La Nature
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- REVUE DES SCIENCES
- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
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- PRINCIPAUX COLLABORATEURS
- MM. ALLUARD, professeur à la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand, Dr P. BERT, professeur à la Faculté des sciences de Paris Dr BERTILLON, H. BLERZY, inspecteur des lignes télégraphiques, CH. BOISSAY, CH. BONTEMPS, inspecteur des lignes télégraphiques A. BREGUET, ancien élève de l’Éiole polytechnique, P.-P. DEHÉRAIN, professeur à l’École de Grignon, G. FLAMMARION FOUQUE, professeur au Collège de France, Dr FRANÇOIS FRANCK, E. FRON, chef,du service météorologique de l’Observatoire de Paris C.-M. GARIEL, ingénieur des ponts et chaussées, professeur agrégé à l’École de médecine, Dr F. GARRIGOU P. GERVAIS, membre de l’Académie des sciences, M. GIRARD, docteur es sciences, GIRARD DE RIALLE J. GIRAKDIN, de Rouen, AMÉDÈE GUILLEMIN, auteur du Ciel, E.-T. HAMY, aide-naturaliste au Muséum,
- Dr E. HECKEL, professeur à la Faculté des sciences de Marseille, Dr N. JOLY (de Toulouse), correspondant de l'Institut, E. LANDRIN,
- Dr LORTET, professeur à la Faculté des sciences de Lyon, V. DE LUYNES, professeur au Conservatoire des arts et métiers, E. MARGOLLE STANISLAS MEUNIER, aide-naturaliste au Muséum, G. DEMORTILLET, attaché au Musée des antiquités nationales de Si-Germain A. NIAUDET, F. OUSTALET, aide-naturaliste au Muséum, G. PLANTE, J. POISSON, aide-naturaliste au Muséum J. SALLERON,Cte DE SAPORTA, correspondant de l’Institut, Dr E. SAUVAGE, aide-naturaliste au Muséum CH. VÉLAIN, répétiteur à l’École des hautes éludes, C. WOLF, astronome à l’Observatoire de Paris AD. WURTZ, membre de l’Académie des sciences, Dr Z., F. ZURCHEK, etc., etc.
- ILLUSTRATIONS
- DESSINATEURS
- MW. BONNAFOUX, FÉRAT, GILBERT, E. JUILLERAT A* TISSANDIEB, elC.
- GRAVEURS
- WM. BLANADET, DIETR1CH, WORIEtJ, SMEETON TILLY
- pérot, etc., etc.
- CINQUIÈME ANNÉE
- I 8ÎÏ
- deuxième semestre
- PARIS
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- LIBRAIRE DE L’ACADÉMIE DE MÉDECINE
- BOULEVARD SAINT-GERMAIN, EN FACE DE l’ÉCOLE DE MÉDECINE
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- 5- ANNÉE. — N° 209.
- 2 JUIN 1877.
- LA NATURE
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- ET DE LEURS APPLICATIONS AUX ARTS ET A L’INDUSTRIE
- LES ANNEAUX DE SATURNE1
- CONDITION S ü’ÉQÜILIBRE ET CONSTITUTION PHYSIQUE.
- Rien ne pouvait paraître plus étrange aux yeux des premiers observateurs du système des anneaux saturniens, que cette constitution, sans analogue dans le monde solaire, d’une planète entourée à distance d’une double ceinture brillante, en apparence continue et réfléchissant comme le globe de Saturne, même avec plus d’éclat, la lumière du soleil. L’éton-nemeut de quelques-uns lut si fort qu’ils nièrent le fait, ou tout au moins l’explication qu’en avait donnée Huygens : tel fut le cas du P. Fabri (Eustache de Divinis). Mais levant la possibilité de renouveler incessamment l’observation avec des lunettes perfectionnées, dont les images nettes ne laissaient plus place au doute, les plus obstinés durent se rendre à l’évidence.
- La difficulté fut alors de concevoir, et cette difficulté subsiste aujourd’hui dans une certaine mesure, comment un pareil appendice matériel peut se maintenir dans un équilibre stable. Puis, on se demanda naturellement quelle était la nature physique des anneaux ; on alla plus loin, on s’attaqua du même coup à la question autrement obscure de son origine, du mode de formation des anneaux. En réalité, on se borna à émettre sur ces différents points d’une question d’astronomie physique fort intéressante, des opinions purement conjecturales, comme il est assez d’habitude, quand on se trouve en présence d’un phénomène nouveau, imprévu, et que les observations peu nombreuses et peu précises n’ont encore rien ou presque rien fourni qui permette d’en donner une explication rationnelle.
- Par exemple, Maupertuis, dans son Discours sur la figure des astres, montre comment l’anneau de Saturne a pu être formé par une ou plusieurs comètes qui sont venues, au retour de leurs péri-
- 1 Voy. l*r semestre, 18 77, p. 21 5e année. *— 2e semestre.
- hélies, passer dans le voisinage de la planète. Leurs queues, « ces torrents immenses de vapeur, que l’ardeur du soleil a fait élever de leurs corps, » ont été détournées, retenues par la pesanteur de Saturne, et forcées de circuler autour de lui. Quant aux noyaux, ils ont formé les satellites. Au reste, cette hypothèse singulière n’a jamais eu de crédit qu’au-près dé son auteur.
- De Mairan croyait que Saturne avait été, à l’origine, un globe de dimensions beaucoup plus grandes que celles qu’on lui voit aujourd’hui ; l’anneau est formé des parties abandonnées par l’équateur, quand la planète se fut condensée et réduite à son volume actuel. « C’est, si l’on peut s’exprimer ainsi, dit à ce sujet Dionys du Séjour, le témoin de l’état primitif. » On verra que Laplace, dans sa fameuse hypothèse cosmogonique, s’exprime presque dans les mêmes termes. L’opinion de Buffon se rattache à celle de Mairan, en ce sens qu’il considérait l’anneau comme ayant fait autrefois partie de Saturne, dont il se serait détaché pur l’excès de sa force centrifuge; mais l’explication de l’illustre naturaliste (très-médiocre astronome) se rattache à sa fameuse hypothèse de la formation des planètes par la rencontre d’une comète ou du Soleil, qui ne mérite plus d’être réfutée.
- J. Cassini, dans ses Éléments d'astronomie, a émis sur la constitution des anneaux, sans d’ailleurs se préoccuper en aucune façon de leur origine, une idée que nous verrons bientôt être une de celles qui semblent aujourd’hui les plus vraisemblables. La vivacité de la lumière que réfléchit l’appendice, presque aussi forte que celle du globe de Saturne, « nous fait connoître, dit-il, que c’est un corps solide propre à réfléchir la lumière du Soleil... » Mais s’il considère l’anneau comme solide, il n’admet point que ce soit un tout continu formé de parties adhérentes, et les raisons qu’il donne, bien que vaguement formulées, se rattachent évidemment à la difficulté de concevoir l’équilibre du système. Voici du reste en quels termes il s’exprime :
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- « Toute cetie masse se tient ainsi suspendue autour de Saturne, dont elle est entièrement détachée, semblable à un anneau large et plat, qui environ-neroit la terre, dont le plan passeroit par son centre. Cette apparence, dont nous ne voyons aucun exemple dans les autres corps célestes, nous a donné lieu de conjecturer que ce pouvoit être un amas de satellites, disposés à peu près sur un même plan, lesquels font leurs révolutions autour de cette planète, que leur grandeur est si petite, qu’on ne peut les apercevoir chacun séparément, mais qu’ils sont en même temps assez près l’un de l’autre pour qu’on ne puisse point distinguer les intervalles qui sont entre eux, en sorte qu’ils paraissent former un tout continu. »
- Mais ces satellites, si nombreux soient-ils, doivent, par l’inégalité de leurs mouvements (suivant les lois de Kepler), se trouver disposés avec le temps de bien des manières différentes, d’où résulteraient des variations dans l’apparence des anneaux. Cassini répond à cette objection, en supposant que les satellites sont rangés en files sur des circonférences concentriques. Tous ceux qui se trouvent sur un même cercle font leurs révolutions en même temps, puisqu’ils sont à même distance du centre de Saturne, et par conséquent ne changeront point de situation entre eux. Il est vrai que les mêmes parties d’un cercle 11e répondent pas toujours aux mêmes parties du second; mais, « il n’y aura rien de changé dans l’apparence totale, et ce sera exactement la même chose à cet égard, que si deux cercles concentriques avoient fait leurs révolutions en même temps, ce qui doit être de même de tous les cercles pris ensemble. » Cassini enfin, pour le cas où l’on regarderait un tel arrangement comme inadmissible, fait une autre supposition qui, on le verra plus loin, n’est peut-être pas moins plausible que la première. « On peut supposer que les satellites, étant tous renfermés dans l’atmosphère de Saturne, sont entraînés par le mouvement de Saturne autour de son axe, sans être assujettis à la règle de Kepler, qui ne doit s’étendre qu’aux corps, lesquels sont au delà de l’atmosphère d’une planète. » Il ressort évidemment de ces citations que J. Cassini regardait le mouvement des parties de l’anneau (mouvement de circulation ou mouvement de rotation) comme une des conditions nécessaires de la stabilité de l’appendice.
- Au reste cette condition ne tarda point à être explicitement énoncée par les astronomes et les géomètres qui s’occupèrent de la question. Dionys du Séjour, dans son Essai sur les phénomènes de l’anneau de Saturne, s'exprime en termes très-nets à cet égard. « Ce qui me paraît le plus plausible, dit-il, c’est que le même mécanisme qui a formé l’anneau préside à sa conservation; que la loi doit être telle, que l’anneau subsisterait encore si il devenoit fluide; que l’équilibre doit être ferme, stable, semblable en un mot à celui que l’on démontre avoir lieu dans la figure de la terre. Ces considérations semblent exclure l’idée que l’anneau soit soutenu par la seule pesanteur simultanée de scs
- parties, ainsi qu'un vaste pont qui environnerait la Terre, se soutiendrait, dit-on, sans piliers (ces derniers mots sont les termes qu’emploie à ce sujet Lalande dans Y Encyclopédie). Je croirais au contraire, que toutes ses parties doivent être animées d’une force centrifuge, propre à contrebalancer l’effort, de la pesanteur qui les précipite vers le centre de Saturne. Sans cela, il serait à craindre qne la force toujours agissante de la gravité, et la main active du temps ne détruisissent bientôt un ouvrage aussi singulier de la nature.... »
- Le problème fut bientôt d’ailleurs abordé analytiquement, et Dionys du Séjour donne la solution de Maupertuis pour l’hypothèse, où toutes les parties de l’anneau sont emportées d’ur. mouvement commun autour du centre de la planète ; il donne lui-même celle du cas où les diverses parties ne forment pas une seule masse liée et continue. Au reste, Laplace 11e devait point tarder à reprendre la question dans toute son ampleur. Nous allons rapidement résumer ce que l’illustre géomètre déduisit de ces formules, et ce qui a été admis jusqu’à l’époque récente où les observations accumulées et les théories physiques contemporaines ont amené les astronomes et les physiciens à considérer la question sous un point de vue tout à fait nouveau.
- Après avoir reconnu, comme l’avait fait Dionys du Séjour, qu’un mouvement de rotation était nécessaire pour contrebalancer, par la force centrifuge qu’il engendre, l’action de la pesanteur et la désagrégation de l’anneau, Laplace détermine la figure que doit prendre un fluide homogène, soumis à l’attraction mutuelle de ses pitiés, à celle de la planète et à la force centrifuge. 11 trouve pour la section de l’anneau une ellipse, dont le grand axe est dirigé vers le centre de Saturne pour la durée de la rotation, celle qu’un satellite mettrait à se mouvoir à la distance du centre de l’ellipse, c’est-à-dire environ dix heures et demie. Ce nombre est relatif à l’anneau intérieur, et il s’accorde avec celui que W. llerschell déduisit en 1790 de l’observation des inégalités observées sur la tranche de l’anneau.
- Laplace reconnut que l’équilibre du système subsisterait encore si la section ou courbe génératrice de chaque anneau variait, de grandeur et de position dans l’étendue de la circonférence de l’anneau qu’on peut ainsi supposer d’une largeur inégale en ses diverses parties ; qu’il est possible même, qu’au lieu d’être plane, sa surface ait une double courbure. « Ces inégalités, dit-il, sont indiquées par les apparitions et les disparitions de l’anneau de Saturne, dans lesquelles les deux bras de l’anneau ont présenté des phénomènes différents : elles sont même nécessaires pour maintenir l’anneau en équilibre autour de la planète ; car s’il était parfaitement semblable dans toutes les parties, son équilibre serait troublé par la force la plus légère, telle que l’attraction d’un satellite, et l’anneau finirait par se précipiter sur la planète. »
- En résumé, pour l’illustre auteur de la Mécanique
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- céleste, les anneaux de Saturne sont des « solides irréguliers, d’une largeur inégale dans les divers points de leur circonférence, en sorte que leurs centres de gravité ne coïncident pas avec leurs centres de figure. Ces centres de gravité peuvent être considérés comme autant de satellites qui se meuvent autour du centre de Saturne, à des distances dépendantes des inégalités des anneaux, et avec des vitesses angulaires égales aux vitesses de rotation de leurs anneaux respectifs. »
- Quant à l’origine et à la formation des anneaux, elles trouvent leur explication naturelle dans la fameuse théorie cosmogonique si largement esquissée par Laplace, dans la note VII de Y Exposition du système du monde. Chaque planète, d’après cette hypothèse, a dù sa formation à la condensation d’une zone de vapeurs abandonnée par la nébuleuse solaire, et reproduisant sur une plus petite échelle les phénomènes présentés par celle-ci. C’est ainsi que l’anneau nébuleux qui donna naissance à Saturne, s’étant condensé en une masse sphéroïdale, animée d’un double mouvement de translation et de rotation, se trouva constitué de la même mauière que le Soleil à l’état de nébuleuse. De là, sous l’intluence d’un refroidissement progressif, l’abandon aux diverses limites de l’atmosphère de Saturne, et à peu près dans le plan de son équateur, de masses nébuleuses qui ont formé les satellites et les anneaux. « La distribution régulière de la masse des anneaux de Saturne, autour de son centre et dans le plan de son équateur, résulte naturellement de cette hypothèse, et sans elle, devient inexplicable : ces anneaux me paraissent être des preuves toujours subsistantes de l’extension primitive de l’atmosphère de Saturne et de ses retraites successives. »
- Depuis Laplace jusqu’au commencement de la seconde moitié du dix-neuvième siècle, l’étude de la constitution physique et de l’équilibre des anneaux n’a point été, que nous sachions, reprise, et les conclusions du grand géomètre étaient généralement adoptées telles quelles dans le monde des astronomes; mais, il y a quinze ans, un de nos savants compatriotes, M E. Roche, professeur à la Faculté des sciences de Montpellier, recherchant les conditions de la formation des satellites des planètes, arrivait à cette conséquence, qu’il existe une limite de distance en deçà de laquelle un satellite ne pouvait subsister sous une forme stable, à moins d’avoir une densité de beaucoup supérieure à celle de la planète. Cette distance est de deux fois et demie environ le rayon du corps central, et elle est à peine supérieure au rayon extérieur de l’anneau de Saturne. Ainsi s’expliquerait comment les anneaux nébuleux, abandonnés par le globe de la planète en deçà de la limite, n’ont pu se convertir eu satellites, comme il est arrivé pour les anneaux qui ont donné naissance aux satellites de Saturne. « Si l’on admet, dit M. Roche, qu’un satellite se soit formé vers la distance 2 de Saturne, comme il n’a pu subsister sous forme ellipsoïdale, ni probablement sous aucune
- autre figure stable, il a dû immédiatement se résoudre en fragments de plus en plus petits. »
- Discutant l’hypothèse de la fluidité, le même savant faisait remarquer qu’il faut alors nécessairement admettre que l’anneau total se compose d’un nombre indéfini d’anneaux élémentaires, circulant chacun autour de Saturne avec une vitesse qui croît conformément à la troisième loi de Képler, à mesure que sa distance à la planète diminue, et il ajoute « Il paraît bien difficile de concevoir l’existence permanente de ces anneaux concentriques en nombre infini, si on les suppose liquides ou gazeux. Enfin, M. Roche, considérant le système comme formé d’un nombre limité d’anneaux, se mouvant avec une vitesse commune, trouve qu’alors il faut nécessairement qu’ils soient solides; sans cela, en effet, les parties inégalement éloignées du centre prendraient des vitesses angulaires différentes, et le mouvement d’ensemble n’aurait plus lieu pour les diverses parties de chaque anneau. Quant aux molécules non adhérentes à la partie solide, mais simplement posées sur l’anneau, elles ne sauraient s’y maintenir en équilibre par la seule influence de la pesanteur vers la planète et de la force centrifuge. »
- Le savant professeur de Montpellier penchait, en définitive, vers l’hypothèse qui fait des anneaux une agglomération de corpuscules indépendants.
- Amédée Guillemin.
- — La fin prochainement. —
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- LES CAVERNES
- Bien que les cavernes soient des accidents géologiques très-intéressants par eux-mêmes, l’attention qu’on leur accorde vient surtout de l’usage qu’en ont fait les hommes primitifs comme refuges temporaires ou définitifs et comme sépultures. A ce point de vue, l’exploration de ces cavités naturelles a été d’une fécondité extrême, et il y a bien peu de temps encore qu’on nous décrivait les trésors recueillis dans les grottes des environs de Menton.
- Les cavernes se présentent sous des aspects très-divers, qui sont en rapport avec le mode même de leur formation. Les unes résultent d’éboulements de blocs rocheux, irrégulièrement entassés les uns sur les autres. On en trouve de ce genre dans les montagnes ; au bas de toutes les pentes ; à la tête de tous les glaciers où elles sont comprises dans les moraines ; on en rencontre aussi dans les régions les moins accidentées, et, par exemple, le long des coteaux aux environs de Paris. Ces dernières sont généralement de très-petites dimensions et complètement remplies de limon, mais elles ont un vif intérêt par les restes osseux de mammifères éteints qu’on y trouve parfois en grand nombre. On peut citer celles d’Étampes, où Guettard a fait connaître la présence de débris de rennes ; celles de Montmorency et d’Anvers, où Charles d’Orbigny et M. .1. Desnoyers ont re* cueilli beaucoup d’ossements d’animaux variés.
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- D’autres cavernes, eu général plus vastes, sont dues à la corrosion que les eaux font éprouver aux roches dans l’épaisseur même de leurs couches ; et, parmi elles, on peut en distinguer que les eaux superficielles ont creusées, et d’autres qui sont l’œuvre de cours d’eau souterrains.
- Un escarpement étant donné, il se trouve souvent que certaines des couches qui le composent sont d’une désagrégation plus facile que les autres. Sous l’action des intempéries, elles se démolissent peu à peu, et le vide qu’elles laissent constitue un refuge tout désigné qui ne tarde pas à être habité.
- C’est à cette catégorie que se rapportent aussi les Abris sous roches, qui ont fourni aux géologues de si précieux documents relatifs à l’àge de pierre.
- D’un autre côté, des eaux circulent de toutes parts dans l’épaisseur des assises rocheuses; nous en avons la preuve dans les sources, qui ne sont autre chose que l’embouchure superficielle de vraies rivières souterraines. Or, de même que les rivières proprement dites démolissent sans cesse leurs berges, de même ces cours d’eau profonds corrodent les parois des conduits dans lesquels ils coulent. La désagrégation de ces parois est nécessairement inégale d’après la compacité ou la composition de chaque point, et c’est ainsi que se, forment des chambres plus ou moins vastes réunies par des étranglements. Les cavernes qui reconnaissent une pareille origine sont innombrables ; on peut dire qu’il en existe } ai tout, et que partout la croûte terrestre est
- traversée par des cours d’eau ayant les directions les plus variées. Cependant, ce n’est que dans des localités exceptionnelles qu’on peut pénétrer dans ces
- antres. L’entrée est souvent fort étroite et entièrement remplie par la source qui en sort. Quand on peut s’y introduire, on arrive toujours, après un trajet plusou moins long, de plusieurs kilomètres quelquefois, à des régions où l’excursion devient impossible, à cause de l’étranglement des conduits ou de l’abondance de l’eau. Parmi les cavernes apparlenant à ce type, plusieurs ont acquis une grande célébrité par la magnificence des points de vue qu’elles offrent aux explorateurs, et aussi par les découvertes paléontolo-giques importantes qu’elles ont fournies. A ce point de vue, il faut citer la caverne de Gailenreuth, en Franconie, dont la figure 1 donne une coupe. On y voit une succession de chambres garnies de stalactites, pavées de stalagmites, et dont le sol est com-
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- posé d’une brèche osseuse des plus riches. Dans beaucoup de points, cette caverne, comme un grand nombre d’autres, est complètement desséchée, le cours d’eau dont elle est l’œuvre ayant changé son cours. Son entrée n’a que 2 mètres et demi de hau-leur, et 4 de largeur. Une première salle d’une étendue de 27 mètres communique par un couloir de 60 centimètres seulement à une seconde salle qui a 43 mètres de long sur 13 de large. Haute d’abord de 6 mètres, cette salle s’abaisse de plus en plus jusqu’à n’avoir plus que 2 mètres de haut. Un passage étroit et plusieurs petits couloirs conduisent à une troisième chambre, large d’environ 10 mètres, et haute de 2. A l’entrée de cette grotte, une cavité de 5 à 6 mètres, où l’on descend à l’aide d’une échelle, débouche dans une voûte de 5 mètres de diamètre sur 10 de hauteur. Tout près de cette voûte est une grotte, dont le sol est jonché d’ossements d'Ursus spœleus, ou grand ours des cavernes (fig. 2).
- Un peu plus bas, un nouveau corridor conduit à une autre salle de 13 mètres de longueur, et qui se termine par un puits profond de 6 mètres, par lequel on arrive encore à une grotte d’environ 14 mètres de hauteur. Deux couloirs mènent à de nouvelles chambres assez spacieuses. On arrive à une grande salle qui a 27 mètres de large sur 4 de haut. Il faut encore traverser une septième et dernière salle pour être au bout de ce dédale.
- Il est des cavités souterraines qui ajoutent à l’intérêt dont nous venons de parler un attrait pittoresque parfois très-vif. Il suffira à cet égard de mentionner la célèbre cave de Monmouth dans l’État de Kentucky. L’entrée en est imposante et d’un aspect tout à fait sinistre. Deux cents avenues s’y
- ouvrent, sillonnées par plusieurs rivières, dont les eaux sont noires comme l’on raconte qu’étaient celles du Styx. La réunion de ces fleuves souterrains forme un lac habité par des animaux variés, en général complètement aveugles, et dont l’étude a fourni des documents fort intéressants. La plus longue des avenues de Monmouth n’a pas été explorée à plus de neuf milles ; là s’ouvre un gouffre immense, désigné sous le nom de Maëlstrom, et que pendant bien longtemps personne n’osa explorer. On raconte même qu’un savant distingué, un professeur de l’Université d’Yale, résolut un jour de tenter l’effroyable descente. A peine avait-il franchi quelques pieds de ces profondeurs, que le courage lui manqua. Il demanda à grands cris qu’on le ramenât à la surlàce, et pour rien au monde, dit-il en se retrouvant sur le sol, il n’aurait voulu recommencer. « En 1859, raconte M. Eyma dans un livre tout récent, un jeune homme de Louis-ville, nommé James, déclara que quels que fussent les dangers qu’il y eût à courir, il explorerait le Maëlstrom. Il s’attacha autour du corps une corde enroulée à un tourniquet, que deux de ses amis se chargèrent de manœuvrer selon des signaux convenus, et, une lanterne dans la main, il affronta ce gouffre, d’où s’élevaient des bruits et des échos sinistres, pareils à ceux du tonnerre, quand on y lançait quelques projectiles. La première émotion qu’il éprouva fut d’entendre, sinon de voir, l’éboulement de masses énormes de roches et de terre ; mais aucun de ces éboule-ments ne se produisit cependant assez près de lui pour qu’il en fût inquiété. Peut-être était-ce au silence et au vide effrayant de ce gouffre que ce hardi explorateur attribua l’importance de ces déplacements intérieurs.
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- A une quarantaine de pieds de profondeur il rencontra une sorte de plate-forme d’où rayonnaient quatre avenues percées dans les parois de roches. A cent pieds plus bas, il entendit le bruit formidable d’une cataracte qui se précipitait dans l’abîme. 11 continua de descendre parallèlement avec cette cataracte ; un moment sa lumière vacilla et faillit s’éteindre par le fait du déplacement d’air que produisait cette masse énorme d’eau dont il sentait l’écume lui jaillir au visage. Enfin, à une distance de près de deux cents pieds, il toucha le fond de ce gouffre.... Là finit positivement le Maëlstrom. Quelque soin qu’il prît pour faire parvenir des signaux à ses amis restés en haut, James fut longlemps à leur faire comprendre son désir de remonter. Ceux-ci, cela va sans dire, étaient dans une mortelle inquiétude. Enfin, le signal fut compris et James commença son ascension de retour. A son arrivée à la hauteur de la première plate-forme qu’il avait rencontrée, il s’y arrêta afin de l’examiner. Il avait détaché la corde du milieu de son corps pour pouvoir circuler plus à l’aise, et en tenait l’extrémité dans sa main. Malgré les précautions qu’il prenait à marcher, il fit un faux pas et la corde et la lanterne lui échappèrent toutes deux en même temps. La lanterne heureusement ne s’éteignit pas ; mais la corde abandonnée à son propre poids avait repris sa perpendiculaire et flottait au-dessus de l’abîme. La rattraper était une opération fort difficile et fort dangereuse. Les amis de James avaient deviné, au mouvement de la corde, qu’il s’était passé quelque chose dans ce ténébreux abîme; mais quoi? ils ne le savaient. Ils attendirent dans une angoisse impossible à décrire, un signal qui les éclairât sur la situation. James vit le péril où il était. En s’approchant trop près de l’abîme, en allongeant le bras pour rattraper la corde, le poids de son corps pouvait et devait l’entraîner dans le gouffre. 11 était homme de sang-froid, et il en fallait dans un moment, pareil ; il se coucha à plat ventre et rampa jusqu’aux limites extrêmes de la plate forme; il s’accrocha alors des deux mains à des anfractuosités de rocher, et avec son pied il ramena la corde à lui. Ce ne fut qu’après trois tentatives qu’il réussit dans cette manœuvre, dont la durée lui parut chaque lois incommensurable. Il attacha solidement la corde à des saillies de roches et s’aventura dans l’avenue qui s’ouvrait à droite. Il n’y rencontra rien que d’immenses arcades de rocs, un silence de mort, une solitude imposante. A une distance de 150 à 200 mètres l’avenue était fermée par une muraille infranchissable, produit évident d’un éboulement, attendu que cette muraille épaisse était lézardée et mal tassée, comme si une commotion l’eût ébranlée à sa base. James revenu sur ses pas, tenta de pénétrer dans les trois autres avenues qui s’ouvraient sur la même plate-forme; elles n’offraient chacune qu’une profondeur de quelques pas. James donna alors à ses amis le signal de le ramener. On aurait voulu pour dramatiser cet le exploration déjà bien assez périlleuse, imaginer des péripéties émouvantes, que l’on
- n’eût pas trouvé mieux que l’épisode terrible de cette corde flottant sur l’abîme ; mais ce ne fut pas encore là le plus grand danger que courut James. Dans son ascension entre le fond du Maëlstrom et la plateforme où nous l’avons vu tout à l’heure, alors qu’il était suspendu au-dessus du gouffre, le feu avait pris à la corde qui le soutenait, par suite du frottement contre le tourniquet autour duquel elle s’enroulait lentement et sous le poids d’une très-forte pression. Je \ous laisse à penser si ce fut pour les amis de James une émotion terrible ! Heureusement ,ils se rendirent promptement maîtres du feu. Enfin James arriva au terme de son ascension, calme et souriant, tandis que ses amis étaient brisés d’émotion ; l’un d’eux même s’évanouit après l’avoir pressé dans ses bras. »
- Le mode même de formation des cavernes indique qu’elles doivent se présenter de préférence dans les roches calcaires, qui sont à la fois solubles et solides. C’est en effet ce qui a lieu. Les cavernes de la Belgique et de la Westphalie rhénane, du nmd-ouest de l'Angleterre, plusieurs de celles des Pyrénées, une partie de celles du Hartz, la plupart de celles de l’Amérique septentrionale se trouvent dans des roches calcaires du terrain paléozoïque. Aux calcaires des différents étages prassiques se rapportent les cavernes de la Franche-Comté, de la Bourgogne, la plupart de celles des Cévennes, do la Franconie, une partie de celles du Comté d’York, presque toutes celles de la Bavière. Les calcaires du terrain crétacé, surtout du terrain néocomien, renferment le plus grand nombre des cavernes du Périgord, du Quercy, de l’Angoumois, une partie de celles de la Provence et du Languedoc, celles de l’Italie septentrionale, de la Morée et de la Turquie d’Europe. Les calcaires des terrains tertiaires offrent aussi, mais bien plus rarement, quelques cavernes devenues célèbres par les ossements qu’elles contiennent.
- Après les calcaires, la roche dans laquelle les grottes sont le plus abondantes, est le gypse. Les grès présentent aussi quelquefois des grottes, mais dans des circonstances toutes spéciales. Les roches de cristallisation n’en offrent que très-rarement. Les grottes sont fréquentes dans les roches d’origine volcanique, et dans ce cas il n’est pas rare qu’elles soient le siège d’une accumulation d’acide carbonique. La célèbre grotte du Chien en est un exemple bien connu, et nous pouvons en joindre une autre que nous avons visitée récemment à Royat, près de Clermont-Ferrand. Dans la chambre souterraine dont il s’agit, la quantité d’acide carbonique qui se dégage du sol est telle, qu’une bougie rapprochée du pavé s’éteint immédiatement, et qu’un chien ne tarde pas à tomber en syncope. Nous étant accroupis pour respirer l’atmosphère inférieure de la caverne, nous sentîmes dès la seconde inspiration faite à pleins poumons, un sentiment indéfinissable de chaleur et d’étourdissement qui nous parut marquer l’utilité de mettre fin à l’expérience.
- Comme nous le disions en commençant, le prin-
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- cipal intérêt des cavernes vient des innombrables objets que les paléontologistes et les antiquaires en ont retirés : ossements et débris de l’industrie primitive.
- Dès longtemps déjà, les os, pris d’abord pour des restes de géants, ont attiré l’attention des poètes. C’est ainsi que parlant de la grotte de Lombrives, sur la rive gauche de l’Ariége, un poëte du seizième siècle, llolagrai, écrit :
- Ce roc cambré par art, par nature et par I’aage
- Ce roc de Tarascon hebergea quelquefois
- Les géants qui couroyent les montagnes de Poix
- Dont tant d’os excessifs rendent leur témoignage.
- On sait maintenant que ces prétendus os de géants, sont surtout des os d’ours ; mais maintes cavernes ont fourni des débris humains, dont la taille d’ailleurs n’a rien de particulier. Quelques savants supposaient d’abord que les cavernes avaient pu se remplir de débris de tous âges, apportés par des courants d’eau qui les auraient tassés, mêlés ensemble sans aucun ordre et sans qu’on puisse jamais actionner leur antiquité relative.
- Outre que ce brassage dans beaucoup de cavernes situées en des points élevés est tout à fait impossible, l'observation des causes actuelles démontra la vanité de ce roman, en faisant voir comment les cavernes se remplissent encore de nos jours. A ce point de vue, rien de plus intéressant que la description donnée par M. Paul Marès, d’une caverne située près de l’oasis de Laghouat (sud de la province d’Alger) et servant, de repaire à des hyènes. L’entrée de cette caverne a lm,50 de diamètre et donne accès dans une excavation à pic, dont les parois offrent de fortes saillies qui en rendent la descente et la montée assez praticables. Au fond de cette excavation vient un couloir étroit conduisant à une salle de 6 mètres de longueur sur 3 de hauteur et 4 de largeur. Sur le sol de la caverne sont répandus des ossements nombreux, les uns entiers, les autres brisés ou rongés, portant quelquefois encore des lambeaux de chair desséchée. Ces os appartiennent tous aux divers animaux sauvages on domestiques qui se trouvent dans les environs, tels que chiens, chacals, gazelles, antilopes, lièvres, chameaux, moutons, autruches, chèvres. Plusieurs têtes humaines sont mêlées à ces débris, au milieu desquels sont répandus de nombreux excréments d’hyène. Dans cette première salle se trouvent deux orifices. Le premier descend peu à peu dans le sein de la terre et conduit à une suite de salles très-petites où, au dire de plusieurs personnes qui les ont parcourues, on trouve des ossements très-nombreux et plusieurs têtes humaines. Les hyènes fuient le jour et les bruits du dehors ; aussi emportent-elles volontiers leur proie dans les plus profonds replis de leurs sombres repaires. Le se» coud couloir descend presque à pic dans le sein de la montagne ; il s’y est produit une ou deux fissures dans lesquelles ont glissé pêle-mêle des ossements et des matières terreuses de la première salle.
- D autre part, des peuplades humaines habitant des cavernes à la façon des anciens troglodytes ne sont pas rares, et Pou en connaît beaucoup aussi qui utilisent les cavités naturelles du sol pour en faire des sépultures. C’est par l’histoire de ces peuplades, étudiées par Lubbock et par d’autres, que les matériaux extraits des cavernes de l’époque quaternaire ont réellement fait revivre des temps absolument oubliés de l’humanité primitive.
- Il faut ajouter qu’aux matériaux transportés par les hommes et par les bêtes, s’en joignent d’autres, dont l’eau et l’air sont les véhicules. Par l’eau arrivent les matières calcaires cristallisées qui, sous forme de stalagmites, ont si souvent assuré la conservation des débris quelles recouvrent. Par l’air vient un sédiment fin, qui dans certains cas peut, malgré son apparence insignifiante, fournir les notions les plus précieuses. C’est ainsi que le voyageur Claussen étudiant les cavernes du Brésil, dont l’exploration a été si fructueuse pour la paléontologie, constata que le sol en est formé par des couches alternatives de limon fin rougeâtre et de calcaire cristallin stalagmitique. La couche de limon est l’œuvre des vents d’été, l’autre celle des eaux qui ruissellent l’hiver; de façon que deux couches représentent une année. Le sol de la caverne est un vrai chronomètre, et l’on sait exactement l’âge de chacun des objets qui s’y trouvent enfouis à des profondeurs variées. C’est dans des régions dont la formation remonte à cent mille ans et plus que furent trouvés des restes (je Mégathérium et autres grands édentés disparus, dont l’âge est ainsi fixé en même temps que la preuve est faite, que depuis cet immense laps de temps, non-seulement aucune révolution géologique n’a eu lieu dans la localité, mais encore que la météorologie de celle-ci est restée exactement la même.
- Dans beaucoup de cas, on a de très-graves difficultés pour établir parmi les cavernes une chronologie bien nette. Les paléontologistes ont fait à cet égard des recherches extrêmement intéressantes, dont le résultat paraît être des plus satisfaisants. Sans entrer dans des détails que le présent article ne comporterait pas, disons seulement que c’est par comparaison avec les dépôts quaternaires (diluvium, tourbières, etc.) que la chronologie dont il s’agit a pu être établie. Stanislas Meunier.
- LE MIDLAND RA1LWAY
- En 1830, il n’existait encore en Angleterre qu’un chemin de fer approprié au transport des voyageurs, celui de Stockton à Darlington. Une autre ligne, de Manchester à Liverpool, était en construction. Elle s’ouvrit sur la fin de l’année, et l’on y vit, ce qui parut merveilleux pour l’époque, des wagons remorqués par une locomotive se mouvoir à la vitesse de 14 kilomètres à l’heure. Un riche proprié-
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- taire du comté de Leicester, M. John Ellis, conçut alors, d’accord avec quelques-uns de ses compatriotes, le projet d’établir une voie ferrée entre Leicester et les houillères du voisinage. Il en entretint Georges Ste-phenson qui parcourut le pays, et déclara que le terrain était favorable; mais le grand ingénieur ne voulut pas se charger d’en diriger les trav aux. «J’ai 3t milles de rail-way à construire, répondit-il à l’offre qui lui en était faite ; c’est assez de travail à la fois pour un seul homme. » Ces quelques faits ne suffisent-ils pas à peindre ce qu’était en ce temps l’industrie des chemins de fer?
- Au surplus, la région de la Grande-Bretagne où l’on s’en occupait ainsi, renfermait de tels éléments de richesse, que la question des transports y devait primer toutes les autres.
- Que sur une carte d’Angleterre on joigne par des lignes droites les villes de Rugby,
- Hull et Liverpool, qui sont espacées d'environ 150 kilomètres l’une de l’autre, il y aura dans l’intérieur ou sur les bords du triangle ainsi formé — triangle d’une superficie bien restreinte — vingt villes au moins de 50000 âmes et au-dessus. C’est là que prospèrent Liverpool et Manchester, les deux plus
- importantes villes de l’Angleterre après Londres, Sheffield et Nottingham, Birmingham , Leicester et
- Derby, et bien d’autres agglomérations , dont la brusque croissance est due au développement prodigieux de l’industrie en ces quarante dernières années. Cet espace embrasse une grande partie des districts manufacturiers du Lancas-hire, des comtés de Leicester, de Chester et de Lincoln , riches en produits agricoles et en bestiaux, des comtés de Derby et de Nottingham, où les minerais et la houille abondent . Aux deux bouts, les ports de l’Humber et de la Mersey s’ouvrent aux navires de toutes les nations. Il n’y a sans doute pas une seule région du globe où la population soit plus dense, où les richesses du sol et les richesses acquises par l’accumulation des capitaux se manifestent avec une égale intensité. Un peu plus au sud, Londres est le grand centre de consommation, où vont s’absorber les productions naturelles ou artificielles de ces innombrables usines. On comprend quel important trafic doit s’opérer entre la capitale et cette région centrale de l’Angleterre. C’est le champ d’activité de l’une des principales compagnies de la Grande-Bretagne, la Midland, qui des-
- Fig. 1. — Le Midland Raihvay. Le pont sur le Trent.
- Fig. 2. — Worcester.
- Fig. 3. — Aqueduc, prés de Lancastre.
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- sert toutes les villes de cette zone, sans en avoir cependant le monopole, tant s’en faut. L’histoire d’une telle compagnie est de nature à faire voir par quelles péripéties sont passées les entreprises des chemins de fer anglais avant d’arriver à la situation présente.
- On le sait, avant qu’il fût question de railways, les Anglais s'étaient donné un réseau de voies navigables bien conçu et bien exécuté. l)ans la région dont il s’agit ici,
- Londres, LIull,
- Liverpool, Birmingham et Manchester étaient des centres d’où les canaux rayonnaient en diverses directions, de façon à desservir les principales villes industrie lies.
- Mais, soit que les canaux fussent construits avec des dimensions trop restreintes , ou soit qu’ils fussent mal exploités, le commerce n’en retirait pas tous les avantages qu’il aurait voulu. Ainsi de Derhy à Leicester , le prix du transport n’était pas inférieur à 25 francs par tonne pour une distance d’environ 60 kilomètres. Entre Leicester et Birmingham , le trajet par eau était deux fois plus long que le trajet par terre, en sorte que les marchandises restaient fort longtemps en route. Enfin, il est assez remarquable que les premiers chemins de fer aient
- été annoncés comme devant remédier à l’insuffisance des voies navigables, non-seulement quant à la vitesse, mais aussi quant au prix du transport. C’est ce que l’on vit en particulier à l’origine de la compagnie Midland.
- Au début, les houillères avaient eu une clientèle toute locale : le charroi des matières lourdes et euco mbrantes coûtait si cher, que le charbon de terre ne se consommait pour ainsi dire que sur place. Pour y remédier , on fit d’abord des canaux; ainsi les houillères de la vallée de l’Ere-vvash,dans leNot-tinghamshire, n’alimentèrent d’abord que les usines de Nottin-gham et de Derhy. Lorsque le Trent et la Soar eurent été rendus navigables, elles purent envoyer leurs produits jusqu’à Leicester. On vit alors les entreprises de navigation atteindre un degré de prospérité incroyable; la compagnie de canalisation de la Soar réalisait des bénéfices tels, que ses actions, émises à 140 livres sterling, se négocièrent à 4500. Cependant il y avait auprès de Leicester des terrains carbonifères, auxquels il ne manquait que des moyens de transport économiques. Les intéressés s’entendirent pour construire un chemin de fer de Swannington à 1 eices-
- Fig. 4. — Le Midland Railway. Vallée du Monsal.
- Fig. 5. — Viaduc de Barnslev.
- Fig. 6. — Gare des marchandises de Saint-Pancrace, à Londres.
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- ter qui fut ouvert eu juillet 1832. Là-dessus, il y eut grand émoi parmi les propriétaires des mines de l’Erewash. Leurs nouveaux compétiteurs livraient le charbon à près de 4 shillings par tonne meilleur marché. La clientèle d’une grande ville manufacturière allait leur échapper. Les canaux ne voulaient abaisser leurs tarifs que d’une quantité insignifiante. On se dit qu’il n’y avait pas d’autre remède que de construire un autre chemin de fer.
- Au surplus, l’ère des railways arrivait. La grande ligne de Londres à Birmingham était déjà concédée à une compagnie qui d’extension en extension est devenue, sous le nom de North Western, la plus importante du royaume. Un chemin de fer de Derby et de Nottingham à Leicester avec embranchement à Rugby sur celui de Birmingham, avait l’avantage de mettre les comtés du Centre en communication directe avec Londres. En 1856, l’affaire fut présentée au Parlement. La compagnie s’était constituée au capital de 25 millions de francs pour une longueur à construire d’à peu près 200 kilomètres. En même temps, une autre compagnie demandait la ligne de Derby à Leeds; une troisième voulait créer une voie directe de Derby à Birmingham. Le Parlement était déjà, comme il est aujourd’hui, le grand voyer du pays ; il lui appartenait d’apprécier l’utilité de toute voie nouvelle, chemin de fer, route ou canal, de juger si les concessionnaires disposaient de ressources suffisantes pour les exécuter, de fixer les tarifs d’exploitation, d’imposer telles ou telles conditions en vue d’empêcher le monopole ou de restreindre la concurrence entre voies parallèles. Il s’acquittait de cette tâche avec un peu d’inexpérience. Par analogie avec les canaux, avec les tramroads ou chemins à ornières, qui existaient déjà aux abords des ports et des usines, et sur lesquels le premier venu était admis, contre paiement d’une taxe, à faire rouler ses voitures, les bills de concession ne stipulaient qu’un droit de péage, avec la faculté pour la compagnie propriétaire d’y ajouter une taxe de transport raisonnable si elle opérait elle-même le trafic des marchandises. Ce ne fut qu’en 1856, que le Parlement s’aperçut que cette clause trop vague laissait un pouvoir arbitraire aux compagnies, parce qu’une voie ferrée est soumise, de toute nécessité, à un monopole d’exploitation. Au début, le législateur s’occupait surtout de ménager les intérêts en présence. Les entreprises de chemins de fer étaient quelque chose de si nouveau, que quelques-uns s’en effrayaient, beaucoup s’en défiaient. Les fermiers et les riches propriétaires ruraux craignaient que leurs domaines ne fussent entamés; les citadins redoutaient le bruit et la fumée des locomotives. On avait vu les représentants de Norlhamplon, capitale d’un comté, obtenir à force de sollicitations, que la ligne de Londres à Birmingham fût éloignée à plusieurs milles de leur territoire; il est vrai que les habitants de Northamplon n’avaient pas tardé à s’en repentir. Qu citait tel pu tel baronnet qui avait juré de ne
- jamais autoriser un ingénieur à traverser son héritage. Dans le cas des lignes du Midland, il n’y avait guère à craindre que l’hostilité des compagnies de navigation. A la Chambres des lords, comme à la Chambre des communes, l’usage voulait que chaque projet fût soumis à un comité devant lequel comparaissaient tous les intéressés, chacun avec son avocat, chacun produisant ses plans ou combattant ceux de la partie adverse. En vérité, chaque demandeur en concession avait à plaider et à gagner son procès contre d’innombrables adversaires. On s’explique ainsi que les dépenses parlementaires, prélude de toute concession, s’élèvent quelquefois à 10 000 francs et plus par kilomètre. La compagnie du Lei-cestershire passa par toutes ces formalités sans trop de retard. Elle commença ses travaux au printemps de 1858, sous l’habile direction de M. Vignoles, l’ingénieur bien connu, dont le nom reste attaché au modèle de rail le plus usité maintenant. Deux ans après, la section de Derby à Nottingham était inaugurée avec la solennité que les villes déployaient volontiers en ce temps à pareille occasion. Les lignes de Derby à Leeds et à Birmingham s’achevaient presque au même moment. Ces trois entreprises avaient le même point de départ ; elles se faisaient en partie concurrence, ou bien elles avaient à compter ensemble. On s’aperçut bientôt qu’elles avaient tout avantage à s’entendre tout à fait. En 1844, elles se fusionnèrent, et'de leur union sortit la puissante compagnie Midland, qui rêvait déjà de s’étendre dans toutes les directions. H. Blerzy.
- — La fin prochainement. —
- GORRESPONDANGE
- CROIX DE LUMIÈRE AUTOUR DU SOLEIL.
- La Flèche, 19 mai 1877.
- Monsieur le Rédacteur,
- Dans votre numéro du 19 mai 1877, vous faites mention de l’observation au Havre, le 7 mai courant, d’une croix lumineuse autour du disque solaire. Vous exprimez en outre l’avis que les colonnes verticales de lumière peuvent provenir, d’une croix solaire, dont les deux branches horizontales restent invisibles par suite de circonstances particulières. H doit en être ainsi, en effet. Le 7 de ce mois, à six heures et demie, étant à Rouen, sur la route de Bon-Secours, j’ai observé, et fait observer aux personnes qui m’accompagnaient, une colonne verticale d’un jaune d’or qui, passant par l’axe du soleil, se prolongeait au-dessous de son disque. La branche supérieure, comme la branche inférieure, était plus large à la base qu’au sommet, absolument comme l’indique le dessin joint à votre description. A un moment donné le soleil étant disparu derrière les nuages, la branche supérieure conservant sa teinte est seule restée visible, puis elle n’a pas tardé à disparaitre à son tour.
- Veuillez agréer, Monsieur le Rédacteur, mes respectueuses salutations,
- Paul Delaon,
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- LA NATURE.
- H
- Monsieur le Rédacteur en chef,
- Je crois intéressant de signaler à propos de votre article sur la Croix lumineuse autour du soleil observée au Havre le 7 mai 1877, qu’une colonne lumineuse verticale, identiquement semblable à celle vue à Paris le 12 juillet 1876, a été observée à Bruxelles le 7 avril de la même année. Ce phénomène s’est également produit un peu après le coucher du soleil, par un ciel complètement serein, sauf à l’horizon W., où de légers stratus très-colorés formaient plusieurs bandes parallèles.
- Agréez, je vous prie, Monsieur le Rédacteur en chef, l’assurance de ma considération très-distinguée.
- À. Lancaster,
- Météorologiste-inspecteur à l’Observatoire royal de Bruxelles.
- SUR LA DÉCOUVERTE
- DE LA MACHINE A COUDRE1
- Au milieu des grandes découvertes qui se sont succédé depuis un demi-siècle, il en est une d’apparence modeste, mais qui, par ses résultats immenses, doit appeler l’attention :
- C’est la machine à coudre qui fonctionne aujourd’hui avec tant de régularité, et à laquelle il est réservé un si grand avenir ; elle a été inventée par un do nos compatriotes.
- Les Américains y ont apporté de grands perfectionnements, mais la création ne leur appartient pas.
- Nous pouvons revendiquer cet honneur pour un de nos concitoyens, pour un artisan lyonnais.
- Barthélemy Thimonnier, fils d’un teinturier de Lyon, est né à l’Arbresle (Rhône), en 1793. 11 fit dans sa jeunesse quelques études au séminaire de Saint-Jean ; puis il apprit l’état de tailleur qu’il exerça à Amplepuis (Rhône), où sa famille résidait depuis 1795.
- Les fabriques de Tarare font exécuter beaucoup de broderies au crochet dans les montagnes du Lyonnais ; Thimonnier y trouva l’idée de la couture mécanique et combina un appareil destiné à remplacer la main de la brodeuse et applicable à sa profession, la couture des vêtements.
- En 1825, Thimonnier habite Saint-Étienne (Loire), rue des Forges ; le tailleur d’habits ignore les premiers éléments de mécanique, il passe quatre années travaillant assez peu dans son atelier à sa profession qui donne le pain à sa famille, et beaucoup plus dans un pavillon isolé, à une occupation que tous ignorent. 11 néglige ses affaires, se ruine, perd son crédit, se voit traité de fou ; peu lui importe.
- 1 En parlant récemment de la nouvelle machine à écrire américaine (5e année, 1877, 1er semestre, p. 225), nous rappelions la découverte de la machine à coudre, à laquelle nous donnions une origine américaine. M. le secrétaire delà Société des sciences industrielles de Lyon a eu l’obligeance de nous envoyer à ce propos de curieux documents que nous publions ici, heureux de rendre ce qui lui est dû à un inventeur français, dont le nom doit être placé à côté de ceux des grands ouvriers Je Ja science, G. T.
- En 1829, il est maître de son idée, il a créé un nouvel outil, la machine à coudre. En 1830, il prend un brevet d’invention pour un appareil à coudre mécaniquement au point de chaînette.
- A ce moment, M. Beaunier, inspecteur des mines de la Loire, étant à Saint-Étienne, eut l’occasion de voir fonctionner cet appareil. L’habile ingénieur soupçonna l’importance de la découverte, et mena Thimonnier à Paris. En 1831, la maison Germain Petit et Cie, dans laquelle Thimonnier était directeur, établissait, rue de Sèvres, un atelier de 80 machines à coudre pour la confection des vêtements militaires.
- A cette époque, loin d’accepter les machines comme d’utiles auxiliaires, les ouvriers n’y voyaient que de dangereux concurrents, et souvent l’émeute les brisait.
- La machine Thimonnier eut le sort des autres, et l’inventeur fut obligé de fuir. L’émeute réprimée donna lieu à des condamnations. Quelques mois plus tard, la mort de M. Beaunier amenait la dissolution de la Société. Thimonnier revint à Amplepuis en 1832.
- En 1834, nouveau voyage à Paris; Thimonnier travaille à façon comme ouvrier tailleur, avec sa machine à coudre, en cherchant des perfectionnements.
- En 1836, à bout de ressources, il reprend le chemin de son pays. Cette fois, il revient à pied, sa machine sur le dos, et pour vivre en route il fait fonctionner son appareil comme objet de curiosité.
- De retour à Amplepuis, Thimonnier construit des machines, et en vend quelques-unes dans les environs. Mais le nom seul de couture mécanique jetait une telle défaveur sur le système que personne ne voulut l’adopter.
- En 1845 (unbrevet le constate), la machine Thimonnier en était arrivée à faire 200 points à la minute.
- A cette époque, l’inventeur s’associe avec M. A. Magnin, de Yillefranche (Rhône). La maison a son siège dans cette ville, elle fabrique des machines au prix de 50 francs.
- Le 5 août 1848, conjointement avec M. J. M. Magnin, nouveau brevet de perfectionnement. L’appareil s’appelle le couso-brodeur. Il peut faire des cordons, broder et coudre toutes sortes de tissus, depuis la mousseline jusqu’au drap, jusqu’au cuir. Il a obtenu maintenant la vitesse de 300 points à la minute. Une aiguille tournante permet de broder des ronds et festons sans tourner l’étoffe.
- Le 9 février 1848, la maison avait déjà pris une patente anglaise pour sa machine, construite dès lors en métal et avec précision.
- La révolution de 1848 arrête encore cette fois les projets d’exploitation ; Thimonnier va en Angleterre où sa patente est cédée à une Compagnie de Manchester ; il n’y séjourne du reste que quelques mois et revient en France.
- Envoyée à l’Exposition universelle de Londres
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- LA NATURE.
- en 1851, la machine Thimonnier reste, par une incroyable fatalité, entre les mains du correspondant, et n’arrive à l’Exposition qu’après l’examen du jury. A la place qu’elle devait y occuper, on enregistre les premiers essais de perfectionnements apportés à son appareil par les Américains, et les machines à 2 fils et à navette de Elias Howe.
- Dès 1852, Thimonnier avait essayé ce dernier genre de machine, il s’en occupait encore en 1856.
- Mais tout était fini.
- Trente ans de luttes, de travail et de misère l’avaient épuisé. Thi-monnier mourut malheureux à Amplcpuis (Rhône), le 5 août 1857, à l’âge de soixante-quatre ans.
- Tous les essais de couture mécanique, avant lui, se composaient de plusieurs aiguilles portant chacune une aiguillée de fil. Ces tentatives ont été abandonnées comme impraticables1.
- La machine Thimonnier a servi évidemment de type à toutes les machines à coudre modernes.
- (Rapport du jury de l’Exposition universelle de Paris, 1855, page 592.)
- Cette déclaration juge la question et nous dispense d’insister.
- Le jury la complétait en accordant une médaille de lre classe au couso - brodeur perfectionné par M. J. M. Magnin, collaborateur de Thimonnier.
- 1 Nous devons invoquer comme argument décisif et irréfutable la liste des premiers brevets pris en France et à l’étranger, pour la machine à coudre.
- Thimonnier, Français, 1830, 17 avril, 1 fil, 1 aiguille, point de chaînette ; 1845, 21 juillet, 1 fil, 1 aiguille, perfectionnement. — Elias Howe, Américain, 1846, 10 septembre, 2 fils, aiguille et navette. —Thomas, Anglais, 1846, 10 décembre, 2 fils, cession d’Elias Howe. — Thimonnier et Magnin, Français, 1848, 5 août, 1 fil, couture et broderie; 1848, 9 février, 1 fil, patente anglaise. — Morey et Johnson, Américains, 1849, 6 février, 1 fil, point de chaînette. — Wheeler et Wilson, Américains, 1850, 12 novembre, 2 fils, aiguille et navette en disque circulaire. — Grover et Baker, Américains, 1851,12 février, 2 fils,
- La machine primitive de Thimonnier laissait à désirer ; construite en bois, elle était mise en mouvement par une corde à transmission directe ; chaque oscillation ne produisait qu’un point, ce qui était bien loin des 800 à 1000 points à la minute qu’on obtient avec les machines actuelles. Faut-il redire les services que rend déjà ce merveilleux instrument, son application qui va du vêtement à la chaussure, la chapellerie, sellerie, article de voyage, etc. De nombreuses manufactures en France et en Amérique construisent la machine à coudre par milliers et la répandent sur toutes les parties du globe. On peut prévoir l’époque où cet appareil fabriqué dans des conditions de bon marché, qu’atteignent aujourd’hui les montres et les pendules, aura sa place marquée dans chaque famille. On peut calculer l’heure où ce lent, pénible et énervant travail de couture à la main ne sera pratiqué que pour les travaux de reprise, raccordement, ajustage, etc. La machine aura pris pour son compte ces longues heures où l’ouvrière use sa vue’, sa santé, son existence.... Et ce grand résultat obtenu, il faut qu’on sache à qui on le devra. Notre tâche est d’en réclamer l’honneur pour notre compatriote Thimonnier. J. Meyssin.
- 2 aiguilles, double point de chaînette. — Charles Judkins, Anglais, 1852,16 octobre, 2 fils, aiguille et navette.— Otis Avery, Américain, 1852, 19 octobre, 3 fils, double point de chaînette. — Tompson, Américain, 1853, 29 mars, 2 fils, aiguille et navette aimantée. — Seymour, Américain, 1853,29 mars, 2 fils, aiguille et navette. — Isaac Singer, Américain, 1854,21 février, 1 fil, point de chaînette. — Journaux-Leblond, Français, 1854, 29 avril, 2 fils, double point de chaînette. -— J. M. Magnin, Français, 1854, 5 juillet, 1 fi), couture et broderie. — Siegl, de Paris, Français, 1854, 31 août, 2 fils, aiguille et navette. — Leduc, de Troyes, Français, 1854, 3 fils, 2 aiguilles et 1 navette. — J. P. Mollière, de Lyon, 50avrjl 1854, 2 fils, aiguille et navette.
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- TIRELIRE AMÉRICAINE
- Lors d’un récent voyage à Londres, en me promenant dans le Sydenham Palace, mon attention s’est arrêtée sur une singulière tirelire surmontée d’une boîte où se voyait un tableau analogue à ceux qui se construisent au-dessus des horloges à musique. Ce tableau représentait une des rues de Londres. Les voitures et les passants étaient représentés en découpures saillantes de carton, placées sur une rainure. Une pancarte très-visible portait cette inscription :
- Avis aux visiteurs. Jetez une pièce de deux sous dans la tirelire, et le tableau mécanique fonctionnera.
- Je me rendis à cette invitation.
- Je laissai tomber une pièce de deux pennys dans la tirelire, et aussitôt je vis les cabs du petit tableau mécanique glisser dans la rainure et les passants se mouvoir dans la rue. Un grand nombre de visiteurs imitaient cet exemple, et il n’était pas douteux que la tirelire était pleine à la lin de la journée.
- Ce moyen ingénieux de faire sans grands frais et sans le concours d’aucun employé, une recette assez importante, me paraît assez habile pour mériter une description.
- Le Scientific American de New-York, a récem-mént donné l’explication de ce curieux mécanisme fort usité dans les expositions de l’autre côté de l’Atlantique. Nous reproduisons ce qu’il a publié à ce sujet.
- « Parmi les inventions qui avaient pour but de soutirer des pièces de monnaie aux visiteurs de l’Exposition de Philadelphie, dit le rédacteur américain, nous signalerons les singulières tirelires que l’inventeur plaçait dans les salons des principaux hôtels dans les galeries de l’Exposition, etc. Ces appareils consistaient tous en une caisse munie d’une vitre, à travers laquelle on pouvait voir une campagne en miniature, avec des arbres, des maisons, des promeneurs, le tout confectionné en carton et peint
- avec beaucoup de soin. Sur la boîte était une étiquette, priant le visiteur de laisser tomber dans la tirelire une pièce de cinq cents, et de voir ce qui résulterait de cette introduction. Quand la pièce était tombée, elle mettait en mouvement les rouages d’un mécanisme caché; on voyait alors les petits personnages du tableau se mettre en mouvement, exécuter une course à cheval, une chasse au renard, etc. Une autre tirelire perfectionnée avait encore plus de succès : la boîte supérieure pouvait laisser tomber d’elle-même entre les mains du visiteur un portrait-carte photographique, donnant l’image d’un personnage célèbre. Mais pour obtenir cette photographie,
- il fallait, suivant l’avis, jeter dans la tirelire un certain nombre de cinq cents. La carte ne pouvait sortir qu’après l’introduction du nombre requis de pièces de monnaie, et l’appareil, on doit le dire, était d’une loyauté automatique. »
- La figure ci-contre montre la disposition fort simple de ce système. A gauche, on voit l’appareil tel qu’il est exposé; à droite, il est représenté en coupe longitudinale.
- Au sommet de la caisse inférieure ou du récipient des pièces de monnaie est une colonne creuse A, qui soutient la boîte dans laquelle les cartes photographiques sont placées sur un plan incliné, et s’appuient contre une glace. Les pièces de monnaie, en tombant, frappent l’extrémité d’un balancier vertical, qui tourne aussitôt sur un axe et imprime un mouvement de rotation à une roue dentée G (voy. le détail du mécanisme). La roue C a autant d’entailles qu’il faut de pièces de monnaie pour provoquer la chute d’une carte. Sur l’arbre de la roue d’échappement est une roue à rochet et un limaçon D ; cet arbre est mû par une corde enroulée autour de lui et se rattachant à un ressort E. Un verrou F, sollicité par un ressort, vient constamment appuyer contre le limaçon D. De sorte qu’à chaque révolution de la roue ou du limaçon, puisque ces deux pièces sont animées du même mouvement, le verrou en tombant dans l’entaille du lima-
- Tirelire américaine.
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- LA NATURE.
- çon se retire suffisamment pour permettre à la première carte de tomber, la carte suivante restant sur le verrou. Pour introduire les cartes, on soulève, puis on referme le couvercle du récipient. Placées sur un plan incliné, elles sont toujours poussées en avant par un châssis mobile G, ayant un rouleau à sa base. De la sorte, à mesure que la rétrogradation du verrou permet à une carte de tomber, une autre vient la remplacer tout près de la vitre.
- On remarquera que la roue d’échappement a six entailles. Comme une pièce de monnaie ne soulève le balancier qu’une fois, il est évident qu’il faut introduire six pièces de monnaie pour que la roue opère une révolution complète et que le verrou se retire une fois. On peut faire à la roue plus ou moins d’entailles, au gré de l’inventeur ; car il est clair que par ce moyen on est sûr de se faire payer le prix exigé pour chaque carte.
- L’invention n’est pas seulement un objet futile; elle peut être utilisée pour distribuer des annonces, pour vendre des journaux que l’on pourrait introduire dans la boîte après les avoir pliés uniformément. On pourrait aussi s’en servir pour les péages des voitures circulant sur les grandes routes ; chaque personne recevant un billet, le remettrait au conducteur. X....
- CHRONIQUE
- Éléphant trouvé dans la glace en Sibérie. —
- Dans une des dernières séances de la Société zoologique de France, M. Bayle a annoncé que des Russes ont retrouvé, il y a quelques mois, en Sibérie, un nouvel éléphant parfaitement conservé dans la glace ; ils ont pu manger les chairs de cet animal. Cela ne prouve cependant pas, d’après M. Bayle, que les éléphants aient vécu dans ce pays, mais qu’à une époque de grands cataclysmes, leurs corps ont pu être transportés par un courant très-fort, depuis l’IIimalaya jusqu’en Sibérie, où ils ont été arrêtés par les glaces ; le temps nécessaire, du reste, pour un pareil transport est bien moindre que l’on ne se le figure généralement. Les éléphants, très-nombreux à cette époque, n’ont pas tous été jusqu’en Sibérie ; beaucoup se sont arretés en route et n’ont laissé de leurs dépouilles que les os et les défenses ; ce sont ces dernières qui sont exclusivement employées depuis bien longtemps déjà par les Chinois, pour tous leurs ouvrages en ivoire sculpté. Au sujet du cataclysme ayant entraîné des éléphants dans la région boréale, M. le comte Hugo a rappelé que chaque année les pêcheurs anglais et américains ramènent dans leurs filets des défenses d’éléphants ; on peut, sans exagération, estimer à un millier le nombre de ces dents ainsi trouvées chaque année.
- Vers de terre brésiliens. — Sa Majesté dom Pedro II d’Alcanfara, empereur du Brésil, dont on connait la louable sollicitude pour les sciences, reçu membre de la Société zoologique dans la précédente séance (4 mai), entrait dans la salle de séance au moment même où M. le professeur Perrier, du Muséum, commençait une étude sur les vers de terre brésiliens (Lombrics). L’auteur qui, en commençant ses travaux sur les Lombriciens en 1872, avait fait appel à divers savants pour s’en procurer d’un
- peu de tous les pays, n’avait généralement reçu que des exemplaires dans l’alcool, où les caractères zoologiques extérieurs sont parfois fort altérés. Un genre, particulièrement, lui laissait des doutes nombreux, c’était le genre Urocheta; mais dans la terre d’une collection de plantes offertes par Sa Majesté l’empereur du Brésil aux serres du Muséum, il eut la bonne fortune de trouver un certain nombre de ces Lombriciens en parfait état de vie, qui lui permirent d’étudier à fond ce groupe, aujourd’hui l’un des mieux connus parmi les exotiques et même d’éclaircir plusieurs points mal compris jusqu’à ce jour de l’organisation de nos Lombrics indigènes. Deux espèces nouvelles faisaient partie de cet envoi, composé particulièrement de sujets appartenant aux genres Urocheta et Pericheta, dont il résume l’organisation en mettant sous les yeux de la Société de nombreuses planches qu’il a lui-même faites d’après nature.
- Empoisonnement par les champignons. — Un
- empoisonnement par les champignons vient de jeter la consternation dans la commune d’Arx (Lot-et-Garonne). Huit personnes, composant une même famille, viennent d’être victimes de leur imprudence. Les symptômes de l’empoisonnement se sont produits dans la soirée de mardi. La maison qu’habitaient les victimes est perdue dans les bois, loin des routes, à 6 kilomètres au moins du médecin qui prodigue ses soins à cette contrée. La mère et quatre enfants ont succombé dans les douleurs les plus atroces. Que cet exemple serve d’enseignement à ceux qui s’obstinent à manger des champignons d’une qualité douteuse. (Le Réveil, d’Agen.)
- Fouilles à Olympie. — A Olvinpic (Grèce), où les fouilles continuent, il a été trouvé dans ces derniers temps, au pied de la colline de Saturne, dans une salle construite aux frais du fameux rhéteur Hérodes Atticus, sept statues pour la plupart plus grandes que nature, avec leurs plinthes et leurs inscriptions. Ces statues représentent, d’une part, des personnages de la famille impériale, Marc-Aurèle, Faustine, Commode, Lueilla, etc.; de l’autre, des personnes de la famille du rhéteur lui-même. Les premières forment un groupe qu’IIcrodes Atticus avait fait placer dans l’Altis ; les autres ont été consacrées par les Éléens, en souvenir de leur reconnaissance pour les bienfaits qu’ils avaient reçus de l’opulent rhéteur ; au nombre de ces bienfaits était la construction d’un aqueduc. . (Journal officiel.)
- Vitesse du -vent. — Un cyclone d’une violence inouïe s’est déchaîné le 24 avril, à six heures du matin, sur la ville de Galvcston, au Texas. La vitesse du vent, écrit-on au New-York Herald, atteignait 65 milles à l’heure (101 kilomètres). Un grand nombre de maisons se sont écroulées et plusieurs personnes ont été ensevelies sous les décombres. Ce cyclone, qui n’a duré que dix à quinze minutes, a été plus terrible que celui de 1875.
- Construction des monuments mégalithiques dans l'Inde, par M. A.-L. Lewis. — Plusieurs tribus des montagnes de l’Inde, parmi celles qui, de nos jours encore, élèvent des menhirs et des dolmens, emploient les moyens suivants pour arriver à transporter et à dresser les grands blocs de pierre.
- On détache le bloc du rocher au moyen de coins que l’on introduit soit dans des fissures naturelles, soit dans des sillons creusés artificiellement ; ensuite on le place le mieux possible sur de grands rouleaux formés par deux ou trois arbres. Ceux-ci sont reliés par des bambous assez
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- LA NATURE.
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- gros, croisés eux-mêmes par des bambous plus petits, et ces pièces, régulièrement entrecroisées, forment une claie gigantesque. Trois ou quatre cents hommes unissant leurs efforts peuvent ainsi soulever la pierre et la porter à travers le pays. Ils peuvent, en deux ou trois heures, la transporter à 4 000 pieds de distance dans la montagne.
- En arrivant au lieu désigné pour l’emplacement du monument, on creuse un trou de quelques pieds de profondeur, en regard et au-dessus duquel on amène une des extrémités du monolithe ; alors les hommes, tirant à eux la claie au moyen de câbles nombreux, la mettent droite comme une échelle contre laquelle reste la pierre, dressée elle aussi de cette manière, jusqu’à ce qu’elle puisse glisser dans le trou et prendre son équilibre.
- Ce système est fort ingénieux et extrêmement simple. 11 est à ci'oire que les constructeurs de nos monuments en pierre brute de l’Europe devaient l’employer, surtout dans les cas où il est prouvé que les blocs utilisés n’appartiennent pas aux roches du pays, et viennent de quelque gisement plus ou moins éloigné.
- (.Bulletin de VAssociation scientifique.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 28 mai 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Recherche de la fuchsine des vins. — Un savant professeur de la Faculté des sciences de Bordeaux, M. Bau-drimont propose pour reconnaître les vins fuchsinés, de faire simplement évaporer spontanément une goutte du liquide suspect déposé sur la main. Dans le cas de la fuschine, une auréole rouge très-solide apparaît, qui ne se montre pas dans le cas de vin pur.
- À cette occasion, M. Wurtz rappelle qu’une réaction analogue a déjà été signalée par MM. Gauthier et Girard, qui placent une goutte de vin soumis à l’examen, soit sur un pain de carbonate de magnésie, soit sur un simple bâton de craie; et qui ont même donné à la réaction plus de sensibilité encore en enduisant la substance pierreuse d’un mordant albumineux. Le savant chimiste ajoute d’ailleurs que de pareilles expériences ne peuvent donner qu’une simple indication qu’il ne faut jamais accepter comme définitive qu’après le contrôle d’expériences plus délicates.
- Théorie atomique. — La plus grande partie de la séance est occupée par une très-intéressante discussion, à laquelle prennent part MM. Wurtz et Bcrthelot, sur les théories qui servent de base à la chimie. Le premier placé au point de vue de l’atomicité, et l’autre à celui de l’équivalence, font valoir successivement les arguments les plus propres à étayer leur manière de voir. Malheureusement ils sont ainsi amenés à développer des détails où nous ne saurions les suivre dans le peu d’espace qui nous est réservé. Aucune conclusion nette ne ressort du débat, les deux adversaires restent après la lutte aussi fermes dans leur opinion qu’avant la rencontre. Dans la galerie, l’opinion générale est que la vérité, comme il arrive si souvent pourrait bien n’ètre tout entière ni d’un côté ni de l’autre. M. II. Sainte-Claire Deville directement intéressé à la discussion provoquée par une communication qu’il a faite antérieurement n’est pas présent à la séance. On peut supposer qu’il répondra la prochaine lois à l’argumentation de M. Wurtz.
- Activité solaire. — On se rappelle que M. Tacchini,
- répondant à M. Janssen, pense à l’inverse de notre compatriote, que le soleil est actuellement dans une période de repos relatif. Il se fonde sur le petit nombre de taches et d’éruptions qu’on peut constater à un moment donné à l’orifice du soleil comparé à celui que donnait l’observation en 1871. M. Janssen répond aujourd’hui avec beaucoup de raison, que ce nombre ne peut pas donner l’idée de l’activité solaire, et qu’il est même de nature à former parfois une action contraire à la vérité. Supposons par exemple que le soleil présente 90 taches persistant dix jours ; pendant ces dix jours on notera 90 taches, ce qui paraîtra un fort gros nombre. Si à un autre moment le soleil n’a que 10 taches; mais si celles-ci disparaissent en vingt-quatre heures pour être remplacées par 10 nouvelles taches et ainsi de suite pendant dix jours, il est clair que pendant ces dix jours on n’aura jamais que 10 taches, et à première vue il semblera que l’astre est en repos relativement à la première supposition. Cependant il sera incomparablement plus actif dans le premier cas que dans le second, et M. Tacchini ferait peut-être bien de revoir à ce point de vue ses tableaux numériques.
- Physiologie. — M. Claude Bernard poursuit la lecture de ses longues et capitales recherches sur la fonction glycogénique du foie. Stanislas Meunier.
- LE BAROMÈTRE HERCULE
- La Nature dans un article précédent (Avertissements agricoles) a déjà parlé du baromètre anéroïde et des différents détails de sa construction. Nous rappellerons seulement que cet instrument consiste essentiellement en une boîte ronde en maillechort plissé au tour, et dans laquelle on a fait le vide. Cette boîte qui est l’âme de l’instrument, a un ressort qui se trouve placé à l’intérieur et qui fait équilibre à une pression donnée, s’exerçant à la surface de la boîte.
- M. Redier pour rendre plus facile la démonstration delà construction de cet appareil, et pour faire mieux sentir la valeur de la pression atmosphérique, vient de construire un instrument qui, tout en servant de baromètre peut encore être employé dans un cours, à prouver d’une façon plus tranchée, plus frappante, quels puissants effets l’atmosphère qui nous entoure est susceptible de produire sur les corps qui lui sont soumis.
- La figure ci-jointe représente cet appareil. Une boîte de baromètre anéroïde ordinaire, du diamètre de celles employées dans le baromètre du service agricole, est suspendue à la partie supérieure d’un bâti en fonte. Cette boîte n’a pas de ressort intérieur, et le vide y est fait par les procédés habituels. Il est clair qu’à mesure que le vide se fera, les parties inférieures et supérieures n’ayant plus entre elles un ressort puissant pour résister à la pression extérieure tendront à se rapprocher, et ces deux surfaces deviendront concaves. Un tel état fatiguerait énormément le métal ; la boîte ne tarderait pas sous un pareil effort, à se détériorer, à
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- perdre le vide et ne pourrait servir à donner aucune indication.
- Si l’on calcule la surlace llexible des deux faces de cette boîte, et si l’on multiplie ensuite le résultat obtenu par lkil,03. représentant la pression s’exerçant par centimètre carré, on trouvera que le poids qui doit ramener les deux faces, de façon qu’elles redeviennent parallèles entre elles, doit être de 20 kilog.
- Si donc on suspend un poids de 20 kilogr. au-dessous de cette boite barométrique, les deux surfaces redeviendront parallèles.
- Ce poids de 20 kilogr. fait ainsi équilibre au poids de l’atmosphère sur la surface de la dite boîte.
- La l'ace inférieure porte au centre une tige terminée par une pointe qui vient buter sur une petite palette, faisant partie de l’axe d’une aiguille.
- 11 est facile de comprendre maintenant comment ce baromètre fonctionne.
- Le poids de 20 kilogr. attaché sous la boîte vide fait équilibre à une pression de 760. Si cette pression vient à changer et devient 755, le poids devient trop lourd, l’équilibre est rompu et la boîte se gonfle un peu, l’aiguille suit ce mouvement et l’indique sur le cadran placé à la partie supérieure du bâti en fonte. Le contraire se passerait si la pression augmentait. Toutefois, il est bon de savoir que le mouvement total donné par la boîte pour un changement de pression de 6 centimètres de mercure, est d’environ 5 di-zièmes de millimètre, d’où la nécessité d’avoir une aiguille très-longue qui amplifie beaucoup la course obtenue.
- Dans cet instrument, l’aiguille est dans une sorte d’équilibre instable. Sa grande longueur en est la
- cause, faut-il aussi qu’elle soit équilibrée d’une façon parfaite. Dans la construction d’un anéroïde ordinaire, le mouvement se trouve amplifié d’une façon considérable, et les plus grands soins doivent être apportés à toutes les transmissions de mouvement pour éviter les pertes et les inégalités de course, les renvois de mouvement se faisant avec des leviers très-courts.
- L’intérêt de l’appareil dont nous donnons le dessin,
- 1 consiste à montrer comment ces variations de pression qui paraissent si insignifiants, n’en sont pas moins capables de soulever de grands poids.
- La boîte barométrique ci-dessus , a un diamètre de 80 millimètres et a une puissance de 20 kilogr. 11 suffirait de construire une boîte de 16 centimètres de diamètre pour que ce poids puisse être porté à 200 kilogrammes.
- Avec le même instrument, on fait une expérience qui présente les choses sous un autre point de vue.
- On remplace la hoîte barométrique vide et fermée par une hoîte communiquant avec un tube où s’adapte un second tube en caoutchouc.
- Si un enfant aspire par ce caoutchouc l’air contenu dans la boîte et l’aspire même légèrement, ce léger souffle soulèvera le poids de 20 kilogr, et soulèverait de même le poids de 200, si la boîte était c onstruite dans les proportions indiquées plus haut.
- Nous avons à peine besoin de justifier le nom de Baromètre hercule donné à cet instrument par son ingénieux auteur.
- Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Baromètre hercule de M. Itedier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 210.-9 JUIN 1877.
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- L’INONDATION
- PE LA MINE TRGEDYRHIW, EN ANGLETERRE ET LA PRESSION DE l’AIR.
- La Ronda, petite rivière du comté de Glamorgan, traverse un des districts les plus riches en mines de fer et de charbon de tout le pays de Galles. Dans les environs de Pontyfritt, elle sépare le sous-sol de deux charbonnages, l’un épuisé, abandonné depuis longtemps, l’autre en pleine activité au commencement du mois d’avril, et connu sous le nom peu facile à prononcer de Trœdyrliiw.
- La houille y est maigre, ce qui diminue sa valeur sur le marché de Londres, mais protège l’exploitation contre le feu grisou, si terrible dans certaines mines voisines. Le 11 avril dernier, la fosse Tyne-widd vient d’ètre désolée par un accident d’une autre nature, et qui s’est produit dans des circonstances dignes d’attirer notre attention. En effet ces accidents sont journaliers dans la vie des mineurs. A peine un mois après l’inondation dont nous allons décrire les suites, un événement identique se produit dans le puits de Rhins de la compagnie de Roche-la-Molière dans les environs de Saint-Etienne.
- Les mineurs se disposaient à remonter à la surface
- Délivrance des mineurs emprisonnés dans les galeries de la mine de houille de Trœdyrhiw, en Angleterre.
- A. Galerie remplie d’eau où les mineurs étaient enfermés. — B. Air comprimé par l’ascension de l’eau. — C. Paroi de charbon, —
- D. Galerie remplie de l’air extérieur. *
- du. sol pour céder la place à une autre bordée, lorsqu’un épouvantable fracas se fit entendre. Tous les retardataires pressant le pas, on eut bientôt remorqué tout le monde dans la hutte qui s’élève au-dessus de l’orifice.
- La plupart n’étaient parvenus à gagner la benne qu’après s’être frayé une route au milieu d’un torrent furieux qui se précipitait dans les galeries avec une rapidité désespérante. Les marées d’équinoxe n’envahissent point les grèves du mont Saint-Michel d’une façon plus désespérante.
- La cause de ce sinistre n’est pas difficile à comprendre, les galeries de Gymner works, la mine voisine, avaient été inondées probablement par suite d’infiltrations de la Ronda, et avaient fait irruption dans l’étage inférieur du puits Tynewidd.
- Quand on procéd'a à l’appel nominal, on reconnut 5e année. — 2° semestre.
- que quatorze ouvriers n’avaient point répondu. H sortait de la mine un vent furieux produit par le déplacement de l’air. Les échos souterrains retentissaient d’un bruit formidable. Tout espoir semblait perdu pour les quatorze infortunés, que l’eau avait engloutis au fond de cet abîme.
- Cependant des volontaires se proposèrent pour tenter le sauvetage des cadavres. C’est un devoir pieux auquel les mineurs ne manquent jamais, même au péril de leur vie. Cet acharnement à retrouver les restes de ceux qui ne sont plus, fait penser aux efforts que les anciens faisaient pour rendre aux morts les honneurs funèbres.
- Pendant que les volontaires sont en train de délibérer sur les mesures à prendre pour pénétrer dans l’abîme, on entend frapper à coups redoublés.
- C’est le procédé qu’emploient, comme on le sait,
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- LA NATURE.
- les mineurs pour- se parler à des distances parfois très-grandes. En effet, ils ont remarqué que la roche, quand elle est continue, transmet des sons relativement faibles avec une facilité réellement surprenante.
- On ne tarde pas à reconnaître que plusieurs ouvriers sont emprisonnés au-dessous d’une couche de charbon, dont l’épaisseur est d’une dizaine de mètres.
- C’est l’air qui, faisant matelas et se comprimant en vertu de la loi Mariotte, a fait obstacle au mouvement de l’eau. Les infortunés sont renfermés sous une sorte de cloche à plongeur. Cette circonstance extraordinaire fortuite leur avait sauvé la vie d’une façon véritablement miraculeuse, mais pourrait-on les extraire de leur cachette, c’est ce qu’il était encore impossible de dire.
- Après avoir répondu, pour caimer les inquiétudes des captifs, on se met sans perte de temps à creuser une galerie inclinée pour les rendre à la vie, à la liberté, à la lumière.
- Au bout de vingt-quatre heures on arrive à les joindre, car les malheureux ne se sont point abandonnés et ils travaillent de leur côté avec ardeur.
- Mais dis n’ont pas fait attention à la puissance d’expansion de l’air, foulé sous une pression qui n’est pas moindre de deux atmosphères.
- Au moment où la cloison tombe, le nommé William Morgan qui était la pioche à la main, en tête de ses camarades, est poussé en avant avec une force si prodigieuse, qu’il a la poitrine défoncée sur le pic qu’il tenait à la main ; les sauveteurs ne peuvent ramener que son cadavre.
- Eux-mêmes sont bousculés et assourdis par cette trombe d’eau, de boue, d’air qui se précipite avec un bruit horrible, mais ils ont la présence d’esprit de revenir à la charge et d’extraire de ce trou noir quatre camarades encore vivants. On les emporte jusqu’à la butte.
- A peine ce sauvetage est-il fini, qu’on entend de nouveaux coups venant d’une partie plus lointaine cibla mine; ce sont d’autres mineurs qui, également sauvés, réclament de nouveaux secours.
- Avant de se décider à entreprendre ce nouveau travail beaucoup plus long, beaucoup plus pénible que le précédent, on essaye de faire jouer les pompes, qui extraient 100 000 litres par heure; mais on ne tarde pas à reconnaître que le niveau de l’eau ne descend point.
- On songe alors à envoyer des plongeurs armés d’un appareil analogue à celui de M. Denayrouse ; mais les galeries renfermaient, comme il arrive toujours, un grand nombre de boiseries, de charpentes, d’étais, de rails en bois, qui ont été soulevés par l’eau et qui rendent le passage impraticable.
- Force est donc d’avoir recours à la pioche, qui n’opère qu’avec une lenteur désespérante, car il n’y a de front qu’un seul ouvrier qui puisse attaquer la roche. On ne gagnerait rien à faire la galerie plus large, afin d’y placer plusieurs travailleurs sur la même ligne.
- Heureusement, avertis par la mort de William Morgan, on ferme soigneusement toutes les issues par où l’air peut s’échapper, et l’on fait marcher les pompes destinées à accroître la pression intérieure de l’atmosphère souterraine.
- Nous ne pouvons, sans sortir des bornes qui nous sont imposées, décrire toutes les péripéties de cette lutte émouvante de quelques hommes dévoués risquant leur vie pour sauver leurs semblables. Ce genre de bravoure, si commun parmi les mineurs, a peut-être son égal, mais il ne peut avoir de supérieur sur les champs de bataille de la terre. Malgré tout ce que pouvaient faire de leur côté les captifs pour calfeutrer leur prison, l’air qui faisait leur salut s’échappait par mille tissures quelquefois avec un bruit effroyable.
- Le niveau de l’inondation montait à mesure que la paroi qui séparait les malheureux prisonniers allait en s’amincissant.
- Lorsqu’on fut à même de les saisir, les cinq captifs avaient de l’eau jusqu’au cou. Le plus jeune, un enfant, eût été noyé si ses camarades épuisés n’eussent eu l’humanité de le tenir dans leurs bras.
- Nous avons donné un dessin pour faire comprendre, à l’aide d’une légende, l’horreur de cette situation sans précédents, de cette lutte désespérée entre l’eau bourbeuse, noire, infecte, qui montait, et le salut qui arrivait avec une vitesse heureusement plus grande.
- Jusqu’au dernier moment, nul ne pouvait savoir qui de la mort ou de la vie triompherait.
- Un détail navrant ne saurait être omis.
- Les sauveteurs avaient eu l’idée intelligente, humaine, d’insérer dans la roche un petit tube où l’on glissait du lait et du bouillon afin d’alimenter les malheureux. Mais, assourdis par le bruit de l’air qui fdtrait, excédés de préoccupations, affolés par les ténèbres, ils n’avaient pu comprendre ce qui arrivait. Ils avaient cru qu’une fuite d’eau sous pression se déclarait. Ils employèrent toute leur force, toute leur énergie, pour boucher cette rigole par laquelle la vie se trouvait à la portée de leurs lèvres.
- Deux héros continuèrent avec acharnement les travaux et se précipitèrent dans le trou funeste pour arracher les captifs au milieu d’un vent épouvantable et d’une trombe d’eau prodigieuse.
- La reine d’Angleterre voulant honorer le courage de MM. Isaac Pride et Happy Dodd, leur a décerné la médaille du Prince Albert. Il est même possible que cet événement étrange, qui a profondément remué l’opinion, détermine le gouvernement anglais à instituer un ordre de décoration analogue à notre Légion d’honneur.
- Les cinq captifs emprisonnés dans la journée du 11, n’ont été rendus à la liberté que dans la nuit du 20 au 21, à deux heures du matin. Leur réclusion a duré neuf jours et dix nuits consécutives ; cette circonstance a vivement surpris les médecins d’outre-Manche. Elle est digne, en effet, d’occuper les méditations des physiologistes. Elle donnera
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- LA N AT U11E.
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- peut-être quelque lumière sur une (les questions les plus controversées et les plus intéressantes de la chimie respiratoire : l'effet des variations de pression sur la manière dont agit le sang renfermé dans le système circulatoire. Nous ne croyons pouvoir mieux faire que de terminer cet article en citant ce que dit sur ce point particulier la Lancette :
- « Ces hommes avaient vécu neuf jours dans une chambre à air comprimé sans nourriture d’aucune espèce, mais ils avaient à leur disposition autant d’eau qu’ils en pouvaient désirer.
- « La période pendant laquelle ils ont supporté la faim quoique considérable a été souvent dépassée dans les cas où l’on pouvait se procurer de l’eau.
- « Fodere fait allusion à quelques ouvriers qui furent sauvés après être restés renfermés pendant quatorze jours dans une cave froide et humide. Le docteur Sloane cite le cas d’un homme âgé de soixante-cinq ans, qui a été également sauvé après être resté confiné pendant quatorze jours dans une mine de charbon.
- « Les victimes du dernier accident étaient dans un état continuel d’excitation qui a dû diminuer leurs ressources vitales. Quel effet a eu l’air comprimé dans lequel ils ont vécu sur leur puissance de résistance ? Le fait que l’atmosphère était humide et dense doit être considéré comme une circonstance favorable, car il a diminué l’activité de l’évaporation superficielle, prévenu la soif et les effets désagréables d’une évaporation rapide.
- « L’air a absorbé la majeure partie de l’acide carbonique produit par la respiration de ces hommes et conservé l’atmosphère confiné dans un état de pureté assez grande.
- « On dit que lorsque l’on respire une atmosphère dense les mouvements respiratoires sont profonds et lents, que le pouls devient lent et plein, avec une contraction des capillaires et une élévation de température.
- « Les exhalaisons de la peau et du poumon décroissent quand l’esprit n’est point harassé ; il parait que les sensations ne sont point désagréables. En conséquence nous devons regarder la densité de 1 atmosphère comme une circonstance favorable. Jusqu’à un certain point on doit lui attribuer le haut degré de vitalité que possédaient ces hommes lorsqu’on les a sauvés. »
- L’inondation de Roche-la-Molière fournira malheureusement les éléments d’une comparaison des plus instructives. En effet, trois ouvriers, les frères Peyron et le jeune Antoine Brossard ont été renfermés dans une galerie haute où l’eau n’a pu les atteindre.
- A la date du 15 mai, ils étaient depuis plus de cinq jours sans nourriture et l’on ne comptait point arriver à les délivrer avant la journée du 15. Nous ignorons encore comment ces malheureux ont supporté la faim, mais nous savons que, contrairement à leurs collègues de la mine Trœdyrhiw, ils se sont trouvés soumis à la pression naturelle, car l’eau qui
- a produit la catastrophe a disparu comme celle d’un torrent sorti de son lit à la suite d’un orage ; malheureusement, avant de disparaître, elle avait fait ébouler les galeries sur une longueur de 150 mètres.
- La question scientifique n’est pas la seule à résoudre. On doit se demander en outre si, devant la fréquence de ces épouvantables tragédies souterraines, l’on ne devrait pas exiger que des dépôts de vivres fussent établis en différents points des houillères1.
- CATASTROPHE DU PUITS DE RHINS ,
- PRÈS SAINT-ÉTIENNE.
- Le Mémorial de Saint-Étienne nous a apporté récemment des renseignements sur la délivrance des trois mineurs du puits de Rhins, près de Saint-Etienne. On avait perdu presque tout espoir de parvenir jusqu’à eux. Les éboulements sé succédaient et arrêtaient les travaux à chaque instant. Heureusement les travailleurs trouvèrent devant eux un vide considérable, et purent avancer jusqu’au lieu où se trouvaient les prisonniers. C’est vers minuit qu’on est arrivé vers eux. A ce moment, les travaux étaient conduits par M. l’ingénieur Hénac, secondé par le sous-gouverneur Preynat. Ce dernier ale premier embrassé les sauvés, chargeant sur ses épaules le plus jeune d’entre eux, Brossard ; les deux autres, les frères Peyron, ont pu marcher seuls. Tous les trois ont été conduits à l’hôpital de la compagnie, dans un état à peu près satisfaisant. C’est vraiment extraordinaire que ces malheureux n’aient pas souffert davantage. Ils sont restés sept jours dans la mine.
- Ils avaient rationné de leur-mieux les provisions qu’ils avaient avec eux, et comme ils avaient de l’eau à boire, ils ont pu se soutenir jusqu’au moment de leur délivrance. Le froid les a fait souffrir plus que la faim pendant leur emprisonnement. Chose curieuse, les trois mineurs n’ont jamais perdu l’espérance.
- Ils étaient tellement convaincus que leurs ingénieurs et leurs camarades ne les abandonneraient pas, qu’ils ont pris patience et supporté bravement cette terrible épreuve. L’un d’eux, l’aîné des frères Peyron, a déjà été victime d’un accident de cette nature. Il est resté pendant trois jours, il y a quelques années, dans une mine de Firminy. Ajoutons que les trois mineurs du puits de Rhins, malgré leur espoir de délivrance, s’étaient courageusement préparés à la mort. Ce sauvetage, dirigé par M. l’ingénieur Tardival, fait le plus grand honneur au dévouement fraternel des mineurs qui, dans des circonstances de cette nature, n’hésitent jamais à braver tous les dangers pour courir au secours de leurs frères en péril.
- 1 L’histoire dramatique que l’on vient de lire a été l’objet d’un grand nombre de récits publiés dans la plupart des journaux anglais. Nous empruntons le résumé qui précède à la Revue scientifique du 19 mai 1877.
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- LÀ NATURE.
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- LES ANNEAUX DE SATURNE
- CONDITIONS D’ÉQUILIBRE ET CONSTITUTION PHYSIQUE.
- (Suite et fin.— Voy. p. 1.)
- Selon G. P. Bond, un anneau fluide n’est pas nécessairement instable : il se subdiviserait en anneaux d’inégales vitesses, et ces divisions seraient variables et passagères. D’après Peirce, le riche cortège des satellites dont Saturne est environné est nécessaire à la stabilité de ses anneaux, dont la conservation serait ainsi due à l’action pondératrice de ces masses extérieures.
- En 1859, M. Clark-Maxwell publiait dans les Monthly notices des recherches qui aboutissent à des conclusions semblables à celles que nous avons vues émises un siècle plus tôt par Cassini II. « Le seul système d’anneaux qui puisse exister, dit-il, doit
- être composé d’un nombre indéfini de particules indépendantes, tournant autour de la planète avec des vitesses différentes, selon leurs distances respectives. Ces particules peuvent être arrangées en séries d’anneaux étroits, ou bien elles peuvent se mouvoir à travers leur ensemble d’une manière irrégulière. Dans le premier cas, la destruction sera extrêmement lente; dans le second, elle sera plus rapide; mais il pourrait se produire une tendance vers un arrangement en anneaux étroits, arrangement qui retarderait le progrès de la destruction. »
- Nous arrivons maintenant aux recherches toutes récentes d’un de nos savants compatriotes, M. Hirn, célèbre, comme on sait, par ses beaux travaux sur la théorie mécanique de la chaleur. Dans un Mémoire, publié en 1872, Sur les conditions d'équilibre et sur la nature probable des anneaux de Saturne, il aborde le problème posé par Laplace; mais au lieu d’en chercher la solution comme s’il
- 50 janvier 1857.
- 14 février 1857.
- Fig. 1. — Bandes du globe de Saturne, d’après G. P. Bond.
- s’agissaiL d’un problème de mécanique pure, il fait intervenir, outre les données de l’observation, toutes les données empiriques qui proviennent de l’expérience et qui sont relatives aux propriétés intimes des corps, cohésion, résistance, élasticité, frottements, etc. Enfin il s’appuie aussi, pour certaines de ses déductions, sur les principes de la théorie de la chaleur, dont la découverte remonte, comme on sait, à un petit nombre d’années. Nous devons nous borner à un résumé très-succinct des importantes conclusions auxquelles M. Hirn est parvenu, en soumettant à l’analyse successivement les trois hypothèses principales, qui ont été et peuvent être faites sur la constitution physique des anneaux.
- Dans le cas des anneaux solides, il examine si le lest, ingénieusement imaginé par Laplace, est accusé, comme on le croyait, par l’observation. Schwabe, Harding, Struve, South, Ilerschell, ont bien reconnu l’excentricité de l’anneau par rapport au globe de Saturne ; mais pour que ce défaut de coïncidence entre les centres de gravité et de figure soit dû à l’existence d’un lest, il faut que la durée
- de rotation des anneaux autour de leur centre de gravité égale la durée de rotation de ce centre autour de la planète. Cette durée étant de dix heures et demie, on devrait observer toutes les cinq heures un quart une oscillation apparente du globe de Saturne, de l’ouest à l’est et de l’est à l’ouest entre les anneaux. Or, rien de pareil n’a été vu.
- De plus, dans l’hypothèse d’un anineau solide, tout lest appliqué au pourtour détermine un accroissement dans la vitesse angulaire, dJoù un excès de force centrifuge qui tend à rompre l’anneau en deux arcs, suivant un plan perpendiculaire à la ligne d’excentricité. Cet effort serait colossal, même en admettant pour la densité de l’anneau la cent-millième partie de celle de l’hydrogène, c’est-à-dire celle d’un corps imaginaire. En définitive, pour que les anneaux soient solides, il faut qu’ils soient des cercles homogènes, et de structure régulière sur tout leur pourtour, tournant autour du centre commun de gravité et de figure. Si, comme l’indique l’observation, ils sont irréguliers dans leur structure, chacun d’eux ne peut être un corps solide, à
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- moins que la matière qui les compose soit douée arbitrairement d’une cohésion et d’une rigidité en quelque sorte infinies.
- Une autre conséquence de la solidité des anneaux, c’est que la largeur de chacun d’eux est limitée, qu’ils devraient dès lors s’emboîter en grand nombre les uns dans les autres, et être animés chacun d’une vitesse angulaire spéciale. Dans le cas où, pour une cause quelconque, les centres des anneaux et de la planète 11e coïncidant plus, l’état d’équilibre serait rompu, la destruction des anneaux n’aurait pas lieu par une chute accélérée sur la planète. Ce 11’est pas tout d’une pièce que le système s’abîmerait dans un cataclysme dont on pourrait prévoir l’époque : pour
- que les choses se passent ainsi, il faut supposer, comme le prouve M. Hirn, que les anneaux solides aient une résistance et une rigidité infinies; il faut sortir, en un mot, des données de l’expérience. Dans l’hypothèse où ils seraient formés par des ma-* tières minérales, analogues sinon identiques aux matières terrestres et agrégées comme elles, ce n’est pas une chute vers la planète qui aurait lieu, mais, au bout d'un petit nombre de révolutions, une rupture, une désagrégation qui réduirait les anneaux en parcelles. .
- Ainsi, il paraît inadmissible que les anneaux soient des solides continus et homogènes. 1
- M. Hirn passe alors à l’examen de la seconde hy-
- Fig. 2. — Saturne et le système de ses anneaux lè 50 décembre 1871. (D’après M. L. Trouvelot.)
- pothèse, celle où les anneaux auraient une constitution fluide, liquide ou gazeuse. Là, on ne rencontre plus, comme dans le cas d’un anneau solide, les difficultés qui rendent peu probable la continuité et l’homogénéité de la matière qui le compose. Dans un anneau liquide ou gazeux, la mobilité même des particules permet à la vitesse angulaire de rotation de varier dans le sens de la largeur, de manière à ce que la force centrifuge fosse partout équilibre aux forces qui tendent à ramener les molécules vers le centre de gravité de l'anneau et de la planète. Mais alors, en vertu des diverses nappes fluides, il se produirait peu à peu une égalisation de leur vitesse, mais en même temps une élévation
- de température en rapport avec la somme de force vive perdue par les parties de l’anneau. Dans le cas d’une perturbation extérieure, ce n’est plus une dislocation, une désagrégation, mais un changement de forme qui aurait lieu ; l’anneau prendrait alors une forme elliptique de plus en plus prononcée, et le grand axe tournerait lentement autour du foyer. Que l’anneau soit liquide ou gazeux, les principes de la thermodynamique montrent qu’à l’élévation de température de l'anneau correspondrait un ralentissement continu de la masse entière. De là une réduction continue de toutes les dimensions, et par conséquent un rapprochement vers la planète de tous les points de l’anneau.
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- Voici, du reste, comment M. Hirn formule lui-même les conclusions de l’examen de cette seconde hypothèse :
- « Si les anneaux de Saturne, dit-il, sont gazeux ou même liquides, leur sort inévitable sera, non pas du tout de tomber d’un côté sur la planète, et de s’en écarter de l’autre, mais de s’en rapprocher lentement dans toutes les directions et de finir par se confondre avec elle. Nous voici amenés de nouveau en face d’un événement des plus redoutables, en apparence du moins, pour l’existence d’un monde. 11 ne s’agit plus, il est vrai, de ce cataclysme subit dont nous croyions Saturne menacé par suite de la ehute, ou même seulement par l’écroulement de ses anneaux supposés solides. Il s’agit d’un de ces phénomènes à marche graduée, relativement lente, mais certaine, comme c’est le caractère à peu près général des grands phénomènes de la nature. Mais il n'en est pas moins vrai que les conséquences d’un tel événement pourraient être terribles pour les habitants de la planète. Les anneaux, en effet, ne fussent-ils constitués que par un gaz semblable à celui de l’atmosphère, ou d’un liquide semblable à celui des mers, l’adjonction d’une nouvelle masse atmo sphérique à l’ancienne, d’une nouvelle masse liquide aux mers déjà existantes, n’en serait pas moins un •fait capital, quant à l’exislence des êtres vivants. Nous avons démontré que des anneaux solides et d’une pièce, à moins d’être infiniment résistants et inflexibles, ne pourraient avoir qu’une existence :tr£s-courte sans se désagréger complètement. Maintenant nous reconnaissons d’une manière tout aussi positive que des anneaux gazeux ou liquides n’au-! raient eux-mêmes qu’une durée limitée. »
- M. Hirn expose ensuite les raisons qui lui font penser que tel ne sera pas le sort des anneaux. S’appuyant sur le fait d’une durée qui, depuis seulement la découverte de Galilée, embrasse déjà près de trois siècles, il en conclut que, puisque les anneaux durent, c’est que leur structure intime n’entraîne aucune des causes de ruine précédemment analysées. Selon lui, lesanneaux « sont formés de matière^à1 l’état solide, mais discontinu, désagrégé de parties très-petites séparées par des 'intervalles relativement très-grands, aussi vides de malière que l’est tout le reste des espaces stellaires. » Une seule parcelle de matière solide de quelques millimètres de diamètre, par chaque mètre cube de l’espace qu’occupe l’anneau, suffirait à lui donner pour nous l’apparence que nous lui voyons. C’est l’hypothèse des satellites de Cassini, réduits à une extrême petitesse individuelle, et par compensation considérablement augmentés dans leur nombre.
- Avec une telle constitution, aucune des causes de destruction énumérées n’est plus à craindre. Chaque fragment décrit autour du centre de gravité commun son orbite particulière, dont les éléments ne varient, sous l’action perturbatrice des autres parties disjointes et des satellites, qu’avec une grande
- lenteur, d’ailleurs sans frottement, sans variation de température, sans perte de force vive.
- Maintenant, cette hypothèse est-elle d’accord avec les faits observés? M. Ilirn les passe en revue, et trouve que l’accord ne souffre aucune difficulté. L’ombre portée par l’anneau sur la planète l’explique tout aussi aisément que l’apparence lumineuse. L’ensemble est comme un nuage de particules qui, réfléchissant vivement la lumière solaire, produisent par leur interposition entre la lumière solaire et le sol de Saturne, l’effet des nuages épais sur le sol terrestre. Par un effet de contraste, la lumière des parties complètement éclairées fait paraître noires celles qui ne reçoivent qu’une fraction des rayons solaires. Les inégalités de lumière qui ont servi à Ilerschell à mesurer la durée de rotation de l’anneau, les points plus lumineux vus aux époques de disparition, les variations de largeur constatées par Strnve sont autant de faits d’observation que M. Hirn explique par des raisons plausibles, que nous regrettons de ne pouvoir, faute de place, développer convenablement, parce que ces explications ingénieuses nous paraissent sujettes à des objections de plus d’un genre.
- Pour n’en citer qu’une, notons que notre savant compatriote explique l’apparence du troisième anneau, plus sombre que les deux autres, et diaphane, en disant que cet anneau est formé de corpuscules solides plus rares. Que sur le fond du ciel la dispersion plus grande des parcelles solides donne à l’anneau un aspect moins lumineux ; qu’il en résulte une certaine transparence, nous le comprenons. Ce qui nous semble difficile à concilier avec ce mode de structure, c’est l’aspect de la partie de Panneau sombre qui traverse le globe de Saturne : on peut voir dans le dessin de la figure 2 que sur tout le parcours de l’anneau, sinon sur toute la largeur, la lumière de Saturne en est obscurcie, sinon tout à fait éclipsée. Les parcelles solides éclairées par le Soleil, en se projetant sur une surface pareillement éclairée, ne peuvent en ternir l’éclat. La teinte som-breûndique donc une absorption de lumière que la seule rareté des corpuscules n’explique nullement. L’hypothèse d’une zone vaporeuse! rendrait mieux compte de cette apparence.
- Nous devons borner là ce que nous avions à dire de la constitution physique des anneaux de Saturne, et des hypothèses qui ont été proposées pour l’explication des phénomènes observés. Toutes, comme on l’a vu, prennent pour point de départ un même principe, celui de la stabilité du système. Mais le système est-il stable? Dans une certaine mesure, oui; mais non pas peut-être d’une façon absolue, et entre la conservation indéfinie de ces étranges appendices et leur dislocation prochaine, il y a place, ce nous semble, pour une hypothèse intermédiaire, celle d’une lente dissolution. Dans les remarquables Mémoires publiés sur cette importante question d’astronomie physique, surtout par MM. Roche et Ilirn, il n’a été question que de l’état solide, con-
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- tinu ou discontinu, et de l'état fluide, liquide ou gaz élastique. Nous voudrions voir ces savants géomètres et physiciens appliquer l’analyse au cas d’anneaux constitués par un état pour ainsi dire intermédiaire entre l’état liquide et l’état gazeux, celui de masses vaporeuses, vésiculaires, analogues aux nuages de notre atmosphère, et susceptibles de passer alternativement d’une forme à l’autre.
- Amédée Guillemin,
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- L’ILE DE NOSSI-BË
- PRÈS DE MADAGASCAR.
- La France possède, dans les parages de Madagascar, un certain nombre de petites îles qui ne tirent leur importance que de leur situation ; elles sont en effet, pour ainsi dire, disposées en cercle autour de cette grande terre, que nous avons si malencontreusement perdue, et forment là comme autant de postes d’observation. Toutes sont encore peu connues au point de vue de l’histoire naturelle ; on les considère généralement comme d’origine volcanique, mais sans renseignements bien précis à cet égard, aucune exploration suffisamment complète n’en ayant encore été tentée.
- L’île de Nossi-bé est certainement, sous le rapport colonial, le point le plus intéressant de ce groupe d’établissements; c’est de beaucoup celui qui a le plus d’avenir, son voisinage avec Madagascar lui donnant une grande vitalité. Située, en effet, dans le nord-ouest de cette dernière, elle en est si rapprochée, et les communications à travers l’étroit chenal qui les sépare, sont si fréquentes et si faciles, qu’elle en fait pour ainsi dire partie. Les Arabes de Commores et de Zanzibar, qui depuis longtemps déjà sont venus s’y établir, entretiennent avec la Grande Terre un commerce relativement considérable; ils tirent de toute la côte occidentale, et principalement du Boueni et du Menabé, des bœufs, de l’écaille de tortue, de la cire, du riz, des étoffes, des cuirs, de l’ébène, d’excellents bois d’ébénisterie et de construction enfin, qui n’attendent que d’être un peu plus connus pour fournir à l’exportation et à l’industrie des ressources considérables1. Un village très-prospère, celui d’Ambanourou, situé près de la côte, non loin d’Hell-Ville, la capitale de la Colonie, se trouve maintenant presque entièrement peuplé par ces négociants arabes : on y radoube et on y construit des Boutres fort beaux, avec de nombreuses embarcations, aux formes singulières, qui servent à faire le cabotage entre les deux îles.
- Sa population indigène s’élève à 10 000 âmes environ, et se compose surtout de Sakalaves, qui, chassés en 1843 de la côte occidentale de Madagascar
- 1 Parmi les bois qui, sortant des magnifiques et inépuisables forêts de Madagascar, viennent ainsi à Nossi-bé, il faut citer : le tamaka, excellent pour les constructions navales, le bqjs 4e rose, le palissandre, le bois de natte, d’un beau rouge, etc.
- par les persécutions des Hovas, mirent un bras de mer entre eux et leurs ennemis et vinrent se réfugier, avec leur reine, sur cette terre qui produisait abondamment toutes les choses nécessaires à la vie. Pour mettre fin aux exactions des Hovas, qui menaçaient encore de les en expulser, ces peuplades réclamèrent, vers 1844, le protectorat de la France, et depuis cette époque nous occupons cette petite île.
- C’est, malgré son nom (Nossi-bé ou Nos-bé en sa-kalave veut dire lie grande), une terre qui n’a pas plus de 18 à 20 lieues de tour. Entourée d’un certain nombre de petites îles, dont les principales sont celles de Sakatia dans l’ouest, et de Nossi-comba dans le sud-est, elle se trouve presque en face de la grande baie de Bacouli, dans le prolongement direct de la pointe d’Ankifi, qui termine au nord la belle et vaste plaine de Passandava, sur la côte nord-ouest de Madagascar. Sa forme est celle d’un quadrilatère irrégulier, prolongé au nord par la presqu’île de Navetch, et au sud par le gros morne de Loucoubé ; elle peut avoir ainsi 22 kilomètres de long sur 15 de large, avec une superficie de 19 500 hectares, dont 15 000 sont cultivables ; son sol, entièrement fertile, se prête à toute sorte de culture, et peut produire en abondance : le café, la canne, le sézamme, l’indigo, le riz, la vanille, la patate et le manioc. Autrefois couverte d’arbres magnifiques, d’après le dire des Malgaches, elle a été presque entièrement déboisée par ses premiers habitants, et maintenant il ne reste plus pour témoigner de cette végétation vigoureuse, qu’une belle et grande forêt qui ne subsiste, dans le sud, vers la presqu’île de Loucoubé, que parce qu’elle est devenue la propriété de l’Etat ; seule protection qui puisse la défendre contre le vandalisme des Sakalaves. Tout le centre au contraire, surtout au nord et à l’est, vers la pointe de Navetch, se trouve complètement dévasté. Le voyageur qui parcourt ces régions dénudées ne rencontre pendant toute la journée, sous un soleil terrible, d’autre ombre que la sienne; aussi les excursions y deviennent pénibles, dangereuses même, à cause des insolations, et comme elles ne le sont pas moins sur toute la côte où régnent de nombreux marécages, formés d’une vase noire pestilentielle, alternativement recouverte et abandonnée deux fois par jour par l’eau de la mer, on s’explique facilement pourquoi celte colonie est restée jusqu’à présent presque inexplorée.
- En 1855 cependant, un chirurgien de la marine, M. le docteur Herland profita de son séjour dans l’île pour la parcourir dans tous les sens et pour l’étudier sous ses différents aspects. Il en donna à son retour une description détaillée avec une carte topographique à grande échelle, sur laquelle on voit fixée pour la première fois sa configuration générale, la position des cours d’eau, des lacs, des marais, des montagnes et des divers' autres accidents de sa surface1. Cette carte, dont on doit lui savoir gré, fut
- 1 Revue maritime et coloniale, t. XV, 2® série, 1850, p. 309, — Annales des mines, t. VIII, 5e série, 1855, p. 355,
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- LA NATURE.
- faite à une époque où les excursions dans l’intérieur, même à peu de distance d’Hell-Yille, étaient, en plus du climat, rendues difficiles et dangereuses parce que les Hovas venaient à chaque instant faire des incursions, suivies de razzias, sur file; on ne pouvait s’aventurer auprès des villages isolés sur la cèle, qu'en s’entourant d’une foule de précautions, les Sakalaves se tenant sur la défensive et s’apprêtant toujours à faire un mauvais parti à tout étranger qui tentait de s’approcher d’eux. Cette carte est en-
- core accompagnée de quelques données sur la constitution géologique de l’île qui paraît fort complexe, et comporte trois massifs parfaitement distincts.
- Le premier, comprenant dans le sud-est toute la presqu’île de Loucoubé, est formé par des roches anciennes. Cette pointe en effet, haute de 600 mètres, découpée par de profonds ravins, laisse voir, sous le sol végétal argileux qui la recouvre, un granit à gros grains de quartz, mêlés de larges paillettes de mica, et formé d’un feldspath gris ou
- CARTE DE LUE
- DE NQSSI'BE;
- d’après les levés hydrographiques de MTjEHENNE Cap".ede Frégate, et ceux deMrHERLAND Médect’n delaNlarine en 18 51.
- Grtxoèpar E.^forLeu.,!'. dj&Bréa, ~l'a-vis
- Fis. 1
- légèrement, rose : elle est entourée, surtout vers Ta-fondrou, d’une zone de schistes compactes, noirs ou bleuâtres fortement inclinés, qui plongent de tous cotés sous la mer, où ils disparaissent sous un calcaire de formation actuelle.
- Le deuxième est constitué par des grès quartzeux qui, se développant sur une épaisseur considérable, forment à eux seuls toute la presqu’île de Navetch, depuis l’Andrian à l’extrémité opposée. Ces grès, très-régulièrement stratifiés et comme bigarres, s appuient dans l’est autour d’Ambafao, sur des roches granitiques et schisteuses, identiques aux précédentes, et
- s’inclinent ensuite fortement vers l’ouest pour venir supporter, vers Ampouracli, tout un massif volcanique composé de cendres, de scories et de coulées basaltiques. M. Herland les rapporte, mais sans raisons bien apparentes, au terrain houiller : ils donnent lieu des deux côtés de la presqu’île à de hautes et singulières falaises, que la mer entame très-profou-dément.
- Le troisième, enfin, est de beaucoup le plus intéressant; c’est en même temps le plus étendu, puisqu’il occupe tout l’espace compris entre les deux presqu’îles et par conséquent la presque totalité de
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- Nossi-bé; il se compose exclusivement de roches volcaniques récentes, c’est-à-dire de trachytes et de basaltes, alternant avec des conglomérats ou des tufs produits par des éruptions sous-marines et recouverts en dernier lieu par des couches arénacées très-particulières.
- De ces descriptions, il résultait donc que cette île
- était d’origine très-ancienne, et qu’elle se composait essentiellement d’un axe granitique supportant des grès houillers dans le nord, traversé en son centre par de nombreux volcans. Mais, quand on applique à l’étude des différentes roches qui entrent ainsi dans sa constitution lés procédés actuellement en usage, c’est-à-dire quand on les taille en lamelles minces
- Fig. 2. — Un boutre arabe au mouillage dovant Hell-Yille.
- pour les examiner au microscope, on arrive à des conclusions tout à fait différentes. La haute antiquité de l’ile disparaît tout d’un coup, car ou s’aperçoit
- bien vite que les roches granitiques de Loucoubé n’ont des granits anciens que l’aspect, et s’en écartent par leur structure intime aussi bien que par
- Loucoubé,
- Nossi-Comba.
- Fig. 3,.— Champs de cannes à Ampomboulava et cratères effondrés d’Andavakoutouk. (Ile do Nossi-Bé, près Madagascar.)
- leur composition. L’élément feldspathique dominant se trouve être la sanidine, quelque peu mélangée d’albite; il s’y présente, de même que le quartz, très-riche en inclusions de matière vitreuse, circonstance qui vient indiquer nécessairement que ces cristaux se sont formés au sem d’une matière fondue. Le mica noir, très-abondant, est également rempli
- d’inclusions, mais de nature cristalline et formées surtout de fer oxydulé ; il est accompagné de quelques rares cristaux de sphène et de péridot. Les vrais granits ne présentent rien de semblable, les inclusions vitreuses en particulier y font entièrement défaut : ces roches, composées d’un agrégat cristallin grenu, ne montrent aucune partie amorphe et n’ont pas dû
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- LA NATURE.
- passer par 1 état nitreux ; le feldspath y est toujours à letat adulaire. Ch. Yélain.
- — La suite prochainement. —
- LA SCIENCE AU SALON DE PEINTURE
- EN 1871.
- M. Frémiet avait exposé, il y a deux ans, une belle statue de bronze pleine de mouvement et de vie, mais d’apparence assez bizarre, et dont le but était assurément audacieux ; l’artiste, en effet, s’était donné pour tâche de représenter un homme de l’âge de pierre en train de se féliciter du succès d’une chasse à l’ours.
- Pour arriver le plus exactement possible à cette reconstitution difficile, l’auteur avait soigneusement orné son héros de tous les instruments connus à cette époque éloignée ; il lui faisait en outre exécuter une danse singulière, assez semblable à celle du plantigrade dont la mort le réjouissait si fort. — Un peintre, cette année, a tenté une entreprise analogue à celle de M. Frémiet ; c’est M. Benner, qui C nous présente une famille de l’âge de pierre au lac de Bienne. Mais M. Benner s’est mis bien moins en frais d’imagination que le célèbre sculpteur dont nous rappelions l’œuvre tout à l’heure. Le chef de famille, armé d’une flèche à pointe de pierre, vise en l’air quelque gibier de plume situé en dehors du tableau; derrière lui, sa femme attend l’effet du coup avec une anxiété qui montre assez que le dîner de la famille en dépend, tandis qu’assis à leurs pieds un jeune homme tient à son côté une hache en pierre emmanchée à la façon des Océaniens ; c’est la seule partie du tableau qui indique l’époque que l’auteur assigne à la scène qu’il a représentée.
- Sans vouloir se risquer à des reconstitutions aussi nécessairement imparfaites et aussi hypothétiques, M. Luminais a, comme d’habitude, envoyé plusieurs tableaux représentant des Gaulois. C’est d’abord une peinture intitulée la Fuite d'un prisonnier, puis deux belles aquarelles. M. Luminais a trouvé cette année un imitateur dans M. Georges Sauvage, ‘dont les Sentinelles gauloises en Armorique sont conçues exactement dans le même esprit.
- M. Ilillemacher a traité un sujet qui a déjà donné lieu à bien des essais artistiques, parce qu’en effet il se rapporte à un des génies les plus étonnants dont l’antiquité nous ait transmis le souvenir. Il s’agit de la mort d’Archimède, surpris par des soldats romains au milieu de ses calculs. Mais si le sujet est ancien, il ne nous semble pas que l’artiste, malgré tout son talent, l’ait traité d’une façon bien nouvelle. A côté d’Archimède, on remarque comme d’habitude tous les instruments qui font sa gloire : un miroir convergent, une balance hydrostatique, etc.; lui-même, penché sur un parchemin, la
- tête serrée entre ses mains, considère une ligure de géométrie avec une telle attention, qu’il ne s’aperçoit pas que sa ville natale est prise d’assaut. Sur le second plan, comme toujours, on voit deux pillards enivrés de carnage entrer le glaive à la main dans le paisible laboratoire du savant Syracusain; rien de tout cela ne nous a paru bien neuf.
- Nous venons de voir un des plus déplorables crimes de la barbarie romaine. M. Alma Tadema nous montre le même peuple à l’époque de sa splendeur, et il nous paraît difficile de faire une restitution plus correcte et plus satisfaisante pour l’œil et pour l’esprit.
- Mais nous ne prétendons pas analyser ici tous les tableaux qui se rattachent à l’histoire, ni même à l’histoire des mœurs. Qu’il nous soit permis de signaler pourtant les deux admirables compositions décoratives que M. Merson a consacrées à saint Louis, et dans lesquelles il a supérieurement caractérisé cette époque. Ces belles peintures sont destinées au Palais de Justice.
- D’autres peintres ont préféré employer leurs efforts à peindre tout simplement notre vie moderne, encore si peu connue et si méconnue, quoiqu’elle soit la nôtre. Qui se doute en effet des travaux variés, laborieux et parfois délicats qu’exige par exemple la fabrication d’une roue de charrette, celle d’un tonneau, celle du vin, etc. M. Frère a entrepris de nous initier à la poésie de ces modestes industries de la campagne ; il nous montre une famille de charrons en train d'embattre une de ces grosses roues, c’est-à-dire de la garnir de fer. Quatre hommes vigoureux frappent à grands coups la bande de fer chaud, tandis qu’un cinquième collaborateur la refroidit avec de l’eau.
- M. Charles Lefèvre a été choisir son modèle plus loin. Il nous présente un daïmio, seigneur japonais, en grand costume. Depuis quelques années, il n’est pas d’Exposition où l’on ne voie quelque costume japonais. Cette année, il y en a deux; un petit buste de fantaisie, et le tableau beaucoup plus important de M. Ch. Lefèvre, document qui pourra devenir important, car on sait que ces grands costumes tombent en désuétude, les Japonais considérant comme un grand progrès d’enfourcher notre hideux pantalon.
- Quelques artistes ont essayé de célébrer dans leurs œuvres les récents progrès des sciences. M. Machard, notamment, a composé,pour Mme la duchesse de Bucluch un magnifique plafond qui représente le passage de Vénus devant le Soleil. Le dieu du jour, monté sur son char, occupe le centre du tableau ; il' retient ses coursiers à la vue de Vénus qui, resplendissante de lumière et tout entourée d’amours, opère lentement et gracieusement son passage au devant de lui.
- Une autre glorification des sciences modernes a été tentée, peut-être avec moins de bonheur, mais avec une grande hardiesse, par un sculpteur suisse, M. Kissling. Sa statue s’intitule ; le Génie du pro-
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- grès. Si l'auteur s’en était tenu à la banalité classique, il aurait simplement représenté quelque génie, plus ou moins drapé, et tenant à bras tendu la torche qui éclaire le monde. M. Kissling a voulu faire une œuvre plus originale. Pour indiquer la rapidité du progrès, il a emprunté une image à une industrie qui doit son existence aux sciences modernes. 11 a posé sur des rails de marbre une sorte de locomotive, dont les ailes indiquent la marche rapide. Les torrents de vapeur s’échappent de cette machine en miniature, et c’est sur le nuage ainsi formé que s’étend le génie actif du progrès. Il est bien difficile d’ailleurs sur une simple description de se rendre compte de l’effet produit par cette statue un peu singulière, mais en somme élégante et agréable à l’œil, surtout si l’on songe à la complexité, peut-ctre excessive, des idées qu’elle exprime.
- Quoiqu’il y ait beaucoup de portraits à l’Exposition, il en est peu qui représentent des hommes de science. Signalons pourtant quelques portraits de médecins.
- M. Maillait (I)iogène-Ulysse-Napoléon!) a trouvé moyen de mettre sur une même toile le portrait de M. le professeur Depaul, et le buste de feu Paul Dubois, qui figure là comme ornant le bureau de M. Depaul. C’est ce qui s’appelle faire d’une pierre deux coups ; malheureusement le buste du baron Dubois n’est, guère ressemblant.
- Nous remarquons aussi les bustes de trois autres professeurs de la Faculté, tous trois morts aujourd’hui. Celui de M. le professeur Béhier,par M. Hippo-lyte Moulin, est assurément très-ressemblant; celui de M. Dolbeau, par M. Félix Martin, semble être la reproduction agrandie d’un moule pris après la mort. Malheureusement le buste du vénérable Andral, mort il y a un an et demi, reproduit bien imparfaitement les traits si fortement accentués de cet illustre maître. Il est probable que l’auteur de ce buste n’avait jamais vu ce beau vieillard, et qu’il n’a eu pour se guider dans son œuvre qu’un portrait plus ou moins ressemblant. Il paraît que cette statue est destinée à la salle des thèses de la Faculté de médecine. J’entendais émettre cet avis que le ministère ferait bien de la garder en lieu sûr, et d’attendre que l’occasion vînt de la placer sous un autre nom. Cela ne vaudrait-il pas mieux que d’attribuer au professeur Andral un visage qui lui est totalement étranger? J. Bertillon.
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- LE DARWINISME
- CE qu’il v a de vrai et de faux
- DANS CETTE THÉORIE l.
- Les théories comprises sous le nom général de darwinisme ont fait beaucoup de bruit dans le
- 1 1 vol., par E. de Hartmann. — Paris, Germer-Baillière.
- monde, et il y a bien peu de systèmes qui aignt pris en si peu de temps une place aussi grande dans les esprits. A cela, il y a plusieurs raisons dans le détail desquelles le cadre de ce recueil ne nous permet pas d’entrer, car elles se rattachent à des questions philosophiques. Quoi qu’il en soit, rien ne peut être, sinon plus intéressant, au moins plus utile, que de résoudre le problème traité par M. de Hartmann, c’est-à-dire de démêler ce qu’il y a de vrai et de faux dans un système aussi important.
- M. de Hartmann est un philosophe éminent, et, en cette qualité, il aborde son sujet de plusieurs côtés à la fois. Nous n’exposerons que la portion purement scientifique de sa critique ; mais rappelons auparavant le système de Darwin et ses trois assises fondamentales, qui sont la descendance, le transformisme et la sélection naturelle.
- Tout le monde sait comment procèdent les éleveurs pour oblenir certaines variétés d’animaux domestiques. Je suppose, par exemple, qu’il s’agisse d’obtenir une variété sans cornes de l’espèce bovine; l’éleveur fera choix, dans le troupeau tout entier, du taureau et de la vache qui présentent le système cornu le moins développé ; il les fera reproduire ensemble. Leur postérité, exagérant les qualités ou les défauts de ses auteurs, sera encore moins bien pourvue et, après deux ou trois générations, le résultat cherché sera obtenu.
- Cette opération, qui est la sélection artificielle, suppose :
- 1° Que l’espèce peut varier dans une certaine mesure ;
- 2° Que, grâce à l’hérédité, les propriétés acquises par les individus tendent à se transmettre à leurs descendants, et à se perpétuer en eux;
- 3° Elle suppose enfin que la volonté, l’intelligence de l’éleveur, dirige les croisements de façon à obtenir une action toujours dans le même sens.
- Darwin, partant de l’expérience incontestable et indiscutable de la sélection artificielle, admet, pour les espèces, une variabilité indéfinie et illimitée.; il admet, de même, la transmission héréditaire des propriétés individuellement acquises. Mais la volonté, l’intelligence de l’éleveur?
- Voici la façon très-simple, très-ingénieuse et très-nouvelle dont Darwin lève la difficulté :
- « Tous les êtres, dit-il, sont dans une lutte perpétuelle pour conquérir la subsistance qui leur est nécessaire. Il y a concurrence, il y a combat pour la vie (struggle for life), et les plus forts, les mieux armés, l’emportent nécessairement sur les plus faibles qui doivent fatalement succomber. 11 suit de là que, si, dans une espèce quelconque, un individu, ou un groupe d’individus, se trouve fortuitement, en possession d’un avantage résultant soit d’une conformation plus régulière, soit d’un organe nouveau, soit de facultés supérieures, l’individu ou le groupe résisteront victorieusement aux difficultés devant lesquelles les autres devront succomber. La reproduction ne s’opérera fructueusement qu’entre les in-
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- dividus du groupe survivant; l’avantage en question se généralisera, se fixera par l’hérédité dans les générations ultérieures, et une variété, une espèce nouvelle aura été créée ainsi par le jeu régulier des lois de la sélection naturelle. »
- Étendant ces conclusions, Darwin et son école ont admis que toutes les espèces, depuis l’infusoire et la monère jusqu’à l’homme, ont pu ainsi prendre naissance, par une suite de transformations et de transitions insensibles. Quant aux lacunes que présente la série des êtres vivants que nous connaissons, il y a eu a des pages arrachées dans le livre », et, d’ailleurs, la paléontologie nous fait retrouver bon nombre de ces intermédiaires disparus.
- Donc, en résumé, suivant Darwin et son école, c'est dans la transformation, le transformisme graduel des espèces, émergeant les unes des autres par voie de descendance généalogique, sous l’impulsion, la pression de la concurrence vitale, c’est là et là seulement qu’il faut chercher l’explication de l’origine des différentes espèces végétales et animales.
- Nous négligeons ici, pour le moment, certains autres principes invoqués par Darwin à titre auxiliaire, et sur lesquels nous aurons occasion de revenir.
- Et maintenant, que vaut ce système très-séduisant, il faut le reconnaître, par la simplicité de ses principes et la rigueur au moins apparente de ses déductions ?
- Le fait que la science a mission d’expliquer, c’est l’analogie des différentes formes animales ou végétales qui ont successivement peuplé notre globe, il est certain et incontestable que tous les types du règne animal et du règne végétal présentent entre eux une certaine ressemblance, qui éveille en nous l’idée d’une sorte de parenté.
- En se fondant sur cette ressemblance, on a pu établir entre tous les êtres des classifications systématiques.
- Il y a, sans doute, au moins au premier abord, une différence considérable entre le mammifère et le mollusque. En y regardant de près, on trouve néanmoins, chez tous deux, des organes, des fonctions identiques ; tous deux naissent, meurent, respirent, mangent, etc., par des procédés très-sensiblement les mêmes. Cette analogie prend un caractère plus saisissant, quand on parcourt successivement tous les degrés qui forment la transition logique entre ces deux extrémités de l’échelle. Au-dessus des mollusques viennent les articulés, puis les vertébrés. On comprend, on conçoit l’insecte, le poisson, le cétacé, le mammifère terrestre, comme les termes successifs d’une seule et même série.
- Mais ce n’est pas tout ; cet ordre de succession naturelle, systématique, en quelque sorte, que nous constatons entre les animaux et les végétaux, n’est pas une simple vue de l’esprit humain, obéissant à des préoccupations purement logiques, classant les êtres, comme il classerait des minéraux ou des livres dans une bibliothèque. La paléontologie nous apprend
- que c’est en même temps l’ordre chronologique dans lequel les formes vivantes se sont réellement succédé sur la terre. Le mollusque a précédé l’articulé ; les poissons ont paru avant les mammifères ; dans chacun de ces groupes, il y a aussi un ordre de succession, à la fois logique et chronologique; une sorte d’ascension continue, une progression constante, d’une forme moins parfaite à une forme plus parfaite. En un mot, il y a évolution ; la vie se développe sur la terre comme un arbre pousse ses branches, ses fleurs et ses fruits. Entre les divers représentants de la vie à tous les degrés, il y a une parenté, une filiation idéale, logique tout au moins. D’autre part, l’expérience de tous les jours nous montre des ressemblances du même genre entre les êtres reliés entre eux généalogiquement. Dès lors, il est tout naturel que l’esprit, procédant par analogie, conclue de la ressemblance des espèces à leur parenté réelle, et pose le principe de la descendance.
- Cette conclusion acquiert une plus grande force encore par les considérations suivantes.
- Tout être vient d’un œuf, omne vivum ex ovo; mais tout œuf vient d’un ovaire, omne ovum ex ovario; tout être sortant d’un œuf a besoin de soins, d’une initiation, d’une expérience 'particulière. Il nous est impossible de concevoir une espèce créée à l’état adulte, sachant, sans l’avoir jamais appris, ne fût-ce que par voie de transmission héréditaire, se servir de ses organes L
- 11 n’est permis à la science de recourir à l’hypothèse de la création d’espèces adultes, qu’autant qu’elle aurait victorieusement et péremptoirement réfuté la possibilité de la descendance.
- Or, cette réfutation est-elle faite? A-t-on opposé à la théorie de la descendance quelques-unes de ces objections auxquelles rien ne résiste, et qui sont l’arrêt de mort d’un système ? La fixité, l’invariabilité des espèces ? Il est certain et incontestable que, depuis l’apparition de l’homme, il n’y a aucun exemple constaté d’une espèce se changeant dans une autre. Mais, il en est de meme pour les faits sur lesquels reposent les principales lois et les principales hypothèses de l’astronomie.
- D’après l’hypothèse cosmique généralement admise aujourd’hui, les corps célestes passent de l’état igné, fluide, à l’état solide. Nous n’avons jamais assisté pourtant à aucune transformation de ce genre ; nous voyons seulement dans le ciel des spécimens, des échantillons de ces divers états, et, par des considérations très-plausibles, nous sommes conduits à
- 1 II y a une quarantaine d’années on trouva, enfermé dans une chambre où il avait probablement vécu depuis sa naissance, un pauvre garçon appelé Gaspard Hauser, qui avait grandi sans autre société que celle du personnage resté mystérieux qui lui donnait à manger et venait le voir à de rares intervalles. A quinze ou dix-huit ans ce malheureux ne savait ni parler ni marcher; encore bien moins subvenir à sa propre subsistance. Il fallut quelques années pour lui apprendre les choses jes plus usuelles, et au moment où il en savait assez pour rassembler ses souvenirs et raconter son histoire, il mourut assassiné.
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- admettre que telle planète glacée a été un soleil incandescent ; que telle nébuleuse gazéiforme deviendra soleil, puis planète, etc.
- Il en est exactement de même pour les espèces. Les espèces actuellement vivantes n’ont pas de représentants dans les faunes et les flores antérieures, mais les genres, les familles, les ordres en ont. Et même, si l’on considère des classes tout à fait différentes du règne animal, les poissons et les mammifères amphibies, par exemple, en reculant toujours sur l’échelle des temps, on arrive à des époques où cette différence, si manifeste, s’affaiblit de plus en plus.
- Donc, la théorie de la descendance, de la filiation généalogique des espèces a pour elle toute la force que présentent les plus légitimes inductions.
- Nous n’irons pas néanmoins jusqu’à dire, ou à supposer avec Darwin et ses disciples, que la théorie de la descendance est la seule explication possible et nécessaire de toutes les ressemblances , constatées entre les objets animés ou inanimés. Et nous n’irons pas jusque-là, par une raison bien simple ; c’est qu’il nous est donné de constater des ressemblances aussi frappantes que possible entre des objets n’ayant aucun lien généalogique. Tous les sels minéraux qui cristallisent en cubes, se ressemblent bien plus que l’homme ne ressemble au singe. Il ne viendra à l’idée de personne d’en conclure qu’il existe entre eux un lien de parenté réelle.
- De même pour les œuvres de main d’homme ; entre la basilique romane et l’église gothique, entre le plein cintre et l’ogive, il y a certainement une saisissante analogie. Bien mieux, on sent que l’une des formes procède de l’autre par une sorte de filiation ; mais cette filiation, cette parenté est purement idéale; c’est dans le génie artistique, et non ailleurs, que l’évolution a eu lieu.
- Il y a là de quoi nous rendre prudents. La théorie de la descendance, si brillamment rajeunie par Darwin, n’a donc pas le caractère d’universalité, de nécessité qu’on veut à toute force lui attribuer. C’est peut-être un procédé général, ce n’est pas le procédé unique de la nature.
- Maintenant, la théorie de la descendance implique-t-elle nécessairement, comme le veut le darwinisme, la transformation lente, graduelle, insensible des espèces, autrement dit le transformisme?
- Des physiologistes allemands, Baumgartner, Kol-liker, ne le pensent pas* et ont supposé ce qu’ils appellent la génération hétérogène. Ils admettent que la transformation d’une espèce dans une autre a lieu d’une manière brusque dans le germe. En d’autres termes, sous l’influence de circonstances, à déterminer, un ou plusieurs œufs de l’espèce mère, subiraient brusquement une modification intime, en vertu de laquelle se formerait l’embryon de l’espèce nouvelle. Ce point de vue original et qui répugne aux concepts mécaniques , aujourd’hui en faveur, est beaucoup plus défendable qu’on ne serait tenté de le supposer au premier abord.
- Il est impossible par exemple de concevoir autrement que par une transformation brusque le changement constaté dans les relations numériques des éléments du squelette. On a vu des gens ayant six doigts à chaque main, naître de parents ayant le nombre normal ; personne n’a jamais eu un nombre de doigts intermédiaire entre cinq et six.
- Arrivons enfin au principe de la sélection naturelle. C’est sur ce point que les darwiniens se croient le plus sûrs d’eux-mêmes; c'est la proposition d’où découlent les plus graves conséquences. C’est là contre aussi que M. de Hartmann a accumulé les objections les plus fortes et les plus topiques.
- La sélection naturelle, telle que nous l’avons définie plus haut, repose sur trois principes, qui sont :
- 1° La concurrence vitale ;
- 2° La variabilité des espèces;
- 3° La transmission héréditaire des particularités individuellement acquises.
- Nous ne nous attarderons pas, comme le fait M. de Hartmann, à démontrer que, de ces trois principes, le premier, la concurrence vitale, est le seul qui ait le caractère matériel, mécanique, automatique, tant préconisé comme un des principaux mérites de la nouvelle école.
- Ch. Darwin. (D’après une photographie.)
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- Nous nous bornerons à envisager ici le côté purement scientifique des arguments du philosophe allemand. Et d’abord la concurrence vitale, la clef de voûte du système, suppose qu’une certaine particularité assure la victoire dans la lutte à ceux qui en sont fortuitement pourvus. Il s’ensuit— la chose est de toute évidence — que toutes les particularités de moindre importance, celles, par exemple, de pur agrément ou de pur ornement, restent sans influence sur l’issue de la sélection.
- Il est impossible de comprendre comment la propriété qu’a le paon d’étaler en éventail sa magnifique queue, aurait pu lui assurer une supériorité quelconque, dans la lutte pour l’existence, sur le coq ou le faisan, ses plus proches alliés. On ne s’explique pas davantage comment, par le seul fait de sa conformation, l’insecte aurait sur le mollusque, le cétacé sur le poisson, une supériorité décisive. En un mot, toutes les différences de pure forme, les différences purement morphologiques, celles-là précisément sur lesquelles repose notre classification en espèces, en genres, en variétés, semblent échapper complètement à l’action utilitaire de la concurrence Vitale. Mais il y a plus. Au point de vue purement utilitaire, le passage d’une forme moins parfaite à une forme plus parfaite est souvent une cause d’infériorité. Une horloge à poids, un coucou, se dérange beaucoup moins qu’une horloge astronomique donnant les minutes, les secondes, les jours et les mois, les phases de la lune, etc. Une organisation plus riche, plus parfaite, plus compliquée, est par cela même plus délicate, et offre plus de prise aux causes de destruction. Il a suffi d’un grain de sable pour faire périr Cromwell ; un caillou dix fois plus gros dans la coquille d’une huître n’y eût point produit de désordres appréciables. Loin de faciliter l’explication de l'évolution ascendante de l’organisation, la sélection naturelle par voie de lutte pour l’existence, y apporte donc une difficulté nouvelle, qui est l’effort nécessaire pour conserver intacts des rouages plus délicats, plus fragiles, plus nombreux.
- Ce n’est pas tout. Il arrive souvent que, dans le développement graduel d’un organe destiné à assurer un jour la supériorité à l’espèce qui en est pourvue, il y a une période où les dimensions encore insuffisantes de cet organe créent une cause d’infériorité. Supposons une de ces plantes dont la fécondation ne peut s’opérer que par l’intermédiaire d’un insecte donné, par exemple Je trifolium incarnatum qui réclame le concours de l’abeille. Par suite d’une cause quelconque, le trifolium incarnatum voit son calice devenir plus profond ; il tend à devenir le trifolium pratense. Le premier résultat de cette transformation sera d’opposer un obstacle à la fécondation par l’abeille, dont la trompe, assez longue pour le calice primitif, est trop courte pour le calice nouveau. Mais, diront les darwiniens, l’abeille elle-même, dans ce cas, faisant effort pour atteindre jusqu’au fond, verra sa trompe s’allonger, et elle se transformera eu bourdon, le fécondateur
- naturel du trifolium pratense. Fort bien; seulement, en se bornant à faction strictement mécanique de la sélection naturelle, il est difficile d’admettre que les deux transformations corrélatives du trifolium et de l’abeille iront rigoureusement du même pas. En sorte que l’état formant la transition d’une espèce moins parfaite à une espèce plus parfaite, sera, par rapport à la lutte pour l'existence, un état inférieur à l’état initial comme à l’état final.
- On sait que les crustacés ont un squelette extérieur qui ne grandit point avec eux et qu’ils sont obligés d’abandonner. Jusqu’à ce qu’ils aient pu en reformer un autre plus grand, plus dur, il est évident que cette transformation, qui les déshabille et les désarme, est une cause très-réelle d’infériorité pour eux. Nous pourrions multiplier à l’infini les exemples.
- Pour 11e pas étendre notre exposé au delà des limites qui nous sont assignées, nous ajouterons seulement à ce qui précède une objection qui nous paraît aussi très-forte. Elle est dirigée contre l’existence de l’un des facteurs principaux de la sélection naturelle, c’est-à-dire la transmission héréditaire des particularités favorables acquises par les individus. Cette objection très-loyalement acceptée par Darwin lui-même, est celle-ci :
- Dans l’hypothèse darwinienne, les caractères les plus utiles devraient être ceux dont la transmission héréditaire est la plus certaine ; les caractères indifférents, inutiles dans la lutte devraient être les plus variables. Or c’est exactement le contraire qui a lieu. La postérité ressemble invariablement à ses auteurs par certains traits typiques, spécifiques, qui définissent l’espèce; elle diffère d’eux, et souvent à Un très-haut degré, par les caractères physiologiques d’adaptation. Nous renvoyons à la lecture de l’ouvrage de M. de Hartmann ceux qui voudraient approfondir le sujet ; mais il suffit peut-être de ce qui précède pour montrer que le principe de la sélection naturelle par voie de lutte pour l’existence, est scientifiquement impuissant à remplir la mission qu’on lui a attribuée. La sélection naturelle joue un rôle, mais un rôle relativement secondaire; c’est en quelque sorte le modérateur de la vitesse de l’évolution, la courroie de transmission qui règle l’action des rouages en les associant. Quand des individus sont en avance ou en retard sur l’évolution normale, la sélection naturelle les supprime, et par là elle concourt à l’harmonie, à la concordance des différentes portions du processus cosmique.
- C’est donc le régulateur, et non le moteur du grand mécanisme ; pour l’avoir trouvé, Darwin a sa place marquée dans l’histoire des grands penseurs et des grands naturalistes.
- Aux critiques qui précèdent, les darwiniens ne manquent pas d’objecter que leur système ne repose pas sur un principe unique; qu’il admet encore d’autres principes auxiliaires, comme l’influence directe des circonstances extérieures sur l’organisme, l’action de l’usage ou du non-usage des organes, la
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- sélection sexuelle, et enfin et surtout la loi de corrélation de croissance.
- Malgré notre grand désir d’abréger, nous ne pouvons pas ne pas nous arrêter un instant sur ce dernier principe. Dans cette reconnaissance de la loi de corrélation, Hartmann voit la confirmation de ses propres idées, la négation du caractère mécanique et matériel, attribué par les darwiniens à l’évolution cosmique. « Il*en résulte, dit-il, que tous les caractères qui constituent le type d’une espèce sont dans une dépendance mutuelle et régulière. Si une espèce doit se changer en une autre, il y a tout un ensemble, tout un système qui doit aussi se modifier suivant une loi. La modification isolée d’un seul caractère, ne peut être présentée comme rentrant dans la physiologie normale, c’est une monstruosité qui tombe dans le domaine pathologique. 11 s’ensuit qu’en acceptant la loi de corrélation, le darwinisme renverse ses principes mécaniques d’explication qui aboutissent tous à faire concevoir le type comme une sorte de mosaïque assemblée par le hasard des événements extérieurs, comme un agrégat fortuit de caractères produits isolément, ou l’un après l’autre, par la sélection ou l’habitude. »
- M. de Hartmann conclut de tout cela à l’existence d’une loi d’évolution organique interne, se réalisant suivant un plan régulier et dans des directions téléo-logiquement déterminées.
- Cette conclusion ramène l’esprit sur le terrain de la philosophie et de la métaphysique : cela ne veut nullement dire pour nous qu’elle soit fausse ; mais cela veut dire qu’il faut définitivement nous arrêter ici. Georges Güéroült.
- CHRONIQUE
- La Société de» Amis des sciences a tenu, le 31 mai, sa séance annuelle, dans le grand amphithéâtre de la Sorbonne, sous la présidence de M. Dumas. L’assistance, parmi laquelle on remarquait l’empereur du Brésil, plusieurs membres de l’Institut et un grand nombre de dames, était fort nombreuse.
- Le rapport du Conseil d’administration a été lu par M. Pasteur. Les secours distribués l’an dernier se sont élevés à la somme de 35 000 francs, ce qui constitue une légère augmentation sur l’exercice précédent. Mais l’intégralité des ressources de la Société se trouve absorbée par les pensionnaires. Aussi M. Pasteur a-t-il fait un chaleureux appel à de nouvelles souscriptions.
- M. Pasteur a cité avec éloge M. d’Eichtal qui, à l’issue de la session de l’Association française pour l’avancement des sciences, a fait don à la Société des Amis des sciences d’une somme de 10 000 francs; un lauréat de l’Institut qui a abandonné le prix que l’Académie des sciences lui a décerné pour ses magnifiques travaux de physiolosie, et Mme Manheim qui a envoyé une somme de 1000 fr. pour célébrer dignement le retour de son mari à la vie.
- M. Fouqué, successeur de M. Charles Sainte-Claire De-ville au Collège de France, a retracé d’une voix émue la vie et les travaux du savant auquel il a succédé.
- M. Mouton a fait une conférence sur les rapports de la
- lumière et de la chaleur rayonnante. Admirablement secondé par M. Bourbouze, l’habile professeur a montré à son auditoire les expériences les plus délicates de la polarisation de la lumière.
- L’assemblée s’est séparée à onze heures. Un grand nombre de personnes se sont fait inscrire parmi les membres de la Société.
- Le marbre onyx de Lîisors. — Nous sommes heureux de faire connaître à nos lecteurs, des gisements inexploités qui pourraient être avantageusement utilisés, d’après ce que nous affirment des habitants des localités voisines. Le marbre onyx de Gisors, en masse verticale et caverneuse, est formé dans une grande faille de la montagne de la Raye, de 5 à 600 mètres de hauteur, sur au moins 50 à 60 mètres de largeur. Tout est rempli de ces dépôts. Aux pieds, sur le lias marneux de la vallée de la Sye, surgit une source abondante d’eau vive, à 350 mètres au-dessus du niveau de la mer, débitant environ 100 litres par seconde.
- Un éboulement récent a mis à jour ce calcaire éclatant, translucide et à couleurs variées. Un courant d’air très-fort se manifeste dans la cavité ouverte à mi-coteau, et des vapeurs s’y condensent sur les parois.
- On croit généralement que les Romains avaient connu ce gîte, et que leurs établissements et chantiers ont été recouverts depuis par les ébouleinents.
- — Le gouvernement italien vient d’allouer une somme de 6 000 francs pour l'exploration scientifique de la Calabre, qui est encore une terre inconnue pour le monde savant. Le docteur Forsyth s’occupera de la paléontologie et de la zoologie des vertébrés ; le docteur Cavanna de la zoologie des invertébrés ; le docteur Stéfani de la géologie et le docteur Àrcangioli de la botanique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 4 juin 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Affinité du sang pour les gaz. — 11 résulte des recherches, dont le secrétaire expose le résultat d’après MM. Mathieu et Urbain, que les diverses parties du sang n’exercent pas une action également énergique sur les gaz solubles. L’hémoglobine et les globules sont, parait-il, infiniment plus énergiques à cet égard que le sérum. Les premiers dissolvent, par exemple, ‘235 centimètres cubes d’oxygène ou d’acide carbonique, l’autre soüs le même volume, n’en absorbe que 107. Il est possible que certaines questions physiologiques soient éclairées par ces remarques.
- Séléniures et tellurures métalliques. — Ces composés si peu étudiés jusqu’ici, ont attiré l’attention d’un chimiste, dont le nom n’est pas parvenu jusqu’à nous. Celui-ci a obtenu avec le zinc et le cadmium des tellurures'et des séléniures admirablement cristallisés, et dont plusieurs échantillons sont déposés sur le bureau.
- Recherches sur les oxydes de fer. — Un jeune expérimentateur attaché au laboratoire de culture du Muséum, M. Henri Moissan fait connaître de la manière suivante une série de faits intéressants.
- « Si, dit-il, l’on fait passer pendant une demi-heure un courant d’hydrogène ou d’oxvde de carbone pur et sec sur du sesquioxyde de fer maintenu à 350 degrés, on obtient de l’oxyde de fer magnétique. Si l’on répète la même expérience à la température de 500 degrés, on obtient du
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- protoxyde de fer. Enfin, si l’on élève la température jusqu’à 700 degrés, on obtient du fer métallique.
- « Ce fer pulvérulent obtenu à 700 degrés, n’est pas py-rophorique. Au contraire le protoxyde de fer obtenu dans les conditions indiquées précédemment s’enflamme au contact de l’air.
- « J’ai fait l’analyse des poudres pyrophoriques obtenues par la réduction du sesquioxyde de fer par l’hydrogène ou par l’oxyde de carbone, par la calcination de l’oxalate de fer, enfin par la réduction d’un mélange de sesquioxyde de fer et d’alumine, et j’ai toujours trouvé à ces poudres lorsqu’elles étaient bien préparées, la composition du protoxyde de fer. Mises en contact d’acide sulfurique étendu, elles ne dégageaient que quelques centimètres cubes d’hydrogène. Ce serait donc à ce protoxyde de fer que le pyro-phore de Magnus devrait sa propriété pyrophorique.
- « Ce protoxyde de fer a une grande affinité pour l’oxygène. 11 décompose l’eau lentement à la température ordinaire, plus rapidement vers 100 degrés. Mis en contact d’acide nitrique, il y a décomposition avec incandescence. Au rouge sombre il décompose l'acide carbonique, forme de l’oxyde de carbone et se transforme en oxyde magnétique.
- « Il déplace l’ammoniaque du sulfate d’ammoniaque, en formant nn sel double de fer et d’ammoniaque.
- « Maintenu à 1000 degrés dans un courant d’azote, il perd sa propriété d’être pyrophorique et se transforme en la variété de protoxyde obtenue déjà par M. Debray.
- « Il y a donc deux protoxydes de fer allotropiques comme il y a deux sesquioxydes. »
- Composition de l'émétine. — Un procédé nouveau ayant permis à MM. Lefort et Münlz d’obtenir l’émétine dans un état de pureté inconnu jusqu’ici, ces chimistes en ont profité pour fixer d’une manière définitive la composition encore douteuse de cette substance.
- Synthèse de l'albite. — On sait que l’albite est un minéral du groupe des feldspaths et consiste en silicate double d’alumine et de soude. M. Ilautefeuille l’obtient artificiellement en cristaux qui reproduisent toutes les particularités des échantillons naturels par une méthode très-simple. Elle consiste à abandonner pendant quelques jours à la température rouge les éléments de l’albite additionnés d’une petite quantité d’acide tungstique. Avant d’appliquer ce résultat à la géologie, qu’il peut intéresser si directement, il faudra de toute nécessité, ou bien prouver que le tungstène a joué dans la nature un rôle qu’on ne soupçonnait pas, ou bien mettre la main sur un autre agent doué des mêmes propriétés.
- Régénération des cartilages. — M. Berault (de Lisbonne) avait, dans des expériences déjà publiées, reconnu que les cartilages sectionnés ne tardent pas à se reproduire ; mais la question restait douteuse de savoir si la cicatrisation était opérée par du tissu fibreux ou par du tissu vraiment cartilagineux. De nouvelles expériences dans lesquelles les deux tronçons du cartilage sectionné restaient séparés par une lacune plus ou moins longue viennent de montrer à l’auteur que du tissu cartilagineux se reconstitue de toutes pièces. Toutefois, il importe absolument, pour que l’expérience réussise, que le péricondre ait été préservé ^ et 1 on voit que celui-ci remplit exactement à l’égard du cartigale, le même office regénérateur que le périoste vis-à-vis du tissu osseux.
- Histoire du diamant. — En examinant une série de diamants noirs, M. Daubrée a été frappé de la présence fréquente à leur surface de systèmes de stries parallèles
- entre elles et rappelant absolument les surfaces frottées des serpentines, de la houille, des météorites et d’une foule d’autres roches. L’étude attentive a démontré que ces stries n’ont rien d’organique et dérivent d’un frottement, et l’expérience directe a permis de les reproduire artificiellement. La conséquence est que dans son gisement d’origine, le diamant noir a subi des frictions énergiques. Tout porte à penser que ces frictions ont été exercées par d’autres diamants ; du moins ne comprendrait-on pas aisément qu’elles aient pu être réalisées par des matériaux moins durs que la substance où elles se sont imprimées si fortement. Stanislas Meunier.
- LA BALANCE DE SANGT0RIDS
- On sait que Sanctorius, célèbre médecin italien du seizième siècle1, prétendait que les causes de nos maladies dépendent de la manière dont s’opère la transpiration. Il se pesait chaque jour pour ap-
- Dalance de Sanctorius. (D’après une gravure du temps.)]
- précier les déperditions que subit le corps humain. Il avait aussi l’habitude de prendre ses repas sur une véritable balance qui lui donnait l’accroissement du poids de son corps pendant l’absorption des aliments, et la déperdition de poids pendant que s’accomplissait le travail de la digestion. L’ancienne gravure que nous reproduisons, représente cette curieuse balance de Sanctorius.
- Il y aurait actuellement grand intérêt à reprendre les expériences de Sanctorius sur les variations de poids du corps de l’homme, en les exécutant avec une balance bien construite et très-sensible.
- 1 Professeur à l’Université de Padoue. Né en 1561, mort en 1626.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieb. Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- -N° 211.
- 1Ü JUIN 1877
- LA NATUI1K
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- LES
- SOURCES CHAUDES ET LES GEYSERS 1
- LES RIVIÈRES YELLOWSTOMi ET EIREHOLE AUX ÉTATS-UiMS2.
- Le nom de bassin de Yellowstone où se trouvent les geysers américains, est quelquefois appliqué à la vallée entière ; mais le bassin proprement dit comprend seulement la portion située entre les remarquables chaînes de montagnes qui donnent naissance aux eaux du Yellowstone, au sud du mont Wash-burn et au Grand-Canon. La chaîne dont le mont
- Washburn est un des pics les plus élevés, semble former la limite du bassin au nord, et s'étend à l’est et à l’ouest sur le Yellowstone. C’est à travers; cette partie des montagnes que la rivière s’est frayé un passage qu’elle parcourt en produisant des chutes remarquables et des canons plus extraordinaires encore. Ce bassin a environ 40 milles de longueur du nord au sud, et une largeur moyenne de 50 milles de l’est à l’ouest. On a, du sommet du mont \Vash-burn, une vue à vol d’oiseau du bassin tout entier, avec les montagnes qui l’entourent d’une chaîne sans interruption apparente.
- Quelques voyageurs ont pensé que"ce bassin était
- Vue du lac Ycllowslonc (États-Unis), montrant un des cratères des sources chaudes. (D'après une photographie.)
- le cratère d’un ancien volcan. 11 est probable que pendant la période pliocène tout le pays qui est à présent drainé par les sources du Yellowstone et du Columbia était le théâtre d’une activité volcanique aussi considérable qu’il s’en soit produit sur aucun point du globe.
- On peut le définir comme un vaste cratère composé de milliers de crevasses et de fissures, par lesquelles s’échappent en quantité illimitée, le fluide intérieur, des fragments de rocs et de la poussière volcanique. Des centaines de cônes formés autour de ces issues existent encore ; quelques-unes, atteignant
- 1 Yoy. 2e année, 1874, lur semestre, p. 228 et 324.
- 2 The american Journal of science and arts (56 série), vol. III, n° 15.
- une hauteur de il ÜÜU pieds au-dessus du niveau de la mer. De tous les points du bassin on aperçoit les monts Doune, Lauglbrd et Stevenson, et plus de cent autres pics, qui ont été chacun le centre d’une éruption.
- Les sources chaudes et les geysers tle cette région ne sont en réalité que les derniers actes de cette étonnante période d’agitation volcanique qui commençait à l’époque tertiaire. En d’autres termes, ce sont les soupapes par lesquelles s'échappent les derniers restes de ce feu intérieur, autrefois si actif, mais ipii s’éteint peu à peu.
- A l’époque actuelle même, des phénomènes de tremblement de terre digues d’attention, se joignent à ces manifestations de chaleur intérieure. Fendant
- 5a année. — ïu semestre.
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- LÀ NATURE.
- que nous étions campés sur la partie nord-est du lac, près de Steamboat Point, dans la nuit du 20 juillet, nous avons ressenti plusieurs secousses fort rudes d’un tremblement de terre, qui a été également subi par d’autres voyageurs placés à lu ou 20 milles de distance sur différents côtés du lac. Des habitants de la montagne nous ont appris que les tremblements de terre ne sont pas rares dans ces régions, et que dans certaines saisons de l’année ils sont fort rudes ; les Indiens expliquent par ce motif la répugnance qu’ils ont à fréquenter cette partie du pays. Je ne doute pas que si on faisait dans cet endroit des observations suivies, on ne reconnût que les tremblements de terre y sont très-communs.
- Le lac a environ 22 milles de long et 10 à 15 milles de large. Nous avons constaté en le sondant, qu’il présente une profondeur moyenne inusitée, quoique la profondeur la plus considérable que nous ayons pu atteindre après une série d’observations attentives, soit de 300 pieds environ. Il est alimenté par les neiges qui tombent sur les montagnes élevées qui l’entourent de tous côtés. C’est la plus belle pièce d’eau que j’aie jamais vue dans l’ouest. Les ombrages d'un vert clair contrastant avec la teinte profonde des eaux, ajoutent beaucoup à l’effet de la scène.
- Le lac, dans toutes les saisons, a presque la température de l’eau de source froide. Sa situation au-dessus du niveau de la mer est d’environ 7427 pieds. Nous n’y avons reconnu qu’une seule espèce de poisson, c’est une truite, dont chaque individu pesait de 1 à 3 livres. Cette espèce y est très-abondante. Mais cinq sur six de ces poissons étaient attaqués par une espèce de ver, parasite singulier qui se trouve dans la cavité abdominale.
- Le docteur Leidy a décrit ces vers sous le nom de Debothrium cordiceps. Il est possible que cet état maladif des poissons soit causé par le voisinage des sources chaudes, qui abondent à l’entour des bords du lac, et qui s’étendent quelquefois jusqu’à une assez grande distance dans les eaux.
- Sur le rivage du bras sud-ouest du lac, se trouve un groupe intéressant de sources chaudes qui s’étendent le long des bords, et couvrent un demi-cercle de 3 milles de long et de près d’un mille de large. Ces sources ont construit une série de lits ou stratus de 25 pieds d’épaisseur, composés de lames de silice qui ont été usées par les vagues, de manière à former un mur grossier. Ses rives sont couvertes de la croûte siliceuse décomposée, de sorte qu’elles semblent cachées sous des fragments de coquillages.
- Plusieurs des sources que l’on peut appeler sources à pulsation, sont dans un état permanent de violente ébullition, mais elles s’élèvent et retombent toutes les secondes ou toutes les deux secondes et à chaque pulsation elles rejettent une faible quantité d’eau. Elles forment un petit cratère en entonnoir, avec un rebord circulaire variant de quelques pouces à plusieurs pieds de diamètre. Quelques-unes de ces cheminées en forme d’entonnoir s’étendent de plu-
- sieurs pieds dans le lac, et le dépôt de la source chaude se voit à 50 yards à travers la claire profondeur des eaux. On voit apparaître à la surface de l’eau, dans plusieurs endroits, à quelque distance du rivage, des bulles qui décèlent la présence d’une source dans les régions inférieures.
- On retrouve ici la même variété de couleur que nous avons déjà décrite. On n’y a pas remarqué de geysers, mais le groupe des sources boueuses produit constamment un bruit qui s’entend très-distinctement à un demi-mille de distance.
- Sur les points est et nord-est du lac, se trouvent un certain nombre de groupes de sources actives ou taries. Sur les côtés de la montagne, à une hauteur élevée se trouvent deux plaques très-étendues de dépôt siliceux, qui vues à distance semblent un immense banc de neige. Les montagnards les nomment les bassins de soufre. Le grand bassin double situé sur le bras sud-est a été couvert autrefois de sources chaudes, quoique à présent il ne s’y trouve pas d’eau à une température plus élevée que celle des sources ordinaires. Une grande quantité de soufre est mêlée à la silice, c’est là la cause du nom donné à cet endroit.
- A Steamboat Point, il y a deux tissures qui rendent un bruit intermittent comme celui d’une machine à haute pression sur un bateau à vapeur. A chaque pulsation, des colonnes de vapeur sont lancées à une hauteur de 100 pieds et plus. Des centaines de petites crevasses bouillonnantes sont parsemées à l’entour; des sources presque taries ou complètement desséchées se voient tout le long du rivage du lac et à une certaine hauteur sur le pied des montagnes, à 1 ou 2 milles de distance. L’un des coteaux les plus remarquables que l’on aperçoit des bords du lac, se nomme Sulphur Mountain; il est situé à proximité des montagnes au nord du lac. Le sommet de ce dépôt s’élève à 600 pieds au-dessus du lac ; c’est le reste d’un des groupes les plus intéressants des sources de cet endroit ; il y a maintenant beaucoup d’orifices d’où s’échappe de la vapeur, et qui sont revêtus d’une couche brillante de soufre. Le dépôt a de 50 à 150 pieds d’épaisseur, et quand il n’est pas mêlé de soufre, il est aussi blanc que de la neige. La silice domine sur toutes les autres matières, mais elle est variée de teintes diverses par l’oxyde de fer, le soufre, etc. Au pied de la montagne, près des bords de l’anse de Pélican, il y a quelques sources qui sortent de terre avec une chaleur de 150 à 180 degrés : ce grand groupe peut être considéré comme éteint.
- Nous quitterons à présent le bassin du Yellows-tone, et poursuivant notre route vers l’ouest, nous examinerons un bras du MadisonFork dans le grand bassin du Geyser ou la rivière Firehole. Les montagnes qui entourent le bassin du Yellowstone présentent les mêmes caractères que celles qui s’étendent le long des branches du Madison Fork et du Gallatin Fork, sur un espace de 30 milles ; et ce n’est qu'à cette distance (pie les roches sédimentaires ou grani-
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- tiques commencent à paraître. Des quantités immenses I d’obsidienne se trouvent également sur les deux cotés de la chaîne. De petits lacs variant de forme, et ayant pour diamètre depuis quelques centaines de yards jusqu’à 5 ou 6 milles, sont parsemés tout autour des sources du Missouri, du Yellovvstone et du Columbia. Quelques-uns d’entre eux sont situés au sommet des montagnes, à 10 ou 12 000 pieds au-dessus de la mer.
- Le voyage dans ces régions est rendu très-difficile par la quantité d’arbres tombés. Les terrains sont couverts d’une végétation serrée de sapins, dont la plupart ont un tronc de 6 à 12 pouces de diamètre, s’élèvent à une hauteur de 100 à 150 pieds et sont parfaitement droits. Ces pins sont si serrés les uns contre les autres que, sur l’espace de plusieurs milles, il est très-difficile de faire passer entre eux nos animaux de transport. Presque chaque automne, l’incendie s’allume dans ces forêts, et le vent qui survient ensuite abat les arbres à demi consumés. Nous avons parcouru 30 ou 40 milles de ce terrain recouvert d'un entrelacement de pins tombes de 5 à 6 pieds d’épaisseur, et c’est un travail difficile que de se frayer un chemin au travers de ces obstacles.
- En traversant le point de partage entre les terres drainées par le Yellowstone et celles dont les eaux s’écoulent dans le Madison, nous rencontrons d’abord les sources de l’embranchement nommé East Fork. Presque à chaque mille nous trouvons un groupe de sources desséchées ou presque desséchées. 11 y en a fort peu qui contiennent de l’eau à présent, mais la vapeur s’en échappe par des centaines d’issues. Un espace de plusieurs acres présentait une scène magnifique. Le terrain était entièrement couvert de monticules coniques variant de diamètre, depuis quelques pouces jusqu’à une centaine de pieds et ces cônes étaient percés d’orifices d’où s’échappait la vapeur. Tous ces orifices étaient revêtus des plus brillants cristaux de soufre, et en enlevant la couche supérieure chaude, on retrouvait les mêmes cristaux en dessous. La base du dépôt était de la silice aussi blanche que la neige, mais la couleur passait par toutes les nuances du jaune par l’addition du soufre et par toutes celles du rose au rouge écarlate par l’adjonction de l’oxyde de fer. Yue à distance, cette contrée ressemblait à un immense four à chaux en pleine activité. La branche Est du Madison est presque entièrement alimentée par des eaux provenant des sources chaudes, et sa température est constamment de 60 à 80 degrés. La végétation qui croît le long de son cours et dans Je torrent lui-même, est une merveille de splendeur.
- Les montagnes qui enserrent la vallée dans tous les sens, sont composées de basalte et d’obsidienne. La vallée elle-même, qui varie d’un demi-mille à un mille de largeur, est couverte de dépôts des sources chaudes. Les eaux superficielles jaillissent abondamment de différentes sources à la base des montagnes, couvrent la vallée et en font un vaste
- marais. Au pied des montagnes, il y a un grand nombre de sources desséchées ou à demi desséchées et quelques issues d’où s'échappe la vapeur sulfureuse, comme pour présenter des échantillons des différents états par lesquels passent ces phénomènes.
- En avançant dans la vallée vers la jonction de East Fork avec le Madison, les sources se montrent plus abondantes, et nous arrivons au grand bassin du Firehole où se trouvent les geysers les plus puissants.
- Avant d’atteindre la vallée du Firehole, on rencontre un grand groupe de sources sur les deux côtés de East Fork. Il se termine en buttes isolées, qui sont composées des dépôts des sources chaudes aussi bien que de basalte. Les roches ignées des deux côtés de la vallée, montrent clairement qu’à l’époque où les forces volcaniques s’éteignaient, les sources chaudes étaient en pleine activité et formaient des dépôts considérables qui constituent une grande partie des montagnes.
- La vallée entière, formant une surface de 3 milles de large, est couverte d’une croûte de silice blanche comme la neige. Parmi les pins serrés les uns contre les autres à une certaine hauteur sur le flanc des montagnes inférieures, une colonne de vapeur s’élève au-dessus du sommet des arbres, et indique la place d’une cheminée ou source de vapeur. En approchant, les nombreuses colonnes de vapeur que nous distingâmes, nous indiquèrent la place des groupes les plus importants. Tous ces groupes et presque toutes les sources se trouvent le long des vallées des cours d’eau. Sur le côté Est de la vallée sont placés des groupes de sources, dont les eaux réunies forment devrais torrents. Nous demeurâmes deux jours consécutifs près du plus considérable de ces cours d’eau, nous en servant pour boire et faire la cuisine. Quelques-unes de ces sources ont des rives dentelées, avec les bords intérieurs et extérieurs couverts d’élévations semblables à des perles. Les bassins varient en diamètre de quelques pouces ù i 00 pieds. Quelques-uns ont des bords presque circulaires, avec des orifices en entonnoir et sont remplis jusqu’au bord d’une eau si transparente, que nous pouvions voir à travers cette eau jusqu’à une profondeur de 5 à 40 pieds, de manière à apercevoir clairement les moindres objets. L’orifice en forme d'entonnoir se prolonge jusqu’à une fissure très-étroite qui en constitue le fond et qui pénètre à dos profondeurs inconnues. F. Y. Haydex.
- — I.a suite prochainement. —
- LE MIDLAND RAILWAY
- (Suite et fin. — Voy. p. 7.)
- On n’a pas oublié qu’il y eut à cette époque une vraie fièvre de chemins de fer, railway mania, comme disaient les Anglais. Le Parlement accorda 24 bills de concession en 1843, 37 en 1844; en
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- 1845, le nombre total des projets autorises s’élevait à 1428, avee une dépense prévue de 700 millions de livres sterling. Souvent ces projets n’aboutissaient à rien; mais les Chambres, devant ce débordement de l’esprit d’entreprise, ne savaient pas s’en tenir à des principes judicieux qui eussent donné au réseau britannique l’homogénéité que possède le réseau français. Les concessions se trouvaient enchevêtrées à tel point, que chaque grande ville était desservie par plusieurs compagnies concurrentes. On ne s’était pas encore aperçu que les grandes compagnies peuvent exploiter à meilleur marché que les petites.
- La concurrence entre taut de lignes diverses semblait être une garantie contre le monopole. La lumière se lit bientôt. 11 y eut entre elles d’abord des luttes acharnées à coup de tarif, puis survinrent des contrats d’alliance sous les formes les plus variées. Tantôt c’est la fusion ou , suivant l’expression consacrée au delà de la Manche, l’amalgamation ; tantôt une grande compagnie prend simplement à loyer pour un laps de temps déterminé les lignes construites par une autre compagnie moins puissante. Ou bien les deux rivales conviennent de percevoir les mêmes taxes pour les marchandises et les voyageurs transportés entre des stations qu’elles desservent toutes deux; ou encore elles s’accordent le droit de faire circuler des trains sur les lignes créées en prolongement de leur réseau, ce qu’on appelle running powers. Tout cela s’opère aujourd’hui sur une plus grande échelle et s’opérait déjà dans les premières années. Seulement, la fusion complète est devenue moins lréquenle, parce que le
- Parlement refuse presque toujours de l’autoriser. Le plus fâcheux est que cet accord, plus ou moins déguisé, s’est établi non-seulement entre des chemins de fer, mais aussi entre chemins de 1er et canaux, en sorte que'les contrées desservies par les voies navigables ont perdu le seul mode de concurrence efficace contre les abus des voies ferrées.
- La MUIland ne pouvaildonc s’arroger un privilège sur les riches comtés où elle avait pris naissance; par compensation, rien ne l’obligeait à s’y cantonner. Elle avait déjà commencé à s’étendre bien loin à l’ouest, en achetant la ligne de Birmingham à Bristol qui lui
- donnait l’accès de la mer. Mais, de ce côté, la compagnie North Western, propriétaire de la ligne de Londres à Birmingham, lui disputait le terrain. Vers l’est, une autre compagnie fondée en 1845, la Great Northern, entreprenait la ligne de Londres à York,
- ligne qui par des embranchements de faible longueur, devait atteindre les villes les plus importantes du Centre. Pour s’en dédommager, elle sollicitait aussitôt 26 concessions nouvelles. Les actionnaires se laissaient entraîner sans résistance à ces nouvelles dépenses; ils recevaient déjà G à 7 pour 100 d’intérêt sur leur capital ; ils ne répugnaient pas à croire que l’industrie des chemins de fer est d’autant plus prospère qu’elle s’exerce plus en grand.
- Mais la concurrence des compagnies voisines allait se faire sentir. Pendant dix ans, de 1849 à 1858, les actions de la Midland ne donnèrent plus qu’un intérêt inférieur à 5 pour 100. Ce n’est pas que le réseau lut trop restreint ; il avait bien dès lors 7 à
- Fig. 1. — Gare de Carlisle. Midland raihvay.
- Fig. 2. — Jetée de Barrow-iu-Funiess.
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- 800 kilomètres d’étendue. Il ne renfermait pas non plus de lignes trop désavantageuses par elles-mêmes, car la contrée qu’il dessert ne contient point de parties stériles. Bien plus, depuis que les chemins de fer s’étaient construits, des mines de houille s’ouvraient de tous côtés. Par de nouvelles concessions ou par l’achat de lignes déjà en exploitation, elle s’était étendue jusqu’à Manchester et Liverpool. Le grand défaut de cette compagnie était au fond de n’avoir pas un accès direct à Londres. Aussi les administrateurs qui la dirigeaient désespérèrent-ils un moment de l’avenir, si bien qu’ils négocièrent un projet de fusion, soit avec laiVor//i Western, soit avec la Great
- Northern. Cela n’eut pas de suite, et comme d’ailleurs l’accroissement naturel du trafic releva bientôt les recettes à un niveau satisfaisant, on ne songea plus bientôt qu’à améliorer la situation par de nouvelles entreprises. La Midland s’étendit alors d’une part vers Londres et de l’autre vers i’Écosse.
- Petit à petit, le réseau s’était prolongé au sud jusqu’à Bedford, à 80 kilomètres de Londres. Ce qui restait à faire était peu de chose comme longueur, mais exigeait d’énormes travaux, surtout aux abords de la capitale et sur l’emplacement de la gare monumentale que l’on y voulait établir. Aujourd’hui la station de Saint-Pancras est l’une des
- Fi". — Grand hôtel de la Compagnie Midland, à Londres.
- plus remarquables de Londres. Située à l’intérieur de la ville, suivant l’usage anglais, et non dans un faubourg comme on a coutume de le faire en France, elle communique par un embranchement du Métro-politan avec toutes les autres stations de Londres. La disposition du terrain exigeait qu’elle fut élevée en remblai au-dessus du sol naturel ; l’ingénieur eut l’heureuse idée d'organiser en dessous un immense sous-sol spécialement destiné à servir de magasin pour les fûts de bière qu’envoient les brasseurs de Burton. En dessus, elle est couverte par une vaste halle de 72 mètres de large sur 210 de long, sans aucun support intermédiaire, construction d’une hardiesse excessive, dont on ne retrouverait nulle part l’analogue1. En avant de cette gare, sur la voie
- 1 Voy. la Nature, n° du 17 février 1877.
- publique, un immense hôtel reçoit les voyageurs au sortir du train. Ceci est encore un usage anglais. La Midland possédait déjà des hôtels à Leeds et à Derby, celui de Londres surpasse tous les autres par les proportions et par la magnificence. L’ensemble de ce monument est grandiose, il est bien adapté aux habitudes d’un pays où la circulation des voyageurs est plus considérable que partout ailleurs, où de plus les gens qui se déplacent pour leurs plaisirs ou pour leurs affaires, aiment à trouver partout le confortable.
- Le trafic des voyageurs et des marchandises entre l’Ecosse et Londres produit, d’après une évaluation récente, deux millions de livres sterling, année moyenne ; il n’est pas étonnant que la Midland en ait voulu avoir sa part. Cette compagnie arrivait à Carliste par une ligne construite à grands frais; au
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- delà, il fallait de toute nécessité quelle entrât en arrangement avec une compagnie écossaise. Or, de la frontière anglaise à Glasgow ou à Edimbourg, trois entreprises distinctes se partagent le trafic : la Calédonien, qui reçoit les trains de la North Western et la North British qui reçoit ceux de la Great Northern. La troisième, Glasgow et South Western, était libre de tout engagement : c’est avec elle que la Midland s’entendit, et dès lors elle put transporter les voyageurs de la Clyde à la Tamise. Par un embranchement prolongé jusqu’à la jetée de Barrow, elle amenait à bord des bateaux à vapeur les voyageurs pour nie de Man et pour le nord de l’Islande. Cette fois, son réseau était bien complet. Les recettes s’en ressentaient ainsi que les dividendes. En ces dernières années, les actionnaires ont toujours reçu 6 à 7 pour 100 d’intérêt annuel sur leur capital.
- Ces dernières extensions montrent que la Midland est habilement dirigée. C’est, au dire de ceux qui l’ont étudiée de près, la compagnie la plus entreprenante de la Grande-Bretagne. Oïi en a eu de nouvelles preuves dernièrement par les réformes qu’elle a introduites dans son exploitation. D’abord, elle fut la première à faire circuler sur ses rails les wagons-lils Pullman, importés d’Amérique. En outre, elle a mis des voitures de troisième classe dans tous les trains, même dans les express, qui jusqu’alors ne recevaient que les voyageurs de première ou de seconde tout au plus. Son general manager, M. All-port, est un homme qui ne recule pas devant les innovations les plus téméraires. Il se dit un jour, avec quelque apparence de raison, que les personnes qui vont en première ou en seconde classe voyagent déjà presque autant qu’elles voyageront jamais; la dépense du transport est faible pour elles. La clientèle à gagner est celle des gens pauvres. Faute d’abaisser le prix des places, ce qui serait ruineux pour la compagnie, il faut du moins leur donner la vitesse et le confortable. Alors il fit adopter par le conseil des directeurs la suppression radicale de la seconde classe. Les voyageurs de première classe furent dorénavant transportés au prix de la seconde, et ceux de troisième, tout en payant autant qu’au-paravant, furent admis dans les voitures bien closes et bien rembourrées de la seconde classe. Cela avait, au point de vue de l’exploitation, l’avantage de simplifier la composition des trains. Les autres compagnies protestèrent contre cette réforme qu’elles n’osaient imiter, et qui donnait à leur rivale une sorte de popularité. Il n’est pas certain au surplus que cette mesure ait réussi. On le sait, les distinctions sociales sont puissantes en Angleterre. Il y a, encore plus qu’en France, des gens qui vont en première classe par gloriole, pour le seul motif qu’ils veulent paraître plus qu’ils ne sont. Quant à ceux qui ne regardent pas à la dépense, ils perdent l’avantage de se trouver dans des wagons à peu près vides. 11 est vrai qu’il y a maintenant pour ces derniers les beaux wagons Pullmann, du moins pour les longs par-
- cours, les seuls où le confortable ait quelque importance.
- Les compagnies anglaises possèdent des réseaux moins étendus que les nôtres. Avec 1880 kilomètres en exploitation au 31 décembre 1875, la Midland tient le quatrième rang. Remarquons en passant que sur ces 1880 kilomètres, il y en a 70 à quadruple voie, et 21 à triple voie, aux abords de Londres, à cause du trafic excessif qui se dirige vers cette capitale. Pendant l’année 1875, elle a transporté 28 millions de voyageurs, sans compter les porteurs de cachet d’abonnement, et 20 millions de tonnes de marchandises. Pour un capital engagé de 55 millions de livres sterling, elle fait 5 995 000 livres sterling de recettes, et dépense 2 81 1 000 en frais d’exploitation. Le revenu net n’est donc que bien peu supérieur à 5 pour 100, et les frais absorbent 53 pour 100 des recettes. En France, on exploite à meilleur marché sur les grandes lignes; mais le public anglais veut que tout aille vite, les trains de marchandises aussi bien que ceux des voyageurs, et la vitesse coûte cher.
- Les dessins qui accompagnent cet article (voy. précédemment p. 8 et 9) donnent une idée des pays que traversent les lignes de la Midland et des travaux qui y ont été exécutés. On remarquera le caractère architectural des gares de Londres et de Carliste, dont l’extérieur trop orné ne répond peut-être pas suffisamment aux besoins que l’intérieur de ces bâtiments doit satisfaire. Quant aux ouvrages d’art, on y observe la même progression qu’en France. Les plus anciens ponts présentent des arches massives de maçonnerie en plein cintre; puis des arches surbaissées de fer ou de fonte ; les plus récents sont formés de poutres tubulaires avec treillis de fer. Sauf quelques entreprises audacieuses, téméraires même, comme la halle couverte de la gare de Saint-Pancras, les ingénieurs anglais n’ont rien à nous apprendre. H. Blerzy.
- LES MOTEURS DOMESTIQUES
- Les moteurs domestiques ont été négligés pendant longtemps; toute l’attention des savants et des chercheurs était dirigée vers les puissantes machines que l’industrie emploie aujourd’hui : ils en ont étudié le fonctionnement avec le plus grand soin, et grâce à leurs investigations, on est arrivé à connaître les conditions théoriques de ce fonctionnement, et le parti que la pratique en peut tirer. Cependant à côté de ces engins puissants qui soulèvent actuellement des masses considérables, on s’est demandé s’il n’y aurait pas quelque chose à faire pour l’ouvrier isolé qui travaille dans sa chambre avec son tour et le fait mouvoir péniblement à l’aide d’une manivelle ou d’une pédale. La machine à coudre, par exemple, fatigue beaucoup l’ouvrière obligée de s’en servir toute la journée, et
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- le mouvement continu qu’elle doit, imprimer à sa jambe pour fournir la force motrice peut amener chez elle des affections graves. Ce serait pour elle un grand bienfait que l’invention d’une machine domestique pouvant s’établir sans difficulté en un point quelconque, se mettant immédiatement en marche et s’arrêtant de même, n’exigeant de celle qui la dirige aucune habileté particulière, et fournissant d’ailleurs une force motrice relativement faible, et toujours proportionnée à la résistance à vaincre.
- On aperçoit là tous les services que peut rendre un pareil moteur ; il permettrait même dans certaines industries des grandes villes, s’il était réellement économique, de laisser l’ouvrier travailler chez lui, sans l’obliger à venir dans un grand atelier, où des centaines de métiers sont mis en mouvement par un moteur unique. L’industrie est amenée aujourd'hui à spécialiser le travail des ouvriers, pour produire beaucoup et à bon marché, elle doit alors les réunir en grand nombre sur un même point, en demandant à chacun d’eux de fabriquer indéfiniment le même détail de la pièce à produire. Une pareille agglomération amène des inconvénients de toute sorte au point de vue de la morale et de la société, et M. Jules Simon s’était fait l’écho éloquent de ces plaintes dans ses ouvrages sur la condition des ouvriers ; mais il est bien difficile de rien changer à une situation qui est imposée par des causes économiques contre lesquelles on ne peut réagir. Il est bon toutefois de signaler les moteurs domestiques qui permettent à l’ouvrier de certaines industries du moins, de travailler en famille, sans avoir besoin d’un atelier. Nous citions tout à l’heure la machine à coudre ; il en est da même pour les métiers Jacquard, pour les rubans de Saint-Etienne et de Lyon. Chaque ouvrier a chez lui son métier qu’il dirige lui-même, et qu’il fait marcher avec ses bras. Un moteur domestique allégerait alors sa besogne, et lui permettrait de se borner à surveiller son métier comme il ferait dans un grand atelier.
- Après avoir ainsi indiqué les avantages que présenterait la diffusion des moteurs domestiques, nous allons passer en revue les types les plus importants et les plus récents d’entre eux, afin de donner une idée des progrès réalisés dans cette voie.
- 11 semblerait, au premier abord, qu’il suffirait de prendre une machine à vapeur et d’en restreindre les dimensions. C’est ce qui avait été fait dès les premiers temps, mais on ne tarda pas à y renoncer; la machine est difficile à mettre en marche, elle exige un entretien spécial, et elle ne produit son effet que si la température et par suite les pressions sont un peu élevées ; mais alors il faut une détente prolongée, ce qui crée toute une série de difficultés et de complications qui firent abandonner la vapeur dans les moteurs domestiques. A côté de la vapeur, on a songé à utiliser la détente des gaz chauffés comme de l’air atmosphérique ou du gaz d’éclai-
- rage. On a là un moteur propre et commode, facile* à mettre en mouvement, dont on peut bien régler l’allure et qui ne donne que juste la force qu’on lui , ' demande. Enfin le travail de détente des gaz s’y rapproche bien plus des conditions indiquées dans la théorie mécanique de la chaleur, et il semble qu’à ce point de vue, l’emploi de l’air soit préférable à celui de la vapeur. C’était là l’idée des premiers inventeurs; ils avaient songé à substituer, dans les moteurs industriels, l’air chaud aux machines à vapeur ordinaires : celles-ci en effet, et même dans de bonnes conditions, n’utilisent guère qu’une fraction très-faible, un dixième environ du travail moteur qu’on leur confie par la combustion du charbon, et on démontre même qu’en restant dans les conditions purement théoriques, et en négligeant les pertes de force qu’amène toujours la transmission du mouvement dans les différents organes, le travail utile obtenu doit être inférieur au cinquième du travail dépensé. II n’en est pas de même au contraire avec les machines à air chaud, la théorie n’assigne pas une limite aussi faible, et il y avait lieu d’espérer que malgré les imperfections du mécanisme le travail obtenu serait plus considérable. Il n’en a rien été cependant, l’air chaud oxydait rapidement le métal, détruisait les graisses ; la machine avait besoin de réparations fréquentes, et le, rendement obtenu était finalement inférieur à celui des machines à vapeur.
- On est revenu alors aux considérations que nous signalions plus haut, on a laissé à la vapeur ses grandes applications industrielles, on a réduit dans la machine à air les'pressions et les températures, et on s’est contenté de préparer un moteur domestique, capable de rendre de réels services, en raison de la simplicité du fonctionnement et de la mise en marche. Après l’air chaud proprement dit, on a essayé d’utiliser le gaz d’éclairage qu’on peut se procurer aujourd’hui si facilement dans toutes les villes. On est parvenu à construire des machines qui tirent un meilleur parti du combustible employé que ne le fait la machine à vapeur, ainsi que nous le dirons plus loin à propos des moteurs Otto et Bischop1 ; la dépense reste encore plus considérable cependant en raison du prix élevé du gaz. On utilise sans doute la force combustive du gaz, mais celui-ci ne représente qu’une faible partie du charbon qu’on a dépensé pour l’obtenir, et il faudrait réaliser une économie suffisante pour payer la différence, ainsi que toute la main d’œuvre employée pour la préparation du gaz. Il faudrait en un mot
- 1 Si l’on voulait comparer les quantités de charbon consommées dans les deux cas, il faudrait observer que 1 mètre cube de gaz représente déjà 3 kilos de houille ; le moteur Otto qui consomme 1500 litres par cheval et par heure, emploie donc indirectement 4 kilos de houille, tandis que la machine à vapeur exige 3 kilos seulement. Le moteur Lenoir exige jusqu’à 2700 litres, soit par suite 8 kilos de houille. La machine à vapeur semble donc supérieure à ce point de vue, mais il n’en est pas tout à fait de même, comme on le verra plus loin, si on compare les pouvoirs calorifiques de gaz et du charbon.
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- que la machine diminuât, sa consommation, ou que | le prix de revient lût abaissé, ce qui pourrait sc
- Fig. 1. — Machine Renoir.
- 0. Tuyau d arrivée de l’eau. —D. Tuyau d’échappement des gaz hrûlés. — T. Tiroir. — P. Poche en caoutchouc, sert de réservoir pour le £'az- G- Tuyau d’arrivée du gaz. — K. Bobine de lUmmkortT. — t. Tige du piston moteur. — B. Bielle qui commande cette tige. — b. Bielle du tiroir. — R. Volant.
- produire par exemple si les dérivés colorés de la houille augmentaient encore de valeur, et payaient ainsi une part plus considérable des Irais de fabrication. Quoi qu’il en soit, les moteurs à gaz sont bien supérieurs aux machines à air chaud, et celles-ci, qui furent autrefois l’objet d’un véritable engouement, sont à peu près abandonnées aujourd’hui, aussi nous n’en dirons que peu de mots.
- La machine de Stirling en 4826, essayait de réaliser dans la pratique les conditions théoriques supposées dans le cycle de Carnot. Une masse d’air est d’abord chauffée à volume constant et amenée de la température t0 à t, puis elle se dilate librement en fournissant un travail positif, et
- elle augmente de volume pendant que sa pression | vaient être remplacées
- Fig. 2. — Machine Otto.
- diminue. Elle se refroidit ensuite à volume constant et revient à la température en cédant une partie de la chaleur qu’elle renferme ; puis elle est comprimée et ramenée au volume et à la pression initiale sous l’action d’un effort moteur extérieur. Le travail utile est •alors la différence entre le travail positif fourni pendant la détente, et le travail de compression de la quatrième période. La chaleur nécessaire est cédée par des toiles métalliques chauffées, qui sont traversées par le courant d’air pendant la première période. Il en est de même pendant la troisième, et elles récupèrent alors une partie de la chaleur qu’elles ont cédée. Ce moteur fut rapidement abandonné, les grilles s’oxydaient et de-trop fréquemment.
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- Le moteur Erieson survint ensuite et se répandit promptement en Amérique : c’était une espèce de calorifère, en ce sens qu’il échauffait l'air par les gaz chauds qu’il dégageait. Il comprend un cylindre horizontal ouvert à une extrémité, et dans lequel oscillent deux pistons indépendants. Le piston extérieur est muni d’une soupape d’aspiration, par laquelle l’air pénètre dans l’espace de volume variable, laissé vide entre les deux pistons, lorsque la pression y est inférieure à la pression atmosphérique. 11 se trouve alors comprimé par le jeu du second piston qui se rapproche du premier, et il arrive par l’intermédiaire d’une seconde soupape dans le fond obturé du cylindre, où il est porté à une température élevée sous l’action d’un foyer extérieur; il se dilate alors, et produit par son expansion le mouvement du piston voisin. 11 s’échappe enfin pour faire place à une nouvelle masse d’air qui pénètre dans le cylindre et remplit un rôle analogue. Les mouvements d’oscillation des deux pistons sont transmis à un volant par l’intermédiaire d’une bielle et d’une manivelle comme dans les machines à vapeur.
- Les transmissions de mouvement de l’un à l’autre des deux pistons avaient été particulièrement étudiées par l’inventeur, mais malgré le soin qu’il avait apporté à l’installation de la machine, elle consommait encore une quantité considérable de combustible, soit 5 kil. 88 de bouille ou 4 kil. 15 de coke par cheval-vapeur et par heure, d’après les expériences de M. Tresca. Les gaz qui s’échappent, emportent en effet une proportion élevée de chaleur dépensée, qui atteint fréquemment les 5/6. La température habituellement réalisée était de 151 degrés, et elle amenait une dilatation de l’air de 1,48.
- Nous ne nous arrêterons pas plus longtemps sur les autres moteurs «à air chaud qui furent ensuite essayés,
- et qui diffèrent peu d’ailleurs de la machine Erieson, et nous parlerons immédiatement des moteurs à gaz qui nous semblent apporter la vraie solution^du problème.
- La machine Lenoir, la première en date, est encore aujourd’hui assez fréquemment employée, puisque la compagnie du gaz en a installé quatorze nouvelles dans le courant de l’année dernière. Elle est formée d’un cylindre à chaque extrémité duquel
- vient déboucher un tuyau qui amène du gaz d’éclairage, tandis qu’un second tube enveloppant celui-ci, distribue de l’air en proportion dix fois plus considérable. Le mélange gazeux ainsi obtenu est enflammé et fait explosion, il pousse devant lui un piston qui oscille dans le cylindre et il le refoule jusqu’à l’autre extrémité. Le piston rencontre alors dans le compartiment d’avant un nouveau mélange gazeux qui fait explosion comme le premier, et qui le ramène à sa position initiale. La distribution est d’ailleurs tout à fiât la même que celle des machines à vapeur ; un tiroir oscille sur la plaque des lumières, et dirige le mélange gazeux dans le compartiment d’avant ou d’arrière suivant les cas. La gravure (fig. 1) donne la disposition extérieure du moteur ; G est le tuyau d’arrivée du gaz dans le tiroir T ; celui-ci obéit à l’impulsion de la bielle B reliée à un excentrique calé sur l’arbre moteur.
- L’explosion est obtenue au moyen d’une pile de 2 éléments Bunsen qu’on voit en avant : elle détermine, au moyen d’une bobine de Rumkorff, la production d’une étincelle électrique qui suffit pour enflammer le mélange gazeux. Un des fils de la pile pénètre dans la paroi du cylindre à travers l’axe d’un tube en porcelaine qui sert à l’isoler, l’autre fil est en communication avec le métal de boulon. Le courant s’établit par l’intermédiaire d’une petite plaque de cuivre, qui oscille sur la
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- paroi du cylindre devant les extrémités des fils de la pile, à peu près comme le tiroir devant les lumières, elle rétablit les communications avec les deux fils quand le piston a déjà parcouru la moitié de sa course. I/explosion qui en résulte produit rapidement son effet, la température s’élève immédiatement; la pression atteint jusqu’à 6 atmosphères, et le piston est vivement projeté en avant. On a même été obligé de parer aux effets fâcheux qui en résultent en entourant le cylindre d’une circulation d’eau froide qui modère cet éeliauffement rapide, mais qui enlève en même temps plus de la moitié de la chaleur produite. Le volume d’eau qu’il faut ainsi dépenser, atteint 120 litres par heure, et la température s’élève jusqu’à 94 degrés. Il faut remarquer toutefois que cette eau n’est pas entièrement perdue, et qu’on peut l’utiliser à nouveau, en la versant pour la refroidir dans une bâche suffisamment grande pour ne pas trop s’échauffer. Le volume de gaz consommé est de 2750 litres par cheval et par heure, ce qui fait à Paris une dépense de 0 fr. 90 cent. Le volume du cylindre est de 2 litres 51. La dépense d’huile pour le graissage est encore assez considérable, elle atteint 500 grammes, soit 0 fr. 10 cent, par heure de travail effectif. Les gaz produits sont assez complètement brûlés, et cependant ils conservent avec eux 1/4 de la chaleur dépensée1, et le travail utile de la machine ne représente pas plus de du travail moteur qui lui a été confié. Une machine à vapeur consommerait, il est vrai, 5 kilog. de houille par force de cheval2, mais la dépense correspondante est bien moindre, car le prix de ce dernier combustible est plus faible que celui du gaz, et ne représenterait guère que 0 fr. 12 cent., en évaluant à 0 fr. 04 cent, le prix du kilog. de houille.
- La machine Otto, que nos lecteurs ont pu voir figurer à l’Exposition de 1867, repose à peu près sur les mêmes principes que celle de M. Lenoir. Elle est beaucoup plus simplement installée toutefois; et elle a pu supprimer les transmissions électriques qui étaient une cause de gêne et de difficulté. Cette machine se répand aujourd’hui plus rapidement que le moteur Lenoir, et la Compagnie du gaz en a installé 48 l’année dernière à Paris.
- La colonne métallique qu’on aperçoit dans la figure 2, sert de cylindre à la machine ; le tiroir est en bas avec les pièces qui déterminent son mouvement, il distribue le mélange gazeux dans le compartiment inférieur seul, la machine étant à simple effet. La tige du piston est formée par une crémaillère qui engrène avec la roue montée sur
- 1 Ces gaz sortent avec une température de 220° et sont encore à plus de 150° à l’extrémité d’une conduite d’échappement de 3 mètres.
- 2 3 kilos de houille peuvent fournir 3 X 7500 = 22 000 calories environ. La combustion de 3 mètres de gaz en fournirait près de 30 000, L’appareil Otto qui dépense 1 mètre cube 500 consomme 1500 calories seulement par cheval et par heure ; il a donc l’avantage sur la machine à vapeur au point de vue de l’utilisation de la chaleur.
- l’axe du volant; cette roue est garnie intérieurement, d’une roue à rochet, qui la laisse folle pendant, que la crémaillère monte, et la fixe pendant que celle-ci descend ; elle ne reçoit l’impulsion de la crémaillère que pendant le mouvement descendant du piston. Le tiroir reçoit un mouvement intermittent par l’intermédiaire des deux excentriques qu’on voit sur la gauche de la figure ; le mécanisme est assez compliqué, et nous ne le décrirons pas; nous dirons seulement qu’il permet de démasquer la lumière d’admission au moment où le piston atteint la partie inférieure de sa course. Celui-ci remonte jusqu’à 0m,2 en vertu de sa vitesse acquise, le mélange d’air et de gaz pénètre alors dans le compartiment vide au-dessous du piston, il y est enflammé par un bec spécial, maintenu toujours allumé; la détonation soulève le piston qui arrive à la partie supérieure, et, redescend ensuite sous la seule action de son propre poids, en chassant devant lui le gaz brûlé, qui vient sortir par la lumière d’échappement.
- L’inflammation des mélanges s’obtient ici comme on voit sans intervention de l’électricité, ce qui simplifie beaucoup l’appareil comparé au moteur Lenoir. On annonce que la consommation de gaz est descendue à im,500 par cheval et par heure. Cependant la marche de la machine reste toujours un peu irrégulière, car les organes qui commandent le mouvement du tiroir sont trop délicats, et la roue du volant ne continue son mouvement de rotation qu’en vertu de la vitesse acquise pendant la moitié du temps de chaque oscillation du piston.
- Le moteur Ilischop, d’invention toute récente, a repris en le simplifiant encore le principe de l’appareil Otto. La disposition générale est restée la même que plus haut : la colonne que l’on voit sur notre gravure (fig. 3) est toujours le cylindre où oscille le piston moteur, la crémaillière a été supprimée et la transmission du mouvement sur l’arbre s'opère à l’aide d’une bielle et d’une manivelle. Le- tiroir de distribution est mu par l’intermédiaire d’un excentrique calé sur l’arbre moteur comme dans la machine à vapeur. L’inflammation du gaz est produite au contact d’un bec qui brûle d’une façon permanente.
- Pour l’égler l’arrivée du gaz, MM. Rouart et Mignon ont adapté sur le tuyau d’arrivée une poche en caoutchouc qui sert en quelque sorte de régulateur. Cette poche empêche également les mouvements du piston dans le cylindre de réagir trop brusquement sur le gaz qui occupe la conduite de bifurcation, et de faire trembler trop vivement les becs solidaires avec lui. C’est à peu près le même phénomène qui se produit quand l’eau du compteur est engagée dans les conduits. Cependant la présence de cette poche n’arrête pas absolument la transmission des vibrations; il est souvent nécessaire d’ajouter un petit robinet de jauge qu’on peut fermer en grande partie pour éteindre ces mouvements.
- M. Tresea avait fait plusieurs expériences à ce
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- sujet sur le moteur Lenoir, et il était, arrivé à cette conclusion, que les vibrations non interrompues par un gazomètre se transmettaient jusqu’à i 00 mètres au moins dans la conduite générale, et éteignaient les becs jusqu’à 40 mètres pour une machine de la force de 1 cheval. Le moteur Bischop est beaucoup plus faible, et les vibrations n’acquièrent jamais une pareille intensité.
- Il est, comme on le voit, le moins compliqué des moteurs que nous venons d’étudier, il se met presque immédiatement en marche, il doit être échauffé au préalable pendant huit à dix minutes seulement; et surtout la simplicité des organes et du fonctionnement a permis de construire des moteurs d’une force réduite et proportionnée à celle dont on a réellement besoin pour les applications domestiques. Un moteur de de cheval suffit pour actionner deux machines à coudre avec une dépense de 0 fr. 10 cent, seulement. Un moteur de j de cheval consomme 0 fr. 25 cent, environ par heure, et peut actionner huit machines Ilowe1.
- Il nous semble que c’est là l’application réellement pratique des machines à gaz, et que le moteur Bischop mettant ainsi à la disposition de chacun une force motrice aussi réduite avec une dépense relativement faible, est appelé, comme nous le disions en commençant, à rendre des services réels à tous les ouvriers qui travaillant encore chez eux en manœuvrant péniblement une pédale.
- L_ Raclé.
- Ancien élève de l’Ecole polytechnique.
- LE VOYAGE DE MARGARY
- DU FLEUVE BLEU AUX FRONTIÈRES BIRMANES.
- Les anciens avaient une superstition à la fois sinistre et touchante : les jeunes gens que la mort frappait avant le terme étaient selon eux aimés des dieux. Ils l’auraient dit assurément d’Augustus Raymond Margary, ce jeune homme brave, instruit, dévoué, qui donnait les plus belles espérances, et qu’une mort obscure est venue moissonner dans la fleur de son âge. La sympathie n’avait manqué, ni dans son pays natal, ni ailleurs à ce destin tragique : elle redoublera en lisant les lettres de Margary, ainsi que le Journal de son voyage des bords du fleuve Bleu jusqu’aux frontières birmanes, que des mains pieuses ont tout récemment pris le soin de réunir et de publier2.
- 1 Un pareil moteur coûte 900 fr., sans les accessoires qui en montent le prix à ] 100 fr.; le. moteur Lenoir de la force de * cheval vaut également 900 fr. à Paris, mais la consommation de gaz est plus élevée et atteint facilement 0 fr. 45. Le moteur Bischop de jL de cheval vaut 630 fr.
- 2 Sous le titre de The Journey of Augustus Raymond Margary from Shanghae to Bhamo and back to Manwyne. — London, Macmillan and G0, 1876 (Voyage d’Auguste-Raymond Margary de Shanghaï à Bhamo et de là à Manwyne, — Londres, Macmillan et C*”, 1876).
- 11 y avait déjà sept ans que Margary habitait la Chine, où il avait été tour à tour attaché à la légation de Pékin, agent consulaire dans l’île de Formose et à Chefoo, et il résidait à Shanghaï, au même titre, lorsqu’il reçut l’ordre d’aller rejoindre vers les frontières birmanes la mission qui s’y acheminait également de Rangoon, "sous les ordres du colonel Henry Browne, en vue de rechercher les jalons d’une route commerciale entre la Chine occidentale et le Bârma britannique. La tâche était périlleuse, et Margary ne l’ignorait pas. Il s’agit, écrivait-il à sa mère, au moment de partir, « il s’agit d’un long et jusqu’à un certain point d’un dangereux parcours. Je ne saurais me le dissimuler, et je sais que, durant trois mois, je vais rester hors de la portée des nouvelles du monde extérieur. » Mais il se bâtait de rassurer les appréhensions maternelles, en parlant de ces dangers sur un ton enjoué et de sa confiance dans la protection divine. 11 voulait aussi qu’une autre personne, qui lui était également chère, se réjouît avec lui de la mission qui venait de lui être confiée. « N’est-elle pas splendide, lui écrivait-il, et quelles choses étonnantes ne verrai-je pas?... Il est possible, d’ailleurs, que pendant de longs mois, pas un mot de moi ne parvienne à personne, et alors toutes sortes de rumeurs s’accréditeront sur mon sort. Mais n’en croyez rien, je vous en conjure, et soyez sûre que je me tirerai d’affaire, sain et sauf, en chanceux que je suis. ».
- Ce fut le 22 août 1874 que Margary quitta Shanghaï pour prendre passage sur une de « ces étonnantes constructions », comme il dit, que les Américains ont adoptées les premiers pour la navigation de leurs puissants cours d’eau, et dont l’aspect extérieur ne rappelle en rien celui d’un navire ordinaire. Le 28, il atteignait Han-Kéou, ville située au cœur même de la Chine, et la quittait le 4 septembre, à bord d’un de ces bateaux étroits et longs qu’on appelle, dans le pays, bateau de mandarin, et qu’il ne devait plus quitter tant qu’il naviguerait sur le Yang-Tse-Kiang ou fleuve Bleu. Son itinéraire lui fit parcourir des territoires très-fertiles et riches en houilles, mais dépeuplés, et où chaque village portait la trace des dévastations de ces tribus Miao-Tse, alliées des insurgés musulmans contre les incursions desquelles il a fallu établir une ligne de fortins, distants les uns des autres de cinq li, soit à peu près deux kilomètres et demi. Le même spectacle l’attendait dans la province contiguë de Kouéï-Chéou : toutes les villes avaient été réduites à l’état de villages, et ceux-ci n’étaient plus que la réunion de quelques huttes. Le sol était jonché partout de de-bris de constructions-en pierre, qui depuis vingt ans gisaient à terre, attestant la prospérité de cette région avant que les hommes des collines y eussent descendu en masse et en eussent massacré la population tout entière. Margary en dépeint la ville capitale comme très-heureusement située et la population comme fort civile. Ad. de Fontpertuis.
- — La fin prochainement. —
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- LA NATURE.
- LES TUMULI
- DES ANCIENS HABITANTS DE VANCOUVER.
- Il existe sur les côtes sud-est de Vancouver une quantité considérable de tumuli, construits par les anciens habitants de Elle ; ces tumuli n’ont rien de commun avec les shellmounds, aussi fort nombreux sur cette côte, et que j’ai lieu de supposer de date plus récente. On les trouve surtout groupés en grand nombre à environ 5 kilomètres à l’est de Victoria, sur la baie de Chedboro, au territoire de l’Upland Farm. J’avais plusieurs fois entendu parler de ces monuments, mais mes informateurs s’étaient montrés d’avis si différents sur l’iisage auquel ils les supposaient destinés, que je résolus d’y pratiquer des fouilles avec l'aide du propriétaire de la ferme,
- M. James Dears.
- Les dimensions des tumuli varient beaucoup.Leur circonférence va de 2 à 15 mètres, leur hauteur oscille entre 50 centimètres, et 1“,75. Nous ouvrîmes le premier jour deux des petits monticules, sans y trouver autre chose que des cendres. Le second jour, un des plus grands ( circonférence 4m,75, hauteur 1111,25) nous donna le même résultat. Ce n’est que dans une quatrième sépulture, la plus petite que nous ayons fouillée, mais offrant une particularité sur laquelle je reviendrai, que nous avons enfin découvert un crâne et différentes parties de squelette, mais dans un tel état de décomposition, que je crains qu’il ne soit pas possible de le faire parvenir au Muséum d’histoire naturelle de Paris.
- Je n’ai pas osé débarrasser la tête de la terre qui l’entoure, et je vais la photographier dans son état actuel. C’est une tête d’adulte, extrêmement déformée, qui rappelle par tout son ensemble les têtes des Cheenouks actuels de Colombia River, celle de Comcomly en particulier, l’un des kivos de Washington Irving, et dont j’ai vu un moulage au musée de Paris.
- Le squelette était replié, les genoux contre le menton, suivant une coutume encore en usage chez
- certaines tribus de la côte nord-ouest. La lace regardait le sud. Aucun ornement, aucun instrument de quelque nature que ce fût, n’accompagnait le mort. Quant à la sépulture, je prends pour exemple le plus grand des tumuli que nous ayons ouverts. Il se composait d’un réceptacle centrai et contenant les cendres, au-dessus desquelles était rapportée de la terre jusqu’au niveau du sol environnant. Une nouvelle couche de cendres provenant sans doute d’un foyer, se voyait en E. Par-dessus avait été appliquée une énorme dalle J). C’est sur cette dalle que venaient s’appuyer les cinq pierres C, placées de champ, qui formaient tout autour un premier cercle irrégulier.
- Un second cercle A, composé de quatorze pierres debout, dans le monument qui me sert d’exemple, circonscrit le premier dont il est séparé par une zone légèrement inclinée, formée de pierres et de terre rapportées au-dessus d’une couche de cendres et de charbon R, dans laquelle j’ai remarqué divers os calcinés.
- La figure jointe à cette note, représente un de ces monuments de Chedboro , débarrassé déjà en grande partie de son enveloppe, et tout cet ensemble architectural est entièrement enfoui sous une couche meuble plus ou moins épaisse. Je termine en faisant remarquer que tous les tumuli ne contiennent pas de cercles de pierres, qu’il en est au contraire qui ne sont formés que de fragments de roches amoncelées, et que les naturels qui construisaient ces sépultures ont utilisé chaque fois qu’ils l’ont pu le rocher en place, dont une des faces devenait l’un des côtés du polygone encaissant la dalle centrale.
- C’est dans un monument affectant cette dernière disposition que s’est rencontré le squelette dont il a été question plus haut1.
- A. Pinart.
- 1 Matériaux pour l’histoire primitive et naturelle de l’homme.
- —>§0—
- Tumuhis des anciens habitants de Vancouver.
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- LA N AT L HL.
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- UNE PENDULE ASTRONOMIQUE
- On a souvent essayé de représenter par des appareils cosmographiques la position de la terre dans l’espace, l’inclinaison de son axe, son mouvement de rotation diurne, et môme son mouvement de translation annuelle autour du Soleil et la succession des saisons qui en dépend. Mais la reproduction de ces mouvements simultanés n’a été obtenue jusqu’à présent que sur une grande échelle, par des appareils qui peuvent trouver leur place dans un musée ou dans un parloir, mais qu’il serait assurément difficile de loger dans nos appartements, sur une table ou sur une cheminée. Ce sont là d’ailleurs des mécanismes coûteux, dont le but est de servir de démonstration de temps à autre, et qui ne marchent pas constamment eux-mêmes sous les yeux du spectateur.
- Pour toute personne qui s’intéresse à l’astronomie, ou simplement à la cosmographie, ou, plus simplement encore, pour toute personne qui aime à se rendre compte de la réalité et qui juge utile de savoir comment la terre où nous sommes est placée dans l’espace, comment elle se meut, et comment par ses mouvements elle nous donne les années, les saisons et les jours, le désidératum serait de reproduire exactement l’ensemble de ces mouvements sur une sphère terrestre détaillée, marchant d’elle-môme , et remplaçant avantageusement ces pendules vulgaires dont les sujets décoratifs sont devenus d’une banalité proverbiale.
- Or, c’est précisément le travail que vient de terminer et de réussir un laborieux inventeur, qui a consacré toute sa vie et toute sa fortune à la réalisation de cette grande idée-, et qui vient de s’éteindre misérablement dans une mansarde solitaire, la veille du jour où scs persévérants efforts allaient recevoir la récompense si légitimement due à toute une vie de labeur et d’abnégation. Quelques jours avant sa mort, je lui ai promis de présenter son œuvre aux lecteurs de la Nature, publication scien-tilique à l’estime de laquelle il tenait beaucoup. J’accomplis aujourd’hui ma promesse — trop tardivement, hélas !
- M. Mouret communique à sa sphère la vie astronomique de notre globe, à l’aide d’un mécanisme d’horlogerie qui lui imprime, de seconde en seconde, à chaque coup de balancier, le double mouvement île rotation et de translation. Ce globe tourne
- en vingt-quatre heures sur lui-même, et l’on voit insensiblement passer devant soi toutes les parties du monde, qui prennent successivement devant le soleil la place qu’elles occupent en réalité. Ce n’est pas l’un des moindres intérêts de cette pendule astronomique d’y remarquer, dans le simple intervalle du commencement à la fin d’un déjeuner ou d’un dîner, le déplacement qui s’est opéré pour tous les peuples : ici, sur le méridien central, tous ces pays ont midi; là, à gauche, près du cercle qui limite l’hémisphère éclairé et l’hémisphère obscur, le soleil se lève et la journée commence; là, au contraire, à droite, le soleil se couche et la journée finit... Tiens! voilà l’océan Pacifique immense en pleine lumière, tandis que presque tous les continents sont en ce moment dans la nuit et dans le sommeil... Ah! voilà les Chinois qui arrivent et qui ouvrent le cercle lumineux de l’Asie et de l’Europe, comme ils l’ont ouvert aux origines de l’histoire.
- Voulant faire une pendule et ne pouvant, par conséquent, faire changer la terre de place de jour en jour, comme elle le fait en réalité, l’inventeur a très-ingénieusement reproduit le mouvement de déclinaison du soleil qui en résulte, en faisant décrire un double cône à l’axe du monde. Aux équinoxes, les deux pôles sont sur un plan vertical, la terre tourne dans ce plan, et le jour est égal à la nuit dans tous les pays du monde; au solstice d’hiver, le pôle nord ou supérieur est incliné en arrière de 2o° 28', notre hémisphère est dans l’hiver, nous n’avons plus ici que huit heures du jour contre seize heures de nuit ; six mois plus tard, ce même pôle nord s’est relevé et incliné vers le soleil de la même quantité, tandis que le pôle sud s’est enfoncé dans la nuit : c’est l’été et la saison des longs jours pour notre hémisphère boréal, l’hiver et la saison des longues nuits pour l’hémisphère austral.
- Un cadran vertical donne l’heure du pays, et l’on peut à tout instant du jour et de la nuit constater l’heure de tous les autres pays du monde. Un cadran horizontal indique le jour du mois, et se meut chaque jour en correspondance avec le mouvement de translation de la terre autour du soleil, reproduit dans ses résultats à l’aide de l’artifice du double cône. Le spectateur qui regarde la pendule de face est censé tourner le dos au soleil ; comme le disait ce pauvre Mouret : « Je le suppose restant à cheval sur le rayon vecteur idéal mené à tout instant du soleil à la terre. »
- Pendule cosmographique Mouret.
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- LA NATURE.
- Ajoutons que tous ces mouvements s’effectuent constamment d’eux-mêmes et sans qu’on ait besoin de toucher à la pendule — qui se remonte simplement comme toutes les autres. Par un surcroît d’attention, toutefois, l’inventeur a pris soin de rendre les mouvements de la sphère assez indépendants pour qu’on puisse, quand on le veut, se servir de cette sphère comme appareil de démonstration : on peut lui imprimera la main, à l’aide de deux petites manivelles, les trois mouvements (rotation, translation et abaissement du pôle) sans déranger en rien l’horlogerie. Il suffit ensuite de remettre exactement la terre à sa place : au jour et à l’heure.
- L’inventeur est mort, mais son travail ne l’est pas. Les amis des sciences féliciteront M. Lasnicr d’avoir adopté cette belle œuvre, et de faire fabriquer actuellement par centaines d’exemplaires cette pendule astronomique, qui montre le vrai mouvement de notre planète, au lieu d’en donner simplement l’image, et qui va se substituer, petit à petit, aux pendules banales de notre siècle.
- Camille Flammariojn.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- de l’étincelle absolument inoffensives ; ce relais agit à son tour sur l’appareil imprimeur et une autre pile locale ;
- 5° D’un récepteur (système Morse modifié) composé de deux électro-aimants qui font fonctionner chacun une molette; les deux molettes convergent au même point, l’une imprime un point rouge et l’autre un point bleu sur la même bande de papier, selon que l’expéditeur envoie le courant du minotto dans le sens positif ou négatif. Des différentes combinaisons de ces points rouges et bleus résultent des nombres, des lettres, des mots, et même des phrases entières.
- L’appareil de transmission renverse automatiquement le courant après chaque émission ; les émissions ont toutes exactement la même durée. Le système de M. Thomasi est applicable aussi aux transmissions par iils aériens. Dans ce cas, l’appareil récepteur est un morse ordinaire ou tout autre appareil imprimeur.
- M. Mouton présente une lunette spectroscopique de M. Lutz, destinée à l’observation des étoiles. Le nouveau spectroscope est do petites dimensions et très-portatif ; on peut l’adapter à toutes les lunettes. Il se compose essentiellement d’une petite lunette contenant un ou plusieurs prismes à vision directe entre l’oculaire et l’objectif ; près de l’objectif et en dehors est la fente. Enfin au delà de la fente est une lunette cylindrique qui produit sur la fente une image réelle linéaire de l’étoile. En résumé, le collimateur est supprimé, et l’objectif du spectroscope projette simplement dans l’oculaire l’image de la fente. La perte de lumière est donc moindre que dans les spectroscopes ordinaires.
- Séance du 1" juin 1877.
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- M. Rolland a étudié par la méthode de Thomson la résistance des éléments thermoélectriques de Clamond Ses observations se représentent par une courbe ayant pour abscisses le temps, et pour ordonnées la résistance de l’élément. Pendant les vingt premières minutes, la courbe s’élève en décrivant quelques sinuosités; puis, elle devient parallèle à l’axe des abscisses. Quand on cesse de chauffer, la courbe s’élève d’abord très-rapidement et s’abaisse ensuite en oscillant. M. Rolland fait remarquer que la méthode employée suppose la force électromotrice constante, et que par suite la courbe peut être le résultat de la variation de la résistance et de celle de la force électromotrice. La marche de la température, observée de la même manière sur une pile fer-cuivre, se représente par une courbe analogue à la précédente.
- M. Thomasi présente un nouveau système de télégraphie électrique (applicable surtout aux correspondances qui exigent l’emploi des câbles sous-marins de très-grande longueur) qui se compose essentiellement :
- 1° D’un relais d’un nouveau système dont la sensibilité est telle, que -j§j seulement du courant d’un seul élément Minotto, après avoir traversé une résistance égale à celle de 4200 kilomètres de câble transatlantique et une planche en bois légèrement humectée qui représente une résistance bien autrement considérable, sont plus que suffisants pour le faire agir sur des récepteurs imprimeurs avec la plus grande vitesse ;
- 2° D’un second relais dit relais interrupteur, qui interrompt automatiquement le courant de la pile locale après chaque émission, ce qui empêche l’étincelle de se produire dans le premier relais, cette étincelle, qui pourrait occasionner des inconvénients dans un appareil très-délicat comme le premier relais, n’en produit pas dans le second, à cause de l’énergie du contact qui rend les conséquences
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 11 juin 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Électro-chirurgie. — Personne n’a oublié encore le procédé employé par Nélaton pour découvrir la balle que renfermait ia blessure reçue par Garibaldi. Il consiste à introduire dans la plaie les deux conducteurs d’une pile, dont le courant se trouve formé précisément par le métal du projectile. M. Trouvé est parvenu à transformer ce mode opératoire en une véritable méthode chirurgicale, et il a constaté qu’on peut l’appliquer dans une foule de cas où le diagnostique ne saurait être établie autrement. 11 en a fait l’épreuve dans plusieurs centaines de cas, et il adresse aujourd’hui à l’Académie une série de certificats signés des noms les plus célèbres parmi les praticiens, et qui sont tout à fait décisifs.
- Synthèse organique. — M. Friedel décrit une intéressante méthode, qui lui permet d’obtenir aux dépens de diverses combinaisons organiques des carbures hydrogénés et des acétones qu’on n’a préparés jusqu’ici qu’en fort petites quantités, et dans les plus mauvaises conditions. Cette méthode présente cette particularité intéressante, d’être fondée sur la réaction du chlorure d’aluminium, dont le rôle chimique est très-loin d’ètre expliqué. C’est ainsi que l’auteur prépare le toluène de l’anthracèue qu’on ne connaissait qu’à l’état de produits accidentels, faisant partie de certains résidus industriels.
- Phylloxéra. — Pour en finir une bonne fois avec ces communications si fréquentes où l’on cherche à distinguer le phylloxéra des feuilles de celui des racines, M. Boiteau montre aujourd’hui que l’inoculai ion sur deux ceps de
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- LÀ NATURE.
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- vigne, de ces deux types de l’insecte donne lieu identi-’ quement aux mêmes résultats désastreux.
- Un propriétaire du Médoc, M. Georges, qui le premier en 1875 a fait usage des sulfo-carbonates, écrit que les vignes traitées par le sel alcalin, peuvent être considérées comme définitivement guéries.
- Régulateur pour la lumière électrique. — On voit sur le bureau un nouveau régulateur inventé par M. Régnier, et dont M. Du Moncel fait comprendre le mécanisme. Au lieu d’offrir leur forme prismatique ordinaire, les charbons sont taillés ici en plaques circulaires qui viennent s’affronter sous un certain angle, et qui sont animés, grâce à un mécanisme d’horlogerie, d’un mouvement circulaire autour de leur centre. C’est au point de tangence quejail lit l’étincelle, et les choses sont disposées de telle façon, que la lumière persiste d’une manière constante pendant plus de vingt-quatre heures. L’auteur s’est proposé surtout de remplir les conditions exigées par les gares de chemins de fer qui, à l’exemple de l’embarcadère du Nord, ne tarderont pas à être éclairées électriquement. Suivant M. Du Moncel, il a déjà satisfait à toutes les exigences du problème.
- Le tunnel sous la Manche. — On sait que la question s’est posée de savoir si le percement du tunnel sous-marin qui doit permettre à la voie ferrée de relier l’Angleterre à la France, ne serait pas fortement contrarié par l’allure des couches de craie qui constituent le fond du bassin marin. Sur notre littoral, la direction de ces couches est à peu près nord-est, tandis qu’elle est est-ouest sur la côte anglaise, et l’on a émis l’opinion qu’entre ces deux régions d’allure si diverse devait se trouver, ou bien des inflexions brusques ou bien des failles proprement dites. Dans les deux cas, des couches de perméabilité diverse devaient se trouver ramenées sur le même niveau, et des infiltrations aqueuses étaient inévitables. Sous la direction de M. Lavallée, une commission composée de géologues et d’hydrographes, a entrepris une étude complète du Pas-de-Calais, dont le résultat constitue un volumineux rapport présenté aujourd’hui par M. Daubrée. Grâce aux courants qui agitent sans cesse la masse entière des eaux de cette partie de la Manche, le fond du canal est constamment maintenu à vif ; aucun dépôt ne peut y séjourner. Partant de cette remarque, on a exécuté d’une côte à l’autre, 7500 sondages marqués sur une carte des plus exactes, et dont 2500 ont fourni des échantillons du fond. L’étude de ces matériaux a fait voir que les appréhensions rappelées plus haut sont tout à fait variées, les couches crayeuses n’ayant éprouvé aucune dislocation, et la masse rocheuse s’offrant au travail dans les meilleures conditions de succès.
- Production spontanée duprotoxyde de fer.—M. Terreil, chef des manipulations chimiques au muséum, fait connaître la composition d’une croûte oxydée qui se produit avec une rapidité extrême à la surface des tiges de fer des registres d’un four Siemens de disposition nouvelle. On pouvait croire tout d’abord que cette croûte est constituée par l’oxyde de fer magnétique. Il n’en est rien, car celui-ci constitue à peine un quart du poids total. C’est le protoxyde de fer découvert récemment par M. Debray, qui Jorme presque toute la masse où l’on reconnaît cependant un centième environ de protosulfure de fer. A cette occasion, M. Daubrée fait remarquer que cette production imprévue, loin d’être un accident, est tout à fait normale, et se présente malgré leur fort revêtement d’argile qui en-
- entoure les tiges, lesquelles sont plongées dans une atmosphère éminemment réductrice. Celle-ci contient en effet, d’après M. Gigat, 64 parties d’azote, 26 d’oxyde de carbone, 6 d’hydrogène et 4 d’acide carbonique. On évalue à un demi-millimètre l’épaisseur de la couche qui se produit par jour. Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE DU MOIS DE MAI 4877
- lre décade. — Les trois premiers jours du mois, de fortes pressions barométriques existent sur l’Europe occidentale, où dominent des vents d’entre nord et est, avec une température extrêmement basse.
- Le 3, une première dépression (750 millimètres) se montre dans le golfe de Gascogne, elle est le 6 vers Bordeaux, et s’évanouit le 8 dans le nord-est de la France. Sous son action, les vents d’entre nord et est continuent, et la température se relève tout en restant encore au-dessous de la moyenne. De la grêle est signalée à Copenhague le 5. Des orages sont constatés le 6 dans le Puy-de-Dôme.
- 2e décade. — Trois dépressions barométriques traversent l’Europe pendant cette deuxième décade, et passent à des latitudes plus élevées. La première apparue le 9 en Irlande, traverse le sud de l’Angleterre le 10 (745 millimètres) et s’épuise le 11 dans le voisinage de Dunkerque. Elle amène le 9 de nombreux orages, qui sont signalés à Paris, dans l’Aude, l’Aveyron, l’Eure-et-Loir, la Haute-Garonne, la Gironde et le Tarn. Le 10, de la grêle est constatée au Puy-de-Dôme et à Metz. Une deuxième dépression apparaît le 12 dans le golfe de Gascogne (750 millimètres) et se trouve le 15 à Saint-Pétersbourg, où elle est rejointe par une autre bourrasque qui était en Irlande le 14. Sous cette influence les vents sont revenus vers sud, en France, à partir du 9, et des orages sont signalés à Gap dans la nuit du 12 au 13. Le 14, de nouveaux orages sévissent dans l’Aude, l’Eure-et-Loir, l’Hérault, la Haute-Garonne, le Tarn et Tarn-et-Garonne. Des dégâts considérables sont produits par la grêle dans la Haute-Garonne et le Tarn.
- Le 16, une dépression nouvelle se montre au nord de l’Irlande (755 millimètres), elle sévit sur l’Angleterre les 17, 18 et 19, et disparaît le 21 en Turquie. La température qui s’était un peu relevée à son approche le 15, redescend au-dessous de la moyenne les jours suivants, et le 20, de la neige et un froid de — 2° sont constatés au Puy-de-Dôme. A Paris, un orage, accompagné d’une grêle forte, est signalé à celte date vers trois heures du soir.
- 5e décade. — Pendant la 5e décade, les trajectoires des bourrasques se sont encore relevées vers le nord, en prenant une intensité comparable à celle des bourrasques d’hiver. L’une d’elles passe du 25 au
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- LA NATURE
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- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN MAI [1877.
- D’après le Bulletin international cte l’Observatoire de Paris. (Réduction 1/8.)
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- M ardi 1 Mercredi 2 Jeudi 3 Vendredi A Samedi 5
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- Dimanche 6 Lundi 1 Mardi 8 Mercredi 9 Jeudi 10
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- Vendredi 11 Samedi 12 Dimanche 13 Lundi 1*t Mardi 15
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- Mercredi 16 Jeudi 17 Vendredi 18 Samedi 19 Di manche 20
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- Lundi 21 Mardi 22 Mercredi 23 Jeudi 2% Vendredi 25
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- Samedi 26 Dimanche 27 Lundi 26 Mardi 29 Mercredi 30
- 26 en Norvège. Une deuxième, venue de l’ouest, se manifeste très-nettement sur la carte du 28. Son centre est au nord de l’Irlande, où le baromètre marque 730 millimètres, tandis qu’il est au-dessus de 766 millimètres en Italie. Une tempête d’entre sud et ouest sévit le 28 sur les côtes de la Manche. Les mauvais temps diminuent le lendemain, la dépression se propageant vers le nord. Mais une nouvelle bourrasque apparaît le 51 en Irlande, et dans la nuit du 31 mai au 1er juin une violente tempête sévit sur les côtes de Bretagne.
- En résumé, pendant ce mois, la température est restée constamment au-dessous de la moyenne et a été excessivement basse du 1er au 5 et du 21 au 25. Les vents du nord ont prédominé avec un ciel presque toujours couvert ou pluvieux, et les orages ont été moins nombreux qu’ils ne le sont habituellement.
- E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissakdieii.
- Typographie Laliure, rue île Fleurus, 9, à Paris,
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- V 212
- 23 JUIN 1877
- LA NATUHE
- 4 U
- sol est entièrement couvert d’orifices de sources à différents états d’activité ou tic dessèchement. Il doit y en avoir un millier. Quelques-unes d’entre elles sont de vrais geysers, ayant des périodes régulières d’activité; elles vomissent des colonnes d’eau de 2 à G pieds de diamètre à la hauteur de 15 à 50 pieds. Un de ces geysers, dont l’orifice était fort étroit, lançait tous les quarts d’heure une colonne d’eau de 20 à 30 pieds tle hauteur. Un grand nombre de ces sources étaient dans un état d’éhulli-tion continuelle, et jaillissaient à 2 ou 4 pieds de haut ; de temps en temps la colonne d’eau rece-
- Cratères des geysers de la vallée du Firehole (États-Unis.) D’après une photographie.
- LES
- SOURCES CHAUDES ET LES GEYSERS
- DES RIVIÈRES YELLOWSTONE ET FIREHOLE AUX ÉTATS-UNIS.
- (Suite et fin. — Voy. p. 53.)
- Quoique le bassin des geysers inférieurs possède quelques groupes de sources très-intéressantes, aucune d'elles 11e peut prendre rang parmi les geysers de la première classe. Sur une surface de 3 milles environ de largeur, et de 5 milles de longueur, le
- vaut une impulsion extraordinaire, s’élevait jusqu’à 10 ou 12 pieds. L’une de ces sources du bassin inférieur s’était construit une citerne qui, au point de vue de la beauté et de l’art, ne peut se comparer qu’à celles des sources de la rivière Gardincr. Nous l’appelâmes la Fontaine architecturale. Le bassin entier a 150 pieds de diamètre. Près du centre est le rebord de la source, qui a environ 25 pieds de diamètre. L’eau est constamment agitée; de moment en moment, une colonne d’eau s’élance comme d’une fontaine artificielle et vient remplir les réservoirs et les bassins extérieurs dans un rayon de plus de 50 pieds. Les dépôts siliceux produits par cette source descendent sur une surface de plusieurs centaines de pieds, et forment des degrés demi-circulaires innombrables variant de 1/4 de 5* année. — 2e semestre.
- pouce à 2 pouces de hauteur et magniliques dans leurs détails. Dans son activité, la colonne d’eau est lancée jusqu’à 30 ou 60 pieds de haut, et l’eau retombant dans un rayon de 50 pieds remplit les réservoirs qui entourent les bords immenses de ce bassin. D’autres bassins en entonnoir avaient des bords découpés élégamment et recouverts jusqu’à 10 et 20 pieds à l’intérieur de tubercules de silice semblables à des perles. Quelquefois ces perles de silice se trouvaient rapprochées comme dans un corail ou dans une tète de chou-fleur.
- La silice dominait dans le dépôt du bassin du Firehole, et il y avait très-peu de chaux, si meme il y en avait. Le soufre se trouve en très-petite quantité dans le bassin inférieur, quoique deux ou trois sources en eussent leur orifice revêtu.
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- LA NATURE
- A une petite distance de ces geysers est un groupe remarquable de sources boueuses. L’une d’elles a un bassin de 50 pieds de diamètre qui est couvert de bouffées de vapeur comme un immense chaudron de poudding épais. La symétrie exacte de ces colonnes de vapeur, l’uniformité de leur taille et la beauté de la matière les rend magnifiques ; elles offrent toutes les nuances, depuis le plus brillant écarlate jusqu’au rose le plus tendre, avec une base aussi blanche que la neige. L’argile siliceuse blanche, lorsqu’elle est sèche, a l’apparence de la plus fine terre de pipe. Le plus difficile fabricant de porcelaine serait ravi de ce magnifique banc de mortier, qui a peut-être été rctou'rné en tous sens pendant plusieurs milliers d’années.
- Les sources boueuses se rencontrent en groupes sur toute la surface du bassin, et sont quelquefois placées dans le voisinage immédiat des geysers ou des sources limpides. On les trouve à tous les états et à tous les degrés de consistance, depuis l’eau trouble jusqu’à la boue épaisse et compacte à travers laquelle le gaz se force un chemin avec bruit. 11 est probable que chacune de ces sources boueuses a commencé par être un geyser ou une source bouillante. L’eau d’abord claire, se trouble et s’épaissit de plus en plus jusqu’à ce que la chaleur disparaisse entièrement. La moitié environ des sources est dans la dernière période d’activité. Elles ont été des geysers ou des sources bouillantes très-actives, ainsi que le démontre le caractère de leurs bassins ; mais à présent leur température est réduite à 150 et 180 degrés F. Quand la température est descendue à 160 degrés, l’oxyde de fer est déposé. La partie intérieure du bassin et la surface où l’eau s’élève, sont rcvêfues d’un dépôt couleur de rouille. Ce revêtement se fend, de sorte que dans les anciennes sources il est suspendu après les parois comme des fragments de cuir. Le fer est certainement retenu au milieu de cette substance par de la matière végétale. Quand les sources se dessèchent entièrement, les vents emportent dans toutes les directions ces débris de matière friable.
- Dans le voisinage des geysers actifs, la surface sur laquelle s’écoule le trop-plein des eaux est quelquefois couverte par une épaisseur de 2 à 4 pouces d’une substance semblable à de la gelée ou de la pulpe. Sur cette surface se trouvent des dépressions irrégulières, comme sur la surface intérieure d’un estomac de vache. Les couleurs sont variées, blanches à la base avec toutes les teintes d’écarlate, de rose, et quelques touches d’un vert brillant.
- On trouve fréquemment autour des sources des bois incrustés de silice. Les pins qui sont très-abondants dans cet endroit tombent quelquefois en travers du bassin d’un geyser ou d’une source bouillante, ils restent en contact atec l’eau contenant de la silice en solution, et deviennent bientôt comme de la pulpe de papier. Quand la source se dessèche, le bois reste dans le bassin, complètement incrusté de silice. Le tissu cellulaire intérieur est entière-
- ment. pénétré de silice, et le procédé de pétrification est très-clairement démontré. Un pin tout entier avait été jeté par le vent dans une source chaude de 50 pieds de diamètre sur 20 de profondeur, toutes les branches et les pommes de pins étaient entièrement incrustées et pénétrées de silice.
- Plus haut, à 10 milles sur la rivière Firchole, on rencontre le bassin supérieur des geysers, où on trouve les plus grands de ces jets d’eau naturels.
- Sur le bassin des geysers inférieurs, des deux côtés du Firehole, au pied des montagnes, il y a des sources à divers degrés d’activité, et jusqu’au sommet des montagnes on trouve de place en place des fissures de vapeur. Mais on ne rencontre pas de grands geysers dans cet endroit. Pendant quatre ou cinq heures de la matinée, cette vallée présente un spectacle des plus intéressants. Des milliers de fissures laissent échapper une vapeur qui couvre la vallée comme un brouillard épais. La cité de Pitts-burg vue d’un point élevé, offre un aspect analogue, seulement la fumée qui s’échappe de ses nombreuses cheminées est noire au lieu d’être d’un blanc léger.
- Le bassin des geysers supérieurs est situé très-près de la source du Firehole, et entre lui et le bassin inférieur il y a une distance de 5 milles, où les montagnes sont tout à fait au bord de la rivière et où les sources ne se rencontrent qu’en très-petits groupes qui, quoique intéressants en particulier, n’attirent pas beaucoup l’attention. La vallée est couverte d’anciens dépôts qui démontrent que ces sources ont eu leur période de croissance et de décadence depuis l’époque du pliocène. Au-dessus de ce passage boisé et rocheux, la vallée s’élargit de nouveau, et il s’y joint une branche du sud-ouest que nous avons nommée, anse de la source ferrugineuse : dans cet endroit il y a beaucoup d’autres sources. En remontant le Firehole, nous trouvons que le terrain des deux côtés de la rivière est couvert d’une croûte épaisse de silice et tout criblé de sources de toute sorte.
- Près du centre du bassin qui a à peu près 2 milles de long, se trouve l’un des geysers les plus puissants. Pendant notre séjour de deux jours dans cet endroit il se montra deux fois en activité. Notre camp était placé à quelques yards de lui. Le phénomène était annoncé par un bruit sourd semblable à un tonnerre lointain et par l’ébranlement du sol. Alors une masse énorme de vapeur s’élançait du cratère, suivie d’une colonne d’eau de 8 pieds de diamètre qui s’élevait jusqu’à la hauteur de 200 pieds. On ne peut comparer le bruit produit par ce phénomène qu’à celui d’une charge dans une bataille. Cette fontaine continuait à jaillir pendant quinze minutes, puis la quantité d’eau diminuait graduellement et finissait par s’abaisser dans le cratère à 2 pieds environ, en même temps que la température se réduisait à 150 degrés F. Il y a dans cet endroit deux bassins séparés, dont l’un est dans un état d’agitation constante, tandis que l’autre ne se met en activité qu’après un intervalle de trente-deux
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- heures et cependant, autant qu’on peut en juger à l’œil, ils ne sont séparés que par une épaisseur de 2 pieds ; aucun des deux ne paraît influencé par l’activité de l’autre. Les abords de ces sources dépassent en beauté tout ce que j’avais vu. La broderie la plus délicate ne saurait rivaliser avec la variété de ces ornements. La surface intérieure et extérieure est couverte de perles de silice de l’émail le plus lin ; en descendant sur les côtés du bassin on admire des niasses rondes comme du corail, formées entièrement de silice. Une source ayant un petit cratère de 2 pieds de haut, lançait en l’air à 12 pieds de haut et d’une manière continue une petite colonne d’eau. On a donné le nom de geyser de la Scierie à cette source à cause de la ressemblance de son jet avec celui d’une scierie. La vallée que nous décrivons, contient environ cinquante geysers de plus ou moins grande importance, et il est très-possible que les sources qui paraissent à présent les plus insignifiantes aient été jadis de grands geysers. Le geyser de la grotte et celui du Château sont particulièrement remarquables. Ce dernier a un cratère de 40 pieds de haut, et dont la base a environ 1.50 à 200 pieds de diamètre. Il est construit de couches minces de silice qui s’élèvent comme des degrés jusqu’à la cheminée placée au sommet qui a à peu près 10 pieds de haut. Des nuages de vapeur s’échappent constamment de cette cheminée, et de moment en moment une colonne d’eau chaude s’élance à 15 ou 25 pieds de haut.
- Mais le plus curieux des geysers de ce bassin est celui que MM. Langford et Doane ont nommé le Vieux Ponctuel. Pendant notre séjour, il fonctionna régulièrement toutes les heures, lançant un colonne d’eau de 6 pieds de diamètre à la hauteur de 100 à 150 pieds. Quand il est sur le point d’entrer en activité, il fait fort peu de préparatifs. On voit simplement une colonne de vapeur s’en échapper, et immédiatement après, une colonne d’eau est lancée verticalement en l’air, et par ses impulsions suivies semble se maintenir à cette hauteur pendant quinze minutes, l’eau retombant directement dans le cratère et débordant en grande quantité. La période active se termine alors par une nouvelle bouffée de vapeur qui s’élève ; après quoi tout rentre dans le calme. On ne peut exprimer l’intérêt qu’offrent ces scènes qui se renouvellent constamment, car nuit et jour quelques-uns des groupes de geysers sont sans cesse en pleine activité.
- D’après les analyses faites par le docteur Peale, chimiste de M. S. geological Survey, les sources de Gardiner River que nous nommons sources de la Montagne Blanche, 'déposent principalement du carbonate de chaux. On y trouve aussi du sulfate de magnésie, du chlorure de calcium, du sulfate de soude et un peu de silice. On ne rencontre pas trace de calcaire dans les dépôts du bassin du Firehole, mais on y trouve 85 pour 100 de silice, 11 pour 100 d’eau; le reste est principalement formé de chlorure de magnésium. Le colonel J. W. Burlow n’a trouvé
- de dépôts calcaires que dans une seule localité de l’Ouest. Quelques débris de roches sédimentaires sont parsemés sur ce grand espace de 40 à 50 milles d’étendue.
- Autant que nous avons pu nous en assurer, dans tous les dépôts du bassin du Yellowstone et du Firehole la silice est l’élément qui domine. Les sources à de très-rares et peu importantes exceptions près, sont situées près des bords des cours d’eau au-dessous des couches de calcaire. 11 est possible que les roches de sédiment existent au-dessous de la masse de matière volcanique qui compose les montagnes, mais je suis disposé à croire qu’elles ne s’y trouvent qu’isolément et en très-petite quantité s’il y en a.
- Nous pouvons donc établir, en termes généraux, «pie la grande région de sources chaudes des rivières Yellowstone et Missouri est couverte de roches d’origine volcanique et de date comparativement moderne.
- Nous n’avons pu donner dans cet article qu’une description sommaire des beautés de cette région unique. Un bill a été adopté par le Congrès pour consacrer cet endroit merveilleux à un grand Parc national. On évitera ainsi que les squatters en en prenant possession n’en détruisent les splendides décorations naturelles; cette mesure a obtenu l’approbation de toutes les classes de la société aux États-Unis. F. Y. IIayden.
- LES PHRYGANES ET LEURS FOURREAUX
- Les eaux douces servent d’habitation à des insectes de tous les ordres, au moins sous certains de leurs états. L’appareil respiratoire de plusieurs d’entre eux n’éprouve pas de modifications, et ils continuent à utiliser l’air en nature pour revivifier leur sang, de même que cela arrive pour les phoques, les cétacés et les oiseaux aquatiques, tandis que d’autres, pareils sous ce rapport aux poissons et aux crustacés, se servent de branchies, organes propres à absorber l’oxygène de l’air dissous dans l’eau. Rien de plus curieux et de plus varié que d’étudier les mœurs et les métamorphoses de ces petits êtres; avec la mode d’aquariums de salon, je m’étonne qu’ils n’aient pas remplacé depuis longtemps les insipides poissons rouges.
- 11 y a un groupe considérable de ces insectes d’eau qui n’est guère connu que des pêcheurs à la ligne, auxquels ses larves fournissent une amorce très-estimée. La plupart d’entre elles abritent la région postérieure de la plus grande moitié de leur corps dans des fourreaux ou étuis de soie, douce et lisse à l’intérieur, mais dont la partie externe est revêtue des matériaux les plus divers, liés entre eux par des fils de soie, donnant de la solidité à la maison, en même temps que par son aspect d’un amas de substances inertes ils déroutent les ennemis voraces qui ne peuvent y soupçonner une chair Iran
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- LA NATURE.
- chc, dont ils feraient un délicieux régal. On appelle ces larves casets, d’après cette habitude de se renfermer dans une case, charrëes, parce qu’on les voit souvent traîner après elles ces habitations. Les paysans les nomment porte-feuilles, porte-bois, porte-sables, parce que les étuis sont constitués avec des substances très-diverses, suivant les espèces de ces insectes, et aussi la nature du fond des eaux où ils vivent.
- Le langage des entomologistes n’a fait que donner une forme scientifique à ces appellations vulgaires, car le mot Phrygan.es, créé par Belon, notre vieux naturaliste des habitants des eaux, et adopté par les auteurs, veut dire fagot, réunion de petites branches. Dans le chapitre ou il traite des teignes qui se font des fourreaux dont l’extérieur nest pas lisse, Réaumur a décrit ces larves, leurs mœurs, et les filaments mous couchés par rangées sur leur abdomen, où il a reconnu des branchies.
- Le corps de ces larves est formé de treize segments, un pour la tête, trois pour le thorax, neuf pour l’abdomen, les derniers plus ou moins visibles au dehors. Elles n’ont pas d’antennes, et des yeux tout à fait rudimentaires. Ce sont des espèces de chenilles d’eau, mmiies de pièces buccales coupantes et broyeuses analogues à celles des chenilles de papillons. Les trois anneaux du thorax sont, comme la tête, assez fortement cuirassés, car ils sont souvent hors du fourreau cylindroïde et ouvert aux deux bouts qui protège toujours les segments mous de l’abdomen; ils portent trois paires de pattes courtes avec lesquelles la larve de Phrygane rampe au fond de l’eau, s’accroche aux plantes ou saisit les objets qu’entameront ses mandibules. Le dernier anneau de l’abdomen est muni sur les côtés postérieurs de très-courts crochets poilus, qui n’ont pas été représentés sur notre figure, dessinée d'après un sujet conservé dans l’alcool et rétracté. Ils servent à la larve à se cramponner si fortement à son étui, que si ou veut la faire sortir en la tirant par la tête et le thorax on la brise infailliblement ; les pêcheurs savent fort bien que, pour mettre à la ligne une larve entière, il fâut la pousser hors de l’étui par le bout anal avec une pointe mousse, afin de rompre l’adhérence des crochets.
- Quand on inquiète ces larves elles rentrent en entier tète et pattes dans l’éLui, et il semble qu’on
- ne saisit qu’un amas inerte de débris. Si elles vivent dans les eaux courantes, qui pourraient les entraîner et les blesser, elles attachent leur étui par des fils de soie à quelque objet du bord ou du fond ; dans les eaux stagnantes elles se laissent souvent flotter ou marchent tranquillement au fond de l’eau. Ces larves sont le plus souvent herbivores, et on pourrait les appeler des chenilles d’eau; les grandes espèces mangent la feuille en entier, en commençant par les bords, les petites ne vivent que de parenchyme, les nervures l’estant intactes. Ce sont là des mœurs fort analogues à celles des chenilles des papillons. Eu outre elles dévoilent des insectes aquatiques, ou des sujets de leur pi’oprc espèce soi’tis des fourreaux par quelque accident, en laissant la tête, le thorax et les pattes, ti’op cuirassés
- pour leurs mandibules assez faibles. En réalité ce sont donc des insectes omnivores. On peut les élever dans des aqua-îiums, en leur donnant les matières nécessaires pour fabriquer les fourreaux , et des feuilles pour noui’riture. Celles du saule, par exemple, leur conviennent beaucoup, mais il faut renouveler l’eau fréquemment, au moyen d’un siphon flotteur ou d’un trop-plein, car l’eau corrompue tue ces larves avec promptitude.
- Dès leur naissance les larves de Phryganes sont portées par l’instinct à s’entourer de fourreaux protecteurs. Chaque espèce choisit ses matériaux et les dispose selon une loi régulière et prédestinée. Les substances diverses employées amènent les principales variations de foi’me des étuis. Les fourreaux sont plus réguliers et plus constants chez les espèces qui se servent de pieri’es ou de sable que chez celles qui emploient des matières végétales. Chez la Phryganea varia, Fabr., la larve se sert de brins d’herbe, tous de même longueur, qu’elle assemble pai’allèlemenl les uns aux autres en spii’ale régulièi’e. Le Limnophilus rhombicus, Linn., dispose transversalement des bi’ins de bois ou des débris végétaux ; le Limnophilus lunaris se sert des mêmes matériaux, mais les emploie longitudinalement. Le Limnophilus flavicornis, Pictet, utilise volontiers des petites coquilles, ainsi des pla-noibes très-jeunes, pour édifier son étui, eL souvent les mollusques continuent de vivre. Réaumur, racontant ce fait, ajoute : « Ces sortes d’habits sont fort jolis, mais ils sont aussi des plus singuliers.
- Phryganea striata.
- Fig. 2. — Larves de Phryguncs Fig. 5.
- en fourreaux. Larve nue.
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- Un sauvage, qui, au lieu d’être couvert de fourrures, le serait de rats musqués, de taupes ou autres animaux vivants, aurait un habillement bien extraordinaire; tel est, en quelque sorte, celui de nos larves. » D’autres larves se servent de pierres; ainsi la Phryganea striata, Linn., dont nous liguions l’adulte, façonne primitivement son étui avec des feuilles, puis, à mesure que la larve grandit, le répare et l’augmente avec des petites pierres à peu près égales, de sorte qu’il finit presque toujours par être entièrement pierreux. 11 en est de même pour les Steno-j)hylax pilosas et nigricornis,
- Pictet; certaines Phryganes ont les étuis des larves façonnés avec des grains de sable, ainsi chez Leptocerus bifas ciatus,
- Fourcroy , de sable fin et de petites pierres, chez Mystaci-desnigra, Linn. et atra, Pictet, de débris et de grains de sable, en y ajoutant p a r fois des brins de bois ; chez Sericosto-ma collare ,
- Schrank, de petits grains de sable et de très-petites pierres.
- Il semble au reste que l’instinct de construction soit perfectible, laissant entrevoir parfois comme une lueur d’intelligence. Ainsi une larve habituée à se faire un étui de pailles ou de feuilles, mise dans un vase où il n’y a que de petites pierres, finit par s’en servir pour se construire un étui inaccoutumé.
- Les fourreaux des larves de Phryganes sont toujours cylindroïdes, ordinairement plus larges en avant qu’en arrière. Ils sont toujours formés à l’intérieur par un tissu fin et assez fort, bien lisse, produit par la soie que la larve fait sortir de ses filières et qui durcit promptement à l’eau, de façon
- à acquérir beaucoup de solidité. Les étuis sableux sont souvent un peu arqués à l’extrémité; ceux eu salde très-fin ne peuvent être faits que par les larves qui en ont l’usage normal, de sorte quelles meurent, sans rien fabriquer, si on ne leur donne dans l’eau où on les conserve, du sable très-fin.
- S’il s'agit de façonner un étui, de pierrailles par exemple, la larve nue commence par se promener au fond de l’eau, pour reconnaître et choisir ses
- matériaux. Elle l’ait ensuite une voûte de deux ou trois pierres plates , soutenues et liées par des fils de soie, et se loge en-dessous.Puis elle choisit les pierres une à une, les tient entre ses pattes, et les présente comme le ferait un maçon, de sorte que chacune entre dans l’intervalle des autres, et que les surfaces planes soient intérieures. Quand la pierre est bien ajustée, la larve la fixe, par des fils de soie, aux pierres voisines. Elle commence l’étui par sa ré-gion posté-rieure. Les étuis de petites pierres demandent cinq à six heures, et ce sont les plus longs à construire.
- Un nouveau
- soin incombe à la larve de la Phrygane dans la dernière période de sa vie. Elle va passer à l’état de nymphe, immobile pendant presque toute la durée de son existence, sans défense contre ses ennemis. Aussi la larve a la précaution de clore son étui aux deux bouts. Chez quelques espèces, la larve file , à ces deux extrémités, des grilles ou tamis de soie, perpendiculaires à l’axe du fourreau, laissant passer l’eau entre leurs mailles. Parfois, outre les grilles de soie, la larve ajoute aux deux entrées des brins de bois, des herbes, des
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- pierres ; quelques espèces ferment leurs étuis avec une seule pierre plate à chaque bout. Dans les eaux stagnantes l’étui flotte ou reste au fond ; mais, en eau courante, la larve ne manque pas de l’attacher, par un lien de soie, à une pierre, à une plante, ou quelquefois au fourreau d’une autre larve, de sorte qu’on trouve, joints ensemble, des paquets de fourreaux remplis de nymphes ; ces fourreaux fixés sont en général placés obliquement, atin que l’eau s’y renouvelle, par le courant, avec plus de facilité.
- Au bout de quelques jours la larve devient immobile, les pattes rejetées en dehors, toute distendue par la formation interne d’organes nouveaux. Puis des fentes se déclarent;, et la peau de la larve se détache par parcelles. On voit paraître une nymphe, très-analogue à l’adulte, présentant ses parties enveloppées d’une peau fine, l’abdomen, plus gros, portant, comme celui de la larve, des filets respiratoires extérieurs. Les antennes, molles, sans traces d’anneaux, sont pliées en une double spirale, formant deux courbes en sens contraire l’une de l’autre ; les rudiments des ailes sont ovales et n’offrent que quelques plis confus ; les pattes, repliées sous le corps, sont longues comme celles de l’adulte, et leur paire intermédiaire (il y en a trois paires) présente souvent deux rangées symétriques de poils forts et serrés, disposés comme les barbes d’une plume. La nymphe doit se servir de ces pattes, à la façon d’avirons, pour nager vers la terre ou les supports émergés, lorsque la fin de son existence arrive; ces poils, qui n’existent plus chez l’adulte, resteront attachés à la dépouille nymphale.
- lia nymphe, bien que capable de se mouvoir, reste à peu près tout le temps dans le fourreau, faisant seulement osciller son abdomen par un mouvement presque continuel. Au bout de quinze à vingt jours de repos elle sort de l’étui, en coupant la grille avec ses mandibules. C. Duméril rapporte avoir vu sortir des fourreaux de Phryganes qu’il élevait de gros insectes blanchâtres, nageant le plus souvent sur le dos, à la façon des Notonectes (Hémiptères aquatiques), au moyen des pattes intermédiaires ciliées. En sortant de l’èau, 'elles étendent leurs membres, reprennent la position ordinaire, le ventre en-dessous, et se placent dans un endroit sec. Si, dans l’eau, on leur présente un support, elles s’y accrochent et émergent aussitôt. Bientôt la nymphe se boursoufle, comme une vessie pleine d’air ; puis la peau se déchire sur le dos, et, par cette crevasse, saillit le corselet, entraînant les ailes qui grandissent et se déplient. Les antennes se déroulent comme paresseusement, puis les pattes s’allongent et s’étendent. Enfin l’abdomen sort de la peau, qui reste en place, complète et transparente comme un spectre, et l’adulte se porte àAquelque distance. La dépouille nymphale est rejetée dans l’eau ou reste fixée où a eu lieu l’éclosion, toujours près des bords, car la nymphe marchait mal sur le sol. Au moment où l’adulte paraît il est encore pâle et mou, et n’acquiert son entière coloration qu’au bout de
- quelques heures. Bien que capable de voler assez loin, il ne s’écarte guère des eaux, où il a vécu à l’état de larve, puis de nymphe, pendant une année presque entière; à l’état parfait sa vie n’est que de quelques jours, uniquement consacrée à la reproduction.
- Les Phryganes adultes n’ont que des couleurs peu brillantes, où dominent le gris, le jaune, le noirâtre à divers degrés, parfois avec des taches eu lozange plus claires sur les ailes, ou des marbrures opaques, ou des bandes brillantes et blanchâtres. Les ailes sont couchées en toit sur le corps au repos, les inférieures, d’habitude plus larges que les supérieures, étant alors pliées en deux. Ce port d’ailes rappelle celui de beaucoup de papillons nocturnes. Au repos les longues et fines antennes sont dirigées en avant, dans la ligne du corps. Il n’y a pas de mandibules chez les adultes, autre caractère de papillons, et les tarses des pattes ont toujours cinq articles. Les ailes, à demi transparentes, sont munies de poils, qui sont analogues, dans une certaine mesure, aux écailles des ailes des Lépidoptères, ce qui, avec le port d’ailes, justifie le nom de Mouches papillonacées, donné aux Phryganes adultes par quelques anciens auteurs. La même idée se trouve dans le mot Trichoptères, par lequel les entomologistes anglais désignent les Phryganes, dont ils font un ordre à part.
- On voit les Phryganes adultes voler, surtout le soir, autour des ruisseaux, sur les bords des fleuves et des rivières. Dans le jour elles se tiennent sous les feuilles.des buissons, sur les murs, les troncs d’arbre, etc. Certaines espèces sont si nombreuses, qu’elles forment, le soir, des nuées au-dessus des eaux ; beaucoup sont attirées par les lumières. 11 en éclot en avril, plus encore en mai, juin et juillet, très-peu en août, d’antres espèces en automne, D’après la structure de l’appareil buccal privé de mandibules, il est évident que ces insectes adultes sont incapables de prendre aucun aliment solide, et il est probable que la majeure partie des espèces passe leur courte vie de la phase parfaite sans aliment d’aucune sorte, vivant aux dépens du tissu adipeux ; mais quelques-unes des plus grandes espèces fréquentent les fleurs pendant la nuit et sont attirées' par les mixtures de miel, de substances fermentées ou d’éther nitreux dont les amateurs se servent pour capturer les papillons qui volent aux heures du crépuscule.
- Après l’accouplement beaucoup de femelles portent au bout de l’abdomen un paquet gélatineux contenant leurs œufs englobés dans une masse commune, la gelée étant destinée à maintenir les œufs humides quand ils ne sont pas dans l’eau; on voit souvent les femelles, attachées à une épinglé, expulser ce paquet d’œufs, qui reste compacte et à demi-sec, tant qu’il est dans l’air. Cette gelée est très-transparente dans quelques espèces, verdâtre chez d’autres, et parfois toutes les pierres du fond de l’eau prennent une teinte verdâtre par l’abondance
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- de ces paquets d’œufs. La gelée gonfle beaucoup dès que la femelle l’a laissée tomber dans l’eau, en volant près de sa surface.
- C’est là le mode de ponte habituel ; mais il y a des espèces qui ont une habitude très-curieuse, analogue à celle des femelles de certains Agrions (Libelluliens) ; elles descendent sous l’eau, malgré leurs grandes ailes, et vont déposer leur gelée à œufs sur les pierres ou contre les tiges des plantes aquatiques. Cela a été vu pour la femelle de Phryganeci grandis, Linn., et on trouve souvent les femelles de certaines espèces des genres Limnophüus et Steno-phylax qui ont les ailes couvertes de vase, ce qui indique un procédé de ponte analogue. On s’explique alors pourquoi les femelles des grandes espèces de Phryganes ont les jambes et les tarses aplatis, propres à la nage, tandis qu’ils restent grêles et cylindriques chez les males. Maurice Girard.
- L’ILE DE NOSSI-BÉ
- PRÈS DE MADAGASCAR.
- (Suite et fui. — Yoy. p. 23.)
- C’était autrefois une opinion généralement admise, qu’une roche éruptive était connue, quand on avait déterminé sa composition minéralogique. On désignait alors sous le nom de granits, toutes les roches composées des trois éléments cristallisés, quartz, feldspath et mica, regardés comme essentiels; mais ce terme n’avait plus aucune signification d’âge et s’appliquait aussi bien à des roches anciennes qui avaient surgi pendant le dépôt des premières roches sédimentaires, qu’à d’autres plus récentes dont les éruptions appartenaient au commencement de la période tertiaire, comme les granits de J’île d’Elbe, si souvent cités, par exemple. Les études microscopiques nouvelles, en montrant que toutes les roches cjui se sont épanchées à la surface du globe ont apporté pour ainsi dire en puissance, avec elles, l’indication de leur âge, et que tout en présentant la même composition apparente, elles possèdent, suivant qu’elles appartiennent à telle ou telle phase éruptive, des caractères spéciaux bien tranchés, sont venues dissiper toutes ces erreurs. Elles ont fait voir que les éléments constitutifs, tout en restant les mêmes, varient dans leur état physique et leur mode d’agencement, suivant les époques d’apparition des roches auxquelles ils appartiennent, et que les trois termes, granits, porphyres, trachytes, dans les roches acides par exemple, sont caractérisés chacun par des structures tout à fait particulières, et correspondent à trois époques parfaitement déterminées. Les granits et les porphyres sont des roches anciennes qui forment une série continue dans laquelle on remarque ce fait important, que la silice passe successivement de l’état cristallisé à l’état colloïde ou amorphe, parce que l’activité chimique du globe allant sans
- cesse en diminuant, les dissolvants amenés par les roches sont devenus de moins en moins énergiques.
- Les trachytes sont au contraire des roches relativement récentes, qui ne se sont fait jour qu après une longue période de repos correspondant à la majeure partie des époques secondaires, pendant lesquelles les forces éruptives du globe semblent s’être ralenties; ils ont reproduit en partie les phénomènes qui avaient marqué les éruptions anciennes, c’est-à-dire qu’ils ont débuté par des roches très-cristallines, dans lesquelles la silice entièrement cristallisée, forme des plages quartzeuses très-étendues : plus tard, cette silice ne s’isole plus qu’avec peine du feldspath et finalement elle se prend en masse avec lui ; ces roches, après avoir passé avec les rhyolithes par l’état sphérolitique qui correspond trait pour trait à celui des porphyres anciens, deviennent ensuite vitreuses et amorphes avec les perlites et les obsidiennes.
- Ce sont ces premiers produits très-cristallins, des éruptions trachytiques, qu’on a souvent décrits comme de véritables granits ; et de fait, ils en ont toute l’apparence : leur structure, à cause de l’abondance et de la disposition du quartz, est granulitique, mais des caractères différentiels nombreux, qui tiennent à leur mode d’origine tout à fait différent, et en particulier l’état vitreux et fendillé de leurs éléments, les en distinguentd’unefaçon suffisamment nette. C’est à cette série récurrente qu’appartiennent les roches de la presqu’île de Loucoubé ; elles représentent les premières éruptions trachytiques tertiaires, et peuvent ainsi se désigner sous le nom de granulites trachytiques, si l’on veut rappeler tout à fois leur structure et leur âge.
- Ainsi l'émersion de Nossi-bé n’est pas très-ancienne ; elle date au plus du commencement de la période tertiaire. Les roches éruptives qui forment sa charpente ont dû se faire jour d’abord sur la côte de la Grande Terre voisine, en donnant lieu à une presqu’île assez allongée, qu’un affaissement du sol a amenée ensuite sous les eaux. C’est alors que se sont déposées, dans toute la partie nord, ces épaisses couches arénacées, qui, pour avoir l’aspect des grès houillers, n’en sont pas moins beaucoup plus récentes; puis, les éruptions continuant, l’îie s’est ensuite progressivement élevée au-dessus des eaux, et de véritables volcans sont apparus en divers points de sa surface, la recouvrant de grandes coulées basaltiques. L’îlot de Nossi-Comba, formé de roches identiques à celles de la presqu’île de Loucoubé, est encore un témoin de cet état ancien; c’est un jalon qui indique que l’üe se reliait autrefois directement avec la pointe d’Ankifi.
- Les volcans du massif central, qui sont extrêmement nombreux, et pour ainsi dire pressés les uns contre les autres, dans cet espace relativement res-tieint, se rapportent à deux types tout à fait dis tincts : les uns ont tout à fait la physionomie clas-, sique des volcans, c’est-à-dire qu’ils se présentent sous forme de monticules coniques, très-réguliers, édifiés par suite de l’accumulation successive des
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- LÀ N AT U RL.
- produits de projection, rapilli, cendres et scories, autour du foyer éruptif, et supportent un large cratère d’où se sont épanchées des laves incandescentes. Ces cônes volcaniques sont surtout remarquables dans le sud, autour d’Hell-ville : ils s’élèvent en i général brusquement au-dessus du sol, mais n’at- j teignent jamais qu’une faible hauteur, ce qui semble indiquer que chacun de ces centres éruptifs n’a pas
- dù fonctionner longtemps, et qu’on peut les considérer comme produits par une seule éruption. Un autre fait qui vient donner à cette idée un singulier appui, c’est qu’ils ne présentent le plus souvent qu’une seule coulée, peu étendue. L’activité volcanique, au lieu de se concentrer en une bouche unique, et de former ainsi une haute montagne à la suite de nombreuses éruptions dont les matériaux
- Fig. 1. — Revers nord du volcan situé derrière Hell-ville (île de Nossi-bé).
- se seraient superposés directement, s’est au contraire dispersée, pour ainsi dire, en une multitude de points isolés.
- Les laves de ces différents cratères ne présentent pas toutes la même composition; cependant on peut dire qu’en général elles son^ compactes,
- noires, très-résistaides et de nature basaltique. Très-riches en fer oxydulé et en pyroxène, elles sont au contraire pauvres en péridot; le feldspath y est toujours réduit à l’état de microlithes peu distincts et faiblement tricliniques. Quelques-uns de ces cratères sont encore bien conservés et pour ainsi
- Fig. 2. — La pointe d’Ambatou ou du petit cratère, dans le sud-ouost (ile de Nossi-bc).
- dire intacts ; d’autres au contraire sont plus ou moins éventrès, comme ceux qui couvrent toute la presqu’île d’Andavakoutouk dans l’ouest d’Hell-ville. Il est assez remarquable de voir que les pointes de l’île sont pour ainsi dire toutes occupées par une ou plusieurs de ces montagnes volcaniques. La plus curieuse sous ce rapport est celle d’Ambatou, dans le S.-O., elle est tout entière formée par un cratère élevé, à peine relié à la côte par une étroite langue
- de terre, dans lequel la mer a pénétré par suite d’un effondrement qui s’est produit dans sa paroi, vers l’ouest (fig. 2).
- Les orifices volcaniques de la seconde catégorie sont tout à fait différents et ne se traduisent au dehors par aucune éminence appréciable. Ce sont de vastes dépressions, parfaitement circulaires, qui entament le sol, tantôt au sommet des montagnes, comme aux Ampirii dans le nord, tantôt à leur pied
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- comme auprès de Djabala dans le sud. Ces cavités singulières aux flancs abrupts, sur une hauteur qui varie entre 25 et 80 mètres, atteignent souvent de grandes dimensions, elles se trouvent surtout au milieu de grandes nappes de grès très-quartzeux qui recouvrent, dans le centre de l’île, les coulées de laves dont je viens de parler. Ce sont là de véritables cratères d’explosion, car tout autour d’eux on retrouve projetées, à l’état de fragments et entremêlées de scories, les roches arénacées au milieu desquelles ils sont creusés. Jamais ces cratères n’ont (Ionné de coulées; maintenant les eaux pluviales s’y sont recueillies et les ont transformés eu lacs profonds (lig. 5), qui sont devenus, on ne sait comment, le séjour d’énormes caïmans.
- Les indigènes semblent s’être rendu compte du
- mode de formation de ces cratères, car ils les appellent Tané-Lastak, c’est-à-dire montagne effondrée, ou mieux tombée dans un trou; c’est là en effet la seule façon d’expliquer ces énormes excavations. A de certains moments, quand l’activité volcanique se ralentissait, le sol qui venait d’être distendu n étant plus soutenu, s’affaissait et s’effondrait par places : puis, quand les forces éruptives se remettaient de nouveau en jeu, tous ces points de moindre résistance, sous l’effort exercé par des dégagements de gaz subits, faisaient pour ainsi dire explosion, et les matériaux, déjà broyés dans l’effondrement, étaient projetés, dispersés aux alentours.
- Les grès qui forment maintenant les parois de ces cavités sont eux-mêmes particulièrement intéressants. Ils ne se présentent nullement avec l’aspect
- Fig. ô. — Lac Djnbala, cratère-lac (ile de Nossi-lié).
- ni les caractères de roches sédimentaires : ce sont des roches grisâtres, extrêmement quartzeuses, qui se montrent au microscope non pas formées de petits galets de quartz simplement accolés les uns contre les autres comme les grès ordinaires, mais entièrement constituées par de grandes plages quartzeuses à contours irréguliers, soigneusement ajustées les unes contre les autres. Ces plages, orientées dans tous les sens, agissant vivement sur la lumière polarisée, sont criblées d’inclusions tantôt vitreuses et de grandes dimensions, tantôt et surtout remplies d’un liquide très-volatil, qui n’est autre que de l’acide carbonique. Dans une autre catégorie d’inclusions, de formes ovalaires, dont les dimensions varient entre 0mm,015 et 0mm,025, on remarque au milieu d’un liquide- incolore, peu réfringent, une • bulle polymorphe occupant environ un quart de la
- cavité, formée d’un second liquide jaunâtre très-réfringent, se déplaçant lentement et contenant elle-même une petite bulle de gaz très-mobile. Jusqu’à présent on avait fréquemment trouvé, dans les in clusions microscopiques, une bulle de gaz spontanément mobile au sein d’un liquide ; ici le phénomène est plus compliqué, puisque la bulle gazeuse se meut dans une gouttelette de liquide spontanément mobile elle-même. Les deux liquides ne sont pas volatiles, mais à une chaleur assez forte, 50 ou 60 degrés, la petite bulle de gaz est absorbée.
- Je n’ose me prononcer sur le mode de formation de ces grès en l’absence de renseignements suffisamment précis sur leurs conditions de gisement, mais je suis tout disposé à leur attribuer une origine volcanique. Ce serait là un fait important ; des obser-
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- LA NATURE.
- vations précises faites sur les lieux memes pourront seules nous en donner la preuve.
- La géologie de Nossi-bé est loin d’être encore connue dans tous ses détails; je viens d'en esquisser rapidement les traits principaux, mais ce n’est encore là qu’une grossière ébauche destinée à montrer combien son étude détaillée pourrait présenter de faits intéressants. C’est à M. le docteur Cassien, médecin de première classe de la marine, que je dois et les collections qui m’ont permis de donner sur quelques-unes des roches de ce massif volcanique les détails qu’on vient de lire, et les dessins si pittoresques qui les accompagnent; je tiens, en terminant, à lui adresser ici tous mes remerciments.
- Cu. Vélain.
- ETHNOGRAPHIE
- ARTILLERIE DES PAPOÜAS DU SUD-OUEST DE LA NOUVELLE-GUINÉE.
- Le 5 septembre 1770, Cook, qui venait de franchir sur YEndeavour, au prix de mille dangers, le passage auquel il a imposé le nom de son navire, atterrissait à la côte de la Nouvelle-Guinée par 6° 15' de latitude sud, environ soixante-cinq lieues au nord-est du cap Valsche, pour se mettre en rapport avec les habitants. Parmi les particularités qui le frappèrent principalement dans sa rencontre avec les sauvages, le grand navigateur a insisté sur l’existence entre les mains de ceux qu’il appelle des Indiens, d’une arme offensive d’un genre tout particulier. Les noirs qui déliaient les Anglais par leurs cris, lâchaient, lui parut-il, des feux par intervalles, quatre ou cinq à la fois. « Nous ne pouvions pas imaginer, ajoute Cook, ce que c’est que ces feux, ni quel était leur but en les jetant ; ils avaient dans leurs mains un bâton court, peut-être une canne creuse qu’ils agitaient de côté et d’autre, et à l’instant nous voyions du feu et de la fumée, exactement comme il en part d’un coup de fusil, et qui ne duraient pas plus longtemps. On observa du vaisseau ce phénomène surprenant, et l’illusion y fut si grande que les gens à bord crurent que les Indiens avaient des armes à feu ; et nous n’aurions pas douté nous-mêmes qu’ils ne tirassent sur nous des coups de fusil, si notre bateau n’avait pas été assez près pour entendre dans ce cas le bruit de l’explosion. »
- Kolff, qui aborda au même village près de cinquante-six plus tard sur le brick hollandais Dourga (15 mai 1824), ne parle plus des feux que Cook et ses compagnons avaient cru voir ; mais il signale parmi les sauvages qui s’efforçaiênt sur leurs praos d’empêcher le débarquement des Hollandais, un individu « avec un gros bambou dans la main, duquel il projetait quelque chose qui paraissait être de la cendre, » Modéra qui constatait deux ans plus
- tard à bord du Triton l’existence du même usage sur la même côte, à quatre-vingts milles dans le nord-ouest du point touché par YEndeavour et le Dourga, supposa, d’après son interprète, que la composition ainsi projetée des bambous, consistait en un mélange de chaux, de cendres et de sable, et qu’en lançant cette poussière, les Papouas n’avaient d’autre but que de faire un signal. « Plusieurs hommes furent vus, écrit Modéra, postés sur le rivage, brandissant un court bâton de bambou dont ils faisaient sortir à chaque instant quelque chose comme une fumée, mais sans qu’on observât de feu. L’interprète Patty Rarombang disait (et nous avons eu plus tard la preuve que ce qu’il avançait était exact, puisque l’occasion nous a été donnée de manier ces engins) que les sauvages usaient d’un mélange de chaux, de cendres et de sable, qu’ils projetaient dans le but de montrer où ils se trouvaient, de « se reconnaître à distance », suivant l’expression de Muller, et il ajoutait qu’il avait cru comprendre qu’une projection horizontale était destinée à montrer des intentions pacifiques, mais que lorsqu’ils lançaient en l’air leur mixture, cela signifiait défi ou résistance*-.
- Cette pratique est en usage chez les Papouas de la côte sud-ouest, jusque vers le 156e méridien oriental. On ne l’a jamais observée chez les naturels du détroit de la Princesse-Marianne (ou détroit de Dourga) ; jamais non plus on ne l’a rencontrée chez les Lobos de la baie du Triton. Or, dans ces mêmes parages, un ancien navigateur trop longtemps demeuré inconnu avait, dès 1606, signalé l’emploi du bambou à projection, et en constatant le premier cette étrange coutume, en avait mieux que ses successeurs interprété le véritable but. Torrès a touché à la côte sud-ouest de la Nouvelle-Guinée vers le 4e degré de latitude sud, par conséquent dans les limites précisées plus haut par S. Millier, et parmi les caractéristiques ethnographiques des noirs qu’il a rencontrés là, il mentionne, dans son rapport au roi Philippe III, dont j’ai récemment commenté le texte devant la Société de géographie, l’usage de « tubes à souffler, en bambou pleins de chaux qu’ils déchargent sur leurs adversaires qu’ils assomment après les avoir aveuglés. »
- Torrès a mieux vu que Cook, mieux interprété ce qu’il avait vu que Modéra et Müller. Le bambou à projection n’est point un porte-signal, c’est une arme offensive ; les Papouas de la côte sud-ouest ont ainsi, suivant l’expression de Temminck, une véritable artillerie, et l’invention ne saurait leur en avoir été inspirée, comme le supposait Earl, par l’imitation des armes à feu européennes, puisque quand les Espagnols de Torrès ont les premiers visité cette région en 1606, ils ont été accueillis par des décharges de poussière aveuglante, comme le furent Cook et Kolff, en 1770 et 1826, et comme
- 1 Une figure de l’atlas de Müller montre un Papoua de l’Outanata brandissant un bambou, Earl a reproduit ce dessin dans son livre sur les Papouas.
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- le seraient sans doute aujourd’hui encore les voyageurs qui s’aventureraient le long de ces côtes inhospitalières, bien mieux défendues d’ailleurs contre 1 invasion des Européens par leur aridité ou leur insalubrité que par les engins inoffensifs des sauvages qui les habitent. E. IUmy.
- GRELONS EXTRAORDINAIRES
- Le. 12 avril 1876, à huit heures et demie du soir, un orage ayant éclaté au nord-ouest de Lucknow, dans fin-doustan, il tomba des grêlons dont quelques-uns avaient la grosseur d’une orange. La plupart étaient comme des pois ou des billes à jouer. Le plus grand, que je mesurai, dit le docteur Bonavia, avait, une demi-heure après sa chute,
- 8 pouces (20 centimètres) de circonférence, 2 pouces J (près de 8 centimètres) de diamètre, et 1 pouce - (plus de 5 centimètres) d’épaisseur. L’intérieur des grêlons avait une structure comparable, comme aspect, à celle des agates rayonnées. Il ne parait, pas qu’il y ait eu des morts et des blessés ; du moins la lettre du docteur Bonavia n’en fait point, mention. D’ailleurs, toutes les fois que les Anglais racontent, un accident quelconque, ils ne manquent jamais de parler des personnes tuées (loss of lives) (Nature de Londres).
- LE TÉLÉPHONE DE M. GRAY
- L’Amérique a depuis quelque temps le monopole des surprises télégraphiques. En meme temps qu’on signale le télégraphe parlant de M. Rell, on annonce un téléphone perfectionné, celui de M. Gray.
- Les lecteurs de la Nature savent déjà, par les descriptions que nous avons données des appareils de M. Reuss et de M. Bell1, quel genre de difficultés on rencontre à transmettre électriquement des sons.
- Le téléphone de M. Gray se distingue par l’application d’un procédé d’analyse que M. Hclmholtz a très-heureusement approprié à l’acoustique : pour séparer les sons transmis par l’air, M. Hclmholtz a imaginé l’instrument appelé résonnateur.
- Le résonnateur agit en vertu de ce principe, qu’un volume d’air contenu dans un vase ouvert émet une certaine note, quand il est mis en vibration. La hauteur de cette note dépend de la dimension du vase et de celle de l’ouverture. Si l’on approche . de l’oreille un résonnateur lorsque des sons musicaux sont produits dans l’air ambiant, on constate que celui des sons en accord avec la note fondamentale de l’instrument se trouve renforcé et perçu distinctement parmi tous les autres.
- Avec une série de ces globes gradués chacun de façon à correspondre aune note spéciale, on analyse des sons composés et on les résoud ainsi en leur élément.
- 1 Voy. 1877, 1er semestre, Table des matières.
- Nous indiquerons maintenant comment le téléphone de M, Gray applique l’invention deM. Ilelm-holtz.
- Au départ, le musicien joue l’air en appuyant sur des touches, comme le ferait un pianiste. Le clavier comprend deux octaves, soit seize notes; toutes les combinaisons simultanées et successives que le compositeur a indiquées se trouvent figurées par le mouvement des doigts de l’exécutant avec toutes les nuances de la mesure. Il faut faire parler ce doigté.
- Pour cela, les touches sont liées chacune à une languette vibrante distincte qui donne la note correspondant à la touche. Ce mécanisme pour être rigoureusement décrit exigerait des explications techniques peu intéressantes. Il n’est pas besoin, heureusement, d’en dire bien long aux lecteurs déjà familiarisés avec les procédés du télégraphe, pour leur faire admettre qu’au moyen d’une combinaison classique de piles, de fils et d’interrupteurs, on peut faire en sorte que l’abaissement d’une touche fasse vibrer une lame, que le relèvement de cette touche interrompe la vibration.
- Si vous tenez absolument à une indication moins sommaire, considérez dans la fig. 1 la languette A qui vibre automatiquement entre les bobines B, B. Lorsqu’elle est fixée à droite par exemple, elle affecte par son mouvement propre le courant électrique de façon à ce que le barreau de fer doux renfermé dans la bobine, perde son énergie au moment où le barreau de gauche est doué de la force d’attraction.
- La languette métallique exécute ainsi des oscillations rapides dont le nombre ne dépend que de sa longueur et nullement de la force avec laquelle l’oscillation se produit.
- 11 y a au-dessous du clavier seize pièces analogues à celles représentées dans la fig. 1. Ces pièces sont toutes pourvues de languettes métalliques vibrantes de longueurs différentes, de façon à obtenir toutes les notes de deux octaves. Chaque fois qu’une clef est abaissée, les courants électriques font vibrer la languette métallique correspondante.
- Voilà l’air musical produit au moyen d’un courant électrique local. U s’agit maintenant de la transmettre ; c’est encore l’électricité qui va intervenir. Nous retiendrons dans les explications précédemment données, cette formule de langage extrêmement synthétique par laquelle nous avons dit que fonde sonore se transforme en une onde électrique de même physionomie. C’est plutôt une intuition de l’imagination que la traduction littérale d’une démonstration mathématique, mais enfin l’explication nous paraît suffire à une première analyse et nous serons ainsi plus facilement compris.
- A mesure que les languettes tremblent au départ sous la main de l’exécutant, avec une rapidité que l’œil ne peut, suivre, elles ouvrent et ferment un courant de ligne. Puis il faut faire la lumière dans ce chaos; toutes ces symphonies passant par un con-
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- ducteur unique, doivent, se démêler à l’arrivée par une intervention nouvelle.
- Cette intervention est opérée par un organe analogue au résonnateur de M. llelmholtz; c’est là, nous le répétons, toute l’originalité de l’appareil de M. Gray.
- Il faut cependant rendre au fil ce qui appartient au fil. Le plus curieux de l’invention, c’est qu’un fil unique peut convoyer simultanément un ensemble de notes électriques en laissant à chacune son caractère, comme la ficelle merveilleuse, joujou que nous avons déjà cité, transmet fidèlement tout ce qu’on lui dit. Il ne s’agit plus que de faire parler la ficelle.
- Nous avons décrit l’organe d’émission, nous allons expliquer de même l’appareil de réception.
- La figure 2 montre un électro-aimant C qui a pour' armature un ruban d’acier D, tendu sur un bâti métallique ; le ruban est accordé pour vibrer dans un ton d’une certaine hauteur. L’aimantation et la désaimantation rapide d’un fer doux, sont toujours accompagnés d’un son : c’est le phénomène découvert par Page en 1857. Henry fait voir que ces effets sont dus à l’allongement et la contraction du fer, et non, comme on l’avait supposé d’abord , à l’attraction exercée par l’une des branches de l’aimant en fer à cheval sur l’autre.
- 11 montra en effet qu’on obtenait avec un aimant droit le même effet qu’avec un fer à cheval.
- On voit que le récepteur élémentaire imaginé par Gray, ressemble beaucoup à l’appareil qui constituait la base du récepteur de Reuss. Mais Gray ne se contente pas d’un seul récepteur, il en accouple seize correspondant aux divers vibrateurs du mani-
- pulateur. Les seize récepteurs qui sont tous adaptés au fil conducteur, ont en quelque sorte un pouvoir de sélection vis-à-vis des messages ; ils ont la faculté
- de s’approprier, de retenir ceux qui sont à leur adresse et de laisser passer les autres. Les ondes électriques produites à Philadelphie par les vibrations de la languette métallique accordés à la note ut, par exemple, traversent tous les appareils de New-York, mais elles ne font vibrer que l'appareil accordé à la note ut. Les deux gravures fig. 5 et <4 représentent la double installation de Philadelphie et de New-York.
- Au premier poste on voit le clavier de seize touches manœuvré par l’exécutant. A New-York on voit les seize récepteurs renfermés chacun dans une boîte de résonnance de forme oblongue qui augmente la puissance du son. Le lecteur aura ainsi une idée complète de la distribution des ondes électriques et de leur transformation en musique.
- Nous devons rappeler ici que M. Paul Lacour, dont nous avons déjà cité les travaux, a obtenu un résultat semblable en employant des diapasons pour la transmission des impulsions,
- et une série île diapasons correspondants , dont chaque branche est entourée d’une hélice magnétique, comme appareils de sélection.
- Avant de quitter ce sujet, nous citerons encore un mode curieux de réception des tons musicaux,révélé par M. Gray.
- Si l’opérateur est à l’extrémité de réception du circuit, et si, avec la main, il frotte une plaque métallique faisant partie de ce circuit, le son émis à l’autre extrémité de la ligne est reproduit sur la plaque.
- Appareil résonnateur
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- Le phénomène d’abord observé par M. Gray sur la doublure en zinc d’une baignoire est ainsi décrit par lui :
- « Mon neveu jouait avec une petite bobine d’induction, et, suivant son expression, donnait des commotions pour amuser des petits enfants. 11 avait relié l’une des extrémités du circuit induit à la doublure en zinc d’une baignoire sèche en ce tno-mcnt-là. Tenant de la main gauche l’autre extrémité de la bobine, il toucha de la main droite le zinc. Lorsqu’il établissait ainsi le contact, la main glissait un peu le long de la paroi ; à ce moment
- j’entendis un son sortant de dessous sa main au point de contact. Ce son me parut être de même hauteur et de même qualité que celui de l’interrupteur, ou électrotone vibrant de l’appareil, que j’entendais également.
- « Immédiatement je pris l’électrose dans ma main, et, répétant l’opération, je trouvai, à ma grande surprise, qu’en frottant dur et vite, je produisais un son plus clair que celui de l’éleetrotone..
- « Poursuivant cette idée suggérée par l’expérience de la baignoire, je construisis plusieurs appareils avec des plaques métalliques pour la réception
- Hg. A. — Expérience du téléphone de M. Gray. Audition à New-York des sons produits à Philadelphie.
- d’un son au moyen du frottement de ia main. Un moyen commode d’obtenir ce résultat est le suivant :
- « L’instrument est composé d’un support métallique d’un poids suffisant pour le maintenir fixe pendant la manipulation. Sur le support est monté un arbre horizontal reposant sur des coussinets. L’une des extrémités de l’arbre porte une manivelle dont la poignée est faite d’une substance isolante; sur l’autre extrémité est cintrée une caisse en bois mince, sonore et de forme cylindrique, dont la surface est revêtue d’une garniture ou coiffe de métal à laquelle on donne une forme convexe pour plus de solidité. Cette caisse a une ouverture au centre afin d’augmenter les qualités sonores. La caisse de métal est en communication électrique avec le support métallique au moyen d’un fil. Si l’opérateur
- relie ia garniture métallique à la terre par l’intermédiaire du support, et, saisissant d’une main l’extrémité de la ligne, presse les doigts contre la caisse qu'il fait tourner de l’autre main au moyen de la manivelle, le son émis de l’extrémité de la ligne est entendu distinctement même dans toute f'étendue d’une salle très-grande. Ces conditions étant bien remplies, plus on donne un mouvement rapide à la plaque, plus les sons musicaux sont clairs ; plus le mouvement est lent, plus le son est doux. Lorsque le mouvement s’arrête, le son cesse complè-
- tement. ...»
- M. Gray conclut que les conditions pour la reproduction des sons musicaux à travers le tissu animal, au moyen d’ondes électriques transmises par le fil télégraphique, sont les suivantes :
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- G 2
- LA NATURE.
- « 1° Les impulsions électriques doivent avoir une tension considérable pour rendre l’clTet perceptible à l’oreille.
- « 2° La substance employée pour frotter la plaque de réception doit être douce et flexible ; il faut qu’elle soit conductrice jusqu’au point de contact; là, on interpose une résistance très-mince, ni trop grande ni trop petite.
- « o° La plaque et la main, ou un autre tissu, ne doivent pas seulement être approchés ; il faut un contact de frottement ou de glissement.
- « 4o Les parties en contact doivent être sèches, alin de conserver le degré voulu de résistance. »
- Ch. Bointemps.
- CHRONIQUE
- Expérience sur la formation des vapeurs. —
- Aux professeurs de physique qui veulent montrer à leur auditoire que les vapeurs se forment lentement dans l’air et dans les autres gaz, je recommande l’expérience suivante : On plonge dans un flacon contenant de l’éther l’extrémité d’une pipette à renflement sphérique, et on aspire de façon à élever le liquide jusqu’au milieu du renflement. Le doigt indicateur ayant été vivement placé sur l’orificé supérieur de la pipette, on soulève celle-ci : on voit alors le liquide jaillir par l’orifice inférieur et la pipette se vider, si on attend assez longtemps. Ce phénomène est dù à ce que l’espace resté vide au-dessus du liquide devient le siège d’une formation de vapeur qui augmente la force élastique du gaz, et la rend égale ou supérieure à la pression atmosphérique. D’où résulte l’écoulement. G. Fleury, docteur ès-sciences.
- Eue nouvelle revue mensuelle des progrès de l’astronomie. — Nous venons de recevoir le premier numéro d’un nouveau journal astronomique anglais, The Observatùry, dirigé par M. Christie, et nous nous empressons d’annoncer à nos lecteurs l’apparition de cette intéressante publication scientifique. C’est la troisième de ce genre qui'existe actuellement en Angleterre, et elle rivalise dignement avec les Monthly Notices et YAstrono-mical Register. Parmi les articles dont se compose ce premier numéro, signalons des études intéressantes de M. Huggins, sur la photographie des spectres stellaires; de M. Gill, sur la parallaxe du soleil; de M. J. II. Darwin, sur l’obliquité des axes des planètes, et de M. Birmingham, sur la variabilité des étoiles, que l’auteur attribue de préférence à l’interposition d’un anneau nébuleux, tournant autour de l’étoile variable. Nous nous contentons aujourd’hui de présenter cette excellente publication à nos lecteurs, nous réservant de traduire ou de résumer, de temps eu temps, les articles qui nous paraîtront les plus dignes de leur intérêt. C. F.
- E’agrlculture aux États-Unis en 1893. —
- L’union américaine comptait, en 1875, 38115 641 habi-bitants ; 45 millions d’acres (18 millions d’hectares) produisirent, celte année-là, 1 321 000 000 bushels (44 300 000 hectolitres) de maïs, et 2 581 512 acres (10 552 604 hectares) donnèrent 292 000 000 bushels (97 300 000 hectolitres) de froment. Les écoles d’agriculture étaient au nombre de 59, renfermant 3703 élèves et 463 professeurs. (Nature de Londres.)
- Gauss. — Nous avons appris à nos lecteurs que M. le secrétaire perpétuel de l’Académie des sciences avait prié tous ceux qui possèdent des lettres de Gauss, d’en informer l’Académie. Nous croyons devoir à ce sujet rappeler succinctement les principaux traits de la vie du grand mathématicien. Charles Frédéric Gauss, né à Bruns-wich, le 30 avril 1777, mourut le 23 février 1855, à l’âge de soixante-dix-huit ans. Son père, qui était maçon, le destinait à embrasser la même profession que lui ; mais Gauss était né mathématicien. « J’ai su, disait-il plus tard, calculer avant de savoir parler. » Il avait à peine trois ans lorsqu’il rectifia un calcul fait de vive voix par son père. Le célèbre Laplac-e disait un jour : « Pfaff est le plus grand mathématicien de l’Allemagne, mais Gauss est le plus grand mathématicien de l’Europe. » Le 9 juillet 1807, Gauss fut nommé directeur de l’observatoire et professeur à l’université deGoettingue. Sa santé fut généralement excellente, et sa vie calme et paisible ne fut signalée par aucun accident fâcheux. Son successeur le rangea dans un éloge funèbre parmi les Archimède et les Newton. Il ne porta jamais une des nombreuses décorations que différents souverains lui avaient accordées. l'eu de temps avant sa mort, il parla à un philosophe de la possibilité de donner une base mathématique à la psychologie. Un jour, lisant un roman de Walter Scott, il s’amusa infiniment d’un passage, où le fécond romancier faisait lever la lune dans la partie nord-ouest du ciel. 11 lut, d’autre part, avec un vif intérêt, les ouvrages historiques de Gibbon et de Macaulay. Il parlait avec facilité plusieurs langues vivantes. Peu de temps avant sa mort, il fit graver au bas de son portrait ce passage de Shakespeare, dans le roi Lcarc : « Toi, Nature, tu es ma divinité ; c’est à tes lois que sont soumis mes services. » La Société royale de Gocttingue a publié récemment le catalogue le plus complet des oeuvres de Gauss ; cette liste donne les titres de 124 mémoires. Gauss inventa l’héliotrope, instrument qui, par la réflextion des rayons solaires, rend les angles visibles à la plus grande distance possible. Il imagina aussi une méthode pour corriger les erreurs commises dans un système étendu de triangulation. On peut enfin le regarder comme un des inventeurs du télégraphe électrique. Ses mémoires sur le magnétisme terrestre sont réputés des modèles du genre. « Dans ses mains, dit M. Todhunter, le latin et l’allemand rivalisent de clarté et de précision avec le français même. » Le 50 avril 1877, centième anniversaire de la naissance de Gauss, la ville do Brunswick a donné une tète pour célébrer cet événement, dont elle est et restera toujours fière. Ce jour-là a été posée la première pierre d’un monument que décore la statue de Gauss. R. Tucker.
- Jouets en caoutchouc. — L’attention de l’administration française a été récemment appelée sur un avis publié par des journaux allemands, et ayant pour objet de prévenir le public que des jouets en caoutchouc, de fabrication française, avaient été soumis à une analyse chimique, qui avait permis de constater qu’ils contenaient des proportions considérables d’oxyde de zinc, et présentaient par suite un danger sérieux. Cette assertion étant de nature à porter un préjudice grave à un des articles de notre commerce d’exportation, M. le Ministre de l’agriculture et du commerce, dit le Journal officiel, a cru devoir inviter le comité consultatif d’hygiène publique à examiner la question de savoir si le caoutchouc combiné avec l’oxyde de zinc et vulcanisé doit être ou non considéré comme inoffensif. Le comité, après une analyse attentive des jouets soumis à
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- son examen, a reconnu que la composition qui forme la base de ces jouets ne renferme que du caoutchouc, du carbonate de chaux, du soufre et de l’oxyde de zinc, ce dernier complètement exempt d’arsenic. Le comité a formulé son avis dans les termes suivants :
- « Le caoutchouc combiné avec l’oxyde de zinc et vulcanisé est complètement inoffensif; les jouets dans lesquels cette composition entre seule ne peuvent occasionner d’accidents d’aucune sorte, même chez les enfants du premier âge, et les craintes manifestées à cet égard ne reposent sur aucun fondement. »
- Hivernage des hirondelles à Téhéran. — Vers la fin de l’automne, dit un habitant de Téhéran, les hirondelles ne partent point toutes pour les pays chauds, quelques-unes restent dans nos contrées, où on les voit reparaître accidentellement dans les journées d’hiver réchauffées soit par le soleil, soit par le vent du midi. Près d’un village nommé Kenara-gird, à 40 kilomètres au sud de Téhéran, MM. Mac-Niel et Rawlinson trouvèrent, sur le sol, pendant l’hiver, une trentaine d’hirondelles, endormies comme des loirs, quoique paraissant mortes. Beaucoup d’autres hirondelles dormaient pareillement dans le voisinage. Le total pouvait être de quelques centaines.
- Cluh scientifique à Tienne. — A Vienne {Autriche), il a été fondé un club scientifique, qui a pour but de rapprocher tous ceux qui s’occupent de sciences. L’idée de la formation de ce club est toute récente. C’est en 1876 que quelques esprits pratiques, comprenant les besoins du temps, prirent l’initiative de teete création. Aujourd’hui, l’institution est constituée ; elle vient même de publier son premier compte rendu annuel. Ce qui fait l’originalité de ce club, c’est qu’un soir par semaine y est consacré à la discussion de sujets scientifiques, dont le programme a été distribué à l’avance. Une boite est ouverte pour recevoir les communications, et les communications faites sont affichées de manière que tout le monde puisse en avoir connaissance. En .même temps, on expose dans les salles du club, des reproductions d’inventions nouvelles, des échantillons, des modèles, des gravures, des livres, etc.
- Voici, par exemple, une des demandes adressées : La formation d’une mer intérieure dans le Sahara amènera-t-elle un changement essentiel dans l’état du climat d’Europe ? — En voici une autre : Qui est disposé à prendre la parole au sujet de l’exposition des appareils et instruments scientifiques à Londres, en 1876?
- Pendant les autres jours de la semaine ont lieu des conférences scientifiques sur divers sujets, dont voici quelques-uns, d’après le programme : sur les cristaux artificiels ; — sur l’expédition anglaise au pôle nord ; — sur quelques appareils pour l’analyse des gaz ; — sur la télégraphie sous-marine ; — sur l’héliotypie ; — sur les glaciers ; — sur le caoutchouc, etc., etc.
- Les salons de lecture du club sônt pourvus de tous les journaux et revues scientifiques : nous en avons parcouru la liste, qui se trouve à la suite du rapport qu’on nous adresse, et nous y avons rencontré un grand nombre de recueils français.
- — Le 23 avril 1877, vers 4 heures du matin, on a ressenti a Oban (Ecosse) une rude secousse de tremblement de terre. Le mouvement était ondulatoire et accompagné d’un bruit semblable à celui que produit une voiture. Il ne dura pas plus de 6 secondes. Les meubles furent agités et les plats et assiettes
- remuèrent sur leurs rayons. Une secousse moins forte fut res sentie vers le même temps dans file de Kerrera ainsi qu’à To bumory, dans l’île de Mull, sur la côte occidentale de l’Ecosse.
- — Au mois de janvier 1877 est mort, à l’âge de soixante-douze
- ans, le Milanais Giuseppe de Natmis, botaniste distingué. Il avait enseigné la botanique à Milan, Turin, Gênes et liome et s’elait occupé particulièrement des mousses et autres cryptogames. En 1872, il avait été nommé membre étranger de la Société Lin-néenne de Londres. Comme il était pauvre, la municipalité de Gênes fit imprimer à ses frais son Epilogo dclla briologia italiana. {Opinione.)
- — Une vaste nécropole étrusque vient d’être découverte à Montclparo, près d’Ascoli-Pibro, en Ombrie. On a- trouve une énorme quantité d’objets en bronze, en fer et en terre cuite ; ce sont des casques, des bracelets, des colliers, des boucles, des aiguilles, des éperons, des arcs, des anneaux, des lances, des javelots, des glaives, des blocs sphériques de bronze percés, des morceaux d’ambre façonnés, des verres, de la poterie, etc. Il est probable que le gouvernement italien en fera don aux musées de Florence.
- — M. Siddal, membre de la Société d’histoire naturelle de Chester, a découvert récemment des radiolariens dans un calcaire carbonifère, et un de ses collègues, M. Shrubsole, a trouvé des foraniinifères et des radiolariens dans la craie de la frontière septentrionale du pays de Galles.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 18 juin 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Phylloxéra. — M. Dumas signale comme certificat précieux à l’avoir du sulfocarbonate de potasse, une note dans laquelle M. Mares déclare qu’après avoir reconnu l’insuffisance du sulfure de carbone, il se décide à appliquer cette année le sel alcalin au traitement des 80 hectares de vignes qu’il possède autour de Montpellier.
- Cristallographie. — Un fait des plus remarquables a frappé M. le docteur Gloizeaux. Il s’agit de la forme et des propriétés optiques du proloiodure de mercure. L’auteur constate que malgré’les analogies des formules, ce sel n’est pas isomorphe avec le protochlorure (sublimé corrosif). Le calomel d’ailleurs est isomorphe avec le biodure, et il en résulte au point de vue théorique!, des considérations fort curieuses sur lesquelles insiste M. Berthe-lot.
- Anesthésie par le chlorure de carbone. — Déjà M. Moret a appelé l’attention sur les propriétés chimiques du tétrachlorure de carbone ; aujourd’hui, il signale les applications possibles de ce composé, comme anesthésique, et sa substitution fort désirable selon l’auteur au chloroforme et à l’éther. Il termine en indiquant une nouvelle méthode de préparation.
- Analyse chimique. — D’après M. Phipson, les xanlhrates fournissent des réactions qui permettent de séparer exactement le nickel du cobalt. Dans ce cas, les sels signalés rendront de grands et fréquents services aux chimistes.
- La livre romaine. — Les fouilles exécutées dans diverses régions italiennes, ont fourni à M. de Luca des poids romains. Us sont constitues pai du bionze, et sont recouverts d’incrustations consistant en carbonate de cuivre. Ils présentent des valeurs diverses inscrites sur eux, depuis 1 livre romaine jusqu’à 40 livres. En les pe^
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- sant séparément ou ensemble, on peut en tirer une série de -valeurs en grammes de la livre romaine, et l’on reconnaît que ces valeurs sont loin de coïncider. D’après M. de Luca, le plus grand nombre oscille entre 340 et 380 grammes, mais les limites extrêmes sont 324 et 387 grammes.
- Physique solaire. — La question de l’activité solaire soulevée récemment par M. Janssen, préoccupe les spec-trocopistes italiens, qui tous paraissent professer l’opinion contraire à celle de notre compatriote. Deux notes sur ce sujet arrivent à l’Institut ; l’une est de M. Tacchini (de Païenne), l’autre de M. Secchi (de Rome).
- Le premier par des tableaux, résumant les observations faites de 1871 à 1877, montre que l’activité solaire a été dans cette période constamment en diminuant actuellement ; il n’est pas rare de voir le soleil sans le moindre accident, tandis qu’en 1871, il arrivait fréquemment d’y observer h la fois jusqu’à 40 taches.
- De son côté, M. Secchi remarque que l’état de calme actuel du soleil peut se conclure de deux ordres différents d’observations. D’abord comme on vient de le dire du nombre très-faible de taches ou d’éruption; puis en second lieu de la forme même des protubérances. Celles-ci en effet, comme renfermées dans l’air calme, s’éloignent en ce moment du soleil et suivent des verticales géométriques. Dans les périodes d’activité au contraire elles sont renversées, tordues, contournées exactement comme la fumée par le vent. Nous verrons comment M. Janssen interprétera ce dernier fait.
- Phosphure de cuivre. — Drns un flacon déposé sur le bureau, M. Lidot a placé du phosphure de cuivre si bien cristallisé, qu’on peut supposer qu’un cristallographe en déterminerait la forme. L’auteur fait entrer cette substance dans la composition de certains bronzes, qui acquièrent ainsi une sonorité des plus remarquables. Le métal est en même temps fort cassant et très-dur.
- Synthèse organique. — Poursuivant la belle série de recherches dont nous avons l’autre jour indiqué les premiers résultats, M. Friedel montre aujourd’hui qu’en présence du chlorure d’aluminium, la benzine donne lieu aux dépens des chlorures organiques à radical d’alcool ou à radical d’acides, au dégagement de composés très-variés. La. réaction la plus remarquable se développe en présence du chlorure phtanique, qui donne lieu non-seulement à un acétone complexe, mais encore à de l’anthra-quinoue. Celle-ci est une matière des plus précieuses, base de la fabrication de l’alizarine artificielle, et dont la production à bas prix donnera un essort nouveau à la grande industrie des matières colorantes chimiques. On ne peut que féliciter M. Friedel de sa belle découverte.]
- Stanislas Meunier.
- »
- LE
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTAS-UN1S
- AVRIL 4877.
- Le mois d’avril a été chaud et humide aux États-Unis. La température y est partout au-dessus de la normale, et la quantité de pluie généralement supérieure à la moyenne.
- - Neut bourrasques seulement ont été observées
- pendant ce mois. La plus remarquable, signalée dès le 8 par une baisse du baromètre en Californie, constituait le 11 un centre bien défini vers la Louisiane occidentale; la dépression s’est dirigée d’abord au sud-est jusqu’à la Nouvelle-Orléans, puis elle a remonté le long de la côte atlantique. Son passage sur les États du sud a été marqué par un violent ouragan. A Charleston (Caroline du sud), le 13, de trois heures trente minutes à huit heures trente minutes du matin, le vent soufflant en tempête, une pluie torrentielle produisit plus de 150 millimètres d’eau, chiffre qui n’avait pas encore été atteint depuis l’origine des observations.
- Aspect de fini des grêlons tombés à Morgantown (États-Unis), le 28 avril 1877. (Grandeur naturelle.)
- Parmi les orages signalés, le plus remarquable est l’orage à grêle survenu le 28 à Morgantown (Virginie occidentale) ; il commença à se manifester de cinq heures neuf minutes à cinq heures quinze minutes du soir, par une chute de petits gréions sphériques, puis pendant quatre minutes, de cinq heures quinze minutes à cinq heures dix-neuf minutes, il tomba une grêle très-forte; certains grêlons mesuraient 5 centimètres sur 4. Les uns étaient complètement formés de glace, d’autres avaient un noyau de neige et de glace. Un grand nombre, parmi les plus gros, offraient une particularité très-curieuse, mise en évidence par la figure ci-dessus, qui est la reproduction exacte d’un dessin original. La partie inférieure est hémisphérique, à nervures ; l’autre partie, de forme conique, se termine extérieurement aussi par des nervures s’enroulant comme les tresses d’une corde pour aboutir au sommet du cône. Dans la position indiquée par la figure, les tresses étaient, dans tous les cas, enroulées de gauche à droite.
- Le 14, une aurore boréale a été observée en soixante-seize stations des États-Unis. Des secousses de tremblement de terre ont été ressenties le 17 à Panama, le 23 à Auburn, le 26 à Franklin.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 215. - 30 JUIN 1877.
- LA NATURE.
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- LES VASES ANÎÉHISTORIQUES
- DE SANTORIN.
- Les trois îles de Thera, Therasia et Aspronisi, qui forment une ceinture presque complète autour de la baie de Santorin, sont en majeure partie composées de matériaux volcaniques. Quand on pénètre en bateau dans l’intérieur de la baie, on se trouve environné de falaises, dont la hauteur atteint en certains points jusqu’à -400 mètres. Des bancs de lave horizontaux d’un noir foncé, des couches de scories rou-
- geâtres, des nappes de cendres d’un gris violacé, sont inégalement distribués dans la composition de ces parois à pic. Toutes ces matières sont le produit d’innombrables éruptions et représentent, soit la substance en fusion que le volcan a déversée à diverses époques, soit les débris qu’il a projetés à chacune de ses explosions. La bouche centrale qui a donné issue aux laves, aux scories et aux cendres, occupait à peu près l’emplacement actuel du milieu de la haie. H existait alors une montagne conique d’environ 600 à 800 mètres de hauteur, au point où la sonde révèle aujourd’hui une profondeur d’eau de
- Vases antéhistoriques de Santorin, d’après la collection rapportée par M. Fouqué.
- 400 mètres. Un épouvantable effondrement a tout à coup creusé cet abîme, et en même temps des explosions d’une intensité inouïe ont amené la projection d’immenses quantités de pierre ponce. Les trois îles actuelles ne sont que des débris de l’ancien cône central, et à leur surface une couche de ponce épaisse de 50 à 40 mètres s’étend uniformément, attestant la violence des phénomènes qui ont accompagné le cataclysme.
- La grande île volcanique, qui constituait autrefois à elle seule tout Santorin, était-elle habitée avant la destruction de sa région médiane? L’homme a-t-il été témoin et victime de la catastrophe qui a donné naissance à la baie? Telles sont les questions que les géologues se posaient depuis longtemps sans pouvoir les résoudre, lorsqu’un événement fortuit
- 5" année. — 2* semestre.
- a permis il y a une dizaine d’années de trouver la solution du problème. On sait maintenant que Santorin était habité avant la formation de la baie, qu’une race riche et industrieuse vivait sur les lianes du volcan et qu’elle a péri ensevelie sous les décombres de l’éruption gigantesque qui a donné à cette région sa configuration actuelle.
- La ponce qui recouvre aciucllcmcnt les trois îles du groupe de Santorin est exploitée comme pouzzolane. Unie à la chaux, elle forme un ciment qui acquiert rapidement une telle dureté, qu’on peut en faire de hautes maçonneries, des voûtes à grandes portées. En outre, la résistance très-grande qu’oppose ce ciment à l’action de l’eau de la mer l’a fait rechercher dans ces derniers temps pour l’édification des môles et d’autres constructions maritimes. Les
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- LA NATURE.
- travaux de l’isthme de Suez et ceux des ports de l’Égypte ont surtout augmenté considérablement l’importance des exploitations de la ponce de San-torin. Des déblais considérables ont été effectués ; des carrières à ciel ouvert ont été entaillées, certaines parties du sol sous-jacent ont été mises à nu, et l’on a vu reparaître au jour des habitations que la lumière du ciel avait cessé d’éclairer depuis de longs siècles. En plusieurs endroits de Thera et de Therasia, des habitations ont été ainsi retrouvées sous la ponce. L’une de celles que j’ai contribué à découvrir, se composait de plusieurs chambres de dimensions variables. Le mode de construction différait entièrement de celui qui est actuellement en usage à Santorin. A présent, les maisons dans ces îles sont entièrement faites en béton, les constructions anciennes sont bâties sans ciment et composées de blocs de lave superposés. Le toit était soutenu par une charpente en bois qui s’est affaissé sous le poids de la ponce.
- Les objets trouvés dans l’intérieur du bâtiment sont aussi nombreux que variés. Ce sont surtout des vases, les uns en lave, les autres en terre cuite, des graines, de la paille, des ossements d’animaux, des outils de silex, de lave, enfin un squelette humain. 11 est à remarquer qu’au milieu de tout cela on ne trouve aucun objet en fer ou en bronze, pas même la trace d’un clou dans les nombreux morceaux de bois provenant des débris de la toiture. En lait de métaux, on n’a trouvé que quelques petits anneaux d’or ayant fait partie d’un collier, et dans une seule habitation une petite faucille en cuivre rouge. Les vases de terre cuite sont tous faits au tour. Les plus communs sont de grands récipients jaunâtres à parois épaisses, dont quelques-uns n’ont pas moins de 100 litres de capacité. Munis d’un lourd rebord, ils présentent au-dessus du col une sorte de cordon marqué de dépressions rapprochées, produites par l’application du doigt avant la cuisson. Ils contenaient de l’orge, des semences d’ombellifères, probablement de coriandre et d’anis, des pois chiches et d’autres substances organiques dont on n’a pu déterminer la nature. D’autres poteries plus fines et ayant encore de grandes dimensions, sont ornées de dessins circulaires, débandés rectilignes parallèles ou entrecroisées. La matière colorante, d’un rouge plus ou moins foncé, y a été appliquée à l’état de pâte très-peu consistante et à l’aide d’un pinceau.
- Quelques vases plus petits, pétris avec une terre fine d’un jaune clair, sont couverts de points et de lignes courbes entremêlés dans un goût parfait; quelquefois les dessins représentent des guirlandes de feuillage, et indiquent une grande habileté de la part de l’ouvrier, on est presque tenté de dire, de l’artiste qui a décoré ces poteries.
- D’autres vases plus grossiers, Tes uns formés d’une terre rouge ferrugineuse et munis d’une petite anse, les autres de couleur grisâtre et figurant des petites coupes, ont été trouvés en grand nombre. Quelques-uns avaient servi à la cuisson des aliments, et por-
- taient encore l’empreinte de la suie du foyer. D’autres renfermaient de la paille hachée et destinée probablement à la nourriture des animaux. Les petites coupes semblent avoir servi de verre à boire.
- Mais de toutes ces poteries, les plus curieuses sont celles dont la forme et l’ornementation sont une imitation singulière de la pose et de la conformation de la femme. Elles présentent une partie antérieure, renllée en avant, une sorte de ventre saillant surmonté d’un étroit goulot renversé en arrière; au devant et en haut du renflement antérieur, se trouvent deux mamelons colorés en brun, entourés d’un cercle de points de même couleur, figurant l’auréole du sein. Autour du col sont deux autres cercles de points colorés, cercles inclinés en avant et représentant un collier à deux tours ; et enfin plus haut, des pendants d’oreille sont figurés de chaque côté par des bandes elliptiques concentriques colorées en brun comme le reste de l’ornementation. Enfin, notons encore parmi les vases recueillis dans ces fouilles, des entonnoirs très-allongés, à parois épaisses, munis d'une petite anse et d’un rebord légèrement en saillie.
- Avec ces vases en terre cuite, on a trouvé des objets divers en lave, tels que des augets enfoncés dans le sol, et destinés à contenir la pâture des animaux domestiques, d’autres augets mobiles et d’usage inconnu, des meules à main, des disques percés d’un trou, tels qu’on en emploie encore aujourd’hui â Santorin pour tendre la toile sur le métier des tisserands ou pour charger le bord des filets de pêche, et enfin un petit moulin à huile. Ce dernier objet est constitué par un bloc de lave creusé d’une cavité arrondie qui se rétrécit vers le fond. Il' est percé d’un trou latéral destiné à l’écoulement du liquide. La partie intérieure est usée et presque polie par le frottement énergique qu’elle a subi.
- Les vases en terre cuite ont-ils été fabriqués à Santorin, ou sont-ils de provenance exotique? telle est la question qui restait â résoudre et dont nous indiquerons la solution dans la prochaine livraison de ce recueil. Fouqué.
- — La suite prochainement. —
- PHYSIOLOGIE
- DE L’APPAREIL MUSICAL DE LA CIGALE
- Quand on considère l’appareil musical des Cigales, on est frappé des admirables dispositions que présentent la timbale et le miroir, en vue des vibrations que ces organes doivent effectuer. La timbale sèche et parcheminée porte des bandes ebitineuses destinées à favoriser, par l’élasticité, son retour brusque à sa position d’équilibre. Le miroir, si mince et si bien tendu sur son cadre, défie toute imitation et réalise l’idéal de la membrane vibrante. Mais l’organe désigné par Réaumur, sous le nom de membrane plissée, semble au premier abord ne présenter que des conditions défavorables à la vibration, car cette membrane est lâche
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- LA NATURE.
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- et molle. Cependant elle fait partie de l’appareil vocal, et, si l’on examine une Cigale pendant qu’elle chante, on voit que cette membrane vibre à tel point qu’elle a été prise pendant longtemps pour l’instrument du son. Or une membrane ne peut ainsi vibrer qu’à la condition d’être tendue. Je crois être le premier à signaler un muscle spécial, destiné à produire sur la membrane plissée la tension nécessaire à sa vibration : je l’appellerai muscle tenseur de la membrane plissée. Ce muscle a son insertion fixe à la partie supérieure et. antérieure du cadre timba-laire (la Cigale étant placée verticalement la tête en haut). De là, il se porte en dedans et en avant, pour aboutir à l’angle supérieur externe de la membrane plissée, et où il prend son insertion mobile. C’est un muscle charnu dans toute son étendue et à fibres striées. Il reste contracté pendant toute la durée du chant; c’est, par conséquent, un muscle tenseur, dans toute l’acception du terme. Je ne l’ai pas trouvé chez les Cigales femelles, où l’on observe néanmoins la membrane plissée. C’est là une nouvelle preuve de l’action de ce muscle, car, chez ces Cigales muettes, la membrane plissée n’a pas à jouer le rôle de corps vibrant, et elle ne sert plus qu’à relier à la partie antérieure le thorax et l’abdomen.
- Si l’on fait, au moyen de ciseaux très-fins, la section des muscles tenseurs sur une Cigale vivante, sans produire d’autres lésions, on observe une diminution très-légère, mais néanmoins sensible pour une oreille exercée, dans l’intensité de son produit, ses autres caractères restant les mêmes.
- J’ai en vain cherché un muscle tenseur de la timbale. D ailleurs ce muscle serait inutile et même nuisible, car la timbale est convexe, et un muscle tenseur l’empêcherait de revenir à sa convexité naturelle, c’est-à-dire qu’il s’opposerait à l’action des bandes chitineuses dont on a vu plus haut l’utilité. J’incline à croire que Dugès, qui parle de ce muscle en le disant très-petit, et sans donner ses insertions, a pris pour tel le muscle tenseur de la membrane plissée. Enfin on peut se demander si les deux timbales vibrent synchroniquement pendant le chant. Il est facile de prévoir qu’il en est ainsi à la simple audition ; mais la vue confirme pleinement les prévisions de l’ouïe. En effet, si l’on examine par le dos une Cigale hématode qui chante, et à laquelle on a coupé les ailes, on voit très-bien les deux timbales à nu. Or, chez les sujets jeunes, la timbale, encore peu consistante, devient concave au moment de la contraction de son muscle moteur. On voit alors parfaitement les timbales, de chaque côté, devenir en même temps toutes deux concaves ou toutes deux convexes, ce qui démontre leur synchronisme.
- En résumé, chez les Cigales : 1° il existe un muscle spécial destiné à produire, pendant le chant, la tension de la membrane plissée qui vibre alors par influence et renforce le son ; 2° il n’y a pas de muscle tenseur de la timbale ; 5° les deux timbales qui produisent le son vibrent synchroniquement.
- G. Carlet,
- ANALYSE D’UN AIN ANTIQUE
- CONSERVÉ DANS UN VASE DE VERRE SCELLÉ PAR FUSION.
- 1. Ayant eu occasion de voir à Marseille, dans la remarquable collection d’objets antiques qui porte le nom de Musée Borely, un vase de verre scellé par fusion et renfermant un liquide, il me parut que l’examen de ce liquide, conservé depuis tant de siècles à l’abri des agents extérieurs, pourrait offrir un grand intérêt. M. Maglione, maire de Marseille, empressé à favoriser tout progrès scientifique, voulut bien m’autoriser à ouvrir le vase et à en extraire le liquide ; ce que je fis, avec le concours obligeant de M. Penon, directeur du Musée, et de M. Favre, doyen de la Faculté des sciences. Je rapportai le liquide à Paris et je viens d’en faire l’analyse : c’est un échantillon de vin, déposé probablement comme offrande aux mânes, dans un tombeau, et qui nous apporte un curieux témoignage sur la composition des vins fabriqués il y a quinze ou seize cents ans.
- 2. Donnons quelques détails sur la forme et la nature du vase. C’est un long tube de verre renflé d’abord en une ampoule, puis recourbé à angle droit en formant une deuxième ampoule, terminée elle-même en pointe recourbée. Cette forme a dû lui être donnée afin de permettre de le déposer à terre, dans le tombeau, sans qu’il roulât.
- La longueur de l’objet est de 55 centimètres. La capacité totale des ampoules, réunie à celle du tube, 35 centimètres cubes environ ; le volume du liquide, 25 centimètres cubes. Ce tube a été fabriqué en verrerie. Après l’introduction du liquide, il a été fermé à l’origine du tube et à sa partie supérieure, par une fusion nette, limitée à une portion très-courte, en un mot, tout à fait semblable à celle que nous pourrions produire aujourd’hui à la lampe. Aussi me paraît-il probable que la fusion n’a pas eu lieu sur un feu de charbon, mais précisément dans la flamme d’une lampe.
- L antiquité du vase est manifestée par une patine caractéristique ; le verre s’exfolie par places, en feuillets minces et irisés. Ayant essayé, après l’avoir ouvert, de le refermer à la lampe, je n’ai pu y réussir ; le verre, dévitrifié à l’intérieur, se fendillait et devenait d’un blanc opaque sous le jet du chalumeau : c’est encore un signe d’antiquité.
- 3. Cet objet a été trouvé aux Aliscamps, près d Arles, dans la vaste région qui a servi de cimetière à l’époque romaine. II a été, paraît-il, mis à découvert par la charrue, dans un lieu où l’on a rencontré beaucoup d’autres objets en verre antique. D’après une lettre que M. Alexandre Bertrand, conservateur du Musée de Saint-Germain, a bien voulu m’écrire à ce sujet, les archéologues sont disposés à croire qu’il y avait à Arles une fabrique où l’on travaillait le verre avec beaucoup d’art. Le tube que j’ai étudié serait' « un produit indigène, probablement des premiers temps de Foc* cupation romaine »,
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- Ce tube fut recueilli et acheté par M. Augier, qui a cédé depuis sa collection d’objets de verre à la ville de Marseille, pour le Musée Borely.
- M. Quicherat l’a signalé en 1874, dans son intéressant article De quelques pièces curieuses de verrerie antique (Revue archéologique, nouvelle série, t. XXVIII, p. 80, et PL XIII, p. 75). Il y fait encore mention de divers vases analogues, contenant des liquides enfermés entre deux plaques de verre soudées, l’un trouvé en Angleterre, deux autres à Thionville. On m’a désigné aussi deux objets de cette espèce, qui existeraient au Musée de Rouen. M. de Longpérier connaît des vases de verres analogues, dont le rebord circulaire et creux est rempli de liquide. Un flacon antique bouché au feu, et contenant un liquide, trouvé à Pompey (Meurthe), se trouvait au Musée lorrain, détruit par l’incendie de 1871.
- Ces renseignements prouvent que l’art de sceller le verre par fusion (ce que les alchimistes ont appelé depuis le sceau d’Hermès, ou scellement hermétique) était déjà connu des anciens. J’ai cru devoir les rapporter, alin de prévenir tout doute sur l’authencité du liquide que j’ai analysé.
- 4. Le volume total du liquide s’élevait à 25 centimètres environ, et l’espace vide excédant laissé dans le tube, à une dizaine de centimètres cubes.
- Ce liquide est jaunâtre; il renferme une matière solide en suspension, laquelle ne se dépose pas, même à la suite d’un repos prolongé. Cependant on réussit à éclaircir le'liquide par des filtrations réitérées : le liquide transparent conserve une teinte ambrée. Le dépôt, d’un jaune brunâtre , ne renfermait pas de résine ou autre matière caractéristique ; il résultait sans doute de l’altération lente de la matière colorante primitive.
- Le liquide possède une odeur franchement vineuse, très-sensiblement aromatique, et rappelant en même temps celle du vin qui a été en contact avec des corps gras. La saveur en est chaude et forte, en raison à la fois de la présence de l’alcool, de celle des acides et d’une trace de matière aromatique. L’analyse, rapportée à 1 litre, a
- donné :
- Mcool...........................................45e',0
- Acides fixes (évalués comme acide tartrique libre). 3*r,6
- Bitartrate de potasse...........................0 ,6
- Acide acétique........................................1,2
- Tartrate de chaux, notable. Traces d’élher acétique.
- Ni chlorures ni sulfates sensibles. La matière colorante n’existait plus dans la liqueur, du moins en proportion suffisante pour être modifiée par les alcalis ou précipitée par l’acétate de plomb. 11 n’y avait que des traces de sucre, ou plus exactement de matière susceptible de réduire le tartrate cupro-potassique, soit avant, soit après l’action des acides : ce qui prouve que le vin n’avait pas été miellé.
- On remarquera que la dose d’alcool est celle d’un vin faible ; la proportion d’acide libre est dans les limites normales : elle a dù être diminuée par la réaction des alcalis provenant de l’altération du verre. La crème de tartre est peu abondante, probablement à cause de la présence de la chaux. L’alcool, dosé d’abord par les procédés alcoométriques ordinaires, a été rectifié de nouveau et séparé de l’eau au moyen du carbonate de potasse cristallisé : ce qui a fourni une quantité correspondant à peu près au dosage primitif. Cet alcool contient une trace d’une essence volatile, qui rendait opalescente la liqueur distillée. L’alcool séparé par le carbonate de potasse possède une odeur très-sensible d’éther acétique.
- 5. En résumé, le liquide analysé se comporte comme un vin faiblement alcoolique et qui aurait subi, avant d’être introduit dans le tube, un commencement d’acétification : la proportion d’oxygène contenu à l’origine dans l’air de l’espace vide, n’eùt pas suffi pour produire la dose d’acide acétique observée, car elle équivaudrait au plus à 0gr,15 d’alcool changé en acide (pour un litre). On sait que l’acétification à l’air s’opère aisément dans un vin si peu alcoolique; c’est probablement en vue de la prévenir que l’on y avait ajouté, pendant sa fabrication ou depuis, quelque matière aromatique, conformément aux pratiques connues des anciens dans la conservation du vin.
- Quant au motif pour lequel ce vin avait été si soigneusement enfermé dans un vase de verre scellé par fusion, l’opinion la plus vraisemblable paraît être celle qui l’attribuerait à un usage pieux, tel qu’une offrande aux mânes d’un mort dans son tombeau. Le lieu d’origine du tube, c’est-à-dire les Aliscamps (Campi elysei), endroits de sépulture recherchés pendant plusieurs siècles, est d’accord avec cette opinion. Berthelot.
- Vase Je verre du musée Borely, à [Marseille, contenant le vin antique analysé par M. Bcr-thelot.
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- SDR
- IjES mouvements spontanés et réguliers
- d’üne plante aquatique submergée.
- LE «CERATOPHYLLUM DEMERSOI»
- Depuis longtemps, les travaux de Dutrochet et de Payer, repris et continués par MM. Duchartre, Sachs, etc., ont familiarisé les botanistes avec les mouvements de torsion ou de flexion qu’offrent certains végétaux. Malgré ces consciencieuses'études, cette question reste au nombre des problèmes les plus mystérieux de la physiologie végétale.
- Je me propose d’appeler l’attention des biologistes sur un fait du même genre, que je crois nouveau, et qui se rapporte à des phénomènes observés
- Positions diverses affectées par un
- Ces mouvements consistent dans Y infléchissement et le redressement régulier de la tige ou des rameaux, se combinant avec une torsion plus ou moins prononcée.
- En prenant l’axe à son maximum d’érection, on le voit s’infléchir régulièrement, et, avec les particularités que j’indiquerai tout à l’heure, se recourber de plus en plus, pendant environ six heures, et atteindre alors son maximum de flexion ; puis, se redresser plus lentement, et, en douze heures, revenir à son point de départ ; le dépasser en sens contraire de la première flexion ; atteindre, en quatre heures environ, son écartement inverse maximum, et reprendre en quatre heures aussi sa position première.
- Ainsi un jeune rameau est :
- Vertical, à 6 heures du matin -, à son maximum d’iu-
- dans des plantes phanérogames aquatiques, vivant entièrement submergées.
- Il s’agit d’une plante aquatique bien connue, le Ceratophyllum demersum, qui doit être comptée au nombre de celles qui, dans certaines de leurs parties, et à certaines époques exécutent spontanément des mouvements réguliers obéissant dans leur amplitude à une périodicité bien marquée.
- On sait que le Ceratophyllum vit dans les eaux paisibles des étangs, que ses tiges grêles, rameuses, nageantes, portent des feuilles verticillées. Leur attitude ordinaire dans les eaux stagnantes est verticale, ou à peu près. C’est dans la partie supérieure de ces tiges (de celles du moins dont les verticilles sont écartés de 1 ou 2 centimètres environ) que se manifestent ces mouvements.
- ARS
- ARS
- de Ceratophyllum demersum.
- clinaison, à midi ; entièrement redressé, à minuit ; incliné au maximum vers le Sud, à 4 heures du matin ; redevenu vertical, à 8 heures ; à son maximum d’inclinaison au Nord, à 2 heures du soir; entièrement redressé, à 2 heures du matin ; incliné au maximum vers le Sud, à 6 heures ; redevenu vertical, à 10 heures. Etc.
- La durée totale d’une évolution serait donc d’environ vingt-six heures. Ces oscillations, quoique à peu près égales en durée, ne présentent pas à tous les âges de la plante la même étendue ni la même amplitude. D’abord peu accusées, mais intéressant l’axe dans son entier, elles s’accentuent de plus en plus avec l’âge du rameau ; puis, les entre-nœuds inférieurs deviennent successivement immobiles et, seuls, les véritables terminaux continuent à se mouvoir.
- Les rameaux du Ceratophyllum se présentent sous
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- deux aspects différents : tantôt les vcrticilles sont rapprochés, les entre-nœuds restant très-courts ; les feuilles des verticilles consécutifs, couchées les unes sur les autres, font avec la tige un. angle très-aigu et constituent un ensemble compacte : tantôt les entre-nœuds s’allongent, les verticilles se séparent, les feuilles s’étalent peu à peu, formant avec l’axe un angle de plus en plus grand, et quelques-unes linissent par se renverser vers le bas du rameau.
- C’est sous cette dernière forme que la plante accomplit de la manière la plus apparente les mouvements dont il s’agit. Ceux-ci deviennent plus manifestes encore lorsque de jeunes rameaux s’étant développés dans un bocal ou un aquarium, ont, sous l'influence de ce milieu, pris un aspect gracilcs-cent et frêle, et que les feuilles sont devenues presque capillaires.
- Par suite, la meilleure manière de constater et de mesurer les oscillations, consiste à submerger un tronçon de tige présentant un bourgeon à l’aisselle des feuilles, et à maintenir le fragment à l’aide d’un corps pesant. Le jeune rameau se dresse alors verticalement, et ses mouvements ne tardent pas à être très-apparents, fl est alors facile de voir que le mouvement de flexion se produit d’abord dans les mérithalles supérieurs, qu’il se propage ensuite en s’amoindrissant du haut en bas ; tandis qu’au contraire, le mouvement de redressement commence par la partie inférieure pour se terminer à la partie supérieure, qui quelquefois, peu de temps avant de se relever tout à fait, forme avec l’axe un angle très-aigu.
- Les oscillations continuent très-apparentes pendant plusieurs jours ; ordinairement elles diminuent au bout d’un certain temps. Leur amplitude s’amoindrit et le rameau devient immobile ou paraît l’être. Mais après cette sorte de station, il peut reprendre ses premières variations.
- Il est d’ailleurs des rameaux (surtout ceux qui sont à peu près horizontaux) qui restent immobiles.
- La lumière ne semble pas influer sur ces mouvements. Ils n’ont du moins éprouvé aucun trouble apparent par la suppression, la diminution, le changement de couleur, ou de direction des rayons lumineux. J’ajoute que bien que j’aie vu les feuilles participer aux mouvements de la tige, les modifications qu’elles ont éprouvées pouvaient bien être mécaniquement produites par les inflexions de la tige elle-même.
- Quant au mouvement de torsion, je ne peux rien préciser encore faute d’expériences suffisamment concluantes. Le mouvement est néanmoins très-apparent. Il a lieu tantôt dans un sens, tantôt et beaucoup plus énergiquement dans un autre. A l’aide d’un index fait d’une bonne lame mince de mica ou de verre, soutenue par un petit ballon de verre suffisamment lesté, le tout reposant sur un verticille et viré soigneusement au moyen d’une pinnule mobile sur un rapporteur, j’ai mesuré des angles de tension de 35 degrés en neuf heures ; —
- 120 degrés en sept heures ;— 450 degrés en neuf heures, etc. Mais ayant commencé tard ce genre de travail je dois m’abstenir encore d’en coordonner les résultats.
- Tels sont les faits généraux que j’avais à signaler, et à l’appui desquels je vais donner un exemple emprunté à des cas spéciaux.
- Le tableau (voy. ci-dessus) donne pour un rameau 19 positions pour les 30, 31 mars et 1er avril. Les mouvements très-marqués avaient lieu du nord-est au sud-ouést, et l’évolution entière en vingt-six heures.
- La priorité d’action des mérithalles supérieurs, pour la flexion et celle des mérithalles inférieurs pour le redressement, y est très-évidente.
- L’attitude nutante du bourgeon terminal, presque au moment du redressement complet, y est aussi extrêmement frappante.
- A la date du 26 avril les mouvements persistaient, mais ils étaient alors bornés à l’extrémité supérieure du rameau, et ne s’étendaient qu’à 15 millimètres environ du sommet. Le reste du rameau était très-droit en même temps que très-exile.
- Il paraissait fuir la lumière; mais comme en même temps un rameau tout voisin se dirigeait vers elle, le sens du déplacement ne pouvait pas tenir à l’éclairage. J’ai néanmoins, pendant les jours suivants :
- 1° Supprimé totalement la lumière ;
- 2° Eclairé la plante à l’aide d’un miroir en sens opposé à l’éclairage ordinaire ;
- 3° Placé un écran atteignant à peu près le milieu de la plante ;
- 4° Placé sur le trajet des rayons un verre rouge, en interceptant autant que possible les autres rayons.
- Les faits sont restés les mêmes.
- E. Rodier.
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- LE VOYAGE DE MARGARY
- DU FLEUVE BLEU AUX FRONTIÈRES BIRMANES.
- (Suite et fin. — Voy. p. 43.)
- Le 20 novembre, Margary pénétrait dans le Yùn-Nân, et rencontrait, sur la route qui conduit de ce côté à la première de ses villes, une quantité de charrettes chargées de sel ou de gypse, et quatorze jours plus tard il traversait une vaste étendue de terrain inculte parsemé de quelques broussailles et de quelques arbustes rabougris. Çà et là, on découvrait une vallée en partie rendue à la culture et quelques villages renaissant de leurs ruines. Treize étapes séparaient encore le voyageur de la ville de Ta-Li-Fu, si célèbre dans les annales de la rébellion musulmane, et dont la prise d’assaut par les troupes impériales marqua la fin de cette longue et terrible guerre civile. Ses habitants venaient précisément d’expulser des missionnaires de leurs murs, et les guides de Margary lui conseillaient fort de ne pas s’y aventurer. Mais il s’était, depuis longtemps,
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- promis un trop grand plaisir de cette visite, pour y renoncer aussi facilement. Donc, le 18 décembre, il faisait son entrée à Ta-Li-Fu dans un palanquin porté par quatre hommes, et l’accueil qu’il y reçut donna raison à son audace. Dans la rue, on le traita avec tout le respect possible. Les autorités locales le reçurent avec courtoisie et bienveillance. La plus haute marque de faveur lui fut donnée par le général des troupes : il accueillit Margary avec la plus grande affabilité, le faisant asseoir sur son divan, à la place d’honneur, et lui adressant une foule de questions sur l’Angleterre et le Bârma.
- Tandis que Margary se dirigeait ainsi de la Chine centrale sur les confins du Yûn-Nân et du Bârma indépendant, l’expédition partie de Rangoon avait atteint Bhâmo, que les Chinois appellent Tsing-llaï, ville ou plutôt bourgade peuplée d’environ 2500 habitants, et située sur une hauteur de la rive gauche de l’Irrouaddy. Le 17 janvier 1875, le voyageur y arrivait sain et sauf et y rencontrait le colonel Henry Browne, chef de la mission, ainsi que ses autres membres, parmi lesquels M. Allan, du corps consulaire de la Chine, le I)r Anderson, chirurgien et naturaliste, M. Élias Ney, le célèbre explorateur de la Mongolie. Ce dernier étant malade, le D' Anderson resta à Bhâmo pour le soigner, lorsque le colonel Browne et Margary quittèrent cette ville pour se porter en avant et procéder à la suite d’une exploration dont, à vrai dire, ils n’avaient jusque-là accompli que la partie à peu près facile. Ils marchaient sur le village Khakkien de Sawaddy, où ils campèrent pendant toute une semaine, dans l’espoir de se frayer de ce côté une route. Quand il leur fallut reconnaître que cette direction n’était point praticable, et que le seul résultat de leur séjour à Sawaddy avait été le pillage, par les naturels, de leurs cantines et de leurs provisions de bouche, force fut bien aux voyageurs de revenir sur leurs pas et de regagner Bhâmo. Ils n’y restèrent d’ailleurs que cinq jours, et le colonel Browne, ayant résolu de prendre la route que Margary avait suivie lui-même, et qui se trouve à environ 50 milles des passes de Sawaddy, la mission se remit en marche, et, le 10 février 1875, elle atteignait le village de Tsikaw.
- A quelques jours de distance, Margary n’était plus! Le 22 février, au petit jour, l’expédition était sur pied et se préparait à prendre le chemin de Manwyne, où il l’avait précédée, lorsque vers les sept heures du matin, on vint lui apporter la nouvelle qu’il avait été assassiné, la veille, dans cette ville même. On ne donnait aucun détail ni sur l’assassinat lui-même, ni sur les circonstances qui l’avaient précédé ou suivi ; on annonçait seulement que le gouverneur de Momien avait réuni 3000 hommes et se proposait de fermer la route aux Anglais. En 1868, le major Sladen et ses compagnons avaient pu pousser jusque-là et y séjourner six semaines, au bout desquelles ils étaient revenus à Rangoon. Mais, cette fois, chercher à gagner Momien, c’eût été commettre un acte de véritable folie, une
- sorte de suicide pour ainsi dire. Le colonel Browne se décida donc à rétrograder sur Bhâmo, et pendant le séjour qu’il y fit, il reçut de nombreux détails sur le meurtre de Margary; par malheur, toutes ces versions différaient entre elles et ne jetaient aucun jour sur les circonstances du crime. La plus digne de foi parut être celle de deux Birmans, qui se trouvaient à Manwyne lors de sa perpétration. Le matin même du 21 février, ils avaient vu Margary sortir de la ville en compagnie de plusieurs hommes, Chinois selon toute apparence, qui l’avaient engagé à visiter avec eux une source d’eau chaude, et qui, une fois dans la campagne, l’avaient renversé de cheval et percé de leurs lances.
- Ad. F. de Fontpertüis.
- L’ALEXANDRA.
- CUIRASSÉ ANGLAIS.
- Ce navire que les Anglais considèrent comme l’une de leurs plus redoutables forteresses flottantes, est, d’après la définition des constructeurs un « cuirassé de haute mer et de bordée, construit pour la vitesse et portant le poids maximum d’armure compatible avec les qualités pour lesquelles il a été spécialement conçu. »
- L'Alexandra s’est d’abord nommé le Superb, mais en 1874 le second fils de la reine Victoria ayant épousé la princesse Marie-Alexandrowna de Russie, les lords de l’Amirauté voulant fêter à leur manière l’entrée de la princesse dans la famille royale, changèrent le nom du Superb en celui à'Alexandra. Ajoutons que, pour ne pas demeurer en reste de galanterie, les Russes ont à leur tour débaptisé un de leurs cuirassés, Y Alexandre Newski qui est devenu le Duc d Edinburgh.
- VAlexandra a été bâti à Chatham, sur les plans de M. Barnaby, et lancé en 1875; il a coûté 5088000 francs, armement non compris. Il appartient au type agrandi de YInvincible. Ce dernier déplace 6200 tonneaux et Y Alexandra 9640, ce qui a permis de le doter d’une artillerie extrêmement lourde et puissante : 2 canons de 25 tonneaux (51 centimètres) et 10 de 18 tonneaux (25 centimètres). On a pu, de même, épaissir sa cuirasse dans des proportions assez notables ; elle a été portée à 305 millimètres à la flottaison. Il faut remarquer toutefois que cette cuirasse décroît très-rapidement du milieu aux extrémités; ainsi la ceinture de flottaison est composée de trois virures, ayant au milieu (en commençant par la virure supérieure) 254 millimètres, 305 millimètres et 203 millimètres. Les épaisseurs aux extrémités sont respectivement 203 millimètres, 254 millimètres et 152 millimètres. Le matelas est très-peu épais : 25 centimètres sous les plaques les plus fortes, avec un skin-plating de 38 millimètres (2 tôles de 19 millimètres cha-
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- LÀ NATURE.
- cune); le pont blindé placé au-dessus de la ceinture a 51 millimètres d’épaisseur de plaques.
- L’artillerie de VAlexandra, disposée dans deux réduits, consiste, dans la batterie basse, en 8 canons de 25 centimètres (18 tonneaux), dont 2 peuvent tirer en chasse directe et meme croiser leurs feux un peu sur l’avant ; la batterie haute renferme 2 canons de 50 centimètres (25 tonneaux) tirant par le travers et un peu en dedans de la parallèle à la quille et 2 canons de 25 centimètres tirant par le travers et en retraite directe.
- Comme on le voit, le tir en chasse directe est assuré par A canons, dont 2 de 50 centimètres et 2 de 25 centimètres (poids de bordée : 906 kil.); le tir en belle d’un bord ou direct, par 1 canon de 50 centimètres et 5 canons de 25 centimètres (poids de bordée : 1177 kil.); enfin le tir en retraite, seulement par 2 canons de 25 centimètres (poids de bordée : 362 kil.).
- Ce dernier tir est donc très-sacrifié. Cela tient, suivant M, l’ingénieur Dislère (La guerre d'escadre et la guerre des côtes), à ce qu’on n’a pas voulu modifier les dispositions intérieures de la batterie, y pratiquer cette coupée si gênante pour tous les emménagements et qui existe, par exemple, sur les petites corvettes turques, telles que le Avni-lllafi et le Fethit-Bulend. Ces deux batteries superposées sont protégées par un réduit formé de plaques de 205 millimètres et placé un peu en dedans du contour extérieur du navire à la flottaison.
- Dans le réduit, inférieur, les deux pièces de l’avant, dont les sabords sont percés dans la traverse avant, sont séparées du reste de la batterie par un pare-éclat, cloison cuirassée avec des plaques de 102 millimètres. Cette disposition, que l’on rencontre sur plusieurs autres cuirassés nouveaux, est due à la préoccupation du rôle que les navires d’escadre sont appelés à jouer dans les combats futurs.
- Le combat en pointe est considéré comme devant se présenter le plus souvent, et, dans cette prévision, j on cherche à se préserver contre les coups d’enfi- | lade; on protège le plus de pièces possible contre lés éclats d’obus pouvant pénétrer par les sabords de chasse ; on dispose au besoin des soutes à charbon transversales sur l’avant des appareils évapora-toires.
- Les entreponts de Y Alexandra sont très-vastes et très-élevés ; les formes du navire à l’arrière, par suite des dispositions prises pour assurer le tir en retraite seulement aux gaillards, sont un peu bizarres et analogues à celles de nos garde-côtes du type Cerbère. Des quilles latérales sont destinées à amortir le roulis.
- Le navire, construit dans le bracket frame System, est décomposé en compartiments très-nombreux, d’abord par neuf cloisons transversales, puis par deux grandes cloisons longitudinales en abord et une cloison médiane; cette dernière divise les chambres des machines en deux parties distinctes et
- l’emplacement des chaudières en quatre groupes, j ayant chacun leur chambre de chauffe ; enfin, dans j les compartiments extrêmes, plusieurs cloisons liori-1 zontales très-rapprochées limitent les dangers d’avaries. Un bordé en bois de teak peu épais est appliqué sur la carène en fer au moyen de boulons à écrous à l’intérieur ; il n’est pas calfaté et est doublé t en zinc. C’est là encore une des dispositions imitées du système de Y Inconstant, et, comme le remarque M. Dislère, qui présagent en cours de campagne des avaries fréquentes et bien difficiles à réparer.
- Le navire est mû par deux hélices ; les machines à trois cylindres et à pilon devaient réaliser 8000 chevaux ; elles en ont atteint 8600 aux essais. Elles sont du système dit composé, avec un cylindre à haute pression et deux cylindres à basse pression. Les chaudières au nombre de douze sont ovales ; leur surface de chauffe est de 6675 mètres et elles fonctionnent à une pression de 64 kil. 523 par centimètre carré. Elles sont munies de soupapes de sûreté supplémentaires et de deux manomètres pour chacune d’elles,
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- Fig. % — Vue intérieure de VAlexandra, cuirassé anglais
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- gradués l’un à 36kil. 520, l’aulre à 54kil. 480. L’approvisionnement de 508 tonneaux de charbon correspond à 1440 milles à toute vitesse, en supposant une consommation de 1 kil. par chevalet par heure. Aux essais, la vitesse obtenue, qui, nous l’avons dit, devait être de 14 nœuds, en a atteint 16.
- La voilure de VAlexandra est celle des trois-mâts barque ; elle a une surface de 2346 mètres carrés, soit environ 17,9 fois la surface du maître couple.
- Ajoutons à tous ces détails que d’après une décision récente de l’Amirauté, VAlexandra doit recevoir un appareil à lancer les torpilles du système Whitehead, qui sera placé, non en dessous de la flottaison, comme dans les autres bâtiments, mais presque à la hauteur du pont principal. Des trous pour les tubes seront percés à l’avant et à l’arrière, à travers la muraille cuirassée et à une hauteur d’environ 3 mètres au-dessus de l’eau.
- L'Alexandra est en service ; il porte en ce moment le pavillon du commandant de l’escadre anglaise de la Méditerranée. L. R.
- STATISTIQUE
- DES MARIAGES CONSANGUINS
- EN FRANGE.'
- Nous empruntons à un remarquable travail sur la consanguinité, dû à la plume de M. le docteur La-cassagne les intéressants documents qui suivent.
- Rappelons comment est faite la statistique de France, celle de 1872, par exemple. La population est partagée en trois grandes divisions.
- 1° Le département de la Seine, où la densité de la population est au maximum, soit de 2 220 060 habitants.
- 2° La population urbaine, qui vit dans les localités (sauf la Seine) où il y a plus de 2000 habitants. Elle compte 8 993 995 individus.
- 5° La population rurale formée par le reste du territoire. Elle compte 24 888 904 ou plus des deux tiers de la population totale de France.
- Voici comment se sont répartis les mariages, contractés en 1872, dans ces différentes collectivités :
- Département de la Seine, . 25131 ou 1,13 p. 100
- Population urbaine .... 86 428 ou 0,96 —
- Population rurale...... 241195 ou 0,91 —
- Ainsi, les mariages sont plus fréquents dans les villes et surtout à Paris (y compris la banlieue) que dans les campagnes. li est vrai qu’une grande partie de la population adulte de celles-ci émigre vers les villes, ce dont il faut bien tenir compte, mais en recherchant quelle est la population mariable dans la Seine et dans les autres départements, on voit qu’elle est dans la Seine de 33 pour 100, et dans les autres départements seulement de 23 pour 100.
- Dans la Seine, le rapport des mariages à la population est de 7 pour 100, dans le reste de la France il est de 8,1 pour 100. Donc, en réalité, on se marie moins dans la Seine, quoique les mariages y paraissent plus nombreux. Il faudrait pour bien résoudre ce problème, que la statistique pût nous renseigner sur le nombre de Parisiens et
- de provinciaux.se mariant dans le département de la Seine.
- Étudions maintenant les relevés statistiques des mariages consanguins en France de 1861 à 1874. Nous les avons résumés, dit M. Lacassagne, dans quatre tableaux qui nous ont conduit aux résultats suivants.
- 11 y a toujours en France plus de 3000 mariages consanguins par an : en moyenne 3536. Pendant cette période, on voit très-nettement accusée l’influence des événements de 1870-1871, et l’année 1872 est marquée par un accroissement notable (surtout pour les mariages entre beaux-frères et belles-sœurs. Il est bien entendu que nous n’avons pas tenu compte de ceux-ci dans nos différents calculs. Si nous les mentionnons toujours à part, c’est qu’il nous a semblé intéressant de ne pas négliger un élément qui a une importance incontestable au point de vue des conséquences sociales).
- Pendant ces quatorze années, les mariages consanguins sont restés à peu près stationnaires. Toutefois, ils semblent diminuer dans ces dernières années (seuls, les mariages entre beaux-frères et belles-sœurs suivent une marche ascendante très-manifeste).
- Sur 100 mariages de tous genres, en France, on compte:
- 0,021 mariages entre neveux et tantes.
- 0,059 — oncles et nièces.
- 1,131 — cousins germains.
- 1,212 mariages des trois catégories.
- La différence de nos résultats et de ceux de Boudin tiennent certainement à un relevé plus exact de la statistique, qui, ainsi que nous l’avons dit, se fait plus convenablement depuis 1863.
- Les mariages consanguins dans la population rurale, ont conservé à peu près la même fréquence (les mariages entre beaux-frères et belles-sœurs ont augmenté).
- Sur 100 mariages de tous genres, dans la population rurale, il y a :
- 0,024 mariages entre neveux et tantes.
- 0,056 — oncles et nièces.
- 1,190 — cousins germains.
- 1,270 mariages des trois catégories.
- Ce dernier résultat est un maximum. C’est à la campagne que les mariages consanguins présentent leur plus grande fréquence.
- C’est au milieu social le moins avancé que sont accordées la plus grande partie des dispenses données par les autorités civiles ou ecclésiastiques.
- Dans la population urbaine, les mariages entre neveux et tantes, entre cousins germains, deviennent moins fréquents ; cette diminution est moins accusée pour les mariages entre oncles et nièces. D’une manière générale, pendant ces dernières années, le nombre des mariages consanguins, dans la population urbaine, semble diminuer.
- Sur 100 mariages de tous genres, dans cette population, il y a :
- 0,016 mariages entre neveux et tantes.
- 0,0602 — oncles et nièces.
- 0,960 — » cousins germains.
- 1,036 mariages des trois catégories.
- Dans le département de la Seine, ce qui frappe, c’est l’absence presque complète des mariages entre neveux et tantes, pas même un par an, pendant cette période. Depuis 1871, il n’y en a pas eu un seul cas.
- Les mariages entre oncles et nièces, dont la fréquence
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- LA N AT U HE.
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- est au contraire remarquable, ont lieu à peu près dans les mêmes proportions. La diminution est surtout sensible pour les mariages entre cousins germains (les unions entre beaux-frères et belles sœurs augmentent).
- Sur 100 mariages de tous genres, il y a :
- 0,0004 mariages entre neveux et tantes.
- 0,081 — oncles et nièces.
- 1,138 — cousins germains.
- 1,219 mariages des trois catégories.
- Si, comparant ces différents résultats, nous cherchons le rapport des mariages consanguins entre eux, nous arrivons au tableau suivant :
- SUR 100 MARIAGES CONSANGUINS EN FRANCE ÏS 2 a 6-i hJ < < a o 1 * 'A © a £ £ < < g g 1 3 K u U £ SS a W CA S < | a
- Entre cousins germains. 93 91 92 93
- Entre oncles et nièces. . 5 1 3,8 6,5
- Entre neveux et tantes . 2 2 1.6 0,101
- —<>•
- LES NOUVELLES
- MACHINES ÉLECTRIQUES
- Nous avons fait connaître aux lecteurs de la Nature la publication du Traité d’électricité statique de M. Mascart. Nous revenons aujourd'hui sur ce sujet pour leur signaler par des extraits le chapitre des Machines électriques, qui est fort complet et qui décrit les plus récents et les plus ingénieux de ces instruments. On verra que dans cette branche, la physique a aussi progressé depuis une vingtaine d’années.
- Nos souvenirs classiques nous reportent à la machine à frottement, qui était caractérisée par les deux types de Nairne et de Ramsdcn, trop connus pour que nous les rappelions ici.
- Nous parlerons des machines fondées sur l’influence et le transport.
- La plus remarquable de cette catégorie est celle qui a été construite par M. Holtz; elle agit comme un électrophore continu. Elle se compose d’un plateau vertical I) (fig. 1), en verre mince verni à la gomme-laque, que l’on fait tourner avec une vitesse de 5 à 10 tours par seconde. En face de ce plateau mobile et à une petite distance est un plateau fixe D' un peu plus large, percé d’une grande ouverture centrale qui laisse passer l’axe de rotation, et dans lequel on a taillé deux fenêtres rectangulaires F et G aux extrémités d’un même diamètre. Sur l’un des bords de chacune des fenêtres est collée une armure de papier A appliquée sur les deux faces et munie d’une ou deux languettes a terminées en pointe dans la partie évidée; les deux armures A et B servent d’inducteurs et sont disposées symétriquement par rapport à l’axe de rotation. La première est seulement pointillée sur la figure pour laisser voir les pièces situées derrière.
- De l’autre côté du plateau mobile sont placés deux conducteurs isolés P et N terminés par des peignes qui se trouvent dirigés vers les armures de papier ; ces deux conducteurs peuvent être réunis par une sorte d’excitateur à manches d’ébonite, dont on rapproche ou éloigne les branches à volonté.
- Quand on veut mettre l’appareil en activité, on relie d’abord les conducteurs P et N entre eux, en amenant au contact les boules P' et N', on fait tourner le disque mobile dans une direction contraire à celle des pointes des armures en papier, et on électrise l’une de ces armures a. Il suffit, pour cela, d’en approcher une plaque d’ébonite que l’on a électrisée en la frottant avec la main ou avec une peau de chat.
- Le fluide qu’on a apporté en a persiste tant que la machine fonctionne, mais disparaît aussitôt qu’elle n’est plus en mouvement, il faut alors de nouveau amorcer l’instrument. On évite cet inconvénient par des modifications diverses; nous citerons celle apportée par M. Carré.
- Ici le corps influent est un disque dont l’état électrique est entretenu par un frottement continu. Ce disque A (fig. 2), en ébonite ou en verre, qui passe entre deux coussins de cuir D, est porté directement sur l’axe de la manivelle M ; u ne poulie montée sur le même axe communique, à l’aide d’une corde, une rotation beaucoup plus rapide à un autre disque en ébonite B d’un grand diamètre. En face de ce deuxième plateau sont deux peignes E et F, dont le second est opposé à une feuille d’ébonite fixe, munie d’armures terminées par des pointes et destinée à servir de deuxième inducteur, comme dans la machine de Holtz. Le peigne supérieur communique avec un conducteur isolé C, et le peigne inférieur est aussi isolé ou communique avec le sol ; une branche mobile T sert d’excitateur.
- Nous arrivons aux travaux de l’inventeur le plus fécond dans ces dernières années, qui est, sans contredit, M. W. Thomson.
- Citons d’abord le reproducteur de charge. Une roue C en ébonite (fig. 3 et 4) porte un certain nombre de lames métalliques isolées, disposées en secteurs sur les deux faces et figurant à la circonférence comme des dents d’engrenage. Deux lames métalliques I et R, recourbées de façon à envelopper presque complètement la moitié de la roue (l’une d’elles est indiquée seulement par un pointillé) jouent en même temps le rôle d'inducteur et de récepteur, c’est-à-dire qu’elles agissent par influence sur un conducteur intermédiaire F et reçoivent ensuite, par l’effet du mouvement, l’électricité ainsi développée; il en résulte que la charge de chacune d’elles augmente d’abord en progression géométrique, comme dans tous les appareils analogues. Deux ressorts récepteurs i et r, communiquant séparément avec les enveloppes métalliques dans l’intérieur desquels ils sont placés, reçoivent l’électricité apportée par les différents secteurs et la communiquent en totalité aux enveloppes correspondantes. Deux
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- LA NATURE.
- autres ressorts i' et r' dits connecteurs, placés à la suite des précédents dans le sens de la rotation de la roue, communiquent entre eux par un fil métallique F.
- Supposons que l’un des inducteurs, I par exemple, soit d’abord chargé d’électricité négative; le ressort connecteur correspondant i' se charge d’électricité positive qu’il communique aux dents successives de la roue, lesquelles, par le ressort récepteur r, transmettent cette électricité au deuxième inducteur R. Le ressort connecteur opposé r' se charge de même d’électricité négative, qui revient ensuite, par les secteurs et par le ressort récepteur i, au premier inducteur I.
- Dans l’instrument construit par M. Thomson, la roue n’avait pas plus de 2 pouces de diamètre et pouvait être mise en mouvement par le moteur d’un
- Fig. 1. — Machine électrique île Iloltz.
- télégraphe de Morse; quelques secondes seulement après la mise en train, il se produisait des aigrettes brillantes et des étincelles entre les différentes parties de l’appareil, même lorsque les inducteurs et les connecteurs avaient été réunis entre eux pendant plusieurs jours et déchargés avec le plus grand soin.
- Une pile sèche de 40 éléments, dont les deux pôles étaient mis en communication séparément avec les deux inducteurs, suffisait pour charger la machine ou renverser subitement les signes électriques.
- Cet appareil a servi à M. Thomson, par exemple, pour entretenir la marche constante d’une autre machine plus simple destinée à recueillir les signaux du câble transatlantique. Celle-ci était formée d’un inducteur I sans ressort récepteur, dans l’intérieur duquel était un ressort i' en communication avec le sol, et d’un récepteur R avec son ressort r. L’inducteur 1 étant maintenu à une tension constante, les dents de la roue se chargeaient d’électricité con-
- traire, au contact du ressort i\ et transportaient constamment cette électricité au récepteur R, dont la charge allait ainsi continuellement en croissant.
- L’appareil suivant nommé égaliseur de tension par M. W. Thomson, fonctionne comme une suite de contacts par un plan d’épreuve pour établir sur un conducteur la tension qui existe dans l’atmosphère ambiante.
- Un disque d’ébonite C (fig. 5) tournant autour d’un axe vertical, porte un certain nombre de chevilles de métal sur lesquelles s’appuient, deux ressorts R et R' en communication avec les deux électrodes d’un électromètre. Si l’un de ces ressorts est soumis à l’influence d’un corps électrisé, les chevilles qui s’en détachent successivement emportent d’une
- Fig. 2. — Machine (le Carré.
- manière continue l’électricité de signe contraire à celle du corps influent, jusqu’à ce que la densité électrique à l’extrémité du ressort soit nulle. Si les deux ressorts sont en même temps soumis à l’in— fluence de deux conducteurs à des tensions différentes, l’équilibre sera atteint au bout d’un certain temps, et assez rapidement, parce que l’électricité enlevée à l’un des ressorts est portée sur l’autre ; la différence de tension des deux ressorts ou des deux électrodes de l’électromètre sera proportionnelle à celle des deux corps influents. 11 suffit, par exemple, d’approcher de cet appareil, à la distance de plusieurs pouces, un cristal de tourmaline PN que l’on à échauffé et qu’on laisse refroidir (on sait que, dans ces conditions, l’une des extrémités du cristal P devient positive et l’autre N négative), pour que, dans un électromètre ’dont la graduation permet d’apprécier la différence de tension de 5 éléments de Volta, la déviation de l’aiguille sorte des limites de l’échelle.
- Nous terminerons cette rapide revue des inven-
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- LA NATURE
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- tiens de M. ü. Thomson par la machine électrique à écoulement. Un tube métallique T (fig. 6) communiquant avec le sol, est placé dans l’intérieur
- Fig. 3. — Reproducteur de charge de W. Thomson.
- d’un cylindre de métal I que nous appellerons l'inducteur, porté à une tension négative; ce tube s’électrise positivement, et si on laisse échapper des
- Fig. 4. — Reproducteur do charge de W. Thomson.
- gouttelettes liquides, elles emporteront de l’électricité contraire qui se reproduira indéfiniment. Ces gouttes tombent dans un antre cylindre de métal R,
- Fig 5. — Égaliseur de tension de W. Thomson.
- le récepteur, qui porte dans l’intérieur un entonnoir dont le bec s’ouvre au milieu du cylindre ; l’électricité des gouttes se répand à la surface du récepteur, et elles s’écoulent ensuite à l’état neutre par
- le bec de l’entonnoir. La charge du récepteur augmente donc de plus en plus, jusqu’à ce que l’appoint électrique des nouvelles gouttes soit équilibré par les pertes, ou bien qu’il se produise des étincelles entre les deux cylindres, ou encore que les gouttes électrisées qui s’échappent de l’orifice du tube T ne tombent plus dans le récepteur, parce qu’elles sont rejetées latéralement par la répulsion électrique qu’elles en éprouvent.
- Dans les conditions actuelles, il est nécessaire d’entretenir la tension de l’inducteur I par une source étrangère ; mais on conçoit aisément que deux appareils semblables puissent être disposés de façon à réagir l’un sur l’autre et augmenter réciproquement leurs charges électriques. 11 suffit, pour cela, que le récepteur R (fig. 7) du premier communique avec l’inducteur 1' du second, et le récepteur R' du second avec l’inducteur 1 du premier ; les gouttes écoulement, qui tombent du second inducteur I' sont alors chargées d’électricité négative que l’on recueille
- Fig. 7. — Machine, électrique à écoulement.
- dans le récepteur R', lequel augmente la charge du premier inducteur I. M. Thomson réunit en outre les deux conducteurs séparément avec les armatures intérieures de. deux bouteilles de Leyde A et B. Ces
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- S
- Fig. G. Inducteur de la
- machine à
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- LA NATURE.
- bouteilles sont formées de bocaux cylindriques en flint de Glascow, garnies d’étain à l’extérieur et renfermant une certaine quantité d’acide sulfurique concentré; dans le liquide, plongent des tiges de plomb terminées par des plaques de plomb à la partie inférieure. Ces tiges sont entourées de tubes de verre et passent à travers un couvercle en ébonite, de sorte que l’air absolument sec renfermé dans la bouteille n’éprouve pas d’échanges avec l’atmosphère. Si le verre est de bonne qualité, l'isolement de ces bouteilles peut être assez parfait pour que la perte électrique ne dépasse pas un centième de la charge en trois ou quatre jours.
- Dans ces conditions, d’après M. Thomson, l’une des bouteilles étant électrisée à une tension assez faible pour n’être appréciable qu’avec un électromètre très-délicat, on ouvre les robinets pour laisser écouler l’eau goutte à goutte ; on voit alors ces gouttes se subdiviser en gouttelettes très-petites qui se séparent par leurs répulsions réciproques. Au bout de quelques minutes, il se produit en quelque partie de l’appareil une succession rapide d’étincelles, ou bien le liquide qui tombe n’entre plus dans les récepteurs. Les gouttes sont alors rejetées latéralement et produisent l'effet d’un tourbillon de neige, comme si elles étaient soustraites à la pesanteur ; les unes remontent et s’appliquent à la surface extérieure des inducteurs, les autres décrivent des courbes bizarres et sont lancées à une assez grande distance. On évite en partie cet inconvénient en garnissant les récepteurs de tubes de verre qui forment entonnoirs.
- La valeur dynamique de l’électricité ainsi produite provient de l’énergie du liquide qui tombe ; elle serait égale au travail de la pesanteur sur les gouttes liquides pendant leur trajet, si ces gouttes arrivaient aux récepteurs avec une vitesse nulle, et elle correspond exactement à leur perte de force vive. La déperdition était tellement faible dans l’appareil de M. Thomson, qu’il pouvait rester électrisé pendant des années à l’aide d’un écoulement de liquide insignifiant ; une seule goutte, par exemple, tombant de chaque tube toutes les trois minutes, était suffisante pour maintenir la charge constante.
- Ch. Bontemps.
- CHRONIQUE
- £ncydopédie chinoise. — Le British Muséum, se propose, dit l’Athceneum, d’ajouter à sa bibliothèque une rare, curieuse et volumineuse encyclopédie chinoise qui est en ce moment mise en vente à Pékin. La Bibliothèque nationale de Paris possède depuis longtemps une encyclopédie chinoise en 50 volumes in-4°, intitulée le Kou-kin-i-tong, et qui remonte à une période correspondant à l’an 220 de l’ère chrétienne.
- Il est remarquable, dit le Times, que parmi un grand nombre de très-anciennes découvertes mises en pratique par ce peuple ingénieux, mais oubliées ou découvertes de nouveau de notre temps, et considérées comme nouvelles, se trouve l’emploi des anesthésiques : dès cette époque et
- probablement bien antérieurement, les chirurgiens chinois s’en servaient dans leur pratique sous le nom de Hao-Tho et administraient à leurs malades une préparation de ma-oy, autrement dit de cannabis Indica, qui est le chanvre du pays ; après quelques minutes, le patient devenait « comme mort » et restait insensible aux piqûres, aux incisions et aux amputations.
- Longévité des orangées. — On peut se faire une idée de la longévité qu’atteignent les orangers par le fait suivant : Le magnifique oranger que l’on admire dans l’orangerie du palais de Versailles, et qui est connu sous le nom de Grand-Connétable, de François I81 et de Grand-Bourbon, a plus de quatre cent cinquante ans. Il provient de quelques pépins d’une orange amère semée dans un pot, au commencement du quinzième siècle, par Éléonore de Castille, femme de Charles III, roi de Navarre. Les orangers qui en sortirent furent ensuite conservés dans la même caisse jusqu’en 1499, à Pampelune. C’est en 1684, plus de deux siècles et demi après leur naissance, que les orangers de Pampelune furent transférés à Versailles. Le Grand-Connétable, que l’on peut considérer comme le doyen de tous les orangers, est toujours très-vivace et ne parait nullement ressentir les atteintes de la vieillesse.
- Élevage des autruches au Cap. — La description suivante d’un établissement d’élevage d’autruches, à Grahamstown, donnera une idée générale de ces sortes de fermes. Cent soixante-dix oiseaux environ y sont entretenus ; sur ce nombre, deux mâles et quatre femelles sont tenus à part pour la reproduction, tandis que les autres, depuis les jeunes poussins jusqu’aux oiseaux de deux ans, sont destinés à la production des plumes, principal objectif de l’éleveur. Rarement on permet aux autruches de couver les œufs, mais on se sert de l’incubateur ; de cette manière on obtient un nombre plus considérable de jeunes, qui sont aussi robustes que s’ils avaient été élevés par les parents. L’incubation a lieu au mois de juin, mais l’époque varie dans les différentes parties de l’Afrique. La période d’incubation est de quarante-trois jours, et les petits, en sortant de l’œuf, ont la grosseur d’un poulet. On les nourrit rarement le premier jour de leur naissance, mais au deuxième et quelquefois au troisième seulement on leur donne de l’herbe très-tendre ; même à cet âge ils avalent déjà de petits cailloux qui aident à la digestion. On conserve les jeunes oiseaux à l’abri pendant la nuit, les plus délicats sont même placés sous une mère artificielle ; quand ils ont atteint l’âge de quelques mois, on les met dans un enclos, où ils sont régulièrement nourris d’herbe fine et de luzerne. Il est très-amusant de voir les aulruchons gambader autour du jeune moricaud commis à leurs soins ; à son appel, ils courent vers lui, dansent et montrent une grande agilité. Dans un enclos adjacent se trouvent des oiseaux plus âgés, de un à deux ans. Les reproducteurs sont séparés et, quoique très-familiers, se montrent parfois très-belliqueux ; lorsqu’ils sont excités, ils se montrent des adversaires dangereux. Tous les oiseaux jeunes sont ramenés dans une cabane le soir ; plus gixmds, ils n’en ont plus besoin ; cependant chaque enclos a un bout de toit servant d’abri en cas de grêle ou forte pluie, et dans lequel les jeunes sont renfermés la nuit. Au Cap, la principale nourriture des autruches consiste en luzerne et herbe, et l’on a grand soin de toujours placer à leur portée des cailloux et du sable. Les plumes obtenues de ces oiseaux captifs sont de plus belle qualité que celles qu’on obtient des espèces sauvages, car elles ne, sont ni endommagées, ni salies, et leur croissance est hâtée
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- par une nourriture réglée : pas trop ni trop peu à manger. Elles sont récoltées sans faire souffrir les oiseaux, et avant qu’elles puissent être endommagées par la terre, comme éela arrive lorsqu’elles tombent naturellement.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du la juin 1877.
- M. Cazin expose les recherches qu’il a faites sur le spectre de l’étincelle électrique dans l’azote à diverses pressions. Il résulte de ces expériences, que la continuité apparente du spectre de l’étincelle dans un gaz comprimé ne résulte par l’élargissement indéfini des lignes spectrales, (pie cette étincelle contient des particules gazeuses qui produisent des lignes plus ou moins estompées, et des particules solides ou liquides qui produisent un cercle continu. Quand la pression croit, ces dernières deviennent prédominantes, et leur spectre empêche de distinguer le cercle linéaire des particules gazeuses. On peut comparer le trait de feu à la partie brillante d’une flamme de bougie, et l’auréole à la base bleue de la même flamme.
- Dans une première série d’expériences, on a observé directement le spectre de l’azote jusqu’à 40 atmosphères, sans cesser de distinguer 3 lignes de l’azote, dépassant le bord de la bande spectrale continue.
- Dans une deuxième série d’expériences, on a photographié le spectre de l’étincelle dans l’azote à la pression ordinaire.et à 8 atmosphères. L’étincelle éclatait perpendiculairement à la fente du spectroscope, de façon qu’on avait au milieu de la photographie le spectre du trait de feu, et de part et d’autre celui de l’auréole. Le premier de ces spectres était déjà presque continu à 8 atmosphères, tandis que le second ne différait pas sensiblement de celui qu’on obtenait à 1 atmosphère.
- M. Cazin montre par projection quelques-uns des clichés qu’établissent ces faits et d’autres qui s’y rattachent.
- M. Mouton fait fonctionner un spectroscope stellaire de M. Lutz, disposé de manière à faire voir le spectre d’une flamme éloignée.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2o juin 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Physique solaire. — Poursuivant le cours des belles recherches dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs, M. Tacchini (de Païenne) signale des phénomènes éruptifs récemment en activité sur le soleil. Durant les premiers jours de ce mois, l’astre se montrait absolument dépourvu de taches, mais le 3, on en vit une de 50 à 40 secondes, qui persista assez longtemps pour parvenir le 13 sans diminution sur le hord, où son étude spectroscopique put être entreprise. M. Tacchini vit s’élever de ce point du globe, d’énormes flammes chromosphériques, et il suivit au-dessus d’elles les évolutions d’un gigantesque amas nébuleux, où la matière arrivait sans cesse, tourbillonnait, puis disparaissait. Peut-être, écrit l’auteur, M. Janssen n’a-t-il jamais assisté dans d’aussi excellentes conditions au développement d'une éruption solaire.
- Métamorphoses des pucerons. — M. de Lichtenstein signale chez divers pemphicus la présence d’un état ailé et sexué, tout à fait analogue aux formes bien connues du phylloxéra. Il en conclut divers faits relatifs à ce dernier lui-même»
- Phosphate de chaux vitreux. — Par une manipulation qu’on n’a pas décrite à la séance, mais qui consiste peut-être en une fusion pure et simple. M. Sidot amène le phosphate tribacique de chaux à l’état d’un verre admirable de pureté et presque à la confection de tous les instruments d’optique. L’indice de réfraction de cette belle substance, est égale à 1.523, c’est-à-dire intermédiaire entre celui de Crow-glass et celui de Flint-glass. Comme le phosphate de chaux est inattaquable à l’acide fluorhydrique, l’auteur pense qu’on pourrait en faire des besicles préservatrices pour les ouvriers graveurs en verre, et, c’est une idée qui mérite évidemment d’être examinée.
- Nouvelle cartouche. — Un botaniste des plus éminents, M. Cosson paraît devoir faire faire un grand progrès à la construction des cartouches de chasse destinées aux fusils Lefaucheux. Par une disposition très-simple et que nous n’avons pas à décrire, il arrive réellement à projeter tout à coup un dard de gaz enflammé dans l’axe même de la charge de poudre et vers le tiers inférieur de sa hauteur. A portée et à pénétration égale, l’économie de poudre est énorme. La portée est améliorée et régularisée, et la distribution du plomb lors de son éparpillement est beaucoup plus régulière. La force de pénétration est considérablement augmentée ; le recul est presque annulé. Enfin, après le tir, on retrouve intacte la douille de la cartouche.
- La mer d'Afrique. — Dans une lettre lue récemment à l’Académie, M. Ch. Naudin appréciait de la manière suivante le projet émis par M. Rondaire, d’inonder lesChotts et de les transformer ainsi en une mer intérieure : « En remplissant d’eau de mer les bassins] peu profonds des Chotts algériens, on n’aura très-probablement abouti qu’à établir, de main d’homme et à coups de millions un immense foyer pestilentiel, bien.autrement dangereux que les Maremmes de la Toscane ou les marais Pontins.... Quelle sera la profondeur de cette mer artificielle sur son contour 1 On peut dire qu’elle sera nulle à cause de la faiblesse des pentes. Supposez les Chotts remplis par la mer, leur périmètre ne sera qu’une plage basse, de plusieurs kilomètres de largeur, alternativement noyée dans la saison des pluies, et laissée à sec pendant l’été, inabordable à la batellerie, et où se trouveront réunies toutes les conditions de la plus redoutable insalubrité...., conditions qui auront pour conséquence une active pullulation d’organismes végétaux et animaux. La putréfaction de ces organismes ne pourra manquer de corrompre l’air à plusieurs lieues à la ronde, et rendra fort dangereux le voisinage de cette prétendue mer intérieure. »
- A ces critiques, M. Rondaire répond par l’intermédiaire de M. de Lcsseps, que si le fond des Chotts n’a généralement qu’une faible pente, il en est tout autrement des bords qui sont très-nettement déterminés par une inclinaison fortement prononcée. L’eau des Chotts qui serait en communication avec la mer, ne produirait donc pas, entre ses laisses, de zones de terrains très-étendues et très-dangereuses par leur insalubrité.
- Dissociation. —D’après M. Coquillon, le palladium métallique possède la propriété de dissocier les carbures d’hydrogène. Du carbone libre se dépose, et le palladium profondément altéré revient extrêmement cassant.
- Fer natif du Brésil. — La masse do fer découverte à Sainte-Catherine, et dont nous avons déjà parlé, est décidément, d’après une nouvelle lettre de M. Guignet, d’origine météorique. Elle pèse 25 000 kilogr., et dépasse par conséquent en poids tous les autres blocs analogues*
- Stanislas Meunieiw
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- LE SAULE BLANC
- Le Saule blanc (Salix alba, de Linn.), plus vulgairement connu sous les noms de Saule commun et de Grand Saule des bois, est un arbre très-répandu dans toute l’Europe, le long des cours d’eau, dans les marais, les prés et les bois humides.
- Il appartient à la famille des Salicinées ou des Saliacces et au genre Salix (du celtique sal lis, près de l’eau).
- Son tronc s’élève de 10 à 15 mètres et est couvert d’une écorce grisâtre, crevassée; celle des rameaux est verdâtre et lisse. Ses feuilles sont simples, alternes, lancéolées, acuminées, finement dentées, légèrement pubescentcs, presque sessiles, caduques, et sont accompagnées de stipules également caduques. Ses Heurs sont dioïques ou unisexuelles et . disposées en chatons solitaires, écailleux, pédiculés et latéraux ; elles se montrent au printemps en même temps que les feuilles.
- Les fleurs mâles ont 2 étamines à filets poilus et à anthères arrondies jaunes, bilobées et s’ouvrant longitudinalement; les fleurs femelles ont un style très-court à deux stigmates bifides, à ovaire uniloculaire, mul-tiovulé. Le fruit est une capsule uniloculaire, bivalve, renfermant plusieurs graines petites et portant une aigrette de longs poils soyeux près du hile.
- Le bois de son tronc est léger, tendre et blanc, et sert à confectionner divers ouvrages de menuiserie commune; les boulangers l’emploient pour le chauffage de leurs fours. Avec ses grosses branches on fait des échalas, des cercles de cuves, de futailles, etc. Avec ses jeunes brandies on fait des ruches communes pour y élever des abeilles, etc. Le charbon de ses branches et de ses'rameaux entre dans la composition des crayons communs et de la poudre. Son écorce est amère, fébrifuge et astringente. On l’emploie pour le tannage des cuirs. On en extrait une couleur rouge servant dans la teinture. En 1825, Fontana en retira la salicine, matière qui a été proposée comme succédanée du sulfate de quinine dans le traitement des fièvres intermittentes. On en obtient aussi de Yacide salicylique employé comme antiseptique et préco-
- nisé par divers apiculteurs allemands comme le plus précieux spécifique pour guérir les colonies d’abeilles atteintes de la loque maligne ou pourriture du couvain.
- Anciennement on conseillait l’emploi de sa sève pour diverses maladies des yeux; son eau distillée contre les hémorrhagies ; ses fleurs comme cordiales. On recommandait la décoction de ses feuilles ainsi que la lessive des cendres de son bois pour tuer les sangsues introduites dans le pharynx. On employait son écorce réduite en cendres et trempée dans du vinaigre pour détruire les furoncles, les cors, les durillons et les poireaux. Cette écorce pulvérisée et mêlée à du miel et à de la chaux vive a été employée pour faire disparaître les verrues des chevaux. Les bains d’écorce ont été essayés contre les scrofules et la décoction d’écorce a été longtemps employée comme antiseptique contre les ulcères, la gangrène et la pourriture d’hôpital.
- Le Saule blanc croît rapidement et se plaît dans les sols humides et tourbeux, dans les plaines et les vallées et toutes les expositions lui sont bonnes.
- On le propage de semis, de marcottes et de rejetons. Dans les bois on le cultive en taillis, mais dans les prés, etc., rarement on lui laisse sa forme naturelle et on l’exploite le plus souvent en têtards. Sous cette forme, par suite de l’action des agents atmosphériques, son tronc se caverne et s’entr’ou-vre progressivement.
- Le saule-osier (Salix Vitel-lina de Linn.), remarquable par la couleur jaune de ses rameaux, s’utilise d’une manière lucrative en le transformant en osc-raies.
- On choisit un sol analogue à ceux que nous venons de citer. On le dispose par plates-bandes en le surélevant. Le sol ainsi préparé pendant l’été, la plantation se fait vers la lin de février.
- Plusieurs botanistes réunissent à ces espèces le saule argenté. Aug. Pillain.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissa muer.
- Saule blanc.
- Saule osier ou osier jaune.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- K® 214. — 7 JUILLET 1877.
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- L’HYDNORA
- Dans un précédent article, la Nature (yoy. n° 181) a entretenu ses lecteurs d’une plante parasite, remarquable par la taille gigantesque de sa fleur, le Rafflesia. Cette plante est venue se ranger naturellement dans un groupe dont les représentants sont également parasites et charnus, et elle est même devenue le type de la petite famille des Rafflésia-cées. Pendant longtemps les végétaux qui présentaient ce mode particulier de parasitisme, qui est propre aux Rafflé-siacées, aux Cyti-nées et aux Rala-nophorées , furent réunies dans une même classe sous le nom de Rhizan-thées, parce qu’en effet les fleurs semblent se développer sur les racines mêmes des plantes qui les portent.
- Mais l’analogie de fonctions entraîne presque toujours des rapports de formes, et c’est là surtout ce qui a guidé les premiers naturalistes dans ce rapprochement.
- Depuis on a étudié de plus près ces plantes, et un jour viendra où elles seront, d’après leurs vraies affinités, rapprochées ou annexées à des familles dont elles n’ont nullement le port, mais venant s’y rattacher par des relations de structure intime plus ou moins étroites.
- Les Hydnora, dont nous parierons aujourd’hui, sont des végétaux sans feuilles, à tiges souterraines, rampant dans l’humus des forêts; elles sont marquées de 4 à 6 angles, parsemés de proéminences ayant tout à fait l’apparence de ventouses ou suçoirs, et qui facilitent leur adhérence aux racines des arbres aux dépens desquels les Hydnora vivent.
- S® aimée. — 2° semestre.
- Pendant longtemps la seule espèce connue était VH. africana, rapportée par Thunberg, botaniste suédois, qui, lors de son passage au cap de Ronne-Espérance, l’avait remarquée croissant sur les racines des grandes Crassulacées et des Euphorbes arborescentes de ces contrées. Depuis on en a découvert deux ou trois autres espèces, variant un peu
- dans leurs dimensions, et l’une d’elles est américaine. Enfin, tout récemment encore, M. le professeur Decaisne en a reconnu et publié trois autres espèces de différents points de l’Afrique, car ce genre paraît presque entièrement propre au continent africain.
- L’intérêt qu’offre déjà VHydnora par son singulier mode de végétation vient d’être augmenté par un fait-divers d’un numéro du Bulletin météorologique et agricole de Vile de la Réunion. Une espèce appartenant, dit-on, à VH. africana, mais qui paraît en différer, serait apparue à une époque assez récente dans notre colonie; on suppose qu’elle a été introduite de Madagascar, et elle est assez connue maintenant pour être communément désignée sous le nom de Rose de Noël, parce que, dit-on, elle épanouit ses fleurs le jour de Noël avec une précision presque mathématique. D’ailleurs, comme les autres espèces du genre, elle répand une odeur de viande gâtée, et le nom qu’elle porte semble quelque peu risqué.
- Cette fleur, dont la portion supérieure seule sort de terre, atteint, depuis son insertion jusqu’au sommet des divisions de son périanthe, de 15 à 20 centimètres. Ce périanthe se divise en cinq dents assez régulièrement, et, lorsqu’il est étalé, il simule une
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- étoile à cinq branches. A la gorge on partie tubuleuse de la fleur sont insérés trois ou cinq lobes d’étamines, mais dont l’ensemble en réalité forme un feston en forme de Y, répété autant de fois et dont les branches se touchent. Ce feston ininterrompu est formé d’anthères transvcrses très-nombreuses sc touchant étroitement, et le pollen qui en sort est vermiforme. Un ovaire occupe le centre de la fleur et dans sa cavité se développeront un grand nombre île graines. Un jour suffit pour flétrir cette fleur, qui est d’une couleur livide, et qui alors commence à dégager l’odeur infecte qui bientôt attire les mouches en quantité.
- Quand une localité est occupée par YHydnora, on voit le sol, peu de temps avant la floraison, se soulever, et de grosses protubérances comparées à d’énormes truifes sortir de terre : ce sont les bourgeons. Cette plante, qui recherche, pour s’v implanter, les racines du Bois noir (Adenanthera Pavonina) et celles du Filao (Casuarina equisetifolia), soustrait à ces arbres d’énormes quantités de tannin que leurs volumineux et nombreux rhizomes emmagasinent.
- Le développement de ces sortes de racines est si rapide et si puissant dans certaines circonstances, que ce parasite devient redoutable. L'Hydnora a pénétré, il y a quelques années déjà, jusque dans les villes de Saint-Paul et de Saint-Denis. « Leur masse occupe quelquefois une superficie si considérable, qu’une dame, chez laquelle cette plante avait élu domicile au grand préjudice de sa cuisine, dont elle soulevait tous les carreaux du sol, a fait fouiller et jeter à la mer plus de 50 sacs de débris souterrains de la plante, sans pouvoir l’extirper de son emplacement. Chaque année, le jour de Noël, de nouvelles fleurs apparaissent au môme endroit et se narguent de tous les moyens de destruction qu’on a essayé d’employer contre elles. »
- Sur la demande de M. Grandidier, qui a entrepris un gigantesque ouvrage sur l’histoire de Madagascar, M. Roussin a fait un dessin fidèle de YHydnora et en a fait prendre des photographies, et M. Deltcil a bien voulu se charger d’apporter en France des matériaux nouveaux de cette plante pour 1 étude.
- Thunberg rapporte que l’espèce du Cap a l’odeur de champignon et que les naturels la mangent étant cuite. La consistance coriace de toute la plante et son aspect peu engageant ne semblent pas donner une haute opinion d’un pareil légume et du goût des populations qui le consomment. J. Poisson.
- CONGRÈS INTERNATIONAL
- DES MÉTÉOROLOGISTES EN 1877
- A la suite du premier Congrès de cet ordre, assemblé à Yienne lors de l’Exposition universelle1, tin Comité permanent a été constitué pour publier
- 1 Voy. la Nature, 2“ année, 2e semestre, n°* 09 et 70.
- ses décisions, et pour préparer les éléments d’un deuxième Congrès. Ce Comité, réuni à Londres au mois d’avril 1876, a tenu cinq séances dont nous avons le compte rendu sous les yeux. Dans le cours de la session, M. le professeur Cantoni, délégué de l’Italie, a fait au nom de son gouvernement la proposition de réunir le prochain Congrès à Rome. Après l’avoir acceptée, le Comité a fixé l’ouverture des séances au 20 septembre de cette année. L’éloignement des pénibles circonstances dont est résulté l’abstention de la France il y a trois ans, nous fait espérer qu’elle pourra donner cette fois son concours à ces importantes recherches, auxquelles un grand nombre de ses savants ont fait faire de remarquables progrès.
- Lorsque dans la première séance, il a été question de la rédaction des instructions générales pour les observations, nous avons vu avec plaisir que celles qui sont dues à MM. Renou et Marié-Davv, figurent parmi les documents à examiner. — Dans la même séance, on a apporté une modification à l’échelle dont on s’est servi jusqu’à présent pour l’indication du temps dans le code télégraphique. L’échelle d-10 a été convertie en celle de 4-4, déjà employée pour l’état du ciel.
- Le terme de gradient est usité depuis quelque temps par beaucoup de météorologistes, pour exprimer le rapport existant entre les pressions barométriques dans deux stations situées à une distance convenue. D’après une proposition de M. Iloffmeyer, des mesures uniformes ont été adoptées pour la détermination de cet élément : dans le système métrique on devra compter des millimètres par degré (60 milles marins = 111 kilomètres), et dans le système anglais, des centièmes de pouce par 15 milles marins. Il est prescrit de placer en tête la station où la pression est la plus forte, et le gradient doit être donné autant que possible le long de normales aux courbes isobares, le dénominateur étant toujours l’unité de distance. Les dépêches télégraphiques devront toujours fournir des gradients suffisants pour montrer la forme des dépressions.
- Nous avons indiqué les signes adoptés par le Congrès de Yienne pour les hydrométéores. Nulle proposition n’a été faite pour les modifier, et il a été convenu que toute demande à cet égard doit être adressée au prochain Congrès.
- Le Comité recommande à chaque institut météorologique, de se charger à ses frais de l’étude de la climatologie spéciale de son propre pays, et d’en publier les résultats, pour les échanger ensuite d'institut en Institut. Comme il ne paraît pas possible de remettre à un Institut international, qui est encore à fonder, la discussion d’un ou plusieurs éléments météorologiques, embrassant des parties considérables du globe, pour en tirer des lois générales, la discussion des investigations internationales devra être partagée entre les instituts centraux des divers pays, et chaque pays aura à supporter les frais qu’elle entraîne. Des engagements ont été pris
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- entre plusieurs directeurs d’instituts pour l’échange des matériaux de la météorologie maritime.
- Les cartes synoptiques générales de M. Hoffmeyer, directeur de l'Institut météorologique de Copenhague, que nous avons fait connaître à nos lecteurs (3e année, 1875, 2e semestre, p. 36), ont reçu un excellent accueil des météorologistes, et le Comité a été heureux de constater que la souscription pour la seconde année s’est élevée à 205 exemplaires1.
- Les stations météorologiques situées sur les montagnes, tendent à se multiplier. Voici la liste de celles qui ont été établies jusqu’à présent :
- France : Italie : Suisse :
- Autriche :
- États-Unis
- Pic du Midi et Puy-de-Dôme. Stelvio et Col de Valdobbio.
- Grand Saint-Bernard, Bernina, Saint-Gothard, Juliers, Simplon, Bernhardin.
- Hoch Obir, Fleuss Goldzeche et Fleuss Zirmseehohe.
- Mount Washington et Pilce’s Peak.
- M. Buys-Ballot recommande, à propos des ballons captifs, le météorographe de Baumhaucr, et- désire qu’il soit examiné par les sociétés d’aéronautes.
- Une lettre de M. Joyner, résidant au Japon, rend compte du système récemment organisé à Tokei par le gouvernement japonais; une autre station a été créée à Kioto par le docteur Geerts. Ces deux observatoires sont munis d’appareils enregistreurs.
- Le Comité apprécie les heureux efforts qu’on a faits pour établir des stations, d’une part dans les îles de l’océan Pacifique, et de l’autre, au Groenland, au Labrador et en Islande. Il encourage l’ex-plorateur arctique, M. Weyprecht, dans son projet de placer un certain nombre d’observatoires aussi près que possible du pôle pour les études météorologiques et magnétiques.
- Dans la dernière séance, le Comité s’est occupé des préparatifs à faire pour le Congrès, et des rapporteurs ont été nommés pour la plupart des questions que nous venons de passer en revue, en y joignant : la réduction du baromètre au niveau de la mer, — la réduction des moyennes des observations en vraies moyennes, — la méthode à suivre pour déterminer les points fixes de l’échelle thermométrique, — les anémomètres, — le choix d’un méridien pour les cartes, — les observations simultanées, — les cartes synoptiques, — l’électricité atmosphérique et le magnétisme terrestre.
- Depuis assez longtemps les recherches météorologiques ont été séparément poursuivies en France par des groupes scientifiques qui n’ont pu encore s’unifier, comme en Angleterre, en constituant une direction générale semblable à celle du Goptiilé météorologique de la Société royale, dont l’iifflilence a été si efficace pour les progrès de la science. Notre
- * Les cartes de M. Hoffmeyer sont en dépôt à Paris, à la librairie Eillsson, rue de Rivoli, 212. Ces cartes sont brochées par trimestres, dont chacun se vend séparément 17 francs.
- délégué au futur Congrès aurait à représenter l’Observatoire de Paris, la Société météorologique de France et le centre spécial de Montsouris, au nom desquels il aurait à produire d’importants travaux, en exposant l’organisation des utiles institutions qui sont en cours de développement, tant pour le service maritime que pour le service agricole.
- F. Zcrcher.
- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE1.
- § III. — Période oligocène ou tongrienne.
- La nouvelle période végétale dont je vais tracer le tableau, fournit un argument de plus en faveur de ce que j’ai avancé au sujet de la connexion intime des âges successifs et- de l’impossibilité d’assigner à chacun d’eux des limites précises. Nous avons passé en revue les plantes qui entouraient le lac gypseux d’Aix, à la fin de l’éocène; la barrière étroite qui nous séparait de l’oligocène une fois franchie, nous allons voir ces mêmes plantes ou d’autres espèces leur ressemblant de très-près, continuer à se montrer dans des conditions qui restent les mêmes en apparence. Et cependant, à mesure que les niveaux géognostiques se superposent, et qu’on avance à travers un temps que l’éloignement seul nous fait paraître court, on commence à saisir des changements partiels : des espèces nouvelles et caractéristiques de la période suivante ou miocène s’introduisent, d’abord isolées et subordonnées ; graduellement plus nombreuses et plus fréquentes, elles acquièrent enfin la prépondérance, à mesure qu’elles profitent des circonstances de plus en plus favorables, qui tendent visiblement à prévaloir, pour exclure, ou du moins pour rejeter dans l’ombre leurs devancières. Ges circonstances funestes à certaines catégories de plantes, aidant à l’extension des autres, il faut avant tout les définir ; il faut ensuite déterminer la marche suivie par les types récemment introduits, que pour bien des raisons nous ne pouvons considérer comme élant le produit d’une création immédiate et subite. C’est à ces deux questions que je vais répondre tout d’abord; je reviendrai ensuite à l’Europe oligocène pour en déterminer la configuration géographique, en préciser les régions lacustres et maritimes, et passer enfin à la description des principales associations végétales dont il a été possible de réunir les débris.
- L’oligocèm. est donc en résumé la transition d’un régime ancien vers un régime nouveau. On conçoit que la végétation change, si les conditions qui présL dent à son développement changent de leur côté; mais le changement ne saurait être brusque ni général, à moins que les phénomènes perturbateurs ne présentent eux-mêmes un caractère de brusquerie et
- 1 Voy. 1877, ltr semestre, Table des mutièrea.
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- LÀ NATIJHE,
- d’intensité, que rien ne laisse entrevoir dans la période qui nous occupe. Nous avons vu quel était le climat européen, ou du moins celui du midi de l’Europe, à la fin de l’éocène, et la physionomie variée, originale, mais non opulente de la flore : semblable à celle de l’Afrique intérieure, soumise à des alternatives de chaleur sèche et de chaleur humide, à des pluies intermittentes, laissant entre elles de longs intervalles, elle comprenait nécessairement des formes maigres, étroites, épineuses et coriaces, avec des extrêmes de toute sorte, et des diversités dues à l’exposition des lieux, à la nature des stations, enfin au voisinage où à l’éloignement des eaux de source et des eaux dormantes ou lluvia-tiles. La signification du changement qui s’opéra nous est évidemment dévoilé, d’un côté, par le point de départ que nous venons de définir, et de l’autre, par le point d’arrivée, c’est-à-dire par l’état de choses qui devint permanent et qui persista presque
- Fig. 1. — Thuius oligocènes caractéristiques.
- 1-2. Libocedrus salicornioides, Endl. — 5-5. Chamxcyparis europæa, Sap. (5. Ramule; 4. Strobile ; 5. Semence).
- sans modification, pendant le cours entier de la période miocène. Or, cet état de choses marque l’influence d’un climat plus également et universellement humide. Les végétaux qui s’introduisirent sur notre sol, dans l’oligocène, et qui occupèrent ensuite l’Europe durant de longs siècles, exigent à peu près tous le voisinage de l’eau ou l’influence d’un ciel pluvieux ; aucun d’eux ne saurait résister à des sécheresses prolongées, à l’exemple des types prédominants des derniers temps de l’éocène.
- Ces types nouveaux durent probablement leur extension à une transformation lente et graduelle du climat, se prononçant toujours plus dans le sens d’une égalisation absolue, à mesure que l’on approche du début de la période suivante, c’est-à-dire de Ja sous-période aquitanienne. Les preuves abondent en faveur de cette assertion.
- Les principaux tjpes de végétaux, dont on constate l’apparition en Europe, dans le cours de l’oligocène, sont les suivants : parmi les conifères, le Libocedrus solicornivules Endl., plusieurs Cha-
- mœcyparis (Ch. europæa Sap. : voy. fig. 1, nos5 à 5), Ch. massiliensis Sap.); plusieurs Séquoia (Séquoia SlernbergiiHr., S. Tournalii Sap., S. CouttsiœHr.), le Taxodium distichum miocenicum Hr., le Glyptos-trobus europœus Hr.
- Parmi les Palmiers, le Sabal haeringiana Hr., le Sabal major llng., le Flabellaria latiloba Hr. — Parmi les Myricées, le type des Comptonia (fig. 2), et certain Myrica à feuilles largement linéaires, .dentées sur les bords, tendent alors à prédominer. Quelques chênes à feuilles munies de lobes anguleux, mucronés au sommet et peu nombreux, commencent à se répandre ; les érables sont moins rares; les plantes aquatiques et, en particulier, les Nénufars et les Nélumbos, prennent de l’ampleur et se diversifient. De pareils faits, choisis parmi
- Fig. 2. — Diverses formes de Complouia oligocènes.
- 1-5. Comptonia dryandræfolia, Brougn. — 6. C. obtusiloba tir. (Saint-Jean-de-Garguier). — 7. C. dryandroides Ung. (Sotzka), — 8. C. Matheroniana, Sap. (Arrnissan).
- les plus saillants, peuvent se passer de commentaire. Les Libocedrus et les Chamœcyparis, les Taxodium et les Séquoia, les Sabals et les Comptonia, sont des types américains, auxquels la présence de l’eau ou l’influence d’un sol et d’un climat humides sont encore nécessaires maintenant. L’abondance des Laurinées et des Nymphéacées, la multiplication des érables, des charmes, des ormes, de certains chênes, ne sont pas moins significatives. Ces types s’associent d’abord, se substituent ensuite aux Callitris, aux Widdringtonia et à d’autres plantes, ayant des affinités africaines, et qui généralement n’exigent pas pour prospérer la même fréquence de précipitations aqueuses. —11 est donc visible que le climat européen se modifie dans un sens déterminé, à mesure que ces types, soit américains, soit communs à l’Amérique du Nord et à l’Asie du Pacifique, pénètrent et se propagent à travers toute l’Europe.
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- Mais, d'où venaient ces végétaux, soit ceux que je viens de signaler, soit encore ceux qui suivirent et, durant une fort longue époque, firent comme les premiers et accomplirent la même marche. Il y a peu d’années encore, ou n’aurait pu répondre à une pareille question ; maintenant, grâce aux admirables travaux de M. le professeur Heer, grâce aux explorations d’une foule de voyageurs anglais, danois, américains, et plus spécialement des Suédois, en tête de qui il faut placer le nom du célèbre Nordenskiôld, on sait, à n’en pouvoir douter, que les régions polaires, aujourd’hui désertes et glacées, ont été longtemps recouvertes d’une riche végétation forestière. Je ne dirai rien ici des plantes carbonifères, qui s’étendaient uniformément sur toute l’étendue de l’hémisphère boréal ; mais comment ne pas toucher en passant aux plantes jurassiques et crétacées du Groenland et du Spitzberg, chez lesquelles se présentent déjà des nuances qui marquent les progrès,
- Fig. 5. — Chênes oligocènes à lcuilles coriaces paucilobulées.
- 1-2. Quercus cunei folia. Sap. (Gargas.) — 3. Q armata, Sap. (Ar-inissan.) — 4-5. Q. oligodonta, Sap. (Armissan.) — 6. Q. ve-launa, Mar. (Horizon).
- d’abord à peine sensibles, de l’abaissement de la température des régions polaires comparées aux nôtres. Les premières divergences entre les deux zones résultent de l’apparition plus hâtive vers le pôle, de certains genres ou de certains types, destinés à ne s’introduire ou à ne se multiplier en Europe, que lorsque ce continent aura lui-même commencé à se refroidir. Elles se manifestent également par l’exclusion d’autres genres ou types d’affinité méridionale, longtemps indigènes sur notre sol, mais que les terres arctiques paraissent n’avoir jamais possédés. Lors du jura et de la craie, les pays polaires, comme l’Europe elle-même, ont eu des Glei-chéniées, en fait de Fougères, de nombreuses Cyca-dées et une foule de formes maintenant éteintes ou reléguées dans le voisinage des tropiques. Dès lors cependant, les terres arctiques se distinguent par quelques traits qui leur sont propres : les vestiges des Abiétinées y sont moins rares, les Séquoia y sont plus variés, plus opulents, plus répandus que partout ailleurs ; les Glyptostrobus, les thuyas, les taxi-nées y sont déjà présents ; et ces végétaux s’y montrent
- sous un aspect qui sera justement celui qu’ils auront en Europe, lors du tertiaire moyenj;(fig. 4). Les Di-
- Fig. 4. — Types comparés de Séquoia oligocènes européens et de Séquoia de la craie polaire (Groenland et Spitzberg).
- 1-3. Séquoia Sternbergii, Hr (1-2. Ilamules; 3, Strobile). — 4. S. ambigua, Hr. (Groenland). — 5-7. S. Tournalii, Sap. (5-6. Ra-mules ; 7. Strobile). — S. Smittiana, Hr. (Groenland). — 8-9. Ranimes. — 10 Strobile.
- cotylédones angiospermes font leur apparition dans la tlore crétacée du Groënland, vers le cénomanien,
- Fig. 5. — Algues du Flysch.
- 1. Münsteria annulata, Schafb. — Zonariies alcicornis, F. 0.~-3. Chondrites arbuscula, F. 0. — 4. Chondrites intricatus, F. 0.
- à peu près à la même époque qu’en Bohême et dans le Nebraska.-On reconnaît parmi elles des peupliers
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- et des magnolicrs; mais on constate aussi, dans la même flore arctique, l’absence des palmiers, des dracénées et des pandanées, et dès ce moment, les pays situés en dedans du cercle polaire, présentent une flore qui contraste par son caractère moins méridional, et spécialement par la rareté des types à feuilles persistantes et des familles d’affinité nettement tropicale, avec celle dont l’Europe éocène nous a fourni l’exemple, que notre continent possédait encore du temps de l’oligocène, et qu'il conserva, partiellement au moins, jusqu’à la terminaison de l’âge suivant ou miocène.
- A cette époque, sur un horizon que tout convie à paralléliser avec celui de l’éocène supérieur ou de l’oligocène d’Europe, les terres arctiques, parsemées de grands lacs, alimentés par des eaux jaillissantes, thermales, calcarifères, siliceuses, surtout ferrugineuses; déjà tourmentées par des éruptions basaltiques, et subissant les mêmes phénomènes dont notre continent donnait alors le spectacle, étaient ombragées de vastes forêts, dont il a été possible de reconstituer les traits d’ensemble. C’est là que la plupart des espèces appartenant aux genres Séquoia, Taxodium, Glyptostrobus, Libocedrus, Chamœcy-paris, Torrega, Salisburia, etc., qui s’introduisirent dans l’Europe tertiaire, paraissent avoir eu leur berceau ; c’est là que l’on observe réunis, comme dans une région mère d’où ils auraient rayonné pour se propager au loin vers le sud, les sapins, les hêtres, les châtaigniers, les chênes-rouvres, les noisetiers, les platanes, les liquidambars, les tilleuls, les ormes, bouleaux, sassafras, etc., et tant d’autres arbres qui, d’abord rares et disséminés, lors de leur immigration en Europe, s’y multiplièrent ensuite et marchèrent dans la direction du sud pour occuper finalement notre zone tempérée tout entière. Ce sont ces plantes puissantes, robustes, déjà adaptées à un climat relativement plus rude, envahissantes et sociales, qui allèrent partout former des bois ou suivre les eaux et servir de rideau aux fleuves, dont le cours commençait à se dessiner. C’est effectivement l’âge dans lequel les diverses parties de notre continent se soudent peu à peu à l’aide d’émersions partielles et renouvelées. L’orographie longtemps indécise, finira par accentuer ses traits, et les vallées, d’abord fermées par une foule d’obstacles, ouvriront un accès de moins en moins difficile aux eaux courantes, vers les différentes mers; mais ce travail d’un continent qui se forme, ne s’est pas effectué en un jour: avant d’aboutir à la configuration que nous avons sous les yeux, il a été interrompu à plusieurs reprises et même exposé à des retours qui semblaient devoir amener des résultats bien différents de ceux dont nous constatons l’existence. Disons quelques mots de ces événements géologiques, dont l’influence s’est d’ailleurs étendue A la végétation elle-même, dont elle a contribué à modifier l’aspect.
- La mer qui avait si longtemps occupé l’emplacement actuel des Alpes, en suivant la direction de cetfe chaîne, dessinée alors par de faibles reliefs.
- s’était desséchée peu à peu ; au lieu d’un bassin puissant et coutinu, elle ne présentait au regard de l’explorateur qu'une série, de lagunes salées, peu profondes et irrégulières, sans communication avec les mers de l’époque, qui du reste, au sud comme au nord, s’étaient beaucoup éloignées de la région des Alpes. Les sédiments déposés au fond de ces lagunes ont reçu le nom de Flysch ou schistes à Fucoïdes. Ils ne contiennent aucune trace de coquilles, mais ils sont pétris et parfois entièrement composés d’impressions d’algues, dont les eaux du Flysch, sans doute peu profondes et fortement salées, avaient favorisé la multiplication. Une circonstance singulière semble prouver que ces eaux, comme la Caspienne et la mer d’Aral, constitueraient effectivement des bassins fermés, délaissements d’une mer intérieure, réduite à un espace de plus en plus faible et sur le point de disparaître complètement; effectivement, non-seulement les algues du Flysch n’ont que des rapports éloignés avec celles de nos mers actuelles, mais par les types qu’elles comprennent, elles se lient étroitement à la flore algologique des mers secondaires; les genres éteints Chondrites, Phymatoderma, Munsteria, Zoophycos, Zona-rites, etc. (Voy. quelques-uns de ces genres représentés fig. 5), continuent à s’y montrer comme dans des temps bien plus reculés, et de plus, les principales espèces du Flysch, comparées à celles de la craie de Bidard, près de Biarritz, ne présentent réellement aucune différence sensible qui les sépare de ces dernières. Il faut en conclure que ces formes, dont quelques-unes, avec des variations très-faibles, remontent à fâge paléozoïque, avaient dû le prolongement de leur existence, au sein d’une nature presque entièrement, renouvelée, à la persistance d’une mer fermée; après avoir trouvé un asile sûr dans ses eaux, elles disparurent pour toujours, lorsque les dernières lagunes du Flysch achevèrent de se dessécher.
- La région des Alpes actuelles constituait ainsi une région à part, probablement disposée en plateau, couverte de plaques salées, à l’exemple de ce que montrent maintenant certaines contrées désertes de l’Asie et de l’Afrique intérieure.
- Vers la fin de la période éocène, la mer s’était graduellement retirée, en Europe, de tous les points précédemment occupés. Les dépôts marins correspondant directement à l’éocène tout à fait supérieur, à l’étage ligurien de M. Mayer, aux gypses d’Aix et de Montmartre, et à l’âge paléothérien proprement dit sont partout extrêmement rares ou très-douteux, tandis que les formations lacustres se multiplient et persistent pour la plupart sans beaucoup de variations dans les mêmes cuvettes. En un mot, comme le formulait dernièrement devant moi un observateur des plus habiles1 dont je sollicitais l’opinion, on ne retrouve que sur quelques points du littoral actuel de l’Europe des vestiges pouvant se rapporter
- 1 M. R. Tournouër, président de la Société géologique de France,
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- à une mer intermédiaire entre celle de l’éocène et celle du tongrien proprement dit.
- L’oligocène, tel que je le conçois, en me plaçant uniquement au point de vue de la flore, ne consiste que dans l’âge postérieur au retrait dont je viens de parler, qui vit, d’une part, les lagunes du Flysch achever de disparaître, et de l’autre une mer nouvelle, celle du tongrien, s’avancer et envahir certains' points déterminés de notre continent. C’est donc du retour momentané d’une mer distincte de celles que nous avons mentionnées, distincte aussi de celle de la mollasse ou mer falunienne, qu’il s’agit. — La mer tongrienne est loin d’égaler la mer nummulitique, ni celle de la mollasse; elle échancre le continent européen, mais dans une tout autre direction : occidentale et septentrionale, elle occupe de nouveau le bassin de Paris, où ses dépôts sableux ont donné lieu aux grès de Fontainebleau; elle contourne la Normandie, touche à Cherbourg et entame à peine l’Angleterre par l’île de Wight. Au nord, elle couvre la Belgique, d’Ypres et de Gand à Liège et à Maes-. tricht ; elle court en Westpbalie, et après avoir contourné le massif du Ilarz, elle pénptre par le golfe de Cassel dans la vallée du Rhin supérieur, et de là, à travers toute l’Alsace, jusqu’au Jura suisse; elle forme ainsi une Adriatique étroite et sinueuse, à laquelle les Vosges, d’un côté, le massif de la Foret-Noire, de l’autre, servaient de limites. En Bretagne vers Rennes, en Aquitaine vers la Gironde et l’Adour, le long de la Méditerranée, vers les Basses-Alpes et dans la Ligurie; plus loin au pied des Alpes, près de Vérone, dans le Tyrol et ailleurs, on trouve des vestiges de la mer oligocène, qui n’est puissante nulle part, et dont les traces discontinues annoncent presque partout l’étendue relativement faible et la courte durée.
- Les lacs se rencontrent au contraire sur une foule de points. En Auvergne, en Provence, dans le Gard, près d’Alais, à Hæring en Tyrol, à Sotzka en Styrie, à Sagor en Carinthie, dans l’Italie du Nord et jusqu’en Balmatie, à Monte Promina, on trouve des formations lacustres, riches en empreintes végétales et fournissant les éléments d’une flore remarquable, autant par la profusion des espèces que par l’unité des éléments dont elle est composée. La plupart de ces lacs ne furent pas exclusivement propres à la période à laquelle je les rattache ; ils existaient avant et continuèrent après qu’elle se fut terminée; mais la partie des sédiments déposés au fond de ces lacs, qui correspond à l’oligocène, présente des caractères qui attirent sur eux l’attention, mêmeen dehors des plantes qu’ils renferment. Les animaux qui vécurent dans leurs eaux, de même que les phénomènes géo-gnostiques dont ces eaux furent le théâtre, témoignent d’une très-grande intensité de vie, d’une remarquable uniformité dans les conditions qui présidèrent à son développement et, en même temps, du trouble intermittent que les agents intérieurs et les matières en fusion, rejetées à la surfaee, durent apporter sur certains points déterminés et surtou 1
- dans le voisinage des principaux lacs. Les volcans actuels, à cratères permanents couronnant un cône d’éruption, n’avaient pas encore paru dans les contrées où ils s’établirent plus tard, et l’Auvergne elle-même ne présentait encore aucun relief de quelque importance; mais les préludes des grandes actions pluto-niques agitaient partout le sol de vagues frémissements; les eaux thermales, sulfureuses, calcarifères, siliceuses, ferrugineuses, surgissaient de toutes parts avec une extrême abondance; elles alimentaient les cuvettes lacustres de substances minérales de toute sorte tenues en dissolution ; et ces dernières ont donné lieu aux gâteaux et aux rognons de silex, aux calcaires concrétionnés, aux amas de gypse, aux si-dérites et aux phosphates qui se trouvent associés en diverse proportion aux sédiments ordinaires ou, encore, sont entremêlés à des couches de lignitès.
- Comte G. de Saporta,
- Correspondant de l’Institut.
- — La suite prochainement. —
- LES INSECTES DE LA PARURE
- L’entomologie a depuis longtemps payé son tribut à la parure; sans parler du Scarabée des Égyptiens, figuré dans la plupart des inscriptions hiéroglyphiques et qu’on retrouve sur un grand nombre de joyaux provenant des temps les plus reculés de l'a civilisation africaine; sans parler, disons-nous, de ce coléoptère dont, la représentation était plutôt alors un symbole religieux, une sorte d’amulette consacré, qu’un objet de parure, nous voyons les insectes aux brillantes couleurs, à la livrée resplendissante, employés comme ornement chez différents peuples à une époque déjà ancienne.
- Dans le principe, les formes seules furent reproduites, soit sur les pierres fines, soit sur les métaux précieux, tantôt gravées eu creux, tantôt moulées en relief. Plus tard, le coloris apportant un nouvel appoint permit d’obtenir une ressemblance plus fidèle. L’émail devint alors un puissant auxiliaire qui rendit à l’insecte les tons les plus vifs de son riche vêtement. Dernièrement enfin, on s’est servi d’insectes naturels ; depuis lors, cette sorte de joyau a conservé une vogue justifiée par son originalité.
- La bijouterie de fantaisie n’a emprunté que quelques-unes des espèces dont on a fait usage jusqu’ici, tandis qu’avec le plus grand nombre, on a décoré les fleurs artificielles et les chapeaux de femmes.
- Le Nouveau Monde avait précédé dans cette voie la coquetterie européenne. Dans les régions tropicales de l’Amérique, là où la faune lutte de richesse avec une luxuriante végétation, on utilise depuis longtemps les propriétés lumineuses de certains coléoptères. Disséminés dans la chevelure ou habilement mélangés aux flots de gaze et de mousseline dont les femmes savent se parer, ils répandent le soir un éclat qui charme le regard.
- Les insectes dont nous voulons parler sont eom-
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- LA NATLUE
- pris dans la famille des Élatérides et appartiennent au genre Pyrophorus. Ces singuliers animaux, plus connus sous le nom vulgaire de Cucuyos, ont déjà fait, dans cette revue, l’objet d’un article plein d’intérêt auquel nous renvoyons nos lecteurs. (Voy. la Nature, année 1875, page 557.)
- En Europe aussi, nous avons des coléoptères lumineux dont les lueurs, il est vrai, sont moins intenses que celles des Pyrophores d’Amérique, mais qui pourraient cependant être utilisés de la même manière. Pendant les belles soirées d’été, sur les lisières de nos bois, dans les buissons de nos prairies, des milliers de constellations animées rivalisent avec les étoiles de la voûte céleste. De chétifs insectes, les humbles vers luisants (Lampyris nocti-luca, Fabr.), sont les ordonnateurs de cette gracieuse mise en scène. En Italie, le paysage est plus animé encore. Là, des quantités prodigieuses de Lucioles (Luciola italica, Fabr.) sillonnent les airs, jetant un trait de lumière à chaque coup d’aile.
- Le ciel s’illumine ainsi d’une foule de petites étincelles qui, dans leurs mouvements rapides, rappellent les étoiles filantes des nuits équinoxiales. Gomment les Européennes n’ont-elles pas songé à se parer, pour les promenades du soir, de ces petits foyers lumineux avec lesquels on pourrait composer de si brillants diadèmes? Les enfants s’amusent parfois à les placer dans leurs cheveux ; mais c’est, croyons-nous, la seule application qui en ait été faite.
- Les insectes morts et desséchés ont, au contraire, été employés depuis fort longtemps ; on en retrouve des parures entières parmi les antiquités laissées par diverses peuplades de l’Amérique du Sud. En Europe, depuis quelques années surtout, ces sortes de bijoux sont fort à la mode. Des colliers, des pendants d’oreilles, des médaillons, des épingles ont été fabriqués avec les coléoptères les plus brillants. Les insectes ont été aussi répandus à foison sur les fleurs artificielles, sur les chapeaux et dans les coiffures des femmes. Enfin, avec les élytres disposées séparément, on a composé les objets de parure les plus divers.
- Parmi les espèces françaises, il en est une qui a été employée à peu près sous toutes les formes.
- L’Hoplia cœrulea, que tout le monde connaît, est un petit insecte de la famille des Lamellicornes, très-commun au mois de juin sur les arbustes qui bordent les ruisseaux. Sa belle coloration bleu
- d’azur à reflets argentés, produit le plus heureux contraste avec la riante verdure des prairies qu’il fréquente. Mais cette brillante livrée qui doit tout son éclat à une foule de petites écailles nacrées recouvrant le corps de l’animal, est l’apanage du mâle seul; la femelle, beaucoup plus rare, est de couleur terne et brunâtre. Elle vit à terre, tandis que les mâles s’ébattent sur les herbes et les arbustes ; on la prend cependant quelquefois au vol à certaines heures de la journée.
- On ne rencontre que rarement YHoplia cœrulea aux environs de Paris, et c’est seulement à partir des rives de la Loire que son habitat tend à se généraliser. Au delà de cette limite, on la trouve en abondance. Dans les localités où elle a élu domicile, les prairies en sont parfois littéralement couvertes.
- C’est le matin, de 8 heures à midi, que se fait la récolte des Iloplia. On peut alors en capturer des milliers en peu de temps. On les tue par la chaleur
- ou bien avec de la benzine qui a l’avantage de les empêcher de tourner au gras; puis on les fait sécher en les isolant les unes des autres. Dans le commerce, ou les vend au litre. 11 se consomme annuellement plusieurs millions de ces charmants insectes sans que leur nombre diminue d’une manière sensible.
- Avec les élytres séparées du corps, on fait des rosaces aux dessins variés ; on imite des fleurs, des papillons, des oiseaux-mouches. Les élytres sont alors collées sur une sorte de filigrane qui forme la carcasse de l’animal ou de l’objet que le joaillier veut représenter.
- Les Hoplia, conservées dans leur entier, ont aussi servi à composer des parures complètes. Chaque individu est traversé par un fil métallique qui lui donne de la rigidité, de sorte qu’en rattachant ces fils les uns aux autres, on fabrique des chaînes ou des colliers.
- Les Buprestides, surnommés Richards, à cause de leur éclatante coloration, se prêtent admirablement à l’ornementation. Nous citerons, en particulier, dans le genre Sternocera, remarquable par sa saillie sternale, la S. œquisignata de Cochinchine, bel insecte long de quatre centimètres, dont le corselet, vert d’émeraude, est recouvert d’une masse de points enfoncés. Les élytres sont d’un vert métallique plus foncé avec des reflets cuivreux. D’autres espèces du même genre S. stemicornis et S. orientons, toutes deux originaires de l’Inde, sont aussi
- Parures faites avee des lloplies et des Cassides.
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- d’un usage courant. Les mêmes contrées nous fournissent encore le Chrysochroa ocellata, insecte digne d’attention par la variété de ses couleurs. Les ély-tres d’un vert olivâtre sont symétriquement tachetés de rouge et portent, en leur milieu, deux larges-plaques jaunes semblables à deux gros yeux. C’est de cette particularité d’ailleurs que lui vient son nom spécifique.
- L’JEuchroma gigantea, le roi des Buprestes par la taille, nous est envoyé de la Guyane.
- L’Algérie, de son côté, produit une charmante espèce de taille moyenne, Psiloptera tarsata, dont le corselet et les élytres, finement chagrinés, sont d’une belle couleur verte, mais présentent quelquefois un aspect cuivreux qui fait rejeter par le commerce un grand nombre d’individus.
- Les Buprestes se vendent à la pièce et le prix des espèces les plus communes ne dépasse pas quelques centimes.
- On fait, avec ces insectes, des pendants d’oreilles, des épingles et même des colliers. Les bijoux uinsi fabriqués sont montés avec plus de soin que ceux où Ton fait usage de TIIoplia cœrulea. Une plaque d’or ou de doublé est appliquée sur la partie inférieure de l’insecte dontelle prend la forme, et c’est au moyen de petits crochets que l’animal est enchâssé dans le métal comme une pierre précieuse. Celte plaque métallique supporte elle-même la tige de l’épingle ou le crochet de la boucle d’oreille.
- En dehors de ces insectes affectés à la confection des bijoux de fantaisie, beaucoup d’autres ont été utilisés au gré des amateurs, et un bien plus grand nombre encore est susceptible de l’être. Les ileuristes et les modistes en consomment d'énormes quantités. MM. Guyot et Migneaux, qui font une spécialité des insectes de la parure, ont bien voulu nous communiquer la liste de ceux qui sont répandus dans le commerce. Une description détaillée, ou même une simple énumération de tous ces charmants petits êtres, nous conduirait trop loin; aussi nous borne-nerons-nous à indiquer, dans une esquisse rapide, les principaux groupes auxquels la parure pourrait emprunter des sujets.
- Envisageant seulement la famille des Lamelli-
- cornes, nous trouvons tout un monde qui, pour l’éclat, ne le cède en rien aux matières précieuses. C’est d’abord une foule d’insectes coprophages, dont l’étincelante livrée établit un singulier contraste avec les travaux auxquels ils ont l’habitude de se livrer. Leur tête et leur corselet sont souvent ornés, chez les mâles, d’appendices cornés affectant des formes étranges. Vient ensuite la légion des Cétoines, dont les espèces si variées ont été réparties en un grand nombre de coupes génériques ; là, on trouve tantôt les reflets des métaux, tantôt des dessins bizarres sur une robe du plus beau poli, d’autres fois enfin des tons mats imitant le velours. La parure emprunte à ce groupe deux espèces françaises : Ce-tonia aurata, si commune et si connue, et Cetonia speciosissima, insecte beaucoup plus grand qui habile la France méridionale, mais que l’on prend
- quelquefois à Fontainebleau.
- Cette même famille des Lamellicornes renferme encore une série d’insectes qui se recommandent d'eux-mêmes comme objets d’ornement. Le genre Anoplognath e contient une vingtaine d’espèces provenant toutes de l’Australie où elles ne sont pas rares. Nous y remarquons un insecte de grande taille, Anoplo-gnathns Latreil-lei, dont la belle teinte dorée est agrémentée de reflets verdâtres du plus merveilleux effet.
- Dans la famille des Curculionides, le Lordops Gyl-lenhallii, originaire du Brésil, rivalise avec le Cur-culio (Entimus) imperialis à la robe semée d’une fine poussière d’émeraude et de diamant. L’observateur reste émerveillé, lorsqu’avee une forte loupe, il examine les frêles écailles, en forme de paillettes, dont l’arrangement produit la belle coloration de ce magnifique insecte.
- Les Chrysomélides se prêtent également bien à l’ornementation, et, sans énumérer les espèces exotiques, si séduisantes par leur beauté, ne trouvons-nous pas, en France, la Chrysomela menthastri, longue de huit millimètres, d’un vert brillant, régulièrement ponctuée et commune sur les feuilles de menthe dans les lieux humides ; la C. fastuosa beaucoup plus petite (quatre ou six millimètres), aux élytres-bleu-verdâlre, ornés d’une large bande cui-
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- vreuse ; la C. cerealis dont les quatre raies bleues viennent, au contraire, trancher sur un fond cuivreux. Cette dernière, qui atteint sept à huit millimètres de long, est une de nos belles espèces.
- Le Brésil, si fécond en insectes richement parés, nous offre encore une Casside à la robe d’émeraude entourée d’un filet d’or. Sa forme et son éclat la font rechercher et tout le monde a pu la voir montée en boucles d’oreilles, en épingle ou en collier. C’est la •Polychalca variolosa.
- Les insectes des autres ordres se prêtent moins facilement que les Coléoptères à la parure. Cela tient à deux causes : leurs téguments sont plus mous; ou bien encore, comme chez les Lépidoptères, les couleurs n’ont pas de fixité et tombent sous le moindre frottement. On peut cependant faire usage de certains Hémiptères d’une conformation particulière. Chez un grand nombre d’insectes de cet ordre, les élytres ont peu de consistance; mais chez quelques-uns, l’écusson atteint d’énormes dimensions, et quelquefois même recouvre l’abdomen qui se trouve protégé et consolidé par ce bouclier corné. Tels sont, en particulier, les Scutellériens et, parmi ceux-ci, une remarquable espèce (Scutellera signata), originaire du Sénégal, dont la forme allongée rappelle vaguement celle des Buprestides. Ce charmant insecte, aux couleurs métalliques, est orné de larges handes noires alternant avec des bandes du plus beau bleu. Monté avec soin, il peut servir à fabriquer des pendants d’oreilles du plus heureux effet.
- Avant de terminer, nous devons faire remarquer que les insectes à couleurs rouges ne sont que rarement employés dans la parure, à cause du peu de fixité de ces couleurs qui, dans la plupart des cas, tendent à tourner au jaune, si bien que les insectes qui les portent prennent en vieillissant un aspect peu agréable à l’œil.
- Cette année, la mode semble devoir changer. Les insectes naturels sont un peu délaissés, et les imitations reprennent la vogue.
- Les Hyménoptères et les Diptères sont surtout en honneur, et comme la fragilité de ces faibles créatures ne permet pas d’en faire un objet de parure, il a bien fallu avoir recours au métal pour reproduire leur oi’ganisation délicate. On en trouve de toutes sortes chez les bijoutiers, depuis la simple mouche posée sur un morceau de sucre qui forme de singuliers boutons de manchettes, jusqu’à l’abeille relevée par l’éclat du diamant.
- Tout dernièrement enfin, nous avons vu le plus curieux objet de parure qu’il soit possible d’imaginer. Un morceau d’ambre de l’apparence la plus modeste, monté en épingle de cravate, contenait un charmant petit Diptère fossile du groupe des Mycéto-philides, dont on distinguait par transparence jusqu’aux moindres détails. N’est-ee pas là le dernier mot de l’originalité? P. Mostillot.
- ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES
- ÉTRANGÈRES
- Société royale de Londres. — Séance du 8 mars 4877. — Le Révérend Samuel Haughton, professeur de géologie à l’université de Dublin, a présenté un Mémoire intitulé : Notes sur la géologie physique. Il y est question du déplacement de l’axe de la terre, par suite des exhaussements et des dépressions provenant de changements géologiques. La Société royale disposera d’un siège vacant, le 7 juin 1877. —57 candidats sont sur les rangs pour remplacer un membre défunt. Mercredi 2 mai, la conversazione annuelle delà Société royale a été tenueàBurligton-IIouse. Cette fête scientifique avait attiré un grand nombre de personnes. On avait apporté quantité d’instruments, parmi lesquels nous mentionnerons un spectroscope automatique dont on peut se servir avec 2, 4 ou 6 prismes, et à l’aide duquel on peut, mesurer n’importe quelle ligne de spectre ; instrument inventé par le colonel Campbell, de Blythswood, et construit par M. A. Hilger. Le professeur \V. G. Adams montre un appareil produisant l’interférence de lumière au moyen d’épaisses plaques, et un autre appareil relatif à la réflexion et à la réfraction de la chaleur et de la lumière rayonnantes, tous deux construits par les frères Elliott. Il y avait de plus un hydroclino-mètre, servant à faire connaître la portée des batteries des côtes ayant plus de 100 pieds d’altitude; plusieurs instruments analogues pour mesurer la portée de l’artillerie de campagne et des fusils d’infanterie ; un chrono-graphe électrique, pour mesurer la vitesse des coups de’ canon ou de fusil; le tout exposé par le capitaine Watkin. MM. C. et L. Wray ont exposé un téléphone et une pile thermo-électrique, avec des spécimens du téléphone de Gray ; M. Laddi, une machine électrique de Holtz, perfectionnée , se chargeant par elle-même et utilisable par n’importe quelle température. M. Boyd montra des dents, des os et des objets d’art antiques trouvés dans les grottes du Derbyshire ; M. le professeur Barff, du fer fondu et forgé, rendu inoxydable à l’aide des vapeurs sèches ; enfin, un othéoscope de Crooke.
- Séance du 22 mars. — M. William Spottiswoode a lu une note sur les décharges stratifiées et non stratifiées de la bouteille de Leyde. « On sait, dit-il, que lorsque la bouteille de Leyde est déchargée à travers un tube vide, l’étincelle prend généralement la forme d’une colonne compacte de lumière, sans intervalle obscur. En variant mes expériences, j’ai trouvé moyen de séparer, par un intervalle obscur, l’électricité positive d’avec l’électricité négative, de produire des stries, d’augmenter l’éclat de la décharge, etc. C’est au moyen d’un miroir tournant que je fais paraître une rangée de stries. J’ai remarqué que la charge maxima, compatible avec la stratification, grandissait en proportion des dimensions de la bouteille de Leyde. Ayant disposé en cascade une série de bouteilles de Leyde, j’ai constaté que plus il y avait de bouteilles ainsi rangées, moins il fallait de charge pour obtenir une décharge complète. »
- Séance du 12 avril. — M. Walter Noël Hartley, du Collège royal, à Londres, s’est occupé des bulles, soit gazeuses, soit liquides, que l’on remarque souvent dans l’intérieur de certaines pierres précieuses, telles que le rubis, le cristal de roche, etc. Un voyait dans un rubis une cavité renfermant de l’acide carbonique liquide avec une bulle d’air, laquelle était toujours en mouvement. Pans
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- LA NATURE
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- un felstone, contenant du quartz et de nombreuses cavités, il y avait, en apparence, une bulle d’air, qui n’apparaissait que lorsque le temps était froid. Une observation plus minutieuse fit constater que cette bulle était probablement de 1 acide carbonique liquide, mélangé peut-être d’une petite quantité de gaz. Dans l’eau, comme dans 1 acide carbonique, la moindre élévation de température peut donner naissance à des bulles de gaz. En observant le mouvement de ces bulles dans l’intérieur d’un corps solide, on peut constater de visu le passage continuel de la chaleur à travers les substances solides. M. Hartley a vu qu’en échauffant une pierre précieuse il rendait les bulles plus denses que l’eau et les faisait plonger au fond du liquide. Une bulle, repoussée par une chaleur assez intense, fut attirée par une chaleur encore plus forte. Cette bulle contenait vraisemblablement de l’acide carbonique liquide, llottant sur l’eau avec le gaz.
- Séance du 19 avril. — Lecture d’un Mémoire de MM. Herbert Mac-Leod et Georges Sydenham Clarke, sur des « Figures indiquant le mouvement des corps vibrants, et sur une nouvelle méthode pour déterminer la vitesse des machines. »
- Académie impériale des sciences de Vienne.
- — Séance du 12 avril 1877. — M. le conseiller aulique Langer envoie une Note de M. le docteur A. Weichsel-baum, de Vienne, prosecleur et médecin régimentaire dans I armée austro-hongroise. Ce travail est intitulé : les Modifications séniles des articulations et leurs rapports avec l'arthritis déformons. M. le docteur Charles Horm-stoin, de Prague, adresse un mémoire de M. le docteur Auguste Seydlu, attaché à l’observatoire de Prague « Sur l’orbite de la 106® planète Diane, considérée relativement aux perturbations causées par Jupiter et Saturne. » Le secrétaire lit une « Méthode pour déterminer les résistances opposées par de mauvais conducteurs de l’électricité », par M. le docteur Charles Domalip, de Prague.
- Le secrétaire lit une note sur « L’influence de la température sur la vitesse d’évaporation », par M. le docteur Georges Baumgarntner, de Vienne. M. Puschl, membre du chapitre du couvent de Bénédictins de Seitenstetten, a envoyé un travail « Sur l’état intérieur et la chaleur latente des vapeurs ». Le 10 février 1877, la plus grande vitesse du vent, à Vienne (un vent d’ouest), a été de 51 "l, par seconde.
- Séance du 19 avril. — M. le professeur G. de Niessl, de Brunn, envoie une note Sur la théorie cosmique des météorites. Démonstration d’orbites identiques de météorites ». Deux météorites détonants, observés l’un en Boheme, le 10 avril 1871, l’autre en Hongrie, le 9 avril 1876, eurent le même point de départ apparent, ou centre de 18 degrés d’ascension droite et -f- 57 degrés de déclinaison. Les observations faites sur ces deux météorites accusèrent une vitesse à laquelle correspond une orbite hyperbolique. M. le baron Jean Juptner de Jonstorff, adresse un mémoire sur l’application du microscope à des déterminations quantitatives. M. Léopold Jedlitschka, de Znaim, écrit « sur l'histoire de la création de notre système planétaire ».
- Séance du 26 avril. — M. le professeur Toula envoie un rapport détaillé sur son étude géologique de la partie occidentale du Balkan, étude entreprise sur l’initiative de l’Académie des sciences, de Vienne. Au mois de mars 1877, on constata, à la station météorologique dite Hohe Warte, près de Vienne, que le maximum de la pression atmosphérique fut, le 3 mars, de 752“’'°,8, et le mini-
- mum, le 20 mars, de 724m™,7. Le maximum de la température fut, le 20 mars, de + 25 degrés centigrades, et le minimum, le 4 mars, de — 9°,6. Le maximum de la vitesse du vent fut, le 23 mars, de 25™,6 par seconde ; c’était un vent d’ouest.
- Académie des sciences de Saint-Pétersbourg.
- — Tome XXIII, feuilles 26 à 32. — Sommaire : Second complément pour mon ouvrage sur les sentences indiennes , par O. Bohllingk. — Les ichneumonides des environs de Saint-Pétersbourg, par F. W. Woldstedt. — Les centres dépresseurs et accélérateurs, par V. Vélikyet istomine. — Notice et analyse sur la viétinghofite, par M. A Damour. — Influence de Vincandescence sur la résistance galvanique des fils métalliques durs, par 0. Chwolson. — Moyen d’éliminer l'erreur produite par la capillarité dans le barographe à balance, par H. Wild. — Sur une inscription géorgienne de l’église patriarcale de Mtzkhétha, par M. Brosset.
- Académie des sciences de Bruxelles. —
- Séance du 3 mars. — Recherches microscopiques sur l’anatomie du limaçon des mammifères, par M. le docteur Nuel. — Étude comparative des observations faites sur l'aiguille aimantée, et sur les taches solaires pendant Vannée 1875, à l'observatoire du Collège romain, par M. l’abbé Spée. Conformément aux précédentes remarques de Ferrari, M. Spée trouve des relations qui lui paraissent incontestables, entre les grandes perturbations magnétiques et les formations extraordinaires de taches à la surface du soleil. — Quelques exemples curieux de discontinuité en analyse, par M. J. Plateau. — Réponse aux critiques imaginées, par M. Terby, contre la carte de Mars publiée dans les Terres du Ciel, par Camille Flammarion. — Théorie sur les Arquesiennes, par M. L. Saîtel.
- Académie des sciences de l’Institut de Bologne. M. Aldini a fondé trois prix, consistant en médailles d’or de 1000 francs et de 500 francs pour la solution de problèmes relatifs au galvanisme et à F électro-physiologie. Les mémoires des candidats devront être envoyés avant le 30 mai 1878.
- Académie des sciences de Kew-lork. — Dans la séance du 2 avril 1877, M. le professeur Rockwell remit un mémoire sur le vanadium ; cet écrit paraîtra in extenso dans les annales de F Académie. Il ressemble aux mémoires présentés à ce corps savant par le docteur Botton sur l’uranium et le manganèse ; par M. Halloix sur le litanium. Le vanadium est utilisé pour la fabrication du noir d’aniline et d’une encre indélébile.
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- ÉCLAIRAGE A L’ÉLECTRICITÉ1
- La machine Gramme, dont nous avons parlé plusieurs fois dans ce recueil, est la meilleure source aujourd’hui connue d’électricité ; un grand nombre de modèles différents ont été construits ; le plus
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- 1 1 vol. in-8°, par Ilippohte Fontaine. — Paris, 1877.
- L’ouvrage que nous signalons aux lecteurs de la Nature est destiné à marquer l’état actuel de l’éclairage au moyen de l’électricité et à faciliter les progrès très-rapides qui se font
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- LA NATULE.
- répandu est représenté par la ligure ci-jointe. On voit la machine électrique montée sur un socle de fonte de fer, creux et léger, qui n’a d’autre utilité que de la relever et de l’éloigner du sol. La machine elle-même est composée d’un électro-aimant lixe entre les pôles duquel tourne l’électro-aimant particulier, dit anneau Gramme. L’électro-aimant fixe est à quatre bobines ; les deux du haut concourent à créer entre elles un pôle unique (nord, par-exemple), les deux du bas un pôle unique (sud).
- La simplicité de cet appareil, sa solidité très-grande (il est entièrement construit en métal), sa marche silencieuse, l’inutilité de tout autre soin que la surveillance du graissage des coussinets, sont les avantages principaux qu’il présente sur ses devanciers.
- L’emploi de cette machine fournit aujourd’hui l’éclairage le plus économique qui soit connu. M. Fontaine a donné un tableau comparatif du prix des différents procédés rapportés à l’unité de lumière ou bec Carcel, auquel nous empruntons les chiffres suivants :
- Prix de l’éclairage pour 100 heures et pour une unité.
- Huile de colza épurée...................... 7, »
- — de pétrole............................ 5,40
- — de schiste............................. 4,08
- Chandelle de suif............................ 14,10
- Bougie de cire............................. 55. »
- — stéarique............................... 24,00
- Gaz de houille à 0 fr. 15 le mètre cube pour
- 500 heures par an.......................... 2,90
- Gaz de houille pour 4000 heures par an. . 2,50
- — à 0 fr. 30 le mètre cube pour
- 500 heures.............................. 5, »
- Gaz de houille pour 4000 heures............... 4,60
- Pile voltaïque............................. G, »
- Machine de l’Alliance (500 heures par an). 2,40 — (4000 heures par an). 0,70
- Machine Gramme conduite par une machine
- à vapeur, 500 heures par an............... 0,42
- Machine Gramme, 4000 heures par an. . . 0,16
- — conduite par un moteur
- hydraulique, 400 heures par an............. 0,40
- Machine Gramme, 4000 heures par an. . . 0,11
- Avant d’entrer dans le commentaire de ce tableau, disons que l’unité de lumière adoptée en France par l’Administration des Phares, est la lumière fournie par une lampe Carcel, brûlant à l’heure 42 grammes d’huile de colza épurée.
- En Angleterre, l’unité de lumière est la bougie
- depuis quelques années dans cette voie. Ce livre intéressera toutes les personnes qui suivent le progrès de la science et de l’industrie; il est nécessaire aux industriels qui voudront utiliser les nouveaux procédés d’éclairage et réaliser à leur profit l’économie considérable qui en résulte quand on les applique sagement.
- Nous détacherons de ce livre quelques fragments, moins pour le faire connaître que pour inspirer le désir de le lire en entier.
- de Spermaceti, brûlant 16 grams à l’heure; cette unité est à peu près huit fois plus petite que la française.
- En Allemagne, on emploie encore une autre unité; c’est aussi une bougie de Spermaceti, donnant une lumière neuf fois plus petite que l’unité de Fresnel.
- Si l’on prenait au pied de la lettre les indications du tableau, on conclurait que l’éclairage électrique coûte trois cents fois moins que celui fourni par des bougies de cire, et quarante fois moins que l’éclairage au gaz à 0 fr. 50 le mètre cube, prix que paient les particuliers à Paris.
- Mais il est certain que, quand on substitue la lumière électrique au gaz, ce qui est le cas le plus fréquent, on exige un éclairage beaucoup plus abondant, et en fait, on ne fait nulle part une aussi grande économie.
- M. Fontaine établit une comparaison plus exacte en mettant en regard deux devis faits pour l’éclairage d’une filature de huit cents métiers.
- Le gaz devait coûter 6950 francs ; l’éclairage coûte effectivement 4600 francs, en y comprenant l’amortissement de toutes les machines motrices, machines électriques, lampes, etc., etc.
- L’économie n’est que de 55 pour 100, mais la lumière est six fois plus abondante qu’elle n’aurail été, et les chances d’incendie sont supprimées.
- On remarquera la mention que nous avons faite de l’amortissement du capital d’établissement; c’est là ce qui explique les différences indiquées au tableau, suivant que l’éclairage dure cinq cents heures par an ou quatre mille heures, c’est-à-dire toutes les nuits. Dans certains cas, les frais d’amortissement sont la partie la plus importante de la dépense ; cela se présente notamment quand la force motrice est empruntée à un moteur hydraulique.
- Nous irons même plus loin, et montrerons que la lumière électrique est quelquefois préférée, quoi-i qu’elle entraîne une augmentation de dépense par rapport aux éclairages antérieurs. En effet, dans l’industrie la question n’est pas toujours de peu dépenser, elle est bien plutôt de produire beaucoup ; si donc on peut faire un travail meilleur et plus abondant avec un éclairage à giorno qu’à la lueur douteuse de quelques becs de gaz, on aura tout intérêt à faire une dépense même assez importante pour installer des appareils électriques. Tel est le cas de la gare de La Chapelle, à Paris.
- La compagnie du Nord, sur l’initiative de M. Sar-tiaux, ingénieur des ponts et chaussées, a établi à grands frais des machines pour éclairer deux halles ou hangars et une cour qui les sépare, et dans lesquels on travaille toute la nuit et toute l’année à manutentionner des colis qui doivent partir.
- Yoici les résultats obtenus, tels qu’ils résultent des pièces officielles : « La grande clarté répandue permet de faire le travail avec plus de célérité et moins d’hommes ; l’économie de personnel est évaluée à 25 pour \ 00. On a pris des dispositions pour
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- ne plus utiliser que deux halles au lieu de trois pour le service des expéditions, ce qui permettra d’économiser la construction d’une nouvelle halle. Les opérations se faisant à peu près comme en plein jour, la surveillance est plus facile et les conséquences sont les suivantes : diminution des erreurs
- de direction et des retards qui en résultent ; diminution des avaries dans le chargement ; diminution des détournements et de certaines fraudes commises par des expéditeurs malhonnêtes, et tendant à obtenir indûment des indemnités de la Compagnie. » On remarquera que, si le chemin de fer du Nord
- Nouvelle machine Gramme.
- épargne la construction d’une halle, l’amortissement des machines électriques et motrices se trouve plus que balancé.
- L’économie d’un quart sur les salaires des ouvriers laisse bien en arrière les frais quotidiens que nécessite l’éclairage ; et en résumé, en faisant une dépense importante, on a épargné des dépenses bien plus considérables.
- Nous ne pouvons que renvoyer au livre de M. Fon-
- taine pour la description des principales applications déjà réalisées ; nous indiquerons celles que nous croyons destinées à se faire bientôt.
- Dans les pays chauds, il pourra y avoir intérêt à faire travailler la nuit plutôt que le jour ; les ouvriers souffriront moins de la chaleur et produiront davantage. S’il s’agit de travailler dans des espaces clos et couverts, les lampes électriques ne donneront que peu ou point de chaleur, et rempliront bien
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- LA NATURE.
- le programme de ménager les ouvriers. Mais des agriculteurs intelligents et hardis ont l’idée, dans le Bordelais, et ailleurs, de faire faire certains travaux agricoles en plein air et à la lumière des lampes électriques.
- Un de nos amis d’Espagne nous entretenait récemment d’un projet au moins aussi original qu’il compte mettre en pratique à Barcelone dans quelques mois : il s'agit d’éclairer une plage, afin de permettre les bains de mer à la nuit; c’est-à-dire à une heure où on n’aura pas à subir l’intolérable ardeur du soleil.
- Les officiers de pompiers songent à éclairer par l’électricité les abords des incendies qui éclatent la nuit ; l’idée d’éclairer un feu paraîtra singulière ; mais en réalité il s’agit d’éclairer le voisinage, et par conséquent les points où opèrent les sauveteurs; il paraît que les incendies qui se produisent de jour sont beaucoup plus vite éteints que ceux qui se déclarent la nuit. Dans l’obscurité, les ordres se donnent plus difficilement, les travaux se font moins vite et moins bien, la police est mal assurée ; il y a lieu d’espérer' qu’avant peu, des essais se feront et qu’on arrivera à donner aux pompiers de Paris les mômes facilités pour leurs courageuses opérations la nuit qu’ils ont le jour.
- Si nous passons maintenant aux pays froids, nous nous trouvons en présence de circonstances très-différentes, mais plus favorables encore à l’emploi de la lumière électrique ; on sait, en effet, que dans tous les pays placés près des cercles polaires, les nuits sont fort longues pendant l’hiver et les jours ne suffisent pas aux travaux habituels des hommes ; là plus que partout ailleurs, la production d’un jour artificiel sera un bienfait inappréciable. Aussi, en Suède et en Norvège a-t-on accueilli avec grand empressement la possibilité de l’éclairage électrique, et cela surtout dans les grandes scieries qui exportent tant de bois ouvrés ; dans ces usines en effet le combustible nécessaire à la machine à vapeur ne coûte rien, car on utilise dans les chaudières la sciure et les déchets de bois qui restent après qu’on a débité les arbres en planches ou en madriers.
- En résumé, toutes les habitudes, toutes les industries humaines peuvent trouver de nouvelles facilités, grâce aux nouveaux procédés d’éclairage, et nous souhaitons ardemment que cette nouvelle merveille du dix-neuvième siècle prenne en France son complet développement, comme elle y a pris naissance. Puisse cet illustre et malheureux pays donner là encore une preuve de sa vitalité infinie!
- Alf. Niaudet.
- CHRONIQUE
- Ouverture de la colonie agricole de Vaueluse
- (Seine-et-Oise). — Nous avons donné il y a quelques mois1 le plan de la colonie agricole dite de Vaucluse, fondée à
- 1 Voy. 4e année, 1870, 1er semestre, p. 1.
- Épinay-sur-Orge (Seine-et-Oise), par le département de la Seine, pour le traitement et l’éducation des enfants arriérés ou atteints d’idiotisme. Les travaux qui avaient pour objet cette création sont aujourd’hui terminés, et la nouvelle institution, sur laquelle le Conseil général de la Seine a statué, a pu ouvrir ses portes à toute une classe de déshérités. L’état des locaux ne comprenant pas des aménagements spéciaux pour les épileptiques, le programme de la colonie a dû forcément les exclure. L’instruction dont leur degré d’intelligence est susceptible est donnée aux coloris de Vaucluse par un instituteur aussi expérimenté que dévoué, qui a exercé pendant trente-cinq ans les memes fonctions à l’hospice de Bicêlre. Un aumônier est chargé de l’instruction religieuse. Des professeurs de gymnastique, de musique, etc., seront, en outre, attachés à l’institution, et des chefs d’atelier seront chargés de donner l’éducation professionnelle aux enfants chez lesquels on aura reconnu l’aptitude à un métier. Il a été annexé à la colonie une ferme et une exploitation de 10 hectares, comprenant un spécimen de toutes les cultures auxquelles les enfants ayant du goût pour les travaux agricoles seront exercés graduellement. La direction médicale est confiée à un médecin en chef, assisté d’un médecin-adjoint et d’un interne en médecine. La colonie, complètement distincte de l’asile de Vaucluse, dont elle est séparée par la rivière de l’Orge, est placée dans d’excellentes conditions hygiéniques. On s’y l'end par le chemin de fer d’Orléans, station d’Épinay-sur-Orge, qui n’en est distante que de 1 kilomètre à peine. La population de la colonie se compose : 1° de pensionnaires du département; 2° de pensionnaires au compte des familles. La dépense des uns et des autres est réglée d’après un tarif arrêté par le Conseil général de la Seine dans sa dernière session. (Journal officiel)
- École polytechnique japonaise. — Le gouvernement japonais vient de créer à Tokci une école polytechnique, où les élèves resteront six ans et recevront une instruction tout à la fois théorique et pratique. Ceux d’entre eux qui payent pension entière jouissent d’une complète liberté au bout des six ans. Ceux qui ont sollicité et obtenu des bourses de l’Etat, s’engagent à le servir pendant sept ans. Neuf professeurs anglais, assistés de maîtres indigènes, sont à la tète de cet établissement.
- Météores. — Le dimanche 15 mai 1877, M. Ilope, de Rotlingdcan, près de Brighton, se promenant avec un ami, vers dix heures trente-cinq minutes du soir, vit un peu au sud d’Arcturus, un brillant météore se diriger assez lentement vers l’est, lancer des étincelles et disparaître près du p. d’Hercule. Il paraissait avoir quatre fois autant de volume que Jupiter, et resta visible pendant trois ou quatre secondes. Environ trente secondes plus tard, un autre météore s’élança de la même partie du ciel et prit à peu près la même direction que le premier. 11 ressemblait au premier par la forme et la couleur, mais il était moins volumineux. Lui aussi ne resta visible que pendant trois secondes. 11 n’y avait en ce moment, pas ou presque pas de vent, et le ciel était d’une grande sérénité. (Nature de Londres.)
- Université en Sibérie. — Le choix longtemps indécis de la ville où sera établie une université en Sibérie a été définitivement résolu. C’est à Omsk que le nouveau centre d’études sera placé. Dès 1803, un riche propriétaire de l’Oural avait donné 100 000 roubles au Trésor pour rétablissement d’une université. Celle somme s’est élevée successivement à 150000 roubles, et un cominer-
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- LA NATURE.
- çant sibérien y a ajouté 100 000 autres roubles. Pendant de longues années, on a discuté très-vivement sur le lieu qui devait recevoir le nouvel établissement ; l’administration s’est longtemps montrée favorable à Tomsk ; mais on s’est décidé contre cette ville par cette considération que le principal établissement pénitencier y est placé.Les raisons qui ont déterminé le choix de la ville d’Omsk sont sa proximité des arrondissements scolaires d’Orenbourg et de Turkestan ; de plus elle est le centre delà Sibérie occidentale. Des ordres ont été donnés de commencer immédiatement les constructions. On estime que les dépenses pour l’entretien du personnel universitaire et les frais accessoires de l’université seront de 307 000 roubles par an.
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- CORRESPONDANCE
- Cil AI’AUD TROUVÉ DANS UNE PIERRE.
- I’crsau, le 12 juin 1877.
- Monsieur Tissandier,
- La semaine dernière, m’étant trouvé en rapport avec M. Filassier, métreur, 78, boulevard Magenta : j’ai reçu l’affirmation du fait suivant.
- En 1874, la personne ci-dessus mentionnée, dirigeait les travaux pour l’édification du château de Soupir, appartenant à M. Plée, dans le département de l’Aisne. Dans cette nouvelle construction, on employait autant que possible des matériaux provenant du vieux château, dont la construction remontait à la fin du seizième siècle, et c’est l’un des morceaux de pierre remployés qui est le sujet de la présente lettre.
- Le morceau de pierre, assez volumineux, avait d’un coté et en son milieu une large partie humide et moussue. La pierre était très-bonne ; sondée au choc, elle parut bien saine ; néanmoins on décida qu’on enlèverait par un trait de scie, la croûte humide, dont l’humidité était attribuée à un écoulement d’eau en cet endroit dans son ancienne occupation, et la pierre fut sciée.
- Elle présentait après ce sciage, environ 0,50 X 0,55 X 1,00, et fut employée dans le tableau d’une croisée, laissant au temps le soin d’effacer la trace d’humidité. -
- Plusieurs mois s’écoulèrent et la pierre ne séchait pas, au grand mécontentement de l’entrepreneur ; enfin, la maçonnerie terminée, et la pierre restant toujours avec sa large partie humide faisait un vilain contraste, il fallut l’enlever.
- Chacun conjecturait sur les causes de cette tache inexplicable, quand un vieux scieur de pierre affirma qu’il devait y avoir un phénomène dedans, ajoutant que bien des fois déjà, il avait rencontré des coquillages qui avaient encore la bêle, et que les contours étaient ainsi humides.
- L’entz’epreneur voulant savoir la cause du fait, fit sacrifier la pierre qui fut sciée à la scie au grès, en plein , travers de la partie humide.
- On trouva au centre du bloc, une cavité irrégulière mais ayant bien 0m,15 en tous sens, et dans cette cavité un énorme crapaud vivant qui s’était blotti dans l’un des côtés au moment du passage de la scie, et était resté intact. La stupéfaction des assistants fut grande, et bien que j’aie déjà lu le récit de trouvailles de crapauds dans de la pierre, j’avais besoin d’une affirmation aussi nette pour en être convaincu, car je crois que pareille rencontre doit être bien rare.
- Recevez, Monsieur, l’assurance de ma parfaite considération. F. Millet.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 2 juillet 1877. — Présidence de M. Pcligot.
- Dosage en poids de l'oxone. — Il y a une quinzaine de jours, M. Berthelot signalait à l’Académie, dans une note intitulée : sur le mécanisme des réactions chimiques, l'influence que le platine exerce, par sa seule présence, sur la transformation de l’acide arsénieux et de l’arsénile de soude en acide arsénique et en arséniate alcalin.
- Or, depuis près d’une année, M. Albert Lévy opère régulièrement le dosage de l’ozone par un procédé fondé pécisément sur la transformation, par l’ozone, de l’arsé-nite de potasse en arséniate, et cela en présence du platine qui constitue la substance même du barboteur.
- On conçoit que l’observation de M. Berthelot ait préoccupé le chimiste de Montsouris, dont elle pouvait faire considérer les résultats comme inexacts. Aussi M. Lévy adresse-t-il aujourd’hui une note, dont le but est de faire voir que l’action propre du platine n’a pas d’influence lors de ses dosages. Il faut remarquer d’abord, que le temps de contact entre le platine et le liquide, n’est ici que de vingt-quatre heures au lieu de durer deux mois, comme dans les expériences de M. Berthelot. « Dans les conditions où j’opère, dit M. Lévy, le platine ne parait pas agir sur l’arséniate, et les nombres que j’obtiens doivent être considérés connue parfaitement exacts. En effet, tous les jours à midi, en même temps que je place un volume déterminé d’arsénite dans deux verres, disposés à la suite l’un de l’autre et dont le second sert de contrôle, je titre, à l’aide d’une liqueur d’iode un même volume de cet ar-sénite qui n’a eu aucun contact avec le platine. Je n’ai jamais trouvé d’ozone en quantité appréciable dans le second verre ; le titre de l’arsénite de potasse qu’il contient est toujours très-sensiblement égal au titre de l’arsénite déterminé directement la veille. J’ai même cru pouvoir, après une expérience d’une année, supprimer ce second verre depuis un mois.
- « Voici en effet les lectures que j’ai obtenues du 1er au 10 mai 1877, jour où j’ai retiré le second barboteur.
- Repère. 1" verre. 2' verre.
- 19cc,29 17°°,05 19co, 28
- 19,23 17,46 19,21
- 19,16 18,06 19,17
- 19,13 17,10 19,06
- 19,00 17,96 19,00
- 18,89 17,94 18,96
- 18,73 17,72 18,82
- 18,59 ' 17,47 18,60
- 18,47 15,00 18,47
- « Les petites différences que présentent entre eux les nombres de la première et de la troisième colonne, sont comprises dans les limites des erreurs de lecture. J’évalue en effet cette erreur relative à trois gouttes de la dissolution d’iode, soit 1|10 de'cent, cube, correspondant à un poids de 0"“8r,00072 d’oxygène. Le volume d’air qui pénètre dans le barboteur étant d’environ 3 mètres cubes et demi par jour, et les nombres publiés chaque mois dans les Comptes [rendus, parmi les observations météorologiques faites à Montsouris étant rapportées à 100 mètres cubes d’air, l’erreur de lecture peut être de 0me ,02. Or, je ne donne que le dixième de milligramme. L’influence exercée par le platine sur l’arsénite de potasse ne se manifeste donc pas dans les circonstances où j’opère, et les
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- LA NATURE
- résultats que j’obtiens ne sont pas affectés d’une manière appréciable par cette cause d’erreur. »
- Le cuivre et le zinc de l'organisme. — Faisant usage de réactifs dont la pureté avait été reconnue directement, M. Raoul a reconnu que le cuivre et le zinc existent d’une manière normale dans le foie humain. Trois observations successives ont donné : la première, 3 milligrammes de cuivre et 10 milligrammes de zinc ; la seconde, 15 milligrammes de cuivre et 30 milligrammes de zinc ; la troisième, 7 milligrammes de cuivre et 34 milligrammes de zinc. Le foie d’un vieillard renfermait 10 milligrammes de cuivre et 65 milligrammes de zinc. On voit que ce dernier métal est beaucoup plus abondant que l’autre, mais même celui-ci ne manque jamais.
- Météorologie. —M. Léopoldllugoaobservéle27juin dernier à 10 heures 20 minutes du soir une colonne lumineuse verticale de4 degrés de hauteur au-dessus delà lune. D’autres témoins du phénomène assurent même avoir remarqué la disposition cruciale signalée dans ce journal il y a peu de jours, comme ayant été remarquée au Havre. — M. Godefroy décrit un coup de foudre qui, le 14 mai dernier, a tué un homme et blessé une femme. Ces malheureux ont été victimes de leur imprudence, s’étant réfugiés sous le couvert d’un chêne qui dominait une plaine dénudée. L’arbre n’a d’ailleurs aucunement souffert.
- L'hydrate de chloral. — Revenant sur une discussion qui a donné lieu déjà à plusieurs communications importantes, M. Troost, maintient sa conclusion première, d’après laquelle l’hydrate de chloral en vapeur n’est pas du tout dissocié, et représente réellement huit volumes. 11 se fonde sur de nouvelles expériences où l’on voit l’oxalate de potasse effleuri ne pas s’hydrater dans la vapeur, en question, tandis qu’il le fait si on admet un peu de vapeur d’eau dans le tube barométrique, dont on se sert. De son côté, M. Berthelot confirme la même opinion, en annonçant que le mélange de la vapeur de chloral anhydre avec la vapeur d’eau, donne lieu à une élévation de température, signe certain d’une combinaison chimique. De plus, tandis que la vapeur de chloral conservée dans l’eau donne un liquide lourd, difficilement miscible, la vapeur d’hydrate se condense en un sirop presque immédiatement soluble. Les deux vapeurs ont donc des proportions nettement différentes.
- Élection de correspondant. — M. Godron, de Nancy, est élu correspondant de la section de botanique, à la place de M. Lestiboudois, décédé. Stamslas AIeu.nier.
- GRAVURE DU VERRE
- AU MOYEN DU SABLE.
- Le procédé que nous allons décrire, consiste à corroder le verre en projetant du sable à sa surface, au moyen d’un jet d’air ou de vapeur : le verre se trouve rapidement dépoli. Ce fait, observé récemment par un Américain, M. Tilghman, est mis à profit pour graver sur le verre ; il est vraisemblable qu’il se pliera à des usages variés, et que plus tard il remplacera, en partie, la gravure à la roue ou même à l’acide fluorhydrique.
- L’appareil dont on se sert à cet effet est très-simple : c’est une trémie contenant du sable bien
- sec A, qui s écoule d’une manière continue par un tube C, dont on règle la longueur et l’inclinaison de manière a graduer a volonté la chute du sable ; cet écoulement se fait par un tube étroit placé un peu au-dessous du tube qui amène le jet de vapeur ou le vent d une machine souillante. Des trous d’air, comme dans les trompes, sont pratiqués à une petite distance du tube qui amène le vent. Le sable, entraîné violemment par ce jet, est projeté avec force sur le corps E, qu’on soumet à son action. La ligure ci-dessous représente les dispositions d’un appareil construit par M. Hervé Mangon.
- En faisant varier la quantité de sable, le volume et la vitesse de l’air, ainsi que le diamètre du jet, on produit des effets plus ou moins rapides ; il convient d’éviter les poussières fournies par cette opération en enfermant l’appareil dans une cage vitrée.
- Des substances bien plus dures que le verre sont rapidement corrodées par le sable ainsi projeté à leur surface : dans les premières expériences faites à New-York , en employant une pression de 136 kilogrammes, on a percé en vingt-cinq minutes un trou de (Jm,052 de diamètre dans un bloc de corindon ; avec une pression de 45 kilogrammes, en trois minutes, un trou de 0"\032 de diamètre et de 0m,008 de profondeur a été fait dans une lime d’acier. Le poids d’un diamant a été sensiblement diminué en une minute, et une topaze a été détruite.
- Pour le verre, il faut peu de pression : le soufflet d’une lampe d’émailleur suffit, et on peut facilement graver, dans les laboratoires, les divisions des tubes gradués, les étiquettes des flacons, etc. Quelques minutes suffisent pour dépolir une plaque de 2 décimètres carrés.
- Les parties du verre qui doivent rester intactes sont recouvertes d’un patron en papier ou d’un vernis élastique qui forme les réserves1.
- 1 Extrait de l’ouvrage de M. E. Péligot, le Verre. — G. Masson, éditeur. Paris, 4877.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
- Appareil pour graver le verre au moyen du sable.
- Typographie Lahure, rue de Fleuras, 9, à Paris.
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- N* 215. - 14 JUILLET 1877.
- LA NATURE.
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- THERMOMETRE ENREGISTREUR
- A BALANCE.
- L’enregistrement de la température est un des problèmes météorologiques les plus difficiles à résoudre : parmi les instruments enregistreurs employés, le thermomètre est certainement celui que l’on a cherché à construire avec le plus d’assiduité, et cependant aucune solution n’a donné jusqu’ici de résultats tout à fait satisfaisants. L’extrême mobilité
- de la température de l’air, le peu de force dont on dispose pour agir sur des appareils inscripteurs, entravent particulièrement la solution du problème.
- En Angleterre, dans les différents observatoires, on se sert de la méthode photographique. Le réservoir du thermomètre est placé à l’extérieur, sous un abri, et le tube, traversant le mur, est recourbé verticalement à l’intérieur ; un appareil photographique placé en face de cette colonne de mercure en enregistre les différentes hauteurs. Ce procédé nécessite un réservoir thermométrique d’un assez grand vo~
- Nouveau thermomètre enregistreur de 11. Hervé Maugou, construit par M. ltedicr
- lume, afin que les déplacements de la colonne liquide de mercure se trouvent appréciables pour de petites variations. Ces exigences se présentent au détriment de la sensibilité de l’appareil; il faut en outre, inconvénient non moins grave, que le réservoir se trouve placé près du mur de l’abri où est installé l’appareil photographique inscripteur.
- En Suisse, on emploie le thermomètre métallique, plus facile à manier ; mais ici encore on est tenu de placer la spirale métallique dans le voisinage très-rapproché de l’appareil enregistreur.
- Le nouveau thermomètre enregistreur, que M. Hervé Mangon a cherché à construire en utilisant le rouage différentiel de M. Redicr, nous paraît basé 5“ année. — semestre.
- sur un bon principe. Il se compose d’un thermomètre à mercure et à poids disposé de telle sorte que l’organe thermométrique peut être placé assez loin de toute habitation pour ne pas subir l’influence des objets environnants. La communication entre le thermomètre et l’appareil enregistreur se fait électriquement.
- Cet instrument se compose de deux parties bien distinctes : 1° le thermomètre proprement dit, et la balance qui sert à peser les différences de poids qui sont la conséquence des variations de la température ; 2° l’appareil inscripteur.
- Le thermomètre, dont nous avons singulièrement amplifié, sur notre gravure, le diamètre de la co-
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- LA N AT LS HE.
- lonne mercurielle pour la rendre appréciable, sc compose d’un tube H très-lin; il présente une grande surface, tout en ne contenant en réalité qu’un volume assez faible de mercure. Ce tube H est soutenu par. un bâti en fonte et vient s’engager dans une cloche Y ; son extrémité très-effilée plonge dans un petit godet g' contenant du mercure, et placé sur un des plateaux de la balance B.
- La balance B est une balance ordinaire de précision ; elle porte au-dessus du fléau un petit disque métallique qui détermine un contact en C toutes les fois que l’équilibre est rompu par suite d’une augmentation de température. Le second plateau porte aussi un godet g dans lequel se trouve de la glycérine. Un tube en verre TT, relié avec l’enregistreur, plonge dans ce godet g et aboutit à son autre extrémité à un autre godet G qui forme vase communiquant avec le premier. La cloche Y recouvre la balance et permet d’exposer sans danger cette partie de l’instrument aux intempéries de l’air. On voit de suite comment on doit disposer les choses pour mettre l’instrument en marche. Après avoir fixé dans son support le tube rempli de mercure, et s’être assuré que l’extrémité effilée plonge bien dans le godet gr, on équilibre la balance en ajoutant des poids dans l’autre plateau. La cloche V que l'on avait relevée, pour cette opération, est alors remise en place, et l’instrument est prêt à fonctionner.
- L’enregistreur se compose du double rouage à train différentiel de M. Bedier et dont nous avons déjà donné une description complète dans la Nature en décrivant le baromètre enregistreur1. Nous indiquerons néanmoins comment fonctionne ce curieux mouvement d’horlogerie. Beux rouages M et M', marchant en sens inverse, sont terminés par des pe- » tits volants très-délicats et tournant très-vite ; ils sont reliés entre eux par un train différentiel dont l’axe porte une poulie à double gorge A. Entre les deux volants oscille une aiguille dont l’une des extrémités sert à arrêter alternativement l’un des deux volants. A l’autre extrémité a de l’aiguille se trouve une petite palette en fer doux sur laquelle agit un éleclro-aimant E, toutes les fois qu’il y a contact en C à la balance. L’aiguille est montée sur un axe qui lui permet d'osciller tantôt à droite, tantôt à gauche, suivant qu’elle ®béit à l’électroaimant ou à un petit ressort antagoniste.
- La poulie A à double gorge porte deux fils, l’un venant s’attacher au porte-crayon K et terminé par un poids tendeur Q, l’autre portant un petit cylindre et venant plonger dans le godet G contenant de la glycérine," et relié par un tube au godet g placé dans un des plateaux de la balance. Il va sans dire que les godets G et g doivent être placés dans le même plan horizontal. Un cylijidre H, conduit par un rouage d’horlogerie L, porte le papier. Un second porte-crayon K' sert à tracer sur le papier un petit trait de repère destiné à contrôler la marche du*
- 1 Yoy. 3* année-, 1873, lai semestre, p. 207.
- rouage L. Ce repère peut être fait automatiquement par un contact électrique venant d’un régulateur de précision.
- Yoici maintenant comment les choses se passent. Supposons que la température s’élève (les explications qui suivent serviront à se rendre compte du mode de fonctionnement de l’appareil quand la température diminue), le poids du mercure en g' augmentera, l’équilibre sera rompu, et le contact G de la balance sera établi ; l’électro-aimant E attirera la queue a de l’aiguille, et le volant du rouage M' sera libre; la poulie A tournera alors à gauche, le flotteur*" s’enfoncera dans le godet G, et le crayon se dirigera vers K'. Le flotteur du godet G, en descendant, élèvera le niveau du liquide en G et en g, et par suite augmentera le poids dans le plateau de la balance où se trouvera ce godet </, et cela jusqu’au moment où, l’équilibre étant rétabli, le contact C sera rompu.
- La queue a de l’aiguille cessant d’être attirée par l’électro-aimant viendra à l’appel du ressort antagoniste et dégagera l’autre volant.
- Ce volant du second rouage M dégagé, permet à la poulie A de tourner à droite, entraînant le crayon de K' vers K et faisant remonter le flotteur du godet G, et par suite diminuant le poids en g. Cette perte de poids rompt de nouveau l’équilibre de la balance, le contact en C se rétablit, et les choses recommencent comme nous l’avons expliqué plus haut.
- On voit par ce que nous venons de dire que le rouage d’horlogerie marche toujours, tantôt à droite, tantôt à gauche, quand même la température ne varierait pas; la courbe obtenue a donc l’aspect d’un petit zigzag, mais tellement lin qu’on s’en aperçoit difficilement. Cette disposition permet pour ainsi dire au double rouage MM' de venir chercher dans la balance, s’il n’y pas le plus léger changement dans les conditions d’équilibre. On comprend de suite que l’on peut donner au degré représenté sur le papier telle grandeur que l’on voudra, tout dépendant du diamètre du flotteur du godet G et de celui de la double poulie A.
- Le tube TT reliant les deux godets G' et g peut être placé sous le sol, et la communication électrique entre la balance et l’électro-aimant E est facilement établie à telle distance que l’on voudra.
- Sur l’axe prolongé de la poulie A on peut placer une aiguille rigide, et indiquer par une simple transmission la température sur un grand cadran placé à l’extérieur.
- Ce remarquable appareil a été construit avec un art véritable par notre habile constructeur M. lledier.
- Gaston Tissandier.
- LES MONTAGNES DE LA FRANCE
- CHAÎNE DES VOSGES.
- La chaîne des Vosges s’élève comme un l'ênipart entre l’intérieur de la France et la vallée du Rhin.
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- LA NAT U HL.
- y y
- Considérée dans son ensemble, elle forme un massif montagneux dirigé du sud-ouest au nord-est sur une longueur de 180 kilomètres à partir de Belfort. Scs contours se dessinent nettement au-dessus des contrées environnantes ; mais sa hauteur varie beaucoup d’une extrémité à l’autre, ainsi que sa nature et son âge géologique. Supposons, afin de mieux faire ressortir le relief du massif, qu’un cataclysme subit, une inondation, un nouveau déluge élève de 400 mètres le niveau actuel des mers, et les plaines d’Alsace et de Lorraine disparaissent sous les eaux, d’où les Vosges émergent comme une île ou comme un archipel montagneux. Les parties hautes de la chaîne constituent dans le sud du groupe la terre principale. Celle-ci s’étend du midi vers le nord sur une longueur de 120 kilomètres, depuis la base du bâ-lon d’Alsace et du bâlon de Saverne, jusqu’à la crête du Hohhœlzel, en face de Strasbourg. Elle mesure 80 kilomètres dans le sens de sa plus grande largeur, entre Jesonville et Soultz. Une falaise de grès dessine vers l’orient sa côte accidentée, tandis que la ligne de ses rivages du versant opposé est formée par les collines calcaires de la Moselle et les . affleurements triasiques. Le Grand bâlon de Soultz ou de Guebwiller, principal sommet de la chaîne appelé Belicha ou Belehen dans l’idiome du pays, domine à une élévation de plus de 1000 mètres, une sorte de péninsule triangulaire, jetée en avant de ligne de faite, dont les eaux s’écoulent par de larges gouttières au fond des golfes, qui découpent la base du massif. Ces bras de mer, étroits, profonds, resserrés vers l’embouchure, ressemblent aux fjords de la Norvège, ou mieux encore à de longs estuaires s’avançant jusqu’à Buhl dans la vallée de la Laueh, à Maseyaux dans celle de la Bol 1er, à Münster sur les rives de la Fuht, à Fouday sur les bords de la Brusche. Sur les pentes occidentales de la chaîne, cette mer imaginaire forme des échancrures plus vastes. Ses eaux s’avancent là jusqu’à la forêt d’Hé-rival dans le bassin de la Moselle, à Belmont, dans la vallée de la Mortagne, à Saulay, à Le Paire et à Baves dans celles de la Meuse, de la Meurthe et de ses affluents. Les cimes des monts Faucilles, avec la motte de Yesoul, constituent un groupe perpendiculaire à la direction générale de la chaîne, en face du bâlon d’Alsace, tandis que vers l’extrémité septentrionale, le Lichtenberg, le Liebfrauenberg, le Sclier-holl, le Kalmit, le Dra.henfels, le Patzberg, le Don-nersberg, le Wackenbcrg et bien d’autres sommets du Palatinat, représentent le prolongement du système des Vosges, à côté du groupe parallèle du Hunds ruck.
- Si au lieu de s’arrêter à 400 mètres d’altitude, la submersion montait encore à 50 mètres de plus, le col de Saverne disparaîtrait à son tour, et les découpures du massif paraîtraient plus prononcées, son étendue plus rétrécie. En réalité cependant, les parties septentrionales des Vosges s’élèvent plus au-dessus des plaines d’alentour qu’elles le semblent dans cette inondation supposée. Le Rhin qui descend
- de Bâle à Mayence avec 175 mètres de pente, fait ressortir d’autant la hauteur relative des montagnes. Unie et plate vers le Rhin, la plaine forme en Lorraine une suite d’ondulations à surface inégale, pour prendre dans le sud, du côté de la Franche-Comté, l’aspect d’un véritable plateau, avec une succession de collines et de dépressions dont la surface se confond par intervalles avec la pente des montagnes. Ces différences de relief n’effacent pas toutefois le caractère général de la chaîne, comme il est facile de le reconnaître au nombre de points, où l’on peut embrasser d’un seul coup d’œil l’ensemble de ces montagnes.
- La montagne des Bois de Remiremont constitue le cap le plus avancé des Vosges vers le sud-ouest ; le Gris-mouton et le Ban-du-Bois, vers Étoyes, en forment la continuation sur la rive droite de la Moselle, dominant les plateaux de Xertigny et de Bains. Vues de la côte de d’Esmy, sorte de belvédère naturel dans la plaine de Lunéville, les Vosges s’observent mieux qu’en aucun autre point de leur revers méridional. « Ces montagnes, dit Elie de Beaumont (p. 291 du premier volume de ïExplication de la carte géologique de France), occupent toute la partie orientale de l’horizon ; on les embrasse depuis l’extrémité des Bois de Remiremont au sud, 15 degrés est, jusqu’au point ou les grès du massif du Donon viennent se terminer au bord et presque au niveau de la plaine, dans la direction de l’est, 30 degrés nord. Cela fait un arc total de 105 degrés, dans lequel ce qui attire le plus l’œil, c’est le gros massif isolé des sapins de Saint-Dié à l’est, 12 degrés sud. On le voit par la dépression de l'Hôte-du-Bois. Les masses de grès au sud de Raon-l’Étape, ont l’air de faire corps avec celles du nord. On s'aperçoit à peine que la Meurthe passe entre les unes et les autres, tant celles du sud, par-dessus lesquelles on voit le Climont, font bien suite à celles du nord, qui se lient de proche en proche et d’une manière continue avec les Hautes-Chaumes de Fra-mont. On remarque aussi dans ce vaste espace, qui comprend toute la partie occidentale des Vosges, les pyramides de grès du Climont et du Donon vers Raon-l’Étape et la ligne doucement ondulée qui forme la crête centrale. Cette ligne commence aux montagnes de Sainte-Maric-aux-Mines, un peu à droite des sapins de Saint-Dié, et on la suit jusqu’au sud, 30 degrés est, c’est-à-dire jusqu’au bâlon. De là aux Bois de Remirernent, le profil s’abaisse doucement avec très-peu d’inclinaison. Le massif des Bois de Remiremont finit vers l’orient par une chute rapide, qui est la terminaison des Vosges proprement dites. »
- A l’est, en suivant le canal du Rhône au Rhin, ou peut voir le front de la chaîne avec le détail de ses vallées et de ses cimes de Thann à Landau. Derrière les collines de calcaire, les montagnes de grès se montrent comme une ligne de caps avancés courons nés de vieilles ruines féodales. Ce sont, en face de Colmar, la montagne d’Eguisheim, le double cône
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- LA NATüHE,
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- du Holhnach au nord du val de la Fuht, les masses de grès détachées qui vont rejoindre le Hah-Kœnigs-bourg, le massif isolé de l’Angusberg et la cime aplatie du mont Odile, puis la ligne des Basses Vosges, uniforme dans son ensemble, cahotée dans ses détails de ses masses carrées. Si, quittant le canal, on 'monte au sommet volcanique du Kaysus-tuhl, on embrasse d’un seul coup d’œil tout le versant oriental de la chaîne ; les montagnes du bassin de la Doller, jusqu’à celles du Champ-du-Feu, se découvrent en même temps que la crête centrale. Le groupe du grand bâlon se détache à peine des sommités environnantes, la ligne des hauteurs prend
- des contours moins vacillants ; l’aplatissement de la chaîne vers Sainte-Marie-aux-Mines et la Brurchc, la cime isolée du Climont qui domine cette interruption reste à peine sensible. Mais quand on le regarde de la Forêt-Noire, le profd légèrement festonné de la chaîne se déprime encore. A ces hauteurs, les Vosges ne semblent plus qu’un groupe de proéminences dont les bases se confondent, dont les sommets forment une ligne presque unie, contraste frappant avec les dentures aiguës des Alpes que l’œil aperçoit du même point.
- Cette uniformité d'aspect, malgré les différences de composition, de nature et de hauteur, a fait
- Fig. 1. — Tunnel au col de la Schlucht dans les Vosges, à 1100 mètres d'altitude.
- comprendre tout le système des Vosges sous une une même dénomination. Celtique d’origine, la dénomination de la chaîne a subi seulement des modi-lications légères dans la langue des différents peuples qui y ont passé tour à tour. Le Vogesus des historiens grecs et latins, comme les Wasichen, le Wasgau, les Vogesen des Allemands désignent le vaste ensemble de montagnes qui pivotent sur le bâlon d’Alsace, se dirigent d’une part vers le con-lluent du Rhin et de la Moselle, de l’autre vers le plateau de Langres. C’est ce qui explique un texte de César, qui décrit « la Meuse qui prend sa source dans les Vosges, près du pays des Lingons. » Les écrivains du moyen âge et de l’époque de la Renaissance, conservent à ce nom son acception antique.
- « Les montagnes des Vosges, dit Herquel de Plain-faing, d’après les traditions anciennes et comme nous l’avons vu de nos propres yeux, commencent aux frontières des Lingons, et s’étendent au nord jusqu’aux limites du pays de Trêves. » Schœpflin développe ccttc idée en termes plus explicites encore, et il ajoute : « La chaîne se dirige du couchant à l’orient, vers le Rhin, jusqu’à Belfort, et sépare sous le nom de Monts Faucilles le comté de Bourgogne de la Lorraine; s’infléchissant ensuite vers le nord, délimite l’Alsace et la Lorraine, et atteint après un trajet de cinquante lieues, le pays de Trêves et la forêt des Ardennes. » Voici donc le développement des Vosges expliqué bien clairement. Son étendue, ses limites'sont lixées avec beaucoup d’exactitude.
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- Cependant nombre de cartes de France de date récente encore, donnent une idée pen exacte de la configuration de la chaîne, en la rattachant au Jura par des montagnes imaginaires ou fantaisistes. Des cartes, ces erreurs, dues sans doute à une exagération dans la conception des lignes de partage des eaux, des cartes, disons-nous, ces erreurs passent aux livres. Aujourd’hui même, trente ans après l’achèvement des travaux de l’État-major dans cette contrée, après la publication de la belle carte du dépôt de la guerre, que tout le monde tient à sa portée, où les moindres détails de topographie et du relief du sol sont figurés, certains géographes réunissent
- encore le Jura et les Vosges. Quoi, un professeur de l’École militaire de Paris a pu écrire dans un traité de géographie classique, imprimé en l’an de grâce 1860, que : « Les Vosges se dirigent du nord au sud entre le col de Valdieu qui les sépare du Jura et le Rhin. Elles sont divisées en trois parties : les Vosges méridionales entre le col de Valdieu et le ballon d'Alsace, les Vosges centrales entre le ballon d’Alsace et le col de Saverne, les Vosges septentrionales au nord du col de Saverne ! « Je ne crois pas que mes collègues du Club alpin aient jamais vu un chaînon reliant le Bàlon au Jura. Quant au col de Val-dieu, si col il y a, les eaux du canal du Rhône au
- Fig. 2. — Le Spitzeukoepfe et la Vulmsa (Vosges).
- Rhin y passent sans peine par une ouverture de 50 kilomètres en largeur, de même que les canons allemands y ont passé sans encombre ni supplément d’attelages pour faire en novembre 1870 le siège de Belfort.
- Mesurée du sud au nord, l’étendue des Vosges égale la longueur des Cévennes. Les deux chaînes se rattachent l’une à l’autre par les collines de la Côte d’Or, le plateau de Langres et les Monts Faucilles. Le relief de ces hauteurs se déprime souvent jusqu’au niveau des plateaux environnants, et elles ne dessinent pas une chaîne égale ou semblable aux Hautes-Vosges. Elles constituent néanmoins en France le bief de séparation des eaux entre les bassins de la Manche, de l’océan Atlantique et de la mer Méditer-
- ranée. Le plateau de Langres où vient aboutir le rameau des Faucilles a une altitude de 400 et 500 mètres. Il court du nord-est au sud-ouest sur une longueur totale de 80 kilomètres. Ses contre-forts rayonnent dans toutes les directions. Une de ses principales ramifications sépare les eaux de la Seine de celles qui coulent dans la Meuse, en changeant plusieurs fois de nom, envoyant des:chaînons à travers l’Argonne et les Ardennes, pour rejoindre les collines de l’Artois et celles de la Picardie, qui finissent les unes au cap de la Hêvc, les autres au cap Gris-nez. Revenant aux Monts Faucilles, nous voyons un autre rameau qui surgit près des sources de la Saône, se diriger vers Épinal, suivre la rive gauche de la Moselle, séparer ses affluents de ceux
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- LA NATURE.
- de la Meuse, monter vers Toul et Nancy, se lier enfin aux formations ardoisières de UArdenne, aux terrains schisteux qui s’étendent de Mézières à Aix-la-Chapelle. La Ilolie Yeen au nord de Malmedy, atteint une altitude .de 600 à 700 mètres, contre 440 à 450 mètres d’élévation du sol de la foret de l’Ar-gonne, entre Réthel et Mézières. Grâce au développement de leurs ramifications, toutes ces montagnes réunies versent leurs eaux dans quatre mers à la lois : dans la Méditerranée par la Saône, dans l’Atlantique par les affluents de la Loire, dans la Manche par la Marne et l’Yonne, tandis que le Rhin et ses tributaires s’écoulent dans la mer du Nord.
- Par sa constitution géologigue autant que par les formes dominantes du relief, le système des Yosges peut être partagé en trois divisions principales : le groupe des Hautes-Vosges, allant du Râlon d’Alsace à l’extrémité du Champ-du-Fou ; le groupe des Basscs-Yosges, qui s’étend depuis Saales entre la Bruschc et la Meurthe jusqu’au delà de Pyrmacens dans le Palatinat ; le groupe du Donnersberg, qui se rattache aux Basses-Yosges à Winerweiler et dont les contre-forts descendent vers Mayence et vers Bingen, sur les bords du Rhin. Les Hautes-Vosges présentent les plus hauts sommets de la chaîne, avec des vallées profondes commençant par des cirques ou se ramifiant en éventails sur les flancs des montagnes aux formes arrondies, mais sans ressemblance aucune avec des ballons, de nature granitique ou de granwaçke stratifiée. Sur la rive gauche de la Brusche, la chaîne change de caractère, les sommets s’abaissent,et s’aplatissent, le grès à couches horizontales remplace les roches cristallines dans toute la région des Basses-Yosges. Au massif du Donnersberg apparaissent des masses de porphyres entourées de terrains stratifiés de toutes les époques géologiques, depuis les schistes anciens jusqu’aux terrains tertiaires. Charles Grad.
- L'ACOUSTIQUE DES SALLES
- AMÉLIORATIONS PRODUITES PAR L’EMPLOI DE FILS DE COTON.
- - Les applications de la physique à l’industrie, aux arts sont nombreuses, et considérables sont les progrès qui ont été faits par suite de la généralisation de la connaissance des principes de cette science. 11 est une partie cependant où les progrès de l’industrie, de l’art, ne sont que pour bien peu redevables au développement des connaissances scientifiques : l’acoutisque physique a, jusqu’à présent, fourni peu de données utiles, et c’est encore en suivant les indications des générations antérieures, disons le mot eu suivant la routine, que l’on se guide dans presque toutes les circonstances. C’est ainsi que, bien que l’on ne connaisse pas les raisons scientifiques qui permettraient d’expliquer la forme complexe des instruments à archet, l’on ne saurait
- rien changer utilement au violon, à l’alto, au violoncelle; on sait que Sauveur a voulu construire un violon d’après les indications qu’il croyait pouvoir déduire de la théorie et des expériences qu’il avait exécutées, et que cet instrument était réellement mauvais : nous ne prétendons pas que, guidé par des considérations générales sur la production et la propagation des ondes sonores, on n’ait pu améliorer certains instruments ; certes, des progrès ont été faits dans ce sens, principalement pour les instruments à vent, mais ce n’est pas aux physiciens'qu’on en est redevable, et les modifications introduites par des artistes ou des fabricants d’instruments de musique reposent, nous le répétons, non pas sur l’application de lois déterminées, mais sur les seules notions premières de la cause de la production des sons et de leur mode de propagation.
- A d’autres points de vue, l’acoustique a fourni également peu d’indications; nous citerons spécialement la construction des salles destinées à l’audition d’un orateur, et surtout d’un orchestre. Combien peu de ces salles sont satisfaisantes, c’est-à-dire, combien peu y en a-t-il où, de tous les points, on entende nettement, distinctement les paroles de l’orateur, les accords de l’orchestre. La question présente incontestablement de grandes difficultés, et nous allons tâcher de le faire comprendre dans ce qu’elles ont de plus important.
- Considérons le cas simple d’une personne parlant dans une salle dont nous supposerons les murs nus et résistants, des murs en maçonneriè par exemple. Le son produit se répand dans toutes les directions : il va en ligne droite, d’une part, jusqu’aux oreilles d’un auditeur; mais d’autre part, des ondes sonores vont rencontrer les murs de la salle, le plafond : là, elles se réfléchissent, et continuent leur chemin suivant une nouvelle direction ; après cette réflexion, quelques-unes parviennent àToreille de l’auditeur que nous avons déjà considéré ; mais elles sont en retard sur les ondes directes, puisqu’elles ont suivi un plus long trajet. Si la différence de chemin n’est pas très-considérable, le son réfléchi parviendra à l’oreille avant que l’impression du son direct soit éteinte, et celle-ci paraîtra seulement se prolonger, se renforcer. La prolongation sera presque insensible, et le renforcement se fera seul sentir si la pièce est petite et qu’il y ait, dans tous les cas, peu de différence entre les chemins parcourus par les ondes directes et par les ondes réfléchies; c’est ce qui arrive en général dans les appartements, dans les salons, et dans ce cas, surtout pour le chant, ce renforcement est loin d’être un inconvénient.
- Si la salle est grande, l’effet est tout autre; un son, même bref, proféré à haute voix, se prolonge très-notablement, et l’effet devient très-sensible. H en résulte que si l’on prononce successivement plusieurs sons, comme cela se produit lorsque l’on parle, les sons directs successifs arrivent à l’oreille avant que soient éteintes les impressions des ondes réfléchies correspondant aux sons précédents ; toute
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- netteté disparaît, on ne peut rien distinguer, il y a confusion ; on n’entend plus des sons, des paroles, on entend seulement un bruit, un vague brouhaha.
- Si même la salle est plus grande, des ondes réfléchies correspondant à un son déterminé, arrivent à 1 oreille alors que l’impression produite par les ondes directes est complètement éteinte; on a une seconde impression distincte, comme si un second son était produit du côté d’où viennent les ondes réfléchies : il y a écho.
- Les divers effets disparaissent si les parois résistantes de la salle sont recouvertes de matières non élastiques, de tapisseries, de tentures, de tableaux. On éteint ainsi non-seulement les échos, les prolongements exagérés des sons, mais même, et cela est un inconvénient, les simples résonnances, renforcements des sons qui leur donnent plus d’ampleur. Les chanteurs savent combien il est désagréable de chanter dans un salon où le plancher est recouvert d’un tapis, où de nombreux tableaux sont accrochés aux murailles, où de lourds rideaux masquent les fenêtres, tandis que d’épaisses portières sont appliquées contre les portes : il ne peut y avoir là, nulle part, réflexion des ondes sonores, l’auditeur entend seulement le son produit par les ondes directes. C’est également la raison pour laquelle il est difficile de parler ou de chanter en plein air : les ondes directes impressionnent alors seules les oreilles des auditeurs.
- Nous avons considéré un cas fort simple; mais il est facile de concevoir combien la question se complique si les parois de la salle sont minces, élastiques, susceptibles par suite d’entrer en vibration sous l’action des ondes sonores, puis devenues corps sonores à leur tour, envoyant des ondes qui affecteront l’oreille de l’auditeur concurremment avec les ondes directes. A plus forte raison, les phénomènes sont complexes, si derrière cette paroi mince se trouve une masse d’air limitée, également susceptible de vibrer ; si, dans la salle, débouchent des pièces latérales dont la masse d’air peut de même entrer en vibration.
- D autre part, il se présent^ fréquemment des obstacles à la propagation des ondes sonores, et, sans parler des obstacles matériels que l’on peut éviter, nous signalerons les fâcheux effets produits par des masses d’air élevées à des températures différentes, inégalement chargées d’humidité, par les courants qui s établissent entre les diverses parties de la salle. Des effets de ce genre ont été signalés à plusieurs reprises, et récemment encore par Tyndall.
- G. M. Gariel.
- — La Jin prochainement. —
- LE SON DANS L’AIR ET DANS L’EAU
- Quand un corps d’une élasticité convenable éprouve ces rapides alternatives de va-et-vient qu’on nomme
- vibrations, une sensation spéciale, le son, est produite sur un de nos organes des sens. La membrane du tympan ébranlée communique par la chaîne des osselets avec l’oreille interne, qui offre une véritable retine à bâtonnets dans ses canaux semi-circulaires, et un nerf spécial donne l’impression au cerveau, comme le nerf optique pour les images lumineuses qui viennent se peindre sur l’admirable écran photographique de la rétine de l’œil. Le nombre variable des vibrations du corps sonore détermine la hauteur du son, qui est d’autant plus aigu qu il s en exécute un plus grand nombre en une seconde, et l’ébranlement du tympan est d’autant plus fort que le son, d’une hauteur donnée, a plus d’intensité. Par des mouvements instinctifs ou réflexes, notre membrane du tympan est très-tendue, quand nous cherchons à percevoir des sons très-faibles ; elle flotte au contraire, comme pour éviter la rupture, si nous attendons l’audition presque douloureuse d’un son très-intense, comme on peut le constater avec un stylet boutonné pour l’oreille des servants de la pièce de canon, au moment de l’explosion. .
- Il est indispensable que des milieux d’une élasticité suffisante soient intercalés entre le corps sonore en vibrations et 1 oreille, pour que celle-ci perçoive un son. Les corps solides,sont même à cet égard les véhicules les plus sûrs et les plus rapides du son. C est en se collant l’oreille sur le sol qu’on perçoit le mieux et le plus tôt le ' bruit lointain d’une voiture ou d’une troupe en marche. Dans les sièges, les mineurs des deux partis entendent sous terre les coups de pioche qui les avertissent du voisinage de la galerie de l’ennemi. Un très-léger choc, celui d’une tête d’épingle, à l’extrémité d’une longue poutre, est très-nettement transmis à l’oreille adaptée à l’autre bout, si la poutre est bien saine, et c’est en frappant les arbres abattus avec leur canne que les marchands de bois s’assurent de leur plus ou moins grande intégrité à l’intérieur. Si l’on se place à l’une des extrémités d’une longue file de tuyaux métalliques emboîtés, destinés à la conduite de l’eau ou du gaz à éclairage, on entend très-distinctement les coups de marteau frappés à l’autre extrémité, et même on entend ainsi distinctement deux sons, l’un, plus rapide, transmis par le métal, l’autre, plus lent, transmis par l’air.
- Le plus habituellement c’est un fluide, l’air atmosphérique, dont la présence est indispensable pour la transmission du son. Les cours les plus élémentaires de physique montrent aux auditeurs l’absence de son sous une cloche dans le vide, bien que le petit marteau ne cesse de frapper le timbre (fig. 1), 1 appareil sonore posant sur un gros coussin de coton non élastique. Une expérience encore meilleure par sa généralité et très-ancienne, car elle date du commencement du dix-huitième siècle (Ilaugsbce, 1706), consiste à suspendre une petite cloche dans un ballon de verre, avec la précaution que le cordon d attache soit formé d’une substance
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- molle, qui ne transmette pas son mouvement vibratoire au ballon lui-même, ou du moins ne le transmette que très-amorti (fig. 2). Le mieux pour cet usage est la réunion de quelques brins de chanvre ou de soie non tordus. Tant que le ballon est rempli d’air, si on le secoue, on entend le bruit de la cloche; mais, si on enlève l’air au moyen d’une bonne machine pneumatique, et qu’on dévisse ensuite le ballon, on a beau le secouer et faire vibrer la clochette, on n’entend plus rien. Le son renaît au contraire si on laisse rentrer un peu d’air ; il est d’abord très-faible, et augmente progressivement d’intensité à mesure que l’air rentre. Tous les autres fluides aériformes peuvent servir à propager le son aussi bien que l’air, comme on peut s’en assurer en introduisant tour à tour dans le ballon de l’acide carbonique, de l’hydrogène, etc., après y avoir fait le vide. Il en est pareillement des vapeurs, même à saturation ou en présence d’un excès de leur liquide. 11 est facile de s’en assurer si dans le ballon a été introduite à l’avance une mince ampoule de verre, contenant ou de l’eau, ou de l’alcool, ou de l’éther. Le vide fait, on brise l’ampoule en la choquant contre les parois; la vapeur se produit aussitôt et le son se transmet. C’est pourquoi, lorsqu’on veut prouver avec rigueur que le son ne se propage pas dans le vide, il faut placer préalablement dans le ballon quelques morceaux de chaux vive ou de potasse caustique, afin d’absorber les vapeurs aqueuses qui pourraient y rester, et qui transmettraient encore le son d’une manière perceptible, quoique très-faible, à cause de leur peu de densité.
- Pour bien comprendre comment le son se propage dans l’air, il faut, pour simplifier le phénomène, supposer une explosion subite comme d’un canon ou d’un pistolet, au centre d’une masse d’air sphérique. Les molécules de cette sphère sont chassées et poussées fortement sur celles qui les avoisinent ; mais celles-ci leur opposant une résistance qu’il faut vaincre, il s’ensuit que les premières se compriment en même temps qu’elles se déplacent. Celles qui les environnent, cédant en partie à leur effort, se déplacent aussi et se compriment, mais dans une proportion moindre, jusqu’à ce qu’en-fin la compression et le mouvement deviennent insensibles à une certaine distance du centre de
- l’explosion. Puis, par la réaction de leur élasticité, les premières molécules comprimées se dilatent en reprenant leurs anciennes positions, les compressions se transmettant alors aux molécules plus éloignées, etc., de sorte que, par ces condensations et dilatations alternatives, l'ondulation sonore se propage successivement dans toute l’étendue de la masse d’air, comme un choc instantané à travers une file de billes d’ivoire, élastiques en contact les unes avec les autres. Rien de plus aisé à comprendre par la vue que ce mode de propagation du mouvement, tout à fait différente des translations ordinaires ou du déplacement d’un projectile. Il n’y a qu’à regarder une pierre qu’on lance dans l’eau, ou le trivial amusement de l’enfant qui crache dans un puits pour faire des ronds; tout autour du point ébranlé se dessinent des cercles concentriques qui vont en s’agrandissant; si un petit corps flottant, comme un bouchon de liège, est à quelque distance, il éprouve de légères trépidations à droite et à gaueho, indiquant parfaitement la série de compressions et de dilatations alternées par lesquelles passent les molécules de l’eau ébranlée. Elles sont l’image fidèle d'une ondulation sonore dans un milieu élastique illimité.
- On sait que dans l’air libre le son semble d’autant plus faible pour notre oreille, c’est-à-dire ébranle d’autant moins la membrane du tympan, qu’on se trouve plus éloigné du lieu où il se produit. Mais si la masse d’air, dans laquelle le mouvement qui constitue l’onde sonore se propage, était rigoureusement cylindrique, la théorie apprend que l’intensité du son ne devrait pas s’affaiblir avec la distance, sauf, dans la pratique, le frottement de l’air contre les parois du tuyau. C’est ce que Biot a cherché à établir (Traité de physique, 1816, t. Il), en se servant des premiers tuyaux de fonte qui aient été posés à Paris pour la conduite des eaux, et qui étaient destinés à amener celles de l’aqueduc d’Arcueil. Le tuyau sur lequel a opéré Biot, avait une longueur de 951 mètres. La voix la plus faible était entendue à cette distance, de manière à distinguer parfaitement les paroles, et à établir une conversation suivie. Les mots dits aussi bas que quand on se parle à l’oreille étaient reçus et appréciés ; entre une demande et une réponse faite de cette manière, il s’écoulait 5",58 ; c’était donc là le temps que le
- Fig. 1. — Cloche et timbre pour le son dans le vide.
- Fig. 2. — Ballon à clochette pour le son dans le vide, les gaz et les vapeurs.
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- son mettait à parcourir deux fois la longueur de la colonne d’air, soit 1902 mètres.
- Ce tuyau servit aussi à constater si les sons graves ou aigus, forts ou faibles, se propageaient avec une égale vitesse, ou s’il y avait entre eux sous ce rapport quelque différence (fig. 5). Un air de flûte était joué à une des extrémités du tuyau posé dans la tranchée de la conduite d’eau. On sait qu’un chant musical est assujetti à une certaine mesure, qui règle très-exactement l’intervalle de ses sons successifs.
- Par conséquent, si quelques-uns des sons s’étaient propagés plus rapidement ou plus lentement que les autres, lorsqu'ils seraient parvenus à l’oreille, ils se seraient trouvés confondus avec ceux qui les précédaient ou qui les suivaient dans l’ordre du chant, qui aurait paru tout à fait altéré. Au lieu de cela, il était parfaitement régulier et conforme à sa mesure naturelle. D’où il résulte que les sons dê toutes les hauteurs se propagent avec une vitesse égale, de même que les lumières de toutes les couleurs. C’est ce fait expérimental qui rend possible le charme si puissant que nous cause la musique, et l’attrait des concerts de la voix humaine et des instruments. Cette remarque avait été faite dans les expériences des académiciens de 1758, sans qu ils aient indiqué par quels procédés.
- Pour opérer avec succès les expériences du tuyau d’air que nous venons de rapporter, il était absolument nécessaire, dans une grande ville, de choisir les instants de la nuit les plus calmes, comme de une heure à deux heures du matin. Dans le jour, mille bruits confus agitant l’air extérieur, et se communiquant aussi par le sol, faisaient résonner
- le tuyau, et empêchaient de distinguer ou même détruisaient les faibles ébranlements produits par une voix basse à l’extrémité de la colonne d’air. Aussi, dans ces circonstances, les cris les plus forts ne sont quelquefois pas entendus.
- Ce tuyau permit également de rendre parfaitement sensible le double effet des condensations et des dilatations transmises aux particules d’air de la
- colonne, à mesure que l’ondulation sonore les atteint.
- | Des coups de pistolet tirés à une des extrémités occasionnaient encore à l’autre une explosion considérable, lorsque l’ébranlement y arrivait. L’air était chassé du dernier des tubes de fonte soudés avec assez de force pour produire sur la main un vent impétueux, pour lancer à plus d’un demi - mètre de distance des corps légers que l’on plaçait sur sa direction , et pour éteindre des bougies allumées, quoique l’on fût à 951 mètres de distance du lieu où le coup était parti deux secondes et demie auparavant.
- Des expériences très-vulgaires nous amènent à reconnaître que la propagation de l’ondulation sonore exige un temps très-appréciable pour arriver à notre oreille. Si on regarde un ouvrier travaillant au marteau au haut d’un clocher, il a déjà relevé le marteau quand nous entendons le choc précédent, et lorsque, le soir, un chasseur tire au loin un coup de fusil dans la campagne, notre œil a déjà vu la lueur que notre oreille n’a pas encore perçu le bruit de l’explosion.
- La propagation de la cause de la sensation lumineuse est en effet si rapide, que, pour toutes les distances où nqus pouvons opérer sur la
- Fig. 3.
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- terre, elle paraît absolument instantanée. Si nous voulons mesurer quelle longueur parcourt le déplacement aérien de l’ondulation sonore en une seconde, il faut exciter, sur un point de l’atmosphère, une explosion subite, et mesurer les intervalles de temps après lesquels le bruit en parvient à l’oreille à diverses distances. Cela sera facile si l’explosion produit en même temps une lumière qui soit visible du lieu où l’observateur est placé, de sorte que l’instant physique de la vue de la lumière puisse être pris pour celui auquel l’explosion à eu lieu.
- Il suffira de mesurer, avec un Appareil compteur bien précis, l’intervalle de temps écoulé entre l’apparition de la lumière et le moment bùTcn entend le son, puis de diviser) l'espace entre les deux stations par ce temps. Si le ^mouvement sonore est uniforme, point important que l’expérience devra établir, le quotient ainsi obtenu sera la vitesse du son, ou l’espace parcouru en-une seconde. Tel est le principe de la plus grande partie des expériences de mesure de la vitesse du son dans l’air et dans lcau, dont nous allons présenter l’historique- J’;,,»'.’,;,., .. ,
- Newton, en soumettant à l’analyse mathématique^ la propagation d’un mouvement vibratoire'dans ùnut milieu élastique, avait donné une formule qui permettait de calculer la vitesse du son dans l’air à une température donnée. On trouvait ainsi pour l’air, à la température de la glace fondante, 279m,2J. Ce nombre ne tarda pas à être regardé comme notablement plus faible que l’espace réellement parcouru* par l’onde sonore dans l’air en une seconde, et on fut amené à rechercher par expérience une quantité dont la théorie ne fournissait qu’une valeur imparfaite. Maurice Girard.
- — La suite prochainement. —
- MÉTÉOROLOGIE NAUTIQUE ^
- h- J
- PROJET DE CARTES NAUTIQUES SIMULTANÉES \
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- La météorologie générale possède-t-elle aujourd’hui les moyens de résoudre avec une certaine précision les grands problèmes de la circulation atmosphérique? Est-elle même dans la voie qui la conduira nécessairement à leurs solutions? — Nous ne le croyons pas.
- Notre conviction, basée sur douze années d’études, est qu’on n’arrivera à aucune des solutions cherchées, tant qu’on n’appliquera pas les observations maritimes à la météorologie dynamique, comme autrefois Maury les appliqua à la météorologie statique.
- 1 Ce chapitre est extrait d’un livre qui paraît actuellement à la librairie Arthus Bertrand, et qui a pour titre : Étude sur la circulation atmosphérique de VAtlantique nord. Le livre est signé d’un nom connu de nos lecteurs : M. Brault, officier de marine, vice-président de la Société météorologique de France,
- Il manque à la météorologie générale une sorte de cartes qui lui est indispensable, et que nous appellerons la carte nautique simultanée.
- Rien, absolument rien, ne pourra remplacer en météorologie générale les cartes nautiques simultanées, qu’il ne faut pas confondre avec les cartes synoptiques existantes, bien qu’elles aient avec elles plus d’un point commun.
- En météorologie statique, on n’a, pour ainsi dire, rien su de la distribution générale des vents, tant qu’on n’a pas considéré les observations maritimes. De même, en météorologie dynamique, on ne saura rien ou presque rien de la circulation générale de l’atmosphère à la surface du globe, tant qu’on ne considérera que des observations terrestres ; car ces dernières, fussent-elles étendues à la surface entière des continents, dont elles n’occupent peut-être pas aujourd’hui la dixième partie, ne couvriraient encore qu’un tiers de la surface du globe; et il faudrait en outre ajouter que lorsqu’il s’agit des vents, ces mêmes observations terrestres sont toujours entachées d’erreurs inévitables par rapport à la circulation générale, et cela à cause des vallées, des collines, des montagnes, etc., et de toutes les influences locales.
- Les cartes de moyennes donnent en marine le vent probable, c’est-à-dire l’élément principal dont le marin a besoin pour trouver sa route. Et, à ce point de vue, on peut dire qu’elles valent toutes les cartes qu’on pourrait imaginer. Mais les cartes de moyennes sont, comme on le sait, complètement impuissantes à résoudre un grand nombre des problèmes de la météorologie des vents.
- D’un autre côté, les cartes synoptiques ont détruit 'déjà lBieh des erreurs, et sont encore appelées à rendre d’utiles services, par l’étude si importante qu’elles font des tourbillons des latitudes moyennes. Mais on ne peut se dissimuler non plus que la valeur des cartes synoptiques, au point de vue de la circulation générale de l’atmosphère, est encore très-restreinte, à cause même des documents dont elles disposent, et de la surface limitée sur laquelle elles opèrent.
- Qu’on suppose les plus savants météorologistes réunis à un observatoire quelconque, et qu’on admette même (ce qui matériellement serait déjà difficile) qu’ils soient mis en rapport par des fils télégraphiques avec tous les observateurs d’Europe et d’Amérique ; que pourraient-ils faire? — Ils pourraient installer des services d’avertissements aux ports, puis des services de météorologie agricole comme ceux que l’Observatoire de Paris commence à installer en France, et certes, rendre ainsi la science profitable à leurs pays. Mais pour la question de la circulation générale de l’atmosphère à la surface du globe, question qui domine toutes les autres en météorologie, il faut bien reconnaître qu’ils ne pourraient rien ou presque rien.
- Tant il est vrai, et c’est là le point capital, que cette grande question de la circulation générale de
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- l’atmosphère dépend bien moins pour le moment 1 de tous les météorologistes réunis, que des huit 1 ou dix hommes éminents qui ont entre les mains les destinées îles marines de l’Europe et de l’Amérique.
- En effet, que les ministres de toutes les marines décrètent en même temps cet ordre si simple, dont l’exécution serait elle-même si facile :
- « A bord de tous les bâtiments, pendant quinze jours et de six en six heures, à partir de midi de Paris ou de Washington, le 1er août 1878 par exemple, tout les commandants, en qpelque endroit qu’ils se trouveront, inscriront ou feront écrire sous leur responsabilité sur une feuille de papier séparée : les coordonnées terrestres de leur position, le jour et l’heure correspondants, la direction et la force du vent, la hauteur barométrique, la hauteur thermométrique, etc., et remettront, au bout de ces quinze jours, au premier paquebot qu’ils rencontreront, les soixante feuilles d’observations ainsi obtenues, sous pli cacheté à l’adresse du ministre, qui les dirigera immédiatement sur l’observatoire de Paris, ou sur tel autre désigné ad hoc. »
- Qu’en résulterait-il?
- 11 en résulterait qu’à l’observatoire, où seraient réunies toutes les feuilles d’observations : sur soixante cartes (mappemondes hydrographiques) préparées d’avance, sur lesquelles on aurait déjà indiqué les observations faites à terre, on pourrait en quelques jours relever les observations de tous les commandants de toutes les marines, et obtenir de la sorte, pour ainsi dire sans frais, soixante cartes simultanées, sur lesquelles on verrait enfin, ce qu’il n'a jamais été donné de voir à aucun météorologiste jusqu’ici, comment se fait à un instant donné la circulation atmosphérique à la surface du globe; sur lesquelles on comprendrait peut-être tout de suite le grand phénomène des calmes équatoriaux, etc., et qui, à coup sûr, pour cette immense question de la circulation générale de l’atmosphère, vaudraient toutes les cartes de moyennes, toutes les cartes synoptiques, et même tous les livres déjà faits.
- On voit donc bien la nécessité absolue des cartes nautiques simultanées, telles que nous venons de les définir, et à l’apparition desquelles s’intéresseront sans doute tous ceux qui ont à cœur le progrès des sciences météorologiques.
- L. Brault.
- Vice-président de la Société météorologique de France.
- ÉTUDE DES RELATIONS
- ENTRE LE SOLEIL ET LA TERRE1
- Lorsque le télescope permit, pour la première fois, d’étudier la surface solaire, les taches qu’on y découvrit furent en quelque sorte un sujet d’em-
- 1 Traduit du journal anglais Nature.
- barras pour les observateurs ; on était peu disposé à reconnaître la plus faible impureté dans l’astre qui nous éclaire. On ne tarda pas à constater que ces taches déparaient bien réellement la splendeur du disque du soleil ; mais, jusque dans ces derniers temps, on les regardait comme de simples curiosités scientifiques, n’ayant de rapports ni avec nous ni avec quoi que ce fût.
- Nous avons fait un pas de plus que nos devanciers : nous avons recueilli des observations en assez grand nombre pour nous convaincre que l’état physique de la surface solaire exerce une influence sur notre monde, et cela de bien des manières différentes. Quelques-unes de ces influences sont aujourd’hui avérées; quant aux autres, elles ne sont pas encore expliquées d’une manière satisfaisante. Toutes nous intéressent considérablement, mais nous ne connaissons pas encore au juste le degré de notre responsabilité, et nous ne comprenons pas encore la nécessité de surveiller le soleil avec une attention incessante. Il sera peut-être utile d’énumérer ici les preuves qui nous portent à croire à l’existence de ces relations particulières.
- 11 y a environ cinquante ans, le conseiller aulique de Dessau, Sehwabc, avec une constance toute germanique, se mit à étudier jour par jour la surface du soleil, et ses observations, continuées pendant quarante ans, furent récompensées par la découverte d’un cycle d’apparition des taches. C’est ce que démontre le tableau suivant.
- NOMBRE DES NOUVEAUX GROUPES DE TACHES SOLAIRES OBSERVÉES CHAQUE ANNÉE.
- Les observations de 1826 à 1863 ont été faites par le conseiller aulique Schwabe, les autres à l’observatoire de Kew.
- ANNÉES NOMBRE DES NOUVEAUX CROUPES « Z Z - NOMBRE DES NOUVEAUX GROUPES U ta Z nombre DES NOUVEAUX CROUPES ca ta z < NOMBRE DES NOUVEAUX GROUPES : t/> P ta Z Z < NOMBRE DES NOUVEAUX GROUPES U. *W Z < X P g > g *Sb s o g ° z « ai O » a
- 1826 118 1834 51 1842 68 1850 186 1858 188 1866 Alt
- 1827 161 1855 173 1843 34 1851 151 1859 205 1867 17
- 1828 225 1836 27 5 1844 52 1852 125 1860 210 1868 115
- 1829 199 1837 333 1845 114 1853 91 1861 204 1869 224
- 1830 190 1838 282 1846 157 1854 67 1862 160 1870 403
- 1831 149 1839 162 1847 257 1855 38 1863 124 1871 271
- 1852 84 1840 152 1848 330 1856 34 1864 113 1872 186
- 1833 33 1841 102 1849 238 1857 : 38 1865 93
- On voit que le maximum des taches observées eut lieu dans les années 1828, 1837, 1848, 1860 et 1870; le minimum, dans les années 1833, 1843, 1856 et 1867.
- Tandis que Schwabe observait le soleil avec une louable régularité, sir E. Sabine étudiait de la mèmè façon le magnétisme terrestre. Une aiguille aimantée, librement suspendue, est généralement regardée comme très-constante dans les directions qu’elle indique, et cela, sans doute, est vrai en ce qui concerne les larges oscillations; néanmoins elle se meut sans cesse dans de certaines limites ; elle a, | par exemple, une oscillation bien observée, dépen-
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- dant de l’heure du jour ; elle est de plus soumise à des oscillations irrégulières qui se manifestent brusquement.
- Or, Sabine remarqua que ces affections brusques et spasmodiques de l’aiguille étaient fréquentes, surtout dans les années où les taches solaires étaient les plus nombreuses ; comme en outre, ces fluctuations magnétiques sont presque toujours accompagnées d’aurores boréales, il en vint à conclure que les aurores boréales sont fréquentes, surtout dans les années où il y a le plus taches solaires. C’est par exemple ce qui arriva pour la brillante aurore boréale de 1870.
- Ce que nous avons dit se rapporte aux affections spasmodiques de l’aiguille ; mais ses oscillations diverses ne dépendent pas moins de l’éclat de la surface solaire. Ici de même, nous avons le maximum de fluctuations dans les années où se montrent le plus de
- taches sur le soleil. Ce rapport intime entre les taches solaires d’une part, les oscillations magnétiques et les apparitions d’aurores boréales d’autre part, se voit dans le diagramme A, dessiné par le professeur Loomis, le météorologiste américain si connu.
- Quelque intime et frappante que soit la relation entre ces trois phénomènes combinés, relation mise en évidence par le ' diagramme précité, cette connexion peut être encore plus évidente , si nous nous bornons aux études de la surface solaire et des fluctuations magnétiques qui ont été faites avec la plus grande exactitude possible.
- Sous ce rapport, nous devons dire que les observations oculaires de Schwabe ne sont pas assez précises, et en ce qui concerne les taches solaires, nous devrons recourir à des mesures très-exactes de la surface solaire semée de taches, faites à Redhill par feu R. G. Carrington, ainsi qu’aux résultats obtenus par les photographies solaires, faites à l’observatoire de Kew, sous le contrôle de M. Warren de la Rue.
- Quant aux observations magnétiques, consultons les résultats fournis par les magnétographes de l’observatoire de Kevv, instruments qui notent et constatent par eux-mêmes.
- En outre, pour égaliser les oscillations à courte
- période, traçons une courbe solaire, dont chaque point représente, pour neuf mois, la moyenne des observations des taches solaires ; traçons parallèlement une courbe magnétique, dont chaque point représente semblablement, pour neuf mois, la moyenne des observations magnétiques.
- L’auteur du présent article a fait une comparaison de ce genre, et il en a récemment communiqué les résultats à la Société royale de Londres. Ces résultats sont consignés dans le diagramme B, où des observations exactes de taches solaires sont comparées avec les séries des déclinaisons de Kew, c’est-à-dire avec les oscillations quotidiennes diurnes d’une aiguille aimantée, librement suspendue à l’observatoire de Kew.
- Une comparaison des deux courbes précitées nous montrera que presque toutes les fluctuations proéminentes des taches solaires se reproduisent sur la courbe magnétique ; aussi a-t-on employé les mêmes lettres pour dénommer des fluctuations évidemment correspondantes.
- Il faudrait, toutefois, une parité plus grande pour la partie pointillée de la courbe solaire, partie qui représente les résultats dss observations oculaires faites par le conseiller aulique Schwabe avec le photo-héliographe de Kew, instrument plus exact, se trouvant malheureusement hors d’état de fonctionner.
- On s’apercevra que les fluctuations magnétiques suivent avec une invariable constance les fluctuations solaires correspondantes , seulement avec un retard, dont la moyenne probable est de six mois. Nous pensons donc conclure de ces comparaisons, qu’il y a une relation intime et scrupuleuse entre l’état physique du disque solaire et les oscillations diurnes de l’aiguille aimantée librement suspendue, dans l’observatoire de Kew ; le premier effet est donc la cause du second, ou du moins les changements magnétiques suivent avec plus ou moins de lenteur les phénomènes correspondants de la surface solaire.
- Balfour Stewart.
- — La suite prochainement. —
- Diagramme A. — Taches solaires, déclinaison magnélique et aurores boréales.
- — n»
- 1458 1849 1840 1881 1889 1863 1868 1868 1866 1867 1668
- Diagramme B. — Le courbe supérieure indique les variations des taches solaires, la courbe inférieure, celles de la déclinaison magnétique.
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- LÀ NATURE.
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- UNE ILE ÉLECTRISÉE
- Nous devons une réparation aux enthousiastes qui n’ont point désespéré d’établir des communications télégraphiques à distance, par l’intermédiaire du sol, c’est-à-dire en l’absence de tout conducteur spécial. Lorsque nous avons abordé précédemment cette question *, nous nous sommes montré sceptique sur les tentatives que nous analysions ; nous venons aujourd’hui sur la foi de renseignements nouveaux reprendre un peu du terrain abandonné.
- Les phénomènes que nous allons analyser ont été observés par M. J. Gott, électricien et surintendant de la Compagnie anglo-américaine à Saint-Pierre.
- Il s’agit en effet de l’île Saint-Pierre-Miquelon, à
- laquelle la télégraphie océanique a donné une quasi-célébrité. Les câbles transatlantiques, dont l’histoire occupera certainement quelques-unes des pages les plus glorieuses des annales de notre siècle, sont actuellement au nombre de six (nous ne parlons ici que de la communication avec l’Amérique du Nord).
- Il y a d’abord le vétéran, le câble de 1865, qui, il est vrai, ne fonctionne plus, mais semble cependant n’être encore que provisoirement abandonné. Il y a ensuite les câbles de 1866, de 1873 et de 1874 ; nous groupons ainsi quatre conducteurs appartenant à la Compagnie fondatrice, dite YAnglo-américaine, et ayant pour caractère commun de relier l’Irlande à Terre-Neuve.
- Dans l’ordre chronologique, il faut intercaler le câble de 1869, de Brest à Saint-Pierre, appelé
- Carte montrant la situation de l’ile Saint-Pierre-Miquelon et les câbles électriques qui y sont reliés.
- d’abord le câble français, et fondu depuis dans la Société anglo-américaine. Enfin, il y a le câble dit direct, qui relie l’Angleterre à la Nouvelle-Écosse ; primitivement construit comme le précédent pour faire concurrence à la puissante Compagnie, il vient, dit-on, comme lui de consommer l’alliance favorable au monopole.
- L’île sert de point d’atterrissement à deux conducteurs, l’un continuant les câbles d’Irlande, et l’autre venant de Brest. Les extrémités de ces câbles arrivent à une station : on se sert pour échanger les dépêches avec le continent européen d’appareils très-délicats. Deux systèmes sont également usités, l’expérience n’ayant pas encore motivé un choix exclusif.
- 1 Voy. 4®année, 1870, ‘2e semestre, p 83.
- Sur le câble de Brest, qui a une longueur de 2500 milles (4000 kilomètres), on emploie toujours pour récepteur le galvanomètre à miroir de M. W. Thomson. Nous avons eu occasion déjà de décrire cet instrument1 qui reproduit l’alphabet Morse par les oscillations d’un rayon lumineux, qu’un employé attentif suit à la volée, si l’on peut ainsi parler, et traduit en un langage par une convention préalable. Les signaux dans ce système sont fugitifs, nulle trace ne persiste après l’impression qui s’est faite dans le cerveau de l’opérateur.
- Les actionnaires des câbles, qui sont gens positifs, ont rapidement saisi le vice de cette installation. M. W. Thomson a inventé pour la télégraphie sous-marine un appareil imprimant. C’est cet appareil
- 1 Voy. 2” aimée, 1874, 2e semestre, p. 303
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- que la Compagnie anglo-américaine emploie sur les câbles d’Irlande.
- Avant d’arriver à faire fonctionner convenablement le miroir avec de telles longueurs et des cir-circonstances spéciales de condensation électrique, on tâtonna beaucoup. Des perturbations constantes venaient troubler les transmissions et rendre impossible la tâche de l’employé. On accusa, comme on dit en style télégraphique, la terre du bureau ; on avait-en effet comme parasites les courants terrestres se mélangeant à contre-sens à ceux de la transmission. Pour remédier à l’inconvénient, on jeta au travers de l’ilc, un fil isolé sur une longueur de 3 milles ; une plaque de métal y fut reliée et plongée dans la mer pour remplacer la terre du bureau. Les variations de la tension électrique de la mer étant petites et lentes, comparées à celles du sol rocheux de l’île, on écarta ainsi la difficulté ; les transmissions redevinrent nettes et lisibles, on avait triomphé de la difficulté industrielle.
- Mais la science tirait aussi de ces faits un enseignement précieux. On s’avisa d’intercaler un instrument d’observation sur le circuit composé du fil isolé, aboutissant par ses extrémités à la terre de l’île et à la mer. L’instrument d’observation était l’appareil imprimant qui sert ordinairement aux transmissions sur le câble de Brest. On se trouva alors en face d’un fait vraiment curieux : lorsque les câbles transatlantiques étaient inactifs, on percevait néanmoins les signaux d’une dépêche sur le rouleau de papier; on reconnut les traits et les points de l’alphabet Morse. C’était le second bureau de l’île, celui qui sert à la réexpédition des dépêches sur Sydney, qui dévoilait son jeu.
- Le plus singulier de l’affaire, c’est que les deux bureaux télégraphiques de l’île, celui qui reçoit les câbles d’Europe et celui qui travaille avec l’Amérique, ne sont pas juxtaposés ; un intervalle d’environ 200 yards (183 mètres) les sépare. Par conséquent, les signaux Morse recueillis dans les conditions indiquées plus haut, provenant du second bureau, ne pouvaient être reçus dans l’appareil d’observation que par la communication établie au travers du sol de l’île.
- 11 va de soi que dans ces conditions les messages auraient pu être lus distinctement en n’importe quel point, pourvu que l’on se trouvât placé dans des conditions convenables.
- Nous sommes donc cette fois en face d’une véritable communication sans fil.
- L’explication est naturelle : la tension électrique de la terre aux deux stations est alternativement élevée et abaissée par le courant de la pile assez puissante, servant au fonctionnement de l’appareil Morse. La tension'•électrique de la mer est très-peu affectée par ce courant ; l’île agit donc comme une immense bouteille de Leyde, continuellement chargée par la pile de l’appareil Morse, et déchargée en partie sur la petite ligné isolée. Chaque fois que le manipulateur est abaissé, un courant est envoyé
- non-seulement dans le câble de Sydney, mais encore il électrise toute l’île, et cette électrisation avec son rhythme ou plutôt son langage est révélée et indiquée par l’appareil imprimant.
- Quant â la portée de ces résultats, aux hardiesses qu’ils permettent de prévoir, nous serons naturellement modéré pour les énoncer. 11 est évident d’abord qu’une semblable expérience n’aurait aucune signification dans le voisinage d’une station en correspondance avec beaucoup d’autres. Des signaux simultanés étant envoyés dans plusieurs directions, arriveraient à produire dans la terre les phénomènes de la tour de Babel, à moins que les appareils récepteurs n’aient ce pouvoir de sélection spécial que nous indiquions dans notre précédente notice. Comme c’est à la guerre surtout que de pareils procédés auraient leur application naturelle, nous pensons qu’il y a là un sujet d’études à recommander aux chercheurs.
- Il est bien établi par l’expérience de l’île Saint-Pierre, qu’un voisin curieux possédant un fil isolé, pourrait dérober les dépêches transmises par une station éloignée, sans établir aucune communication entre son appareil et la ligne aérienne servant à la correspondance.
- Pendant la guerre d’Amérique, on réussit très souvent à surprendre des dépêches, en reliant secrètement un récepteur à la ligne ; avec le nouveau procédé, on peut lire la correspondance sans s’approcher de plus d’un quart de mille.
- Nous avons parlé de la guerre, l’attaque ne va pas sans la défense : à tout nouveau moyen de détruire, il est de règle d’opposer une protection plus puissante. Nous allons retrouver ici l’exemple des cuirassés et des gros projectiles. La station télégraphique qui veut s’isoler d’un indiscret voisin, n’est pas complètement à sa merci ; le succès de la combinaison reposant sur la transmission par la terre, le remède est celui que l’électricien de la Compagnie anglo-américaine a appliqué à son exploitation, il faut terminer le fil télégraphique à la mer. La chose n’est pas ordinairement possible, mais il est à remarquer qu’elle le devient dans les circonstances où l’on a à redouter les courants bavards ; dans les autres cas, ceux qui peuvent se produire sur le continent, l’attaque et la défense par ce mode se trom vent au moins jusqu’à présent dénuées de tous moyens. Nous conclurons en souhaitant à cette curiosité scientifique de ne pas rester une anomalie.
- Cit. Bontemps.
- CHRONIQUE
- Expériences d’«tclairage an Palais de l’industrie. — M. le Président de la République et Mme la maréchale ont assisté, samedi 8 juillet, aux trois essais publics d’éclairage électrique faits dans la nef principale du Palais de l’Industrie. Deux lustres, comprenant chacun six lampes ou régulateurs de lumière du système Serein,
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- LA NATURE.
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- fournissaient cet éclairage. Les lettres d’invitation annonçaient que l’éclairage était 'insuffisant pour une fête ou pour une exposition des beaux-arts ; plusieurs des personnes présentes étaient d’avis qu’il suffirait pour un concert-promenade ou pour des fêtes de cet ordre.
- La grande nef, qui était l’objet de cet essai, a une superficie d’environ 12 000 mètres carrés, plus d’un hectare par conséquent. On n’avait pas encore pu l’éclairer, et l’architecte du palais, M, Dutrou, après avoir souvent étudié la question par l’emploi du gaz, la considérait provisoirement comme insoluble ; il a suivi avec beaucoup d’intérêt les essais à la lumière électrique qui viennent de se faire et a admis qu’ils fournissaient une solution satisfaisante, et que trois ou quatre lustres au lieu do deux suffiraient à toutes les exigences.
- Cette tentative a été rendue possible par l’invention de M. Gramme, dont nos lecteurs connaissent les machines. Douze de ces appareils, commandés par deux machines à vapeur, produisaient l’électricité et animaient chacun l’une des douze lampes de la nef; ces machines élaient installées dans deux hangars placés en dehors du palais, à une distance considérable des lustres. Le palais étant en grande partie construit en fer, M. Gramme a pu supprimer le fil de retour comme on fait dans la télégraphié, de sorte qu’un seul conducteur suffisait à chaque lampe.
- M. Gramme, arrivé à Paris comme ouvrier menuisier, y a trouvé sa vocation dans l’étude des appareils électriques, et, après diverses inventions ingénieuses, a mis la main sur une combinaison tout à fait inattendue; il a fait connaître une nouvelle famille de machines magnéto-électriques. M. Gramme donne un bel exemple d’une carrière brillante parcourue en peu d’années par les seules forces de l'intelligence et du travail.
- Incendies des forêts aux ÉtatsaUuis. — Le
- Neio York Herald annonce que de grands incendies de forêts ont, cette année, comme d’habitude, éclaté sur plusieurs points de l’Union américaine, surtout dans le nord de l’État de New-York et dans les États de la Nouvelle-Angleterre. Ces incendies sévissent avec d’autant plus d’intensité que l’absence des pluies habituelles du printemps s’est fait remarquer davantage cette année. La terre est desséchée et le taillis inflammable comme de l’amadou. Ces effrayantes conflagrations sont dues à des étincelles échappées des locomotives ou à des restes de feux allumés par les chasseurs et les squatters ; quelquefois aussi, elles sont l’œuvre des incendiaires. Une fois allumé, le feu ne s’arrête que lorsqu’il tombe des pluies abondantes ou que la matière combustible vient à lui manquer. La présence de pins résineux augmente le mal, et l’inextricable enchevêtrement des branches forme comme un toit sous lequel s’établit un courant qui propage l’incendie. Les branches qui tombent, les flammèches enlevées par le vent fournissent un nouvel aliment au fléau dévastateur, contre lequel on demande aux États-Unis qu’il soit pris des mesures énergiques.
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- Journaux anglais. — 11 parait actuellement, dans la Grande-Bretagne et en Irlande, 1692 journaux. En 1847, le Royaume-Uni n’en comptait que 557 ; c’est donc, pour les trente dernières années, une augmentation de 1155 journaux. Parmi ces 557 feuilles, il n’y en avait que 16 quotidiennes : aujourd’hui il en existe 145. Le nombre des recueils périodiques « ou magazines » et des revues trimestrielles (Quarterly Rewiews) est présentement de 808, dont 275 ont une tendance exclusivement religieuse ; les uns défendent l’Église anglicane, les
- autres soutiennent les intérêts des nombreuses confessions qui existent dans la Grande-Bretagne, telles que wesloyens, méthodistes, baptistes, indépendants, catholiques - romains, etc.
- — M. Gill partira prochainement aux frais de la Société astronomique royale de Londres pour l’île do l’Ascension, située entre l’Afrique et l’Amérique méridionale au nord-ouest de celle de Sainte-Hélène où mourut Napoléon Ier. Le but de M. Gill est d’entreprendre d’importantes études astronomiques.
- — Le Congrès des États-Unis vient d’allouer 18 000 dollars (environ 92 700 francs) à une commission chargée d’explorer la chaîne des montagnes Rocheuses et de découvrir les moyens d’extirper les sauterelles qui ravagent tous les ans différentes contrées de l’Union américaine.
- — Le musée ethnographique de Berlin que le célèbre voyageur Schweinfurth déclare être dans son genre, la plus riche collection du globe, vient d’acheter pour la somme de 75 000 fr. toutes les curiosités ethnographiques rapportées d’Afrique par ritalien Piaggia. La collection Piaggia remplira un compartiment spécial du musée de Berlin et portera le nom de ce voyageur.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 9 juillet 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Étoile variable. — On se souvient de la découverte faite l’an dernier à Athènes par M. Schmidt d’une étoile à éclat variable dans la constellation du Cygne. Jour par jour on a mesuré l’intensité lumineuse de cet astre, et M. Léopold Hugo adresse aujourd’hui un diagramme qui en représente les vicissitudes. On ne voit jusqu’ici aucune périodicité dans le phénomène, qui semble soumis à la plus complète irrégularité.
- Le Drosera. — Qui ne connaît le Drosera, cette plante curieuse qui capture les insectes assez imprudents pour se poser sur elle, et qui, assure-t-on, en absorbe la substance et s’en nourrit comme par une véritable digestion Selon M. Martin Ziegler, qui vient de soumettre ce végétal étrange déjà étudié récemment par M. Danvin, à une série d’expériences, les cils contractiles n’entrent en fonction qu’au contact des substances animales. L’insecte peut être remplacé par un morceau de viande, mais les corps non animaux, et spécialement les petites pierres laissent la plante impassible. On arrive pourtant à la tromper, suivant une expression de l’auteur, bien autorisé sans doute à prêter au Drosera quelque chose d’analogue à l’instinct. Le platine tenu quelque temps au contact d’un corps animal, serré par exemple dans la main, détermine la contraction de la plante. Le fer pur ne donne lieu à rien de pareil; mais le végétal s’empare avidement de fer mélangé d’urée. M. Ziegler donne de grands détails sur les dispositions à prendre pour réussir à coup sûr les expériences.
- Le Davijum. — Un ingénieur de Saint-Pétersbourg, M. de Kern annonce la découverte d’un nouveau métal, qu’il désigne sous le nom de davyum. C’est dans les résidus provenant de l'extraction du platine qu’on rencontre le nouveau corps simple. Pour l’isoler, il faut après avoir précipité le ruthénium, traiter les eaux mères par le nitrate d’ammoniaque. Un précipité rouge se produit, qui par calcination donne le davyum. Ce métal est facilement attaquable par l’eau régale, et beaucoup moins par l’acide sulfurique bouillant ; la potasse le précipite en jaune, et l’hydrogène sulfuré en brun, passant au noir par dessiccation. Avec le sulfocyauure de potassium, le chlorure de
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- LA NATURE.
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- davyura donne une coloration rouge tout à fait semblable à celle qui caractérise les persels de fer. En partant des considérations théoriques développées par M. Mendeleeff, M. de Kern pense que le davyum se range entre le molybdène et le ruthénium. Dans cette supposition, son équivalent devrait être voisin de 100 : c’est ce que l’auteur se propose de vérifier expérimentalement.
- Guérison du rhumatisme. — D’après M. le professeur Germain Sée, le salycilate de soude constitue un remède d’une efficacité prodigieuse contre le rhumatisme articulaire et contre la goutte. L’auteur adresse à cet égard une note déposée par M. Gosselin.
- Une lettre de Gauss. — On se rappelle l’appel adressé par M. Bertrand aux possesseurs de lettres de Gauss, en faveur de la collection préparée en ce moment des œuvres complètes de l’illustre géomètre. La petite fille de Laplace y répond aujourd’hui par l’envoi dç cinq lettres intéressantes. L’une d’elle montre Gauss en 1807, aux débuts de sa carrière, dépourvu de fortune et menacé des dernières rigueurs s’il ne paye 2000 francs de contribution de guerre à l’armée française occupant Gottingue. Dans sa détresse, il expose son malheur à Laplace , supposant que l’intervention de celui-ci auprès de l’homme qui tenait alors, bien éphémèr emen t l’Europe dans sa main, pouvait être efficace. Il lui expose en même temps la situation aussi triste de son collègue Harding.
- Laplace impuissant auprès de Napoléon, verse les 2000 francs réclamés, et s’empresse de prévenir Gauss de n’avoir plus d’inquiétude. Entre temps, celui-ci a obtenu d’Olber la somme réclamée. Muni deux fois, il court libérer Harding. Deux ans après, il avait payé Laplace lui-même ; et voilà comment tous ces grands hommes se montrèrent dignes les uns des autres.
- Voyage au Groènland. — L’immense glacière de 1000 kilomètres qui couvre le Groenland, vient d’être visitée par l’intrépide voyageur Nordenskjold, accompagné d’un professeur de l’Université d’Upsal. Les guides esquimaux avaient tous pris la fuite dès les premiers pas faits sur cette gigantesque mer de glace. Des dessins exécutés avec grand soin, reproduisent les principaux accidents de cette région, et surtout la disposition des torrents d’eau qui s'étendent en été sur la surface congelée. Peut-être la géologie de l’époque dite glaciaire en sera-t-elle éclairée.
- Météorite. — Le fer météorique de Santa Calharina au Brésil, dont l’origine cosmique est définitivement reconnue a été analysé par M. Guignet. 11 constituait quatorze blocs, dont le plus gros pesait 2250 kilogrammes, et qui plus
- ou moins engagé dans le sol formé de granit altéré, était manifestement aligné du nord au sud. Cette direction est sans doute en rapport avec la trajectoire du bolide, qui, à une époque inconnue, a apporté ces masses extraterrestres. Stanislas Meunier.
- CORRESPONDANCE
- SUR UN ARC-EN-CIEL QUINTUPLE.
- La Quiteria (Portugal), 16 juin 1877.
- Monsieur le Rédacteur,
- Je vous envoie la description d’un phénomène qui me paraît intéressant par sa rareté. J’ai observé hier matin, 15, à cinq heures du matin, et pour la première fois de ma vie, un arc-en-ciel quintuple ! Pour prévenir toute illusion, j’appelai un autre professeur du collège, qui vit aussitôt le phénomène exactement comme je le voyais moi-même.
- Le dessin que je vous adresse vous donnera une idée
- approximative du curieux phénomène. Voici sa description :
- N° 1, l’arc-en-ciel principal, très-intense, et avec couleurs brillantes ; n° 2, un peu plus large, mais éclat plus faible ; n° 5, très-faible, mais encore appréciable ; celui-ci avait presque la double largeur du numéro 1 ; n° 4, splendeur et largeur tout à fait comme le numéro 2; n° 5, éclat un peu moindre que le numéro 2 ; largeur comme le numéro 5.
- Gomme le dessin le montre, l’arc-en-ciel numéro 1, s’élevait de l’horizon jusqu’à une hauteur de 25 à 28 degrés environ ; il était alors coupé par un nuage stratus.
- J’ai étudié dans ma vie beaucoup de livres de physique et de météorologie ; mais je n’ai jamais lu ni entendu parler d’un tel phénomène. Si vous voulez faire usage de cette petite notice pour la Nature, elle est à votre disposition.
- De temps en temps, j’ai observé dans nos régions des phénomènes intéressants ; si j’en observe encore je me ferai un plaisir de vous les communiquer.
- Agréez, Monsieur, l’assurance de ma considération bien distinguée. P. C. Wotruba,
- (Missionnaire Lazariste), Professeur au collège de Santa Quiteria.
- Portugal. (Felgueiras.)
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieb,
- Arc-en-ciel quintuple observé à 5 heures du matin, le 15 juin 1877, dans le district de Felgueiras (Portugal), par M. P. C. "Wotruba.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- iV 216. — 21 JUILLET 1877.
- LA NATURE.
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- LUEUR VERTICALE LUNAIRE
- OBSERVÉE A PARIS, LE 27 JUIN 1877 .
- Le 27 juin dernier, je fus témoin d’un phénomène extrêmement rare d’optique atmosphérique. Un peu avant 10 heures, je vis dans l’est une lueur blanche verticale que je pris tout d’abord pour un faisceau de lumière électrique, mais quelques minutes après, ayant pu apercevoir la lune qui venait de se lever, je remarquai que cette lueur était produite par notre satellite. Elle partait d’un point de l’atmosphère situé sur le rayon visuel allant de l’œil de l’observateur à la lune, et s’élevait vertica-
- lement jusqu’à une hauteur de plus de 50 degrés, en paraissant s’étaler un peu en éventail. Du reste, ni les bords du faisceau lumineux, ni son extrémité supérieure, n’étaient nettement définis à ce moment, où le phénomène était pourtant dans tout son éclat.
- La lune, à son lever, était d’une teinte jaunc-rougeâtre très-prononcée ; elle était légèrement voilée par des brumes, à la limite supérieure desquelles on voyait une bande lumineuse traversant à angle droit la lueur verticale, à 5 ou 6 degrés au-dessus de l’horizon (fig. 1). La distance angulaire de la lune à cette bande diminua peu à peu jusqu’à ce que l’astre se fût élevé au-dessus des brumes; à ce
- Fig. 1. Fig. 2.
- Lueur verticale lunaire, observée à Paris le 27 juin 1877 par M. Moureaux. Aspect du phénomène : fig. 1, vers 10 heures du soir, quelques instants après le lever de la lune ; lig. 2, à 10 heures 2o minutes.
- moment, la lueur horizontale, qui paraissent d’ailleurs indépendante du phénomène lui-même, s’affaiblit rapidement et disparut.
- Il se forma alors, immédiatement autour de la lune, une couronne jaune pâle, dont la largeur était à peu près égale au diamètre de l’astre. L’éclat de la lune augmentant avec sa hauleur au-dessus de l’horizon, l'intensité et l’étendue du phénomène diminuèrent graduellement. A 10 heures 15 minutes la lueur ne s’élevait plus qu’à 8 ou 10 degrés, mais en même temps elle gagnait en netteté; le faisceau était parfaitement limité par les tangentes menées aux extrémités du diamètre horizontal de la lune. C’est un peu plus tard seulement, vers 10 heures 25 minutes, que je commençai à distinguer au-dessous de la lune une seconde lueur symétrique à la première, mais beaucoup plus faible (lig. 2). A
- 5® année. — 2® semestre.
- 11 heures, le phénomène, considérablement affaibli, n’avait pas complètement disparu; la colonne lumineuse supérieure avait encore environ 2 degrés de hauteur.
- Pendant toute la soirée le ciel a été, surtout dans la moitié orientale, parsemé de cirrus légers, détachés, n’affectant pas cette orientation qui les caractérise généralement,. et laissant passer la lumière des principales étoiles. On n’apercevait pas la moindre trace de halo.
- Ces phénomènes, ainsi que les halos, les parlié-lies, etc., sont produits par les cirrus, nuages qui se forment dans les régions élevées de l’atmosphère, et qui sont composés, comme on sait, de particules glacées. La diversité des effets observés est. une conséquence de la forme et de la disposition des cristaux de glace.
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- LA NATURE.
- Brandes, et avec lui Bravais, Kaemtz, expliquent les lueurs verticales solaires ou lunaires par la réflexion des rayons lumineux sur les bases inférieures de prismes dont l’axe est peu écarté de la position verticale. Les prismes fins à axe vertical, dont les faces supérieure et inférieure sont terminées par des lames hexagonales en forme de tables, tels que Wilkc, Scoresby,... en ont vu assez fréquemment, sont éminemment propres à la production des colonnes lumineuses. Il faut dire aussi que de longs filaments formés de fines aiguilles de glace à axe horizontal, disperseraient la lumière verticalement, en haut et en bas de l’astre, et produiraient, dans certaines conditions, un phénomène analogue.
- Bravais distingue deux espèces de lueurs. Les unes, plus longues, plus éclatantes, brillent lorsque l’astre est à l’horizon, et surtout lorsqu’il est abaissé de quelques degrés au-dessous de ce plan, sur lequel leur hase est toujours appuyée : ce sont les lueurs verticales de la première espèce. Les autres, plus courtes, ayant leur centre au centre de l’astre, et ne s’écartant pas, soit en dessus, soit en dessous, de plus de 20 à 25 degrés, sont les lueurs de la deuxième espèce.
- Notre observation paraîtrait ainsi se l'attacher à la deuxième espèce de la classification de Bravais.
- Ces apparitions, ainsi que nous l’avons dit, sont extrêmement rares dans nos régions. Bravais, qui a recueilli et discuté toutes les observations publiées jusqu’en 1847, ne rapporte que huit lueurs verticales lunaires, dont deux faites par lui-même à Bossekop pendant l’hiver de 1858-1839, et une seulement à Paris, le 28 avril 1771, par Messier. Dans ^aucune des relations citées, les lueurs m'atteignirent la hauteur de* celle du 27 juin 1877, hauteur qui n’est pas douteuse, puisque la colonne lumineuse s’élevait au début jusque vers l’étoile Altaïr, de la constellation de l’Aigle, dont la distance angulaire à la lune était, à ce moment, de plus de 50 degrés.
- Tu. Moureaux.
- LES ENGRAIS CHIMIQUES
- DANS LES ANNÉES DE SÉCHERESSE.
- On sait que depuis quelques années les cultivateurs ne se contentent plus d’employer comme engrais le fumier de ferme, mais qu’ils y ajoutent souvent et parfois y substituent les substances vulgairement désignées sous le nom d’engrais chimiques. Tels sont le sulfate d’ammoniaque, l’azotate de soude, le phosphate de chaux traité par les acides ou superphosphate de chaux.
- Tant que ces matières sont employées concurremment avec le fumier de ferme, qu’elles servent comme engrais complementaires, elles agissent avec plus ou moins d’efficacité, mais leur usage ne présente aucun inconvénient. 11 n’est pas certain à priori qu’il en soit de même quand on lait usage des engrais chimiques d’une façon exclusive.
- C’est là cependant le mode de culture que suivent déjà quelques cultivateurs qui, renonçant à conduire parallèlement l’élevage ou l’engraissement des animaux et la culture des terres, ont abandonné toute spéculation portant directement sur les animaux, et ne conservent que le nombre de chevaux ou de bœufs strictement nécessaires pour exécuter les travaux, les quelques moutons qui doivent brouter les résidus des récoltes, mais qui ne sont plus les uns et les autres en nombre suffisant pour fabriquer dans la ferme l’engrais nécessaire aux fumures. Ces cultivateurs vendent aussi bien leurs pailics et leurs fourrages que leurs grains ou leurs betteraves, et fument exclusivement leurs terres au moyen d’engrais de commerce.
- Ce nouveau système n’a pas encore reçu la sanction de l’expérience. Présente-t-il des inconvénients, faut-il le blâmer? Ou au contraire a-t-il assez d’avantages pour qu’on doive encourager ceux qui s’y livrent? Telle est la question que nous avons voulu éclairer par les cultures disposées sur le champ d’expériences de Grignon.
- Ce champ est divisé en parcelles d’un are, sur lesquelles sont essayés les divers engrais ; ils ont été appliqués pendant la dernière saison à quatre plantes différentes ; betteraves, pommes de terre, avoine et maïs fourrage.
- On a résolu de distribuer tous les ans sur chaque parcelle la même nature d’engrais et d’y cultiver la même plante.
- L avantage des cultures alternes est parfaitement reconnu, il est donc inutile dans un champ d’essais de revenir sur une question complètement élucidée, niais il est intéressant au contraire de savoir quelles sont les plantés qui peuvent indéfiniment se succéder à elles-mêmes. MM. Lawes et Gilbert qui ont créé à Rothamsted, en Angleterre, un champ d’expériences célèbre dans l’Europe entière, ont déjà élucidé la question pour un certain nombre des plantes de grande culture ; c’est ainsi qu’ils ont reconnu qu’il était possible d’obtenir indéfiniment des récoltes de blé sur le même sol, en maintenant exclusivement sa fertilité à l’aide de produits chimiques. La première récolte de blé a été faite en 1844, sur un champ qui en porte encore aujourd’hui, et quand je l’ai visité en 1874, c’est-à-dire trente ans après, j’ai trouvé la céréale aussi belle que celle qu’on obtient d’ordinaire dans les récoltes alternes.
- Il n’en est pas de même du trèfle ; après quelques années, il se refuse obstinément à végéter sur un sol qui en a déjà porté pendant plusieurs années et aucun engrais n’est capable de ramener la terre à sa fertilité première. On ne peut le cultiver de nouveau avantageusement, que lorsque quelques années se sont écoulées et que les débris végétaux se sont accumulés dans le sol.
- On voit donc que toutes les plantes de grande culture n’ont pas le même mode d’alimentation, et que si quelques-unes peuvent se soutenir à l’aide
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- LA NATURE.
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- de matières de composition parfaitement connue, telles que les sels ammoniacaux ou les nitrates, il en est d’autres au contraire qui exigent impérieusement la présence de ces composés noirs, provenant de la décomposition des débris végétaux qui s’accumulent dans les sols cultivés, et qui sont désignés sous le nom d’humus.
- Cet humus paraît avoir aussi sur le sol une action physique importante, les terres qui en sont chargées conservent beaucoup mieux l’humidité que celles qui en sont privées, et par suite les plantes qui s’y développent sont capables de mieux résister à l’action des sécheresses persistantes.
- Le mode de distribution des engrais que nous avons choisis pour le champ d’expériences de Grignon nous permettra de suivre l’influence qu’exerce l’abondance ou la rareté de l'humus ; en effet, quelques-unes de nos parcelles reçoivent tous les ans de copieuses fumures de fumier de ferme, tandis que d’autres n’ont jamais comme engrais que des produits chimiques; sur les unes, l’humus ira toujours en s’accumulant, sur les autres, au contraire, il fera’
- bientôt défaut ; la variation qu’on observera dans les récoltes permettra de connaître l’influence qu’il exerce sur la fertilité du sol.
- Ces questions toutefois ne seront résolues que dans quelques années; mais pendant la saison 1876 nous avons observé déjà entre les diverses parcelles des différences instructives qui montrent bien que la culture à l’aide des engrais chimiques est loin d’être avantageuse pendant les années de sécheresse.
- Je n’ai pas l’intention de transcrire ici tous les tableaux indiquant les résultats obtenus sur le champ d’expériences en 1876, ils s’adressent surtout aux personnes qui s’occupent spécialement d’agriculture, ils ont été publiés dans le fascicule d’avril 1877 (t. III) des Annales agronomiques, où le lecteur désireux d’approfondir ce sujet pourra les rencontrer : je veux seulement résumer les chiffres qui caractérisent. l’influence des divers engrais; je laisserai même de côté ce qui est relatif aux betteraves, dont la culture retardée par des gelées n’a rien donné d’important pour le sujet que nous traitons aujourd’hui. (Voir le tableau ci-contre.)
- MOYENNE DES RENDEMENTS QBTENUS SUR LE CHAMP D’EXPÉRIENCES DE GRIGNON , EN 1876. (Tous los nombres sont rapportés à l’hectare.)
- NATURE DE LA RÉCOLTE SANS ENGRAIS FUMIER DE FERME AZOTATE DE SOUDE SULFATE d’ammoniaque
- Maïs fourrage. ..... 59 500 kilogrammes 72150 kilogrammes 57 300 kilogrammes 55 200 kilogrammes
- Pommes de terre 250 hectolitres 400 hectolitres 271 hectolitres 259 hectolitres
- Avoine 53,3 id. 6i,l id. 03,1 id. 55,7 id.
- Le sol du champ d’expériences est, comme on le voit à l’inspection de la première colonne, loin d’être épuisé, puisqu’il donne sans engrais des récoltes bien supérieures à celles que l’on obtient en moyenne sur le sol de la France (d’après les dernières statistiques, on évalue le rendement de l’hectare à 21 hectolitres d’avoine et 100 hectolitres de porimies de terre).
- Si nous comparons les chiffres des parcelles sans engrais à ceux des parcelles qui ont reçu le fumier de ferme, nous trouvons partout des différences considérables; le surcroît de récolte est, en effet, 12 000 kilogr. de maïs fourrage, 170 hectolitres de pommes de terre, et près de 11 hectolitres d’avoine.
- Qu’on obtienne des récoltes plus belles sur un champ bien fumé que sur celui qui n’a pas d’engrais, cela n’a rien de surprenant ; aussi n’est-ce pas sur ce point particulier que nous voulons appeler l’attention du lecteur, mais sur les faibles différences qu’on constate entre les parcelles qui ont reçu comme engrais de l’azotate de soude et celles qui ont
- été cultivées sans engrais; l’avoine cependant a certainement bénéficié de l’emploi de cette matière, puisque le rendement s’est élevé de 10 hectolitres, mais le faible surcroît de pommes de terre obtenu sous l’influence de l’azotate de soude, 41 hectolitres, est tout au plus suffisant pour payer la dépense d’engrais qu’on a faite ; enfin, le maïs a rendu un peu moins sur les parcelles qui ont reçu de l’azotate de soude que sur celles qui n’ont pas eu d’engrais.
- Si nous passons enfin à la quatrième colonne, dans laquelle sont placés les rendements obtenus sous l’influence du sulfate d’ammoniaque, nous les trouvons partout inférieurs à ceux des parcelles qui ont reçu de l’azotate de soude, et presque égaux à ceux qu’a fournis le sol sans engrais ; sans contredit l’emploi du sulfate d’ammoniaque a été onéreux.
- Tels sont les faits que nous a fournis cette année l’emploi des engrais chimiques ; il s’agit maintenant de les interpréter et d’en tirer quelques conclu*^ sions. P. P* De il ér ain.
- — La lin prochainement. —^
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- LÀ NATURE.
- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- ET LE RAS DE MARÉE DU PÉROU, DU CHILI ET DES ÎLES SANDWICH.
- 9 MAI 1 S77.
- Le 9 mai dernier, à 8 heures 50 minutes du soir, les habitants de la côte occidentale de l’Amérique furent brusquement surpris par une des plus violentes secousses de tremblement de terre qu’on ait jusqu’ici enregistrées dans les annales de l’humanité. L’ébranlement du sol fut d’une intensité formidable sur la côte du Pérou; le phénomène s’étendit, en perdant peu à peu de son intensité, dans le nord de la République argentine, à travers le Chili et jusqu’au nord du Pérou. Le tremblement de tçrrefut suivi, sur le littoral, de l’arrivée d’une vague, ou plutôt d’une succession de vagues d’une hauteur extraordinaire, et dont les effets furent désastreux. La première se produisit au moment où de tous côtés les habitants couraient vers la mer, pour établir des secours contre les incendies que le bouleversement avait allumés de toutes parts ; elle vint se briser avec fracas sur la côte, détruisant tout sur son passage. Un grand nombre de villes furent plus ou moins endommagées ; Mex i 11 o n e s perdit les deux tiers de ses habitations, et Cobija, les trois quarts. La ville d’Iquique fut complètement détruite.
- Cette vague colossale s’est étendue sur une grande partie de l’océan Pacifique; ses effets ont été ressentis sur la côte de Californie et jusqu’aux iles Hawaii.
- Plus de 600 personnes ont été englouties par l’Occan, qui a inondé les côtes avec une rapidité vertigineuse. Onze navires, qui portaient du guano, ont été submergés, et une multitude de bateaux marchands, ‘plus ou moins endommagés, ont dû gagner le port de Callao. Les pertes matérielles sont estimées à plus de 100 millions de francs. À Pabellon de Pica et à Iquique un incendie terrible, allumé sans doute par les feux des cuisines dans les maisons écroulées, se joignit au tremblement de terre. Ces villes furent anéanties : dans la première, il ne resta que deux maisons debout sur 400. Plus de 200 personnes pé-
- rirent dans cette seule localité. Le pays avoisinant fut bouleversé de fond en comble ; on y vit s’ouvrir d’immenses crevasses de plus de 15 mètres de largeur et d’une longueur de plusieurs kilomètres.
- Ce cataclysme occasionna de grands désastres depuis Lima jusqu’à Talcahuane, tant sous l’action du tremblement de terre que sous celle du ras de marée, qui en fut la suite. Nous avons souligné dans la carte ci-contre tous les points particulièrement dévastés, et parmi lesquels nous citerons spécialement Yalparaiso où l’inondation ne s’éleva pas à moins de deux mètres.
- Le tremblement de terre du 9 mai fit sentir son action jusqu’aux iles Sandwich ou Hawaii, -précédemment (14 et 24 février 1877) le théâtre de phénomènes volcaniques intenses que M. E. Ilamy a décrits d’après
- les documents de M. Th. Ballieu, consul de France à Ho-nolulu C Le 9-10 mai, un ras de marée se manifesta aux îles Sandwich ; il fut accompagné d’une éruption du volcan Kilouea, et suivi, le 11, de secousses de tremblement de terre à Uilo ( voy. la carte ci-contre). Les dégâts causés par l’inondation ont été surtout terribles à Waiakca. -
- Quelques jours après le funeste événement, dont nous donnons ici une analyse succincte, le volcan éteint du désert d’Atacaina, au Chili, a fait jailli r dans l’atmosphère d’épaisses colonnes de fumée.
- Nous ajouterons que depuis le commencement du dix-neuvième siècle on ne compte pas moins de trois grands tremblements de terre sur la côte occidentale de l’Amérique de Sud. Ils ont eu lieu en 1828, en 1837 et en 1868. La ville de Lima fut entièrement détruite lors du tremblement de terre de mars 1828 ; un ras de marée formidable exerça des ravages considérables à Callao et dans le voisinage de cette ville ; il fit sentir son action fort loin dans le Pacifique, jusque dans Pile de Juan Fernandez notamment.
- Nous reviendrons prochainement sur la catastrophe du 9 mai dernier, au sujet de laquelle nous espérons pouvoir nous procurer de plus amples détails.
- Gaston Tcsandier,
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- Carte du grand tremblement de terre du 9 mai 1877, au Pérou et au Chili,
- 1 Voy. 5e année, 1877, 1er semestre, p. 401.
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- LA NATURE.
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- MICROSCOPE POLARISANT DE M. NODOT
- Cet instrument sert à observer directement les effets de la lumière polarisée dans les cristaux et à les projeter : un changement très-simple permet de passer d’un usage à l’autre.
- La figure 1 le re-présentc disposé pour l’observation directe.
- Une pile de glaces G de large surface, éclairée par un miroir mobile G', sert de polariseur ; un nicol N placé au-dessous de la première lentille 1 L sert d’analyseur.
- Le système éclairant comprend les trois lentilles convergentes inférieures, il concentre la lumière polarisée sur le cristal à observer placé entre les deux lentilles demi-boules,
- 5,0.
- Les rayons traversent ensuite les lentilles supérieures qui forment l’objectif et l’oculaire du microscope ; l’un, el l’autre se déplacent à l’aide d’une crémaillère. L’ccran EG arrête les rayons extérieurs. La monture de la lentille demi-boule 6 est à plaque tournante avec graduation pour l’orientation du cristal.
- L’instrument placé devant une fenêtre bien éclairée, on obtient le maximum de lumière, en amenant le nicol N à 90 degrés, orientant convenablement la glace mobile G'. Le nicol est ensuite amené à l’extinction, soit au zéro.
- L’observation des cristaux
- se fait dans la lumière convergente ou dans la lumière parallèle : pour le premier cas, les cristaux uni-axes ou bi-axes se placent entre les deux lentilles 5, G; pour le second cas, les lames se placent dans l’intervalle libre A. La mise au point obtenue, on verra de très-belles franges si la lame peut en donner dans la lumière blanche.
- Le champ de cet instrument est considérable , il permet l’observation des lemniscates de cristaux à axes très-écar-tés (Gypse, topaze, etc.). L’observation dans la lumière homogène s’obtient en éclairant la glace mobile par une large flamme d’une lampe monochromatique à alcool salé, ou d’un bec de gaz léchant du sel fondu ou de l’amiante entretenu de sel. Les franges qu’on observe alors sont souvent très-remarquables.
- Pour montrer le déplacement des axes par la chaleur, les cristaux sont fixés dans la pince d’une lame de cuivre L (fig. 3 ) ; on chauffe l’extrémité en dehors du microscope, tout en observant le cristal. Le phénomène est très-brillant avec le gypse ; on voit les axes se rapprocher jusqu'au contact, puis passer dans un plan perpendiculaire au premier. Ils reviennent à leur position primitive, le cristal se refroidissant.
- La mesure de l’écartement des axes s’obtient par
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- LA NATURE.
- l’emploi des pièces spéciales (fig. 4, 5, G ci-contre); elles s’ajoutent sur le support du microscope ; il peut prendre une position horizontale lorsque le cristal doit plonger dans une cuve contenant un liquide réfringent (fig. 6) ou être observé dans l’étuve E (fig. 5) dont la température est donnée par deux thermomètres.
- Projection.
- L’instrument placé horizontalement, la pile de glaces tournée sur elle-même de 90 degrés est amenée, suivant la figure 2, devant la source lumineuse M (Drummond, solaire, électrique). Les rayons doivent être un peu convergents sur la pile de glace. L’écran EG destiné à arrêter les rayons extérieurs, est remplacé par EG'' (fig. 2). La première lentille LL est enlevée et remplacée par la lentille de projection intérieure 2P. Le tube oculaire est dévissé de sa monture et rallongé par le tube raccord à tirage R. Une pince à cristaux est superposée à la plaque tournante de la lentille demi-houle 6.
- L’écran de projection placé à une distance d’environ 2 mètres, le disque lumineux aura un diamètre d’environ 0™,90. Le maximum d’éclairage, puis d’extinction, ainsi qu’une bonne mise au point ayant été obtenus, toutes les expériences observées directement peuvent être brillamment projetées, même avec la lampe Drummond. Ces axes de cristaux, même ceux à axes très-écartés, peuvent être observés par un nombreux auditoire.
- Pour la projection des franges dans la lumière homogène, on enlève le crayon de chaux de la lampe Drummond, et on le remplace par un bâton de verre ordinaire placé dans une monture spéciale.
- Pour avoir des projectiens d’un petit diamètre, mais vivement éclairées, on enlève la lentille de projection intérieure 2P, et on remet en avant du nicol N la lentille IL (fig. 1) sans diaphragme. Cette disposition est employée pour prendre la photographie des franges qu’on projette alors dans l’intérieur d’une chambre noire photographique.
- En enlevant le nicol N et en le remplaçant par un ou deux prismes biréfringents, on peut projeter les phénomènes de la double réfraction, et en interposant des lames minces cristallisées, on obtient les effets de la polarisation chromatique.
- Cet instrument, construit par M. E. Ducretet, a été présenté à la Société française de physique (séance du 20 avril 1877). G. T.
- LES VICTIMES DE LA FOUDRE
- EN MAI, JUIN ET JUILLET 1877.
- Les orages et les coups de foudre qui les accompagnent, sont généralement fréquents à l’époque où nous sommes ; il nous a semblé qu’il y avait intérêt à appeler l’attention du lecteur sur les sinistres
- peu étudiés, dont le feu du ciel est la cause. L’énumération des faits que, grâce à d’obligeants correspondants, nous avons pu recueillir en grand nombre, va faire voir que les victimes de la foudre sont malheureusement signalées bien plus souvent qu’on ne le croit communément. L’examen des circonstances au milieu desquelles ces phénomènes électriques se produisent est éminemment instructif, tant pour le physicien que pour le météorologiste : il serait à désirer, dans l’intérêt de la science comme dans celui de l’humanité, que les désastres dus à la foudre soient minutieusement enregistrés dans tous leurs détails.
- Nous commencerons aujourd’hui par reproduire le curieux document que nous devons à notre collaborateur, M. Godefroy. G. T.
- * \
- Le coup de foudre du 14 mai 1877 au hameau de Heurdy, près Boulay (Loiret). « Le cinquante-troisième bulletin météorologique de la Nature mentionne en quelques lignes, d’après le Journal du Loiret, la catastrophe arrivée à Boulay, le 14 mai 1877. Deux personnes réfugiées sous un arbre avaient été atteintes par la foudre.
- Un événement de cette nature ne pouvait rester inconnu, et étant d’ailleurs assez important pour attirer l’attention des hommes spéciaux, nous avons cru devoir prendre sur les lieux des renseignements précis, et les mettre sous les yeux des lecteurs de la Nature : nous y avons joint le dessin de l’arbre, théâtre de l’accident, dessin que nous avons fait nous-mêmes, et dont nous pouvons garantir l’exactitude (fig. 1 ).
- Voici les détails que nous sommes en mesure de donner.
- Le 14 mai dernier, vers cinq heures du soir, la veuve Girard-Tassart et son neveu Pelletier (Alfred), habitant tous les deux le hameau de Heurdy, distant de 2 kilomètres de Boulay (Loiret), étaient allés à 200 mètres environ de leur demeure pour couper du fourrage ; lorsque survint tout à coup de l’ouest une nuée fort noire.
- La pluie étant imminente, ils cherchèrent un abri sous un vieil orme, isolé au milieu de la plaine et très-élevé.
- L’homme resta debout, appuyé contre l’arbre; la femme accroupie à sa droite, les cuisses fléchies sur le torse, le touchait de son épaule gauche.
- Dès qu’ils furent installés, une pluie torrentielle se mit à tomber; puis au bout de quelques minutes, les sourds roulements du tonnerre se firent entendre.
- La veuve Girard se croyant alors peu en sûreté, voulut quitter cet abri, qui d’ailleurs tout trempé ne les garantissait plus; mais son neveu, après avoir examiné rapidement l’état du ciel, la rassura, en lui disant que ce serait bientôt fini.
- A peine fut-il remis à sa place, que la femme éprouva une sensation douloureuse, indéfinissable, et resta comme anéantie pendant quelques minutes,
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- durant lesquelles elle se souvient avoir entendu le bruit du tonnerre.
- Revenue à elle et voyant son neveu toujours debout le long de l’arbre, mais immobile et ne parlant plus ; se sentant d’ailleurs blessée elle-même, elle se traîna jusqu’à une maison distante d’une centaine de mètres, fit connaître l’accident et s’évanouit.
- On alla aussitôt chercher sous une pluie torrentielle, le malheureux Pelletier qui n’était plus qu’un cadavre.
- 11 portait à la tête une large brûlure qui occupait toute la partie occipitale et continuait jusqu’au milieu du dos ; ses cheveux étaient brûlés ; sa casquette et ses effets près du cou étaient aussi brûlés et déchiquetés; le sang lui sortait par le nez et les oreilles, indiquant un épanchement interne très-étendu : la cuisse droite portait également quelques brûlures. La décomposition putride fut très-prompte ; dès le soir, la face était noire, et l’odeur qui s’exhalait du cadavre était insupportable.
- La veuve Girard avait une large plaie à l’épaule gauche, où ses vêtements étaient brûlés et déchirés : elle avait reçu également deux blessures profondes, rectilignes et saignantes, à la partie interne des cuisses, près de l’aîné ; celle du côté gauche était beaucoup plus profonde. Une dernière brûlure se montrait au pied gauche dont le soulier avait été ouvert largement et déchiré.
- A l’aide de ces renseignements, donnés en partie par la victime elle-même, il est facile de suivre la marche du fluide électrique.
- Après avoir frappé la plus haute branche de l'arbre, il en suivit l’écorce alors mouillée et la fit éclater par endroits : le courant atteignit ensuite la tête de l’homme ainsi que la partie du dos appuyée le long de l’arbre ; puis, bifurquant au niveau de la cuisse, atteignit la femme à l’épaule, suivit les ressorts de son corset qui fut légèrement endommagé, et, sortant par l’extrémité de ces pièces métalliques, produisit les deux coupures des cuisses; il atteignit enfin le sol par le pied gauche.
- A la suite de cet accident, la veuve Girard fut atteinte de crises nerveuses qui, renouvelées trois fois dans l’intervalle de quinze jours, mirent sa vie en danger : elle put néanmoins résister à ces secousses terribles, et maintenant elle est à peu près rétablie. Elle se plaint encore d’engourdissements et de faiblesse surtout dans les membres frappés.
- L’arbre, ainsi qu’on peut en juger par la gravure ci-jointe (fig. 1), n’a pas souffert et en ce moment sa végétation est des plus actives.
- Avant de terminer, nous pouvons faire remarquer que les environs de Boulay ont été fort éprouvés par les phénomènes orageux depuis moins d’un an.
- Au'mois de septembre 1876, pendant un orage qui désola toute cette partie de la Beauce, une trombe s’abattit sur un hameau voisin et le détruisit de fond en comble.
- Le 17 juin dernier, la foudre tomba deux fois coup sur coup sqr Gidy, commune distante de
- 4 kilomètres. Le clocher (que l’on peut apercevoir à l’horizon sur le côté gauche de la gravure) perdit toutes ses ardoises, et une maison fut fortement endommagée. On n’eut pas heureusement de nouvelles victimes à déplorer. » L. Godefroy.
- Orage du 1er juin. — Le vendredi 1er juin, un orage accompagné de grêle a passé sur Paris, de deux heures quarante minutes à trois heures du matin. Le même jour, l’orage a exercé de véritables ravages dans le centre de la France, et particulièrement dans la Nièvre.
- A Fâchin, à Sainte-Péreuse et à Dommartin, la grêle est tombée en abondance dans ce département. Les vignes, les seigles et les jardins ont éprouvé des dommages assez considérables. Au village des Quarts, commune de Bona, la foudre est tombée sur la maison du sieur Sourd et y a mis le feu. L’incendie gagnait déjà les maisons voisines, quand les habitants du village sont parvenus à l’éteindre. Un autre incendie, également occasionné par le feu du ciel, a eu lieu à Alluy; un bâtiment composé d’une grange et de deux écuries a été la proie des flammes. Le sieur Jean Boué, propriétaire de ces immeubles, réveillé par le tonnerre, a eu beaucoup de peine à faire sortir huit bêtes à cornes qui se trouvaient dans une des écuries.
- Au village de Bonnin, près Montsauche, la femme Laponsière voulut pendant l’orage allumer une chandelle. Au même instant le tonnerre tomba par le conduit de la cheminée et lui fit à la tête une légère blessure. Epouvantée, elle sortit suivie de son mari et vit le feu qui se communiquait à la toiture de leur maison. Les voisins accoururent, et, grâce à leur courageux dévouement, ils parvinrent à éteindre l’incendie.
- Le tonnerre est aussi tombé à Mêves, dans une maison habitée par Mnie veuve Foucaud. Il n’y a causé que des dommages insignifiants. Sorti par la fenêtre en brisant un carreau, il a pénétré dans une écurie appartenant au sieur Sautureau, et dans laquelle se trouvaient trois vaches. Celle du milieu a été tuée (fig. 3).
- Mais l’accident le plus déplorable eut lieu au hameau de Port-de-l’Homme, commune de Corancy. A la suite d'un violent coup de tonnerre, plusieurs personnes s’aperçurent que la maison du sieur Martin, journalier, était toute en feu. On s’y précipita pour porter secours à ses habitants, et pendant que le sieur Louis Sautereau se saisissait d’un enfant de cinq ans couché dans son berceau et l’emportait dehors, on trouva, étendu la face contre terre, le corps inanimé de l’infortuné journalier (fig. 4). Il avait été foudroyé. La maison a été brûlée1.
- i Journal de la Nièvre et Correspondance de Nevers.
- A peu près à la même époque une véritable catastrophe est survenue à Wreschcn, dans la province de Posen,en Prusse. La foudre a frappé la toiture de l’église au-dessous de la coupole, où elle s’est partagée en troià courants. Deux ont sillonné les mqr?
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- Après les sinistres dont on vient de lire le récit succinct, de nouveaux orages se sont formés en France à partir du 9 juin, où ils se sont propagés jusqu’à Pai •is. — Le 12, des pluies d’orage abondantes sont tombées à Boulogne, à Cherbourg, à Aix.
- — Le 13 des orages ont éclaté à Gay, à Clermont, au Havre, puis à Bordeaux et à Limoges.
- Ils ont continué à se manifester les jours suivants avec non moins d’intensité1.
- Orage du 16. — On écrit de Campobasso qu’un violent ouragan a dévasté le même jour les territoires de Pisco-lanciano, de Carovilli et de Molise, près de Naples en Italie.
- Plusieurs coups de foudre ont été signalés , mais ils n’ont atteint personne. Cependant les torrents, subitement grossis, ont emporté tout ce qui se trouvait sur leur passage, et cinq cadavres ont été retrouvés non loin de Molise2.
- Orage du il juin. — Le dimanche 17, un orage a éclaté
- et pénétré dans l’intérieur de l’église ; le troisième a frappé l’orgue, qui a été mis en pièces. Cinq personnes ont été tuées sur e coup et une centaine sont blessées, parmi lesquelles une tren-Itaine grièvement. Au cri :
- « Le clocher brûle ! » tout le monde s’est précipité pêle-mêle au dehors. C’était un spectacle indescriptible. Aux gémissements des blessés et aux clameurs de la foule affolée se mêlait la voix tremblante du prêtre qui donnait l’absolution aux mourants.
- 1 Les orages du 14 au 17 juin se sont étendus 'sur un grand nombre de départements. Le 14 juin ils ont atteint les Hautes-Alpes, les Alpes-Maritimes, la Haute-Garonne, la Gironde, l’Eure-et-Loir et le Tarn. La grêle a été signalée seulement dans les Hautes-Alpes. Le 15 juin, les Hautes-Alpes et les Alpes-Maritimes ont été frappées : le IG juin, les Hautes-Alpes, la Haute-Garonne et les Alpes-Maritimes. Enfin le 17 juin, les orages se sont étendus sur les Hautes-Alpes, l’Aveyron, l’Eure-et-Loir, la Haute-Garonne, la Gironde, la Loire, l’Yonne. Des dégâts ont été produits dans l’Eure-et-Loir] et dans les Hautes-Alpes. Des pluies considérables sont tombées à Embrun. Dans 1 arrondissement de Toulouse (commune de Ramonville-Saint-Agne) on évalue les dégâts à 33000 f. Df, Touchihbert.
- 2 Correspondance de Campobasso
- violemment dans les Pyrénées-Orientales, aux envi--rons de Perpignan et sur toute la côte de la Méditerranée. Plusieurs coups de foudre ont exercé des ravages et fait des victimes dans ces localités.
- Une chaloupe montée par trois marins et un jeune mousse, a été frappée par le feu céleste, non loin de Banyuls-sur-Mer, entre le cap Béar et le cap Cerbère. Les trois hommes ont été tués sur le coup, le mousse seul a miraculeusement échappé au péril. Il a dû ramener au port la barque contenant les cadavres de ses trois infortunés compagnons (fig. 5).
- A Saint-Félix-d’Amont, dit le journal le Roussillon , la foudre est tombée sur deux maisons et a causé quelques dégâts. Une femme a été blessée aux deux jambes et est restée évanouie pendant quelque temps.
- La foudre est aussi tombée sur le mas Pradès, au territoire d’Argelès-sur-Mer (près Perpignan) et a tué une vache et un veau.
- Le même jour (17 juin), le Messager de l'Ailier,
- nous apprend que la foudre est tombée pendant l’orage sur la commune de Bert (Allier), au domaine des Chevreaux, sur une hutte où s’étaient réfugiés deux enfants, Anroy ( Pierre ), âgé de onze ans, et son cousin Anroy (Jean), âgé de dix ans. Ils ont été frappés mortellement tous les deux. Leurs parents, dont la demeure est peu distante de la hutte, sont accourus de suite; ils n’ont trouvé que des cadavres horriblement brûlés (fig. 6). Par un heureux hasard, deux autres enfants, Brunot (Anne) et Brunot (Pierre), qui se trouvaient avec les jeunes Anroy, n’ont pas voulu rester dans la hutte et sont partis deux minutes à peine avant la chute du tonnerre.
- La foudre est encore tombée le 17 juin à Mon-
- Fig. 1. — Arbre sous lequel deux personnes ont été foudroyées pendant l’orage du 16 mai 1877, au hameau de lleurdy, près Boulay (Loiret). D’après un croquis de M. L. Godefroy.
- Fig. 2. — Incendie allumé par la foudre. Département de la Nièvre. Orage du 1" juin 1871.
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- giscard. arrondissement de Yillcfranche (Haute-Garonne). Un orage du N.-O. s’est manifesté de 6 heures à 7 heures 50 minutes du matin. Une pluie torrentielle a versé les blés et occasionné plusieurs
- Fig. 5. — Vache foudroyée dans son étable, à Mèves (Nièvre). Orage du 1" juin 1877.
- éboulements sur les talus des chemins de fer. La foudre a frappé la maison du pharmacien de Mongis-card, lequel a été tué subitement1.
- Orage du 21 juin. — Du 17 au 23, le temps
- Fig. 4. — Homme foudroyé près du berceau d’un enfant à Port-de-l’Horame (Nièvre),’!" juin 1877.
- s’est maintenu orageux dans plusieurs régions de I lement dans le Midi, comme nous venons de le voir, la France. — Le 17, des orages ont éclaté non-seu- J mais aussi vers l’Ouest. Le 18, l’orage a fait son
- Fig. S. — Trois marins tués par la foudre dans une chaloupe (près ^ig. 6. — Deux enfants tués par la foudre au domainejdes Chevreaux,
- du cap Cerbère (Méditerranée), 17 juin 1877. 413118 la commune de Bert (Allier), 17 juin 1877.
- apparition à Paris, le 19 à Gap, à]Clermont, le 20 à Alger. Le lendemain, il s’est particulièrement manifesté dans le Pas-de-Calais.
- A Outreau (Pas-de-Calais), l’orage; 'de jeudi 22 a été cause d’un grand malheur que le Journal officiel reproduit d’après les feuilles de la localité :
- La dame Routier préparait,1 vers une heure et demie de l’après-midi, près de la cheminée, le dîner de la famille. Près d’elle étaient cinq personnes, dont deux jeunes gens causant sur le seuil de la
- 1 Observateur : M. Carrié.
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- LÀ NATURE.
- porte restée ouverte. Bientôt un éelair fulgurant emplit la maison de lumière et d’électricité; tous ceux qui s’y trouvaient furent renversés. En même temps, une masse de suie descendant de la cheminée emplissait la pièce.
- Au bout de quelques minutes tout le monde avait repris scs sens, à l’exception toutefois de Mme Routier. La pauvre femme avait été frappée directement par la foudre ; à peine put-elle prononcer des paroles incohérentes ; elle expirait quelques minutes après le coup de tonnerre. Le passage du fluide n’a laissé aucune trace sur le corps, et les rares contusions constatées sont le résultat'de la chute de la victime sur le sol.
- L’orage a également laissé des traces de son passage à Saint-Étienne du Pas-de-Calais. La foudre est tombée sur l’école de garçons de cette commune ; un enfant a été blessé par un éclat de vitre.
- A Equihen, le feu céleste a frappé une maison et a brisé une garniture de chemiqée.
- Orages.du commencement de juillet. — Le mois de juillet ne semble le céder en rien aux mois précédents, sous le rapport des victimes de la foudre. Mais nous n’avons ici que des faits succincts à énumérer, sans pouvoir les accompagner de détails précis.
- Notre correspondant, M. L. Chapuis, nous a annoncé que des orages avaient eu lieu dans l’Ardèche, les 1er, 2, 5 et 6, et que la foudre est tombée à Quintcnas, près d’Ànnonay, frappant de mort deux femmes, la mère et la fille.
- M. l’abbé Blanchard, curé de Molines en Queyras (Hautes-Alpes), vient d’écrire à Paris que pendant l’orage du 5 juillet qui passa dans sa localité de 7 heures 25 minutes à 8 heures 20 minutes du soir, deux personnes, surprises dans la campagne par cet orage, furent instantanément foudroyées, l’une dans la commune d’Aiguilles, l’autre dans celle du Châ-tcau-Yille-Vieille.
- Un autre de nos correspondants nous apprend que le 6 juillet 1877, à Gap (Hautes-Alpes),, le sieur J. Pélissier, fermier, commune d’Ancellp,, âgé d’environ quarante-huit ans, qui labourait avec deux vaches sur la commune de la Rochette, quartier des Pi •és-Saint-Lagier, a été foudroyé à 7 heures du matin. La foudre lui a “enlevé le fond de son chapeau et lui a brûlé les cheveux; l’une, dê ses vaches a été renversée sans avoir de mai, mais lui n’a plus donné signe de vie1. Gaston Tissandier.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance, du 6 juillet 1877.
- M. Niaudet présente une pile au bichromate de potasse de M. Camacho. Le prisme de charbon est placé dans un vase de porcelaine poreuse au milieu de poussière de
- * Observateur: M. Gellin, instituteur à la Rochette.
- charbon. Le zinc entoure le vase de porcelaine. Ces vases sont de forme rectangulaire. Le liquide contenu dans un réservoir supérieur, coule lentement à travers une suite d’éléments étagés, par le moyen de tubes en siphon. Ce renouvellement du liquide donne la constance à la pile. 60 éléments produisent la lumière électrique.
- M. Emile Reynier présente un nouveau régulateur électrique, dont les charbons ont la forme de disques circulaires, placés obliquement et mis en mouvement par des ressorts d’horlogerie. L’appareil peut éclairer pondant vingt-quatre heures. L’un des ressorts est commandé par un solénoïde intercalé dans le circuit, et oscille automatiquement pour établir l’arc voltaïque. L’auteur pense que la disposition de ce solénoïde rendrait possible la division du courant entre plusieurs lampes électriques de son système. M. Reynier montre qu’en faisant usage de lampes de Foucault, on ne peut pas mettre en tension dans un même circuit plusieurs arcs voltaïques, mais qu’on peut en mettre plusieurs en dérivation, à condition que les lampes soient à réglage instantané; — que la somme des lumières obtenues sera voisine de la lumière unique que donnerait le courant total dépensé sur un seul arc voltaïque, à condition que les rhéophores soient de très-petite section. Cette conclusion est fondée sur une formule de M. Ed. Becquerel qui exprime l’intensité lumineuse d’une surface en fonction de sa température et sur les lois de l’émission de la chaleur. La lampe de M. Reynier se prête .à ce mode de division.
- M. Marié Davy informe la Société qu’après avoir réuni à l’observatoire de Montsouris les instruments d’observation directe, il installe cette année les enregistreurs du magnétisme terrestre, de l’électricité atmosphérique, de la température, du degré hygrométrique, du degré acti— nométrique, de la température du sol au soleil et à l’ombre, de la direction, de la vitesse et de la pression du vent, de l’évaporation. Ces divers instruments seront soumis successivement à l’appréciation de la Société. M. Marié Davy présente l’évaporomètre construit par M. Salleron. R se compose d’une bascule dont le grand plateau est placé au-dessus de la balance et forme le couvercle de la caisse vitrée qui renferme l’appareil enregistreur et la balance. Cet instrument sert à mesurer l’évaporation du sol pendant le jour, ou son gain en eau pendant les nuits humides, et à étudier la transpiration des plantes, sous l’action des rayons solaires directs ou diffus.
- L'ACOUSTIQUE DES SALLES
- améliorations produites par, l’emploi de !Fils
- DE COTON.
- (Suite et fin. — Yoy. p. 102.)
- On peut, concevoir d’après les indications sommaires que nous avons énumérées précédemment, à quelles conditions multiples devrait satisfaire une salle pour que l’on pût, de tous les points, y entendre nettement un orateur. On prévoit dès lors, combien plus difficile il doit être de trouver une salle dans laquelle les sons d’un orchestre parviennent partout avec netteté, sans résonnances trop prolongées, sans échos. >>
- Il faut le reconnaître, jusqu’à présent, les salles
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- de cours, de séances oratoires, les salles de concert ou de théâtre sont construites empiriquement, à peu près au hasard. On connaît bien un certain nombre d’inconvénients qu’il faut éviter, mais c’est là tout; on se borne en général à se rapprocher de la disposition donnée à une autre salle déjà construite et qui soit bonne au point de vue de l’acoutisque. Nous ne croyons pas, qu’à part une étude faite par M. Sax, il ait jamais été produit un projet de salle de concert, ou même de cours, rationnellement ' disposée sous le rapport de l’acoustique.
- 11 est d’autres cas, dans lesquels la forme de la salle est imposée par des circonstances diverses, et où la sonorité soit la moindre qualité dont l’architecte se soit préoccupé. C’est ce qui arrive, par exemple, pour les églises ; on rencontre là un vaisseau de grandes dimensions, d’une hauteur considérable; les parois sont nues, unies; il y a donc, réunies, toutes les conditions favorables à la production de résonnances exagérées, et quelquefois même d’échos. On sait, en effet, combien dans les grandes cathédrales les sons se prolongent, se multiplient ; on sait que le bruit des pas, même discrets, devient insupportable pour les fidèles, que le choc d’une porte fermée brusquement donne lieu à un fracas considérable. Cette sonorité, qui, lorsqu’elle est faible, donne de l’ampleur à la voix des prédicateurs, devient un grand inconvénient si elle est exagérée. Les paroles dites en chaire cessent d’être distinctes, même pour les personnes voisines, et à quelque distance on entend seulement un bourdonnement incompréhensible. Les effets sont d’ailleurs les mêmes pour les sons de l’orgue qui se mélangent tous, et donnent alors lieu à des effets tout autres que ceux que recherche l’artiste.
- Les défauts que nous venons de signaler existaient il y a quelques années dans la cathédrale de Saint-Fin Barre à Cork (Irlande) ; on eut la pensée qu’il serait possible de les corriger en gênant la propagation des ondes sonores autres que les ondes directes, et l’expérience prouva qu’il suffisait pour cela d’un certain nombre de fils fins, placés horizontalement à 0 ou 8 mètres au-dessus du sol entre les murs de la nef. Ces fils, peu visibles, et de l’existence desquels on ne s’aperçoit que lorsqu’on en est prévenu, ont amené un changement considérable dans la sonorité de la cathédrale, tant au point de vue du prédicateur qu’à celui des sons de l’orgue. On réussit d'une manière analogue à l’église Saint-André de Dublin1.
- Ces faits et quelques autres analogues qu’il nous paraît inutile de rapporter, ont conduit M. Cavaliié-Coll, l’habile facteur d’orgues de Paris, à essayer le même moyen pour diminuer les résonnances qui existaient dans la nouvelle église de Notre-Dame-des-Champs, construite à Paris, sur le boulevard Montparnasse. Les prédicateurs se plaignaient de la fatigue qu’ils éprouvaient sans parvenir à se faire
- 1 Voy. le journal anglais Nature, 1873.
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- entendre; d’autre part, les sons deTorgue arrivaient confus aux fidèles. Des fils de coton d'un diamètre de 5 millimètres environ furent tendus transversalement et diagonalement dans la nef, à la hauteur de la naissance des voûtes qui la réunissent aux bas-côtés : ces fils presque invisibles et que l’on ne distingue qu’avec quelque peine, même lorsqu’on les cherche, ont suffi pour améliorer la sonorité tant au point de vue de l’orgue qu’à celui du prédicateur.
- Il y a quelques semaines, les membres de la Société française de Physique étaient réunis pour étudier cet effet ; ils n’ont guère pu constater par eux-mêmes que la netteté avec laquelle les sons de l’orgue parviennent dans la nef; quelques personnes cependant eurent l’idée d’aller jusque derrière le chœur, en un point où ne se trouvent pas de fils tendus, et il leur parut certain que les sons de l’orgue arrivaient plus confusément. Les témoignages des personnes qui ont assisté à des offices dans cette église avant la pose des fils, ne semblent pas laisser de doute sur l’amélioration acquise.
- M. Cavallié-Coll avait d’ailleurs voulu donner aux membres de la Société de Physique une preuve directe de l’effet produit ; on se réunit donc dans un établissement de l’avenue du Maine, et là, dans son vaste vestibule, on posa et on enleva alternativement une série de fils de coton : il parut tout d’abord manifeste que la pose des fils de coton diminuait les résonnances fâcheuses. L’effet fut perçu plus distinctement par une expérience comparative : un des membres présents répéta deux fois de la même manière, des vers français et latins de divers auteurs, en s’efforçant de parler avec la même intensité et la même vitesse ; toutes les personnes q*.i assistèrent à cette expérience jugèrent que les sons étaient plus nets lorsque les fils étaient posés.
- Il paraît utile de faire connaître ces résultats, qui pourront conduire à des applications analogues. Les essais sont faciles à faire, peu coûteux ; ils ne produisent aucune détérioration, et nous croyons qu’il serait bon de les faire dans toutes les salles, où la résonnance exagérée apporte le trouble à l’audition des orateurs qui y parlent ou des musiciens qui s’y font entendre. G. M. Gariel.
- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE.
- Période oligocène ou tongrienne.
- (Suite, — Voy, p. 83.)
- Dans la Haute-Loire, c’est à Ronzon, près du Puy, que l’on a recueilli des plantes associées aux débris d’une faune aussi variée que puissante, découverte ef décrite par M. Aymard, et dans laquelle se rencontrent les plus anciens ruminants connus.
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- En Provence, les plantes oligocènes proviennent des gypses de Gargas, des lits calcaréo-niarnenx de Saint-Zacharie et de Saint-Jean-de-Garguier ; dans le Languedoc, elles se rencontrent près d’Alais, à Barjae, aux Fmnades, etc.
- En Alsace, M. Schimper a recueilli des empreintes végétales appartenant à ce même horizon, àSpee-baeh. J’ai déjà mentionné les localités autrichiennes de Sotzka, Hœring, Sagor, Promina, etc.
- Il faut encore signaler à part la localité d’Àrmis-san, près de Narbonne ; non-seulement à cause de
- Fig. 1. — Palmier-parasol oligocène. Partie moyenne d’une ironde. (Très-réduit.)
- Sabal major, Ung,
- sa richesse exceptionnelle, mais parce qu'elle opère visiblement la transition de J’oligocène au miocène inférieur ou aquitanien.
- En réunissant les plantes de tous ces dépôts, on obtient un total d’environ huit à neuf cents espèces, énumérées dans le grand ouvrage du professeur Schimper; mais comme nous ne pouvons songer un instant à les examiner en détail, je me contenterai d’attirer l’attention sur quelques-unes d’entre elles, en ajoutant à cette revue quelques réllexions générales sur les caractères d’ensemble de celle flore.
- L’aspect du paysage n’a pas sensiblement changé depuis la fin de l’éocène ; les masses végétales sont toujours maigres, clair-semées ou même chétives ;
- elles sont en même temps variées et ne manquent ni de puissance ni d’élégance, et d’une certaine grâce qu’elles doivent à leur port élancé et grêle, ainsi qu’aux ramifications multiples des tiges ; la végétation actuelle de l’Australie reproduit de nos jours une image assez fidèle de cet ancien aspect.
- Les Palmiers sont toujours nombreux ; beaucouo d’entre eux sont encore de petite taille, couronnés de frondes en éventail d’une étendue médiocre (fig. 1); mais, au milieu d’eux, le Sabal major, luttant presque d’ampleur et de beauté de feuillage avec le Palmier parasol des Antilles ou Sabal umbraculifera, dresse sa tête majestueuse et se trouve représenté au bord de la plupart des lacs et dans le voisinage immédiat de l’eau. Celte espèce, une des mieux connues, a laissé de nombreux vestiges qui témoignent
- Fig. 2. — Araliacée du tongrien récent d’Armissan (Aude).
- 1/6 de grandeur naturelle.
- Arulia Hercules (Ung.), Sap.
- de son abondance. Son analogue vivant, introduit sous divers noms, dans les cultures du littoral méditerranéen, de Toulon à Nice, fait maintenant l’ornement des plus riches villas. Dans la période ton-grienne, il s’étendait dans toute l’Europe et se trouvait accompagné d’un cortège de palmiers plus petits qu’il dominait de toute sa hauteur. Aux Palmiers se mêlaient çà et là des Dragonniers. Les Séquoia et les Taxodium partageaient encore le sol avec les Callitris et les Widdringtonia; ils étaient nouveaux venus en Provence, et c’est seulement aux environs d’Alais que l’on commence à rencontrer le Séquoia Sternberqii (voy. article précédent), pris longtemps pour un Araucaria, et très-fréquent d’ailleurs à Hœring et à Sotzka. D’autres Séquoia, plus rapprochés de ceux de Californie, les S. Tournalii Sap. et Couttsiœ Hr., se montrent plus tard encore dans le midi de la France; on les observe à Ar-missan. A Gargas, à Saint-Zacharie, à Saint-Jean-de Garguier, localités se rapportant à la partie inférieure ou ancienne de l’oligocène, les Séquoia sont encore absents, mais on y observe en revanche les premiers vestiges de deux types de coin-
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- fères auparavant inconnus : le Libocedrus salicor-nioides (voy. plus haut, p. 84), dont le représentant actuel ne se trouve plus que dans le Chili, et le Chamœcypciris massiliensis, Sap. Ces deux espèces ne nous sont, connues que par de très-petits fragments; leur rareté originaire s’accorde très-bien avec leur récente immigration présumée. Le voisinage des eaux lacustres se trouvait peuplé d’une profusion de Myricées, de Protéacées mal définies, d’Éricacées du type des Leucothoe, d’Araliacées à feuilles digitées ou palmées (fig.2 et 5), de Sterculiers, de Sapinda-eées à l’apparence chétive, auxquels il faut joindre des Célastrinées, des Anaeardiacées, des Houx, des Rhamnées, des Jujubiers, un certain nombre de Myr-tacées odorantes et des légumineuses (Papilion icées, Césalpiniées, Mimosées) aux minces folioles. 11 y a là des nuances différentielles assez sensibles pour les naturalistes qui étudient les espèces une à une, qui méditent sur leur groupement et leur importance
- Fig. 5. — Ai'uliacée à feuilles digitées (Saint-Zacharie). (Feuille restaurée.)
- Aralia Zachuriensis, Sap,
- relative, mais ces nuances disparaissent aux yeux de l’observateur superficiel, qui retrouve à peu près les mêmes éléments qu’il avait été habitué à voir lors de l’éocène. La présence de certaines espèces caractéristiques, le Comptonia dryandrœfolia (voy. article précédent) ; le Zizyphus Ungeri (voy. fig. 4) ; certaines Myrsiuées d’affinité africaine (Myrsine ce-lastroides, Lit. (fig. 4), M. subincisa Sap., M. eu-neata Sap. (fig. 4), les Diospyros hœringiana Ett., varians Sap. (voy. figure 4), l’abondance des Palœocarya (voy. fig. 5), Juglandées éteintes du type des Engellhardtia de l’Inde, certains Mimosa (M. Aymardi Mar., fig. 5) et Acacia (4. Bous-queti Sap., A. sotzkiana Ung.,) guident pourtant l’analogie au milieu de ce labyrinthe de formes, à la fois variées et cependant taillées sur un patron commun à toutes, de telle sorte, que des espèces appartenant aux genres les plus éloignés, revêtent au premier abord une physionomie presque
- semblable. C’est là du reste ce qui permet à l’esprit de définir sans trop de peine les caractères distinctifs des végétaux de l’époque que nous considérons; la flore oligocène tire en réalité son originalité la
- Fig A. — Types divers de végétaux oligocènes caractéristiques. 1-2. Myrsine celastroides, Ett. —5. M. cuneata, Sap. — 4. Celas-trus splendidw, Sap. — 5. C. Zachariensis, Sap. — 6. Ilex ce-lastrina, Sap. — 7. Andromeda neglecta, Sap. — 8. Diospyros varians, Sap. — 9. Zizyphus Ungeri, Ett. — 10. Myrtus rectifier vis, Sap. — 11. M. caryophylloides, Sap.
- plus saillante du passage insensible d’un âge vers un autre, passage qu’elle opère à l’aide de changements incessamment renouvelés. Les progrès de cette re-
- Fig. 5. — Types divers de végétaux oligocènes caractéristiques. 1-2. Palæocarya (Armissan). 1. Feuille. 2. Fruit. — 3. Mimosa Aymardi, Mar. (llonzon), portion de feuille. — 4. Acacia Bous-queti, Sap. (Armissan), légume. — 5-6. A. Sotzkiana, Ung. (Sotzku). 5. légume. 6. Foiole de tachée.
- novation, d’abord si lents qu’il est difficile de les entrevoir, deviennent cependant saisissables, si l’on s’attache à certaines catégories de plantes en particulier. Comte G. de Saporta,
- Correspondant de l'Institut.
- — La suite prochainement. —
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- LA N AT LUE.
- CHRONIQUE
- L» Doryphore prés de nous. — Les craintes que faisait naître l’introduction possible en Europe de l’insecte qui ravage les pommes de terre en Amérique, sont authentiquement réalisées. La Chrysomèle ou Doryphore de la pomme de terre (Leplinotarsa decemlineata, Say) avait été rencontrée l’année dernière sur les quais de Crème, apportée par quelque navire; puis on avait pordu ses traces. A la séance du 12 juin 1877 de la Société centrale d’horticulture de France, M. Ch. Joly a communiqué une lettre fort importante qu’il venait de recevoir de M. Brandt-IIellmers, consul de Franceà Cologne (Prusse rhénane). Les Doryphores se sont répandues dans les champs de pommes de terre à Mulheim, près de Cologne. Aussitôt ces champs ont été recouverts de 5 à 4 centimètres de sciure de bois, fortement imbibée de pétrole. Des soldats de la garnison ont creusé tout autour de larges fossés d’isolement. Puis le feu a été mis, et son intensité a été telle, que tout, adultes, œufs et larves ont dû être détruits. Le gouvernement a fait tous les frais et indemnisera les propriétaires.
- Si on veut bien se reporter à un article de la Nature, les Chrysomèles des pommes de terre et des luzernes (5 avril 187o, p. 273) on verra que cet insecte se transporte par le vol et l’aide des vents, qu’il se nourrit aussi bien des Solanées sauvages que des feuilles de pomme de terre, et même se porte sur beaucoup d’autres plantes. Je n’hésite pas à dire que l’espèce vivra désormais en Europe, comme le phylloxéra, mais bien plus facile à voir et à détruire, eu égard à son existence aérienne, sauf la phase de nymphe. 11 est de toute urgence d’agir vite, en présence d’une culture de première ordre comme celle des pommes de terre, objets d’une exportation considérable. Il est nécessaire, qu’ainsi que cela s’est fait eu Hollande, toutes les mairies de France reçoivent une lithochromie représentant le terrible insecte à ses divers états, avec une courte légende explicative, et que les maires de village avertissent leurs pompiers de s’apprêter à devenir par inversion complète de leur rôle, des pétroleurs tutélaires, aussitôt le fléau signalé et dès sa première apparition sur la commune. Nous sommes condamnés à l’avenir à veiller constamment sur ce nouvel ennemi. Maurice Girard.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 16 juillet 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Étude sur l'acide iodhydrique. — M. Lemoine fait remarquer que le chlore et l’iode si analogues pour la plupart de leurs propriétés, se composent de façons fort diverses, quand en présence de l’hydrogène on les soumet à l’action de la lumière. On sait que le chlore et l’hydrogène s’unissent directement sans l’action de la lumière, et que l’acide chlorhydrique formé résiste à l’action décomposante de cet agent. Au contraire l’iode et l’hydrogène ne se combinent pas quand le soleil frappe leur mélange, et la lumière décompose rapidement l’acide iodhydrique. Le brome se comporte d’une manière intermédiaire à celle des deux corps simples précédents.
- Composition du suc gastrique. — Poursuivant des recherches dont nos lecteurs ont été déjà entretenus à diverses reprises, M. Richet annonce que le suc gastrique
- de l’homme renferme non pas de l’acide lactique, comme on l’a cru généralement jusqu’ici, mais de l’acide sarco-lacliquc. Les preuves de cette assertion sont tirées des réactions différentes de l’éther par les deux acides.
- La comète d'Arrest. — Une lettre de M. Stephan annonce que cet astre périodique vient d’être observé à Marseille par M. Coggia.
- Dérivé de Vindigotine. — On sait qu’on obtient l’indigo blanc, en chauffant modérément l’indigo ordinaire avec un mélange de baryte et de zinc. En forçant pour ainsi dire ces conditions, c’est-à-dire en portant la température à 180 degrés dans une marmite autoclave, sans rien changer du reste au mélange, on obtient alors un produit dont la formule brute est C8II7Az et qui se volatilise sans décomposition pour se déposer par refroidissement en belles aiguilles cristallisées. Le nouveau composé offre des propriétés basiques bien caractérisées, et il donne avec les acides des sels nettement définis par leur forme comme par leur composition.
- Maladie du raisin. — Il ne s’agit pas d’une maladie nouvelle, mais de l’explosion sur une échelle inusitée d’une entité morbide déjà constatée et désignée sous le nom de charbon. Les environs de Narbonne présentent parait-il en ce moment de très-nombreux ceps dont les grains sont atteints d’une véritable gangrène. M. Garcin en décrit tous les caractères, et se range à l’opinion de M. Marès, qui y voit le résultat du brouillard. Certains auteurs ont écrit que le charbon de la vigne est dû, soit à un insecte, soit à un champignon parasite ; mais celle opinion ne peut plus être soutenue.
- Sang pathologique. — D’après M. Bouchut, le nombre des globules du sang augmente beaucoup dans le croup, l'angine couenneuse et les affections dipbthéritiques en général.
- Acide salycilique. — La note de M. Sée, dont nous avons parlé précédemment, et qui constate les bous effets du salcylate de soude dans le traitement du rhumatisme commence par cette phrase : « L’acide salycilique est contenu dans l’huile essentielle des fleurs de la Reine des prés (Spirea ulmaria) sous la forme d’hydrure de salicvle, constaté par Pagcnslecher, Dumas et Ettling ; il existe aussi dans l’essence dite de Winter-Green, sous la forme de salicylale de méthyle, dont M. Cahours a le premier retiré l’acide salycilique. » A çette occasion, M. Dumas demande avec une visible émotion, à rétablir la vérité des faits. C’est en effet, dans son propre laboratoire que le chimiste Piria, il y a quarante ans, a exécuté sur la salv-cine, un travail qui restera comme un modèle. C’est à ce savant regrettable qu’est due absolument la découverte de l’acide salycilique. Seulement le hasard a fait qu’un pharmacien de Berne, du nom de Pagcnslecher, en distillant les fleurs de la Reine des prés, en a retiré une huile essentielle, et le hasard encore a voulu que M. Dumas passant à Cerne, reconnût dans celte huile l’hydure de salieyle récemment découvert à Paris. C’est lui, M. Dumas, qui à son retour, apprit à Piria qu’il avait reproduit sans s’en douter un composé existant naturellement dans une fleur; mais le pharmacien suisse se doutait encore bien moins qu’il avait préparé sans le vouloir un corps intéressant. M, Dumas ajoute que l’ouldi dont on cherche à envelopper le nom de Piria est le résultat d’une manœuvre préméditée, et laissant à part bien entendu M. Sée, qui a le droit de ne pas êlre complètement renseigné sur une question de
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- chimie, il a flétri en termes énergiques les savants étrangers qui se livrent à cette triste besogne.
- L'Année scientifique et industrielle. — C’est avec plaisir qu’on apprendra la publication d’une table des matières des vingt premières années de l’utile annuaire de M. Louis Figuier. Cette table elle-même est un volume, et l’auteur l’a l'ait précéder d’une préface dont la lecture est à la fois intéressante et riche en enseignements. Le défaut d’espace nous interdisant d’en citer quelques passages, nous nous bornerons à dire que la lecture de ces quelques pages inspire une haute idée du succès obtenu par M. Figuier. Son année scientifique, le premier en date des annuaires, a été imité en France de toutes façons et contrefait à l’étranger ; rien ne manque donc à sa gloire. Il se vend maintenant à 15 000 exemplaires tous les ans, et l’on peut dire que tout homme intelligent l’approuve et le lit. Souhaitons à l’auteur et au public une seconde série de VAnnée scientifique, digne en tous points de la première.
- Stanislas Meunier.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- MAI 1 877.
- On sait que, pendant la saison chaude, les perturbations atmosphériques sont moins nombreuses et moins intenses qu’en hiver. Cette particularité, commune aux diverses régions de l’hémisphère nord, s’est fait remarquer cette année aux Etats-Unis dès le mois de mai : les dépressions dont on a pu tracer la trajectoire sont au nombre de cinq seulement pendant ce mois; déplus, l’écart extrême du baromètre diminue sensiblement depuis le commencement de l’année : janvier, 44111 m,4 ; février, 38,mu,d ; mars, 38mm,4 ; avril, 54,nm,8; mai, 32ni,n,8.
- Mais si les fortes bourrasques sont plus rares pendant la saison chaude, cette époque est celle des orages, des trombes, tornados, etc. Le tornado du 18 mai s’est étendu, principalement dans l’Etat de New-York, sur une zone de 80 kilomètres de long et de 3 kilomètres de large, amenant des dégâts considérables, tant par le vent et la pluie que par une grêle énorme qui l’accompagnait ; des grêlons avaient 12, 15 et jusqu’à 20 centimètres de circonférence.
- A Paris, la température moyenne s’est constamment maintenue au-dessous de la normale pendant tout le mois; de l’autre côté de l’Atlantique, de fortes chaleurs ont régné du 18 au 24, et on signale un certain nombre d’incendies de forets. Le 31 no-tamment, les villes d’Onataet de Greenwood, situées dans les régions boisées de Michigan, ont été envahies par le feu et entièrement détruites.
- Le mois de mai a été sec aux États-Unis ; la pluie y est généralement inférieure à la moyenne.
- L’aurore boréale du 28, observée en 180 stations, est une des plus brillantes qu’on ait vues; elle causa sur les lignes télégraphiques une perturbation telle que les communications furent interrompues entre New-York, Buffalo, Baltimore, Montréal et Washington.
- Nous nous bornons à signaler le tremblement de terre survenu le 9 sur la côte occidentale de l’Amérique du Sud. Le lecteur en trouvera plus haut la description (p. 116).
- MÉTÉOROLOGIE DU MOIS DE JUIN J 877
- lre décade. — Une première dépression (740 millimètres), considérable pour la saison, se montre le 1er juin en Irlande. Le 2 elle est au nord de l’Ecosse et le 3 en Norvège. Sous son action, une baisse brusque du baromètre a lieu de minuit à deux heures du matin, le 1er juin, à Paris, où un orage violent avec grêle est signalé. De deux à quatre heures, le baromètre revient à son premier niveau, puis continue à monter lentement, la dépression s’éloignant de nous. Des orages sont constatés, en outre, le let dans le département des Alpes-Maritimes, de la Charente-Inférieure, d’Eure-et-Loir, de Seine-ct-Oise, de Savoie et des Vosges.
- Cette carte nous montre donc un des types des conditions météorologiques dans lesquelles se produisent les orages d’été. Un mouvement tournant assez intense a atteint nos régions, et au milieu de ce mouvement tournant, la grêle a été produite par un autre plus circonscrit formant une véritable trombe. Le passage de cette trombe est indiqué par la baisse, puis la hausse brusque du baromètre à Paris, entre minuit et quatre heures du matin. A ces orages succède un jour de froid. Une nouvelle dépression apparaît le 4, amenant d’abord une surélévation de température en France, des orages, puis également du froid. Une sorte de bouffée d’air chaud due à cette dernière dépression se transporte lentement vers l’est. Elle se trouve le 5 au sud du Danemark, où le thermomètre marque 27 degrés à sept heures du matin ; le 6 elle s’étend sur toute l’Allemagne et sur la Baltique, et. le 7 elle gagne Saint-Pétersbourg (+ 28 degrés à sept heures du matin).
- 2e décade. — Elle commence par les jours les plus chauds du mois et restera très-chaude. Le thermomètre atteint le 11 son maximum du mois à l’observatoire de Paris, sous l’action d’une baisse barométrique extrêmement faible, qui se propage de Biarritz vers le nord-est de la France. Dès le 8, un indice de cette baisse avait permis d’annoncer que des orages nous aborderaient par le golfe de Gascogne : ils commencent en effet dans la Gironde, la Haute-Garonne, l’Yonne, et des éclairs sont vus au sud de Paris. Puis la température continue à s’élever : à l’Observatoire, elle atteint 30 degrés le 9, 30 degrés le 10, et 31°,5 le 11. Des orages sévissent chaque jour, et ils sont considérables, surtout du 11 au 18. Au commencement de cette décade, les pluies d'orage avaient amené des inondations désastreuses dans la Haute-Savoie. A Chambéry, la voie ferrée avait été détruite. Vers le 18,
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- LA NATURE
- un ouragan dévaste l’Oberland bernois, l’Aar déborde entre Thoune et Berne, et le lac Léman s’élève rapidement.
- 5e décade. — Le baromètre descend ies premiers
- jours, sous l’action d’une dépression visible sur la carte du 23 (745 millimètres en Norvège). Cette dépression, venue du canal d’Irlande, disparaît ensuite vers la mer Blanche. Elle est accompagnée
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN JUIN 1877.
- D’après le Bulletin international de VObservatoire de Paris. (Réduction 1/8.)
- Samed i 2
- Dimanche 3
- Dimanche 10
- Mardi 12
- Mercredi 13
- Jeudi 1k
- Samedi 16
- Mardi 19
- Mercredi 2 0
- Samedi 23
- Lundi 25
- Mardi 26
- Mercredi 27
- également d’orages nombreux les 21, 22 et 25; un refroidissement la suit du 24 au 20; puis la température se relève lentement jusqu’au 50, et les pressions s’égalisent en France de plus en plus.
- Juin a donc présenté les caractères suivants : pression barométrique généralement forte, dépressions rares et de peu d’importance, température
- élevée, disette de pluie, quoique les jours d’orage aient été nombreux. Succédant à un mois frais et humide, il a été extrêmement, favorable à l’agriculture. E. Fkon.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissasiiiiîii. Typographie Laliure, rue de Fleurus, 0, à Paris,
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- M° ‘217. - 28 JUILLET 1 877.
- LA NATURE.
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- SUR LA POURPRE DE TYR1
- Une des nationalités asiatiques les plus intéressantes au double point de vue de l’industrie et du commerce, c’est sans contredit la Phénicie dont, suivant la tradition antique, il faut chercher le point de départ dans les chaînes du Caucase indien.
- Ces émigrants, de race sémitique, vinrent se fixer dans la vallée du Jourdain, qui portait le nom de Terre de Chanaan, où ils avaient déjà été précédés par les Araméens, sortis comme eux de l’Asie centrale. Ils prirent de là le nom de Chananéens, mais dans la suite les Ioniens leur donnèrent celui tle Phéniciens ou d'hommes rouges, soit à cause de la couleur de leur teint, soit plutôt à cause de la nuance de leurs vêtements et de cette industrie de la Pourpre qui les rendit si célèbres.
- Quoi qu’il en soit, ils s’étendirent peu à peu jusqu’au littoral méditerranéen et y fondèrent plusieurs villes puissantes (Sidon , Tyr, Byblos ,
- Aradus, Antaradus, Bc-ry tu s, T rip ol i, Acco, e te. ).
- Suivant Hérodote, la presqu’île de Tyr aurait reçu sa première colonie 2500 ans avant son époque, soit 2800 ans avant l’ère chrétienne.
- Ces Phéniciens, nommés aussi Sidoniens,
- Paleslins, Philistins, ne seraient qu’une expansion de l’empire d’Assyrie, d’après M. Castaing*.
- Ils s’en rapprochaient, en effet, par la langue, la religion primitive, les institutions et les arts.
- Autant la Phénicie était petite en étendue, autant la réputation de ses habitants fut grande dans toute l’antiquité. Les marchandises de Tyr et de Sidon étaient connues du monde entier.
- Navigateurs et commerçants par nécessité de position , ils curent de bonne heure des colonies, créèrent des entrepôts, d’abord dans les îles de Rhodes et de Chypre, d’où ils tirèrent leurs minerais de cuivre, puis dans la plupart des îles de la mer Égée, entre autres à Thasos, où ils exploitèrent des mines aurifères, dont Hérodote vit encore les galeries5.
- 1 Fragments détachés d’un ouvrage manuscrit sur les arts chimiques, industriels et économiques chez les anciens.
- 8 A. Castaing, Revue orientale et américaine, t. V, octo-lne 1860.
- 3 Hérodote, VI, xlvii.
- anode. — 2e semestre.
- Franchissant ensuite les premiers le bassin méditerranéen , ils découvrirent lTbéric ( Espagne ) et la Lusitanie (Portugal) j dont ils ne tardèrent pas à utiliser les riches mines d’or, d’argent et de cuivre, et ils poussèrent leurs excursions maritimes vers le nord jusqu’aux îles Britanniques qui leur fournirent le cassiteros ou l’étain. Ils s’avancèrent également dans la Baltique, où ils recueillirent Y ambre jaune ou succin. C’est en grande partie par eux que se trouvaient colportées dans tout le monde alors connu les productions variées des Indes, des régions centrales de l’Asie, de l’Arabie, de l’Égypte et des contrées de l’Europe déjà plus ou moins civilisées.
- Les Phéniciens ne furent pas seulement des marins intrépides, d’infatigables marchands ; ils furent aussi d’habiles industriels. Ils eurent des usines métallurgiques, des ateliers de monnayage et de fonte de statues en argent, en or et en bronze, des fabriques d’ustensiles et d’instruments très-variés, de grandes verreries , des ateliers de bijoux qu’ils ciselaient avec un goût exquis.
- Ils furent particulièrement renommés dans l’art de la teinture de la laine. C’est à tort que Pline attribue l’invention de cet art aux Lydiens de Sardes1, puisque Homère parle déjà des habits colorés des Sidoniens sans dire un mot de ceux des Lydiens2. C’est surtout pour la confection de la couleur pourpre, qu’ils disaient tenir des Dieux, que les Chananéens se signalèrent.
- Ils retiraient cette couleur de divers mollusques gastéropodes fort communs dans les mers qui baignent les côtes de leur pays. On raconte qu’un pâtre, dont le chien avait cassé une coquille de pourpre et qui fut taché en violet par le suc qui en découlait, trouva bientôt le moyen d’obtenir cette couleur et de teindre avec elle un vêtement pour sa maî-{ tresse. Quoi qu’il en soit de cette légende, il est cer-j tain que cette importante découverte remonte très-haut, puisque, dès le temps de Moïse, les Egyptiens, les Perses et les Indiens connaissaient la pourpre phénicienne3.
- Cette belle couleur était si solide que Plutarque
- 1 Pline, Histoire naturelle, L VII, c. lvii, 56.
- 8 Homère, Iliade, VI. 271, et Odyss., XV, 225.
- 3 Exode, c. XXV, XXVI, etc.
- U
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- LA NATURE.
- rapporte qu’à la prise de Suse, Alexandre trouva dans le ehâteau de cette ville un poids de 60 livres de pourpre d'Hermione, représentant une valeur de 5000 talents (2 070 000 fr.), qu’on y avait amassée pendant l’espace de 190 ans, et qui conservait encore toute sa fleur et tout son éclat1.
- La pourpre d’Hermione (ville de l’Argolide) était moins estimée que celle de la Laconie dont les anciens faisaient le plus grand cas, et qui était extrêmement chère. On peut juger par la dix-lmitième ode du deuxième livre d’Horace combien elle était prisée à Rome.
- Tous les poètes l’ont chantée ; Homère la compare au sang coagulé. Aristote2 et Pline5 en parlent très-longuement. Les Phéniciens eurent pendant fort longtemps le monopole de son emploi. Les Babyloniens donnaient à leurs idoles des habits de pourpre; les vêtements du grand Pi ètre chez les Juifs étaient de cette couleur. Suivant Théopompe, cité par Athénée, la pourpre se vendait au poids de l’argent4, et si, dans la suite, elle devint d’un usage plus commun, on ne cessa pourtant d’y attacher un très-grand prix5.
- Des teintureries en cette couleur s’établirent plus tard en Morée, dans plusieurs îles de l’Archipel, et plus tard encore en Italie, vers l’époque de la fondation de Rome. Sous Théodose (fin du quatrième siècle de l’ère chrétienne), il ne restait plus que deux usines de ce genre, une à Tyr, l’autre à Constantinople ; la première fut détruite par les Sarrasins, la dernière par les Turcs. Avec elles, disparut Je procédé de la teinture en vraie pourpre.
- Il a régné jusque dans ces derniers temps une grande incertitude sur l’origine de cette belle couleur. Aristote dit formellement qu’on la retirait de deux mollusques carnassiers de la Méditerranée. L’un de ces animaux, que le naturaliste grec ne nomme pas, était renfermé dans une coquille assez grosse, composée de sept tours de spire, parsemée d’épines et terminée par un long bec. Quant à l’autre animal, il habitait une coquille beaucoup plus petite; Aristote lui donna le nom de Buccin. Pline qui a copié son prédécesseur, donne à la grosse coquille le nom de Pourpre.
- A la Renaissance, longtemps après qu’on eut perdu de vue tout ce qui avait rapport à la fabrication de la pourpre, on se livra de nouveauli la recherche de l’animal qui la fournissait à l’antiquité ; mais le manque de documents certains et le peu de cas qu’on faisait alors des descriptions d’Aristote et de Pline, laissèrent longtemps ces recherches sans aucun résultat. Ce fut Rondelet qui, le premier, examinant avec soin les détails donnés par Aristote, crut y reconnaître la coquille (fig. 1) connue aujourd’hui sous le nom de Petite Massue d'Hercule (Murex
- 1 Plutarque, Vie d'Alexandre, LI, t. 7, p. 303 et 394.
- * Aristote, 1. Y, c. xiv.
- 5 Pline, 1. IX, c. lx à lxiu.
- 4 Athénée, Deipnos., XII, c. xxxr.
- 8 Exode, XXYI1 et XXVIII. — Jérémie, X, 9. — Cantiques, III, 10. — Quinte Curcc, 1. III, c. in, xvm.
- brandaris), et, en effet, elle est peinte, pour ainsi dire, trait pour trait dans les œuvres de l’habile observateur grec.
- Quant au Buccin décrit par le même, comme contribuant à fournir la pourpre, on crut le reconnaître dans le Purpura lapillus (fig. 2), qui abonde sur les rochers qui bordent la Méditerranée et la Manche. Leister, naturaliste anglais, avance ce fait, et cela avec d’autant plus de probabilité que, longtemps avant son époque, comme le lui révéla VHistoire ecclésiastique de Bède, les Bretons extrayaient une couleur pourpre de ce coquillage, et que, de son temps, on en faisait une teinture qui servait à marquer le linge, ainsi qu’on le fait encore à Malion avec le Purpura h cernas toma, au dire de M. Lacazo du Thiers1.
- Guidés par ces documents, Réaumur et Duhamel se livrèrent, au siècle dernier, à des essais nombreux, et, en employant ce Purpura lapillus, reconnu pour être le Buccin d’Aristote, ils obtinrent une substance d’un jaune blafard qui, appliquée sur une étoffe, prenait une teinte verte, pour passer ensuite au bleu, et enfin à la couleur pourpre. Soumettant ces étoffes à divers agents, ils virent que les lessives, même les plus mordantes, n’en altéraient pas la couleur. Mais, tandis que Réaumur attribuait faussement la série des colorations à l’action de l’air, Duhamel entrevoyait la vérité, en la rapportant uniquement à l’influence des rayons solaires2.
- Grâce aux recherches récentes de M. Lacaze du Thiers, qui a étudié avec un grand soin les diverses espèces de Rochers ou Murex (Murex brandaris, Murex trunculus, Murex erinaceus) et de Pourpre (Purpura hœmastoma, Purpura lapillus), qu’on pêche sur nos côtes de la Méditerranée et de l’Océan, il n’y a plus de doutes à avoir sur l’origine de la pourpre antique. Le Buccin d’Aristote et de Pline est bien le Purpura lapillus des modernes, eL ce que Pline appelle Pourpre est le Murex brandaris de nos auteurs3. Il est probable que les autres espèces de Purpura et de Murex devaient être employées en même temps que les deux espèces principales ci-dessus désignées.
- Ces conclusions sont corroborées par les faits suivants. M. Boblaye, qui faisait partie, en qualité de naturaliste, de l’expédition scientifique de Morée, a rencontré sur certains points peu éloignés de la mer, et dans le voisinage d’établissements ruinés, parmi lesquels il s’en trouve dont les vestiges sont assez bien conservés pour qu’on puisse reconnaître en eux les restes d’anciennes usines à teinture, des amoncellements considérables de coquilles qui appartiennent au Murex brandaris. M. Fr. Lenormant a retrouvé des dépôts semblables sur les côtes de Gerigo et de Gythiurn.
- 1 Lncnzc du Thiers, Mémoire sur la pourpre [Mêm. de la Société des sciences de Lille, 1859, 2® série, vol. VI, p. 505).
- a Mémoires de l'Académie des sciences, 1711 , p. 108, et 1730, p. 49.
- 5 I.aeuze du Thiers, l. c., p. 570-
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- LA N AT U HE.
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- Sur la côte môme de la Phénicie, entre Sour (Tyr) et Saïda (Sidon), M. de Saulcy signale, sur le flanc d’une falaise de remblais, un amas énorme de coquilles, appartenant invariablement à une seule et même espèce, le Murex trunculus. Toutes ces coquilles offrent celte particularité, que leur test a été vigoureusement entamé d’un seul coup de meule sur le premier et le second tour de spire, pour permettre d’extraire l’organe purpurigène du mollusque. « Ceci, dit M. de Saulcy, ne peut être l’effet du hasard, et il y a là évidemment la trace du procédé industriel, à l’aide duquel les teinturiers si-doniens se procuraient la base de leur pourpre si renommée1. »
- D’où le savant antiquaire conclut que, si le Murex brandaris, si commun dans l'Adriatique, servait à la fabrication de la pourpre à Cerigo et sur les côtes de la Laconie, sur les côtes phéniciennes elles-mêmes, c’était le Murex trunculus, qui y abonde encore, qui fournissait la base tinctoriale de la pourpre de Tyr.
- D’un autre côté, la découverte faite à Pompéia de tas de coquilles du Murex brandaris, près des boutiques des teinturiers, prouve assez que ce coquillage était encore, au commencement de notre ère, une des matières premières pour obtenir la pourpre.
- Suivant M. Lacaze du Tliiers, l’organe qui sécrète la matière purpurigène, est une bandelette de nature celluleuse, d’une teinte blanchâtre, souvent d’un jaune très-léger, placée à la face inférieure du manteau de la coquille, entre l’intestin et la brauchie, et dans le voisinage de la glande anale. C’est dans les cellules de cette bandelette que se trouve la matière granuleuse qui doit se dissoudre et produire la couleur. Cette matière éprouve, dès qu’elle est soumise à l’action des rayons solaires, une série de colorations, le jaune-citron, le jaune-verdâtre, le vert, et enfin le violet, d’autant plus foncé que l’action se prolonge davantage ; en même temps, il se développe une odeur vive et très-pénétrante qui rappelle à un haut degré celle de l’ail*.
- Évidemment, il y a ici des phénomènes chimiques qui accompagnent cette création de la matière colorante; mais de quelle nature sont-ils? C’est ce qu’on ne sait pas encore. Toujours est-il que la matière purpurigène jouit de propriétés photographiques très-prononcées, et probablement c’est elle qui a offert le plus ancien exemple de la production des couleurs par la lumière solaire ; d’où il suit que la science nouvelle de la photographie a, comme tant, d’autres, scs racines dans l’antiquité!
- Par suite d’une fausse interprétation des auteurs anciens, on a cru jusqu’ici que la couleur primitive, naturelle de la pourpre, était le rouge de sang, et quand on désigne la pourpre romaine de, nos jours, on entend parler d’un rouge vif. Or, M. Lacaze du T hiers, en discutant les textes et en les rapprochant
- 1 De Saulcy, Lettre à M. Bertrand sur la pourpre phénicienne (Revue archéologique, 1864, vol, IX, p. 216).
- 2 Lacaze du Tlrers, i. c., p. 352.
- des faits positifs fournis par l’observation directe, a parfaitement établi que c’est le violet plus ou moins foncé qui est la couleur naturelle de la pourpre.
- Pline, en indiquant comment, de son temps, on teignait les tissus en pourpre, confirme cette opinion. On mêlait, pour cette opération, les pourpres et les buccins. « De ce mélange, dit-il, on obtient cette teinture que l’on recherche, et qui est le résultat du sombre de la pourpre et du brillant de l'écarlate. Les deux couleurs, ainsi combinées, se prêtent réciproquement du sombre ou de l’éclat. Pour avoir une excellente teinture, il faut, pour ?0 livres (16 ki-logr.559) de laine, mêler 200 livres (65 kilogr. 436) de buccin à 111 livres (36 kilogr. 316) de pourpre; c’est ainsi que s’obtient cette superbe couleur d’améthyste », c’est-à-dire violette.
- 11 ajoute : « Pour la couleur tyrienne, on trempe d’abord la laine dans le pourpre avant que la cuisson soit parfaite, puis on la plonge dans le buccin. La plus belle pourpre tyrienne est celle qui a la couleur de sang, et qui paraît noirâtre quand on la voit de face, et brillante dans ses reflets. Aussi Homère donne-t-il au sang l’épithète de pourpréh »
- Les modifications de la nuance primitive, c’est-à-dire le passage du violet au rouge plus ou moins vif, plus ou moins clair, accompagné de ces reflets si estimés dont parlent Sénèque et tous les anciens auteurs, furent provoquées par les caprices de la mode, les exigences du luxe, et les teinturiers romains, pour satisfaire le goût du public, eurent recours à des manipulations particulières, probablement aussi à des mélanges de diverses especes de Murex et de Purpura. H est certain que du temps des empereurs, il y avait plusieurs nuances de pourpre, allant du violet au rouge foncé pur et à l’écarlate.
- Cornélius Ncpos, qui mourut sous Auguste, dit que, pendant sa jeunesse, la pourpre violette était en vogue et se vendait 100 deniers la livre, soit 79 francs les 327gr,18 de nos poids modêrnes, ce qui fait à peu près 237 francs le kilogr.; mais que bientôt après, on préféra la pourpre rouge de Ta-rente, et ensuite la double pourpre de Tyr (Purpura dibapha), dont la livre coûtait plus de 1000 deniers, soit 790 francs, ou à peu près 2370 francs le kilogr.
- « On appelait dibapha, dit Pline, la pourpre qui, par une dépense magnifique alors, avait été teinte deux fois, comme le sont aujourd’hui presque toutes les pourpres les plus recherchées2. » On leur donnait ainsi un plus grand degré de solidité. Il est souvent question de ces étoffes dibaphes dans les Livres saints5, et chez les auteurs grecs et latins4.
- Les prix excessifs relatés ci-dessus expliquent très-bien pourquoi les tissus teints en pourpre ne
- 1 Pline, 1. IX, e. lxii, 58.
- 8 Pline, 1. IX, e. i.xm, 59.
- s Parai., II, 6, et XIII, 5.
- 4 Ovide, Vc acte amandi, lib. 111. — Martial, iib. IV, Épi* gramme 4.
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- LA NATURE
- pouvaient être portés que par les rois, les princes, les très-riches patriciens. Du temps des empereurs romains, ils étaient l’apanage des seuls membres delà famille impériale ; de là le nom de purpurati donné à ces derniers, et l’emploi du mot purpura appliqué aux vêtements officiels des souverains, quelle que fût d’ailleurs la couleur qu’ils eussent.
- Quant à l’abus que les poètes ont fait de ces expressions dans leurs comparaisons, qu’en pourrait-on conclure, si ce n’est qu’ils ont toujours usé avec beaucoup de liberté du privilège de tout oser?
- Quoi qu’il en soit, on voit par ce qui précède que l’ancienne pourpre tyrienne était violette. Or, comme cette couleur se compose de rouge et de bleu, il en résulte que la vraie pourpre était une couleur complexe.
- Ce sont les mêmes Phéniciens qui répandirent en Europe la connaissance des différents procédés de teinture. Ils se servaient de vases d’étain pour leurs opérations. J. Giuardin, de Rouen.
- LE
- DES CINQ CENTS GÉNIES
- A CANTON.
- Parmi les monuments les plus curieux de Canton, la ville sans contredit la plus intéressante de la Chine par son commerce, son industrie et son mouvement, il est un monastère que s’empressent de visiter tous les étrangers, et qui a été décrit déjà par un grand nombre de voyageurs : nous voulons parler du monastère des Cinq cents Génies, dont le vrai nom est Iloa-lin-sze. Ce monastère dont la construction remonte à la dynastie des Leang (525 après .1. G.), renferme dans quatre grandes salles, situées à l’entrée de rétablissement, un véritable musée composé de cinq cents statues de grandeur naturelle, en bois sculpté et doré, représentant les premiers apôtres du bouddhisme venus en Chine, et qui sont considérés maintenant comme des divinités secondaires.
- L’exécution de ces statues n’offre rien de remarquable au point de vue de l’esthétique; cependant certains détails dans les traits, surtout dans les mains, méiitent d’être examinés. Mais ce qui frappe le plus, c’est qu’il est à peu près impossible de classer définitivement ces types plus ou moins grotesques, qui par l’obliquité des yeux, la proéminence des pommettes, la rondeur du visage rappellent les Chinois, tandis que par l’aspect des cheveux, de la barbe, du nez et même du teint, on reconnaît de suite le type caractéristique de l’Indien.
- Ce mélange bizarre ne peut s’expliquer que par l’humeur fantaisiste du peintre chinois qui a fait leur premier portrait sans les avoir vus sans doute, ou de l’artiste qui en sculptant les statues, a cru devoir corriger ce qu’il supposait être une erreur de la nature. La plupart sont habillés de la même manière. Tous portent le manteau du bonze ou prêtre
- bouddhiste. Leur tète est nue, à l’exception d’un seul qui est coiffé d’un chapeau rond aplati, et que les guides européens avec leur profonde érudition désignent au touriste comme étant Marco-Polo. Les pieds sont chaussés de sandales chinoises. A la main ils tiennent ou un chapelet ou un bâton de voyage ou un éventail ou un livre. Quelques-uns sont entourés d’enfants; les uns prient, d’autres méditent. Chacun d’eux a sa légende que presque personne ne connaît, pas même les bonzes qui les adorent. Tout ce qu’on peut obtenir de ces bonzes comme renseignement, c’est que ces statues représentent les cinq cents Lohan ; synonime de Lamas, Arhan ou prêtres déifiés. A force de recherches, nous avons pu nous procurer des ouvrages contenant les images de ces cinq cents Lohan, et une petite notice relative à chacun d’eux. Au commencement d’un de ces ouvrages, se trouve une préface qui nous apprend que c’est Nokiuno qui amena de l’Inde en Chine huit cents disciples et docteurs, parmi lesquels cinq cents s’établirent à Tien tay et trois cents à Yen tong. Quand tous ces Yng-tching (ascètes) furent morts, on leur éleva des statues dans les temples bouddhiques ; seulement seize d’entre eux furent classés comme Ta-o-lo-han, grands O-lo-han, et sont très-connus dans tout l’empire. On voit sinon leurs statues du moins leurs images dans un grand nombre de temples, tandis (pic les statues des cinq cents Lohan sont très-rares. Celles qui se trouvent à Canton, datent, dit-on, de la dynastie des Tang. « Ces Lohan, ajoute la préface, étaient des hommes surnaturels, qui, sans l’avoir appris, connaissaient les trois Ming (purs) et les six Tao (voies). Leurs vertus et leurs mérites étaient sans limites. »
- Les premiers apôtres du Bouddhisme sont venus en Chine en l’an 250 (avant J. C.), à l’époque où l’Inde était gouvernée par Asliôka, surnommé Piya-dasi, petit-fils de celui que les bouddhistes nommaient Tchandragoupta, et les Grecs Sandracottos.
- Tchandragoupta s’étant emparé du pouvoir', résolut, pour se venger des brahmanes qui le méprisaient à cause de la caste d’où il était sorti, d élever aux dépens de la religion de Brahma l’église bouddhique, et la prit sous son puissant patronage. Son petit-fils Asliôka alla plus loin, et devint le Constantin du bouddhisme indien. U établit un ministère des missions étrangères (l)harma Mahamâtra), et envoya dans toutes les contrées voisines des prêcheurs enthousiastes, qui sous les apparences d’une pauvreté étudiée, répandirent à la fois la doctrine du maître et l’influence de leur souverain. C’est à cette époque que Elle de Ceylan lut convertie au bouddhisme par Mahendra, propre fils d’Ashôka. Ces missionnaires pénétrèrent également dans le Ca-boulistan, Gandhara, Cacliemyr, le Népaul, et accompagnait les caravanes des marchands qui parcouraient l’Asie centrale, arrivèrent ainsi jusqu en Chine, au commencement de la dynastie des Tsin. Pendant les trois cents ans qui suivirent, les bouddhistes ne jouirent d’aucune influence dans le royaume du Mi-
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- à Canton (Chine). D’après une photographie.
- Vue intérieure de l’une des salles du temple des Cinq cents Génies,
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- LA NATURE.
- lieu. En l’an 62 (après J. G.), l'empereur Ming-ty ayant envoyé une ambassade dans l’Inde, celle-ci, à son retour, rapporta une statue de Bouddha en bois de sandal et un livre sacré qui fut traduit en chinois et publié par ordre du gouvernement. Le bouddhisme prit alors des racines solides dans l’empire, d’où il se répandit en l’an 372 en Corée et en l’an 552 dans le Japon.
- Un fait historique qui est généralement peu connu, et qui est plus intéressant que les légendes des cinq cents Lohan, c’est que ce même monastère de Hoa-lin-sze a été fondé par Tarno, le vingt-neuvième Tsunehe- (illustre, honorable) nom donné aux saints de Bouddha, c’est-à-dire à ceux auxquels a été communiqué le secret des mystères de la doctrine de Cakyamounin. Tamo, dont le nom indien est Boddidharma, ayant été obligé par suite des persécutions des brahmanes de quitter l’Inde, transporta son siège patriarcal en Chine, ou il débarqua en l’an 525. Cet événement eut une grande influence sur le sort du bouddhisme. Proscrit dans la contrée qui l’avait vu naître, ce système religieux y perdit insensiblement le plus grand nombre de ses partisans, et les faibles restes auxquels il est maintenant réduit dans l’Inde, sont privés d’unité de vie et de tradition. Au contraire, la Chine, Siam, le Tongking, le Japon et la Tartarie, devenus sa patrie d’adoption, virent augmenter rapidement la foule des convertis. Des princes qui avaient embrassé le culte, étranger, trouvèrent glorieux d’en posséder les pontifes à leur cour.
- Au treizième siècle, le Bouddha vivant fut élevé au rang des rois par le petit-fils de Gengiskhan, qui établit le nouveau siège patriarcal dans la capitale du Thibct. De cette époque date la fondation du lamaïsme, qui est resté la vraie religion des Thi-bétains et des Mongols, tandis que le bouddhisme dégénéré n’est plus représenté en Chine que par ses prêtres paresseux et ignorants, ou par ses temples, dans lesquels les statues et les images de ses faux dieux aussi bien que ses cochons sacrés, sont devenus les objets de la risée publique.
- P. de Tmiersant,
- Consul de France en Chine,
- HYDROLOGIE
- LA CAPTATION DES SOUIiCES.
- Un des problèmes les plus intéressants et les plus utiles que puisse se poser l’art de l’ingénieur, c’est assurément la captation des sources. L’eau quelquefois vaut de l’or, et faire jaillir de terre des masses d’eau, c’est assurément accroître la richesse d’une région. ,,
- Nous voudrions montrer aujourd’hui qu’il est des cas très-nombreux où l’on ne sait pas capter les sources, où l’on laisse arriver à fleur du sol quelques filets d’eau insuffisants, quand avec un peu de
- science on pourrait transformer le filet d’eau en un ruisseau, et accroître considérablement le débit delà source. Par ces temps de grandes chaleurs, l’eau se fait rare dans certaines localités : on ne trouvera donc pas superflu que nous indiquions un moyen simple de décupler, tout au moins, le débit des sources.
- Et d’abord, qu’est-ce qu’une source?
- L’eau de pluie dans nos régions, la neige fondue dans le voisinage des montagnes, pénètrent dans le sol, descendent jusqu’à une couche imperméable, et. constituent des rivières, des ruisseaux souterrains, qui suivent la déclivité du sous-sol ; l’eau descend ainsi des hauteurs dans la plaine et peut sourdre dans les anfractuosités du terrain, dans les plis, quand la couche imperméable, qui sert de lit à la rivière souterraine, vient elle-même affleurer le niveau général du sol. Les hauteurs forment le collecteur d’eau; c’est sur leur surface que s’emmagasine la pluie ; puis, selon la nature des couches souterraines, l’eau s’enfonce et vient s’écouler à la surface, à des distances verticales ou horizontales plus ou moins grandes.
- Quand on creuse un puits, on s’en va tout simplement chercher la rivière souterraine qui passe au-dessous du sol et qui est encore trop profondément située pour sourdre à la surface. Le trou creusé met en communication la rivière souterraine avec la suri ace. On croit communément, quand on creuse un puits près d’un fleuve, que c’est l’eau du fleuve qui emplit le puits ; c’est une erreur complète, quand le terrain est gypseux ou argileux. L’eau du puits, ce n’est pas du tout l’eau du fleuve, c’est l’eau de la couche liquide souterraine qui s’en va, du reste, se déverser le plus souvent dans le fleuve, puisque le fleuve occupe la partie la plus basse, ec que l’on nomme le thalweg du bassin. Et, en effet, la composition chimique de l’eau du puits est absolument différente de la composition chimique de l’eau du fleuve.
- Si, quand il y a crue, les eaux s’élèvent dans ce puits, c’est que les eaux de la nappe souterraine refoulées sont bien obligées de s’enfler aussi et de s’élever. Les puits creusés dans la banlieue de Paris, par exemple, à quelques pas de la Seine, sont alimentés par de l’eau de la couche souterraine et pas du tout par de l’eau du fleuve; elles sont sulfatées à un haut degré parce qu’elles proviennent de terrains riches en sulfate de chaux.
- Qu’il s’agisse d’un puits ou qu’il s’agisse d’une source, on le voit* c’est toujours la nappe souterraine qui amène l’eau : dans le cas du puits, on va chercher la rivière souterraine par un trou ; dans le cas de la source, c’est la rivière elle-même qui apparaît au niveau du sol.
- Dans ces deux exemples, l’eau s’écoule le long de la pente, en vertu de la différence de hauteur du point de départ et du point d’arrivée. Si le sol est tassé, l’eau a quelque peine à s’écouler à travers tous ces obstacles ; aussi le débit est faible. Beaucoup de puits sont vidés par une pompe plus vite
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- qu’ils ne s’emplissent. 11 faut attendre que le filet d’eau qui les alimente ait coulé pour pouvoir puiser de nouveau ; d’autres enfin se tarissent complètement pendant la saison d’été.
- 11 existe un moyen très-efficace d’augmenter le débit d’un puits; il a été indiqué en 1867 par un inventeur ingénieur, M. Ronet, de Lyon. Le procédé est original et très-rationnel. Les puits sont ouverts habituellement ; ils communiquent directement avec le sol. Eh bien, c’est un tort. JM. Donet ferme ses puits hermétiquement et il a bien raison.
- Pourquoi? On va vite le comprendre. Dans un puits ouvert, la pression atmosphérique agit de part et d’autre sur la rivière souterraine, au point de départ, au point d’arrivée ; les deux pressions s’équilibrent. Mais fermez le puits et enlevez l’air qui se trouve entre l’eau et le couvercle hermétique : n’est-il pas évident qu’au départ agira la pression atmosphérique, mais qu’elle n’agira plus au-dessus de l’eau qui est enfermée sous le couvercle hermétique? Par suite, l’eau s’élèvera dans le puits, en vertu non-seulement de la différence de niveau qui existe entre le départ et l’arrivée, mais encore en raison de la pression atmosphérique qui équivaut, pour son compte, à une différence de niveau de
- 10 mètres d’eau. Sous cette augmentation notable de pression, l’eau franchit mieux sa canalisation souterraine ; elle arrive avec plus de vitesse, et le débit est par suite notablement augmenté. Le puits fermé, à cela près qu’il est plus coûteux de construction, est manifestement supérieur, en théorie, au puits ouvert.
- Un agronome distingué, M. de Chefdebien, a eu la bonne idée d’essayer d’appliquer le même système aux sources.
- Vous avez une source insuffisante, un très-mince filet d’eau qui se tarit souvent. L’eau n’est pas en effet chassée suffisamment fort du réservoir souterrain à la surface; elle reste en route. Pourquoi ne pas l’aider à sortir en faisant entrer en ligne de compte la pression atmosphérique? Il suffirait de faire comme pour le puits, de fermer l’orifice de sortie et d’aspirer avec une pompe.
- Mais la qualité essentielle d’une source, c’est de déverser de l’eau sans appareil élévatoire. On ne saurait appliquer une pompe sans perdre une partie des avantages de la source. M. de Chefdebien a tourné la difficulté par un artifice très-simple. Au lieu de taire agir toute la pression atmosphérique,
- 11 se contente de ne l’utiliser que partiellement, et les résultats obtenus ainsi sont généralement très-suffisants. Voici le système ':
- Au point où vient sourdre le filet d’eau, on établit une ceinture et un couvercle hermétiques. Sur ce couvercle est embranché un tuyau que l’on prolonge en contre-bas, à 50, 60, 100 mètres s’il le faut, de façon à obtenir une différence de niveau de 2 mètres, par exemple. Puis, on aspire une fois pour toutes l eau dans ce tube; on forme ainsi un siphon : le siphon amorcé, l’eau s’écoule sous l’influence
- d’une partie de la pression atmosphérique équivalente à la différence de niveau existant entre la source et l’extrémité du tuyau en contre-bas. Cette différence de 2 mètres, 3 mètres, 4 mètres, etc., accroît le débit dans une proportion dont on ne se ferait pas bien l’idée si l’expérience ne nous avait renseigné à cet égard.
- M. de Chefdebien écrivait récemment à M. Dumas :
- « Au-dessus d’un petit bosquet, dans la commune d’Amélie-les-Bains, il existait un espace humide envahi par les joncs : des fouilles furent faites et poussées jusque dans le roc ; on ne trouva que des infiltrations et un mince filet d’eau. Les fouilles avaient à leur base la forme d’une cuvette d’eau ; les eaux s’y accumulaient lentement ; chaque lois que cette cuvette était vidée, il fallait trente-six heures pour qu’elle fût de nouveau remplie. L’expérience en fut faite un grand nombre de fois ; sa contenance arri-vait presque à 300 litres ; le débit de la source était donc de 200 litres par vingt-quatre heures. Voyant l’impossibilité d’utiliser cette source dans les conditions ordinaires, je résolus, en èmployant le siphon, de soustraire cette source à une portion de la pression atmosphérique, équivalente au poids d’une colonne d’eau qui représenterait la différence de niveau entre le point d’émergence naturel et le point où je voulais utiliser cette eau. A l’aide d’un tube de plomb de 0m,012, prolongé jusqu’à une distance de 60 mètres de la source, ce qui me procurait une différence de niveau de 2m,50, je formai un siphon... »
- M. de Chefdebien explique ensuite qu’il fit placer une couche de moellons au fond de la cuvette, qu’on recouvrit cette couche de galets sur laquelle on plaça un bon appareil de mortier hydraulique; sur cet appareil on installa deux assises de bonnes briques à joints entrecroisés et bien noyés de ciment, le tout scellé à la façon rocheuse. Après cette opération, quelques aspirations suffirent pour amorcer le siphon, et la source coula abondamment. Depuis, M. de Chefdebien a fait remplacer le système de plomb par un tube de fer, une fuite ayant eu lieu.
- Depuis six ans la fontaine coule sans intermittence ni interruption, donnant un débit invariable de 36 hectolitres par vingt-quatre heures, soit dix-huit fois le débit à ciel ouvert.
- Ainsi, par un simple artifice, en obligeant la pression atmosphérique à entrer en jeu, on peut rendre près de vingt fois plus considérable le débit d’une source. Réduisons ce chiffre à moitié. N’est-ce pas déjà un résultat bien remarquable que de pouvoir décupler le débit d’une source à l’aide d’un travail de captation aussi simple que celui qui vient d’être indiqué?
- Nous ne saurions donc trop recommander ce système vraiment pratique aux propriétaires de sources. Les minces filets d’eau qu’on a dédaignés jusqu’ici pourront être utilisés sans beaucoup de Irais, et l’on pourra doter d’un volume d’eau appréciable les régions qui jusqu’ici en étaient pourvues insuffisamment, H. W P.UiVIM.E,
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- LÀ Y1LLE D’IQUIQUE
- La ville d’Iquique1, qui vient d’être anéantie de fond en comble par le tremblement de terre du
- 9 mai dernier1, était un port de mer florissant du Pérou. 5000 habitants environ étaient réunis dans ses murs. Nous en reproduisons l’aspect d’après une lithographie très-exacte2 qui a été prise de Pile d’Iquique située, comme le montre le plan ci-des-
- Vue de la ville d’Iquique, au Pérou,gavant sa destmctiou'-'par le tremblement de terre du 9 mai 1877.
- sous, vis-à-vis l’entrée du port. Les premières maisons de la ville, construites au bord de la mer, offraient un aspect agréable et riant ; un ciel magnifique, une atmosphère pure que des bandes d’oiseaux sillonnaient de leur vol ; de nombreux pélicans , presque sans cesse assemblés sur le rivage, venaient s’ajouter aux beautés de cette nature étrange et grandiose.
- Les rues de la ville étaient régulièrement alignées, comme on l’observe dans la plupart des cités modernes du nouveau monde. Les habitants étaient industrieux et trouvaient de. précieuses ressources dans l’exploitation du nitrate de soude dont le pays abonde. Ce sel est très-employé pour la préparation de l’acide nitrique, pour celle du salpêtre. Il est usité comme engrais, il sert à la fabrication du verre, à la transformation de la fonte en acier, d après le procédé de Har-
- 1 Ou Yquique.
- greaves, etc. Il se rencontre surtout dans les districts d’Atacama et de Tarapaca, non loin de la baie d’Iquique, sous forme de dépôts (terra salitrosa)
- d’épaisseur variable de 50 centimètres à 1 métré. Ces dépôts, recouverts d’argile, sont presque entièrement constitués par un sel pur.
- L’exportation du nitrate de soude donnait au port d’Iquique une véritable animation et assurait à la ville un développement progressif et certain.
- La terrible catastrophe du 9 mai dernier a transformé en ruines ces régions prospères : pas une maison n’est restée debout à la suite du formidable tremblement de terre. Il semblerait que l’homme dut abandonner des lieux aussi funestes; mais tels sont les liens du foyer et de la patrie qu’il reconstruit sur les ruines mêmes, de nouvelles demeures, appelées peut-être à subir le même sort. Gaston Tissandier.
- 1 Voy. p. 116.
- 2 PI. LU de la Geografia de! Paru. — Paz Soldan,
- Plan de la ville d’Iquique.
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- LE SON DANS L’AIR ET DANS L’EAU
- (Suite. — Voy. p. 103.)
- Par les soins de l’ancienne Académie des sciences, line commission formée de Lacaille, Maraldi et Cassini de Tliury1, chercha à perfectionner les anciennes et discordantes observations de Mersenne et Gassendi d’abord, puis des physiciens de ÏAcca-âemia del Cimento. Des pièces de canon de 8 étaient disposées à l’Observatoire, à la Pyramide de Montmartre (qu’on restaure en ce moment) et à la tour de Montlhéry (fig. 4 ci-dessous). En outre des
- observateurs, munis comme ceux des précédentes stations de pendules à secondes, étaient placés au château de l llay, sur la butte de Fontenay-aux-lloses, et enfin au clocher de Dammartin, station d’observation qui fut ajoutée aux dernières expériences de la commission, mais qui fut peu utilisée. Les observations entre Montmartre et Montlhéry, avec distance de 28 000 mètres environ, sont les meilleures. L’ordre des coups de canon était réglé d’avance, à époques convenues. Les stations intermédiaires servirent à prouver ce résultat fondamental que la vitesse aérienne du son peut être regardée à peu près comme uniforme. Les températures va-
- Expériences de 1738 sur la vitesse du son dans l’air
- rièrent de 5 degrés1'^ 7°,5. Ons’assura que la vitesse est la même jour et nuit aux mêmes températures, la même par le beau temps et par la pluie, par suite indépendante de la pression de l’air ; la direction de la pièce et la charge de poudre furent reconnues sans influence. On trouva ainsi pour valeur de la vitesse 537™,18 à la température moyenne de 6 degrés, valeur qui surpasse d’un sixième le nombre 282m,42 que donnait la formule de Newton, et 332m,9 à zéro, par la formule de réduction V = VoV/ 1-f- 0,00367 t.
- Des causes d’erreur graves subsistaient. On n’avait pas tenu note de l’humidité atmosphérique
- 1 Sur la propagation du son, par M. Cassini de Thury. — Mémoires de FAcadémie des sciences, 1738, p. 128etsuiv.
- et le temps écoulé entre la vue de la lumière du canon et l’audition du bruit n’était mesuré qu’à une demi-seconde, ce qui est très-insuffisant. En outre, la commission avait eu l’idée que la vitesse du vent devait avoir un effet perturbateur considérable, car sa composante, suivant le sens, s’ajoute à la vitesse qu’aurait le son dans un air rigoureusement calme ou s’en retranche. Les expérimentateurs avaient compris la nécessité de la méthode des coupa réciproquesL Son idéal serait de tirer les coups de canon simultanément aux deux stations et de prendre la moyenne des deux durées obtenues, et on arrive sensiblement au même résultat si on
- 1 Histoire de l’Académie des sciences, année 1738, p. 2.
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- LA NATURE.
- opère à intervalles très-rapproehés. Dans la pratique de 1738, on ne sut réellement employer cette méthode que dans les expériences des 1-4 et 16 mars 1758, entre Montlhéry et Montmartre. Les autres expériences sont à si longs intervalles, que la vitesse du vent change notablement, cc qui rend le procédé illusoire.
- Les expériences analogues se succèdent dans les années suivantes : ainsi Lacaille et Cassini, entre Aigues-Mortes et Cette, à deux stations distantes de 45 574 mètres. Godin et don Georges Juan à Quito, en 1740, par 0™,555 d’altitude, trouvent 359 mètres, et la Condamine, en 1744, à Cayenne, 557 mètres, vu la haute température, pour une distance de 59 430 mètres. Les coups ne lurent pas réciproques. 11 en fut de même pour les expériences de la fin du dix-huitième siècle, à Gœttingue (1778 et 1791) el à San Yago du Chili (1794).
- Au dix-neuvième siècle, les expériences se perfectionnent sous le rapport de la mesure du temps. Les observations de Benzenberg à Dusseldorf, furent exécutées avec une bonne montre à arrêt et à tierces, d’une part en novembre 1809, par des températures assez basses, d’autre part, en juin 1811, à des températures élevées au contraire et atteignant 28 degrés. Le nombre déduit de la formule empirique des vitesses de zéro à 50 degrés, donne 533™,7 à zéro degré. Ces expériences seraient irréprochables si les coups avaient été réciproques.
- Bien que la même cause d’erreur les rende peu concluantes, il est intéressant de citer quelques expériences du premier quart de ce siècle, en raison des différences de température considérables qu’elles présentent. A Madras, de juillet 1820 à novembre 1821, plus de huit cents coups de canon furent tirés, à des températures voisines de 30 degrés, entre le fort Saint-Georges4 et la caserne d’artillerie du mont Saint-Thomas, et Goldingham déduisit la vitesse 331 mètres, en la ramenant à zéro par la formule de Newton.
- Plusieurs explorateurs des régions arctiques surent occuper et utiliser l’inaction et les ennuis des longs hivernages par des observations de vitesse du son à basse température. Dans sa troisième campagne polaire (1824-1825), au port de Bowen, par des coups tirés du navire au rivage, Parry trouva pour vitesse du son 309,n,2 à — 38°,5. Le lieutenant Kendall, lors du voyage de Franklin, opéra en novembre et décembre 1825, sur les bords du grand lac de l’Ours, à des températures comprises entre — 2°,5 et — 40 degrés. Les vitesses obtenues à ces températures respectives sont 331m,2 et 315™,9.
- La nécessité des corrections exactes s’imposait de plus en plus dans la science. En outre, Laplace avait reconnu d’où provenait la forte discordance entre la vitesse réelle et celle de la formule théorique de Newton. On n’avait pas tenu compte, dans le calcul de l’élasticité de Pair, de la chaleur dégagée et absorbée dans les contractions et les dilata-
- tions successives de l’onde sonore. En 1822, une nouvelle vérification fut décidée par le Bureau des longitudes. I a commission d’expériences se composait de Prony, Bouvard, Mathieu, Arago rapporteur, auxquels furent adjoints Gay-Lussac et de Hum-boldt. Les stations adoptées, distantes de 18 618n',5, étaient Villejuif et Montlhéry, à chacune desquelles était une pièce de 6, servie par des artilleurs. Le temps de parcours du son fut, en moyenne, de 54",6. La mesure du temps était donnée par des chronomètres à arrêt ; les coups réciproques étaient tirés à cinq minutes d’intervalle, et, en même temps, à chaque station, observation était fuite du baromètre, du thermomètre et de l'hygromètre. Sept couples de coups réciproques ont donné 340™,89 à 16 degrés, d’où on déduit 550™,8 à zéro degré. Des phénomènes d’intensité, dont les lois pratiques sont encore mal connues, se produisirent. .Le 21 juin 1822 au soir, on entendait parfaitement à Villejuif les coups tirés à Montlhéry, mais ceux, tirés à Villejuif n’arrivaient à Montlhéry que très-affaiblis.
- Les expériences des savants français ne furent pas assez nombreuses, et les coups réciproques étaient à de trop grands intervalles. De nouvelles épreuves furent, entreprises'en 1825, par MM. Moll et Van Beck, près d’Utrecht, av"c le concours d’officiers et d’étudiants de l’Université, du * 25 au 28 juin, entre deux collines de la lande d’Utrecht à 17 669 mètres de distance. L’une des stations que nous désignerons par A, était la colline des Sept Arbres, Zevenbompjes, et l’autre B, le Kooltjesbery. 11 y avait quatre pièces de canon, de 6 et de 12. L’intervalle entre l’éclair et le son était apprécié au moyen de montres à tierces et à arrêt, donnant directement par l’aiguille le centième de seconde. Au moment où on aperçoit le feu, on presse un ressort, l’aiguille part; puis à l’instant où le son arrive à l’oreille, on retire le pouce, l’aiguille s’arrête. On observait le baromètre, le thermomètre et l’hygromètre de Daniell, et une girouette permettait dénoter la direction du vent.
- Nous ferons remarquer que des compteurs à pointage eussent été préférables à la montre à arrêt, car, dans les premiers, le levier marqueur du point noir à l’encre d’imprimerie sur le cadran, au moment où le pouce appuie sur le ressort, est mû par un mécanisme entièrement indépendant de celui de la montre, et n’a aucune influence perturbatrice sur le mouvement de l’aiguille des secondes, qui continue sa marche régulière.
- Les deux coups réciproques étaient produits en une minute environ, grande garantie d’exactitude de la méthode. Pour tirer à un instant précis, un officier tenait la mèche allumée au-dessus de la lumière du canon ; un autre avait le chronomètre sous les yeux et tenait le bras du premier. Au moment exact où l’aiguille arrivait à la .seconde convenue, il poussait le bras portant la mèche, et le canon partait. Je n’ai pas besoin de dire qu’aujour-
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- d’hui on aurait bien plus de précision au moyen du marteau et de la capsule à fulminate, ou mieux encore par l’élincelle d’une bobine d’induction.
- Des accidents résultèrent de ces faits imprévus et mal connus d’intensité, que nous avons déjà signalés. Les 23, 24 et 25 juin, les coups de A ne furent pas entendus à B, bien que les 24 et 25, on eût pris des pièces de 12, chargées de 3 kilogrammes de poudre. Au contraire, le 26, les coups de B ne furent pas entendus à la station A. Les coups réciproques réussirent les 27 et 28, par vingt-deux coups le 27, et quatorze le 28. L’intervalle moyen observé entre l’éclair et le son de ces trente six coups réciproques donne, pour la vitesse du son dans l’air sec et calme et à zéro, 332"’, 5. L’écart des résultats des deux séries d’épreuves du 27 et du 28 est de 0m,66. Si au contraire on calcule la vitesse du son
- d’après les trente-cinq coups non réciproques des 25 et 26 juin, on trouve que les vitesses moyennes du son conclues de ces deux séries diffèrent de é‘“,35, chiffre élevé qui met en évidence la forte influence de la vitesse du veut, et la grande importance de la réciprocité des explosions. Maurice Girard.
- — La suile prochainement. —
- LES ENGRAIS CHIMIQUES
- DANS LES ANNÉES DE SÉCHERESSE.
- (Suite. — Voy. p. 114.)
- Il est d’abord à remarquer qu’on ne saurait faire intervenir .dans la discussion l’insuffisance des engrais ; ils ont été donnés avec profusion ; non plus que l’absence d’un principe utile à la végétation qui aurait rendu inutile les autres matières ajoutées. En effet, plusieurs des parcelles d’expérience ont reçu des phosphates et des sels de potasse, sans que leur addition ait pu élever la récolte.
- Il faut donc chercher une autre cause à l’inutilité manifeste de matières dont l’influence fertilisante est nettement établie. Or il est à remarquer que pendant l’année 1876 la sécheresse a été excessive, et particulièrement durant les mois de végétation des plantes précédentes.
- On jugera de la pénurie d’eau dont ont souffert les récoltes par les chiffres suivants que nous empruntons au résumé météorologique, publié par MM. Pouriau et Marlin, dans le fascicule d’avril 1877 des Annales agronomiques (t. III, p. 105) :
- PLUIE EN MILLIMÈTRES
- VERSAILLES. GRIGNON.
- Moyenne de 20 ans. 1876.
- Mars . . . . . 35,7 72,52
- Avril. . . . 54,9 27,62
- Mai . 65,2 32,25
- Juin.. . . . 52,8 49,49
- Juillet. . . . 59,9 11,25
- Août . . . . 55,5 79,24
- Somme 521,8 272,57
- Les terres ont reçu pendant le mois de mars une quantité d’eau notable, mais ni les pommes de terre, ni le maïs n’ont pu en profiter, puisqu’ils n’étaient pas encore semés ; en avril, la sécheresse commence, la quantité d’eau tombée est la moitié de la quantité habituelle, en mai elle n’atteint pas cette moitié, elle se relève un peu au mois de juin, tout en restant très-inférieure à la moyenne, puis elle tombe à un chiffre extrêmement faible en juillet, et c’est seulement du 17 au 18 août que la pluie arrive.
- L’année a donc été très-sèche, et les plantes ont dû employer surtout l’eau que renfermait la terre dans laquelle elles enfonçaient leurs racines. Or, c’est un fait reconnu depuis longtemps, que les terres très-chargées de matières chimiques, absorbent l’eau bien plus facilement que celles dans lesquelles cet humus fait défaut. D’après les déterminations que nous avons faites cet hiver avec M. Nantier, chimiste de la station de Grignon, les terres chargées de fumier renferment, quand elles sont saturées d’humidité, de 24 à 25 pour 100 d’eau, et les terres amendées avec les engrais chimiques ou laissées sans fumier n’en contiennent que 20 pour 100. La différence ne paraît pas très-grande au premier abord, mais quand on la multiplie par le poids de la terre d’un hectare, c’est-à-dire en admettant pour cette terre une profondeur de 1 mètre et une densité de 1,5, par 15 millions de kilogr., on trouve que dans un cas la terre renferme 750 tonnes d’eau de plus que dans l’autre.
- Or, si on admet, avec les agronomes anglais MM. Lawes et Gilbert qu’il circule dans une plante herbacée, de 250 à 300 parties d’eau, tandis qu’il s’élabore une partie de matière sèche, on reconnaît que la terre qui a reçu le fumier, renfermait de quoi former 2 tonnes et demie de. matière sèche de plus que le sol qui n’avait pas eu de débris organiques; or 2500 kilogr. de matière sèche correspondent à 10 000 tonnes de matière végétale humide au moins, et on conçoit dès lors comment le fumier a pu avoir une influence heureuse que n’ont pas eue les engrais chimiques.
- Ainsi, nous attribuons surtout à la différence d’humidité contenue dans le sol les résultats avantageux que nous a donnés cette année le fumier, les mécomptes que nous ont fait éprouver les engrais chimiques.
- 11 resterait à expliquer aussi pourquoi l’azotate de soude a donné, pendant cette année de sécheresse, des produits plus élevés que le sulfate d’ammoniaque, ce qui a été observé déjà souvent, mais la question exige de nouvelles études, et nous la réservons pour un autre article.
- En terminant aujourd’hui, nous rappellerons qu’en France les récoltes souffrent plus habituellement de la sécheresse que de l’abondance d’humidité, et qu’il est sage de ne pas abandonner la culture au fumier de ferme qui apporte au sol non-seulement des principes fertilisants, mais qui, de plus, lui
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- LA N A TU HE.
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- communique une aptitude spéciale à retenir l’eau tombée pendant l’hiver, qui doit subvenir aux besoins de la plante quand les pluies d’été font défaut.
- P.-P. Dehérain.
- ÉTUDE DES RELATIONS
- ENTRE LE SOLEIL ET LA TERRE
- (Suite. — Voy. p, 107.)
- On ne saurait affirmer que les taches solaires soient la cause des oscillations magnétiques, car M. J. A. Broun a démontré , qu’alors même que le disque solaire n’offre pas une seule tache, l’aiguille aimantée éprouve des oscillations considérables. D’un autre côté, les recherches spectroscopiques de M. J. N. Lockyer et d’autres, ne nous permettent guère de douter qu’il puisse y avoir une grande activité solaire en l’absence des taches, tandis que des taches apparaî-t r o n t probable m e n t quand la perturbation est grande à la surface du soleil.
- Enfin, il est probable que les taches solaires ne peuvent nous offrir qu’un mode insuffisant d’apprécier l’activité du soleil, de même que la pluie ne pourrait nous donner qu’un moyen grossier d’apprécier l’activité météorologique d’un district de la terre.
- Ne serait-il pas possible que les taches solaires fussent en réalité une espèce de pluie céleste?
- Quoi qu’il en soit, il est évident, vu la périodicité des taches solaires, que nous pouvons dire : 11 existe une périodicité analogue pour la météorologie du soleil. Quelle peut être la cause de cette périodicité? Cette question a été traitée par M. Warren de la Rue, et par ceux qui ont pris part à ses études solaires.
- La théorie émise par ces savants, est que les planètes influent jusqu’à un certain degré, encore inconnu, sur la production des taches. Dans leur Mémoire (Transactions de la Société royale, mars 1872) il est dit :
- « On pourrait objecter : Comment un corps comparativement aussi petit, aussi éloigné du soleil que
- le sont les planètes, pourrait-il provoquer sur le disque du soleil des perturbations aussi grandes que le sont les taches solaires? On doit se dire que les taches solaires constituent un fait, une série de phénomènes remarquablement restreints à certaines latitudes solaires, où du reste elles varient suivant une loi périodique compliquée, et offrent aussi, dans leur fréquence, des variations périodiques d’une nature étrangement compliquée. Or ces phénomènes doivent être produits, soit par une cause inhérente à la surface du soleil, soit par une cause extrinsèque. Nous ne pouvons, il est vrai, comprendre que
- des corps aussi éloignés que le sont les planètes, produisent des effets aussi considérables ; d’un autre côté, il nous est pareillement difficile d’imaginer ce qui, sur la surface du soleil, pourrait donner naissance à des phénomènes d’une périodicité aussi compliquée.Néanmoins, comme nous l’avons dit, les taches solaires existent et obéissent à des lois compliquées, ayant une cause soit, interne soit externe. Dans ces circonstances, il ne nous semble pas illogique d'examiner si, comme faits constatés, les taches solaires ont des rapports avec les positions des planètes. Si nous pouvions établir cette connexion, relativement à quelque planète d’une étendue considérable, nous aurions l’avantage d’obtenir le même résultat par une autre planète de grandeur à peu près égale, et nous serions ainsi amenés à utiliser notre idée comm hypothèse féconde. »
- Partant de ce principe, les observateurs précités mesurèrent chacune des taches solaires qu'avait enregistrées M. Carrington, depuis le commencement de l’année 1854 jusqu’à la fin de l’année 1860, ainsi que toutes les photographies prises à l’observatoire de Kevv, depuis le commencement de 1862, jusqu’au commencement de 1867; les résultats de toutes ces mesures sont consignés dans le diagramme C.
- Dans ce diagramme, chaque ligne courbe est supposée représenter la manière dont se comportent, relativement à leur volume, les différents groupes de taches, quand ils passent sur le disque
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- Diagramme C. — Influence des planètes sur l’activité des taches solaires. (Le signe + indique le rentre du disque visible
- 135° 180® 225° 270»
- Dia ramme P- — Taches solaires. 1852-1867.
- Diagramme E. — Déclinaison magnétique. 1858-1875.
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- L'A NATURE.
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- du soleil, en vertu de la rotation de cet astre, de gauche à droite. Si, par exemple, une tache conservait toujours la même grandeur, sa voie serait représentée par une ligne horizontale; mais si, au milieu de sa course, elle devenait plus petite qu’elle n’était à chaque extrémité, nous la représentons, comme on l’a fait dans la figure 1. Or, d’après ce diagramme, nous trouverons que toutes les fois que Vénus ou Mercure se trouvent entre le centre du soleil et notre terre ou à peu près, les taches solaires se comportent comme dans la figure 1, c’est-à-dire, qu’à mesure que la rotation les rapproche de la planète, elles diminuent de grandeur, et quand elles s’éloignent de la planète, elles grossissent.
- En second lieu, quand Vénus ou Mercure sont à l’extrême droite du soleil, les taches diminuent durant tout leur parcours. En troisième lieu, quand Vénus ou Mercure sont de l’autre côté du soleil, exactement vis-à-vis la terre, les taches ont leur maximum au centre ; enfin, quand Vénus ou Mercure sont à l’extrémité gauche du soleil, les taches grossissent durant tout leur parcours ; bref, elles ont toujours leur plus petit volume, quand elles sont dans le voisinage immédiat de Mercure ou de Vénus, et leur plus gros volume, quand la partie du soleil à laquelle elles sont attachées est transportée par la rotation au point le plus éloigné de la planète influencielle.
- Si cette observation recèle quelque vérité, il semble qu’on pourrait en conclure que lorsque les deux planètes influencielles sont ensemble d’un côté du soleil, leur action particulière productrice de taches serait remarquablement puissante, et que par conséquent, lors de pareilles conjonctions, il y aurait une quantité de taches plus grande qu’à l’ordinaire.
- D’un autre côté, quand une planète influencielle
- est d’un côté du soleil, et l’autre de l’autre, on pourrait supposer qu’elles se neutralisent l'une l’autre, ce qui diminuerait considérablement l’aire des taches.
- Dans un Mémoire (Transactions de la Société royale, 1870), les observateurs de Kew ont aussi examiné ce point, et il paraît qu’ils ont trouvé des inégalités de taches solaires, dépendant des positions relatives des différentes planètes in-fhiencielles.
- Par exemple, il y a un plus grand nombre de taches solaires quand Vénus et Jupiter sont en conjonction ; il en est de même, un peu plus tôt, pour Vénus et Mercure, ainsi que pour Mercure et Jupiter ; enfin, le même effet se produit un peu plus tôt, quand Mercure est près du soleil.
- Ces résultats d’une observation exclusivement solaire, peuvent être vérifiés d’une manière tout à fait différente. Si les planètes ont de l’influence sur le soleil, et si l’état de la surface solaire affecte le magnétisme terrestre, on peut s’attendre à ce que nous ayons des inégalités magnétiques dépendant des positions des planètes.
- Nous ne prétendons pas dire par là, que les planètes aient une influence directe sur le magnétisme terrestre ; cette influence s’exerce plutôt indirectement par l’intermédiaire d.e la surface du soleil.
- Nous avons dit aussi qu’à Kew, des effets magnétiques terrestres suivent de près ou de loin les états correspondants de la surface entière. Il faudra donc tenir compte de cet effet subséquent dans toutes les comparaisons que nous établirons entre les inégalités des taches solaires, provenant de l’influence des planètes et les inégalités magnétiques observées à Kew, provenant de la même cause, si ces dernières inégalités proviennent indirectement de la surface solaire.
- 0“ 46» 30» 135» 180» 226» 270» 315» 0» 45» 90»
- 135» 180» 225» 270»
- Diagramme F. — Taches solaires. J85*2-18J7
- Diagramme G. — Déclinaison magnétique. 1858-1815.
- Diagramme H. — Taches solaires. 1832-18 j7.
- 180» 225° 210°
- 180» 225° 270»
- Diagramme I. — Déclinaison magnétique. 1858-1873.
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- LA NATURE
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- J’ai récemment établi une comparaison île ce genre, en recourant, à cet effet, aux inégalités de courte période qui devaient le plus probablement se rencontrer dans les séries limitées d’observations magnétiques dont je pouvais disposer à l’appui de ma thèse.
- Les résultats sont résumés dans les diagrammes ci-contre. Le diagramme 1) représente la tache solaire, et le diagramme E l’inégalité magnétique, due aux positions relatives de Mercure et de Vénus (0° désignant la conjonction). Le diagramme F représente la tache solaire, et le diagramme G l’inégalité magnétique provenant de la distance variable de Mercure au soleil (0° indiquant la périhélie). Le diagramme Il représente la tache solaire, et le diagramme I l’inégalité magnétique provenant des positions relatives de Mercure et de Jupiter (0° marquant la conjonction). Tous ces diagrammes prouvent qu’il existe une frappante similitude entre les inégalités planétaires de taches solaires et les inégalités planétaires magnétiques constatées par les registres de l’observatoire de Kew, ces dernières, toutefois, étant en retard par rapport aux premières en ce qui concerne le temps, comme on devait s’y attendre.
- C’est incontestablement un fait étrange et frappant que la courbe quotidienne de la déclinaison de l’aiguille aimantée, librement pendue sous une voûte de l’observatoire de Kew, soit sensiblement plus grande lors des conjonctions de Vénus et de Mercure ou de Vénus et de Jupiter, connue lorsque Mercure se rapproche le plus du soleil.
- Peut-être n’irait-on pas trop loin, en disant que les faits décrits plus haut sont de nature à prouver (jue le soleil exerce une influence sur la terre et hypothétiquement aussi sur les autres planètes d’une manière inconcevable, tandis que les faits décrits en dernier lieu tendent à prouver que les planètes les plus remarquables de notre système et peut-être aussi la terre, ne sont pas sans quelque influence sur l’état de la surface solaire. Qu’il rue soit permis, linalement, de transcrire ici un paragraphe d’un Mémoire antérieur sur le même sujet (Mémoires du collège d'Olvens). « A première vue, nous sommes étonnés de la supposition qu’une planète, telle que Vénus, qui se rapproche de la terre plus qu’elle ne le fait jamais du soleil, puisse être accusée de manifestations aussi énormes d’énergie, que celles qui ont lieu à la surface du soleil. Mais le merveilleux disparaîtra si nous nous disons qu’il peut y avoir deux espèces de causes ou d’antécédents. C’est ainsi que nous pouvons dire : Le forgeron est la cause du coup que son marteau frappe sur l’enclume, et ici la force du coup dépend de celle de l’ouvrier. Mais nous pouvons dire aussi que l’honune, qui presse la détente d’un fusil ou d’un canon, est la cause du mouvement de la balle ou du boulet, et ici il n’y a pas de relation entre la force de l’effet et celle de sa cause.
- « Or, quelque mystérieuse que puisse être la ma-
- nière dont Vénus et Mercure affectent le soleil, nous pouvons affirmer qu’elle ne ressemble pas au procédé du forgeron ; ces planètes n’assènent pas de coup violent au soleil, de coup qui puisse produire cet effet prodigieux ; elles presseraient plutôt la détente et provoqueraient ainsi subitement un changement considérable. » B.ufour Stewart.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Jardin zoologique d’Acclimatation. — Un intéressant convoi d’animaux destiné à l’Angleterre, reçoit depuis quelques jours l’hospitalité au Jardin d’Acelimata-tion du bois de Boulogne. Le convoi comprend neuf jeunes girafes, quatre petits éléphants de la taille d’un ànc, dix-sept dromadaires de course, une autruche et dix autruchons, trois jeunes rhinocéros, six bœufs porteurs et divers autres animaux. Ce lot curieux est accompagné de treize Nubiens amrans, magnifiques noirs, le corps demi-nu, les cheveux arrangés en gros toupets. Les Nubiens amrans voyagent avec leur armes et leurs tentes. Ils ont installé déjà leur campement sur la grande pelouse du Jardin, au milieu des animaux dont ils sont les convoyeurs.
- Expériences nouvelles sur les plaques de blindage. — Le Times donne quelques détails intéressants sur des épreuves de plaques de blindage qui ont eu lieu ces jours-ci à Portsmouth. On sait que l’amirauté britannique a pour règle invariable, avant-d’accepter des jdaques destinées aux navires cuirassés, d’en faire prendre une au hasard dans une fournée, et, après qu’elle a été fixée à un matelas en bois, de lui faire subir le tir de plusieurs projectiles. Une des plaques confectionnées à Shef-fîeldpour le blindage deVAjax et del’Agamemnon, vient d’être soumise à une première épreuve. Le navire servant de cible, la Netlle, avait été mouillé dans Porchester Creek, jtrôs de Portsmouth. La plaque en fer forgé avait une longueur de 4™,88, une largeur de lra,07 et un poids de 7 tonnes et 16 quintaux. L’cpreuve consistait à tirer, avec un canon à âme lisse de 68 livres et à la distance de 50 pieds, neuf projectiles sphériques. Les boulets ont frappé le but dans un espace mesurant 800 millimètres sur 98 millimètres en se recouvrant en partie les uns les autres. Les dentelures étaient de 56 à 49 millimètres. Des fentes extrêmement légères se sont produites après le quatrième coup ; mais l’examen de la plaque, à la fin du tir, a montré qu’elle présentait les qualités les plus satisfaisantes. D’autres expériences doivent avoir lieu prochainement avec des plaques en acier, également confectionnées à Sheftield, afin de se rendre compte de la supériorité de ce métal ou d’une combinaison de ce métal avec le fer forgé par rapport aux plaques ordinaires. Celles dont il sera fait usage n’auront que 229 millimètres d’épaisseur, ce qui indique que ce n’est là qu’un essai préliminaire ; mais, si les résultats sont satisfaisants, les expériences seront continuées sur des plaques en acier de plus grandes dimensions.
- Nouveaux dons d’échantillons de minéralogie au Muséum. — Le nombre toujours croissant des collections annexées aux établissements d’instruction publique eu France et à l’étranger a eu pour résultat d’exagérer le
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- LA N AT U1US.
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- prix des minéraux rares anciennement connus ou nouvellement découverts ; en telle sorte que leur acquisition devient de jour en jour plus onéreuse pour les budgets restreints. On doit, non sans regret, placer dans cette catégorie le ferédit alloué à la collection minéralogique du Muséum d’histoire naturelle. Aussi, pour maintenir cette collection à la hauteur de son ancienne réputation, le professeur chargé de la chaire de minéralogie a-t-il pris le parti de s’adresser directement aux auteurs des découvertes nouvelles, à plusieurs amateurs éclairés et à la plupart de ses collègues de l’Europe ou de l’Amérique.Nous sommes heureux de constater que cet appel a été entendu, et que des envois nombreux sont venus depuis dix-huit mois combler bien des lacunes. Il serait sans intérêt d’énumérer ici les nouveaux échantillons qui ont pris place dans la galerie de minéralogie ; on croit devoir tout au moins citer les noms des personnes auxquelles le Muséum est redevable des envois les plus importants : MM. Nordenskiold, l’illustre explorateur des mers du Nord ; Lawrence Smith, professeur de chimie à Louisville (Kentucky); Kjcrulf, professeur à l’université de Christiania ; Sandberger, professeur à Wurs-bourg ; Stligman, de Coblentz; Lettsom et Ludlam, de Londres ; Am. Burat, professeur à l’École centrale des arts et manufactures; Durand, ingénieur civil ; Christofle et Bouilhet, fabricants d’orfèvrerie ; Emilie» Frossard, de Bagnères-de-Bigorre, etc., etc. [Journal officiel.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 23 juillet 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Acide salicyligue. — À propos- de la question d’histoire soulevée lundi dernier par M. Dumas, relativement à la part qui revient à Piria dans l’élude de la salicine, M. le docteur Quesneville adresse une récente livraison de son Moniteur scientifique, où se trouve résumé tout ce qui concerne cet intéressant chapitre de la science. Nous remarquerons à cette occasion que dans notre dernier article, le nom de l’acide salicyliquc a été imprimé de diverses manières. Nos lecteurs en -auront sans peine rétabli la vraie orthographe ; on sait que l’acide salicylique devient de la salicine glucoside, extraite d’abord de l’écorce de saule (salix abba).
- Quinicilé. — En poursuivant les importants détails dont nous avons rendu compte a l’égard de de l’irritabilité du Droscra sous l’action de substances diverses, M. Zie-gler a constaté que la quinine jouit d’une activité propre qui contraste avec l’inertie de la plupart des substances non anormales. Il désigne cette propriété spéciale sous le nom de quinicilé, et il est porté aujourd’hui à supposer qu’elle est due à une dose convenable d’électricité mise en mouvement. C’est quelque chose d’analogue comme on voit à ce qui passe lorsque dans les pratiques métallothé-rapiques, on applique sur la peau d’un malade le métal capable de réveiller en lui la sensibilité.
- Nécrologie. — Simultanément parviennent l’annonce de la mort de M. Santini et celle de la mort de M. Weddel. Le premier, astronome de Padoue, était le plus ancien des correspondants de l’Académie. Son premier travail relatif à la théorie des comètes, date de 1807. Le second, était correspondant dans la section de botanique, et connu par ses grands voyages et beaucoup de travaux importants.
- Respiration des fruits. — D’après M. Livache, les fruits mûrs ne contiennent en fait de gaz que les éléments mêmes de l’air atmosphérique. Si l’on y trouve quelque-
- fois de l’acide carbonique, c’est toujours à la suite d’une lésion plus ou moins profonde subie par le fruit.
- Le charbon du raisin. — La maladie de la vigne qui a, comme nous l’avons dit, éclaté récemment aux environs de Narbonne, et qu’on connaît sous le nom d’anthra-coseoude charbon, est réellement due, suivant M. Maxime Cornu à un champignon parasite. Il faut y faire d’autant plus attention, que ce champignon parait avoir été apporté par les vignes américaines exactement comme le cryptogame qui a ravagé les pommes de terre il y a peu d’années d’une manière si effroyable. On sait qu’on n’est jamais parvenu à détruire ce dernier, et si on a déjoué ses attaques, c’est parce qu’on n’a plus cultivé que les pommes de terres hâtives, mûres avant la saison où le parasite se développe. Pour la vigne, pareille tactique serait probablement impossible.
- Gaz de la boue. — Grâce à l’emploi d’aspirateurs convenablement disposés, M. Maumenée a pu recueillir et analyser les gaz contenus dans les tas de boue provenant de la ville de Paris. 11 y a trouvé de l’acide carbonique, de la vapeur d’alcool et de la vapeur d’acide acétique ; mais point du tout d’hydrogène sulfuré. Il faut ajouter que ces boues contenaient surtout des cosses de pois, et l’on peut croire que leur composition était exceptionnelle.
- Électrolyse. — D’après M. Quéroult, l’électrolyse de l’acide sulfureux ne donne du soufre qu’après avoir fourni de l’acide hydrosulfureux qui se décompose à son tour,
- La mer intérieure d'Afrique. — Dans une double communication, M. d’Abbadie et M. de Lesseps démontrent le peu de fondements des objections opposées au projet de M. Roudaire par M. Naudin et par M. Cosson.
- Géologie de la Hongrie. — Un travail capital entrepris en commun par M. Hébert et par M. Meunier Chahnas, conduit à reconnaître en Hongrie des couches de terrains tertiaires, comparables en tous points aux couches pierreuses. Le miocène inférieur qui commence pour les auteurs aux marnes à Cyrènes pour finir au sommet des sables de Fontainebleau, est reproduit en Hongrie dans tous ses détails paléontologiques et lilhologiques dans le bassin hongrois. Stanislas Meünicr.
- YOYAGE DE M. F. DREW
- DANS LE ROYAUME DE CACHEMIRE \
- II s’est écoulé déjà plus de deux siècles depuis que Dernier, voyageur français justement célèbre, a fait le premier connaître à l’Europe « le paradis terrestre des Indes », le royaume de Cachemire, ou il avait accompagné l’empereur Aureng-Zeb. L’exactitude de ses récits fut confirmée vers la fin du dix-huitième siècle, par le touriste anglais Forster. Elle vient de l’être de nouveau par M. Drcvv, auteur de l’ouvrage le plus complet qui ait encore paru sur le Cachemire et les territoires limitrophes, placés depuis 1846 sous la juridiction d’un souverain (maharaja) indépendant, mais solidement lié par des traités au gouvernement britannique.
- Ce grand travail publié en langue anglaise, vient d’être traduit en français et condensé par M. le
- 1 Cachemire et petit Tltibel, d'après la relation de M. F. Drew, par le baron Ernouf, 1 vol. iii-18, avec 1 carie et 11 gravures. — Paris, E. Plon et G10, 1877.
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- LA NAT LU K,
- baron Ernouf, en un volume de la collection des Voyages de la librairie E. Plon. Cette nouvelle publication est éminemment instructive. M. Drew, en effet, a exploré pendant dix années consécutives les pays dont il donne la description ; il les a visités dans des conditions exceptionnellement favorables, ayant l’appui du gouvernement comme collaborateur de la grande carte des Indes de Survey, et comme ingénieur , attaché au maharaja de Cachemire, pour étudier les ressources métallurgiques et forestières du territoire. «J’ai eu l’occasion , dit M.Drew,de faire de nombreuses courses dans ces montagnes qui comptent parmi les plus hautes et les plus pito-r e s q u e s du monde entier.
- Je fus ensuite placé par mon maître le maharaja Ranbir-Singh à la tète de l’administration de ses forets, puis nommé gouverneur du Ladakh. J’ai quitté ce poste pour retourner en Angleterre, aprèsavoir passé dix ans au service de S. H.
- Banbir-Singh , souverain de Jummoo et Cachemire. »
- « La relation de M. Drew, dit le baron Ernouf, est un tableau fidèle de cette région attrayante et effrayante, qui offre dans un espace relativement restreint, les contrastes les plus extrêmes de la nature, quelque chose comme VEden de Milton, avec des échappées sur l’Enfer de Dante. ;>
- En effet, au milieu de tableaux majestueux des beautés naturelles, on se trouve parfois vis-à-vis de coutumes odieuses et barbares comme l’incinération des veuves, dont le crédit de l’auteur détermina l’abolition.
- On ne rencontre pas moins de documents archéo logiques et historiques d’un puissant intérêt. Dans la province de Ladakh, la religion bouddhiste tient une place beaucoup plus importante que l’islamisme, et partout où l’on chemine on ne voit que lamaseries et autres monuments publics de ce culte. Mais il existe en outre dans le pays de remarquables vestiges d’anciens monuments religieux. Le plus curieux de tous paraît être une grande figure de Bouddha sculptée dans le roc (voy. la gravure ci-contré). Cette figure qui se trouve dans la vallée de Suru est taillée en ronde-bosse dans un rocher, et n’a pas moins de 25 pieds de hauteur. Le dieu Bouddha est représenté dans l’attitude du commandement, un bras étendu, l’autre replié sur la poitrine, la tète couverte d’une sorte de bonnet pyramidal. Ce mode de monument nous paraît offrir une analogie frap-fante avec les grands sphynx sculptés du beau temple égyptien d’Ib-samboul.
- M. le baron Ernouf a fidèlement retracé toutes les excursions de M. Drew dans le Balistan, le Dardistan, le Ladakh et sur ces plateaux limitrophes du Tliibct, d’une altitude supérieure aux plus hauts sommets de nos Alpes. 11 a su reproduire avec élégance les descriptions de ce curieux voyage exécuté dans un des plus beaux pays du monde.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandiku. Typographie Latium, rue de Fleurus, tt, à Taris.
- Bouddha sculpté dans le roc. (Ladakh.)
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- X* *218. — 4 AOUT 187 7.
- LA NATURE.
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- LE SON DANS L’AIR ET DANS L’EAU
- (Suite. — Voy. p. 103 et 157.)
- Les expériences précédemment rapportées ont été faites entre des stations d’altitudes peu différentes, et par suite dans une direction peu éloignée de l’horizontale. 11 restait à vérifier si, au contraire, dans une direction très-inclinée à l’horizon, et, par suite, à la limite, dans le sens vertical, cette vitesse restaitlamème, comme l’indiquait la théorie. En d’autres termes, la densité et la température très-inégales des couches d’air traversées par l’onde sonore pouvaient-elles influencer la rapidité de sa propagation ?
- L’initia t i ve de cette autre série d’expériences appartient à deux savants autrichiens, MM. de M y r h a c h et Stamplcr, attachés aux opérations île triangulation géodé-sique du T y roi. lieux canons furent placés l’un sur le M ce c h s t c i n, près de Saltz-bourg en Tyrol, l’autre sur l’Un-tersberg, à distance verticale de 1564 mètres. Le 50 septembre 1822, treize coups fuient tirés en haut et vingt en bas, et donnèrent, pour vitesse du son soit ascendant, soit descendant, 552m,96 en une seconde dans l’air à zéro, nombre très-rapproché de 552m,25 trouvé en plaine par les observateurs hollandais, ce qui permet d’affirmer que le son se meut également vite dans le sens oblique que dans le sens horizontal.
- Dans les expériences du Tyrol, la différence du uiveau des deux stations était peu considéiahle, le
- temps ne fut mesuré que par deux pendules à secondes et un chronomètre, et enfin le degré d'humidité de l’air ne fut pas noté. C’est ce qui engagea MM. A. et C. Bravais et Martins à reprendre des * expériences analogues, les !22, 24, 25 et 27 septembre 1844, entre le sommet du Faulhorn d’une part et le petit village de Traclit d’autre part, près de Brii nz en Suisse, sur les bords du lac de ce nom, les stations différant d’altitude de
- 2079 mètres1. Un employa l’artillerie des fêtes de village; deux courts canons en fonte appelés boites, percés d'une lumière et s'amorçant par le côtéjfurentpla-cés, l’un sur la montagne, l’autre près du lac (voy. la gravure). Les coups furent réciproques et tirés à cinq minutes d’intervalle. Le résultat 'moyen de 28 coups réciproques (autres que les coups d’essai) donne, pour vitesse du son dans l’air à 0°, 552'“,57, ce qui ne diffère que de 0“*,12 des excellentes expériences de Hollande.
- La perception du son fut toujours très-suffisante ; le bruit s’entendit cons ta mm en t d’une manière nette, et ne fut accompagné d’aucun roulement. Si la vitesse du son demeure indépendante de l’altitude entre les stations, il n en est nullement de même pour l’intensité. Tandis que les coups du mortier placé sur les bords du lac de Brienz s’entendaient fort bien au bout du Faulhorn, ceux du Faulhorn arrivaient au contraire à Tracht très-affaiblis, car l’intensité d’un
- 1 A. Bravais et Cli. Martins, De la vitesse du son entre deux stations egalement ou inégalement élevées au-dessus du niveau de la mer. Ann. phys. et ckim., 3e série, 1845, p. 1 à ‘2ü.
- 10
- Expérience sur la vitesse de son dans le sens oblique, entre Tracht et le Faulhorn, eu Suisse. (MM. C. Bravais et Martins. Septembre 1844.)
- 5" année. — 2* semestre.
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- LA NAT DHL.
- son dépend en partie de la densité de l’air au lieu de production et non au lieu de l’audition. Aussi, on fut obligé de charger le mortier du Faulliorn de 90 grammes de poudre, celui de Traclit n’en recevant que 75.
- Le temps fut mesuré par deux compteurs à pointage ou cbronographes de Piicussec, une montre à arrêt de Jacob, battant trois cent vingts coups par minute, et un très-bon chronomètre de Winncrl, donnant les demi-secondes. Le3 observations barométriques furent ramenées au niveau 565m,9 du lac de Brienz pour la station inférieure, et celles du Faulhorn au niveau 2685 mètres du plan horizontal passant par le sommet de la montagne. La température de l’air était donnée par des thermomètres tournant en fronde, la force du vent appréciée par l'anémomètre de Combes, sa direction au moyen des azimuths des objets environnants, la tension de la vapeur d’eau mesurée aux deux stations par des psychromètres. Enfin, on s’assura que les équations personnelles d’audition de chaque observateur ne peuvent donner une erreur en plus ou en moins sur la durée dépassant un vingtième de seconde.
- Un savant qui est surtout célèbre par le soin avec lequel il a repris les expériences fondamentales de la première moitié de ce siècle, M. Y. Régnault1, mit au service de la détermination de la vitesse aérienne du son toutes les ressources de précision qu’offre la physique moderne. La formule de La-placc ne suppose pas que l’intensité du son puisse influer sur la vitesse de sa propagation, et ce mathématicien admettait que les bruits les plus forts et les plus faibles se propagent avec la même rapidité. M. Régnault a reconnu qu’il y a là une erreur et que la vitesse s’accroît avec l’intensité, mais dans un faible rapport. Il opéra à l’air libre par la méthode des coups réciproques, et plus de quatre cents coups de canon furent tirés dans la plaine de Yincennes. La précision des nouvelles expériences provient de l’emploi d’appareils enregistreurs ; l’arrivée du bruit à une distance donnée était constatée automatiquement et non par l’oreille affectée d’erreur personnelle, au moyen de membranes tendues, qui, en repoussant un petit pendule, interrompaient un circuit électrique. L’instant du coup de feu et l’arrivée du son sur la membrane étaient marqués au moyen d’un télégraphe Morse sur une bande de papier recouverte de noir de fumée. Sur la même bande, une pendule électrique marquait la seconde, à côté d’une pointe fixée à un diapason vibrant, qui traçait les centièmes de seconde. La vitesse n’est pas rigoureusement uniforme, mais elle est augmentée au début par l’intensité initiale du son et le transport des couches d’air les plus voisines. Cette accélération s’éteint très-vite, et dans l’air calme et sec, à zéro degrés, la vitesse du son est, par seconde, de 331m,57 pour un parcours de
- V. Régnault, Mémoire sur la vitesse de propagation des Indes dans les milieux gaxeux. Mém. de VAcad, des sciences, . XXXVII, 1806, i>. 3 à 575,
- 1280 mètres, puis descend à 530m,7 à une distance de 2445 mètres. On voit, en résumé, que les anciennes expériences donnent des nombres peu différents, malgré l’ignorance où étaient les observateurs des conditions exactes du phénomène. M. Régnault a confirmé et mis hors de toute discussion le fait trouvé depuis longtemps, que la vitesse du son est indépendante de la pression atmosphérique.
- Les expériences de M. Régnault ont duré quatre ans, et se sont terminées en 1866 par des essais sur la vitesse dans l’air des tuyaux qui n’étaient qu’ébauchés par Biot. Il se servit d’une série de larges tubes de fonte formant une longueur de plus d’un kilomètre et demi, dans le nouvel égout construit sous le boulevard Saint-Michel. La théorie enseigne qu’une onde sonore ou muette, c’est-à-dire dont le mouvement très-lent n’est pas perçu par l’oreille, doit se propager indéfiniment, en conservant la même intensité, dans un tuyau rectiligne ou cylindrique ; mais on suppose, pour le calcul, que le gaz où le son se propage jouit d’une élasticité parfaite, qui n’est point altérée par les corps voisins, ainsi par les parois du tube, que le gaz n’oppose aucune inertie à cette transmission, que F accélération produit» par le dégagement subit de chaleur, qui a lieu au moment du passage de Fonde, est régulière, etc. Le son était produit à l’entrée du tuyau, tantôt par une trompette, tantôt par un coup de pistolet, fixé à un support et non tenu à la main. On enfermait le son dans le tuyau au moyen de plaques de tôle, le renvoyant par échos jusqu’à dix lois, et l’arrivée du son sur la membrane étant constatée par le détachement d’un petit pendule.
- M. Régnault a démontré par l’expérience que l’intensité de Fonde diminue successivement et d’autant plus vite que la section du tuyau est plus faible. Ainsi, un coup de pistolet chargé d’un gramme de poudre s’entendait, quoique affaibli, à 566 mètres dans un tuyau d’une section d’un décimètre, et ne s’entendait plus à 1150 mètres, tandis que, si la section du tuyau est de 5 décimètres, le même coup est perceptible à 5810 mètres, et, dans uu tuyau d’un mètre de large, s’entend à plus de 6 kilomètres. Les vibrations silencieuses se propagent beaucoup plus loin, et on a pu en constater qui avaient parcouru plus de 100 kilomètres ou 25 lieues.
- De même que les dimensions du tuyau cylindrique diminuent d’instant en instant l’intensité du son, elles doivent également le ralentir. Ainsi que l’intensité, la vitesse de transmission diminue d’autant plus vite que les tuyaux sont plus étroits. La rapidité du son , suivant l’intensité du coup de pistolet ou la charge de poudre, et suivant le diamètre du tuyau, a varié dans les expériences de 323 mètres à 354 mètres par seconde. Maurice Girard.
- —. La suite prochainement. —
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- LA N AT Ü K K.
- 147
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 20 juillet 1877,
- M. Angol expose ses recherches sur les dimensions des images photographiques. 11 examine l’influence de l’intensité lumineuse de la source, de la durée de pose, de l’état antérieur de la plaque, enfin de l’ouverture de l’objectif qui sert à produire les images. 11 établit que l’hypothèse d’un cheminement de l’action chimique se propageant de proche en proche au delà des limites de l’image géométrique est inadmissible, tandis que les phénomènes observés trouvent une explication très-naturelle dans l’agrandissement des images lumineuses résultant de la difiraetion. Il faut aussi tenir compte du défaut d’aplanétisme des objectifs.
- M. Mascart discute les résultats des expériences de M. Mendeleff, relatives à la loi de Mariotte pour de faibles pressions. 11 ne croit pas que les méthodes employées comportent un degré d’approximation suffisant pour permettre de constater avec certitude les écarts très-faibles signalés par M. Mendeleff. De plus, ces écarts auraient lieu, d’après les expériences de M. Régnault ainsi que d’après des expériences de M. Mascart, sur l’indice de réfraction des gaz.
- M. Maurat dit, qu’il avait exécuté, antérieurement à MM. Mendeleff et Kirpilschoff, des expériences d’après lesquelles l’écart de la loi de Mariotte était bien dans le sens indiqué par ces physiciens, mais plus fort qu’ils ne l’ont observé.
- M. Mascart présente à la Société des courbes représentatives de l’état électrique de l’atmosphère qu’il a obtenues à l’aide d’un éleclromètre de Thomson muni d’un appareil enregistreur de M. Redier ; il fait connaître le mécanisme ingénieux de l’inscription, et exprime l’espoir que le même mécanisme pourra être utilement adapté aux appareils de mesure les plus délicats.
- Enfin, M. Mascart rend compte, en quelques mots, de recherches exécutées par M. Ziloff pour mesurer la constante magnétique du perchlorure de fer.
- UN
- NOUVEAU PROCÉDÉ PHOTOGRAPHIQUE
- La photographie est devenue un art tellement usuel, qu’il n’est pas nécessaire d’insister sur l'im portance des procédés qui permettent l’emploi d’appareils facilement maniables et qui suppriment les glaces, dont le poids rend le transport difficile, onéreux, et dont la fragilité peut faire perdre le fruit de longues opérations.
- M. Deyrolle, un naturaliste qui a déjà perfectionné l’ingénieux procédé de M. le docteur Candeze1, vient d’imaginer une méthode photographique qui répond aux exigences du voyage, et que nous allons décrire.
- L’idée de remplacer les glaces lourdes et fragiles par du papier sensible est déjà ancienne.
- Un grand nombre de préparations ont été faites,
- 1 Voy. 3e année 1875, 2e semestre, p. 349*
- mais les divers procédés connus jusqu’ici offrent le grave inconvénient d’exiger des temps de pose considérables (vingt minutes pour une vue d’ensemble) ; en outre, les épreuves sont généralement imparfaites, à cause du grain que le papier laisse sur l’épreuve positive.
- Le papier collodionné dont se sert M. Deyrolle, n’offre pas ces inconvénients. 11 est recouvert d’un enduit spécial, qui est insoluble dans l’éther, l’alcool et l’eau, ce qui permet de lui faire subir toutes les opérations de la photographie, sans qu’il soit altéré. Ce papier est collodionné et traité exactement comme le serait une glace ; il en a toutes les qualités, et il offre de plus les avantages suivants.
- La couche collodionnée est si intimement fixée sur l’enduit, qu’elle ne peut être éraillée par le contact d’un objet dur, ni même par un léger frottement. Cette adhérence permet aussi d’en opérer le développement par immersion complète dans le liquide révélateur, au lieu d’être obligé de verser celui-ci sur la couche de collodion, comme on doit le faire sur les glaces, ce qui demande toujours une certaine habileté et une longue pratique.
- Ce papier peut se conserver environ deux ans parfaitement sensible, pourvu qu’il soit tenu bien à l’abri de la lumière et de l’humidité; le froid et la chaleur de toutes les latitudes ne l’altèrent pas. Il est donc d’une précieuse ressource pour les voyageurs qui explorent les contrées lointaines.
- Lorsque l’impression du papier par la lumière est faite, il reste à faire apparaître l’image. C’est une opération qui n’offre aucune difficulté, et dont la réussite ne dépend pour ainsi dire que du temps de pose.
- On plonge d’abord le papier dans une cuvette d’eau ordinaire, en veillant à ce que l’immersion soit bien complète. On l’y laisse pendant au moins cinq minutes, jusqu’à ce que le papier qui avait commencé à se rouler soit redevenu tout à fait plat. Pendant qu’on attend ce résultat, on prépare la solution suivante, en quantité suffisante seulement pour des clichés qu’on doit développer de suite, car souvent, au bout d’un ou deux jours, elle se décompose et ne donne alors que des clichés sans vigueur et souvent même voilés :
- Eau distillée......................... 1 litre.
- Acide acétique cristallisable.. . 20 gr.
- Acide citrique....................... 20 gr.
- Acide pyrogallique.................... 3 gr.
- Dans une cuvette à fond plat, proportionnée à la dimension de l’épreuve traitée, on verse une quantité suffisante de liquide de façon à immerger complètement l’épreuve; 3 à 4 millimètres d’épaisseur suffisent amplement. On y plonge le cliché, après l’avoir retiré de l’eau et l’avoir un peu égoutté, le côté collodionné est placé en dessus. Après avoir incliné la cuvette dans tous les sens, de façon à faire passer le liquide plusieurs fois sur l’épreuve, on en verse une partie dans un verre, dans
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- LA NATURE.
- lequel on ajoute quelques gouttes de la solution suivante :
- Eau distillée................... 100 grammes.
- Nitrate d’argent cristallisé. . . 5 —
- On agite pour bien mélanger le liquide ; on le renverse dans la cuvette en inclinant dans tous les sens. L'image apparait. Sept à huit minutes doivent suffire pour obtenir un développement complet avec le ciel'ou les parties les plus éclairées, d’un noir intense.
- Dès que l’épreuve est suffisamment développée, on la passe à l’eau et on la plonge ensuite dans une solution d’hyposulfite de soude à 40 pour 100 pour la fixer, puis on lave à grande eau comme dans les opérations ordinaires.
- On la met sécher entre des feuilles de papier de soie ou de papier buvard.
- Ainsi traitée, l’épreuve ne risque plus rien, elle peut supporter les températures de toutes les contrées, être exposée à l’humidité ou à la grande sécheresse sans être altérée en rien. Pour la conserver il suffit de la mettre dans un livre ou un portefeuille, de façon qu’elle ne puisse être froissée, ni frottée sur la face eollo-dionnée.
- Lorsqu’on veut obtenir des épreuves positives, on détache la couche eollo-dionnée du papier, de façon à avoir l’image sur une pellicule mince et transparente; c’est une opération fort simple, qui consiste simplement à augmenter la couche de collodion de matières transparentes et solides capables de donner au cliché la consistance d’une étoffe1.
- ' M. Deyrolle, pour utiliser ce procédé, a construit
- 1 Voici comment on procède à cet effet. On prépare un collodion normal ainsi composé :
- Coton azotique............. 2y grammes.
- Ether sulfurique....... . . 1/2 litre.
- Alcool à 40 degrés.........1/2 litre.
- On prend son épreuve que l’on place sur un verre, après en avoir relevé légèrement les bords tout autour, pour ne pas laisser répandre les liquides qu’on doit verser dessus ; sur la couche de collodion représentant l’image, on verse du collodion normal en assez grande quantité, en commençant par l’un des coins les plus éloignés de l’opérateur ; on incline légèrement de façon à faciliter l’écoulement du liquide, et lorsque toute la surface est bien couverte, on redresse le cliché afin de reverser dans le llacon l’excédant qu’il peut y avoir. On place ensuite son cliché à plat dans une boîte spacieuse, une armoire, ou tout autre
- un appareil portatif, solide, presque entièrement formé de cuivre et de fer, et dont le poids ne dépasse pas 400 grammes (épreuves de 0W,15 sur 0'", 18), ou 700 grammes (épreuves de 0m,24 sur 0m,48) (voy. la figure).
- La chambre qui, repliée, n’a que 4 centimètres de hauteur, est tenue développée par deux tringles d’acier reliant la planchette qui soutient l’objectif avec le cadre dans lequel se met le châssis porte-cliché.
- Le pied de l’appareil se compose de trois branches doubles, articulées; elles sont fixées par des écrous sur une planchette triangulaire, qui porte dans sou centre une boule formant rotule et permettant de tourner dans tous les sens la tige qui supporte l’appareil. Cette borde est rendue fixe à volonté, grâce à un ressort en acier qui vient la presser en dessous quand on serre l’écrou placé sur la planchette. Ce nouveau système de pied a l’immense avantage d’être extrêmement léger, très-solide, et de permettre de disposer aisément l’appareil dans le plan voulu.
- Nous ajouterons qu’avec ce système, le bagage complet d’un explorateur qui voudra rapporter trois cents clichés, se trouvera réduit à un poids n’excédant pas 6 kilogr., y compris l’instrument, les clichés, tous les produits et accessoires nécessaires pour développer les négatifs.
- endroit où il soit à l’abri de la poussière, et ou le laisse sécher pendant quelques heures, lorsque la dessiccation est bien complète, ce dont on s’assure en appuyant le doigt sur un des angles sans que ce soit poissant, on procède de la même façon pour [répandre par-dessus la couche de collodion normal une couche de caoutchouc dissous dans la benzine ; quand cette dernière est sèche, on applique par-dessus une seconde couche de collodion normal, on répète après l’opération pour le caoutchouc, et on met enfin la dernière couche de collodion normal. Il faut donc appliquer sur son épreuve : trois couches de collodion normal, séparées chacune par une couche de caoutchouc.
- On laisse sécher pendant vingt-quatre heures, on ébarde son épreuve tout autour; puis, dans un coin, on commence avec l’ongle à séparer le papier de l’enduit qu’on a formé dessus, dès que l’angle est dégagé, il suffit de tirer dessus avec soin pour détacher complètement l’enduit, qui emporte le collodion sur lequel est l’image, et laisse le papier blanc et propre comme s’il n’avait subi aucune préparation. Vous obtenez ainsi un négatif au moins aussi transparent que s’il était sur verre ; de plus, il a l’avantage de ne pas risquer d’être cassé, de ne pouvoir être altéré par un frottement ou une éraillure et de tenir fort peu de place, et enfin de vous donner des épreuves plus belles que celles que vous pourriez obtenir avec un cliché sur glace.
- iNouvel appareil photographique de M. Deyrolle.
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- LA NATURE.
- S ü 11 ü M G I S E M E N T
- D’ÉLÉPHANTS ET D’AUTRES MAMMIFÈRES
- FOSSILES
- DANS LE BASSIN DE LA SEINE AU NORD DE PARIS.
- Dans le courant de l’année 1876, en construisant le chemin de fer d’Epinay à Luzarches, on a rencontré un gisement d’ossements fossiles très-intéressants. C’est en creusant la tranchée dite de Saint-Brice-Sarcelles, au-dessous de Graulav, que ce dépôt a été mis au jour. Comme cela arrive trop souvent, malgré les recommandations faites aux ouvriers, une grande partie des objets trouvés a persée ou J’ai pu cependant en réunir un certain nombre.
- Nous rencontrons dans cette petite collection les espèces suivantes : Éléphant,
- Rhinocéros, Cheval et Cerf.
- Sans entrer, pour le moment, dans le détail des objets recueillis, disons tout d'abord qu’ils se trouvent dans les alluvions des hauts niveaux du bassin de la Seine et appartiennent à des dépôts de l’époque quaternaire ancienne.
- Le gisement en question est situé au nord de Paris, sur une ligne qui traverse Saint-Denis et aboutit dans l’une des grandes anses que forment les mamelons gypseux au nord de la capitale. Les ossements se trouvaient dans une argile verte, maigre, remaniée, faisant partie des alluvions quaternaires qui s’appuient sur le flanc sud-est de la colline, dont l’ossature est essentiellement gypseuse, et sur laquelle cette argile occupe sa place géologique primitive.
- Les terrains dont dépend la couche à ossements sont extrêmement brouillés ; on peut cependant en délimiter approximativement les éléments, et la coupe ci-jointe en donne assez bien la succession.
- Avant d’aller plus loin, je dois appeler l’attention sur l’analogie qui existe entre cette coupe et celle des terrains quaternaires, depuis longtemps célèbres, de Sevran. Cuvier et Brongniart ont donné cette der-
- nière coupe dès 1822 '. Elle est presque identique avec celle de la tranchée de Saint-Brice-Sarcclles, et je la reproduis à titre de comparaison :
- Terre meuble et végétale (qui comprend évidemment les deux premières couches signalées ci-dessus), environ 4m
- Couche de sable jaunâtre, etc........... — 1 20
- Limon d’atterrissement très-noir, mêlé
- de sable jaune en lits ondulés. ... — 6
- Lits alternatifs d’argile verte friable et de marne argileuse blanche et jaune. . .
- Nous y retrouvons, dans le même ordre, mais avec des épaisseurs variables, tous les éléments que nous avons constatés dans la coupe de la tranchée de Saint-Brice-Sarcclles. Remarquons que rien de semblable ne se présente dans les dépôts à ossements du
- sud et de l’ouest du bassin.
- Comme je le disais plus haut, les alluvions que le chemin de fer a dû traverser à Saint-Brice-Sarcel-les, sont brouillées ; elles sont aussi meubles et très-aquir fères. D’importants travaux de consolidation ont été nécessaires, et on a dû complètement maçonner les parois de la tranchée. M. Lefèbre, ingénieur des ponts et chaussées, chargé de diriger cette construction , y a établi une fort remarquable installation de caniveaux, destinés à capter les eaux qui pourraient ultérieurement compromettre la solidité du mu-nullement. C’est en faisant les fouilles nécessaires pour asseoir les dites maçonneries, que l’on est tombé sur la couche à ossements.
- Le plafond de la tranchée est, en cet endroit, à 7 mètres en contre-bas du sol, et à la cote 66m,19 au-dessus du niveau de la mer. A environ lni,25. plus bas se trouvaient les ossements, qui étaient donc à la cote 64™,94, soit environ 59 mètres au-dessus du niveau actuel de la Seine.
- La plus courte distance du gisement de Saint-Brice au lit actuel du fleuve (à la Briche) est d’environ 5400 mètres.
- Les cotes de niveau qui précèdent nous permettent de constater que nous sommes bien dans les
- 4 Cuvier et Brongniart, Description géologique des environs de Paris, p. 525, 1822.
- été disperdue.
- mmmm. • - • • ¥ Cote = 66719
- ^ Cote =
- A. Terre végétale, variant de 1“,00 à -lm,80. — B. Terre limoneuse, Brune, variant de 2",CU à ri"1,00. — C, Veine de gravier, d’épaisseur très-diverse, O",20 à 2”,00. — D. Terre glaiseuse, très-noire, variant de 1"',K0 à 2”,50. — E. Terre glaiseuse, Blanche, fendillée, variant de 2™,00 à 3",50. — F. Argile verte, dans laquelle se trouvaient les ossements.
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- LA NATURE.
- hauts niveaux, puisque le plan tracé par M. Belgrand à l’altitude de 60 ou 65 mètres a rencontré au-dessous de lui tous les gisements fossilifères connus jusqu’ici dans le bassin de Paris, et que le gisement de Saint-Brice-Sarcelles est à 65 mètres.
- On sait que les stations antérieurement découvertes dans le bassin sont nombreuses et ont été souvent décrites. En rappelant la barrière Fontainebleau, Vaugirard, Grenelle, Lcvallois, Montreuil, etc., nous pensons naturellement aux zélés chercheurs qui, comme MM. Martin et Reboux, ont récolté de si nombreux et si intéressants fossiles, et aussi à ceux de nos savants confrères qui, comme MM. Lartet, Ger-vais, Gaudry, Hébert, Delesse, Belgrand, Stanislas Meunier, etc., les ont si bien décrits en détail et d’ensemble.
- Mais toutes ces stations, sauf Sevran, se trouvent dans des carrières de sable et de gravier ; eu outre, toutes, sauf la même exception, sont dans le grand courant, c’est-à-dire dans le rapide du fleuve. Ce sont là deux faits qui établissent une différence bien marquée entre les dépôts de l’est et du nord du bassin de Paris, et ceux du sud et de l’ouest.
- Les eaux qui concouraient à la formation de ce courant arrivaient, comme l’a démontré M. Belgrand, de trois côtés : d’abord, et pour la plus grande partie, du sud, d’où descendaient les eaux réunies des deux rivières qui plus tard sont devenues la Seine et la Marne; puis de l’est, par les deux passes de Sevran et de Gagny, qui n’étaient que de petites dérivations de cette dernière rivière. Le débit de ces deux détroits devait être bien faible et, en tout cas, tout à fait insuffisant pour que leur courant eût une rapidité appréciable, comparativement à celle du cours d’eau principal. La vitesse des eaux dans la plaine Saint-Denis devait être à peu près nulle, et toute la partie située au nord-est et au nord d’une ligne réunissant le Raincy à Argenteuil devait former une sorte de grand marais, dans lequel nous trouvons les gisements de Sevran à l’altitude de 57 mètres et celui de Saint-Brice-Sarcelles à 65 mètres. Les alluvions y arrivaient lentement, n’y étaient pas lavées et s’y déposaient, avec les cadavres et débris d’animaux qui les accompagnaient, à peu près telles qu’elles étaient lorsqu’elles avaient été enlevées aux dépôts antérieurs.
- Cette diversité dans le régime des eaux n’explique-t-elle pas, du moins en partie, la différence qui existe entre les dépôts du nord et ceux de l’ouest du bassin, sans d’ailleurs apporter aucune modification aux divers étages constatés dans l’ensemble des terrains de transport ?
- Ce sont là les idées que M. Belgrand1 a mises en lumière dans son grand et savant ouvrage sur la Seine, et auxquelles la petite découverte que je signale ici me semble donner une nouvelle confirmation.
- Ces terrains de transport, que je viens, avec
- 1 Belgrand, La Seine, p. 78, 1869,
- M. Belgrand et quelques autres géologues, d’indiquer comme étant d’origine fluviatile et fluvio-lacustre, étaient plus anciennement et plus généralement désignés sous le nom de diluvium (diluvium rouge, diluvium gris, etc.). Des savants distingués pensent que l’on peut aussi attribuer une origine glaciaire à ces nombreux et vastes dépôts d’alluvions, qui renferment en si grande abondance des débris d’Éléphants et d’autres grands Mammifères. Mais je ne me trouve pas l’autorité suffisante pour discuter cette question, qui est encore un sujet de controverse entre les géologues les plus expérimentés.
- Je me contenterai de rappeler que sur les pentes et les plateaux des collines gypseuses qui bornent la plaine Saint-Denis, et sur les îlots de même nature qui ont été conservés, on retrouve des limons et des graviers analogues à quelques-unes des couches de la plaine, mais qui ne sont pas identiques avec elles.
- C’est sur l’une des pentes du plateau de Montmorency, à peu de distance de Saint-Brice, mais vers l’ouest, qu’existent ces cavités remplies d’ossements, que mon père a découvertes et décrites il y a plus de trente-cinq ans. Ces sortes de petites cavernes ossifères, si l’on en juge par les espèces de Mammifères qu’on y a trouvées en abondance (Benne, Cerf, Cheval, Lagomis, Hamster, etc.), paraissent être plus modernes que les dépôts à ossements d’Élé-phants de la plaine. Elles ont dû être remplies par les détritus entraînés par les eaux torrentielles descendues des plateaux supérieurs ; et, quoique le dépôt d’Auvers, décrit par Ch. d’Orbigny, ait fourni des débris d’Elêphants, je ne crois pas qu’on puisse leur attribuer le même âge et la même origine qu’aux dépôts dont nous nous occupons.
- En 1865, alors que je dirigeais les usines d’Ancy-le-Franc (Yonne), j’avais trouvé à la gare de cette localité, et dans des conditions à peu près analogues à celles de la station de Saint-Brice, une dent d’Elé-phant (Elephas primigenius). Ce fossile était à la partie supérieure de la tranchée faite pour l’agrandissement de la gare, et à environ 2"‘,50 au-dessous du sol. Il reposait dans une alluvion brune, mélangée de sable, assez meuble, mais non aquifère, qui s’était déposée sur le flanc de la colline qui descend vers le lit actuel de l’Armançon, dont elle est distante d’environ 1 kilomètre. Il m’a paru évident, d’après les circonstances dans lesquelles il se trouvait, que ce débris d’Éléphant avait été apporté là par le cours d’eau que représente maintenant l’Armançon.
- Si je rappelle ce fait aujourd’hui, c’est qu’il indique nettement que les lits des affluents de la Seine, à plus de 200 kilomètres en amont de Paris, ont été le théâtre de faits identiques à ceux dont le bassin de Paris lui-même nous fournit l’exemple. En outre, il ajoute une donnée aux faits analogues qui ont été signalés dans le département de l’Yonne.
- Mon ancien camarade et ami, M. A. Gaudry, professeur au Muséum, a bien voulu, avec une coin-
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- plaisance dont je le remercie, examiner et m’aider à déterminer les ossements que j’avais recueillis. Nous y avons reconnu les espèces que j’ai signalées au commencement de cette note, et pour chacune d’elles les pièces suivantes :
- Eléi'HANt. — 1. Tête de fémur d’un individu de grande taille. Son diamètre est de plus de 0m,20, le bombement de la calotte de 0m,12. En le comparant aux ossements des animaux vivants, nous devrions admettre que l’Éléphant en question atteignait une taille comprise entre 4 et 5 mètres. — 2. Dent machélière inférieure droite. Elle est entière et se compose de 17 lamelles, sur une longueur totale de 0m,53. La longueur de la partie travaillante est de 0“,22, et le nombre des lamelles en exercice est de 12. Ces données, la distance qui sépare les lamelles et l’épaisseur de l’émail, nous ont amenés à attribuer cette pièce à YElephas antiquus, ou même à une espèce se l'approchant de VE. meridionaiis et, par conséquent, plus ancienne. — Ce fait est fort important, et vient confirmer ce que je disais en commençant à propos de l’ancienneté du gisement. — 5. Un morceau de défense. — 4. Une apophyse épineuse. — 5. Un débris de côte. — fi. Divers fragments d'humérus, de bassin, etc., assez difficilement déterminables.
- Rhinocéros. — 7. La partie supérieure d’un métacarpien médian d’un Rhinocéros plus élancé que le R. iicho-rhinus. — 8. Partie inférieure d'humérus d’une espèce beaucoup plus petite que celles qu’on trouve en général dans les dépôts quaternaires. —9. Une pièce, probablement d'humérus, qui parait avoir été rongée. — 10. D’autres ossements mal conservés.
- Cheval. — 11. Une dent molaire supérieure gauche, que je dois à l’obligeance de M. Lefèbre. Elle a été trouvée à quelque distance de Saint-Brice, mais toujours dans la tranchée, au niveau du plafond de la voie. — 12 à 15. Des fragments d'humérus et de métacarpiens.
- Cerf. — 16. Partie supérieure d’un cubitus. —17. Base d’un bois provenant d’un très-jeune animal.
- À la suite de cette nomenclature, je ferai une remarque qui n’est pas sans importance. Aucun de ces ossements n’a été roulé : tous semblent avoir été cassés avant leur enfouissement, et il est facile de constater que c’est après leur atterrissement que l’argile verte dans laquelle ils reposaient a rempli les stries, cassures, etc., qui existent à la surface de plusieurs d’entre eux. De ces accidents superficiels, on pourrait peut-être tirer quelques arguments en faveur de la contemporanéité de l’Homme ; mais ils ne me paraissent pas présenter un caractère assez incontestable pour qu’on puisse admettre cette hypothèse avec certitude, bien que dans le voisinage on ait rencontré quelques silex taillés.
- En terminant, je dois ajouter que les considérations qui précèdent et les conditions dans lesquelles se présente le gisement, me permettent de croire que les grandes anses situées au nord de la plaine Saint-Denis, jusqu’ici à peu près stériles, offriront des éléments de recherches dont nous aurons plus tard à constater les résultats. Déjà, m’a-L-on dit, en construisant les forts de Staiqs et de Domont ou
- leurs redoutes avancées, on a trouvé des ossements fossiles, qui sont, je crois, en bonnes mains, et qui ne seront pas laissés dans l’oubli.
- A. Desnoyers.
- —------
- LES VASES ANTÉIIISTORIQUES
- DE SANTORIN.
- (Suite et fin. — Voy. p. 65.)
- Actuellement le sol des îles qui composent. le petit archipel de Santorin est sec et pierreux. Si l’on quitte le bord des falaises, on n’aperçoit presque partout que le revêtement ponceux dont les îles sont couvertes. Il n’y a d’autre terre végétale que la ponce poreuse et friable, dont les fragments légers sont déplacés par le moindre vent, et transportés en tourbillons par les ouragans des équinoxes. Aucune assise argileuse capable de servir de matière première pour une fabrication de poteries ne s’y montre, et aujourd’hui tous les vases en terre cuite employés par les habitants des îles sont apportés du dehors. En était-il de même autrefois? Les vases trouvés dans les constructions découvertes sous la couche de ponce, sont-ils aussi de provenance étrangère? La question est intéressante, car si ces vases ont été fabriqués à Santorin même, il faut nécessairement en conclure que le dépôt d’argile qui en fournissait la matière a disparu, et que son emplacement correspond à quelqu’un des points effondrés aujourd’hui dans les profondeurs de la baie. Un moyen détourné va nous permettre d’alfirmer qu’il en a été effectivement ainsi, et nous mettre même en mesure de retrouver l’endroit, probable où se trouvait le dépôt de l’argile qui a servi à la fabrication de toutes les poteries antéhistoriques précédemment décrites.
- Ce moyen consiste dans l’étude de lames minces transparentes, obtenues par l’usure de petits fragments de chacune des poteries en question. Le procédé dont il s’agit est le même que les géologues et les minéralogistes ont employé avec le plus grand avantage pour l’étude des roches. Un fragment de roche, un morceau de poterie peut être réduit en une lamelle de la minceur d’une pelure d’oignon, puis interposé entre deux verres et observé au microscope; car, dans ces conditions, la pierre la plus opaque et la plus colorée devient transparente, et laisse apercevoir tous les minéraux qui la composent. Du reste, rien n’est plus simple que de réduire ainsi en lamelle mince une roche quelconque, un granit, un grès, un basalte par exemple. Pour cela, on prend un petit morceau de la matière soumise à l’expérience. On la frotte sur une surface plane en grès ou en métal en interposant de l’émeri mouillé. La partie frottée s’use et se polit. Quand elle est plane, on la colle sur un morceau de verre avec du baume du Canada, puis on frotte à son tour l’autre face du fragment, jusqu’à ce qu’on ait atteint, la minceur
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- voulue. Lorsque ce résultat est obtenu, on nettoie la lamelle, on la décolle et on la transporte entre deux verres bien propres, l’un inférieur plus grand ser-
- vant de support, l’autre petit et mince destiné à garantir la face supérieure de la préparation.
- Si l’on observe au microscope les poteries de
- Fragment de cristaux et de îualièrc amorphe d’origine volcanique, visibles au microscope dans les lamelles taillées
- des vases de Sautorin.
- Fig. 1. — Feldspath avec inclusions vitreuses dont 1 une contient plusieurs bulles gazeuses. Hornblende sur le côté gauche de la préparation. (Préparation vue à la lumière naturelle.)
- Fig. 2. — Fragment de ponce rempli dp cavités à gaz allongées dans le même sens.
- (Préparation vue à la lumière naturelle.)
- Santorin ainsi traitées, on trouve que toutes sans exception, sont constituées par les matériaux volcaniques et autres, qui font encore aujourd’hui parlie
- du sol des trois îles de Thera, Therasia et Àspronisi. Le tuf d’origine sous-marine qui forme la partie sud-ouest de Thera y abonde ; la perlite de la pointe
- Fig. 3. — Feldspath avec inclusions vitreuses. Fragment de trass à contours irréguliers renfermant des portions amorphes chargées de globulites. (Préparation vue à la lumière naturelle.)
- Fig. i. — Fragment de poterie de Santorin (vu à la lumière polarisée entre les niçois croisés). A gauche, feldspath monoclinique; en bas, morceau d’hornblende, plusieurs débris de fedspath triclinique.
- occidentale de cette région, les trachytes à amphibole du môme district, s’y observent aussi.
- On y retrouve des fragments de roches apparte-
- nant à toutes les variétés des laves à labrador, et pvroxènes si communes dans la partie centrale de Thera et dans toute l’île de Therasia. On y voit des
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- LA NAT U li E.
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- débris ponceux, identiques à ceux qui composent la majeure partie des dépôts de cendres de la partie sud de Thera. Des fragments de marbre et de mica-
- schiste s’y montrent semblables de tout point à ceux qui forment une montagne élevée dans l’angle sud-est de cette même île. En un mot, on pourrait voir
- Foramiuifères et Rhizopodos visibles au microscope dans les lamelles taillées des vases de Santorin.
- Fig. 5. — 1. (Indéterminé.) — 2. Rotalia. — 3. Spongolithis aci~ cularis.— 4. Vaainulina. — S. Gnllionella distans.
- dans ces poteries des spécimens de toutes les laves qui composent maintenant les îles du groupe de Santorin, si précisément on ne remarquait l’absence
- Fig. 6. — 1, 2 et 5. Frustrella concentrica. — 3. Lithastlieris-cus tuberculosus. — 4. Gallionella varions. — 6, 7 et 8. Cos-cinodiseus, 6, minor, 9, radiolatus.
- des laves à anorthite et péridot de la région nord de l’île de Thera (fig. 1 à 4).
- Mais ces débris minéralogiques si divers et si
- Fig. 7. — 1. Rotalia. - 2. Fragment de test de Globigerina, — Fig. 8. — 1. Rotalia lepida. — ”2. Rotalia senaria. — 3. Cocco-3. Plaque de grès avec Coscinodiscus. — 4. Lithasteriscus (?). nema. — 4. Globigerina.
- — 3. Gallionella varians. — 6. Planulina globularis.
- caractéristiques ne sont pas tout ce que fait découvrir l’inspection microscopique des poteries de Thera. Des diatomées, des foraminifères, des spon-
- giaires s’y observent en abondance. La plupart de ces corps sont très-bien conservés et leurs formes assez nettes pour qu’on puisse déterminer l’espèce
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- LA NATURE.
- à laquelle chacun d'eux appartient. Les unes représentent des organismes qui pullulent dans l’eau douce, les.autres vivent dans l’eau salée (fig. 5 à 8). Tout cet ensemble de faits conduit à desdéductions positives.
- Et d’abord, il est évident que la matière qui a servi à la fabrication des vases en question provenait de l’exploitation d’un dépôt argileux, faisant partie du sol antique de Santorin avant le creusement de la baie. Aucune argile prise dans une autre localité ne pourrait contenir les nombreux débris minéraux si caractéristiques que fournissent les laves de Santorin. En outre, le lieu d’exploitation se trouvait dans la partie sud de l’île de Thera, car on ne voit dans les coupes microscopiques observées aucun débris des roches les plus remarquables de la partie nord de cette même île.
- Ce lieu devait en outre se rencontrer dans un bas-fond où affluaient à la fois les eaux douces, apportant des détritus de ia partie sud de l’ile et où les eaux de la mer avaient également accès. L’exploitation se faisait donc au débouché d’une vallée aboutissant à la mer. Or, dans la partie sud de l’ile, les données purement géologiques établissent qu’en effet une vallée profonde était intercalée entre le grand cône central et une colline qui le bordait vers le sud. Cette vallée aboutissait à la mer aux environs de l’île actuelle d’Aspronisi. C’est donc là que la matière des vases trouvés dans les constructions antéhistoriques a été puisée.
- L’examen microscopique, opéré comme nous l’avons dit, conduit encore à cette conclusion que les vases en question ont été simplement séchés au soleil ou cuits à une très-douce température. Une chaleur comme celle des fours à poterie ordinaires aurait décomposé le marbre qu’on y observe et déshydraté la limonite qui y est fréquente.
- Ainsi, longtemps avant que l’histoire n’ait ouvert ses annales, une éruption gigantesque a anéanti une population qui déjà avait atteint un degré élevé de civilisation. Les habitants primitifs de Santorin étaient des agriculteurs; mais déjà, dans la fabrication des objets les plus communs, ils manifestaient un goût et une habileté dignes des plus beaux siècles de la Grèce. Fouqué.
- ÉLECTRICITÉ DU CORPS HUMAIN
- Il est admis depuis longtemps, d’après des données positives et concluantes, que le corps humain est chargé d?électricité dans les altitudes et l’atmosphère excessivement sèche des hauts plateaux de la Sierra-Nevada et des Montagnes-Rocheuses. Mais ce qui n’est pas généralement connu, c’est que cette électricité accumulée peut offrir de très-grands dangers pour les personnes porteurs de substances explosibles. Deux accidents très-graves et douloureux ont eu lieu à quelques mois de distance à l’entrée du tunnel (je Sqtro, occasionnés tous les deux par l’explosion
- subite et en apparence incompréhensible d’une certaine quantité d’amorces dans une capsulerie. Dans le premier de ces cas, M. Henry L. Foreman, homme de grand savoir, attaché, précédemment au bureau du service télégraphique à Washington, examinait quelques-uns de ces engins lorsque deux cents d’entre eux éclatèrent et l’aveuglèrent en le blessant grièvement. C’étaient de grandes amorces en cuivre pour canon, longues d’un pouce, chargées de fulminate de mercure.
- Deux fils métalliques isolés par un fourreau en gutta-percha, communiquent avec l’amorce, et c’est par leur conduit que l’étincelle électrique est transmise une lois les amorces placées en contact avec les cartouches faites avec diverses combinaisons de nytro-glycérine, et faisant éclater l’amorce, met le feu à la poudre.
- Le second accident, survenu il y a quelques semaines seulement, à peu près dans les mêmes circonstances, au même endroit, a atteint M. Thomas Coombs qui a perdu la main et une partie du bras gauche. Il était occupé à empaqueter dix de ces engins, lorsque tout à coup, sans qu’un choc eût eu lieu, et sans cause apparente, ils firent explosion, mutilant ce malheureux si cruellement, qu’une amputation immédiate a dû être pratiquée.
- Ces malheurs ont amené M. Sutro à entreprendre une série d’expériences pour arriver à déterminer sérieusement les causés de ces explosions inexplicables. Elles avaient fait naître dans son esprit., la pensée qu’elles étaient dues à l’électricité qui se dégage du corps humain, et c’est dans le but de s’en assurer qu’il a tenté ses expériences. A cet effet, il plaça dans une pièce ouverte et dont le parquet était recouvert d’un tapis isolateur, une caisse dans laquelle quelques engins explosibles de peu de portée étaient renfermés. Des fils métalliques communiquant intimement avec eux étaient disposés de façon à pouvoir être touchés à une distance suffisante pour éviter tout danger. Après s’être promené quelques instants dans la chambre, M. Sutro approcha son doigt de l’extrémité de l’un des fils, et aussitôt une explosion eut lieu.
- Renouvelée plusieurs fois avec différents appareils explosifs, tels que ceux employés par la San Francisco Company, ceux de la compagnie Electrical Construction, cette expérience a constamment produit des résultats analogues.
- Elles démontrent que les engins explosifs peuvent être chargés par l’électricité accumulée dans le corps humain, et des instructions ont été données dans ce but à tout le personnel du tunnel. C’est ainsi que l’on munit les hommes de chaussures conductrices de l’électricité, qu’on leur fait humecter leurs chaussures avant de pénétrer dans les lieux où se trouvent les matières dangereuses, et qu’on prend toutes les précautions indiquées par la science pour éviter le sort des malheureux MM. Foreman et Coombs qui, on n’en doute plus, ont été victimes d’acckjenls ainsi amenés.
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- LE SYSTÈME DE SIRIUS
- ET LES SYSTÈMES SOLAIRES DIFFÉRENTS DU NÔTRE.
- Chacune des étoiles qui brillent dans l’immensité est un soleil volumineux et lourd comme celui qui nous éclaire : l'éloignement seul les réduit à l’aspect de points brillants. Si nous pouvions nous approcher de l’une quelconque d’entre elles, nous éprouverions la même impression qu’en allant de Neptune au Soleil : l’étoile s'agrandirait à mesure que nous approcherions; elle offrirait bientôt un disque circulaire, et irait se développant insensiblement jusqu’à devenir aussi grande que notre soleil vu de la terre ; puis, ce disque lumineux, continuant à s’agrandir en raison de notre rapprochement, arriverait, à un certain moment, à s’ouvrir comme une fournaise béante emplissant le ciel entier ; éblouissement colossal, devant lequel nous nous anéantirions, fondus comme de la cire, vaporisés comme une goutte d’eau tombée sur un fer rouge!... Ainsi est chaque étoile.
- Chaque soleil de l’infini a sa sphère d’attraction particulière, sphère qui s’étend jusqu’à la limite où elle est neutralisée par une autre. L’attraction diminue en raison inverse du carré des distances, mais ne devient nulle part absolument nulle. A la distance de Neptune, l’attraction solaire est 900 fois moindre qu’à la distance de la terre. Tandis que la terre, si elle était arrêtée dans son cours, tomberait vers le soleil de 0m, 00294 dans la première seconde de chute (moins de 5 millimètres), Neptune ne tomberait que de 0 ,00000527. A la distance de l’aphélie delà comète de 1680, la pesanteur vers le soleil est arrivée au faible chiffre de lm,00000000416 pour la chute théorique vers le soleil pendant la première seconde. Cette attraction continue ainsi de décroître à mesure qu’on s’éloigne. Mais, en même temps, si l’on marche dans la direction d’une des étoiles voisines, on commencera à sentir son influence. La plus rapprochée de nous gît à une distance 210000 fois supérieure à celle qui nous sépare du soleil : à 8 trillions de lieues ; c’est l’étoile Alpha du Centaure, brillante étoile double dont j’ai calculé l’orbite et la masse. Cette masse est égale à la moitié de celle du soleil ; il en résulte que si l’on voyage d’ici à cette étoile, on arrivera à un point neutre où les deux attractions se contre-balancent, et que ce point se trouve aux trois quarts de la distance qui nous en sépare, c’est-à-dire à 6 trillions de lieues d’ici, ou, ce qui revient au même, à 2 trillions de lieues de l’étoile, puisque la distance est de 8 trillions. Là, un corps céleste, une comète, sera dans l’indécision, ne pèsera plus rien, s’arrêtera ; mais la plus faible influence extérieure le fera pénétrer, soit dans la sphère d’attraction de notre soleil, soit dans celle du soleil Alpha du Centaure.
- Ce soleil du Centaure est situé dans le ciel austral, du côté du pôle antarctique; il nous apparaît
- sous la forme d’une éclatante étoile de première grandeur. Le soleil le plus proche de nous, après lui, est situé dans le ciel boréa1, dans la constellation du Cygne ; c’est la soixante et unième étoile de cette constellation. Sa distance est supérieure à 400 000 fois le rayon de l’orbite terrestre : elle est de près de 15 trillions de lieues. J’ai souvent observé cette étoile : elle est à peine visible à l’œil nu, mais au télescope elle est double, comme la précédente ; seulement scs deux composantes ne tournent pas l’une autour de l’autre, conclusion qui m’a fort surpris, lorsque je l’ai trouvée en comparant toutes les observations faites depuis cent vingt ans, et d’où il résulte que sa masse ne peut pas être déterminée. Mais quoi qu’il en soit, le fait qui doit nous frapper, c’est que les distances qui séparent les uns des autres les soleils de l’immensité se comptent non plus par millions ai même par milliards, mais par trillions de lieues.
- La plus brillante étoile de notre ciel, Sirius, est un soleil dont le volume, si l’on en juge par sa lumière, doit être 2600 fois plus considérable que celui de notre soleil. Sa distance est de 897 000 fois 57 millions, c’est-à-dire de 55 trillions de lieues.
- Signalons encore parmi « nos voisines » la soixante-dixième d’Ophiuchus, située près de l’équateur. J’ai calculé qu’elle pèse environ trois fois plus que notre soleil, c’est-à-dire 900 000 fois plus que la terre. Sa distance est de 1 400 000 fois le demi-diamètre de l’orbite terrestre, c’est-à-dire de 54 trillions de lieues.
- Les astronomes sont d’accord pour admettre, depuis plusieurs siècles déjà (depuis le temps de Képler), que chacun de ces innombrables soleils qui peuplent l’infini est le centre d’un système analogue au système planétaire dont nous faisons partie. Chacune de ces étoiles que nous voyons au ciel nous montre de loin un foyer lumineux autour duquel d’autres familles humaines sont rassemblées. Nos yeux sont trop faibles pour apercevoir ces planètes inconnues ; nos télescopes les plus puissants n’atteignent pas encore à ces profondeurs. Mais la nature ne s’inquiète ni de nos yeux ni de nos télescopes, et par delà les bornes où s’arrête l’essor de nos conceptions fatiguées, elle continue à développer sa fécondité et sa magnificence.
- Pourtant l’heure est sonnée où ces systèmes planétaires différents du nôtre cessent de sommeiller dans le domaine des hypothèses. A défaut du télescope, la mécanique céleste a déjà révélé l’existence d’astres obscurs, invisibles dans les rayons de ces lointains soleils, mais qui les troublent dans leurs mouvements propres à travers l’immensité ; et déjà même, parmi les astres ainsi soupçonnés, les puissants télescopes contemporains en ont reconnu plusieurs.
- L’une des plus belles conquêtes de l’astronomie sidérale a été la découverte du système de Sirius, faite il y a quinze ans. Depuis longtemps, par des mesures attentives de sa position, on avait remarqué
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- que cette brillante étoile se déplace lentement dans l’espace (comme toutes les étoiles du reste), mais que son mouvement, propre n’est pas uniforme ; et Bcssel avait annoncé, il y a trente ans, qu’un jour on découvrirait sans doute tout près de Sinus un monde de son système, tournant autour de lui, et le dérangeant dans sa marche. Eh bien, cette découverte a été faite en 1862 : le compagnon de Sirius était alors presque juste à l’est, tout petit et perdu dans ses rayons. Depuis cette époque, on n’a pas cessé de l’observer à l’aide des plus puissants instruments, et on le voit graviter lentement autour du soleil-Sirius.
- Mais ce compagnon ne suit certainement pas l’orbite théorique calculée pour correspondre aux perturbations constatées dans le mouvement propre de la brillante étoile. Des différences de plus en plus fortes se montrent entre l’ellipse calculée et l’ellipse observée. En effet, voici l’orbite déterminée par l’astronome allemand Auvvers en 1864 pour correspondre aux perturbations constatées :
- Passive par l’apside inférieur .... 1793,890
- Mouvement annuel...................... 70,28475
- Période............................... 49*"’,418
- Excentricité.......................... 0,< 010
- La dernière orbite calculée par Auwers, mise sous la forme des orbites d’étoiles doubles, et présentée comme définitive, est la suivante :
- Passage au périhélie................... 1843,275
- Longitude du nœud...................... 61°,57,8
- Angle entre le nœud et le périhélie. . 18°,54,5
- Inclinaison............................ 47°, 8,7
- Excentricité........................... 0°, 6148
- Demi-grand axe......................... 7",331
- Période................................ 49*”‘,399
- D’après ces éléments, les limites de distance devraient être 2",31 à 502°,5 en 1841, et 11",25 à 71°,7 en 1770, et l’éphéméride est :
- 1862. . 85°,4 10",10 1865. . 79°,9 10",78
- 1868. . 75»,0 11",15
- 1871. . 70»,5 11",20
- 1874. . 65»,0 10",95 1876. . 62»,1 10",59
- 1878. . 58»,4 10",05 1880. . 54»,2 9",35
- Or, en rédigeant mon Catalogue des étoiles doubles en mouvement, j’ai trouvé que toutes les observations faites sur le satellite de Sirius donnent les moyennes suivantes pour chaque année depuis sa découverte :
- 1862. . 84»,6 10", 08 1870. . 65»,0 12" ,06
- 1863. . 8ü»,2 9",84 1871. . 63»,0 11" ,79
- 1864. . 79»,0 10",33 1872. . 61»,3 11" ,3t
- 1865. . 76»,7 10",56 1873. . 62»,7 11" ,33
- 1866. . 75»,0 10", 61 1874. , , 58»,5 11" ,18
- 1867. . 73»,9 10", 59 1875. . 55»,5 11" ,30
- 1868. . 70»,4 11",18 1876. . 55»,2 11" ,51
- 1869. . 72»,3 10",92 1877. . 51»,0 11" ,40
- Pardon de tous ces chiffres ! mais ils sont la base même des raisonnements qui constituent le fond de cet article, et il est nécessaire de les considérer pour savoir à quoi s’en tenir sur le système de
- Sirius. En comparant ces derniers nombres à ceux de l’éphéméride précédente, on voit au premier coup d’œil que l’angle diminue plus vite qu’on ne l’avait annoncé, tandis que la distance a continué d’augmenter depuis 1870, au lieu d’avoir atteint son maximum cette année-là, comme l’indiquait l’orbite d’Auwers. On constate mieux encore par la figure que j’en ai construite, que l’arc de l’orbite observée croise l’orbite calculée dès 1868, et se projette en dehors, suivant une tout autre courbe qui s’annonce comme devant être plus vaste que l’orbite tracée, et moins excentrique.
- Si le mouvement observé était le mouvement moyen, la révolution du satellite s’effectuerait en une période voisine de cent soixante-sept ans. Mais l’arc parcouru est encore trop exigu pour qu’on puisse rien décider, et comme les perturbations observées sur Sirius exigent que la période soit de quarante-neuf ans, nous sommes conduits à conclure que le compagnon observé va accélérer son mouvement, et se retrouvera à l’ouest en 1892, ou bien qu’il y a un autre corps perturbateur plus rapproché et se mouvant plus rapidement.
- Nous devons réserver toutes conclusions sur l’existence de ces autres satellites comme sur toute différence de période entre l’orbite observée et l’orbite calculée; mais le fait incontestable à conclure, c’est que les positions observées ne correspondent pas à celles de l’éphéméride, et que l’orbite qui en résultera diffère de l’orbite calculée.
- A l’aide de toutes les observations, j’ai construit la figure ci-contre, qui montre le mouvement de la planète observée de 1862 à 1877. Le disque central représente le soleil Sirius ; les quatre points cardinaux sont indiqués par des lignes pointillées ; le mouvement propre de Sirius dans l’espace est marqué par la grande flèche, dont la longueur correspond exactement à ce mouvement pendant dix ans (la figure est tracée à l’échelle précise de 10 millimètres pour une seconde). Si la petite étoile découverte en 1862 à l’est de Sirius ne lui appartenait pas, si elle était située derrière lui, au fond des cieux, elle serait restée fixe, et Sirius s’en serait écarté dans le sens indiqué par la flèche. Mais, au contraire, elle lui appartient, l’accompagne dans sa marche, comme la terre accompagne le soleil, et tourne autour de lui suivant une orbite allongée. Elle n’a encore parcouru, de 1862 à 1877, que la ligne marquée sur cette figure, courbe insuffisante pour nous permettre de calculer le reste de son orbite. Comme on le voit, cette étoile est toute petite à côté de Sirius, mais cependant encore plus grosse que Jupiter relativement au Soleil. Est-ce une planète immense, tout à fait obscure et ne brillant que par la réflexion de la lumière de Sirius? Ce n’est pas probable : elle doit être encore lumineuse par elle-même, comme notre propre terre l’a été pendant tant de siècles. Elle ne correspond pas exactement aux perturbations observées, ce qui nous montre que le système de Sirius possède certaine-
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- ment d’autres globes encore inconnus. Notre ami regretté Goldschmidt avait cru en remarquer trois autres. Ainsi, comme conclusion, voilà un système solaire différent du nôtre en voie d’études.
- Nous connaissons un grand nombre d’étoiles qui sont accompagnées d’astres plus petits tournant autour d’elles, comme la terre autour du soleil. Ces systèmes, qui se dénombrent aujourd’hui par centaines, sont assez assidûment observés pour que nous ayons pu calculer déjà les orbites et les périodes des planètes (brillantes ou opaques) qui les composent.
- Ce n’est donc plus maintenant par hypothèse que
- nous pouvons parler des systèmes solaires différents du nôtre, mais avec certitude, puisque nous en connaissons déjà un grand nombre, de tout ordre et de toute nature. Les étoiles simples doivent être considérées comme des soleils analogues au nôtre, entourées de familles planétaires. Les étoiles doubles dont la seconde étoile est très-petite, peuvent être rangées dans la même classe, car cette seconde étoile peut être une planète opaque réfléchissant seulement l’éclat de la principale, ou une planète encore chaude et lumineuse. Les étoiles doubles dont les deux composantes offrent le même éclat sont des réunions de deux soleils conjugués, autour de cha-
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- Orbite apparente
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- «873.
- Carie eeicste du mouvement de Sinus.
- cun desquels peuvent graviter des planètes invisibles d’ici : ce sont là des mondes absolument différents de ceux qui appartiennent à notre système, car ils sont illuminés par deux soleils, tantôt simultanés, tantôt successifs, de différentes grandeurs, suivant les distances de ces mondes à chacun d’eux, et ont reçu en partage des années doubles, dont l’hiver est réchauffé par un soleil supplémentaire, et des journées doubles dont les nuits sont illuminées, non-seulement par des lunes de différentes couleurs, mais encore par un nouveau soleil, un soleil de nuit !
- Ces points brillants qui scintillent au ciel de minuit, et qui sont restés pendant tant de siècles si mystérieux pour l’imagination de nos pères, sont aussi de véritables soleils, gigantesques et puissants,
- gouvernant dans les domaines de l’espace éclairés par leur splendeur des systèmes différents de celui dont nous faisons partie. Le ciel n'est plus un morne désert ; ses antiques solitudes sont devenues des régions peuplées comme celles où gravite la terre : l’obscurité, le silence, la mort, qui régnaient en ces hauteurs, ont fait place à la lumière, au mouvement, à la vie ; des milliers et des millions de soleils versent à grands flots dans l’étendue, l’énergie, la chaleur et les ondulations diverses qui émanent de leurs foyers. Tous ces mouvements se succèdent, s’entrecroisent, se combattent ou s’unissent dans l’entretien et le développement incessant de la vie universelle. Camille Fl\mmarion.
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- CHRONIQUE
- Statistique de la Russie et de la Turquie. —
- Suivant M. Ravestein, l’empire russe comprend, en ce moment, 84,585,482 habitants, et l’empire turc, en Europe, Asie et Afrique (l’Égypte y compris) 40,408,900 (ce dernier nombre parait exagéré). Tandis que les populations chrétienne, musulmane et païenne de la Russie augmentent de par an, la population juive augmente du double. Le nombre des Turcs proprement dits décroît d’année en année, surtout parce que jusqu’ici ils ont été à peu près exclusivement appelés au service militaire. Le nombre des hommes, en Itussie, dépasse généralement celui des femmes. Les Russes proprements dits forment les deux tiers de la population de l’empire ; sur 116 personnes, on compte 100 chrétiens et 16 tant mahométans que païens (tels que les Samoyèdes, les Toungous, etc.). En Turquie, sur 297 individus, on ne compte que 100 Turcs. Sur 147 habitants, il y a 100 ïnahométans et 47 chrétiens.
- — M. Stanislas Meunier, aide-naturaliste au Muséum, fera, du 11 au 20 août, une excursion géologique en Suisse et en Savoie. — Pour profiter de la réduction de 50 pour 100 sur le prix des places à l’aller et au retour, s’inseriie, avant le 8 août, au Laboratoire de géologie du Muséum (galerie de Minéralogie), où l’on trouvera tous les renseignements relatifs au voyage.
- BIBLIOGRAPHIE
- Phénomènes physiques de la phonation et de l'audition, par J. Gavarret. — 1 vol. in-8, avec 100 figures dans le texte. — Paris, G. Masson, 1877.
- L'ami du pêcheur. Traité pratique de la pêche à toutes les lignes, par R. Poitevin. — 1 vol. in-12, avec 98 gravures et 4 planches hors texte. 5° édition. Entièrement revue. — G. Masson, 1877.
- Le monde où nous vivons. Leçons de géographie, par M. F. Maury. Traduction de l’anglais par Zurcher et Margollé. — 1 vol. in-12. — Paris, J. Hetzel et Cie, 1877.
- Les inventeurs du gaz et de la photographie. Léon d'Hum-bersin, Nicéphore Niepce, Daguerre, par le baron Er-nouf. — 1 vol. in-12. — Paris, Hachette et Cie, 1877. Le Japon de nos jours et les Échelles de l'extrême Orient, Ouvrage contenant 5 cartes, par Georges Bousquet. — 2 vol. in-8. — Paris, Hachette et Cie, 1877.
- Étude sur la circulation de VAtlantique nord, par L, Brault. — 1 vol. in-8. — Paris, Arlhus Bertrand, 1877. Six mille lieues en soixante jours. Amérique du Nord.— 1 vol. in-8, par E. Cotteau. — Auxerre, 1877.
- Sur l'origine paléontologique des arbres, arbustes et arbrisseaux indigènes du midi de la France sensibles au froid dans les hivers rigoureux, par M. Ch. Martins.— 1 broch. in-4. — Montpellier, 1877.
- Sur le siphon enregistreur de sir W. Thomson. — Pose des cables télégraphiques sous-marins. — Réparation des câbles sous-marins, par A. L. Ternant. — 5 broch. in-8. Paris, E. Lacroix.
- Quelques remarques à propos de l'hiver 1876-1877, par A. Lancaster. — 1 broch. in-8. *— Bruxelles, 1877. Étude histolaxique de ce qu'on appelle les cladodes des Ruscus. — 1 broch. iu-4, par M. J. Duval-Jouve, sans lieu ni date.
- Cheminée Wazon, sextuplant hygiéniquement l'utilisation de la houille, par N. Wazon. — 1 broch. in-8. — Paris, Eugène Lacroix, 1877.
- Contributions à l’étude du sommeil naturel et artificiel.
- — 1 broch. in-8, par N. M. Langlois. — Dijon, 1877. Sur le commencement de l'hénogénie chez divers animaux. — 1 broch. in-8, par le docteur H. Fol. — Genève.
- Méthode pour reconnaître l'iode dans l'huile de foie de morue. — 1 broch. in-8, par B. Barrai. — Paris, 1877. Annual record of science and industry for 1876. Ediled by Spencer F. Baird with lhe assistance of eminent men of science. — 1 vol. in-8. — New-York, Harper and Brothers, 1877.
- On the formation of fat in the animal lody, by J. B. Lawes and J. H. Gilbert. — 1 broch. in-8. — Cambridge, 1877.
- Note on the law of twinning and hemihedrism of leuco-phane, by E. Bertrand. — In broch. in-8.
- Exposition internationale de Philadelphie en 1876. — Section française. — Rapport sur l'imprimerie et la librairie, par René Fouret. — ! broch. in-8. — Paris, Imprimerie nationale, 1877.
- De Arte plumaria. Les plumes, leur valeur et leur emploi dans les arts du Mexique, au Pérou, au Brésil, dans les Indes et dans l'Océanie, par Ferdinand Denis. — 1 broch. in-8. — Paris, E. Leroux, 1875.
- Découverte de l'éther atmosphérique, par P. Delestke. —
- 1 broch. in-8°. — Paris, E. Lacroix, 1877.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 31 juillet 1877, — Présidence de M. Peligot.
- Nouveau danger des vignes américaines. — C’est M. Marès qui le signale. Il consiste dans la transmission des galles du phylloxéra d’une vigne américaine aux vignes françaises dont les pampres peuvent croiser ceux de la première. Le fait est constaté maintenant par des vignes françaises de variétés fort diverses, et il mérite d’être pris en très-sérieuse considération. A propos du phylloxéra, il faut mentionner une recette préconisée par un viticulteur de Neuchâtel. Elle consiste à arroser les ceps infestés avec un mélange de 10 litres de purin de vache pour 2 litres d’acide sulfurique. M. Dumas parait disposé à croire qu’aucune vigne ne résistera à un pareil traitement qu’il qualifie de radical. M. Macagne écrit au sujet de l’anthraci-nose signalée aux environs de Narbonne que, conformément à M. Cornu, c’est une mucédinée qui en est la cause.
- Grisou. — Les dernières catastrophes survenues dans les houillères ont décidé le Gouvernement à nommer une commission chargée d’étudier les remèdes à opposer aux explosions de grisou. Le ministre de l’instruction publique en annonçant que le département des travaux publics à désigné trois ingénieurs, demande, que l’Académie nomme trois de ses membres pour faire partie de ladite Commission. M. le président choisit dans ce but MM. Dau-brée, Berlhelot et Paul Thénard.
- Météorites. —Poursuivant ses expériences relatives aux phénomènes qui accompagnent l’arrivée des météorites, M. Daubrée décrit aujourd’hui les effets obtenus en soumettant des barres d’acier à l’explosion de cartouches de dynamite. Les gaz subitement dégagés exercent sur le métal une action mécanique dont l’intensité ne pouvait
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- pas être prévue. Ils y creusent par exemple des capsules hémisphériques constatées depuis longtemps sur les masses qui tombent du ciel, et que l’auteur propose de désigner, vu leuii origine^ous le nom de piésoglypes. Le fer est en même temps débité en fragments polyédriques, et ceux-ci sont souvent fendillés en tous sens. Dans les fissures, on reconnaît que les gaz comprimés ont injecté les matières pulvérulentes primitivement situées au voisinage de la barre, et l’auteur pense que les lignes noires des météorites sont de même formées par la matière de la croûte fortement poussée à l'intérieur des fragments. Il arrive aussi fort souvent que les parois des fissures offrent des surfaces striées, pareilles à celles des météorites, dont l’origine et le mode de formation seraient ainsi élucidés. En terminant, M. Daubrée présente des considérations, dont la conclusion est qu’il n’y a pas lieu d’admettre comme le voulait Haidingcr que les météorites arrivent des espaces à l’état d’essaims, mais qu’au contraire, la fragmentation s’opère tout entière dans notre atmosphère.
- Météorologie. — Tout le monde admettra que si deux phénomènes naturels, quelque différents qu’ils soient, offrent la même périodicité, de façon à s’accompagner constamment, on sera entraîné à croire qu’il existe entre eux une relation de cause à effet. C’est ainsi qu’il a suffi de comparer la période des marées avec celle du passage de la lune pour en conclure que celle-ci a une action sur les premières. Mais pour que cette conclusion soit légitime, il faut que les périodes comparées ne soient pas seulement analogues, mais il est indispensable qu’elles coïncident absolument. Or, dans ces derniers temps, on s’est contenté en météorologie d’à peu près dans cette voie et, selon M. Faye, on est parvenu ainsi à des résultats complètement illusoires. C’est ainsi qu’il repousse les idées de M. Wolff (de Zurich) sur les relations des taches solaires avec les variations diurnes de l’aiguille.aimantée. De même, suivant lui, rien n’autorise à croire avec les météorologistes anglais, que la proximité de Vénus, ou de Mars ou de Jupiter, détermine sur le soleil une concentration des taches, llicn non plus ne justifie l’opinion qui lie la période de rotation du soleil aver la période des maxima de la force magnétique horizontale'terrestre. Même conclusion à plus forte raison à l’égard de prétendus liens entre celte même rotation solaire et les variations du baromètre, ou même les production de cyclones, de bourrasques ou de tempêtes. À la place de cet ensemble de théories mal assises, M. Faye, pense qu’on pourra établir un système sérieux de recherches où, laissant de côté les phénomènes cosmiques, on n’aura en vue que les éléments de la météorologie terrestre proprement dite. Les rapports indiscutés des aurores boréales et des variations décennales de la boussole lui servent de base pour bien montrer ce qu’il a en vue, et il signale comme probable des relations du même genre entre les oscillations périodiques du baromètre et les alternatives de la température diurne. On lira avec intérêt tout le Mémoire de M. Faye, dont nous ne pouvons qu’indiquer le sens général.
- Stanislas Meunier.
- LE BAOBAB
- (Adansonia L.)
- La gravure ci-jointe représente un des plus remarquables baobabs des îles Comores, où a séjourné un naturaliste-peintre, M. de Bérard. Cet artiste a bien voulu dessiner pour la Nature quelques-uns
- des paysages qu’il a observés dans ses nombreux voyages, et que nous publierons successivement.
- Nous empruntons d’autre part à l’excellent Dictionnaire botanique de M. II. Bâillon quelques-uns des paragraphes qu’il consacre aux baobabs.
- Ce sont des arbres peu élevés, dont le tronc atteint un diamètre gigantesque. Il avait jusqu’à 50 mètres dans certains individus observés par Adanson aux îles du cap Vert. Ce tronc est terminé par des rameaux étalés ou défléchis, dont l’ensemble forme comme un vaste parasol. Ils portent des feuilles composées digitées avec 5-9 folioles entiers, brièvement pétiolées et accompagnées de stipules caduques. Cet ensemble de rameaux et de feuilles de grandes dimensions constitue au sommet de l’arbre comme une immense chevelure qui rayonne à une grande distance autour du tronc.
- Les fleurs munies de deux bractéoles sont axillaires, solitaires et pendantes. On connaît trois espèces d'Adansonia : l’une d’Australie, c’est l’A. Gregorii F. Muell., espèce à fleurs d’un beau jaunâtre ; l’autre abondante dans les régions chaudes de l’Asie et de l’Afrique; la troisième de Madagascar. C’est la seconde qui est la plus connue par les récits des voyageurs. Adanson en a vu au Sénégal des représentants auxquels il attribuait au moins six mille ans d’existence. C’est Y A. digitata (A. Baobab Gaertn), le baobad de P. Alpin.
- Vénéré comme un arbre sacré par les nègres de la côte occidentale de l’Afrique, qui emploient à plusieurs usages économiques et médicaux, sous le nom de Boui, la pulpe qui entoure les graines, le baobab leur fournit un grand nombre de produits utiles. Les auteurs du Tentamen fllorœ senegam-biœ, rapportent qu’ils y attachent leurs gris-gris, sorte d’amulettes qui d’après les idées superstitieuses de ces peuples, impriment un caractère sacré à cet arbre et doivent empêcher les profanes d’y porter une main sacrilège. L’ile de Soit, près de Saint-Louis, est parsemée de très-gros baobabs ornés des gris-gris des nègres. C’est en ce lieu qu’Adauson a mesuré l’énorme baobab dont il parle dans son ouvrage, et qui est aujourd’hui couvert d’inscriptions. Il est surprenant que dans un pays aussi brûlant et aride que la côte occidentale de l’Afrique, le baobab puisse acquérir d’aussi énormes dimensions. On trouve fréquemment, surtout entre le Sénégal et la Gambie, des individus qui ont une circonférence de soixante-dix à quatre-vingt-dix pieds, sans atteindre une élévation proportionnée aune telle grosseur. Ces dimensions diminuent à mesure qu’on s’éloigne des bords de la mer. Ce singulier végétal nous a paru augmenter en diamètre sans qu’on puisse attribuer uniquement cet effet à l’influence des feuilles, puisqu’il en est dépourvu pendant plus des deux tiers de l’année. A la [dus légère blessure que l’on y fait, on voit sortir un suc fort abondant, sorte de sève nutritive, provenant de l’enveloppe herbacée qui a rempli exactement le rôle des feuilles et qui a été, pour ainsi dire, le foyer principal de la
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- LA JN AT IJ UE
- vie du végétal. En un mot, le baobab a une végétation analogue à celle de certains cactus qui pompent leur nourriture, non dans le sol, mais dans
- l’air par toute leur superficie. L’écorce et les feuilles de YAndansonia digitata renferment un mucilage abondant employé fréquemment contre les affections
- Baobab. (Dessin fuit tl après nature aux îles Comores, par M. cle Bérard.)
- inflammatoires et la dysenterie. Ces mêmes feuilles séchées et réduites eh poudre constituent le lalo des nègres, qui possède les mêmes propriétés émollientes. D’après Prosper Alpin et Adanson, la poudre faite avec la pulpe qui entoure les graines constituerait la terre de Lemnos ou terra Lemnia des
- anciens médecins, poudre apportée par les caravanes en Égypte, où l’on en faisait usage dans les affections diverses.
- le Propriétaire-Gérant : G. Tissahdïer. Typographie Lahure, rue de Fleurus, 0 à Paris,
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- N° 219. — 11 AOUT 187 7.
- LA NATURE.
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- LES SINGES ANTHROPOMORPHES
- Les Singes offrent, comme chacun sait, une grande variété de formes et se répartissent en un certain nombre de groupes, que Buffon le premier a su ranger en deux catégories correspondant exactement à la distribution géographique de ces animaux.
- Plus tard Geoffroy Saint-Hilaire désigna la première de ces familles, celle qui renferme les Singes de l’Ancien continent, sous le nom de Ca-tarrhini, c’est-à-dire de Singes qui ont les narines rapprochées et séparées par une cloison très-mince, tandis qu’il a nommé Platyrrhini les Singes du Nouveau continent, qui ont au contraire une cloison nasale très-épaisse. A ces caractères s’en joignent d’autres également faciles à constater : ainsi les Singes de l’Ancien continent ont seulement deux prémolaires à chaque mâchoire, et n’ont jamais la queue préhensile, tandis que les Singes du Nouveau continent ont une prémolaire de plus à la mâchoire supérieure et possèdent une queue longue et préhensile, qui leur sert pour ainsi dire de cinquième main. Enfin les Catarrhini ou Catarrhiniens ont souvent les joues dilatées en manière de poches, dans lesquelles ils peuvent renfermer des aliments, et qu’on appelle des abajoues. Parmi les Singes de l’Ancien monde, deux types ressortent immédiatement. Les uns en effet ressem-
- blent vaguement à l’espèce humaine, dont ils sont pour ainsi dire la caricature; les autres au contraire rappellent nos chiens par leur allure quadrupède et par l’allongement de leur région faciale : les premiers ont reçu le nom de Singes anthropomorphes, c’est-à-dire de Singes à face humaine, et les autres, celui de Cynopithé-ciens, c’est-à-dire de Singes à figure de chien.
- Les anthropomorphes ont les membres antérieurs beaucoup plus longs que les membres postérieurs, le sternum large, et n’offrent pas trace de queue. Ils ressemblent à l’homme surtout dans le jeune âge, mais en vieillissant ils se dégradent pour ainsi dire, leur face se développant beaucoup plus que leur crâne et les parties de la boîte céphalique qui donnent attache
- aux muscles de la région faciale s’élevant de manière à former de véritables crêtes. Cette tribu qui renferme les Singes les plus grands que l’on connaisse, le Gorille , le Chimpanzé, l’Orang et les Gibbons, a, dans ces derniers temps, particulièrement attiré l’attention des naturalistes, qui ont cherché et trouvé dans l’étude des anthropomorphes des arguments pour étayer ou pour combattre la théorie darwinienne. Grâce aux travaux considérables qui ont été publiés récemment, nos lecteurs sont au courant de cette question de la descendance de l’homme qui a passionné les savants les plus illustres de notre époque ; nous n’avons donc ni à exposer le fond de la question, ni à examiner si le débat n’a pas
- 11
- Fig. 2. — Crâne de gorille mâle adulte.
- 5e année. — 2a semeslre.
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- LA NATURE'.
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- cté trop souvent détourné du terrain scientifique pour être transporté sur le terrain philosophique et religieux ; nous n’avons pas davantage la prétention de discuter la valeur des analogies et des caractères différentiels que l’on a successivement invoqués, et nous nous contentons de faire remarquer que jusqu’à présent les recherches des naturalistes n’ont porté que sur un nombre assez restreint de spécimens, et n’ont pu, conséquemment, donner des résultats entièrement satisfaisants. Les anthropomorphes en effet, vivant retirés dans des forêts d’un accès difficile, ou protégés par les superstitions des indigènes, sont encore fort rares dans les collections, plus rares encore dans les ménageries, où l’on ne parvient à les conserver, au prix des plus grands efforts, que pendant un temps extrêmement court, durant quelques années au plus, et souvent pendant quelques mois seulement. Jamais, pour ainsi dire, on n’a eu l’occasion de les observer à l’état de nature, dans toutes les phases de leur existence, et les renseignements que nous fournissent les voyageurs sur le développement, les mœurs et le genre de vie de ces cousins de l’espèce humaine sont des plus contradictoires.
- On conçoit donc que la présence simultanée, pendant l’été de 1876, d’une jeune femelle de Chimpanzé dans la ménagerie du Jardin des Plantes à Paris, et d’un Gorille, de deux Orangs-outangs et de deux Chimpanzés, dans rétablissement connu sous le nom d'Aquarium, à Berlin, a été un véritable événement pour le monde zoologiquc, et a fait naître dans l’esprit des naturalistes l’espoir d’élucider certains points encore obscurs de l’histoire des anthropomorphes. Malheureusement cette joie n’a pas été de longue durée, car, malgré les soins dont ils étaient l’objet, ces Singes n’ont pas tardé à succomber, victimes, comme leurs devanciers, des rigueurs de notre climat. Les détails que nous allons donner sur le Gorille, le Chimpanzé, l’Orang et les Gibbons, seront donc empruntés beaucoup moins aux observations que l’on a pu faire dans nos jardins publics qu’aux documents recueillis par les voyageurs dans les contrées lointaines.
- Le Gorille, le plus grand de tous les anthropomorphes, n’est connu que depuis une trentaine d’années : il a été découvert* par un missionnaire américain, M. Savage, qui vers I 847 explorait les bords du fleuve du Gabon. Se trouvant chez un de ses collègues, nommé M. Wilson, ce voyageur eut l’occasion d’examiner des. crânes d’une grande espèce de Singe qu’il fut tenté d’abord de considérer comme une sorte d'Orang. Mais bientôt, grâce aux renseignements fournis par les nègres de la tribu de Mpongwc, il put se convaincre qu’il y avait dans cette région couverte de forêts, deux grands Singes anthropomorphes, que les naturels distinguaient sous les noms de Engé-cko et de Engé-ena, et dont l’un vivant dans le voisinage de la côte, n’était autre que le Chimpanzé, connu depuis longtemps, tandis que l’autre, retiré dans l’intérieur du pays, n’avait
- jusqu’alors été signalé par aucun naturaliste, si ce n’est peut-être par Bowdich1. Un naturaliste américain, le docteur Wyman, s’empressa de faire connaître sous le nom de Troglodytes gorilla le grand quadrumane découvert par M. Savage, et quelques mois plus tard, en Angleterre, M. Owen décrivit la même espèce sous le nom de Troglodytes Savagei. En vertu de la loi de priorité, le nom spécifique qui a été proposé par le docteur Wyman, et dont nous expliquerons plus loin l’étymologie, a été seul conservé ; néanmoins c’est à l’anatomiste anglais que revient l’honneur d’avoir mis en lumière, dans un mémoire publié en 1848, les différences qui séparent les deux grands Singes anthropomorphes. Le Gorille, dit M. Owen, est de stature plus élevée que le Chimpanzé ; il a les crêtes sourcilières plus développées, les arcades zygomatiques plus robustes et plus fortement arquées, les alvéoles des incisives disposés d’une autre façon et moins éloignés de l’orifice nasal, les os du nez plus étroits et plus comprimés supérieurement ; en un mot, il se distingue par un certain nombre de caractères, qui pour M. Owen comme pour M. Wyman, ont plutôt une valeur spécifique qu’une valeur générique. Cependant en 1852 et 1855, dans des mémoires insérés soit dans les Comptes rendus de l'Académie des sciences, soit dans les Archives du Muséum, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et Davernoy s’appuyant principalement sur des particularités du système dentaire, placèrent le Gorille dans un genre spécial et l’appelèrent Gorilla gina, en altérant légèrement le nom local de cette espèce, que l’on écrit tantôt ISeggeena, tantôt Dgena.
- E. OüSTALET.
- — La suite prochainement. —
- LÀ QUINZAINE MÉTÉOROLOGIQUE
- Tel est le titre d’une nouvelle publication publiée par M. Léon Tcisserenc de Burt,, sous les auspices de la Société météorologique de France. Cette publication a pour but de grouper les documents recueillis dans un certain nombre de points, répartis autant que possible à la surface de la France. On s’est attaché à choisir des stations où les instruments sont installés dans de bonnes conditions et les observations laites avec soin. La Quinzaine météorologique comprend trois parties : l’une, la plus importante, consacrée aux tableaux d’observations; l’autre, à des courbes barométriques, permettant d’embrasser d’un seul coup d’œil la marche du baromètre en différents points de la France. Enfin une troisième partie, sous le nom de chronique, comprend des notes sur des phénomènes météorologiques rc-
- 1 II paraît en effet que ce naturaliste, dans sa mission chez les Achantis, rcccueillit quelques notions assez vagues sur 1 ’Enyé-eko et Y Engé-ena et rapporta meme un crâne de Gorille en Angleterre.
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- LA NATURE
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- marquables, tels que trombes, aurores boréales, tremblements de terre, etc., et, dans certains cas, des extraits des travaux de météorologistes etrangers.
- ÉTUDE DES RELATIONS
- ENTRE LE SOLEIL ET LA TERRE
- (Suite et lin. — Voy. p. 107 et 140.)
- J’ai essayé de prouver que le magnétisme de la terre est affecté par l’état de la surface du soleil. Je vais maintenant m’efforcer de démontrer que la météorologie de la terre est semblablement influencée par la même cause.
- M. Baxendell, de Manchester, fut, je crois, le premier qui fit remarquer que les centres de dépression de l’atmosphère terrestre semblent varier suivant l’état de la surface du soleil. Plus récemment, M. Mclrum, de l'observatoire de Pile Maurice (île de France), a démontré victorieusement l’existence de cette connexion, en prouvant, d’après les résultats de ces observations, qu’il y a plus de cyclones dans l’océan Indien aux années de maximum de tacbes solaires qu’aux années de minimum. C’est ce que montre le tableau suivant :
- COMPARAISON DU NOMBRE DES CYCLONES QUI SÉVISSENT DANS L’OCÉAN INDIEN AVEC LE NOMBRE ANNUEL DES TACHES SOLAIRES.
- TACHES SOLAIRES NOMBRE DE CYCLONES TACHES SOLAIRES NOMBltE DE CYCLONES
- «muées- années.
- / 1847 5 1 1862 10
- Maximum] 1848 8 23 1863 9
- ( 1849 10 ) 1864 5
- 1850 8 {1865 7 )
- 1851 7 Minimum] 1866 8 21
- 1852 8 ( 1867 6 )
- 1853 8 1868 7
- / 1854 4 ) (1869 9 )
- Minimum] 1855 5 } 15 Maximum] 1870 11 51
- ( 185G 4 ) ( 1871 11 j
- 1857 4 1872 13
- 1858 9 1873 12
- i 1859 15 j
- Maximum] 1860 15 59
- ( 1861 11 !
- Le professeur Pocy a confirmé cette conclusion de M. Melrum, en montrant qu’il existe une périodicité semblable pour les cyclones des côtes de l’Amérique centrale.
- D’un autre côté, le docteur Arthur Schuster a trouvé que les années où il y a le moins de taches solaires correspondent aux années où l’on a fait les meilleurs vins en Allemagne. C’est ce qu’indique le tableau suivant :
- ANNÉES TACHES SOLAIRES ANNÉES DE BONS VINS EN ALLEMAGNE
- 1784 8 1784
- 1789 5 (?)
- 1810 5 1811
- 1823 2 1822
- 1833 8 1834
- 1844 0 1846
- 1856 2 1857 ' 1858
- 1867 2 j ' 1868
- 11 a aussi été très-remarqué naguère par le docteur Huntcr, directeur général de la statistique du gouvernement de ITndoustan, que les famines de l’Inde méridionale reviennent à peu près tous les onze ans, ce qui est à peu près aussi le cycle de la fréquence des taches solaires.
- Un diagramme précédent a montré l’étroite connexion qui existe entre l’état de la surface solaire et la courbe des oscillations de l’aiguille aimantée, librement suspendue à l’observatoire de Kcw. Si, au lieu de prendre les lignes magnétiques quotidiennes, nous prenons les lignes de température quotidienne, c’est-à-dire les différences entre les maximum et les minimum thermométriques, nous trouvons dans celles-ci pareillement un rapport évident avec l’état du soleil. Néanmoins la correspondance n’est pas tout à fait aussi marquée que dans le cas de la déclinaison magnétique, et il existe sans doute de nombreuses inégalités locales. Mais ici se place une question très-intéressante et très-importante : ces fluctuations de la courbe de température quotidienne, à l’observatoire de Kcw, coïncident-elles, par rapport au temps, avec les fluctuations solaires correspondantes, ou les premières viennent-elles chronologiquement après les dernières, comme dans le cas de la déclinaison magnétique? On voit aisément la portée pratique de cette question, car si les oscillations de température, et les autres fluctuations météorologiques se manifestent simultanément avec les changements solaires correspondants, il nous sera difficile d’espérer que l’étude de la surface du soleil nous mette jamais à meme de prédire les faits de l’ordre météorologique ; mais si, au contraire, les changements solaires précèdent les cham gements .météorologiques, il n’est pas impossible d’arriver un jour à utiliser les observations solaires à l’effet de prédire les principaux faits météorologiques. Or, il me semble qu’il y a certaines variations bien marquées, de la courbe de température à l’observatoire de Kew, qui coïncident fort bien avec les variations magnétiques correspondantes, et qui suivent par conséquent les variations solaires, à la distance de près de six mois ; mais cette question si intéressante et si importante ne pourra être élucidée complètement que par des observations ultérieures.
- Je puis faire remarquer ici que les météorologistes commencent à soupçonner un rapport intime
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- entre le magnétisme et la météorologie terrestres. M. Baxendell fut, je crois, le premier qui signala une inégalité diurne, dans la direction et la vitesse du vent, en connexion avec les variations quotidiennes de la déclinaison magnétique. J’ai reçu, à ce propos, il n’y a pas longtemps, une lettre de M. J. A. Broun, le météorologiste et magnéticien bien connu. « Mon opinion actuelle, m’écrivait-il, est que les phénomènes météorologiques proviennent d’actions solaires ; l’action caloriliquc n’est pas la seule ; mais l’action, qui produit des variations dans l’intensité magnétique terrestre, affecte les conditions des gaz atmosphériques, et introduit des forces que, dans l’état actuel de nos connaissances, nous ne pouvons pas apprécier exactement, bien qu’il me semble que les faits démontrent leur existence. » On verra par le diagramme K qu’il y a une ressemblance très-marquée entre les variations annuelles de la courbe de déclinaison et celle des températures.
- Reste toutefois une question qui se rattache de près à l’investigation présente. Si le soleil affecte la terre de bien des manières différentes, et si les planètes affectent le soleil, pourquoi la lune n’exercerait-elle pas une action sur la terre?
- Or, on sait que la lune a de i’iii£hience sur le magnétisme terrestre, et qu’elle produit une variation bien marquée, d’une nature analogue
- Diagramme K. — La courbe supérieure indique les variations de température ; la courbe inférieure les variations [de déclinaison magnétique.
- - 0» 45° 90» 135° ISO" 225» 270° 315“ 0» 45* 90“
- Diagramme L. — Variations de la température pendant l’hiver.
- au mouvement du flux et du reflux, c’est-à-dire
- avec deux maxima et minima dans chaque jour lunaire; il y a aussi des indications de variation avec un seul maximum et un seul minimum.
- M. Park ïlarrison signala le premier le fait que la température terrestre est influencée par la position relative du soleil et de la lune.
- J’ai trouvé dans les observations de la température quotidienne faites à l’observatoire de Kew, des documents très-précis en ce qui concerne les phases de la lune. En été, quand la pleine lune n’est pas éloignée de l’horizon, nous avons un rapport moins précis, qui semble impliquer un maximum de la
- Diagramme M. — Variations de ia déclinaison magnétique en hiver.
- courbe de température quotidienne, vers l’époque de la nouvelle lune, comme vers l’époque de la pleine lune. Mais en hiver, quand la pleine lune se rapproche du zénith, nous avons une indication très-nette, montrant un maximum sur la ligne de température quotidienne vers le temps de la nouvelle lune et un minimum vers le tcrnps de la pleine lune.
- Quant aux lignes magnétiques à Kew, les mêmes phénomènes se présentent, savoir, en été, un maximum sur la courbe à l’époque de la nouvelle lune comme de la pleine lune et, en hiver, un maximum à la nouvelle lune et un minimum à la pleine lune.
- Les variations des courbes de la température et de la déclinaison à Kew, durant les mois lunaires de l’hiver, se voient dans les diagrammes L et M, qui prouvent qu’entre ces variations il existe de grandes ressemblances.
- Ces derniers diagrammes présentent un intérêt spécial en ce qu’ils décèlent une influence qui parait semblable, pour la forme, à celle que les planètes sont supposées exercer sur la surface du soleil. Au reste, cette dernière question nepourra guère être élucidée que par des recherches ultérieures.
- Si maintenant nous comparons entre eux les résultats que nous avons constatés ci-dessus, nous dirons que les trois problèmes de l’étude du soleil, de celle du magnétisme terrestre et de celle de la météorologie, forment les trois angles d’un seul et même triangle. Nous sommes parfaitement certains de la connexion qui existe entre l’étude du soleil et celle du magnétisme terrestre. Quant à la relation entre l’étude du soleil et celle de la météorologie, elle n’est peut-être pas établie sur des preuves aussi positives; mais notre conviction est corroborée ici par les traces indépendantes qui relient le magnétisme à la météorologie. Les trois questions sont donc connexes, et la logique scientifique demande qu’on étudie chacune d’elles comme partie d’un tout.
- Balfour Stewart.
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- LA NATURE.
- m
- LA YESSIE NATATOIRE DES POISSONS
- On donne le nom de vessie natatoire, ou vessie aérienne, à cette poche remplie d’un fluide gazeux que l’on trouve dans l’intérieur du corps de certains poissons, et que l’on regarde généralement comme destinée à faciliter leurs mouvements dans l’eau.
- Cet organe, du reste, n’existe pas chez tous les poissons, et bon nombre d’entre eux en sont privés, tant chez les poissons aplatis et nageant dans une position horizontale, comme les Raies et les poissons plats, que chez ceux chez lesquels la rapidité de la locomotion est très-grande, comme les Squales et certains Scombres. Tantôt celte vessie, comme chez les Carpes, communique par un canal, dit aérien, avec la cavité du tube digestif, et par ce point avec l’extérieur ; tantôt la vessie est tout à fait close, comme cela s’observe chez les Perches.
- Ceci posé, quel est le rôle que joue la vessie natatoire dans la locomotion des poissons?
- En 1685, Borelli, dans son ouvrage sur la locomotion des animaux, partant de cette hypothèse que le poisson est immobile à quelque profondeur qu’il soit placé, admet que l’animal a exactement la meme densité que l’eau. Il croit, en outre, qu’en vertu du principe d’Archimède, si le poisson veut devenir plus léger, de façon que « sa machine s'élève d’elle-même, il faut qu’il relâche ses muscles pour permettre à l’air d’obéir à sa force élastique et de se dilater; et, qu’au contraire, s’il veut qu’elle devienne plus lourde et quelle descende d’elle-même au fond, il est nécessaire qu’il contracte sa vessie aérienne à l’aide de ses muscles abdominaux, pour n’occuper qu’un volume plus petit ». L’opinion formulée par Borelli a été admise par tous les naturalistes; pour Delaroche, Cuvier, J. Miiller, Stannius, R. Owen, Wundt, le volume de la vessie natatoire, modifiée par la pression après la descente ou l’ascension, est. ramené à son état primitif par l’action des '< muscles propres, qui, fixés aux parois de la vessie dans un grand nombre d’espèces, ont probablement pour usage de comprimer plus ou moins fortement le gaz qu’elle renferme, non, comme le supposent ceux qui ont adopté (en son entier) l’hypothèse de Borelli, pour changer la pesanteur spécifique du poisson, mais au contraire pour le maintenir toujours au même point ». (Delaroche.)
- Tel était l’état de la question, lorsque le docteur Armand Moreau la reprit, et, par des expériences
- conduites avec le plus grand soin, parvint à définir la fonction de la vessie natatoire et put préciser le sens qu’il faut donner à l’expression d’appareil hydrostatique appliqué à cet organe. Ce sont les résultats de ces recherches expérimentales que nous nous proposons d’exposer à nos lecteurs. ♦
- Nous venons de dire que chez certains poissons existait un canal aérien ; le rôle de ce conduit dans l’équilibre du poisson n’avait jamais été discuté avant les recherches de M. Moreau. Il résulte des expériences de cet auteur, confirmatives de celles que Biot avait antérieurement entreprises, que le poisson peut rejeter par le canal aérien l’air en excès, et ne conserver que la quantité de fluide qui, sous la pression à laquelle il se trouve soumis, lui donne et son volume normal et les conditions de l’équilibre; on comprend, en effet, que, sans cela, le volume de l’air intérieur augmenterait d’une manière dangereuse, engendrant pour l’animal une poussée verticale de bas en haut, croissant à chaque instant. Chez une espèce de nos côtes, le Sinchard ou Saurel (Caranx trachurus), existe même un conduit spécial, nommé par M. Moreau canal de sûrete', qui, mettant en communication la vessie natatoire avec l’extérieur, et s’ouvrant dans la partie postérieure et supérieure de la cavité branchiale du côté droit, permet, même sous une faible pression, la sortie de l’air en excès.
- Étant posé que le poisson privé de vessie natatoire est plus lourd.que l’eau, et que le poisson pourvu de cet organe devient plus léger que le fluide dans lequel il est plongé, lorsque l’animal vient à passer de la profondeur vers la surface, l’on peut se demander s’il se sert de sa vessie natatoire pour changer de densilé suivant les besoins de sa locomotion.
- A cette question M. Moreau répond par la négative, en s’appuyant sur l’expérience suivante. Un bocal de grande dimension est surmonté d’un couvercle en dôme que termine, à sa partie centrale, un tube muni d’un robinet destiné à faire échapper les dernières bulles d’air, de telle sorte que l’appareil puisse être entièrement rempli d’eau. Une ouverture latérale donne insertion à un tube coudé à angle droit, dans lequel l’eau s’engage et accuse, par sa progression au dehors ou par sa marche en arrière, une augmentation du volume du contenu du bocal, ou une diminution. Un index est placé à la limite de l’eau, dans la partie du tube horizontal la plus voisine du coude. L’appareil disposé, que l’on vienne à y introduire un poisson pourvu d’une ves-
- Appareil de M. Moreau pour l’étude du fonctionnement de la vessie natatoire des poissons.
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- LA NATURE.
- sie natatoire, une Perche par exemple, l’on constatera qu’à mesure que le poisson s’élève, l’index chemine vers l’extérieur, et que quand, au contraire, il redescend, l’index se rapproche de son point de départ ; en résumé, à chaque instant de l’ascension ou .de la descente, la place de cet index correspond exactement à la hauteur de l’animal, un mouvement plus rapide de l’index ne se produisant jamais au début d’une ascension ou d’une descente.
- Rien ne changeant dans l'appareil, sinon la place que le poisson occupe, c’est donc à celui-ci que l’on doit rapporter l’augmentation et la diminution de volume accusées par 1 index. Les poissons munis d’un canal aérien, tels que la Carpe, l’Anguille, se comportent de même; tandis que les poissons privés de vessie natatoire, comme les Squales, les Soles, montent et descendent dans l’appareil sans faire mouvoir l’index.
- En discutant cette expérience, M. A. Moreau a pensé que le poisson subissait passivement la pression extérieure pendant toute la durée de l'ascension et de la descente. « De plus, ajoute-t-il, quand le jeu des nageoires a achevé ces deux genres de progression, et que le poisson s’arrête ou qu’il continue à se mouvoir en restant dans un plan horizontal, l’expérience prouve qu’il conserve le volume acquis. Or ce volume n’est point celui qu’il avait au départ ; et comme la densité de l’eau est la même aux deux niveaux du départ et de l’arrivée, il en résulte qu’il conserve le volume que lui impose la pression; jamais il ne rétablit par un effort musculaire le volume primitif. » En un mot le poisson se conduit comme un ludion, montant et descendant suivant la pression, sans que sa volonté intervienne pour le faire monter ou descendre.
- Étant admis que le poisson ne se sert pas de sa vessie natatoire pour changer de densité suivant ses besoins de locomotion, M. Moreau pose cette seconde question, qui pour lui résume le problème hydrostatique de la vessie natatoire : le poisson se sert-il de cette vessie pour prendre, quand il demeure dans le plan horizontal, la densité de l’eau?
- Si l’on prend un poisson qui vit depuis quelque temps près de la surface de l’eau, et que l’on vienne à le soumettre à une pression déterminée, que l’on fait durer pendant quelques jours, l’on constate un changement de volume qui démontre que la vessie natatoire est le siège d’un travail incessant, qui rend au poisson la densité de l’eau quand il a changé de niveau. Le rôle actif de la vessie natatoire consiste dans l’absorption du gaz en excès pour le poisson, qui a quitté un niveau plus profond pour un niveau plus superficiel, et dans la formation du gaz chez le poisson qui a quitté un niveau superficiel pour un niveau plus profond.
- a Grâce à cette activité incessante, dit avec juste raison M. A. Moreau, le poisson en équilibre à un certain niveau et possédant la densité de l’eau, peut se déplacer verticalement et se rétablir en équilibre à un autre plan.
- « Le poisson possède ainsi la faculté d’avoir exactement la densité de l’eau à toutes les profondeurs... Cette adaptation de la densité du poisson à la densité de l’eau qui se refait ainsi à chaque changement de niveau, puisque la pression nouvelle modifie le volume normal, cette adaptation se fait donc par deux opérations physiologiques (absorption ou formation du gaz) qui exigent un temps considérable comparé au temps que met le poisson à changer de niveau ; il en résulte pour le poisson qui monte ou descend une gêne et même un danger, puisqu’il subit une densité d’autant plus différente de la densité de l’eau, que la distance verticale parcourue depuis le plan d’équilibre est plus grande.
- « Comparons le poisson privé et le poisson pourvu de vessie natatoire... Celui qui n’a pas de vessie natatoire possède normalement, comme il résulte des expériences de Delaroche, une densité toujours supérieure à celle de l’eau. Il n’est jamais en équilibre dans l’eau; il a toujours des efforts de nageoires à faire pour ne pas tomber au fond. Là seulement il peut se reposer : la forme aplatie, si commune parmi ces espèces, les Squales, les Raies, les Soles, etc., l’indique, et c’est ce que confirme l’observation. Le poisson qui a une vessie natatoire trouvera toujours, quand la profondeur de l’eau et la pression extérieure de l’air ne lui feront pas défaut, un plan où il possédera exactement la densité de l’eau.
- « Au-dessous de ce plan, il prend une densité plus faible que celle de l’eau; au-dessus de ce plan, il devient plus dense que l’eau et peut s’appuyer sur le sol résistant; mais la forme carénée, très-commune chez eux, les oblige alors à s’incliner gauchement, et montre qu’ils sont faits pour demeurer au sein du milieu mobile.
- « La faculté de proportionner la quantité de gaz à la hauteur à laquelle il se tient, montre que le poisson muni de vessie natatoire peut vivre à toutes les hauteurs de la mer et les choisir suivant ses besoins, à la condition qu’il passera lentement de l’une à l’autre. Il lui est interdit de franchir rapidement une distance verticale un peu considérable, car il subit dans ce passage rapide un changement de densité qui peut lui être fatal.
- « Au point de vue de la station dans l’eau, la vessie natatoire constitue une supériorité pour le poisson qui la possède, mais au point de vue des déplacements rapides mesurés sur une verticale, elle constitue une infériorité et même un danger.
- « Comme tout ce qui existe dans la nature, l’organe doit être vu dans certaines conditions, qui, réalisées, le constituent dans un état d’harmonie que nous apprenons à comprendre. Or, le poisson qui a une vessie natatoire et que l’on considère dans ce plan spécial, que l’on peut appeler le plan des moindres efforts, possède un équilibre et une liberté de mouvements qu’aucun animal terrestre et même qu’aucun oiseau ne peut posséder. C’est dans ce
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- plan que ce poisson est plus parfait que les poissons sans vessie natatoire. »
- M. Moreau a constaté aussi que la formation du gaz qui remplit la vessie natatoire est une sécrétion due à certains corps spéciaux connus sous le nom de corps rouges; cette sécrétion est lente et quand le poisson a rejeté une certaine quantité de gaz, il s’écoule un certain, temps avant que le gaz soit reformé. De plus, les muscles parfois puissants qui se remarquent sur les côtes de la vessie natatoire ne sont pas en rapport avec la natation ; ils ont pour but de comprimer la vessie, au point de vue de l’émission des sons. E. Sauvage.
- LÀ QUESTION DES GERMES DE L’AIR
- NOUVELLES RECHERCHES DE M. J. TYNDALL.
- On se rappelle les belles expériences du professeur Tyndall sur les phénomènes de la fermentation et de la dispersion des germes dans l’atmosphère. On sait qu’après avoir trouvé, dans le passage d’un rayon de lumière à travers l’air d’une chambre, un moyen simple et efficace de s’assurer de la pureté de cet air, le savant professeur de l’Institution royale avait constaté que toutes les infusions putrescibles, exposées à des atmosphères optiquement reconnues pures, se maintenaient exemptes de toute fermentation1 2. Plus tard, il eut à lutter, dans son laboratoire d’Albemarle Street, contre une atmosphère tellement infectée des germes du foin corrompu, que les Bacillariées envahissaient tous les tubes destinés aux expériences, et que les liquides types eux-mèmes n’échappaient pas à l’invasion. Ce n’est qu’en se transportant dans le laboratoire de Kew, qu’on obtint des résultats conformes aux premiers. — Dans une récente lecture faite à la Société royale*, M. Tyndall a rendu compte de ses dernières expérimentations. Nous allons résumer quelques-unes des expériences décrites par l’illustre savant anglais, et présenter les principales conséquences qu’il en déduit.
- Ces expériences ont été exécutées dans un hangar construit tout exprès à proximité du laboratoire infecté, et l’on a eu recours à d’extrêmes précautions, telles que de changer de vêtements, en passant d’une salle à l’autre. On est arrivé ainsi à éviter le développement des Bactéries, et à établir, par de nouveaux faits, dit M. Tyndall, que la génération spontanée est tout à fait improbable, et qu’elle n’a jamais été constatée une seule fois.
- Un exemple cité par M. Tyndall, est assez remarquable. Une tige longue de 9 mètres allait du han-
- 1 Voy. 4e année 1876, 2e semestre, p. 117 et 150.
- 2 Further Researches on lhe Deportement and Vital Persistent of Putrefactive and Infective Organisme from a Physical point of View; by John Tyndall, D. G. L., L. L. D., U n. S,
- gar au laboratoire de l’Institution royale. A l’une des extrémités, une ébullition de cinq minutes suffisait à rendre les infusions absolument stériles ; à . l’autre extrémité de la tige, les mêmes infusions résistaient à une ébullition prolongée pendant cent quatre-vingts minutes. Faudra-t-il en conclure que le même liquide possède, et ne possède plus à 9 mètres de distance, la faculté de créer spontanément des organismes? ou bien n’est-on pas forcé d’admettre que l’on a, à une extrémité de la tige, un air complètement infecté de germes, et de l’autre côté, un air relativement pur? 11 est facile do s’en rendre compte : en battant une poignée de. vieux foin au-dessous d’un rayon de lumière, on voit s’élever des nuages d'une poussière dans laquelle on retrouve desséchés, les germes qui causent la putréfaction.
- On peut extraire ces germes du foin par le lavage et obtenir un virus infectieux, dont la plus petite quantité introduite dans un liquide d’origine animale, suffit à produire en une vingtaine d’heures des „ milliers d’organismes. Il pourrait se faire que ces germes fussent le contagium de la fièvre des foins, car on sait qu’on a trouvé, dans les narines des personnes attaquées do cette fièvre, des vibrions semblables à ceux des solutions putrides.
- Poursuivant ses expériences, le professeur Tyndall a trouvé que ces germes résistaient à quatre heures d’ébullition ; plusieurs même à cinq, six et huit heures. Il est cependant possible d’arriver à stériliser ces liquides en quelques minutes : il faut pour cela suivre les indications de la théorie du développement des germes. Pour tous les germes connus, il existe une période d’incubation, pendant laquelle ils se préparent à se transformer en organismes parfaits ; si, durant cette période, on fait bouillir l’infusion, même pendant une fraction de minute, les germes ramollis à l’approche de cette phase de leur développement final seront détruits. Tant qu’ils restent à l’état de germes, ils sont durs et résistants; les organismes adultes qui en proviennent sont, au contraire, mous et extrêmement sensibles. Il en résulte que, si l’on chauffe l’infusion à plusieurs reprises, correspondant au moment où différentes fournées de germes entrent dans cette phase d’amollissement, il sera possible de les détruire tous, et de rendre l’infusion absolument stérile. Si un liquide ainsi traité, reste transparent, tandis qu’une portion du même, simplement soumise à une ébullition plus ou moins prolongée, fourmille de vie après vingt heures, et si d’ailleurs les circonstances extérieures ont été identiques, n& faut-il pas évidemment en conclure que l’infusion putréfiée renfermait des germes qui ont échappé à la destruction? Cette conclusion est bien plus naturelle que celle qui expliquerait le fait par une génération spontanée.
- On obtient des résultats semblables en faisant bouillir les infusions à l’abri de l’oxygène. Après un certain temps, on les expose à une atmosphère privée de germes, et elles restent pures. Si l’hypq-
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- hèse de la génération spontanée était vraie, on ne s’expliquerait pas cette absence d’organismes. — Appliquant les observations de M. Paul Bert, le professeur Tyndall a soumis des infusions de bœuf et de mouton, pendant plusieurs semaines, à une pression de 40 atmosphères d’oxygène, et il a prouvé qu’elles restaient ainsi transparentes et dépourvues d’organismes.
- Toutes ces recherches ont été poursuivies pendant huit mois, sans qu’on ait découvert l’ombre d’un fait tendant à appuyer l’hypothèse de la génération spontanée. Il est inutile d’insister sur l’importance pratique de ces résultats pour ceux qui ont à combattre l’infection des germes, pour les chirurgiens des hôpitaux, qui doivent préserver contre les vibrions les blessures de ceux qu’ils soignent; pour les médecins chargés d’empêcher la contagion de la scarlatine, de la typhoïde et du choléra, et pour les fabricants de conserves alimentaires. Tous comprendront la nécessité de se maintenir à distance des magasins de foin, et de tous les milieux atmosphériques viciés par une production abondante de germes.
- M. Tyndall ne bornera pas là ses recherches ; mais on peut dire, dès à présent, que M. Pasteur et lui sont arrivés, par leurs belles et concluantes expériences, à rendre presque évidente la théorie du panspermisme. R. Yion.
- LE SERVICE MÉTÉOROLOGIQUE
- EN AUSTRALIE.
- Les colonies anglaises de l’Australie viennent d’organiser entre elles un échange régulier de télégrammes météorologiques.
- L’établissement du service à Sidney est dû à l’initiative de M. 11. C. Russel, astronome du gouvernement pour la colonie de la Nouvelle-Galles du Sud. M. Russel fit, en 1875, un voyage en Angleterre et aux Etats-Unis, afin d’étudier sur les lieux le fonctionnement du service dans ces deux pays. A son retour, en octobre 1875, le plan d’un Bulletin météorologique quotidien était arrêté, soumis au gouvernement et approuvé. En février 487(i, le matériel nécessaire à la publication était prêt, mais le projet dut être ajourné, par suite de difficultés relatives à la concentration des télégrammes nécessaires.
- Peu de temps après, M. Ellery, directeur de l’observatoire de Melbourne, astronome du gouvernement pour la colonie de Victoria, proposait de son côté d’organiser le service dans son district, et demandait à M. Russel, ainsi qu’à M. Todd, directeur de l’observatoire d’Adélaïde, l’échange régulier de télégrammes météorologiques. L’entente ayant eu lieu, un code chiffré fut adopté, et le 29 janvier 1877, le service fonctionnait pour la première fois entre Sidney et Melbourne; un peu plus tard, les colonies de Queensland et de l’Australie méridionale se joignirent à celles de Victoria et de la Nouvelle-Galles du Sud.
- Les stations qui fournissent des télégrammes sont ac-‘ Bellement au nombre de quarante environ; elles sont presque toutes situées sur la côte est et sud, depuis Bock-
- hampton jusqu’à Adélaïde ; ce nombre sera augmenté peu à peu.
- Voici de quelle manière le service est organisé à Sidney. Les observations sont faites à neuf heures du matin sur tout le réseau. Une heure après que les télégrammes sont reçus, réduits et discutés, la carte, ainsi que les conclusions résultant de son examen, est prête pour le tirage. Tandis qu’en Europe les divers Bulletins météorologiques sont imprimés par des procédés lithographiques, ici M. Russel emprunte à la typographie un moyen rapide, économique, et qui permet en même temps un tirage considérable. A l’aide d’une forme spéciale d’imprimerie, la composition quotidienne de la carte est faite en caractères typographiques à l’observatoire même. Lorsque cette composition est prête, ce qui, comme nous venons de le dire, ne demande pas plus d’une heure, et après épreuve corrigée, on tire quelques exemplaires pour les besoins du service, puis la forme est portée à l’imprimerie d’un journal local, ihe Sidney morning Herald. La carte est publiée dans le corps du journal ; elle occupe une hauteur de 15 centimètres sur une largeur égale à celle de deux colonnes ordinaires. Un résumé de la situation, dont la composition est faite dans les ateliers de l’imprimerie, accompagne chaque carte.
- Les symboles adoptés sont ceux du Signal Service des Etats-Unis ; ils font connaître la hauteur barométrique, le sens de la marche du baromètre au moment de l’observation, la température, la direction et la force du vent, l’état du ciel et de la mer; en outre, un tableau donne pour les quarante stations dont l’observatoire de Sidney reçoit les télégrammes, les températures minima et maxima diurnes et la hauteur de la pluie tombée. La première carte a paru dans ces conditions le 5 février dernier.
- Des cartes analogues à celles de Sidney vont être publiées par M. Ellery à Melbourne, et par M. Todd, à Adélaïde. On espère que les autres colonies australiennes uni-ront. leurs efforts pour l’extension du service, et qu’avant peu il sera possible de formuler et d’expédier des avertissements aux ports. L’importance de cette organisation ne saurait être méconnue; outre que les résultats obtenus pourront avoir une utilité pratique immédiate, en permettant d’informer les côtes de l'arrivée des tempêtes, les documents publiés seront très-précieux pour l'élu’e des mouvements généraux de l’atmosphère dans l’hémisphère sud. Tu. Mouceaüx.
- LE LABORATOIRE
- DE L’UNIVERSITÉ DE LEIPZIG
- Commencé dans l’automne de 1867, le laboratoire de l’université de Leipzig était terminé un an après.
- L’édifice, que nous avons visité récemment, a 72 mètres de long sur 70 de large. En jetant un coup d’œil sur la partie extérieure de ce vaste établissement, on s’aperçoit aisément que les nécessités de l’aménagement intérieur, ordonné par le professeur Kolb, ont nui à son harmonie architecturale. M. Kolb s’est préoccupé surtout de faire pénétrer autant de lumière que possible dans l’intérieur du laboratoire.
- L’ensemble se compose d’un sctos-sol, d’un
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- Laboratoire de Leipzig. Grande salle du rez-de-chaussée.
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- rez-de-chaussée tenant de l’entro-sol et d’un premier étage. La moitié occidentale de la section antérieure sert de logement au directeur. Le conservateur est égalèment logé dans l’édifice ainsi que ses trois subordonnés. Tout près se voit une salle de cours qui peut contenir environ soixante auditeurs.
- On trouve au premier étage une Araste pièce pour les travaux eudiométriques, une autre pour les expériences spectrales et photographiques, une troisième où sont placés les appareils physico-chimiques ; plus loin est le laboratoire particulier du directeur, enfin une pièce où l’on a installé les balances.
- Six grandes salles peuvent renfermer cent trente expérimentateurs ou manipulateurs. Un espace non abrité contre la pluie laisse pénétrer librement l’air et la lumière, et facilite les études faites sur les rayons solaires. Ailleurs, un grand appareil fournit de l’eau distillée au moyen de la condensation de la vapeur.
- La grande salle des cours (auditorium) est éclairée par huit fenêtres, et peut renfermer cent soixante auditeurs, commodément assis sur des bancs.
- Toutes les salles et pièces sont chauffées à la vapeur d’eau, à la réserve des appartements habités.
- Cent trente chambres plus ou moins spacieuses sont consacrées aux travailleurs, maîtres ou élèves. Le laboratoire de Leipzig égale à lui seul ceux de Bonn et de Berlin réunis, et cependant il n'a coûté que 100 000 thalers (375 000 francs), tandis que ceux de Bonn et de Berlin en ont coûté, au total 320000 (1 200 000 francs).
- Ce qui étonne et charme le visiteur est l’énorme quantité de lumière qui inonde l’intérieur de l’édifice. Toutes les dispositions ont été prises pour l’expulsion aussi prompte que possible des gaz et odeurs qui pourraient compromettre la santé des professeurs ou élèves, se livrant aux diverses manipulations que la chimie exige si impérieusement.
- Le rez-de-chaussée est réservé aux débutants ; notre gravure représente le grand laboratoire qui s’y trouve installé. Chaque élève a sa place devant une table pourvue d’étagères où sont alignés les flacons réactifs. Du gaz et de l’eau sont à portée de la main du manipulateur. Chaque' table de travail est dégagée de toutes parts, et l’on peut en faire le four sans le moindre empêchement.
- Une petite salle, qui ne reçoit aucune lumière du dehors, et qui est pourvue d’une bonne cheminée, est destinée aux expériences dans lesquelles l’absence totale de la lumière est une condition indispensable.
- Le professeur Kolb est parvenu, à l’aide de deux cheminées par salle, à y établir une ventilation telle, qu’au bout de trois quarts d’heure, des pièces saturées d’acide chlorhydrique et d’ammoniaque, sont parfaitement désinfectées et remplies d’un air pur et sain.
- Le laboratoire de Leipzig possède un appareil à l’aide duquel on prépare le gaz acide sulfhydrique, contre lequel toutes les précautions sont prises pour
- qu’il jie puisse pas infecter l’air ambiant. Les précipitations se font dans de petites chambres vitrées, et l’excès de gaz est entraîné au dehors grâce à un tirage énergique.
- José Freire, de Rio-de-Janeiro.
- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE.
- (Suite — Voy. p. 83 et 123.)
- § III. — Période oligocène ou tongrienne.
- Nous avons vu précédemment que les rares représentants des genres demeurés européens et caractéristiques de notre zone, aulne, bouleau, charme, orme, peuplier, érable, étaient encore, à la fin de l’éocène, relégués dans des stations situées à l’écart,
- Fig. 1. — 1. Betula pulchella, Sap. — 2-5. Cnrpinus cuspii-data, Sap. (2-3. Feuilles. — 4-5. Fruits.)
- probablement sur des montagnes, dont l’altitude justifiait leur présence. Ces mêmes genres continuent à être peu fréquents dans le cours de l’oligocène ; ils le sont déjà plus cependant, et il est rare que chaque localité tongrienne n’en réunisse pas quelques-uns, et quelquefois ne les comprenne tous, lorsqu’elle est riche et suffisaiiiment explorée. En prenant les localités provençales dans l’ordre de leur ancienneté relative, j’observe effectivement les faits suivants (fig. 1) :
- Gargas, dont l’horizon est un peu plus récent que celui des gypses d’Aix, n’a fourni jusqu’à présent les vestiges d’aucun de ces genres, en dehors du seul Quercus cuneifolia Sap. (voy. p. 85, fig. 3), espèce à feuilles coriaces et paucilobées, qui semble devoir être rattachée au groupe américain des Erythrobalanus. Au bord du petit lac de Saint-Zacharie, un peu plus récent par son âge que Gargas, on a recueilli au contraire les traces d’un aulne (Alnusprisca Sap.), d’un bouleau (Betula ulmacea Sap.), d’un Ostrya (O. tenerrima Sap.), d’un charme (Carpinus cuspidata Sap.), d’un orme
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- (Ulmus primœva Sap.), d’un érable (Acer primœ-vum Sap.), presque tous accompagnés de leurs fruits, bien que leurs empreintes, sauf en ce qui concerne l’érable, soient extrêmement rares. A Saint-Jean-de-Garguier, localité peut-être un peu plus récente que celle de Saint-Zacharie, les bouleaux, charmes, érables, reparaissent avec une fréquence
- Fig. 2. — Types européens oligocènes.
- 1. Alnus prisca, Sap. — 2 et 2\ Betula Dryadum, Brongn. (Ar-
- rnissan, 2. Feuille, 2*. Samare, 2*'. Même organe grossi.) ___
- 5-4. Ostrya atlantidis, Ung. (Armissan. — 3. Feuille. —4. Fruit.) — 5-6. Ulmus priyiæva, Sap. (Saint-Zacharie. — 5. Feuille. — 6. Samare.)
- relative qui, rapprochée du nombre plus restreint des espèces recueillies, ne laisse pas que de marquer un progrès constant. Ce progrès nous est enfin révélé avec certitude par Armissan, dont la flore se rap-
- Fig. 3. — Divers types d’érables oligocènes.
- 1. Acer primævum, Sap. (Saint-Zacharie. — 4. Feuille. — 2. Fruit complet reconstitué.) —3. A. massiliensis, Sap. (Saint-Jean-de-Garguier.) — 4. A. pseudo-campestre, Ung. (Armissan,)
- porte visiblement à une grande forêt, établie, à portée d’un lac aux eaux limpides et profondes, sur le sol secondaire de la Clape, massif situé entre Armissan et la mer, à l’est de Narbonne (fig. 2).
- La forêt d’Armissan est à l’oligocène ce que la flore des gypses d’Aix est à l’éocène supérieur, un terme extrême, un point opérant la soudure entre deux périodes. La plupart des espèces qui caractérisent
- l’aquitanien se montrent à Armissan, mais elles sont encore associées aux formes caractéristiques de l’oligocène, particulièrement au Comptonia dryandrœ-folia. Dans cette forêt où dominaient de puissantes Laurinées, des Juglandées du type des Engelhardtia, des Anacardiacées, des Houx, des Aralia (voy. plus haut pages 125 et 124), des Dalbergiées, des Sophorées, des Mimosées, on rencontrait également des bouleaux de plus d’une espèce, des peupliers et des érables, remarquables par l’ampleur de leurs feuilles; enfin des ormes, et probablement des châtaigniers. Dans l’oligocène également, à Ronzon d’une part, et de l’autre à Armissan, on constate pour la première fois l’existence d’espèces demeurées
- Fig. 4. — Populus palæomelas, Sap. (Armissan.)
- depuis indigènes dans le midi de l’Europe, et ayant par conséquent conservé sans altération les caractères qui les distinguaient dès ce moment. C’est ainsique M. le professeur Marion a signalé à Ronzon (Haute-Loire) des folioles de lentisque (Pistacia lentiscus L.), et que les vestigts incontestables du térébinthe, représenté par une forme actuellement spontanée à Constantinople, comprenant des feuilles et une tige encore garnie d’une grappe de fruits, ont été recueillis à l’état d’empreintes, dans la localité voisine de Narbonne, toujours à Armissan.
- On voit donc se dessiner peu à peu les linéaments de l’état de choses qui a depuis prévalu. Les eaux de l’époque où nous ramène la considération de l’oligocène n’étaient pas moins favorisées que leurs rives et les régions occupées par des accidents montagneux ; une foule de plantes se pressaient dans leur sein, flottaient au milieu d’elles ou s’épanouissaient à leur surface. L’étude détaillée de ces plantes serait pleine d’attrait, mais elle nous entraînerait trop loin ; je me
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- contenterai de tracer une esquisse des plus saillantes.
- Je laisserai donc les Roseaux, les Cypéracées (Carex et Cyperus), les Massettes ou Typhacées, les Potemots, qui envahissaient alors, comme aujourd’hui, les eaux dormantes ou animées d’un faible mouvement; mais je ne saurais passer sous silence un type des pins singuliers, déjà ancien à l’âge oligocène, puisqu’on en trouve des traces dans les lits fluvio-lacustres de la craie supérieure du bassin de Fuveau, ainsi que dans les gypses d’Aix eux-mèmes. Ce type est celui des Rhizo-caulées, plantes palustres (fig. 5), dont la multiplication le long des bords de la plupart des lacs et des lagunes oligocènes de Provence, marque la place dans notre étude. Ces plantes ont laissé partout dans le midi de la France des vestiges de leurs tiges, de leurs feuilles et de leurs radicules éparses ; mais ce qui a surtout permis de les reconstituer et de leur assigner une place non loin des Restiacées et des Ério-caulées, groupes aujourd’hui exotiques, à l’exception d’une espèce unique perdue dans les marais de l’Irlande, c’est, d’une part, l’observation de leurs inflorescences disposées en épil-lets (tig. 6) paniculés, formés d’écailles scaricuses étroitement imbriquées, et, de l’autre, celte particularité curieuse, que des touffes entières, encore debout ou renversées au fond des eaux, ont été parfois converties en une masse siliceuse qui conserve l’organisation merveilleusement intacte des parties internes, visible sous le microscope.
- Les Rhizocaulon, genre dont la découverte première est due à M. Brongniart, croissaient dans des eaux peu profondes, enracinant dans la vase leurs tiges indéfiniment multipliées. Ils lormaient, le long des anciens rivages, de vastes colonies d’individus pressés, s’élevant de plusieurs mètres au-dessus des eaux. Les tiges, résistantes à la surface, mais remplies à l’intérieur d’une moelle lâche, trop hautes pour leur fermeté relative, toujours assez faible, chargées de larges feuilles rubanuées et
- Fig. 5. — Type de plnnle palustre oligocène aujourd'hui éteint. (Réduit à 1/16 de grandeur naturelle.)
- Rhizocaulon polystachium, Sap. (Saint-Zacharie).
- érigées, ou des lambeaux déchirés de ces mêmes feuilles, avaient la faculté d’émettre le long des entrenoeuds une foule de radicules adventives et aériennes qui descendaient de toutes parts, se frayant un passage à travers les résidus desséchés, pour gagner le fond des eaux ; ces radicules ainsi disposées, constituaient donc autant de supports à la tige qu’elles accompagnaient, à l’exemple de ce qui a lieu chez les Pandanus; elles n’avaient pourtant qu’une durée limitée, et, au bout d'un certain temps, elles se détachaient en laissant une cicatrice sur le point d’où elles avaient émergé ; mais elles ne quittaient la plante que pour être incessamment remplacées par des radicules nouvelles qui se succédaient jusqu’à ce que la tige eût achevé le cycle entier de ses fonctions, en atteignant sa taille défini-tive. Elle fleurissait alors en émettant à son extrémité supérieure une panicule rameuse (voy. la fig. 5), dont les derniers pédicelles supportaient
- Fig. 6. — Détails principaux du Rhizocaulon polystachium, Sap. 1. Fragment de tige dépouillée do feuilles avec les cicatrices des radicules tombées. — 2. Portion d'une panicule chargée d’épis, 2*. Épillet grossi pour montrer la forme des écailles dont il est composé. — 3. Lambeau de feuille perforé sur trois points par suite du passage des radicules. — 4. Portion d’une radicule.
- un ou deux épillets. C’est l’ensemble d’une plante de Rhizocaulon, reconstituée à l’aide de l’étude de ses diverses parties, que représente cette figure 5 ; mais pour reproduire l’aspect de ces hôtes, depuis si longtemps disparus, de nos lacs méridionaux, il faut encore multiplier par la pensée les tiges et les individus; il faut évoquer leur foule pressée, changée en une masse immense dé verdure, à la fois élégante et monotone, couvrant les abords des plages submergées, si fréquentes auprès des lacs de cette époque. Peut-être même ces plantes, comme il arrive encore de nos jouis sur la lisière des lacs africains pour d’autres végétaux auxquels e»t dévolu un rôle semblable, attendaient-elles de longs mois, leurs radicules aériennes à moitié détruites, leurs rhizomes enfoncés dans la vase desséchée et fendillée, sous un soleil ardent, avant que la saison des pluies ne vînt ramener, avec l’eau des bas-fonds, l’élément nécessaire à l’activité de leurs fonctions momentanément suspendues. Ce qui est certain, c’est que les Rhizocaulées ont peu survécu à l’oligocène ; on n’en découvre plus que de faibles et rares vestiges dans l’âge suivant et la période falunienne
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- les vit disparaître à jamais, en même temps que les circonstances qui avaient jusque-là motivé et favorisé leur présence. Cette présence était du reste peut-être restreinte à certains points déterminés. 11 est surprenant en effet d’observer qu’en dehors de la France méridionale, où elles abondent depuis la craie jusqu’à l’aquitanien, les Rhizocaulées n’ont encore été signalées nulle autre part.
- Mais les plantes souveraines des eaux tranquilles étaient alors, comme de nos jours, dans des proportions, il est vrai, inconnues aujourd’hui à notre zone, les Nymphéacées ou Nénuphars. C’est en Égypte, en Nubie, dans les eaux de la Sénégambie, au tond des savanes noyées de la Guyane ou le long des lagunes de l’Inde et de la Chine, qu’il faut aller chercher des exemples, encore affaiblis, de ce
- Fig. 7. — Nymphæa Dumasii, Sap. Environs d’Alais (Gard). (Réduction 1/4.)
- qu’étaient en Europe les lis des eaux de l’àge que nous décrivons.
- Non-seulement le Nelumbium Bucliii Ett. de Monte Promina et les fragments de rhizomes, observés par M. Heer dans l’île de Wight, attestent l’existence de Nélumbos européens oligocènes ; non-seulement, les Nymphæa proprement dits (Nym-phœa parvula Sap., iV. Charpentieri Hr.) dénotent des plantes doubles au moins de celles de notre N. alba; mais il existait de plus, dans l’Europe d’alors, des genres ou sections de genre, actuellement éteints, dont nous ne pouvons, il est vrai, apprécier que très-imparfaitement les caractères, mais qui pourtant s’écartent assez des espèces vivantes pour autoriser la croyance que leurs fleurs nous réserveraient des surprises et exciteraient notre admiration, s’il nous était donné de les contempler.
- Le premier de ces types tertiaires a un représentant dans les gypses d’Aix {Nymphæa gypsorum Sap.), un autre à Saint-Zacharie [N. polyrhiza Sap.),
- un troisième, à ce qu’il semble, dans l’aquitanien deManosque (N. calophylla Sap.); un fragment de ses fruits, accompagné de lambeaux de pétales, recueilli à Saint-Zacharie, dénote chez lui l’existence de fleurs doubles au moins de celles de notre Nym-phœa indigène, et construite sur un plan assez différent ; mais les plus beaux échantillons de ce type ont été découverts par M. Lombard-Dumas, de Som-mières (Gard), non loin d’Alais. Ce sont des feuilles d’une conservation admirable (fig. 7), qui paraissent se rapporter à une espèce distincte,’ bien que voisine des précédentes. Ces feuilles, largement orbiculaires, entières sur les bords et légèrement ondulées à la périphérie, étalaient à la surface des eaux un disque fendu jusqu’au centre du côté de la base, et parcouru par des nervures rayonnantes très-nombreuses, divisées dans leur partie supérieure, en rameaux dichotomies élancés, reliés entre eux par quelques anar-tomoses. L’aspect des feuilles et ce que l’on connaît des fleurs, des fruits et des graines de ces Nymphéacées semblent annoncer qu’elles formaient un groupe assez peu distant des Nym-phœa actuels, dont elles se séparaient plutôt par des particularités de structure organique que par la physionomie extérieure. Le second type, dont j’ai formé un genre sous le nom d’A-nœctomeria ( fig.
- 8), :>’écarte beaucoup plus des Nénuphars vivants, non par les feuilles, mais par l’aspect de ses rhizomes, et surtout par la structure singulière de son fruit, dont les stigmates n’étaient pas adhérents à la surface du disque, et dont les parois, au lieu de s’ouvrir au moyen de fentes irrégulières, comme font les Nymphæa, se divisaient à la maturité en compartiments, transversalement allongés, correspondant aux bases d’insertion des pétales et disposés dans le même ordre que ceux-ci. Ce genre, dont les fleurs ont dù être grandes et belles, à en juger par certains débris, faisaient l’ornement le plus merveilleux des eaux limpides et calmes des bassins lacustres d’Armissan et de Saint-Jean de Garguier.
- La première de ces deux localités nous amène, à travers plusieurs échelons, jusque sur le seuil d’une nouvelle période, la plus brillante et la mieux explorée de celles qui partagent les temps tertiaires.
- Cte G. de Saporta.
- Correspondant de l’Institut.
- Fi». 8. — Anœctomeria Brongnartii, Sap. (Armissan). — Fruit arrivé à maturité au moment de la déhiscence.
- — La suite prochainement. —
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- LA NATURE.
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- CHRONIQUE
- Association française pour l'avancement des sciences. — La sixième session de l’Association française s’ouvrira au Havre, le 23 août 1877. Le bureau de l’Association pour la session du Havre est ainsi composé : M. Broca, professeur à la Faculté de médecine et directeur de l’école d’anthropologie de Paris, membre de l’Académie de médecine, président; M. Kulh-mann, fabricants de produits chimiques à Lille, correspondant de l’Institut*, vice-président; M. P. P. Dehérain, professeur à l’école d’agriculture de Grignon, secrétaire général ; M. Perrier, commandant d’état-major, membre du bureau des longitudes, vice-secrétaire général ; M. G. Masson, libraire-éditeur à Paris, trésorier.
- L’intérêt que présentent les sujets scientifiques qui seront traités au Congrès sera considérablement rehaussé par des excursions, parmi lesquelles nous citerons dès à présent les suivantes dont le programme est accepté. Course à Tancarville et Lillebonne, cirque romain, château d’Harcourt, collection Mortier-Huet, cimetière gallo-Ilomain. Visite à Fécamp, course en mer. Trouville et Yillers-sur-Mcr. Cap de la lièvre. L’Eure, marais d’Har-fleur. Marais Vernier.
- Les cinq dernières excursions se rapportent spécialement à des questions de géologie, de botanique et de zoologie.
- Comme les années précédentes, des visites industrielles auront lieu dans les principalés usines ou fabriques de la ville et des environs, dans les chantiers de construction, aux travaux du port, etc.
- A l’occasion du Congrès, la Société géologique de Normandie a organisé une exposition de tous les produits géologiques et paléontologiqucs des cinq départements qui ont été formés dans l’ancienne province de Normandie.
- Nous apprenons que la ville du Havre se prépare à faire une magnifique réception aux membres de Y Association française.
- météores vus en Amérique. — Le 16 mars 1877, le professeur Daniel Kirkwood écrivait à Y American phi-losophical society : Deux météores ont été observés le 8 juillet 1876, un troisième le 16 décembre, un quatrième le 21 décembre 1876, un cinquième, un sixième, un septième et un huitième, les 3, 20 et 23 janvier 1877 et le 8 février suivant. Le plus grand de tous ces météores fut celui du 8 juillet 1876. Sa trace resta visible au moins quarante secondes, sa masse s’étant visiblement dissoute ou dissipée vers la fin de sa course. Son mouvement par rapport au soleil était rétrograde ; mais il ne fournit pas de données suffisantes pour calculer sa vitesse ni la forme de son orbite. Le météore du 16 décembre n’avait été visible que durant quelques secondes, près de San Francisco, quand on le vit se plonger dans l’océan Pacifique, à une faible distance du rivage. Sa chute fut accompagnée d’une forte détonation. Le météore du 21 décembre fut remarquable par la longueur de la traînée qu’il laissait derrière lui, traînée longue de 1000 à 1100 milles (de 1600 à 1700 kilomètres); en outre, cette traînée semblait affecter une forme courbe. Lorsque le principal passa pardessus l’Etat d’Indiana, il était suivi du plusieurs autres météores plus petits, dont quelques-uns surpassaient en éclat Vénus et Jupiter. L’ensemble du groupe, vu de Bloomdynglon, semblait avoir 3 degrés de large sur une longueur d’au moins 20 degrés, ce qui faisait un diamètre de 5 milles (8 kilomètres) et une largeur d’environ 40 milles
- (64 kilomètres). On entendit quelques explosions pendant que le groupe météorique passait au-dessus de l’Etat d’Indiana et celui de l’Ohio. Un fragment tombé sur une ferme près de Rochester (Indiana) était pisolilhique et remarquablement friable. Une partie de l’aérolithe du 23 janvier 1877 tomba dans le Kentucki, et se trouve aujourd’hui dans la collection du docteur J. Lawrence Smith, à Louisville. Cet aérolithe s’était brisé en quantité de morceaux, à la suite de nombreuses détonations, pareilles à celles d’une batterie d’artillerie.
- Phénomènes volcaniques en Finlande. — Des
- journaux finlandais rapportent que de grandes masses de fumée sortent d’une montagne voisine des rives de la Tana, et que la neige a été fondue dans le voisinage. Jusqu’ici on n’avait pas découvert en Finlande de traces de l’action des volcans. La théorie a souvent prétendu que l’exhaussement progressif des rivages du golfe de Bothnie devait provenir de l’action souterraine des volcans, action qui, en ce moment, paraîtrait vouloir se faire jour.
- Clmsse aux alligators. — Un nouveau commerce, qui ne manque pas d’importance, est celui des peaux d’alligators. On en prépare déjà 20 000 par an dans l’Union. On en fait une espèce de cuir. D’abord ces peaux venaient presque exclusivement de la Louisiane (et ce n’était, pas l’un des moindres commerces de la Nouvelle-Orléans) ; mais aujourd’hui la chasse aux alligators a surtout lieu dans les marais de la Floride, et c’est à Jacksonville que les peaux s’embarquent pour être tannées dans les établissements du nord des États-Unis. ' (Globus.)
- — Un de nos lecteurs, M. Arnoldy, nous adresse une note qui intéresse les ouvriers vcrnisscurs sur bois. Il s’agit de remplacer l’huile que l’on met sur le tampon par le pétrole. Les résultats de l’expérience sont très-remarquables : le vernissage se produit sans les accidents si bien connus des ouvriers; une seule couche de vernis suffit pour donner un brillant qu’on n’atteint jamais en employant de l’huile, et l’usage de l’alcool,
- •pour finir, devient inutile.
- — On a constaté à Keampt.ee (Inde anglaise), dans le seul 33e de ligne, 14 cas d’insolation dont 4 se sont terminés par le décès des individus que le soleil avait frappés de ses rayons.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 6 août 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Séance de morte saison. Fresque pas d’académiciens, très-peu de public, et le temps est employé à des conversations plutôt qu’à l’exposé de découvertes. En effet, sur les deux heures que dure la séance, plus de la moitié est occupée par des dissertations de M. Bouillaud et de M. Che-vreul, où nous n’avons rien trouvé à noter pour nos lecteurs. La correspondance elle-même est d’une pénurie qui sent les vacances. A côté de quelques pièces relatives au phylloxéra, le secrétaire se borne à mentionner une note dans laquelle on assure que les fleurs à six pétales de la glace qui se fond peuvent être vues dans de l’eau non encore congelée; — un Mémoire de M. Ziegler sur la quini-cité, dont nous avons précédemment donné la définition, et sur l’action qu’elle éprouve de l’électricité ; des recherches de M. Villot sur une nouvelle forme larvaire des cestoïdes ; — une réponse de M. Perès à M. Fol au sujet de la fécondation des oursins ; — une théorie du radio-mètre par M. Girard, etc., etc.
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- LA NATURE.
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- Nouvelles planètes. — Le directeur de l’observatoire de Marseille, M. Stephan annonce que dans la nuit du 1er août M. Borelly a découvert une nouvelle planète télescopique. Cet astre, le cent soixante-treizième du groupe d’astéroïdes dont les orbites sont comprises entre celles de Mars et de Jupiter est de dixième grandeur. En même temps, M. Le Verrier transmet au nom d’un astronome dont le nom nous échappe, les éphémérides de la petite planète Galba, la cent quarante-deuxième dn groupe.
- La mer intérieure d'Afrique. — Le grandiose projet de M. Roudaire, consistant, comme on sait, à rendre à la mer le fond des chotts tunisiens, n’en a pas fini avec les objections gratuites qui accueillent invariablement la naissance de toute idée nouvelle. Heureusement cette fois, l’auteur a trouvé de puissants appuis dans MM. de Lesseps, d’Abadie, Favé et Yvon Villarceau, et c’est le premier de ces académiciens, qui aujourd’hui, au nom de M. Roudaire, réfute les arguments présentés dans la précédente séance par M. Cosson. Celui-ci s’est attaché surtout à affirmer que les Oued-Souf et Igharghar ne sont point, comme le prétend l’auteur du projet, les lits desséchés d’anciens fleuves. M. Roudaire accumule les preuves à l’appui de son opinion qui sera certainement admise par tous les lecteurs impartiaux.
- Annuaire de VAssociation française pour l'avancement des sciences. — Cet annuaire relatif à la cinquième session de l’Association, contient les travaux réalisés l’an dernier à Clermont-Ferrand. Après une leçon de M. YVurtz sur les matières colorantes extraites de la houille, et une conférence deM. le commandant Terrier sur l’observatoire établi au sommet du Puy-de-Dôme, on trouve le récit des excursions scientifiques faites par la Société. Le volume se termine par les communications originales présentées par les membres au cours des séances.
- Pyroxène artificiel. — Les verreries de Blanzy emploient un four Siemens de 4m,50 de long sur 4 mètres de large, et contenant un creuset de 45 centimètres d’épaisseur. Au bout de huit mois et demi de service, ce creuset s’était aminci jusqu’à n’avoir pas 4 centimètres d’épaisseur. On songea à le remplacer, et pour cela on fit refroidir le four. Or, l’ingénieur, M. Videau découvrit ainsi, dans le culot de verre, un groupe splendide de cristaux de pyroxène, dépassant énormément par les dimensions tout ce qu’on a vu d’analogue jusqu’ici,. Sur la demande de M. Daubrée, M. Thénard qui présente ce bel échantillon à l’Académie, annonce qu’il sera offert aux collections de l’Ecole des mines. Sa place est naturellement indiquée en effet à côté des minéraux artificiels obtenus par Berthier et Ebehnen. Stanislas Meunier.
- LES UNES DE CHARBON
- AU CHILI.
- Le Chili, cette longue bande de terre qui s’étend entre la Cordillère des Andes et l’océan Pacifique, depuis le 24° de lat. australe jusqu’au cap Horn, est connu surtout comme le plus grand producteur de cuivre du monde entier. C’est aussi dans les exploitations minières des provinces du Nord, Co-quimbo et Atacama, que, jusqu’à une époque encore très-rapprochée, s’engageaient presque exclusivement les capitaux. Ce ne fut que vers l’année 1840,
- lorsque l’installation des premiers fours à réverbère à Coquiinbo eut développé considérablement le traitement du minerai sur place, et la production des mattes, que la question du combustible prit une sérieuse importance, et que les exploitants devinrent absolument tributaires de l’Angleterre.
- Cependant, on avait déjà, depuis l’année 1825, connaissance d’importants dépôts de charbon dans les provinces du Sud, Concepcion et Arauco. Examinées en 1835 par le super-intendant de la Compagnie des vapeurs du Pacifique, ces couches furent, en 1841, l’objet d’une étude plus complète. Toutefois, ce ne fut qu’en 1853 que se forma, à 12 kilomètres environ au sud de Concepcion, au pied d’un promontoire appelé Pointc-dc-Puchoco, au fond de la baie de Goronel, la petite ville de Coronel, qui devait prendre bientôt, grâce à la richesse des gisements reconnus et à la bonne qualité du combustible, un développement considérable. Deux ans plus tard, en 1855, don Mathias Cousino établissait une exploitation à Lota, à 11 kilomètres au sud deC o-ronel. Peu après, de hardis pionniers, parmi lesquels un Écossais, le docteur J. Mackay, s’avançant davantage encore sur un territoire à peine conquis sur les Araucans, commençaient des travaux de recherches, bientôt couronnées de succès, à Lebu, à l’embouchure de la rivière du meme nom, distante de 13 lieues de Lota.
- Ces établissements ne cessèrent dès lors de prospérer, et bientôt ce n’était plus seulement sur le littoral araucanien, mais à l’extrémité sud de la Patagonie, à Punta-Arcnas, dans le détroit de Magellan, où depuis longtemps déjà on avait trouvé des fragments de lignite roulés par les rivières, que des recherches sérieuses étaient entreprises. En mars 1869, don Ramon U. Rojas, muni d’un privilège du gouvernement pour l’exploitation des gisements pendant vingt-cinq années, commençait les travaux, et le 1er février 1870, arrivaient au port, sur une voie ferrée établie expressément entre Punta-Arenas et les mines, distantes de 6 kilomètres, les premiers wagons chargés de charbon magellanique.
- Lorsqu’on 1875, il se produisit sur les houilles anglaises une hausse si considérable, les travaux prirent un nouvel essor; les anciennes exploitations se développèrent, de nouvelles vinrent se grouper dans les environs ou former un nouveau centre, comme à Carampangue, dans la baie d’Arauco. On reconnaissait encore, mais sans y établir d’exploitations, des gisements importants dans l’île de Chiloé, à Pargas ; dans le département de Valdivia, à Anga-chilla, à Ccntinela, à Quinchilca, à Pidcï, et dans celui de la Union, près de Catamutun, à 20 kilomètres au nord-ouest de la capitale du département. Enfin, les recherches s’étendant de jour en jour, on a reconnu l’existence de gisements de charbon dans les environs memes de Valparaiso et jusque dans la province d’Atacama, près de Puquios. Il y a donc tout lieu de croire que partout où les granits de la Cordillère de la côte disparaissent pour faire place
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- LA NATURE.
- au terrain tertiaire, les recherches ultérieures mettront à jour de nouveaux gisements du précieux combustible.
- Les couches de charbon, actuellement exploitées au Chili, c’est-à-dire celles qui ont été reconnues sur la côte du Pacifique, depuis Topocatma jusqu’à Magellan, appartiennent toutes en effet à l’espèce lignite et datent de la période tertiaire.
- Les autres, de moindre importance au point de vue industriel, qu’on a rencontrées plus à l’intérieur, sont des lignites des terrains secondaires des Andes, et dont les couches assez irrégulières sont subordonnées à des porphyres métamorphiques. Cette espèce,
- Coupe de terrain iignitifére à Lclui (Chili).
- 1. Lit de l’argile compacte. — 2. Grès gris tendre, 4 à 5". — 3. Argile compacte. — 4. Grès blanc demi-dur. — 3. Couche de lignite avec deux lits de pyrite, C",60 à l-JO. — 6. Argile.— t>kl*. Argile schisteuse, 0“,80 à 1",00. — 7. Grès bleuâtre, à grains fins, bigarré, 5“ à 7”,00. — 8. Argile schisteuse. — 9. Charbon impur, 0m,10. — 10. Argile plastique. — 11. Argile schisteuse, 0",70. — 12. Lignite avec toit de pyrite, 0",10 à 0m,20. — 13. Argile schisteuse avec feuillets de charbon, 1“,00. — 14. Lignite, l-,20 à 3”,00. — 13. Argile, 0-.50. — 16. Grès.
- très-répandue mais jamais en grandes proportions dans la Cordillère de Rancagua, est toujours fibreuse et a l’apparence du bois. Elle n’est jusqu’à présent l’objet d’aucune exploitation, non plus qu’une sorte d’anthracite très-impure, trouvée à Puquios, près Coquimbo, dans des terrains métamorphiques au milieu de porphyres appartenant très-probablement a période jurassique. Enfin on rencontre le Jayet à Carthagène et sur la côte de Colchagua.
- Revenons maintenant aux lignites tertiaires. Ceux-
- ci se rencontrent en gisements de puissance très-variable au milieu de couches de grès, de schistes et d’argile parfaitement déterminées.
- Les argiles présentent fréquemment des empreintes végétales. Elles ont une couleur gris de fer, et renferment d’abondants rognons de pyrite blanche. Quand elles sont réfractaires, comme à Lota, à Co-roncl, elles tirent sur le gris blanchâtre, laissent par la lévigation 7 pour 100 de sable fin, et font une très-faible effervescence aux acides1.
- Leur composition est la suivante :
- Silice.............................49,00
- Alumine.............................28,80
- Chaux.............................. 0,80
- Protoxyde de fer................... 5,00
- Eau.................................14,30
- Dans les schistes, on rencontre souvent l’hématite brune sous forme de pierres d’argile.
- Quant aux lignites, ils se présentent en couches généralement régulières, peu inclinées et souvent divisées en bancs par des lits de pyrite noire, à aspect métallique, parallèles à la stratification. Ce lignite est de couleur noire, très-compacte, à cassure conchoïdale d’aspect résineux. Mêlé aux houilles maigres d’Angleterre, il donne des résultats excellents, soit pour le chauffage des machines soit pour les fonderies de cuivre et de plomb.
- A. Bouvard.
- — La suite prochainement. —
- 1 Les chiffres suivants, empruntés au Traité des Essais , du savant doyen de l’université du Chili, don Ignacio Do-meyko, feront connaître avec exactitude la composition de quelques-uns de ces lignites.
- Essai d'un lignite de Coronel.
- Carbone . 70,71
- Hydrogène . 6,44
- Azote, oxygène, soufre, etc. . . . 16,93
- Cendres . 6,92
- A la distillation, on a obtenu :
- Eau et huiles volatiles , . 18,26
- Huiles lourdes, goudron . 19,88
- Gaz . 12,52
- Coke , 49,34
- Lignite de Colchagua.
- Eau...............................
- Huiles ...........................
- Coke..............................
- Cendres...........................
- avec un pouvoir calorifique de 5704 calories.
- Lignite de Magellan.
- Eau.................................24,0
- Goudron. , . *...................... 7,5 à 13,0
- Gaz.................................27,0 à 19,0
- Coke ...............................45,0
- Cendres ............................ 5,1 à 7,4
- Le coke obtenu dans ces diverses distillations a toujours été léger, friable, avec des nuances changeantes bleues et violacées.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier.
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- 34.6 42,8
- 1,1
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N® 220. — 18 AOUT 1877.
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- LE SUCCIN OU AMBRE JAUNE
- Les anciens considéraient l’ambre comme une matière précieuse, ils en faisaient des ornements et y gravaient l’image de leurs divinités. Les Égyptiens l’appelaient sacal ou checheleth.
- C’était un des trois aromates qui composaient l’encens du Tabernacle. Les Philistins l’appelaient sachaleth et les Phéniciens séchéleth; les Scythes l’appelaient savium pour saelium, les Grecs electrum.
- Chachal signifie pleurer.
- L’ambre provenait, disait-on, des pleürs des sœurs dePhaé-ton métamorphosées en peupliers. Homère, dans l’Odyssée, 75, 18, 296, désigne indistinctement l’ambre ou un alliage d’or et d’argent sous le nom à'electrum. Le palais de Ménélas était orné d’ambre.
- Le commerce de l’ambre du Nord avec les Phéniciens est encore bien controversé.
- Hérodote, dans sa description de l’Europe, ne fait pas mention de l’ambre du Nord. D’après Pythéas, les Goe-tons ou Goths habitaient le pays de l’ambre. C’est Tacite qui parle le premier de l’ambre de Prusse ; l’ambre, au moins jusqu’à l’an 500, n’était pas tiré de la Prusse, mais de la péninsule Cimbrique, du Jutland ou de l’Elbe inférieur. L’ambre arrivait à travers le continent sur les côtes dé la Méditerranée, et en Ligurie, sur les bouches du Pô. Hatria ou Atria, fondé par les Pélasges, sur les bords de l’Adriatique, était le centre du commerce du bronze et de l’ambre, et le grand chemin d’Occident en Orient.
- Les Assyriens ont beaucoup gravé et sculpté sur ambre; ils l’appelaient electra, c’est-à-dire pierre du soleil, et les Grecs ont fait de ce mot électron. Thalès découvrit le premier l’attraction de l’ambre frotté pour les poussières, d’où est venu, comme on sait, le mot électricité. Les gladiateurs romains portaient souvent sur eux des amulettes en ambre, avec cette inscription : Je vaincrai.
- 5* aimée. - 2* semestre.
- Pour les anciens, l’ambre se formait en Lydie, de l’urine^du lynx, d’où le nom de Lyncurium; ils ne connaissaient ni sa nature, ni son origine végétale. L’art byzantin nous a légué très-peu d’objets en ambre; mais le moyen âge et la Renaissance l’ont beaucoup travaillé; ils en ont fait des médaillons, des coffrets sculptés, des vierges, des christs, des réliquaires. Le nom d’ambre a été introduit en France par les croisés, tiré du mot arabe ambar; les Espagnols l’appellent encore ambrara et les Italiens ambra; mais ces noms sont moins significatifs que ceux que lui donnaient les Romains (lapis ardens); les Allemands l’appelaient Bernstein. Les deux noms signi-lient pierre qui brûle. Les Grecs actuels appellent encore l'ambre Berenikenstan. Après la paix de Tilsitt, on voyait au Louvre une quantité d’objets en ambre, de toutes nuances, travaillés de toutes les formes. Je crois que la Sicile a fourni presque tout l’ambre aux anciens, comme les bords de la mer Baltique le fournissent actuellement au monde entier. Quoique l’on ait trouvé de l’ambre un peu partout, il n’y a eu jusqu’à présent que ees deux centres notables de production.
- Origine de Vambre. — A l’époque éocène, l’emplacement de la mer Baltique était occupé par une immense forêt qui comprenait presque tout le continent du Nord. On a retrouvé, en draguant à 2 mètres au-dessous du fond de la mer, trente-deux espèces de conifères, un peuplier, un aulne, deux saules, un châtaignier et des genévriers. Des conifères, découlait une résine qui, ayant subi une transformation dans le sein de la terre, est devenue l’ambre : c’est le Pinus succinus qui a donné la plus grande quantité. Plus de douze cents espèces d’objets ont été trouvées dans l’ambre, tant animaux que plantes et minéraux.
- Lorsque la résine découlait de l’arbre, elle répandait une odeur aromatique qui attirait les mouches, et les araignées tendaient leurs toiles pour les
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- Fig. 1. — Tête antique sculptée dans de l’ambre. (Collection de M. Reboux.)
- Fig. 2. — Insectes dans de l’ambre jaune. (Collect. de M. Reboux.)
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- LA NATURE.
- prendre; les reptiles venaient poursuivre les uns et les autres; tous ces animaux se trouvaient englués : une nouvelle couche de résine découlait sur eux; et ils se trouvaient emprisonnés pour toujours. La résine restait quelquefois accrochée à l’arbre, mais souvent elle tombait à terre et enveloppait les objets sur lesquels elle coulait, tels que pyrites, coquilles et gouttes d’eau salée.
- L’ambre se tire de la terre, en l’exploitant par mines; on le ramasse aussi avec le scaphandre, au fond de la mer; autrefois on le trouvait sur les berges après les orages, mais ce mode de récolte n’est plus usité. L’ambre est de droit régalien. En Prusse, nul ne peut fouiller dans sa propriété sans payer un droit au gouvernement, ce qui rapporte à celui-ci 600 000 francs par an. La location se fait par arpents, par année et par semaine. La Compagnie Becker et Statien, qui drague avec plusieurs bateaux à vapeur sur les côtes du Konigsberg, paye pour certains parages jusqu’à 400 thalers par jour.
- La production de l’ambre en 1874 a été de 175000 kilogrammes, en morceaux de toutes qualités et de toutes grosseurs, expédiés dans toutes les parties du monde. Les belles qualités sont employées pour fabriquer des pipes et des porte-cigares, des perles à colliers, des coffrets, des bijoux, et toutes especes d’ornements et d’objets de tabletterie. Un lustre en ambre, fabriqué par Hartmann, envoyé à l’Exposition de Vienne, a été acheté par l’empereur de Russie 75000 francs.
- On distingue l’ambre naturel de l’ambre factice et de toute autre matière ayant quelque analogie physique avec lui, notamment le copal, par les caractères suivants :
- 1° Le copal est jaune, plus ou moins foncé, mais toujours unicolore ; il a à la surface quelques points jaunes, comme du soufre cristallisé.
- L’ambre, au contraire, considéré en un morceau de 12 centimètres de long, a toujours un bout qui n’est pas de même nuance que l’autre.
- 2° Si vous frottez un échantillon sur la paume de la main près du petit doigt, pendant quelques secondes, et s’il exhale une odeur forte et aromatique, c'est de l’ambre, car le copal n’a pas d’odeur ni l’ambre factice non plus.
- 5° Par suite d’une exposition trop longue à l’air, l’ambre perd quelquefois son huile essentielle et son aspect caractéristique ; mais si l’on gratte le copal avec la lame d’un canif, il s’en dégage une poussière très-fine qui s’élève en l’air ; la même opération effectuée sur l’ambre, il s’en détache quelque ràpure qui tombe. •
- 4° L’ambre peut se courber en l’enduisant de suif de chandelle, et le promenant sur la flamme pendant quelques minutes, le côté sur lequel il doit plier doit être plus chauffé que l’autre ; en appuyant fortement sur les deux bouts, on lui imprime la courbure.
- L’ambre factice et le copal ne peuvent pas se plien
- 5° L’ambre vrai est toujours plus dur que l’ambre factice et le copal. U suffit de pincer avec l’angle de la dent un coin de l’objet : si c’est du copal ou de l’ambre factice, il s’égrène comme du pain desséché; le vrai ambre résiste et s’écrase difficilement.
- 5° bis. L’ambre résiste au frottement de l’ongle ; sur du faux ambre ou copal, l’ongle finit par pénétrer.
- 6° L’ambre se coupe, se râpe, se scie, se polit, mais ne peut jamais se recoller ni se souder, comme les autres matières ci-dessus mentionnées.
- 7° Pour faire le vernis, on fond le copal dans un matras de cuivre, sur un feu ardent, à une température peu élevée; à 100 degrés, l’eau contenue dans la résine forme une vapeur considérable; liquéfié, le copal conserve sa couleur jaune.
- 8° L’ambre ne peut se fondre qu’à 400 degrés de chaleur, il devient noir en répandant une. odeur diacide sulfhydrique très-manifeste, au point que les hommes qui surveillent l’opération sont obligés de s’éloigner pour respirer Pair frais. Si l’on y ajoute 35 pour 100 d’huile de lin, il fond à 150 degrés.
- 9.° Sa densité est de 1,09 à 1,11.
- 10° La densité du copal est de 1,04.
- 11° La densité de l’ambre factice est de 1,05, mais un peu variable.
- 12° L’ambre naturel donne à la distillation des aiguilles d’acide succinique; les différents copals n’en donnent pas.
- Analyse de V ambre jaune par Schrotter.
- Carbone . . . 78,82
- Hydrogène . . . 10,23
- Oxygène . . . 10,90
- 99,95
- Employé à faire des porte-cigares, l’ambre factice fond aussitôt que le feu du cigare l’atteint ; le copal ne fond pas, mais se craquèle en plusieurs morceaux. L’ambre naturel résiste même au fourneau de la pipe, Reboux.
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- L’ÉCLIPSE TOTALE DE LUNE
- DU 23 AOUT 1877.
- h . .
- Le journal anglais Nature appelle avec raison l’attention sur cette éclipse totale qui sera visible en France et dans presque toute l’Europe si le temps le permet, et qui aura lieu, comme chacun sait, jeudi prochain 23 août. Quoique les éclipses de lune aient perdu le degré d’intérêt astronomique et d’utilité qu’elles avaient anciennement, on a grand tort de les négliger comme on le fait, car il est rare qu’une observation, même faite à l’œil nu, ne donne pas chaque fois des résultats intéressants. L’entrée de la pénombre aura lieu, vue de Paris, à 8h lom du soir, l’entrée dans l’ombre de la terre à 9h 25m, le commencement de l’éclipse totale à 10h 28m, le milieu de l’éclipse à llh 21m, la fin de
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- LA NATURE.
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- l’éclipse totale à minuit 15m, la sortie de l’ombre à lh 18111 et la sortie de la pénombre à 2h 28m du matin. La lune sera donc totalement éclipsée pendant ih 45ui.
- L’expression A’éclipse totale ne doit cependant pas être prise à la lettre, lorsqu’on parle des éclipses de lune, car il est très-rare que notre satellite disparaisse entièrement, même lorsqu’il est plongé au centre même du cône d’ombre de la terre. On observe même, en général, les nuances les plus singulières, depuis le rouge jusqu’au bleu, et c'est ce qui rend ces observations fort intéressantes pour tout le monde. Mais il y a là plus, qu’un intérêt vulgaire, attendu que le degré d’obscurcissement de la lune et les nuances diverses dont elle se revêt proviennent de la réfraction des rayons solaires à travers l’atmosphère terrestc, de la hauteur de cette atmosphère, de sa composition et de sa transparence. De plus, comme la lune ne décrit pas une circonférence parfaite autour de la terre, mais une ellipse, elle est tantôt plus éloignée et tantôt plus rapprochée, et lorsqu’elle passe à son plus grand éloignement, elle traverse le cône d’ombre dans la partie la moins large, de sorte que les rayons réfractés, pur l’atmo-sphère terrestre peuvent encore l’éclairer entièrement. Néanmoins on ne peut pas deviner d’avance ce qui se passera quant à l’aspect physique. Ainsi par exemple, notre satellite disparut absolument pendant l’éclipse du 15 juin 1620 qui fut observée par Képler, et on voyait autour de la place qu’il occupait, de petites étoiles de la cinquième grandeur.
- Pendant l’éclipse du 14 avril 1642 (et non du 25 comme le rapportent plusieurs traités d’astronomie), Hévelius ne put arriver à trouver la lune, ni à l’oeil ni dans sa lunette. L’un des plus remarquables exemples de ce genre est peut-être encore l’éclipse du 18 mai 1761, qui fut observée à Stockholm par l’astronome suédois Wargenlin; Um après l’immersion totale, il ne peut arriver à apercevoir la moindre trace de la lune, ni à l’œil nu, ni au télescope, quoique la nuit eût été très-limpide et les étoiles très-brillantes; quarante minutes après, il retrouva au télescope notre satellite, présentant l’aspect d’un anneau pâle et. diffus, car le tour était visible, sans que le centre le fût.
- On cite, au contraire, des éclipses pendant lesquelles la lune resta si fortement éclairée qu’on pouvait apercevoir à l’œil nu toutes ses taches, et qu’on pouvait même douter si elle était vraiment éclipsée. Telle fut celle du 25 décembre 1705 à Avignon. Pendant toute la durée du passage à travers l’ombre de la terre, la lune parut illuminée d’une brillante lumière rouge, de telle sorte qu’elle paraissait transparente comme si le soleil eût été derrière elle- et que ses rayons l'eussent traversée comme une pierre translucide. Remarque plus curieuse encore : pendant qu’on observait cet aspect à Avignon, la lune disparaissait totalement pour Montpellier ; il est vrai qu’il était alors six heures et demie du matin et que
- l’aurore commençait; mais l’invisibilité ne peut pas être entièrement attribuée à cette cause, puisque plusieurs étoiles brillaient alors dans la même région du ciel.
- Un dernier exemple du même ordre a été signalé le 19 mars 1848 en Belgique, en Angleterre et en Irlande où le disque lunaire resta très-brillant et d’une teinte rouge-cuivre. On discutait si la lune était éclipsée ou non. Ajoutons que le ciel fut, cette nuit, éclairé d’une magnifique aurore boréale.
- C. Flammarion.
- EXPLORATION DU RIO COLORADO
- DANS L’OUEST DES ÉTATS-UNIS.
- Nul pays plus que les États-Unis, ne consacre des sommes importantes à l’étude de son territoire. Nul pays civilisé, il est vrai, ne possède un plus vaste champ ouvert à l’exploration scientifique. Des régions entières toutes pleines de richesses et de merveilles, sont encore vierges du contact de l’observateur. Parmi celles-ci, le cours immense du Rio Colorado et ses rivages, étaient, il n’y a encore qu’un très-petit nombre d’années, presque complètement inconnus de l’homme civilisé.
- En 1868, le gouvernement des États-Unis résolut de dissiper les ténèbres qui cachaient les mystères de cet immense territoire de l’Ouest. M. J. Henry, l’éminent secrétaire de la Smithsonian Institution, fut chargé d’organiser une expédition dans ces pays inconnus. M- le professeur Powel eut l’honneur de diriger une poignée de vaillants explorateurs, et pendant quatre années consécutives il parcourut dans toute son étendue le cours du Rio Colorado.
- M. J. W. Powel a récemment publié sous les auspices du gouvernement américain le résultat de son voyage1, un des plus difficiles, et en même temps un des plus intéressants qui aient été menés à bonne fin dans les temps modernes. Grâce à l’obligeance du secrétaire de la Smithsonian Institution, il nous est permis de publier un compte rendu sommaire de cet ouvrage important et de l’accompagner de quelques-unes des gravures de l’édition américaine originale.
- Le Rio Colorado est formé par la réunion de la Grand River (Grande Rivière) et de la Green River (Rivière Nertc). La Grand River prend sa source dans les Montagnes Rocheuses, à la latitude de 40° 17' et à la longitude de 105° 45' à peu près. La Green River a sa source au 45° 15f de latitude nord et au 109° 45' de longitude. Toutes deux sont alimentées par des lacs plus ou moins considérables que produit la fonte des neiges. Le Rio Colorado se jette dans le golfe de Californie.
- I 1 Exploration of the Colorado river and 187‘2, under (lie i direction of the sccretary of the Smiths-Onian institution.
- — 1 vol. grand in-i°, avec de nombreuses gravures et cartes.
- — Washington, governonient l'rinting Office.
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- LA N AT U HL.
- Le fleuve a environ 3200 kilomètres de longueur.
- Le 24 mai 1869, M. Powell et ses compagnons s’embarquèrent sur la Rivière Verte qu’ils descendirent sans interruption. Ils étaient montés sur quatre bateaux, et emportaient avec eux des provisions de bouche pour dix mois ; ils avaient de plus des haches, des marteaux, des scies, des clous, des vis, deux sextants, quatre chronomètres, quantité de baromètres, thermomètres, boussoles, etc. De temps en temps, ils augmentaient leurs provisions en tuant des gazelles, des oies sauvages et autre gibier.
- « Le 29 mai 1869, dit M. Powell, nous traversâmes la rivière, M. Bradley et moi, et nous montâmes sur une éminence d’où nous pûmes suivre des yeux tout le cours de la Green River. La vallée de Henry’s Fork, qu’elle traverse, a été pendant de longues années la résidence' de quantité de montagnards, qui furent, dans l’origine, des chasseurs et des trappeurs, vivant au milieu des Indiens. Ils habitent pour la plupart avec une ou plusieurs femmes de ces peuplades sauvages.
- Fatigués de poursuivre, avec les tribus nomades, les daims et les castors, pour en rapporter les peaux, ils ont créé des troupeaux de bœufs et de chevaux, et ils ont acquis de la sorte une aisance telle qu’ils remplacent leurs huttes par des maisons. Le plus célèbre de ces pionniers est John Backer, dont nous apercevons la demeure, à 3 ou 4 milles en avant. »
- Les Espagnols ont donné le nom de canones aux gorges formées et traversées par le Rio Colorado et
- ses affluents. La Pa-rù-nu-weap canon, que représente la gravure ci-dessous, n’a souvent que 20 à 30 pieds de largeur sur 600 à 1200 de profondeur. Le plus grand canon, traversé par le Rio Colorado.
- a une longueur de 217 milles et demi (près de 351 kilomètres). Après les canones, on remarque dans le bassin du Rio Colorado de longues rangées de roches s’élevant quelquefois verticalement à des centaines et même à des milliers de pieds sur une longueur de centaines de milles (le mille vaut 1609“\3).
- Ces rochers sont quelquefois dominés par des plateaux que garnissent des forêts de pins et de sapins. Le voyageur rencontre aussi de nombreuses traces de volcans éteints. Toute cette contrée était, nous le répétons, à peu près inconnue avant l’exploration qu’en a faite M. Powell, qui se loue beaucoup de la collaboration de M. A. II. Thompson, professeur de géographie. Il est vrai que, suivant les traditions locales, bien des explorateurs aventureux, mais plus ou moins ignorants et imprudents, ont péri avec les frêles esquifs qu’ils avaient eu la témérité de confier aux flots du Rio Colorado. Les canones ont gardé le secret de ces drames. « Plus d’une fois, dit M. Powell, les Indiens m’ont prié de ne pas entrer dans le grand canon. Je désobéirais à leurs dieux, je braverais leur puissance et j’attirerais ainsi leur colère sur les peuplades indigènes. »
- — La suite prochainement —
- l’a-rû-nu-weap canon. (Gorges du Jtio Colorado. États-Unis»)
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- LA NATURE.
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- LES SINGES ANTHROPOMORPHES
- (Suite. — Voy. p. 161.)
- A l’état adulte, le Gorille atteint des dimensions considérables, et le magnifique spécimen qui figure dans les galeries du Muséum d’histoire naturelle et qui a été rapporté du Gabon par le docteur Franquet, chirurgien de la marine, ne mesure pas moins de lm,67 de haut. Son corps, extrêmement massif, ne présente aucun rétrécissement correspondant à la taille, les dernières côtes arrivant presque en contact avec le bassin ; il est entièrement couvert , sauf sur les mains, de poils qui dans la région dorsale sont fortement usés, l’animal ayant l’habitude de s’appuyer contre un tronc d’arbre pour dormir. Ces poils sont en général d’un noir assez foncé, mais présentent parfois une coloration grise ou brunâtre, ce qui a fait admettre à certains auteurs l’existence de plusieurs espèces ou tout au moins de plusieurs races de Gorilles. Le crâne du mâle est hérissé de crêtes très-saillantes qui donnent attache à des muscles puissants, et la peau du sommet de la tête porte une touffe de poils qui peuvent se diriger soit en avant, soit en arrière ; la face, dénudée, est de couleur brune ou noirâtre, les joues sont creuses, et le museau très-proéminent, avec la lèvre supérieure mobile et susceptible de servir à la préhension des aliments ; enfin les dents sont disposées à peu près comme chez l’homme, et en nombre égal, mais beaucoup plus robustes ; les canines surtout constituent, au moins chez le mâle, de véritables défenses. Les bras, démesurément allongés, arrivent à peu près aux deux tiers des membres postérieurs, et se terminent par des mains larges, épaisses et munies d’un pouce relativement assez court, à peine opposable aux autres doigts ; les jambes sont propor
- tionnellement grêles,- et le mollet est un peu saillant; quant aux pieds, ils dépassent encore les mains par leur ampleur, et offrent un pouce très-volumineux à côté des autres doigts qui sont courts et à demi englobés dans un repli de la peau. Chez les femelles et chez les jeunes, dont le Muséum d’histoire naturelle possède plusieurs individus, on retrouve des caractères analogues, mais beaucoup moins accentués , le crâne étant plus arrondi, les crêtes occipitales et orbitaires à peine proéminentes, les membres moins robustes, les canines moins développées, etc.
- M. du Chaillu, voyageur Français d’origine , qui s’est fait naturaliser Américain et qui a séjourné longtemps au Gabon, a consacré, dans le récit de ses voyages, de nombreuses pages au géant des quadrumanes. Le Gorille, dit-il, habite les parties les plus sombres et les plus solitaires de l’Afrique occidentale, entre la rivière Danger et le Gabon, du 1er au 15e degré de latitude; il se tient dans les vallées couvertes d’épaisses forêts, soit sur les hauteurs escarpées; en général cependant il préfère le voisinage de l’eau. Il ne vit pas, comme on l’a prétendu, en troupes plus ou moins nombreuses, placées sous la conduite d’un chef; il ne construit pas de cabanes; il ne marche pas en s’aidant d’un bâton ; il ne s’embusque pas sur les arbres pour guetter les voyageurs et les emporter dans sa retraite ; enfin il n’essaye jamais d’enlever des femmes dans les villages, comme l’ont affirmé ceux qui ont eu confiance dans les récits des indigènes. C’est un animal essentiellement frugivore, qui se nourrit de jeunes pousses, principalement de celles du Saccharum officinarum et de YEtais guinensis, ainsi que de graines, de fruits et de noix qu’il brise facilement entre ses puissantes mâchoires. Comme il est naturellement gros mangeur, et que les aliments qu’il préfère sont peu volumineux, il est souvent
- Fig. 1. — Jeune gorille de l’établissement de l'Aquarium de Berlin.
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- LA NATUKE.
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- obligé de changer de résidence pour assouvir sa faim. Le Gorille vit presque constamment à terre, car le'poids de son corps ne lui permet pas de grimper avec agilité sur les arbres ; les femelles cependant montent parfois sur les premières branches avec leurs petits qu’elles essayent ainsi de mettre à l’abri des dangers qui les menaceraient sur le sol. On ne trouve ordinairement réunis qu’un mâle et une femelle et leur famille ; cependant il arrive fréquemment que les vieux mâles se retirent dans quelque recoin de la forêt, où ils deviennent d’une épouvantable férocité, tandis que les jeunes, beaucoup plus sociables, se réunissent par bandes de cinq ou six individus.
- Quand un Gorille se trouve serré de trop près, il ne craint pas de faire face à l’ennemi, et s’avance même contre lui en faisant les grimaces les plus terribles, en lançant des regards fulgurants, en redressant comme un cimier les poils qui garnissent le sommet de sa tête, en frappant à coups redoublés sa poitrine dont les parois résonnent comme un tambour, et en poussant des rugissements comparables aux roulements lointains du tonnerre. S’il n’est pas blessé à mort, il se rue sur le chasseur, et avec l’adresse d’un boxeur émérite, il lui porte au ventre un coup de pied presque toujours mortel.
- Lorsqu’on parvient à se rendre maître d’un de ces animaux, on ne peut, même par de bons traitement, triompher de sa férocité native : le Gorille mord et déchire tous ceux qui l’approchent et périt de rage s’il ne parvient à s’échapper. M. du Chaillu avait espéré que des jeunes seraient plus faciles à apprivoiser que des adultes, et il avait recommandé à plusieurs reprises aux gens de sa suite de lui procurer un de ces Singes en bas âge. Un jour enfin les indigènes parvinrent à prendre vivant un Gorille âgé de deux ou trois ans dont ils avaient tué la mère. En voyant tomber celle-ci sous les coups des chasseurs, le jeune Gorille s’était jeté sur son corps et l’avait embrassé avec une telle vigueur, qu’on n’avait pu l’en arracher qu’en lui passant une fourche autour du cou. Ce singe ne mesurait que 2 pieds 6 pouces de haut, et il était couvert de poils d’un gris de fer, tirant au noir sur les bras. Il ne voulut d’abord toucher à aucun des aliments qui lui furent présentés, et dès le quatrième jour il parvint à briser un des barreaux de sa cage et à se réfugier sous le lit de M. du Chaillu, d’où l’on ne put le faire'sortir qu’en lui jetant un filet. Bientôt après, il s’évada de nouveau, et gagna la forêt voisine ; cette fois encore on le reprit, non sans beaucoup de peine, et on le ramena enchaîné au village voisin ; mais au bout de quelques jours il mourut subitement, sans doute de rage de se sentir captif. M. du Chaillu ne fut pas plus heureux avec un autre Gorille en bas âge, auquel il ne put fournir l’alimentation qui lui eut été nécessaire. Un individu de la même espèce qui fut adressé en 1859 à la Société zoologique de Londres, mourut également avant d’avoir atteint les côtes d’Angleterre. Le spé-
- cimen qui a été acheté sur la côte de Loango par le docteur Falkenstein et qui a e'té cédé, au mois de juin 1876, pour la somme de 50 000 francs à l’Aquarium de Berlin, est donc bien certainement le premier Gorille qui soit parvenu vivant en Europe; au moment de son arrivée, il pesait de 14 à 18 kilogr., et mesurait déjà près de 65 centimètres dans la posture verticale.
- Quelques auteurs, et entre autres Dureau de La-mallc, s’appuyant sur un passage du Périple d'Han-non, ont soutenu que les anciens avaient déjà eu connaissance du Gorille. On sait en effet que le suffète Hannon fut chargé par les Carthaginois de fonder des colonies sur la côte occidentale d’Afrique, qu’il partit avec soixante vaisseaux et trente mille hommes,- et qu’après s’être avancé jusqu’à un point qu’il est difficile de préciser, il fut obligé de regagner sa patrie sans avoir pleinement réussi dans son entreprise. Dans la relation de son voyage qui nous a été conservée, et qui a vivement excité la sagacité des savants, Hannon rapporte qu’après avoir passé en vue d’un pays qui semblait tout en feu, et dont les torrents roulaient des flammes (des laves?), il parvint dans un golfe nommé la Corne du Sud : « Dans le fond de ce golfe, dit-il, était une île qui avait un lac, et dans ce lac était une autre île remplie d’hommes sauvages. En beaucoup plus grand nombre étaient les femmes velues, que nos interprètes appelaient Gorilles; nous les poursuivîmes, mais nous ne pûmes prendre les hommes ; tous nous échappèrent par leur grande agilité, étant cremno-bates (c’est-à-dire grimpant sur les rochers les plus escarpés et les troncs d’arbres les plus droits), et se défendant en nous lançant des pierres. Nous ne prîmes que trois femmes qui, mordant et déchirant ceux qui les emmenaient, ne voulurent pas les suivre. On fut forcé de les tuer. Nous les écorchâmes et nous portâmes leurs peaux à Carthage, car nous ne naviguâmes pas plus avant, les vivres nous ayant manqué. » Ilannon déposa son rapport officiel dans le temple de Saturne, et (suivant le témoignage de Pline) les dépouilles des Gorilles dans le temple de Junon Astarté, où elles restèrent jusqu’à la prise de Carthage, c’est-à-dire pendant trois cent quarante-cinq ans, de 510 à 146 avant J.-C. Il est évident tout d’abord que les Gorilles mentionnés par Hannon, ne pouvaient être des femmes ; en effet, les Carthaginois étaient un peuple beaucoup trop avancé en civilisation pour écorcher des êtres humains, après les avoir mis à mort, et pour conserver leurs peaux en guise de trophées. Le général nous apprend d’ailleurs que ces hommes sauvages avaient le corps entièrement, couvert de poils, et ce détail seul nous montre qu’il s’agit d’une grande espèce de singe. Mais de quelle espèce? c’est ce qu’il est assez difficile de dire. Pour M. Dureau de Lamalle, les ropiAAat du navigateur carthaginois correspondent à l’Engé-ena de M. Savage, ou Troglodytes gorilla du docteur Wyman ; pour d’autres naturalistes, ce sont des Chimpanzés, Hannon, dans son voyage, ayant eu plutôt l’occasion
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- LA NATURE.
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- de rencontrer ces animaux qui se tiennent dans le voisinage de la côte que les Gorilles, qui vivent retirés dans les forêts de l’intérieur; pour M. Win-wood Reade au contraire, ces singes cremnobates doivent être rapportés aux Cynocéphales ou Babouins qui sont très-répandus en Sénégambie, qui vont en troupes, et qui se défendent avec courage contre les hommes et les animaux féroces. M. Reade, qui a vécu longtemps dans le pays des Gorilles, a recueilli du reste, au sujet de ces anthropomorphes, des renseignements qui ne sont pas toujours d’accord avec ceux qui ont été fournis par M. du Chaillu. D’après M. Reade, le Gorille n’est pas un animal aussi redoutable qu’on l’a prétendu, il ne devient réellement dangereux qno lorsqu’il est blessé et acculé, et montre en général plutôt un caractère timide. Lorsqu’il est en colère il ne bat point sa poitrine comme un tambour, et se contente de pousser tme sorte de cri ou d’aboiement plaintif. Qnand je demandai aux indigènes, ajoute le même voyageur, ce qu’ils redoutaient le plus, du Gorille ou du Léopard, ils n’hésitèrent pas à répondre « le Léopard ». D’ordinaire le Gorille court à quatre pattes sur le sol et ne prend jamais une posture rigoureusement verticale ; mais quand il est grimpé sur un arbre pour cueillir des fruits, il peut se redresser quelque peu en s’appuyant contre les maîtresses branches.
- Il ne serait nullement étonnant qu’il y eût des Gorilles sur d’autres points de l’Afrique tropicale. Quelques personnes même semblent disposées à rapporter sinon à cette espèce, au moins à une espèce très-voisine, le Soko, qui se trouve décrit en ces termes dans le dernier journal de Livingstone : «: Le jaune clair de sa figure fait ressortir ses affreux favoris et les poils clair-semés de sa barbe. Son front déprimé est flanqué d’oreilles situées à une hauteur inaccoutumée, et surmonte un visage beaucoup moins agréable à voir que le museau d’un chien. Ses dents rappellent celles de l’homme, quoique les canines énormes dénotent une bête féroce ; ses mains et surtout ses doigts ressemblent aux mains et aux doigts des indigènes. La chair de ses pieds est de couleur jaune, et constitue pour les Manyémas un mets délicieux ; peut-être même est-ce en se repaissant de la chair du Soko, que ces peuplades ont pris des instincts cannibales. » Suivent des détails fort peu vraisemblables sur les mœurs de ces grands singes qui voleraient les enfants et les emporteraient à la cime des arbres et qui se réuniraient pour faire de la musique en s’accompagnant sur des troncs d’arbres creux, en guise de tambourins; mais les quelques lignes que nous venons de citer suffisent, croyons-nous, pour démontrer que le célèbre missionnaire n’a pas eu sous les yeux de véritables Gorilles, mais plutôt des singes cynocéphales. Ceux-ci ont en effet le front déprimé, les oreilles situées très-haut, la face plus bestiale qu’un chien, et le menton garni de quelques poils rares. D’ailleurs Livingstone ajoute un peu plus loin : « Des quantités de Sokos venaient à moins de 100 mètres de notre
- camp, et révélaient leur présence en donnant de la voix comme des chiens courants.... A l’occasion, le Soko triomphe du Léopard en lui saisissant les pattes antérieures qu’il déchire avec ses dents; puis il s’enfuit sur un arbre, en poussant des gémissements, et il guérit peu à peu de ses blessures, tandis que son adversaire succombe rapidement; quelquefois cependant le Léopard et le Soko périssent tous deux dans cette lutte acharnée. » Or Brehm et d’autres voyageurs racontent que les Cynocéphales jappent comme des chiens et combattent souvent avec succès contre des Léopards.
- E. OlISTALET.
- — La suite prochainement. —
- LÀ PYRALE DE LA Y1GNE
- La vigne a de nombreux ennemis, et les ravages terribles causés par le Phylloxéra ont fait un peu oublier les ravages plus anciens exercés par d'autres insectes. On a beaucoup accusé les savants de n’avoir pas su délivrer leur pays du fléau. On oublie qu’ils ont rendu le grand service, outre l’usage de précieux insecticides, de faire connaître les mœurs du Phylloxéra, et. que c’est seulement dans l’étude exacte des conditions biologiques des insectes nuisibles qu’il est possible de chercher les moyens rationnels de les détruire. La découverte de l’œuf d’hiver du Phylloxéra par M. Balbiani permet d’arrêter la perte pour l’avenir des vignes non encore atteintes, et nous n’avons pas encore tout à fait élucidé les questions de sa phase souterraine, ce qui laisse l’espérance prochaine d’une action très-rapidement efficace du sulfocarbonate de potasse, quand on saura l’époque précise de sa meilleure application. Nous ne devons pas nous abandonner au découragement, et surtout ne pas exiger une destruction instantanée, comme par un coup de baguette magique.
- C’est en se rappelant ce qu’a fait la science pour un autre ennemi de nos vignobles, que nous pouvons démontrer combien son rôle est efficace. Ce sont les observations scientifiques seules qui ont fourni le moyen de triompher d’un autre fléau, qui a appelé autrefois par sa gravité, comme aujourd’hui le Phylloxéra, l’attention des pouvoirs publics.
- L’ennemi des vignes dont nous allons retracer très-rapidement l’histoire appartient à un autre ordre d’insectes que le Phylloxéra, aux Lépidoptères ou Papillons. C’est parmi les petites espèces de cet ordre que se range la Pyrale de la vigne, celles qui, en raison de leur faible taille, sont appelées Microlépidoptères, mais qui peuvent devenir très-nuisibles par leur innombrable multitude. Cet insecte est de la famille des Tordeuses ou Pyralides, ayant pour caractère saillant des ailes supérieures croisées au repos sur le dos, arquées à leur base, près de leur insertion au thorax. U eu résulte un aspect spécial,
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- LA NATURE.
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- qui les faisait appeler par Geoffroy porte-chapes, et par Duponchel Platyomides (larges épaules). Les chenilles sont pourvues de seize pattes. Dans leur marche normale sur une surface aplanie, leur corps est d’abord complètement étendu, toutes les pattes adhérant à cette surface; mais bientôt elles soulèvent leurs pattes anales et les portent en avant. Puis, arc-boutées sur ces organes et lâchant prise avec les autres pattes membraneuses, elles s’allongent par un mouvement d’ondulation, et semblent pousser en avant la partie antérieure de leur corps à l’aide de sa partie postérieure. Puis, prenant ap-
- pui sur les quatre premières paires de pattes membraneuses, elles détachent de nouveau les pattes anales, etc., et peuvent marcher ainsi parfois très-rapidement. Si on les inquiète, elles savent marcher en arrière, se tortillent sous le doigt comme de petits serpents; enfin, elles se laissent tomber des feuilles ou des branches, mais sans danger pour elles, suspendues à un long fil de soie, qui sort de leur filière buccale.
- Le nom de Tordeuses (grand genre Tortrix de Linné), donné aux insectes qui nous occupent, vient de l’habitude des chenilles de rassembler les feuilles
- Fig. 1. — Pyrale de la vigne. 1. Œufs grossis. — 2. Chenilles. — 5. Chrysalides. — 4. Papillon mâle de la Pyrale. — 5. Papillon femôlle. — 6. Feuille présentant des pontes et des chenilles nouvellement écloses. — 7. Cocons d’hivernage des jeunes chenilles.
- des arbres ou des plantes basses dont elles se nourrissent, à l’aide de nombreux et fins fils de soie entre-croisés. Elles en font des rouleaux, des cornets ou des paquets dont elles rongent l’intérieur, et dans lesquels elles se tiennent cachées, surtout pendant le jour, depuis leur sortie de l’œuf jusqu’à leur dernière métamorphose. Parfois elles vivent aussi au milieu des inflorescences de boutons, -de fleurs, de jeunes fruits emprisonnés dans les réseaux soyeux et dévorés par les chenilles.
- La Pyrale de la vigne a été déterminée brièvement en 1776, par Denis et Schiffermuller, après sa découverte par Pillerius, et de là son nom scientifique de Tortrix Pilleriana, ou dans un genre
- spécial établi par Duponchel, d'GEnophthira Pilleriana, nom qui rappelle les dégâts que l’espèce cause aux vignobles (rongeur de vigne). On a reconnu l’identité de l’espèce avec les Pyralis vitana de Bosc et Fabricius, et la Pyralis vitis de Latreille, publiées postérieurement.
- Le papillon est de faible taille, ayant à peine une envergure de 20 millimètres ; les deux sexes se ressemblent. Les ailes supérieures sont d’un jaune-fauve plus ou moins clair ou plus ou moins rous-sâtre, à reflet métallique un peu cuivreux ; elles sont marquées de trois petites bandes brunes, dont deux un peu arquées vers le milieu, et une tout à fait terminale près de la frange. Les ailes inférieures
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- sont grisâtres ou noirâtres, un peu plus claires vers leur base. Ces papillons s’élèvent peu clans leur vol au-dessus du sol, et ce vol n’est jamais de longue durée. Ils partent d’un cep pour aller se poser sur un autre peu éloigné. C’est au coucher du soleil que ces Pyrales volent en plus grand nombre; elles ne rentrent au repos qu’à la nuit tout à fait close, pour recommencer à voler au crépuscule du matin et rarement pendant le jour. Par les grands vents ces insectes demeurent cramponnés aux feuilles et aux tiges, et se déplacent à peine.
- Les papillons s’accouplent posés sur une feuille,
- les corps sur la même ligne, les têtes inversement tournées, comme les papillons des vers à soie, les ailes du mâle recouvrant en partie celles de la femelle, et la fécondation des œufs s’opère dans une immobilité complète pendant près de vingt-quatre heures. C’est à la fin de juillet qu’a eu lieu l’éclosion du plus grand nombre de papillons. La ponte s’opère surtout au commencement d’août, à la face supérieure des feuilles, par petites plaques de quinze à vingt œufs. La femelle expulse ses œufs un à un, en reculant, et les recouvre de son corps, passant plusieurs fois l’extrémité de son abdomen
- Fig. 2. — 1. Feuilles rongées et jeunes grappes enveloppées dé soie. — 2. Pimpla instigator, femelle grossie. — 2*. Grandeur naturelle, — 3. Methoca formicaria, femelle grossie. — 3'. Grandeur naturelle. — 4. Anomalon flaveolatum, femelle grossie, de profil. — 4*. Grandeur naturelle. — 5. Chalcis minuta, femelle grossie. — 5*. Grandeur naturelle. — 6. Chrysopa vulgaris, grandeur naturelle. — 7. Tachina hortorum, femelle grossie. — 7*. Grandeur naturelle.
- sur les œufs, qui adhèrent à la feuille par un liquide gommeux dont ils sont enduits.
- Les œufs delaPyrale de la vigne, longs d’un peu moins de 1 millimètre, ovalaires, amincis vers le bout, sont d’abord d’un vert-pomme, puis grisâtres, puis jaunes et enfin bruns, avec des taches noires. A la fin d’août ou au commencement de septembre il sort des plaques d’œufs de minuscules chenilles, qui se dispersent rapidement dans toutes les directions. Par un phénomène étrange, bien que la température soit élevée et les vignes encore couvertes de feuilles fraîches et tendres, ces chenillettes ne mangent pas ou à peine, et cherchent tout de suite un abri pour leur hivernation future, devant subir un
- long jeûne de neuf mois. Elles se laissent tomber, soutenues par d’imperceptibles fils de soie, auxquels elles remontent quelquefois si le lieu de leur chute n’est pas propice. Elles se cachent entre les écorces des ceps et surtout aux extrémités des sarments, et aussi dans toutes les fissures des échalas. C’est là une découverte capitale de V. Audouin. Chaque chenille file un petit cocon ovoïde, formé d’une soie grisâtre et ténue, dans lequel elle demeure blottie pendant les froids et les brumes de l’hiver.
- Aux chaleurs naissantes du printemps, à la fin d’avril et surtout dans la première quinzaine de mai, ces chenilles sortent de leur sommeil léthargique et éprouvent le besoin de prendre de la nour-
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- riture. C’est alors que la vigne se débourre; les chenilles entourent de soie les petites feuilles et grappes qui constituent les bourgeons, et commencent à manger dans ces premiers abris. Quand les chenilles ont atteint environ 1 centimètre et que les feuilles sont plus développées, ces chenilles quittent l’extrémité des pousses et descendent au milieu des tiges. Elles sont vertes ou d’un vert un peu jaunâtre, avec la tête d’un vert foncé luisant, et quelques petits poils raides, peu visibles, épars sur tout le corps. D’innombrables fils lient entre elles les feuilles à demi pliées et tapissées de soie, et un réseau commun, arrêtant la végétation, emprisonne les feuilles, les jeunes grappes et les vrilles. Ces paquets de toiles donnent au vignoble un aspect de dévastation; les feuilles d’abord, puis les pédicelles des baies et les baies elles-mêmes sont peu à peu dévorées, toujours sous l’abri commun des chenilles.
- Quand le moment de la nymphose est arrivé, du milieu de juin à la première semaine de juillet, les chenilles cherchent un dernier abri dans les feuilles recoquillées, desséchées, qui leur ont déjà servi de refuge pour leurs changements de peau. Après deux ou trois jours de repos sans nourriture, une fente s’opère le long de la tête et des trois premiers anneaux, ainsi qu’une déchirure transversale entre la tête et le premier anneau, et la chrysalide sort de la peau de la chenille. Elle est d’abord dans toute son étendue d’un vert tendre ; bientôt le thorax et l’abdomen passent au jaune pâle, et le bord de chaque segment se colore en brun. La tête et les fourreaux des ailes restent plus longtemps verts, et ce n’est qu’au bout de quelques heures que la totalité de la chrysalide a atteint sa couleur permanente, d’un brun chocolat. Renfermée dans l’intérieur du cocon ou fourreau que la chenille a filé avant de se métamorphoser, la chrysalide s’y trouve soutenue par les épines recourbées qui garnissent l’extrémité de son abdomen, et qui, s’accrochant dans les fds de soie qui l’entourent, la maintiennent en place, malgré les secousses occasionnées par le vent. Elle y reste habituellement immobile, mais pourtant, quand on secoue sa demeure, elle contourne son abdomen, en contractant et dilatant tour à tour les anneaux de son corps, et même parfois se retourne en entier. C’est au bout d’une quinzaine de jours que le papillon sort de la chrysalide. Celle-ci se fend sur les parties latérales, aux sutures formées par les éminences sous-cutanées des ailes et des antennes. Les pattes sortent d’abord, puis la tête, puis tout le corps. Souvent l’enveloppe brune de la chrysalide est entraînée hors du cocon par les efforts que fait le papillon pour s’en dégager, et reste quelquefois fixée par son extrémité aux fils du fourreau soyeux. Le papillon éclos recommence le cycle biologique que nous venons de décrire.
- Les ravages de la Pyrale de la vigne ont été signalés en France, d’une manière authentique, à plusieurs reprises au dix-septième et dix-huitième siècle, et dans les diverses régions viticoles, pen-
- dant des périodes à peu près décennales. Renouvelés au commencement du siècle actuel, ils ont acquis une intensité considérable, de 1830 à 1840 environ. A la demande du gouvernement, V. Audouin passa plusieurs années à étudier le mal, de 1837 à 1839, et à chercher les meilleurs remèdes. Il explora successivement les vignobles atteints dans la Côte-d’Or, Saône-et-Loire, le Rhône, l’Hérault, les Pyrénées-Orientales, la Haute-Garonne, la Charente-Inférieure, la Marne, et enfin Seine-et-Oise, notamment les coteaux d’Argenteuil aux portes de Paris. Il a consigné le résultat de ses recherches dans un livre1 qui restera à jamais célèbre, comme un des plus beaux travaux d’entomologie théorique et appliquée dont s’honore la science française.
- La destruction absolue de la Pyrale de la vigne est complètement impossible, tandis qu’elle peut, très-difficilement il est vrai, être espérée pour le Phylloxéra. Cet Hémiptère dégradé n’attaque en effet que les vignes seules, et la suppression totale de celles-ci, d’une manière momentanée, amènerait au moins l’anéantissement de la cause unique du mal. Au contraire, la Pyrale de la vigne est véritablement un insecte polyphage. Ce n’.est pas sur la vigne que Pillerius en fit la découverte, mais probablement sur le Stachys germcinica (Labiées). V. xVudouin a vu le papillon pondre dans le voisinage des vignes, sur beaucoup d’arbustes et de fleurs diverses, et les petites chenilles qui en sortent y trouver également une alimentation convenable ; ainsi, sur les fleurs de frêne, de ronce, de mauve, de fraisier, de luzerne, de pommes de terre, etc.
- L’existence aérienne de la Pyrale de la vigne, la rend au contraire sensible à des influences extérieures, qui, malheureusement pour nous, agissent à peine sur les Phylloxéras souterrains, protégés par le sol qui les recouvre. Souvent les Pyrales disparaissent pendant nombre d’années, d’une manière tellement complète qu’on en trouve difficilement quelques sujets isolés ; au point que j’ai parfois vu des entomologistes s’en procurer à grande peine des exemplaires de collection. Les agents généraux de destruction sont, comme pour tous les insectes aériens, de deux sortes. Il y a les intempéries atmosphériques, les gelées, non pas à leur époque normale, lorsque les insectes ont pris leurs quartiers d’hiver, dans les abris que leur instinct leur fait trouver, mais venant tardivement, alors que les insectes sont actifs et à découvert, et aussi, les orages, soit par influence électrique, soit par les pluies torrentielles qui entraînent, noient et brisent les frêles créatures tombant des feuilles. Une autre cause générale qui nous vient en aide, ce sont les insectes carnassiers, soit qu’ils dévorent directement l’insecte phytophage, soit que, pondant leurs œufs sous sa peau ou à la surface de celle-ci, ils intro-
- 1 Y. Audouin. Histoire des insectes nuisibles à la vigne, et particulièrement de la Pyrale. — Paris, 1842, in-4°, avec planches coloriées,
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- duisent insidieusement dans son corps des larves, qui, faisant fonction de petits vautours de Promé-tliée cachés à l’intérieur, rongent peu à peu tous ses tisssus mous et amènent une mort lente et cruelle.
- V. Audouin a fait connaître les précieux auxiliaires entomologiques que trouve le vigneron contre la Pyrale. Nous en citerons quelques-uns. Parmi les carnassiers externes se rencontrent un Hyménop-tère appartenant aux Guêpes solitaires, le Discœlius zonalis, taché de noir et de jaune, emportant dans son terrier les chenilles de la Pyrale, anesthésiées par le venin d’un coup d’aigiîillon, et devant fournir à ses larves une proie sans résistance et toujours fraîche ; un Névroptère aux yeux dorés, aux ailes de gaze, au vol faible, une Demoiselle terrestre, comme on les nomme quelquefois, l’Uémérobc perle (Chrysopa perla, auct., ou vulgaris, Schneider), dont la larve (lion des Pucerons de Réaumur) suce avidement les Pucerons et les petites chenilles. D’autres insectes appartenant à l’ordre des Hyménoptères, pondent leurs œufs au moyen d’une tarière dans le corps des chenilles de Pyrale. Tels sont le Pimpla invesügator, dont la femelle offre une longue tarière saillante hors du corps; YAnomalon flaveolatum, à abdomen comprimé et en faucille, le Chalcis minuta, très-petit insecte brillant, à cuisses postérieures énormes. Le Methoca formicaria, Ju-rine, ressemblant à une fourmi noire ailée, tue directement les chenilles de Pyrale, que ses larves sucent ensuite à l’extérieur, attachées à leur peau. Enfin, une mouche, le Tachina hortorum, Meigen, vient déposer ses œufs sur la peau des chenilles de Pyrale, et ses larves entrent ensuite dans leur victime pour en ronger les tissus.
- Gomme on ne peut pas toujours compter sur l’atmosphère et sur les parasites pour sauvegarder nos récoltes, il est nécessaire que la science puisse armer le cultivateur de moyens directs de destruction. Y. Audouin avait proposé et fait mettre en œuvre plusieurs procédés contre la Pyrale. Des feux allumés, au commencement de la nuit, dans les vignes tuent beaucoup de papillons qui viennent s’y brûler. Un meilleur moyen est le ramassage des pontes, en enlevant les feuilles sur lesquelles les plaques d’œufs sont visibles.
- L’observation importante de l’hivernation des che-nilletles suggéra à Audouin l’idée de purger les écha-las infestés, en les mettant dans un four à une chaleur d’environ 100 degrés, faisant périr les chenilles. La même idée fut modifiée plus tard et très-heureusement par un vigneron des environs de Romanèche, Thomas Raclet. Il répandit en hiver de l’eau bouillante sur ses seps et ses échalas. Comme de juste, les voisins commencèrent par rire et par se moquer de l’homme à la bouilloire et de ses promenades dans les vignes. Il n’en fut plus de même l’année suivante, quand ils virent son vignoble à peu près indemne de Pyrales. Tout le monde imita cet excellent procédé de Y ébouillantage, dû aux observa-
- tions de Y. Audouin. On le pratique aujourd’hui partout dès que reparaît la Pyrale, en employant des jets de vapeur d’eau produite par un petit générateur portatif. Dans l’Hérault, on se sert depuis peu d’années d’une autre méthode. Le cep de vigne attaqué est coiffé d’une vaste cloche de tôle, sous laquelle on brûle du soufre. L’acide sulfureux tue la Pyrale, aussi bien que la teigne de la grappe (Cochylis) et l’Écrivain (Bromius vitis Chrysomélien, Coléopt.). Maurice Girard.
- NOUVEAUX FOURS A PUDDLER
- DANS DA MÉTALLURGIE DU FER.
- L’industrie métallurgique a subi dans ces dernières années une série de modifications importantes qui l’ont complètement transformée ; déjà sous l’Empire les traités de commerce avaient exposé nos usines à la concurrence et à l’invasion étrangères ; elles s’étaient vues obligées de modifier leurs installations, d’adopter les outillages perfectionnés et de renoncer à tous les vieux procédés. Plusieurs périrent, il est vrai, dans cette lutte, comme celles du Rerri et de la Franche-Comté par exemple, car elles manquèrent bientôt de leur combustible ordinaire ; le charbon do bois qui devenu rare et trop-coûteux, fut abon-donné peu à peu et remplacé par le coke dans la préparation de' a fonte. Les usines qui survécurent, au contraire, reçurent un essor considérable ; la production augmenta rapidement, car le métal reçut une foule d’usages nouveaux inconnus jusqu’alors, les hauts fourneaux en même temps grandirent avec elle, ils quittèrent ces gros piliers de maçonnerie qui leur donnaient une apparence lourde et massive, ils se revêtirent d’une enveloppe de tôle; ils prirent une forme svelte et élancée en même temps qu’ils devinrent capables de traiter un poids de minerai bien plus considérable, atteignant parfois jusqu’à 100 tonnes par jour. Le volume des hauts fourneaux est toujours allé en grandissant de plus en plus ; on en construit aujourd’hui qui atteignent couramment 700 mètres cubes; en 1870, M. Co-chrau, à Ormes, alla jusqu’à H 25 mètres cubes pour un four ayant 27m,50 de hauteur.
- En même temps la préparation de l’acier se trouva particulièrement simplifiée par l’invention de M. Be-semer dont l’appareil, ainsi que nous le dirons plus loin, permet d’obtenir en quelques minutes de l’acier fondu avec la fonte sortant du haut fourneau.
- Pour le fer, on étudia avec soin le four de pud-dlage dans lequel il es^ préparé, et on ne tarda pas à se convaincre qu’il y avait quelque chose à faire là aussi, car on ne tirait pas du combustible dépensé tout le parti qu’on aurait pu, et le travail qu’on exigeait des ouvriers restait toujours un des plus durs et des plus pénibles que l’industrie connaisse encore. Nous essaierons dans cet article de donner à nos lecteurs une idée des ef-
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- forts qui ont été tentés pour y apporter les perfectionnements nécessaires ; nous parlerons du four de M. Martin-Siemens, qui a reçu le nom de régénérateur à gaz, car il cherche à utiliser la chaleur des gaz dégagés dans les fours ; nous nous occuperons ensuite des procédés les plus récents qui ont cherché à supprimer le puddlage à la main et à le remplacer par un brassage mécanique obtenu en faisant tourner la sole du four autour d’un axe vertical, comme dans le procédé Pernot, ou d’un axe horizontal, comme dans le système Danks. Le dispositif de M. Pernot est appliqué avec succès à Rivc-de-Gier, dans l’usine de MM. Petin etGaudet ; celui deM. Danks est originaire d’Amérique, il a passé l’Océan il y a quelques années seulement, et n’a été essayé que dans un petit nombre d’usines en Angleterre.
- Nous disions tout à l’heure que les fours de puddlage n’utilisaient qu’une faible proportion de la chaleur dépensée ; les gaz qui viennent se brûler dans le laboratoire et fournir par leur combustion la chaleur nécessaire aux réactions de la fonte atteignent 1500° environ, ils arrivent dans le rampant pour sortir dans la cheminée et possèdent là encore une température de 1000°; ils emportent avec eux plus de trois quarts de la chaleur fournie par la combustion de la houille. Cette chaleur est ainsi dépensée en pure perte, elle ne sert même pas à activer le tirage, car il suffit de calculer la vitesse des gaz qui traversent aux différentes températures la section de la cheminée pour se convaincre que 200° suffisent pleinement pour le tirage, et qu’on obtient alors un effet égal, sinon supérieur à celui qu’on observe avec des gaz portés à 1000°.
- MM. F. et AV. Siemens eurpnt l’idée de faire passer ces gaz brûlants dans des chambres remplies de briques empilées à claire-voie; les gaz se répandent dans ces compartiments, cèdent leur chaleur aux parois en briques et arrivent ensuite à la cheminée à une température à peine supérieure à 300°. Les chambres ainsi échauffées servent ensuite au pas-
- sage de l’air froid et du courant de gaz combustible, envoyés par un gazogène voisin qui vont arriver sur la sole du four pour s’y brûler et développer par leur combustion la température nécessaire aux réactions. Ces gaz auront enlevé par leur passage dans les chambres la chaleur que venaient d’y laisser les gaz brûlés qu’on y avait admis auparavant ; ils ont récupéré en quelque sorte et reporté sur la sole du four cette chaleur qui rse trouverait autrement perdue, car la température obtenue en brûlant du gaz ainsi échauffée au préalable est bien plus élevée que celle qui résulterait de la combustion de gaz simplement froid. On voit par là qu’on obtiendra sur la sole une température égale avec une dépense moindre de combustible.
- Lorsque les chambres sont partiellement refroidies par le passage de l’air froid, il suffit d’y admettre à nouveau les gaz brûlés pour les ramener à leur température initiale ; on dispose à cet effet deux chambres voisines dans lesquelles on fait passer tour à tour l’air froid et les gaz brûlés au moyen de deux valves d’inversion qui permettent de changer les courants.
- Les figures ci-contre donnent la disposition actuelle du four1 Martin-Siemens tel qu’il est installé à l’usine de Terrenoire ; les chambres sont disposées à l’intérieur du sol au-dessous du massif du four; elles sont au nombre de quatre, et symétriquement établies par rapport au laboratoire.
- Les gaz combustibles arrivent du générateur, sorte de foyer privé d’air où la houille est simplement distillée, pénètrent par les canaux P et T dans la chambre de droite Q; l’air froid qui servira à la combustion se rend par le conduit T dans la chambre de droite N (fig. 4).
- L’air s’élève par les conduits verticaux O, les gaz passent en R, ils se mélangent facilement en arrivant à la partie supérieure; l’air brûle le gaz, la flamme produite traverse et chauffe le laboratoire de gauche O et R (fig. 1,2, 3). Au delà, les gaz brû-
- M. Martin, qui a repris l’idée de M. Siemens, a construit ces fours pour son usine de Sireuil, dans la Charente ; la même
- Fig, 1. — Coupo longitudinale du four Martin-Siemens suivant la ligne ABCD (fig. 5).
- T (fig. 2 et 4). Conduite latérale amenant le gaz des valves de distribution jusqu’aux chambres Q. — S. Conduite horizontale inférieure qui mène les gaz à la cheminée. — T'. Conduites latérales qui amènent l’air dans les chambres N.
- (Dans la position indiquée par les flèches sur la figure 1, l’air et les gaz combustibles s’échauflent dans les chambres de droite N et Q, montent dans le laboratoire par les conduits de droite O et R, fournissent des gaz brûlés qui descendent par les conduits de gauche pour aller chauffer les chambres de gauche Q et N.)
- Fig. 2. — Coupe verticale du four Martin-Siemens suivant la ligne 1JKL (fig. 1).
- M (fig. 4). Conduite générale qui amène l’air jusqu'à la valve de distribution. — P. Conduite générale qui amène les gaz.
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- lés parcourent les conduits verticaux qu’on voit sur nos figures et se partagent entre les deux chambres de gauche Q et N (fig. A). En les traversant lentement de haut en bas, ils abandonnent leur chaleur propre aux briques en claire-voie et gagnent finalement plus ou moins refroidis la cheminée S par les carneaux T et T'. Sur le chemin de l’air et du gaz se trouvent les deux valves Y et V' qui permettent l’inversion des courants (fig. 4). Dès que l’appareil a fonctionné pendant quelque temps de la façon indiquée, les briques des chambres de droite N et Q deviennent incandescentes vers le haut des compartiments, et elles finiraient même par prendre dans toute leur étendue une température peu différente de celles des gaz brûlés si le sens des courants n’était pas modifié. La fumée emporterait alors par la cheminée presque autant de chaleur que si les chambres à briques n’existaient pas. Lors donc que les briques ont acquis à peu près la température des gaz brûlés dans la moitié supérieure des chambres de droite N et Q, on tourne les valves et on les amène dans la position symétrique indiquée en traits ponctués sur la figure 4. Alors les gaz combustibles se rendent par le canal T dans la chambre Q, et l’air de combustion par le conduit T'dans la chambre N ; en montant lentement au travers des chambres, ils s’échauffent aux dépens des briques. Ils se rencontrent à l’orifice supérieur, et y développent en brûlant une chaleur d’autant plus intense que leur température propre sera plus élevée.
- Les produits de la combustion s’en iront d’autre part par les conduits de droite dans les chambres de droite, et de là après leur refroidissement partiel par les carneaux T et T' à la cheminée S.
- On voit sur les figures que les quatre chambres ont la même hauteur, mais on a donné une section un peu plus grande aux chambres à air. Cependant, le poids de l’air non plus que sa chaleur spécifique ne diffèrent guère de ceux des gaz combustibles, mais souvent les gaz sont déjà chauds, tandis que l’air est toujours froid, et il
- disposition a été adoptée également dans plusieurs autres usines françaises, et même en Belgique et dans quelques établissements de la Westphalie. On peut employer aussi les régénérateurs dans d’autres industries, comme on l’a fait dans certaines verreries, par exemple, alin de tirer un parti plus complet du combustible dépensé. Seulement la conduite des forces devient un peu plus délicate, et il faut manœuvrer les valves en temps convenable pour éviter toute variation de température.
- convient afin de rapprocher les densités, de chauffer l’air un peu plus que les gaz.
- Le renversement des valves a lieu toutes les heures environ; d’ailleurs on doit se laisser guider par l’allure même du four afin d’empêcher la température de trop s’élever dans les chambres. Il se produit évidemment un accroissement brusque à la suite de chaque renversement; mais lorsque les chambres sont assez hautes et que la vitesse du courant est faible, les variations de température ne sont pas encore très-considérables, car la partie supérieure reste toujours incandescente sur une hauteur de 0m,50.
- Au point de vue de cette uniformité de température, on a tout intérêt à agrandir les chambres à briques ; le seul inconvénient auquel on puisse être exposé, serait de refroidir la fumée au point d’arrêter le tirage. 11 faudrait alors diminuer Je nombre de briques en claire-voie, qui créent autant d’obstacles au passage des gaz, ou lancer l’air de combustion à l’aide de ventilateurs soufflants.
- On voit que les briques sont supportées à la partie inférieure par une série de longues briques plates posées de champ en travers de la chambre. On les empile à sec, en laissant partout autant de vides que de pleins, mais on rétrécit un peu le passage vers le haut où les gaz se porteraient de préférence pour les forcer à se répandre dans la masse entière.
- Le poids de briques employées est déterminé par cette condition qu’il doit être suffisant pour absorber complètement la chaleur entraînée par les gaz brûlés qui sortent du laboratoire. Nous avons dit plus haut que cette proportion atteignait les trois quarts environ de la chaleur fournie par la combustion de la houille du foyer, on peut l’évaluer par suite à 6000 calories sur 8000 que fournit la combustion d’un kilogramme de houille. En admettant que toute la masse de briques soit portée en moyenne à 5 ou 600 degrés, après le passage des gaz brûlés, et en ayant égard d’ailleurs à la chaleur spécifique des briques qui est de 0,23 environ, on arrive à ce résultat, qu’il faut 50 kilogr. de briques par kilogramme de houille brûlée. C’est à peu près ce qu’indique M. Siemens, qui conseille 1 mètre carré 50 de surface de chauffe par kilogramme de houille.
- Cet appareil est appelé à rendre de très-grands
- Fig. 3. — Plan de la sole du four Martin-Siemens suivant la ligne EFGI1 (fig. 1).
- NN (fig. 4). Chambres d’admission de l’air froid. — QQ. Chambres d’admission des gaz. — 00. Conduits verticaux qui relient le laboratoire aux chambres N et amènent l’air. — RK. Conduits verticaux qui amènent les gaz dés chambres Q dans le laboratoire.
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- Fig, 4. — Coupe horizontale des chambres inférieures du four Martin-Siemens suivant la ligne TST.
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- services à la métallurgie, car il permet de réaliser facilement de très-hautes températures au-dessus de la sole du four. 11 permet aussi en même temps de modifier à volonté la composition du courant gazeux et de l’approprier aux réactions chimiques qui doivent s’y accomplir. Le conduit qui amène les gaz, porte en effet un registre ou clapet d’admission qui permet d’en régler le volume à volonté. Quant à l’air, on peut en fixer la proportion par un clapet semblable, ou plus simplement par le registre de la cheminée, en modifiant comme à l’ordinaire le tirage du four. On obtient ainsi dans le laboratoire une atmosphère neutre oxydante ou réductrice, suivant qu’elle est nécessaire pour les différentes périodes du travail du four. L. Bâclé,
- Ancien élève do l’École polytechnique.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- La Doryphore. — Les combustions an pétrole opérées à Afullheim, près de Cologne, dans les champs de pommes de terre, n’ont pas suffi pour tuer les larves et les nymphes réfugiées en terre, à 1Ü ou 15 centimètres, et qui, protégées par la mauvaise conductibilité du sol, ont survécu. M. Heuzé, envoyé par le ministère de l’agriculture, à pu en rapporter à Paris.
- Ainsi que je l’ai écrit à' l’Académie des sciences (Comptes rendus du 25 juillet 1877), il sera nécessaire, si le fléau nous arrive, de faire suivre la combustion d’un retournement de la terre, avec emploi d’insecticides. Je crois que le sulfo-carbonate de potasse pourra rendre, dans ce cas, de grands services. 11 est précieux en ce qu’il ne laisse dans le sol que de la potasse, excellente pour les cultures ultérieures.
- Au reste, les intempéries, les parasites et le ramassage, comme pour le colaspe des luzernes dans le midi, seront d’un puissant secours, et nous permettent de ne pas nous effrayer outre mesure.
- A Mullheim, le maire avait reconnu l’insecte, grâce à des modèles en relief envoyés aux maires des villages ; en Hollande, une lithochromie de l’insecte avec instruction, est depuis longtemps répandue partout. La preuve du mal étant reconnue, nous pensons que pareilles mesures seront prises en France sans délai, et que l’autorité sortira de cette sécurité funeste, dont les assertions optimistes émises à la Société centrale d’agriculture, sont peut-être en partie la cause.
- Il n’est plus permis de dire aujourd’hui que l’importation de la doryphore est presque impossible, ainsi que son acclimatation.
- A Cologne on a immédiatement garanti trois jours de prison et 50 thalers d’amende, au propriétaire négligent qui n’avertira pas de la présence de la Doryphore dans ses pommes de terre. C’est conforme à l’excellent rapport deM. Bouley qui assimile le phylloxéra à la peste bovine. 11 ne faut pas écouter les clameurs étranges de ceux qui invoquent, contre l’évidence, de prétendues maladies des végétaux. Il faut frapper la cause, c’est-à-dire les insectes.
- Maurice Girard.
- — L’étoile a de la Grande-Ourse, dit M. Weber, est tantôt d’un rouge de feu, tantôt d’un blanc jaunâtre, et cela avec
- périodicité. Elle a été muge les 5 septembre, 10 octobre, 14 novembre et 21 décembre 1876; les 16 janvier et 23 mars 1877. Elle a été d’un blanc jaunâtre les 28 octobre et 30 décembre 1876, et les 8 février et 13 mars 1877. (Astronomische Nachrichten.)
- — La Sibcria, d’Irkoutsk, annonce que le 28 avril 1877 on ressentit dans cette ville une courte, mais assez rude secousse de tremblement de terre.
- — En Itussie, le Conseil d’Élat vient d’accorder une allocation de 3000 roubles (12 000 francs) à la Société géographique d’Omsk en Sibérie
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 août 1877. — Présidence de M. Peligot.
- La recherche des moyens de mettre les chemins de fer à une seule voie à l’abri d’accidents tels que celui qui s’est récemment produit près de Cherbourg par suite de la rencontre de deux trains, est l’objet d’une note de M. Cha-langer, qui pense arriver au but en mettant les trains et les stations en communication permanente au moyen de sonneries électriques.
- Des échantillons de papiers à lettre et autres qui, lorsqu’on les regarde sous de certains angles, présentent les couleurs irisées les plus brillantes sont envoyés par M. Carrère. Le phénomène s’obtient, comme on le devine, par le dépôt à la surface de ces papiers de couches d’épaisseurs inégales. L’élégance des produits parait être le seul but de l’invention qui l’atteint pleinement au témoignage de M. le sécréfaire perpétuel.
- D’après M. Daubrenier, 1 litre de poudre de corne par mètre carré de terrain ; voilà de quoi régénérer les couches de champignons qui s’épuisent.
- Un mémoire considérable par son étendue (c’est l’expression de M. Bertrand), a pour objet le phylloxéra qui d’après l’auteur serait non point cause mais symptôme de maladie, opinion qui n’est rien moins que nouvelle.
- Un autre auteur qui a naguère fait connaître un remède contre le phylloxéra, ou du moins ce qu’il juge être un remède, demande si la Commission s’en est bien trouvée, ce qui motive cette réflexion du secrétaire : « On ne va pas si vite que cela. »
- M. Colladon, adresse une invitation collective à tous les membres de l’Académie au nom du Congrès périodique international qui tiendra sa cinquième session à Genève, du 9 au 15 septembre, et auquel assisteront comme d’habitude nombre de notabilités médicales de la France et de l’étranger.
- Un mémoire de M. Thoinasi sur les états allotropiques de l’hydrogène est renvoyé selon le vœu de l’auteur, à une Commission composée de MAI. Deville, Debray et Berthelot.
- M. Klie de Beaumont avait fixé à l’époque crétacée l’âge des Pyrénées; d’après M. Leymerie, leur origine serait plus récente ; elle ne daterait que du milieu de l’époque tertiaire. C’est principalement l’étude des faits paléontolo-giques qui a conduit le professeur de Toulouse à cette conclusion.
- Un docteur ès-sciences de la Faculté de Nancy, traite des transformations que la glycérine, le cellulose et la gomme éprouvent sous des influences oxydantes.
- M. Joly, qui travaille en ce moment dans le laboratoire de Roscoff, s’occupe de l’organisation des bryozoaires ; d’après lui, les organes considérés comme appartenant au système nerveux, auraient un tout autre caractèrei Lequel? c’est ce qui n’a pas été dit.
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- Un autre habile observateur du monde marin, M. Giard, maintient contre ses contradicteurs les conclusion de scs recherches sur la fécondation des échinodermes.
- De son côté, M. le professeur Wolf défend contre des critiques analogues la relation qu’il a signalée entre les taches solaires et la déclinaison métallique.
- D’après un auteur dont le nom nous a échappé, le sulfure de gallium est soluble en notable proportion dans le sulfhydrate d’ammoniaque.
- Un autre chimiste, M. de Clermont s’occupe des propriétés générales des sulfures métalliques.
- Patinage des roues. — Un ingénieur dont le nom n’est pas parvenu jusqu’à nous, envoie une note d’un grand intérêt sur le patinage des roues des locomotives. On dit qu’il y a patinage quand la vitesse de rotation des roues est plus grande que leur vitesse de translation. C’est ce qui, d’après l’auteur de la note, se produit toujours à la descente et avec d’autant plus d’intensité que la vitesse est plus grande. La suppression de ce singulier phénomène entraînerait uiîc économie notable de combustible. La note laisse indécise la cause du fait, qui selon la remarque de M. Bertrand ne peut résider que dans la résistance de l’air.
- La mer d'Algérie. — Un observateur qui avait reçu de M. Charles Deville la mission de centraliser certains documents relatifs à la météorologie algérienne, a entrepris touchant le régime des vents dans la région des chotts et l’évaporation qui s’y produit, des recherches, d’où il résulterait que les vents dominants de cette région ne sont ni ceux qu’on avait regardés comme tels, ni ceux qu’il faudrait pour produire les bons effets qu’on attend de la mer intérieure. Les vents favorables à ce projet seraient aux autres dans le rapport de 1 à 9. L’espoir de voir l’évaporation produite à la surface de cette mer, augmenter la quantité d’eau qui tombe sur l’Aurès et de l’Aurès revient au désert, serait donc chimérique. Cette quantité ne serait pas sensiblement augmentée. M. Roudaire discutera sans doute le travail dont nous donnons le résumé. En attendant, nous rappellerons que d’après ses observations* la direction des dunes, témoigne de la prédominance des vents du sud, c’est-à-dire des vents favorables au projet.
- Localisation des centres cérébraux du langage. — M. Bouillaud continue et complète sa communication. Il s’est occupé lundi dernier du langage écrit ; il s’occupe aujourd’hui du langage parlé. Après avoir rappelé que les deux moitiés droite et gauche du corps se répètent, et qu’ainsi anatomiquement l’homme est double, il signale ce fait comme un argument antimatérialiste, puisque s’il y a deux cerveaux il n’y a qu’un esprit : « car il paraîtrait bien bizarre pour ne pas dire absurde qu’il y ait un esprit droit et un esprit gauche. » La remarque est de l’orateur.
- On sait que, d’après M. Broca, la faculté du langage articulé a son siège dans la troisième circonvallation du lobe antérieur gauche du cerveau. « Je ne m’en rends pas encore responsable, » dit l’orateur, qui ne tient pour entièrement démontré que ceci : que c’est dans le lobe antérieur gauche que cette faculté a son siège. Et comme M. Édouard Fournier ne regarde nullement cette démonstration comme faite, et que, bien plus, il la croit impossible, jugeant l’activité simultanée des deux moitiés du cerveau nécessaire à son fonctionnement, M. Bouillaud répond à M. Fournier par cet argument décisif, que les lésions du lobe antérieur droit n’cmpèchent nullement ni d’écrire ni de parler.
- L'accident de M. de Lesseps. — Nos lecteurs savent déjà sans doute que dans une visite faite à Meudon chez M. Meheddin, bien connu par ses voyages archéologiques au Mexique et en Egypte, M. de Lesseps a fait une chute terrible, d’où a résulté une blessure grave à la jambe droite. Heureusement, aucun gros vaisseau n’a été intéressé. Un pansement immédiat a eu de bons résultats : le blessé est aujourd’hui dans une situation aussi satisfaisante que possible ; sa guérison n’est qu’une question de temps.
- Photographie du soleil. — M. Janssen donne « cette bonne nouvelle photographique, » qu’on parvient aujourd’hui à reproduire avec exactitude ces délicats détails de la structure du soleil : les grains de riz, dont la dimension est souvent d’une fraction de seconde. On pourra donc scruter d’une manière beaucoup plus exacte que par le passé les mouvements qui se produisent à la surface de l’astre radieux. A cette occasion, M. Janssen, faisant allusion à la discussion qu’il soutient contre MM. Secchi et Tacchini, arrive à dire que les époques de minimum des taches sont pour lui des époques non de repos, mais d’une forme particulière d’activité solaire. C’est sur quoi il promet de bientôt revenir. Stanislas Meunier,
- MÉTÉOROLOGIE DE JUILLET 1877
- dre décade. —Le baromètre est constamment au-dessus de 760 millimètres à Paris, et la température reste au-dessous de la moyenne sauf dans la journée du 1er juillet, où elle atteint le maximum du mois + 31 degrés. Les dépressions barométriques passent dans les régions septentrionales de l’Europe : la plus importante est celle du 6. Son centre qui se trouve à cette date au milieu de la mer du Nord (755 millimètres), atteint le 7 le sud de la Suède (750 millimètres) et disparaît le 10 dans le nord de la Baltique. Son arrivée est la cause d’orages qui sont signalés le 5 ou le 6 dans les départements des Hautes-Alpes , Alpes-Maritimes, Ardèche, Aveyron, Eure-et-Loir, Haute-Garonne, Isère, Savoie, Haute-Savoie, ’Seine-et-Oise, Tarn-et-Garonne ainsi que dans l’arrondissement de Belfort. La grêle produit quelques dégâts, et, dans les Hautes-Alpes, deux personnes sont tuées par la foudre le 5 et une personne le 6.
- 2e décade. — Pendant la seconde décade, la trajectoire des bourrasques s’est rapprochée de nous ; la plus importante apparaît le 15 à l’ouest de l’Irlande, son centre se trouve les 15, 16, 17, à la hauteur de l’île de Man et elle disparaît le 19 vers Pé-tersbourg. Sous son action le baromètre s’abaisse rapidement au-dessous de 760 millimètres à Paris dès le 15, et le 15 descend à 749 millimètres. La température qui est devenue supérieure à la moyenne à l’approche de cette bourrasque, descend au-dessous à partir du 14 et des pluies sont signalées à Paris chaque jour jusqu’à la lin de cette décade. La Manche est grosse le 14 et le 15, la mer est houleuse les autres jours sur toutes nos côtes, et des orages nombreux sévissent, en France du 14 au 17 amenant des dégâts par places et tuant dans l’Ailier une per-
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- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS [EN JUILLET 1877.
- D’après Je Bulletin international de l’Observatoire de Paris. (Réduction 1/8.)
- Jeudi 26
- Vendredi 27
- Samedi 28
- Dimanche 29
- Lundi 30
- sonne le 14 et deux personnes le 17.
- 3e décade. — La dernière décade est très-accidentée. Une autre dépression, visible sur les cartes des 23 et 24, apparaît encore le 21 à l’ouest de l’Irlande, se trouve près des Feroë le 25, descend vers les Pays-Bas le 26, traverse la Suède du sud au nord les 27, 28, 29 et amène des gros temps sur la Baltique les 30 et 31. Le baromètre, qui est à Paris au-dessous de 760 les 23 et 24, s’élève rapidement quand la bourrasque atteint la Suède, et une zone de fortes pressions s’établit
- Mardi
- sur nos régions du 29 au 31. En même temps la température se relève considérablement en France, et passe par un nouveau maximum (-+- 30 degrés) le dernier jour du mois. Des orages nombreux sont signalés du 21 au 25; ils sévissent pendant la nuit du 24 au 25 dans la vallée de la Durance où une averse intense de grêle est constatée. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Typograpliie Laliure, rue de Fleurus, 9, à Taris.
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- iV 221
- 25 AOUT 1877
- LA NATURE
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- LE DIPLOGRAPHE
- NOUVELLE MACHINE A ÉCRIRE A L’USAGE DES AVEUGLES.
- Lorsque Valentin Haüy, en 1785, fonda la première institution pour les aveugles, il s’occupa d’abord de leur donner le moyen de lire. Il fit imprimer des livres dont les lettres étaient rendues sensibles au doigt par le relief de leur contour. Mais cela ne suffisait pas ; il fallait faire en sorte que les infortunés frappés de cécité fussent à même d’écrire. De grands efforts furent faits dans ce but : on essaya d’abord de la plume, puis du crayon, mais
- les caractères étaient toujours mal formés et impossibles à lire.
- Des mécaniciens inventèrent plusieurs systèmes de machines, et les aveugles purent alors écrire pour les voyants, mais sans qu’il leur fût possible de vérifier ce qu’ils avaient écrit. Ce qu’il fallait, c’était de donner aux aveugles une écriture qu’ils eussent la facilité d’écrire et de relire; une écriture qui leur permît de fixer leur pensée, de la retrouver, de conserver des souvenirs, de prendre des notes, enfin de pouvoir communiquer entre eux par la poste.
- Charles Barbier fut le premier inventeur d’une écriture donnant ces résultats. Braille, aveugle de
- Nouvelle machine à écrire à l’usage des aveugles. (Réduction 1/5.)
- naissance et professeur à l’institution des Jeunes Aveugles de Paris, perfectionna en 1827 le système de son prédécesseur, et c’est ce système que l’on emploie actuellement, non-seulement en France, mais en Suisse et en Italie.
- Pour écrire, l’aveugle n’a besoin que d’un poinçon avec lequel il forme des points en relief sur une feuille de papier ; ces points sont assez sensibles au toucher pour qu’ensuite il puisse en déterminer la valeur, car l’alphabet des voyants est reproduit, pour les aveugles, par un certain nombre de points groupés d’une façon différente pour chaque lettre. Un guide en métal, percé sur toute sa longueur de petites ouvertures carrées, permet à l’aveugle, au moyen de la main gauche, de déterminer à quelle place il doit placer les points reliefs. Par exemple :
- 5e année. — 28 semestre.
- A est un point placé à l’angle supérieur de gauche de l’ouverture carrée; B est formé de deux points placés aux deux angles supérieurs; K, d’un point placé à l’angle supérieur de gauche et un point à l’angle inférieur de gauche; X, d’un point placé à chacun des quatre angles, etc., etc.
- Ce système est admirable par sa simplicité, car on n’a jamais besoin de placer plus de six points dans l’ouverture du guide pour reproduire, non-seulement toutes les lettres de l’alphabet, mais aussi les chiffres, la ponctuation et même la notation musicale. Or on sait combien les aveugles sont amateurs de musique.
- Voilà donc les aveugles pourvus de deux instruments pour écrire ; mais avec le premier ils ne peuvent que correspondre avec les voyants sans pouvoir
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- LA NATURE.
- relire leur écriture, et avec le second les voyants ne peuvent lire l’écriture de l’aveugle.
- M. Ernest Recordon vient d’inventer, à Genève, un appareil des plus simples qui pare aux inconvénients des deux systèmes précédents, tout en en réunissant les avantages. Cet appareil produit en même temps une double écriture : l’une pour l’aveugle, l’autre pour le voyant. C’est en raison de cette double écriture que l’instrument a été nommé Di-plographe.
- 11 se compose essentiellement de deux disques It, R' (voy. la gravure) tournant ensemble autour du même axe. Le premier est muni sur son pourtour de l’alphabet formé en points en relief des aveugles, l’autre de l’alphabet ordinaire des voyants.
- L’alphabet en points est reproduit deux fois sur le disque R : 1° sur le côté gauche ; c’est là que l’aveugle cherche les lettres par le toucher; 2° sur le pourtour, de telle façon que chaque lettre vienne se présenter à la surface du papier placé en regard.
- Deux feuilles de papier A, A' sont tendues verticalement en face du pourtour de chaque disque. Quand on veut se servir de l’appareil, on tourne avec la main le disque R, de telle sorte que la lettre qu’il s’agit d’écrire soit amenée au-dessous d’un index fixe, adapté au-dessus de la roue R. A cet effet, l’aveugle se sert par tâtonnement de ses doigts pour reconnaître les lettres en relief, et le voyant de ses yeux, pour arrêter au moment voulu la rotation du disque.
- Quand la lettre est amenée au point voulu, on pousse devant soi la poignée M ; les deux disques R, R' viennent frapper à la fois le papier A et le papier A'. Le premier disque imprime la lettre en relief sur le papier A, destiné à l’aveugle, et cela à la façon d’un timbre sec ; le second disque imprime la lettre correspondante sur le papier A' ; mais cette lettre est ici imprimée pour le voyant en caractère typographique. La roue R' agit en elfet comme un timbre humide, les caractères qu’elle porte sur son pourtour s’encrant sur un tampon que l’on voit représenté à la partie supérieure du disque.
- Nous ferons remarquer que quand une lettre du côté de la roue R est amenée sous l’index supérieur, la même lettre de l’alphabet se trouve sur le pourtour, en regard du papier, à une distance de 90 degrés de la première.
- Au moyen d’un mécanisme très-simple dont on voit les dispositions en G et C, chaque fois qu’une lettre s’imprime, les cadres planchettes A, A' qui servent de supports aux deux feuilles de papier, sont déplacés de la droite vers la gauche, de façon que la lettre suivante s’imprime à côté de celle qui vient d’être écrite. Quand on est arrivé à la fin de la ligne un petit timbre se fait entendre et il suffit de ramener à la fois les deux feuilles de papier vers la droite en poussant la tige B, qui se trouve à portée de la main.
- '< Cet appareil, dit le docteur Appia, qui en a étudié le mécanisme, est tellement simple que le pre-
- mier aveugle appelé à en faire l’expérience en a compris immédiatement le mécanisme et s’en est servi sans difficulté. On comprend que, de cette manière, un aveugle puisse facilement écrire ce qu’il désire, pour être lu par un autre aveugle en même temps qu’il imprime une autre feuille pour le voyant, et qu’inversement un voyant, tout en ignorant l’alphabet des aveugles, puisse néanmoins leur écrire en ne regardant qu’au disque qui porte les caractères ordinaires. Un autre avantage important est celui-ci : c’est qu’en changeant le disque de l’aveugle en un autre, il peut imprimer avec un autre système, à lui connu; on peut même lui faire imprimer en relief avec un autre système qu’il ne connaît pas, à la condition toutefois que le disque porte latéralement, comme les heures sur un cadran de montre, les caractères qu’il connaît et sur lesquels il se guide parle toucher; ces caractères correspondront, on le comprend, avec ceux qui sont sur le pourtour du disque. »
- La machine Recordon ne permet pas, à beaucoup près, d’écrire aussi vite qu’au moyen de l’appareil américain qne nous avons décrit précédemment1; mais son but et sa destination sont spéciaux ; elle s’adresse exclusivement aux aveugles, et sert de précieux moyen de correspondance entre ceux qui voient et ceux qui sont privés du sens de la vue.
- Il est essentiel de faire remarquer que les personnes qui voient, peuvent aisément se servir du Diplographe pour écrire à des aveugles, sans aucune étude préalable; l’alphabet des voyants étant placé au dessous de celui des aveugles, sur la grande roue de l’instrument.
- J’ai récemment vu fonctionner dans un de nos établissements d’aveugles l’appareil de M. Recordon ; et ce n’est pas sans émotion que j’ai pu lire, eu caractères ordinaires, les quelques paroles de reconnaissance que de malheureux aveugles écrivaient sous mes yeux, et qu’ils adressaient, en termes touchants, à l’inventeur qui avait pris pour mission de soulager leur infortune.
- J’ajouterai, en terminant, que l’appareil de M. Recordon est construit par M. Turretini, dont nous avons parlé l’an dernier et qui est l’habile inventeur des appareils de perforation du Saint-Gothard.
- Gaston Tissandier.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 20 juillet 1877.
- M. Duter, inscrit à l’ordre du jour pour une communication sur les aimants circulaires, est empêché d’assister à la séance.
- M. Marey présente un appareil qu’il nomme dromo-1 graphe ou odographe, et qui inscrit sous forme de courbe la fréquence des mouvements périodiques.
- 1 Voy. 5° année* lf>77. 1er semestre, p. 2‘25.
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- Cet appareil permet de lire à tout instant le nombre absolu des actes accomplis cl la fréquence avec laquelle ils se sont succédé pendant un temps aussi long qu’on jugera nécessaire de suivre le phénomène.
- 11 consiste en un cylindre qui tourne d’un mouvement uniforme (1 millimètre à la minute) et un style qui chemine parallèlement à la génération du cylindre et que chacun des mouvements qu’il s’agit de compter fait avancer d’une petite quantité. S’il faut cent mouvements pour faire avancer le style de 1 millimètre, on connaîtra à tout instant le nombre des mouvements qui se sont produits d’après le nombre de millimètres parcourus par le style et comptés sur l’axe des y. D’autre part, puisque ce cylindre tourne uniformément, la fréquence plus ou moins grande des mouvements qui se sont produits, se traduira par une inclinaison variable de la ligne tracée et aura pour mesure la tangente de l’angle que cette ligne fait à chaque instant avec l’axe des x.
- Cet appareil s’applique à tous les phénomènes périodiques qui se traduisent par des mouvements. Dans le cas où les actes dont il s’agit d’inscrire le nombre ont trop peu de force motrice, M. Marey emploie un relai électrique, au moyen duquel il obtient le travail nécessaire pour mettre l’appareil en marche ; il suffit alors que le mouvement qu’on étudie ait assez de force pour rompre un courant électrique, ce qui est à peu près toujours possible.
- M. Marey montre également un instrument qui est la réalisation définitive du loch à cadran dont il a déjà présenté le projet. Cet instrument a été construit par M. V. Tatin.
- L'ASSOCIATION FRANÇAISE
- roua l’avancement des sciences,
- Session du Havre. — Août iS97.
- Séance d'ouverture. — Jeudi 25 août. — La session du Havre est ouverte par M. Broea, président de l’Association française. Après un remarquable discours prononcé par l’éminent anthropologiste, la parole est donnée au secrétaire général, M. P. P. Dehérain, qui fait d’abord ressortir les avantages que de semblables réunions procurent à la science. « Tous, dit le savant chimiste, nous tirons de nos réunions de grands avantages, le travail de toute l’année s’en ressent, chacun s’efforce de contribuer à l’œuvre commune : à l’avancement de la science ; on ne veut pas arriver dans sa section les mains vides, on redouble d’attention, on précise ce qui restait vague, on démontre ce qui n’était que pressenti, et votre studieuse activité se traduit chaque année par une importante publication. »
- M. Dehérain après avoir déploré la perte de M. Ch. Sainte-Claire Deville, un des membres les plus actifs de l’Association, après avoir fait l’éloge des récents lauréats des corps savants, que la Société compte dans ses rangs, termine en résumant l’histoire du Congrès de Clermont-Ferrand en 187G.
- M. G. Masson, trésorier de l’Association clôt la séance par l’exposé de la situation financière de la Société, situation toujours prospère et progressive. Il annonce que le vice-président, M. Kuhlmann, vient de faire don à la Société de la somme de 5000 francs.
- LES PALETÜ\IERS
- Les estuaires et les anses maritimes des tropiques et des régions équatoriales sont les localités favorites des Palétuviers.
- S’il est des végétaux utiles à l'homme, il en est qui lui sont hostiles, et on peut dire que dans une certaine mesure, les Palétuviers sont de ce nombre.
- Il est notoire pour les Européens qui habitent les pays chauds, que les lieux occupés par ces végétaux ont laréputation d’ètre malsains. Les arbres n’y sont pour rien par eux-mêmes, mais leur manière de végéter milite eu faveur de cette opinion. Leurs racines en effet ne se développent pas comme celles des autres dicotylédones. Lors de la germination de la graine, la racine primordiale s’est déjà développée dans le fruit pendant sa maturation et alors que celui-ci tenait encore au rameau; puis elle tombe à un moment donné, en quittant le fruit, et portant à son sommet la gemmule encore fort petite; tandis que le pivot radiculaire s’est allongé pour former un fuseau charnu et pesant, de 2 0 à 25 centimètres de longueur. La vase au milieu de laquelle se plaisent les Palétuviers reçoit ces singulières graines qui tombent ainsi à pic par leur lourde radicule, laquelle entre facilement dans le sol fangeux : voilà de jeunes Palétuviers qui sont plantés comme par la main de l’homme, sans qu’aucun manque à la reprise, et cela par le seul fait de leur merveilleuse organisation de leurs organes reproducteurs.
- Bientôt les feuilles se développent sur leur tige qui s’élève, mais au furet à mesure, des racines adventi-ves se montrent à des hauteurs diverses sur cette tige, qui d’un côté se ramifiera pour former une cime ordinairement large et basse, tandis que la partie inférieure est soutenue par de nombreux étais en arceaux ; ce sont ces mêmes racines aériennes maintenant devenues adultes et robustes qui suppléent la racine principale et qui, par leur nombre et leur résistance, vont délier les bourrasques les plus violentes.
- On doit penser qu’avec des moyens de se reproduire aussi assurés, les Palétuviers arrivent à s’en-trc-croiser et finissent en effet par faire le plus inextricable fouillis, accessible seulement pour les caïmans ou autres animaux amphibies, mais surtout favorisant au plus haut point le développement des coquillages et de nombreuses espèces de crustacés. La marée, quelle que soit son importance, découvre en totalité ou en partie le terrain occupé par les arbres, et en remontant, amène des épaves de toute sorte retenus par les racines ; l’on comprend que la matière organique, accumulée, décomposée rapidement et, sans cesse, par l’effet du soleil tropical, dégage des émanations funestes aux humains qui fréquentent ces parages.
- Voici ce qu’en dit un témoin oculaire, M. Griffon du Bellay, qui a passé plusieurs années au Gabon : « La vase est le royaume exclusif de cet arbre singulier, là où les eaux de la mer se mélangent aux
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- LA NATURE.
- eaux douces. Les fruits tombent à l’eau par milliers et se maintiennent debout comme des aréomètres, lestés qu’ils sont par le poids de leurs racines, puis s’en vont avec le courant prendre possession des bancs de vase qu’ils rencontrent sur leur route. Cet arbre envahisseur dresse sur les bords des rivières d’impénétrables murailles d’une verdure grisâtre, d’autant plus triste que rien ne vient rompre sa fatigante monotonie.
- « ... Les manifestations de la vie ne troublent qu’à de rares intervalles le sommeil de ces solitudes. Cette stagnation de la nature au milieu d’une végé-
- tation vigoureuse a quelque chose d’inattendu qui produit une pénible impression. On sent que cette région plantureuse, mais d’où la vie animale est absente, n’est pas faite pour l’homme et il n’en est pas en effet qui lui soit plus mortelle. Tout à l’heure cés eaux à demi stagnantes, aspirées par le reflux de la mer, vont mettre à découvert des bancs de vase inabordables, les racines des Palétuviers vont sortir de l'eau, à demi pourries, couvertes d’huîtres et de moules fangeuses, au milieu desquelles courent avec une singulière pétulance une multitude de petits crabes noirs qu'on prendrait pour des araignées my-
- gales. Toute cette vaste nappe de vase va dégager des gaz sulfhydriques qui étaient retenus dans son intérieur par la pression de l’eau, et qui viennent maintenant éclater à la surface comme des bulles de savon, en répandant une odeur pestilentielle. Pendant la nuit se joint à ces effluves fébrigènes une humidité pénétrante qui saisit et fait frissonner, tandis que des milliers de moustiques s’emparent de l’atmosphère et se ruent sur leur proie.
- Cette région n’est pas faite pour l’Européen. L’indigène lui-mème n’y vit pas sans faire connaissance avec la lièvre. »
- Le nom de Palétuvier s’applique à plusieurs espèces du genre Rhizophora, et même à des genres différents, et dont quelques-uns sont de familles distinctes. Le plus répandu est le R. Mangle, puis le
- Rruguiera gymnrohiza, qui manque à l’Amérique, enfin les genres Ceriops et Kondelia beaucoup moins répandus. Dans les eaux moins saumâtres, c’est-à-dire en s’éloignant de la mer, c’est le genre Avicennia qui est le Palétuvier dominant, puis croît dans les mêmes conditions le genre Ægiceras. Mais le Palétuvier que représente la gravure ci-dessus est bien le R. Mangle, dont le principal mérite est .d’avoir un bois très-dur, employé dans l’ébénisterie locale et la petite construction. L’écorce est ce qu’il offre de plus avantageux. Celle-ci en effet est épaisse, assez facile à enlever, et contient une quantité considérable de tannin dont les propriétés sont bien connues. J. Poisson.
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- PUITS ATMOSPHÉRIQUE
- DES HOUILLÈ11ES d’ÉPINAG.
- La Nature a publié dernièrement une notice sur le puits atmosphérique installé à Epinac par M. Blanchet1. Nous nous étions borné à décrire le fonctionnement de cet appareil tout à fait nouveau et intéressant qui peut devenir le point de départ d’une révolution profonde dans l’art des mines.
- Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé quelques renseignements sur l’état actuel de cette tentative audacieuse. Nous v revenons avec grand plaisir, et ce nous sera une occasion pour publier la gravure ci-contre qui donne une idée bien plus sensible de l’installation du puits dans le terrain que le dessin au trait que nous avons reproduit antérieurement.
- Nous allons rappeler brièvement le fonctionnement de l’appareil. Un tube en tôle occupe toute la profondeur du puits et descend jusqu’à 618m,50 au-dessous du- niveau du sol. Il est parcouru dans toute sa longueur par la cage qui doit élever la matière utile, le charbon à extraire au dehors. La cage descendue au fond du puits est remplie de bennes pleines, comme on le voit dans le tube de droite; on fait le vide au-dessus du piston supérieur de la cage, celle-ci s’élève dans le tube sous l’action de la pression atmosphérique, et elle arrive à l’orifice supérieur où elle est vidée par les ouvriers préposés à la recette. Une triple manœuvre est nécessaire, comme nous l’avons dit ailleurs, pour faire sortir de trois portes du tube les ncut bennes qui rem-
- 1 Vov. 5e année, 1877, lar semestre, p. 255.
- plissent la cage. Quand on a remplacé les bennes pleines par des vides, on introduit progressivement l’air et on laisse redescendre la cage, qui est reçue au fond du puits dans les mêmes conditions qu’en haut.
- Le travail de la machine pneumatique est mesuré par la différence des pressions nécessaires à la descente et à la montée de la cage dans le tube.
- La machine que M. Blanchet installe actuellement aura un volume égal au trois cent cinquantième de celui du tube, et elle devra donner à la cage une vitesse de 6 mètres à la seconde. L’ascension pourra être ainsi terminée en cent secondes, et si on ajoute cinquante secondes pour la manœuvre, on pourra porter à cent cinquante secondes la durée totale d’un voyage. Avec l’ancienne machine, il fallait près de quinze minutes environ. On aurait alors à Épinac une rapidité d’extraction égale à celle de Montrambcrt, qui est justement citée comme supérieure à toutes les autres. La cage suspendue à un câble parcourt jusqu’à 10 mètres par seconde à Montram-bert, elle élève d’une profondeur de 400 mètres environ quatre bennes renfermant 550 kilogr. de charbon, soit 1400 kilogr. de matière utile, et la durée totale d’un voyage y compris le temps nécessaire aux manœuvres n’excède pas cinquante secondes. On obtient ainsi facilement 4*, 5 en cent cinquante secondes, tandis qu’à Epinac on extrairait neuf bennes par voyage, soit cinquante tonnes de charbon pendant le même temps, et d’une profondeur de 600 mètres. Ce sera là un résultat considérable qui aidera beaucoup à l’adoption du procédé nouveau s’il est couronné de succès, comme tout porte à l’espérer.
- La gravure ci-dessus représente les deux tubes
- Puits atmosphérique d Épinac.
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- LA NATURE.
- voisins tels qu’on a l’intention de les installer plus tard. Ils sont réunis à leur partie supérieure par un tube horizontal qui permettra de faire passer de l’un dans l’autre, l’air qu’on enlève au-dessus d’une cage pour y faire le vide. U en résultera une diminution considérable dans le travail de la machine. C’est le même progrès qui est réalisé dans les extractions ordinaires à double câble, où la cage qui descend aide à soulever celle qui monte.
- Notre gravure donne une coupe du terrain et des galeries qui aboutissent aux trois portes inférieures du tube
- Les ouvriers mineurs viennent amener les bennes pleines pour les charger dans les cages. Ils sont coiffés du chapeau en gros cuir qu’on emploie surtout dans le Nord, où les galeries sont très-basses, pour se préserver la tète contre les inégalités du toit. Ce chapeau porte une boutonnière dans laquelle le mineur qui veut avoir les mains libres peut ficher le manche de la lampe qui éclaire sa marche.
- LES NUBIENS
- DU JARDIN D ACCLIMATATION.
- Il y a quelques semaines, les habitants de Ncuilly virent passer sous leurs fenêtres une curieuse caravane : c'étaient des chameaux et des girafes, des bœufs de race exotique et des baudets de petite taille, de jeunes éléphants hauts comme des veaux et des rhinocéros minuscules; enfin une couvée d’autruches à peine plus grandes que des oies. Toute cette ménagerie africaine était escortée par quatorze grands gaillards drapés de blanc, au corps de bronze, à la chevelure bizarre. On conçoit aisément que la curiosité du public fut vivement excitée à la vue de tous ces êtres étranges, et bientôt on apprit que c’était un convoi d’animaux d’Afrique se l’endant au Jardin d’acclimatation, qui lui offrait l’hospitalité. Ce convoi appartient à un négociant étranger dont la spécialité est de fournir de sujets intéressants les Jardins zoologiques d’Europe, et qui pour alimenter son commerce embauche, dans les pays d’où il tire ses animaux, des chasseurs indigènes. Cette fois, au lieu de laisser ceux-ci en Afrique, il a'voulu les amener en Europe, et si nous en croyons les on-dit, sa bourse ne s’en trouvera pas mal. Mais la curiosité pure des gens du monde n’a pas été seule éveillée : les hommes de science, ceux qui s’occupent spécialement d’anthropologie n’ont pas voulu laisser passer une aussi bonne occasion d’étudier un groupe humain sorti du grand continent africain : dès qu’elle a eu connaissance du fait, la Société d’anthropologie a désigné aussitôt une Commission, chargée, sous la direction de son éminent secrétaire général, le docteur Broca, d’examiner avec soin les indigènes campés à la porte de Paris. Celui qui écrit ces lignes fait partie de cette Commission, et bien que les études auxquelles ses col-
- lègues et lui se sont livrés, soient à peine terminées, bien que le rapport soit loin d’être fait, il peut néanmoins donner ici un aperçu des observations de la Commission, suffisamment détaillé pour faire bien connaître ce que sont les étranges hôtes du Jardin d’acclimatation.
- C’est très-exactement qu’on les a désignés sous le nom de Nubiens. Toutefois, il se trouve que parmi les quatorze individus présents à Paris, il y a deux nègres purs, chacun d’une race distincte et très-peu connue jusqu’ici ; nous reviendrons sur leur compte à la fin de cette étude. Les douze Nubiens proprement dits sont originaires de la région qui est appelée le Takka et qui a pour chef-lieu Kassala, ville assez nouvelle, bâtie sur les bords du Gach ou Mareb : ce pays est borné au sud par l’Abyssinie, à l’ouest par le Nil-Bleu et le Grand-Nil, à l’est par les montagnes des Bogos et la mer Rouge, au nord par le désert de Korosko (fig. 2).
- VAtbnra, qui a pour affluent le Takazzé et qui se jette à son tour dans le Nil, traverse le Takka du sud-est au nord-est. C’est dans les fourrés du sud, dans les bassins de l’Atbara et du Takazzé, qu’ont lieu les grandes chasses d’animaux dont les Nubiens en question sont les acteurs principaux. Ceux-ci sont musulmans et, bien que d’un teint qui paraît au premier abord très-foncé, ne sont rien moins que de race nègre. Ils appartiennent en réalité à la grande race chamitique ou kouchite, voisine de la race sémitique, mais cependant trop distincte de celle-ci pour être confondue avec elle. Les Chamitcs se divisent, au moins dans l’état actuel de nos connaissances, en trois groupes : le groupe libyen (Guanches, Berbères, Touaregs et Tibbous), le groupe égyptien et le groupe éthiopien (Barabras, Bedjas, Bogos, Agaos, Dankalis, Gallas et. Sômalis). Les Nubiens du Jardin d’acclimatation sont tous des Bedjas plus ou moins purs. Les Bedjas se subdivisent en effet en diverses tribus : les Bi-charris au nord, les Hadendoas au-dessous d’eux, toujours au nord de Kassala sur la route de Souakyn, port de la mer Bouge, les Hallenguis autour de Kassala, les Hamrans aux environs du confluent du Takazzé et de l’Atbara, et quelques autres tribus. Musulmans, ils parlent arabe couramment, mais entre eux ils emploient les dialectes de la langue bedja qui n’a aucun rapport immédiat ni même éloigné avec celle de l’islam. Des douze Nubiens que nous avons examinés, cinq sont Hadendoas, deux sont Ilamrans, deux autres Hallenguis, deux sont originaires de Kassala, et un est né à Souakyn ; il y en a donc neuf qui appartiennent aux tribus nomades ou bédouines, comme on dit dans le pays, sans qu’il faille pour cela les confondre avec les véritables Arabes-Bédouins de race sémitique qui paissent leurs troupeaux en Asie ou dans le nord de l’Afrique. Trois seulement, par leur origine citadine, ont des chances de présenter le type bedja avec moins de pureté que les autres. Mais peu importe, et les douze individus en question, tous dans la force de
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- l'age et meme de la jeunesse, sont d’excellents spécimens d’un peuple qui a joué autrefois un rôle dans l’histoire et qui a fait parler de lui dans la région qu’il habite.
- I)e même race que les anciens Egyptiens, encore si exactement représentés aujourd’luw par les fellahs de la vallée du Nil depuis Assouan jusqu’à la mer, tout en appartenant à une famille voisine, les Bedjas et leurs voisins les Barabras, sont les représentants actuels des habitants des célèbres empires de Meroë et d’Éthiopie. Aussi bien l’antique presqu’île de Meroë n’est-elle autre chose que le Takka actuel. Une inscription de Seti Ier (XIXe dynastie) mentionne les Bukas, parmi les peuples de l’Éthiopie vaincue ; les monuments antiques d’Axum en Abyssinie et d’Adulis sur la côte de la mer Rouge, contiennent les noms des Bugas et des Bugaïtes. Il est également question des Charis (cf. Bicharis) dans plus d’une inscription hiéroglyphique. Enfin, l’auteur arabe Maqrizi, parlant d’après des traditions locales, déclare que les Bedjas furent autrefois les ennemis des Pharaons. Dans les armées des rois-pontifes de JSapata, des souverains d’Éthiopie, tels que Piankhi-Meïamoun et Shabak (Sabacon) figuraient les ancêtres de nos Nubiens, que le dernier de ces princes fit battre à Raphia en Syrie, par Sar-gon, le grand conquérant ninivite. Connus par les Grecs et les Romains sous le nom de Blemmyes, les Bedjas furent refoulés dans leur Haute-Nubie par les légions des Césars et par leurs alliés. Ils furent plus tard longtemps rebelles à la prédication de l’islam. Ibn-Hauqal ('950) les décrit comme des païens au teint très-brun, habitant entre l’Abyssinie, la Nubie et la mer Rouge. Maqrizi parle d’un roi des Bedjas résidant à Djezireh-el-Bedja, entre l’At-bara, le Nil et le Sennaar, et, similitude assez remarquable avec les anciennes mœurs de l’Égypte, dans cet État, le trône se transmettait suivant la ligne maternelle ; l’écrivain arabe donne ces Bedjas pour idolâtres, et leurs prêtres sont à ses yeux des sorciers; on a lieu de croire cependant qu’il se trouvait des chrétiens parmi eux. Toutefois, quelques tribus avaient dû devenir musulmanes, carMassoudi raconte que trois mille. Nubiens nomades et malio-métans, montés sur des dromadaires, aidèrent les conquérants arabes à s’emparer des mines d’or qui avaient vraisemblablement donné son nom à la Nubie, noub en ancien égyptien signifiant l’or. Puis, à une certaine époque du moyen âge, le nom de Bedja disparaît à peu près de la scène politique, et il n’est plus question que de Bicharris, de Hadcn-doas, de Hamrans, d’Ababdehs, etc. Nous avons donc là les restes d’une nationalité déchue, et les chasseurs nubiens nous représentent les enfants d’une civilisation en décadence, destinée à disparaître entièrement un jour. Ils durent prendre part à la fondation de ce royaume de Sennaar, que Bruce vit encore florissant à la fin du siècle dernier, et qui avait été créé par les Foundj, peuple chez lequel l’élément ehamitique était presque absorbé par l’élé-
- ment nègre ; on a pu constater d’ailleurs sur un certain nombre d’individus étudiés ces jours derniers au Jardin d’acclimatation, l’existence de trois cicatrices obliques sur chaque joue près de la bouche, et qui paraissent bien être une sorte de tatouage régulier et intentionnel ; or, on rencontre ces mêmes cicatrices sur des portraits de Bicharris et d’autres Nubiens, ainsi que sur des portraits de Eoundj, publiés par M. Hartmann dans le tome I d„ son ouvrage : die Nigritier. 11 y a là l’indice d’une parenté ethnique très-probable. Aussi bien, si les Foundj sont des métis de Nubiens chamites et de noirs, les douze individus examinés récemment à Paris présentent bien aussi quelques caractères ni-gritiques. La coloration de la peau, par exemple, plus foncée que chez les Chamites purs comme les Egyptiens et les Berbères, indique un mélange avec des noirs, tout en gardant un reflet de bronze rouge particulier et non sans charmes ; les lèvres pigmentées, -parfois un peu fortes, la chevelure un peu crépue dans certains cas sont aussi les symptômes d’un notable métissage. Ces Nubiens ont gardé néanmoins une physionomie générale très-voisine du type berbère et du type égyptien, et ne font pas mentir en ce qui les concerne la grande théorie de l’extension de la race d’un brun-rouge des Kouchiles ou Chamites dans tout le nord de l’Afrique, depuis l’océan Indien et la mer Rouge jusqu’aux îles de l’Atlantique.
- L’apparence générale est élégante et fine, et indique une grande souplesse, une grande agilité. Leur force musculaire n’est en revanche pas considérable. Ils n’ont obtenu au dynamomètre que le chiffre correspondant à 40 kilogr. au maximum. La taille n’est pas uniforme, toutefois la moyenne obtenue sur les douze individus place cette race au-dessus de la taille moyenne, étant de lm,672. H faut remarquer que parmi eux il y a un jeune garçon de quinze à seize ans. En décomposant la liste de taille, nous trouvons cinq individus très-grands, deux qui sont au-dessus et deux qui sont au-dessous de la moyenne, et trois petits en comptant le jeune garçon; parmi ces derniers, le plus petit, lm,517, est le plus âgé de la bande : Abdallah, le tailleur-cordonnier, qui a de trente-cinq à quarante ans et avec quelques cheveux blancs, porte déjà les traces de la vieillesse ; il est d’ailleurs originaire de Rassala, et n’appartient point aux tribus nomades. L’homme le plus grand, Ali, qui a lm,810, est un Hadendoa de vingt-huit ans, fort bien découplé. Ils ont de très-longs bras, puisque leur grande envergure moyenne lm,707, dépasse de 35 millimètres leur taille moyenne. Toutefois, trois d’entre eux ont l’envergure moindre que la taille, et chose curieuse, ce sont précisément Ali et Abdallah que nous venons de signaler; le troisième est le jeune garçon. Un caractère qui les distingue très-nettement du nègre, c’est leur prognathisme peu accentué en moyenne; leur angle facial étant de 71; quatre d’entre eux cependant sont un peu prognathes); deux seulement
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- sont presque orthognathes. Ils ont le crâne assez | allongé ; ils sont sous-dolichocéphales (indice cépha-
- Fig. 1. — Armes et objets divers des Nubiens du Jardin d’acclimatation. Épée, couteaux, boucliers, gourde en cuir et tambourin.
- lique moyen 78,40, et en faisant la défalcation habituelle pour tenir compte de l’épaisseur des téguments 70,40), comme les Guanches (75) les Kabyles de Welcker (75), les anciens Égyptiens (75), mais moins que les anciens Nubiens d’Éléphantine (du laboratoire de M. Broca :
- 75,72). Nous ne nous étendrons pas davantage sur des mesures qui n’ont qu’un intérêt technique, et nous reviendrons à l’aspect extérieur. Leurs cheveux couverts de suif de mouton en guise de pommade, au point qu'ils paraissent parfois poudrés à blanc, sont disposés d’une façon très-originale, dont le portrait de Tlla-dendoa Mohamed-JYoûr peut donner une idée exacte (fig. 3) ; assez longs, ils
- forment autour de la tête comme une perruque; mais au sommet de la tête, ils sont relevés en tou-
- Fig. 2. — Carte du Takka, région d’où proviennent les Nubiens du Jardin d’acclimatation.
- pet abondant et fourni ; ils fichent dans cet édifice capillaire une longue nervure médiane de feuille de palmier qui leur sert à la fois d’épingle et de démêloir. La façon dont ils se coiffent le matin des jours de fête, est aussi pittoresque que peu ragoûtante. Tandis qu’un des Nubiens est en train de peigner son camarade avec une nervure de palmier, celui-ci prépare la pommade dont on va lui oindre la chevelure. On a fait dégorger au préalable de la graisse de mouton bien fraîche dans de l’eau ; puis le patient en prend un morceau qu’il mâche et triture énergiquement dans sa bouche, de façon à en faire une pâte d’une blancheur éclatante qu’il passe par fragments à son coiffeur, et celui-ci lui en enduit complètement les cheveux. On serait également disposé à attribuer à
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- Fig. 3. — Mnhomed Noûr, un des Nubiens du Jardin d acclimatation de Paris, (l/après une photographie de M. Berlhaud,
- faite spécialement pour la Nature.)
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- ce procédé la beauté des dents de tous ces indigènes. Quoi qu’il en soit, cette pommade laite sans doute pour l’économie de la coiffure, exhale bientôt une odeur répugnante qui contraste avec la propreté scrupuleuse du reste du corps chez ces Nubiens qui se lavent fréquemment et avec soin. Leur peau est douce et fraîche ; comme les Orientaux, ils s’épilent pour la plupart sur tout le corps; quelques-uns se rasent entièrement le visage, d’autres laissent pousser leur barbe qui paraît d'ailleurs peu fournie.
- L’ensemble de la physionomie typique du Bedja est du reste assez bien représenté par Mohamed-Nour, quoi qu’il soit de petite taille, 1"‘,589. Bien qu’il ignore son âge, on suppose qu’il a de vingt et un à vingt-deux ans; il a du reste toutes ses dents. Scs cheveux ne sont pas crépus, mais seulement frisés. Il a le front haut, mais, comme un grand nombre de ses compagnons, il n’a pas de glabelle. Les lèvres sont épaisses, comme chez la plupart des Kouchites, mais non pas retroussées à la façon des nègres ; le nez est fin, busqué, caucasique ; le type général en un mot, sans être absolument celui des anciens Egyptiens, lui est étroitement apparenté. La peau est relativement d’un beau bronze rouge, très-douce et tiès-fraîche au toucher; les dents sont superbes. Son angle facial est précisément de 71 degrés, la moyenne de tous ceux de ses camarades; il est franchement sous-dolichocéphale (75,40). Si sa taille est petite, lm,589, il a les bras longs, son envergure étant de lra,640, soit 51 millimètres de différence. A la mode de sa race, il se tient plus volontiers accroupi, sans pourtant reposer le corps sur les talons, position extrêmement incommode pour les Européens et très-aimée de ces Africains, qui passent de longues heures ainsi à jouer d'une monotone guitare, rhebab, dont la caisse est une calebasse recouverte d’un morceau de peau non tannée et qui a cinq cordes en tendons de girafe.
- Les Nubiens du Jardin d’acclimatation ont apporté avec eux d’autres instruments de musique, des tambourins : la darbouka (fig. 1), vase de poterie grossière dont le fond est remplacé par une peau tendue, et un autre, tronc d’arbre creux dont les deux extrémités sont recouvertes de peaux. Ces instruments ne rendent que des sons très-faibles et très-monotones.
- Leurs ustensiles de ménage, au moins ceux qu’ils ont avec eux, sont peu fragiles ; il y a une curieuse gourde en cuir (fig. 1), qui semble avoir deux embouchures, mais dont l’une, celle qui est en forme de bec de théière, n’a d’autre but que de laisser pénétrer l’air dans ce récipient et de faciliter l’inglutition du contenu. On remarque de très-jolis chapeaux en paille et en roseau de couleurs variées qui servent de couvercles aux plats, une corbeille de même matière en forme de vase. Les tentes dressées sur la grande pelouse sont de simples abris très-bas couverts de nattes au tissu serré. Il faut
- s’accroupir pour y pénétrer. Plusieurs hommes peuvent y tenir couchés.
- Ces Nubiens ont également avec eux une sorte de lit ou divan très-curieux; c’est un cadre rectangulaire de 2 mètres de long environ en bois noir, porté sur quatre pieds tournés assez élégamment, et sur les quatre côtés duquel sont tendus des lanières de la largeur d’un doigt en peau de bœuf dont le poil a été conservé, et qui sont ainsi blanches et rousses; ces lanières se croisent à anglç droit et font de la sorte un sommier assez élastique et assez moelleux. Toutefois, les Nubiens paraissent ne point s’en servir la nuit pour dormir mais bien pour s’v reposer le jour.
- Mais le côté intéressant du matériel de ces Bed-jas, c’est leur arsenal. Ce sont de grands chasseurs qui s’attaquent au lion, à la panthère, à l’éléphant, à l’hippopotame, au rhinocéros, et jamais ils ne se servent d’armes à feu. La lance à la pointe de laurier ou très-large, l’épée surtout, sont leurs armes nationales. Cette épée (fig. 1) est droite, et fort longue ; la lame en est large et à double tranchant, la poignée est en forme de croix. On dirait une épée de chevalier du temps des croisades, d’autant plus que les Bedjas la manient souvent à deux mains.
- Rien de plus curieux que le récit de leurs chasses, cette arme à la main. Quand un Bedja est trop pauvre pour avoir un cheval, il s’associe à un camarade aussi pauvre que lui, et tous deux se glissant dans les fourrés et sous les grandes herbes, tâchent de surprendre un éléphant mâle aux défenses longues et pesantes ; s’ils peuvent s’approcher du monstre, d’un revers d’épée l’un d’eux lui tranche la trompe, et l’autre, profitant de l’occasion, lui coupe le jarret, après quoi tous deux l’achèvent à coups de lance. Si au contraire le Nubien est à son aise et possède un bon cheval bien dressé, c’est plus franchement qu’il attaque l’éléphant. Il faut pour cette chasse être plusieurs cavaliers : on se rend à l’endroit où pâture la troupe’d’éléphants, et après avoir choisi la victime un des Bedjas s’élance sur elle et la provoque ; l’éléphant furieux ne* tarde pas à charger son adversaire qui s’enfuit de toute la vitesse de son cheval ; à ce .moment, les autres chasseurs se précipitent et essayent de rejoindre la bête et de Rapprocher sur le côté ; si l’animal, acharné à la poursuite du premier chasseur, se laisse atteindre par un des autres, celui-ci saute à terre de son cheval au galop, comme un écuyer du cirque, et d’un coup d’épée coupe le jarret de l’éléphant ; si l’artère est tranchée, ce dernier est perdu ; sinon, il se retourne sur son nouvel adversaire qui doit être assez agile pour sauter sur son cheval et s’enfuir rapidement, tandis qu’un de ses camarades essaye de couper un autre jarret à l’éléphant. Or, il faut une grande adresse et une grande dextérité pour diriger cette longue et lourde lame d’épée juste à l’endroit de la jambe le moins protégé par la peau épaisse et écailleuse du gros pachyderme. Parfois encore, lelé-
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- pliant tient tète à tout le monde et ne se laisse jamais approcher que de face. C’est là le jeu le plus dangereux pour les chasseurs qui doivent bien prendre garde de ne pas venir à la portée de la puissante et adroite trompe de l’éléphant. Aussi, pour réussir dans leurs entreprises, nos Nubiens portent-ils au bras, dans une petite boîte de cuir, des amulettes, des versets du Coran. Quelques-uns cependant ont suspendu à l’avant-bras un petit poignard droit (fig. 1); le poignard recourbé (fîg. 1) est de fabrique abyssinienne et se porte à la ceinture. Us ont aussi deux sortes de boucliers en peau d’éléphant ou de rhinocéros : l’un oval et de grandes dimensions, l’autre moindre, mais rond, avec un fort umbo au milieu, et deux échancrures de chaque côté, sans doute pour mieux darder la lance en étant à l’abri (fig. d). Quant aux vêtements, ils consistent en un caleçon de toile blanche et en des pièces de toile bordée de rouge, dans lesquelles les Nubiens se drapent à l'antique d’une façon aussi élégante que pittoresque.
- Nous avons parlé au début de cet article de deux nègres purs qui se trouvent parmi les Nubiens. Nous allons en terminant donner quelques renseignements sur ces types forts intéressants. Ces noirs que le hasard a amenés à Paris représentent deux types fort mal connus jusqu’ici ou pour mieux dire presque inconnus anthropologiquement. L’un est un Changalla, race noire établie en Abyssinie, à côté de populations sémitiques etchamitiques, mais faisant partie, sans contestation possible, du type nègre. Barhit est originaire du pays de Baza: il est d’un ton noir mat bien différent de la coloration rouge des Nubiens ; ses cheveux sont laineux, insérés par. touffes comme chez les Hottentots ; ses lèvres sont énormes, notamment la lèvre inférieure, et absolument noires ; la voûte palatale est même assez fortement pigmentée ; le nez est enfin celui du nègre. Cet individu ignore son âge, mais il doit être assez jeune, car les dents de sagesse de la mâchoire inférieure ne sont pas encore développées, il est d'ailleurs assez prognathe, son angle facial étant de 68°. Sa taille (lm,663) est au-dessus de la moyenne ; il a les bras longs, puisque sa grande envergure est de lm,753, dépassant ainsi la taille de 0m,50. Mais le caractère déterminant de son type est la dolichocéphalie de son crâne (75,41 d’indice céphalique qu’il faut réduire à 73,41). 11 paraît peu intelligent, mais d’une douceur réelle et d’un caractère enfantin.
- L’autre noir, Abd-el-Foqarah est encore plus intéressant. Musulman convaincu, grave et réservé, il est Iladji, il a fait le pèlerinage de la Mecque. Il croit avoir vingt-cinq ans. 11 semble jouir d’ailleurs d’une intelligence assez vive. C’est toutefois par la physionomie un nègre véritable. La bouche est excessivement lippue et s’avance avec un prognathisme accentué, les dents sont implantées très-obliquement; la muqueuse labiale est toute noire, le bord des gencives ainsi que la voûte palatine sont pigmentés. Le
- teint est chocolat très-foncé, et la chevelure est tout à fait laineuse. Toutefois, il n’est que' sous-dolichocéphale (78,68, ou mieux 76,68), touchant à la mésaticéphalie, ce qui n’est point un caractère ni-gritique. 11 est de haute taille, 4m,726 et il a de longs bras (grandeenvergure 1“‘,800). Enfin, ce qui le rend plus curieux à étudier, c’est que bien que désigné sous la dénomination générale de Takrouri que l’on donne à tous les noirs musulmans du Soudan, on a pu déterminer assez exactement son pays d’origine ; c’est une région du centre de l’Afrique, voisine du Barnou, et que l’on nomme le Dar-Sileh. Or, des recherches géographiques auxquelles nous nous sommes livrés récemment, il résulte que le Dar-Sileh n’est autre qu’une province de ce mystérieux royaume du Ouadaï, où Vogel et Beurman trouvèrent la mort et que seul le l)r Nachtigal a pu traverser non sans peine et sans dangers, il y a quelques années. Girard de Bialle.
- LES BOIS DE DÉMOLITION
- et l’épidémie d'intoxication saturnine.
- On sait que les sels de plomb sont toxiques, et que leur absorption, même à très-petites doses, si elle est prolongée pendant longtemps, amène une maladie spéciale correspondant à un ensemble de symptômes qui constituent l'intoxication saturnine; cette maladie n’attaque guère, en général, que les ouvriers que leur profession astreint à manier constamment le plomb ou ses composés, et ce n’est que très-accidentellement qu’on la rencontre en dehors de cette classe d’individus chez lesquels elle est beaucoup plus rare aujourd’hui qu’autrefois. Depuis que la cause en est bien connue, de nombreuses précautions ont été prises pour s’opposer à l’absorption des substances vénéneuses dérivées de ce métal, en même temps que dans certains cas on a pu les remplacer par d’autres non toxiques. II arrive quelquefois cependant que des empoisonnements se produisent dans des circonstances imprévues, et qui n’ayant pas encore été signalées n’avaient pas été réglementées. Le docteur Ducamp a présenté à la dernière séance de la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle la relation d’une épidémie d’intoxication saturnine qui a sévi à Paris, dans le XVIIe arrondissement, et dont il est parvenu à découvrir la cause, cause qui n’avait pas encore été signalée, à notre connaissance. Nous croyons intéressant de résumer sommairement cette communication.
- Le docteur Ducamp a réuni soixante-cinq cas d’empoisonnement bien marqués, présentant tous les caractères que produit l’absorption du plomb et qu’il a observés dans le XVIIe arrondissement de Paris (Batignolles) et dans quelques parties de l’arrondissement limitrophe, le VIIIe. Ces cas se rapportent à des individus des deux sexes, de tous les âges et
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- de toutes les professions ; c’était donc certainement en dehors de l’atelier qu’il fallait chercher les causes de l’empoisonnement, et vraisemblablement les aliments étaient le véhicule de l’agent toxique. L’eau fut d’abord incriminée, bien qu’il soit reconnu à présent que les tuyaux de conduite en plomb ne présentent aucun danger : les incrustations calcaires qui s’y forment constituent un enduit protecteur, et d’ailleurs il n’y a rien à craindre tant que le métal est constamment immergé : le danger commence lorsque le plomb est alternativement recouvert d’eau et découvert de manière à soumettre le métal humide à l’action de l’air. En tout cas, dans l’espèce, on ne retrouvait pas de plomh, par l’analyse, de l’eau amenée par les tuyaux de distribution de la Ville ; puis, tous les malades ne faisaient pas usage de l’eau provenant d’un même système de distribution, quelques-uns même n’employaient jamais ce liquide comme boisson. Par contre, parmi les familles qui usaient de l’eau prise à un même robinet, les unes étaient malades et les autres indemnes. Le vin provenait de toutes les sources possibles et l’on ne ne pouvait-y chercher l’origine de la maladie; de même les familles atteintes se servaient à diverses épiceries ; mais elles avaient toutes le même boulanger. C’était donc vraisemblement le pain qui était le véhicule du poison ; et en effet l’analyse permit d’y retrouver le plomb, bien qu’en minime quantité.
- 11 ne suffisait pas de savoir que le pain contenait du plomb, il fallait retrouver la manière dont le métal y avait pénétré. L’étude des diverses conditions de la fabrication permit de reconnaître que le plomb ne provenait ni de la farine, ni de l’eau ; qu’il n’y avait pas été introduit comme moyen de falsification (on a signalé quelquefois que du pain fait avec des farines avariées avait été blanchi par du sous-acétate de plomb). La question se compliquait ; mais enfin, à la suite d’indications fournies par le docteur Guider, M. Ducamp pensa que le plomb pouvait provenir de remploi de bois de démolition, peints à la céruse. En effet, il fut reconnu que le four était chauffé avec du bois fourni par les démolitions de l’avenue de l’Opéra et du boulevard Saint-Germain ; le plomb est resté sur la sole du four après la combustion du bois, et s’est attaché à la pâte lorsque les pains ont été enfournés. C'était donc la croûte seule qui devait être toxique.
- Il est curieux de signaler que différents faits purent faire croire à certains moments que le pain était innocent du méfait qu’on lui imputait; mais une enquête plus complète permit d’expliquer ces exceptions. C’est ainsi que dans une famille, le mari seul était atteint ; que dans une autre, de deux femmes, une seule était malade; que dans une troisième, un enfant seul avait échappé à l’intoxication ; mais, dans le premier cas, le mari déjeunait chaque jour dans un restaurant dont le pain était fourni par le même boulanger et dont le patron avait également été malade; dans le second cas, l’ime des femmes
- ayant de mauvaises dents ne mangeait que de la mie et ne fut pas malade, tandis que l’autre qui mangeait la croûte fut sérieusement atteinte; enfin dans le troisième cas, l’enfant, par gourmandise, ne mangeait que peu de pain et surtout pas de croûte, ce qui explique qu’il put traverser l’épidémie sans être malade.
- L’enquête paraît donc complète et concluante, et il semble que l’on peut signaler une nouvelle cause d’intoxication saturnine. Cette cause ne peut évidemment être que très-limitée, car malgré le bon marché et la combustion facile du bois de démolition, son emploi est restreint : il n’en est pas moins utile d’appeler l’attention sur cette cause d’empoisonnement qu’il est facile d’éviter.
- C. M. Gariel.
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- MACHINE DE HOLTZ
- PERFECTIONNÉE TAR M. DEMOGET.
- Nos lecteurs connaissent la machine de Holtz1. On sait que cette machine, de toutes celles qui produisent l’électricité statique, est la plus puissante; mais elle a le grave défaut de ne pouvoir fonctionner par les temps humides, sans avoir été préalablement nettoyée et chauffée.
- M. Dernoget a cherché à faire disparaître cet inconvénient en plaçant l’instrument dans une cage vitrée qui inet l’instrument à l’abri de l’humidité et des poussières de l’atmosphcre.
- L’appareil a subi des modifications importantes ; on a simplifié la construction et diminué la fragilité. La cage vitrée qui contient la machine est recouverte d’une glace épaisse servant à isoler les deux conducteurs qui s’élèvent au-dessus d’elle, formant un excitateur universel.
- La figure 1 représente une machine ayant des plateaux mobiles de 0m,60 de diamètre, pouvant être montée simple ou double à volonté. Le meuble qui la contient a lm,15 de hauteur sur 0"‘,75 de largeur et 0n\45 de profondeur. Il est vitré sur trois de ses faces latérales; la quatrième, sur laquelle est monté le mécanisme, est à panneaux pleins. Tous les cadres vitrés ou à panneaux sont mobiles et peuvent être déplacés avec la plus grande facilité au moyen de crochets.
- Les peignes sont placés comme dans la machine ordinaire, mais les pointes sont remplacées par une lame de couteau en cuivre, finement dentée; les conducteurs s’élèvent verticalement dans une gaîne isolante, formée d’un tube de caoutchouc recouvert d’un autre tube en verre enduit de gomme laque. Il est préférable de n’isoler que l’un des conducteurs ; l’autre remplace avec avantage le troisième peigne que M. Holtz a ajouté à sa machine pour l’empêcher de se désamorcer.
- 1 Voy, p. 75, n°215, 50 juin 1877.
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- Ces conducteurs sont terminés par deux boules, | qui peuvent tourner sur elles-mêmes et dans lesquelles sont fixées des tiges mobiles en cuivre, formant enfourchement à la partie supérieure, pour recevoir le condensateur.
- Ce condensateur se compose d’un simple tube de verre dans lequel on introduit un fil de cuivre de 2 millimètres de diamètre et que l’on ferme ensuite à la lampe à chaque extrémité.
- Deux bandes de feuilles d’étain collées la distance voulue forment les armatures extérieures.
- Les deux boules des conducteurs sont traversées horizontalement par les excitateurs entre lesquels les étincelles éclatent.
- Les tiges qui supportent le condensateur sont mobiles et peuvent être remplacées par des appareils à expériences, ou bien encore par des fds de cuivre pour mettre la machine en rapport avec une batterie. A droite et à gauche du meuble qui renferme la machine, pendent des chaînettes de laiton terminées par des crochets qui, dans certaines expériences, servent à mettre l’un des pôles en communication avec le sol.
- Pour amorcer l’appareil, on a disposé à la partie inférieure une petite machine à plateau réduite à sa forme la plus simple, dont on voit la manivelle au bas de la figure; elle se compose d’un plateau de 0m,50 de diamètre, de deux petits coussinset d’une boule en cuivre portant les mâchoires, et sur laquelle vient s’articuler un fil de laiton que l’on pousse contre l’armature au moyen d’une petite tige de caoutchouc durci que l’on a figurée au milieu du panneau de gauche.
- Enfin, au fond de la caisse il existe une boîte mobile dans laquelle on met trois ou quatre morceaux de chaux vive qui, en desséchant l’air intérieur, assurent le bon fonctionnement de la machine par tous les temps, sans préparatif aucun; dans ces conditions elle reste amor-des journées entières.
- Avec le plateau fixe, tel qu’on le construit habituellement, il eût été très-difficile de monter une. machine de Iloltz dans un meuble de dimensions aussi restreintes ; pour une machine double, cela fût devenu presque impossible. M. De-moget a remplacé le plateau fixe ordinaire, qui est fragile et d’une construction difficile et coûteuse, par deux pièces mobiles en verre à vitre mince et bien plan (fig. 2).
- Chaque pièce est portée par deux supports en verre aa sur lesquels sont montées des rondelles à rainures en caoutchouc durci. A chaque extrémité, le bâton de verre passe dans des manchons en caoutchouc durci, encastrés dans les montants de la machine ; d’un côté il appuie sur un ressort à boudin, et de l’autre sur l’extrémité d’une vis extérieure qui permet de régler la distance du plateau fixe sans ouvrir la cage vitrée. Une tige mobile b en caoutchouc durci, règle l’écartement de la partie supérieure des pièces composant le plateau.
- Nous appelons l’attention des physiciens sur ces dispositifs ; M. Demoget a construit l’appareil que nous venons de décrire, et il en a tiré des résultats satisfaisants, que nous verrons sans doute bientôt confirmés par ceux qui s’engageront dans la même voie.
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Un nageur émérite. — Le 6 août, par un temps magnifique et une mer unie comme un lac, M. Gavill a fait à la nage, tout en longeant la côte de France, un parcours de 17 kilomètres, du cap Gris-Nez à Boulogne^. Parti à douze heures vingt-cinq minutes, le célèbre nageur anglais rentrait dans le port de Boulogne à quatre heures précises. M. Gavill se propose de revenir à Boulogne vers le milieu du mois prochain, tenter cette fois le passage plus diificile du détroit. 11 pourra réussir, car son essai d’hier ne l’a nullement fatigué ; il n’a pris aucun repos et est reparti le soir même par le paquebot.
- Température de l’eau de la mer, à sa surface, d’après le thermomètre Fahrenheit de M. Cavill : Gris-Nez, douze heures trente minutes : 66 degrés ou 18°,89 centigrades ; deux heures, 64 degrés ou 17°,78 centigrades en rade (par moi) ; trois heures trente minutes, 67 degrés ou 19°,44 centigrades. Le matin à six heures trente minutes, j’avais trouvé avec M. Gavill :
- Ombre 17°, 5; eau de port, 18 degrés centigrades. Température moyenne de la journée du 6 août 20 ,33 centigrades ; hauteur barométrique 761 millimètres.
- Vaillant Lefp.anc.
- Sur l’artillerie actuelle. — D’après toutes les expériences faites jusqu’ici, le gouvernement austro-hongrois a lieu d’être satisfait du canon Uchatius, supérieur au canon Krupp sous le rapport de l’exactitude et de la durée, mais principalement au point de vue du prix de revient. Une pièce de campagne en acier coûte plus de 100 livres sterling (2500 francs), tandis que le canon en acier-bronze du général d’Uchatius, ne coûte que 35 livres sterling (925 francs).
- Quant au mode de construction, le canon autrichien ressemble tellement au canon Krupp d’Essen, que cette dernière fabrique réclama une indemnité, quand l’Austro-llongrie commença à employer le canon Uchatius, sous prétexte que le droit de patente acquis par la maison Krupp était lésé. En ce moment, la Russie et la Turquie comptent toutes deux sur l’efficacité supérieure de leurs canons Krupp, bien que la première de ces puissances possède beaucoup de pièces en bronze et la seconde grand nombre d’Armstrongs. Les canons Krupp donnèrent l’avantage à la Prusse, dans la guerre de 1870-
- 1871.
- Tous les canons anglais se chargent par la bouche, tandis que ceux des autres nations se chargent par la culasse. Les premiers sont plus faciles à construire, 1 seconds plus aisés à charger. Quant aux projectiles employés par l’Italie pour ses énormes canons du Duilio et du Dandolo, il est probable que l’Angleterre les adoptera pareillement; car elle en a reconnu la supériorité. D’un autre côté, il est permis de croire que la présente guerre entre la Russie et la Turquie décidera la question de savoir si, dans les casemates ou à bord des vaisseaux, l’emploi des canons se chargeant par la bouche est préférable à celui des pièces qui se chargent par la culasse. H. Baden Pritchard.
- — Dans la nuit du lundi IG avril 4877, vers dix heures et demie, écrit M. Mott, de Leicester, le ciel était sans nuages et la nouvelle lune allait se coucher ; j’observai du côté du nord un météore remarquable. Il partit d’auprès de l’étoile 7 de Cépliéc et se dirigea vers l’est, son orbite formant vec la perpendiculaire un angle d’environ 55 degrés. Le noyau
- deux ou trois fois aussi grand et aussi brillant que Vénus, était bleuâtre et laissait après lui une traînée de lumière jaunâtre.
- — Le jésuite Ganbil, connu par ses écrits sur la Chine, rapporte que les astronomes de ce pays constatèrent la présence de taches solaires, le 7 mai 826 et le 21 avril 832 ; ils parlèrent aussi de la lumière zodiacale et de l’étoile de Kepler (1604), mais non de celle de Tycho Brahé (1572).
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 20 août 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Mars a deux satellites. — Celle grande nouvelle arrive à l’Académie par une dépêche en date de Washington, 19 août (la veille même de la séance dont nous rendons compte). Cette dépêche est envoyée par M. Joseph Henry, secrétaire de l’Institut smithsonien à M. le Verrier au nom de qui M. Fizeau la communique. C’est l’observatoire de Washington, qui au moyen de la grande lunette de 28 pouces (anglais), a fait cette découverte inattendue. Une observation laite le 18 août à onze heures du soir, porte ceci : Premier satellite élongation ouest; distance à la planète, 80 secondes ; période trente heures. Second satellite, distance à la planète : 50 secondes. La haute habileté des observateurs ne permet pas de mettre en doute ces découvertes qu’à plusieurs reprises M. Faye déclare étonnantes. Elles peuvent s’expliquer par. la puissance exceptionnelle de l'instrument employé, c’est le plus grand réfracteur qui existe. Notons aussi que Mars est en ce moment tout près de la distance minima de la terre.
- Nouvelle petite planète. — La même dépêche de M. Joseph Henry annonce la dévouverte d’une planèle télescopique par M. Watzon.
- Le binage et l'arrosage. — Dans un travail de physique appliquée à l’agriculture, M. Grandeau fait connaître une balance, qui à l’aide d’un artifice ingénieux, permet d’enregistrer les variations de poids. Cette balance a trouvé naturellement son emploi dans l’étude des phénomènes où l’évaporation se fait plus ou moins rapidement, selon les circonstances. L’auteur s’en est servi pour montrer que le binage ralentit l’évaporation. Ainsi, la môme surface de terre, qui non binée, perd par évaporation 15s',50 au décimètre carré, étant binée, ne perd plus que 8 grammes. C’est la vérification expérimentale de ce dicton agricole : qu’un binage en temps sec vaut un arrosage.
- M. Grandeau s’est servi du même appareil pour déterminer l’influence de la lecture à haute voix, sur les combustions organiques. II constate qu’une perte très-sensible de poids se fait dans cette circonstance.
- Un système stellaire, assez voisin du pôle est l’objet d’une note àM. Flammarion. Il s’agit de deux étoiles animées l'une et l’autre d’un mouvement très-rapide en ligne droite (11 centièmes de seconde par année, H secondes par siècle). Quoique ces étoiles soient éloignées l’une de l’autre de 10 minutes, le parallélisme parfait de leurs mouvements semble indiquer qu’elles sont soumises à une même influence. '
- Étoiles filantes d'août. — On sait que depuis le commencement de ce siècle, le mois d’août est une époque de maximum pour les étoiles filantes. Il résulte des observations de M. Chapelas-Coulvier-Gravier, qu’il y a bien eu cette année un léger maximum, mais qu’il est le plus
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- LA NATURE.
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- faible qu’on ait encore observé depuis 1857; le phénomène semble être en décroissance.
- Analyse spectrale. — L’auteur d’une note sur les caractères des flammes chargées de poussières salines, insiste particulièrement sur la décomposition que ces sels subissent sous l’influence de la température, et sur l’influence que ces décompositions exercent sur les caractères élec-trosco'piques. 11 y a tels cas où les caractères distinctifs de certains sels se trouvent entièrement dissimulés.
- Les anomalies de l'hiver dernier, qui au mois de décembre, et pendant la première quinzaine de janvier, présente dans l’ouest de l’Europe une température estivale d’autant plus remarquable qu’au même moment le froid était d’une rigueur extrême en Asie est l’objet d’un mémoire de M. Hébert, président de la Commission météorologique de la H au te-Vienne. M. Hébert constate que cette température estivale est due à uns suite extraordinaire de coups de sirocco; extraordinaire par le nombre, car dans la période précitée, on en compte plus de quarante, et par ce fait que jamais jusque-là les météorologistes n’avaient pensé que ce vent pût se faire sentir jusqu’à la latitude de Paris. Ces siroccos de 1876-77 seraient dus à des mouvements tourbillonnants descendants, amenant dans les régions inférieures, de l’air sec et chaud. Les coups de sirocco ont été tourbillants, descendants el accompagnés de dépressions barométriques. M. Faye, par qui le mémoire de M. Hébert est présenté, insiste sur ces circonstances qui sont la confirmation de ses théories. L’hiver dernier serait inintelligible si les tourbillons atmosphériques n’étaient pas descendants : telle est la conclusion de l’auteur.
- Les étoiles filantes. — Rappelons que la vitesse des étoiles filantes varie entre 16 000 et 160 000 mètres par seconde. Prenant la moyenne de 50 000 mètres, M. Govi, dans un travail que présente également M. Faye, montre qu’une étoile filante pénétrant dans l’atmosphère à la hauteur de 160 000 mètres environ au-dessus de la surface du globe, là où la pression, est égale à 1 millimètre en mercure, y perd par le fait de la résistance de cet air raréfié plus de la moitié de sa vitesse qui se trouve réduite a environ 28 000 mètres ; arrivée dans des régions où la pression est de 10 millimètres, sa vitesse n’est plus que de 5916 mètres, et à la pression de 100 millimètres, si l’étoile pouvait arriver là, la vitesse ne- serait plus que de 506 mètres. La conséquence de cette perte de mouvement est un développement de chaleur, développement proportionnel comme on sait à la force vive, autrement dit à la masse du corps, multipliée par le carré de la vitesse. Les phénomènes de lumière présentés par les étoiles filantes, s’expliqueraient donc aisément. A la hauteur extrême ou la pression atmosphérique n’est que de 1 millimètre, la chaleur développée par la perte de mouvement qu’éprouve l’étoile filante serait, d’après M. Govi, de 3 millions de calories.
- La métamorphose des insectes. — Il est connu que l’insecte parfait est, au sortir de la chrysalide, beaucoup plus volumineux qu’il ne l’était à l’intérieur de celle-ci. C’est de même un fait vulgaire que les ailes de l’insecte, reco-quillées avant sa métamorphose, se déplissent tout de suite après. Quel est le mécanisme de ce double phénomène? On a vu que l’air refoulé dans les trachées en était la cause ; explication inadmissible puisque le dernier fait se produit dans des cas où les trachées restent à peu près vides. L’auteur d’un mémoire présenté par M. Blanchard,
- a découvert que les choses se passent ainsi : dès que l’in secte (c’est la libellule qui lui a fourni le sujet de ses études) a dégagé sa tête de la pupe, il absorbe avec activité une quantité d’air si grande que la paroi de son tube intestinal arrive à se mettre presque en contact avec le tégument externe de l’insecte ; cet air refoule le sang dans les organes, en particulier dans les ailes, et c’est ainsi que se produit le résultat observé. Stanislas Meunier.
- LE RAT DES MOISSONS
- De tous les mammifères connus, l’un des plus petits assurément, c’est le Rat des moissons, que que les zoologistes désignent, en raison même de l’exiguïté de sa taille, sous le nom spécifique de Mus minutus. Il habite non-seulement la Sibérie, où il a été découvert par le voyageur-naturaliste Pallas, mais encore la Russie proprement dite, la Pologne, l’Allemagne, la France, l’Italie et l’Angleterre. Le nom qu'on lui donne vulgairement indique les conditions dans lesquelles il se trouve : c’est en effet dans les champs de céréales, ou plus rarement dans les steppes et les prairies, mais toujours au milieu des graminées, que se tient le Rat des moissons ; à l’aide de ses pattes munies d’ongles crochus et de sa queue légèrement volubile, il grimpe le long des chaumes avec l’agilité d’un singe ou d’un écureuil, et fait sa nourriture de grains d’orge ou de froment, parfois même de menus insectes. Il mène par conséquent une vie essentiellement aérienne, mais, au besoin, il court sur le sol avec rapidité, et nage, dit-on, avec beaucoup d’aisance. Quand arrive la mauvaise saison, il ne tombe pas dans un état léthargique, à la manière de certains rongeurs, mais il se retire dans quelque trou, et passe la plus grande partie de son temps à dormir ou à grignoter les provisions qu’il a réunies pendant les derniers jours de l’été.
- Le Rat nain ne mesure pas plus de 14 centimètres de longueur totale, le corps seul n’ayant que 8 centimètres, et son poids n’excède pas 5 ou 6 grammes. Son pelage est d’ordinaire d’un brun-jaunâtre en dessus, et d’un blanc presque pur sur la gorge, la •poitrine, le ventre et les pattes : toutefois la coloration varie sensiblement suivant les individus, les jeunes offrant des teintes moins tranchées, et ayant l’abdomen d’un ton jaunâtre, plus ou moins analogue à celui du dos. Comme cela est arrivé souvent, certains naturalistes ont attaché trop d’importance à ces différences individuelles, et ont voulu distinguer, parmi les Rats des moissons, plusieurs espèces ou plusieurs races locales, mais il paraît bien établi maintenant qu’un seul et même type spécifique est répandu dans tout le nord de l’ancien continent. Il est impossible du reste de confondre cette espèce avec d’autres qui habitent les mêmes localités, et en particulier avec la Souris agraire (Mus agrarius) et la Souris des bois ou Mulot (Mus sylvaticus), celles-ci ayant toujours des dimen-
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- LA NATURE
- sions beaucoup plus considérables (de 20 à 25 centimètres) et un autre système de coloration. Seul du reste de tous ses congénères, le Mus minutus sait édifier un nid, rappelant ceux des oiseaux par son aspect et les matériaux qui entrent dans sa construction. Comme on peut en juger par la figure ci-jointe, ce nid est de forme sphérique, fabriqué avec des feuilles dilaeérées et artistement entrelacées et suspendu à des tiges de graminées, à une hauteur au-dessus du sol qui varie de 0m,50 à 1 mètre.
- « Je n’oublierai jamais, dit le docteur Jonathan Franklin1, l’extase dans laquelle me plongea un jour, au milieu de mes promenades solitaires, la découverte de cet ouvrage délicat. C'était au milieu d’un champ de blé dont les épis commençaient à
- jaunir. Ce petit nid brun, rond comme une boule, était construit avec un art qui me fit lever les yeux et la pensée vers le ciel. Figurez-vous une sphère à peu près de la grosseur d’une balle, tressée avec les feuilles de trois tiges de roseau commun, et suspendue aux plantes vivantes.... Vers le milieu, il y avait une ouverture, mais si ingénieusement close (durant l’absence de la mère) qu’on pouvait à peine la découvrir. Cet orifice resta pour moi imperceptible, môme après. qu’un des petits se fut échappé à travers le trou. J’emportai le nid chez moi : il contenait huit petites souris qui étaient sourdes et aveugles. J’avais ouvert cette boule avec une grande précaution et de manière à ne point trop endommager le travail de l’animal. L’intérieur du nid que je tâtai avec mon petit doigt, était moelleux
- Le rut des moissons (Mus minutus).
- et chaud. Nulle substance autre que des feuilles et des herbes n’avait été employée dans la construction de cette merveille : il n’y avait point de ciment, aucun autre moyen de cohésion que les liens végétaux habilement découpés par les dents de Ranimai. ».
- Cette description est parfaitement exacte et il n’y a presque rien à y ajouter. Nous ferons remarquer seulement, d’après d’autres observateurs, que le nid n’est pas constamment sphérique, mais parfois en ovale allongé, ou en forme de poire, et qu’il est souvent garni à l’intérieur de pétales de fleurs, de chatons ou du duvet de certaines plantes. Il y a quelquefois deux portées par an, et les petits, au nombre de huit ou neuf, sont abandonnés par la mère aussitôt qu’ils sont assez forts pour se nourrir eux-mêmes. Quand on parvient à découvrir au milieu des épis avec lesquels il se confond, un nid de Rat des moissons, on peut, à l’exemple du doc-
- teur Jonathan Franklin, l’emporter avec soi, et le placer dans une petite cage aux mailles serrées. Brelim conseille de nourrir les petits avec du ché-nevis, de l’avoine, des poires, des pommes, des morceaux de viande ou des mouches. Rien n’est curieux, paraît-il, comme de voir un de ces petits animaux bondir sur la proie vivante qu’on lui offre, la saisir entre ses pattes de devant et la déchirer à belles dents, avec l’avidité d’un carnassier. Grâce à ce régime, on peut conserver des Rats des moissons pendant assez longtemps en captivité, et les apprivoiser facilement : on remarque toutefois qu’au mois de mars ils cherchent à s’enfuir, et manifestent une inquiétude analogue à celle que témoignent les oiseaux voyageurs à l’époque des migrations.
- E. Oustalet.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandikh.
- 1 La vie des animaux. Trad. de M. A. Esquiros.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9 à Paris.
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- N° 222. — 1“ SEPTEMBRE 1877.
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- LE SON DANS L’AIR ET DANS L’EAU
- (Suite. — Voy. p. 103, 137 et 145.)
- Non-seulement le son se propage dans l’air avec une vitesse médiocre, très-nettement mesurable et variable avec la température, mais il est aussi entendu avec une intensité Ircs-différente, et cela d’un jour à l’autre, de sorte que la loi de décroissance de l’intensité en raison inverse du carré de la distance, demeure véritablement une loi théorique.
- Chacun sait qu’un même son est continuellement tantôt perçu, tantôt insensible à une même distance
- donnée. Par certains jours, selon le vent, l’humidité et d’autres causes, on entend soit les cloches d’une église éloignée, soit le sifflet d’une locomotive du chemin de fer, tandis que d’autres jours tout reste silencieux autour de la maison isolée dans la campagne, de sorte que l’expérience quotidienne permet de pronostiquer le temps du lendemain, suivant que le son arrive à l’oreille ou n’y parvient pas.
- Le son est perçu parfois à de très-grandes distances. Au dernier siècle, à la demande du grand-duc de Toscane, une série d’expériences fut entreprise afin de déterminer si on entendait
- Expériences de François Delarochc sur l'intensité du son, dans la plaine d’Arcueil, en 1815.
- aussi bien les bruits éloignés sous le climat chaud de l’Italie que dans les latitudes plus septentrionales. A plusieurs reprises et par différents vents, des décharges d’artillerie furent opérées sur les remparts de Livourne. Le bruit en était entendu à Porto Ferrajo, dans l’île d’Elbe, à environ 25 lieues de distance, aucun obstacle n’arrêtant le son sur la surface de la mer. On reconnut que ce bruit était plus distinct par un temps calme que par un vent fort, soit que la direction de celui-ci fût contraire, soit qu’elle fût favorable. Pendant le triste siège de Paris, en 1870, à certains jours on entendait la canonnade dans la forêt de Compiègne, à une distance rectiligne d’environ 16 lieues, des obstacles variés se rencontrant sur le terrain.
- 11 faut chercher, par une sorte d’élimination, à étudier les circonstances complexes du phénomène, en prenant une à autre les causes diverses qui influent sur l’intensité.
- D’abord nous considérerons l’effet du vent sur l’intensité du son. De curieuses expériences, bien oubliées aujourd’hui, furent faites dans la plaine d’Arcueil, en vue de l’aqueduc et non loin de l’Observatoire, par François Delarochc et Félix Dunal, de Montpellier, dans les mois de septembre, octobre et novembre 18131. Le principe des expériences est le même que celui des photomètres de Bouguer et
- 1 F. Delarochc, Observations sur l'influence que le vent exerce dans la propagation du son, sous le rapport de son intensité. — Ann. chini. et phys., 1816, I, p. 176.
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- 5" année. — 2» semestre.
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- LA NATURE.
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- de Rumlbrt, à savoir que lorsqu'on éprouve à très-peu d’intervalle deux sensations de même genre, il est facile de juger si elles sont égales, ou quelle est la plus intense, même quand elles diffèrent peu.
- Les instruments sonores furent deux timbres de 15 centimètres de diamètre, parfaitement semblables et presque à l’unisson. Des marteaux étaient disposés de manière qu’ils pussent frapper avec un degré de force constant, et tels, pour chacun des timbres, qu’ils rendissent un son de même intensité. Les deux timbres étaient placés dans la même direction que le vent, à 12 mètres de distance l’un de l’autre, et des aides les frappaient alternativement, en les soutenant à une hauteur d’environ 1 mètre. Dans d’autres expériences, les timbres furent placés à de tien plus grands intervalles, de 220 à 250 mètres, et sonnaient plus fortement, des marteaux à ressort étant substitués à des marteaux retombant par leur poids. Enfin, deux petites cloches semblables, frappées par des marteaux à ressort, furent placées à environ 500 mètres de distance, et, concurremment avec les corps sonores précédents, on se servit aussi de deux cloches, chacune du poids de lk,75, avec marteaux à ressort.
- Un observateur se mettait entre les deux corps sonores, en s’approchant ou s’écartant de l’un ou de l’autre, jusqu’à ce que l'intensité des deux sons lui parût bien égale (voy. la figure ci-contre). En mesurant ensuite les distances à chacun des timbres ou des cloches, la plus courte donnait le sens de la plus grande intensité sonore.
- On trouva d’abord, par seize observations,, que le vent n’exerce presque pas d’influence sensible sur l’intensité des sons entendus à petite distance. A de plus grandes distances, au contraire, l’influence du vent sur l’intensité est très-sensible, paraît augmenter avec la distance, et être plus grande par un vent fort que parmn vent faible. Le son s’entend beaucoup moins dans la direction contraire au vent que dans celle du vent lui-même, et la différence croît avec la distance.
- Il faut bien remarquer ici que cet effet du veut sur l’intensité du son a une toute autre cause que son influence sur la vitesse. En effet, si les vitesses du vent et du son étaient assez voisines, il est évident que la masse totale d’air dans laquelle le son se propage, se déplaçant d’une quantité considérable pendant que le son parvient à l’observateur, ce dernier se trouverait beaucoup plus près du centre des vibrations sonores, au moment où le son frapperait son oreille qu’il ne l’eut été dans un air tranquille, et par conséquent l’entendrait bien plus distinctement. Or, au contraire, la vitesse du vent est beaucoup plus petite que celle du son, de sorte que le rapprochement du centre des vibrations sonores quand l’observateur est sous le vent, est insignifiant. En effet, le vent est très-violent quand il parcourt 15 mètres par seconde, et, dans le même temps, le son en parcourt de 552 à 540, selon la température.
- Les observateurs ont ensuite comparé les sons propagés dans la direction du vent, et les sons propagés dans une direction perpendiculaire. Il paraissait probable que ces derniers seraient plus faibles que les premiers, mais plus forts que les sons entendus dans une direction opposée au vent. L’observateur s’étant placé sous le vent d’un des timbres égaux ou d’une des cloches égales, dans les épreuves à plus grande distance, et ayant fait porter l’autre dans une direction perpendiculaire à celle du vent, de telle manière, que les lignes allant de l’observateur aux deux corps sonores de même intensité, formassent entre elles un angle droit, il faisait s’éloigner ou se rapprocher l’aide qui portait l’un des timbres, jusqu’à ce que les deux sons fussent perçus égaux en intensité.
- Le résultat de ces secondes expériences a été tout à fait inattendu et inexpliqué, à savoir que le son s’entend un peu mieux dans une direction perpendiculaire à celle du vent que dans celle même du vent. Par conséquent le vent, loin de favoriser la propagation du son dans le sens dans lequel il souffle, comme on le pense généralement, la contrarie un peu. La loi du décroissement dans le sens perpendiculaire au vent, diffère peu de celle dans le sens du vent.
- François Delarochc avait en outre constaté que des causes étrangères au vent, et dépendant des modifications de l’atmosphère, ont une très-grande influence sur la facilité avec laquelle le son se propage à distance. Lors même que le son est le plus constant, l’intensité avec laquelle on entend un son éloigné, varie souvent presque instantanément; quelquefois le son devient presque nul, d’autres fois il est extrêmement distinct. On n’observe aucune connexion entre ces variations et celles que le vent éprouve dans le même instant,f et ces variations sont encore plus marquées lorsqu’il n’y a presque pas de vent. On entend parfois plus nettement un même son à une distance donnée qu’il n’est arrivé de le percevoir à une distance deux ou trois fois moindre quelques instants auparavant.
- Toutes ces singularités n’ont été expliquées, au moins en grande partie, que très-récemment, par les expériences de M. Tyndall1 sur les signaux sonores des côtes maritimes en temps de brouillard. La station à signaux était South Foreland, promontoire de la côte anglaise près de Douvres, les instruments sonores étaient quelquefois des canons, le plus souvent deux espèces de grandes trompettes résonnant par l’air comprimé, et deux sifflets analogues à ceux des locomotives, et mis en action, l’un par l’air comprimé, l’aulre par la vapeur.
- En mai 1875, les observateurs s’embarquèrent sur le steamer Irène, et reconnurent d’abord que les trompettes avaient une plus longue portée que les sifflets, et les canons encore plus. M. Tyndall se
- 1 Transparence et opacité acoustique, de Vatmosphère: *-* Nattire, journal of science, janvier et février 1874, p. 251 et 267.
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- demande, ignorant les vieilles expériences parisiennes de Delaroche, si un observateur a jamais constaté qu’un son, une fois prédominant, pût cesser de l’être, et que l’atmosphère, à différents joues, parût montrer de la préférence pour des sons diffé-rents. Ainsi, il constate que, le 25 juin, la portée du sou n’est que 5,5 milles, le vent ayant la direction du son, et que le lendemain elle est de 10 milles, le vent ayant une direction opposée. Le 5 juillet., le matin était radieux, le ciel d’un azur immaculé, l’air calme, la mer unie. Le navire faisait halte à 5,5 milles seulement en face du South Foreland, on apercevait les bouffées de vapeur des sifflets, on savait que les coups de trompette alternaient avec ceux-ci, et cependant on n’entendait ni sifflets ni trompettes. Donc, un jour parfaitement clair sous le rapport optique se montrait en même temps d’une obscurité acoustique presque impénétrable.
- Une idée heureuse frappe M. Tyndall. Le soleil illumine la mer de ses ardents rayons. Donc une abondante évaporation avait lieu à la surface, et dès lors il était peu probable que cette vapeur eût le temps de former avec l’air un mélange parfaitement homogène. Une sorte de mur de vapeur devait donc absorber les ondes sonores par réfraction, et il y avait là les conditions de production d’échos partiels, et par suite d’une grande perte d’intensité. La vérification de cet te théorie ne se fait pas attendre. Un nuage propice vient cacher le soleil, et projette son ombre sur tout l’espace qui sépare le steamer de la station des signaux. L’évaporation s’arrête et la vapeur déjà formée peut se mélanger à l’air d’une manière plus intime ; presque aussitôt les sons deviennent distincts et vont en augmentant d’intensité, à mesure que le soleil s’abaisse vers l’horizon, et, à la chute du jour, les sons se trouvent perçus par des personnes à plus de 12 milles de distance de la station des signaux.
- M. Tyndall suppose avec raison qu’une telle masse de son, arrivant sur un nuage opaque au point de vue acoustique, bien que parfaitement transparent pour la lumière, ne doit pas disparaître sans laisser de trace. Au lieu de se placer derrière le nuage acoustique, si on se met en, avant, on doit recevoir des ondes sonores réfléchies. Les observateurs prirent position à la base du rocher du Foreland. A 245 pieds au-dessus et cachés à leur vue, étaient placés les instruments sonores. Aucun navire n’était à l’horizon, la mer bien calme, le ciel sans nuages ; il n’y avait donc en avant aucun corps pouvant produire des échos, sauf cet invisible mur de vapeur d’eau qui interceptait si efficacement la transmission du son. Or les échos se produisirent avec une force presque égale à celle du son direct, comme sur une paroi de rocher ; ils allaient en mourant graduellement et en s’éloignant d’une manière continue.
- Dans d’autres expériences, M. Tyndall a montré le pouvoir extraordinaire que possède le son de passer
- par les interstices des corps solides, tant que la continuité de l’air n’est pas interrompue. Pendant l’hiver de 1859, les sons continuaient à se transmettre parfaitement pendant une violente tourmente de neige de la Mer de glace, où les flocons les plus ser<-rés obscurcissaient l’atmosphère. Le son traverse douze feuillets d’un foulard de spic, tandis qu’un seul feuillet suffit pour l’intercepter, si le mouchoir a été trempé dans l’eau, de façon que les interstices soient obstrués par le liquide.
- Des nuages artificiels de fumée assez denses pour arrêter les rayons concentrés d’une lumière électrique, n’ont sur la transmission du son qu’un effet sensiblement nul. Maurice Girard.
- — La suite prochainement. —
- NOUVEAUX
- APPAREILS DE M. H. GIFFARD
- POUR LA PRÉPARATION EN GRAND DE l’hYDROGÈNE PUR.
- L’hydrogène est le plus léger de tous les gaz connus ; il pèse quatorze fois et demie moins que l’air, aussi est-il naturellement indiqué comme la substance la plus favorable au gonflement des ballons. Si les aéronautes ont abandonné son usage, c’est que le gaz de l’éclairage, industriellement fabriqué dans la plupart des grandes villes où on le trouve tout préparé dans les gazomètres des usines, est d’un emploi commode et pratique. Mais à vo-lifme égal, le gaz de l’éclairage offre une force ascensionnelle beaucoup moindre que celle de l’hydrogène pur : 700 grammes environ au lieu de 1100 par mètre cube. On peut dire que si l’on utilise le premier gaz, ce n’est que pour éviter les opérations difficiles et coûteuses de la préparation du second.
- La production économique de l’hydrogène pur intéresse donc au plus haut degré l’aéronautique. Elle n’offre pas moins d’importance à différents points de vue industriels, en ce qui concerne notamment l’éclairage et le chauffage. Aussi croyons-nous devoir donner la description de remarquables appareils qui peuvent être signalés comme des solutions complètes d’un problème important et que notre habile ingénieur, M. Henri Giffard, a construits à la suite de longues et patientes recherches.
- L’éminent inventeur de l'injecteur a successivement employé deux appareils : le premier fonctionne par voie sèche, le second par voie humide.
- Préparation de l'hydrogène par voie sèche. — M. Giffard a basé son appareil sur deux réactions bien connues des chimistes et qui avaient été antérieurement proposées, mais dans des conditions théoriques erronées et irréalisables. ;
- Ces deux réactions -sont les suivantes : >
- 1° Réduction, par l’oxyde de carbone, de l’oxyde de fer naturel ;
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- LA NATURE.
- ' 2° Décomposition de la vapeur d’eau, par le fer métallique réduit dans la réaction précédente.
- Le système se compose essentiellement (fig. 1) de deux fours cylindriques Cet M.
- Le premier est plein de coke, le second est rempli de menus fragments d’oxyde de fer naturel (minerai). Ces fours sont construits en briques réfractaires. A l’intérieur, les parois forment des retraits, disposés de telle façon que la matière concassée, coke ou minerai, qu’ils | inférieure ; une
- Fig. 1. — Appareil de M. Henri Giffard pour la préparation de l’hydrogène par voie sèche. (Réduction 1/100.)
- renferment, soit enveloppée en haut et en bas d’espaces annulaires aa, bb, a'a!, b'b', qui se trouvent
- toujours libres, la matière introduite par les ouvertures A et K formant en ces points des talus d’éboulemcnt. Le four à minerai est muni de portes PP' qui servent à agiter la masse inférieure du minerai, dans le cas où il y aurait obstruction.
- Le coke de la chambre C est allumé à sa partie machine soufflante y lance de l’air
- Fig. 2. — Appareil de M. Henri Giffard pour la préparation de l’hydrogène par voie humide. (Réduction 1/100.)
- Fig. o. — l’ian de l’appareil ci-dessus.
- par des tuyères T T'. La combustion s’effectue avec une grande énergie. La masse inférieure devient incandescente. La masse supérieure n’atteint qu’une température inférieure à celle de la formation de l’oxyde de carbone.
- L’oxyde de carbone formé, s’échappe à la partie supérieure du coke par l’espace annulaire aa. Il passe dans le tube B, traverse un cylindre R, rempli d’une matière réfractaire divisée, où il se dépouille, par filtration, des cendres qu’il entraîne.
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- la nature.
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- Le gaz vient enfin par le conduit D, à la partie inférieure du four à oxyde de fer M.
- L’oxyde de carbone traverse le minerai, entrant dans sa masse par l’espace annulaire Vb\ en sortant à la partie supérieure en a'a'. 11 réduit l’oxyde de fer, convertit sa surface en fer métallique,. et se transforme lui-même en acide carbonique qui s’échappe par le tuyau F, communiquant avec une cheminée.
- Cette réduction s’opère sans le secours d’aucun foyer extérieur ; l’oxyde de carbone est assez chaud pour élever au degré voulu la température du minerai; l’expérience a même démontré que cette température tend à s’accroître considérablement et que la réaction qui s’opère, bien loin d’exiger de la chaleur, en dégage elle-même.
- Quand la réduction du minerai de fer est produite , on fait passer à travers sa masse un courant de vapeur d’eau. Le fer métallique réduit, s’empare de l’oxygène de l’eau, l’hydrogène se dégage. Pour cette opération , on ferme les soupapes s' et s, on fait arriver la vapeur d’eau par le tuyau E. L’hydrogène s’échappe par le tube II pour traverser un puissant réfrigérant et se sécher ensuite à travers un épurateur à chaux.
- Après cette décomposition (le i’eau, le fer se trouve oxydé de nouveau ; on y fait agir une seconde fois l’oxyde de carbone, qui le réduit comme précédemment et le rend propre à décomposer les nouvelles quantités de vapeur d’eau qui lui seront fournies ; ainsi de suite presque indéfiniment *.
- Nous ne donnons ici que le principe de l’appareil, sans entrer dans des détails de construction, admirablement bien conçus, mais qui nous entraîneraient dans de trop minutieuses descriptions. Nous nous bornerons à dire que les expériences faites un grand nombre de fois ont toujours donné les résultats les plus favorables. Mais si l’appareil est digne d’attention au point de vue de la pratique de la production,
- Fie. 4. — Coupe latérale de la figure 2.
- Fig. 5. — Détail des vases b et b' et des mesureurs d’eau et d’acide c et c' de la figure 2.
- il est surtout remarquable au point de vue économique.
- Examinons le prix de revient de l’hydrogène par ce procédé.
- Pour produire un mètre cube d’hydrogène, il faut théoriquement 800 grammes de vapeur d’eau, soit pratiquement, en tenant compte des pertes, \ kilogramme. La formation de ce kilogramme de vapeur d’eau coûte un demi-centime de combustible ( calcul fait en comptant la houille à 30 fr. la tonne, ou le coke à 40 fr., prix de Paris). Ajoutons que cette vapeur d’eau, avant d’être décomposée, est employée à faire fonctionner les machines soufflantes, et que, par conséquent, la force motrice est gratuite.
- 11 faut en outre, dans le cas que nous considérons, pour produire 1 mètre cube d’hydrogène, 570 grammes de carbone pur, pour donner naissance à l’oxyde de carbone nécessaire, chiffre théorique, ou 600 grammes en tenant compte des cendres. Admettons 800 grammes pour compenser les pertes. Ces 800 grammes de coke coûtent 3ceul,2; le mètre cube d’hydrogène pur à Paris revient donc à 3cent,7.
- Si l’on considère la perte insignifiante du minerai réduit en poudre fine et hors de service, à la suite d’un long usage, on atteindrait peut-être le prix de 4teüt,5 à 5 centimes.
- Ce prix serait réduit à la moitié ou au tiers si l’on opérait près des mines de houille où le combustible ne coûte pas plus de 15 francs la tonne.
- Préparation de l'hydrogène par voie humide. — Les anciens aéronautes qui utilisaient la méthode de production de l’hydrogène par voie humide, se servaient habituellement d’appareils qui représentaient grossièrement ceux que les chimistes utilisent dans les laboratoires. Un ou plusieurs tonneaux contenaient du fer et de l’eau, on y versait l’acide sulfurique nécessaire pour déterminer la formation de l’hydrogène. La réaction, d’abord trop tumul-
- 6. — Détails du vase V de la figure 2.
- Au lieu de remplir le four M de minerai, qui est susceptible | de se réduire en poussière par l’usage, on pourrait employer
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- tueuse, devenait d’autant plus lente que le sulfate de 1er prenait naissance avec plus d'abondance, le métal s’encroûtant en quelque sorte du sel formé ; a_près le dégagement du gaz, une épaisse cristallisation s’amoncelait au fond des récipients, et souvent il fallait les briser pour en retirer le résidu. Cette méthode était grossière et barbare.
- M. Giffard, apres l’avoir utilisée lui-même, en a immédiatement saisi les inconvénients. 11 a compris que pour obtenir, par cette réaction, un dégagement abondant et continu d’hydrogène, il fallait éliminer au fur et à mesure de sa naissance, le sulfate de fer résidu de l’opération et mettre sans cesse en présence de nouveaux éléments de la production du gaZ*
- Le second appareil de M. Giffard, moins remarquable au point de vue économique que le précédent, est un modèle de dispositions ingénieuses et d’organes bien appropriés.
- La figure 2 en est la reproduction exacte et complète. Le générateur A est la pièce essentielle de l’appareil; nous le décrirons dès à présent. C’est là que l’hydrogène prend naissance. La tournure de 1er est introduite à l’aide du plan incliné D que l’on peut à volonté faire basculer. Elle tombe dans le large conduit C, disposé comme le gueulard d’un haut fourneau, et mis à l’abri de l’air extérieur par une fermeture hydraulique mobile que l’on soulève au moment du remplissage à l’aide d’une corde enroulée dans la gorge d’une poulie I). (Voir aussi coupe latérale fîg. 4.) La tournure de fer remplit l’espace Intérieur du vase A jusqu’à une plaque inférieure percée de trous et formant double fond. L’eau mélangée d’acide sulfurique arrive par le tube E à la partie inférieure du vase A. Elle s’y élève et dissout avec énergie la tournure; l’hydrogène produit se dégage avec abondance et s’échappe par le tube G. Le sulfate de fer en dissolution s’écoule par le tube en U, II, et se déverse par une canalisation LLL dans un grand bac M. L’eau chargée d’acide sulfurique soulève par bouillonnement la tournure de fer, et les éléments de la réaction se trouvent constamment en contact si intime que la production du gaz, à poids égal de substances, est trente fois environ plus considérable que dans l’emploi des appareils ordinaires1. Le vase A où s’opère la réaction est intérieurement garni d’épaisses feuilles de plomb sur lesquelles l’acide est sans action, la réaction peut
- des spliéniles de for métallique analogues à des grains de plomb. Dans ce cas on commencerait à faire fonctionner l’appareil par la décomposition de l’eau, puis on rentrerait dans les conditions de notre description.
- 1 Le nouveau générateur d’hydrogène n’a pas un volume heauebup supérieur à celui d’un des tonneaux employés dans les grandes batteries à hydrogène. Or, en 1867, M. Giffard avait installé pour gonfler son premier ballon captif, une batterie de soixante tonneaux qui fonctionnaient alternativement par série de trente. 11 fallait trente ouvriers pour les faire fonctionner. La production avec ces soixante tonneaux n’était pas supérieure à celle que l’on obtient avec le nouveau générateur soixante fois moins volumineux et qui fonctionne automatiquement avec le concours de doux ou trois opérateurs seulement.
- être des plus énergiques sans qu’il puisse en résulter aucun inconvénient. Telle est en quelque sorte l’âme du système, mais on va voir que pour en assurer le fonctionnement régulier, il a fallu le compléter par toute une série de dispositifs ingénieux et bien étudiés.
- L’acide sulfurique amené dans des touries est déversé dans le réservoir 0. Une pompe P le fait monter dans un bassin supérieur Q pourvu d’un flotteur qui en indique constamment le niveau.
- Un tube inférieur muni d’un robinet doré, afin d’éviter les morsures du liquide corrosif, conduit l’acide sulfurique dans un grand godet b. L’eau de la ville est amenée de la même façon dans un godet b'. Deux flotteurs interceptent d’eux-mèmes l’écoulement des liquides quand ils ont atteint un certain niveau : ces llotteurs se soulèvent avec les liquides et quand les vases sont pleins ils ferment l’ouverture des tuyaux au moyen de soupapes qu’ils font agir par l’intermédiaire de leviers articulés. Par une disposition très-élégante, si l’eau vient à manquer, le llotteur à eau, en s’abaissant, agit par une tige sur le llotteur à acide, et détermine la fermeture du tube adducteur de ce dernier liquide (voy. détails fig. 5). On voit que tout fonctionne automatiquement avec la plus grande régularité.
- L’acide passe du vase b dans le vase c et l’eau dans le vase c' ; ces liquides se déversent dans ces récipients par des robinets à vis dont on peut régler le débit. Les vases c et c' sont munis à leur partie inférieure d’un ajutage à section invariable. En réglant l’écoulement des liquides dans ces vases, de manière que leur niveau reste constant, on est assuré que le débit par l’ajutage inférieur est parfaitement régulier (fig. 2 et 5). Des vases c etc' l’eau et l’acide arrivent par l’intermédiaire de deux entonnoirs fixés à deux tubes en U, dans le cylindre E, intérieurement garni de chicanes qui faisant tomber les liquides alternativement à droite et à gauche en opèrent le mélange intime. L’acide sulfurique et l’eau arrivent ainsi en proportions déterminées dans le récipient A où s’opère la réaction comme nous l’avons indiqué précédemment. Deux manomètres m, m' indiquent le premier, la pression dans l’intérieur du vase A, le second la résistance de frottement déterminée par l’écoulement du liquide dans le tube E.
- L’hydrogène formé s’écoule par le tube G. Il se rend dans le laveur R. Le gaz s’échappe à travers une série de tubes percés de trous et immergés dans l’eau; il traverse ainsi de bas en haut le liquide qui lui-même tombe méthodiquement en pluie à la partie supérieure de l’appareil et se déverse au dehors par le tube p contourné en forme de U.
- Après avoir passé par le laveur, l’hydrogène traverse le dessiccateur S. C’est un grand cylindre rempli de chaux vive qui arrête la vapeur d’eau entraînée, ainsi que l’excès d’acide qui a pu échapper à l’action du laveur. Le gaz arrivé à la partie inférieure de ce dessiccateur traverse une plaque percée de
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- LA N AT U K PL
- trous au-dessus de laquelle on a entassé la chaux.
- Un manomètre différentiel n, signale les obstructions qui peuvent sc faire et auxquelles on remédie facilement en ringardant la chaux vive par des ouvreaux que l’on dégage à la partie inférieure de l’appareil.
- Du dessiccateur S, le gaz passe par le tube K dans le réfrigérant T. 11 circule dans un tube contenu au milieu d’un cylindre formant un espace annulaire extérieur sans cesse traversé de bas en haut par un courant d’eau froide. Le gaz arrive enfin par le tube Y dans une cloche de verre Y, contenant un système nouveau et ingénieux qui permet d’en mesurer le déhit. C’est un large tube de cuivre, disposé verticalement et dans lequel on a pratiqué une mince fente latérale. Ce tube renferme une soupape cylindrique creuse S (fig. 6) très-légère qui peut y glisser de haut en bas et de bas en haut sans aucun frottement contre les parois. Elle est en un mot absolument libre. Quand le gaz arrive dans le tube, il soulève cette soupape et s’échappe par la fente latérale ; il la soulève d’autant pi us que le dégagement est plus abondant : la hauteur de fente démasquée se trouve être la mesure directe du débit. Dans ce même vase V, est installé un hygromètre à cheveu h et un thermomètre ; plongés dans le gaz même, ils en indiquent l’état de sécheresse et de température. On y pend aussi une feuille de papier de tournesol bleu qui montre que le gaz n’est pas acide.
- L’hydrogène se dégage enfin par le robinet r (fig. 2) ; le robinet r', placé à côté de celui-ci sert à faire les prises d’essai. Les expériences ont démontré que le gaz offre à peu de choses près la densité théorique, et que sauf des traces inappréciables de substances étrangères1, il est aussi pur qu’il est possible de l’obtenir dans une opération industrielle.
- Le liquide qui résulte de la réaction est saturé de sulfate de fer. Ce sel cristallise. On le retire du bassin M où il s’est déposé et on le livre au commerce. Les eaux mères saturées à froid ne renferment que 5 pour 100 d’acide sulfurique en excès. Elles constituent également une matière commerciale. En déduisant le prix de vente de ces résidus, on arrive à obtenir l’hydrogène, par cette méthode, à 30 centimes le mètre cube, c’est-à-dire au prix du gaz de l’éclairage livré à Paris.
- Quoique le premier appareil soit plus économique, M. Giffardest décidé à employer le second pour produire les vingt mille mètres cubes de gaz nécessaire au gonflement du grand ballon captif de l’Exposition. Par un sentiment de prudence qu’on ne saurait blâmer, M. Giffard veut éviter d’avoir un appareil à feu fonctionnant auprès d’une masse considérable de gaz combustible.
- Ajoutons en terminant que le bel appareil dont
- 1 Cet hydrogène renferme des traces d'hydrogènes carboné, sulfuré, phosphore et arsénié. On pourrait facilement absorber les deux premiers gaz par un épurateur contenant de la potasse, et les deux derniers par de la ponce imbibée de bichlorure de mercure,
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- nous venons de donner la description fonctionne actuellement dans l’usine de MM. Flaud, près du Champ de Mars, et qu’à plusieurs reprises M. Giffard a.gonflé des aérostats, que l’on a vus dans ces derniers temps traverser Paris au sein de l’atmosphère.
- Gaston Tissandier.
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- TOUR L’AVANCEMENT DES SCIENCES.
- Session du Havre. — Août 18)9.
- Nous avons brièvement parlé, dans notre dernière livraison, de la séance d’ouverture du Congrès du Havre, en nous bornant à mentionner le beau discours de M. Broca sur les Races fossiles de VEurope occidentale, et à donner très-succinctement la substance des paroles qui ont été prononcées par M. P. P. Dehérain et G. Masson (voy.p. 195). Nous ajouterons ici que M. J. Masurier, maire de la ville, a souhaité la bienvenue aux membres de l’Association, en termes louchants, qui ont soulevé les applaudissements de l’auditoire. La ville du Havre a tenu à honneur de célébrer cette fête de la science ; les rues étaient pa-voisées de drapeaux, une foule de promeneurs y circulaient sans cesse, et la cordialité de la réception a été ce qu’on pouvait attendre d’une cité industrieuse, prospère et véritablement amie du progrès.
- Après la séance d’ouverture qui a eu lieu au Grand-Théâtre, M. Broca, président de l’Association française, accompagné de tout le bureau et d’un nombre considérable de savants, s’est rendu à l’ancien Palais de Justice, où se trouvait installée l’Exposition de géologie, dont nous nous propbsons plus tard de parler à nos lecteurs avec quelques détails.
- Après quelques paroles de bienvenue, l’habile organisateur de cette Exposition, M. Lennier, qui accompagnait M. Broca, a présenté à celui-ci quelques-uns de ses collaborateurs, et lui a fait visiter les nombreuses salles où se trouvent réunies les magnifiques collections renfermant les échantillons les plus précieux do tous les terrains géologiques de la Normandie.
- Le grand escalier du palais était décoré de toiles, peintes exprès pour la circonstance et représentant des paysages terrestres à différentes époques géologiques.
- Les membres du Congrès ont été vivement impressionnés, lorsqu’ils ont pénétré dans la grande salle où se trouvaient rangés, par ordre d’étage, les fossiles les plus curieux et les mieux conservés. Les applaudissements n’ont pas tardé à éclater, et les éloges les plus flatteurs ont été adressés à M. Lennier et à ses collaborateurs.
- Après cette intéressante visite, on a parcouru une très-belle exposition de photographie. Dès le lendemain, les membres du Congrès, réunis dans leurs différentes sections, ont commencé leurs travaux. Dans l’après-midi du samedi, on a visité le magnifique navire transatlantique la France où le Congrès a trouvé une réception des plus cordiales. Le soir, M. le comte de Saporta, à fait au grand théâtre une belle conférence sur les Anciens climats considérés dans leurs relations avec la marche et les variations de la végétation européenne. Nos lecteurs qui connaissent les travaux du savant géologue, ne s’étonneront pas du succès qu’ils ont obtenus.
- — La suite prochainement. —
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- LA NATURE.
- EXPLORATION DU RIO COLORADO
- DANS L’OUEST DES ÉTATS-UNIS.
- (Suite. Voy. p. 179.)
- Les canons ou les gorges que le voyageur admire le long des rivages du Rio Colorado et de ses affluents, offrent des tableaux majestueux et uniques dans le monde.
- Les gravures ci-jointes que nous empruntons à la description de M.
- Powell, donnent une idée de la physionomie bizarre et grandiose de cette nature étrange. Le fleuve traverse d’immenses plateaux au tond d’un canal naturel dont de vastes falaises forment les parois. Quand après avoir contemplé le panorama d’ensemble, on parcourt ces défilés et ces gorges, à chaque pas on se trouve en présence de cavernes gigantesques ou de constructions naturelles, imposantes par leur grandeur, par leur aspect, et le récit du voyageur, dont nous ne pouvons donner ici qu’une analyse succincte, abonde en descriptions qui font admirer et comprendre les beautés de ces régions américaines. Continuons à suivre les explorateurs [dans leur périlleux voyage.
- Sans se laisser effrayer par les prédictions des Indiens, Powell et ses compagnons franchissent les rapides de Horseshoe canon (gorge du sabot de cheval). *Leurs bateaux couverts d’écumes plongent d’abord, et reviennent ensuite à la surface, car ils sont pontés et divisés en compartiments imperméables. Cependant les rapides se multiplient et ceux qu’on franchit le 1er juin 1869 entraînent les barques avec la vitesse d’un train express. « Le vieux Indien Pà-riais m’avait fait, au printemps dernier, dit Powell,
- une description vertigineuse de ces derniers rapide que, malgré tout, nous avons traversés sans encombre. »
- Arrivés à une cascade, nos voyageurs déchargèrent les bateaux et les firent descendre au fond de l’abîme avec de longues cordes. Puis ils durent les reprendre ensuite en les regagnant par le rivage. Après avoir dépassé cette chute, ils trouvèrent un roc avec cette inscription : Ashley 18.5; était-ce
- 1835 ou 1855? les archéologues de l’expédition discutèrent ce chiffre sans trouver de conclusion certaine, mais ils donnèrent à la cascade le nom de Ashley Faits. \( En rassemblant tous ces souvenirs, je me rappelle, poursuit Powell, que James Baker le vieux montagnard m’a nommé Ashley parmi ceux qui périrent victimes de leur témérité en cet endroit. Cependant Ashley devant être mort au delà de la chute, son nom nous apprend que nous devons nous tenir sur nos gardes et redoubler de prudence. » Le 3 juin, après avoir franchi la Red canon (gorge rouge), Powell gravit une montagne, d’où il aperçut une quantité de petites vallées où « abondaient les daims (mule-deer) et les élans, tes ours gris (grizzly bears), « les chats sauvages, les gloutons (wolverines) et les poumas ou lions des montagnes (mountain lions). »
- Malgré la multitude de ces hôtes, d’une rencontre plus ou moins agréable, nos voyageurs n’eurent pas d’aventures tragiques dans cette contrée. Ils furent d’ailleurs agréablement distraits par « la musique des oiseaux et les fleurs de ces parcs na turels. »
- Le cotonnier (cotton wood) semble prospérer sans culture dans ce pays, car Powell en rencontre partout sur son passage.
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- LA NATURE.
- « Nous donnons, dit M. Powell, le nom de chutes j du désastre (Disaster Falls) à la cataracte où a
- tig. 2. Vue à vol d’oiseau de la Grande-Gorge du Rio Colorado (Grand Canon}.
- péri Ashley, comme nous l’apprennent quelques | débris et vestiges et
- ou nous-memes avons perdu
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- LA NATURE.
- mi de nos quatre bateaux avec une grande partie de sa cargaison. »
- 12 juin. — « Bien que quelques-uns des compagnons d’Ashley se soient noyés aux Disaster Faits, lui-même et un autre survécurent au naufrage. Ils gravirent les rocs de la gorge, se nourrirent de baies et de tout ce qu’ils trouvèrent en fait de comestibles; enfin ils arrivèrent exténués et mourant de faim chez les Mormons, qui les employèrent à la construction de leur temple, dans Sait lake city (la ville du lac salé). Quand ces deux aventuriers eurent gagné quelque argent, ils repartirent et, depuis, je n’en ai eu plus eu de nouvelles. »
- Au campement du 16 juin, nos voyageurs allument un feu que la violence du vent rend bientôt terrible. Plusieurs d’entre eux ont leurs vêtements et en partie leurs cheveux brûlés ; Bradley a même scs oreilles atteintes par les flammes. Une partie des ustensiles de cuisine se perd dans cette bagarre. Malgré cette mésaventure, Powell « se souviendra toujours du bruit des eaux du cafion de Ladane et des paysages grandioses qu’il a admirés dans cette gorge de près de 21 milles (plus de 35 kilomètres) de longueur. « Quand nous nous trouvâmes en face du roc dit do l’Écho, nos paroles furent répétées avec une netteté surprenante, mais d’un ton doux, mélodieux qui les transformait même en une musique merveilleuse. Nous avions peine à croire que ce fut l’écho de nos voix. Dans quelques endroits, l’écho était double ou triple. »
- — La suite prochainement. —
- ACADÉMIES ET SOCIÉTÉS SAVANTES
- ÉTRANGÈRES
- Académie des sciences de RIew-lork. — Séance du 14 mai 1877. —DrJ. S. Newberry président. —M. Henry Newton montre des planches relatives à la paléontologie des Black Hills (collines noires). Le président blâme le Congrès de ne pas allouer des frais suffisants pour cette publication, et de rejeter ainsi toute la charge sur M. Newton et sur ses collègues, MM. Jenney et autres. —M. C. Chamberlain montre un spécimen du nouveau minéral l’astro-phyllite, du Colorado. L’astrophyllite contient treize corps : le titane, le tantale, le cuivre, etc. Il est micacé, mais ses lames ne sont pas flexibles. 11 a une couleur jaune et, réduit en poudre, il ressemble à l’or mussif. M. Chamberlain montre aussi des échantillons d’analcile et d’apophyl-lite, du Lac Supérieur. —M. le général Egbert L. Viele lit un mémoire sur les rapports de la malaria avec la végétation aux^ environs de New-York. Il se plaint qu’aucune'' mesure n’ait encore été prise pour drainer New-York, c’est-à-dire pour en enlever les immondices au moyen de cours d'eau naturels ou factices. La malaria des Romains, les miasmes des Grecs constituent, dit-il, un fléau qui fait périr les trois cinquièmes de l’espèce humaine. M. Viele attribue aux fatales influences de la malaria plus de la moitié des 50 000 décès que les autorités municipales constatèrent à Nevy-York dans le courant de l’année 1876.
- On explique la malaria par l’influence de certains gaz, germes ou spores. « Le lait est qu’une explication satisfaisante n a pas encore été trouvée. » Le général Viele montre une goutte de sang d’un individu, mort de la petite vérole au bout de quarante-huit heures. Vue au mi-' croscope, cette goutte ressemblait à un vivier sillonné en tous sens par les poissons. — M. Alfred R. Conkling lit un mémoire sur la géologie du lac Tahoe et de ses alentours. Ce lac, situé près de Carson City (États-Unis), a, dans son voisinage, des sources thermales d’une chaleur de 111 à 120 degrés Fahrenheit (de 44 à 50 centigrades). A l’est du lac, on trouve des mines d’or et de cuivre. Le Mont b ose, sur la limite septentrionale du lac, a 361 mètres d’élévation. Le Tahoe a 21 milles (55 kilomètres) de long sur 12 milles (19 kilomètres) dans sa plus grande largeur. Sa profondeur varje de 900 à 1645 pieds. 11 est situé à 2000 mètres au-dessus du niveau de la mer. La température habituelle de ses eaux est de 54 degrés Fahrenheit (de 12 à 15 centigrades). Sur la côte occidentale, sont des eaux gazeuses et sulfureuses, que l’on met en bouteilles et que l’on débite dans les régions voisines. Elles ont une température de 46 degrés Fahrenheit (de 7 à 8 degrés centigrades). Des traces d’anciens glaciers et Lde lacs, une mine de graphite, une source d’eau thermale, chaude de 152 degrés Fahrenheit (57 centigrades), en complètent l’esquisse tracée par M. Conkling.
- Académie impériale des sciences de Vienne.
- — Séance du 11 mai 1877. — MM. les docteurs Weidel et Gruber, en opérant sur le brome et la triamidophenol, ont obtenu deux combinaisons bien caractérisées, auxquelles ils ont donné les noms de bromedichromazine et d’acide bromedichroïnique ; les premiers, en continuant d’opérer sur le brome, ils ont découvert une substance inconnue jusqu’ici, l’hexabromacétone. En agissant sur l’hexabromacétonc, à l’aide de l’ammoniaque, ils ont obtenu un nouveau corps, le tribromacétamide. — M. le professeur Lippich, de Prague, envoie une note sur la réfraction et la réflexion de systèmes de rayons infiniment subtils sur des surfaces sphériques. —M. le docteur Max Margules, de Vienne, sur les courants stationnaires d'électricité à la surface d'un plateau, moyennant l'emploi d'électrodes rectilignes. — M. le docteur Bouéafaitune communication sur les chemins de fer turcs, et il a mis en relief principalement la ligne projetée de Vienne à Salonique par Pestli ; il promet à cette voie un bel avenir à partir du moment où, longeant la Morava serbe et bulgare, elle passera par Viadja et Komanova, pour se rattacher à la Vardarbahn (voie du Vardari, rivière que les Romains appelaient Àxius). — M. le docteur Frisch, de Vienne, a traité de l’influence des basses températures sur la vitalité des bactéries. — M. le professeur Reichardt dépose un mémoire intitulé Flore cryptogame des îles Sandwich. 11 y est question de quarante-cinq espèces, dont quatorze nouvelles. — M. Louis Grosmann, de Vienne, dépose une note intitulée : Théorie et solution des équations transcendantes irréductibles.
- Séance du M mai 1877i. — M. le professeur Linne-mann : sur l'impossibilité, pour le propylène, de se combiner avec l'eau. — M. le lieutenant de vaisseau, C. Wey-precht, de Trieste : sur les aurores boréales observées durant l'expédition austro-hongroise du pôle arctique (1872-1874). — M. le docteur Frédéric Brœuer : sur des phyllopodes inconnus jusqu ici, et observés par lui dans des aquariums. Il parle notamment du mâle de la limna-dia africana, provenant de Tura et Chadra. MM. les docteurs Breitenlohner et Boehm : sur la température des
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- arbres qui subissent l’influence ihermométrique de la sève ascendante et l’influence des rayons solaires et de l'air ambiant, influence agissant transversalement de la surface de l'écorce vers l'intérieur de l'arbre.
- Société Royale de Londres. — Séance du 5 mai 1877. — Sur les Correctifs de la température et les coopérants à l’induction des aimants par G. M. Whipple de l'observatoire de Kew. — Distribution des radicaux des électrolytes sur un conducteur de métal isolé par Alfred Tribe, professeur de chimie au collège de Duhvich.
- Séance du 17 mai. — Sur les surfaces et les courbes hyperjacobiennes, par William Spottiswoode M. A.
- Séance du 51 mai. — Sur la portée des ondulations du son, par lord Ilaleigh,
- Bien des essais ont été faits sur ce sujet. La source du son dans cette expérience était un sifflet monté sur une bouteille de Wolf, auquel était adjoint un manomètre pour mesurer la pression de l’air. Le sifflet fut mis en action, et la pression la plus convenable fut fixée après plusieurs essais et mesurée par une colonne d’eau haute de 9 centimètres et demi. On tenta l’expérience par un beau jour d’hiver, et on entendit le sifflet à une distance de 820 mètres. La capacité de la cloche de verre était de 5200 centimètres cubiques, et l’on trouva que la provision d’air était suffisante pour durer vingt-six secondes et demie. La consommation de l’air a donc été de 196 centimètres cubiques par seconde.
- Académie des sciences de Rruxcllcs. — Séance du 7 avril. — M. P. J. van Beneden, offre un exemplaire de l’allas formant la première partie de la Description des ossements fossiles des environs d'Anvers. Ce travail traite des Pinnipèdes ou Amphithériens, c’est-à-dire des mammifères généralement connus sous le nom de Phoques. — ' Remarques sur la théorie des fractions continues périodiques par M. Le Paige. — Études sur la planète Mars (10e notice) par M. F. Terby. —Sur un fragment de roche lourmalifère du poudingue de Boussalle, par MM. Ch. de Lavallée-Poussin et Renard. — Théorèmes sur les polygones réguliers, par M. le capitaine d'artillerie Reine-mund.
- La suite prochainement. —
- LES SIN GES ANTHROPOMORPHES
- (Suite. — Yoy. p. ICI et 181.)
- Le Chimpanzé, qui habite à peu près les mêmes régions que le Gorille, est connu depuis une époque assez reculée ; mais on ignore absolument l’étymologie du nom qu’il porte actuellement et qui paraît être une corruption du mot Quimpezé, par lequel le naturaliste Brosse l’a désigné jadis. Bans le voyage de Pigafetta, publié vers 1598, nous lisons que « dans le pays de Songàn (Fung?), sur les rives du Zaïre, il y a une multitude de singes qui procurent aux seigneurs les plus grandes distractions, en imitant les gestes de l’homme, » et nous trouvons une figure, exécutée par les frères de Bry, qui représente un singe sans queue, aux bras fort allongés, et d’une taille égale à celle du Chimpanzé. Vers 1699, l’anatomiste Tyson publia une bonne description d’un jeune Chimpanzé qui provenait d’Angola, et dont le squelette a été retrouvé récemment
- en Angleterre par le docteur Gray. Au siècle suivant Buffon étudia les mœurs d’un individu de la même espèce, qu’il conserva quelque temps en captivité ; niais dans sa description du Jocko, il fit malheureusement entrer certains traits empruntés à l’histoire de l’Orang-outang. Enfin, dans ces dernières années, grâce aux récits des voyageurs et .aux nombreux spécimens qui sont parvenus en Europe, le Chimpanzé a pu être décrit d’une manière complète et introduit définitivement, dans les classifications zoologiques, sous le nom de Troglodytes niger, à côté du Troglodytes gorilla.
- Le Chimpanzé est notablement plus petit que le Gorille, car, même lorsqu’il est parvenu au terme de sa croissance, il ne dépasse pas im,55; il offre aussi un aspect moins bestial. Les crêtes qui hérissent la surface de son crâne sont moins prononcées ; ses canines moins développées, son nez plus petit, ses bras plus courts et terminés par des mains plus effilées. Celles-ci, qui sont particulièrement employées à saisir les branches, acquièrent à la longue une forme spéciale et sont plus ou moins contractées; aussi l’animal, lorsqu’il progresse sur le sol, s’appuie-t-il constamment sur la face supérieure tles doigts, et non sur la paume de la main comme d’autres quadrupèdes. À l’exception de la face qui est nue, mais encadrée par des sortes de favoris, et de la partie interne des pieds et des mains qui est complètement glabre, tout le corps est revêtu de poils longs, roides et grossiers, qui sont d’abord de couleur noire, mais qui passent ensuite au brun ou au gris. La coloration et la nature du pelage, les proportions relatives des membres et la forme du crâne varient du reste beaucoup avec l’âge, et dans les premiers temps de leur vie les Chimpanzés ressemblent tellement aux Gorilles, que le jeune Troglodytes gorilla de l’Aquarium de Berlin a été pris d’abord pour un Troglodytes niger.
- La Haute et la Basse Guinée sont la véritable patrie des Chimpanzés. C’est là qu’ils vivent dans les grandes forêts voisines de la mer et des fleuves, soit isolément ou par couples, comme le dit M. du Chaillu, soit, comme le prétendent d’autres voyageurs, en troupes plus ou moins nombreuses, conduites par un vieux mâle chargé de veiller au salut commun. Quand ils sont poursuivis, tous ces animaux se sauvent sur les arbres voisins, en poussant des sortes d’aboiements, et malgré la vigueur dont la nature les a doués, ne tiennent tête au chasseur que lorsqu’ils sont blessés et se sentent acculés. Dans ce cas ils se défendent principalement avec leurs mains et avec leurs dents, et n’ont pas l’idée de se munir d’un bâton pour parer les coups de leur adversaire.
- A diverses reprises, on a amené en Europe de jeunes individus de cette espèce, qui malheureusement n’ont pu supporter longtemps les rigueurs de notre climat. Pendant les quelques mois qu’ils ont vécu en captivité, soit chez des particuliers, soit dans les ménageries de nos jardins publics, à Anvers, à Londres, à Berlin et à Paris, ces animaux ont fait preuve d’une grande
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- LA NATURE.
- docilité et d’une intelligence relativement fort développée. Le capitaine Grandpret raconte par exemple qu’une femelle qui se trouvait à bord d’un navire en route pour l’Amérique, savait fort bien faire chauffer le four et avertissait le boulanger lorsque la température était convenable pour opérer la cuisson ; qu’elle bissait le câble de l’ancre et carguait les voiles comme un vrai matelot. Brosse rapporte aussi que de jeunes Chimpanzés qu’il avait ramenés en Europe mangeaient de tout, se servaient de couteaux, de cuillers et de fourchettes, et buvaient dans des verres du vin et de l’eau-de-vic, pour lesquels il manifestaient un goût prononcé. L’un d’eux étant tombé malade, se laissa docilement soigner par le médecin, et depuis lors lui tendit le bras toutes les fois qu’il se sentit indisposé. Notre grand naturaliste Buffon a élevé également un Chimpanzé qui avait pris l’habitude de se tenir presque constamment debout, et dont la démarche était pleine de gravité. Il obéissait au moindre signe de son maître, offrait le bras aux dames, s’asseyait à table en déployant sa serviette, s’essuyait la bouche chaque fois qu’il avait bu, débouchait les bouteilles et offrait du vin à ses voisins, Versait le café et y mettait du sucre, enfin se conduisait en toutes choses comme un animal, nous allions dire comme un homme bien élevé. Il était très-sensible aux caresses et se montrait reconnaissant des friandises que chacun se plaisait à lui apporter. Malheureusement au bout d’un an ce serviteur si intelligent fut enlevé par la phthisie. La jeune femelle qui a vécu l’année dernière au Jardin des Plantes, et à laquelle on avait donné le nom de Bettina (voy. la gravure), ne le cédait point à ses devanciers sous le rapport de la gentillesse. Elle s’était singulièrement attachée à son gardien, et, à la moindre alerte, venait se réfugier dans ses bras. Plus docilement que beaucoup d’enfants, elle se laissait laver, peigner et brosser plusieurs fois par jour,
- et revêtait sans résistance l’habit qu’on lui avait confectionné pour la préserver contre le froid. Elle avait appris à boire dans une tasse ; mais, chose digne de remarque, elle saisissait l’anse du vase avec quatre doigts seulement, le pouce ne venant pas s’opposer aux autres doigts ; enfin quand elle marchait, elle s’appuyait presque toujours sur les membres antérieurs ; jamais, pour ainsi dire, elle ne prenait une position oblique, et la position verticale lui était rigoureusement interdite.
- Le voyageur dont nous avons déjà plusieurs fois cité le nom, M. du Chaillu, a décrit en 1810, dans le, Journal d'histoire naturelle de Boston, deux espèces qui différeraient à la fois du Chimpanzé par certains caractères zoologiques et par leur répartition géographique, et dont l’une, nommée Troglodytes calvus , à cause de sa tête chauve et d’un noir luisant, serait confinée au sud de l'équateur, tandis que l’autre, le Troglodytes kooloo-kamba, habiterait le pays de Goumbi : mais en étudiant comparativement des représentants de ces prétendues espèces, avec des types du véritable T roglodytes niger, M. Gray et M. Scla-ter n’ont pu découvrir aucun caractère tranché. Il est donc fort probable que le Troglodytes calvus et le Kooloo-kamba doivent être rayés de nos catalogues zoologiques, de même que le Troglodytes tschego et le Troglodytes Aubryi, créés jadis par Duvernoy et par Gratiolet, et que dans toute l’Afrique équatoriale1 il n’y a qu’une seule espèce de Chimpanzé, le Troglodytes niger des auteurs. E. Oüstalet.
- — La suite prochainement —
- 1 Une peau île chimpanzé ayant été apportée dans ces derniers temps à Kartoum, il semble assez probable que cette espèce d’anthropomorphe s’étend jusque dans l’Afrique orientale.
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- LES CHIENS DE CHÂSSE
- LES ÉPAGNEULS d’eAD IRLANDAIS.
- On connaît en Irlande deux races de ces chiens, et on les distingue en ajoutant les mots du Nord et du Sud; cette dernière portant aussi le nom de race Maccarthy, de celui de son propriétaire et créateur, qui depuis trente ou quarante ans la possède dans toute sa perfection.
- Nous ne pouvons mieux donner une idée de cette race, peu connue chez nous, qu’en publiant, avec
- son portrait, le détail des points1 qui lui sont attribués : cela montrera comment nos voisins les distribuent.
- 1° La tête —valant 10 — ne doit pas être longue, mais modérément large, avec un très-petit front. Elle sera couverte de boucles un peu plus longues et moins frisées que celles du corps, qui tomberont jusqu’aux yeux, mais pas avec la forme d’une perruque comme chez le caniche.
- 2° La face et les yeux — valant 10 — sont tout particuliers. La face est longue et tout à fait dénuée de boucles ; le poil y est court et doux, mais non lui-
- Rake et Blaruey. Épagneuls d’eau irlandais.
- sant. Le nez est large et les narines bien développées ; les dents fortes et égales ; les yeux petits et presque rouges, sans sourcils.
- ou Le toupet ou la huppe — valant 10 — est une caractéristique de la vraie race et fort estimée pour cela. Il doit tomber en pointe entre les yeux.
- 4° Les oreilles — valant 10 — sont longues ; la peau s’étendant lorsqu’on les amène en avant dépasse un peu le nez, et les boucles dont elles sont couvertes ont environ 6 centimètres de long ; elles sont épaisses et allongent à mesure qu’elles approchent de l’extrémité.
- 5° Poitrine et épaule — valant 71/2 — n’ont rien
- de remarquable : il faut qu’elles présentent des dimensions et une musculature suffisantes; la poitrine est petite, comparée à celle de plusieurs autres races de même stature.
- 6° Le dos et les membres — valant 71/2 — n’ont rien de particulier; les genoux sont presque toujours droits.
- 1 On nomme points une sorte de coefficient dont on affecte chacune des parties de l’animal supposées parfaites. Devant un des spécimens de la race, on évalue chaque partie, pour un nombre de points inférieur ou égal à celui convenu pour chaque partie ou type partait; le total de ces évaluations donne la valeur discutable et marchande du chien.
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- LÀ NATUUL.
- 7° Jambes et pieds — valant 10. — Les jambes doivent être droites, les pieds grands mais forts ; les doigts sont quelquefois ouverts, et couverts de boucles courtes et frisées. Chez tous les ebiens de cette race, les pattes sont toujours garnies de ces boucles courtes et épaisses légèrement pendantes derrière et sur les côtés ; quelques-uns en ont partout, pendant en tire-bouchons même pendant la mue annuelle. Jamais on ne doit y voir de soies flottantes semblables à celles du setter, et le devant des pattes de derrière, au-dessous du jarret, doit toujours être ras.
- 8° La queue — valant 10 — est très-épaisse à sa base où elle est couverte de poils très-ras; au delà de la racine, d’ailleurs, le poil est encore plus court; on dirait que la queue a été tondue, ce qu’on obtient souvent artificiellement pour tromper. Cette nudité naturelle de la queue est le vrai caractère de la race.
- 9° La toison — valant 10 — est composée de courtes boucles de poil ; jamais laineux, ce qui trahirait en ce cas un croisement de caniche : jamais doux et soyeux, ce qui indiquerait un mélange avec les épagneuls de terre.
- 10° La couleur —valant 10 — doit être d’un beau brun pur, sans blanc. Mais de même que dans beaucoup d’autres races, des doigts blancs peuvent apparaître, par hasard, même dans la portée la mieux appareillée.
- 11° La symétrie — valant 5 — pour ces chiens n’est pas extrême : c’est pourquoi son coefficient n’est pas élevé. Total des points ; 100.
- Les épagneuls d’eau irlandais ont été importés en nombre considérable en Angleterre, sans cependant être devenus communs. Cependant, de l’avis des sportmen les plus distingués, c’est le meilleur ebien qui existe aujourd’hui pour la chasse des oiseaux d’eau. « Malgré leur impétuosité naturelle, dit M. Lindoe, ces épagneuls, quanti ils sont convenablement dressés, deviennent les plus doux et les plus obéissants des chiens : ils possèdent au plus haut degré cette qualité inappréciable chez un chien d’eau, de ne jamais renoncer ni reculer. »
- D’après ma propre expérience, ce sont les animaux les plus querelleurs que l’on peut trouver, et l’on est toujours sur le point d’avoir le spectacle imprévu d’une lutte avec tous les chiens du voisinage : ils sont excellents à l’eau, mais beaucoup trop emportés pour travailler sur terre*. Ce sont des spécialistes qu’il ne faut jamais sortir de leur théâtre, où ils foqt des merveilles. IL de la Blanc,hère.
- CHRONIQUE
- L'éclipse de lune du 83 août. — Cette éclipse sur laquelle nous avons précédemment publié des renseignements complets (p. 178), a été observée dans un grand nombre de localités, par un ciel resplendissant. Nous ajouterons que le phénomène dont il est question plus loin, au compte rendu de la séance académique, a été précédé
- d’une croix de lumière que l’on ne distinguait pas à l’œil nu, mais que l’on apercevait très-nettement en regardant la lune à travers un trou d’aiguille percé dans une carte. Celle croix avait ses branches inclinées de 45 decrés sur l’horizon, elle a persisté jusqu’au moment de l’éclipse,
- Le téléphone de IM Bell. — Nous avons été les premiers à donner d’une façon complète la description du téléphone de M. Bell, de ce merveilleux appareil qui permet de transporter la parole humaine au moyen d’un fil électrique (vov. 5e année 1877, 1er semestre, p. 251, 289 et 528). Les récits que nous avons publiés ont été l’objet de quelques doutes de la part de plusieurs physiciens. Nous sommes heureux d’être à même aujourd’hui de confirmer d’une façon certaine l’exactitude de tout ce que nous avons dit à ce sujet. M. Bell a montré son appareil aux membres de Y Association britannique pour l'avancement des sciences, dont la session vient d’avoir lieu à Plymouth. 11 a obtenu un succès d’admiration qu’on ne saurait décrire. Nous avons vu au Congrès scientifique du Havre, plusieurs savants venant de Plymouth, et qui ont assisté aux expé-rieuces de M. Bell ; ils ont fait fonctionner eux-mêmes le téléphone. Ils ont pu converser avec des amis, à une distance de plusieurs centaines de mètres, et ce n’est pas sans une légitime émotion, qu’ils reconnaissaient la voix de ceux qui parlaient au loin, en approchant l’oreille de l’ouverture du téléphone à la station d’arrivée. Nous renvoyons le lecteur à nos articles précédents, et auxquels nous n’avons actuellement rien à ajouter, d’après les détails qui nous ont été donnés sur les expériences de Plymouth. Nous souhaitons que le téléphone fasse prochainement son apparition en France.
- Le pays de Hissar et Kolah. — Du 57e degré 50 minutes au 59e de latitude nord, et du 67e au 71* degré de longitude orientale, s’étend le pays de Hissar et Kolab, faisant partie des États de l’émir de Bokhara. Il est borné au nord par la province russe de Samarkande. Cette contrée, jusqu’alors presque totalement inconnue, a été décrite récemment dans les mémoires' de la Société russe de géographie, par M. Maieff, qui l’a visitée et étudiée avec WM. Wischnewsky et Schwarz. C’est un pays montueux, arrosé par le Zérafchane, l’Oxus et le Chersebz. Les habitants des vallées sont des Uzbeks ; ceux des montagnes, des Tadjiks. On trouve encore des Kir-ghises, des Turcomans, des Juifs, des Indous et des Afghans. Le pays de Hissar et Kolab produit des figues, des céréales, du coton, du sel gemme, du sel fourni par des sources salines, de l’or, etc.
- Inconvénients des chaussures à la mode actuelle. — M. Onimus a fait à la Société de médecine de Paris le procès des talons à la mode pour la chaussure des dames, des talons dits Louis XV, et divers membres de la Société l’ont appuyé de leur expérience. Ces talons élevés, étroits et obliques, font bien paraître le pied plus cambré et plus petit, mais au prix de quels dangers? L’obliquité fait que le poids du corps, au lieu de se transmettre sur la saillie du calcanéum, vient porter plus en avant sous l’arcade plantaire. Aussi le phénomène le plus constant est une douleur des plus vives à la plante du pied, en avant et au-dessous de la malléole externe, qui est sans doute due à une inflammation de l’articulation calcanéo-cuboï-dienne.
- L’étroitesse, diminuant la base de sustentation, rend l’équilibre du corps plus difficile à maintenir.
- La hauteur a pour effet de faire porter l’avanl-pied en même temps que le calcanéum pendant la marche, de dé-
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- (mire la souplesse ondulée de la marche ordinaire, de rendre douloureuse la partie de l’avant-pied qui correspond au premier métatarsien, de faire fléchir et ramasser les orteils, soit parce qu’ils sont pressés contre l’extrémité de la chaussure, soit parce que leurs fléchisseurs se contractent pour maintenir l’extension du pied. Les muscles de la plante du pied, comprimés sous la voûte plantaire qui devait les protéger, sont aussi envahis par la contracture et déterminent une adduction de l’avant-pied.
- La contracture peut envahir les muscles de la jamhe et se manifester sous la forme de crampes douloureuses, et même d’endolorissement permanent qui obligent au repos absolu. Le muscle le plus affecté est le long péronier latéral, et l’on note alors une douleur très-vive au niveau de son attache sur le métatarsien, douleur qui serait le signe le plus certain et le plus caractéristique de cette affection.
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- Immunité des souris pour la ciguë. — L’action des médicaments suivant les espèces animales est un point jusqu’ici négligé. — M. Iiœckel a déjà vérifié l'immunité des lapins pour la belladone. Il a fait ensuite de très-curieuses expériences sur l’innocuité de toutes les solanées en général sur les rongeurs et les marsupiaux. Depuis longtemps le docteur Batlandier avait vu dans les pharmacies, la graine de ciguë être mangée par les souris sans jamais en trouver de mortes. Il a dans ces derniers temps pu nourrir deux souris, pendant huit jours, avec de la graine de ciguë. Elles en ont mangé d’abord avec répugnance. Elles ont même, comme dans les expériences de M. Iiœckel, paru souffrir de ce régime. Au bout de huit jours, l’une des souris lui parut fort malade, l’autre se portait toujours bien. Le lendemain il a trouvé la souris malade à demi mangée par l’autre qui a continué à se très-bien porter et qu’il a rendue à la liberté quelques jours après. Mais pendant huit jours, ces animaux ont pu manger des doses de graine de ciguë qui eussent été mortelles pour un homme. (Alger médical.)
- L’arbre à pluie. — Le consul des Etats-Unis de Colombie, dans le département de Lerelo, Pérou, vient d’écrire au président Prado, pour lui donner de curieux détails sur un arbre qui existe dans les lorêts avoisinant la ville de Moyobamba. Cet arbre, appelé par les naturels Tamai-caspi (arbre à pluie), est doué de propriétés remarquables. 11 a environ 18 mètres de hauteur quand il a atteint son développement complet, son diamètre à la base du tronc est de 1 mètre. Cet arbre absorbe et condense avec une étonnante énergie l’humidité de l’atmosphère, et l’on voit constamment l’eau ruisseler de son tronc et tomber en pluie de ses branches; cela avec une telle abondance, que le sol avoisinant est transformé en un véritable marécage. L’arbre à pluie possède cette propriété a un très-haut degré pendant la saison de l’été, principalement quand les rivières sont basses, et que l’eau est rare; aussi le consul de Loreto propose-t-il de planler l’arbre à pluie dans les régions arides du Pérou, pour le plus grand bienfait des agriculteurs.
- (Panama Star and Herald.)
- — Le célébré météorologiste anglais, Buys-Ballot vient de publier les observations météorologiques faites par lui en Hollande, de 1845 à 1875, c’est-à-dire l’espace de trente-deux ans. Un supplément donne les hauteurs barométriques déterminées par un météorologiste inconnu, dans la ville de Maastricht, pendant les années 1807-1875.
- — Le 16 mars 1877, à U itenliuge, près de la ville du Cap
- (de Bonne-Espérance), M. John F. Dalley aperçut, vers huit heures du soir, un météore grand comme la pleine lune et d’une clarté éblouissante. Ce météore se dirigeait lentement de l’est à l’ouest, éclata avec le bruit du tonnerre et sc partagea en quatre fusées. Il n’était pas rond comme la lune, mais plutôt ovale 11 resta visible l’espace d’une minute environ.
- — A Montréal (Canada) vient de mourir, dans la cinquante huitième année de son âge, le docteur Carpenter, un des plus savants conclnologistes de notre époque. 11 s’occupa principale-, ment des coquillages des rivages occidentaux de l’Amérique septentrionale.
- — Aux mois de mars et d’avril 1877, on compta dans les îles Féroé trente et un jours de neige. A la même époque, dans le nord de l’Islande, le ciel était d’une sérénité parfaite et la neige ne tombait que fort rarement. Les gelées mêmes étaient de courte durée. Vers les fêtes de Pâques, le temps fut affreux en Islande et ne redevint beau qu’au bout d’une ou de deux semaines. L’hiver a aussi été très-doux au Canada, où le printemps a commencé trois semaines plus tôt que d’habitude.
- — Plusieurs naturalistes, tels que Blomcfield, Lovve, Jevyn et llenslow, ont constaté un fait curieux, c’est qu’il y a des grenouilles et des crapauds de terre sèche qui ne sont point amphibies, ne peuvent pas vivre dans l’eau et dont les petits ne passent pnint par l’état intermédiaire de têtards. llenslow toutefois conjecture que ces grenouilles et crapauds, jetés dans l’eau dès leur bas âge, peuvent devenir amphibies.
- (Nature, de Londres.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 27 août 1877. — Présidence de M. Fizeau.
- Eclipse de lune. — La dernière éclipse de lune dont tout le inonde a pu suivre à l’œil nu les différentes phases, a fourni la matière d’un certain nombre d’observations. M. le docteur Berigny par exemple, a constaté à Versailles, au moment du phénomène, un abaissement très-considérable de la température, et il voudrait savoir si la même remarque a été faite dans d’autres localités. A celte occasion, M. Faye fait remarquer qu’avant d’attribuer à la lune une action thermométrique si peu en rapport avec celle que révèlent les instruments les plus délicats, il faudrait s’assurer que le refroidissement constaté ne tient pas simplement à la sérénité exceptionnelle de l’air au moment de l’éclipse. 11 ajoute avoir remarqué lors de la totalité, que le bord du disque lunaire était infiniment plus brillant que les régions centrales. Le fait pour lui n’est pas douteux, et l’impuissance où l’on se trouve actuellement de l’expliquer est une raison de plus pour le noter avec soin.
- Catalogue d'étoiles. — Le bureau des longitudes publie un catalogue de ‘251 étoiles observées avec une précision exceptionnelle. Ce catalogue est dressé en vue surtout de la détermination des longitudes pat* le moyen du télégraphe. Les étoiles qui le constituent sont prises sur le zodiaque lunaire, ce qui est une excellente condition d’exactitude dans les mesures.
- Viande de la Plata. — On s’entretient de toutes parts de l’arrivée du Frigorifique et du succès complet de la magnifique expérience tentée par M. Charles Tellicr. On sait qu’il s’agit de la solution de ce grand problème du transport de la viande fraîche à des distances quelconques au moyen d’appareils frigorifiques. La viande extraite de la cale, avait cent cinq jtfurs de mer. Nous venons d’en faire nous-même l’essai consciencieux dans deux repas successifs, et nous nous empressons de déclarer que jamais meilleur bœuf frais ne s’est trouvé sur notre assiette.
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- M. Tellier a réussi complètement, et il a droit à notre profonde reconnaissance. Il ne lui reste plus qu’à reprendre à la tète de la société dont il est T aine, la place qu’il n’aurait jamais dû quitter. Espérons, autant pour l’entreprise elle-même que pour son éminent promoteur qu’il en sera bientôt ainsi.
- Électro-aimants. — M. Du Moncel s’occupe de déterminer le diamètre relatif du noyau de fer et de la bobine magnétisante qui donne le maximum d’effet. Il arrive par le calcul d’abord, puis par l’expérience, à reconnaître que ce résultat est atteint lorsque l’épaisseur de la bobine est précisément égale au diamètre du noyau de fer. Voilà une donnée bien nette que les constructeurs mettront sans doute immédiatement à profit.
- Mer d'Afrique. —
- L’infatigable M. Rou-daire, répond aujourd’hui aux objections élevées par M. Àngot contre son projet de mer saharienne. 11 montre notamment que Bis— kra pris comme exemple de point, où le vent dominant est nord et non pas sud comme il l’a dit d’une manière générale pour la contrée entière, se trouve au confluent de deux grandes chaînes de montagnes, en un point où le régime atmosphérique est tout à fait exceptionnel. M. Roudaire revient sur la disposition des dunes dans la zone des Chotts, et répète ce qui est évident, que leur direction indique sans contestation
- possible la direction du’vent dominant, qui est manifestement du sud au nord. Stanislas Meunier.
- ÉVAPOROMÈTRE ENREGISTREUR
- DE M. ItAGONA.
- M. Ragona, directeur de l’observatoire de Modène, nous a envoyé une belle photographie représentant le nouvel évaporomètre enregistreur qu’il a construit. On la voit reproduite ci-contre. Nous avons successivement décrit dans ce recueil la plupart des instruments enregistreurs dont le météorologiste dispose
- Évaporomètre enregistreur de M. Ragona. (D’après une photographie.)
- aujourd’hui : baromètre, thermomètre, anémomètre etc., mais nous n’avons encore rien dit de l’enregistrement continu du phénomène de l’évaporation d’une masse d’eau exposée au contact de l’air ambiant. Nous remercions le savant météorologiste italien de nous fournir l’occasion de combler cette lacune. L’appareil de M. Ragona se compose d’un
- vase de verre R contenant de l’eau. Ce vase forme en quelque sorte le plateau d’une balance dont le fléau est figuré par la pièce R. Un contre poids suspendu à la corde G, maintient le vase d’eau en équilibre. Mais dans ces conditions , l’équilibre est instable si le poids du vase II vient à varier, à diminuer par exemple, comme cela a lieu constamment sous le jeu de l’évaporation, aussi un second contrepoids adapté à un excentrique, a-t-il dù être disposé comme le montre la figure de façon à maintenir le vase R en équilibre à mesure qu’il diminue de poids. Ce contre poids n’empêche pas le vase d’eau de s’élever avec la tige M qui le supporte au fur et à mesure de sa diminution de poids par l’évaporation, et cela, nous le répétons, à la façon du plateau délesté d’une balance. En s’élevant, la tige M, entraîne un porte crayon qui trace une courbe continue à la surface d’un cylindre de papier, auquel le mouvement d’horlogerie 0 imprime une rotation régulière autour de son axe.
- Nous n’entrerons pas ici dans les détails de construction du système; ils s’expliquent suffisamment aux yeux du lecteur compétent, par l’inspection de notre gravure. Gaston Tissandier.
- Le Propriétaire-Gerant : G. Tissandier.
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- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 223,
- 8 SEPTEMBRE 1877
- LA NATURE
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- LE COSMOGRAPHE
- De nombreux articles ont familiarisé les lecteurs de la Nature avec les magnificences du ciel étoilé et les lois des mouvements variés qui s’y déploient. Mais les personnes attirées par cet admirable spectacle ont souvent peine à entrer dans l’étude qui en fait comprendre les belles harmonies, parce qu’il y a préalablement quelques notions de géométrie céleste à acquérir. C’est pour les aider à franchir ces premières difficultés queM. Rivière, de Marseille, a
- construit un instrument, désigné par lui sous le nom de Cosmographe, qui a été établi par plusieurs municipalités du Midi sur les points les mieux exposés de leurs places publiques et promenades. Nous en avons vu à Montpellier, à Marseille, à Draguignan et à Nice. Celui que nous reproduisons se trouve dans cette dernière ville, en face de la mer, sur la promenade des Anglais.
- Le cosmographe fait connaître par un cercle vertical le plan du méridien. Une verge dirigée vers l’étoile polaire le traverse diamétralement et indique Y axe du monde. Il est coupé par un cercle perpen-
- Le Cosmographe de Nice. (D'après une photographie.)
- diculaire situé dans le plan de l’équateur. L’inclinaison de la verge varie nécessairement selon la latitude du lieu où l’appareil est érigé.
- Une vergette placée verticalement au-dessus du cercle méridien montre le zénith. On aperçoit quatre vergettes fixées à 23 degrés au-dessus et au-dessous de l’équateur pour marquer les tropiques, et quatre autres qui se trouvent à la même distance des points d’intersection de l’axe pour indiquer les cercles polaires.
- La graduation comprise entre les tropiques permet de suivre le mouvement du soleil en déclinaison et d’observer les solstices et les équinoxes, en se rendant compte de la succession des saisons.
- L’équateur, divisé en degrés, recevant l’ombre de l’axe, devient un véritable cadran solaire, en y
- 5“ année. — 2* semestre.
- comptant un arc de quinze degrés pour une heure.
- Avec un peu d’habitude on reporte les courbes du cosmographe sur le ciel, où il devient facile de trouver les principales constellations, particulièrement celles du zodiaque, à travers lesquelles passe le plan de Y écliptique, c’est-à-dire de la route annuelle apparente du soleil. C’est dans son voisinage qu’on peut suivre les planètes, qui se meuvent dans des orbites dont les plans sont peu inclinés sur le sien.
- Des inscriptions en relief font connaître les noms des différentes parties du cosmographe. Le socle du petit monument porte une série de renseignements astronomiques intéressants, qui complètent les connaissances acquises à l’aide de l’instrument.
- Nous n’avons pas besoin d’insister ici sur son
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- LA NATURE.
- évidente utilité. Il nous suffira de dire qu’il pourrait contribuer à rapprocher de nous l’époque où, le goût de l’astronomie se répandant, les observatoires particuliers, qui aident beaucoup aux progrès de l’instruction générale, deviendraient aussi nombreux en France qu’en Angleterre et en Amérique.
- F. Zurcher.
- —=-<><.—
- LES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS
- PARISIENS1.
- LA ROCHE-GUYON.
- L’hôpital d’enfants de la Roehe-Guyon n’a pas été créé, comme ceux de Berck-sur-Mer ou de For-ges-les-Bains, pour profiter d’une eau minérale ou du voisinage de la mer, plus spécialement propices au traitement d’une certaine catégorie de maladies ; il doit son existence à la libéralité d’une des plus anciennes et des plus illustres familles de France, les La Rochefoucauld-Liancourt, possesseurs du château de la Roche-Guyon et de biens-fonds considérables en cette localité. C’est M. Georges de La Rochefoucauld qui, faisant de la puissance et de la fortune le plus auguste usage qui puisse en être fait, fonda sur ses domaines, le 21 juin 1850, la maison de convalescence pour les entants parisiens.
- Les débuts furent modestes : l’asile ne comptait d’abord que six lits ; il s’accrut peu à peu ; le 20 mars 1854, il fut doublé ; enfin, après la mort du fondateur, la famille de La Rochefoucauld fit donation à l’Assistance publique de Paris, en avril 1865, des meubles, immeubles et terrains constituant cet hôpital. Par suite de ce transfert, la maison de la Roche-Guyon, qui jusque-là avait été un établissement de charité privé , a désormais fait partie du système hospitalier public de la capitale.
- On se rend à la Roche par la ligne du Havre, en descendant, à 69 kilomètres de Paris, à la station de Bonnières, d’où une route de 7 kilomètres, desservie par la voiture du courrier2, conduit à la Roche-Guyon, petit bourg d’un peu moins de 800 habitants. Piale et monotone jusqu’à destination, cette route, en arrivant à la Seine, laisse découvrir une vue pittoresque sur le château de La Rochefoucauld, surmonté des très-curieux restes du donjon, dont l’énorme masse est presque intacte. Situées en dehors des grandes voies de communication, ces ruines, si voisines de Paris, sont très-peu connues et visitées , quoique particulièrement intéressantes. Le
- 1 Yoy. la Nature, 4e année (1876), 1er semestre, p. 1, 98, 150; 2e semestre, p. 143, 241; 5e année, 1877, 1er semestre,
- p. 177.
- 2 Ce service de correspondance n’élant mentionné dans aucun Guide ni aucun Indicateur, nous croyons devoir dire que cette voiture part de Bonnières le matin, à 11 lt. 5 m., et, le soir, à 6 li., de la Roche-Guyon; nous ajouterons qu’on ajuste le temps de voir en-détail ce qui est remarquable à la Roche, entre l’arrivée et le départ du courrier : aussi fera-t-on bien, pour gagner du temps, de prendre ses repas à Bonnières.
- château, féodal par ses fondations, appartenant à la Renaissance pour quelques parties et à l’époque moderne pour le reste, réunissant dans son intérieur les reliques précieuses des temps anciens aux somptueuses décorations contemporaines ; ce prodigieux donjon du douzième siècle, le parc et son panorama splendide, l’église, l’hôpital, constituent un ensemble très-remarquable, et l’on ne regrette pas la journée employée à le visiter.
- Actuellement, cette maison hospitalière a pris un grand développement; consacrée exclusivement aux jeunes garçons de 4 à 16 ans, elle comprend 120 lits dont les deux tiers sont occupés par les convalescents et un tiers par des scrofuleux. Des enfants de cette dernière catégorie sont envoyés là, pour deux raisons absolument distinctes : l’une, médicale, c’est que la complexion trop délicate de quelques stru-meux leur interdit le traitement par les bains suivi à Forges et à Berk; l’autre, administrative, c’est que, ne pouvant envoyer à Berek ou Forges, hôpitaux exclusivement municipaux, les enfants atteints de scrofule habitant le département de la Seine depuis moins de six mois, l’Assistance tente de tourner cette interdiction légale en les expédiant à la Roche comme convalescents. Ces scrofuleux passent de \ à 5 ans à la Roche-Guyon, les vrais convalescents habituellement de 5 à 6 semaines. Chaque lundi, la voiture de l’établissement, attelée d’un cheval de louage, ramène à la station les enfants définitivement rétablis et reprend en échange ceux qui arrivent encore souffreteux ; grâce à ce roulement, 500 petits Parisiens, chaque année, peuvent achever leur guérison à l’air fortifiant de la campagne ou y soigner leurs affections stru-meuses.
- Cette création d’établissement de convalescence pour les malades des classes laborieuses est certainement l’une des plus utiles de notre époque. En effet, dans la classe riche ou aisée, il est presque toujours facile d’envoyer le convalescent se remettre complètement soit à la campagne, soit au bord de la mer, et, dans tous les cas, le malade de cette catégorie1 trouve chez lui les conditions hygiéniques propres à le rétablir promptement.
- Dans les familles peu aisées, il n’en est pas de même : d’une part, impossibilité de quitter le foyer; d’autre part, à ce même foyer, absence des conditions requises pour parachever la guérison, et, conséquence nécessaire, prolongation de cet état de faiblesse qui accompagne la convalescence, aptitude spéciale à éprouver une rechute, à contracter d’autres maladies, et en définitive, pour l’adulte, perte de travail ; pour l’enfant, arrêt dans ses études élémentaires, ou son apprentissage professionnel.
- A l’hôpital, lorsque l’état aigu est tombé, quand les symptômes spéciaux au cas pathologique qui a amené le sujet ont disparu, pour faire place à la convalescence, cet état intermédiaire à la maladie qui a cessé d’être, et à la santé qui n’existe pas encore* le chef de service signe la pancarte de l’ex-
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- malade; c’est Yexeat, souvent inattendu, quelquefois redouté : ajoutons qu’il n’en saurait être autrement. Cette place- occupée par le valétudinaire, elle est impatiemment attendue par le nouveau malade qui, hier, n’a pu être admis faute de lit vacant. Eh bien, à ce valétudinaire, il lui faudra encore du temps, des soins et des ressources pécuniaires jusqu’à ce qu’il ait recouvré ses forces, et soit en état de reprendre son travail.
- Il en est de même pour le service de l’assistance médicale à domicile ; là aussi, dans cette demeure étroite, souvent peu salubre, où la gêne est entrée avec le chômage forcé du chef de famille, la convalescence sera longue et difficile à moins que l’envoi à la campagne ne vienne trancher toutes ces difficultés. Dr Bader. — Ch. Boissay.
- — La suite prochainement. —
- LES SINGES ANTHROPOMORPHES
- (Suite. — Voy. p. 161, 181 et 219.)
- La troisième espèce de singes anthropomorphes, l’Orang-outang, est certainement la plus célèbre. Elle paraît avoir été déjà connue des auteurs anciens, car Pline nous apprend qu’on trouve sur les montagnes de l’Inde « des satyres, animaux très-méchants, à face humaine, marchant tantôt debout, tantôt à quatre pattes, et que la grande rapidité de leur course empêche d’être pris autrement que lorsqu’ils sont malades ou très-vieux. » Sans remonter aussi loin, nous trouvons dans l’ouvrage de Tulpius, médecin hollandais du dix-septième siècle, une figure, très-bonne pour l’époque, de l’Orang-outang, sous le nom de Satyrus indicus. « Cet animal, dit Tulpius, est aussi grand qu’un enfant de trois ans, aussi fort qu’un enfant de six ans, et son dos est couvert de poils noirs. » Peu de temps après Tulpius, un autre médecin, Bontius, qui avait vécu dans l’ile de Java, publia des observations plus complètes sur cette même espèce dont il avait eu l’occasion d’étudier plusieurs individus ; malheureusement les voyageurs qui écrivirent après ces deux auteurs, voulant sans doute donner plus de piquant à leurs récits, travestirent les récits de Tulpius et de Bontius de telle façon, que c’est de nos jours seulement qu’on est parvenu à démêler les caractères essentiels et les principaux traits de l’histoire de l’Orang-outang. Ce grand singe asiatique, que l’on désigne aussi sous le nom de Pongo, diffère notablement du Gorille et du Chimpanzé, et a été placé avec raison par les naturalistes dans un genre spécial, le genre Simia. Il a en effet les membres antérieurs beaucoup plus allongés et descendant jusqu’au niveau des chevilles, la tête de forme plus conique, le front plus élevé, les orbites plus obliques, les oreilles beaucoup moins saillantes, la cage thoracique composée de douze paires de côtes au lieu de treize, ce qui dessine déjà aunlessus du bassin un
- léger rétrécissement, une sorte de taille. Chez lui d’ailleurs la portion carpienne, au lieu de se composer de huit os seulement comme chez l’homme, le Gorille et le Chimpanzé, présente en outre un os supplémentaire comme chez la plupart des singes, et les métacarpiens, de même que les phalanges, sont arqués, et permettent à la main de se mouler en quelque sorte sur les branches et de les saisir vigoureusement; cette disposition est encore plus marquée dans le membre postérieur, où la plante du pied est fortement bombée. Ici, en outre, la phalange unguéale fait parfois défaut, et quelques naturalistes se sont appuyés sur ce caractère pour créer parmi les Orangs deux espèces distinctes ; mais il paraît bien établi maintenant que cette absence d’une phalange est ou bien, comme le dit M. Tem-minck, le résultat d’une sorte d’usure, ou plutôt, comme l’a reconnu M. Trinquesc, un vice congénital.
- L’Orang, qu’on a souvent représenté comme un singe gigantesque, n’atteint pas, au moins en hauteur, les proportions de l’espèce humaine. Un voyageur digne de notre confiance, M. Wallace, ayant en effet mesuré un de ces animaux, le plus grand de ceux qu’il eût jamais vus, a constaté qu’il avait lm,27 de hauteur verticale, 2m,40 avec les bras étendus, et lm,10 de tour de taille. La femelle, toujours plus petite que le mâle, ne mesure en général que lm,10 de haut. Chez l’Orang comme chez le Gorille et le Chimpanzé la face est nue, de même que la paume de la main, et présente au moins chez les vieux mâles un aspect encore plus hideux, grâce aux développements de protubérances sur les côtés de la tète; les yeux sont petits, le nez aplati, et la mâchoire inférieure proéminente ; les lèvres sont tuméfiées, et la peau du cou offre en avant un grand nombre de plis, comme si elle avait été distendue; elle recouvre en effet de grandes poches laryngiennes qui, à la volonté de l’animal, peuvent se gonfler d’air et constituer un organe de résonnance, mais qui, dans l’état ordinaire, sont flasques et affaissées sur elles-mêmes. Les bras sont très-longs, comme nous l’avons dit, et se terminent par des mains effilées, pourvues d’ongles aplatis; ils sont recouverts, de même que le corps, de poils allongés d’un rouge brunâtre, tirant parfois au noirâtre. Ces poils sont toutefois beaucoup plus clairsemés sur le dos et sur la poitrine que sur les flancs et le tour des joues où ils forment un collier de barbe.
- Ce grand singe paraît être confiné dans les parties basses et marécageuses de l’île de Bornéo, où les indigènes le désignent sous les noms de Orang-houtan (homme des bois), de pandakh (homme nain), de kahico, de keon, de mias, etc. Il a pour domaine d’immenses forêts, dont les arbres, serrés les uns contre les autres, enchevêtrent leurs rameaux à une grande hauteur au-dessus du sol. Aussi pour changer de canton n’a-t-il nul besoin de descendre à terre : il chemine gravement sur les maîtresses
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- branches qui forment entre les arbres voisins une série de ponts naturels. Grâce à cette vie aérienne, l’Orang échappe facilement aux poursuites de l’homme comme aux attaques des grands carnassiers, et il trouve à sa portée les fruits, les feuilles et les bourgeons qui constituent sa nourriture. De certains fruits il ne recherche que la gousse; d’autres il extrait l’amande avec beaucoup d’adresse, et comme il est doué d’un appétit des plus robustes, en un clin d’œil il dévaste des arbres tout entiers. Souvent on a représenté l’Orang dans une posture presque verticale, appuyé sur un bâton ; mais rien n’est moins exact : comme tous les anthropomorphes, l’Orang marche à quatre pattes, et il ne se dresse quelque peu sur ses membres postérieurs que lorsqu’il se sert de ses longs bras pour cueillir des fruits ou pour attirer à lui une branche dont il veut éprouver la solidité.
- Sur cette espèce du reste, comme sur le Gorille et le Chimpanzé, on a publié une foule de récits dont l’inexactitude a été clairement démontrée par les observations de M. Wallace. qui a étudié les Orangs ou Mias dans leurs forets natales.
- Ces animaux sont en général doux et paisibles, mais ils ne sont pas timides, et les mâles surtout, quand ils sont blessés, fpeu-vent vendre chèrement leur vie. Les petits en revanche sont assez faciles à prendre, et ont été souvent conservés en captivité.
- L’un des premiers que l’on vit en Europe était une jeune femelle qui vécut pendant un mois environ au château de la Malmaison, en 1808, et qui fournit à Frédéric Cuvier le sujet d’observations intéressantes. Cet Orang grimpait facilement aux arbres dont il saisissait le tronc avec les mains et les pieds,
- ' sans employer les bras et les cuisses comme le font les acrobates : à terre, ses mouvements étaient pénibles, car il marchait en s’appuyant sur la face dorsale des doigts et sur le côté externe des pieds, et s’avançait comme un cul-de-jatte, en faisant passer ses membres postérieurs entre ses membres antérieurs. Pour porter ses aliments à sa bouche, il se servait de ses mains avec assez d’adresse, et avait appris à boire dans un verre, que pourtant il ne savait pas remplir lui-même. 11 mangeait indistinctement des fruits, des légumes, du lait et de la
- viande, mais ne manquait jamais de s’assurer préalablement par l’odorat de la nature des mets qui lui étaient offerts. Généralement doux et même affectueux, il donnait cependant parfois des signes d’impatience et se roulait par terre en poussant des cris gutturaux. C’est surtout envers les enfants qu’il montrait de l’irritation, cherchant même à les mordre ou à les frapper avec la main. Pendant la traversée de Bornéo en Europe, ce jeune Orang s’était tellement attaché à son premier maître, M. Decaen, qu’il était pris d’accès de désespoir quand il demeurait quelque temps sans le voir. A bord, il témoignait également beaucoup d’affection à de petits chats qu’il prenait souvent dans scs bras, ou qu’il mettait sur sa tête, sans s’inquiéter des coups de griffes. La solitude lui faisait horreur : aussi lorsqu’il se trouvait enfermé dans une \\ chambre, il savait fort
- bien monter sur une chaise, qu’il approchait au besoin de la porte pour faire jouer le pêne de la serrure et aller rejoindre son maître au salon. Quand il avait froid, il s’enveloppait de couvertures, et dérobait parfois aux matelots leurs vêtements pour les mettre dans son lit.
- Un autre Orang, que le docteur Clark-Abel ramena en Europe à bord du navire le César, montrait plus d’agilité que celui de M. Decaen : il grimpait aux mâts, et courait de cordage en cordage, en semblant défier les matelots, avec lesquels il jouait volontiers ; mais il restait indifférent aux agaceries des singes de plus petite taille qui se trouvaient sur le navire, et qui à plusieurs reprises essayèrent de lier société avec lui.
- Si nous voulions rapporter toutes les observations qui ont été faites sur les Orangs-outangs vivant en captivité, nous aurions facilement la matière de plusieurs articles ; comme nous avons déjà dépassé les limites qui nous étaient tracées, nous n’insisterons pas davantage sur cette espèce qu’on a parfois décomposée en plusieurs autres (Simia Wurmbii, S. mono, S. bicolor), et nous passerons aux derniers représentants de la tribu des anthropomorphes, c’cst-à-dire aux Gibbons ou Hylobales.
- E. OtlSTALET.
- — La suite prochainement. —
- Tète de l’Orang-oulang mâle, adulte.
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- LA NATURE.
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- BAROMOTEUR
- DE M. GASTON BOZÉRIAN.
- La force de l’homme peut être employée de bien des manières dif- m
- férentes : il peut pousser ou tirer, soit horizontalement, soit verticalement ; il peut agir avec ses mains sans se déplacer; quelquefois il pousse avec ses pieds; il agit encore en poussant ou tirant en même temps qu’il marche; il peut enfin agir par son poids seulement comme dans les roues à chevilles.
- La quantité de travail qu’il développe dans ces diverses circonstances est loin d’être la même.
- Il est donc important de savoir de quelle manière sa force doit être employée pour produire la plus grande quantité possible de travail; cette quantité d’ailleurs est d’autant plus grande que les efforts exercés par ses muscles se rapprochent plus de ceux auxquels ils sont destinés par leur nature.
- L’expérience a démonti’é qu’un homme agissant pendant huit heures sur une manivelle, fournissait
- 172 000 kilogrammètres, ou 6 kilogrammètres par seconde. On a également reconnu que si, au lieu d’utiliser la force musculaire de ses bras, on employait l’homme à monter les échelons d’une roue à chevilles, il produirait dans sa journée un travail
- Le Baromotcur de M. Gaston Bozérian.
- de 280 000 kilogrammètres, soit 9 kilogrammètres par çecônde. Il est donc très-important, de l'avis de tous les mécaniciens, de faire consister le travail de l’homme dans la simple élévation de son corps, toutes les fois que cette élévation peut être
- employée à la production de l’effet qu’on veut produire.
- Ce principe, quelque incontestable qu’il soit, n’a reçu jusqu’à présent que fort peu d’applications; on ne le voit guère appliqué que dans les roues à chevilles, ces grandes roues dont se servent les carriers pour monter les pierres, et dans certains travaux de terrassement, au moyen d’une grande poulie dans la gorge de laquelle passe une corde qui supporte à chaque extrémité un vaste plateau. L’ouvrier se place dans un des plateaux, tandis que dans l’autre së’ trouve une quantité de terre dont le poids est un peu inférieur à celui du manœuvre ; le plaleau sur lequel ^ est placé l’homme, descend du niveau supérieur au niveau inférieur, et le plateau qui contient la brouette chargée de terre s’élève au contraire du niveau inférieur au niveau supérieur. L’ouvrier remonte ensuite après une échelle, et ainsi de suite. De cette manière il fournit encore 9 kilogrammètres par seconde.
- Les roues à chevilles et ces plateaux tenant un
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- LA NATURE.
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- emplacement considérable ne pouvaient être utilisés que dans des circonstances très-rares ; il manquait donc à l’industrie un appareil simple, peu coûteux, tenant peu de place et permettant l’application des principes que nous venons de développer.
- En 1865, un premier essai fut tenté par M. Sali-cis, lieutenant de vaisseau ; son appareil se composait de deux pédales placées côte à côte et agissant chacune sur un vilbrequin ; c’était tout à fait le système de pédales des machines à coudre, seulement l’homme se tenait debout au lieu d’êlre assis. Le Barotrope de M. Salicis permettait à l’homme de produire, d’après le résultat des expériences faites au Conservatoire des arts et métiers, et qui sont rapportées dans le Bulletin de la Société d'encouragement (année 1865), une moyenne de 11 kilo-grammètres par seconde; mais l’homme n’arrivait à ce résultat qu’à la condition de faire soixante tours à la minute, ce qui représente deux marches par seconde. C’était le pas gymnastique d’une façon continue, et il devait falloir très-longtemps pour s’accoutumer à un pareil exercice ; ce système n’eut que très-peu d’applications et n’entra jamais dans le domaine industriel.
- La question vient d’être reprise, et résolue cette fois d’une façon très-heureuse, par M. Gaston Bozérian, fils du sénateur. Son appareil appelé par l’inventeur Baromoteur (moteur par le poids), se compose de pédales non plus placées côte à côte, comme dans le baro-G’ope de M. Salicis, mais bien l’une devant l’autre, de manière que l’homme se tient dans la position d’une personne montant un escalier. Ces pédales reposent sur trois leviers d’égale longueur ; la disposition de ces leviers (vov. la figure) a pour but de maintenir les pédales dans une position toujours horizontale, de sorte que l’homme a le pied constamment à plat et est aussi solide sur l’appareil en question que sur les marches d’un escalier. M. Gaston Bozérian, qui a fait subir à sa machine de nombreuses transformations, avait commencé par donner à ses deux pédales une disposition semblable à celle de la pédale B. Les deux jambes décrivaient le même chemin, mais la jambe de derrière étant obligée de se plier beaucoup plus que celle de devant, supportait seule toute la fatigue. En surélevant la pédale de devant (voy. la coupe des deux pédales A et B), on a augmenté la flexion de la jambe de devant, en diminuant d’autant celle de la jambe de derrière, et de cette façon la fatigue se trouve également reportée sur les deux jambes, ce qu’il était essentiel d’obtenir.
- Une des choses les plus intéressantes dans le baromoteur est certainement la disposition de la poignée, qui non-seulement donne un maintien à l’homme, mais qui lui permet de faire travailler ses bras en même temps que ses jambes; de plus, l’homme agit ainsi avec les mains, surtout au moment du point mort ; or, on sait que le point mort est un peu le phylloxéra de la mécanique, et que tous les efforts des mécaniciens tendent à le vaincre. M. Gaston Bozérian l’a vaincu cette fois d’une ma-
- nière très-neuve et très-originale. Non-seulement les deux mouvements ne se contrarient pas, mais ils se complètent l’un par l’autre et le mouvement des mains facilite celui des jambes. L’homme en reportant le poids de son corps successivement en avant et en arrière agira sur le vilbrequin, et on pourra transmettre la force produite au moyen d’une courroie qu’il sera facile d’adapter après la poulie.
- Un manœuvre agissant sur le baromoteur et devant travailler pendant une demi-heure sans s’arrêter, ne doit pas chercher à faire plus de trente tours à la minute. Tous ses muscles agissant en même temps, lui permettent de produire une quantité de travail bien supérieure à celle obtenue avec tous les autres appareils employés jusqu’à ce jour. Grâce à l’absence de point mort, un homme peut produire facilement 56 kilogrammètres par tour, ce qui, avec une vitesse de trente tours à la minute, représente un travail de 18 kilogrammètres par seconde, ou un quart de cheval-vapeur, travail qu’il pourra très-bien produire sans arrêt pendant une demi-heure pour reprendre ensuite, après quelques moments de repos. 11 conviendrait peut-être mieux cependant de ne prendre qu’une moyenne de 15 kilogrammètres par seconde pour un travail de huit heures ; c’est donc le travail de deux hommes et demi, puisqu’un homme avec la manivelle ne produit en moyenne que 6 kilogrammètres par seconde.
- M. Gaston Bozérian nous paraît avoir résolu d’une manière très-satisfaisante le problème qui consiste à employer le travail de l’homme dans des conditions aussi avantageuses que possible, au moyen d’un appareil tenant peu de place et pouvant par conséquent s’appliquer à toutes les machines ; il est bien évident, qu’au lieu d’en faire un moteur distinct, on pourrait appliquer directement les pédales et la poignée du baromoteur à une scie circulaire et à un grand nombre de machines agricoles. Notre dessin représente la transformation du mouvement des pédales en mouvement circulaire, mais s’il s’agissait d’en faire l’application à une pompe, on n’aurait besoin ni de vilbrequin ni de volant ; on n’aurait qu’à fixer le levier de la pompe après la bielle du baromoteur, et on agirait ainsi directement sur le piston qui s’élèverait ou s’abaisserait suivant que l’homme reporterait le poids de son corps en avant ou en arrière.
- LA PROVINCE DE S0MBÔC-S0MB0R
- ET L’IMMIGRATION DES PIAKS.
- La petite province de Sombôc-Sombor est la dernière qu’ait à longer le voyageur qui, remontant le Mékong, va quitter le Cambodge pour pénétrer dans le Laos. Elle s’étend sur la rive gauche du fleuve, immédiatement au-dessus du point où cesse la navigation des grosses barques et compte trois bourgades principales échelonnées sur le Mékong : Craticb,
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- LA NATURE.
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- Sombôc et Sombor. Sombôc, la plus importante de ces stations, compte à peine cent hommes inscrits, c’est-à-dire payant l’impôt, et Sombor n’en a que soixante.
- A l’époque où fut pour la première fois dressée la carte de cette province, lors du voyage d’exploration de Doudart de La Grée et Garnier, on ne signalait en dehors de ces trois petits centres de population que deux localités dans l’intérieur appelées Traï'ki et Cabaltamne, et la seule tribu sauvage dont on ait relevé le nom dans ces parages, était celle des Gharaïs ou Chcreys, établie en grande partie en dehors de la frontière cambodgienne, mais dont quelques villages dépendaient du Cambodge.
- Aujourd’hui, l’intérieur du Sombôc-Sombor est peuplé d’un certain nombre de groupes appartenant à une nouvelle population récemment immigrée, et dont notre confrère et ami le docteur Harmant a fait en quelque sorte la découverte dans l’est de Sombor (fig. 4). Cette population est celle des Pe-nongs (sauvages) Piâks ou Pièks, dont les premières stations sont a trois ou quatre heures d’éléphant, à l’est du Grand Fleuve.
- Afin d’échapper aux incursions continuelles des Charaïs qui venaient leur voler leurs enfants pour les vendre, les Piâks ont passé la frontière, se sont établis avec leurs deux tribus, Piâks proprement dits et Prêhs, depuis l’est de Cratieh jusqu’à la frontière nord, ont fait leur soumission au roi No-rodôm, et payent aux petits mandarins de Sombor et de Sombôc un impôt triennal de laque et de cire.
- Dernièrement, deux de ces sauvages sont descendus jusqu a Saigon* envoyés en ambassade à l’amiral-gouverneur par leurs compatriotes ; on les y a photographiés, et ce sont leurs portraits, adressés au Muséum par le docteur Harmant, que notre gravure reproduit (fig. 5).
- « Les Piâks, nous écrit ce savant et hardi voyageur, sont en général grands et bien faits, musculeux et forts sans obésité. J’ai mesuré complètement une douzaine de ces sauvages, et je donnerai à mon retour une description détaillée de leurs caractères extérieurs. Leur physionomie est douce, enjouée et ouverte, et serait agréable sans l’habitude singulière qu’ils ont de se couper les dents de devant, les supérieures au ras des gencives et les inférieures en pointes aiguës. La coloration de leur peau est très-uniforme et varie des numéros 28 à 29, et 28 à 43 de l’échelle chromatique de la Société d’anthropologie. Leurs cheveux sont gros, ondulés, noirs à reflets roussâtres; ils les portent longs, hommes et femmes, en chignon tordu sur l’occiput, et retenu au moyen d’une longue broche de laiton ou d’un filet de coton orné de petites boules en forme de glands. 11 n’est point rare de constater, chez les uns et chez les autres, l’emploi de véritables « fausses nattes », et les élégantes piâks se coupent carrément les cheveux sur le front, en leur laissant une longueur de quelques centimètres, comme c’était encore la mode en France au moment de mon départ. »
- Les vêtements sont rudimentaires. Une ceinture de coton, tissée à la cambodgienne, et dont les franges sont ornées de morceaux de laiton, compose avec la bande en T qui passe entre les cuisses tout le costume masculin. Les femmes ont une pièce d’étoffe rectangulaire, serrée sur les hanches et tombant jusqu’aux genoux, et quelques-unes seulement en portent une autre croisée sur la poitrine. Les deux sexes s’ornent le cou et les bras de perles de verre et de gros fils, de laiton de 5 à 6 millimètres de diamètre, tournés à demeure sur le corps. Ces bracelets comptent un nombre de tours de spire d’autant plus considérable que l’individu qui les possède est ou veut paraître plus riche; ils s’étendent quelquefois du poignet au coude, et sont alors fort gênants et fort lourds. « J’ai vu, dit le docteur Harmant, une vieille femme toute débile, obligée de marcher en soutenant avec sa main libre son avant-bras, magnifiquement paré, à son avis.... Ces brassards doivent être horriblement fatigants et douloureux même, quand il s’agit de piler le riz pendant des heures consécutives; mais la coquetterie est plus forte que la douleur, que l’instrument de torture soit un bracelet penong ou une bottine de Paris ! » Hommes et femmes ont aussi les oreilles percées ; les hommes y introduisent un cylindre de bois, d’étain, d’os ou d’ivoire (fig. 2 et 3), les femmes y mettent de larges et lourds anneaux d’étain massif qui étirent le lobule en une mince lanière tombant jusque sur la poitrine. M. Harmant a dessine l’une de ces oreilles, longue en tout de 11 centimètres, et dont la fente lobulaire n’en mesure pas moins de 5 (fig. 1).
- C’est, paraît-il, principalement à leurs oreilles que l’on distingue au Cambodge ces sauvages et les autres Penongs des véritables Khmers ou Cambodgiens. M. Harmant qui connaissait bien le Cambodge avant de se lancer dans les régions laotiennes qu’il explore actuellement avec tant de succès, trouve d’ailleurs qu’aux oreilles près, la plupart des indigènes des deux sexes qu’il rencontre dans le haut pays, sont << fort analogues aux Cambodgiens » et il en est arrivé à formuler à peu près la théorie que nous avait suggérée à nous-même la lecture des écrits consacrés jusqu’à présent aux races humaines de l’Inde transgangétique. La nation cambodgienne se montre en effet au savant voyageur, formée « d’une ou de plusieurs nations- sauvages de l’Indo-Chine, ayant, sous l’influence de circonstances inconnues, pris plus d’importance que les autres ». « Subjugués, ajoute-t-il, par une race supérieure (que l’auteur du présent article fait venir de l’in-doustan), race qui lui a importé scs mœurs, ^son langage et son écriture, et qui s’en est servie pour élever des monuments gigantesques, dont les restes ne sont admirés que de nous Européens, les Cambodgiens auraient absorbé à la longue leurs conquérants peu nombreux, et seraient enfin retombés dans la barbarie où ils croupissent aujourd’hui. » Cette manière de voir, que confirment les belles études du regretté Janneau, sur l’ethnographie et la
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- LA NATURE.
- linguistique du Cambodge, tend à prévaloir de plus en plus; mais il n’en est pas encore de même d’une autre théorie plus hardie et plus nouvelle que propose le docteur Harmant, et qui, si elle est acceptée, aura pour effet de modifier profondément l’ethnogénie de la presqu’île transgangé-tique.
- D’après les renseignements qu’il a recueillis chez les Piâks, cette tribu, celle des Prêhs qui l’avoisine, celle des Charaïs et celle des Châms enfin, parleraient des dialectes d’une seule et même langue, une sorte de malais corrompu, rempli d’aspirations et de terminaisons gutturales. Le fait est en partie déjà vérifié pour les Châms qu’on rattachait depuis longtemps aux Malais proprement dits, et dont on expliquait la présence dans le Tsiampa par une émigration sortie de Java, au moment de l’introduction de l’islamisme.
- Mais, si'les Châms ne sont
- plus les seuls à parler malais dans la péninsule, s’il se confirme que des peuples sauvages du versant occidental de la chaîne des Mois ont en commun avec eux cette langue, qu’on croyait jusqu’à présent presque exclusivement insulaire, il faudra en venir à considérer le groupe ethnique dont font partie les Piâks, les Charaïs et les Châms comme un vrai groupe malais continental; l’émigration du Menang Ka-
- I'ig. 2. — Oreille d'homme Piàk avec son cylindre.
- Fig, 1. — Oreille de femme Piàk avec ses anneaux.
- Fig. 3.
- Le cylindre en os. (Vu dé profil.)
- hau ne sera plus qu’un épisode de l’histoire de la race, et c’est dans les montagnes indo-chinoises et non plus à Sumatra qu’il faudra chercher l’origine d’un peuple qui a joué le rôle le plus important dans l’histoire de l’Océanie occidentale.
- Revenons aux Piâks pour ajouter quelques observations encore à celles que
- nous avons déjà extraites de la correspondance de M. Harmant. Le voyageur, qui a vu les Piâks chez eux, donne dans une de ses lettres sur leurs habitudes, leurs mœurs, leur genre de vie, de curieux détails. Leur état social est relativement assez bien
- Fig. 4. — Carte de la province de Sombôc-Sombor. (Royaume de Cambodge.)
- organisé. Ils vivent dans des villages, comme nous 1 avons écrit plus haut ; ces villages ne sont point agglomérés, comme on dit en style officiel ; les maisons qui les composent sont disséminées dans la forêt, chacune avec sa petite rizière et son parc à buffles ; mais si les sauvages redoutent une agression, ils se réunissent dans des hangars entourés de palissades de troncs d’arbres. Le plus riche est le chef dans chaque village, et son autorité est tempérée par une sorte de conseil ou réunion d’hommes, dans laquelle on agite les intérêts communs.
- Les Piâks passent habituellement leur temps à vagabonder dans la forêt, évitant, à l’inverse des Stiengs leurs voisins au sud, les gros animaux, auxquels ils ne savent point tendre de pièges ; mais tirant le cerf à l’arbalète avec des flèches empoisonnées à l’aide d’une sorte d’extrait végétal noirâtre, à cassure vitreuse, qu’ils vont acheter bien loin chez les Rodés. Quand ils ne courent point le bois, ils restent des heures entières, accroupis dans leurs cases, fumant de petites pipes et aspirant dans une jarre de terre l’eau de riz fermenté, à l’aide d’un tube de bambou, qui passe de bouche en bouche.
- Outre l’arbalète et la flèche, ils usent d’une sorte de lance formée de la crosse d’un bambou, au collet de laquelle ils ont inséré à vif une laine de fer, que la cicatrisation de la plaie faite à la plante, finit par enchâsser avec une inébranlable fermeté (fig. 5).
- Us fabriquent encore avec le fer des marteaux cubiques, emmanchés comme leurs enclumes de pierre, à l’aide d’un rotin qui en fait le tour et se prolonge en une sorte de manche solidement lié. Us chantent quelquefois en fumant et buvant le riz, alcoolique, comme on vient de le dire plus haut ; mais peu d’entre eux pratiquent cette sorte de musique. « Un d’eux, dit M. Harmant, improvise une sorte de récitatif, commençant une phrase à voix
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- haute et claire, faisant des roulades en â, et termi- | nant en chevrotant, à bout d’haleine, sur une aspi-
- Fig. 5. — Sauvages l'iâks, récemment envoyés par leurs compatriotes en ambassade à Saigon. (D’après une photographie.)
- ration en eh. Les autres écoutent en silence, suçant J à tour de rôle le jus fermenté. >> Dans quelques vil-
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- lages seulement on connaît la flûte en bambou et une espèce d’instrument à corde. M. Harmant n’a jamais entendu les Piâks chanter en chœur, mais il parle de duos d’amour de garçons et de jeunes filles.
- Quand un Piâk veut se marier, ajoute notre voyageur, il se rend avec des buffles, des cochons, de l’eau-de-vie de riz, etc., chez les parents de la jeune fille, auxquels il offre ces présents. « La cérémonie du mariage consiste à brûler de petites bougies de cire jaune et des baguettes odoriférantes, autour desquelles le père, la mère et les parents de la fiancée sont rangés on cercle. Les fiancés se tiennent dans le cercle en face l’un de l’autre, ayant entre eux un vase rempli d’eau-de-vie de riz et se faisant des salutations réciproques.... Après le mariage, le jeune homme demeure dans la maison des parents de sa femme.... A la naissance d’un enfant, on ne fait pas de cérémonie, on lui donne un nom quelconque, un nom d’animal par exemple, et c’est tout ; les noms de famille n’existent pas plus chez les Penongs Piâks que chez les Cambodgiens. » On distingue par une appellation spéciale les parents paternels et maternels. Les frères et sœurs aînés, cadets et nouveau-nés, ont un nom particulier, mais le cousinage paraît inconnu.... À la mort des parents, les biens sont partagés également entre les filles, les garçons n’héritent pas.... Quand un Piâk meurt, on l’enterre à quelques centimètres de profondeur dans la forêt, les pieds tournés à l’orient, et l’on met avec son corps dans la tombe de petites figures de terre ou de cire, ayant la prétention de représenter les éléphants, les chevaux ou les buffles qu’il possédait. On lui met dans la bouche quelques grains de riz, et l’on élève près de la tombe une maison en miniature, faite de petites lattes de bambou et de feuilles, devant laquelle, si le mort était riche, on immole un porc ou un buffle. » Cette maisonnette est l’hôtellerie des démons ou génies; elle représente la seule manifestation extérieure de la religiosité des Penongs Piâks.
- Assisté d’un interprète tout à fait insuffisant, le docteur Harmant n’a pas pu constater l’existence de croyances plus élevées chez ce peuple, pas plus qu’il n’a pu compléter les trop brèves notions acquises sur leurs caractères moraux. Tout ce qu’il croit pouvoir affirmer, c’est que les usages funéraires qu’il nous détaille, n’ont plus aujourd’hui pour les Piâks aucune signification précise. « J’ai eu beau les interroger, nous écrit-il, en variant mes questions de toutes les manières, ils n’ont pu me donner d’autres raisons que la suivante : « Nous avons tou-« jours vu nos pères faire ainsi, et nous ne pouvons pas faire autrement.... » Si on leur demande ce qui arriverait s’ils ne faisaient pas ces cérémonies, ils ne savent ou ne veulent donner aucune réponse. Les interrogations prolongées sur ce sujet paraissent d’ailleurs fort peu de leur goût. Ils se regardent mutuellement d’un air effaré, et si l’on insistait, ils rompraient le cercle et s’en iraient.... »
- Tels sont ces pauvres sauvages, hier encore com-
- plètement inconnus, et qui, sujets aujourd’hui du roi Norodôrn, placés par conséquent sous le protectorat de la France, vont être appelés, espérons-le du moins, à des destinées meilleures que celles qui leur étaient faites sous le joug de leurs oppresseurs charaïs.... Depuis qu’il a tracé les principaux traits de leur ethnographie, M. Harmant a vu bien d’autres peuplades dans le cours de scs aventureuses expéditions à travers les vallées des affluents du Mékong, demeurées fermées jusqu’ici à la civilisation. Il n’a point rencontré de nation qui lui ait laissé d’aussi agréables souvenirs que le bon peuple auquel Som-bôc-Sombor a ouvert sa frontière en 1875.
- E. T. HAMY,
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- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- JUIN 1877.
- On a pu constater aux États-Unis, pendant le mois de juin, l’existence de 11 centres de dépression, dont 9 nettement définis. Les trajectoires de ces dépressions passent beaucoup plus au nord que le mois précédent. En hiver, nous avons vu la plupart des bourrasques prendre naissance vers les Montagnes Rocheuses, gagner les États du Sud, vers le golfe du Mexique, puis remonter ensuite le long de la côte atlantique, pour disparaître vers l’embouchure du Saint-Laurent; en juin, nous voyons bien encore les dépressions se former sur le versant oriental des Montagnes Rocheuses, mais presque toutes marchent directement vers Terre-Neuve.
- La température n’est en excès que dans la Nouvelle-Angleterre et dans les États du sud ; en général, bien que de fortes chaleurs aient régné pendant quelques jours, elle est restée au-dessous de la moyenne, principalement dans les vallées supérieures du Mississipi et du Missouri. La période du 8 au 12 a été marquée dans le sud de la Californie par des chaleurs excessives, telles qu’on n’en avait pas observé depuis l’été de 1859, où le thermomètre s’était élevé à 47 degrés en juin. Cette année, on a noté 40, 45 et même 45 degrés.
- Les plus fortes pluies sont tombées dans les régions les moins échauffées ; par contre, il n’est presque pas tombé d’eau en Californie. A Memphis (Tennessee), la pluie du 8 au 9 a donné 540 millimètres. Dans un certain nombre de stations, la quantité d’eau tombée pendant les fortes pluies n’a pu être mesurée^ exactement, à cause de l’insuffisance du réservoir du pluviomètre.
- De nombreux orages ont éclaté. On signale également plusieurs trombes, dont la plus importante, celle du 4, à Mont-Carmel (Illinois), a pu être étudiée par le Signal Service. Vers quatre heures trente minutes du soir, un ciel menaçant annonçait l’approche d’un violent orage. Tout à coup, on vit deux gros nuages qui paraissaient absolument déta-
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- chés de la masse nuageuse, et marchant l’un vers le sud-est, l’autre vers le nord-est; leur couleur était noirâtre ou bleu sombre. Ils se réunirent à environ 3 kilomètres à l’ouest de la ville; aussitôt il se forma un tourbillon qui n'atteignit la surface du sol qu'à 1 kilomètre plus loin dans l'est. Après avoir ravagé la campagne, la trombe arriva avec un mugissement terrible, directement sur la ville qu’elle traversa par le milieu. Pendant les trente secondes à peine que dura son passage, ce fut un bruit et un lracas épouvantables. La destruction fut complète sur une largeur de plus de 100 mètres.
- Non-seulement les maisons ont été rasées jusqu’au sol, mais les matériaux furent projetés au loin ; des arbres énormes furent déracinés et lancés à de grandes distances. Après avoir traversé la ville, dont les points extrêmes sont éloignés d’environ 1 kilomètre, la trombe se précipita dans une épaisse forêt et continua jusqu’à 7 ou 8 kilomètres plus loin son travail de dévastation.
- BIBLIOGRAPHIE
- L'or et l'argent, par L. Simonin. — 1 vol. de la Bibliothèque des Merveilles, avec 67 gravures dans le texte. — Paris, Hachette et C‘“, 1877.
- L’auteur raconte dans ce livre l’histoire de l’or et de l’argent. 11 dit comment on les découvre, comment on les exploite, comment on les retire de leurs minerais, et quelles mines d’or et d’argent ont été reconnues sur le glohe. Il fait connaître l’emploi de ces métaux comme monnaie et dans les arts; il termine enfin par quelques considérations sur le rôle qu’ils jouent dans le développement des Sociétés humaines.
- Dictionnaire de chimie pure et appliquée,par Ad. Wurtz, — 248 fascicule, feuilles 21 et 30 du 3e volume. Une livraison in-8°. — Paris, Hachette et G*0, 1877.
- La sélection naturelle et les maladies parasitaires des animaux et des plantes domestiques, par le docteur F. À. Forel. — 1 brochure in-8°. — Genève, 1877.
- Les Alfourous de Gilolo, d’après de nouveaux renseignements par le docteur E. T. Hamy. — 1 broch. in-8°.
- (Extrait du bulletin de la Société de Géographie.)
- La Bibliothèque nationale en 1876. Rapport à M. le ministre de l'Instruction publique. — 1 broch. in-8*. — Paris, H. Champion, 1877.
- SUR LES GOUTTES
- Parmi les nombreuses ressources que les sciences expérimentales empruntent à l’électricité, l’une des plus élégantes et des plus intéressantes est l’usage que l’on peut faire de l’étincelle, pour rendre momentanément visible un corps qui se meut rapidement ou qui change de forme. La durée de l’étincelle électrique est si courte — elle ne dépasse certainement pas yr^o de soconde — qu’une roue en rotation, ou une tige en vibration, mises en mou-
- vement avec une extrême rapidité, dans une chambre obscure, sembleront stationnaires si elles sont éclairées par une étincelle électrique, et cela parce que la roue ou la tige n’ont pas le temps de changer de position d’une façon appréciable durant le court instant pendant lequel elles sont visibles. Si l’étincelle est brillante, l’impression est perçue par la rétine assez longtemps pour que l’observateur puisse avoir une idée exacte de ce qu’il a vu.
- L’auteur du présent article a récemment appliqué cette méthode pour étudier les changements de forme des gouttes de différents liquides tombant verticalement sur une plaque horizontale. Comme on le voit d’habitude, une goutte d’eau tombant d’une hauteur de 10 ou 12 pouces sur une substance solide et unie, telle que le verre ou le bois, paraît déterminer une éclaboussure confuse. L’éclaboussure prend naissance avec tant de rapidité, que l’œil ne peut pas suivre ses changements d’aspect, l’impression produite par la dernière forme de l’éclaboussure suivant immédiatement celle de la forme précédente, et si promptement que tout se confond.
- Une observation très-attentive prouve cependant que la goutte passe par des formes symétriques définies, et qu’une éclaboussure n’est en aucune façon un phénomène dû simplement au hasard.
- Que le lecteur laisse tomber quelques gouttes de 1 /4 de pouce de diamètre sur une surface sombre et unie de bois ou de papier, d’une hauteur de 6 pouces environ (le lait vaut mieux que l’eau parce qu’il est plus facile à distinguer, surtout sur un fond sombre), il observera que le liquide fait une tache avec un bord ondulé plus ou moins régulier, mais l’éclaboussure est trop rapide pour que l’œil puisse en suivre exactement les formes successives.
- Qu’il substitue maintenant une goutte de mercure au lait. En considérant la tache très-attentivement, il pourra apercevoir une lueur du mercure répandu, affectant la forme d’une étoile symétrique que représente le numéro II de la figure 1. Quand la goutte s’est ainsi étalée, elle reprend sa forme globulaire et le mercure ne mouille pas la plaque. En augmentant la hauteur de la chute de quelques pouces, on remarquera que des petites gouttes séparées sur la circonférence d’un cercle plus ou moins complet resteront sur la plaque, tandis que la partie essentielle de la goutte primitive se rassemble au milieu du cercle.
- La principale raison qui fait que ces phénomènes ne pourraient se voir avec le lait, est que le lait mouille le verre ou le bois et s’y colle, tandis qu’il n’en est pas de même avec le mercure. Mais, en passant dans la flamme d’une chandelle un morceau de verre ou de carton suffisamment épais, on y déposera une surface parfaitement divisée de noir de fumée, auquel le lait n’adhère pas plus que le mercure. En se servant de cette surface enfumée pour y faire tomber des gouttes de lait, on reconnaîtra que la petite étoile à rayons est formée par le lait comme par le mercure, quoique d’une façon beaucoup moins
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- fi A NATURE.
- appréciable. Mais si la trace de la goutte imprimée en quelque sorte à la surface de la plaque enfumée est examinée après que la goutte de lait ou de mercure en a roulé, on trouvera qu’elle consiste en cercles délicats et concentriques d’où l’on voit rayonner des lignes très-fines en nombre considérable. On peut parfaitement voir cette trace en tenant le morceau de verre enfumé, incliné à la lumière. Le dessin est formé par les parties de la surlace où le noir de fumée a été enlevé sous l’action du liquide.
- Les traces ou dessins ainsi formés sont beaux et symétriques, si le verre est uniformément enfumé ou noirci, et si les gouttes de même grandeur, du même liquide, tombent de la même hauteur, elles produisent à peu de chose près des dessins identiques; mais si la hauteur de chute varie, le dessin sur le noir de fumée sera modifié.
- La lueur que l’on peut apercevoir sur les gouttes de mercure se développe quand la goutte est presque réellement stationnaire : en tombant elle s’aplatit sur le plateau quelle rencontre , et semble rester immobile au moment où elle va se contracter pour reprendre sa forme primitive. 11 est certain qu’une goutte ainsi aplatie se reforme d’elle-même à l’état globulaire ; on peut s’en assurer en pressant une goutte de mercure avec le doigt, ou une goutte d’eau avec un morceau de mine de plomb ou de toute autre substance à laquelle elle n’adhère pas. En supprimant la pression exercée, la goutte revient à sa forme primitive. Plus la goutte est aplatie, plus grande est la courbure du bord, et plus grande encore est la pression correspondante qui tend à la rendre à sa forme globulaire originelle. L’étendue de surface que prendra une goutte tombant sur un plateau, dépend de la rapidité avec laquelle elle frappe ce plateau, c’est-à-dire de la hauteur de sa chute; ainsi, aussi longtemps que la goutte revient à la forme globulaire le phénomène peut être considéré comme une oscillation, semblable à celle d’un pendule, le mouvement du liquide vers l’extérieur étant combattu, modéré, et finalement détruit par la pression toujours croissante du bord courbe, justement comme un pendule a son mouvement réprimé, et finalement détruit parl’action de la gravité.
- Fig. 1. — Différents aspects de gouttes de lait, tombant sur une plaque de verre enfumée. I à IV. Traces laissées sur le verre. — V et VI. Gouttes éclairées à l’étincelle électrique.
- C’est seulement quand la hauteur de la chute est très-grande que le liquide s’enfuit dans toutes les directions, et que la tache cesse d’être une oscillation ; ce cas répond à celui d’un simple pendule arrêté subitement par un corps assez résistant pour le briser.
- Pour observer la forme de la goutte à tout instant, il faut faire usage de l’étincelle électrique, et tirer avantage du fait, que les gouttes de la même grandeur, tombant de la même hauteur, ont une forme exactement semblable.
- 11 est nécessaire de laisser tomber une goutte de mercure sur un plateau, dans l’obscurité, et de faire jaillir une forte étincelle au moment où la base de la goutte viendra en contact avec le plateau ; l’observateur verra alors la goutte avec la forme qu’elle a prise en ce moment même. On laisse tomber une
- seconde goutte de la même manière et on l’éclaire avec l’étincelle, non au premier moment du contact, mais un peu après, c’est-à-dire de seconde plus tard ; quand la goutte se sera répandue légèrement sur le plateau, de la même façon, on pourra éclairer une troisième goutte un instant plus tard que la deuxième
- et ainsi de suite. L’observateur, avec un peu d’habitude, arrive à dessiner de mémoire les formes successives de la goutte, et cela avec beaucoup d’exactitude. Le procédé consiste donc à isoler les phases consécutives de l’éclaboussure de celles qui précèdent, et qui suivent; grâce à l’éclairage instantané, l’étincelle, les formes se succèdent sans se confondre, comme cela arrivait avec une lumière continue.
- Le moyen adopté par l’auteur pour régler à propos l’apparition de l’étincelle afin d’éclairer la goutte au moment voulu de l’éclaboussure, consiste essentiellement à arrêter le courant d’un électroaimant d’induction ou moment où la goutte commence à tomber; l’aimant cessant ainsi d’agir, fait agir un ressort qui immédiatement commence à tirer l’extrémité du fil conducteur d’un fort courant électrique, dont l’autre extrémité plonge dans un godet de mercure; la force du ressort et la profondeur de l’immersion du fil dans le mercure, sont combinés de façon que le fil quitte la surface du mercure, et que l’étincelle est produite au moment où la goutte
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- atteint le plateau. Pour la goutte suivante, Pétin- | mieux en augmentant la profondeur à laquelle le
- celle ne doit jaillir qu’un instant plus tard : on j ül est plongé dans le mercure.
- arrive à ce résultat en détendant le ressort, ou \ Les figures ci-dessous (2 à 9) ont été dessinées
- Formes successives qu’affecte une goutte de mercure tombant sur une surface plane. (Observations faites par l’éclairage instantané
- de l’étincelle électrique.)
- pendant le cours de nos expériences.
- Elles montrent la forme d’une goutte. de mercure d’environ 1/7 de pouce de diamètre, tombant d’une hauteur de 3 pouces sur un plateau de verre.
- Chaque figure représente une phase de l’éclaboussure un peu postérieure à la précédente.
- La figure 1 (p. 236) représente les phases finales de l’éclaboussure d’une goutte de lait de 1/4 de pouce de diamètre, tombant de la hauteur de 4 pouces sur un verre enfumé ; les formes sont presque identiques à celles du mercure. Dans cette figure, les numéros I a et II a' sont des sections centrales, verticales, du milieu de la goutte, tandis que les numéros II a et III a sont des formes alternatives des numéros II et III.
- La figure 5, ci-dessus,' est remarquable. Vingt-quatre dentelures pointues et rayonnées sont formées sur le bord extérieur de la goutte. Cette forme est fréquemment observée. L’un des traits les plus curieux du phénomène, est la transition de ces vingt-quatre rayons en douze branches, disposées comme le montre la figure 6. La beauté de beaucoup de ces formes, et spécialement celle de la forme d’une coquille cannelée ffig. 4) est particulièrement digne d’être signalée. Des formes semblables sont obtenues avec le lait;'mais soit avec le lait, soit avec le mercure, elles sont sujettes à de nombreuses variations1.
- A. M. WORTHINGTON.
- 1 Proceedings de la Société royale et Nature, de Londres.
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- LA NATURE.
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- pour l’ayancement des sciences.
- Session «lu Havre. — Août 1879.
- (Suite. — Voy. p. 174, 194 et 215.)
- La première excursion du Congrès eut lieu le dimanche 26. Un paquebot à vapeur avait été mis à la disposition des membres de l’Association, et le départ avait été bxé à neuf heures du matin. On devait longer les côtes en vue des magnifiques falaises du cap de la Hêve, arriver à midi à Fécainp, puis aller à Étretat en voiture. Mais on comptait sans la tempête. Dès le lever du jour, le vent se mit à souiller d’une façon menaçante, et à soulever sur le rivage des montagnes de vagues et d’écume. Il était de toute impossibilité de songer à quitter le port. Les excursionnistes se résignèrent à prendre le chemin de fer. Mais dans la ville ce fut une désolation générale : les régates annoncées et longuement préparées n’eurent pas lieu; plus de trois mille touristes amenés par un train de plaisir durent se résigner à n’avoir d’autre tableau à contempler que celui d’une mer furieuse déferlant sur la jetée et sur la côte. Par surcroit de malheur, la tempête nous empêchait en outre d’aller visiter l’escadre cuirassée de Cherbourg que l’on voyait en rade à quelques kilomètres en mer, et qui était venue, sous les ordres du contre-amiral Jaurès pour offrir aux membres du Congrès le magnifique spectacle d’une visite à bord des grands bâtiments cuirassés. L’escadre comptait le Suffren, la Guyenne, le Friedland et le petit aviso VHirondelle. Malgré ces déceptions, le temps s’écoula agréablement à visiter le musée, la colleclion de géologie,l’aquarium, etc.'
- Les excursionnistes d’Etretat revinrent le soir, encore tout charmés de l’accueil qu’ils trouvèrent dans cette agréable ville où la municipalité leur fit une réception des plus cordiales.
- Le lendemain lundi, le ciel fut plus clément, la mer moins agitée, et l’on assista au lancement de l’aviso de l’État le Hussard ; l’opération, faite par ordre du ministre de la marine en vue du Congrès scientifique, eut lieu à dix heures, aux acclamations d’un public très-nombreux.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- Voyages d’études autour du monde. — Nous * avons donné précédemment, quelques détails sur le projet de M. le lieutenant de vaisseau Biard (1877, 1" Semestre, p. 250). Ce projet doit être mis à exécution le 15 juin 1878. Dans une récente communication faite au Havre, M. Biard a fait connaître au Congrès scientifique le programme du voyage autour du monde, organisé pour l’année 1878 par la Société des voyages. L’expédition sera de retour en France onze mois après son départ. Environ six mois et demi seront employés à terre en excursions dans les deux Amériques, les archipels du Pacifique, l’Australie, le Japon, la Chine, l’Inde anglaise, etc. Le voyage est dirigé de l’est à l’ouest. Tout ce qui peut contribuer à rendre le voyage agréable et instructif a été prévu. Le prix du passage est de 17 000 francs.
- Traversée du Pas-de-Calais à la nage. —
- Malgré le mauvais état de la mer, M. Frédéric Cavill a
- exécuté la traversée du détroit à la nage, le 20 août dernier. Cinquante mètres seulement le séparaient des côtes anglaises qu’il n’a pu aborder directement, vu la force des vagues. La température de l’eau de la mer pendant la nuit du 20 au 21 était de 14°,4. M. Cavill a eu très-froid, mais après avoir dormi quelques heures, il ne ressentait plus aucun effet de son exercice extraordinaire. M. Cavill a quité le cap Gris-Nez le lundi à 5 heures 50 minutes environ. Il est arrivé à South-Foreland le 21 à 4 heures. Il a donc fait la traversée en 12 heures 45 minutes. La distance parcourue de la pointe du Gris-Nez au château de Douvres est de 54 547 mètres.
- Vaillant Lefrahc.
- L.es études scientifiques au Brésil. — Quoique le Brésil soit relativement plus avancé aujourd’hui que ne l’était la Russie à la fin du dix-septième siècle, on peut dire que le vaste empire fondé par les Portugais dans l’Amérique méridionale, a son Pierre le Grand dans la personne de son souverain actuel. C’est pour répondre aux vues éclairées de Don Pedro 11, que le docteur Domingo José Freire adresse d’Europe à la Faculté de médecine de Rio-de-Janeiro des comptés rendus (relalorios) imprimés en portugais à Vienne par l’ordre du gouvernement brésilien.
- Le volume que nous avons sous les yeux, contient les rapports rédigés par M. Freire durant les troisième et quatrième trimestres de l’année 1876. La première partie est datée de Londres ; elle parle de Vuniversity college, de l’école royale des mines (royal school of mines), delà société pharmaceutique de la Grande-Bretagne (pharma-ceutical society of Great Dritain), du collège de l’hôpital Saint-Barthélemy {Saint Bartholomew), de l’école médicale de l’hôpital Guy, etc. La deuxième partie est datée de Bruxelles, ville où s’est tenu le congrès médical international. La troisième partie traite du gallium, de l’hydrate de chlore, du lait, etc. Un article y est consacré à la balance, dont nous avons parlé dans le numéro 132 de la Nature.
- Le chemin de fer de grande ceinture (ouverture de la première section). — Le chemin de fer stratégique et commercial qui doit contourner Paris en dedans des nouveaux forts et au delà du mur d’enceinte (évitant ainsi aux marchandises les formalités fiscales de l’entrée dans Paris) et qui a été concédé le 4 août 1875 aux compagnies de l’Est, du Nord, de Lyon et d’Orléans constituées en syndicat, a ouvert le 16 juillet sa première section, du viaduc de Nogent-sur-Marne à Champigny, sur une longueur de 4 kilomètres, et de Sucy à Yilleneuve-Saint-Georges, sur une longueur de 8 kilomètres. Actuellement, les trains vont sans rompre charge, de la gare de Strasbourg à celle d’Orléans, en empruntant successivement les lignes d’Avricourt, Belfort, Grande-Ceinture, Vinccnnes (entre Champigny et Sucy), Grande-Ceinture, Lyon par le Bourbonnais (entre Yilleneuve-Saint-Georges et Juvisy) et Orléans.
- 11 en résulte ce très-grand inconvénient, que les trains de la Grande-Ceinture se mêlent à ceux de toutes les lignes principales et coupent les voies à niveau. L’économie (les sections nouvelles ne comprennent pour tout ouvrage d’art qu’un pont sur la Marne) n’a été lors du choix du tracé qu’une condition secondaire ; on a voulu, dans un intérêt financier, rendre la Grande-Ceinture matériellement dépendante des grandes compagnies en l’amalgamant avec elles ; il en résulte dès à présent des difficultés de service telles que, malgré les précautions, déjà deux trains se
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- LA NATURE.
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- sont coupés ; les accidents ne deviendront impossibles qu’en rendant les voies totalement distinctes. G. B.
- — Le jeudi 14 septembre, les personnes qui ne connaissent
- pas la belle planète Jupiter auront une magnifique occasion de ne pas se tromper à son sujet. Dès le coucher du Soleil et jusqu’à près de dix heures du soir, Jupiter sera l’astre brillant au-dessus de la Lune, à dix fois environ la largeur de la pleine Lune, au nord de notre satellite. (Journal du Ciel.)
- — M. Teysseire nous écrit : « Nice a joui pendant quatorze
- jours consécutifs du magnifique spectacle des calmes solsticiaux. Ce sont les plus longs et les plus complets dont il me souvienne (M. Teysseire observe depuis trente ans). La mer, pendant tout ce temps-là, avait l'aspect d’un immense miroir que ridaient à peine, par instant, des brises presque insensibles. Pendant toute cette période, les hautes pressions ont régné sur la Méditerranée. » [La Quinzaine météorologique.)
- — M. Russell, de l’observatoire de Sydney (Australie), a commencé, il y a quelques mois, la publication d’un Bulletin météorologique; son collègue de Melbourne en a fait autant; celui d’Adélaïde entrera dans la même voie, et bientôt l’Australie, qui est presque aussi grande que l’Europe, aura son réseau quotidien météorologique.
- — On lit dans le Rapport de 1875 de la Société royale de Tasmanie (anciennement Terre de Van Diemen) : Sur 1UU naissances, de 14 à 15 enfants sont morts dans l’Australie du Sud avant la fin de leur première année ; de 11 à 15 dans la colonie Victoria; pareil nombre dans le Queensland; de 9 à 10 dans la Nouvelle-Galles du Sud, et pareil nombre en Tasmanie. Sur 100 enfants au-dessous de cinq ans, il en mourut de 54 à 55 dans l’Australie du Sud; de 46 à 47 dans le Queensland; de 45 à 46 dans la colonie Victoria ; de 42 à 45 dans la Nouvelle-Galles du Sud, et seulement de 28 à 29 en Tasmanie. Cette dernière contrée paraît être en conséquence la plus saine de toute l’Australie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 3 septembre 1877. — Présidence de M. Fizeau.
- Les satellites de Mars n’ayant encore été vus dans aucun observatoire d’Europe, on commençait à douter de leur existence. Les uns croyaient déjà à une illusion, les autres même à une mystification. Ces suppositions plus ou moins charitables n’ont plus d’objet. Au nom de M. le Verrier, M. Fizeau communique une note qui annonce que l’un des deux satellites, le plus éloigné de la planète, a été vu par les frères Henry. Il a fallu toute leur habileté pour le découvrir ; il leur a même fallu recourir à un artifice ; placer un écran devant le disque de la planète. C’est au moyen de la lunette équatoriale de l’ouest qu’ils ont obtenu ce succès ; la lunette, qui est excellente n’est d’ailleurs pas considérable.
- M. paye fait remarquer que l’artifice auquel MM. Henry ont eu recours a été recommandé et utilisé dans l’étude des satellites de Jupiter. Il s’étonne qu’aucune nouvelle de ceux de Mars ne nous soit venue du Midi où l’on a cependant des instruments renommés, entre autres le grand télescope de 80 centimètres de M. Foucault; l’instrument ne donnerait-il pas autant de lumière qu’on l’a dit ?
- M. Fizeau répond que les qualités de ce télescope ne peuvent-être mises en question ; mais les télescopes et les lunettes ont leurs spécialités respectives, et lorsqu’il s'agit de l’observation de points de très-petites dimensions, c’est aux lunettes qu’appartient la supériorité.
- La théorie des taches solaires est l’objet d’une note,
- dont l’auteur, colonel français (son nom n’est pas arrivé jusqu’à nous) résume en douze propositions son opinion personnelle, qui est que ces taches ne peuvent provenir des tourbillons formés au sein des gaz qui constituent l’atmosphère solaire. Si celte atmosphère était en proie à de tels mouvements, comment pourrait-on comprendre l’invariabilité de la forme de l’astre ? Cette première question donne une idée exacte de la nature de celles que l’auteur adresse aux partisans de la théorie qu’il réfute, M. Bertrand, qui analyse cette note, émet l’idée que quelle que soit la théorie à laquelle on s’arrête, des objections de cette sorte sont toujours possibles.
- Patinage des roues. — On n’aura pas oublié l’intéressant mémoire adressé sur ce sujet à l’Académie il y a peu de semaines, mémoire dont l’auteur maintient que ce phénomène, qui est constant dans les descentes, est dû à ce qu’alors le nombre de tours faits par les roues répond à un chemin plus grand que celui qui est parcouru. M. Roche aborde à son tour ce sujet pour en donner l’explication. Malheureusement son explication est tout à fait erronée. Il part en effet de cette idée, que la locomotive qui remonte une pente, charge alors le rail d’un plus grand poids que dans toute autre circonstance ; et c’est justement le contraire qui est vrai. Ces notions ne sont pas assez vulgaires pour que nous devions négliger aucune occasion d’aider à les répandre.
- Le cannibale du Phylloxéra. — C’est le nom que M. Laliment donne à un ver, à une larve qui, sous ses yeux, n’a pas dévoré moins de quatre-vingt pucerons en dix minutes. M. Laliment propose de livrer la vigne à cet auxilliaire nouveau. Nouveau n’est pas précisément le mot, d’après une note de M. Balbiani qui, si nous avons bien compris, a été consulté sur la valeur du travail qui nous occupe. Cette note nous apprend que la larve dont il s’agit a été étudiée par Réaumur qui a constaté sa prodigieuse voracité, et qu’elle appartient à un diptère du genre des Syrphes. Mais il 11’impoiie pas que l’insecte soit nouveau : l’essenjiel serait qu’il pût rendre le service dont M. Laliment le croit capable, et c’est là ce qu’il s’agirait d’expérimenter.
- Invariabilité des axes des orbites des planètes. — M. Aretée ayant poussé le calcul jusqu’aux termes de troisième ordre, ce qui n’avait été fait encore, tant ce calcul paraissait difficile et fastidieux, arrive à cette conséquence qui mérite au moins d’être enregistrée ici, vu la haute compétence de l’auteur, que les grands axes sont troublés par ces termes de troisième ordre ; c’est-à-dire qu’ils ne sont pas invariables.
- Le Phylloxéra est à Vendôme. — Cette fâcheuse nouvelle est donnée par M. Prilleux qui insiste sur l’extension qu’a déjà prise dans cette commune le terrible insecte.
- La mer d'Algérie. — M. Angot répond à la réponse de M. le capitaine Roudaire. On se rappelle que celui-ci a objecté avec une grande raison apparente, queBiskra étant dans une situation particulière, les observations météorologiques qui ont été faites et dont s’armait M. Angot, ne sauraient nous renseigner sur le régime des vents dans le désert. A cela M. Angot, d’après l’analyse que le secrétaire a donnée de son mémoire ou de sa lettre, ne répliquerait rien. Mais comme M. Roudaire a émis le vœu de voir étudier à Touggourt un observatoire qui pourrait fournir d’utiles renseignements, M. Angot répond qu’il a justement entre les mains des observations faites à Touggourt, et que ces observations sont défavorables aux projets de M. Roudaire. Nous verrons ce que celui-ci va dire.
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- LA NATURE.
- Nul doute qu’il n’invoque contre son contradicteur la direction des dunes, qui constitue en effet un argument de poids. Stanislas Meunier.
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- ÉRUPTIONS VOLCANIQUES
- DU COTOPAXI ET DU SANGAÏ (25-50 JUIN 1877).
- Nous avons décrit le récent tremblement de terre du 9 mai 1877, qui a dévasté une partie du Pérou et du Chili1. Les feux souterrains, qui ont si fréquemment bouleversé les côtes occidentales de l’Amérique du Sud, ont, ce jour-là, encore une fois préludé à un formidable réveil. Le 25 juin, en effet, les éruptions des volcans des Andes, dans la République de l’Équateur , succédaient aux tremblements de terre du Pérou, et ,1e phénomène s’annonçait dans les régions environan-tes par le bruit d’explosions d’une violence inouie.
- Les correspondances de l’Amérique du Sud ont d’abord annoncé l’éruption du grand volcan Cotopaxi, situé à 80 kilomètres de Quito.
- Le 25 juin et les jours suivants, les cendres et les laves n’ont cessé de tomber tout le long de la côte, elles y ont formé des couches épaisses sur une étendue de plusieurs lieues. Ces pluies de cendres se composaient de fines parcelles d’oxyde de fer magnétique, de feldspath vitreux, d’amphibole, de substances amorphes : elles étaient accompagnées, par intervalles, de détonations et de secousses de tremblement de terre.
- Le steamer Islay, qui sc rendait de Panama à Guayaquil, s’est trouvé enveloppé par les cendres, depuis Manta jusqu’à son entrée dans le port de Guayaquil, ce qui fait supposer que les vents des hautes latitudes ont dû les transporter ainsi à une distance de 200 lieues du volcan2. Un rapport officiel, daté de Quito, le 25 juin, mentionne la destruction complète des fertiles vallées de Chilo et de Tumbaco (voy. la carte ci-dessus). A Quito même, l’atmosphère a été obscurcie pendant plusieurs heures.
- Vers la fin du même mois, le volcan Sangaï (voy.
- 1 Yoy. p. 11(5 et 136.
- 3 Comcrcio, journal de Guayaquil, n° du 29 juin.
- la carte), situé à 125 milles environ de Guayaquil, entrait aussi en éruption ; il fit entendre des grondements terribles analogues à ceux de canona-des, et cela pendant plusieurs jours. Des cendrés fines sont tombées comme une véritable pluie, pénétrant dans les yeux des habitants quand ils sortaient et obscurcissant la lumière du jour comme.un brouillard G
- L’éruption a été accompagnée dans quelques localités, de tremblements do terre, auxquelles ont succédé des inondations épouvantables. Le 26 juin, on entendit àLatacunga2 un bruit effroyable, puis, on vit aux environs, les eaux des rivières Cutachi, San Felipe et Yanayaco, sortir de leur lit et se précipiter dans les campagnes. Ça et là les habitations étaient emportées, et les eaux torrentielles détruisaient tout dans leur cours, charriant aussi les cadavres des malheureux qui avaient été surpris par ce cataclysme3.
- A défaut de plus amples détails, nous ajouterons que le Cotopaxi n’était pas entré en éruption depuis 1808. Les éruptions précédentes, les plus mémorables, sont celles de 1698, 1759, 1744, 1766 et 1768. Si le Cotopaxi n’est pas toujours le t h é à t r e d’événements aussi funestes, en temps ordinaire il vomit constamment des scories et des blocs de glace. Son sommet qui a 5755 mètres d’altitude, est couronné de neiges éternelles. Ses éruptions occasionnent généralement des inondations terribles dans les contrées avoisinantes. Notre carte montre la situation et l’altitude des principaux volcans de la République de l’Équateur ; les immenses bouches à feu réunies là sur la Cor-dillière des Andes, sont uniques dans le monde, et par leur nombre et par leur puissance. Nous rappellerons les noms du Chimbozazo (6556 mètres d’altitude) du Pichincha (4852 mètres), du Cayambe (5900 mètres) dans le voisinage desquels d’autres volcans se succèdent au sommet de la chaîne des Andes. Gaston Tissanmer.
- 1 Correspondance de Guayaquil, publiée par le Journal officiel.
- 2 Plateau voisin du Cotopaxi.
- 3 Scientific american.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandieu.
- Carte des volcans de la République do l’Équateur.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9 à Paris.
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- N° 224. — 15 SEPTEMBRE 1877.
- LA NATURE.
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- LES SATELLITES DE LA PLANÈTE MARS
- N09“"lecteurs savent que l’astronomie vient de s'enrichir d’une découverte aussi importante qu’inattendue. M. Hall a trouvé, à l’aide du gigantesque télescope réfracteur de l’observatoire de Washington, deux satellites à la planète Mars1.
- MM. Henry frères, de l’Observatoire de Paris, ont pu observer, comme nous l’avons dit précédemment, l’un de ces satellites. Ces savants astronomes ont bien voulu nous communiquer au sujet de cette découverte, que M. Leverrier a qualifié « l’une des plus importantes observations de l’astronomie moderne », quelques documents dont le lecteur appréciera l’intérêt. Nous nous empressons de les publier.
- Le premier satellite gravite autour de la planète
- en quinze heures environ à une distance moyenne de 3000 lieues.
- Le second, un peu plus éloigné que le premier, effectue sa révolution en trente heures ; sa distance moyenne à la planète est de 5000 lieues environ.
- Ces nouveaux astres sont très-petits et leur observation exige des instruments puissants. Leur découverte trop récente n’a pas permis encore d’en déterminer les dimensions exactes. Néanmoins, en se basant sur l’éclat du second, on peut estimer que son diamètre ne dépasse pas 10 lieues.
- L’observation suivie de la marche de ces satellites conduira à la détermination précise de tous les éléments de leur orbite, et indiquera notamment si le sens de leur révolution est direct, comme celui des satellites de la Terre, de Jupiter et de Saturne, ou inverse comme celui des satellites d’Uranus et de
- Mars et son deuxième satellite vus au télescope à l'Observatoire de Paris, le 27 août 1877, à 10 heures la minutes du so*r.
- (D’après un dessin communiqué par MM. Henry.)
- Neptune ; de plus, une donnée très-importante en | astronomie, celle de la masse de Mars, pourra en | même temps être vérifiée et rectifiée s’il y a lieu. Nous donnons ci-dessus une figure représentant l’aspect physique de la planète Mars et la position de son second satellite, tels qu’ils ont été vus à l’observatoire de Paris, par MM. Paul Henry et Prosper Henry dans la nuit du 27 août 1877 à 10h 15“ du soir; c’est d’ailleurs, croyons-nous, la seule observation de ce nouvel astre qui ait été faite jusqu’à présent en Europe. L’observation de MM. Henry a été effectuée avec l’équatorial de 0m,25 de diamètre, en prenant soin de cacher la planète elle-même par un écran; elle est enregistrée dans les termes suivants :
- Date : 27 août 1877.
- Heure de l’observation : 12h 9m, t. m. —
- Angle de position : 249° 56'.
- Distance à çf : 85" 2.
- Nombre de comp. : 16.
- Nous ajouterons à ces documents lin fait assez
- 1 Yoy, p 206 et 259.
- •1° aiiiac. — £e spiiKsIrc*
- curieux au point de vue historique et que signale le journal les Mondes : il s’agit d’une prévision de l’existence d’un satellite à la planète Mars ; elle a été formulée il y a dix ans.
- En 1867, dans l’ouvrage intitulé : Physique céleste, t. II, p. 293, Béron dit : « Mars se distingue des sept autres planètes par son satellite, qu’on na jamais aperçu, quoique cependant il existe, car Mars a expulsé des jets de masse bridante, comme cela résulte : 1° de son mouvement rotatoire ; 2° de l’existence de deux échancrures que l’on voit sous formes de taches mobiles. On voit par là, d’une manière incontestable, que ces taches sont l’effet de lumières réfléchies en quantités différentes par les versants des échancrures, lesquels se trouvent toujours différemment exposés au soleil et à la terre. >'
- Sauf cette prévision qui n’est basée, comme on le voit, que sur un raisonnement assez obscur, les traités d’astronomie enseignaient, jusqu’à ce jour, que Mars n’a pas de satellites.
- On peut donc considérer la nouvelle découverte, en
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- dehors de l’intérêt astronomique de premier ordre qu’elle présente, comme une utile leçon de logique et de méthode dans les sciences exactes ; elle nous montre qu’il est téméraire d’affirmer sans preuves suffisantes : de ce que l’on n’a pas vu de satellites autour de Mars, il ne faut pas en conclure qu'il n’en existe pas.
- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE.
- (Suite. — Voy. p. 83, 123 et 170.)
- § IY. — Période miocène.
- Avec la période miocène, nous touchons à la partie la mieux explorée de l’époque tertiaire, à celle dont les animaux, les plantes, les paysages, la configuration géographique peuvent être décrits de la façon la plus exacte et la plus précise. Les limites mêmes dé la période sont cependant flottantes; les commencements ont quelque chose d’incertain, la terminaison échappe. Nous connaissons en gros la suite des événements et leurs conséquences immé-» diates ; nous ignorons en grande partie les causes ii qui leur donnèrent lieu et la façon brusque ou lente, ^gouvernée par des phénomènes décisifs où accornpa-fgnée d’oscillations répétées, avec laquelle ils s'accomplirent. Au lieu de courir après les hypothèses, le mieux est de s’en tenir aux points les plus saillants . et de tâcher de les bien définir.
- Si l’on termine, comme je l’ai fait, la période oli-vgocène avec le retrait de la mer tongrienne, cette mer qui, d’une part, s’avançait le long du Rhin jusqu’au fond de l’Alsace et, d’autre part, formait près de Paris un golfe, au fond duquel se déposèrent les grès de Fontainebleau, il faut convenir que le trait le plus accentué de la période suivante, celle que je vais considérer, consiste dans un retour de l’océan au sein de notre continent, retour offensif qui le submerge partiellement de nouveau. Les flots marins traversent alors l’Europe en écharpe, du sud-ouest au nord-est et à l’est; ils la découpent de part en part dans cette direction, tandis que dans une direction opposée, la mer des faluns, contemporaine de la mer mollassique, occupe de grands espaces dans tout l’ouest de la France, et pénètre bien avant dans les terres, par les vallées de la Garonne, de la Charente et de la Loire. Mais il est facile de constater que cet envahissement ne succéda pas immédiatement au retrait de la mer tongrienne. Un intervalle très-appréciable, rempli par des formations intercalaires, sépare constamment les deux niveaux, et oblige de croire à l’existence d’une période de jonction plus ou moins prolongée, pendant la durée de laquelle la mer tongrienne s’était déjà retirée, tandis que celle de la mollasse ne s’était pas encore avancée.
- Dans le bassin de Paris, c’est le calcaire de Beauce qui repose sur le grès de Fontainebleau, et
- qui par sa position très-nette, et le caractère tranché de ses fossiles constitue un horizon que l’on retrouve sur une foule de points, dans le centre et l’ouest de la France, dans l’Auvergne, l'Ailier, le Cantal, le canton de Yaud, dans la vallée du Rhône, la Ligurie, etc.; sur d’autres points, spécialement aux environs de Bordeaux (falun de Bazas!), dans les Basses-Alpes (Barrème) et sur les côtes de Provence (Carry), ce sont des dépôts complexes, soit marins, soit fluvio-marins ou saumâtres, dont le classement embarrasse les observateurs, qui mar ({lient cependant les progrès et les étapes de la mer recommençant à s’étendre, mais qüe leur ambiguïté même range avec vraisemblance à la base des formations miocènes proprement dites.
- Dans le midi de la France, les couches lacustres que les géologues s’accordent à désigner comme l’équivalent d’eau douce des dépôts oligocènes marins sont partout surmontées par des lits également lacustres, nécessairement plus modernes, mais sur lesquels s’appuye la grande formation mollassique et qui datent par conséquent d’un âge antérieur à l’arrivée de la mer génératrice de cette formation.
- L’ordre successif que je viens d’exposer n’est contesté par aucun géologue, mais il ne saurait avoir aux yeux des statigraphes d’autre importance que celle du fait; tandis que, pour celui qui cherche à tracer l’histoire de la végétation, ce fait se rattache à tout un ensemble de phénomènes qui influèrent visiblement sur la flore européenne, en accélérant le mouvement dont j’ai signalé le début et qui tend de plus en plus à devenir complet.
- 11 est difficile d'admettre que l’invasion de la mer mollassique jusqu’au centre de l’Europe et dans des régions, comme la lisière septentrionale des Alpes, qu’elle avait délaissées depuis le dessèchement du flysch, n’ait pas été précédée ou favorisée dans sa marche par des mouvements du sol, des ruptures, des plissements et des affaissements de nature à modifier le relief, la direction des vallées et l’orographie européenne tout entière. Les Alpes commencèrent alors peut-être à accentuer leur saillie, et les vallées que parcourent la plupart de nos grands fleuves, la Loire, la Garonne, le Rhône, le Pô et le Danube, devinrent des golfes et des bras, s’affaissant pour servir de cuvette aux eaux salées; mais, si d’aussi remarquables changements ne se conçoivent guère sans révolutions physiques, il faut bien avouer que la végétation d’alors n’en subit qu’à peine le contre-coup direct; il n’est pas démontré effectivement qu’elle en ait été atteinte, ni troublée immédiatement dans ses éléments constitutifs. Rien de plus calme, de plus une à ce dernier point de vue, et de moins susceptible de se prêter à des subdivisions tranchées, que la période qui court du retrait de la mer tongrienne à la fin de la mer mollassique proprement dite, et comme cette fin n’eut rien de brusque, comme ce fut à l’aide d’une série de retraits partiels et d’oscillations graduelles que la mer de mollasse disparut elle-même, nous verrons éga-
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- LA NATURE.
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- lement la végétation qui couvrait scs rivages, non pas disparaître subitement, mais diminuer peu à peu de force, de variété et de beauté, perdre insensiblement les caractères et les éléments empruntés au tropique, qu’elle posséda longtemps, et ne revêtir qu’à la longue une autre physionomie, jusqu’au moment où elle donne à la fin naissance, à force d’appauvrissements et de changements partiels, à la végétation européenne actuelle.
- Mais s’il est difficile de contester l’existence de mouvements du sol plus ou moins violents et étendus, coïncidant avec l’invasion mollassiquc, i.l est également difficile de ne pas considérer l’intervalle qui sépare l’oligocène du moment précis où s’effectua l’invasion, comme un temps de profonde tranquillité, essentiellement favorable à la végétation par la prédominance d’un climat doux et tiède, pendant lequel des lacs étendus, grâce à la configuration du sol, à sa pente peu rapide, à l’assiette des vallées construites de manière à retenir les eaux, s’établirent sur une foule de points. Souvent aussi ces lacs eurent leurs bords et une partie de leur périmètre envahis par une végétation puissante, sous l’empire de conditions propres à la production des lignites.
- Je diviserai, d’après ces données, en deux sections la grande période miocène : la première ou sous-pérxode aquitanienne a reçu son nom du falun de Bazas, près de Bordeaux, type qui représente le mieux cet horizon ; elle commence avec le retrait de la mer tongrienne, et se termine à l’invasion de la mer mollassique. La seconde ou sous-période mollassique correspond aux temps qui suivirent cette invasion, et coïncide avec la durée de celle-ci. Plus tard, la mer de mollasse, loin de se retirer brusquement, comme avait fait celle du tongrien, affecta, sans doute par l’effet du relief croissant des Alpes, une marche pour ainsi dire inverse; elle s’éloigna par étapes successives du centre de l’Europe et persistant plus ou moins vers les extrémités de ce continent, elle fit place à une nouvelle mer, peuplée d’une faune différente, ayant des limites particulières, et donnant lieu à des dépôts distincts des précédents. C'est à ces lits plus récents, auxquels on a appliqué le nom de couches-a-congéries ou de formation mio-pliocène que s’arrête la sous-période mollassique, pour céder le terrain à la période suivante ou pliocène, la dernière de celles entre lesquelles se divisent les temps tertiaires ; non pas qu’il y ait lieu de les distinguer à l’aide de divergences bien accentuées au point de vue de la végétation, mais par la raison qu’une délimitation étant nécessaire, il existe des motifs plausibles de l’établir comme je le propose, et que tout autre sectionnement aurait plus d’inconvénient que d’avantage, surtout en considérant la flore, qui seule doit nous préoccuper ici.
- Sous-période aquitanienne. — La mer tongrienne ou oligocène, dont le retrait inaugure cette sous-période, bien moins étendue que celle de la mollasse,
- avait été, pour ainsi dire en tout, le contrepied de ce que devait être cette dernière. Venue du nord et de l’ouest, au lieu d’arriver par le sud et par l’est, elle avait projeté dans la direction de la vallée du Rhin, jusqu’au pied du Jura, son fiord principal. C’est par le nord aussi qu’elle dufopérer son retrait : restreinte dans ses limites, peu avancée dans les terres du sud de l’Europe, éloignée, à ce qu’il semble, de la vallée du Rhône proprement dite, les oscillations auxquelles elle dut sa naissance et son extension, et qui plus tard accompagnèrent sans doute son départ sc firent très-peu sentir dans cette région où l’on voit les lacs de la période précédente continuer tranquillement leurs dépôts et demeurer circonscrits dans les mêmes limites qu’auparavant. Seulement la tendance de ces lacs à diminuer de profondeur, à se laisser envahir par une végétation de plantes aquatiques, et à recevoir leurs débris accumulés peut être aisément constatée ; de là sans doute la présence des lignites si fréquents et quelquefois si puissants .sur l’horizon de l’aquitanien. Les principales localités d’où nous sont venues des plantes aquitaniennes, et qui comprennent aussi des lignites exploités, sont celles de Manosque en Provence, de Cadibona en Piémont, de Thorens en Savoie, de la Paudèze et de Monod dans le canton de Yaud, de Bovey-Tracey dans le Devonshire, de Coumi en Grèce (Eubée); il faut joindre à cette énumération les lignites de la région de l’ambre ou région baltique, ceux des environs de Bonn, et enfin le dépôt de Ra doboj en Croatie; cette liste déjà longue pourrait être aisément grossie d’une foule de points secondaires. Le niveau sur lequel se placent toutes ces localités est sensiblement le même d’un bout de l’Europe à l’autre, sur une étendue en latitude de plus de 15 degrés, et dans tout cet espace la flore contemporaine présente une si notable proportion d’éléments communs qu’il en ressort invinciblement la notion d’une égalité, sinon absolue, du moins Irès-sensible dans les conditions de climat et de température qui présidaient alors à son développement.
- Voici d’abord une indication des principaux types et des formes les plus caractéristiques de la flore aquitanienne ; je reviendrai ensuite sur leur distribution géographique, avant de passer à la description- des localités les plus intéressantes, considérées séparément, de manière à offrir le tableau approximatif des paysages du temps.
- Les fougères montrent par leur fréquence et l’ampleur relative de leurs frondes l’influence d’un sol et d’un climat humides, influence qui n’a cessé de s’accroître depuis la dernière période.
- Une très-belleOsmonde,Osmundalignitum (Gieb.), Ung., dominait alors dans les lieux inondés et sur le bord des lagunes. La figure 1 donne une idée de son aspect, tout en ne représentant qu’une faible portion de sa fronde. Longtemps désignée sous divers noms, elle n’a été rejointe que tout dernièrement au groupes des Osmondes. Elle s’écarte
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- beaucoup du type indigène de notre 0. regalis, qui
- Fig. 1. — Fougères aquitauieunes.
- 1. Osmunda lignitum (Giel>.), Ung. — 2. Lastræa ( Gonioptens ) Styriaca, Ung. — 3. Lygodium Gaudini, llr.
- Fig. 2. — Principaux palmiers aquitauieus restaurés d'après leurs frondes.
- 1. Flabellaria Rûminiana, Hr.— 2. Sabal major, Ung.— 3. Phœ-nicites spectabilis, Ung.
- fait l’ornement des ruisseaux ombreux et tics sols
- sablonneux, baignés par des eaux claires et dormantes. I/O. lignitum retrace la forme d’une espèce propre aux régions boisées de l’Asie sud-orientale,
- Fig. 5. — Dattier aquitunien de la haute Italie; restauration d’après M. Sismonda.
- Phœnicites Palavicini, Sism
- et que l’on rencontre à Geyian, aux Philippines, à Java et dans la Chine méridionale. C’est l’O. pres-
- Fig. 4. — Glyptoürobus europæus, Hr. (Manosque.)
- liana J. Sm. (Milde, Monogr. gen. osmundae, p. 118 ; Plenasium aureum Presl). L’espèce fossile et l’espèce actuelle se ressemblent tellement, qu’on serait
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- tenté de les confondre. En tous cas, il s’agit bien réellement d’une osmonde ayant joué le même rôle, et reproduisant fidèlement l’aspect d’une plante confinée maintenant dans les parties les plus chaudes de l’Asie austro-orientale. On peut dire que l’on est amené à de semblables conclusions par la présence des Lygodium, fougères grimpantes de ’a zone subéquatoriale, qui continuent à se montrer dans l’aquitanien (fig. 1, n° 3) ; leurs tiges flexibles et délicates s’enroulent autour des arbustes et s’attachent aux troncs mousseux, sous l’ombre épaisse des grands arbres. Les deux espèces les plus septentrionales du groupe se rencontrent maintenant, l’une en Floride, l’autre au Japon. Dans l’espace
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- 1-3. Carpinus Ungeri, Ett. (Manosque). — 5-7. Fagns pristina, Sap. (Manosque).
- intermédiaire, il faut descendre jusqu’à la latitude des îles du Cap Vert, de l’Abyssinie et de l’Inde anglaise pour rencontrer des Lygodium. Le Lygodium aquitanien le plus répandu, L. Gaudini, Hr., retrace plutôt l’aspect de l’espèce américaine actuelle. La même impression résulte encore de la considération du type des Lastrœa ou Goniopteris, si répandu à cette époque et dont le L. styriaca Ung. (fig. 1, n° 2), le plus connu de tous, peut servir à faire connaître l’aspect. Cette espèce annonce une fougère de grande taille, peut-être même arborescente, et qui pourrait bien avoir fait partie de la tribu des Cyathées. Les nombreux Aspidium qui se groupent autour des Goniopteris ont la même signification. —
- Je ne puis m’empêcher de signaler en dernier lieu un très-beau Chrysodium, genre d’acrostichées dont une espèce encore inédite, recueillie aux environs de Manosque, se rattache directement aux formes
- Fig. 6. — Aunes aquitaniens.
- 1-4. Alnus Sporadum, Ung. (Counu, Eubée).— 5, Alnus phocæen-sis, Sap. (Manosque).
- les plus nettement tropicales. Les Chrysodium sont | des fougères aquatiques qui peuvent, selon M. Fée, j atteindre jusqu’à 5 mètres de hauteur, et qui vivent
- Fig. 7. — Peuplier et érables aquitaniens.
- 1. Populus Euboica, Sap. (Courai). — 2-3. Acer trilobatum, Al. Br. (Coumi). — 4. Acer recognitum, Sap. (Manosque).
- à moitié plongées dans l’eau, à la manière de Typha ou massettes.
- Les palmiers sont en grande partie ceux de la période précédente ; leur extension en Europe n’a pas
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- encore diminué; on peut dire pourtant que leur fre'quence est déjà moindre ; ils commencent à s’éloigner du bord des eaux, de la ceinture immédiate des lacs et du fond des vallées intérieures, où d’autres arbres, d’un aspect moins méridional, à feuillage touffu, et même des essences à feuilles caduques s’introduisent et se multiplient. Les Palmiers européens de cette époque recherchent de préférence les stations chaudes et abritées ; ils no sont précisément exclus d’aucun endroit ; seulement il est bien des points où ils deviennent rares, leur existence ne s’y trahissant que par quelques débris fort clairsemés. Cette longue exode des palmiers européens s’achèvera beaucoup plus tard ; elle débute à peine maintenant par leur cantonnement sur des points déterminés, qui répond à leur élimination partielle sur d’autres; le climat conserve sa chaleur, mais il devient graduellement plus humide et plus tempéré.
- Aux Sabals, déjà mentionnés, et dont le Sabal major Ung. est toujours le type, viennent se joindre des Flabellaria {Fl. Rilminiana Ilr., Fl. latiloba Ur.) ; auprès d’eux les Phœnicites speclabilis Ung. et Palavicini E. Sism., ce dernier de Cadibona, représentent le type de nos dattiers. D’autres espèces rencontrées çà et là sur le môme horizon paraissent avoir appartenu soit aux Chamœrops {Ch. Helvetica Tir.), soit au groupe des Géonomées {Geonoma Stei-geri Hr., Manicaria formosa Ilr.), soit à celui des Galamées ou Palmier-Rotang {Calamopsis Sp., Pala-cospathe dœmonorops Hr.).
- Les croquis figurés ci-contre (fig. 2 et 5) reproduisent l’aspect et le port approximatif des principaux palmiers aquitaniens ; ils sont empruntés e^> partie au bel ouvrage de M. Ileer sur la Suisse primitive (p. 386), en partie à la flore tertiaire de Piémont de Sismonda.
- Les Conifères, d’un effet si puissant dans le paysage, sont toujours celles dont j’ai signalé l’introduction dans l’oligocène; seulement, les Séquoia et, parmi eux, les S. Couttsiœ Ilr., Tournalii Sap. et Langsdorfii Ilr. tendent à prédominer. Il s’y joint le Glyptostrobus europœus Hr. (fig. 4) et le Taxodium distichum miocenicum : le premier de ces deux types, sous une apparence à peine changée, habite maintenant la Chine ; le second se retrouve dans les Etats-Unis et le Mexique. Quant aux Séquoia, on sait que les deux seules espèces de ce genre, que la nature actuelle ait conservées, sont confinées sur les pentes fraîches et exposées aux averses du Pacifique des montagnes californiennes. Le S. Sternbergii, que j’ai signalé comme caractérisant l’oligocène, devient par contre de plus en plus rare et disparaît finalement sans laisser de descendance, Les pins sont bien moins communs dans l’aquitanien que dans l’âge précédent ; il en est de même des Callitris et des Widdringtonia ; ils se montrent moins fréquemment et sont absents ou du moins exceptionnels dans certaines régions, comme la Suisse. Ces types, dépossédés peu à peu, finirent par quitter l’Europe ; c’est en Afrique seulement qu’on les observe de nos jours.
- En revanche, certains groupes, pauvres et clairsemés jusqu’alors, favorisés sans doute par la douceur et l’humidité croissantes du climat,, par la multiplication des stations fraîches et l’extension des nappes lacustres, sortent maintenant de l’obscurité ; soit qu’ils arrivent des environs du pôle, soit qu’ils descendent des montagnes, ils viennent occuper, au sein de la végétation, une place dont l’importance est destinée à grandir, à raison meme du progrès constant des circonstances auxquelles cette importance est due en premier lieu. Je nommerai surtout les aunes et les bouleaux, les charmes et les hêtres, les peupliers et les saules, les frênes et les érables, c’est-à-dire tout un ensemble de types à feuilles caduques, indices de l’influence d’une saison froide ou du moins fraîche relativement, et qui désormais tiendront un rang déterminé dans la flore, sans y prédominer cependant encore. Plusieurs de ces espèces ressemblent tellement à des formes actuellement vivantes, indigènes ou exotiques, qu’il est difficile de se refuser à admettre l’existence d’un lien de filiation rattachant celles-ci aux premières. Nous verrons bientôt les faits de ce genre se multiplier ; il suffit d’en signaler maintenant les premiers exemples.
- Le Fagus pristina Sap., qui se montre à Manos-qu< 'fig. 5, nos 5 et 7), ne diffère pas ou presque pas du hêtre actuel d’Amérique, F. ferruginea Miehx. Le Carpinus Ungeri Ett., de la même localité, dont les involucres fructifères (fig. 5, nos 1 et 5) n’ont été observés par moi que tout dernièrement, rappelle beaucoup aussi le charme de Virginie, C- Virginiana Miehx.
- L'Alnus sporadumUng., de Coumi (Eubée)(fig-6), se confond presque avec l’A. subcordata C. À. Mey., de l’A i • Mineure, tout en manifestant de l’affinité avec l’A. orientais Dne, de Syrie. La flore de Ma-nosque, de son côté, comprend une forme à’Alnus, alliée de très-près à la précédente, A. phocœensis Sap. (fig. 6), mais qui se rapprocherait davantage de l’A. orientalis que l’aune caucasien, A. subcordata. Ce sont là des oscillations qui marquent seulement l’existence des vicissitudes innombrables qu’ont subies jadis les espèces en traversant les âges, pour arriver enfin jusqu’à nous.
- L’érable miocène par excellence, l’Acer triloba-tum, qui commence alors à paraître, a des liens évidents, selon M. Ileer, avec l’A. rubrum L. d’Amérique, dont il est cependant séparé par de faibles nuances différentielles, faciles à saisir. L’A. deci-piensHr., l’A. recognitum Sap., de Manosque (fig. 7), commencent au contraire une double série dont les termes enchaînés viennent aboutir à deux types d’érables encore aujourd’hui européens, celui de l’A.* mônspessulanum et celui de l’A. opulifolium. Il ne faudrait pas croire que la végétation européenne eût dès lors revêtu une physionomie analogue à celle qu’elle présente de nos jours, même dans les parties les plus australes du continent. En négligeant, si l’on veut, les détails et les exceptions,
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- 1’abondance seule des Laurinées, la fréquence et la variété des Myricées, des Diospyrées, des Andromeda du type des Leucothoe et d’une foule de Légumineuses arborescentes empêchait cette végétation de ressembler, même au premier abord, à celle dont nous avons le spectacle sous les yeux. Les cbênes eux-mêmes, ces végétaux qui contribuent si fortement à la composition et à la beauté des forêts de la zone tempérée actuelle, non-seulement ne semblent avoir encore occupé qu’une place relativement subordonnée, mais se trouvent représentés par des formes que l’œil exercé du botaniste est seul capable de saisir comme ayant appartenu à ce genre. La période aquitanienne marque cependant le moment où les chênes eux-mêmes commencent à prendre l’essor, à se diversifier et à laisser paraître les linéaments des traits morphologiques qui servent plus particuliè- ' rement à les distinguer de nos jours. En examinant le point de départ, nous verrons plus tard se prononcer les phases de cette évolution dont la marche, une fois inaugurée, ira toujours en s’accentuant et se compliquant. Comte G. de Saporta,
- Correspondant de l'Institut
- — La suite prochainement —
- LE SON DANS L'AIR ET DANS L’EAU
- (Suite et fin. — Voy. p. 103, 137, 143 et 209.)
- Les observations que nous avons rapportées sur l’opacité acoustique de l’air hétérogène vont nous permettre d’expliquer scientifiquement un fait de la plus ancienne observation, que les sons s’entendent mieux et de plus loin la nuit que le jour.
- Pendant longtemps on a supposé que la cause de cette bien meilleure audition était le silence profond des nuits, tandis que dans la journée mille bruits confus, de toute origine, viennent contrarier et affaiblir les vibrations sonores d’un centre d’ébranlement déterminé. Une remarque de Ilumboldt démontra l’inexactitude de cette explication. Lors de son voyage dans l’Amérique équatoriale, l’illustre savant reconnut que dans les forêts vierges il règne pendant le jour un silence tellement complet qu’il n’entendait d’autre bruit que celui des pulsations de son cœur et des battements du pendule de sa montre ; une lourde et écrasante chaleur maintient tous les êtres vivants abrités dans une immobilité complète. La nuit, au contraire, tout s’agite; l’oreille est remplie de bruits variés : bourdonnements d’une multitude d’insectes, bruissements des serpents qui rampent dans les feuilles sèches, appels d’oiseaux, résonnance effrayante des cris des singes hurleurs cachés dans les plus épais feuillages ; tout annonce le réveil de la vie animale. Cependant c’est encore pendant la nuit que Ilumboldt entendait le plus distinctement et le plus loin la chute des cataractes de l’Orénoque.
- La grande intensité sonore de la nuit résulte d’une
- cause que je trouve indiquée, bien avant que M. Tyndall n’en ait donné la démonstration, dans des notes manuscrites que je tiens de mon ancien camarade, le célèbre physicien Ycrdct. Pendant le jour, les radiations solaires par places et les évaporations amènent dans Pair la production d’une série de couches de densités variables, où l’onde sonore s’affaiblit en passant de l’une à l’autre, par une foule de réflexions et de réfractions ; après le coucher du soleil tout devient homogène dans l’air, et le son arrive avec la moindre perte et frappe avec bien plus de force que durant le jour la membrane du tympan.
- Ainsi qu’on pouvait le prévoir d’après l’expérience du ballon à clochette d’Haugsbee, l’intensité du son dépend de l’intensité de l’air au lieu de production et non à celui d’audition, et ne dépend pas non plus de la densité des couches d’air traversées. Dans les anciennes expériences de 1738 à Paris et peu après à Cayenne, également en plaine, on entendait fort bien le son à grande distance. Au contraire, au plateau de Quito, entre Goaupouli et Pamba Maria, stations à 4000 et 3000 mètres d’altitude, Godin et don Georges Juan, collaborateurs de la Condamine, n’entendirent pas le son à 37 031 mètres. Il fallut opérer à Quito même, par 2900 mètres d’altitude, et à une distance qui n’était que de 20 540’mètres, et encore le son d'une pièce de 9 était très-faible, bien moindre qu’aux environs de Paris avec une plus petite pièce. Nous rappellerons que le son descendant du Faulhorn, dans les expériences de MM. Bravais et Martins, était bien moins intense que le son ascendant.
- M. Martins entreprit des expériences sur la limite de perception des sons à diverses distances et sous des altitudes variées, par un procédé qui est imité de celui de François Dolaroche. Les deux corps sonores identiques dont étaient munis les observateurs aux deux stations étaient des diapasons d’acier à l’unisson, portés chacun sur une caisse renforçante prismatique, en sapin sec, ouverte d’un côté et fermée de l’autre, et dont le son répondait à 512 vibrations par seconde, ou la troisième ut supérieur. On choisit un temps calme pour écarter l’influence du vent sur l’intensité, et les deux diapasons cessaient à la fois d’être entendus par les deux expérimentateurs, preuve que le vent n’avait pas eu d’influence.
- Trois stations d’altitudes très-variées furent choisies : un plateau désert à Saint-Chéron (Seine-et-Oise); le Faulhorn, à peu de distance du sommet, par 2620 mètres d’altitude, et le grand plateau du Mont-Blanc, à 3910 mètres L Les distances limites d’audition des diapasons furent, en les ramenant à la température 0 degré et à l’altitude du niveau des mers, ou 0!U,760 de pression : Saint-Chéron, 268 mètres le jour, 394 la nuit (différence 126 mètres); Faulhorn, 650 mètres; Mont-Blanc, 422 mètres.
- 1 Ch. Martins, Intensité du son dans l’air raréfié.— Procès-verbal de la Soc. philomathique, 1849, III, p. 25,
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- Au premier abord ces résultats semblent tout à fait contradictoires avec d’autres observations sur l’effet des altitudes, pour diminuer l’intensité sonore. Ainsi de Saussure rapporte qu’au sommet du Mont-Blanc les voix humaines paraissent très-affai-blies, et un coup de pistolet fait le bruit d’un petit pétard. M. Ch. Mar tins fait observer que les expérimentateurs étaient, dans ses recherches, depuis plusieurs jours sur les montagnes et avaient la caisse de l’oreille en équilibre depuis longtemps avec la pression ambiante, ce qui n’a pas habituellement lieu pour ceux qui observent, pendant quelques instants, l’affaiblissement d’intensité à une grande
- hauteur. Les habitants de la Paz et de Quito, en Amérique, ne souffrent pas, par l’habitude, des effets de raréfaction de l’air.
- Il y a donc dans les hautes montagnes des causes qui favorisent l’audition d’un son, et compensent et au delà la diminution d’intensité liée à la base pression de l'air. La première de ces causes est le silence complet de ces solitudes élevées. On entend le son des avalanches très-éloignées, quoique peu intense eu égard à leur masse, et le roulement du tonnerre semble aussi peu intense. Au contraire, les rafales de vent font un bruit extrême, par contraste avec les silences profonds qui les précèdent et les suivent.
- Fig. 1. — Expériences de Beudant dans le port de Marseille.
- 11 doit y avoir, en outre, sur les hautes montagnes des causes locales qui influent sur l’intensité, comme des courants aériens, des insolations et des évaporations par places, rendant Pair très-diversement homogène suivant la configuration de ces sols accidentés.
- On a constaté encore différentes causes de variation d’intensité du son dans l’air. Les sons se font entendre plus distinctement en hiver, et surtout pendant la gelée, qu’en été. L’uniforme densité en diverses places, dans le sens horizontal, donne l’explication de ce fait. Les 'variations dans l’intensité du son n’ont aucun rapport avec celles du baromètre, de même que pour la vitesse.
- En général, mais non d’une façon constante, les sons diminuent d’intensité par un temps humide et
- | pluvieux, et leur intensité augmente par un jour se-! rein. Les brouillards épais diminuent beaucoup l’intensité du son. Lorsqu’il neige ou qu’il est tombé i de la neige depuis peu, les sons deviennent beaucoup moins distincts ; ainsi le bruit des tambours est singulièrement affaibli. Les sons reprennent leur éclat lorsque la neige, au lieu d’offrir comme un duvet, est ancienne et recouverte d’une croûte de glace. Il y a alors, en effet, tout comme par la terre sèche, des réflexions renforçantes, éteintes au contraire par la neige récente et molle.
- Les sons se transmettent par l’eau d’une manière analogue à ce qui a lieu dans l’air. Les plongeurs ! entendent sous l’eau les chocs des galets. Franklin ; dit avoir entendu à un demi-mille, la tète immergée, le bruit de deux pierres choquées sous l’eau. On
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- sait combien les poissons ont une. audition exquise, sans appareil externe, les ondes sonores arrivant à leurs canaux semi-circulaires à travers l’os du rocher. C’est avec déplaisir que les pêcheurs à la ligne endurcis, voient arriver la compagnie des dames, toujours un peu rebelles au silence et accusées d’effaroucher le poisson.
- Dans le premier quart de ce siècle, à une époque (jui n’est pas précisée, des expériences de Beudant ont eu lieu, dans le port de Marseille, sur la vitesse du son dans l’eau de mer. Deux bateaux, en vue du château d’if, étaient amarrés à une distance connue.
- Fig. 2. — Expériences de Colladon sur le lac de
- Dans le premier un aide frappait une cloche immergée à côté du bateau, et à chaque coup donnait un signal avec un drapeau. L’observateur installé dans le second bateau notait à sa montre le moment où il apercevait le signal, puis celui où un autre aide, qui plongeait sous l’eau à côté (fig. 1), lui annonçait l’arrivée du son dans l’eau. La différence de ces moments était le temps employé par le son pour franchi]* la distance des deux bateaux. Beudant trouva ainsi une vitesse d’environ 1500 mètres par seconde dans l’eau salée.
- Eu 1826, Colladon, qui a conservé par une courte
- Arrivée du sou.
- Départ du sou.
- Genève,
- citation le souvenir des expériences de Beudant, reprit des essais analogues dans l’eau douce, d’une manière plus exacte et surtout plus commode. 11 choisit le lac de Genève, remarquable par la grande profondeur et la pureté de ses eaux. Les stations choisies furent Rolle et Thonon, distantes de 13 485 mètres, et entre lesquelles se trouve la plus grande longueur en eau profonde. Près de Kolle, une barque était amarrée, avec une cloche du poids de 65 kilogr., plongeant sous l’eau. Quand le marteau frappait la cloche, une mèche allumée attachée à son manche formant levier coudé, enflammait un amas de poudre, à la hauteur du pont du bateau (fig. 2). L’autre barque était à Thonon, près du rivage, et portait un grand cornet acoustique, dont le pavillon sous l’eau était fermé par une mince
- membrane de tôle. L’observateur tournait la surface de ce diaphragme du côté d'où l’onde sonore aqueuse devait arriver, et collait l’oreille à l’extrémité supérieure du cône, en regardant attentivement du côté de l’autre barque. Au moment où il apercevait l’éclair, il lâchait la détente de son compteur à arrêt, et notait l’époque de l’arrivée du son de la cloche. Ce fut en moyenne 9",4 après la vue de l’éclair. En divisant la distance des deux bateaux, par l’intervalle obtenu, on obtenait pour vitesse du son dans l’eau 1455 mètres, soit plus de quatre fois la valeur de la vitesse dans l’air. Ce nombre est très-exact, car Laplace avait trouvé par le calcul 1421 mètres, et Wertheim, qui le premier réussit à faire chanter des tuyaux pleins de liquides, 1458 mètres, par une expérimentation indirecte.
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- Sous le rapport do l’intensité, le son ne se propage pas dans l’eau comme dans l’air. Au lieu d’être vibrant et prolongé, le son de la cloche de Colladon était sec, comme celui du choc de deux lames de couteau. L’eau, qui est très-peu compressible, dépouille tout à fait le son du timbre qu’il offre dans l’air. Le lac de Genève était fort agité le dernier jour des expériences, tellement qu’on avait beaucoup de peine à maintenir les barques en place. Cependant le mouvement de l’eau se montre sans influence sur la vitesse du son. Une large cloison intercalée diminua beaucoup son intensité.
- On peut, pour mesurer la profondeur d’un lac ou de la mer, une fois connue la vitesse du son dans l’eau, observer la réflexion d’un son assez intense pour revenir du fond encore perceptible, et c’est une expérience qu’Arago proposa à Colladon en 1826. Elle fut essayée en 1858, à la demande de l’amirauté des États-Unis, par Ch. Bonny-Castle, sur les côtes de la Virginie. Dans ses expériences, le professeur américain trouva que le son était mieux perçu dans l’air que dans l’eau, et qu’il ne pouvait pas entendre sous l’eau le son d’une cloche à plus de 5000 mètres. Cette conclusion mettait en suspicion les expériences de Colladon, qui avait parfaitement perçu en 1826, à plus de 15 kilomètres, le son d’une cloche de 65 kilogr., dans l’eau du lac de Genève.
- Il reprit ses recherches en 1841, au moyen d’une cloche de 500 kilogr., prêtée par une des églises du canton de Genève. La cloche était suspendue à 15 mètres sous l’eau et frappée par un marteau pesant 10 kilogr. Le son fut très-bien entendu sous l’eau, entre Promenthoux et Grandvaux, près Cully, stations éloignées de 55 kilomètres, Colladon en conclut que, dans des circonstances favorables, un son très-intense se propagerait sous l’eau jusqu’à une distance d’environ 100 000 mètres. Chaque coup frappé sur la grosse cloche put être compté dans une maison bâtie sur un remblai, à une distance de 5 kilom., bien que la maison fut séparée de la cloche par un promontoire de terre. Le son semblait sortir des fondations et des piliers des murailles.
- Les palettes d’un bateau à vapeur ne produisent qu’une sorte de bourdonnement, qui cesse d’être entendu sous l’eau à 1000 mètres; mais le bruit d’une chaîne agitée à une certaine profondeur se distingue si bien, qu’on reconnaît, sur le lac de Genève, lorsqu’une barque éloignée de 5 ou 4 kilomètres lève son ancre. Maurice Girard.
- LES BACTERIES
- ET LES GÉNÉRATIONS SPONTANÉES.
- Nous venons de finir une série de recherches sur les bactéries et sur les générations spontanées.
- Ces expériences ont été continuées depuis l’année 4874, en employant un petit générateur à vapeur qu’on pouvait mettre en rapport avec un récipient
- en verre, au moyen d’un très-long serpentin. Dans chaque observation, on introduisait le tout dans un bain-marie pour avoir des températures uniformes, En disposant du blanc d’œuf préalablement desséché à froid dans le récipient que nous venons de mentionner, on pouvait porter la température jusqu’à 150 ou 170 degrés et faire passer de l’eau, pour avoir de cette façon une certaine quantité d’albumine qui a été chauffée et amenée à ses conditions normales. Dans la première observation, .l’albumine a été détruite presque en totalité. Jamais le développement. des bactéries ne nous a fait défaut. En rapprochant les résultats de ces travaux de ceux auxquels ont conduit les expériences de Pouchet, Pasteur, Bastian et Tyndall, et en comparant les observations de Nucsch, sur la formation de ces mi-crophites dans l’intérieur des cellules du concombre, avec nos études sur la même génération dans celle du Saccharomyces cerevisiœ, nous avons tiré les conclusions suivantes :
- 1° Les bactéries prennent naissance dans la segmentation des masses protoplasmiques et albuminoïdes. La formation se fait dans ce cas par une génération qu’on peut appeler spontanée.
- 2° Lorsque ces organismes s’offrent dans certaines matières minérales, ou dans des substances protéiques altérées, ils semblent provenir des germes qui sont répandus dans l’atmosphère en vertu des segmentations qui se produisent sans cesse dans les plantes et les animaux.
- 5'° Le premier fait est un véritable cas à'Archi-biosis, le deuxième ne résulte que d’une nutrition et d'une reproduction très-active.
- Pour ce qui est de la place à assigner aux bactéries dans l'échelle des êtres, je crois que ces organismes ne sont ni végétaux, ni animaux, Je pense que la nature a développé ses créations par antithèses successives, je pense aussi que sur la terre n’ont apparu d’abord que des êtres qu’on pourrait appeler seulement épithelmiques, et dans lesquels on trouverait le germe d’une ultérieure séparation en animaux et en plantes. Après de nombreuses recherches, j’ai toujours regardé les bactéries comme des représentants actuels de ces êtres1.
- Enrique Serrano Fatigati, de Ciudad Real.
- LA FAMINE
- ET LES FAMÉLIQUES AUX INDES.
- Les peuples ont leurs maladies comme les individus, et de même qu’il existe des affections spéciales à l’enfance, à la jeunesse, à l’âge mûr, à la vieillesse, on constate dans les sociétés dos maladies en rapport avec leur développement ou leur degré de civilisation, Les collectivités humaines qui présentent tous
- 1 Extrait par l’auteur. — Archives des sciences physiques et naturelles de Génève,
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- les caractères îles peuples enfants en ont aussi la plupart des maladies. Dans la première enfance, le plus grand nombre des maladies proviennent des vices dans la quantité ou la qualité de l'alimentation. Ce petit organisme n’a qu’une tendance : l’accroissement ; il ne s’accroît que par l’alimentation. Les grandes fonctions qui accusent l’être supérieur et même l’animal sont absentes et comme endormies : la vie est purement végétative au début.
- C’est la base même de cette vie végétative, c’est-à-dire le tube digestif, qui dans cette période de l’existence est principalement atteint. Les inflammations de l’intestin ou de seS annexes font alors beaucoup de victimes. S’il y a des pauvres petits êtres qui succombent à la mauvaise nourriture, il en est un bien plus grand nombre qui périssent parce qu’ils ne reçoivent pas les matériaux nécessaires à leur chaleur et à leur développement. On peut le dire sans exagération, la plupart des enfants meurent de faim.
- La faim est aussi la grande meurtrière des jeunes sociétés. L’histoire des maladies éteintes montre que les maladies qui ont sévi autrefois sur notre vieille Europe ont été surtout des maladies alimentaires. Elles se sont même présentées alors avec un caractère épidémique. La famine et la guerre, voilà les fléaux de toute société naissante, les entraves à toute organisation.
- Aujourd’hui, et avec les facilités de communication qui relient les nations entre elles, il est à peu près impossible de voir apparaître une famine, et surtout de la voir persister. Des conditions particulières à la vie d’un peuple peuvent sans doute faire augmenter le prix des denrées de première nécessité, mais bientôt, par la commodité et la nécessité des transactions, il s’établit avec les peuples voisins des échanges qui ne tardent pas à rétablir l’équilibre. A notre époque, les habitants de la planète tendent à devenir de plus en plus solidaires les uns des autres.
- Cependant il existe de nos jours des groupes sociaux qui ne partagent pas encore ces bienfaits de la civilisation. Les conditions dans lesquelles ils vivent entretiennent un état dans lequel il est facile de retrouver tous les signes d’une société dans l’enfance, et, dans ce milieu particulier, l’hygiéniste reconnaît sans peine les causes qui, dans tous les temps et à toutes les latitudes, ont donné les mêmes résultats. C’est ainsi que l’Inde, sous la domination anglaise, nous offre le tableau de ces épouvantables famines qui ont frappé nos pays au moyen âge. Les Indes anglaises ne seront débarrassées de ces calamités que par les moyens qui en ont empêché le développement dans nos contrées. Aux mêmes maux, les mêmes remèdes.
- L’Inde, qui renferme une population de plus de 40 millions de musulmans et- d’au moins 140 millions d’Ilindous, est assez fertile pour nourrir tous les peuples qui l’habitent. Les variétés de culture et de sol, qui se présentent sur un aussi vaste terri-
- toire, font que l’absence d’une récolte en un endroit peut être compensée par l’abondance dans un autre.
- Le Penjab récolte du blé; le Bengale se livre à la culture du riz. 11 suffit que ces différentes régions communiquent facilement entre elles pour échanger leurs matières premières.
- Dans le Bahar, en 1874, la récolte de riz vint à manquer par suite de la sécheresse prolongée : en quelques mois près de 12 millions d’individus se trouvèrent affamés. Le gouvernement anglais organisa aussitôt des secours, qui lui coûtèrent plus de 150 millions de francs.
- Les journaux de Bombay ont annoncé, le mois dernier, l’apparition du fléau dans cette contrée. Aussitôt le gouvernement a pris des mesures urgentes. Le discours du trône, prononcé le 14 août 1877, montre toute la gravité de la situation : « Les craintes d’une famine sérieuse dans le sud de l’Inde que je vous ai exprimées à l’ouverture de la session,ront été, je regrette de le dire, complètement justifiées. Le fléau, qui s’est étendu sur mes sujets des présidences de Madras et de Bombay et sur la population du Mysore, a été d’une sévérité extrême, et il est probable que sa durée se prolongera. »
- Notre première gravure (fig. 1) représente, d’après le Graphie, une distribution d’aliments. L’état d’émaciation auquel arrivent ces malheureux faméliques est indescriptible, et quelques-uns perdent toute forme humaine (fig. 2).
- La famine se montre d’ailleurs dans ces contrées avec les mêmes caractères que ceux qu’elle a eus dans nos pays, et les descriptions qui ont été faites des faméliques des Flandres, d’Irlande, de Silésie ou d’Algérie conviennent aux affamés des Indes. Dans toutes ces famines célèbres, dit J. Arnould, on voit les familles humaines se lever, avec des allures de fauves, sous l’aiguillon de la faim, « tantôt se jetant sur des palliatifs alimentaires illusoires ou immondes, tantôt accomplissant des crimes ; dans tous les cas se rapprochant par bandes, à la fois honteuses et farouches, des grands centres habités où elles savent que l’industrie et la prévoyance ont amassé des ressources plus que suffisantes pour le nombre des habitants et l’heure actuelle. »
- La famine des Flandres qui, de 1846 à 1847, aurait coûté à l’Europe un million d’hommes, a fourni à de Mersseman un tableau remarquable de la fièvre de famine. Le portrait du famélique y est magistralement tracé.
- Les signes de l’appauvrissement du sang se montraient d’abord, puis peu à peu le famélique prenait un aspect caractéristique. « Ce qui frappait, c’était l’extrême maigreur du corps, la livide pâleur 'du visage, les joues creuses, et surtout l’expression du regard, dont on ne pouvait perdre le souvenir quand on l’avait subi une fois ; il y a, en effet, une étrange fascination dans cet œil où toute la vitalité de l’individu semble s’être retirée, qui brille d’un éclat fébrile ; dont la pupille, énormément dilatée, se fixe sur vous sans clignotement et avec un étoq-
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- nement interrogatif, où la bienveillance se mêle à la crainte. Les mouvements du corps sont lents, la marche chancelante ; la main tremble ; la voix, presque éteinte, chevrote. L’intelligence est profondément altérée, les réponses sont pénibles ; la mémoire chez la plupart est à peu près abolie. Interrogés sur les souffrances qu’ils endurent, ces infortunés répondent qu’ils ne souffrent pas, mais qu’ils ont faim.... La décrépitude avait envahi tous ces malheureux ; les enfants, les jeunes gens, les adultes, les hommes parvenus à la maturité de l’âge, portaient sur tout le corps les rides, le dessèchement, l’exténuation de la vieillesse. C’étaient de véritables squelettes vivants, incapables de soulever leurs membres décharnés, gisant lourdement, sans voix, avec un œil sans regard, enfoncé dans l’orbite et à moitié voilé par des paupières presque transparentes et chassieuses.
- étaient horriblement secoués par une toux sèche et convulsive. Enfin, on voyait apparaître les derniers indices de l’extrême appauvrissement du sang : la peau se couvrait de vastes ecchymoses ou de taches pourprées, qui devenaient confluentes quelquefois, et ces tristes victimes de la famine rendaient le dernier soupir au milieu de l’agitation, de la car-phologie ou de la fatigante loquacité du délire famélique. »
- La série de phénomènes qui se présentent chez l’affamé ou le famélique s’explique bien par les expériences sur les animaux inanitiés. L’animal ne
- tait plus de recettes, et cependant il a encore à subvenir aux dépenses obligatoires du fonctionnement
- des organes. C’est surtout par le système musculaire que se font la plupart des dépenses. L’inanition est une usure de l'organisme provenant de ses efforts à entretenir le mouvement : et ce n’est plus une machine animale, celle où la transformation des forces n’est plus possible.
- Privés d’aliments, les individus ou les sociétés succombent à l’inanition. La famine est l’état d’un peuple qui a faim, et cette situation peut durer plus ou moins longtemps , d’après les moyens employés pour la combattre. Les gouvernements doivent surtout prévenir les lamines, et i I semble qu’aux Indes, les Anglais pourront, quand ils le voudront, empêcher l'extension du mal à toute une province. Ils doivent pour cela changer, en la transformant, l’économie rurale, favoriser le développement de certaines cultures, faire de nombreuses irrigations pour lutter contre l’irrégularité des pluies périodiques, et surtout établir les communications par chemins de fer, qui pourront transporter rapidement en un point quelconque de ce territoire, les aliments nécessaires aux individus qui l’habitent. Ce sont là de grands sacrifices, sans doute; mais, par sa conquête, l’Angleterre en a pris l’engagement moral, et c’est peut-être aujourd'hui le seul moyen d’assurer sa puissance et de conserver sa colonie. A. Lacassagne.
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- CORRESPONDANCE
- SUR UNE TROMBE DE GRÊLE PRÈS DU LAC TA VIN.
- Le Mont-Dore, 50 août 1877.
- Monsieur Gaston Tissandier,
- Permettez-moi de vous adresser la relation suivante que vous jugerez peut-être digne de figurer dans votre estimable journal, dont je suis le fidèle et ancien abonné.
- Le 21 août 1877, nous avons quitté la petite ville des Bains du Mont-Dore à six heures du matin pour aller à Besse. Nous étions une dizaine de touristes, les uns à pied, les attires à cheval. Les 18,19 et 20 août avaient été des jours chauds, d’une température lourde et fatigante. Le 21, vers deux heures du malin, un orage violent se forma sur le pic du Capucin, au-dessus de la ville, et sur le Sancy avec des
- éclairs très-fréquents, mais le tonnerre était assez faible. A six heures du matin le temps est beau, mais orageux; nous partons. Arrivés sur le plateau de l’Angle, qui domine la vallée du Mont-Dore au nord, nous entendons le tonnerre vers le sud-ouest. Nous continuons cependant, et au moment où nous arrivons sur l’autre versant de la montagne, après avoir côtoyé quelque temps l’antique voie romaine qui traverse ce plateau (cette voie allait de Lyon à Limoges, en passant par le Mont-Dore), nous sommes pris par une forte pluie mêlée à de petits grêlons, qui heureusement nous frappaient par derrière. L’orage qui nous suivait était divisé en deux ; à droite, il passait sur le Sancy, à gauche sur des pics (ou puys) qui dominent le chemin d’Issoiro ; puis, ces deux masses orageuses s’étaient rejointes devant nous, en sorte que nous étions tournés par un orage dont nous avions attrapé la queue.
- Vers neuf heures nous arrivons à Chambon, dont nous
- Grêlons tombés près du lac Pavin, le 21 août 1877, à 4 heures 10 minutes du soir. (Grandeur naturelle.)
- apercevons de loin le lac charmant à travers les longues trainées de la pluie ; nous nous séchons dans une auberge et nous repartons. Le temps est passable jusqu’à Besse, où nous arrivons entre midi et une heure. Il pleut en ce moment sur le Sancy ; le ciel est orageux. De Besse, après un repos nécessaire, nous partons à deux heures pour le lac Pavin, par la roule de Besse à la Tour-d’Auvergne. Nous arrivons vers trois heures et demie au lac Pavin, formé, comme l’on sait, dans un de ces nombreux cratères qui font de l’Auvergne le plus curieux pays de France. Depuis ce moment jusqu’à quatre heures dix minutes le tonnerre gronde sans interruption; c’est un roulement continu. A quatre heures cinq minutes à peu près, nous quittons le lac Pavin ; le vent est de plus en plus menaçant. C’est une sorte de rampe qui conduit du lac Pavin à la route, en suivant le ruisseau sorti du lac, et qui en est le trop-plein. Arrivés à 50 ou 60 mètres de la route, nous voyons à 200 ou 500 mètres, en remontant vers le Sancy,' un immense nuage blanc qui descendait la vallée. En ce moment on ne sent aucun souille de vent, l’air est d’un calme absolu.
- Pensant que le nuage qui s’approche vers nous promet une forte pluie, nous courons en toute hâte pour atteindre une grange située immédiatement de l’autre côté de la route. A peine y sommes-nous entrés que l’orage s’abat sur la grange avec fracas et avec une violence inouïe. Cet orage était composé de grosse grêle mêlée de larges gouttes de pluie ; le tout, poussé par un vent furieux du sud-ouest, tourbillonnait et puis se brisait sur le sol. Le vent était si violent, qu’un homme voulant entrer dans la grange fut obligé de se cramponner à la porte pour n’ètre pas enlevé ; un roulier qui voulut en faire autant ne put arrêter sa voiture du premier coup, et les tonneaux dont elle était chargée, enlevés par l’ouragan, allèrent r.ouler sur la route. Quand j’ai vu venir cette grêle, l’orage était parfaitement limité, les bords en étaient nets et point brouillardés comme ceux de la pluie ; le nuage avait la forme de deux grosses colonnes blanches, dont la base touchait le sol et la partie supérieure se confondait avec les autres nuages dont le ciel était couvert. Cette espèce de trombe ou de tourbillon a duré à peine trois ou quatre minutes ; sa vio-
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- lence alla ensuite en diminuant, comme nous pûmes nous en assurer en redescendant la vallée, à mesure qu’elle s’éloignait de Sancy, où elle s’était formée. Les gréions étaient très-gros ; j’en ai ramassé et dessiné quelques-uns (voy. les gravures ci-contre). Tous se composaient d’un noyau central, blanc, rayonné, entouré d’une couche de glace transparente. Un certain nombre étaient gros comme des œufs de pigeon; la plupart des autres étaient gros comme des balles de pistolet. J’en ai ramassé un de ces derniers qui avait la forme d’un tétraèdre (n° 0).
- Les plus gros avaient des formes plus bizarres, telles que les nos 1 et 5. Mes dessins, faits sur le lieu même et à la minute où les grêlons venaient de tomber, sont de grandeur naturelle.
- Le tonnerre, dont le roulement avait été continuel, cessa dès que la grêle commença, et jusqu’à sept heures du soir il n’y eut plus d’orage; la température s’était beaucoup refroidie. Quand la montagne a été dégagée des nuages orageux, nous avons vu les pentes voisines du Sancy blanchies, évidemment par une couche de grêlons. A sept heures du soir un autre orage éclata et nous parut très-violent sur le Sancy.
- Le lendemain 22, nous avons quitté Bosse de grand matin, nous sommes partis pour le Sancy avec un beau temps et un ciel pur. Arrivés au sommet nous avons trouvé des amas de grêlons dans les cavités du sol ; il s’y trouvait encore des grêlons gros comme des œufs de poule, de formes irrégulières, toujours avec un noyau rond, blanc et rayonné (n°" 2 et 5).
- Nous en vîmes un qui avait à peu près la forme d’iîn oursin, et dont je donne la Coupe médiane (n° 4). Il était parfaitement régulier.
- Là aussi, la plupart des gréions étaient gros comme des balles de pistolet. En redescendant du Sancy, sur le versant qui conduit à la vallée des Bains du Mont-Dore, nous avons trouvé encore des grêlons au pied du Sancy, mais dans la vallée môme il n’en était pas tombé. Celte vallée dans laquelle est située la petite ville des Bains est sur le versant opposé à celui de la vallée de Besse. L’altitude de la vallée du Mont-Dore est de 1046 mètres au-dessus du niveau de la mer ; le Sancy domine la vallée et toute la chaîne; il s’élève à 829 mètres au-dessus.
- L’orage du 21 semble avoir été limité à une région très-étroite ; il ne parait pas que l’on se soit plaint de cette grêle au delà de Besse. Cependant nous n’avons pas pu vérifier exactement son parcours. Peut-être cet orage est-il allé s’éteindre sur les bords de l’Ailier, qui sont beaucoup trop souvent visités par la grêle.
- Veuillez agréer, etc. Émile de Barrau.
- CHRONIQUE
- Le ras de marée du 9 mai I8ît, — L’Alta de San Francisco du 17 juillet publie un rapport très-intéressant du capitaine Miner, du steamer Poiomac, arrivé récemment des îles Marquises et de l’archipel de la Société (Taïti). Diaprés ce rapport, l’épouvantable ras de marée qui a ravagé les côtes du Pérou, le 9 mai dernier (voy. p. 116), s’est également fait sentir le même jour à Noukahiva et dans la baie de Tailohae ; la vague s’est précipitée sur le rivage avec furie : elle s’élevait par instants jusqu’à une hauteur de 14 pieds. Les belles plantations du capitaine Hart à Noukahiva ont été détruites; la mer a emporté dans cette partie de l’ile les habitations, et les
- indigènes ont été forcés de se réfugier sur les collines voisines. Un fait digue de remarque, c’est que la pluie, qui depuis quatre ans était chose inconnue dans cette partie du monde, est tombée tout à coup à torrents, au moment même où le flot arrivait ; elle a duré douze jours sans discontinuer et a été suivie d’inondations qui ont occasionné des dégâts considérables.
- Collections scientifiques. — Un fait dont on est constamment frappé lorsqu’on visite les musées publics et les collections particulières, c’est l’état incomplet de toutes ies collections ; de plus, les objets qui existent en profusion dans certaines collections, sont souvent ceux qui font défaut dans les autres. Partout, en un mot, trop et pas assez. C’est pour remédier à cet état de choses, qu’une agence internationale d’échanges pour les collections scientifiques et artistiques vient d’être créée, agence à la tête de laquelle a été fort heureusement placé M. E. Le Jeune, membre de plusieurs Sociétés savantes, et à qui la science devait tout récemment encore plusieurs découvertes archéologiques dans le nord de la France. Cette agence négocie les échanges de toute espèce : histoire naturelle, archéologie, numismatique, objets d’art, autographes, faïences anciennes, etc., etc. Tous les musées publics et collectionneurs particuliers ont donc tout avantage a adresser à M. le Jeune, directeur général de l’agence à Calais (Pas-de-Calais), le.catalogue des objets qui manquent dans leurs collections, ainsi que celui des objets qu’ils ont en double et qu’ils seraient disposés à offrir à titre d’échange. Aussitôt les documents reçus, l’agence leur adressera des propositions au mieux de leurs intérêts.
- Nouveaux détails sur les volcans de l’Islande.
- — En 1876, le gouvernement danois envoya eu Islande un géologue bien connu, le professeur Johnstrup, pour y étudier le théâtre des derniers désordres volcaniques. Le rapport de ce savant vient d’être soumis aux chambres danoises. M. Johnstrup s’occupa d’abord des volcans des mont Dyngju, entourant la vallée d’Àskja. Ces monts, qu’il visita malgré des tourmentes de neige, se composent de basalte et de palagonite-breccia. Il est évident que jadis la vallée d’Askja était plus déprimée qu’elle ne l’est de nos jours. Elle a été comblée par des couches successives de lave, bien que les annales de l’ile ne mentionnent aucune éruption volcanique dans cette région. Une portion de cette énorme quantité de lave fut vomie par le volcan Troelladynga. Dans le voisinage des cratères nouvellement formés, la terre est recouverte, à la distance de plus d’un mille, d’une pierre ponce jaune et brillante, provenant de l’éruption du 29 mars 1875.
- D’après un autre explorateur, M. Watts, le Vatua Jockull est une vaste accumulation de volcans, de glace et de neige, recouvrant plus de 5000 milles carrés, dans la partie sud-est de l’ile.
- — Des œufs du poisson appelé par les Anglais White-Pish ont été transportés récemment des États-Unis à Wellington (Nouvelle-Zélande). D'après les dernières nouvelles, ces œufs avaient donné naissance à des poissons qui semblaient jouir d’une santé excellente.
- — La culture du Phornium tenax ou lin de la Nouvelle-Zélande va devenir une des principales ressources de l’ile de Sainte-Hélène, où le tombeau vide de Napoléon Ier attire moins de visiteurs que dans la période qui s’est écoulée de 1821 à 1840.
- — Pi •ès du lac Ouniiiz, dans le nord-ouest de la Perse, se
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- trouve, non loin de Digala, une colline dans laquelle on a creusé de nombreuses galeries pour en extraire du salpêtre. Le sol léger, friable, brun, partagé en couches irrégulières, renferme, outre le salpêtre, des os humains calcinés, des restes de paille, des grains de blé carbonisés, etc. On y trouve aussi des fragments de poteries. Vers le milieu de la colline est une caverne conique, semblable à l’orifice d’une fournaise, dans laquelle tout annonce que l’on brûlait les morts. D’un autre côté, des vases cinéraires, des cercueils en pierre, des débris de crânes et d’ossements prouvent que l’usage de la crémation u’était pas adopté d’une manière exclusive. En somme, cette colline semble plutôt l’œuvre de l’art que celle de la nature.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 10 septembre 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Lu 175e petite planète. — Par dépêche arrivée à Paris le 3 courant à dix heures cinquante minutes du malin, M. Le Verrier a été informé que M. Watson, de l’observatoire de Washington, vient de découvrir une nouvelle planète télescopique, laquelle est de onzième grandeur.
- Les astéroïdes de Mars. — Un savant dijonnais relève à diverses dates de son registre d’observation, entre autres à la date du 24 octobre 1864 certaines observations, et par exemple celle de l’existence de lueurs rouges de chaque côté de la planète Mars, qui selon lui, ne peuvent s’expliquer qu’en admettant que cette planète a comme Saturne un anneau d’astéroïdes.
- Les monolithes de l'époque celtique. — Comment ces monuments gigantesques ont-ils pu dans les temps lointains auxquels ils appartiennent, être transportés de la ‘carrière qui les a fournis aux lieux où ils ont été élevés? C’est ce que recherche M. le docteur Eugène Robert. Pour les monolithes cylindriques cela ne présente pas de difficultés. Quant aux autres, comme il paraît qu’on a trouvé parfois, non loin d’eux., des masses de pierres, présentant la forme de boulets sphériques, l’auteur pense que ces grandes pierres plates ont été transportées comme l’a été de nos jours le piédestal de la statue de Pierre le Grand, à Saint-Pétersbourg, au moyen de boulets sur lesquels on les a fait glisser.
- Le Phylloxéra. — Questionné par M. le préfet de la Marne, au nom du Comité de vigilance de ce département, sur le point de savoir si l’importation des vignes américaines doit y être interdite, le ministre de l’agriculture et du commerce veut avoir à ce sujet l’avis de l’Académie. La Commission du Phylloxéra est chargée de répondre.
- M. Duplessis, professeur d’agriculture, confirme la fâcheuse nouvelle donnée il y a huit jours par M. Prilleux, que le terrible puceron vient de faire son appparition dans Loir-et-Cher. M. Duplessis constate que déjà, dans un domaine qu’il nomme, la maladie occupe 10 ares d’un seul tenant.
- M. Prilleux lui-mêmé, complétant sa précédente communication, adresse une carte de l’inVasion phylloxerienne sur le territoire de Vendôme, et raconte que l’insecte y a été introduit de la manière suivante : Un propriétaire ayant fait venir des cépages du Bordelais, son clos se trouva infecté, et comme à ce moment le malheur voulut qu’il eut à fournir un grand nombre de plants à des propriétaire de la commune, ces plants propagèrent l’infection dans le voisinage.
- Enfin, un expérimentateur de l’Hérault, déclare avoir obtenu de très-bons effets des sulfocarbonalcs, auxquels
- sa vigne entourée de vignes détruites, doit de présenter aujourd’hui l’aspect le plus satisfaisant.
- Conservation des matières animales. — Un procédé de conservation si simple, qu’il parait invraisemblable, procédé applicable aux objets d’histoire naturelle, est divulgué par un inventeur dont nous sommes trop peu sûr d’avoir saisi le nom pouf nous risquer à l’écrire. Il suffirait de plonger un poisson dans de l’eau contenant un peu d’acide citrique, autrement dit de jus de citron, puis de l’exposer à l’air où il se dessèche en quelques heures pour en assurer la conservation indéfinie. L’auteur envoie des spécimens de poissons ainsi préparés, MM. Frémy et Paul Gervais sont chargés de contrôler ses dires.
- Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE D’AOUT mi
- lro Décade. — Deux cartes sont remarquables et expliquent le caractère du temps pendant cette décade : ce sont celles du 1er et du 8.
- Le 1er, une zone de basses pressions existe sur la Suède (750 millimètres); elle persiste dans le nord-est de l’Europe les quatre jours suivants, et marche lentement vers la mer Blanche. La France se trouvant dans la région postérieure de cette dépression, éprouve des vents du nord et un refroidissement notable. Le minimum de température du mois a lieu le 3.
- La carte du 8 nous montre une bourrasque importante dont le centre est en Irlande (740 millimètres). A son approche, dès le 6, la température remonte au-dessus de la moyenne, le 7 elle atteint le maximum du mois à Paris, des orages sont signalés dans le sud-ouest de la France, et le 8 on recueille 10 millimètres d’eau à l’observatoire de Paris, 13 à Bruxelles, et 43 à Clermont-Ferrand. La dépression disparaît ensuite lentement vers l’Ecosse tandis que la température descend au-dessous de la moyenne et que le temps reste mauvais.
- 2e Déèade. — Le temps froid persiste du 11 au 14, mais à partir de cette date, la température s’élève rapidement.
- Une dépression peu considérable d’abord apparaît sur la carte du 15 dans le voisinage du Danemark, elle est le 16 au sud de la Norvège, et le 18 prend de l’importance à Stockholm, étant le 19 un peu au nord de cette ville. Elle est accompagnée d’abord de phénomènes électriques, et de nombreux orages éclatent le 16 à Paris et sur toute la France, en Belgique, en Angleterre, en Danemark, en Allemagne; elle amène ensuite une véritable tempête, lorsqu’elle atteint les parages de la Baltique. Après le passage de cette dépression, un refroidissement considérable a lieu en Norvège, tandis que la température est très-élevée sur l’Europe occidentale, ce qui indique qu’une nouvelle bourrasque va nous atteindre.
- 3e Décade. — Cette dépression apparaît en effet le 20, à l’ouest de l’Angleterre. Elle atteint la mer du Nord le 21, le sud de la Norvège le 22, la Bal-
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- LA NATURE
- CARTES QUOTIDIENNES DD TEMPS EN AOUT 1877. D’après ]e Bulletin international de l’Observatoire de Paris. (Réduction 1/8.)
- Dimanche ?fi Lundi 27
- tique le 23, et disparaît le 2 4 dans le nord de la Russie. Elle amène sur son passage de nombreux orages et de fortes pluies. Le 25, jour d’une éclipse totale de lune, le temps est superbe à Paris, mais un violent cyclone sévit à Arca-chon,où plus de cinq cents barques sont jetées à la côte.
- Mardi 28
- Mercredi 29 Jeudi 30
- le 28. beux autres dépressions sans importance passent ensuite dans les régions boréales, P une du 28 au 30, l’autre du 30 au 31. En ce mois, la moyenne barométrique est inférieure de 1 millimètre à la moyenne normale, la température moyenne est sensiblement égale à la moyenne normale 18°,5, et la quantité Le lendemain 25, apparaît la dépression la plus ; de pluie 37 millimètres, a été au-dessous de la nor-
- Vendredi 31
- importante du mois. Elle sévit violemment à Paris et sur le littoral dans la nuit du 25 au 26 ; son centre atteint le 26 la mer du Nord (750 millimètres), le 27 la Baltique, et disparaît dans l’est
- male.
- E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier, Typographie Lahure* rue de Fleurus, 9» à Paris.
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- N° 22 5. — 22 SEPTEMBRE 1877
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- LES PÉRIODES VÉGÉTALES
- DE L’ÉPOQUE TERTIAIRE.
- (Suite. — Yoy. p. 83, 125, 150 et 242.)
- Le groupe immense des chênes se partage actuellement en un certain nombre de sections, d’autant plus difficiles à définir que les particularités qui les séparent se trouvent basées sur des caractères d’une faible valeur intrinsèque, ou se réduisent même à de simples nuances, dont quelques-unes pourtant ont assez de lixité pour reparaître dans une foule d’es-
- pèces et servir par conséquent à les grouper. La configuration des styles, la maturité annuelle ou bicnnc du fruit; l’apparence, la consistance et le mode d’agencement des écailles de la cupule; le sommet nautique ou mucronulé des lobes de la feuille, telles sont les principales de ces notes différentielles, et l’on conçoit que les espèces ou les races qui témoignent par la similitude absolue de ces particularités organiques de leur étroite parenté, puissent être considérées comme sorties originairement d’une même souche, qui se serait ensuite ramifiée à travers les siècles, en conservant intacts les détails de
- Fig. 1. — Vue idéa'ie du lac aquitauien de Manosque.
- structure que possédait en propre le prototype dont elles seraient issues. Les sections actuelles les mieux définies correspondraient ainsi à autant d’entités primitives ou races-souches dont les races modernes, décorées ou non du titre d’espèces, ne seraient réellement que des variétés ou formes dérivées. Mais alors il devient évident que les caractères de section n’ont acquis l’importance qui leur est maintenant dévolue, qu’à raison même des résultats d’une descendance commune, grâce à laquelle ces caractères ont pu se maintenir définitivement chez tous les rejetons de la souche qui les présentait originairement. Chacune de ces souches typiques a dù nécessairement exister d’abord à l’état de race et, dans ce premier état, on conçoit qu’elle ait été associée à d’autres types semblables, mais chez lesquels les
- S année. — 2* semestre.
- caractères, arrêtés postérieurement par les effets de l’hérédité et devenus ainsi caractères de section n’avaient encore acquis ni la même importance, ni la même fixité. On voit par là que si quelques-unes de ces espèces primitives ont pu, en se dédoublant, donner naissance aux principales sections actuelles, d’autres ont dù périr sans laisser de descendants, et d’autres enfin ont pu, au contraire, arriver jusqu’à nous en demeurant faibles, isolées, pourvues de caractères variables ou ambigus, qui ne permettent de les ranger dans aucune des sections existantes; conséquence des plus naturelles, puisque ces espèces dateraient d’un temps où les sections que nous connaissons n’étaient pas encore définitivement constituées. Il s’ensuit encore que l’aspect des formes comprises dans ces mêmes sections a dù beaucoup
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- varier; elles sont allées en sc compliquant et se diversifiant, par le fait même du mouvement de ramification, au moyen duquel elles n’ont cessé de s’étendre et de se développer. Au contraire, les types isolés et peu féconds, à raison même de ce défaut de plasticité, ont dù garder à peu près intacts les traits de leur physionomie antérieure, soumise aux effets d’une variabilité bien plus restreinte.
- Lamarche que je viens d’esquisser a dù être celle du règne végétal presque entier, dès que l’on admet les lois de l’évolution; mais elle est surtout applicable au groupe des chênes, et c’est pour cela que ceux de la flore aquitanienne, qui se rattachent à un temps où le genre lui-même commençait à obéir à un mouvement d’expansion, ressemblent soit à nos chênes verts qui touchent aux Cerris, d’une part, aux Lepidobcilamis, de l’autre; soit au Quercus vi-rens d’Amérique, type aujourd’hui très-isolé, qui se rapproche également des Lepidobalanus et des Ery-throbalcmus du groupe des aquatica, par l’intermédiaire d’une race hybride fort curieuse, le Q. he-terophylla Michx. La figure 2 aidera mieux que le raisonnement à saisir le point de vue que j’ai cherché à établir.
- J’ai déjà cité le Q. elœna Ung. comme ressemblant au Q. phellos et au Q, virens Ait.; il reparaît dans l’aquitanieh ‘à Manosque, à Bonnieux et ailleurs. Les Q. divionensisS&p. et provectifolia Sap. (fig. 2, n° d) reproduisent le type des Q. imbricaria et laurifolia d’Amérique ; il en est de même du Q. Lyelli Ilr. des lignites de Bovcy-Tracey. Le Q. larguensis Sap., de Manosque, présente des feuilles irrégulièrement lobées comme celles du QH.polymorpha. Chain, et Schl., du Mexique. Le Q. Buchii Web. (fig. 2, n° 2) ressemble évidemment au Q. heterophylla Michx. et au Q. aquatiça Michx., espèces américaines dont les feuilles sont tantôt caduques, tantôt semi-persistantes. Enfin, le Q. mediterranea Ung. (fig*. 2, nos 5-9), de Coumi, retrace fidèlement les traits du Q. pseudo-coccifera Desf., race ambiguë et jusqu’à présent imparfaitement connue, qui se place entre les Q. il ex et coccifera, qu’elle sert à relier entre eux.
- Il existe encore à cette époque de nombreuses Rhamnées, des Juglandées, soit du type ordinaire, soit du type des Engelhardlia asiatiques, quelques Pomacées comparables à notre buisson ardent ou Mespilus pyracantha L., et, parmi les Légumineuses, des Cercis, des Calpurnia, des Casses, des Cæsal-piniées, des Acacia. Je dois signaler, en terminant cette revue nécessairement incomplète, une curieuse espèce de Gymnocladus que son fruit ouvert en deux valves applaties et d’une remarquable conservation range auprès du G. chinensis Baill. (fig. 5), récemment signalé aux environs de Shang-Ilaï. Les Gymnocladus ne comprennent d’ailleurs, dans la nature actuelle, que les deux seuls G. chinensis et canadensis, séparés par de grands espaces intermédiaires. Les types qui se trouvent dans cette situation ont généralement chance d’être rencontrés à l’état fossile; leur disjonction actuelle étant un in-
- dice de leur ancienneté relative et de leur extension à un moment donné des âges antérieurs.
- Si l’on rapproche la flore de Coumi, localité aquitanienne située dans l’îlc d’Eubéc, sous le 58e degré parallèle, des flores également aquitaniennes de la région de l’ambre (54° lat.), et de Bovcy-Tracey, dans le Devonshire (51° lat.), on est immédiatement frappé des ressemblances qui relient les trois localités, et qui démontrent évidemment une très-grande uniformité de conditions climatériques pour l’Europe entière, dans 1 âge dont ces flores ont fait partie. Partout, les mêmes formes dominantes et caractéristiques reparaissent ; partout les masses végétales sont accentuées de la même façon, et le résultat ne changerait pas, si l’on joignait à ces dépôts dispersés aux extrémités de l’Europe celui de .Manosque en Provence.
- Les Séquoia, Taxodium, Glyptostrobus, parmi les Conifères; les aunes du type orienlalis cï'sub-cordata, certaines Myricées (Myrica banksiœfolia Ung., il/, haheœfolia Ung., il/, lœuigata Ilr.) ; des Laurinées, particulièrement des camphriers, des Andromeda du groupe des Leucothoe persistent à se montrer partout en première ligne et dominent évidemment dans les divers ensembles. Il serait pourtant inexact de croire que l’influence de la latitude fut alors de 'nul effet. La région de l’ambre, vers les bords de la Baltique actuelle, est la plus septentrionale de toutes les localités aquitaniennes ; les camphriers (fig. 4), qui maintenant ne végètent en plein air que sur les points les plus abrités du littoral méditerranéen, y abondent, il est vrai; mais, d’autre part, on y remarque l’absence, jusqu’à présent absolue, des Palmiers. Il s’y montre seulement une plante à large feuille du groupe des Scitaminées, peut-être une Zingibéracée ; mais on y observe en revanche de nombreux Smilax, des pins variés du type de nos laricio, une sorte de Nerium (Âpocyno-jdiyllum elongatum Ilr.), plusieurs Myrsine et Leucothoe, et enfin une Rubiacée très-curieuse (Gardénia Wetzleri Ilr.), reconnaissable à scs fruits et que l’on voit reparaître à Bovey-Tracey, ainsi que sur les bords du Rhin (Bonn).
- Les lignites de Bovey, dans le Devonshire, marquent à peu près la limite boréale des Palmiers, lors de l’aquitanicn; cette limite coïncidait avec le 52,: degré lat. M. Ileér a signalé dans cette localité des vestiges qu’il rapporte sinon avec certitude, du moins avec probabilité à la spathe, hérissée d’épines à la surface, ou enveloppe protectrice de l’appareil fructilicateur d’un palmier de la section des Cala-rnées (Palmacites doemonorops, Ilr.). Il faut de nos jours aller jusque dans l’Inde ou dans l’Afrique intérieure pour rencontrer des Palmiers-Rotang à l’état spontané. -
- Le Sabal major se montre un peu plus au sud dans les lignites de Bonn, par 50°,45' de latitude. Ces lignites fournissent d’autres exemples de plantes vraiment tropicales, entre autres les folioles d’un Mimosa ou sensitive, plusieurs Acacia, une Aralia-
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- coe aux feuilles digitécs, une Dombeyée, etc. Par contre, à ccs végétaux se joignent des ormes, des érables, des frênes, mélange inévitable à l'époque que je considère.
- En continuant à descendre vers le sud, on rencontre, non loin de Dijon, les calcaires concrétionnés de Brognon, dont les blocs sont pétris de débris végétaux; leur étude offre d’autant plus d’intérêt qu’il s’agit, non pas d’une formation marécageuse comme celle des lignites, mais d’une collection de plantes ayant servi d’entourage à des eaux limpides et jaillissantes. Un palmier à très-larges frondes, (c Flabellaria latiloba, signalé également dans la mollasse rouge inférieure des environs de Lausanne, est ici l’espèce dominante ; une belle fougère, Lastrœa (an Gyathea?) Lucani. Sap., qui était peut-être arborescente, accompagne le palmier ; elle croissait au bord des eaux, non loin d’un groupe de chênes à feuilles saliciformcs (Quercus provectifolia, Sap., Q. divionensis, Sap.), près d’un figuier, d’un jujubier, d’un laurier, et ces divers arbres se mariaient à un gainier (Cercis Tournoueri, Sap.) (fig. 5), dont les feuilles ont été moulées en grand nombre par la substance calcaire incrustante que les eaux aquitaniennes, probablement thermales, tenaient en dissolution.
- Nous avons ainsi un tableau abrégé et partiel, saisi au coin d’un bois, une échappée du paysage auquel ne manque aucun trait essentiel et qu’anime le fracas des eaux se précipitant en Ilots écumcux.
- Le paysage devient tout autre, si l’on veut suivre le professeur lleer aux environs de Lausanne, et lui demander l'esquisse de la contrée aquitanienne qui occupait la place du canton de Vaud. Rien déplus frais, de plus calme, de plus opulent et de plus varié à la fois ne saurait se concevoir. Je ne puis mieux faire que de répéter les détails et d’emprunter jusqu’aux expressions dues à la plume du savant professeur de Zurich1. — Un lac s’étendait alors des environs de Vevey à ceux de Lausanne. Sur ses bords on voyait se profiler les frondes en éventail des Sabals et des Flabellaria, et les longues palmes du Phœniciles. Plus loin, les lauriers, les figuiers, les houx, certains chênes mêlaient leur feuillage ferme, lustré ou d’un vert sombre et mat, aux branches opulentes, déployées en masses profondes, des camphriers et des canneliers. Les acacias aux rameaux tordus et aux fines folioles se détachent gracieusement sur le miroir des eaux; des fougères grimpantes à la tige flexible et déliée, des salsepareilles entrelacées aux rameaux des arbres dont elles étreignent le tronc: plus loin, des érables plantureux complètent le rideau que forme autour du lac une lisière continue de végétaux. A la surface de l’eau s’épanouissent les feuilles du Nymphœa Charpentieri, Ilr., associé au Nelumbiurn Buchii, Les laiches à grandes feuilles, les souchets, de grands roseaux s’élèvent du sein des eaux, tandis
- 1 Voy. le Monde primitif de la Suisse. Tend, de l’iilleinaml par Isauc Dcuiole, p. 54G. t— Genève et Bdle, Jib. Georg., 1872.
- que dans le fond paraissent d’autres palmiers de formes diverses et môme une broméliacée épiphyte, plante à physionomie exotique, dont la présence n’exclut pas celle d’un grand noyer, d’un aune et d’un nerprun, peu différents de ceux que nous avons sous les yeux. —M. Ilecr estime qu’il faudrait maintenant rétrograder de 15 degrés plus au sud pour avoir la possibilité d’oblenir un ensemble pareil à celui dont les vestiges ont été recueillis aux environs de Lausanne.
- Manosque n’offre rien de plus méridional dans l’aspect. Les débris de végétaux que celte localité nous a conservés, consistent principalement en feuilles et en fruits légers ou en semences ailées, qui paraissent avoir été entraînés au fond des eaux où se formait le dépôt, surtout par l’impulsion du vent combinée avec l’action d’un faible courant à son embouchure. Le lac était considérable; il mesurait au moins 60 kilomètres, de Peyruis aux alentours de Grambois, non loin de Pertuis; il semble que l’endroit qui a fourni la majeure partie des empreintes, et qui se nomme le quartier du Bois-d'Assort, point situé entre Dauphin et Vol\, ait été jadis à proximité d’un puissant escarpement montagneux, dont le rocher secondaire de Yolx serait un dernier débris. Une végétation fraîche et d’un caractère relativement moins méridional aurait recouvert les flancs tournés au nord de ce grand massif (fig. 1). La flore de Manosque, comme celle des gypses d’Aix, renferme deux catégories juxtaposées de végétaux ; mais ici les deux catégories, bien que toujours inégales, se balancent mieux. I)’un côté, sont de rares débris de Palmiers, des Séquoia, des Glyptostrobus, des Myricées à feuilles allongées, coriaces et dentées, des Diospyros, des Leucolhoe, une foule de Laurinées, des allantes, des Légumineuses varices et d’affinité subtropicale ; de l’autre, paraissent des aunes et des bouleaux, des hêtres et des charmes, des peupliers et des saules, des frênes et des érables, quelques pins; moins abondants comme nombre et comme fréquence, que les arbres de la première catégorie, et dont les dépouilles entraînées des pentes et des escarpements boisés de la montagne sont venues, bien qu’avec moins de facilité, se confondre au sein de l’eau avec les espèces qui entouraient immédiatement l’ancienne plage lacustre. Ce n’est là qu’une conjecture; mais elle ne manque ni de vraisemblance ni d’un commencement de preuves.
- Les eaux tranquilles du lac de Manosque étaient fréquentées par une belle Nyinphéaeée [Nymphæa calophylla, Sap.), par une foule de Cvpéracées, par des massettes ; à l’ombre des grands arbres, croissaient des fougères variées dont j’ai précédemment signalé les principales : Osmunda lignitum, Ung., Lastrœa styriaca, Ung., Pteris pennœformis, Ilr., Pteris urophylla, Ung., Lygodium Gaudini, Ilr., Chrysodium aquitanicum, Sap. (nov. sp.).
- Avant de passer en Grèce et d’aborder la localité de Coumi, que j’ai déjà signalée à plusieurs reprises, si nous nous dirigeons vers l’est et que nous
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- franchissions les Alpes, nous rencontrerons le dépôt aquitanien des lignites de Cadibona, déjà nommé à propos du Phœnicites Palavicini, Sism., qui le caractérise. Deux autres points de la région
- Fig. 2. — Principaux chênes aquitaniens.
- 1. Quercus provectifolia , Sap, ( Brognou ). — 2. Q, Buchii, 0. Web. (Bonn). — 3. Q. larguensis, Sap (Manosque). — L Q. Cgri, Ung. (Coumi). — 5. Q. medilerranea, Ung. (Coumi).
- piémontaise, Stella et Bagnasque, situés sur le môme horizon, ont également fourni des plantes qui diffèrent trop peu de celles de Manosque pour mériter
- Fig. 3. — Gymnocladus inacrocarpa, Sap. (Manosque).
- 1. Fruit ouvert. 2. Foliole. 3. Portion do feuille restaurée.
- de nous arrêter ; mais si l’on traverse l’Italie pour atteindre le rivage opposé de l’Adriatique, on rencontre, en Croatie, le célèbre dépôt de liadobqj, dont les plantes fossiles, décrites par le professeur !
- Unger, s’élèvent à plus de 280 espèces, lladoboj n’est pas un dépôt purement lacustre, comme la plupart des précédents, ni terrestre et superficiel comme celui des calcaires concrétionnés de Bron-gnon, mais un dépôt d’embouchure, formé sous l’influence d’un courant lluviatile au contact des
- Fig. i. — Camphrier européen miocène. Cinnamomum polymor-phum, Ung.
- 1. Bnineau (Manosque). 2. Inflorescence ( Œningen ). 2*. Une fleur giossie. 5. Ramules chargés de fruits. 5*. Deux de ces fruits légèrement grossis.
- flots de la mer. La présence d’un certain nombre d’algues, associées aux empreintes des plantes terrestres, atteste la réalité de cette situation. Les espèces sont en grande partie celles qui ont été dési-
- Fig. 5. — Gaiuier aquitanien.
- 1-2. Gercis Tournoueri, Sap. Feuilles.
- gnées comme caractérisant plus particulièrement l’aquitanien; d’autres sont communes à cet étage et au miocène proprement dit; d’autres aussi, comme le bel Àralia Hercules, les Palœoçarya, ÏOstrya atlanlidis, Ung., etc., se retrouvent à Ar-missan et accusent une liaison avec le tongrien supérieur, ou tout au moins avec la partie ancienne de l’aquitanien. Le fleuve dont les eaux entraînèrent un si grand nombre de fossiles et de débris végé-
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- taux de toutes sortes, parcourait sans doute une région fertile et boisée. Les groupes aujourd’hui exotiques des Rubiacées frutescentes, des Myrsinées,
- Fig. 6. — Types de légumineuses de Radoboj.
- 1. Acacia insignis, Un g. Légumes. -2-3. Copaifera radobojana, ,Ung, 2. Fragment de l'euille avec foliole. 3. Fruit.'
- des Sapotacées, celui des Diospyrées, les Malpighia-cées, les Sapindacées, les Célastrinées, et, par-dessus tout, les Légumineuses de toutes les tribus sont riche-
- Fig. 7. — Aristolochia venusta, Sap. Feuille (Radoboj).
- ment représentés. L'Acacia insignis, Ung. (fig. 6), ressemble beaucoup à l’A. Bousqueti, Sap.,d’Armis san, de même que le Copaifera radobojana, Ung., se range non loin de Copaifera armissanensis, Sap. Généralement, les deux localités tertiaires, celle de
- Croatie et celle de l’Aude, présentent une étroite
- Fig. 8. — Araliacée aquitaniennè dé Coumi (Eubée). Ctmonia po-hjdrys, Ung.
- Feuille dipitée presque complète y compris le pétiole, d’après un spécimen figuré par M. Unger.
- Fig. 9. — Dernière Cycadée européenne (portion de fronde). Encephalartos Gorceixianus, Sap. (Coumi).
- liaison par la quantité de formes identiques ou son-
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- lement analogues qu’elles renferment. Un genre de plantes sarmenteuses et vohibiles, dont les tiges devaient s’enlacer dès cette époque aux branches des plus grands arbres et s’associer aux Salsepareilles, a encore laissé des traces incontestables de sa présence à Radoboj ; je veux parler des Aristoloches, dont la figure 7 représente une fort belle espèce, provenant de cette localité et qui paraît avoir échappé à la perspicacité du professeur Unger, qui ne l’a pas connue.
- La localité de Coumi (île d’Eubée) se distingue de celle de Manosque, dont elle est contemporaine, par une plus grande profusion de formes méridionales, bien que celles de la zone tempérée soient loin d’en être exclues. Les genres aune, bouleau, charme, peuplier, érable, s’y trouvent représentés, mais seulement à l’aide d’un petit nombre d’exemplaires. Les chênes verts, les Myricées à feuilles persistantes, les Diospyros, les Myrsinées, les Légumineuses abondent et forment la grande masse de l’ensemble. On distingue une Araliacée de tvpe africain (lîg. 8), dont les feuilles digitées ressemblent à celles des Cussonia; les Acacias y sont fréquents, les Séquoia et les Gli/ptostrobus dominent parmi les Conifères, sans exclure précisément les Callitris et Widdringtonia, à l’exemple de ce qui se passait en Provence à la même époque. Les Palmiers sont jusqu’ici inconnus à Coumi, mais, en revanche et comme pour attester l’influence de la latitude et le voisinage de l’Afrique, une Cycadéc congénère des Encephalartcs de ce continent y a été découverte, il y a environ trois ans, par M. Gorceix; c’est ÏEnce-phalartos Gorceixianm, Sap., dont la ligure 9 représente une fronde presque entière. Cette Cyea-dée est sans doute une des dernières qui ait persisté sur le sol de l’Europe tertiaire, où la présence du groupe a été longtemps considérée,comme problématique. 11 faut bien l’avouer, nous ne connaissons que très-superficiellement la végétation miocène et seulement par ses côtés les plus vulgaires. Les stations rapprochées des eaux ou voisines des parties boisées sont presque les seules dont il nous ait été donné de recueillir les plantes. Les autres points situes à l’écart, abrités par certains accidents du sol, ou placés dans des conditions toutes spéciales, nous échappent nécessairement. Bien des épaves soustraites aux destructions antérieures devaient alors survivre çà et là au sein de l’Europe, comme ces édifices gothiques qui frappent l’œil au milieu des quartiers modernes de nos grandes villes. Cette uniformité qui nous frappe si justement dans la flore aquitanienne devait s’étendre surtout au voisinage des lacs, alors si nombreux. Certaines stations, plus rares et en général plus pauvres que les dépôts les mieux connus, semblent échapper effectivement aux effets de l’uniformité dont l’aspect paraît alors si général ; ces stations nous dévoilent tout d’un coup le tableau d’associations végétales dont la physionomie contraste avec celles que l’on observe le plus ordinairement. 11 en est ainsi de Bonnienx, en Pro-
- vence, localité voisine d’Apt (Vaucluse) et contemporaine de celle de Manosque. lies Protéacées, des Rhizocaulées, de maigres Quercinées, un saule de type entièrement exotique, des arbustes de petite taille et probablement chétifs de feuillage, peuplaient ce canton, lors de l’aquitanien ; là aussi une Cyca-dee (Zamites epibius, Sap.) a laissé l’empreinte d’une fronde de petite taille, et cette empreinte se trouve accompagnée d’une autre qui rappelle singulièrement les strobiles de certaines Zamiées actuelles.
- Il faut conclure de ces divers faits que dans toutes les époques la nature végétale ne s’est dépouillée que graduellement de l’aspect qu’elle avait d’abord revêtu, et qu’elle a gardé plus ou moins longtemps certains éléments isolés et comme dépaysés au milieu d’un ensemble déjà presque entièrement renouvelé. C’est ainsi que, de nos jours, plusieurs plantes européennes ne se maintiennent plus que par artifice, sur des points restreints ou même dans des stations uniques ; d’autres, comme le Geratonia sili-qua et le Ckamœrops humilis, achèvent de dispa-taître du sol français, tandis que le houx a quitté, il y a moins d’un siècle, la Norvège où l’on en connaissait quelques individus que l’on chercherait vainement à l’heure qu’il est.
- Comte G. ne S ajouta,
- Correspondant de l'Institut,
- ÉTRANGÈRES
- Académie des sciences de Vienne. — Séance du 7 juin 1877. — M. Micksche, consul austro-hongrois à la Canée (lie de Candie ou de Crète), envoie des renseignements sur le tremblement de terre qui se fit sentir à la Canée, dans la nuit du 14 au 15 mai 1877. Trois secousses successives avaient été précédées d’un calme extraordinaire régnant dans l’air et à la surface de la mer. La direction des secousses était du nord au sud. f.e phénomène sismique fut suivi immédiatement de tempêtes violentes et d’un vent persistant de nord-ouest. — M. Steindaclmcr remercie l’Académie de lui avoir accordé une subvention pour son voyage iehthyologique aux lies Britanniques et dans les pays Scandinaves.
- Extrait des observations météorologiques d’avril 1877, à Ilohe Warte, près de Vienne. Minimum de pression barométrique de 758,57 millimètres, et un maximum de 759,02. La température varie de 6 degrés Celsius à 11°,22. Le maximum de l’insolation lut de 51e,2, le 5 avril. La vitesse maxima du vent fut de 25™,8 par seconde.
- Séance du 14 juin 1877. — Le secrétaire dépose un mémoire de M. Rodolphe Benedikt, relatif à faction du brome sur la chloroglucine et des recherches sur les moyens de former de l'acide dans l'orçjanisme ainsi que sur quelques rapports du sérum sanguin, par M. le professeur Maly, de Cratz. — M. Sipocza étudié les minéraux kenngottite et iniargyrite. 11 a constaté qu’il y avait égalité entre la kenngottite et la iniargyrite de Brauinsdorf. Il a découvert dans la kenngottite ~~ de plomb, et dans une iniargyrite de Felsobanya de plomb. — En 1872-1875, l’expédition arctique austro-hongroise recueillit 26 espèces de kolenlérates, 17 d’échinodennes et 42 vers. Sur
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- ccs 85 espèces, on comptait : 4 spongies, 2 anthozoés,
- 1 holothurie et 1 ver-brosse, décrits pour la première fois.
- Le point le plus septentrional où furent recueillis des êtres vivants, était situé au 79e 0 15' 2" de latitude boréale.
- Séance du 21 juin 1877. — Le docteur Krauss, attaché au Musée zoologique de l’empereur François-Joseph, a envoyé un mémoire sur les orthoptères du Sénégal. L’auteur y décrit plusieurs genres nouveaux. — Un mémoire de M. Hornstein, de Prague, est intitulé : Comment le vent dépend probablement des périodes des taches solaires. À Prague comme à Oxford, quand les taches solaires vont du minimum au maximum, les vents soufflent, en moyenne, du sud vers l’ouest ; c’est le contraire, quand les taches vont du maximum au minimum. À Prague le maximum et le minimum de la force moyenne du vent coïncident avec le maximum et le minimum de la période de onze ans des taches solaires. M. Hornstein déclare que son travail est basé sur 240 000 observations. — SJ. le docteur Fingcr, Privât docent à l’université de Vienne, présente un mémoire relatif à l’influence de la rotation de la terre sur les mouvements des cours d’eau et des vents. L’auteur a remarqué que les vents d’est font habituellement monter le baromètre, et que les vents d’ouest pro- duisent l’effet contraire. À Vienne, au mois de mai 1877, le maximum de la pression atmosphérique fut, le 2 mai, de 740 millimètres, 8 ; le minimum (753,8) eut lieu le 9. Le 30, le thermomètre marqua + 20 degrés centigrades ; il avait marqué, le 2, — 0,2. Le 50 mai, au soleil, le thermomètre marquait + 55,7.
- Séance du 5 juillet 1877, — L’ambassade de Suède-Norvège près la cour de Vienne envoie un mémoire de M. Nysom sur les variations de profondeur des rivières de la Norvège, notamment du Glommen. — Le docteur Stcindachner adresse une note sur deux nouvelles espèces de lézards de l’Amérique méridionale et de Bornéo, le Tejovaranus Branickii et le Lanihonoius Bornecnsis. — 11. C. Doelter, professeur à Graz, rend eoinplo d’un voyage minéralogique, effectué durant la présente année, en Sardaigne et dans les ilôts avoisinants de San Antioca et San Pietro. Il a visité particulièrement le Monte Ferru, le plus remarquable des volcans éteints de la Sardaigne. Au nord de Pozzo Maggiore, dit-il, se trouvent des volcans dont les cratères sont très-bien conservés. M. Docl-ter, qui remercie- l’Académie de la subvention dont elle l’a honoré, a tracé sur l’échelle de eooonâ’ une car'-e om" brassant le pays situé entre Oristano et Bonaro, au nord de Pozzo Maggiore.
- Séance du 12 juillet 1877. — M. Alphonse Borelly, de Marseille, remercie l’Académie de lui avoir accordé un prix pour sa découverte d’une comète télescopique. — MM. Marno et de Marenzeller remercient pareillement l’Académie de leur avoir accordé des subventions, au premier pour la publication de son Voyage en Egypte, au Soudan et au Kordofan; au second, pour la continuation de ses études relatives à la faune de la mer Adriatique.
- Séance du 19 juillet 1877. — Le docteur Gustave Gruss, attaché à l’observatoire de Prague, envoie une détermination de l’orbite de la Loreley, 165e planète télescopique; il y parle des perturbations causées par Saturne et Jupiter. D’après les observations faites à Vienne, le 15 juin 1877, le thermomètre centigrade, exposé au soleil, s’éleva à 65°,9. Le minimum hygrométrique fut de 51 degrés le 19 juin; il avait été de 53 degrés le 18 mai 1877. La plus grande vitesse du vent fut, en juin 1877, de' 50m,3 par seconde : elle avait été de 19m,4, en 1877 U
- 1 Au mois de juin 1877, le maximum de la pression atmo-
- B’après les expériences de M. Schuhmeister, sur les corps conducteurs de la chaleur, si la faculté conductrice de l’air atmosphérique = 1 ; celle du coton = 57, celle de la laine de mouton — 12 et celle de la soie = 11.
- Académie des sciences de Belgique. — Séance du 15 mai. — Sur les sous-normales polaires et les rayons de courbure des lignes planes, par M. Emile Ghysens. — Morphologie du système dentaire des races humaines, par M. le docteur Ernest Lambert. — De l'influence de la forme des corps sur leur attraction, par M. C. Lagrange. — Sur le classement statigrapliique des phoques fossiles recueillis dans les terrains d’Anvers, par M. Michel Mourlon. — Quelques remarques à propos de l’hiver 1876-77. — Périodicité des hivers doux et des étés chauds, par M. A. Lancaster. — De l'application du rhé-électromètre aux paratonnerres des télégraphes, par M. Melsens.
- Séance du 2 juin. — Théorèmes relatifs aux foyers des coniques, par M. Boset. — Bévision de la flore heer-sienne de Gelinden, par MM. le comte de Saporta et Ma. rion. — Note sur quelques massifs de la province du liai-naut, par MM. L. Cornet et A. Briarl. — Un mot sur une baleine capturée dans la Méditerranée, par P. J. van Be-neden.
- Séance du 7 juillet. — De l'influence de la forme des corps sur T attraction qu’ils exercent, par M. C. Lagrange. — Recherche sur la coagulation du sang, par M. Léon Fredericq.
- les singesInthropomorphes
- (Suite et fin. — Voy. p. 161, 181, 219 et 227.)
- Tout en se rattachant,aux singes supérieurs pour le développement de leur boîte crânienne et de leur encéphale et par Tabsence de queue et d’abajoues, les1 Gibbons offrent déjà des signes manifestes de dégradation, et présentent comme les singes infé-!> rieurs des callosités ischialiques. Leurs bras sont encore plus développés que ceux de l'Oj'ang, l’extrémité des doigts traînant sur le sol quand l’animal est dans une position verticale, et aux membres antérieurs, le pouce n’étant pa& englobé dans un repli de la peau, semble formé de trois phalanges. Enfin, le crâne, beaucoup moins robuste que celui du Gorille et du Chimpanzé, n’est point hérissé, chez le mâle, de crêtes aussi saillantes, et les mâchoires ne sont point armées de canines aussi développées.
- Au dire de tous les voyageurs, les Gibbons dans leurs forêts natales montrent une agilité vraiment extraordinaire, et même à bord des navires sur lesquels ils sont embarqués, ces animaux, jouissant d’une liberté relative, sont loin de demeurer tristes et immobiles comme dans les cages étroites de nos jardins publics. Un de ces singes, que M. George Bennett ramena de Singapore, marchait aisément dans une position verticale, mais en se dandinant de droite à gauche, laissant tantôt pendre ses bras le long de son corps, tantôt les relevant pour saisir plus facilement une poutre ou un cordage. Dans la marche, le pouce des membres antérieurs se plaçait
- sphérique fut de 752 millimètres 7, le 50 juin, et le minimum de 759,1, le 15 juin.
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- à angle droit par rapport à la plante des pieds, afin d'offrir au corps une large base de sustentation. A bord du navire, ce Gibbon, par son adresse et la rapidité de scs mouvements, faisait les délices de l’équipage. Il avait pris particulièrement en affection un jeune garçon de race papouane, et s’amusait souvent à jouer avec lui, le culbutant avec ses pieds sur le pont, ou l’enlaçant entre ses bras, en feignant de vouloir le mordre. Quand on cherchait à le saisir, d’un bond il s’échappait et gagnait en un clin d’œil quelque poste élevé, d’où il semblait narguer ceux qui le poursuivaient. D’abord il avait cherché à nouer des relations amicales avec d’autres singes
- qui se trouvaient à bord,* mais ces avances ayant été repoussées, il s’en vengeait par force mauvais tours. Son humeur, du reste, n’était nullement égale, et à la moindre contrariété, il entrait en fureur, et se roulait par terre en poussant des cris déchirants. Un de ses jeux favoris consistait à se suspendre par un bras à un cordage, et à se balancer ou à tourner sur lui-même, en roulant les yeux comme une personne qui va rendre lame. Il aimait aussi à déranger les menus objets épars dans la cabine, et profitait du moment où son maître était occupé à écrire, pour lui dérober silencieusement une brosse ou un pain de savon, mais aussitôt qu’on tournait les yeux de
- Fig. 1.— Le Gibbon synckctyle (Uylobates syndaclylus).
- son côté, il avait l’air confus d’un enfant pris en faute, et remettait en place le fruit de son larcin.
- Son régime était essentiellement végétal, et consistait presque uniquement en fruits et en légumes : les carottes lui plaisaient particulièrement, et pour en obtenir un morceau, il courait d’un bout de la cabine à l’autre, sautant sur la table et passant entre les plats sans les effleurer. Quelquefois cependant il se décidait à accepter de la chair de poulet, et un jour même on le vit dévorer avec avidité un lézard vivant que l’on avait pris à bord. Il buvait volontiers du thé, du café ou du chocolat, mais jamais de vin ni de liqueurs, et avait soin de tâter préalablement avec la langue le breuvage qu’on lui présentait. Pour boire, tantôt il se servait de sa
- main comme d’une coupe, tantôt il se contentait de plonger son museau dans le liquide, en avançant sa lèvre inférieure, naturellement très-proéminente.
- Toutes les espèces du genre Uylobates sont asiatiques et habitent l’Inde continentale, la presqu’île de Malacca, et les îles de Java, de Sumatra et de Bornéo. La plus remarquable assurément est le Sia-mang ou Hylobates syndactylus, ainsi nommé, parce qu’il a l’index uni au doigt médian jusqu’au niveau de la première phalange. C’est un animal do 1 mètre à lm,$4 de haut, dont le corps est revêtu de poils noirs fort serrés, et dont la gorge tuméfiée par un développement excessif des poches laryngiennes , est recouverte d'une peau noire e onctueuse. 11 habite l’île de Sumatra, où il a été
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- Fig. 2, — Le Gibbon a joues blanches (Hylobates leucogenys), d’après l'individu vivant actuellement au Jardin zoologiipi
- de Londres.
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- découvert il y a une cinquantaine d’années par le voyageur Duvauccl, et vit en troupes plus ou moins nombreuses, qui sont conduites par un mâle adulte. Pendant la chaleur du jour, ces singes restent silencieux et blottis sous le feuillage, mais le soir et le matin ils se mettent en mouvement et poussent des cris assourdissants. Duvauccl rapporte que dans cette espèce, les mères montrent beaucoup de tendresse pour leurs petits et les lavent chaque jour avec soin, tandis que les autres Gibbons laissent leur progéniture dans un état de malpropreté révoltante. Aussi, se fondant sur cette différence de mœurs et sur l’absence de poches laryngiennes, M. Gray a-t-il cru devoir séparer génériquement du Siamang les autres espèces d’Ily lobâtes, tels que le Gibbon cendré de Java, le Gibbon agile ou Wouwou et. le Gibbon de Baffles, de Sumatra, le Gibbon de Muller, de Bornéo, le Gibbon hoolock, de l’Inde, le Gibbon entelloïde, de Malacca, et le Gibbon lar de la péninsule Indo-Malaise. Ce dernier est de tous les Gibbons le plus anciennement connu ; c’est Y Homo lar de Linné, le Grand Gibbon et le Petit Gibbon de Buffon et de Daubenton1. 11 est de couleur noire, avec la face encadrée de poils blanchâtres et ressemble un peu au Wouwou, avec lequel certains naturalistes semblent l’avoir confondu.
- Par son système de eoloi'ation il se rapproche beaucoup du Gibbon à joues blanches (Hylobates leucogenys) dont le Jardin zoologique de Londres vient de recevoir un beau mâle adulte, envoyé par M. Newman, consul d’Angleterre à Bangkok. C’est d’après cet individu, le premier sans doute qui soit parvenu vivant en Europe, qu’a été exécutée la gravure ci-jointe (fig. 2), assez exacte pour nous dispenser d’une description minutieuse. Nos lecteurs verront en effet que dans cette espèce, comme dans le Gibbon lar, le corps est d’un noir assez foncé, et que la face presque glabre, est limitée inférieurement par une bande blanche s’étendant d’une oreille à l’autre à travers la gorge. Sur la tête les poils se redressent comme une sorte de toupet^d’un effet très-original. Dans la position verticale, ce Gibbon mesure environ 2 pieds 6 pouces. Il se montre très-intelligent; et d’après le Field, auquel nous empruntons ces adétails, il vit en bonne harmonie avec un Babouin (Cynocephalus papio) placé dans la même cage. Tous deux rivalisent d’agilité, et amusent fort le public par leurs gambades.
- Le type anthropomorphe était déjà représenté sur la surface du globe pendant la période tertiaire. Le Pliopithecus découvert par M.Lartet dans(ja colline de Sansan est en effet un véritable Gibbon par la dentition, et le Dryopithecus de Saint-Gaudens, décrit par le même auteur, de même que VÔregpi-thecus de Monte Bamboli, doivent être classés également parmi les singes supérieurs. Au premier abord ces faits semblent appuyer les théories émises par M. Ernest Haeckel dans son Anthropogénie et son
- * Le Petit Gibbon, de Buffon, a été décrit d’après un jeune individu du Grand Gibbon ou Gibbon lar.
- Histoire de la Création : on sait en effet que le célèbre professeur de l’Université de Iéna suppose qu’à une époque extrêmement reculée, les Lémuriens ou Prosimiæ ont donné naissance aux singes partagés immédiatement en deux types, Platyrrhiniens et Catarrhiniens. De ceux-ci seraient issus plus tard, d’un côté les Cynocéphales et les Semnopi-theques, de l’autre un Anthropoïde primitif, père des Anthropoïdes africains et des Anthropoïdes asiatiques. Ces derniers, continuant leur évolution, auraient produit d’une part le Gibbon et l’Orang, de l’autre les Singes-hommes ou Alali, nos véritables ancêtres, tandis que les Anthropoïdes africains se seraient arrêtés aux types Gorille et Chimpanzé. Mais, si les choses s’étaient passées ainsi, les Singes inférieurs, et à plus forte raison les Lémuriens auraient évidemment précédé dans la série géologique les singes anthropomorphes; or il n’en est rien. On a découvert les premiers vestiges des Lémuriens et des Singes inférieurs dans les terrains tertiaires, pres-qu’au même niveau que le Dryopithecus, le Pliopithecus et Oreopithecus dont nous parlions plus haut : ceux-ci ne peuvent donc être considérés comme un étape entre les Catarrhiniens inférieurs et l’espèce humaine. D’ailleurs comme nous avons déjà eu l’occasion de le rappeler dans d’autres circonstances, il n’est plus possible à l’heure actuelle de rattacher les Lémuriens aux Singes et à fortiori de les faire dériver les uns des autres, les recherches récentes de MM. Milne Edwards et Grandidier ayant pleinement démontré que les Lémuriens n’ont des Singes que la forme extérieure, et qu’ils s’éloignent complètement de ces animaux par l’ensemble de leur organisation et par leur mode de développement.
- ,Ul. .E. OlISTALET.
- P. S. Pendant que cet article était en cours d’impression, le Muséum d’histoire naturelle a reçu de M. Riedelj'l’un de ses correspondants les plus zélés et les plus généreux, quatre jeunes orangs (trois1 femelles et un mâle) et plusieurs animaux rares, tels qu’un Ictide Benturong et un Athérure de BornéoALê président de la Société des colons explorateurs, M. Bran de Saint-Pol-Lias, qui revenait de Sumatra par le même paquebot, a bien voulu se charger de veiller sur cet envoi, qui, grâce à des soins particuliers, est arrivé dans d’excellentes conditions. Seul un des orangs a souffert de la traversée, et' se trouve dans un état de santé qui laisse beaucoup à désirer; quant aux trois autres, ils sont pleins de vigueur, et dévorent avec beaucoup d’appétit les fruits et le riz qui constituent le fonds de leur nourriture. Toutefois nous ne saurions trop engager nos lecteurs à se hâter de faire une visite à la singerie du Jardin des plantes, les orangs, comme tous les singes antroponiorphes originaires des pays chauds, ne pouvant supporter longtemps les rigueurs de notre climat.
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- ACOUSTIQUE BIOLOGIQUE1
- Dans le cours qu’il protcsse à l’Ecole de médecine, M. Gavarret consacre chaque année un certain nom-i)re de leçons à la physique biologique, c’est-à-dire aux applications spéciales de la physique aux propriétés des êtres vivants. Pendant le semestre de 1876-1877, le savant professeur s’est occupé de l’acoustique considérée particulièrement en vue de l’étude des phénomènes de la phonation et de l’audition, et, comme il l’avait fait les années précédentes, il vient de publier ces leçons auxquelles il ne manque que la parole chaude et colorée qui les a prononcées aux applaudissements d’un nombreux auditoire.
- 11 nous paraît difficile d’analyser sèchement cet ouvrage, et nous croyons que l’on en saisira mieux l’intérêt en en résumant une partie que nous choisissons parmi celles qui sont le moins ordinairement étudiées dans les traités classiques.
- L’acoustique peut être considérée à deux points de vue absolument différents : Au point de vue objectif, et elle comprend alors l’étude des vibrations des corps élastiques : conditions de la production, de la propagation, de la transmission des vibrations. A cet égard, l’acoustique dépend absolument de la mécanique rationnelle dont les principes et les raisonnements trouvent leur application intégrale : l’étude des vibrations peut être faite par un moyen quelconque autre que l’oreille.
- Au point de vue subjectif, nous nous occupons surtout des sensations produites sur notre organisme par ces vibrations : c’est alors seulement qu’il convient de parler du son et de ses qualités, qualités qui sont liées comme on sait aux conditions diverses des vibrations. Inversement alors, les sensations permettent d’étudier les conditions des vibrations en tant que nombre, variations d’amplitude, etc.
- Laissant de côté ce qui se passe dans le cas de vibrations simples, nous allons nous occuper des effets produits lorsque des vibrations différentes parviennent en un même point, particulièrement au point où se trouve l’oreille. Mais auparavant, faisons connaître rapidement les procédés que l’on emploie maintenant pour étudier les vibrations en dehors de l’oreille. La méthode de Duhamel est la première idée de la méthode graphique si fréquemment employée depuis : le corps sonore, par exemple une tige élastique T mise en vibration par un archet (fig. 4) porte à son extrémité une pointe fixe A. Un cylindre E F, dont la surface est recouverte de noir de fumée, est porté sur un axe DY dont une extrémité est fdetée et passe dans un écrou ; lorsque l’on agit sur la manivelle, le cylindre se déplace devant la pointe A que l’on a approchée jusqu’au contact, et
- 1 Phénomènes physiques de la phonation et de l’audition, par J. Gavarret, professeur de la Faculté de médecine, membre de l’Académie de médecine. — 1 vol. in-8°, 600 pages, 95 gravures. — Paris, G, Masson, 1877.
- qui trace une hélice si elle est au repos, mais qui, si elle vibre, trace une ligne sinueuse dont le nombre de dents indique le nombre de vibrations. Le même principe est appliqué dans le phonautographe de Scott (fig. 2), où sur un cylindre G viennent s’inscrire les vibrations d’une membrane portant un style et fixée à l’extrémité d’un cornet paraboloïdc A. La membrane est mise en mouvement par les vibrations de l’air et, comme dans le cas précédent, on peut non-seulement déterminer le nombre de ces vibrations, mais encore leur forme.
- Une méthode absolument différente est celle des flammes manométriques de Kœnig. L’appareil consiste en une petite capsule de bois fermée par une membrane très-mince m, en caoutchouc (fig. 5), et dont la paroi solide est percée de deux trous a, b. Au trou a est ajusté un tube en caoutchouc T qui apporte un courant de gaz d’éclairage à pression constante; ce gaz s’échappe par un petit bec fixé au trou b, et forme un jet que l’on allume. On comprend que la flamme s’allongera ou se raccourcira suivant que la membrane sera refoulée vers l’intérieur ou vers l’extérieur; les vibrations de cette membrane amèneront donc des changements dans les dimensions de la flamme; mais ces changements très-rapides ne pourraient être vus si on regardait directement la flamme, tandis qu’ils deviennent distincts si on regarde celle-ci soit à l’aide du phéna-kistiscope, soit à l’aide d’un miroir tournant. On aura dans ce dernier cas l’apparence I (fig. 4) si la flamme est immobile, et l’effet II si la flamme vibre : par un même mouvement du miroir, les dentelures seront d’autant plus serrées que les vibrations seront plus rapides.
- Que doit-il arriver si en un même point de l’atmosphère parviennent deux vibrations, par exemple deux vibrations égales et contraires. La mécanique enseigne que dans ces conditions il y a interférence, c’est-à-dire que les molécules aériennes restent immobiles. L’expérience suivante due à M. Kœnig, montre qu’il en est bien ainsi.
- Un tube cylindrique Of (fig. 5) se divise en f en deux branches dirigées, l’une vers m, l’autre vers n, et qui, après s’être recourbées, se terminent en g et g' où elles sont mises en rapport avec deux capsules manométriques cet c' montées sur une planchette p. La portion bnb' de la branche n peut glisser suivant ab a!b', comme le tuyau d’un trombone ; de telle sorte que des vibrations émanant d’un diapason placé en D arrivent en g et g' dans la même période ou dans des phases différentes, suivant que les chemins fmg et fng' sont égaux ou inégaux.
- Les deux capsules c et c' alimentent trois flammes différentes (fig. 6) ; les flammes det d" sont alimentées par les capsules c et c1 respectivement; la flamme d reçoit du gaz des deux capsules à la fois, et manifeste la résultante des deux actions produites par les vibrations parvenant aux deux capsules. Enfin, un miroir tournant M permet de se rendre compte du mouvement de vibration des flammes.
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- LA NATU15L
- Si les chemins fmg el fnif sont égaux, les
- Fig, 1. — Expérience de Duhamel
- mouvements vibratoires arrivent aux capsules dan
- Fig- 2 -- Phonautograplie de Scott.
- la même phase et s’ajoutent. On observe alors dans
- Appareil de Kœnig,
- le miroir l’apparence I (fig. 7) : les dentelures de la bande moyenne qui correspondent à la flamme d
- sont alors plus grandes que les flammes extrêmes. Mais, si l’on allonge le chemin fng', il arrivera un moment où les vibrations en g et g' seiont absolument en discordance et le miroir donnera des images comme II : il y aura interfèrent e.
- Une membrane tendue sur laquelle on met du sable ou le long de laquelle, lorsqu’elle est verticale, on place un petit pendule qui permet de recon-
- Fig. A.
- naître l’existence de vibrations par le mouvement imprimé au sable ou au pendule : c’est ce procédé que Seebeck a employé pour rechercher les interférences qui se produisent entre un son direct et le son réfléchi, dans l’écho.
- Si les vibrations qui viennent à se superposer ne sont pas égales et contraires, il n’y a pas inter (è-
- Fig. 5. — Expérience de Vinierférence du son.
- rence complète, mais la forme régulière est modi-| fiée : c’est ce que l’on voit très-nettement dans la I figure 8, qui montre la forme de la flamme dans J différents cas de superpositions de vibrations. De 1 même, dans ce cas, les tracés graphiques présente-| raient des dentelures de formes variables suivant les 1 circonstances, mais toujours plus ou moins compliquées.
- Reprenons maintenant rapidement la même question au point de vue subjectif. L’interférence correspondant à l’absence de mouvement vibratoire ne
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- peut donner naissance à un son, bien que chacun des deux mouvements vibratoires composants soit susceptible d’en produire un; c’est-à-dire que, quelque bizarre que cela puisse paraître, dans des conditions convenables, un son ajouté à un son peut produire du silence. Seebeck a reconnu en eltet «pic sur la perpendiculaire abaissée du point où se trouvait un corps sonore sur une surface réfléchissante où se produisait un écho, il v a des points où
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- Fig. 6. — Complément de l’appareil précédent.
- même instant dans les deux tuyaux des vibrations égales et contraires : il y a interférence.
- Fig. 8.
- l’oreille ne distingue aucun son : ces points sont placés conformément à ce qu’indiquent l’analyse rationnelle du phénomène et l’expérience objective déjà décrite de la membrane tendue.
- L’expérience suivante est également concluante. Une plaque circulaire fixée en son centre a été mise en vibration à l'aide d’un archet (fig. 9) : on a, d’autre part, un système de tuyaux abc composés de deux
- Fig. 7.
- tuyaux a et b, qui séparément peuvent vibrer à | l’unisson du son rendu par la plaque, et qui sont | réunis par le tuyau c autour duquel ils peuvent | tourner. A l’extrémité opposée ils sont percés de | trous O et 0'. Les tuyaux étant disposés de manière à n’ètre pas parallèles comme en •acbon place l’une des ouvertures, 0 par exemple au-dessus d’un des secteurs vibrants ; aussitôt le son est renforcé : le tuyau vibre en effet en même temps que la plaque. Mais si les tuyaux placés parallèlement sont disposés de manière à comprendre la plaque, comme eu acb, il n’y a pas renforcement, et l’on entend le son de la plaque seule; en effet, la plaque envoie au
- L’expérience se fait d’une manière à peu près analogue avec le tuyau bifurqué ABC.
- Fig. 9. — Expérience de l'interférence des sous.
- Lorsqu’une plaque métallique vibre, elle se sub
- Fig. 10. — Expérience de M. Lissajous.
- divise en secteurs, tels que deux secteurs consécu-
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- tifs vibrent en sens contraire ; aussi doit-il v avoir interférence partielle pour un observateur placé à quelque distance ; pour empêcher cette interférence et par suite pour renforcer le son, il suffit de s’opposer .à la transmission des vibrations de la moitié îles secteurs : c’est ce à quoi l’on arrive comme l’a proposé M. Lissajous, en plaçant au-dessus 'de la plaque un disque de carton découpé en secteurs alternativement pleins et vides (fig. 10), de même nombre que les secteurs de là plaque ; de cette manière on ® peut intercepter les vibrations envoyées par les secteurs de la plaque de deux en deux, et ne laisser passer que des vibrations concordantes : il y a augmentation d’intensité du son.
- Lorsqu’il existe des vibrations simultanées de périodes différentes, il se produit une modification dans la qualité du son, dans le thnbt'e; mais la question est trop importante pour être traitée sommairement. Cette question dont l’étude complète est récente, est développée avec soin dans l’ouvrage de M. Cavarret.
- Nous espérons que l'abrégé que nous venons de l’aire de quelques chapitres de cet ouvrage aura pu donner une idée de la manière de l’auteur. Disons que, comme cela devait être, en plus des questions d’acoustique générale, deux questions sont traitées d’une manière complète : la phonation et l’audition.
- Nous avons à peine besoin d’ajouter que les explications sont claires, précises ; la description des appareils et des expériences est facilitée par de nombreuses figures dont nous avons reproduit ci-dessus quelques-unes. L’fiistoriquc des points les plus importants est développé d’une manière intéressante : ce sont autant de qualités (pii justifient le succès de ce nouvel ouvrage du sympathique professeur de la Faculté de médecine.
- C. M. Carier,.
- CHRONIQUE
- Comité français «le l’Association internationale africaine. — Iles Comités nationaux, au nombre de douze, formés en Europe et en Amérique, ont constitué l’Association internationale africaine, fondée par le rpi des Belges, dons le but d’élablir dans l’Afrique centrale des stations hospitalières. Celte malheureuse contrée naturellement fertile, atteindra une grande prospérité dès que la civilisation y aura pénétré. L’obstacle est la traite des nègres qui enlève quarante mille captifs par an, et fait périr un nombre dix fois plus considérable d’êtres humains par les massacres et les incendies. En cherchant à abolir ce détestable trafic, on servira tout à la fois la cause de la science, de l’humanité et du commerce. Le Comité français ouvre une souscription publique, destinée à placer la France au rang qui lui appartient dans une croisade pacifique de la civilisation contre la barbarie. D’après les statuts de la seclion française, les membres se divisent en d,eux catégories : les membres fondateurs, qui acquièrent ce titre par le versement une fois fait de la somme minimum de 500 francs ; les membres ordinaires qui acquitteront chaque année une cotisation d’au moins 15 francs.
- En outre les dons seront reçus, quel qu’en soit le monlant à partir de 1 franc. Les noms des donaleurs seront publiés. Petite ou grande, l’offrande sera toujours acceptée avec reconnaissance ; les pauvres comme les riches se feront un honneur d’apporter leur obole à une oeuvre utile entre toutes. Jamais la bienfaisance n’aura été mieux pratiquée. Les souscriptions recueillies jusqu’à présent en Belgique permettent déjà de diriger sur les bords du lac Tanganyïka le personnel et le matériel d’une première station scientifique et hospitalière, destinée à rayonner, suivant les moyens dont elle disposera, au nord, au sud, à l’est et à l’ouesi de l’équateur. Des artistes ayant offert à l’Association africaine des oeuvres d’art, tout don en nature pourra être déposé, 9, rue'Clary*.
- Le Président du Comité français, Ferd. de Les=eps.
- YoUnlre et les satellites «le Mars. — Voici le passage textuel où Voltaire, dans sa spirituelle histoire philosophique de Micromégas, mentionne les satellites de Mars :
- « Mais revenons à nos voyageurs, dit Vollaire en parlant de Micromégas et du Saturnien (Micromégas, chap. ni). En sortant de Jupiter, ils traversèrent un espace d’environ 100 millions de lieues, et ils côtoyèrent la planète de Mars, qui, comme on sait, est cinq fois plus petite que notre petit globe ; ils virent deux lunes qui servent à celte planète et. qui ont échappé aux regards de nos astronomes. Je sais bien que le P. Castel écrira, et môme assez plaisamment, contre l’existence de ces deux lunes; mais je m’en rapporte à ceux qui raisonnent par analogie. Ces bons philosophes-là savent combien il serait difficile que Mars, qui est si loin du soleil se passai à moins de deux lunes, etc..,. »
- — La Société des jardins zoologiques d’Angleterre a reçu un Cervus rasa, de Java; un rat, dit PJuzomys badins, de l’In-doustan ; un lézard cornu {Phrynosoma cor nu (um), du Texas; un macaque brun, d’Assam, etc. Deux Chinchilla lanigera sont nés dans ses établissements.
- — Dans une réunion récente de la Philosophical Institution de l’Église du Christ (Nouvelle-Zélande), le docteur Ilaast alu un mémoire sur la découverte d’anciennes peintures fort remarquables, recouvrant des rochers du défilé de Weka. Quelques-unes de ces peintures ont 15 pieds de long; elles représentent des animaux exotiques, des urnes et les costumes d’un peuple à demi civilisé; au-dessous sont des caractères pareils à ceux de l’alphabet tamoul et à ceux des inscriptions d’une col-linc de filet septentrionale,. .
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 17 septembre 1877. — Présidence de M. lT.nr.oi.
- Une nouvelle comète, la quatrième de l’année, a été découverte à Marseille par M. Coggia, le 15 de ce mois, quelques minutes avant le lever du soleil, circonstance qui a fait qu’elle n’a pu être observée que le lendemain. M. Slephan adresse cetle nouvelle à l’Académie.
- Les satellites de Mars. — De la même ville arrivent les observalions de M. Borelly sur le premier satellite de Mars qu’il n’a pu revoir qu’à l’équatorial, le grand télescope réflecteur de 0m,80, ne donnant décidément pas assez de lumière, ce qui du reste parait tenir à ce que l’argenture
- 1 Les souscriptions sont reçues à Paris : à la Société de géographie, 5, rue Christine; à l’Administration du canal de Suez, 9, rue Clary, etc.
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- on est trop ancienne. M. Stephan annonce l’intention de la renouveler prochainement. Ce télescope n'est autre que celui de Léon Foucault.
- A propos des satellites de Mars, l’honorable M. Boutigny, d’Evreux, cite une phrase de la troisième édition de son curieux livre sur l'État sphéroïdal, phrase dans laquelle il est dit que toutes les planètes supérieures, sauf Mars, ayant des satellites, Mars ferait donc exception, si de ce que ses satellites n’ont pas encore été vus, on pouvait conclure qu’il n’en a pas ; mais que cette observation négative ne prouve rien autre chose que l’insuffisance des instruments, dirigés jusqu’ici sur notre proche voisin, et que si l’auteur possédait un télescope assez puissant, il voudrait faire son affaire de la découverte des petits astres dont il s’agit.
- M. Fizeau fait remarquer que le P. Castel a dit aussi il y a plus d’un siècle, que Mars avait deux satellites. Ce dont Voltaire se moque dans Micromegas et quoique le fait lui donne tort aujourd’hui, il se peut bien qu’il ait eu raison de se moquer du P. Castel à cette occasion.
- M. Fizeau ajoute que MM. Henry frères ont fait à l’équatorial de nouvelles observations des satellites de Mars et au nom de M. Le Verrier il les dépose sur le bureau.
- Un tremblement de terre, d’après la lettre d’un officier d’académie dont le nom nous échappe, aurait eu lieu récemment dans le département de la Loire. Fort peu intense quoique sensible, il s’est manifesté par les phénomènes ordinaires en pareil cas, choc de corps sonores, etc....
- Blocs erratiques. — M. de Marignac, qui dans un bien de famille situé derrière la mont Salève possède un des plus beaux blocs erratiques du monde, un bloc de proto-gine de 300 mètres cubes, et qui craint que ce monument géologique n’ait un jour le sort de tant d’autres monuments du môme genre, qui ont été convertis en pierre à bâtir, offre à l’Académie de lui faire don de ce bloc et du terrain qui Ici supporte. Cette proposition est renvoyée à la Commission administrative. M. de Marignac prie en même temps l’Academie de mettre un frein, s’il est possible au vandalisme de l’autorité départementale, qui vient justement d’accorder à un entrepreneur l’autorisation d’exploiter des blocs analogues à celui-ci.
- Flore arctique. — On sait que de l’époque carbonifère au milieu de l’époque tertiaire, la flore arctique, aujourd’hui si pauvre, a présenté jusqu’au 70e degré de latitude une véritable richesse. Notons que les conifères tendraient alors à prédominer, tandis que les dicotylédones angiospermes ne formaient qu’un petit nombre de genre. De récentes découvertes dues à M. 0. Ileer et communiquées ;i l’Académie par M. de Saporta portent aujourd’hui bien plus loin les limites géographiques de cette remarquable végétation. Des échantillons recueillis, sur la grève de Greennel, au nord du détroit de Smith et vers le 82e parallèle, ont en effet offert à M. Ileer vingt-cinq espèces terrestres : les deux tiers sont des conifères, les décoty-lédones avaient des feuilles caduques, indice d’une saison d’hiver déjà très-marquée. En résumé, le pôle vers le milieu des temps tertiaires, alors que l’Europe avait encore des palmiers jusqu’au 52* degrés, présentait déjà la végétation de la partie moyenne du continent.
- Le Phylloxéra. — M. II. Marès, il y a quelques années a placé dans des grandes caisses un certain nombre de ceps de vigne ; à quelques-uns il a donné le phylloxéra. Dn seul de ceux auxquels il ne l’avait pas donné l’a contracté; mais tous les autres au bout de quatre années ont été complètement guéris, ce qui prouve que ce temps suffit
- pour que s’épuise entièrement, si elle n’est ranimée par la fécondation, la faculté reproductrice du phylloxéra souterrain, qui comme on le sait se multiplie par parthénogenèse, Stanislas Meunier.
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- JUILLET 1877.
- Les perturbations atmosphériques ont été plus rares encore en juillet qu’en juin sur l’Amérique septentrionale. Six dépressions barométriques, peu intenses du reste, ont pu être suivies et étudiées ; comme le mois précédent, elles ont marché sensiblement de l’ouest à l’est., disparaissant sur l’océan Atlantique vers Terre-Neuve, elles présentent cette particularité que leurs trajectoires ont, en général, passé à des latitudes plus élevées qu’on ne l’avait observé jusqu’ici, depuis l’origine des observations.
- La température moyenne s’est peu éloignée de la normale, mais dans certaines régions, les écarts du thermomètre ont été considérables. Au Fort Yuma, en Californie, le maximum absolu a atteint 45 degrés. Trois périodes de fortes chaleurs sont signalées du 4 au 8, du 15 au 18, du 25 au 30. Il est bien remarquable que ces périodes correspondent à des périodes relativement froides constatées en France. Les observations de Paris montrent en effet que les écarts avec la normale sont négatifs du 4 au 9, du 15 au 20, et du 24 au 28. *
- Les quantités de pluie 'recueillies n’offrent rien de particulier ; elles se rapprochent beaucoup de la normale ; il y a eu un excès de précipitation dans les États du Sud, et au contraire un déficit dans la "vallée du Saint-Laurent. En diverses* régions, surtout dans1 l’Ouest, des sécheresses plus ou moins prolongées ont nui aux récoltes sur pied*- e
- Ce qui a caractérisé le mois de juillet, c’est le nombre exceptionnellement élevé des orages, et surtout des trombes. Ces phénomènes se produisent principalement dans la portion antérieure (quadrant sud-est) des grands mouvements tournants. Les trombes, dont nous avons donné un exemple remarquable pour le mois de juin, acquièrent quelquefois dans ces régions une énergie peu commune. Ainsi l’anémomètre de la station du Fort Sully, dans le Dakota, qui avait antérieurement résisté à un vent de 125 kilomètres à l’heure, fut emporté par l’ouragan du 26 juillet, pendant lequel la vitesse du vent a du atteindre environ 160 kilomètres à l’heure.
- LES CYGNES DE LA TAMISE
- 11 faut un privilège en Angleterre pour avoir des cygnes sur la Tamise, et cela depuis un temps immémorial. Nos voisins d’outre-Manche sont particulièrement attachés aux vieilles traditions et aux anciennes coutumes : ce qui se faisait au temps
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- d’Henri VIII, se fait encore aujourd’hui, et tout récemment a eu lieu l’opération du Swan Upping pratiquée comme au bon vieux temps.
- On a toujours contrôlé avec une stricte surveillance ce privilège d’avoir des cygnes sur la Tamise. Dès le règne de Henri VI, le vol d’un œuf de cygne était puni d’un an de prison, sans compter une forte amende prononcée au gré du roi. Des peines bien plus graves encore menaçaient ceux qui prenaient dans des pièges les cygnes eux-mêmes. Sous le règne d’Henri VIH, tous les gardes-cygnes étaient nommés par l’autorité royale, et il leur était défendu de marquer un de ces palmipèdes en l’ab-
- sence du garde-cygnes royal ou de son délégué.
- Quand le cygne faisait son nid sur l’une des rives du fleuve, au lieu de le construire sur une île de la Tamise, un des jeunes cygnes était toujours donné en cadeau au propriétaire de la portion-de la rive où se trouvait le nid, afin de l’engager à protéger la nouvelle couvée.
- Aujourd’hui, les principaux propriétaires de cygnes sur les bords de la Tamise sont la reine d’Angleterre, les corporations des teinturiers, des marchands de vins (vintners company) de la cité et les directeurs du collège d’Ëton.
- Tous les ans, à partir du premier lundi du mois
- Capture des Cygnes (Swan upping) sur la Tamise, près de Londres.
- d’août a lieu l’opération de la marque des cygnes. Les opérations durent quatre jours, dont les deux derniers sont consacrés à des l'êtes et à des réjouissances. Les cygnes sont agiles et vigoureux; aussi faut-il beaucoup d’agilité et d’adresse pour s’emparer d’eux. Notre gravure montre comment se pratique cette capture. Tous les jeunes cygnes reçoivent la marque trouvée sur les cygnes plus âgés en compagnie desquels on les voit nager ; si l’on constate que les parents appartiennent à différents propriétaires, le partage de la couvée s’effectue en conséquence. Pour imprimer la marque, on coupe transversalement la partie supérieure du bec; on rogne aussi le bout des ailes afin d’empêcher les
- cygnes devenus adultes de prendre leur vol. Si, au bout de quelque temps, les marques s’oblitèrenl, les gardes-cygnes les rendent plus distinctes et plus profondes. Il y eut une époque où la corporation des marchands de vins possédait plus de cinq cents cygnes; ce nombre a considérablement diminué aujourd’hui, parce qu’on a cessé de faire figurer la chair du cygne sur 1a table des grands banquets1.
- 1 D’après le Graphie, de Londres.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier,
- Typographie Laliure, rue de Fieurus, 0, à Paris.
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- N“ 226. — 29 SEPTEMBRE 1877.
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- EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1878
- PALAIS DD TROCADÉRO.
- Lorsque l’Exposition universelle de 1878 fut décidée, on perdit, comme toujours, beaucoup de temps. On en perdit tellement que chacun se mit à dire qu’on ne pourrait plus arriver. Des hommes spéciaux du plus grand mérite partagèrent même cette opinion.
- M. Krantz répondit tranquillement :
- « Avec les ouvriers de Paris et les ressources de la France on vient à bout de tout. »
- Nommé Commissaire 'Général, il a prouvé qu’il
- avait parfaitement raison. La chose impossible a été faite. Non-seulement les constructions de l’Exposition arriveront à temps, mais elles sont en avance de près de deux mois sur toutes les prévisions. H suffit, pour s’en assurer, de faire une excursion au Champ de Mars et au Trocadéro.
- Dans le Champ de Mars, les galeries centrales en maçonnerie, réservées aux beaux-arts, sont toutes construites. Les immenses galeries en fer, destinées à l’industrie, qui entourent celles des beaux-arts, se sont élevées comme par enchantement.
- Restent les décorations monumentales, rappelant les chefs-d’œuvre d’architecture de toutes les nations. Ces décorations se confectionnent tranquille-
- Exposition universelle de 1878. Plan du palais du Trocadéro.
- Aile droite : Histoire de l’art en Europe. — A. Temps primitifs. — B. Gaule indépendante. — C. Moyen âge. — D. Renaissance. — E. Temps modernes jusqu’en 1800. — 0. Salle des fêtes. — M. M. M. Exposition des sciences anthropologiques.
- Aile gauche : Étranger. — F. Égypte. — G. Assyrie. Grèce. — H. Chine et Japon. — L. Perse. — K. Afrique. — It. Amérique. — a. b. Dans le sous-sol : Exposition des sépultures de tout temps.
- ment et économiquement, avec de la toile d’emballage, de l’étoupe et du plâtre dans les grands hangars voisins des galeries.
- Plates-bandes destinées à être plantées, bassins et rochers, se dessinent déjà de toutes parts.
- Sur les deux quais, les passages en tranchée pour la circulâtion extérieure se construisent. Et au bord de la Seine, on exécute des travaux pour l’Exposition maritime et fluviatile, accompagnée d’un aquarium destiné aux animaux marins.
- Mais ce qui est encore plus beau, plus grandiose, plus étonnant, c’est le palais du Trocadéro. Il couronne admirablement la hauteur, et, vu d’en bas, produit un effet des plus grandioses. Il se compose d’une vaste rotonde centrale et de deux grands bras qui se développent à droite et à gauche, en forme de fer à cheval très-ouvert, comme on peut en juger par le plan ci-joint. Ce monument, — car c’est un véritable monument qui a été improvisé là en moins
- 5° année. — 2“ semestre.
- d’un an, — ce monument est tout à la fois simple et imposant. Il est fort heureux que sa conservation ait été assurée, grâce à la convention passée entre la Ville de Paris et l’État.
- Quand le Président de la République est allé visiter les travaux de l’Exposition, M. Krantz lui a dit :
- « Monsieur le Président, le palais du Trocadéro est entièrement consacré à l’histoire de l’homme. A gauche, il y aura l’homme à l’état sauvage; à droite, l’homme dans la civilisation ; et entre deux, la science, source de tout progrès, de toute civilisation. »
- C’est là une grande et belle idée !...
- L’histoire de l’homme domine le Champ de Mars, où s’étalent tous les produits de l’activité humaine : agriculture, industrie, beaux-arts, commerce, instruction, En haut, l’histoire du producteur ; au-dessous, la production dans toutes ses manifestations.
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- En regardant le Trocadéro de la Seine, l’aile de gauche est consacrée à l’Ethnographie des peuples étrangers à l’Europe. Ils y seront tous richement représentés, depuis les peuples les plus sauvages, les Australiens, les Cafres, les Hottentots, jusqu’aux pius civilisés, les Chinois, les Japonais. La galerie se terminera même, du côté du pavillon central, par une splendide collection égyptienne.
- L’aile de droite est plus spécialement destinée à l’Histoire de l’art en Europe. On verra le développement de l’art et de l’industrie, depuis les temps les plus reculés jusqu’à la Révolution française.
- L’histoire de l’art et l’ethnographie des peuples étrangers à l’Europe sont réunis entre les mains d’une Commission , divisée en plusieurs sections, sous la direction de M. de Longpérier. M. Schlum-berger en est le secrétaire général.
- Le pavillon central, qui contient une vaste et magnifique salle des fêtes, a au pourtour une galerie à deux étages, et sur le devant, au-dessus du portique d’entrée, une grande et belle salle de cinquante mètres de long. C’est le domaine de la science, servant de trait d’union entre l’état sauvage et la civilisation. Cette partie, sous le nom d’Exposition des sciences anthropologiques, a été confiée à la Société d’anthropologie de Paris, qui a nommé une Commission présidée par M. de Quatrefages.
- Les sciences anthropologiques se composent non-seulement de la crâniologie et de l’anthropologie proprement dite, mais encore de la paléoethnologie ou archéologie préhistorique, de l’ethnographie de l’Europe, de la linguistique comparée, de la démographie ou statistique et de la géographie médicale.
- Le succès de cette partie de l’Exposition s’annonce si brillant et si important, que M. Krantz, qui a eu l’heureuse idée de l’Exposition du Trocadéro, a chargé la Commission des sciences anthropologiques d’organiser dans les cryptes de l’aile gauche du palais, sous l’ethnographie des peuples étrangers à l’Europe, une galerie des sépultures de tous les peuples et de tous les temps. 11 y aura là des documents fort intéressants, surtout au moment où la question des cimetières préoccupe si vivement toutes les administrations des grandes villes.
- A l’Exposition des sciences anthropologiques, il est question de joindre celle des costumes de France, organisée par M. Nuitter et deux ou trois autres personnes. Environ deux cents mannequins de grandeur naturelle reproduiront tous les costumes encore existants en France, costumes qui disparaissent si rapidement.
- Le préhistorique, dont l’étude est éminemment française, sera admirablement représenté. Hans le principe, on voulait lui refuser le droit de cité. Mais il s’est imposé, et tellement imposé qu’il figurera deux fois : d’abord à sa place naturelle, dans les sciences anthropologiques, ensuite en tête de l’histoire de l’art. Malheureusement cette partie se trouvera reléguée à l’extrémité droite du fer à cheval,
- tandis que les pièces similaires seront vers le centre du palais.
- Devant la rotonde centrale du Trocadéro s’étalera une magnifique nappe d’eau formant cascade. Ses bassins, en voie de construction, sont déjà assez avancés.
- Plus loin, contre les escarpements de Passy, on exploite des bancs de calcaire grossiers qui donnent d’excellents matériaux et qui doivent céder leur place à un vaste et bel aquarium d’eau douce, dont les bacs s’ouvriront à l’air libre. Ses galeries réservées aux visiteurs seront au-dessous, de sorte qu’ils verront les poissons se jouer sur leur tête. C’est la réalisation des conceptions fantastiques de Jules Verne. Cet aquarium construit avec soin survivra à l’Exposition comme le palais du Trocadéro.
- A l’ombre de l’aile contenant l’ethnographie des peuples étrangers à l’Europe et de l’aquarium d’eau douce se développeront les Expositions d’Orient, Chine, Japon, Perse.
- La Perse a même fort avancé se® constructions. On voit s’élever près de la route d’Auteuil, un charmant bâtiment de style oriental. Il est bâti sous la direction de quatre architectes persans ; on pourrait même dire qu’il est construit par eux, car ils sont tout à la fois architectes et maçons. Ce qu’il y a de plus curieux, c’est que, sans savoir notre langue, ils dirigent parfaitement les ouvriers français.
- M. Krantz avait bien raison de dire, qu’avec de pareils ouvriers et nos ressources, rien n’est impossible !... G. de Mortillet.
- LE TÉLÉPHONE1
- J’appelle téléphones du ton (tone téléphoné) les instruments employés pour la transmission des sons mélodiques, et téléphones d'articulation (articulating téléphoné) ceux qui sont employés pour la transmission de la voix humaine.
- Dans l’année 1837, Page, physicien américain, découvrit que la rapide aimantation et désaimantation de barres de fer produisait ce qu’il appelait de la musique galvanique. Les notes de musique dépendent du nombre des vibrations communiquées à l’air dans l’espace d’une seconde. Si elles dépassent seize, nous obtenons des notes distinctes. Si donc les courants traversant un électro-aimant sont produits et rompus plus de seize fois par seconde, nous obtenons de la musique galvanique par les vibrations
- * Le mémoire qui suit a élé lu par M. W. H. Preece, membre de l’Institut C. E., au congrès de l’Association britannique, réuni à Plymouth. Nous devons à Y Engineering les diagrammes explicatifs et à Nature la gravure du téléphone. Quoique nous ayons précédemment parlé de cette admirable invention (Voy. la Nature, 1876, 2e semestre, et 1877, 1er semestre), les progrès qu’elle fait de jour en jour nous obligent à y revenir aujourd’hui. M. Bell est du reste attendu à Paris, et tout le monde pourra bientôt apprécier sa découverte.
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- que la barre de 1èr communique à l’air. La barre de fer communique ces vibrations par son changement de forme, toutes les fois qu’elle est aimantée ou désaimantée.
- De la Rive, de Genève, en 1843, augmenta ces effets harmoniques en opérant sur des lils de longue extension qui passaient par des bobines ouvertes de fil isolé.
- Philippe Reiss, de Friedrichsdorf, en 1861, confectionna le premier téléphone qui reproduisait des sons mélodiques à distance. Il utilisa la découverte de Page en déterminant un diaphragme vibrant à faire et à briser rapidement un circuit galvanique. Le principe de son appareil se voit fig. 1.
- Ligne.
- b est une boîte creuse en bois dans laquelle l’opérateur chante à l’aide de l’anche a. Le son de sa voix met le diaphragme c en vibration de manière à produire et à rompre le contact aux points d du platine, à chaque vibration. Gela interrompt le‘courant émané des batteries E, toutes les fois que le diaphragme vibre, et par conséquent aimante et désaimante l’électro-aimant un nombre égal de fois. Quelle que soit donc la note produite dans la boîte b, celte note fera vibrer le diaphragme c; l’électroaimant f répondra semblablement et, par conséquent, répétera cette note.
- Les sons mélodiques varient en ton, en intensité et en qualité. Le ton ne dépend que du nombre des vibrations par seconde ; l’intensité dépend de l’ampleur ou de l’extension de ces vibrations ; la qualité dépend de la forme des ondulations produites par les molécules vibrantes de l’air.
- Il est évident que dans le téléphone de Reiss chaque chose reste la même à l’extrémité de réception, excepté le nombre des vibrations ; par conséquent les sons qu’il émettait ne variaient que pour le ton : c’étaient donc des notes et rien de plus. L’instrument restait un joli appareil théorique et n’avait aucune valeur pratique.
- Cromwell Varley, en 1870, montra comment des sons pouvaient être produits en chargeant et déchargeant rapidement un condensateur.
- Après avoir fait allusion à l’invention de M. Elisée Gray1, M. Prcece continue :
- « Il était réservé au professeur Graham Bell, de Boston, qui a élaboré cette question avec le véritable esprit d’un savant, depuis 1873, défaire la décou-
- 1 Voy, la Nature, n° 212, page 59.
- verte au moyen de laquelle on peut transmettre simultanément le ton, l’intensité et la qualité des sons. Il a rendu possible le transport au loin de la voix humaine avec toutes ses modulations. J’ai conversé avec une personne à des distances qui variaient de 1 à 52 milles (de 1 609 à 51488 mètres), et à environ un quart de mille (402 mètres) j’ai entendu le professeur Bell respirer, rire, éternuer, tousser; bref, émettre tous les sons que la voix humaine peut produire. Sans expliquer les gradations diverses par lesquelles son appareil a passé, il suffira de l’expliquer dans sa forme actuelle. De même que Reiss, il met le diaphragme eu vibration, mais le diaphragme
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- du professeur Bell est un disque de fer mince a (fig. 2 ), qui vibre en face d’un rectangle de fer doux b, attaché au pôle d’une barre d’aimant permanent N S. Ce rectangle est aimanté par l’influence de la barre d’aimant N S, étendant tout autour d’elle un champ magnétique et attirant à elle le diaphragme en fer. Autour de ce rectangle se replie un petit rouleau c d’un fil de cuivre n° 38 recouvert de soie. Une extrémité de ce fil se rattache au fil de la ligne, l’autre est mise en contact avec la terre. L’appareil est identiquement semblable à chaque extrémité, qui devient
- alternativement transmettante et recevante, étant d’abord approchée de la bouche pour recevoir (le son, puis de l’oreille pour le communiquer. Maintenant le fonctionnement de cet appareil dépend du simple fait que tout mouvement du diaphragme a modifie la condition du champ magnétique entourant le rectangle b et toute modification du champ magnétique, c’est-à-dire soit son renforcement, soit son affaiblissement, équivaut à l’introduction d’un courant électrique dans la bobine c. En outre, la force du courant ainsi introduit dépend de l’amplitude de la vibration et de sa forme ou de la nature de la vibration. Naturellement le nombre des courants expédiés dépend du nombre des vibrations du diaphragme. Or, tout courant passant dans la bobine c passe par
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- le fil de la ligne dans le rouleau c', puis il modifie l’aimantation du rectangle b' en augmentant ou diminuant son attraction pour le diaphragme de fer a'. Dès lors le diaphragme a' est aussi mis en vibration, et chaque vibration du diaphragme a est nécessairement répétée par le diaphragme a' avec une force et une forme qui doivent varier exactement ensemble. Par suite, tous les sons que produit la vibration de a sont répétés par a', dont les vibrations sont l’exacte répétition de celles de a.
- 11 est bien évident que le téléphone de Bell est limité dans sa portée. Les courants qui le font agir sont très-faibles, et il est si sensible aux courants, que s’il se rattache à un fil qui passe dans le voisinage d’autres fils, il peut être impressionné par tout courant qui passe par un quelconque de ces fils. Ainsi, sur une ligne active, il émet des sons qui ressemblent, à s’y mé prendre, au bruit que font les grêlons venant se heurter contre les vitres, bruit assez fort pour couvrir celui de la voix humaine.
- Aujourd’hui, M. T.
- A. Edison, de New-York, a essayé de remédier à ces défauts de l’appareil de Bell, en y introduisant un transmetteur, qui consiste en courants de batteries, dont la force doit varier suivant la qualité et l’intensité de la voix humaine. En poursuivant ses investigations sur ce terrain, il a découvert un fait curieux, c’est que la résistance de la plombagine varie en sens inverse de la pression qu’on peut lui -.faire supporter. Partant du transmetteur de Reiss, il se borne à substituer à la pointe de platine d un petit cylindre de plombagine, et il trouve que la résistance de ce cylindre concorde suffisamment avec la pression de la vibration du diaphragme, et fait que les .courants transmis par lui varient en forme et en force assez pour reproduire toutes les variations de la voix humaine.
- Son récepteur aussi est nouveau et original. En 1874, il constata que le frottement entre une pointe de platine et de papier humide préparé chimiquement
- variait toutes les lois qu’un courant avait passé entre les deux, de sorte que la manière dont le papier se mouvait était modifiée à volonté. Or, en attachant à un résonnateur a (fig. o) un ressort b, dont la face de platine c s’appuyait sur un papier chimiquement préparé, toutes les fois que le tambour e subissait un mouvement de rotation et que des courants étaient transmis à travers le papier, le frottement entre c et a était modifié de telle sorte
- que des vibrations s’étaient produites dans le résonnateur e, et ces vibrations étaient la reproduction exacte de celles qui étaient com-muniquéespar le transmetteur à l’autre station.
- Quoique le téléphone d’Edison ne soit pas encore usité dans la pratique américaine, il est à l’étude. Dans quelques expériences faites avec cet appareil, des chants et des mots ont été entendus distinctement à travers un fil d’une résistance de 12 000 ohms, ce qui équivaut à une longueur de 1000 milles ( 1609 kilom. ) de fil.
- Quant au téléphone de Bell, on s’en sert actuellement à Boston, Providence et New-York. Quelques lignes privées en font usage à Boston : un grand nombre d’autres sont en construction. J’ai essayé deux de ces appareils ; j’ai réussi à converser au loin; mais l’expérience ne fut 'pas aussi satisfaisants qu’on aurait pu le présumer. L’intervention de fils actifs retardera sérieusement l’emploi de cet appareil ; toutefois il est indubitable que, grâce aux recherches scientifiques et à la persévérance, on fera bientôt disparaître tous les inconvénients que présente encore la pratique.
- Le professeur Graham Bell conserve l’honneur d’avoir été le premier à transmettre, au moyen de courants électriques, la voix humaine, à des distances bien au delà de la portée de notre œil et de notre oreillel. W. II. Preece.
- 1 Nature, de Londres, du 6^ septembre 1877.
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- ORAGE À GRÊLE
- DU 14 JUIN 1877, OBSERVÉ A CLERMONT-FERRAND.
- mont et Aubière. Des dégâts sont signalés surtout à Orcines et à Royat ; ils sont assez notables, sans qu’on puisse les traduire par des chiffres. A Clermont et à Aubière ils ont été à peu près insignifiants. Les grêlons, dont les plus gros avaient 28 millimètres de
- diamètre, tombaient assez drus , mais leur chute était accompagnée d’une pluie abondante qui en atténuait les effets.
- L’orage poursuit ensuite sa route vers l’est en semant de la grêle sur les communes de Sain t-Amand-Tallende et d’Aulnat. A quatre heures et demie il franchit l’Ailier perpendiculairement à son cours, et verse encore de la grêle, sans causer de dommages, à Yic-le-Comte et à Beau-regard-l'Evêque.
- Pendant ce \ temps, un autre groupe d’orages se produit autour d’ïssoire vers trois heures et demie ; leur ensemble accuse une marche générale du sud-ouest au nord-est, et ils donnent aussi de la grêle sans dégâts à Saint - Germain - Lem-bron, au Broc et à Lamüntgie.
- Les deux mouvements orageux paraissent s’être arrêtés, épuisés, vers six heures du soir, à la ligne des hauteurs qui séparent le bassin de l’Ailier de celui de la Dore.
- Les gravures ci-contre représentent quelques-uns des grêlons qui ont été recueillis pendant l’orage du 14 juin, à la station de la plaine de l’Observatoire du Puy-de-Dôme, et sommet de la montagne. Nous les devons à
- L’orage à grêle, du 14 juin, rentre dans une période orageuse qui a commencé le 8 et qui s’est terminée le 22.
- Cet orage est survenu pendant un état très-calme de l’atmosphère ; le baromètre qui oscillait depuis la veille autour de 759 millimètres , a seulement commencé à baisser vers une heure quarante minutes, et a atteint à quatre heures un minimum de 758 millimètres, suivi d’une légère hausse, puis d’un second minimum de 738“ia‘,3 qui a coïncidé avec le début de l’orage à Clermont. Le baromètre remonta ensuite à 759 millimètres, où il persista pendant toute la journée du 15.
- Fig. I
- — Grêlons tombés le 14 juin 1877 à Rabanesse (station de la plaine de l’Observatoire du Puy-de-Dôme).
- 1. Grêlon complètement transparent sans noyau opaque, vu de face. — 2. Le même, vu de profil. — 5. Grêlon ellipsoïdal à noyau ooa-que avec stries rayonnantes. — 4. Grêlon sphérique à noyau opaque , avec protubérances, stries rayonnantes et bulles d’air. — 5. Grêlon sphérique avec noyau opaque. (Grandeur naturelle.)
- L’orage paraît avoir pris naissance entre les monts Dore et les monts Dôme. A une heure du soir, il éclate à Yernines, et de une heure à cinq heures s’étend sur toute la haute vallée de la Siou-le, jusqu’à Pont-gibaud, en donnant de la grêle, sans dégâts notables, à Yernines,
- Laqueville, Briffons et Gel les.
- Vers quatre heures, il franchit la chaîne des montagnes, en passant par-dessus le Puy-de-Dôme, où il donne une grêle abondante, et en s’avançant de l’ouest à l’est.
- La grêle l’accompagne dans sa marche et atteint Orcines, Royat, Cler- ( au
- Fig. 2. — Grêlons de grandeur naturelle tombés le 14 juin 1877 au sommet du Puy-de-Dôme. (D’après les dessins communiqués par M. Alluard.)
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- l’obligeance du savant directeur de cet Observatoire,
- M. Alluard, auquel nous adressons à ce sujet nos remercîments sincères.
- Le grêlon n° 1 (fig. 1) était remarquable par sa transparence complète et l’absence de noyau central, le n° 4 par ses protubérances et ses bulles d’air. Les grêlons recueillis au sommet du Puy-de-Dôme étaient opaques, d’aspect laiteux, et d’une forme assez singulière (fig. 2).
- SÉRICICULTURE
- On compte en France 500 filatures à sole, 800 m,oqri,, lins, 120 000 métiers, qui mettent en œuvre annuellement 6 millions de kilogr. de soie ; le commerce de cette soie donne lieu à des exportations valant de 600 à 700 millions de francs, contre 500 à 600 millions d’importation. Plus de 200 000 personnes vivent de ces divers;’travaux. Quelle que soit l’importance d’une semblable industrie, et les chiffres qui précèdent ont pour but d’en donner une idée approximative, nous croyons que sous le rapport agri-r cole l'industrie de la soie ne mérite pas une moindre considération. On compte en effet en France de 150 000 à 200 000 éducateurs de vers à soie : leur récolte n’est guère maintenant que de 10 millions de kilogr. de cocons, valant environ 50 millions de francs, mais elle pourrait, dans des conditions meilleures, doubler et même tripler en fort peu de temps. De plus, tandis que l’industrie yise à établir de grands ateliers, tandis que les petites fabriques ^disparaissent au bénéfice des plus grandes, les éducations1 de vers à soie au contraire sont forcément restreintes ; elles restent, sous peine de périr, subdivisées autant qu’elles le sont aujourd’hui, et peut-être même davantage, car l’expérience a montré combien est véridique le vieux dicton : Petite magnanerie, grande filature. Les éducateurs peuvent donc se livrer à leurs travaux avec une sécurité que les industriels n’auront pas au même degré ; ils n’auront pas, comme ces derniers, à redouter la concurrence de rivaux plus riches : une seule chose leur suffira, c’est que la soie ne cesse pas d’être recherchée comme elle l’est actuellement.
- LES POISSONS-ARCHERS
- Par l’élégance et la richesse fie leurs couleurs, par l’éclat et le brillant des teintes dont la nature s’est plu à les orner* les animaux des mers n’ont rien à envier aux habitants de l’air, et si (les parties tropicales de l’Afrique, et de l’Arpéçique voient leurs forêts embellies par^fô. présèÀbe' des Souïs-mangas, des Cotingas, des Colibris, et de tant d’autres oiseaux à l’éclatante livrée, l’océan Indien et la mer des Antilles possèdent d’innombrables légions de poissons plus beaux encore, dont les écailles reflètent les teintes des métaux et des pierres précieuses, tandis que mille ornements variésï se,; détachent en vives couleurs sur le ton général. 1 Les animaux que nos colons des Antilles connaissent sous les noms de Demoiselles, de Portugais, de Bandoulières, ne le cèdent en rien à cet égard aux poissons les plus richement parés. Habitués à
- se tenir près des côtes, entre les rochers et dans les fonds peu profonds, nageant avec rapidité et toujours en mouvement, ils font sans cesse refléter les admirables couleurs dont ils sont ornés. Le rose, le pourpre, l’azur, le noir velouté, le blanc de lait, sont disposés avec éclat à leur surface, en écharpes, en raies, en lignes courbées en divers sens, en anneaux, en rubans déployés sur la tête, en taches ocellées, et ces couleurs se détachent vivement sur la surface du corps, dont le fond, nuancé comme la plus belle nacre de toutes les couleurs de l’iris, ou teint d’or et d’argent, ou brillant comme un acier polQcreflète la lumière, qui se joue sur les écailles. ..." Tous ces poissons ont le corps comprimé et de grandes écailles couvrent leurs nageoires verticales, d’où le nom de Squannnipennes sous lequel les connaissent les naturalistes. La forme du corps est parfois étrange, et le Poisson-Buffle ou Vache de mer des Malais, est un des plus curieux, tant par la protubérance et les cornes aiguës et recourbées qui arment la tête, les aiguillons comprimés et inégaux qui garnissent le dos, que par les- larges zébrures jaunes, vertes et brunes qui ornent le corps. Les :<ihâchoires portent tantôt de petites dents en velours ràsuet serré, comme chez les Archers; tantôt ces dents,^ont; remplacées par des soies fines et serrées qui remplissent le même office que les fanons de la Baleine, et servent à tamiser l’eau et à retenir les petits animaux dont le poisson fait sa proie : tels sont les Chétodons aux riches couleurs, les Holacan-thes, les plus beaux peut-être de la famille, les Pomacanthes que nos colons français connaissent sous le nom de Portugais, et d’autres genres encore.
- Parmi les Chétodons, certains ont le museau long et grêle, formé par les os de la mâchoire unis sur presque toute leur longueur par une membrane, de telle sorte que la bouche n’est qu’une étroite fente horizontalement placée à l’extrémité de cette espèce de cylindre ou de cône allongé. Le corps est très-élevé; les nageoires verticales sont hautes et écailleuses ; la queue est coupée carrément ; le profil, concave au devant des yeux, se rélève presque verticalement, de telle sorte que le museau répond au quart environ: de la71hauteur de la tête. Ces poissons, connus sous le nom de Chelmons, habitent la mer des Indes ; les naturalistes en distinguent deux espèces, sous le nom de Chelmon à bec médiocre et de iGhelmon à long bec (fig. 1). Ces espèces diffèrent entre, elles, non-seulement par la longueur du bec, mais encore par la disposition des couleurs qui les ornent.
- Chez le Chelmon à bec médiocre, le corps est verdâtre et misé.; les nageoires sont vertes, aux reflets d’azur ; une tache noire entourée d’un cercle ï-blanc de perle se voit sur la nageoire du dos, vers le tiers: de la longueur des rayons mous; cinq bandes verticales de couleur d’azur et bordées d’une ligne d’un blanc de nacre ornent le corps ; l’une de ces bandes croise l’œil obliquement ; une seconde bande coupant la nuque se prolonge jusqu’aux na-
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- geoires du ventre, tandis que les deux bandes qui suivent zèbrent les flancs, et que la bande postérieure coupe le pédicule de la caudale.
- Le Chelmon à long bec a le corps de couleur jaune suivant M. Bleeker, d’un jaune citron, d’après Broussonnet. Au lieu de la bande oculaire que nous avons notée chez l’autre espèce, on voit à la partie antérieure du corps une large tache de couleur noirâtre et de forme- triangulaire qui se prolonge en pointe sur le museau ; cette tache est bordée d’un liséré blanc de nacre; le front est azuré tt nuancé de glauque ; l’œil est rose vif ; un étroit liséré noir orne le bord des nageoires, dont la couleur est fauve; l’on remarque à la partie postérieure de l’anale, près de son bord, une tache d’un noir profond cerclée d’une ligne d’un blanc de perle.
- Connu, comme les autres Cliétodons, sous le nom de Bandoulière, le Chelmon, et surtout le Chelmon à bec médiocre, a été décrit par Scblosser sous le nom de Poisson-Archer, dans les Transactions philosophiques. Ce poisson se procurerait en effet sa nourriture d’une manière singulière, ce qui lui a fait donner les noms de Jaculator par Schlosser, de Poisson-Pompe ou de Poisson cracheur (Spuyt visch) par les colons hollandais. Lacépède rapporte, d’après les récits des voyageurs, que le Chétodon à museau allongé « se tient le plus souvent auprès de l’embouchure des rivières, et particulièrement dans les endroits où l’eau n'est pas profonde. Il se nourrit d’insectes, et surtout de ceux que l’on peut trouver sur les plantes marines qui s’élèvent au-dessus de la surface de la mer. Il emploie, pour les saisir, une manœuvre remarquable qui dépend de la forme très-allongée de son museau, et qu’au reste on retrouve, avec plus ou moins de différences, parmi les habitudes du Spare insidiateur, du Chétodon soufflet, et de quelques autres poissons dont le museau est très-long, très-étroit, et presque cylindrique, comme celui de l’animal que nous décrivons. Lorsqu’il aperçoit un insecte dont il désire faire sa proie, et qu’il le voit trop haut au-dessus de la surface de la mer pour pouvoir se jeter sur lui, il s’en approche le plus possible; il remplit ensuite sa bouche d’eau de mer, ferme ses ouvertures branchiales, comprime avec vitesse sa petite gueule, et contraignant le fluide salé à s’échapper avec rapidité par le tube très-éiroit que forme son museau, le lance quelquefois à 2 mètres de distance avec tant de force, que l’insecte est étourdi et précipité dans la mer. Cette chasse est un petit spectacle assez amusant pour que les gens riches de la plupart des îles des Indes orientales se plaisent à nourrir dans de grands vases des Chétodons à museau allongé. » Dans son Histoire des poissons, publiée à la fin du siècle dernier, Bloch raconte d’après M. Hommel, inspecteur de l’hôpital à Batavia, que la Bandoulière à bec est très-remarquable, à cause de la manière dont elle cherche sa nourriture. « Voici, dit Bloch, comme ce poisson attrape les mouches qu’il aperçoit sur les plantes marines qui avancent hors de
- l’eau. Il s’approche jusqu’à la distance de 4 à 6 pieds ; et de là, il seringue de l’eau sur l’insecte avec tant de force, qu’il ne manque jamais de le précipiter dans l’eau pour eu faire sa proie.... » M. Hommel a fait lui-même cette expérience. Il fit mettre quelques-uns de ces poissons dans un large vaisseau rempli d’eau de mer. Après qu’ils furent accoutumés à cette prison, il perça une mouche avec une épingle, et l’attacha sur les côtés du vaisseau ; alors il eut le plaisir de voir que « ces poissons s’empressaient à l’envi de s’emparer de la mouche, et qu’ils lançaient sans cesse, et avec la plus grande vitesse, de petites gouttes d’eau, sans manquer jamais le but. »
- Nous devons à la vérité, d’ajouter que, d’après M. Bleeker qui a si. longtemps habité les Indes néerlandaises dont il connaît à fond la faune ichtyo-’ logique, cette industrie singulière de lancer des gouttes d’eau aux insectes rampant sur les herbes du rivage pour les faire tomber, n’a non-seulement jamais été constatée par lui, mais encore qu’il n’en a pas entendu parler pendant son séjour à Batavia.
- « Ce qui est bien certain, ajoute M. Bleeker, c’est que l’espèce, à Batavia, n’habite que les eaux des récifs des petites îles de la baie et ne s’approche pas des côtes marécageuses et sablonneuses de la capitale, ni de l’embouchure des fleuves. »
- Un poisson appartenant à la même famille des Squammipennes, mais faisant partie d'un autre groupe, a reçu aussi le nom d’Archer et de Sagittaire par Schlosser et Pallas.
- Quatre espèces habitant la Polynésie et l’archipel Indien composent ce groupe des Archers ou Toxotes. Au lieu d’être plus ou moins ovalaire, comme cela a lieu chez les Chétodons, le corps est allongé, la ligne du dos étant presque droite, tandis que la ligne du ventre est courbée, de telle sorte que le poisson a une' forme triangulaire. Ce qui distingue surtout ces poissons, c’est la position reculée de la nageoire du dos, qui, reportée à la partie postérieure du corps, est armée de quatre à cinq épines seulement (fig. 2). La tête, située sur un même plan que la ligne du dos, est pointue; l’œil est grand, la bouche largement fendue. Nous ne retrouvons plus ici les brillantes couleurs qui ornent les Chétodons proprement dits; le corps est brun olivâtre ou jaune, et porte de larges taches arrondies ou oblongues, ou des bandes verticales de couleur noire; l’œil est rose et brillant, le ventre d’un blanc d’argent.
- Cuvier et Valencienne rapportent que « bien que la bouche de ce poisson diffère infiniment par son organisation de celle du Chelmon, il sait de même lancer des gouttes d’eau à une grande hauteur et atteindre presque sans les manquer les insectes ou autres petits animaux qui rampent sur les plantes aquatiques, ou même sur les herbes du rivage. Les habitants de plusieurs contrées de l’Inde, ajoutent-ils, surtout les Chinois de Java, l’élèvent dans leurs maisons pour s’amuser de ses manœuvres, et lui offrent des fourmis et des mouches sur des fils ou des bâtons à sa portée.... L’espèce est connue dans
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- l’archipel des Indes sous le nom malais d'ikan-sumpit. »
- M. Bleeker, dans un récent travail sur les Toxotes, constate qu’à Batavia l’espèce n’y est plus
- élevée, comme cela paraît avoir eu lieu il y a un siècle, ni par les Européens, ni par les Chinois, et que ni les Chinois ni les indigènes, soit à Batavia, soit ailleurs, n’ont pu lui confirmer la prétendue
- Fig. 1. — Le Chelmon à long Lee.
- Fig. 2. — Le poisson archer.
- industrie dont ce poisson serait doué. D’après M. Bleeker, la célébrité dont a joui l’Archer ne serait pas méritée et ne reposerait que sur une erreur ; cet auteur démontre, en effet, d’après les textes mêmes de Pallas et de [Schlosser, que c’est au
- Chelmon à long bec, dont nous avons parlé plus haut, que s’applique l’observation de Ilommel, et que l’on a gratuitement attribué la même industrie aux deux espèces, puisqu’on les regardait comme génériquement identiques. E. Sauvage.
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- SÉPULTURE D’UN GAULOIS
- INHUMÉ SUR SON CHAR.
- COLLECTION CARANDA.
- Nos lecteurs connaissent les découvertes qui ont
- été faites depuis plusieurs années à Caranda, près de Fère-en-Tardenois (Aisne) ; nous les avons signalées précédemment1 : nous nous bornerons à rappeler que MM. Frédéric Moreau ont commence' en 1873 leurs premières fouilles dans le dolmen de Caranda, pour explorer ensuite le sol des terrains avoisinants.
- État de la sépulture découverte à Sabionuière (Aisne).
- Les travaux qui se sont prolongés pendant trois années consécutives, ont permis de découvrir plus de 2600 (deux mille six cents) tombes; ces tombes contenaient environ 6000 (six mille) objets se rat-
- tachant à Vepoque préhistorique (silex trouvés dans le dolmen), à ['époque gauloise (bagues et bracelets 1 Voy. lra année 1873, p. 320, et 3e année 1875, 2a semestre,
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- LA NATURE.
- en bronze, colliers en perles d’ambre, poteries), à Yépoque romaine ou gallo-romaine (vases de terre rougeâtre), et à Yépoque mérovingienne. Chacune de ces époques a livré ses armes, ses ornements, ses bijoux, ses amulettes, sa verrerie et sa céramique, dont la réunion forme une des plus belles et des plus importantes collections privées de notre époque.
- En 1875 et 1876, MM. Frédéric Moreau ont été conduits à faire à Sablonnière, à 6 kilomètres au nord de Caranda, de nouvelles découvertes. Parmi celles-ci, nous signalerons aujourd’hui, comme une des plus curieuses de toutes, à notre avis, celle du tombeau gaulois que représente la figure ci-jointe.
- « Le 27 janvier 1876, disent MM. Moreau dans leur journal de fouilles, à l’extrémité est du cimetière de Sablonnière, et à une profondeur de 0,n,60 à peine, on signalait une sépulture isolée et orientée vers le levant. C’était celle d’un chef gaulois inhumé sur son char. Sa tête était entourée d’un groupe de vases en terre, de formes et de dimensions remarquables Très-fatigués par suite de leur rapprochement du sol, ils ont été depuis habilement restaurés. Bientôt, on apercevait les cercles en fer de deux roues, placés verticalement dans des tranchées, en contre-bas de 0m,40 du fond de la fosse dans laquelle était étendu un corps, à peu près au niveau des ensevelissements ordinaires.
- <i Ces cercles ont une largeur de 0m,03 sur 0m,006 d’épaisseur, le poids de la terre les avait rompus en plusieurs morceaux, mais chaque cercle était complet, et des clous qui les rattachaient aux jantes sont encore adhérents ; les roues présentent un diamètre de 0U,,90. Elles étaient placées de chaque côté du corps, à une distance exactement relevée de lffl,50 l’une de l’autre.
- « On recueillait sur la poitrine du guerrier une fibule en fer, et le long de son corps plusieurs morceaux de fer de formes et grandeur diverses, que l’on croit être des crochets, des boulons et des pitons d’attelage. Quatre petites tiges rondes en fer de 0m,30 de long sur 0m,015 d’épaisseur, faisaient sans doute partie de la caisse du char ; deux petits vases en terre assez élégants et intacts, un couteau-poignard et deux anneaux en fer, se trouvaient à la hauteur de la ceinture, côté droit. Au-dessous, le long de la jambe droite, une forte lance en fer, la pointe en bas ; à l’extrémité de la fosse, un mors de cheval et son filet en fer. »
- Le mauvais état des ossements du squelette n’a pas permis de le conserver, mais un dessin très-exact en a été fait dans la position qu’il occupait au milieu du tombeau.
- Nous ajouterons que MM. Frédéric Moreau ne se sont pas bornés à recueillir les innombrables objets enfouis dans le domaine de Caranda et de Sablonnière ; ils les ont étudies avec soin, classés avec art pour former une admirable collection. Ils ont voulu enfin que ces richesses fussent connues de tous ceux qu’elles intéressent, et ils viennent de publier un magnifique album des principaux objets
- dont la science leur est redevable. Cet ouvrage1 qui ne comprend pas moins de cinquante-six grandes planches en couleur, est un véritable monument anthropologique et archéologique, qui fait le plus grand honneur à ses auteurs.
- Gaston Tissandier-
- DE L’ÉYOLUTION DES NERFS
- ET DU SYSTÈME NERVEUX2.
- Le tissu nerveux en général se compose de deux éléments anatomiques figurés, savoir : de très-petites cellules nerveuses et de très-délicates fibres nerveuses, Les fibres naissent des cellules et y aboutissent, servant ainsi à les réunir les unes avec les autres, et, aussi, avec des parties du corps animal plus distantes. En outre, les cellules et fibres nerveuses, quelque part que nous les rencontrions, présentent absolument la même apparence. Voici, par exemple, une esquisse très-grossie du tissu nerveux tel que nous le trouvons dans le cerveau (fig. 1). Si je vous montrais le tissu nerveux tel que je l’ai trouvé dans la Méduse, vous verriez combien ces deux tissus se ressemblent, quoiqu’ils soient pris aux limites extrêmes de la partie du règne animal dans laquelle on a reconnu l’existence d'un système nerveux. On trouve ordinairement les cellules nerveuses réunies en groupes appelés centres nerveux ou ganglions, d’où partent et où se terminent de gros faisceaux de fibres nerveuses : ces gros faisceaux sont ceux que nous voyons à l’œil nu et qui, sous le nom de nerfs, parcourent le corps dans toutes les directions (fig. 5). Quand un de ces faisceaux atteint un ganglion, ou groupe de cellules, il se divise comme le bout d’une corde qui aurait été cardée, et les fibres qui le constituent traversent les cellules,
- Fig. 1. — Cellules nerveuses et fibres nerveuses de l’homme. (D’après Leydig.)
- Fig. 2.
- s’entrelaçant dans toutes les directions, comme le montre ce diagramme (fig. 4). Voici un autre dessin
- 1 Collection Caranda aux époques préhistorique, gauloise, romaine et franque. Album des principaux objets recueillis dans les sépultures de'Caranda [Aisne], par MM. Frédéric Moreau, pendant les années 1875, 1874 et 1875. — 1 vol, in-4°. —Saint-Quentin, imprimerie Ch. Poette, 1877.
- 2 Extrait d’une conférence de M. Georges J. Romanes, à l’Institution royale de Londres, traduit de l’anglais par Émile Iiodier.
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- (fig. 6) se rapprochant bien plus de la nature, et qui présente une section très grossie du cerveau humain ; car cet organe n’est autre chose qu’une réunion de très-gros ganglions.
- Pour expliquer la fonction des cellules et des fibres nerveuses, je dois commencer par vous dire ce que les physiologistes entendent par excitabilité.
- Supposons que ce dessin (fig. 2) représente un muscle détaché du corps d’un animal récemment tué. Tant que vous n’agirez pas sur lui de quelque manière, il restera tout à fait immobile. Mais chaque fois que vous le stimulerez en le pinçant, le brillant, ou en employant une décharge électrique, le muscle donnera une contraction en réponse à chaque excitation. C’est cette faculté des tissus organiques de répondre à un stimulus que les physiologistes désignent sous le nom à'excitabilité.
- Les nerfs, non moins que les muscles, présentent la propriété d’être excitables. Supposez, par exemple, un muscle préparé de la même manière que le dernier, excepté qu’avec lui on a détaché le nerf qui s’y insère. Chaque fois que vous pincerez, brûlerez ou électriserez un point quelconque du nerf, le muscle se contractera ; mais vous remarquerez avec soin qu’il y a une grande dilférence dans ces deux cas de réponse du muscle. Alors que, dans le premier cas, le muscle répondait à un stimulus appliqué directement à sa propre substance, dans le second cas, il répond à un stimulus appliqué à distance de sa propre substance, stimulus qui est alors conduit au muscle par le nerf. Vous concevez dès lors la fonction caractéristique des fibres nerveuses, qui est de conduire les excitations à distance. Telle est la fonction des fibres. Mais la fonction des cellules est bien différente. Elle consiste à accumuler, à emmagasiner de l’énergie nerveuse et à décharger, en temps utile, cette énergie dans les fibres attachées à la cellule. L’énergie nerveuse, ainsi déchargée par les cellules, agit comme un stimulus sur les fibres nerveuses, de sorte que si ces dernières s’insèrent sur un muscle, ce dernier se contracte sous l’influence de cette excitation.
- Je dois ajouter que, quand les cellules nerveuses sont réunies en ganglions, on les voit souvent décharger spontanément leur énergie, sans qu’aucun stimulus visible ait causé ce phénomène. De sorte que, dans tous les animaux, excepté ceux placés au bas de l’échelle zoologique, quand nous constatons une action spontanée, nous en concluons la présence probable des ganglions. Mais le point que je désire que vous gardiez bien dans vos esprits, c'est la distinction que j’indique entre le nerf et le muscle. Une excitation appliquée à un muscle sans nerf ne peut se propager dans le muscle qu’en donnant naissance à une onde visible de contraction qui se répand dans tous les sens, en rayonnant du point excité, comme d’un centre. Au contraire, un nerf conduit l'excitation sans subir aucun changement de forme (fig. 7). Donc, pour ne pas oublier cette impor-
- tante distinction, il est entendu que chaque fois que je parle d’un muscle, c’est comme conduisant une onde visible de contraction, tandis que s’il s’agit d’un nerf, c’est comme conduisant une onde invisible, ou moléculaire, à'excitation.
- Les fibres nerveuses sont ainsi différenciées fonctionnellement des fibres musculaires et aussi, je' dois le dire, du protoplasme par la propriété de conduire des ondes invisibles ou moléculaires d’e.x-citation d’un point de l’organisme à l’autre, établissant par là une continuité physiologique entre ces parties, sans qu’il soit besoin du passage d’une onde contractile visible.
- J’aurai terminé tout ce que j’ai à dire de la fonction du système nerveux, quand j’aurai décrit le mécanisme des actions réflexes. Supposez que ceci A (fig. 3) représente un organe périphérique, comme une partie de la peau de quelque animal ; ceci C une collection de cellules ou ganglion et ceci B un muscle. La partie de la peau représentée est réunie aux cellules qui forment le ganglion par le moyen d’un tronc nerveux de direction centripète, tandis que les cellules nerveuses du ganglion sont rattachées au muscle par un tronc nerveux centrifuge. Ceci posé, quand un stimulus est appliqué à la peau au point où le tronc nerveux centripète prend naissance, ce tronc nerveux conduit l’excitation aux cellules nerveuses du ganglion. Quand ces cellules reçoivent ce stimulus, elles laissent partir une de leurs décharges caractéristiques d’énergie nerveuse, laquelle, passant par le nerf centrifuge, détermine la contraction du muscle.
- C’est ce mode particulier de réponse du muscle, qui a été nommé action réflexe, parce que l’onde d’excitation ne passe pas en droite ligne du siège du stimulus au muscle, mais gagne d’abord le ganglion, d’où elle est réfléchie au muscle. Ceci, à première vue, paraît une manière de procéder bien détournée, mais en réalité c’est la plus économique qui puisse être employée.
- Songez, en effet, au nombre énorme et à l’infinie complexité des excit irions auxquelles chaque animal est plus ou moins exposé, et vous comprendrez la nécessité pour les animaux supérieurs d’un système organisé, où il y ait possibilité d’une réponse pour chacune de ces excitations. Or, pour emprunter au professeur Bain une heureuse comparaison, les excitations sont systématisées suivant le même principe que la circulation des lettres par la poste. Parce que précisément, comme quand il s’agit des lettres, il n’y a pas de communication directe entre une rue et
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- Centre. oiuccUu U
- Fig. 3. — Schéma du mécanisme de l'action réflexe ou arc sensilivo-motêur.
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- une autre, mais que chaque leltre passe d’abord par le bureau central, de même la transmission des excitations d’un membre du corps à un autre s’effectue exclusivement par l’intermédiaire d’un centre ou ganglion.
- Ceux d’entre vous qui sont familiarisés avec les "écrits de M. Herbert Spencer savent bien quelles
- fortes preuves il donne en faveur de sa théorie sur la genèse des nerfs. Cette théorie consiste, vous vous le rappelez, à supposer qu’au début, à l’état naissant, les tissus conductifs ou fibres nerveuses rudimentaires se diflërencient du tissu contractile ambiant, ou protoplasma homogène, par un procédé d’intégration dû uniquement à l’usage.
- Ainsi, commençant par le cas d’un protoplasma sans aucune différenciation, M. Spencer part de ce fait que chaque portion de la masse colloïde est également excitable, également contractile. Mais, bientôt après, le protoplasma commence à prendre ces aspects définis, reconnus par nous comme les formes spécifiques de la vie : dès lors, certaines de ses parties sont habituellement exposées à des forces qui diffèrent de celles auxquelles d’autres parties
- Fig. 5. — Schéma d’un ganglion nerveux, très-grossi. (D’après l’aul Bert.)
- sont exposées. Par la suite, le protoplasma continue à prendre des formes de plus en plus variées, et, dans certaines circonstances, il peut arriver que les parties placées d’une manière spéciale par rapport aux influences extérieures soient plus fréquemment excitées à se contracter que ne le sont les autres parties de la masse. En pareil cas, la fréquence re-
- lative avec laquelle les ondes d’excitation rayonneront des parties les plus exposées, aura probablement pour effet de créer une sorte d’arrangement, de polarité dans les molécules protoplasmatiques, situées sur les lignes suivant lesquelles cheminent ces ondes, et, pour d’autres raisons aussi, tendra de plus en plus à convertir ces lignes en passages offrant une résistance de moins en moins grande à la progression de ces ondes moléculaires, c’est-à-dire aux ondes d'excitation, bien différentes des ondes de contraction.
- Enfin, quand les lignes offrant une résistance comparativement moindre au passage des impulsions moléculaires ont été ainsi organiquement établies, ces lignes doivent tendre à devenir de plus en plus définies par un usage constant, jusqu’à ce qu’elles deviennent désormais les canaux habituels de communication entre les parties de la masse contractile à travers laquelle elles passent. Ainsi par exemple si une telle ligne a été établie entre le point A et le point B, d’une masse de protoplasma contractile (fig. 8), quand un stimulus sera appliqué au point A
- Fig. 6. — Cellules du cerveau humain. (D’après Robin.)
- une onde invisible d'excitation courra le long de cette ligne jusqu’en B, déterminant en ce point B une contraction du Lissu ; — et cela, sans qu’aucune onde contractile visible ait passé à travers le tissu de A en B.
- Voilà un maigre abrégé de la théorie de M. Spencer, dont la conception la plus claire et la plus vive, peut-être, résultera de ces quelques mots empruntés à une de ses propres comparaisons : « De même que l’eau élargit et creuse continuellement de plus en j plus le canal à travers lequel elle coule, de même ! le courant moléculaire, que nous étudions, passant toujours à travers le même tracé, tend de plus en plus à s’y creuser des lignes de passage fonctionnellement différenciées du reste du tissu. »
- Quand cette ligne de passage a atteint son plein développement, c’est une libre nerveuse, que l’histologiste peut étudier à part; mais, avant qu’elle arrive à cet état parfait, c’est-à-dire avant qu’elle puisse être observée comme élément anatomique distinct et figuré, M. Spencer l’appelle une ligne de décharge.
- Cette théorie étant telle que je viens de le dire, je vais m’efforcer de montrer comment elle se réalise dans les faits. Et ici il devient nécessaire que je
- Fig. 4. — Cellules et fibres nerveuses d'un ganglion de Lamproie. (D’après Carponter.)
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- lasse allusion à mes propres travaux. Vous connaissez tous, je n’en doute pas, l’apparence générale des méduses. Cet animal présente à peu près la forme d’un champignon (fig. 9) ; l’organe qui occupe la place du stipe du champignon est la bouche et l’estomac de la méduse et on l’appelle le pédoncule ou polypite, tandis que l’organe qui ressemble au chapeau du champignon constitue la principale masse de l’animal et est nommée Y ombrelle.
- Le pédoncule et l’ombrelle sont presque entièrement composés d’une substance gélatineuse transparente et épaisse, non contractile ; mais toute la surface concave de l’ombrelle est recouverte par une mince coucbe ou lame de tissu contractile. Ce tissu n’est pas tout à fait du protoplasma, ni tout à fait un muscle, mais quelque chose d’intermédiaire. 11 constitue la première apparition dans le règne animal de quelque chose ressemblant à du tissu musculaire. L’épaisseur de cette couche continue de muscle rudimentaire est assez uniforme et n’est nulle part plus grande que celle d’une feuille de papier ^très-fin. Le bord de l’ombrelle porte une
- Fig. 7. — a. Fibre musculaire excitée directement. — b. Fibre
- musculaire excitée par un nerf sans contraction de celui-ci.
- série de tentacules très-contractiles, et, aussi, une autre série de corps qui ont pour nous la plus grande importance. Voilà ces corps marginaux représentés sur la figure 9, mais dont je n’ai pas besoin de décrire la structure. Enfin il ne sera pas superllu d’ajouter que toutes les méduses sont douées de la faculté de locomotion. Le mécanisme de celle-ci est bien simple : il consiste simplement dans la contraction et la détente alternatives de toute la lame musculaire qui revêt la concavité de l’ombrelle. A^chacune des contractions de la couche musculaire, les bords de l’ombrelle sont attirés l’un vers l’autre ; la capacité de celle-ci se trouvant ainsi diminuée, de l’eau est chassée en arrière par la partie ouverte de l’ombrelle, et la réaction qui en résulte pousse l’animal en avant. Dans ces mouvements natatoires la systole et la diastole se rhythment avec une parfaite régularité, comme les battements de notre cœur.
- La question de savoir si les méduses possèdent un système nerveux a longtemps occupé les labeurs plus ou moins ardus de plusieurs naturalistes. Jusqu’à ces derniers temps, néanmoins, il y a eu si peu de certitude à ce sujet que le professeur Huxley, lui-même, une des plus grandes autorités pour ce groupe, définit ainsi l’état des débats dans sa classification du règne animal : « 11 n’a été découvert de système nerveux dans aucun de ces ani-
- maux. » La cause de cette incertitude est dans ce fait, que la nature transparente et déliquescente des tissus des méduses rend très-difficile une bonne observation microscopique. Si bien que, considérant la quantité et le mérite des travaux dont ce problème a été l’objet, je doute s’il aurait jamais été résolu par l’emploi exclusif des méthodes histologiques. Mais ceux d’entre vous qui étaient présents à ma lecture de l’année dernière se l'appelleront, sans doute, qu’en me servant d’un autre moyen
- Excitation- nerveuses
- Contractionproloplas-matàjua visible*
- que Vhistologie, je parvenais à trancher enfin la question depuis si longtemps pendante. Vous vous souvenez, en effet, qu’en détachant simplement l’ex trême bord marginal de l’ombrelle, je fus surpris de voir que les mouvements, tout à l’heure si actifs, de l’animal avaient soudain et entièrement cessé. La paralysie produite par cette simple opération était instantanée, durable et complète. Vous vous rappelez, d’un autre côté, que le bord de l’ombrelle qui venait d’être détaché continuait invariablement
- Fig. 9. — Méduse.
- ses mouvements rhythmiques, avec une vigueur et une obstination que n’altérait en rien sa séparation de la majeure partie de l’organisme. Des heures, et même des jours après cette opération, ces mouvements persistaient, de sorte que le contraste entre l’immobilité cadavérique de l’ombrelle mutilée, et les contractions énergiques de la portion fdiforme, qui en avait été détachée, était aussi frappant qu’il soit possible de le concevoir.
- Ces expériences prouvaient donc, de la manière la plus concluante, que le long de l’extrémité marginale des méduses, est situé un système puissant-
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- ment localisé de centres nerveux ou ganglions, à l’activité fonctionnelle desquels les mouvements rhythmiques de l’ombrelle sont exclusivement dus.
- G. J. Romanes.
- — La suite prochainement, —
- CHRONIQUE
- Ascension d’une des plus hautes montagnes du monde. — Nous apprenons que M. Wiener vient de faire l’ascension du mont lllimani, un des pics les plus élevés, sinon le plus élevé des Andes de la Bolivie ; cette montagne offre un admirable aspect quand on la contemple de la ville de La Paz ; elle avait été réputée (d’après l’autorité deM. Penlland) pour avoir une altitude de 7300 mètres. M. Wiener, toutefois, ne lui donne que 6000 mètres de hauteur environ, tandis que M. Mechin estime son altitude à 6400 mètres. Si ce dernier chiffre est exact, nous sommes fondés à croire que M. Wiener a non-seulement fait la plus haute ascension qui ait été exécutée dans les Andes, mais est parvenu à la plus grande altitude à la quelle on soit arrivé sur terre en dehors de l’Asie ; en Asie même il n’a été surpassé que par M. Johnson, qui, il y a quelques années est arrivé à une hauteur de 6800 mètres dans le royaume de Cachemire, et par MM. Schlagintwett, qui sont montés en 1855, à 6766 mètres dans l’Himalaya. Las ascensions en ballon excèdent de beaucoup cette altitude. On se rappelle que M. Glaisher a dépassé 8800 mètres, et M. G. Tissandicr, en compagnie de Sivel e‘ Crocé Spinelli, 8600 mètres.
- Tremblement de terre du 12 septembre 1899.
- — Nous lisons dans 1 ’Album de Thiers : Mercredi 12 courant, à six heures cinquante minutes du matin, une secousse de tremblement de terre s’est fait sentir à Thiers (Puy-de-Dôme). Le mouvement oscillatoire a duré de trois à cinq secondes et semblait se diriger du nord au sud. D’abord un bruit assez semblable à celui d’une voilure lancée vivement sur un pavé inégal, s’est fait entendre, pu'.s aussitôt après on a ressenti un mouvement de trémolo très-accentué qui a fait battre les portes et craquer les charpentes. À Arcousat, nous a dit un témoin oculaire, la secousse a été plus violente ; les habitants effrayés se sont mis sur le seuil de leurs portes, et les personnes qui assistaient à la messe dans l’église paroissiale, violemment secouées, ont cru à un écroulement de maison. Ce phénomène n’a fait subir aucun changement au baromètre. Les mêmes oscillations ont été ressenties le même jour et à la même heure dans quelques communes des environs de Clermont, notamment à Romagnat. M. de Pons, président de la Commision météorologique de l’Ailier, nous communique d’autre part le fait suivant : On écrit de Billy (Allier), que mercredi 12 septembre, vers six heures cinquante minutes, une secousse de tremblement de terre assez forte s’est fait sentir et a duré environ trois secondes. Le roulement a semblé partir du côté de la rivière de l’Ailier, c’est-à-dire à l’ouest, pour s’étendre et se produire dans la ville de Billy, c’est-à-dire dans la direction de l’est. Dans plusieurs maisons on a constaté que la secousse a fait remuer différents objets placés sur des commodes et des tables de nuit.
- La secousse a été plus forte dans le même département à Mayet-de-Montagne où elle a duré de huit à dix secondes.
- Phénomènes volcaniques de l’année 189 5. —
- Le 8 janvier, de violentes secousses ébranlèrent le sol d’Acireale, au pied de VEina. Au commencement d’octobre, un petit cratère s’ouvrit sur le flanc méridional de ce volcan. A partir du 19 décembre, la fumée, mêlée à des vapeurs rougeâtres, sortit en grande quantité du cratère principal, et l’on put voir d’Acireale les reflets du feu souterrain.
- Le Vésuve produisit, du 3 au 6 janvier, de légères secousses accompagnées de bruits souterrains. Au mois de décembre, l’activité du volcan parut se réveiller. Une grande partie du cratère formé le plus récemment, s’effondra et fit jaillir en l’air d’épais nuages noirs. Le 20 décembre, des flammes sortirent du Vésuve ; mais il n’y eut pas de débordement de lave.
- Quand on parle, de l’Islande, chacun pense à YUékla ; mais il y a dans cette île boréale plus de 16 cratères, parmi lesquels on remarque surtout le Vatna, qui vomit, le 5 janvier, un torrent de lave et en fit autant le 29 mars. Les cendres, lancées par les cratères islanlais, furent portées jusqu’en Suède et en Norvège. Jusqu’au 15 août, il y eut de fréquentes et terribles irruptions dans presque toute l’étendue de l’ile.
- Au mois de janvier, le Kloët, dans l’ile de Java, roula des torrents de lave sur les terres avoisinantes.
- Le 11 février, le Ceborneo, volcan mexicain, que l’on croyait éteint, mais qui se ralluma en 1870, fit trembler la terre et lança sa lave du côté de San Cristobal et de Guadalamara. Au mois d’aoùt, le grand volcan des îles Sandwich, le Mauna Loa, de llaouaii, fit trembler l’ile entière, sur laquelle s’étendirent ses filaments d’obsidienne, connus des indigènes sous le nom de cheveux de la déesse Pele.
- Le Tongariro, dans la Nouvelle-Zélande, donna signe de vie dans le cours du deuxième semestre. Tout à l’entour, on compta plus de cinquante geysers ou jets naturels d’eau bouillante.
- Le 10 octobre, les volcans de l’ile Santorin, dans l’archipel hellénique, émirent des vapeurs volcaniques en grande abondance. t
- M. Fuchs a compté, sur le globe entier, 97 tremblements de terre survenus dans le cours de l’année 1875. Le maximum 15, eut lieu en janvier, le minimum 2, en octobre, 20 000 personnes y perdirent la vie. (Tschermak’s mineralogische Mittheilungen.)
- Physiologie thérapeutique du massage. —•
- Le docteur Von Mosengeil s’est livré à ce sujet à quelques expériences dignes d’intérêt.
- 11 a constaté que le massage détermine localement une élévation thermique de 0°,25, 0°,50, 1 et même 2 ou 3 degrés. La température ne redescend que très-lentement et après plusieurs heures.
- Il a, de plus, injecté une émulsion d’encre de Chine dans certaines articulations de lapins ; il a pratiqué ensuite le massage, puis, l’animal étant sacrifié, il a examiné l’état de l’articulation et des tissus environnants.
- Si on injecte 1 centimètre cube de cette solution d’encre de Chine dans le genou d’un lapin, on peut, au bout de deux minutes, faire revenir par le massage, à son état normal, l’articulation qui était gonflée et plus ou moins tachée. A l’autopsie, on retrouve l’encre dans les interstices cellulaires du tissu conjonctif, dans les canali-cules nourriciers, les vaisseaux lymphatiques et dans les ganglions situés au-dessus de l’articulation massée, tandis que rien de semblable ne se produit si le massage n’a pas été pratiqué ou l’a été incomplètement.
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- Le massage favorise donc l’absorption des liquides épanchés dans les cavités articulaires.
- L’auteur pense que la résorption s’opère par la membrane synoviale même.
- (Scalpel, n° 2, 1877 et Journal de thérapeutique.)
- Sur l’action thérapeutique du seigle ergoté.
- — M. James Cuthill s’est d’abord occupé d’étudier l’effet de l’ergot sur la contractilité des petits vaisseaux. En plaçant sous le microscope la patte d’une grenouille et examinant les variations de volume des vaisseaux au micromètre après l’injection sous-cutanée d’ergotine, il s’est convaincu que le calibre était réduit de moitié et qu’il y avait stase du courant sanguin. De ce fait, il induit que l’effet de l’ergot sur les vaisseaux, et plus spécialement sur les fibres musculaires de la vie organique est général et doit se montrer dans l’économie, partout où ces fibres abondent. Donc, l’action stimulante de l’ergot doit s’étendre au cœur, à l’estomac, à l’intestin, à la vessie, à l’utérus, à la rate et aux autres viscères qui ont une structure anatomique analogue.
- D’après cette action physiologique, l’auteur pensa que l’ergot de seigle pourrait avoir quelque utilité dans certaines cardiopathies. 11 l’administra à un sujet se plaignant de palpitations, et offrant les signes ordinaires d’une simple dilatation du cœur, sans lésions valvulaires, et ce fut avec un succès complet.
- Le seigle ergoté donna à ce cœur flaccide et mou, dont les valvules étaient insuffisants par suite de la dilatation de ses orifices, il lui donna de l’énergie. Les orifices reprirent leurs dimensions normales et les valvules fonctionnèrent régulièrement.
- (Edinburgh med. Journ., janvier 1877 et Journal de
- thérapeutique.)
- — On vient de découvrir à Sheppy, dans l’argile de Londres, des os d’un oiseau fossile gigantesque. Ils sont en la possession de M. Shrubsales de Shenness, qui a permis de les mouler pour le Musée britannique.
- — Les Eucalyptus globulus, plantés à la Jamaïque il y a six ans, y ont si bien réussi sur les plateaux de cette île, qu’ils ont maintenant 60 pieds d’élévation, et la partie de leur tronc la plus rapprochée du sol a 1 pied de diamètre; mais ces arbres n’ont pas prospéré dans les bas-fonds de la Jamaïque.
- — Le bureau de la Société royale de géographie de Londres vient d’accorder une montre en or, avec une inscription appropriée à la circonstance, au capitaine Albert Markham, de la marine royale, pour avoir commandé la division septentrionale des traîneaux lors de l’expédition arctique de 1875-1876, et pour avoir arboré le drapeau britannique au 85° 20' 26" de latitude nord, point le plus rapproché du pôle auquel on soit encore parvenu.
- — M. G. Brown Goode, aide-conservateur du Musée national de Washington, après avoir passé l’hiver de 1876-1877 aux îles Bermudes, est revenu dernièrement à Washington avec 12 tonneaux, 43 boîtes et 10U0 bouteilles où des invertébrés se conservent dans l’alcool. Sa collection concerne l’ichthyologie, l’herpétologie, la conchyliologie, etc. Plusieurs échantillons qu’il a rapportés étaient inconnus jusqu’ici.
- — Dans la séance du 11 avril 1877 de la Gcological Society de Londres, M. Magens Millo a lu un mémoire sur les grottes de Creswcll Craps. On y a, dit-il, trouvé un fragment d'os sur lequel était figuré un cheval, dessiné ou gravé avec un véritable talent. Le Derbyshire, à l’époque plisloeène, était habité par l’homme, le mammouth, le rhinocéros laineux, l'hippopotame, le bison, le cheval, l’hyène, le lion, etc. Nous n’avons, a-t-il ajouté, aucune preuve de l’existence de l’honnne dans la Grande-Bretagne aux époques interglaciales.
- (Nature, de Londres.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 24 septembre 1877, —- Présidence de M. Peligot.
- Mort de M. Le Verrier.
- Nos lecteurs savent déjà la nouvelle perte que vient de faire la science. M. Le Verrier est mort dimanche à 7 heures du matin. Il était âgé de soixante-six ans. Nous n’avons pas à rappeler ici comment a été remplie la brillante carrière de l’illustre astronome. La Nature reviendra sur ce sujet avec tout le soin désirable. Disons seulement qu’en signe de deuil l’Académie décide qu’elle ne tiendra pas séance, et l’on ne procède même pas au dépouillement de la correspondance parvenue au secrétariat depuis lundi dernier. Stanislas Meunier.
- LES CHIENS DE CHASSE
- LE SETTER ANGLAIS.
- Nous ne saurions trop le répéter aux chasseurs français, les chiens, chez nos voisins d’au delà du détroit, sont des animaux absolument factices, produits de la civilisation, formés par une sélection qui travaille toujours pour arriver soit au mieux, soit à certains desiderata du moment, qu’on peut appeler une mode. En France, où les races sont très-peu cultivées et conservées par le hasard et le concours de circonstances régionales — si tant est qu’elles se conservent 1 — nous nous faisons une très-faible idée de ce que sont ces races soignées, améliorées, cultivées, conservées avec un soin jaloux et dont les pedigrees ou les généalogies sont maintenues avec un soin méticuleux. Nous les croyons immuables : c’est le contraire qui est vrai. Si nous montrons ici Comtesse, le type actuel perfectionné du setter anglais, c’est qu’elle est en effet le produit d'une sélection nouvelle, ou mieux une déviation calculée de l’ancienne race vers un but nouveau.
- Les quatre parties du Royaume-Uni possèdent chacune leur race bien particulière de setters, quoiqu’on doive déplorer que, depuis ces dernières années, trop d’individus de chaque variété soient sortis de leurs districts respectifs. Le setter anglais peut cependant être regardé comme type de race, près duquel vient se ranger le setter irlandais, tandis que le vieux llanidloes, race du pays de Galles, garde encore trop du modèleépagneul, quoique sa toison frisée et imperméable convienne parfaitement au climat humide de ses collines natales.
- On a dit, — et tout me porte à croire que c’est vrai, — que le setter écossais ou gordon est croisé du blood-liound, ce qui lui a donné sa tète comparativement lourde et ses oreilles longuement frisées en tire-bouchon, mais, ce qui a ajouté en même temps à la délicatesse de son nez et à la grossièreté de sa robe. Quoi qu’il en soit, son aspect n’est pas aussi typique que celui des races anglaises et irlandaises. On caractérise ordinairement aujourd’hui les gordons par leur robe noire et brune, pour éviter toute discus-
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- sion si on les jugeait issus de plusieurs croisements; pour nous, il n’existe aucun doute que beaucoup de chiens noirs et feu ne sont pas de vrais gordons, tout aussi bien que beaucoup de vrais et authentiques gordons sont noirs, blancs et bruns. La robe noire et feu ne doit donc pas être adoptée comme un critérium exclusif de race.
- Ne soyons pas exclusifs plus que de raison, et souvenons-nous qu’il est sage d’appliquer au setter irlandais des remarques pareilles : ainsi nous devons toujours nous souvenir qu’un setter rouge de race anglaise, sans aucun sang irlandais, pourvu
- Comtesse. Setter anglais.
- qu’il lasse montre des points de perfection exigés, sera primé dans la classe des Irlandais. C’est ici le moment de dire plus complètement que nous ne l’avons fait précédemment, ce (pie les Anglais appellent les points.
- Comme moyen de s’entendre, non-seulement sur la valeur relative pour l’animal de telle ou telle qualité de ses organes ou de' ses membres, mais encore pour sa beauté ou pour l’exaltation de telle qualité, on est convenu de colcr ces parties à un certain chiffre, et l’ensemble de ces chiffres additionnés fera toujours 100, valeur du type idéal com-
- plet. Il en résulte, qu’en observant un chien quelconque, on peut toujours attribuer un chiffre de.... à chacune de ses parties, et, additionnant ces chiffres, avoir une somme qui devient aux yeux de l’opérateur la vraie valeur du chien.
- Expliquons-nous par un exemple. Le setter anglais doit avoir un crâne parfait, valant 10 ; nez, valant 10 ; oreilles, lèvres et yeux valant 4; épaule et poitrine, 15; pieds, 8; front, 5, etc., etc. Nous avons dit que l’ensemble de toutes ces qualités vaut 100. Nous avons un setter anglais devant les yeux : nous lui donnons : crâne, 8 au lieu de 10 ; nez, 7 au lieu de 10, maximum ; yeux, 3 ; épaules, 7 au lieu de 15 et ainsi de suite. Nous faisons le total de nos opéra-
- tions, et nous trouvons 54 par exemple ; alors nous disons ceci : Le marchand qui estime son chien parfait nous le veut vendre 500 francs, c’est donc 5 francs par point de perfection : nous nous l’estimons de même, 5 francs par point de perfection : total 5X 54, soit 270 francs sa valeur réelle; et, là-dessus, l’un et l’autre savent ce qu’ils font.
- Nous souhaitons vivement que ce mode de comparaison s’établisse en France.
- II. DE LA BlANCHÈRE.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissahdiek. Typographie Lahure, rue de Pleurus, 9, à Paris. _
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- HORLOGES MYSTÉRIEUSES
- Fig. 1 ét 2. — Pendules mystérieuses en cristal transparent. — Système Robert Houdin et nouveau système Cadot.
- La nouvelle pendule mystérieuse deM. Cadot diffère complètement par son principe de celle qui, inventée au commencement de ce siècle, a été récemment perfectionnée par M. Henri Robert1.
- On pourrait trouver, dans une certaine mesure, le point de départ de l’innovation actuelle dans l’horloge de Robert Houdin; mais une combinaison spéciale, dueàM.Cadot, en a complètement modifié le caractère. Robert Houdin employait deux disques de verre superposés et renfermés dans le même encadrement circulaire; l’un, fixe dans
- l’espace, portait la graduation qui constitue tout-cadran ; le second, mobile sur son centre, faisait corps
- avec l’aiguille des 3 2 minutes, et sa
- rotation commandait, par une minuterie ordinaire , celle de l’aiguille des heures. Le mouvement était transmis à ce cadran par un engrenage disposé le long de sa circonférence et dissimulé dans la largeur du cadre métallique. Cette denture était elle-même actionnée par une roue d’angle, un arbre vertical et un mouvement d’horlogerie, ren-
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- Grandcu*' d'éxrecvtion/
- 1. Vue de face de la pendule Cadot. — 2. Vue de profil. — 3. Détail du mouvement de la minuterie placé au centre des deux vitres. — 4. Détail du mouvement de la vitre mobile.
- a. Socle de la pendule. — b. Cadre porté par le socle a et dans lequel les deux glaces ou vitres sont disposées de telle sorte que celle qui est derrière ait le jeu nécessaire au mouvement d’oscillation qu’elle reçoit.— c. Espace qu’occupe le mouvement d'horlogerie. — d. Tige de la roue de centre portant le rochet e. — e. Rocket de 50 dents conduisant le levier f (n* 4) et tournant sur son axe en une heure.
- fermés dans le pied de l’appareil1.
- 1 Voy. 2e année, 1874, 2e semestre, p. 412 5° année. — 2* semestre.
- 1 La figure 1 représente cette pendule telle qu’elle se construit aujourd’hui
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- M. Cadot conserve les deux vitres, mais pour dérouter les investigateurs qui seraient au courant de l’artifice de Robert Iloudin, il adopte la forme rectangulaire qui exclut toute idée de rotation. L aiguille des minutes ne peut plus dès lors rester solidaire de la seconde plaque de verre, elle reprend son indépendance. Cette plaque mobile ne conserve que la latitude d’un très-faible mouvement angulaire autour de son centre, que permet le jeu laissé à l'intérieur du cadre rectangulaire. Un petit encliquetage, dissimulé dans le noyau central de 1 aiguille, accumule pour celle-ci, sous forme de rotation progressive, l’oscillation alternative et invisible aux yeux, de la vitre transparente. Pour produire ce balancement, on supporte cette plaque sur un fléau noyé dans le bord inférieur du cadre métallique. Après l’oscillation directe dont je vais parler, un petit ressort, bandé par ce mouvement même, ramène le système en arrière. Le déplacement direct est produit par une pompe ou bielle verticale, qui vient soulever l’extrémité du fléau. Cette pompe prend son point d’appui sur un levier coudé, mis lui-même en relation avec une roue de 30 dents triangulaires. Enfin, cette roue tourne sur son axe en une heure, sous l’influence d’un mouvement d’horlogerie caché dans le pied de la pendule. Chacune des dents met donc deux minutes à passer, et la transmission précédente détermine un déplacement correspondant de l’aiguille des minutes, qui accomplit ainsi sa rotation en une heure. Quant a la seconde aiguille, elle est commandée par une petite minuterie délicatement dissimulée dans le moyeu1.
- Haton de la Goupillière.
- SOCIÉTÉ HELVÉTIQUE
- DES SCIENCES NATURELLES
- 60“ SESSION TENUE A BEX (20-25 AOUT 1877).
- La Société helvétique des sciences naturelles, qui tenait l’an dernier ses séances à Bàle2, avait choisi comme siège de sa soixantième session le petit bourg de Bex, situé à environ 20 kilomètres de l’extrémité nord du lac de Genève, à l’entrée de la plaine alluviale du Rhône. Au nombre des savants étrangers qui sont venus prendre part aux travaux de la plus ancienne des Sociétés scientifiques, nous avons remarqué, pour la France : M. Daubrée, directeur de l’École des mines de Paris, MM. les professeurs Lory, de Grenoble, et Planchon, de Montpellier; pour Pltalie : M. Blaserna, l’auteur du livre Le son et la mu-sique, publie récemment dans la Bibliothèque scientifique internationale, MM. les professeurs Targioni-Tozelti, de Florence, délégué au Congrès phylloxérique international de Lausanne, Gapellini et Bertholoni, de Bologne, Tomasi, de Milan; pour l’Allemagne, MM. les professeurs Niés et Nordlinger, de Hohenheim (Wurtemberg), le docteur Bauke, de Berlin. La Péninsule ibérique était repré-
- 1 Bulletin de la Société d’encouragement. Août 1877.
- 2 Yoy. le compte rendu de la 59e session : 4e apnée, 1876, 2* semestre, p. 206.
- sentée par MM. les professeurs de Graëlls, de Madrid, et de Oliveira, de Coïmbra (Portugal) ; le Nouveau-Monde, par MM. Otto Schnyder, professeur à Buenos-Ayres, et Pitanga, de Rio-de-Janeiro. Le titre de membre honoraire étranger a en outre été décerné à MM. Paul Bert, Hébert et Broca,
- Citons encore, au hasard du souvenir, quelques noms dans la pléiade de savants dont la Suisse s’honore a si juste titre. Nous retrouverons, pour la plus grande partie, dans cette courte nomenclature, les noms de ces hommes illustres qui semblent avoir légué à leurs descendants le soin de continuer l’œuvre de science qu’ils ont créée. Genève avait envoyé MM. Cari Vogt, le célèbre émule de Darwin, Alph. et Cas. de Candolle, Alph. Favre, II. de Saussure, Raoul Pictet, Turettini, docteur Gosse, MM. les professeurs de l’Université Ëlie Wartmann et Soret, Ed. Pictet, E. Ador. MM. François Forel et son fils, le docteur
- F. A. Forel, tous deux connus par leurs explorations des cités lacustres de Morges et par leurs éludes des phénomènes physiques du lac de Genève, entre autres le phénomène si curieux des seiches, sur lequel nous reviendrons incessamment dans une étude spéciale, MM. les professeurs Ch. Dufour, Schnetzler, président du Congrès, Cliavannes, Renevier, docteur De la Harpe, Lommel, l’ingénieur en chef de la ligne du Simplon, représentaient le canton de Vaud. Nous rencontrons encore M. Albert Ileim professeur de géologie à l’école polytechnique de Zurich, et Mmo Marie Heim, docteur en médecine, M. le professeur
- G. Haller, de Berne, et le doyen des géologues suisses, Bernard Studer, M. Desor, de Neuchâtel, M. le docteur Boë-chat, de Fribourg, directeur de la Revue scientifique suisse, Mil. Hiss et Ilagenbach, de Bàle, et cent autres, que nous oublions à regret.
- L’assemblée générale qui précéda la séance des sections fut consacrée à d’intéressantes communications, parmi lesquelles celles de MM. Cari Vogt, résumant ses observations récentes, faites au laboratoire de Roskoff, sur le développement d’une espèce spéciale de parasites; Lommel, sur le tracé du futur grand tunnel du Simplon; Grenier et Piccard, sur l’historique et l’installation des salines de Bex ; Raoul Pictet sur le problème de la production du froid 1 ; Lebert, sur la vie de Charpentier, à qui nous sommes redevables de la théorie glacière actuelle. Les séances des sections ne furent pas moins brillantes ; nous relaterons seulement les principaux travaux dont il a été donné communication.
- Géologie. — Président : M. Daubrée. M. Renevier donne . quelques détails sur la belle carte géologique qu’il a dressée pour la Commission géologique suisse. M. Chavannes développe sur l’origine des gypses et des cargneules une théorie qui est discutée par M. Alph. Favre, ainsi que par MM. Lory et Daubrée. M. P. de Loriol, ingénieur en chef à Lyon, présente des planches d’une monographie spéciale de la faune suisse. M. le docteur Gosse présente ses observations relatives aux terrasses de gravier qui s’étendent de Mornex à l’extrémité du mont Salève. M. de la Harpe décrit diverses espèces de nummulites. M. le professeur Desor fait une très-intéressante communication sur les pierres dites pierres à écuelles, telles que celles de Mont-la-Ville. M. le professeur Studer expose ses idées sur la nature des roches trouvées près de Wildenstein, non loin de Liestal, dans le Jura, et M. A. Favre commente les observations de M. Studer. M. de la Harpe, se fondant sur les apparences semblables de la cargneule et de la corne,
- * Nous rappelons à ce sujet l’article, publié par la Nature, sur la nouvelle machine à glace de M.„Raoul Pictet. 1877, 5e année, 1er semestre, p. 209.
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- propose l’orthographe de cornieule pour la désigner, M. le professeur Lory fait une communication relative à une montagne située près du chalet d’Àlcfroide, non loin du Yal-Louise. M. Rosset, directeur des salines de Bex, fait l’historique des différents modes d’exploitation de cet établissement. En somme, séance très-remplie, et de beaucoup la plus chargée.
- Zoologie et Botanique. — Président : M. Cari Vogt. M. le professeur du Plessis parle sur la distribution des faunes profondes du lac Léman. M. Forel, de Morges, offre de faire, après la clôture du Congrès, avec ceux des membres qui le désireront, des sondages dans le lac. M. le professeur Studer (Berne), expose ses recherches sur le développement des plumes des oiseaux, particulièrement chez les jeunes alcas. Le professeur lliss, de Leipzig, parle sur le développement de l’œuf du requin ; M. le professeur Bugnon, sur les globules du sang des nématodes; M. le docteur Vernet sur un nouveau genre d’os-tracodes du fond du lac ; M. le professeur Catta, de Marseille, sur une nouvelle espèce de gammarus ; M. Otto Schnyder, sur la flore de la république Argentine ; M. le professeur Targiohi, de Florence, sur les graines ovigères et les chambres ovigères des affidiens et cossidiens pris sur le phylloxéra; M. Hermann Fol, sur la formation des œufs chez les axidies ; M. le professeur Planchon, de Montpellier, sur les maladies de la vigne ; M, de Candolle, de l’effet de la chaleur sur les bourgeons. M. Leresche donne quelques détails sur certaines plantes de la flore suisse. M. Muller parle de la classification générale des phanérogames. Des discussions nombreuses et intéressantes sont soutenues par MM. de Bary, Planchon et de Candolle, sur différents sujets de botanique.
- Physique et Chimie. — Président : M. le professeur Elie Wartinann. M. Ch. Dufour parle du retrait du glacier du Rhône; M. Piccard, sur la cantharidine et ses dérivés. M. Forel présente de remarquables diagrammes des seiches du lac Léman, obtenus au moyen du limnimètre enregistreur qu’il a installé dans sa propriété de Morges. M. Tomasi, de Milan, étudie les prétendues actions spéciales de l’hydrogène naissant. M. Forster traite de l’indice de réfraction des dissolutions salines. M. Édouard Pictet présente la carte qu’il a dressée du petit lac de Genève. M. le professeur Ilagenbach parle sur les propriétés optiques du spath fluor; M. le professeur Soret, de l’université de Genève, sur le spectre ultra-violet de certains métaux, et l’absorption lumineuse produite par des liquides ; M. Raoul Pictet, sur l’équilibre stable d'une sphère dans un courant d’air, ainsi que sur la diffusion de l’acide sulfureux à travers certaines membranes; M. Éd. Bugnon, sur un cas particulier de l’ombre rétrograde sur le cadran solaire. M. Wartmann parle sur la formation des courants dérivés; M. Soret, sur la polarisation de la lumière du ciel dans certaines conditions. M, le professeur Daniel Collation, retenu à Genève par une indisposition, envoie à la Société une lettre résumant de curieuses observations sur les effets de la foudre, principalement sur les arbres.
- Médecine. — Président : M. Lebert. M. Goll parle de la population d’une vallée des Grisons vivant à une hauteur de 6400 pieds au-dessus de la mer ; M. Lebert, sur l’influence des fièvres intermittentes dans la tuberculose. M. Nicati cherche à démontrer par la statistique qu’Aubonne estime ville très-salutaire. M. Dor communique un cas curieux de détachement partiel du cristallin. Cette question soulève une discussion de la part de MM. Schiess, de Bàle, et Dufour. M. Forel présente un ouvrage de M. Geigel, de Wurzbourg, sur l’emploi d’un appareil pour respirer l’air
- raréfié ou comprimé. Il communique aussi le résultat des recherches de M. Mermod au sujet de l’influence des grandes altitudes sur la respiration. M. Lebert appuie les conclusions de la communication précédente en se fondant sur ses propres recherches, puis il expose son travail sur la phthisie résultant de causes traumatiques et mécaniques.
- Le résumé de ces nombreuses communications, dont nous ne pouvons que citer les titres, paraîtra prochainement dans le volume des Actes de la Société helvétique des sciences naturelles. Notons encore deux résolutions prises dans la dernière assemblée générale du 22 août, la première ayant trait à la nomination d’une Commission qui, sous le nom de Commission de statistique anthropologique, sous la présidence de M. le professeur Hoffmann, de Bàle, est chargée de dresser une statistique aussi complète que possible de la couleur de la peau, des yeux et des cheveux des diverses populations qui habitent la Suisse. Une deuxième résolution de l’assemblée charge le Comité central de poursuivre les tractations nouées avec les gouvernements cantonaux et le Conseil de l’ccole polytechnique fédérale de Zurich, pour l’obtention des subsides nécessaires à l’obtention d’une place à la station zoologique de Naples. Comme on le sait, le professeur allemand, docteur Dohrn, a établi à ses frais, à Naples, un magnifique institut, muni de toutes les ressources scientifiques et techniques possibles, pour l’étude complète des animaux vivant dans la Méditerranée. Les zoologistes, de quelque nationalité qu’ils soient, sont invités à venir prendre place aux tables préparées dans les vastes laboratoires de la station, et les divers gouvernements de l’Europe se sont empressés de faire jouir leurs nationaux des avantages réservés à ces places, dont chacune coûte annuellement la somme de 1,875 francs. Il s’agissait de faire réserver à la Suisse une de ces places.
- En dehors des séances spécialement consacrées à l’exposition des recherches nouvelles faites par les membres delà réunion, ou des assemblées générales, des excursions du plus haut intérêt complétaient le programme du Congrès, entre autres la visite aux salines de Bex, tant aux galeries souterraines elles-mêmes, éclairées à la lumière électrique par les soins du directeur de la Société genevoise de construction d’instruments de physique, M. Tu-retteni, membre de la Société, qu’aux appareils d’évaporation de la solution salée, installés à proximité du gisement, et la course aux monstrueux blocs erratiques, abandonnés par les glaciers aux époques lointaines où ils recouvraient encore le pays. L’intérêt de la visite aux blocs dits Pierre à muguet et Pierra Bessa, consistait plus encore dans la cérémonie qui devait consacrer le don fait à la Société helvétique de deux de ces antiques témoins des phénomènes glaciaires, que dans l’examen même de quartiers de rocs, ne différant en rien des nombreux blocs erratiques que l’on rencontre à des distances souvent considérables des glaciers actuels.
- Quelque admiration que l’on puisse posséder pour ces vestiges scientifiques, il était bien difficile, qu’à un moment donné, un industriel intelligent n’en entreprît l’exploitation en règle. L’antique moraine descend en effet, aujourd’hui, morceau par morceau, de son lit séculaire, sous forme de meules de pressoir ou de dalles, et vient se mêler, après des âges d’inertie, à la vie du monde moderne. A vrai dire, il reste encore un nombre respectable de ces témoins vénérés, et, longtemps encore, le burin du mineur peut mordre dans le granit, sans que la moraine soit anéantie. Les géoloques suisses, MM. Studer, Char-
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- pentier, Alphonse Favre, ont toutefois entrepris de sauver les plus remarquables spécimens de ces blocs glaciaires ; leurs efforts ont été couronnés de succès, et en 1853 déjà, le gouvernement du Valais faisait don à Charpentier, qui le légua à la Société helvétique, de la Pierre du muguet. Cette année, la section vaudoise de la Société recevait en toute propriété les deux autres blocs non moins gigantesques de la Pierra Bessa.
- Une excursion géologique sous la conduite de M. le professeur Renevier, une excursion botanique sous la direction de M. le professeur Favrat, et enfin des expériences zoologiques, sondages dans le lac Léman, étude des faunes profondes, pélagique et littorale du lac, sous la direction de M. le docteur Forel, secrétaire du Congrès, terminèrent dignement la soixantième session de la Société helvétique des sciences, dont la prochaine réunion aura lieu à Berne.
- Maxime Hélène.
- FOX TALBOT
- Le célèbre chimiste anglais, Fox Talbot, un des créateurs des procédés photographiques modernes, s’est éteint le 17 septembre dernier, à l’âge de soixante-dix-sept ans. Talbot, dès sa jeunessè, s’est adonné avec ardeur à l’étude de la chimie, et il semble que dès 1853, il s’occupa de résoudre le grand problème de la fixation des images dans la chambre noire, que Daguerre et Niepcc devaient bientôt faire connaître. Talbot peut être considéré comme le véritable inventeur de la photographie sur papier, et son nom doit se placer à côté de ceux des deux grands inventeurs français.
- NOUVELLES ÉTUDES
- SUR LA LONGUEUR DE l’iNDEX ET DE l/ANNULAIRE DE LA MAIN.
- Le professeur Ecker, de l’université de Fribourg, eut le premier l’idée de se rendre compte des longueurs relatives de l’index et de l’annulaire dans la main. La question est en effet plus complexe qu’on est d’abord tenté de le croire. Si vous regardez votre main, vous verrez très-probablement qu’il y a une différence appréciable de longueur entre votre index et votre annulaire ; chez quelques personnes c’est l’annulaire qui est le plus long, chez d’autres au contraire c’est l’index : quelquefois enfin, les deux doigts sont égaux. Ecker, dit M. de Parville qui a récemment résumé les travaux de ce savant, a constaté en étudiant des singes, que l’index est toujours plus court que l’annulaire chez le gorille, le chimpanzé, l’orang-outang. D’une enquête faite par un de ses élèves de Philadelphie, sur 25 nègres et 24 négresses, il résulte que :
- 1° Chez les 25 nègres, 24 fois l’annulaire a été trouvé plus long que l’index (8 millimètres en moyenne) ; une seule fois la longueur des doigts a été la même.
- 2° Chez les 24 négresses, Î5 fois l’annulaire était plus long (de 2 à 14 millimètres), 3 fois la longueur était à peu près la même ; dans 6 cas, l’index a été reconnu plus long (2 à 6 millimètres).
- Ecker a vu l’annulaire plus long chez un Hottentot et chez un Australien, pendant que plusieurs indigènes des îles Sandwich ont présenté une plus grande longueur dans l’index.
- Chez les Européens, l’index est tantôt plus court, tantôt plus long ; chez les femmes, l’annulaire est souvent plus court.
- Dans les œuvres d’art de l’antiquité, on rencontre l’index plus long que l’annulaire; par exemple, dans le Gladiateur mourant, Y Apollon du Belvédère, la Vénus de Médicis, la Vénus pudique, la Vénus du Vatican.
- Dans les œuvres modernes, il y a de grandes dissidences. Canova, Titien, Ary Scheffer donnent plus de longueur à l’index.
- Enfin, sans formuler de loi générale, Ecker pense que la plus grande longueur de l’index constitue un caractère plus élevé de la main, et qu’il se trouve de préférence dans la main de la femme.
- Un professeur italien, M. Paolo Mantegazza vient de reprendre la question et de publier le résultat de ses recherches1. Nous résumerons ses études en quelques lignes.
- Dans une série de 712 observations, il a trouvé :
- Index plus long que l’annulaire dans les deux mains : hommes, 27 ; femmes, 64.
- Index plus court : hommes, 309 ; femmes, 184.
- Tantôt plus court, tantôt plus long, tantôt égal dans chaque main : 118 fois.
- Donc, le fait le plus constant, c’est l’index le plus court; le fait le plus rare, c’est l’égalité de longueur des deux doigts dans les deux mains.
- M. Mantegazza a constaté aussi que l’index plus long se rencontre de préférence dans la main de la femme, mais il se garde bien de dire, comme Ecker, que l’index long est un signe de beauté. Et, en effet, il a examiné la main d’un grand nombre de très-jolies femmes italiennes, et il a trouvé chez les unes l’index plus long et chez les autres l’index plus court. La différence de longueur des doigts n’exerce d’ailleurs aucune action sur l’agilité et la dextérité de la main.
- M. Mantegazza conseille néanmoins aux artistes de donner au type le plus parfait créé par leur imagination, dans la peinture comme dans la sculpture, un index légèrement plus long que l’annulaire. Nous n’y voyons aucun inconvénient.
- Ce qui résulte, en définitive, de ce qui précède, c’est que les longueurs relatives de 1 index et de l’annulaire ne constituent aucun signe de race : ce n’est pas un caractère anatomique, et l’on ne saurait légitimement affirmer que l’homme a l’index plus court que l’annulaire ou réciproquement.
- 1 Archivio per l'antropologia e la etnologia. Vol, VII, p. 19. — Firenze, 1877.
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- LA NATURE.
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- NOUVELLE SOUPAPE DE SURETE
- DE M. KLOTZ.
- Nous sommes heureux de présenter à nos lecteurs une disposition nouvelle pour les soupapes de sûreté, qui a fait l’objet d’un rapport favorable au meeting des ingénieurs anglais, à Bristol, où elle a été présentée le 22 juin dernier par sir John Wilson. L’inventeur, dont elle a pris le nom, est M. Klotz, professeur de mécanique à Prague.
- Les soupapes habituelles ont pour but de laisser échapper la vapeur quand la pression s’élève outre mesure dans la chaudière, et elles ne devraient retomber sur leur siège que lorsque cette pression est descendue dans toute la chaudière au-dessous des limites qu’elle ne doit pas dépasser. On avait remarqué depuis longtemps qu’il n’en est pas toujours ainsi : la vapeur sort bien en effet au contact immédiat de la soupape, mais sa pression baisse rapidement en présence de l’air extérieur, et n’est plus assez forte pour lutter contre l’action du contre-poids, qui fait alors retomber la soupape sur son siège, bien que cependant la pression soit restée trop élevée dans la plus grande partie de la chaudière et constitue toujours un danger d’explosion sérieux. 11 est vrai que la pression se relève bientôt au contact immédiat de la soupape; celle-ci est alors soulevée de nouveau, mais l’effet signalé plus haut se reproduit bientôt, une dépression nouvelle se fait sentir, la soupape retombe sur son siège pour s’élever ensuite, et ne laisse finalement sortir la vapeur que par une série de petits tremblements qui diminuent considérablement le volume de vapeur ainsi débité. L’effet est encore plus sensible quand le contre-poids, dont on se sert habituellement pour lutter contre l’action de la vapeur, est remplacé par un ressort ; celui-ci en effet acquiert rapidement une force de tension considérable à mesure qu’il s’allonge pour laisser soulever la soupape d’échappement, et son effort fait retomber la soupape sur son siège avant que la sortie de la vapeur ait pu amener une dépression réelle à l’intérieur de la chaudière. Une autre cause vient s’ajouter encore pour diminuer le volume de vapeur expulsé au dehors pen-
- dant que la soupape est soulevée. On sait, en effet, depuis les célèbres expériences de Toricelli et de Sa-vart, qu’un filet liquide, sortant à travers un petit orifice ménagé dans la paroi d’un vase, subit une contraction considérable, et que la section de sortie sur laquelle il faut réellement compter est d’un tiers environ plus petite que la surface de l’orifice offert au liquide. La vitesse des différentes molécules s’augmente au moment où elles traversent cette section contractée, mais en même temps la pression y devient plus faible, conformément au théorème de Bernouilli sur l’écoulement des filets liquides. La hauteur piézométrique avec la hauteur due à la vitesse forme une somme constante.
- Cette diminution de la pression est tout à fait inévitable, puisqu’elle résulte des conditions mêmes de
- l’écoulement des fluides; on voit immédiatement quel trouble elle apporte dans le fonctionnement d’une soupape de sûreté, puisqu’il faut que celle-ci se tienne soulevée pendant l’écoulement, sous l’action d’une pression réduite, inférieure peut-être à celle qu’elle doit vaincre à l’état sla-tique.
- Un premier perfectionnement dans la disposition des soupapes a été l’adoption d’un tuyau métallique, disposé verticalement à l’intérieur de la chaudière et terminé à sa partie inférieure en pomme d’arrosoir, pour puiser la vapeur au niveau de l’eau bouillante et la conduire directement à la soupape d’ex-haustion. Cette vapeur ainsi amenée au-dessous de la soupape possède une pression supérieure à celle de la vapeur qu’on puiserait dans les parties hautes de la chaudière ; elle devra donc soulever plus facilement la soupape, et on obtient ainsi contre toute élévation de pression une garantie plus considérable que si on s’en remettait seulement à la vapeur refroidie du haut, du soin de soulever la soupape. Toutefois, il il’en reste pas moins vrai que ce n’est là qu’un palliatif insuffisant qui ne remédie aucunement aux inconvénients que nous signalions plus haut. Lorsque la soupape sera soulevée pour l’échappement de la vapeur, la pression s’abaissera nécessairement, comme nous le disions, et la soupape retombera encore un instant sur son siège, jusqu’à ce que la pression statique la relève de nouveau.
- L’idée de M. Klotz a été de conserver, tout le
- Nouvelle soupape de sûreté de M. Klotz.
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- LA NATURE.
- temps de l’écoulement, cette pression statique en ne laissant pas s’échapper au dehors la vapeur qui sou* lève la soupape; c’est au contraire une autre vapeur, sans aucune relation immédiate avec celle-ci, qui est expulsée. Il ne se produit par suite aucune dépression résultant de l’écoulement non plus que du refroidissement de la vapeur motrice. Celle-ci est puisée, comme tout à l’heure, au niveau de l’eau bouillante, car c’est sa pression dont il importe de connaître l’action sur la soupape, et la vapeur qui s’échappe au contraire arrive des parties avoisinantes. Son expulsion au dehors amène une certaine dépression qui se transmet peu à peu dans la chaudière, et c’est seulement lorsque la vapeur motrice contenue à l’intérieur du tube d’aspiration en aura senti l’effet que la soupape retombera sur son siège. H n’y aura alors aucun inconvénient, puisque la pression sera réellement diminuée dans toute la chaudière.
- L’appareil de M. Klotz est représenté dans la figure ci-contre. La vapeur puisée au niveau de l’eau bouillante arrive par le tube central, et se répand dans l’espace annulaire A, d’où elle ne peut sortir. Elle exerce son action sur la paroi métallique supérieure en forme de cône renversé, qui est solidaire avec le levier de la soupape. Quand l’effort résistant du contre-poids placé à U extrémité du levier est surmonté par l’effort moteur de la vapeur, le cône mobile se soulève et avec lui la partie cylindrique B, qui forme une espèce de chapeau coiffant hermétiquement l’orifice du tube. La vapeur motrice ne peut s’échapper au dehors, puisqu’on a évité aucun jeu entre le tube fixe et la soupape mobile. Seulement, B cesse de reposer sur le cylindre C, qui est relié au bâtis extérieur de la machine ; B dégage en s’élevant une ouverture annulaire comprise entre B et C, par laquelle la vapeur du tuyau T peut s’échapper au dehors. L’échappement continue tant que la pression de la vapeur en A maintient soulevé le cylindre B.
- La difficulté principale provient, ainsi que M. Wille l'a fait remarquer, du contact hermétique qu’il faut établir en B sans gêner le fonctionnement de la soupape. On peut craindre en effet que les particules entraînées par la vapeur ne viennent se loger dans cet anneau vertical et gêner le fonctionnement des pièces mobiles. La soupape demande donc à être entretenue soigneusement, surtout si l’on emploie des eaux chargées de sels pour l’alimentation de la chaudière. En outre, la forme conique donnée en A au chapeau supérieur n’est pas favorable à la résistance du métal ; on l’a adoptée cependant pour abaisser autant que possible le centre de gravité du système, lui donner une stabilité plus considérable, et l’empêcher de se dévier quand il est soulevé.
- La soupape de M. Klotz a été essayée avec grand succès dans les usines d’Avon près Bristol, d’après ce que nous lisons dans VEngineer. On ferma la soupape avec une pression de 69,5 livres avoir du poids par pouce carré, ce qui correspond chez nous
- à 5,2 atmosphères environ, et on poussa le feu avec la plus grande activité sous la chaudière. La surlace de chauffe était de 272 pieds, soit 25 mètres carrés 29, et la surface de la soupape do 5 pouces 1/4, soit 25 centimètres carrés. La soupape s’éleva et débita la plus grande partie de la vapeur produite, puisqu’on ne put faire monter la pression au delà de 76 livres, soit 5,7 atmosphères. Avec une soupape ordinaire, la pression serait montée beaucoup plus haut encore à cause du ballottement de la soupape ifui aurait gêné la sortie de la vapeur.
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
- LES MINES DE CHARBON AU CHILI
- (Suite. — Voy. p. 175.)
- C’est en 1855 que se forma le premier centre d’exploitation de charbon à Coroncl, essai suivi à peu d’années de distance de la création des établissements de Lota, de Lebu, puis enfin de Punta-Are-nas. Il n’est pas sans intérêt de nous rendre compte, par une description rapide, de l’état actuel de ces petites villes, de leur développement et des progrès accomplis par elles durant cette courte période de moins de vingt-cinq années.
- Situé par 56° 57' de latitude australe, sur le côté est de la grande baie d’Arauco, Coroncl, première escale sur le Pacifique des paquebots de la Compagnie anglaise, qui s’y approvisionnent de charbon, occupe aujourd’hui, parmi les divers ports de la République, le troisième rang par le chiffre de ses exportations.
- Douze années seulement après sa fondation, elle devenait capitale du département de Lautoco (province de Concepcion). En 1872, elle comptait 1,500 habitants; en 1875, 2,084, établis dans 177 maisons en briques crues et 120 ranchos (chaumières en torchis). Enfin, au recensement de 1875, sa population s’élevait à 5,529 âmes. Scs mines, au nombre de quatre, Puchoco, Puchoquito, Coronel et Playa-Negra, appartenant à la Compagnie de charbon de Puchoco, produisent en moyenne de 7 à 10 000 tonnes par mois. Accessibles par 6 puits principaux, les travaux s’allongent vers l’ouest. Une des galeries de recoupe s’étend ainsi, sur une longueur de 700 mètres, sous la mer, dont on perçoit les sourds grondements dans les chantiers. Les voies souterraines pour le transport des combustibles occupent aujourd’hui plus de 50 kilomètres de rails. A la sortie, les wagons, tirés par une locomotive spéciale, passent sur des bascules qui enregistrent leur poids, et de là sont dirigés au port d’embarquement, parfaitement aménagé, où ils se vident automatiquement dans des lanchas (barques) d’une capacité de 25 à 50 tonnes chacune.
- En dehors de scs mines, la Compagnie possède un très-bel atelier de construction et une fonderie de
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- LA NATURE.
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- fer, où se travaillent jusqu’à des pièces du poids de 50 quintaux.
- Le combustible extrait à Coronel est employé par les Compagnies anglaise et chilienne de vapeurs, par les usines à cuivre du nord, par les chemins de fer et les diverses compagnies de gaz.
- Depuis 1867, une importante fabrique de produits réfractaires s’est installée à Puchoquito, où la population atteignait, en 1875, le chiffre de 1,409 âmes. Etablie dans les meilleures conditions économiques, puisqu’elle a à côté d’elle tout à la fois les matières premières, sable et argile, et le combustible, l’usine a toujours prospéré. Elle possède huit fours, d’une contenance de 10 à 12 000 briques chacun, et occupe environ 200 ouvriers. La grande consommation de matériaux réfractaires dans les usines du nord développe incessamment l’importance de cet établissement, et accroît encore le mouvement continuel de voiliers et de vapeurs entre les provinces de Coquimbo et d’Atacama et le port de Coronel, appelé, on le voit, à devenir bientôt un des centres industriels les plus considérables du Chili.
- A Lota, les progrès obtenus n’ont pas été moindres. La ville, bâtie sur un terrain très-sablonneux au sud, formé d’argile mêlée de terre végétale au nord, comptait, en 1875, 5,537 habitants dont 4,642 dans la partie dite Lota-Baja et 695 dans Lota-Alta. Indépendamment de ses mines, Lota renferme une fonderie de cuivre de premier ordre, une fabrique de briques réfractaires et un excellent atelier de construction. Pour donner une idée de l’importance du gisement et des travaux qui y ont été exécutés pour l’exploitation, il nous suffira de dire que l’avant-dernier propriétaire des mines, don Luis Cousino, a vendu, en 1871, ses droits à une Compagnie anonyme pour la somme de 5 millions de dollars (25 millions de francs).
- La production s’élevait en 1872 à 150000 tonnes de charbon avec 1,500 ouvriers ; en 1873 elle tombait à 120 000 tonnes, bien que le nombre des ouvriers eût été porté à 1,900 ; mais depuis elle a repris une marche ascendante et il semble hors de doute qu’elle dépasse bientôt 200 000 tonnes.
- L’usine de produits réfractaires a fourni, avec une moyenne de 80 ouvriers, 76 000 briques en 1871 et 100 000 en 1872.
- Ces briques, qui luttent avantageusement par la qualité avec les produits anglais, se vendent encore de 25 à 50 pour 100 meilleur marché, ce qui leur assure, comme à celles de Coronel, sur la côte chilienne et au Pérou les débouchés les plus faciles.
- Quant à la fonderie de cuivre, où se traitent des minerais du nord, apportés comme lest par les voiliers qui viennent charger du combustible pour les usines de Coquimbo et Atacama, elle possède quarante fours constamment en activité, dont la production en cuivre en barres et lingots a été :
- En 1871. . 1 800 000 quintaux métr.
- En 1872. . 1 900000 »
- En 1873. . 1 749000 »
- La petite ville de Lebu qui ne figurait pas même au recensement de 1865 comptait, dix ans plus tard, une population de 5,785 habitants. Sa situation de ville frontière, assise sur les bords d’une rivière navigable sur un parcours de 3 milles aux embarcations d’un tirant d’eau de 2ra,40, en fait un des points les plus heureusement choisis pour le commerce. A. Bouvard.
- —- La suite prochainement. —
- L’ASSOCIATION FRANÇAISE
- pour l’avancement des sciences.
- Session du Havre. — Août I8ÏÏ.
- (Suite et fin. — Voy. p. 174, 194, 215 et 238.)
- Parmi les excursions qui ont été faites pendant la session, celle de Lillebonne et de Tancarville a été certainement l’une des plus intéressantes. Les excursionnistes, partis dès le matin du 28 août, arrivèrent à Bolbec à huit heures et demie ; là, des voitures retenues à l’avance les conduisirent aux ruines du château de Tancarville, bâti sur une falaise de plus de 50 mètres de hauteur.
- Au point de vue géologique, les falaises de Tancarville offrent un puissant attrait ; on y observe d’une façon particulière le travail de destruction des eaux de la Seine, qui creusent le rocher à sa partie inférieure, et déterminent l’éboulement de sa partie supérieure qui surplombe d’une manière souvent menaçante. La pierre Gante dont nous donnons le dessin (fig. 2), est une des plus curieuses falaises de la localité. Celte falaise n’a pas moins de 65 mètres de haut. On y jouit d’une vue magnifique. D’importants travaux d’endiguement ont été faits pour préserver la localité de ce travail d’envahissement des eaux.
- Lillebonne, situé dans les environs, est remarquable par les vestiges d’un ancien théâtre romain. Ce théâtre a été déblayé depuis le commencement de ce siècle. Il mesurait 110 mètres de longueur, et le pourtour intérieur de l’édifice n’avait pas moins de 208 mètres. Près du théâtre romain, on admire les ruines d’un ancien château qui est très-ancien. Le donjon qui subsiste encore, et qui forme la partie la mieux conservée de cette ancienne forteresse, doit être, d’après M. de Caumont et d’autres archéologues, du treizième siècle; il offre la plus grande analogie avec les donjons connus de cette époque.
- L’excursion s’est terminée par une visite à Bolhec, où existent d’importantes filatures, dont quelques-unes n’emploient pas moins de 2000 à 3000 ouvriers.
- Le lendemain de cette intéressante journée, quelques géologues visitèrent, sous la direction de M. Lennier, les falaises de la Ilève. Nous en avons précédemment publié une description avec un dessin auquel nous renvoyons nos lecteurs1. Nous complétons aujourd’hui ces documents en donnant la belle coupe géologique (fig. 1), que M. Lesueur a publiée en 1842, et qui était fort remarquée à l’Exposition géologique dont il nous reste à parler.
- Nous nous contenterons auparavant de mentionner l’excursion finale, faite à Rouen, à ses monuments et à ses usines, trop connus pour que nous croyions devoir les décrire.
- Exposition géologique et paléontologique. — A l’occasion de la réunion au Havre du Congrès de l’Association française pour l’avancement des sciences, la Société géo-
- 1 Voy. 5e année, 1875, 1er semestre, p. 193.
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- m
- LA NATURE.
- logique de Normandie a décidé, dans sa séance du 4 septembre 1876, d’organiser une Exposition géologique et paléontologique spéciale aux cinq départements compris dans l’ancienne province de Normandie.
- Pour mener à bonne fin une œuvre aussi importante, la Société a sollicité et obtenu le concours de l’administration et celui de la plupart des géologues normands.
- La ville du Havre a mis à sa disposition l’ancien palais
- Sol superficiel-
- Argile. rouge Sable fin Sîles: pyromat/uc Petits polypiers,
- gru vé
- lits et rognons
- de
- Silea>
- bandes de-Si/ssc
- Craie
- Gla iM'vrueus e-bhmeh.es. bandes de Sile+x.
- Lits et rognons de
- SUeec^
- bandes de St/eg ('raie
- Glsuu'onieuse.
- blanche-
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- rognons deSth’œ-.
- fiandes de
- SU esc noir Craie
- (diUiCnru'e use bru no
- rtujnvns de. Sïleec-polypier'.* ~-^=Siturces -lits
- tende es. endurcie de
- Glauconie verte
- Lits de rnai'rw bleue, noire. Pyrite+ise avec, lits de Site* lalcedonfeiiu:
- tjros y ravier Poudingfer rugi nais
- Sable, micacé grossier f ui roua., blanc-
- J~erruqineiuc.
- ^ Ut dejvisilcs 1=35
- Lits alternes de.
- intime et de Calcaire marneiet grès.
- Lits a /ternes de marne calcaire et de
- Calcaire, hvdraul*. argile- à ort oucs —J—Hiatres' -—. argile à brigues avec- lignite-
- _____Kùitres-~—
- lits de marne et de calcaire marrt&uc Coquilles (Talith*
- \ ujj.Hl',
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- PLAN du littoral _ du Cap de la HF.VF..
- Jr-Xi tJtil
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- ‘ : . lïMé
- Grave piit £ MoricuU' de Hreu. l'a ru
- Fig. 1. —- Plan et coupe géologiques du cap de la Hève, dressés par M. Lesueur. (Congrès scientifique de l’Association française.
- Session du Havre. Août 1877.)
- de justice et lui a accordé une subvention destinée à l’appropriation du local. La Chambre de commerce, de son côté, comprenant l’importance au point de vue agricole et industriel de cette Exposition, a voulu contribuer aussi à son organisation, par une allocation.
- Depuis longtemps, le sol normand avait attiré l’atten-
- tion des géologues ; de nombreuses publications lui avaient été consacrées, et déjà la Société avait cherché à coordonner ces travaux dans] une bibliographie géologique en cours de publication. Elle a voulu, par l’Exposition des collections, montrer à tous, les matériaux mêmes qui ont servi à la publication des travaux déjà faits, ceux qui
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- LA NATURE
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- résultent de découvertes nouvelles et attirer l’attention sur Nous signalerons comme très-remarquables la carte géo-les nombreuses lacunes qui existent encore. logique des cinq départements formant l’ancienne province
- Fig. 2. — Excursions du Congrès scientifique du Havre. Août 1877. — La pierre Gantera Taucarville. (D’après une photographie.)
- de Normandie, dressée par M. G. Lennier, et les tableaux géologiques qui décorent l’escalier conduisant aux collections ; ils sont dus à un peintre naturaliste distingué, M. A. Noury,et représentent l’aspect idéal delà surface du globe aux différentes époques géologiques. Nous ne pouvons pas décrire tous les beaux échantillons qui remplissent de vastes salles, mais nous avons voulu reproduire l’un des plus curieux: c’est un très-beau poisson fossile, le Lepi-doius levis, trouvé par M. Lennier, dans les falaises du cap de la llève.
- Pour terminer ce compte rendu sommaire du Congrès du Havre, nous ajouterons que M. Kullmann ayant donné sa démission de vice-président de l’Association française, pour l’année 1877, titre qui lui aurait valu celui de pré-
- sident pour l’année 1878, il a été procédé à son remplacement. A la grande majorité des suffrages exprimés,
- M. Frémy, de l’Institut , a été élu. M. Frémy aura donc l’honneur de présider, l’année prochaine , le Congrès scientifique de Paris. Dans sa séance générale du 30 août l’Association a également procédé, par la voie du scrutin, à la nomination d’un vice-président et d’un vice-secrétaire général. Au premier tour de scrutin, sur 151 suffrages exprimés, M.. Bardoux en a obtenu 139 et a été proclamé vice-président pour 1878 et président pour 1879. Au deuxième tour de scrutin, M. le comte de Saporta a été nommé vice-secrétaire général par 112 voix sur 132 votants.
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- LA NATURE.
- LES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS
- PARISIENS.
- (Suite et fin. — Yoy. p. 226.)
- LA ROCHE-GU Y ON.
- Tous les convalescents adultes, soit des hôpitaux, soit des bureaux de Bienfaisance, peuvent sur leur désir et l’avis du médecin être envoyés à la campagne, où ils passent un mois et même davantage s’il y a lieu. Ce séjour au milieu des meilleures conditions hygiéniques, a sur les convalescents la plus heureuse influence; ils ne tardent pas à recouvrer complètement la santé.
- Les hommes sont dirigés sur l’asile de Vincennes; les femmes sur celui du Vésinet; la seule contre-indication précise que l'expérience ait mise en lumière, est la présence, chez le convalescent, de tubercules accompagnés d’une grande excitabilité pulmonaire avec disposition pour l’hémoptisie ; pour ceux-là, en effet, l’air vif et sec de la campagne ne vaut pas l’air plus calme et plus humide de Paris.
- Les enfants convalescents des hôpitaux sont également très-bien partagés : la Roche-Guyon, au loin, ou, à Paris, une maison spéciale, rue de Sèvres, 67. Yoilà pour les garçons. Quant aux filles, on les place soit à Vaugirard, 30, rue Dombasle, soit à à Épinay-sous-Sénart, près Brunoy. Ces divers établissements suffisent au delà du nécessaire aux besoins des hôpitaux de Paris. Nous n’avons à ce sujet qu’un seul vœu à former, c’est que l’assistance publique accorde le bénéfice de cette convalescence au grand air aux jeunes malades des bureaux de Bienfaisance.
- Dans les ménages pauvres qui forment la clientèle des bureaux, il est rare que l’enfant convalescent trouve les éléments dont il a besoin : air, lumière, température, alimentation; si cette dernière est insuffisante, il y a autophagie ; si elle est de qualité inférieure, il survient des troubles des fonctions digestives, et, par suite, un arrêt dans la marche ascensionnelle de l’organisme vers la santé; de plus, dans ces conditions, une rechute est facile, et dans tous les cas il y a une aptitude spéciale de contracter les maladies contagieuses, épidémiques ou d’autres maladies intercurrentes. 11 n’est pas rare, par exemple, de voir la phthisie pulmonaire se manifester même chez les enfants, au cours d’une convalescence douteuse. Ajoutons que le petit convalescent a nécessairement besoin de quelqu’un qui le soigne et veille sur lui. La personne chargée de cette mission, la mère presque toujours, ne peut pendant ce temps vaquer à ses occupations ; de là ce résultat pour la famille : un préjudice notable.
- Donc, à tous les points de vue, il est à désirer que les jeunes convalescents des bureaux de Bienfaisance puissent, comme leurs camarades des hôpitaux d’enfants, passer quelque temps dans un milieu salubre, qui promptement les ramène à la santé.
- La maison de la Roche-Guyon a gardé de son origine une certaine autonomie qui est son caractère propre. Sous le contrôle d’un commis-directeur, M. Laurent, seul agent de l’administration centrale, l’hôpital est directement géré par les sœurs de Saint-Vincent de Paul, au nombre de 10, dirigées par la sœur Madeleine. Celles-ci reçoivent à forfait 1 franc 50 centimes par journée d’enfant passée à la Roche-Guyon et doivent subvenir à tous les besoins de leurs pensionnaires, qui sont visités chaque matin par M. Raillard, médecin de la localité, aussi bien que de la maison de convalescence. Les sœurs achètent à leurs fournisseurs particuliers les provisions nécessaires, et, contrairement à ce qui se passe dans les autres établissements, ne reçoivent rien de la cave et du magasin des hôpitaux de Paris.
- Sans parler d’un jardinier et d’une lingère, un maître d’école est attaché à l’établissement; ce n’est pas positivement un instituteur diplômé, mais c’est l’ancien directeur d’une école régimentaire de gendarmerie, très-habitué au professorat. Sous le rapport de la culture intellectuelle, l’organisation est donc beaucoup meilleure à la Roche-Guyon, où la grande majorité des enfants ne passent que quelques semaines, qu’à Forges et surtout Berck, où ils restent d’ordinaire plusieurs années. .
- A tous les points de vue, les petits malades sont soignés avec la sollicitude maternelle que ressentent pour les faibles et les souffrants les sœurs de charité. Bien souvent on a « prolongé la convalescence » d’un enfant abandonné des siens, pour avoir le temps de lui inculquer les premiers principes ou de lui faire faire sa première communion.
- Convalescents et scrofuleux ont également besoin d’un régime reconstituant : aussi fait-on trois repas par jour, soupe maigre, pain et dessert le matin ; soupe grasse, viande, légumes , dessert et vin à midi ; bouilli en ragoût et vin le soir. On se lève le matin à 6 heures en été, à 7 en hiver, et on se couche le soir à 7 heures et demie. 11 va sans dire, en outre, qu’à l’infirmerie les enfants ont le régime spécial ordonné par le médecin.
- Pour leurs jeux, outre une salle de réunion fermée et chauffée ou préau d’hiver, et la vaste cour sablée, les enfants peuvent encore se rouler sur l’herbe dans une prairie que la famille de La Rochefoucauld, ne se trouvant pas quitte après le cadeau qu’elle a fait, met en plus gracieusement à la disposition de l’hôpital.
- En entendant les éclats joyeux de ces petits, tous uniformément vêtus, tous coiffés de toques bleues ou violettes, on se rappelle que la plupart étaient en danger de mort peu de temps auparavant et l’on se dit que vraiment « mal passé n’est qu’un songe ».
- Sur chacune des deux faces latérales de la cour s’étendent, totalement séparées l’une de l’autre, les deux ailes de la maison donnant, du côté opposé, l’une sur le jardin, l’autre sur le potager. Les bâtiments en pisé rose, gai à l’œil, comprennent un étage sur rez-de-chaussée, surmontant un sous-sol.
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- Dans l’aile de gauche sont les bureaux d’administration, l’appartement du directeur, la communauté, la salle de réunion, et, au-dessus l'école et des chambres isolées pour le traitement des maladies contagieuses. Dans l’autre aile se trouvent le réfectoire, à la vaisselle d’étain ; le cabinet de toilette, avec les cuvettes alignées en batterie ; les cabines de bain, peu nombreuses, 4 pour les enfants, 2 pour le personnel, — le bain n’étant plus ici la base de la médication; la pharmacie; les dortoirs et les infirmeries pour les « petits » et les a grands ». Ces infirmeries s’ouvrent par de larges baies sur la chapelle, de sorie qu’en relevant les .rideaux, les enfants peuvent, de leur lit, assister à l’office divin. Sous le chœur de cette chapelle, enrichie de nombreuses reliques, dort le fondateur, dont le tombeau s’ouvre à l’extérieur. Dr Bader. — Ch. Boissay.
- de l’étude
- DES PHÉNOMÈNES PHONÉTIQUES
- a l’aide de la méthode graphique.
- Dans le dernier ouvrage publié par le professeur Marey (Comptes rendus des travaux du laboratoire, G. Masson, \ 876), deux Mémoires nous ont paru mériter particulièrement l’attention des lecteurs qui s’intéressent à la science en général, sans s’attacher exclusivement à telle ou telle spécialité. De ces deux Mémoires, l’un, du docteur Ch. Rosapelly, présente les premiers résultats obtenus par l’étude simultanée des mouvements variés qu’exécutent la poitrine, le larynx, le voile du palais et les lèvres, dans l’articulation des groupes de sons que les linguistes ont appelés phonèmes (Champion) ; le second Mémoire, pour traiter d’un sujet tout différent, n’en est pas moins digne de l’attention très-sérieuse de quiconque suit les applications des études expérimentales : il est relatif à la reproduction mécanique du vol de l’oiseau, et est dû à l’habile et persévérant chercheur dont le nom reviendra souvent sous les yeux de nos lecteurs, M. Tatin.
- Nous avons consacré au travail de M. Tatin une revue publiée dans la Nature; nous nous occuperons aujourd’hui de celui du docteur Ch. Rosapelly.
- La Société de linguistique avait inscrit dans son programme, au début de l’année 1875, la recherche et l’application des moyens capables de fournir une trace objective des mouvements phonétiques auxquels concourent, comme on sait, la paroi thoracique, le larynx, les lèvres, la langue, le voile du palais. Il s’agissait, non point seulement de chercher la part que prenait telle ou telle de ces parties pour l’articulation des sons, mais de déterminer de quelle manière les différents mouvements des organes indiqués se succèdent et se combinent.
- Une délégation de la Société de linguistique, conduite par son président, M. Waïsse, vint demander
- l’avis du professeur Marey, dont l’autorité en pareille matière était bien connue des membres de la Société. La méthode graphique offrait-elle des ressources suffisantes pour permettre la solution complète ou partielle des questions que s’était proposées la Société de linguistique? M. Marey considéra l’entreprise comme réalisable, et s’empressa de prêter son concours. Il confia au docteur Rosapelly auquel s’adjoignit M. L. Havet, secrétaire de la Commission, le soin de faire dans le laboratoire du Collège de France des expériences qu’il pourrait diriger de ses conseils éclairés. L’importance des recherches de linguistique expérimentale était de nature à exeiter le zèle des physiologistes tout autant que des linguistes. Si ces derniers devaient avoir surtout en vue de mieux préciser certaines lois qui président à l’évolution du langage, d’obtenir l’expression matérielle des transitions, grâce auxquelles une lettre change de degré, d’ordre et de famille, les physiologistes ne pouvaient manquer de saisir avec empressement l’occasion qui leur était offerte d’analyser, par la seule méthode qui fût capable de le permettre, les différents caractères, la force relative et les rapports de succession des mouvements de l’air et des organes phonétiques dans les groupes de sons dont l’ensemble constitue le phonème. Une idée philanthropique d’une haute portée sociale, la création d’une méthode d’éducation vraiment scientifique pour les sourds-muets, devait dominer cette recherche de laboratoire : « Combien le sourd-muet ne serait-il pas mieux renseigné sur les actes vocaux qu’il devra produire, s’il avait sous les yeux les tracés graphiques de tous ces actes? U chercherait alors à imiter lui-même ces tracés, qui lui serviraient de modèle, et n’arriverait à leur parfaite imitation qu’en exécutant les mêmes actes et en émettant les mêmes sons que ces graphiques représentent. » (Rosapelly, loc. cit.)
- Les expériences furent donc activement poussées, et ce sont les premiers résultats qu’elles ont fournis que M. Rosapelly a relatés dans son mémoire intitulé : De l'inscription des mouvements phone'tiques.
- Nous devrons nous contenter de donner ici un simple aperçu des appareils employés pour l’exploration et l’inscription des vibrations du larynx, des mouvements des lèvres et de ceux du voile du palais ; nous ne pourrons également consacrer que bien peu de lignes à l’exposition des résultats obtenus, renvoyant pour les détails au mémoire original.
- À. Dans la voix parlée, le larynx émet le son fondamental, dont le résonnateur (pharynx, fosses nasales, cavité buccale) détermine le timbre. Ce sont donc les vibrations correspondant à un son simple qu’il a été possible d’enregistrer en appliquant sur la partie latérale du larynx un petit appareil dont les deux figures suivantes (1 et 2) ' donneront une idée très-suffisante.
- Cet appareil, très-analogue à celui dont M. Marey s’était servi pour recueillir l’indication de mouvements très-rapides, est basé sur l’inertie d’une masse
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- élastiquement suspendue ; comme cette masse ne peut obéir aux mouvements rapides qui sont communiqués aux pièces qui l’environnent, elle constitue une sorte de point fixe, contre lequel une série de chocs viennent se produire.
- Une masse de cuivre M est suspendue à l’extrémité d’un ressort R. Au-dessous de la masse est une pointe de plaline P qui se trouve exactement en contact avec la masse, de manière à fermer un circuit électrique qui suit le trajet indiqué par les fils marqués des signes —)—et— : dans la partie extérieure de ce circuit électrique est placée une pile et un appareil à signaux rapides de M. Deprez, le même que nous avons décrit et figuré dans notre dernier article sur la chronogra-phie (Exposition de Londres,
- Nature, n° 18‘2). La masse et la pointe sur laquelle elle repose sont enfermées dans une petite caisse légère, formée de bois et de caoutchouc durci, de façon à obtenir l’isolement des deux bouts du circuit de pile, sauf au point de contact de M sur P. Une vis de réglage Y, appuyant sur le ressort au voisinage de la masse M, limite les mouvements de l’appareil autour de la masse immobile qui en occupe le centre.
- On comprend que chaque vibration du larynx sur lequel cet appareil est appliqué, provoquera l’abandon des deux pièces de contact M et P, et par suite la rupture du circuit de la pile. Or nous savons que le signal électrique de M. Deprez indique chaque rupture et chaque clôture du circuit dans lequel
- Fig. 1 et 2. —- Explorateur électrique des vibrations du larynx (coupe et élévation).
- Fig. 5. — Inscription simultanée du mouvement des lèvres et de ceux du larynx.
- Fig. 4. — Appareil explorateur des mouvements verticaux des lèvres, il est compris. Grâce à son extrême sensibilité, il | ticulation que l’on voit à sa partie moyenne ; elle tend
- permet d’inscrire un très-grand nombre de signaux par seconde, et on peut compter que tontes les vibrations du larynx provoquant des ruptures du courant de pile seront fidèlement insectes par ce signal. Dans la figure 3, on voit les vibrations du larynx correspondant à la voyelle a, disparaître quand on prononce le p, Vf des syllabes ap, af, et persister au contraire quand on prononce le v de la syllabe av.
- Cette même figure contient en outre de l’inscription des vibrations du larynx, le tracé des mouvements des lèvres, recueilli simultanément.
- B. Les lèvres exécutent des mouvements verticaux d’élévation et d’abaissement et des mouvements antéro-postérieurs, dans un plan horizontal, mouvements dans lesquels elles se portent plus ou moins en avant. Le type des mouvements du premier genre s’observe dans l’émission des consonnes explosives labiales, comme b et p; celui des mouvements antéro - postérieurs dans l’émission de la voyelle v.
- L’appareil qui est représenté figure 4, est destiné à l’exploration des mouvements des lèvres dans le sens vertical.
- On applique la lèvre supérieure dans la petite gouttière métallique V et la lèvre inférieure dans l’autre gouttière /. Dans les mouvements . d’élévation de la lèvre inférieure, la branche qui se termine par la gouttière l bascule autour de l’ar-
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- le petit anneau de caoutchouc qui la relie par son autre extrémité à la branche supérieure, et attire alors à elle la membrane de caoutchouc du tambour T avec lequel elle est unie par un petit pont métallique. Un appel d’air se produit alors vers le tambour T par le tube t qui communique lui-même avec un tambour à levier inscriptcur que nous avons décrit dans un précédent numéro de ce journal (voy. La méthode graphique. — Exposition de Londres, n° 182). La plume inscrivante étant rappelée dans ce mouvement d’élévation de la lèvre inférieure, inscrit une ligne ascendante.
- Il est facile de se représenter l’ex-périence en considérant le tracé ( lig. 3), ligne brisée inférieure, et en prononçant la syllabeab. La ligne sinueuse exprime l’ouverture des lèvres quand elle occupe la position horizontale supérieure; elle correspond à leur clôture absolue quand elle occupe la ligne horizontale inférieure ; les lignes obliques marquent le moment du passage de l’une de ces positions à l’autre.
- C. Mais les mouvements du voile du palais qui sont d’une si grande importance dans l’articulation de certaines syllabes (am-ma, ab-ma) ne pourraient être explorés qu’au prix de l’introduction dans les arrière-fosses nasales d’instruments aussi gênants pour l’expérimentateur que nuisibles à la netteté des sons qu’il s’agit d’étudier. On a pris un détour pour obtenir l’indication de ces mouvements. Czermack avait imaginé, pour signaler les mouvements du voile du palais, de placer devant les narines une petite glace froide et bien polie. Chaque fois que le voile du palais se redresse, il en résulte le déplace-
- ment d’une petite quantité d’air chaud et humide qui ternit la surface du miroir. Pour obtenir l’inscription de ce faible courant d’air, l’auteur de ces recherches a introduit à l’entrée d’une narine un petit tube qui communiquait à distance avec un tambour à levier inscripteur : M. Rosapelly pouvait ainsi inscrire, en même temps que les vibrations du larynx, et que les mouvements des lèvres, les mouvements du voile du palais, et satisfaire à la question qu’il s’e'tait posée au début : l’étude des rapports de durée, de succession de ces différents mouvements.
- Les détails dans lesquels nous sommes entré au sujet du mode d’emploi des appareils et de ia signification des tracés, nous permettront de placer devant les yeux de nos lecteurs un tableau (fig. 5), dont la complexité n’est qu’apparente, et que chacun pourra lire couramment après avoir tenu compte des quelques indications qui l'accompagnent.
- La colonne de gauche renferme sous le titre de repères, l’indication abrégée de la signification des différentes courbes de chaque tracé.
- Pour chacune de ces courbes, le même ordre est observé : en haut la pression nasale (mouvements du Yoile du palais), soit à son degré normal qui s’observe pendant l’occlusion du voile du palais, soit élevée par l’émission d’air qui se produit quand le voile s’entr’ouvre. La ligne moyenne correspond toujours aux vibrations du larynx ; elle est rectiligne quand cet organe est muet, vibrante pendant l’émission des sons laryngés. Enfin la ligne inférieure de chaque série exprime les mouvements des lèvres.
- Repères 1 2 3
- A ProajïoD n Vïbrlar Mouv lèv. + a P —P a a b — b a + + a ra ms
- a r + a r A r
- B P n.. V 1. Al I a f fa + o v v a < + 4- o w w a
- r\ r — ~\ r\ i
- C P n V I. M. 1 a p 1 a a p * v a a f „ v o
- a. r A S" a r
- D P n. V J. Al 1 a p tr a a m p a o m .ma
- A r a r a r]
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- a r a r a
- 10 V à AAAAA/WWWWWWWVVyW\MA/IA/VWW\
- Fig. o.
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- LA NATURE.
- Le tableau figure 5 représente quinze phonèmes différents, complètement caractérisés par la méthode graphique : on peut lire chacun d’eux ou tout au moins déterminer la consonne que chacun renferme.
- Dr François Franck.
- CHRONIQUE
- Congrès géologique international. — Il s’est formé à la suite de l’Exposition de Philadelphie, un Comité pour l’organisation à Paris, en 1878, d’un Congrès géologique international. Ce Comité a fait appel au concours de la Société géologique de France. Sur les désignations du Conseil de la Société, un Comité d’organisation a été constitué, à Paris, de la manière suivante :
- Président : M. Hébert, membre de l’Institut, professeur de géologie à la Faculté des sciences, ancien président de la Société géologique.
- Vice-présidents : MM. Tournouer, président de la Société géologique.— Alb. Gaudry, professeur de paléontologie au Muséum d’histoire naturelle, ancien président de la Société géologique.
- Trésorier : M. Bioche , trésorier de la Société géologique.
- Secrétaire général : Dr Jannettaz,. aide de minéralogie au Muséum, directeur-adjoint à l’École des hautes études, ancien président de la Société géologique.
- Secrétaires : MM. Delaire, ancien secrétaire de la Société géologique. — Dr Sauvage , aide d’herpétologie au Muséum, vice-président de la Société géologique. — Dr Brocciii, secrétaire de la Société géologique. — M. Vé-lain, répétiteur de géologie à l’École des hautes études, secrétaire de la Société géologique.
- Membres du Comité : MM. Belgrand , membre de l’Institut, inspecteur général des ponts et chaussées, ancien président de la Société géologique, — Bureau, professeur de botanique au Muséum, ancien président de la Société botanique. — De Chancourtois, ingénieur en chef des mines, professeur de géologie à l’École des mines. — G. Cotte au, ancien président de la Société géologique. — Damour, membre correspondant de l’Institut, ancien président de la Société géologique. — Daubrée , membre de l’Institut, inspecteur général des mines, directeur de l’École des mines, professeur de géologie au Muséum, ancien président de la Société géologique. — Delafosse, membre de l’Institut, professeur honoraire de minéralogie au Muséum et à la Faculté des sciences. — Delesse, ingénieur en chef des mines, professeur de géologie à l’École normale supérieure, ancien président de la Société géologique. — Dès Cloizeaüx, membre de l’Institut, professeur de minéralogie au Muséum. — Desnoyers, membre de l’Institut, bibliothécaire au Muséum. — Fouqué, professeur de géologie au Collège de France. — P. Gervais, membre de l’Institut, professeur d’anatomie.comparée au Muséum, aucien président de la Société géologique. — Gruner, inspecteur général des mines, ancien président de la Société géologique. — De Lapparent, ingénieur des mines, professeur de géologie à l’Université catholique de Paris. — Mallard, ingénieur en chef des mines, professeur de minéralogie à l’rmole des mines. — À. Milne-Edyvards, professeur de mammalogie au Muséum, et de zoologie à l’ücole supérieure de pharmacie. — Pellat, ancien president de la Société géologique. •— Marquis De
- Roys, ancien président de la Société géologique. — L. Vaillant, professeur d’herpétologie au Muséum.
- Toute personne s’intéressant aux progrès des sciences géologique, minéralogique et paléontologique, pourra faire partie du Congrès, en acquittant la cotisation de 12 francs. Le reçu du trésorier donne droit à la carte de membre du Congrès, ainsi qu’à toutes les publications.
- Les adhérents sont priés de faire parvenir le plus tôt possible au trésorier du Congrès leur cotisation, en faisant connaître en même temps leurs nom, prénoms, qualité et demeure1. Le Comité organisateur de Paris invite les savants, qui ont l’intention de faire partie du Congrès, à lui adresser dès maintenant la liste des questions qui leur paraissent dignes d’une discussion générale, et celle des lectures qu’ils désirent faire sur ces questions. B les invite également à lui indiquer l’époque qui leur paraîtrait la plus convenable pour la réunion. La seconde partie du programme du Comité de Philadelphie était une Exposition géologique internationale. Le Comité de Paris, dès qu’il a été constitué, a cherché par tous les moyens en son pouvoir à réaliser ce vœu. Il n’a pu que constater, à son grand regret, l’impossibilité de trouver le local nécessaire, au moins en ce moment, parce que tous les bâtiments de l’Exposition universelle ont reçu leur destination depuis longtemps. 11 espère néanmoins qu’il y aura de nombreuses expositions particulières, et il prie les exposants de lui en donner avis, afin de pouvoir en dresser un catalogue spécial.
- Le Président du Comité d'organisation,
- Éd. Hébert.
- Le Secrétaire général,
- Ed. Jannettaz.
- JLe cliant des souris. —- Le journal la Nature a publié, il y a peu de temps, une lettre de M. le docteur Bordier, relative aux tons et notes des chants des souris. Une discussion très-courtoise a été soulevée à ce sujet par M. Fernand Lataste, erpétologiste distingué, qui croyait à une confusion avec le chant d’un batracien ram forme, le Bombinalor igneus. M. le docteur Bordier a décliné tout voisinage marécageux de l’appartement où il avait entendu chanter les souris, et a maintenu ses assertions.
- Au dernier Conseil de la Société d’acclimatation, elles ont été confirmées par de nouvelles observations transmises par M. Brierre. Il a entendu, avec plusieurs témoins, des souris chanter à Saint-Michel-sur-l’IIéron (Vendée), de 1851 à 1853. Les chants, qui furent d’abord pris pour des sifflements de reptiles, partaient d’un vieux buffet acheté dans une vente et reculant des souris. C’est le soir, vers le coucher du soleil, que les chants commençaient ordinairement.
- M. Brierre eut l’idée de bien huiler les ferrures du buffet et de frotter les bois des portes avec du savon sec, afin de pouvoir les ouvrir subitement et sans bruit. C’est ce qu’il fit peu de temps après que les chants eurent commencé. 11 réussit à voir, pendant une minute environ, les battements de la gorge d’une souris, qui faisait entendre un chant analogue à celui du roitelet, en tenant le museau allongé et en l’air, dans la position d’un chien qui hurle. 11 put la saisir à la main, en appelant des témoins pour la leur montrer; mais elle lui échappa, car il la ser-
- 1 Les envois de fonds doivent être expédiés nominativement à M. Bioche, trésorier, rue des Grands-Auguslins, 7 (Société géologique de France).
- La correspondance doit être adressée à M. Jannettaz, secrétaire général, également rue des Grands-Augustins, 7.
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- rait peu, de crainte de l’étouffer. Les chants reprirent la nuit même et les nuits suivantes, sans qu’on y fit désormais attention.
- M. Brierre ne peut, comme le suppose le docteur Bor-dier, attribuer ce chant des souris à l’imitation de celui des serins, car il n’avait pas d’oiseaux, et pareillement le précédent propriétaire du buffet.
- La machine à coudre au point de vue sanitaire. — Un médecin américain, le docteur Nichols, a présenté récemment au State Board of health in Massachussetts un rapport concernant la santé des ouvrières qui travaillent à la machine à coudre. 11 résulte des observations des médecins américains les faits suivants : Une personne saine, de force moyenne, qui ne fait pas un métier de la couture à la machine, peut travailler de trois à quatre heures par jour sans éprouver de fatigue marquée ou de trouble de sa santé. Chez les ouvrières, par contre, on rencontre fréquemment des troubles de la digestion dus à la vie sédentaire, à la mauvaise ventilation, des douleurs dans les muscles du tronc et des membres inférieurs, parce que ces derniers sont toujours en mouvement. On remarque aussi des congestions des organes du ventre, de la faiblesse, et, dans quelques cas rares, des névralgies des jambes et de l’irritation spinale. Il est à conseiller aux propriétaires d’ateliers, dans lesquels des ouvrières sont occupées à la machine à coudre, d’employer : 1° une bonne ventilation ; 2° un temps plus court pour le travail, avec des moments de repos ; 5° une autre force motrice que celle des pieds, par exemple la machine à vapeur. Ajoutons à ces bons conseils, que dans certaines villes de la Suisse, telles que Fribourg, Lausanne, etc., un petit moteur à eau, comme le moteur Schmidt, remplirait parfaitement les conditions désirées.
- (Revue scientifique suisse.)
- Persistance de la trace d’un bolide. — Un de
- nos sociétaires, très-digne de foi, dit le Journal du Ciel, nous affirme que dans l’hiver de 1870-71, à la Rochelle, où il résidait, il a été averti un soir que le ciel venait d’être traversé par un corps lumineux dont la trace s’apercevait encore. Sorti immédiatement, il a vu en effet comme un ruban de couleur orangée, large comme la main, partant des environs de l’étoile polaire et se dirigeant vers le sud, en se rapprochant du sol au point que son extrémité inférieure paraissait toucher les mâts des bateaux pêcheurs amarrés dans le port. Il changea de place et put constater que la bande lumineuse, paraissant se déplacer avec lui, n’était point aussi rapprochée qu’elle lui avait paru de prime abord. Pendant une demi-heure, de onze heures à onze heures trente minutes, ce long ruban orangé conserva sa même position et sa direction suivant une ligne parfaitement droite ; mais bientôt la ligne se brisa en deux tronçons parallèles. L’apparence lumineuse n’en persista pas moins pendant un quart d’heure encore, et l’horloge du port marquait onze heures quarante-cinq minutes au moment où les dernières lueurs disparurent tout à fait après avoir duré plus de trois quarts d’heure. Le ciel était sans aucun nuage, et l’atmosphère parfaitement calme.
- — En 1874, la Colombie produisit de l’or pour une valeur totale de 9 499 782 francs 70 cent. L’année suivante, le même produit atteignit la somme de 12 745 755 francs 60 centimes.
- Les mines du noble métal occupaient 1994 ouvriers, dont C69 Chinois, le reste, blancs de toute nationalité.
- De son côté, la Nouvelle-Ecosse, autre fraction du Dominion
- canadien, produisit, en 1874, de l’or pour une valeur totale de 898 967 francs 52 centimes et, en 1875, pour 1123 709 francs 40 cent. (Iron.)
- — Les Sociétés minéralogique, géographique et des naturalistes de Saint-Pétersbourg viennent de perdre un de leurs membres les plus distingués et les plus actifs dans la personne de M. Barbot de Marny. Ce savant, d’origine française, est mort à Page de quarante-cinq ans, sans laisser d’autre fortune à sa famille qu’une bibliothèque et quantité de manuscrits, il avait, de son vivant, publié 110 mémoires sur la géologie de l’Oural, d’Archangel, de Vologda, de la Yolhynie. de la Podolie, de Kherson, Kiew, Azow, Orenbourg, le Caucase, les mers d’Aral et Caspienne, l’Amour-Darya, etc.
- — La Société géographique de Saint-Pétersbourg travaille à une topographie historique de la Russie d’Asie. Cet ouvrage qui sera volumineux, paraîtra en 1879, c’est-à-dire trois cents ans après le passage des monts Ourals par Yermak, le conquérant de la Sibérie.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 1*' octobre 1877. — Présidence de M. Peligot .
- Le Davyum. — Déjà nous avons annoncé la découverte par un chimiste russe, M. Seige Kerl, d’un nouveau métal, le davyum dans la mine de platine. L’auteur annonce aujourd’hui que la densité du nouveau corps simple, dont il a poursuivi l’élude est égale à 9,4, et que son équivalent est compris entre 150 et 154.
- Photographies solaires. — D’après un professeur de l’université de Prague, dont le nom nous échappe, on constate sur les photographies du Soleil obtenues avec des objectifs à très-courts foyers, la présence de divers anneaux d’absorption qui entourent le disque de l’astre. Ces anneaux le plus souvent circulaires, sont quelquefois de formes différentes. Leur étude semble à l’auteur devoir conduire à des faits importants.
- Météorologie expérimentale. — Nous regrettons bien vivement que M. le secrétaire perpétuel se borne à mentionner par son titre un nouveau mémoire de M. Gaston Planté sur les effets des courants électriques à haute tension et leur analogie avec les phénomènes naturels.
- Tréfderie microscopique. — Tout le monde connaît le procédé de YVollaslon pour obtenir des fils de platine d’une finesse extrême : on enveloppe le platine de cuivre, puis on tréfile jusqu’aux dernières limites du possible. On dissout alors le cuivre dans l’acide azotique, et le fil de platine qui constituait comme l’axe du fil bimétallique reste seul. Par des perfectionnements ingénieux, M. Gaiffe est arrivé à réaliser le même effet d’une façon tout à fait industrielle, et M. Dumas présente de sa part à l’Académie des fils ayant 1/47 de millimètre de diamètre et à peu près invisibles à l’œil nu.
- Courants atmosphériques. — MM. A. et G. Tissandier annoncent que dans une ascension aérostatique qu’ils ont exécutée samedi dernier 29 septembre, ils ont constaté à 400 mètres d’altitude, l’existence d’une couche d’air de 400 mètres d’épaisseur, se mouvant avec rapidité de l’est vers l’ouest entre deux couches d’air presque complètement immobiles. C’est la première fois que ce fait est constaté. A cette occasion, nous dirons que nous avons fait le lendemain, dimanche 50 septembre, vers onze heures quarante minutes du matin, l’observation de deux couches atmosphériques douées de mouvements diamétralement opposés et fort rapides. Leur existence était signa-
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- lée par la marche de fumées vomies par les cheminées d’usines d’Ivry-sur-Seine ; et c’est d’un wagon de chemin de 1er que nous avons fait noire observation. La fumée qui sortait des cheminées de 18 mètres environ, était franchement emportée vers le nord-ouest ; celle que fournissaient les cheminées de 15 mètres, se dirigeait vers le sud-est; mais cette dernière ne tardait pas à s’élever et entrant dans le courant supérieur, revenait au-dessus de la cheminée après avoir décrit une sorte de j demi-ellipse dont le grand axe était horizontal. Le fait ! extrêmement net était des plus i emarquables; on sentait j pour ainsi dire à la vue le contact des deux courants ! aériens.
- Physique du globe. — De la Nouvelle-Calédonie où il est définitivement installé, M. lloff adresse des détails sur le tremblement de terre ressenti le 19 mai dernier à Sidney et dans la Nouvelle-Zélande. Il nous faudra, à notre regret, attendre la publication du Compte rendu pour savoir en quoi consistent ces observations.
- Origine de l'acide borique. — Dans un mémoire très-volumineux, M. Dieulafait établit la présence de l’acide borique dans l’eau de toutes les mers, et même dans celle aujourd’hui tarie des océans des anciennes périodes géologiques. La conclusion la plus importante de ce travail est que dans les pays où il est exploitable comme en Toscane, l’acide borique est dù à l’évaporation de l’eau de mer dans des conditions convenables. Il faut toutefois reconnaître que la mer a dû prendre le bore quelque part, et l’on ne voit pas où, sinon dans les régions infra-granitiques.
- Utilisation des résidus d'alun. — L’alun est fabriqué comme on sait, dans les départements de l’Oise et de l’Aisne, par le grillage de marnes pyriteuses et lignitifères. Le résidu, riche en sels de fer, a été par les soins de M. Dufrénoy, employé au chemin de fer de l’Est, utilisé à la culture des vignes aux environs de Cognac. Le résultat a été très-remarquable comme en témoignent des ceps déposés sur le bureau. Tandis que l’un d’eux laissé à lui-même n’a donné que des sarments de 40 centimètres, l’autre en a poussé de 2m,30. Le phylloxéra n’a sans doute pas été tué, mais la vigne a reçu une vigueur toute nouvelle pour lutter contre son parasite.
- Stanislas Meunier.
- DIFFORMITÉ REMARQUABLE DES DENTS
- CHEZ LES HABITANTS DES ILES DE «L'AMIRAUTÉ»1.
- Le voyageur russe M. Miklucho-Maclay, dans le cours de récents voyages en Mélanésie, a remarqué parmi les naturels des îles de l’Amirauté et de l’Ermite, une particularité remarquable sur les dents ; les incisives- supérieures s’avançant comme une pelle presque horizontalement et de telle façon qu’elles s’étendent même au-dessus des lèvres quand la bouche est fermée (fig. 1 et 2). En outre, la largeur d’une de ces dents est parfois assez grande pour égaler sa longueur visible, étant dans le modèle que nous représentons, de 19 millimètres à 16 millimètres de longueur, mesurés naturellement du bord
- * Voy. une note jointe au Illustrirte Zeitung, de Leipzig, par M. Miklucho-Maclay, et Nature, de Londres.
- de la mâchoire et non de l’extrémité de la racine. Comme toutes les dents ont un poli noirâtre dû à
- Fig. 1. — Un habitant des îles de l’Amirauté.
- l’habitude qui règne en ces pays de mâcher du bétel, la bouche présente un aspect hideux. M. Miklucho-
- Fig. ‘2, — bouts proéminentes, vues de face.
- Maclay n’a trouvé nulle part semblable diiformité des dents, mais il a entendu parler de chose semblable quand il était à la péninsule de Mallacca ; la race d’hommes où ce fait se présente, y est appelée orang-gargassu . • J. C. C.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 228. — 13 OCTOBRE 1877.
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- LE YERRIER
- L’illustre astronome que la France vient de perdre est mort le 23 septembre 1877, jour anniversaire du plus grand événement de sa vie. C’est en effet le 23 septembre 1846 que la planète Neptune, dont l’existence et la place dans le ciel avaient été révélées par lui, fut pour la première fois aperçue à l’Observatoire de Berlin.
- Le Verrier est né à Saint-Lô (Manche), le 11 mars 1811. Nous ne croyons pouvoir mieux retracer le ta- i bleau de ses impérissables travaux qu’en publiant j des extraits de quelques-uns des discours qui ont été prononcés sur sa tombe.
- « Le Verrier, a dit M. Dumas, était fils de ses œuvres. 11 avait connu toutes les luttes.
- Elève brillant del’École polytechnique, il n’avait fait qu’apparaître dans les services publics. Voué de bonne heure au culte de la science pure, il fut bientôt rappelé à l’École comme répétiteur. L’héritage de La-place était libre ; il en prit hardiment possession. U mit en évidence les conditions de stabilité générale du système solaire par la discussion approfondie des lois qui président aux mouvements de Jupiter, de Saturne et d’Uranus, et chacun comprit, à ce début large et même hautain, si l’on remonte au temps et si l’on tient compte du milieu, qu’un grand astronome venait de se révéler. L’Académie des sciences s’empressa d’adopter Le Verrier.
- « Presque aussitôt, il donnait au monde la démonstration la plus éclatante du pouvoir de la science. La dernière planète de notre système, Uranus, éprouvait dans sa marche des irrégularités que la théorie n’avait pas prévues et qu’elle ne parvenait pas à expliquer. Le système conçu par Newton, jusque-là victorieux de toutes les objections, allait-il se montrer impuissant et en défaut, aux dernières limites de notre système solaire? Le Ver-
- 1 Le portrait que nous publions ici est le seul qui ait été fait de Le Verrier. L’illustre astronome se refusait toujours à répondre aux sollicitations de ses amis quand ils lui demandaient d’aller chez un photographe.
- S* auutp. — 2e semestre*
- rier ne le pensa point. Acceptant avec un ferme bon sens les lois de l’attraction comme vraies, il en poursuivit toutes les conséquences. C’est ainsi que, par une analyse admirable et convaincue, il découvrit dans l’espace une petite planète inconnue; qu’il la pesa, comme s’il l’eût tenue dans ses mains; qu’il marqua dans les cieux sa route et la position qu’elle devait occuper le 1er janvier 1847, comme s’il en eût lui-même dirigé le char. On sait comment cet astre fut trouvé par le télescope dans le firmament, à la place même que lui avait assignée l'analyse mathématique.
- « L’émotion fut universelle. Mais Le Verrier ne grandit pas seul : ses confrères, scs émules, les savants de tous les pays grandirent avec lui. Il faut le reconnaître et le proclamer à sa gloire, la confiance publique dans les forces de la science s’éleva dès ce moment à un niveau qu’elle n’avait peut-être jamais atteint. Le jeune astronome, qui par le seul effort de sa pensée découvrait une planète inconnue, la dernière du système , perdue dans l’immensité, à une distance du Soleil trente fois plus considérable que celle qui en sépare la ,Terre, devint tout à coup populaire. Par une exception sans exemple, mais que tout motivait, l’astre nouveau lui fut dédié, et si plus tard son nom, d’abord inscrit aygc justice dans les confins de notre ciel, fut remplacé par celui de Neptune, ce fut pour obéir à d’antiques traditions....
- « Il semble que dès ce moment Le Verrier se soit dévoué à perfectionner, à compléter l’œuvre de Newton, en s’appuyant sur l’œuvre de Laplace. C’est ainsi que par un travail persévérant, poursuivi pendant trente années sous nos yeux et dont jamais rien n’a jamais pu le détourner, il nous a donné successivement le code définitif et complet des calculs astronomiques, les tables du mouvement apparent du Soleil, la théorie et les tables des planètes tant intérieures qu’extérieures, embrassant ainsi le système solaire dans son ensemble, écrivant le dernier mot de la dernière page de son œuvre immortelle à la dernière heure de sa vie et murmurant pieusement I alors : ISunc dimittis servum luum, Domine.
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- Portrait de Le Verrier eu i8i6, d’après le tableau de M. Daverdoing4.
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- 4 Le Terrier regardait en effet le ciel comme un domaine dont il aurait eu la garde et dont il aurait été appelé à proclamer l’ordre et la beauté. Intendant fidèle, il tenait à constater que tout y était à sa place, et il n’a cessé de vivre qu’après en avoir acquis la certitude. Le monument qu’il a élevé laisse de côté les altérations physiques des astres ; il ne s’occupe que des lois qui règlent leur marche dans l’espace. 11 affirme la stabilité mécanique du système solaire, et, après avoir servi à diriger tous les calculs astronomiques de nos contemporains, il pourra pendant des siècles encore rendre le même office à leurs successeurs.
- ix Une puissance d’abstraction vraiment extraordinaire, une géométrie souple et pénétrante, aidée de toutes les ressources du calcul infinitésimal, lui ont permis de conduire à son terme cette œuvre immense qui semblait exiger l’effort d’une Académie tout entière. Il ne laisse pas d’autre héritage; mais sa gloire n’est pas de celles qu’une nation méconnaisse et répudie. »
- « Le Verrier a créé ‘ à l’Observatoire le service des avertissements aux ports, que bénit le marin, celui des dépêches agricoles qui couvrent maintenant toute la France, et qui resteront la base la plus certaine de l’étude, si pleine d’avenir et de résultats imprévus, des grands mouvements de notre atmosphèie. Né au moment de l’apparition de la comète de 4811, il quitte la terre en s’ingéniant à fixer la route d’un astre nouveau, de ce Vulcain à peine entrevu, dont il a su cependant relier avec une sérieuse probabilité les fugitives reconnaissances. Nous pouvons dire combien sa peine a été vive de le manquer de quelques jours dans le ciel. La voix de son Bulletin international, qui nous a servi cette fois à porter partout la triste nouvelle, parlera longtemps encore, et voilà déjà que la parole du grand astronome est éteinte ; mais ses pensées, déposées dans le premier volume des Annales de VObservatoire, qui résume si bien les plus hautes conceptions astronomiques, alimenteront pendant des siècles les méditations de ses successeurs.
- « Les représentants de la ville de Paris savent avec quelle sûreté de vues il s’occupait pour eux, et dans ces derniers temps, de l’unification de l’heure dans la grande cité. La solution du problème se trouve réalisée.
- « Les savants étrangers qui sont accourus pour lui rendre hommage et auxquels se sont joints les membres de la Commission du Mètre, qui étaient en ce moment réunis, savent aussi toute la sollicitude que Le Verrier apportait à cette œuvre d’intérêt général. Le savant directeur du Nautical Almanac, qui fut souvent son collaborateur, est venu partager noire deuil. Malgré son grand âge, l’astronome royal, l’illustre doyen des astronomes de notre siècle, celui devant les jugements duquel s’inclinent tous les autres, n’a pas voulu que son cœur fût absentf « Je
- 1 Extrait du discours de M. Tresca.
- u suis probablement, écrit-il, le plus vieil ami scien-« tifique de Le Verrier. Son nom m’est connu depuis « 1852 je crois, alors qu’il se rendait compte de x mes études des mouvements de la Terre et de « Vénus. Par degrés je l’ai mieux connu, spécia-i< lement à la suite de son Mémoire de 1846 i (Découverte de Neptune). J’ai appris à apprécier i< non-seulement sa haute valeur intellectuelle et •< aussi son grand caractère, et c’est une véritable m satisfaction pour moi d’avoir possédé sa confiance.
- « Un grand homme n’est plus. »
- « Les puissantes facilités de Le Verrier pour les calculs de la Mécanique céleste se sont révélées chez lui de bonne heure1. Sorti de l’Ecole polytechnique dans un bon rang, il y rentrait bientôt comme répétiteur,-et commençait aussitôt cette magnifique suite de travaux qui devaient embrasser successivement la révision de toutes les théories planétaires de notre système, lui procurer chemin faisant de si éclatants triomphes, et enfin, lui assurer toute sa vie une supériorité incontestée parmi les plus grands astronomes de son temps. Ses débuts marquent bien la hardiesse naturelle de son caractère et le sentiment précoce qu’il avait de sa force. Il s’attaque en effet, pour premier travail, à l’une des questions difficiles de la Mécanique céleste, celle qui concerne la stabilité du système solaire. Newton, après avoir posé la grande loi de gravitation qui régit les mouvements planétaires, s’était demandé si ce principe même ne deviendrait pas, à la longue, une cause fatale de perturbations. Le grand géomètre pensait que les atti actions des diverses planètes les unes sur les autres pourraient altérer graduellement la forme et la grandeur des orbites, et amener finalement la destruction du système planétaire. Vous savez comment cette grande question philosophique, qui intéresse l’avenir même de notre Terre, fut l’objet de longs et admirables travaux de la part des géomètres qui formèrent la postérité de l’immortel Anglais. Laplace, Lagrange, Poisson furent ceux qui obtinrent les plus beaux résultats. Ces résultats montraient que nous devons être rassurés sur l’avenir qui est réservé au système dont nous faisons partie, mais il restait encore des doutes à lever, et d’importants perfectionnements à apporter à la théorie.
- « Telle fut la question que notre jeune géomètre attaqua résolûrncnt. Il la reprit tout entière, combla d’importantes lacunes, et poussa surtout les calculs beaucoup plus loin qu’on ne l’avait fait avant lui. Ses conclusions affirment encore d’une manière plus générale et plus complète la stabilité du système du monde; mais il faut bien remarquer, Messieurs, que cette théorie ne considère que les seules actions de la gravité. Pour résoudre d’une manière complète et définitive cette grande question de Philosophie naturelle, il faudrait considérer l’ensemble de toutes les forces (elles sont loin de nous être toutes
- 1 Extrait rlu discours de M. Jansseu*
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- connues) qui interviennent dans la question. Je pense qu’on serait alors conduit à modifier beaucoup ces conclusions.
- « Quoi qu’il en soit, ce remarquable début mit le jeune géomètre en évidence, et lui valut de hautes bienveillances scientifiques. Celle d’Arago fut pour lui la plus glorieuse et la plus utile. Avec cette générosité qui était un des traits naturels de son caractère, le grand astronome physicien voulut assurer le développement complet d’un talent qui s’annonçait d’une manière si éclatante, et, pour lui fournir une occasion de se signaler par un travail aussi utile que difficile, il lui proposa de perfectionner la théorie de Mercure, réputée alors une des plus obscures et des plus épineuses du système.
- « La théorie de Mercure fut reprise et grandement perfectionnée. Après la théorie, notre confrère publia la table de la planète. Mais ce travail, malgré tout le talent déployé par l’auteur, n’était pas complètement satisfaisant au point de vue de l’accord de la théorie avec l’observation. Le Verrier le reprit beaucoup plus tard. Conduit alors à augmenter de deux tiers de minute environ le mouvement séculaire du périhélie de la planète, il put alors représenter les observations d’une manière tout à fait satisfaisante.
- « Les tables de Mercure ainsi corrigées parurent en 1859.
- « Peu de temps après ce premier travail sur Mercure, nous trouvons Le Verrier occupé d’un sujet qui fixait alors l’attention des astronomes; je veux parler de la théorie des comètes. Il donna une théorie de la comète de 1770 et un premier travail sur celle de 184i. De si importants travaux, se succédant avec cette rapidité, annonçaient un talent tout à fait supérieur; aussi la mort du comte Cas-sini laissant une vacance dans la section d’astronomie, Le Verrier y fut élu. Cette élection date du 19 janvier 1846.
- « Nous touchons ici au souvenir d’une grande gloire nationale et à l’époque la plus brillante de la carrière scientifique de Le Verrier.
- « Le succès obtenu sur Mercure encourageait notre auteur à aborder une théorie plus difficile encore. Il s’agissait de la planète Uranus, cette belle découverte d’Uerschel, planète qui est située aux extrémités de notre système, et dont la théorie était alors absolument impuissante à représenter les mouvements. Sur la vive recommandation d’Arago, Le Ver rier put disposer d’observations inédites de la planète faites à Paris, que le directeur de l’Observatoire lui confia. Ajoutons que, par ses conseils, son appui, le rôle qu’il joua dans la grande, découverte qui va nous occuper, Arago mérite une part dans notre reconnaissance.
- « Le Verrier aborda donc la théorie d’Uranus. Devenu maître par ses grands travaux antérieurs, notre géomètre pousse ce nouveau travail avec une sûreté, une sagacité, une puissance de calcul, une célérité incomparables. 11 semble avoir le pressenti-
- ment secret qu’un grand résultat va être atteint, qu’un autre court la même carrière, et qu’il faut se hâter.
- « Dès les premiers pas, Le Verrier reconnaît l’accord impossible entre la théorie et les observations, en ne tenant eomple que des perturbations des planètes voisines connues, Saturne et Jupiter, et la recherche des éléments du corps troublant inconnu est aussitôt entreprise. Alors l’Académie voit se succéder coup sur coup une série de Mémoires où les éléments de l’astre nouveau sont successivement abordés et fixés. Ici, que dirai-je qui ne soit connu du monde entier? Vous savez comment Le Verrier eut alors un bonheur qui ne fut jamais mieux mérité; vous savez comment la recherche de l’astre signalé ainsi par la théorie exigeait une carte très-détaillée de la région où il devait se montrer; vous savez que cette carte n’existait pas en France, mais que, par une fortune singulière, elle venait d’être construite à Berlin, en sorte que M. Gall, au reçu de la lettre de Le Verrier, put faire immédiatement la recherche et constata en effet la planète en un point du ciel à moins d'un degré de celui assigné par la théorie pour le Jcr janvier suivant. Le lendemain, le mouvement propre était constaté et la découverte définitivement acquise.
- « Qui ne connaît l’explosion d’admiration universelle qui éclata alors? Le nom de Le Verrier était dans toutes les bouches, car cette découverte, magnifique triomphe de la théorie pour les astronomes, paraissait incompréhensible et absolument merveilleuse aux personnes étrangères aux calculs astronomiques.
- « La découverte de Neptune, quelque brillante qu’elle fut, n'était qu'un incident dans l'œuvre de Le Verrier. J’ai dit qu’il avait de bonne heure formé la ferme résolution de refaire toute la théorie de notre système planétaire. Avec sa vie, nous voyons se dérouler l’exécution de ce plan immense. Vénus, la Terre (c’est-à-dire la théorie des mouvements apparents du Soleil), Mars, sont successivement abordés.
- « Mais la santé de Le Verrier déclinait rapidement pendant ces dernières années, et l’œuvre pouvait être compromise; il restait la théorie et les Tables des planètes supérieures. Heureusement la force morale chez Le Verrier a su maîtriser ce corps qui l’abandonnait et le forcer à servir l’esprit jusqu’au but qu’il s’était proposé....
- « Oublions que plusieurs d’entre nous, a ajouté M. Janssen, ont été mêlés avec notre confrère aux luttes et aux compétitions de la vie; devançons les sentiments de la postérité qui s’ouvre en ce moment pour Le Verrier, et au dernier adieu que nous lui donnons, mêlons d’un cœur sincère les hommages et les regrets qu’on doit à tous ceux qui ont illustré leur pays1. »
- 1 Mil. Yvon Villarceau, Faye et Bertrand se sont encore fait entendre sur la tombe de l e Verrier. Nous regrettons que l’espace nous fasse defaut pour reproduire leurs paroles*
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- NOUVEL
- HYGROMÈTRE A CONDENSATION
- tion d’un thermomètre t qui, se trouvant placé au milieu du liquide en évaporation, donne la température à laquelle se fait le dépôt de rosée.
- Un petit thermomètre fronde t', fixé à côté sur un support en laiton, permet de déterminer avec précision la température de l’air dont on veut avoir l’état hygrométrique.
- L’hygromètre à condensation , de Daniell, a été modifié autrefois par M. V. Régnault. Il en a fait un instrument de précision ; mais son appareil nes’est pas répandu à cause de sa manœuvre délicate. Le dépôt de rosée, se faisant sur uu cylindre d’argent poli, est difficile à saisir. Dans l’hygromètre à face plane que je présente, ce dépôt se voit très-facilement par contraste, même à quelques mètres de distance, surtout si on a le * soin de se placer de manière à éviter toute réflexion suites faces dorées, ce qui les fait paraître d’un beau noir d’ébène. Son emploi étant très-simple, sans rien perdre de sa précision, rien ne s’oppose plus à ce que son usage N devienne général, ji. Depuis que les P observations mé-? téorologiques se sont multipliées de tous côtés, l’hygromètre a pris une importance qu’il n’avait pas autrefois. Celui qui est presque exclusivement employé aujourd’hui est le psychomètre. Or, tous les physiciens savent que, au-dessous de zéro, on ne peut pas compter sur les résultats qu’il donne ; il en est de même dans un air très-agité. Et cependant, presque partout, on continue à s’en servir dans ces conditions-là.
- Nous espérons que l’hygromètre à face plane, muni pendant les froids de l’hiver d’un aspirateur
- Le nouvel appareil se distingue de tous ceux qui ont été employés jusqu’ici par les deux points suivants : 4° la partie sur laquelle le dépôt de rosée doit être observé est une face plane A bien polie, en argent ou en laiton doré ; 2° cette face plane est encadrée dans une lame d’argent ou de laiton V, dorée et polie elle-même , qui ne la touche pas, et qui, n’étant jamais refroidie , conserve toujours tout son éclat. Il résulte de cette disposition que le dépôt de rosée s’observe avec la plus grande facilité , de telle sorte qu’on ne trouve presque aucune différence entre les températures des instants où la rosée commence et finit de paraître sur l’instrument convenablement refroidi par l’évaporation de l’éther.
- La forme de l’appareil est celle d’un prisme droit à base carrée. Sa hauteur a 8 centimètres et sa base 48 millimètres de côté.
- Trois petits tubes de cuivre traversent le couvercle supérieur; le premier pénètre jusqu’au fond, et les deux autres, dont l’un est surmonté d’un entonnoir servant à introduire de l’éther, débouchent seulement en haut. Deux petites fenêtres permettent de juger de l'agitation de l’éther par l’aspiration ou le refoulement de l’air destiné à produire le refroidissement en évaporant le liquide volatil : le mieux est d’opérer avec un aspirateur, dont on règle l’aspiration suivant les besoins. Une tubulure centrale permet l’introduc-
- ftouvel hygromètre à condensation de M. Ailuard.
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- rempli de glycérine, pourra donner des résultats précis à tous ceux qui ne craindront pas de consacrer deux ou trois minutes à sa manœuvre. 11 pourra, de plus, servir à contrôler, en maintes circonstances, toute installation hygrométrique dans les observatoire météorologiques1. Alluard.
- OBSERVATIONS MÉTÉOROLOGIQUES
- EN BALI.ON.
- ASCENSION DU SAMEDI 29 SEPTEMBRE 1877.
- Nous avons exécuté, mon frère, M. Albert Tissan-dier, et moi, une nouvelle ascension aérostatique le
- samedi 29 septembre. Le départ a eu lieu à trois heures vingt minutes, sur le terrain de l’usine Flaud, avenue de Suffrcn (Champ de Mars).
- Le temps était magnifique, le ciel bleu, le soleil ardent; cependant l’atmosphère n’était nullement homogène, comme cela se présente habituellement dans des circonstances analogues. Trois couches bien distinctes s’y superposaient dans l’ordre suivant :
- 1° De la surface du sol à 400 mètres, couche d’air animée d’un mouvement très-faible de l’esta l’ouest ; elle était limitée à la partie supérieure par une mince nappe de buées tout à fait transparente dans le sens vertical, mais très-visible dans le sens horizontal ;
- 2° De 400 à 800 mètres, deuxième couche d’air
- Diagramme de l'ascension aérostatique du 29 septembre 1877. De l’avenue de Suffrcn (Paris) à Chavenay (Seine-et-Oise).
- d’une température de 14° (thermomètre fronde) douée d’un mouvement assez rapide de l’est à l’ouest de 20 à 25 kilomètres à l’heure ;
- 3° De 800 à 1000 mètres, nous avons traversé une seconde zone de buées nettement limitées à 1000 mètres d’altitude. Au-dessus, l’air était presque complètement immobile; à 1109 mètres, point culminant de l’ascension, le ballon est resté stationnaire, comme nous l’avons constaté en prenant un point de repère sur le sol à l’extrémité du guide ropc pendu sous la nacelle. On distinguait en effet nettement la terre à travers les deux zones de huées.
- On voit donc qu’une couche d’air animée d'un
- 1 Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. LXXXY, p. 568.
- mouvement assez rapide et limitée en haut et en bas par de minces couches de buées, glissait entre deux nappes d’air presque immobiles. C’est la première fois que nous avons constaté cette particularité atmosphérique.
- A l’altitude de 1100 mètres, le fond de l’air n’était pas à une température élevée (11°,50); cependant les rayons solaires étaient très-ardents et très-chauds.
- Le diagramme ci-dessus donne le chemin parcouru par l’aérostat. A quatre heures quarante-cinq minutes, le ballon a traversé dans sa longueur le réservoir de Marly, où il se réfléchissait comme dans un miroir, puis il a passé à 300 mètres au-dessus du clocher de Saint-Nom.
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- LÀ NATURE.
- Le spectacle de la forêt de Marly vue à travers la brume translucide comme une fine mousseline, offrait un tableau délicieux. Le soleil argentait les buées aériennes du côté de l’occident, et ses feux se reflétaient avec tant d’intensité dans l’étang de Vain cresson, que la surface de celui-ci ressemblait à une plaque de métal incandescente, lançant au sein de la brume des rayons d’or.
- A 800 mètres nous avons rencontré, planant autour de nous, un assez grand nombre de fils de la Vierge. Ce fait montre que sous l’influence du soleil ou de mouvements tourbillonnants, les corpuscules légers suspendus dans l’air peuvent s’élever à une assez grande hauteur. J’ai rencontré, il y a déjà quelques années, des fils de la Vierge à 2000 mètres d’altitude.
- J’avais emporté du nitrate d’ammoniaque pour foire un mélange réirige'rant, afin de condenser le givre, dans le but d’étudier les poussières atmosphériques à différentes altitudes; mais la formation du givre, que j’avais pu déterminer à terre, n’a pas réussi dans la couche supérieure de l’air, où l’air était très-sec et les rayons solaires très-intenses.
- Après un voyage de deux heures, nous avons touché terre à Chavenay (Seine-et-Oise), à 25 kilomètres du point de départ.
- J’ajouterai que c’est à l’obligeance de M. Henri Gifford que nous devons ce nouveau voyage aérien. Le ballon, qui cubait 450 mètres, a été gonflé très-promptement au moyen du nouvel appareil à gaz hydrogène, dont nos lecteurs ont lu précédemment la description '. Gaston Tissandier.
- LES MINES DE CHARBON AU CHILI
- (Suite et fin. — Voy. p, 175 et 294.)
- La découverte et la mise en exploitation régulière des gisements carbonifères a été et restera pour le Chili une source féconde de ricliessc et de prospérité. Nous avons parlé des mines; quelques mots maintenant des mineurs.
- Une des plus grandes difficultés que rencontre l’exploitant pour assurer à son établissement une production fixe et régulière, vient des habitudes déplorables d’ivrognerie des ouvriers et surtout de leur instabilité. C’est qu’en effet le mineur n’a pas, le plus souvent, de famille. 11 partage avec deux ou trois compagnons le ranclio qui l’abrite. La femme (camarada) qui vit avec eux, et, moyennant un sa-laire fixe, achète pour eux et prépare la nourriture, n'y occupe qu’une situation abjecte. Le jour de la paye arrivé, l’ouvrier avant tout paye la camarada. J’ai vu rarement, je dois le reconnaître, l’homme chercher à se soustraire à l’acquittement de sa dette. Mais, dès lors, il se considère quitte envers elle. Ce qui lui reste, il va le boire, et quelle que soit la
- 1 Voy. P, 211.
- somme, parfois considérable, qu’il ait touchée, il ne rentre au travail que les poches vides.
- Un poncho1 en loques, une chemise indescriptible, pas de souliers, un pantalon mille fois rapiécé, tel est son costume habituel pour le dimanche comme pour les autres jours de la semaine, et il n’en désire pas d’autres. Le plus souvent, n’ayant rien pour changer, il recule indéfiniment l’achat du moindre vêtement bien moins nécessaire, à ses yeux, qu’une bouteille de mosto 2 ou de chicha3.
- Quoi qu’il en soit, le mineur chilien est généralement très-vigoureux. La force qu’il dépense au travail est prodigieuse ; mais il l’applique sans intelligence, est absolument rebelle au havage qui ne lui représente pas un résultat immédiat et use sa vigueur à frapper du pic en massif plein, faisant ainsi d’autant plus de menu que la couche est plus dure. De plus, il cherche rarement à sc spécialiser. Tel est aujourd’hui piqueur à la veine, qui demain travaillera comme rouleur.
- Le nom de barretero désigne indistinctement le piqueur au rocher ou le piqueur à la veine. Ce dernier doit abattre le combustible, boiser la galerie et charger les caissons, après avoir nettoyé le charbon des impuretés arrachées par le pic, soit au toit ou au mur, soit à des lits de pyrite de fer (bronce) qu’on rencontre avec une si désespérante régularité dans presque toutes les couches. Malgré des occupations si diverses, un bon ouvrier peut dans une couche de O111,80 de puissance moyenne, abattre jusqu’à 6 tonnes par jour. La production commune est de 5 à 3 tonnes 1/2.
- Le caretillero (rouleur) prend le caisson chargé par le barretero et le mène au jour. Quel que soit la longueur du trajet à parcourir, il conduit sa charge du front d’abatage jusqu’à la canclia (magasin de dépôt). Il est aidé dans les montées à vide, par le tiranero, enfant de dix à douze ans, dont le rôle consiste, comme son nom l’indique, à tirer le caisson au moyen d’une corde armée d’un crochet, et dans les montées en charge, par le rempuje, qui fait effort avec lui à l’arrière du caisson.
- A la sortie de la mine est un pointeur (tantero), qui recueille les tantos ou fiches de chaque carctil-lero, joints à celui du barretero. C’est ainsi qu’à la fin du travail, on fait le compte de chaque ouvrier.
- Les salaires sont extrêmement élevés. Un journalier, à l’extérieur, gagne en moyenne 3 francs en hiver, et jusqu’à 4 francs en été. Dans la mine, le barretero à la journée gagne 5 francs, les autres ouvriers, de 5 lr. lo à 4 francs. Payé au caisson ou à l’avancement, un bon mineur se fait aisément 7 fr. 50 ; les piqueurs au rocher, plus encore, jusqu’à 10 et 12 francs par four. Un forgeron, un charpentier a un salaire fixé de 7 fr. 50, les apprentis
- 1 Pièce d’étoffe en forme de carré long, présentant au milieu et suivant le sens des grands côtés une ouverture par laquelle on passe.
- 2 Gros vin du pays se rapprochant un peu de l’oporto.
- 3 Boisson fermentée faite avec du raisin cuit,
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- LA NATURE.
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- de 3 francs à 3 fr. 75. Les marqueurs (tantcros) I sont payés 100 francs par mois, les contre-maîtres (mayordomos), selon leur aptitude, 150 à 250 francs.
- Les enfants entrent beaucoup trop jeunes à la mine. Le plus souvent en effet, abandonnés par leur père, qui parfois ignore même leur naissance, ils sont restés à la charge de la mère, qui le plus tôt possible les envoie au travail. On les emploie d’abord comme bronceros, pour nettoyer le charbon dans les canchas. Ils servent ensuite comme portiers dans la mine, puis comme tiraneros, gagnant de 20 à 40 et 45 sous par jour. Peu soignés, mal vêtus, mal nourris, ils ne suivent que trop vite l’exemple des ouvriers plus âgés ; l’école leur est à peu près inconnue. C’est ainsi qu’ils grandissent pour prendre un beau matin leur vol vers quelque exploitation nouvelle et s’enrégimenter dans la troupe des nomades, le fléau des mines du Sud.
- J’ai donné, sans parti pris, mon opinion sincère, telle que me l’a faite un séjour de plusieurs années dans le pays. J’ai indiqué le bien et le mal. Qu’il me soit permis, en terminant, de formuler l’espoir que cette grande prospérité, née de la découverte des gisements carbonifères dans les provinces, jusque-là moins favorisées du Sud, sera sérieusement mise à profit avant peu par les exploitants, pour relever par tous les moyens possibles la condition morale de l’ouvrier.
- A. Bouvard.
- LE MONT BLANC1
- Le Mont-Blanc, the monarch of mountains, comme dit Byron, vient de trouver un historiographe digne de lui. M. Charles Durier consacre en effet à la montagne incomparable un incomparable volume. Littéraire et scientitique à la fois, enthousiaste sans cesser d’être scrupuleusement exact, le nouvel ouvrage s’adresse à tous et sera bientôt dans toutes les mains.
- Déjà l’auteur s’est signalé au public d’une manière exceptionnelle par les deux conférences, réunies en brochure, qu’il a consacrées naguère à sa montagne de prédilection; mais il s’est surpassé de beaucoup lui-même dans sa nouvelle production. 11 s’agit cette fois de cinq cents pages du style le plus sobre et le plus élevé, constituant une véritable monographie du géant des Alpes. Il manque, il est vrai, au tableau, un trait, si effacé qu’il soit, relatif à la géologie du Mont-Blanc; mais, nous pouvons espérer que dans la seconde édition, sans doute bien prochaine, l’auteur fera disparaître cette lacune. Elle n’empêche pas d’ailleurs que tout ne soit à louer dans l’œuvre éminente qui nous occupe.
- 1 Le Mont-Blanc, pur Charles Durier, du Club alpin français et de la Société de géographie. — 1 vol in-8° de 500 pages, illustré de 15 gravures hors texte et de 2 cartes. — Librairie Sandoz et Fischbaçher, 1877.
- Disons tout de suite que M. Durier ne traite pas son sujet de seconde main. Il ne s’est pas borné à regarderie Mont-Blanc; il en a gravi la cime la plus élevée, et l’histoire de son ascension (impromptue, pour le dire en passant) n’est pas un des chapitres les moins agréables de son beau livre. Aussi l’auteur a-t-il toute l’autorité désirable comme historien, et nous ajouterons qu’il y joint une érudition profonde.
- L’histoire du Mont-Blanc l’occupe en effet beaucoup, et à cet égard, saviez-vous que le colosse de neige fût de découverte si récente? « La montagne, dit M. Durier, s’élève au centre des États les plus populeux et les plus policés de la terre ; elle est en vérité l’axe autour duquel la civilisation européenne a tourné et tourne encore ; sa hauteur est considérable ; elle domine tout ce qui l’environne et pour mieux fixer sa vue dans le ciel bleu, sa cime, sous une latitude heureuse, tempérée, est éternellement revêtue d’un manteau de neige. Cependant durant vingt siècles, pas un historien, pas un voyageur, pas un savant, pas un poète ne la nomme, pas un même n’y fait allusion. Dans la course que le soleil décrit chaque jour, elle jette son ombre sur trois pays au moins de langues diverses et elle reste profondément ignorée. » C’est ainsi, par exemple, que dans la seconde moitié du seizième siècle, le Belge Gilles Bouillon publie pour la première fois sans doute, une carte de la région du Mont-Blanc, et rien n’y indique cette montagne qu’on aperçoit pourtant de 60 lieues, sur une circonférence de plus de 400 lieues.
- Et au sujet de l’attention accordée aux montagnes, et à la notion que nous avons des beautés de la nature, M. Durier fait une série de remarques des plus ingénieuses et des plus frappantes. « L’extrémité supérieure du lac de Genève passe depuis longtemps, dit-il, pour un des plus beaux endroits qui soient au monde. De quelque côté que l’on tourne les yeux, le regard est satisfait ; mais enfin, si le spectateur procède avec méthode, s’il suit le sentiment du Guide, de Y Itinéraire quel qu’il soit qu’il tient en main, il cherchera d’abord l’embouchure de la vallée du Rhône, bordée de montagnes inhospitalières, aux sommets déchirés et fermée à l’horizon par les neiges éternelles du grand Saint-Bernard. Yeut-il voir maintenant ce qui faisait autrefois la réputation du panorama? Sans changer de place, il lui suffira de tourner le dos à ce qu’il vient d’admirer, de regarder justement dans la direction opposée, vers la rive vaudoise riche et populeuse, s’élevant en amphithéâtre au-dessus du lac limpide, parsemée de maisons de plaisance, de vergers, de vignobles, et « formant dans son étendue comme une ville « continuelle ». Voilà le tableau, le point de vue unique au temps jadis, celui dont le célèbre Taver-nier disait : « Je n’ai rencontré nulle part de plus « beau paysage. » Et M. Durier montre comment c’est de Rousseau que date le réveil du vrai sentiment de la nature,
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- Il va de soi que les montagnes étant incomprises, nul ne songeait à les visiter, et c’est avec plaisir qu’on lira la peinture, faite de main de maître, du calme que les habitants de la vallée de Cliamonix durent aux remparts naturels qui les séparaient du monde. « Heureuses gens, qui des profondeurs du moyen âge, ont abordé jusqu’à nos jours sans souffrir pour leur foi ni dans leurs biens, oubliés des violents et sur qui les neiges protectrices du Mont-Blanc n’ont attiré d’autre invasion que l’invasion des touristes. » Car les touristes finirent par arriver, et naturellement ce sont des Anglais qui commencèrent en 1741 avec Windham et Po-cocke. Pourtant ce n’est que par des transitions insensibles qu’on arriva enfin à concevoir le désir d’escalader les crêtes les plus élevées des Alpes.
- Chacun sait que c’est à Jacques Balmat, guide à Chamonix, que revient tout entier l’honneur d’avoir, le 7 août 1786, atteint le sommet de la taupinière blanche, comme il disait. M. Duricr qui raconte avec son talent habituel la biographie du célèbre guide, y joint d’après Michel Carrier, le beau portrait que nous reproduisons. On retrouve dans cette mâle et placide figure l’ensemble des ! caractères si nettement signalés par Saussure comme particuliers aux habitants de Chamonix qui les ont si fidèlement conservés de nos jours.
- La conquête du Mont-Blanc, « marque, suivant l’expression très-juste de notre auteur, l’époque où les sciences d’observation prirent décidément le pas sur les sciences spéculatives, parce que, parmi ces sciences, les premières, en degré comme en dignité, étaient celles qui se rapportent à l’histoire de notre planète, trop longtemps obscurcie des vaines hypothèses, à l’étude de sa formation lente, à la connaissance de son régime actuel. Dès lors, le puissant massif des Alpes, si vivement manifesté par la cime géante du Mont-Blanc, attirait fatalement l’attention,
- car il n’était aucun point de la terre qui offrît à la géologie, à la météorologie, à la physique générale, un champ d’expériences plus fécond, un observatoire plus favorable.... De la découverte du Mont-Blanc, dit ailleurs M. Duricr, on pourrait faire dater l’ère de la science affranchie et de la libre recherche. » Et c’est pourquoi l’auteur qualifie le Mont-Blanc de Montagne symbole. « Symbole merveilleux de la vie, dit-il, en s’adressant directement à ce chef-d'œuvre de la nature comme il l’appelle, symbole de la vie du corps et de celle de l’esprit. Car toute matière se renouvelle sur ta cime : tes
- neiges succèdent aux neiges et font place à d’autres neiges, mais ta forme persiste et tues toujours toi. Ainsi quand la vie consume la chair de nos mus-cles et que changent nos pensées, notre âme se reconnaît encore et l’idéal reste. » Après le côté historique du grand sujet qu’il traite, M. Durier aborde l’exposé des progrès réalisés par les sciences aux sommets du Mont-Blanc. Les campagnes de Saussure au Col du Géant, de MM. Martins, Bravais et Le Pileur au Grand-Plateau, de MM. Tyn-dall, Pitschncr et Violle sont analysées avec le plus grand soin. Une large place est faite à la description des routes du Mont-Blanc, et une excellente carte tirée en couleur éclaire vivement cette importante partie du sujet, complétée par la narration des accidents et des catastrophes qui se sont produits sur chacun des itinéraires.
- Si, comme nous l’avons dit en commençant, la géologie du Mont-Blanc a été négligée par l’auteur, il n’en est pas tout à fait de même de ce qui concerne sa zoologie. Un chapitre des plus curieux est relatif à l’allure des animaux qui vivent accidentellement ou normalement sur la neige de la montagne et nous ne pouvons résister au plaisir d’y puiser quelques extraits. Le docteur Pitsclmer avait emporté à la station des Grands-Mulets, des pigeons, un
- Jacques Balmat.
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- chat, un chien. Le chat ne voulut jamais quitter la cabane et resta dans un état d’engourdissement à peu près complet. On pensait utiliser pour la correspondance les facultés spéciales des pigeons-voyageurs, mais le premier qu’on lâcha, mit deux jours à revenir tout perclus à son colombier. Quant au chien, où va l’homme il suit de confiance. Bourrit voyageait d’ordinaire avec son chien. Un terre-neuve est monté aux Grands-Mulets en 1868. Le chien de M. Kennedy a escaladé la redoutable Aiguille-Verte. Sylvain Couttet possédait une chienne qui faisait vingt fois, trente fois par an le trajet de Chamonix aux Grands-Mulets. « Pour l’empêcher de
- partir avec les caravanes, il fallait, dit M. Durier, fermer portes et fenêtres. Malgré ces belles dispositions elle n’a jamais été au Mont-Blanc comme certain chien de sa connaissance, qui même y est monté deux fois ; mais son maître pour le dédommager la mena au dôme du Goûter. On lui avait enveloppé les pattes avec des bandelettes de laine afin qu’elles ne fussent pas gelées, et je m’étonne qu’il n’ait pas fallu aussi lui emmaillotter le museau, car Finette était toute petite et donnait souvent du nez contre la neige. En cet état elle a suivi la caravane à la grâce de l’instinct. »
- Beaucoup d’insectes, abeilles et papillons, vont
- Le Mont-Blanc. Vue prise du Cramont. (D’après une photographie.)
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- chaque jour se perdre dans la neige, montant, montant toujours, comme poussés par une force invincible, jusqu’à ce que les forces leur manquent. Cette sorte d’instinct qui les précipite à la mort et qu’on ne s’explique pas à première vue, trouve sa raison d’être dans une de ces harmonies naturelles qu’on rencontre si souvent et qui toujours émerveillent. En effet, les hautes neiges sont habitées par des oiseaux, niverolles et choucas, essentiellement insectivores, et qui font leur proie de cette manne venue d’en bas. « On ne saurait trop admirer, dit notre auteur, l’ingénieux mécanisme qui met ainsi les bêtes faites pour butiner parmi les prés fleuris, à la portée des bêtes affamées que leur tempérament retient dans les régions glacées. »
- Voilà l’analyse à peu près complète quoique bien
- sommaire du beau livre de M. Durier. On voit quelle variété l’auteur a su introduire dans un sujet de lui-même si spécial. Répétons que ce qui caractérise l’œuvre au suprême degré, c’est comme un vent de jeunesse et d’enthousiasme qui y souffle de toutes parts. On en jugera par cette première page, sur laquelle nous resterons. « Il a été gravi maintes fois et c’est tant mieux. Il lui manquerait quelque chose s’il n’offrait à l’esprit que la froide majesté de la nature. Mais où trouver sur terre un espace défini, immuable et par lui-même déjà d’une beauté sublime qui ait été le théâtre d’autant d’actes de courage et d’abnégation? Sur ces champs de neige immortels, l’homme instruit et l’humble guide ont porté ensemble, à la face du ciel, ce qu’il y a de plus généreux en nos âmes — le dévouement à la science et
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- LA NATURE.
- le dévouement à ses semblables. On se moquera si l’on veut de cette passion pour une montagne : oui, elle me tient au cœur, parce qu’elle me rappelle des souvenirs d’amitié et de bonheur, parce que j’y ai vu la nature belle et l’humanité vaillante, — et voilà pourquoi j’ai écrit ce livre. »
- Voilà pourquoi aussi la lecture du Mont-Blanc est si passionnante et si profitable.
- Stanislas Mecmer.
- COMMISSION DE MÉTÉOROLOGIE
- DE LYON.
- — 31e ET 32e ANNÉE 1874-1875. —
- Nos lecteurs ont déjà été mis au courant des utiles travaux publiés par cette Commission dans ses bulletins annuels (voy. n05 54, 87 et 152), et savent avec quel soin sont résumées les observations faites sous la direction de M. Lafon, président de la Commission et directeur de l’Observatoire.
- Les observations météorologiques servent de base à un exposé des maladies quiont régné à Lyon pendant l’année, établi d’après les rapports de la Commission des maladies régnantes de la Société de médecine, par M. le docteur Bondet, médecin de l’IIôtel-Dieu. Ce résumé montre l’influence des vents régnants, de la température, de la sécheresse et de l’humidité, de la pression barométrique, des changements de saison, sur la naissance et le développement des maladies, sans omettre certaines causes qu’on retrouve dans toutes nos grandes cités, et qui sont signalées dans une remarquable note relative à la fièvre typhoïde qui sévit à Lyon en avril et mai 1874, succédant à une épidémie de fièvre catarrhale ou grippe, qui avait. duré pendant tout le mois de mars.
- « A ce moment, dit le docteur Bondet, dont nous résumons la note, la température qui dans le courant du mois avait été de 7°,23 comme moyenne, s’éleva tout à coup le 27 et le 30 à 19°,8 et 19°,5, la pression barométrique se maintenant à 752 millimètres. Puis à partir du 1er avril, à la suite de ces journées exceptionnellement chaudes, une baisse barométrique rapide se produisit; le 2, de neuf heures du matin à neuf heures du soir, elle était de 4 millimètres; le 5, la baisse atteignait 755 millimètres, avec une bourrasque du sud-ouest amenant la pluie ; le 11, 725 millimètres, chiffre excessivement bas et rare dans nos contrées.
- « Depuis plus de trois mois, à part quelques jours de pluie, nous souffrions d’une sécheresse qui avait considérablement abaissé le niveau de nos rivières. Par suite, les couches souterraines de notre ville, habituellement submergées, ne l’étaient plus ; sur plusieurs points de nos rues et de nos quais, notre système d’égouts non lavés laissait échapper de funestes émanations.
- « Grâce à cette triple cause du brusque dessèchement du sol, de la chaleur humide et de l’abaissement extraordinaire de la pression, partout où se trouvaient des détritus organiques sur le sol ou enfouis, ces émanations allaient se multipliant. Elles furent signalées aux environs du grand marché couvert des Cordeliers. Là en effet, sol et sous-sol sont encombrés de débris végétaux et animaux de toute sorte; aussi, dès le début de la maladie qui allait éclater, la voyons-nous sévir surtout avec une certaine intensité
- autour de ce grand foyer de putréfaction. C’est le 2 ou 5 avril, à la suite des conditions atmosphériques et telluriques que nous venons de signaler, qu’apparaissent les premiers cas de l’épidémie.
- « Ce sont les parties basses et centrales de la ville qui ont été plus particulièrement atteintes, là où les égouts abondent, où ils ont le moins de pente, et là surtout où, grâce aux communications fréquentes avec les fosses d’aisance, ils laissaient échapper d’infectes odeurs.
- « Pendant cette épidémie de deux mois toutes les professions ont payé leur tribut ; la classe aisée a relativement peu souffert, peut-être seulement à cause des quartiers qu’elle habite et qui ont été plus frappés, peut-être aussi en raison de sa résidence dans les étages inférieurs des habitations, plus exposés aux émanations des égouts et du sol.
- « Dès le début de l’épidémie, sur l’initiative de M. le préfet du Rhône, et d’après les avis du Conseil d’hygiène, de nombreux désinfectants (sulfate de fer, eau phéniquée, chlorure de chaux) furent largement répandus sur le sol et dans les égouts ; les environs de la halle, et la halle elle-même furent nettoyés et lavés, plusieurs égouts furent badigeonnés au lait de chaux, et chaque soir, de neuf à dix heures, quinze cents bouches d’arrosage largement ouvertes jetèrent dans les rues et les égouts de 2500 à 5000 mètres cubes d’eau. Grâce à ces moyens, employés avec une activité et une intelligence dont on ne saurait trop féliciter M. l’ingénieur en chef Gobin, l’épidémie pouvait être considérée comme terminée dans les derniers jours du mois. »
- L’utilité de telles observations est évidente. En indiquant les circonstances diverses qui ont amené l’invasion du mal, et les moyens employés pour l’atténuer, elles mettent à même de le prévoir et de le prévenir par des mesures propres à en arrêter le développement. Les Commissions de météorologie et d’hygiène, unies pour indiquer ces mesures, peuvent ainsi rendre les plus grands services dans nos cités, exposées à des épidémies de toute nature. C’est par des observations, des études semblables à celles que nous venons de résumer, qu’il sera possible d’arriver progressivement à rendre ces épidémies moins fréquentes et moins meurtrières. Et lorsque ces observations seront généralisées, progrès qui ne peut aujourd’hui être mis en doute, on pourra probablement attaquer dans leurs foyers mêmes, mieux connus, les maladies épidémiques dont nous avons à redouter l’invasion.
- Nous ne faisons ici qu’appeler l’attention sur une partie des travaux de la Commission de météorologie de Lyon, simplement indiquée dans nos précédents articles, qui ont fait connaître les importantes observations recueillies par cette Commission persévérante et laborieuse depuis sa fondation. Élie Margollé.
- BIBLIOGRAPHIE
- Dictionnaire botanique, par IL Bâillon. — Sixième fascicule. — Une broch. in-4 avec gravures et planche en couleurs. — Paris, Hachette et C‘°.
- Étude expérimentale de la marche, par Y. Legros. — Section IL — Une broch. in-18 avec planche. — Paris, Ch. Tanera, 1877.
- Andamento annuale délia pressione atmosferica, del prof. Domenico Ragona, dirrettore del R. Osservatorio di Modena, — Une broch. in-8. — Roma, 1877,
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- LA NAT U H K.
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- Les abords de la région inconnue. Histoire des voyages d'exploration au pôle nord, par C. Markham, traduit de l’anglais par II, Gaidoz. — Un vol. in-18 avec une carte.
- — Paris, Georges Decaux, 1876.
- Atlas météorologique de l'Observatoire de Paris, publié avec le concours de l'Association scientifique de France.
- — Tome VIII, année 1876. — Texte et cartes. — Un atlas in-4. — Paris, Gauthier-Villars, 1877.
- Nous nous bornons à signaler l’apparition de cet impor-tant ouvrage ; nous en donnerons prochainement une analyse bibliographique détaillée.
- Amplnorama ou la vue du monde, par F. \V. C. Trafford.
- — Une broch in-8, donnant la description hypothétique des régions inconnues de la géographie, pôles nord ei sud, etc. — Lausanne, G. Bridel. 1877.
- L'instruction et l'éducation, par Ch. Robin, de l’Institut.
- — Un vol. in-18. — Paris, Georges Decaux et Maurice Dreyfous, 1877.
- DE L’ÉVOLUTION DES NERFS
- ET DU SYSTÈME NERVEUX.
- (, Suite. —* Voy. p. 282.)
- II
- Les méduses étant les animaux les plus bas dans l’échelle chez lesquels un système nerveux ait, jusqu’à présent, été décoirvert, nous avons en elles des sujets sur lesquels nous pouvons expérimenter, avec le plus d’espoir d’arriver à élucider toutes les questions relatives à l’origine et aux propriétés des tissus nerveux primitifs. Aussi, ai-je consacré beaucoup de temps et d’efforts, cette année et l’année dernière, i cultiver ce champ de recherches, et, comme c’est ui terrain qui n’a jamais encore été défriché, et donl la fertilité s’est montrée prodigieuse, il n’est pas sur prenant que j’y aie recueilli une ample moisson d< résultats.
- En tant que ces résultats ont quelque rappor. avec la théorie générale de l’évolution, leur caractère est uniformément tel que cette théorie nous aurait porté à le prévoir. Je pourrais citer un nombre de faits qui tendent à prouver, d’une manière frappante, que les tissus nervo-musculaires primitifs des méduses, au point de vue de leurs propriétés physiologiques, présentent d’indiscutables aftinités, d’un côté, avec les tissus excitables de certaines plantes, et, d’un autre côté, avec le tissu nervo-musculaire d’animaux placés très-haut dans l’échelle. Mais, dans la crainte que ce sujet m’entraîne trop loin, je me bornerai à décrire ceux des résultats obtenus par moi qui tendent à corroborer la théorie de M. Herbert Spencer concernant la manière dont s’est accomplie l’évolution des nerfs et du système nerveux. Et j’adopte ce plan, non-seulement parce que je pense que les faits relatifs à un sujet si important ne peuvent manquer d’intéresser toute personne intelligente, mais aussi parce que je crois que c’est le lieu le mieux choisi pour publier quelques-unes
- des inductions que j’ai tirées des faits par moi constatés.
- Si ces inductions sont logiques, leur influence tant philosophique que scientifique, sera grande et de très-haute portée, et c’est pour cela que je vais appeler votre attention sur une interprétation qui se rattache à ces faits, interprétation que je publie ici pour la première fois.
- Commençons par ce diagramme (fig. 1). U représente Y Aurélia aurita, dont le pédoncule a été coupé à la base, et offrant aux regards la surlace inférieure ou concave de l’ombrelle. Cette ombrelle, quand elle est complètement étendue, comme elle est ici représentée, a environ la dimension d’une assiette à soupe, et tous les ganglions du bord sont réunis en huit amas marginaux; de sorte qu’en enlevant ces huit corps, on détermine une paralysie totale de l’ombrelle. Mais, quoique l’ombrelle soit ainsi paralysée quant à ses mouvements spontanés, elle continue à répondre aux excitations. Chaque fois qu’on pique ou qu’on électrise un point de la lame contractile, une onde de contraction part du point qu’on a stimulé et se répand, de ce point comme d’un centre, dans toutes les directions. Ces ondes contractiles cheminent, à la température ordinaire, avec une vitesse d’environ 1 pied et demi (45 centimètres) par seconde. Or la question la plus importante relativement à ces ondes, que vous avez à envisager, est celle-ci : Sont-elles simplement de la nature des ondes musculaires, telles que nous les voyons dans le protoplasma non encore différencié, ou bien exigent-elles la présence de fibres nerveuses rudimentaires pour se propager ; l’onde d'excitation qui suivrait la fibre nerveuse rudimentaire, causant, à mesure qu’elle avance, l’onde contractile dans les fibres musculaires rudimentaires ?
- Le grand argument pour proirver que ces ondes contractiles sont des ondes musculaires, et rien de plus, est simplement celui-ci : Le tissu contractile peut supporter des formes de section extrêmement rigoureuses, sans que le passage des ondes contractiles y soit intercepté. Par exemple, quand l’ombrelle de l’Aurelia est coupée comme le représente la figure 2, et qu’on excite un point quelconque du cercle, une onde contractile rayonne à partir du point excité, exactement comme cela se passait avant que les sections eussent été opérées; néanmoins l’onde a maintenant à décrire une sorte de zigzag pour contourner l’extrémité de chacune des coupures, qui s’opposent à son passage. De même, si au lieu d’employer une excitation artificielle, on laisse in situ un seul ganglion, après avoir enlevé tous les autres, les ondes contractiles rayonneront, avec leur régularité rhythmique habituelle, du seul ganglion restant, et se répandront tout autour du disque. Cette expérience semble donc prouver que le passage des ondes contractiles dépend, non de la propriété conductrice de quelque réseau nerveux rudimentaire, mais seulement des qualités protoplasmatiques du tissu musculaire primitif, Cette expérience, dis-je,
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- semble le prouver, parce que la forme de la mutilation paraît devoir nécessairement détruire la continuité fonctionnelle de tout ce qui pourrait ressembler à un réseau nerveux, tel qu’on l’observe chez les animaux supérieurs.
- Voici maintenant (fig. 5) une autre forme de section. Sept des corps marginaux ayant été enlevés comme précédemment, le huitième, laissé en place, a été pris pour origine d'une section circulaire, qui a été prolongée tout autour du disque, sous la forme d’une spirale continue. De cette opération résulte une longue bande de tissu en forme de ruban, portant à l’une de ses extrémités le ganglion, et à l’autre le reste de l’ombrelle. Eli bien ! comme précédemment, les ondes contractiles prennent naissance au ganglion ; mais maintenant elles doivent courir le long de la bande jusqu’à ce qu’elles arrivent à l’autre extrémité. Arrivée en ce point, chaque onde
- Fig. 1.
- auquel s’arrêtent ainsi les ondes varie extrêmement dans les différents individus de la même espèce. Quelquefois, les ondes sont interceptées, quand la bande a 1 pouce (2 centimètres et demi) ou moins en longueur, tandis que d’autres fois elles continuent à passer librement d’un bout à l’autre de la bande qui n’a que 1 pouce de large et près de 1 mètre de long; et entre ces deux extrêmes se placent tous les degrés de variation. Maintenant, si nous supposons que l’inlluence du ganglion situé à l’extrémité de la bande, se propage le long de celle-ci comme une simple contraction musculaire, je ne vois pas pourquoi une onde de- celte nature serait jamais complètement arrêtée, et encore moins pourquoi le point où se produit cet arrêt, serait si variable dans les différents individus d’une même espèce. Mais, au contraire, si nous supposons que la propagation de l’influence du ganglion dépend plus ou moins de la présence d’un réseau nerveux plus ou moins déterminé, l’explication des faits précédents ne souffre plus de difficulté, car, d’après
- fait sentir son influence à ce qui reste de l’ombrelle, qui aussitôt se contracte. Ainsi, de ce mode de section, comme du précédent, il semble qu’on doive certainement déduire que le passage de fonde contractile ne dépend pas de la présence d’un réseau nerveux ; car on ne peut rien imaginer de plus propre à détruire la continuité d’un tel plexus, que la section en spirale.
- Néanmoins, il y a une somme importante de preuves qu’on peut invoquer à l’appui de l’autre manière de voir. Comme je n’ai l’intention d’en indiquer que les principaux points, je bornerai mes observations à la section en spirale. Et, avant tout, j’ai invariablement trouvé que dans ce mode de section, si on pousse l’opération assez loin, on est sûr d’arriver plus tôt ou plus tard, à un point où les ondes contractiles cessent de se propager plus loin, un point ou elles sont interceptées. De plus, le point
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- la théorie générale de l’évolution, il faut s’attendre à ce que, si des libres de cette nature existent dans des animaux tellement inférieurs, elles ne soient pas constantes dans leur position.
- Mais il y a en faveur des fibres nerveuses un argument plus fort que voici. En quelque point de la bande spirale, qui s’avance progressivement par la section, en quelque point, dis-je, que l’arrêt de l’onde contractile se produise, il est sûr que cet arrêt a lieu complètement et exclusivement en ce point ; or je ne peux expliquer ce fait invariable autrement qu’en supposant qu’en ce lieu précis la section a rencontré une ligne d’un tissu différencié fonctionnellement, c’est-à-dire a tranché un nerf rudimentaire.
- Quelques-uns d’entre vous peuvent se rappeler quel était l’état de la question la dernière fois que je vous ai entretenus de ce sujet. En résumé, j’adoptais provisoirement l’opinion que toutes Us parties de la lame musculaire des méduses sont parcourues par un réseau de nerfs rudimentaires ou lignes de
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- décharge, et j’expliquais ce fait que ces tissus peuvent parfois supporter des sections qui les mutilent, sans rien perdre de leur continuité physiologique, en supposant que toutes les fibres nerveuses rudimentaires composant le réseau, sont capables à un degré extraordinaire de se suppléer l’une l’autre.
- Représentez-vous le réseau nerveux supposé par un disque de mousseline ; il est clair que, quand bien même vous y aurez pratiqué des entailles, soit suivant des rayons, soit suivant une spirale, comme cela est indiqué sur la figure, vous pourrez toujours suivre les fils de la mousseline avec une aiguille tout autour du disque sans interrompre une seule fois la continuité de votre tracé ; parce qu’en arrivant à l’extrémité d’un fil tranché, vous pouvez toujours, sans le quitter, retourner en arrière et choisir un autre fil qui pourra courir dans la direction voulue. Et telle était l’année dernière mon opinion sur la manière dont les choses se passent dans le plexus nerveux. Toutes les fois que l’onde produite par le stimulus arrive à une solution de continuité , -je pensais qu’elle revient en arrière et passe dans lés lignes de décharge voisines , que je supposais ainsi pouvoir agir par voie de substitution, à la place des lignes partagées par une section.
- Tel était, lors de ma dernière conférence, l’état de la question sur ces ondes contractiles, si remarquables. En résumé, je me décidais en faveur d’un plexus nerveux rudimentaire, malgré qu’il fût bien peu probable qu’un tel réseau fut capable, dans toutes ses parties et à un degré aussi illimité, d’actions par substitution. Je suis heureux de dire que cette manière de voir a été plus tard confirmée par quelques observations additionnelles qui sont de la plus haute importance. Depuis ma dernière lecture, en effet, j’ai remarqué ce fait, que des actions réflexes ont lieu entre les ganglions marginaux des méduses et tout le tissu contractile de l’animal. Ainsi, si vous saisissez le pédoncule avec des pinces, les ganglions du bord mettent immédiatement l’ombrelle tout entière dans un état de commotion violente, montrant ainsi que l’excitation doit avoir couru, en remontant le pédoncule, jusqu’à son insertion avec l’ombrelle, et, de là, jusqu’aux ganglions du bord de l’ombrelle déterminant ainsi la décharge de ces centres par voie d’action réflexe. Supposons de nouveau, que sept des huit ganglions aient été
- enlevés des bords d’une Aurélia, et qu’une partie quelconque du disque contractile soit stimulée trop légèrement pour produire une contraction au point immédiatement excité : une onde contractile partira néanmoins, peu après, du ganglion, montrant ainsi que l’onde stimulante a passé à travers la lame contractile jusqu’au ganglion et a causé la décharge de celui-ci. Dans plusieurs circonstances, le passage de l’onde d'excitation peut être réellement vu.
- C’est, en effet, une propriété particulière aux innombrables tentacules qui bordent l’extrémité marginale de la méduse, d’être plus excitables que le tissu contractile de l’ombrelle. Conséquemment, on peut appliquer à la lame contractile de l’ombrelle un stimulus qui, sans être assez énergique pour produire une onde contractile dans le tissu lui-même de l’ombrelle, soit cependant assez fort pour déterminer une onde contractile dans les tentacules. Celles-ci se contractent en effet alors rapidement l’une après l’autre, jusqu’à ce que l’onde de stimulation ait passé tout autour du disque. Ce dernier, d’ailleurs, reste tout à fait passif jusqu’à ce que l’onde tentaculaire ou onde de stimulation, atteigne un des ganglions , ou l’unique ganglion restant, si le disque a été préparé par l’ablation de sept de ceux-ci. Alors, après un intervalle d’une demi-seconde, correspondant au travail latent, on est sûr que le ganglion se décharge et cause ainsi une onde générale de contraction.
- Ces faits prouvent donc d’une manière singulièrement belle (car l’expression optique du passage d’une onde de stimulation est un spectacle d’autant plus intéressant qu’il est unique), ces faits prouvent, d’une manière concluante, que la lame contractile de l’ombrelle présente non-seulement les qualités protoplasmatiques d’excitabilité et de contractilité, mais encore la propriété, essentiellement nerveuse, de conduire les excitations à distance, sans l’intervention d’une onde contractile. J’en conclus qu’on ne peut plus maintenant douter que nous ayons affaire à un tissu assez différencié du protoplasma primitif pour que la fonction distinctive des nerfs y soit pleinement établie.
- G. J. Romanes.
- — La suite prochainement —
- : .. i
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- LA NATURE.
- CHRONIQUE
- Découverte d’un second exemplaire de l’ar-cliéoptérix. — On sait que l’archéoptérix est cet extraordinaire oiseau-reptile, dont la queue étroite, longue et souple comme celle d’un lézard ou d’un rat, était garnie de chaque côté d’une rangée de plumes. Le seul exemplaire connu de cet animal antédiluvien, réunissant aux ailes et aux plumes de l’oiseau des caractères appartenant à l’ordre des sauriens, avait été découvert, comme on se le rappelle, il y a vingt ans, dans les carrières de pierre lithographique de Pappenheim, près de Solenhofen, par M. Ernst llaeberlein. Vingt années s’étaient écoulées en recherches infructueuses du même savant, sans avoir retrouvé l’empreinte de l’archéoplérix dans la pierre lithographique. La persévérance de M. llaeberlein vient d’èlre récompensée : d vient de découvrir un exemplaire plus beau et plus complet du rarissime oiseau. La tête est dans un parfait état de conservation, ce qui permet mieux en core de déterminer le caractère de l’espèce.
- La catastrophe «lu Lysskamm en Suisse. —
- Le jeudi 6 septembre, à deux heures de la nuit, MM. Patterson et Lewis, touristes anglais, accompagnés de trois guides, les frères Knubel, quittaient l’hôtel du Riffel avec l’intention de franchir le passage du Lysskamin. Cette excursion ne devait durer qu’un jour. La caravane était munie de" tout ce qui est nécessaire pour opérer une course sur les glaciers, et, conduite par des montagnards expérimentés, se trouvait dans d’excellentes conditions. Toutefois, comme le vendredi malin nos touristes n’étaient pas encore rentrés à Zermatt, on conçut à l’hôtel du Riffel de vives inquiétudes. Immédiatement une seconde expédition de touristes anglais et de guides de la contrée se constitua et s’offrit spontanément à aller à la recherche des premiers voyageurs. On se mit en route : les touristes, arrivés sur le glacier qui s’étend au pied du versant méridional du Lysskamm, découvrirent tout à coup les cinq cadavres de ceux qu’ils cherchaient. Ces cadavres gisaient horriblement mutilés sur la glace, à une profondeur de 400 mètres environ.
- Le passage du Lysskamin est formé d’une longue arête recouverte de couches neigeuses qui surplombent le précipice du côté méridional. On suppose — car tous les voyageurs ayant péri, il est impossible d’avoir des renseignement précis sur la cause de l’accident — que ramollie par l’action du soleil, du vent chaud et de la pluie, une de ces couches de neige aura cédé sous le poids des cinq voyageurs, tous très-robustes. C’est ainsi que des ascensionnistes experts s’expliquent cette terrible chute.
- Les cadavres de MM. Patterson et Lewis, dit la Gazette de Lausanne, ont été inhumés au cimetière de Zermatt, en présence d’une nombreuse colonie d’étrangers et de la population du village, vivement impressionnée par ce lamentable événement. Les frères Knubel, qui tous trois avaient la réputation de guides excellents, ont été enterrés à Saint-Nicolas. Ces malheureux laissent derrière eux trois veuves et de nombreux enfants. MM. Seiler père et fils, propriétaires de l’hôtel du Riffel, ont fait preuve, dans celte circonstance pénible, d’un dévouement admirable. C’est sous leur direction qu’a été organisée l’operation difficile et périlleuse du transport des cadavres ainsi que les funérailles. Cette castastrophe est survenue non loin du FelikJoch, où l’année dernière (28 août 1816) ont péri deux autres touristes anglais, MM. Haymann et Johnson, avec les frères
- Sarbach, leurs guides. Nous avons publié précédemment la vue du Felik Joch dans le Switzerland ; nous y renvoyons le lecteur. (Voy. 4e année, 1876, 2B semestre, p. 532.)
- La dynamite et les travaux d’art. — Des opérations fort intéressantes ont été faites récemment de l’autre côté de la Manche, au moyen de la dynamite, dans les docks de Newcastle on Tyne. Pour draguer le port et augmenter sa profondeur en vue d’en permettre l’entrée aux navires du plus grand tirant d’eau, il fallait enlever quatre énormes blocs de béton de près de quatre mètres de côté sur deux mètres environ d’épaisseur. Le déplacement de telles masses, pesant près de soixante mille kilogrammes, eût nécessité des opérations coûteuses ; on résolut de les broyer au fond de l’eau. À cet effet, on plaça à leur surface, au moyen d’une cloche à plongeur, des charges de cinq kilogrammes environ de dynamite, qu’on fit sauter avec des mèches munies d’une amorce explosible. Les blocs ont été, par ce moyen, littéralement broyés, et la drague a pu en enlever les morceaux. Dans un périmètre assez étendu, le poisson était tué, ou tout au moins assez étourdi pour se laisser ramasser à la main. Ce n’est donc pas seulement pour les usages de la guerre et pour les torpilles que la dynamite trouve son application ; mais elle est appelée à rendre les plus grands services dans la destruction des écueils, des obstacles qui peuvent obstruer les passes de nos ports, comme dans les mines, où son efficacité est d’autant plus grande que la roche à briser est plus dure. (Journal officiel.)
- Les pigeons voyageurs et la pèche en Angle- terre. — La Fishing Gazette nous apprend que des expériences de lâché des pigeons voyageurs à bord des bateaux pécheurs ont eu lieu, cet été, sur les côtes d’Angleterre, et ont donné les meilleurs résultats, comme moyen de prompte information entre la terre et les bateaux de pèche. Voici comment on procède : Un pigeon est embarqué à bord de chacun des bateaux dans l’après-midi, et, après que les filets ont été halés, le lendemain matin, quand on a pu constater l’importance de la pèche, on lâche l’oiseau, auquel on a eu soin d’attacher, autour du cou, un morceau de papier, sur lequel sont inscrits le nombre de poissons captures, la position du bateau, la direction du vent, la date probable du retour, etc. Si la force ou la direction du vent n’est pas favorable, on demande un remorqueur, qui, d’après les relèvements indiqués, arrive facilement à trouver les bateaux à la recherche desquels il est expédié. Ce système permet d’aviser promptement les intéressés des dispositions qu’ils ont à prendre pour l’expédition, la livraison et la salaison des poissons. Lorsqu’on les lâche du bord, les pigeons voyageurs font invariablement trois fois le tour de l’embarcation avant de se diriger à tire-d’aile vers la côte.
- — Le Standard, de Buenos-Ayl’es, rend compte d’un voyage fait sur le fleuve Santa-Cruz, dans la Patagonie du Sud, vers le 50" degré de latitude méridionale, par don Francisco Moreno. Aidé de trois rameurs, M. Moreno mit un mois à remonter ce Ucuve, qui est très-rapide, et qui sort d’un lac portant e même nom; ce lac a 30 milles (48 kilomètres) de long sur 10 (46 kilomètres) de large. 11 communique avec le lac Biedma par une rivière qui a 200 mètres de large. M. Moreno reconnut le lac Santa Cruz dans toute son étendue.
- — Les travailleurs Américains ou Européens, ne pouvant résister avec succès à la concurrence que les Chinois leur font
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- LA NATültE.
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- en Californie, les attaquent partout où ils les rencontrent, et souvent ont eu lieu des scènes de massacre. Voici ce que disait récemment un journal californien : Il y a en ce moment plus de 12000 Chinoisà San-Franeisco. Ils sont sobres, doux, soumis et parfois très-utiles. Ils servent comme valets de chambre, et se montrent cuisiniers accomplis, excellents blanchisseurs, le tout à des prix très-modiques. Quelquefois les domestiques chinois vous quitteront brusquement et sans vous dire pourquoi; mais, en général, ce sont des serviteurs fidèles et loyaux, apprenant facilement ce qu’on leur enseigne et se tenant toujours fort propres. Ce n’est pas qu’ils soient exempts de défauts et de vices; par exemple, ils s’adonnent au jeu avec une véritable frénésie. (Nature.)
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 8 octobre 1877. — Présidence de M. I’eligot.
- Carie géologique de France. — A plusieurs reprises déjà, nous avons entretenu nos lecteurs de la publicalien en cours d’exécution de la carte géologique détaillée de la France. M. Lamé Fleury en adresse aujourd’hui trois feuilles nouvelles, concernant les environs de Dunkerque, d’Abbeville et d'Orléans.
- Electro-magnétisme. — Dans un mémoire, dont le titre seul nous est communiqué, M. Dumoncel étudie le rapport qui doit exister pour donner l’effet maximum entre le diamètre du noyau magnétisant des électi’o-aimants et leur longueur.
- Le davyum. — Revenant encore sur le métal qu’il a su retirer de la mine de platine, M. Serge Kerl, décrit aujourd’hui le spectre du davyum. Pour l’obtenir, il a volatilisé celui-ci, préalablement amené à l’état métallique, entre les deux charbons d’une lampe électrique.
- Essais alcoomêtriques. — Pour apprécier la richesse d’un vin en alcool, M. Haro, après en avoir mesuré la densité à l’aréomètre en réduit le volume à la moitié ou au tiers par l’évaporation. La densité du résidu est prise à son tour, et la comparaison des deux nombres ainsi obtenus, donne la richesse cherchée.
- Production du froid. — On se rappelle qu’en distillant le résidu des mélasses de betteraves, M. Camille Vincent-est parvenu à préparer de grandes quantités de chlorhydrate, de bromhydrate et d’iodhydrale de triméthylamine. Le même chimiste montre à présent comment il est facile de passer de ces corps au chlorure de méthyle, et il insiste sur les applications dont ce dernier composé est susceptible. A 35 degrés sous zéro, ce chlorure se liquéfie et rien n’est plus facile que de le conserver liquide dans des tubes scellés. Si alors on détermine son évaporation, par exemple par le passage au travers de la masse d’un courant d’air, on obtient un refroidissement qui atteint — 55 degrés. Le mercure se congèle immédiatement dans un pareil milieu et l’obtention à très-bas prix d’une température aussi basse, promet à la science un moyen d’opérer, fécond en résultats.
- Compression des gaz. — Un chimiste, dont le nom ne nous arrive pas, arrive à soumettre l’oxygène ou l’hydrogène à une compression de 1800 atmosphères, et pense arriver à des conséquences quant à la possibilité de liquéfaction de ces gaz. Four réaliser une pareille compression, il lait intervenir à la fois le fonctionnement de la presse hydraulique et le développement électrolytique des gaz dans un vase parfaitement clos.
- Astronomie. — La nouvelle planète découverte à Lola,
- par M. Palisa et la comète observée de Florence par M. Tempel, ont été l’une et l’autre étudiées à Paris par MM. Henry. M. Yvon Villarceaux dépose sur le bureau le résumé des résultats qu’ils ont obtenus.
- Chaleur de vaporisation. — Un élégant petit appareil, destiné à la mesure de la chaleur de vaporisation, est présenté à l’Académie par M. Berthelot. En l’absence de dessin, il serait impossible d’en faire comprendre la disposition.
- Expédition polaire. — Il résulte d’une communication faite à M. Daubrée, qui en transmet un résumé, que M. Nordenskiold se propose de partir, en juillet 1878, pour un voyage de deux ans, dont le but sera l’exploration des côtes nord de la Sibérie, depuis l’embouchure de l’Obi jusqu’au détroit de Behring. Les faits observés par l’illustre voyageur dans ses explorations précédentes, sont garants de l’importance des données scientifiques qui résulteront de la nouvelle entreprise, et l’on peut être assuré que l’industrie et le commerce y trouveront aussi de nouveaux éléments de richesse.
- Météorites. — M. Lawrence Smith donne la description de trois météorites tombées durant un espace de 32 jours, dans une région peu étendue des États-Unis. Elles appartiennent à trois types bien connus sous les noms de Mon-tréjite, de Parnallite et d’Ornansite. Stanislas Meunier.
- LE NAVIRE DE GUERRE
- AU DIX-SEPTIÈME SIÈCLE 1.
- « L’architecture navale, dit Duhamel du Monceau, peut être divisée en trois parties principales, consistant : 1° à donner aux vaisseaux la figure extérieure qui leur convient pour le service auquel ôn les destine ; 2° à donner à toutes les pièces d’un vaisseau la figure qu’elles doivent avoir, à les assembler jt à leur former des liaisons, de façon qu’elles composent toutes par leur réunion un bâtiment solide et capable de répondre aux services qu’on en attend ; 3° à disposer tellement les emménagements que tout ce qu’un vaisseau doit contenir soit logé convenablement et commodément, officiers, équipages, agrès, marchandises, munitions de guerre et de bouche, » etc.
- Cette définition de l’art de bâtir les vaisseaux n’a point vieilli, et depuis 1752, époque à laquelle Duhamel l’a formulée, elle n’a cessé d’être une vérité pour les constructeurs. Ses prédécesseurs étaient loin de penser avec autant de justesse. Aussi, avant le dix-huitième siècle, pas un navire qui ressemble à l’autre. C’est la fantaisie qui règne : les architectes cherchant au hasard des règles qui ne pouvaient être inspirées que par la formule si simple et si nette de notre compatriote.
- Est-ce à dire que ses devanciers n’aient fait que de mauvaises œuvres? Non, et quelques-uns ont eu la
- 1 Nous avons décrit précédemment un des plus puissants navires cuirassés des temps modernes (voy. p. 71). Nous croyons intéressant de donner le tableau d’un navire des siècles passés, afin de mettre en relief les progrès inouïs accomplis dans l’art des constructions navales.
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- LA NATURE.
- main singulièrement heureuse. Nous pourrions citer tel de leurs navires que ses qualités et ses services ont rendu célèbre, et celui dont nous empruntons l’image à Y Hydrographie du P. Fournier est du nombre. On le nommait le Navire du roi, et dans l’Océan et la Méditerranée, il a fait ses preuves avec les d’Harcourt et les de Brézé.
- Certes, si on le compare aux vaisseaux de nos jours, ce curieux navire paraîtra bien singulier; mais si la comparaison s’étend à ceux du moyen âge, on ne peut nier un grand progrès de la science des constructeurs. Néanmoins il nous faut attendre jus-
- qu’à la fin du siècle suivant pour voir le navire se simplifier et se débarrasser de ces brillants mais inutiles ornements qui le surchargent et le gênent. Sa beauté n’est pas d’ailleurs dans ces embellissements. « Un grand navire pour être beau, a dit un marin qui est en même temps un météorologiste déjà célèbre, M. Léon Brault, doit avant tout paraître capable de traverser la mer, d’affronter la tempête ; et s’il s’agit d'un navire de guerre, il faut encore que sa coque semble faite pour résister au choc des agresseurs. C’est là une condition essentielle de sa beauté, et elle impose à l’ornementation extérieure
- D E, S C R I PT I O N LV VN NAVIRE ROYAL
- S'inec les noms t)e touttes Les (Pièces SVecessaires tjoour Ici, Construction diceliv
- Un navire de guerre au dix-septième siècle. (D'après une gravure du temps.)
- un cachet de sévérité qu’il faut respecter. » Ce n’est pas d’aujourd’hui, du reste, que les bâtiments trop ornés sont appréciés à leur juste valeur. Sénèque, parlant aux Romains, se moque des navires aux couleurs tranchantes, à éperon d’argent ou d’or massif avec des figures d’ivoire. Il faut tout d’abord, dit-il, « qu’un navire soit fait de bois et ferme à la mer, qu’il résiste aux efforts continuels des vagues, qu’il obéisse au gouvernail etqu’il porte fièrement la voile. » Qu’on incruste tout son bois d’ivoire, d’agate, de corail ou de pierreries, si le vaisseau semble faible ou sans équilibre sur l’eau, s’il paraît pouvoir à peine évoluer à cause de ses formes ou prêt à chavirer sous sa voile, jamais on ne gagnera l’admiration. Les ornements sagement distribués doivent contribuer à augmenter l’apparence des qualités.
- Qu'une construction soit faite exclusivement en vue de son but, elle produira déjà un certain effet. L’ornementation doit concourir à développer cet effet, mais le modifier, le contrarier, jamais.
- Ce qu’a dit Lamennais de l'architecture terrestre, peut s’appliquer aussi bien à l’architecture navale : « Pour ce qui la caractérise spécialement, l’architecture représente le monde inorganique; aussi ses lois premières, comme les lois de ce monde, sont-elles des lois mathématiques communes aux deux éléments qui s’unissent en elles, l’Utile et le Beau. » L. R.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 229. — 20 OCTOBRE 1 87 7.
- LA NATURE.
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- LE FIGUIER
- La petite famille des Morées, et dont le Mûrier est le type, renferme seulement quelques genres composés eux-mêmes d’un petit nombre d’espèces, à l’exception toutefois du genre Ficus ou Figuier, qui comprend à lui seul plus d’espèces qu’aucun autre genre du règne végétal. En sorte .que cette famille, pauvre en genres, devient très-importante spécifiquement parlant, puisque l’on estime à sept ou huit
- cents le nombre des espèces différentes et actuellement connues de ce genre Ficus.
- Le Figuier comestible est l’espèce la plus rustique, puisque sa culture peut s’étendre entre le 48° de latitude nord environ en Europe, et le 45° de latitude sud, car il est cultivé également jusqu’au Chili.
- Le Ficus Carica paraît être indigène en France ; il y a été trouvé à l’état fossile dans le terrain quaternaire des environs de Fontainebleau, et une variété particulière à l'Ouest semble bien être spontanée
- Figuier des Banians. (Dessin fait d’après nature, sur les bords du Gange, par M. de Bérard.)
- sur la côte de Bretagne;'on la nomme leCaprifiguier.
- C’est surtout sous les tropiques, dans l’Inde et les îles Asiatiques où les autres espèces de figuiers sont le plus abondantes. Loin d’offrir une uniformité de stature ou de propriétés comme on pourrait le penser, ces espèces, prises au hasard, sont souvent totalement différentes sous ce rapport.
- Tous les Figuiers sont des arbres, quelquefois très-petits : les espèces qui sont cultivées dans les serres comme plante d’ornement, F. cerasiformis lutescens, etc., ressemblent à de petits Orangers en miniature, lorsqu’ils sont chargés de leurs fruits d’un beau jaune à maturité ; tandis que d’autres, au contraire, atteignent une taille gigantesque, et le Figuier des Banians (F. Benghalensis), que représente notre gravure, est sinon le plus grand, mais certaine-
- ment un des plus célèbres par le rôle qu’il a joué dans l’histoire religieuse des habitants de la péninsule indienne. Cet arbre, dessiné sur nature par M. de Bérard, partage avec une autre espèce, le F. religiosa, la vénération des populations de l’Inde et des îles avoisinantes. A Ceylan, l’un de ces arbres porte le nom de Bagoa ; les Européens le nomment l’Arbre de Dieu. Les Chingalais lui rendent les honneurs qu’on décerne aux objets sacrés. Il est d’une taille élevée, et sa cime immense abrite les indigènes qui à son ombre se livrent aux pratiques de l’adoration du dieu Visehsnou ; ils croient que c’est sous ce Figuier qu’il naquit et s’appliquent à multiplier cet arbre, qu’on rencontre dans les villes et sur les grands chemins, habituellement accompagné dans son voisinage d’une pierre ou pavé entretenu très-
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- LA NATURE.
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- proprement. A son tronc sont presque toujours suspendues des images ou des lampes allumées. C’est à Anaradopura, dans File de Ceylan, que l’on voit le plus ancien Figuier des Pagodes; on estime qu’il a plus de 1500 ans.
- Une autre espèce, non moins remarquable, le F. indica, atteint des proportions considérables qu’il doit surtout à sa singulière façon de végéter, et qui d'ailleurs se retrouve dans le F. Benghalensis. Quand l’arbre a acquis un volume suffisant, il se forme sur son tronc, ou mieux sur ses branches des racines dites adventivcs, qui sc développent rapidement et qui bientôt se balancent dans l’espace comme des cordages, jusqu’à ce qu’elles soient arrivées à terre. Là elles s’implantent vigoureusement dans le sol et l’accroissement en diamètre de ces racines aériennes les ferait facilement confondre avec des tiges qui en réalité servent de support aux branches qui leur ont donné naissance. En supposant que chaque branche principale porte une ou deux racines semblables, l’arbre semblera au bout de quelques années formé d’un tronc principal et de plusieurs troncs accessoires qui permettront à cet arbre de s’étendre d’autant plus qu’il sera pourvu d’un plus grand nombre de racines. Son feuillage toujours vert ajoute encore à l’effet pittoresque et décoratif de ce Figuier.
- Les autres espèces sont utilisées dans l’Inde pour leur bois, lequel est pour certaines d’entre elles de bonne qualité. D’autres donnent des fruits mangeables, mais relativement d’une médiocre saveur.
- Dans les îles de l’Inde néerlandaise seulement le nombre des espèces de Ficus dépasse cent. En Afrique ce genre est aussi largement représenté, et les sujets y acquièrent un volume considérable également. Le bois, quoique souvent léger, est estimé à la côte de Sénégambie et sert à faire des pirogues d’une seule pièce; mais il est essentiel, dans ces pays chauds, d’écorcer tous les arbres qui ne sont pas d’essence dure ; le bois s’échauffe, comme on dit, rapidement après avoir été abattu, il se détériore et devient impropre à la construction et au charronnage.
- Les racines adventives qui descendent parfois seulement le long du tronc pour se souder au corps de l'arbre à sa base, donnent à ces végétaux un aspect anfractueux et tourmenté, et les saillies qui en résultent peuvent atteindre dix à douze pieds d’épaisseur. Sous le nom d’Oboounchoua, on peut voir à l’Exposition des Colonies une section de tronc d’un Figuier venant du Gabon, et dont le bois, exceptionnellement, est si résistant que la plupart des outils s’émoussent lorsqu’on veut l’entamer. En effet, il est à remarquer que le bois des Ficus est en général homogène et plutôt tendre que dur, et c’est ce qui a donné une antique célébrité au Figuier Sycomore d’Égypte, dont on voit encore à Alexandrie et au Caire des exemplaires d’un grand âge, puisque la tradition rapporte que l’un xi’eux servit d’abri à
- la sainte Famille pendant sa fuite en Égypte. Quoi qu’il en soit, la longévité du Sycomore n’est pas douteuse, et l’incorruptibilité de son bois est réputée. Au temps de leur puissance, les riches égyptiens étaient inhumés dans des cercueils de Sycomore creusés à même dans les troncs 'd’arbres, et qui étaient le plus souvent rehaussés de sculptures, de dessins et de caractères sémitiques. On peut voir de ccs sarcophages dont quelques-uns sont fort beaux, au musée du Louvre. Quant aiix figues que porte le Sycomore, elles sont comestibles mais peu estimées.
- L’Australie, ce pays des merveilles végétales, renferme comme la Nouvelle-Calédonie une grande quantité de Ficus dont la plupart étaient, il y a encore peu de temps, inédits. Les F. Cunninghamii, columnaris, macrophylla, etc., atteignent des dimensions colossales. Ruddes dit que sur les rives du lleuve Ilastings, le F. macrophylla acquiert un tronc de trente pieds de diamètre ; que les premières branches en ont huit à leur base et que l’arbre excède deux cents pieds. On possède au Muséum un très-petit échantillon d’un de ces Figuiers, qui peut donner une idée fort réduite de leur curieuse structure.
- Plusieurs Ficus sont grimpants, et leur tige accompagnée de nombreuses racines adventives enlacent souvent les arbres qui sont à leur portée, et la croissance rapide de ces végétaux dépassant bientôt celle de leurs supports, ceux-ci périssent étouffés la plupart du temps, et disparaissent complètement sous une maille puissante qui les étreint de toutes parts. A cause de cela on a donné à ces Figuiers le nom d’Arbres de la mort. A côté de ces espèces redoutables, il en est qui rendent des services à l’horticulture, et le F. repens tapisse merveilleusement les murailles de nos serres.
- Les fruits, qui, comme l’on sait, sont des réceptacles d’inflorescences, ne sont comestibles que chez un très-petit nombre d’espèces, et il y en a même qui sont vénéneux; le F. toxicaria, notamment, sert aux îles de la Sonde à empoisonner les flèches des indigènes.
- La presque totalité des Morées sont pourvues d’un suc laiteux fourni par les vaisseaux du latex, et dans plusieurs cette matière est utilisée soit à titre de glu à prendre les oiseaux, ou comme enduit imperméable, c’est-à-dire de caoutchouc. Pendant longtemps le F.elastica, qui fait l’ornement des salons, était la principale plante qui fournissait au commerce le caoutchouc dit de l’Inde, ainsi que quelques autres Figuiers laiteux à suc abondant, mais cette sorte fut bientôt détrônée par le caoutchouc d’Amérique, extrait de plantes d’autres familles et jouissant des mêmes propriétés. Les personnes qui ignorent la formation du caoutchouc, peuvent se procurer cette petite récréation, en faisant tomber dans le creux de la main quelques gouttes du lait qui s’écoule d’une blessure faite à un Figuier caoutchouc ; en imprimant un léger mouvement tournant avec le
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- bout du doigt au lait déposé, le sérum s’évapore et les .globules du latex coagulés laissent dans la main une petite boule noirâtre, qui s’étire et présente toutes les qualités physiques du caoutchouc.
- Les feuilles, tantôt lisses, sont quelquefois hérissées de poils rudes qui, associés aux concrétions calcaires que les feuilles de tous les Ficus contiennent dans leur tissu sous-épidermique, permettent de s’en servir pour polir le bois et les métaux, dans les pays chauds.
- Enfin, l’écorce de toutes les Morées est riche en liber, ses couches fibreuses et souvent facilement séparables sont une source de matière textile ou de pâte à papier. Il y a encore quelques usages médicinaux ou industriels empruntés au genre Ficus, mais ils sont restreints et tout à fait localisés.
- J. POISSON.
- LES « MINES DE CÈDRE »
- Ces mines de cèdre sont des marais voisins du cap May, pleins d’une vase noire où sont enfouis des troncs immenses de cèdres blancs, à des profondeurs variant de 3 à 10 pieds. Ces troncs, entassés l’un sur l’autre, proviennent évidemment de forêts qui se sont succédé en ces lieux, et encore aujourd’hui croissent dans ces marais des arbres semblables à ceux qui sont embourbés dans la vase.
- Il y a là des trésors que les Américains ne laissent point sommeiller et dont ils tirent au contraire un grand profit. Des hommes fouillent avec une longue barre de fer dans la bourbe et dans l’eau ; quand ils ont mis la gaffe sur un tronc, ils savent bien vite, après quelques sondages préliminaires, où est la souche et quelle est son épaisseur; puis, à la simple odeur d’un petit morceau de bois, ils décident s’il faut enlever l’arbre ou le laisser en place ; rien qu’à l’odeur, ils apprennent que le cèdre blanc est ivindfall, c’est-à-dire tombé de vieillesse, sous le souffle d’un faible vent, ou breakdown, c’est-à-dire tombé, rompu en pleine jeunesse, en pleine force, et conservé sain par les qualités antiseptiques du marais où il plonge.
- Si l’arbre est breakdown, les ouvriers éloignent la vase qui l’entoure ; à cette vase succède l’eau, et le tronc se met à flotter : alors on le scie en segments réguliers.... Tel cèdre ainsi tiré du marais a donné jusqu’à 1Ü 000 bardeaux, valant 20 dollars ou lüO francs le mille....
- On évalue l’âge de ces cèdres à mille, douze cents ans et plus. La couche supérieure de ces troncs a sous elle une seconde couche, quelquefois une troisième, et sur elle une forêt vivante ’.
- L’AGE DE BRONZE
- ET LES GALLO-ROMAINS A SAINT-N'AZAIRE-SUli-LOIllE.
- UN CHRONOMÈTRE PRÉHISTORIQUE
- En faisant mention, il y a quelques mois, du discours prononcé le 2 avril par M. le ministre de
- 1 D’après 1 ’Auslaiul.
- 1 instruction publique à la séance de clôture de la dernière réunion des Sociétés savantes à la Sorbonne, nous disions que M. Waddington y avait signalé à 1 attention de la science la découverte faite par M. l’ingénieur Kerviler, dans le bassin en construction de Penhoiiet, à Saint-Nazaire-sur-Loire, d’une stratification continue des alluvions de la Loire à son embouchure, et nous annoncions que nous attendrions pour rendre compte de cette découverte, que de nouveaux détails nous fussent parvenus. M. Kerviler vient de publier l’étude qu’il a consacrée à ce sujet dans plusieurs livraisons de la Revue archéologiquel.
- Nous reproduisons les faits et la théorie exposés par M. Kerviler.
- O y a trente ans, Saint-Nazaire n’était qu’un village de pêcheurs, situé sur une pointe de rocher formant une sorte de presqu’île avancée sur la rive droite de l’embouchure de la Loire. Des deux côtés de cette pointe on remarquait des anses en arc de cercle appuyées sur d’autres pointes de rocher : le fond incliné de ces anses était de la vase, et leur couronnement était formé d’une petite dune de sable de quelques mètres seulement d’épaisseur (fig. 2). Lorsqu’on décida la construction d’un grand port à Saint-Nazaire, on barra par une digue la corde de la première de ces anses en amont, qu’on creusa ensuite pour former le premier bassin à flot; et les déblais de ce bassin servirent à barrer la seconde où l’on creuse aujourd’hui le bassin de Penhoiiet (fig. 3). Or, en creusant ce second bassin pour établir les murs de quai, les sondages et les premières fouilles firent reconnaître qu’une ancienne vallée rocheuse et granitique avait eu autrefois son embouchure en Loire en ce point : son thalweg est situé à près de 40 mètres au-dessous du sol actuel, ce qui occasionne des difficultés considérables pour les fondations des murs de quais qui doivent s’accrocher sur les deux rives, et dont nous décrirons quelque jour les curieux procédés d’établissement ; et comme la petite rivière du Brivet qui coule aujourd’hui à Méans (fig. 3) y passe sur un seuil rocheux, profond seulement de 8 mètres au plus, il faut nécessairement que le Brivet, qui est le déversoir de tout le grand bassin de la Brière Mottière2, ait eu jadis son cours et son embouchure dans l’anse de Penhoüet, successivement comblée de sable, d’argile et de débris végétaux par les alluvions de la Loire. La figure 1 représente justement ce que les environs de Saint-Nazaire devaient être avant qu’elles n atteignissent le niveau des basses mers. En exécutant des déblais dans ces alluvions, M. Kerviler vit en 1874 son attention très-vivement surexcitée par la rencontre de crânes et de divers objets préhistoriques, tous situés dans une couche graveleuse horizontale, située à peu près au niveau du fonds du bassin. Tous ces débris portaient tous les carac-
- 1 Une brochure in-8°. — Paris, Didier et Cie, 1877.
- 2 Yoy. un article sur la Graudo-Brière-Mottière, 58 année, 1875, 2e semestre, jn 19o.
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- tères de ce qu’on appelle l’âge de bronze : il y avait des épées au double tranchant très-effilé et à la soie percée de sept trous ; un poignard avec goupilles en bronze pour le retenir au manche; une aiguille ou poinçon en os poli, des cornes de cerf travaillées, ayant servi de pointes de lance, d’instruments agricoles et de rateaux de cordier; une douille en corne de cerf, des haches en pierre polie, ce qui prouvait qu’on était alors à une époque de transition, et particularité remarquable, des ancres en pierre de deux formes différentes, dont nous donnons tes dessins (fkr. 4), parce qu’elles attestent la présence en ce point d’une population maritime, et que c’est la première fois, croyons-nous, qu’on les rencontre dans des fouilles antiques : enfin, ces objets étaient accompagnés d’os-semerits nettement caractérisés du petit Dos pri-migenius longi-frons, de l’au-roeb, du sanglier, du cerf, du chevreuil et du mouton. Tout cela concorde bien avec les objets
- Marais desseches
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- Fig. Ü. — Les environs de Saint-Nazaire en 1840.
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- Les environs de Saint-Nazaire en 1876,
- qu’on trouve généralement dans les stations de l’âge du bronze. Restait à en fixer la date s’il était possible.
- Le problème fut résolu par M. Kerviler par deux faits différents , dont la concordance est très-remarquable. En premier lieu, il trouva une couche de débris romains avec une médaille de Té-tricus à 2m,50 au-dessus de la première. Un simple calcul de proportion lui fit tenir ce raisonnement bien simple : « Je connais la hauteur de l’alluvion supérieure à la couche romaine et son total d’années de formation aussi exactement que possible : j’aurai par une règle de trois la date de la couche située à 2n‘,50 plus bas. » Il obtint ainsi pour la couche de l’âge de bronze le cinquième siècle avant l’ère chrétienne. Mais on pouvait objecter à la proportionnalité , fjue les couches d’allu-vions sont plus denses et par con-séquent moins épaisses à mesure qu’on descend ; et pour les couches supérieures sujettes au tlux et au reflux le temps d’immer-
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- sion a été de plus en plus limité. Nous ne reproduirons pas ici les calculs à l’aide desquels M. Kervi-lcr a cherché à démontrer que ces deux phénomènes se compensent, car le second fait dont nous parlions tout à l’heure est venu confirmer pleinement ses théories. La vase semblait absolument compacte, mais une fouille ayant été laissée pendant plusieurs mois à l’action de l’eau et du vent, ceux-ci se chargèrent d’enlever toutes les particules sableuses, et la paroi fouillée parut unjour régulièrement stratifiée du haut en bas. M. Kerviler a constaté depuis qu’il en est ainsi de toute la hauteur de l’alluvion. Mais voici où l’observation devient particulièrement intéressante : en étudiant de près ces stratifications , on reconnaît qu’elles se suivent toujours dans l’ordre suivant : sable, argile, débris végétaux , sable, argile, débris végétaux, etc., comme sur la figure n°5, et que l’épaisseur moyenne de l’ensemble de cette période de trois couches est de 3 millimètres à 3 millim. 1/2 : le retour régulier et absolument périodique des débris végétaux a fait conclure à M. Kerviler, que la période totale
- Fig. 4. — Pierres de mouillage servant d’autres, (llétuict. 1/20.) 1, 2, 3. Pierres pesant environ t>0 kilogrammes chacune. — 4 et b. Pierres moins pesâmes devant servir pour les canots.
- Sable et graviers
- iîai D éb r is v ègétau x
- 1 Vase : argile bleue compacte
- Fig. S. — Coupe figurative dts alluvions de la baie de Penhouët, à 7 mètres de profondeur. (Échelle du double de grandeur naturelle.)
- devait être annuelle, et il obtient ainsi 30 centimètres d’épaisseur d’allu-vion par siècle, ce qui confirme exactement scs premières supputations : en sorte que tout concourt, d’après lui, pont arriver au même résultat.
- Nous venons d’exposer les idées de M. Kerviler: nous ajouterons que son système a été très-crili-qué au Congrès scientifique du Havre par M. de Mortillet. « M. Kerviler, dit le savant anthropologiste, ne nous apporte pas des bases absolument certaines d’examen : lorsqu’il a successivement annoncé sa découverte à la Commission de topographie des Gaules et à la Société des antiquaires de France, ses supputations de niveaux ont varié , en sorte que nous 11e pouvons sur des bases aussi fragiles établir une théorie qui aurait une grave importance, car elle tendrait à tellement rapprocher le commencement de la période géologique actuelle, que cela serait en désaccord avec beaucoup d’autres faits observés. » A quoi M. Kerviler a répondu au Congrès de Savenay : « Mes premières supputations ont été faites au pied levé, grossièrement, sans aucune intention
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- de précision scientifique. Ce n’a été que plus tard, lorsqu’il a fallu coordonner tous ces faits, que tous les niveaux ont été relevés sérieusement avec des instruments précis, et l’on ne doit discuter que sur ces niveaux précis indiqués dans la brochure, et que tout savant peut venir constater par lui-même, car les couches sont encore apparentes en la majeure partie des points et des photographies des parois de déblais ont été adressées à l’Académie des sciences et au musée de Saint-Germain. »
- Malgré les objections faites aux observations de M. Kerviler, nous avons pensé que sans prendre encore la responsabilité d’une conclusion, nos lecteurs s'intéresseraient à l’exposé sommaire que nous venons de leur présenter. L’Académie des sciences a du reste nommé, pour étudier la question, une commission de cinq membres, dont nous ferons connaître la décision. Dr Z.
- —
- . * UA STATURE HUMAINE
- Quels sont les hommes les plus grands? quels sont les hommes les plus petits?
- Suivant Yillermé, la stature humaine varie de lm,462 à l,n,787, et donne une moyenne intermédiaire de lm,625; si l’on se guide sur la liste publiée par M. AVeisbaeh dans le volume de la JSovara, cet intermédiaire exact serait de lm,610.
- Si l’on prend les extrêmes individuels connus, qui sont de 43 centimètres chez un nain que citent Burcli et Buffon, et de 2m,83 chez un Finlandais dont parle M. Sappey, elle serait de lm,650. Enfin, en s’adressant au million et un quart de soldats de l’Amérique du Nord sur lesquels M. Gould a fait son immense travail, soldats dont le minimum et le maximum sont respectivement de lm,(H6 et de 2,095, cette moyenne serait de 4m,555, plus faible que précédemment. Mais les cas extrêmes peuvent être regardés comme anormaux, sinon comme pathologiques, et ils ne doivent pas entrer dans un calcul sérieux de moyenne.
- Commençons par les hommes les plus petits.
- Les Esquimaux ont longtemps passé pour les plus petits citoyens de l’univers, sur l’assertion de Hearn de Paw que leurs hommes ont 4m,299 et leurs femmes im,271. Les docteurs Bellebon et Guérault assurent qu’il est universellement reconnu qu’ils sont très-petits et qu’ils dépassent rarement lm,50. Et cependant, lorsqu’on en cherche les preuves dans des mensurations précises, celles-ci font entièrement défaut. Des chiffres posés jusqu’à ce jour, il résulte que chez eux les moyennes les plus petites pour le sexe masculin sont de Jm,585, et qu’il y a des tribus ayant une taille réellement élevée de lm,708. La stature augmente en se portant de l’est à l’ouest, de la rive occidentale du détroit de Balfin à l’île Saint-Laurent, dans le détroit de Behring ; ce qui serait dû au croisement avec les Indiens du nord de l’Amérique.
- Les Esquimaux ne sont donc pas favorables à la doctrine qui veut que les climats froids n’engendrent que des petits hommes. C’est le costume lourd et large de ces habitants du haut Nord qui les aurait fait passer pour être de taille exiguë.
- La même doctrine des milieux a fait songer aux Lapons, mais les mesures prises jusqu’à ce jour leur donnent : aux hommes, une moyenne de lm,535, et aux femmes une moyenne de l,n,421. Us rentrent donc dans le groupe des petites tailles.
- Quant aux Pescherais ouFuégiens (habitants de la Terre de Feu), que cette même théorie supposait devoir être fort petits, ils sont au contraire au-dessus de la moyenne.
- En fait de petitesse, la place d’honneur est aux Boschimans de l’Afrique du Sud. Chez eux, la moyenne générale de l'un et de l’autre sexe est au dessous de lm,400.
- D’autres nègres de l’Afrique rivalisent avec eux : ce sont les Akkas *, dont la moyenne serait de lm,400 aussi, d’après M. Schweinfurth ; et les Obongos, dont du Chaillu a mesuré 6 femmes qui avaient lm,428, et un jeune homme de lm,571.
- En Océanie enfin, une race nègre de petite taille entre en lice depuis quelque temps: les Négritos, dont les représentants les plus authentiques se voient dans les Philippines, dans les Andaman et dans la presqu'île de Malacca. Mais quelque exigus qu’ils soient, ils ne peuvent lutter en petitesse avec les Boschimans, qui sont décidément les moindres habitants du globe.
- Quelle est, d’autre part, la race de plus haute stature? Les Norwégiens en Europe, les Cafres dans l’Afrique du Sud, certains des Indiens de l’Amérique du Nord, les Polynésiens et les Patagons sont sur les rangs. Mais la lutte se renferme plutôt entre ces deux derniers.
- Les races qui habitent la Patagonie sont multiples. Au nord se trouvent les Téhuclches, qui paraissent appartenir à la race araucanionne ; les Puelches, qui se rattacheraient à celle des Patagons du sud, et les lluilliehes, plus grands que les Araucaniens, auxquels on les rattache cependant. Au midi, encore les Téhuelches, principalement entre le détroit de Magellan et la rivière Santa-Cruz (Martin de Moussy). Enfin, dans la Terre de Feu. les Pescherais, qui seraient aussi de race araucanienne.
- Toutes sont nomades ; leurs hordes se livrent à de nombreuses incursions les unes chez les autres, en sorte qu’on peut rencontrer accidentellement dans une région des tribus qui ne lui appartiennent pas. Tous les renseignements portent sur les Téhuelches, ou du moins sur les indigènes du Sud. Nous ne répéterons pas les récits fabuleux des premiers navigateurs sur leur taille colossale, quoique M. Martin de Moussy ait rencontré de véritables géants, non parmi les Téhuelches, mais parmi les lluilliches, qui se répandent parfois jusqu’au détroit.
- 1 Yoy. 2e année, 1874, 2* semestre, p. 65,
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- D’Orbigny s’ost élevé trop énergiquement contre l’exagération des premiers navigateurs. M. de Rochas prétend même que d’Orbigny n’a vu que les Pata-gons du nord-est. De toutes les mesures recueillies jusqu’à ce jour, nous nous croyons en droit de conclure que les Téhuelches, déjà mélangés à l’époque des« paraderos » préhistoriques fouillés par M. Mo-reno, comptent parmi leurs ancêtres une race d’une taille prodigieuse. La moyenne des tailles de Pata-gons que nous donnent les voyageurs dignes de foi est de lra781.
- En calculant la moyenne des mesures prises par les navigateurs sur les habitants des divers archipels polynésiens, on obtient l“u762, un peu moins que les Patagons ; mais la différence est si légère que l’on songe à la théorie d’après laquelle les Polynésiens seraient arrivés de l’est, et à la tradition rapportée par Fritz Roy, qui fait venir les Patagons de l’ouest.
- Somme toute, les tailles les plus élevées signalées chez ces peuples par les voyageurs qui ont procédé au cpinpas sont de 2'"057 chez les Patagons, et les plus petites de 1 m219 chez les Boschimans du sexe masculin : ce qui donne pour point intermédiaire lin638. Mais le hasard a trop de prise dans la rencontre d’un individu grand ou petit ; il vaut mieux comparer les moyennes générales.
- De lm78 chez les Patagons, ou de 11U853 chez les Samoens, suivant Lapeyrouse, cette moyenne descend à lm351 chez les Boschimans; d’où, pour point intermédiaire : lm566 en prenant les Patagons, et lm602 avec les Samoens. C’est donc encore, dans le voisinage et un peu au-dessous de 1 m600 que tomberait la moyenne de l’humanité.
- Et cependant, dans notre opinion, cette moyenne-là doit être placée un peu plus haut, par cette raison que, sur 130 séries que nous avons recueillies comme elles se présentaient, toutes portant sur le sexe masculin, plus de la moitié (76) se trouvent au-dessus de lm650.
- Tout en reconnaissant que la taille moyenne entre les deux extrêmes, présentés à la fois par les individus et par les moyennes de race, est de lm600, sinon même un peu au-dessous, nous proposons donc d’adopter le terme de l^ôùO comme le point central à partir duquel devront diverger les divisions pour la stature1.
- CORRESPONDANCE
- SUR LES POUSSIÈRES ATMOSPHÉRIQUES
- Genève, octobre 1877.
- Cher monsieur Gaston Tissandier,
- Je vous adresse quelques dessins concernant la question que vous étudiez depuis longtemps. Ce sont les poussières organisées que j’ai recueillies en différents lieux et a différentes époques. Les plus rc-
- 1 Revue d'anthropologie,
- marquables, et celles sur lesquelles je voudrais faire une élude complète, sont celles de la plaine dite du Rfiône, vaste étendue marécageuse à l’extrémité orientale de notre lac. La petite localité de Ville-neuve, qui se trouve sur les confins de cette plaine, est souvent visitée par les fièvres intermittentes, et dans l’examen que j’ai eu l’occasion de faire du mucus nasal et buccal de malades atteints de ces fièvres, j’ai toujours retrouvé des spores d’algues et de champignons. D’un autre côté, il y a une coïncidence entre l’époque des fièvres et le degré d’humidité ou de sécheresse des marais. Les médecins que j’ai consultés sur ce point ne sont cependant pas tout à fait d’accord entre eux, et il serait intéressant de faire une monographie de cette localité, en s’aidant des méthodes scientifiques rigoureuses. J’ai copié exactement les principales poussières de mes dessins originaux, qui tous ont été pris à la chambre claire, et vous verrez que j’ai rencontré des germes au sommet du Salève (1383 mètres), des rochers de Naye (2044 mètres), et du Grand Saint-Bernard (2490 mètres).
- Pour laver l’air, j’ai suivi deux procédés. Le premier vous est bien connu : il consiste à aspirer de l’air par un écoulement d’eau; Pair est projeté sur une goutte de glycérine. L’aspirateur que j’ai employé à Genève est le même que celui dont M. Schoe-nauer a fait usage dans notre laboratoire, lors des études préparatoires auxquelles il s’est livré avant son départ pour Montsouris. Un appareil analogue m’a servi à la plaine du Rhône et partout où j’ai pu me procurer de l’eau. Mais, au sommet d’une montagne, l’eau fait généralement défaut, et j’y ai suppléé par le petit appareil suivant dont je vous envoie une esquisse (fig. 3).
- A est une poire en caoutchouc, un petit soufflet très-employé pour différents usages dans les laboratoires. 11 est fermé à sa partie inférieure par deux lèvres de caoutchouc qui s’ouvrent pour laisser sortir l’air au moment de la contraction. A sa partie supérieure, il porte une autre soupape B qui permet à l’air d’entrer dans la poire. Par une série de contractions on a ainsi un courant d’air continu qu’il est facile dé diriger sur une goutte de glycérine au moyen d’un tube de verre effilé que l’on adapte à la soupape inférieure.
- Il s’agit encore de protéger cette goutte de glycérine des poussières étrangères qui pourraient provenir, soit de l’opérateur, soit des autres objets environnants : pour cela, je la recouvre par une espèce de petite cloche de verre C, percée de deux petits trous sur ses faces latérales pour laisser sortir l’air, et d’un grand à sa partie supérieure : c’est dans ce dernier que vient s’engager le tube qui conduit l’air jusqu’à proximité de la glycérine. Cet appareil a un défaut capital : il faut beaucoup de temps pour ne laver qu’une quantité d’air relativement petite. Un manœuvre peut faire ce travail plus ennuyeux que difficile. Je m’y suis moi-même appliqué au sommet de Naye, et pendant que je soufilais, je m’occupais
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- à lire ou à prendre des croquis du paysage. Pour le rendre réellement pratique, il faudrait imaginer un mécanisme qui remplaçât la main de l’homme. La
- poire doit être grande et en caoutchouc naturel {von schwarzen patent Gummi) ; ce dernier point est essentiel, car avec les poires de caoutchouc gros on
- Fig. 1. — Poussières recueillies sur une feuilie^de papier exposée horizontalement, à Montreux : Fragments liliformes, poil multiple de platane, écaille de piéride. — 500/1.
- ptyor
- Fig. 2. — Poussières recueillies sur une feuille de panier, à Genève : Parcelles noires de fer. Fragments végétaux, écaille de piéride. — 501)/1.
- reçoit des fragments de la poire même, qu’il est souvent difficile de distinguer de certaines poussières aériennes. En outre, il faut modérer la contraction et produire un courant régulier. J’ai retrouvé dans la glycérine des poussières connues que j’avais intentionnellement répandues dans l’air d’un petit cabinet dans lequel j’essayais l’appareil. Tel qu’il est, il peut rendre des services dans les montagnes, parce qu’il est très-transportable et que l’on peut l’établir n’importe sur quel sommet.
- J’ai aussi des dessins de pluie et de neige (résidus), ainsi que les organismes entraînés par la rosée naturelle et artificielle. Je me dispense de vous les envoyer, car ils [sont analogues à ceux publiés dans les mémoires de Montsouris. Je vous joins seulement quelques figures remarquables de végétations et spores rencontrés dans la neige aux Avants (fig. 4), au Saint-Bernard (lig. 5 et 6), à Montreux (üg. 7).
- Dans les figures 1 et 2, j’ai groupé les débris organisés les plus remarquables que j’ai recueillis à différentes reprises sur une feuille de papier à des-
- siner de plus d’un mètre carré, selon la méthode que vous avez décrite dans votre ouvrage, les Poussières de l'air.
- J’ai semé ces derniers temps des poussières recueillies à la plaine du Rhône dans des substances fermentescibles contenues dans des tubes de Pasteur, et les liquides organiques se sont troublés déjà après deux heures, tandis qu’ils étaient, encore parfaitement limpides dans des vases fermés qui n’avaient pas reçu la glycérine de lavage. Toutefois, je ne vous mentionne cette recherche que comme mémoire, car il faudrait répéter cette expérience sur un grand nombre de bocaux pour lui accorder toute la valeur qu’elle mérite. Si je pouvais seulement consacrer quelques mois à ces études, avec tous les soins et la régularité qu’elles réclament, j’entreprendrais le côté physiologique. C’est ainsi que j’ai déjà un certain nombre d’observations sur la propagation de certaines spores dans le sang de grenouille et de cochon d’Inde, dans la crurale desquels j’avais injecté la glycérine qui avait reçu un jet d’air pendant plusieurs heures. Mais je vous répète que ces
- Fig. 5. — Appareil de M. Yung pour recueillir ies poussières de l’air.
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- études sont incomplètes. On a toujours hâte de publier des observations qui paraissent intéressantes, c’est un défaut contre lequel il est nécessaire de
- réagir. Il est évident que le côté pratique des études dont nous nous entretenons réside dans ses applications à l’hygiène et à l’étiologie des maladies;
- donc il est nécessaire de faire intervenir l’expéri- prendra le plus. L’action chimique de ces différentes mentation physiologique, c’est celle qui nous ap- spores sur les sels organiques et minéraux (sul-
- Fig. 6. — Autres débris végétaux trouvés clans la neige du Saint- Fig. 7. — Matière organisée trouvée dans le résidu de l'évapora-Bernard, du 17 février 1876. — 500/1. tion de la neige tombée à Montreux les 17-18 mars 1876.— 500/1.
- fa te de chaux) est excessivement intéressante. 11 y a une sélection de spores par certaines substances. Si l’on veut étudier l’action des poussières sur des dissolutions salines ou sur le sang, ret les propager ainsi, il ne faut pas les recueillir sur la glycérine
- pure; celle-ci, par absorption d’eau, les flétrit, si je puis ainsi m’exprimer, c’est-à-dire qu’elles sont mortes et ne se multiplient pas, tandis que si on les recueille sur de l’eau sucrée, elles ne sont pas altérées, à moins que la dissolution soit trop dense. Je re-
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- LÀ NATURE.
- grette, cher monsieur, de ne vous envoyer que ces quelques renseignements, et en vous répétant que je serai toujours charmé si je puis vous être ici de quelque utilité, j’ai l’honneur de vous envoyer mes affectueuses salutations. E. Yunü,
- Préparateur de microscopie à l'Université de Genève.
- . LES TACHES SOLAIRES
- M. Jansscn obtient maintenant de magnifiques photographies du Soleil, de 30 centimètres de diamètre, sur lesquelles on peut distinguer la forme granuleuse de la surface du Soleil, comme on le voit dans les plus grands instruments. 11 arrive à ce beau résultat en diminuant le temps de pose et en le rendant inférieur à la trois-centième partie d’une seconde, puis en faisant usage de moyens spéciaux pour développer l’image après la pose.
- Or, le 14 avril dernier au matin, la surface du Soleil n’avait aucune tache, car la perfection de la photographie ne laisserait pas échapper une tacite d’une seconde de diamètre et le lendemain 15, vers 8 heures du matin, une nouvelle photographie montrait, près du centre du Soleil, un groupe de taches considérable dont la plus grande avait ‘20 secondes d’ouverture. Comme la Terre, vue du Soleil, n’a pas 18 secondes de diamètre apparent, notre Terre aurait tenu à l’aise dans la profondeur de celte tache.
- La soudaineté de cette apparition et la grandeur du phénomène ont conduit M. Janssen à prédire une prompte disparition de ces taches, et des changements fréquents dans leur configuration. Elles l’ont amené aussi à dire que l’idée que l’on se fait de la période actuelle dans laquelle se trouve le Soleil, pendant laquelle on voit peu de taches, est inexacte, que ce n’est pas précisément une période de repos de l’activité à la surface du Soleil, que ce serait plutôt le contraire, les taches se formant et se détruisant avec une rapidité beaucoup plus grande qu’à une autre époque.
- Ces idées, émises par M. Janssen, ont amené des observations diverses. D’abord M. Denza cite une petite tache apparue le 6 mars et disparue avant le 12, puis il établit que la tache du 15 a dû se former après midi du 14. M. Yentosa, à Madrid, a assisté pour ainsi dire à la formation du groupe de taches vers 5 heures de l’après-midi du 14, il parle aussi de petites taches apparues et disparues rapidement dans les mois précédents.
- M. Gazan ne veut pas des idées de M. Janssen; la tache, pour lui, est le résultat d’éruptions de la matière solaire. Avant la tache, il y a des facules, qui doivent avoir été vues. M. Gazan a contre lui la photographie du 14, où la facule manquait absolument, mais il s’en tire en disant que ces facules étaient trop près du centre pour être bien visibles. Pour lui, la tache en question ne disparaîtra pas
- plus vite que les taches des époques de maximum, on la verra revenir.
- M. Janssen répond par un fait ; quinze jours après, le Soleil a plus que fini sa demi-rotation qui devait ramener la tache, et cette tache est absente.
- D’un autre côté, M. Tacchini s’en prend à l’idée d’activité que M. Janssen prête au Soleil à notre époque. Pour lui, il y a repos, dans le sens vrai du mot, et il met en regard 290 taches observées en 5 mois de 1871, contre 24 dans les mêmes mois de 1876.
- M. Janssen trouve que le premier de ces deux nombres est exagéré, car plusieurs des taches qui reviennent 3 fois, 4 fois dans la période correspondante, sont comptées pour 3, 4 taches. 11 dit que de nombreuses taches, quoique petites, ne peuvent pas apparaître et disparaître rapidement comme elles le font à notre époque, sans accuser des mouvements de matière solaire excessivement violents, et que, pour lui, il est porté à voir dans le Soleil, à notre époque, une très-grande activité dont le résultat serait contraire à la formation des taches et favorable à la disparition de celles qui viennent de se former, activité tout aussi énergique qu’aux époques où les taches sont nombreuses i.
- DE L’EVOLUTION DES NERFS
- ET DU SYSTÈME NEHYEUX.
- (Suite. — Yoy. p. 282 et 515.)
- III
- Reste cependant la question suivante : La fonction conductrice peut-elle supporter des sections du tissu, comme il est déjà prouvé que peut le faire la fonction contractile. Car, s’il en est ainsi, toute objection à l’hypothèse que le passage des ondes contractiles est dû à l’action par substitution des fibres nerveuses rudimentaires, sera écartée. En deux mots, la réponse à cette question est affirmative. Je trouve en effet qu’il est aussi difficile d'intercepter le passage des ondes d’excitation, par le moyen de sections interposées, qu’il l’est, comme nous l’avons vu, d’intercepter par le même moyen le passage des ondes contractiles. Par exemple, voici une Aurélia (fig. 1) dont l’ombrelle a été coupée en forme de parallélogramme continu, et ensuite soumise aux , terribles mutilations représentées par la figure. Ici encore, en stimulant très-délicatement un point quelconque de l’étendue du tissu, par exemple, l’extrémité a, une onde tentaculaire courra tout le long du bord, jusqu’en b, montrant ainsi que l’onde d’excitation doit avoir contourné l’extrémité de chacune des solutions de continuité qu’elle a rencontrées. Dans la figure, l’onde tentaculaire est représentée comme ayant traversé une moitié de la distance de
- 1 Journal du Ciel.
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- a en b, et, près de b, est figuré le seul ganglion conservé, g. Lorsque l’onde tentaculaire arrivera en g, ce ganglion donnera, très-peu après, une décharge qui fera naître une onde contractile, laquelle reviendra de g en a, dans une direction opposée à celle que le stimulus avait préalablement suivie. Et c’est là, je ne crains pas de le dire, l’observation la plus importante pour les biologistes et les évolutionnistes, qui ait jamais été faite dans le domaine entier de la physiologie des invertébrés, parce que cette constatation prouve aux biologistes que la fonction distinctive du nerf, là où il apparaît pour la première fois sur la scène de la vie, est une fonction qui peut au plus haut degré être remplie par substitution, par toutes les parties de la même masse de tissu, tandis qu’elle démontre aux évolutionnistes l’existence d’un état de choses tel, que leur théorie de la genèse des nerfs devait le leur faire pressentir. Dans un animal d’une forme aussi symétrique que la méduse, chez laquelle toutes les parties du feuillet contractile se ressemblent complètement, nous devons nous attendre à ce que les lignes de décharge composant le réseau supposé soient très-nombreuses et se ressemblent toutes beaucoup, quant au degré de leur évolution. Car, comme la forme symétrique du disque n’exige pas qu’une portion des lignes soit mise en usage beaucoup plus fréquemment que toute autre portion, il suit de là. d’après la théorie de M. Spencer, que toutes les lignes doivent se ressembler plus ou moins par le degré de leur différenciation, c’est-à-dire qu’elles doivent toutes offrir à peu près la même résistance au passage d’une onde d’excitation, de sorte qu’il importe peu, pour ainsi parler, que l’onde passe par telle partie de ces lignes ou par telle autre.
- 11 y a encore une autre classe de faits qui, dans ma pensée, combattent énergiquement en faveur de la théorie de M. Spencer. En admettant, comme je crois que nous sommes autorisés à le faire, que les ondes contractiles ne sont pas simplement des ondes musculaires, mais que leur propagation dépend du passage d’une onde de stimulation, en admettant ce fait, dis-je, les observations suivantes prennent une grande signification : Quand l’onde contractile qui suivait une bande spirale, a été subitement arrêtée par la rencontre d’une section, dans la grande majorité des cas l’arrêt est permanent, même quand la bande continue à être excitée soit artificiellement, soit par la préservation d’un seul ganglion terminal, comme le montre la figure de la page 317. Mais, dans le surplus des cas, après un temps qui varie de quelques minutes à un jour au plus, l’obstacle est surmonté, et l’onde contractile continue sa marche en toute liberté. Maintenant, si j’en avais le temps, je pourrais vous prouver que ces faits ne sont pas dus à ce que les physiologistes ap-oellent secousse, et dès lors, il me semble qu’il ne reste plus qu’une seule hypothèse.
- Ce que j’ai dit tout à l’heure : que la plupart des
- lignes de décharge dans le réseau supposé se ressemblent beaucoup quant au degré de leur différenciation, ne signifie pas, notons-le, que toutes ces lignes sont exactement adéquates sous ce rapport ; car à priori un tel état de choses serait improbable au dernier degré. Conséquemment, en conduisant la section en spirale, il doit arriver qu’à chaque coup de ciseaux, on divise plusieurs lignes de décharge, présentant divers degrés de différenciation ; et, en pareil cas, le fait d’un arrêt soudain et définitif est probablement dû à ce que une ligne bien différenciée a été tranchée, dans une partie du tissu où aucune autre ligne ne se trouve avoir un degré de formation suffisant pour conduire l’excitation plus loin. Dans la plupart des cas, comme vous devez vous y attendre, l’arrêt ainsi causé est permanent ; car il est manifeste que la formation de conduits nerveux dans les conditions indiquées par M. Spencer, ne peut pas se produire avec une énergie assez grande pour admettre que des lignes de décharge entièrement nouvelles s’établissent pendant le temps qui reste à vivre à une méduse mutilée, c’est-à-dire dans l'espace de peu de jours.
- Cependant, conformément à l’hypothèse, on peut s’attendre à ce que, dans un petit nombre de cas, l’arrêt de l’onde contractile sera seulement temporaire, parce qu’il doit certainement arriver des circonstances où la relation de la ligne hautement différenciée qui vient d’être détruite, à la ligne moins différenciée qui se trouve dans le voisinage de la section, où cette relation sera telle, dis-je, que la seconde de ces lignes sera à peu près (sinon tout à fait) capable d’agir par substitution pour celle qui vient d’être coupée. Les ondes contractiles seront donc, au premier moment, instantanément interceptées à la fin de la bande ; mais l’onde moléculaire et, avec elle, l’onde contractile qui continue à arriver jusqu’à l’extrême limite de la bande, étant alors subitement interceptées, un violent conflit de forces moléculaires se produira à l’endroit où ces ondes sont bloquées et chacune d’elles cherchera pour elle-même la ligne de moindre résistance. C’est pourquoi, comme des ondes successives viennent frapper continuellement et régulièrement le lieu de l’obstruction, un trouble moléculaire plus ou moins grand se répandra également à travers les lignes de décharge qui d’abord n’étaient que presque suffisantes pour maintenir la continuité physiologique du tissu. Ainsi, conformément à l’hypothèse, chaque onde qui est arrêtée impose à ces lignes particulières de décharge un degré d’activité fonctionnelle beaucoup plus élevé que celle qu’elles ont eu, jusqu’à présent, à exercer. A son tour, cette activité plus grande engendrera une perméabilité plus grande aussi, et, tôt ou tard, le moment arrivera où ces lignes de décharge de presque capables qu’elles étaient, seront devenues tout à fait capables de transmettre une excitation moléculaire, suffisante pour aller provoquer des ondes contractiles au delà du point où çelles-ci
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- étaient interceptées tout à l’heure. En pareil cas, nous devions nous attendre à trouver ce que j’ai toujours vu se produire, à savoir que les premières ondes qui franchissent la barrière sont très-faibles, les suivantes an pèu plus fortes, celles qui leur succèdent plus fortes encore, et ainsi de suite à mesure que le nouveau passage devient de plus en plus praticable par l’usage ; jusqu’à ce que les ondes contractiles traversent leur ancienne digue sans aucune diminution appréciable de leur force. Dans quelques cas, en explorant la place à l’aide de stimulations graduées et d’extrémités en pointe d’aiguille, j’ai pu fixer d’une manière certaine la ligne précise à travers laquelle avait eu lieu l’irruption de l’influence stimulatrice; de sorte que ces derniers faits tendent, je crois, à confirmer puissamment la théorie de M. Spencer sur la formation des nerfs.
- J’ajouterai que, si cette interprétation des faits est correcte, elle nous fournit une preuve frappante de l’uniformité avec laquelle travaille la nature. Une théorie scientifique de Dévolution des nerfs, qui, il y a un an, paraissait impossible à vérifier, parce que les observations qui auraient pu la démontrer eussent exigé plusieurs centaines d'années , cette théorie -, dis-je, est maintenant établie par des observations qui ne demandent que des heures et des minutes. L’histoire de la genèse des nerfs sur notre planète, histoire qui s’est déroulée pendant une immense période, se trouve reproduite d’une manière infiniment abrégée dans les faits que je viens d’exposer. Et, quelque inconcevable que soit la différence de ces deux histoires, au point de vue de leur durée, il est, néanmoins, très-probable que c’est par cette durée seule qu’elles diffèrent.
- J’appellerai maintenant votre attention sur une autre espèce de méduse qui appartient à un type dont l’évolution est un peu plus avancée que celle de l’Aurelia, et que j’ai appelée Tiaropsis indicans (fig. 3), nom qui fait allusion à une importante faculté dont jouit son pédoncule ou polypite. Cette faculté consiste en ce que cet organe peut localiser, avec la plus grande précision, tout point d’excitation situé dans l’ombrelle. Par exemple, si l’on pique à l’aide d’une aiguille l’ombrelle à un point, le pédoncule se dirige immédiatement vers ce point et le touche, ainsi que le représente la figure. Si l’on stimule, immédiatement après, un autre point du disque, le polypite se dirige vers cette par-
- tie et ainsi de suite. C’est là, vous le comprenez, une fonction éminemment remarquable; car elle prouve que toutes les parties de l’ombrelle doivent être parcourues par des lignes de décharge, dont chacune est capable de conduire une excitation distincte au pédoncule ou polypite, et de mettre celui-ci en mesure de déterminer toujours quelle est celle de cette multitude de lignes, quia été excitée. Cette faculté de localisation, dont est doué le polypite, montre donc que les lignes de décharge doivent être plus différenciées dans cette espèce, qu’elles ne le sont dans l’Aurelia et que l’action par substitution ne saurait plus être possible entre elles à un aussi haut degré. Chaque ligne de décharge doit avoir acquis un caractère plus spécialisé, afin que le message qu’elle apporte au polypite, quand elle est elle-même excitée, ne puisse être confondu avec aucun de ceux apportés par les autres lignes.
- Il est, comme on dit, « aisé d’être sage après l’événement ; » mais l’état de choses que nous observons ici est précisément celui que nous devions nous attendre à trouver comme constituant le second stade, le second processus de l’évolution des nerfs. C’est, sans doute, un progrès pour cette méduse que son polypite soit capable de localiser un siège d’excitation situé dans l’ombrelle. En effet, l’extrémité de ce pédoncule est pourvue d’un appareil piquant et c’est, en outre, la bouche de l’animal. Par conséquent, quand un objet vivant touche l’ombrelle, que ce soit un ennemi ou un être destiné à servir de proie, c’est évidemment un avantage pour la méduse que son pédoncule puisse rapidement se porter droit au point stimulé, dans le premier cas, pour piquer et arracher l’ennemi; dans le second, pour capturer la proie.
- Je suis par là porté à penser que la sélection naturelle doit tendre probablement à convertir les lignes de décharge éparses et sans direction fixe en lignes ayant une direction définie, développant ainsi la faculté de localisation. Au début, sans doute, celte faculté ne se montrera que d’une manière générale et hésitante (comme je l’ai fait remarquer dans le cas de l’Aurelia), mais, graduellement, par l’action combinée et la réaction mutuelle de l’usage et de la survivance des mieux adaptés, cette faculté acquerra une précision toujours croissante. C’est là un pas important dans la marche de l’évolution du système nerveux, puisqu’il fait pressentir le
- Fig. 1.
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- conse-
- long-
- Fig.
- principe tle la coordination dans les mouvements musculaires, qui, dans tous les animaux supéi’ieurs, s’effectue par des actions réflexes ressemblant exactement, en ce qui concerne cette fonction, aux actions réflexes primitives que nous considérons.
- Mais ici se présente un autre point important : puisque la théorie de Spencer suppose qu’une ligne de décharge devient de plus en plus définie par l’usage, si pour maintenir une fonction particulière (telle que celle que nous considérons), une certaine de ces lignes sert habituellement de communication entre deux points des tissus animaux, il s’ensuivra que cette ligne offrira moins de résistance que toute autre au passage d’une excitation entre ces deux points. Par quent, aussi temps qu’une telle ligne demeurera intacte, aussi longtemps nous devons nous attendre à ce que nous avons vu se produire, c’est-à-dire à ce qu’il ne s’établisse que peu ou point d’actions par substitution entre cette ligne et les autres. Mais que cette ligne soit coupée, et qu’il y ait un certain nombre de lignes immédiatement adjacentes (comme cela doit avoir lieu dans le cas présent), ne devons-nous pas prévoir dès lors, d’après la théorie de Spencer, et d’après ce que nous savons de Y Aurélia, qu’au degré d’évolution nerveuse que présente la Tiaropsis, l’excitation devra pouvoir passer de la ligne coupée à des lignes intactes? Et je trouve que c’est, en effet, ainsi que les choses se passent. Car si on pratique une petite section entre la base du polypite et le point de l’ombrelle irrité, le polypite n’est plus capable de localiser le siège de l’irritation, quoiqu’il continue à percevoir, pour ainsi parler, qu’on le blesse quelque part. Par exemple, si une petite coupure est opérée comme elle est représentée sur la figure 5 de b en c, et qu’on pique l’ombrelle en un point situé au-dessous de la solution de continuité, comme en d, le polypite, au lieu d’appliquer son extrémité au point exact que l’on irrite, s’agite maintenant de côté et d’autre, touchant tantôt un point, tantôt un autre de l’ombrelle, comme s’il cherchait en vain le corps qui .’attaque et qu’il ne peut cependant pas parvenir à trouver. J’explique ce changement marqué dans la conduite du polypite, en supposant qu’en ce cas les ondes de stimulation courent le long de leur ligne
- habituelle de décharge jusqu’à ce qu’elles atteignent la coupure, et qu’arrivées là, ne pouvant plus suivre leur ligne ordinaire de moindre résistance, elles se répandent dans les lignes adjacentes et se dispersent ainsi dans toute la surface de l’ombrelle. De là une multitude de messages contradictoires qui arrivent simultanément au polypite, lequel, par suite, exécute à l’aventure les mouvements que j’ai décrits. Chacun de ces mouvements est probablement déterminé par l’énergie plus ou moins grande avec laquelle une ligne, puis une autre, prend part à la convection de l’excitation ainsi dispersée.
- Et maintenant, autre prévision à vérifier : nous devons nous attendre à ce que le degré relativement supérieur de spécialisation , qui dans ces lignes de décharge, et tant qu’elles sont in-tactes, s’oppose à toute action par substitution, à ce que ce degré de spécialisation ait pour effet de rendre cette action par substitution consécutive à la section des lignes, moins facile que dans l’Aurelia, chez laquelle la spécialisation des lignes étant moins prononcée, une action par substitution parmi elles est probablement plus habituelle. Et c’est aussi ce que nous voyons arriver,
- • car, tandis que dans VAurélia l’onde d’excitation, chcminaut en zig-zag, contourne l’extrémité de tontes les sections qu’elle rencontre, dans la Tiaropsis, deux ou trois coupures sont suffisantes pour détruire, non-seulement les mouvements coordonnés , mais encore les mouvements incohérents du polypite, ce dernier restant passif parce que toutes les ondes d’excitation sont alors interceptées.
- En dernier lieu, et avant de quitter le cas de la Tiaropsis indicans, je me plais à mentionner un fait digne de remarque. Quoique le polypite soit capable d’accomplir la fonction compliquée, et propre aux ganglions, de localiser un siège d’excitation dans l’ombrelle, aucune trace de structure ganglionnaire n’y peut être découverte par le microscope. De plus, une portion détachée du polypite continue, quelle qu’en soit la dimension, a jouir de la faculté de localisation, exactement comme le fait l’organe tout entier.
- En d’autres termes, cette faculté de localisation, qui est si pleinement exercée par le polypite de cette méduse (et qui, si quelque chose de semblable se pas-
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- sait dans les animaux supérieurs, exigerait certainement l’existence de ganglions), cette faculté est ici répandue également dans toutes les parties du tissu irritable extrêmement mince qui forme la surface extérieure de l’drgane. L’état naissant des ganglions du polypite ressemble donc à Vétat naissant des nerfs dans l’ombrelle, sous ce rapport que, dans les deux cas, des signes évidents, des signes caractéristiques d’une fonction apparaissent avant qu’aucune trace d’une structure corrélative puisse être distinguée. 11 est donc ainsi prouvé que les cellules nerveuses, non moins que les libres nerveuses, ont leurs premiers commencements dans des différenciations de la substance protoplasmatique, différenciations trop délicates pour être analysées par le microscope 1.
- G. J. Romaîv'es.
- — La suite prochainement. —
- CHRONIQUE
- L’Exposition d’automne de la Société d’horticulture. — Cette Exposition diffère notablement de celle du printemps : tandis qu’en cette dernière saison l’Expo-
- 1 Dans certains cas l’établissement d’une ligne nouvelle de connexion physiologique suit une marche plus graduelle que celle indiquée dans le texte (p. 552). Voici, pour le prouver, un cas très-intéressant. Sept corps marginaux ayant été supprimés, le huitième continuait à être le point de départ d’une onde de contraction qui courait comme d’ordinaire autour de l’ombrelle.
- Je lis alors une section suivant un rayon et sur une longeur de 15 millimètres, sur un côté du ganglion marginal. Les ondes contractiles furent immédiatement interceptées, montrant ainsi que l’influence du corps marginal se communiquait à l’ombrelle par un seul côté seulement. Mais dans ce cas spécial, les décharges du centre marginal étaient encore rendues apparentes par les contractions très-restreintes de la portion marquée B, B sur la ligure 2, qui représente l’extrémité de la bande. L’exploration à l’aide d’un stimulus montra alors que les ondes contractiles générales ne pouvaient être arrêtées qu’à l’extérieure de la région B, B. Au bout d’un peu plus d’une demi-heure après l’opération (temps pendant lequel la région B, B continuait à être le siège de contractions rhythmiques), l’influence du ganglion s’étendit pour la première fois, de la région B, B au reste de la bande, et une contraction générale eut lieu. A cette première éruption de l’influence contractile succéda un repos de plus d’une minute pendant lequel la région B, B continua à se contracter seule, comme auparavant. Alors se produisit une seconde éruption suivie par une période de contractions limitées, et ainsi de suite. Bientôt ces contractions générales devinrent de plus en plus fréquentes, et comme le rhythme des contractions tant générales que partielles, continuait à être le môme, le nombre des contractions générales croissait aux dépens de celui des contractions partielles. D’abord il se produisait 20 ou 30 contractions locales entre deux générales ; cette proportion tomba graduellement à 15, 10, 5, etc., jusqu’à ce qu’elles se succédassent alternativement et qu’enfin la balance commençât à pencher en faveur des contractions générales. Quelquefois, les contractions locales cessaient tout à fait, et alors en explorant à l’aide du stimulus j’ai pu préciser très-exactement la ligne à travers laquelle la continuité physiologique s’était établie entre B, B et le reste de la bande. Cette ligne était A C ; en effet, tandis que l’excitation de toute autre partie de la région B, B n’entraînait qu’une contraction locale de cette région, l’excitation d’un point de la ligne A C était toujours suivie d’une contraction générale.
- sition se tient au palais de l’Industrie, au milieu des statues du Salon annuel, l’Exposition qui vient d’avoir lieu du 11 au 14 octobre, est organisée au siège de la Société d’horticulture, 84, rue de Grenelle-Saint-Germain. Tandis que le concours de mai est presque seulement une réunion de fleurs, celle d’octobre est plus spécialement une exibi-tion de fruits.
- Ceux-ci sont d’ailleurs tout à fait remarquables sauf les abricots et les cerises, tous à peu près sont représentés, de la fraise à la pomme -, et pour les poires, les raisins et les pommes, on peut dire que toutes les variétés, à peu près sans exception, sont représentées par les échantillons les plus parfaits et les plus succulents. A titre de curiosité, on trouve même, à l’état frais, tous les fruits des îles, de l’ananas au délicieux cheriinolia-ou anone-pomme-cannelle.
- Les fruits des solanées et des cucurbitacées forment la transition entre les fruits de table et les légumes splendidement représentés aussi. Parmi ces fruits-légumes, on peut citer comme étrangeté des aubergines blanches et roses, des tomates toutes semblables à des cerises et des piments absolument pareils à des tomates et à des cerises. Ces piments, forts et doux, jaunes, verts et rouges, cultivés et exposés en arbustes, font partie d’un lot hors ligne de légumes présentés par M. Rothberg, qui a obtenu la médaille d’or. Une autre médaillé d’or a été donnée à M. Valentin Guillard, pour une collection complète des variétés les plus rares et les plus singulières de courges diverses, potirons, giraumons el cucurbitacées plus rares. Un potiron mesurait 2m,55 de circonférence. Un très-intéressant lot de légumes rares et peu connus était exposé par M. Veniat. M. Caucher avait envoyé des poireaux gigantesques, et M. Chauvart des choux énormes qui lui ont valu la grande médaille d’argent. Ua même récompense a été accordée à la saisissante exposition du syndicat des maraîchers de Gennevilliers, qui présente les légumes gigantesques et exquis obtenus avec l’eau d’égout.
- Les Heurs sont peu nombreuses en cette saison. La province est bien représentée. M. Wood, de Rouen, a une belle collection de cyclamens, et M. Evrard, de Caen, un choix, hors de pair, d’orchidées en fleur, jugé digne de contribuer à l’ornementation très-réussie de la grande salle, en collaboration avec les plantes fournies par les serres de la ville de Paris. Charles Boissay.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 15 octobre 1877. — Présidence de M, Deugot.
- Physiologie végétale. — A la suite de très-nombreuses analyses, M. Jodin arrive à reconnaître avec certitude que de toutes les parties des plantes, ce sont les feuilles qui contiennent le moins de sucre. Ce résultat ne contrarie pas l’opinion d’après laquelle ce serait justement dans les feuilles qu’a lieu l’élaboration du sucre, mais il montrerait que ce principe immédiat une fois formé, il va s’accumuler dans les portions dépourvues de matière verte.
- Purification de Veau des chaudières à vapeur. — Le grand prix de l’eau douce en pleine mer fait que l’on recueilleavec grand soin, abord des navires, le produit de la condensation des vapeurs au sortir des machines. Mais cette eau, qui semblerait propre à la consommation des marins comme à l’alimentation de la chaudière, devient progressivement impropre à ces deux usages. Sous l’in-
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- fluence de la vapeur fortement échauffée, les huiles qui lubréfient les tiroirs sont en effet saponifiées : elles se scindent en glycérine et en acides gras au premier rang desquels est l’acide oléique. Or, l’eau parfumée par cet acide présente un goût des plus désagréables ; déplus, elle acquiert la propriété d’attaquer le fer des chaudières et de produire à ses dépens unoléale qui sur deux navires de l’Etat* s’est développé à raison de 200 kilogrammes par jour. La formation de cet oléafe, en même temps qu’elle détermine une usure très-rapide des chaudières, qui perdent 100 kilogrammes de leur poids par jour, donne lieu, par le dépôt de masses mamelonnées, à des points où, la chaleur passant difficilement, les accidents de surchauffe et même les explosions sont toujours à craindre.
- Un pharmacien de Driest,, M. Étais, vient d’arriver à éviter tous ces inconvénients par un procédé fort économique et tout à fait pratique, comme le montrent les essais faits depuis plus d’un an sur plusieurs bâtiments de la marine nationale. Sa méthode consiste à faire passer l’eau de condensation dans un réservoir contenant de l’eau de chaux. L’acide oléique passe à l’état d’oléate de chaux, qui, pour le dire en passant, affecte la structure oolithique d’une foule de roches naturelles, et l’eau, devenue pure, se prête à la consommation des hommes comme à l’alimentation des machines.
- Le colza et le phylloxéra. — Dans le but d’éviter la gelée de ses vignes, M. Cerès, de Besançon, avait fait des semis intercalés de colza et de navette. Le résultat cherché fut parfaitement atteint ; mais en même temps on reconnut que tous les insectes qui vivaient dans la terre, et spécialement les vers de hannetons avaient complètement, disparu. L’auteur pense que le même effet se produirait peut-être à l’égard du phylloxéra, et il voudrait que dans les régions infestées des essais fussent tentés en ce sens.
- Météorologie. — D’après M. AndresPoëy, delà Havane, qui s’appuie sur 8752 observations de jour et de nuit, il y aurait les liens les plus intimes entre les variations barométriques et les déclinaisons du soleil.
- Non transparence du fer chauffé au rouge. — M. Sçc-chi, de Home, ayant annoncé que le fer chauffé au rouge est transparent à la lumière, M. Govi, de Turin, reconnaît qu’il n’en est rien. Le savant physicien décrit à cet égard des expériences qui ne peuvent laisser aucun doute, et il explique comment on a pu se tromper dans l’étude des phénomènes qui l’occupent. Que l’on fasse fondre dans un mince creuset de platine porté au rouge, un mélange de borax et de carbonate de soude, on verra à l’extérieur du vase la forme de la masse liquide avec tous ses accidents de forme si variables et si rapides se dessiner par une zone d’un éclat moindre que la région supérieure de la surface métallique. A première vue, il est naturel de conclure à une transparence pour la lumière du platine chauffé mais il est facile de reconnaître avec un peu plus d’attention qu’il ne s’agit réellement ici que d’une transparence pour la chaleur rayonnante, c’est-à-dire d’un phénomène lié à la bonne conductibilité du platine. Le liquide donnant lieu à un dégagement d’acide carbonique est , moins chaud que le creuset et lui emprunte constamment de la chaleur. Il est donc inévitable que dans chaque point où le liquide touche le métal, celui-ci, relativement refroidi, paraisse moins lumineux que dans la région voisine. M. Govi a multiplié les exemples de ce genre qui ne peuvent laisser aucun doute dans l’esprit.
- Stanislas Mëumër.
- MÉTÉOROLOGIE DE SEPTEMBRE 4877
- Le mois de septembre 1877 a été très-froid : du 11 au 15 seulement la température s’est élevée de très-peu au-dessus de la normale diurne correspondante ; tout le reste du mois elle a été au-dessous, et pendant cinq jours : le 5, le 22, le 23, le 25 et le 27, elle a été de plus de 5 degrés inférieure à cette normale.
- Les courants polaires ont grandement prédominé.
- lre décade. —Une première dépression visible sur la carte du Ier septembre a son centre vers Christian-sund(744,,im); elle se meut, du 1er au 4, de la Scandinavie vers Pétersbourg, amenant une tempête violente dans ces parages et causant sur la France un refroidissement considérable. Une dépression secondaire, formée le 5 vers Dunkerque, disparaît avec la précédente en Russie, après avoir amené outre quelques orages en France, une tempête assez forte sur les côtes de la Manche et de l’Océan. Du 6 au 8, une troisième dépression, ayant peu d’action sur nos régions, passe de la Norwège vers Riga.
- En même temps, un autre centre de basses pres-| sions se montre à l’ouest de l’Espagne, arrive le 8 | au sud de la Bretagne et se trouve le 9 en Vendée. Il amène, comme tous ceux qui attaquent la France par les parages de la Gascogne, des pluies intenses en France, en Belgique et dans l’ouest de l’Allemagne. On recueille, le 8 au matin, 22llira à Paris, 57111,11 à Carlsruhe et 35min à Madrid. Des.orages sont constatés le 7 dans la Gironde ; le 8 dans la Gironde, l’Hérault, le Tarn, les Hautes-Alpes, l’Isère, la Haute-Garonne, et le 9 dans ces trois derniers departements.
- Enfin, une dernière dépression passe, comme le* premières, du 9 au 11 en Russie.
- Le froid a donc été considérable pendant cette décade, et deux périodes de pluie ont été bien marquées en France : l’une due à la bourrasque secondaire survenue le 5, l’autre due à la dépression de Gascogne ; la mer a été grosse sur l’Océan le 3 et sur la Méditerranée le 4.
- 2e décade. — Un réchauffement momentané se produit pendant les cinq premiers jours, dû à l’existence d’une bourrasque qui longe, du 11 au 14, les côtes occidentales de l’Angleterre. La mer est grosse le 13, au canal d’Iriande; une tempête sévit le soir sur les lies Britanniques, puis la dépression se dirige vers la Baltique.
- Après le passage de ces mauvais temps, un refroidissement notable se produit de nouveau sur toute l’Europe et se propage de la Suède vers la Vendée. Les premières gelées sont signalées à Haparanda. En Algérie, du 12 au 18, des orages violents ont produit de grands dégâts et des crues désastreuses.
- Le 16, une zone de fortes pressions barométriques (7 70111111 ) existe près des côtes Océaniennes et persiste jusqu’au 20- Des froids intenses l’accompagnent sur toute l’Europe occidentale*
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- LA NAT U ü E
- 5e décade. — Bcs conditions analogues persistent pendant toute la 5e décade. Les basses pressions dominent dans le nord et l’est de l’Europe ; les fortes
- pressions régnent dans l’ouest et des froids intenses, avec vent du nord et beau temps, prédominent sur toute la France. Quelques pluies sont encore
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN SEPTEMRRE 1877.
- SUS m \ \-T60j
- Samedi I Dimanche 2 Lundi 3 Mardi 4 - Mercredi 5
- HP Hlis ÿ- ^tSS^ S. ni§8K\f^ VV VJ \ ) H
- Jeudi 6 Vendredi 7 Samedi 8 Dimanche 9 Lundi 10
- UüfiK RS m?.
- ~V_ ll§S?7xO
- Mardi 11 Mercredi 12 Jeudi 13 Vendredi 14 Samedi 15
- » Ijmksi ^ i / J gfg ÜÜ5R5
- Dimanche 16 Lundi 17 Mard i 18 Mercredi19 Jeudi~20
- ÏB IBS WÈ ÎK B
- Vendredi 21 Samedi 22 Dimanche 23 Lundi 24 Mardi 25"
- ns K 8^' üi Kj
- Mercredi 26 Jeudi 27 Vendredi 28 Samedi 29 Dimanche 30
- D'après le bulletin international de l'Observatoire de Paris. (Réduction 1/8.)
- signalées en Angleterre pendant la première moitié de cette décade, mais pendant la seconde moitié le temps reste beau sur toute l’Europe occidentale.
- Les pluies de ce mois ont été considérables en quelques stations. On a recueilli plus de 100mm d’eau à Scarboro, Porto, Swinemünde, Moscou, Carlsruhe
- et Naples; et plus de 150mm à Madrid et à Trieste. A Constantinople il est tombé seulement 2mi“ d’eau.
- E. FnoN.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier. Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 230.
- 27'OCTOBRE 1877.
- LA N AT U II K.
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- LE CHERSYDRE A RANDES
- Dans la mer qui baigne la partie sud-est de l’Asie et les îles qui géographiquement en dépendent, le pêcheur prend quelquefois dans ses filets de curieux animaux au corps allongé, à la tête petite, à la queue comprimée comme une rame, au tronc le plus souvent annelé de noir ou de blanc; ces animaux sont les serpents de mer*, étranges par leurs mœurs, redoutables par le mortel poison dont la nature a pourvu les crochets qui arment leurs mâchoires.
- Avec ces reptiles dont le venin est si subtil, s’en trouve parfois un autre ressemblant aux serpents de mer venimeux par sa physionomie et ses habitudes générales, mais s’en distinguant trop pour leur être réuni. Loin d’être écailleux, le corps et la tète portent des tubercules granuleux et comme enchâssés ou sertis dans une peau fine et ridée. Les tubercules du dos sont légèrement saillants en leur centre, ceux du ventre, pointus ; la ligne médiane est relevée par deux ou trois rangées d écaillés disposées ! en quinconce et dont les pointes se touchent presque i entre elles; le corps est comprimé, le ventre légèrement caréné. Un anneau de tubercules un peu plus
- Le Chersydre à bandes. D’après l’individu vivant actuellement à la Ménagerie des reptiles” au Jardin des plantes.
- grands que les autres limite l’orbite. Les narines, percées sur le dessus du museau, sont verticales et se terminent en un tube que peut clore un repli membraneux. La queue en forme d’aviron rappelle ce que l’on observe chez lez serpents de mer venimeux. La couleur est noire en général, la tête tachetée de brun, la queue portant des taches blanches arrondies, le corps, des bandes transverses de forme ovalaire; l’animal, parfois presque noir, est orné de petites bandes blanches étroites placées de chaque côté du corps; d’autre fois la carène ventrale est blanchâtre, quelques bandes étroites courant sur les côtés des régions inférieures du corps. Chez certains
- 1 Voy. 4e année, 1876, 2e semestre, p. 289.
- 5* aimée. — 2e semestre.
- individus le corps est noir et porte de larges anneaux jaunes, interrompus sur le dos, la queue étant annelée de jaune et la tète ornée de taches de même couleur, la coloration paraissant sujette à d’assez grandes variations, quoiqu’elles aient toutes lieu dans un même système ; chez d’autres, le corps est partagé par des bandes brunâtres, transversales, incomplètes, les espaces qui séparent ces bandes étant d’une couleur jaune-grisâtre, le dessus de la tète brun, tacheté et piqueté de jaune. La taille ne paraît pas dépasser trois pieds.
- L’animal que nous venons sommairement de décrire est connu des naturalistes sous le nom de Chersydre à bandes ou d’Achrocorde granuleux. Il fait partie d’une curieuse petite famille de serpents
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- LA NATURE
- qui, pour les uns, se place dans le voisinage des serpents de mer proprement dits, tandis qu’elle doit, pour les autres, être mise près des Boas. Cette famille des Achrocordiens se caractérise nettement par les tubercules qui, au lieu de plaques cornées, recouvrent le corps. Chez le Xénoderme, le dessous du ventre porte de larges plaques, tandis que la tête, les côtes et le dessus du corps sont garnis de petits tubercules; chez l’Achrocorde et le Chersydre le corps entier ne porte que des tubercules sertis dans la peau.
- Le Chersydre fascié a été trouvé sur les bords de la mer dans la presqu’île de Malacca, la baie de Manille, le long de la côte de Coromandel, à Java, à Sumatra, à Timor, à la Nouvelle-Guinée. C’est de Saigon que vient l’individu que possède en ce moment la ménagerie des reptiles du Muséum d’histoire naturelle, grâce aux soins de M. Heckel, le savant directeur du musée de Marseille.
- E. Sauvage.
- SUR LA COMBUSTION SPONTANÉE
- DU CHARBON EN MER.
- L’incendie et l’abandon du San Raphaël sont venus récemment réveiller les craintes trop fondées qu’éprouvent les armateurs lorsqu’il s’agit d’expédier un chargement de charbon au loin. Le San Raphaël partit dans ces conditions de Liverpool pour Valpa-raiso; lorsqu’il fut au large du cap Ilorn le feu se déclara dans sa cale, l’équipage se réfugia dans trois canots, sur lesquels deux d’entre eux furent recueillis par un navire. Les onze personnes qui se trouvaient dans ces canots avaient horriblement souffert pendant une période de privations de toute nature. On eut plus tard des nouvelles des neuf personnes qui montaient le troisième canot; des indigènes se livrant à la chasse des veaux marins racontèrent à un missionnaire qu’ils avaient découvert les restes de huit hommes et d’une femme sur une île déserte, où ils devaient avoir péri d’inankion. Les papiers trouvés près des squelettes firent connaître que ceux-ci appartenaient à l’équipage du bâtiment incendié.
- La fréquence des accidents dus à cette cause a donné lieu à de nombreuses enquêtes, à la suite desquelles on paraît avoir uniformément conseillé la ventilation des cales, comme moyen préventif contre la combustion spontanée.
- Cependant l’expérience paraît prouver que plus les navires sont ventilés, plus les incendies sont fréquents. Il y a quelque temps, quatre navires char? gèrent à la fois, à Newcastle, du charbon de même qualité, provenant de la mêmercouclie. Trois de ces navires, partis pour Aden, furent soigneusement ventilés; le quatrième, dont la destination était Bombay, ne fut pas du tout ventilé. Le chargement de chacun d’eux se .composait de 1500 à 2000 tonnes de
- charbon. Les trois navires ventilés furent perdus complètement à la suite de combustions spontanées, le quatrième arriva en sûreté à Bombay.
- Plusieurs faits de même nature n’ont pu ébranler la confiance des fréteurs et des armateurs dans le procédé de la ventilation. Une commission, composée d’hommes tels que M. le docteur Percy et le professeur Abel, fut nommée pour approfondir les causes de ces accidents qui, malheureusement, prennent parfois les proportions d’un désastre.
- Le rapport dressé par cette commission a été déposé devant le Parlement anglais ; il conclut que la ventilation n’est pas le moyen propre à empêcher une combustion spontanée, surtout lorsqu’il est question de chargements transportés au delà des tropiques, et signale les conditions qui donnent lieu à l’inflammation du charbon.
- Parmi les causes prédominantes, il faut ranger en première ligne le développement de chaleur dû à l’action chimique résultant de l’oxydation des substances contenues dans le charbon. La combinaison la plus favorable pour ce développement de chaleur est celle du soufre et du fer, sous la forme de pyrites de fer. L’humidité de l’air facilite l’oxydation, celle-ci est accompagnée par un dégagement de chaleur souvent assez intense pour enflammer le charbon. Il est évident dès lors que tout accroissement de ventilation sert uniquement à accroître la vigueur de Faction chimique, ce qui amène trop souvent la destruction totale du navire.
- Une autre source de dangers provient de la présence dans les cales d’une assez grande quantité de carbone finement divisé, pour ainsi dire à l’état poreux, de son avidité pour absorber et condenser dans ses pores d’assez grands volumes d’oxygène et d’autres gaz, lesquels ne tardent pas à engendrer un foyer de chaleur pen outre, la tendance à l’oxydation, possédée par le carbone et certains de ses composés, est favorisée par la condensation de l’oxygène dans les pores, ce qui établit un contact plus intime entre les particules d’oxygène et de carbone. D’où le développement de chaleur par l’absorption et l’établissement de l’oxydation,qui se présentent simultanément ; à mesure que la chaleur s’accroît, l’oxydation devient de plus en plus énergique, jusqu’à ce que le carbone soit arrivé à son point d’ignition.
- La réduction du charbon en poussière avant et pendant l’embarquement, résultant d’une manipulation grossière, favorise ces malheureuses chances.
- Les risques de combustion spontanée sont largement accrus par la durée du voyage et l’importance du chargement transporté. Dans la plupart des cas, l’incendie s’est propagé sur des navires porteurs de plus de 500 tonnes de charbon, chargés pour la côte occidentale de l’Amérique du Sud, pour San Francisco, et les ports asiatiques au delà de la Méditerranée et la mer Noire. Quatre pour cent des navires chargés pour ces destinations diverses se perdirent en 1874 ; sur un total de31 116navires ainsi frétés, 1181 seulement avaient une destination lointaine;
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- plus des cinq septièmes des accidents résultèrent de l'inflammation du chargement.
- Il y eut en totalité 70 incendies, sur lesquels 10 seulement se produisirent sur les navires ayant un port européen pour lieu d’arrivée.
- Si l’on considère que plus de dix millions et demi de tonnes étaient destinées à l’Europe et seulement moins de trois millions pour les ports de l’Asie, de l’Afrique et de l’Amériqqp, on reconnaîtra quelle est l’influence de la durée des voyages sur la combustion spontanée.
- Ainsi qu’on l’a déjà fait remarquer, les navires les mieux ventilés supportèrent la plupart de ces désastres.
- En résumé, les conclusions de la commission sont opposées à la ventilation des cales de chargement. Elle signale aussi les dangers que certaines qualités de charbon font courir au navire et observe qu’il est téméraire d’embarquer du charbon pyriteux humide, ou du charbon menu.
- Une circonstance inattendue et assez singulière a été révélée pendant le cours de cette enquête. L’augmentation des écoles des pauvres et l’accroissement des incendies à la mer paraissent être deux choses complètement indépendantes l’une de l’autre. U n’en est pourtant pas ainsi, puisque les inflammations paraissent,. dans une certaine mesure, être attribuables aux écoles. Voici pourquoi :
- La présence des pyrites dans le charbon est l’une des causes dominantes de la combustion spontanée. Les enfants des mineurs étaient employés dans les mines à trier les mottes pyriteuscs (brassy lumps) et à les mettre de côté. Le premier effet de The Education Act fut d’enlever les enfants à ces travaux pour les envoyer à l’école. Les pyrites ne furent plus du tout mises à part, il en résulta un accroissement remarquable de l’embrasement des navires chargés de charbon l.
- CORRESPONDANCE
- CONJONCTION DE MARS ET DE SATURNE.
- Monsieur,
- A plusieurs reprises, la Nature a signalé l’importance que peut avoir, au point de vue de l’étude de leur constitution physique comparée, le rapprochement angulaire des planètes.
- Pennettez-moi de vous signaler la conjonction de Mars et de Saturne, qui aura lieu le 5 novembre 1877. Ce jour-là, ces deux planètes passeront fort près l’une de l’autre : la plus petite distance des centres sera d’environ 9' 50" et aura lieu vers 9 heures du soir, c’est-à-dire au moment le plus favorable pour l’observation en France. La hauteur des deux astres sera d’environ 80° au-dessus de l’horizon, et, coïncidence curieuse, leurs diamètres seront juste égaux, étant de 18",0 chacun.
- 1 Scientific American et Revue maritime.
- L’absence de la lune nouvelle, le 5 novembre, favorisera l’observation.
- J’ai l’honneur d’ètre, monsieur, votre très-humble serviteur, G. T.,
- Abonné à la Nature.
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- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- AOUT 1 877.
- Pendant ce mois, la moyenne barométrique aux Etats-Unis est partout au-dessous de la normale, principalement dans les Etats du Golfe et sur les côtes de l’Atlantique sud, où cette moyenne est la plus basse qui ait été constatée en août depuis 1871. Les écarts absolus du baromètre en chaque point sont les plus faibles vers la côte ; ils atteignent leur maximum sur le Plateau à l’est des Montagnes Rocheuses.
- Comme en juin et en juillet, le nombre des grandes perturbations atmosphériques est peu considérable ; les dépressions restent confinées dans les régions nord, et leurs allures diffèrent peu des conditions moyennes dans lesquelles se présentent généralement les bourrasques d’été.
- Le mois d’août peut être considéré cette année comme un mois chaud et sec, car généralement la température est restée au-dessus de la moyenne. Les fortes chaleurs ont été accompagnées sur une grande étendue du pays d’une sécheresse excessive dont les récoltes en céréales, en légumes, en coton, ont beaucoup souffert. Sur l’Ohio, l’Illinois, le Mississipi supérieur, la navigation a dû être interrompue en certains points.
- Comme le mois précédent, les tornados sont nombreux; quelques-uns causent des dégâts considérables. Nous ne citerons que celui du 25, à Omaha, dans le Nebraska. Une pluie torrentielle était tombée pendant la nuit ; vers trois heures trente minutes du ma'tin, le vent soufflait en tempête. Tout à coup on entendit, au milieu du mugissement de l’ouragan, un bruit sourd, formidable; c’était le pont jeté sur le Missouri qui s’écroulait avec fracas, <m même temps que l’écurie des omnibus d’Omaha ; deux arches du pont, celles qui le terminaient à son extrémité est, avaient cédé sous l’effort puissant de la trombe ; elles avaient une portée de plus de 45 mètres chacune. Les piles et les arceaux, en fer forgé, furent courbés et tordus comme des bandes de papier et jetés, partie dans le lit du fleuve, partie contre le quai, du côté sud du pont. 11 semble que le tornado se soit formé à une certaine hauteur dans l’atmosphère, et qu’il se soit précipité sur le sol en y répandant la dévastation ; au bout de peu d’instants il se serait relevé dans les airs : c’est ainsi qu’on peut expliquer la localisation* des dégâts.
- Un tremblement de terre a été ressenti le 17, vers onze heures du matin, â Détroit, dans le Michigan, à Bedford, à Greenlield, à Livonia.
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- LA NATURE.
- SUR QUELQUES
- SINGULIERS PHÉNOMÈNES DE DIFFUSION
- En exécutant des expériences sur le mélange de liquides pénétrant dans un autre liquide à l’extrémité d’un tube de petit diamètre, il s’est présenté un phénomène qui a attiré mon attention et m’a paru aussi nouveau que singulier. Le phénomène que j’ai observé est celui-ci : une certaine quantité d’alcool coloré , restée en suspension dans le sein d’une masse d’eau, prenait, en s’y répandant peu à peu, une forme qui ressemblait à celle d’un arbuste avec son tronc et ses branches terminées par des épanouissements feuillus.
- J’ai cherché à reproduire le phénomène en croyant d’abord que ce mode de diffusion était purement accidentel ; mais le fait se reproduisant toujours, à peu de chose près, de la même manière, j’ai imaginé un mode d’expérimentation permettant de le C mieux étudier. Voici la disposition qui me parait la plus simple et avec laquelle j’ai exécuté, avec plein succès, un grand nombre d’expériences.
- C (fig. d) est une espèce d’entonnoir cylindrique de verre , au col duquel est adapté un petit tube capillaire de thermomètre à mercure T, de la longueur d’environ 8 centimètres. Le tube capillaire communique au moyen d’un tuyau de caoutchouc ab avec un petit entonnoir I, qui peut être élevé ou abaissé à volonté à l’aide du support qui le soutient. On verse en I une certaine quantité d’alcool coloré par exemple avec une couleur de dissolution rouge d’aniline ; le liquide traversera le tube capillaire, d’où il s’écoulerait, si l’on n’empêchait cet écoulement d’avoir lieu en étranglant le tube de caoutchouc avec une petite pince. Ceci étant fait, on remplit d’eau le vase C aux trois quarts de son volume, puis, au moyen d’un entonnoir dont l’extrémité inférieure plonge un peu au-dessous de sa moitié, on y verse un liquide plus consistant que l’eau, une dissolution concentrée de sel marin ou un sirop épais, et cela de' façon à remplir le vase. On peut encore eniployer l’acide sulfurique, et, dans ce cas, un volume moindre de liquide est sufiisaat. Le liquide plus dense que l’eau se rassemble au fond du vase C; on a ainsi deux couches liquides superposées.
- dont on peut voir nettement la séparation après une heure de repos.
- Si, passé ce temps, on soulève l’entonnoir I à une hauteur convenable et que l’on enlève la pince qui fermait le tube de caoutchouc ab, l’alcool coloré qui s’écoule de l’extrémité du tube capillaire pénétrera dans le liquide du vase C en formant une veine ascendante qui d’habitude a la forme spirale. La veine alcoolique traverse les couches les plus épaisses du liquide et s’arrête dans les régions qui séparent la partie la plus épaisse de la partie moins dense qui surnage. Au point où s’arrête la colonne d’alcool coloré, on la voit s’agglomérer en une masse d’abord informe, mais, peu à peu, cette masse s’allonge et s’étend, puis on y voit jaillir des filets fluides en forme de feuillage, tantôt semblables aux pétales d’une lleur, tantôt analogues à des feuilles d’arbre. Après une heure de temps, l'alcool coloré a pris une ligure siable et régulière. Cette ligure varie de forme avec les liquides employés ; elle ressemble quelquefois à une lleur, quelquefois à un arbuste, ou affecte encore l'aspect d’un .parasol aux couleurs vives et vaporeuses qui en augmentent la beauté.
- La ligure, quant à ce qui concerne sa forme, atteint le maximum de sou développement trois heures au plus après l’écoulement de la veine fluide ; mais passé ce temps, les épanouissements feuillus se dilatent de plus en plus et se rapprochent de manière à former une masse à couches continues qui reste suspendue au milieu du liquide. Cela arrive même quand on a eu Je soin d’arrêter 1 effusion, soit en appliquant la pince habituelle au tube de caoutchouc, ou bien en abaissant convenablement l’entonnoir I. 11 faut aussi remarquer qu’autour de la veine liquide ascendante il se forme le plus souvent un tube très-fin qui prend l’aspect de la tige de la fleur ou bien du tronc de l’arbuste liquide; de différents points de cette tige on voit se produire des épanouissements en forme de feuilles.
- Pour réussir mes expériences, le tube adducteur du liquide coloré doit être capillaire, l’écoulement de celui-ci doit être lent, l’appareil maintenu a un état d’immobilité complète. 11 taut, en outre, avoir le soin de chasser au préalable l’air du tube de
- Fig. 1. — Appareil de M. Tito Martini,
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- caoutchouc, parce que les bulles gazeuses troublent la formation du phénomène.
- Voici un résumé succinct de quelques-uns des résultats que j’ai obtenus avec différents liquides.
- Couleurs de dissolution d'aniline. — Je me suis servi du rouge, du brun, du vert et du violet d’aniline dissous dans l’alcool, en ayant soin que la solution ne soit pas trop concentrée.
- Les formes obtenues dans l’eau sucrée, salée et acidulée sont celles représentées ci-contre (fig. 2, nos 1 et 2). Les figures obtenues ressemblent, comme on le voit, à des épanouissements feuillus : les ramifications sont retournées en bas dans l’eau sucrée ( n° 1 ); dans l’eau salée, au contraire,elles sont toujours relevées, et, dans le commencement, encore plus que ne le montre notre dessin. Quand on opère dans l’eau acidulée, les couleurs d’aniline sont modifiées par l’action de l’acide sulfurique ; le vert devient jaunâtre pâle, le rouge devient brun, et le violet acquiert une belle couleur verte ; mais, dans tous les cas, la figure en arbuste n° 2 se forme avec une parfaite régularité.
- Tournesol. Solution aqueuse. — Avec cette solution on obtient dans l’eau acidulée la figure représentée par le n° 5 (fig. 2), qui ressemble à un petit parasol. Regardée d’en haut, elle a l’aspect d’un disque, de la périphérie duquel partent plusieurs rayons équidistants et très-rapprochés l’un de l’autre. Dans l’eau salée, la même solution aqueuse donne une figure différente (n° 4). En général, quand on emploie les solutions acqueuses il faut, pour former
- les figures, un espace de temps plus long que celui qui est nécessaire dans le cas des solutions alcooliques.
- Solution alcoolique. — Avec cette solution il se forme, dans l’eau salée ou sucrée, des figures analogues aux nos 1 et 2 ; dans l’eau acidulée il se produit une apparence d’arbuste semblable au numéro 2.
- Laque moisie. — La solution aqueuse de laque moisie forme dans l’eau salée une figure analogue à celle du n° 4 ; dans l’eau acidulée on voit se produire la figure 5, mais plus délicate et plus régulière que celle obtenue par le tournesol.
- Bleu azuré.— Les solutions aqueuses et alcooliques du bleu azuré ou de perle forment des figures semblables à celles déjà décrites. Dans l’eau acidulée on obtient un noyau sphéroïdal très-régulier de couleur bleue assez foncé, entouré d’une couche sphéroïde avec une tige inférieure (n° 6).
- Cochenille. — La solution aqueuse forme dans l’eau salée la figure n° 3, régulière comme celle du tournesol et de la laque moisie. Dans l’eau salée, la cochenille, n’étant pas soluble, se précipite et le phénomène ne peut se produire.
- Iode. — La teinture alcoolique d’iode forme, dans l’eau sucrée, salée ou acidulée, de belles figures presque identiques à celles des couleurs de dissolution d’aniline.
- Bichromate de potasse. — Pour réussir les expériences avec le bichromate de potasse, j’ai changé la disposition do l’expérience à cause de la plus grande
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- densité de la solution en comparaison de la densité de l’eau. Je remplis le rase de la manière habituelle; ensuite je place au-dessus du vase un petit entonnoir, muni d’un tube capillaire qui trempe en partie dans le liquide. La solution aqueuse de bichromate de potasse étant versée dans le petit entonnoir, elle s’écoule en formant une petite spirale descendante, laquelle s’arrête d’habitude dans la région séparant la partie la plus épaisse de la partie la moins dense du liquide. Dans l’eau acidulée ou salée se forment deux très-belles ligures qui ressemblent à celles des nos 2 et 5, mais renversées.
- Les diverses expériences décrites ci-dessus ont été répétées plusieurs fois pour chaque couleur, et j’ai toujours obtenu les mêmes résultats. Or cette persistance dans J a forme montre que le phénomène est réglé par une loi que je chercherai à découvrir. Je crois pouvoir conclure de ces premiers essais que la forme de la figure dépend du liquide dans lequel la couleur est dissoute, plus que de la couleur elle-même. En employant d’autres acides ou d’autres sels, sans cependant qu’ils précipitent la couleur, il est probable qu’on obtiendrait d’autres figures. Professeur Tito Martini,
- de Venise.
- LES ÉTABLISSEMENTS HOSPITALIERS
- PARISIENS1.
- ÉriNAY-SOUS-SÉNARD.
- Pour compléter la monographie ’que nous avons publiée des maisons de convalescence consacrées à l’enfance, nous allons donner quelques renseignements sur l’asile Sainte-IIélène, à Épinay-sous-Sé-nard, consacré aux petites filles convalescentes de Paris.
- L’asile ne relève pas directement de l’Assistance publique ; il appartient à l’ordre des Sœurs de Saint-Vincent de Paul, auquel la propriété a été donnée par Mme la baronne de Montour, expressément afin d’y établir une maison de convalescence. La communauté prête sans loyer aucun l’établissement à une Société charitable particulière, dirigée par le curé de la Madeleine et un groupe de médecins, principalement ceux des hôpitaux d’enfants.
- Chaque année, l’Assistance parisienne envoie trois cents petites convalescentes passer un mois à Épinay moyennant une indemnité fixe de 40 francs. C’est une moyenne de vingt-cinq à la fois; mais il peut y en avoir jusqu’à trente-six, nombre des lits.
- Cette recette de 12 000 francs au maximum est très-insuffisante, les dépenses annuelles s’élevant, au total à 56 000 francs. Pour parfaire la différence, la Société qui dirige l’Œuvre, et a fait les frais d’appropriation nécessaire, comprenant la
- 1 Yoy. pages 226 et 298,
- construction d’un réfectoire et d’une chapelle, continue à acquitter l’excédant des dépenses sur les recettes.
- Celles-ci consistent dans les pensions payées par l’Assistance et les particuliers. En effet, pour procurer des ressources à l’asile, les Sœurs ont élevé de leurs deniers personnels (et non aux frais de la communauté) un bâtiment d’école, et la maison comprend un internat pour quarante petites filles, au prix de 35 francs par mois. Ce sont très-souvent d’anciennes convalescentes que leurs parents laissent dans la maison, sachant que les écolières vivent en commun avec les jeunes convalescentes et partagent les soins donnés à celles-ci.
- L’asile avait été fondé en 1859 à Fublaines, près de Meaux, sous le vocable de Sainte-Marie ; il a été transporté, sous celui de Sainte-Hélène, le 10 août 1861, dans le beau domaine de six hectares qu’il occupe actuellement à Épinay-sous-Sénard, à un kilomètre de la gare de Brunoy.
- La maison possède une vacherie, une écurie, une remise pour l’omnibus spécial faisant le service de la gare à l’asile; elle comprend quatre dortoirs (deux pour les pensionnaires, deux pour les convalescentes), munis de tables à toilette, un réfectoire commun, un parloir servant aussi de pharmacie, un ouvroir et une école séparée, où les pensionnaires sont instruites avec les petites filles de la commune d’Épi-nay, admises gratuitement, par deux Sœurs pourvues de leur brevet d’institutrice.
- Les convalescentes ne passant d’ordinaire qu’un mois à l’asile, ne fréquentent pas l’école, mais elles sont exercées une heure le matin et une heure le soir aux ouvrages d’aiguille dans l’ouvroir (où les pensionnaires et les petites filles d’Epinay, à leur tour, travaillent le jeudi). Quoique l’Assistance n’augmente jamais la somme versée pour chaque enfant, si le rétablissement de la santé ou l’instruction religieuse de la fillette l’exige, elle est gardée plus longtemps aux frais de l’Œuvre. En revanche, la maison ne soigne pas les malades ; et si le médecin de la localité et de l’établissement, dans sa visite quotidienne, trouve quelque enfant sérieusement indisposée, elle est sur-le-champ ramenée à Paris.
- Charles Boissay.
- LES SUICIDES
- Nous empruntons au dernier Compte général de l’Administration criminelle en France une curieuse statistique des suicides.
- « 11 a été constaté, en 1874, 5617 suicides : c’est le chiffre le plus élevé que la statistique criminelle ait ja-nfais constaté. Ils ont été accomplis : 4455 (79 pour 100) par des hommes et 1182 (21 pour 100) par des femmes. Malgré les investigations de la justice, il n’a pas été possible de connaître l’âge de 105 suicidés. Les 5512 autres se divisent ainsi : mineurs de seize ans, 29 ; âgés de seize à vingt-et-un ans, 193; âgés de vingt-et-un à quarante
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- ans, 1477 ; âgés de quarante à soixante ans, 2214 ; ayant dépassé ce dernier âge, 1599.
- « On comptait parmi les suicidés 1946 célibataires (36 pour 100) ; 2645 (48 pour 100) étaient mariés, et 881 (16 pour 100) veufs. Au nombre de ceux qui forment les deux dernières catégories, il s’en trouvait 2259, ou près des deux tiers, qui avaient des enfants. L’état civil de 145 individus n’a pu être constaté.
- « Plus de sept-dixièmes des suicides ont eu lieu par la strangulation (2472) ou par la submersion (1514). Les suicides ont été, comme toujours, plus fréquents au printemps (51 pour 100) et en été (27 pour 100) qu’en hiver (25 pour 100) et en automne (19 pour 100).
- « Pour les motifs, il a été impossible de les dégager de l’information à l’égard de 481 suicides; les autres se classent de la manière suivante : misère et revers de fortune, 652 ; chagrins de famille, 701 ; amour, jalousie, débauche, inconduite, 815 (dont 572 amenés par des habitudes d’ivrognerie ou des accès d’ivresse) ; souffrances physiques, 798; peines diverses, 489; maladies mentales, 1622 ; suicides des auteurs de crimes capitaux, 59. »
- —=•<>«—
- LES GROTTES DES BASSES-ALPES
- Depuis que, grâce aux publications nombreuses qui s’occupent aujourd’hui du passé de l’homme, on a bien compris tout l’intérêt que peuvent offrir, pour l’histoire de l'humanité, les explorations minutieuses des cavernes, on voit des chercheurs animés d’une ardeur qu’on ne saurait trop louer, aborder sans faiblir cette tâche aussi ingrate que laborieuse. Quoique tardivement entraînée dans le mouvement général des recherches préhistoriques, notre région alpine de la Provence douée d’une manière particulière au point de vue des excavations naturelles en raison de la constitution lithologique de son sol montagneux, ne pouvait échapper à cette nécessité de notre époque. Parmi les parties les plus favorisées, la vallée de la Durance se fait remarquer entre toutes par la multiplicité de ces grottes. Pour n’en donner qu’une preuve, nous dirons que dans un rayon de quelques lieues autour de Sisteron et de Gap on en compte environ une dizaine toutes plus ou moins connues, mais à peu près inexplorées, et parmi lesquelles on doit citer au premier rang celle de Saint-Vincent, dont les dimensions considérables permettraient facilement des fouilles, si elle n’était située au cœur des Basses-Alpes à 2500 mètres environ du village d’Authon et à 22 kilomètres de la ville la plus rapprochée, Sisteron, chef-lieu de l’arrondissement. Bien que protégée par une couche épaisse et très-résistante de stalagmites, la sole de cette grotte, il faut le souhaiter du moins, ne conservera plus longtemps une virginité qui nuit aux intérêts de la science; ce qui nous porte à le croire, c’est que quelques visites faites par les hardis chercheurs dont nous allons avoir bientôt à parler laissent présumer l’existence de nombreux fossiles d’un haut intérêt. Dans l’une des deux parties qui constituent cette bizarre excavation, la cave (d’une profondeur
- de 5 mètres environ), on a trouvé au milieu d’une couche de stalagmites des ossements d’Ursas dont un humérus était perforé. Nous reviendrons un jour spécialement sur cette grotte; qu’il nous suffise pour le moment de constater que les fouilles dont nous appelons la réalisation de tous nos vœux, seraient à la fois très-pénibles et très-coûteuses, car l’on a acquis dès aujourd’hui la certitude que pour atteindre aux résultats désirés il faudrait, non-seulement, comme nous l’avons dit déjà, percer une épaisse couche de stalagmites, mais encore déplacer une énorme quantité de blocs calcaires. Par ordre de grandeur d’abord et ensuite à cause des fouilles fructueuses dont elle vient d’être l’objet, nous devons citer tout particulièrement la grotte dite du Trou d’Argent. On ignore l’origine réelle de cette singulière appellation, et nous négligerons de rapporter toutes les fables qui ont la prétention de l’expliquer. Ce qui nous intéresse davantage, c’est de connaître les résultats des recherches, aussi intelligentes que pleines de persévérance,* auxquelles viennent de se livrer trois habitants de Sisteron, MM. Hector Nicolas, conducteur des ponts et chaussées; Gustave Tardieu, pharmacien distingué de cette ville, et Émile Pardigon, employé des ponts et chaussées ; résultats que nous avons pu constater de visu sur les lieux mêmes, grâce à l’obligeance des chercheurs dont nous sommes heureux de faire connaître les travaux.
- C’est seulement dans les premiers jours de cet été que les travaux ont été commencés, et une circon-stante fortuite leur a donné naissance. La grotte du Trou d'Argent était à peine connue des quelques rares curieux de la nature qui habitent cette région, quand des investigations judiciaires lui valurent un certain retentissement. Elle servait de repaire à des voleurs de grand chemin. Ce fait suifit pour éveiller l’attention, et dès lors les trois naturalistes de Sisteron, qui jusqu’alors n’avaient été préoccupés que d’aborder la grotte d’Authon, résolurent de rompre le charme qui pesait sur la montagne de la Beaume et d’en chasser les esprits mystérieux la pioche à la main. Sans autre aide que leur énergie, sans autre stimulant que leur dévouement à la science, ils se sont mis à l’œuvre au cœur d’une saison torride. Dans les premiers jours de juillet, le pic résonnait pour la première fois sous les voûtes surbaissées du Trou d"Argent, et après six journées d’un travail opiniâtre dont la chaleur et la sécheresse doublaient la peine, nos intrépides pionniers découvraient non-seulement les objets précieux à l’histoire de l’humanité, objets dont nous allons donner la liste, mais s’assuraient encore d’une autre excavation située à 150 mètres de la première et dont personne jusque-là n’avait soupçonné l'existence. Cette grotte pleine de promesses sera prochainement visitée ; elle tente d’autant plus nos explorateurs que son unique entrée se trouvant complètement obstruée, elle a dû échapper de tout temps historique à l’œil des riverains de la Durance,
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- LA NATURE.
- Percée le long de la montagne de la Beaume, qui fait face à Sisteron, sur la rive gauche de l’affluent du Rhône, la grotte du Trou d’Argent, qui ne mesure pas moins de 70 mètres de long, est dotée de deux ouvertures pratiquées dans le calcaire oxfordien (jurassique) et diamétralement opposées (fig. 5), l’orientation générale de l’excavation étant est-ouest.
- De ces deux ouvertures, la première, d’un abord plus facile, malgré les rochers abrupts qui l’en-lourent, est à peu près obturée par deux forts blocs de pierre BR placés dans la gorge de la gueule, tandis que l’autre, plus étroite* entièrement libre, mais d’un accès excessivement âpre à cause des éboulis calcaires presque verticaux qui en défendent les approches, est plus voisine des chemins praticables. L’une et l’autre entrée, distantes de 4 kilomètres de Sisteron, sont placées à une altitude de 1000 mètres environ. Malgré ces difficultés d’accès augmentées par l’inhospitalité d’une zone entièrement privée d’eau, elle a été explorée déjà avec assez de soin et de persévérance, pour que les résultats acquis méritent d’être signalés et encouragés, non-seulement à cause de l’intérêt scientifique qu’ils présentent , mais encore en considération de ceux dont ils paraissent être les précurseurs pour un avenir peu éloigné. Cette grotte aux sinuosités multiples se compose d’une série de chambres et de corridors, dont nous avons essayé de donner une idée aussi juste que possible par la double représentation en coupe verticale et en plan (fig. 3).
- On remarquera que ces galeries tortueuses sont interrompues, sur la montagne taillée à pic, par deux ouvertures II complètement inaccessibles, et qui peuvent être considérées comme des fenêtres naturelles destinées à éclairer une grande partie de l’excavation. Toutefois, malgré cette disposition, des trois points d’élection, les chambres H, E et la gueule A, cette dernière et la
- première seules sont en bonne lumière pour les travaux. C’est dans la partie A, où se trouvait sans aucun doute le foyer, qu’ont été trouvés des fragments de poteries en grand nombre et beaucoup d’ossements de ruminants surtout, et de carnassiers (à déterminer), parmi lesquels s’est rencontrée la partie inférieure d’un humérus humain (fig. 1), perforé à la cavité olécranienne, tout à fait intact, mais coupé aux 2/3 inférieurs environ, sans doute par un des instruments à silex dont on a trouvé de très-nombreux échantillons. La situation de ces débris humains, au milieu d’os d’animaux provenant de l’alimentation, sa cassure intentionnelle due à un silex et qu’il n’est guère possible d’attribuer à une amputation de l’avant-bras (bien que la trépanation fût connue à cette époque), laissent presque le droit de croire que la grotte a été le théâtre de scènes de cannibalisme. Ce tronçon d’ossement humain étant le seul que l’on ait trouvé jusqu’ici dans la grotte (sauf quelques phalanges de la main), les fouilles ultérieures seules pourront affirmer ou infirmer cette opinion déjà soutenue du reste par des sommités anthropologiques, celle des habitudes anthropophagiques de l'homme de la pierre polie. De nombreux fragments de poteries très-ornementées par des impressions digitales ont été trouvés dans la même chambre A ; rapprochés et soudés avec une patience admirable par les chercheurs de Sisteron, on a pu reconstituer à peu près un vase dont les dimensions étaient considérables. A côté de ces géants, il faut placer, quoique trouvé dans la tranchée D, un vase minuscule intact et d’une forme spéciale, dont le type est jusqu’à ce jour inédit, tout semble du moins me le faire admettre (fig. 4). Cette poterie d’une couleur terre de Sienne est admirablement conservée ; nous en donnons ici la figure en demi-grandeur. Ce vase, d’après l’opinion de tous
- Fig. 1, — Fragment d’humérus humain perforé trouvé dans la grotte du Trou d’Argent.
- Fig. 2. — Médailles trouvées à la partie superficielle de la grotte.
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- OUPE EN LONG.
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- — La grotte du Trou d’Argent dans les Dasses-Alpes.
- Fig. 3.
- A. Terres complètement déblayées, ayant fourni la majeure partie des si’es retrouvés jusqu’à ce jour. — B, B. Blocs obturant en partie l’entrée principale. — C. Premier couloir bas et accidenté. — D. Tranchée-ouverture dans la deuxième grotte. — E. Humérus d’ours. — Couloir bas et étroit conduisant à une troisième galerie non explorée, — G. Deuxième galerie très-accidentée. — 11. Troisième grotte. — I, I. Ouverture en forme de fenêtre prenant jour sur un rocher taillé à pic de plus de 60 mètres d’élévation. — K. Entrée accessible au moyen d’une échelle en corde.
- ceux qui ont. pu le voir jusqu’ici aux mères pour faire boire leurs tout jeunes enfants; encore aujourd’hui les pâtres de ce pays montagneux utilisent pour le même usage les sabots de leurs chèvres. Dans les trois chambres, et répartis à peu près d’une façon égale à une même profondeur, on a rencontré une quantité considérable de silex taillés, tels que grattoirs, couteaux, flèches, racloirs, percuteurs, etc., qui indiquent de suite l’âge auquel appartiennent les hommes qui les ont habitées. Dans la tranchée D, qui jusqu’ici a été très-fructueuse, se sont rencontrés également des aiguilles en os, des fragments de poteries et un morceau d’ivoire non ornementé qui a bien pu provenir d’une défense de Mammouth. Pour
- devait servir | dois signaler comme ayant été recueillies à la partie tout à fait superficielle du sol de la grotte, trois médailles romaines en bronze, dont je donne ici l’image fidèle (fig. 2) ; elles sont dans un parfait état de conservation. La première est du règne de Gordianus Pius III (Gordiani Africani nepos), né en 222 de J. G., césar l’an 238, empereur la même année, assassiné en 244... On lit sur la face : Imperator Gordianus Pius Félix Augustus. La deuxième est du règne de Marcus Aurelius Clodius Ger-manicus Gotliicus, né eu 215, empereur en 268, mort de la peste en 270. On lit sur la face de la médaille : Imperator Gæsar Claudius Augustus ; et sur le revers : Yirtus Augusta. La troisième est de Julia
- Fig. A. — Poterie d'un type inédit trouvée dans la grolte.
- ne rien omettre, je j Douma, Augusta, née eu 146 et morte de faim en
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- 217. On lit sur la face : Julia Pia Félix Augusta; et sur le revers : Juno sculpsit.
- Tels sont les débris les plus importants qu’en quelques heures de travail assidu ont mis au jour les chercheurs de Sisteron, qui se promettent de faire perdre aux grottes des Basses-Alpes leur solitude et leur mutisme séculaires, en leur arrachant les secrets qu’elles ne peuvent plus longtemps dérober à la science. Un coin du voile qui couvre ces mystères est aujourd’hui levé, et nous sommes certain que, vu l’intérêt scientifique qui s’y rattache, on tiendra à le déchirer entièrement, surtout si, comme tout doit le faire espérer dans un temps où l’administration ne refuse jamais ses libéralités aux chercheurs dévoués, ceux qui les premiers ont eu le mérite de commencer ces fouilles à leurs propres frais ne sont pas abandonnés à leurs seules ressources. Dr E. Heckel,
- Professeur à la Faculté des sciences, Directeur du Muséum d’Histoire naturelle de Marseille.
- DISTRIBUTION DES EAUX A FLORENCE
- Depuis quelques années, la municipalité de Florence, sous l’impulsion de son intelligent syndic, M. Peruzzi, a fait construire pour la distribution des eaux de remarquables machines, appelées vulgairement machines de S. JSiccolo, à cause de leur voisinage avec la porte de ce nom. Le local qui les contient, érigé sur les plans de M. l’ingénieur Canevari, est situé sur la rive gauche de YArno et tout au bord de ce fleuve.
- Les eaux qui doivent être distribuées dans la ville se rassemblent à la partie inférieure, au thalweg, d’une série de collines appelées Colli; elles passent d’abord par deux chambres filtrantes où elles se purifient, puis vont dans un bassin de dépôt. Ce bassin, correspondant à remplacement de la salle des machines, se trouve sous le niveau de YArno et a une capacité de 4000 mètres cubes.
- Prises dans ce bassin par les pompes, les eaux sont amenées dans les divers quartiers de la ville au moyen de conduites en fonte de 0m,800 de diamètre.
- Les eaux devant être amenées sur la rive droite de YArno, il n’était pas possible de placer sous le tablier d’un pont des conduites d’un diamètre aussi considérable. Cette difficulté à vaincre a fait naître une construction fort remarquable : celle d’un tunnel sous le fleuve.
- On se rend à l’entrée du tunnel, de la salle des machines, par un escalier en spirale fort commode et bien éclairé. Ce conduit sous-tluvial présente une section elliptique de 2 mètres de hauteur sur lm,40 de largeur maxima. Il se trouve à 9 mètres au-dessous du niveau ordinaire de YArno, qu’il coupe obliquement en allant parallèlement à la prise d’eau dite Pescaia, et à 4 mètres au-dessous du lit du fleuve. Cette galerie aboutit aux viali de la rive droite et a une longueur de 150 mètres.*
- Le réseau des conduites comprend un parcours de 7000 mètres, et la hauteur maxima à laquelle elles sont élevées est de 44 mètres, afm d’être amenées à la colline de la Querced.
- Toutes les chambres souterraines se trouvant exposées à des filtrations, sont construites avec les plus grands
- soins, et d’après tontes les règles qui régissent l’établissement des constructions hydrauliques. Quant aux machines elles-mêmes, elles forment deux groupes : l’un, des moteurs à vapeur ; l’autre, des pompes aspirantes et refoulantes. Le mouvement peut être imprimé à ces pompes, soit au moyen de deux turbines, soit par deux machines à vapeur, soit enfin par les deux forces combinées de l’eau et de la vapeur, suivant les exigences du débit.
- Les turbines produisent chacune un travail maximum de 160 chevaux. Elles font 10 tours par minute. Sur leur axe, qui est vertical, se trouve calée une roue conique qui attaque deux roues d’angle à axe horizontal ; celles-ci transmettent leur mouvement de rotation à l’arbre de couche, et par celui-ci aux deux pompes accouplées, qui aspirent l’eau du bassin pour l’élever jusqu’à la chambre à air, où l’air qui s’y trouve enfermé, en quantité variable à l’aide d’un robinet, forme coussin élastique et évite les coups de bélier que pourraient causer les masses d’eau en mouvement.
- Les pompes sont à axe horizontal ; le diamètre du piston est de 500 millimètres. La pression pour laquelle elles sont calculées est de 9 atmosphères ; on dépasse rarement une pression de 5 atmosphères.
- A l’extrémité de l’arbre moteur se trouve un compteur qui indique le nombre de tours du moteur à partir des unités jusqu’aux millions. Chaque arbre moteur porte, outre les roues d’angle, une roue dentée qui peut être mise en contact avec la roue motrice des machines à vapeur, roue qui est, naturellement, dentée. L’embrayage ou le désembrayage de ces roues entre elles est obtenu par des manchons d’accouplement, de manière à pouvoir ainsi rendre solidaire ou indépendant le mouvement des machines de celui des turbines.
- Les machines à vapeur, au nombre de deux, sont chacune à deux cylindres accouplés et représentent une force totale de 520 chevaux, ce qui donne pour l’ensemble de l’effort exercé par les turbines et les moteurs à vapeur simultanément un travail de 640 chevaux.
- Les machines de S. Niccoiè viennent de la maison Sigl, de Vienne. Le débit fourni par les quatre pompes est de 150 litres par seconde, soit 12 960 mètres cubes par 24 heures. La population de Florence étant de 176 000 âmes, cela fait une moyenne de 72 litres d’eau par habitant et par jour. Cette proportion est des plus avantageuses, car pour établir des conduites d’eau dans les villes, on a coutume de prendre comme base un débit de 50 litres par jour et par personne au maximum.
- J. E. DE COURTEN, Ingénieur.
- NOUVEAUX FOURS A PUDDLER
- DANS LA MÉTALLURGIE DU FER.
- (Suite. — Voy. p. 187.)
- Après avoir indiqué les progrès réalisés pour utiliser le combustible dépensé, nous allons nous occuper maintenant des dispositifs employés pour simplifier le travail du puddlage, et diminuer la fatigue imposée aux ouvriers pour le brassage du bain de fonte liquide.
- On sait que dans le puddlage habituel, une masse de fonte pesant 200 kilogr. environ, est char-
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- gée sur la sole du four à réverbère pour y être débarrassée de l’excès de carbone qu’elle contient, des éléments impurs qui la souillent, comme le soufre, le phosphore et le silicium, et se trouver finalement affinée et transformée en fer. La masse ainsi chargée est rapidement fondue sous l’action des gaz combustibles qui arrivent du foyer. Ceux-ci viennent se brûler au-dessus de la sole avec l’oxygène de l’air entraîné, et la combustion fournit une température qui grandit peu à peu, et atteint bientôt 500 degrés. En même temps, le bain métallique doit être maintenu dans une agitation permanente, afin d’amener toutes les particules de fonte au contact du courant oxydant, et brûler ainsi tous les éléments étrangers qui y sont renfermés. Le métal liquide entre d’abord en effervescence par suite du dégagement du carbone de la fonte qui vient se brûler à la surface, puis l’agitation se calme, le fer prend peu à peu nature, et se rassemble en grumeaux solides, et formant une masse spongieuse. L’ouvrier la saisit à l’aide de son ringard, la roule dans le bain, la soulève et la présente à l’action du courant oxydant, il la retourne en tous sens pour faciliter l’affinage. C’est là une opération très-pénible et une des plus dures de celles qu’on rencontre encore dans l’industrie. Les hommes qui en sont chargés doivent être forts et vigoureux, ils y perdent rapidement leur santé, et ne peuvent exercer un pareil métier que pendant dix à quinze ans tout au plus, de vingt-cinq à quarante ans. Ils travaillent presque nus, exposés au rayonnement d’une chaleur intense, et ils doivent déployer une force physique considérable, le ringard qu’ils manient s’échauffe lui-même très-rapidement,, et doit être changé au bout de quelques minutes à peine. Aussi comptent-ils la durée du travail par le nombre de ringards qu’il leur faut employer pour affiner la charge.
- Cette besogne déjà si pénible est en même temps fort dél icate : il faut pousser en effet l’affinage jusqu’à un point précis qu’on ne doit pas dépasser ; enlever une certaine proportion de carbone et des métaux contenus sans aller au delà du point convenable ; régler à chaque instant la température du foyer, le tirage de la cheminée, l’action oxydante du courant gazeux pour ne pas s’exposer à perdre à la fois toute la charge. Le, patron se trouve ainsi sous la dépendance de l’oûvrier, et d’ailleurs il devient de plus en plus difficile de trouver de bons puddleurs.
- On a donc cherché à substituer là aussi le moyen mécanique et à produire l’agitation dans la masse liquide sans exiger l’intervention de l’homme.
- M. Ressemer avait déjà réussi pour l’acier d’une façon intéressante, au moyen de son convertisseur qui substitue au puddlage ancien l’action directe du courant d’air insufflé dans la masse de fonte liquide. Celle-ci est versée dans une cuve en tôle, garnie à l’intérieur d’une paroi de briques réfractaires. La cuve est mobile autour des deux tourillons qui la supportent, et l’air y est admis par quarante orifices
- de 0m,0i0 de diamètre environ, ménagés dans la paroi du fond. H s’élève sous une pression de 1 atmosphère et demi à travers le bain de fonte , qui occupe une hauteur de 0,n,40, il amène une grande agitation dans la masse, et produit des réactions chimiques très-violentes qui élèvent la température du bain liquide au lieu de le figer comme on l’avait craint à l’origine. La flamme dégagée pendant les six premières minutes est d’un jaune rougeâtre ; elle est due à l’oxydation de la fonte et des matières étrangères; puis le carbure s’oxyde à son tour et donne une flamme bleue, qui amène parfois des étincelles avec des projections de matières qui se répandent dans l’atelier. L’employé chargé de la surveillance est placé au banc de manœuvre, il étudie la couleur des flammes dégagées, et il juge du degré d’avancement de l’opération. Il manœuvre la cuve à sa volonté, il la fait tourner dans un sens ou dans l’autre en ouvrant simplement un robinet qui transmet l’action d’une forte presse hydraulique commandée par un accumulateur.
- L’opération est également très-délicate, car il faut pousser la décarburation jusqu’au point convenable ; on peut toutefois revenir en arrière quand on l’a dépassé, ce qu’on fait ordinairement, en ajoutant une certaine proportion de spiegel ou fonte manga-nésée qui introduit de nouveau dans le bain liquide la proportion de carbone nécessaire.
- Ce procédé qui supprime complètement le puddlage, a produit une révolution importante en métallurgie ; il a été le point de départ des nombreux appareils qui fabriquent aujourd’hui le métal fondu. Celui-ci possède une texture régulière et homogène, il résiste bien mieux que le fer puddlé et laminé toujours un peu nerveux, et il arrivera à le remplacer dans des usages où on l’employait autrefois, comme pour les rails de chemin de fer par exemple. On les fabrique maintenant presque partout en acier fondu, car ce métal s'use bien plus régulièrement et peut supporter une circulation dix fois plus considérable1.
- Le procédé Ressemer s’applique surtout aux fontes siliceuses, à l’inverse du four Martin Siemens dont nous parlions auparavant et qui traite surtout les fontes pauvres en silicium.
- Les fours Pcrnot et Danks dont nous allons parler maintenant, n’amènent pas dans la métallurgie du fer une modification aussi importante que le convertisseur Ressemer; dans celle de l’acier, ils se bornent, comme nous le disions, à supprimer le puddlage par la main de l’homme et à le remplacer par un mouvement mécanique.
- Dans le système Pernot (fig. 1 et 2), la sole est légèrement inclinée sur l’horizon comme l’indiquent nos figures, elle est mobile autour d’un axe perpendiculaire à son plan. Dans le système Danks, la sole est formée
- 1 La production de l’acier fondu a triplé dans ces dernières années et atteint, en France, actuellement 150 000 tonnes palan; elle était de 254190 tonnes en 1870. Celle des tôles était de 115156 tonnes.
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- par un cylindre métallique horizontalement disposé et mobile autour de son axe. Dans les deux cas, le mouvement de la sole sert à brasser la masse liquide' et amène l’agitation qu’on voulait obtenir. Le four Pernot ne supprime pas encore totalement le travail si pénible de l’ouvrier puddleur, puisque celui-ci est obligé, comme nous allons le dire, de soulever les masses de fer pour en former des loupes, il le diminue du moins dans une certaine proportion, et il lui enlève un peu de ce qu’il avait de particulièrement fatigant. Le four Danks opère tout à fait mécaniquement au contraire, mais il exige en même temps une installation nouvelle et très-coûteuse, tandis que le système Pernot pourrait encore tirer parti des massifs des fours anciens.
- La disposition générale est représentée dans les deux figures ci-contre. Ce sont deux coupes d’un des fours de l’usine de MM. Petin et Gaudct à Saint-Chamond (Loire), dont M. Pernot est directeur. .
- La chauffe diffère peu de celle des fours ordinaires; le combustible est entassé sur la grille, et occupe une hauteur assez considérable, allant jusqu’à 0m,10 de l’arête du pont. La houille chargée sur la grille est simplement distillée, elle s’échauffe peu à peu à mesure qu’elle descend, et elle dégage des gaz combustibles qui passent au-dessus du pont, pénètrent dans le laboratoire, et vont se brûler au- dessus de la sole.
- L’air est insufflé par un ventilateur à travers les barreaux de la grille, il s’échauffe en traversant la masse du combustible, se mélange aux gaz, se combine avec eux et fournit ainsi la température nécessaire aux réactions ultérieures. On a là une espèce de générateur de gaz, comme celui dont nous parlions plus haut, à propos des fours Siemens. Une valve permet de régler l’admission du volume d’air et d’obtenir un courant plus ou moins oxydant ou neutre. On ne pourrait pas agir ainsi dans un four ordinaire où l’on ne dispose que du tirage naturel, et où le courant des gaz sur la sole est presque toujours oxydant. Il eût été impossible d’ailleurs de se dispenser d’insuffler l’air dans le four Pernot, car il fallait que les gaz produits pussent refluer au dehors et à travers le jeu inévitable qu’on a dû laisser entre la maçonnerie fixe et la sole mobile; autrement, l’air extérieur viendrait pénétrer par ces ouvertures, refroidir l’atmosphère du laboratoire et gêner la réaction.
- La voûte en maçonnerie du laboratoire est supportée par une plaque annulaire en fonte MM, inclinée sur l’horizon, perpendiculairement à la direction
- du four et à laquelle viendra se raccorder la sole mobile lorsqu’elle sera mise en place. La partie inférieure est en effet complètement vide, et elle sert à loger la sole avec le chariot qui la supporte. Les rebords en fonte de la cuvette de la sole viennent s’appliquer juste au-dessous de la plaque annulaire, et laissent un jeu de 2 centimètres environ, par lequel les flammes viennent refluer à l’extérieur en empêchant l’admission de l’air froid comme nons le disions tout à l’heure.
- La sole est formée d'une cuvette cylindrique dont le fond est en tôle, et dont les côtés sont des arcs circulaires en fonte, reliés au fond par des boulons à clavettes, et consolidés dans le haut par un cercle en fer à brides. Elle est toujours maintenue inclinée de 6 à 7, dans le sens de la largeur du four comme l’indique la figure. Elle est supportée dans cette position par une pièce de fonte à 4 bras, formant une sorte de crapaudine renversée et appuyée sur la tête du pivot central. A chacun de ces bras sont
- fixés les coussinets, qui retiennent le tourillon d’un galet conique roulant sur une plateforme inclinée comme la sole, et présentant un léger rebord pour guider les galets dans leur mouvement de rotation. Cette plateforme est elle-même supportée par un chariot, dont les roues à boudin sont guidées par des rails horizontaux pénétrant sous le massif et permettant ainsi d'emmener la sole ou de la replacer quand on le désire.
- Le fond extérieur de la sole est garni d’une roue dentée, qui engrène avec un pignon, et reçoit son mouvement moteur d’une petite machine à vapeur de la force de 2 à 5 chevaux. Ce petit pignon est mobile avec la sole et s’enlève avec elle ; quand il est remis en place, la partie mobile de son axe se trouve dans le prolongement de la partie fixe reliée à la machine motrice, et il suffit, pour faire tourner la sole, de rendre solidaires les deux tronçons de l’arbre en les réunissant à l’aide d’un manchon présentant la forme d’un trèfle.
- La cuvette en métal qui forme la sole est revêtue intérieurement d’un garnissage, obtenu en y faisant fondre du minerai de fer qu’on y jette à la pelle. On détermine ainsi un glacis qui se fige et recouvre la sole ; on ajoute également des battitures et des scories qui viennent se mélanger à la première couche. Cette sole doit être reformée à la suite de chaque opération, car les parties supérieures interviennent dans les réactions ; le minerai est réduit sur une faible épaisseur, et la fonte ainsi produite
- Fig. 1. — Coupe transversale du four Pernot.
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- s’ajoule à celle qu’on avait chargée sur la sole. C’est là ce qui oblige à n’employer que des minerais très-purs pour former le revêtement de la sole, car autrement les matières étrangères qu’ils contiendraient pourraient souiller le lingot de fer obtenu. Le même résultat s’observe d’une façon bien plus frappante encore dans le four Danks, comme nous le dirons dans la suite, et à tel point que, malgré les déchets inévitables, le poids de fer préparé est supérieur à celui de la fonte mise en réaction.
- Le travail du four se concevra facilement d’après ce qui a été dit plus haut : à la suite de l’opération qui vient de finir, l’ouvrier arrête la sole, répartit également avec son rabot les scories qui y sont restées, relève peu à peu le feu, active le tirage en ouvrant le registre de la cheminée, il met la sole en mouvement et ajoute aux scories des battitures qui fondent également, et forment un nouveau glacis pour la sole. 11 charge ensuite la fonte et active la fusion en brassant les parties solides qui résistent. Le bain fond peu à peu, il est maintenu en agitation par le ni ou veinent de la sole, qui émerge dans sa moitié supérieure au-dessus du niveau du bain ; elle entraîne avec elle des particules de foute liquide qui adhèrent au fond, s’élèvent avec lui, et retombent ensuite dans le bain liquide sous l’action de la pesanteur.
- L’ouvrier puddleur n’a qu’à maintenir sou ringard plongé dans le bain pour y conserver une agitation suflisante et favoriser l’affinage. La fonte blanche reste toujours un peu pâteuse et adhère au fond de la sole ; la fonte grise au contraire est trop mobile, et le mouvement de la sole n’affecte pas sensiblement le bain ; on projette alors un peu d’eau sur la surface pour le refroidir légèrement. Cette eau favorise en outre la réaction chimique ; elle amène une grande agitation dans la masse avec un dégagement tumultueux d’acide carbonique. Les gaz interviennent peu dans les réactions; ils sont plutôt neutres qu’oxydants, mais le minerai de la sole fournit l'oxygène nécessaire à la combustion du car-oone et des autres éléments contenus, et le fer du minerai, devenu libre, s’ajoute à celui de la charge comme nous le disions.
- L’ouvrier racle de temps en temps le fond de la sole pour détacher les grumeaux adhérents, puis, quand le fer prend nature, il arrête le mouvement, et forme un gâteau en réunissant les petites masses qui occupent la partie inférieure du bain. Il obtient ainsi une première loupe qu’il soulève et expose à l’action du courant gazeux; puis il la tire hors du
- four pour la faire cingler. La sole reprend alors son mouvement de rotation, de nouveaux grumeaux apparaissent à la surface et s’accumulent devant la porte de travail ; l’ouvrier arrête les transmissions et accumule ces grumeaux, comme tout à l’heure, en une seule niasse. Il continue ainsi jusqu’à ce qu’il ait converti en fer toute la fonte chargée sur la sole. Cette dernière partie du travail reste aussi pénible que dans l’ancien système, mais on voit que dans la première période le brassage est effectué mécaniquement, et n’entraîne plus la même fatigue.
- La partie pénible du travail consiste surtout dans le soulèvement du fer et la confection des loupes, car le mécanisme n’est plus alors d’aucune utilité à l’ouvrier puddleur ; il doit subir pour le traitement d’une charge une période de travail réellement dure et pénible.
- Le poids de fonte traité dans une charge est de 900 kilogr. environ; c’est quatre fois, comme on le voit, la charge d’un four ordinaire ; l’opération dure 2 heures 1/2, et on traite eu moyenne 9 charges
- en 24 heures.
- La sole a une grande influence sur la réaction ; comme nous l’avons dit plus haut, elle doit être composée de minerais très-purs, comme celui de Mokta, et elle s’use assez rapidement d’ailleurs , car elle doit être réparée tous les deux jours, et chaque réparation exige environ 700 kilogr. de minerai.
- D’après les renseignements fournis par M. Per-net, la consommation de houille par tonne de fer produit n’est guère supérieure à une tonne, tandis qu’elle dépasse une tonne et demie dans les fours ordinaires. L’économie serait surtout considérable avec les fontes de uature line.
- Comparé au four Danks, dont il sera question dans notre prochain article, le four Pernot présente l’avantage d’utiliser les anciens massifs, et de ne pas exiger de nouveaux appareils de grande puissance, le garnissage de la sole serait également plus facile. Comparé aux anciens fours, il a l’avantage de réduire le travail du puddlage et de diminuer la consommation. Il semble donc réaliser un progrès important dans la métallurgie du fer; toutefois, avant de se prononcer sur sa valeur définitive, il convient d’attendre le résultat des essais qui sont tentés actuellement dans certaines usines de France, et dans plusieurs établissements importants de Russie.
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
- — La suite prochainement. —
- Fig. 2. — Coupe longitudinale du four l'eruot dounaut la vue (le la sole mobile.
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- CHRONIQUE
- L’Exposition des champignons. — Huit jours après la splendide Exposition des fruits, légumes et fleurs d’automne, dont nous avons parlé dans le précédent numéro, une Exposition de champignons vient d’avoir lieu dans le même local les 21 et 22 octobre. C’est la seconde année que la Société botanique de France réunit les my-cologistes en congrès à Paris, dans le local de la Société d’horticulture, 84, rue de Grenelle. La session a été complétée par des conférences et des séances qui ont eu lieu chaque soir, et cinq excursions qui se sont faites du 22 au 25 octobre, dans les bois de Saint-Germain, Yillers-Cotte-rcts, Meudon, Écouenet Fontainebleau, pour y rechercher, sous la conduite des professeurs, les champignons, habituellement si abondants en octobre. Il serait important de propager les études et les connaissances mycologiques ; ellespermettraient d’utiliser plus complètement un aliment très-sayoureux, nourrissant et réconfortant à l’égal des viandes, que chacun peut récolter gratuitement, et qu’on laisse le plus souvent se perdre, dans la crainte très-légitime et trop souvent justifiée d’ailleurs d’un empoisonnement.
- L’Exposition qui a pour but de répandre la connaissance des caractères distinctifs de ces cryptogames est fort bien classée ; chaque espèce est représentée en double exemplaire; tout autour de la salle, les champignons sont classés par ordre botanique; sur les tables centrales, ils sont divisés en comestibles, à gauche et vénéneux, à droite. L’Exposition est complétée par des aquarelles admirablement peintes par M. le docteur Bichon et d’autres botanistes distingués, artistes non moins habiles que savants mycologistes.
- On a envoyé des spécimens de fort loin, même de l’étranger ; nous avons tout spécialement remarqué une espèce nouvelle d’amanite au port très-singulier, et à laquelle sa volva semble former une sorte de chapeau inférieur retourné ; cette rare espèce, le Batlarea guienar-diniana, a été envoyée de Florence. Tous les champignons sont représentés, de la moisissure à la truffe. Les champignons vénéneux ne sont pas les seuls nuisibles ; il faut y joindre beaucoup d’espèces parasites, telles que les rouilles, les ergots, etc. 11 y a jusqu’à des genres parasites d’autres champignons : tel un rare Torubia ophioglossoïdes croissant sur un Elophomyces souterrain. Citons encore un magnifique groupe d'Agaricus ostreatus comestible, et plus spécialement les très-belles préparations de mycéliums de champignons et de truffes, extrêmement difficiles à obtenir, exposées par M. Cordamy, d’Angoulême. M. Cor-damy, par scs recherches expérimentales, a fait faire un nouveau pas à l’embryogénie des champignons, si particulièrement obscure.
- Le charbon en Allemagne. — Des expériences ont été récemment faites en Allemagne, tant par l’Association des propriétaires de mines de charbon à Dort-mund, que par les soins des autorités maritimes de Wil-hemshafen, dans le but de comparer diverses sortes de charbons, provenant des mines fie Westphalie, avec les charbons anglais. Les premiers ont été reconnus comme possédant des qualités au moins égales à celles des meilleurs charbons pris en Angleterre. Aussi les grandes compagnies allemandes de paquebots à vapeur, et la marine de guerre elle-même, ont-elles à peu près renoncé à faire usage de ces derniers, excepté, bien entendu, dans les ports étrangers ; et depuis plusieurs mois, ce sont les
- mines de Westphalie qui leur fournissent leur combustible. L’escadre allemande qui a passé à Besika, il n’y a longtemps, était approvisionnée exclusivement de charbon allemand. (Engineer.)
- Navires perdus en mer. — Voici la récapitulation générale des sinistres mari limes de l’année 1876, d’après les documents publiés par le Bureau Veritas :
- NAVIRES PERDUS
- Pavillons. Voiles. Vapeur. Total.
- Anglais . . 447 70 517
- Français . . 165 7 172
- Allemand. . . 107 5 112
- Américain . . 152 15 167
- Autrichien. . . 26 » 26
- Russe. ......... 17 )) 17
- Italien . . 32 1) 52
- Espagnol . . 21 7 28
- Hollandais. . . . 58 4 62
- Danois 1 36
- Norvégien . . 155 2 137
- Suédois. . . 58 1 59
- Belge. . : . . . 2 1 3
- Portugais. . . 11 1 12
- Turc <> )) 2
- Grec . . 15 » 15
- Péruvien . . 2 )> 2
- Brésilien . . 5 )) 3
- République Argentine. . . . . 1 )) 1
- Pavillons inconnus. . . . 154 18 172
- 1423 152 1555
- Dans ce chiffre total de 1555 navires à voiles et à vapeur, on en compte 100 environ qui figurent comme navires supposés perdus ou sans nouvelles. Mais l’expérience *a démontré que sur 100 navires perdus ou sans nouvelles, il s’en retrouvait en moyenne 2 tout au plus. On doit donc considérer le chiffre des pertes que nous venons de signaler comme exact, à 2 ou 3 unités près. Il n’est pas inutile de rappeler que, pour l’année 1876, le nombre total des navires à voiles s’élevait à 58 200, et celui des navires à vapeur à 5771.
- — Le Petit Marscdlais publie une statistique curieuse sur le commerce du thé à Marseille. En 1856, le port de cette ville recevait à peine 11 755 kilogrammes de thé. En 1866, les quantités reçues s’élevaient déjà à 229 211 kilogrammes, dont 225813 venant directement de Chine. En 1874, il a été reçu à Marseille 3 940 885 kilogrammes de thé; en 1875, 3 077 892, et en 1876, 2201880. La diminution constatée en 1876 provient de la faiblesse de la récolte combinée avec les stocks considérables dans les entrepôts d'Europe. Les thés reçus à Marseille prennent généralement le chemin de l’Angleterre.
- — A l’Exposition de Philadelphie, MM. Flood et O’Brien, de San-Francisco, ont envoyé un bloc d’argent de la valeur de quatre millions, mesurant près de trois mètres sous toutes ses faces, et qui avait été transporté sur un truc spécial, vu son poids de 500 tonnes.
- Un bloc d’argent, plus volumineux encore que celui de Philadelphie, sera envoyé par les mêmes négociants à l’Exposition de Paris. Le bloc en question arrivera par mer et par la Seine, sur un bateau spécial.
- — La grande baleine de l’aquarium de Westminster vient de mourir. Un détail curieux a été constaté : les anguilles vivantes qu’on avait destinées à la nourriture du cétacé, le voyant mort, se précipitèrent dessus et se mirent à se repaître du cadavre.
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- LA NATURE.
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- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 22 octobre 1877. — Présidence de M. I'eugot .
- Formation des charbons feuilletés inter glaciaires de la Suisse. — C’est par l’intermédiaire de M. Daubrée, que M. Charles Grad adresse à l’Académie une importante étude sur les charbons feuilletés quaternaires si activement exploités dans le baSsin et de la Lunmat et sur les bords du lac de Constance, en Suisse. La conclusion du savant auteur est que ces charbons ne proviennent pas de bois flotté et entassé, mais d’amis de mousses et de végétaux palustres formés comme ceux de nos tourbières actuelles, puis comprimés sous l’effet des glaciers qui ont envahi cette formation en la couvrant de débris erratiques. L’invasion des glaciers alpins par dessus les dépôts de Uùrnten, d’Ulznach et de Mœrschwyl est > n fait hors de doute. Peut-être même ces glaciers ont ils déjà apparu dans la chaîne suisse avant la formation des charbons, comme semblent l’indiquer quelques cailloux striés recueillis sous les dépôts de Mœrschwyl et deWilzikin. Dans ce cas, les glaciers des Alpes se seraient avancés dans la plaine à deux reprises, séparées par un intervalle de retrait d’assez longue durée pour le dépôt des charbons. Ce qui est certain, c’est- que le climat de cette période de formation des charbons a différé bien peu du climat de l’époque actuelle. La flore actuelle présente les mêmes espèces que la végétation des charbons feuilletés, semblable aussi à celle de la forêt fossile de Cromer, sur les côtes du comté de Norfolk, en Angleterre. Récemment, M. Rutiineyer a découvert dans les charbons feuilletés un tissu de bois indiquant un ouvrage de l’industrie humaine, en sorte que 1 homme semble avoir vécu, en Suisse à l’époque des formations de Durnten, avant la -rande extension des glaciers qui ont recouvert ces mêmes dépôts de blocs erratiques.
- Études sur la vigne. — L’analyse des feuilles d’un grand nombre de variétés de vignes, a fait voir à M. Ma-cagna, directeur de la station agronomique de Gadinara, en Italie, que ces organes renferment beaucoup de glucose et de crème de tartre passant ensuite dans le fruit. Il résulterait de ce fait que la pratique du pincement, consistant comme on sait, à supprimer des feuilles à un certain moment du développement, ne serait .pas sans conséquences nuisibles.
- Le même auteur, ayant cultivé comparativement de la vigne en plein air, sous une toile blanche et sous une toile noirfi, a reconnu que le fruit renfermant dans le premier cas 12 pour 100 de glucose, n’en présente plus que 8 pour 100 dans le second et pas du tout dans le troisième. La lumière exerce donc une action immédiate sur l’élaboration du principe sucré.
- Etude sur l'outremer. — On sait comment, entre les mains habiles de M. Guimetla chimie est arrivée à reproduire de toutes pièces et à un bon marché inespéré, le précieux lapis-lazuli, l’outremer si recherché de nos ancêtres. La méthode consiste à calciner un' mélange d’argile, de soude et de soufre, et quoiqu’elle donne des résultats certains et toujours les mêmes, il faut bien avouer qu’elle est encore dépourvue de toute théorie. Dans cette manipulation on ne sait pas bien ce que l’on fait, et comment en serait-il autrement, puisqu’on ignore jusqu’ici la vraie composition de l’outremer.
- Dans un mémoire analysé aujourd’hui par M. Dumas, M. Plick apporte des faits qui sont certainement de nature à élucider cette importante question, en même temps
- qu’ils formeront sans doute, au point de vue industriel, un mode opératoire fournissant des produits plus beaux que tous ceux obtenus jusqu’ici. L’auteur au lieu de recourir à l’argile, dont la nature est mal définie prenu comme matière première le silico-aluminate de soude, dont on doit la connaissance à M. Deville. Ce sel, parfaitement incolore est soumis au rouge, à l’action d'un courant d’hydrogène sulfuré. Sous l’influence de celui-ci, la matière acquiert une teinte d’un gris-bleuâtre qui n’a rien encorp de commun avec Je splendide produit qu’il s’agit de préparer. On prend cette sorte d’ébauche d’outremer et on la maintient quelque temps dans une atmosphère d’acide sulfureux; alors la transformation est complète, de l’outremer véritable, absolument pur, apparaît.
- En remplaçant les deux gaz sulfurés par les composés analogues du sélénium et du tellure, on obtient, dans le premier cas un corps rosâtre, et dans l’autre, une poudre presque noire, et ces deux produits, encore qu’ils soient industriellement inutilisables ont cet intérêt de montrer l’analogie d’allure vis-à-vis du sel sodique de trois métalloïdes déjà bien connus pour le parallélisme de leurs propriétés.
- Sulfure de carbone solide. — Depuis que la destruction du phylloxéra a nécessité l’emploi dans les campagnes de quantités convenables de sulfure de carbone, on sent de plus en plus la nécessité de se mettre à l’abri des inconvénients qui résultent de son état liquide et de son extrême volatilité. M. Cassius pense avoir résolu la question en incorporant le sulfure dans la gélatine, qui peut en effet en absorber, sous formes solides jusqu’à 75 pour 100 de son poids. M. Dumas présente de petits cubes ainsi préparés, dont on se propose d’étudier l’action dans les vignobles de Béziers. Stanislas Meunier.
- LES CHIENS DE CHÂSSE
- RACES ANGLAISES l.
- TERRIERS A POIL RUDE, POUR LE RENARD.
- Rien ne peut mieux fournir une idée exacte de la différence profonde qui sépare le chien français des espèces anglaises, que la vue des deux Terriers que nous donnons. Aucune des qualités que nous recherchons dans nos chiens courants de petit équipage ne se rencontre ici, et cependant ces chiens sont maintenus purs dans leurs aptitudes, recherchées de l’autre côté du détroit. Nous ne pouvons nous empêcher cependant de signaler une similitude, pas autre chose, c’est que dans les deux pays chaque race de chiens courants est double, formée de types à poil rude et de types à toison douce.
- Jusqu’à ces trente dernières années unTerner à poil rude et bourré, différant entièrement des Skyes, des Dandies et des Yorkshire bleu et feu, se rencontrait communément d’un bout à l’autre de l’Angleterre. Le plus curieux c’est qu’il était souvent appelé écossais, — lucus a non lucendo, — étant d’ailleurs absolument inconnu de l’autre côté de la Tweed. Il ressemblait parfaitement au chien que l’on nomme maintenant Terrier à poil rude, pour le renard; mais il portait le plus souvent une toison un peu plus
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- LA NAT U UE.
- longue sur le corps et d’une texture plus grossière, la barbe était beaucoup plus proéminente qu’on ne l’aime aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, il y a plus de quatre-vingt-six ans que la race de ces types appréciés existe dans la famille de Lcgard.
- Blamble et Topper sont les deux meilleurs types, que nous avons réunis dans notre gravure, mais ni l’un ni l’autre n’ont les fausses côtes assez profondes pour atteindre la perfection, qui est d’ailleurs lort rare. Quant à la couleur préférée, pour tous les
- terriers qui chassent la fausse bête, c’est le blanc plus ou moins marqué de feu ou de noir; beaucoup de terriers sont noir et feu, plus encore gris et fauve, d’autres sont gris foncé ou rouges, bruns, blaireau même.
- Comme autrefois on coupait les oreilles à tous les terriers, il est impossible de dire si elles étaient ordinairement droites, tombantes ou en tulipe; presque personne n’en a vu. Il est probable que l’ancien terrier avait l’oreille comme le moderne, c’est-à-
- dire plus ou moins dressée, même dans les meilleures portées. Cette remarque constituerait, à elle seule, une démarcation profonde entre toutes ces races et la nôtre où une oreille dressée ou même demi-cassée serait considérée comme marque inacceptable de bâtardise et suffirait à faire rejeter la plus belle portée.
- Ce n’est toutefois qu’en 1872, et après une longue discussion, qu’une classe spéciale de Rough Fox terriers fut créée dans les Expositions pour admettre les chiens dont nous nous occupons ici. On les appela aussi Broken haired ou à poil ébouriffé, ce qui fut regardé comme synonyme. L’un des plus beaux spécimens, Venture, a été, il y a quelques
- années, à Carlisle, mêlé avec des chiens à loutre, et il y fait merveille depuis ce temps-là.
- Les points du Terrier à poil rude sont les mêmes que ceux du terrier à poil lisse, que nous donnerons bientôt. Une chose fort importante est la qualité de la bourre épaisse et douce qui existe sous les grands poils et qui préserve l’animal du froid et de l’humidité. Une toison courte et serrée vaut mieux qu’une longue, elle sèche plus vite et ne garde pas indéfiniment l’humidité. H. de la Blanchère.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- 5 NOVEMBRE 1877
- LA NATURE
- 555
- LE SINGE PYGMÉE
- La Société zoologique de Londres vient d’acquérir d’un ingénieur attaché au service de la navigation sur le Haut-Amazone, un Singe qui peut être considéré comme l’un des plus petits représentants de l’ordre des Quadrumanes. Il n’atteint pas, en effet, la taille d’un écureuil, son corps ne mesurant que quinze centimètres et sa queue étant à peu près de la même longueur. La tribu à laquelle il appartient, celle des Ilapaliens, occupe les derniers rangs de la
- série des Singes dont la tête est formée par les Anthropomorphes1. Tandis que ceux-ci se font remarquer par leur stature presque égale à celle de l’espèce humaine, leur corps robuste, dépourvu d’appendice caudal et leur cerveau volumineux, offrant de nombreuses circonvolutions, les Ilapaliens ne dépassent pas en grandeur certains de nos Rongeurs ; ils ont le corps assez grêle, mais couvert d’une épaisse fourrure et terminé par une longue queue, et le cerveau presque entièrement lisse. Gomme les Cébiens, avec lesquels ils constituent la famille desPlatyrrhinicns, ils n’ont ni callosités ni abajoues, mais ils se distin-
- L’Uuisliti pygmée (Uapale pyyrnxa), d'après l’individu vivant au Jardin zooloyique de Londres. (Grandeur naturelle.)
- guent des autres Singes du Nouveau Continent par leurs ongles en forme de griffes à tous les doigts, sauf aux pouces des membres postérieurs, et par leurs dents, au nombre de trente-deux seulement, les grosses molaires étant réduites à deux de chaque côté, à chaque mâchoire. A ces caractères correspondent des différences assez notables dans les mœurs et dans le genre de vie : aussi certains naturalistes ont-ils cru devoir ériger les Hapaliens, qu’ils désignent sous le nom assez mal choisi d’Arctopithéciens (Singes-Ours), en une famille indépendante, d’une importance égale à celles des Platyrrhiniens et des Catarrhiniens. Lors même qu’on n’adopte pas cette manière de voir, on est forcé de constater que les Ilapaliens offrent certaines affinités avec les Rongeurs, sinon dans le squelette et dans la formule dentaire,
- 5' ;i h inc. — 2“ semestre.
- au moins dans les allures. Comme nos Écureuils, ils sont essentiellement arboricoles, et grimpent avec agilité le long des arbres en enfonçant fortement leurs griffes dans l’écorce; comme eux, ils se montrent vifs et alertes pendant le jour et passent la nuit cachés dans des trous; comme eux, ils s’abritent contre le froid en ramenant sur leur corps leur queue garnie de poils touffus; comme eux enfin, ils sont timides et défiants à l’excès, prenant la fuite au moindre bruit et courant chercher un abri au milieu du feuillage. Mais là s’arrête la similitude; car tandis que les Rongeurs, munis d’incisives et de molaires robustes, coupent et brisent avec facilité les graines
- 1 Voy., au sujet dos singes anthropomorphes, la série d’articles publiés précédemment dans la Nature (août et septembre 1877), pages 101, 181 219, 227 et 203.
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- LA NATURE.
- et les fruits les plus durs, les Hapaliens, dont les mâchoires sont tout autrement conformées, se nourrissent d’œufs d’oiseaux, d’insectes, de fruits et de bourgeons. Sous le rapport de l’intelligence, les Hapaliens paraissent de beaucoup inférieurs aux autres Singes, et chez eux le sens du toucher en particulier est médiocrement développé, les membres antérieurs se terminant par de véritables pieds, dont les doigts sont armes de griffes, et les membres postérieurs n’offrant que des mains imparfaites, dont le pouce même n’est pas complètement opposable. Leur tête est arrondie; leur face aplatie est animée par des yeux petits, mais très-brillants, et leurs oreilles sont souvent garnies de touffes de poils qui impriment à leur physionomie un cachet bizarre ; enfin leur corps est couvert d’une épaisse toison, soyeuse et douce au toucher, et variée souvent, sur le dos et sur la queue, de bandes régulièrement disposées1. Par l’aspect et le mode de coloration de leur fourrure, par leurs dimensions, par leur genre de vie aussi bien que par les détails de leur organisation, les Hapaliens constituent une famille très-naturelle. On peut cependant les diviser en deux genres : les Ouistitis (Hapale ou Jacchus) qui ont la queue longue et touffue, qui ne portent point de crinière autour de la face, mais qui ont des pinceaux de poils aux oreilles, et les Tamarins (Midas), dont la tête est ornée d’une crinière, tandis que les oreilles sont plus ou moins dénudées. Nous laisserons complètement de côté ce dernier groupe pour nous occuper exclusivement des Ouistitis.
- Les espèces du genre Jacchus se trouvent toutes, sans exception, dans l’Amérique tropicale, depuis l’isthme de Panama jusqu’au 30e degré de latitude sud, mais principalement, sinon exclusivement dans la région qui s’étend à l’est des Andes ; elles vivent les unes dans les forêts vierges, les autres dans les plaines parsemées de broussailles. La plus connue est l’Ouistiti vulgaire (Hapale ou Jacchus vulgaris),
- , au pelage d’un gris roussâtre, rayé alternativement de roux et de noirâtre, avec quinze à dix-huit anneaux tranchés sur la queue, une tache frontale blanche, de forme triangulaire et de longs poils blancs sur les côtés de la tête. Elle habite la Guyane et le Brésil et a été décrite il y a fort longtemps par Buffon, par Illiger et par Geoffroy Saint-Hilaire. Ses dimensions sont fort réduites, mais un peu plus considérables cependant que celles du Singe pygmée acquis par la Société zoologique de Londres : le corps, en effet, mesure de 0m,20 à O”1,23 et la queue (P,55 environ.
- L’Ouistiti vulgaire est sans doute bien connu de nos lecteurs, car il est importé fréquemment en Europe; il s’est même reproduit en captivité, et plusieurs naturalistes, tels que Cuvier, Pallas et Audouin, ont pu faire sur cette espèce des observations fort intéressantes. Les petits, qui naissent les
- 1 C’est à cause de la nature de leur pelage que ces animaux ont reçu d’Illigcr le nom d’IIapaliens, tiré du mot grec «naioj (mou).
- yeux ouverts, ont la tête très-grosse, le pelage d’un gris foncé, presque uniforme, sauf sur la queue, où déjà les anneaux sont assez bien dessinés, et les oreilles dépourvues de pinceaux. Aussitôt après leur naissance ils s’attachent à leur mère qui cependant ne semble pas avoir pour eux une bien vive affection, et qui ne manque pas de les confier au mâle aussitôt qu’elle se sent fatiguée. Celui-ci à son tour les rend à sa compagne lorsqu’ils veulent leter. Les adultes, tout en étant d’un caractère timide, s’attachent néanmoins aux personnes qui les soignent, et quoiqu’ils ne manifestent point une grande intelligence, paraissent cependant capables d’associer des idées. Ainsi, l’un des deux Ouistitis qu’Audouin conserva pendant assez longtemps avait pris l’habitude de fermer les yeux toutes les fois qu’il mangeait du raisin, et cela parce qu’une fois, en prenant un grain, il s’était lancé un peu de jus dans l’œil. A la vue d’une guêpe, cet animal, de même que son compagnon, pris d’une terreur soudaine, se réfugia au fond de sa cage et finit par cacher sa tête dans ses mains, quoiqu’il vît cet insecte pour la première fois sans doute et qu’il fit journellement la chasse aux mouches avec beaucoup d’adresse. Témoin de ce fait, Audouin eut l’idée de présenter à ses deux Ouistitis, non plus une guêpe vivante, mais un dessin colorié représentant cet hyménoptère, et, à son grand étonnement, il constata que les Singes reconnaissaient parfaitement leur ennemi et donnaient des signes de la plus vive frayeur. Or, on sait que la plupart de nos animaux domestiques et même certains Singes assez élevés en organisation, s’ils manifestent de la joie ou de la colère en apercevant leur propre image réfléchie dans une glace, restent, en revanche, parfaitement indifférents devant le portrait, quelque fidèle qu’il soit, d’un animal d’une autre espèce.
- Pallas rapporte que des Ouistitis ont parfaitement supporté l’hiver de Saint-Pétersbourg et ont paru, au contraire, fortement incommodés par les chaleurs de l’été ; mais ce fait doit être une exception ; car d’ordinaire, dans nos ménageries, ces petits Singes, en dépit des soins dont on les environne, ont beaucoup de peine à franchir la mauvaise saison. On les nourrit principalement, soit avec des œufs qu’ils vident avec beaucoup de dextérité, soit avec des fruits ; encore faut-il que ceux-ci soient bien tendres et bien sucrés, car les Ouistitis rejettent aussi bien les amandes que les fruits acides. La viande n’a pour eux point d’attraits, et quand ils ont entre les mains quelque oiseau vivant, après l’avoir étouffé, au lieu de le dévorer, ils lui ouvrent le crâne, pour se repaître de sa cervelle, suivant en cela l’exemple de nos Mésanges. Leurs cris sont très-variés : ils expriment l’effroi, traduit par une sorte de glapissement ; la colère, par un sifflemen t bref; la joie, par un petit cri ou un gazouillement assez harmonieux. A la moindre contrariété ils hérissent les poils de leur tête en grinçant des dents, et cherchent à mordre la main qui les saisit. Mais il
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- LA NATURE.
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- est juste de dire que ces inégalités d’humeur se manifestent plutôt chez les individus qui ont été pris à un âge déjà avancé, que chez ceux qui ont été capturés jeunes. Pour se rendre maîtres de ceux-ci, les Indiens blessent ou tuent la mère à coups de flèches, et s’emparent sans difficulté des petits qu’elle porte suspendus sur son dos.
- Tout à côté de l’Ouistiti vulgaire se place l’Ouistiti oreillard (Hapale aarita), au pelage d’un noir roussâtre avec des bandes noires à peine distinctes sur la région dorsale, et l’Ouistiti à camail [Hapale humeralifer) ,à la face blanche encadrée de poils brunâtres, au corps noirâtre, avec une pèlerine d’un blanc neigeux sur la région scapulaire et à la queue ornée d’anneaux incomplets. Ces deux espèces habitent le Brésil comme l'Hapale vulgaris et comme lui se font remarquer par des touffes de poils blancs qui s’élèvent sur la face antérieure de leurs oreilles. Dans d’autres Ouistitis, au contraire, tels que l’Ouistiti à pinceaux (Hapale penicillala), et l’Ouistiti à tête blanche (Hapale leucocephala) qui vivent dans les mêmes régions, les touffes auriculaires sont noires. Enfin, dans l’Ouistiti mélanure (Hapale rne-lanura, dont le Mico (Simia argentata) de Buffon n’est peut-être qu’une variété albine, le poil d’un brun clair est presque ras et ne s’allonge pas de chaque côté de la tête en forme de pinceaux, et la queue est d’une teinte noirâtre uniforme. C’est à la même catégorie qu’appartient l’Ouistiti mignon ou pygmée (Hapale pygmœa) dont nous donnons aujourd’hui une figure exécutée d’après nature et l’Ouistiti aux pieds blancs (Hapale leucopus), espèce décrite l’an dernier par M. Gray et qui, comme son nom l’indique, a les avant-bras, les pieds et les mains d’un blanc presque pur, le reste du pelage étant d’un gris brunâtre, plus ou moins lavé de roux. VHapale leucopus a été découvert à Médellin, en Colombie, tandis que YHapale pygmœa qui porte d’ailleurs une livrée toute différente, d’un roux tiqueté et rayé de noir, et qui offre des dimensions beaucoup plus faibles, est confiné dans certaines régions du Brésil et du Pérou. L’Ouistiti mignon est représenté depuis 1847 dans les collections du Muséum d’histoire naturelle, par une série d’individus, d’âges différents, capturés par MM. de Castelnau et Deville dans le llaut-Amazone, aux environs des Missions de Sarayacu et d’Ega. La même espèce a été rencontrée plus récemment par M. E. Bartlett, à Santa-Cruz, sur la rivière Huallaga (Pérou) ; mais malgré tous ses efforts, ce voyageur n’a pu s’en procurer qu’un seul individu.'
- E. Oustalet.
- EXPLOSION DE FEU GRISOU
- DANS LA MINE DE HIGH BLANTYRE EN ÉCOSSE.
- Le lundi 22 octobre, deux cent trente-trois mineurs étaient descendus dans les mines de High Blantyre, près
- Glascow, quand une terrible explosion se produisit. Les galeries s’effondrèrent et les puits se trouvèrent tout à coup comblés par les éboulements. On lit les plus grands efforts pour voler au secours des malheureux, mais il ne fut possible que de sauver en pénétrant au fond d’un puits encore accessible, vingt mineurs environ, dont la figure était toute noircie et horriblement brûlée. Parmi ceux-ci se trouvait un enfant qui ne tarda pas à expirer après avoir vu le jour pendant quelques secondes seulement.
- Cette explosion coïncide, ainsi que l’Observatoire de Paris l’a fait remarquer plusieurs fois dans son Bulletin., avec le passage d’une dépression considérable traversant l’Écosse. Le 21 octobre, en effet, le baromètre était en baisse de 17 millimètres depuis la veille à l’ouest de l’Écosse. La baisse a traversé l’Écosse, et le 22 se trouvait vers la côte de Norvège. Sous l’influence de cette raréfaction subite de l’air, l’hydrogène carboné situé dans les couches inférieures, a dû se mélanger avec l’air de la mine et pi'oduire un mélange détonant. On ne saurait donc trop insister sur la nécessité que les baisses soudaines et rapides du baromètre soient constatées par les ingénieurs des mines. En augmentant dans ces cas la ventilation, on arracherait certainement au grisou quelques-unes de ses victimes. Nous croyons du reste, que M. Daubrée, directeur de l’École des mines, se préoccupe grandement de cette question.
- DÉCOUVERTE
- DE L’OXYGENE DANS LE SOLEIL
- NOUVELLE THÉORIE DU SPECTRE SOLAIRE.
- L’objet de cette communication est de montrer, à l’aide de la photographie, que l'oxygène existe dans le Soleil et est révélé par les raies brillantes du spectre solaire. %
- L’oxygène ne donne pas de lignes sombres comme les métaux ; c’est pourquoi il devient nécessaire ue changer la théorie du spectre solaire et de ne plus le regarder seulement comme un spectre continu, avec certaines raies provenant de l’absoption par une couche de vapeurs de métal en fusion, mais comme un spectre présentant aussi des lignes brillantes et des bandes superposées sur le champ du spectre continu.
- Une telle conception n’ouvre pas seulement la voie à la découverte d’autres corps non métalliques, soufre, phosphore, sélénium, chlore, brome, iode, fluor, carbone, etc.; mais elle peut expliquer que certaines lignes, dites sombres, doivent être regardées comme des intervalles entre les lignes brillantes. U doit être bien compris ici que, en parlant du spectre solaire, je n’entends pas désigner le spectre d’une portion limitée du disque ou du bord du Soleil, mais le spectre du disque entier.
- A l’appui de cette assertion, je donne ci-jointe la reproduction d’une photographie du spectre solaire, et, pour permettre la comparaison, celle du spectre de l’air avec quelques-unes des raies du fer et de l’aluminium. U est difficile, sur une seule photographie, de faire venir bien au point les divers
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- LA NATURE.
- corps : c’est pourquoi j’ai choisi l’épreuve négative, qui montrait le plus clairement les coïncidences de l’oxygène.
- Pour compléter cette observation, il est nécessaire de démontrer que les lignes de l’oxygène sont vues comme lignes brillantes dans le Soleil, tandis que les lignes du fer sont représentées par des lignes sombres.
- La ligne brillante du fer, en G (4307), peut, en raison de la superposition intentionnelle des deux spectres, être considérée comme passant dans la ligne sombre d’absorption du Soleil. En même temps, la quadruple ligne d’oxygène, entre 4545 et 4350, coïncide exactement avec le groupe brillant du spectre solaire placé au-dessus. Ce groupe de l’oxygène suffit presque, à lui seul, à prouver la présence de l’oxygène dans le Soleil; car non-seulement chacune.
- des quatre composantes a sa représentation dans le spectre solaire, mais l’intensité relative et l’aspect général des lignes sont semblables. Je ne pense pas que, dans la comparaison des spectres des éléments et du Soleil, on ait attribué une importance suffisante à l’apparence générale de ces lignes, sauf en ce qui concerne leur position ; dans les reproductions photographiques, c’est là un point qui apparaît avec une importance manifeste.
- L’attention doit aussi être attirée sur la double ligne 4319-4517, sur la double ligne 4190-4184 et sur la ligne simple 4135. La ligne d'oxygène la plus intense est la triple ligne 4076-4072-4069; et ici encore on remarque une très-belle coïncidence, quoique le spectre de l’air semble proportionnellement plus intense que celui du Soleil. Mais il faut se rappeler que le spectre solaire est affecté par le
- Spectre du soleil et de l’oxygène et’de l’azote de l’air. (D’après une photographie de M. Henry Draper.)
- O, indique l’oxygène; Az, l’azote; Fe, le fer; Al, l’aluminium. Les nombres placés au-dessus du spectre du soleil sont les longueurs d’onde. G, h, H, sont les lignes dominantes du soleil à l’extrémité violette du spectre. Le point principal à remarquer est la coïncidence des lignes brillantes de l’oxygène avec les lignes brillantes du spectre du soleil.
- passage à travers l’atmosphère, et que l’effet d’absorption se produit principalement dans l’extrémité violette du spectre. Quelques expériences que j’ai faites, dans l’été de 1873, montrent combien cette absorption locale grandit avec l’épaisseur de l’air ; et c’est ainsi que, pour obtenir le spectre ultra-violet, il faut, au coucher du Soleil, deux cents fois plus de temps qu’à midi.
- Ces recherches sont plus longues et plus difficiles qu’on ne saurait le dire, à cause des nombreuses conditions qui doivent être réunies pour obtenir une bonne photographie. L’oxygène doit être amené à une vive incandescence par un courant électrique, ce qui nécessite l’emploi d’un moteur à mouvement uniforme, de la force de deux chevaux, mettant en action une machine de Gramme, dont le courant est transmis à une grande bobine de Rhumkorff, à travers un interrupteur Foucault. Cette disposition doit
- produire environ 1000 étincelles de 10 pouces par minute. Ces étincelles doivent être condensées par une batterie de bouteilles de Leyde, soigneusement proportionnées au tube de Plücker.
- Eu même temps, il faut que l’héliostat envoie un rayon de Soleil, que l’appareil optique de la fente, les prismes, les lentilles et la chambre soient soigneusement disposés et que les foyers soient bien réglés. De plus, le laboratoire photographique doit être installé assez complètement pour permettre de préparer des plaques au collodion humide, qui puissent supporter une exposition de quinze minutes et un développement prolongé1.
- H. Draper.
- 1 Comptes rendus de VAcadémie des sciences. Séance du l6t octobre 1877.
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- LE TREMBLEMENT DE TERRE
- DU 8 OCTOBRE 1877 EN ITALIE, EN SUISSE ET EN FRANCE.
- On considère habituellement les tremblements de terre comme des phénomènes exceptionnels. Cela est heureusement vrai, s’il s’agit de cataclysmes qui détruisent les villes, ouvrent d’immenses crevasses dans le sol, et causent la mort de populations entières ; mais les oscillations du sol, qui se font sentir comme un simple ébranlement, sont aussi nombreuses que la plupart des phénomènes météorologiques. Si l’on en additionne les cas observés dans la plupart des régions du globe, on arrive parfois à un chiffre aussi élevé que celui des orages, des coups de foudre, ou des tourbillons.
- Les oscillations du sol, loin d’être des phénomènes rares , rentrent bien au contraire dans la classe de ceux que la nature met habituellement en jeu, à la surface du sphéroïde terrestre. Les tremble ment s de terre, comme toutes les manifestations des forces naturelles, obéissent assurément à des lois immuables; si la
- physique du globe ne les a pas encore découvertes, s’il est actuellement téméraire- de formuler à cet égard des hypothèses, et de chercher le lien qui doit exister entre les phénomènes sismiques et les phénomènes atmosphériques, il est toujours utile d’en-regislrer les faits, qui sont les plus solides matériaux de l’édifice scientifique. C’est ce que nous avons cherché à faire le plus complètement possible, pour le tremblement de terre du 8 octobre 1877. Nous avons dressé la carte ci-dessus, qui indique, soulignés par un trait, les points où les secousses ont été appréciables; nous y joignons les récits que nous avons pu réunir à ce sujet.
- Les secousses ont été intenses dans le nord de l’Italie.
- Cendant toute la journée du 8 on a ressenti à Malésine (Italie) des secousses, tantôt fortes et tantôt légères, suivies d’une rumeur souterraine. « A huit heures vingt du matin, écrit un témoin, nous
- M £
- tremblement <ic. terre sont SQHügneeseJ'urvtrait
- Carte du tremblement de terre du 8 octobre 1877.
- en avons eu une très-forte, plus forte que toutes celles qui ont été ressenties depuis longtemps. Je ne vous décris pas les légers dégâts soufferts par quelques maisons, ni les murs et les cheminées qui se sont écroulés, ni les crevasses qui se sont ouvertes dans quelques rues. Je passerai aussi sous silence les phénomènes qui se sont produits dans les eaux, dont quelques-unes ont changé de couleur.
- « De grosses masses de terre se sont détachées des montagnes. L’une d’elles a même atteint un pauvre père de famille qui faisait des fagots avec son fils dans un bois. Le malheureux tenta de se sauver, mais il fut saisi et transporté par l’éboulement à quelques mètres de distance. Son fils se sauva sous un amas de bois. Le père n’est pas mort, mais il a un bras cassé et plusieurs graves blessures qui mettent ses jours en danger. Un autre jeune homme fut légèrement blessé par un éboule-ment dans une autre localité, d A cinq heures douze minutes du matin le tremblement de terre a été, à Lyon, ondulatoire du sud-ouest au nord-ouest. « Pendant deux secondesen-vironj’ai entendu très-distinctement, nous écrit M. Charlon, un bruit sourd venant du midi, ressemblant au roulement d’une voiture légère, mar-
- ' chant avec la rapidité de l’éclair. Les secousses étaient à ce moment assez intenses pour faire craquer j les planchers; puis (fait fort curieux) le bruit cessa ! pendant une ou deux secondes ; les secousses sem-j blaient diminuer : tout à coup un grondement se fit | de nouveau entendre, cette fois-ci paraissant venir du nord pour se diriger sur le sud. Pendant deux secondes encore les secousses se firent sentir avec plus d’intensité qne dans la première période. Le phénomène a duré environ en tout quatre à cinq secondes. «
- La secousse a été particulièrement appréciable à la Croix-Rousse et sur tout le versant du plateau qui regarde la Saône. Nombre de personnes ont été réveillées eu sursaut. Des pendules ont été arrêtées; certaines batteries de cuisine appendues aux murs d’une maison de la Grande-Côte produisaient un bruit retentissant. Les meubles, dans les maisons, étaient soulevés. Sur le boulevard de la Croix-
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- Rousse, dans certaines maisons il y a eu des meubles renversés et de la vaisselle brisée. A Saint*Just également, la secousse a été très-forte. Les maisons ont été ébranlées. Dans l’intérieur de Lyon , des sonnettes ont tinté. A Écully, dans une propriété appartenant à M. D..., une pièce d’eau a eu ses parois fendues et l’eau qu’elle contenait's’est écoulée. A Saint-Symphorien-d’Ozon, la secousse a été plus violente. Les personnes qui étaient couchées ont été réveillées en sursaut, et plusieurs, croyant que leur maison s’écroulait, n’ont fait qu’un saut du lit au milieu de la rue, en costume des plus sommaires. Les chiens eux-mêmes ont été pris d’épouvante et ont fait entendre des aboiements plaintifs1.
- Nous avons reçu diverses communications de Crassier, de Divonne, de Sainte-Croix, de Chiètres, de Morat, de Riex, d’Aigle, de Rex, de Rossiniè-res, etc., relatives à ce tremblement de terre du 8 octobre. Le phénomène s’est étendu à toute la partie occidentale et septentrionale de la Suisse, depuis Râle et Genève2.
- A Besançon, la secousse s’est Lût sentir vers cinq heures du matin. Pour quelques personnes, l’impression a été celle de la chute d’un meuble dans la maison, suivie d’un bruit dans l’appartement voisin. D’autres se sont senties agitées dans leur lit et se sont levées effrayées. D’autres, enfin, ont perçu la secousse et le bruit, accompagnés d’un cliquetis du globe de leur lampe. Nous savons que le même phénomène a été observé à Baume, ce qui indique que la commotion a dû s’étendre à une distance assez considérable. Il a du reste coïncidé avec une baisse sensible du baromètre et un brusque changement dans la direction du vent. Cette perturbation atmosphérique à Besançon a amené la pluie en remplacement de la bise froide qui régnait depuis plusieurs jours3.
- Dans le Jura les oscillations se sont prolongées pendant un certain temps; elles ont été assez fortes pour réveiller bien des gens encore couchés ; ceux qui étaient levés sont sortis immédiatement pleins d’anxiété4.
- Dans le Dauphiné la secousse a eu lieu du sud-est au nord-ouest ; elle a été de courte durée, trois secondes au plus5.
- A Chambéry, la secousse a été accompagnée d’un sourd grondement assez semblable au bruit produit par une voiture lourdement chargée. La commotion a duré cinq ou six secondes. Les ondulations paraissaient se diriger du nord-est au sud-est. Dans beaucoup de maisons, les meubles ont été dérangés, des plateaux renversés et la vaisselle brisée. Plusieurs cheminées se sont lézardées. Les murs ont éprouvé un mouvement d’oscillation qui a occasionné à beaucoup de personnes un vif mouvement de frayeur®.
- 1 Le Petit Lyonnais.
- 2 Gazette de Lauzanne.
- 3 Union Franc-Comtoise.
- 4 Journal du Jura.
- 8 Républicain du Dauphiné.
- e Courrier des Alpes.
- Le tremblement de terre a été assez intense dans * la Haute-Savoie, à Bonneville, à Saint-Geoire.
- Dans Saône-et-Loire, d’après M. Basroger, la secousse a eu lieu à deux reprises avec un intervalle de deux secondes. La première secousse a été faible et instantanée ; la deuxième a duré trois secondes, plus intense que la première, suffisante pour réveiller beaucoup de personnes dans leur lit, faire trembler les vitres et même les meubles dans les appartements. Le phénomène a semblé comparable au tremblement que produirait, dans le deuxième étage d’une maison située près du chemin de fer, un train passant à toute vitesse.
- Voici ce que M. le Dr A. Niepce fils a publié au sujet du phénomène, observé par lui à Pont-Charra-sur-Biéda (Isère) :
- « A la période de fortes pressions observées ces jours derniers, succédait dès hier soir, dimanche 7, une chute lente et graduelle du baromètre, lorsque ce matin 8, à cinq heures onze minutes (temps de Paris), une première secousse de tremblement de terre dirigée du nord-est au sud-ouest s’est fait sentir pendant la durée de deux secondes ; puis, après un intervalle de deux secondes également, une deuxième secousse plus intense, de trois secondes, a ébranlé les maisons jusque dans leurs fondements. La trépidation a mis en mouvement les sonneries des pendules, les batteries de cuisine, les tuiles sur les toits, après avoir été précédée au loin d’un roulement sourd et profond, comparable à celui produit par le passage d’un train de chemin de fer. En même temps, les maisons ont oscillé sur leur base, comme si le sol se dérobait, et les habitants sont sortis précipitamment épouvantés1. »
- A Belfort, plusieurs secousses, d’une durée totale de quatre à cinq secondes, et dirigées du nord au sud, ont été ressenties entre quatre et cinq heures du matin. Les oscillations du sol dans cette localité ne paraissent pas avoir eu une grande intensité.
- A Moutiers (Savoie), le phénomène a eu lieu à cinq heures trente minutes du matin. La secousse a duré pendant quatorze secondes, du nord-est au sud-ouest. Le bruit du tremblement ressemblait à celui de la vapeur d’une locomotive au moment où l’on met le train en marche.
- A Mulhouse, les secousses ont eu lieu à cinq heures quinze. Un grand nombre d’habitants ont été brusquement réveillés.
- Nous ajouterons que le 1er octobre, à huit heures quinze minutes, temps moyen de Rome, à l’Observatoire de Collio, l’abbé Bruni a constaté une secousse de tremblement de terre qui a duré trois secondes environ. Les baromètres sont immédiatement descendus de 2 millimètres. Cette secousse semble avoir été locale. Nous ne nous y arrêterons pas plus longuement.
- Pour résumer ce qui concerne le tremblement de terre du 8 octobre, nous nous bornerons à dire qu’il
- 1 Bulletin international de l’Observatoire de Paris.
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- s’est fait sentir dans l’est de la France, suivant des directions variables, depuis Belfort jusqu’à Valence, et depuis Lyon jusqu’à la frontière; en Suisse, dans toute la partie occidentale et septentrionale ; et dans la Haute-Italie, vers les régions du nord-est. — Il semble que généralement on a subi l’action de deux secousses successives1. Gaston Tissandier.
- ANALYSE SPECTRALE DES COMETES
- Le journal astronomique anglais the Observatory a publié récemment le résultat de l’analyse spectrale des comètes I, II et III de cette année 1877. La petite table suivante représente les longueurs d’onde trouvées dans les lignes brillantes du spectre de ces comètes, et en comparaison celles du spectre du carbone. La première de ces trois comètes a été examinée par M. de Konkoly, la deuxième et la troisième par lord Lindsay.
- Comète I. Comète II. Comète III. Carbone.
- 5696 5716 Id
- 5556 5560 5580 5595 5607 lia
- 5432 5282 5457 5393 II b
- 5177 5160 5086 5175 5279 Ile
- 4986 • 5079 5205 Ilia 5172 III b
- 4765 4722 4679 4705 4676 4840 IV a 4699 IV b
- La troisième série d’observations de la comète II a été faite à l’aide d’un spectroscope de Grubb, muni d’un grand prisme composé, et elle doit être plus complète que les autres. Lord Lindsay fait remarquer que le spectre de cette comète ressemble à celui de la deuxième comète de 1868 (Winneeke), tandis que la comète III présente le type particulier observé dans la comète de Brorsen de 1868, et dans la première comète de 1871. Le noyau de la comète Il donne un spectre continu lorsqu’on l’observe à l’aide d’un faible pouvoir dispersif; mais avec un pouvoir plus fort, le spectre à lignes brillantes surpasse l’autre. Ce fait est d’accord avec le principe bien connu, en vertu duquel les protubérances solaires sont visibles sur le fond d’un spectre continu affaibli. On a vérifié à l’Observatoire de Greenwich l’existence du spectre continu et sa disparition lorsque le pouvoir dispersif est plus grand.
- Quant au spectre des composés du carbone, des comparaisons directes faites à Greenwich en 1875, en juxtaposant deux spectres dans le même champ, ont montré qu’il n’y a pas de différence sensible
- 1 Au moment où nous corrigeons les épreuves de cet article, nous apprenons qu’une nouvelle secousse de tremblement de terre a été ressentie le 24 octobre à Lisbonne, en Portugal;, Deux fortes oscillations successives ont été observées le matin à 6 heures 45 minutes. Elles se sont produites par un temps orageux. Aucun dégât n’a été signalé.
- entre les spectres donnés par des tubes vides, contenant respectivement de l’oxyde et du bioxyde de carbone, du gaz oléfiant, de l’alcool et de l’azote, et que l’introduction des bouteilles de Leyde dans le circuit induit, semble plutôt augmenter l’éclat des lignes spectrales que produire aucun changement radical. Il faut remarquer cependant que d’autres observateurs ont trouvé des résultats différents.
- Les longueurs d’onde des bandes de'carbone sont données dans chaque cas pour le bord voisin de l’extrémité rouge du spectre, les chiffres romains indiquant le numéro de la bande et les petites lettres ses subdivisions. Chacune des bandes s’évanouit du côté du bleu, de sorte que les lettres a, b, c, dénotent l’éclat relatif des subdivisions. Il est important de ne pas l’oublier, car sur les trois bandes principales des comètes 1 et II de cette année, la première seule coïncide (dans les limites d’erreur) avec la partie la plus brillante du spectre de carbone, tandis que les bandes situées à 5175 zb et 4705 de. correspondent aux bandes secondaires du carbone, dont l’éclat augmente avec la température croissante de la bouteille de Leyde. On ne peut encore décider actuellement si la présence de ces deux bandes à l’exclusion de celles qui dans les circonstances ordinaires les accompagnent avec plus d’éclat, peut être considérée comme le témoignage d’une très-haute température; il y a encore trop d’incertitude dans les observations, pour décider sur un point aussi délicat. Mais la coïncidence satisfaisante des bandes Id, II a, et de la ligne brillante 5457 caractéristique du gaz oléfiant (hydrocarbone) porte à croire que le spectre cométaire est réellement le même que celui des composés du carbone, quoiqu’en d’autres conditions physiques sans doute. 11 est possible que les bandes 5079 et 4576 observées dans le spectre de la comète III, correspondent aux bandes du carbone III b et IVb; la ligne 5282 paraît coïncider avec une faible bande secondaire du carbone, et il n’en est que plus difficile de s’expliquer l’absence de la bande brillante II a dans le spectre de cette comète.
- On voit, comme nous l’écrivions dernièrement (Études sur VAstronomie, tome VII), que malgré la probabilité de l’analogie de la substance cométaire avec les composés du carbone, la certitude n’est pas encore démontrée par l’observation.
- Camille Flammarion.
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- EMPLOI DES MATIÈRES TINCTORIALES
- ET EXTRACTION DE L’iNDÏGO CHEZ LES ANCIENS ORIENTAUX1.
- L’une des industries les plus anciennes, c’est assurément la teinture des fils et des tissus. On a vu, dans un article précédent2, que les Phéniciens
- 1 Fragments détachés d’un ouvrage manuscrit sur Les Arts chimiques, industriels et économiques chez les anciens.
- * La Nature, 5e année, n° 217, du 28 juillet 1877, p. 129.
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- ' avaient utilisé de bonne heure le suc de certains
- Fig. I.— Rhammts utilis (Decaisne).
- Fig. 2. — Hhamnux chlorophorus (Decaisne).
- mollusques gastéropodes, les Murex et les Buccins,
- Fig. 3. — Indigotier Iranc ou des teinturiers (Indigo fera tinctoria).
- pour en obtenir la magnifique couleur qui fut si célèbre sous le nom de Pourpre de Tyr.
- Les Indiens, les Perses, les Chinois, les Égyptiens ne furent pas moins habiles à tirer parti des nombreuses matières colorantes que la nature leur offrait à profusion, soit dans le règne végétal, soit chez certains insectes. Voici l’énumération de celles qu’ils employaient et qu’ils communiquèrent aux teinturiers de la Grèce, de l’Italie et des Gaules :
- 1° Pour les couleurs rouges, ils avaient surtout recours : aux racines de deux espèces de garance (Rubia peregrina et R. mungista), du Chaya-weer (Oldenlan-dia umbellata), si voisine des précédentes, du Noona ou Ver puttay (Morinda cilrifolia ou umbellata), de l’Orcanctte, d’un Litho-spermum (L. erythroxylon), aux bois d’Inde, de sa-pan, de santal rouge, aux Heurs de Carthame, à la Cochenille, au Kermès et à la résine laque.
- 2Ü Pour les couleurs, jaunes, ils avaient à leur disposition : les racines de Curcuma, d’Épine-vinette et du T i-Hoang (Rhemnesia sinensis) , les écorces et bois du Hoang-pe (Pterocarpus flavus), du Fustet, du tlang-Lou (Dervilla versico-lor), le bois jaune de Sumatra, la Gaude, le Genêt, les fleurs du Hoaï-hoa ou Wei-hwa ( Sophora japonica ), enfin les graines jaunes de Perse, fournies par plusieurs espèces de Nerprun ou Rham-nus.
- 3° Pour les couleurs bleues, ils les produisaient avec les feuilles
- des Indigotiers, du Pastel, d’un Laurier-rose (Wrigh-tia tinctoria), d’une Renouée ou Persicaire (Polygo-num tinctorium), du Sapatoo-Poo (Hibiscus rosa sinensis), d’une rose trémière (Althœa rosea), et de plusieurs autres plantes dont le suc incolore prend une teinte bleue au contact de l’air.
- 4° Pour les couleurs brunes et noires, ils ne manquaient pas de matières tinctoriales, telles entre autres que : les écorces de noyer et de châtaignier,
- Fig. 4. — Polygonum tinctorium. ou Persicaire des teinturiers.
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- les feuilles de Henné (Lawsonia inermis) et du gousses de Bablah (Acacia vera), les Myrobolans,
- Tsao-Kie (Mimosa fera), le brou de la noix, les le Cachou, la Noix de gallel.
- 5° Enfin, les Chinois spécialement obtenaient par le traitement des écorces des branches de deux es-
- pèces de Nerprun (Rhamnus ntilis et R. chloropho-rus), dont voici la représentation (fig. 1 et 2), une
- Fig. 6. — Vue intérieure de l’indigoterie de Killinour.
- sorte de laque nommée Lo-Kao, avec laquelle ils donnaient à la soie et au coton des nuances vertes assez solides, mais surtout remarquables parce
- qu’elles ne changent pas à la lumière artificielle.
- 1 Voir les figures de ces différentes matières tinctoriales dans le IV® volume des façons de Chimie élémentaire appliquée
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- C’est ce qu’on appelle chez nous le Vert ou VIndigo vert de Chine.
- La plupart des substances tinctoriales que je viens d’énumérer, sont encore en usage dans les mêmes régions de l’Orient1. Les Brahmanes eo'nservent dans les pagodes des reliques de la plus haute antiquité et ornées de vêtements de soie teinte. Les toiles bleues et les mouchoirs rouges de Madras, les Cachemires, les Bandanas, le Ronge des Indes*, le Paliacat, le Nankin des Indes et de la Chine, l’Indigo ou Indien m, la cuve d'Inde, les Indiennes ou Perses, voilà des noms consacrés dans le commerce de toutes les nations, depuis des siècles, qui rappellent bien que c’est de l’Asie orientale que nous sont venus les premiers procédés de teinture et de peinture des fils et des tissus.
- Il est certain que dans l’Inde et en Perse, on savait teindre en écarlate avec la Cochenille, et que les vêtements de cette couleur étaient si communs qu’ils étaient portés par les plus pauvres gens. Le médecin Ctésias, qui fut longtemps attaché à la cour de Perse à la fois comme médecin et comme négociateur, sous le règne d’Artaxercès Mnémon (404-362 ans avant J. C.), et, après lui le philosophe Ælian, professeur de rhétorique à Rome, sous le règne d’Alexandre Sévère, ont donné la description de l’insecte qui constitue la Cochenille et de la plante qui le nourrit; ils disent aussi que l’Inde produisait une si grande quantité de cette substance colorante que, dès les premiers temps, on en faisait un commerce d’exportation5. Le roi de Perse envoya à l’empereur Aurélien, entre autres présents, des étoffes de laine d’un pourpre bien plus éclatant que tout ce qu’on avait vu jusqu’alors dans l’empire romain4.
- Les Indiens teignaient encore la soie avec le Kermès, qui était aussi connmdans le Levant du temps de Moïse; ce dernier l’appelait jola, d’après le professeur Tychsen; on s’en servait pour donner le premier bain (ou ce qu’on appelle un pied dans nos ateliers) aux laines destinées à être teintes en pourpre. On a fait également usage de tout temps de la Laque pour la teinture en rouge écarlate ou en cramoisi sur soie et laine, dans l’indoustan, au Bengale, en Perse et jusqu’au Japon.
- L’extraction et l’emploi de l’Indigo témoignent surtout que les teinturiers orientaux des époques les
- aux arts industriels, par SI. J. Girardin. 5e édition. — G. Masson, éditeur.
- 1 Étude pratique du commerce d'exportation de la Chine, par MM. F. Iledde, Ed. Renard, A. Haussmann et N. Rondot. — Paris, in-8°, 1849. — Ch. Dupin, Force productive des nations, t. I, 3e partie, p. 693. — Stanislas Julien et P. Champion, Industries anciennes et modernes de l’empire chinois, 1869, p. 81.
- 2 Le rouge des Indes est teint avec le chaya-weer, tandis que le rouge turc ou d’Andrinople est obtenu avec la garance. (Gonfreville.)
- 5 Délavai, Recherches expérimentales sur la cause dv, changement des couleurs dans les corps opaques et colorés. Préface, p. 24. — Voy. les sommaires et fragments de Y Histoire de Perse, de Ctésias, publiés par Henri Estienne, à la suite de l’édition d’Hérodote, de Didot.
- 1 Reckmann, tiré de la Vie d’Aurélien, par Vopîscus, ch. 29.
- plus reculées, avaient déjà une pratique assez avancée. La belle’ matière colorante bleue solide qu’on extrait des feuilles des Indigofera (Indigofera anïl., tinctoria, cœrulea (fig. 3), etc.), petites plantes herbacées qui appartiennent à la même famille que nos haricots, nos trèfles, nos luzernes, c’est-à-dire à la famille des légumineuses, qu’on extrait aussi d’une espèce de Laurier-rose (Wrightia tinctoria), et en Chine du Polygonum tinctorium (fig. 4), cette belle matière colorante, dis-je, ne se forme que lorsque le suc incolore de ces plantes a été pendant un temps suffisant en contact avec l’air; une fois qu’elle s’est isolée des autres principes qui l’accompagnaient dans le tissu végétal, elle se dépose par suite de son insolubilité sous la forme d’une poudre floconneuse d’un bleu intense; c’est alors qu’elle prend le nom d'Indigo.
- Yoici comment, dans tout l’archipel Indien, on procède à cette extraction depuis un temps immémorable. Les figures ci-jointes, que je dois à l’amitié de Gonfreville de Rouen, ancien élève des Gobelins, qui résida pendant plusieurs années dans nos établissements de la côte de Coromandel, vers la fin de la Restauration, aideront à comprendre la série des opérations pratiquées dans l’indigoterie de Kil-linour.
- Les fabricants reçoivent du cultivateur les feuilles sèches des indigotiers; elles sont dépouillées de leurs tiges et brisées. On voit à droite de la figure 5, un angle du magasin où l’on dépose ces feuilles qui arrivent en sacs mesurés par gallons. On voit en face une argamasse, ou grande plate-forme en maçonnerie pour éventer, trier, époudrer, égrener la plante et les feuilles ; celles-ci restent exposées pendant un jour à l’ardeur du soleil avant d’être rentrées en magasin, où on les comprime fortement, en les recouvrant de nattes pour prévenir l’accès de l’air et de l’humidité.
- Après vingt jours environ d’emmagasinage, on commence à travailler les feuilles. Celles-ci étant concassées, on en remplit deux auges en maçonnerie exactement jaugées et graduées pour mesurer la quantité (20 à 50 gallons) qui doit être mise en opération. On fait tomber ces feuilles dans de très-grandes cuves en maçonnerie, dits trempoires, et au moyen de rigoles qui amènent l’eau de deux puits à bascule dits pe'cota ou picotah, qu’on voit dans le lointain, on couvre les feuilles de quatre fois leur volume d’eau. Au bout de deux heures, on fait passer l’eau d’infusion des trempoires dans deux autres grandes cuves aussi en maçonnerie, dites batteries, va. la faisant traverser d’abord une étoffe de poils de chèvre d’un tissu peu serré.
- On voit dans l’une de ces batteries, un paniken ou contre-maître, et huit coulis ou ouvriers qui battent l’infusion avec des bâtons pendant environ deux heures, ou jusqu’à ce qu’un peu de liqueur, qui alors doit avoir une couleur de bleu-grisâtre, mise dans un verre ou dans une tasse, présente de petits grains qui se précipitent rapidement lors-
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- qu’on y verse quelques gouttes d’eau de chaux. Ce battage de l’infusion a pour but de mettre l’indigo blanc soluble qui s’y trouve en contact avec l’air ; l’oxygène de celui-ci, en se fixant sur le principe incolore, le change en indigo bleu insoluble qui se dépose.
- Lorsque le paniken a reconnu, après plusieurs essais, que la transformation est complète, on cesse de battre, et on ajoute dans la batterie 14 litres d’eau de chaux par 50 kilogr. de feuilles employées. On agite le tout pendant quelques minutes, on laisse déposer, on décante la liqueur éclaircie qu’on évacue au dehors, et en ouvrant une rigole qui se trouve au bas de chaque batterie, on fait passer le dépôt boueux de matière colorante sur des toiles placées au-dessus de petites cuves, dans l’intérieur de l’indigoterie (fig. 0).
- Lorsque l’indigo s’est bien égoutté, des coulis ou parias l’enlèvent de dessus les toiles avec une espèce de truelle, et l’apportent au paniken qui le fait chauffer avec une grande quantité d’eau dans des chaudières qu’on voit sur le premier plan à droite de la figure; cette opération a pour but d’épurer, de cuire, de donner de la cohésion aux particules colorantes ; après une ébullition dont la durée varie, on écume, et on enlève le feu de dessous les chaudières ; on les remplit d’eau et on laisse déposer. Le dépôt est placé sur des filtres de toile, ou sablières, placées à l’arrière-plan de gauche, puis, <*piand il a la consistance requise, on le soumet à la presse dans une boîte criblée de trous et doublée d’une toile (il y a deux presses sur le premier plan à gauche); enfin, on divise la galette de pâte bleue en cubes au moyen d’une truelle (c’est là le travail auquel se livrent les deux coulies accroupis au centre de l’atelier) ; ces cubes sont posés sur des claies en bois qu’on porte ensuite dans les étagères d’un séchoir situé à l’extérieur. La dessiccation s’effectue d’abord au soleil, puis à l’ombre ; on a soin de faire disparaître les gerçures qui se produisent à la surface des petits pains d’indigo alors qu’ils se dessèchent.
- Le procédé que je viens de décrire subit de légères modifications suivant les localités. Ainsi, dans les indigoteries du Bengale, on introduit un peu d’alumine dans les batteries pour mieux précipiter l’indigo et le rendre léger. Bans d’autres endroits, au Sénégal par exemple, on opère avec les feuilles vertes.
- Comment les Indiens, sans aucune notion sur la nature chimique des corps, sont-ils arrivés à trouver les moyens de teindre avec l’indigo qui, je l’ai déjà dit, est insoluble quand il est à l’état de pâte ou de poudre bleue? Comment ont-ils découvert qu’il fallait le concours réuni d’une matière agissant comme désoxydant, et d’un alcali opérant comme dissolvant pour remettre l’indigo bleu à l’état d’indigo blanc ou soluble? C’est ce qu’il est assez difficile d’indiquer.
- Toujours est-il que, lorsque les schettys (teintu-
- riers) et les moutchys (coloristes en toile) de l’Inde veulent teindre leurs toiles et mouchoirs en bleu, ils broient l’indigo le plus finement possible, le mettent avec de l’eau dans de grandes jarres enfoncées presque jusqu’au bord dans le sable chaud de leur atelier, y ajoutent une forte décoction de tagarey-verey ou graines du Cassia tora, et une certaine quantité de Kaziim, c’est-à-dire d’une lessive caustique, obtenue en laissant en contact pendant un temps suffisant de la chaux de coquillages calcinés avec une terre alcaline nommée Olla-Munnoo des environs de Pondichéry. Après avoir bien rémué ce mélange, les jarres sont couvertes, paillées ou agitées de temps en temps, et quarante-huit heures après la réduction de l’indigo est opérée, le bain s’est éclairci, décoloré, et dans cet état il est bon à teindre les toiles.
- On trempe celles-ci dans le bain, on les tord au-dessus et on les expose à l’air ; c’est alors qu’on voit la couleur bleue se développer, ce qui s’appelle déverdir dans nos ateliers. On passe plusieurs fois les mêmes pièces dans le bain, en les tordant à chaque fois et les mettant à déverdir, jusqu’à ce qu’elles aient acquis la nuance bleue qu’on désire obtenir. On les lave ensuite à grande eau et on les fait sécher.
- Les manipulations pour passer, lever, abattre, éventer, laver, étendre, crêper, tordre les pièces, so fout toutes sans le secours d’aucun outil ou instrument; les mains, les pieds, les dents même suffisent.
- La planche ci-jointe (fig. 7), qui représente l’intérieur d’un établissement de Pachnampett, côte de Coromandel, donnera une idée de la simplicité du matériel d’une teinturerie en bleu pour les toiles dites guinées.
- Le centre est occupé par un massif de maçonnerie a a a a, dans lequel sont encastrées des jarres ou saal en poterie contenant les bains de teinture. Parmi les ouvriers qui se tiennent sur ce massif, les uns (b) mélangent l’indigo avec le Karum et le Tagarey; d’autres (c, c) paillent les bains; quel-, ques-uns immergent les toiles (d), d’autres (e) les tordent, d’autres (/) les éventent.
- A la gauche (g), se trouvent les fines qui servent à préparer la lessive ou Karum, sous la surveillance du paniken (h) ijui opère le mélange de la chaux avec YOlla-Munnoo,
- A la droite dans le haut est l’atelier (i) pour la cuisson du Tagarey; on apperçoit quelques-uns des fourneaux placés sur une seule ligne. Plus bas, en k, il y a une grande jarre ovale servant à tremper l’indigo ; et en Z, une autre jarre encore plus grande destinée au décreusage des toiles blanches.
- Les toiles, après leur passage dans les cuves au bleu et après Yévent, sont déposées momentanément sur l’étendage (m), puis étendues sur le pré [nnn).
- L’ouvrier (o) relève une pièce sèche pour une nouvelle teinture. Un autre (p) transporte une pièce finie pour la remettre à l’apprêteur. La femme (r)
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- est occupée à porter les divers ingrédients nécessaires au montage des cuves.
- Nos teinturiers européens n’ont fait qu’imiter et perfectionner le procédé indien ; ils ont remplacé le tagarey-verey par la garance, le son, le miel ou la couperose, selon qu’ils agissent à chaud ou à froid, et le karum par la potasse, la soude, l’urine ammoniacale ou la chaux caustique ; ils s’aident d’instruments, de machines pour la manœuvre des toiles ; mais le principe est toujours le même.
- Les Chinois ont été moins avancés sous ce rapport que les Indiens. Ils n’avaient pas l’indigo solide et sous forme de cubes ou de tablettes. Pour donner à leurs étoffes une couleur bleue quelconque, ils employaient et emploient encore les feuilles des Indigotiers à l’état vert ; ils les triturent et les pétris-
- sent avec de la terre glaise; ce mélange est jeté immédiatement dans une cuve à teindre avec les toiles qui doivent en prendre la couleur. De cette manière, il s’en fait une très-grande consommation dans les contrées de l’empire où les Indigotiers peuvent être cultivés. Les Chinois ne fabriquent donc pas d’indigo proprement dit et n’en font par conséquent aucun commerce avec l’étranger. La matière brûle et fort grossière qu’ils préparent, et à laquelle le mot indigo ne saurait être appliqué, est consommée sur les lieux mêmes, au fur et à mesure des besoins. Le voyageur naturaliste Perrottet dit que les indigènes des Philippines et de Java emploient les mêmes moyens que les Chinois pour teindre en bleu'.
- Les anciens Egyptiens connaissaient l’indigo et
- savaient s’en servir, puisqu’on a trouvé autour de certaines momies conservées dans le musée luthérien de Glasgow des toiles à bandes bleues, dont la couleur a fourni à l’analyse tous les caractères de l’indigo C J.Girardin, de Rouen.
- SUITE DE RECHERCHES
- SUR LES EFFETS PRODUITS
- PAR DES COURANTS ÉLECTRIQUES
- DE HAUTE TENSION, ET SUR LEURS ANALOGIES AVEC LES PHÉNOMÈNES NATURELS.
- Les effets que j’ai décrits précédemment2 ont été obtenus en faisant agir un puissant courant élec-
- 1 Journal de chimie medicale. 1838, p. 224.
- - Voy, 4" année, 1876, 2e semestre, p. 49 et 69.
- trique à la surface d’un liquide salin. Pour étudier les effets produits sur l’eau distillée, j’ai augmenté encore la tension du courant, en réunissant 20 batteries secondaires, composées chacune de 40 couples, et formant un total de 800 couples secondaires, dont le courant de décharge équivaut à peu près à celui de 1200 éléments de Bunsen2.
- 1 Perrottet, Aid de l'indigotier. 1 vol. in-8° — Paris, 1842.
- 8 La force électromotrice de chaque couple secondaire à lames de plomb vaut, en effet, à l’instant de la rupture du courant primaire, une fois et demie celle de l’élément de Grove ou de Bunsen, d’après la mesure que j’en ai donnée en 1860, et d’après de nouvelles déterminations que j’ai faites récemment. La résistance de chacun des couples composant les batteries est très-notablement inférieure à celle des éléments de Bunsen de dimension ordinaire, par suite du très-grand rapprochement des lames de plomb et malgré l’exiguïté de leur surface totale (2 décimètres carrés). Cette résistance est à peine de 3 mètres de fil de cuivre de 1 millimètre de diamètre
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- Quand on fait agir le courant de cet ensemble de batteries sur l’eau distillée, on retrouve d’abord, avec une plus grande intensité, les effets déjà observés, par M. Grove, à l’aide de 500 éléments de sa pile à acide nitrique. L’électrode positive étant plongée d’avance dans l’eau distillée, on obtient, en approchant le fil de platine négatif de la surface de l’eau, et le relevant aussitôt, une flamme jaune, presque sphérique, de 2 centimètres environ de diamètre (fig. î). Le fil de platine, d’un diamètre de 2 millimètres, fond avec vivacité , et se maintient quelques instants en fusion à une hauteur de 14 à 15 millimètres au-dessus du liquide. Cette flamme est formée par l’air raréfié incandescent, par la vapeur du métal de l’électrode et par les éléments de la vapeur d’eau décomposée; l’analyse spectrale y montre surtout clairement la présence de l'hydrogène.
- Si, pour éviter la fusion du métal, on diminue l’intensité du courant en interposant une colonne d’eau dans le circuit, l’étincelle apparaît sous la forme très-nette d’un petit globe de feu de 8 à 10 millimètres de diamètre (fig. 2). En relevant un peu plus l’électrode, ce globe prend une forme ovoïde; des points bleus lumineux dont le nombre varie continuellement, disposés en cercles concentriques, apparaissent à la surface de l’eau (fig. 3). Des rayons de même
- Fig. 1. — (Flamme produite au-dessus de l’eau distillée par un courant électrique de haute tension.
- couleur partent bientôt du centre, et joignent ces points (fig. 4). Par intervalles, les rayons prennent un mouvement gyratoire, tantôt dans un sens, tantôt dans l’autre, en décrivant des spirales (fig. 5 et 6). Quelquefois les points et les rayons disparaissent tous d’un même côté, et des courbes variées , formées par le mouvement de ceux qui restent, se dessinent à la surface du liquide. Finalement, quand la vitesse du mouvement gyratoire augmente, tous les rayons s’évanouissent, et l’on ne voit plus que des anneaux bleus concentriques (fig. 7). Les anneaux se trouvent être le dernier terme de ces transformations qui sont très - curieuses à suivre à l’œil nu, ou avec une lunette, et constituent un véritable kaléidoscope électrique1.
- La production de ces figures s’explique par la grande mobilité des arcs ou filets lumineux qui composent la lumière ovoïde, formée entre l’eau et l’électrode. En examinant avec soin cette forme particulière d’étincelle, on reconnaît que c’est, en réalité, une sorte de houppe ou d'aigrette voltaïque, analogue aux aigrettes de l’électricité statique, mais mieux fournie, à cause de la quantité plus grande d’électricité en jeu. Ces filets lumineux étant dans un état d’agitation continuelle, les points où ils rencontrent la surface du liquide se déplacent constamment et forment les rayons observés. Leur mouvement gyra-
- Fig. 2 5 4. 5. 6. 7.
- Étincelles globulaires ou ovoïdes et figures lumineuses produites au-dessus de l’eau distillée par un courant électrique
- de haute tension.
- toire provient de la réaction duc à l’écoulement du flux électrique. Quant aux anneaux, ils se forment d’une manière visible, sous l’œil de l’observateur, par le mouvement de plus en plus rapide des points bleus, et par la persistance de l’impression sur la létine.
- Lorsque l’électrode métallique est positive, et l’eau distillée négative, l’étincelle affecte encore extérieurement une forme ovoïde ; mais le milieu est traversé par un cône de lumière violacée. Quand on emploie deux électrodes métalliques, on obtient un sphéroïde lumineux dont l’intérieur est traversé par un trait brillant. Cette apparence correspond au trait et à
- l’auréole de l’étincelle] des courants d’induction; seulement ici l’auréole occupe plus d’espace, par suite encore de la plus grande quantité d’électricité. En effet, si l’on augmente beaucoup la longueur de la colonne d’eau interposée, on n’obtient plus qu’un arc ou qu’un trait rectiligne.
- 11 n’est pas nécessaire, dans ces expériences, d a-
- 1 Ces phénomènes peuvent être rapprochés de ceux qui ont été observés par M. Fernet avec les courants d’induction ; ils offrent aussi une grande ressemblance avec ceux qui résultent de la chute de gouttes liquides sur une surface plane, et qui ont été étudiés par MM. flelmholtz, Thomson, Maxwell, Tait, Rogers, Worthington, Trawbridge, etc.
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- mener lelectrode au contact de l’eau pour déterminer le passage du flux électrique. La tension des batteries, bien que les couples qui les composent ne soient pas isolés d’une manière particulière, est assez grande pour que l’étincelle éclate spontanément à 1 millimètre .environ au-dessus du liquide.
- Ce courant traverse aussi l’air raréfié, et illumine brillamment les tubes de Geissler, quand ils ne présentent point de parties trop rétrécies, en y produisant les stratifications observées, dans des conditions analogues, par MM. Gassiot, Warren de la Rue et II.-W. Muller. Une longue colonne d’eau étant mise dans le circuit, on peut, avec une seule décharge des batteries, rendre lumineux un tube de Geissler pendant plus de trois heures et demie, en raison de la faible somme d’électricité dépensée parle passage du courant à travers l’air raréfié.
- Ces expériences complètent celles que j’ai déjà fait connaître pour expliquer le mode de formation de la foudre globulaire. Elles montrent qu’avec une quantité et une tension d’électricité suffisantes, on peut obtenir, non plus seulement des globules liquides électrisés, mais l’étincelle électrique elle-même sous la forme globulaire. Cette variété de manifestation de la foudre doit donc résulter de la production d’un flux abondant d’électricité à l’état dynamique, dans lequel la quantité est jointe à la tension. Le cas particulier, où les globes fulminaires présentent des mouvements lents ou des temps d’arrêt, s’explique par le mouvement ou le repos de la colonne d’air humide fortement électrisée et invisible qui sert d’électrode. Pour imiter, du reste, cet effet, il suffît, dans l’une des expériences précédentes, de faire osciller l’électrode préalablement suspendue sous forme d’un long pendule, au-dessus d’une cuvette pleine d’eâu, ou d’une surface métallique, et de masquer, par un écran, son extrémité inférieure. On voit alors une petite boule de feu se mouvoir au-dessus de l’eau ou de la surface conductrice, et reproduire ainsi toutes les apparences du phénomène naturel*. Gaston Planté.
- CHRONIQUE
- Moyen «le rendre la viande salée plu» nutritive. — Le professeur Robert Gailoway propose un moyen commode d’augmenter la puissance nutritive de la viande salée en vue spécialement de prévenir le scorbut. D’après lui différentes substances concourent à la formation et à la constitution de la chair. Or, pendant l’opération de la salaison de la viande, quelques-unes de ces substances s’en détachent et sont entraînées dans la saumure; celle qui s’y présente en plus grande abondance c’est le phosphate de potasse. 11 est évident que si ce sel était tout d’abord indispensable pour la formation de la chair fraîche, son absence dans la viande salée doit être nuisible. Partant de ce fait, le professeur Gailoway re-
- 1 Comptes rendus de l’Académie des Sciences, t, LXXXY, p. 619.
- commande de faire usage de phosphate de potasse soit avant le repas, soit pendant le repas même.
- 11 trouve une analogie avec ce qui se passe chez tous les êtres vivants du globe, qui font usage de sel commun (ichlorure de sodium) avec la nourriture fraîche pour ingurgiter la quantité de sel'déficiente, et requise pourtant pour la formation normale du sang. Les mets salés manquent de sels de potasse, et comme ces sels sont utiles pour la formation du jus de viande, il est logique de se servir de cet agent, comme l’on se sert de sel commun. L’importance du phosphate de potasse dans l’acte de la nutrition, et partant dans les conditions de la vitalité, a été démontrée par MM. Pasteur et Mayer. Dans leurs recherches sur l’étude physiologique de la fermentation, et du développement des organismes cellulaires, il est prouvé que ce sel est indispensable pour le développement et la nutrition de la cellule de la levûre de bière.
- Quelles sont les objections présentées, et comment peut-on les combattre? On a prétendu d’abord que ce qui pouvait être vrai en théorie, ne l’était plus en pratique parce que le phosphate de chaux n’est pas assimilé. Le professeur répond qu’il est difficile d’admettre que les choses se passeraient pour les sels de potasse tout autrement que pour le chlorure de sodium.
- Une deuxième objection est tirée de la croyance, que c’est l’acide citrique combiné à la potasse dans la nourriture qui s’oppose à l’apparition du scorbut. Le sang et le jus de la viande ne peuvent être formés que par la présence de ces véritables principes constituants. Si l’un d’eux vient à manquer, il n’y a pas plus de production de ces principes qu’il n’y a de formation des os sans le concours du phosphate de chaux. Pour M. Gailoway, les effets bienfaisants du lime-juicc dans la prévention du scorbut, sont dus à la présence de la potasse et des phosphates qu’il contient. 11 convient parfaitement que cette théorie a été combattue par le docteur Parkes, mais il est certain aussi que ni cet éminent hygiéniste, ni les auLres sommités médicales, n’ont donné une explication satisfaisante de l’action salutaire du lime-juice; d’ailleurs il ne faut pas oublier que son administration devient très-désagréable pour certains marins.
- 11 serait donc plus rationnel et plus commode de faire prendre le phosphate de potasse avec la nourriture, que d’administrer une dose de médicament analogue. 11 est très-surprenant de voir qu’on n’ait pas songé à appliquer pratiquement le système du professeur Gailoway. Il est si simple, si économique, d’une application si facile, que le propriétaire ou le capitaine d’un navire devrait commencer par l’expérimenter sur lui-même. Alors même qu’il ne serait pas efficace, il n’amènerait à sa suite aucun préjudice. Si son emploi justifiait au contraire les prévisions du savant professeur, comme agent préventif du scorbut d’une certaine valeur, ce serait un bienfait réel pour nos marins au long cours1. Em. Desenne.
- Le» appareil» pour la manœuvre des canon».
- — Des expériences doivent être faites prochainement à bord du Téméraire en vue d’étudier le fonctionnement des appareils hydrauliques destinés à la manœuvre des canons. Les recherches de la Commission d’artillerie n’ont pas été jusqu’à présent tout à fait favorables aux appareils mus par la vapeur. Les artilleurs aussi bien que les mécaniciens préfèrent en général l’ancienne méthode, c’est-à-dire la manœuvre à bras, aux moyens mécaniques dont on poursuit l’application ; et ils appuient leur opinion sur le
- 1 Journal dlujjl'cne.
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- tir remarquable effectué à Shœburyness avec le canon de 38 tonnes, manœuvré par des hommes, dans lequel 100 coups ont été tirés à raison de un coup par deux minutes. En théorie, l’appareil hydraulique devrait donner un coup en une minute et demie, mais dans la pratique il exige le plus souvent le double de ce temps. La grande objection contre ce système consiste surtout dans les risques d’avaries qu’il peut offrir dans un moment critique. La canonnière allemande Hydra, qui a fait récemment une sortie d’essais, a eu un de ses cylindres hydrauliques avarié après le premier ou le second coup de canon et a dû rentrer au port, faute de moyens de remédier à cet accident. Jusque-là, la marine russe était très-favorable à l’adoption de ce système, mais elle l’abandonne maintenant d’une manière absolue. Dans les derniers essais de la Commission d’artillerie effectués avec les canons de l’un des forts de Spithead, l’appareil hydraulique a éprouvé un accident pendant que l’inventeur lui-même le faisait fonctionner. S’il offre un pareil risque entre les mains d’un habile ingénieur, que serait-ce s’il était confié à des canonniers ignorants? On aura une idée de ces risques d’avaries en notant que les divers organes — tuyaux joints, soupapes, etc., — ont à supporter un effort qui ne va pas à moins de 49k,271 par centimètre carré ; avec l’appareil à vapeur, cet effort ne dépasse pas 2k,816 par centimètre carré. La différence de prix des deux systèmes est considérable : les appareils hydrauliques des deux canons du fort de No#man’s Land à Spithead ont coûté 300000 francs, tandis que l’apparail à vapeur en service à Shœburyness ne coûte pas plus de 25 000 francs par canon.
- (Extrait du Times du 28 août, et Revue maritime.)
- L’exploitation de 1 acide borique en Toscane.
- — M. Delesse, ingénieur en chef des mines, a adressé à Y Association scientifique de France la note suivante sur les soffioni de la Toscane. Cette note est extraite d’un travail fait par MM. Monthiers et Gaston Sciama.
- L’exploitation des soffioni ou sources naturelles d’acidj borique en Toscane est bien connue ; mais, dans ces derniers temps, divers perfectionnements ont été apportés à cette industrie, et il est utile de les l'aire connaître. Au lieu de recevoir le soffione dans des lagoni (bassins), et de faire passer l’eau chargée d’acide borique successivement pendant vingt-quatre heures dans différents bassins, on va chercher au fond du sol par un sondage de 150 mètres au plus, et en général de 30 à 40 mètres, la nappe d’eau qui émet les vapeurs d’acide borique, et l’on emprisonne cette vapeur dans une petite chambre pleine d’eau, où elle arrive avec une grande violence. Le courant se brise là, et tandis que l’eau, qui est toujours mêlée à la vapeur, est arrêtée et écoulée par le bas de la chambre, au moyen d’un robinet chargé de maintenir toujours la même quantité d’eau dans ce récipient, la vapeur qui surnage s’échappe du côté opposé à son entrée et va réchauffer, en coulant autour, les bassins d’évaporation où elle finit par- se l’endre. Sa température au sortir de la chambre varie d’ailleurs de 140 à 200 degrés.
- Cette nouvelle méthode a trois avantages sur l’ancienne : 1° L’eau à évaporer actuellement tient 1,5 pour 100 d’acide borique, tandis qu’elle n’en contenait autrefois que 0,5 pour 100 en sortant du dernier lagone. 2° On avait besoin auparavant d’une grande quantité d’eau pour dissoudre dans les lagoni la vapeur d’acide borique qui s’échappait, et même l’eau faisait très-souvent défaut, surtout en été. 3° Les dômes que l’on avait placés sur plusieurs lagoni, pour capter la vapeur d’eau à sa sortie du
- bassin (c’est-à-dire dépouillée d’acide borique), et pour utiliser sa chaleur dans l’évaporation, outre qu’ils se fissuraient souvent, devenaient nombre de fois inutiles ; car il suffisait que le tuyau d’exhaustion de la vapeur fût légèrement bouché pour que la pression, trop forte dans le dôme, fit jaillir le soffione ailleurs, vu l’extrême inconsistance du terrain, et rendit par cela seul le dôme inutile. D’énormes dépenses ont donc été économisées. D’autres perfectionnements sont encore à l’étude, mais leur description nous entrainerait au delà des limites de cette note. t
- Pêche miraculeuse. — Une pêche vraiment extraordinaire a été faite mardi, 2 octobre, dans un parc de pêche, situé entre Tréport et Mers et appartenant à M. Moutardiers, de Mers. Il a été pris dans ce parc environ 15 000 maquereaux d’une seule marée. On ne se rappelle pas avoir jamais vu une pêche aussi abondante. Ces maquereaux, de moyenne grosseur, ont été vendus 15 centimes pièce. Quelques jours auparavant, dans ce même parc, il avait été pris deux saumons pesant ensemble 80 kilogrammes.
- — Nous avons le regret d’annoncer la mort d’un physicien distingué, M. A. Cazin, professeur au lycée Fontanes, et auteur de plusieurs ouvrages estimés. M. Cazin avait fait partie de l’expédition de file Saint-Paul, pour l’observation du dernier passage de Vénus ; c’est dans cette île qu’il a contracté le germe de la maladie qui l’a enlevé à la science.
- — Les chemins de fer des États-Unis ont actuellement une étendue de 73 508 milles. Le Manuel des chemins de fer aux États-Unis pour 1877-1878, qui vient de paraître, rappelle qu’à la lin de 1807 il y avait 39 276 milles de voies ferrées livrées à la circulation. Depuis cette époque, les chemins de fer ont pénétré jusque dans l’Utah, le Colorado, le Dakota et autres régions du Far-West.
- — Un prélat hongrois, l’archevêque Louis de Ilaynald, a fait construire à ses frais un observatoire astronomique à Kaloesa, Parmi les instruments, on remarque un télescope Browning, un petit réfracteur Mcrz, de 4 pouces, et un instrument de passage, de Cooke. L’organisation du nouvel observatoire se fait sous le contrôle de M. de Konkoly, connu pour avoir fait construire un observatoire bien monté sur sa propriété d’O-gyalla. Ajoutons que l’archevêque de Ilaynald a déjà dépensé des sommes considérables pour des recherches concernant la botanique.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 29 octobre 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Action des acides anhydres sur les bases anhydres. — Ou connaît l’expérience de M. Boussy consistant à montrer que l’acide sulfurique anhydre agit sur la baryte anhydre en dégageant une énorme quantité de chaleur et même de la lumière. Il y avait en apparence exception aux lois normales de la constitution des sels où l’eau intervient toujours comme élément constituant. Dans un travail présenté par M. Dumas, M. Béchamp montre au contraire que le fait est absolument général, et que tous les acides anhydres agissent de même sur les bases anhydres pour donner des sels particuliers.
- A propos de chimie, nous mentionnerons encore à l’actif de la séance d’aujourd’hui une note de M. Aimé Girard sur le dosage du sucre pour les liqueurs cuivriques. L’auteur reconnaît qu’il existe un sucre réducteur, qui n’a pas
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- de propriété rotatoire ; de telle sorte que la méthode d’analyse optique généralement employée procure une perte sensible au fisc.
- Dans un mémoire imprimé, M. Lamy présente un exposé très-complet de la méthode Weldon, destinée à régénérer le peroxyde de manganèse ayant servi à la fabrication industrielle du chlore.
- Vignes américaines. — En présence des insuccès de la science dans sa campagne contre le phylloxéra, le récent Congrès de Lausanne a conclu que le remède devait être cherché non pas dans la destruction du parasite, mais dans la multiplication dos vignes américaines. A cette occasion, M. Fabre, propriétaire de vignobles aux environs de Montpellier, rappelle que c’est lui qui, le premier, a proposé les plants américains. Il ajoute que récemment il a découvert une variété de ces plantes appartenant à l'espèce Riparia, sur laquelle le phylloxéra n’a pas la moindre prise, qui pousse avec vigueur dans tous les ! terrains, même les plus épuisés, qui se multiplie par hou- j turcs avec la plus grande facilité, et qui reçoit la greffe i de toutes les variétés françaises. Les qualités de ce cépage j sont si réelles, que l’auteur est persuadé de reconstituer en peu de temps et à peu de frais les vignobles que le phylloxéra lui a fait perdre.
- Variations du baromètre. — C’est presque un lieu commun de répéter que dans les régions tropicales les variations du baromètre sont si régulières qu’elles remplacent avantageusement une horloge : n’est-ce pas Humboldt qui l’a dit le premier ? Or, d’après M. II. de Parville, il paraît que la chose est loin d’être exacte. Sans doute, on observe chaque jour un maximum et un minimum bien marqués, mais le phénomène n’a pas du tout la régularité mathématique qu’on se plaît à lui attribuer.
- Physique solaire. — Il résulte de l’observation des photographies solaires obtenues chaque jour à Meudon par M. Janssen, qu’outre les granulations connues depuis longtemps sur le soleil, la surface de cet astre est comme divisée en un réseau polygonal dont la disposition indique le développement d’actions tourbillonnaires des plus intenses.
- Algues fossiles. — Par l’intermédiaire de M. le proles-seur Decaisne, M. Munier-Chalmas, bien connu par d’importants travaux géologiques, adresse des recherches relatives à des organismes fossiles classés jusqu’ici avec les polypiers et les foraminifères, et que l’auteur reconnaît pour des algues.
- Ces algues, décrites par M. Munier-Chalmas, appartiennent à plus de quarante genres du groupe des Siphonées, dont 1/10 environ se rencontrent encore vivantes dans les mers des Antilles (Neomeris, Cimopolia, etc.) et sont en décroissance.
- Les espèces fossiles ont été observées à partir du trias jusque dans le terrain tertiaire.
- Stanislas Meunier.
- UNE NOUVELLE EMBARCATION
- DE SAUVETAGE.
- L’embarcation de sauvetage que représente notre dessin est due à l’imagination d’un Américain, M. i. Mane. Cet objet bizarre est formé d’un corps sphérique creux, en métal ou en bois, destiné à être
- garni de lest à sa partie inférieure, de telle sorte qu’il puisse se redresser de lui-même dès qu’il serait mis à l’eau, et ne chavirer en aucun cas, quelque forte que soit la mer.
- Il est pourvu de compartiments pour l’eau et les diverses provisions, d’une porte, d’une ouverture pour hisser les signaux, de sièges confortables à l’intérieur, et d’un mât creux qui en assure la ventilation.
- A l’extérieur, règne une galerie où peuvent se
- Nouvelle embarcation de sauvetage.
- tenir les hommes employés à la manœuvre des voiles ou des avirons.
- M. Mane pense qu’un propulseur, mû par un engrenage placé à l’intérieur, pourrait être adapté à cette embarcation. Celle dont il a fait publier le dessin, et qui a 5“’,66 de diamètre, serait, dit-il, en mesure de contenir environ cinquante passagers. Elle est destinée à être bissée sur des porte-manteaux ou embarquée sur le pont indifféremment. C’est l’œuvre d’un esprit ingénieux assurément, mais qui ne nous paraît pas fort pratique, en raison des difficultés de mise à l’eau que présenterait un tel engin. L. R.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier
- *
- Typographie Laliure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N° 252. — 10 NOVEMBRE 1 877.
- LA NATURE.
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- LES YUCCAS
- Parmi les plantes qui forment le plus bel ornement et qui produisent le plus pittoresque effet sur les pelouses de nos grands jardins, il faut citer les Yuccas. Originaires du continent américain, où ils croissent depuis le Pérou jusqu’au Canada, ces végétaux appartiennent à la famille des Liliacées et au sous-ordre des Aloïnées. Leur racine est un rhizome charnu. Leur tige est ligneuse, souvent arborescente, irrégulière et formée d’un tissu peu serré.
- Leurs feuilles sont longues, raides, épaisses, étroites, lancéolées, persistantes, apiculées, engainantes et souvent bordées de petites dents épineuses. Leurs tlcurs sont nombreuses, pendantes, grandes, disposées en une panicule terminale ; elles sont entourées avant l’anthère d’une spatlie à deux valves ; elles présentent un périanthe, eampanulé, à six folioles égales, conniventes, soudées à leur base, marces-centes et dépourvues de fossettes nectarifères. Leurs étamines, au nombre de six, sont insérées à la base du périanthe ; leurs filets sont courts, renflés vers le sommet, et leurs anthères sont très-petites. Leur
- Yuccas.
- ovaire a trois loges multiovidées et est surmonté de trois stigmates sessiles. Leurs fruits sont capsulaires, oblongs, triangulaires, à angles émoussés et à parois un peu charnues. Les graines sont grosses, nombreuses et aplaties.
- L’horticulture française possède aujourd’hui un assez grand nombre d’espèces de Yuccas et a obtenu diverses hybrides à l’aide de la fécondation artificielle. Les Yuccas les plus répandus sont les Y. brillant; glauque; à feuilles d’aloès ; à feuilles molles; à feuilles pendantes; filamenteux; superbe; etc., etc.
- Tous les Yuccas ont des fleurs d’un blanc mat ou plus ou moins nacré. Cependant divers d’entre eux présentent des teintes lavées de rose, de rouge carminé, de violet, de lilas, de jaune et de verdâtre, ce 5* aimée. — 2e semeslre.
- qui présente dans un massif un ensemble des plus gracieux, que fait ressortir davantage la couleur sombre du feuillage.
- Toutes ces plantes sont vivaces et assez rustiques. On les cultive en plain air. Elles aiment le sol sablonneux et les expositions chaudes. Elles demandent de copieux arrosements lorsqu’elles vont fleurir et à être empaillées durant l’hiver. On les multiplie facilement à l’aide d’œilletons enracinés. Outre leur emploi comme plantes ornementales, les Yuccas fournissent des fibres assez tenaces et dont on fait des cordes, etc. De plus, la pulpe des capsules mûres est douée de propriétés laxatives.
- ÂUG. PlLLA-lN.
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- LA NATURE.
- NOUVELLE
- NAVIGATION ASTRONOMIQUE1
- Au moment où un illustre astronome, M. Le Verrier, digne continuateur des Œuvres de Laplace, terminait l’étude des principales planètes de notre système solaire, un de ses confrères, et son plus ancien collaborateur, terminait un ouvrage qui constitue l’application la plus importante de la science astronomique, l'Astronomie nautique. Cet ouvrage, que les auteurs ont intitulé Nouvelle navigation astronomique, a été fait en collaboration avec un de nos officiers de marine, M. Aved de Magnac.
- Les observations et les calculs faits dans les Observatoires servent à publier des éphémôrides astronomiques, telles que la Connaissance des Temps, le Nautical Almanach, Y Astronomische Jahrbuch, etc.; éphémérides qui contiennent pour chaque jour de l’année les positions du Soleil, de la Lune, des planètes et d’un certain nombre d’étoiles. Ces positions sont nécessaires au marin pour trouver le lieu de son navire, lorsqu’il n’a en vue que le ciel et l’eau ; et l’on comprend combien il importe que ce lieu soit connu exactement, afin que le navire n’aille pas se jeter sur des récifs, alors qu’on pourrait le croire éloigné de tout danger, Mais, depuis environ cent ans, la navigation astronomique n’avait pas fait de progrès sensibles : on entêtait à peu près resté aux règles établies par le célèbre Borda, capitaine de vaisseau sous Louis XVI, et par quelques savants étrangers.
- uL’application de ces règles, contenant à peu près tout ce que pouvaient donner les instruments nautiques à réflexion, et les chronomètres ou montres marines de cette époque, suffisait alors aux besoins do,la navigation; mais 1&> méthodes'de, Borda devenaient de plus en plus insuffisantes,, à mesure que les instruments et les navires se perfectionnaient. :|it
- Autrefois,- quand lé vent était le seul moteur des navires, le marin n’était pas toujours maître de sa manœuvre ; aussi devait-il être très-prudent à l’approche d’une côte dangereuse : pour atterrir, il devait attendre que le temps fût favorable ; quelquefois, il lui fallait rester à distance des terres pendant assez longtemps; mais alors üne augmentation de trois, de quatre jours et même plus, sur des traversées de durées excessivement variables et souvent longues, n’avait nulle importance ; en outre, cette faculté de pouvoir, sans grand inconvénient, attendre le beau temps, ne nécessitait pas la connaissance très-exacte de la position du navire: aussi un atterrissage à 10 milles marins (18k,5) près était-il considéré comme bon. Maintenant, il en est tout autrement : la vapeur, appliquée à la propulsion des bâtiments, leur a donné une rapidité incomparable avec celle des navires à voiles. Le capitaine d’un navire à vapeur, toujours maître de sa manœuvre, doit désormais arriver quand même, et pour ainsi dire à heure fixe : les coups de vent, les nuits sombres, les brumes ne doivent que peu ou point l’arrêter ; mais cela ne peut se faire qu’à la condition qu’il connaisse exactement sa position. Il est donc devenu de première nécessité, pour éviter les naufrages, de mettre la navigation à la hauteur des moyens de locomotion que possède acluel-
- 1 1 beau volume in-4° avec planches et tables numériques. Théorie, par Yvon Yillarccau, astronome de l’Observatoire de Paris, membre de l’Institut et du Bureau des Longitudes. — Pratique, par A. de Magnac, lieutenant de vaisseau. —1 Paris, Gauthier-Villars. 1877.
- lement la marine. On sera surtout frappé de cette nécessité, si l’on considère les conséquences effroyables d’un naufrage aujourd’hui : le naufrage d’un paquebot de tonnage ordinaire, c’est la mort de centaines de passagers, la perte de milliers de tonneaux de marchandises, tandis qu’autrefois le naufrage d’un grand navire à voile ne comportait que des pertes de vies et de biens environ cinq fois moindres. Au point de vue de la marine de guerre, les conséquences d’un naufrage ne sont pas moins graves ; car un grand navire cuirassé coûte environ le double d’un ancien trois-ponts, et représente une force militaire bien plus grande : la perte d’un de ces nouveaux bâtiments devient ainsi beaucoup plus fâcheuse pour le pays, que ne pouvait l’être celle du plus fort navire d’ancien modèle.
- Le perfectionnement de la navigation astronomique se présentait donc comme une nécessité de notre époque.
- Les instruments qui servent à déterminer la position d’un navire à la mer au moyen des astres, sont le sextant et les chronomètres. Le sextant est un instrument qui permet de mesurer la hauteur du Soleil ou d’un astre quelconque au-dessus de l’horizon ; le chronomètre est une sorte de montre très-perfectionnée, que l’on compare à l’hcure de Paris au moment du départ, et qui devrait marcher assez bien pour donner exactement cette même heure pendant toute la traversée. La position d’un lieu est marquée sur le globe terrestre par sa latitude et sa longi-. tude : la latitude peut se déterminer au moyen du sextant, sans qu’il soit nécessaire de connaître très-exactement l’heure de Paris, mais il n’en est pas de même pour la longitude. Tout le monde sait qu’à un moment donné et défini par un phénomène visible de localités très-distantes, tel que l’apparition d’une étoile filante, les heures des montres des observateurs de ce phénomène réglées sur le temps local ne sont pas les mêmes. Un voyageur qui a réglé sa montre sur l’horloge du chemin de 1er, au départ d’un train de Paris, et qui la compare à celle de la localité où il arrive, la trouve en retard, si le train s’est dirigé vers l’est, en avance s’il s’est dirigé vers l’ouest : à Nancy, par exemple, le retard serait de quinze minutes vingt-quatre secondes; à Brest, l’avance serait de vingt-sept minutes dix-huit secondes : ces nombres, quinze minutes vingt-quatre secondes et vingt-sept minutes dix-huit secondes, sont précisément les longitudes Est et Ouest de Nancy et de Brest. On comprend donc qu’étant en mer, si l’on a d’une part l’heure de Paris, de l’autre celle du lieu où se trouve le navire, on obtiendra la longitude du navire exprimée en temps, en faisant la différence de ces deux heures ; la transformation de ce temps en degrés, à raison de 560 degrés pour vingt-quatre heures, exprimera la longitude marquée sur les caries. L’heure du lieu à la mer, résulte de l’observation de la hauteur du Soleil ou d’un autre astre au-dessus de l’horizon; cette hauteur est mesurée au moyen du .sextant; l’heure de Paris est censée donnée au même moment par le chronomètre. On jugera combien il est important de pouvoir obtenir exactement l’heure de Paris, quand on saura qu’une erreur d’une minute sur cette heure produit sur la longitude une erreur de 27l,7 à l’équateur et de 18k,2 à la latitude de Paris : les erreurs sur l’heure locale sont toujours insignifiantes par rapport à celles de l’heure de Paris.
- Le premier progrès à réaliser pour le perfectionnement de la navigation était ainsi de trouver le moyen de conserver l’heure de Paris aussi exacte que possible au moyen de montres marines. Les chronomètres, quelque perfectionnés qu’ils soient, ne marchent jamais parfaite-
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- LA NATüitK.
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- ment : les variations de leur marche sont principalement dues aux changement de température et à l’état des huiles. On comprendra facilement comment la chaleur influe sur un chronomètre, en remarquant que l’accroissement de température fait dilater les métaux,-et par suite augmenter les dimensions du balancier et du ressort spiral, système qui règle la marche des montres. Le temps écoulé depuis 1 introduction de l’huile dans le mécanisme influe aussi sur la marche d’une montre, en produisant un épaississement progressif. Il s’agissait alors d’établir une formule mathématique qui pût permettre de calculer à la mer les eftets de la température et du temps sur les chronomètres. Villarceau avait fait remarquer que les sciences mathématiques nous offrent un théorème applicable à l’étude d’un phénomène quelconque, et avait proposé d’en faire l’application à l’élude des mouvements des chronomètres -, ce théorème est connu sous le nom de théorème de Taylor :.il avait, en outre, signalé la méthode d’interpolation de notre célèbre Cauchy, comme éminemment propre à faciliter les applications de ce théorème. Mais il fallait expérimenter la méthode proposée; c’est M. de Magnac qui, avec les conseils de M. Villarceau, entreprit cette tâche aussi délicate que pénible, à raison de l’étendue des calculs qu’elle exigeait. Après sept années d’expériences à bord de différents navires (entre autres les bâtiments Écoles d’application, le Jean-Bart et la Renommée), M. de Magnac obtint les résultats les plus brillants. Pour en convaincre nos lecteurs, il nous suffira de faire connaître que la nouvelle méthode lui a permis d’obtenir la marche des chronomètres à moins d’un dixième de seconde par jour. On reste réellement en admiration devant la puissance des méthodes mathématiques, dont l’intelligente application permet d’arriver à des résultats d’une précision aussi extraordinaire.
- Mais la conséquence utile et pratique au point de vue de l’humanité est non moins admirable, car elle permet de déterminer presque toujours la position du navire à 3 ou4 kilomètres près, à la fin de voyages de cinquante à soixante jours, dans lesquels on a parcouru 2000 et même 3000 lieues sans reconnaître la terre. Après des traversées de trente jours, qui sont lès plus fréquentes aujourd’hui, et des parcours de 1200 à 1500 lieues, l’erreur se réduirait de lk,5 à 2 kilomètres, distance comparable à celle du rond-point des Champs-Elysées à la façade des Tuileries.
- Des résultats aussi remarquables ont été hautement appréciés à l’étranger, en Angleterre, aux États-Unis, en Allemagne, etc.; aux Etats-Unis, ils ont été cités avec les appréciations les plus flatteuses pour les auteurs de la Nouvelle navigation, dans le rapport annuel du ministre de la marine au Président pour l’année 1876.
- Une brochure de M. de Magnac intitulée : Recherches sur l'emploi des chronomètres à la mer, publiée en 187 4, et l’ouvrage de MM. Yvon Villarceau et de Magnac, contiennent tout ce qui concerne la théorie et la pratique de la nouvelle méthode relative à l’emploi des chronomètres.
- La question des chronomètres étant ainsi résolue, il restait encore beaucoup à faire pour utiliser convenablement l’heure de Paris obtenue au moyen de la nouvelle méthode. 11 fallait, pour arriver au but, associer un astronome, d’un talent supérieur au point de vue de la théorie et des observations, avec un officier de marine suffisamment au courant des sciences mathématiques, pour donner aux résultats de la théorie des formes utilisables dans la pratique de la navigation. M. Villarceau voulut bien, sur la demande du ministre de la marine, M. le contre-
- amiral de Montaignac, entreprendre de concert avec M. de Magnac l’ouvrage qui nous occupe, et, en moins de deux ans de travaux, ils ont livré à la publicité la Nouvelle navigation astronomique.
- Cet ouvrage nous offre l’application la plus avancée des théories mathématiques et astronomiques, aux observations faites avec les instruments les plus perfectionnés. Les résultats auxquels les auteurs sont parvenus se distinguent par une grande supériorité de ceux que donnaient les anciennes méthodes ; ils permettent non-seulement de déterminer la position du navire avec une bien plus grande exactitude qu’autrefois, mais encore d’effectuer cette détermination beaucoup plus fréquemment. En suivant les anciennes méthodes, on ne déterminait guère le lieu du navire, désigné par les marins sous le nom de point, qu’au moyen du soleil, et seulement lorsqu’on pouvait observer cet astre dans des conditions particulières; mais il arrivait fréquemment que ces conditions ne se présentaient pas, ou que l’état du ciel empêchait de les utiliser; il était alors impossible d’obtenir ou de rectifier le point au moyen des observations astronomiques. Les travaux de MM. Villarceau et de Magnac permettent au contraire, non-seulement d’utiliser toutes les observations du soleil, mois très-souvent aussi celles de la lune, des étoiles et des planètes. Nous ajouterons que les calculs de la Nouvelle navigation sont moins compliqués que ceux que l’on a pratiqués jusqu’ici; les nouvelles méthodes offrent donc à tous les points de vue des avantages incontestables sur les anciennes. Une œuvre aussi importante méritait une publication soignée; aussi M. Gaulhier-Villars, par qui elle a été imprimée et éditée, a-t-il mis tous ses soins à l’impression : le volume que nous avons sous les yeux est une œuvre d’art au point de vue typographique.
- La Nouvelle navigation astronomique fait le plus grand honneur à la science et à la marine française. Par les travaux de M. Le Verrier, la France a reconquis sa première place dans la science astronomique; par les travaux de MM. Villarceau et de Magnac, notre pays prend actuellement le premier rang dans la plus utile des applications de cette admirable science. L’humanité, l’industrie et le commerce seront grandement redevables à ces messieurs, car le nombre de .navires perdus chaque année atteint, s’il ne le dépasse pas, le chiffre d’un millier ; que de vies humaines anéanties, que de millions engloutis dans les abîmes des mers ! Bien que les circonstances dans lesquelles se produisent ces terribles événements ne soient pas toujours connues, il n’est pas douteux qu’une grande partie ne doive être imputée à l’incertitude de la position des navires à l’approche des côtes. L’application des nouvelles méthodes réduira ces événements dans une proportion notable : elle sauvera les vies humaines des horreurs des naufrages et les richesses commerciales d’une destruction préjudiciable à tous les peuples.
- MANOMÈTRE ANÉROÏDE EXTRA-SENSIBLE
- INDICATEURS DE PRESSION POUR LE GAZ,
- INDICATEURS DE VIDE TOUR LE TIRAGE DES CHEMINÉES D’USINE, FOURS, VENTILATEURS, ETC.
- Avant de donner la description de l’appareil que nous voulons présenter à nos lecteurs, il nous semble utile de parler de l’intérêt de ses applications industrielles.
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- LA NATURE.
- Parmi les grandes industries modernes, on peut citer comme l’une des plus importantes celle du gaz, qui, créée depuis si peu d’années, tend à s’agrandir tous les jours. A mesure qu’elle prend de l’extension, scs besoins personnels augmentant, les industriels trouvent en elle une mine inépuisable à inventions, soit dans sa fabrication même, soit dans les appareils qu’elle emploie.
- L’une des questions les plus étudiées et les plus intéressantes est la pression dans les tuyaux de conduite, et elle l’est à plusieurs titres : d’abord en nous renseignant sur la re'gularité d’écoulement du gaz, puis en indiquant les fuites dès qu’elles se déclarent, enfin son degré d’intensité agissant directement sur le pouvoir éclairant de la flamme.
- Les appareils employés pour mesurer cette pression sont des manomètres en verre, formés d’un tube courbé en U à demi rempli d’eau; le gaz arrive par une des branches, comprime le liquide; il s'établit une différence de niveau et on lit l’indication sur une échelle divisée. Ces appareils présentent de nombreux inconvénients ; la présence même de l’eau en est un, en faisant casser les tubes par suite de sa congélation en hiver; puis la difficulté de transport, celle de faire les observations en plein air et surtout les obstacles que l’on rencontre dans la lecture des indications, à cause de la petitesse des divisions du ménisque très-accentué de l’eau, et enfin de la poussière qui s’introduit par la branche ouverte du tube.
- Ces manomètres demandaient donc à être remplacés, et à l’être par un instrument fonctionnant sans liquide, d’un petit volume et peu fragile. La grande difficulté résidait dans la sensibilité que devait posséder le nouvel appareil. En effet, les manomètres métalliques que l’on construit aujourd’hui sont établis pour mesurer des pressions de plusieurs atmosphères ; or on sait qu’une atmosphère égale 10 550 millimètres d’eau ; l’instrument cherché devait donc indiquer d’une manière amplifiée des 1/10550 d’atmosphère.
- MM. Richard frères, les fils du fabricant d’instruments de précision, sont parvenus à ce résultat, et même construisent des manomètres donnant les dixièmes de millimètre d’eau, c’est-à-dire sensibles à moins de 1/100000 d’atmosphère.
- Ces instruments ont 9 centimètres de diamètre, sont en cuivre nickelé, ce qui les met à l’abri de l’oxydation, et munis d’un ajutage ayant le pas de vis des becs ordinaires. Ils portent une aiguille qui
- se déplace devant un cadran dont la circonférence est divisée en 10, 50 ou 100 millimètres d’eau, suivant le maximun qu’on peut être appelé à mesurer ; ces millimètres d’eau sont donc considérablement amplifiés. Le moteur de l’aiguille est une coquille de métal ou d’autre matière imperméable aux gaz, qui reçoit la pression ; les vibrations de cette coquille sont trausmi-scs à l’aiguille au moyen d’un système spécial qui les amplifie en même temps. Par lui-même le principe n’est pas nouveau, mais la sensibilité que doit comporter un tel manomètre a été un écueil pour bien des essais ; il avait même été mis au rang des impossibilités.
- Ici les avantages sont nombreux; l’instrument est peu fragile, d’un transport et d’un emploi faciles ; et, le plus important, les indications sont claires, précises, et sans hésitation aucune pour l’observateur.
- Le manomètre à eau, tel que nous l’avons décrit plus haut, n’est pas seulement employé pour le gaz ; on s’en sert également dans les usines pour mesurer le tirage des fours, ventilateurs, cheminées d’appel, etc.... Là, plus que partout ailleurs, ses défauts viennent nuire aux observations, qui se font généralement soit en plein air, soit à peu de distance des fours; il importe que les lectures se fassent vivement et d’une manière précise. MM. Richard,appliquant l’idée de leur manomètre anéroïde, construisireut des indicateurs de vide atteignant la même sensibilité.
- Sans parler des pressions du gaz et des dépressions de j tirage, pour lesquelles ces appareils ont été construits, leur application peut devenir très-grande: ils sont en effet appelés à rendre de sérieux services dans la chimie, la physiologie et la physique.
- Dans cette dernière branche, ces manomètres viennent servir à des observations très-curieuses sur l’évaluation des petites hauteurs. On sait en effet qu’à la pression ordinaire, une altitude de 10 mètres correspond à une dépression de 1 millimètre de la colonne mercurielle, et par suite de la différence des densités, à 15 millimètres d’eau. Ces instruments donnant pour 1 dixième de millimètre d“eau une course angulaire de plus d’un millimètre, l’aiguille parcourra 15 divisions pour une différence de niveau d’un mètre. Cette marche considérable permet donc d’obtenir des fractions de mètre, ce qui serait très-important pour la topographie.
- Nouveau manomètre anéroïde de MM. Richard frères.
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- LA NATURE.
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- APPAREIL POUP, LA COMPRESSION
- DE L’HYDROGÈNE ET DE L’OXYGÈNE
- M. A. Bouvet, ingénieur civil, a récemment adressé à l’Académie des sciences une note relative à une disposition destinée à comprimer l’oxygène et l’hydrogène jusqu’à des pressions très-considérables.
- Voici la description que l’auteur a donnée de son appareil :
- Supposons un voltamètre formé par un bloc de verre dans lequel on a creusé deux éprouvettes, dont l’une a un volume exactement double de celui de l’autre. Ce voltamètre A est placé dans un bloc métallique B extrêmement résistant. L’orifice par le-
- quel on introduit le voltamètre est fermé à l’aide d’une vis de pression F.
- Un orifice spécial G permet d’introduire les deux fils destinés à communiquer avec les électrodes placées dans les éprouvettes. Deux canaux fermés chacun par une vis de pression II sont destinés à purger l’air contenu dans l’appareil avant le commencement de l’expérience ; enfin, à la partie inférieure du bloc métallique se trouve une tubulure J, qui riiet en communication la cavité intérieure du bloc avec un réservoir K fermé par une forte vis M faisant fonction de piston plein et destinée à augmenter la pression à l’intérieur des éprouvettes pendant l’opération.
- Nous supposons que les éprouvettes dans la hau-
- H H
- Appareil de M. Bouvet pour la compression de l’hydrogène et de 1* oxygène.
- teur a b contiennent l’une un litre, l’autre deux litres ; tout l’appareil est rempli d’eau purgée d’air et légèrement acidulée; on ouvre les deux petites vis II, pour s’assurer qu’il ne reste aucune trace d’air dans l’intérieur de l’appareil.
- L’appareil étant fermé, on fait passer le courant provenant d’une pile composée d’un nombre suffisant d’éléments P P, l’électrode positive correspond à l’éprouvette C, l’électrode négative à l’éprouvette D.
- Supposons que la décomposition de l’eau s’effectue et que le niveau de l’eau dans les éprouvettes baisse jusqu’en b, nous concluons que l’eau qui y était contenue s’est transformée en gaz. Mais alors ces gaz, s’ils ne sont pas dissous en partie dans l’eau restant dans l’appareil, ou s’ils n’ont pas été absorbés par les électrodes toujours immergées dans le liquide, et abstraction faite de la différence des coëfficients de compressibilité, ces gaz, disons-nous,
- sont soumis à une pression considérable que l’on peut aisément calculer.
- Les deux éprouvettes ayant une capacité totale de trois litres, renfermeraient trois kilogrammes d’eau. L’eau étant considérée comme incompressible, on peut dire que ces trois kilogrammes d’eau ont été remplacés par trois kilogrammes de gaz. Or, un litre d’oxygène pèse 1,429802; deux litres d’hydrogène pèsent 0,179156; les trois volumes de gaz pèsent donc 1,608958 : par suite, les volumes de gaz ainsi produits sont soumis à une pression de
- 1000x3
- 1,608958
- ^îssi^o
- Cette pression est déjà considérable ; on peut facilement l’augmenter. Si, en effet, nous faisons fonctionner la vis de pression formant piston plein qui est dans le réservoir annexe, l’eau refoulée va
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- LA NATURE.
- comprimer les gaz. Supposons que les deux éprouvettes soient ainsi à moitié remplies d’eau, les gaz ayant diminué de volume dans la proportion de 1 à 1/2, sont soumis à une pression double, c’est-à-dire à 1854,5x2 —3709atm. On peut faire passer à nouveau le courant pour que, sous l’action d’une nouvelle décomposition, le niveau de l’eau soit ramené en b, puis comprimer à nouveau le gaz, etc.
- On agira donc sur des volumes de gaz très-considérables, sans être exposé aux fuites si difficiles à éviter quand on se sert de pompes, et surtout quand il s’agit de manipuler l’hydrogène.
- En résumé on peut dire qu’avec ce dispositif on pourra obtenir des pressions qui ne seront limitées que par la résistance même des appareils.
- On sera peut-être porté à se faire cette question : Quel intérêt y a-t-il à comprimer des gaz à des pressions aussi considérables? A cela M. Bouvet répondra : il y a un immense intérêt pour la science à voir l’oxygène et l’hydrogène se liquéfier ou se solidifier,—puis à obtenir un refroidissement inconnu jusqu’alors par la détente de ces gaz ; — mais abstraction faite de toute considération relative à la science pure, on peut dire que l’emploi de ces gaz extrêmement comprimés, dans les bateaux torpilles, permettrait de donner à ces engins une puissance beaucoup plus considérable.
- LES ENTREPRISES
- DE VOYAGES AUTOUR DU MONDE
- Nous avons eu, plusieurs fois déjà, l’occasion d'entretenir nos lecteurs d’une organisation récente de voyages autour du monde, qu’une Compagnie française a créée et dont le prochain départ aura lieu au mois de juin 1878.
- Cette idée a paru, sans doute, fort nouvelle, et par conséquent, aux yeux de beaucoup de personnes, vraisemblablement impraticable. 11 n’est pas sans intérêt de faire connaître que plusieurs organisations semblables fonctionnent dans d’autres pays, où cette idée a rencontré, ce que rencontrent, hélas ! bien souvent, les idées émises par des Français : un appui plus effectif, une confiance plus raisonnée, et une initiative plus hardie que dans le milieu qui leur a donné naissance.
- Hâtons-nous de dire que l’idée en elle-même de faire faire, pour un prix convenu, dans un but d’agrément ou d’instruction, le tour du monde à un groupe d’amateurs de voyages, est loin d’être toute neuve. Nul ne saurait s’en attribuer la priorité, car ce n’est ni une invention, ni une découverte. Elle date de l’époque, déjà assez loin de nous, où un navire à voiles bien équipé pouvait, sans courir de grands dangers, faire, suivant l’heureuse expression de Musset,
- Une ceinture au monde,
- Avec le sillon du vaisseau,
- L’application en a été faite, même du temps de la marine à voiles. 11 n’est pas surprenant que ces premières tentatives n’aient pas été couronnées d’un succès éclatant. La voile est un moteur économique il est vrai, mais lent et inégal. Le confortable, à bord des navires, n’était pas entendu alors comme il l’est aujourd’hui, les traversées étaient nécessairement longues, l’obligation de doubler le cap de Bonne-Espérance forçait à un immense détour pour atteindre les Indes Orientales, enfin le goût des voyages n’était pas développé comme il l’est de nos jours.
- Nous savons cependant que des voyages de ce genre ont été exécutés, avec plus ou moins de bonheur, par des amateurs français et belges.
- Plus tard, lorsque les progrès des constructions navales et des machines marines, le percement de l’isthme de Suez, et l’accroissement de plus en plus rapide des déplacements individuels, eurent apporté de sérieux éléments de succès à ces entreprises, elles ne devaient pas tarder à trouver de nouveaux promoteurs.
- Depuis 1869, l’agence Th. Cook et fils de Londres avait organisé et exécuté des voyages autour du monde en utilisant les moyens de communication existants. Ce système a le grave inconvénient de nécessiter de continuels transbordements. Nous en reparlerons tout à l’heure. L’idée de mettre à la disposition des touristes un navire spécial devait reparaître, et nous pouvons en ce moment comparer entre elles au moins sept entreprises, soit en projet, soit en plein fonctionnement, qui organisent le tour du monde à la disposition des amateurs de grands voyages.
- En Angleterre : MM. Th. Cook et fils, de Londres.
- Agence à Paris, 15, place du Havre.
- — MM. Gaze et fils, de Londres. Agence à Paris, 8, rue Duphot.
- — MM. Grindlay et Cie, de Londres, 55, Parlia-ment Street.
- En France : La Société des Voyages (Société anonyme),
- à Paris, 8, place Vendôme.
- — M. Badou, capitaine au long cours, à Paris, 50, boulevard Haussmann.
- En Allemagne : M. Karl Stangcn, à Berlin, 43, Mark-
- grafen strasse.
- Aux États-Unis : M. J. 0. Woodruff, Indianapoîis,
- Indiana.
- Peut-être existe-t-il d’autres Sociétés formées ou en formation pour le même objet. La publicité qu’elles ont faite n’est pas parvenue jusqu’à nous.
- Toutes celles que nous venons de citer sont-elles destinées à réussir? L’avenir seul peut répondre à cette question. Quoi qu’il en soit, cette courte liste suffit à démontrer que le voyage autour du monde organisé n’est pas un fait exceptionnel.
- Ces entreprises se divisent en deux catégories bien distinctes : celles qui n’ont aucun engin propre de locomotion, et se bornent à faciliter le voyage en utilisant les moyens de communication existants, et
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- LÀ NATURE.
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- celles qui créent le voyage lui-même, par l’emploi d’un batiment spécialement emménagé, restant à la disposition de ses passagers pour toute la durée de l’expédition.
- Les entreprises Cook, Gaze et Stangen font partie de la première catégorie, les quatre autres constituent la seconde.
- Nous allons examiner successivement le mécanisme de ces organisations et les conditions qu’elles offrent.
- I. MM. Cook sont à la tête d’une véritable industrie, très-florissante, établie sur une large échelle, et fonctionnant régulièrement depuis plusieurs années. Le tour du monde n’est pas leur spécialité, et s’ils tiennent cet article, comme on dit dans la langue commerciale, c’est parce que Varticle rentre dans le cadre général de leurs opérations. Ce voyage n’est pour eux qu’un accessoire. Ils ont en magasin des itinéraires de toute sorte pour tous les pays d’Europe, pour la Palestine, l’Égypte et les États-Unis. Soit que les touristes voyagent isolément avec le ticket acheté chez eux, soit qu’ils se promènent en groupe, conduits par un cicerone, le mode d’opérer est sensiblement le même. MM. Cook connaissent tous les moyens de transport, ont des marchés avec les principaux hôtels, savent les heures de départ et d’arrivée de tous les trains et de tous les paquebots, vous disent le temps qu’il faut passer dans chaque endroit. Le billet pris à l’agence, on n’a plus à s’occuper de rien, surtout si on fait partie d’un des nombreux tours qu’ils organisent chaque année. On nomme ainsi les voyages faits en groupe, et accompagnés d’une personne de l’agence. Dans ce dernier cas, tout est minutieusement réglé du jour du départ à celui de l’arrivée. On sait avec une précision mathématique l’emploi de chaque heure, le moment du lever, celui du déjeuner, celui du coucher, etc.... Le cicerone, parfaitement au courant de tout ce qui se trouve sur la route, fixe approximativement le degré d’admiration convenable pour chacune des beautés de la nature, et pour peu qu’on ait le sentiment de la discipline, on accomplit ainsi de fort beaux voyages, sans la moindre fatigue d’esprit.
- Ce système qui rappelle un peu, à un autre point de vue, le procédé d’engraissement mécanique des poulets, que tout le monde a vu au Jardin cl’Acclimatation, plaît à beaucoup de personnes, et surtout à MM. Cook, qui le pratiquent fort intelligemment, à en juger par le succès constant qui récompense leurs efforts.
- Pour le voyage autour du monde, cette agence adopte le même procédé. Son sixième tour a quitté Liverpool le 25 août dernier, il sera revenu à Londres le 25 mars 1878. C’est donc un voyage de sept mois. L’itinéraire est presque exactement celui de Philéas Fogg dans l’humoristique roman de M. Verne, c’est-à-dire qu’il laisse complètement de côté l’Afrique, l’Amérique du Sud, les archipels du Pacifique, l’Australie et les Indes néerlandaises. »
- Sur sept mois d’absence, six seulement sont pas-
- sés hors d'Europe. Trois mois et demi sont employés en trajet soit par mer, soit en chemin de fer. Il reste donc deux mois et demi à trois mois utilisés en excursions diverses en Asie et dans les États-Unis.
- Cet itinéraire est dirigé de l’est vers l’ouest. Le prix du ticket est de 8575 francs. Moyennant ce prix, l’agence Cook se charge des frais de transport, toujours en première classe, et des frais d’hôtel. Les extras de toute nature, les omnibus, voitures, pourboires, guides, etc.... sont aux frais des touristes. La franchise des bagages est limitée à 45 kilogr. Chacun doit s’occuper à chaque transbordement de reconnaître et réclamer ses colis, et être présent à leur ouverture par les douanes. MM. Cook dénient toute responsabilité relativement aux bagages, ainsi que toute participation aux dépenses occasionnées par le retard des steamers ou par quelque accident que ce soit en dehors de leur contrôle.
- Ces dernières stipulations sont assez menaçantes pour le voyageur, mais il est évident qu’elles sont imposées par le mode d’organisation adopté.
- Il va sans dire que, pour un pareil voyage, l’emploi du temps n’est pas aussi exactement prévu que pour une tournée en Suisse ou en Italie. L’agence donne même certaines facilités, pour permettre aux voyageurs de modifier un peu leur itinéraire, moyennant des suppléments de prix fixés d’avance, ou à débattre, suivant le cas.
- II. Les voyages de MM. Gaze, de Londres, procèdent du même principe, mais nous ne croyons pas que cette agence ait encore organisé le tour sous la conduite d’une personne de la maison. Elle se borne à délivrer des billets circulaires valables sur les chemins de fer et paquebots. Nous ne nous y arrêterons pas.
- III. Le tour du monde de M. Karl Stangen, de Berlin, est une entreprise naissante, organisée par un homme ayant déjà cependant conduit des voyages de moindre importance, à l’instar de ceux de MM. Cook
- (fig- !)•
- M. Stangen, quoique ayant lancé des prospectus . en français, paraît s’adresser presque exclusivement à ses compatriotes. Il se propose de conduire lui-même l’expédition, laquelle est analogue à celle dont nous venons de donner le résumé.
- Le programme allemand est rédigé d’une manière un peu vague. 11 attribue à l’organisateur un pouvoir absolu quant à l’arrangement des excursions, tout en déclarant que ce dernier « se fera un devoir de faire tout ce qui peut servir au confort, à l’amusement et à l’enseignement des voyageurs ».
- Quoique ne comprenant que trois pages, on y trouve des exemples de cette phraséologie un peu lourde, dont les prospectus français, anglais et américains sont généralement exempts. Nous ne citerons que cette phrase :
- « 11 est hors de doute que les personnes qui prendront part à cette entreprise, appartiennent sans exception à la meilleure société, et éprouvent un vil
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- intérêt pour les pays à parcourir ; aussi je crois que le voyage, outre la variété infinie du spectacle nouveau, grandiose et magnifique que présentent les mers et les pays étrangers, offre aux participants l’occasion d’entretiens multiples, intéressants et agréables. Dans ces conditions, il me sera sans doute permis de lancer une invitation pour le voyage autour du monde. »
- L’itin éraire adopté par M.Stan-gen est le même que celui de MM.
- Cook. La durée vdu oyage est de huit mois. Le départ est fixé à la fin de mai 1878.
- Le prix du voyage est de 14 650 fr.
- L’entreprise prend à sa charge les moyens de transport et les dépenses d’hôtel (boissons non comprises); elle paye en plus les moyens de transport pour toutes les excursions, ainsi que les pourboires, guides, etc....
- La franchise des bagages est limitée à 40 kilogr.
- C’est,en somme, le même voyage que celui de l’agence anglaise; un peu plus long, sensiblement plus cher, organisé par une entreprise moins importante, et dont le programme est moins nettement défini.
- Nous avons oublié de dire qu’ « un banquet d’adieux réunira au retour, à Berlin, hôtel du Kai-serhof, tous les membres qui ont pris part à l’expédition ».
- L’organisation de voyages autour du monde, compris comme ceux dont nous venons de donner un aperçu, ne nous paraît pas présenter de grandes difficultés, ni nécessiter de longues études.
- Examiner les tarifs des Compagnies de chemins
- de fer ou de paquebots qu’on doit utiliser, en déduire le prix des transports, fixer la dépense moyenne d’un voyageur dans les grands hôtels des États-Unis, de Yokohama, de Hong-Kong et de l’Inde anglaise, additionner ces deux chiffres, ne pas manquer d’y ajouter les frais de publicité qu’on aura été obligé de faire et le bénéfice qu’on veut réaliser, on a le prix du voyage. Quant à l’exécution, elle consiste uniquement à renseigner et à accompagner les voyageurs, et du moment qu’on n’est responsable de rien, dès que les choses cessent d’aller parfaitement, on doit s’en tirer honorablement avec un peu de politesse et beaucoup de patience.
- Autre chose est de créer de toutes pièces une organisation de voyages.
- On comprend aisément que des expéditions dans lesquelles l’itinéraire et l’installation matérielle sont étudiés dans ce but particulier, doivent offrir de grands avantages, qu’elles seules peuvent réunir les éléments qui font le voyage instructif en même temps qu’agréable ; l’emploi d’un bâtiment spécial permet d’emporter des bibliothèques, des instruments, de faire desccollections, d’étudier sans fatigue et avec quelque suite. Il évite bien des soucis, des tribulations et des pertes de temps ; enfin il apporte au voyage un caractère élevé, scientifique, fait pour séduire des esprits sérieux.
- Mais c’est, en revanche, une œuvre compliquée qui demande des connaissances techniques étendues et une judicieuse appréciation de tous scs éléments.
- Fig. 1. — Croquis de l’itiuéraire du voyage organisé par M. Stangen, de Berlin. Durée : huit mois. — Départ : Fin mai 1878- (Les flèches indiquent le sens de la
- marche.)
- - Croquis de l’itinéraire du voyage organisé par MM. Grindlay, de Londre.' Durée : Neuf mois. — Départ : ........... (Les flèches indiquent le sens
- de la marche.)
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- L’étude des budgets de ces expéditions exige à elle seule beaucoup de travail, et l’accord raisonnable entre les conditions de voyage, le nombre des voyageurs et le prix à demander à chacun d’eux pour que l’entreprise soit viable est fort difficile à déterminer.
- Nous examinerons sommairement les entreprises formées par MM. Grindlay,
- Woodruff, Radou et la Société anonyme des voyages ; le lecteur décidera après examen à laquelle il croirait devoir donner la préférence.
- IV. MM. Grindlay, de Londres, ont lancé leur premier prospectus au mois de janvier dernier , bientôt suivi d’un second, dans lequel ils faisaient connaître que le steamer Sumatra partirait le 15 août 1877 (au lieu du 1er avril, date précédemment annoncée), pour un voyage d’agrément autour du monde.
- Ce bâtiment, faisant route de l’ouest vers l’est, devait visiter les côtes d’Espagne, d’Italie, de l’Asie Mineure, franchir le canal de Suez, se rendre aux Indes, puis en Chine, au Japon, aux îles Sandwich, à San Francisco, descendre la côte orientale du continent américain, remonter jusqu’à New-York la côte orientale, en relâchant partout, enfin revenir en Angleterre par les Açores. Quoique négligeant l’Australie, la Nouvelle-Zélande et les îles du Pacifique, cet itinéraire était assez complet, ne comprenant pas moins de cinquante-sept points d’escale, et annonçant des excursions en grand nombre (fig. 2). .
- L’expédition devait employer neuf mois à remplir son programme. Les conditions étaient les suivantes : Prix, 12 500 francs : toutes les dépenses à bord (sauf les boissons), payées par l’entreprise
- toutes les dépenses à terre restant à la charge des voyageurs.
- Le départ n a puavoirlieu.Peut-être la crise européenne motivée par la guerre d’O-rient a-t-elle été en grande partie cause de cet échec; il est probable cependant que deux autres causes ont dû y contribuer. D’abord, les organisateurs demandaient cent cinquante voyageurs, nombre fort considérable pour un premier essai, et de nature à effrayer bien des personnes qui eussent fait volontiers partie d’un groupe de quarante à cinquante excursionnistes. En second lieu, cinq mois au moins devaut être passés en mer, sur les neuf mois d’absence, il ne restait plus que quatre mois pour toutes les relâches et excursions indiquées. Cela paraissait fort insuffisant, et le prospectus, très-bref, ne donnait aucun éclaircissement sur ce point.
- Nous croyons
- savoir que MM. Grindlay n’ont pas renoncé à leur entreprise, et il n’est pas douteux qu’avec un programme plus détaillé et plus étudie, ils ne réussissent à organiser prochainement leur Yachting voyage round the world.
- V. M. Woodruff, d’Indianopolis, est à la tète d’une expédition du même genre, mais différant surtout du projet anglais en ce qu’elle a un caractère
- Fig 3. — Croquis do l’itinéraire du voyage organisé par M. Woodruff, d’Indianopolis (États-Unis).
- Durée : Doux ans. — Départ : Octobre 1877. (Les flèches indiquent le sens do la marche.
- Fig. 4. — Croquis de l'itinéraire du voyage organisé par la Société des voyages d’études.
- Durée : Onze mois. — Départ : 15 juin 1878. ( Les lignes pointillées indiquent la route du navire pendant que les voyageurs sont en excursion. Les flèches indiquent le sens de la marche.)
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- presque exclusivement scientifique et instructif, tandis que ce dernier s’adresse uniquement aux touristes (lig. 5).
- Cette expédition a dû quitter New-York dans la première quinzaine d’octobre. Elle a été organisée sur un plan très-étudié. Le voyage ne doit pas durer moins de deux ans. L’itinéraire, très-complet, comprend un grand nombre de relâches et d’excursions.
- 11 est dirigé de l’est à l’ouest, et est exécuté sous le commandement de M. J. W. Philip, capitaine de frégate de la marine des États-Unis, par un beau steamer américain, l'Ontario, de grandes dimensions (trop grandes peut-ctre, car dans bien des endroits un navire de 120 mètres de long risque de se trouver embarrassé).
- C’est un véritable collège flottant ; non-seulement on y a embarqué tout ce qui est nécessaire à l’instruction, y compris une douzaine de professeurs, mais les jeunes voyageurs sont soumis à une discipline assez stricte et portent un uniforme semblable à celui des aspirants de la marine de l’Union. Une seconde classe de voyageurs, désignée sous le nom de cadets, se compose de jeunes gens au-dessous de seize ans; ceux-ci reçoivent une instruction plus particulièrement maritime, mais jouissent des mêmes avantages que les autres voyageurs, participent aux excursions, etc....
- Le prix du passage pour les étudiants est de
- 12 500 francs, de 10 000 francs seulement pour les cadets. Dans ce chiffre sont comprises certaines dépenses relatives à de petites excursions.
- Il faut noter que l'Ontario a dû emmener environ quatre cents voyageurs, il a été du moins emménagé dans ce but, et malgré sa grande taille, on ne peut compter sur un confortable parfait avec un tel nombre de personnes à bord. D’autre part, le bâtiment devant rester environ seize mois en relâches pendant son voyage, les frais de séjour et ceux des grandes excursions, lesquels ne sont pas supportés par l’entreprise, nécessiteront de grandes dépenses, qui doubleront à peu près le prix du voyage.
- Quoi qu’il en soit, l’œuvre de M. Woodrufl est vraiment remarquable; empreinte de ce caractère de hardiesse qu’on trouve dans toutes les conceptions américaines, organisée pour un but sérieux et utile, elle constitue une fondation de réelle valeur et mérite assurément son succès. Ajoutons qu’elle a été honorée de l’approbation du gouvernement américain et de l’appui de plusieurs personnages officiels.
- YI. M. Radou, capitaine au long cours français, se propose d’exécuter aussi des voyages autour du monde, dans le but spécial de recueillir des renseignement commerciaux et de compléter l’instruction pratique de jeunes gens destinés au commerce : nous reconnaissons toute la justesse de l’idée émise par M. Radou, qui nous paraît susceptible d’une application pratique ; mais il semble que son programme, ainsi que d’autres déjà cités, ne soit pas suffisamment étudié pour qu’il puisse réunir les moyens d’action qui lui font encore défaut.
- Le voyage durerait quinze mois, exécuté par un bâtiment à voiles, parcourant un itinéraire qui double les deux caps Ilorn et de Donne-Espérance, et laisse de côté toute l’Amérique du Nord et l’Inde Anglaise.
- Cet itinéraire ne comprend que douze points de relâche. Il est dirigé de l’ouest vers l’est.
- Le prix fixé par M. Radou est bien modique ; 6000 francs. Malheureusement, pour arriver à ce chiffre, il est obligé de supposer que soixante voyageurs trouveront à se placer confortablement sur un trois-mâts de 800 tonneaux qu’on aurait acheté pour 90 000 francs. Le seul affrètement pour une année d'un steamer pouvant loger dans de bonnes conditions soixante passagers de première classe, dépasse le double de ce chiffre. La possibilité de les installer sur un voilier de 800 tonneaux est plus que douteuse, et la perspective d’un aussi long voyage visitant si peu de points sur sa route ne séduira évidemment que bien peu de personnes.
- Il nous paraît, d’ailleurs, qu’un voyage de ce genre ne peut plus être exécuté qu’avec un bâtiment à vapeur. Si bien employé que soit le temps passé à la mer, il sera toujours considéré par les passagers, étudiants, touristes, ou négociants, comme à peu près perdu. Il faut donc aller vite.
- VU. L’entreprise formée par la Société des Voyages d'étude autour du monde, nous paraît éviter le plus grand nombre des inconvénients signalés dans les organisations que nous venons de décrire. Ses premiers travaux, dus à M. le lieutenant de vaisseau Biard, sont cependant antérieurs à ceux de MM. Grind-lay et Woodruff.
- Constituée en Société anonyme depuis quelques mois, elle a déjà acquis une assez grande notoriété pour que le succès de sa première expédition qui doit partir au mois de juin prochain, puisse être considéré comme certain (fig. 4). Les voyages qu’elle organise ont à la fois le caractère de voyages d’instruction et d’agrément.
- La durée du voyage est de onze mois et demi, dont six mois et demi environ seront passés à terre en différents pays. L’itinéraire dirigé de l’est vers l’ouest est analogue à celui de l’expédition américaine, avec une grande excursion en plus dans l’intérieur des États-Unis. Il comprend les deux Amériques, les archipels du Pacifique, l’Australie, la Nouvelle-Zélande,, le Japon, la Chine, les Indes néerlandaises, les Indes anglaises et l’Égypte. Le bâtiment est un paquebot à grande vitesse, qui ne sera désigné que lorsque le nombre approximatif des voyageurs sera connu. La situation du commerce maritime est actuellement assez difficile pour qu’on n’ait à cet égard que Tembarrasplu choix, parmi un grand nombre d’excellents navires.
- Loin d’embarquer cent cinquantepersonnes, comme le demandait M. Grindlay, ou quatre cents élèves, comme à bord de l’Ontario, la Société des Voyages se limite à soixante-dix passagers. Trente inscriptions sont nécessaires pour que le départ ait lieu. La tête de liste est déjà formée, et on y remarque
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- des noms appartenant aux meilleures familles de France et d’autres pays.
- Bien qu’il n’y ait qu’une seule classe de voyageurs, les prix varient suivant qu’une ou plusieurs personnes sont logées dans la même chambre. Le prix moyen est de 17 000 francs. Dans ce chiffre, sont comprises toutes les dépenses faites à bord, et les frais les plus considérables de grandes excursions organisées en Amérique, en Asie et en Égypte, en sorte que les dépenses personnelles des voyageurs se trouvent réduites à 3 ou 4000 francs environ, tandis que pour les expéditions du même genre dont nous avons parlé, elles peuvent arriver à doubler le prix du passage.
- Ce qui, dans notre opinion, donne une réelle supériorité à la Société des Voyages sur les entreprises similaires, c’est la manière dont cette Société s’est formée, la régularité de sa constitution, la notoriété des personnes qui la composent et la dirigent. Elle a bien marqué son caractère utile et scientifique, sans se transformer en école ou en Société savante; dans son Conseil d’administration, on trouve des financiers et des marins; dans son Comité des études, des savants, des membres de l’Institut, des spécialistes. C’est une œuvre sagement conduite, qui fait le plus grand honneur à ses promoteurs et fera bientôt, nous n’en doutons pas, honneur au pays dans lequel elle a été fondée.
- De cette revue bien rapide des entreprises de voyages autour du monde, ressort un fait positif, et dont on ne tient pas assez compte en bien des circonstances, c’est que la nécessité de connaître les pays lointains, de nouer avec eux des relations étroites et suivies va toujours croissant; et que nul peuple d’Europe ne peut se soustraire à ces tendances d’expansion, chaque jour plus impérieuses.
- Les hommes qui organisent ces voyages, suivent le mouvement des idées ou le précèdent, suivant qu’ils s’adressent aux touristes pour les distraire ou aux jeunes gens pour les instruire ; mais dans les deux cas, ils marchent avec elles, et nous croyons que toute entreprise de ce genre, honorablement et intelligemment dirige'e, doit nécessairement réussir1.
- BIBLIOGRAPHIE
- La pression barométrique. Recherches de physiologie expérimentale, par Paul Bert, avec 80 figures dans le texte. — 1 vol. grand in-8 de 1168 pages. — Paris, G. Masson, 1878.
- Nous nous bornons à signaler aujourd’hui l’apparition de cette œuvre magistrale. Nous en présenterons prochainement un compte rendu complet à nos lecteurs.
- L'astronomie pratique et les observatoires en Europe et en Amérique, depuis le milieu du dix-septième siècle jusqu'à nos jours, par G. André et A. ôngot. — Troi-
- 1 La Société des Voyages vient d’établir au Jardin d’Acclimatation une exposition permanente comprenant la carte de son itinéraire, accompagnée de divers plans et dessins.
- sième partie. — États-Unis d'Amérique. — 4 vol. in-18. — Paris, Gauthier-Villars, 1877.
- United states commission of fish. Report of the commissionner for 1873 and 1874. — 1 fort beau vol. in-8. — Washington, 1877.
- Almanach de l'agriculture pour 1878, par J. A. Barral.
- 1 vol in-18. — Paris, G. Masson, 1877.
- Comptes rendus de la Société des agriculteurs de France.
- Tome 8. — 1 vol. in-8. — Paris, 1877.
- Un été en Amérique, par M. Jules Leclerq. — 1 vol. in-18, enrichi de 16 gravures. -— Paris, E. Plon et Cie, 1877.
- DE L’ÉVOLUTION DES NERFS
- ET DU SYSTÈME NERVEUX.
- (Suite et fin. — Voy. p. 282, 315 et 330.)
- Voici une autre espèce de méduse, sur "laquelle je dirai quelques mots, parce qu’elle présente un degré bien plus élevé que celui des Tiaropsis dans l’évolution nerveuse. C’est la Sarsia tubulosa (fig. 1), méduse dans laquelle les lignes de décharge sont assez différenciées en certains endroits pour qu’on puisse les voir directement, et méritent dès lors le nom de nerfs. Tout autour du bord et, aussi, suivant la direction des tubes radiés, on peut suivre la trace des premières fibres nerveuses visibles du régne animal.
- Nous devons être sûrs d’avance que le progrès dans la structure, qu’implique le changement d’une ligne de décharge en une fibre nerveuse visible, entraînera un progrès correspondant dans la fonction. En premier lieu, la vitesse avec laquelle l’excitation avance le long de ces fibres nerveuses pleinement développées, est beaucoup plus grande que dans les nerfs rudimentaires ou lignes de décharge de l’Aurelia. En second lieu, cette plus grande différenciation du tissu nerveux rend la connexion entre deux parties de l’organisme beaucoup mieux définie, et, par suite, les actions par substitution beaucoup moins nombreuses que nous ne les avons vues dans les autres méduses. Si bien que, par exemple, une onde tentaculaire dans cette espèce, peut être arrêtée par une seule petite coupure faite au bord de l’ombrelle. Enfin, c’est dans cette espèce que j’ai pu apercevoir, pour la première fois, des preuves non équivoques de coordination dans les ganglions marginaux. Dans toutes les autres espèces de méduses, on voit ces ganglions agir indépendamment les uns des autres ; mais dans cette espèce (où ils apparaissent pour la première fois réunis par une fibre nerveuse), ils agissent toujours de concert. A tel point, qu’en ce cas l’animal est capable de se diriger lui-même dans une direction voulue. Cela résulte des expériences que j ’ai décrites l’année dernière, et dans lesquelles on voyait des individus de cette espèce jouir du pouvoir de suivre un rayon de lumière mobile, tout autour du vase où ils étaient renfermés. Je remarque aussi que les sujets de cette espèce présentent beaucoup plus d’énergie nerveuse
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- que toutes les [autres méduses que j’ai eu occasion d’observer.
- Je viens de vous exposer qnelqucs-uns des points par lesquels mon travail a cherché à éclairer les premières phases de l’évolution des nerfs et du système nerveux. Or, ce sont précisément ces phases dont la nature a besoin surtout d’être élucidéç. Une fois que les fibres et les cellules nerveuses ont accompli leur évolution, et ont pris la forme d’un simple mécanisme réflexe, l’histoire de leur évolution subséquente en système nerveux composé est facilement intelligible. Les principes d’après lesquels cette évolution supérieure s’effectue sont toujours les
- mêmes : elle résulte cs-
- 'ig. 1. — Sarsia tubulosa. (1/3 grandeur naturelle.)
- senticllement de rétablissement de degrés de plus en plus élevés d’intégration. Comparez, par exemple, le système nerveux d’un ver, d’un mille-pieds, d’un insecte et d’une araignée (fig. 2 et 5), et voyez la fusion progressive des ganglions qui s’ést produite. Cette centralisation croissante est certainement due, en dernière analyse, à la sélection naturelle, sinon exclusivement, du moins en grande partie. Car cette consolidation progressive des appareils réflexes constitue un grand avantage pour les organismes où elle s’accomplit, puisqu’elle sert à rendre possibles des mouvements musculaires de plus en plus variés et de mieux en mieux coordonnés.
- Dans la série des ani-de la matière nerveuse
- maux vertébrés l’évolution centrale consiste principalement dans l’accroissement de dimension des ganglions, dû à l’augmentation du nombre de leurs éléments nerveux, cellules
- et fibres. Cet accroissement progressif dans le volume des ganglions, est surtout remarquable dans le cas des hémisphères cérébraux. Ces hémisphères sont les ganglions, que nous savons être le siège exclusif des facultés intellectuelles, et leur augmentation de volume, à mesure que l’on monte dans la série animale, doit, sans aucun doute, être regardée comme résultant de la corrélation de la structure avec le développement progressif des pouvoirs intellectuels, corrélation si évidente quand on s’élève des animaux inférieurs jusqu’à l’homme.
- Et maintenant, en terminant, remarquons bien que, même dans ce produit suprême de l’évolution nerveuse, dans ces ganglions qui sont le cerveau humain, non-seulement nous rencontrons les mêmes éléments fondamentaux de structure que nous observons dans les autres ganglions, mais encore les cellules et les fibres du cerveau d’un homme ne diffèrent point d’une manière sensible de celles qui constituent les ganglions d’une Aurélia.
- Il y a, néanmoins, une prodigieuse différence dans le produit de leurs opérations. Quand les cellules des ganglions- ordinaires déchargent leur énergie potentielle, le résultat est, nous l’avons vu, une contraction musculaire ; mais lorsque les cellules cérébrales déchargent la leur, le résultat (nous n’en pouvons douter aujourd’hui) est une modification mentale. Quoique nous reconnaissions franchement que nous sommes ici sur les confins d’un mystère insoluble, nous ne craignons pas d’affirmer avec confiance que, dans l’effrayante complexité de la structure cérébrale, parmi ces millions de millions de cellules et de fibres entrelacées, nous voyons le côté physique de toutes les relations qui, sous leur aspect psychique, sont pour nous des pensées et des sentiments.
- Cela vous semble-t-il une sorte du profession de foi malérialiste ? Je ne suis pas ici ce soir pour discuter ce point; mais je ferai observer en passant, que, quand bien même je pourrais préciser de quel élément cérébral particulier je inc sers pour vous exprimer ces pensées, je serais tout aussi avancé pour ou contre dans la preuve du matérialisme, que si je vous disais qu’un coup violent sur la tête produit l’insensibilité. La science ne peut jamais aller plus loin que le sens commun pour prouver qu’une connexion nécessaire existe entre l’esprit et la matière. Car tout ce que la science peut faire, c’est d’établir les nombreux faits particuliers en rapport avec l’existence incontestable de cette connexion, connexion que, grâce à une expérience journalière, le sens commun a déjà pleinement reconnue. Quoi qu’il en soit, matérialisme ou non-matérialisme, il est manifeste que les faits étant tels qu’ils sont, la théorie de M. Spencer sur la genèse des nerfs ne peut pas être accusée de s’arrêter court là où sa présence est le plus nécessaire.
- Ayant vu que les hémisphères cérébraux de l’homme ressemblent, par leur structure, aux autres ganglions, nous ne pouvons hésiter à conclure que, si la théorie de M. Spencer est vraie dans sa manière d’expliquer la genèse des nerfs en général, elle ne peut pas ne pas l’être quand il s’agit d’expliquer la formation de ces ganglions suprêmes en particulier. Or, comme nous avons toutes raisons de croire que les opérations fonctionnelles 'de ces ganglions suprêmes sont inséparablement associées à nos pensées et à nos sentiments, nous sommes encore entraînés à cette Conclusion plus avancée que, si cette théorie a quelque solidité, nos pensées et nos sentiments possibles, aussi bien que nos pensées et nos sentiments actuels, sont déterminés par les conditions
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- strictement physiques, suivant lesquelles les ondes d’excitation parcourent le tissu cérébral, de sorte que, dans l’hypothèse spencérienne, savoir : que les lignes de décharge deviennent de plus en plus définies par l’usage, nous avons une explication physique (aussi complète, peut-être, que saurait jamais l’être une telle explication) de la genèse de l’esprit.
- Depuis le temps où les premières lueurs de l’intelligence à son aurore brillèrent sur la scène de la vie, toutes les lois qu’une relation s’est établie dans le domaine de l’esprit, elle n’a pu le faire que grâce à quelque nouvelle ligne de décharge creusée dans la substance cérébrale. Plus souvent cette relation a eu à se répéter dans l’esprit, plus souvent la
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- Fig. 2. — N0 1. Système nerveux d’un mollusque (l’argonaute). —
- JN° 2. Système nerveux d’une larve d’insecte (abeille). Grossi.
- décharge a eu lieu dans le cerveau, et plusfacile aussi est devenue la répétition de l’opération ; jusqu’à ce qu'enfin la ligne de décharge se soit constituée en libre nerveuse, propriété désormais héréditaire de la race.
- C’est ainsi (toujours suivant cette théorie) qu’il y a invariablement une exacte proportion entre la constance avec laquelle des relations ont été unies entre elles pendant l’histoire de l’intelligence, et la difficulté qu’éprouve maintenant l’intelligence à concevoir ces relations comme séparées. C'est ainsi que, tant que dure l’évolution d’une intelligence individuelle, la pratique perfectionne , par la répétition des excitations indispensables, dirigées le long de la même ligne de décharge eérébrale, rendant par là cette dernière de plus en plus perméable. C’est ainsi que les enfants apprennent leurs leçons à force de les répéter. C’est ainsi que toutes nos connaissances s’accumulent. En un mot, si l’on a pu dire avec raison : Uhomme est un faisceau d'habitudes, nous avons dans la théorie de la genèse
- nerveuse de M. Spencer une traduction matérielle de, cette vérité. Et puisque cette théorie est, on peut le dire, le fondement sur lequel M. Spencer a édifié ce grand monument de la pensée moderne, ses principes de psychologie, je ne peux m’empêcher de penser que l’un des plus importants résultats de mon travail sur les méduses, est d’avoir fourni des faits qui donnent un corps à cette théorie, et cela à un moment où il semblait qu’elle ne pourrait jamais s’appuyer que sur des considérations à priori. Car, si mon interprétation de ces faits est correcte, cette belle théorie reçoit, aujourd’hui, une vérification inductive de la source la plus inattendue. A première vue, il n’est pas deux organismes qui aient moins de traits communs que l’ombrelle d’une méduse et le cerveau d’un homme, et rien ne pouvait sembler plus invraisemblable que de voir, un jour, une grande théorie psychologique emprunter son appui à l’étude de polypes chez lesquels l’existence
- Fig. 3. — N° 5. Système nerveux d’un insecte parfait (abeille). — N° 4. Système nerveux d’un arachnide (scorpion).
- même d’un système nerveux vient à peine d’être découverte. Mais, maintenant, vous pouvez, je crois, reconnaître ici l’uniformité de la nature.
- Pendant que je suivais attentivement dans les bandes contractiles de l’Aurelia, les ondes d’excitation, tantôt circulant librement, tantôt arrêtées par un excès de résistance, tantôt forçant le passage, j'ai compris que j’assistais dans les plaines inférieures de la genèse nerveuse aux marches et contremarches des mêmes forces qui, sur les hauts sommets de cette évolution, accompagnent invariablement, si elles ne les produisent pas, les raisonnements les plus compliqués d’un Newton, les émotions les plus sublimes d'un Shakespeare, les plus impérieuses volontés d’un Napoléon, et les pensées les plus transformatrices d’un Darwin 1 !
- G. J. Romanes.
- 1 Extrait d’une conférence de M. Georges J. Romanes, à l’Institution royale de Londres, traduit de l’anglais par Émile Ilodicr. Nous devons à l’obligeance du directeur de Nature un certain nombre des gravures qui accompagnent cette notice.
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- LA NATURE.
- CORRESPONDANCE
- SUR LE TÉLÉGRAPHE DE L’OBSERVATOIRE DU PIC DU MIDI.
- Pic du Midi. Col de Sencours. 50 octobre 1877.
- Mon cher Tissandier.
- À la suite de la séance de Y Association pour l'avancement des sciences, un vœu fut exprimé pour que notre observatoire fût relié avec la civilisation par un bout de fil de fer, et que notre Société Ramond tût reconnue d’utilité publique. La première partie de ce vœu-a été entendu; et vers le mois de janvier, un ministre, M. Waddingtou prenait la chose en considération sérieuse, puis cette chose a passé par la filière fort compliquée des bureaux, et naturellement elle allait échouer, quand M. l’ingénieur Belgrand est intervenu pour la remettre à flot, c’est-à-dire pour lui donner une direction pratique. C’est à lui que nous devons de correspondre directement avec Bagnères-de-Bigorre, au lieu de Barèges, Luz, Pierrefille, etc. Vers le mois d’août, l’inspecteur du département envoyait un agent spécial pour étudier la ligne, suivant notre vœu. Le 15 septembre environ, le matériel arrivait à la gare de Bagnères. Aussitôt et malgré une température déloyale, le travail commençait par les deux bouts delà ligne. Vous saurez sommairement que pendant 42 kilomètres, les poteaux ont dû être portés en place à dos d'homme : or ceux des deux derniers kilomètres pèsent en moyenne 180 kilogr., et cela par une jolie neige, dos pentes de 55' moyenne, et une brise très-intense. C’est à l’énergie de M. Lagartle, l’agent de l’inspecteur, que ce pénible travail a pu être terminé.'Le 1” octobre à huit heures du matin la première dépêche partait.
- Depuis quelques jours nous sommes autorisés à envoyer gratuitement nos observations à Paris (observatoire), à Toulouse (observatoire), à Pau, Bordeaux, Tarbes, Ba-gnère (mairies). Ce matin je reçois un bulletin de l’observatoire de Paris, sur lequel notre premier envoi est signalé.
- Comme nous sommes situés à la tète des principaux cours d’eau qui alimentent Adour et Garonne, nous pouvons instruire qui de droit, d’une crue plus ou moins forte, suivant que notre pluviomètre a fait de bonnes ou mauvaises recettes. Si ce fil de fer avait ôté placé en 1875, Toulouse eût été averti quarante-huit heures avant l’arrivée de la crue de la Garonne. Et ce n’est qu’au dévouement de mon second, M. Baylac, que Bagnères et la vallée de Campou ont pu être avertis. Pour-les avertissements à l’agriculture, nous sommes en situation de donner des avis très-pratiques. Et pour notre agrément personnel, il est fort satisfaisant d’avoir à la main un moyen de demander du secours en cas. Notre poste ici n’est pas entièrement à l’abri d’accidents.
- Lorsque nous aurons pu nous établir au sommet , là où nous avons déjà commencé à travailler, c’est-à-dire à 500 mètres plus haut que le col de Sencours, où nous sommes, tous les accidents auxquels je fais allusion n’auront plus lieu. Mais pour cela il ne nous manque que 15 000 francs seulement. C’est à réunir cette somme que tendent tous mes efforts. Je ne veux commencer à construire là-haut que quand je serai certain de pouvoir terminer le gros œuvre en une campagne. Il ne faut pas penser à laisser en semblable situation une construction sans être terminée. Pour cela il faut 50 000 francs en quatre-vingt -dix jours, et par un temps ordinaire, dix maçons, quinze servants, quaire mulets sont suffisants. Nous sommes maintenant assurés,
- par suite de notre séjour ici, d’avoir quatre-vingt-dix jours de beau temps, c’est-à-dire sans gelées trop fortes.
- Notre future habitation au sommet sera d’une simplicité complète. Point d’architecture; elle sera un paralli-lipipède tout uni, sans saillies, donnant prise aux vents e‘ à l’humidité. Si vous connaissez de bonnes âmes disposées à nous venir en aide, l’an prochain notre nid sera fait là-haut. Général Ch. de Nansouty.
- CHRONIQUE
- Nouveau procédé de tannage. — M. Alphonse Jollrain, secrétaire de la rédaction du Journal d'hygiène, a récemment publié dans cette feuille périodique et réé dité en brochure un très-curieux travail sur les différents procédés de tannage des peaux ; nous empruntons à cette intéressante monographie quelques données sur ce sujet peu connu. L’opération du tannage a spécialement pour but et pour résultat de combiner aux dépouilles animales une substance antiseptique qui transforme la peau en cuir souple et imputrescible. De temps immémorial, le tannin renfermé dans l’écorce de chêne a été presque exclusivement consacré à cet ouvrage (excepté pourtant le sumac, employé à tanner le cuir de llussie et le poly-gonutn amphibium, supérieur à l’écorce de chêne par la proportion de tannin qu’il contient et usité sur une grande échelle aux États-Unis depuis quelque temps). Ces procédés sont en somme tous basés sur l’emploi du tannin, et ont l’inconvénient d’exiger un temps considérable, jusqu’à quatorze mois, tout compris.
- Un chimiste italien, M. Charles Paesi, de Mortara, a eu l’heureuse fortune de découvrir un nouveau moyen de tannage beaucoup plus expéditif. 11 consiste à laisser macérer les peaux dans un bain de perchlorure de fer et de sel marin en dissolution dans l’eau. L’opération totale ne dure que quatre à six mois, dont la moitié seulement pour le tannage proprement dit. De plus, le perchlorure de fer # étant un puissant désinfectant, le nouveau mode de préparation assure la salubrité d’une industrie jusqu’à présent fort nauséabonde ; c’est pourquoi le zélé secrétaire du Journal d'hygiène a particulièrement signalé cette invention au public et au Conseil d’hygiène du Puy-de-Dôme, qui déjà s’était préoccupé de cette question, et à la suite de cette communication des expériences vont être entreprises, pour remédier dans certains quartiers de Clermont-Ferrand à l’infection provenant de cette cause.
- Les plus» vieux arbres d’Angleterre. -— Les
- Anglais, conservateurs en toute chose, entretiennent pieusement quelques arbres vénérables par leur antiquité, leur taille ou les souvenirs qui s’y rattachent. En faisant abstraction de ceux-ci, qui intéressent l’histoire et non l’histoire naturelle, on peut citer au nombre des merveilles végétales : le chêne des Trois-Comtés, ombrageant de son feuillage une surface de 777 pieds carrés, répartie entre le Nottinghamshire, le Derbyshire et le Yorkshire ; le chêne de Callhorpe (Yorkshire), qui mesure 70 pieds de circonférence à la base; le chêne de Clipson-Park, au duc de Portland, qui aurait quinze cents ans, et le fameux if de Forlingall, en Ecosse, qui en aurait trois mille!
- — Nos lecteurs savent qu’on est obligé chaque année d’exécuter des travaux de dragage importants à l’entrée du canal de
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- LÀ nature.
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- Suez, à Port-Saïd, pour maintenir la passe à la profondeur convenable. D’après des observations récentes, l’ensablement est très-rapide, et la côte s’avance dans la ruer sur le pied de plus de 45 mètres par an. Ainsi, tandis qu’en 1871, le volume de sable enlevé parles dragues avait été de 150(100 mètres cubes seulement, ce volume s’est élevé, en 1875, à 850000 mètres. Pour tâcher de remédier à cet état de choses, le gouvernement anglais vient d’ordonner une étude nouvelle de la côte entre Port-Saïd et les bouches du Nil, afin de sc rendre compte de la marche des bancs de sable, et de s’assurer s’il n’y aurait pas un moyen plus économique que le dragage d’arrêter l'envahissement par les sables de l’entrée du canal.
- — Le scarabée dissèqueur a fait, pendant ces dernières années, de tels ravages dans la lorèt de Bohême, que l’administration des forêts s’est vue dans la nécessité d’abattre de vastes étendues de bois. C’est ainsi, hélas ! qu’ont presque entièrement disparu les magnifiques forets vierges de Kuschwardn, de Winterberg, de Neuern, des Deschenitz. On en a replanté le sol, mais nous ne sommes pas près de revoir ces grands bois dans leur ancienne beauté.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du o novembre 1877, — Présidence de M. Peligot.
- Canal interocéanique. ~ D’après une intéressante lecture de M. de Lesseps, le dernier Congrès géographique a remarqué d’une manière toute spéciale parmi les divers projets de canaux traversant l’Amérique centrale, celui dont M. Wise est l’auteur, et qui couperait l’isthme de Darien. L’avantage de ce projet sur tous les autres est qu’il ne fait point usage d’écluses, et que la communication entre le Pacifique et l’Atlantique se ferait de niveau, comme cela a lieu à Suez. Cet avantage est si immense, qu’il fait passer sur de grandes difficultés d’exécution, entre autres sur la nécessité de percer un tunnel de 14 kilomètres de long. Ce tunnel qui devra livrer passage aux plus grands navires, devra avoir 36 mètres de hauteur, et dépasse par. conséquent énormément en dimensions tout ce qui s’est fait jusqu’ici. On estime qu’il coûtera à lui seul 51)0 millions de francs. Le reste du canal, dont la longueur totale est de 65 kilomètres coûtera à peu près la même somme.
- Hydrogénation de la benzine. — Il y a déjà une dizaine d’années, M. Bertlielot a produit à l’aide d’une méthode générale que nous n’avons pas à décrire la combinaison de la benzine (C12llc) avec 8 équivalents d’hydrogène, de façon a déterminer la formation du composé C12ll14, lequel appartient à la série grasse, tandis que la benzine fait partie de la série aromatique. Certains chimistes allemands, systématiques comme on l’est de l’autre côté du Hliin, développent cependant les excellentes raisons par lesquelles suivant eux, cette production n’est pas possible Parlant des molécules comme s’ils les avaient vues, ils disaient que la molécule de benzine étant hexagonale, son hydrogénation ne pouvait pas dépasser le nombre 6, et le résultat par conséquent, être plus hydrogéné que Ct2ll12.
- Notre compatriote revient aujourd’hui sur le même sujet, et il montre comment scs expériences qu’il a vérifiées peuvent facilement être interprétées d’une manière étrangère à tout mysticisme plus ou moins scientifique. En effet un résultat d’expérience est que la benzine peut résulter de la condensation de trois molécules d’acéthy-lène :
- CRI2, C4112, C4I12.
- D’où il résulte qu’une molécule d’acéthvlène peut, pour
- ainsi dire être saturée par l’adjonction de deux autres molécules. Or cette propriété de la première molécule considérée, appartient aussi aux deux autres, et M. Berthelet admet, sans que nous ayons bien senti pourquoi, que la première saturation n’est pas réciproque-, c’est-à-dire que la molécule n° 1 est saturée par l’adjonction des molécules n° 2 et n° 5, il n’en résulte pas que 2 soit saturé par 1 et 5, et que 5 soit saturé par l et 2. Ces molécules 2 et 3, tout en saturant 1 resteraient non saturés. Dès lors elles pourraient perdre de l’hydrogène et cela, par chacune à la dose de 2 ou 4 équivalents, correspondant à 1 ou 2 équivalents d’acélhylène. Ou aurait par exemple les corps
- C4H2, OU2, OU2,
- H2.
- puis
- OU2, OH-, OH2,
- H*,
- H2. etc.
- et enfin
- OH2, OH2, OU2,
- 112, 112,
- 112, U»;
- c’est-à-dire en somme
- C12I114
- dont il était question au début. On voit que la considération de la molécule hexagonale n’est pas nécessaire pour interpréter ces intéressants phénomènes. Reste à savoir si les choses n’en sont pas moins nébuleuses pour cela.
- Compression des gaz. — A l’aide d’un ingénieux petit appareil qu’il fait fonctionner devant l’Académie, M. CaiO letet arrive à liquéfier à 45 atmosphères environ, l’acé-thylène et l’hydrate de ce corps, qu’on ne connaissait encore l’un et l’autre qu’à l’état gazeux.
- Nouveau mammifère. — De tous les mammifères les plus bizarres sont sans doute ceux dont on a fait le groupe des monotrèmes. Deux genres le constituent, l’ornitho-rhynque et l’échidné, et tous deux paraissaient propres à l’Australie. Aussi est-ce avec le plus vif intérêt qu’on entend aujourd’hui M. le professeur Paul Gervais annoncer l’existence dans la Nouvelle-Guinée d’une sorte d’éehidné qui diffère beaucoup de son congénère déjà connu. Son pelage est différent, et au lieu de cinq ongles à ses membres il n’en a que trois ; de plus, sa langue est beaucoup plus longue, et au lieu d’être lisse elle est hérissée de trois rangées d’épines. Stanislas Meunier.
- SOCIÉTÉ FRANÇAISE DE PHYSIQUE
- Séance du 2 novembre 1877.
- PREMIÈRE EXPÉRIENCE DU TELEPHONE A PARIS.
- M. Niaudet a la parole pour faire connaître le téléphone de Bell, dont les lecteurs de la Nature connaissent déjà le principe par la traduction que nous avons donnée, dans notre numéro du 29 septembre dernier, de la notice publiée par M. Preece.
- On trouve précédemment, page 276, une vue extérieure du téléphone de Bell; aujourd’hui nous donnons une coupe du même instrument. Dans cette coupe on voit ; 1° l’ai-
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- LA NATURE.
- mant droit sur l’un des pôles duquel est montée une petite bobine de fil fin, et 2° la membrane circulaire de fer placée en regard du même pôle et qui complète l’instrument. Le reste, en effet, n’est que l’enveloppe, ou, si on veut, la boite de l’instrument, en acajou. Cette boîte présente à sa partie supérieure une embouchure en forme d’entonnoir, dont le trou répond à la partie centrale de la membrane de fer.
- Quand on veut parler, on présente l’instrument à quelques centimètres de sa bouche ; quand on veut entendre, il faut l’appliquer contre le pavillon de l’oreille.
- Il en est du téléphone comme de tous les instruments du monde ; on s’en sert mieux la seconde fois que la première ; il va sans dire qu’il est convenable de parler très-distinctement et avec une certaine lenteur. Pour bien entendre, il faut savoir dans quelle mesure on doit entendre, et se rendre bien compte que la voix de l'interlocuteur n’arrive pas comme s’il était placé à un mètre de distance.
- La voix est reproduite, toutes les intonations sont rendues, le timbre est parfaitement sensible; ou reconnaît la
- voix d’un ami de celle d’un autre sans la moindre hésitation ; les voix de femmes sont particulièrement reconnaissables et faciles à entendre. Mais, quoique le téléphone de M. Bell résolve complètement le problème de la transmission des sons avec leurs trois qualités : hauteur, intensité, timbre, il faut reconnaître, comme l’a dit M. Niau-det, qu’il rend non pas la voix, mais l’image de la voix. Quand on regarde une figure connue dans un miroir, on la voit avec tous ses détails, et cependant on se rend compte, à certains caractères, qu’on voit l’image et non pas la personne ; la différence serait encore plus sensible si au lieu d’un miroir étamé on faisait usage de miroirs d’argent ou de cuivre. Il en est de même pour le téléphone; on entend la voix qu’on connaît, mais elle est comme touchée par les intermédiaires mis en œuvre pour la transmission.
- L’impression le plus généralement éprouvée par les personnes qui emploient pour la première fois le merveilleux instrument de M. Graham Bell, c’est que la voix a l’air de sortir d’un trou, d’un soupirail, d’une cave. Il [ est fort remarquable qu’en se familiarisant avec l’instru-
- Coupe du téléphone.
- ment on perd presque complètement cette impression et qu’on finit par ne plus sentir cet effet de caverne.
- Deux communications téléphoniques avaient été établies, l’une entre la salle des séances, située au rez-de-chaussée, et la cave, l'autre entre la salle et une pièce au premier étage. Dans cette dernière, on avait mis une boîte à musique qui marchait continuellement et permettait aux membres de la Société d’accoutumer leur oreille à l’instrument. Sur l’autre ligne, celle de la cave, chacun a voulu parler et entendre, et personne n’est parti sans avoir fait une expérience qui peut compter, à bon droit, parmi les plus extraordinaires qu’aient encore fait les hommes.
- M. Niaudet a affirmé que dans un endroit absolument silencieux et calme, il est possible à deux ou trois personnes d’entendre le même téléphone, qui alors n’est pas appliqué sur le pavillon de l’oreille de l’un des expérimentateurs, mais aussi près que possible des auditeurs.
- 11 a expliqué aussi que deux téléphones pouvaient être mis en dérivation, de sorte que deux personnes pouvaient entendre à la fois et dans les conditions ordinaires d’usage de l’instrument. Il paraît qu’on a essayé jusqu’à six dérivations sans affaiblissement marqué.
- On peut également placer plusieurs instruments en circuit et réunir plusieurs interlocuteurs, qui seraient placés tous à distance les uns des autres, par un fil unique;
- chacun d’eux entendrait ce que dirait un quelconque des autres, et pourrait interrompre pour placer son observation, exactement comme font des amis réunis à dîner autour d’une table. M. Niaudet a dit avoir fait l’expérience dans la matinée même, entre la cave, le rez-de-chaussée • et le premier. Sera-t-il pratiquement possible de faire ainsi des conversations à plusieurs ? c’est ce que l’avenir montrera.
- On a fait plusieurs fois en Angleterre l’expérience de communiquer d’une ville à l’autre ; on l’a fait notamment entre Plymouth et Exeter, lors de la conférence de M. Preece devant l’Association britannique, au mois d’août dernier.
- Il paraîtrait même que M. Graham Bell a eu l’occasion, en Amérique, de converser avec un ami à une distance *de 258 milles (415 kilomètres).
- M. Niaudet a terminé en annonçant que M. Bell lui avait formellement promis de venir bientôt à Paris et d’y prendre la parole dans une réunion scientifique. Ce sera une fête pour les admirateurs de l’heureuse invention du téléphone.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissamdier.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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- N» 233. — 17 NOVEMBRE 1877.
- LA NATURE.
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- LE STELLION
- Sous le soleil brillant de l’Égypte et de la Syrie l’on voit souvent, étendu sur les rochers arides, un petit lézard, le Hardum, des Arabes; le moindre bruit l’effraye, et, glissant avec rapidité le long des parois escarpées, l’animal disparaît dans quelque trou, se blottit parmi quelques pierres.
- Que l’on parvienne à s’emparer de l’un d’eux, et l’on remarquera que le corps est assez déprimé, le dos étant légèrement abaissé des deux côtés. Les membres sont longs et forts ; les ongles courts et robustes. La queue, dont la longueur égale près des deux tiers de la longueur de l’animal entier,
- conique dans pr, que toute son étendue, offre un léger aplatisse!neru 'rers sa racine ; des écailles épineuses disposées suivant une série d’anneaux l’entourent. La partie supérieure du corps présente une teinte jaune-olivâtre, nuancée de noirâtre ; une sorte de demi-collier noir, composé de grandes taches oblongues, s’étend sur le cou d’une épaule à l’autre ; de larges taches blanches se voient sur le dos, tandis que des taches noires se montrent de distance en distance sur la face supérieure de la queue ; le dessous du corps est lavé de jaune-olivâtre. La longueur atteint environ quinze centimètres.
- En examinant de plus près l’animal inoffensif que Ton vient de capturer, Ton remarque que sa tête est triangulaire, médiocrement allongée, aplatie ; que
- Le Stelliou, d’après un des individusu'écemment envoyés à la Ménagerie des_rcptiles au Jardin des Plantes.
- l’oreille est grande, la membrane du tympan étant entièrement à découvert; que les côtés de la tète, en arrière de la bouche, sont hérissés de bouquets d’épines coniques disposées en cercle autour d’une épine plus longue que les autres. Des plis irréguliers se voient sur les côtés du cou, sous la gorge, le long des flancs ; le cou et les côtés du corps sont armés d’épines s’élevant au-dessus de petites écailles faiblement carénées ; un rudiment de crête s’étend de la nuque jusqu’un peu en arrière des épaules; les écailles du dos sont beaucoup plus grandes que celles des flancs.
- Tel est le Stellion commun, répandu dans tout l’Orient, en Égypte, en Syrie, en Grèce; c’est de l’île de Rhodes que proviennent les nombreux individus que vient de recevoir la Ménagerie des reptiles du Muséum d’histoire naturelle, grâce aux soins de M. Guichard.
- b" année. — 2e semestre.
- Une espèce voisine, le Stellion cyanogastre, plus particulièrement confinée en Arabie, se distingue de la précédente par le cou surmonté d’une petite crête, le ventre de couleur bleue, le dos d’un brun-olivâtre, les membres ornés de petites taches jaunes.
- Les Stellions étaient connus des anciens, qui les désignaient sous le nom de Stellio ou de Lézards, portant des taches étoilées, stellarum ad instar, dit Pline. Ce naturaliste nous apprend que le Stellion, commun dans l’Orient et dans le pays des Par thés, est muet comme le Caméléon, qu’il a des aiguillons disposés sur les côtés de la tête, du dos et de la queue; qu’il met en fuite les scorpions par sa seule présence, et qu’il ne peut coexister avec ce dernier animal.
- Suivant Pline, des vertus merveilleuses sont attribuées au Stellion. Contre les maladies générales Ton emploie, écrit-il, sa dépouille macérée dans de
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- LA NAT U R E.
- l’eau, mais ce remède n’a d’effr .cité que si l’épiderme a été récolté pendant 1’ „é, la peau détachée pendant l’hiver n’ayant aucune vertu. Le corps de l’animal, privé de sa tète et de ses pattes, dépouillé de ses viscères, et réduit en cendres, possède une grande puissance contre l’hydropisie. Il est singulier que la cendre préparée de la main gauche puisse donner une nouvelle vigueur et ranimer les forces abattues, tandis que la même cendre préparée de la main droite soit, au contraire, un souverain calmant contre les ardeurs de la jeunesse. Les douleurs de reins sont efficacement combattues par une potion dans laquelle entrent des Stellionscalcinés, du vin et le suc de pavots noirs récoltés en Orient. Le foie du Stellion trituré dans de l’eau attire les fouines.
- Lacépède rapporte que « c’est surtout aux environs du Nil que les Stellions sont en grand nombre. On en trouve beaucoup autour des pyramides et des anciens tombeaux qui subsistent encore sous l’antique terre d’Egypte. Ils s’y logent dans les intervalles que laissent les différents lits de pierres, et ils "s’y nourrissent de mouches et d’insectes ailés.
- « On dirait que ces pyramides, ces éternels monuments de la puissance et de la vanité humaine, ont été destinées à présenter des objets extraordinaires en plus d’un genre. C’est, en effet, dans ces vastes mausolées qu’on va recueillir avec soin les excréments du petit Lézard dont nous traitons dans cet article. Les anciens, qui en faisaient usage, ainsi que les Orientaux modernes, leur donnaient le nom de Crocodilea, apparemment parce qu’ils pensaient qu’ils venaient du Crocodile; et peut-être ces excréments n’auraient-ils pas été aussi recherchés, si l’on avait su que l’animal qui les produit n’était ni le plus grand ni le plus petit des Lézards ; tant il est vrai que les extrêmes en imposent presque toujours à ceux dont les regards ne peuvent pas embrasser la chaîne entière des objets.
- Les modernes, mieux instruits, ont rapporté ces excréments au Stellion, à un Lézard qui n’a rien de très-remarquable; mais déjà le sort de cette matière abjecte était décidé, et sa valeur vraie ou fausse était établie. Les Turcs en ont fait une grande consommation; ils s’en fardaient le visage; et il faut que les Stellions aient été bien nombreux en Égypte, puisque pendant longtemps on trouvait presque partout, et en très-grande abondance, cette matière que l’on nommait stercus lacerti ainsi que crocodilea. »
- E. Sauvage.
- LA POPULATION DE LA FRANCE
- Le dénombrement de 1872 fixait le nombre des arrondissements à 362, celui des cantons à 2865, celui des communes à 35 989.
- D’après le recensement de 1876, on compte 562 arrondissements, 2863 cantons et 36 056 communes. Le nombre des arrondissements est donc resté le même, celui des cantons a donc diminué de 2, et celui des communes se trouve augmenté de 671
- En 1872, la France comptait 56 102 921 habitants. En 1876, le chiffre s’est élevé à 56 905 788 habitants; différence en plus : 802 867 habitants ou 2,17 pour 100. Cette population se répartit de la manière suivante :
- Sexe masculin. Garçons. . . . 9 805 761
- Hommes mariés. 7 587 259 Veufs.......... 989 619
- Sexe féminin.
- Filles............ 8 944 386
- Femmes mariées 7 567 080 Veuves............ 2 020683
- 18 575 659
- 18 532149
- Cette augmentation équivaut à l’accroissement moyen de la population pendant les périodes quinquennales qui se sont succédé depuis un demi-siècle, abstraction faite des territoires annexés à la France ou qu’elle a perdus pendant ce laps de temps. (Journal officiel.)
- MOIS MÉTÉOROLOGIQUE AUX ÉTATS-UNIS
- SEPTEMBRE 1 877.
- L’époque de l’équinoxe amène une recrudescence marquée dans le nombre et l’intensité des bourrasques. 13 dépressions baromét:iques ont pu être suivies pendant le mois de septembre; sur les 9 qui se sont formées dans les régions échauffées, à l’est des Montagnes Rocheuses, 8 se sont comblées avant d’avoir atteint l’Atlantique ; seule la bourrasque qui a pris naissance le 4 dans le Nebraska, a augmenté progressivement d’intensité en s’avançant vers l’est : elle a causé du 6 au 9 une violente tempête sur la côte. Les 4 autres dépressions sont venues par le golfe du Mexique ou par les Antilles, la trajectoire de leurs centres restant presque constamment au large à peu de distance du continent.
- La comparaison des températures observées des deux côtés de l’océan Atlantique, constitue le principal intérêt qui s’attache ce mois-ci à l’étude du temps. On sait eu effet que le mois de septembre a été très-froid en France ; à Paris la température s’est presque constamment tenue au-dessus de la normale, la moyenne mensuelle, 12°,9, est la plus basse qui ait été constatée depuis le commencement du siècle. Ce temps froid étant bien nettement accusé, au moins dans nos régions, il devenait intéressant de le comparer avec les observations faites aux Etats-Unis pendant la même période : or la Montldy Weather Review nous apprend que la température a été plus élevée que d’habitude, et cela sur le pays tout entier. Cet excès, faible dans les États du Sud, a augmenté avec la latitude, atteignant sa plus grande valeur numérique dans le nord-ouest et vers la région des Lacs. C’est la première fois depuis le commencement de cette année, que l’opposition du phénomène est ausgi nettement tranchée. Les températures les plus élevées'se rapportent à trois périodes : du 1er au 3, du 10 au 16, et vers le 30; les minima se sont produits entre le 17 et le 23.
- Les pluies ont été abondantes dans les États du golfe et sur la côte atlantique; le 18 et le 19, il est tombé 205 millimètres d’eau à Mobile, 215 à la Nouvelle-Orléans, 265 à Carlowville; ces pluies con-
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- LA NATURE.
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- sidéi ables ont amené des inondations dans le district de l’Alabama, où l’on estime que l’eau a emporté et détruit plus de 30 000 balles de coton. Les régions plus septentrionales, celles où l’excès de la température a été maximum, n’ont eu au contraire que des pluies insignifiantes ; aussi la sécheresse des deux mois précédents s’est-elle prolongée encore, au grand préjudice de la végétation et de la navigation des rivières; plusieurs sources ont tari.
- C’est un fait bien connu, que dans nos régions de l’Europe occidentale, la hauteur de l’eau tombée augmente avec l’altitude; aux Etats-Unis, au contraire (et les pluies de septembre en sont un nouvel exemple), ce sont les parties basses qui reçoivent les plus grandes quantités de pluie. Nous aurons occasion de revenir sur ce fait intéressant, que nous nous bornons à constater aujourd’hui.
- Les premières neiges ont fait leur apparition dans les régions élevées, le 5 au mont Washington, le 7 dans le territoire de Montana, le 12 dans le Nevada; à Summit (Colorado), il en est tombé une couche de 50 centimètres en six jours.
- Un tremblement de terre a été signalé le 10, à neuf heures cinquante-neuf minutes du matin, en vingt stations de l’Etat de New-Jersey et de la Pen-sylvanie. Dans l’Amérique du Sud, des secousses d’une nature alarmante ont été ressenties le 25 à Co-bija (Bolivie) et à Iquique (Pérou), si terriblement éprouvées déjà par le tremblement de terre du 9 mai dernier.
- TÉLÉGRAPHIE SOUS-MARINE
- LA DESTRUCTION DES CABLES.
- Les câbles sous-marins sont soumis à de nombreuses causes de détérioration. Tantôt ce sont, dans les parages du Nord, les bancs de glace flottants, qui peuvent atteindre des profondeurs de 5 à 600 mètres. Par l’effet de leur marche vers le sud, ils fondent et arrivent à ne plus présenter que des arêtes vives sous l’eau ; ces arêtes labourent le fond de la mer, éraillent le câble qui se trouve sur leur chemin. Cet accident s’est souvent produit sur les câbles de l’Atlantique, dans les parages de Terre-Neuve.
- Après les bancs de glace, il faut redouter le frottement et l’usure sur la roche du fond. Au voisinage des côtes, dit M. Ternant dans une étude sur la réparation des câbles sous-marins, les fonds subissent de brusques ressauts qui empêchent le câble de porter uniformément sur le sol ; l’une des extrémités reposant sur un rocher, subit tout l’effort du poids de la partie de câble non appuyée. Un mouvement de va-et-vient continu, provenant de l’agitation de la mer, de la marée ou d’un courant ordinaire, détermine l’usure graduelle, quoique lente, des fils extérieurs d’abord. Le fourreau venant à manquer, les fils conducteurs finissent par céder et se rompre, ou bien, l’usure continuant jusqu’à l’âme du câble, le conducteur est mis à nu, fait terre et
- interrompt les communications. Le câble reliant Bo-nil'ace à la Sardaigne fut interrompu en 1861 par une cause de ce genre, et les six fils conducteurs qu’il contenait se rompirent, par extension, à l’intérieur de la gutta-percha, qui ne céda qu’à l’effort du relèvement. Nous mentionnerons encore comme causes de destruction les bancs de corail, les tremblements de terre, les éboulements sous-marins et la température élevée des côtes des tropiques.
- Les ennemis du règne animal ne sont pas moins nombreux. Une observation curieuse a été faite après la pose des câbles de la côte brésilienne, dans la section de Para à Cayenne. Nous indiquons sur la carte ci-contre (fig. 1) les diverses communications sous-marines de cette région : c’est un détail de géographie encore peu connu, intéressant à signaler.
- On sait que le Brésil a été relié au Portugal en 1875. En même temps une série de câbles côtiers a complété le réseau de la contrée allant de Pernam-buco à Para, Cayenne, Demerara et aux Antilles.
- L’observation dont nous parlons se rapporte à la section de Para à Cayenne. Il s’agit de morsures singulières dues aux attaques du poisson-scie qui abonde dans ces parages. Déjà La Nature1 a rapporté un exemple d’un semblable accident arrivé en 1871 au câble de Singapore. M. Buckland trouva dans sa collection un poisson-squale dont il détacha la scie, avec laquelle il pratiqua dans le câble une blessure semblable à celle qui avait causé le dérangement.
- Ici l’accident a pris en quelque sorte un caractère chronique ; nous emprunterons nos renseignements aux ingénieurs de la pose. Dans le premier morceau du câble en dérangement, l’un des fils de fer protecteurs était déplié de façon à mettre à nu le chanvre qui servait de revêtement immédiat au noyau. Au milieu de cette partie se trouvait enfoncé au travers du chanvre, dans l’âme de caoutchouc, un morceau d’os, apparemment l’esquille d’une dent de poisson. Sur le même côté du câble, et à la distance d’environ deux pouces, se trouvait dans une position semblable un autre morceau d’os. Chacune de ces esquilles avait près d’un pouce de longueur et environ un huitième de pouce de diamètre. Sur la figure 2, on voit représenté* un de ces morceaux en grandeur naturelle. De l’autre côté du câble, au milieu de la distance entre ces deux premiers morceaux, une autre esquille de dent fut trouvée enfoncée dans le noyau ; en section le défaut avait l’apparence de la seconde partie de la figure 2.
- Dans un autre dérangement, l’un des fils était recourbé en dedans, le reste du toron était légèrement déformé et les hélices défaites. Un des hommes de l’équipage retira du câble, ait moment du relèvement, un fragment triangulaire aigu de dent émaillée d’environ un quart de pouce d’épaisseur ; ce fragment était fixé entre les fils. En dépouillant le noyau, on trouva sur l’isolant un petit trou pareil à la piqûre d’une broche.
- 1 La Nature, lte année, 1875, \n 160.
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- Un troisième dérangement était d’une nature plus mystérieuse. Le câble en apparence n’offrait rien de défectueux. Lorsque le revêtement extérieur fut enlevé et que le noyau fut mis à nu, l’on y vit un trou aussi grand que la tête d’une épingle et rempli d’une substance blanchâtre semblable à du mastic de vitrier. On trouva un fil de l’enveloppe intérieure partagé précisément au-dessus du trou; le fil de fer qui le recouvrait dans l’armature extérieure était légèrement recourbé en crochet à environ deux pouces de là. Une petite partie de la filasse extérieure se trouvait également disjointe violemment autour du défaut.
- Entranchantavec un couteau le noyau à l’endroit du dérangement, de façon à mettre à nu le conducteur , on vit de nouveau sur l’un des côtés de celui-ci cette pâte molle, émiettée. On découvrit, em foncés dans l’une des extrémités de la filasse intérieure divisée, deux petits fragments de matière dure et osseuse. Ces morsures révélaient des traces d’altération. Elles étaient si petites qu’il était difficile de préciser si elles provenaient '
- d’os ou d’une substance analogue à l’écaille. Ces vestiges présentant un caractère fibreux, un aspect demi-transparent, il n’y a guère à douter, en tenant compte des autres signes de dégâts, qu’ils ne provinssent d’un poisson.
- La substance blanche était certainement une matière dentaire décomposée.
- Ces trois défauts se trouvaient tous à une distance de 15 milles l’un de l’autre, à 130 milles de Para. On releva encore un quatrième dérangement qui se trouvait dans le type* de câble d’eau profonde, et quoique l’on n’y vît nuis fragments de dents, l’état de distorsion des fils protecteurs prouva qu’il avait la même cause que les précédents. Enfin, un cinquième dérangement, relevé à 270 milles de Para, c’est-à-dire à mi-chemin de Cayenne, n’était pas si évidemment causé par des poissons, bien qu’une pa-
- Fig. 1. — Carte des câbles électriques de la côte du Brésil.
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- reille cause ne fût que trop possible. Le noyau dans ce dernier cas était piqué comme dans les précédents, mais cette fois le trou était rempli d’une matière noire, et le cuivre lui-même révélait des traces de coups de dents. Les dents avaient dû être fortes, ayant pu se dégager. M. Warren nous a dit comment , après le relèvement de ces fautes, le câble se trouva encore interrompu l’année suivante, à peu près vers la même place, avec cinq morsures de poisson de plus. A l’un des endroits on retira un gros morceau de substance osseuse et dure de la longueur d’environ un pouce et demi, et la partie enfoncée dans le câble occupait environ un pouce de circonférence. M. Warren raconte qu’il fut très - emba r as s é
- pour dire à quel poisson il fallait attribuer le cas, jusqu’à son arrivée à Demerara, où il n’hésita plus à reconnaître la dent du poisson-scie, qui abonde dans ces eaux et dans tout ,1e nord des côtes brésiliennes. M. Buckland a décrit l’action du poisson-scie attaquant les câbles. Il suppose que l’animal rasant la vase en ligne droite arrive au contact du câble dont la résistance l’irrite ; il donne contre l’obstacle avec sa scie et lui porte des coups si enragés que les dents traversent les fils protecteurs et pénètrent jusqu’au noyau.
- Après le poisson-scie il faut citer trois insectes dont les méfaits sont connus depuis plusieurs années. M. Precce les a récemment dénoncés à la Société des ingénieurs télégraphiques de Londres. ^
- Le Teredo navalis et son congénère Xylophaga, que Huxley découvrit pour la première fois en 1860 dans un des câbles du Levant, se logent dans le chanvre du câble et pénètrent même dans la gutta-per-cha, partout où les fils de l’armature extérieure lui livrent un passage suffisant.
- Le Teredo est un ver qui se construit un abri en forme de tube, en sécrétant des matières calcaires ;
- 2. — Morceau d'os trouvé dans un câble électrique et aspect du câble détérioré.
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- 1e Xylophaga a la forme bivalve. Le Xylophaga ne pénètre pas profondément dans la gutta-percha, il y loge seulement l’une de ses valves. Sur des fils de petite dimension, la gutta-percha peut de la sorte être, suffisamment entamée pour qu’il en résulte une oertc considérable du courant.
- Le Teredo et le Xylophaga ont été rencontrés sur les câbles de la Méditerranée, dans l’Atlantique et même dans les mers du nord.
- Le Teredo norvegica (fig. 5) est un ver de dimensions considérables , armé à la partie antérieure de deux valves en forme de coquilles, qui lui permettent de ronger le bois le plus dur. Ce ver appartient au genre des mollusques acéphales , les naturalistes n’en comptent pas moins de vingt-quatre espèces différentes.
- Le Limnoria lignorum, appelé encore L. terebrans par le docteur Carpenter, est un petit crustacé de la grosseur d’une fourmi (tig. A), ce qui lui permet de pénétrer par les interstices des fils de l’armature du meilleur câble jusqu’à l’âme, à travers laquelle il chemine. Dans les mers de l’Inde et le golfe Persique la Limnoria atteint de plus fortes proportions et produit des orifices d’un diamètre considérable. On la rencontre fréquemment dans les parages de l’Irlande où elle a endommagé sérieusement plusieurs câbles.
- Pour épuiser la matière, nous dirons encore le rôle qui appartient, suivant M.
- Ternant, à la Baleine dans les accidents des câbles. Lors de la pose du premier câble de l’Atlantique en 1859, une baleine avait failli rompre le câble en passant à l’arrière du Niagara pendant la pose. Une autre aventure plus étrange concerne l’un des câbles du golfe Persique, de Gwadur à Kurrachee.
- L’accident, dit M. Ternant, est d’une nature si extraordinaire qu’il est essentiel de citer la source officielle.
- M. Isaac Walton, superintendant des télégraphes du Mekran et du golfe Persique, rapporte ce qui suit au gouvernement de Bombay : « Le câble de Kur-
- Fig. 3. — Teredo norvegica.
- Vue, agra.ndt^
- rachee à Gwadur, long d’environ 500 milles, fut soudainement interrompu dans la soirée du 4 courant. Le vapeur télégraphique, Y Amberwitch, commandant Bishop, avec le personnel des ingénieurs et électriciens, sous les ordres de M. Henry C. Mance, partit le jour suivant pour réparer le défaut qu’on avait estimé se trouver à H 6 milles de Kurrachee à la suite des expériences faites aux deux extrémités.
- « VAmberwitch arriva en ce lieu à deux heures du soir, dans la journée du 6. La mer était forte et un épais brouillard régnait en ce moment, mais le câble put néanmoins être accroché à un quart de mille du point de rupture.
- « Les sondages opérés sur le lieu même de cette fracture étaient très-irréguliers et indiquaient un ressaut de 70 à 30 brasses. En relevant le câble, on éprouva une résistance insolite, comme si le fil avait accroché une roche, mais en persévérant pendant quelque temps, le corps d’une énorme baleine entortillée dans le câble fut amené à la surface ; on s’aperçut quelle était solidement fixée au câble par deux tours et demi, pris immédiatement au-dessus de la queue. Des requins et d’autres poissons avaient en partie dévoré la carcasse, qui se décomposait rapidement, au point que la mâchoire se détacha en arrivant à fleur d’eau. La queue, dont les dimensions avaient 12 pieds de large, était parfaitement conservée et recouverte de nombreux coquillages à ses extrémités. Apparemment , la baleine avait dû se servir du câble comme d’un grattoir pour se débarrasser des parasites, l’animal avait pu d’un coup de sa queue briser à la fois le câble et l’enrouler plusieurs fois du même coup autour de son corps de façon à en être étouffe. »
- Nous conclurons avec M. Ternant que cet accident démontre combien il est important d’éviter, par une étude complète du profil sous-marin, les ressauts du fond aux abords de la côte.
- Ch. Bontemps.
- Grcindcicr naturelle-
- Pattes ou.es dits niicroscofJt'^
- Fig. 4. — Limnoria lignorum.
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- LA NATURE.
- LES ESQUIMAUX
- AU JARDIN D’ACCLIMATATION.
- Il est difficile de donner de meilleures leçons d’etlinograpliie que celles qui ont lieu d’une façon toute pratique au Jardin d'acclimatation. L’intelligent directeur de cet établissement aussi attrayant qu’instructif, M. Geoffroy-Saint-lIilaire, a compris que l’étude de l’homme pouvait passionner le public avide d’instruction, et il a profite des occasions qui se sont produites pour faire connaître avec les animaux qu’ils chassent, des hommes de races tout à fait différentes des nôtres. Hier, nous lui devions la connaissance de Nuhiens-Redjas, aujourd’hui il offre à l’étude, des Esquimaux ; hier, c’étaient des Africains demi-nus qu’il nous présentait, aujourd’hui ce sont des Hyperboréens couverts de peaux, qu’il nous fait voir. Les gens du monde lui seront reconnaissants de ses efforts, les savants lui en sauront un gré infini.
- Les Esquimaux qui, au nombre de quatre adultes et deux enfants (fig. 4), ont élu domicile en ce moment au Jardin d’acclimatation, sont originaires de Jacobshavn, petit poste danois situé sur la côte occidentale du Groenland, un peu au sud de Elle de Disco qui est comme le centre des possessions Scandinaves dans ces régions polaires (fig. 3). 11 y a là le mari et la femme, M. et Mme Okabak, un jeune homme du nom de Koyangi, un métis de Danois et d’Esquimau, Jokkik, et deux petites filles de quatre ans et d’un an appartenant au couple Okabak. Ces braves gens sont de petite taille, mais forts et trapus ; leurs larges faces rondes et cuivrées, percées de petits yeux noirs et vifs, respirent la douceur et la bonne humeur. Ils ne manquent pas d’ailleurs d’une certaine éducation, car ils savent lire et écrire; l’un d’eux possède même et étudie une grammaire danoise et csquimale. Ils ont amené quelques jeunes ours blancs soigneusement enfermés dans une cage solide, plusieurs phoques qui prennent leurs ébats dans la grande pièce d’eau réservée jusqu’ici aux oiseaux aquatiques, et un certain nombre de ces chiens esquimaux qu’on attelle aux traîneaux au Groenland et dans l’extrême nord de l’Amérique. Déjà deux habitations d’hiver ont été construites sur la grande pelouse et pourvues du mobilier assez succinct des Groenlandais (fig. 4). Bref, nous allons avoir sous peu à Paris une réduction de ces hameaux qui constituent dans les régions boréales ce que nous connaissons de plus rudimentaire en fait d’agglomération humaine. Ils ont également apporté deux embarcations et une foule de vêtements, d’instruments de pêche, de petits objets (fig. 1 et 2), et jusqu’à des réductions de barques et d’habitations.
- Ces individus, à l’exception de Jokkik, le métis, nous représentent parfaitement le type esquimau. Mais avant d’aller plus loin, il serait utile de définir ce que l’on entend par ce mot d’Esquimau. Les régions glacées du pôle nord sont habitées par plu-
- sieurs races absolument distinctes les unes des autres, bien qu’on les désigne parfois sous la dénomination commune de races hyperboréennes. Il est assez difficile de faire le départ de ces races, notamment de celles qui habitent les rives européennes et asiatiques de l’océan Glacial ; mais s’il en est une qui soit nettement déterminée, c’est à coup sûr la race csquimale, qui est à proprement parler américaine, et dont l’habitat s’étend depuis le détroit de Behring jusqu’au Groenland oriental ; une fraction de cette race est meme établie sur la côte asiatique du détroit de Behring, c’est celle des Tchouktchis pêcheurs et marins, qu’il ne faut pas confondre avec les Tchouktchis pasteurs de l’intérieur des terres qui appartiennent à une race peu connue, mais certainement tout à luit différente de la race csquimale. En fait, les Esquimaux constituent une population à peu près exclusivement américaine. De leur origine on ne sait rien. 11 ne semble pas toutefois qu’ils soient autochthones dans les contrées où nous les trouvons; mais, viennent-ils d’Asie, comme on l’a prétendu, ou bien ont-ils été rejetés des régions moyennes de l’Amérique du Nord au delà du cercle polaire par des peuples plus énergiques? C’est là un point qu’il est encore difficile d’élucider. La nature du langage qui est un important caractère ethnique n’est d’aucun secours dans cette question, car jusqu’à présent la langue bien connue des Esquimaux n’a pu être rattachée à aucune autre famille glot-tique de l’ancien ou du nouveau continent; elle appartient à la classe si vaste des idiomes agglutinants, classe qui comprend le plus grand nombre des familles linguistiques de l’univers. Ses procédés d’agglutination, son mode de polysynthétisme la rapprocheraient pourtant des systèmes glottiques de l’Amérique plutôt que de ceux de l’Asie, mais c’est là une simple hypothèse. Quoi qu’il en soit, la langue des Esquimaux est à peu de choses près la même au détroit de Behring, au Labrador et au Groenland; on ne peut y discerner que des différences dialectales de mince importance : tous les Esquimaux se comprennent entre eux. Au point de vue physique, la race esquimale passe pour une race des plus pures, et elle l’est en effet : si quelques métis se présentent au Groenland où les colonies Scandinaves ont exercé une certaine influence, au détroit de Behring, où les races sont notablement entremêlées et sur la limite qui sépare les Peaux-Rouges des Esquimaux, le gros de la population est très-homogène et présente tous les caractères des races pures.
- Sans vouloir trancher la question de l’origine des Esquimaux, on peut dire cependant qu’ils s’étendaient autrefois bien plus au sud sur le continent américain et que leur venue au Groenland pourrait être relativement récente, au moins dans la partie où se trouvent les établissements Scandinaves. On sait que le Groenland fut découvert par le viking ou roi de mer islandais Eric le Rouge, à la fin du dixième siècle, et que ses compagnons et lui y fon-
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- dèrent des colonies qui devinrent très-florissantes, au point qu’après la conversion de l’Islande au christianisme on créa des sièges épiscopaux au Groenland. Or, ces colons Scandinaves n’eurent point de rapport d’abord avec des indigènes, et les chants traditionnels qui les concernent ne contiennent aucune mention qui puisse donner à entendre qu’il y eût des Esquimaux, au moins dans la partie méridionale du Groenland. Il pourrait se faire toutefois que quelques groupes de cette race eussent été installés dans des régions plus élevées en latitude, et que les Islandais les eussent connus peu à peu. En 12G6, une expédition fut envoyée pour explorer le pays des Skrœlinger, comme les Scandinaves d’alors appelaient les indigènes du monde arctique et des régions voisines. Plus de cent ans après, en 1579, les établissements septentrionaux furent attaqués par les Esquimaux, les engagements devinrent meurtriers, et comme à partir de la moitié du quinzième siècle, le Groenland fut totalement oublié de l’Europe, comme les colons Scandinaves y furent abandonnés à eux-mêmes, ils ne tardèrent pas à succomber sous les coups des petits chasseurs de phoque ou à être absorbés par eux. Parmi les légendes esquimales recueillies par M. Rink, ancien directeur danois des affaires groenlandaises1, nous en trouvons plusieurs qui ont trait évidemment à ces événements. Il s’agit d’un Esquimau qui s’étant avancé dans son kayak jusqu’à Kakortok, établissement des anciens Kavdlunait (Scandinaves, Européens en esquimau), tua un de ceux-ci dans une sorte de joute (fig. 5) ; enhardi par l’impunité, il en assassina un autre l’été suivant, crime qui attira sur les siens la vengeance des Kavdlunait ; ceux-ci surprirent le hameau du meurtrier et en massacrèrent à coups de hache tous les habitants, à l’exception de deux frères qui s’enfuirent; encore le plus jeune d’entre eux ne put-il échapper à la poursuite du chef des Kavdlunait, Oungortok. Seul le frère aîné, Kaisâpi demeura sain et sauf, et se réfugia chez d’autres Esquimaux avec l’aide desquels il prépara sa revanche. Kaïsâpi surprit donc un jour les Scandinaves, fît entourer leur habitation et y fît mettre le feu. Le chef Oungortok put cependant se sauver par la fenêtre, emportant son fils dans ses bras; mais poursuivi à outrance par Kaïsâpi, il ne lui échappa qu’en jetant l’enfant dans l’eau (fig. 6). La lutte entre le Scandinave et l’Esquimau continua encore quelque temps jusqu’à complète victoire de Kaïsâpi. C’est là un exemple des relations difficiles entre les deux populations, dont l’une finit par disparaître devant l’autre; car lorsque John Davis redécouvrit le Groenland, il n’y trouva plus que des Esquimaux. Cette race s’étendit beaucoup plus au sud sur le continent américain. Des crânes trouvés
- 1 Taies and traditions of the Eskimos, par le docteur II. Rink. — Londres, W. Blackwood, édit., 1875. — Cet ouvrage, qui fait autorité sur la matière, est illustré de dessins dus à des artistes esquimaux dont les figures 5 et 6 peuvent donner une idée.
- dans une sépulture très-antique près de la chute du Niagara, présentent tous les caractères esquimaux. Les sagas islandaises qui parlent des voyages au Vinland qu’on croit être le Massachusetts actuel, peignent ce pays comme habité par des Skrœlinger, que les anciens marins Scandinaves n’auraient certes pas confondus avec les belliqueux et farouches Peaux-Rouges. Nous devons donc en inférer qu’au onzième siècle, les Esquimaux disputaient encore le territoire des États-Unis et du Canada aux Algonquins, qui finirent pourtant par en avoir raison et par les rejeter dans le Labrador et sur les rives glacées de l’océan Polaire.
- Les Esquimaux sont de petite taille, la plupart des auteurs et des voyageurs s’accordent à le constater. Un anthropologiste anglais, M. Sutherland, a trouvé pour 55 Esquimaux de plus de vingt ans la moyenne de lm,585. Le voyageur Kotzebue ne leur donne en général guère que 5 pieds. Or, les trois Esquimaux adultes du Jardin d’acclimatation ne démentent point ces renseignements. Koyangi n’a que 4m,427, c’est le moindre de tous. Mme Okabak a lm, 458 et son mari lm,560. Il faut donc admettre que les individus de plus haute taille, Im,7I4, im,689, lm,676 qui ont été signalés en divers endroits étaient des métis. Jokkik qui est mi-Danois mi-Esquimau a déjà l'",647. Nous ne saurions mieux les décrire que M. le docteur Topinard, qui semble avoir eu en écrivant, des Esquimaux sous les yeux, tant le portrait qu’il en fait est exact, quand on le compare aux individus actuellement présents à Paris : « Ils sont, dit-il, gros, trapus, ils ont de larges épaules, de grosses têtes, de gros membres, mais des extrémités petites et bien faites. Leur face est aplatie jusqu’à s’excaver à l’endroit où s’insère le nez; leurs joues sont pleines, leurs pommettes saillantes au plus haut degré ; leur nez large, petit et à peine proéminent; leur ouverture palpébrale exiguë, leurs yeux noirs et enfoncés, leur bouche petite, ronde et à lèvre inférieure forte ; leurs dents régulières et usées de bonne heure jusqu’aux gencives, par l’habitude de s’en servir pour travailler les peaux. Leurs cheveux sont d’un noir de jais, longs, durs, peu abondants et à section transversale plus voisine de la forme arrondie que de l’elliptique. Leur barbe est presque nulle. » Ajoutons que le corps est à peu près glabre, et qu’ils n’ont pas de poils sous les aisselles par exemple. « Leur crâne, dolichocéphale pur, donne l’indice de 71,4 (Broca) ou de 71,8 (Virchow) ; il forme un parallélogramme allongé, dont les côtés tombent verticalement, et dont la crête sagittale est si marquée, que certains semblent physiologiquement scaphocéphales. Ce sont les plus leptorhiniens connus (42°,2). Leur prognathisme de 71°,4 correspond au degré moyen observé dans toutes les races jaunes. La direction de leur plan occipital les rapproche des Chinois.- Leurs os propres du nez sont les plus étroits constatés, leurs orbites sont ronds, leurs maxillaires massifs et leurs os malaires d’un volume et d’une confîgu-
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- ration grossière qui suffisent à faire reconnaître un crâne esquimau entre tous les autres1. »
- Si l’on ne savait que la moyenne de 3 individus est trop faible pour donner un indice assez
- général, on pourrait supposer que les Esquimaux sont moins dolichocéphales que l’on ne croit, l’indice moyen des individus du Jardin d’acclimatation étant de 76,1, et en retirant 2 unités pour tenir
- Objets esquimaux, dessinés d après nature au Jardin d’acclimatation.
- Fig. 1. — I et 2. Jouets d’enfant en bois sculpté teint, représentant un phoque et un chien. — 5. Couteau pour dégraisser les peaux de phoques. — 4. Ceinture de chasse en peau de phoque avec médaillon d’ivoire. — h. Tabatière en peau de phoque. — 6. Lampe en obsidienne. — 7. Hameçons en os avec pointes de fer. — 8. Houppe pour chasser la vermine.
- Fig. 2. — 1. Gant en fourrure armé de griffes d’ours. — 2. Couteau en os pour nettoyer les barques. — ô. Cuillère à puiser. — 4. Cuillère eu os pour l’usage de la table. — 5. Étuis en os représentés avec des faisceaux du fil employé et fabriqué avec des boyaux d’oiseaux. — 6. Petit hameçon eu os avec plusieurs pointes de fer à sa partie inférieure.
- compte de l’épaisseur des téguments ,de 74,1. Mais, cet indice plus élevé est surtout dû à la moindre doliehocéphalie de la femme qui a un indice céphalique de 78,8, c’est-à-dire de 76,8 en réalité ; son mari en revanche est très-dolichocéphale (72,9 ou mieux 70,9), et le jeune Koyangi a un indice de 76,6, et de 74,6 sans les téguments. Le métis Jok-kik est trcs-dolichocé-phale (72,2 ou 70,2).
- Un autre caractère intéressant est la grande longueur des bras : la grande envergure, c’est-à-dire la distance d’une extrémité à l’autre des mains et des bras étendus en croix dépasse de 50mm la taille totale d Üka-bak (lm,610 de grande envergure pour lm,560mm de taille). Chez Koyangi la différence en faveur de l’envergure est de 27mm (lm,450mm pour lm,427),
- IJ Anthropologie, par Paul Topinard, p. 500 à 50t. 4 vol. m-42. — Paris, Reinwald et C1®, édit.
- tandis que chez la femme, les bras sont moins longs(lm,438nm détaillé pour lm,427ram de grande
- envergure). Les deux petites filles sont trop jeunes pour que l’examen qu’on en a fait soit d’un intérêt bien grand. On a pu néanmoins constater leur précocité : l’aînée à déjà 20 dents et la cadette 16; cette dernière parle et marche mieux qu’un enfant de cet âge dans nos contrées. Chez les Esquimaux la durée de la vie n’est pas grande, surtout chez les hommes qui meurent souvent avant l’âge de 50 ans ; les femmes au contraire vivent plus vieilles et atteignent jusqu’à 70 et 80 ans. La nourriture de l’Esquimau est à peu près exclusivement animale ; la chose est d’ailleurs de toute nécessité sous le climat terrible du nord ; c’est la viande de phoque et le poisson qui concourent surtout à l’alimentation de cette race, dont le nom que nous lui donnons est
- Islande
- / StT’OTn.vf^f
- rtowwwW L- C-
- Fig. 5. — Carte du Groenland, montrant l’ile de Hisco et Jacobs-havn, d’où proviennent les Esquimaux du Jardin d’acclimatation
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- LA NATüHE.
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- emprunté à cette particularité : le mot Esquimau ou Eskimo provenant du nom d' Eskimantsik (pie les Abenakis, tribu de Peaux-Itouges Algonquins, donnaient par mépris à leurs voisins et ennemis du
- nord, et qui signifie « mangeurs de poisson cru ». Les Esquimaux se désignent eux-mêmes comme Innuit, dont le sens est simplement celui de « hommes »,
- Fig. 4. — Les Esquimaux au Jardin d'acclimatation de Paris. (D’après natuie et d’après une photographie de Pierre Petit.)
- L’Esquimau est doux et peu belliqueux; il est I d’un naturel ouvert et amical, mais assez silencieux J
- et peu gai; sans être avare, il n’est pas donnant pour cela. Il fait preuve d’une grande adresse et
- Fig. 5 et 6. — Fac-similé de dessins exécutés par un
- d’une grande habileté mécanique, ainsi que le prouvent tous les objets de sa fabrication. Avant qu’il ait été à demi civilisé par les Danois au Groenland, il était comme sont aujourd’hui les autres Innuits de l’Amérique septentrionale, c’est-à-dire unique-
- artiste Esquimau. Épisodes de l’histoire du Groenland.
- ment pêcheur et chasseur et dépourvu de toute connaissance métallurgique. L’Esquimau en est encore à l’âge de la pierre et de l’os. Ses armes, ses outils sont fabriqués à l’aide de ces matériaux, et ce n’est que par importation qu’il possède des couteaux, des
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- LA NA TU lï E.
- instruments de fer et des fusils. Le véritable Esquimau ne connaissait que Tare et la flèche, la lance et le javelot qui se confondaient pour lui avec diverses sortes de harpons. La pointe de ces armes est généralement en os, et comme elle pourrait se briser dans le corps de la victime atteinte, elle n’adhère que légèrement à la hampe et s’en détache avec facilité ; mais elle y reste liée par une corde ou une lanière et est toujours pourvue d’une vessie gonflée qui fait surnager le tout quand l’animal frappé s’enfonce sous l’eau.
- Les vêtements diffèrent peu selon les sexes et sont généralement tous en peau. Ils consistent en vestons fourrés munis de capuchons, en culottes collantes en peau de phoque, imperméables et très-chaudes et en bottes longues. Le tout est souvent orné et agrémenté de soutaches de peau de diverses couleurs qui prouvent le goût et le soin des femmes occupées à ce travail pendant la longue nuit de l’hiver, où l’on reste enfermé dans les maisons à demi souterraines. Les hommes portent les cheveux assez longs et flottants, seulement coupés à la hauteur des sourcils. Les femmes en font au contraire un chignon dressé au-dessus de la tête et assez original. Nous avons dit que le costume des hommes diffère peu de celui des femmes ; nous ferons pourtant remarquer qu’au Groenland les jeunes filles en tenue de fête portent de charmantes bottes de peau blanche souple et douce, et les femmes mariées des bottes rouges. Mais, si les Esquimaux et les Esqui-males sont des plus habiles dans l’art de tanner, ils n’ont appris celui de la teinture que depuis leurs relations avec les Européens, et c’est du Danemark que nos Groenlandais tirent la teinture rouge ou jaune qu’ils appliquent à leurs cuirs.
- Les Esquimaux à l’état naturel étaient uniquement chasseurs et pêcheurs, ce qui implique des habitudes errantes; mais d’autre part, le climat rigoureux de leur pays les contraint à une vie sédentaire au moins pendant les mois d’hiver. En conséquence, ces peuples ont deux sortes d’habitations, pour l’été et pour la mauvaise saison. On peut en voir des spécimens sur la pelouse du Jardin d’acclimatation : il y a là 2 tentes et deux maisons d’hiver.
- Les premières sont faites de 10 à 14 piliers et recouvertes de peau ; elles ont cette particularité qu’elles sont beaucoup plus hautes à l’entrée qu’au fond, et qu’elles ne sont pas coniques comme les tentes des autres peuples. Les maisons sont peu élevées au-dessus du sol dans lequel elles s’enfoncent à moitié. Les murs sont en pierres et en mottes de gazon ; le toit est soutenu par des piliers de bois et est composé de poutres recouvertes de terre et de gazon, si bien que du dehors l’édifice entier paraît être un petit tertre à pans coupés. Dans les régions les plus septentrionales, les indigènes emploient la pierre et les os de baleine en place du bois qui fait entièrement défaut. L’entrée est très-étroite et aboutit à un corridor qui des-
- cend en pente pour se relever ensuite par un coude assez appréciable. Il n’y a qu’une seule grande pièce dans la maison, où tout le monde se réunit pour dormir, manger et travailler.
- Or, comme ces habitations sont communes à plusieurs familles, on s’imagine quelle promiscuité il en résulte ; aussi dans les pays où la civilisation européenne n’a pas pénétré comme elle l’a fait au Groenland, la moralité des Esquimaux est-elle excessivement faible. Tout autour de la pièce règne un large banc de bois assez semblable à nos lits de camp, et qui est divisé en autant de portions qu'il y a de familles, chaque portion séparée des autres par un rideau assez court. Devant ce banc, brûlent autant de lampes qu'il y a de familles ; ces lampes en obsidienne sont d’assez grand format et ressemblent à des écuelles allongées où la lumière est produite par une mèche baignant dans l’huile de phoque. 11 n’y a chez les Esquimaux sauvages, pas d’autre moyen de chauffage que ces lampes, et comme la chambre est peu ou point aérée, on se fait une idée de la puanteur qui y règne. Dans les maisons bien montées, on a pratiqué dans le mur une petite chambre où l’on fait la cuisine et qui communique avec le corridor d’entrée. Au Groenland, sous l’influence danoise, ces maisons sont devenues plus confortables ; on y a introduit des poêles ; on y a pratiqué des fe-nêfres, garnies, en guise de vitres, de peaux d’entrailles de poisson très-transparentes : un tuyau de cheminée entraîne au dehors la fumée et une partie de l’air vicié; les parois sont revêtues de planches.
- Habitant les bords de la mer et ne se nourrissant guère que d’animaux marins, les Esquimaux sont habiles à manœuvrer les embarcations. Ils en ont de deux sortes: le kayak et Youmiak. On en peut voir deux spécimens sur la pièce d’eau du Jardin d’acclimatation, ainsi que des modèles réduits dans le petit musée ethnographique esquimau qui est exposé à la magnanerie. Le kayak est une pirogue étroite et effilée à l’arrière et à l’avant, non sans analogie avec nos périssoires ; il n’y a place que pour une personne — on en connaît cependant quelques-uns à deux places. — Ce canot est formé de membrures de bois ou de baleine recouvertes de peaux cousues étroitement ensemble; il est par sa légèreté pour ainsi dire insubmersible ; fermé partout, une ouverture ronde au milieu permet de s’asseoir au fond, et le marin attachant les bords de sa veste à ceux de cette ouverture ne fait plus qu’un avec.son embarcation qu’il dirige à l’aide d’une double pagaie. Une grosse vessie pleine d’air attachée au-dessus du kayak l’empêche de jamais chavirer. Montés dans Ce canot, les Esquimaux bravent les mers les plus furieuses et parcourent des distances énormes.
- L’autre embarcation, Youmiak est très-grande. Construite suivant le procédé employé'pour le kayak, c’est-à-dire de membrures de bois couvertes de peaux cousues ou fixées par des dents de phoque en
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- guise de clous, elle n’est pas fermée au-dessus, et peut contenir un certain nombre de personnes. Si le kayak est réservé aux hommes, l’oumiak est généralement manœuvré par les femmes; on s’en sert pour les transports et pour les voyages le long de la côte, par le beau temps.
- Il n’y a pour ainsi dire pas de gouvernement chez les Esquimaux. Chaque famille a son chef, et l’ensemble de ces chefs constitue le gouvernement de la maison. Parfois les chefs de famille de plusieurs maisons se réunissent dans une maison commune kakje, plus pour se divertir que pour autre chose. Il n’y a pas de tribunaux organisés : quand un crime ou un délit a été commis, le coupable est jugé et condamné par la communauté. En résumé, c’est là une société à l’état tout à fait rudimentaire.
- Avant de terminer, nous croyons devoir insister sur la dissemblance profonde qui existe entre l’Esquimau et le Lapon avec lequel on serait tenté de confondre le premier. Anthropologiquement, l’Esquimau est dolichocéphale au plus haut degré et le Lapon n’est pas brachycéphale à un moindre degré. L’Esquimau proprement dit ignorait l’usage des métaux et le Lapon les connaissait depuis un temps immémorial. L’Esquimau est pêcheur et chasseur, il n’élève d’autres animaux que ses chiens ; le Lapon est surtout pasteur de rennes. Enfin, l’Esquimau parle une langue qui lui est propre, qui n’a de parenté connue avec aucune autre, tandis que le Lapon a pour idiome une branche de la langue finnoise qui appartient à la grande famille ouralo-al-taïque. L’Esquimau et le Lapon n’ont rien de commun, sauf qu’ils vivent dans des latitudes extrêmement élevées, particularité qu’ils partagent du reste avec d’autres races bien différentes des leurs.
- Girard de Rialre.
- NOUVELLE MÉTHODE
- TOUR RECONNAITRE
- LA FALSIFICATION DES AINS
- M. Roth, par une nouvelle méthode de teinture qu’il publie dans le Bulletin de la Société industrielle de Mulhouse, cherche à reconnaître : 1° les vins naturels blancs et rouges ; 2° les matières colorantes et étrangères ajoutées aux vins ; 3° l’addition d’eau ; 4° le vin petiotisé ; 5° le vin fabriqué avec de la glucose, des raisins de Corinthe, de l’eau et de la levûre de bière; 6“ le vin aviné, c’est-à-dire additionné d’alcool et d’eau.
- Les essais de teinture sont exécutés avec du vin non saturé et avec du vin saturé par de la craie ou plutôt par de la soude. On teint d’abord du coton imprimé de mordant d’alumine et de fer, puis du coton mordancé à l’oxyde d’étain, et enfin de la laine et de la soie non mordan-cées.
- On observe la teinte des tissus plongés dans le vin à essayer avant et après le lavage, ainsi qu’après le savonnage. On note aussi la quantité de carbonate de soude nécessaire pour saturer 300 centimètres cubes de vin.
- M. Roth fait remarquer l’importance d’essais comparatifs, choisissant comme types de vin : le bordeaux, les veins teinturiers narbonne et roussillon, le bourgogne, les vins ordinaires moins colorés du Midi, les vins rouges légèrement colorés d’Alsace, le picpoul et les vins blancs d’Alsace.
- Ces différents types donnent les réactions principales suivantes :
- Le bordeaux teint le mordant de fer en brun-noir, presque noir.
- Le narbonne et le roussillon teignent le même mordant en brun foncé, moins noirâtre que le bordeaux ; avec le narbonne, les bandes deviennent un peu plus foncées qu’avec le roussillon.
- Le bourgogne donne avec le mordant de fer une nuance intermédiaire entre celle du bordeaux et celle des vins du Midi.
- Les vins rouges ordinaires teignent les tissus d’une manière moins intense que les trois types précédents ; la bande au mordant de fer est moins foncée.
- Les vins blancs d’Alsace produisent des bandes grisâtres, dont la teinte est plus foncée que celle qui est produite par le picpoul.
- Le picpoul fait exception, car il ne colore presque pas les tissus ; non saturé, il teint la laine en jaune ; saturé, en couleur jaunâtre ; tandis que les vins blancs d’Alsace teignent la laine en couleur grisâtre, s’ils sont saturés, avec couleur tartre rouge, s’ils ne le sont pas.
- Il en est autrement des vins artificiels, petiotisés, avinés et coupés. Le vin saturé contenant 20 pour 100 d’eau teint les tissus de telle manière que les bandes mordan-cées ne sont pas visibles.
- Avec les vins avinés, c’est-à-dire alcoolisés et additionnés de beaucoup d’eau, les tissus prennent une teinte encore plus claire qu’avec les vins simplement baptisés ; les parties non mordancées sont même blanches.
- Avec le vin petiotisé, riche en tannin, les bandes, après saturation, deviennent beaucoup plus foncées qu’avec le vin naturel.
- En teignant avec le mélange de vin blanc et de vin rouge non saturé, les bandes n’apparaissent que légèrement ; après saturation, la teinte du vin rouge se montre, mais plus faiblement.
- Dans la teinture du vin blanc artificiel mélangé de 10 pour 100 de roussillon, la matière colorante du vin rouge se fixe et les bandes se dessinent fortement, que le vin soit saturé ou non.
- Un des points essentiels de la communication faite par AI. Roth est que tous les vins naturels, sans exception, teignent après saturation les tissus mordancés et non mordancés en gris ou au moins en nuance grisâtre, mais que, dans le cas où il y a coloration artificielle, la teinte grise est modifiée, parce que la matière colorante artificielle se fixe avec la teinte qui lui est propre.
- M. Roth remarque que le bois de campêche et le bois du Brésil ne sont pas des moyens employés ordinairement pour la falsification des vins, parce que, avant d’y ajouter leurs extraits seuls ou avec de l’alun, il faudrait neutraliser, pour n’arriver qu’à la teinte d’un vin vieux. L’auteur cite comme colorants principaux les mauves, myrtilles et cerises, tous les trois inoffensifs, tandis que la phytolacca et la fuchsine sont dangereuses.
- La méthode de M. Roth, en employant des vins types comparatifs, donne rapidement de bons résultats.
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- LA NATURE.
- NOUVEAUX FOURS A PUDDLER
- DANS LA MÉTALLURGIE DU FER.
- (Suite et fin. — Voy. p. 187 et 5-4G.)
- Le four Banks supprime complètement l’intervention des ouvriers dans le travail du puddlage; la sole est formée par un cylindre métallique, mobile autour d’un axe horizontal ; la charge de fonte est introduite à l’intérieur ; elle forme un bain liquide, maintenue en agitation permanente par le mouvement des parois de la chambre où elle est renfermée, et, sous la haute température développée par la combustion des gaz qui traversent le cylindre, elle s’affine grâce à l’action du minerai fondu qui forme la garniture intérieure de la sole. Cette disposition de four commence à se répandre aujourd’hui, même en dehors de la métallurgie du fer, et on s’y trouve conduit en effet toutes les fois qu’il est nécessaire de brasser les matières en réaction. M. Bca-con l'a essayée dans un four pour la fabrication du carbonate de soude; M. Rivot l’avait proposée déjà pour le traitement des minerais d’argent, et M. Garnier l’étudie actuellement pour le grillage des minerais de plomb de Yialas. Elle avait déjà été tentée plusieurs fois pour le puddlage du fer, mais les essais étaient toujours restés infructueux ; M. Menc-laüs avait essayé déjà un four qui diffère peu de celui de M. Banks, mais la garniture intérieure de la sole tenait mal aux hautes températures auxquelles elle se trouvait portée ; de plus elle était trop siliceuse, et comme elle intervenait dans les réactions auxquelles la fonte était soumise, elle souillait le fer obtenu. M. Samuel Banks, ancien puddleur du Staffordshire, arrivé par son intelligence et son travail à une situation importante dans l'usine de Cincinnati aux États-Unis, résolut le problème en employant des minerais tout à fait exempts de silice et faciles à fondre. La sole put alors intervenir sans inconvénient dans les réactions et fournir une partie du fer obtenu. On observa même ce résultat, surprenant au premier abord, que le poids de fer recueilli était notablement supérieur au poids de fonte chargée.
- La disposition de la chauffe est la même dans le four Banks que celle que nous avons décrite à propos du four Pernot. Le courant d’air est soufflé, la houille est, entassée sur une grande hauteur au-dessus des grilles, et fournit des gaz combustibles qui viennent se brûler à l’intérieur de la sole, avec une pression assez élevée pour refluer l’air au dehors à travers le jeu inévitable, qu’il a fallu laisser entre la sole mobile et la partie fixe de la maçonnerie ; l’air froid ne peut ainsi pénétrer au-dessus du bain comme nous le disions déjà à propos du four Pernot. L’inconvénient de cette disposition est que les gaz combustibles qui arrivent dans la sole entraînent avec eux de petits morceaux de charbon qui se déposent en chemin, et peuvent rester dans les loupes de fer et y déterminer des pailles; il conviendrait peut-être à cet égard d’allonger un peu le pont qui sépare la chauffe de
- la sole. Au delà de celle-ci est un rampant coudé, comme l’indique la figure, conduisant les gaz à la cheminée. 11 est fermé à l’extérieur par une porte mobile, soutenue par deux étais appuyés sur des roues à rochct ; cette porte peut être soulevée facilement par deux tiges de fer reliées à un chariot mobile sur un chemin de fer aérien. On peut ainsi pénétrer dans le laboratoire pour y effectuer les chargements et les réparations.
- La sole mobile est formée par un cylindre en fonte de lni,20 de longueur sur lm,60 de diamètre, prolongé à chaque extrémité par un tronc de cône armé de cercles en fer. Ces troncs de cône sont terminés par deux anneaux métalliques verticaux posés à plat, et frottant avec un jeu de 0,02 sur d’autres anneaux plats, fixés sur la chauffe et le rampant. Le cylindre est garni à l’intérieur de douze nervures longitudinales qui serviront à fixer le garnissage. 11 est refroidi extérieurement par un courant d’eau : il se meut entre le foyer fixe et le rampant coudé. Il est supporté par quatre rouleaux reposant sur une plaque de fondation, et tournant au contact des troncs de cône. Le mouvement est communiqué à la roue dentée verticale, qu’on voit sur la figure, sous l’action d’un pignon, engrenant avec la roue, et commandé par une machine à vapeur.
- Le garnissage de la sole exige des minerais choisis, fondus avec un soin particulier. La première
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- couche, au contact de la paroi métallique, est formée par du minerai de fer en poudre chargé avec de la chaux pure. On ajoute un peu d’eau pour faire une bouillie, puis on donne le feu, on fait tourner l’appareil, le minerai fond, et vient former une sorte de vernis qui glace la paroi. Après quoi, on introduit une nouvelle charge de minerai anhydre réduit en poudre, on fait tourner lentement en donnant le feu, le minerai fond, fournit un léger glacis, et les matières liquides en excès viennent s’accumuler au bas du cylindre. On y projette alors, après avoir arreté le mouvement, des morceaux de minerai petits et gros qui viennent s’empâter dans le bain refroidi, et forment en quelque sorte les pierres d’attente pour les couches suivantes. On introduit une nouvelle charge de minerai en poudre qu’on lait fondre, puis on accumule les parties liquides à côté des premières pierres, et on y projette de nouveaux morceaux d’un minerai qui ne se fritte pas. On continue ainsi jusqu’à ce qu’on ait garni' toute la surface intérieure de la sole. On arrive à charger 2l,5 environ de minerai pour le garnissage complet, qui exige douze heures pour un four neuf. On ajoute ensuite des hatti-tures et des rihlons, qui se fondent facilement et déposent un vernis général sur toute la surface.
- La charge de fonte pesant 300 kilogrammes environ est alors introduite à l’intérieur du four, elle fond assez lentement, car la température atteinte dans le laboratoire n’est pas très-élevée ; la sole se met en mouvement avec une vitesse de 2 à 3 tours par minute. La fusion est complète au bout d’une heure, puis l’affinage commence et se poursuit sans l’intervention des ouvriers. Il dure une demi-heure environ; il se produit dans des conditions analogues à celles que nous signalions pour le four Pernot, les gaz combustibles interviennent peu par leurs propriétés chimiques, le silicium s’oxyde aux dépens de l’oxygène du minerai de fer, et s’unit à lui pour former la scorie. Le soufre et le phosphore se séparent également en partie. Le métal s’épure peu à peu, puis le carbone se dégage à son tour en amenant un bouillonnement considérable; il enlève également l’oxygène du minerai de fer, et il amène à l’état métallique des proportions importantes de fer, qui viennent s’ajouter à la fonte chargée. C’est ainsi qu’on observe un rendement supérieur au poids des matières en réaction ; la fonte grise donne une proportion île fer en excédant plus élevée que ne
- ; fait la fonte blanche, résultat qui s’explique surtout | par la teneur plus forte en carbone et en silicium | dans la fonte grise. Une charge de 900 kilogr. de . fonte grise peut fournir 927 kilogr. de rails, mal-! gré les déchets inévitables qui se produiront dans i les opérations ultérieures. La fonte blanche au contraire donnerait un poids de 905 kilogr. environ. D’ailleurs le rendement semble s’accroître avec la ! température sans que ce résultat soit autrement : expliqué.
- On charge quelquefois des scories en même temps que la fonte dans le four Danks : on défend ainsi la fonte contre l’oxydation, et comme les scories interviennent dans les réactions et fournissent le fer qu’elles contiennent, elles protègent ainsi le garnissage intérieur de la sole.
- Le bloom, formé à la fin de l’opération, quand les \ grumeaux de fer ont pris nature et se sont agglomérés, pèse 300 kilogr. environ ; il est enlevé à l’aide d’une fourche spéciale, commandée par une grue installée à [côté du four ; la volée de cette grue tourne autour de son pivot et dépose la masse de fer sur une seconde fourche, soutenue par un chariot mobile sur un chemin de fer aérien. Il suffit alors d’un léger effort pour conduire le bloom au squeczer, où la masse de fer va se trouver comprimée et dégagée des scories qu’elle renferme. Elle est engagée entre deux cylindres horizontaux, garnis de cannelures ; elle est poussée par une came qui la fait pénétrer entre le cylindre, et sa tète est comprimée en même temps par un marteau-pilon. Ce dispositif est assez défectueux : il enlève assez mal les scories renfermées dans la loupe de fer, et il oblige à la réchauffer avant de la laminer; il augmente ainsi dans une proportion considérable la consommation du combustible. Celle-ci atteint en effet 1670 kilogr. par tonne de fer produite, sur lesquels il y a 1450 kilogr. pour le pud-dlage et 220 pour le réchauffage.
- Le pilon serait préférable au squeczer, si on arrivait à manœuvrer facilement une masse de 300 kil. pour la marteler.
- Quoi qu’il en soit, le four Danks a paru réaliser un progrès considérable, et il se répand assez rapidement en Amérique, surtout en raison du prix élevé de la main d’œuvre. Les Anglais n’ont pas voulu rester en arrière du mouvement; les fabricants se sont émus en apprenant que le puddlage mécanique semblait aussi près d’ètre résolu, et à la suite des explica-
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- tions présentées par M. Danks devant l'Iron and steel lmtitute, la Société délégua trois de ses membres en Amérique, MM. Jones de Middleborough, Lester de Wolwerhampter et Snellcr, chimiste à Dowlais. Ils emportèrent avec eux 50 tonnes de fonte et de minerai anglais, et restèrent deux mois à l’usine de Cincinnati pour les y traiter dans les fours Danks. Ils revinrent en Europe avec un rapport très-favorable 1 auquel nous avons emprunté la plupart des renseignements que nous donnons ici, et ils ont déterminé ainsi plusieurs fabricants anglais à entreprendre la construction de pareils fours. 11 faudra se procurer des minerais très-purs, comme ceux de Mockta, pour le garnissage de la sole, éviter surtout les minerais siliceux dont M. Menelaüs s’était servi à l’origine; on pourra d’ailleurs tirer parti des scories des fours de réchauffage.
- Le procédé est encore susceptible de modifications importantes que M. Snellus indique dans un rapport, et qui diminueront beaucoup la consommation de combustible. On devra charger la fonte liquide au lieu de la faire fondre à l’intérieur du four, ce qui est une cause de dépense considérable, car la chaleur est assez mal utilisée ; on pourra la prendre directement au haut-fourneau, comme on fait pour le Bessemer, ou la couler en seconde fusion. On observera en outre que la fonte grise, donnant un rendement en fer plus élevé que celui de la fonte blanche, il y aura peut-être intérêt à la produire au haut-fourneau, de préférence à celle-ci, malgré les dépenses plus considérables qu’elle exige.
- L. Bâclé,
- Ancien élève de l’École polytechnique.
- CHRONIQUE
- Nouvelle comète à longue pcrioUe. — Le numéro 2164 des Astronomische Nachrichlen contient les calculs de M. Raoul Gautier sur la quatrième comète de 1873, découverte à Marseille par M. Borelly, le 20 août 1873. D’après 50 observations faites du 20 août au 20 septembre à Marseille, Paris, Vienne, Hambourg, Krems-münster, Leipsig, Berlin, Lund, Al ton a, Athènes, Rœnigs-berg et Washington, le calculateur a trouvé les éléments suivants pour l’orbite de la comète.
- Époque 1873, sept. 10,8208, t. rn.de Berlin.
- Périhélie.............. 61° 22' 52" 25 I
- Nœud.................. 230° 35' 20" 18 Éq. de 1875.
- Inclinaison............. 95® 58' 50" 53 J
- Log. q............... 0,8998500
- Excentricité......... 0,9964012
- A l’excentricité 0,9964012 correspond une révolution de 3277 années. Si l’on tient compte des erreurs probables de log. q et de Z, la durée de celte révolution doit être
- Il paraît cependant que l’expérience des dêuxi années dernières n’a pas été aussi favorable au four Danks qu’on l’avait pensé d’abord, et plusieurs usines qui l’avaient adopté y ont renoncé depuis, trouvant qu’il était difficile à garnir, et que la conduite exigeait trop de soins et d’attention.
- fixée entre les limites 3012 et 5584 ans. C’est, comme on le voit, une respectable période. C. F.
- Les fossiles des pliosphorites du Quercy. —
- Les lecteurs de La Nature n’ont pas oublié M. le docteur II. Filhol, son exploration zoologique de l’île Campbell, lors de l’expédition du passage de Vénus et les riches collections rapportées par lui de la Nouvelle-Zélande et des îles Fidji. Les recherches de M. Filhel ne se bornent pas à la nature actuelle. Sa récente publication sur les phos-phorites du Quercy nous a révélé un monde animal presque inconnu, qui a peuplé le sud-ouest de la France, alors que notre pays possédait h température chaude et humide de la Cochinchine, du Cambobge, de la Guinée.
- Les phosphorites du Quercy sont des roches isolées au sommet des plateaux calcaires de divers points des départements du Lot, du Tarn-et-Garonne et de l’Aveyron, remplies de phosphate tribasique de chaux non cristallisé, mais concrétionné, mêlé d’un peu de chlorolluorure de calcium.
- Ces gisements, exploités pour l’agriculture, doivent leur origine à des crevasses du sol, qui se sont ensuite remplies d’eaux minérales tenant en dissolution la phospho-rite. Les argiles ferrugineuses qui entourent les dépôts phosphatés contiennent de nombreux restes d’animaux, souvent admirablement conservés pour la partie osseuse, et qui ont été ensevelis lors de l’invasion des eaux. Une immense collection, principalement de Mammifères, recueillie par M. Filhol, a permis d’établir l’àgc des dépôts des phosphorites du Quercy. Ils se rapportent à l’époque tertiaire, de l’éocène supérieur et du miocène inférieur et moyen, et les fossiles ont le plus d’identité ou d'analogie, pour nous borner au bassin de Paris, avec ceux des gypses de Montmartre, puis des sables de Fontainebleau. Aux Rhinocéros, aux Palœotherium, aux Anoplotherium,
- M. Filhol a pu joindre 42 espèces de carnassiers, bien moins connus dans le bassin parisien que les Pachydermes, et il a trouvé 81 espèces nouvelles de Mammifères monodelphes. Un Lémurien analogue au Galago du Sénégal vivait alors dans les forêts du sud-ouest de la France.
- La faune des reptiles des phosphorites est essentielle- * ment africaine et peut être même formée des espèces actuelles de l’Afrique. Les Mollusques terrestres rencontrés indiquent également un climat chaud et humide par l’analogie de leurs espèces avec celles de l’Indo-Chinc.
- — L’observatoire d’astronomie physique du docteur Janssen
- est complètement, installé à Meudon, sur l’emplacement du vieux palais détruit pendant le siège de Paris. Les instruments, placés sur la terrassd, sont protégés par des dômes. On se propose de demander à la nouvelle Assemblée législative les fonds nécessaires pour réparer les ruines de l’édifice. Le docteur Janssen prépare un mémoire sur les résultats de scs nombreuses photographies. (Les Mondes )
- — Nous avons la douleur d’annoncer à nos lecteurs la mort de M. Yves Ileni’y, le sympathique directeur des Conférences de Paris. Yves Henry est mort le 27 octobre dernier, après une très-courte maladie, en pleine activité de travail et d’intelligence, au milieq ôc la vie qui lui souriait. Il était âgé de quarante-trois ans seulement. Depuis l’année 1860, c’est-à dire depuis dix-sept ans, il soutenait de ses vaillants efforts l’œuvre des Conférences, â la fondation de laquelle il avait contribué. 11 devait bientôt l’organiser en Société administrée par lui comme gérant, puis comme directeur depuis 1870. Doué d’un esprit éminemment libéral, et soutenu par un cœur dévoue, avait fait de cette tribune la libre arène où toutes les questions qui intéressent le progrès de l’esprit humain pouvaient être exposées, et, comme l’a fort éloquemment exprimé M. E. Descha-
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- nel, dans les paroles émues qu’il a prononcées sur la tombe de noire ami, les Conférences étaient devenues véritablement l’œuvre d’Henry, l’œuvre de sa persévérance, de son bon sens et de son activité. Celte œuvre ne périra pas. Les conférences scientifiques et littéraires du boulevard des Capucines vienuent en effet de recommencer avec le meme succès que les années précédentes. C. Flammarion.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Séance du 12 novembre 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Fondation de prix. — Par un testament transmis à l’Académie, M. Maujean a légué à l’Institut le capital d’une rente de 1200 francs, destiné à constituer un prix biennal de 2000 francs à décerner alternativement par l’Académie française et par l’Académie des sciences. Pour l’obtenir de cette dernière, il faudra avoir publié l’ouvrage le plus utile à l’hygiène, comprise de la manière la plus vaste, c’est-à-dire dans toutes ses branches.
- Anatomie comparée. — Le secrétaire signale une nouvelle livraison du monumental ouvrage consacré par MM. Paul Gervais et Van Beneden à l’ostéographie des cétacés vivants et fossiles.
- Astronomie. — Deux nouvelles planètes ont été découvertes par M. Palizza et observées à Paris par MM Henry.
- Au nom du Bureau des longitudes M. Faye présente le volume de la Connaissance des temps pour 1879. Cette publication est parvenue, d’après le savant astronome au dernier degré désirable de perfection, et le nouveau volume se signale par deux améliorations importantes, dues toutes deux à M. Loewy. La première consiste dans une nouvelle méthode permettant de calculer les longitudes d’après les occultations d’étoiles par la lune, et cela avec tant de facilité, que les marins l’emploieront avec le plus grand avantage. La deuxième amélioration est d’avoir augmenté la Connaissance des temps de tables permettant d’obtenir la latitude d’après l’observation de la polaire.
- Botanique histologique et chimie. — La plus grande partie de la séance est absorbée par la lecture faite successivement par M. Trécul puis par M. Chevreul, de très-longs mémoires relatifs, le premier au développement des feuilles, et l’autre à la distinction à faire entre l’analyse et la synthèse mentale d’une part, et l’analyse et la synthèse chimique d’autre part.
- Géologie de la Crimée. — Déjà étudiée par deux géologues, la presqu’ile de Crimée a reçu récemment la visite de M. Ernest Favre (de Genève). M. Hébert présente aujourd’hui le travail résultant de ce nouvel examen; il consiste en nombreuses coupes et en une carte très-complète.
- Maladie des poires. — Un de nos botanistes les plus estimés, M. Édouard Prillieux, a soumis à l’étude inicros-copique cette maladie des fruits et spécialement des poires, qui consiste dans l’apparition de taches, puis de crevasses, conduisant à la désorganisation complète. Il résulte des faits exposés par l’auteur que la cause de ce mal est un champignon dont les spores se développent sur la peau du fruit avec l’apparence d’un mince filament. A un moment, ce filament perce l’épiderme et donne lieu à un mycélium qui se développe dans la masse môme du tissu charnu. Plus tard apparaissent au dehors les filaments fructifères qui portent environ 25 spores chacun. Les cellules du fruit, sur le passage du parasite, sont détruites et c’est ainsi que les crevasses se manifestent.
- Étude microscopique du lait. — D’après M. le docteur Bouchut, l’analyse chimique du lait est, au point de vue médical, très-avantageusement remplacée par l’analyse microscopique et, spécialement, par la numération des globules. L’auteur cite un grand nombre de faits à l’appui de sa manière de voir qu’il applique au choix des nourrices.
- Nomination. — Le décès de M. de Baër ayant laissé vide une place d’associé étranger, on procède aujourd’hui à la nomination d’une commission chargée de dresser une liste de candidats au fauteuil vacant. Le scrutin désigne MM. Bertrand, Fizeau, Becquerel père, Claude Bernard, Dumas et Henry Sainte-Claire Deville, pour faire partie de cette commission. Stanislas Meunier.
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- LA GRANDE BLATTE D’AMÉRIQUE
- Diverses espèces de Blattiens (Orthoptères) sont un des fléaux des régions chaudes des deux hémisphères. Ces insectes, qui ne sont pas carnassiers de proie vivante, sont réellement omnivores et se nourrissent de toutes nos provisions sèches, d’origine animale ou végétale, et même de produits mis en œuvre par l’industrie, objets en cuir, étoffes, papiers, etc. Leur corps très-aplati leur permet de passer par des fentes très-étroites, d’entrer dans les armoires, les malles, les tonneaux, les caisses en bois. Aussi pour les voyages au long cours, on est obligé d’enfermer dans des caisses de fer-blanc, soudées à l’étain, non-seulement toutes les conserves alimentaires, mais les vêtements, les tissus, les livres, etc. La voracité de ces Blattiens les a rendus domestiques malgré nous ; ils infestent les maisons, les magasins, les navires.
- Une des espèces les plus répandues de ces Cancrelats ou Kakerlacs est la Blatte américaine, Peri-planeta americana, Linn., la Grande Blatte de Geoffroy, le vieil historien des Insectes des environs de Paris. Elle est longue de 28 à 32 millimètres, d’un roux ferrugineux plus ou moins clair, à longues et robustes antennes, avec deux impressions latérales ferrugineuses sur le disque du corselet d’un ton plus clair. Les ailes des deux paires (pseudé-lytres et ailes membraneuses) sont bien développées dans les deux sexes, et dépassent l’abdomen, quand elles sont repliées au repos sur le corps. L’abdomen se termine par des filets bien prononcés, une paire chez les femelles (cerques), deux paires dans les males (cerques et styles). Les larves, dépourvues d’ailes, ont une couleur plus claire ; peu à peu les organes alaires se forment et grandissent, d’abord non fonctionnels et entourés de fourreaux (état de nymphe). Ces divers états ne changent rien au régime des Blattes, qui se mettent à manger aussitôt leur sortie de l’œuf.
- C’est principalement cette Blatte américaine qui infeste les vaisseaux et court la nuit sur les passagers endormis, venant chercher les traces de sucre sur leurs lèvres, s’ils ont bu de l’eau sucrée, rom géant les ongles des pieds. On la rencontre en
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- LA NATU HE
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- France, en Belgique, en Angleterre, etc., dans les serres chaudes, les magasins où sont entassées les peaux, les raffineries de sucre des colonies, les docks, etc. Heureusement elle ne s’est pas introduite en France dans les maisons, comme sa congénère la Blatte des cuisines (Periplaneta orientalis, Linn.), vulgairement nommée Cafard, Ravet, Bête noire. Sa taille bien plus grande la rendrait un
- objet de dégoût et même d’effroi. Elle est devenue cosmopolite, les navires et les denrées tropicales l’ayant répandue dans le monde entier.
- Cette grande Blatte est pourchassée dans nos colonies, aussi bien aux Antilles qu’à File de la Réunion, par des Hyménoptères fouisseurs à corps svelte, d’un beau vert métallique, appartenant aux genres Chlorion et Amputex. Ils piquent au ventre
- La Blatte américaine. Adultes et larve.
- la Blatte renversée, l'engourdissent par leur venin et la traînent à leurs trous, dans lesquels ilr la font entrer en la comprimant comme à la filière, parfois lui arrachant les ailes ou les pattes ; elle fournit à leurs jeunes larves une proie sans défense et toujours fraîche. A la Havane, où la Blatte américaine abonde dans les maisons, on y conserve avec soin les Crapauds, qui lui font une chasse active. Les dames tolèrent la présence de ces Batraciens jusque sous leurs robes, en raison de leurs vigilants et con-
- tinuels services. On peut employer avec avantage contre ces Blattes, ainsi qu’à l’égard des Blattes des cuisines, la poudre Yicat ou poudre insecticide de Pyrèthre, qui engourdit immédiatement les Blattes et amène leur mort au bout de quelques heures, ainsi que je m’en suis assuré. Maurice Girard.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandier lv|.0£i-a|dtie Lahure rue de Fieurus, 0, à Paris.
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- iV 234. - 24 NOVEMBRE 1877.
- LA NATURE.
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- LE NOUVEAU MÉTAL « LE DAVYUM «
- Vers le milieu de cette année, je suis parvenu à isoler uu nouveau métal appartenant au groupe du platine. Je fai nommé davyum, en l’honneur de sir Humphry Davy, l’éminent chimiste anglais.
- Le sable platinifère d’où il a été extrait1 a été traité, pour la séparation des métaux, parla méthode analytique du professeur Bunsen. Les eaux mères reçues après la séparation du rhodium et de l’iridium étaient chauffées avec un excès de chlorure d’ammonium et de nitrate d’ammonium. Un précipité rouge foncé fut obtenu après la calcination au rouge. Il donna une masse grisâtre ressemblant à la mousse de platine. Le lingot provenant de 600 grammes de minerai pesait ÛkU,27.
- Le métal a été dissous dans l’eau régale, afin d’examiner l’action de différents réactifs sur la solution.
- La potasse donne un précipité jaune clair d’hydrate de davyum, qui est facilement attaqué par les
- acides, même par l’acide acétique. L’hydrate de davyum, dissous dans l’acide nitrique, donne une masse brunâtre de nitrate de davyum ; en calcinant ce sel, on obtient un produit noir qui est probablement le monoxyde.
- Le chlorure de davyum, dissous dans une solution de cyanure potassique, donne, en évaporant lentement la solution, de beaux cristaux d’un cyanure double de davyum et de potassium. Dans ce sel, le potassium peut être remplacé par plusieurs éléments métalliques. L’acide cyanodavyque est très-instable ; on l’isole en faisant passer un courant d’hydrogène sulfuré à travers une solution d’un cyanure double de plomb et de davyum.
- L’hydrogène sulfuré produit, dans les solutions acides de davyum, un précipité de sulfure de davyum, qui est facilement attaqué par les sulfures alcalins, en donnant probablement une série de sul-fosels.
- Une solution concentrée de chlorure de davyum donne, avec le sulfocyanure potassique, un précipité rouge, qui, refroidi lentement, produit de grands
- Spectre du nouveau inétal le Davyum. (D’après les documents de M. Serge Kern.)
- cristaux rouges. Si le même précipité est calciné, le davyum sulfocyanuré prend la forme d'une poudre noire. Ces réactions montrent que ce sel est allotropique.
- Le chlorure de davyum est très-soluble dans l’eau, 1 alcool et l’éther ; les cristaux de ce sel ne sont pas déliquescents. Le sel calciné donne comme résidu le monoxyde. Le chlorure de davyum forme des sels doubles avec les chlorures de potassium et d’ammonium. Ils sont insolubles dans l’eau et très-solubles dans l’alcool absolu. Le sel double de sodium et de davyum est presque insoluble dans l’eau et l’alcool ; cette réaction est très-caractéristique, parce que plusieurs sels sodiques du groupe du platine sont très-solubles dans l’eau.
- Ce chlorure de davyum est le seul qui existe,
- 1 Le sable traité avait la composition suivante :
- Platine . . 80,03
- Iridium . . 9,15
- Rhodium .... . . 0,61
- Osmium . . 1,35
- Palladium, . . . . . 1,20
- Fer . . . 6,45
- Ruthénium . . . . . 0,28
- Cuivre . . 1,02 100,09
- parce que le second produit, contenant plus de chlore, se décompose pendant l’évaporation de la solution, en dégageant du chlore.
- J’ai fait quelques nouvelles recherches sur la densité du davyum fondu ; trois expériences ont donné les nombres suivants : 9,385, 9,587, 9,592 à 24°.
- Ces résultats s’accordent très-sensiblement avec ceux de mes premières recherches : la densité du davyum donnée dans ma première Note à l’Académie, était 9,385 à 25 degrés.
- M. l’ingénieur Alexejeff a entrepris la détermination de l’équivalent de davyum. Mais, comme la quantité, de davyum que je possède est assez faible, les recherches exactes sont difficiles. Des expériences préliminaires ont montré que l’équivalent est plus grand que 100, et probablement voisin de 150-154.
- Quelques nouveaux sables platinifères, qui seront mis à notre disposition, donneront une quantité suffisante du nouveau métal pour de nouvelles expériences. Nous espérons avoir, dans quelque temps, à peu près l«r,2 de davyum.
- J’ai étudié dernièrement le spectre du davyum en vaporisant le métal en poudre entre les charbons de la lampe électrique. Le spectroscope que j’avais à ma disposition n’était pas assez puissant pour montrer
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- 5* aimée. — 2* semestre.
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- LA N AT IJ il K.
- nettement toutes les lignes secondaires. C’est pourquoi j’indique seulement (Voy. la figure ci-contre) les lignes principales bien visibles dans mon spec-roscope1. Serge Kern.
- L’ÉCLAIRAGE ÉLECTRIQUE
- A LA GARE DE LYON.
- Nos lecteurs connaissent l’ingénieux système de lumière électrique du à M. Jablochkoff : nous l’avons décrit précédemment2. Ce système est tous les soirs employé à Paris devant le nouvel Opéra, et dans les grandes salles du Magasin du Louvre.
- La gare de Lyon, tout le long du boulevard Mazas, est actuellement aussi éclairée entièrement à la lumière électrique; mais le système usité est dii à M. Lontin et diffère de ceux de M. Gramme5 et de M. Jablochkoff. Nous devons en dire quelques mots pour compléter les monographies que nous avons publiées sur la lumière électrique.
- M. Lontin a pris pour programme de créer, avec la quantité d’électricité nécessaire pour un éclairage donné, le plus grand nombre possible de lumières distinctes et indépendantes, en diminuant en même temps la puissance de chacune d’elles, de façon à pouvoir les rapprocher sans inconvénient des surfaces à éclairer, et à rendre l’accès aux appareils plus facile et l’installation plus pratique.
- C’est pour répondre à ce programme que M. Lontin a construit sa machine à courants multiples et alternatifs, permettant déjà un premier fractionnement de l’électricité produite. Le nombre des courants distincts et indépendants que l’on peut demander à une machine, n’a de limites que les dimensions vraiment pratiques que l’on peut donner aux différentes pièces. La machine à 12 courants de 2 400 becs employée à la gare du boulevard Mazas est un des plus forts types que l’on puisse adopter. On pourrait aller à 3000 becs par machine sans difficulté. Plus loin, il serait plus prudent, sauf les cas d’absolue nécessité, de multiplier les machines, d’autant plus que l’on peut ainsi prévoir les cas d’interruption dans le fonctionnement d’une machine et avoir sous la main le moyen de continuer l’éclairage sans arrêt.
- Le premier fractionnement ainsi obtenu ne serait pas suffisant; il oblige en outre à un plus grand nombre de câbles pour établir le circuit entre chaque régulateur et la machine; c’est pour le compléter que M. Lontin a modifié les régulateurs de lumière électrique en remplaçant l’ancien électro-aimant ou solénoïde à gros fil, par la bobine de résistance à fil fin et le courant de dérivation. On a pu ainsi placer deux et trois appareils dans un même circuit, et cela avec d’autant plus de facilité que la machine, par sa
- Comptes rendus de VAcadémie des sciences et Chemical news. 71
- 2 58 année, 1877, 1er semestre, 3 J >
- Yoy. p. 91, n° 214, 7 juillet 1877. 1
- composition, permet d’accoupler les courants partiels produits dans chaque bobine induite, de façon à leur donner la quantité et la tension correspondant au travail à faire.
- Pour l’éclairage de la gare de Paris-Lyon, on avait projeté de n’employer qu’une des machines dù plus fort type; cette machine devait à 350 tours par minute fournir 12 courants de 200 becs Carcel, lesquels dédoublés donnaient 24 lumières de 100 becs.
- L’imperfection de l’installation mécanique résultant des difficultés de local et de temps, a fait renoncer à cette vitesse de 350 tours et on s’est décidé à mettre en marche la seconde machine à lumière qui dans le projet primitif ne devait travailler que comme machine de rechange. Gela permit de réduire la vitesse à 280 tours, 300 au plus, et d’assurer la sécurité du fonctionnement. Mais dans cette nouvelle disposition on s’est borné à demander à chaque machine 6 courants pouvant entretenir chacun 5 lampes, soit 56 lampes dont 24 seulement sont employées.
- Dans cette installation, il n’y a de câbles que pour conduire les courants des machines aux appareils, ou pour relier entre eux les appareils fonctionnant dans un même circuit. Les retours se font par l’intermédiaire de la charpente métallique du bâtiment. Cette disposition fonctionne très-bien et réalise sur les frais de premier établissement une grande économie.
- L’éclairage de la gare de Lyon emploie actuellement 24 lampes électriques réparties de la manière suivante :
- Dans la grande halle, quai du Départ, 6 ; travée du milieu, 5; quai de l’Arrivée, 5; salle des Pas-Perdus, 4; vestibule de sortie des voyageurs à l’arrivée, 2 ; salle des bagages à l’arrivée, 4. —Total, 24.
- L’installation, telle qu’elle existe, satisfait et au delà à tous les besoins et suffit pour prouver quels avantages on peut retirer de l’emploi de la lumière électrique.
- Les lampes électriques employées, sont des régulateurs du type de M. Serrin, mais tous modifiés par l’emploi de la bobine de dérivation appliquée par M. Lontin au déclanchement du moteur. Une seule est du type de lampe inventée par M. Lontin avec l’emploi d’un fil métallique pour produire l’écart entre les charbons. Ce dernier est suspendu et donne l’éclairage zénithal, que nous croyons excellent.
- Les lampes sont installées sur des poteaux qui supportent en même temps les réflecteurs.
- L’éclairage de la gare de Lyon est certainement une des plus belles expériences de lumière électrique qui aient été faites à notre époque.
- STATISTIQUE DES
- ACCIDENTS DE CHEMIN DE FER
- Si l’on consulte les documents statistiques officiels, on constate qu’en France, du temps des messageries, il y
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- LA NATURE.
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- avait 1 voyageur tué sur environ 335 000 voyageurs,
- 1 blessé sur 30 000 ; tandis que, sur les 1 781 404687 voyageurs transportés par les chemins de fer français du 7 septembre 1835 au 31 décembre 1875, il y a eu seulement 1 vovageur tué sur 5178490 voyageurs transportés et 1 blessé sur 580 450.
- Si l’on divise les accidents en deux groupes correspondant aux deux périodes du 7 septembre 1835 au 31 décembre 1855, ou de janvier 1855 au 31 décembre 1775, les chiffres sont les suivants :
- Première période (du 7 septembre 1855 au 31 décembre 1854), on a 1 voyageur tué sur 1 955 555 voyageurs transportés, 1 blessé sur 496 555.
- Deuxième période (du 1er janvier 1855 au 51 décembre 1875), 1 voyageur tué sur 6171117 voyageurs transportés et 1 blessé sur 590 185.
- On voit que, dans la première période, le nombre des accidents a considérablement diminué.
- Dans ces dernières années, la proportion diminue encore, et les résultats pour des pays tels que la France, l’Angleterre et la Belgique sont particulièrement significatifs.
- En France, pendant les années 1872, 1873, 1874 et 1875 : 1 voyageur tué sur 45 258 270 voyageurs transportés ; 1 voyageur blessé sur 1 024 360.
- En Angleterre, de 1872 à 1875 : 1 voyageur tué sur 12 millions de voyageurs transportés-, 1 voyageur blessé sur 566 000.
- En Belgique, de 1872 à 1876 : 1 voyageur tué sur environ 20 millions de voyageurs transportés ; 1 voyageur blessé sur 5 500 000.
- En résumé, on avait en France, du temps des messageries, environ une chance d’être tué en faisant 500 000 voyages, et une d’être blessé sur 50 000.
- Sur les chemins de fer, de-1835 à 1855, environ une chance d’êtré tué en faisant 2 millions de voyages et une d’être blessé en en faisant 500 000.
- . Sur les chemins de fer, de 1855 à 1875, environ une chance d’être tué en faisant 6 millions de voyages et une d’être blessé en en faisant 600 000.
- Sur les chemins de fer, de 1872 à 1875, environ une chance d’être tué en faisant'45 millions de voyages, et une d’être blessé en en faisant 1 million.
- Poursuivant ses calculs, l’auteur du travail en question est arrivé à démontrer qu’une personne qui voyage continuellement en chemin de fer pendant dix heures par jour, à la vitesse de 50 kilomètres à l’heure (en admettant que la longueur moyenne des voyages soit de 30 kilomètres), aurait eu, pendant les trois périodes indiquées, les chances suivantes d’être tuée :
- De 1855 à 1855, une chance en 321 ans; de 1855 à 1875, une chance en 1014 ans; de 1872 à 1875, une chance en 7450 ans.
- (.Annales des ponts et chaussées).
- EXPLORATION DD RIO COLORADO
- DANS L’OUEST DES ÉTATS-UNIS *.
- Leslndiens que M. Powell a visités près de Flaming Gorge2 possèdent presque tous un lot de terre, d’une
- 1 Suite et tin. Voy. p. 179 et 216.
- 2 M. Powell a visité un grand nombre de tribus indiennes,
- étendue de243ares; ils sont fiers d’y pouvoir cultiver, comme font les blancs, du blé, des pommes de terre, des navets, des citrouilles, des melons, etc.
- Us habitent des huttes et refusent de construire des maisons.
- « Lorsque, disent-ils, l’un de nous meurt dans la hutte, nous la quittons et souvent nous la brûlons avec tout ce que possédait le défunt; si nous construisions des maisons, nous ne pourrions guère agir autrement. » Au reste, avec leurs habitudes de malpropreté, une demeure fixe ne serait pas d’un voisinage agréable pour les blancs. Leurs ancêtres cependant étaient plus civilisés, ils avaient des poteries, des pierres meulières, etc. Les Indiens, voyant que ces questions m’intéressent, dit l’explorateur, me montrent avec empressement les lieux où l’on trouve des curiosités archéologiques. Us ajoutent que, « dans la gorge où je vais entrer, il y a des rochers presque entièrement couverts de dessins ».
- Nos voyageurs ont donné le nom de Gorge de la Désolation à un canal formé par la rivière Verte et dans lequel plusieurs d’entre eux faillirent se noyer. Goodman, un de leurs compagnons, venait de les quitter, lassé qu’il était de dangers sans cesse renaissants.
- Un des grands inconvénients de la navigation aventureuse dans laquelle M. Powell s’était lancé, consistait, comme nous l’avons dit précédemment, dans les rapides, quelquefois hérissés de rochers, qui pouvaient aisément briser les bateaux.
- Une nuit, nos voyageurs campent au milieu des sables. Un vent furieux soulève des nuages de poussière, et, sans.avoir dormi, tous sont fort heureux de pouvoir se lever au jour et de n’avoir été qu’à moitié ensevelis sous un linceul de sable. D’autres fois, ils ont, surtout près de la Gorge-Grise (fig. 1), le spectacle d’un singulier mirage, qui fait danser devant eux les arbres, les rochers et les montagnes. Quand le phénomène a cessé et que rien ne trompe plus leurs yeux, ils peuvent constater que les rochers revêtent les teintes les plus diverses, orange, brun, marron, blanc de crème, gris, bleu, pourpre, etc. Les rochers oranges sont ordinairement du grès, homogène dans sa structure ; on trouve encore du calcaire, des marbres polis par les pluies, de la lave, des granits, des schistes cristallins métamorphiques, des trachitcs, etc.
- Le 14 juillet, un rocher, que la rivière contourne, offre l’apparence d’une cathédrale avec des enfoncements variés ; les détails d’architecture semblent tels que nos voyageurs en sont émerveillés. Parfois les rochers, formant une enceinte quasi circulaire, rappellent, dans de plus fortes proportions, les amphithéâtres construits par les Romains. Souvent ils
- sur différents points de l’ouest des États-Unis. Nous donnons ci-coutre (fig. 2 et 5) deux types intéressants de ces naturels. Le premier, Pa-ri-ats, est un habitant du voisinage de Ashley faits; le second est un habitant des rivages du Rio Yirgen. U a servi de guide et de messager aux explorateurs.
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- LA nature
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- imitent des châteaux forts du moyen âge avec leurs murs, leurs fossés, leurs tours, etc.
- Le 17 juillet, l’expédition arriva, toujours par-eau, à la jonction de la Grande-Rivière et de la rivière Verte; en d’autres ternies au Rio Colorado. Une belle caverne, découverte par nos navigateurs d’eau douce, reçut d’eux le nom de Temple de la Musique, parce que les chants y retentissaient avec une sonorité admirable. Dans la Glen Canon, les explorateurs découvrirent un rocher qui ressemblait à une gigantesque statue de femme, drapée dans son châle et ayant les pieds énormément évasés.
- « Le 10 août,dit P o av e 11, sur les bords du Rio Colorado, qui doit son nom au limon rouge qu’il charrie, je tue deux serpents à sonnettes, et, en rentrant au campement, je trouve que mes compagnons en ont tué un troisième. » C’est la première fois que le journal de l’expédition relate un fait île ce genre.
- Le 11 août, nos voyageurs rencontrent des fragments de poteries et remarquent des caractères hiéroglyphiques gravés sur les rochers. Ils voient en même temps des falaises à une altitude de 1000 mètres au-dessus du niveau
- delà rivière. M. Powell attribue les vieilles constructions en pierre et mortier , trouvées sur les bords arides et abrupts du Rio Colorado, aux indigènes qui fuyaient devant la rapacité et la cruauté des Espagnols, avides d’or et enflammés par l’ardeur du prosélytisme le plus intolérant.
- Le 28 août, le petit corps expéditionnaire est diminué par le départ de trois membres, dont la patience est épuisée. MM. Dunn et les deux frères lloxvland quittent la flottille et vont chercher des régions moins inhospitalières, des cours d’eau moins hérissés de rapides, des aliments moins primitifs et plus substantiels que ceux dont la caravane scientifique peut dis-
- F.n
- poser. Ces malheureux devaient misérablement périr assassinés par les Indiens. D’ailleurs les provisions touchent à leur fin. On avait compté sans les pluies, les naufrages partiels, etc.
- Arrivés enfin au confluent du Rio Virgen et du Rio Colorado, les intrépides explorateurs trouvent des blancs et des Indiens. 11 était temps, car il ne restait plus à consommer que dix livres de farine,
- quinze livres de pommes séchées, avec soixante-dix ou quatre-vingts livres de café. On est arrivé chez les Mormons, qui semblaient bienveillants et hospitaliers.
- Le 5 septembre 1871, M. Powell et ses compagnons se remettent en route pour continuer leurs audacieuses explorations. A la place des bateaux, auxquels on a renoncé, on a pris des mulets pour porter les bagages, puis on avance par monts et par vaux, bravant les orages, pour arriver chez les Uts. La tribu indienne des Uts a ses conteurs aussi bien que les Arabes. Pendant les longues nuits d’hiver, les vieillards redisent à la tribu rassemblée autour d’eux les anciennes traditions du pays, où le merveilleux joue le rôle principal. M. Powell, ayant capté la bienveillance d’une tribu en lui distribuant des pipes, du tabac, du café et des biscuits, obtint la permission d’assister à une veillée et d’entendre ces récits débités par un orateur dont les assistants rectifiaient parfois les paroles.
- Le bassin du Rio Colorado offre à la géologie un terrain d’étude presque inépuisable. Voici comment M. Powell termine la description qu’il a faite de cette vaste contrée : « Trois fois ces régions ont été laissées hautes et sèches par la mer, qui modifie sans cesse ses rivages ;• trois fois les rocs ont été brisés et disloqués ; trois fois des flots de lave se sont élancés par les crevasses ; trois fois les nuages se sont entas-
- La pointe de Gunnissen, haute de 2700 pieds, près de la Gorge-Grise ( Gray caüon).
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- LA NATURE.
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- ses au-dessus des rochers et ont produit des ouragans qui ont creusé les vallées. La première fois, ce fut après que les dépôts de schistes se furent formés ; la seconde, après la naissance des dépôts de grès rouge ; la troisième fois, s’est constitué l’état actuel de la contrée. Les plateaux et montagnes de la première période ont été détruits ou enfouis ; leur histoire, riche en péripéties, est perdue; les rivières, qui ont porté leurs eaux à la mer, sont mortes et leurs ondes roulent maintenant sous forme de marées ou se sont creusé d’autres canaux. Y avait-il alors des canones? Je ne le pense pas. Les conditions nécessaires à la
- Fig. 2. — L’Indien Pà-ri-ats. Type des habitant» des rivages du Rio Colorado.
- formation de ces gorges sont exceptionnelles dans l’histoire du monde.
- « Nous avons jeté un regard rétrospectif sur d’innombrables siècles du passé, ajoute l’explorateur, et nous avons vu le temps où les schistes se stratifièrent dans les profondeurs de la Grande-Gorge comme couches sédimentaires au-dessous du niveau de la mer ; nous avons vu cette longue période suivie d’une autre, celle de la terre ferme ; elle dura si longtemps que des centaines, peut-être des millions de pieds de couches furent emportés par les pluies; vint ensuite une autre période,
- Fig. 5. — Uti de* messagers indiens des explorateurs américains, (Rio Virgen.)
- durant laquelle l’océan triompha, cette période vit au moins dix mille pieds de grès s’accumuler comme sédiments. L’eau recula devant les puissances de l’air et la région devint de nouveau terre ferme. Cependant les causes atmosphériques de destruction emportèrent les dix mille pieds de roc par un processus lent, mais continu ; puis l’océan roula de nouveau par-dessus la terre et plus de dix mille pieds de couches rocheuses s’entassèrent au fond de la mer ; celle-ci se retira de nouveau ; aujourd’hui nous avons sous les yeux des gorges étroites, des vallées profondes et rongées par les eaux et cependant les collines disparaissent, les montagnes elles-mêmes s’effacent, les plateaux se dissolvent et. le
- géologue à la lumière de l’histoire ancienne de la terre, prédit le temps où cette terre désolée de roches immenses, deviendra la vallée de nombreuses vallées. »
- La partie zoologique de la magnifique publication américaine dont nous avons donné une analyse succincte, a été traitée par M. Elliott Coues. Cette section est presque exclusivement consacrée à deux rongeurs, le Géomys et le Thomomys. Les Géomys ressemblent en grand, au hamster des Allemands. On ne les rencontre guère que dans l’Amérique du Nord. Les griffes, dont leurs pattes sont garnies, dépassent ces mêmes pattes en longueur. Il y a plusieurs variétés de Géomys, telles que le Tuza, le
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- LA NATURE.
- Castanops, le Mexicain, le Géomys hispidus, etc.
- Le Thomomys ressemble à la taupe ; aussi une de ses variétés est-elle appelée Thomomys talpoûles bulbivorus. Une autre variété porte le nom de Thomomys taipoides umbrinus. 11 y a entin le Thomomys clusius. Il est à regretter que M. Elliott Goues ne fournisse aucun détail sur les mœurs et habitudes de ces animaux. Les Thomomys doivent leur nom au mot grec thomci, qui signifie monticules, taupinière. Le clusius est ainsi nommé parce qu’il ferme hermétiquement l’entrée de ses excavations.
- Le Géomys tnzaest appelé improprement salamandres. M. Loues fait une exception en faveur de cette variété, sur laquelle il nous donne quelques renseignements éthiques, aussi bien qu’anatomiques. Si, dit-il, deux individus de cette race sont enfermés dans la même cage, ils n’ont pas l’air de s’en apercevoir, à moins qu’un hasard ne les mette en contact l’un avec l’autre. Leurs yeux sont petits, ternes et sans expression. Je crois qu’ils ont l’odorat très-fin, à voir la manière dont ils reconnaissent le voisinage des champs de patates. Leurs mouvements sont d’une rapidité étonnante ; du matin jusqu'au soir ils ne prennent pas de repos. J’ai vu deux mâles s’attaquer et se mordre avec une incroyable férocité. Le combat ne cessa que lorsqu’un des champions fut étendu sans vie sur le carreau. Quand deux tuzas, mâle ou femelle,-se rencontrent en cage, leur salut consiste en un coup de dents. Lorsque les tuzas creusent la terre, ils travaillent avec le nez, les quatre pattes et la queue. Ils semblent créés pour fouiller la terre comme les oiseaux pour fendre les airs. Leurs conduits souterrains vont en zigzag et en s’enfonçant de plus en plus dans l’intérieur du sol jusqu’à l’endroit où ils établissent leur magasin, qu’ils savent remplir de provisions, enlevées aux propriétaires du voisinage. Les petits naissent et sont élevés sous terre. Depuis la pointe du nez jusqu’à l’extrémité de la queue, un tuza de forte taille a environ 52 centimètres de longueur.
- Le magnifique voyage de M. Powell a fourni à la science de nombreux documents, surtout au point de vue géologique. Nous y reviendrons prochainement à ce point de vue.
- LE CERCLE MÉRIDIEN
- DE M. R. MSCHOFFSHEIYI A L’OBSERVATOIRE DE PARIS.
- Des nombreux instruments dont M. Le Verrier a enrichi l’Observatoire de Paris pendant les vingt années de sa direction, le dernier qu’il a pu voir complètement installé est le cercle méridien dont nous offrons aujourd’hui le dessin à nos lecteurs. Cet instrument n’a pas été, comme tous les autres, construit aux frais de l'État : une inscription, gravée sur un des piliers de marbre qui le supportent, apprend au visiteur qu’il a été donné à notre premier établissement astronomique par la généreuse munificence de
- M. Raphaël Bischoffsheim, qui a inauguré ainsi en France une voie depuis longtemps suivie en Angleterre par les riches amis de l’astronomie. M. Ris-choflsheim ne s’est pas tenu d’ailleurs à ce premier pas : le nouvel Observatoire de Lyon lui devra aussi son instrument fondamental.
- Le projet d’installation d’un cercle méridien à l’Observatoire remonte à l’époque, déjà éloignée, du célèbre débat soulevé devant l’Académie des sciences au sujet du transfert de l’Observatoire en dehors de Paris. Les savants qui n’admettaient pas la légitimité de toutes les plaintes formulées par les adversaires de l’emplacement actuel de l’Observatoire, furent obligés de reconnaître que la grande salle méridienne, construite en 1850 par Arago, n’offrait aucune des garanties nécessaires à des observations de haute précision. L’épaisseur des murs et du double plafond de cette salle, le peu de largeur des ouvertures, le voisinage du bâtiment de l’Observatoire, la différence de niveau entre les deux faces nord et sud, devaient nécessairement affecter l’équilibre des couches atmosphériques avoisinantes et les empêcher de prendre cette horizontalité que suppose la théorie de la réfraction atmosphérique, et qui permet de corriger les observations de l’influence de cette cause perturbatrice. La réfraction, en effet, c’est-à-dire la déviation qu’éprouvent les rayons venant d’un astre en traversant l’atmosphère terrestre, est l’ennemi le plus lenace de la précision des observations ; et l’on peut dire qu’aujourd’hui les incertitudes provenant de cette cause dépassent les erreurs dues aux instruments et aux méthodes d’observation.
- Puisque l’astronome ne peut s’affranchir de cette influence fâcheuse, sa première préoccupation doit donc être de la réduire à des conditions dans lesquelles il soit possible d’en calculer l’effet. Aussi, ce qui frappe tout d’abord le visiteur admis auprès du nouveau cercle méridien de l’Observatoire, c’est le petit bâtiment qui l’abrite. Au milieu d’une pelouse gazonnée, s’élève une cabane entièrement en tôle de fer, dont le toit est formé de deux plaques qui, en roulant sur des galets, peuvent s’écarter l’une de l’autre et laisser ouverte toute la partie supérieure du bâtiment. Les parois sont faites de deux enveloppes de tôle mince, dans l’intervalle desquelles l’air circule librement, maintenant ainsi toutes les pièces à la température de cet air lui-même. De larges fenêtres peuvent encore s’ouvrir, et l’observateur et l’instrument se trouvent par suite dans les mêmes conditions que si l’observation se faisait on plein air. Le seul obstacle qui puisse encore s’opposer à la perfection des conditions d’observation est la présence de ces beaux arbres qui font de' la terrasse de l’Observatoire un magnifique jardin, mais qui emmagasinent l’air chaud pendant le jour et le déversent lentement pendant la nuit. Nul doute qu’un jour les astronomes ne soient amenés à sacrifier à la précision des observations la jouissance de ces beaux ombrages.
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- Le cercle méridien est formé, comme l'indique son nom, de deux instruments : la lunette méridienne, destinée, par son association avec une pendule astronomique, à déterminer le moment du passage d’un astre au méridien du lieu d’observation, et le cercle mural qui donne la mesure de la distance angulaire de ce même astre au pôle ou au zénith. Lorsque, il y a quarante ans, Gambey construisit les deux instruments méridiens de l’Observatoire de Paris, si justement célèbres et sur le modèle desquels ont été construits ceux de beaucoup d’autres observatoires, il dut concilier, par des prodiges d’habileté, la légèreté résultant des moyens de construction alors en usage avec la rigidité des pièces nécessaires pour la précision des observations. C’est l’alliance de ces deux qualités presque contradictoires qui rend si intéressants les instruments de ce célèbre artiste et surtout sa machine à diviser les cercles, que le baron Séguier a restaurée dans les galeries du Conservatoire. Mais il en est résulté d’abord la nécessité de séparer la mesure des deux coordonnées des étoiles, instant du passage au méridien et distance polaire. Il en est même résulté la nécessité pour Gambey de ne fixer sur son cercle mural de 2 mètres de diamètre qu’une lunette tout à fait insuffisante comme pouvoir optique.
- Un simple coup d’œil jeté sur le grand cercle méridien de l’Observatoire, l’équatorial de l’ouest, le grand télescope, et sur le nouvel instrument de M. Bischoffsheim, tous sortis des ateliers de notre célèbre artiste, M. Eichens, montre la révolution qui s’est opérée dans les procédés de construction. Au lieu d’instruments formés de pièces de laiton laminé, rapportées par de simples vis ou même des soudures à l’étain, ce sont des corps de lunette en fonte de fer boulonnés sur des axes en fonte et acier, à l’aspect robuste et élégant ; des ccfcles en bronze venus d’une seule pièce à la coulée et protégés contre toute déformation par de nombreux croisillons. C’est l’art de l’ingénieur appliqué à la construction des instruments astronomiques, avec la force que donnent le choix des métaux et l’épaisseur des pièces, et la précision que permet d’atteindre l’emploi des machines-outils.
- Cette révolution a été inaugurée en Angleterre vers 1847, par l’illustre directeur de l’Observatoire de Greenwich, M. Airy. En 1863, M. Le Verrier terminait àParis l’installation d’un cercle méridien, plus grand encore que celui de Greenwich, et destiné comme lui à l’observation des petites planètes. Mais ces gigantesques instruments, véritables canons de siège à longue portée, puisqu’ils doivent atteindre les dernières profondeurs du ciel, manquent, en raison même de leur poids, d’une qualité essentielle : ) ils ne sont pas réversibles. Quelle que soit la rigidité des pièces, l’instrument subit, dans chaque position successive, des flexions nécessairement inégales, que l’astronome doit étudier et mesurer pour en corriger ses observations. Or cette étude et cette mesure ne peuvent se faire que par le retournement de l’in-
- strument. On comprend en effet que l’appareil, dirigé successivement vers le même point du ciel, d’abord l’une de ses faces en dessus, puis la même face en dessous, donne, s’il est réellement un tout rigide mais élastique, deux résultats s’écartant également de la vérité, l’un en plus, l’autre en moins, de sorte que la moyenne des deux observations donne la position exacte de l’astre. C’est ce que l’on peut demander au nouveau cercle méridien de M. Bischoffsheim. La ligure 1 fait voir la lunette sur le chariot qui sert à la soulever au-dessus de ses piliers et à la retourner bout pour bout par un mouvement de rotation autour d’un axe vertical.
- Dès 1852, M. Brunner avait construit de petits instruments portatifs répondant à ces conditions. Perfectionnés par ses fds, par M. Rigaud, par M. Eichens, ces cercles méridiens sont aujourd’hui uniquement employés dans les expéditions géodésiques. En 1868, M. Eichens construisit pour l’Observatoire de Lima un cercle méridien réversible dont la lunette avait 21U30 de longueur et l’objectif 20cm d’ouverture libre. C’est ce modèle, successivement perfectionné, qui est devenu, entre les mains de l'habile constructeur, le cercle méridien de Marseille (1876) et le cercle donné par M. Bischoffsheim (1877). L’objectif du premier a été taillé par Léon Foucault, les deux autres sont de M. Ad. Martin. Le nouvel Observatoire de Lyon, à l’établissement duquel M. André s’emploie avec une activité énergiquement soutenue par l’Administration, va posséder bientôt un semblable cercle méridien, un peu plus petit (lunette de-2m, objectif de 14em deM. Praczmowzki), dont la générosité de M. Bischoffsheim fait encore les frais.
- Les gravures que nous offrons à nos lecteurs mettent donc sous leurs yeux le modèle de tous les cercles méridiens employés dans nos observatoires à la détermination des coordonnées célestes des astres. Pour faire comprendre l’usage des diverses parties de l’instrument, il suffira de décrire le mode opératoire d’une observation complète d’étoile.
- Quelques minutes avant le passage de cette étoile au méridien, l’astronome donne à la lunette l’inclinaison voulue pour que l’astre, emporté par le mouvement diurne, traversele cbamp del’instrument. A cet effet, les cercles intérieurs fixés à l’axe de la lunette, portent une graduation grossière que l’on vise à l’aide d’une lunette-pointeur fixée au mur est. Une pince qui embrasse le bord de ce cercle sert à fixer l’instrument. L’observateur se place alors sur le lit, dans la position indiquée par la figure 2. L’étoile apparaît bientôt, entrant dans le champ de vue par l’ouest en marchant vers l’est. En même temps que l’étoile, l’observateur voit, dans le plan focal de l’objectif, un réseau de fils d’araignée tendus verticalement et traversés par un fil horizontal. Écoutant les battements de la pendule, il note la seconde et la fraction de seconde à laquelle l’étoile passe sous chacun des fils verticaux : la moyenne de ces temps est le moment précis du passage sous le
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- fil du milieu. A ce même moment, il déplace légc-ment la lunette par un mouvement de rappel donné à la pince de serrage, et amène l’étoile sous le fil horizontal. La direction d’une ligne déterminée par le croisement de ce fil avec le fil vertical du milieu
- et par le centre optique de l’objectif, est donc celle suivant laquelle est vue l’étoile au moment de son passage sous le fd du milieu. Pour fixer cette direction, il faut la rapporter à des points de repère d’une tixité absolue. A cet effet, la lunette est pourvue d’un
- Fig. 1. — Le nouveau cercle méridien de M. Bischoffsheiin, à l'Observatoire de Paris. — Transport de l’appareil sur son chariot.
- cercle d’un mètre de diamètre, très-finement et très-exactement divisé, dont le limbe tourne avec elle devant six microscopes invariablement fixés au pilier est. M. Eichens a adopté pour ces microscopes la disposition imaginée par M. Airy pour le cercle méridien de Greenwich. Le tube de chacun d’eux est formé par la paroi d’un trou percé dans le bloc de
- marbre qui forme la partie supérieure du pilier : les positions de ces microscopes sont donc invariablement liées à celle du mur et ne pourraient changer que par un déplacement du mur lui-même. D’autres orifices amènent sur la graduation la lumière d’une lampe et permettent de lire les divisions. Celles-ci sont tracées de 5 en 5 minutes sur le cercle, qui
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- Fig. 2. — Le nouveau cercle méridien de M. Bischofi'sheim, à l'Observatoire de Paris. — Vue de l’appareil pendant l’observation
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- porte donc 4320 traits équidistants; chaque microscope est muni d’un micromètre qui permet d’estimer le 10e de seconde d’arc.
- Si maintenant, par les observations de l’étoile polaire à son passage supérieur et à son passage inférieur, l’observateur-détermine de même la direction de la lunette visant au pôle, l’angle compris entre cette direction et celle de la lunette visant à l’étoile fera connaître la distance polaire de cette étoile. Si, au moyen d’un bain de mercure, il détermine la direction de la lunette quand son axe optique est vertical, il connaîtra de même la distance zénithale de l’étoile.
- Ces observations peuvent se faire dans les deux positions que prend la lunette avant et après avoir été retournée. C’est pourquoi elle porte deux cercles en fonte gradués grossièrement et deux cercles en laiton finement gradués sur argent, qui, dans le retournement, se substituent les uns aux autres devant la lunette-pointeur et devant les microscopes fixes. La disposition de ces cercles assure une symétrie parfaite à l’instrument, condition essentielle si l’on veut en éviter les déformations irrégulières.
- Mais ces opérations ne donneront les coordonnées de l’astre que si elles sont faites avec un instrument exactement établi dans le méridien du lieu. Il faut donc que la lunette tourne, autour d’un axe horizontal, qu’elle soit perpèndiculaire à cet axe et que le plan qu’elle décrit en tournant aille passer par le pôle du monde. Un niveau, que notre dessin représente reposant par deux fourchettes sur les tourillons de la lunette, mais qui pendant les observations est relevé sur le côté au moyen d’une grue fixée au plafond, sert à mesurer et à corriger l’inclinaison de l’axe de rotation. Le retournement sur une mire éloignée permet de s’assurer dé la perpendicularité de l’axe optique sur l’axe des tourillons. Deux mires devaient être construites, l’une au nord, l’autre au sud ; cette dernière seule a été édifiée. Enfin les observations astronomiques de la polaire indiquent si la dernière des trois conditions est remplie.
- Il nous reste à dire un mot de l’éclairage des fils. Pendant le jour, ils se détachent en noir sur le fond éclairé du ciel ; la nuit, le même effet s’obtient à l’aide d’un faisceau de lumière provenant d’une lanterne à gaz que l’on voit fixée au pilier ouest, et dont les rayons sont renvoyés vers l’oculaire par un petit prisme fixé au milieu de la lunette. Un écran à ouverture variable, où œil'de chat, permet de proportionner l’intensité de l’éclairement à l’éclat de l’astre observé. Enfin, pour' les âstrès très-faibles, une disposition mécanique fort simpleèupprime toute lumière dans le champ et la transporte sur les fils d’araignée, qui apparaissent en lignes lumineuses sur un fond absolument obscur.
- La longue maladie de M. Le Verrier ne lui a pas permis de pousser aussi activement qu’il l’aurait désiré les études préliminaires de ce bel instrument, parmi lesquelles il faut compter surtout celle, si longue et si pénible, des divisions des deux cercles.
- Elle sera sans nul doute facilitée par cette circonstance que, tracés à l’aide de la machine à diviser construite par M. Eichens, les traits offrent une régularité et une finesse tout à fait favorables à des pointés précis. Les astronomes de l’Observatoire tiendront à honneur de mettre le plus tôt possible à profit le magnifique appareil qu’ils doivent à la générosité de M. Bisehoffsheim. G. Wolf.
- EMPLOI DES
- MATIÈRES TINCTORIALES ARTIFICIELLES
- TOUR LA COLORATION DES EAUX NATURELLES D.XNS LES ÉTUDES HYDROGRAPHIQUES;
- LES EAUX DU DANUBE ET DE l’aACII.
- Une constestation récente s’est élevée entre des industriels et le gouvernement allemand au sujet du classement des cours d’eau mis à profit par un certain nombre de fabrications importantes. Nous emprunterons au rapport d’un ingénieur français, M. Ten Brinck, le résumé des intéressantes expériences qui ont été faites pour résoudre le problème de l’origine des eaux de l’Aacli, problème qui a préoccupé les géologues au point de vue scientifique, et les industriels au point de vue pratique.
- Le Danube venant de la Forêt-Noire, coule presque dans la direction de l’Ouest vers l’Est, tandis que le Rhin roule ses eaux dans une direction parallèle, mais inverse depuis le lac de Constance jusqu’à Bâle. L’altitude des deux fleuves est fort différente, le Danube, dans la région qui nous occupe est à environ 650 mètres. La différence de hauteur des deux fleuves est donc de 250 mètres environ; la distance qui les sépare est de 28 à 30 kilomètres au plus. L’Aach, la rivière qui nous intéresse, est un tributaire du lac de Constance, elle prend sa source près du village du même nom, Aach, à 15 kilomètres du Danube, au-dessus de Môhringen et à une altitude d’environ 150 mètres moindre que celle du Danube. La source de l’Aach est une des plus considérables des pays de plaine de l’Europe, son débit est d’environ 5500 litres par seconde en moyenne, le volume minimum de son eau est encore de 2000 litres par seconde, tandis que le maximum s’élève jusqu’à 40 et 50 mètres cubes : la source présente alors un effet magnifique.
- Le Danube coule sur un sol absolument calcaire jurassique, c’est la couche supérieure, dont l’inclinaison est justement la même que celle de la pente qui règne d„u Danube à la source de l’Aach. Le terrain calcaire cesse en dehors de cette source, et le lit de la rivière entre bientôt dans les alluvions qui entourent le lac de Constance de ce côté, à une grande distance. Le calcaire de la vallée du Danube est composé de couches irrégulières et diversement inclinées, très-friables, stratifiées, fendues et divisées. Le terrain est si perméable que la plupart des
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- sources et ruisseaux de la contrée entre le Danube et l’Aach, se perdent en terre et ne reparaissent plus. Depuis fort longtemps on remarquait que le Danube perd une partie de son eau entre Immen-dingen et Môhringen ; il arrivait même, dans les années sèches, que la plus grande partie du Danube, disparaissait dans des fentes et dans des vrais trous qui se trouvent dans le lit du fleuve. Les propriétaires des usines situées sur le Danube en aval, ayant souvent fait fermer les issues souterraines pour éviter les pertes d’eau, les usiniers du cours de l’Aach prétendaient avoir droit à cette eau, qui suivant eux alimente la source de l’Aach. En présence de prétentions et d’intérêts considérables, directement opposés, le gouvernement badois décida qu’il fallait avant tout avoir la preuve que l’eau perdue par le Danube ressort bien réellement du sein de la terre' à Aach, et chargea M. Knop, professeur de chimie à l’École polytechnique de Karlsruhe, de résoudre ce problème. Après des études assez laborieuses, M. Knop se décida à entreprendre un essai au moyen de 10 000 kilogrammes de sel commun jetés dans le Danube à l’endroit où il se perd ; l’expérience fut exécutée le 24 septembre de cette année. Un observateur placé à la source de l’Aach recueillit d’heure en heure, pendant plusieurs jours, des bouteilles d’eau de la source. M. le professeur Knop ayant analysé l’eau contenue dans ces bouteilles, y a retrouvé le sel qui avait été introduit dans l’un des trous du lit du Danube.
- M. Ten Brinck a imaginé un autre mode d’essai ; ce savant a mis à profit une matière colorante artificielle la fluorescéine1, fabriquée à Bâle, par nos compatriotes alsaciens, MM. A. Durand et Hugue-nin. Il a reconnu que la proportion de 1 de matière colorante à 20 000 000 d’eau serait suffisante pour tenter l’expérience.
- La dissolution de la fluorescéine fut opérée suivant les instructions de MM. Durand et Huguenin. On emporta le tout dans une tourie contenant environ 60 litres. Le 9 octobre, à 5 heures après midi, la dissolution fut versée dans l’un des orifices du lit du Danube, entre Immendingen et Môhringen.
- Le 12 octobre au matin, les gardiens placés en observation à la source de l’Aach constatèrent la coloration de l’eau; il a donc fallu environ cinquante-huit à soixante heures à la fluorescéine pour traverser les bassins ou réservoirs souterrains et reparaître au jour. La coloration de la rivière était superbe, d’un vert intense qui au soleil surtout, et dans les parties profondes, présentait des reflets plus
- 1 La fluorescéine est la phtaléine île la résorcine qui s’obtient en traitant à 190° un mélange d’acide phtalique et de résorcine. La fluorescéine a pour formule €f20II12ô8 suivant l’équation de sa formation
- GS1I4GG -f- 2 (C«H602) = €*°IIiaO*
- Anhydre phtalique. Resorcine. Fluoreseeine,
- La fluorescéine est la matière première d’une série de matières colorantes superbes, suivant que l’on introduit dans sa constitution du brome, de l’iode ou du chlore.
- ou moins phosphorescents, allant du vert clair au jaune brillant. L’intensité de la coloration alla en augmentant depuis le matin jusqu’au soir de la journée du 12 octobre.
- Les habitants du pays n’osaient plus laisser boire l’eau de l’Aach à leurs bêtes et craignaient des empoisonnements. Mais dès le samedi 13 octobre au matin, la coloration avait beaucoup diminué, et le même jour, vers trois heures après midi, elle avait à peu près disparu. Cette coloration était si puissante qu’elle a persisté pendant 56 heures.
- 11 nous a semblé que les expériences qui précèdent étaient dignes d’être signalées. Elles sont de nature à être mises à profit pour l’étude souvent si obscure de l’hydrographie des cours d’eaux sou terrains. Elles ouvrent la voie à un mode d’investigation géologique qui pourra être fécond en résultats. Gaston Tissandiek.
- ATLAS MÉTÉOROLOGIQUE
- DE 1,’oBSERVATOIHE DE PARIS.
- Le nouveau volume de cet important ouvrage contient une série de notices originales dont nous donnons ici l’énumération.
- Introduction. — Instructions et pièces diverses relatives à l’organisation et à la marche des divers services météorologiques. Service maritime ; service agricole ; instruction pour l’usage des baromètres anéroïdes, par M. Crova ; service agricole dans le département de la Vienne, par M. de Touchimbert (2 cartes).
- Observations de température faites au Muséum d’Ilistoire naturelle pendant l’année météorologique 1876, par MM. Becquerel et Ed. Becquerel (1 planche).
- Résumé des observations météorologiques faites à Annecy et dans le département de la Haute-Savoie pendant l’année 1876, par M. Tissot.
- Les orages de 1871 à 1875 en Suède, par M. Hildebrand Hildebrandson (2 cartes).
- Rapport sur les orages de 1876 dans le département de l’Yonne, par M. Jules David (1 carte).
- Rapport sur les observations faites en France dans les Ecoles normales primaires, pendant les années météorologiques 1874-1875 et 1875-1876, par M. Th. Mou-reaux (32 planches).
- Influence des phénomènes météorologiques sur la qualité des eaux, par M. Aug. Gérardin.
- Étude sur les grands mouvements de l’atmosphère et sur le fœhn et le sirocco pendant l’hiver 1876-1877, par M. Hébert.
- Météorologie des hantes régions de l’atmosphère. Résumé des observations faites dans le cours de vingt-deux ascensions aérostatiques, par M. Gaston Tissandier (3 planches).
- Des orages passés sur le département de l’Aude en 1876, par M. Rousseau (1 carte).
- La pluie à Versailles, par M. le docteur Bérigny. Observations météorologiques faites en 1876 à Alexandrie (Italie), par M. Parnisetti.
- Rapport sur les orages observés en 1876 dans le département de la Seine-Inférieure, par M. Lechalas (1 carte).
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- Mesures de l’intensité calorifique des radiations solaires à Montpellier pendant l’année 1876, par M. A. Crova. Climats de l’Algérie et de la Corse. Résumé des communications faites aux réunions des Sociétés savantes à la Sorbonne, par M. le docteur de Pielra-Santa.
- Relevé des observations de météorologie comparée, agricole et forestière, faites aux environs de Nancy' par les soins de l’Ecole forestière, pendant les années 1873 à 1876, parM. Mathieu.
- Notices sur les principaux orages de 1875 dans le département de la Haute-Marne, par M. Carlier (1 carte). Rapport sur les orages du département de l’Ailier en 1876, par M. de Pons (2 caries).
- Météorologie nautique. Les calmes de l’Atlantique Nord pendant les saisons extrêmes, par M. L. Brault (2 cartes)-Résumé des observations faites à l’Observatoire magnétique météorologique des PP. de la Compagnie de Jésus, à Zi-Ka-Wei, près de Chang-Hai (Chine), par le P. Marc Dechevrens.
- Notice sur les crues des principales rivières de France en mars 1876. Tableau des hauteurs de pluie totale tombées en 1876, par MM. Belgrand et Lemoine (4 planches). Orages, grêles et pluies de 1876 dans le département du Puy-de-Dôme, par MM. Alluard et Pluinandon (3 cartes). Orages de 1876 dans le département de l’Hérault, par M. Auzillion (carte).
- Détermination de la température de l’air, par M. de Brito Capello.
- La pluie à Lisbonne, par M. de Brito Capello.
- ALGÈBRE TACHYMÉTRIQUE1
- Nous avons entretenu, il y a plusieurs mois déjà, les lecteurs de la Nature de la tacliymétrie, dont M. Lagout s’est fait l’inventeur et l’apôtre. Grâce à ses efforts et à ceux de ses collaborateurs, cette méthode nouvelle d’enseignement de la géométrie a pris des développements considérables depuis notre dernier article : elle a reçu en quelque sorte une consécration officielle par une circulaire du ministre de l’intérieur, et quelque temps après, de M. Cristophle, alors ministre des travaux publics. Elle a été enseignée également dans les écoles forestières et les fermes-écoles ; et dans plusieurs départements, comme dans Meurthe-et-Moselle et dans l’Oise, à la suite de conférences favorablement accueillies par les Conseils généraux, elle va être enseignée dans les écoles normales pour être répandue ensuite dans les écoles primaires. L’ouvrage de M. Lagout a été dernièrement traduit en anglais; et à la suite de notre article dans la Nature, un éditeur de Lausanne s’est mis en rapport avec nous pour le propager dans la Suisse française et allemande. Enfin les journaux se sont emparés de la question, et comme toutes les inventions nouvelles, la tachymétrie a eu ses partisans et ses détracteurs. 11 faut bien reconnaître en effet que dans quelques-uns des ouvrages de M. Lagout, la forme prête à la critique : l’auteur enthousiasmé pour son
- 1 1 vol. in-12, par M. Lagout, ingénieur des ponts et chaussées. — Paris, Dentu et Paul Dupont, 1877.
- idée, et désireux de frapper l’esprit par des images sensibles, n’a pas toujours gardé le style simple et sans métaphore qu’on est habitué à rencontrer dans les ouvrages d’enseignement élémentaire. Les critiques se sont attachés de préférence à ce langage un peu inaccoutumé, et ils ont perdu de vue la valeur de l’invention ; quelques-uns même, prévenus contre elle, sont allés jusqu’à la nier, et on dit en parodiant le mot célèbre sur la géométrie, que la tachymétrie avait pour but de faire des démonstrations inexactes avec des figures exactes.
- Nous pensons qu’un pareil reproche est tout à fait exagéré, les démonstrations tachymétriques sont vraies dans leur sphère ; quelques-unes sont même réellement simples et élégantes, seulement en général elles ne recherchent pas une évidence de même ordre que celle de la géométrie. Si on voulait aller jusqu’au fond des choses, on retrouverait d’ailleurs les démonstrations de la géométrie sous les simplifications tachymétriques. Le géomètre veut donner à toutes ses propositions une évidence égale à celle des axiomes primordiaux, et il vous fait voir comment vous ne faites que répéter ces axiomes sous une autre forme lorsque vous énoncez un théorème quelconque, si éloigné soit-il du point de départ. La tachymétrie s’adresse seulement à l’évidence instinctive généralement admise par tous, et elle s’arrête quand elle l’a rencontrée. La géométrie est avant tout une spéculation théorique et désinté-téressée, tandis que la tachymétrie cherche seulement à démontrer les règles de mesure avec une évidence suffisante pour ceux qui auront à s’en servir. C’est ce qui a eu lieu en arithmétique par exemple; les règles des différentes opérations y paraissent à tous évidentes et exactes, et on sait cependant que ces règles doivent être l’objet de démonstrations délicates et difficiles si on ne veut pas se contenter de l’évidence immédiate, et si on cherche à les rattacher aux axiomes primordiaux. Il n’y a pas d’inconvénient dans les mathématiques à se placer à des points de vue différents pour chercher la vérité tant qu’on raisonne juste, puisqu’on ne peut jamais être conduit à des résultats contradictoires, et c’est là ce qui fait la supériorité des mathématiques sur les sciences morales, où les conclusions dépendent toujours un peu du point de vue où l’on s’est placé. Il ne faut donc pas dédaigner les avantages apportés par la tachymétrie, sous le prétexte que l’évidence qu’elle invoque n’est pas tout à lait la même que celle qu’on recherche en géométrie.
- M. Lagout s’est efforcé de transporter dans l’algèbre la méthode concrète qui lui avait réussi pour la géométrie”. 11 vient de publier UAlgèbre tachy-métrique. Il ne peut s’agir ici d’un cours théorique et complet ; une science aussi abstraite que l’algèbre ne comporte guère d’enseignement concret, mais pour les ouvriers qui veulent en étudier les premiers éléments, c’est plutôt un art qu’une science, et il suffit alors, comme l’a
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- fait M. Lagout, de justifier d’une façon frappante les règles suivies pour les transformations et les résolutions des équations du premier et du second degré. 11 a représenté les quantités abstraites qui figurent dans les relations algébriques par l’image d’une balance, dans les plateaux de laquelle on dispose des poids pour équilibrer le corps à peser. Quand le fléau est horizontal, vous avez l’image d’une équation dans laquelle les poids marqués forment les quantités connues, tandis que le corps à peser figure l’inconnue dont on cherche la valeur. On se trouve naturellement conduit aux procédés de résolution en cherchant à isoler ce corps étranger qui doit rester seul dans son plateau, et son poids est alors déterminé par la somme des. poids marqués qui occupent l’autre plateau. On justifie ainsi d’une façon simple et claire les règles des changements de signe montre en algèbre.
- qu’on dé-Ce procédé appliqué à l’équation du second degré qui fait toujours la terreur des commençants, permet de la résoudre très-rapidement comme on va le voir.
- La figure 1 donne la représentation de l’équation x2 + px — q2. Nous avons à gauche le carré x2 avec le rectangle px dont le poids est équivalent à celui du carré q2 supposé suspendu au plateau de droite de la balance. Nous partageons en deux parties égales le rectangle px, et nous enlevons
- la moitié inférieure Ux pour
- venir l’appliquer à droite du carré x2. Nous obtenons alors la situation indiquée par la figure 2, et.l’équilibre n’est pas troublé. On voit immédiatement qu’on a à gauche l’image d’un carré échancré par le bas, et qu’il suffit d’ajouter
- p2 p
- , carré de (j, pour obtenir un carré parfait, celui de x -f- Nous faisons cette addition, et nous
- ajoutons de même au-dessous de qi pour ne pas
- troubler l’équilibre; c’est ce qu’indique la figure 3. La résolution de l’équation est dès lors évidente
- f
- 4’
- Fig. 3.
- Démonstration de la résolution de l’équation du second degré xt -t- px = q*.
- (*+f)
- + 4’
- x -h
- s
- 1 =
- r + t
- Nous avons ainsi la valeur de x en fonction des quantités connues.
- Il y aurait bien quelques difficultés pour le double signe, mais celles-ci sont inhérentes à l’algèbre, et c’est déjà beaucoup que d’avoir fourni cette représentation sensible qui permet de comprendre les formules algébriques.
- L’auteur a représenté de même par des procédés analogues les résultats curieux de certains calculs algébriques, comme le carré de a-b, le produit (a-b) (a -f- b), et il montre là d’une façon frappante comment le produit de deux quantités négatives doit être positif. Il arrive même à résoudre par des représentations géométriques assez simples les problèmes de maxima dont on peut avoir besoin. Il s’est occupé aussi des intérêts composés, et il représente par une formule simple et ingénieuse la croissance des capitaux dans les emprunts et les annuités. Enfin, il a essayé une théorie des logarithmes et de la numération, mais nous craignons que malgré ses efforts ces matières ne restent encore bien difficiles à saisir pour ses lecteurs. 11 recommande en particulier la numération par 8, car certains multiples de 8 , comme 64 par exemple, sont à la fois des carrés et des cubes, propriété qui facilite pour lui la représentation sensible de la croissance des nombres. Il parait regretter que eette numération soit abandonnée; nous pensons au contraire que la numération décimale a été suivie de toute antiquité, car elle est indiquée naturellement par le nombre de doigts de la main. On peut s’en convaincre immédiatement en regardant les chiffres romains ; 1 représente le doigt allongé, V (5) la main ouverte, X (10) les deux mains croisées, G (100) la main courbée. Il n’est d’ailleurs pas difficile de faire voir que dans toutes nos langues, aryanes au moins, le nombre dix a toujours été désigné par le même nom que le mot doigt, et c’est de la même racine que dérivent tous les mots qui signifient montrer et conduire. En grec on a ojxa, SàitTUAo;, foîxwfu, en latin, decem, digi~ tus, ducere, en allemand, zehn (dix), ziehen (conduire), zeichen (signe). D’après les philologues, les mots qui signifient cent, bca-rôv, centum, hundert, se résolvent également en dix fois les deux mains. La numération décimale a donc toujours prévalu dans la famille aryane, et il semble que si on voulait
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- en changer la base, en prendrait peut-être de préférence le nombre 12, qui a l’avantage d’avoir plus de diviseurs que 10 ; 8, au contraire, n’en a que 2. — Quoi qu’il en soit de ces légères critiques, l’ouvrage de M. Lagout n’en conserve pas moins toute sa valeur, et nous sommes heureux de signaler une pareille tentative, qui facilitera grandement aux ouvriers l’étude d’une science abstraite et difficile à saisir. b. Raclé.
- Ancien élève de l'École polytechnique.
- CHRONIQUE
- Albert Morice. — Les sciences naturelles viennent de faire dans la personne de M. Morice (de Lyon) une perte bien douloureuse. Le docteur Morice, vient de mourir, à Toulon, des suites d’une maladie dont les premiers germes ont été contractés sous le climat meurtrier de la Cochinchine. Élève de l’École de médecine et de la Faculté des sciences de Lyon, M. Morice, après de solides études médicales en qualité d’interne des hôpitaux de Lyon, entra dans la marine en 1871 comme aide-médecin, et fut envoyé en Cochinchine où il fit un premier séjour de trois ans. Ses études de prédilection l’entraînaient vers les sciences naturelles et spécialement vers l’herpétologie, branche dont il était devenu rapidement maître, et qui lui doit la découverte et la description de plusieurs serpents jusqu’alors inconnus.
- Revenu en France avec une ample moisson de documents aussi précieux que péniblement acquis, il publia de nombreux mémoires pleins d’intérêt. 11 n’est pas un zoologiste qui n’ait gardé souvenir de sa communication à l’Institut, relative à la découverte de VHerpeton tenta-culé, serpent aquatique herbivore et vivipare1. A cette époque il fut reçu membre de diverses Sociétés savantes, et la Faculté de médecine de Paris couronnait sa thèse inaugurale, pendant qu’il enrichissait de ses collections les Muséums de Paris et de Lyon, sa ville natale , où il s’était acquis par son ardeur au travail l’amitié toute particulière de son maître, M. Lortet, le savant doyen actuel de la Faculté de médecine.
- En 1875, il conquit, après de brillantes épreuves de concours, le grade de médecin de deuxième classe, et quoiqu’il eut pu, par son rang d’admission, échapper à une mission lointaine, il sollicitait malgré les instances de tous ses amis une nouvelle campagne de trois années en Cochinchine : l’attrait des études commencées, l’entraîna malheureusement à recommencer contre un climat terrible une nouvelle lutte dans laquelle il devait succomber glorieusement. Ce n’est en effet qu’après avoir mené à bonne fin l’entreprise gigantesque de la conquête, pour son pays, des monuments de l’archéologie Kmerh découverts par lui aux environs de Qui-nohu, qu’épuisé par une anémie profonde, prélude de son mal, il dut retourner en toute hâte, mais trop tard hélas, vers la mère patrie. En arrivant à Marseille, il était mortellement atteint ; la nouvelle du naufrage du Mei-Kong, qui portait vingt-deux caisses pleines de ses riches découvertes, fut _pour lui le dernier coup. Entré à l’hôpital maritime de Toulon, il succombait à l’àge de vingt-neuf ans, le 19 octobre 1877, au milieu de ses collègues et de ses amis, témoins impuissants d’une perte cruelle. Albert Morice, outre de nombreuses publications, laisse
- 1 Yoy. la Nature, 5° année, 1875,1er semestre, p, 145.
- plusieurs travaux inédits et un plus grand nombre d’inachevés. Espérons qu’une main pieuse et amie sauvera ces précieux documents de l’oubli. Il y a peu de temps, il envoyait à Paris les manuscrits de plusieurs mémoires sur le JSarcotisme , les Moyens de transport dans VAnnam et les Sauvages Bahnars. Albert Morice est un nom de plus à ajouter au long martyrologe fourni par le corps des médecins de la marine, dont on ne saurait trop admirer le dévouement à la science autant qu’aux devoirs professionnels. Dr E. IIeckel,
- Professeur à la Faculté des sciences, directeur du Muséum d’histoire naturelle à Marseille.
- Alexandre Branicki. — Le 12 novembre a eu lieu à Nice l’enterrement du comte Alexandre Branicki, décédé dans cette ville le 20 octobre, à l’âge de cinquante-six ans. Le comte Branicki , membre d’une des plus grandes familles polonaises, était l’un des promoteurs les plus ardents de l’étude des sciences naturelles dans son pays. I! a lait de nombreux voyages scientifiques en Crimée, en Syrie, en Arabie,.en Egypte, en Algérie, etc., accompagné de savants naturalistes, Andrzc-jowski, Waga, Taczanowrki, et autres, qu’il protégeait et dont il partageait les recherches scientifiques. La nomenclature zoologique et botanique transmettra aux naturalistes futurs la mémoire de ce protecteur éclairé des sciences naturelles, car plusieurs animaux et plusieurs végétaux lui ont été dédiés. (Dinomys Branickii, Chrysis Branickii, G. Branickia , Gentiana Branickiana, a te.).
- Le comte A. Branicki avait établi dans Fune de ses propriétés, en Ukraine, un véritable jardin botanique, où il introduisait toutes les plantes nouvellement découvertes, et en tentait l’acclimatation.
- Identité ou similitude de deux planètes. —
- En calculant l’orbite de la planète Gerda, découverte par Peters aux États-Unis le 31 juillet 1872. M. Stockwcll vient de faire une remarque fort curieuse. Parmi toutes les observations de cette planète, celle de 1872-76 et 1877 s’accordent parfaitement entre elles; mais celles de 1875 diffèrent assez de l’ensemble pour qu’on puisse supposer qu’on a pris une autre planète pour Gerda. Les calculs faits par les premières observations d’une part et par celles de 1875 d’autre part conduisent aux éléments suivants. (Astronomische ISachrichten., 2105) :
- fierda.
- ] 55° 47' 13" 55
- M 187“ 27' 44" 50
- TT 208» 19' 29" 05
- A 178“ 56' 39" 87
- i 1“ 36' 18" 97
- <p 2“ 0' 51" 09
- Ÿ 614" 3842 Log. a 0,5077209
- Planète observée en 1875. 55“ 4' 56" 6 181° 50' 19" 1 213° 14' 57" 5 178“ 55' 9" 4 *1“ 56' 2" 5 1» 58' 39" 8 615" 9390 0,5079209
- Si nous comparons ces deux séries d’éléments, nous voyons que quatre éléments- sont presque identiques dans les deux orbites : la distance moyenne, l’excentricité, l’inclinaison et la longitude du nœud ; tandis que les axes forment un angle de 5 degrés environ l’un avec l’autre, et que l’anomalie moyenne de Gerda surpasse de plus de 5 degrés 1/2 celle de l’autre planète. La différence des longitudes moyenne est de 7/10 de degré, ce qui représente entre les deux corps une distance de 5 793 000 kilomètres. Mais les orbites se touchent. S’il y a vraiment là deux planètes, elles finiront par se rapprocher de telle sorte, que leurs perturbations mutuelles les feront tomber l’une sur l’autre et les réuniront en une seule. G. F,
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- LA NAT L UE.
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- Nouveaux observatoires météorologiques dans les hautes latitudes. — Les progrès rapides (ie la météorologie dans ces dernières années, et l'importance croissante qu’elle prend chaque jour pour la prévision du temps, ont fait sentir la nécessité d’avoir, dans les hautes latitudes, un certain nombre d’observatoires qui permettront d’élucider bien des questions obscures. Deux Autrichiens bien connus de nos lecteurs, le lieutenant Weypreclit et le comte Wilczeck, se préparent à partir pour une expédition dont le but est d’établir un poste d’observations météorologiques sur la côte nord de la Nouvelle-Zemble. D’autres stations seront établies ensuite dans le Spitzberg, par 80 degrés de latitude nord, sur la côte de Sibérie, près de la Lena, dans le Groenland, à Upernawik, près du détroit de Barrow; enfin, un dernier établissement serait créé dans le Finmark (Norvège), pour relier les postes ci-dessus avec ceux du continent européen. Il serait fort à désirer également, dit le journal les Mondes, que quelques stations fussent créées dans le voisinage du pôle austral ; mais cela ne pourra être fait que plus tard, car les difficultés sont beaucoup plus considérables.
- ACADÉMIE DES SCIENCES
- Sê< nce du 19 novembre 1877. — Présidence de M. Peligot.
- Métallurgie. — Par une disposition très-ingénieuse, M. Caillelet parvient à récupérer une partie de la chaleur perdue dans les forges métallurgiques. Elle a pour effet d’amener ce gaz dans un espace dont la température élevée détermine la combustion de 5 ou 4 centièmes d’oxyde de carbone qu’ils renferment. L’auteur emploie la chaleur développée à recuire des lames de tôle sortant du laminoir ; on pourra évidemment lui trouver des applications très-variées. •
- Solubilité du sucre dans Veau. — Les phénomènes de sursaturation rendent très-difficile le problème que s’est posé M. Courteron, et qui est de savoir combien l’eau peut prendre de sucre en dissolution. L’auteur est arrivé à reconnaître le rôle de ces phénomènes en ajoutant du sucre en poudre aux liqueurs sucrées qu’il étudiait. Dans le cas de sursaturation, la poudre solide non-seulement ne se dissout pas, mais détermine le dépôt d’une portion de la substance dissoute, et après quelques tâtonnements on arrive à trouver le résultat cherché. C’est ainsi que d’après l’auteur, l’eau prise à la température de 12°,5, dissout exactement deux fois son propre poids de sucre.
- Saponification de,s huiles par la chaleur. — II y a fort peu de temps que nous résumions ici même un travail de M. Étet, sur la décomposition par la vapeur des huiles employées à lubrifier les pistons et sur la corrosion qui en résultait, du fait de l’acide oléique libéré, aux dépens du métal des chaudières. M. Haller annonce aujourd’hui que cet acide oléique ne provenait pas comme le précédent auteur le croit, d’une saponification opérée par l’eau chaude. Il faudrait 8 atmosphères de pression, et les machines en question marchent à 4 atmosphères seulement. Cet acide oléique préexistait dans les huiles qui peuvent en être aisément débarrassées par un raffinage spécial. Les huiles du commerce renfermeraient de 15 à 20 pour 100 d’acide oléique libre.
- Synthèse de l'orthose. — On sait que Mitscherlich avait vainement tenté de faire cristalliser le feldspath après l’avoir fondu. D’après un mémoire présenté par M. Dau-brée, M. Ilautefeuille a été plus heureux. 11 a fait succes-
- sivement usage de deux procédés analogues à ceux déjà suivis dans la préparation de l’albite, et qui font comme on se le rappelle, intervenir l’acide tungstique. Le premier consiste à fondre entre 900 et 1000 degrés un mélange de silico-aluminate de potasse avec de l’acide tungstique : une partie de l’alcali est enlevée par l’acide métallique et l’orthose cristallise ; l’autre procédé consiste à soumettre à la même température que précédemment un mélange d’alumine, de silice et de tungstate de potasse. Les cristaux obtenus dans les deux cas sont identiques à l’orthose au triple point de vue de la composition de la forme cristallographique et des phénomènes optiques.
- Minéraux bismuthiques. — D’après M. Domeyko, la Bolivie serait du monde entier la région la plus riche en bismuth. Celui-ci qui s’y trouve associé à l’or et à l’argent, y forme encore un oxysulfure et un chloroarséniate, minéraux nouveaux dont l’auteur donne aujourd’hui la description.
- Petite planète. — L’infatigable astronome de Boston, M. Watson, fait connaître par l’intermédiaire de M. Yvon Villarceau, la découverte d’une nouvelle planète qui est de la onzième grandeur. Stanislas Meunier.
- MÉTÉOROLOGIE D’OCTOBRE 1877
- Le temps froid de septembre s’est continué encore pendant la plus grande partie du mois d’octobre; du 1er au 21, la température est restée presque constamment au-dessous de la normale; ce n’est qu’à partir du 22 qu’elle s’est relevée pour se maintenir, sauf le 24, au-dessus de la moyenne jusqu’à la lin du mois.
- lre décade. — Du 1er au 7, des pressions uniformément élevées régnent en Europe; le 6, une vaste zone de pression supérieure à 780 millimètres couvre le versant de la mer Baltique en s’étendant jusque sur la mer du Nord; le baromètre dépasse784 millimètres à Neufahrwasser, à l'embouchure de la Vistule : c’est une période de beau temps général en Europe. Un changement rapide et profond se manifeste le 7 ; une vaste dépression venue à cette date des régions polaires étend le 8 son action sur toute l’Europe, qu’elle traverse du nord au sud ; des pluies, des orages, des vents violents, un tremblement de terre, sont signalés; le 10, la dépression a gagné la Méditerranée où elle se comble peu à peu. Les pluies causées par cette bourrasque sont nombreuses et parfois considérables; à Naples, du 9 au 11, on a recueilli plus de 150 millimètres d’eau. Pendant cette première décade, les vents du nord ont persisté ^sur l’Europe occidentale.
- 2e décade. — La première dépression survenue pendant cette période atteint les côtes de Norvège le 11, occasionnant une tempête du sud sur la mer Baltique. Le 15, une autre dépression, beaucoup plus intense, se montre à l’ouest des Iles Britanniques ; son Centre, où le baromètre est tombé à 728 millimètres, passe le 15 au nord de l’Écossc ; elle amène le 16 et le 17 une tempête du sud-ouest sur laManchc et les côtes de Bretagne, puis disparait par le nord.
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- LÀ NATURE
- CARTES QUOTIDIENNES DU TEMPS EN OCTOBRE 1877.
- D'après le Bulletin international de l’Observatoire de Paris, (Réduction 1/8.)
- Samedi 6 Dimanche7 Lundi 8 Macdi 9 Mercredi 10
- Dimanche 21
- Vendred i 25
- Lundi22
- Samedi 27
- Mardi 23
- Dimanche 28
- Mercredi 24 Jeudi 25
- Lundi 28 Mardi 30
- Du 18 au 20 de fortes pressions régnent sur l’Europe occidentale.
- 3° décade. — A partir du 21, une nouvelle série de dépressions s’annonce par l’Océan à l’ouest des lies Britanniques; elles se succèdent à deux jours d’intervalle. On en signale le 21, le 23, le 25, le 27, le 29. Sous leur influence, les vents s’établissent au sud-ouest sur l’Europe occidentale, ce qui amène un adoucissement marqué de la température. Les pluies de cette dernière période ont été générales et se sont étendues principalement sur les lies Britanniques, la France et les Pays-Bas.
- Le caractère particulier des bourras ques de ce mois, c’est l’uniformité d’allures qu’elles ont affectée. A l’exception de celle du 7, venue par le nord, toutes apparaissent dans l’ouest des lies Britanniques, marchent invariablement du sud-ouest au nord-est et se perdent dans les régions polaires. Aucun centre de dépression n’a passé sur l’Espagne, la France, l’Europe occidentale. E. Fron.
- Le Propriétaire-Gérant : G. Tissandiek. Typographie Lahure, rue de Fleuras, 9, à J'sris.
- Mercredi 31
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- A
- Academie des sciences de Paris. Séances hebdomadaires, 15, 51, 46, 6ô, 79,95, 111, 126, 143, 158, 174, 190, 206, 223, 239, 255, 270, 287, 303, 319, 334, 351, 367, 583, 399, 415. Académies et Sociétés savantes étrangères, 90, 218, 262.
- Acclimatation (Jardin zoologique d’), 142. Acide borique, 304, 367.
- Acide iodhydrique (Étude sur P), 126. Acide salicylique, 126, 143.
- Acides anhydres sur les bases anhydres (Action des), 367.
- Acoustique biologique, 267.
- Acoustique des salles, 102, 122. Africaine (Association internationale),270. Agricole de Vaucluse (Ouverture de la colonie), 94.
- Agriculture aux États-Unis, 62,
- Albite (Synthèse de 1’), 32. Alcoométriques (Essais), 319.
- Algèbre tachymétrique, 412.
- Algues fossiles, 568.
- Alligators (Chasse aux), 174.
- Alun (Utilisation des résidus d’), 304. Ambre jaune (L’), 177.
- Amirauté (Habitants de l'ile do 1’), 504. Analyse chimique, 63.
- Analyse spectrale, 207.
- — des comètes, 359. Anatomie comparée, 399.
- Anesthésie par le chlorui’e de carbone, 63.
- Anneau de Saturne, 1, 17.
- Annulaire et index (Leur longueur), 292. Antéhistoriques de Santorin (Les vases), 65, 154.
- Arclieopterix, 318.
- Arctique (Flore), 271.
- Arbre à pluie, 223.
- Arbres d’Angleterre (Les plus vieux), 382.
- Arc-en-ciel quintuple, 112. „
- Arrosage et binage, 206.
- Artilierie actuelle, 206.
- Ascension d’une des plus hautes monta-tagnes du monde, 286.
- Ascension aérostatique du 29 septembre 1877, 309.
- Association française pour l’avancement des sciences, 174,195, 215, 238, 295. Association scientifique de France, 174. Astéroïdes de Mars, 255.
- Astronomie (Revue nouvelle d'), 62.
- Atlas météorologique de l’Observatoire de Paris, 411.
- Atmosphériques (Courants), 303. Autruches au Cap (Élevage des), 78.
- B
- Bactéries (Les), 250.
- Baobab, 159.
- Balance de Sanctorius, 32.
- Ballon (Observations météorologiques en), 509.
- Baromètre hercule, 15.
- Baromèlre (Variation du), 368. Baromoteur de M. Gaston Bozérian, 229. Benzine (Hydrogénation de la), 383, Bismuthiques (Minéraux), 415 Blatte américaine, 399.
- Bleu (Voyage de Margary au fleuve), 43, 70.
- Blindage ( Expériences sur les plaques de),
- 142.
- Blocs erratiques, 271.
- Bois de démolition et l’épidémie d’intoxication saturnine (Les), 203.
- Bolide (Persistance de la trace d’un), 303. Botanique histologique, 599.
- Boue (Gaz de la), 143.
- Brésil (Études scientifiques au), 238. Bronze à Saint-Nazaire (Age de), 323.
- G
- Cachemire (Voyage dans le loyaume de),
- 143.
- Canal interocéanique, 385.
- Canton (Le temple des Cinq-Cents génies à), 132.
- Canons (Appareilspour la manœuvre dcsl, 366.
- Caoutchouc (Jouets en), 62.
- Caranda ^Collection), 281.
- Carie géologique de France, 319.
- Cartes nautiques simultanées, 106. Cartilages (Régénération des), 32. Cartouche (Nouvelle), 79.
- Catastrophe du Lyskamm en Suisse, 318. Cavernes (Les), 3.
- Cèdres (Mines de), 523..
- Ceratophyllum demersum (Mouvements spontanés du), 69.
- Champignons (Èxposition des), 350. Champignons (Empoisonnement par lesb 14.
- Charbon au Chili (Mines de), 175, 290, 310.
- Charbon en Allemagne, 350.
- Charbon (combustion spontanée du), 358. Charbons feuilletés intergkciaires de la Suisse (Formation des), 35t.
- Chasse aux Alligators, 174.
- Chaussures à la mode actuelle (Inconvénients des), 222.
- Chemin de fer (Midland railway), 7, 35. Chemin de fer de grande ceinture, 238. Chemin de fer (Accidents de). 402. Chersydre à bandes (Le), 337.
- Chiens de chasse, 221, 287, 351.
- Chili (Mines de charbon au), 175, 294. Chimpanzé (Le’, 220.
- Chinoise (Encyclopédie), 78.
- Chirurgie (Électro-), 46.
- Chloral (Hydrate de), 96.
- Chlorure de carbone (Anesthésie par le), 63.
- Cigale (Physiologie de l’appareil musical de la), 66.
- Ciguë (Immunité des souris pour la), 223. Club scientifique à Vienne, 63, Collections scientifiques, 254.
- Colorado aux États-Unis (Exploration du Rio), 179.
- Colza et phylloxéra, 535.
- Combustion spontanée du charbon, 338. Comète d’Arrest, 126.
- 8“ année. — 2* semestre.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE.
- Comèle (Une nouvelle), 270, 398. Comètes (Analyse spectrale des), 559. Compression des gaz (Appareil pour laj, 573, 383.
- Congrès des météorologistes en 1877, 82. Conservation des matières animales, 255. Cosmographe /Le), 225.
- Cotopaxi (Eruption du), 240.
- Coudre (Découverte de la machine à), 11. Crapaud trouvé dans une pierre, 95. Crimée (Géologie de la), 599. Cristallographie, 63.
- Croix de lumière autour du soleil, 10. Cuivre et le zinc dans l’organisme (Le), 96.
- Cygnes de la Tamise (Les), 271,
- D
- Darwinisme ^Lej, 27.
- Davyum (Le), 111, 503, 319, 401.
- Dents (Difformité remarquable des), 304. Diamant (Histoire du), 52.
- Diffusion (Singuliers phénomènes de), 340.
- Diplographe (Le), 193.
- Dissociation, 79.
- Doryphore (Le), 126, 190.
- Drosera (Le), 111.
- Dynamite et les travaux d’art (La), 318.
- E
- Eaux à Florence (Distribution des), 346. Éclairage à l’électricité, 91, 110.
- Éclipse totale de lune du23août 1877 (L’), 178, 222, 223.
- École polytechnique japonaise, 94. Électricité du corps humain, 154. Électricité (Éclairage à l’j, 91. Électriques de haute tension (Courants), 565.
- Électro-aimants, 224.
- Électro-chirurgie, 46. Électro-magnétisme, 519.
- Êlectrolyse, 143.
- Éléphant trouvé dans la glace en Sibérie, 14.
- Éléphants fossiles, 149.
- Émétine, 32.
- Engrais chimiques dans les années de sécheresse, 114,159.
- Épagneuls d’eau Irlandais, 221. Erratiques (Blocs), 271.
- Éruptions volcaniques du Cotopaxi, 240. Esquimaux au Jardin d’acclimatation (Les), 390.
- Établissements hospitaliers parisiens(Les), 226, 298, 342.
- Ethnographie, 58.
- Étoile variable, 111.
- Étoiles (Catalogue d’), 223.
- Étoiles filantes, 206, 207.
- Évaporomètre enregistreur de M. Ragona, 224.
- Exposition universelle de 1878, 273.
- F
- Famine et faméliques aux Indes, 250. Fer (Fours à puddler dans la métallurgie du), 187.
- Fer chauffé au rouge (Nontransparence du), ao5.
- Fer natif du Brésil, 79.
- Fer (Production spontanée du protoxyde de), 47.
- Figuier (Le), 321.
- Fleuve Bleu (Voyage de Margary au), 43, 70.
- Flore arctique, 271.
- Forêts aux États-Unis (Incendies des\
- 111.
- Fossiles dans le bassin de la Seine (Sur un gisement d’éléphants), 149.
- Fossiles des phosphorites du Quercy,398. Foudre (Les victimes de la', 118. Fouilles àOlympie, 14.
- Fours à puddler (Nouveaux), 187, 546, 396.
- Froid (Production du), 319.
- Fruits (Respiration des), 1 ï5.
- G
- Gastrique (Suc), 126.
- Gaulois inhumé sur son char (Sépulture d’un), 281.
- Gauss, 62, 112.
- Gaz (Affinité du sang pour les), 51.
- Gaz (Compression des), 519, 373, 383. Générations spontanées (Les bactéries et les), 250.
- Géologie de la Hongrie, 145.
- Géologique international (Congrès), 502. Germes de l’air, 167.
- Geysers des rivières Yellowstone aux États-Unis, 33, 49.
- Gibbon, 264.
- Gorille, 161, 181.
- Gouttes (Sur les), 255.
- Gravure sur verre au moyen du sable, 96. Grêlons extraordinanes, 59, 253, 277. Grisou, 158, 355.
- Groenland (Voyage au), 112.
- Grottes des Basses-Alpes (Les), 343.
- H
- U Rondelles à Téhéran ( Hivernage des), 65. llissar et Kolab (Le pays de), 222.
- Hiver (Les anomalies de 1’), 207.
- Hongrie (Géologie de la), 145.
- Horloges mystérieuses, 289.
- Jlorticulture(Exposition annuelle d’), 554. Hospitaliers parisiens (ÉUiblissements), 226, 298, 512.
- Hydnora (L’), 81.
- Hydrogène (Appareils pour la préparation en grand de F), 211.
- Hydrologie (La captation des sources),154. Hygromètre à condensation (Nouvel),508.
- I
- lie de Nossi-Bé, 25, 55.
- Ile électrisée (Une), 109.
- Incendies des forêLs aux États-Unis, 111. Index et annulaire (Leur longueur), 292. Indigo chez les anciens Orientaux, 559. Indigotine (Dérivé de F), 126. Inondation de la mine Trœdyrhiw, 17. Insectes (Métamorphose des), 207. Insectes de la parure (Les), 87. Intoxication saturnine (L’épidémie d;), 205.
- lodbydrique (Acide), 126 Iquique (Ville d’), 156.
- J
- Japonaise (Ecole polytechnique), 94.
- Journaux anglais, 111.
- L
- Laboratoire de l’Université de Leipsig (Le), 168.
- Langage (Localisation des centres cérébraux du), 191.
- Le Verrier, 505.
- Livre romaine, 65.
- Lueur verticale lunaire observée à Paris, 115.
- Lumière électrique (Régulateur pour la), 47.
- Lumière électrique à la gare de Lyon, 402.
- Lunaire (Lueur verticale), 115.
- M
- Machine à coudre au point de vue sanitaire, 503.
- Machine à coudre (Découverte de la), 11.
- Machine à écrire à l’usage des aveugles, 193.
- Machine électrique de Iloltz perfectionnée, 204.
- Machines électriques (Nouvelles), 75
- Mammifère (Nouveau), 583.
- Manomètre anéroïde, 371.
- Marbre onyx de Gisors, 31.
- Margary (Voyage de), 43, 70.
- Mariages consanguins en France (Statistique des), 74.
- Mars (Astéroïdes de), 255.
- Mars et Saturne (Conjonction de), 359.
- Mars (Les deux satellites de), 206, 259, 241.
- Massage (Physiologie thérapeutique du), 286.
- Matières tinctoriales pour la coloration des eaux naturelles (Emploi des), 410.
- Mégalithiques dans l'Inde (Monuments), 14.
- Mer d’Afrique, 79, 145, 175, 191, 224, 239.
- Méridien de l’Obsqpvatoire de Paris* (Nouveau cercle), 406.
- Métallurgie du fer, 187.
- Météorologie, 96, 159.
- — nautique, 106.
- — expérimentale, 503.
- Météorologie de Lyon (Commission de),
- 314.
- Météorologie des mois de mai, juin, juillet, août, septembre, octobre 1877, 47, 127, 191, 255, 335, 415.
- Météorologistes en 1877 (Congrès des), 82.
- Météorologique aux États-Unis (Le mois), 64, 127, 234,271,359,586.
- Météorologique en Australie (Le service), 168.
- Météorologique (La quinzaine), 162
- Météores, météorites, 94, 112, 158, 319,
- Météores vus en Amérique, 174.
- Microscope polarisant de M. Nodot, 117.
- Mine Trædhyriw (Inondation de la), 17.
- Minéralogie au Muséum (Échantillon de), 142.
- Mines de charbon au Chili, 775, 294,510.
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- INDEX ALPHABÉTIQUE
- N
- Nage (Traversée du Pas-de-Calais à la), 238.
- Nageur émérite (Un), 206.
- Navigation astronomique (Nouvelle),370.
- Navire cuirassé anglais Y Alexandra, 71.
- Navire de guerre au dix-septième siècle, 519.
- Navires perdus en mer, 350,
- Nerfs et du système nerveux (Évolution des), 282, 515, 330, 379.
- Nossi-Bé (Ile de), 23, 55.
- Nubiens du Jardin d’acclimatation, 198.
- O
- Observatoire du pic du Midi (Télégraphe de P), 382.
- Observatoires météorologiques dans les hautes latitudes, 414.
- Olympie (Fouilles à), 14.
- Onyx de Gisors (Marbre), 31.
- Orage à grcle du 14 juin 1877 à Clermont-Ferrand, 277.
- Orangers (Longévité des), 78.
- Orang-Outang, 228.
- Orthose (Synthèse de F), 415.
- Outremer (Étude sur 1’), 351.
- Oxydes de fer (Recherches sur les), 51.
- Oxygène dans le soleil (Découverte de F), 355.
- Ozone (Dosage en poids de 1’), 95,
- P
- Palétuviers (Les), 195.
- Photographie au soleil, 191, 503.
- Papouas du Sud-Ouest de la Nouvelle Guinée (Artillerie des), 58.
- Parures (Les insectes de la), 87.
- Patinage des roues, 191, 239.
- Peinture (La science au Salon de), 26.
- Pendule astronomique, 45.
- Phonétiques à l’aide de la méthode graphique (De l’élude des phénomènes), 299.
- Phosphate de chaux vitreux, 79.
- Phosphorites du Quercy (Fossiles des', 398.
- Phosphure de cuivre, 63.
- Photographique (Un nouveau procédé), 147.
- Phrygancs et leurs fourreaux, 51.
- Phylloxéra, 46, 63, 259, 255, 271, 354.
- Phylloxéra (Cannibale du), 259.
- Physique du globe, 304.
- Physique (Société française de), 46, 79, 122, 147,194, 383.
- Physique solaire, 64. 79.
- Physiologie thérapeutique du massage, 286.
- Piaks (Immigration des), 230.
- Pigeons voyageurs et la pêche en Angleterre (Les), 318.
- Planètes (Nouvelles), 175, 206, 255, 415.
- Planètes (Invariabilité des axes des orbites des), 239.
- Plante aquatique (Mouvements spontanés et réguliers d’une); 69.
- Poires (Maladie des), 399.
- Poissons-archers (Les), 278,
- Polaire (Expédition), 319.
- Polytechnique japonaise (École), 94. Population de la France, 587.
- Pourpre de Tyr (Sur la), 129.
- Poussières atmosphériques (Les), 327, 396.
- Pucerons (Métamorphoses des), 79. Puddler (Nouveaux fours à), 187,346,590 Puits atmosphériques, 197.
- Purification de l’eau des chaudières, 334
- Pyrale de la vigne (La), 185.
- Pyroxène artificiel, 175.
- O
- Quinicité, 143.
- R
- Railway (Midland), 7, 35.
- Raisin (Maladie du), 126.
- Raisin (Charbon du), 143.
- Ras de marée du 9 mai 1877, 116, 254. Rat des moissons, 207.
- Régulateur pour la lumière électrique, 46, Respiration des fruits, 143.
- Rhumatisme (Guérison du), 112.
- Rio Colorado (Exploration du), 179, 216, 403.
- Roues (Patinage des), 192, 259.
- Piussie (Statistique de la), 158.
- S
- Salicylique (Acide), 126, 143.
- Salon de peinture (La science au), 26. Sang pathologique, 126.
- Sang pour les gaz (Affinité du), 31. Saponification des huiles par la chaleur, 415.
- Satellites de Mars, 206, 239, 241, 270, 271.
- Saturne (Conjonction de Mars et de), 538.
- Saule ldanc, 80.
- Sauvetage (Embarcation de), 368. Scientifique de France (Association), 174. Seigle ergoté (Sur l’action thérapeutique du), 287.
- Sêléniures métalliques, 51.
- Sépulture d’un Gaulois inhumé sur son char, 281.
- Sériciculture, 278.
- Setter anglais, 287.
- Sibérie (Université en), 94.
- Singe pygmée (Le), 555.
- Singes anthropomorphes (Les), 161,181, 219, 227, 263.
- Sirius (Le système de), 155.
- Société des amis des sciences, 31.
- Société française de physique, 46, 79, 122, 147, 194, 383.
- Société helvétique des sciences naturelles, 290.
- Sociétés savantes étrangères (Académies et), 90.
- Solaires différents du nôtre (Systèmes), 155.
- Solaires (Théorie des taches), 239, 330. Soleil (Découverte de l’oxygène dans le), 355.
- Soleil et la Terre (Étude des relations entre le), 107, 140,162.
- Soleil (Photographie du), 191, 568. Somhôc-Sombor et l’immigration des Piaks, 230.
- Son dans l’air et dans l’eau (Le), 103, 137, 145, 209, 247.
- Soupape de sûreté de ,M. Klotz, 293. Sources (Captation des), 154.
- Sources chaudes aux États-Unis, 33.
- Souris (Chant des), 502.
- Souris pour la ciguë (Immunité des), 225 Stature humaine (La), 326.
- Stellion (Le), 385.
- Succin (Le), 177.
- Suicides (Les), 342.
- Suisse (Catastrophe duLyskamm en), 518. Sucre dans l’eau (Solubilité du), 415. Sulfure de carbone solide. 351.
- Synthèse de l’orthose, 415.
- Synthèse organique, 46, 64.
- Système nerveux (Évolution dos nerfs et du), 282. 315, 330, 379.
- Système stellaire (Un), 206.
- T
- Taches solaires (Théorie des), 239, 350 Talbot (Fox), 292.
- Tannage (Nouveau procédé de), 582. Télégraphie sous-marine, 387.
- Téléphone de M. Bell, 222, 274, 383. Téléphone de M. Gray, 59.
- Tellurures métalliques, 31.
- Temple des Cinq-Cents Génies à Canton (Le), 152.
- Tertiaire (Les périodes végétales de l’époque), 83, 123, 170, 242, 257. Thermomètre enregistreur à balance, 97. Tinctoriales chez les anciens (Matières) 359.
- Tirelire américaine, 13.
- Tréfilerie microscopique, 303. Tremblements de terre, 271, 286. Tremblement de terre du8 octobre 1877, 357.
- Tremblement de terre du Pérou, du Chili, du 9 mai 1877, 116.
- Trocadéro (Palais du), 273.
- Tumuli des anciens habitants de Vancouver, 144.
- Tunnel sous la Manche, 47.
- Turquie (Statistique de la), 158.
- ü
- Université de Leipsig (Le laboratoire de 1’), 168.
- Université en Sibérie, 91.
- V
- Vapeurs (Expérience sur la formation des), 52.
- Vaporisation (Chaleur de), 319.
- Vases antéhistoriques de Santorin (Les) 65, 151.
- Végétale (Physiologie), 334.
- Végétales do l'époque tertiaire (Les périodes), 83, 123, 170, 242, 257.
- Vent (Vitesse du), 14.
- Verre au moyen du sable(Gravure sur), 96 Yers de terre brésiliens, 14.
- Vessie natatoire des poissons (La),’! 65. Viande de la Plata, 223.
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- 420
- TABLE DES MATIÈRES.
- Viande salée, 566.
- Vigne (Etude sur la), 351.
- Vigne (Pyralede la), 183.
- Vignes américaines, 158, 568.
- Vin antique (Analyse d’un), 67.-Vins (Falsification des), 595.
- Volcaniques du Cotopaxi et du Sangnï (Éruptions), 240.
- Volcaniques en Finlande (Phénomènes!, 174.
- Volcaniques en 1875 (Phénomènes), 286. Volcans de l’Islande, 254.
- Voltaire et les satellites de Mars, 270. Vosges (Chaîne des), 98.
- Voyages d’études autour du monde, 238,374.
- Y
- Yuccas (Les), 369.
- Z
- Zinc dans l’organisme (Le cuivre et le), 96.
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- LISTE DES AUTEURS
- PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE
- Alluard. — Nouvel hygromètre à condensation, 308.
- Bâclé (L.). — Les moteurs domestiques, 38. — Nouveaux fours à puddler dans la métallurgie du fer, 187, 346, 596. — Nouvelle soupape de sûreté de M. Klotz, 293. — Algèbre tachy-métrique, 412.
- Bader (Dr). — Les établissements hospitaliers parisiens. La Roche-Guyon, 226, 298.
- Barrau (E. de).— Sur une trombe de grêle près du lac Pavin, 253
- Berthelot (M.). — Analyse d’un vin antique conservé dans un vase de verre scellé par fusion, 67.
- Bertillon (J.). — La science au Salon de peinture en 1877, 26.
- Blanchère (II. de la). — Les chiens de chasse : les Epagneuls d'eau irlandais, 221. Le Setter anglais, 287. Terriers à poil rude pour le renard, 351.
- Blerzy (H.). — Le Midland railway, 7, 35.
- Boissay (Ch.).— Les établissements hospitaliers parisiens. La Roche-Guyon, 226, 298, 342. — L’Exposition d’automne de la Société d'horticulture, 334.
- Bontemps (Ch.). — Le téléphone de M. Grav, 59. — Les nouvelles
- , machines électriques, 75. — Une île électrisée, 109. — Télégraphie sous-marine. La destruction des câbles, 387.
- Bodvard (A.). — Les mines de charbon au Chili, 175, 294, 510.
- Brault (L.). —Météorologie nautique. Projet de cartes simultanées, 106.
- Carlet (G.). — Physiologie de l’appareil musical de la Cigale, 66.
- Courtes (E. de). — Distribution des eaux à Florence, 346.
- Dehérain (P. P.). — Les engrais chimiques dans les années de sécheresse, 114, 139.
- Delaox (P.). — Croix de lumière autour du Soleil^ 10.
- Desnoyers (A.). — Sur un gisement d’éléphants et d’autres mammifères fossiles dans le bassin de la Seine, au nord de Paris, 149.
- Draper (IL). — Découverte de l’oxygène dans le Soleil, 555.
- Fatigati (E. S.). — Les Bactéries et les générations spontanées, 250.
- Flammarion (C.). — Une pendule astronomique, 45. — Le système de Sirius et les systèmes solaires différents du nôtre, 155. — L’éclipse totale de lune du 23 août 1877. — Analyse spectrale des comètes, 359.
- Fontpertuis (Ad. F. de). — Le voyage de Margary, du fleuve Bleu aux frontières birmanes, 43, 70.
- Fouqué. — Les vases antéhistoriques de Santorin, 65, 151.
- Franck (DrFr.).— De l’étude des phénomènes phonétiques à l’aide de la méthode graphique, 299.
- Freire (José). — Le laboratoire de l’université de Leipsig, 168.
- Fron (E.). — Météorologie des mois de mai, juin, juillet, août, septembre, octobre 1877, 47. 127, 191, 255, 335, 415.
- Gariel (C. M.).— L’acoustique des salles. Améliorations produites par l’emploi de fils de coton, 102, 122,— Les bois de démolition et l’épidémie d’intoxicalion saturnine, 203. — L’acoustique biologique, 267.
- Girard de Rialle. — Les Nubiens au Jardin d’acclimatation, 198. — Les Esquimaux au Jardin d’acclimatation, 390.
- Girard (M.). — Les Phryganes et leurs fourreaux, 51. — Le Son dans l’air et dans l’eau, 103, 137,145, 209, 247. — La Pyrale de la vigne, 183. — La Blatte américaine, 399.
- Girardin (J.). — Sur la pourpre de Tyr, 129. — Emploi des matières tinctoriales et extraction de l’indigo chez les anciens Orientaux, 359.
- Grad (Ch.). — Les montagnes de la France. Chaîne des Vosfes, 98.
- Guéroult (G.). — Le darwinisme. Ce qu’il y a de vrai et de faux dans cette théorie, 27.
- Guillemin (Amédée). — Les anneaux de Saturne. Conditions d’équilibre et de constitution physique, 1, 20.
- IIamy (E.). — Ethnographie. L’artillerie des Papouas du sud-ouest de la Nouvelle-Guinée, 58. — La province de Sombôc-Sombor et l’immigration des Piaks, 230.
- Haton de la Goupillière. — Horloges mystérieuses, 289.
- Hayden (F. V.). — Les sources chaudes et les geysers des rivières Yellovvstone et Firdiolc aux États-Unis, 33,49.
- Hébert (Ed.). — Congrès géologique international, 302.
- IIeckel (E). — Les grottes des Basses-Alpes, 343.
- Hélène (Maxime). — Société helvétique des sciences naturelles. 60e session tenue à Ber (20-23 août 1877), 290.
- Jannetaz (Ed.). — Congrès géologique international, 32.
- Kern (Serge). — Le nouveau métal le Davyum, 401.
- Lacassagne (A.).— La famine et les faméliques aux Indes, 250.
- Lancaster (A.). — Croix de lumière autour du Soleil, 12.
- Map.gollé (E.). — Commission de météorologie de Lyon. 31® et 52® années, 1874-1875, 314,
- Meunier (Stanislas). — Les cavernes, 3. — Le Mont-Blanc, 311.
- Comptes rendus des séances hebdomadaires de l’Académie des sciences, 15, 31, 46, 63, 79, 95, 111, 126, 143, 158, 174, 190, 206, 223, 239, 255, 270, 287, 503, 319, 334, 551, 367, 383, 379, 399, 415.
- Meyssin (J.). — Sur la découverte de la machine à coudre, 11.
- Millet (F.). — Crapaud trouvé dans une pierre, 95.
- Montillot (P.). — Les Insectes de la parure, 87.
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- 422
- LISTE DES AUTEURS PAR ORDRE ALPHABÉTIQUE.
- Mortillet (G. de).— Exposition universelle de 1878. Palais du Troradéro, 273.
- Moureaux (Th.). — Lueur verticale lunaire observée à Paris le 27 juin 1877, 113.— Le service météorologique en Australie, 168.
- Nansodty (Cii. de). — Sur le télégraphe de l’observatoire du Pic du Midi, 382.
- Niaudet (A.). —Éclairage à l’électricité, 91.
- Odstalet (ë ). — Les Singes anthropomorphes, 161, 181, 219, 227, 263.— Le Rat des moissons, 207. — Le Singe pygmée, 353.
- Parville (H. de). — Hydrologie. La captation des sources, 134.
- Pillais (A.). — Le Saule blanc, 80. — Les Yuccas, 369.
- Pinart (A.). — Les tumuli des anciens habitants de Vancouver, 44.
- Planté (G.). — Suite de recherches sur les effets produits par des courants électriques de haute tension, et sur leurs analogies avec les phénomènes naturels, 364.
- Preece (W. H.). — Le téléphone, 274.
- Poisson (J.). — I.’Hydnora, 81. — Les Palétuviers, 195. — Le Figuier, 321.
- Reboex. — Le succin ou ambre jaune, 177.
- Renard (L.).—L’Alexandra, navire cuirassé anglais, 71. — Le navire de gucrrre au dix-septième siècle, 319. — Une nouvelle embarcation de sauvetage, 368.
- Iïodier (E.). — Sur les mouvements spontanés et réguliers d’une plante aquatique submergée, le Cerntophyllurn dc-mersum, 69.
- Romanes (G.-J.) —De l’évolution des nerfs et du système nerveux, 282, 315, 550, 579.
- Saporta (Cte G. de). — Les périodes végétales de l’époque tertiaire. Période oligocène ou tongrienne. Période miocène, 85, 123, 170, 242, 257.
- Sauvage (E), — La vessie natatoire des poissons, 165. — Les poissons archers, 278. —Le Uhersydre à bandes, 337. — te Stellion, 585.
- Stewart (Balfour). — Etude des relations entre le Soleil et la Terre, 106, 140, 163.
- Thiersant (P. de). — Le temple des Cinq-Cents Génies à Canton, 132.
- T. (G.). — Conjonction de Mars et de Saturne, 359.
- Tissandier (G.). — Le baromètre hercule, 15. — Thermomètre enregistreur à balance, 97. — Le tremblement de terre et le ras de marée du Pérou, du Chili et des îles Sandwich, 9 mai 1877, 116. — Microscope polarisant de M. Nodot, 117. — Les victimes de la foudre eu mai, juin et juillet 1877, 118.
- — La ville d’Iquique, 156. — Le diplograplie, nouvelle machine à écrire à l’usage des aveugles, 193. — L’Association française pour l’avancement des sciences. Session du Havre, août 1877, 195, 215, 238, 295. — Nouveaux appareils de M. II. Gilfard pour la préparation en grand de l’hydrogène pur, 211. — Évaporomètre enregistreur de M. Ragona, 224.
- — Éruptions volcaniques du Cotopaxi et du Sangaï (25-50 juin 1877), 240. — Sépulture d’un Gaulois inhumé sur son
- char. Collection Caranda, 281. — Observations météorologiques en ballon. Ascension du 29 septembre 1877, 309. — Le tremblement de terre du 8 octobre en Italie, en Suisse et en France, 357. — Emploi des matières tinctoriales pour la coloration des eaux naturelles dans les études hydrologi-ques, 410.
- Tito Martini. — Sur quelques singuliers phénomènes de diffusion, 340.
- Vélain (Ch.). — L’île de Nossi-Bé près de Madagascar, 23, 55.
- Vion (R.). — La question des germes de l’air. Nouvelles recherches de M. J. Tyndall, 167.
- \Yolf(C.). — Le nouveau cercle méridien de l’Observatoire de Paris, 406.
- Worthington (A.-M.). — Sur les gouttes, 235.
- YYotrbba (P.-C.). — Sur un arc-en-ciel quintuple, 112.
- X.... •— Tirelire américaine, 13.
- Yung (E.). — Sur les poussières atmosphériques, 327.
- Zurcher (F.). — Congrès international des météorologistes en 1877, 82. — Le cosmographe, 225.
- Z... (Dr). — L’àge de bronze et les Gallo-Romains à Saint-Na-zaire-sur-Loire. Un chronomètre préhistorique, 523.
- Articles non signés. — L’inondation de la mine Trœdyrhiw en Angleterre et la pression de l’air, 17. — La balance de Sancto-rius, 32. — Société française de physique, 46, 79, 122, 147, 194, 383. — Grêlons extraordinaires, 59. — Le mois météorologique aux États-Unis, avril, mai, juin, juillet, août, septembre 1877, 64, 127, 234, 271, 339.— Statistique des mariages consanguins en France, 74. — Académies et Sociétés savantes étrangères, 90, 218, 262.— Gravure du verre au moyen du sable, 96. — Yoyage de M. F. Drew dans le royaume de Cachemire, 143. — Un nouveau procédé photographique, 147. — Électricité du corps humain, 154. — Le baobab, 159. — La quinzaine météorologique, 165. — L’exploration du Rio Colorado dans l’ouest des Etats-Unis, 179, 216, 403. — Puits atmosphérique des houillères d’Epinac, 197. — Machine de Iloltz, perfectionnée par M. Demoget, 204. — Baromoteur de M. G. Bozérian, 229. — Les satellites de la planète Mars, 241.— Les cygnes de la Tamise, 271. — Orage à grêle du 14 juin 1877, observé à Clermont-Ferrand 277. —Sériciculture, 278. — Fox Talbot, 292. — Nouvelles études sur la longueur de l’index et de l’annulaire de la main, 292. — Difformité remarquable des dents chez les habitants de l’île de l’Amirauté, 504. — Le Yerr.er, 305. — Les tnines de cèdre, 323. — La stature humaine, 326. — Les taches solaires, 330. — Sur la combustion spontanée du charbon en mer, 538. — Les suicides, 342. — Explosion de feu grisou dans les mines de Iligh Blantyre en Écosse, 355. — Nouvelle navigation astronomique, 370. — Manomètre anéroïde extra-sensible, 371. — Appareil pour la compression de l’hydrogène et de l’oxygène, 573. — Les entreprises de voyages autour du monde, 374. — La population de la France, 387. — Nouvelle méthode pour reconnaître la falsification des vins, 395. — La lumière électrique à la gare de Lyon, 402. — Accidents de chemin de fer, 405. — Allas météorologique de l'Observatoire, 411.
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- TABLE DES MATIÈRES
- N. B. Les articles de la Chronique, imprimés dans ce volume en petits caractères, sont indiqués
- dans notre table en lettres Italiques.
- Astronomie»
- Los anneaux de Saturne. Conditions d’équilibre et constitution physique (A. Guillemin).....................1, 20
- Une pendule astronomique (C. Flammarion)............. 45
- Le système de Sirius et les systèmes solaires différents
- du nôtre (C. Flammarion).............................155
- L’éclipse totale de Lune du 23 août 1877 (C. Flammarion)......................................... 178,222,223
- Le cosmographe (F. Zcrcher). . .......................225
- Les satellites de la planète Mars. . . . 241, 206,259,270
- Le Verrier...............................................505
- Les taches solaires....................... .... 550
- Conjonction de Mars et de Saturne (G. ï).............559
- Découverte de l’oxygène dans le soleil. Nouvelle théorie
- du spectre solaire (H. Draper)........................555
- Analyse spectrale des comètes (C. Flammarion)............559
- Le nouveau cercle méridien de l’Observatoire de Paris
- (Wole)............................................... 406
- Activité solaire......................................... 15
- Une nouvelle revue mensuelle des progrès de l'astronomie. .............................................. 62
- Physique solaire............................. 64, 79, 568
- Étoile variable..........................................111
- La comète d’Arrest.......................................126
- Nouvelles planètes............................... 175, 206
- Photographie du soleil.............................191, 505
- Les deux satellites de Mars............... 206, 239, 270
- Etoiles filantes. . .............................. 206, 207
- Un système stellaire.................................... 206
- L'éclipse de lune du 25 août 1877................ 222, 223
- Catalogue d'étoiles......................................225
- Théorie des taches solaires............................. 239
- Invariabilité des axes des orbites des planètes., . 239
- La 175e petite planète............................... . 255
- Les astéroïdes de Mars...................................255
- Voltaire et les satellites de Mars.......................270
- Une naturelle comète.................' . ............270
- Astronomie [Nouvelle planète, nouvelle comète). . , 519
- Nouvelle comète à longue période.........................598
- Identité ou similitude de deux planètes.. ...... 414
- Physique.
- Le baromètre hercule (G. Tissandier)................... 15
- Société française de physique (comptes rendus des séances)............................ 46, 79, 122, 147, 194, 583
- Le téléphone de M. Gray (Ch. Bontemps)................. 59
- Les nouvelles machines électriques (Ch. Bontemps). . . 75
- Éclairage à l’électricité (A. Niaudet).............91, 110
- Thermomètre enregistreur à balance (G. Tissandier) ... 97
- L’acoustique des salles. Améliorations produites par l’em-
- ploi de fils de coton (C. M. Gariel) . ...... 102,122
- Le son dans l’air et dans l'eau (M. Girard)............
- .............................. 105, 137, 145, 209, 247
- Une île électrisée (Ch. Bontemps).......................109
- Microscope polarisant de M. Nodot (G. T.)..............117
- Un nouveau procédé photographique.......................147
- Machine de Holtz perfectionnée par M. Demoget. . . . 204
- Sur les gouttes (A. M. "Worthington)....................255
- Acoustique biologique (C. M. Gariel)....................267
- Le Téléphone (W. H. Preece).............................274
- Nouvel hygromètre à condensation (Alluard)...............508
- Sur quelques singuliers phénomènes de diffusion (Tito
- Martini..............................................5i0
- Suite de recherches sur des effets produits par des courants électriques de haute tension et sur leurs analo-gies avec les phénomènes naturels (G. Planté). . . 564
- Manomètre anéroïde extra-sensible........................571
- Première expérience du téléphone à Paris.................583
- Télégraphie sous-marine. La destruction des câbles
- (Ch. Bontemps)........................................587
- La lumière électrique à la gare de Lyon..................402
- Régulateur pour la lumière électrique. .................. 47
- Expérience sur la formation des vapeurs.................. 62
- Électrolysc..............................................145
- Analyse spectrale........................................207
- Le téléphone de M. Bell..................................222
- Électro-aimants..........................................224
- Électro-magnétisme...................................... 519
- Compression des gaz......................'.............519
- Chaleur de vaporisation............................... 319
- Production du froid......................................319
- Non transparence du fer chauffé au rouge.................339
- Chimie»
- Analyse d’un vin antique conservé dans un vase de verre
- scellé par fusion (Berthelot)............................ 67
- Gravure du verre au moyen du sable...................... 96
- Sur la pourpre de Tyr (J. Giraroin)................. 129
- La question des germes de l’air. Nouvelles recherches
- de M. J. Tyndall (R. Vion).............................167
- Le laboratoire de l’Université de Lelpsig (J, Freire). . 168
- Le succin ou ambre jaune (Reboux) ........ 177
- Nouveaux appareils de M. 11. Gifi'ard, pour la préparation en grand de l’hydrogène pur (G. Tissandier). . 211
- Les bactéries et les générations spontanées (E. S. Fati-gati).................................................... 250
- Sur la combustion spontanée du charbon en mer. . . . 53g
- Emploi des matières tinctoriales et extraction de l’indigo, chez les anciens Orientaux [h Girardin). . , . 559
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- 424
- TABLE DES MATIÈRES.
- Appareil pour la compression de l’hydrogène et de l'oxy-
- gène .............................................. 573
- Nouvelle méthode pour reconnaître la falsification des
- vins...........................-,...............595
- Le nouveau métal le Davyurn (Serge Kern)..............401
- Recherche de la fuchsine des vins.................... 15
- Théorie atomique...................................... 15
- Séléniures et tellurures métalliques.................. 31
- Recherches sur les oxydes de fer...................... 31
- Composition de l’émétine............................. 32
- Synthèse organique..................................46,64
- Production spontanée du protoxyde de fer.............. 47
- Jouets en caoutchouc.................................. 62
- Cristallographie...................................... 63
- Anesthésie par le chlorure de carbone.............. . 63
- Analyse chimique...................................... 63
- Phosphure de cuivre................................... 64
- Phosphate de chaux vitreux............................ 79
- Dissociation........................................ 79
- Dosage en poids de l'ozone............................ 95
- Le cuivre et le zinc dans l'organisme................. 96
- L’hydrate de chloral................................ 96
- Le Davyum................................. 111, 503, 519
- Élude sur l'acide iodhydrique.........................126
- Dérivé de l'indigotine................................126
- Acide salicylique...............................126, 145
- Gaz de la boue........................................143
- Pyroxène artificiel................................ 175
- Viande de la Plata................................... 223
- Conservation des matières animales.................. 255
- Origine de l’acide borique............................304
- Utilisation des résidus d’alun. . . ..................504
- Essais alcoométriques.................................519
- Purification de l’eau des chaudières à vapeur. . . . 534
- Élude sur l’outremer................................ 551
- Sulfure de carbone solide.......................... . 551
- L’exploitation de l'acide borique en Toscane..........367
- Action des acides anhydres sur des bases anhydres. , 367
- Nouveau procédé de tannage............................582
- Hydrogénation de la benzine...........................583
- Compression des gaz...................................583
- Etude microscopique du lait...........................599
- Solubilité du sucre dans l’eau........ ..... 415
- Saponification des huiles par la chaleur............. 415
- Synthèse de l’orthose. . .............................415
- Météorologie. — Géologie. — Physique du globe.
- Les Cavernes (S. Meunier).............................. 3
- Croix de lumière autour du soleil (P. Delaon), (A. Lancaster)................................................ 10
- Le baromètre hercule (G. Tissandier)................... 15
- L’ile de Nossi-Bé près de Madagascar (Ch. Yélain) . 23, 55
- Les sources chaudes et les Geysers aux Etats-Unis
- (F. Y. Hayden)...................................53, 49
- Météorologie des mois de mai, juin, juillet, août, septembre, octobre 1877 (E. Fron). 47,127,191,255,335,415
- Grêlons extraordinaires................................ 59
- Le mois météorologique aux États-Unis, avril, mai, juin, juillet, août, septembre 1877. 64,127, 131, 271, 339, 586 Congrès international des météorologistes en 1877
- (F. Zurcher)........................................ 82
- Thermomètre enregistreur à balance (G. Tissa dier). . . 97
- Les montagnes de la France. Chaîne des Yosges
- (Ch. Grad).......................................... 99
- Météorologie nautique. Projet de cartes nautiques simultanées (L. Bhaurt).....................................106
- Étude des relations entre le soleil et la terre (Balfour
- Stewart)................................ 107, 140, 163
- Sur un arc-en-ciel quintuple (P. C. YVotruba)..........112
- Lueur verticale lunaire, observée à Paris, le 27 juin
- 1877 (Th. Moureaux).................................113
- Le tremblement de terre et le ras de marée du Pérou,
- du Chili et des îles Sandwich, 9 mai 1877 (G. Tissan-
- dier)..............................................116
- Les victimes de la foudre en mai, juin et juillet 1877
- (G. Tissandier)....................................118
- La quinzaine météorologique...........................162
- Le service météorologique en Australie (Th. Moureaux). 168 Evaporomèlre enregistreur de M. Ragona (G. Tissandier). 224 Éruptions volcaniques du Cotopaxi et du Sangaï (25-
- 50 juin 1877). (G. Tissandier) . ..................240
- Sur une trombe de grêle, près du lac Pavin (E. de Bar-
- rau)...............................................255
- Orage à grêle du 14 juin 1877, observé à Clermont-Ferrand........... ....... ................ 277
- Nouvel hygromètre à condensation (Alluard)............308
- Observations météorologiques en ballon. Ascension du
- samedi 29 septembre 1877 (G. Tissandier)...........309
- Le Mont-Blanc (S. Meunier) . .........................311
- Commission de météorologie de Lyon, 31e et 32° années
- 1874-1875 (E. Margollé).................. ... 514
- Sur les poussières atmosphériques (E. Yung) . . . 527
- Le tremblement de terre du 8 octobre 1877, en Italie,
- en Suisse et en France (G. Tissandier).............357
- Sur le télégraphe de l’observatoire du pic du Midi
- (Ch. de Nansouty).................................. 582
- Emploi des matières tinctoriales pour la coloration des eaux naturelles dans les recherches hydrologiqucs
- (G. Tissandier).................................. 410
- Allas météorologique de l’Observatoire de Paris....... 411
- Vitesse du vent....................................... 14
- Le marbre onyx de Gisors. ... ...... 51
- Histoire du diamant................................... 32
- Synthèse de Valbite.................................. 52
- La mer d’Afrique............. 79, 143, 174, 191, 224, 259
- Fer natif du Brésil. . . . .................... . 79
- Météores, Météorites................. 94, 112,158,319
- Météorologie................................ 96, 159, 355
- Géologie de la Hongrie................................145
- Grisou. . ..................................... . 158
- Météores vus en Amérique . .........................174
- Phénomènes volcaniques en Finlande.....................174
- Les anomalies de l’hiver...............................207
- Le ras de marée du 9 mai 1877...................... 254
- Nouveaux détails sur les volcans de l’Islande. . . . 254
- Tremblement de terre................................. 271
- Blocs erratiques...................................271
- Tremblement de terre du 12 septembre 1877. .... 286
- Phénomènes volcaniques de l’année 1875............... 286
- Persistance de la trace d'un bolide. ....... 503
- Météorologie expérimentale............................503
- Courants atmosphériques...............................503
- Physique du globe.....................................304
- La catastrophe du Lyskamm en Suisse...................318
- Carte géologique de France. . ........................319
- Le charboaen Allemagne................................350
- Formation des charbons feuilletés inlerglaciaires de
- la Suisse...................................... 551
- Variations du baromètre. .............................568
- Algues fossiles. . ,................................. 568
- Les fossiles de phosphorites de Quercy................398
- Nouveaux observatoires météorologiques dans les
- hautes latitudes............................ . 415
- Minéraux bismuthiques............................... 415
- Sciences naturelles. — Zoologie. — Botanique.
- Paléontologie.
- Les Phryganes et leurs fourreaux (M. Girard). ... 51
- Physiologie de l’appareil musical de la cigale (G. Carlet). 66 Sur les mouvements spontanés et réguliers d’uneplanle aquatique, le Ceratophyllum demersum (E. Rodier) . 69
- Le Saule blanc (A. Pillain) . ........................ 80
- L’IIydnora (J. Poisson).......................... . . 281
- Les périodes végétales de l’époque tertiaire. — Période oligocène ou tongrienne.— Période miocène (G. de Saporta)........................ 83, 123, 170, 242, 257
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-
-
- TABLE DES MATIÈRES
- 425
- Les insectes de la parure (P. Montillot)....... , 87
- Sur un gisement d’éléphants et autres mammifères fossiles dans le bassin de la Seine, au nord de Paris
- (À. Dlssoyers)..................................... 149
- Le Baobab...............................................159
- Les singes anthropomorphes (E. Oustalet). 161, 181, 219,
- 227................................................ 263
- La vessie natatoire des poissons (E. Sauvage). .... 165
- La Pyrale de la vigne |M. Girard).......................183
- Les Palétuviers (J. Poisson)............................195
- Le rat des moissons (E. Oustalet).......................207
- Les chiens de chasse : les épagneuls d'eau Irlandais. Le setter anglais. Terriers à poil rude pour le renard
- (II. de la Blanchère).' ................ 221, 287,-551
- Les bactéries et les générations spontanées (E. S. Fati-
- gati)............................................... 250
- Les poissons-archers (E. Sauvage).......................278
- Le Figuier (J. Poisson).................................521
- Les « mines de cèdre »..................................523
- Le Chersydre à bandes (E. Sauvage)......................537
- Le Singe pygmée (E. Oustalet)...........................353
- Les Yuccas (Aug. Pillain)...............................399
- Le Stellion (E, Sauvage)................................335
- La grande blatte américaine (M. Girard).................599
- Éléphant trouvé dans la glace en Sibérie................ 14
- Vers de terre brésiliens............................... 14
- Hivernage des hirondelles à Téhéran. ....... 05
- Longévité des orangers.................................. 78
- Élevage des autruches au Cap. . ........................ 78
- Métamorphoses des pucerons.............................. 79
- Crapaud trouvé dans une pierre.......................... 95
- Le Dr osera...............................................
- Le Doryphore...................................126 190
- Jardin zoologique d'acclimatation.......................142
- Nouveaux dons d échantillons de minéralogie au
- Muséum..................................................
- Quinicité.............................................. 443
- Respiration des fruits..................................443
- Chasse aux alligators...................................474
- La métamorphose des insectes............................207
- L'arbre à pluie.........................................2>3
- Flore arctique......................................... 271
- Le chant des souris.................................... 390
- Découverte d’un second exemplaire de Varcheoptevix. 318 L’exposition d’automne de la Société d’horticulture. 334
- L exposition des champignons............... _ 359
- Les plus vieux arbres d’Angleterre.................382
- Nouveau mammifère....................................
- Botanique histologique.............................399
- Maladie des poires.................................3gp
- Anthropologie, — Sciences préhistoriques.
- Les tumuli des anciens habitants d.e Vancouver (A, Pi-
- nart)................................................ 44
- Artillerie des Papouas du sud-ouest de la Nouvelle-
- Guinée (E. T, Haut).................................. 59
- l es vases antéhisioriques de Santorin (Fouqué). . 65, 151
- Les Nubiens du Jardin d’acclimatation (Girard de Bialle). 198 La province de Sombôc Somboc et l’immigration des
- Piaks (E. T. Hamy)......................................231
- Sépulture d’un Gaulois inhumé sur son char. Collection Caranda (G. Tissandier)...............................281
- Nouvelles études sur la longueur de l’index et de l’an-‘
- nulaire de la main............................. ... 292
- Difformité remarquable des dénis chez les habitants de
- l’île de l’Amirauté (J. C. C.).........................304
- L âge de bronze et les Gallo-Bomains à Saiut-Nnzaire-sur-Loire. Un chronomètre préhistorique (Dr Z....). . 323
- La stature humaine....................................... 326
- Les grottes des Basses-Alpes (Dr E. Heckel) . ...... 343
- Les Esquimaux au Jardin d’acclimatation (Girard de
- RiaLle)....................................................
- Feuilles à Olympie.......................................... 14
- Construction des monuments mégalithiques dans
- l'Inde......................................... 44
- Les monolithes de l’époque celtique. ........ 255
- Géographie. — Voyages d’exploration.
- L’île de Nossi-Bé près de Madagascar (Ch. Vélain). . 23, 55
- Les sources chaudes et les Geysers des rivières Yel-lowdone et Firchole, aux États-Unis (F.-Y. Hayden) , 33,49 % Le voyage de Margary, du fleuve Bleu aux frontières
- Birmanes (Ad. F. de Fontpertuis)............ 43, 70
- Le temple des Cinq-Cents Génies à Canton (P. de Tiiier-
- sant)............................................ 132
- La ville d’Iquique (G. Tissandier)................. , 156
- Voyage de M. F. Drew dans le royaume de Cachemire. 143 Exploration du Bio Colorado dans l’ouest des États-
- Unis .................................... 179, 216, 403
- Les entreprises de voyages autour du monde........574
- Voyage au Groenland....................................H2
- Statistique de la Russie et de la Turquie............158
- Le pays de Hissar et Kolab............................222
- Voyages d’étude autour du monde. .....................238
- Ascension d’une des plus hautes montagnes du
- monde .... ........................................286
- Expédition polaire.................................. 319
- mécanique. — Art de l’ingénieur.
- Arts industriels.
- Le Midland Railway (H. Blerzy)............... 7, 55
- Sur la découverte de la machine à coudre (J. Meyssix), 11
- Tirelire américaine (X....)......................... 13
- L’inondalion de la mine Trœdyrliiw en Angleterre et la
- pression de l’air.................................. 17
- Les moteurs domesliques (L. Bâclé).................... 39
- Hydrologie. La captalion des sources (IL de Parville). 134 Les mines de charbon au Chili (A. Bouvard). 175, 294, 510 Nouveaux fours à piuldler dans la métallurgie du fer
- (L. Bâclé)...............................187) 346, 596
- Le Uiplographe, nouvelle machine à écrire, à l’usage
- des aveugles (G. Tissandier).......................193
- l'uits atmosphérique des houillères d’Epinac..........197
- Nouveaux appareils de M. II. Giffard, pour la préparation en grand de l’hydrogène pur (G. Tissandier) . . 211
- Baromoteur de M. Gaston Bozérian......................229
- Horloges mystérieuses (Haton de la Goupillière). . . . 289 Nouvelle soupape de sûreté de M. Klolz (L. Bâclé). . 295
- Distribution des eaux à Florence (E. de Courten) . . . 516
- Explosion de feu grisou dans les mines de High Blnn-
- tyre en Ecosse.................................... 555
- Le tunnel sous la Manche.............................. 47
- La mer d'Algérie..................... 79, 143, 174, 191
- Patinage des roues............................. , 191, 259
- Le chemin de fer de grande ceinture...............238
- La machine à coudre au point de vue sanitaire. . . 503
- Tréfilerie microscopique............................ 303
- La dynamite et les travaux d’art............... 318
- Canal interocéanique................................ . 583
- Physiologie. — médecine. — Hygiène
- La balance de Sanclorius.................................. 52
- Statistique des mariages consanguins en France. ... 74
- Electricité du corps humain...............................154
- La question des germes de l’air. Nouvelles recherches de
- M. J. Tynda'l (R. Vio»)............................
- Les bois de démolition et l’intoxication d’épidémie saturnine (C. M. Garikl). .............................
- Les établissements hospitaliers parisiens, t.a Bocbe-Guyon
- (IP Bader. Ch. Boissay). . ................... 226,298,342
- La lamine et les faméliques aux Indes (A. Lacassagne). . 250
- Acoustique biologique (C. M. Gariel)......................267
- De levolution des nerfs et du système nerveux (G. J. Douâmes)....................................... 282,315,330,379
- 1C7
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-
- 426
- TABLE DES MATIÈRES.
- De l’étude des phénomènes phonétiques à l’aide de la mé-
- thode graphique (Dr Fr. Franck)................299
- Les suicides.......................................342
- Empoisonnement par les champignons................. 14
- Physiologie.......................................... 15
- Affinité du sang pour les gaz...................... 31
- Régénération des cartilages........................ 32
- Électro-chirurgie.................................. 46
- Anesthésie par le chlorure de carbone. 63
- Le cuivre et le zinc dans l’organisme..........„ 96
- Guérison du rhumatisme.............................112 -
- Composition du suc gastrique.......................120
- Sang pathologique..................................126
- Localisation des centres cérébraux du langage. . . . 191
- Immunité des souris pour la ciguë..................223
- Physiologie thérapeutique du massage...............286
- Sur l’action thérapeutique du seigle ergoté........287
- La machine à coudre au point de vue sanitaire. . . 303
- Physiologie végétale...............................334
- Moyen de rendre la viande salée plus nutritive. . . 367
- Anatomie comparée..................................399
- Agriculture.
- Les engrais chimiques dans les années de sécheresse
- (P. P. Dehérain). ..........................114,139
- La Tyrale de la vigne (M. Girard)..................185
- Sériciculture......................................278
- IJ agriculture aux Etats-Unis, .................... 62
- Phylloxéra......................... 46, 63, 259, 555,271
- Ouverture de la colonie agricole de Vaucluse, ... 94
- Le Doryphore, près de nous....................... 126,190
- Maladie du raisin.....................................126
- Le charbon du raisin..................................143
- Nouveau danger des vignes américaines.................158
- Le binage et l’arrosage............................. 206
- Le cannibale du phylloxéra............................239
- Le phylloxéra est à Vendôme......................... 239
- Le colza et le phylloxéra........................... 535
- Etude sur la vigne.................................351
- Vignes américaines....................................568
- Art militaire — Marine.
- L’Alexandra, cuirassé anglais (L. R.)................. 71
- Le navire de guerre au dix-septième siècle (L. R.). . . 319
- Une nouvelle embarcation de sauvetage (L. R.).........568
- Nouvelle navigation astronomique ......... 370
- Nouvelle cartouche.................................... 79
- Expériences nouvelles sur les plaques de blindage. . 142
- Sur l’artillerie actuelle............................ 206
- Navires perdus en mer.................................350
- Les appareils pour la manœuvre des canons. . . . 566
- Aéronautique.
- Nouveaux appareils de M. H. Giffard pour la préparation
- en grand de l’hydrogène pur (G. Tissandier)..........211
- Ascension aérostatique du 29 septembre 1877 (G. Tis-sandiek)..............................................509
- Notices nécrologiques. — Histoire de la science.
- Sur la découverte de la machine à coudre (J. Mevssin). 11
- Fox Talbot............................................292
- Le Verrier....................................... 287,505
- Gawss.......................................... 62,112
- Nécrologie (Santini. Weddel)..........................143
- Alexandre Branlcki....................................414
- Albert Morice. . - . '...............................414
- Sociétés savantes. — Congrès et associations scientiOques. — Expositions.
- Académie des sciences de Paris (séances hebdomadaires).
- S. Meunier................................15, 51, 46,
- 63, 79, 95, 111, 126, 143, 158, 175, 190, 206, 225, 239, 255, 270, 287, 503, 319, 334, 351, 367, 379, 383, 399, 415 Société française de physique (Comptes rendus des séances)................................. 46,79,122,385
- Académies et Sociétés savantes étrangères. . . 91,218,262
- Association française pour l’avancement des sciences. Session du Havre, août 1877......... 174, 194, 215, 258,295
- Exposition universelle de 1878. Palais du Trocadéro (G. de
- Mortillet).......................................275
- Société helvétique des sciences naturelles. 60e session, tenue à Bex (20-23 août 1877) (Max. Héi.ène).............290
- La Société des Amis de Sciences.............. ... 27
- Club scientifique à Vienne.......................... 63
- École polytechnique japonaise. ......................... 94
- Université en Sibérie............................... 94
- Comité français de l'Association internationale africaine..................................................270
- Congrès géologique international....................502
- L’Exposition d'automne de la Société d’horticulture . 334
- L’Exposition des champignons. ..........................550
- Variétés. — Généralités. — Statistique.
- La science au Salon de peinture en 1877 (J. Bertillon;. 26 Le darwinisme. Ce qu’il y a de vrai, ce qu’il y a de faux
- dans cette théorie (G. Guéroult'.................... 27
- Les Cygnes de la Tamise............................... 271
- La population de la France.............................387
- Accidents de chemin de fer............................403
- Algèbre lachymétrique (L. Bâclé).......................412
- La livre romaine...................................... 65
- Encyclopédie chinoise................................. 78
- Incendies des forêts aux États-Unis....................111
- Journaux anglais.......................................111
- Statistique de la Russie et de la Turquie..............158
- Un nageur émérite......................................206
- Traversée du Pas-de-Calais à la nage...................238
- Les éludes scientifiques au Brésil.....................238
- Collections scientifiques..............................254
- Les pigeons voyageurs et la pèche en Angleterre. . 318
- Bibliographie.
- L’Année scientifique et industrielle, par L. Figuier . . 127
- L’or et l’argent, par L. Simonin......................235
- Le Mont-Blanc, par Ch. Duiueii........................311
- Notices bibliographiques................. 158,235,514,378
- Correspondance.
- Croix de lumière autour du Soleil (P. Delaon) (A. Lan-
- caster)........................................ ... 11
- Crapaud trouvé dans une pierre (F. Millet)............... 95
- Sur un arc-en-ciel quintuple (P. C. AVotruba)............112
- Sur une trombe de grêle près du lac Pavin (E. de Bakrau) . 253
- Sur les poussières atmosphériques (E. Yung)..............327
- Conjonction de Mars et de Saturne (G. T.)................539
- Sur le télégraphe de l’observatoire du Pic du Midi (Ch. de Nansoutï).................................................382
- FIN DES TABLES.
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- ERRATA
- Page 13, col. 1, lignesl8 et 19. — Au lieu de : de deux pennys, lisez : d’un penny.
- Page 16, col. 2, ligne 13.— Au lieu de ; si insignifiants, lisez : si insignifiantes.
- Page 63, col. 2, ligne 58. —- Au lieu de : protochlorure (sublimé corrosif), lisez : protochlorure (calomel).
- Page 79, col. 2, ligne 28. — Au lieu de ; M. Rondaire, lisez Roudaire.
- Page 126, col. 2, ligne 35 et suiv. — Au lieu de : acide salyci-lique, lisez : salicylique.
- Page 187, col. 2, ligne 41. — Au lieu de : M. Cochrau à Ormes, lisez : M. Cochran à Ormes (Angleterre).
- Page 188, col. 2, ligne 56. — Au lieu de : l’air brûle le gaz, la flamme produite, lisez : l’air brûle
- le gaz et va aux rampants, la flamme produite.
- Page 197, col. 2, ligne 55. — Au lieu de : cinquante tonnes de charbon, lisez : cinq tonnes de charbon.
- Page 225, col. 1, ligne 10.— Au lieu de : M. Rivière, lisez M. Ouvière.
- Erratum du -volume précédent, ter semestre 1899.
- Page 166, col. 1, ligne 4.— Au lieu de : 22 centimètres cubes, lisez : 0,22 centimètre cube, Page 166, col. 1, ligne 6. — Au lieu de : 1 centimètre cube lisez : 0,1 centimètre cube.
- Typographie Lahure, rue de Fleurus, 9, à Paris.
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