énormes roues de 2 m. 12 de diamètre, placées vers l’arrière et pesant 2500 kg. Elles étaient actionnées, ainsi que l’hélice, par le moteur à gazoline. Enfin deux longs tubes de 15 m. surmontaient la coque pour faciliter l’évacuation des gaz de combustion et mettre le sous-marin en communication avec l’atmosphère. Grâce à une pression d’air égale à la pression de la colonne d’eàu au-dessus du navire, l'Argonaute permettait l’ouverture d’une porte inférieure par laquelle on faisait sortir les scaphandriers.
- Le plus intéressant des voyages accomplis par le sous-marin fut celui de Baltimore à New-York; M. Lake et trois matelots vécurent et dormirent à bord pendant tout le voyage, ce qui prouvait une habitabilité parfaite. D’autres exploits, très nombreux d’ailleurs, confirmèrent les excellentes qualités de Y Argonaute qui était réellement capable de rouler sur n’importe quel fond, quelque vaseux qu’il fût, la porte des scaphandriers étant ouverte ou fermée ; il avançait plus vite sur un fond plat qu’à la surface de la mer, franchissait n’importe quel obstacle et, entre autres avantages, permettait de communiquer par téléphone, de l’intérieur avec l’extérieur.
- L’opinion publique s’était d’ailleurs enthousiasmée pour le sous-marin et, lorsque se produisit la catastrophe du Maine, en rade de La Havane, on ne manqua pas d’incriminer un Argonaute au service de l’Espagne.
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- -Voilà. ce qu’était le premier sous-marin de i S. Lake. Il promettait certainement beaucoup et l’inventeur l’a perfectionné au cours des années qui suivirent pour lutter avec le type Holland que le Gouvernement américain avait adopté. Dans X Argo-naule II, la puissance motrice fut doublée et des roues devinrent entièrement libres, la propulsion étant seulement donnée par l’hélice; enfin, pendant la navigation ordinaire, les roues peuvent être dissimulées à l’intérieur de la coque. Puis apparut le Prolector, lancé le 1er novembre 1902, dont voici les caractéristiques (*) : Longueur, 20 m. 43 ; largeur,
- 3 m 40; déplacement en surface, 146 tonneaux; en plongée, 174 tonneaux. Armement : 2 tubes intérieurs à l’avant et 1 tube intérieur à barrière;
- 3 torpilles dans les tubes et 2 de rechange’ dérrière les tubes avant. Un moteur à gazoline actionnant 2 hélices. Il peut supporter une profondeur de 45 m. La chambre étanche par laquelle sortent les scaphandriers est située à l’avant et ceuxrti demeurent en communication téléphonique constante avec le sous-marin. Les mues du Prolector ont été munies de cylindres hydrauliques qui amortissent les chocs ; elles sont situées en tandem, l’une à l’avant,.l’autre à l’arrière, sous la quille. On ira pas à craindre, en effet, un chavirement du sous-marin, caria poussée de l’eau s’exerce au-dessus de son centre de gravité et tend toujours à le redresser. :
- Les sous-marins Lake ont encore la possibilité de s’immerger à la profondeur. voulue sans'être en marche, c’est-à-dire'de s’immerger sur place, contrairement à la plupart des autres sous-marirïs qui ; s’immergent en vitesse. Ils peuvent, également séjourner à une profondeur quelconque (dans certaines limites) sans dépenser de courant! électrique en laissant tomber : « à l’avant et à barrière deux ancres en forme de champignons, pesant chacune 500 kg,: qui déroulent, en descendant) un câble enroulé sur un touret. Quand elles touchent le fond, le bâtiment se trouvé allégé d’une tonné; mais, si on l’alourdit par le remplissage de quelques caisses, tout en gardant une flottabilité positive, on le fait descendre ensuite horizontalement, sans effort, en tournant les manivelles des tourets. On peut dimi- 1 riüer ainsi de la même quantité la longueur des’ câbles filés, pour monter ou descendre à volonté, sa1 s inclinaison appréciable ». ,
- Le gouvernail horizontal, dont sont également pourvus les Holland pour s’incliner, est complété, dans le Prolector, par deux gouvernails de plongée, situés de chaque côté, de chaque bord, .qui lui permettent les mouvements verticaux dans les deux sens. De p’us,-la quille constitue elle-même le poids de sécurité; elle peut être détachée en plusieurs parties s’il devient nécessaired’ajléger rapidement le ; sous-marin. Dans le kiosque est aménagée la chambre de manœuvre U très confortable. Le Proteclor file 40 nœuds à la surface et 6 nœuds 5 en immersion.
- 1. Mauhice Dei.pf.uch. Les sous-marins à travers les siècles.
- Un nouveau type Lake fut ensuite construit; il s’appelle le Simon Lake X; ses caractéristiques sont à peu près les mêmes que celles du Proteclor, mais son grand kiosque lui a permis de recevoir deux canons à tir rapide qui peuvent tirer en surface par des embrasures.
- Ce que nous venons de dire de ces sous-marins doit être complété par divers renseignements apportés au Scientific American par M. Simon Lake lui-même, lesquels, pour cette raison, présentent un intérêt particulier. On verra d’ailleurs sur nos ligures que le sous-marin moderne a reçu de nouveaux perfectionnements qui lui permettent de se jouer pour ainsi dire de tous les obstacles quc-l’adversaire peut lui opposer.
- M. Lake range les sous-marins en deux catégo ries : Ceux à grand rayon d’action, marchant à la surface à une allure supérieure à celle des bâtiments de combat et ceux, plus petits, à vitesse moindre, pouvant éviter les mines,, en poser eux-mêmes, les détruire, et munis de torpilles comme les premiers. Ces derniers sont essentiellement défensifs quoique, dit fauteur, ils possèdent un rayon d’action suffisant pour permettre à une flottille européenne d’attaquer un port ennemi. .
- « Je n’ai pas développé les sous-marins de la seconde, catégorie, dit l'inventeur, parce que j’ai toujours été occupé à satisfaire les demandes des divers gouvernements qui ; voulaient toujours avoir dés: vitesses plus grandes en sacrifiant des autres Caractéristiques auxquelles j’attachais personnelle-" ment un grand prix. » •
- Les bâtiments de la première catégorie qui prennent part à la guerre actuelle ne comprennent qu’un petit nombre de navires.possédant une vitesse supérieure à 42 nœuds en surface, en plongée à 10 nœuds pendant une heure ou à 8 nœuds pendant trois heures. Quelques-uns cependant dépassent ces vitesses,.mais ils sont peu nombreux, 11 est vrai que l’auteur sait qu’on en construit dont la .vitesse atteindra 47 à 18 nœuds à la surface„et-14f nœuds en plongée; d’autres même auront une vitesse de 20 nioeüds, mais ils ne seraient pas ..encore en service. Une des raisons pour lesquelles on n’a pas pu réaliser de vitesse plus grande réside dans la difficulté .d’obtenir un moteur à combustion interne donnant des résultats satisfaisants. Un moteur à pétrole lourd pouvant développer 5000 chevaux fournira des vitesses de 25 nœuds en surface.
- La principale modification apportée par M. Lake à son dernier modèle de sous-marin consiste en deux bras métalliques qui se prolongent en avarrt de la carène pour se réunir à leur extrémité et constituer ce qu’il appelle le pionier. Cet organe permet au navire de passer aisément sous les filets protecteurs qu’il soulève et qui glissent ensuite sur sa carapace. Il se caractérise également par une superstructure élevée lui permettant de faire de la vitesse en haute mer et par des ancres et dispositifs destinés à élever et à abaisser les appareils
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- de vision. Plusieurs marines étrangères ont adopté les principales de ces caractéristiques pour leurs •sous-marins, mais trois seulement ont admis les roues de fond. L’auteur ne désigne aucune de ces marines, mais il est facile de voir qu’il manifeste une certaine satisfaction en constatant l’impuis--sance de la flotte anglaise contre certains sous-marins allemands. On peut donc en conclure que nos ennemis possèdent plusieurs de ces engins et que les attaques auxquelles ils ont pu se livrer révèlent la supériorité du système Lake sur tous les autres.
- , « Pendant plu-sieurs années d ^expériences avec les sous-marins , ajoute l’inventeur, cherchant à me rendre compte des conditions de temps et de mer au fond de l’eau, j’ai parcouru les baies de la Che-sapeake et de Sandy Hook, le long de la côte de l’Atlantique et du Long Island, et plus récemment le Golfe de Finlande et la me1’
- Baltique, et c’est un fait qui ne péütpas être discuté techniquement qu’un sous-marin du type recommandé par la commission de l’arméedesÉtats-Unis peut entrer dansiM port sans être vu, y rester si c’est nécessaire pendant un mois de suite, et y détruire les bâtiments, les docks, les matériels de guerre flottants, d’une façon délibérée, sans se presser et en défiant toute tentative pour le découvrir. » « Mon procédé pour entrer dans les ports ou pour traverser une zone minée consiste principalement à munir le sous-marin de roues destinées à le faire marcher sur le fond; d’autres appareils secrets interviennent également. Quand le bâtiment plonge, on lui donne une flottabilité négative suffisante pour empêcher les courants de l’entraîner ; quand il repose sur le fond, il se transforme en une sorte d’automobile sous-marine et on peut le
- faire courir sur le sol aussi vite qu’une automobile sur la terre ferme. Celte automobile sous-marine a une grande supériorité sur l’automobile terrestre parce qu’elle peut remonter des rampes escarpées ou passer au-dessus des obstacles, le bâtiment étant très près de la flottabikté positive.
- « Je me suis rendu compte de bonne heure que, dans une mer peu profonde et agitée, le sous-marin ne doit pas naviguer de la même façon que dans des eaux plus profondes et cela pour la raison que
- le sous - marin monte et descend en suivant les oscillations de la surface de l’eau. Le bâtiment ne peut pas rester davantage au repos sur le fond, même avec une flottabilité négative considérable, car le mouvement oscillatoire de la houle est suffisant pour occasionner au bâtiment des chocsHels que les tôles du dessous ne larderaientpas à être défoncées. C’est pourquoi j’ai installé les roues sur des bras oscillants munis d’un cylindre amortisseur. La coque du bâtiment peut ainsi monter et descendre en suivant le mouvement de la houle et en même lempslepoidsdes roues fixe le Sous-marin au fond de telle sorte qu’il peut rester, ou bien en position de repos ou sè déplacer sur le fond à la vitesse que l’on désire. »
- Au cours d’un essai comparatif exécuté à l’étranger, les bâtiments du type Lake munis de roues dé fond, ont pénétré, sans être découverts, dans des ports fortifiés fermés dont l’entrée était difficile par suite des sinuosités du chenal, alors que tous les autres sous-marins qui avaient tenté la même entreprise étaient découverts parce qu’ils devaient laisser voir leurs périscopes pour reconnaître leur route. Dans des essais exécutés en Russie, le bâtiment, muni de roues de fond roulait simplement dans le chenal à vitesse réduite ; il pouvait stopper,
- Fig-, i. — Sous-marin Lake naviguant au fon.1 d’un champ de mines.
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- marcher en arrière pour changer de direction, etc. I.e nombre des tours de roue donnait la distance parcourue, le manomètre indiquait la profondeur et on se dirigeait à la boussole. Par conséquent, avec une carte bien faite, la navigation sur le sol pour entrer dans un port est beaucoup plus facile que la navigation en surface, à moins que les chenaux ne soient bien balisés.
- La plupart des mines, telles qu’elles sont installées actuellement, sont des mines d’observations ou des mines au choc. Ordinairement on fait exploser les premières depuis le rivage quand on voit l’ennemi passer au-dessus d’elles tandis que les secondes sont mouillées à quelques pieds sous la
- « Si le commandant d’un sous-marin est bien pénétré de ce fait que le succès d’un raid réside dans la possibilité de naviguer sans être obligé de sortir son périscope en présence de l’ennemi, son bâtiment deviendra invulnérable et invincible parce que la science de l’architecture navale n’a pas encore trouvé la protection parfaite contre les mines et les torpilles.
- a M. H. H. Robinson, ingénieur des constructions navales de la marine des États-Unis, estime, en effet, qu’il est impossible aux gros bâtiments de combat, de s’assurer une protection efficace contre les torpilles ou les mines, soit par une cuirasse de la double coque, soit par le compartimentage. »
- surface de l’eau et explosent sous l’action du choc sur la carène du bâtiment ou même sous l’influence du remous causé par la passe du navire en vitesse. La crainte de ces mines conduit les sous-marins à rester en dehors des zones minées et les rend ainsi inefficaces. M. Lake estime que les marines étrangères qui n’ont pas accepté le système de roues sous la coque sont en état d’infériorité parce que, dit-il, le sous-marin à roues de fond peut aller chercher l’ennemi et le traquer hors de sa retraite, tout en étant capable de poursuivre les gros bâ i-ments en haute mer. Les dessins qui accompagnent ce texte montrent comment le sous-marin Lake opère pour couper les orins (câbles de retenue des mines), placer des contre-mines, éviter ou écarter les mines, passer sous les chaînes et les filets qui pourraient être tendus à l’entrée des ports.
- Si les affirmations deM. Simon Lake sont exactes, et nous n’avons aucune raison de les suspecter, il parait évident que des sous-marins tels que ceux dont il préconise l’emploi possèdent une grande supériorité sur les types ordinaires. II y a lieu de s’en préoccuper sans aucune hésitation — en admettant qu’il, ne soit pas trop tard — nos ennemis paraissant s’être formidablemènt outillés à ce point de vue, ne reculant devant aucun sacrifice pour s’assurer la maîtrise en matière d’attaque sous-marine.
- Ce serait agir avec une légèreté coupable que de nier la possibilité de certaines solutions hardies ; nos techniciens ont trop craint le ridicule en se rapprochant des conceptions de Jules Verne parce qu’ils les ont ridiculisées eux-mêmes.
- Lucien Fournier.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laudiuî, rue de Fleurus, .9, à .Paris.
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- LA NATURE. — N* 2178.
- 26 JUIN 1915.
- LES PERISCOPES DE SOUS-MARINS
- Dans une élude très documentée sur les sous-marins (*), M. G. Blanchon a indiqué le principe du périscope, qui doit permettre au commandant, à son poste de plongée, à 5 ou 6 m. sous l’eau, de faire ses observations et de se diriger, à peu près comme dans la navigation à la surface. Si simple que paraisse cet instrument, sa construction a mis les opticiens en présence d’un problème assez complexe et dont la solution a exigé beaucoup d’essais et de tâtonnements. On en aura une idée, en examinant les diverses combinaisons optiques utilisées dans la marine allemande.
- La plus simple est représentée figure 2. À l’extrémité supé rieure d’un tube en acier d’environ 6m. de longueur est monté un prisme à réllexion totale Rt, qui renvoie les rayons lumineux venus de l’extérieur vers un objectif 0t à foyer relativemént court. L’image formée, dans le plan focal Et est reprise par une seconde lentille 02, qui la projette dans le plan E2.
- Cette image, redressée par le prisme Rs, est examinée à l’aide de l’oculaire 03, qui donne un grossissement de 1,5. L’expérience a montré que ce grossissement est nécessaire pour faire voir les objets visés en grandeur naturelle et à leur distance réelle : avec un grossissement théoriquement égal à 1, les objets semblent plus petits et plus éloignés qu’ils le sont en réalité. Le champ de vue est d’environ 45°, soit 1/8 de l’horizon. En faisant tourner le tube, on explore successivement l’espace environnant dans toutes les directions.
- Ce périscope donne des images très claires; mais, comme il n’est établi que pour l’observation monoculaire, il ne permet pas de bien distinguer les différents plans et fatigue assez vite l’œil de l’observateur. On a bien songé à établir des périscopes binoculaires ; seulement, on y a renoncé, sous prétexte que les diamètres des lentilles étant limités par l’écartement des yeux (65 mm au plus),
- l.'Yoy. n° 2168, du 18 avril 1915, p. 257.
- Fig. i. — Image, panoramique annulaire et image partielle centrale.
- on perdrait en luminosité l’avantage que procure la vision stéréoscopique. Il nous semble pourtant qu’il ne serait pas impossible de tourner la difficulté par une disposition analogue à celle des stéréo-jumelles à prismes.
- Le périscope combiné (fig. 5 et 4) se prête à l’examen binoculaire, mais, non pas stéréoscopique : l’image réelle, projetée sur un verre dépoli, est semblable a celle-qui se forme sur l’écran de la chambre noire photographique; on la voit bien avec les deux yeux, mais il ne s’ensuit pas que l’on soit à même de situer exactement les objets en profondeur. La partie supérieure du périscope combiné est identique à celle de l’appareil précédent ; l’extrémité inférieure est construite de manière à fournir soit une image réelle (fig. 5) formée sur la glace dépolie E2 et réfléchie par l’hypothé-nuse argentée du prisme R2, soit une image virtuelle (fig. 4) que l’on examine à l’aide de l’oculaire 03. A cet effet, l’écran dépoli, le prisme et l’oculaire sont montés dans un tambour à axe horizontal qu’il suffit de faire tourner de 180° pour passer de l’un à l’autre des deux modes d’observation, qui ont tous deux des avantages et des inconvénients. Le verre dépoli évite à l’observateur toute fatigue excessive, mais il est inutilisable dès que la lumière est faible. Le grossissement de 1,5 est souvent insuffisant pour distinguer certains détails. Il s’agissait d’obtenir un grossissement plus fort, sans trop diminuer la clarté. On y est parvenu en ajoutant à l’objectif normal un téléobjectif (fig. 5 et 6) composé d’une lentille convergente L, et d’une lentille divergente Ls. On obtient ainsi des images de dimensions plus grandes qu’avec l’objectif ordinaire, sans modifier la longueur du tube. Le téléobjectif et l’objectif ordinaire sont réunis daris un tambour que l’on fait tourner de 180° pour examiner soit l’image amplifiée (fig. 5), soit l’image ordinaire (fig. 6).
- 43* Année. — 1" Semestre.
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- LES PÉRISCOPES DE SOUS-MARINS
- Fig. 2. — Périscope simple. — Fig. 3. — Périscope combiné. Examen de l’image réelle formée sur le verre dépoli. — Fig. 4. — Périscope combiné. Examen de l’image virtuelle par oculaire grossissant.— Fig. 5. — Périscope à téléobjectif disposé pour la vision amplifiée. — Fig. 6. — Périscope à téléobjectif dispose pour la vision ordinaire. — Fig. 7. — Périscope panoramique.
- Les périscopes précédents ne permettent pas au commandant de jeter un rapide regard circulaire : il faut compter 5 à 10 secondes avant que l’instrument ait exploré tout l’horizon, et la manœuvre exige un certain effort, car, en raison des pressions qui s’exercent sur le manchon, l’étanchéité n’en est assurée qu’au moyen de joints très serrés. De plus, l’observateur est obligé de se déplacer, en même temps que l’oculaire, qui tourne, comme l’objectif, autour du même axe vertical. Remarquons, en effet, que si l’on se bornait à faire tourner le sommet de l’instrument, l’image s’inclinerait aussitôt que les hypothénuses des prismes R, et R2 cesseraient d’être parallèles ; un quart de tour ferait paraître l’horizon vertical, et un demi-tour montrerait les objets renversés sens dessus dessous. Pour maintenir l’image droite sans déplacer l’oculaire, il a fallu interposer un prisme redresseur dont le mouvement combiné avec celui de l’objectif compense à chaque instant la déviation.
- C’est sur ce principe qu’est fondé le périscope panoramique (fig. 7) dont le tube est fixe et porte à son sommet une cloche de verre K contenant un prisme à réflexion totale R* monté sur un manchon que l’on peut faire tourner à l’aide d’une manivelle. Les rayons réfléchis traversent l’objectif Ot, dont le plan focal est en E*. Un second objectif 0.2
- Fig. 8. — Monture du prisme redresseur.
- a également son foyer en E2 : il s’ensuit que les rayons issus de cette lentille sont parallèles. Ils traversent alors le prisme tétraèdre redresseur P, puis une troisième lentille 05 qui projette en E5
- Fig. 9. — Périscope à image annulaire.
- Fig. 10. — Périscope central.
- l’image que l’on examine à l’aide de l’oculaire 04 et du prisme R2.
- Sur la monture du prisme redresseur (fig. 8) est un pignon conique III qui engrène avec deux
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- LES BALLONS CERFS-VOLANTS
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- crémaillères dentées I et II dont la première est adaptée au tube portant le prisme triangulaire supérieur. Les engrenages sont calculés de telle sorte que le déplacement angulaire du prisme redresseur soit inférieur de moitié à celui du prisme supérieur. Les images restent ainsi constamment droites.
- Pour observer successivement tous les points de l’horizon, il suffit de faire tourner le tube intérieur, monté à billes dans son manchon, de sorte que la rotation s’opère sans fatigue pour l’observateur, qui n’a pas à se déplacer, l’oculaire demeurant immobile.
- Cependant, si rapide que soit la manœuvre, elle ne permet pas encore d’embrasser d’un coup d’œil l’espace environnant : dans les cas où une surveillance assidue doit s’exercer dans toutes les directions, il ne faut pas que le pilote soit astreint à un déplacement continuel du champ de vision, qui risque de lui faire perdre la notion exacte de l’orientation, malgré le compas et les repères que porte la partie mobile du périscope. La vision simultanée de l’horizon tout entier est réalisée dans
- le périscope à image annulaire (fig. 9). Au sommet du tube est une lentille annulaire R, limitée extérieurement par une surface sphérique et intérieurement par une surface ellipsoïdale argentée. Les rayons venus de tous les côtés sont ainsi réfractés puis réfléchis vers la base du tube. L’objectif 02 réunit ces rayons dans le plan E2. L’image panoramique formée de la sorte n’est vue dans son sens véritable que lorsqu’on l’observe, par l’oculaire 05, à travers un prisme pentaèdre R2. Cette image annulaire comprend tous les objets environnants, mais ils paraissent plus petits et plus éloignés qu’à l’œil nu. Afin d’apprécier exactement les dimensions et les distances, on a utilisé le cercle qu’entoure l’image annulaire pour y projeter une image partielle amplifiée au moyen de la lentille divergente Oj (fig. 10) et du réflecteur Rt. On aperçoit ainsi (fig. 1), au centre de l’image panoramique, une portion de l’espace (25°) à une plus grande échelle. En faisant tourner le périscope central, l’observation détaillée s’exerce successivement dans toutes les directions. Ernest Codstet.
- LES BALLONS CERFS-VOLANTS
- On avait pu croire, à un moment donné, que les reconnaissances aériennes pourraient être exclusivement confiées aux aéroplanes et aux ballons dirigeables, bénéficiant sur les ballons captifs de l’immense avantage de pouvoir se déplacer sur le front alors que les autres demeurent enchaînés à l’arrière.
- L’erreur commise, apparue dès le début de la guerre, a été rapidement réparée.
- Les ballons captifs ne constituent cependant que des observatoires de deuxième ordre. Ces bouées aériennes demeurent, en effet, sous la dépendance absolue des vents dont elles sont les jouets. La sphère d’hydrogène que personne n’a jamais songé à rendre dirigeable à cause de l’énorme résistance qu’elle oppose à l’air en mouvement, se conduit, sous le plus faible souffle, comme le roseau de la fable. Elle s’incline sur l’horizon à l’extrémité de son câble et exécute sans arrêt des déplacements verticaux angulaires qui modifient à chaque instant la hauteur de l’officier observateur installé dans la nacelle. De plus, son attache à l’ex-
- trémité d’un long câble ne lui assure aucune stabilité dans la direction de la visée, la nacelle étant entraînée, avec ou sans le ballon, dans un mouvement de rotation irrégulier, qui déplace à chaque
- instant le paysage observé et les points de repère que l’observateur a choisis.
- Le procès des ballons captifs est perdu pour eux depuis longtemps et les armées allemandes l’ont banni complètement, dit-on, de leur matériel de guerre. En France, les avions ne nous ont pas suffi, ce qui se conçoit aisément, et les dirigeables encore moins. Les fiallons cerfs-volants apportent une excellente solution à cet intéressant problème.
- Les cerfs-volants ordinaires, et mieux encore les trains de cerfs-volants, imaginés par le capitaine Saconney, peuvent constituer d’excellents observatoires aériens, à la condition quil ij ait du vent ; d’autre part, le captif ordinaire n’est utilisable que par l’absence de vent. Le ballon cerf-volant, bénéficiant des avantages de l’un et de l’autre, intervient donc d’une manière
- Fig’, i. — Le ballon cerf-volant pendant une observation.
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- LES BALLONS CERFS-VOLANTS
- Système de suspension d’un ballon captif (modèle Yon). — N, nacelle; A, cercle du ballon ; BB, barres de bois; CC, câbles d’attache; E, câble de retenue; O, la nacelle tourne autour du point O.
- particulièrement intéressante puisqu’il se comporte à la fois comme un sphérique captif par temps calme et comme un cerf-volant ordinaire dès que le vent s’élève. La solution des observatoires aériens transportables est ainsi pratiquement résolue.
- Le principal défaut du sphérique étant de manquer de stabilité, on ne pou vaitlui emprunter sa forme dans la construction nouvelle. D’autre part, il était reconnu depuis longtemps que le ballon allongé, cylindrique ou fusiforme, se tient bien dans le vent. Les inventeurs n’avaient pas à hésiter : la solution qui s’imposait était représentée par le dirigeable captif auquel on communiquerait tous les avantages du cerf-volant.
- La technique de ces appareils est bien connue ; nous allons donc pouvoir les décrire rapidement.
- On admet généralement que la longueur doit être égale à 2,25 fois le diamètre; un ballon d’un volume normal de 500 à 600 m5 aura donc 6 m. de diamètre et 15 m. 50 de longueur. Sa tenue correcte dans le vent dépend du point d’application de son attache, de celui de la nacelle et de la valeur delà force ascensionnelle appliquée au centre géométrique du ballon.
- La force ascensionnelle tend à soulever le ballon ; la nacelle située vers l’arrière tend à relever sa pointe avant, que l’attache du câble maintient à une hauteur constante par rapport à l’axe longitudinal du ballon. Normalement cet axe est incliné de 20 degrés au-dessus de l’horizontale.
- Étudions maintenant l’appareil.
- L’enveloppe est pourvue d’une ralingue sous-équatoriale Y à laquelle se fixent les pattes d’oies permettant de répartir les points d’attache À et B de la corde de retenue et B et G de la nacelle. A l’arrière, une seconde enveloppe H, également cylindrique, entoure la demi-sphère qui termine le ballon et se prolonge quelque peu sous la partie cylin-
- Sous l’action du vent le ballon sphérique descend, la nacelle tourne souvent dans un sens et le ballon dans l’autre. On arrive difficilement à maintenir l’officier observateur dans une position favorable à ses observations.
- Fig. 4.
- Figure schématique montrant les organes du ballon cerf-volant.
- drique. Cette enveloppe sert de gouvernail et permet au ballon de conserver sa position dans le vent, c’est-à-dire d’éviter les déplacements dans le sens horizontal; il a donc constamment, comme on dit, le nez au vent. A l’intérieur du ballon, qui est gonflé à l’hydrogène, est aménagé un ballonnet D, sorte de poche gonflée à l’air ordinaire dont la doublure E est horizontale lorsque le ballonnet est plein d’air.
- Au moment du départ, on gonfle presque entièrement le ballon à l’hydrogène, puis on ferme la manche de gonflement M, contrairement à ce qui a lieu dans les ballons ordinaires dont la manche est constamment ouverte. Le ballon s’élève, l’hydrogène se dilate et appuie sur la cloison E. En même temps, l’air pénètre
- dans le ballonnet D par une ouverture 0 pourvue d’un clapet d’étoffe qui se soulève et retombe sur son siège dès que les pressions à l’intérieur du ballon et du ballonnet se font équilibre. En même temps encore, le ballon-gouvernail H prend également de l’air atmosphérique par l’entonnoir souple J dont les parois s’ouvrent sous l’action de l’air qui souffle de l’avant.
- Si, par suite d’un réchauffement de l’enveloppe par les rayons du soleil, l’hydrogène se dilate au delà d’une certaine limite, la cloison E cède, et la pression de l’air contenu en D agit, sur une soupape inférieure K qui s’ouvre et permet à cet air de passer dans le gouver-naild’oùilpeut s’échapper au dehors par un trou constamment ouvert T.
- Cependant, à un moment donné, la pression de Ja masse d’hydrogène pourrait devenir dangereuse et provoquer l’éclatement du ballon. Dans ce cas, la soupape S placée tout à fait à l’avant de l’enveloppe, s’ouvre automatiquement sous l’action d’une corde F reliée à la cloison E et dont la longueur est calculée de telle sorte que la soupape puisse s’ouvrir dès que la cloison E prend la position E', par exemple. De plus l’observateur
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- LES BALLONS CERFS-VOLANTS
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- placé dans la nacelle a encore à sa disposition une corde rattachée à la même soupape S qu’il peut ouvrir quand bon lui semble, sans attendre la manoeuvre automatique.
- L’inclinaison du ballon sur l’horizontale lui est communiquée par la répartition des points d’attache
- 4 ’• •
- llPlllÈlli!
- Fi?. 5. — La manœuvre à terre du ballon.
- de la corde de retenue et de la nacelle; celle-ci représente le poids transporté. Ces points d’attache sont fixes.3]Ceux AB, du] câble de retenue, sont reliés par une corde ANB ; sur cette corde court une poulie N à laquelle est rattachée la retenue. Le point N peut donc prendre toutes les positions voulues, N', par exemple, sur cette corde.
- La construction est calculée de telle sorte que la force ascensionnelle faisant équilibre à l’ensemble des poids, la corde de retenue soit inclinée de 40° sur l’horizontale. Dans ce cas la retenue intervient pour s’opposer à l’action du vent qui s’exerce faiblement sur la pointe avant du ballon et plus fortement sous l’enveloppe, laquelle se comporte comme une surface de cerf-volant. La position N de l’attache correspond à cette condition.
- Mais le ballon possède toujours une force ascensionnelle un peu supérieure à son poids total : il tend par conséquent à se redresser. La corde de retenue empêche ce mouvement; le point N se trouve reporté en N' et l’angle que fait la corde avec l’horizontale diminue. Toutes les conditions d’une parfaite tenue dans l’air sont ainsi réalisées quelle que soit l’action du vent sous l’enveloppe.
- La poulie glisse sur la corde ANB et l’équi-
- libre se rétablit automatiquement dans tous les cas.
- La nacelle est suspendue sur la corde BXC au point X, dans les mêmes conditions que la corde de retenue sur ANB. Son poids intervient également pour le réglage toujours nécessaire au moment du ; départ, car il dépend de la vitesse du vent. On l’augmente lorsque le vent est vio-! lent et on l’allège dans le cas contraire, cela afin d’assurer l’inclinaison normale du ballon.
- Quelques-uns de ces appareils sont encore pourvus d’ailerons latéraux ayant pour fonction d’augmenter la surface sous laquelle agit le vent, et d’une queue semblable à celle de certains modèles de cerfs-volants ; l’utilité de ces deux organes, particulièrement du second, ne paraît pas avoir été démontrée par la pratique.
- Ces idées générales ne doivent pas nous laisser oublier que la technique de ces engins aériens est assez délicate : ce n’est qu après plusieurs années de travaux que l’on est parvenu à établir des modèles de ballons cerfs-volants se tenant parfaitement dans l’atmosphère, résistant aux plus fortes vitesses du vent sans que la nacelle abandonne sa position théoriquement déterminée. D’autre part, les treuils,
- Fig. 6. — Atterrissage d’un ballon cerf-volant.
- mieux étudiés qu’autrefois, assurent la régularité des manœuvres de lancement et d’atterrissage qui s’effectuent très rapidement. Enfin le ballon cerf-volant présente, sur le sphérique, Davantage d’une moins grande visibilité pendant le transport puisqu’il peut être maintenu presque au niveau du sol.
- Lucien Fournier.
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- L’ÉVOLUTION DE L’ÉCHAPPEMENT EN HORLOGERIE
- La première horloge de l’humanité fut le soleil. Le soleil a toujours par l’ombre qu’il forme marqué
- m
- Fig. i. — Le premier échappement des horloges : à foliot, à verge ou à roue de rencontre.
- nettement et imperturbablement ce qu’on appelle le temps vrai. Les cadrans solaires ont été imaginés afin de préciser, autant que possible, pour les be-
- lunaires et stellaires — sur toutes sortes de surfaces et dans toutes orientations. Les premiers ouvrages sérieux sur les cadrans solaires sont ceux publiés en 1551 et 1532 par l’allemand Sébastien Munster et le dauphinois Oronce Fine (*).
- Le premier ouvrage sur les cadrans solaires écrit
- Fig. 3. — Une autre application du pendule au réglage des horloges par Léonard de Vinci.
- f
- en langue française est celui de Jean Bullant, architecte célèbre, mort en 1578, et qui fut pendant vingt et un ans contrôleur des bâtiment* du roi. Jean Huilant publia en 1561 un Recueil d’horlogiogra-phie contenant la description, fabrication et usage des cadrans solaires. Dans sa préface, l’auteur se recommande à son protecteur très hault, très 'puissant et très magnanime Messire Anne de Mont-morancy, pair et connectable de France, précisé-
- P'
- Fig. 4. — Le pendule appliqué par Léonard de Vinci au réglage des horloges. La verge B est solidaire de la tige C. Ce système est l ’ancétre direct de celui de Huyghens.
- C
- Fig. 2. — Transformation du foliot en balancier circulaire.
- D
- soins de l’existence, les divisions du jour solaire. Les anciens auteurs ont donné le moyen de construire pratiquement des cadrans solaires — et aussi
- 1. Sébastien Munster, né à Ingelheim en 1489, mourut à Bâle en 1552. Il avait quitté l’ordre des cordeliers pour embrasser la doctrine de Luther et se marier. Bon géographe et bon mathématicien, il connaissait l’hébreu. Oronce Fine, né à Briançon en 1494, mourut en 1555. Il était lecteur et professeur du roy ès sciences mathématiques. On conserve de lui un très précieux souvenir dans l’horloge astronomique de la
- ment des deux auteurs signalés ci-dessus. Et il déclare que nuis par cy-devant nen ont escrit en noslre vulgaire. Par la suite, la construction des
- bibliothèque Sainte-Geneviève. Cette horloge a trouvé un historiographe digne d’elle et de son constructeur dans M. Faddegon, horloger et mathématicien distingué. M. Fad-degon a consacré à l’Horloge d’Oronce Fine un travail considérable et fort savant qui a paru pendant plusieurs années en articles dans la Revue chronométrique et a malheureusement été interrompu il y a deux ans.
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- L’EVOLUTION DE L’ECHAPPEMENT EN HORLOGERIE
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- cadrans solaires a donné naissance à une littérature spéciale extrêmement abondante et, de temps à autre, nous voyons la longue liste des auteurs scia-thériques s’augmenter de quelque nom.
- L’horloge solaire, naturelle et impeccable, n’avait, pas besoin d'échappement régulateur. C’est ce qui constituait sa supériorité sur les horloges à écoulement d’eau ou de sable, soumises de par leur construction même à toutes sortes de causes de dérangement.
- Malgré les efforts faits pour perfectionner les clepsydres ou horloges d’eau,
- — dont on parvint à faire des spécimens fort compliqués, telle celle offerte par Haroun-al- Ras-chid à Charlemagne, — jamais ce genre d’horloges ne put donner la précision du cadran solaire. Son seul avantage était de pouvoir servir la nuit et lorsque le ciel était couvert.
- Un progrès considérable fut accompli dans l’horlogerie, lorsque les mécanismes horaires reçurent. comme force motrice le poids, avec le régulateur à balancement alternatif connu sous le nom de foliot.
- Lorsque ce progrès fut accompli, l’horloge mécanique proprement dite put être considérée comme créée. On ignore malheureusement à quelle époque précise et par qui cette transformation fondamentale fut opérée.
- On a mis en avant beaucoup de noms, en particulier celui de Gerbert, d’Aurillac, qui fut pape sous le nom de Silvestre II. Mais il paraît bien invraisemblable qu’une invention de ce genre, se présentant avec une pareille recommandation, ait attendu plusieurs siècles pour se répandre. Car ce n’est qu’au xive siècle — plus de trois cents ans après la mort de l’illustre Auvergnat — que les horloges à poids et à foliot firent leur apparition et
- se répandirent rapidement à travers l'Europe civilisée.
- La figure 1 représente la disposition du foliot régulateur dans une horloge duxive siècle. Le poids de l’horloge entraînait la roue R, dite roue de rencontre. Et cette roue aurait défilé avec rapidité si elle n’avait pas été gênée par les palettes p et p' plantées à une certaine distance angulaire sur la verge Y. Cette verge était suspendue par un cordon à une potence, et portait à sa partie supérieure une barre B ou foliot terminée à ses deux extrémités par des crans dans lesquels pouvaient s’accrocher des poids ou régules D. En butant alternativement contre l’une ou l’autre des palettes, les dents de la roue de rencontre imprimaient au foliot un mouvement de va et vient dont l’amplitude pouvait se régler par le déplacement des régules.
- La constance de la force motrice,représentée par un poids de pesanteur invariable, et la symétrie des organes du foliot auraient pu donner aux horloges primitives une régularité assez grande si l’on avait eu la possibilité de tailler des engrenages réguliers. Mais on ignorait alors la théorie qui a permis, en donnant aux dentures la forme épi-cycloïdale, de faire des dents rationnelles qui
- mènent pour ainsi dire sans frottement. Les engrenages du xive siècle frottaient énormément, et prenaient une force considérable. C’est ainsi que la fameuse horloge du Palais, construite sur l’ordre de Charles Y, par Henri de Yic, et installée en 1370, nécessitait un poids de 500 livres pour conduire son unique aiguille et était capable d’abattre sa journée en vingt-trois ou vingt-cinq heures ! (*)
- 1. À partir de la date de 1370, on trouve dans les archives mention de l’installation d’une foule d’horloges. Antérieurement à cette date, les archives ne nous ont jusqu’ici communiqué que peu de chose. Il y avait cependant déjà des horloges mécaniques avant cette date, puisque, aux environs de 1360, le chroniqueur Froissart a décrit, en vers un méca-
- Uapplication du pendule au réglage des horloges par Huy-ghens. Elle dérive de celle de Léonard de Vinci par la séparation de la verge et de la tige du pendule.
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- L’examen de la figure 1, représentant l’échappement primitif dit à verge ou à roue de rencontre et comportant un foliot, montre l’importance qu’il convient d’attacher à cette dernière pièce. Avec le foliot, l’horlogerie est en possession du principe fondamental du réglage, une masse oscillante. Au cours des siècles suivants, les appareils se perfectionneront, se préciseront, mais le principe de l’oscillation restera le même. Nous le retrouverons dans le pendule des horloges comme dans le ba-
- Fig. 6. — L’ancre primitive de Clément.
- lancier circulaire à spiral des montres. Ses lois seront établies mathématiquement, alors que dans le principe elles furent à peine soupçonnées, mais le grand pas est fait. Avec le foliot, l’horlogerie moderne est créée et tous ses perfectionnements tiennent en puissance dans ce modeste oscillateur dont l’inventeur a négligé de nous laisser son nom.
- La première modification du foliot est le balancier circulaire (fig. 2). Avec le balancier circulaire c’est la circonférence qui remplace le diamètre. Mais le principe ne subit pas la moindre altération.
- Une centaine d’années plus tard, une autre modification s’esquisse. C’est sous la géniale inspiration de l’illustre auteur de la Joconde qu’elle se réalise pour la première fois — sinon matériellement, du moins sur le papier. Parmi les innombrables dessins mécaniques que nous a laissés Léonard de Vinci, figure à plusieurs reprises le pendule, comme organe réglant des horloges. Les figures 3 et 4 établies d’après deux des dessins du grand florentin, publiés par M. Charles Ravaisson Mollien et M. Piumati, ne laissent aucun doute possible sur la paternité du grand artiste relativement à l’organe réglant de toutes les horloges modernes.
- Placez horizontalement la roue de rencontre indiquée comme verticale dans la figu re 1, l’idée de courber
- nisrae à foliot et à poids plus primitif que celui d’Henri de Yic. Il existe à Beauvais, à la cathédrale, une horloge dont la plupart des pièces sont extrêmement primitives, qui a été étudiée récemment par M. Miclet, horloger de talent, avec beaucoup de soin. Cette horloge est munie d’une cloche d’heures datant des premières années du quatorzième siècle — antérieure à 1324 en tout cas — et n’ayant jamais été frappée autrement que par un marteau extérieur. Nous sommes peut-être là en présence d’un des tout premiers mécanismes à poids et à régulateur (le foliot a été remplacé au xvme siècle par un pendule naturellement). En tout cas les lecteurs que cette question intéresserait liront avec profit l’étude publiée par M. Miclet sur l’Horloge de la cathédrale de Beauvais et son auteur le chanoine Etienne Musique (Beauvais, chez l’auteur, 1913).
- la verge et de la terminer par une masse devait se présenter à l’esprit du grand mécanicien qu’était essentiellement Léonard. Cette idée est ébauchée dans la figure 4. Le croquis de la figure 3 en est une heureuse modification (1).
- On date de 1494 (2) les manuscrits où sont figurés les dessins croquis originaux de Léonard. On voit à quelle distance se trouve ce précurseur de Galilée dont la première ébauche d’horloge, non publiée, remonterait au plus à 1637, de Huyghens dont le premier mémoire sur le pendule réglant n’est que de 1657!
- Avec Huyghens les lois du pendule se précisent et la tigedevientindépendantedel’axedelaroue d’échappement. Huyghens a senti que le pendule ne pouvait remplir efficacement son rôle régulateur qu’en ayant la plus grande liberté' possible. Mais, gêné par la roue de rencontre qui exigeait une ampleur d’oscillations considérable, il n’a pu atteindre l’isochronisme, malgré le très ingénieux emploi de
- la cyçloïde indiqué dans la figure 5. Cette figure est très expressive. Elle montre la nécessité où l’on se trouvait d’employer pour passer des engrenages verticaux du rouage proprement ditàl’engre-
- Fig. 7.
- L’ancre de Graham, perfectionnement de celui de Clément.
- nage horizontal de la roue, de rencontre, une roue de champ H. Il était important pour arriver à l’exactitude qu’on cherchât à supprimer cet intermédiaire défectueux et à rendre la roue d’échappement verticale.
- En faisant exécuter à l’axe de cette roue une rotation de 90° on retombait dans le système du
- 1. La figure 3 est établie d’après un croquis du feuillet 110 recto du manuscrit II publié par M. Charles Ravaisson Mollien, conservateur honoraire du Louvre. La figure 4 l’a été d’après un autre croquis, publié dans le Codex Atlanticus.
- Les manuscrits de l’Institut de France, publiés par M. Ch. Ravaisson Mollien forment 6 volumes in-f°. C’est un travail extrêmement remarquable, mettant à la disposition des chercheurs, des inventeurs et des curieux 2000 pages des carnets de Léonard. Notre éminent compatriote a donné en face de chaque dessin le texte de Léonard et sa traduction en notre langue. C’est un soin que n’a malheureusement pas eu le savant italien qui a publié les 1222 pages, constituant le Codex Atlanticus. On apprécie d’autant plus l’œuvre de M. Ch. Ravaisson que la lecture de l’écriture à l’envers de Léonard est fort difficile et que l’italien dans lequel sont écrites ses notes n’est point l’italien actuel.
- 2. M. J.-P. Richter date de 1493-1494 les croquis du manuscrit II, et de 1483 à 1518 ceux réunis dans le Codex Atlanticus. On sait que Léonard mourut en 1519.
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- foliot. Il fallait donc trouver autre chose. L’horloger Clément le trouva en remplaçant la roue de rencontre par une roue à rochet (fig. 6) vers 1775. Les palettes de la verge ont tourné elles aussi de 90° et se sont transformées en plans inclinés(i).
- L’échappement de Clément marque une date importante dans l’évolution de l’organe réglant. L’échappement Graham (fig. 7) n’en est qu’un perfectionnement, un perfectionnement utilisant les principes mathématiques, négligés dans celui de Clément, lequel ne faisait qu’atténuer les défauts
- Fig. 8. — L’ancre moderne dérivé de celui de Graham.
- de la roue de rencontre. L’échappement à ancre de Graham paraît dater de 1715.
- L’échappement à chevilles, très employé dans les horloges publiques et qui est une combinaison d’une invention de l’horloger français Amant* avec un perfectionnement de Lepaute, se rattache lui aussi à l’échappement à ancre. Le remplacement
- 1. La disposition de Clément a été aussi revendiquée par le Dr Hooke.
- des dents par des chevilles en facilitant la construction et en rendant l’ensemble plus robuste a permis par le rapprochement des becs de l’ancre de faire passer les dents ou chevilles l’une après l’autre, au lieu d’en faire passer une alternativement à droite et à gauche de la roue.
- Enfin, l’échappement à ancre, qui réalise dans les pièces portatives la liberté aussi grande que possible de l’organe réglant, est encore une dérivation du Graham et du Clément. Voyez, en effet, la fig. 8.
- Elle représente un type d’échappement à ancre, dit genre anglais. Pour l’obtenir, il a suffi de prolonger en forme de fourchette (F) par delà le centre d’oscillation l’ancre A et d’équilibrer cette fourchette par la branche T. Le balancier circulaire oscillant sous l’action du spiral porte sur sa tige un plateau P dont le bouton b s’engage entre les dents de la fourchette, reçoit son impulsion et lui rend celle du balancier à son retour.
- L’échappement à ancre laisse au balancier circulaire une liberté très grande dans ses oscillations. Les chocs indispensables à l’entretien du mouvement se donnent seulement dans le très proche voisinage du point oîi ils n’amènent pas d’altération dans là durée de ces oscillations. L’échappement à foliot, au contraire, fonctionnait dans les conditions les plus défectueusespourl’isochronisme.Cesdeux formesex-trêmes dérivent pourtant, on le voit, l’une de l’autre.
- Il est curieux de constater que l’échappement à ancre actuel est à la fois robuste et simple, et que les innombrables échappements qui ont sombré au cours des deux ou trois siècles précédents ont péri de leur complication constitutionnelle. Cette constatation est mise en relief par l’étude attrayante de M. Charles Gros sur les Échappements, à laquelle nous avons emprunté les éléments de plusieurs des gravures de cet article (1). Cette étude pourrait prendre comme épigraphe : Le progrès a horreur de la complication. Léopold Reverchon.
- 1. Les échappements de montres et d’horloges, par Charles Gros, 264 p. el 277 gravures.
- Fig. ç. — L’échappement à cheville de nos grandes horloges publiques, simplification du Graham par changement de position des dents remplacées par des chevilles.
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- LES MINES DE SEL DE WIELICZKA
- Les terribles batailles de Galicie ont ramené un moment l’attention sur les célèbres et importantes salines de Wieliczka, situées à quelques kilomètres de Cra-covie. La ville s’élève, au milieu d’un pays pittoresque, sur les premiers contreforts des Carpathes et l’exploitation des galeries de sel gemme, qui s’étendent au-dessous d’elle, remonte au xme siècle. Un peu plus tard, Casimir le Grand réglementa le travail dans ces gisements qui devinrent alors très productifs; puis, vers 1656, les Suédois et les Russes ayant envahi la Pologne, le roi Sigismond IV appela l’Autriche à son aide pour repousser l’ennemi ; mais le monarque ne consentit à envoyer des troupes au secours des Polonais que moyennant indemnité, et comme la somme exigée ne fut pas versée, l’empereur Léopold s’empara des mines de Wieliczka. L’Autriche garda ce gage jusqu’au siège de Vienne parles Turcs (1685). A cette époque, Sobieski, qu occupait le trône de Pologne, se fit restituer les mines en échange de l’appui accordé,
- Quatre-vingt-neuf ans plus tard, lors du démembrement de la Pologne (1772), Wieliczka revint à l’Autriche pour la seconde fois. Mais, en 1809, cette puissance dut céder la moitié des revenus de l’industrie saunière galicienne au grand duché de Varsovie, et elle n’en reprit définitivement possession que par le traité de Vienne (1815).
- Aujourd’hui ces salines constituent un immense dédale de galeries, de puits et de chambres d’extraction qui se croisent, se ramifient et forment par leurs labyrinthes une ville souterraine féerique avec ses rues, ses places publiques, ses autels, ses statues, ses cabanes pour les ouvriers, ses voies ferrées et ses écuries.
- On descend dans la mine par des puits dont le plus profond atteint 512 mètres, soit par un escalier de .plusieurs centaines de marches, soit au moyen d’une corde, soit par le système plus expéditif et plus moderne d’un ascenseur.
- Voici quel était autrefois le singulier mode de descente, le plus communément employé. On attachait à un nœud du câble un certain nombre dé cordes égal au nombre des personnes à descendre. Chaque corde, pliée en deux comme une balançoire, portait dans le bas une petite sangle destinée à servir de siège et une autre formant dossier. L’ensemble constituait une sorte de fauteuil aérien sur lequel chaque mineur ou visiteur se mettait. Pour s’y asseoir, on tirait une corde au bord du puits. Une fois le tout bien arrangé, la masse reprenait la verticale. Le voyageur restait alors suspendu au-dessus du gouffre jusqu’à ce que tout le monde fût placé.
- Il en résultait un paquet d’hommes en manière de lustre d’autant plus bizarre que chacun portait sa bougie ou sa lampe à la main. Les chevaux d’un manège se mettaient alors à tourner, la corde se déroulait, et tout le monde arrivait en bas en quel-
- ques minutes. Actuellement, la descente s’opère de façon moins pittoresque, mais plus rapide.
- Arrivé au premier étage de la mine, on reste confondu devant ces voûtes grandioses, ces autels, ces statues et ces Christs sculptés dans le sel même. On trouve d’abord la galerie Saint-Antoine avec son petit raihvay, la gare Goluchowski, où se croisent diverses galeries plus luxueusement agencées que certaines stations du Métropolitain de Paris! A proximité, on aperçoit la salle Ursula, qui sert de magasin à sel; puis un escalier de 120 marches conduit par un portail muré dans la salle Michalo-wice, mesurant 50 m. de long sur 28 de large et 55 de haut. Elle renferme la chapelle Sainte-Cuné-gonde, taillée en plein filon de sel gemme ; les lustres suspendus au-devant de l’autel sont également fabriqués avec des cristaux de chlorure de sodium.
- Dans la salle Ursula, deux ponts en bois de charpente relient l’une à l’autre les deux murailles de sel. Quelques marches plus bas s’ouvre la galerie Litchtenfeld, longue d’un 1/2 km, environ, et qui communique avec la galerie Drosdowice.
- Dans les gisements de Wieliczka, les géologues distinguent trois variétés minéralogiques : le grun-salz, le spizasalz et le szibilcersalz. Le premier ou sel vert, le plus rapproché de la surface, est mélangé de 5 à 6 pour 100 d’argile, ce qui le prive de sa transparence. On le rencontre sous forme d’immenses lentilles ellipsoïdales disséminées irrégulièrement au milieu de la masse. Au-dessous de ces amas, atteignant parfois plusieurs milliers de tonnes, se trouve le spizasalz cristallisé et mélangé de sable. Enfin le szibikersalz de 5 à 6 m. plus bas, est presque chimiquement pur, translucide et blanc.
- L’abatage s’effectue en taillant au pic, dans la roche, de gros prismes verticaux, que des ouvriers débitent sur place en petits blocs de 0 m. 20 à 0 m. 50 de côté. Des manœuvres en emplissent des brouettes, puis on transporte ces morceaux jusqu’au puits d’extraction au moyen de wagonnets traînés par des chevaux. On a établi également dans certaines galeries des voies automatiques permettant d’amener le sel jusqu’à de vastes salles dans lesquelles on l’emmagasine en attendant qu’on le .remonte au jour, suivant les besoins de la consommation.
- La machine inventée dans ce but par l’ingénieur Prams se compose, grosso modo, d’un tambour sur lequel s’enroulent en sens inverse les deux extrémités d’un câble, qui fait remonter ou descendre une benne sur une voie ferrée inclinée.
- On se dispense de remblayer les chambres pratiquées dans les immenses lentilles de grünsalz. On élève seulement, afin de soutenir les points faibles, de gigantesques bûchers formés de rondins entassés jusqu’au sommet de la voûte. Ces bûches, longues de plusieurs mètres et d’un fort équarrissage, ont l’avantage de bien répartir les pressions, et, comme
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- LES MINES DE SEL DE WJEL1CZKA
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- elles s’imprègnent de sel, ce boisage se conserve indéfiniment.
- Cependant, dans les Alpes autrichiennes, l’extrac-tion du sel s’effectue de plus en plus par voie humide; on le dissout dans des chambres creusées dans les gîtes d’argile salifère et on évapore ensuite
- Fig. i.
- — Gare de Goluchowski dans la mine.
- énormes qu’elles nécessiteraient seraient hors de proportion avec les résultats obtenus.
- Aussi les techniciens polonais s’efforcèrent-ils de tourner les difficultés que présente l’exploitation des riches gisements de Wieliczka. M. Franz van Schwind proposa dans ce but la méthode de lavage continu qui repose sur les principes suivants. Les eaux saturées de sel peuvent tout au plus ramollir les couches salines, mais non les dissoudre. Si donc on remplit une chambre d’une solution concentrée d’eau salée, la paroi latérale ne s’élargit pas plus que le plafond de la chambre ne s’élève. En laissant donc l’eau douce couler lentement dans une chambre pleine, après avoir réglé l’orifice d’écoulement du liquide salé de manière à équilibrer l’arrivée de l’eau douce par l’écoulement de la solution saturée, celle-là, par suite de sa moindre densité, s’étalera au-dessus du niveau de celle-ci qui disparaîtra petit à petit. L’eau douce vient alors en contact du plafond de la chambre et dissout le sel. Toutefois, comme le pouvoir dissolvant de l’eau diminue en raison inverse de la saturation, son action se manifeste
- l’eau salée dans des poêles. On commence donc par diviser l’intérieur de la mine en un certain nombre de compartiments dans lesquels on fait arriver l’eau douce qui se sature en corrodant la paroi latérale et le plafond de la chambre. Une fois l’eau saturée, on l’évacue par l’orifice d’écoulement dans des tuyaux qui la conduisent aux usines d’évaporation. Après évacuation, on renouvelle la même opération. Ce lavage discontinu a pour avantage de permettre de se rendre compte de l’agrandissement qu’a subi la chambre et de procéder au nettoyage de l’orifice d’écoulement. Ce système s’emploie surtout avec avantage dans les gîtes d’argile salifère, mais dans ceux riches en sel il présente plutôt des inconvénients. La paroi latérale des chambres s’élargit en effet beaucoup trop vite, si bien que, au bout de peu de temps, les chambres voisines se touchent et le plafond s’écroule. Il faudrait alors procéder au renforcement des parties menacées par des digues protectrices, mais les frais
- Fig. 2. — Chapelle de Sainte-Cunégonde taillée en plein sel gemme. Les lustres sont en cristaux de sel.
- particulièrement à l’orifice d’entrée. En s’étalant de ce centre vers les parois latérales, l’eau se concentre de plus en plus. Par conséquent, la partie supérieure de la salle ne se corrode plus suivant un plan, mais sous la forme d’une voûte beaucoup plus résistante qu’un plafond.
- Malheureusement, le procédé Schwind rencontre deux obstacles dans la pratique, obstacles qui consistent dans l’inégalité des couches attaquées et
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- Fig. 3. — Chambre de Sainte-Madeleine dans la mine deWieliczka.
- dans l’imperméabilité des résidus stériles. Le plafond se corrode alors irrégulièrement, et, en outre, le dépôt plastique ne permet pas d’assurer
- l’écoulement constant des eaux saturées.
- Depuis plusieurs années, on emploie également à Wieliczka la méthode due à l’ingénieur Karl Schell et dont voici l’économie générale. On creuse d’abord une voie jusqu’au milieu de la chambre; puis, a l’aide d’explosifs, on fait sauter la roche autour de cette galerie jusqu’à ce qu’on juge suffisantes les dimensions de la chambre? Ensuite, on établit simultanément le puits incliné afin d’assurer une issue aux gaz provenant de l’explosion. On inonde le souterrain et on épuise l’eau saturée comme on le fait pour les sources salées.
- D’autre part, les habitudes du commerce local autrichien exigeant la vente du sel en briquettes compactes, on évapore les solutions salines à température élevée, puis on comprime la masse cristalline au moyen de presses hydrauliques. Les blocs ainsi fabriqués sont immédiatement déposés par des appareils automatiques d’expulsion sur de petits wagonnets en fer pouvant contenir 1000 pièces et qu’on pousse par groupe de 16, sur des rails sans fin, dans un tunnel de séchage. Là, on les expose ' durant douze à vingt heures à un courant d’air chaud ; après quoi, on les dirige dans le hall d’emballage où on les empaquette finalement dans du papier clos par des bandes collées.
- Comme le montre cette trop rapide description, les salines de Wieliczka possèdent un outillage perfectionné et représentent un type curieux, quelque peu archaïque, d’exploitation salifère. ' Jacques Boyer.
- LES MOUCHES
- Au printemps de cette année — comme, d’ailleurs, celui des années précédentes — on a pu voir voler, dans les rues de Paris et dans la campagne, de grosses mouches noires aux allures lourdes dont l’aspect est assez déplaisant. Ces bestioles lugubres, peu de personnes s’en doutent, ont une certaine relation —- lointaine (43 ans!) — avec la guerre, car leur nom vulgaire est celui de mouches prussiennes. Cette épithète « péjorative », comme disent les stylistes, leur a été donnée en 1872, année où elles abondèrent à tel point qu’elles se répandaient partout, dans les maisons et les jardins
- PRUSSIENNES
- publics; l’imagination populaire, plus nerveuse qu’aujourd’hui, et sous le coup encore vif de nos désastres récents, vit dans cette arrivée d’émissaires noirs un sinistre présage et accusèrent l’invasion des Prussiens d’être la cause de ce pullulement intempestif. Les Germains ont suffisamment de crimes sur la conscience pour qu’il ne soit pas nécessaire de leur en inventer de chimériques, et tel est le cas de l’alarme en question qui ne reposait sur rien. Les mouches prussiennes varient beaucoup d’abondance d’une année à l’autre, mais cela est simplement du aux conditions météofo-
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- logiques, suivant que l’hiver a e'té plus ou moins long, que l’été a été plus ou moins chaud, que l’humidité ou la sécheresse ont dominé, etc. En 1872, la météorologie de l’année précédente avait dû être favorable et c’est la seule cause pour laquelle elles nous envahirent de leurs bataillons de la mort.
- Leur vrai nom est : Mouche de Saint-Marc ou Bibion de Saint-Marc (Bibio Mar ci), qui leur vient de ce qu’elles se montrent généralement vers la Saint-Marc. Elles présentent cette particularité, assez rare chez les Diptères, de posséder un dimorphisme sexuel, c’est-à-dire que le mâle n’a pas le même aspect que la femelle. Le premier est plus petit et plus raccourci que la femelle, avec des.ailes hyalines, tandis que, chez cette dernière, elles sont noirâtres. La longueur est d’environ il à I.5millimètres; le corps est recouvert de poils noirs, ainsi que les pattes, qui sont relativement longues, et le dos est un peu bossu. LesBibions semblent voler avec difficulté, sans grande vitesse et en laissant pendre leurs pattes en arrière, ce qui, avec leur dos voûté, leur donne un aspect peu sympathique. Les espaces qu’ils parcourent dans l’air ne sont jamais bien considérables et, arrivés au bout de leurs trajectoires pénibles, ils s’accrochent lourdement, comme à bout de souffle, à une branche de buisson, à un mur, à un volet, où, dès lors, ils restent immobiles, avec un aspect véritablement stupide, qui fait contraste avec sa cousine et voisine, la mouche domestique, si vive, si enjouée, toute pétillante de la joie de vivre et, parfois, malheureusement, d’ennuyer les pauvres humains.
- Les mouches prussiennes vivent peu et leur courte existence est dénuée de poésie et d’imprévu. Au bout de quelques jours, elles meurent après
- avoir pondu de 120 à 150 œufs sur le sol, surtout, celui riche en humus, ou sur les fientes des bestiaux. Ces œufs, blancs et lisses, sont un peu cylindriques, avec l’avant un peu effilé; ils éclosent.au bout d’un mois : les larves qui en sortent s’ac-* croissent très vite, et, au bout de. quinze jours, ont atteint leur taille définitive. Ce sont des sortes de vers, formés de douze anneaux dont chacun présente une couronne de-soies, ce qui leur donne des allures de chenilles. A l’aide de ces poils dirigés en arrière, ces larves cheminent facilement dans le sol par la simple ondulation de leur corps. Elles se nourrissent des débris végétaux du sol et vivent toute une année de la sorte — très longtemps exposées, ainsi, aux intempéries. En hiver, cependant, elles s’enfoncent assez profondément pour se
- mettre à l’abri delà gelée, mais, regagnent les voisinages de la surface quand les froidures sont passées. A ce moment, leur appétit devient formidable et elles, s’attaquent aux jeunes plantes, qu’elles rongent au collet, par exemple, celui des salades, des asperges et autres légumes printaniers; à cet égard, ce sont des insectes nuisibles—le Bibion Saint-Marc lui-même ou une espèce voisine —qui, certaines années, causent quelques ravages chez les cultivateurs de primeurs. Vers mars-avril, elles redescendent un peu plus bas dans la terre, cessent leurs déprédations et se transforment en nymphes; au bout d’une quinzaine de jours en sortent les adultes qui se répandent dans nos squares au point d’effrayer les gens timorés, qui les croient susceptibles de les piquer, alors, que sous ce rapport, elles sont absolument inoffensïves; ce sont simplement leurs longues pattes que l’on prend, à première vue, pour de perfides aiguillons.
- Henri Coi pin.
- Mouches prussiennes : i, mâle. 2, femelle.
- STANDARDS
- L’absence dans notre langue de l’admirable petit mot anglais : « standard » est tout à fait regrettable. L’Académie française ne pourrait-elle pas, au lieu de se contenter de cataloguer les expressions depuis longtemps consacrées par l’usage, aider parfois la venue au monde de mots nouveau-nés répondant aux besoins nouveaux de la civilisation
- moderne? On objectera sans doute la richesse de notre langue. Là où les Anglais emploient Tunique mot standard, nous en ayons plusieurs douzaines à notre disposition : poids étalons, profils types des bandages de locomotives, titre légal des monnaies, solutions normales des chimistes,spécialités pharmaceutiques, barrique de Bordeaux, système inter-
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- national des pas de vis, chaux hydraulique admi-nistrative, thermomètre médical, explosifs réglementaires pour mines grisouteuses, etc., etc. Cette richesse a certainement l’avantage d’éviter la monotonie des répétitions, mais elle est plus apparente que réelle ; elle voisine de bien près avec la pauvreté. Aucun des termes ci-dessus ne représente exactement l’idée maîtresse contenue dans le mot « standard », c’est-à-dire : uniformité voulue de certains produits industriels, systématiquement fabriqués de façon à assurer l’invariabilité de quelques-unes de leurs propriétés : forme, dimension, composition chimique, etc. Type et étalon se rapprochent le plus du mot anglais, malheureusement le premier ne possède pas de verbe correspondant. Celui du second, étalonner, exprime une idée toute différente de celle de standardiser, ou arrêter d’une façon définitive les propriétés de tel ou tel produit, classé alors comme étalon et destiné à être fabriqué pendant longtemps sans aucun changement.
- Il ne s’agit pas seulement là d’une question de forme littéraire. Cette lacune entraîne un inconvénient très grave : l’obscurcissement inévitable d’une idée essentielle, par l’absence du mot précis nécessaire pour l’exprimer. Il en résulte, par contre-coup, une cause de faiblesse très sérieuse pour notre industrie. Ce point de vue mérite quelques éclaircissements.
- Les machines, les produits standardisés deviennent de plus en plus une nécessité devant la complexité tous les jours croissante des exigences de la vie moderne. Les Anglais ont institué à Londres un « Commiltee of standards », chargé de préparer l’unification de leurs fabrications; ils l’ont fait pour lutter contre la suprématie de l’industrie allemande. Si le ciment Portland allemand s’exporte aujourd’hui dans le monde entier, c’est qu’il est standard.
- A tout consommateur, il est garanti conforme aux normes établies par le syndicat des fabricants allemands. Si nous employons de préférence dans nos laboratoires des tubes en verre allemand, c’est que ce verre est standard. Il est toujours identique à lui-même, des tubes de provenance quelconque peuvent se souder entre eux. C’est encore la raison principale du succès des spécialités en pharmacie ; les pilules au carbonate de fer de V. ou à l’essence de térébenthine de C. renferment toujours la même quantité du corps utile. En les ordonnant, le médecin sait exactement ce qu’il fait.prendre à ses patients.
- Dans les produits similaires de fabrication courante, le dosage varie souvent du simp'e au décuple.
- Nous avons déjà quelques produits industriels standardisés, mais ils sont en trop petit nombre. Par exemple, grâce au contrôle de l’État, sept de nos explosifs usuels ont une composition fixe ; la dynamite n° 1, la dynamite gomme, les deux grisou-naphtalites, les deux grisou-dynamites et l’explosif Favier.
- Le jour où l’on aura compris chez nous l’importance du standard de fabrication, où le consommateur sera assuré de trouver dans le commerce un certain nombre de types définis et fixes, nous obtiendrons le double avantage d’une garantie de qualité donnée par le fabricant et d’une diminution de prix résultant de l’uniformité plus grande du travail à l’usine, de la réduction des approvisionnements chez les détaillants.
- C’est là un problème d’une importance capitale pour le relèvement de notre industrie après la guerre. Tout le monde implore aujourd’hui la protection des députés et du gouvernement qui n’en peuvent mais. Comme l’a très sagement rappelé M. Ribot, dans son récent discours au Sénat, c’est le cas ou jamais d’appliquer la vieille maxime : « Aide-toi, le ciel t’aidera ».
- Il y a là un effort très intéressant à poursuivre ; mais il faut le reconnaître, très difficile aussi. Consommateurs et producteurs devront chacun de leur côté renoncer à des errements également déplorables.
- Les consommateurs demandent des produits tous les jours nouveaux. Ils n’ont pas le droit de se plaindre, si un mobilier de salon est au bout d’un an complètement défraîchi par la lumière. Il y a peu de couleurs bon teint, on n’en découvre certainement pas une nouvelle par an. Ils ne veulent pas seulement changer la couleur de leurs étoffes, il leur faut encore des tissus différents. Lien d’éton-nant alors à voir un pantalon d’habit, la première fois qu’on le met, se fendre sur 50 cm de longueur, quand on se baisse pour ramasser un gant.
- Les conséquences de cette mentalité ne sont pas moins déplorables pour le prix de revient que pour la qualité. Nos architectes, nos ingénieurs veulent tous avoir leurs modèles spéciaux. Chaque Compagnie de chemin de fer a ses profils de rails, de bandages. Une malheureuse Commission, nommée jadis par un ministre bien intentionné pour tenter une unification des cahiers des charges, fut volatilisée dans la chaleur de la lutte et disparut sans laisser aucune trace detson existence éphémère.
- Il ne s’agit pas, bien entendu, d’interdire la variété des fabrications; nos préoccupations artistiques s’insurgeraient. On ne demande pas pour tous les Français le même vêtement, la même maison, le même mobilier, mais seulement la possibilité pour ceux qui le désirent, de trouver dans le commerce des produits de qualité constante et garantie, sans aucune obligation de s’en servir. On aurait pour les vêtements une douzaine de tissus d’une résistance mécanique garantie, une douzaine de couleurs garanties bon teint; poussons même les choses à l’extrême, à l’absurde, une douzaine de formes de vêtement. On pourrait avec cela faire 1728 combinaisons différentes, cela représente déjà une certaine variété. L’habit d’arlequin n’a pas autant de pièces différentes. On n’aurait pas encore à craindre de voir l’ennui naître de l’uniformité.
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- Du côté des producteurs, les préjugés ne sont pas moindres. Ils professent un respect exagéré des caprices et de l’incompétence de la clientèle; ils évitent avec grand soin de l’éclairer sur les intérêts communs des acheteurs et des vendeurs. Sachant combien les belles paroles comptent plus que la bonne qualité des marchandises, ils usent et abusent. de l’emploi des représentants pour traiter verbalement des affaires qui devraient toutes être réglées par écrit. Ils connaissent trop la formule : « Verba volant, Scripta manent ». Il faudra une véritable révolution pour amener les industriels à garantir par écrit la qualité de leur fabrication.
- Une Commission du Ministère des Travaux publics chargée de s’occuper de la question des chaux et ciments ne renfermait pas dans son sein de repré. sentants de l’industrie des chaux hydrauliques ; on en profita pour imposer à cette industrie certains types de fabrication et une garantie de qualité donnée par un plomb spécial de fermeture des sacs.
- Après ce premier pas dans la voie de la standardisation, quelques membres de la Commission crurent possible de faire un second mouvement en avant et d’étendre au ciment les mesures prises à l’égard des chaux ; mais les représentants des ciments protestèrent avec une telle énergie contre une mesure à laquelle l’industrie allemande doit cependant une part de ses succès, qu’ils en firent échouer l’adoption et firent même rapporter la mesure relative aux chaux, coupable d’avoir été le point de départ d’une tentative aussi révolutionnaire.
- On objectera peut-être que la garantie d’une constance de qualité, d’une standardisation n’entraîne pas nécessairement une garantie de bonne
- qualité. En théorie cela est peut-être exact; cela ne l’est pas en pratique. En dehors de quelques circonstances exceptionnelles, un client n’accepte un produit de mauvaise qualité que parce qu’il en ignore les défauts. Si on vient les lui garantir ouvertement, il regimbera. Il peut bien y avoir des exceptions; mais, comme on le dit très justement, elles confirment la règle. J’en citerai un exemple amusant :
- Un fabricant de savon avait eu l’idée de frauder son savon en y ajoutant du sulfate de baryte et en outre d’en faire un savon standard, vendu comme savon barytique avec garantie d’une teneur fixe de 50 pour 100 en sulfate de baryte. II le vendait plus cher en raison de cette garantie et était très fier de cette opération, qu’il considérait comme son plus grand succès industriel.
- Les consommateurs sont capables de s’instruire, les acheteurs de savon comme les autres, et il est naturel qu’ils le fassent à leurs dépens. Chacun doit payer son instruction. Des ligues de consommateurs renfermant quelques personnes compétentes arriveraient rapidement à fixer des standards d’un niveau raisonnable. L’organisation de ces ligues d’acheteurs doit, pour le moment, je le reconnais, être reléguée dans la catégorie des châteaux en Espagne. Il faut d’abord obtenir que l’idée exprimée par le mot standard et son importance soient comprises chez nous. Puissent ces quelques lignes jouer le rôle d’amorce et faire exploser des sentiments existant certainement aujourd’hui à l’état latent dans l’esprit de beaucoup de nos compatriotes.
- Henry Le Chàtelier.
- Membre de l’Institut.
- UNE BOMBE PARISIENNE
- Cette bombe n’est parisienne que par destination ; j’ai eu la bonne fortune de la recueillir à la suite de la visite que nous fit un aviateur allemand, le 22 mai. Il en voulait à la Tour Eiffel et jeta tout un paquet d’engins qui vinrent s’abîmer sur le sol à quelques centaines de mètres du but. Quelques-uns ont éclaté causant beaucoup d’émotion, vite dissipée, d’ailleurs, et des dégâts matériels insignifiants. Le laboratoire municipal en a recueilli une intacte, et moi-même une autre, peut-être en meilleur état que la première. Froidement, je me suis substitué au personnel officiel pour procéder au démontage de l’engin. Cependant, à cause de l’insuffisance de l’outillage, j’ai dû respecter le détonateur et l’explosif. Mais le mécanisme ne m’a laissé aucun secret. C’est d’ailleurs tout ce qui pouvait m’intéresser.
- L’engin, plus curieux qu’ingénieux, n’est mécaniquement qu’un produit de la camelote allemande. Nous avons mieux au service de leurs hangars de dirigeables et de leurs parcs d’artillerie.
- Imaginez un cylindre de fonte, ayant tout à fait
- la forme d'un zeppelin, de 11 cm de hauteur, 4,5 cm de diamètre et terminé par deux calottes sphériques. L’une de ces calottes est pourvue d’une plaquette de fonte sur laquelle s’attache un cône fait en tissu très souple et très épais qui remplit les fonctions d’empennage et destiné, par conséquent, à obliger le cylindre à respecter la position verticale pendant la chute.
- Le croquis que j’ai dressé de l’engin va nous permettre de l’étudier.
- Il est composé de deux parties : la bombe et le système percutant. A l’intérieur du cylindre de fonte, un tube D renferme le détonateur Z ; il est vissé sur la calotte sphérique inférieure, à l’aide des pans coupés de l’écrou E. La partie inférieure est évidée pour recevoir le système percuteur.
- Ce dernier est renfermé dans un tube de laiton T de 6,5 cm de longueur et 15 mm de diamètre, fermé à sa partie supérieure par une couronne de bronze G maintenue en place par le sertissage du tube qui forme une gorge annulaire G. À la base un écrou A, hémisphérique, livre un pas-
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- UNE BOMBE PARISIENNE
- sage à une tige centrale B terminée, d’une part, par un filet de vis qui traverse librement la couronne C et, d’autre part, par une sorte d’hélice à trois branches II. Un épaulement I empêche la tige B de s’échapper par le passage qui lui a été ménagé à travers l’écrou A.
- Sur la partie filetée F vient se visser une masse de bronze M terminée par le percuteur P. Celte masse participe donc librement aux mouvements verticaux de la tige B, mais les mouvements de rotation sont arrêtés par une pointe S qui traverse, à frottement doux, la couronne C. ...
- La liaison entre les deux organes : mécanisme du percuteur et détonateur, est simplement réalisée par l’intermédiaire de la gorge G que vient emprisonner l’extrémité du tube du détonateur.
- Enfin, entre la masse M et le détonateur, un léger ressort spirale conique en laiton empêche la pointe de venir frapper intempestivement la capsule Z.
- Pour bien comprendre le fonctionnement de l’engin il est indispensable de savoir qu'il a été trouvé, non absolument indemne, mais séparé en deux parties : la bombe d’une part, le mécanisme d’autre part ; c’est seulement après un examen superficiel que je me suis aperçu qu’il manquait quelque chose.
- C’est alors que furent retrouvés la masse M et le ressort Y.
- En étudiant ces parties j’ai pu constater qu’il n'y a là qu’une imitation assez mal réussie de la bombe Aasen; mais je n’insisterai pas sur ce sujet, laissant à nos lecteurs, que ces problèmes intéressent, le soin de l’établir eux-mêmes.
- Au point de vue mécanique, l’engin ne peut pas être considéré comme une pièce de précision. On s’aperçoit aisément, en effet, que ce matériel a été construit avec trop de précipitation et il en résulte un fonctionnement intermittent. Le côté chimique est mieux étudié, car l’explosif est très puissant: il met l’enveloppe de fonte en miettes et projette les morceaux avec une vitesse considérable. La façade de l’hôtel de Benjamin Babier devant lequel une de ces bombes a éclaté est littéralement hachée de cicatrices profondes. Les autres bombes qui ont éclaté à quelques mètres plus loin ontproduit des effets analogues. Nous pouvons ajouter que, si la Tour les avait reçues, elles se seraient brisées avant d’éclater ou bien n’auraient occasionné aucun dégât.
- Dessin en coupe de l’une des bombes tombées aux environs de la Tour Eiffel dans la soirée du 22 mai. Sa construction repose sur le principe de la bombe Aasen, Elle contient deux charges de tri-nitrotoluène : l’une à l’intérieur du tube de cuivre D, l’autre à l'intérieur de l’enveloppe de fonte. Cette dernière est fragmentée extérieurement pour faciliter la formation des projectiles.
- Les diverses manifestations aériennes allemandes au-dessus des villes ouvertes françaises, en particulier au-dessus de Paris, ne produisent, en général, que des effets [assez anodins si l’on tient compte des intentions de leurs auteurs. Les buts ne sont pour ainsi jamais atteints, ce qui prouve à combien de difficultés on se heurte lorsque l’on aborde le problème du tir aérien. Presque toujours les projectiles jetés à 3000 mètres de hauteur tombent à plusieurs centaines de mètres du but. L’aviateur qui veut obtenir un effet, détruire un ouvrage militaire, par exemple, doit, ainsi que le fond nos aviateurs, se rapprocher du but le plus possible, c’est-à-dire descendre en vitesse au-dessus du but et laisser tomber la bombe quand il n’en est plus qu’à quelques centaines de mètres.
- Une telle méthode, que nos aviateurs mettent en pratique avec succès pendant leurs diverses incursions au-dessus du sol allemand, n’est pas à la portée de leurs ennemis, plus soucieux d’assurer leur sécurité que d’atteindre le but qu’ils poursuivent.
- Le bombardement de Carlsruhe est une réponse énergique au récent bombardement de Paris. Il est apparu nécessaire, en effet, de répondre du tac au tac aux procédés inaugurés par nos ennemis. Les Allemands doivent s’apercevoir que, depuis quelque temps, l’aviation française est une arme avec laquelle il leur faut compter. Nos expéditions sont faites, non plus par un appareil isolé qui réussit un raid, mais par une escadrille nombreuse dont les projectiles produisent des dommages sérieux. Leurs hangars de dirigeables, leurs trains de chemins de fer, leurs j gares, leurs usines de produits chimiques sont là pour en attester. L’attaque de Carlsruhe a été la réponse aux nombreux actes criminels dont s’enorgueillissaient les Allemands.
- Quant à l’armement de nos avions il paraîi bien supérieur à celui des avions ennemis ; notre principe n’est pas de semer des petites bombes jetant l’épouvante chez la population d’une ville ouverte, mais de produire des effets destructifs sérieux contre des ouvrages militaires. Notre armement a été conçu dans ce but bien déterminé ; nos ennemis n’ont qu’à respecter les lois de la guerre s’ils ne veulent pas exposer de nouveau leurs populations aux « méchants » effets de notre tir aérien.
- R. Doncières.
- Le Gérant : P. Masson. — Imprimerie Laiiure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- LA NATURE
- QUARANTE-TROISIÈME ANNÉE — 1915
- PREMIER SEMESTRE
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Académie d’agriculture de France, 263. Adamello : la limite alpino-dinarique dans les environs de ce massif, 274. Aéroplane : Le « Taube » des Invalides, 272.
- Air : gouttelettes microbiennes de l’air, 14.
- Aisselle glabre signe de tuberculose, 13. Alcoolisme, 13.
- Alimentation des armées en campagne, 229.
- Allemagne : raréfaction du cuivre, 25.
- — : le fusil, 28.
- — : la question de l’or, 37.
- — : canal de Kiel, 49.
- — : chemins de fer, 57.
- — : grandes fabriques de produits chimiques, 76.
- Allemagne : Ports de la Baltique, 154.
- — : Le Rhin, 169.
- — : Ce qu’on savait de l’artillerie louule avant la guerre, 179 '
- Allemagne : Ports de la mer du Nord, 188.
- Allemagne : produits du sol, 305.
- — : le camp retranche de Metz, 513.
- — : Le bétail, 359.
- — : T. S. F., 340.
- — : colonies en Afrique, 545.
- — : Essen et le bassin do la Ruhr, 597.
- Alliages : anisotropie mécanique, 229. Amagat : nécrologie, 150.
- Ambulance dans des péniches, 72. Analyse toxicologique : emploi de la frigorification, 214.
- Anisotropie mécanique des alliages, 229. Appareils de prothèse des amputés, 294.
- Arabie, 587.
- Armée moderne : son organisation, 590. Armées en campagne : alimentation, 229.
- Artillerie lourde allemande avant la guerre (ce qu’on savait de F), 179. Ascidie : autotomie et régénération des viscères, 310.
- Astronomie babylonienne, 141.
- Attaque de Douvres, 26.
- Atterrissage nocturne des avions, 27. Avant-guerre (souvenirs de F), 77.
- Azote libre et plantes supérieures, 214.
- B
- Bacille typhique : sa dissémination, 274. Bactéries marines : leur résistance à la salure, 295.
- Bactériologie e la gangrène gazeuse,
- 182.
- Balance électromagnétique de Hughes (application à la chirurgie militaire),
- 12.
- Ballons cerfs-volants, 411.
- Baltique : ports allemands, 154.
- Bétail en Allemagne, 539.
- Bielle double Williams, 92.
- Bilicullurc au cours de la fièvre typhoïde, 13.
- Blessures des erfs, 136.
- Bombe parisienne, 423.
- Bulantan : le jardin des serpents, 297.
- c
- Canal de Kiel, 49.
- Canon : etforts auxquels il résiste, 52.
- Canons, obusiers et mortiers, 121.
- Catalyse dans l’oxydation des sulfites alcalins, 229.
- Cerveau : destruction d’une partie, sans trouble appréciable, 294.
- Chauffe au pétrole dans la marine, 233.
- Chemins de fer allemands, 57.
- Chemins de fer anglais pendant la guerre, 240.
- Cheval de guerre en 1915, 593.
- Chicorée de guerre, 182.
- Chiens de guerre, 229.
- Chimie : industrie chimique et la guerre, .270.
- Choléra : vaccination expérimentale contre son vibrion, 274.
- Coefficient de température des réactions photochimiques, 295.
- Cohésion, 223.
- Colonies allemandes en Afrique, 545.
- Communications télégraphiques mondiales, 137.
- Confitures de guerre, 327.
- Conserves de viande, 15.
- Conserves des armées en campagne, 274.
- Contrebande de guerre, 147.
- Coraux des grandes profondeurs, 274.
- Cordeaux combustibles, 35.
- Cosaques, 201.
- Côte d’ivoire : géologie, 215.
- Coton, irrigation et climat en Égypte, 206.
- Coulées diabàsiques en Afrique, 45.
- Courants (transport des mines marines par les), 182.
- Couronne solaire (rotation de la), 295.
- Croiseurs auxiliaires, 211.
- Cuivre : sa raréfaction en Allemagne, 23.
- Supplément au n° 2178 de La Nature du 26 juin 1915.
- 27
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- 426 . — .....
- D
- Dardanelles : leur défense, 4.
- Débarquement (Comment on opère un), 583.
- Déplacements rapides en astronomie. 294.
- Déshuilage électrique de la vapeur, 184.
- Désinfection des effets, 79.
- Destruction systématique des ponts, 1.
- Diatomées, 358.
- Diffusion de la lumière par l’air, 62.
- Dirigeable : Le Tissandier, 24.
- Dirigeables : un nouvel obus pour les détruire, 261.
- Distance maxima franchissable par les sous-marins, 295.
- Douvres : attaque, 26.
- Du feu grégeois aux compositions incendiaires modernes, 212.
- Dynamite et gommes explosives, 226.
- Dynamo-métamorphisme : son rôle dans la formation des gneiss, 575.
- E
- Egypte : coton, irrigation et climat, 206.
- Electro-magnétisme employé au déplacement des projectiles dans les tissus, 213.
- Éléments nécessaires au développement du maïs, 151.
- Epidémies et guerres, 318.
- Épuration de l’eau par l’hypochlorite de calcium, 295.
- Essen et le bassin de la Ruhr, 397.
- Étain : mâcles artificielles, 13.
- Exp'osifs, 128.
- F
- Fabrication des pyroxÿles, 204.
- Failles : leur influence sismogénique, 274.
- Faune carcinologique de File Maurice. 15.
- Faune (Influence de la guerre sur la),
- 53.
- Flambcment dos tiges cylindriques, 02.
- Fleur, 213.
- Flotte aerienne : Le Tissandier, 21.
- Formations tertiaires de la mer de Marmara, 517.
- Formes adaptatives des Scvllares, 215.
- Fortifications permanentes, 46.
- Fourmis : guerre chez les fourmis, 62.
- Frigorification : son emploi en analyse toxicologique, 214.
- Frontière austro-italienne, 572.
- Fusées d’obus : généralités, 185.
- Fusil allemand, 28.
- G
- Gangrène gazeuse, 214.
- — : bactériologie, 182.
- Géologie de Tombouctou, 151. Gommes explosives : fabrication, 226.
- INDEX ALPHABÉTIQUE
- Grottes du Mammouth, 45.
- Grue flottante de construction allemande (rupture d’une), 287.
- Guerre chez les fourmis, 62.
- — navale en 1914, 81, 97.
- H
- Haute atmosphère : observations, 310. Hémarthroses : leur traitement par des injections d’oxygène, 213.
- Horlogerie : évolution de l’échappement. 414.
- Houille : industrie dans le nord de la Franco, 529.
- Hydrogène : nouvelle usine, 144. Hygiène dans l’armée russe, 167.
- I
- Imperméabilisation des tissus, 151.
- — des vêtements, 12.
- Incendie : compositions incendiaires modernes, 212.
- Industrie chimique et la guerre, 270.
- — française pendant les guerres de la Révolution, 163.
- Industrie pharmaceutique française, 195. Industries du Nord : généralités, 289.
- — : fabrication du sucre, 290.
- — : houille, 329.
- — : fer, 561.
- Italie : marine, 584.
- K
- Kapok : plus chaud que la laine et aussi plus léger, 214.
- L
- Laminaire (biologie d’une), 293. Lcmnos, 285.
- Levure marine, 215.
- Locomotive : la plus puissante existant actuellement, 295.
- Lois d’écoulement par gouttes par les orifices capillaires, 317.
- Lunettes d’approche, 61.
- M
- Machines à creuser les tranchées, 118. Mâcles artificielles de l’étain, 15. Manganèse : son action favorable sur la bactérie des légumineuses, 213.
- I Marine italienne, 384.
- Marmara (formation du bassin de la mer de), 62.
- Martin (Pierre) : nécrologie, 376. Mèches combustibles, 35.
- Médecine militaire dans l’antiquité et dans les temps modernes, 217. Mélaphyre permien de l’Ariège, 213. Mélasses de betteraves : dosage du saccharose, 61.
- Menhir debout enfoui dans une alluvion marine, 215.
- Menhir sous une dune de Vendée, 15. Metz : le camp retranché, 313.
- Microbes mobilisés, 80.
- Migration des oiseaux : influence de la guerre, 33.
- Minerais de fer de la Grèce orientale, 575.
- Mines du Maroc, 45.
- — : de sel de Wieliczka, 418.
- Mines marines, 162.
- — : transport par les courants. 182.' Mitrailleuses étrangères, 275.
- Mortiers et obusiers, 121.
- Moteurs des navires marchands anglais, 289.
- Mouches prussiennes, 420.
- Moulin à vent à axe vertical, 510. Mounds pétrolifères du Texas, 93. Mouvement brownien, 151.
- N
- Nature infectieuse de la pellagre, 294. Navigation sous-marine autrefois, 228. Nécrologie : Pierre Martin, 376.
- O
- Obus : généralités sur les fusées, 185.
- — non éclatés : destruction, 151.
- — nouveau contre les dirigeables, 261.
- Obusiers et mortiers, 121.
- Ondulations diurnes des images en astronomie, 295.
- Or : la question de For en Allemagne, 37.
- Or colloïdal : son action, 294.
- P
- Papier photographique : comment le préparer soi-même, 557.
- Paradoxe anémométrique. Moulin à vent à axe vertical, 510.
- Pellagre (Nature infectieuse de la), 294.
- Pellicule pour radiologie, 62.
- Péniches-ambulances, 72.
- Périscopes de sous-marins, 409.
- Pétrographie de Kerguelen, 151.
- Pétrole : industrie en Roumanie, 7.
- — (Chauffe dans la marine), 233.
- Pharmacie : industrie pharmaceutique française, 195.
- Philothion dans le cristallin des yeux, 62.
- Phosphore dans les plaies, 79.
- Photographie : les appareils des zeppelins et aviatiks, 262.
- Phototropie des systèmes inorganiques, 151.
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-
-
-
- Plaies : entraînement du phosphore, 79.
- — de guerre, 93.
- Pneumobacille de Friedlander et pomme de terre, 213.
- Pneumokoniose des polisseurs de métaux, 229.
- Poids atomiques : leur correction, 44. Poissons apodes : un nouveau genre, 215. Pola, 65.
- Polisseurs de métaux : pneumokoniose, 229.
- Pologne stratégique, 176.
- Pomme de terre et pneumobacille de Friedlander, 215.
- Ponts : leur destruction systématique, 1. Portée des projecteurs, 97. Portes-de-Fer, 550.
- Ports allemands do la Baltique, 154.
- — allemands de la mer du Nord, 183-
- — anglais : manutention des céréales, 334.
- Poussières microbiennes des locaux habités, 136.
- Prix de la vie (Bépercussion de la guerre sur le), 127.
- Produits chimiques : grandes fabriques allemandes, 76.
- Produits du sol allemand, 503. Projecteurs, 281.
- — de guerre, 93, 118.
- Projectiles : localisation dans le corps
- des blessés, 13.
- Projectiles : leur recherche dans l'organisme, 241, 295.
- Pyroxyles : Fabrication, 204-
- R
- Radioactivité de l’air sur les gouttelettes atmosphériques, 14.
- Radiographie : localisation des projectiles, 13.
- Radiographie sur métal, 118.
- Radiologie : pellicule, 62.
- Radioscopie : pour obtenir la notion du relief, 12.
- Ration du soldat, 150.
- Ravitaillement des navires par câble transporteur, 306.
- Rayon catathermique, 248.
- Rayons X : comment on les dose, 341.
- Recherche des projectiles dans l’organisme, 241.
- Réfraction astronomique, 151.
- Reims : composition des vitraux, 589.
- Reportage photographique, 42.
- Rhin (Le), 169.
- Rotterdam, 265.
- : INDEX ALPHABETIQUE
- Roues élastiques, 355.
- Roumains de Bukovine, 93.
- Roumanie : industrie pétrolifère, 7.
- S
- Saccharose dans les mélasses, 61.
- — : son dosage dans les betteraves ayant subi le gel et le dégel, 274.
- Scintillation des étoiles, 310.
- Scyllares : formes adaptatives, 213. Serpents : le jardin des serpents de Butantan (Brésil), 297,
- Shrapnel (Le général), 12.
- Sinaï, pays de. mines et passage d’armées, 58.
- Sources de Moïse, 308.
- — lumineuses à surface réduite,
- 294.
- Sous-marins : défense contre les sous-marins, 20.
- Sous-marin, 249.
- — : de M. Simon Lake, 405. Sous-marins microscopiques, 358. Spectre des étoiles, 156.
- Standards, 421.
- Sucre : sa fabrication pendant la guerre, 290.
- Système métrique en Angleterre, 526.
- T
- « Taube » des Invalides, 272.
- Télégraphie : communications mondiales, 157.
- T. S. F. (L’Allemagne et la), 340.
- Téléphone : la plus longue ligne téléphonique du monde, 392.
- Terres rares du Brésil : l’exploitation enlevée aux Allemands, 32 4.
- Tétanos, 44.
- Théobrominate de calcium cristallisé, 294.
- Tissus : imperméabilisation, 151.
- — : leur valeur calorifuge, 75.
- Tombe d’Osiris (Trouvaille d’Abvdos) 369.
- Tombouctou : géologie, 151.
- Traîneau-remorqueur automobile, 2é9.
- Traitement des hydarthroses et des hé-marthroscs par des injections d’oxygène, 213.
- Tranchées : machine pour les creuser 118.
- Transit des voiliers dans le canal de Panama, 214.
- ..............427
- Transport des mines marines par les courants, 182.
- Tremblement de terre italien du 13 janvier 1915, 213.
- Tremblement de terre à Thèbes, 45. Troupes indiennes au front, 17. Tuberculose : résistance des organismes débilités, 15.
- Tuberculose : signe sous Faisselle, 13. Typhoïde : biliculturc, 13.
- — : diagnostic rapide, 156.
- — : laboratoire de vaccination anti-typhique de l’armée, 577.
- Typhus exanthématique, 12.
- U
- Usine à hydrogène, 144.
- V
- Vaccination : anlityphique de l’armée : laboratoire, 377.
- Vaccination expérimentale contre le vibrion du choléra, 274.
- Vaccins, 69.
- Vapeur : deshuilage électrique, 184.
- Vapeurs asphyxiantes (Lutte contre les), 338.
- Vêtements : leurs imperméabilisation, 12.
- — : sous-vêtement militaire, 13.
- — ingénieux pour nos soldats, 14.
- Viande : conserves, 13.
- Voiliers : transit dans le canal de Panama, 214.
- Volcanisme, 118.
- w
- Wieliczka : mines de sel, 418. Wilkowitz (Autriche) : grandes usines métallurgiques, 300.
- Z
- • * •
- Zeebrugge, base maritime contre l’Angleterre, 53.
- Zeeland : remise à Ilot du steamer Zeeland, 182.
- Zeppelin (ce qu’est un) 224.
- — : leurs appareils photographiques, 262.
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-
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- A. C. — Du feu grégeois aux compositions incendiaires modernes, 212. — La cohésion, 223. — L’industrie chimique et la guerre, 270.
- Aguillon (L.).—Le régime des mines au Maroc, 45.
- Bayette(L.).—Les communications télégraphiques mondiales de 1900 à 1914, 137.
- Benoît-Bazille (IL). — Le laboratoire de vaccination antityphique de l’armée, 377.
- Bertin (E.). — La guerre navale en 1914, 81 et 97. — La marine italienne, 384.
- Blanchon (G.). — La défense du canal de Kiel, 49. — Le sous-marin, 249.
- Bonnin (R.). — Zeebrugge, base maritime contre l’Angleterre, 53. — Les poi'ts allemands de la Baltique, 154. — Remise à flot du steamer Zeeland, 182. — Les ports allemands de la mer du Nord, 188. — La plus puissante locomotive actuelle, 295. — Ravitaillement des navires en haute mer par câble transporteur, 306. — Les colonies allemandes en Afrique, 345.
- Boureoil. — Rupture d’une grue flottante de construction allemande, 287.
- Bousquet (M.). — Machines allemandes à creuser les tranchées, 118.
- Boyer (Jacques). — Le général Shrapnel, 12. — Le fusil allemand, 28.—Nouvelle usine à hydrogène, 144.—L’industrie pharmaceutique française et la concurrence allemande, 195. — La recherche des projectiles dans l’organisme, 241. — La nouvelle académie d’agriculture de France, 263. — Traîneau-remorqueur automobile, 269. — Fabrication du sucre pendant la guerre, 290. — Le jardin des serpents de Butantan (Brésil), 297. — L’exploitation des terres rares du Brésil enlevée aux Allemands, 324. — La plus longue ligne téléphonique du monde, 392. — Mines de sel de Wieliczka, 418.
- Cambon (Victor). — Les chemins de fer allemands, 57. — Le Rhin, 169. — Le Port de Rotterdam, 265. — Essen et le bassin métallurgique de la Ruhr, 397.
- Cantor (H.). — Déshuilage électrique de la vapeur, 184.
- Capitaine .... — La destruction systématique des ponts, 1.
- Cerisaie (J. de i.a). — Les grandes usines métallurgiques de Witkowitz (Autriche), 300.
- Ciiaplet (A.). — Vêtements ingénieux pour nos soldats,14. — Mèches et cordeaux combustibles, 35. — Valeur calorifuge des tissus, 75. — L’industrie française pendant les guerres de la révolution et de l’empire, 163. — Fabrication des pyroxyles, 204. — Dynamite et gommes explosives, 226.
- Coupin (Henri). — La guerre chez les fourmis, 62. — Les microbes mobilisés, 79. — Chicorée de guerre, 182. — Plus chaud que la laine et aussi plus léger, 214.— Confitures de guerre, 327.— Sous-marins microscopiques, 358. — Mouches prussiennes, 420.
- Coustet(E.).—Le reportage photographique, 42. — Comment on dose les rayons X, 341. — Les périscopes de sous-marins, 409.
- Drs D. et 0. — La lutte contré les vapeurs asphyxiantes, 338.
- Doncières (R.). — Une bombe parisienne, 423.
- E.-A. M. — Le coton, l’irrigation et le climat en Egypte, 206. — Trouvaille d’Àbydos, 569.-
- Forbin (Y.). — L’industrie pétrolifère en Roumanie, 7. — Les troupes indiennes au front, 17. — Souvenirs de l'avant-guerre, 77. — L’hygicne de l’armée russe, 167. — Les cosaques, 201.
- Fournier (Lucien). —L’atterrissage nocturne des avions, 27. — La contrebande de guerre, 147. — Ce qu’on savait de l’artillerie lourde allemande avant la guerre, 179. — Qu’est-ce qu’un zeppelin? 224. — Le bétail en Allemagne, 239. — « Le Taube des Invalides », 272. — Produits du sol allemand, 503. — Le camp retranché de Metz, 313. — Le sous-marin de M. Simon Laite, 405.— Ballons cerfs-volants, 411.
- Izier (J. d’). —L’attaque de Douvres, 26.
- J. N. — La faillite de la fortification permanente, 46.
- Jouannin (A.). — L’Arabie, 387.
- Latour (C.). —Les chiens de guerre, 229.
- Launay (L. de). — Le Sinaï, 38. — Les Roumains de Bukovine, 93. — l’astronomie babylonienne et la science allemande, 141. —Les Français à Lemnos, 285.— Nos grandes industries du Nord, 289. — L’industrie houillère dans le Nord, 329. — Les Portes-de-Fer, 350. — L’industrie du fer dans le Nord, 561.
- L. D. L. — Raréfaction du cuivre en Allemagne, 23. — La question de l’or en Allemagne, 57. — Répercussion de la guerre sur le prix de la vie, 127.
- Le Ciiatelier (H.). —Les explosifs, 128. —Nécrologie : Pierre Martin, 576. — Standards, 421.
- L. F. — Un nouvel obus contre les dirigeables, 261.
- Martee (E.-A.). —Pola, 65. — La Pologne stratégique, 176.
- Martinet (Dr A.). — Guerres et épidémies, 518.
- Merle (René). — Péniches ambulances, 72.
- Netter (J.). — Canons, obusiers et mortiers, 121.
- Norbert Lalué. — La médecine militaire dans l’antiquité et les temps modernes, 217.
- P. (Commandant). — Croiseurs auxiliaires, 211.
- P. S. — Comment on opère un débarquement, 583.
- Perbotin (H.). — Appareils photographiques des zeppelins et des aviatiks, 262.
- R. (Cap.). — Les roues élastiques, 355.
- Reverciion (Léopold). — La navigation sous-marine autrefois, 228.— L’évolution de l’échappement en horlogerie, 414.
- Roger(II.). —Les vaccins, 69.
- Sallior (P.). —La frontière austro-italienne, 372.
- S. C. —La double bielle Williams, 92.
- Trouessart (E.). — Influence de la guerre sur la faune, 33. — Le cheval de guerre en 1915, 395.
- Véron (Henri). — La chauffe au pétrole dans la marine, 253. — Manutention des céréales dans les ports anglais, 334.
- Verseau (Du). — Comment on peut se défendre contre les sous-marins, 20. — Les mines marines, 159.
- Vigneron (H.). —La démolition des obus non éclatés, 151.
- Villers(R.). — Paradoxe anémométrique. —Moulin à vent à axe vertical, 310.
- X... — Généralités sur les fusées d’obus, 185. — Divers systèmes de mitrailleuses étrangères, 275. — Les projecteurs, 281. — Comment préparer soi-même le papier photographique, 557.
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- TABLE DES MATIERES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués dans cette table en lettres italiques.
- ARMEMENT
- Destruction systématique des ponts (Capitaine...) ... 1
- Le général Shrapnel (J. Boyer)............................ 12
- Le fusil allemand (J. Boyer) . ........................... 28
- Faillite de la fortification permanente (J. N.)........... 46
- A quels efforts résiste le métal d’un canon............... 52
- Machines allemandes à creuser les tranchées (M. Bousquet).......................................................118
- Canons, obusiers et mortiers (J. Netter)..................121
- Les explosifs (H. le Chatelier).............................128
- La démolition des obus non éclatés (II. Yicneron). . . 151
- Ce qu’on savait de l’artillerie lourde allemande avant la
- guerre (Lucien Fournier).................................179
- Généralités sur les fusées d’obus (X...)....................185
- Du feu grégeois aux compositions incendiaires modernes
- (A. C.)..................................................212
- Dynamite et gommes explosives (A. Chaplet)................226
- Les chiens de guerre (C. Latour)............................229
- Les divers systèmes de mitrailleuses étrangères (X...) . 275
- Les projecteurs (X.. )......................................281
- La lutte contre les vapeurs asphyxiantes (Dls D. et 0.). 538
- Le cheval de guerre en 1915 (E. Trouessart).................395
- Une bombe parisienne (R. Dorcièues).........................425
- Portée des projecteurs de guerre.....................93, 118
- CONDITIONS ÉCONOMIQUES DE LA UERRE
- La raréfaction du cuivre en Allemagne (L. D. L.). . . 23
- La question de l'or en Allemagne. ..................... 37
- Grandes usines allemandes de produits chimiques ... 76
- Répercussion de la guerre sur le prix de la vie (L. D. L.). 127
- La contrebande de guerre (L. Fournier).................147
- L’industrie française pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire (A. Chaplet)........................163
- L’industrie pharmaceutique française et la concurrence
- allemande (Jacques Boyer)............................ 195
- Fabrication des pyroxyles (A. Chaplet)............... 204
- Le bétail en Allemagne (Lucien Fournier)...............239
- L’industrie chimique et la guerre (A. C.)..............270
- Nos grandes industries du Nord (L. de Launay) .... 289
- Fabrication du sucre pendant la guerre (Jacques Boyer). - 290 Les grandes usines métallurgiques de VVitkowitz (Autriche) (J. de la Cerisaie) .............................300
- Les produits du sol allemand (Lucien Fournier) .... 305
- L’exploitation des terres rares du Brésil enlevée aux
- Allemands (Jacques Boyer . ...........................324
- L’industrie houillère (L. de Launay).....................529
- Manutention des céréales dans les ports anglais (II. Ye-
- ron).............,..................................534
- L’industrie du fer (L. de Launay)..................... . 361
- Standards (Henry Le Ciiatelier)..........................421
- Conserves de viande du camp retranché de Paris . 13
- La ration du soldat . . ...............................150
- Alimentation des armées en campagne............... . 229
- Les conserves des armées en campagne...................274
- CONDITIONS ETHNIQUES ET GÉOGRAPHIQUES DE LA GUERRE
- La défense des Dardanelles............................. 4
- L’industrie pétrolifère en Roumanie (V. Forbin) ... 7
- Les troupes indiennes au front (V. Forbin)............. 17
- L’attaque de Douvres ( J. d’Izier) . .................. 26
- Le Sinaï, pays de mines et passage d’armées (L. de
- Launay)............................................... 38
- La défense du canal de Kiel (G. Blanchon).............. 49
- Zeebrugge, base maritime contre l’Angleterre (R. Bonnin) . 55
- Les chemins de fer allemands (V. Cambon)............... 57
- Pola (E.-À. Martel). . •............................... 65
- Les Roumains de Bukovine (L. de Launay)................ 93
- Les communications télégraphiques mondiales (L.
- Bayette)..............................................137
- Les ports allemands de la Baltique (R. Bonnin) .... 154
- Le Rhin (Victor Cambon)..................................169
- La Pologne stratégique (E.-A. Martel)....................176
- Les ports allemands de la mer du Nord (R. Bonnin). . 188
- Les Cosaques (Y. Forbin).................................201
- Les chemins de fer anglais pendant la guerre .... 240
- Le port de Rotterdam (Victor Cambon).....................265
- Les Français à Lemnos (L. de Launay)...................285
- Le camp retranché de Metz (Lucien Fournier." .... 315
- L’Allemagne et la télégraphie sans fil . ..............340
- Les colonies allemandes en Afrique (R. Bonnin) .... 545
- Les Portes-de-Fer (L. de Launay)....................... 350
- La frontière austro-italienne (P. Sallior)...............572
- Comment on opère un débarquement (P. S.).................385
- L’armée moderne : son organisation.......................590
- Essen et le bassin métallurgique de la Ruhr (Y. Cambon). 397
- CHIMIE.
- Dosage du saccharose dans les mélasses................ 61
- Imperméabilisation des tissus.........................151
- Phototropie des systèmes inorganiques.................151
- Un emploi de la frigorification en analyse toxicologique ............................................214
- La catalyse dans l’oxydation des sulfites alcalins. . 229
- Dosage du saccharose dans les betteraves ayant subi
- le gel et le dégel................................ 274
- Thèobrominate de calcium cristallisé ....... 294
- MÉDECINE ET HYGIÈNE.
- Vêtements ingénieux pour nos soldats (A. Chaplet) . . 14
- Les vaccins (H. Roger)............................... 69
- Les péniches ambulances (R. Merle). . . ............. 72
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-
-
- 430 .. "= TABLE
- La valeur calorifuge des tissus (A. Chaplet).......
- Les microbes mobilisés (H. Coupin).................
- Hygiène dans l’armée russe (V. Forbin).............
- Plus chaud que la laine et aussi plus léger (Henri Coupin). La médecine militaire dans l’antiquité et les temps modernes (Norbert Lallié)............................
- La recherche des projectiles dans l’organisme (Jacques
- Boyer)..........................................
- Guerres et épidémies (Dr A. Martinet)..............
- Comment on dose les rayons X (Ernest Coustet). . . . Laboratoire de vaccination antityphique de l’armée (Be-
- noit-Bazille)...................................
- Application de la balance électromagnétique de
- Hughes à la chirurgie militaire.................
- Imperméabilisation des vêtements militaires....
- Notion du relief en radioscopie....................
- Sur le typhus exanthématique.......................
- Biliculture au cours de la typhoïde................
- L’aisselle glabre signe de tuberculose.............
- Localisation des projectiles dans le corps des blessés. Résistance des organismes à l’action du germe tuberculeux ............................................
- Sous-vêtement militaire . ........................
- Vœu contre l’alcoolisme............................
- Sur le tétanos.....................................
- Désinfection des effets ...........................
- Entraînement du phosphore dans les plaies ....
- Traitement des plaies de guerre....................
- Culture pour le diagnostic rapide de la typhoïde. .
- Sur les poussières microbiennes. ..................
- Traitement des blessures des nerfs.................
- Bactériologie de la gangrène gazeuse...............
- Electro-magnétisme employé au déplacement des
- projectiles dans les tissus.....................
- Traitement des hydarthroses et hémarthroses par
- des injections d’oxygène........................
- La gangrène gazeuse. . ............................ .
- La pneumokoniose des polisseurs de métaux....
- Dissémination du bacille typhique..................
- Vaccination expérimentale contre le vibrion du choléra..............................................
- Action de l’or colloïdal...........................
- Appareils de prothèse des amputés..................
- Destruction d’une partie du cerveau sans trouble
- appréciable.....................................
- Nature infectieuse de la Pellagre..................
- Épuration de l'eau de boisson par Thypochlorite de
- calcium.........................................
- Localisation des projectiles.......................
- Appareil prothétique à mouvements coordonnés pour amputés de la cuisse..............................
- GÉOGRAPHIE. - ETHNOGRAPHIE. ARCHÉOLOGIE.
- L’astronomie babylonienne et la science allemande (L.
- De Launay).....................................
- Le coton, l’irrigation et le climat en Égypte (E.-A. M.). Canal de Panama : transit des voiliers. .......
- Les sources de Moïse.............................
- Trouvaille d’Abydos (E.-A. M.)...................
- L’Arabie (A. Jouannin)...........................
- Menhir sous une dune de Vendée...................
- Grottes du mammouth..............................
- Tremblement de terre à Thèbes....................
- Menhir debout enfoui dans une alluvion marine . .
- GÉOLOGIE.
- Mines de sel de ’Wieliczka (Jacques Boyer) . Coulées diabasiques en Afrique....
- MATIERES
- Formations tertiaires du bassin de la mer de Marmara ......................................... 62
- Origine des mounds pétrolifères du Texas.......... 93
- Géologie de Tombouctou.............................151
- Pétrographie de Kerguelen..........................151
- Géologie de la Côte d’ivoire......................213
- Tremblement de terre italien du 13 janvier 1915. . 213
- Un mélaphyre permien de VAriège....................213
- Influence sismogénique des failles.................274
- La limite alpino-dinarique dans les environs du
- massif de l’Adamello.............................274
- Les formations tertiaires de la mer de Marmara. . 317
- Le rôle du dynamo-métamorphisme dans la formation des gneiss...............................575
- Minerais de fer de la Grèce orientale..............375
- HISTOIRE NATURELLE. ZOOLOGIE. - BIOLOGIE.
- La guerre chez les fourmis (II. Coupin).............. 62
- Chicorée de guerre (Henri Coupin)....................182
- Le jardin des serpents de Bulantan (Brésil) (Jacques
- Boyer)............................................ 297
- Confitures de guerre (Henri Coupin)..................527
- Sous-marins microscopiques (Henri Coupin)............358
- Les mouches prussiennes (Henri Coupin). .............420
- Faune carcinologique de l’ile Maurice................ 13
- Éléments nécessaires au développement du maïs . . 151
- Action favorable du manganèse sur la bactérie des
- légumineuses.......................................213
- La fleur.............................................215
- La pomme de terre et le pneumobacille de Fried-
- lânder.............................................213
- Les formes adaptatives des Scyllarcs............... . 213
- Levure marine........................................213
- | Nouveau genre de poissons apodes.....................213
- L’azote libre et les plantes supérieures.............214
- Les coraux des grandes profondeurs...................274
- Biologie d’une laminaire.............................295
- Résistance à la salure des bactéries marines. . . . 295
- Autotomie et régénération des viscères^chez une
- ascidie........................................... 310
- Action morphogénique de la sursalure sur les bactéries marines.....................................317
- MARINE.
- Comment on peut se défendre contre les sous-marins
- (Du Verseau)........................................... 20
- La guerre navale en 1914 (E. Bertin).............8', 97
- Les mines marines (Du Verseau)........................162
- Les croiseurs auxiliaires (Commandant P...)...........211
- La navigation sous-marine autrefois (Léopold Reverchon). 228 La chauffe au pétrole dans la marine (Henri Ve'ron) . . 253
- Le sous-marin (G. Blanciion). .........................249
- Ravitaillement des navires en haute mer par câble
- transporteur (R. Ronnin).............................. 306
- La marine italienne (E. Bertin)...........................381
- Le sous-marin de M. Simon Lake (Lucien Fournier). . 405
- Les périscopes de sous-marins (E. Coustet)................409
- Transport des mines marines par les courants ... 182
- La distance maxima franchissable par les sous-marins .................................... ..... 295
- MÉCANIQUE.
- La double bielle William (S. C.). . .
- DES
- 75
- 79
- 167
- 214
- 217
- 241
- 318
- 341
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- 12
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- 15
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- 44
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- TABLE DES
- Remise à flot du steamer Zeeland (R. Boxxin) .... 182
- Dèshuilage électrique de la vapeur (II. Cantor). . . . 184 Traîneau-remorqueur automobile (Jacques Boyer) . . . 269 Rupture d’une grue flottante de construction allemande
- (Boureuil).......................................287
- Les moteurs des navires de la marine marchande anglaise ...............................................289
- La plus puissante locomotive actuelle (R. Boxnin) . . . 295
- Paradoxe anémométrique. Moulin à vent à axe vertical
- (R. Yillers)....................................310.
- Les roues élastiques (Gap. R.)......................555
- L’évolution de l’échappement en horlogerie (Léopold Reverchox)............................................414
- NAVIGATION AÉRIENNE.
- Nouvelle unité de la flotte aérienne française : le Tis-
- sandier................................................. 24
- L’atterrissage nocturne des avions (L. L'ourxilk). ... 27
- Nouvelle usine à hydrogène (J. Boyer)......................144
- Qu’est-ce qu’un zeppelin? (L. Fourxier)....................224
- Un nouvel obus contre les dirigeables (L. F.) .... 261
- Appareils photographiques des zeppelins et des aviatiks
- (Perrotin)..............................................262
- « Le Taube des Invalides » (Luciex Fournier)...............272
- Les ballons cerfs-volants (Lucien Fournier)................411
- PHYSIQUE.
- La cohésion (A. C.)......................................225
- Comment préparer soi-même le papier photographique
- (X.)................................................. 557
- Mâcles artificielles de l'étain......................... 13
- Correction à apporter aux poids atomiques .... 44
- Sur l’épreuve des lunettes d’approche.................... 61
- Pellicule de gélatine par radiologie..................... 62
- Sur la diffusion de la lumière par l'air.............. 62
- FIN
- = 431
- Sur le flamhement des tiges cylindriques ..... 62
- Radiographies sur métal.............................118
- Volcanisme.........................................118
- Sur la région rouge du spectre des éloih. s.........136
- Détermination de la réfraction astronomique . . . 151
- Le mouvement brownien d’après Lucrèce...............151
- Anisolropie mécanique des alliages..................229
- Le rayon catathermique..............................248
- Certains déplacements rapides en astronomie . . . 294
- Sources lumineuses à surface réduite................294
- Coefficient de température des réactions photo-
- chimiques .......................................295
- Ondulations diurnes des images......................295
- Rotation de la couronne solaire.....................295
- Observations sur la haute atmosphère................310
- Scintillation des étoiles...........................310
- Lois d’écoulement par gouttes par les orifices capillaires.............................................317
- NÉCROLOGIE.
- Amagat..............................................150
- Pierre Martin. . ...................................376
- DIVERS
- L’influence de la guerre sur la faune (J. Troufssart) . 33
- Mèches et cordeaux combustibles (A. Chaplet) .... 55
- Le reportage photographique (E. Coustet) ...... 42
- Le régime des mines au Maroc (L. Aguih.ox)............... 45
- Souvenirs de l’avant-guerre (V. Forbin).................. 77
- La nouvelle Académie d’agriculture de Fran e (Jacques
- Boyer)................................................263
- Le système métrique en Angleterre........................526
- La plus longue ligne téléphonique du monde (Jacques
- Boyer)................................................392
- Composition des vitraux de Reims.........................589
- TABLES
- Le Gérant : P. Masson.
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- N” 2153
- 2 Janvier 1915
- LA NATURE
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- SOMMAIRE :
- La destruction systématique des ponts. — La défense des Dardanelles. — L'industrie pétrolifère en Roumanie : V. Forbiïl. — Le général Shrapnel : Jacques Boyer. — Académie des sciences.— Vêtements ingénieux pour nos soldats : A. Chaplet.
- SUPPLEMENT. — Informations : Le commerce des porcs en Irlande. — Influence de la guerre sur le prix des sucres. — Les conserves de viande pour les armées.•— La reconstitution du cheptel des départements envahis. — Petite revue de la Presse médicale allemande. — Recettes et procédés Utiles.
- MASSON et C1*, Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL. HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départem. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Taris (W)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- La publication de La Nature ayant été interrompue quatre mois (août à décembre), les abonnements seront prolongés en conséquence.
- INFORMATIONS
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- Avis de l’administration. — Ainsi que nous en avons avisé, par lettre, tous nos abonnés, le service du journal, ayant été suspendu 4 mois, sera prolongé en conséquence.
- Les titres et tables du 2e semestre 1914 sont joints au premier numéro de 1915.
- Le 20 semestre 1914 de La Nature, comprendra cette année les mois de juin, juillet et de décembre. L’année de La Nature se trouvera donc commencer, à partir de 191b, au icr janvier de chaque année et le 2e semestre aii ier juillet. — Le volume broché qui correspond au tome II de 1914 (*° semestre) sera vendu 5 francs au lieu de 10 francs broché, et 8 fr. 5o au lieu de i3 fr. 5o relié.
- Nous rappelons à nos abonnés qu’à partir de l'année 1914, Lm Nature a commencé une nouvelle série (la troisième) de sa publication. Nous avons cru répondre aux désirs de notre clientèle, en créant pour les volumes de cette nouvelle série une demi-reliure, tête dorée (dos maroquin anglais, plats papier antique) qui remplacera nos anciens cartonnages.
- Cette demi-reliure sera établie au gré des acheteurs avec dos rouge ou vert au prix habituel de 3 fr. 5o, pris dans nos bureaux.
- Nous continuerons à relier les volumes de La Nature sous leurs anciens cartonnages rouge, vert, bleu ou lavallière, pour tous ceux qui désireront conserver à leurs collections un aspect uniforme.
- Le commerce des porcs en Irlande. — L’exportation des porcs vivants, source importante de revenus pour l’Irlande, se trouve aujourd’hui sérieusement menacée. En 1912, à cause de la fièvre aphteuse, les autorités ne laissèrent longtemps sortir d’Irlande aucun animal vivant, et l’exportation des suidés, pourtant exempts de la maladie, eut à souffrir de cette restriction. En 1913, la grève qui amena la fermeture du port de Dublin, empêcha les acheteurs anglais de s’approvisionner de porcs en Irlaude, aucune compagnie de navigation ne pouvant assurer le transport de ces animaux. D’après les statistiques officielles, le nombre des suidés exportés d’Irlande, de 1903 à 1911, a été le suivant :
- 1903 . . . . . . 569 920 1908 . . . . . 387 476
- 1904. . . . . . S00.000 1909 . . . . . 327 128
- I905 • • . . 383.822 1910 . . . . . 324 000
- 1906 . . . . . 429-43o 1911 . . . . . 342 000
- 1907 . . . . . 481.907
- En neuf ans, il y a eu une diminution de plus de 5o pour 100. Le fait est d’autant moins explicable que l’élevage de ces animaux est des plus rémunérateurs : ils sont très prolifiques, arrivent rapidement à maturité
- et leur nourriture n’entraîne pas de très fortes dépenses. L’élevage avait lieu autrefois dans presque chaque demeure de paysan. Mais les servantes refusent, aujourd’hui, de faire cuire la nourriture des porcs, dont l’élevage a décru, par suite, très rapidement.
- Influence de la guerre sur le prix des sucres. —
- Il faudra nous résigner à payer cette année le sucre beaucoup plus cher que d’habitude. Dès maintenant, le quintal est coté 60 francs au lieu de 32 francs au mois de juillet dernier. La question de la hausse du prix des sucres vient d’être examinée en Séance de la Société nationale d’Agriculture de France, et des observations échangées, il résulte que 82 ou 83 usines seulement travaillent au lieu de 206 l’année dernière. Les autres sont situées dans la zone envahie et ne peuvent fonctionner, quand même elles ne sont pas détruites. De plus, les usines ouvertes ne peuvent donner leur plein rendement. Leurs approvisionnements en charbon sont lents et difficiles, la main-d’œuvre manque pour l’arrachage des betteraves et celles-ci, restant trop longtemps en terre, perdent de leur richesse en sucre. Enfin, les transports à longue distance sont très difficiles, et certaines usines ne recevront pas tout le stock qu’elles pourraient traiter. Toutes ces causes : insuffisance d’usines, de main-d’œuvre et de transport, font qu’on ne peut espérer fabriquer au maximum que i5oooo tonnes, au lieu de 700 000. La consommation annuelle du sucre en France étant de 600000 tonnes, il faudra utiliser en plus grande quantité le sucre de canne qui va ainsi reprendre de son importance, pour le plus grand bénéfice de nos colonies.
- Cette hausse du prix du sucre va causer l’augmentation du prix de tous les aliments sucrés : confitures, chocolat, etc., et par suite restreindre leur consommation ainsi que celle des boissons sucrées : thé, café, etc.
- Nous ne serons d’ailleurs pas les seuls à souffrir de cette cherté du sucre ; tous les autres pays producteurs, Allemagne, Autriche-Hongrie, etc., sont dans lé même cas que nous et subissent les mêmes difficultés. Cette hausse du prix du sucre se fera probablement sentir encore après la guerre ; en effet, certaines usines détruites ne pourront probablement pas être reconstruites pour la campagne prochaine ; la culture de la betterave sera vraisemblablement réduite en 1 g 15 du fait que les approvisionnements de graines manqueront aussi bien que la main-d’œuvre.
- Seule, la Russie pourra produire normalement du sucre de betteraves, en constituer un stock important et nous fournir des graines nécessaires.
- Les conserves de viande pour les armées. — En
- temps ordinaire, les conserves pour l’armée sont faites de viande de bœuf désossée qu’on fait bouillir à
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- ’fi
- INFORMATIONS
- Si.
- fond, puis qu’on met en boîtes avec le bouillon, concentré d’autre part. Les boîtes pleines sont soudées, puis stérilisées à l’autoclave à 120°. La conserve est donc le produit intégral et exclusif de la cuisson de la viande fraîche.
- Mais les nécessités de la campagne actuelle ont obligé à faire des conserves de viande d’une manière plus expéditive et plus économique. Depuis peu, ou prépare des conserves, le « singe » des soldats, en plaçant dans des boîtes en fer-blanc 800 gr. de viande crue coupée en morceaux, 5o gr. de riz, 10 gr. de sel et 2 gr. d’agar-agar ou gélose. Le tout remplit une boîte qui est aussitôt sertie; on obtient la cuisson en même temps que la stérilisation par un passage de 3 heures à l’autoclave. Le riz et la gélose absorbent l eau dégagée par la viande.
- Ces nouvelles conserves sont, paraît-il, fort goûtées de nos soldats.
- La reconstitution du cheptel des départements envahis. — Dès maintenant, il faut se préoccuper de la manière dont on pourra reconstituer le cheptel des fermes des départements envahis. A ce sujet, M. Sagnier vient de faire une intéressante proposition à la Société nationale d'Agriculture de France. Depuis le début de la mobilisation, un grand nombre de têtes de bétail ont été réquisitionnées, tant par les préfets pour les besoins de la population civile, que par l’autorité militaire pour la nourriture des armées en campagne et des hommes mobilisés dans les dépôts. De plus, on a constitué dans le camp retranché de Paris un troupeau de 320 000 bêtes bovines. Cet énorme troupeau, réparti dans un certain nombre de parcs, a donné lieu à des critiques : au début, les animaux entassés, sans abri, difficilement nourris, ont certainement souffert et perdu de leur poids; cependant on n’a pas eu à combattre d’épidémies importantes. Aujourd’hui, une grande partie a été abattue pour être livrée aux armées ou vendue aux bouchers civils. Mais il reste encore de nombreux animaux, qui mieux nourris, mieux abrités, ont repris toute leur qualité. De ceux-ci, un certain nombre fort utiles pour l’avenir de notre troupeau national, sont maintenant groupés par races, par âges, par sexes dans des conditions normales et ne seront certainement pas abattus. Ce sont surtout des vaches et des génisses de bonnes races utiles pour l’élevage et des bœufs de trait encore jeunes qui peuvent redevenir d’excellents animaux de travail.
- Aujourd’hui que le commerce du bétail de boucherie est redevenu normal, que lé marché de la Yillette à Paris est normalement approvisionné, M. Sagnier a pensé que l’autorité militaire pourrait utiliser les animaux restants pour reconstituer le cheptel des départements envahis et la Société nationale d’Agriculture s’est associée à cette idée qui sauvegarderait l’avenir, en émettant « le vœu que le Ministère de la guerre prenne les mesures nécessaires pour réserver les animaux des parcs du camp retranché de Paris susceptibles d’être utilisés pour la reconstitution du cheptel des fermes dans les départements envahis ».
- Petite revue de la Presse médicale allemande.
- — La lecture des journaux médicaux allemands ou des extraits desdits journaux publiés en particulier par
- The Lancet est des plus intéressantes. Elle confirme le plus souvent les observations de notre corps de santé ; elle nous renseigne sur les effets réels de nos projectiles ; elle dénote enfin tout à la fois tine pénurie de matériel déjà signalée en d’autres domaines et une certaine ingéniosité à y remédier.
- Au point de vue statistique, Son Excellence von Schjer-ning nous apprend que 9000 médecins sont incorporés à l’armée en campagne, que (abstraction faite des blessures graves ou mortelles interdisant tout transport) 40 à 5o 000 blessés par semaine sont évacués en Allemagne du front ouest, que la gaze au iodoforme employée pour les pansements individuels donne des résultats excellents.
- La question des halles explosives (dum-dum) fait l’objet d’un grand nombre d’articles et communications d’où, il semble résulter : i° que l’examen d’une plaie (l’orifice d’entrée fût-il punctiforme et l’orifice de sortie en entonnoir) est absolument insuffisant en soi à conclure à une blessure par dum-dum (Sauerbriick) ; 20 qu’il suffit du heurt d’une balle sur un obstacle dur (pierre, bouton, os) pour déterminer une déformation du type dum-dum (Schlange) ; 3° qu’à une faible distance
- (100 m.) les balles modernes peuvent provoquer des blessures, semblables à celles obtenues avec des balles dites explosives (Kohler). On voit que dans l’ensemble ces constatations sont identiques à celles de Delorme, Tuffier, Rochard, etc.
- Quant aux blessures des parties molles, produites à une distance moyenne (200 à 400 m.) par les balles de fusil dans des conditions normales, elles sont si bénignes et mettent le blessé hors de combat pendant une période si brève, que Kohler estime qu’ « une réduction de calibre au-dessous de 8 mm n’est pas conseillable ».
- Les infections ont été rares dans les blessures par balles de fusil; elles ont été. la règle dans les blessures par éclats d’obus; souvent elles ont revêtu le caractère de septicémies gazeuses, avec une mortalité très élevée (85 pour 100), sensiblement réduite par les injections sous-cutanées d’oxygène (Muller).
- Le tétanos ne s’est pas montré très fréquent mais, par contre, très meurtrier. Les nombreux articles consacrés à son traitement confirment, dans l’ensemble, les observations françaises. Comme ici, le sérum antitétanique a été déficitaire et son utilité est maintenant reconnue. Yon Behring indique 20 cm3 comme dose préventive, 100 cm3 au moins par voie intraveineuse comme dose curative, et au besoin, après dissection, des injections complémentaires intratronculaires des régions infectées. A l’hôpital naval de Hambourg, on aurait traité quelques cas, avec succès, par injections contemporaines de sérum et de salvarsan.
- Maintes pratiques économiques sont conseillées pour les pansements :
- i" Remplacement des bandes par des préparations adhésives, ayant à peu près toutes pour base une solution de mastic et de résines diverses dans du benzol ;
- 2U Le remplacement du coton, de l’ouate par de la fibre de bois et de la « charpie » stérilisées ;
- 3° L’emploi, pour le pansement des plaies infectées, de sciure de bois ou de tourbe stérilisées.
- (Presse Médicale.)
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- RECETTES ET PROCEDES UTILES
- QgL
- Adresses : Les vêlements ingénieux pour nos soldats se trouvent chez Simon, 46, rue Yivienne; Roold, 5o, avenue de la Grande-Armée; Supply, 16, place Yendôme; Brunswick, 29, rue Richelieu; Deniser-Rauet, 7, place de la Bourse; Lucas, 76, rue du Château-d’eau.
- Nouvelle colle pour le caoutchouc.— La Cicatri-sine est un liquide ayant l’odeur du caoutchouc, dont il suffit, à l’aide d’un pinceau, d’enduire les pièces à souder pour qu’après rapprochement des deux parties et séchage d’environ 5 minutes, il y ait soudure dans le sens le plus absolu du mot. La mixture est une solution dans le sulfure de carbone de caoutchouc associé à
- d’autres produits qui provoquent une adhérence nettement supérieure à celle des « dissolutions » usuelles qu emploient chauffeurs et cyclistes. Ainsi on peut obturer une fente sans coller de pièce, rien qu’en joignant les lèvres avec la mixture. En raison de l’intérêt qui s’attache à la réparation des objets de caoutchouc, nous recommandons à nos lecteurs de faire eux-mêmes des essais. Il n’en coûte d’ailleurs absolument rien, puisque le fabricant expédie gratuitement, à toute personne qui lui en fait la demande, un petit flacon de Cicatrisine permettant d’exécuter une vingtaine de soudures. — Automobilistes et cyclistes doivent s’adresser à MM. Lucanes, 12, boulevard Poissonnière, Paris.
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- N° 2154
- 9 Janvier 1915
- SOMMAIRE : Les troupes indiennes au front : V. Forbin. — Comment on peut se défendre contre les sous-marins : Du Verseau. — La raréfaction du cuivre en Allemagne : L. D. L. — Une nouvelle unité de la flotte aérienne française le a Tissandier ». — L’attaque de Douvres : J. d’Izier. —-L'atterrissage nocturne des avions: Lucien Fournier. — Le fusil allemand : Jacques Boyer.
- SUPPLÉMENT. — Informations : Conséquences économiques d’une guerre civile. — Recensement industriel de l’Angleterre. — La culture de la banane en Guinée française. — Recettes et procédés Utiles : Un x nouveau procédé de conservation des viandes, par le froid. — Nettoyage des bandes de crêpes Velpeau,
- MASSON et C!% Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES,
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d'Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Taris (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- _____La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- La publication de La Nature ayant été interrompue quatre mois (août à décembre), les abonnements seront prolongés en conséquence.
- INFORMATIONS
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- Ravitaillement de guerre en haute mer. — Nous avons omis de signaler que nous avons emprunté la figure 1 de l’article paru dans le n° 2i5i au Scientific American.
- Conséquences économiques d’une guerre civile.
- — Les amis du Mexique accueilleront comme une preuve éclatante de sa vitalité la constatation faite par iVI. Barrett, directeur général de la Pan-American Union, que le commerce extérieur de ce pays est en progrès, malgré la période d'anarchie qu’il traverse. Durant la dernière année fiscale, les exportations et importations ont moulé à près de 25o millions de dollars, soit un milliard et quart de francs, somme supérieure de près de 40 millions de francs au chiffre de l’année précédente. Les augmentations et les diminutions se sont réparties d’une façon bizarre. Ainsi, les mines d’or mexicaines, situées presque toutes dans les régions où la guerre civile a plus particulièrement sévi, n’ont exporté que pour g5 millions du précieux métal, soit une diminution de a5 millions. Pour la même raison, les exportations de café, de caoutchouc, de sucre et de chapeaux de paille ont diminué, tandis que celles concernant le tabac, la vanille, le cuir brut et le chicle (ingrédient dont on fabrique la gomme à chiquer) ont augmenté. A propos de ce dernier produit, qui compte dans le monde anglo-saxon plus de 10 millions de consommateurs, on signale que les fabricants américains sont à la veille de fermer leurs usines, maintenant que le blocus des côtes mexicaines a arrêté brusquement les exportations de chicle. Malheureux amateurs de chewing-gum qui vont être privés de leur passe-temps favori !
- Recensement industriel de l’Angleterre. — Pour la première fois dans l’histoire du Royaume-Uni, le Gouvernement britannique vient de publier un recensement de production industrielle, montrant de combien s’est augmentée la richesse du royaume en une année, soit en 1907. Nous extrayons de ce copieux travail les principaux chiffres et données, en calculant la livre sterling à a5 francs.
- Production.
- Entre. . . Fr. 84.625.000.000 et 35.000.000.000.
- Valeur à la Vente.
- Entre . . . Fr. 44-55o.ooo.ooo et 47-925.ooo.ooo.
- Revenu National.
- Entre . . . Fr. 47-95o.ooo.ooo et 53.g5o.ooo.ooo.
- Le premier chiffre montre le prix sur place de la production; le second, qui tient compte du transport, des taxes et du profit des marchands, montre ce que les consommateurs ont payé. On estime que les marchandises britanniques vendues dans les limites du
- Royaume-Uni ont produit entre 32g5o et 36 325 millions de francs, ce qui indique une valeur de 11 600 millions pour les marchandises exportées en cette même année 1907.
- Le tableau suivant détaille la production par catégories d’industries; la première colonne indique la valeur brute de la production; la seconde, le nombre
- de personnes employées :
- Mines et carrières . . . Fr
- Fer et acier...............
- Autres indust. métal. . . .
- Ind. textiles..............
- Habillement................
- Alimentation, boisson, tabac Produits chimiques.... Papier, imprimerie, etc. . Cuir, caoutchouc, etc.- . . Bois de construction . . . Construction, terrassements
- Divers.....................
- Travaux d’utilité publique . ,
- 3.700.650.000 Personnes. g65.23o
- g.379.900.000 1.539.415
- 2.336.625.000 114.473
- 8.33g.025.ooo x.253.o44
- 2.699.575.000 756.466
- 7.186.150.000 463.701
- 1.875.790.000 127.842
- 1,532.700.000 325.475
- 873.200.000 84.724
- 1.159.750.000 239.195
- 2.897.300.000 725.240
- 207.200.000 46.874
- 1.926.275.000 342.491
- On estime à un million le nombre des ouvriers travaillant pour leur propre compte, et à x 25o millions de francs la valeur de leur production. Ces deux chiffres doivent s’ajouter aux totaux précédents. La valeur brute de la production aurait donc été de 45 384 i5o 000 francs, et le nombre des personnes employées, de près de 8 millions.
- Les chiffres suivants, communiqués par le Bureau de l’Agriculture et des Pêcheries, complètent le tableau précédent :
- Agriculture.
- 'Valeur de la production. . Fr. 5.25o.ooo.ooo Personnes employées............. 21324.000
- Pêcheries.
- Valeur du poisson. . . . .Fr. Personnes employées...........
- 292.950.000
- 107,423
- Un autre tableau établit par quantités la comparaison entre les produits nationaux consommés dans le royaume et les produits importés. Ces chiffres sont exprimés en millions de livres anglaises (453 gr.).
- Production Importation, nationale.
- Alimentation, boisson, tabac,
- fourrage.................. 381,2 ' 168,9
- Matières premières........... 3g 192,1
- Marchandises prêtes à être
- livrées................... 499 49,7
- Les capitaux directement employés dans les industries étudiées par ce recensement (pour 1907) forment un
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- INFORMATIONS
- total de 35 à 4o milliards. De leur production nette de 1867.5 millions, il faut défalquer de 1 87a à 2 125 millions pour 1 usure du malériel. Si, en outre de ces industries, on envisage aussi l’agriculture, la pèche, les transports, on doit évaluer à plus de 4^00 millions l’entretien ou le remplacement du matériel d’exploitation.
- Les épargnes réalisées par la communauté pour cette même année ont été de 8 milliards à 8 750 millions, qui ont reçu les destinations suivantes : r 175 millions en immeubles et terres; 179 millions en valeurs chemins de fer; 291 millions en valeurs industrielles locales ; 2 5oo millions en placements à l’étranger.
- La culture de la banane en Guinée française. —
- Les importations de bananes ne cessent de progresser. Alors qu’en 1908 elles atteignaient, pour la France, 5 697 600 kg, elles doublaient presque l’année suivante pour s élever, en 1911, à 17500000 kg, représentant une consommation de i5 millions de francs. En Allemagne, en Angleterre et en Belgique, la progression est la même, et la consommation est de 65 millions. Elle
- est plus importante encore aux États-Unis, et peut être évaluée à 370 millions de francs (Agriculture pratique des pays chauds, 19x4, p. 187-189). On peut se rendre compte, par ces quelques chiffres, de la richesse que procure la culture du bananier dans les centres de production comme les Canaries, Madère, Costa-Rica, la Colombie, Cuba. Aussi serait-il du plus haut intérêt de tenter cette culture en Afrique occidentale et plus parti-culièi-ement en Guinée fi’ançaise, qui serait le pays le plus propre à cette production, Toutefois, cette culture ne serait possible qu’à la condition que les plantations fussent établies dans les régions préalablement étudiées et traversées par des rivières dont le débit, mesuré à la fin de la saison sèche, soit suffisant pour fournir 5oo ms d’eau par hectare et' par semaine. Si ces principes sont observés par les futurs colous qui tenteront la culture de la banane en Guinée, iis peuvent être assurés qu’ils obtiendront des l’endements de 2 5oo régimes à l’hectare. Au prix de vente du régime en Europe, et étant donné que la main-d’œuvre en Guinée est à bon marché, le rendement à l’hectare serait de plus de 3ooo francs. (Revue scientifique.)
- K0L
- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- CJ*,,
- 3^
- Un nouveau procédé de conservation des viandes
- par le froid. — Les Etats américains et l’Australie ont donné un très grand développement à leurs exportations de viandes abattues, conséquence de l’extension toujours plus grande de l’élevage dans ces pays. On sait, d’ailleurs, l’émotion que souleva, dans le monde de l’élevage français, durant ces dernières années, le projet d’installation d’abattoirs immenses, à Bordeaux et près de Rouen, projet formé par des Américains entreprenants.
- Devant les difficultés rencontrées pour créer, dans les pays européens, une industrie alimentée par le bétail des ranches de l’Amérique et de l’Australie, les producteur-s de ces pays ont poursuivi leurs recherches en vue de faciliter l’exportation des viandes abattues, d’assurer la conservation parfaite de ces viandes durant les transports, .et naturellement, c’est à l’industrie frigorifique, au froid artificiel qu’ils ont recours dans ce but. Le régime des « cold storage » est extrêmement prospère en Amérique et en Australie, mais jusqu’ici, on n’em-ploya que les procédés ordinaires de réfrigération.
- M. Russel Rayson vient d’imaginer un nouveau procédé, mis en pratique récemment, pour l’importation, en Grande-Bretagne, des viandes provenant de l’Australie. Ce procédé consiste essentiellement à opérer la congélation avec de l’air froid stérilisé.
- On sait que le froid ne fait que suspendre les altérations qui se produisent dans les tissus organisés, après leur mort, mais qu'il ne modifie en rien les qualités ou les défauts du produit alimentaire, si la tempéi'ature n’est pas abaissée jusqu’à congélation complète de tous les tissus. Dans la suite, on retrouve donc le pi’oduit avec, à peu près, les mêmes qualités et défauts qu’aupa-ravant. D’autre part, si la prolifération des organismes, agents de ces altérations, est suspendue, celle d’autres organismes spéciaux aux basses températures est favorisée. Il y a donc intérêt à éviter l’infection par ces organismes spéciaux aux basses températures, au moment de la mise en chambres froides, et à opérer à une température aussi peu basse que possible.
- Ce sont ces deux conditions que l’on s’est efforcé de x'éaliser dans le nouveau procédé frigorifique employé depuis peu en Australie.
- Aussitôt l’animal abattu, la carcasse est débarrassée des viscères, brossée et lavée à l’eau stérilisée employée abondamment; les cai'casses sont laissées suspendues et mises à égoutter pendant six à dix heures — selon la température extérieure — dans un local ventilé avec de l’air stérilisé, après quoi on les transporte dans les chambres froides, où la circulation de l’air est établie de façon que cet air, stérilisé et refroidi à — 40, sorte d’ouvertures placées immédiatement au-dessus des carcasses, et y coule, en quelque sorte, en vertu de sa gx-ande densité. Une stérilisation suffisante de l’air est obtenue très simplement, en profitant de ce que la cii’-
- culation ainsi comprise doit se faire sous pression; étant donné que c’est le même air qui circule à la sortie des chambres froides, après avoir été ramené à la température extérieure, la pression est élevée de o kg 4 par centimètre carré dans un compresseur, ce qui porte sa température à g3° ou 94°, c’est-à-dire suffisamment haut pour que la stérilisation recherchée soit [réalisée. L’air est ensuite refroidi dans un condenseur à circulation d’eau froide; on le laisse se détendre partiellement, ce qui le refroidit avant qu’il soit envoyé dans les chambres. Des échangeurs de chaleur permettent de récupérer la majeure partie des calories et des frigories dégagées au cours de ces diverses opérations.
- Ce nouveau procédé paraît avoir donné les résultats attendus, car la viande ainsi congelée, puis conservée et décongelée, au moment, de la vente, a bien meilleur aspect et atteint des prix plus élevés, sur les marchés de la Grande-Bretagne, que la viande congelée par les procédés ordinaires.
- Nettoyage des bandes de crêpes Velpeau. — On
- sait que ce tissu, très élastique, est fort employé pour la confection des bandages. Quand on nettoie des bandes usagées de la façon ordinaire, elles s’allongent et perdent leur élasticité. Voici comment il convient d’opérer afin de pouvoir les réemployer à plusieurs reprises.
- Dans un bain de savon tiède, fait avec 100 gr. de savon de Marseille et une grande cuillerée d’ammoniaque par litre d’eau, on plonge la bande; on l’y laisse tremper 1 ou 2 heures environ en pressant avec la main de temps à autre la masse de crêpe, qu’on laisse immergée. On retire du bain en pressant encore avec la main pour enlever l’excès d’eau savonneuse. On rince deux ou trois fois à l’eau de pluie, en pressant toujours la bande entassée irrégulièrement ; puis on laisse sécher en exposant à l’ombre la bande étalée sur une feuille de papier blanc sans l’étirer. Pour conserver l’élasticité, il ne faut ni tordre, ni suspendre, ni tendre.
- Patinage du fer. — Au moment où l’on se préoccupe de rendre invisible les parties trop voyantes des uniformes et de l’armement, nous croyons intéressant de signaler que l’on obtient une patine noire très solide, donnant au métal une belle apparence et prévenant son oxydation, en plongeant les pièces bien décapées dans un bain presque bouillant fait en ajoutant à xo litres d’eau 65 gr. d’un.liquide préparé avec :
- Acide phosphorique fort .... 57 c.c.
- Eau....................... 57 c.c.
- Zinc pulvérisé................ . 18 gr.
- On doit laisser agir le bain pendant assez longtemps, plus d’une demi-heure au moins, et parfois jusqu’à trois heures pour avoir un patinage très résistant.
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- N° 2155
- 16 Janvier 1915
- LA NATURE
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- L'MWiïi
- SOMMAIRE : L’influence de la guerre sur la faune du pays et les migrations des oiseaux : E. Trouessart. — Mèches et cordeaux combustibles : A. Chaplet. — La question de l’or en Allemagne. — Le Sinaï, pays de mines et passage d’armées : L. De Launay. — Le reportage photographique : Ernest Coustet. — Académie des sciences. — Le régime légal des mines au Maroc et les revendications des frères Mannessmann : Louis Aguillon. — La faillite delà fortification permanente : J. N.
- SUPPLEMENT. — Informations : Un croiseur sous-marin va être construit aux États-Unis. — Le chemin de fer de Tanger à Fez. — Teinture d’iode pour les soldats. — Imperméabilisation des toiles d’équipement.
- MASSON et Cio, Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATU
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départem. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Taris (V7e)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- La publication de La Nature ayant été interrompue quatre mois (août h décembre), les abonnements seront prolongés en conséquence.
- JfeD
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- INFORMATIONS
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- 03^
- Un croiseur sous-marin gigantesque va être construit aux Etats-Unis. — On va mettre en construction dans un des chantiers des Etats-Unis, pour le compte de la marine américaine, un sous-marin de grandes dimensions, capable de tenir la mer longtemps et d’effectuer de.grandes traversées, et la guerre actuelle montre tous les jours combien les sous-marins armés pour de longs parcours peuvent rendre des services précieux.
- Ce bâtiment aura 100 mètres de longueur et un rayon d’action de 35oo milles, soit 65oo kilomètres. Ainsi va se trouver réalisé un type de navire dont deux éminents ingénieurs des constructions navales Italiens ont prédit la venue.
- Il sera 1res intéressant de connailre les résultats de celte expérience,- dont le succès pourra modifier singulièrement la composition des (loties de guerre de l'avenir.
- Le chemin de fer de Tanger à Fez. — H y a une
- ironie dans la publication par le Journal Officiel du 20 août, c’est-à-dire en pleine guerre franco-allemande, de la loi autorisant le Tanger-Fez. Aucun chemin de fer, on le sait, ne pouvait être entrepris au Maroc, en vertu de l’accord franco-allemand de 1911, avant la mise à l’adjudication de cette ligne. Les formalités avaient traîné. Elles aboutissaient enfin, ou plutôt elles allaient aboutir, puisqu’il fallait encore la mise à l’adjudication.
- La guerre est rapide et brutale dans ses solutions. L’accord franco-allemand de 1911 est détruit avant .que cette dernière étape soit franchie. Le Tanger-Fez se fera néanmoins, et le premier. Mais le terrain est libre, au Maroc, pour la construction des chemins de fer français dès que les circonstances le permettront, et cette fois sans entraves. La loi « approuvant la convention conclue au nom du gouvernement de la République française par le commissaire résident général de la République française au Maroc et la Compagnie générale espagnole d’Afrique en vue de la concession du chemin de fer de Tanger à Fez » et parue dans le Journal Officiel du 20 août 1914 est datée du 11 août 1914- Elle est suivie de la convention du 18 mars conclue entre le général Lyautey, le général Marina et le grand vizir du Maroc et du cahier des charges, documents qui portent aussi la signature de M. Griolet, président du Conseil d’administration de la Compagnie générale du Maroc, et de M. Angulo, délégué de la Commission des associés fondateurs de la Compagnie générale espagnole d’Afrique.
- La Compagnie générale espagnole d’Afrique qui aura six représentants dans le Conseil d’administration contre neuf Français s’est constituée dans les premiers jours de novembre et, les éludes préliminaires étant
- achevées, rien ne s’oppose plus au commencement des travaux. (D’après Y Afrique Française.)
- Teinture d’iode pour les soldats. — Tout le monde connaît maintenant l’importance d’un badigeonnage à la teinture d’iode des plaies, qu'elles soient faites par balles ou shrapnells, ou simplement par chute ou écorchure. L’iode est, en effet, l’antiseptique le plus efficace, celui qui nettoie le mieux les plaies et détruit le plus sûrement les germes pathogènes de toute nature qui causent tant de complications : suppuration, gangrène, tétanos.
- Nous avons pu voir, dans la formation d’arrière où nous nous trouvons, l’influence d’une désinfection rapide et énergique des plaies par la teinture d’iode, celles ainsi traitées guérissant souvent sans suppuration, les orifices se fermant par première intention, tandis qn’après les combats où la teinture d’iode avait manqué, nos formations étaient encombrées de blessés infectés, septiques, dont la guérison fut toujours lente. D’ailleurs, la question est aujourd’hui jugée.
- L’idéal est donc que chaque soldat soit muni d’un peu de teinture d’iode pour qu’il l’applique sur ses plaies avant de les envelopper avec son paquet individuel de pansement.
- Mais la teinture d’iode au dixième du Codex est beaucoup trop concentrée et produit souvent autour de la blessure des phlyctènes, sans gravité il est vrai, mais qui peuvent retarder la réparation des tissus. Aussi convient-il de n’employer que de la teinture d’iode dédoublée, au vingtième.
- De plus, la solution d’iode dans l’alcool ne se conserve pas longtemps. Peu à peu, il s’y produit de l’acide iodhydrique qui rend son application douloureuse et est la principale cause des phlyctènes observées. Nous avons déjà donné dans La Nature (n° 2140) des formules de teinture d’iode rendue inaltérable par addition d’iodure de potassium.
- Mais pour que chaque soldat ait constamment à sa disposition un peu de teinture d’iode, il faut encore qu’il puisse la transporter sur lui dans un flacon aussi peu fragile et encombrant que possible.
- On a imaginé en ces derniers temps divers modèles de flacons ou d’ampoules destinés à réaliser ces dernières conditions.
- Nous décrirons ici ceux que nous avons pu avoir entre les mains, en priant nos lecteurs de nous excuser si nous sommes incomplets et si quelque modèle intéressant nous a échappé dans l’hôpital de province où nous sommes mobilisés.
- La maison Robert et Carrière, qui avait déjà créé cette année des comprimés permettant d’obtenir une
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- INFORMATIONS
- teinture d’iode instantanée par dissolution d’un comprimé dans un peu d’alcool ou d’eau-de-vie [La Nature, n° 2140), vient de mettre en vente sous le nom d’ « Iode du soldat » de petites boîtes cylindriques de carton fort, de 1 centimètre de diamètre sur 7,5 de long, contenant chacune une ampoule scellée (fig. 1). L’ampoule présente deux rétrécissements, celui du haut emprisonne une mèche de coton, celui du bas sépare le coton de la teinture d’iode. En brisant l’ampoule, on met à nu la mèche de coton qui sert de pinceau ; en brisant également la pointe effilée, on produit un écoulement plus abondant de teinture d’iode.
- h’iode-stylo réalisé par la maison Robert et Carrière d’après les indications du Dr M. Landrieu, à l’usage surtout des infirmiers et brancardiers, fournit une plus grande quantité de teinture. Il est constitué par un tube allongé bouché à l’émeri par un capuchon de verre (fîg. 2). Ce tube contient un autre tube intérieur recouvert d’une mèche tressée. Ce tube intérieur, en permettant à l’air de rentrer, facilite l’écoulement de la teinture d’iode. La mèche tressée dépasse le tube de 1 à 2 cm et sert de pinceau.
- Malgré le pouvoir antiseptique très puissant de la teinture d’iode, ou pourrait craindre néanmoins de contaminer les blessés en se servant pour tous du même pinceau.
- Pour empêcher ce transport de germes d’un blessé à
- pansement (fig. 4) une ampoule pleine de teinture d’iode iodurée dont une des pointes effilées est recouverte d’une mèche de lampe. On brise entre les doigts d’abord la pointe cachée sous la mèche, puis l’autre opposée. La teinture d’iode descend dans le manchon qui s’imprègne et sert de pinceau. L’ampoule est enfermée dans un tube à essai en verre bouché au liège.
- La pharmacie Métadier a créé sous le nom de «Stylo-iode» (fig. 5), une ampoule-réservoir de teinture d’iode au titre du Codex, ou dédoublée, ou en solution chloroformique. L’ampoule enfermée dans une boite en carton fort comprend un réservoir en verre scellé, terminé en bas par un étranglement qu’on peut briser et surmonté par un tube de verre dans lequel se trouve une tige métallique entourée d’ouate, ressemblant à un écouvillon, et pliée en deux. La tige munie du tampon d’ouate peut servir à nettoyer la plaie ou à badigeonner d’iode l’orifice de la plaie.
- Signalons pour terminer un autre genre de flacon que le professeur Pozzi vient de présenter à la Société de Chirurgie dans sa séance du 24 novembre dernier. Ce flacon (fig. 6), imaginé par MM. Lemeland et Langlois, est destiné non plus à contenir de la teinture d iode préparée d’avance, mais à en produire au moment du besoin. C’est un flacon en verre de 2 cm de diamètre sur 6 cm 1/2 de haut contenant 6 gr. d’alcool à qâ0. Il est bouché à l’émeri par un bouchon en verre creux
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- Fig. I. L’iode du soldat de Robert et Carrière. — Fig. 2. L’iode-stylo dans son étui et l’iode-stylo de Robert et Carrière Fig. 3. L’iode individuel Corbière. — Fig. 4. Ampoule-pansement Ducatte. — Fig. 5. Stylo-iode Métadier.
- Fig. 6. Teinture d’iode instantanée Leclerc.
- un autre, la mèche est divisée en deux tronçons : on peut, après badigeonnage, arracher la partie supérieure de la mèche qui a touché la plaie et la remplacer par une mèche propre : celle-ci en venant en contact avec le tronçon inférieur s’imbibe rapidement de teinture d’iode, et l’appareil est prêt pour un nouveau badigeonnage.
- Cet appareil est renfermé dans un étui en cuir, une patte munie d’une boutonnière permet à l'infirmier de porter Y iode-stylo à un bouton de son dolman ou en le fixant par une épingle de sûreté. Pour la facilité du transport, il est préférable de ne préparer la teinture d’iode qu’au moment du besoin ; à cet effet on enlève le tube intérieur muni de la mèche ; on introduit dans l’appareil un iodule, comprimé d’iode, de o gr. 5o et l’on verse de l’alcool jusqu’à l’étranglement du tube. Par agitation, on obtient 10 gr. de teinture d’iode fraîche à .i/20e.
- L'iode-stylo, les mèches de rechange, un flacon d’alcool et les iodules à o,5o sont réunis dans une trousse appropriée.
- La maison Corbière a créé sous le nom d’« iode individuel Corbière » (fig. 3) un tube de carton fort,- de 1 cm 1/2 de diamètre sur xi cm de long protégeant une ampoule de teinture d’iode inaltérable au ijioe, terminée à une extrémité par un pinceau de fils de coton fixés à un rétrécissement de l’ampoule par un anneau en fil de fer. En brisant avec les doigts le tube effilé de l’amçoule qui se trouve au centre du pinceau, puis en secouant, on charge de teinture les fils de coton. Si l’on veut une quantité plus grande, il suffit de briser également l’autre pointe effilée ; tout le contenu du tube coule aussitôt dans le tampon.
- La maison Ducatte a imaginé sous le nom d’ampoule-
- renfermant o gr. 5o d iode en poudre, pur et exempt d’iodure. Pour faire instantanément de la teinture d’iode, on coupe d'un trait de lime la tige du bouchon, puis on agite le flacon refermé; l’iode entre en contact avec l’alcool qui le dissout, donnant une teinture d’iode au treizième. Le flacon est livré dans un étui avec une lime et un pinceau.
- Comme on le voit, l’ingéniosité de nos fabricants s’est appliquée à fournir à nos soldats des moyens pratiques de désinfecter rapidement leurs plaies. Souhaitons que tous nos combattants aient toujours à leur disposition de la teinture d’iode, sous quelque foimie que ce soit, et qu’ils l’appliquent le plus tôt possible dès qu’ils seront blessés. Ils éviteront ainsi bien des complications et guériront plus rapidement.
- Adresses relatives aux appareils décrits. — Robert et Carrière, 37, rue de Bourgogne, Paris; Corbière, 27, rue Desrenaudes, Pains; Ducatte,'8, place de la Madeleine, Paris; Métadier, pharm., Tours; Leclerc, Pains.
- Imperméabilisation des toiles d’équipement. —
- Les sacs, musettes, jambières et autres parties de l’équipement militaire faites en grosse toile seront aisément imperméabilisés en les enduisant bien d’un mélange de talc avec 5o pour 100 de vaseline. Il est préférable de prendre la vaseline rouge, coûtant moins et donnant à l’apprêt une jolie couleur kaki. On enlartine la pâte sur le tissu en frottant bien avec une brosse pour assurer une intime pénétration. On emploie par mètre carré à peu près 100 gr. de pâte, ce qui revient à dix centimes environ. La toile ainsi apprêtée est parfaitement imperméable a la pluie, on la peut aisément nettoyer parce que la boue adhère mal à l’étoffe grasse, él elle ne tache pas trop les mains.
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- N* 2156
- 23 Janvier 1915
- SOMMAIRE :
- La défense du canal de Kiel : G. Blaiîchoil. — A quels efforts résiste le métal d’un canon. — Zeebrugge, base maritime contre l’Angleterre : R. Boiltlill. — Les chemins de fer allemands : Victor Cambon. — Académie des sciences. — La guerre chez les fourmis : Henri Coupin.
- SUPPLÉMENT. — Recettes et procédés utiles : Charges d’alcool solidifié pour les réchauds du soldat. — Graisses pour l’entretien des chaussures. — Comment éviter les épidémies.
- MASSON et C'% Éditeur»,
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d'Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois — Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : /20, Boulevard Saint-Germain, Taris (V~le)
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- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Q^.
- Charges d’alcool solidifié pour les réchauds du soldat. — Il est facile de préparer soi-même les sortes de grosses pastilles que l’on vend pour le chauffage des petits réchauds portatifs divers. On prend du savon de Marseille et on le découpe en très fins copeaux qui seront mis à sécher près du feu, mais à température assez basse. Lorsque les copeaux refroidis se cassent aisément, le savon est suffisamment sec. On en fait dissoudre 100 à i5o gr. dans un litre d’alcool dénaturé ordinaire; puis on verse dans des moules, qui seront constitués par une boîte à cirage par exemple.
- Pour obtenir des blocs joliment colorés, on peut ajouter à l’alcool, avant moulage, une pincée de fuchsine de violet méthyle ou de vert cristallisé; mais inutile d’ajouter que cela n’améliore nullement la qualité du produit. Pour accroître la faculté de conservation, on peut ajouter 2 pour 100 de gomme laque en poudre, mais le moyen n’est jias très efficace et lorsqu’on les expose à 1 air les blocs d’alcool solidifié perdent assez vite une bonne partie de leur alcool. Il faut en conséquence soit les mouler en boîtes fermées d'un couvercle, soit les envelopper parfaitement de papier d’étain.
- On peut ne pas dessécher le savon servant à solidifier 1 alcool; mais pour obtenir le même pouvoir géléifiant, il faut alors ajouter, en plus, au moins 5 pour 100 d’alcool. Comme la consistance n’est jamais que relative, on devra soit laisser les galettes combustibles dans les boîtes où on les a coulées, soit les empiler dans une boîte cylindrique; en tout cas, ce seront des boîtes métalliques, indéformables et garantissant des perles par évaporation. Lorsqu’on coule chaque gâteau dans une boîte où on le laisse pour lusage, inutile d’acheter un réchaud : il suffira d’approcher une allumette de la boîte pour que l’alcool se mette à flamber.
- Dernière^ remarque : le savon géléifiant conserve ses propriétés, si bien qu’une fois la flamme éteinte, il reste au fond du réchaud une sorte de magma n’offrant peut-être pas très bonne apparence, mais néanmoins excellent pour le lavage des mains ou le savonnage des chaussettes ! C’est là une propriété précieuse à connaître étant donné que sur le front on manque parfois de savon.
- {Laboratoire de « La Nature ».)
- Graisses pour l’entretien des chaussures. — On
- sait que les cirages et les crèmes diverses destinés au brillantage du cuir n’entretiennent nullement la souplesse des chaussures : au contraire, certains de ces produits exerceraient plutôt une action nuisible. Aussi les chaussures de fatigue seront-elles non point cirées, mais graissées, dût leur aspect sembler moins joli.
- On peut graisser les chaussures — toujours au préalable parfaitement nettoyées et bien séchées — avec du .suif Pour le soldat, la précieuse chandelle qui servira dans ce but, présente l’avantage de pouvoir être également utilisée au graissage du pied 1 On préférera le suif aux graisses minérales qui ont souvent tendance à durcir le cuir, et aux huiles siccatives telles que
- l’huile de lin qui se résinifient à la longue. Mais il existe d autres graisses meilleures que le suif parce que pénétrant mieux le cuir, ou l’assouplissant davantage.
- Le dégras ou le moellon qui sont préparés en « cha-moisant » les peaux, c’est-à-dire en les imprégnant d’huile de poisson, puis en exprimant cette huile, sont des mélanges d’huile animale et des graisses naturelles de la peau : voilà donc des lubrifiants pour cuir en quelque sorte « naturels ». Ils donnent d’excellents résultats. Ehrsam recommande d’employer le moellon associé par fusion au bain-marie à d’autres matières grasses dans les proportions suivantes :
- Huile de poisson ... 5o grammes.
- Suif......................3o —
- Moellon...................20 —
- Le suint est la matière qui imprègne naturellement les brins de laine d’une toison et les rend imper-
- méables à la pluie pour le plus grand bien du mouton. Dans le travail des laines, on extrait ce suint qui sert à préparer, entre autres produits, la cire ou graisse de suint, absolument inaltérable à l’air et capable de très bien entretenir le cuir. Comme la cire de suint est parfois trop coucrète pour permettre une facile imprégnation, il est bon de fluidifier celle qu’on destine à l’assouplissement du cuir, avec 20 à 25 pour 100 d’huile de ricin bien neutre, incorporée à la cire fondue au bain-marie.
- Dans tous les cas, pour appliquer les mixtures grasses, on nettoie la chaussure, on la lave et on la fait parfaitement sécher. On applique ensuite sur le cuir tiède une copieuse couche de mixture assouplissante, puis on laisse quelques heures dans un endroit chaud, après quoi on enduit à nouveau et on remet au chaud. Une fois le cuir graissé de la sorte, jusqu’à refus, on frotte bien avec un chiffon pour enlever l’excès de matière grasse : la chaussure est prête à l’usage.
- Pour éviter les épidémies. — Nous reproduisons à la page 3 de notre couverture, un projet d’affiche qui pourrait être répandu par les soins des départements ou des municipalités et que nous empruntons à la Presse Médicale. Il est dû au Dr Martinet. Nous avons pensé que, dans les circonstances actuelles, ce serait rendre service que de résumer à l'usage du grand public sous forme de « Tract » les règles essentielles d’hygiène qui devraient être suivies ou, au besoin, imposées. Ce projet d'affiche n’a pas la prétention d’être définitif. Il devrait sans doute être modifié pour s’adapter à des circonstances variées, qu’il est impossible de prévoir a priori. Tel qu’il est, il sera sans doute utile à tous ceux qui, trop occupés ou mal placés pour rédiger eux-mêmes un pareil tract, seront cependant dans l’obligation d’en établir un.
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- COMMENT ÉVITER LES ÉPIDÉMIES
- Les germes des maladies infectieuses les plus graves sont surtout contenus dans les matières fécales, et transmis par l’eau, les boissons, les aliments, les linges et objets mobiliers, les mains, qui ont été contaminés par lesdites matières. L’ensemble des mesures suivantes, rigoureusement appliquées, détruira ces germes et empêchera leur diffusion.
- FOSSES, LATRINES, CABINETS D’AISANCE
- S’il existe des fosses, latrines, cabinets d'aisance, ils seront toujours tenus en parfait état de propreté, lavés au moins une fois par jour avec une solution d’eau de Javel (deux cuillers à soupe pour un litre d’eau).
- L’eau de Javel, à la dose de deux cuillers à soupe par litre d’eau, est le meilleur liquide de désinfection des selles, des mains, des linges et des locaux.
- Les fosses mêmes seront désinfectées, quotidiennement, avec la même solution ou du lait de chaux. On veillera à ce que lesdites fosses, ou bien soient parfaitement étanches (fosses mobiles) ; ou soient évacuées par conduiles spéciales dans des endroits appropriés; ou, en tout cas, soient éloignées DE toute hèce d’eau (source, puits, citerne, ruisseau, rivière, etc.), qu’ils pourraient contaminer.
- Dans le- cas contraire, mieux vaudrait avoir recours à l’établissement de feuiilées ou latrines d’urgence comme il va être dit ci-dessous :
- S’il n’en existe pas on établira des feuiilées ou latrines d’urgence :
- La feuillée consiste en un sillon n’ayant pas plus de largeur que le fer d’une bêche et aussi profond que la pioche permet de le creuser. La terre de déblai sera rejetée à 0 m. 30 à droite et à gauche du sillon, qui doit être assez étroit pour que l’homme, mettant les pieds l’un à droite, l’aulre à gauche, soit comme à cheval sur la fosse où tomberont les urines comme les matières fécales. Les parois de la tranchée doivent être taillées à pic.
- Les hommes devront, avant de quitter la feuillée, faire tomber un peu de terre meuble sur les matières, ce qu’ils, peuvent faire avec le pied en utilisant les déblais déposés sur le côté. C’est le moyen le plus rapide et le plus direct de prévenir la mauvaise odeur et les effets malsains des déjections.
- On aura soin d’établir les feuiilées de telle sorte que le vent dominant ne ramène pas leurs émanations sur le campement ou le cantonnement et qu’elles soient suffisamment éloignées des pièces d’eau que leur voisinage pourrait infecter.
- Deux fois par jour, on fera jeter dans les fosses une couche de terre, les cendres des foyers et une solution désinfectante, telle le lait de chaux : Arroser 1 kil. de chaux avec un demi-litre d’eau. Quand la déliquescence est effectuée, délayer la poudre ainsi obtenue dans le double de son volume d’eau ; verser dans les feuiilées 25 gr. de lait de chaux par homme et par jour.
- Quand les sillons seront à moitié remplis, on les comblera et on foulera fortement la terre de remplissage.
- Les selles des sujets malades seront recueillies dans des récipients spéciaux : on désinfectera au moyen d’une des solutions précédentes (lait de chaux, eau de Javel). Les linges souillés seront désinfectés par immersion prolongée dans une solution d’eau de Javel. Les personnes donnant leurs soins aux malades (entourage, infirmiers, etc.) devront se conformer minutieusement aux instructions relatives à la désinfection des mains.
- EAUX POTABLES
- L’eau est le principal vecteur des maladies infectieuses. — Il faut donc : 1° empêcher sa contamination ; 2° la stériliser (c.-à-d. y détruire tous germes).
- Protection des sources d’eau potable. — L’eau, véhicule de
- SANTÉ ET DE MALADIE, EST UNE CHOSE SACRÉE QUI NE DOIT ÊTRE POLLUÉE SOUS AUCUN PRÉTEXTE, IL CONVIENT D’EN ÉCARTER TOUTE SOUILLURE, QUELLE Qü’eLLE
- soit. — On y parviendra en enfouissant les détritus et immondices, quels qu’ils soient, et en éloignant lesdits foyers (latrines, fosses à purin, à fumier, etc.), de toute voie d’eau.
- Stérilisation des eaux potables. — En temps d’épidémie et en campagne, l’eau doit toujours être considérée comme étant contaminée et traitée comme telle, c’est-à-dire stérilisée avant consommation. Elle sera filtrée sur bon filtre, voire sur papier ou sur ouate, chaque fois que la chose sera possible.
- La stérilisation de l’eau se pratique surtout par ébullition.
- L’eau bouillie peut être considérée comme stérile et bonne pour la consommation. — On ne consommera donc que de l’eau bouillie, soit pure, soit additionnée de vin, de sucre, soit sous forme d’infusions (thé, café, tilleul, camomille, citronade, etc.). — S’il était impossible de faire bouillir l’eau, on pourrait avoir recours aux procédés chimiques suffisants, mais certainement moins recommandables :
- 1" Additionner chaque litre d’eau de 1/ gouttes de teinture d’iode (enlever au besoin l’excès d’iode, d’ailleurs inoffensif, par addition de thé, de café, de vin) ;
- 2° Additionner chaque litre d’eau d’un cristal de permanganate de potasse jusqu’à l’obtention d’une teinte à peine rosée. (Enlever au besoin l’excès de permanganate, d’ailleurs inoffensif, par addition de sucre ou de thé) ;
- Si, enfin, ces méthodes étaient impraticables, on boirait exclusivement du vin, du cidre, de la bière — ou tout au moins de l’eau additionnée de son volume de vin ou d’un sixième de cognac ou de rhum ou de marc.
- ALIMENTS
- 1° En campagne et en temps d’épidémie, tous les aliments — et plus particulièrement le lait et les crudités (légumes, fruits) — doivent être considérés comme suspects, voire contaminés;
- 2° L’ébullition, pour l’eau et le lait; la cuisson prolongée, pour les crudités; le grillage, le rotissage, la coction, pour la viande, la volaille, le poisson constituent des modes de stérilisation parfaits.
- 11 convient donc de : N’user que d’eau bouillie (infusions).
- S’abstenir absolument de crudités (salades, fruits crus).
- N’user que de légumes et de fruits cuits.
- N’user que de viande, volaille ou poisson grillés, rôtis ou bouillis.
- SOINS CORPORELS
- Le plus important est, sans conteste, le savonnage des mains :
- Toutes les fois que la chose sera possible, on se savonnera et brossera les mains avant les repas et après les garde-robes, en se servant d’eau chaude et d’une brosse. Les ongles seront tenus courts et propres.
- Si les mains ont été souillées, on les désinfectera de plus, ensuite, par immersion, dans une solution d’eau de Javel (2 cuillers à soupe par litre d’eau).
- Ces précautions, utiles pour tous, sont absolument nécessaires et s’imposent impérieusement aux cuisiniers, boulangers, médecins, infirmiers, etc., bref, à tous ceux qui participent à l’alimentation ou aux soins à donner aux malades. — Si ce savonnage était impossible, on y suppléerait, par immersion prolongée dans la solution d’eau de Javel (2 cuillers à soupe par litre d’eau).
- Le lavage de la bouche, le matin et avant les repas, avec une solution légèrement alcoolisée et antiseptique; la toilette du corps aussi soignée que possible; les grands bains sont évidemment très recommandables.
- DESTRUCTION DES ANIMAUX PROPAGATEURS D’ÉPIDÉMIES
- Les mouches, moustiques, poux, puces et punaises, les rongeurs (rats, mulots, etc.), sont particulièrement dangereux comme propagateurs d’infections.
- On détruira les mouches : 1° En répandant sur les fosses à immondices, à fumier, latrines, charniers, etc., de 1 ’huile de schiste ou du pétrole, à raison de 1 gr. par mètre superficiel ; — 2° En disposant, dans les locaux habités, des plats renfermant du formol commercial étendu de 10 fois son volume d’eau.
- On détruira les moustiques de la même façon, en visant surtout les pièces d’eau, mares, eaux stagnantes, etc. On recherchera les nids et foyers d’essaimage, que l’on détruira par flambage et par badigeonnage au lait de chaux.
- On détruira les poux, puces, punaises : 1° Grâce aux soins corporels sus-énumérés. (Tenir les cheveux courts, voire rasés, lavages répétés à l’alcool camphré, etc.); — 2° Par immersion prolongée des linges, draps, chemises, etc., dans une solution d’eau de Javel ou de formol. (Formol commercial étendu de 10 fois son volume d’eau.)
- On détruira les rats et autres rongeurs : 1° En disposant, dans les endroits fréquentés par lesdits rongeurs, des morceaux de pain dur ou de lard frais recouverts d’une couche épaisse de pâte phosphorée (mort aux rats). Prévenir de cette mesure toutes personnes appelées à pénétrer dans lesdits locaux. Prendre toutes mesures nécessaires pour que n’y puisse pénétrer aucun animal domestique, et surtout aucun enfant; — 2° En disposant des ratières en forme de nasses.
- Il faut toujours immerger les rats empoisonnés ou capturés dans un baquet renfermant une solution de formol ou d’eau de Javel ; puis, enfouir profondément. Cette pratique indispensable a pour but de détruire les germes infectieux du rongeur et, surtout, sa vermine.
- INHUMATIONS
- Choisir, autant que possible, un terrain de surface convenable, de terre meuble et perméable, au nord-est du village le plus proche, à une distance minima de 200 mètres de toute habitation, derrière un rideau d’arbres et surtout éloigné de toute pièce d’eau, source, rivière,” etc. Avant tout, établir un drainage soigné dudit terrain :
- 1° Drainage superficiel assurant l’écoulement rapide des eaux de pluie; — 2° Drainage profond périphérique de tout ce terrain par 1’établissemenl d’un fossé profond de circonvallation ; — o° Si possible, drainage profond du terrain même en contre-bas des fosses.
- Creuser des fosses d’une profondeur minima de 1 m. 50 à 2 m. ; y disposer les corps, distants de 15 à 20 cm., entre deux couches de chaux vive. Si le sol est naturellement sec, poreux, bien aéré, remplir la fosse en tassant modérément les terres. Si le sol est humide, compact, dense, argileux, recouvrir les corps de branchages, de cendres, de cailloux, puis de terre. Compléter par des plantations d’arbres.
- En certains cas, l'incinération (combustion) s’impose. Creuser très loin de toute agglomération une fosse large et profonde ; disposer les corps sur des lits de branchages, de paille et de bois formant bûchers, arroser de matières inflammables (pétrole, goudron) : incinérer. Les cendres ainsi obtenues seront enfouies dans la fosse même.
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- N’ 2157
- 30 Janvier 1915
- LA NATURE
- SOMMAIRE :
- Pola : E.-A. Martel. — Les vaccins : H. Roger. — Les péniches-ambulances : René Merle. — La valeur calorifuge des tissus : A. Chaplet. — Grandes usines allemandes de produits chimiques.
- — Souvenirs de (( l'avant-guerre » : V. Forbin. — Académie des sciences. — Les microbes
- mobilisés : Henri Coupin.
- SUPPLEMENT. — Informations : Mouvement général du commerce des Colonies françaises pendant l’année 1913. — A propos des féculeries. — La guerre et l’industrie des matières tinctoriales. — Liquides extincteurs d’incendie. — Peinture pour préserver le fer exposé à l’action de l'air salin. — Imperméabilisation
- des draps d'uniforme. *— Radioactivité du diamant.
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- MASSON et C°, Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départem. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : /20, Boulevard Saint-Germain, Taris (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- Jfeo
- INFORMATIONS
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- Mouvement général du commerce des Colonies françaises pendant l’année 1913. — Le mouvement du commerce général des colonies en 1913 s’élève au chiffre de 1.446.480.240 fr., dont 681.33g.638 fr. à l’importation et 765.140.602 fr. à l’exportation. 11 s’élait élevé en 1912 au total de 1.291.202.353 fr., dont 622.156.260 à l’importation et 669.046.093 à l’exportation. C’est donc une augmentation de 155.277.887 fr. dont 5g.i83.3o8 fr. à l’importation et 96.094.609 fr. à l’exportation. (D’après Y Afrique française.)
- COLONIES
- Afrique occidentale française.
- Sénégal. ............................................
- Haut-Sénégal et Niger. ..............................
- Guinée française.....................................
- Côte d’ivoire........................................
- Dahomey..............................................
- Total général ..................
- Afrique équatoriale française.
- Gabon ...............................................
- Moyen-Congo, Oubangui-Chari............,.............
- Total général ..................
- Réunion..............................................
- Madagascar, Mayotte et dépendances . . ..............
- Côte française des Somalis...........................
- Etablissements français de l’Inde ...................
- Indo-Chine...........................................
- Saint-Pierre et Miquelon.............................
- Guadeloupe et dépendances............................ .
- Martinique ..........................................
- Guyane française.....................................
- Nouvelle-Calédonie et dépendances....................
- Etablissements français de l’Océanie . . . . . . . . .
- Totaux...................... . . .
- A propos des féculeries. — M. A.-Ch. Girard, professeur à l’Institut agronomique, a publié en 1911 dans les Annales de VHydraulique un travail sur l’utilisation des eaux résiduaires de féculerie. Une communication à l’Académie des Sciences avait été faite sur ce pujetle 28 décembre 1910.
- Ces eaux, qui sont souvent embarrassantes pour les industriels et difficiles à évacuer, ont cependant une grajnde valeur fertilisante. M. Tisserand prétend qu’autrefois beaucoup de paysans, dans les Vosges, cultivaient la homme de terre non seulement pour la fécule, mais encore pour pouvoir irriguer leurs champs avec les eaqx résiduaires de la fabrication.
- Ij)’après M- Girard, l’ensemble des féculeries françaises laisserait dans les eaux résiduaires des quantités de [principes fertilisants correspondant à 140000 quintaux'de nitrate de soude, 40000 quintaux de super-
- IMPORTATIONS EXPORTATIONS COMMERCE TOTAL
- 88.070.796 72.937.820 161.008.620
- 10.783.S90 3.68i.987 14.465.377
- 19.413.212 16.644.752 36.057.964
- O 05 vcr 1.0 CO 16.401.815 34.556.3z4
- 15.15 2.404 16.477.473 31.629.877
- 151.574.300 126.i43.852 277.718.152
- 8.612.668 10.726.361 24.339.029
- 12.56g.100 20.g38.676 33.507.776
- 21.181.768 36.665.037 57.846.8o5
- 24.934.943 16.592.290 41.527.233
- 46.747.456 56.054.S77 102.801.833
- 33.916.843 47.704.148 81.620.991
- 10.837.115 43.720.og5 54'. 557.210
- 3o6.238.018 345.2.5g. 253 651.497.321
- 4.356.745 6.201.798 io.558.543
- 20.174.930 18.287.489 38.462.419
- 22.144.3x5 28.896.814 5i.041.129
- 12.494.766 12.222.537 24.717.302
- ï7.707.916 i5.838.4o5 33.546.32i
- 9.030.474 11.554.507 20.584.981
- 681.33g.638 765.140.602 1.446.480.240
- phosphate et 72000 de chlorure de potassium, c’est-à-dire une valeur de 5 000 000 de francs.
- Il serait impossible de retirer des eaux résiduaires ces principes fertilisants, car leur concentration serait trop onéreuse, longue et difficile. M. Girard modifiait la fabrication qui a été indiquée dans La Nature (n° 2i5i, 19 décembre 1914) en intercalant entre la première râpe et les tamis une presse qui extrait le jus pur des pommes de terre et l’envoie à des évaporateurs spéciaux. Pour obtenir 100 kg d’un produit qui correspond à un mélange de 21 de superphosphate, 55 de sang desséché, 24 de chlorure de potassium, il suffirait d’évaporer 1900 kilogrammes, G. M.
- La guerre et l’industrie des matières tinctoriales. — On sait que les Allemands possédaient en fait le presque monopole mondial de la fabrication des ma-
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- INFORMATIONS
- lières colorantes dérivées des carbures extraits du goudxon. Il s eusuit que dans les pays où les industries textiles sont très développées et où la guerre n’a pas gêné 1 activité économique, on est. pris au dépourvu. Voyant que la guerre menace de durer longtemps, les Anglais et les Américains prennent des mesures pour remédier à la situation. On ne peut évidemment songer à réemployer les colorants naturels dont l’usage est maintenant abandonné. Leur production demande l’établissement de cultures longuement préparées, et leur usage n’est pas économique. D’autre part, les pays consommateurs de tinctoriaux produisent tous'en grande quantité le goudron, l’acide sulfurique, la soude et autres gros produits chimiques, matières premières indispensables de la synthèse. Dans ces conditions, les industriels anglais et américains considèrent la situation comme tout à fait favorable pour créer chez eux une industrie qui leur permettra de se débarrasser du secours allemand, aussi bien dans l’avenir que maintenant. Ln comité de fabricants anglais de produits chimiques vient d être formé pour réaliser pratiquement un programme d action. Et les savants américains calculent déjà le bénéfice qui résultera pour les Etats-Unis de la fabrication américaine des couleurs d’aniline, d’alizarine et d’anthracène.
- Liquides extincteurs d’incendie. — Nous avons dernièrement publié dans La Nature quelques formules pour la préparation de ces liquides (igi3-I, p. 269). En voici de nouvelles, empruntées aux brevets pris depuis quelques années : toutes donnent des produits efficaces, mais dont il ne faut pas s’exagérer l’effet.
- Formule Vesperant. — Solution préparée avec x litre ’eau et :
- Idyposulfite de soude. . . 100 pour 100
- Chlorure de calcium. . . 100 —
- Chlorure de magnésium . 5o —
- Chlorure de strontium . . 10 —
- Formule Eberhard. — Dans une centaine de litres ’eau, délayer un mélange de :
- Amidon..................... 450 grammes ,
- Sulfate de magnésie . . . 5oo —
- Bicarbonate de soude . . 1000 —
- Sel marin..................3ooo —
- On ajoute à la masse homogène, en continuant de remuer, 5 litres de silicate de soude à 36° B. La masse épaissie est ensuite additionnée de xoo litres d’eau contenant en solution 1 kg de chlorure de calcium, 5oo gr. de chlorure de magnésium, où on a incorporé 1 kg de chaux arrosée d’acide phénique.
- Liquide Minimax. — La formule précédente est bien compliquée. Celle-ci, a priori, sans doute toute aussi bonne, a la supériorité de sa simplicité : une solution aqueuse saturée de chlorure d’aluminium constitue la composition. Elle résiste sans se congeler à des froids de — 5o° C.
- Mixture Gomez y Sanchez. — C’est une solution contenant par litre d’eau 12 gr. alun et 4 gr. sulfate de zinc; doses qui, vraisemblablement, ne doivent pas ajouter grand’chose au pouvoir extincteur de l’eau.
- Solutions Antignit. — Il en existe de deux types : une solution incongelable composée de
- Eau ........... 460 grammes
- Glycéiùne............ —
- Silicate sodique à 26° B. . 25o —.
- Chlorure de magnésium. . i5 —
- Formol à 47 pour xoo . . 5 —
- Et une solution plus économique faite avec 20 liti'es d’eau et :
- Sel marin................ 3oo grammes
- Alun calciné............ 3o —
- Bicai'bonate de soude. . . 3o —
- Sulfate d’ammoniaque . . 20 —
- Liquides divers. — Un grand nombre d’inventeurs d’appareils mentionnent en passant les compositions des liquides qu’ils emploient.. Outre les formules connues depuis longtemps et celles énumérées ci-dessus, c’est ainsi qu’on rencontre l’indication de simples solutions aqueuses salines : hyposulfite de soude à xoo gr.
- par litre, chlorures de calcium ou de magnésium à 5ogr. par litre. Le tétrachlorure de carbone a les préférences de certains inventeurs. Un fabricant ajoute aux solutions exlincli’ices 5 pour 100 d’extrait de x'acine de réglisse, cela produit de la mousse, ce qui a plusieurs avantages : le jet est plus long, en raison de la légèreté de la masse mousseuse, l’adérence isolante sur les objets brûlants est mieux assurée.
- Mode d’emploi. — Toutes ces mixtures peuvent servir à emplir des « grenades », simples récipients en verre assez mince pour que le bris soit assuré quand on projette la grenade. On peut se servir pour cela de ballons dits « à pissettes » contenant un demi-litre environ et vendus pour quelques sous chez les fournisseurs d’articles de laboratoire. Avoir bien soin de boucher et de cacheter.
- Un autre bon moyen de se faire uu extincteur fort efficace, c’est, quand on possède un appareil à remplir les siphons pour eaudeseltz, de remplir de gaz carbonique comprimé un siphon contenant en place d’eau une mixture extinctrice.
- Peinture pour préserver le fer exposé à l’action de l’air salin. — Le procédé fut reconnu excellent api'ès application dans les bâtiments du génie, à Brest, où la présence de particules d’eau salée dans les vents venant du large rend plus difficile la préservation du fer exposé aux intempéries.
- On chauffe dans une marmite de fonte, jusqu’à l’ébullition, un mélange de 10 litres goudron d’usine à gaz pour 1 litre de chaux vive récemment pulvérisée. On remue bien et on applique au pinceau une mince couche de la peinture chaude (au moins à 400 C.) Le métal sera naturellement au préalable bien nettoyé, puis recouvert d’une couche de peinture au minium, et l’application se fera par un beau temps chaud : le badigeon sèche dans ces conditions en moins de deux jours.
- La quantité de mixture consommée est d’environ 200 gr. par mètre carré de surface peinte. Le prix de revient de l’opération varie, tout compris, de 1 franc à 1 fr. a5 par couche et par mètre carra;, selon coût de la main-d’œuvre. Des essais comparatifs de résistance faits avec l’enduit au coaltar et la peinture ordinaire montrent que la durée de protection efficace est double dans le cas de la coaltarisation.
- (Revue du génie militaire).
- Imperméabilisation des draps d’uniforme. — Le
- procédé imaginé récemment par M. Le Roy convient pour l’imperméabilisation rapide des effets de drap même usagés sans nul besoin préalable de les laver ou de découdre. L’emploi en est donc tout à fait pratique pour les vêtements de nos soldats. On utilise une solution à 10 pour 100 de graisse de suint dans l’essence pour automobile. Il est facile de se procurer le produit chez tous les droguistes et pharmaciens qui le vendent sous le nom de adeps lanæ anhydre, et il est facile de le dissoudre en le malaxant d’abord avec un peu de sulfure ou de tétrachlorure de carbone. La solution faite, on plonge dans le liquide la capote, le pantalon ou le képi, d’abord soigneusement brossés, puis on foule pour que la pénétration soit partout bien parfaite, puis enfin on étend à l’air jusqu’à parfait séchage. Naturellement, on opérera loin de toute flamme de manière à éviter l’inflammation des vapeurs d’essence. La graisse de suint ainsi abandonnée par la solution dans le tissu rend ce dernier tout à fait imperméable. Il s’agit d’une imperméabilisation en quelque sorte « naturelle », puisque son agent actif est le même qui imprègne la toison des brebis ainsi protégées parfaitement de la pluie. Ainsi le pi’océdé est non seulement fort efficace, mais d’une rusticité précieuse en temps de 'guerre, ni les pluies, ni le frottement, ni la bi’osse ne pouvant séparer du tissu les particules imperméabilisantes.
- Radioactivité du diamant. — Sir William Crookes a récemment annoncé à la Royal Society de Londres, que des diamants soumis à l’action du radium devenaient extrêmement radioactifs et conseillaient cette propriété plusieurs années. Il a présenté un diamant exposé il y a douze ans, pendant quelques mois, aux émanations du radium et qui, actuellement, impressionne encore Une plaque photographique comme au début, malgré divers traitements chimiques auxquels il a été soumis.
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- N° 2158
- 6 Février 1915
- SOMMAIRE :
- La guerre navale en 1914
- Forces navales en présence au début des hostilités. — Les diverses opérations de la guerre navale et les types de navires destinés à chacune d'elles,
- par E. BERTIN, ancien Directeur du Génie maritime.
- La double bielle Williams : S. C. — Académie des sciences. — Les Roumains de Bukovine : L. De Launay. SUPPLÉMENT. — Recettes et procédés : Balance improvisée.— Papier aux sels de platine.
- MASSON et C‘% Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d'Hyttiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne <t La iValUre » doit être adressé aux bureaux du journal : »2o, Boulevard Saint-Germain, Paris (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- .. La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- RECETTES ET PROCÉDÉS UTILES
- Balance improvisée pour peser sans poids de très petites quantités de substances. — Le système de fonctionnement de l’appareil que nous décrivons ci-dessous n’est pas précisément nouveau : Léonard de Vinci qui fut, comme on sait, non seulement un peintre génial, mais un architecte, un ingénieur, un physicien de grande valeur, a laissé dans ses cahiers d’innombrables croquis, le schéma très clair de la balance en question. Mais les détails d’exécution de notre appareil sont tout à fait nouveaux.
- La balance sans poids est composée par la réunion de cinq pièces, lesquelles peuvent instantanément être séparées et rangées, de manière à ne presque plus tenir de place. Le socle est une planchette sur laquelle on a planté deux clous en L, dont les parties libres, très rapprochées de la surface du bois et disposées en sens contraire, reçoivent les petites branches coudées d’une
- jrand V en gros fil métallique dont la pointe
- forme une boucle recourbée vers l’avant, boucle enserrant une petite pièce de bois dont la' surface plate doit se trouver horizontale et tournée vers le haut.
- Sur cette surface, on pose les deux pointes terminant le crochet que forme le fléau triangulaire de notre balance. Ce fléau, qui est la pièce la plus compliquée de l’appareil, se fera très facilement en assemblant par des gouttes de soudure trois aiguilles à tricoter dont les extrémités auront été courbées après chauffage dans la flamme d’une lampe à alcool ou d’un brûleur à gaz. Les crochets libres de notre fléau installé reçoivent respectivement un contrepoids qu’il est commode de constituer par une boucle métallique portant plus ou moins de petits anneaux, selon qu’on verit lester diversement la balance, et un fil courbé de manière à pouvoir supporter le bout de carton ou l’enveloppe qu’on y pose pour former plateau.
- Voici notre balance faite. Reste à la graduer. Pour cela nous fixerons, sur les deux gros fils métalliques verticaux, une feuille de papier sur laquelle nous tracerons des petits traits parallèles verticaux, également espacés. Puis nous nouerons au milieu de la branche inférieure du fléau un bout de fil blanc formant index. Le tout est combiné p our que l’index soit juste à droite de la graduation, par exemple; nous inscrirons là O. En mettant sur le plateau une piécette d’un centime, l’index s’arrêtera devant un trait que nous coterons 1 , e t ainsi de suite jus-
- qu’à la fin de la ______________ L----------—
- graduation. Notons qu’on peut 2-
- à volonté rendre
- la ressemblance plus ou moins sensible, et propre à peser des charges plus ou moins grosses, en changeant le lest contrepoids. Mais naturellement, chaque fois qu’on modifie ce contrepoids, il faut de toute nécessité refaire la graduation de la feuille de papier.
- Papier aux sels de platine et d’argent. — La pla-tinotypie tient la première place, parmi lès procédés de tirages photographiques. Les images qu’elle fournit sont caractérisées par des tons vigoureux et délicatement modelés, sur des surfaces parfaitement mates, et rappellent l’aspect d’une gravure ou d’un dessin au crayon. Les teintes extrêmes du sujet sont bien rendues, sans que les détails des ombres disparaissent, comme il arrffe trop' souvent dans les impressions au gélatinobromure. L’épreuve est une exacte interprétation du cliché, et la stabilité en est certaine, bien mieux que celle des papiers au charbon, dont la gélatine se couvre parfois de taches.
- Le seul défaut du papier au platine, c’était son prix élevé. On est arrivé à le réduire sensiblement, en préparant une couche sensible composée de sels de platine et d’argent. Le papier « Satista », basé sur ce principe, donne des épreuves de tous points comparables aux platinotypies ordinaires : il n’a pas de sous-couche géla-tinée, sa surface est complètement mate ; on ep obtient,à volonté des tons noirs froids ou des tons chauds, par
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- RECETTES ET PROCEDES UTILES
- simple modilicatiou du développement; les images ont une grande transparence et une extrême richesse de détails, même dans les noirs les plus intenses. La manipulation en est simple, et les produits nécessaires à son traitement sont peu coûteux.
- Comme le papier au platine ordinaire, le papier « Satista » doit être conservé à l’abri de L’humidité, dans des tubes en fer-blanc soigneusement fermés. Le chargement des châssis et l’examen de la venue des images s’effectuent dans un endroit sombre ou éclairé à la lumière du gaz ou d’une bougie.
- L’impression ne doit jamais se faire au soleil, ni même à une lumière diffuse trop vive, qui brûlerait les détails dans les parties transparentes du cliché. On utilisera de préférence une lumière douce ou, à défaut, la lumière artificielle des lampes à arc ou des lampes à vapeur de mercure.
- L’image se montre en gris très pâle sur le fond jaune de la couche sensible. Il faut arrêter le tirage dès que les détails sont légèrement indiqués. On procède au
- développement dans :
- Eau distillée................1000 c. c.
- Oxalate de potasse .... 200 gr.
- Acide oxalique................. 5 —
- On fait dissoudre à chaud, et on laisse refroidir la solution avant de l’employer. Toutefois, la température du bain ne doit pas être inférieure à 160.
- Sans lavage préalable, l’épreuve est plongée dans le révélateur, l’image en dessus. On agite, afin de chasser les bulles d’air qui pourraient s’attacher à la surface, ei, si l’impression à la lumière a été suffisante, le développement est terminé en 3o à 4° secondes. L’épreuve est
- alors plongée dans l’éliminateur :
- Eau distillée...............xooo c. c.
- Bi-oxalate de potasse. . . 20 gr.
- A défaut d’eau distillée, on peut employer de l’eau ordinaire ; seulement, les sels calcaires qu’elle contient généralement occasionnent un précipité d’oxalate de chaux. Il faut alors laisser reposer la solution et la décanter. S’il reste des matières flottantes, on filtrera sur trois épaisseurs de mousseline. L’épreuve devra séjourner dans ce bain environ 10 minutes, après quoi elle sera passée dans un second bain semblable,,pendant le même temps. Le dernier bain éliminateur de^èipester incolore : aussitôt qu’il présentera des-traces jaunâtres^ on le jettera et on le remplacera*par une nouvelle solution. Au sortir de ce bain, l«ë|u*luve sera lavée à l’eau courante ou plusieurs fois renouvelée pendant une dizaine de minutes au plus, puis immergée dans le. fixateur : ; 4
- Ëau.^^?; . . ' IOOO C. C. '
- Hyposulfite de soy,de .1,90 gr. •
- Elle y sûJçfS&nèra pênd^Tf un quart d’heure environ, puis sera lavee à l’eau courante ou dans une eau renouvelée 10 à 12 fois pendant trois quarts d’heure.
- Le traitement précédent donne des images à ton noir franc. Pour obtenir des tons noirs chauds, il suffit d’ajouter 1 ou 2 gr. de bichlorure de mercure à un demi-litre de révélateur, et d’élever la température du bain à 6o°.
- On peut aussi obtenir des tons variés, brun, chocolat ou rouge. A cet effet, on prépare :
- A. Eau............................ i5o c. c.
- Acide acétique cristallisable. . 3o gr.
- Nitrate d’urane................ o gr. 5
- B. Eau........................... i5o c. c.
- Acide acétique cristallisable. . 3o gr.
- Ferricyanure de potassium . . o gr. 5
- Pour l’emploi, mélanger les deux solutions et y ajouter 2 à 3 gr. de sulfite de soude. L’épreuve, d’abord développée en noir et sortant du lavage final, est plongée dans ce bain, face en dessus, jusqu’à ce que la teinte désirée soit obtenue. On la passe alors dans de l’eau additionnée de quelques gouttes d’acide acétique. Si le ton ainsi réalisé ne convient pas, on peut ramener l’image à sa teinte noire primitive, en la passant dans une solution faible de carbonate de soude, et recommencer ensuite le virage. — On trouve le papier « Satista » chez MM. Poulenc frères, 19, rue du Quatre-Septembre, Paris.
- Un porte-objet pratique est constitué par la disposition donnée (selon la figure ci-contre) à un simple lacet de cuir plat, long de 40 cm, large de 3 mm, épais de 2 mm. La manière de l’attacher au ceinturon est fournie par le croquis.
- L’attache est absolument sûre, pourvu qu’on rabatte le nœud coulant d’une manière, assez forte. Alors le cuir ne bouge jamais, quel que soit le choc auquel on l’expose, même en montant à cheval, exception faite toutefois pour les objets durs de forme ronde.
- Mais les gros gants, cache-nez, pansements, etc., plus ou moins volumineux, seront parfaitement maintenus. — Prix de la lanière o,35 centimes, chez Kirby-Beard, 5, rue Auber, Paris.
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- N° 2159
- 13 Février 1915
- LA NATURE
- SOMMAIRE :
- La guerre navale en 1914 {Suite et fm)<
- Notes de guerre (ier août au 3i décembre 1914).
- Conclusions générales : la guerre maritime, son rôle, son avenir,
- par E. BERTIN, ancien Directeur du Génie maritime.
- Académie des sciences. — Machines allemandes à creuser les tranchées : M. Bousquet. SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Les pieds gelés dans l’armée, etc. — Bibliographie.
- MASSON et C‘\ Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l'Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hyjtiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. ; 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : J20, Boulevard Saint-Germain, Tarit (Y7e)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- Igc
- INFORMATIONS ET RECETTES
- Qâr,,
- Les pieds gelés dans l’armée. - Le D1 Témoin (de Bourges) rappelle, dans sa dernière communication à Y Académie de Médecine, que les hommes évacués sur les hôpitaux avec le diagnostic de pieds gelés sont en nombre considérable et s’accroît en des proportions inquiétantes. Les lésions dont les hommes sont atteints varient de la simple phlyctène à la gangrène totale des orteils ou même de tout le pied. On a le droit de s’étonner qu’il y ait tant de pieds gelés, alors que la température s’est rarement abaissée cet hiver au-dessous de zéro.
- De l’avis de M. Témoin, ces accidents ne relèvent point en réalité de la gelure, mais bien de la gangrène par arrêt de circulation. Le rôle du froid, en l’espèce, est simplement favorisant. Les accidents ont pour cause réelle les bandes molletières, les chaussures trop serrées et l’eau. Sous l’influence de l’humidité, les bandes compriment le bas de la jambe, ralentissent la circulation. En retour, le pied gonfle et en même temps la chaussure se rétrécit ; la température assez basse favorise la vaso-constriction et la circulation progressivement s’arrête.
- En définitive, qu’il y ait gelure ou arrêt de circulation, le résultat est le même. La distinction entre les deux mécanismes est des plus importantes, cependant. En efTet, si nous ne pouvons nous opposer aux effets de la gelure dont la production est en général rapide, tout autrement en est-il pour la constriction de la jambe et du pied, dont les effets sont lents à se produire. Il est à remarquer qu’aucuu blessé jusqu’ici n’a été atteint avant le quatrième jour de séjour dans l’eau.
- Le Dr Témoin estime donc pouvoir présenter les conclusions suivantes :
- « Qu’aucun homme, jusqu’ici, n’a eu véritablement les pieds gelés; — que les lésions qu’ils présentent sont des gangrènes dues à la constriction lente et progressive du bas de la jambe et à l’arrêt de la circulation du pied; — que plusieurs jours'sont nécessaires pour que les lésions soient graves ; — que pour les éviter, deux moyens sont à employer : i° diminuer, s’il est possible, le séjour dans les Iranchées de première ligne; 20 supprimer les agents de constriction et forcer les hommes à se déchausser assez souvent. »........-
- A la suite de cette communication, Y Académie de Médecine approuve à l’unanimité la proposition suivante :
- :« L’étude faite par M. le Dr Témoin sur la patho-gé,nie des lésions communément attribuées à la gelure dés pieds démontre qu’elles reconnaissent une étiologie toute différente. Il paraît démontré que le froid n’est (lu un facteur secondaire et que le principal rôle revient à d’autres causes. * •
- |« L’Académie par un vote unanime décide de transmettre le mémoire du D' Témohrà M." le ministre de la Gjierre. p, .... ................ ,
- éLes engelures. — Moins graves que les gelures, les engelures sont souvent là cause ou le début de
- troubles plus profonds quand le froid et l’humidité persistent longtemps. Il convient donc de les combattre.
- Le Dr Sicard adresse à la Société médicale des hôpitaux une note qui profite de l’expérience de la guerre actuelle.
- Comme moyen prophylactique, il recommande de préserver la chaussure elle-même du contact du froid. A cet égard, certains soldats se sont bien trouvés d’avoir enveloppé leurs bottes de lainages divers, de débris de couvertures. Le graissage abondant des téguments du pied rend aussi de bons services, et de même l’interposition entre la chaussette et la peau de bandelettes de papier.
- A titre de traitement palliatif des engelures, M. Sicard recommande l’emploi de l’alcool glycériné iodé, suivant
- la formule :
- Alcool à 700.................80 cm3
- Glycérine ordinaire..........20 •—
- Teinture d’iode (du Codex) . . 1 —
- [Presse Médicale).
- La désinfection des linges à pansements. — Les
- pansements provenant de blessés atteints d’affections microbiennes comme le tétanos, la gangrène gazeuse doivent être désinfectés avec le plus grand soin immédiatement dès qu’on en débarrasse le malade. Nous avons publié dans les Recettes de la Maison, p. 104, la composition d’un liquide pour désinfecter et essanger à la fois les linges de malades. Lorsque l’on ne peut essanger de suite, ou bien lorsqu’on n’essange pas du tout, comme c’est le cas dans les hôpitaux modernes dont les blanchisseries possèdent des machines américaines, il importe de tremper les linges dans un des bains suivants :
- 1° Solution aqueuse de sulfate cuprique à 5o gr. par litre ; *
- 20 Bain formolé préparé en ajoutant par litre d’eau 20 gr. du formol commercial à 4o pour 100;
- 3° Dissolution contenant par litre d’eau 1 gr. de sublimé corrosif et 10 gr. de sel commun;
- 4° Liqueurs chlorées contenant par litre d’eau soit 25 cm3 d’extrait de Javel, soit 20 gr. de chlorure de chaux. -•
- Tous ces produits sont sûrement efficaces, ainsi qu’il résulte d’essais à la suite desquels on en a préconisé officiellement l’emploi dans les maisons centrales de détention. Nous recommandons de préférer les trois premières formules aux dernières, les hypochlorites abîmant toujours un peu les fibres textiles;
- Quand les linges contaminés sont destinés à être lavés de suite, il suffit de les mettre dans des corbeilles garnies de toile cirée qu’on asperge avant et après usage d’un des liquides mentionnés ci-dessus, lequel servira aussi pour le lavage des mains avant et après manipulation du linge. Ce dernier n’a pas besoin d’être désinfecté spécialement, car les lessives alcalines bouil-I lantes agissant au cours du lessivage ou'du 'bouillage
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- INFORMATIONS ET RECETTES
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- sont des antiseptiques très sûrs. Des essais faits dans divers pays par différents hygiénistes : Würtz et Tawon chez nous, Bromans et Brandi en Italie, Forster en Suisse avec des solutions faibles de carbonate sodique et de diverses « lessives » du commerce (mélanges de carbonate sodique, de soude et de silicates alcalins), dans les conditions pratiques du lessivage, montrèrent que les microbes les plus résistants étaient sûrement tués pendant le traitement.
- Le linge blanchi normalement est même stérilisé à deux reprises. Le Dr Ferrier, puis le D' Svehla montrèrent, en effet, que pendant le repassage, les bacilles pathogènes imprégnant des bandes de linge, étaient absolument détruits. Ceci paraîtra tout naturel d’ailleurs, si l’on songe que les « fers » de la blanchisseuse sont habituellement chauffés vers i5o°, et qu’on les promène sur le linge préalablement humidifié : dans
- ces conditions, il se forme cette meme vapeur surchauffée qui est l’agent actif des autoclaves à stériliser des services de chirurgie. C’est à cette stérilisation inconsciente qu’il faut attribuer la non-contagion par le linge des ouvrières repasseuses et des hôtes de services hospitaliers : bien avant la découverte de l’antisepsie, le linge propre était de la sorte rigoureusement aseptique.
- Aussi est-il bien inutile de brûler les linges à pansements comme ont proposé de le faire quelques hygiénistes trop timorés II suffit de prendre des précautions pour qu’ils soient lessivés de suite, ou sinon traités de suite par un bain stérilisant. Rappelons en terminant que les linges tachés de sang, de pus, devront toujours être essangés dans l’eau de savon crésylée, car un lessivage immédiat provoquerait la coagulation des albumines et la fixation solide des taches diverses.
- jèd
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- BIBLIOGRAPHIE
- QJK.
- Notions indispensables aux infirmières, par Henri Hartmann, professeur de clinique chirurgicale à la Faculté de médecine de Paris. Brochure in-8° de 90 pages et 80 figures. Masson et Cie. Prix : 1 fr. net.
- Les manuels écrits pour guider les infirmières volontaires dans leur lâche improvisée, ne manquent pas. Le modèle en est classique : le livre s’ouvre sur des généralités ; on décrit d’abord les principaux organes du corps humain ; on esquisse à grands traits quelques considérations de physiologie ; vient ensuite une leçon sur les bactéries et l’étiologie des maladies les plus courantes. Le livre se ferme sur des conseils pratiques et quelques notions directement applicables au traitement des malades. La petite brochure du professeur Hartmann, tout au contraire, contient seulement le dernier chapitre, celui des a Notions indispensables aux infirmières ». Il n’a donc d’autre prétention que d’être immédiatement pratique. Les 6 chapitres de la brochure traitent successivement : des conditions générales à remplir pour être une bonne infirmière ; — de l’antisepsie et asepsie ; — des bandages et écharpes ; — des appareils ; — de la petite chirurgie; — de l’administration des médicaments.
- La Bulgarie d’hier et de demain, par L. De Launay. Ouvrage contenant 26 illustrations. 3° édition. Pains, Hachette. Prix : 4 francs.
- Tout le monde se demande actuellement quelle sera l’attitude de la Bulgarie dans le conflit actuel. Suivant cette attitude, celle de la Roumanie et de la Grèce pourra s’exercer plus ou moins librement en notre faveur. La Bulgarie lient «aujourd’hui la clef de la question balkanique. Or, ce pays a tout intérêt à se tourner vers les alliés pour réparer les fautes commises dans la seconde guerre balkanique et reprendre dans la Péninsule la position qu’auraient dû lui valoir, sans ces fautes, ses belles victoires contre les Turcs. Ce livre expose clairement, ce qu’est, ce que fut et ce que veut être la Bulgarie. Il montre ses ambitions et
- ses forces. Il fait de la Bulgarie un tableau qui donne pleine confiance dans la décision à prendre par ce peuple, travailleur, énergique, intelligent et réaliste.
- La Turquie que Von voit, par L. De Launay. Ouvrage illustré de 60 gravures et de 1 cartes. 3° édition. Paris, Hachette. Prix : 4.francs.
- Au moment où la Turquie s’effondre et où son nom va disparaître de la carte, cet ouvrage donne un tableau fidèle et vivant de ce pays si pittoresque et si riche d’histoire. Ecrivant avant la guerre actuelle, l’auteur s’est efforcé de dissiper certaines illusions françaises des milieux diplomatiques et politiques sur-la rénovation due aux Jeunes-Turcs et de montrer une nation irrémédiablement corrompue, vouée corps et âme à l’Allemagne et trouvant moyen d’obtenir en France l’argent nécessaire pour faire des armements contre nous.
- La Côte d’Azur Russe. Voyage au Caucase Occidental. Mission du Gouvernement Russe, 1908, par E.-A. Martel. Avec 4‘2$ illustrations d’après les photographies de l’auteur et les dessins de Lucien Rudaux et une carte en couleurs. Paris, Delagrave, éditeur, i vol. in-8. Prix : broché, 10 francs.
- Cette étude du Caucase Occidental est un rapport officiel sur la valeur de ses ressources, et sur les moyens pratiques de faire fructifier la Circassie, versant du Caucase compris entre la mer Noire, la côte centrale etles points extrêmes de Novorossiisk et de Soukhoum. Elle comble une véritable lacune eu prolongeant, comme suite aux livres de Freshfield, Merzbacher et de Déchy, les notions antérieurement acquises à l’ouest de l’Elbrouz. Le volume commence par Kiew, Odessa, la Crimée, et son dernier tiers est consacré à la Transcaucasie et à l’Arménie Rrnsse, de Batoum à Bakou et à Kars, l’admirable région sur laquelle l’Allemagne cherche en vain à déchaîner les ravages Turcs !
- BAROMETRE ENREGISTREUR
- Rendu réglementaire à bord de la Marine de l’État (dôoislon ministérielle dn 3Juin 1887) L’enregistrement automatique de la pression atmosphérique permet à tout instant de connaître le pronostic du temps par l’observation de la courbe de la veille. Si la courbe monte, il y a tendance au beau temps ; si elle baisse, il y a tendance au mauvais temps.
- Pour ne pas avoir de mécompte, il ne faut employer que le modèle de l’inventeur-construtteur; c’est le SEUL qui, admis par les observatoires météorologiques du MONDE ENTIER, donne toute garantie pour la justesse de ses indications.
- C’est un instrument de haute précision qu'on trouve dans toutes les bonnes maisons d’optique.
- EXIGER LA MARQUE DE FABRIQUE poinçonnée sur la platine à oôtô dn numéro matricule En enlevant le cylindre, on aperçoit gravé RICHARD FRERES — PARIS SE MÉFIER DES IMITATIONS
- Notice illustrée franco.
- GRANDS PRIX aux Expositions
- HORS CONCOURS
- Liège 1905 MEMBRE DU JURY
- Jules RICHARD*
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- Fondateur et Successeur
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- N° 2160
- 20 Février 1915
- LA NATURE
- LUMIHI1
- SOMMAIRE :
- Canons, obusiers et mortiers : ce qui les distingue et les caractérise (17 figures), par J. Netter. La répercussion de la guerre sur le prix de la vie, par L. D. L.
- Les explosifs : puissance; vitesse d’explosion; détonation; amorçage; action mécanique; stabilité7 fusibilité; toxicité (13 figures), par Henry Le Chatelier, membre de l’Institut.
- ^ Académie des sciences.
- SUPPLÉMENT. — Recettes utiles : Le sac de couchage « Alerte ». — Paletot-couchette.
- MASSON et Cu, Éditeur*.
- LE NUMÉRO 30 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tjssandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l'Ecole des Mines et à l'École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie,
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Naflire » doit être adressé aux bureaux du journal : /20, Boulevard Saint-Germain, Paris (Y1e)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- RECETTES UTILES
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- Le sac de couchage « Alerte ». — [Il serait bien difficile d’imaginer nn modèle de sac de couchage autre
- Fig, 1. — Le sac s’ouvre brusquement.
- que ce qui se fait actuellement. Tous sont simples et pratiques et leurs qualités dépendent surtout de l’impër-
- La chaînette. Comment on l’ouvre..
- méabilité du tissu plutôt que des multiples combinaisons auxquelles chaque modèle peut se prêter.
- Celui dont nous allons parler se recommande par un
- côté particulièrement pratique et intéressant qui. peut, d’ailleurs, trouver d’autres applications : son mode de fermeture.
- Cette fermeture constitue, en effet, une invention extrêmement ingénieuse, d’une solidité à toute épreuve, et par-dessus tout très rapide. Voici en quoi elle consiste.
- Les bords à rapprocher pour fermer le sac sont pourvus d’une sorte de chaînette métallique solidement fixée au tissu. La chaînette est faite, d’un côté, de petits tubes T poui’vus d’un ergot E à leur base; de l’autre côté, les petits tubes semblables portent une sorte de petite bouclette métallique, un étrier, dans lequel s’engage l’ergot E. La fermeture et l’ouverture du système s’opèrent instantanément; il suffit de tirer sur la languette d’étoffe qui termine l’anneau central pour faire glisser le curseur métallique auquel cet anneau est fixé et accrocher tous les crochets à quelque vitesse que ce soit.
- Le soldat peut donc préparer convenablement son sac de couchage sur le sol, par exemple, et s’y placer; puis en tirant sur l’anneau, il ferme hermétiquement son sac.
- Fig. 3 et 4- — Bétails do la chaînette.
- Pour l’ouvrir non moins rapidement, il n’aura qu’à saisir les deux bords à la main et tirer obliquement, comme s’il voulait déchirer le tout. Les deux parties en contact se séparent en faisant un bruit de toile déchirée et le sac est ouvert. .
- Nous devons ajouter que ce procédé de fermeture résiste aux plus fortes tractions et qu’il n’alourdit nullement le sac, lequel se transforme d’ailleurs en pèlerine très confortable pour prendre les factions et pendant les marches, en bénéficiant toujours de son système de fermeture.
- Le sac « Alerte » est en vente chez Pestour, 4^, rue Caumartin, à Paris.
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- RECETTES UTILES
- Paletot-couchette. — Un tissu imperméable de i m. 75 sur 1 m. 5o au milieu duquel sont appliquées deux bretelles (voir fig. 2), que l’on croise sur la poitrine pour les fixer par leurs extrémités A B à deux agrafes A' B', ou à deux boucles A' B' placées dans la bordure du tissu ; on obtient ainsi le paletot.
- Le même tissu replié dans sa longueur, étant bordé sur les côtés d’une série de brides de ruban ou de cordelette, celles-ci s’enchaînent les unes dans les autres à la manière d’un point de chaînette, pour aboutir à un ruban C que l’on noue ; on obtient alors le sac de couchage, dont la fermeture est assurée ; mais il suffit de délier le nœud de ruban pour que le point de chaînette cède et que le sac s’ouvre seul. Ce système des brides peut être remplacé par celui, moins solide, des boutons-pression ou du système « quiek ».
- Le Paletot-couchette, complété du capuchon, protège, de la façon la plus complète, le soldat en campagne.
- Il le recouvre jusqu’aux bottes, s’adapte aisément par dessus le havre-sac, ne gêne pas la marche, laisse aux bras, qu’il recouvre, toute leur liberté (fig. ï). Il est le plus pratique des modèles jusqu’ici présentés.
- Roulé sur lui-même, les bretelles faisant courroies, il pèse de 600 à 1200 gr. et son prix varie entre 9 et 16 francs selon le tissu employé.
- Comme on le voit, l'avantage de cette « combinaison » est de s’adapter à des exigences variées et de se plier à des usages aussi différents qu’imprévus.
- Mme Fouché de Har-ven, qui a composé ce modèle, fournirait avec plaisir tous renseignements à ceux qui le voudraient exécuter, chez elle, 5, rue Soufflot, le vendredi.
- Fig. 1.
- Le paletot-couchette. (Marque déposée.)
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- Fig. 2. — Le paletot-couchette élalé. — Face intérieure : T.o pointillé marque le lacet cousu qui fait, la bordure et supporte les boutons-pression. Les œillets, AAÀ et BBB, sont destinés à être accrochés aux agrafes A' et B'; étant fixés aux bretelles destinées à être croisées sur la poitrine ; elles sont cousues au tissu comme l’indique le pointillé.
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- N° 2161
- 27 Février 1915
- LA NATURE
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- SOMMAIRE:
- Les communications télégraphiques mondiales de 1900 à 1914 : L. Bayette. — L’astronomie babylonienne et la science allemande : L. De Launay.— La nouvelle usine à hydrogène de l'arsenal de Chatham : Jacques Boyer. — La contrebande de guerre : Lucien Fournier. — Académie des sciences. Nécrologie : Emile-Hilaire Amagat. — La démolition des obus non éclatés : H. Vigneron.
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Les pertes matérielles de la France en 1914, etc.
- MASSON et C“, Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandjer
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.'
- ABONNEMENTS, \i mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 Fr. — Départent. : 25 Fr. — Étranger : 26 Fr.
- Tout ce qui concerne « Lâ NâtllfC » doit être adressé aux bureaux du journal : no, "Boulevard Saint-Germain, Paris (YV)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS ET RECETTES
- ait
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- CS£
- Les pertes matérielles de la France en 1914. —
- Dans une communication du 16 décembre 1914 à la Société de statistique de Paris, M. Michel a fourni les détails et chiffres suivants sur les conséquences de l’invasion allemande en France (à la date du i5 novembre
- 914 ) •
- Les fractions du territoire envahi sont les suivantes,
- 111 moment de Venvahissement maximum et au i5 no-
- •embre 1914 :
- Aisne 100 p. 100 et 55 p. 100
- Aube 10 — et 0 —
- Ardennes 100 — et 100 —
- Marne 85 - et 12 —
- Meurthe-et-Moselle . 70 — et 2 5 —
- Meuse . 55 — et 3o —
- Nord 80 — et 70 —
- Oise 55 — et 10 —
- Pas-de-Calais. . . . 40 — et 25 —
- Seine-et-Marne . . . 25 — et 0 —
- Somme 45 — et 16 —
- Vosges 20 — et 2 —
- soit, au maximum, environ 4 400 000 à 4^00000 hectares, ou 8,4 p. 100 du territoire français, et au i5 novembre 1914* 2 000 000 h 3 100 000 hectares, ou 3,7 p. 100 du territoire français.
- Sur le territoire encore envahi, il existait (d’après le recensement de 1911) une population de 3 255 000 habitants, soit une densité de 162 au kilomètre carré, et une proportion de 8,2 p. 100 de l’ensemble du territoire français.
- La densité moyenne pour la France est de 73,8 et s’élevait à g5,6 pour l’ensemble des départements qui ont subi l’invasion.
- On peut évaluer comme suit la valeur vénale des territoires envahis, en millions de francs :
- i° Valeur de la propriété non bâtie, environ 4000, ce qui représente les 6,1 pour 100 des 64 72^ millions de francs pour la France entière; 20 valeur de la propriété bâtie, environ 4800 (7,70 p. 100 des 61 759 millions de la valeur vénale pour la France entière) ; 3° matériel industriel et commercial, 65o ; savoir : 3oo pour l’outillage proprement dit du matériel industriel et 35o pour le matériel industriel autre et pour le matériel commercial.
- En résumé, un lolal d’environ 9 milliards et demi de francs sur environ 133 milliards pour la France entière, soit 7,20 pour 100.
- De même la valeur intrinsèque s’établit ainsi : 1° propriété non bâtie, 4000 millions de francs; 20 propriété bâtie g3oo, ainsi répartie : a) bâtiments ruraux (valeur vénale, 25 à 3o p. 100 de la valeur intrinsèque) 1100;
- b) Usines (40 à 5o p. 100 de la même valeur), i5oo; ‘
- c) bâtiments commerciaux (70 à 75 p. 100), 1200;
- d) immeubles bourgeois en Ville (5o à fio pour 100), en campagne (3o à 40 p. 100); ouvriers (55 à 60 p. 100);
- maisons de rapport (60 p. 100). Ces quatre dernières catégories correspondent à une moyenne de 5o à 55 p. 100 dè la valeur intrinsèque et à une valeur de 5,5oo millions de francs; 3“ matériel industriel et commercial estimé 1 milliard. L’ensemble de la valeur intrinsèque des territoires envahis s’élèverait ainsi en définitive à 14 milliards.
- Au chiffre global des risques calculé sur le territoire encore envahi il y a lieu d’ajouter les dégâts déjà constatés dans les régions reprises à l’ennemi, les risques en Alsace-Lorraine et les indemnités qui résulteront du chômage des immeubles et usines, des pertes de récoltes, de loyers et fermages et celles subies par les collectivités administratives (établissements publics, routes, travaux d’art, etc.). (Voy. Journal Officiel du 29 décembre 1914)' On remarquera que ces chiffres ne comprennent pas les monuments détruits, les collections brûlées comme celles du musée de Reims, |les valeurs et objets mobiliers, etc. !
- Un nouvel explosif : le trinitrotoluol. — L’explosif n’est pas absolument nouveau, mais c’est depuis peu qu’on en fit d’intéressantes applications, pour le chargement des torpilles. Il est en effet plus avantageux que le fulmi-coton employé habituellement à cet usage : son poids spécifique est plus grand, ce qui permet d’augmenter la charge par volume, et sa vitesse de détonation est de 7620 m. par seconde, au lieu de 523o m. On prépare le trinitrotoluol en soumettant du toluène pur, carbure d’hydrogène extrait des goudrons de houille, à l’action des bains usuels de nitration (mélange jd’acide sulfurique et d’acide nitrique fort). On obtient une masse de densité 1,6 fondant à 8x° sans dégager de produits nitreux, et brûlant sans provoquer d’explosion lorsque le produit n’est pas renfermé dans un petit espace solidement clos. La décomposition se fait selon la réaction :
- 2 C«H3 CH3 (NO3)3 = 12 CO + CH* + H2 + 6 N.
- On s’est aussi servi du trinitrotoluol pour charger des obus de rupture : il donnerait des effets comparables à ceux obtenus avec la mélinite, à base, comme ou sait, de trmilrophénol.
- D’où nous vient l’iode. — On consomme en ce moment une grande quantité d’iode, la teinture d’iode étant préconisée comme le meilleur antiseptique à employer sur le champ de bataille. Il est intéressant de savoir d’où vient l’iode ; tant de produits chimiques étant fabriqués en Allemagne qu’on pourrait croire notre ravitaillement difficilel.il n’y a rien à craindre. Voici, en effet, les chiffres de production du précieux métal-
- loïde :
- Chili. ...... 45oooo kilogrammes.
- Pérou.......... 4°000 —
- Japon ...... 75 000 —
- Europe...........180000 —
- Loin d’exporter, l’Allemagne importe de l’iode; en
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- »
- INFORMATIONS ET RECETTES
- 1911 elle en a acheté plus de Sooooo kg se répartissant ainsi :
- Chili............... 235 000 kilogrammes.
- Pérou................ 21 000 —
- Norvège . . . . . i5ooo —
- Japon................. 8 000 —
- Tout cet iode est extrait des eaux mères de cristallisation du nitrate de soude (Chili, Pérou), des eaux mères de marais salants (Europe) ou des lessives de cendres de varechs (Japon, Europe).
- Une nouvelle ampoule d’iode. — Cette ampoule permet de pulvériser l’iode sur les plaies par projection et évaporation immédiat d’un dissolvant.
- Elle est remplie d’une solutiou d’iode dans du chlorure d’éthyle rectifié spécial.
- Dès qu’on ouvre son obturateur métallique, le chlorure d’éthyle iodé, sous la chaleur de la main, fuse par un tube capillaire en un jet très vif qu’on dirige aisément, sur toute la surface de la plaie, et qui, en outre, permet la projection de l’iode au fond des plaies profondes, ce qu’on ne peut obtenir avec les procédés existants.
- On connaît les tubes de chlorure d’éthyle utilisés pour l’anesthésie dans les petites interventions chirurgicales. C’est le même appareil.
- Cette ampoule appelée « Pulviode » a eu outre l’avantage d’assurer une parfaite conservation de l’iode. — (Le dépôt en a été effectué par M. Métadier, docteur en pharmacie, à Tours, à la date du 9 novembre 1914, tant au point de vue du procédé qui constitue la propriété de l’inventeur qu’au point de vue de la marque de fabrique qui y est attribuée.)
- Comment on doit arroser un outil de tour. — On
- sait que pour lubrifier et refroidir les outils de tour, on les arrose constamment d’huile, d’eau, de savon ou d’une émulsion aqueuse d’huile soluble (sulforicinate
- alcalin). Dans les ateliers, on dirige un peu n’importe comment ce jet de liquide. Or, il importe au contraire de le régler convenablement : des essais comparatifs de Taylor, le célèbre technicien américain, inventeur des aciers rapides et des méthodes de travail intensif, il résulte que la vitesse maximum de coupe varie notablement selon qu’est bien ou mal dirigé le liquide.
- Quand, par exemple, pour mieux arroser le taillant
- de l’outil au point où il travaille, on fait arrivée le jet dans l’angle de dépouille, entre la pièce tournée et l’outil (fîg. 1), l’effet produit est, en dépit de ce qu’il semble, bien inférieur à celui obtenu par un arrosage fait au-dessus du copeau (fig. 2). Le chef d’atelier doit d’autant mieux veiller à ce que cette dernière méthode soit suivie que les mécaniciens ne l’aiment guère à cause des éclaboussures produites de la sorte. Ils préféreraient travailler moins vite mais plus proprement.
- [Revue de Métallurgie).
- Montage d’une batterie de piles. — Il est avantageux, pour la commodité du transport et pour la bonne conservation, de placer les petites batteries de piles en ligne, à l’intérieur d’une caissette allongée. Quand une
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- 2 Eléments en tension
- 3 g en quantité
- 1 Elément en tension 6 Eléments en quantité
- Montage d’une batterie de piles.
- telle batterie est employée à des essais tels qu’il faille souvent changer les connexions pour faire varier le courant en tension ou en quantité, il est avantageux de former sur le couvercle de la boîte une sorte de petit tableau de distribution. L’ingénieux dispositif, imaginé pour cela par M. Boulay, consiste en ceci : toutes les vis de serrage sont supprimées et remplacées par des boutons de cuivre d’une forme particulière; les fils métalliques reliant entre eux les pôles de même nature ou différents sont remplacés par des lames de cuivre étamé à échancrures appropriées aux emplacements successifs qu’elles doivent occuper.
- Cinq de ces lames sont placées à demeure sur le bâti intérieur, elles emploient leur point d’attache comme pivot et servent, complétées par six autres lames mobiles, à toutes les combinaisons.
- En examinant les plans d’arrangement ci-contre, on comprendra aisément la manière dont est construit l’appareil ainsi que la façon de l’utiliser.
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- N° 2162
- 6 Mars 1915
- LA NATURE
- SOMMAIRE :
- Les ports allemands de la mer Baltique : Bonilitl. -— Les mines marines : leur rôle et leur emploi;
- différents systèmes; comment on les met en place; comment on s’en garantit : Du Verseau. — L’industrie française pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire : A. Chaplet. — L’hygiène dans
- l’armée russe : V. Forbin.
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Trafic du canal de Panama depuis son ouverture.
- L’ampoule éjective. — Le tamponnage.
- MASSON et C‘\ Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fonde par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- ' E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départem. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : J20, "Boulevard Saint-Germain, Tarit ("VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- &
- INFORMATIONS ET RECETTES
- Trafic du canal de Panama depuis son ouverture.
- — D’après les renseignements officiels fournis par le Canal Record, les recettes totales, depuis l’ouverture jusqu’au Ier janvier 1915, ont été de 7735500 francs passant de 422010 francs, du i5 août au 3i août, à 20x9 475 francs pendant le mois de décembre dernier. Depuis l’ouverture du canal au trafic, il est passé 177 navires se dirigeant du Pacifique vers l’Atlantique avec un poids de marchandises de 1 001 257 tonnes. De l’Atlantique au Pacifique il est passé 179 navires portant une cargaison de 74*2 642 tonnes, soit un total de 356 navires portant un poids de marchandises de 1 743 899 tonnes.
- L’ampoule éjective. — Nous avons déjà publié plusieurs notes relatives aux «. ampoules de teinture d iode » mises en usage depuis le début de la guerre. Tous les systèmes inventés sont ingénieux, tous peuvent rendre des services et, si nous décrivons aujourd’hui encore une nouvelle ampoule, c’est qu’elle repose sur un principe tout à fait différent de ceux dont nous avons déjà parlé.
- Jusqu’ici, pour répandre l’iode sur la plaie, on recourait en général au badigeonnage. Cette manière de procéder offre quelques inconvénients et Y Ampoule éjective les supprime. Voici comment : la teinture d iode est projetée directement sur la plaie en pulvérisation grâce à l’air comprimé.
- L’ampoulè contient en effet, outre le liquide à répandre sur la plaie, un petit volume d’air comprimé à deux atmosphères. Brisez le tube à son extrémité d’un mouvement sec en le heurtant à un objet dur quelconque, et voici (fig. 2) l’air comprimé qui pousse l’iode à l’extérieur du tube capillaire. Point besoin des deux mains puis-qu’en frappant la pointe d’un coup sec sur un corps solide, elle se brise au niveau de l’étranglement.
- Mais ajoutons qu’il faut avoir bien soin de maintenir la pointe en bas pour que l’air comprimé fasse pression sur le liquide. Sans cette précaution élémentaire, l’air cornet l’iode resterait dans le flacon. L’ampoule est assez résistante pour ne pas craindre un fchoc. Elle peut supporter une température de 900.
- L’avantage le plus manifeste de la pulvérisation à distance est d’éviter toute irritation des tissus et d’as-
- Tul>e capillaire.
- Sou/
- pape
- Air comprimé
- Teinture diode.
- ! Fig- I-
- prifné fuirait seul
- surer une asepsie automatique, puisque l’iode seule est amenée au contact de la plaie. De plus, dans les blessures profondes par ^
- schrapnell ou balle, un jet liquide pénètre partout alors qu’un pinceau ou un tampon n’a d’action que sur les parties superficielles.
- Fig. 2. — L’extrémité de l’ampoule a été brisée et s’est détachée. L’air comprimé pousse le liquide à l’extérieur, l’ampoule étant renversée.
- L’ampoule éjective contient 2 c. c. de teinture d iode iodurée à 5 pour 100. (Elle est en vente 3 bis, rue de Dunkerque.)
- Le tamponnage. — Il est impossible d’enfoncer une vis dans un mur, et il est même difficile, à moins qu’on ne tombe juste sur le mortier d’un joint, d’y enfoncer des clous. Dans ces conditions, pour accrocher solidement une glace, un tableau, une console, un portemanteau le long d’un mur, il faut d’abord sceller en quelque sorte dans la paroi un ou plusieurs petits « tampons » en bois dans lesquels on pourra facilement ensuite clouer et visser tout ce qu’on voudra. Un tel tamponnage peut être fait en quelques instants même par une personne nullement exercée. Voici de quelle manière on opère.
- Le tamponnoir. — On en vend de tout faits chez les quincailliers et dans les bazars. Les uns sont en forme de tubes dentelés à l’extrémité, les autres des espèces de burins allant en s’élargissant vers le bout, puis finissant là en pointe. On peut se passer de tout cela si l’on dispose d’un burin dont la largeur du taillant dépasse un peu la largeur du reste de l’outil (presque tous sont ainsi) ; ou si l’on a conservé dans quelque tiroir une vieille mèche de vilebrequin à trous larges
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- (fig. i), on en a presque toujours d’éclopées en raison de la fragilité relative de leurs pointes. Notre mèche sera dans ce cas usée à la meule de façon à former languette pointue, les côtés étant aussi usés si c’est nécessaire pour que la largeur soit égale au diamètre du trou qu’on veut percer : i5 à 3o mm dans la plupart des cas.
- Le trou. — Après avoir bien tracé au crayon sur le mur l’emplacement des tampons à y placer, tenant l’outil de la main gauche et la main droite armée d’un marteau, on enfonce le tamponnoir selon un des diamètres du futur trou. Après deux ou trois coups de marteau, on sort l’outil, on le fait tourner sur son axe de manière que le tranchant soit disposé perpendiculairement à sa première position, et on redonne deux ou trois coups de marteau. Puis on continue, le trou allant peu à peu en s’approfondissant. Quand on doit placer toute une série de tampons pareils, il est pratique de tracer à la craie, sur le tampon-noir, une couronne pour indiquer le moment où il convient de s’arrêter, la lame étant suffisamment enfoncée pour que le trou soit de longueur normale. 11 convient, en effet, de percer des trous juste assez longs, tout manque ou excès de longueur pouvant gêner pour le placer du tampon. Le jjerçage des trous n’abîme nullement les papiers tentures ; mais, chaque fois qu’on retire l’outil, on fait sortir du trou des poussières de
- a b
- Fig. i. — Pour transformer une mèche de vilebrequin (a) en tamponnoir (b).
- Fig. 2.
- Les tampons.
- plâtre, de brique ou de pierre. En conséquence, il sera bon d’étaler au pied du mur quelque vieux journal pour éviter de salir le parquet, voire de le rayer en marchant sur des particules très dures.
- Le tampon. — N’importe quel bout de bois peut servir de tampon : il suffit de l’amener à longueur convenable, de régler sa grosseur sur celle du trou, en lui donnant la forme d’un tronc de cône pour qu’en c
- l’enfonçant au marteau il -soit bien serré contre le pourtour du trou : condition indispensable pour qu’il tienne solidement.
- Choisir du bois blanc, où vis et clous rentreront aisément; ne pas prendre un bois sujet à se fendre ; disposer le lîl du bois selon l’axe du trou; rejeter tout bois non parfaitement sec; en desséchant la cheville perdrait l’adhérence.
- Pour obtenir des tampons tenant de façon particulièrement solide, on les dispose ainsi : un cylindre des dimensions du trou (fig. i a) est entaillé en Y (fig. i b), et on façonne un petit bloc entrant juste au haut de l’entaille (fig. i c). Enfonçons d’aborcl le cylindre dans le trou, où il entre aisément, puis faisons pénétrer le bloc dans l’entaille en frappant avec le marteau ; l’entaille s’élargit (fig. 2 d) et le tampon formé par les trois pièces, fortement pressées ensemble, étant pins large en arrière qu’en avant tient au mur de la façon la plus solide, tel un assemblage à queue d’aronde.
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- N° 2163
- 13 Mars 1915
- SOMMAIRE :
- Le Rhin : Victor Cambon. — La Pologne stratégique : E.-A. Martel. — Ce que l'on savait de l’artillerie lourde allemande avant la guerre: Lucien Fournier.— Remise à flot du steamer « Zeeland » : R. Bonnin. — Academie des sciences. — Chicorée de guerre: Henri Coupin. — Déshuilage
- électrique de la vapeur : H. Cantor.
- SUPPLEMENT. — Informations : Un monument au docteur Émile Reymond, apôtre de l’aviation, — « Jusqu’au dernier cheval ». — Les rats et le ravitaillement turc. — La culture du riz en Europe.
- MASSON etr Cu, Éditeur*.
- LE NUMERO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
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- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
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- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie,
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- Tout ce qui concerne a La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Paris (YJe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
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- Un monument au docteur Émile Reymond, apôtre de l’aviation. — Un comité s’est réuni pour élever, par souscription publique, un monument au Dr Emile Reymond, apôtre de l’aéronautique militaire, qui avait bien voulu être un de nos collaborateurs à La Nature.
- Sénateur de la Loire, chirurgien de la maison départementale de la Seine, le Dr Emile Reymond avait consacré sa vie publique à l’organisation de notre cinquième arme, dont il avait prévu avec tant de clairvoyance l’importance, la nécessité pour la défense et le salut du pays. A ses interventions retentissantes à la tribune du Sénat, à son rôle décisif de président du Comité National d’Aviation, il voulut ajouter, lorsque la guerre nous fut déclarée, son exemple d’aviateur.
- A 49 ans, et médecin-major de iro classe de réserve, il partit comme pilote et observateur en aéroplane. Deux fois cité à l’ordre de l’armée, nommé chevalier de la Légion d’honqeur lorsque, blessé grièvement, il rassembla ses suprêmes efforts pour fixer les résultats importants de la dernière reconnaissance aérienne qu’il venait d’accomplir, le Lr Emile Reymond est mort de la mort héroïque que nul Français ne pourra oublier.
- C’est à l’apôtre de l’aviation, au parlementaire-soldat, au « sénateur-aviateur », domine on l’appelait dans le pays, qu’un monument sera élevé sous le haut patronage de M. le Président de la République, sous la présidence d’honneur de MM. Antonin Dubost, président du Sénat, Paul Deschanel, président de la Chambre des Députés et Millerand, ministre de la Guerre, et sous la présidence effective de M. le général de Lacroix, ancien généralissime.
- Ce Comité réunit les hommes politiques, les officiers et les techniciens, qui s’associèrent à l’œuvre du Comité National d’Aviation, qui dirigent et servent l’Aéronautique militaire. Il réunit également les professeurs de la Faculté de Médecine de Paris, qui furent les maîtres de leur ancien chef de clinique de la Faculté, devenu l’éminent chirurgien de la Maison Départementale de la Seine, et tous ses confrères des sociétés de médecine et de chirurgie qui étaient ses amis. Il réunit enfin tous les compatriotes foréziens du sénateur de la Loire, tous ses admirateurs, ardents à rendre cet hommage, sans distinction de parti, dans l’union sacrée que tant de sang généreux a scellée.
- La liste complète des membres du Comité d’honneur et du Comité exécutif du monument au docteur Emile Reymond, défenseur de l’aéronautique militaire, sera publiée prochainement. D’ores et déjà, la souscription publique est ouverte chez M. A. Michelin, trésorier du comité, comme il fut trésorier du Comité National d’Aviation, io5, boulevard Péreire.
- « Jusqu’au dernier cheval ». — L’empereur Guillaume a déclaré que « l’Allemagne se défendrait jusqu’au dernier homme et au dernier cheval ». Que deviendront les pensionnaires du Dr Krall, les fameux chevaux pensants d’Elberfeld ? Yont-ils disparaître dans la tourmente comme leurs frères inférieurs ? Un journaliste français malintentionné et mal informé les avait vus dans les Flandres tirant des caissons « comme de simples chevaux ». Le Deutsche Medizinische Wochenschrift— sans ombre d’ironie — nous renseigne et nous rassure. Si, dit le journal allemand, ils ne peuvent donner eux-mêmes de leurs nouvelles, le Dr Krall le fait à leur place. Que tout bon Allemand se rassure, les chevaux pensants ne furent pas réquisitionnés. La parole de l’Empereur prend une portée plus large et plus profonde : les chevaux d’Elberfeld font partie de la réserve des « Intellectuels ». C’est avec eux, et comme eux, qu’en dernière ligne ils défendront l’Empire.
- Les rats et le ravitaillement turc. — Après l’échec des Turcs dans les parages du canal de Suez, on a prétendu que le ravitaillement avait eu à souffrir des attaques de légions de rats et de souris ; à supposer que le fait soit vrai, il n’aurait rien de nouveau et rentrerait dans le perpétuel recommencement de l’Histoire. En effet, le vieil Hérodote, le plus ancien reporter du monde, dont les pérégrinations, en quête de racontars plus ou moins faux, remontent au ^ milieu du v° siècle av. J.-C., c’est-à-dire au siècle de Périclès, rapporte ce qui suit dans son histoire (Euterpe, liv. II, § 141) ;
- « Lorsque Sennachérib, roi des Arabes et des Assyriens, vint attaquer l’Egypte avec une armée nombreuse, les gens de guerre ne voulurent point combattre. Le prêtre-roi Séthon, se trouvant alors fort embarrassé, se retira dans le temple et se mit à gémir devant la statue du dieu sur les dangers qu’il allait courir. Pendant qu il déplorait ainsi ses malheurs, il s’endormit et crut voir le dieu lui apparaître, l’encourager et l’assurer que, s’il marchait à la rencontre des Arabes, il ne lui arriverait aucun mal; car lui-même lui enverrait du secours.
- « Plein de confiance en cette vision, Séthon prit avec lui tous les gens de bonne volonté, se mit à leur tête, et alla camper à Péluse, qui est la clef de l’Egypte. Cette armée n’était composée que de marchands, d’artisans et de gens de la lie du peuple ; aucun homme de guerre ne l’accompagna. Ces troupes étant arrivées à Péluse, une multitude prodigieuse de rats de campagne se répandit la nuit dans le camp ennemi et rongea les carquois, les arcs et les poignées des boucliers; de sorte que le lendemain, les Arabes ayant pris la fuite parce qu’ils étaient sans armes, périrent pour la plupart. On voit encore aujourd’hui dans le temple de Vulcain une statue de pierre, qui représente ce roi ayant un rat sur
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- la main, avec cette inscription : Apprends en me voyant,
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- Et Sennachérib s’enfuit d’Egypte pour n’y plus revenir !
- La culture du riz en Europe. — Si la culture du riz est une culture surtout tropicale il ne faut, cependant, pas croire, comme beaucoup le pensent, qu’elle n’est pas sans importance dans nos climats tempérés de l’Europe méridionale. Aussi, croyons-nous intéressant de dire quelques mots de cette dernière culture d’après un article très documenté paru dernièrement dans la Revue des Sciences et publié par M. Henry Jumelle, professeur à la Faculté.
- Les principaux pays de l’Europe méridionale qui s’adonnent à la culture du riz sont : l’Italie, l’Espagne, le Portugal, la Grèce et, en France, la Camargue. Les chiffres que nous allons donner montreront que cette culture est loin d’être négligeable.
- En Italie, la superficie occupée par les rizières est de 146000 hectares dont la plus grande partie (187 5oo heet.) se trouve dans le Piémont, la Lombardie et la Yénétie. Le reste se trouve dans l’Emilie, la Toscane, les Abruzzes, la Campine et la Sicile. La production moyenne par hectare des rizières de ITlalie septentrionale varie entre 5100 et 6000 kg. Dans les autres provinces elle est beaucoup plus faible et ne dépasse pas 2200 kg en Sicile.
- En Espagne, les rizières occupent une superficie de 29000 hectares et se trouvent, pour la plupart, dans les provinces de Valence et Tarragone où elles occupent une surface de 26000 hectares. Le rendement moyen par hectare est considérable et varie entre 6000 et 7300 kg.
- En Portugal, la superficie des rizières est de 5200 hectares avec un rendement moyen de i55o kg par hectare.
- En Grèce, la culture du riz était autrefois plus développée qu’elle ne l’est aujourd’hui. Elle est actuellement limitée aux terrains irrigables et assainis. Le rendement par hectare varie entre 1200 et 4600 kilogrammes.
- En France, dans la Camargue, les rizières sont disséminées par petites parcelles de quelques hectares. C’est, en un mot, une culture entièrement accessoire ayant seulement pour but de dessaler les terres par submersion. Aussi, la surface occupée par ces rizières est-elle très variable et peut, dans certaines années,' être de 1000 hectares, tandis que dans d’autres, elle ne dépasse pas 3oo hectares. Le rendement moyen, par hectare, varie entre 2100 et 2400 kilogrammes.
- La culture du riz se fait suivant deux procédés, soit par semis, soit par repiquage. Le premier procédé est celui employé en Italie, en Portugal et en Grèce, tandis que le second, celui du repiquage, est le seul employé en Espagne. C’est grâce à ce procédé, joint à l’emploi
- intensif des engrais, qu’on attribue le rendement consi-dérable’des rizières espagnoles.
- Dans les rizières espagnoles le riz, est indéfiniment cultivé sans aucun assolement, tandis que, en Italie, en Portugal, les rizières sont assolées. Le riz n’est ensemencé sur le même terrain que pendant 3 ou 4 ans, après quoi on fait une culture de blé, puis on met en prairie pendant 2 ou 3 ans.
- En Espagne, le repiquage se fait au moyen de plants d’environ 25 cm de hauteur, qui proviennent de pépinières appartenant, soit aux propriétaires des rizières, soit à des cultivateurs qui établissent des pépinières spécialement pour la vente des plants. Le semis dans ces pépinières a lieu en mars. Pendant que les plants germent dans ces pépinières, on prépare la rizière, qui est restée inondée pendant l’automne et le commencement de l’hiver. Pour cela on procède à un premier embourbage, puis à un labour à sec, et, enfin, à un second embourbage, opérations qui ont pour but d’émietter la terre et de rendre le sous-sol imperméable. Cet embourbage se fait par le piétinage des chevaux ou avec des herses.
- Ces opérations préparatoires terminées on repique, dans le courant de mai, les pieds provenant de la pépinière en les espaçant de 25 cm et en enfonçant simplement ces pieds dans la boue.
- La moisson, qui se fait à la main avec des faucilles, a lieu entre la mi-septembre et la mi-octobre. Mais, vers le mois de juin, on a soin de sarcler après avoir desséché la rizière.
- En Italie et en Portugal où, comme nous l’avons dit, les rizières sont assolées et irriguées, et où la culture se fait par semis, voici comment on procède. On prépare la terre en mars et l’eau est amenée dans la rizière en avril. On sème alors et on élève progressivement la couche d’eau jusqu’à 20 ou 2 5 cm. Au moment du sarclage, qui a lieu en juin, on met la rizière à sec, puis on ramène l’eau jusque un peu avant la moisson qui se fait clans le mois de septembre.
- Tels sont, dans leur grande ligne, les deux procédés de culture du riz employés dans l’Europe méridionale. Nous aurions encore à parler des opérations qui suivent la récolte, telles que le battage, le séchage soit naturel, soit artificiel, le glaçage. On trouvera dans l’article de la Revue des Sciences des renseignements très complets sur ces différentes questions. Nous ne pouvons qu'y renvoyer. Ce que nous avons voulu, surtout, montrer dans cette courte note c’est que, contrairement à l’opinion généralement admise, la culture du riz en Europe a une importance loin d’être négligeable et qui ne fera que s’accroître chaque jour. R. B.
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- N° 2164
- 20 Mars 1915
- LA NATURE
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- SOMMAIRE :
- Généralités sur les fusées d’obus : X... — Les ports allemands de la mer du Nord : R. Bonnitl. L’industrie pharmaceutique française et la concurrence allemande : Jacques Boyer.
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Les mouettes ont sauvé un cuirassé. — Concours pour le perfectionnement des ambulances automobiles. — Pour donner aux boutons d’uniforme la teinte du nouveau drap militaire. — Inscriptions sur fer-blanc résistant à la chaleur humide de l’autoclave. — Pour colorer le laiton en gris mat très solide. -— Pour patiner le laiton en vert. — Taches de café, de chicorée, de chocolat sur les tissus. — Quelques modèles de réchauds à alcool solidifié.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
- MASSON et, C“, Éditeurs.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de
- Professeur à l’Ecole des Mines et à
- l’Institut,
- l'Ecole des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie,
- ABONNEMENTS, 12 mois — Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « L,â Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : /20, Boulevard Saint-Germain, Taris (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- INFORMATIONS ET RECETTES
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- Les mouettes ont sauvé un cuirassé. — Extrait d’une lettre d’un matelot anglais : « Je vais vous racon-« ter un incident qui arriva dans la mer du Nord. Nous « avons toujours une quantité de mouettes qui suivent « notre vaisseau et après le repas elles sommeillent. « J’étais près d’une de nos pièces de 12 livres, après « dîner, toutes les mouettes reposaient, lorsque je fus « stupéfait de les voir soudainement voler autour d’un « objet que nous connûmes être le périscope d’un sous-« marin allemand. Sans ces vigilantes mouettes, nous « allions au fond. »
- Le directeur du jardin zoologique de Londres, M. Pro-coclc, explique ainsi la raison de ces faits :
- « C’est une habitude invétérée des mouettes de voler en cercle autour de tout objet qu’elles remarquent sur la surface de l’eau. Elles sont toujours en quête de nourriture et peut-être ont-elles pris tout d’abord le périscope du sous-marin pour la carcasse d’une baleine morte ou quelque chose d’approchant. Tout ce que ces oiseaux aperçoivent sur la surface de l’eau et qu’ils supposent pouvoir leur fournir de la nourriture, les attire immédiatement, spécialement dans cette saison, où ils ont quelque difficulté à trouver des aliments. »
- [Pall Mail Gazette).
- Concours pour le perfectionnement des ambu-Jances automobiles. — Certains de nos lecteurs n’apprendront pas sans intérêt qu’un concours doté de 5o 000 francs de prix est ouvert à Londres par le Bureau Wellcome de Recherches scientifiques (10, Henriette Street, Cavendish Square). Pour les détails et couditions on pourra s’adresser directement au Bureau Wellcome. Disons seulement que les prix seront distribués entre les auteurs des meilleurs projets et qu’il s’agit de présenter un dessin complet d’une carrosserie d’ambulance. Ce projet devra satisfaire à un certain nombre de conditions précises et s’adapter à un châssis d’automobile type choisi par la Commission du concours.
- Pour donner aux boutons d’uniforme la teinte du nouveau drap militaire. — Tput ce qui brille dans l’équipement d’un soldat peut faciliter la visée des tireurs ennemis : c’est pourquoi’ tout ce qui brille doit disparaître de l’uniforme. Ainsi -nos soldats équipés à neuf ont-ils maintenant des vêtements teints en un bleu gris pâle peu" visible de loin, les boutons en laiton, auparavant si brillamment astiqués, étant recouverts d’un vernis bleuâtre. !
- On peut aisément supprimer ce vernis en patinant directémént lés boutons. Pour ce faire, après les avoir bien astiqués une dernière fois, on les suspend par la queue avec un bout de fil et on les plonge, en les tenant par ledit fil, dans un bain bouillant composé de 100 cm3 d’eau dans laquelle on fit dissoudre 6 gr. d’hyposulfite
- de sodium et 2 gr. de sous-acétate de plomb. On retire de temps en temps les boutons qui commencent par devenir rougeâtres, puis violacés, puis enfin d’un gris pâle très bleuâtre ressemblant beaucoup à la teinte nouvelle du drap militaire. On plonge alors les boutons dans l’eau froide et on les essuie.
- La coloration est assez solide, mais il faut, pour la conserver, s’abstenir d’astiquer ensuite les boutons au tripoli ou avec un brillant quelconque.
- (Laboratoire de La Nature.)
- Inscriptions sur fer-blanc résistant à la chaleur humide de l’autoclave. — Un de nos lecteurs embarrassé pour tracer des inscriptions sur les boîtes à biscuits en fer-blanc qui lui servent à l’hôpital au ranger des objets à stériliser, nous demande de lui indiquer une encre dont les traits résistent et à la chaleur et à la vapeur d’eau. Nous avons obtenu de telles inscriptions en employant un bout d’allumette taillé en plume (l’acier en effet décomposerait l’encre en question) et trempé dans une solution aqueuse très diluée (de 2 à 5 pour 100) de chlorure platinique. Le sel attaque la paroi métallique et il se forme rapidement un dépôt de platine réduit en particules noires. Il est bon de laisser sécher les traits ainsi faits avant de les exposer à la vapeur d’eau surchauffée, qui ne les abîme dès lors nullement.
- (Laboratoire de La Nature.)
- Pour colorer le laiton en gris mat très solide. —
- On obtient une patine plus solide que celles obtenues avec les mixtures à l’arsenic ou'au platine, en exposant simplement les pièces à bronzer à l’action des vapeurs d’acide chlorhydrique.
- Les surfaces seront d’abord bien décapées, soit par frottement avec de la toile émerisée s’il s’agit par exemple de plaques planes, soit s’il s’agit de surfaces à reliefs, par un bain chaud de soude caustique suivi d’un rinçage à l’eau, puis d’un passage très rapide dans l’acide nitrique dilué, avec rinçage final. On essuie avec un chiffon très propre, on pose sur une table ou sur un carrelage bien plan, on met à côté de la pièce une assiette dans laquelle on verse un peu d’acide chlorhydrique fort et on recouvre le tout d’une cloche à melon, ou à défaut, d’une caisse dont on fait sauter le couvercle. '
- Le lendemain le laiton est partout.coloré en gris brun mat résistant fort bien au frottement à condition de ne pas frotter avec du sable ou du papier de verre ! Cette patine convient très bien pour rendre peu visibles les cuivreries d’équipement et de harnachement militaires.
- (Laboratoire de La Nature.)
- Pour patiner le laiton en vert. — On obtient très facilement une belle patine mate d’un vert cru en plaçant les objets en laiton, bien nettoyés au préalable, dans un espace clos saturé de vapeurs acétiques. Pour
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- ce faire, il suffit de poser à côté des pièces à verdir une soucoupe contenant un peu d’acide acétique et de recouvrir le tout d’une cloché en verre de jardinier, ou bien d une caisse renversée. Quelques heures suffisent pour obtenir une belle teinte assez résistante, mais comme toutes les patines, partant lorsqu’on frotte avec du papier émerisé. On peut remplacer l’acide acétique par du vinaigre, mais c’est plus long. On peut rendre la patine à la fois brillante et plus solide en passant une couche de vernis à l’alcool.
- (Laboratoire de La Nature.)
- m Taches de café, de chicorée, de chocolat, sur les tissus. — Les taches de café véritable sont très peu visibles, mais les infusions de chicorée colorent assez vivement les tissus. Comme souvent, on ne sait trop ce que contient au juste le « café » qui produisit la tache, on emploiera le procédé suivant, efficace dans l’un et l’autre cas.
- Sur coton, lin, chanvre et fibres végétales. — On traite 1 étoffe dans un bain contenant i pour ioo de permanganate de potassium et i pour ioo d’acide sulfurique, jusqu’à ce que le tissu devienne brun foncé, ce qui demande quelques minutes. Après quoi, on rince à l’eau, puis on immerge dans un liquide préparé au moment de l’emploi avec :
- Eau ................................... 1 ioo cm5
- Solution commerciale de bisulfite sodique. 2 —
- Acide chlorhydrique...................... 2 —
- Quand le tissu est parfaitement décoloré, on rince à grande eau et on fait sécher.
- Sur laine et soie. — Le procédé précédent'laisse une faible coloration jaunâtre pouvant être évitée en opérant d autre manière. On plonge le tissu dans un bain tiède préparé avec :
- Carbonate sodique anhydre (sel Solvay) . 20 grammes
- Perborate de sodium.................... 20 —
- Eau...................................... x litre
- On remue doucement en évitant de frotter, et en chauffant peu à peu jusqu’à l’ébullition. On rince à l’eau chaude, puis à l’eau froide et on fait sécher en évitant de tordre. (Laboratoire de La Nature.)
- Quelques modèles de réchauds à alcool solidifié.
- — On trouve dans tous les bazars de ces sortes de réchauds, et chaque semaine quelque nouveau modèle
- Fig. x, 2 et 3. — Construction et emploi d’un réchaud fait avec une boîte haute.
- fait son apparition. Voici quatre dispositifs que nous décrivons de préférence parce qu’on peut aisément les construire soi-même avec des boîtes métalliques telles que boîtes à conserves de pois, de haricots, de thon ou de homard, boites à cirage grands modèles. Tous ces réchauds peuvent se monter instantanément et se démonter de même en sorte de pouvoir subir une expédition sans tenir trop de place et sans risquer de se déformer.
- Avec une botte cylindrique forme haute, qu’on coupe en employant à défaut de cisaille une paire de vieux
- ciseaux, on peut détacher üü réservoir (flg. 1) et une bande qui sera coupée en long selon une génératrice, puis en haut et en bas de laquelle on taillera des échancrures, des trous étant percés sur la partie médiane (%. 2). On replie les languettes ainsi faites à l’intérieur pour les minces bandes du dessus, de part et d’autre pour les menues languettes du bas. La bande
- ainsi transformée est pour l’usage posée sur la petite boîte, pleine d’alcool solidifié (fig. 3), tandis que pour l’expédition, on peut la mettre autour.
- Avec une grande boîte à cirage, un inventeur ingénieux a construit un réchaud par le simple découpage du couvercle selon des traits en étoile (flg. 4). Pour 1 usage, on retire le couvercle et on relève les pointes
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- Fig. 6, 7 ot 8. — Réchaud à support en ül métallique.
- de tôle en sorte qu’elles constituent un support pour le « quart » à chauffer, (fig. 5) en laissant passer entre elles l’air indispensable pour permettre la combustion de l’alcool.
- Avec une boite à thon et trois brins de fils de fer convenablement pliés et tordus, on peut confectionner un support assez solide qui au repos prend place autour de la boîte (fig. 6), tandis qu’à l'usage il se pose au-dessus (fig. 7). Ce trépied se fait aisément en courbant à la pince chaque bout de même façon, puis en les assemblant (fig. 8) par des petites ligatures en fil métallique fin.
- Avec les petites boîtes ovales dans lesquelles on vend souvent certaines conserves de pâtés, on peut aisément construire un réchaud en superposant à une. boîte remplie de combustible, une boîte vide et culbutée dont le fond est ajouré. La boîte supérieure doit être décalée par rapport à l’autre, de manière à permettre l’arrivée d’air à la jonction. Pour que l’ensemble soit stable, les quatre points de contact doivent être fixés solidement, ce qu’il est facile de réaliser en pratiquant des petites fentes sur le bord de la boite supérieure (fig. 9) ; Au cas où l’on voudrait réduire au minimum l’encombrement du réchaud en non-activité, on pourrait couper la paroi de la boîte sans fond; elle s’emboîterait alors aisément autour de l’autre boîte.
- Fig g. — Réchaud eu boites ovales.
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- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
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- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et a l’École des Ponts et Chaussées.
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- Production et consommation du sucre. — Un
- statisticien a publié récemment des évaluations sur la production du sucre de betteraves pendant la fabrication 1908-1909; ce serait l’Allemagne qui tiendrait de beaucoup la tète avec un total de 2 i65 000 tonnes; viendraient ensuite l’Autriche-Hongrie (1 325 000 t.) et la Russie (1 235 000). La France où, depuis la convention de Bruxelles, l’on a dû réduire considérablement la culture des betteraves, par suite des difficultés d’exportation, ne vient plus qu’au 5° rang avec 38o 000 t. (après les Etats-Unis d’Amérique, 470000.E de sucre de betteraves); elle est suivie de près par la Belgique (266000 t.), la Hollande (243000 t.). Enfin, en Suède, en Italie et en Espagne, le chiffre dépasse xooooo t. Il est intéressant de rapprocher des quantités de sucre de betteraves produites en Europe, celles de sucre de cannes exotiques; nous les empruntons aux publications de Willett et Gray, de New-York. Cuba est toujours reine incontestée : elle produit annuellement 1 400000 t. de sucre. La suprématie lui sera peut-être disputée bientôt par Java (1 242000 t.). Aux îles Hawaï l’on ne récolte que 475 000 t., au Brésil 260000 et à Porto-Rico 2i5ooo. L’île Maurice, le Pérou, l’Argentine, les Philippines, le Mexique produisent des quantités variant de xoo à 200000 t. Nos colonies d’Amérique sont parmi les petites productrices; on fabrique 35 000 t. de sucre à la Martinique et près de 40 000 à la Guadeloupe, chiffres coquets d’ailleurs, étant données les dimensions des îles. La production totale du globe se chiffre ainsi :
- Europe...................\ i3oooo tonnes environ.
- Amérique..............3 570 000 — —
- Asie..................3 3i5ooo — —
- Afrique............... 310 000 — —
- Australie et Polynésie . 33o 000 — —
- En ce qui concerne la consommation du sucre, il est intéressant de rapprocher les chiffres globaux de chaque pays, du nombre des habitants. La quantité de sucre annuellement absorbée par Un Anglais ressort ainsi à 42 kg; elle atteint 36 kg par tête aux Etats-Unis d’Amérique, 33 kg au Danemark et 2a kg en Suisse. Elle baisse de 18 à 20 kg pour l’Allemand, le Hollandais, le Suédois et le Norwégien, à 16 kg chez le Français, i5 kg chez les Belges et 11 kg chez les Autrichiens. Elle est inférieure à 10 kg en Russie (9 kg), en Portugal (7 kg), en Espagne et en Turquie (5 kg), en Italie, Bulgarie, Roumanie et Serbie (3 kg environ). On voit que même pour les habitants de même race et de pays civilisés, les chiffres peuvent varier du simple au décuple. D’où vient une telle disproportion?
- Dans son récent rapport au Congrès de chimie de Londres, M. Dupont, président de l’Association des
- chimistes de sucrerie, analyse le mécanisme de «ces variations. Les chiffres de consommation moyenne du sucre par habitant sont facteurs de trois circonstances : degré de bien-être auquel sont habituées les classes populaires ; montant des impôts dont est grevé le sucre; quantités employées des différents véhicules usuels du sucre (café, cacao, thé).
- On peut remarquer à ce point de vue, qn’en France le montant de l’impôt est approximativement égal à la valeur du produit dont le prix est ainsi doublé; en outre, café, thé et cacao sont fortement grevés. Mais si l’on peut excuser l’élévation des droits de douane pour les produits exotiques, rien ne justifie le traitement d’exception dont est frappé le sucre. De ce que le sucre était autrefois un produit très coûteux, il semble qu’on le considère comme une sorte de denrée de luxe. Rien n’est plus faux maintenant que l’aliment est- produit à très bon marché : o fr. 3o le kilogramme, et que les travaux de Chauveaux, les essais ergographiqnes de Mosso, de Jotecko et divers autres expérimentateurs ont mis en lumière son rôle de toute première importance comme aliment dynamogène. Le Dr Landouzy disait l’an dernier en Sorbonne que quelques morceaux de sucre constituaient un plus précieux aliment qu’un beefteack; or, se figure-t-on le pain ou la viande frappés d’impôts indirects à 100 pour 100 de leur valeur? Souhaitons qu’une législation plus rationnelle nous permette bientôt de manger autant de sucre que nos voisins les Anglo-Saxons. H. R.
- L’approvisionnement des graines de betteraves.
- — A la séance du 3 mars de l’Académie d’agriculture, MM. Sagnier et de Vilmorin ont exposé les difficultés de l’approvisionnement de graines de betterave à sucre, dont l’importation était allemande pour la plus grande partie. Profitant des campagnes déficitaires de 1911 et 1912, les fournisseurs allemands, liés cependant par des contrats, exigèrent des acheteurs avant la livraison, par un procédé conforme à la mentalité allemande, la signature d’engagements d’achat exclusif pendant quatre années consécutives. En Allemagne, la récolte de graines de 1913 ayant été extrêmement abondante, les fabricants de sucre français n’avaient pas à se préoccuper de l’approvisionnement. Après la déclaration de guferée, on a cherché s’il serait possible d’obtenir les graines notamment dans les provinces méridionales de la Russie. Mais cela ne sera pas facilement réalisable avant le printemps 1916. Pour remédier à la pénurie actuelle pour les ensemencements de 1 gx5, des sucreries ont passé de nombreux marchés pour la campagne prochaine avec des maisons hollandaises, italiennes et espagnoles, offrant des graines « naturalisées. »
- [Journal Officiel, 8 mars 1915.)
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- par J* COURMONT, Professeur à la Faculté de Médecine de Lyon, Membre correspondant de l’Académie de Médecine, avec la collaboration de Ctl* LESIEUR et A* ROCHAIX, Professeur et chargé de cours à la Faculté de Lyon.
- Sur toutes les questions d’hygiène générale, d’hygiène individuelle et d’hygiène sociale : désinfection, enfouis^ sements, épuration des eaux, bactériologie, prophylaxie des épidémies, règles législatives, etc. — cet ouvragé qui a paru quelques^mois avant la guerre, contient des renseignements précis, pratiques et documentés.
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- SOMMAIRE ;
- La médecine militaire dans l’antiquité et les temps modernes : Norbert Lallié, — La cohésion : A. C. Qu’est-ce qu’un zeppelin ? : L. Fournier» — Dynamite et gommes explosives : A. Chaplet. — La navigation sous-marine autrefois : Léopold Reverchon. — Académie des sciences. — Les chiens
- de guerre : C. Latour.
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Nos hôtes belges. — Une nouvelle ampoule d’iode pulvé* risatrice : L’iodo-jet. — L'explosion des mines sous-marines par la télégraphie sans il, etc.
- MASSON et C1*, Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- I
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l'Ecole des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hysiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départem. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Paris (Yle)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- INFORMATIONS ET RECETTES
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- Nos hôtes belges. — M. Lameere, professeur de zoologie à l’Université de Bruxelles, membre de l’Académie royale des Sciences de Belgique, fera au Muséum national d’histoire naturelle (galerie de zoologie) un cours sur les Sociétés animales, le mardi, à 3 heures de l’après-midi. En accueillant M. Lameere, notre grand établissement scientifique a été heureux de témoigner à la Belgique toute sa sympathie.
- Une nouvelle ampoule d’iode pulvérisatrice : L’iodo-jet. —• Depuis quelque temps, aux ampoules de teinture d’iode ordinaires munies de pinceaux de charpie plus ou moins pratiques, on a substitué des ampoules
- Nouvelle ampoule d’iode pulvérisatrice : L’iodo-jet.
- qui permettent de pulvériser l’iode sur les plaies, sans avoir recours aux pinceaux et de pénétrer ainsi jusqu’au fond des plaies.
- Pour cela, on s’est servi de tubes à chlorure d’éthyle avec obturateur métallique déjà employés en chirurgie pour l’anesthésie, et auxquels on peut reprocher leur volume et l’emploi d’un métal qui s’altère au contact de l'iode.
- Un autre moyen consiste dans l’emploi d’air comprimé contenu dans une ampoule munie d’une petite soupape. Le grand inconvénient de ce système, c’est la nécessité absolue de tenir l’ampoule la pointe en bas pour que l'air fasse pression sur le liquide; sinon, l’air passe par dessous la teinlure d’iode et ne l’entraîne pas au dehors. Dans certains cas, il n’est pas toujours possible de tenir l’ampoule verticale, et si l’on tient l’ampoule horizontale, elle n’agit plus. De plus, il n’est pas démontré qu’à la longue l’iode reste inaltéré en présence d’air comprimé.
- MM.^Viçario et Cavaillès présentent une ampoule pulvérisatrice d’iode qui remédie à ces critiques. Cette ampoule, Ylodo-jet, a l’apparèncc et le volume d’une ampoule ordinaire. Notre figure la représente eu grandeur naturelle. Elle n’a,ni soupape, ni capuchon métallique ; on peut s’en servir dans toutes les positions. Il suffit de briser la tige au trait de lime indiqué pour avoir un jet d’iode éthéré que Ion dirige comme Ion veut. — Un la trouve à la pharmacie Vicario, 17, boulevard Haussmann, Paris.
- L’explosion des mines sous-marines par la télégraphie sans fil. — Pendant que les flottes alliées s’efforcent de nettoyer la mer du Nord des mines semées par les Allemands avec une excessive prodigalité, nos jeunes lecteurs pourront faire la guerre navale... en chambre, grâce au dispositif suivant imaginé par le I)r Charles Forbes, de l’Université Columbia.
- Dans l’esprit de son auteur, cette expérience a pour but de montrer que l’explosion d’une de ces torpilles automatiques ne saurait se produire au moyen des ondes hertziennes,, sans l'intervention d’un appareil spécial. Voici donc, comment devront procéder nos futurs marins pour Sétruire un superdreadnought de la flotte de Lilliput!
- Ils commenceront par se procurer des postes télé-sanfilistes. Une machine électrique à influence, une bobine d induclion ou même une bouteille de Leyde constitueront très bien la source productrice d’ondes, tandis qu'un tube à limaille de Branly, disposé en série avec une batterie de deux ou trois piles sèches formera l’apparëil de réception complété par un relai. Celui-ci actionné ferme le second circuit d’une batterie de deux autres éléments. Des fils conduisent ce courant à la fusée de la mine pour en provoquer l’explosion.
- Fig. 1. — Schéma du dispositif expérimental propre à provoquer l’explosion d’une mine par les ondes hertziennes : A, cohéreur ; B, batteria d’éléments ; C, relai ; D, piles de relai ; E, mine et vase rempli d’eau.
- Telle est, en principe, la conduite générale de cette récréation scientifique. Entrons maintenant dans quelques détails nécessaires pour, sa réalisation opératoire; comme le montre le schéma ci-joint, les ondes électriques issues d’une bouteille.de Leyde, par exemple, viennent rencontrer le cohéreur en A; la batterie d’éléments se trouve en B, le relai en C, les piles de relai en D, tandis qu’on dispose, au fond d’un vase plein d’eau, la mine à exploser E, qui doit faire sauter le minuscule bateau acheté pour quelques sous dans le premier bazar venu et qui représentera, pour la circonstance, un cuirassé allemand. - *•'* '
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- Lorsqu’on décharge la bouteille de Leyde, les ondes électriques engendrées actionnent le cohéreur dont la batterie en fonctionnant ferme le relai du circuit, lequel met, à son tour, le feu à la fusée ; la petite mine sous-marine explose alors et le pauvre navire se disloque !
- Le cohéreur forme la partie essentielle du récepteur. On le réalise aisément avec un tube de verre de 5o à 60 cm de longueur dans lequel on introduit, de chaque côté, des baguettes de laiton ou de cuivre. Entre ces tiges, on laisse, à l’intérieur, un espace vide d’environ 4 cm qu’on remplit de limaille (9 parties de nickel et 1 partie d’argent) et on adapte des boules métalliques aux extrémités extérieures desdites baguettes. Le cohéreur ainsi formé jouit de la propriété suivante : La
- Fig. 2. Fig. 3.
- limaille, dans la période d’inactivité, offre une grande résistance au passage du courant de la batterie tandis que, sous l’influence des ondes hertziennes, l’électricité qui s’écoule à travers la limaille devenue plus conductrice suffit pour actionner le relai.
- On confectionne la mine en miniature avec un tube métallique fermé à ses deux bouts par un tampon de caoutchouc. On insère à travers le bouchon inférieur les fils isolés de la batterie de relai et on réunit leurs extrémités par un fil fin de fer ou de platine, qu’on noie au milieu de la poudre à canon placée dans la chambre. Ce fil rougit au passage du courant électrique etTèxplosion se produit.
- Dans la pratique, .on pourrait utiliser les appareils d’émission radiotélégraphiques et relier directement ou indirectement les mines sous-marines aux récepteurs. En tout cas, comme le prouve l’expérience précédente, l’.explosion accidentelle de ces redoutables engins par les ondes hertziennes apparaît conime une chose sinon impossible du moins très improbable, en dépit des informations lancées, de temps en temps, par les journaux. J. B.
- Le Census des États-Unis. — A la séance du 17 février de la Société de statistique de Paris M. Yves Guyot a fait une communication sur le XIII° Census des Etats-Unis. Les trois derniers volumes du Census n’ont paru qu'en 1914.
- Sur une étendue supérieure à 3 millions de milles carrés, vit une population de plus de 91 millions d’habitants. L’accroissement de la population de 1900 à 1910, immigration comprise, ressort à 21 pour 100, inférieur aux périodes précédentes; le ralentissement dans la progression est pour ainsi dire continu, parce que les émigrants — et notamment les Italiens et Hongrois — se portent surtout sur les grandes villes, contrairement à ce que demanderait l’intérêt bien entendu du pays.
- Cinquante villes ont plus de 100000 habitants et trois plus d’un million.
- Le nombre des hommes excède celui des femmes (106 contre 100 en 1910).
- La population des Etats-Unis comprend des représentants de six races principales ; la race blanche dominé, avec plus de 81 millions de têtes; viennent ensuite les nègres, de plus de 9 millions; puis les Chinois, etc.
- Loin de favoriser le courant d’immigration, les Américains ont même pris des mesures susceptibles de le contrarier, mais, semble-t-il, sans y réussir; on estime à i3 millions et demi le nombre des personnes, séjournant aux Etats-Unis, qui sont nées à l’étranger, dont 2 mil.ions et demi d’Allemands environ; mais il n’est pas rare de trouver des immigrants allemands qui ont rompu tous liens avec leur pays d’origine, au point même d'en oublier la langue.
- La surface des exploitations agricoles représente les 46 pour xoo de la superficie totale du pays.
- Si les Etats-Unis sont le pays du monde qui assure la plus grande production agricole et industrielle, l’action législative y revêt un caractère assez particulier : elle est en effet presque complètement entre les mains d’agriculteurs qui, compétents dans leur zone d’activité spéciale, manquent parfois d’idées générales; le labeur des législateurs américains semble énorme si l’on songe qu’ils ne font pas moins de 16000 actes par an, mais les tendances de leur politique, le plus souvent opposée au développement des grandes entreprises, ne sont pas sans présenter des dangers pour l’essor économique du pays. (Journal Officiel du 4 mars 1915.)
- Le plus grand ouvrage d’irrigation de l’Amérique : le barrage « Eléphant Butte ». — On vient de terminer aux Etats-Unis les travaux de construction du barrage « Eléphant Butte », dans le sud de l’Etat de New-Mexico, à i3o km au nord de Las Cruces, sur le Rio Grande. C’est la plus grande mais non la plus haute construction que le « Réclamation Service » (Service des Améliorations.agricoles) des Etats-Unis ait fait exécuter jusqu’ici. Il permettra de mettre en culture 72 85o hectares situés, pour la plupart, dans le Nouveau Mexique et le Texas. Le barrage a une longueur de 366 m. et une hauteur maxima de 65 m. 53 ; il a fallu pour le bâtir 420 000 m? de maçonnerie. Le lac formé en arrière du barrage, qui va commencer à se remplir pendant l’hiver et au printemps, sera long de 72 km, couvrira 16 188 hectares et contiendra près de 4 milliards de mètres cubes d’eau. Le coût total du barrage atteindra 37 296 000 francs.
- Le débit annuel du Rio Grande, à l’endroit où le barrage a été établi, est de 986 5io 800 m3. La zone desservie par. le projet demandera pour l’irrigation un maximum de 739 875 600 m3 d’eau; le réservoir une fols rempli gardera donc, pour faire face à toute éventualité, une quantité d’eau suffisante pour irriguer toute la zone pendant plus de 2 années d’extrême sécheresse.
- [Rerue générale des Sciences).
- Réchauds à alcool solidifié. — Dans notre numéro du 23 janvier nous avons donné une recette pour confectionner soi-même des réchauds à alcool solidifié. Un de nos abonnés attire notre attention sur l’intérêt qu’il y a à faire chauffer au bain-marie et à remuer jusqu’à dissolution, le mélange d’alcool et de savon qui, une fois sec et froid, constitue la « pastille d’alcool solidifié ». Cette remarque, fort juste, rendra service à tous ceux qui voudront essayer le procédé. Ajoutons, puisque l’occasion s’en présente, que, dans le commerce, ces petites pastilles sont vendues un prix excessif. Notre recette permet de fabriquer pour 2 fr. environ une quantité de petits réchauds vendue couramment 4 et 5 francs!
- [Laboratoire de La Nature.)
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- dHYGIÈNE
- par
- J. COURMONT
- . Professeur à la Faculté de Médecine de Lyon Membre correspondant de l’Académie de Médecine
- avec la collaboration de
- Ch. LESIEUR et A. ROCHAIX
- Professeur et chargé de cours à la Faculté de Lyon
- Sur toutes les questions d’hygiène générale, d’hygiène individuelle et d’hygiène sociale : désinfection, enfouissements, épuration des eaux, bactériologie, prophylaxie des épidémies, règles législatives, etc. — cet ouvrage, qui a paru quelques mois avant la guerre, contient des renseignements’ précis, pratiques et documentés.
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- N° 2167
- 10 Avril 1915
- SOMMAIRE :
- La chauffe au pétrole dans la marine : Henri Véron. — Le bétail en Allemagne : Lucien Fournier. Les chemins de fer anglais pendant la guerre. — La recherche des projectiles dans l’organisme : Jacques
- Boyer. — Académie des sciences.
- SUPPLÉMENT. — Informations : Les usines métallurgiques allemandes pendant la guerre. — Curieuses
- expériences sur les trajectoires de projectiles.
- MASSON et C‘\ Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- E.-A. MARTEL
- Membre du Conseil supérieur d'Hyaiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
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- INFORMATIONS
- Les usines métallurgiques allemandes pendant la guerre. — Deux Sociétés métallurgiques allemandes très importantes, la Compagnie Phénix et la Laura Hütte, viennent de publier leur rapport financier pour le semestre juillet-décembre 1914- Ces deux rapports intéressants montrent clairement l’influence de la guerre sur l’industrie métallurgique allemande.
- La Compagnie Phénix qui, pour le semestre juillet-décembre 1913, avait eu une recette de 23 55iog5 fr. n’a eu dans le même semestre correspondant de 1914 que i3 a34 238 fr. de recette. Le rapport attribue cetle différence d’abord à la mobilisation qui, dans les premiers mois de la guerre, lui a enlevé 12000 ouvriers, puis, dans les mois suivants, 2000 autres, réduction qui a eu pour conséquence la diminution de la production qui s’est trouvée réduite à 60 pour 100 de la normale. Le rapport attribue également celte réduction à la difficulté des transports des matières premières, par suite de l’occupation des voies ferrées desservant les usines, par les transports militaires. A la fin de janvier igi5, il n’y avait qu’une commande de 373412 tonnes, tandis que l’année précédente ces commandes étaient à la même date de 488 994 tonnes.
- La Compagnie Laura Hütte s’est trouvée dans les mêmes conditions et, encore, plus désavantageuses. Son personnel a été réduit au tiers de la normale èt la production a été réduite dans la même proportion. Les recettes pour le semestre juillet-décembre ig^n’ont été que de 2 629070 fr., c’est-à-dire les 2/5 des recettes du semestre correspondant de l’année précédente. Le rapport attribue cette différence, d’abord au manque de personnel et, ensuite, à la fermeture, dès le mois d’août, de deux usines métallurgiques importantes de la Compagnie situées près de la frontière de la Pologne.
- En dehors de ces deux usines nous pouvons encore citer les faits suivants qui s’appliquent également à des usines métallui'giques. Les usines Mars, de Nuremberg, qui, en igi3, avaient donné un dividende de 5 pour 100 n’ont rien donné en 1914- Les usines de zinc de Stolberg n’ont donné, en 1914, qu’un dividende de 4 pour 100 tandis que, en 1913, elles avaient donné 7 pour 100. Les Kônigin Marien Hütte qui, en 19x3, avaient donné un dividende de 5 pour xoo n’ont rien donné en 1914- La Compagnie minière et métallurgique de Nassau n’a donné, en 1914, que 6 pour 100 contre 10 pour 100 en * 913. Enfin la Compagnie de construction de matériel de chemin de fer de la Haute Silésie qui, en 1913, avait donné un dividende de 4 pour 100 n’a donné que 2 pour xoo en 1914. R. B.
- Curieuses expériences sur les trajectoires de projectiles. — On peut réaliser expérimentalement toutes sortes de trajectoires analogues à celles des projectiles lancés par les canons obusiers et morlièrs (Çf. La Nature, n° 2160, fig. 3 et 4) et constater en même temps de façon frappante les propriétés de ces courbes, à l’aide d’un petit appareil imaginé par M. Fournier, et
- décrit dans le Bulletin de l’union des physiciens. Cet appareil, que tout amateur construira facilement, et qui permet de réaliser à volonté des trajectoires avec une balle ou avec une veine liquide, se compose d’une latte de bois A B longue d’environ 120 cm] et mobile1 autour d’un axe O porté par un pied. Cette latte a reçu une série de chevilles distantes les unes des autres de 10 cm, portant des anneaux suspendus par des fils’; on peut régler la hauteur des anneaux en faisant tourner les chevilles:- Une rigole en zinc N S, longue de 2 m., se termine à là hauteur de l’axe O par une. partie rectiligne B M dirigée selon la ligne des chevilles.
- Une bille ëtSnt abandonnée d’un point quelconque de la rigole, on déterminé, sa’ trajectoire à la-/s ortie du chemin de ltncer. Pour celàJ, ilrsuffit de régler en tâtonnant la hauteur des anneaux pour que la bille passe par leurs centres. , '
- D’autre'-part, un tube DE, parallèle à BM, est
- Appareil Fournier pour l’étude des trajectoires.
- raccordé par un caoutchouc au flacon de Mariotte V, placé en charge sur le support : on obtient ainsi une veine liquide dont la trajectoire peut être également fixée par le jeu des anneaux.
- M. Fournier emploie surtout l’appareil pour réaliser l’expérience suivante'. Pour un même point de départ de la rigole, la vitesse M est constante; donc, le temps t que met la bille à franchir l’intervalle entre deux chevilles est invariable quelle que soit l’inclinaison de AB. Par suite, la hauteur de chute pendant t, 2 f, 3 t, mesurée par la distance des chevilles au centre des anneaux reste la même. Il en résulte que toutes les paraboles que peut décrire la bille lancée du même point sous différentes inclinaisons avec une même vitesse initiale s’obtiennent én faisant tourner la latte AB autour de son axe; c’est ce..que montre l’expérience. Celle-ci est surtout curieuse lorsque la règle A B étant d’abord horizontale, et la veine liquide passant au centre de tons les anneaux, on relève lentement A- La parabolë déterminée par les centres se déforme sans que la veine cesse de passer dans les anneaux. On obtient de la sorte l’ensemble des trajectoires si différentes que peut décrire un projectile avec une vitesse initiale donnée.
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- N° 2168
- 17 Avril 1915
- SOMMAIRE :
- Le sous-marin : G. Blatichoil. — Un nouvel obus contre les dirigeables : L. F. — Appareils photographiques des Zeppelins et des Aviatiks : H. PeiTotin. — La nouvelle Académie d’agriculture de
- France : Jacques Boyer.
- SUPPLÉMENT» —- Informations et recettes : Pain de Soja. — Poste téléphonique de campagne Emmanuel Mildé. — Le filtre des boy-scouts. — Allumettes économiques. — Imperméabilisation des vêtements, etc.
- MASSON et C“, Éditeuri.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « Là Nâtlire » doit être adressé aux bureaux du journal : r20, Boulevard Saint-Germain, Paris (Yle)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS ET RECETTES
- Pain de Soja. — Nous avons déjà parlé dans La Nature (n° du 2 avril 1910) de la fève de Soja et de son utilisation. Nous indiquions alors qu’elle servait à préparer un pain spécial pour les diabétiques très riche en graisses et en matières azotées, et très pauvre en amidon. Ce pain, préparé en galettes et empaqueté dans un papier conservateur, jouit d’une propriété particulière qui lui donne actuellement un emploi de circonstance : nombre de personnes l’envoient à nos prisonniers de guerre, en Allemagne, qui se plaignent de la qualité du pain Iv qui leur est fourni en quantité minime et dont leur estomac s’accommode fort mal. Le Soja-pain se trouve dans de nombreuses boulangeries, il est fabriqué à l’usine des Yallées-Colombes (Seine).
- Poste téléphonique de campagne système Emmanuel Mildé. — On a dit, avec juste raison, que pendant les premiers mois de la guerre actuelle le talent d’improvisation, que possède notre race, nous a permis de concevoir, instantanément, le matériel dont nous pouvions avoir besoin. On a vu apparaître, en effet, de nouveaux canons, des machines à combattre, à se protéger et à se défendre, comme si ces multiples inventions avaient été prévues.
- Modestement, la téléphonie s’est rangée à côté de ces
- produits du génie français et les anciens postes de campagne ont fait place à un nouveau matériel léger, élégant et pratique, se prêtant à toutes les circonstances. Beaucoup de systèmes ont dû être imaginés et la plupart sont sur le front; nous allons en présenter un, en attendant que les autres veuillent bien se faire connaître.
- Dans ce poste téléphonique, tous les organes sont groupés sur une ceinture en cuir, qui entoure le corps de l’homme comme un ceinturon ordinaire, et convenablement protégés contre l’humidité et les chocs par des gaines spéciales. L’ensemble, très léger, ne gène pas le porteur qui demeure libre de tous ses mouvements ; l’installation est presque instantanée puisqu’elle ne comporte que deux raccords de fils, l’un avec la ligne, l’aulre avec le piquet de terre que l’on voit en .A et qui se place dans sa gaine B pendant les marchés.
- Le téléphone proprement dit F est un appareil com-
- biné, comme la plupart de ceux en usage courant dans la téléphonie ordinaire. Le microphone, très sensible, est placé derrière le récepteur; il se prolonge par une poignée-cornet qui permet de parler et d’écouter sans déplacer l’appareil. Au repos, le combiné prend place dans une gaine et coupe automatiquement le circuit de la pile du microphone par un système de commutation placé en I. Les connexions sont réunies, comme dans tous les postes les plus confortables, sur une planchette H à bornes, fixée également sur la ceinture. Le courant est fourni par une pile enfermée dans une gaine C et la petite bobine d’induction dans une autre gaine D.
- La planchette de connexion et les fils reliant les divers appareils entre eux sont recouverts par une bande de cuir souple qui s’ouvre et se ferme au moyen de boutons à pression; de plus, les fils eux-mêmes sont encore gainés sous cuir et paraffinés.
- Cét appareil ne comporte pas de système d’appel; mais la maison Mildé, qui l’a construit, en établit un autre avec appel par vibreur. On peut donc dire que ces postes sont aussi modernes que les plus récents mis à la disposition des abonnés.
- Pour se brancher sur un fil conducteur quelconque, il suffit d’amener le fil de ligne à l’une des bornes extérieures de l’appareil et de relier la prise de terre à l’autre borne au moyen d’un léger fil volant. Ces deux bornes sont situées de chaque côté de l’étui porteur du combiné. Dès que l'on sort l’appareil de son étui, la liaison s’opère automatiquement avec la pile du microphone et la conversation peut s’engager. Cet appareil est intéressant dans tous les cas où le téléphoniste est soumis à des déplacements fréquents, et il est particulièrement utile aux observateurs. L. F.
- Le filtre des boy-scouts. — Ce filtre peut servir dans toutes les occasions, mais il sera particulièrement
- 1* Mode d'emploi du filtre. — 2. Le filtre est renfermé dans une boîte métallique pour le transport.
- utile en voyage, parce que l’on ne connaît jamais la qualité de l’eau que l’on rencontre. D’ailleurs, tous les
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- explorateurs ont soin de se munir d’un filtre qui leur est de toute première utilité. Le nouveau filtre est constitué simplement par une lentille de charbon à laquelle est fixé un tube de caoutchouc terminé par un petit tube de verre. On peut noyer le charbon dans le récipient d’eau à filtrer (fig\ i) et aspirer parle tube de verre pour amorcer le siphon; l’eau s’écoule alors régulièrement. Un objet aussi simple convient également à la maison puisqu’il peut être mis dans n’importe quel vase. Pour le transport il est simplement enfermé dans une boîte métallique qui le garantit contre les chocs (fig. 2). Après un usage assez prolongé, il convient de brosser le charbon avec une brosse très dure, on devra le remplacer au bout de 18 mois environ. — Ce filtre est en vente chez M. Renaut, 43, boulevard de Strasbourg, au prix de 4 fr. 75 (port o fr. 5o).
- Allumettes économiques. — Il n’est point de petites économies. C’est ainsi que dans les campagnes du Nord, on remplace souvent les coûteuses allumettes phosphoriques, du moins pour la plupart des besoins ménagers, par des allumettes rustiques faites à la maison en trempant, dans un bain de soufre fondu, les bouts de très minces baguettes de bois découpées dans quelques planches. Voici un autre dispositif rendant les mêmes services, et peut-être plus économique encore. On l’emploie par exemple dans la plupart des laboratoires, où il faut constamment allumer des appareils à gaz, et où l’emploi des allumettes chimiques serait particulièrement dispendieux, les fumeurs de l’établissement se pourvoyant trop aisément alors aux frais de la « princesse » !
- Allumette économique de laboratoire.
- On fabrique l’allumoir de laboratoire en enveloppant d’un petit morceau de fine toile métallique une houppette d’amiante, la toile étant repliée autour du bout courbé d’un fil de fer assez long dont l’autre extrémité est tortillée en anneau (Y. fig.). Au repos, l’allumoir est plongé dans une' petite fiole à large goulot, contenant un peu d'alcool dénaturé. Pour l’emploi, il suffit d’approcher d’une flamme le bout portant la masse amiantée : l’alcool qui l’imbibe s’enflamme et la combustion dure assez de temps pour qu’on puisse allumer une douzaine de becs. D’ailleurs, il est facile, en réglant la quantité d’amiante employée, d’avoir des allumoirs à flamme durant plus ou moins longtemps.
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- Imperméabilisation des vêtements de drap. — A
- propos du procédé d’imperméabilisation des draps avec la suintine, que nous avons décrit (Supplément du 80 janvier igi5), une de nos lectrices, Mme Coste, nous fait obligeamment remarquer que la méthode n’est pas nou- ' vellc. Elle fut, en elïet, décrite avec de petites différences dans le mode opératoire par plusieurs auteurs, et nous ne la reproduisîmes qu’en raison de l’actualité donnée au procédé par les circonstances du moment. Mme Coste nous signale que le Dr Jacquemet employait à l’hôpital de Grenoble un mélange à poids égaux de lanoline anhydre et de vaseline pure, en solution, à raison de 20 gr. par litre dans un des solvants suivants : essence pour auto, tétrachlorure de carbone, mélange d’une partie d’es-sencepourdeux parties de tétrachlorure (les deux derniers solvants ayant 1 avantage de l’ininflammabilité). On imbibe l’étoffe en badigeonnant fortement avec un pinceau rude.
- Il faut, pour imperméabiliser un grand manteau, environ un litre de solution tétrachlorurée, c’est-à-dire un kilo et demi, coûlaut au détail 1 fr. 5o.
- Taches de vin, de cassis, de fruits sur les étoffes.
- — Toutes ces taches de pigments végétaux ne résistent pas, quelle que soit la nature des fibres, à l’action d’un bain sulfureux préparé en ajoutant dans un litre d’eau 20 à 25 cm3 de bisulfite sodique commercial et, juste au moment de l’emploi, un volume égal d’acide chlorhydrique. On laisse en contact pendant environ un quart d’heure, en remuant de temps à autre, et en recouvrant le vase où l’on opère, pour éviter de respirer le gaz sulfureux se dégageant. Puis on rince à grande eau et on fait sécher.
- Pour le linge blanc de toile et de coton seulement. —
- On peut substituer au procédé précédent une simple baignade de quelques minutes dans l’eau de' Javel suivie de rinçage à l’eau. Mais il ne faut jamais faire cela sur les étoffes teintes, qui pourraient être décolorées, ni pour les lainages ou soieries, qui prendraient une teinte rousse indélébile fort désagréable. Ajoutons que dans tous les cas, la première méihode est à préférer, l’anhydride sulfureux n’abîmant pas les fibres comme le font les hypochlorites. (Laboratoire de La Nature.)
- Les chemins de fer de la Libye. — Le ior octobre les Italiens ont inauguré le chemin de fer de Tripoli à Zavia, dont le dernier tronçon de El Maïa à Zavia venait d’être achevé. Tripoli est ainsi reliée avec l’un des principaux centres agricoles de la colonie. D’autre part, on a inauguré le 20 se]3tembre la section Bengasi-Benina, qui forme les 20 premiers kilomètres du chemin de fer de Bengasi à Derna. (Extrait de Y Afrique française.)
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- BAROMÈTRE ENREGISTREUR
- Rendu réglementaire à bord de la Marine de l’État (déolslon ministérielle du 3 Juin 1887)
- L’enregistrement automatique de la pression atmosphérique permet à tout instant de connaître le pronostic du temps par l’observation de la courbe de la veille. Si la courbe monte, il y a tendance au beau temps ; si elle baisse, il y a tendance au mauvais temps.
- Pour ne pas avoir de mécompte, il ne faut employer que le modèle de l’inventeur-constructeur ; c’est le SEUL qui, admis par les observatoires météorologiques du MONDE ENTIER, donne toute garantie pour la justesse de ses indications.
- C’est un instrument de haute précision qu’on trouve dans toutes les bonnes maisons d’optique.
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- Depuis Décembre 1914
- La Nature
- a publié des articles techniques sur presque tous les sujets qui préoccupent l'opinion :
- L'Armement s
- Les trains blindés. — L'artillerie lourde allemande. — Une nouvelle unité de la flotte aérienne française : « le Tissandier ». — Canons, obusiers et mortiers. — La nouvelle usine à hydrogène de l'arsènal de Chatham. — Ce qu'on savait de l'artillerie lourde allemande avant la guerre. — Les fusées d'obus. — Les balles dum-dum. — Epaves d'aviateur allemand. — La guerre en automobile. — Le général Shrapnell. — Atterrissage nocturne des avions. — Le fusil allemand. — A
- quels efforts résiste le métal d'un canon.
- La Marine s
- Ravitaillement des navires de guerre en haute mer. —• La base navale allemande d'Héligoland. — Comment on peut se défendre contre les sous-marins. — La guerre navale en igig : I. Forces navales en présence. II. Notes de guerre. — Les mines marines. —Les croiseurs auxiliaires.
- — Le canal de Kiel. — L'attaque de Douvres. — Zeebrugge, base maritime contre /'Angleterre.
- — Remise à flot du steamer « Zealand ». — La chauffe au pétrole dans la marine.
- Les conditions ethniques et géographiques de la guerre s
- Cracovie. — Les Karpathes. — Le bassin houiller de Sarrebriick. — La défense des Dardanelles.
- — Le S inaï. — Les chemins de fer allemands. Pola. — Ports allemands de la mer du Nord. — Le Rhin. — La Pologne stratégique. —• Ports allemands de la mer Baltique. — La défense de la Belgique par les inondations. — Les pétroles en Roumanie. — Le régime légal des mines au Maroc. — Nos'câbles sous-marins. — De la pomme de terre à la fécule et au pain de guerre. —
- — La raréfaction du cuivre en Allemagne. — La question de l'or en Allemagne. — La répercussion de la guerre sur le prix de la vie. — La contrebande de guerre. — Chicorée de guerre. — Le coton en Egypte. — Les troupes indiennes. — Ixs Roumains de Bukovine. — Les Cosaques. —
- . L'hygiène dans l'armée russe. — L.a recherche des projectiles dans l'organisme.
- Le Génie militaire et l'industrie civile :
- Destruction systématique des ponts. — La faillite de la fortification permanente. —• Machines allemandes à creuser les tranchées. — La démolition des obus non éclatés. — Mèches et cordeaux combustibles. — Les explosifs.— Déshuilage électrique de la vapeur.—L'industrie pharmaceutique française et la concurrence allemande. — La fabrication des pyroxyles. — Compositions incendiaires modernes. — L'industrie française pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire.
- Divers :
- L'esprit scientifique en temps de guerre. — Ouverture du canal de Panama. — Vêtements ingénieux pour-tios soldats. — Le reportage photographique. — L,a guerre cher{ les fourmis. — Les péniches-ambulances. — Là valeur calorifuge des tissus. — L'avant-guerre. — L'astronomie babylonienne et la science allemande. — Le kapok, plus chaud que la lame. — Les oiseaux et la guerre. — Les vaccins. — Lxs microbes mobilisés.
- Informations s
- L'agriculture en Allemagne. — Le surpeuplement et la guerre. — La campagne turco-égyptienne èt le choléra. — Pasteur et le diplôme prussien. — Le marché des drogues. — La reconstitution du Cheptel des départements envahis. — Petite revue de la Presse médicale allemande. — Le chemin de fer de Tanger à Fez. — A propos des féculeries. —- La, guerre et les matières tinctoriales. — Les pieds gelés dans l’armée.
- — Les pertes matérielles de la France en 1914. — Un nouvel explosif : le trinitrotoluol. — D’où nous vient l’iode. — Trafic du canal de Panama depuis son ouverture. — Les rats et le ravitaillement turc. — Production et consommation du sucre, etc., etc.
- Recettes :
- Grenades extinctrices. — Pour nos soldats contre le froid. — Un nouveau procédé de conservation des viandes par le froid. —7 Nettoyage des bandes de crêpes Velpeau. — Patinage du fer. — Imperméabilisation des toiles d’équipement. — Charges d’alcool solidifié pour les réchauds — Graisse pour l’entretien des chaussures. — Pour éviter les épidémies. — Peinture pour préserver le fer exposé à l’air salin. — Imperméabilisation des draps d’uniforme. — Désinfection des linges à pansement. — Une nouvelle ampoule
- d’iode, etc., etc.
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- N" 2169
- 24 Avril 1915
- LA NATURE
- SOMMAIRE :
- Le port de Rotterdam : Victor Cambon. — Traîneau-remorqueur automobile : Jacques Boyer.
- L'industrie chimique et la guerre : A. C.
- Le taube des Invalides — Musée de l'Armée : Lucien Fournier. — Académie dés sciences. Les divers systèmes de mitrailleuses étrangères : X.
- SUPPLÉMENT.
- Informations : Les batailles font-elles pleuvoir? — La « viande protégée » .
- MASSON et, C", Editeur». LE NUMERO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départem. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Parie (YV1)
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- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- INFORMATIONS
- COL
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- Les batailles font-elles pleuvoir? — Pendant les journées pluvieuses du dernier hiver, n’avez-vous point entendu répéter autour de vous qu’il fallait attribuer aux duels d’artillerie les chutes de pluie abondantes et répétées? C’est là une opinion assez répandue. Comment l’expliquer? L’histoire a conservé le souvenir de nombreuses batailles suivies de pluie; mais des coïncidences accidentelles ne permettent pas de conclure à une relation certaine de cause à effet. La pluie est la conséquence d’une condensation de vapeur d’eau en suspension dans l’atmosphère ; d’un rapport entre la température et l’humidité. Dès que l’humidité atteint un certain degré, avec une température qui s’abaisse, la condensation de la vapeur d’eau est inévitable autour de noyaux de condensation, particules de poussière ou molécules gazeuses hygroscopiques comme il s’en trouve partout.
- Il est admissible à la rigueur qu’une armée en campagne puisse déterminer une pluie locale en incendiant une grande ville. Si un important incendie éclate dans une atmosphère humide, des nuages se forment. L’air chaud s’élève, se refroidit par la dilatation et les phénomènes de condensation se produisent. Dans des conditions favorables un incendie peut provoquer une chute de pluie, ou même un orage, mais généralement tout se borne à la formation de quelques nuages.
- Comment une bataille agirait-elle sur l’humidité ambiante ou sur la température? On invoque deux arguments, au dire du Scientific American, et qui ne sont guère solides, ni scientifiques.
- Le premier, c’est que l’ébranlement de l’air occasionné par les coups de canon est capable de déterminer la condensation de la vapeur d’eau suspendue dans l’atmosphère et le groupement des gouttelettes microscopiques qui constituent les nuages : d'où chute de pluie. Or, le professeur Newcomb prétend, avec raison, que l’effet d’une violente explosion, à des centaines ou des milliers de mètres de distance et à l’air libre, est tout au plus comparable à celui qu’on produirait en battant des mains dans une salle pleine d’air humide, c’est-à dire pratiquement nul.
- L’autre argument, avec des apparences plus savantes, consiste à atlirmer que les gaz et la fumée chassés par le coup de canon déterminent la condensation de la vapeur d’eau, en augmentant le nombre des noyaux de condensation. L’influence qu’exercent sur cette formation de noyaux les poussières ténues, gaz hygroscopiques, décharges radioactives, lumière ultra-violette, etc., est encore assez mal établie. Les plus récentes recherches faites à ce sujet amènent à conclure que les couches inférieures de l’atmosphère renferment normalement une quantité die noyaux de condensation plus que suffisante pour la déterminer, et que l’accroissement du nombre de ces noyaux n active pas la condensation.
- Les grands centres industriels déchargent dans l’atmosphère des myriades de noyaux avec les gaz et les fumées, sans que pour cela les chutes de pluie soient plus fréquentes dans les régions voisines. Pittsburg, par exemple, très gros centre métallurgi-
- que, est une des villes les plus sèches de la Pensylvanie.
- Si, d’après les récits historiques, on affirme que la pluie se met souvent à tomber après une bataille, il y a diverses causes. En effet, en consultant les relevés météorologiques de la France septentrionale, théâtre de quelques-imes des plus grandes batailles de l’histoire, on constate qu’il y pleut un jour sur deux. A Sèvres, à une vingtaine de kilomètres de Paris, les observations faites de 1898 à 1901 fournissent une moyenne de 157 jours de pluie par an. Les journées pluvieuses n’alternent pas régulièrement avec celles de beau temps et chaque mois on note des pluies abondantes. Ainsi par le simple effet des variations atmosphériques habituelles, il y a probabilité d’une chute de pluie dans les 24 heures qui suivent une bataille. Cette probabilité est encore accrue par le fait que les intervalles de beau temps, entre des jours de pluie, sont habituellement utilisés par les commandants d’armée pour accomplir les mouvements de troupes. Et ces mouvements de troupes durent souvent plusieurs jours. Il n’est donc pas surprenant qu’une pluie se produise après cet espace de temps et se trouve coïncider avec le moment de la bataille. En résumé, la cause du phénomène signalé doit être attribuée seulement à l’action de forces naturelles sur lesquelles l’homme n’a point d’influence.
- La « viande protégée ». — Outre les conserves habituelles, on emploie pour l’armée, depuis un mois environ, des « viandes protégées ». A Tours, chaque jour, 80 ou 100 bœufs sont abattus et immédiatement désossés. La chair privée de la graisse et des tendons est ficelée en gros paquets cylindriques de 4 à 5 kg. On immerge ces gros saucissons dans des cuves chauffées à la vapeur et remplies de bouillon concentré, salé et aromatisé ; après plusieurs heures de cuisson, ils sont retirés et comprimés fortement par l’enroulement de bandes de toile. On les remet à cuire deux heures, une fois retirés et refroidis, on les débarrasse des bandes de toile et on les-ï trempe dans un bain de gélatine tiède ; celle-ci constitue une enveloppe transparente parfaitement étanche qui se solidifie en refroidissant. Le saucisson est alors enveloppé d’une tarlatane apprêtée, bien serrée et ficelée aux deux bouts. Dans un dernier bain de gélatine à laquelle on ajoute une très petite quantité de formol qui la rend moins soluble et imputrescible, on plonge le saucisson tout habillé. La gélatine imprègne la tarlatane et constitue avec elle une deuxième enveloppe solide imperméable à toute souillure. Ces paquets sont attachés ensemble par une des ficelles terminales et expédiés par 10 à la fois sans aucun emballage. Sous l’enveloppe, qu’il suffit de déchirer avec un couteau, on trouve une viande très appétissante et délicieuse ressemblant non à du bœuf bouilli, mais bien à du rosbeef froid. Le bouillon est utilisé : en le mélangeant avec le double de bouillon de légumes on obtient un excellent consommé ; il est distribué aux hôpitaux et aux indigents. (Obligeamment communiqué par M. A.)
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- N° 2170
- 1er Mai 1915
- LA NATURE
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- JW MMJSTIM
- SOMMAIRE :
- Les projecteurs dans la guerre sur terre : X. — Les Français à Lemnos : L. De Launay. — Rupture, d'une grue flottante de construction allemande : Boureuil. — Les moteurs des navires de la Marine marchande Anglaise. — Nos grandes industries du nord : L. De Launay. — I. La fabrication du sucre pendant la guerre : J. Boyer. — Académie des sciences. — La plus puissante locomotive : R. Bonnin.
- SUPPLEMENT. — Informations et recettes : Préparatifs faits en vue de la guerre par les compagnies allemandes d’électricité. — Exportation du charbon anglais, etc.
- MASSON et C*\ Éditeur*
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES-
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Taris (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- Préparatifs faits en vue de la guerre par les compagnies allemandes d’électricité. — L’Electrical Review publie des extraits de journaux allemands où l’on voit la situation des compagnies allemandes d’électricité. Les situations sont faites pour l’exercice 1913-1914 et concernent des périodes de travail avant le début des hostilités. On ne s’explique donc pas les réserves anormales faites par la plupart des compagnies à laJîn de cet exercice, pas plus que les réductions de dividende, sinon par ce fait que tous les industriels allemands savaient que la guerre était imminente.
- La Telephon Fabrik A. G. vorm. J. Berliner, Hano-ver, entre autres, a fait une réserve très importante et a diminué son dividende de 12 pour 100 à 10 pour 100. La A. G. fiir Elektricitâts-Anlagen, Berlin, qui possède des tramways et des centrales, fit aussi d’importantes réserves. La Compagnie Siemens et Halske, après avoir placé deux millions et demi en réserves spéciales et 63oooo fr. en fonds disponibles, montre un bénéfice net de 170000 fr. moindre que ce qui avait été prévu, et elle diminue son dividende de 12 pour 100 à 10 pour 100. La Siemens-Schuckert-Werke réduit son dividende de 10 à 7,5 pour 100, malgré les résultats excellents de l’année 1914j les fonds mis en réserve par la compagnie ont atteint trois millions.
- L’Elektricitats A. G. vorm. Poge, Chemnitz, déclare un dividende de 4 pour 100 contre 7,5 pour l’année précédente, ayant placé 200000 fr. en réserve.
- L’Elektrische Licht- und Kraft-Anlagen A. G., Berlin, réduit son dividende de 7,5 à 5 pour 100, pour l’année finissant le 3o septembre 1914*
- (L'industrie électrique.)
- Exportation du charbon anglais. — Par suite de l’arrêt de l’imporîation du charbon en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Belgique, en Roumanie et en Turquie l’exportation de ce combustible s’est trouvée notablement diminuée dans la Grande-Bretagne. L’impossibilité d’envoyer le charbon anglais en Russie a été une nouvelle cause de dépression. Du ior janvier au 3i mars dernier cette exportation n’a été que de 11219726 tonnes tandis que, dans les trois premiers mois de 1912 elle avait été de 17 23g 009 tonnes et, dans le même laps de temps, en igi3, de 17 432 309 tonnes.
- L’exportation du charbon anglais vers les divers ports où les navires marchands font escale pour se ravitailler a également subi une notable dépression. Du ior janvier au 3x mars cette exportation n’a été que de 3 178 831 t. au lieu de 5 o85 448 t. l’année précédente.
- Cette année les principaux pays où l’Angleterre envoie du charbon sont : la France pour 3919768 t. ; l’Italie pour 1 760622 t. ; la Suède pour 177 t. et la Norvège pour 692 244 t. Ce tonnage s’entend du ier janvier au 3i mars. R. B.
- Les importations allemandes et austro-hongroises dans nos colonies. — Le Bulletin de, l'Office colonial vient de publier des renseignements sur les importations allemandes et austro-hongroises dans les colonies françaises. Ces renseignements sont d’autant plus intéressants qu’ils montrent l’accroissement considérable de ces importations depuis dix ans, notamment pour l’Allemagne, et combien il est important que, dans l’avenir, nous prenions les mesures nécessaires pour lutter contre cet envahissement.
- En 1907 les valeurs des importations allemandes et austro-hongroises dans nos colonies représentaient une somme de 12626000 fr. ; en 1911 elles étaient de 23 io5 000 fr. ; en 1912 de 24818000 fr. et, enfin, en 19x3 de 22 144000 fr. dont 19799000 fr. pour l’Allemagne et 2 345 000 fr. pour l’Aufriche-Hongrie. Ces derniers chiffres montrent une diminution de 2 674000 fr. pour l’année igi3 par rapport à 1912. Mais cette diminution qui porte exclusivement sur les importations dans nos possessions de l’Ouest afi'icain n’est que passagère et est due, dans nus colonies de la Guinée, de la Côte d’Or et du Haut Sénégal Niger, à la crise du caoutchouc et, dans le Dahomey, à une sécheresse exceptionnelle qui a réduit le rendement des amandes de palme servant à la fabrication de l’huile. Dans toutes nos autres colonies les importations allemandes sont partout en augmentation sensible, notamment en Indo-Chiné, où on constate un accroissement de 2 704 000 fr, de 1912 à 1913. Cet accroissement est dû, en grande partie, à une excellente récolte de riz qui a augmenté les disponibilités de la population indigène. Mais elle montre aussi, ainsi que pour nos autres colonies, que l’Allemagne nous concurrençait non seulement dans la vente des articles à bon marché, mais qu’elle s’organisait pour lutter dans nos colonies contre les articles français. Il résulte de nombreuses enquêtes que, si les préférences se ^ont portées jusqu’ici sur les produits allemands, c’est, surtout, à cause de l’infériorité de leur prix et de l’élévation dufrêt qui, sur les navires français, frappe ces marchandises. Les négociants des colonies font également au commerce de la métropole le grief de ne traiter avec eux que par l’intermédiaire de courtiers et de commissionnâmes, ce qui grève fortement le ,prix des marchandises. D’autre part, tout le monde est d’accord pour* reconnaîtra que les frais d’emballage sont plus élevés qu’à l’étranger. Enfin, il serait à désirer que les producteurs français envisageassent la question des longs crédits à accorder aux maisons sérieuses établies dans les colonies, en envoyant dans ces colonies, comme le font les fabricants des autres pays, des représentants pouvant les renseigner. R. B.
- Montage d’alambic pour laboratoires. — Yoici un ingénieux et très pratique dispositif que nous eûmes
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- l’occasion de voir à la station agronomique de Soissons, dont le directeur M. Gaillot nous permit, fort aimablement, d'en donner ici description. Il s’agit d’un appareil fournissant l’eau distillée pour les besoins du laboratoire, de façon continue et absolument automatique. Le corps de l’alambic est formé par une étuve de Gay-Lussac chauffée non par une rampe à trous, mais par quelques brûleurs, de manière à pouvoir obtenir, quand
- Étuve de laboratoire servant àpréparerl’eau distillée.
- niveau
- constant
- besoin est, une forte allure de vaporisation. Les tubulures supérieures portent l’une un thermomètre, l’autre un tube conduisant au réfrigérant (Yoirfig.). Et dans le bas, on a soudé une tubulure spéciale aboutissant à un dispositif à niveau constant, le même d’ailleurs qu’on adapte usuellement à la plupart des bains-marie de laboratoires.
- Le niveau constant — qu’on règle en faisant coulisser le tube intérieur à bec en biseau — est alimenté par le trop-plein de sortie de l’eau ayant servi à la réfrigération. Ainsi on récupère une grosse partie des calories du chauffage, puisqu’on alimente avec de l’eau très chaude. Et on supprime toute éventualité de mauque d’eau alimentaire, accident qui non seulement provoque la détérioriation de l’appareil, mais qui amène la présence de traces d’acide chlorhydrique dans l’eau distillée, les eaux ordinaires contenant toujours un peu de chlorure magnésien très aisément décomposable dès qu’on chauffe au delà de ioo° C. Pour que soit bien '
- réfrigéré le serpentin de condensation, tout en n’employant que très peu d’eau (pour avoir du liquide très chaud à la sortie), il convient d’avoir un réfrigérant relativement haut.
- Magasin pour pellicules en bobines. — Les pellicules photographiques sont très sensibles aux variations d’état hygrométrique et de température. La gélatine se gonfle, sous l’influence de l’humidité, et se contracte par la sécheresse. Dans le premier cas, la surface sensible tend à prendre une forme convexe; dans le
- Fig. i. — Intérieur du magasin pour pellicules en bobines.
- second, une forme concave. Ces dilatations et ces retraits successifs produisent une surface ondulée de telle sorte que, même bien tendue, la pellicule ne peut plus coïncider avec le plan focal. Il est alors impossible d’avoir des images nettes, surtout quand l’objectif fonctionne à grande ouverture et n’a, par suite, qu’une très faible profondeur de foyer.
- Le nouveau système de magasin construit pour le Vérascope est disposé de manière à maintenir la pellicule bien à plat et exactement dans le plan focal, pendant la prise des photographies. A cet effet, la pellicule est
- Fig. 2. — Vue extérieure du magasin pour pellicules on bobines.
- pressée, au moment voulu, contre une glace fixe à faces parallèles. Un verrou de sûreté empêche de faire avancer îa pellicule, lorsqu’elle est serrée contre la glace. Ce verrou forme voyant et indique si la pellicule est libre ou bloquée. — Ce magasin est construit par M. Jules Richard, 25, rue M élingue, Paris.
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- La Nature
- a publié des articles techniques sur presque tous les sujets qui préoccupent l'opinion :
- L’Armement s
- Les trains blindés. — Vartillerie lourde allemande. — Une nouvelle unité de la flotte aérienne française : « le Tissandier ». — Canons, obusiers et mortiers. — La nouvelle usine à hydrogène de Y arsenal de Chatham. — Ce qu'on savait de V artillerie lourde allemande avant la guerre. — Les fusées d'obus. — Les balles dum-dum. — Epaves d'aviateur allemand. — La guerre en automobile. — Le général Shrapnell. — Atterrissage nocturne des avions. — Le fusil allemand. — Un
- taube. — Mitrailleuses étrangères.
- La Marine :
- Ravitaillement des navires de guerre en haute mer. — La base navale allemande d'Héligoland. — Comment on peut se défendre contre les sous-marins. — La guerre navale en igi4 : I. Forces navales en présence. II. Notes de guerre. — Les mines marines. —Les croiseurs auxiliaires.
- — Le canal de Kiel. — L'attaque de Douvres. — Zeebrugge, base maritime contre l'Angleterre.
- — Remise à flot du steamer « Zealand ». — La chauffe au pétrole dans la marine.
- Les conditions ethniques et géographiques de la guerre s
- Cracovie. — Les Karpathes. — Le bassin houiller de Sarrebrück. — La défense des Dardanelles.
- — Le Sinaï. — Les chemins de fer allemands. — Pola. — Ports allemands de la mer du Nord. — Le Rhin. — La Pologne stratégique. — Ports allemands de la mer Baltique. — La défense de la Belgique par les inondations. — Les pétroles en Roumanie. — Le régime légal des mines au Maroc. — Nos câbles sous-marins. — De la pomme de terre à la fécule ' et au pain de guerre. —
- — La raréfaction du cuivre en Allemagne. — La question de l'or en Allemagne. — La répercussion de la guerre sur le prix dé la vie.' — La contrebande de guerre. — Chicorée de guerre. — Le coton en Égypte.—Les troupes indiennes. — Les Roumains de Bukovine. — Les Cosaques.- —
- L'hygiène dans l'armée russe. — Rotterdam.
- Le Génie militaire et l’industrie civile :
- Destruction systématique des ponts. — La faillite de la fortification permanente. — Machines allemandes à creuser les tranchées. — La démolition des obus non éclatés. — Mèches et cordeaux combustibles. — Les explosifs. — Déshuilage électrique de la vapeur. — U industrie pharmaceutique française et la concurrence allemande. — La fabrication des pyroxyles. — Compositions incendiaires modernes. — L'industrie française pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire. Traîneau-remorqueur automobile. — Industrie chimique et guerre.
- Divers 2
- L'esprit scientifique en temps de guerre. — Ouverture du canal de Panama. — Vêtements ingénieux pour nos soldats. — Le reportage photographique. — La guerre che$ les fourmis. — Les péniches-ambulances. — La valeur calorifuge des tissus. — L'avant-guerre. — L'astronomie babylonienne, et la science allemande. — Le kapok, plus chaud que la laine. — Les oiseaux et la guerre. — Les vaccins. — Les microbes mobilisés. — La recherche des projectiles dans l'organisme.
- Informations 2
- L’agriculture eu Allemagne. — Le surpeuplement et la guerre. — La campagne turco-cgyptienne et le choléra.— Pasteur et le diplôme prussien. — Le marché des drogues. — La reconstitution du Cheptel des départements envahis. — Petite revue de la Presse médicale allemande. — Le chemin de fer de Tanger à Fez. — A propos des féculeries. — La guerre et les matières tinctoriales. — Les pieds gelés dans l’armée.
- — Les pertes matérielles de la France en 1914. — D’où nous vient l’iode. — Trafic du canal de Panama
- ' depuis son ouverture, etc., etc.
- Recettes 2
- Grenades extinctrices. — Un nouveau procédé de conservation des viandes par le froid. — Nettoyage des bandes de crêpes Velpeau. — Patinage du fer. — Imperméabilisation des toiles d’équipement. — Charges d’alcool solidifié pour les réchauds — Graisse pour l’entretien des chaussures. — Pour éviter les épidémies. Imperméabilisation des draps d’uniforme. — Désinfection des linges à pansement, etc., etc.
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- N* 2171
- S Mai 1915
- LA NATURE
- (SE
- MÊ)ÏB
- O
- E/smuæ
- SOMMAIRE :
- Le jardin des serpents de Butantan (Brésil) : Jacques Boyer. — Les grandes usines métallurgiques de "Witkowitz (Autriche) : J. de la Cerisaie. — Les produits du sol allemand : Lucien Fournier. — Ravitaillement des navires en haute mer par câble transporteur : R. Bonnin.— Les sources de Moïse.— Académie des sciences. — Un paradoxe anémométrique. Moulin à vent à axe vertical : R. Villers.
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Publicité nationale. — Le trafic du canal de Panama pendant le premier semestre. —-Compresseur d’air.
- MASSON et C'** Éditeurs.
- LE NUMÉRO 50 CENTIMES
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départem. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Natltre » doit être adressé aux bureaux du journal : /20, "Boulevard Saint-Germain, Paris (Ylt)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS ET RECETTES
- Publicité nationale. — En dehors des expositions universelles qui sont un véritable effort de publicité collective, la France ne connaît, en matière de propagande commerciale, que les efforts privés de ses industriels. Tel lance un produit à coups d’annonces, d’aiïiches, de tracts, tel autre fait agir des représentants, mais chacun travaille pour son compte, sans grand souci du voisin. Il n’est pas sans intérêt de signaler qu’ailleurs il n’en est pas toujours ainsi. Des Etats ont su organiser et subventionner une publicité nationale : le Brésil a défendu ses cafés. Voici le Japon qui organise une réclame systématique pour son thé. On lit dans les journaux canadiens des avis tels que ceux-ci : « Le thé japonais est un thé honnête. Il n est ni coloré, ni contrefait». — « Le Japon, seul pays au monde, manufacture du thé pur », etc. Nul nom d’industriel ne figure à la suite de ces avis. C’est le Japon lui-même qui défend ses produits et tous les producteurs japonais en bénéficient.
- Quand les journaux étrangers publieront-ils des noies sur le « Bon vin de France », les « Modes de France », les a Articles de Paris faits à Paris », les « Automobiles françaises », etc. ?
- Le trafic du canal de Panama pendant le premier semestre. — Dans son dernier numéro le Canal Record signale un nouvel éboulement qui s’est produit le 4 mars dernier dans la tranchée de la Culebra sur le côté Est et au Nord de Gold Hill. Des dragages furent immédiatement entrepris et le xo mars le trafic qui s’était trouvé interrompu fut repris. Dans ce même numéro du Canal Record se trouve un état complet du trafic dans le canal pendant le semestre qui s’est écoulé depuis son ouverture, c’est-à-dire du i5 août 19x4 au i5 février 1915. Nous complétons ainsi les renseignements de notre n° du 6 mars 191a qui s’arrêtaient au ior janvier 1915.
- Pendant le semestre 496 navires ont transité dans le canal (25a vers l’Est et 244 vers l’Ouest) avec un poids total de marchandises de 2367-144 tonnes, se répartis-sant à peu près également dans les deux sens. Sur ce poids total 41 pour 100 ont été transportés d un des ports des Etats-Unis de l’Atlantique à un des ports du Pacifique appartenant également aux Etats-Unis ou inversement; 21 pour 100 ont été transportés d’un port des Etats-Unis sur le Pacifique à un port européen ou réciproquement; 21 pour 100 des côtes occidentales de l’Amérique du Sud à un port des Etats-Unis ou de 'l’Europe; 12 pour 100 des côtes de l’Atlantique vers l’Extrême Orient. Les principales marchandises qui ont transité dans le canal sont : les grains, les nitrates, les charbons, le pétrole raffiné, le bois et le coton. Ces six produits représentent environ le tiers de toutes les marchandises ayant traversé le canal.
- Les recettes du canal pendant le semestre se sont élevées à 10634160 francs, y compris 58 o53 francs perçus antérieurement au x5 août 1914. Dans le mois de janvier 1915 les recettes ont atteint 2 og5 181 francs.
- Compresseur d’air. — Nous donnons ci-dessons, d’après la revue les Travaux Publics, la description succincte d’un compresseur d’air très intéressant et de date récente qui a servi au fonctionnement des appareils d’alésage et de rivetage dé la partie métallique du viaduc construit sur le Lot pour le passage du chemin de fer de Villeneuve-sur-Lot à Falgueyrat.
- L’arbre a de la dynamo est solidarisé au moyen du manchon b avec l’arbre horizontal c du compresseur. Grâce à un engrenage conique d, le mouvement de l’arbre fait tourner le plateau P situé à la partie infé-
- rieure de l’appareil. Un cône renversé, dont le sommet est fixé en S sur le plateau P, et à une certaine distance du centre, se meut en même temps que le plateau. La base B du cône C, demeurant sans cesse normale à l’axe S Q, décrit une surface gauche. A la partie supérieure du compresseur se trouvent six petits corps de pompes fixes e constituant chacun un organisme complet de pompe aspirante et foulante. Les extrémités r des tiges des pistons p ne peuvent se déplacer que suivant des verlicales et sont assujettis à demeurer dans une rainure R pratiquée dans la base B du cône C. Lorsque l’appareil est en mouvement le premier piston p (à j-auche) qui était primitivement au haut de sa course, s’abaissera et se trouvera au point le plus bas lorsque le sommet occupera la position S' symétrique de S par rapport au centre du plateau. Le mouvement vertical alternatif des pistons est ainsi assuré et sa période est évidemment égale à celle d’un tour du plateau P. Dans chaque pompe e l’air entre par l’orifice supérieur m, puis il est refoulé par l’orifice latéral n dans le tuyau t le conduisant à l’orifice central 0 du compresseur, où se branche une canalisation allant au réservoir d’air comprimé.
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- La Nature
- a publié des articles techniques sur presque tous les sujets qui préoccupent l'opinion :
- L’Armement %
- Les trains blindés. — Vartillerie lourde allemande. — Une nouvelle unité de la flotte aérienne française : « le Tissandier ». — Canons, obusiers et mortiers. — La nouvelle usine à hydrogène de Varsenal de Chatham. — Ce qu'on savait de l'artillerie lourde allemande avant la guerre. — Les fusées d'obus. — Les balles dum-dum. — Épaves d'aviateur allemand. —La guerre en automobile. — Le général Shrapnell. — Atterrissage nocturne des avions. — Le fusil allemand. — Un taube. — Mitrailleuses étrangères. — Les projecteurs dans la guerre sur terre.
- La Marine t
- Ravitaillement des navires de guerre en haute mer. — La base navale allemande d'Héligoland. — Comment on peut se défendre contre les sous-marins. — La guerre navale en igi4 : I. Forces navales en présence. II. Notes de guerre. — Les mines marines. —Les croiseurs auxiliaires.
- — Le canal de Kiel. — L'attaque de Douvres. — Zeebrugge, base maritime contre lAngleterre.
- — Remise à flot du steamer « Zealand ». — La chauffe au pétrole dans la marine.
- Les conditions ethniques et géographiques de la guerre :
- Cracovie. — Les Karpathes. — Le bassin houiller de Sarrebrück. — La défense des Dardanelles.
- — Le Sinaï. — Les chemins de fer allemands. — Pola. — Ports allemands de la mer du Nord. — Le Rhin. — La Pologne stratégique. —• Ports allemands de la mer Baltique. — La défense de la Belgique par les inondations. — Les pétroles en Roumanie. — Le régime légal des mines au Maroc. — Nos câbles sous-marins. — De la pomme de terre à la fécule et au pain de guerre. —
- — La raréfaction du cuivre en Allemagne. — La question de l'or en Allemagne. — La répercussion de la guerre sur le prix de la vie. — f,a contrebande de guerre. — Chicorée de guerre. — Le coton en Égypte. — Les troupes indiennes. — Les Roumains de Bukovine. — Les Cosaques. —
- L'hygiène dans l'armée russe. — Rotterdam. — Lemnos.
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- Destruction systématique des ponts. — La faillite de la fortification permanente. — Machines allemandes à creuser les tranchées. — La démolition des obus non éclatés. — Mèches et cordeaux combustibles. — Les explosifs. — Déshuilage électrique de la vapeur. — L'industrie pharmaceutique française et la concurrence allemande. —La fabrication des pyroxyles. — Compositions incendiaires modernes. — L'industrie française pendant les guerres de la Révolution et de l'Empire. La plus puissante locomotive. — Traîneau-remorqueur automobile. — Industrie chimique et guerre. — Rupture d'une grue allemande. — Moteurs de marine. — Le sucre dans le Nord.
- Divers %
- L'esprit scientifique en temps de guerre. — Ouverture du canal de Panama. — Vêtements ingénieux pour nos soldats. — Le reportage photographique. — La guerre cheq les fourmis. — Les péniches-ambulances. — Là valeur calorifuge des tissus. — L'avant-guerre. ;— L'astronomie babylonienne et la science allemande. — Le kapok, plus chaud que la laine. — Les oiseaux et la guerre. — Les vaccins. — Les microbes mobilisés. — La recherche des projectiles dans l'organisme.
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- L’agriculture en Allemagne. — Le surpeuplement et la guerre. — La campagne turco-égyptienne et le choléra. — Pasteur et le diplôme prussien. — Le marché des drogues. — La reconstitution du Cheptel des départements envahis. — Le chemin de fer de Tanger à Fez. — A propos des féculeries. — La guerre et les matières tinctoriales. — D’où nous vient l’iocfe, etc., etc.
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- Grenades extinctrices. — Un nouveau procédé de conservation des viandes par le froid. — Nettoyage des bandes de crêpes Velpeau. — Patinage du fer. — Imperméabilisation des toiles d’équipement. — Charges d’alcool solidifié pour les réchauds — Graisse pour l’entretien des chaussures. — Pour éviter les épidémies. Imperméabilisation des draps d’uniforme. — Désinfection des linges à pansement, etc., etc.
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- N° 2172
- 15 Mai 1915
- LA NATURE
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- O
- Les Forts
- SOMMAIRE s
- Le camp retranché de Metz : Lucien Fournier. — Académie des sciences. — Guerres et épidémies : Dr A. Martinet. — L'exploitation des terres rares du Brésil enlevée aux Allemands : Jacques Boyer. — Le système métrique en Angleterre. — Confitures de guerre : Henri Coupin. SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Le trafic du port de Londres. — Le coryza et les régions polaires. — Photo-poudres à l’aluminium. —Pour éviter Icb accidents cutanés dus aux bichromates, etc.
- MASSON tt C‘% Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à- l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandjer
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois == Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature s doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Tarit (Y1e)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- Le trafic du port de Londres. — L’administration du port de Londres Port of London Authority) vient de publier son cinquième rapport annuel. Nous en extrayons les renseignements suivants qui montrent non seulement l’importance du trafic de ce port, mais aussi l’augmentation constante de ce trafic. En 1912 ce trafic qui était de 37676162 tonnes est passé, en 1913, à 40 080 282 tonnes.
- Sur une valeur totale de marchandises exportées ou importées dans la Grande-Bretagne de 35 088 876 625 fr. la part du port de Londres entre pour 10 294803 726 fr. et celle du port de Liverpool pour 9 269 260 3î5 fr. Viennent ensuite, par ordre d’importance, les ports de Hull, Manchester, Southampton et Glascow dont la valeur moyenne des importations et des exportations, pour chacun de ces ports, n’atteint que 1 625 000 000 de francs.
- Pour l’année 1913, les recettes totales du port de Londres ont été de 85 861 125 fr. et les dépenses de 55 445 55o fr., soit une recette nette de 3o 4*5 575 fr. dont il y a lieu de défalquer les charges fixes, les fonds de réserve et certaines dépenses résultant de réparations et de travaux qui montent à la somme de 28118175 fr., ce qui laisse un bénéfice net de 2 297 400 francs.
- Le coryza et les régions polaires. — Le coryza auquel nous sommes presque tous sujets pendant l’hiver, dans nos climats, est complètement inconnu dans les régions polaires ou, tout au moins, il ne s’y présente que sous une forme très anodine et n’est jamais accompagné de maux de tête. Le Dr Gourdon, qui accompagna l’expédition Charcot au Pôle sud en 1903-1905 et qui admet la nature infectieuse du coryza, attribue ce fait à ce que le froid ralentissant la vitalité du microorganisme atténue la virulence dès microbes. Il cite, comme preuve, le fait suivant. Une expédition au pôle qui devait durer deux ans reçut, comme ravitaillement, la seconde année, des caisses de lainages bien emballés. Lorsqu’on ouvrit ces caisses, tout l’équipage, qui était resté indemne pendant l’hiver précédent, fut atteint d’une épidémie de coryza due, d’après lui, à ce que les microbes avaient été conservés dans ces laines, à l’abri du froid.
- Photo-poudres à Paluminium. — Il est assez difficile, en ce moment, de se procurer du magnésium pour la préparation des photo-poudres. On peut le remplacer par l’aluminium, dont la combustion produit une lumière très actinique. Ce métal ne s’enflamme facilement que p’il est réduit ën poudre d’une extrême finesse, et telle qu'elle adhère aux parois des vases qui la renferment, en y formant une couche brillante. On trouve dans le commerce, sous le nom très impropre de broiize d'aluminium, une poudre d’aluminium qui satisfait bien aux conditions requises. Cette poudre pourra
- être mélangée avec du chlorate de potasse bien sec, préalablement pulvérisé séparément. Les proportions
- sont :
- Aluminium....................... 4 gr.
- Chlorate de potasse.............10 —
- Il ne faut pas oublier que ce mélange est un véritable explosif et que la préparation doit en être effectuée avec prudence. Les doses d’aluminium et de chlorate sont d’abord versées, en deux tas séparés, sur une feuille de papier," puis mélangées lentement avec une barbe de plume, d’oie. En aucun cas, on ne doit manipuler plus de 3o à 40 gr. du mélange; si l’on prévoit l’emploi d’une assez grande quantité de photo-poudre, on aura soin de fractionner la préparation en plusieurs doses, qui seront conservées par petits paquets séparés, de manière à diminuer les risques d’accidents.
- La poudre ci-dessus ne brûle pas très vite : la durée de combustion de 1 gr. est de i/5 de seconde. On l’accélère notablement en y ajoutant du sulfure d’antimoine, dans les proportions suivantes :
- Aluminium....................... 3 gr. 6
- Chlorate de potasse............10 gr.
- Sulfate d’antimoine ...... 2 gr. 2
- La durée de la combustion de 1 gr. est alors réduite à 1 /17 de seconde. La préparation du mélange exige les mêmes précautions.
- L’explosion du chlorate de potasse, sous l’action d’un simple choc, a été souvent la cause d’accidents. C’estpour-quoi, dès 1891, Villon conseillait de remplacer ce comburant par le perchlorate de potasse, qui possède un pouvoir oxydant très énergique et permet de préparer un mélange photogène résistant mieux au choc :
- Aluminium......................10 gr.
- Perchlorate de potasse......... 6 —
- M. J. Courtier a indiqué un mode d’emploi de l’aluminium tout différent : il utilise ce métal sous forme de fils fins qu'il met en court-circuit sur une canalisation électrique. Le passage du courant volatilise immédiatement le fil, qui émet une lumière très vive et de très courte durée.
- Pour éviter les accidents cutanés dus aux bichromates. — La manipulation fréquente des solutions de bichromate provoque souvent des accidents cutanés, parfois assez graves. Le cas se présente, notamment, dans les ateliers d’impressions photo-mécaniques, et les amateurs qui pratiquent assidûment les procédés photographiques pigmentaires (charbon, gomme bichromatée, huile, émaux, etc.), y sont également exposés.
- Un photographe américain, M. D. Howe, préconise, dans Inland Printer, le lavage des mains à l’eau oxygénée, aussi bien comme traitement préventif que comme traitement curatif. Il suffit d’employer, après chaque
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- séance, une très petite quantité d’eau oxygénée à io ou 12 volumes. Avant que la peau soit entièrement sèche, .on l’enduit d’un peu de glycérine.
- Un nouveau système de balance. — On fait grand usage, dans tous les laboratoires, de balances extrêmement précises, à l’aide desquelles chimistes et essayeurs font, à la précision du dixième de milligramme, les nombreuses pesées analytiques. L’aiguille indiquant l’équilibre est, dans la plupart de ces appareils, examinée avec une loupe, voire un microscope, tellement il importe de pouvoir apprécier la moindre petite inclinaison. Dans ces conditions, si habile que soit l’opérateur, on conçoit que chaque pesée demande relativement beaucoup de temps : il faut attendre patiemment que l’aiguille devienne immobile, et c’est d’autant plus long qu’on peut justement apprécier un déplacement microscopique.
- Or, nos chimistes sont gens pressés. Et pour les essayeurs de laboratoires industriels, le temps est encore peut-être plus de l’argent. C’est pourquoi on a créé plusieurs ingénieux dispositifs de freinage destinés à réduire l’amplitude des oscillations du fléau. On nomme balances apériodiques les appareils de ce genre. Il en existe plusieurs genres, en général de construction assez délicate, le frein amortisseur ne devant pas exercer sur le fléau ou sur l’aiguille le moindre effort pouvant fausser les pesées (une force égale à un dixième de milligramme suflirait à compromettre l’opération). L’appareil que vient d’imaginer M. J. Caralp résout
- C’est une jeune application du vieux principe d’Archimède que tout le monde connaît : tout corpsplongé dans un liquide est allégé d’un poids égal à celui du liquide dont il tient la place. Ainsi en munissant un des plateaux d’une balance, d’un plongeur cylindrique entrant dans le liquide, d’une cuvette inférieure, nous obtiendrons un dispositif très énergique : plus le fléau penchera, et plus le plongeur, entrant dans le liquide, allégera le poids du plateau.
- On peut aisément commander le freinage, augmenter, modérer.la poussée du plongeur en élevant ou en abaissant la cuvette à liquide. Ainsi, il suffira, l’équilibre étant à peu près établi, de regarder l’aiguille centrale indicatrice et de manœuvrer en conséquence le bouton commandant la cuvette pour supprimer toute oscillation du fléau amené de la sorte très rapidement à sa position d’équilibre.
- Toutefois, en freinant de la sorte, nous avons surchargé ou déchargé considérablement notre plateau à flotteur. Mais ce n’est pas un inconvénient. Bien au contraire. Car il nous est possible de mesurer exactement le déplacement du vase où plonge le flotteur; il nous suffit pour cela de regarder dans un microscope à réticule la petite échelle graduée flanquant la cuvette mobile. Connaissant exactement ce déplacement, nous pouvons calculer la poussée exercée par le liquide sur le plongeur, portant les poids qu’on aurait dû ajouter pour établir l’équilibre à défaut de notre ingénieux freinage. Le constructeur a fait ce calcul une fois pour toutes, connaissant la densité -,du liquide et le diamètre du cylindre : il a gradué son échelle en conséquence, dont les divisions indiquent directement des milligrammes.
- Ainsi le système Caralp ne permet point seulement de réduire le nombre des périodes oscillatoires du fléau; il permet de supprimer la manœuvre des petits poids. Précieux avantage : nouveau gain de temps. La manœuvre de la cuvette ne permet pas sans doute de supprimer les gros poids (grammes); il faudrait trop allonger flotteur et cuvette. Mais ce sont les petits poids dont on se sert justement le plus fréquemment, qui sont aussi les plus délicats à manier.
- Nous venons de décrire le principe du mécanisme. En réalité, quelques détails secondaires caractérisent encore l’appareil, dont nous indiquons seulement les principaux. Deux plateaux sont accrochés au côté du fléau portant le flotteur, en sorte que, si en posant l’objet
- t ingénieusement la difficulté.
- Flotteur
- Commande du mouvement du réservoir--
- -Index
- à peser on fait dévier le plateau supérieur, le plateau du bas ne bouge pas,'et le flotteur reste vertical. Le microscope mesurant le. déplacement de la cuvette est placé au centre de la cage, pour rendre, bien accessible le plateau, un jeu de miroir renvoyant l’image.
- jua jumeue-iunette.
- ------------------,--- — eiXipiU^ ^ , umuuu, x^AO-
- qu’il s’agit d’un examen un peu prolongé, offre l’inconvénient notoire de fatiguer les bras obligés de maintenir l’instrument devant les yeux et avec fixité. Le dispositif nouveau que nous décrivons, créé par la maison Baille-Lemaire, supprime cette obligation en même temps qu il rend la liberté aux mains ; en effet, cette jumelle se fixe sur le nez à l’aide de branches, à la manière ordinaire des lunettes. Les douilles portant les systèmes optiques sont montées sur des barillets excentriques b b (fig. i), permettant de régler leur écartement à la valeur de celui des yeux; trois crans, arrêtés par des ressorts rr, portent les nos 5g-61-63, qui correspondent aux principaux écarts. La mise au point se fait en tournant individuellement les barillets des deux objectifs A B, mise au point pour chaque
- ’i uLie
- Fig. 2.
- œil que des repères a a permettent de régler une fois pour toutes, l’instrument se replaçant toujours à une même distance des yeux dont il est maintenu un peu éloigné par le support capitonné C reposant sur le nez. Par suite de ce dispositif, il suffit d’abaisser le regard sans avoir à déplacer l’appareil (fig. 2) pour pouvoir lire un programme, des notes, une carte, ou même dessiner. De faibles dimensions — replié dans son étui il peut aisément se glisser dans la moindre poche cet instrument ne pèse que 3y gr. ; cependant ses qualités optiques, avec un grossissement de 2 fois 1/4 sont très suffisantes pour rendre de nombreux services. En effet, bien qu’il ait été établi surtout en vue de son utilisation au théâtre, il ne peut manquer d’intéresser les voyageurs, touristes et aussi les observateurs militaires, en aéroplane ou en ballon tout particulièrement.
- -ffl
- Siphon s’amorçant en soufflant. — Convient pour transvaser les acides et en général tous les liquides corrosifs qu’il serait dangereux d’aspirer avec la bouche. C’est une modification du siphon Radiguet telle qu’on la puisse construire soi-même. On se procure deux tubes de verre, un court d’assez gros diamètre (i5 à 20'mm), l’autre de longueur double, mais de diamètre moindre (4 à 8 mm).
- Le tube mince est coudé à la lampe fin peu à côté du milieu en forme d’U. Ba branche la plus courte est alors engagée dans le trou d’un bouchon de caoutchouc enfoncé dans le gros tube (Y. fig.). L’autre trou d’à côté contient un petit bout de tube mince, et l’extrémité libre du gros tube est fermée d’un autre bouchon à trou central.
- Dans ces conditions, le gros tube étant enfoncé dans un récipient contenant un liquide à siphonner, si nous soufflons par le petit tube du haut, le niveau du liquide dans le gros tube s’abaisse, et ce qui avait pénétré dedans lors de la plongée (par le principe des vases communicants), part par le trou du bouchon inféi’ieur. Mais ce trou étant petit, et comme d’ailleurs nous l’obturons un peu au besoin en appuyant sur le fond du vase, il se forme dans le gros tube une pression d’air, ce qui force le liquide à monter dans la petite branche et à sortir en redescendant; notre siphon est amorcé et continue de fonctionner quand nous cessons de souffler. Avoir soin alors de faire pencher un peu le gros tube pour que le bouchon du bas ne soit plus bien appliqué sur le fond et que son ouverture demeure bien dégagée.
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- N° 2173
- 22 Mai 1915
- LA NATURE
- SOMMAIRE :
- . Nos grandes industries du Nord : II. L'industrie houillère : L. De Launay. — Manutention des céréales dans les ports anglais : H. Véron. -— La lutte contre les vapeurs asphyxiantes : D,s D* et O. L’Allemagne et la télégraphie sans fil. — Comment on dose lés rayons X : Ernést Coustet.
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : La météorologie et l’aérostation. — La Compagnie allemande de Gelsenkirchen. — La défense militaire du canal de Panama. — Le café : sa production et sa consommation.— Détails rétrospectifs sur l’absinthe. — Les gisements des sels potassiques de l’Espagne. — ' Pommades hygiéniques pour les soldats.
- MASSON et Cta, Éditeurs. LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandjer
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Parie (VF)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS ET RECETTES
- La météorologie et l’aérostation. — Depuis le commencement des hostilités on a supprimé les dépêches relatives à la direction comme à la vitesse du vent à l’Ouest du continent, ainsi-que la prévision des dépressions barométriques. On a cessé, de la sorte, comme le fait remarquer M. Camille Flammarion dans l'Astronomie, de mettre dans la main des Allemands les éléments nécessaires à leur aérostation militaire offensive. Malgré tout leur espionnage si savamment organisé, les courants atmosphériques dominants de l’Ouest et du Sud-Ouest et qui régissent le temps sur l’Angleterre, la France, la Belgique et l’Allemagne, ne leur sont plus révélés. Aucune dépêche météorologique n’est envoyée et le Bureau central ne publie plus son Bulletin qu’avec une semaine de retard. Les zeppelins allemands sont donc dans l’obligation de marcher au hasard et ceux qui sont allés s’échouer sur les-côtes, de la mer du Nord montrent bien l’elïicacité de celte suppression. Si les navigateurs aériens avaient connu l’état de l’atmosphère ils ne se seraient certainemè'nt pas aventurés à un naufrage à peu près certain. Si, comme le fait remarquer M. Flammarion, le vent peut, quelquefois, être utile aux avions, il est l’implacable ennemi des aérostats aussi bien sphériques que dirigeables.
- La Compagnie allemande de Gelsenkirchen. — La
- puissante Compagnie métallurgique et minière de Gel-senkirchen, dont le capital est de 225 millions de francs, vient de publier son rapport annuel. Les recettes qui, en ïgi3, avaient été de 83 258 675 fr., n’ont été, en 1914? que de 60 307 080 fr. Les intérêts, les frais généraux, les impôts, etc., se sont élevés à la somme de 20 477 420 fret le Conseil d’administration propose pour cette année la distribution d’un dividende de 6 pour 100 au lieu de celui de 11 pour 100 qui avait été réparti en 1913.
- La défense militaire du canal de Panama. —
- D’après le Journal of ihe United States Artïllery la défense du canal de Panama, au point de vue militaire, se composera de canons de 16 pouces, de 14 pouces, de mortiers de 12 pouces et de howitzers de 4>7 pouces. Les canons de 16 pouces ont une portée de 17 km avec un angle de i5°. Ils seront installés à une grande hauteur au-dessus du niveau de la mer afin d’en augmenter la portée. Le poids du projectile est de 1080 kg avec une charge de 293 kg. Les canons de 14 pouces donnent au projectile une vitesse initiale de 720 m. par seconde et leur portée est de 18 km. Le poids du projectile est de 747 kg. Les mortiers de 12 pouces, qui sont les plus puissants employés jusqu’ici aux Etats-Unis, ont une . portée de 17 km avec une vitesse initiale de 549 m- Par seconde. Les howitzers de 4>7 pouces lancent des shrap-nells de 27 kg avec une vitesse initiale de 3g6 m. par seconde. Leur portée est de 915o mètres.
- Le café. — Sa production et sa consommation. —
- Les principaux pays producteurs de café sont l’Amérique centrale et, surtout, le Brésil. Les autres pays producteurs n’entrent que pour une faible part dans cette production, ainsi que le montrent les renseignements suivants donnés par M. Th. Streitberg dans le n° de mai 1914 du Bulletin de la Société belge d'Etudes coloniales. L’Amérique centrale, le principal produc-teur après le Brésil, qui, en 1893-1894, exportait 2691 000 sacs de café (le sac de café pèse 60 kg) en a exporté 2930000 en 1913-1 g 14> c’est-à-dire sans augmentation sensible. Aux Antilles, à Cuba, Porto-Rico, Jamaïque et Haïti, où l’on s’adonne plus volontiers à la production du sucre, du tabac, de la kola et des fruits, tels que la banane, l’orange, l’ananas, produits plus rémunérateurs pour le planteur, surtout à cause des avantages climatériques et géographique des lieux, l’exportation du café reste stationnaire et n’est passée de 1893-1894 à 1913-1914 que de 629 000 sacs à 675 000 sacs. Le même état stationnaire des exportations existe également dans les autres pays producteurs, tels que Bahia Victoria, les Indes anglaises et néerlandaises et l’Afrique où cette exportation qui, en 1893-1894, était de 1 106000 sacs n’a été que de 1 285 000 sacs en 1913-1914. Mais, si, dans ces différents pays producteurs, l’exportation du café reste à peu près stationnaire, le Brésil, par contre, a vu, dans le même laps de temps, sa production augmenter d’une manière gigantesque. De 1893-1894 à 1913-1914 elle a passé de 4 665 000 sacs à i3 25oooo sacs. C’est donc, comme on le voit, le Brésil qui est le plus grand exportateur. Aussi est-ce le café de Santos qui sert de base pour les transactions. En résumé, l’exportation de tous les pays producteurs de café qui était de 9091000 sacs en 1893-1894, dont 4 665 000 pour le Brésil, est passée en igi3-igi4 à 18000000 de sacs dont i3 25oooo pour le Brésil.
- Quant à la consommation mondiale il résulte des statistiques officielles que, pour l’année 1913-1914, elle *a été de 17530000 sacs dont 7 millions absorbés par les Etats-Unis, 5 millions par l’Allemagne, 2 millions par la France, 1 200000 par l’Au triche-Hongrie, 670000 parla Belgique et 660000 par la Hollande. Quant aux 3 millions de sacs qui restent ils se répartissent entre l’Italie, l’Espagne, la Russie, la Scandinavie et l’Orient. L’Angleterre ne consomme que 220000 sacs et le Japon 83 000 sacs. Mais il y a lieu de remarquer que les Japonais, comme les Anglais et les Russes, se rattrapent sur le thé.
- Détails rétrospectifs sur l’absinthe. — On trouve dans Pline l’Ancien (livre XXVII, chap. xxvui) de longs * détails sur les usages, surtout les usages médicaux que les anciens faisaient de l’absinthe, avec laquelle ils soignaient l’estomac, le foie, là rate, les yeux, les oreilles,
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- la gorge, pansaient les plaies, combattaient l’insomnie, arrêtaient l’effet de divers poisons, entre autres dé la ciguë, etc. Il indique la façon de faire la décoction et l’infusion d’absinthe. Il apprend aussi qu’on faisait avec l’absinthe une boisson alcoolique — autant que le permettait l’état de la chimie d’alors — : c’était un vin d’absinthe dont voici la recette (livre XIY, ch. xix) : « On fabrique le vin d’absinthe en mettant une livre d’absinthe du Pont dans quarante setiers de moût, qu’on fait bouillir jusqu'à réduction d’un tiers, ou en mettant des poignées d’absinthe dans du vin ». Ce vin avait des propriétés stomachiques. Il note aussi que la boisson d’absinthe (s’agit-il du vin, de la décoction, de l’infusion, il ne le dit pas) servait, en une circonstance, de récom-^ pense publique : « Dans les fêtes latines, il se fait des courses de chars à quatre chevaux au pied du Capitole, et on donne au vainqueur de l’absinthe à boire, nos ancêtres ayant jugé sans doute que c’était assez l’hono-rer que de lui donner pour prix la santé. » L’absinthe, amère à l’état de drogue, si bien que pour la faire prendre aux enfants les médecins, dit Lucrèce (I, g35), enduisaient de miel les bords de la coupe, semble donc avoir fourni aussi des boissons capables de plaire.
- (.Intermédiaire des chercheurs et curieux.)
- Les gisements de sels potassiques de l’Espagne.
- — On se rappelle le vif intérêt qu’a soulevé il y a quelques années la découverte des riches gisements de sels potassiques du sud de l’Alsace. Un intérêt non moins grand paraît s’attacher à l’heure actuelle à la découverte de gisements analogues dans la province de Barcelone, et celles, voisines, de Gérona, Lérida et Huesca.
- Ces formations ont été rencontrées dans les couches tertiaires du bassin de l’Ebre, c’est-à-dire dans la zone où se trouve la grande masse de sel gemme de Cardona, connue depuis l’antiquité. C’est un petit entrepreneur qui, en pratiquant des forages aux environs de Cardona, parvint à des couches de carnallite et de sylvine. Les explorations faites jusqu’ici indiqueraient qu’on est en présence d’une masse de 80 m. d’épaisseur, dans laquelle sont intercalés 22 m. de couches à carnallite avec 20 pour 100 de K Cl et 10 m. de couches à sylvine avec g5 pour 100 de Iv Cl. Des explorations ultérieures établiront l’importance de ces dépôts.
- Dès maintenant, des concessions de fouilles ont été demandées : par un groupe franco-espagnol pour 8082 hectares, par un groupe hispano-suisse pour 37017 hectares, par un consortium allemand pour 40000 hectares, et par des sujets espagnols pour 20 292 et 7588 hectares, soit en tout 112 929 hectares.
- Le groupe franco-espagnol aurait même déjà commencé les travaux d’exploitation.
- Etant donné que la consommation des sels potassiques en Espagne atteint déjà 3 ’jSo 000 francs par an, et qu’elle pourrait augmenter notablement si l’on disposait de produits à meilleur marché, le Gouvernement a résolu d’intervenir dans l’exploitation des nouveaux gisements, afin d’en réserver une partie du bénéfice au pays.
- Un décret royal, publié le ier octobre dernier, réserve à l’Etat le droit de suspendre, temporairement ou définitivement, les concessions des terrains que le Ministère de « Fomento » a l’intention de soumettre lui-même à , des recherches et éventuellement d’exploiter pour la production de minéraux employés comme engrais ou dans la fabrication de ceux-ci. L’Institut géologique
- d’Espagne est chargé d’indiquer les terrains qui doivent être ainsi réservés et recherchés. De plus, l’Etat peut aliéner, louer ou exploiter pour son propre compte les dépôts qu’il se réserve conformément aux lois en vigueur relatives aux mines ou à celles qui pourront être publiées.
- Un projet de loi présenté aux Chambres renforce ces dispositions, comme on le verra par le principe général dont il s inspire ; « A partir de la date de la promulgation de cette loi, toutes les concessions minières de sels potassiques ou d’autres minéraux, pouvant être employés comme engrais ou bien servir pour leur fabrication, seront soumises à l’intervention de l’Etat, pour tout ce qui a trait au contrôle de la production et de la vente des produits obtenus. Les concessionnaires seront tenus de travailler sans interruption les concessions obtenues, tant pour leur exploration que pour leur exploitation. L Etat a le droit de régler et de modifier cette exploitation selon les intérêts publics, et d’imposer des conditions spéciales au profit de la consommation nationale, à part les mesures d’ordre fiscal à adopter en ce qui concerne l’exportation des produits. »
- [Revue générale des Sciences).
- Pommades hygiéniques pour les soldats. — Il
- s’agit naturellement de pommades dermophiles, et non • pas de pommades capillaires. Elles sont destinées à la prévention et à la guérison des irritations produites chez les fantassins par le frottement des chaussures, chez les cavaliers par les heurts continus sur la selle. Nous empruntons à Cerbelaud les formules permettant d’obtenir des produits analogues aux spécialités les plus réputées ; on peut aisément les employer soi-même ou en confier l’exécution à son pharmacien.
- Pour les cavaliers, on obtient une pommade analogue au « trésor du troupier » en faisant fondre au bain-marie 800 gr. de vaseline et 200 gr. de cire d’abeilles, puis en incorporant dans l’ordre d’énumération :
- Salol pulvérisé..................5o grammes.
- Camphre pulvérisé . ............ 5 —
- Thymol pulvérisé................. 1 —
- Essence de géranium rosat '. . 5 •—.
- On se graisse, matin et soir, la peau exposée aux froissements de la selle. Le traitement est surtout précieux pour les jeunes soldats qui débutent dans l’art de l’équitation.
- Pour les fantassins, on préparera très facilement une pommade semblable au « cosmétique hygiénique des marcheurs » avec :
- Suif blanc................... 1 kilogramme.
- Essence de lavande ..... 5 grammes.
- Essence de thym..............4 —
- Thymol en poudre. ..... 1 —
- Le suif est d’abord fondu au bain-marie, après quoi on lui incorpore la solution de thymol dans les essences. On coule en petites boîtes métalliques, et on graisse très légèrement les pieds.
- Un abonné de Nature voudrait se procurer pour des expériences en cours 2 ou 3 litres de chlorure d’étain. Ecrire au Bureau du journal qui transmettra.
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- SOMMAIRE :
- Les colonies allemandes en Afrique : R. Bourrin. — Les Portes-de-Fer : L. De Launay. — Les roues élastiques : Cap. R. — Comment préparer soi-même du papier photographique : X. — Sous-
- marins microscopiques : Henri Coupin.
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Navires marchands disparus pendant la guerre. — Le trafic des voyageurs dans l’intérieur de Londres. :— Utilisation des chutes d’eau en Europe et dans l’Amérique du' Nord. — Le cours du sucre depuis la guerre. — Pour préparer soi-même les mèches de fumeurs. —
- Pour juger les rubans des machines à écrire.
- LE NUMERO 50 CENTIMES.
- MASSON et C1*, Éditeurs,
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tjssandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l’Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur ci’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, ta mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, Boulevard Saint-Germain, Tarit (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
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- INFORMATIONS ET RECETTES
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- Navires marchands disparus pendant la guerre.
- — D’après le Lloyd's Register, pendant le dernier trimestre de l’année 1914, i52 steamers d’un tonnage total de 273 720 tonnes et 60 voiliers d’un tonnage total de 46 310 t. ont disparu de son contrôle. Une grande partie de cette perte provient de faits de guerre : 68 steamers d’un tonnage total de 154 ”6 t. et 6 voiliers d’un tonnage total de 21 683 t. ont été coulés par des sous-marins ou des mines. Dans ce nombre de navires coulés, l’Angleterre entre pour une large part : 36 steamers d’un tonnage total de 95 552 t. et un voilier de 1691 t., à quoi il faut ajouter un steamer de 478 t. et un voilier de 1798 t. appartenant à une colonie anglaise. Vient ensuite la France avec 1 steamer de 48o3 t. et 4 voiliers de 8294 t. La Russie a eu 4 steamers d’un tonnage total de 3853 t. coulés. Du côté des pays neutres la Suède a perdu 7 steamers d’un tonnage total de 7341 t. ; la Nor-wège 5 steamers d’un tonnage total de 5564 t. ; le Danemark 2 steamers d’un tonnage total de 3638 t. ; la Hollande 2 steamers d’un tonnage total de 2382 t. et, enfin, la Perse, un petit steamer de j58 tonnes.
- Neuf navires marchands ennemis ont été coulés par la flotte alliée : 7 steamers allemands d’un tonnage total de 28 348 t. et 2 steamers autrichiens d’un tonnage total de 1899 tonnes.
- Nous ferons remarquer que, dans cette statistique, le Lloyd’s Register ne comprend que les steamers et les voi.iers d’un tonnage supérieur à 100 tonnes.
- Ces pertes, comme nous l’avons dit, ne s’appliquent qu’au dernier trimestre de 1914. Nous les complétons avec les renseignements que vient de fournir le gouvernement anglais et qui donnent la perte totale des navires marchands anglais, neutres et allemands depuis le commencement des hostilités.
- Pendant les 5 premiers mois de la guerre, c’est-à-dire du mois d’août à là fin de décembre, l’Angleterre a perdu 60 navires d’un tonnage total de 234 63o tonneaux, c’est-à-dire 1,2 pour 100 du tonnage total de la flotte marchande anglaise* 47 ont été coulés par des croiseurs, 20 par des mines et 3 par des sous-marins.
- De janvier 1915 au 5 mai dernier les pertes de l’Angleterre ont été de 61 navires marchands d’un tonnage total de 161 170 tonneau*, soit 0,86 pour 100 du tonnage total de la flotte marchande anglaise : 9 de ces navires ont été coulés par des croiseurs, 2 par des mines et 5o par dessous-marins. _
- En ajoutant les pertes depuis le 5 mai jusqu’au i5 mai et en y comprenant le Lusitania on arrive à une perte totale, depuis le commencement'des hostilités, de ii5 navires marchands d’un tonnage total de 460 638 tonneaux, soit 2,3 pour 100 du tonnage total de la flotte marchande anglaise : 56 navires coulés par des croiseurs, 12 par des mines et 57 par des sous-marins.
- Le nombre total de personnes de toute nationalité qui ont trouvé la mort dans la destruction de ces navires s’élève approximativement à i55o.
- A ce total il y a lieu d’ajouter 55 navires de pêche de petit tonnage.
- Le nombre total de bâtiments marchands neutres détruits par les Allemands depuis le début des hostilités se compose de : 48 bâtiments coulés par des mines, 9 endommagés par des mines, i5 coulés par des sous-marins, 2 endommagés par des sous-marins et 3 coulés par des croiseurs, soit un total de 77 navires.
- Pendant la même période de temps le tonnage de; la marine marchande allemande détruit ou capturé s’élève à 3i 1 465 tonneaux.
- Le trafic des voyageurs dans l’intérieur de Londres. — Engineering vient de publier une statistique montrant l’accroissement, dans ces dernières années, du trafic des voyageurs circulant dans l’intérieur de Londres (Greater London). Nous en extrayons les points principaux. En 1800 la population de Londres qui était de 1 114644 habitants est passée, en i85o, à 2680955 habitants, soit une augmentation annuelle de 3i 226 habitants. Cet accroissement n’a cessé de croître dans les années suivantes, et de 1891 à 1901, il était de 94760 habitants. Puis, de 1901 à 1911, une diminution sensible s’est produite et l’accroissement anmiel n’a plus été que de 67000 habitants. Cette dépression qui est facile à expliquer provient des nouvelles facilités de transport dues aux améliorations des grandes lignes de chemins de fer desservant la banlieue, à l’adoption de la traction électrique sur un certain nombre de ces lignes de banlieue, à la création des lignes souterraines et, surtout, à la création de nombreuses lignes d’autobus. Grâce à ces facilités de transport nombre de personnes, au lieu d’habiter l’intérieur de Londres, ont pris leur résidence dans la banlieue et viennent chaque jour dans la capitale pour leurs occupations. Mais cet exode a eu pour contre-partie un accroissement considérable du trafic de ces nouveaux modes de transport. Ainsi, dans les cinq dernières années, c’est-à-dire de 1908 à 1913, on constate les faits suivants :
- En 1908, pour une population londonienne de 7 068000 habitants le nombre total des voyageurs transportés a été de 1 3g5 6j5 000 se répartissant comme suit : 399666000 transportés par chemin de fer, 636009000 par les tramways et 36ooooooo par les' omnibus ét les autobus. Le nombre des voyages par habitant était de ig5,5. En 1913, pour une population de 7 3p3 000 habitants le nombre total des voyageurs transportés est devenu 2007347000 se décomposant en : 462 019 000transportés par chemin de fer, 811 397 000 par tramways et 73393x000 par autobus. Le nombre
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- des voyages par habitant est passé à 271,6. De la comparaison de ces chiffres il résulte que, pendant ces cinq années, le nombre des voyageurs transportés dans Londres a augmenté de 46 pour 100 et que cette augmentation a, surtout, profité aux autobus dont le nombre de voyageurs transportés a augmenté de 373 g 31000, soit de 104 pour 100, tandis que cette augmentation n’a été que de 16 pour 100 pour les chemins de fer et de 18 pour 100 pour les tramways.
- Quant au nombre de voyages par habitant il a augmenté de 3g pour 100, taudis que, dans le môme laps de temps, la population de Londres n’a augmenté que de 4,92 pour 100.
- Utilisation des chutes d’eau en Europe et dans l’Amérique du Nord. — La Lumière électrique résume, d’après YElectrical Review, une communication faite à la Société canadienne des ingénieurs civils par M. Arthur Surveyer dans laquelle ce dernier donne pour les différentes puissances européennes et pour l’Amérique du Nord la puissance hydraulique disponible dans ces différents pays ainsi que le pourcentage d’utilisation de ces puissances. Ces renseignements sont d’autant plus intéressants qu’ils montrent combien est encore faible l’utilisation des forces hydrauliques disponibles. Ainsi l’Allemagne, qui possède une puissance hydraulique disponible de 1 425 000 chevaux, n’en utilise que 3i,2 pour 100; la Suisse, avec une puissance disponible de 1 5oo 000 chevaux, n’en utilise que 25 pour 100 ; la Norvège, dont la puissance hydraulique disponible est de 7 5oo 000 chevaux, n’en utilise que 12,3 pour 100; la France qui vient ensuite comme utilisation, avec une puissance hydraulique disponible de 5857000 chevaux, n’en utilise que 11,1 pour 100; l’Italie, avec une puissance disponible de 5 5oo 000 chevaux, n’en utilise que 10,1 pour 100; l’Angleterre n'utilise que 8,3 pour 100 de ses 943 000 chevaux hydrauliques disponibles. Yient ensuite la Suède avec un pourcentage de 8,2 pour 100 pour 6750000 chevaux; l'Autriche-Hongrie avec un pourcentage de 8 pour 100 pour une puissance disponible de 6 460 000 chevaux. Enfin, l’Espagne, dont la puissance hydraulique est de 5 000 000 de chevaux, n’en utilise que 6 pour 100. En totalisant toutes les forces hydrauliques disponibles des puissances européennes, qui sont de 4° g55 000 chevaux, on voit que l’utilisation moyenne de cette puissance n’est que de 10,6 pour 100. Dans l’Amérique du Nord, les Etats-Unis, qui disposent d’une puissance hydraulique qu’on estime à 26 736 000 chevaux, n’en utilisent que i5 pour 100, c’est-à-dire 4 millions de chevaux. Le Canada, avec une puissance .hydraulique disponible de 17764000 chevaux, n’utilise que 8,2 pour 100 de celte puissance. Ces chiffres, qui se rapportent à l’année 1911, seraient peut-être un peu plus élevés pour 1914, mais les renseignements manquent pour cette année. Si, maintenant, on recherche comment se répartissent ces puissances hydrauliques utilisées, tout au moins pour certains pays, on trouve qu’en France la puissance utilisée se répartit à peu près également entre celle employée par l’électro-chimie et l’électro-métallurgie et celle employée parla traction et l’éclairage. Il en est de même en Norvège, tandis que, en Suède, 32,4 pour 100 sont utilisés pour l’électro-chimie et l’électro-métal-lurgie et 67,6 pour 100 pour la traction et l’éclairage.-
- Le cours du sucre depuis la guerre. — Les cours du sucré ont oscillé, dès le début de la guerre, d’une manière considérable. Ainsi, d’après un travail de M. Debureau, directeur du Journal des Fabricants de sucre, le cours du sucre blanc n° 3, qui était de 3i fr. 48 les 100 kg en janvier 1914 et de 33 fr. 32 en juillet 1914, est passé, en octobre, à 52 fr. qÜ pour redescendre en décembre à /fi fr. 79> Par suite de l’apparition sur le marché des sucres de betterave de la nouvelle récolte. Dès le début de l’année 1915 un relèvement s’est produit. En janvier 1915 on cotait 49 fr. 52, en février 55 fr. 20 et, en mars, le cours de 60 fr. était atteint et dépassé. Pour les sucres raffinés en pain, la cole a passé de 64 fr. les 100 kg en janvier 1914 à 65 fr. en juillet pour atteindre g3 fr. en novembre. Puis cette cote est descendue à 89 fr. g3 en décembre pour se relever à 91 fr. 64 eu février. C’est donc une augmentation dé plus de 43 pour 100 depuis la guerre. Les cours du sucre raf-
- finé comprennent l'impôt de consommation de 25 fr. lfes 100 kg, mais ne comprennent pas la taxe de-raffinage de 2 fr. les 100 kg, cette taxe étant toujours portée sur la facture. Pour les sucres de consommation courante, en France, qui n’est pas le sucre en pain, mais bien le sucre en morceaux réguliers, le prix de ce dernier est notablement plus élevé que celui du sucre en pain. Ce sucre en morceaux n’est pas coté à la Bourse de Commerce depuis des semaines et, aU détail, il valait au i5 mars dernier, iïo fr. les 100 kg. Les principales causes d’augmentation du prix du sucre ont été que la campagne indigène de 1914-15 a présenté de nombreuses difficultés. En raison delà mobilisation, survenue peu de temps avant l’époque habituelle de la mise en œuvre de la récolte de betterave, de graves difficultés ont surgi pour l'arrachage et le transport des betteraves aux fabriques et pour le fonctionnement des usines. Grâce aux démarches du Syndicat des Fabricants de sucre les difficultés de la main-d’œuvre, du transport des charbons, etc., ont pu être surmontées d’une manière relativement satisfaisante. La fabrication, néanmoins, a débuté beaucoup plus tard que d’ordinaire; le travail des usines a été très lent; les quantités de betteraves traitée^ par 24 heures ont souvent été inférieures à la moitié de la normale. En raison de la lenteur du travail, les frais de fabrication "par tonne de betterave se sont accrus dans de fortes proportions. La fabrication a été aussi rendue plus coûteuse par le fait de sa prolongation inusitée et du renchérissement des objets de consommation. Une autre cause d’augmentation du prix du sucre a été le nombre considérable dé-fabi'iques dont le travail a été arrêté par la guerre. En 1913-i4 le nombre des fabriques actives était de 206. Au 7 février dernier ce nombre des fabriques actives n’était plus que de 69, ce qui porte à 137 le nombre des fabriques de sucre dont le travail est arrêté dans les départements envahis en totalité ou en partie. Les départements les plus éprouvés sont : l’Aisne où 45 fabriques sont arrêtées sur 49, le Nord où 3y usines sont arrêtées sur 38, l’Oise 4 fabriques arrêtées sur 19, le Pas-de-Calais 17 arrêtées sur 23, la Somme 27 fabriques arrêtées sur 31, les Ardennes où les 4 usines à sucre sont arrêtées.
- En fait, par suite de la guerre et de l’occupation d’une partie de notre territoire, la dernière récolte n’a produit que 3oo 000 tonnes de sucre, au lieu de 800000 t. en temps normal. La consommation étant de 65o 000 t. par an, c’est 35o 000 t. de sucre exotique qu’il faut importer pour combler le déficit^ Il en résulte que le prix du sucre, en France, devra, dans ces conditions, se régler sur le prix du marché mondial. Actuellement, les sucres exotiques arrivent à Paris à des prix variant entre 96 et 98 fr. les 100 kg, impôt de consommation compris et ces prix, autant qu’on peut le prévoir, ne semblent pas devoir être dépassés, étant donnés les achats importants récemment conclus et qui arriveront d’ans nos ports prochainement.
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- Pour juger les rubans des machines à écrire. —
- Beaucoup venaient, naturellement ! d’Allemagne, et maintenant que les difficultés de fabrication croissent, la qualité diminue. Les rubans donnant des impressions véritablement indélébiles sont à base de carbone, tandis que les rubans bon marché sont faits avec des couleurs d’aniline.
- Pour les distinguer des premiers, il suffit d’étendre un peu de la matière obtenue en grattant le ruban imbibé d’alcool très chaud sur du papier buvard. Si la tache est noire dans toute son étendue, c’est que le ruban était à base de noir d’aniline, qui est soluble dans l’alcool. Si, au contraire, la tache ne s’étale pas, et est auréolée d’une zone mouillée non colorée, le ruban est de bonne qualité, à base de carbone.
- Renseignements. — Pour tous renseignements sur la construction et le mécanisme du moulin à vent vertical décrit dans La Nature (n° 2171), s’adresser à M. J. Costes, 86, avenue Daumesnil, Paris,
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- N" 2175
- 5 Juin 1915
- LA NATURE
- SOMMAIRE :
- Nos grandes industries du Nord : III. L'industrie du fer : L. De Launay. — La trouvaille d’Abydos (puits de Strabon ou tombe d'Osirîs) : E.-A. M. — La frontière austro-italienne : P. Sallior. — Académie des sciences. — Nécrologie : Pierre Martin : H. Le Chatelier. SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Construction d’un redresseur à vibreur pour courants alternatifs. — Le CO® thermoscope. — Une canne-soutien pour nos blessés, etc.
- MASSON et C1*, Éditeurs.
- LB NUMERO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY | E.-A. MARTEL
- Membre de 1 Institut, | Membre du Conseil supérieur d'Hyaiène publique,
- Professeur à 1 Ecole des Mines et à I École des Ponts et Chaussée». I Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne s Lâ NâturQ s doit être adressé aux bureaux du journal : /20, Boulevard Saint-Germain, Tarit ÇVl*)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS ET RECETTES
- Construction d’un redresseur à vibreur pour courants alternatifs. —Un de nos lecteurs, M. Ghalas, nous écrit : « Comme vous répondiez fort justement à une question posée par moi, sur les vibreurs pour redresser les courants alternatifs, l'inertie’ de la lame vibrante intervient et le contact est souvent rompu à un moment tout autre que celui où le courant passe par O. Le synchronisme de la lame existe toujours, mais — les contacts n’ont pas lieu quand il est opportun — on peut tourner la difficulté en profitant de l'inertie pour tomber exactement sur la deuxième phase, puisqu’on ne peut attraper la première. J’ai réalisé ce dispositif qui pourra peut-être être utile à certains de vos lecteurs, l’appareil étant facile à construire pour un amateur un peu outillé.
- Le schéma (fig. 2) fera comprendre le fonctionnement : 1 est le primaire, courant ixo volts' alternatif; 2 est le secondaire du transformateur; 3 est un aimant permanent; 4 une bobine de fil très fin en dérivation sur le secondaire alternatif et produisant un champ magnétique ayant pour but de faire vibrer la palette 5 qui est en fer doux; 10 est le pivot de la lame; 6 est une lame flexible en cuivre qui porte la palette 5 en fer doux; 7, 7 sont des vis platinées ; 11 grain de platine ; 8 est un ressort en cuivre; 9 une berne de tension du ressort. Avec le montage indiqué sur la figure, on a, à la sortie du circuit secondaire, toujours le même sens. Il faut, il est vrai, doubler le nombre de spires du secondaire du transformateur 2 pour avoir le voltage convenable. Dans l’exemple ci-dessus, j’ai deux enroulements de primaire, 5oo m. chacun fil 3/io° et deux enroulements de secondaire
- 3o m. environ chacun, 1 mm diamètre, ce qui permet plusieurs combinaisons. L’appareil se règle très facilement par la tension du ressort 8 et son jeu latéral permettant de mettre le grain platiné exactement dans l’axe ; les vis 7 bien réglées, le courant est d’une grande fixité, et ce qui caractérise l’appareil c’est l’absence totale d’étincelles ; il n’y a jamais de collage, par conséquent pas d’arrêts, le bruit est insignifiant.
- La photo montre l’appareil contre un mur ; le transformateur est très simple à faire, étant entièrement fait de feuillard mince assemblé par des boulons.
- Le CO2 thermoscope. — On sait quelle importance considérable présente en industrie le dosage du gaz carbonique dans les fumées allant des foyers de chaudière à vapeur dans la cheminée.
- Qu’au lieu de 8 pour 100 par exemple, on trouve 12 pour 100 de gaz carbonique, et l’économie de charbon atteint 10 pour 100 : tout simplement parce qu’on n’eul. pas besoin de chauffer inutilement un énorme volume d’air en excès.
- Afin de doser aisément, souvent et rapidement CO2 dans les gaz brûlés, on a déjà imaginé de nombreux dispositifs, en particulier de curieuses machines à analyser plusieurs fois décrites dans La Nature. Le nouvel appareil est sinon aussi perfectionné, du moins bien plus simple. Il se compose d’une petite pompe à piston garni de cuir, avec laquelle on aspire un volume déterminé des gaz à analyser, ensuite envoyé sur une « cartouche » spéciale contenant de la soude caustique. En se car-bonatant la soude dégage de la chaleur, et elle en dégage d’autant plus que le gaz est plus riche eu CO2 : il suffit d’apprécier l’élévation de température pour mesurer la richesse du gaz en anhydride carbonique !
- Yoici le détail de la façon dont est assurée cette opération : A est un corps de pompe, avec un piston muni d’une garniture en cuir.
- Le thermomètre est fixé au corps de pompe A, et le tout est renfermé dans une gaine métallique C, portant une fente D, qui découvre le thermomètre. Une échelle graduée mobile E, indiquant les pourcentages de CO2, glisse dans la fente D. G est une cartouche métallique à parois de faible épais-
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- Détail du CO2 thermoscope.
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- INFORMATIONS ET RECETTES
- seur contenant de la soude caustique pulvérisée. La gravure montre cette cartouche engagée dans le bulbe F du thermomètre, en position pour une analyse.
- Le corps de pompe est relié à la cartouche par un tube de caoutchouc K, monté sur le robinet I.
- Pour tenir compte des températures variables des locaux où l’on opère, et obtenir un échantillon de gaz d’un volume correct, on limite la course du piston au trait de la graduation S du piston, correspondant, à la température marquée par le thermomètre T.
- L’instrument est livré dans un étui cylindrique en cuir, et accompagné d’une boîte de ioo cartouches.
- Lorsqu’on veut faire une analyse, on commence par perforer à chaque bout une cartouche, ensuite montée à l’extrémité du tube de caoutchouc, et introduite dans le bulbe du thennomètre. Un échantillon de gaz est capté dans le corps de pompe, en faisant la correction de volume nécessaire, suivant' la température. Le zéro de l’échelle mobile est placé en regard du sommet de la colonne de mercure du thermomètre, et le piston est refoulé. Le mélange de gaz traverse la cartouche, un, dégagement de chaleur se produit, le niveau du mercure s’élève, et, lorsqu’il est arrivé au plus haut point de sa course, on lit simplement en regard le pour cent de CO2 sur l'échelle.
- Un usage curieux du nouvel appareil est celui que conseille de pratiquer le constructeur pour en apprécier la sensibilité : analyser la fumée du tabac ! On trouve ainsi, paraît-il, que les bouffées expirées par un fumeur de cigarettes ne titrent que 5 ou 6 pour ioo de gaz carbonique, tandis que le fumeur de pipe produit de l’air à 20 pour ioo de CO2! — L’appareil est construit par la Underfeed Stoker Cy, Coventry House South Place, London.
- Une canne-soutien pour nos blessés. — Toute invention, si petite soit-elle, est bienvenue quand elle améliore le sort de nos blessés. En voici une dont bénéficieront tous ceux qui doivent faire appel à une canne pour commencer à marcher. Elle permet, même, de supprimer avantageusement la béquille toutes les fois que la jambe, trop faible pour assurer la marche sans soutien, peut cependant faire les mouvements essentiels de sa fonction. Or, la béquille est, on le sait, souvent
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- Fig. i.
- néfaste : le blessé perd l’habitude de faire jouer les articulations. Il s’ankylose. — C’est un ingénieur, M. Schlick, qui a conçu la canne que nous allons décrire et c’est le Dr G. Michel, professeur à la Faculté de Médecine de Nancy, qui en a généralisé l’emploi.
- Ce qui caractérise cette canne («) c’est sa poignée légèrement inclinée [b) et un ressort [d) qui emboîte l’avant-bras (e). Le blessé prend point d’appui sur la poignée et sur le ressort, l’avant-bras étant dans le prolongement du bras, il n’y a donc pas d’effort perdu.
- Le soutien est très solide, et la canne où les deux cannes étant bien parallèles aux membres inférieurs, la marche est facile.
- Le Dr Michel a fait essayer cette canne à plusieurs blessés du Bon-Pasteur, de Nancy, dont un béquillard :
- « Avec deux cannes, ce béquillard invétéré a marché très vite, en mettant le pied à terre, chose qu’il ne voulait pas faire auparavant.
- « Un artilleur très intelligent, ouvrier monteur chez Rochet Schneider, à qui j’ai fait une ostéotomie pour fracture vicieusement consolidée de Dupuytren, .a reconnu de suite les avantages de cette canne.
- « Je vous demande de la faire essayer à vos blessés et de me donner votre avis.
- « M. Schlick, à qui appartient l’idée de cette canne, a pris un brevet non pas dans un esprit de lucre, bien au contraire : cette canne est vendue au profit de l’Œuvre des Mutilés de la Guerre, de Nancy, à qui l’on peut s’adresser pour tous renseignements. Le prix de revient en est infime : il va de 3 francs à 5 francs. »
- L’horticulture et la guerre. — Si les industries les plus directement utiles à la vie des nations ont été, même dans beaucoup de pays neutres, les premières victimes de la guerre, n’en doit-il pas être de même, à plus forte raison, des commerces de luxe ?
- On le croirait. Nous livrons cependant le documept suivant aux réflexions de nos lecteurs : les statistiques officielles ont établi que, malgré la guerre, l'exportation de bulbes à fleurs n’a, en Hollande, subi qu’une diminution de 77 000 kg, ce qui est insignifiant si l’on tient compte de l’importance de ce commerce qui s’est élevé en 1914 à 24893900 kg contre 24960900 kg en 19x3. Ces quelques chiffres prouveraient-ils seulement que le départ est difficile à faire entre les « industries de luxe » et les « industries utiles « ? La civilisation crée sans cesse des besoins nouveaux, et ce qui, à l’origine, pouvait paraître artificiel finit par devenir une nécessité.
- BIBLIOGRAPHIE
- Les Origines de la Guerre européenne, par Auguste Gauvain. 1 vol. in-18. Paris, Armand Colin. Prix : 3 fr. 5o.
- M. Auguste Gauvain dirige la politique étrangère du Journal des Débats depuis l’automne de 1908. Sa clairvoyance avant la conflagration générale lui permettait d’exposer Les Origines de la Guerre européenne avec une compétence particulière. Il l’a fait sobrement, en historien, en se référant exclusivement à des faits contrôlés et à des documents authentiques. Aucune protestation germanique ne prévaudra contre cette démonstration qui dissipe toutes les confusions laborieusement établies par les gouvernements agresseurs.
- La guerre vue d'une ambulance, par l’abbé Félix Kleix. 1 vol. in-18. Paris, Armand Colin. Prix : 3 fr. 5o.
- C’est de l’ambulance américaine de Neuilly, dont il est l’aumônier, et qui est une des plus importantes de la France entière, que l’auteur évoque pour nous ces visions de la guerre. Au jour le jour il nous dit ce qu’il entend et ce qu’il voit. Il le dit en prêtre, certes, comme il est naturel; mais aussi en homme, et, sans le chercher, en écrivain.
- Les responsabilités de VAllemagne dans la guerre de 1914, par P. Saintyves. In-12. Paris, Nourry, 1915. Prix : 4 francs.
- Cet exposé complet des efforts allemands pour l’hégémonie mondiale, — des fourberies, violations et atrocités germaniques (avec 12 appendices justificatifs) — conclut très nettement que : « L’heure n’est pas aux vaines paroles de paix, mais aux efforts pour le triomphe et la victoire ».
- La guerre de 1914. par Jean Debrit. — Notes au jour le jour par un neutre. In-16. Edition Delandre, 11, rue Bergère, Paris. Prix : 3 francs.
- Chronologie des cinq premiers mois de la guerre — si impartiale que l’auteur conclut, à la date du 3i décembre, à « une gigantesque déception dans les deux camps ».
- RECTIFICATION
- A propos de l’article sur le Système métrique en Angleterre, paru dans La Nature du i5 mai n° 2x72, un de nos collaborateurs nous prie de faire remarquer que la proposition de M. Kestner, faite aux Chambres anglaises, a été adoptée presque à 1 unanimité. Il y a là une décision de principe du plus haut intérêt.
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- EXPÉRIMENTÉ arec succès dans les Hôpitaux de Paris «t les Sanatoria. Communications à /'Académie des Sciences, la Société de Biologie, de Thérapeutique de Paris.
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- N° 2176
- 12 Juin 1915
- LA NATURE
- MPFMŒSÏÏÛMi L" MOTSTB2H
- 1IWI MIS ÜT ME 3LMn%g> W,T^
- VACCIN ET
- SOMMAIRE :
- Le laboratoire de vaccination antityphique de l’armée et la guerre de 1914-1915 : H. Benoit-Bazille. — Comment on opère un débarquement : P. S. — La marine italienne : E. Bertiïl. — L’Arabie : A. Jouannin, — Académie des sciences : les vitraux de Reims. — L'armée moderne. Son organisation. — La plus longue ligne téléphonique du monde : New York-San Francisco : Jacques Boyer."
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Le Réchoto. — L’origine du Radis. — Préparation des
- révélateurs photographiques.
- MASSON et Cto, Éditeurs. 5LE NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ Fondé par Gaston Tissandier
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l’École des Mines et à l’École des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d'Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie.
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départem. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- Tout ce qui concerne « La Nature » doit être adressé aux bureaux du journal : 120, "Boulevard Saint-Germain, Tarit (VIe)
- La reproduction des illustrations de « La Nature » est interdite.
- La reproduction des articles sans leurs figures est soumise à l’obligation de l’indication d’origine.
- INFORMATIONS ET RECETTES
- Le Réchoto. — Dans les circonstances actuelles il faut chercher à simplifier le plus possible le matériel indispensable et mettre entre les mains de chacun des outils capables de remplir plusieurs fonctions. Ceux qui, à l’armée, ont à se servir fréquemment du fer à souder trouveront certainement très ingénieuse la combinaison qui vient d'être réalisée sous le nom de Réchoto. Le Réchoto se présente sous la forme d’un réchaud de faible diamètre, sur lequel on peut faire cuire, très rapidement, des aliments quelconques, et qui se transforme instantanément en lampe à souder. Le réservoir R reçoit-sa provision d’essence par une ouverture pourvue de deux ailettes; pour s’en servir comme lampe à souder on surmonte le tube d’ajutage T du brûleur A sur lequel il se visse et qui est en tous points semblable à celui d’une lampe à souder ordinaire. On
- 1. La gamelle d’aluminium. 2. Le tube du réchaud.
- 3. Le Réchoto monté en lampe à souder.
- verse un peu d’essence daus la coupelle entourant la base du tube T et on l’enflamme. L’essence du réservoir ne tarde pas à se vaporiser, et, grâce à l’entraînement de l’air, à fournir une flamme de température très élevée. La sortie des vapeurs d’essence s’effectue par la tige M à bouton mobile. Le réchaud est constitué par les mêmes éléments, mais on remplace le tube A par un autre brûleur à peu près semblable terminé par une partie conique B pourvue de trous. La flamme s’échappe alors par ces trous, et s’élargit en couronne sous la gamelle.
- Celle-ci est supportée par des branches solidaires d’un solide anneau, elles se prolongent à la partie inférieure de cet anneau de manière à constituer un emboîtement bien, assujetti sur le réservoir R. Un tel instrument ne peut être que d’une construction irréprochable à cause de sa fonction de lampe à souder; le réchaud bénéficie de cette qualité. Les fabricants ont également établi une excellente gamelle d’aluminium avec couvercle et poignée, pourvue de passages pour la courroie du sac, beaucoup-moins lourde et moins encombrante que le modèle courant; c’est une gamelle de luxe. Les deux objets sont en vente chez Kirby-Beard et Cio, 5, rue Auber, à Paris, aux prix de : le Réchoto, 25 francs; la gamelle, 6 francs.
- L’origine du Radis. — Vers le milieu du siècle dernier un praticien habile, Carrière, frappé de la ressemblance qui existait entre le Radis et la Ravenelle sauvage avait induit de celle ressemblance à une filiation possible des deux plantes. Des cultures expérimentales de Radis et de Ravenelles réalisées dans des parcelles voisines lui avaient permis de constater la transformation progressive de la Ravenelle qui prenait peu à peu le caractère du Radis. La plante nouvelle ainsi obtenue que Carrière appelait Raphanode semblait être un témoignage certain de sa filiation du Radis et dê la Ravenelle. Les faits observés par Carrière furent très discutés il y a 40 ans et, ainsi que le constate la Revue horticole d’où nous extrayons ces renseignements, il put se faire l’illusion qu’il avait tiré de la Ravenelle sauvage, par simple transformation culturale, un Radis véritable. Mlle Trouard Riolle, qui a repris l’éUide de cetté question, vient d’apporter sur ce chapitre si controversé de l’hisloire des plantes la lumière absolue. Les observations nouvelles de Mlle Trouard Riolle ont, comme point de départ, l’examen détaillé, lant au point de vue extérieur qu’au point de vue anatomique, de tous les types qu’il est possible de rassembler de Radis français ou asiatiques d’une part, et de Ravenelles sauvages d’autre part. Ces premières études l’ont amenée à conclure qu’il s’agissait bien là d’espèces séparées.; cependant, le passage de la plante sauvage à un type modifié analogue au Raphanode de Carrière a été constaté par Mlle Trouard Riolle comme il l’avait été par Carrière. Toutefois, pi'évoyant dans ces variations l’influence de l’hybridation, elle a cultivé une partie de ces plantes à l’abri du pollen étranger et elle a pu voir, alors, qu’il ne se produisait de variations que là ou l’hybridation entre Radis et Ravenelle élait possible. Bien plus, par des croisements judicieux, elle a réussi à reproduire expérimentalement des Ra-phanodes. Des différents essais de Mlle Trouard Riolle il résulte donc qu’il n’est pas possible, par améliorations çulturales, de transformer la Ravenelle en Radis comme le pensait Carrière, mais que cette transformation devient possible par l’hybridation qui donne des plantes à caractères des deux parents.
- Préparation des révélateurs photographiques. —
- A défaut d’eau distillée, il est utile de n’employer que de l’eau bouillie et refroidie. D’abord, cette eau ne contenant plus d’air, le révélateur se conservera plus longtemps ; d’autre part, les sels calcaires se déposantpendant le refroidissement, on obtient par décantation une solution beaucoup plus propre. On éprouve parfois beaucoup de difficulté pour dissoudre le sulfite de soude anhydre : la poudre s’agglomère en petites boules, qui fuient obstinément devant l’agitateur,-lorsqu’on essaye de les écraser contre les parois du verre. On évite très simplement cet inconvénient en agitant d’abord la poudre avec une très petite quantité d’eau, à peine quelques gouttes. Après dissolution, on ajoute la quantité d’eau voulue.
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- Assamblée générale annuelle du G mai 1915.
- Les actionnaires de la Sociélé Générale se sont réunis le 6 mai 1915 en Assemblée ordinaire sous la présidence de M. Guemaut, Président du Conseil d’Administralion.
- Le Rapport constate d’abord que l’activité du premier semestre fut à peu près normale, mais qu’au cours du second se déroulèrent les événements les plus graves qui se soient produits depuis la fondation de la Société. Puis, après avoir rappelé les mesures prises pour remédier aux conséquences de la crise déterminée par l’ouverture des hostilités et en avoir constaté l’heureux effet, il expose les difficultés que rencontra l'administration de la Société Générale pour maintenir le fonctionnement normal des services qu’étaient venus successivement troubler le départ de S.456 agents mobilisés, 1 évacuation de 30 Agences menacées par l’invasion, le transfert à B>r-deaux pendant quelques semaines du Conseil, de la Direction et d’une partie des services. Malgré ees difficultés rapidement surmontées, grâce au dévouement du personnel et à la confiance de la clientèle, la Société Générale put efficacement contribuer au placement des Bous et Obligations de la Défense Nationale pour plus de 200 raillions.
- Le Conseil s’élève ensuite contre la campagne systématique de dénigrement dont la Société Générale fut l’objet au printemps de 1914, notamment contre les imputations calomnieuses qui la représentaient comme ayant prêté à t’Allemigne des fonds considérables. Or, les seuls comptes de la Société Générale avec l’Allemagne étaient et sont encore des comptes d’encaissement de papier qui, au 4 août, dans un bilan de 2 milliards, ne présentaient que le solde insignifiant de 663.483 fr. En outre la Société Générale avait dans un portefeuille de 900 millions, 18.500.000 fr. de papier allemand sur France et 5.900.000 fr. de papier sur Allemagne. Aucun autre compte ou engagement direct ou indirect n’existait et n existe encore. De tels chiffres n’ont pas besoin de commentaires.
- En raison du caractère forcément provisoire des comptes, du fait, que 18 Agences sont encore situées' en pays envahi, par suite aussi de l’impossibilité de faire actuellement une évaluation précise des engagements d’ordre commercial et bien que les engagements d’ordre
- financier aient été examinés avec soin et évalués avec prudence, le Conseil ne présente qu’une situation au 51 décembre, ne pouvant être, à proprement parler, qualifiée de Bilan. Celle situation fait ressortir un bénéfice net de 10."156.574 fr., tous amollissements déduite, résultat en somme très satisfaisant d’un seul semestre productif. Pour les mêmes motifs, le Conseil propose de reporter intégrale notai ce solde à nouveau et de prélever, sur les réserves qui après ce prélèvement atteindront encore la somme de 128 millions, la somme nécessaire pour répartir’ aux actions un intérêt de 4 pour 100 sur le capital versé.
- Le Conseil adresse ensuite des éloges au personnel qui jusqu'au bout a rempli et remplit encore son devoir dans les agences situées eu pays envahi.
- Le Rapport sc termine par l’expression des regrets unanimes qu’a laissés au Conseil la retraite de M. Dorizon, rendue nécessaire par son état de santé. Le nom de M. Dorizon restera indissolublement lié à celui de la Société Générale. Le Conseil a fait appel, pour le remplacer oom ne Président à M. Guernaut, ancien Directeur du Mouvement Général des Fonds au Ministère des Finances, Sous-Gouverneur honoraire de la Banque de France, Administrateur depuis 1911.
- Les Censeurs-Commissaires se sont associés aux propositions du Conseil et ont demandé à l’Assemblée de ratifier le choix qu’ils ont fait de M. Desroys du Roure, Directeur honoraire au Ministère des Finances, pour remplacer M. Chapsal qui a été appelé à reprendre des fonctions actives au Ministère du Commerce.
- L’Assemblée a volé à l’unanimité, moins deux actionnaires, toutes les propositions du Conseil, notamment l’approbation des comptes de l’exercice 1914, le report à nouveau des bénéfices cl le prélèvement sur les réserves de la somme nécessaire à la réparlilion d’un intérêt de 10.fr. par aclion, sous déduction des impôts, soit net, 9 fr. 60 payables à partir du 1er juillet.
- L’Assemblée a en outre renouvelé les pouvoirs pour cinq ans de MM. Dejardin-Yerkinder, Lcmirquis, de Fourtou, Wagner, Administrateurs sortants, ratifié la nomination comme Censeur de M. Desroys du Roure, et nommé Commissaires MM. Lavallée, Cornélis de Witt et Desroys du Roure.
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- N* 2177
- 19 Juin 1915
- LA NATURE
- I;
- SOMMAIRE :
- Le cheval de guerre en 1915 : E. Trouessart.
- Essen et le bassin métallurgique de la Ruhr : Victor Cattibon.
- Le sous-marin de M. Simon Lake : Lucien Fournier.
- SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Masques contre les gaz asphyxiants. — Photographie sur bois. — Régénération des plaques et papiers photographiques voilés.
- MASSON et Cu, Éditeurs. LB NUMERO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
- Revue des Sciences et de leurs Applications aux Arts et à l’Industrie
- JOURNAL HEBDOMADAIRE ILLUSTRÉ
- Fondé par Gaston Tissandier -
- DIRECTION
- L. DE LAUNAY
- E.-A. MARTEL
- Membre de l'Institut,
- Professeur à l’Ecole des Mines et à l’Ecole des Ponts et Chaussées.
- Membre du Conseil supérieur d’Hygiène publique,
- Ancien Président de la Commission centrale de la Société de Géographie
- ABONNEMENTS, 12 mois = Paris, Seine et S.-et-O. : 20 fr. — Départent. : 25 fr. — Étranger : 26 fr.
- INFORMATIONS ET RECETTES
- Masque contre les gaz asphyxiants. — Un de nos
- lecteurs nous communique un modèle très simple et très pratique de masque contre les gaz asphyxiants. Il consiste essentiellement en une carcasse de fils de fer mince de 3 cintres assemblés par leurs deux extrémités.
- On constitue ainsi un ensemble pliant sur lequel on tend une toile garnie à l’intérieur par une étoffe spongieuse sur laquelle on versera le liquide anti-as-p h yxian t. Le masque emprisonne bien le nez cl la bouche et se fixe à la partie supérieure par un caoutchouc qui entoure la tête et par des cordons qui le maintiennent appliqué au menton. Peu volumineux parce que pliant, très simple à construire même avec les moyens de fortune dont on dispose au front, ce masque paraît susceptible de combattre efficacement les gaz délétères qui sont devenus un des moyens d’attaque réguliers des Allemands. — L’appareil est construit par M. Helmreich 3o, rue Saint-Jean, à Nancy.
- Fig. 2.
- Photographie sur bois. — La surface du bois, bien lisse, est imprégnée d’une solution d’alun puis, lorsqu’elle est sèche, on la recouvre à chaud de la solution
- suivante : Eau................ 100 c. c. '
- Savon blanc. ... 2 gr.
- Gélatine.............. 2 à 3 gr.
- Alun.................. 1 gr.
- Pour éviter la coagulation de ce mélange, on dissout à part l’alun et on l’ajoute à la solution chaude de gélatine et savon. Après séchage, on applique surlasurfacependant 1 à 2 minutes une solution de chlorhydrate d’ammoniaque à 2 pour 100 et on sèche a nouveau, puis on sensibilise dans le cabinet noir à l’aide d’un bain de nitrate d’argent à 20 pour 100.
- Une fois sec, le bois se prête à la photographie
- comme un papier ordinaire par noircissement direct. Le fixage est obtenu au moyen d’une solution concentrée d’hyposullite de soude.
- Régénération des plaques et papiers photographiques voilés. — Les circonstances actuelles ont amené les fabricants de plaques et de papiers photographiques à èn majorer notablement les prix. Cette hausse est peut-être justifiée, sinon très opportune; en tout cas, le moment semble particulièrement bien choisi pour tirer parti des émulsions voilées, généralement considérées comme hors d’usage.
- Les méthodes de revivification proposées autrefois n’étaient entièrement satisfaisantes ni au point de vue de la sensibilité ni au point de vue de la conservation. La suivante permet de ramener le gélatino-bromure d’argent à sa rapidité primitive et sans trace de voile.
- La plaque voilée est d’abord plongée dans :
- Eau....................... 100 c. c.
- Bromure de potassium . . 3 gr.
- Acide sulfurique............ 1 —
- Après trois minutes d’immersion, à l’abri de la lumière, on la lave dans l’eauqpure, renouvelée au moins huit fois, et on la passe dans :
- Eau...................100 c. c.
- Uree.................. 1 gx.
- On l’y laisse 5 minutes, on l’égoutte sans la laver, et on la place dans une boîte où s’accomplira peu à peu, sous l’influence de l’urée, la maturation qui rendra Té-mulsion plus sensible.
- Les papiers au bromure peuvent être régénérés de même. Toutefois, la maturation est ici inutile, dans la plupart des cas, car la rapidité n’est généralement pas indispensable au tirage, et le premier bain indiqué suffira. Après un copieux lavage, le papier sera abandonné à la dessiccation dans l’obscurité.
- Yoici une autre méthode, qui donne d’excellents résultats. Faire tremper le papier, pendant un quart d’heure, dans une solution de bichlorure de mercure à 8 pour 1000. Laver ensuite dans plusieurs eaux et faire sécher à l’abri de la lumière. Le temps de pose est très long : il peut atteindre 3o minutes. On développera, de préférence, à l’adurol; on aura ainsi des blancs très purs et des noirs intenses.
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- N* 2178
- 26 Juin 1915
- LA NATURE
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- SOMMAIRE : Les périscopes de sous-marins : Ernest Coustet.— Les ballons cerfs-volants : Lucien Fournier. — L'évolution de l'échappement en horlogerie : Léopold Reverchon. — Les mines de sel de Wieliczka : Jacques Boyer. — Les mouches prussiennes : Henri Coupin. — Standards : Henri Le Chatelier. line bombe parisienne : P. Doncières. SUPPLÉMENT. — Informations et recettes : Les oiseaux et le choléra. — Ce qu’un étang peut contenir de truites. — Une nouvelle bouée de sauvetage-gilet. — Exportation du charbon anglais, etc.
- MASSON et C‘% Éditeurs.
- LB NUMÉRO 50 CENTIMES.
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- LA NATURE
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- Les oiseaux et le choléra. — M. Xavier Raspail, dans la Revue française d’Ornithologie, attire l’attention des ornithologues sur le fait que les oiseaux posséderaient — dit-on — la faculté de prévoir l’apparition d’une épidémie, tout au moins du choléra.
- Il cite, à ce propos, le fait que, en 1910, le choléra se déclara à Trani sur les bords de l’Adriatique pour s’étendre ensuite dans la province des Pouilles et, de là, gagner Naples; 011 fit l’observation que, depuis un mois, tous les oiseaux avaient disparu de la région et que cette disjjarilion était contemporaine de l’apparition du choléra. Le même fait s’était déjà produit, en 1884, dans la région de Vérone, pendant la grande épidémie cholérique de Naples.
- Ces faits, d’après lui, seraient un nouvel exemple de la puissance que leur ont attribuée les anciens ornithologues, de la faculté que possèdent les oiseaux de prévoir, à l’avance, les changements devant se produire dans les conditions atmosphériques ou climatériques pour modifier l’époque de leurs migrations.
- Après avoir examiné le mode de propagation du choléra de 1910, l’auteur conclut que le choléra dans les Pouilles n’a pas pu être transmis par l’eau, le linge et les vêtements et que, contrairement à l’opiuion admise, il se transmet par l’air. Il admet que le choléra a pour origine des miasmes sortis du sol, sous l’influence de conditions atmosphériques particulières pour se répandre dans l’air, ce qui expliquerait, d’après lui, étant donnée la facilité des oiseaux de prévoir les changements des conditions atmosphériques, leur migration au moment de l’apparition du choléra.
- Qu’y a-t-il de fondé dans cette opinion? Nous laissons à d’autres mieux informés le soin de la contrôler. Notre seul but est de la signaler, à titre d’indication, à l’attention des hygiénistes et des ornithologistes.
- Ce qu’un étang peut contenir de truites. — Bien souvent les propriétaires d’un étang à truites, sont embarrassés au sujet de la quantité de poissons à employer pour garnir une surface d’eau de façon que la nourriture ne manque pas et que les truites puissent se développer rapidement. D’après des expériences précises, il semble qu’à chaque mètre carré de la superficie du bassin puisse correspondre un poisson et demi, soit i5o alevins par 100 m2. Le rendement d’un hectare peut atteindre 53o kg de truites, sans aucune dépense de nourriture lorsque la température de l’eau s’élève assez (22 à a3°) pour amener un abondant développement d’animaux inférieurs propres à l’alimentation du poisson.
- Une nouvelle bouée de sauvetage-gilet. — Les
- destructions de navires de guerre qui se sont produites depuis le début des hostilités ont été si inopinées et si rapides que dans nombre de cas, l’équipage presque entier a péri, noyé. Il est certain qu’un grand nombre de vies humaines eussent été épargnées si le vieux problème de la ceinture de sauvetage pratique avait été résolu. Il
- semble l’être désormais. En tout cas, l’Amirauté anglaise n’a pas hésité à adopter le système que nous allons décrire ; elle a décidé d’en munir tous les marins embarqués. Il s’agit d’un gilet qui se porte en tout temps, sans aucune gêne sous l’uniforme, et se transforme en une bouée de sauvetage très efficace, on quelques secondes. Le gilet est en serge marine et a toutes les apparences d’un gilet ordinaire, mais il porte au milieu une poche additionnelle qui renferme un gros tube de caoutchouc. Ce tube est dégonflé en temps ordinaire, mais il peut être gonflé en 20 secondes au moyen d’un autre tube qui passe au travers de la poche gauche, en haut. En cas de besoin, on gonfle simplement; le tube central en soufflant dans l’autre avec, la bouche, le premier se gonfle tout comme un pneu de bicyclette et s’ajuste immédiatement sous les bras.
- Des expériences très sérieuses faites à Weymouth ont démontré que cet appareil remplit parfaitement son but cl qu’en plus de la personne qui le porte il peut soutenir sur l’eau deux autres hommes. Le seul désavantage réside en ce que ce tube gonflé d’air empêche quelque peu de nager. Mais, s’il s’agit d’un homme seul, il lui sera facile de dégonfler quelque peu le tube, ce qui réduira la grosseur de la bouée et permettra aux bras d’agir.
- Exportation du charbon anglais. — Dans le numéro du ier mai igi5 on faisait ressortir, pour les trois premiers mois de cette même année, la diminution résultant de la guerre de l’exportation du charbon sortant des ports britanniques. Nous complétons aujourd’hui ces renseignements en donnant l’exportation tolale de charbon de ces mêmes ports depuis le i,r janvier jusqu’au 3i avril dernier. Cette exportation a été de 20 838 488 t. au lieu de 3o 33g 767 t. en 1914 et 3i 389 702 t. en 1913, soit une réduction de 3’2 pour 100 par rapport à 191). Ces chiffres correspondent à une exportation annuelle de 62 515 467 t. au lieu de 91 019 271 t. en 1914 et de g4 142 576 t. en 1913. Les exportations les plus importantes pendant ces quatre mois ont été : 1 021 563 t. en Suède, 5 398942 t. en France et 2 222 473 t. en Italie. Toute exportation a cessé en Allemagne, en Belgique, en Autriche-Hongrie et en Roumanie.
- BIBLIOGRAPHIE
- La Russie et la guerre, par Grégoire Alexinsky, ancien député à la Douma. 1 vol. in-18. Armand Colin, Paris. Prix : 3 fr. 5o.
- M. Alexinsky nous rappelle d’abord là politique extérieure du Gouvernement russe avant la guerre, les relations économiques et politiques de la Russie avec l’Aulriche et l’Allemagne, sa dépendance vis-à-vis de cette dernière puissance. Puis il décrit la vie russe pendant la guerre. Et, pour conclure, il nous montre quelles seront, après la guerre, les légitimes prétentions de la Russie et les rapports qui s’établiront avec ses alliés français et anglais.
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